{"numero_id": "ulb-durendal-1896-04-n4", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-001", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 84, "titre_corps": "Jules Bastin", "titre_sommaire": "Jules Bastin", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "JULES BASTIN", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 155, "fin_caractere_exclue": 2091, "texte": "JULES BASTIN\n                                                 Les eaux l'ont entraîné dans la mort,\n                                             laissant interrompue sa mélodieuse chanson.\n                                             (Acte IV, Scène VII.)\n                                                               SHAKESPEARE. Hamlet.\n\n\n\n                LA douce et triste légende d'Ophélie, morte dans l'eau\n                 profonde, en cueillant des fleurs, passe et repasse au\n                 travers de mes pensées avec la persistance d'une\n                 hantise, tandis que, devant de troublants cahiers\n                 manuscrits, je m'efforce d'évoquer la figure de Jules\n                 Bastin, leur auteur, un jeune poète, — 21 ans, —\ndisparu l'an dernier, le 18 août, dans l'eau tranquille de ce grand\ncanal de Louvain, perfide et pourtant fleuri de nénuphars\n   Un jeune poète... et des fleurs, l'apparition soudaine de la mort...\nau bord de l'eau; en fallait-il davantage pour faire se dresser dans\nmon imagination ces deux ombres sœurs : Ophélie et Jules Bastin,\nsœurs et chères puisque belles et trempées de larmes toutes deux...\n   H é l a s ! je n'ai pas eu la chance douloureuse (ce qualificatif est néces­\nsaire maintenant), de connaître Jules Bastin. Je viens de relire des\nmanuscrits, des songeries, des carnets, des pensées intimes, des lettres\nsignées de son nom ; j'ai là devant moi, en écrivant ceci, quelques-uns\nde ses portraits; sa mère inconsolable, ses amis m'ont beaucoup parlé\nde l'absent toujours aimé... et pourtant, je le sens bien, j'échouerai à\nvouloir préciser cette figure évanouie, à parler avec intelligence de\ncette âme libérée de son enveloppe, clans la brisure et l'élargisse­\nment de la mort. D'autres, qui connurent Jules Bastin intimement,\nferont sans doute cela, en m ê m e temps qu'ils enfermeront, dans le\nreliquaire d'un volume à paraître, ce qu'il a laissé sur terre de sa\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "78                               DURENDAL\n\n\npensée : un certain nombre de pages, autant dire une poignée de\ncendres... Sera-ce sur ces pages qu'il conviendra de le juger? Je ne le\npense pas. Mais certainement cela suffira pour le faire regretter. Cette\npoignée de fines cendres blanches très pures sous lesquelles, en les\nremuant un peu, on trouvera vif, malgré la mort, le feu d'une âme\nchaude et ardente, en apprendront plus long sur l'âme du poète que\ntoutes les tentatives de psychologie. Je parle des cendres ! Est-ce bien\nla comparaison juste? Sans la mort, tombée tout à coup comme un\nfroid glacial sur ces vingt et un ans en flamme, on ne songerait pas à\nce parallèle triste. L'œuvre de Jules Bastin, s'il était possible d'écarter\nla subite intervention de l'Intruse, rappellerait plutôt la jonchée de\npétales sous des arbres en fleurs, dans des vergers de printemps. La\npoésie semble tomber de son âme fleurie comme les floraisons roses\ndes pêchers. C'est une magnifique espérance d'été et d'automne.\nChaque jour de ce printemps d'âme est plus doux, plus beau; on passe\nde la timidité du bourgeon clos au bourgeon entr'ouvert, de la promesse\nde fleur à la fleur; celle-ci donne sa couleur, puis son parfum, puis\ntoute sa joie. Le volume annoncé nous introduira dans cette première\nsaison de la vie de Jules Bastin. Dieu n'a pas permis que nous possé­\ndions davantage. « Les vers les plus beaux sont restés dans son âme. »\n   Ce mot douloureux est du poète lui-même.\n\n         Vous demandez à voir ces rimes envolées,\n         Ces oiseaux qui battaient de l'aile dans mon cœur,\n         Échos divins des chants d'amour sous les feuillêes,\n         Espoir et souvenir, allégresse et douleur.\n\n\n         Mais les vers les plus beaux sont restés dans mon âme ;\n         Les seuls chants qui soient vrais n'en sont jamais sortis ;\n         Enfermés en mon sein comme un amour de femme,\n         Quand ils sont près d'éclore ils sont anéantis.\n                                              (Louvain, 27 novembre 1891)\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "                                DÜRENDAL                             79\n\n  Voici, à présent, quelques-uns de ces oiseaux de rêve. Et de voir\nceux qui se sont envolés on sera sans doute plus triste encore de savoir\nque les plus beaux sont restés à jamais enfermés dans l'âme du poète...\n\n\n               LES PETITES VIEILLES\n             Geignantes et lasses, elles vont, les vieilles,\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n             Leurs faces ridées sont toutes pareilles,\n             Elles vont courbées un bâton en main.\n\n             Et leur long manteau les rendent plus vieilles\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n\n             Et leurs souvenances sont très incertaines,\n             Ce sont rêves bleus fanés de longtemps.\n             Allégresses vagues, choses très lointaines,\n             Songes très douteux des jours de printemps.\n\n             Et leurs songeries les rendent plus vieilles\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n\n             Leur âme très lasse, entrevoit, chercheuse,\n             D'indéfinissables et chères visions,\n             Leur pensée est lasse et très laborieuse,\n             Et faite de souvenirs sans précisions.\n\n             Et leurs remembrances les rendent plus vieilles\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n\n             Mon cœur voit de même ses amours passées,\n             Indécises formes de rêves indécis.\n             Et mes sensations s'en vont très lassées,\n              Vers des femmes chères sans contours précis.\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "80                                 DURENDAL\n\n\n               Geignantes et lasses, elles vont, les vieilles\n               Les petites vieilles le long du chemin.\n                                                        (Anvers 1894.)\n\n\n\n\n        RANCŒURS                                MENDIANTE\nLe printemps renaît et la vie              Le vieux porche éternellement\nSourit encore aux bois feuillus            Morose et gothique se dresse\nOù s'en irait, l'âme ravie,                Enauréolant sombrement\nS'aimer les beaux couples élus.            La mendiante qui paresse.\n\nCeux qui vivent de leur folie,             La neige couvre lentement\nEt des beaux rêves défendus;               Le vieux manteau de la pauvresse\nQui, dans un baiser qui les lie,           Qui demeure indéfiniment\nFont de doux serments éperdus.             Immobile dans sa détresse.\n\nMais combien, rivés à la peine              Elle se laisse ensevelir\nTraînent leur boulet et leur chaîne,        Sans même pousser un soupir\nRêvant d'impossibles bonheurs.              Sous un liceul blanc qui la glace.\n\nEt la félicité des autres                   Elle est pour le cœur angoissé\nFont de ceux-là d'âpres apôtres             Le spectre macabre et glacé\nDes désespoirs et des rancœurs.             De ceux que l'existence lasse.\n                             (Pâques.)                                   (Décembre.\n\n\n\n\n                                   SOIR.\n\n            Le jour meurt, le soir vient, les parfums agonisent,\n            Le grand hymne d'espoir du tout dernier moment,\n            Chante. De cierges blancs, les espaces s'irrisent,\n            Et voilà la chapelle ardente, immensément.\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "                                  DURENDAL                                        81\n\n           Les champs sont morts, la vie est lasse, et la souffrance,\n           Après un long sanglot en espérant s'endort.\n           Le rêve règne, ainsi qu'un roi de délivrance :\n           C'est l'illusion douce et l'extase : la mort!\n\n           Le voile mortuaire est drapé sur le monde,\n           L'âme en fleur se dégage en songes irréels\n           Et la lune qui veille en cette paix profonde\n           A les douces clartés des jardins éternels.\n\n           C'est la chapelle ardente et ses lueurs de cierges,\n           Les hymnes reposants, qu'ont dit pour les défunts.\n           Le requiem du prêtre et le chant pur des vierges\n           Et l'âme qui s'en va sur l'aile des parfums.\n                                                     (Avril 1894.)\n\n\n\n\n                     AMOURS VIERGES\nJ'ai fait un songe d'amour vierge,      J'ai rêvé d'un amour gothique\nUn de ces songes que l'on a             Et d'une sainte d'autrefois,\nSous la pâle lueur des cierges          Qui, dans son allure ascétique,\nQuand vibre au cœur un hosanna.         Evoquerait les vieilles fois.\n\nC'était dans une cathédrale,            Elle aurait un geste suprême\nAux arceaux mystiques et noirs,         Qui me montrerait le chemin\nEt je rêvais d'un profil pâle           Qui me dirait : viens, car je t'aime!\nDessiné dans l'ombre des soirs.         En mettant sa main dans ma main.\n\nJ'étais seul dans la nef immense        Et me livrant tout à mon guide,\nAnéanti sous l'œil de Dieu;             Libre des doutes de jadis,\nSerait-ce extase ou bien démence        Je quitterais ce monde vide\nCette émotion du saint lieu ?           Pour les éternels paradis.\n                                                                     (Février.)\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "82                               DURENDAL\n\n\n\n\n                            DEPUIS LORS\n\n         Depuis lors, ô nature éternelle et féconde !\n         Vous n'avez pas changé vos radieux atours,\n         Vous avez été jeune et bonne à tout le monde,\n         Vous n'avez pas porté le deuil de mes amours.\n\n         Et le ciel s'est miré mystiquement dans l'onde,\n         Et l'herbe a reverdi dans le rythme des jours,\n         Et les bois ont encore leur majesté profonde,\n         Et les prés dénudés ont refleuri toujours.\n\n         Mais moi, depuis ces temps, je ne suis plus le même,\n         Et mon cœur a perdu son extase suprême\n         Et le charme très doux qui le faisait songer.\n\n          Mon rêve ne va plus comme autrefois, très aime\n          Vers un cher paradis d'amour tranquille et calme...\n          O nature, est-ce vrai que tout est mensonger?\n                                            (Wilryck, le 23 avril 1893.)\n\n\n\n                             GOELANDS\n     Les grands goélands                     Je les vois passer\n            Tout blancs,                     Et mon âme folle\n     Dans le ciel limpide,                   Dans le ciel s'envole.\n     Sur la mer sans ride,\n     S'en vont deux à deux                   Dans le ciel d'azur\n     Vers les lointains bleus.                         Si pur\n                                             Les neigeuses ailes\n     Ils rasent les ondes                    De ces hirondelles\n             Profondes                       Vont vers l'infini\n     Sans jamais cesser.                     Magique et béni.\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "                                  DURENDAL                                    83\n\n    Du réel mon rêve                         Mon âme est remplie\n            M'enlève.                                Devie\n    Je suis ces oiseaux                      Et de vérité ;\n    Si grands et si beaux                    Dans l'immensité,\n    Dans leurs longs voyages                 Bienheureux mensonge!\n    Aux féeriques plages.                    Je me perds en songe.\n\n    Je crois au bonheur                      Les grands goëlands\n            Du cœur,                                Tout blancs,\n    Et loin de la terre                      Dans le ciel limpide\n    Tout plein de mystère                    Sur la mer sans ride,\n    Je les suis des yeux                     S'en vont deux à deux\n    Ces oiseaux des cieux.                   Vers les lointains bleus.\n                                                             (3 novembre 1891.)\n\n\n   Et les vers les plus beaux sont restés dans son âme !\n   Les lettres catholiques, la poésie particulièrement, ne sont pas si\nriches qu'il faille ne pas s'émouvoir de la disparition d'un poète parti\nà jamais avec son trésor. Jules Bastin possédait très évidemment le\nsens de la beauté; c'était de plus une belle âme tout imprégnée du\ncatholicisme, des vertus qu'il commande et auxquels il aide, et le mot\nd'Ophélie à Hamlet, — elle encore! — « Avec qui la beauté peut-elle\nmieux conserver qu'avec la vertu (1)? » ce mot, le poète dont la mort\nnous attriste, l'avait pris comme programme d'esthétique et comme\nrègle de vie. La mort est venue anéantir nos espérances en Jules\nBastin. Ce n'est pas lui qui perd, c'est nous.\n   Ménandre a dit quelque part cette belle parole : « Ceux que les\ndieux aiment meurent jeunes. »\n   Et voici comme il développe sa pensée :\n   « Le plus heureux, je le dis, ô Parménion, c'est l'homme qui, sans\nchagrins dans la vie, ayant contemplé ces beaux spectacles de la\nnature, le soleil, l'eau, les nuages, le feu, s'en est retourné bien vite\n (1) Hamlet, acte III, scène I.\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "84                                DURENDAL\n\n\nd'où il est venu. Ces choses, qu'il vive cent ans ou un petit nombre\nd'années, il les verra toujours les mêmes, et il ne verra rien de plus\nbeau qu'elles. Regarde ce qu'on appelle le temps comme une foire\nétrangère, un lieu d'émigration pour les hommes : foule, marchés,\nvoleurs, lieux où l'on s'arrête. Si tu pars le premier ton voyage est le\nmeilleur; tu t'en vas avec ton argent et sans avoir d'ennemis... »\n   L'admirable catholique que fut Jules Bastin n'a point songé à s'en\naller de la vie en disciple du poète profane, « avec son argent »; son\nâme a plu au Seigneur, selon qu'il est écrit au Livre de la Sagesse, et il\na été consommé en peu de temps « consummatum in brevi explevit tempora\nmulta ».\n   Ce n'est pas lui qu'il convient de plaindre, c'est nous d'avoir perdu\nl'espoir et déjà la promesse d'un beau poète. Les nénuphars blancs\nrefleuriront à la saison prochaine, à l'endroit tranquille où Jules Bastin\ndisparut, mais nous autres nous gardons le deuil.\n                                                          POL DEMADE.\n   Nos lecteurs trouveront, encarté dans le présent numéro, un portrait de Jules\nBastin. Les œuvres du poète paraîtront le mois prochain, en un volume, chez\nl'éditeur Lacomblez.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-002", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 85, "titre_corps": "Sœur de Saint-Vincent de Paul", "titre_sommaire": "Sœur Saint-Vincent de Paul", "signature_source": "", "ancre_debut": "SŒUR DE SAINT VINCENT DE PAUL", "ancre_fin": "J’en garde avec amour la pieuse effigie", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CARMELITE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 76, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "SŒUR DE SAINT-VINCENT DE PAUL\n                                       A.   M. L'ABBÉ H .   MŒLLER.\n\n\nLes traits menus, avec de frais yeux gris de lin\nDont un sourire astral allume la prunelle,\nEt l'attrait d'une blonde enfance maternelle,\nC'est comme une vignette ancienne sur vélin.\n\nElle parle le doux langage cristallin\nDu pauvret dont la claire innocence est en elle,\nA force d'abriter sa candeur d'orphelin\nAu blanc de sa cornette ouverte comme une aile.\n\nAutour de son ovale on tresserait ces fleurs\nQu'en Flandre, le ciseau fervent des ciseleurs\nCréait au coin des vieux livres de liturgie.\n\nLe Moyen-Age en eût inspiré ses dessins,\nEt moi, le médailliste extasié des saints,\nJ'en garde avec amour la pieuse effigie.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-003", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 86, "titre_corps": "Carmélite", "titre_sommaire": "Carmélite", "signature_source": "", "ancre_debut": "CARMELITE", "ancre_fin": "Rend aux saints des portails le soir le pèlerin", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BENEDICTINE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 818, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "CARMÉLITE\nTout en elle a le charme évocateur de lis\nDes vierges de missel aux paupières lassées,\nPlus frêles dans l'ampleur des robes à longs plis\nQue la palme qui tremble à leurs mains enlacées.\nSes yeux qu'un nuageux crépuscule a remplis,\nOn sent que le jardin des blanches trépassées,\nMiré sous leurs cils d'or et dans leurs bleus pâlis,\nEn fait les ostensoirs d'idéales pensées.\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 373, "texte": "86                        DURENDAL\n\n     L'ombre du voile noir va bien à ce profil\n     Que le pressentiment de la mort proche sculpte,\n     Et la bure à ce corps où l'âme n'a qu'un fil.\n     Et Dieu la nimbe au point qu'on lui rendrait le culte\n     Qu''agenouillé devant les églises du Rhin,\n     Rend aux saints des portails, le soir, le pèlerin.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-004", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 86, "titre_corps": "Bénédictine (Sœur Marthe)", "titre_sommaire": "Bénédictine", "signature_source": "Ernest Périer", "ancre_debut": "BENEDICTINE", "ancre_fin": "ERNEST PERIER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "BÉNÉDICTINE\n                      (SŒUR    MARTHE)\n\n                                             A M.   THOMAS BRAUN.\n\n\n     — Tels ces anges que l'art des cantiques incline\n     Maigres et long vêtus dans les psautiers romains —\n     L'été, quand précurseur d'austères lendemains\n     Le soir endort le cloître au flanc de sa colline,\n     Elle a le front penché sur la harpe où ses mains\n     Tissent de transparents accords de mousseline\n     Que reprend cette nonne en noire capeline,\n     La fauvette en cellule au mur blanc de jasmins.\n     Et tandis qu'au ciel rose et couleur d'immortelle\n     Monte l'aérienne et féerique dentelle\n     Des menus sons brodés harmonieusement,\n\n     On croirait, tant ces mains d'albâtre sont fluettes,\n     Que deux camélias errent sur l'instrument,\n     Et que sœur Marthe est sœur des vieilles statuettes.\n                                               ERNEST       PÉRIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-005", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 87, "page_fin": 89, "titre_corps": "Christus", "titre_sommaire": "Christus", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "CHRISTUS", "ancre_fin": "JOSEPH RYELANDT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AVRIL TRISTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "CHRISTUS\n            Symphonie mystique avec chœurs, de A D . SAMUEL\n                             (CONCERT YSAYE DU 2 AVRIL)\n\n\n\n\n                       VOICI une de ces œuvres à côté de laquelle la foule   ne passe\n                        pas indifférente. Son aspect étrange, un peu énigmatique,\n                        attire l'attention. On veut l'entendre; une première audition\n                        laisse dans l'âme un certain malaise; à travers une com­\n                        préhension obscure on entrevoit une œuvre supérieure.\n                        Cette impression se confirme à une seconde audition, et, à\n                        une troisième — sous la magistrale direction d'Ysaye — on\n                        est subjugué.\n   La difficulté qu'il y a à pénétrer dès l'abord en ce sanctuaire d'art provient en\npartie de ce qu'une moitié du Christus est écrite en symphonie à programme, genre\nun peu pénible parce que l'attention y est partagée entre le livret et la partition.\nLe drame lyrique, l'oratorio, la cantate et les formes de musique pure échappent à\ncet inconvénient. Aussi faut-il ici étudier d'avance la table thématique pour\nconnaître la signification poétique des motifs conducteurs et alors, à l'exécution,\nl'œuvre se déroule claire et belle.\n   La première partie débute par l'Annonciation, page simple et chaste, où l'épisode\nde l'apparition s'impose brillamment. L'Adoration des bergers et des mages semble\nmoins captivante malgré le beau motif des mages et l'admirable thème de l'adora­\ntion, l'un des plus importants de l'œuvre.\n   La deuxième partie (au désert de Juda) est d'un sentiment intérieur et pénétrant.\nCependant ici, comme dans la première partie, il vous reste un certain malaise :\nconstamment l'auteur finit et recommence; le souffle d'unité, qui devrait unir les\ndifférents éléments en un tableau d'ensemble, fait défaut, malgré le retour des\nmêmes thèmes. On a l'impression d'une succession de beaux fragments, mais non\ncelle d'un corps organique; et l'inspiration y est plus dans le détail que dans l'en­\nsemble. Ce défaut est moins sensible dans les trois parties suivantes :\n  Quelle impression que le début de la troisième partie! C'est le lac de Tibériade :\n      s\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "88                                   DURENDAL\n\nle mouvement rythmique des instruments à cordes dépeint à la fois les flots agités\nde l'onde et de la foule, tandis que la voix puissante de Dieu plane au-dessus du\ntumulte. Après vient la lutte contre les Pharisiens, page un peu réaliste, mais d'une\nbeauté originale. Mais quand arrive de loin le cortège qui accompagne Jésus vers\nJérusalem; quand les voix humaines, muettes jusqu'ici, surgissent ci et là chantant\nl'hosannah; quand ces voix, se rapprochant, s'unissent en un formidable ensemble;\nalors l'émotion vous empoigne et vous sentez passer le souffle du génie.\n   Dès lors vous êtes gagné. La quatrième partie, ce chef-d'œuvre qui décrit la\nPassion, vous remuera dès le début terrible (et trop humain, peut-être) où le Christ\nagonise sous le poids de nos péchés. Puis, quelle énergique concision en ce tableau\nde Jésus devant le peuple! La phrase si touchante du « tristis est anima EJUS » vous\nétreindra d'une suprême compassion; ensuite, entendant la montée au calvaire, où\nles basses boitent péniblement tandis que d'autres instruments pleurent les douleurs\ninfinies, votre âme sera saisie d'une réelle contrition!... Et quelle cruauté brutale\ndans la scène du crucifiement!...\n   L'auteur a ajouté, comme épilogue à la vie du Christ, une cinquième partie :\nAdvenu regnum Dei. Cette partie, contrairement aux précédentes, est surtout\nchorale. Au début repassent doucement à l'orchestre des souvenirs de la passion.\nLes chœurs sont très beaux et bien traités, mais un peu filandreux, répétant souvent\nles mêmes paroles. Le plus beau passage est le chœur : « Et erit in die Ma... spiritus\nest Deus », etc., jusqu'à la phrase des basses : « Hoc est prœcepium meum. » Il y a là\nune grande inspiration. L'amen est tout simple, presque liturgique, et cette sim­\nplicité est d'un effet profond.\n   Christus est donc une haute œuvre d'art, et d'autant plus haute qu'elle est\npénétrée d'un sincère sentiment religieux. A certains endroits, la note humaine\nperce trop : par exemple, le poignant début de la quatrième partie n'a rien de\nmystique; tandis que le sentiment religieux s'exalte au sublime dans l'entrée à\nJérusalem, la montée au calvaire, la phrase incomparable du Tristis et le chœur\nSpiritus est Deus.\n   Peut-être les deux premières parties eussent-elles gagné en intérêt si l'auteur y\navait joint la parole à la musique. Le rôle descriptif de la musique est trop général\net les multiples intentions poétiques lui donnent quelque chose de forcé et conven­\ntionnel. Mais la technique et l'orchestration sont absolument admirables. M. Samuel\nest un maître en découvertes de sonorités douces, puissantes, terrifiantes; si certains\nmotifs se répètent avec une persistance fatigante (quoique motivée), l'auteur sait\ntoujours en varier la couleur orchestrale.\n   Chose curieuse : Christus est la première œuvre de Samuel qui révèle du génie et\nqui ait la chance de vivre. Le génie vient parfois tard. Glück n'a trouvé sa voie que\nvers cinquante ans, et voici un artiste qui ne la trouve qu'au déclin de l'âge. -\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "                                      DURENDAL                                      89\n\n   Christus est, avec Franciscus, de Pinel, et Francesca, de Gilson, la plus importante\nœuvre musicale parue depuis dix ans en Belgique. Remarquons que, de ces trois\nœuvres, deux sont inspirées par une conviction chrétienne. C'est là un symptôme\nconsolant pour ceux qui, comme nous, aiment surtout l'art dans ses manifestations\nles plus élevées; car, comme dit Verlaine :\n                          Tout le reste est littérature!\n                                                             JOSEPH RYELANDT.\n    Samedi-Saint.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-006", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 90, "titre_corps": "Avril triste", "titre_sommaire": "Avril triste (poésie)", "signature_source": "Adolphe Hardy", "ancre_debut": "AVRIL TRISTE", "ancre_fin": "ADOLPHE HARDY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 646, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "AVRIL TRISTE\n\n        Aux premières blancheurs d'avril, quand les ramures\n        Bercent leur neige en fleur au fil de l'eau qui dort ;\n        Quand, au fond des grands bois pleins d'ombre et de murmures,\n        hes sources chantent clair comme des flûtes d'or;\n\n        Quand tout vibre ou palpite au creux des branches vertes\n        Et qu'on voit s'en-aller, dans le frais demi-jour,\n        Les heureux de vingt ans par les forêts couvertçs,\n        Oh! comme je les plains ceux qui souffrent d'amour!\n\n        Pour eux, tout est muet, froid, triste et solitaire;\n        Le soir qui tombe au jour qui se lève est pareil;\n        Le soleil et les fleurs ont beau dire et beau faire :\n        Ils ont droit de nier les fleurs et le soleil!\n\n        Car ce n'est pas pour eux que s'ouvrent, sous les haies,\n        Les narcisses d'or frêle et les fins muguets blancs,\n        Et leur pauvre âme est sourde aux chants des brises gaies\n        Qui passent dans l'air bleu plein de parfums troublants.\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "90                              DURENDAL\n\n\n     Qu'importe que la terre ait mis sa robe neuve\n     Et qu'est-ce que cela leur fait que tout soit vert ?\n     La vallée a, pour eux, des toilettes de veuve\n     Et l'avril leur paraît plus triste que l'hiver.\n\n     Les oiseaux leur font mal à rire ainsi, dans l'ombre,\n     Car c'est à deux qu'il faut écouter les oiseaux;\n     Et le plus frais ruisseau se trouble et semble sombre\n     S'il n'a sa double tête à mirer dans ses eaux.\n\n     Pauvres déshérités! dans les forêts prochaines\n     Où chante la douceur des musiques du soir,\n     Qu'importe que la mousse abonde au pied des chênes ?\n     Personne, à leur côté, ne doit venir s'asseoir!\n\n     Et tandis, qu'ils s'en vont, sous les branches fleuries,\n     Par les sentiers déserts et les coins isolés,\n     Les cloches, aux voix d'or, mêlant leurs sonneries,\n     Tintent, pour eux, le glas des beaux jours envolés\n\n     Des jours où ces chemins qu'avril baigne et décore\n     Avaient aussi, pour eux, des airs de paradis,\n     Sous les bons peupliers où l'on distingue encore\n     Les chiffres enlacés qu'ils gravèrent jadis !\n\n     Et, seuls, de monts en vaux, de taillis en clairières,\n     Egarés dans leur rêve, ils errent, pas à pas,\n     Cherchant dans les parfums, les chants et les lumières,\n     Comme un printemps perdu qu'ils ne retrouvent pas.\n                                                     ADOLPHE HARDY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-007", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 93, "titre_corps": "Fleurs mystiques : Les Giroflées", "titre_sommaire": "Les Giroflées", "signature_source": "Edmond Joly", "ancre_debut": "FLEURS MYSTIQUES", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 121, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "FLEURS MYSTIQUES\n\n\n\n\n              LES G I R O F L É E S\n                                                 Des petites croix d'or sur des crêtes\n                                               de mur au printemps.\n\n\n                  LA forêt morte ressuscite sous le baptême des brumes\n                    lumineuses, eau et soleil. Dans les plus épais fourrés\n                    éclatent, stellaires, les anémones; les crosses de fou­\n                    gères se déroulent ; les clochettes en grappes des\n                    muguets balancent et sèment leur âme argentine, non\n        en notes, mais en parfums.\n           La cathédrale, qui est une autre forêt, une forêt mystique,\n        a, de même, son printemps fleuri. Les divins vouloirs, dont\nle soleil-roi n'est qu'un vassal, ont été signifiés, en elle, par la souve­\nraine expression des rites. Le grand cierge crucifié de grains d'encens\na été allumé, un matin, plus puissant que le jeune soleil.\n   Les cloches endeuillées de silence, puis réveillées en à-coup, ont\neffaré les oiseaux des tours par un envol nouveau. Le Maître du prin­\ntemps, le créateur du soleil, a ressuscité, par lui, sa Forêt mystique.\n   Alors, aux crêtes des murs, parmi les pierres moussues et ornemen­\ntées, aux plis du manteau de la Vierge, sur les ailes angéliques, dans\nles couronnes des rois, apparaissent de petites croix d'or portées sur\nd'aériennes verdures.\n   Il en est de toutes proches sur les murs bas des parvis et des cime­\ntières. Elles sont pareilles, presque, aux fleurs de la prairie, sinon\nque le regard des corolles domine, à la fois, la Vie et la Mort, la route\nbanale et le chemin sacré. Si le vent souffle d'elles à nous, le parfum\ndes petites étoiles d'or, le baume oriental aux senteurs de girofle,\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "92                              DURENDAL\n\n\nd'aromates chauds, vivifiants, descendra comme une charité supérieure\nqui vient émouvoir d'une ivresse puissante et spirituelle. Là, on\ndistingue les tiges souvent tordues au pied par les volontés adverses\nde la pierre et du vent; les petites feuilles vaillantes et drues; creusées\nen lèvres, pour l'eau du ciel ; courbées en ailes pour l'air, céleste\naussi. Puis, c'est l'épanouissement en bouquets terminaux; les boutons,\nperles d'or rouge veloutées comme d'une onction opaline et les mul­\ntiples petites fleurs jaunes, où brûle l'âme du parfum : flamme de\nl'or, encens de la croix.\n   Déjà plus hautes, elles consacrent aux grandes statues, des parures\nfleuries de fines dentelles; dentelles d'or, d'or en croix. Elles projettent\nbientôt sur le ciel même leurs silhouettes légères et précises ; c'est un\nessor nombreux, complexe, processionnel. On dirait des âmes; les\nâmes innombrables qui pendant des siècles se sont exhalées en prières\ndans l'édifice consacré et dont le désir en fleurs, le désir victorieux du\ntemps et de la mort, fête de leurs chrétiennes croix d'or l'éternel\nprintemps mystique.\n   Leurs processions marchent dans le balancement des souffles violents\net doux. Très haut, parfois penchées en des poses d'oiseaux à qui les\nailes suppriment le vertige, elles cheminent recueillies par les mysté­\nrieuses routes des lignes de pierre dans l'immense monument. Routes\nque seul l'architecte connut bien et qui sont aussi diverses, multiples\net insoupçonnables que celles où marchent les âmes. L'Orient n'eut\njamais pareils stylites; les abîmes sur lesquels ils planent, les hauteurs\noù ils s'extasient et frémissent du soleil et du vent, évoquent les verti­\ngineuses envolées des ascètes. La semaille d'un tourbillon parmi\nl'architecture compliquée fut aussi étrangement cruelle et douce que\nles incompréhensibles vocations de la vie psychique, de toute vie en\nce monde.\n   D'en bas, âmes ou fleurs, toutes marquées du signe d'or, appa­\nraissent aussi paradoxalement ridicules et sublimes.\n   Fini le printemps pascal, les fleurs s'évanouissent dans les mar­\n brures de la pierre; mais leur mystère demeure, demeure et refleurira.\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "                                      DURENDAL                                        93\n\nAu jour définitif, n'est-ce point la Cathédrale que Jean, l'apôtre sym­\nboliste, voit aller vers l'Epoux, en la parure royale que, si délicieuse­\nment, évoquent les petites croix d'or, sur des crêtes de murs, au\nprintemps.\n                                                                EDMOND JOLY.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-008", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 96, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n\n  La Représentation proportionnelle, par CH. WOESTE. — La Société belge\nde Librairie nous ayant, par erreur, envoyé cette brochure politique, nous lui en\naccusons ici réception. Cette question n'est pas de la compétence de Durendal.\nDisons cependant qu'au point de vue littéraire, M. Woeste ne nous semble pas en\nprogrès. C'est toujours le jargon cher aux politiciens et dont nous citons, au hasard,\nces quelques exemples amusants :\n  « Des voix isolées méditent d'inscrire çà et là la Représentation proportionnelle\ndans le programme électoral. » (CH. WOESTE.)\n  « C'est qu'un homme peut être descendu bien bas dans l'abîme du vice et de la\nscélératesse, sans que néanmoins se soit éteinte en lui cette suprême étincelle\nd'honneur qui arrête le misérable sur le chemin du parjure. » (Le Bien Public.)\n  « Le tableau que vous avez fait, M. Jaurès, est chatoyant et plaît aux oreilles. »\n(LÉON SAY.)\n  M. Buffon prétend que le style c'est tout l'homme. Nous ne nous permettons pas\nde conclure.                                                              G.\n                                              *\n                                          *       *\n   L'abbé Bodson. Pensées. 2 vol. (Liége, CORMAUX, éditeur). — La pensée d'un\nhomme, c'est comme son esprit sublimé, comme l'extrait de son âme, me suis-je dit\nen entr'ouvant ces deux volumes. Et j'ai été désolé tout de suite qu'on se soit mis\nsi nombreux à recueillir la pensée de cette belle âme de l'abbé Bodson. Pensées\n« recueillies par sa famille et ses amis », dit le titre. On s'en aperçoit aussitôt! Dans\nun zèle que l'amitié explique, mais ne justifie pas, on nous a donné non seulement\nla pensée, cette cristallisation très pure de l'esprit, mais une infinité de phrases\nquelconques sans beauté sans originalité; on trouverait aisément à condenser les\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3013, "texte": "94                                          DURENDAL\n\n\ndeux volumes en un seul en enlevant tous ces déchets; on pourrait, par la même\noccasion, faire disparaître les encombrantes introductions des deux préfaciers\nfrançais qui obstruent péniblement les abords du livre (Oh ! cette idée baroque d'aller\nà Paris et à Autun quémander des préfaces). Ces restrictions présentées, nous admi­\nrons absolument la noble pensée de cet homme d'élite qui pensa haut et profond et\nsut trouver, pour exprimer ce qu'il avait dans l'esprit et dans le cœur, des phrases à\nla fois douces et pénétrantes, calmes et fortes, enchanteresses et pourtant sévères\n   Que les lecteurs de cette revue lisent, par exemple, les pensées de l'abbé Bodson\nsur le Beau et ils seront charmés de cette ascension dans des régions très pures et\ntrès lumineuses. Nous en citons quelques-unes :\n   « L'idée luit dans les ténèbres, et parle dans le silence. — L'homme de bien est\nun artiste de l'ordre moral. Ses efforts font de son âme, à son insu, parce qu'il est\nhumble, un chef-d'œuvre que Dieu contemple. — Sortons de nous-même pour\nadmirer, mais rentrons-y pour produire. — Toute idée juste et digne de vivre apporte\nsa forme avec elle. — Le style est doué d'une telle puissance qu'il communique à\nl'erreur même le privilège de l'immortalité. — Beaucoup d'hommes croient penser\nqui ne sont que des rêveurs. »\n                                            *\n                                           * *\n   L a q u e s t i o n des H u m a n i t é s , par Jules Verest, de la Compagnie de Jésus\n(r vol. 3.50. Société belge de Librairie). — Nous sommes heureux de signaler, une\nfois de plus, ce mauvais livre à l'animadversion de nos contemporains (1). Le\nR. P. Verest est un réactionnaire têtu qui rêve le renforcement des vieilles humanités\ngreco-latines et refuse de faire aucune concession à ce qu'il appelle avec dédain\n« l'esprit utilitaire » de notre époque. C'est assez dire que nous sommes résolument\nson adversaire, nous qui appelons de tous nos vœux une révolution ou tout au moins\nune réforme radicale dans les Humanités. Le P. Verest, dans l'impossibilité où il se\ntrouve de soutenir son intransigeance par de bons motifs, se borne à en fournir de\nquelconques. Son argument favori est l'argument d'autorité. Vis-à-vis de ses adver­\nsaires son système est plus simple encore : il consiste à attribuer à ceux-ci des idées\nou des thèses qu'ils n'ont jamais soutenues et à se donner le facile plaisir d'une\nréfutation. Aussi le brave disciple d'Escobar peut-il s'attendre, après de tels exploits,\nà une belle volée de coups. M. Wouters, professeur au collège Saint-Rombaut, à\nMalines, a répondu vertement pour son compte (2). MM. Proost, Degive, s'annoncent.\nM. l'abbé Guillaume qui s'est fait la main sur l'échiné du R. P . Delaporte ne\ndemeurera pas en reste de vaillance. Le Révérend verra, je l'espère, s'opérer, sur\n\n     (1) Justice Sociale numéro du 22 mars.\n     (2) Un mot de réponse. (Malines, imprimerie Ryckmans. Prix : fr. 0.23.)\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "                                      DURENDAL                                         95\n\nson dos, la concentration de tous les bois verts de nos amis les réformistes. Nous\ncompterons les coups avec joie. Et peut-être cet entrain nous donnera-t-il l'idée d'y\naller aussi, tout au moins de notre chiquenaude littéraire. Les prétextes et surtout\nles bonnes raisons ne manquent pas. Nous en citerons une, entre cent autres.\n   Le P . Verest, qui n'a sans doute lu les œuvres de Jules Barbey d'Aurevilly que\ndans les études critiques de M. Jules Lemaître, c'est-à-dire par le titre, raille « le\nsingulier catholicisme » du grand romancier. Se fier à M. Lemaître pour juger du\ncatholicisme d'un écrivain ! Est-ce que le P . Vercst prendrait le critique des Débats\npour un père de l'Église, par hasard ?\n   Littérairement encore, je citerai du P . Verest ce mot cruel : « Un homme qu'on\nne taxera pas de sévérité pour notre siècle » écrit le perfide jésuite, page 307, et l'on\ns'attend à voir nommer M. Jules Lemaître; point du tout; l'homme ainsi défini c'est\ntout bonnement le P. Van Tricht. Je ne serais pas fâché de savoir comment « l'émi­\nnent conférencier » a pris le compliment.                                         P. D.\n                                                *\n                                              * *\n   La m é t r i q u e de V i c t o r H u g o par M. l'ABBÉ T H E Y S , préfet des humanités\nmodernes à l'Institut de La Louvière. — Vers l'époque de ma rhétorique, je faillis\nprovoquer, au collège de Courtrai, un mouvement insurrectionnel — oh! minuscule!\n— par une conférence, anodine d'ailleurs, sur Victor Hugo. Je vois encore un de\nmes anciens maîtres, feu M. Dehouck, brave homme, mais intransigeant comme une\ndouzaine d'Henri Rochefort, se lever et interrompre ma parlotte par cette phrase\nqui me fit, ce jour-là, l'effet d'un coup de foudre authentique : « De notre temps,\ndisait-il, quand on prononçait seulement le nom de Voltaire, tous les poings se\nlevaient, et aujourd'hui, qu'on a l'audace de prononcer devant vous l'éloge de\nVictor Hugo (ici une paire de regards terribles à mon adresse), vous osez applaudir. »\n   M. l'abbé Theys n'a pas eu de ces préjugés ridicules. Victor Hugo est un maître\nincontesté en poésie, un merveilleux artiste en rythmes, en rimes, en symphonie,\nen mélodie. Le présent livre, le meilleur et le plus complet qu'on ait écrit à\npropos de la métrique du grand poète, le prouve surabondamment, et nous ne\npouvons que féliciter l'auteur d'avoir publié cette étude qui fait autant d'honneur\nau poète qu'à son critique.\n                                                *\n                                              * *\n   La Chambre des r e p r é s e n t a n t s . — Biographies et portraits de nos députés,\nprécédés d'un Abrégé de notre histoire parlementaire. 1 vol. in-18 de 46S pages.\n[Société belge de Librairie, 16, rue Treurenberg, Bruxelles.) Prix : fr. 3 50. Édition\nde luxe 5 francs.\n   Œuvre des plus remarquables et à laquelle nos compatriotes feront certainement\nle gros succès qu'elle mérite. J e ne sais si vous êtes de mon avis, mais il me paraît\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "96                                  DURENDAL\n\nsouverainement intéressant de connaître la physionomie des hommes politiques qui\nnous gouvernent, dont les Annales nous rapportent les discours, et dont les journaux\ndiscutent chaque jour les faits et gestes. Nous connaissons des belges qui viennent\ndu fond de la province à Bruxelles pour assister à une séance du Parlement.\nDésormais inutile de se déranger. Le présent volume c'est la Chambre des\nreprésentants... chez soi.                                          P O L DEMADE.\n                                           *\n                                         * *\n  Au prochain numéro : À. MITHOUARD : L'Iris exaspéré. — G. MAILLART : Contes\nchimériques. — MAURICE MAETERLINCK : Le Trésor des humbles. — L'ABBÉ GAYRAUD :\nL'Antisémitisme de saint Thomas. — ROSSEL : La littérature française hors de France\n(Belgique). — RODOCANACHI : Renée de France. — Mgr PERRAUD : Eurythmie et Har-\nmonie.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-04-n4-009", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 96, "page_fin": 96, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "er, la mort de M. Francis Nautet. 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On\nsouscrit aux bureaux de Durendal.\n                                          * *\n\nU    N certain abbé Charbonnel, de Paris, a fait, le 26 mars dernier, à la Libre\n      Esthétique, une conférence sur l'Art religieux et l'Art ecclésiastique. La\nrevue La Fédération artistique juge ainsi le conférencier :\n  « Il l'a faite en prêtre indiscipliné, d'une philosophie vague teintée de Taine et\nde Renan, d'une éloquence des plus quelconques... L'orateur procède des Don\nQuichotte de la chaire dont on connaît la violence monotone. Le penseur est\nsubmergé par le philanthropisme à la mode. L'artiste est nul... »\n                                            *\n                                          * *\n\nN    ous avons eu à enregistrer, le mois dernier, la mort de M. Francis Nautet.\n        C'est une perte réelle et très sensible pour les lettres belges.\n\n\n\n                                        ^\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 90, "texte": "AVRIL 1 8 9 6 (TROISIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": ""}, {"page_pdf": 92, "texte": "JULES   BASTIN.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": ""}, {"page_pdf": 94, "texte": " Avril 1896                                                                          N° 4\n\n                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                  JULES BASTIN\n                                                 Les eaux l'ont entraîné dans la mort,\n                                             laissant interrompue sa mélodieuse chanson.\n                                             (Acte IV, Scène VII.)\n                                                               SHAKESPEARE. Hamlet.\n\n\n\n                LA douce et triste légende d'Ophélie, morte dans l'eau\n                 profonde, en cueillant des fleurs, passe et repasse au\n                 travers de mes pensées avec la persistance d'une\n                 hantise, tandis que, devant de troublants cahiers\n                 manuscrits, je m'efforce d'évoquer la figure de Jules\n                 Bastin, leur auteur, un jeune poète, — 21 ans, —\ndisparu l'an dernier, le 18 août, dans l'eau tranquille de ce grand\ncanal de Louvain, perfide et pourtant fleuri de nénuphars\n   Un jeune poète... et des fleurs, l'apparition soudaine de la mort...\nau bord de l'eau; en fallait-il davantage pour faire se dresser dans\nmon imagination ces deux ombres sœurs : Ophélie et Jules Bastin,\nsœurs et chères puisque belles et trempées de larmes toutes deux...\n   H é l a s ! je n'ai pas eu la chance douloureuse (ce qualificatif est néces­\nsaire maintenant), de connaître Jules Bastin. Je viens de relire des\nmanuscrits, des songeries, des carnets, des pensées intimes, des lettres\nsignées de son nom ; j'ai là devant moi, en écrivant ceci, quelques-uns\nde ses portraits; sa mère inconsolable, ses amis m'ont beaucoup parlé\nde l'absent toujours aimé... et pourtant, je le sens bien, j'échouerai à\nvouloir préciser cette figure évanouie, à parler avec intelligence de\ncette âme libérée de son enveloppe, clans la brisure et l'élargisse­\nment de la mort. D'autres, qui connurent Jules Bastin intimement,\nferont sans doute cela, en m ê m e temps qu'ils enfermeront, dans le\nreliquaire d'un volume à paraître, ce qu'il a laissé sur terre de sa\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "78                               DURENDAL\n\n\npensée : un certain nombre de pages, autant dire une poignée de\ncendres... Sera-ce sur ces pages qu'il conviendra de le juger? Je ne le\npense pas. Mais certainement cela suffira pour le faire regretter. Cette\npoignée de fines cendres blanches très pures sous lesquelles, en les\nremuant un peu, on trouvera vif, malgré la mort, le feu d'une âme\nchaude et ardente, en apprendront plus long sur l'âme du poète que\ntoutes les tentatives de psychologie. Je parle des cendres ! Est-ce bien\nla comparaison juste? Sans la mort, tombée tout à coup comme un\nfroid glacial sur ces vingt et un ans en flamme, on ne songerait pas à\nce parallèle triste. L'œuvre de Jules Bastin, s'il était possible d'écarter\nla subite intervention de l'Intruse, rappellerait plutôt la jonchée de\npétales sous des arbres en fleurs, dans des vergers de printemps. La\npoésie semble tomber de son âme fleurie comme les floraisons roses\ndes pêchers. C'est une magnifique espérance d'été et d'automne.\nChaque jour de ce printemps d'âme est plus doux, plus beau; on passe\nde la timidité du bourgeon clos au bourgeon entr'ouvert, de la promesse\nde fleur à la fleur; celle-ci donne sa couleur, puis son parfum, puis\ntoute sa joie. Le volume annoncé nous introduira dans cette première\nsaison de la vie de Jules Bastin. Dieu n'a pas permis que nous possé­\ndions davantage. « Les vers les plus beaux sont restés dans son âme. »\n   Ce mot douloureux est du poète lui-même.\n\n         Vous demandez à voir ces rimes envolées,\n         Ces oiseaux qui battaient de l'aile dans mon cœur,\n         Échos divins des chants d'amour sous les feuillêes,\n         Espoir et souvenir, allégresse et douleur.\n\n\n         Mais les vers les plus beaux sont restés dans mon âme ;\n         Les seuls chants qui soient vrais n'en sont jamais sortis ;\n         Enfermés en mon sein comme un amour de femme,\n         Quand ils sont près d'éclore ils sont anéantis.\n                                              (Louvain, 27 novembre 1891)\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                DÜRENDAL                             79\n\n  Voici, à présent, quelques-uns de ces oiseaux de rêve. Et de voir\nceux qui se sont envolés on sera sans doute plus triste encore de savoir\nque les plus beaux sont restés à jamais enfermés dans l'âme du poète...\n\n\n               LES PETITES VIEILLES\n             Geignantes et lasses, elles vont, les vieilles,\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n             Leurs faces ridées sont toutes pareilles,\n             Elles vont courbées un bâton en main.\n\n             Et leur long manteau les rendent plus vieilles\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n\n             Et leurs souvenances sont très incertaines,\n             Ce sont rêves bleus fanés de longtemps.\n             Allégresses vagues, choses très lointaines,\n             Songes très douteux des jours de printemps.\n\n             Et leurs songeries les rendent plus vieilles\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n\n             Leur âme très lasse, entrevoit, chercheuse,\n             D'indéfinissables et chères visions,\n             Leur pensée est lasse et très laborieuse,\n             Et faite de souvenirs sans précisions.\n\n             Et leurs remembrances les rendent plus vieilles\n             Les petites vieilles le long du chemin.\n\n             Mon cœur voit de même ses amours passées,\n             Indécises formes de rêves indécis.\n             Et mes sensations s'en vont très lassées,\n              Vers des femmes chères sans contours précis.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "80                                 DURENDAL\n\n\n               Geignantes et lasses, elles vont, les vieilles\n               Les petites vieilles le long du chemin.\n                                                        (Anvers 1894.)\n\n\n\n\n        RANCŒURS                                MENDIANTE\nLe printemps renaît et la vie              Le vieux porche éternellement\nSourit encore aux bois feuillus            Morose et gothique se dresse\nOù s'en irait, l'âme ravie,                Enauréolant sombrement\nS'aimer les beaux couples élus.            La mendiante qui paresse.\n\nCeux qui vivent de leur folie,             La neige couvre lentement\nEt des beaux rêves défendus;               Le vieux manteau de la pauvresse\nQui, dans un baiser qui les lie,           Qui demeure indéfiniment\nFont de doux serments éperdus.             Immobile dans sa détresse.\n\nMais combien, rivés à la peine              Elle se laisse ensevelir\nTraînent leur boulet et leur chaîne,        Sans même pousser un soupir\nRêvant d'impossibles bonheurs.              Sous un liceul blanc qui la glace.\n\nEt la félicité des autres                   Elle est pour le cœur angoissé\nFont de ceux-là d'âpres apôtres             Le spectre macabre et glacé\nDes désespoirs et des rancœurs.             De ceux que l'existence lasse.\n                             (Pâques.)                                   (Décembre.\n\n\n\n\n                                   SOIR.\n\n            Le jour meurt, le soir vient, les parfums agonisent,\n            Le grand hymne d'espoir du tout dernier moment,\n            Chante. De cierges blancs, les espaces s'irrisent,\n            Et voilà la chapelle ardente, immensément.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                  DURENDAL                                        81\n\n           Les champs sont morts, la vie est lasse, et la souffrance,\n           Après un long sanglot en espérant s'endort.\n           Le rêve règne, ainsi qu'un roi de délivrance :\n           C'est l'illusion douce et l'extase : la mort!\n\n           Le voile mortuaire est drapé sur le monde,\n           L'âme en fleur se dégage en songes irréels\n           Et la lune qui veille en cette paix profonde\n           A les douces clartés des jardins éternels.\n\n           C'est la chapelle ardente et ses lueurs de cierges,\n           Les hymnes reposants, qu'ont dit pour les défunts.\n           Le requiem du prêtre et le chant pur des vierges\n           Et l'âme qui s'en va sur l'aile des parfums.\n                                                     (Avril 1894.)\n\n\n\n\n                     AMOURS VIERGES\nJ'ai fait un songe d'amour vierge,      J'ai rêvé d'un amour gothique\nUn de ces songes que l'on a             Et d'une sainte d'autrefois,\nSous la pâle lueur des cierges          Qui, dans son allure ascétique,\nQuand vibre au cœur un hosanna.         Evoquerait les vieilles fois.\n\nC'était dans une cathédrale,            Elle aurait un geste suprême\nAux arceaux mystiques et noirs,         Qui me montrerait le chemin\nEt je rêvais d'un profil pâle           Qui me dirait : viens, car je t'aime!\nDessiné dans l'ombre des soirs.         En mettant sa main dans ma main.\n\nJ'étais seul dans la nef immense        Et me livrant tout à mon guide,\nAnéanti sous l'œil de Dieu;             Libre des doutes de jadis,\nSerait-ce extase ou bien démence        Je quitterais ce monde vide\nCette émotion du saint lieu ?           Pour les éternels paradis.\n                                                                     (Février.)\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "82                               DURENDAL\n\n\n\n\n                            DEPUIS LORS\n\n         Depuis lors, ô nature éternelle et féconde !\n         Vous n'avez pas changé vos radieux atours,\n         Vous avez été jeune et bonne à tout le monde,\n         Vous n'avez pas porté le deuil de mes amours.\n\n         Et le ciel s'est miré mystiquement dans l'onde,\n         Et l'herbe a reverdi dans le rythme des jours,\n         Et les bois ont encore leur majesté profonde,\n         Et les prés dénudés ont refleuri toujours.\n\n         Mais moi, depuis ces temps, je ne suis plus le même,\n         Et mon cœur a perdu son extase suprême\n         Et le charme très doux qui le faisait songer.\n\n          Mon rêve ne va plus comme autrefois, très aime\n          Vers un cher paradis d'amour tranquille et calme...\n          O nature, est-ce vrai que tout est mensonger?\n                                            (Wilryck, le 23 avril 1893.)\n\n\n\n                             GOELANDS\n     Les grands goélands                     Je les vois passer\n            Tout blancs,                     Et mon âme folle\n     Dans le ciel limpide,                   Dans le ciel s'envole.\n     Sur la mer sans ride,\n     S'en vont deux à deux                   Dans le ciel d'azur\n     Vers les lointains bleus.                         Si pur\n                                             Les neigeuses ailes\n     Ils rasent les ondes                    De ces hirondelles\n             Profondes                       Vont vers l'infini\n     Sans jamais cesser.                     Magique et béni.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                  DURENDAL                                    83\n\n    Du réel mon rêve                         Mon âme est remplie\n            M'enlève.                                Devie\n    Je suis ces oiseaux                      Et de vérité ;\n    Si grands et si beaux                    Dans l'immensité,\n    Dans leurs longs voyages                 Bienheureux mensonge!\n    Aux féeriques plages.                    Je me perds en songe.\n\n    Je crois au bonheur                      Les grands goëlands\n            Du cœur,                                Tout blancs,\n    Et loin de la terre                      Dans le ciel limpide\n    Tout plein de mystère                    Sur la mer sans ride,\n    Je les suis des yeux                     S'en vont deux à deux\n    Ces oiseaux des cieux.                   Vers les lointains bleus.\n                                                             (3 novembre 1891.)\n\n\n   Et les vers les plus beaux sont restés dans son âme !\n   Les lettres catholiques, la poésie particulièrement, ne sont pas si\nriches qu'il faille ne pas s'émouvoir de la disparition d'un poète parti\nà jamais avec son trésor. Jules Bastin possédait très évidemment le\nsens de la beauté; c'était de plus une belle âme tout imprégnée du\ncatholicisme, des vertus qu'il commande et auxquels il aide, et le mot\nd'Ophélie à Hamlet, — elle encore! — « Avec qui la beauté peut-elle\nmieux conserver qu'avec la vertu (1)? » ce mot, le poète dont la mort\nnous attriste, l'avait pris comme programme d'esthétique et comme\nrègle de vie. La mort est venue anéantir nos espérances en Jules\nBastin. Ce n'est pas lui qui perd, c'est nous.\n   Ménandre a dit quelque part cette belle parole : « Ceux que les\ndieux aiment meurent jeunes. »\n   Et voici comme il développe sa pensée :\n   « Le plus heureux, je le dis, ô Parménion, c'est l'homme qui, sans\nchagrins dans la vie, ayant contemplé ces beaux spectacles de la\nnature, le soleil, l'eau, les nuages, le feu, s'en est retourné bien vite\n (1) Hamlet, acte III, scène I.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "84                                DURENDAL\n\n\nd'où il est venu. Ces choses, qu'il vive cent ans ou un petit nombre\nd'années, il les verra toujours les mêmes, et il ne verra rien de plus\nbeau qu'elles. Regarde ce qu'on appelle le temps comme une foire\nétrangère, un lieu d'émigration pour les hommes : foule, marchés,\nvoleurs, lieux où l'on s'arrête. Si tu pars le premier ton voyage est le\nmeilleur; tu t'en vas avec ton argent et sans avoir d'ennemis... »\n   L'admirable catholique que fut Jules Bastin n'a point songé à s'en\naller de la vie en disciple du poète profane, « avec son argent »; son\nâme a plu au Seigneur, selon qu'il est écrit au Livre de la Sagesse, et il\na été consommé en peu de temps « consummatum in brevi explevit tempora\nmulta ».\n   Ce n'est pas lui qu'il convient de plaindre, c'est nous d'avoir perdu\nl'espoir et déjà la promesse d'un beau poète. Les nénuphars blancs\nrefleuriront à la saison prochaine, à l'endroit tranquille où Jules Bastin\ndisparut, mais nous autres nous gardons le deuil.\n                                                          POL DEMADE.\n   Nos lecteurs trouveront, encarté dans le présent numéro, un portrait de Jules\nBastin. Les œuvres du poète paraîtront le mois prochain, en un volume, chez\nl'éditeur Lacomblez.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                     DURENDAL                                         85\n\n\n\nSŒUR DE SAINT-VINCENT DE PAUL\n                                       A.   M. L'ABBÉ H .   MŒLLER.\n\n\nLes traits menus, avec de frais yeux gris de lin\nDont un sourire astral allume la prunelle,\nEt l'attrait d'une blonde enfance maternelle,\nC'est comme une vignette ancienne sur vélin.\n\nElle parle le doux langage cristallin\nDu pauvret dont la claire innocence est en elle,\nA force d'abriter sa candeur d'orphelin\nAu blanc de sa cornette ouverte comme une aile.\n\nAutour de son ovale on tresserait ces fleurs\nQu'en Flandre, le ciseau fervent des ciseleurs\nCréait au coin des vieux livres de liturgie.\n\nLe Moyen-Age en eût inspiré ses dessins,\nEt moi, le médailliste extasié des saints,\nJ'en garde avec amour la pieuse effigie.\n\n\n\n\n               CARMÉLITE\nTout en elle a le charme évocateur de lis\nDes vierges de missel aux paupières lassées,\nPlus frêles dans l'ampleur des robes à longs plis\nQue la palme qui tremble à leurs mains enlacées.\nSes yeux qu'un nuageux crépuscule a remplis,\nOn sent que le jardin des blanches trépassées,\nMiré sous leurs cils d'or et dans leurs bleus pâlis,\nEn fait les ostensoirs d'idéales pensées.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "86                        DURENDAL\n\n     L'ombre du voile noir va bien à ce profil\n     Que le pressentiment de la mort proche sculpte,\n     Et la bure à ce corps où l'âme n'a qu'un fil.\n     Et Dieu la nimbe au point qu'on lui rendrait le culte\n     Qu''agenouillé devant les églises du Rhin,\n     Rend aux saints des portails, le soir, le pèlerin.\n\n\n\n\n                   BÉNÉDICTINE\n                      (SŒUR    MARTHE)\n\n                                             A M.   THOMAS BRAUN.\n\n\n     — Tels ces anges que l'art des cantiques incline\n     Maigres et long vêtus dans les psautiers romains —\n     L'été, quand précurseur d'austères lendemains\n     Le soir endort le cloître au flanc de sa colline,\n     Elle a le front penché sur la harpe où ses mains\n     Tissent de transparents accords de mousseline\n     Que reprend cette nonne en noire capeline,\n     La fauvette en cellule au mur blanc de jasmins.\n     Et tandis qu'au ciel rose et couleur d'immortelle\n     Monte l'aérienne et féerique dentelle\n     Des menus sons brodés harmonieusement,\n\n     On croirait, tant ces mains d'albâtre sont fluettes,\n     Que deux camélias errent sur l'instrument,\n     Et que sœur Marthe est sœur des vieilles statuettes.\n                                               ERNEST       PÉRIER.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                    DURENDAL                                      87\n\n\n\n\n                      CHRISTUS\n            Symphonie mystique avec chœurs, de A D . SAMUEL\n                             (CONCERT YSAYE DU 2 AVRIL)\n\n\n\n\n                       VOICI une de ces œuvres à côté de laquelle la foule   ne passe\n                        pas indifférente. Son aspect étrange, un peu énigmatique,\n                        attire l'attention. On veut l'entendre; une première audition\n                        laisse dans l'âme un certain malaise; à travers une com­\n                        préhension obscure on entrevoit une œuvre supérieure.\n                        Cette impression se confirme à une seconde audition, et, à\n                        une troisième — sous la magistrale direction d'Ysaye — on\n                        est subjugué.\n   La difficulté qu'il y a à pénétrer dès l'abord en ce sanctuaire d'art provient en\npartie de ce qu'une moitié du Christus est écrite en symphonie à programme, genre\nun peu pénible parce que l'attention y est partagée entre le livret et la partition.\nLe drame lyrique, l'oratorio, la cantate et les formes de musique pure échappent à\ncet inconvénient. Aussi faut-il ici étudier d'avance la table thématique pour\nconnaître la signification poétique des motifs conducteurs et alors, à l'exécution,\nl'œuvre se déroule claire et belle.\n   La première partie débute par l'Annonciation, page simple et chaste, où l'épisode\nde l'apparition s'impose brillamment. L'Adoration des bergers et des mages semble\nmoins captivante malgré le beau motif des mages et l'admirable thème de l'adora­\ntion, l'un des plus importants de l'œuvre.\n   La deuxième partie (au désert de Juda) est d'un sentiment intérieur et pénétrant.\nCependant ici, comme dans la première partie, il vous reste un certain malaise :\nconstamment l'auteur finit et recommence; le souffle d'unité, qui devrait unir les\ndifférents éléments en un tableau d'ensemble, fait défaut, malgré le retour des\nmêmes thèmes. On a l'impression d'une succession de beaux fragments, mais non\ncelle d'un corps organique; et l'inspiration y est plus dans le détail que dans l'en­\nsemble. Ce défaut est moins sensible dans les trois parties suivantes :\n  Quelle impression que le début de la troisième partie! C'est le lac de Tibériade :\n      s\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "88                                   DURENDAL\n\nle mouvement rythmique des instruments à cordes dépeint à la fois les flots agités\nde l'onde et de la foule, tandis que la voix puissante de Dieu plane au-dessus du\ntumulte. Après vient la lutte contre les Pharisiens, page un peu réaliste, mais d'une\nbeauté originale. Mais quand arrive de loin le cortège qui accompagne Jésus vers\nJérusalem; quand les voix humaines, muettes jusqu'ici, surgissent ci et là chantant\nl'hosannah; quand ces voix, se rapprochant, s'unissent en un formidable ensemble;\nalors l'émotion vous empoigne et vous sentez passer le souffle du génie.\n   Dès lors vous êtes gagné. La quatrième partie, ce chef-d'œuvre qui décrit la\nPassion, vous remuera dès le début terrible (et trop humain, peut-être) où le Christ\nagonise sous le poids de nos péchés. Puis, quelle énergique concision en ce tableau\nde Jésus devant le peuple! La phrase si touchante du « tristis est anima EJUS » vous\nétreindra d'une suprême compassion; ensuite, entendant la montée au calvaire, où\nles basses boitent péniblement tandis que d'autres instruments pleurent les douleurs\ninfinies, votre âme sera saisie d'une réelle contrition!... Et quelle cruauté brutale\ndans la scène du crucifiement!...\n   L'auteur a ajouté, comme épilogue à la vie du Christ, une cinquième partie :\nAdvenu regnum Dei. Cette partie, contrairement aux précédentes, est surtout\nchorale. Au début repassent doucement à l'orchestre des souvenirs de la passion.\nLes chœurs sont très beaux et bien traités, mais un peu filandreux, répétant souvent\nles mêmes paroles. Le plus beau passage est le chœur : « Et erit in die Ma... spiritus\nest Deus », etc., jusqu'à la phrase des basses : « Hoc est prœcepium meum. » Il y a là\nune grande inspiration. L'amen est tout simple, presque liturgique, et cette sim­\nplicité est d'un effet profond.\n   Christus est donc une haute œuvre d'art, et d'autant plus haute qu'elle est\npénétrée d'un sincère sentiment religieux. A certains endroits, la note humaine\nperce trop : par exemple, le poignant début de la quatrième partie n'a rien de\nmystique; tandis que le sentiment religieux s'exalte au sublime dans l'entrée à\nJérusalem, la montée au calvaire, la phrase incomparable du Tristis et le chœur\nSpiritus est Deus.\n   Peut-être les deux premières parties eussent-elles gagné en intérêt si l'auteur y\navait joint la parole à la musique. Le rôle descriptif de la musique est trop général\net les multiples intentions poétiques lui donnent quelque chose de forcé et conven­\ntionnel. Mais la technique et l'orchestration sont absolument admirables. M. Samuel\nest un maître en découvertes de sonorités douces, puissantes, terrifiantes; si certains\nmotifs se répètent avec une persistance fatigante (quoique motivée), l'auteur sait\ntoujours en varier la couleur orchestrale.\n   Chose curieuse : Christus est la première œuvre de Samuel qui révèle du génie et\nqui ait la chance de vivre. Le génie vient parfois tard. Glück n'a trouvé sa voie que\nvers cinquante ans, et voici un artiste qui ne la trouve qu'au déclin de l'âge. -\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                      DURENDAL                                      89\n\n   Christus est, avec Franciscus, de Pinel, et Francesca, de Gilson, la plus importante\nœuvre musicale parue depuis dix ans en Belgique. Remarquons que, de ces trois\nœuvres, deux sont inspirées par une conviction chrétienne. C'est là un symptôme\nconsolant pour ceux qui, comme nous, aiment surtout l'art dans ses manifestations\nles plus élevées; car, comme dit Verlaine :\n                          Tout le reste est littérature!\n                                                             JOSEPH RYELANDT.\n    Samedi-Saint.\n\n\n\n\n                             AVRIL TRISTE\n\n        Aux premières blancheurs d'avril, quand les ramures\n        Bercent leur neige en fleur au fil de l'eau qui dort ;\n        Quand, au fond des grands bois pleins d'ombre et de murmures,\n        hes sources chantent clair comme des flûtes d'or;\n\n        Quand tout vibre ou palpite au creux des branches vertes\n        Et qu'on voit s'en-aller, dans le frais demi-jour,\n        Les heureux de vingt ans par les forêts couvertçs,\n        Oh! comme je les plains ceux qui souffrent d'amour!\n\n        Pour eux, tout est muet, froid, triste et solitaire;\n        Le soir qui tombe au jour qui se lève est pareil;\n        Le soleil et les fleurs ont beau dire et beau faire :\n        Ils ont droit de nier les fleurs et le soleil!\n\n        Car ce n'est pas pour eux que s'ouvrent, sous les haies,\n        Les narcisses d'or frêle et les fins muguets blancs,\n        Et leur pauvre âme est sourde aux chants des brises gaies\n        Qui passent dans l'air bleu plein de parfums troublants.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "90                              DURENDAL\n\n\n     Qu'importe que la terre ait mis sa robe neuve\n     Et qu'est-ce que cela leur fait que tout soit vert ?\n     La vallée a, pour eux, des toilettes de veuve\n     Et l'avril leur paraît plus triste que l'hiver.\n\n     Les oiseaux leur font mal à rire ainsi, dans l'ombre,\n     Car c'est à deux qu'il faut écouter les oiseaux;\n     Et le plus frais ruisseau se trouble et semble sombre\n     S'il n'a sa double tête à mirer dans ses eaux.\n\n     Pauvres déshérités! dans les forêts prochaines\n     Où chante la douceur des musiques du soir,\n     Qu'importe que la mousse abonde au pied des chênes ?\n     Personne, à leur côté, ne doit venir s'asseoir!\n\n     Et tandis, qu'ils s'en vont, sous les branches fleuries,\n     Par les sentiers déserts et les coins isolés,\n     Les cloches, aux voix d'or, mêlant leurs sonneries,\n     Tintent, pour eux, le glas des beaux jours envolés\n\n     Des jours où ces chemins qu'avril baigne et décore\n     Avaient aussi, pour eux, des airs de paradis,\n     Sous les bons peupliers où l'on distingue encore\n     Les chiffres enlacés qu'ils gravèrent jadis !\n\n     Et, seuls, de monts en vaux, de taillis en clairières,\n     Egarés dans leur rêve, ils errent, pas à pas,\n     Cherchant dans les parfums, les chants et les lumières,\n     Comme un printemps perdu qu'ils ne retrouvent pas.\n                                                     ADOLPHE HARDY.\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                               DURENDAL                                                  91\n\n\n\n\n                         FLEURS MYSTIQUES\n\n\n\n\n              LES G I R O F L É E S\n                                                 Des petites croix d'or sur des crêtes\n                                               de mur au printemps.\n\n\n                  LA forêt morte ressuscite sous le baptême des brumes\n                    lumineuses, eau et soleil. Dans les plus épais fourrés\n                    éclatent, stellaires, les anémones; les crosses de fou­\n                    gères se déroulent ; les clochettes en grappes des\n                    muguets balancent et sèment leur âme argentine, non\n        en notes, mais en parfums.\n           La cathédrale, qui est une autre forêt, une forêt mystique,\n        a, de même, son printemps fleuri. Les divins vouloirs, dont\nle soleil-roi n'est qu'un vassal, ont été signifiés, en elle, par la souve­\nraine expression des rites. Le grand cierge crucifié de grains d'encens\na été allumé, un matin, plus puissant que le jeune soleil.\n   Les cloches endeuillées de silence, puis réveillées en à-coup, ont\neffaré les oiseaux des tours par un envol nouveau. Le Maître du prin­\ntemps, le créateur du soleil, a ressuscité, par lui, sa Forêt mystique.\n   Alors, aux crêtes des murs, parmi les pierres moussues et ornemen­\ntées, aux plis du manteau de la Vierge, sur les ailes angéliques, dans\nles couronnes des rois, apparaissent de petites croix d'or portées sur\nd'aériennes verdures.\n   Il en est de toutes proches sur les murs bas des parvis et des cime­\ntières. Elles sont pareilles, presque, aux fleurs de la prairie, sinon\nque le regard des corolles domine, à la fois, la Vie et la Mort, la route\nbanale et le chemin sacré. Si le vent souffle d'elles à nous, le parfum\ndes petites étoiles d'or, le baume oriental aux senteurs de girofle,\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "92                              DURENDAL\n\n\nd'aromates chauds, vivifiants, descendra comme une charité supérieure\nqui vient émouvoir d'une ivresse puissante et spirituelle. Là, on\ndistingue les tiges souvent tordues au pied par les volontés adverses\nde la pierre et du vent; les petites feuilles vaillantes et drues; creusées\nen lèvres, pour l'eau du ciel ; courbées en ailes pour l'air, céleste\naussi. Puis, c'est l'épanouissement en bouquets terminaux; les boutons,\nperles d'or rouge veloutées comme d'une onction opaline et les mul­\ntiples petites fleurs jaunes, où brûle l'âme du parfum : flamme de\nl'or, encens de la croix.\n   Déjà plus hautes, elles consacrent aux grandes statues, des parures\nfleuries de fines dentelles; dentelles d'or, d'or en croix. Elles projettent\nbientôt sur le ciel même leurs silhouettes légères et précises ; c'est un\nessor nombreux, complexe, processionnel. On dirait des âmes; les\nâmes innombrables qui pendant des siècles se sont exhalées en prières\ndans l'édifice consacré et dont le désir en fleurs, le désir victorieux du\ntemps et de la mort, fête de leurs chrétiennes croix d'or l'éternel\nprintemps mystique.\n   Leurs processions marchent dans le balancement des souffles violents\net doux. Très haut, parfois penchées en des poses d'oiseaux à qui les\nailes suppriment le vertige, elles cheminent recueillies par les mysté­\nrieuses routes des lignes de pierre dans l'immense monument. Routes\nque seul l'architecte connut bien et qui sont aussi diverses, multiples\net insoupçonnables que celles où marchent les âmes. L'Orient n'eut\njamais pareils stylites; les abîmes sur lesquels ils planent, les hauteurs\noù ils s'extasient et frémissent du soleil et du vent, évoquent les verti­\ngineuses envolées des ascètes. La semaille d'un tourbillon parmi\nl'architecture compliquée fut aussi étrangement cruelle et douce que\nles incompréhensibles vocations de la vie psychique, de toute vie en\nce monde.\n   D'en bas, âmes ou fleurs, toutes marquées du signe d'or, appa­\nraissent aussi paradoxalement ridicules et sublimes.\n   Fini le printemps pascal, les fleurs s'évanouissent dans les mar­\n brures de la pierre; mais leur mystère demeure, demeure et refleurira.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                      DURENDAL                                        93\n\nAu jour définitif, n'est-ce point la Cathédrale que Jean, l'apôtre sym­\nboliste, voit aller vers l'Epoux, en la parure royale que, si délicieuse­\nment, évoquent les petites croix d'or, sur des crêtes de murs, au\nprintemps.\n                                                                EDMOND JOLY.\n\n\n\n\n                 Roche Tarpéienne et Capitole\n\n  La Représentation proportionnelle, par CH. WOESTE. — La Société belge\nde Librairie nous ayant, par erreur, envoyé cette brochure politique, nous lui en\naccusons ici réception. Cette question n'est pas de la compétence de Durendal.\nDisons cependant qu'au point de vue littéraire, M. Woeste ne nous semble pas en\nprogrès. C'est toujours le jargon cher aux politiciens et dont nous citons, au hasard,\nces quelques exemples amusants :\n  « Des voix isolées méditent d'inscrire çà et là la Représentation proportionnelle\ndans le programme électoral. » (CH. WOESTE.)\n  « C'est qu'un homme peut être descendu bien bas dans l'abîme du vice et de la\nscélératesse, sans que néanmoins se soit éteinte en lui cette suprême étincelle\nd'honneur qui arrête le misérable sur le chemin du parjure. » (Le Bien Public.)\n  « Le tableau que vous avez fait, M. Jaurès, est chatoyant et plaît aux oreilles. »\n(LÉON SAY.)\n  M. Buffon prétend que le style c'est tout l'homme. Nous ne nous permettons pas\nde conclure.                                                              G.\n                                              *\n                                          *       *\n   L'abbé Bodson. Pensées. 2 vol. (Liége, CORMAUX, éditeur). — La pensée d'un\nhomme, c'est comme son esprit sublimé, comme l'extrait de son âme, me suis-je dit\nen entr'ouvant ces deux volumes. Et j'ai été désolé tout de suite qu'on se soit mis\nsi nombreux à recueillir la pensée de cette belle âme de l'abbé Bodson. Pensées\n« recueillies par sa famille et ses amis », dit le titre. On s'en aperçoit aussitôt! Dans\nun zèle que l'amitié explique, mais ne justifie pas, on nous a donné non seulement\nla pensée, cette cristallisation très pure de l'esprit, mais une infinité de phrases\nquelconques sans beauté sans originalité; on trouverait aisément à condenser les\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "94                                          DURENDAL\n\n\ndeux volumes en un seul en enlevant tous ces déchets; on pourrait, par la même\noccasion, faire disparaître les encombrantes introductions des deux préfaciers\nfrançais qui obstruent péniblement les abords du livre (Oh ! cette idée baroque d'aller\nà Paris et à Autun quémander des préfaces). Ces restrictions présentées, nous admi­\nrons absolument la noble pensée de cet homme d'élite qui pensa haut et profond et\nsut trouver, pour exprimer ce qu'il avait dans l'esprit et dans le cœur, des phrases à\nla fois douces et pénétrantes, calmes et fortes, enchanteresses et pourtant sévères\n   Que les lecteurs de cette revue lisent, par exemple, les pensées de l'abbé Bodson\nsur le Beau et ils seront charmés de cette ascension dans des régions très pures et\ntrès lumineuses. Nous en citons quelques-unes :\n   « L'idée luit dans les ténèbres, et parle dans le silence. — L'homme de bien est\nun artiste de l'ordre moral. Ses efforts font de son âme, à son insu, parce qu'il est\nhumble, un chef-d'œuvre que Dieu contemple. — Sortons de nous-même pour\nadmirer, mais rentrons-y pour produire. — Toute idée juste et digne de vivre apporte\nsa forme avec elle. — Le style est doué d'une telle puissance qu'il communique à\nl'erreur même le privilège de l'immortalité. — Beaucoup d'hommes croient penser\nqui ne sont que des rêveurs. »\n                                            *\n                                           * *\n   L a q u e s t i o n des H u m a n i t é s , par Jules Verest, de la Compagnie de Jésus\n(r vol. 3.50. Société belge de Librairie). — Nous sommes heureux de signaler, une\nfois de plus, ce mauvais livre à l'animadversion de nos contemporains (1). Le\nR. P. Verest est un réactionnaire têtu qui rêve le renforcement des vieilles humanités\ngreco-latines et refuse de faire aucune concession à ce qu'il appelle avec dédain\n« l'esprit utilitaire » de notre époque. C'est assez dire que nous sommes résolument\nson adversaire, nous qui appelons de tous nos vœux une révolution ou tout au moins\nune réforme radicale dans les Humanités. Le P. Verest, dans l'impossibilité où il se\ntrouve de soutenir son intransigeance par de bons motifs, se borne à en fournir de\nquelconques. Son argument favori est l'argument d'autorité. Vis-à-vis de ses adver­\nsaires son système est plus simple encore : il consiste à attribuer à ceux-ci des idées\nou des thèses qu'ils n'ont jamais soutenues et à se donner le facile plaisir d'une\nréfutation. Aussi le brave disciple d'Escobar peut-il s'attendre, après de tels exploits,\nà une belle volée de coups. M. Wouters, professeur au collège Saint-Rombaut, à\nMalines, a répondu vertement pour son compte (2). MM. Proost, Degive, s'annoncent.\nM. l'abbé Guillaume qui s'est fait la main sur l'échiné du R. P . Delaporte ne\ndemeurera pas en reste de vaillance. Le Révérend verra, je l'espère, s'opérer, sur\n\n     (1) Justice Sociale numéro du 22 mars.\n     (2) Un mot de réponse. (Malines, imprimerie Ryckmans. Prix : fr. 0.23.)\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                      DURENDAL                                         95\n\nson dos, la concentration de tous les bois verts de nos amis les réformistes. Nous\ncompterons les coups avec joie. Et peut-être cet entrain nous donnera-t-il l'idée d'y\naller aussi, tout au moins de notre chiquenaude littéraire. Les prétextes et surtout\nles bonnes raisons ne manquent pas. Nous en citerons une, entre cent autres.\n   Le P . Verest, qui n'a sans doute lu les œuvres de Jules Barbey d'Aurevilly que\ndans les études critiques de M. Jules Lemaître, c'est-à-dire par le titre, raille « le\nsingulier catholicisme » du grand romancier. Se fier à M. Lemaître pour juger du\ncatholicisme d'un écrivain ! Est-ce que le P . Vercst prendrait le critique des Débats\npour un père de l'Église, par hasard ?\n   Littérairement encore, je citerai du P . Verest ce mot cruel : « Un homme qu'on\nne taxera pas de sévérité pour notre siècle » écrit le perfide jésuite, page 307, et l'on\ns'attend à voir nommer M. Jules Lemaître; point du tout; l'homme ainsi défini c'est\ntout bonnement le P. Van Tricht. Je ne serais pas fâché de savoir comment « l'émi­\nnent conférencier » a pris le compliment.                                         P. D.\n                                                *\n                                              * *\n   La m é t r i q u e de V i c t o r H u g o par M. l'ABBÉ T H E Y S , préfet des humanités\nmodernes à l'Institut de La Louvière. — Vers l'époque de ma rhétorique, je faillis\nprovoquer, au collège de Courtrai, un mouvement insurrectionnel — oh! minuscule!\n— par une conférence, anodine d'ailleurs, sur Victor Hugo. Je vois encore un de\nmes anciens maîtres, feu M. Dehouck, brave homme, mais intransigeant comme une\ndouzaine d'Henri Rochefort, se lever et interrompre ma parlotte par cette phrase\nqui me fit, ce jour-là, l'effet d'un coup de foudre authentique : « De notre temps,\ndisait-il, quand on prononçait seulement le nom de Voltaire, tous les poings se\nlevaient, et aujourd'hui, qu'on a l'audace de prononcer devant vous l'éloge de\nVictor Hugo (ici une paire de regards terribles à mon adresse), vous osez applaudir. »\n   M. l'abbé Theys n'a pas eu de ces préjugés ridicules. Victor Hugo est un maître\nincontesté en poésie, un merveilleux artiste en rythmes, en rimes, en symphonie,\nen mélodie. Le présent livre, le meilleur et le plus complet qu'on ait écrit à\npropos de la métrique du grand poète, le prouve surabondamment, et nous ne\npouvons que féliciter l'auteur d'avoir publié cette étude qui fait autant d'honneur\nau poète qu'à son critique.\n                                                *\n                                              * *\n   La Chambre des r e p r é s e n t a n t s . — Biographies et portraits de nos députés,\nprécédés d'un Abrégé de notre histoire parlementaire. 1 vol. in-18 de 46S pages.\n[Société belge de Librairie, 16, rue Treurenberg, Bruxelles.) Prix : fr. 3 50. Édition\nde luxe 5 francs.\n   Œuvre des plus remarquables et à laquelle nos compatriotes feront certainement\nle gros succès qu'elle mérite. J e ne sais si vous êtes de mon avis, mais il me paraît\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "96                                  DURENDAL\n\nsouverainement intéressant de connaître la physionomie des hommes politiques qui\nnous gouvernent, dont les Annales nous rapportent les discours, et dont les journaux\ndiscutent chaque jour les faits et gestes. Nous connaissons des belges qui viennent\ndu fond de la province à Bruxelles pour assister à une séance du Parlement.\nDésormais inutile de se déranger. Le présent volume c'est la Chambre des\nreprésentants... chez soi.                                          P O L DEMADE.\n                                           *\n                                         * *\n  Au prochain numéro : À. MITHOUARD : L'Iris exaspéré. — G. MAILLART : Contes\nchimériques. — MAURICE MAETERLINCK : Le Trésor des humbles. — L'ABBÉ GAYRAUD :\nL'Antisémitisme de saint Thomas. — ROSSEL : La littérature française hors de France\n(Belgique). — RODOCANACHI : Renée de France. — Mgr PERRAUD : Eurythmie et Har-\nmonie.\n\n\n\n\n               MIROIR FART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nL    'EXIGUÏTÉ de notre  format nous a contraint, bien malgré nous, de supprimer,\n       dans la conférence de M. Hennebicq sur Villiers de l'Isle-Adam, plusieurs\npassages. Nos lecteurs trouveront la conférence complète dans les magnifiques tirés\nà part sur papier de Hollande et ornés d'un frontispice de Jean Delville, qui viennent\nde paraître chez notre excellent éditeur, M. Lyon-Claesen. Prix : 2 francs. On\nsouscrit aux bureaux de Durendal.\n                                          * *\n\nU    N certain abbé Charbonnel, de Paris, a fait, le 26 mars dernier, à la Libre\n      Esthétique, une conférence sur l'Art religieux et l'Art ecclésiastique. La\nrevue La Fédération artistique juge ainsi le conférencier :\n  « Il l'a faite en prêtre indiscipliné, d'une philosophie vague teintée de Taine et\nde Renan, d'une éloquence des plus quelconques... L'orateur procède des Don\nQuichotte de la chaire dont on connaît la violence monotone. Le penseur est\nsubmergé par le philanthropisme à la mode. L'artiste est nul... »\n                                            *\n                                          * *\n\nN    ous avons eu à enregistrer, le mois dernier, la mort de M. Francis Nautet.\n        C'est une perte réelle et très sensible pour les lettres belges.\n\n\n\n                                        ^\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": ""}, {"page_pdf": 115, "texte": ""}]}