{"numero_id": "ulb-durendal-1895-07-n7", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-07-n7-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 137, "page_fin": 140, "titre_corps": "L’Inversion sentimentale", "titre_sommaire": "L’Inversion sentimentale", "signature_source": "Dr Pol Demade", "ancre_debut": "L’INVERSION SENTIMENTALE", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "E VEIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "L'INVERSION SENTIMENTALE\n                             A   MAURICE   DULLAERT\n                                                        Le savant s'endort sur l'oreiller\n                                                      du doute.\n                                                              Le chimiste JEAN STAS.\n\n\n\n\nT\n            OUT le monde sait que la chevelure humaine peut, en une\n            nuit, sous l'empire d'une émotion sérieuse et conséquente,\n            changer absolument de teinte. Vous vous endormez sans\n            aucune arrière-pensée facétieuse, de ce sommeil si bien\nqualifié de sommeil des justes ; vous couchez sur l'oreiller, parmi les\nblancheurs du linge, des cheveux plus noirs que l'Erèbe antique; votre\nrepos est traversé par l'éclair d'une secousse morale grave... et vous\nvous réveillez avec une tête d'un blanc neigeux. C'est là un axiome\nétabli par tous les reporters du monde et vulgarisé par d'innombrables\nfaits divers.\n  Je dois vous prévenir que la science était tout à fait muette sur ces\nbrusques métamorphoses, avant l'étrange aventure survenue au doc­\nteur Zéphirin, aventure que j'ai dessein de vous conter ici.\n\n   Il serait oiseux, me paraît-il, de faire, à ce propos, une minutieuse\npsychologie du personnage ou d'abuser pour lui pouiller l'âme.\n   Que le lecteur veuille bien se contenter de ces simples détails bio­\ngraphiques : le docteur Zéphirin était un vieux praticien septuagénaire\nqui avait pris ses invalides, il y avait de cela dix ans. C'était un vieil­\nlard très vert encore, droit comme un if; d'allure militaire; un peu\nsec; aux yeux d'un bleu de la teinte pâle des anciennes faïences de\nDelft. E t , avec ça — insistons — le plus admirable système capil­\nlaire, chevelu et poilu, qu'on peut s'imaginer : une belle tête blanche,\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "i38                             DURENDAL\n\n\naux cheveux drus, très légèrement crespelés, au toupet frondeur, la\nmoustache courte mais puissante, l'impériale à rendre jaloux un vieux\nmaréchal de F r a n c e ; le tout d'un blanc d'argent éclatant, tapageur,\nsonore presque. Dans le village où, depuis sa retraite, chaque année,\nil allait passer la belle saison, on l'avait surnommé — les campagnards\nadorent le sobriquet pittoresque — la T ê t e d'argent.\n   L e docteur Zéphirin — oh ! ces coïncidences ! — était l'auteur d'un\ntraité bizarre (d'envieux confrères disaient : grotesque), intitulé : De la\ncouleur dans les sentiments, livre qui avait eu son quart d'heure de célé­\nbrité et avait valu à son auteur le titre de correspondant de je ne sais\nquelle académie de province.\n   Ce traité de la couleur fera, quelque jour, lorsqu'on le redécouvrira,\nles délices de l'école décadente; il dépasse d'une infinité de longueurs,\nsi on peut dire, l'Audition colorée de Baratoux et le Traité du Verbe, de\nRené Ghil. L e docteur Zéphirin était descendu, plus profond que tous\nles psychologues connus, dans ce gouffre de l'âme humaine, qu'il appe­\nlait : un maelstrbm vertigineux. Quelques chapitres de son livre ont\nfailli devenir classiques : les pages en lesquelles le docteur examine\nles sept couleurs de la colère sont vraiment remarquables. Songez\nque nous ne connaissions guère, avant le docteur Zéphirin, que la peur\nbleue et sa variété livide, et, de la colère, que les variétés bleu-rouge\net pâle. Sa description de la colère orange mériterait de rester.\n  Mais, j'ai hâte d'arriver à l'aventure dont j'ai promis le narré et\nque l'auteur du traité avait vaguement prévue, quelque part, en son\nœuvre, sous le nom ténébreux d'Inversion sentimentale. Voici le fait :\n   « Dans la nuit du vendredi 13 septembre, le docteur Zéphirin, qui\nreposait à l'unique étage de sa modeste maison de campagne, fut tiré\nbrusquement de son sommeil par un bruit insolite de serrure vio­\nlentée. E n un instant le vieux praticien fut sur pied et apparut sur le\npas de la porte de sa chambre, le revolver d'une main, un bougeoir de\nl'autre. Ce qui se passa en ce moment fut rapide comme l'éclair. L a\nbougie s'éteignit, en même temps qu'éclataient les huit décharges suc­\ncessives de l'arme à répétition. Il se fit un grand bruit tumultueux\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "                                DURENDAL                                 139\n\nsur les marches de l'escalier, suivi d'un pesant silence et bientôt après\non entendit comme le glissement d'un corps le long d'un tapis. L e\ndocteur Zéphirin, anxieux, attendit dans l'ombre, quelques minutes\nqui lui parurent des heures. Enfin, tout bruit ayant cessé, il se décida\nà rallumer la bougie éteinte qui, tout de même, tremblait un peu\ndans sa main gauche ; il rechargea son arme par précaution et descendit.\n   » U n h o m m e , frappé en pleine poitrine, gisait sur le palier; autour\nles murs blancs étaient éclaboussés de sang frais. L e docteur, machi­\nnalement, prit le pouls, plus rien; se pencha sur le cœur, inutile.\nIl enjamba le cadavre chaud. L a porte de la maison s'ouvrait béante\nsur la nuit étoilée. Il écouta : des pas, comme d'un fuyard, s'enten­\ndaient sur le pavé voisin; un chien de ferme hurlait furieusement,\nsecouant sa chaîne dans l'ombre épaisse.\n  » L e docteur Zéphirin ferma l'huis, revint près du bandit mort et,\ncomme il n'y avait plus rien à faire pour lui près de cet h o m m e , stoï­\nquement il regagna sa chambre.\n   » Il se passa alors quelque chose de si inattendu, de si inoui, de si\ninvraisemblable, que je ne sais comment l'exprimer.\n   » Au moment où le docteur Zéphirin, après avoir posé son bougeoir\nallumé sur la cheminée et s'être versé de l'eau, prenait du savon pour\nse laver les mains ensanglantées, ses regards rencontrèrent la glace de\nsa toilette... et il poussa un cri d'effroi... L u i , qui n'avait pas tremblé\nface à face avec les deux bandits aperçus dans l'escalier, recula\npresque de terreur devant sa propre image.\n  » Ses cheveux, la veille d'un blanc d'argent, étaient devenus, en\nquelques minutes, cette nuit-là, tout d'un coup, sous la secousse\nmorale, complètement noirs, du noir le plus profond qu'on vit j a m a i s ;\nseule, la barbe était demeurée blanche. »\n  Voilà le fait, fait d'observation indéniable, et le seul de cette espèce\nque la science ait enregistré... sans l'expliquer du reste.\n\n  Je me refuse à toute espèce de commentaire. Je note toutefois que,\ndes deux brigands qui avaient pénétré n u i t a m m e n t chez le docteur\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 404, "texte": "140                               DURENDAL\n\nZéphirin et qui lui étaient apparus masqués de noir, l'un d'eux, celui-là\nmême que le docteur, en cas de légitime défense, avait tué, était un\nnègre.                                           r\n         I er juillet 1895.\n                                                      D POL DEMADE.\n      (Reproduction interdite.)\n\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-07-n7-002", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 140, "page_fin": 140, "titre_corps": "Éveil", "titre_sommaire": "Éveil", "signature_source": "Ed. 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E t pour\n                   avoir atterri au continent, le rayonnement de cette\n                   gloire a déjà suscité une mode, hélas ! et cette mode\nva devenir presque de la popularité... J e serais tenté de le regretter.\nIl fait si bon garder pour soi tout seul, parmi les poètes et les artistes,\nquelques rares, quelques exquis, quelques inaccessibles que le vulgaire\naura beau faire semblant d'apprécier, mais ne comprendra jamais,\nd'autant plus que ces intangibles ne peuvent que perdre à être divul­\ngués, comme les belles mélodies lorsqu'elles descendent dans la rue\net dans la caisse des orgues de Barbarie.\n   En i8g3 Paris a vu pour la première fois, au C h a m p de Mars, deux\ncompositions et un portrait de ce transcendental Burne-Jones que\nprônait et annonçait depuis si longtemps la Petite Classe groupée\nautour du comte Robert de Montesquiou-Fezensac, de la comtesse de\nGreffulhe, des princesses de C h i m a y et du vicomte Robert d'Humières\npour moniteurs, comme dit Barrès. A Munich et à Berlin, le Maître\navait déjà exposé bien des fois, et il est classé en Allemagne aussi\nhaut que Böcklin auprès duquel il détonne comme une gazelle auprès\nd'un cheval pie mecklembourgeois.\n  Enfin voici sonnée l'heure où chacun peut avoir Burne-Jones à\ndomicile, l'admirer au coin du feu. Un photographe artiste de Londres,\nM. Hollyer, a donné de merveilleuses reproductions au charbon de\ncette œuvre dont l'intérêt excessif git bien plus dans le dessin et la\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "142                               DURENDAL\n\nrecherche que dans la couleur. Enfin la grande librairie de luxe\nGeorge Bell & C° vient, par la plume de M. Malcolm Bell, de con­\nsacrer à Sir E d w a r d Burne-Jones le plus beau livre de la librairie\nanglaise cette année. L e feuilleter nous remémorera toute l'œuvre, si\nune et d'une si souveraine beauté, du plus grand idéaliste contemporain\nd'Outre-Manche, et nous permettra d'en dégager les principaux carac­\ntères.\n\n                                       I\n\n     P a r m i les innombrables bêtises que l'étranger a dites l'année der­\nnière à l'avènement en Suisse des surprenantes peintures de M. Léo-\nP a u l Robert, la plus énorme est d'avoir voulu bombarder ce bel artiste\nfondateur d'un art religieux protestant. Il n'y a pas deux façons de\nfaire de la peinture religieuse, et je ne vois pas que les plus grands\npeintres religieux actuels, sauf Puvis de Chavannes, et grâce à des\ncauses que Durendal est le premier à signaler et déplorer, tous protes­\ntants (je cite : Böcklin, T h o m a , Burne-Jones, Grasset, P a u l Robert,\nCarlos Schwabe, etc.), aient rien à gagner à être éliminés de la tradi­\ntion catholique, catholique voulant dire universel, alors que dans leurs\nœuvres, inconsciemment ou non, tous ces artistes en adoptent les\néléments essentiels. Toutefois ma religion étant du culte catholique,\nmoi-même je ne soutiendrai point ici cette thèse, ce qui, aux yeux de\nbeaucoup de monde, aurait l'air de réduire à une querelle de clocher\nune question d'esthétique qui se meut bien par-delà Rome et Genève\n— (l'art du reste s'il peut être hérétique ne saurait être schismatique) —\net je m'en abstiens d'autant plus que naturellement personne en\nAngleterre ne me croirait impartial, et ne songerait à considérer une\nseule minute qu'à tout prendre le catholicisme est assez riche pour se\npasser de l'art, fût-ce de Burne-Jones et de Böcklin, que pourtant\nj ' a d m i r e , on le sait, au delà de toute expression, puisqu'il serait assez\nfort pour se passer de l'art même de R e m b r a n d t . Mais je voudrais\nrendre attentif à ceci : c'est qu'à parler de peinture religieuse protes­\ntante, si l'on y tenait, il y avait à citer en première ligne Burne-Jones\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "                                 DURENDAL                                143\n\ndont l'œuvre, anglicane avant tout, est d'un art infiniment plus éloigné\nde la tradition catholique, tout en n'arrivant pas à s\"en séparer, malgré\ntout, et s'y rattachant par Ravenne et Byzance, que celui de M. Léo-\nPaul Robert qui y rentre, lui, et en pleine Renaissance, par tout ce\nqu'il a de meilleur, et cela au point d'errer chaque fois qu'il s'en\néloigne. J e n'insiste pas davantage aujourd'hui et admets l'existence\nd'un art protestant pour le moment; je n'en réserve pas moins l'intégrité\nde ma thèse fondamentale à développer dans d'autres circonstances et\nqui est : dès que l'art protestant est tout à fait religieux et tout à fait\nbeau, il n'est plus protestant, il est catholique.\n   Anglican veut presque dire anglais. L'épithète flotte entre le culte\net la nationalité et va de l'une à l'autre, renvoyée par celui-ci à celle-là.\nDans le cas particulier, elle dit la qualité d'âme, d'inspiration et de\ncomposition du Maître, le vernis particulier appliqué à sa religiosité\nartistique. Quant à ses parrains et instituteurs dans l'histoire de l'art,\nBurne-Jones procède de trois chefs : la statuaire grecque, Botticelli,\net l'art décoratif japonais. Nous l'examinerons sous ces quatre aspects.\nLa forme rigoureuse et grave d'un sermon classique en un exorde,\ntrois points, et une péroraison, semble créée exprès pour mouler une\nétude complète sur ce talent tout d'une pièce, divers avec tant d'unité,\nparfait du premier effort au dernier, qui semble avoir atteint de prime\nabord à la pleine possession de lui-même, et s'est toujours répété sans\njamais se renouveler, de même que sans jamais d'autre monotonie\nque celle de la perfection. Au reste qu'on se rassure, mon sermon\ndemeurera un simple article, et pour avoir établi un plan en quatre\npoints (dont un, le plus important, va faire exorde), je tâcherai de\nn'être pas pédant le quart de ce qu'il faut pour être cru.\n\n                                     II\n   L e livre de M. Malcolm Bell raconte et catalogue la vie du profond\net méditatif poète avec une autorité, une certitude de documentation\nen même temps qu'une sagesse synthétique dans l'emploi des rensei­\ngnements, également éloignées du fatras compact allemand et de\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "144                            DURENDAL\n\n\nl'aimable et intermittente suffisance ou insuffisance latine. J'y renvoie\nles curieux, tenant à me cantonner dans l'examen de l'œuvre, d'autant\nplus que dans le cas particulier cette œuvre et la vie du peintre ne\nfont qu'un. L u i est né le 28 août 1833 à Birmingham, et il a travaillé,\nréalisant d'une façon uniforme, mais jamais monotone, des rêves tous\nde même nature. L'homme de cette œuvre n'a pas d'histoire, et quand\nbien même il en aurait une, l'œuvre l'annulerait puisqu'elle témoigne\nde l'unité absolue de cette vie et de préoccupations toujours identiques\nà elles-mêmes. Sir E d w a r d Burne-Jones faillit entrer dans les ordres;\nson admiration pour Dante Gabriel Rossetti l'en détourna, néanmoins\nil est foncièrement religieux, non point parce qu'il sépare nettement\nle religieux du profane comme le croient bon, avec la meilleure foi du\nmonde, certaines personnes puritaines, mais au contraire parce qu'il\napporte de la religion dans tout ce qu'il fait, qu'il sublime tout ce à\nquoi il touche, et que les saintes entités de ses vitraux, fussent ceux\nde l'église Saint-Philippe à Birmingham, et de ses mosaïques, fussent\ncelles du chœur du temple de la Sainte-Trinité à Rome, ne sont ni\nplus ni moins religieuses que son histoire de Pygmalion, que son\nEnéïde et que ses portraits. Il a la constante gravité extérieure britan­\nnique, et touche au nu rarement, mais respectueusement et avec la\nmême austérité qu'à la draperie ; il a le respect de ses modèles et de\nleur corporéïté, il a le respect de lui-même et des autres. L u i seul, de\ntous les vrais amoureux de la forme, n'éprouve jamais, que je sache,\nle besoin de la caricature pour se détendre, comme je l'ai constaté\nchez certains des plus enthousiastes et des plus fervents de la beauté,\nStuck entre autres, à qui l'on doit les plus beaux nus masculins\nmodernes et les plus vilaines trognes bavaroises, E d m o n d de P u r y\nqui est aussi difficile dans le choix de ses modèles que dans celui de\nses caricatures et qui charge le ridicule comme il exhalte le beau. E t\nce continuel, ce pénétrant sérieux, cette consciencieuse et douce\ngravité, cette complaisance à se maintenir dans les idées élevées, cette\npropreté intellectuelle et morale, cette suprême et continuelle distinc­\ntion de tenue, toutes ces belles et nobles qualités qui rendent une vie\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "                               DURENDAL                               145\n\ndécorative sans actes, sans faste, sans coups d'éclats, tout cela dont\nest pénétré la peinture du Maître le fait, à mes yeux, si complètement\nanglican.\n   Voyez cette mosaïque déjà citée pour le chœur du temple de la\nSainte-Trinité à Rome : le Christ, fontaine de grâce, entre les anges...\net dites, si pour avoir placé en pleines splendeurs de la Renaissance\nitalienne, en pleine gloire des chefs-d'œuvres catholiques, sans hésita­\ntion aucune, sans sourciller, cette rigide et presque byzantine concep­\ntion, toute de raison et de froideur, en opposition à la vie, au sang,\naux nerfs, aux passions, aux surexcitations des sens, aux cris du cœur\net aux extases de l'âme de l'art italien, il ne faut pas être anglican\njusqu'aux moelles. Pas une fibre de l'être intime de ce peintre n'a\ntressailli dans le déploiement des pompes romaines, ne s'est émue\ndans cette Italie qui avait tant pénétré Dante Gabriel Rosetti. Au\ncontraire, il a fait son art d'extérieur et d'abord encore plus glacial.\n Il est resté l'anglais imperturbable, qui ne sourit ni ne pleure, dont\non ignore la pensée intime, mais qui exprime l'inébranlable volonté\nde sa raison. Il n'a été vulnérable que par un côté, et précisément un\ncôté bien anglais, bien anglican : la distinction; le seul peintre italien\nqui soit distingué, Botticelli, l'a séduit, l'a conquis, a passé en lui ;\nsir Edward Burne-Jones a communié de Botticelli, et lui-même en a\ndonné un double; ce n'est plus lui qui vit, mais Botticelli en lui.\n\n                                   III\n   Depuis Taine on a souvent fait le parallèle de certaines similitudes\nd'existence et de conditions géographiques qui auraient donné aux\nAnglais certaines similitudes morales et même physiques avec les\nHellènes de l'antiquité. Ce parallèle serait à refaire à propos de Sir\nEdward Burne-Jones comme de Alma Tadema, le plus impeccable et\nprobablement le plus exact restaurateur de la vie et des êtres antiques\net lequel, pour cela, voyez, n'a qu'à se servir de modèles anglais.\nFeuilletez tout l'œuvre de Burne-Jones, vous verrez qu'on peut réduire\ntoutes ses créatures à un nu masculin et à un nu féminin, qui ne sont\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "146                             DURENDAL\n\n\nqu'un dédoublement sexuel et pour ainsi dire jumeau de la même\nacadémie. E t cette unique académie c'est le premier venu des plus\nbeaux antiques traditionnels, l'Apollon du Belvédère ou la Vénus de\nMilo un peu allongés, un rien maigris à la Botticelli. J e dis tradition-\nnels parce qu'à mon sens les plus beaux antiques ne sont pas ceux que\nl'on pense et je crois que là encore il y aura à bouleverser de fond en\ncomble la routine de l'admiration.\n   L'admiration de l'antiquité qui appert des œuvres de Sir E d w a r d\nBurne-Jones est encore anglicane, c'est celle que l'on retrouve dans le\nchef-d'œuvre de Lawrence Guy Livingstone, aussi bien que dans le\nPygmalion de lord Gladstone, ou que dans les travaux du cardinal\nM a n n i n g ; c'est celle que suce tout étudiant d'Oxford ou de Cambridge\net qui est adéquate à l'anglais comme la bonne tenue et les bonnes\nmanières. Elle aussi est identique à elle-même, elle est infaillible,\nindiscutable et indiscutée. Chez Burne-Jones on la constate non seule­\nment dans le nu, mais dans la draperie. T o u t le système de plis de\nses étoffes est inspiré textuellement de certains fragments grecs, à\ncommencer par la victoire de Samothrace et par la fameuse victoire\ninclinée renouant sa sandale que j'ai autrefois tellement copiée que je\nla dessinerais bien par cœur encore aujourd'hui. J'ai beau retrouver\ndans le volume de M. Malcolm Bell de magnifiques études de draperie\nsèche ou mouillée, d'après nature, je constate simplement un fait :\nc'est que Sir E d w a r d Burne-Jones, tout en copiant la nature, a bien\nsoin de faire, au préalable, concorder cette nature élue, c'est-à-dire le\nmodèle vêtu, avec la tradition de beauté hellénique inhérente à son\nintellectualisme.\n   Il découle de là à peu près sûrement que l'œuvre de Burne-Jones\nest bien l'une des plus plastiques qui soient de notre temps. Mais cet\nart, étant moderne, a beau répudier les nus anguleux, décharnés ou\nsouffrants, les lourdes étoffes en plis cassés des primitifs et de Dürer,\nil lui faut quand même l'expressivité, et l'art grec, selon la croyance\ncommune, en manque. E t l'on a raison, généralement, de le croire,\ncar c'est généralement vrai. Il y a cependant des exceptions, mais ces\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "                              DURENDAL                               147\n\nexceptions sont si peu connues ou même si inconnues : ce sont, il va\nsans dire, les plus belles. Or nous venons de voir que chez Burne-Jones\nla compréhension de l'antique est régulièrement universitaire anglaise ;\nil a donc cherché ailleurs. Nous avons vu aussi que, sur la voie de\ncette recherche, il devait infailliblement, de par son anglicanisme,\nrencontrer Botticelli. De sorte que par l'anglicanisme aussi bien que\npar la contradiction expressive de l'antique plastique, nous voici\narrivés au même point, au même nom.\n\n                                   IV\n   L'influence de Botticelli sur Sir Edward Burne-Jones n'a pas besoin\nde se démontrer. Elle saute aux yeux. C'est la force de l'évidence.\nElle rayonne sur son œuvre comme la lumière du soleil par les étés\nfleuris. Et le chemin par lequel cette influence a pu pénétrer, nous\nl'avons indiqué. Paul Bourget — bien un nom à citer en pareille\nmatière — nous a analysé les raisons d'être du charme que Botticelli\nfait éprouver aux âmes d'élite modernes, ce charme un peu musical\nd'apaisement, de discrétion, de charité, subtilement nuancé, et cela\nau moyen de visages diamétralement opposés au masque conventionnel\nde la beauté grecque. C'est la force des contraires, 'le besoin de\nréaction qui a amené à lui Burne-Jones, et puis, je le répète, en lui\nseul le Maître anglais trouvait moyen de satisfaire sans déchoir de\nson atmosphère de propreté, de distinction et de suprême élégance,\nl'esprit de contradiction foncier qui est dans tout homme, il n'y a pas\neu une minute d'hésitation possible. Ce serait ici le lieu de décrire\ncertaines créatures de Burne-Jones et de montrer comment cette\nétroite alliance, bien plus, ce mariage de la beauté grecque et de\nl'expressivité botticellienne, parfois même d'un corps grec et d'un\nvisage botticellien, a créé une nouvelle originalité tout à fait spéciale\net qui fait de tels et tels personnages des formes personnelles toutes\nneuves et appartenant en absolue propriété à Burne-Jones tout seul.\nMais j'aime mieux indiquer ici le défaut de la cuirasse d'airain qui\nsemble enfermer et comprimer l'âme passionnelle du prestigieux\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "148                            DURENDAL\n\n\npeintre anglais, le point faible, à la nuque comme chez Siegfried, ou\nau talon comme chez Achille, par où la pureté volontaire et obstinée\nde cette vie aurait pu être ternie, le point où sous le beau lac\n« qu'aucun souffle ne ride » dort un abîme...\n   L'être humain, à un certain degré de culture, n'est plus tout bonne­\nment pécheur, il est pervers. Eh bien! il y a parfois une nuance de\nperversité dans les goûts quintessenciés du noble préraphaélite. Très\nbravement je dirai que, pour moi, là surtout est le charme de cette\npeinture ou plutôt de ce dessin tout en intentions délicates et discrètes.\nPour en arriver spontanément, par la propre impulsion de sa person­\nnalité, à adorer tellement les contradictoires formes grecques et\nexpressivités botticelliennes, à les adorer au point de les allier et de\nles fondre en soi avec une telle originalité, il faut un raffinement de\nsensibilité, une délicatesse d'esprit, une compréhension si subtile des\ndessous et de la forme et de l'expression, que là gît un danger. Ce\ndanger, on le pressentait dans presque toutes les œuvres du grand\npréraphaélite, mais il le masquait si bien, avec une telle pudeur\nangélique, qu'il apparaissait, ce danger, entrant en lutte avec la\nvolonté de pureté du peintre, mais toujours vaincu. Il était garotté\nfermement dans les formules d'idéalité éburnéenne, mais on l'entre­\nvoyait. Or un beau jour il a rompu ses entraves, et peut-être — il\nserait si piquant d'en acquérir la certitude.— au contact, dans une\nexposition allemande, de l'inspiration de Böcklin, ce violent, ce san­\nguin. Rien n'indique cependant, il va sans dire, que Sir Edward\nBurne-Jones ait succombé à ce mystérieux danger, mais il n'a plus\nmême essayé d'en cacher l'existence. Il l'a démasqué très franchement,\net a replié, comme on replie un éventail, ses ailes d'ange. Et du coup,\npar le fait même d'avoir une fois tressailli à un penser pervers et\ncharnel, il a été doué d'un sursaut de vie nouvelle, et de ce coup,\nsubitement, a bondi de Botticelli à Léonard. L'invisible fêlure du\ncristal a résonné en bruit de cloche.\n   Je vise ici le sourire de la femme-poisson attirant au fond de la mer\nle cadavre d'un jeune homme, un sourire par lequel le sujet acquiert\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "                                DURENDAL                                 149\n\nune acuité pécheresse insondable. Mettez cette œuvre inouïe à côté\nde cette autre œuvre très belle : le Péché de F r a n z Stuck, et si vous\nn'avez pas encore compris la différence qu'il y a entre le péché et la\nperversité, elle vous sautera aux yeux, à moins que vous n'ayez — et\nc'est la grâce que je vous souhaite de tout mon cœur — l'aveuglement\nde l'innocence. T o u t est pur qui va aux purs.\n   L a reproduction du tableau en question m a n q u e au grand ouvrage\nde M. Malcolm Bell qui est un ouvrage d'étrennes. Au point de vue\nanglais, c'est significatif.\n\n\n                                     V\n\n   Comme les grands maîtres de la Renaissance, comme les grands\nidéalistes allemands contemporains, Sir E d w a r d Burne-Jones n'a pas\nméprisé la diversité des moyens d'expression artistique : la peinture,\nle vitrail, la mosaïque, la tapisserie, les applications métalliques ont\nété les agents de ses idées. Il a enluminé la traduction anglaise de\nVirgile par William Morris; Il a peint l'extérieur et l'intérieur d'un\ncouvert de piano; Il a dessiné les costumes de l'exquise féerie du\nvicomte Robert d'Humières, la belle au bois dormant réveillée de\ncorps tandis que son âme dort encore au bois; Il a sculpté en bas-relief\nsur une dalle mortuaire un paon éblouissant; le relief fulgure de\ncouleur alors que la couleur du peintre est terne dans ses tableaux.\nC'est dire que le sentiment décoratif ne fait pas défaut au poète\nrecueilli et pieux des vieilles légendes populaires celtiques et anglo-\nnormandes de sire Galaad, du roi Cophetua, de Merlin et de Viviane.\nIl faut ajouter que son sentiment décoratif ne pouvait être que ce\nqu'est tout le reste de son t a l e n t ; si le mot exquis n'existait pas, il\nfaudrait l'inventer pour désigner l'art de Burne-Jones.\n   Connait-on rien de plus grossier que les trois quarts des imitations\njaponaises que tentent en art décoratif les occidentaux qui n'ont pas\nla force d'assimilation et de transformation des Grasset, des W a l t e r\nCrane. T o u t aussi admirable est Burne-Jones quand il se prend à des\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "150                            DURENDAL\n\n\nmotifs de pure décoration, j'allais dire : quand il s'amuse, mais cet\nartiste est trop concentré, il doit ne jamais s'amuser en œuvrant, et ce\nmot même de délassement appliqué au travail artistique, la plénitude\ndu bonheur intellectuel, doit lui paraître une profanation. L e J a p o n\nqu'il rappelle, a été absorbé par lui, est devenu sa chair et son sang,\nsa personnalité, et s'est surajouté à tout ce qu'il tenait de lui-même et\nd'ailleurs pour le suprême épanouissement de sa radieuse individua­\nlité... Il est des êtres surnaturels qui se nourrissent de roses. C o m m e\nles Japonais, s'il a un buisson d'épines à interpréter, Burne-Jones se\ncontentera de quelques ronces, si c'est une forêt, de quelques arbres,\nsi c'est un arbre, de quelques branches; mais les lignes de ces ronces,\nde ces branches seront d'une asymétrie pleine d'imprévu et de grâce\ndécorative. A ce point de vue il faut consulter tous les paysages de\nses tableaux dans l'une ou l'autre reproduction du livre Bell. Si l'on y\ntrouve des roses minutieusement copiées d'après nature, on peut être\nsûr que c'est pour s'en approprier le caractère et non point pour en\nutiliser la copie. E t voyez, dans son tableau aussitôt la rose se hiéra-\ntise, il s'introduit au cœur de la fleur un délicat profil féminin, et la\nfleur s'enlace des entrelacs artificiels et précieux d'un rosier conçu\ncomme par une imagination d'Extrême-Orient. L'artiste affectionne\nen effet les arabesques onduleuses — tel en mathématiques le signe\nde l'infini — auxquelles les grandes lignes des châles de Cachemire\nnous ont familiarisés avant les estampes japonaises. Beaucoup de ses\narbres, celui par exemple qui sert de support au nid de pélican tout\nà fait japonais d'un de ses vitraux, répercutent la forme de leur feuille :\nle pétiole devient tronc, les nervures branches, et le limbe feuillage.\nS'il représente le buisson ardent, Burne-Jones se gardera de faire un\nbrasier, mais fleurira l'arbre de flammèches régulières. E t l'on dirait\nréellement une feuille ayant en elle le germe de l'arbre et de ses fruits,\ncar les lignes ont bien l'aspect des germes au printemps lorsqu'ils font\néclater la graine. T r a d u i r e un arbre par une section de bourgeon est\nun procédé à coup sûr peu réaliste, mais il n'en est que plus philoso­\nphique et symbolique, presque pentaculaire, et pour comprendre le\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "                                DURENDAL                              l5l\n\nrésultat décoratif auquel ce procédé peut atteindre, il faut réserver\nson jugement jusqu'en présence du fait accompli.\n   Il me resterait maintenant à tenter, ce devant quoi je me récuse\nd'une façon absolue, de donner la sensation de Burne-Jones par\nquelques descriptions ou au moins indiquer la nature des sujets\nauxquels il se complaît; je n'en ai ni la force, ni le courage, je suis\ntrop lourd et gauche pour efîfeuiller ces exquisités, et je veux espérer\nque tous nos lecteurs, s'il en est qui m'ont suivi jusqu'ici, ont vu sinon\nl'un ou l'autre des tableaux du Maître, au moins l'une ou l'autre de\nleurs reproductions. Et si l'on peut dire des Burne-Jones, à un point\nde vue : « qui n'en a vu qu'un seul n'a rien vu », on en peut dire éga­\nlement, à un autre point de vue : « qui en a vu un les a tous vus » ;\ncar si en voir un seul ne suffit pas à juger de l'extraordinaire variété\ndans l'unité de ce peintre et de son œuvre, un seul suffit à estimer\nl'extraordinaire mérite de sa peinture et sa préexcellence sur plus des\nquatre-vingt-dix centièmes de l'art actuel. Je ne sais plus qui le\nconstatait, mais avec autant de franchise que de justesse : au Champ-\nde-Mars de 1893, à côté de Burne-Jones tous les autres peintres appa­\nraissaient de vulgaires maçons. On avait la sensation du Vinci revenu\net exposant en plein bazar XIXe siècle; il semblait que cette seule\nprésence suffisait à chasser les vendeurs du temple. Hélas ! les vendeurs\nne s'en sont même point aperçu; ils ont passé incompréhensifs, mais\nrespectueux quand même, à tout hasard, parce que l'opinion publique\nleur imposait ce respect, et aujourd'hui, paraît-il, leur patriotisme se\nligue contre l'évidence.\n  Or, qu'il peigne un être humain doué d'âme et de souffrance, ou\nune simple fleur, rose ou lis, le Maître botticellisé demeure le poète\nimpeccable et blanc à nul autre pareil ; et le lis de lui chanté par le\ncomte Robert de Montesquiou est le symbole de son œuvre.\n\n              Burne-Jones traça des dessuis de lis pâle,\n              D'une mine de plomb délicate à l'excès;\n              Lis divin sur lequel n'a de prise aucun hâle,\n              Et digne à l'infini d'un suave succès.\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "l52                              DURENDAL\n\n\n              Tous les pistils y sont comme chaque pétale ;\n              C'est puéril et fort, c'est puissant et subtil;\n              Le blanc n'y paraît point, et la blancheur s'étale\n              Au pétale, on ne sait comme, et l'or au pistil.\n\n              C'est le beau lis des champs qui n'œuvre ni ne file ;\n              (Or Salomon, jamais, fût-il tel que l'un d'eux ?)\n              Le pur lis au-dessus de la foule servile\n              Du liseron rampant, ou de la flore vile\n              De l'ortie envieuse et du chardon hideux.\n\n  A ce penseur, à ce poète du pinceau, à Burne-Jones mieux encore\nqu'à tout autre peuvent s'appliquer les deux sonnets de la Maison de\nVie où D a n t e Gabriel Rossetti, enorgueilli à se comparer aux artistes\nde son temps, s'humilie aussitôt au souvenir des artistes du passé, des\nmaîtres d'autrefois.\n  De même pour Sir E d w a r d Burne-Jones, il n'est de maîtres que\ndans le passé.\n                                                      WILLIAM RITTER."}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-07-n7-004", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 152, "page_fin": 153, "titre_corps": "En Béotie", "titre_sommaire": "En Béotie", "signature_source": "G. d’Angelier", "ancre_debut": "Je trouve à ceci comme une vague odeur", "ancre_fin": "G. 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L e petit cours de littérature\nque les deux députés ont donné à leurs collègues, du haut de la\ntribune, et, à leurs concitoyens, lecteurs des Annales parlementaires,\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "                                DURENDAL                                153\n\ncomplétera utilement, espérons-le, l'éducation littéraire des uns et des\nautres. Il n'y aurait qu'à louer ces professeurs improvisés, s'ils n'avaient\nmêlé, à leur leçon, des considérations politiques et socialistes tout au\nmoins intempestives.\n   Nous nous flattions, nous catholiques, de voir quelqu'un des nôtres\nmonter à la tribune, afin de compléter les lacunes volontaires ou\ninvolontaires des députés socialistes. On venait de rendre justice, une\njustice méritée, aux écrivains de la Jeune Belgique, de la Société nouvelle,\nde l'Art moderne (1); un membre de la droite se serait honoré, nous\nsemble-t-il, en rendant à nos littérateurs et à nos revues catholiques\nla part d'éloge qui leur est dû. M. Ch. Woeste, dont le nom figure au\ntout premier rang du comité de rédaction de la Revue générale, aurait\n pu prendre la parole avec quelque compétence.\n   Disons-le à notre honte : notre attente a été trompée. M. Woeste a\nobjecté que W a g n e r était un jouisseur, et qu'il fréquentait les palais!\n   M. Hoyois a parlé de l'art du moyen âge!\n   M. Schollaert, ministre, a répondu par quelques lieux communs\ndéjà en usage à la période lacustre.\n   M. Coremans a traité la littérature — (Une bonne marchandise\nfinit toujours par trouver des acheteurs. Textuel. Séance du 10 juillet.)\n— en marchand de chandelles.\n   Nos condoléances, Messieurs!                       G. D'ANGELIER.\n\n   (I) M. Jules Destrée s'est bien gardé de citer, parmi les revues\nbelges : Durendal. Il la connaît cependant puisque, détail piquant, il\nfut, l'an dernier, un de nos abonnés de la première heure. M. Destrée nous\nenvoya, à cette occasion, tous ses bons souhaits. Nous possédons la\npièce dans nos archives.                                    N. D. L. R.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-07-n7-005", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 156, "titre_corps": "La Musique chez les Hébreux", "titre_sommaire": "La Musique des Hébreux", "signature_source": "L’abbé L. Gruel", "ancre_debut": "La Musique chez les Hébreux", "ancre_fin": "L’abbé L. 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L'har­\n                   monie de la terre emprunterait ainsi son nom à\n                    l'harmonie du ciel, au Verbe de Dieu venu faire\n                 entendre     au monde assoupi l'hymne divin,\nLa             musique est l'art de bien moduler; or la modulation\ndans      le     sons n'est autre qu'une convenance dans leurs rapports.\nCette convenance est l'image de celle qui existe en Dieu à un degré\ninfini ; et elle se retrouve nécessairement à des degrés divers dans\nchacune de ses productions : car Il a disposé toutes choses selon les\nrègles de l'équilibre, du calcul et de la mesure. (Omnia in pondere\nnumero et mensurâ disposuisti. SAGESSE, XI, 21.) Mais c'est surtout dans\nl'homme que cette convenance se montre et on peut dire que le roi de\nla création a été admirablement organisé pour en devenir le chantre.\n   L a musique se trouve ainsi associée à l'essence même des êtres;\naussi la voyons-nous en usage dès les temps les plus reculés. Nous\nlisons au chapitre I I I e de la Genèse que Jubal enseignait, de son\ntemps, à jouer du chinor et de l'hougab, c'est-à-dire des instruments\nà corde et à vent. Après le passage de la Mer Rouge, Miriam, sœur\nd'Aaron et de Moïse, prit un t a m b o u r et suivie des femmes d'Israël,\narmées elles-mêmes de tambours et de flûtes, elles répétèrent en\nchœur le Cantique de Moïse, « Chantons le Seigneur; il a fait éclater sa\nmagnificence et sa gloire; il a précipité dans la mer le cheval et le\ncavalier. » Dans le premier livre des Rois, chapitre X, verset v, nous\nlisons que lorsque Saül vint à Bethel, après qu'il eut été consacré\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "                                  DURENDAL                                  155\n\ncomme roi d'Israël par Samuel, il rencontra des prophètes qui descen­\ndaient de la montagne ayant avec eux des lyres, des tambours, des\nflûtes et des harpes. Plus loin il est raconté, dans le même livre, que\nlorsque Elisée se trouva en présence des rois d'Israël, de J u d a et\nd ' É d o m , il appela un joueur de harpe et pendant que cet homme\njouait de son instrument, l'Esprit du Seigneur descendit sur Elisée et\nle fit prophétiser. Ces textes nous montrent l'alliance qui existait alors\nentre la musique et la prophétie.\n     On peut dire que David a été le véritable organisateur de la\nmusique des H é b r e u x . Il avait appris, dès sa jeunesse, à jouer du\nchinor et il était devenu tellement habile dans cet art, qu'il lui suffisait\ntoucher de son instrument pour éloigner l'esprit mauvais qui tour­\nmentait Saül. Quand il monta sur le trône et qu'il se fut emparé de\nJérusalem, il fit transporter l'Arche du Seigneur de la maison d'Obé-\ndédon dans la cité sainte. Cette translation se fit avec grande solen­\nnité. David dit aux chefs des lévites d'établir quelques-uns de leurs\nfrères pour chanter et pour jouer de tous les instruments, de la lyre,\n de la cythare, des cimbales, afin de faire retentir jusque dans les\n cieux le bruit de leur joie. Les lévites H e m a n , Asaph et E t h a n , furent\n chargés de jouer des cymbales d'airain. Zacharie, Oziel, Semiramith,\n chantèrent sur le nebel les hymnes sacrés. Mathatias, Eliphain,\n Obédédon, chantèrent sur des cythares à huit cordes des cantiques\n de triomphe. L e chef des lévites, Chonenias, présidait aux chœurs et\n commençait le premier la symphonie parce qu'il était très habile. L e\n peuple faisait entendre de temps en temps de grandes acclamations\n en accompagnant l'arche, au son des trompettes, des hautbois, des\n cythares et des nebels.\n     P l u s tard, quand David réunit les éléments pour la construction du\n temple, il fit le recensement des lévites depuis trente ans et au-dessus,\n et ils se trouvèrent au nombre de 38,ooo. P a r m i eux, il choisit\n 4,000 musiciens pour faire résonner les louanges du Seigneur.\n     Outre la musique sacrée, David organisa la musique profane.\n Il avait des chanteurs et des chanteuses. Nous en avons la preuve\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1478, "texte": "156                           DURENDAL\n\n\ndans la réponse que lui fit Berzélius de Gigal qu'il voulait retenir\nauprès de lui :\n   « J'ai quatre-vingts ans, est-ce que mes sens ont encore la puis­\nsance de distinguer entre le doux et l'amer, de goûter les mets et\nles vins délicats et d'entendre la musique de tes chanteurs et de tes\nchanteuses. »\n   Salomon se montra, comme David, son père, grand amateur de\nmusique. Il fit éclater ce goût dans la dédicace solennelle du temple\nde Jérusalem. Les lévites accompagnèrent le chant des cantiques\navec les cymbales, les psaltérions et les guitares.\n  Avec la division du royaume de J u d a et d'Israël, la musique, comme\ntout le reste, tomba en décadence. Ezéchias s'efforça de la remettre en\nhonneur. Puis vint la captivité. Les Juifs condamnèrent au silence\nleurs instruments de musique, témoin leur réponse aux Babyloniens\nqui leur demandaient de faire entendre leurs chants :\n   \" Nous avons suspendu nos instruments aux branches des saules;\ncomment ferions-nous entendre les cantiques de Sion sur une terre\nétrangère. »\n   Avec le christianisme, la musique sacrée a continué à être en hon­\nneur. Saint Jean, dans la Vision de l'Apocalypse, qui nous représente\nles différents états de l'Église militante aussi bien que de l'Église\ntriomphante, vit les vingt-quatre vieillards ayant le chinor à la main\net il entendit le son des harpes de la terre et du ciel.\n                                               L'abbé L . G R U E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-07-n7-007", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 157, "page_fin": 158, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "S : Deux Comédies. F . VANDENBOSCH : J.-K. Huysmans. WILLIAM RITTER : Ed. de Pury. — Arnold Böcklin.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n   L e s V o i x de la Glèbe (Paris, Lemerre, fr. 3.50). — M. Paul Harel vient\nd'écrire, sous ce titre, un beau livre à l'honneur des Terriens. L'auteur est un\nenfant de la campagne; il connaît les champs et il les aime : doué d'un vrai talent\nde poète, il a su trouver, pour parler des gens et des choses de la terre, une langue\nforte et fière. La lecture de ces poésies, et nous espérons que tous les amis de\nDurendal les liront et les reliront, m'a procuré une jouissance intellectuelle que je\nne peux mieux comparer qu'à la satisfaction de respirer l'air pur et bienfaisant de\nla campagne elle-même. C'est fort, c'est bon, c'est généreux. Lisez, dans ce livre :\nLe Laboureur, Plebs rustica, Les Corbeaux, A la santé des gueux... Si vous lisiez tout,\ncomme moi? Bravo, Harel!\n                                             *\n                                                     * *\n   P o r t r a i t s d u X I X e s i è c l e : Nos Adversaires et nos Amis, par LÉON GAUTIER,\navec portraits (Vromant, Bruxelles, fr. 450). — Le nom de Léon Gautier est un\nde ceux qui honorent les lettres catholiques. Nous signalons avec plaisir ce volume,\noù le lecteur trouvera réunie tout une série d'études et de portraits très curieux.\nLéon Gautier n'est pas un catholique à idées étroites, à restrictions mesquines; on\nle savait déjà par des pages vaillantes dans lesquelles il proclamait le droit des\ncatholiques au roman, au théâtre, etc., etc. On le saura mieux encore après lecture\nde certaines pages de ce volume. On y trouvera notamment une réponse péremp­\ntoire à l'impertinente question posée naguère en ces termes : « Faut-il louer le\nmérite littéraire des écrivains mauvais? » Gautier rend hommage à V. Hugo, à\nAlex. Dumas fils, Feuillet, Loti et à d'autres. « Tout effort vers le bien est déjà\ncatholique », écrit Gautier. Voilà, j'espère, des idées un peu plus généreuses que\ncelles de la brochure janséniste des RR. Gallerani et Lintelo.\n                                                      *\n                                                     * *\n  E n S y m b o l e v e r s l ' A p o s t o l a t , par MAX ELSKAMP (chez Lacomblez ) — Je\nne trouve pas de paroles assez frêles pour dire adéquatement ce que je pense des\nvers de M. Max Elskamp et je me réfugie dans la comparaison. En automne, les\nmatins, après les nuits fraîches, on trouve suspendues aux arbres des toiles d'arai­\ngnées toutes blanches, dont chaque fil est comme un bout de collier fait avec des\nperles de rosée. En Symbole vers l'Apostolat me donne, littérairement, la même\nimpression : c'est aussi ténu et aussi joliet, c'est aussi exquis et aussi vain.\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "l58                                    DURENDAL\n\nM. Max Elskamp dépense un incontestable talent à tisser des riens. C'est Botticelli\ns'amusant à dessiner des gravures de mode. Cette mode, fût-elle la mode mystique,\nje suis bien obligé de lui dire : il y a plus beau et meilleur à peindre.\n                                                *\n                                            *  *\n   U n Chant d a n s l'Ombre, par FERNAND SÉVERIN (chez Lacomblez, 3 francs),\nl'ernand Séverin est un très grand poète, et ce Chant dans l'Ombre est une oeuvre\nsuperbe. Ces vers m'ont jeté et tenu dans le ravissement, de la première à la\ndernière strophe : pensée, expression, beauté, rythme, suavité, splendeur, souffle,\ntendresse, le poète possède tout cela, et si j'avais un reproche à lui faire — reproche\nque je lui fais bien volontiers — c'est d'être trop beau. Nous en reparlerons du\nreste. Je ne me tiens pas quitte envers Séverin pour ces quelques lignes brèves.\n\n                                                *\n                                                                         POL DEMADE.\n                                            *       *\n      A suivre :\n  L'abbé F . KLEIN : Le Dilettantisme.\n  PAUL ARDEN : Par les Chemins.\n  JEAN DEVILLE : Dialogue entre nous.\n  JULES BOIS : Le Satanisme et la Magie.\n  LÉON PASCHAL : Paroles intimes.\n  Comte DE BOUSIES : Deux Comédies.\n  F . VANDENBOSCH : J.-K.       Huysmans.\n  WILLIAM RITTER : Ed. de Pury. — Arnold Böcklin.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-07-n7-006", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 158, "page_fin": 160, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "core dégrossies. (Parole des M. Hoyois. Séance de la Chambre, 4 juillet.) Bon salaire, (N. D. L. 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(Voir articles du R. P. Delaporte, mai,\njuin, juillet 1893.) Adorable restriction!\n   Les classiques païens sont sans danger, nous dit-on encore, on les a expurgés minutieu-\nsement. Eh bien! répondons-nous, expurgez de même les œuvres de ceux que vous\nappelez : « les écrivains mauvais », anciens ou modernes. Mais ne vous servez pas\nde ce prétexte, qu'on n'a pas expurgé, pour vous refuser obstinément à nous faire\npart des beautés, soit de la langue latine chrétienne, soit de la langue française\nmoderne. L'éducation païenne et antique, exclusive ou à peu près, est une pure\nstupidité éducative. Nous sommes des chrétiens et nous vivons au XIXe siècle,\nn'oubliez pas cela, pédagogues rétrogrades! Vous nous embêtez à la fin, avec votre\nsiècle d'Auguste et de Louis-le-Grand. Il y en a eu dix-sept autres siècles, dont\nvous ne paraissez tenir aucun compte.\n   « Les jésuites sont petits dans les arts... — nous écrit un de leurs amis — je crois\nbien, ils ne s'en occupent pas. » La belle raison !\n   Eh bien, mais je leur reproche justement de ne pas s'occuper d'art! Les jésuites\nconstituent le premier ordre d'une époque passionnée d'art, et les jésuites ne\ns'occupent pas d'art ! Ils ont tort, cent mille fois tort. L'art fait partie intégrante de\nl'apostolat intellectuel au XIXc siècle et les jésuites, en ne s'occupant pas du culte du\nbeau, manquent à un de leurs premiers devoirs.\n   En voulez-vous un exemple : ces bons pères écrivent des brochures contre les\nécrivains modernes et font force sermons contre la lecture des romans. Les\nRR. P P . Cornut et Lintelo, pour ne citer que ceux-là, s'en donnent à cœur joie.\nCes braves gens perdent en ces exercices, dont le résultat est problématique, un\ntemps considérable. Or, s'ils consacraient seulement la moitié de ce temps à riva­\nliser de style avec les écrivains modernes et à écrire de beaux romans, ils feraient\ninfiniment mieux; ils sauveraient plus d'âmes. L'an dernier, un jésuite espagnol,\nle P. Luis Coloma — celui-là, je le porte au fond de mon cœur — publia (dévotes\nvoilez-vous la face), un beau roman que tout le monde catholique s'empressa de lire.\n   Pendant qu'on lisait le roman orthodoxe du père, on ne lisait pas les cochonne­\nries de Zola et C ie . C'est évident.\n  « Le roman est une arme avec laquelle nous pouvons combattre toutes les\npassions, toutes les calomnies, tous les mensonges, écrivait le catholique\nLéon Gautier, mais c'est une arme dont il faut se servir en soldat et il y faut\nquelque rudesse de poigne avec quelque vigueur de muscles, etc., etc. »\n   On en peut dire autant de la musique, du théâtre. On verrait assurément moins\nde nobles dames, pénitentes des RR. Pères, dans nos petits théâtres de Bruxelles, si\nla littérature catholique produisait de belles pièces de théâtre.\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "160                                 DÜRENDAL\n\n\n Il ne suffit pas de tonner contre son temps, il faut aider à rendre son temps\nmeilleur...\n Les jésuites poussèrent des cris de paons le jour où on les supprima — et voici\nmaintenant qu'ils se suppriment eux-mêmes !\n                                                                      P . D.\n                                        *\n                                      * *\n\nN     ous recevons la lettre suivante\n                                                     Bruxelles, le I er juillet 1895.\n                 MON CHER DEMADE,\n   Dans une lettre ouverte que Durendal publia le mois dernier, notre enthousiaste\nami Firmin Van den Bosch insinue que j'aurais naguère, sous les hauts arbres de\nTronchiennes, proposé un Congrès de l'Art et des Lettres catholiques.\n   Souffrez que je repousse de toutes mes énergies un tant immérité certificat de\ncandeur. Jamais, au grand jamais, cette idée, « nouvelle et téméraire > au dire\nparadoxal de notre ami, ne me vint, je le jure. Mon estomac n'est point congressiste\net je doute que l'on résolve, par une escrime de mâchoires, le moindre problème\nintellectuel.                                                Bien vôtre,\n                                                           MAURICE DULLAERT.\n                                        *        *\n\nL     'ACADÉMIE FRANÇAISE, dans sa dernière séance, a accordé un prix de 500 francs\n      à M. Charles Buet, notre ami et collaborateur, pour son livre l'Aînée, un\ndélicieux récit de famille.\n  Nos plus chaleureuses félicitations à l'auteur.\n                                           *\n                                         * *\n\nA     lire dans le numéro de juin de la Jeune Belgique : En route, d'ARNOLD GOFFIN.\n      — De très beaux vers d'IwAN G I L K I N . — A propos d'un livre nouveau de\nSéverin, par ALBERT GIRAUD.\n                                             *\n                                         *       *\n       ON demande un aquafortiste pour illustrer les situations suivantes :\n 1. Un ministre en train de caresser le résultat de ses efforts.\n 2. Un politique nourrissant un secret espoir.\n 3. Un conseil provincial disposé à mettre la voirie sur le dos des riverains.\n 4 L'esprit chrétien pénétrant les masses sans les avoir encore dégrossies. (Parole des\nM. Hoyois. Séance de la Chambre, 4 juillet.)\n  Bon salaire, (N. D. L. R.)\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 162, "texte": "JUILLET l 8 g 5 (DEUXIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n\n\n\n\n                                                     DfpEUJRV\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                   DURENDAL\n   REVUE      CATHOLIQUE           D'ART     ET DE          LITTÉRATURE\n\n\n\n                        ABONNEMENTS\nBelgique : un an. . . . .    . fr. 5.00 | Étranger : un an. .• . . . . fr. 6.50\n                            Prix du numéro : fr. 0.60\n\n\n\n   Nous recommandons très instamment, à tous nos lecteurs, une\nactive propagande en faveur de cette revue que nous voudrions voir\ns'agrandir et se développer de plus en plus. Nous serions heureux\n d'élargir nos cadres, de faire la place plus large aux nouvelles, à la\ncritique, aux questions actuelles, de donner des portraits, des des-\nsins, etc. Surtout nous voudrions réaliser ^en cette revue un projet qui\nnous est cher : réunir les éléments de l'Histoire des lettres catholiques\nau xix e siècle. Ce ne sont ni les sujets, ni les talents qui manquent.\nMalheureusement l'apathie des catholiques, en ce qui concerne les\nchoses de l'intelligence, est grande — pour ne pas dire plus. Que nos\nlecteurs s'efforcent de réagir contre ce courant d'indifférence.\n   Que chacun de nos abonnés, par exemple, nous amène un ou deux\nde ses amis et, d'ici peu, grâce à ces recrues nouvelles, nous pourrons\nréaliser une partie de nos désirs.\n   Durendal, il est à peine besoin de le dire, est une œuvre de désinté-\nressement; mais justement, à cause de cela, nous voudrions que nos\namis nous aident, chacun dans la mesure du possible, à faire de la\nrevtte une publication digne de l'Art et de la Littérature catholiques.\n   Puisse cet appel être entendu.\n                                                        L A RÉDACTION.\n\n\n\nToutes correspondances doivent être adressées à la Rédaction et Administration .-\n                Hue Albert-de-la-Tour, 14, à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": " Juillet 1895                                                                     N° 7\n\n                                 DURENDAL\n\n\n\n\n           L'INVERSION SENTIMENTALE\n                             A   MAURICE   DULLAERT\n                                                        Le savant s'endort sur l'oreiller\n                                                      du doute.\n                                                              Le chimiste JEAN STAS.\n\n\n\n\nT\n            OUT le monde sait que la chevelure humaine peut, en une\n            nuit, sous l'empire d'une émotion sérieuse et conséquente,\n            changer absolument de teinte. Vous vous endormez sans\n            aucune arrière-pensée facétieuse, de ce sommeil si bien\nqualifié de sommeil des justes ; vous couchez sur l'oreiller, parmi les\nblancheurs du linge, des cheveux plus noirs que l'Erèbe antique; votre\nrepos est traversé par l'éclair d'une secousse morale grave... et vous\nvous réveillez avec une tête d'un blanc neigeux. C'est là un axiome\nétabli par tous les reporters du monde et vulgarisé par d'innombrables\nfaits divers.\n  Je dois vous prévenir que la science était tout à fait muette sur ces\nbrusques métamorphoses, avant l'étrange aventure survenue au doc­\nteur Zéphirin, aventure que j'ai dessein de vous conter ici.\n\n   Il serait oiseux, me paraît-il, de faire, à ce propos, une minutieuse\npsychologie du personnage ou d'abuser pour lui pouiller l'âme.\n   Que le lecteur veuille bien se contenter de ces simples détails bio­\ngraphiques : le docteur Zéphirin était un vieux praticien septuagénaire\nqui avait pris ses invalides, il y avait de cela dix ans. C'était un vieil­\nlard très vert encore, droit comme un if; d'allure militaire; un peu\nsec; aux yeux d'un bleu de la teinte pâle des anciennes faïences de\nDelft. E t , avec ça — insistons — le plus admirable système capil­\nlaire, chevelu et poilu, qu'on peut s'imaginer : une belle tête blanche,\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "i38                             DURENDAL\n\n\naux cheveux drus, très légèrement crespelés, au toupet frondeur, la\nmoustache courte mais puissante, l'impériale à rendre jaloux un vieux\nmaréchal de F r a n c e ; le tout d'un blanc d'argent éclatant, tapageur,\nsonore presque. Dans le village où, depuis sa retraite, chaque année,\nil allait passer la belle saison, on l'avait surnommé — les campagnards\nadorent le sobriquet pittoresque — la T ê t e d'argent.\n   L e docteur Zéphirin — oh ! ces coïncidences ! — était l'auteur d'un\ntraité bizarre (d'envieux confrères disaient : grotesque), intitulé : De la\ncouleur dans les sentiments, livre qui avait eu son quart d'heure de célé­\nbrité et avait valu à son auteur le titre de correspondant de je ne sais\nquelle académie de province.\n   Ce traité de la couleur fera, quelque jour, lorsqu'on le redécouvrira,\nles délices de l'école décadente; il dépasse d'une infinité de longueurs,\nsi on peut dire, l'Audition colorée de Baratoux et le Traité du Verbe, de\nRené Ghil. L e docteur Zéphirin était descendu, plus profond que tous\nles psychologues connus, dans ce gouffre de l'âme humaine, qu'il appe­\nlait : un maelstrbm vertigineux. Quelques chapitres de son livre ont\nfailli devenir classiques : les pages en lesquelles le docteur examine\nles sept couleurs de la colère sont vraiment remarquables. Songez\nque nous ne connaissions guère, avant le docteur Zéphirin, que la peur\nbleue et sa variété livide, et, de la colère, que les variétés bleu-rouge\net pâle. Sa description de la colère orange mériterait de rester.\n  Mais, j'ai hâte d'arriver à l'aventure dont j'ai promis le narré et\nque l'auteur du traité avait vaguement prévue, quelque part, en son\nœuvre, sous le nom ténébreux d'Inversion sentimentale. Voici le fait :\n   « Dans la nuit du vendredi 13 septembre, le docteur Zéphirin, qui\nreposait à l'unique étage de sa modeste maison de campagne, fut tiré\nbrusquement de son sommeil par un bruit insolite de serrure vio­\nlentée. E n un instant le vieux praticien fut sur pied et apparut sur le\npas de la porte de sa chambre, le revolver d'une main, un bougeoir de\nl'autre. Ce qui se passa en ce moment fut rapide comme l'éclair. L a\nbougie s'éteignit, en même temps qu'éclataient les huit décharges suc­\ncessives de l'arme à répétition. Il se fit un grand bruit tumultueux\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                DURENDAL                                 139\n\nsur les marches de l'escalier, suivi d'un pesant silence et bientôt après\non entendit comme le glissement d'un corps le long d'un tapis. L e\ndocteur Zéphirin, anxieux, attendit dans l'ombre, quelques minutes\nqui lui parurent des heures. Enfin, tout bruit ayant cessé, il se décida\nà rallumer la bougie éteinte qui, tout de même, tremblait un peu\ndans sa main gauche ; il rechargea son arme par précaution et descendit.\n   » U n h o m m e , frappé en pleine poitrine, gisait sur le palier; autour\nles murs blancs étaient éclaboussés de sang frais. L e docteur, machi­\nnalement, prit le pouls, plus rien; se pencha sur le cœur, inutile.\nIl enjamba le cadavre chaud. L a porte de la maison s'ouvrait béante\nsur la nuit étoilée. Il écouta : des pas, comme d'un fuyard, s'enten­\ndaient sur le pavé voisin; un chien de ferme hurlait furieusement,\nsecouant sa chaîne dans l'ombre épaisse.\n  » L e docteur Zéphirin ferma l'huis, revint près du bandit mort et,\ncomme il n'y avait plus rien à faire pour lui près de cet h o m m e , stoï­\nquement il regagna sa chambre.\n   » Il se passa alors quelque chose de si inattendu, de si inoui, de si\ninvraisemblable, que je ne sais comment l'exprimer.\n   » Au moment où le docteur Zéphirin, après avoir posé son bougeoir\nallumé sur la cheminée et s'être versé de l'eau, prenait du savon pour\nse laver les mains ensanglantées, ses regards rencontrèrent la glace de\nsa toilette... et il poussa un cri d'effroi... L u i , qui n'avait pas tremblé\nface à face avec les deux bandits aperçus dans l'escalier, recula\npresque de terreur devant sa propre image.\n  » Ses cheveux, la veille d'un blanc d'argent, étaient devenus, en\nquelques minutes, cette nuit-là, tout d'un coup, sous la secousse\nmorale, complètement noirs, du noir le plus profond qu'on vit j a m a i s ;\nseule, la barbe était demeurée blanche. »\n  Voilà le fait, fait d'observation indéniable, et le seul de cette espèce\nque la science ait enregistré... sans l'expliquer du reste.\n\n  Je me refuse à toute espèce de commentaire. Je note toutefois que,\ndes deux brigands qui avaient pénétré n u i t a m m e n t chez le docteur\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "140                               DURENDAL\n\nZéphirin et qui lui étaient apparus masqués de noir, l'un d'eux, celui-là\nmême que le docteur, en cas de légitime défense, avait tué, était un\nnègre.                                           r\n         I er juillet 1895.\n                                                      D POL DEMADE.\n      (Reproduction interdite.)\n\n\n\n\n                                  E VEIL\n                       Par les blanches matinées,\n                       Quand s'éveillent aux forêts\n                       Les nids de chardonnerets\n                       Et les mousses satinées;\n\n                       Quand les toiles d'araignées\n                       Frissonnent sous le vent frais,\n                       Quand les fleurs font les apprêts\n                       De leurs douces hymênêes;\n\n                       Notre âme est à l'unisson :\n                       Elle a le même frisson,\n                       Et l'aurore aussi l'arrose;\n\n                       Notre cœur s'épanouit,\n                       Comme le lis et la rose\n                       Que le matin réjouit.\n                                                        ED.   HENVAUX.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                DURENDAL                                141\n\n\n\n\n       Sir Edward Burne-Jones\n                  LE moment est venu où la gloire hautaine du grand\n                   préraphaélite persuasif et subtil, successeur encore\n                   affiné de Rossetti et de W a t t s , va sortir de sa nuée\n                   lumineuse emmi les embruns d'Albion. E t pour\n                   avoir atterri au continent, le rayonnement de cette\n                   gloire a déjà suscité une mode, hélas ! et cette mode\nva devenir presque de la popularité... J e serais tenté de le regretter.\nIl fait si bon garder pour soi tout seul, parmi les poètes et les artistes,\nquelques rares, quelques exquis, quelques inaccessibles que le vulgaire\naura beau faire semblant d'apprécier, mais ne comprendra jamais,\nd'autant plus que ces intangibles ne peuvent que perdre à être divul­\ngués, comme les belles mélodies lorsqu'elles descendent dans la rue\net dans la caisse des orgues de Barbarie.\n   En i8g3 Paris a vu pour la première fois, au C h a m p de Mars, deux\ncompositions et un portrait de ce transcendental Burne-Jones que\nprônait et annonçait depuis si longtemps la Petite Classe groupée\nautour du comte Robert de Montesquiou-Fezensac, de la comtesse de\nGreffulhe, des princesses de C h i m a y et du vicomte Robert d'Humières\npour moniteurs, comme dit Barrès. A Munich et à Berlin, le Maître\navait déjà exposé bien des fois, et il est classé en Allemagne aussi\nhaut que Böcklin auprès duquel il détonne comme une gazelle auprès\nd'un cheval pie mecklembourgeois.\n  Enfin voici sonnée l'heure où chacun peut avoir Burne-Jones à\ndomicile, l'admirer au coin du feu. Un photographe artiste de Londres,\nM. Hollyer, a donné de merveilleuses reproductions au charbon de\ncette œuvre dont l'intérêt excessif git bien plus dans le dessin et la\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "142                               DURENDAL\n\nrecherche que dans la couleur. Enfin la grande librairie de luxe\nGeorge Bell & C° vient, par la plume de M. Malcolm Bell, de con­\nsacrer à Sir E d w a r d Burne-Jones le plus beau livre de la librairie\nanglaise cette année. L e feuilleter nous remémorera toute l'œuvre, si\nune et d'une si souveraine beauté, du plus grand idéaliste contemporain\nd'Outre-Manche, et nous permettra d'en dégager les principaux carac­\ntères.\n\n                                       I\n\n     P a r m i les innombrables bêtises que l'étranger a dites l'année der­\nnière à l'avènement en Suisse des surprenantes peintures de M. Léo-\nP a u l Robert, la plus énorme est d'avoir voulu bombarder ce bel artiste\nfondateur d'un art religieux protestant. Il n'y a pas deux façons de\nfaire de la peinture religieuse, et je ne vois pas que les plus grands\npeintres religieux actuels, sauf Puvis de Chavannes, et grâce à des\ncauses que Durendal est le premier à signaler et déplorer, tous protes­\ntants (je cite : Böcklin, T h o m a , Burne-Jones, Grasset, P a u l Robert,\nCarlos Schwabe, etc.), aient rien à gagner à être éliminés de la tradi­\ntion catholique, catholique voulant dire universel, alors que dans leurs\nœuvres, inconsciemment ou non, tous ces artistes en adoptent les\néléments essentiels. Toutefois ma religion étant du culte catholique,\nmoi-même je ne soutiendrai point ici cette thèse, ce qui, aux yeux de\nbeaucoup de monde, aurait l'air de réduire à une querelle de clocher\nune question d'esthétique qui se meut bien par-delà Rome et Genève\n— (l'art du reste s'il peut être hérétique ne saurait être schismatique) —\net je m'en abstiens d'autant plus que naturellement personne en\nAngleterre ne me croirait impartial, et ne songerait à considérer une\nseule minute qu'à tout prendre le catholicisme est assez riche pour se\npasser de l'art, fût-ce de Burne-Jones et de Böcklin, que pourtant\nj ' a d m i r e , on le sait, au delà de toute expression, puisqu'il serait assez\nfort pour se passer de l'art même de R e m b r a n d t . Mais je voudrais\nrendre attentif à ceci : c'est qu'à parler de peinture religieuse protes­\ntante, si l'on y tenait, il y avait à citer en première ligne Burne-Jones\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                 DURENDAL                                143\n\ndont l'œuvre, anglicane avant tout, est d'un art infiniment plus éloigné\nde la tradition catholique, tout en n'arrivant pas à s\"en séparer, malgré\ntout, et s'y rattachant par Ravenne et Byzance, que celui de M. Léo-\nPaul Robert qui y rentre, lui, et en pleine Renaissance, par tout ce\nqu'il a de meilleur, et cela au point d'errer chaque fois qu'il s'en\néloigne. J e n'insiste pas davantage aujourd'hui et admets l'existence\nd'un art protestant pour le moment; je n'en réserve pas moins l'intégrité\nde ma thèse fondamentale à développer dans d'autres circonstances et\nqui est : dès que l'art protestant est tout à fait religieux et tout à fait\nbeau, il n'est plus protestant, il est catholique.\n   Anglican veut presque dire anglais. L'épithète flotte entre le culte\net la nationalité et va de l'une à l'autre, renvoyée par celui-ci à celle-là.\nDans le cas particulier, elle dit la qualité d'âme, d'inspiration et de\ncomposition du Maître, le vernis particulier appliqué à sa religiosité\nartistique. Quant à ses parrains et instituteurs dans l'histoire de l'art,\nBurne-Jones procède de trois chefs : la statuaire grecque, Botticelli,\net l'art décoratif japonais. Nous l'examinerons sous ces quatre aspects.\nLa forme rigoureuse et grave d'un sermon classique en un exorde,\ntrois points, et une péroraison, semble créée exprès pour mouler une\nétude complète sur ce talent tout d'une pièce, divers avec tant d'unité,\nparfait du premier effort au dernier, qui semble avoir atteint de prime\nabord à la pleine possession de lui-même, et s'est toujours répété sans\njamais se renouveler, de même que sans jamais d'autre monotonie\nque celle de la perfection. Au reste qu'on se rassure, mon sermon\ndemeurera un simple article, et pour avoir établi un plan en quatre\npoints (dont un, le plus important, va faire exorde), je tâcherai de\nn'être pas pédant le quart de ce qu'il faut pour être cru.\n\n                                     II\n   L e livre de M. Malcolm Bell raconte et catalogue la vie du profond\net méditatif poète avec une autorité, une certitude de documentation\nen même temps qu'une sagesse synthétique dans l'emploi des rensei­\ngnements, également éloignées du fatras compact allemand et de\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "144                            DURENDAL\n\n\nl'aimable et intermittente suffisance ou insuffisance latine. J'y renvoie\nles curieux, tenant à me cantonner dans l'examen de l'œuvre, d'autant\nplus que dans le cas particulier cette œuvre et la vie du peintre ne\nfont qu'un. L u i est né le 28 août 1833 à Birmingham, et il a travaillé,\nréalisant d'une façon uniforme, mais jamais monotone, des rêves tous\nde même nature. L'homme de cette œuvre n'a pas d'histoire, et quand\nbien même il en aurait une, l'œuvre l'annulerait puisqu'elle témoigne\nde l'unité absolue de cette vie et de préoccupations toujours identiques\nà elles-mêmes. Sir E d w a r d Burne-Jones faillit entrer dans les ordres;\nson admiration pour Dante Gabriel Rossetti l'en détourna, néanmoins\nil est foncièrement religieux, non point parce qu'il sépare nettement\nle religieux du profane comme le croient bon, avec la meilleure foi du\nmonde, certaines personnes puritaines, mais au contraire parce qu'il\napporte de la religion dans tout ce qu'il fait, qu'il sublime tout ce à\nquoi il touche, et que les saintes entités de ses vitraux, fussent ceux\nde l'église Saint-Philippe à Birmingham, et de ses mosaïques, fussent\ncelles du chœur du temple de la Sainte-Trinité à Rome, ne sont ni\nplus ni moins religieuses que son histoire de Pygmalion, que son\nEnéïde et que ses portraits. Il a la constante gravité extérieure britan­\nnique, et touche au nu rarement, mais respectueusement et avec la\nmême austérité qu'à la draperie ; il a le respect de ses modèles et de\nleur corporéïté, il a le respect de lui-même et des autres. L u i seul, de\ntous les vrais amoureux de la forme, n'éprouve jamais, que je sache,\nle besoin de la caricature pour se détendre, comme je l'ai constaté\nchez certains des plus enthousiastes et des plus fervents de la beauté,\nStuck entre autres, à qui l'on doit les plus beaux nus masculins\nmodernes et les plus vilaines trognes bavaroises, E d m o n d de P u r y\nqui est aussi difficile dans le choix de ses modèles que dans celui de\nses caricatures et qui charge le ridicule comme il exhalte le beau. E t\nce continuel, ce pénétrant sérieux, cette consciencieuse et douce\ngravité, cette complaisance à se maintenir dans les idées élevées, cette\npropreté intellectuelle et morale, cette suprême et continuelle distinc­\ntion de tenue, toutes ces belles et nobles qualités qui rendent une vie\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                               DURENDAL                               145\n\ndécorative sans actes, sans faste, sans coups d'éclats, tout cela dont\nest pénétré la peinture du Maître le fait, à mes yeux, si complètement\nanglican.\n   Voyez cette mosaïque déjà citée pour le chœur du temple de la\nSainte-Trinité à Rome : le Christ, fontaine de grâce, entre les anges...\net dites, si pour avoir placé en pleines splendeurs de la Renaissance\nitalienne, en pleine gloire des chefs-d'œuvres catholiques, sans hésita­\ntion aucune, sans sourciller, cette rigide et presque byzantine concep­\ntion, toute de raison et de froideur, en opposition à la vie, au sang,\naux nerfs, aux passions, aux surexcitations des sens, aux cris du cœur\net aux extases de l'âme de l'art italien, il ne faut pas être anglican\njusqu'aux moelles. Pas une fibre de l'être intime de ce peintre n'a\ntressailli dans le déploiement des pompes romaines, ne s'est émue\ndans cette Italie qui avait tant pénétré Dante Gabriel Rosetti. Au\ncontraire, il a fait son art d'extérieur et d'abord encore plus glacial.\n Il est resté l'anglais imperturbable, qui ne sourit ni ne pleure, dont\non ignore la pensée intime, mais qui exprime l'inébranlable volonté\nde sa raison. Il n'a été vulnérable que par un côté, et précisément un\ncôté bien anglais, bien anglican : la distinction; le seul peintre italien\nqui soit distingué, Botticelli, l'a séduit, l'a conquis, a passé en lui ;\nsir Edward Burne-Jones a communié de Botticelli, et lui-même en a\ndonné un double; ce n'est plus lui qui vit, mais Botticelli en lui.\n\n                                   III\n   Depuis Taine on a souvent fait le parallèle de certaines similitudes\nd'existence et de conditions géographiques qui auraient donné aux\nAnglais certaines similitudes morales et même physiques avec les\nHellènes de l'antiquité. Ce parallèle serait à refaire à propos de Sir\nEdward Burne-Jones comme de Alma Tadema, le plus impeccable et\nprobablement le plus exact restaurateur de la vie et des êtres antiques\net lequel, pour cela, voyez, n'a qu'à se servir de modèles anglais.\nFeuilletez tout l'œuvre de Burne-Jones, vous verrez qu'on peut réduire\ntoutes ses créatures à un nu masculin et à un nu féminin, qui ne sont\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "146                             DURENDAL\n\n\nqu'un dédoublement sexuel et pour ainsi dire jumeau de la même\nacadémie. E t cette unique académie c'est le premier venu des plus\nbeaux antiques traditionnels, l'Apollon du Belvédère ou la Vénus de\nMilo un peu allongés, un rien maigris à la Botticelli. J e dis tradition-\nnels parce qu'à mon sens les plus beaux antiques ne sont pas ceux que\nl'on pense et je crois que là encore il y aura à bouleverser de fond en\ncomble la routine de l'admiration.\n   L'admiration de l'antiquité qui appert des œuvres de Sir E d w a r d\nBurne-Jones est encore anglicane, c'est celle que l'on retrouve dans le\nchef-d'œuvre de Lawrence Guy Livingstone, aussi bien que dans le\nPygmalion de lord Gladstone, ou que dans les travaux du cardinal\nM a n n i n g ; c'est celle que suce tout étudiant d'Oxford ou de Cambridge\net qui est adéquate à l'anglais comme la bonne tenue et les bonnes\nmanières. Elle aussi est identique à elle-même, elle est infaillible,\nindiscutable et indiscutée. Chez Burne-Jones on la constate non seule­\nment dans le nu, mais dans la draperie. T o u t le système de plis de\nses étoffes est inspiré textuellement de certains fragments grecs, à\ncommencer par la victoire de Samothrace et par la fameuse victoire\ninclinée renouant sa sandale que j'ai autrefois tellement copiée que je\nla dessinerais bien par cœur encore aujourd'hui. J'ai beau retrouver\ndans le volume de M. Malcolm Bell de magnifiques études de draperie\nsèche ou mouillée, d'après nature, je constate simplement un fait :\nc'est que Sir E d w a r d Burne-Jones, tout en copiant la nature, a bien\nsoin de faire, au préalable, concorder cette nature élue, c'est-à-dire le\nmodèle vêtu, avec la tradition de beauté hellénique inhérente à son\nintellectualisme.\n   Il découle de là à peu près sûrement que l'œuvre de Burne-Jones\nest bien l'une des plus plastiques qui soient de notre temps. Mais cet\nart, étant moderne, a beau répudier les nus anguleux, décharnés ou\nsouffrants, les lourdes étoffes en plis cassés des primitifs et de Dürer,\nil lui faut quand même l'expressivité, et l'art grec, selon la croyance\ncommune, en manque. E t l'on a raison, généralement, de le croire,\ncar c'est généralement vrai. Il y a cependant des exceptions, mais ces\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                              DURENDAL                               147\n\nexceptions sont si peu connues ou même si inconnues : ce sont, il va\nsans dire, les plus belles. Or nous venons de voir que chez Burne-Jones\nla compréhension de l'antique est régulièrement universitaire anglaise ;\nil a donc cherché ailleurs. Nous avons vu aussi que, sur la voie de\ncette recherche, il devait infailliblement, de par son anglicanisme,\nrencontrer Botticelli. De sorte que par l'anglicanisme aussi bien que\npar la contradiction expressive de l'antique plastique, nous voici\narrivés au même point, au même nom.\n\n                                   IV\n   L'influence de Botticelli sur Sir Edward Burne-Jones n'a pas besoin\nde se démontrer. Elle saute aux yeux. C'est la force de l'évidence.\nElle rayonne sur son œuvre comme la lumière du soleil par les étés\nfleuris. Et le chemin par lequel cette influence a pu pénétrer, nous\nl'avons indiqué. Paul Bourget — bien un nom à citer en pareille\nmatière — nous a analysé les raisons d'être du charme que Botticelli\nfait éprouver aux âmes d'élite modernes, ce charme un peu musical\nd'apaisement, de discrétion, de charité, subtilement nuancé, et cela\nau moyen de visages diamétralement opposés au masque conventionnel\nde la beauté grecque. C'est la force des contraires, 'le besoin de\nréaction qui a amené à lui Burne-Jones, et puis, je le répète, en lui\nseul le Maître anglais trouvait moyen de satisfaire sans déchoir de\nson atmosphère de propreté, de distinction et de suprême élégance,\nl'esprit de contradiction foncier qui est dans tout homme, il n'y a pas\neu une minute d'hésitation possible. Ce serait ici le lieu de décrire\ncertaines créatures de Burne-Jones et de montrer comment cette\nétroite alliance, bien plus, ce mariage de la beauté grecque et de\nl'expressivité botticellienne, parfois même d'un corps grec et d'un\nvisage botticellien, a créé une nouvelle originalité tout à fait spéciale\net qui fait de tels et tels personnages des formes personnelles toutes\nneuves et appartenant en absolue propriété à Burne-Jones tout seul.\nMais j'aime mieux indiquer ici le défaut de la cuirasse d'airain qui\nsemble enfermer et comprimer l'âme passionnelle du prestigieux\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "148                            DURENDAL\n\n\npeintre anglais, le point faible, à la nuque comme chez Siegfried, ou\nau talon comme chez Achille, par où la pureté volontaire et obstinée\nde cette vie aurait pu être ternie, le point où sous le beau lac\n« qu'aucun souffle ne ride » dort un abîme...\n   L'être humain, à un certain degré de culture, n'est plus tout bonne­\nment pécheur, il est pervers. Eh bien! il y a parfois une nuance de\nperversité dans les goûts quintessenciés du noble préraphaélite. Très\nbravement je dirai que, pour moi, là surtout est le charme de cette\npeinture ou plutôt de ce dessin tout en intentions délicates et discrètes.\nPour en arriver spontanément, par la propre impulsion de sa person­\nnalité, à adorer tellement les contradictoires formes grecques et\nexpressivités botticelliennes, à les adorer au point de les allier et de\nles fondre en soi avec une telle originalité, il faut un raffinement de\nsensibilité, une délicatesse d'esprit, une compréhension si subtile des\ndessous et de la forme et de l'expression, que là gît un danger. Ce\ndanger, on le pressentait dans presque toutes les œuvres du grand\npréraphaélite, mais il le masquait si bien, avec une telle pudeur\nangélique, qu'il apparaissait, ce danger, entrant en lutte avec la\nvolonté de pureté du peintre, mais toujours vaincu. Il était garotté\nfermement dans les formules d'idéalité éburnéenne, mais on l'entre­\nvoyait. Or un beau jour il a rompu ses entraves, et peut-être — il\nserait si piquant d'en acquérir la certitude.— au contact, dans une\nexposition allemande, de l'inspiration de Böcklin, ce violent, ce san­\nguin. Rien n'indique cependant, il va sans dire, que Sir Edward\nBurne-Jones ait succombé à ce mystérieux danger, mais il n'a plus\nmême essayé d'en cacher l'existence. Il l'a démasqué très franchement,\net a replié, comme on replie un éventail, ses ailes d'ange. Et du coup,\npar le fait même d'avoir une fois tressailli à un penser pervers et\ncharnel, il a été doué d'un sursaut de vie nouvelle, et de ce coup,\nsubitement, a bondi de Botticelli à Léonard. L'invisible fêlure du\ncristal a résonné en bruit de cloche.\n   Je vise ici le sourire de la femme-poisson attirant au fond de la mer\nle cadavre d'un jeune homme, un sourire par lequel le sujet acquiert\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                DURENDAL                                 149\n\nune acuité pécheresse insondable. Mettez cette œuvre inouïe à côté\nde cette autre œuvre très belle : le Péché de F r a n z Stuck, et si vous\nn'avez pas encore compris la différence qu'il y a entre le péché et la\nperversité, elle vous sautera aux yeux, à moins que vous n'ayez — et\nc'est la grâce que je vous souhaite de tout mon cœur — l'aveuglement\nde l'innocence. T o u t est pur qui va aux purs.\n   L a reproduction du tableau en question m a n q u e au grand ouvrage\nde M. Malcolm Bell qui est un ouvrage d'étrennes. Au point de vue\nanglais, c'est significatif.\n\n\n                                     V\n\n   Comme les grands maîtres de la Renaissance, comme les grands\nidéalistes allemands contemporains, Sir E d w a r d Burne-Jones n'a pas\nméprisé la diversité des moyens d'expression artistique : la peinture,\nle vitrail, la mosaïque, la tapisserie, les applications métalliques ont\nété les agents de ses idées. Il a enluminé la traduction anglaise de\nVirgile par William Morris; Il a peint l'extérieur et l'intérieur d'un\ncouvert de piano; Il a dessiné les costumes de l'exquise féerie du\nvicomte Robert d'Humières, la belle au bois dormant réveillée de\ncorps tandis que son âme dort encore au bois; Il a sculpté en bas-relief\nsur une dalle mortuaire un paon éblouissant; le relief fulgure de\ncouleur alors que la couleur du peintre est terne dans ses tableaux.\nC'est dire que le sentiment décoratif ne fait pas défaut au poète\nrecueilli et pieux des vieilles légendes populaires celtiques et anglo-\nnormandes de sire Galaad, du roi Cophetua, de Merlin et de Viviane.\nIl faut ajouter que son sentiment décoratif ne pouvait être que ce\nqu'est tout le reste de son t a l e n t ; si le mot exquis n'existait pas, il\nfaudrait l'inventer pour désigner l'art de Burne-Jones.\n   Connait-on rien de plus grossier que les trois quarts des imitations\njaponaises que tentent en art décoratif les occidentaux qui n'ont pas\nla force d'assimilation et de transformation des Grasset, des W a l t e r\nCrane. T o u t aussi admirable est Burne-Jones quand il se prend à des\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "150                            DURENDAL\n\n\nmotifs de pure décoration, j'allais dire : quand il s'amuse, mais cet\nartiste est trop concentré, il doit ne jamais s'amuser en œuvrant, et ce\nmot même de délassement appliqué au travail artistique, la plénitude\ndu bonheur intellectuel, doit lui paraître une profanation. L e J a p o n\nqu'il rappelle, a été absorbé par lui, est devenu sa chair et son sang,\nsa personnalité, et s'est surajouté à tout ce qu'il tenait de lui-même et\nd'ailleurs pour le suprême épanouissement de sa radieuse individua­\nlité... Il est des êtres surnaturels qui se nourrissent de roses. C o m m e\nles Japonais, s'il a un buisson d'épines à interpréter, Burne-Jones se\ncontentera de quelques ronces, si c'est une forêt, de quelques arbres,\nsi c'est un arbre, de quelques branches; mais les lignes de ces ronces,\nde ces branches seront d'une asymétrie pleine d'imprévu et de grâce\ndécorative. A ce point de vue il faut consulter tous les paysages de\nses tableaux dans l'une ou l'autre reproduction du livre Bell. Si l'on y\ntrouve des roses minutieusement copiées d'après nature, on peut être\nsûr que c'est pour s'en approprier le caractère et non point pour en\nutiliser la copie. E t voyez, dans son tableau aussitôt la rose se hiéra-\ntise, il s'introduit au cœur de la fleur un délicat profil féminin, et la\nfleur s'enlace des entrelacs artificiels et précieux d'un rosier conçu\ncomme par une imagination d'Extrême-Orient. L'artiste affectionne\nen effet les arabesques onduleuses — tel en mathématiques le signe\nde l'infini — auxquelles les grandes lignes des châles de Cachemire\nnous ont familiarisés avant les estampes japonaises. Beaucoup de ses\narbres, celui par exemple qui sert de support au nid de pélican tout\nà fait japonais d'un de ses vitraux, répercutent la forme de leur feuille :\nle pétiole devient tronc, les nervures branches, et le limbe feuillage.\nS'il représente le buisson ardent, Burne-Jones se gardera de faire un\nbrasier, mais fleurira l'arbre de flammèches régulières. E t l'on dirait\nréellement une feuille ayant en elle le germe de l'arbre et de ses fruits,\ncar les lignes ont bien l'aspect des germes au printemps lorsqu'ils font\néclater la graine. T r a d u i r e un arbre par une section de bourgeon est\nun procédé à coup sûr peu réaliste, mais il n'en est que plus philoso­\nphique et symbolique, presque pentaculaire, et pour comprendre le\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                DURENDAL                              l5l\n\nrésultat décoratif auquel ce procédé peut atteindre, il faut réserver\nson jugement jusqu'en présence du fait accompli.\n   Il me resterait maintenant à tenter, ce devant quoi je me récuse\nd'une façon absolue, de donner la sensation de Burne-Jones par\nquelques descriptions ou au moins indiquer la nature des sujets\nauxquels il se complaît; je n'en ai ni la force, ni le courage, je suis\ntrop lourd et gauche pour efîfeuiller ces exquisités, et je veux espérer\nque tous nos lecteurs, s'il en est qui m'ont suivi jusqu'ici, ont vu sinon\nl'un ou l'autre des tableaux du Maître, au moins l'une ou l'autre de\nleurs reproductions. Et si l'on peut dire des Burne-Jones, à un point\nde vue : « qui n'en a vu qu'un seul n'a rien vu », on en peut dire éga­\nlement, à un autre point de vue : « qui en a vu un les a tous vus » ;\ncar si en voir un seul ne suffit pas à juger de l'extraordinaire variété\ndans l'unité de ce peintre et de son œuvre, un seul suffit à estimer\nl'extraordinaire mérite de sa peinture et sa préexcellence sur plus des\nquatre-vingt-dix centièmes de l'art actuel. Je ne sais plus qui le\nconstatait, mais avec autant de franchise que de justesse : au Champ-\nde-Mars de 1893, à côté de Burne-Jones tous les autres peintres appa­\nraissaient de vulgaires maçons. On avait la sensation du Vinci revenu\net exposant en plein bazar XIXe siècle; il semblait que cette seule\nprésence suffisait à chasser les vendeurs du temple. Hélas ! les vendeurs\nne s'en sont même point aperçu; ils ont passé incompréhensifs, mais\nrespectueux quand même, à tout hasard, parce que l'opinion publique\nleur imposait ce respect, et aujourd'hui, paraît-il, leur patriotisme se\nligue contre l'évidence.\n  Or, qu'il peigne un être humain doué d'âme et de souffrance, ou\nune simple fleur, rose ou lis, le Maître botticellisé demeure le poète\nimpeccable et blanc à nul autre pareil ; et le lis de lui chanté par le\ncomte Robert de Montesquiou est le symbole de son œuvre.\n\n              Burne-Jones traça des dessuis de lis pâle,\n              D'une mine de plomb délicate à l'excès;\n              Lis divin sur lequel n'a de prise aucun hâle,\n              Et digne à l'infini d'un suave succès.\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "l52                              DURENDAL\n\n\n              Tous les pistils y sont comme chaque pétale ;\n              C'est puéril et fort, c'est puissant et subtil;\n              Le blanc n'y paraît point, et la blancheur s'étale\n              Au pétale, on ne sait comme, et l'or au pistil.\n\n              C'est le beau lis des champs qui n'œuvre ni ne file ;\n              (Or Salomon, jamais, fût-il tel que l'un d'eux ?)\n              Le pur lis au-dessus de la foule servile\n              Du liseron rampant, ou de la flore vile\n              De l'ortie envieuse et du chardon hideux.\n\n  A ce penseur, à ce poète du pinceau, à Burne-Jones mieux encore\nqu'à tout autre peuvent s'appliquer les deux sonnets de la Maison de\nVie où D a n t e Gabriel Rossetti, enorgueilli à se comparer aux artistes\nde son temps, s'humilie aussitôt au souvenir des artistes du passé, des\nmaîtres d'autrefois.\n  De même pour Sir E d w a r d Burne-Jones, il n'est de maîtres que\ndans le passé.\n                                                      WILLIAM RITTER.\n\n\n\n\n                                                    Je trouve à ceci comme une vague odeur\n                                                  d'obscurantisme.\n                                                                   Tribulat   BONHOMET.\n\n\n   M M . Destrée et Demblon, de la gauche socialiste, ont profité de la\ndiscussion du budget de l'instruction publique, à la C h a m b r e belge,\npour discourir sur les lettres nationales. L e petit cours de littérature\nque les deux députés ont donné à leurs collègues, du haut de la\ntribune, et, à leurs concitoyens, lecteurs des Annales parlementaires,\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                DURENDAL                                153\n\ncomplétera utilement, espérons-le, l'éducation littéraire des uns et des\nautres. Il n'y aurait qu'à louer ces professeurs improvisés, s'ils n'avaient\nmêlé, à leur leçon, des considérations politiques et socialistes tout au\nmoins intempestives.\n   Nous nous flattions, nous catholiques, de voir quelqu'un des nôtres\nmonter à la tribune, afin de compléter les lacunes volontaires ou\ninvolontaires des députés socialistes. On venait de rendre justice, une\njustice méritée, aux écrivains de la Jeune Belgique, de la Société nouvelle,\nde l'Art moderne (1); un membre de la droite se serait honoré, nous\nsemble-t-il, en rendant à nos littérateurs et à nos revues catholiques\nla part d'éloge qui leur est dû. M. Ch. Woeste, dont le nom figure au\ntout premier rang du comité de rédaction de la Revue générale, aurait\n pu prendre la parole avec quelque compétence.\n   Disons-le à notre honte : notre attente a été trompée. M. Woeste a\nobjecté que W a g n e r était un jouisseur, et qu'il fréquentait les palais!\n   M. Hoyois a parlé de l'art du moyen âge!\n   M. Schollaert, ministre, a répondu par quelques lieux communs\ndéjà en usage à la période lacustre.\n   M. Coremans a traité la littérature — (Une bonne marchandise\nfinit toujours par trouver des acheteurs. Textuel. Séance du 10 juillet.)\n— en marchand de chandelles.\n   Nos condoléances, Messieurs!                       G. D'ANGELIER.\n\n   (I) M. Jules Destrée s'est bien gardé de citer, parmi les revues\nbelges : Durendal. Il la connaît cependant puisque, détail piquant, il\nfut, l'an dernier, un de nos abonnés de la première heure. M. Destrée nous\nenvoya, à cette occasion, tous ses bons souhaits. Nous possédons la\npièce dans nos archives.                                    N. D. L. R.\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "154                             DURENDAL\n\n\n\n\n        La Musique chez les Hébreux\n                  LA musique est d'origine hébraïque. Son nom est dérivé\n                   d'un verbe qui a formé également le nom de Jésus,\n                   c'est-à-dire de Celui qui est la parole éternelle. L'har­\n                   monie de la terre emprunterait ainsi son nom à\n                    l'harmonie du ciel, au Verbe de Dieu venu faire\n                 entendre     au monde assoupi l'hymne divin,\nLa             musique est l'art de bien moduler; or la modulation\ndans      le     sons n'est autre qu'une convenance dans leurs rapports.\nCette convenance est l'image de celle qui existe en Dieu à un degré\ninfini ; et elle se retrouve nécessairement à des degrés divers dans\nchacune de ses productions : car Il a disposé toutes choses selon les\nrègles de l'équilibre, du calcul et de la mesure. (Omnia in pondere\nnumero et mensurâ disposuisti. SAGESSE, XI, 21.) Mais c'est surtout dans\nl'homme que cette convenance se montre et on peut dire que le roi de\nla création a été admirablement organisé pour en devenir le chantre.\n   L a musique se trouve ainsi associée à l'essence même des êtres;\naussi la voyons-nous en usage dès les temps les plus reculés. Nous\nlisons au chapitre I I I e de la Genèse que Jubal enseignait, de son\ntemps, à jouer du chinor et de l'hougab, c'est-à-dire des instruments\nà corde et à vent. Après le passage de la Mer Rouge, Miriam, sœur\nd'Aaron et de Moïse, prit un t a m b o u r et suivie des femmes d'Israël,\narmées elles-mêmes de tambours et de flûtes, elles répétèrent en\nchœur le Cantique de Moïse, « Chantons le Seigneur; il a fait éclater sa\nmagnificence et sa gloire; il a précipité dans la mer le cheval et le\ncavalier. » Dans le premier livre des Rois, chapitre X, verset v, nous\nlisons que lorsque Saül vint à Bethel, après qu'il eut été consacré\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                  DURENDAL                                  155\n\ncomme roi d'Israël par Samuel, il rencontra des prophètes qui descen­\ndaient de la montagne ayant avec eux des lyres, des tambours, des\nflûtes et des harpes. Plus loin il est raconté, dans le même livre, que\nlorsque Elisée se trouva en présence des rois d'Israël, de J u d a et\nd ' É d o m , il appela un joueur de harpe et pendant que cet homme\njouait de son instrument, l'Esprit du Seigneur descendit sur Elisée et\nle fit prophétiser. Ces textes nous montrent l'alliance qui existait alors\nentre la musique et la prophétie.\n     On peut dire que David a été le véritable organisateur de la\nmusique des H é b r e u x . Il avait appris, dès sa jeunesse, à jouer du\nchinor et il était devenu tellement habile dans cet art, qu'il lui suffisait\ntoucher de son instrument pour éloigner l'esprit mauvais qui tour­\nmentait Saül. Quand il monta sur le trône et qu'il se fut emparé de\nJérusalem, il fit transporter l'Arche du Seigneur de la maison d'Obé-\ndédon dans la cité sainte. Cette translation se fit avec grande solen­\nnité. David dit aux chefs des lévites d'établir quelques-uns de leurs\nfrères pour chanter et pour jouer de tous les instruments, de la lyre,\n de la cythare, des cimbales, afin de faire retentir jusque dans les\n cieux le bruit de leur joie. Les lévites H e m a n , Asaph et E t h a n , furent\n chargés de jouer des cymbales d'airain. Zacharie, Oziel, Semiramith,\n chantèrent sur le nebel les hymnes sacrés. Mathatias, Eliphain,\n Obédédon, chantèrent sur des cythares à huit cordes des cantiques\n de triomphe. L e chef des lévites, Chonenias, présidait aux chœurs et\n commençait le premier la symphonie parce qu'il était très habile. L e\n peuple faisait entendre de temps en temps de grandes acclamations\n en accompagnant l'arche, au son des trompettes, des hautbois, des\n cythares et des nebels.\n     P l u s tard, quand David réunit les éléments pour la construction du\n temple, il fit le recensement des lévites depuis trente ans et au-dessus,\n et ils se trouvèrent au nombre de 38,ooo. P a r m i eux, il choisit\n 4,000 musiciens pour faire résonner les louanges du Seigneur.\n     Outre la musique sacrée, David organisa la musique profane.\n Il avait des chanteurs et des chanteuses. Nous en avons la preuve\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "156                           DURENDAL\n\n\ndans la réponse que lui fit Berzélius de Gigal qu'il voulait retenir\nauprès de lui :\n   « J'ai quatre-vingts ans, est-ce que mes sens ont encore la puis­\nsance de distinguer entre le doux et l'amer, de goûter les mets et\nles vins délicats et d'entendre la musique de tes chanteurs et de tes\nchanteuses. »\n   Salomon se montra, comme David, son père, grand amateur de\nmusique. Il fit éclater ce goût dans la dédicace solennelle du temple\nde Jérusalem. Les lévites accompagnèrent le chant des cantiques\navec les cymbales, les psaltérions et les guitares.\n  Avec la division du royaume de J u d a et d'Israël, la musique, comme\ntout le reste, tomba en décadence. Ezéchias s'efforça de la remettre en\nhonneur. Puis vint la captivité. Les Juifs condamnèrent au silence\nleurs instruments de musique, témoin leur réponse aux Babyloniens\nqui leur demandaient de faire entendre leurs chants :\n   \" Nous avons suspendu nos instruments aux branches des saules;\ncomment ferions-nous entendre les cantiques de Sion sur une terre\nétrangère. »\n   Avec le christianisme, la musique sacrée a continué à être en hon­\nneur. Saint Jean, dans la Vision de l'Apocalypse, qui nous représente\nles différents états de l'Église militante aussi bien que de l'Église\ntriomphante, vit les vingt-quatre vieillards ayant le chinor à la main\net il entendit le son des harpes de la terre et du ciel.\n                                               L'abbé L . G R U E L .\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                        DURENDAL                                        157\n\n\n\n\n                  Roche Tarpéienne et Capitole\n   L e s V o i x de la Glèbe (Paris, Lemerre, fr. 3.50). — M. Paul Harel vient\nd'écrire, sous ce titre, un beau livre à l'honneur des Terriens. L'auteur est un\nenfant de la campagne; il connaît les champs et il les aime : doué d'un vrai talent\nde poète, il a su trouver, pour parler des gens et des choses de la terre, une langue\nforte et fière. La lecture de ces poésies, et nous espérons que tous les amis de\nDurendal les liront et les reliront, m'a procuré une jouissance intellectuelle que je\nne peux mieux comparer qu'à la satisfaction de respirer l'air pur et bienfaisant de\nla campagne elle-même. C'est fort, c'est bon, c'est généreux. Lisez, dans ce livre :\nLe Laboureur, Plebs rustica, Les Corbeaux, A la santé des gueux... Si vous lisiez tout,\ncomme moi? Bravo, Harel!\n                                             *\n                                                     * *\n   P o r t r a i t s d u X I X e s i è c l e : Nos Adversaires et nos Amis, par LÉON GAUTIER,\navec portraits (Vromant, Bruxelles, fr. 450). — Le nom de Léon Gautier est un\nde ceux qui honorent les lettres catholiques. Nous signalons avec plaisir ce volume,\noù le lecteur trouvera réunie tout une série d'études et de portraits très curieux.\nLéon Gautier n'est pas un catholique à idées étroites, à restrictions mesquines; on\nle savait déjà par des pages vaillantes dans lesquelles il proclamait le droit des\ncatholiques au roman, au théâtre, etc., etc. On le saura mieux encore après lecture\nde certaines pages de ce volume. On y trouvera notamment une réponse péremp­\ntoire à l'impertinente question posée naguère en ces termes : « Faut-il louer le\nmérite littéraire des écrivains mauvais? » Gautier rend hommage à V. Hugo, à\nAlex. Dumas fils, Feuillet, Loti et à d'autres. « Tout effort vers le bien est déjà\ncatholique », écrit Gautier. Voilà, j'espère, des idées un peu plus généreuses que\ncelles de la brochure janséniste des RR. Gallerani et Lintelo.\n                                                      *\n                                                     * *\n  E n S y m b o l e v e r s l ' A p o s t o l a t , par MAX ELSKAMP (chez Lacomblez ) — Je\nne trouve pas de paroles assez frêles pour dire adéquatement ce que je pense des\nvers de M. Max Elskamp et je me réfugie dans la comparaison. En automne, les\nmatins, après les nuits fraîches, on trouve suspendues aux arbres des toiles d'arai­\ngnées toutes blanches, dont chaque fil est comme un bout de collier fait avec des\nperles de rosée. En Symbole vers l'Apostolat me donne, littérairement, la même\nimpression : c'est aussi ténu et aussi joliet, c'est aussi exquis et aussi vain.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "l58                                    DURENDAL\n\nM. Max Elskamp dépense un incontestable talent à tisser des riens. C'est Botticelli\ns'amusant à dessiner des gravures de mode. Cette mode, fût-elle la mode mystique,\nje suis bien obligé de lui dire : il y a plus beau et meilleur à peindre.\n                                                *\n                                            *  *\n   U n Chant d a n s l'Ombre, par FERNAND SÉVERIN (chez Lacomblez, 3 francs),\nl'ernand Séverin est un très grand poète, et ce Chant dans l'Ombre est une oeuvre\nsuperbe. Ces vers m'ont jeté et tenu dans le ravissement, de la première à la\ndernière strophe : pensée, expression, beauté, rythme, suavité, splendeur, souffle,\ntendresse, le poète possède tout cela, et si j'avais un reproche à lui faire — reproche\nque je lui fais bien volontiers — c'est d'être trop beau. Nous en reparlerons du\nreste. Je ne me tiens pas quitte envers Séverin pour ces quelques lignes brèves.\n\n                                                *\n                                                                         POL DEMADE.\n                                            *       *\n      A suivre :\n  L'abbé F . KLEIN : Le Dilettantisme.\n  PAUL ARDEN : Par les Chemins.\n  JEAN DEVILLE : Dialogue entre nous.\n  JULES BOIS : Le Satanisme et la Magie.\n  LÉON PASCHAL : Paroles intimes.\n  Comte DE BOUSIES : Deux Comédies.\n  F . VANDENBOSCH : J.-K.       Huysmans.\n  WILLIAM RITTER : Ed. de Pury. — Arnold Böcklin.\n\n\n\n\n                MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nN    OTRE article, en réponse à la fameuse question : « Faut-il louer le mérite litté­\n      raire des écrivains mauvais? » nous a valu quelques critiques, faciles à\nprévoir et faciles à réfuter.\n  Les jésuites, nous objecte-t-on, ont inscrit certains classiques chrétiens à leur programme,\nne leur reprochez donc pas d'être les ennemis des classiques chrétiens.\n  On est habile, mes Pères! — on inscrit les classiques chrétiens au programme et\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                      DURENDAL                                       159\n\non les démolit dans les études religieuses. (Voir articles du R. P. Delaporte, mai,\njuin, juillet 1893.) Adorable restriction!\n   Les classiques païens sont sans danger, nous dit-on encore, on les a expurgés minutieu-\nsement. Eh bien! répondons-nous, expurgez de même les œuvres de ceux que vous\nappelez : « les écrivains mauvais », anciens ou modernes. Mais ne vous servez pas\nde ce prétexte, qu'on n'a pas expurgé, pour vous refuser obstinément à nous faire\npart des beautés, soit de la langue latine chrétienne, soit de la langue française\nmoderne. L'éducation païenne et antique, exclusive ou à peu près, est une pure\nstupidité éducative. Nous sommes des chrétiens et nous vivons au XIXe siècle,\nn'oubliez pas cela, pédagogues rétrogrades! Vous nous embêtez à la fin, avec votre\nsiècle d'Auguste et de Louis-le-Grand. Il y en a eu dix-sept autres siècles, dont\nvous ne paraissez tenir aucun compte.\n   « Les jésuites sont petits dans les arts... — nous écrit un de leurs amis — je crois\nbien, ils ne s'en occupent pas. » La belle raison !\n   Eh bien, mais je leur reproche justement de ne pas s'occuper d'art! Les jésuites\nconstituent le premier ordre d'une époque passionnée d'art, et les jésuites ne\ns'occupent pas d'art ! Ils ont tort, cent mille fois tort. L'art fait partie intégrante de\nl'apostolat intellectuel au XIXc siècle et les jésuites, en ne s'occupant pas du culte du\nbeau, manquent à un de leurs premiers devoirs.\n   En voulez-vous un exemple : ces bons pères écrivent des brochures contre les\nécrivains modernes et font force sermons contre la lecture des romans. Les\nRR. P P . Cornut et Lintelo, pour ne citer que ceux-là, s'en donnent à cœur joie.\nCes braves gens perdent en ces exercices, dont le résultat est problématique, un\ntemps considérable. Or, s'ils consacraient seulement la moitié de ce temps à riva­\nliser de style avec les écrivains modernes et à écrire de beaux romans, ils feraient\ninfiniment mieux; ils sauveraient plus d'âmes. L'an dernier, un jésuite espagnol,\nle P. Luis Coloma — celui-là, je le porte au fond de mon cœur — publia (dévotes\nvoilez-vous la face), un beau roman que tout le monde catholique s'empressa de lire.\n   Pendant qu'on lisait le roman orthodoxe du père, on ne lisait pas les cochonne­\nries de Zola et C ie . C'est évident.\n  « Le roman est une arme avec laquelle nous pouvons combattre toutes les\npassions, toutes les calomnies, tous les mensonges, écrivait le catholique\nLéon Gautier, mais c'est une arme dont il faut se servir en soldat et il y faut\nquelque rudesse de poigne avec quelque vigueur de muscles, etc., etc. »\n   On en peut dire autant de la musique, du théâtre. On verrait assurément moins\nde nobles dames, pénitentes des RR. Pères, dans nos petits théâtres de Bruxelles, si\nla littérature catholique produisait de belles pièces de théâtre.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "160                                 DÜRENDAL\n\n\n Il ne suffit pas de tonner contre son temps, il faut aider à rendre son temps\nmeilleur...\n Les jésuites poussèrent des cris de paons le jour où on les supprima — et voici\nmaintenant qu'ils se suppriment eux-mêmes !\n                                                                      P . D.\n                                        *\n                                      * *\n\nN     ous recevons la lettre suivante\n                                                     Bruxelles, le I er juillet 1895.\n                 MON CHER DEMADE,\n   Dans une lettre ouverte que Durendal publia le mois dernier, notre enthousiaste\nami Firmin Van den Bosch insinue que j'aurais naguère, sous les hauts arbres de\nTronchiennes, proposé un Congrès de l'Art et des Lettres catholiques.\n   Souffrez que je repousse de toutes mes énergies un tant immérité certificat de\ncandeur. Jamais, au grand jamais, cette idée, « nouvelle et téméraire > au dire\nparadoxal de notre ami, ne me vint, je le jure. Mon estomac n'est point congressiste\net je doute que l'on résolve, par une escrime de mâchoires, le moindre problème\nintellectuel.                                                Bien vôtre,\n                                                           MAURICE DULLAERT.\n                                        *        *\n\nL     'ACADÉMIE FRANÇAISE, dans sa dernière séance, a accordé un prix de 500 francs\n      à M. Charles Buet, notre ami et collaborateur, pour son livre l'Aînée, un\ndélicieux récit de famille.\n  Nos plus chaleureuses félicitations à l'auteur.\n                                           *\n                                         * *\n\nA     lire dans le numéro de juin de la Jeune Belgique : En route, d'ARNOLD GOFFIN.\n      — De très beaux vers d'IwAN G I L K I N . — A propos d'un livre nouveau de\nSéverin, par ALBERT GIRAUD.\n                                             *\n                                         *       *\n       ON demande un aquafortiste pour illustrer les situations suivantes :\n 1. Un ministre en train de caresser le résultat de ses efforts.\n 2. Un politique nourrissant un secret espoir.\n 3. Un conseil provincial disposé à mettre la voirie sur le dos des riverains.\n 4 L'esprit chrétien pénétrant les masses sans les avoir encore dégrossies. (Parole des\nM. Hoyois. Séance de la Chambre, 4 juillet.)\n  Bon salaire, (N. D. L. R.)\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                        CHOSES E T A U T R E S\n\n  N. B. — Nous ne tenons aucun compte des manuscrits ou des lettres dont les\nauteurs ne se font pas connaître.\n\n\n  Nous recommandons à nos lecteurs la Démocratie sociale, revue sociale paraissant\nle 8 de chaque mois. Abonnement : 7 francs par an. Administration : rue Nicolas\nLeblanc, 25, à Lille.\n\n\n  On nous demande de différents côtés des collections de notre première année.\nA notre grand regret nous n'en possédons plus une seule.\n  Nous pouvons cependant fournir quelques collections des six derniers mois au\nprix de 5 francs.\n  La Revue désirerait racheter des collections de la première année.\n\n\n  Au numéro d'août :\n\n     Vous venez en aide à l'anarchie, par POL DEMADE.\n\n                        CHAPITRE PREMIER\n             I. — D'UN CATHOLIQUE A DES CATHOLIQUES.\n                                SOMMAIRE :\n\n1. Déclaration de l'auteur. — 2. L'Éducation auxiliaire de l'anarchie.\n    — 3. L'impuissance des meilleurs. — 4. Preuve historique. —\n    5. Attitude vis-à-vis du progrès. — 6. Conservatisme. <— 7. Le\n    recrutement socialiste. — 8. Esclaves et Révoltés. — 9. Ce n'est\n    pas la faute du catholicisme* — 10. Division de cette étude :\n    Éducation physique; Éducation morale; Éducation intellectuelle.\n    -— 11. Trois faits : Force et inertie des catholiques; les Défen-\n    seurs de l'Église pris hors de l'Église; l'Intoxication éducatrice.\n\n\n\n\n  Les annonces littéraires de notre couverture n'engagent en rien la Rédaction.\n"}]}