{"numero_id": "ulb-durendal-1895-11-n11", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 227, "titre_corps": "L’Invité", "titre_sommaire": "L’Invité", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "L’INVITE", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 268, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "L'INVITÉ\n                   A   MADAME LA COMTESSE ED.   DE   LIEDEKERKE.\n\n\n\n                  LA plus grande injure que la critique puisse faire à un\n                    écrivain, c'est de lui prédire que ses œuvres abouti­\n                    ront, à bref délai, chez l'épicier, lequel confection­\n                    nera, à l'aide de ces pages, des sachets à café, à\n                    cassonnade ou à quelque autre denrée coloniale.\n                    Mais que penser d'une œuvre sortie de chez l'épicier\npour arriver au public, non plus par la voie du sac à café, mais par\ncelle du livre !\n   L'an dernier, en voyageant, notre curiosité fut mise en éveil par un\nde ces vulgaires sachets traînant sur une table d'auberge de village.\nQuand on n'a rien à lire, et qu'on s'ennuie, on prendrait intérêt à une\nannonce de Revalenta Arabica. Le sac était d'un gros papier déjà\nancien, jauni, couvert d'une forte écriture masculine très régulière;\nl'encre avait passé, comme la teinte du papier, et était devenue roussâtre.\n   Nous lûmes, sur ce papier, un fragment d'histoire qui nous parut\ncurieuse. Une heure après, sur les renseignements de l'aubergiste,\nnous étions en route vers la ville voisine, à la recherche de l'épicier\nauquel nous achetâmes tout son stock de vieux manuscrits. Malheu­\nreusement, la moitié des intéressants papiers étaient déjà convertis en\nsachets et un quart au moins était perdu à tout jamais. Ce n'est pas\nle moment d'en dire plus long. Qu'il vous suffise de savoir que ces\npages oubliées renferment des histoires vécues absolument extraordi­\nnaires dont voici une, — en attendant les autres. J'ajouterai seulement\nque ces manuscrits me paraissent provenir de quelque chanoine attaché\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "226                            DURENDAL\n\n\nà l'administration de son diocèse, et que plusieurs sont accompagnés\nde documents d'une irrécusable authenticité.\n                                       *\n                                   *       *\n    L'abbé Vaucelles, curé de Perle-les-Eaux, un saint et vénérable\nvieillard, s'était, lors d'une retraite au chef-lieu du diocèse, lié de\nsympathie avec un religieux éminent, prédicateur célèbre et réveilleur\nde consciences endormies. Dans son zèle pour ses ouailles, l'abbé\navait arraché au religieux la promesse d'un prochain sermon, promesse\nque l'apôtre missionnaire lui avait renouvelée par lettre.\n   On pense si le bon curé, le dimanche d'après, au prône, annonça\nl'arrivée du grand prédicateur. Le bon pasteur fit tant et si bien que\nhuit jours plus tard, vers les huit heures du soir, tout Perle-les-Eaux\nse trouva à l'église du village. Pour l'occasion, on laissa la foule\nenvahir le chœur lui-même. On s'entassa, du banc des marguilliers\njusqu'au portail; on vit même, tout au bout de la nef, quelques figures\n qu'on n'avait pas coutume de rencontrer à l'église de Perle.\n    L'abbé Vaucelles, qui d'ordinaire entrait par la sacristie, se fit une\nsecrète joie de traverser cette marée humaine qui s'ouvrit pour lui\nlaisser passage. Par exemple, en pénétrant dans la sacristie, pour\n revêtir les ornements sacerdotaux, il éprouva une assez forte émotion\n en ne rencontrant pas, là du moins, le religieux qu'il attendait et qui\n devait prendre bientôt la parole. Aussi relut-il en hâte la lettre du\n missionnaire qu'il avait conservée, comme signet, entre deux pages de\n son bréviaire. La promesse était formelle et c'était bien pour la date\n et l'heure indiquées. Le saint homme s'agenouilla au pied de l'autel\n et le salut commença. La pieuse cérémonie touchait à sa fin quand un\n enfant de chœur vint annoncer au curé, dont la voix se nuançait\n d'inquiétude, que le prédicateur était là. L'abbé Vaucelles, en donnant\n la bénédiction au peuple, ne put s'empêcher de jeter un regard vers\n la chaire de vérité. Le grand religieux était au poste sacré.\n    Le sermon répondit à l'attente universelle. L'homme de Dieu\n prêcha sur les fins dernières. Ce fut émouvant, terrible, angoissant.\n On n'avait jamais entendu cela. Le saint curé lui-même, dans son\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "                              DURENDAL                              227\n\nfauteuil usé, en pâlissait et, comme saint Jérôme, croyait ouïr la\ntrompette du Jugement dernier dans sa formidable réalité. Des visages\nde vieux paysans qu'on aurait dit de bronze, montrèrent des larmes.\nDes âmes dures comme les rochers se laissèrent fendre.\n   Le prédicateur descendit de chaire au milieu d'un silence de\nstupeur et alla s'installer dans le premier confessionnal qui s'offrit à\nlui. L'effet de cette attitude fut tel qu'elle força des centaines de\npécheurs à la pénitence immédiate. Le religieux et l'abbé Vaucelles\nconfessèrent une partie de la nuit. Le confessionnal du religieux\nsurtout fut assiégé.\n   Le curé de Perle rentra le premier au presbytère et se jeta pensif\net tout fatigué sur une chaise, en attendant le missionnaire, lequel,\nd'après ses calculs, en avait bien encore pour une demi-heure.\n\n  Mais — notez bien ceci, — l'abbé Vaucelles attendit en vain, le\nPrédicateur ne rentra jamais.\n                                      *\n                                  *       *\n   Ici je résume succinctement les notes trouvées dans le manuscrit.\n   Il résulte de témoignages authentiques et nombreux qu'à l'heure\nprécise où le Prédicateur prêchait à l'église de Perle-les-Eaux, — à la\ndemande du saint curé Vaucelles, — le même Prédicateur prêchait,\nen même temps, dans l'église cathédrale de la résidence épiscopale.\nLe fait fut établi à surévidence. Détail étrange aussi : un manteau\nfut délaissé à Perle, manteau qui fut reconnu pour être celui du pré­\ndicateur de la cathédrale.\n   Une enquête fut faite ensuite de ce cas prodigieux d'ubiquité.\n   L'abbé Vaucelles, auquel un haut prélat demandait des explica­\ntions, répondit en saint qu'il était :\n   « Il n'est rien d'impossible à Dieu, Monseigneur. »\n   En marge du manuscrit, on lit ces mots écrits d'une autre main\nque celle du récit principal :\n   « Labbé Vaucelles mort le I er nov. 18... On conservera ces pièces\nqui pourraient être utiles un jour. »\n                                                     POL DEMADE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-002", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 228, "titre_corps": "Nocturne", "titre_sommaire": "Nocturne", "signature_source": "Édouard Bernaert", "ancre_debut": "NOCTURNE", "ancre_fin": "EDOUARD BERNAERT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 271, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "NOCTURNE\n                                                Pavor tcnuit me, et tremor, et omnia\n                                              ossa men perterrita sunt. (Jon.)\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   Wen riez pas : j'en fus transi.\n\n                   Tonnant, grondant, chantant, parlant,\n                   Les douze coups d'un minuit lent\n                   Tombaient d'un bronze surhumain,\n                   Fermant hier, ouvrant demain.\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   N'en riez pas : j'en fus transi.\n\n                   Et chaque fois que le battant,\n                   Fatal, se déclanchait, heurtant\n                   La cloche aux vibrantes parois,\n                   Je comptais tout bas : un! deux!        trois!\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   N'en riez pas : j'en fus transi.\n\n                   Puis des formes blanches passaient,\n                   Spectrales, qui me traversaient ;\n                   Et je croyais, d'effroi, sentir\n                   Mon être entier s'anéantir...\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   N'en riez pas : j'en fus transi\n\n                   Et je croyais sentir, d'effroi,\n                   Ma vie, en un frisson très froid,\n                   Avec ces fantômes de l'heure,\n                   S'éparpiller au vent qui pleure.\n\n                   Je dormais. — Mais, rêvant ceci,\n                   Je me suis réveillé, transi.\n      29 Octobre             1895.             EDOUARD B E R N A E R T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-003", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 229, "page_fin": 232, "titre_corps": "La Poésie hongroise", "titre_sommaire": "La Poésie hongroise", "signature_source": "C. de Harlez", "ancre_debut": "LA POESIE HONGROISE", "ancre_fin": "C. DE HARLEZ", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 272, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "LA POÉSIE HONGROISE\n                                    PAR\n\n    Monseigneur C. D E                               HARLEZ\n                 PROFESSEUR   A L'UNIVERSITÉ    DE   LOUVAIN\n\n\n\n                   Vous voulez bien me demander, pour les lecteurs\n                     de Durendal, un aperçu de l'histoire de la litté­\n                     rature chinoise contemporaine. Vous n'êtes point\n                     de ceux auxquels on puisse refuser un bon accueil,\n                     et cependant il me serait très difficile de satisfaire\n                     votre légitime désir. L a littérature chinoise mo­\n                     derne ne se compose guère que de romans ou\n                     contes licencieux dans lesquels le rôle de don\nJuan est consciencieusement attribué à quelque bonze bouddhique ou\ntaoïste, de drames aussi bizarres qu'insignifiants et de petites pièces\nde poésie dont la principale valeur est dans les difficultés d'une\nversification auprès de laquelle les règles du sonnet ou du madrigal\nsont d'une véritable élasticité.\n   Rien ou presque rien de tout cela n'arrive en E u r o p e ; il faut habiter\net même parcourir la Chine pour en connaître quelque chose. J a m a i s\nEuropéen ne s'est avisé de parler d'une manière générale de ces pro­\nductions modernes ; à peine rencontreriez-vous par-ci par-là quelque\nmention isolée et très restreinte qui puisse donner une idée quelque\npeu exacte de ce que font dans l'Empire du Milieu les lettrés porte-\nqueue qui ne sont guère des gens de lettres.\n   Et puis, il ne faut pas vous imaginer qu'il existe en Chine des\nlibrairies qui puissent vous fournir successivement les nouveautés du\njour. Aux commandes les plus pressantes, vous recevez invariablement\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "230                                        DURENDAL\n\n\ncette laconique réponse : introuvable. L a mort d'un sinologue européen\nest-elle cause qu'il vous advienne un catalogue de vente à prix fixe et\nque vous y découvriez l'objet de vos désirs, si vous avez le malheur\nd'habiter la Belgique et que vous écriviez ou télégraphiez en toute\nhâte pour devancer de fâcheux concurrents, vous obtenez, trois fois\nsur quatre, pour tout résultat de votre démarche fiévreuse, une réponse\nconçue en ces deux mots : déjà vendu. C'est à désespérer les plus résolus.\n    Donc, en attendant que je puisse satisfaire à votre demande, comme\nje ne veux pas la décourager, je vous propose d'entretenir vos lecteurs\nd'une autre littérature dont, je suis certain, nul d'entre eux n'a la\nmoindre notion, bien qu'elle l'emporte autant sur la littérature chinoise\nque les bataillons franco-prussiens sur ces guerriers ridicules qui\nn'ont su recueillir d'autres lauriers que ceux de la course en arrière.\n    J e veux parler de la littérature ou plutôt de la poésie hongroise\nentièrement inconnue dans nos régions et bien digne cependant\n d'attirer l'attention des amis du bien-dire et des belles pensées :\n    L a poésie hongroise se réclame d'une haute antiquité ; les Magyars\nse disent les descendants des guerriers huns et revendiquent comme\nleur bien national, les épopées qui se chantaient à la table d'Attila,\nd'après le récit de Procope. Malheureusement il n'est rien resté de ces\n antiques poèmes, tout a péri pour j a m a i s . L e s aèdes du moyen âge\n n'ont pas été plus heureux et jusqu'au XVIe siècle on ne connaît de la\n littérature hongroise que ce que les chroniques en rapportent.\n    L a perte n'est peut-être pas très grande, au point de vue de la litté­\n rature, car les productions de la muse hongroise, pendant cette longue\n période ne vont pas au delà des chroniques rimées, des légendes de\n saints et des prières liturgiques. Ce n'est pas que tout y soit sans\n mérite, loin de l à ; mais nous ne pouvons nous arrêter à ces détails.\n L e m a n q u e de temps ne me permet pas de tracer un tableau de\n l'histoire de la poésie hongroise; on le trouvera dans un petit recueil\n que je publierai très prochainement (1). Bornons-nous à dire que la\n\n\n  (1) Poésies hongroises,   avec une introduction historique. Bruxelles, O. Schepens, 1896.\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "                                  DURENDAL                               23l\n\npoésie moderne a pris son essor à la fin du siècle dernier et que cet\nessor a été un vol d'aigle. En ce peu de temps la Hongrie a vu naître\net florir une pléiade de poètes de premier ordre qui suffirait à illustrer\nplusieurs siècles. Tous les genres ont été cultivés avec talent, souvent\navec génie, en passant de l'imitation du classique et de l'école\nfrançaise de Voltaire, Rousseau, etc., à la formation du génie national\nqui triompha depuis la seconde moitié de notre siècle!\n   C'est seulement quand il est lui-même, quand il a brisé les liens de\nl'influence étrangère, que le génie d'un peuple arrive à son apogée.\n   Je ne m'étendrai pas davantage, cette fois, sur ces considérations\ngénérales, je les terminerai pour donner à vos lecteurs la traduction\nde quelques poésies dont ils auront la primeur, puisqu'elles n'ont\njamais été traduites. Je les prends à des genres divers pour mieux\nfaire connaître les diverses faces du génie hongrois.\n    Voici d'abord un chant patriotique qui retentit partout, en 1797,\ndans les cités magyares, lors du soulèvement des nobles hongrois\nvolant au secours de l'Empire menacé par les Français. Son auteur est\nle poète Berzienyss, le régénérateur de la poésie hongroise, qui vécut\nde 1776 à 1836 :\n\n                   A LA N O B L E S S E S O U L E V É E\n\n          Il vit le Dieu de notre nation !\n          Mes larmes brûlantes, une sainte joie les pénètre.\n          Tu te lèves, tu es debout, ô ma bien aimée patrie !\n          Ta noble tête ne s'incline plus, abaissée vers la poussière.\n          Jusqu'ici j'étais plongé clans la douleur;\n          Car tu t'étais écartée de tes voies héroïques.\n          Ils auraient pu te frapper, ces dangers redoutés\n          Qui te rendaient insensible et dégénérée.\n          Mais quoi, la voilà régénérée notre vaillante armée!\n          Campée sur ses chevaux, à la manière antique du Magyar.\n          Jamais sous les murs de Troie ne bondit\n          Une semblable troupe de preux guerriers.\n          Jamais sur les remparts abattus de Vienne\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "232                               DURENDAL\n\n         Une armée plus redoutable ne tint levé le drapeau de Hunyade.\n         Les aigles n'engendrent que des aigles;\n         Le léopard de la Nubie ne donne pas le jour au lièvre timide.\n         Le sang d'Arpad ne saurait se refroidir,\n         Bien que tu sois attiédie dans la mollesse.\n         Voyez ces preux! ils ceignent leurs armes;\n         Sur les casques se dresse la plume brillante.\n         Ranimant leur courage ils prennent l'habit du soldat.\n         La noble flamme du cœur s'en échappe ardente.\n         Déjà ils le jurent sur leur glaive,\n         Il abattra toute résistance.\n         Comme le tigre irrité de la brûlante Afrique,\n         Inquiet pour ses petits, les griffes prêtes au combat,\n         Déjà les voilà debout devant toi,\n         O prince ! les héros de ton illustre mère,\n         Sacrifiant avec joie leur vie;\n         Ils tranchent de leur glaive pour défendre les champs de la patrie.\n         A leur tête est le glorieux héros;\n         L'épée victorieuse de ses ancêtres retentit sur sa hanche.\n         Oui, le Magyar sera vainqueur\n         Et les jours glorieux d'André luiront encore pour lui.\n\n  Je regrette infiniment de devoir donner cette belle prière dans une\nversion prosaïque qui la décolore. La langue magyare est belle,\nénergique, ses mots ont une sonorité bien mesurée. Tout cela, avec la\ncoupe du vers, la rime et tout le charme de la versification, disparaît\ndans cette version. Mais pour traduire en vers il faut un talent parti­\nculier que je ne me reconnais pas et puis il faut le plus souvent\ndénaturer l'original. Résignons-nous et passons outre.\n     (A suivre.)                                 C. DE HARLEZ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-004", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 239, "titre_corps": "L’Art religieux", "titre_sommaire": "L’Art religieux", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "L’ART RELIGIEUX", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PURETE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 276, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "L'ART RELIGIEUX\nLE                modeste article que nous avons publié dans le\n               numéro d'août de Durendal, sur l'art religieux, a produit\n               une certaine sensation. On lui a fait un honneur auquel\n               Je ne m'attendais pas. Divers périodiques, artistiques ou\n               autres, l'ont cité avec éloge et en ont reproduit des pas­\n    sages. D'autres ont bien voulu le discuter. Parmi ces derniers, je\n    citerai la Fédération artistique. M. Edgar Baes y a publié deux\n    articles, remarquables à tous les points de vue, sur l'Art monacal.\nIl y fait plusieurs fois allusion à mon article et discute mes idées,\navec la plus exquise courtoisie et dans les termes les plus bienveil­\nlants. Je le remercie de l'honneur qu'il a bien voulu me faire.\n   En plusieurs points, en la plupart des points même, nous sommes\ntout à fait d'accord, me semble-t-il, et nous défendons la même thèse.\nCe n'est peut-être qu'une question de nuance, d'appréciation, de goût\npersonnel qui nous sépare.\n   M. Edgar Baes craint « qu'on ne l'accuse d'irréligion ou d'obstruc­\ntionisme ». Ce ne sera certes pas moi qui lui lancerai une aussi sotte\naccusation. Les deux articles de M. Baes et le ton dans lequel ils sont\nécrits ne permettent à personne de lui faire un reproche d*aussi\nmauvais goût et d'une aussi intolérable impertinence.\n   M. Edgar Baes nous dit lui-même « qu'il s'associe de tout cœur à\nnos revendications et que son désir est seulement de les maintenir\nsous leur véritable jour et dans leurs limites réelles ». Tous ceux qui\nont à cœur l'esthétique des églises, liront et méditeront avec le plus\ngrand profit et le plus vif intérêt, comme nous l'avons fait nous-même,\nles idées de M. E. Baes sur l'art monacal.\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "234                            DURENDAL\n\n\n   Dans bien des points, ses idées sont les nôtres, et, dans les autres,\nje suis sûr que nous finirions par nous entendre absolument.\n   M. E d g a r Baes écrit : « S'il ne s'agit que d'esthétique, oh alors!\nnous applaudissons des deux mains. » Mais précisément, il ne s'agit\nque d'esthétique. C'est uniquement au point de vue esthétique que je\nme suis placé et que j'ai défendu ma thèse. Si on peut me prouver\nqu'au point de vue esthétique elle est fausse, je l'abandonne immédia­\ntement. C'est avec le plus grand étonnement que j'ai lu dans l'article\nde M. Baes la phrase suivante : « Cette thèse, qui est celle de tout\nartiste, vient d'être reprise par M. J . Hennebicq, ainsi que par\nM. l'abbé Mœller, plus orthodoxe naturellement. » Je me demande ce\nque l'orthodoxie vient faire ici. J e le répète, c'est au point de vue de\nl'esthétique uniquement que je me suis placé. Du reste, mon ami\nM. Hennebicq est absolument orthodoxe dans toutes ses revendica­\ntions artistiques et je suis tout à fait d'accord avec lui.\n   N o n . je ne veux pas, je ne veux à aucun prix « commettre envers\nl'art le crime d'une tyrannie implacable », ni « gêner l'artiste dans son\ninspiration ». J e ne prétends pas non plus que « l'art religieux est tout\net que l'art est son esclave ». J e soutiens avec M. Baes « qu'il est\nimpossible d'admettre qu'une œuvre soit préférée pour être exposée\naux regards de la foule inconsciente, pour l'unique motif qu'elle ne\ns'écarte pas des données théologales ou d'un mysticisme hiératique\nqui tient lieu parfois de valeur artistique ». C'est précisément le\nreproche que je fais aux écoles de Saint-Luc, dont les produits n'ont\ntrop souvent qu'une valeur purement théologique et archéologique, et\nm a n q u e n t absolument de valeur esthétique, suite inévitable du vice\nd'éducation artistique qui paralyse ces écoles. T a n t que les écoles de\nS a i n t - L u c s'attarderont à reproduire éternellement les types du\nXIIIe siècle, sans se soucier de leur valeur esthétique, sans s'inquiéter\nde leurs défauts, sans chercher à s'élever plus haut, sans viser à la\npersonnalité, elles seront absolument stériles. Jusqu'ici toutes les pro­\nductions de ces écoles, en fait de tableaux ou de statues, sont absolu­\nment odieuses. Elles ont formé des ouvriers habiles dans le domaine\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "                                DURENDAL                                235\n\nde l'architecture religieuse et du mobilier des églises. C'est quelque\nchose, sans doute, nous le reconnaissons bien volontiers. Mais l'école\nde Saint-Luc ne méritera vraiment le nom d'école d'art religieux que\nquand elle produira, à côté de cela, de vrais artistes peintres et\nstatuaires. Elle n'en a pas formé un seul jusqu'ici. La raison en est\ndans un défaut essentiel d'éducation artistique.\n   « Le poncif, le type symbolique, le calque, c'est la mort de l'art\nmoderne », comme le dit très bien M. Edgar Baes et je l'abomine\nautant que lui. Je ne repousse absolument pas « le progrès moderne ».\nBien au contraire. Seulement je constate avec douleur et avec regret\nl'absence quasi totale d'art moderne religieux. Je cherche en vain des\nartistes religieux parmi nos artistes actuels. Et quand je m'interroge\net que je me demande les raisons essentielles de ce triste état de\nchoses, je n'en trouve que deux, comme je l'ai dit dans mon article\nprécédent : l'absence de Foi chez les uns, un défaut d'éducation\nesthétique chez les autres. En fait d'art religieux, l'idéal est, pour\nmoi : Je croyant artiste. Il ne suffit pas d'être croyant pour être artiste.\nLes « données théologales, comme M. Baes le dit si bien, ne\ntiennent pas lieu de valeur artistique ». Absolument pas. Il ne suffit\npas, pour que j'admette une œuvre dans une église et que je la préfère\nà une autre, qu'elle soit conforme à l'enseignement théologique. J'irai\nplus loin et je dirai même que, si j'avais à faire le choix entre une\nœuvre parfaitement correcte au point de vue théologique, mais inepte\nau point de vue esthétique, et une œuvre artistique, mais émanant\nd'un artiste profane, je n'hésiterais pas un seul instant à me prononcer\npour celle-ci.\n   L'idéal, pourtant, je le répète — et un artiste doit toujours viser à\nl'idéal, n'est-ce pas, M. E. Baes? — l'idéal, en fait d'art religieux, sera\ntoujours : un artiste croyant. Et ici je répète ce que j'ai dit dans mon\narticle précédent : un très grand artiste profane peut être absolument\nnul en fait d'art religieux. Même au point de vue purement esthé­\ntique, son œuvre sera lourde, s'il n'a pas la Foi. De même que je ne\ncomprends pas la possibilité d'un artiste sans idéal, je ne comprends\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "236                            DURENDAL\n\n\npas qu'il soit possible à un artiste athée de produire une œuvre\nreligieuse vraiment esthétique. Au point de vue religieux il n'a pas\nd'idéal. Comment, dès lors, pourrait-il être artiste à ce point de\nvue-là?\n   « Je voudrais, comme vous le dites si bien, M. Baes, en revenir à\ncette époque — bien loin de nous, hélas! — où les commettants reli­\ngieux, les docteurs en théologie, qui traçaient à nos artistes le canevas\nde leurs œuvres, étaient unis aux artistes par un lien moral d'éduca­\ntion, de mœurs communes, d'idées prédominantes, et où l'instruction\nreligieuse du clergé permettait aux ouvriers de peinture de s'absorber\nplus entièrement dans la pratique de leur art. » Oui, je le sais, je\nl'admets, et le regrette amèrement avec vous, il n'en est plus de même\naujourd'hui.\n   M. Baes défend absolument ma thèse quand il écrit ces mots que\nj'enregistre avec enthousiasme et qu'on ne saurait assez répéter : « Si\nl'on pouvait voir disparaître de l'intérieur de ces basiliques incompa­\nrables — enfantées par ce qu'on nomme les siècles de Foi, à cette\népoque où l'art, confondu avec la Piété, était l'idée fixe de ces humbles\net acharnés ouvriers — les sottes couronnes en papier peint, les sta­\ntuettes polychromées et ridicules, les dais et les guirlandes d'un goût\nfaux et criard, les idoles tirées de la boutique du marchand d'orne­\nments d'églises, oh combien nous aurions de charme à franchir le seuil\nde ces asiles du silence et du retour en soi-même qui peuvent tant de\nbien sur les masses! »\n   Le seul point sur lequel je ne suis pas d'accord avec M. Baes, c'est\nlorsqu'il ne trouve pas déplacées, dans une église, « un étalage de\nchairs et de sensualités », tel que certains, très grands artistes du\nreste, se le permettaient même dans le domaine religieux. Je ne\nm'effraye pas précisément, comme il le dit, des « distractions esthé­\ntiques qu'un art sensuel tel que celui des Rubens et des Jordaens\npourrait provoquer au milieu des contemplations pieuses, » parce que\nje ne me place ici, encore une fois, qu'au point de vue purement\nesthétique. Mais précisément, en me mettant à ce point de vue-là, je\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "                                 DURENDAL                                  237\n\ndéclare en toute franchise qu'une œuvre de ce genre, si belle soit-elle\nen elle-même, n'est pas une œuvre d'art religieux. Elle sera à sa place\ndans un musée, elle ne sera pas à sa place dans une église. Elle sera\nbelle dans un musée, elle choquera dans une église. Vous-même,\nM. Baes, vous applaudissez aux éloges donnés par un de mes confrères,\nl'abbé Vanden Gheyn, aux créations des imagiers du moyen âge,\nd'une si grande conception artistique. Or, il loue précisément ces\nartistes et met leur supériorité artistique en ce que « leurs œuvres\nétaient toujours en harmonie avec le style des édifices qu'elles devaient\norner ». « L e sentiment de l'art, dit très justement l'abbé Vanden\nGheyn — et vous citez vous-même ses paroles — veut qu'une statue\ns'identifie avec le m o n u m e n t auquel elle doit servir d'ornement. »\n   E h bien, ce principe admis, ne trouvez-vous pas que le sentiment\nde l'art exclut absolument du temple d'une religion qui, comme l'Église\ncatholique, considère la chasteté comme une vertu essentielle et pri­\nmordiale, la présence d'œuvres sensuelles et d'un art tout matériel.\nPour moi, c'est comme un blasphème esthétique. De quelle façon, je\nme le d e m a n d e , des statues et des peintures sensuelles s'identifieront-\nelles avec un m o n u m e n t qui, vous le dites très bien, doit être « un lieu\nde recueillement et de prière? » E t vous le comprenez si bien vous-\nmême, que vous ajoutez : « qu'à ce titre, une fresque ou une mosaïque\nde T . Gaddi ou de Giotto, est certes mieux à sa place dans une chapelle\ncatholique que, par exemple, un certain Saint-Antoine de David\nTeniers \". Il est aussi antiesthétique de placer une œuvre d'art\nsensuelle dans un temple chrétien, que de décorer un théâtre avec des\nchefs-d'œuvre d'art religieux. De plus, les saints ont pratiqué la vertu\nde pureté en un degré héroïque, ils étaient chastes comme des anges\net vous trouveriez esthétique l'œuvre qui leur donnerait une physio­\nnomie sensuelle! U n ange est un être essentiellement immatériel, ne\nvivant que d'une vie intellectuelle. C'est un pur esprit. Il faut cepen­\ndant que l'artiste incarne cet être tout de pensée dans une enveloppe\ncorporelle. D o n n e r à la physionomie de cet ange des traits sensuels,\nl'incarner dans un corps exubérant de vie matérielle, serait tout à fait\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "238                             DURENDAL\n\n\nantiesthétique. Je ne pourrais jamais considérer une œuvre pareille\ncomme une œuvre d'art religieux. C'est ici que le grand artiste doit\nmontrer son savoir-faire. Il doit spiritualiser, en quelque sorte, la\nmatière. Sous son pinceau, le corps même de l'ange doit s'immatéria-\nliser, se transfigurer et prendre un aspect tellement idéal que le spec­\ntateur oublie, en quelque sorte, le corps, pour ne penser qu'à l'esprit\nqui l'anime et le pénètre tout entier.\n   J e répète ici ce que j'ai dit dans mon premier article : des person­\nnages peints ou sculptés dans un style profane seront peut-être des\nhommes magnifiques, des femmes splendides, ce ne seront pas des\nanges, ce ne seront pas des saints et l'œuvre qui les représentera tels\nsera tout, excepté un chef-d'œuvre d'art religieux.\n   J'ai cité F r a Angelico dans mon article, et M. B a e s . semble me\nreprocher d'exalter trop le talent de cet artiste religieux. Sans doute\nj'admets avec lui que ses œuvres ne sont pas irréprochables, qu'au\npoint de vue plastique elles laissent à désirer, qu'elles ne sont pas\nassez savantes. Aussi, je ne le cite pas comme l'unique et absolu idéal\nen fait d'art religieux. P a s plus que M. Baes, je ne voudrais qu'une\nécole d'artistes s'inspire uniquement des œuvres de F r a Angelico.\n Mais, comme il le dit lui-même, on est « ému devant les naïfs et\npatients efforts de ce visionnaire couvert de bure, devant ces œuvres\nsi personnelles que jamais aucun, parmi les plus habiles, n'a mis sa contem-\nplation et son âme dans des créations plus chastes et plus pures ».\n  Les œuvres d'Angelico sont peut-être gauches en ce qui concerne la\nplastique corporelle, mais aucun artiste ne l'a surpassé, ni peut-être\négalé, dans l'art de donner aux physionomies admirables et ravissantes\nde ses vierges, de ses saints et de ses anges, ces traits sereins et\ncandides, cette auréole virginale, cet air séraphique, cette expression\nsupraterrestre qui expriment si idéalement le ravissement extatique\nde l'âme qui voit Dieu, et qui est comme un reflet de la Face de\nDieu, dont la contemplation éternelle est la vie des élus.\n  L'aspirant artiste, profane ou religieux, ne doit imiter servilement\naucun maître ni aucun siècle. Il doit étudier tous les âges, interroger\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 526, "texte": "                                DURENDAL                                    239\n\ntous les chefs-d'œuvre, savoir faire la part des défauts et des qualités\nde chaque artiste, n'admirer que les traits de génie et s'efforcer de\ndevenir lui-même un véritable artiste, c'est-à-dire un être personnel,\noriginal, ne d é p e n d a n t dans ses conceptions, dans son inspiration et\ndans ses œuvres d'aucun artiste, ni d'aucune école.\n                                           L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-005", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 239, "page_fin": 239, "titre_corps": "Pureté", "titre_sommaire": "Pureté", "signature_source": "Joseph Serre", "ancre_debut": "PURETE", "ancre_fin": "JOSEPH SERRE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 282, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 526, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "PURETÉ\n            O poétique sœur de la neige et des vierges,\n            Toi dont les yeux charmants ont la lueur des cierges\n            Ou de l'étoile d'or au fond des cieux rêvant,\n            Je ne sais pas pourquoi l'artiste si souvent\n            Te chasse de sa vie infidèle au baptême,\n            Céleste inspiratrice à qui l'Art dit : Je t'aime!\n            N'es-tu pas, chaste rose aux ardentes pâleurs,\n            Et la fleur des vertus et la vertu des fleurs?\n            Et n'habitais-tu pas dans la splendeur première\n            Avec l'astre et l'azur, le lis et la lumière?\n            Et maintenant encor, quand vous levez les yeux,\n            O poètes divins, que vous disent les cieux?\n            La pureté du ciel fait sa magnificence,\n            Et la gloire est, au fond, peut-être l'innocence.\n                                                      JOSEPH    SERRE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-006", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 240, "page_fin": 242, "titre_corps": "Les Nôtres : Eugène Gilbert", "titre_sommaire": "Eugène Gilbert", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "LES NOTRES", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 283, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "LES NOTRES\n\n\n\n               EUGÈNE GILBERT (1)\n\n                        CE m'est une vraie bonne fortune littéraire que\n                      la publication de cette première œuvre d'Eugène\n                      Gilbert et je voudrais en faire partager la joie à\n                      tous les lecteurs de Durendal. Voici cinq ou six\n                      ans que l'auteur publie, tous les trois mois, dans\n                      la Revue générale, une critique littéraire fort\n      remarquée, et il a pu, sans témérité, se rendre ce fier témoignage\n      que, pendant ce t e m p s , il n'avait pas eu à se reprocher une seule\n      appréciation injuste ou mesquine. Nous avons l'heureuse chance\n      de posséder en M. Eugène Gilbert un critique impartial et\n           p o u r t a n t vibrant, indépendant de toute école, mais sans fausse\nneutralité, catholique compréhensif sans exclusivisme, éclectique\np l u t ô t ; bref, un critique comme nous souhaiterions les voir tous, un\nde ces hommes trop rares, hélas! dans nos milieux de lettrés, un de\nceux qui rendent la justice littéraire comme il faut qu'on la rende,\navec quelque chose là, sous la mamelle gauche. T o u t e s ces nobles\nqualités littéraires — je passe les autres, à regret, — je les ai rencon­\ntrées dans ce livre pour lequel je réclame une place dans la biblio­\nthèque de tous ceux qui s'intéressent aux lettres et particulièrement\nau roman, c'est-à-dire de tout le monde.\n  E t d'abord ce n'était pas chose aisée de faire tenir, fût-ce en un\ndemi-millier de pages, l'histoire de tout un siècle de roman. E . Gilbert\n\n  (1) Eugène; GILBERT. Le Roman en France pendant le XIX\" siècle. Un vol. Paris, Plon, 1896.\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "                               DURENDAL                               24I\n\n\na pourtant réussi, et il nous a donné une œuvre capable d'honorer les\nlettres catholiques. Mes lecteurs n'attendent pas que j'analyse ce for­\nmidable volume, — 450 pages, — le Roman en France. Je veux cepen­\ndant leur donner la tentation de le lire tout entier. Je citerai, comme\nparticulièrement intéressants, ces chapitres : « Les origines immédiates\ndu roman français au XIXe siècle », dans lequel on lira de fort judi­\ncieuses observations sur la littérature grise du XVIIIe siècle. — « L'in­\nfluence du romantisme sur le roman. » L'auteur rend au romantisme\nla nécessaire justice que tant d'autres lui refusent. — « Le réalisme\navant, pendant et après Balzac. » Ces pages sont très belles et surtout\nfort exactes. M. E. Gilbert a bien vu et bien jugé Balzac, « ce génie,\nlourd et nuageux par essence, mais auquel sa force, sa volonté et un\ntravail intense surent communiquer une singulière grandeur et d'in­\nvincibles élans. Nature riche, copieuse, opulente, etc. ». Comme c'est\nbien cela. — Les chapitres sur l'Impressionnisme et les de Goncourt;\nZola et le Naturalisme ; le Roman psychologique et Paul Bourget ; le\nRoman historique. — Enfin le chapitre sur le Roman chrétien, hon­\nnête et familier, chapitre trop court, c'est vrai, mais non par la faute\nde l'auteur! Je ne peux pas oublier de citer encore de nobles pages\ntantôt d'admiration, tantôt de sévère justice, mais toujours de vraie\n critique, sur Th. Gautier, Flaubert, J. Barbey d'Aurevilly, Hugo,\nAnatole France, Huysmans, Villiers de l'Isle Adam, Maupassant,\n Mendès et Georges Ohnet. Le livre est d'ailleurs une sorte de gigan­\ntesque revue des romanciers de ce siècle; pas un nom n'a été omis,\n même parmi les plus infimes, et ceci rendra, je crois, le volume\n précieux à plusieurs de nos amis.\n   Ai-je besoin d'ajouter que le livre est écrit dans ce beau style net,\n clair, précis, souvent pittoresque auquel le critique de la Revue générale\n nous a accoutumé?\n    Le Roman en France est, je le dis en finissant, une belle œuvre que\nje suis heureux d'acclamer ici, à Durendal. M. Gilbert est des nôtres\n de toute manière. Pour ma part, je souscrirais volontiers à toutes les\n idées du livre et entre autres à cette dernière qui sert de conclusion\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "242                                    DURENDAL\n\n\nà cette histoire du roman : « Le roman de l'avenir sera celui où le\nsouci de la réalité observée avec probité s'unira à la vigueur de la\npsychologie, à l'intensité de l'analyse, à la perfection de la forme. »\n                                                                   POL DEMADE.\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-008", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 243, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "d'un esprit très particulier et, ce dont je le loue davantage encore, d'un idéaliste intransigeant.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 285, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 357, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n   I d é e s e n fleurs. (Ém. Vitte, à Lyon, France). Sous ce titre enchanteur,\nM. Joseph Serre publie un volume de vers qui sont d'un poète philosophe. « J'ai\nsouvent rêvé, nous dit l'auteur, en sa préface, d'un vrai poète qui, s'appropriant les\nrichesses accumulées de la forme, dans le rythme et la couleur, par les modernes\nouvriers du vers; mariant la frissonnante fluidité verlainienne à l'éclatant relief\nparnassien, et la musique du son à la peinture du mot; unissant en bouquet par­\nfumé tous les charmes de toutes les écoles, pénétrerait cette forme exquise, à la fois\ntrès savante et très simple, d'une grande idée et d'un grand souffle\n                   Et verserait le ciel dans cette coupe d'or. »\n  En attendant la réalisation de ce beau rêve, le poète demande de pouvoir, en\npassereau, « égrener, pour quelques âmes, sur l'épine en fleur, ses petits chants ».\nAccordez-lui cette permission, vous ne vous en repentirez pas.\n                 Le vers, toujours oiseau, n'est pas aigle toujours.\n                 Après avoir donné là-haut de grands coups d'aile,\n                 Il rase quelquefois la terre en hirondelle,\n                 Ou sautille en moineau de ses petits pieds courts.\n  Malgré ces restrictions du poète lui-même, du poète trop humble, ces chansons\nou ces fleurs sont charmantes, toujours. Lisez : Le Nid de l'oiseau; Musa ales;\nPureté (que nous publions ci-dessus); Misère et grandeur; La Poésie de la Prose; Le\nVautour de Prométhée; Ce que j'aime... Lisez et vous demeurerez convaincu que le\npoète, pas plus que le critique, n'abuse en définissant cette poésie : des idées en fleurs.\n                                        * *\n   J'ai écouté attentivement les Paroles intimes, de LÉON PASCHAL (Deman,\nBruxelles), mais j'avoue n'avoir retenu de ces intimités que le souvenir de l'exquise\net rare musique de style qui les accompagnait. Pourtant je me suis aperçu que cette\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "                                     DURENDAL                                     243\n\nmusique était écrite sur des pensées douloureuses qui ne m'étaient point inconnues\nni antipathiques.\n                                       * *\n  M. JEAN DELVILLE a publié sous ce titre : Dialogue entre nous, des pages curieuses.\nEncore que je ne partage pas toutes les vues de l'auteur, dont quelques-unes me\nsemblent plus qu'audacieuses, j'ai lu avec attention son livre qui est d'un esprit très\nparticulier et, ce dont je le loue davantage encore, d'un idéaliste intransigeant.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-11-n11-007", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 243, "page_fin": 244, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "re : Gérer, Gérin, Bérenger, Othon, Sanche, Anséis, Gérard, Ogier, Thibaut, Olivier, Turpin, Roland.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 286, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 587, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nJ  'AI reçu, de divers côtés, ensuite de mon article sur l'Éducation (Durendal, août),\n    de nombreuses lettres d'approbation. Mes correspondants sont trop nombreux\npour que je puisse leur répondre individuellement. Qu'ils veuillent bien trouver ici\ndes remerciements pour tant de bienveillance et de sympathie. Je poursuivrai\nl'Etude commencée en publiant successivement, dans cette Revue, l'Éducation\nphysique, l'Education morale, l'Education intellectuelle. Je réunis à cet effet des\nnotes prises depuis plusieurs années. Cela ne se fait pas en un jour. On lira, dans\nnotre prochain numéro : l'Éducation physique.                       P O L DEMADE.\n\n\n   Des débats ont eu lieu, à la dernière Réunion d'Études sociales de Saint-Quentin\n(du 9 au 14 septembre 1895), sur l'Éducation. Nous en extrayons les lignes sui­\nvantes. (La Démocratie chrétienne, octobre 1895, p. 427.)\n   « M. L'ABBÉ NAUDET. — On pourrait nous demander ce que nous faisons dans\nnos collèges et nos séminaires. Celui qui sait obéir y est considéré comme parfait;\nor, l'obéissance est loin d'être la principale vertu du chrétien et du citoyen. On peut\nplier la volonté au lieu de la développer; aussi, souvent, on la brise et on forme des\nmoules. On a trop dit : « Il faut détruire la nature » ; c'est faux. On a trop répété :\n « Il faut tuer le vieil homme », et ceux qui ont voulu le faire se sont trompés\nd'homme; ils ont tué le jeune homme au lieu du vieux. Notre système d'éducation\nest apte à former, non des hommes, mais des moutons. »\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "244                                  DURENDAL\n\n\n\nP     ARCOUREZ la liste des membres de l'Académie (classe des lettres); vous y verrez\n       figurer deux écrivains de carrière (j'entends écrivains créateurs, poètes, dra­\nmaturges), et un seul orateur politique, l'un des plus grands de notre temps.\n   Tous les autres y sont en des qualités diverses : des archivistes, hommes de\nscience et de recherches; des professeurs d'universités qui ont publié force livres\nd'érudition; des polémistes, des historiographes, des conseillers de la cour de cassa­\ntion, juristes éminents et distingués qui ont beaucoup écrit sur le droit, puis c'est\ntout.                                           (La Chronique, 25 septembre 1895.)\n                                          *\n                                               *\n\n  INSCRIPTION trouvée en Normandie, sous un crucifix, au bord d'un chemin :\n\n               Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car Il pleure;\n               Vous qui souffrez, venez à Lui, car Il guérit;\n               Vous qui tremblez, venez à Lui, car Il sourit;\n               Vous qui passez, venez à Lui, car Il demeure.\n\n  Le crucifix était banal; l'inscription n'avait pas été faite pour la statue. Mais\nn'y a-t-il pas là une idée pour un artiste, sculpteur ou peintre : un Christ pour cette\ninscription.                                                                 G. G.\n                                            *\n                                          * *\n\n\nN     ous signalons à nos amis, désireux de posséder un crucifix digne à la fois de la\n       Religion et de l'Art, les magnifiques reproductions de la Crucifixion de\nMathaeus Grünewald, le célèbre tableau de l'église de Tauberbischofsheim (Bavière).\nJamais, croyons-nous, un artiste n'atteignait à une aussi formidable et aussi reli­\ngieuse puissance d'expression dans la douleur et la désolation divine. Nos lecteurs\ntrouveront ces belles et relativement peu coûteuses reproductions (photographies\ninaltérables), chez M. BECKER-HOLEMANS, 7, rue de Namur, à Bruxelles, maison\nque nous sommes heureux de pouvoir leur recommander.\n                                           *\n\n\nU    N de nos lecteurs nous demande les noms des douze pairs. Les voici, sauf\n      erreur involontaire : Gérer, Gérin, Bérenger, Othon, Sanche, Anséis, Gérard,\nOgier, Thibaut, Olivier, Turpin, Roland.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 266, "texte": "NOVEMBRE 1 8 9 5 (DEUXIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                     DURENDAL\n   REVUE        CATHOLIQUE'           &ART       ET     DE        LITTÉRATURE\n\n\n\n\n                           ABONNEMENTS\nBelgique : un an. .         . . fr. 5 . 0 0 | Étranger : un an.         . . . fr. 6 . 5 0\n                             Prix du numéro : fr. 0 . 6 0\n\n\n\n\n               Comité de rédaction de « Durendal »\nM M . P O L D E M A D E , H E N R Y CARTON DE W I A R T , l'Abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n                                Collaborateurs :\nMM.    F I R M I N VANDENBOSCH.              MM.     J.-K.   HUYSMANS.\n       H E N R Y BORDEAUX.                            WILLIAM RITTER.\n       THOMAS BRAUN.                                  M A U R I C E RANWEZ.\n       L'abbé H . HOORNAERT.                          GEORGES V I R R È S .\n       JOSÉ HENNEBICQ.                                MAURICE DULLAERT.\n       EDMOND JOLY.                                   M A U R I C E CLAEYS.\n       L'abbé L . GRUEL.                             JOSEPH SERRE.\n       L É O N LOUVEAUX.                              PAUL HAREL.\n       ED.   CARTON D E W I A R T .                   ERNEST PÉRIER.\n       EDOUARD B E R N A E R T .                      CHARLES B U E T .\n       ADOLPHE HARDY.                                VICTOR D E N Y N .\n\n\n                   « DURENDAL » ne publie que de l'inédit\n        Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs            articles\n\n\n                        LES MANUSCRITS NE SONT PAS RENDUS\n\n\n\nToutes correspondances doivent être adressées à la Rédaction et Administration\n                  Rue Albert-de-la-Tour, 14, à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": " Novembre 1895                                                     N° 11\n\n                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                       L'INVITÉ\n                   A   MADAME LA COMTESSE ED.   DE   LIEDEKERKE.\n\n\n\n                  LA plus grande injure que la critique puisse faire à un\n                    écrivain, c'est de lui prédire que ses œuvres abouti­\n                    ront, à bref délai, chez l'épicier, lequel confection­\n                    nera, à l'aide de ces pages, des sachets à café, à\n                    cassonnade ou à quelque autre denrée coloniale.\n                    Mais que penser d'une œuvre sortie de chez l'épicier\npour arriver au public, non plus par la voie du sac à café, mais par\ncelle du livre !\n   L'an dernier, en voyageant, notre curiosité fut mise en éveil par un\nde ces vulgaires sachets traînant sur une table d'auberge de village.\nQuand on n'a rien à lire, et qu'on s'ennuie, on prendrait intérêt à une\nannonce de Revalenta Arabica. Le sac était d'un gros papier déjà\nancien, jauni, couvert d'une forte écriture masculine très régulière;\nl'encre avait passé, comme la teinte du papier, et était devenue roussâtre.\n   Nous lûmes, sur ce papier, un fragment d'histoire qui nous parut\ncurieuse. Une heure après, sur les renseignements de l'aubergiste,\nnous étions en route vers la ville voisine, à la recherche de l'épicier\nauquel nous achetâmes tout son stock de vieux manuscrits. Malheu­\nreusement, la moitié des intéressants papiers étaient déjà convertis en\nsachets et un quart au moins était perdu à tout jamais. Ce n'est pas\nle moment d'en dire plus long. Qu'il vous suffise de savoir que ces\npages oubliées renferment des histoires vécues absolument extraordi­\nnaires dont voici une, — en attendant les autres. J'ajouterai seulement\nque ces manuscrits me paraissent provenir de quelque chanoine attaché\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "226                            DURENDAL\n\n\nà l'administration de son diocèse, et que plusieurs sont accompagnés\nde documents d'une irrécusable authenticité.\n                                       *\n                                   *       *\n    L'abbé Vaucelles, curé de Perle-les-Eaux, un saint et vénérable\nvieillard, s'était, lors d'une retraite au chef-lieu du diocèse, lié de\nsympathie avec un religieux éminent, prédicateur célèbre et réveilleur\nde consciences endormies. Dans son zèle pour ses ouailles, l'abbé\navait arraché au religieux la promesse d'un prochain sermon, promesse\nque l'apôtre missionnaire lui avait renouvelée par lettre.\n   On pense si le bon curé, le dimanche d'après, au prône, annonça\nl'arrivée du grand prédicateur. Le bon pasteur fit tant et si bien que\nhuit jours plus tard, vers les huit heures du soir, tout Perle-les-Eaux\nse trouva à l'église du village. Pour l'occasion, on laissa la foule\nenvahir le chœur lui-même. On s'entassa, du banc des marguilliers\njusqu'au portail; on vit même, tout au bout de la nef, quelques figures\n qu'on n'avait pas coutume de rencontrer à l'église de Perle.\n    L'abbé Vaucelles, qui d'ordinaire entrait par la sacristie, se fit une\nsecrète joie de traverser cette marée humaine qui s'ouvrit pour lui\nlaisser passage. Par exemple, en pénétrant dans la sacristie, pour\n revêtir les ornements sacerdotaux, il éprouva une assez forte émotion\n en ne rencontrant pas, là du moins, le religieux qu'il attendait et qui\n devait prendre bientôt la parole. Aussi relut-il en hâte la lettre du\n missionnaire qu'il avait conservée, comme signet, entre deux pages de\n son bréviaire. La promesse était formelle et c'était bien pour la date\n et l'heure indiquées. Le saint homme s'agenouilla au pied de l'autel\n et le salut commença. La pieuse cérémonie touchait à sa fin quand un\n enfant de chœur vint annoncer au curé, dont la voix se nuançait\n d'inquiétude, que le prédicateur était là. L'abbé Vaucelles, en donnant\n la bénédiction au peuple, ne put s'empêcher de jeter un regard vers\n la chaire de vérité. Le grand religieux était au poste sacré.\n    Le sermon répondit à l'attente universelle. L'homme de Dieu\n prêcha sur les fins dernières. Ce fut émouvant, terrible, angoissant.\n On n'avait jamais entendu cela. Le saint curé lui-même, dans son\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                              DURENDAL                              227\n\nfauteuil usé, en pâlissait et, comme saint Jérôme, croyait ouïr la\ntrompette du Jugement dernier dans sa formidable réalité. Des visages\nde vieux paysans qu'on aurait dit de bronze, montrèrent des larmes.\nDes âmes dures comme les rochers se laissèrent fendre.\n   Le prédicateur descendit de chaire au milieu d'un silence de\nstupeur et alla s'installer dans le premier confessionnal qui s'offrit à\nlui. L'effet de cette attitude fut tel qu'elle força des centaines de\npécheurs à la pénitence immédiate. Le religieux et l'abbé Vaucelles\nconfessèrent une partie de la nuit. Le confessionnal du religieux\nsurtout fut assiégé.\n   Le curé de Perle rentra le premier au presbytère et se jeta pensif\net tout fatigué sur une chaise, en attendant le missionnaire, lequel,\nd'après ses calculs, en avait bien encore pour une demi-heure.\n\n  Mais — notez bien ceci, — l'abbé Vaucelles attendit en vain, le\nPrédicateur ne rentra jamais.\n                                      *\n                                  *       *\n   Ici je résume succinctement les notes trouvées dans le manuscrit.\n   Il résulte de témoignages authentiques et nombreux qu'à l'heure\nprécise où le Prédicateur prêchait à l'église de Perle-les-Eaux, — à la\ndemande du saint curé Vaucelles, — le même Prédicateur prêchait,\nen même temps, dans l'église cathédrale de la résidence épiscopale.\nLe fait fut établi à surévidence. Détail étrange aussi : un manteau\nfut délaissé à Perle, manteau qui fut reconnu pour être celui du pré­\ndicateur de la cathédrale.\n   Une enquête fut faite ensuite de ce cas prodigieux d'ubiquité.\n   L'abbé Vaucelles, auquel un haut prélat demandait des explica­\ntions, répondit en saint qu'il était :\n   « Il n'est rien d'impossible à Dieu, Monseigneur. »\n   En marge du manuscrit, on lit ces mots écrits d'une autre main\nque celle du récit principal :\n   « Labbé Vaucelles mort le I er nov. 18... On conservera ces pièces\nqui pourraient être utiles un jour. »\n                                                     POL DEMADE.\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "228                             DURENDAL\n\n\n\n\n                    NOCTURNE\n                                                Pavor tcnuit me, et tremor, et omnia\n                                              ossa men perterrita sunt. (Jon.)\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   Wen riez pas : j'en fus transi.\n\n                   Tonnant, grondant, chantant, parlant,\n                   Les douze coups d'un minuit lent\n                   Tombaient d'un bronze surhumain,\n                   Fermant hier, ouvrant demain.\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   N'en riez pas : j'en fus transi.\n\n                   Et chaque fois que le battant,\n                   Fatal, se déclanchait, heurtant\n                   La cloche aux vibrantes parois,\n                   Je comptais tout bas : un! deux!        trois!\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   N'en riez pas : j'en fus transi.\n\n                   Puis des formes blanches passaient,\n                   Spectrales, qui me traversaient ;\n                   Et je croyais, d'effroi, sentir\n                   Mon être entier s'anéantir...\n\n                   Je dormais. — Je rêvai ceci.\n                   N'en riez pas : j'en fus transi\n\n                   Et je croyais sentir, d'effroi,\n                   Ma vie, en un frisson très froid,\n                   Avec ces fantômes de l'heure,\n                   S'éparpiller au vent qui pleure.\n\n                   Je dormais. — Mais, rêvant ceci,\n                   Je me suis réveillé, transi.\n      29 Octobre             1895.             EDOUARD B E R N A E R T .\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                DURENDAL                                 229\n\n\n\n\n            LA POÉSIE HONGROISE\n                                    PAR\n\n    Monseigneur C. D E                               HARLEZ\n                 PROFESSEUR   A L'UNIVERSITÉ    DE   LOUVAIN\n\n\n\n                   Vous voulez bien me demander, pour les lecteurs\n                     de Durendal, un aperçu de l'histoire de la litté­\n                     rature chinoise contemporaine. Vous n'êtes point\n                     de ceux auxquels on puisse refuser un bon accueil,\n                     et cependant il me serait très difficile de satisfaire\n                     votre légitime désir. L a littérature chinoise mo­\n                     derne ne se compose guère que de romans ou\n                     contes licencieux dans lesquels le rôle de don\nJuan est consciencieusement attribué à quelque bonze bouddhique ou\ntaoïste, de drames aussi bizarres qu'insignifiants et de petites pièces\nde poésie dont la principale valeur est dans les difficultés d'une\nversification auprès de laquelle les règles du sonnet ou du madrigal\nsont d'une véritable élasticité.\n   Rien ou presque rien de tout cela n'arrive en E u r o p e ; il faut habiter\net même parcourir la Chine pour en connaître quelque chose. J a m a i s\nEuropéen ne s'est avisé de parler d'une manière générale de ces pro­\nductions modernes ; à peine rencontreriez-vous par-ci par-là quelque\nmention isolée et très restreinte qui puisse donner une idée quelque\npeu exacte de ce que font dans l'Empire du Milieu les lettrés porte-\nqueue qui ne sont guère des gens de lettres.\n   Et puis, il ne faut pas vous imaginer qu'il existe en Chine des\nlibrairies qui puissent vous fournir successivement les nouveautés du\njour. Aux commandes les plus pressantes, vous recevez invariablement\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "230                                        DURENDAL\n\n\ncette laconique réponse : introuvable. L a mort d'un sinologue européen\nest-elle cause qu'il vous advienne un catalogue de vente à prix fixe et\nque vous y découvriez l'objet de vos désirs, si vous avez le malheur\nd'habiter la Belgique et que vous écriviez ou télégraphiez en toute\nhâte pour devancer de fâcheux concurrents, vous obtenez, trois fois\nsur quatre, pour tout résultat de votre démarche fiévreuse, une réponse\nconçue en ces deux mots : déjà vendu. C'est à désespérer les plus résolus.\n    Donc, en attendant que je puisse satisfaire à votre demande, comme\nje ne veux pas la décourager, je vous propose d'entretenir vos lecteurs\nd'une autre littérature dont, je suis certain, nul d'entre eux n'a la\nmoindre notion, bien qu'elle l'emporte autant sur la littérature chinoise\nque les bataillons franco-prussiens sur ces guerriers ridicules qui\nn'ont su recueillir d'autres lauriers que ceux de la course en arrière.\n    J e veux parler de la littérature ou plutôt de la poésie hongroise\nentièrement inconnue dans nos régions et bien digne cependant\n d'attirer l'attention des amis du bien-dire et des belles pensées :\n    L a poésie hongroise se réclame d'une haute antiquité ; les Magyars\nse disent les descendants des guerriers huns et revendiquent comme\nleur bien national, les épopées qui se chantaient à la table d'Attila,\nd'après le récit de Procope. Malheureusement il n'est rien resté de ces\n antiques poèmes, tout a péri pour j a m a i s . L e s aèdes du moyen âge\n n'ont pas été plus heureux et jusqu'au XVIe siècle on ne connaît de la\n littérature hongroise que ce que les chroniques en rapportent.\n    L a perte n'est peut-être pas très grande, au point de vue de la litté­\n rature, car les productions de la muse hongroise, pendant cette longue\n période ne vont pas au delà des chroniques rimées, des légendes de\n saints et des prières liturgiques. Ce n'est pas que tout y soit sans\n mérite, loin de l à ; mais nous ne pouvons nous arrêter à ces détails.\n L e m a n q u e de temps ne me permet pas de tracer un tableau de\n l'histoire de la poésie hongroise; on le trouvera dans un petit recueil\n que je publierai très prochainement (1). Bornons-nous à dire que la\n\n\n  (1) Poésies hongroises,   avec une introduction historique. Bruxelles, O. Schepens, 1896.\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                  DURENDAL                               23l\n\npoésie moderne a pris son essor à la fin du siècle dernier et que cet\nessor a été un vol d'aigle. En ce peu de temps la Hongrie a vu naître\net florir une pléiade de poètes de premier ordre qui suffirait à illustrer\nplusieurs siècles. Tous les genres ont été cultivés avec talent, souvent\navec génie, en passant de l'imitation du classique et de l'école\nfrançaise de Voltaire, Rousseau, etc., à la formation du génie national\nqui triompha depuis la seconde moitié de notre siècle!\n   C'est seulement quand il est lui-même, quand il a brisé les liens de\nl'influence étrangère, que le génie d'un peuple arrive à son apogée.\n   Je ne m'étendrai pas davantage, cette fois, sur ces considérations\ngénérales, je les terminerai pour donner à vos lecteurs la traduction\nde quelques poésies dont ils auront la primeur, puisqu'elles n'ont\njamais été traduites. Je les prends à des genres divers pour mieux\nfaire connaître les diverses faces du génie hongrois.\n    Voici d'abord un chant patriotique qui retentit partout, en 1797,\ndans les cités magyares, lors du soulèvement des nobles hongrois\nvolant au secours de l'Empire menacé par les Français. Son auteur est\nle poète Berzienyss, le régénérateur de la poésie hongroise, qui vécut\nde 1776 à 1836 :\n\n                   A LA N O B L E S S E S O U L E V É E\n\n          Il vit le Dieu de notre nation !\n          Mes larmes brûlantes, une sainte joie les pénètre.\n          Tu te lèves, tu es debout, ô ma bien aimée patrie !\n          Ta noble tête ne s'incline plus, abaissée vers la poussière.\n          Jusqu'ici j'étais plongé clans la douleur;\n          Car tu t'étais écartée de tes voies héroïques.\n          Ils auraient pu te frapper, ces dangers redoutés\n          Qui te rendaient insensible et dégénérée.\n          Mais quoi, la voilà régénérée notre vaillante armée!\n          Campée sur ses chevaux, à la manière antique du Magyar.\n          Jamais sous les murs de Troie ne bondit\n          Une semblable troupe de preux guerriers.\n          Jamais sur les remparts abattus de Vienne\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "232                               DURENDAL\n\n         Une armée plus redoutable ne tint levé le drapeau de Hunyade.\n         Les aigles n'engendrent que des aigles;\n         Le léopard de la Nubie ne donne pas le jour au lièvre timide.\n         Le sang d'Arpad ne saurait se refroidir,\n         Bien que tu sois attiédie dans la mollesse.\n         Voyez ces preux! ils ceignent leurs armes;\n         Sur les casques se dresse la plume brillante.\n         Ranimant leur courage ils prennent l'habit du soldat.\n         La noble flamme du cœur s'en échappe ardente.\n         Déjà ils le jurent sur leur glaive,\n         Il abattra toute résistance.\n         Comme le tigre irrité de la brûlante Afrique,\n         Inquiet pour ses petits, les griffes prêtes au combat,\n         Déjà les voilà debout devant toi,\n         O prince ! les héros de ton illustre mère,\n         Sacrifiant avec joie leur vie;\n         Ils tranchent de leur glaive pour défendre les champs de la patrie.\n         A leur tête est le glorieux héros;\n         L'épée victorieuse de ses ancêtres retentit sur sa hanche.\n         Oui, le Magyar sera vainqueur\n         Et les jours glorieux d'André luiront encore pour lui.\n\n  Je regrette infiniment de devoir donner cette belle prière dans une\nversion prosaïque qui la décolore. La langue magyare est belle,\nénergique, ses mots ont une sonorité bien mesurée. Tout cela, avec la\ncoupe du vers, la rime et tout le charme de la versification, disparaît\ndans cette version. Mais pour traduire en vers il faut un talent parti­\nculier que je ne me reconnais pas et puis il faut le plus souvent\ndénaturer l'original. Résignons-nous et passons outre.\n     (A suivre.)                                 C. DE HARLEZ.\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                               DURENDAL                              233\n\n\n\n\n              L'ART RELIGIEUX\nLE                modeste article que nous avons publié dans le\n               numéro d'août de Durendal, sur l'art religieux, a produit\n               une certaine sensation. On lui a fait un honneur auquel\n               Je ne m'attendais pas. Divers périodiques, artistiques ou\n               autres, l'ont cité avec éloge et en ont reproduit des pas­\n    sages. D'autres ont bien voulu le discuter. Parmi ces derniers, je\n    citerai la Fédération artistique. M. Edgar Baes y a publié deux\n    articles, remarquables à tous les points de vue, sur l'Art monacal.\nIl y fait plusieurs fois allusion à mon article et discute mes idées,\navec la plus exquise courtoisie et dans les termes les plus bienveil­\nlants. Je le remercie de l'honneur qu'il a bien voulu me faire.\n   En plusieurs points, en la plupart des points même, nous sommes\ntout à fait d'accord, me semble-t-il, et nous défendons la même thèse.\nCe n'est peut-être qu'une question de nuance, d'appréciation, de goût\npersonnel qui nous sépare.\n   M. Edgar Baes craint « qu'on ne l'accuse d'irréligion ou d'obstruc­\ntionisme ». Ce ne sera certes pas moi qui lui lancerai une aussi sotte\naccusation. Les deux articles de M. Baes et le ton dans lequel ils sont\nécrits ne permettent à personne de lui faire un reproche d*aussi\nmauvais goût et d'une aussi intolérable impertinence.\n   M. Edgar Baes nous dit lui-même « qu'il s'associe de tout cœur à\nnos revendications et que son désir est seulement de les maintenir\nsous leur véritable jour et dans leurs limites réelles ». Tous ceux qui\nont à cœur l'esthétique des églises, liront et méditeront avec le plus\ngrand profit et le plus vif intérêt, comme nous l'avons fait nous-même,\nles idées de M. E. Baes sur l'art monacal.\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "234                            DURENDAL\n\n\n   Dans bien des points, ses idées sont les nôtres, et, dans les autres,\nje suis sûr que nous finirions par nous entendre absolument.\n   M. E d g a r Baes écrit : « S'il ne s'agit que d'esthétique, oh alors!\nnous applaudissons des deux mains. » Mais précisément, il ne s'agit\nque d'esthétique. C'est uniquement au point de vue esthétique que je\nme suis placé et que j'ai défendu ma thèse. Si on peut me prouver\nqu'au point de vue esthétique elle est fausse, je l'abandonne immédia­\ntement. C'est avec le plus grand étonnement que j'ai lu dans l'article\nde M. Baes la phrase suivante : « Cette thèse, qui est celle de tout\nartiste, vient d'être reprise par M. J . Hennebicq, ainsi que par\nM. l'abbé Mœller, plus orthodoxe naturellement. » Je me demande ce\nque l'orthodoxie vient faire ici. J e le répète, c'est au point de vue de\nl'esthétique uniquement que je me suis placé. Du reste, mon ami\nM. Hennebicq est absolument orthodoxe dans toutes ses revendica­\ntions artistiques et je suis tout à fait d'accord avec lui.\n   N o n . je ne veux pas, je ne veux à aucun prix « commettre envers\nl'art le crime d'une tyrannie implacable », ni « gêner l'artiste dans son\ninspiration ». J e ne prétends pas non plus que « l'art religieux est tout\net que l'art est son esclave ». J e soutiens avec M. Baes « qu'il est\nimpossible d'admettre qu'une œuvre soit préférée pour être exposée\naux regards de la foule inconsciente, pour l'unique motif qu'elle ne\ns'écarte pas des données théologales ou d'un mysticisme hiératique\nqui tient lieu parfois de valeur artistique ». C'est précisément le\nreproche que je fais aux écoles de Saint-Luc, dont les produits n'ont\ntrop souvent qu'une valeur purement théologique et archéologique, et\nm a n q u e n t absolument de valeur esthétique, suite inévitable du vice\nd'éducation artistique qui paralyse ces écoles. T a n t que les écoles de\nS a i n t - L u c s'attarderont à reproduire éternellement les types du\nXIIIe siècle, sans se soucier de leur valeur esthétique, sans s'inquiéter\nde leurs défauts, sans chercher à s'élever plus haut, sans viser à la\npersonnalité, elles seront absolument stériles. Jusqu'ici toutes les pro­\nductions de ces écoles, en fait de tableaux ou de statues, sont absolu­\nment odieuses. Elles ont formé des ouvriers habiles dans le domaine\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                DURENDAL                                235\n\nde l'architecture religieuse et du mobilier des églises. C'est quelque\nchose, sans doute, nous le reconnaissons bien volontiers. Mais l'école\nde Saint-Luc ne méritera vraiment le nom d'école d'art religieux que\nquand elle produira, à côté de cela, de vrais artistes peintres et\nstatuaires. Elle n'en a pas formé un seul jusqu'ici. La raison en est\ndans un défaut essentiel d'éducation artistique.\n   « Le poncif, le type symbolique, le calque, c'est la mort de l'art\nmoderne », comme le dit très bien M. Edgar Baes et je l'abomine\nautant que lui. Je ne repousse absolument pas « le progrès moderne ».\nBien au contraire. Seulement je constate avec douleur et avec regret\nl'absence quasi totale d'art moderne religieux. Je cherche en vain des\nartistes religieux parmi nos artistes actuels. Et quand je m'interroge\net que je me demande les raisons essentielles de ce triste état de\nchoses, je n'en trouve que deux, comme je l'ai dit dans mon article\nprécédent : l'absence de Foi chez les uns, un défaut d'éducation\nesthétique chez les autres. En fait d'art religieux, l'idéal est, pour\nmoi : Je croyant artiste. Il ne suffit pas d'être croyant pour être artiste.\nLes « données théologales, comme M. Baes le dit si bien, ne\ntiennent pas lieu de valeur artistique ». Absolument pas. Il ne suffit\npas, pour que j'admette une œuvre dans une église et que je la préfère\nà une autre, qu'elle soit conforme à l'enseignement théologique. J'irai\nplus loin et je dirai même que, si j'avais à faire le choix entre une\nœuvre parfaitement correcte au point de vue théologique, mais inepte\nau point de vue esthétique, et une œuvre artistique, mais émanant\nd'un artiste profane, je n'hésiterais pas un seul instant à me prononcer\npour celle-ci.\n   L'idéal, pourtant, je le répète — et un artiste doit toujours viser à\nl'idéal, n'est-ce pas, M. E. Baes? — l'idéal, en fait d'art religieux, sera\ntoujours : un artiste croyant. Et ici je répète ce que j'ai dit dans mon\narticle précédent : un très grand artiste profane peut être absolument\nnul en fait d'art religieux. Même au point de vue purement esthé­\ntique, son œuvre sera lourde, s'il n'a pas la Foi. De même que je ne\ncomprends pas la possibilité d'un artiste sans idéal, je ne comprends\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "236                            DURENDAL\n\n\npas qu'il soit possible à un artiste athée de produire une œuvre\nreligieuse vraiment esthétique. Au point de vue religieux il n'a pas\nd'idéal. Comment, dès lors, pourrait-il être artiste à ce point de\nvue-là?\n   « Je voudrais, comme vous le dites si bien, M. Baes, en revenir à\ncette époque — bien loin de nous, hélas! — où les commettants reli­\ngieux, les docteurs en théologie, qui traçaient à nos artistes le canevas\nde leurs œuvres, étaient unis aux artistes par un lien moral d'éduca­\ntion, de mœurs communes, d'idées prédominantes, et où l'instruction\nreligieuse du clergé permettait aux ouvriers de peinture de s'absorber\nplus entièrement dans la pratique de leur art. » Oui, je le sais, je\nl'admets, et le regrette amèrement avec vous, il n'en est plus de même\naujourd'hui.\n   M. Baes défend absolument ma thèse quand il écrit ces mots que\nj'enregistre avec enthousiasme et qu'on ne saurait assez répéter : « Si\nl'on pouvait voir disparaître de l'intérieur de ces basiliques incompa­\nrables — enfantées par ce qu'on nomme les siècles de Foi, à cette\népoque où l'art, confondu avec la Piété, était l'idée fixe de ces humbles\net acharnés ouvriers — les sottes couronnes en papier peint, les sta­\ntuettes polychromées et ridicules, les dais et les guirlandes d'un goût\nfaux et criard, les idoles tirées de la boutique du marchand d'orne­\nments d'églises, oh combien nous aurions de charme à franchir le seuil\nde ces asiles du silence et du retour en soi-même qui peuvent tant de\nbien sur les masses! »\n   Le seul point sur lequel je ne suis pas d'accord avec M. Baes, c'est\nlorsqu'il ne trouve pas déplacées, dans une église, « un étalage de\nchairs et de sensualités », tel que certains, très grands artistes du\nreste, se le permettaient même dans le domaine religieux. Je ne\nm'effraye pas précisément, comme il le dit, des « distractions esthé­\ntiques qu'un art sensuel tel que celui des Rubens et des Jordaens\npourrait provoquer au milieu des contemplations pieuses, » parce que\nje ne me place ici, encore une fois, qu'au point de vue purement\nesthétique. Mais précisément, en me mettant à ce point de vue-là, je\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                 DURENDAL                                  237\n\ndéclare en toute franchise qu'une œuvre de ce genre, si belle soit-elle\nen elle-même, n'est pas une œuvre d'art religieux. Elle sera à sa place\ndans un musée, elle ne sera pas à sa place dans une église. Elle sera\nbelle dans un musée, elle choquera dans une église. Vous-même,\nM. Baes, vous applaudissez aux éloges donnés par un de mes confrères,\nl'abbé Vanden Gheyn, aux créations des imagiers du moyen âge,\nd'une si grande conception artistique. Or, il loue précisément ces\nartistes et met leur supériorité artistique en ce que « leurs œuvres\nétaient toujours en harmonie avec le style des édifices qu'elles devaient\norner ». « L e sentiment de l'art, dit très justement l'abbé Vanden\nGheyn — et vous citez vous-même ses paroles — veut qu'une statue\ns'identifie avec le m o n u m e n t auquel elle doit servir d'ornement. »\n   E h bien, ce principe admis, ne trouvez-vous pas que le sentiment\nde l'art exclut absolument du temple d'une religion qui, comme l'Église\ncatholique, considère la chasteté comme une vertu essentielle et pri­\nmordiale, la présence d'œuvres sensuelles et d'un art tout matériel.\nPour moi, c'est comme un blasphème esthétique. De quelle façon, je\nme le d e m a n d e , des statues et des peintures sensuelles s'identifieront-\nelles avec un m o n u m e n t qui, vous le dites très bien, doit être « un lieu\nde recueillement et de prière? » E t vous le comprenez si bien vous-\nmême, que vous ajoutez : « qu'à ce titre, une fresque ou une mosaïque\nde T . Gaddi ou de Giotto, est certes mieux à sa place dans une chapelle\ncatholique que, par exemple, un certain Saint-Antoine de David\nTeniers \". Il est aussi antiesthétique de placer une œuvre d'art\nsensuelle dans un temple chrétien, que de décorer un théâtre avec des\nchefs-d'œuvre d'art religieux. De plus, les saints ont pratiqué la vertu\nde pureté en un degré héroïque, ils étaient chastes comme des anges\net vous trouveriez esthétique l'œuvre qui leur donnerait une physio­\nnomie sensuelle! U n ange est un être essentiellement immatériel, ne\nvivant que d'une vie intellectuelle. C'est un pur esprit. Il faut cepen­\ndant que l'artiste incarne cet être tout de pensée dans une enveloppe\ncorporelle. D o n n e r à la physionomie de cet ange des traits sensuels,\nl'incarner dans un corps exubérant de vie matérielle, serait tout à fait\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "238                             DURENDAL\n\n\nantiesthétique. Je ne pourrais jamais considérer une œuvre pareille\ncomme une œuvre d'art religieux. C'est ici que le grand artiste doit\nmontrer son savoir-faire. Il doit spiritualiser, en quelque sorte, la\nmatière. Sous son pinceau, le corps même de l'ange doit s'immatéria-\nliser, se transfigurer et prendre un aspect tellement idéal que le spec­\ntateur oublie, en quelque sorte, le corps, pour ne penser qu'à l'esprit\nqui l'anime et le pénètre tout entier.\n   J e répète ici ce que j'ai dit dans mon premier article : des person­\nnages peints ou sculptés dans un style profane seront peut-être des\nhommes magnifiques, des femmes splendides, ce ne seront pas des\nanges, ce ne seront pas des saints et l'œuvre qui les représentera tels\nsera tout, excepté un chef-d'œuvre d'art religieux.\n   J'ai cité F r a Angelico dans mon article, et M. B a e s . semble me\nreprocher d'exalter trop le talent de cet artiste religieux. Sans doute\nj'admets avec lui que ses œuvres ne sont pas irréprochables, qu'au\npoint de vue plastique elles laissent à désirer, qu'elles ne sont pas\nassez savantes. Aussi, je ne le cite pas comme l'unique et absolu idéal\nen fait d'art religieux. P a s plus que M. Baes, je ne voudrais qu'une\nécole d'artistes s'inspire uniquement des œuvres de F r a Angelico.\n Mais, comme il le dit lui-même, on est « ému devant les naïfs et\npatients efforts de ce visionnaire couvert de bure, devant ces œuvres\nsi personnelles que jamais aucun, parmi les plus habiles, n'a mis sa contem-\nplation et son âme dans des créations plus chastes et plus pures ».\n  Les œuvres d'Angelico sont peut-être gauches en ce qui concerne la\nplastique corporelle, mais aucun artiste ne l'a surpassé, ni peut-être\négalé, dans l'art de donner aux physionomies admirables et ravissantes\nde ses vierges, de ses saints et de ses anges, ces traits sereins et\ncandides, cette auréole virginale, cet air séraphique, cette expression\nsupraterrestre qui expriment si idéalement le ravissement extatique\nde l'âme qui voit Dieu, et qui est comme un reflet de la Face de\nDieu, dont la contemplation éternelle est la vie des élus.\n  L'aspirant artiste, profane ou religieux, ne doit imiter servilement\naucun maître ni aucun siècle. Il doit étudier tous les âges, interroger\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                                DURENDAL                                    239\n\ntous les chefs-d'œuvre, savoir faire la part des défauts et des qualités\nde chaque artiste, n'admirer que les traits de génie et s'efforcer de\ndevenir lui-même un véritable artiste, c'est-à-dire un être personnel,\noriginal, ne d é p e n d a n t dans ses conceptions, dans son inspiration et\ndans ses œuvres d'aucun artiste, ni d'aucune école.\n                                           L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n\n\n                        PURETÉ\n            O poétique sœur de la neige et des vierges,\n            Toi dont les yeux charmants ont la lueur des cierges\n            Ou de l'étoile d'or au fond des cieux rêvant,\n            Je ne sais pas pourquoi l'artiste si souvent\n            Te chasse de sa vie infidèle au baptême,\n            Céleste inspiratrice à qui l'Art dit : Je t'aime!\n            N'es-tu pas, chaste rose aux ardentes pâleurs,\n            Et la fleur des vertus et la vertu des fleurs?\n            Et n'habitais-tu pas dans la splendeur première\n            Avec l'astre et l'azur, le lis et la lumière?\n            Et maintenant encor, quand vous levez les yeux,\n            O poètes divins, que vous disent les cieux?\n            La pureté du ciel fait sa magnificence,\n            Et la gloire est, au fond, peut-être l'innocence.\n                                                      JOSEPH    SERRE.\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "240                                     DURENDAL\n\n\n\n\n                                      LES NOTRES\n\n\n\n               EUGÈNE GILBERT (1)\n\n                        CE m'est une vraie bonne fortune littéraire que\n                      la publication de cette première œuvre d'Eugène\n                      Gilbert et je voudrais en faire partager la joie à\n                      tous les lecteurs de Durendal. Voici cinq ou six\n                      ans que l'auteur publie, tous les trois mois, dans\n                      la Revue générale, une critique littéraire fort\n      remarquée, et il a pu, sans témérité, se rendre ce fier témoignage\n      que, pendant ce t e m p s , il n'avait pas eu à se reprocher une seule\n      appréciation injuste ou mesquine. Nous avons l'heureuse chance\n      de posséder en M. Eugène Gilbert un critique impartial et\n           p o u r t a n t vibrant, indépendant de toute école, mais sans fausse\nneutralité, catholique compréhensif sans exclusivisme, éclectique\np l u t ô t ; bref, un critique comme nous souhaiterions les voir tous, un\nde ces hommes trop rares, hélas! dans nos milieux de lettrés, un de\nceux qui rendent la justice littéraire comme il faut qu'on la rende,\navec quelque chose là, sous la mamelle gauche. T o u t e s ces nobles\nqualités littéraires — je passe les autres, à regret, — je les ai rencon­\ntrées dans ce livre pour lequel je réclame une place dans la biblio­\nthèque de tous ceux qui s'intéressent aux lettres et particulièrement\nau roman, c'est-à-dire de tout le monde.\n  E t d'abord ce n'était pas chose aisée de faire tenir, fût-ce en un\ndemi-millier de pages, l'histoire de tout un siècle de roman. E . Gilbert\n\n  (1) Eugène; GILBERT. Le Roman en France pendant le XIX\" siècle. Un vol. Paris, Plon, 1896.\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                               DURENDAL                               24I\n\n\na pourtant réussi, et il nous a donné une œuvre capable d'honorer les\nlettres catholiques. Mes lecteurs n'attendent pas que j'analyse ce for­\nmidable volume, — 450 pages, — le Roman en France. Je veux cepen­\ndant leur donner la tentation de le lire tout entier. Je citerai, comme\nparticulièrement intéressants, ces chapitres : « Les origines immédiates\ndu roman français au XIXe siècle », dans lequel on lira de fort judi­\ncieuses observations sur la littérature grise du XVIIIe siècle. — « L'in­\nfluence du romantisme sur le roman. » L'auteur rend au romantisme\nla nécessaire justice que tant d'autres lui refusent. — « Le réalisme\navant, pendant et après Balzac. » Ces pages sont très belles et surtout\nfort exactes. M. E. Gilbert a bien vu et bien jugé Balzac, « ce génie,\nlourd et nuageux par essence, mais auquel sa force, sa volonté et un\ntravail intense surent communiquer une singulière grandeur et d'in­\nvincibles élans. Nature riche, copieuse, opulente, etc. ». Comme c'est\nbien cela. — Les chapitres sur l'Impressionnisme et les de Goncourt;\nZola et le Naturalisme ; le Roman psychologique et Paul Bourget ; le\nRoman historique. — Enfin le chapitre sur le Roman chrétien, hon­\nnête et familier, chapitre trop court, c'est vrai, mais non par la faute\nde l'auteur! Je ne peux pas oublier de citer encore de nobles pages\ntantôt d'admiration, tantôt de sévère justice, mais toujours de vraie\n critique, sur Th. Gautier, Flaubert, J. Barbey d'Aurevilly, Hugo,\nAnatole France, Huysmans, Villiers de l'Isle Adam, Maupassant,\n Mendès et Georges Ohnet. Le livre est d'ailleurs une sorte de gigan­\ntesque revue des romanciers de ce siècle; pas un nom n'a été omis,\n même parmi les plus infimes, et ceci rendra, je crois, le volume\n précieux à plusieurs de nos amis.\n   Ai-je besoin d'ajouter que le livre est écrit dans ce beau style net,\n clair, précis, souvent pittoresque auquel le critique de la Revue générale\n nous a accoutumé?\n    Le Roman en France est, je le dis en finissant, une belle œuvre que\nje suis heureux d'acclamer ici, à Durendal. M. Gilbert est des nôtres\n de toute manière. Pour ma part, je souscrirais volontiers à toutes les\n idées du livre et entre autres à cette dernière qui sert de conclusion\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "242                                    DURENDAL\n\n\nà cette histoire du roman : « Le roman de l'avenir sera celui où le\nsouci de la réalité observée avec probité s'unira à la vigueur de la\npsychologie, à l'intensité de l'analyse, à la perfection de la forme. »\n                                                                   POL DEMADE.\n\n\n                 Roche Tarpéienne et Capitole\n   I d é e s e n fleurs. (Ém. Vitte, à Lyon, France). Sous ce titre enchanteur,\nM. Joseph Serre publie un volume de vers qui sont d'un poète philosophe. « J'ai\nsouvent rêvé, nous dit l'auteur, en sa préface, d'un vrai poète qui, s'appropriant les\nrichesses accumulées de la forme, dans le rythme et la couleur, par les modernes\nouvriers du vers; mariant la frissonnante fluidité verlainienne à l'éclatant relief\nparnassien, et la musique du son à la peinture du mot; unissant en bouquet par­\nfumé tous les charmes de toutes les écoles, pénétrerait cette forme exquise, à la fois\ntrès savante et très simple, d'une grande idée et d'un grand souffle\n                   Et verserait le ciel dans cette coupe d'or. »\n  En attendant la réalisation de ce beau rêve, le poète demande de pouvoir, en\npassereau, « égrener, pour quelques âmes, sur l'épine en fleur, ses petits chants ».\nAccordez-lui cette permission, vous ne vous en repentirez pas.\n                 Le vers, toujours oiseau, n'est pas aigle toujours.\n                 Après avoir donné là-haut de grands coups d'aile,\n                 Il rase quelquefois la terre en hirondelle,\n                 Ou sautille en moineau de ses petits pieds courts.\n  Malgré ces restrictions du poète lui-même, du poète trop humble, ces chansons\nou ces fleurs sont charmantes, toujours. Lisez : Le Nid de l'oiseau; Musa ales;\nPureté (que nous publions ci-dessus); Misère et grandeur; La Poésie de la Prose; Le\nVautour de Prométhée; Ce que j'aime... Lisez et vous demeurerez convaincu que le\npoète, pas plus que le critique, n'abuse en définissant cette poésie : des idées en fleurs.\n                                        * *\n   J'ai écouté attentivement les Paroles intimes, de LÉON PASCHAL (Deman,\nBruxelles), mais j'avoue n'avoir retenu de ces intimités que le souvenir de l'exquise\net rare musique de style qui les accompagnait. Pourtant je me suis aperçu que cette\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                                     DURENDAL                                     243\n\nmusique était écrite sur des pensées douloureuses qui ne m'étaient point inconnues\nni antipathiques.\n                                       * *\n  M. JEAN DELVILLE a publié sous ce titre : Dialogue entre nous, des pages curieuses.\nEncore que je ne partage pas toutes les vues de l'auteur, dont quelques-unes me\nsemblent plus qu'audacieuses, j'ai lu avec attention son livre qui est d'un esprit très\nparticulier et, ce dont je le loue davantage encore, d'un idéaliste intransigeant.\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nJ  'AI reçu, de divers côtés, ensuite de mon article sur l'Éducation (Durendal, août),\n    de nombreuses lettres d'approbation. Mes correspondants sont trop nombreux\npour que je puisse leur répondre individuellement. Qu'ils veuillent bien trouver ici\ndes remerciements pour tant de bienveillance et de sympathie. Je poursuivrai\nl'Etude commencée en publiant successivement, dans cette Revue, l'Éducation\nphysique, l'Education morale, l'Education intellectuelle. Je réunis à cet effet des\nnotes prises depuis plusieurs années. Cela ne se fait pas en un jour. On lira, dans\nnotre prochain numéro : l'Éducation physique.                       P O L DEMADE.\n\n\n   Des débats ont eu lieu, à la dernière Réunion d'Études sociales de Saint-Quentin\n(du 9 au 14 septembre 1895), sur l'Éducation. Nous en extrayons les lignes sui­\nvantes. (La Démocratie chrétienne, octobre 1895, p. 427.)\n   « M. L'ABBÉ NAUDET. — On pourrait nous demander ce que nous faisons dans\nnos collèges et nos séminaires. Celui qui sait obéir y est considéré comme parfait;\nor, l'obéissance est loin d'être la principale vertu du chrétien et du citoyen. On peut\nplier la volonté au lieu de la développer; aussi, souvent, on la brise et on forme des\nmoules. On a trop dit : « Il faut détruire la nature » ; c'est faux. On a trop répété :\n « Il faut tuer le vieil homme », et ceux qui ont voulu le faire se sont trompés\nd'homme; ils ont tué le jeune homme au lieu du vieux. Notre système d'éducation\nest apte à former, non des hommes, mais des moutons. »\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "244                                  DURENDAL\n\n\n\nP     ARCOUREZ la liste des membres de l'Académie (classe des lettres); vous y verrez\n       figurer deux écrivains de carrière (j'entends écrivains créateurs, poètes, dra­\nmaturges), et un seul orateur politique, l'un des plus grands de notre temps.\n   Tous les autres y sont en des qualités diverses : des archivistes, hommes de\nscience et de recherches; des professeurs d'universités qui ont publié force livres\nd'érudition; des polémistes, des historiographes, des conseillers de la cour de cassa­\ntion, juristes éminents et distingués qui ont beaucoup écrit sur le droit, puis c'est\ntout.                                           (La Chronique, 25 septembre 1895.)\n                                          *\n                                               *\n\n  INSCRIPTION trouvée en Normandie, sous un crucifix, au bord d'un chemin :\n\n               Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car Il pleure;\n               Vous qui souffrez, venez à Lui, car Il guérit;\n               Vous qui tremblez, venez à Lui, car Il sourit;\n               Vous qui passez, venez à Lui, car Il demeure.\n\n  Le crucifix était banal; l'inscription n'avait pas été faite pour la statue. Mais\nn'y a-t-il pas là une idée pour un artiste, sculpteur ou peintre : un Christ pour cette\ninscription.                                                                 G. G.\n                                            *\n                                          * *\n\n\nN     ous signalons à nos amis, désireux de posséder un crucifix digne à la fois de la\n       Religion et de l'Art, les magnifiques reproductions de la Crucifixion de\nMathaeus Grünewald, le célèbre tableau de l'église de Tauberbischofsheim (Bavière).\nJamais, croyons-nous, un artiste n'atteignait à une aussi formidable et aussi reli­\ngieuse puissance d'expression dans la douleur et la désolation divine. Nos lecteurs\ntrouveront ces belles et relativement peu coûteuses reproductions (photographies\ninaltérables), chez M. BECKER-HOLEMANS, 7, rue de Namur, à Bruxelles, maison\nque nous sommes heureux de pouvoir leur recommander.\n                                           *\n\n\nU    N de nos lecteurs nous demande les noms des douze pairs. Les voici, sauf\n      erreur involontaire : Gérer, Gérin, Bérenger, Othon, Sanche, Anséis, Gérard,\nOgier, Thibaut, Olivier, Turpin, Roland.\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "  Tout lecteur de « Durendal»* qui aura procuré a\nla revue trois abonnements nouveaux, aura droit\nà un abonnement gratuit d'un an.\n\n                        CHOSES ET AUTRES\n  N. B. — Nous ne tenons aucun compte des manuscrits ou des lettres dont les\nauteurs ne se font pas connaître.\n  Nous recommandons à nos lecteurs la Démocratie sociale, revue sociale catholique\nparaissant le 8 de chaque mois. Abonnement : 7 francs par an. Administration :\nrue Nicolas Leblanc, 25, à Lille.\n\n\n\n  Tout lecteur de « Durendal», qui aura procuré à\nla revue trois abonnements nouveaux, aura droit\nà un abonnement gratuit d'un an.\n\n      Au prochain numéro :\nPOL DEMADE. — L'Éducation physique.\nM** DE HARLEZ. — La Littérature hongroise (suite).\nGEORGES RAMAEKERS. — Labeur matinal.\n\n      Prochainement :\nG. D'ANGELIER. — Le Journalisme et la Littérature, à propos d'un livre récent de\n    J. Barbey d'Aurevilly. (Journalistes et polémistes, chroniqueurs et pamphlé-\n    taires.)\nPÔL DEMADE. — Un Prêtre de ce temps. L'abbé Félix Klein.\nRoche Tarpéienne et Capitole. — Paul Arden : Par les Chemins. — Comte de Bousies :\n    Deux Comédies. — F . Vandenbosch : J.-K. Hvysmans. — William Ritter :\n    Ad. de Pury; Arnold Bôcklin. — Emile Greyson : Sous Us Brumes et les\n    Clartés des Flandres. — Jean Van Malderghem : Le Goedendag. — Joséphin\n    Péladan : La Prométhéîde.\n\n\n\n  Tout lecteur de « Durendal», qui aura procuré à\nla revue trois abonnements nouveaux, aura droit\nà 1222 abonnement gratuit d'un an.\n"}]}