{"numero_id": "ulb-durendal-1895-08-n8", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-08-n8-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 174, "titre_corps": "Vous venez en aide à l’Anarchie", "titre_sommaire": "De l’Éducation à l’anarchie", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "Vous venez en aide à l’Anarchie", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 166, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "Vous venez en aide à l'Anarchie\n                                      PRÉFACE\n                          D'UN     CATHOLIQUE A DES CATHOLIQUES\n\n  — Déclaration de l'auteur. — 2. L'Éducation auxiliaire de l'anarchie. — 3 L'impuissance des meil­\n  leurs. — 4. Preuve historique. — 5. Attitude vis-à-vis du progrès. — G. Conservatisme. — 7. Le\n  recrutement socialiste. — 8. Esclaves et Révoltés. — g. Ce n'est pas la faute du catholicisme. —\n   10. Division de cette étude : Education physique; Éducation morale; Education intellectuelle. —\n   11. Trois faits : Force et inertie des catholiques; les Défenseurs de l'Église pris hors de l'Église;\n  l'Intoxication éducatrice.\n                                                                      Il n'y a pas de meilleurs que vous,\n                                                                     mais vous êtes impuissants.\n                                                                                                IDSEN.\n\n\n\n                                   C'EST un dogme, en politique, qu'il faut laisser\n                      à nos ennemis le soin de nous blâmer. De là ces\n                      applications, déconcertantes pour les non initiés,\n                      et dont l'ensemble constitue cependant la mo­\n                      ralité conventionnelle des partis. De là, par\n                      exemple, cette formule d'acquittement ou de\n       condamnation, d'usage quotidien dans les Parlements : nos\n       amis ont toujours raison, nos adversaires toujours tort; nous\n      sommes impeccables, magnifiques, parfaits, vous êtes vicieux,\n      médiocres, criminels.\n         L'auteur des lignes qui vont suivre a la chance de ne pas être\nun homme politique; conséquemment, il échappe à la tyrannie de la\nmorale très particulière dont il vient d'être parlé ; dès lors il est tenu\nà faire preuve de sincérité absolue. Il dira donc carrément tout ce\nqu'il pense, fût-ce à raison d'un ennemi à la ligne, et comme il est\n« plein de paroles », il ne désespère pas de se faire beaucoup\nd'ennemis.\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "162                             DURENDAL\n\n\n    2. La vie sociale, si intense, en cette veille du XXe siècle, est une\n admirable matière à pensées. Et je ne m'étonne pas de l'abondance\ndes choses écrites en ces dernières années par les penseurs, dont les\nœuvres rappellent, tout au moins comme l'ombre rappelle la lumière,\nces fameuses Considérations que Joseph De Maîstre écrivait au soir du\nXVIIIesiècle. De ce siècle, dont nous sommes la fin, on a tout discuté,\ntout étudié, tout critiqué, les origines, l'histoire, les dernières heures;\nle passé, le présent, l'avenir, l'avenir surtout, ont été l'objet de discus­\nsion, de louange, de blâme, de menace, d'espérance; on a fait de\nl'analyse sociale et même un peu de synthèse... Nous n'avons, nous,\naucune de ces hautes prétentions à l'histoire, à la sociologie et nous\nn'apportons, à cette somme, qu'un seul fait, à savoir : que l'Anarchie\ntrouve dans l'Éducation actuelle un puissant auxiliaire. Et encore ! n'étu­\ndierons-nous le fait qu'au point de vue catholique.\n    L'anarchie est un mot qui provoque chez nous une telle panique,\nque nous n'osons jamais nous retourner pour le bien voir. Anarchie,\nainsi définit Littré : Absence de gouvernement et par suite désordre\net confusion. Nous voulons bien convenir que ce siècle s'en va clans le\ndésordre et la confusion; il n'y a pas d'élégiaques qui nous soient\ncomparables quand il s'agit de lamentations sur le malheur des temps !\nMais comment nous faire avouer que ce monde, que nous disons\nmauvais, nous avons contribué à le faire, tel qu'il est?\n   Je veux bien que nous n'en prenions pas notre parti; il n'en est pas\nmoins exact que les catholiques contribuent inconsciemment et pour\nune large part à la poussée anarchique, par leur système d'éducation..\nJe compte bien prouver ce que j'avance par des arguments très positifs.\n    Je m'empresse d'ajouter que nos adversaires auraient tort de se\n réjouir du qualificatif d'anarchique que je joins ici à notre éducation\n catholique. C'est logiquement que leur éducation athée mène à l'anar-\n chisme, tandis que c'est illogiquement que nous menons les nôtres à\n cette abominable extrémité. La différence est radicale : chez nous\n c'est aveuglement volontaire, chez vous c'est fatalité.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "                                            DURENDAL                                              163\n\n   3. Un mot nous a paru juger avec justice les catholiques de ce\ntemps, c'est celui qu'Ibsen prononce sur Rosmer et qui sert d'épigraphe\nà ce premier chapitre.\n   « II n'y a pas meilleurs qu'eux », leur dévouement est admirable, leur\ncharité est étonnante : « mais ils sont impuissants » à faire ou même,\nsimplement, à désirer la justice, qu'il s'agisse d'eux-mêmes ou d'autrui.\nLes catholiques constituent de touchantes victimes ; nous avons dans\nla persécution de magnifiques attitudes; tandis que la victoire, le\ntriomphe nous trouvent d'ordinaire assez faibles et même un peu ridi­\ncules. Nous faisons bon effet dans l'opposition légale; au pouvoir\nnous nous contentons d'être économes, soucieux de ne pas mal faire,\nprobes par tempérament plutôt que par effort. Nous réalisons dans\nla société un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve. Nous savons\nbien, nous ne pouvons pas. Nous sommes plutôt passifs qu'actifs.\n Nous avons la vertu inerte.\n\n   4. Portez les catholiques au pouvoir ; toute leur ambition sera d'y\nvivre le plus longtemps et le plus paisiblement possible. Ambition\nnégative, mais suffisante pour résoudre cette énigme : Pourquoi les\ncatholiques, depuis 183o, ont-ils toujours été les dindons de la farce\npolitique? Je sais la réponse qu'il faut faire, mais je préfère que ce\nsoit un autre qui réponde; je préviens seulement que la réponse\nsera féroce de sincérité.\n   Cette réponse résultera des citations suivantes que j'emprunte à\nl'Histoire contemporaine de Belgique, par l'abbé Balau.\n   « Le ministère (1836) fut dupe, comme les catholiques l'ont été presque\nincessamment, de la tactique libérale uniformément suivie jusqu'à nos\njours. Plus l'opposition élève haut ses cris, plus d'ordinaire le parti\ncatholique multiplie les concessions, s'efforçant de prouver, à son propre\ndétriment, qu'il n'est pas si coupable... etc. (1). »\n   « Les catholiques négligèrent trop longtemps d'user de leurs droits\n\n    (1) Soixante-dix ans d'Histoire contemporaine   de Belgique,   1815-1884, par l'abbé Sylvain Balau,\n4e édition, 1890. Page 78.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "164                                        DURENDAL\n\n\npolitiques... et, si quelquefois les catholiques déployèrent quelque énergie\nà se faire représenter aux Chambres, ils laissaient, à la base de\nl'édifice constitutionnel, leurs adversaires s'emparer de tous les conseils\ncommunaux importants. Ainsi s'affaiblissait graduellement ce grand\nparti, qui au Congrès national comptait environ 140 membres\ns u r 2 0 0 . . . (1). »\n   « Les ministres n'eurent pas l'énergie du roi. L'émeute restait victo­\nrieuse. Le cabinet déclarait qu'un gouvernement prudent doit tenir\ncompte de l'opinion publique, alors même qu'elle est égarée par la\npassion ou le préjugé (2). »\n   « Quant aux catholiques, ils ne s'étaient point encore résolus à\nmontrer l'énergie nécessaire dans l'affirmation de leurs croyances et dans\nla défense de leurs droits (3). »\n   « Le ministère était faiblement défendu par une partie de ses amis\nque l'inertie et la timidité de sa politique avaient voués au décourage­\nment... Le parti conservateur s'use au pouvoir plus tôt que le parti\nlibéral, tout en agissant beaucoup moins (4). »\n   « Les catholiques peuvent peu de choses par l'État (5). »\n   « Le défaut du libéralisme est de trop gouverner. Peut-être pour­\nrions-nous ajouter que le défaut du parti conservateur, c'est de trop\npeu gouverner (6). »\n   Les hommes dont nous venons de parler, et auxquels, l'histoire en\nmains, nous adressons le dur reproche d'avoir manqué d'énergie,\nappartenaient, pour la plupart, à l'élite de la nation ; ils avaient reçu\nce qu'on appelle, avec emphase, une forte éducation classique et reli­\ngieuse, laquelle, comme on sait, comporte la gymnastique des huma­\nnités réputée souveraine pour la formation des intelligences, et la\ndiscipline chrétienne toute puissante sur les âmes. Cependant, deman­\n\n   (1) Page 80.\n   (2) Page 172. A propos des événements de 1857.\n   (3) Page 200. A propos de la période doctrinaire 1867 à 1870.\n   (4) Pages 281-282. Année 1878.\n   (5) Page 352.\n   (6) Page 355.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "                                DURENDAL                               165\n\ndez-vous ce qu'ils ont fait au pouvoir ; demandez aux Dedecker, aux\nMalou, aux Delcour, aux Devolder, etc., etc., quelles ont été leurs\nœuvres? Le plus sincère d'entre eux a répondu d'avance à cette\nquestion avec une désarmante sincérité : « Nous avons vécu ! » Hélas,\nil n'avait même pas vécu, celui-là, il avait tout au plus vivoté.\n   Non, je ne calomniais pas les catholiques en parlant de leur manque\nd'énergie au pouvoir. On pourrait donner des exemples plus récents.\nNous sommes au pouvoir depuis 1884... Nous avons revisé la Consti­\ntution à contre-cœur, adopté le vote plural sous la menace de la rue,\nvoté une loi communale peureuse et une loi scolaire mesquine... Mais\noserais-je dire tout ce que nous n'avons pas fait, et tout ce que nous\naurions pu et dû faire, si nous en avions eu l'énergie?\n\n\n   5. Cette impuissance, devenue présentement notre vice, donne beau\njeu à nos adversaires.\n   Je le répète, « il n'y a pas meilleurs que nous », même dans le\ndomaine de la science; nous possédons des savants de premier ordre\nen histoire, en géographie, en langues, en astronomie, en chimie,\nbref, en toutes espèces de connaissances, et cependant, en bloc, nous\npassons pour ennemis du progrès et nous méritons cette mauvaise\nréputation. Les catholiques connaissent peut-être mieux que n'importe\nqui la direction du progrès, ils sont orientés de ce côté, malheureuse­\nment ce sont des paralysés de la volonté; pour les déterminer à\navancer, il faut que l'adversaire les raille, les terrorise, les affole, et\nfinalement les remorque. Mieux, ou plutôt pis que cela : nous en\nconnaissons parmi nous qui nient le progrès pour ne pas devoir se\ndonner la peine de le suivre. Je citerai à ce propos un fait typique.\nUn journal catholique fort répandu en France, La Croix, publiait une\ncharge à fond contre les laboratoires de psychologie qu'il qualifiait\n« d'invention de cerveaux malades (1) » — pendant que l'Université catho-\nlique de Louvain, imitant l'exemple de l'Allemagne savante', créait, à\n\n  (1) La Croix, 29 mai 1894.\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "166                                      DURENDAL\n\n\nl'Institut T h o m i s t e , avec la haute approbation du Pape, une chaire et un\nlaboratoire de psycho-physiologie! (1).\n   Cette répugnance instinctive à l'action explique ce phénomène\ncurieux : notre idolâtrie du passé. Nous nous sentons à l'aise vis à vis\nde lui, il flatte nos désirs d'inactivité. E t voilà comment, sans même\nnous douter de l'énorme ridicule dont nous étions du coup menacés,\nnous avons fort bien souffert qu'on nous affublât de l'épithète de\nconservateur, dont le caractère grotesque rappelle le fait de gavroche,\nsuspendant sournoisement un mannequin de papier à la redingote\ndu monsieur bien mis, lequel continue sa route solennel et risible!\n   Conservateur! Conservateur! Que serait-il advenu du christianisme\nsi les Romains, les Grecs et, en général, les contemporains des apôtres\navaient été d'invétérés conservateurs et ne s'étaient pas convertis à la\ndémocratie chrétienne prêchée par les novateurs venus de J u d é e ?\n\n   6. L e conservatisme! Il s'agit bien de cela! Monseigneur Ireland,\ndans son beau livre : L'Église et le siècle, écrit : « Léon X I I I a eu le\ncourage de sa sublime mission. T e l qu'il est, il a ses adversaires dans\nle sein de l'Église même : ceux dont les nerfs souffrent des trépida­\ntions du vaisseau qui sous sa main s'avance avec accélération de\nvitesse, les réactionnaires pour qui toute la sagesse et la direction\nprovidentielle de l'Église se trouvent dans le passé... (2) » L'arche­\nvêque de Saint-Paul est tout ensemble sévère et juste, vis à vis de\ncertaine fraction du parti catholique.\n   L e vaisseau social s'avance positivement avec une accélération de\nvitesse; des souffles nouveaux tendent ses voiles; la boussole marque\nl'idéal, comme l'aiguille aimantée m a r q u e le nord; par malheur pour\nl'équipage, on se bat autour du gouvernail. Les conservateurs sup­\nplient qu'on arrête et qu'on rétrograde ; les socialistes exigent qu'on\npoursuive la route toutes voiles dehors, quel que soit le péril possible\net où qu'on doive aboutir ; les démocrates chrétiens n'entendent point\n\n  (1) Revue néoscol astique, deuxième année, n° 2. A. Thiery. Introduction à la psycho-physiologie.\n  (2) Page 52.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "                                DURENDAL                                 167\n\nreculer non plus que courir à l'aventure, ils demandent qu'on oriente\nvers la Justice et qu'on marche sans imprudence, mais résolûment. Il\nn'est pas difficile d'apercevoir où sont les vrais sages, puisque le\nprogrès exige qu'on poursuive, mais est-ce que la sagesse triomphera?\nJe l'espère. Ce qui est positif, ce sont les progrès de l'idée socialiste\nou anarchiste, car l'une c'est l'autre. C'est effrayant, me dira-t-on. Il\nest un fait plus effrayant que cela : c'est l'aide apportée à l'anarchie\npar le conservatisme tout puissant en matière d'éducation.\n\n   7. Nos écoles catholiques sont les fournisseurs les plus productifs du parti\nsocialiste. Vous vous récriez! Je le conçois ; il est très pénible d'entendre\ndes vérités aussi cruelles. Mais que voulez-vous, il en est de l'extir­\npation du mensonge comme de certaines opérations, ce n'est pas\nparce qu'elles sont épouvantables qu'il faut y renoncer, du moment\nqu'elles sauvent.\n   Vous êtes-vous jamais posé cette question fort simple : Où se\nforment les socialistes?\n   Les socialistes ne possèdent pas d'écoles et cependant leurs rangs\ns'augmentent tous les jours. Admirable matière à réflexion. Je sais\npeu de phénomènes aussi curieux. Le socialisme n'a point d'éduca­\nteurs, mais il a des élèves innombrables. Est-ce que le socialisme\nserait un produit de génération spontanée? Le socialisme ne sème\npas, et pourtant il récolte. Quelqu'un sèmerait-il pour lui, par hasard?\n   Les R. P. Bénédictins de Ligugé, dans le numéro d'août de leur\nBulletin des Livres et des Revues, écrivent : « La classe dirigeante est\nélevée principalement dans les collèges congréganistes ; pourtant, elle\nn'est pas chrétienne. »\n   Et plus loin :\n   « La classe dirigeante a été en grande partie élevée dans des\nétablissements religieux et elle compte une majorité écrasante d'impies\nou d'indifférents... Pourquoi ce résultat, puisque, d'après des rensei­\ngnements officiels, 50 % des élèves de l'enseignement secondaire sont\nformés par nous? »\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "168                                          DURENDAL\n\n\n  Voilà ce qui se passe en France.\n  En Belgique, où l'éducation nationale est conservatrice 100 fois\nsur 100 et religieuse 90 fois sur 100, le socialisme progresse d'une\nmanière étonnante. Oh! je sais bien, nous serions heureux de nous\ndébarrasser de cette constatation en disant : « C'est la faute à l'ensei­\ngnement neutre, c'est lui qui cultive la plante socialiste. » Voyons,\nsoyons sincères, et reconnaissons tout au moins qu'il sort autant de\nsocialistes de chez nous que d'ailleurs (1).\n\n   8. Max Leclerc, dans son volume sur L'Éducation en Angleterre,\nparlant de l'éducation française, conclut :\n   « Au lieu de former des citoyens prêts à la vie libre, des hommes\ncapables de se conduire, des caractères fermes et droits, ayant\nl'horreur du mensonge et le goût de l'action, on fabrique des révoltés ou\ndes êtres sans vouloir (2). »\n   Le R. P . Didon s'exprimait, ces jours derniers, en des termes à\npeu près identiques : « Nous préparons ou des hommes mûrs pour le\nservage ou des individus encore plus mûrs pour la révolte; nous\nfaisons des apprentis serfs ou des apprentis révoltés, aussi prompts à\nobéir qu'aussi prêts à s'insurger (3). »\n   Fabriquer des révoltés ou des êtres sans vouloir, mais c'est tout le\nprogramme — involontaire ! — de nos écoles catholiques, que Mon­\nseigneur Cartuyvels, vice-recteur de l'Université de Louvain, a quali­\nfiées publiquement de laminoirs.\n\n    (1) « Les socialistes actuels se sont formés du temps où le prêtre trônait en autorité à l'école. »\nM. Vandervelde, Anvers, 24 juillet 1895.\n    « Dans les écoles qui, au 31 décembre 1894, avaient à leur programme l'enseignement de la religion\net de la morale, il y avait 639,870 élèves et, dans les i53 écoles qui n'ont pas la religion à leur pro­\ngramme, il y avait 54,071 élèves. » M. Schollaert, ministre, séance du 31 juillet 1895.\n    « Les électeurs socialistes de 1894, — écrivait la Réforme (29 mai 1893), dans un article intitulé :\nEcole primaire et socialisme, — ont été préparés à la vie par les écoles primaires de 1842, à base\nessentiellement religieuse, et par les écoles libres congréganistes, ainsi que par l'enseignement religieux\ndonné dans les églises catholiques par le clergé lui-même. » En fait, sur 5,778 écoles officielles,\n 143 seulement manquent d'enseignement religieux.\n    (2) Page 65.\n    (3) R. P. DIDON. L'Homme d'action. Discours prononcé à la distribution solennelle des prix à\nl'Ecole Albert-le-Grand. le 22 juillet 1895. Paris, Mersch, éditeur. Page 10.\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "                                DURENDAL                                 169\n\n  Les conséquences de notre éducation sont désolantes. Sous prétexte\nde polir les caractères et de leur enlever ce qu'ils ont d'abrupt, la\nlime éducative a tellement passé et repassé sur tous les angles du bloc\nhumain, que, angles et bloc, tout s'en est allé en poussière au gré du\nvent. La résistance humaine en est diminuée d'autant et nous voyons\nnos jeunes hommes entrer dans cette lice de la vie, où la lutte est si\nâpre, désarmés et battus d'avance.\n   Ceux qui résistent à cet émiettement deviennent aisément des\nrévoltés; — ceux qui le subissent sont des hommes destitués de\nvouloir. On voit le profit que le socialisme retire de cette navrante\nsituation.\n\n   9. Qu'on ne dise pas que c'est la faute au catholicisme! C'est la\nfaute à l'éducation et à elle seule. Si on écoutait mieux, si on suivait\navec plus d'exactitude les leçons du catholicisme, nous n'aurions pas\nà jeter ce cri d'alarme. D'ailleurs nous ne sommes pas seuls à voir le\ndanger. Toute la société souffre. Il y a longtemps que Taine a prévu\nle danger et montré ce qu'il appelle : la disconvenance croissante entre\nl'école et la ville.\n   Cette même idée préoccupe Paul Bourget, et quand il parle de\ncette Amérique où l'idéal peut se résumer d'un mot : la complète\nidentité de l'Education et de la Vie, on sait quelle critique il entend faire.\n\n   10. Nous examinerons successivement, au point de vue catholique,\nl'Education physique, l'Éducation morale et l'Education intellectuelle, telles\nqu'elles sont aujourd'hui et telles qu'elles devraient être, telles qu'elles\nseront demain, espérons-le. \"\n   M. Alph. Proost, professeur à l'Université catholique de Louvain et\ninspecteur général de l'agriculture, qui apporte, depuis près de vingt\nans, à l'étude de ce grave problème de l'éducation rationnelle, une\nintelligence et une ténacité merveilleuses, nous paraît avoir résumé\ntoute sa critique, indiqué toute la réforme qu'il propose en une phrase :\n   « On viole par ignorance, dans les collèges, non seulement les lois\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "170                                          DURENDAL\n\n\n du développement physique, mais aussi les lois du développement\n harmonique des facultés intellectuelles en développant outre mesure\n les facultés que saint Thomas appelait si justement facultés organi­\n ques, aux dépens de la raison, de l'esprit d'observation, de l'esprit de\nsuite, de la réflexion, de la volonté (1). »\n    L'éducation, telle qu'elle se donne aujourd'hui, mériterait de\ns'appeler : une éducation contre nature.\n   L'Éducation physique. —- On définit l'homme : une intelligence servie\npar des organes, et il n'est pas un catholique qui ne soit convaincu de\nla vérité du vieux proverbe : mens sana in corpore sano. Voilà pour la\nthéorie; quant à la pratique, on peut affirmer sans crainte de démenti\nsérieux : « Les hommes chargés d'élever les autres sont souvent (pour\nne pas dire toujours) absolument ignorants des lois de l'hygiène du\ncorps et de celles de l'âme, et semblent ne pas se douter qu'ils sont\nconsciencieusement responsables des suites souvent fatales de cette\nignorance (2). » Nous estimons, quant à nous, avec Herbert Spencer :\n« Il faut être un bon animal, c'est la première condition du succès;\net d'être une nation de bons animaux est la première condition de la\nprospérité nationale. » Il y a loin de cet idéal d'éducation physique\nau collège ou au pensionnat actuels qui constituent pour nos enfants\nde vrais bagnes, pis que cela, des enfers.\n   L'Éducation morale. — Les éducateurs catholiques se font une\ngrosse illusion de s'imaginer que l'enseignement religieux suffit à tous\nles besoins de ce qu'on appelle l'éducation morale. Certes, cet ensei­\ngnement est de première importance, mais il n'est absolument efficace\nqu'à la condition d'être appliqué dans tout son esprit. La lettre,\nseule, est vaine. Or, la pratique chrétienne a trop souvent pour support\nune personnalité-fantôme. La morale catholique a beau être toute\npuissante, si on la fixe sur un être inconsistant, elle ne tiendra pas.\nMalheureusement l'expérience quotidienne nous apprend qu'il en est\nde la religion comme de ces clous très solides enfoncés inutilement\n  (1) Extraits des Annales de la Société scientifique de Bruxelles, 1895, t. xix, 1re partie, p. 74.\n  (2) Le Monde, 10 mai 1878, cité par M. Proost.\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "                                         DURENDAL                                            171\n\ndans un m u r trop frêle. L'éducation doit s'efforcer de créer des\nhommes, des caractères. Elle n'attentera point à la dignité personnelle\nen exigeant l'obéissance aveugle, en imposant une surveillance tra-\ncassière ou blessante. Sous prétexte de formation, elle ne sera pas\nniveleuse et déformante. L a puissance doit être respectée, la faiblesse\naidée. L'école doit être l'apprentissage sincère d'une vie qui requiert\nl'originalité, une liberté honnête, la spontanéité, etc., etc.\n  L'Éducation intellectuelle — C'était un proverbe, parmi nous, écrit\nquelque part J. D e Maistre, qu'au collège on pouvait seulement\napprendre à apprendre. Je ne veux pas rechercher si le proverbe était\nbien exact au temps de D e Maistre, j'estime seulement que le pro­\nverbe est bon. Mais apprendre à apprendre suppose un système diffé­\nrent du système actuel (1).\n   Dussent les partisans aveugles des vieilles humanités, nous accuser\nd'américanisme, d'irrespect envers le passé, nous nous refusons à\nvoir, dans leurs humaniores litterœ, autre chose qu'une aberration men­\ntale et une monstruosité psychologique. C o m m e n t ! on interne une\njeune intelligence, avec les mots de deux langues défuntes, c'est-à-dire\navec deux cadavres de langues, en dehors et très loin de tout contact\navec la vie, la nature, la réalité, le progrès, l'humanité en s o m m e ;\non n'autorise comme unique occupation, à cette prisonnière, que ces\njongleries de mots nommés, grammaire, versions, thèmes, vers,\namplifications, et quand cet embastillement à devenir fou a duré\nsix ans, on ouvre tout à coup les portes qui donnent sur le monde en\ndisant : « Va, nous t'avons humanisé, tu es un h o m m e maintenant. »\n  A ce système de déformation intellectuelle, nous demandons qu'on\nsubstitue un autre, basé, cette fois, sur les lois du développement\nharmonique des facultés intellectuelles de l'enfant.\n   « L'intelligence, dit M. Jean Martin, est la faculté de lire l'idée\nsous le signe, la loi sous le fait. Il lui faut donc à la fois, pour qu'elle\nse développe, d'une part des faits et des signes, de l'autre des idées et\n\n   (1) Comment se fait-il, écrit spirituellement Alex. Dumas, que tous les petits enfants étant si\nintelligents, la plupart des hommes soient si bêtes? Ça doit tenir à l'éducation.\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "172                              DURENDAL\n\n\ndes lois(1). » L'éducation actuelle est purement littéraire ou esthétique ;\nc'est insuffisant, même littérairement; nous demandons que l'éducation\nsoit en même temps scientifique et littéraire. Ne nous bornons pas à\nenseigner la beauté, enseignons la vérité et la beauté, à la fois. Qu'on\nintroduise donc dans l'éducation l'étude de la nature et des sciences\nqui s'y rattachent. Les sciences naturelles apprennent à penser, disait\nCuvier, parce qu'elles développent tour à tour les facultés d'induction\net d'analyse, de synthèse et de généralisation. Enseignez les faits\nd'abord (culture scientifique), les signes après (culture littéraire). Le\nculte du fond est hiérarchiquement supérieur au culte de la forme,\nc'est indéniable !\n   Nous n'avons pas la prétention d'apporter en cette étude des lumières\nnouvelles. La lumière existe, elle n'est pas à réinventer. Il s'agit tout\nau plus de s'en servir pour diriger son rayon sur les faits et en éclairer\nles parties obscures ou peu connues. Le mérite d'un semblable travail\nest nécessairement fort faible, mais l'intérêt en pourrait être considé­\nrable, si l'on veut bien nous prêter quelque attention.\n   Nous ne sommes, dans cette circonstance, qu'un modeste porteur\nde lanterne; nous consentons à servir de guide au penseur, ce voyageur\nimmatériel, dans la Grotte de Han des idées, mais à lui de voir.\n\n   II. Dès le seuil de cette étude, déjà, nous signalons à l'attention\ndes méditatifs quelques faits dont nous leur abandonnons l'explication.\n   Les catholiques détiennent une force statique incomparable, en même\ntemps qu'ils souffrent d'inertie dynamique. Ils possèdent la puissance,\nmais à l'état latent, inactif. Notre parti est semblable à ce prince d'un\nconte de fée auquel ses toutes puissantes marraines jetèrent ce sort\nétrange et contradictoire, l'une d'elles lui disant : « Je te ferai tous les\ndons imaginables », tandis que l'autre ajoutait tout aussitôt : « Mais\ntu ne t'en serviras pas. »\n   Le cardinal Gibbons, au cours d'une visite faite à Paris en mai 1895,\nprononça ces mémorables paroles :\n  (1) Outre-Mer, t. II, p. 92.\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "                                DURENDAL                                 173\n\n\n   « Il ne faut pas de timides en notre siècle. Il faut des hardis et des\nvaillants. E n vérité, nous, les huit à dix millions de catholiques des\nÉtats-Unis, nous avons plus d'influence sociale au milieu d'une popu­\nlation de 60 millions d'hommes que les 30 millions de catholiques de\nFrance dans un pays de 36 millions d'habitants. »\n   Les Belges peuvent prendre leur part de cette leçon de faits. Que\nserait-il advenu de nous, grand Dieu, si les libéraux ne nous avaient\npas positivement exaspérés avec leur loi scolaire de 79, que nous\navons appelée scélérate et qui fut plutôt providentielle. Il a fallu ce\ncoup d'aiguillon pour nous faire sortir de notre inertie, depuis...\nhélas !\n   Maintenant cherchez ce qui nous dévirilise, et, peut-être, comme\nmoi, vous reconnaîtrez que c'est l'éducation.\n   Autre phénomène bien intéressant, c'est celui que D r u m o n t signalait\nen ces termes (Libre Parole, 15 mars 1895) : « Il est curieux de con­\nstater que ceux qui, en notre siècle, ont défendu le Christ avec le plus\nd'énergie, n'ont pas été élevés par l'Église. » On pourrait citer, à\nl'appui de cette thèse, bien des exemples ; voici quelques noms pris\n au hasard : Louis Veuillot, Lacordaire, D r u m o n t lui-même. E t que\n d'autres, que d'autres! Regardez autour de vous.\n   Or, je vous prie, dites : où devraient se recruter les défenseurs du\nChrist et de l'Église?\n   Enfin, ne criez pas au paradoxe, je ne crains pas d'ériger en axiome\nque, en règle générale, l'impuissance d'une classe est directement propor-\ntionnelle à la somme d'éducation actuelle que cette classe a reçue. P l u s la\ndose — il semble qu'il s'agisse d'une sorte d'intoxication, — d'éduca­\ntion est considérable, plus le déchet de force est important. Faites\nl'application de cette loi à la société, osez cela, et vous serez étonné\ndes constatations. Voyons, est-ce que l'avènement de la démocratie\nne vous dit rien? La noblesse est en plein à cet âge des vanités, dans\nlequel Chateaubriand nous la montre finissante. L a bourgeoisie,\n quelque soit son degré d'intellectualité, patauge dans l'impuissance\ncomplète, dans la médiocratie totale ; elle parle beaucoup, mais elle\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "174                            DURENDAL\n\n\nest incapable d'action ; si on lui coupait la langue, il ne lui resterait\nrien.\n   Il n'y a qu'une classe, — après le peuple, bien entendu, — qui ait\ngardé quelque énergie, c'est le clergé. Le clergé demeure puissant\npour une raison divine, sa proximité de Dieu, et pour cette raison\nhumaine, — oh! très curieuse dans l'espèce, — c'est que le clergé\nétant avant tout éducateur, il ne subit pas l'éducation, il la donne. Le\nclergé nous a jadis offert une magnifique preuve de son énergie, c'était\nvers 1879, en se révoltant contre la loi scolaire.\n   Quant au peuple, c'est-à-dire à la seule puissance que l'éducation\nn'ait pas atteinte encore jusqu'aux moelles, Dieu la tient vraisembla­\nblement en réserve pour l'œuvre de demain.\n                                                     POL DEMADE.\n       I 5 août 1895.\n\n\n\n   A suivre, comme développements spéciaux de cette idée générale,\ntrois études intitulées :\n   L'Éducation physique;\n   L'Education morale;\n   L'Education intellectuelle.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-08-n8-002", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 175, "titre_corps": "Summa Dies", "titre_sommaire": "Summa Dies", "signature_source": "Édouard Bernaert", "ancre_debut": "SUMMA DIES", "ancre_fin": "EDOUARD BERNAERT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 932, "texte": "SUMMA DIES\n    Nuit obscure. — Dans la campagne autour de Troie,\n    Sous les rouges reflets tombant des hautes tours,\n    Les fleuves, déroulant leurs infinis détours,\n    Semblent deux serpents noirs tournant de loin leur proie.\n\n    Par les places, le peuple, à l'appel des tambours,\n    Danse, et chante, et s'exalte, ivre de folle joie;\n    En leurs palais, les grands, couchés parmi la soie,\n    Célèbrent, coupe en main, l'aube de meilleurs jours.\n\n    Cependant, attentifs aux clameurs populaires,\n    Tels des fauves tapis en l'ombre de terriers,\n    Muets, aux flancs du monstre, attendaient les guerriers.\n\n    Et là-bas, sur la plage où s'ancrent les galères,\n    Echelonnant sans bruit ses bataillons épars,\n    L'armée impatiente épiait les remparts.\n                                       EDOUARD BERNAERT.\nI 3 juillet 1895.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-08-n8-003", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 176, "page_fin": 180, "titre_corps": "L’Art religieux", "titre_sommaire": "L’Art religieux", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "L’ART RELIGIEUX", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 207, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "L'ART RELIGIEUX\n                       SPLENDEUR   des chefs-d'œuvre de l'art catholique des\n                          siècles défunts montre à quelle hauteur le génie\n                             peut atteindre, quand il parvient à saisir, dans\n                             toute sa magnificence, l'objet de l'art religieux\n                             et quand il est doué des qualités suréminentes\n                     que cet art si difficile exige.\n                       L'objet de l'art religieux, c'est le monde surnatu-\n     rel; c'est Dieu, ses saints et ses anges; c'est la vie mystique de\n     l'âme ici-bas, la vie extatique du ciel là-haut. Il est absolument\ndifférent de l'objet de l'art profane. Il s'en suit qu'un très grand\nartiste profane peut être absolument impuissant à créer une œuvre\nd'art religieux et faire même des choses ridicules s'il essaie de pro­\nduire des œuvres religieuses.\n   U n e condition essentielle pour être un artiste religieux, c'est d'avoir\nla F o i . L a F o i seule nous fait pénétrer dans le monde religieux, nous\nen donne la compréhension, nous fait saisir la splendeur de ses\nmystères.\n   Il est impossible de rendre par le pinceau ou le ciseau un idéal que\nl'on ne saisit pas soi-même. « Un homme n'invente que d'après son propre\ncœur (1) », a dit T a i n e dans sa belle étude sur l'art mystique italien.\nOn n'est artiste qu'à condition d'avoir un Méal. Or, comment l'artiste\naurait-il un idéal religieux s'il ne croit pas à la religion? U n artiste\nprofane aura beau s'évertuer à peindre ou sculpter des saints, des\nanges, ses œuvres seront toujours lourdes. Elles seront peut-être belles\nen elles-mêmes, c'est-à-dire bien peintes, bien ciselées, elles seront à\ncent mille lieues de l'art religieux. L e caractère essentiel, qui fait\n\n  (1) TAINE. Voyage en Italie, t. II, p. 17.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "                                           DURENDAL                        177\n\nd'une œuvre d'art un chef-d'œuvre religieux, leur manquera. L a\nbeauté surnaturelle, si essentiellement différente de la beauté pure­\nment h u m a i n e , en sera fatalement absente. Les personnages peints\nou sculptés seront des hommes magnifiques, des femmes splendides\npeut-être, ce ne seront pas des anges, ce ne seront pas des saints.\n« Les fortes et splendides vierges, les archanges bien musclés, dit encore\nT a i n e , nous ramènent sur la terre; leur chair est si visible, que nous ne\ncroyons pas à leur divinité (1). »\n   J a m a i s un artiste animé de sentiments purement profanes n'attein­\ndra l'idéal divin. J a m a i s il n'arrivera à donner aux physionomies des\nsaints ces traits sereins et candides, cette auréole virginale, cet air\nséraphique, cette expression supraterrestre qui sont les fruits de la\nvie de la grâce. P o u r faire reluire, sur la physionomie des anges et\ndes saints, le reflet de la F a c e de Dieu, dont la contemplation ininter­\nrompue est la vie des élus, il faut avoir au moins une idée de l'extase\néternelle du ciel. L e chrétien a cette idée, parce que la vie de la grâce\nn'est autre chose que la vie du ciel commencée ici-bas.\n   L'idéal divin est donc absolument hors de la portée de l'artiste\nprofane. L e monde surnaturel lui est fermé. On n'y pénètre que par\nla F o i , et il ne croit p a s ; on'n'y est initié que par la contemplation et\nl'amour, et on ne peut contempler ni aimer ce en quoi on ne croit pas.\n   Cette vérité primordiale a été bien comprise par l'école de Saint-Luc.\nOn ne s'y borne pas à éveiller le sens esthétique chez l'élève. Con­\nvaincu qu'on ne fera jamais un vrai artiste religieux d'un mauvais\nchrétien, on s'efforce d'inspirer aux jeunes élèves, avec l'amour de\nl'art, l'amour de Dieu par la pratique de la vie chrétienne, qui n'est\nautre chose que la contemplation amoureuse de la Beauté absolue, de\nl'Idéal divin, de Dieu, le plus grand et le plus bel Idéal que l'art\npuisse rêver, la source infinie de toute beauté terrestre et divine.\n   Aussi je professerais une admiration absolue pour l'école de Saint-\nLuc, n'était sa tendance exagérée à l'imitation servile d'un certain\n\n  (1) TAINE. Voyage en Italie, t. 11, p. 25.\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "178                               DURENDAL\n\n\nsiècle, qui est pour cette école ce que le XVIIc siècle est pour les clas­\nsiques intransigeants.\n   Quelle admirable école d'art religieux ne serait pas l'école de\nSaint-Luc, si elle était animée d'un souffle plus large, si on y laissait\nplus de liberté à la spontanéité dans la formation de l'artiste, si on ne\ncherchait pas à couler tous les élèves dans le même moule. L a for­\nmation esthétique y laisse encore à désirer, en ce qu'on n'y tolère pas\nl'étude du modèle vivant par une crainte exagérée d'inspirer à l'élève\nle goût de l'art purement profane.\n    É v i d e m m e n t la Foi ne suffit 'pas pour créer un artiste, même reli­\ngieux. Il faut en plus le talent. N'est pas artiste qui veut. P o u r être\nartiste, il faut posséder le don. L e génie ne s'acquiert pas. On l'a ou\non ne l'a pas, et si on ne l'a pas, on ne l'aura jamais. On ne fera\njamais un artiste d'un homme qui ne possède pas en lui-même, indé­\np e n d a m m e n t de toute influence extérieure et de toute éducation, le\nfond nécessaire. On peut développer un talent, lui donner l'occasion\nde se manifester, l'éveiller, le révéler à lui-même, l'aider à s'éclore,\nmais on ne crée pas l'artiste. Ce don intime, indispensable à la forma­\ntion de n'importe quel artiste, l'art religieux l'exige encore bien plus\nimpérieusement. P l u s , en effet, l'idéal à réaliser est élevé, plus vastes\ndevront être les capacités de celui qui veut y atteindre.\n   Or, l'idéal religieux est le plus haut que l'on puisse imaginer. Il\ns'élève jusqu'à Dieu. Il est d'une beauté toute spirituelle, d'autant\nplus difficile à être exprimé d'une façon sensible, qu'il est immatériel.\nL'idéal de beauté, qui est l'objet de l'art religieux, n'a rien de com­\nm u n avec la matière, et l'artiste n'a à son service, pour l'exprimer,\nque des outils purement matériels. C'est une œuvre presque immaté­\nrielle qu'il doit produire. Il doit spiritualiser en quelque sorte la\nmatière. On devine dès lors la dose de talent requise pour parvenir\nà produire un chef-d'œuvre d'art religieux. L'art religieux, s'il est le\nplus beau, est aussi le plus difficile de tous les arts.\n  Telles sont les raisons essentielles de la disparition presque com­\nplète, à peu d'exceptions près, en notre siècle athée, de l'art religieux.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "                                DURENDAL                                 179\n\nOu c'est la Foi qui m a n q u e , ou c'est le don qui fait défaut, et il faut\nessentiellement les deux.\n   Il ne suffit pas, pour faire une statue ou un tableau représentant,\npar exemple, la Mère de Dieu — je parle, bien entendu, d'une œuvre\nd'art — il ne suffit pas, dis-je, de peindre ou de sculpter une femme\nquelconque, de lui mettre dans les bras un bébé quelconque et de\nplacer au dessous cette inscription : « Sainte Vierge Marie, priez pour\nnous. » Telles ces caricatures grossières et ineptes, façonnées par de\nvulgaires et infâmes statuaires qui souillent nos églises modernes. Ce\nn'est pas de l'art, cela, c'est la prostitution de l'art. J'ai la mort dans\nl'âme, quand je vois nos temples déshonorés par la présence de ces\nmisérables statues de saints et de saintes qui s'œuvrent actuellement\nnon dans des ateliers d'artistes, mais dans des fabriques de manne­\nquins. Elles ont une physionomie stupide, un air sentimental idiot,\nelles regardent bêtement le ciel, elles sont laides à faire pleurer. L e\nseul moyen de ne pas perdre toute dévotion à l'objet qu'elles ont la\nprétention insolente de représenter, c'est de fermer les yeux pour ne\npoint les voir. Bien loin d'inspirer l'enthousiasme pour l'idéal religieux,\nelles en donneraient la nausée.\n  Pour faire une image vraiment esthétique de la Vierge, l'artiste\ndoit être initié au radieux mystère de la maternité divine. Il doit être\népris lui-même de l'idéale beauté mystique de toutes ces grandes\nchoses : Virginité, Maternité divine, Incarnation du Verbe éternel,\nConception immaculée.\n  L'œuvre de l'artiste doit atteindre un tel degré de perfection, qu'il\nenlève d'admiration l'âme émue du spectateur et fasse jaillir naturel­\nlement de ses lèvres la salutation de l'ange : O u i ! Vous êtes pleine de\ngrâces, — le Seigneur est avec vous, — vous êtes bénie entre les\nfemmes, — et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.\n  Demandez à un athée, fût-il le plus puissant artiste, de faire cette\nœuvre, il n'y réussira jamais. Pareil chef-d'œuvre exige presque un\ngénie doublé d'un saint, et plus l'artiste sera saint, plus beau sera\nson chef-d'œuvre, même au point de vue purement esthétique. A\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1406, "texte": "180                                         DURENDAL\n\n\ntalents égaux, l'œuvre d'un saint sera infiniment plus artistique que\ncelle d'un chrétien ordinaire.\n   L à est la supériorité de F r a Angelico. Il fut à la fois un grand saint\net un grand artiste. C'est tout le secret de la beauté vraiment angé-\nlique de ses chefs-d'œuvre. Il ne faut pas la chercher ailleurs. C'est ce\nqui fait que les vierges de F r a Angelico sont infiniment plus artisti­\nques que celles de Raphaël, au point que T a i n e ne craint pas d'écrire\nque \" les Vierges de ce dernier ne sont que de belles paysannes à côté des\nVierges d'Angelico (1). »\n   L'art vraiment religieux élève l'âme, la dégage de la matière, la\ndétourne des bassesses et des trivialités de la terre, l'oriente vers le\nciel, lui donne un avant-goût des joies et des splendeurs éternelles et\nl'unit à Dieu même, source infinie de toute beauté en même temps\nque de toute sainteté.\n   L e chef-d'œuvre d'art religieux, enfin, doit être tellement beau et\ntellement vrai, que de lui-même, par une beauté et une puissance\nd'expression intrinsèque et jaillissante de l'œuvre même, elle arrache\ndes cris d'admiration à l'impie lui-même, lui bouleverse l'âme, le fasse\nrentrer en lui-même, lui fasse vomir sa vie et le ramène à l'Idéal\ndivin.\n                                          L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n\n\n  (I) TAINE. Voyage en Italie, t. II, p . 155.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-08-n8-004", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 181, "page_fin": 181, "titre_corps": "Mélancolie", "titre_sommaire": "Mélancolie", "signature_source": "Léon Louveaux", "ancre_debut": "MELANCOLIE", "ancre_fin": "LEON LOUVEAUX", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 73, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "MÉLANCOLIE\n    La cloche geint tout en langueur,\n    Et la pluie tombe, tombe, lente,\n    Et, d'un manteau gris de torpeur,\n    Couvre la ville somnolente...\n\n    Tout est sombre, couleur d'ennui,\n    Et je ne sais pour quelles causes\n    Mes pensers tristes et moroses\n    Sont pleins de larmes aujourd'hui.\n\n    La cloche geint là-bas, au loin,\n    Et pleure, et prie, et se lamente...\n    Et, vague, dans mon cœur fermente\n    Je ne sais quel chagrin lointain.\n\n    En son manteau gris de torpeurs,\n    S'endort la ville   somnolente;\n    La cloche égrène au loin ses pleurs\n    Et la pluie tombe, tombe,     lente...\n                                      LÉON   LOUVEAUX.\n\nMalines, 189...\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-08-n8-005", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 182, "page_fin": 184, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "de Durendal que ce livre n'est pas précisément écrit pour tout le monde. 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Wallner est non seulement un professeur de toute\npremière valeur, et je dirai même, sans crainte d'exagérer, l'idéal du professeur,\nmais un artiste dans la plus haute acception du mot, un artiste aux inspirations\noriginales, aux aspirations élevées, aimant passionnément son art et sachant com­\nmuniquer la flamme de son enthousiasme esthétique, aux élèves qui ont la bonne\nfortune de l'avoir pour professeur. Comme tous les vrais artistes, il a l'âme ouverte\nau Beau sous tous ses aspects et dans tous ses rayonnements. Aussi est-il l'ami des\njeunes littérateurs. Lui-même nous a donné, dans la Jeune Belgique, la traduction\ndes contes russes d'un charme exquis.\n  M. Wallner donne chaque année des conférences aux élèves du cours de piano\nde Mlle Desmet. C'est un véritable cours d'esthétique musicale. J'ai eu le\nbonheur d'assister plusieurs fois, grâce à l'amabilité charmante de M. Wallner,\nà ces conférences. Quel régal pour l'intelligence que ces admirables conférences!\nOn ne sait ce qu'il faut le plus admirer, ou de l'érudition immense du professeur,\nou de la finesse et de l'élévation de sa belle intelligence. Il possède parfaitement\ntoute l'histoire de son art et vous l'expose avec une lucidité rare. Il a un talent\nremarquable à pénétrer le génie spécial, à analyser l'âme de chaque artiste en\nparticulier et développe toute la genèse de l'art musical d'une façon admirable.\nJamais je n'oublierai la superbe conférence qu'il nous fit sur l'immortel Beethoven.\n   Mais M. Wallner n'a pas seulement au plus haut degré le talent d'interpréter et\nd'exprimer le génie musical des autres, il est compositeur lui-même. Aimant à la\nfois passionnément la musique et la littérature, il a donné satisfaction à son double\nenthousiasme, en interprétant, par de ravissantes mélodies, les compositions des\njeunes poètes de la. Jeune Belgique.\n   L'éloge de ces poètes n'est plus à faire. Ils ont depuis longtemps conquis l'admi-\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": "                                         DURENDAL                                          183\n\nration de tous les amateurs de vraie littérature. Ils comptent parmi eux deux des\nplus grands poètes de la littérature française actuelle, Ivan Gilkin et Albert Giraud.\n  J'offre ici mes plus vives et plus enthousiastes félicitations à mon cher ami\nM. Wallner, pour ces charmantes compositions musicales qu'il vient de livrer au\npublic. Non seulement elles répondent à ce que nous avions le droit d'exiger de lui,\nconnaissant son grand talent, mais elles dépassent notre attente.\n                                                        L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\n   L e S a t a n i s m e et la M a g i e , par J U L E S BOIS, avec une étude de J.-K. H U Y S -\nMANS. — Jules Bois, l'auteur de ce livre, n'est pas un catholique, mais c'est un\nspiritualiste convaincu, c'est une âme sincère et loyale. Quoique séparé de nous par\nson Credo, qui n'est pas le nôtre, nous éprouvons pour lui la plus vive sympathie.\nIl est du devoir d'un vrai catholique de' respecter toutes les convictions sincères,\nsurtout quand celui, dont nous ne partageons pas les idées, est une âme propre,\ndroite, s'inclinant avec respect devant'la grandeur du catholicisme. C'est éminem­\nment le cas pour Jules Bois. Tous les catholiques qui le connaissent l'aiment et le\nrespectent.\n   N'étant pas catholique, J. Bois a inévitablement mêlé, à des idées justes, des\nopinions fausses, que des catholiques ne peuvent admettre. Un sujet aussi ardu et\naussi délicat, aussi mystérieux et aussi redoutable que le satanisme devrait être\ntraité par un catholique et non pas par un catholique ordinaire, mais par un\ncatholique à la fois philosophe et théologien. Et pour atteindre l'idéal, je voudrais,\nen plus, que ce catholique fût un artiste.\n   Je dois reconnaître cette dernière qualité à Jules Bois. C'est un parfait littérateur.\nSon livre est écrit dans un style élevé, poétique et tout à fait charmeur. Il suffit de\nlire son livre pour l'admirer de ce chef.\n   Enfin, un des grands mérites de ce livre, c'est que, comme le dit si bien mon\ncher ami Huysmans, « si ce volume n'est pas écrit par un auteur catholique, il\n» combat, dans tous les cas et hardiment, la Magie noire et le Satanisme. C'est\n» cela qui me séduit dans ce livre, et aussi, je me hâte de le dire, l'art dont le poète\n» a su enrôber ses savantes gloses. »\n   Jules Bois nous donne clans son livre le panorama du Satanisme. C'est une étude\nd'ensemble très complète et bien travaillée sur la matière. Il nous donne une'idée\ngénérale très bien conçue et artistement exprimée du Satanisme, de ses horreurs,\nde son abominable culte et de l'affreux esclavage qui vincule les suppôts de Satan.\nOn a l'âme toute imprégnée d'une tristesse angoissante en assistant, avec J. Bois,\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "184                                 DURENDAL\n\nau déroulement de ces terrifiantes scènes diaboliques, de ces ignobles mystères de\nluxure démoniaque. En fermant ce livre à la fois triste et beau, triste à cause du\nsujet qu'il traite, beau à cause de l'incomparable talent esthétique de l'écrivain, je\nme disais : Comment se fait-il que J. Bois ne soit pas catholique? Croire au sata­\nnisme et ne pas croire au catholicisme, c'est un mystère insondable pour moi. Le\nsatanisme n'a pas de raison d'être si le catholicisme n'existe pas, s'il n'est pas\nabsolument authentique et divin.\n  Le satanisme est l'antithèse du catholicisme, comme l'Antéchrist est l'antithèse\ndu Christ. Chose remarquable, les convoitises de Satan s'acharnent d'instinct et\navec une rage et une furie toutes infernales, à profaner les deux sanctuaires qui\nrenferment les deux plus grands trésors de l'Eglise catholique : celui de l'âme\nchrétienne et celui du tabernacle de nos autels. L'âme, Satan s'efforce de la saccager\npar la plus infecte luxure et de lui arracher son plus précieux trésor : la chasteté,\nvertu essentielle du catholicisme. Le corps sacré du Christ, il le fait profaner par\nses adeptes, dans le sacrilège lubrique de la Messe Noire, qui n'est pas autre chose\nque la parodie diabolique, blasphématoire et impudique de la Messe Blanche des\nchrétiens.\n   Comment, dès lors, croire à Satan, sans fléchir le genou devant le Dieu des\ncatholiques, dont Satan est l'ennemi mortel et juré. Si le catholicisme est faux,\nle satanisme n'est qu'une sotte, ridicule et odieuse comédie.\n   Le livre de J. Bois est illustré. Ces gravures me déplaisent par leur réalisme.\n   Je préviens les lecteurs de Durendal que ce livre n'est pas précisément écrit pour\ntout le monde.\n                                                        L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 190, "texte": "AOÛT   1895 ( D E U X I È M E A N N É E . )                                    Prix du numéro : fr. 0.60.\n\n\n\n\n                                              VOUS VENEZ EN AIDE\n                                                       A L'ANARCHIE\n                                                        (Étude critique de l'Éducation actuelle)\n\n                                                    Par       POL             DEMADE\n\n\n                                              2. EDOUARD 8ERNAERT. — Summa Dies (poésie).\n                                              3. L'abbé HENRY MŒLLER. — L'Art religieux.\n                                              4. LÉON LOUVEAUX. — Mélancolie (poésie).\n                                              5. Roche Tarpéienne et Capitule : L'Album musi-\n                                                  cal de la Jeune Belgique, de L. Wallner. —\n                                                  Le Satanisme et la Magie, de Jules Bois.\n\n\n\n\n                          r ISB E RT   -r                                                          œisn -*\n\n\n\n\n                                                                                                   DfTaL.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                    DURENDAL\n  REVUE        CATHOLIQUE            D'ART      ET     DE          LITTÉRATURE\n\n\n\n\n                         ABONNEMENTS\nBelgique : un an.           . .,fr. 5 . 0 0 | Etranger : un an.              fr.. 6 . 5 0\n                             Prix du numéro : fr. 0 . 6 0\n\n\n\n              Comité de rédaction de « Durendal »\nM M . P O L D E M A D E , H E N R Y CARTON DE W I A R T , l'Abbé H E N R Y MCELLER.\n\n                                Collaborateurs :\nM M . FlRMIN VANDENBOSCH.                   MM.      J.-K.   HUYSMANS.\n       H E N R Y BORDEAUX.                           WILLIAM RITTER.\n       THOMAS B R A U N .                            GEORGES V I R R È S .\n       L'abbé H . HOORNAERT.                         MAURICE DULLAERT.\n       JOSÉ HENNEBICQ.                               M A U R I C E CLAEYS.\n       EDMOND JOLY.                                  JOSEPH SERRE.\n       L'abbé L . G R U E L .                        PAUL HAREL.\n       L É O N LOUVEAUX.                             ERNEST PÉRIER.\n       ED.   CARTON DE W I A R T .                   CHARLES BUET.\n       EDOUARD B E E R N A E R T .                   VICTOR D E N Y N .\n       ADOLPHE HARDY.\n\n\n                  « DURENDAL » ne publie que de l'inédit\n        Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n                       LES MANUSCRITS N E SONT PAS R E N D U S\n\n\n\n\nToutes correspondances doivent être adressées à la Rédaction et Administration\n                 Bue Albert-de-la-Tour, 14, à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": " Août 1895                                                                                       N° 8\n\n                                           DURENDAL\n\n\n\n\n       Vous venez en aide à l'Anarchie\n                                      PRÉFACE\n                          D'UN     CATHOLIQUE A DES CATHOLIQUES\n\n  — Déclaration de l'auteur. — 2. L'Éducation auxiliaire de l'anarchie. — 3 L'impuissance des meil­\n  leurs. — 4. Preuve historique. — 5. Attitude vis-à-vis du progrès. — G. Conservatisme. — 7. Le\n  recrutement socialiste. — 8. Esclaves et Révoltés. — g. Ce n'est pas la faute du catholicisme. —\n   10. Division de cette étude : Education physique; Éducation morale; Education intellectuelle. —\n   11. Trois faits : Force et inertie des catholiques; les Défenseurs de l'Église pris hors de l'Église;\n  l'Intoxication éducatrice.\n                                                                      Il n'y a pas de meilleurs que vous,\n                                                                     mais vous êtes impuissants.\n                                                                                                IDSEN.\n\n\n\n                                   C'EST un dogme, en politique, qu'il faut laisser\n                      à nos ennemis le soin de nous blâmer. De là ces\n                      applications, déconcertantes pour les non initiés,\n                      et dont l'ensemble constitue cependant la mo­\n                      ralité conventionnelle des partis. De là, par\n                      exemple, cette formule d'acquittement ou de\n       condamnation, d'usage quotidien dans les Parlements : nos\n       amis ont toujours raison, nos adversaires toujours tort; nous\n      sommes impeccables, magnifiques, parfaits, vous êtes vicieux,\n      médiocres, criminels.\n         L'auteur des lignes qui vont suivre a la chance de ne pas être\nun homme politique; conséquemment, il échappe à la tyrannie de la\nmorale très particulière dont il vient d'être parlé ; dès lors il est tenu\nà faire preuve de sincérité absolue. Il dira donc carrément tout ce\nqu'il pense, fût-ce à raison d'un ennemi à la ligne, et comme il est\n« plein de paroles », il ne désespère pas de se faire beaucoup\nd'ennemis.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "162                             DURENDAL\n\n\n    2. La vie sociale, si intense, en cette veille du XXe siècle, est une\n admirable matière à pensées. Et je ne m'étonne pas de l'abondance\ndes choses écrites en ces dernières années par les penseurs, dont les\nœuvres rappellent, tout au moins comme l'ombre rappelle la lumière,\nces fameuses Considérations que Joseph De Maîstre écrivait au soir du\nXVIIIesiècle. De ce siècle, dont nous sommes la fin, on a tout discuté,\ntout étudié, tout critiqué, les origines, l'histoire, les dernières heures;\nle passé, le présent, l'avenir, l'avenir surtout, ont été l'objet de discus­\nsion, de louange, de blâme, de menace, d'espérance; on a fait de\nl'analyse sociale et même un peu de synthèse... Nous n'avons, nous,\naucune de ces hautes prétentions à l'histoire, à la sociologie et nous\nn'apportons, à cette somme, qu'un seul fait, à savoir : que l'Anarchie\ntrouve dans l'Éducation actuelle un puissant auxiliaire. Et encore ! n'étu­\ndierons-nous le fait qu'au point de vue catholique.\n    L'anarchie est un mot qui provoque chez nous une telle panique,\nque nous n'osons jamais nous retourner pour le bien voir. Anarchie,\nainsi définit Littré : Absence de gouvernement et par suite désordre\net confusion. Nous voulons bien convenir que ce siècle s'en va clans le\ndésordre et la confusion; il n'y a pas d'élégiaques qui nous soient\ncomparables quand il s'agit de lamentations sur le malheur des temps !\nMais comment nous faire avouer que ce monde, que nous disons\nmauvais, nous avons contribué à le faire, tel qu'il est?\n   Je veux bien que nous n'en prenions pas notre parti; il n'en est pas\nmoins exact que les catholiques contribuent inconsciemment et pour\nune large part à la poussée anarchique, par leur système d'éducation..\nJe compte bien prouver ce que j'avance par des arguments très positifs.\n    Je m'empresse d'ajouter que nos adversaires auraient tort de se\n réjouir du qualificatif d'anarchique que je joins ici à notre éducation\n catholique. C'est logiquement que leur éducation athée mène à l'anar-\n chisme, tandis que c'est illogiquement que nous menons les nôtres à\n cette abominable extrémité. La différence est radicale : chez nous\n c'est aveuglement volontaire, chez vous c'est fatalité.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                            DURENDAL                                              163\n\n   3. Un mot nous a paru juger avec justice les catholiques de ce\ntemps, c'est celui qu'Ibsen prononce sur Rosmer et qui sert d'épigraphe\nà ce premier chapitre.\n   « II n'y a pas meilleurs qu'eux », leur dévouement est admirable, leur\ncharité est étonnante : « mais ils sont impuissants » à faire ou même,\nsimplement, à désirer la justice, qu'il s'agisse d'eux-mêmes ou d'autrui.\nLes catholiques constituent de touchantes victimes ; nous avons dans\nla persécution de magnifiques attitudes; tandis que la victoire, le\ntriomphe nous trouvent d'ordinaire assez faibles et même un peu ridi­\ncules. Nous faisons bon effet dans l'opposition légale; au pouvoir\nnous nous contentons d'être économes, soucieux de ne pas mal faire,\nprobes par tempérament plutôt que par effort. Nous réalisons dans\nla société un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve. Nous savons\nbien, nous ne pouvons pas. Nous sommes plutôt passifs qu'actifs.\n Nous avons la vertu inerte.\n\n   4. Portez les catholiques au pouvoir ; toute leur ambition sera d'y\nvivre le plus longtemps et le plus paisiblement possible. Ambition\nnégative, mais suffisante pour résoudre cette énigme : Pourquoi les\ncatholiques, depuis 183o, ont-ils toujours été les dindons de la farce\npolitique? Je sais la réponse qu'il faut faire, mais je préfère que ce\nsoit un autre qui réponde; je préviens seulement que la réponse\nsera féroce de sincérité.\n   Cette réponse résultera des citations suivantes que j'emprunte à\nl'Histoire contemporaine de Belgique, par l'abbé Balau.\n   « Le ministère (1836) fut dupe, comme les catholiques l'ont été presque\nincessamment, de la tactique libérale uniformément suivie jusqu'à nos\njours. Plus l'opposition élève haut ses cris, plus d'ordinaire le parti\ncatholique multiplie les concessions, s'efforçant de prouver, à son propre\ndétriment, qu'il n'est pas si coupable... etc. (1). »\n   « Les catholiques négligèrent trop longtemps d'user de leurs droits\n\n    (1) Soixante-dix ans d'Histoire contemporaine   de Belgique,   1815-1884, par l'abbé Sylvain Balau,\n4e édition, 1890. Page 78.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "164                                        DURENDAL\n\n\npolitiques... et, si quelquefois les catholiques déployèrent quelque énergie\nà se faire représenter aux Chambres, ils laissaient, à la base de\nl'édifice constitutionnel, leurs adversaires s'emparer de tous les conseils\ncommunaux importants. Ainsi s'affaiblissait graduellement ce grand\nparti, qui au Congrès national comptait environ 140 membres\ns u r 2 0 0 . . . (1). »\n   « Les ministres n'eurent pas l'énergie du roi. L'émeute restait victo­\nrieuse. Le cabinet déclarait qu'un gouvernement prudent doit tenir\ncompte de l'opinion publique, alors même qu'elle est égarée par la\npassion ou le préjugé (2). »\n   « Quant aux catholiques, ils ne s'étaient point encore résolus à\nmontrer l'énergie nécessaire dans l'affirmation de leurs croyances et dans\nla défense de leurs droits (3). »\n   « Le ministère était faiblement défendu par une partie de ses amis\nque l'inertie et la timidité de sa politique avaient voués au décourage­\nment... Le parti conservateur s'use au pouvoir plus tôt que le parti\nlibéral, tout en agissant beaucoup moins (4). »\n   « Les catholiques peuvent peu de choses par l'État (5). »\n   « Le défaut du libéralisme est de trop gouverner. Peut-être pour­\nrions-nous ajouter que le défaut du parti conservateur, c'est de trop\npeu gouverner (6). »\n   Les hommes dont nous venons de parler, et auxquels, l'histoire en\nmains, nous adressons le dur reproche d'avoir manqué d'énergie,\nappartenaient, pour la plupart, à l'élite de la nation ; ils avaient reçu\nce qu'on appelle, avec emphase, une forte éducation classique et reli­\ngieuse, laquelle, comme on sait, comporte la gymnastique des huma­\nnités réputée souveraine pour la formation des intelligences, et la\ndiscipline chrétienne toute puissante sur les âmes. Cependant, deman­\n\n   (1) Page 80.\n   (2) Page 172. A propos des événements de 1857.\n   (3) Page 200. A propos de la période doctrinaire 1867 à 1870.\n   (4) Pages 281-282. Année 1878.\n   (5) Page 352.\n   (6) Page 355.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                DURENDAL                               165\n\ndez-vous ce qu'ils ont fait au pouvoir ; demandez aux Dedecker, aux\nMalou, aux Delcour, aux Devolder, etc., etc., quelles ont été leurs\nœuvres? Le plus sincère d'entre eux a répondu d'avance à cette\nquestion avec une désarmante sincérité : « Nous avons vécu ! » Hélas,\nil n'avait même pas vécu, celui-là, il avait tout au plus vivoté.\n   Non, je ne calomniais pas les catholiques en parlant de leur manque\nd'énergie au pouvoir. On pourrait donner des exemples plus récents.\nNous sommes au pouvoir depuis 1884... Nous avons revisé la Consti­\ntution à contre-cœur, adopté le vote plural sous la menace de la rue,\nvoté une loi communale peureuse et une loi scolaire mesquine... Mais\noserais-je dire tout ce que nous n'avons pas fait, et tout ce que nous\naurions pu et dû faire, si nous en avions eu l'énergie?\n\n\n   5. Cette impuissance, devenue présentement notre vice, donne beau\njeu à nos adversaires.\n   Je le répète, « il n'y a pas meilleurs que nous », même dans le\ndomaine de la science; nous possédons des savants de premier ordre\nen histoire, en géographie, en langues, en astronomie, en chimie,\nbref, en toutes espèces de connaissances, et cependant, en bloc, nous\npassons pour ennemis du progrès et nous méritons cette mauvaise\nréputation. Les catholiques connaissent peut-être mieux que n'importe\nqui la direction du progrès, ils sont orientés de ce côté, malheureuse­\nment ce sont des paralysés de la volonté; pour les déterminer à\navancer, il faut que l'adversaire les raille, les terrorise, les affole, et\nfinalement les remorque. Mieux, ou plutôt pis que cela : nous en\nconnaissons parmi nous qui nient le progrès pour ne pas devoir se\ndonner la peine de le suivre. Je citerai à ce propos un fait typique.\nUn journal catholique fort répandu en France, La Croix, publiait une\ncharge à fond contre les laboratoires de psychologie qu'il qualifiait\n« d'invention de cerveaux malades (1) » — pendant que l'Université catho-\nlique de Louvain, imitant l'exemple de l'Allemagne savante', créait, à\n\n  (1) La Croix, 29 mai 1894.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "166                                      DURENDAL\n\n\nl'Institut T h o m i s t e , avec la haute approbation du Pape, une chaire et un\nlaboratoire de psycho-physiologie! (1).\n   Cette répugnance instinctive à l'action explique ce phénomène\ncurieux : notre idolâtrie du passé. Nous nous sentons à l'aise vis à vis\nde lui, il flatte nos désirs d'inactivité. E t voilà comment, sans même\nnous douter de l'énorme ridicule dont nous étions du coup menacés,\nnous avons fort bien souffert qu'on nous affublât de l'épithète de\nconservateur, dont le caractère grotesque rappelle le fait de gavroche,\nsuspendant sournoisement un mannequin de papier à la redingote\ndu monsieur bien mis, lequel continue sa route solennel et risible!\n   Conservateur! Conservateur! Que serait-il advenu du christianisme\nsi les Romains, les Grecs et, en général, les contemporains des apôtres\navaient été d'invétérés conservateurs et ne s'étaient pas convertis à la\ndémocratie chrétienne prêchée par les novateurs venus de J u d é e ?\n\n   6. L e conservatisme! Il s'agit bien de cela! Monseigneur Ireland,\ndans son beau livre : L'Église et le siècle, écrit : « Léon X I I I a eu le\ncourage de sa sublime mission. T e l qu'il est, il a ses adversaires dans\nle sein de l'Église même : ceux dont les nerfs souffrent des trépida­\ntions du vaisseau qui sous sa main s'avance avec accélération de\nvitesse, les réactionnaires pour qui toute la sagesse et la direction\nprovidentielle de l'Église se trouvent dans le passé... (2) » L'arche­\nvêque de Saint-Paul est tout ensemble sévère et juste, vis à vis de\ncertaine fraction du parti catholique.\n   L e vaisseau social s'avance positivement avec une accélération de\nvitesse; des souffles nouveaux tendent ses voiles; la boussole marque\nl'idéal, comme l'aiguille aimantée m a r q u e le nord; par malheur pour\nl'équipage, on se bat autour du gouvernail. Les conservateurs sup­\nplient qu'on arrête et qu'on rétrograde ; les socialistes exigent qu'on\npoursuive la route toutes voiles dehors, quel que soit le péril possible\net où qu'on doive aboutir ; les démocrates chrétiens n'entendent point\n\n  (1) Revue néoscol astique, deuxième année, n° 2. A. Thiery. Introduction à la psycho-physiologie.\n  (2) Page 52.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                DURENDAL                                 167\n\nreculer non plus que courir à l'aventure, ils demandent qu'on oriente\nvers la Justice et qu'on marche sans imprudence, mais résolûment. Il\nn'est pas difficile d'apercevoir où sont les vrais sages, puisque le\nprogrès exige qu'on poursuive, mais est-ce que la sagesse triomphera?\nJe l'espère. Ce qui est positif, ce sont les progrès de l'idée socialiste\nou anarchiste, car l'une c'est l'autre. C'est effrayant, me dira-t-on. Il\nest un fait plus effrayant que cela : c'est l'aide apportée à l'anarchie\npar le conservatisme tout puissant en matière d'éducation.\n\n   7. Nos écoles catholiques sont les fournisseurs les plus productifs du parti\nsocialiste. Vous vous récriez! Je le conçois ; il est très pénible d'entendre\ndes vérités aussi cruelles. Mais que voulez-vous, il en est de l'extir­\npation du mensonge comme de certaines opérations, ce n'est pas\nparce qu'elles sont épouvantables qu'il faut y renoncer, du moment\nqu'elles sauvent.\n   Vous êtes-vous jamais posé cette question fort simple : Où se\nforment les socialistes?\n   Les socialistes ne possèdent pas d'écoles et cependant leurs rangs\ns'augmentent tous les jours. Admirable matière à réflexion. Je sais\npeu de phénomènes aussi curieux. Le socialisme n'a point d'éduca­\nteurs, mais il a des élèves innombrables. Est-ce que le socialisme\nserait un produit de génération spontanée? Le socialisme ne sème\npas, et pourtant il récolte. Quelqu'un sèmerait-il pour lui, par hasard?\n   Les R. P. Bénédictins de Ligugé, dans le numéro d'août de leur\nBulletin des Livres et des Revues, écrivent : « La classe dirigeante est\nélevée principalement dans les collèges congréganistes ; pourtant, elle\nn'est pas chrétienne. »\n   Et plus loin :\n   « La classe dirigeante a été en grande partie élevée dans des\nétablissements religieux et elle compte une majorité écrasante d'impies\nou d'indifférents... Pourquoi ce résultat, puisque, d'après des rensei­\ngnements officiels, 50 % des élèves de l'enseignement secondaire sont\nformés par nous? »\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "168                                          DURENDAL\n\n\n  Voilà ce qui se passe en France.\n  En Belgique, où l'éducation nationale est conservatrice 100 fois\nsur 100 et religieuse 90 fois sur 100, le socialisme progresse d'une\nmanière étonnante. Oh! je sais bien, nous serions heureux de nous\ndébarrasser de cette constatation en disant : « C'est la faute à l'ensei­\ngnement neutre, c'est lui qui cultive la plante socialiste. » Voyons,\nsoyons sincères, et reconnaissons tout au moins qu'il sort autant de\nsocialistes de chez nous que d'ailleurs (1).\n\n   8. Max Leclerc, dans son volume sur L'Éducation en Angleterre,\nparlant de l'éducation française, conclut :\n   « Au lieu de former des citoyens prêts à la vie libre, des hommes\ncapables de se conduire, des caractères fermes et droits, ayant\nl'horreur du mensonge et le goût de l'action, on fabrique des révoltés ou\ndes êtres sans vouloir (2). »\n   Le R. P . Didon s'exprimait, ces jours derniers, en des termes à\npeu près identiques : « Nous préparons ou des hommes mûrs pour le\nservage ou des individus encore plus mûrs pour la révolte; nous\nfaisons des apprentis serfs ou des apprentis révoltés, aussi prompts à\nobéir qu'aussi prêts à s'insurger (3). »\n   Fabriquer des révoltés ou des êtres sans vouloir, mais c'est tout le\nprogramme — involontaire ! — de nos écoles catholiques, que Mon­\nseigneur Cartuyvels, vice-recteur de l'Université de Louvain, a quali­\nfiées publiquement de laminoirs.\n\n    (1) « Les socialistes actuels se sont formés du temps où le prêtre trônait en autorité à l'école. »\nM. Vandervelde, Anvers, 24 juillet 1895.\n    « Dans les écoles qui, au 31 décembre 1894, avaient à leur programme l'enseignement de la religion\net de la morale, il y avait 639,870 élèves et, dans les i53 écoles qui n'ont pas la religion à leur pro­\ngramme, il y avait 54,071 élèves. » M. Schollaert, ministre, séance du 31 juillet 1895.\n    « Les électeurs socialistes de 1894, — écrivait la Réforme (29 mai 1893), dans un article intitulé :\nEcole primaire et socialisme, — ont été préparés à la vie par les écoles primaires de 1842, à base\nessentiellement religieuse, et par les écoles libres congréganistes, ainsi que par l'enseignement religieux\ndonné dans les églises catholiques par le clergé lui-même. » En fait, sur 5,778 écoles officielles,\n 143 seulement manquent d'enseignement religieux.\n    (2) Page 65.\n    (3) R. P. DIDON. L'Homme d'action. Discours prononcé à la distribution solennelle des prix à\nl'Ecole Albert-le-Grand. le 22 juillet 1895. Paris, Mersch, éditeur. Page 10.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                DURENDAL                                 169\n\n  Les conséquences de notre éducation sont désolantes. Sous prétexte\nde polir les caractères et de leur enlever ce qu'ils ont d'abrupt, la\nlime éducative a tellement passé et repassé sur tous les angles du bloc\nhumain, que, angles et bloc, tout s'en est allé en poussière au gré du\nvent. La résistance humaine en est diminuée d'autant et nous voyons\nnos jeunes hommes entrer dans cette lice de la vie, où la lutte est si\nâpre, désarmés et battus d'avance.\n   Ceux qui résistent à cet émiettement deviennent aisément des\nrévoltés; — ceux qui le subissent sont des hommes destitués de\nvouloir. On voit le profit que le socialisme retire de cette navrante\nsituation.\n\n   9. Qu'on ne dise pas que c'est la faute au catholicisme! C'est la\nfaute à l'éducation et à elle seule. Si on écoutait mieux, si on suivait\navec plus d'exactitude les leçons du catholicisme, nous n'aurions pas\nà jeter ce cri d'alarme. D'ailleurs nous ne sommes pas seuls à voir le\ndanger. Toute la société souffre. Il y a longtemps que Taine a prévu\nle danger et montré ce qu'il appelle : la disconvenance croissante entre\nl'école et la ville.\n   Cette même idée préoccupe Paul Bourget, et quand il parle de\ncette Amérique où l'idéal peut se résumer d'un mot : la complète\nidentité de l'Education et de la Vie, on sait quelle critique il entend faire.\n\n   10. Nous examinerons successivement, au point de vue catholique,\nl'Education physique, l'Éducation morale et l'Education intellectuelle, telles\nqu'elles sont aujourd'hui et telles qu'elles devraient être, telles qu'elles\nseront demain, espérons-le. \"\n   M. Alph. Proost, professeur à l'Université catholique de Louvain et\ninspecteur général de l'agriculture, qui apporte, depuis près de vingt\nans, à l'étude de ce grave problème de l'éducation rationnelle, une\nintelligence et une ténacité merveilleuses, nous paraît avoir résumé\ntoute sa critique, indiqué toute la réforme qu'il propose en une phrase :\n   « On viole par ignorance, dans les collèges, non seulement les lois\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "170                                          DURENDAL\n\n\n du développement physique, mais aussi les lois du développement\n harmonique des facultés intellectuelles en développant outre mesure\n les facultés que saint Thomas appelait si justement facultés organi­\n ques, aux dépens de la raison, de l'esprit d'observation, de l'esprit de\nsuite, de la réflexion, de la volonté (1). »\n    L'éducation, telle qu'elle se donne aujourd'hui, mériterait de\ns'appeler : une éducation contre nature.\n   L'Éducation physique. —- On définit l'homme : une intelligence servie\npar des organes, et il n'est pas un catholique qui ne soit convaincu de\nla vérité du vieux proverbe : mens sana in corpore sano. Voilà pour la\nthéorie; quant à la pratique, on peut affirmer sans crainte de démenti\nsérieux : « Les hommes chargés d'élever les autres sont souvent (pour\nne pas dire toujours) absolument ignorants des lois de l'hygiène du\ncorps et de celles de l'âme, et semblent ne pas se douter qu'ils sont\nconsciencieusement responsables des suites souvent fatales de cette\nignorance (2). » Nous estimons, quant à nous, avec Herbert Spencer :\n« Il faut être un bon animal, c'est la première condition du succès;\net d'être une nation de bons animaux est la première condition de la\nprospérité nationale. » Il y a loin de cet idéal d'éducation physique\nau collège ou au pensionnat actuels qui constituent pour nos enfants\nde vrais bagnes, pis que cela, des enfers.\n   L'Éducation morale. — Les éducateurs catholiques se font une\ngrosse illusion de s'imaginer que l'enseignement religieux suffit à tous\nles besoins de ce qu'on appelle l'éducation morale. Certes, cet ensei­\ngnement est de première importance, mais il n'est absolument efficace\nqu'à la condition d'être appliqué dans tout son esprit. La lettre,\nseule, est vaine. Or, la pratique chrétienne a trop souvent pour support\nune personnalité-fantôme. La morale catholique a beau être toute\npuissante, si on la fixe sur un être inconsistant, elle ne tiendra pas.\nMalheureusement l'expérience quotidienne nous apprend qu'il en est\nde la religion comme de ces clous très solides enfoncés inutilement\n  (1) Extraits des Annales de la Société scientifique de Bruxelles, 1895, t. xix, 1re partie, p. 74.\n  (2) Le Monde, 10 mai 1878, cité par M. Proost.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                         DURENDAL                                            171\n\ndans un m u r trop frêle. L'éducation doit s'efforcer de créer des\nhommes, des caractères. Elle n'attentera point à la dignité personnelle\nen exigeant l'obéissance aveugle, en imposant une surveillance tra-\ncassière ou blessante. Sous prétexte de formation, elle ne sera pas\nniveleuse et déformante. L a puissance doit être respectée, la faiblesse\naidée. L'école doit être l'apprentissage sincère d'une vie qui requiert\nl'originalité, une liberté honnête, la spontanéité, etc., etc.\n  L'Éducation intellectuelle — C'était un proverbe, parmi nous, écrit\nquelque part J. D e Maistre, qu'au collège on pouvait seulement\napprendre à apprendre. Je ne veux pas rechercher si le proverbe était\nbien exact au temps de D e Maistre, j'estime seulement que le pro­\nverbe est bon. Mais apprendre à apprendre suppose un système diffé­\nrent du système actuel (1).\n   Dussent les partisans aveugles des vieilles humanités, nous accuser\nd'américanisme, d'irrespect envers le passé, nous nous refusons à\nvoir, dans leurs humaniores litterœ, autre chose qu'une aberration men­\ntale et une monstruosité psychologique. C o m m e n t ! on interne une\njeune intelligence, avec les mots de deux langues défuntes, c'est-à-dire\navec deux cadavres de langues, en dehors et très loin de tout contact\navec la vie, la nature, la réalité, le progrès, l'humanité en s o m m e ;\non n'autorise comme unique occupation, à cette prisonnière, que ces\njongleries de mots nommés, grammaire, versions, thèmes, vers,\namplifications, et quand cet embastillement à devenir fou a duré\nsix ans, on ouvre tout à coup les portes qui donnent sur le monde en\ndisant : « Va, nous t'avons humanisé, tu es un h o m m e maintenant. »\n  A ce système de déformation intellectuelle, nous demandons qu'on\nsubstitue un autre, basé, cette fois, sur les lois du développement\nharmonique des facultés intellectuelles de l'enfant.\n   « L'intelligence, dit M. Jean Martin, est la faculté de lire l'idée\nsous le signe, la loi sous le fait. Il lui faut donc à la fois, pour qu'elle\nse développe, d'une part des faits et des signes, de l'autre des idées et\n\n   (1) Comment se fait-il, écrit spirituellement Alex. Dumas, que tous les petits enfants étant si\nintelligents, la plupart des hommes soient si bêtes? Ça doit tenir à l'éducation.\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "172                              DURENDAL\n\n\ndes lois(1). » L'éducation actuelle est purement littéraire ou esthétique ;\nc'est insuffisant, même littérairement; nous demandons que l'éducation\nsoit en même temps scientifique et littéraire. Ne nous bornons pas à\nenseigner la beauté, enseignons la vérité et la beauté, à la fois. Qu'on\nintroduise donc dans l'éducation l'étude de la nature et des sciences\nqui s'y rattachent. Les sciences naturelles apprennent à penser, disait\nCuvier, parce qu'elles développent tour à tour les facultés d'induction\net d'analyse, de synthèse et de généralisation. Enseignez les faits\nd'abord (culture scientifique), les signes après (culture littéraire). Le\nculte du fond est hiérarchiquement supérieur au culte de la forme,\nc'est indéniable !\n   Nous n'avons pas la prétention d'apporter en cette étude des lumières\nnouvelles. La lumière existe, elle n'est pas à réinventer. Il s'agit tout\nau plus de s'en servir pour diriger son rayon sur les faits et en éclairer\nles parties obscures ou peu connues. Le mérite d'un semblable travail\nest nécessairement fort faible, mais l'intérêt en pourrait être considé­\nrable, si l'on veut bien nous prêter quelque attention.\n   Nous ne sommes, dans cette circonstance, qu'un modeste porteur\nde lanterne; nous consentons à servir de guide au penseur, ce voyageur\nimmatériel, dans la Grotte de Han des idées, mais à lui de voir.\n\n   II. Dès le seuil de cette étude, déjà, nous signalons à l'attention\ndes méditatifs quelques faits dont nous leur abandonnons l'explication.\n   Les catholiques détiennent une force statique incomparable, en même\ntemps qu'ils souffrent d'inertie dynamique. Ils possèdent la puissance,\nmais à l'état latent, inactif. Notre parti est semblable à ce prince d'un\nconte de fée auquel ses toutes puissantes marraines jetèrent ce sort\nétrange et contradictoire, l'une d'elles lui disant : « Je te ferai tous les\ndons imaginables », tandis que l'autre ajoutait tout aussitôt : « Mais\ntu ne t'en serviras pas. »\n   Le cardinal Gibbons, au cours d'une visite faite à Paris en mai 1895,\nprononça ces mémorables paroles :\n  (1) Outre-Mer, t. II, p. 92.\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                DURENDAL                                 173\n\n\n   « Il ne faut pas de timides en notre siècle. Il faut des hardis et des\nvaillants. E n vérité, nous, les huit à dix millions de catholiques des\nÉtats-Unis, nous avons plus d'influence sociale au milieu d'une popu­\nlation de 60 millions d'hommes que les 30 millions de catholiques de\nFrance dans un pays de 36 millions d'habitants. »\n   Les Belges peuvent prendre leur part de cette leçon de faits. Que\nserait-il advenu de nous, grand Dieu, si les libéraux ne nous avaient\npas positivement exaspérés avec leur loi scolaire de 79, que nous\navons appelée scélérate et qui fut plutôt providentielle. Il a fallu ce\ncoup d'aiguillon pour nous faire sortir de notre inertie, depuis...\nhélas !\n   Maintenant cherchez ce qui nous dévirilise, et, peut-être, comme\nmoi, vous reconnaîtrez que c'est l'éducation.\n   Autre phénomène bien intéressant, c'est celui que D r u m o n t signalait\nen ces termes (Libre Parole, 15 mars 1895) : « Il est curieux de con­\nstater que ceux qui, en notre siècle, ont défendu le Christ avec le plus\nd'énergie, n'ont pas été élevés par l'Église. » On pourrait citer, à\nl'appui de cette thèse, bien des exemples ; voici quelques noms pris\n au hasard : Louis Veuillot, Lacordaire, D r u m o n t lui-même. E t que\n d'autres, que d'autres! Regardez autour de vous.\n   Or, je vous prie, dites : où devraient se recruter les défenseurs du\nChrist et de l'Église?\n   Enfin, ne criez pas au paradoxe, je ne crains pas d'ériger en axiome\nque, en règle générale, l'impuissance d'une classe est directement propor-\ntionnelle à la somme d'éducation actuelle que cette classe a reçue. P l u s la\ndose — il semble qu'il s'agisse d'une sorte d'intoxication, — d'éduca­\ntion est considérable, plus le déchet de force est important. Faites\nl'application de cette loi à la société, osez cela, et vous serez étonné\ndes constatations. Voyons, est-ce que l'avènement de la démocratie\nne vous dit rien? La noblesse est en plein à cet âge des vanités, dans\nlequel Chateaubriand nous la montre finissante. L a bourgeoisie,\n quelque soit son degré d'intellectualité, patauge dans l'impuissance\ncomplète, dans la médiocratie totale ; elle parle beaucoup, mais elle\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "174                            DURENDAL\n\n\nest incapable d'action ; si on lui coupait la langue, il ne lui resterait\nrien.\n   Il n'y a qu'une classe, — après le peuple, bien entendu, — qui ait\ngardé quelque énergie, c'est le clergé. Le clergé demeure puissant\npour une raison divine, sa proximité de Dieu, et pour cette raison\nhumaine, — oh! très curieuse dans l'espèce, — c'est que le clergé\nétant avant tout éducateur, il ne subit pas l'éducation, il la donne. Le\nclergé nous a jadis offert une magnifique preuve de son énergie, c'était\nvers 1879, en se révoltant contre la loi scolaire.\n   Quant au peuple, c'est-à-dire à la seule puissance que l'éducation\nn'ait pas atteinte encore jusqu'aux moelles, Dieu la tient vraisembla­\nblement en réserve pour l'œuvre de demain.\n                                                     POL DEMADE.\n       I 5 août 1895.\n\n\n\n   A suivre, comme développements spéciaux de cette idée générale,\ntrois études intitulées :\n   L'Éducation physique;\n   L'Education morale;\n   L'Education intellectuelle.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                          DURENDAL                              175\n\n\n\n\n                    SUMMA DIES\n    Nuit obscure. — Dans la campagne autour de Troie,\n    Sous les rouges reflets tombant des hautes tours,\n    Les fleuves, déroulant leurs infinis détours,\n    Semblent deux serpents noirs tournant de loin leur proie.\n\n    Par les places, le peuple, à l'appel des tambours,\n    Danse, et chante, et s'exalte, ivre de folle joie;\n    En leurs palais, les grands, couchés parmi la soie,\n    Célèbrent, coupe en main, l'aube de meilleurs jours.\n\n    Cependant, attentifs aux clameurs populaires,\n    Tels des fauves tapis en l'ombre de terriers,\n    Muets, aux flancs du monstre, attendaient les guerriers.\n\n    Et là-bas, sur la plage où s'ancrent les galères,\n    Echelonnant sans bruit ses bataillons épars,\n    L'armée impatiente épiait les remparts.\n                                       EDOUARD BERNAERT.\nI 3 juillet 1895.\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "176                                        DURENDAL\n\n\n\n\n                   L'ART RELIGIEUX\n                       SPLENDEUR   des chefs-d'œuvre de l'art catholique des\n                          siècles défunts montre à quelle hauteur le génie\n                             peut atteindre, quand il parvient à saisir, dans\n                             toute sa magnificence, l'objet de l'art religieux\n                             et quand il est doué des qualités suréminentes\n                     que cet art si difficile exige.\n                       L'objet de l'art religieux, c'est le monde surnatu-\n     rel; c'est Dieu, ses saints et ses anges; c'est la vie mystique de\n     l'âme ici-bas, la vie extatique du ciel là-haut. Il est absolument\ndifférent de l'objet de l'art profane. Il s'en suit qu'un très grand\nartiste profane peut être absolument impuissant à créer une œuvre\nd'art religieux et faire même des choses ridicules s'il essaie de pro­\nduire des œuvres religieuses.\n   U n e condition essentielle pour être un artiste religieux, c'est d'avoir\nla F o i . L a F o i seule nous fait pénétrer dans le monde religieux, nous\nen donne la compréhension, nous fait saisir la splendeur de ses\nmystères.\n   Il est impossible de rendre par le pinceau ou le ciseau un idéal que\nl'on ne saisit pas soi-même. « Un homme n'invente que d'après son propre\ncœur (1) », a dit T a i n e dans sa belle étude sur l'art mystique italien.\nOn n'est artiste qu'à condition d'avoir un Méal. Or, comment l'artiste\naurait-il un idéal religieux s'il ne croit pas à la religion? U n artiste\nprofane aura beau s'évertuer à peindre ou sculpter des saints, des\nanges, ses œuvres seront toujours lourdes. Elles seront peut-être belles\nen elles-mêmes, c'est-à-dire bien peintes, bien ciselées, elles seront à\ncent mille lieues de l'art religieux. L e caractère essentiel, qui fait\n\n  (1) TAINE. Voyage en Italie, t. II, p. 17.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                           DURENDAL                        177\n\nd'une œuvre d'art un chef-d'œuvre religieux, leur manquera. L a\nbeauté surnaturelle, si essentiellement différente de la beauté pure­\nment h u m a i n e , en sera fatalement absente. Les personnages peints\nou sculptés seront des hommes magnifiques, des femmes splendides\npeut-être, ce ne seront pas des anges, ce ne seront pas des saints.\n« Les fortes et splendides vierges, les archanges bien musclés, dit encore\nT a i n e , nous ramènent sur la terre; leur chair est si visible, que nous ne\ncroyons pas à leur divinité (1). »\n   J a m a i s un artiste animé de sentiments purement profanes n'attein­\ndra l'idéal divin. J a m a i s il n'arrivera à donner aux physionomies des\nsaints ces traits sereins et candides, cette auréole virginale, cet air\nséraphique, cette expression supraterrestre qui sont les fruits de la\nvie de la grâce. P o u r faire reluire, sur la physionomie des anges et\ndes saints, le reflet de la F a c e de Dieu, dont la contemplation ininter­\nrompue est la vie des élus, il faut avoir au moins une idée de l'extase\néternelle du ciel. L e chrétien a cette idée, parce que la vie de la grâce\nn'est autre chose que la vie du ciel commencée ici-bas.\n   L'idéal divin est donc absolument hors de la portée de l'artiste\nprofane. L e monde surnaturel lui est fermé. On n'y pénètre que par\nla F o i , et il ne croit p a s ; on'n'y est initié que par la contemplation et\nl'amour, et on ne peut contempler ni aimer ce en quoi on ne croit pas.\n   Cette vérité primordiale a été bien comprise par l'école de Saint-Luc.\nOn ne s'y borne pas à éveiller le sens esthétique chez l'élève. Con­\nvaincu qu'on ne fera jamais un vrai artiste religieux d'un mauvais\nchrétien, on s'efforce d'inspirer aux jeunes élèves, avec l'amour de\nl'art, l'amour de Dieu par la pratique de la vie chrétienne, qui n'est\nautre chose que la contemplation amoureuse de la Beauté absolue, de\nl'Idéal divin, de Dieu, le plus grand et le plus bel Idéal que l'art\npuisse rêver, la source infinie de toute beauté terrestre et divine.\n   Aussi je professerais une admiration absolue pour l'école de Saint-\nLuc, n'était sa tendance exagérée à l'imitation servile d'un certain\n\n  (1) TAINE. Voyage en Italie, t. 11, p. 25.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "178                               DURENDAL\n\n\nsiècle, qui est pour cette école ce que le XVIIc siècle est pour les clas­\nsiques intransigeants.\n   Quelle admirable école d'art religieux ne serait pas l'école de\nSaint-Luc, si elle était animée d'un souffle plus large, si on y laissait\nplus de liberté à la spontanéité dans la formation de l'artiste, si on ne\ncherchait pas à couler tous les élèves dans le même moule. L a for­\nmation esthétique y laisse encore à désirer, en ce qu'on n'y tolère pas\nl'étude du modèle vivant par une crainte exagérée d'inspirer à l'élève\nle goût de l'art purement profane.\n    É v i d e m m e n t la Foi ne suffit 'pas pour créer un artiste, même reli­\ngieux. Il faut en plus le talent. N'est pas artiste qui veut. P o u r être\nartiste, il faut posséder le don. L e génie ne s'acquiert pas. On l'a ou\non ne l'a pas, et si on ne l'a pas, on ne l'aura jamais. On ne fera\njamais un artiste d'un homme qui ne possède pas en lui-même, indé­\np e n d a m m e n t de toute influence extérieure et de toute éducation, le\nfond nécessaire. On peut développer un talent, lui donner l'occasion\nde se manifester, l'éveiller, le révéler à lui-même, l'aider à s'éclore,\nmais on ne crée pas l'artiste. Ce don intime, indispensable à la forma­\ntion de n'importe quel artiste, l'art religieux l'exige encore bien plus\nimpérieusement. P l u s , en effet, l'idéal à réaliser est élevé, plus vastes\ndevront être les capacités de celui qui veut y atteindre.\n   Or, l'idéal religieux est le plus haut que l'on puisse imaginer. Il\ns'élève jusqu'à Dieu. Il est d'une beauté toute spirituelle, d'autant\nplus difficile à être exprimé d'une façon sensible, qu'il est immatériel.\nL'idéal de beauté, qui est l'objet de l'art religieux, n'a rien de com­\nm u n avec la matière, et l'artiste n'a à son service, pour l'exprimer,\nque des outils purement matériels. C'est une œuvre presque immaté­\nrielle qu'il doit produire. Il doit spiritualiser en quelque sorte la\nmatière. On devine dès lors la dose de talent requise pour parvenir\nà produire un chef-d'œuvre d'art religieux. L'art religieux, s'il est le\nplus beau, est aussi le plus difficile de tous les arts.\n  Telles sont les raisons essentielles de la disparition presque com­\nplète, à peu d'exceptions près, en notre siècle athée, de l'art religieux.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                DURENDAL                                 179\n\nOu c'est la Foi qui m a n q u e , ou c'est le don qui fait défaut, et il faut\nessentiellement les deux.\n   Il ne suffit pas, pour faire une statue ou un tableau représentant,\npar exemple, la Mère de Dieu — je parle, bien entendu, d'une œuvre\nd'art — il ne suffit pas, dis-je, de peindre ou de sculpter une femme\nquelconque, de lui mettre dans les bras un bébé quelconque et de\nplacer au dessous cette inscription : « Sainte Vierge Marie, priez pour\nnous. » Telles ces caricatures grossières et ineptes, façonnées par de\nvulgaires et infâmes statuaires qui souillent nos églises modernes. Ce\nn'est pas de l'art, cela, c'est la prostitution de l'art. J'ai la mort dans\nl'âme, quand je vois nos temples déshonorés par la présence de ces\nmisérables statues de saints et de saintes qui s'œuvrent actuellement\nnon dans des ateliers d'artistes, mais dans des fabriques de manne­\nquins. Elles ont une physionomie stupide, un air sentimental idiot,\nelles regardent bêtement le ciel, elles sont laides à faire pleurer. L e\nseul moyen de ne pas perdre toute dévotion à l'objet qu'elles ont la\nprétention insolente de représenter, c'est de fermer les yeux pour ne\npoint les voir. Bien loin d'inspirer l'enthousiasme pour l'idéal religieux,\nelles en donneraient la nausée.\n  Pour faire une image vraiment esthétique de la Vierge, l'artiste\ndoit être initié au radieux mystère de la maternité divine. Il doit être\népris lui-même de l'idéale beauté mystique de toutes ces grandes\nchoses : Virginité, Maternité divine, Incarnation du Verbe éternel,\nConception immaculée.\n  L'œuvre de l'artiste doit atteindre un tel degré de perfection, qu'il\nenlève d'admiration l'âme émue du spectateur et fasse jaillir naturel­\nlement de ses lèvres la salutation de l'ange : O u i ! Vous êtes pleine de\ngrâces, — le Seigneur est avec vous, — vous êtes bénie entre les\nfemmes, — et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.\n  Demandez à un athée, fût-il le plus puissant artiste, de faire cette\nœuvre, il n'y réussira jamais. Pareil chef-d'œuvre exige presque un\ngénie doublé d'un saint, et plus l'artiste sera saint, plus beau sera\nson chef-d'œuvre, même au point de vue purement esthétique. A\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "180                                         DURENDAL\n\n\ntalents égaux, l'œuvre d'un saint sera infiniment plus artistique que\ncelle d'un chrétien ordinaire.\n   L à est la supériorité de F r a Angelico. Il fut à la fois un grand saint\net un grand artiste. C'est tout le secret de la beauté vraiment angé-\nlique de ses chefs-d'œuvre. Il ne faut pas la chercher ailleurs. C'est ce\nqui fait que les vierges de F r a Angelico sont infiniment plus artisti­\nques que celles de Raphaël, au point que T a i n e ne craint pas d'écrire\nque \" les Vierges de ce dernier ne sont que de belles paysannes à côté des\nVierges d'Angelico (1). »\n   L'art vraiment religieux élève l'âme, la dégage de la matière, la\ndétourne des bassesses et des trivialités de la terre, l'oriente vers le\nciel, lui donne un avant-goût des joies et des splendeurs éternelles et\nl'unit à Dieu même, source infinie de toute beauté en même temps\nque de toute sainteté.\n   L e chef-d'œuvre d'art religieux, enfin, doit être tellement beau et\ntellement vrai, que de lui-même, par une beauté et une puissance\nd'expression intrinsèque et jaillissante de l'œuvre même, elle arrache\ndes cris d'admiration à l'impie lui-même, lui bouleverse l'âme, le fasse\nrentrer en lui-même, lui fasse vomir sa vie et le ramène à l'Idéal\ndivin.\n                                          L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n\n\n  (I) TAINE. Voyage en Italie, t. II, p . 155.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                    DURENDAL                             181\n\n\n\n\n        MÉLANCOLIE\n    La cloche geint tout en langueur,\n    Et la pluie tombe, tombe, lente,\n    Et, d'un manteau gris de torpeur,\n    Couvre la ville somnolente...\n\n    Tout est sombre, couleur d'ennui,\n    Et je ne sais pour quelles causes\n    Mes pensers tristes et moroses\n    Sont pleins de larmes aujourd'hui.\n\n    La cloche geint là-bas, au loin,\n    Et pleure, et prie, et se lamente...\n    Et, vague, dans mon cœur fermente\n    Je ne sais quel chagrin lointain.\n\n    En son manteau gris de torpeurs,\n    S'endort la ville   somnolente;\n    La cloche égrène au loin ses pleurs\n    Et la pluie tombe, tombe,     lente...\n                                      LÉON   LOUVEAUX.\n\nMalines, 189...\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "182                                    DURENDAL\n\n\n\n\n                  Roche Tarpéienne et Capitole\n  A l b u m m u s i c a l de l a « J e u n e B e l g i q u e ». — Mélodies et morceaux pour\nchant et piano sur les textes des poètes de la « Jeune Belgique », par LÉOPOLD W A L L N E R .\n— Je suis heureux de trouver cette occasion de présenter aux lecteurs de Durendal\nM. Léopold Wallner, le compositeur du recueil dont je viens de donner le titre.\nM. Wallner est professeur à Bruxelles, mais, je me hâte de le dire, ce n'est pas\nun de ces vulgaires professeurs, plus ou moins habiles, exerçant leur profession\nplutôt par calcul que par amour de l'art, aptes à apprendre à leurs élèves à tapoter\nd'une façon telle quelle. Non. M. Wallner est non seulement un professeur de toute\npremière valeur, et je dirai même, sans crainte d'exagérer, l'idéal du professeur,\nmais un artiste dans la plus haute acception du mot, un artiste aux inspirations\noriginales, aux aspirations élevées, aimant passionnément son art et sachant com­\nmuniquer la flamme de son enthousiasme esthétique, aux élèves qui ont la bonne\nfortune de l'avoir pour professeur. Comme tous les vrais artistes, il a l'âme ouverte\nau Beau sous tous ses aspects et dans tous ses rayonnements. Aussi est-il l'ami des\njeunes littérateurs. Lui-même nous a donné, dans la Jeune Belgique, la traduction\ndes contes russes d'un charme exquis.\n  M. Wallner donne chaque année des conférences aux élèves du cours de piano\nde Mlle Desmet. C'est un véritable cours d'esthétique musicale. J'ai eu le\nbonheur d'assister plusieurs fois, grâce à l'amabilité charmante de M. Wallner,\nà ces conférences. Quel régal pour l'intelligence que ces admirables conférences!\nOn ne sait ce qu'il faut le plus admirer, ou de l'érudition immense du professeur,\nou de la finesse et de l'élévation de sa belle intelligence. Il possède parfaitement\ntoute l'histoire de son art et vous l'expose avec une lucidité rare. Il a un talent\nremarquable à pénétrer le génie spécial, à analyser l'âme de chaque artiste en\nparticulier et développe toute la genèse de l'art musical d'une façon admirable.\nJamais je n'oublierai la superbe conférence qu'il nous fit sur l'immortel Beethoven.\n   Mais M. Wallner n'a pas seulement au plus haut degré le talent d'interpréter et\nd'exprimer le génie musical des autres, il est compositeur lui-même. Aimant à la\nfois passionnément la musique et la littérature, il a donné satisfaction à son double\nenthousiasme, en interprétant, par de ravissantes mélodies, les compositions des\njeunes poètes de la. Jeune Belgique.\n   L'éloge de ces poètes n'est plus à faire. Ils ont depuis longtemps conquis l'admi-\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                         DURENDAL                                          183\n\nration de tous les amateurs de vraie littérature. Ils comptent parmi eux deux des\nplus grands poètes de la littérature française actuelle, Ivan Gilkin et Albert Giraud.\n  J'offre ici mes plus vives et plus enthousiastes félicitations à mon cher ami\nM. Wallner, pour ces charmantes compositions musicales qu'il vient de livrer au\npublic. Non seulement elles répondent à ce que nous avions le droit d'exiger de lui,\nconnaissant son grand talent, mais elles dépassent notre attente.\n                                                        L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\n   L e S a t a n i s m e et la M a g i e , par J U L E S BOIS, avec une étude de J.-K. H U Y S -\nMANS. — Jules Bois, l'auteur de ce livre, n'est pas un catholique, mais c'est un\nspiritualiste convaincu, c'est une âme sincère et loyale. Quoique séparé de nous par\nson Credo, qui n'est pas le nôtre, nous éprouvons pour lui la plus vive sympathie.\nIl est du devoir d'un vrai catholique de' respecter toutes les convictions sincères,\nsurtout quand celui, dont nous ne partageons pas les idées, est une âme propre,\ndroite, s'inclinant avec respect devant'la grandeur du catholicisme. C'est éminem­\nment le cas pour Jules Bois. Tous les catholiques qui le connaissent l'aiment et le\nrespectent.\n   N'étant pas catholique, J. Bois a inévitablement mêlé, à des idées justes, des\nopinions fausses, que des catholiques ne peuvent admettre. Un sujet aussi ardu et\naussi délicat, aussi mystérieux et aussi redoutable que le satanisme devrait être\ntraité par un catholique et non pas par un catholique ordinaire, mais par un\ncatholique à la fois philosophe et théologien. Et pour atteindre l'idéal, je voudrais,\nen plus, que ce catholique fût un artiste.\n   Je dois reconnaître cette dernière qualité à Jules Bois. C'est un parfait littérateur.\nSon livre est écrit dans un style élevé, poétique et tout à fait charmeur. Il suffit de\nlire son livre pour l'admirer de ce chef.\n   Enfin, un des grands mérites de ce livre, c'est que, comme le dit si bien mon\ncher ami Huysmans, « si ce volume n'est pas écrit par un auteur catholique, il\n» combat, dans tous les cas et hardiment, la Magie noire et le Satanisme. C'est\n» cela qui me séduit dans ce livre, et aussi, je me hâte de le dire, l'art dont le poète\n» a su enrôber ses savantes gloses. »\n   Jules Bois nous donne clans son livre le panorama du Satanisme. C'est une étude\nd'ensemble très complète et bien travaillée sur la matière. Il nous donne une'idée\ngénérale très bien conçue et artistement exprimée du Satanisme, de ses horreurs,\nde son abominable culte et de l'affreux esclavage qui vincule les suppôts de Satan.\nOn a l'âme toute imprégnée d'une tristesse angoissante en assistant, avec J. Bois,\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "184                                 DURENDAL\n\nau déroulement de ces terrifiantes scènes diaboliques, de ces ignobles mystères de\nluxure démoniaque. En fermant ce livre à la fois triste et beau, triste à cause du\nsujet qu'il traite, beau à cause de l'incomparable talent esthétique de l'écrivain, je\nme disais : Comment se fait-il que J. Bois ne soit pas catholique? Croire au sata­\nnisme et ne pas croire au catholicisme, c'est un mystère insondable pour moi. Le\nsatanisme n'a pas de raison d'être si le catholicisme n'existe pas, s'il n'est pas\nabsolument authentique et divin.\n  Le satanisme est l'antithèse du catholicisme, comme l'Antéchrist est l'antithèse\ndu Christ. Chose remarquable, les convoitises de Satan s'acharnent d'instinct et\navec une rage et une furie toutes infernales, à profaner les deux sanctuaires qui\nrenferment les deux plus grands trésors de l'Eglise catholique : celui de l'âme\nchrétienne et celui du tabernacle de nos autels. L'âme, Satan s'efforce de la saccager\npar la plus infecte luxure et de lui arracher son plus précieux trésor : la chasteté,\nvertu essentielle du catholicisme. Le corps sacré du Christ, il le fait profaner par\nses adeptes, dans le sacrilège lubrique de la Messe Noire, qui n'est pas autre chose\nque la parodie diabolique, blasphématoire et impudique de la Messe Blanche des\nchrétiens.\n   Comment, dès lors, croire à Satan, sans fléchir le genou devant le Dieu des\ncatholiques, dont Satan est l'ennemi mortel et juré. Si le catholicisme est faux,\nle satanisme n'est qu'une sotte, ridicule et odieuse comédie.\n   Le livre de J. Bois est illustré. Ces gravures me déplaisent par leur réalisme.\n   Je préviens les lecteurs de Durendal que ce livre n'est pas précisément écrit pour\ntout le monde.\n                                                        L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                          CHOSES ET AUTRES\n\n  N. B. — Nous ne tenons aucun compte des manuscrits ou des lettres dont les\nauteurs ne se font pas connaître.\n\n\n\n\n  Nous recommandons à nos lecteurs la Démocratie sociale, revue sociale catholique\nparaissant le 8 de chaque mois. Abonnement : 7 francs par an. Administration :\nrue Nicolas Leblanc, 25, à Lille.\n\n\n\n\n  On nous demande de différents côtés des collections de notre première année.\nA notre grand regret nous n'en possédons plus une seule.\n  Nous pouvons cependant fournir quelques collections des six derniers mois au\nprix de 5 francs.\n  La Revue désirerait racheter des collections de la première année.\n\n\n\n\n  Au prochain numéro :\n\nH . CARTON DE W I A R T . — Pages de Chevalerie.\nG. D'ANGELIER. — Le Journalisme et la Littérature, à propos d'un livre récent de\n      J. Barbey d'Aurevilly. (Journalistes et polémistes, chroniqueurs et pamphlé-\n      taires.)\nP O L DEMADE. — Un Prêtre de ce temps. L'abbé Félix Klein,\nRoche Tarpéienne et Capitole. — Quelques-uns : Paul Arden : Par les Chemins. —\n      Jean Deville ; Dialogue entre nous. — Léon Paschal : Paroles intimée. — Comte\n      de Bousies : Deux Comédies. — F . Vandenbosch : J.-K. Huysmans. — William\n      Ritter : Ad. de Pury; Arnold Bôcklin.— Emile Greyson : Sous les Brumes et\n      les Clartés des Flandres. — Eugène de Solenière : La Femme compositeur. —\n      Jean Van Malderghem : Le Goedendag. — Joséphin Péladan : La Prométhéide.\n\n\n\n\n  Les annonces littéraires de notre couverture n'engagent en rien la Rédaction.\n"}]}