{"numero_id": "ulb-durendal-1895-06-n6", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 115, "titre_corps": "Lettre ouverte à Pol Demade", "titre_sommaire": "Lettre ouverte à Pol Demade", "signature_source": "Firmin Vandenbosch", "ancre_debut": "Lettre ouverte à Pol Demade", "ancre_fin": "FlRMIN VANDENBOSCH", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 136, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 130, "fin_caractere_exclue": 1796, "texte": "Lettre ouverte à Pol Demade\n                 M O N CHER D E M A D E ,\n\n                moment ne vous paraît-il point venu de donner suite\n                 à l'idée née jadis — il y a trois ans — de nos cause­\n                 ries à bâtons rompus sous les hauts arbres du Jardin\n                 de T r o n c h i e n n e s . . . Presque par hasard, nous nous\n                 étions rencontrés là quelques-uns que passionne l'art\n                 chrétien et moderne, et aux heures de récréation,\n                 dans nos flâneries le long du ruisseau clair où le prin­\n                 temps mirait son virginal renouveau de feuilles et\nde fleurs, nous devisions de nos projets et de nos espérances...\n« Si on essayait un Congrès? » proposa l'un de nous (n'était-ce point\nDullaert?). E t tout d'abord nous nous enthousiasmâmes, comme\nà toute idée nouvelle et téméraire... E t déjà un plan s'esquissait;\ndéjà la ville, le local même étaient choisis; déjà les rôles se distri­\nbuaient, quand la cloche de la retraite nous voua au silence. Et\nquelques heures plus tard, toutes réflexions faites, nous eûmes la\nnette notion de l'irréalisation de ce beau rêve audacieux : le jeune Art\ncatholique venait à peine de s'affirmer par une vigoureuse sortie au\nCongrès de Malines et par quelques battues de Routine menées sous\nles auspices du Drapeau; certes nous sentions, éparse autour de nous,\nl'encourageante et vibrante sympathie de nos cadets, mais en même\ntemps l'ombre nous dominait d'un organisme antique et officiel qui\n« s'estradait » du dernier pion de collège à M. Godefroid Kurth —\ntête de cette p y r a m i d e d'hostile résistance; dans les revues c'était le\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "114                                DURENDAL\n\n\nd é d a i n ; dans les journaux c'était la gouaillerie; si, en un Congrès,\nnous eussions tenté alors de débattre nos idées et, en conclusion,\nd'esquisser le programme de l'Art et des Lettres catholiques, la\nconspiration du silence eût alterné contre nous avec le chantage\nlaïquement excommunicatoire... E t sous les hauts arbres du Jardin\nde Tronchiennes, nous causâmes d'autre chose...\n    Depuis lors les idées ont m a r c h é ; les grands pontifes de la « T r a d i ­\ntion intangible » — tel M. Joseph Demarteau — ne rendent plus\nd'oracles; les minces follicules ont trépassé où les « bons jeunes gens\ninintelligents » dont parle quelque part J.-K. H u y s m a n s , vendaient\nhebdomadairement leur indépendance et leur jeunesse pour le plat de\nlentilles de l'approbation professorale ; la Revue générale, le Magasin\nlittéraire rivalisent d'ardeur avec Durendal dans la défense du moder­\nnisme catholique, auquel VEscholier et ses confrères apportent de leur\ncôté l'adhésion sans réserves de « ceux du dernier bateau » ; seules les\nEtudes religieuses, des R. P . de la Compagnie de Jésus, ont à présent\nle monopole de déposer d'intervalles quelques petites saletés au pied\ndes granitiques statues de gloire de Barbey, de Hello, de Villiers, de\nVerlaine — maîtres et modèles aimés auxquels notre admiration et\nleur hostilité ont déjà ajouté le grand écrivain chrétien d'En Route.\n    E h bien, mon cher D e m a d e , que vous en semble-t-il et l'heure\n propice n'aurait-elle point sonné de nous rendre compte en commun\n des étapes parcourues sur le chemin de l'Art en même temps que de\n mesurer les étapes encore à parcourir?\n    E t quelle abondance de questions à traiter : en littérature, la triple\n et passionnante théorie du roman catholique, de la poésie catholique,\n de la critique catholique; en peinture, en sculpture, en architecture,\n la démarcation à tracer entre les utiles et réellement artistiques\n conquêtes du néo-gothique et ses grotesques et hideuses exagérations ;\n enfin, d'autre part, le délicat examen de la musique religieuse...\n Dites, — sans tenir compte même des inévitables lacunes de cet\n inventaire hâtivement dressé au courant de la plume, — dites, n'y\na-t-il point là de quoi dégoûter rétrospectivement de l'incolore et fade\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "                                DURENDAL                                 115\n\nsalmigondis qu'on nous servit jadis à Malines? E t la jeunesse catho­\nlique, en qui s'infiltre de plus en plus le souci de l'Art, pourrait-elle ne\npas s'emballer d'enthousiasme pour un programme mettant en vedette\ndes problèmes aussi tentants par leur nouveauté que par leur oppor­\ntunité... Or l'emballement acquis, l'enthousiasme amorcé, le reste,\nc'est-à-dire l'organisation matérielle de l'œuvre, la date, la ville à\nchoisir (et ne s'impose-t-elle pas au choix, la vieille ville universitaire\n— Louvain — d'où depuis toujours l'idée catholique rayonne sur la\n Belgique?), le reste viendra par surcroît.\n   ... T a n d i s que ce soir, en la solitude de m a chambre, je cause ainsi\nfamilièrement avec vous de l'avenir de nos chères lettres catholiques,\nlà-bas, à Gand, plusieurs centaines de jeunes gens chrétiens, venus de\ntous les coins du pays, resserrent, en de joyeuses et tintamarresques\nfêtes, la solidarité estudiantine... O h ! qu'ils savourent jusqu'à l'ivresse\ncette volupté profonde et communicative de l'enthousiasme en com­\nmun — rien de mieux !... Convenez cependant que les réunions habi­\ntuelles de notre jeunesse, à vague but de fraternisation, gagneraient à\nêtre orientées vers un idéal moins facile et moins platonique... Certes\nla compréhension de la haute mission de l'Art n'est départie qu'à\nquelques privilégiés — et ceux-là seuls qui ont cette compréhension\nsont aptes à l'apostolat viril et fructueux... Mais encore importe-t-il\nque ces « privilégiés », enlisés souvent dans le marasme de la tradition\nclassique, soient initiés à l'intrinsèque vérité et à l'urgence incontes­\ntable du modernisme catholique!...\n   Et c'est pourquoi, mon cher D e m a d e , je vous rappelle notre beau\nrêve audacieux d'autrefois, convaincu que si Durendal le veut, il en\nfera une belle réalité de demain.\n                                              FlRMIN    VANDENBOSCH.\n     I5   mai 1895.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-002", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 116, "titre_corps": "Retraite", "titre_sommaire": "Retraite", "signature_source": "Adolphe Hardy", "ancre_debut": "RETRAITE", "ancre_fin": "ADOLPHE HARDY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE SONNEUR DE CLOCHES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 798, "texte": "RETRAITE\n         J'ai fait plus d'une fois ce rêve : vivre ici !\n         Acheter ce vieux chaume et, nouveau Sans-Souci,\n         Couler mes jours, tranquille et libre, sous ces hêtres.\n         Rien que des nids au toit, de la vigne aux fenêtres,\n         Et des fleurs dans la chambre où le soleil rirait;\n         Puis le petit jardin, la route et la forêt...\n         Ce serait bon. J'aurais quelques chambres bien closes,\n         Une femme, un enfant, des livres et des roses,\n         Et, dans leurs lits de foin, de vieux vins endormis\n         Pour les soirs où viendraient, parfois, les bons amis.\n                                                                  ADOLPHE          HARDY.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-003", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 124, "titre_corps": "Le Sonneur de cloches", "titre_sommaire": "Le Sonneur de cloches", "signature_source": "Henry Bordeaux", "ancre_debut": "LE SONNEUR DE CLOCHES", "ancre_fin": "HENRY BORDEAUX", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "LE SONNEUR DE CLOCHES\n               A   M . LE CHANOINE FRÉCHET, CURÉ DE NOTRE-DAME D ' A N N E C Y .\n\n\n                                               I\n\n\n\n\nS\n           UR la charrue il se courbait, hâtant son labour dans la crainte\n           de l'ombre prochaine. Car les brises du soir, légères et fris­\n           sonnantes, couraient déjà sur les choses, calmant les ardeurs\n           du jour et rafraîchissant les plantes lasses et le sol fatigué.\nL e soleil achevait de descendre là-bas, derrière les lignes bleues et\nrégulières du J u r a ; le lac L é m a n reflétait en ses eaux paresseuses la\ncolonne d'or de l'astre déclinant, et déjà les plaines se chargeaient des\ntristesses nocturnes, les grands sapins noirs de la chaîne des Hermones\ns'enténébraient, r e c é a n t en leurs profondeurs obscures de mystérieuses\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "                                 DURENDAL                                 117\n\ndouleurs, tandis que les pics lointains, la D e n t d'Hoche et les Cor­\nnettes de Bise, déchiquetant leurs formes élancées dans la gloire du\ncouchant, s'auréolaient de lumière et rosaient de teintes ineffables\nleurs flancs abrupts et rocailleux.\n   Ainsi le jour agonisait. L e paysan, tout en sueur, excitait son\nattelage, en a p p u y a n t de toutes ses forces sur les barres de la charrue\nafin de pénétrer jusqu'au cœur de la terre féconde. Mais les grands\nbœufs placides continuaient lentement leur trajet, indifférents aux\nclameurs du gamin qui marchait à leur tête, et pressentant dans la\nfraîcheur de l'espace le prochain repos et la saveur du foin qu'ils\nrumineraient tout à l'heure en leurs songeries inachevées.\n   Soudain, emplissant les airs, à cette heure calme où l'espace est\nd'une étrange sérénité, égrenant au loin leurs ondes sonores, qui s'en\nallaient mourir tout au bout de l'horizon triste, les cloches du soir\nsonnèrent l'Angélus. Elles se répondaient de village en village, unissant\nleurs invitations à la prière, pleurant les mêmes appels de foi, et\nenlaçant leurs douces âmes musicales dans un dolent carillon. Les\nplus rapprochées, celles du L y a u d , pressaient leurs sons qui fuyaient\ndans les airs, comme un vol de colombes échappées du clocher : elles\nétaient la souveraine mélodie qu'accompagnaient en sourdine, très'\ndoucement, les cloches d'Armoy et d'Orcier aux murmures éloignés.\n   A cette mélopée des cloches, plus rafraîchissante même que le\ncalme silence qui l'avait précédée, le jeune paysan se redressa sur les\nbarres de la charrue, et arrêta son attelage. Sa poitrine se dilata,\naspirant avec joie l'air serein du soir, et ses yeux s'emplirent d'espace\net de lumière, et comme il écoutait la douce musique courant dans\nles airs, il sentit cet étrange frisson intérieur qui est comme une\nrévélation de l'éternelle Beauté. L e s notes graves et pleurantes des\ncloches venaient mourir sur son cœur et avec elles son esprit vaguait\nau loin, intimement uni à leur mélodie, intimement troublé des\nparoles qu'elles lui disaient.\n   Il regardait, droit devant lui, la mort du soleil qui fièrement s'en\nallait derrière le J u r a , se reflétant en colonne d'or dans les eaux pares-\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "118                             DURENDAL\n\n\nseuses. E t l'astre ne fut bientôt qu'une moitié de disque, puis un\ncroissant, puis une simple étoile de diamant posé sur la montagne, et\ndans le lac la colonne d'or s'amincissait de plus en plus, et ne fut\nbientôt qu'un long glaive d'or, magique reflet de l'étoile suprême. Puis\nl'étoile et le glaive s'éclipsèrent, indicibles illusions d'or trop vite\ndisparues, mais éternellement renouvelables. E t le recueillement\ndescendit sur les choses dont les teintes s'adoucirent, et dont les mélan­\ncolies s'attestèrent. L e bleu du ciel s'appâlit, et le bleu du lac frissonna\ncomme s'il avait froid : une longue bande rougeoyante précisa le\nsommet du Jura, et une brume impalpable et rose flotta dans l'espace\nrafraîchi.\n   C o m m e le paysan se retournait instinctivement pour contempler les\nmontagnes, il les vit, les montagnes lointaines, étincelantes encore de\nlumière, et heureuses de leur magnificence. L'ombre qui avait gagné\nla plaine, n'avait point gravi les sommets, et un instant le soleil, par-\ndelà l'horizon, les drapa de splendeur. Puis ils se voilèrent à leur tour,\nse mêlant presque au ciel très pâle dans la brume à peine visible?\n   Les cloches avaient fini leur concert. Elles avaient salué la mort du\nsoleil sur leur r y t h m e très doux, et se taisaient maintenant, livrant\ntout l'espace au silence, comme si la prière avait répondu à leur appel\net s'était agenouillée dévotement sur toute la terre.\n   Longtemps, longuement, le jeune homme laissa flotter dans les\nairs sa pensée fuyante. Il avait découvert son âme dans l'harmonie de\nces cloches du soir. Jusqu'alors son âme lui était demeurée fermée, et\nvoici que les notes envolées dans les airs avaient pénétré jusqu'à\nlui-même, lui disant les paroles révélatrices et les vérités profondes.\n   Confusément il sentait ces choses, et nulle parole n'aurait pu\ndévoiler le mystère qui s'accomplissait en son être. Il ne se demanda\npoint ce qui se passait en lui, mais comme si l'attirance de ces cloches\nlui symbolisait sa vie, il éprouva, durant cette heure sereine, un\nimmense amour pour elles, un immense désir de s'unir à la douceur\nde leur voix.\n  E t comme ses bœufs placides le fixaient de leurs bons yeux craintifs,\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "                               DURENDAL                               119\n\nil détela sa charrue et s'en revint dans le soir encore tout rose et doré,\nruminant, comme ses animaux aux lointaines songeries, ce vague\namour des cloches qui s'était installé en son cœur.\n\n                                    II\n   Dès cette radieuse soirée septembrale, où dans l'harmonie des\ncloches il découvrit son âme, davantage encore il s'absorba en\nlui-même, s'isolant des autres hommes et percevant obscurément en\nlui la palpitation des choses invisibles. Il passait de longues heures\nenvironné de calme et de solitude, parmi l'ombre fraîche des bois,\ndans l'attente des sonneries aimées. Plusieurs semaines, il chercha\nl'endroit le plus favorable pour entendre les mélodies des clochers\nlointains, et il sut découvrir, sur le flanc des Hermones, la lisière\nd'un bois de jeunes chênes d'où la vue s'étendait magnifiquement sur\nl'horizon, où venaient, comme à un rendez-vous d'amour, les chansons\nde toutes les cloches des villages voisins. Joyeusement les sonneries\nvolaient dans l'espace, solitaires tout d'abord, puis se mariant aux\nsonneries prochaines, puis s'unissant en un chœur de voix célestes qui\nmontaient parmi les coteaux et s'envenaient mourir là-haut à la lisière\ndu bois où les attendait le jeune homme extasié.\n   T o u t e la vie humaine flottait dans la chanson des cloches. A toutes\nvolées, en gais carillons, elles disaient la venue au monde d'un nouvel\nêtre destiné à comprendre, à aimer, à souffrir, et affirmaient ainsi la\nbonté de la vie en saluant l'apparition de l'enfant et sa consécration\ndans la Foi consolatrice.\n   Elles étaient également joyeuses, les sonneries annonçant l'éclosion\nde l'amour, et le bonheur fécond des époux : blanches comme les\nvoiles des jeunes mariées, riantes comme le fond de leurs cœurs,\namoureuses comme les regards de leurs yeux sincères, elles couraient\nà travers l'espace, grisant les fleurs parfumées de leurs musiques\ncaressantes, disant aux choses les douceurs de la tendresse, répandant\nau loin l'annonce des unions heureuses : et sous le baiser de leurs\nnotes cristallines les fleurs, se sentant plus belles, relevaient leurs\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2104, "texte": "120                             DURENDAL\n\n\ntiges lasses, et les choses souriaient confusément, et les hommes,\népars dans les campagnes, murmuraient : « Quel est donc ce bonheur\nqui passe? »\n   Puis les matinales sonneries invitaient à la paix bienfaisante des\nchapelles ; et l'âme, en les entendant, sentait en elle pénétrer toute la\ncaresse des aurores limpides. Et l'Angelus du soir, qui chantait la fin\ndu travail et le repos nécessaire, courait sur les bois et sur les prairies,\ncomme un ange invisible apportant aux hommes de bonne volonté le\ncalme intérieur.\n   Mais quand le soir de la vie s'achevait et s'acheminait vers la nuit\ndéfinitive, le glas des cloches tristes entrait au cœur des êtres, leur\nrappelant que rien ne dure sur terre, que les désirs, les rêves et les\namours ne sont que passagers et illusoires, que tout disparaît dans\nl'éternel Inconnu, et que la Mort est là, guettant les vies humaines.\nCependant, même dans ces chansons plaintives des cloches, clamant\nl'inanité des êtres, même dans cette douleur immense qu'elles propa­\ngeaient à travers les airs, des musiques d'espérance se mêlaient aux\nsonneries funèbres, annonçant le repos des âmes dans le Bonheur\nfutur.\n   Ainsi toute la vie des hommes se résumait dans ces paroles qui\ns'envolaient de clocher en clocher. Les âmes des cloches étaient sœurs\ndes âmes humaines et exprimaient leurs pensées profondes. Le poème\nde la vie naissante, le chant des amours heureuses, l'inexprimable\ndésir d'Infini, le problème douloureux de la mort étaient tous contenus\ndans leurs musiques, tour à tour joyeuses et folles, mélancoliques et\nattristées, dévotes et mystiques.\n   ... Inconsciemment il subissait l'attrait des chanteuses divines. Les\nheures se passaient pour lui à les attendre : du sommet de son bois\nécarté il guettait leur venue, comme un amant espère son amoureuse.\nEt lorsqu'elles commençaient à se répandre au loin dans les cam­\npagnes, il souriait d'aise, il se sentait revivre, comme si toute sa vie\nétait suspendue à cette chanson des cloches.\n   Dans les villages, les gens accoutumés à voir sa silhouette immobile\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "                               DURENDAL                               121\n\n\nsur les prairies et son regard perdu en des rêves incertains, le décla­\nraient volontiers atteint de folie. Si d'aventure quelque fraîche et jolie\nfille passait près de lui à la tombée de nuit, et s'arrêtait, surprise\nde son indifférence, il ne daignait même pas lever sur elle ses grands\nyeux songeurs, et elle s'enfuyait, rieuse, avec peut-être quelque\nregret au cœur, disant de lui : « C'est un simple. » L'une d'entre\nelles, Marie, dont l'enfance fut chère à la sienne et qu'il regarda long­\ntemps, sans lui parler, comme sa promise, sentait défaillir sa pauvre\nâme en comprenant qu'il était si loin d'elle, et que son amour n'était\nplus qu'un souvenir. Seuls, quelques vieillards, saisissant davantage\nsa pensée, parce que la mort prochaine leur éclairait la vie, causaient\navec lui encore, sur le pas de leurs portes.\n  De plus en plus il s'écartait des hommes, et de plus en plus son\nâme suivait les cloches et se confondait avec leur musique.\n  L e jour où le vieux sacristain trépassa, il d e m a n d a comme une\nextraordinaire faveur que désormais on lui laissât le soin des sonneries.\nEt ce fut lui qui devint l'annonciateur des joies et des douleurs\nhumaines. C o m m e il les aimait et comme il les comprenait, il fit\npasser dans la chanson de ses cloches un peu de son amour : plus\ndouces et plus profondes, plus sincères et plus charmeuses, plus\nimprégnées de bonté et de pitié, elles répandaient sur les campagnes\nleurs pieux appels et leurs paroles bénies, et pénétraient jusqu'au\ncœur des hommes, éveillant en eux les dévotions oubliées. E t sans le\nsavoir, c'était son âme qui chantait ainsi : il s'exprimait lui-même, cet\nhumble qui n'avait jamais songé à s'analyser et à se comprendre.\n   Sa vie s'enchanta, les premiers jours, de répandre sur les fidèles les\nmystiques effluves des cloches, et il fut comme grisé de la réalité de\nson rêve.\n   Puis un profond chagrin s'empara de lui. Les sonneries étaient rares\ndans la petite paroisse du L y a u d . E t les heures s'allongeaient dans\nl'espoir des voix pieuses, et son âme souffrait de ne s'exprimer qu'à de\nlongs intervalles et d'incertaines occasions.\n  Un beau jour il réalisa son héritage et s'en alla, cherchant ailleurs\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "122                             DURENDAL\n\n\n des sonneries plus fréquentes-et des cloches plus nombreuses. Et\npourtant, sur le chemin qui l'éloignait, il se retourna plusieurs fois,\nregardant avec un immense regret la petite église blanche du Lyaud,\nadossée à la montagne, et le champ labouré où son âme s'était révélée,\net la lisière du bois de chênes où la musique des cloches l'avait tant\ncaressé. Un peu de son cœur restait en ces lieux chéris.\n   Comme il passait devant la porte de Marie, celle-ci se leva, et lui\nposant ses deux mains suppliantes sur l'épaule, et le regardant jusqu'au\nfond de ses yeux, elle lui dit, peureuse : « Pourquoi t'en vas-tu? » Il\nlui prit les mains, baissa les yeux et répondit : « Je ne sais pas, je\nvais à la recherche d'autres cloches... »\n   Elle le vit s'éloigner dans le soir frileux, et se mit à pleurer, en\nsongeant à ce pauvre fou qui lui avait pris son cœur.\n\n                                    III\n   Il traversa les hameaux de Trossy et de Charmoisy, et s'arrêta à\nOrcier dont l'église apparaît comme un vieux château gris et sombre,\ndominant la campagne. Trois cloches habitaient le clocher tranquille,\net comme la paroisse était plus populeuse que celle du Lyaud, le\nsonneur annonça plus fréquemment les naissances, les mariages et les\nmorts, les aurores, les épanouissements et les couchants.\n   Mais à mesure qu'il livrait davantage son âme à la musique des\ncloches, il devenait plus expert à saisir les nuances de leurs sons, et\nplus apte à comprendre leurs paroles. Et s'élançant, toujours plus\nprofondément, dans les rêves indécis où flottait son imagination, il\nconcevait des carillons plus moelleux et plus larges, un rythme plus\nparfait et plus doux, une mélodie plus filée et plus sublime. Insatisfait\nde ce qu'il entendait, il songeait à des harmonies continues qui expri­\nmeraient tous les secrets des âmes, et révéleraient tout ce qui est en\nnous et que nous ignorons. Ces pensées étaient inconscientes chez\nlui : son intelligence, très lente et confuse, pressentait sans les définir\nles impressions intérieures qui le tourmentaient. Et une force incon­\nnue, cette même force qui de son âme avait fait la sœur des âmes\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "                                DURENDAL                                123\n\n\nmusicales des cloches, le poussait à chercher plus loin, toujours plus\nloin, les sonneries qui exprimeraient tout son être, les pays où les\ncloches sont plus belles et sonnent toujours.\n   Bientôt il quitta Orcier. Il s'en alla à Draillant, puis à Perrignier,\nentraîné par un pouvoir mystérieux qu'il ne raisonnait pas et auquel\nil n'essayait pas de se dérober. Quelque temps il demeura sur la\ncolline des Allinges : son âme s'accordait avec la beauté sauvage des\nvieilles ruines qui subsistent parmi la verdure sombre des arbres. Du\nhaut de ces lieux bénis, il écoutait joyeusement les concerts de toutes\nles cloches de la plaine : Armoy, le Lyaud, Orcier, Draillant, Perri­\ngnier, Mesinges, Margencel envoyaient jusqu'à lui leurs mélodies\npénétrantes, et les cloches sonores de Thonon, sur cet accompagne­\nment grandiose, brodaient leurs vibrantes variations. Et il reconnais­\nsait, parmi ce chœur pieux, ses favorites, les cloches du Lyaud, celles\nqui, les premières, avaient ensorcelé son cœur.\n   Puis il s'en alla encore, toujours insatisfait, toujours suivant son\nrêve qui l'entraînait ailleurs.\n   Il traversa le lac Léman, et atteignit la rive suisse : il avait ouï dire\nque dans les cantons catholiques de la Suisse romande, les cloches\nétaient plus aimées et sonnaient plus longtemps. De course en course,\nil arriva à Fribourg et dans la vieille ville il s'arrêta.\n   De nombreux clochers et clochetons attiraient ses regards : et\ncomme il attendait, anxieux, la musique des cloches, il eut un sourire\ntriomphant, car, à de brèves distances, la cathédrale, les églises, les\nchapelles, se répondaient en chœur, insistant sur les âmes qu'elles\nappelaient à la prière, réitérant leurs accents, répétant leurs douces\nharmonies. Presque à toute heure des cloches sonnaient, et le son de\nces cloches était plein et sonore, s'éparpillant au loin, et se heurtant\naux échos qui doublaient leurs appels. Il connut ainsi la joie : son\nvisage grave prit une habituelle expression de béatitude ; son âme se\ndilata, comprenant vaguement que sa vie augmentait d'intensité\npuisque son expression s'attestait dans le chant plus nourri des cloches.\n   Il ne parlait presque plus, il écoutait. Ses yeux reflétaient les\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "124                            DURENDAL\n\n\neffusions mystiques de son cœur qui couraient jusqu'au ciel, en h y m n e\nde bonté et d'amour, parmi les pieux cantiques des églises. Son âme\ns'identifiait de plus en plus aux sonneries harmonieuses : il ne vivait\nplus, il s'écoutait vivre dans le chant des cloches.\n   Là-bas, dans son village, on avait presque oublié l'amoureux des\ncloches, ce fou qui était parti un soir d'été, et Marie, sa promise, après\nl'avoir pleuré, s'était mariée à un voisin, et ne se souvenait plus que\ntrès lointainement, comme d'une fleur aux parfums trop doux qui se\nserait fanée, de son grand amour d'autrefois. L u i , pendant ce temps,\ngoûtait une joie sans bornes, car son âme flottait sur les autres âmes\nhumaines, en h y m n e de piété et d'amour.\n\n                                   IV\n   Cependant un étrange phénomène se produisait en lui. A mesure\nqu'il vieillissait et que s'affaiblissait son ouïe, il entendait davantage\nla résonnance de ses cloches aimées : elles chantaient intérieurement en\nlui et son âme était pleine de carillons.\n   On le surprenait à toute heure, arrêté soudainement dans sa marche,\nécoutant des cloches qui ne sonnaient pas, souriant à d'absentes har­\nmonies. Son âme était une musique continue et frissonnante, toute\nbaignée de mystiques songeries.\n   Bientôt, comme il était très vieux, il devint sourd. E t sa surdité\nétait bienheureuse, car les bruits extérieurs ne vinrent plus troubler\nla splendeur des cloches qui sonnaient en lui. E t ses heures se pas­\nsaient, très douces, dans l'audition constante de symphonies inconnues\naux hommes.\n   Il mourut presque inconsciemment, écoutant sa vie pleurer son\nchant du cygne, et son àme sonore s'exhala dans la gloire du couchant,\nparmi les musiques des Angelus bleus que sonnaient les cloches de\ntous les clochers lointains...\n                                                   H E N R Y BORDEAUX.\n      Thonon-les-Bains, octobre 1893.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-004", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 125, "page_fin": 125, "titre_corps": "L’Ombre du cercueil", "titre_sommaire": "L’Ombre du cercueil", "signature_source": "Édouard Bernaert", "ancre_debut": "L’OMBRE DU CERCUEIL", "ancre_fin": "EDOUARD BERNAERT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES MOIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "L'OMBRE DU CERCUEIL\n          Un hasard ce soir-là me mit à la fenêtre.\n          Bon gré, mal gré, le mur de la cour me fit voir\n          Sur d'étranges clartés se découpant en noir\n          Le cercueil du voisin défunt la veille, — un prêtre.\n\n          A ce funèbre aspect, je n'eus plus ni vouloir\n          Ni raison : la terreur écrasa tout mon être :\n          Je criai comme un fou sans plus me reconnaître,\n          Tandis que se brisait au parquet mon bougeoir.\n\n           Sans peur, le jour, j'avais dans la chapelle ardente\n           Baisé la blanche croix de l'étole pendante\n           Et tout contre le mort prié paisiblement...\n\n           Quelle source assigner à ce retour bizarre\n           Et d'où vient que l'esprit plus troublé, tant s'effare\n           Des maux qu'idéalise un vague éloignement ?\n                                                     EDOUARD B E R N A E R T .\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-005", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 125, "page_fin": 127, "titre_corps": "Les Mois", "titre_sommaire": "Les Mois", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "LES MOIS", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHAPELLE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "LES MOIS (1)\n                        LES        MEULES   DE     SEPTEMBRE\n\n                       Aux chemins creux où s'accroche le foin,\n                        Les chars s'en vont odorants vers les fermes,\n                   Et de la plaine indéfinie, au loin,\n\n(1) Voir nos numéros de mars et mai.\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "126                     DURENDAL\n\n\n      On voit les chars descendre lourds et fermes,\n      Bourrés de grains, de sèves et de germes.\n      Un chant de grive a traversé les airs.\n      Les chaumes nus grincent aux soleils clairs.\n      Les blés sont mûrs, on arrondit les meules.\n      Dans les pailles, la faux n'a plus d'éclairs.\n      Les lauriers sont coupés sur les éteules.\n\n\n\n\n            LES RAMIERS           D'OCTOBRE\n\n          Dans la forêt aux jaunes frondaisons,\n           Les blancs ramiers perchent au haut des chênes,\n      Cherchant encor les jeunes floraisons,\n      Les arbres verts dans les forêts prochaines,\n      Et les semeurs bienfaisants dans les plaines.\n      Parfois l'un d'eux aux grands chaumes glanés\n      Qu'hélas! la bise effrayante a fanés,\n      S'abat pesant par la brume nouvelle.\n      Et voici que, vers les cieux fortunés,\n      S'envole et fuit la dernière hirondelle.\n\n\n\n      LES BROUILLARDS             DE      NOVEMBRE\n\n           Dans le brouillard où blêmit la clarté,\n            On entend choir et choir les feuilles mortes,\n      Les feuilles d'or, les feuilles de l'Eté,\n      Les oiseaux gris descendent en cohortes...\n      Or, au logis, bien closes sont les portes,\n      La paille hachée et les blés remisés,\n      Tandis qu'au loin, sur les coteaux boisés,\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "                 DURENDAL                        127\n\nLa nuit s'étend apaisante et charmée,\nEt qu'un vieux chien aux horizons rosés\nPleure au perdu, navrant, par la ramée.\n\n\n\n    LES SAPINS       DE     DÉCEMBRE\n\n Le froid durcit les plaines, les marais\n     Et les chemins où les feuilles inertes\nVont s'entasser au sortir des forêts.\nPlus rien ne vit. Les branches sont désertes\nEt les mousses aux givres durs offertes.\nSeul, dédaigneux du gel et de l'hiver,\nUn grand carré de sapins reste vert.\nEt la couleur des rigides ramures\nTranche au ciel mat, immobile et couvert,\nOù se sont tus les plus faibles murmures.\n                                 THOMAS BRAUN.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-006", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 128, "titre_corps": "Chapelle", "titre_sommaire": "Chapelle", "signature_source": "Léon Louveaux", "ancre_debut": "CHAPELLE", "ancre_fin": "LEON LOUVEAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ADAM", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 680, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "CHAPELLE\n    Mon cœur, mignonne, est désormais\n    Une chapelle très fleurie\n    Comme pour la Vierge Marie\n    De lys et blanches fleurs de Mai!\n\n    Et sur un trône, je t'ai mise,\n    Tout parfumé de frais matin\n    De chants d'oiselets et de brise\n    Et de bruyères et de thym.\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "128                       DURENDAL\n\n\n             Et, quand la neige du silence,\n             Tombe, en ta chapelle, le soir,\n             O notre dame d'espérance,\n             Effeuillant les fleurs de l'espoir.\n\n             Par des chemins de rêverie,\n             Vite, j'accours en ta maison\n             Et je chante ta litanie\n             0 notre dame d'amour blond !\n\n             Mon cœur, mignonne, est désormais\n             Une chapelle très fleurie,\n             Comme pour la Vierge Marie,\n             De lys et blanches fleurs de Mai!\n                                            LÉON   LOUVEAUX.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-007", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 129, "titre_corps": "Adam", "titre_sommaire": "Adam", "signature_source": "Édouard Bernaert", "ancre_debut": "ADAM", "ancre_fin": "EDOUARD BERNAERT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 639, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "ADAM\n      Adam ne parle pas dans la Sainte Ecriture :\n      Soupirant exilé de l'édenal bosquet,\n      Noyé dans le flot noir de son amer regret,\n      Il ne s'émouvait pas des champs de la nature.\n\n      Inconscient auteur des maux qu'il nous léguait,\n      Pressentant les sanglots de sa progéniture,\n      Sonda-t-il des humains la misère future ?\n      Oh! son trépas alors ne dut pas être gai!\n\n      Pourtant, il avait, lui, présent à la pensée,\n      Le souvenir vivant de sa splendeur passée,\n      Rayon consolateur que je sens vaguement.\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "                                       DURENDAL                                    129\n\n\n             Il ne pouvait    gémir,    angoissé par le    doute,\n             Et   la main    de la Mort     que tout homme          redoute,\n             Rendait    à la clarté ses yeux     en les    fermant.\n                                                       EDOUARD         BERNAERT.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-009", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 132, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "nous diminuent qu'il faut vouer une particulière reconnaissance à celles qui nous augmentent. 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Il sent un besoin impérieux de\nse cloîtrer dans l'ermitage de son âme, où le monde n'a pas accès, dans ce sanctuaire\ncaché aux regards indiscrets du profane, où il peut donner libre cours à ses épan-\nchements poétiques, sur ce Thabor où il n'est plus attristé par la vue écœurante\ndes vilenies, des turpitudes et des bassesses de la terre et d'où son âme prend son\nessor vers les régions de là Lumière, sur les ailes azurées de la contemplation et de\nl'amour.\n   Qu'elles sont douces ces premières chansons du jeune poète, dont l'âme, orientée\ndu côté de l'Idéal, n'est pas encore ternie par le souffle impur de la matière, est\nencore ouverte aux choses de l'esprit, capable de s'élever jusqu'à la contemplation,\nsusceptible d'émotion vraie et forte! Qu'y a-t-il de plus poétique que l'âme du jeune\nhomme! Et quand cette âme est celle d'un inspiré, quand elle a reçu le don, quand\nelle est le ciboire qui contient le mystère, oh! que sa voix est charmeuse et\nenivrante.\n  Tel est bien le poète de l'Ame en exil. J'ai lu et relu, avec enthousiasme, ces\npoésies naïves et berceuses, d'une délicatesse infinie, ravissantes d'ingénuité, tissées\nd'une main frêle et tendrement nerveuse. Délicieuses oh! combien, les heures\npassées en compagnie du jeune poète, à travers les rues endormies de la ville\ndolente et recueillie. Oh! ces chansons d'amour de l'Eau du soir, qui jase entre les\ntours et conte de douces folies à ces vieilles inconnues!\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "130                                        DURENDAL\n\n  Qu'elles sont naïves et charmantes aussi les douces cantilènes que l'âme des\nvieilles chantonne :\n\n                             A la bonne Vierge Marie,\n                             Au petit Jésus endormi,\n                             Qui protègent des ennemis,\n                             Le simple cœur qui songe et qui prie,\n\n                             Au petit Jésus de Noël\n                             Elles ont offert leurs mains blanches,\n                             Pleines de lys et de pervenches,\n                             Et leurs beaux yeux couleur de ciel.\n\n   Quel adorable tableautin que celui de ces vieilles, qui, comme le dit si bellement\nle poète :\n                                            ... sont des enfants\n                             Que charme un rien, qu'un rien étonne\n\n  On croit entendre réellement :\n\n                             Et les rouets et les fuseaux\n                             Chuchotant de vagues prières.\n                             — Plainte du soir dans les roseaux\n                             D'une frêle île hospitalière.\n\n   Voilà une des ingénieuses chansons de notre jeune poète. Il faudrait les citer\ntoutes, car toutes nous ont charmé, toutes sont ravissantes. Il n'y a pas de faiblesse,\nnous semble-t-il, dans cet album d'un jeune poète. Prenez-le vous-même,\"lecteur,\net vous serez fasciné comme moi, par ces voix poétiques qui disent si bien les rêves\ndes choses :\n                          Oh ! le vague des choses mortes.\n\n                              Leur âme en mon âme chantonne !\n                                                    L'abbé H.             MŒLLER.\n\n                                                   *\n                                               *       *\n\n   L e s D i s c i p l e s à Sais et l e s F r a g m e n t s de N o v a l i s , traduits de l'allemand\net précédés d'une introduction, par MAURICE MAETERLINCK. (LACOMBLEZ, un vol.,\n4 fr.) — J'ai fort goûté d'être introduit chez Novalis par Maurice Maeterlinck.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3078, "texte": "                                     DURENDAL                                     131\n\nJ'avouerai même ingénument que, sans ce beau guide ténébreux, je ne me serais\njamais aventuré dans les compliquées catacombes de la pensée de Novalis, de ce\nrêveur ainsi annoncé : « C'est un mystique presque inconscient et qui n'a pas de\nbut... Son enseignement est bien vague et il n'apporte pas de solutions nouvelles\naux grandes questions de l'essence... Il joue simplement dans les jardins de l'âme,\nil sourit aux choses avec une indifférence très douce et regarde le monde avec la\ncuriosité inattentive d'un ange inoccupé et distrait par de longs souvenirs. »\n                                             *\n                                         *       *\n   P a s s é le D é t r o i t , par GABRIEL MOUREY. (PAUL OLLENDORFF, Paris, un vol.,\nfr. 3.50.) — Je recommande à tous les fervents de l'Art, à tous les curieux d'esthé­\ntique, ce très noble livre de Gabriel Mourey. Ce volume, consacré à l'Angleterre,\n— par delà le détroit, — renferme peut-être les pages les plus pénétrantes qu'on ait\nencore écrites sur cette si curieuse école d'Art intitulé : Les Préraphaélites anglais.\nJe souligne à dessein ce mot de pénétrantes. « L'art, a dit Bacon, c'est 1 homme\najoutant son âme à la nature. » Ajouter son âme, les Préraphaélites ont admirable­\nment réalisé ce programme. Or, et c'est de quoi je suis reconnaissant envers\nGabriel Mourey, nul mieux et plus que lui ne nous a découvert cette âme que les\nartistes anglais ajoutèrent non seulement à la nature, mais à l'histoire, mais à la\npoésie, mais à tout ce qui sortit de leur cerveau ou de leurs mains.\n  On sait l'origine du Préraphaélitisme anglais. Mourey la résume en ces termes :\n« C'est l'imitation de Raphaël qui a corrompu l'art; c'est avec Raphaël que com­\nmence, pour s'achever dans la Renaissance, la désuétude du naturalisme pur et\nsain du moyen âge et l'éclosion d'un matérialisme bientôt dégénéré en convention\nfausse et superficielle. Le pseudo-classicisme de la Renaissance a desséché les\nsources mêmes de la vie et de l'art, c'est-à-dire la nature; les peintres apprirent à\npeindre comme on apprend un métier manuel; toute interprétation personnelle fut\ndétruite, les élans de l'imagination et de la fantaisie étouffés dans la pratique de\nformules toutes faites, les mêmes pour tous, dans l'esclavage d'une scolastique\nsèche et bornée. Le premier mouvement préraphaélite se révèle essentiellement\nnaturaliste, dans le sens élevé du mot. »\n   Les préraphaélites furent des réactionnaires merveilleux; leurs œuvres nous\ndonnent l'idée de l'art débarrassé de toutes les malheureuses conséquences de la\nRenaissance; les artistes pratiquèrent le culte de l'idéal, de la beauté, nous dit\nl'auteur, ils se nourrirent de l'étude passionnée dés Primitifs et considérèrent\ncomme un sacerdoce l'exercice de leur art, cet art pour la pratique duquel il fallait,\nselon le mot de l'un d'entre eux, « être pur de coeur et libre de toute sensualité\nintellectuelle ». On devine que l'âme de pareils artistes est d'une passionnante\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "132                                 DURENDAL\n\nétude; et ceux-là en seront convaincus qui auront lu, dans Passé le Détroit, les\nmerveilleuses psychologies de Dante Gabriel Rossetti, de Burne-Jones, Brown,\nMillais, Hunt, Aughes, Walter Crâne, W . Turner, Whistier, Swinburne.\n   Mais Gabriel Mourey n'est pas qu'un psychologue, un anatomiste d'âme, non.\nCe critique, passionné pour ceux qu'il critique, s'élève jusqu'à eux et artistiquement\nles égale. De là, en la présente œuvre, des pages d'une poésie délicieuse, que je ne\npeux que signaler, hélas! L'histoire d'Elisabeth Siddal et de son mariage avec\nRossetti; — les femmes de Burne-Jones; — la Lumière du monde, d'après Wil­\nliam Holman Hunt; — la Synthèse sensationnelle; — la Visite à Swinburne.\n   De la lecture du livre de Gabriel Mourey on sort un peu plus homme; c'est un\nde ses livres qui nous ajoutent quelque chose à l'âme. Tant d'œuvres aujourd'hui\nnous diminuent qu'il faut vouer une particulière reconnaissance à celles qui nous\naugmentent.                                                                 P . D.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-06-n6-008", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 136, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "La Rédaction de Durendal le prie de trouver ici l'expression de ses plus affectueuses condoléances.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notre vaillant collaborateur Pol Demade", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 155, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "MIROIR FART             ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nU     N classique vivant. — Les « pions » (prononcez ce mot avec un dédain à la\n       F . Vandenbosch) en feront assurément une maladie : les Trophées de José\nMaria de Hêrédia, ont obtenu un succès triomphal. Le public a été unanime, son\nauteur a été acclamé même par l'Académie française. Constatation plus grave\nencore : le livre des Trophées, un seul volume et de sonnets encore, vaut la gloire à\nson auteur, qui est entré tout vif dans l'immortalité littéraire. « Ah! monsieur,\ns'est écrié François Coppée, en pleine Académie, vous mettrez un jour dans un\ncruel embarras les faiseurs de florilèges ! »\n   Les fanatiques de l'antiquité, qui n'admettent point qu'on soit célèbre et qu'on ait\ndu génie, si on n'est pas mort et enterré depuis un certain nombre de siècles,\ndevront en prendre leur parti. Voici un homme vivant : HÉRÉDIA, et une œuvre\nd'hier : les Trophées, dignes d'être admirés tout de suite, dans les classes, à côté et\npeut-être même au-dessus d'Homère, d'Horace, de Virgile, de Racine, de Monsieur\nBoileau Despréaux.\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "                                     DURENDAL                                      133\n\n   Le seul reproche que ces vieux messieurs de l'enseignement pourraient encore\nfaire à Hérédia, ce serait, tort impardonnable, de n'avoir pas écrit ces admirables\nsonnets en grec ou en latin !... Contre cela il y a une ressource, c'est d'attendre que\nle français soit une langue morte pour révéler ces merveilles littéraires à la jeunesse.\nD'ici là il crèvera probablement un nombre incalculable de professeurs de rhéto­\nrique et de cuisiniers de l'espèce Rolin Broeckaert et C ie .\n  Quand donc se décidera-t-on à faire, dans l'éducation, une place à la vie et aux\nvivants?\n\n\n   Un certain Chamillac, correspondant parisien d'un journal belge, accouche de\ncette énormité :\n   « L'Académie est partagée en trois coteries qui se disputent l'influence : les ducs,\nles auteurs dramatiques et les indépendants. Aucune élection ne peut aboutir sans\nun accord préalable entre deux, au moins, de ces fractions. Or, il est habituel que,\nlorsqu'un candidat a la bonne fortune de plaire à messieurs les ducs, les auteurs\ndramatiques et les indépendants l'ont, par cela même, prodigieusement dans le nez;\ntandis que le protégé des auteurs dramatiques et des indépendants devient la bête\nnoire des ducs. D'où il résulte que l'oiseau rare qui, à force de notoriété, de rela­\ntions, d'intrigues ou de courbettes, est parvenu à se créer des intelligences dans les\ntrois groupes, ne passe, le plus souvent, que parce que l'on veut en écarter un\nautre. Exemple : M. de Hérédia, en personne. »\n  Il faut être un bel imbécile pour prétendre que Hérédia est parvenu à l'Académie\npar ces moyens. Et le talent? Est-ce que ça ne compte pas, illustre et gâteux\nChamillac !\n                                          *\n                                        * *\n\n\nA   NECDOTE du même Chamillac :\n       Jules Janin se donna jadis un mal énorme pour endosser l'habit à palmes\nvertes, et comme un de ses amis s'étonnait de cette insistance :\n  — A moi, mon cher, répondit il, cela m'est égal; mais si je n'entrais pas à l'Aca­\ndémie, ma belle-mère ne croirait jamais que j'ai du talent.\n                                             *\n                                         *       *\n\n\nF   ACÉTIES administratives :\n       L'Administration des Beaux-Arts est transférée au ministère de l'agriculture\net des travaux publics. On verra désormais dans l'antichambre du ministère de\nl'agriculture les éleveurs de bestiaux attendre l'audience pêle-mêle avec les éleveurs\nde statues !\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "134                                  DURENDAL\n\n\n  Les Belles-Lettres, elles, ont failli passer parmi les affaires étrangères... au pays.\n  Adorable fumisterie!\n                                            *\n\n     A vache bretonne sera l'étincelle qui, se répandant comme une tache d'huile,\nL     infusera un sang nouveau à notre cheptel indigène. (Propos tenu au cours de\nla discussion du dernier budget du ministère de l'agriculture... et des beaux-arts!)\n                                            *\n                                          * *\n\nM     ONSIEUR le comte E. de Kératry a publié, récemment, dans le Figaro, à\n       propos de la conversion de Vf. Valabrègue, un article dont nous extrayons\nces lignes :\n   « L'œuvre de Jésus est un Triptyque immense, déployé par lui le long de l'hu­\nmanité. Sur une face est écrit : Religion, et c'est le passé; sur la face du milieu,\nmaintenant visible, est écrit : Philosophie, et c'est le présent; sur la troisième et\ndernière face est écrit ce mot : Science, et c'est l'avenir.\n   » Le XIXe siècle fut un siècle d'entr'acte. »\n   Un Triptyque à trois faces, pourquoi pas un sou à trois faces? Si vous disiez\nencore : panneau, on pourrait s'entendre. Cette citation d'un joli tonneau est de\nValabrègue.\n  Voici maintenant du Kératry de derrière les fagots : « Un jour qu il se plaisantait\nlui-même sur un récent insuccès de théâtre, tour à tour il s'affligeait des violentes\npolémiques suscitées contre sa race. »\n  Et ceci donc : « Quoi qu'il en soit, au point de vue philosophique, cette nouvelle\nœuvre, pleine d'idées neuves, suivant pas à pas la parole du Christ, n'en restera\npas moins une tentative originale et un curieux spécimen de ce que peut produire\nce grand creuset de Paris, la fournaise des idées toujours en ébullition. »\n  Une œuvre qui suit pas à pas une parole et qui est en même temps une tentative et\nun spécimen du grand creuset. Quel jargon. Le Figaro passe cependant pour le pre­\nmier journal littéraire de France et à l'occasion il ne manquera pas de s'esclaffer, à\npropos du parler belge, savez-vous, une fois! Francis Vfagnard, tout Belge qu'il fût,\nn'eût pas laissé imprimer de pareilles sottises.\n                                             *\n                                         *   *\n\nU    N comte peu chevaleresque.\n         Les Études religieuses ont publié, sous la signature d'un certain J. Noury,\nune critique violente et, de l'avis de beaucoup, injuste du livre de J.-K. Huysmans.\nLe Bien Public s'est empressé de reproduire cet article (26 avril).\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "                                     DURENDAL                                     135\n\n   Nous avons fait remarquer immédiatement à M. le comte Guillaume Verspeyen,\nrédacteur en chef du Bien Public, que l'avis de M. J. Noury n'était pas l'avis\nunanime des catholiques, tant s'en faut; et que l'abbé Klein notamment, dans le\nMonde (12 mars) et dans son livre du Dilettantisme, avait émis sur l'œuvre un\njugement tout différent. Nous demandions à M. le comte Verspeyen de publier\nl'article de l'abbé Klein, afin d'éclairer en toute impartialité le public. M. le comte\nVerspeyen n'en fit rien.\n   M. le baron de Haulleville, professeur à l'Université de Louvain, publia dans le\nJournal de Bruxelles, sous son pseudonyme habituel (Félix de Breux), une longue\nlettre ouverte au Bien Public (26-27-28 mai) sur le même sujet. M. le comte Verspeyen\nn'a pas encore répondu.\n   Nous nous permettons, malgré tout le respect et toute l'admiration que nous\néprouvons pour la personne et le talent du rédacteur en chef du Bien Public, de\ntrouver ses procédés fort peu chevaleresques et surtout fort peu catholiques. Si les\nadversaires du Bien Public agissaient de cette façon, le rédacteur en chef ne man­\nquerait pas de les traiter de gens ce mauvaise foi. Nous sommes forcé d'appliquer à\nM. le comte Verspeyen la mesure qu'il applique à ses adversaires.           P. D.\n                                             *\n                                         *       *\n\nM     AITRE Joris Karl-Huysmans nous a promis sa précieuse collaboration.\n                                             *\n                                         *\n                                         *\n\nO    N annonce l'apparition prochaine du quinzième volume des Œuvres et des\n      Hommes, de Jules Barbey d'Aurevilly, sous ce tiire : Journalistes et Polémistes.\n                                       *\n                                     * *\n\nL   E Coq rouge, à la voix chaude et sonore, a chanté le 15 juin pour la deuxième\n     fois. Puisse-t-il aider au réveil littéraire des Belges sommeillants.\n\n                                             *\n                                         *       *\n\n\nM     ONSIEUR   J. Devallée a publié, dans la Gazette de Liége, une chronique sur le\n       livre de J.-K. Huysmans, En Route! On sait que la même gazette a reproduit,\njadis avec un enthousiasme délirant, une Ode à la médiocrité! d'un certain\nXavier Francotte. C'est dire l'inintelligence de la présente chronique! Bienheureux\nles pauvres!\n                                           *\n                                         * *\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "136                                DURENDAL\n\n\n\nL     A douleur est comme cette tige de fer que les sculpteurs mettent au sein\n       de leur glaise, elle soutient, c'est une force.\n                                                                       (BALZAC.)\n\n  Ceux que nous avons aimés et que nous avons perdus ne sont plus où ils\nétaient; mais ils sont toujours et partout où nous sommes.\n                                                                 (A.    DUMAS.)\n                                          *\n                                      *       *\n\n\nM      ONSIEUR Henry Carton de Wiart, notre collaborateur et ami, vient d'avoir\n        la douleur de perdre son père. La Rédaction de Durendal le prie de trouver\nici l'expression de ses plus affectueuses condoléances.\n\n\n\n\n    "}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 134, "texte": "JUIN I o 9 5 (DEUXIÈME ANNÉE.)\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                  DURENDAL\n  REVUE      CATHOLIQUE          D'ART    ET DE            LITTÉRATURE\n\n\n\n                       ABONNEMENTS\nBelgique : un an. , . , ^ . fr. 5.00 f \"Etranger : un an         fr. 6.50\n                         Prix du numéro : 1 franc\n\n\n\n   Nous recommandons très instamment, à tous nos lecteurs, une\nactive propagande en faveur de cette revue que nous voudrions voir\ns'agrandir et se développer de plus en plus. Nous serions heureux\nd'élargir nos cadres, de faire la place plus large aux nouvelles, à la\ncritique, aux questions actuelles, de donner des portraits, des des-\nsins, etc. Surtout nous voudrions réaliser en cette revue un projet qui\nnous est cher : réunir les éléments de l'Histoire des lettres catholiques\nau xix e siècle. Ce ne sont ni les sujets, ni les talents qui manquent.\nMalheureusement l'apathie des catholiques, en ce qui concerne les\nchoses de l'intelligence, est grande — pour ne pas dire plus. Que nos\nlecteurs s'efforcent de réagir contre ce courant d'indifférence.\n   Que chacun de nos abonnés, par exemple, nous amène un ou deux\nde ses amis et, d'ici peu, grâce à ces recrues nouvelles, nous pourrons\nréaliser une partie de nos désirs.\n   Durendal, il est à peine besoin de le dire, est une œuvre de désinté-\nressement; mais justement, à cause de cela, nous voudrions que nos\namis nous aident, chacun dans la mesure du possible, à faire de la\nrevue une publication digne de l'Art et de la Littérature catholiques.\n   Puisse cet appel être entendu.\n                                                      L A RÉDACTION.\n\n\n\nToutes correspondances doivent être adressées à la Rédaction et Administration :\n                B,ue Albert-de-la-Tour, 14, à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": " Juin 1895                                                             N° 6\n\n                                 DURENDAL\n\n\n\n\n       Lettre ouverte à Pol Demade\n                 M O N CHER D E M A D E ,\n\n                moment ne vous paraît-il point venu de donner suite\n                 à l'idée née jadis — il y a trois ans — de nos cause­\n                 ries à bâtons rompus sous les hauts arbres du Jardin\n                 de T r o n c h i e n n e s . . . Presque par hasard, nous nous\n                 étions rencontrés là quelques-uns que passionne l'art\n                 chrétien et moderne, et aux heures de récréation,\n                 dans nos flâneries le long du ruisseau clair où le prin­\n                 temps mirait son virginal renouveau de feuilles et\nde fleurs, nous devisions de nos projets et de nos espérances...\n« Si on essayait un Congrès? » proposa l'un de nous (n'était-ce point\nDullaert?). E t tout d'abord nous nous enthousiasmâmes, comme\nà toute idée nouvelle et téméraire... E t déjà un plan s'esquissait;\ndéjà la ville, le local même étaient choisis; déjà les rôles se distri­\nbuaient, quand la cloche de la retraite nous voua au silence. Et\nquelques heures plus tard, toutes réflexions faites, nous eûmes la\nnette notion de l'irréalisation de ce beau rêve audacieux : le jeune Art\ncatholique venait à peine de s'affirmer par une vigoureuse sortie au\nCongrès de Malines et par quelques battues de Routine menées sous\nles auspices du Drapeau; certes nous sentions, éparse autour de nous,\nl'encourageante et vibrante sympathie de nos cadets, mais en même\ntemps l'ombre nous dominait d'un organisme antique et officiel qui\n« s'estradait » du dernier pion de collège à M. Godefroid Kurth —\ntête de cette p y r a m i d e d'hostile résistance; dans les revues c'était le\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "114                                DURENDAL\n\n\nd é d a i n ; dans les journaux c'était la gouaillerie; si, en un Congrès,\nnous eussions tenté alors de débattre nos idées et, en conclusion,\nd'esquisser le programme de l'Art et des Lettres catholiques, la\nconspiration du silence eût alterné contre nous avec le chantage\nlaïquement excommunicatoire... E t sous les hauts arbres du Jardin\nde Tronchiennes, nous causâmes d'autre chose...\n    Depuis lors les idées ont m a r c h é ; les grands pontifes de la « T r a d i ­\ntion intangible » — tel M. Joseph Demarteau — ne rendent plus\nd'oracles; les minces follicules ont trépassé où les « bons jeunes gens\ninintelligents » dont parle quelque part J.-K. H u y s m a n s , vendaient\nhebdomadairement leur indépendance et leur jeunesse pour le plat de\nlentilles de l'approbation professorale ; la Revue générale, le Magasin\nlittéraire rivalisent d'ardeur avec Durendal dans la défense du moder­\nnisme catholique, auquel VEscholier et ses confrères apportent de leur\ncôté l'adhésion sans réserves de « ceux du dernier bateau » ; seules les\nEtudes religieuses, des R. P . de la Compagnie de Jésus, ont à présent\nle monopole de déposer d'intervalles quelques petites saletés au pied\ndes granitiques statues de gloire de Barbey, de Hello, de Villiers, de\nVerlaine — maîtres et modèles aimés auxquels notre admiration et\nleur hostilité ont déjà ajouté le grand écrivain chrétien d'En Route.\n    E h bien, mon cher D e m a d e , que vous en semble-t-il et l'heure\n propice n'aurait-elle point sonné de nous rendre compte en commun\n des étapes parcourues sur le chemin de l'Art en même temps que de\n mesurer les étapes encore à parcourir?\n    E t quelle abondance de questions à traiter : en littérature, la triple\n et passionnante théorie du roman catholique, de la poésie catholique,\n de la critique catholique; en peinture, en sculpture, en architecture,\n la démarcation à tracer entre les utiles et réellement artistiques\n conquêtes du néo-gothique et ses grotesques et hideuses exagérations ;\n enfin, d'autre part, le délicat examen de la musique religieuse...\n Dites, — sans tenir compte même des inévitables lacunes de cet\n inventaire hâtivement dressé au courant de la plume, — dites, n'y\na-t-il point là de quoi dégoûter rétrospectivement de l'incolore et fade\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                DURENDAL                                 115\n\nsalmigondis qu'on nous servit jadis à Malines? E t la jeunesse catho­\nlique, en qui s'infiltre de plus en plus le souci de l'Art, pourrait-elle ne\npas s'emballer d'enthousiasme pour un programme mettant en vedette\ndes problèmes aussi tentants par leur nouveauté que par leur oppor­\ntunité... Or l'emballement acquis, l'enthousiasme amorcé, le reste,\nc'est-à-dire l'organisation matérielle de l'œuvre, la date, la ville à\nchoisir (et ne s'impose-t-elle pas au choix, la vieille ville universitaire\n— Louvain — d'où depuis toujours l'idée catholique rayonne sur la\n Belgique?), le reste viendra par surcroît.\n   ... T a n d i s que ce soir, en la solitude de m a chambre, je cause ainsi\nfamilièrement avec vous de l'avenir de nos chères lettres catholiques,\nlà-bas, à Gand, plusieurs centaines de jeunes gens chrétiens, venus de\ntous les coins du pays, resserrent, en de joyeuses et tintamarresques\nfêtes, la solidarité estudiantine... O h ! qu'ils savourent jusqu'à l'ivresse\ncette volupté profonde et communicative de l'enthousiasme en com­\nmun — rien de mieux !... Convenez cependant que les réunions habi­\ntuelles de notre jeunesse, à vague but de fraternisation, gagneraient à\nêtre orientées vers un idéal moins facile et moins platonique... Certes\nla compréhension de la haute mission de l'Art n'est départie qu'à\nquelques privilégiés — et ceux-là seuls qui ont cette compréhension\nsont aptes à l'apostolat viril et fructueux... Mais encore importe-t-il\nque ces « privilégiés », enlisés souvent dans le marasme de la tradition\nclassique, soient initiés à l'intrinsèque vérité et à l'urgence incontes­\ntable du modernisme catholique!...\n   Et c'est pourquoi, mon cher D e m a d e , je vous rappelle notre beau\nrêve audacieux d'autrefois, convaincu que si Durendal le veut, il en\nfera une belle réalité de demain.\n                                              FlRMIN    VANDENBOSCH.\n     I5   mai 1895.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "116                                      DURENDAL\n\n\n\n\n                                  RETRAITE\n         J'ai fait plus d'une fois ce rêve : vivre ici !\n         Acheter ce vieux chaume et, nouveau Sans-Souci,\n         Couler mes jours, tranquille et libre, sous ces hêtres.\n         Rien que des nids au toit, de la vigne aux fenêtres,\n         Et des fleurs dans la chambre où le soleil rirait;\n         Puis le petit jardin, la route et la forêt...\n         Ce serait bon. J'aurais quelques chambres bien closes,\n         Une femme, un enfant, des livres et des roses,\n         Et, dans leurs lits de foin, de vieux vins endormis\n         Pour les soirs où viendraient, parfois, les bons amis.\n                                                                  ADOLPHE          HARDY.\n\n\n\n\n      LE SONNEUR DE CLOCHES\n               A   M . LE CHANOINE FRÉCHET, CURÉ DE NOTRE-DAME D ' A N N E C Y .\n\n\n                                               I\n\n\n\n\nS\n           UR la charrue il se courbait, hâtant son labour dans la crainte\n           de l'ombre prochaine. Car les brises du soir, légères et fris­\n           sonnantes, couraient déjà sur les choses, calmant les ardeurs\n           du jour et rafraîchissant les plantes lasses et le sol fatigué.\nL e soleil achevait de descendre là-bas, derrière les lignes bleues et\nrégulières du J u r a ; le lac L é m a n reflétait en ses eaux paresseuses la\ncolonne d'or de l'astre déclinant, et déjà les plaines se chargeaient des\ntristesses nocturnes, les grands sapins noirs de la chaîne des Hermones\ns'enténébraient, r e c é a n t en leurs profondeurs obscures de mystérieuses\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                 DURENDAL                                 117\n\ndouleurs, tandis que les pics lointains, la D e n t d'Hoche et les Cor­\nnettes de Bise, déchiquetant leurs formes élancées dans la gloire du\ncouchant, s'auréolaient de lumière et rosaient de teintes ineffables\nleurs flancs abrupts et rocailleux.\n   Ainsi le jour agonisait. L e paysan, tout en sueur, excitait son\nattelage, en a p p u y a n t de toutes ses forces sur les barres de la charrue\nafin de pénétrer jusqu'au cœur de la terre féconde. Mais les grands\nbœufs placides continuaient lentement leur trajet, indifférents aux\nclameurs du gamin qui marchait à leur tête, et pressentant dans la\nfraîcheur de l'espace le prochain repos et la saveur du foin qu'ils\nrumineraient tout à l'heure en leurs songeries inachevées.\n   Soudain, emplissant les airs, à cette heure calme où l'espace est\nd'une étrange sérénité, égrenant au loin leurs ondes sonores, qui s'en\nallaient mourir tout au bout de l'horizon triste, les cloches du soir\nsonnèrent l'Angélus. Elles se répondaient de village en village, unissant\nleurs invitations à la prière, pleurant les mêmes appels de foi, et\nenlaçant leurs douces âmes musicales dans un dolent carillon. Les\nplus rapprochées, celles du L y a u d , pressaient leurs sons qui fuyaient\ndans les airs, comme un vol de colombes échappées du clocher : elles\nétaient la souveraine mélodie qu'accompagnaient en sourdine, très'\ndoucement, les cloches d'Armoy et d'Orcier aux murmures éloignés.\n   A cette mélopée des cloches, plus rafraîchissante même que le\ncalme silence qui l'avait précédée, le jeune paysan se redressa sur les\nbarres de la charrue, et arrêta son attelage. Sa poitrine se dilata,\naspirant avec joie l'air serein du soir, et ses yeux s'emplirent d'espace\net de lumière, et comme il écoutait la douce musique courant dans\nles airs, il sentit cet étrange frisson intérieur qui est comme une\nrévélation de l'éternelle Beauté. L e s notes graves et pleurantes des\ncloches venaient mourir sur son cœur et avec elles son esprit vaguait\nau loin, intimement uni à leur mélodie, intimement troublé des\nparoles qu'elles lui disaient.\n   Il regardait, droit devant lui, la mort du soleil qui fièrement s'en\nallait derrière le J u r a , se reflétant en colonne d'or dans les eaux pares-\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "118                             DURENDAL\n\n\nseuses. E t l'astre ne fut bientôt qu'une moitié de disque, puis un\ncroissant, puis une simple étoile de diamant posé sur la montagne, et\ndans le lac la colonne d'or s'amincissait de plus en plus, et ne fut\nbientôt qu'un long glaive d'or, magique reflet de l'étoile suprême. Puis\nl'étoile et le glaive s'éclipsèrent, indicibles illusions d'or trop vite\ndisparues, mais éternellement renouvelables. E t le recueillement\ndescendit sur les choses dont les teintes s'adoucirent, et dont les mélan­\ncolies s'attestèrent. L e bleu du ciel s'appâlit, et le bleu du lac frissonna\ncomme s'il avait froid : une longue bande rougeoyante précisa le\nsommet du Jura, et une brume impalpable et rose flotta dans l'espace\nrafraîchi.\n   C o m m e le paysan se retournait instinctivement pour contempler les\nmontagnes, il les vit, les montagnes lointaines, étincelantes encore de\nlumière, et heureuses de leur magnificence. L'ombre qui avait gagné\nla plaine, n'avait point gravi les sommets, et un instant le soleil, par-\ndelà l'horizon, les drapa de splendeur. Puis ils se voilèrent à leur tour,\nse mêlant presque au ciel très pâle dans la brume à peine visible?\n   Les cloches avaient fini leur concert. Elles avaient salué la mort du\nsoleil sur leur r y t h m e très doux, et se taisaient maintenant, livrant\ntout l'espace au silence, comme si la prière avait répondu à leur appel\net s'était agenouillée dévotement sur toute la terre.\n   Longtemps, longuement, le jeune homme laissa flotter dans les\nairs sa pensée fuyante. Il avait découvert son âme dans l'harmonie de\nces cloches du soir. Jusqu'alors son âme lui était demeurée fermée, et\nvoici que les notes envolées dans les airs avaient pénétré jusqu'à\nlui-même, lui disant les paroles révélatrices et les vérités profondes.\n   Confusément il sentait ces choses, et nulle parole n'aurait pu\ndévoiler le mystère qui s'accomplissait en son être. Il ne se demanda\npoint ce qui se passait en lui, mais comme si l'attirance de ces cloches\nlui symbolisait sa vie, il éprouva, durant cette heure sereine, un\nimmense amour pour elles, un immense désir de s'unir à la douceur\nde leur voix.\n  E t comme ses bœufs placides le fixaient de leurs bons yeux craintifs,\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                               DURENDAL                               119\n\nil détela sa charrue et s'en revint dans le soir encore tout rose et doré,\nruminant, comme ses animaux aux lointaines songeries, ce vague\namour des cloches qui s'était installé en son cœur.\n\n                                    II\n   Dès cette radieuse soirée septembrale, où dans l'harmonie des\ncloches il découvrit son âme, davantage encore il s'absorba en\nlui-même, s'isolant des autres hommes et percevant obscurément en\nlui la palpitation des choses invisibles. Il passait de longues heures\nenvironné de calme et de solitude, parmi l'ombre fraîche des bois,\ndans l'attente des sonneries aimées. Plusieurs semaines, il chercha\nl'endroit le plus favorable pour entendre les mélodies des clochers\nlointains, et il sut découvrir, sur le flanc des Hermones, la lisière\nd'un bois de jeunes chênes d'où la vue s'étendait magnifiquement sur\nl'horizon, où venaient, comme à un rendez-vous d'amour, les chansons\nde toutes les cloches des villages voisins. Joyeusement les sonneries\nvolaient dans l'espace, solitaires tout d'abord, puis se mariant aux\nsonneries prochaines, puis s'unissant en un chœur de voix célestes qui\nmontaient parmi les coteaux et s'envenaient mourir là-haut à la lisière\ndu bois où les attendait le jeune homme extasié.\n   T o u t e la vie humaine flottait dans la chanson des cloches. A toutes\nvolées, en gais carillons, elles disaient la venue au monde d'un nouvel\nêtre destiné à comprendre, à aimer, à souffrir, et affirmaient ainsi la\nbonté de la vie en saluant l'apparition de l'enfant et sa consécration\ndans la Foi consolatrice.\n   Elles étaient également joyeuses, les sonneries annonçant l'éclosion\nde l'amour, et le bonheur fécond des époux : blanches comme les\nvoiles des jeunes mariées, riantes comme le fond de leurs cœurs,\namoureuses comme les regards de leurs yeux sincères, elles couraient\nà travers l'espace, grisant les fleurs parfumées de leurs musiques\ncaressantes, disant aux choses les douceurs de la tendresse, répandant\nau loin l'annonce des unions heureuses : et sous le baiser de leurs\nnotes cristallines les fleurs, se sentant plus belles, relevaient leurs\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "120                             DURENDAL\n\n\ntiges lasses, et les choses souriaient confusément, et les hommes,\népars dans les campagnes, murmuraient : « Quel est donc ce bonheur\nqui passe? »\n   Puis les matinales sonneries invitaient à la paix bienfaisante des\nchapelles ; et l'âme, en les entendant, sentait en elle pénétrer toute la\ncaresse des aurores limpides. Et l'Angelus du soir, qui chantait la fin\ndu travail et le repos nécessaire, courait sur les bois et sur les prairies,\ncomme un ange invisible apportant aux hommes de bonne volonté le\ncalme intérieur.\n   Mais quand le soir de la vie s'achevait et s'acheminait vers la nuit\ndéfinitive, le glas des cloches tristes entrait au cœur des êtres, leur\nrappelant que rien ne dure sur terre, que les désirs, les rêves et les\namours ne sont que passagers et illusoires, que tout disparaît dans\nl'éternel Inconnu, et que la Mort est là, guettant les vies humaines.\nCependant, même dans ces chansons plaintives des cloches, clamant\nl'inanité des êtres, même dans cette douleur immense qu'elles propa­\ngeaient à travers les airs, des musiques d'espérance se mêlaient aux\nsonneries funèbres, annonçant le repos des âmes dans le Bonheur\nfutur.\n   Ainsi toute la vie des hommes se résumait dans ces paroles qui\ns'envolaient de clocher en clocher. Les âmes des cloches étaient sœurs\ndes âmes humaines et exprimaient leurs pensées profondes. Le poème\nde la vie naissante, le chant des amours heureuses, l'inexprimable\ndésir d'Infini, le problème douloureux de la mort étaient tous contenus\ndans leurs musiques, tour à tour joyeuses et folles, mélancoliques et\nattristées, dévotes et mystiques.\n   ... Inconsciemment il subissait l'attrait des chanteuses divines. Les\nheures se passaient pour lui à les attendre : du sommet de son bois\nécarté il guettait leur venue, comme un amant espère son amoureuse.\nEt lorsqu'elles commençaient à se répandre au loin dans les cam­\npagnes, il souriait d'aise, il se sentait revivre, comme si toute sa vie\nétait suspendue à cette chanson des cloches.\n   Dans les villages, les gens accoutumés à voir sa silhouette immobile\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                               DURENDAL                               121\n\n\nsur les prairies et son regard perdu en des rêves incertains, le décla­\nraient volontiers atteint de folie. Si d'aventure quelque fraîche et jolie\nfille passait près de lui à la tombée de nuit, et s'arrêtait, surprise\nde son indifférence, il ne daignait même pas lever sur elle ses grands\nyeux songeurs, et elle s'enfuyait, rieuse, avec peut-être quelque\nregret au cœur, disant de lui : « C'est un simple. » L'une d'entre\nelles, Marie, dont l'enfance fut chère à la sienne et qu'il regarda long­\ntemps, sans lui parler, comme sa promise, sentait défaillir sa pauvre\nâme en comprenant qu'il était si loin d'elle, et que son amour n'était\nplus qu'un souvenir. Seuls, quelques vieillards, saisissant davantage\nsa pensée, parce que la mort prochaine leur éclairait la vie, causaient\navec lui encore, sur le pas de leurs portes.\n  De plus en plus il s'écartait des hommes, et de plus en plus son\nâme suivait les cloches et se confondait avec leur musique.\n  L e jour où le vieux sacristain trépassa, il d e m a n d a comme une\nextraordinaire faveur que désormais on lui laissât le soin des sonneries.\nEt ce fut lui qui devint l'annonciateur des joies et des douleurs\nhumaines. C o m m e il les aimait et comme il les comprenait, il fit\npasser dans la chanson de ses cloches un peu de son amour : plus\ndouces et plus profondes, plus sincères et plus charmeuses, plus\nimprégnées de bonté et de pitié, elles répandaient sur les campagnes\nleurs pieux appels et leurs paroles bénies, et pénétraient jusqu'au\ncœur des hommes, éveillant en eux les dévotions oubliées. E t sans le\nsavoir, c'était son âme qui chantait ainsi : il s'exprimait lui-même, cet\nhumble qui n'avait jamais songé à s'analyser et à se comprendre.\n   Sa vie s'enchanta, les premiers jours, de répandre sur les fidèles les\nmystiques effluves des cloches, et il fut comme grisé de la réalité de\nson rêve.\n   Puis un profond chagrin s'empara de lui. Les sonneries étaient rares\ndans la petite paroisse du L y a u d . E t les heures s'allongeaient dans\nl'espoir des voix pieuses, et son âme souffrait de ne s'exprimer qu'à de\nlongs intervalles et d'incertaines occasions.\n  Un beau jour il réalisa son héritage et s'en alla, cherchant ailleurs\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "122                             DURENDAL\n\n\n des sonneries plus fréquentes-et des cloches plus nombreuses. Et\npourtant, sur le chemin qui l'éloignait, il se retourna plusieurs fois,\nregardant avec un immense regret la petite église blanche du Lyaud,\nadossée à la montagne, et le champ labouré où son âme s'était révélée,\net la lisière du bois de chênes où la musique des cloches l'avait tant\ncaressé. Un peu de son cœur restait en ces lieux chéris.\n   Comme il passait devant la porte de Marie, celle-ci se leva, et lui\nposant ses deux mains suppliantes sur l'épaule, et le regardant jusqu'au\nfond de ses yeux, elle lui dit, peureuse : « Pourquoi t'en vas-tu? » Il\nlui prit les mains, baissa les yeux et répondit : « Je ne sais pas, je\nvais à la recherche d'autres cloches... »\n   Elle le vit s'éloigner dans le soir frileux, et se mit à pleurer, en\nsongeant à ce pauvre fou qui lui avait pris son cœur.\n\n                                    III\n   Il traversa les hameaux de Trossy et de Charmoisy, et s'arrêta à\nOrcier dont l'église apparaît comme un vieux château gris et sombre,\ndominant la campagne. Trois cloches habitaient le clocher tranquille,\net comme la paroisse était plus populeuse que celle du Lyaud, le\nsonneur annonça plus fréquemment les naissances, les mariages et les\nmorts, les aurores, les épanouissements et les couchants.\n   Mais à mesure qu'il livrait davantage son âme à la musique des\ncloches, il devenait plus expert à saisir les nuances de leurs sons, et\nplus apte à comprendre leurs paroles. Et s'élançant, toujours plus\nprofondément, dans les rêves indécis où flottait son imagination, il\nconcevait des carillons plus moelleux et plus larges, un rythme plus\nparfait et plus doux, une mélodie plus filée et plus sublime. Insatisfait\nde ce qu'il entendait, il songeait à des harmonies continues qui expri­\nmeraient tous les secrets des âmes, et révéleraient tout ce qui est en\nnous et que nous ignorons. Ces pensées étaient inconscientes chez\nlui : son intelligence, très lente et confuse, pressentait sans les définir\nles impressions intérieures qui le tourmentaient. Et une force incon­\nnue, cette même force qui de son âme avait fait la sœur des âmes\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                DURENDAL                                123\n\n\nmusicales des cloches, le poussait à chercher plus loin, toujours plus\nloin, les sonneries qui exprimeraient tout son être, les pays où les\ncloches sont plus belles et sonnent toujours.\n   Bientôt il quitta Orcier. Il s'en alla à Draillant, puis à Perrignier,\nentraîné par un pouvoir mystérieux qu'il ne raisonnait pas et auquel\nil n'essayait pas de se dérober. Quelque temps il demeura sur la\ncolline des Allinges : son âme s'accordait avec la beauté sauvage des\nvieilles ruines qui subsistent parmi la verdure sombre des arbres. Du\nhaut de ces lieux bénis, il écoutait joyeusement les concerts de toutes\nles cloches de la plaine : Armoy, le Lyaud, Orcier, Draillant, Perri­\ngnier, Mesinges, Margencel envoyaient jusqu'à lui leurs mélodies\npénétrantes, et les cloches sonores de Thonon, sur cet accompagne­\nment grandiose, brodaient leurs vibrantes variations. Et il reconnais­\nsait, parmi ce chœur pieux, ses favorites, les cloches du Lyaud, celles\nqui, les premières, avaient ensorcelé son cœur.\n   Puis il s'en alla encore, toujours insatisfait, toujours suivant son\nrêve qui l'entraînait ailleurs.\n   Il traversa le lac Léman, et atteignit la rive suisse : il avait ouï dire\nque dans les cantons catholiques de la Suisse romande, les cloches\nétaient plus aimées et sonnaient plus longtemps. De course en course,\nil arriva à Fribourg et dans la vieille ville il s'arrêta.\n   De nombreux clochers et clochetons attiraient ses regards : et\ncomme il attendait, anxieux, la musique des cloches, il eut un sourire\ntriomphant, car, à de brèves distances, la cathédrale, les églises, les\nchapelles, se répondaient en chœur, insistant sur les âmes qu'elles\nappelaient à la prière, réitérant leurs accents, répétant leurs douces\nharmonies. Presque à toute heure des cloches sonnaient, et le son de\nces cloches était plein et sonore, s'éparpillant au loin, et se heurtant\naux échos qui doublaient leurs appels. Il connut ainsi la joie : son\nvisage grave prit une habituelle expression de béatitude ; son âme se\ndilata, comprenant vaguement que sa vie augmentait d'intensité\npuisque son expression s'attestait dans le chant plus nourri des cloches.\n   Il ne parlait presque plus, il écoutait. Ses yeux reflétaient les\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "124                            DURENDAL\n\n\neffusions mystiques de son cœur qui couraient jusqu'au ciel, en h y m n e\nde bonté et d'amour, parmi les pieux cantiques des églises. Son âme\ns'identifiait de plus en plus aux sonneries harmonieuses : il ne vivait\nplus, il s'écoutait vivre dans le chant des cloches.\n   Là-bas, dans son village, on avait presque oublié l'amoureux des\ncloches, ce fou qui était parti un soir d'été, et Marie, sa promise, après\nl'avoir pleuré, s'était mariée à un voisin, et ne se souvenait plus que\ntrès lointainement, comme d'une fleur aux parfums trop doux qui se\nserait fanée, de son grand amour d'autrefois. L u i , pendant ce temps,\ngoûtait une joie sans bornes, car son âme flottait sur les autres âmes\nhumaines, en h y m n e de piété et d'amour.\n\n                                   IV\n   Cependant un étrange phénomène se produisait en lui. A mesure\nqu'il vieillissait et que s'affaiblissait son ouïe, il entendait davantage\nla résonnance de ses cloches aimées : elles chantaient intérieurement en\nlui et son âme était pleine de carillons.\n   On le surprenait à toute heure, arrêté soudainement dans sa marche,\nécoutant des cloches qui ne sonnaient pas, souriant à d'absentes har­\nmonies. Son âme était une musique continue et frissonnante, toute\nbaignée de mystiques songeries.\n   Bientôt, comme il était très vieux, il devint sourd. E t sa surdité\nétait bienheureuse, car les bruits extérieurs ne vinrent plus troubler\nla splendeur des cloches qui sonnaient en lui. E t ses heures se pas­\nsaient, très douces, dans l'audition constante de symphonies inconnues\naux hommes.\n   Il mourut presque inconsciemment, écoutant sa vie pleurer son\nchant du cygne, et son àme sonore s'exhala dans la gloire du couchant,\nparmi les musiques des Angelus bleus que sonnaient les cloches de\ntous les clochers lointains...\n                                                   H E N R Y BORDEAUX.\n      Thonon-les-Bains, octobre 1893.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                        DURENDAL                                 125\n\n\n\n\n                    L'OMBRE DU CERCUEIL\n          Un hasard ce soir-là me mit à la fenêtre.\n          Bon gré, mal gré, le mur de la cour me fit voir\n          Sur d'étranges clartés se découpant en noir\n          Le cercueil du voisin défunt la veille, — un prêtre.\n\n          A ce funèbre aspect, je n'eus plus ni vouloir\n          Ni raison : la terreur écrasa tout mon être :\n          Je criai comme un fou sans plus me reconnaître,\n          Tandis que se brisait au parquet mon bougeoir.\n\n           Sans peur, le jour, j'avais dans la chapelle ardente\n           Baisé la blanche croix de l'étole pendante\n           Et tout contre le mort prié paisiblement...\n\n           Quelle source assigner à ce retour bizarre\n           Et d'où vient que l'esprit plus troublé, tant s'effare\n           Des maux qu'idéalise un vague éloignement ?\n                                                     EDOUARD B E R N A E R T .\n\n\n\n\n                                 LES MOIS (1)\n                        LES        MEULES   DE     SEPTEMBRE\n\n                       Aux chemins creux où s'accroche le foin,\n                        Les chars s'en vont odorants vers les fermes,\n                   Et de la plaine indéfinie, au loin,\n\n(1) Voir nos numéros de mars et mai.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "126                     DURENDAL\n\n\n      On voit les chars descendre lourds et fermes,\n      Bourrés de grains, de sèves et de germes.\n      Un chant de grive a traversé les airs.\n      Les chaumes nus grincent aux soleils clairs.\n      Les blés sont mûrs, on arrondit les meules.\n      Dans les pailles, la faux n'a plus d'éclairs.\n      Les lauriers sont coupés sur les éteules.\n\n\n\n\n            LES RAMIERS           D'OCTOBRE\n\n          Dans la forêt aux jaunes frondaisons,\n           Les blancs ramiers perchent au haut des chênes,\n      Cherchant encor les jeunes floraisons,\n      Les arbres verts dans les forêts prochaines,\n      Et les semeurs bienfaisants dans les plaines.\n      Parfois l'un d'eux aux grands chaumes glanés\n      Qu'hélas! la bise effrayante a fanés,\n      S'abat pesant par la brume nouvelle.\n      Et voici que, vers les cieux fortunés,\n      S'envole et fuit la dernière hirondelle.\n\n\n\n      LES BROUILLARDS             DE      NOVEMBRE\n\n           Dans le brouillard où blêmit la clarté,\n            On entend choir et choir les feuilles mortes,\n      Les feuilles d'or, les feuilles de l'Eté,\n      Les oiseaux gris descendent en cohortes...\n      Or, au logis, bien closes sont les portes,\n      La paille hachée et les blés remisés,\n      Tandis qu'au loin, sur les coteaux boisés,\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                 DURENDAL                        127\n\nLa nuit s'étend apaisante et charmée,\nEt qu'un vieux chien aux horizons rosés\nPleure au perdu, navrant, par la ramée.\n\n\n\n    LES SAPINS       DE     DÉCEMBRE\n\n Le froid durcit les plaines, les marais\n     Et les chemins où les feuilles inertes\nVont s'entasser au sortir des forêts.\nPlus rien ne vit. Les branches sont désertes\nEt les mousses aux givres durs offertes.\nSeul, dédaigneux du gel et de l'hiver,\nUn grand carré de sapins reste vert.\nEt la couleur des rigides ramures\nTranche au ciel mat, immobile et couvert,\nOù se sont tus les plus faibles murmures.\n                                 THOMAS BRAUN.\n\n\n\n\n             CHAPELLE\n    Mon cœur, mignonne, est désormais\n    Une chapelle très fleurie\n    Comme pour la Vierge Marie\n    De lys et blanches fleurs de Mai!\n\n    Et sur un trône, je t'ai mise,\n    Tout parfumé de frais matin\n    De chants d'oiselets et de brise\n    Et de bruyères et de thym.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "128                       DURENDAL\n\n\n             Et, quand la neige du silence,\n             Tombe, en ta chapelle, le soir,\n             O notre dame d'espérance,\n             Effeuillant les fleurs de l'espoir.\n\n             Par des chemins de rêverie,\n             Vite, j'accours en ta maison\n             Et je chante ta litanie\n             0 notre dame d'amour blond !\n\n             Mon cœur, mignonne, est désormais\n             Une chapelle très fleurie,\n             Comme pour la Vierge Marie,\n             De lys et blanches fleurs de Mai!\n                                            LÉON   LOUVEAUX.\n\n\n\n\n                     ADAM\n      Adam ne parle pas dans la Sainte Ecriture :\n      Soupirant exilé de l'édenal bosquet,\n      Noyé dans le flot noir de son amer regret,\n      Il ne s'émouvait pas des champs de la nature.\n\n      Inconscient auteur des maux qu'il nous léguait,\n      Pressentant les sanglots de sa progéniture,\n      Sonda-t-il des humains la misère future ?\n      Oh! son trépas alors ne dut pas être gai!\n\n      Pourtant, il avait, lui, présent à la pensée,\n      Le souvenir vivant de sa splendeur passée,\n      Rayon consolateur que je sens vaguement.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                       DURENDAL                                    129\n\n\n             Il ne pouvait    gémir,    angoissé par le    doute,\n             Et   la main    de la Mort     que tout homme          redoute,\n             Rendait    à la clarté ses yeux     en les    fermant.\n                                                       EDOUARD         BERNAERT.\n\n\n\n\n                  Roche Tarpéienne et Capitole\n\n   L ' A m e en e x i l . GEORGES MARLOW. — Oh oui, elle est bien en exil ici-bas,\nl'âme du poète. Sa patrie c'est le pays du rêve, le ciel bleu sans ombre et sans\nnuages de l'Idéal. Le monde d'en bas lui est mauvais. Son bruit agaçant l'énervé,\nle distrait dans ses méditations solitaires. Sa brutalité le révolte, le dégoûte lui\ndonne envie de le maudire. Il le fuit avec horreur. Il sent un besoin impérieux de\nse cloîtrer dans l'ermitage de son âme, où le monde n'a pas accès, dans ce sanctuaire\ncaché aux regards indiscrets du profane, où il peut donner libre cours à ses épan-\nchements poétiques, sur ce Thabor où il n'est plus attristé par la vue écœurante\ndes vilenies, des turpitudes et des bassesses de la terre et d'où son âme prend son\nessor vers les régions de là Lumière, sur les ailes azurées de la contemplation et de\nl'amour.\n   Qu'elles sont douces ces premières chansons du jeune poète, dont l'âme, orientée\ndu côté de l'Idéal, n'est pas encore ternie par le souffle impur de la matière, est\nencore ouverte aux choses de l'esprit, capable de s'élever jusqu'à la contemplation,\nsusceptible d'émotion vraie et forte! Qu'y a-t-il de plus poétique que l'âme du jeune\nhomme! Et quand cette âme est celle d'un inspiré, quand elle a reçu le don, quand\nelle est le ciboire qui contient le mystère, oh! que sa voix est charmeuse et\nenivrante.\n  Tel est bien le poète de l'Ame en exil. J'ai lu et relu, avec enthousiasme, ces\npoésies naïves et berceuses, d'une délicatesse infinie, ravissantes d'ingénuité, tissées\nd'une main frêle et tendrement nerveuse. Délicieuses oh! combien, les heures\npassées en compagnie du jeune poète, à travers les rues endormies de la ville\ndolente et recueillie. Oh! ces chansons d'amour de l'Eau du soir, qui jase entre les\ntours et conte de douces folies à ces vieilles inconnues!\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "130                                        DURENDAL\n\n  Qu'elles sont naïves et charmantes aussi les douces cantilènes que l'âme des\nvieilles chantonne :\n\n                             A la bonne Vierge Marie,\n                             Au petit Jésus endormi,\n                             Qui protègent des ennemis,\n                             Le simple cœur qui songe et qui prie,\n\n                             Au petit Jésus de Noël\n                             Elles ont offert leurs mains blanches,\n                             Pleines de lys et de pervenches,\n                             Et leurs beaux yeux couleur de ciel.\n\n   Quel adorable tableautin que celui de ces vieilles, qui, comme le dit si bellement\nle poète :\n                                            ... sont des enfants\n                             Que charme un rien, qu'un rien étonne\n\n  On croit entendre réellement :\n\n                             Et les rouets et les fuseaux\n                             Chuchotant de vagues prières.\n                             — Plainte du soir dans les roseaux\n                             D'une frêle île hospitalière.\n\n   Voilà une des ingénieuses chansons de notre jeune poète. Il faudrait les citer\ntoutes, car toutes nous ont charmé, toutes sont ravissantes. Il n'y a pas de faiblesse,\nnous semble-t-il, dans cet album d'un jeune poète. Prenez-le vous-même,\"lecteur,\net vous serez fasciné comme moi, par ces voix poétiques qui disent si bien les rêves\ndes choses :\n                          Oh ! le vague des choses mortes.\n\n                              Leur âme en mon âme chantonne !\n                                                    L'abbé H.             MŒLLER.\n\n                                                   *\n                                               *       *\n\n   L e s D i s c i p l e s à Sais et l e s F r a g m e n t s de N o v a l i s , traduits de l'allemand\net précédés d'une introduction, par MAURICE MAETERLINCK. (LACOMBLEZ, un vol.,\n4 fr.) — J'ai fort goûté d'être introduit chez Novalis par Maurice Maeterlinck.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                     DURENDAL                                     131\n\nJ'avouerai même ingénument que, sans ce beau guide ténébreux, je ne me serais\njamais aventuré dans les compliquées catacombes de la pensée de Novalis, de ce\nrêveur ainsi annoncé : « C'est un mystique presque inconscient et qui n'a pas de\nbut... Son enseignement est bien vague et il n'apporte pas de solutions nouvelles\naux grandes questions de l'essence... Il joue simplement dans les jardins de l'âme,\nil sourit aux choses avec une indifférence très douce et regarde le monde avec la\ncuriosité inattentive d'un ange inoccupé et distrait par de longs souvenirs. »\n                                             *\n                                         *       *\n   P a s s é le D é t r o i t , par GABRIEL MOUREY. (PAUL OLLENDORFF, Paris, un vol.,\nfr. 3.50.) — Je recommande à tous les fervents de l'Art, à tous les curieux d'esthé­\ntique, ce très noble livre de Gabriel Mourey. Ce volume, consacré à l'Angleterre,\n— par delà le détroit, — renferme peut-être les pages les plus pénétrantes qu'on ait\nencore écrites sur cette si curieuse école d'Art intitulé : Les Préraphaélites anglais.\nJe souligne à dessein ce mot de pénétrantes. « L'art, a dit Bacon, c'est 1 homme\najoutant son âme à la nature. » Ajouter son âme, les Préraphaélites ont admirable­\nment réalisé ce programme. Or, et c'est de quoi je suis reconnaissant envers\nGabriel Mourey, nul mieux et plus que lui ne nous a découvert cette âme que les\nartistes anglais ajoutèrent non seulement à la nature, mais à l'histoire, mais à la\npoésie, mais à tout ce qui sortit de leur cerveau ou de leurs mains.\n  On sait l'origine du Préraphaélitisme anglais. Mourey la résume en ces termes :\n« C'est l'imitation de Raphaël qui a corrompu l'art; c'est avec Raphaël que com­\nmence, pour s'achever dans la Renaissance, la désuétude du naturalisme pur et\nsain du moyen âge et l'éclosion d'un matérialisme bientôt dégénéré en convention\nfausse et superficielle. Le pseudo-classicisme de la Renaissance a desséché les\nsources mêmes de la vie et de l'art, c'est-à-dire la nature; les peintres apprirent à\npeindre comme on apprend un métier manuel; toute interprétation personnelle fut\ndétruite, les élans de l'imagination et de la fantaisie étouffés dans la pratique de\nformules toutes faites, les mêmes pour tous, dans l'esclavage d'une scolastique\nsèche et bornée. Le premier mouvement préraphaélite se révèle essentiellement\nnaturaliste, dans le sens élevé du mot. »\n   Les préraphaélites furent des réactionnaires merveilleux; leurs œuvres nous\ndonnent l'idée de l'art débarrassé de toutes les malheureuses conséquences de la\nRenaissance; les artistes pratiquèrent le culte de l'idéal, de la beauté, nous dit\nl'auteur, ils se nourrirent de l'étude passionnée dés Primitifs et considérèrent\ncomme un sacerdoce l'exercice de leur art, cet art pour la pratique duquel il fallait,\nselon le mot de l'un d'entre eux, « être pur de coeur et libre de toute sensualité\nintellectuelle ». On devine que l'âme de pareils artistes est d'une passionnante\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "132                                 DURENDAL\n\nétude; et ceux-là en seront convaincus qui auront lu, dans Passé le Détroit, les\nmerveilleuses psychologies de Dante Gabriel Rossetti, de Burne-Jones, Brown,\nMillais, Hunt, Aughes, Walter Crâne, W . Turner, Whistier, Swinburne.\n   Mais Gabriel Mourey n'est pas qu'un psychologue, un anatomiste d'âme, non.\nCe critique, passionné pour ceux qu'il critique, s'élève jusqu'à eux et artistiquement\nles égale. De là, en la présente œuvre, des pages d'une poésie délicieuse, que je ne\npeux que signaler, hélas! L'histoire d'Elisabeth Siddal et de son mariage avec\nRossetti; — les femmes de Burne-Jones; — la Lumière du monde, d'après Wil­\nliam Holman Hunt; — la Synthèse sensationnelle; — la Visite à Swinburne.\n   De la lecture du livre de Gabriel Mourey on sort un peu plus homme; c'est un\nde ses livres qui nous ajoutent quelque chose à l'âme. Tant d'œuvres aujourd'hui\nnous diminuent qu'il faut vouer une particulière reconnaissance à celles qui nous\naugmentent.                                                                 P . D.\n\n\n\n\n               MIROIR FART             ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nU     N classique vivant. — Les « pions » (prononcez ce mot avec un dédain à la\n       F . Vandenbosch) en feront assurément une maladie : les Trophées de José\nMaria de Hêrédia, ont obtenu un succès triomphal. Le public a été unanime, son\nauteur a été acclamé même par l'Académie française. Constatation plus grave\nencore : le livre des Trophées, un seul volume et de sonnets encore, vaut la gloire à\nson auteur, qui est entré tout vif dans l'immortalité littéraire. « Ah! monsieur,\ns'est écrié François Coppée, en pleine Académie, vous mettrez un jour dans un\ncruel embarras les faiseurs de florilèges ! »\n   Les fanatiques de l'antiquité, qui n'admettent point qu'on soit célèbre et qu'on ait\ndu génie, si on n'est pas mort et enterré depuis un certain nombre de siècles,\ndevront en prendre leur parti. Voici un homme vivant : HÉRÉDIA, et une œuvre\nd'hier : les Trophées, dignes d'être admirés tout de suite, dans les classes, à côté et\npeut-être même au-dessus d'Homère, d'Horace, de Virgile, de Racine, de Monsieur\nBoileau Despréaux.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                     DURENDAL                                      133\n\n   Le seul reproche que ces vieux messieurs de l'enseignement pourraient encore\nfaire à Hérédia, ce serait, tort impardonnable, de n'avoir pas écrit ces admirables\nsonnets en grec ou en latin !... Contre cela il y a une ressource, c'est d'attendre que\nle français soit une langue morte pour révéler ces merveilles littéraires à la jeunesse.\nD'ici là il crèvera probablement un nombre incalculable de professeurs de rhéto­\nrique et de cuisiniers de l'espèce Rolin Broeckaert et C ie .\n  Quand donc se décidera-t-on à faire, dans l'éducation, une place à la vie et aux\nvivants?\n\n\n   Un certain Chamillac, correspondant parisien d'un journal belge, accouche de\ncette énormité :\n   « L'Académie est partagée en trois coteries qui se disputent l'influence : les ducs,\nles auteurs dramatiques et les indépendants. Aucune élection ne peut aboutir sans\nun accord préalable entre deux, au moins, de ces fractions. Or, il est habituel que,\nlorsqu'un candidat a la bonne fortune de plaire à messieurs les ducs, les auteurs\ndramatiques et les indépendants l'ont, par cela même, prodigieusement dans le nez;\ntandis que le protégé des auteurs dramatiques et des indépendants devient la bête\nnoire des ducs. D'où il résulte que l'oiseau rare qui, à force de notoriété, de rela­\ntions, d'intrigues ou de courbettes, est parvenu à se créer des intelligences dans les\ntrois groupes, ne passe, le plus souvent, que parce que l'on veut en écarter un\nautre. Exemple : M. de Hérédia, en personne. »\n  Il faut être un bel imbécile pour prétendre que Hérédia est parvenu à l'Académie\npar ces moyens. Et le talent? Est-ce que ça ne compte pas, illustre et gâteux\nChamillac !\n                                          *\n                                        * *\n\n\nA   NECDOTE du même Chamillac :\n       Jules Janin se donna jadis un mal énorme pour endosser l'habit à palmes\nvertes, et comme un de ses amis s'étonnait de cette insistance :\n  — A moi, mon cher, répondit il, cela m'est égal; mais si je n'entrais pas à l'Aca­\ndémie, ma belle-mère ne croirait jamais que j'ai du talent.\n                                             *\n                                         *       *\n\n\nF   ACÉTIES administratives :\n       L'Administration des Beaux-Arts est transférée au ministère de l'agriculture\net des travaux publics. On verra désormais dans l'antichambre du ministère de\nl'agriculture les éleveurs de bestiaux attendre l'audience pêle-mêle avec les éleveurs\nde statues !\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "134                                  DURENDAL\n\n\n  Les Belles-Lettres, elles, ont failli passer parmi les affaires étrangères... au pays.\n  Adorable fumisterie!\n                                            *\n\n     A vache bretonne sera l'étincelle qui, se répandant comme une tache d'huile,\nL     infusera un sang nouveau à notre cheptel indigène. (Propos tenu au cours de\nla discussion du dernier budget du ministère de l'agriculture... et des beaux-arts!)\n                                            *\n                                          * *\n\nM     ONSIEUR le comte E. de Kératry a publié, récemment, dans le Figaro, à\n       propos de la conversion de Vf. Valabrègue, un article dont nous extrayons\nces lignes :\n   « L'œuvre de Jésus est un Triptyque immense, déployé par lui le long de l'hu­\nmanité. Sur une face est écrit : Religion, et c'est le passé; sur la face du milieu,\nmaintenant visible, est écrit : Philosophie, et c'est le présent; sur la troisième et\ndernière face est écrit ce mot : Science, et c'est l'avenir.\n   » Le XIXe siècle fut un siècle d'entr'acte. »\n   Un Triptyque à trois faces, pourquoi pas un sou à trois faces? Si vous disiez\nencore : panneau, on pourrait s'entendre. Cette citation d'un joli tonneau est de\nValabrègue.\n  Voici maintenant du Kératry de derrière les fagots : « Un jour qu il se plaisantait\nlui-même sur un récent insuccès de théâtre, tour à tour il s'affligeait des violentes\npolémiques suscitées contre sa race. »\n  Et ceci donc : « Quoi qu'il en soit, au point de vue philosophique, cette nouvelle\nœuvre, pleine d'idées neuves, suivant pas à pas la parole du Christ, n'en restera\npas moins une tentative originale et un curieux spécimen de ce que peut produire\nce grand creuset de Paris, la fournaise des idées toujours en ébullition. »\n  Une œuvre qui suit pas à pas une parole et qui est en même temps une tentative et\nun spécimen du grand creuset. Quel jargon. Le Figaro passe cependant pour le pre­\nmier journal littéraire de France et à l'occasion il ne manquera pas de s'esclaffer, à\npropos du parler belge, savez-vous, une fois! Francis Vfagnard, tout Belge qu'il fût,\nn'eût pas laissé imprimer de pareilles sottises.\n                                             *\n                                         *   *\n\nU    N comte peu chevaleresque.\n         Les Études religieuses ont publié, sous la signature d'un certain J. Noury,\nune critique violente et, de l'avis de beaucoup, injuste du livre de J.-K. Huysmans.\nLe Bien Public s'est empressé de reproduire cet article (26 avril).\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                     DURENDAL                                     135\n\n   Nous avons fait remarquer immédiatement à M. le comte Guillaume Verspeyen,\nrédacteur en chef du Bien Public, que l'avis de M. J. Noury n'était pas l'avis\nunanime des catholiques, tant s'en faut; et que l'abbé Klein notamment, dans le\nMonde (12 mars) et dans son livre du Dilettantisme, avait émis sur l'œuvre un\njugement tout différent. Nous demandions à M. le comte Verspeyen de publier\nl'article de l'abbé Klein, afin d'éclairer en toute impartialité le public. M. le comte\nVerspeyen n'en fit rien.\n   M. le baron de Haulleville, professeur à l'Université de Louvain, publia dans le\nJournal de Bruxelles, sous son pseudonyme habituel (Félix de Breux), une longue\nlettre ouverte au Bien Public (26-27-28 mai) sur le même sujet. M. le comte Verspeyen\nn'a pas encore répondu.\n   Nous nous permettons, malgré tout le respect et toute l'admiration que nous\néprouvons pour la personne et le talent du rédacteur en chef du Bien Public, de\ntrouver ses procédés fort peu chevaleresques et surtout fort peu catholiques. Si les\nadversaires du Bien Public agissaient de cette façon, le rédacteur en chef ne man­\nquerait pas de les traiter de gens ce mauvaise foi. Nous sommes forcé d'appliquer à\nM. le comte Verspeyen la mesure qu'il applique à ses adversaires.           P. D.\n                                             *\n                                         *       *\n\nM     AITRE Joris Karl-Huysmans nous a promis sa précieuse collaboration.\n                                             *\n                                         *\n                                         *\n\nO    N annonce l'apparition prochaine du quinzième volume des Œuvres et des\n      Hommes, de Jules Barbey d'Aurevilly, sous ce tiire : Journalistes et Polémistes.\n                                       *\n                                     * *\n\nL   E Coq rouge, à la voix chaude et sonore, a chanté le 15 juin pour la deuxième\n     fois. Puisse-t-il aider au réveil littéraire des Belges sommeillants.\n\n                                             *\n                                         *       *\n\n\nM     ONSIEUR   J. Devallée a publié, dans la Gazette de Liége, une chronique sur le\n       livre de J.-K. Huysmans, En Route! On sait que la même gazette a reproduit,\njadis avec un enthousiasme délirant, une Ode à la médiocrité! d'un certain\nXavier Francotte. C'est dire l'inintelligence de la présente chronique! Bienheureux\nles pauvres!\n                                           *\n                                         * *\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "136                                DURENDAL\n\n\n\nL     A douleur est comme cette tige de fer que les sculpteurs mettent au sein\n       de leur glaise, elle soutient, c'est une force.\n                                                                       (BALZAC.)\n\n  Ceux que nous avons aimés et que nous avons perdus ne sont plus où ils\nétaient; mais ils sont toujours et partout où nous sommes.\n                                                                 (A.    DUMAS.)\n                                          *\n                                      *       *\n\n\nM      ONSIEUR Henry Carton de Wiart, notre collaborateur et ami, vient d'avoir\n        la douleur de perdre son père. La Rédaction de Durendal le prie de trouver\nici l'expression de ses plus affectueuses condoléances.\n\n\n\n\n    Notre vaillant collaborateur Pol D e m a d e publiera cette année une\nE t u d e documentée sur l'Éducation, sous ce titre : VOUS         VENEZ\nEN AIDE A L'ANARCHIE.             U n prochain numéro de Durendal con­\ntiendra le premier chapitre de ce travail appelé, pensons-nous, à faire\nsensation d a n s divers milieux. Voici le sommaire du chapitre premier.\n\n\n                           CHAPITRE               PREMIER\n\n               I.   —   D'UN   CATHOLIQUE A DES CATHOLIQUES.\n\n   1. Déclaration de l'auteur. — 2. L ' É d u c a t i o n auxiliaire de l'anar­\nchie. — 3. L'impuissance des meilleurs. — 4. Preuve historique. —\n5. Attitude vis-à-vis du progrès. — 6. Conservatisme. — 7. L e recru­\ntement socialiste. — 8. Esclaves et Révoltés. — 9. Ce n'est pas la\nfaute du catholicisme. — 10. Division de cette étude : Éducation\nphysique; Éducation morale; Éducation intellectuelle. — 11. Trois\nfaits : Force et inertie des catholiques; les Défenseurs de l'Église pris\nhors de l'Église; l'Intoxication éducatrice.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "A F . P. — De ceux qui restent. Vous avez fait mieux.\nA FRANZ ANSEL. — Vers incendiaires.\nA E . PÉRIER. — J'accepte de tout cœur. P. D .\nA LAURENT FIIÎRENS. — Ne nous oubliez pas.\nA J . SERRE. — Votre tour viendra.\nA G. B A L D . — Sur mon seuil/ Faites mieux, nous insérerons.\nA A. C. — Travaillez, prenez de la peine. C'est le fond qui manque le moins.\nA M. VICTOR DENYN. — Nos félicitations et nos vœux de bonheur. Prouvez-nous\n    que le mariage est compatible avec le culte des lettres.\nA ANGEL. — Faites-vous connaître, s'il vous plaît.\n  N. B. — Nous ne tenons aucun compte des manuscrits ou des lettres dont les\nauteurs ne se font pas connaître.\n\n\n\n   Nous recommandons à nos lecteurs la Démocratie sociale, revue sociale paraissant\nle 8 de chaque mois. Abonnement : y francs par an. Administration : rue Nicolas\nLeblanc, 25, à Lille.\n\n\n  On nous demande de différents côtés des collections de notre première année,\nA notre grand regret nous n'en possédons plus une seule.\n   Nous pouvons cependant fournir quelques collections des six derniers mois au\nprix de 5 francs.\n  La Revue désirerait racheter des collections de la première année.\n\n\n\n          Au numéro de juillet :\n   Réponse à Firmin Vandenbosch. DURENDAL»\n   L'Inversion sentimentale (conte), par POL DEMADE.\n   Sir Edward burne-Joties, par WILLIAM RITTER.\n   La Musique chez les Hébreux, par l'abbé G R U E L .\n   Bibliographie. — PAUL H U R E L : Les Voix de la Glèbe. — L'abbé FÉLIX KLEIN :\nAutour du Dilettantisme. — FERNAND SEVERIN : Un Chant dans l'Ombre. —\nP A U L ARDEN : Par les Chemins. — JEAN DEVILLE : Dialogue entre nous. — LÉON\nPASCHAL : Paroles intimes. — Le comte DE BOUSIES : Deux Comédies. — FIRMIN\nVANDENBOSCH : J.-K    Huysmans.\n\n        Au numéro d'août :\n  Vous venez en aide à l'anarchie, par P O L DEMADE.\n"}]}