{"numero_id": "ulb-durendal-1896-05-n5", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-001", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 97, "titre_corps": "Sœur Claire", "titre_sommaire": "Sœur Claire", "signature_source": "Ernest Périer", "ancre_debut": "Sœur Claire", "ancre_fin": "ERNEST PERIER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "S œ u r Claire\n                                                        A M\n       Fine et blanche à ravir un vieux chasublier\n       Avec sa coiffe ronde et son long tablier,\n       Sœur de la marguerite et de la libellule,\n       Sœur Claire, après la classe, entre dans sa cellule;\n       Puis, après un salut du regard à la Croix,\n       S'arrête, le corps droit dans sa robe aux plis droits,\n       A sa fenêtre où flotte un lambeau de soie rose,\n       Car c'est rude d'user ses yeux las sur la prose\n       Des livres fatigués plus de cent fois relus,\n       Et d'imposer silence aux chérubins joufflus,\n       Le petit doigt en l'air et la parole brève\n       Mais tout à coup sœur Claire incline comme en rêve\n       Sa tête archangélique aux corolles d'yeux bleus,\n       Car, tout en essuyant d'un coup de main frileux\n       La vitre où l'art brodeur de l'hiver entrelace\n       Son travail d'irréels chèvrefeuilles de glace,\n       Sœur Claire, avec des pleurs aux franges des cils blonds,\n       A songé que ces jours de neige sont bien longs\n       Pour les petits errants que le froid cingle en face;\n       Et tandis qu'au dehors, dans l'ombre où tout s'efface,\n       Enchemisés de blanc les peupliers se font\n       De grands gestes pensifs et résignés, au fond\n       Du jardin qu'on dirait ciselé dans du verre,\n       Avec, entre leurs fûts, le profil d'un Calvaire,\n       Sa lèvre se fleurit d'un Ave Maria\n       Pour le moineau-bohême et l'enfant-paria,\n       En quête d'une miette, en quête d'une croûte,\n       L'un aux marges des toits, l'autre sur la grand'route.\n                                                  ERNEST PÉRIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-002", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 98, "page_fin": 104, "titre_corps": "En attendant la troisième et définitive expulsion des vendeurs du Temple : Les Croque-Sous", "titre_sommaire": "Les Croque-Sous", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "EN ATTENDANT LA TROISIEME", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "EN ATTENDANT LA TROISIÈME ET DÉFINITIVE EXPULSION\n  DES VENDEURS DU TEMPLE. LES CROQUE-SOUS.\n\n                                                    A MES Asus DU CLERGÉ.\n\n\n                  JE ne suis pas haïssant; non, pas même du moi tant\n                    exécré de Pascal ; et pourtant, j'éprouve vis-à-vis\n                    de certaine espèce d'hommes, une aversion tellement\n                    invincible que je me suis toujours refusé à recon­\n                    naître en eux mes semblables. Ces bimanes odieux\n                    et fatals ce sont les croque-sous. Certes, je ne porte\n                    pas l'humanité entière dans mon cœur, mais enfin\non s'arrange pour éviter la rencontre de ses spécimens par trop désa­\ngréables. Avec un peu de bonne volonté on se gare des huissiers;\non n'appelle les médecins qu'à la dernière extrémité; quant aux\ncroque-morts, mon Dieu, c'est à peine si on les entrevoit à travers\nses larmes ; mais essayez donc d'éviter des gens vis-à-vis desquels le\ndroit d'asile aux pieds des autels n'existe pas, puisque c'est là juste­\nment qu'ils viennent vous relancer.\n   Cette aversion ne date pas d'aujourd'hui ! Déjà, de mes calmes souve­\nnirs d'enfance, je vois surgir la caricaturale silhouette d'un de ces vilains\ncroque-sous. Il s'appelait Stanislas Debuigne, de son vrai nom, mais\nil ne nous était connu que sous le sobriquet de « Vieux Debune », ou\nsous celui plus expressif et plus imagé de « Cronte Tête ». Debuigne\nétait chaissier de l'église de mon village, où on l'appelait vulgairement\nle « cache-chiens ». Ce type grotesque eût fait la joie de Balzac. Je\nle vois encore : de taille moyenne, mais rapetissé par la voussure de\nson dos, survenue avec les années ; la tête un peu inclinée sur l'épaule\ndroite, « cronte », comme on disait dans le patois de chez nous ; le\ncrâne garni à son sommet — si on peut appeler ça garni — d'une\nméchante perruque roussâtre qui laissait voir vers le cou quelques\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "                               DURENDAL                               99\n\nmêches authentiques, mais d'une autre teinte ; la face profondément\nzébrée de rides, le tout de la couleur douteuse des parchemins anciens ;\nle cou encerclé à triple tour dans une cravate de soie noire usée jus­\nqu'à la trame; les mains en palettes ou plutôt en pattes de taupe,\ntapies perpétuellement dans les manches de son habit rejointes et for­\nmant manchon, la droite dans sa manche gauche, la gauche dans sa\nmanche droite et avec cela toujours vêtu de drap noir épais, ancien,\nusé,-terni      Voilà pour le physique; le moral était à l'avenant.\n   Le vieux était la terreur des sans-le-sou. Son intransigeance notoire\nde chaissier rapace l'avait rendu redoutable aux grands comme aux\npetits. Malheur à qui ne possédait pas les deux centimes du tarif ! A\ncette constatation, le petit vieillard retrouvait soudain sa poigne de\ntrente ans et secouait énergiquement le téméraire de sa chaise, et on se\nle tenait pour dit. C'est dans la main de ce cerbère, ou plutôt dans\ncette patte puant le billon, que, pendant de longues années, le dimanche,\nje laissais timidement tomber, de ma blanche main d'enfant veinée\nde bleu, les deux centimes traditionnels ! Je n'ai jamais été secoué de\nma chaise comme quelques-uns de mes compagnons de messe ou de\nvêpres ; je crois même me souvenir que ce féroce bedeau m'honorait de\nson regard le plus aimable, je devrais dire le moins venimeux et\npourtant j'éprouve, en ce moment, quelque satisfaction à l'englober\ndans mon aversion générale pour ses pareils et à l'assurer, rétroactive­\nment, de ma plus parfaite antipathie.\n   Ma haine des croque-sous date de loin, comme on voit. Le temps\nne l'a pas tempérée. Sully-Prud'homme, le bon poète, a beau dire :\n\n         \"     J'ai compris qu'en ce monde où nous sommes,\n         Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;\n         Et, depuis ce temps-là, je les ai tous aimés ».\n\n  Non, décidément je fais une irréductible exception. Je confesserai\nmême, en toute humilité, que ma haine jamais éteinte reflambe de\ntemps en temps plus ardente.\n  En 1895, le jeudi saint — je suis atrocement précis, n'est-ce pas?—\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "100                            DURENDAL\n\n\nici, à Bruxelles, comme j'étais à prier dans notre magnifique cathé­\ndrale de Sainte-Gudule, par cette émotionnante après-midi de la\ngrande semaine, une main se tendit vers moi, au travers de ma prière\net réclamant le prix d'une chaise. Je sentis la colère s'allumer dans\nmon âme et quelque lueur pourprée de cet intérieur incendie dut\nvenir éclairer mon visage, car, au même moment, la voix douce et\nchère de celle qui priait à mes côtés m'implora        Le croque-sou à\nla main tendue, planté là devant moi, avait bien le plus gifflable\nvisage qu'on pût imaginer. C'en était véritablement provoquant ! Le\nclergé de Sainte-Gudule ferait œuvre évangélique en se gardant, à\npareil jour, de l'exhibition de tels spécimens de sa bedeaudaille. C'est\nexposer les catholiques à de trop violentes tentations. L'apparition du\nclaquable individu se superposa dans mon esprit aux scènes du Grand\nDrame, le recul séculaire fut en même temps si profond et d'un tra­\ngique si exact, que cet homme, dont la main tendue demandait deux\nsous, me parut être le même que celui qui venait de prononcer les\nmots épouvantables de la trahison : « Que voulez-vous me donner et\nje vous le livrerai ? » (Saint Mathieu, ch. XXVI, v. 15.) Et, ma foi,\nj'eus envie de répéter, en le modernisant un peu, le geste de Pierre\ndans le jardin de Gethsémani.\n    En rentrant chez moi, sur ce jour-là, je célébrai tout le long du\nchemin, l'expulsion des marchands du temple\n    Cette année encore, — le jeudi saint, — le croque-sous est venu tra­\nverser de son odieuse apparition le recueillement de ma prière.\n    Cette fois, résolu à fuir Sainte-Gudule pour ne pas me heurter à\n l'exécrable personnage dont il est parlé ci-dessus, je me suis réfugié\n dans les humbles églises des faubourgs en la compagnie du pauvre\n monde. Comme j'arrivais à l'église de la Chapelle, je remarquai,\n presque à l'entrée du sanctuaire, tapi derrière une colonne, l'affreux\n croque-sou, sous les traits d'une jeune femme en noir.\n    Je ne sais si vous avez suivi le manège de d'araignée blottie sous\n une feuille ou dans le trou d'un mur aux abords de sa toile et qui\n guette le passage de quelque insecte à travers ses filets. Le croque-\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "                                           DURENDAL                                       101\n\n\nsou femelle jouait à l'araignée. Quelque fidèle venait-il à se risquer\nsur une chaise, la chaissière, l'oeil au guet, le laissait s'installer et puis\nsoudain, fondait sur lui la griffe tendue\n   Je serais ravi qu'on accordât, l'an prochain, le jeudi saint justement,\nun congé qui permît aux croque-sous de fêter ce jour-là leur patron :\nIscariote-aux-Trente-Deniers.\n   La simple possibilité d'une fonction cléricale telle que celle du\ncroque-sou me paraît déjà monstrueuse. Quant à la circulation inces­\nsante autour du fidèle, pendant le sacrifice de la Messe, — ce renou­\nvellement du Calvaire, — de ce rapace errant, en quête de sa proie\naccoutumée de billon, je la juge attentatoire à la dignité du croyant\net à la majesté du christianisme. C'est une insulte, c'est un sacrilège !\n   Jésus-Christ a, par deux fois, chassé les marchands du temple.\n   Lors de la première expulsion, il dit à ces trafiquants, désignant\nleur marchandise :\n   — Emportez cela d'ici, et ne faites pas de la maison de mon Père\nune maison de trafic (1).\n   La deuxième expulsion fut accompagnée des mêmes paroles sévères\net menée à coups de cravache. Et je trouve, à ce propos, dans\nsaint Marc, ch. XI, v. 16, cette remarque intéressante :\n   Jésus ne souffrait pas que personne transportât d'objet par le\ntemple, ( Et non sinebat ut quisquam transfertet vas per templum.)\n    Une troisième et cette fois définitive expulsion serait vraiment\nurgente pour nous débarrasser des croque-sous, ces successeurs des\ntrafiquants cravachés par le Maître.\n    Le clergé, ou plutôt les fabriques, vous objectent — la belle objec­\ntion — les nécessités du culte, le besoin d'argent (2). Je ne nie pas ces\n exigences matérielles; je réprouve seulement l'emploi de tel répugnant\n moyen pour se procurer les ressources financières : le croque-sou. Il\n est injustifiable liturgiquement que, chaque fois que vous assistiez au\n saint Sacrifice de la Messe, la fabrique d'église, sous prétexte de\n\n  (1) Auferte ista hinc, et nolite facere domum Patris mei, domum         negotiationis\n  (2) Les fabriques les plus riches sont d'ordinaire les plus rapaces !\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "I02                                      DURENDAL\n\n\nfinances délabrées, mette à vos trousses, en plein recueillement de\nprière, une sorte d'huissier qui exige une certaine redevance pour la\nplace ou la chaise que vous occupez devant Dieu. C'est injusticiable et\nsupérieurement inconvenant. Donner licence de prier contre argent\ncomptant, quelle aberration !\n   A l'église, les places doivent être gratuites. Les Sacrements le sont\nbien! Conçoit-on ceci, par exemple : un pauvre vient de communier,\nil se relève, va s'agenouiller tout auprès et là, la tête dans les mains,\ns'abîme dans sa joie de croyant; survient le croque-sou — ces gens ne\nrespectent rien (i) ; — si le malheureux n'a pas de quoi payer la taxe\ndes chaises, il se voit contraint de battre en retraite vers le fond de\nl'église, trop heureux si on ne l'expulse pas du sanctuaire.\n   C'est sans doute à la suite d'une scène de ce genre que Léon Bloy\nécrivit cette parole amère :\n   « Il est sûr que les fabriques ne badinent pas avec le pauvre monde,\net Jésus lui-même, suivi du Sacré-Collège de ses douze Apôtres, serait\npromptement balayé par le bedeau, si cette compagnie s'en venait,\nguenilleuse et n'ayant pas de monnaie pour payer les chaises. Les\ndévotes riches et notables, qui font graver leurs noms sur leur prie-\nDieu capitonnés, ne souffriraient pas le voisinage d'un Sauveur lamen­\ntablement vêtu, qui voudrait assister en personne au sacrifice de son\npropre corps. Les toutous de ces dames seraient certainement expulsés\navec plus d'égards que ce Va-nu-pieds divin (2). »\n   J'ai entendu fredonner, dans une ville du Nord de la France, sur un\nmode triste, une chanson qui pourrait passer pour la complainte du\n Pauvre et dont je cite de souvenir ce refrain lamentable :\n                               Dans la maison de Dieu\n                               Hélas! mes bons amis,\n                               Il faut rester debout\n                               Quand on n a pas le sou.\n\n   (1) A Saint-Josse-ten-Noode, tout récemment, l'un d'entre eux est venu rôder autour de ma chaise\net me demander son argent une minute à peine après la réception de la sainte Eucharistie.\n   (2) Le Désespéré, p. 364.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "                              DURENDAL                              103\n\n   Dans une lettre pastorale, publiée cette année même et reproduite\npar le Monde (11 mars 1896), Mgr Turinaz, évêque de Nancy, écrivait :\n   « Nous voudrions, nos très chers frères, que, dans nos églises, les\nchaises ou les bancs fussent accordés gratuitement ou que, du moins,\nla rétribution exigée pour leur usage fût recueillie par des quêtes ou\ndes souscriptions volontaires. Mais des obstacles sérieux s'opposent, en\nce moment, à la réalisation de ce projet...\n   « Cependant, nous recommandons vivement à MM. les curés et aux\nconseils de fabrique de faire tout ce qui leur est possible pour réserver\naux pauvres et aux ouvriers qui ne peuvent sans difficulté payer la\nrétribution ordinaire, une place où des chaises et des bancs leur\nseront gratuitement accordés et où ils pourront assister commodément\naux offices et entendre les instructions. »\n   Joignant l'exemple au précepte, l'éminent prélat annonçait des\nmesures en ce sens :\n   « Dans une séance du conseil de fabrique de notre cathédrale, réuni\nsous notre présidence, il y a quelques semaines, il a été décidé que,\ndésormais, la place considérable qui s'étend, dans la grande nef, des\nbarrières établies près des avant-dernières colonnes jusqu'au fond de\nl'édifice serait destinée à ceux qui ne peuvent sans difficulté payer la\nrétribution des chaises et des bancs. Des chaises seront mises gratui­\ntement à leur disposition en nombre suffisant les jours de dimanches\nordinaires et en beaucoup plus grand nombre aux fêtes solennelles. »\n    Une note de la même lettre pastorale disait :\n    « A la cathédrale de Nancy, aucune rétribution de chaises n'est\ndemandée ni le dimanche, à la première messe, ni dans la semaine,\net c'est la règle générale dans toutes nos églises. »\n    Les mesures prises par Mgr Turinaz sont excellentes, mais insuffi­\nsantes. Non seulement les pauvres ne doivent pas être astreints à la\ntaxe des chaises, ni parqués tout au bout du temple, loin de l'autel,\n mais encore il faut supprimer comme choses inconvenantes et sacrilèges\n et le croque-sou et le mode actuel de taxation des fidèles à l'intérieur\n de nos églises, pendant les offices.\n    Si les fabriques, vu leur situation difficile, ne peuvent consentir\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "                                         DURENDAL\n104\n\nà abandonner cette source de revenus — et nous croyons qu'elles ne\nle peuvent pas, — qu'au moins elles cherchent un mode plus décent\nde battre monnaie. Nous sommes convaincus, du reste, qu'avec un\npeu de bonne volonté elles trouveraient ce moyen.\n   Les souscriptions volontaires, chez les paroissiens aisés ou riches, à\nraison, par exemple, d'un franc par tête et par année, permettraient,\nje pense, de renoncer définitivement aux tracasseries actuelles. Ces\nsouscriptions pourraient être recueillies le jour anniversaire de la\ndédicace de l'église.\n   Pourquoi, par exemple, n'introduirait-on pas l'usage de l'offrande\npar chaque fidèle aisé ou riche, à l'occasion de la première commu­\n nion, d'une chaise neuve et uniforme à l'église paroissiale?\n   Il existe vraisemblablement d'autres moyens encore. Que les lecteurs\nde cette revue, qui a l'honneur de compter parmi ses abonnés un assez\ngrand nombre d'écclésiastiques, s'ingénient à les trouver. Nous serons\nbien aise d'ouvrir nos colonnes à toute initiative en ce sens (1). Toute\nmesure sera excellente qui amènera la suppression de la race exécrable\ndes croque-sous !\n   Je sais bien que les artistes, en quête de binettes extraordinaires,\ndans le domaine du laid, y perdront. Nos croque-sous constituent,\nceci ne saurait être contesté, une galerie de portraits absolument\n extravagante. Il se rencontre, en effet, dans cette profession, des\ntypes tout à fait étonnants, et qui tenteraient de discréditer cette\nvieille croyance que Dieu a créé l'homme à son image !           La sup­\n pression de la fonction entraînera vraisemblablement la disparition du\n type. Nous en faisons notre deuil.\n   Il est à espérer, du reste, que le licenciement des croque-sous,\n obscurs légionnaires à la solde de Satan et qui menaient à sa suite\n campagne contre le recueillement et la prière, nous vaudra des com­\n pensations de la part de nos frères des neuf chœurs des Anges, en ado­\n ration muette et tranquille autour du Saint des Saints.\n                                                                        POL DEMADE.\n   ( I ) Toute mesure nouvelle s'inspirera de ces deux desiderata : elle ne peut être une vexation\npour le fidèle pauvre ; elle doit être conforme à l'esprit religieux.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-003", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 106, "titre_corps": "Littérature russe : Poésies de Pouchkine", "titre_sommaire": "La Littérature russe Pouchkine", "signature_source": "Pouchkine", "ancre_debut": "LITTERATURE RUSSE", "ancre_fin": "L. 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W A L L N E R .\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-004", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 109, "titre_corps": "Simple Spectateur", "titre_sommaire": "Simple Spectateur", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "SIMPLE SPECTATEUR", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES lignes précédentes étaient écrites", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "SIMPLE SPECTATEUR\n  J'écris ces lignes à propos de la publication d'une brochure de notre\nami F i r m i n Vandenbosch intitulée : Une cause littéraire. L a Jeune\nBelgique contre le Coq Rouge.\n   Je l'avoue, en toute franchise, la cause littéraire dont il s'agit m'in­\ntéresse sans me passionner. C'est pour moi un spectacle curieux que\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "                                 DURENDAL                                107\n\nje serais désolé d'avoir m a n q u é et auquel je suis ravi d'assister, parce\nqu'on ne saurait demeurer étranger aux hommes et aux choses de son\ntemps. Je me félicite de jouir de la scène en assez belle place et dans\nce commode fauteuil du dilettantisme.\n   Les lettres, à mon avis, constituent et constitueront toujours la plus\nmerveilleuse des Républiques et je suis pleinement rassuré sur l'irré-\nvisabilité de cette constitution-là. Je déclare, à priori, ne faire aucun\ncas des tentatives de dictature littéraire et des menées anarchiques\nqui se font contre elle.\n   E n réalité, dans la République des Lettres, nous nous accommodons\nfort bien de cette constitution dont les principes fondamentaux se\nréduisent à peu près aux suivants :\n   Liberté des idées;\n   Egalité des formes;\n   F r a t e r n i t é des idées et des formes.\n   Un tel régime me paraît merveilleusement favorable à l'éclosion et\nà l'épanouissement de la vie littéraire.\n   E n cette formule un peu vague tient toute loi suffisante. A ceux que\ntentent la dictature ou l'anarchisme, je signalerai l'échec manifeste de\ntoute législation ou plus étroite ou plus large.\n   T o u s les codes compliqués qu'on a tenté de substituer — quel que\nfût l'autorité de leurs auteurs — à la constitution très large dont nous\njouissons dans la République des Lettres ont été i m m é d i a t e m e n t\nabolis par des œuvres. Aussi tenons-nous les rhétoriques et les poétiques\npour inexistantes. Elles n'ont aucune valeur. Disons plus : tout chef-\nd'œuvre est un soufflet donné à ces prétendues règles.\n   L a preuve de l'inanité des prescriptions littéraires réside en cette\nconstatation : ceux qui ont eu l'héroïsme d'observer les recettes n'ont\nabouti qu'au néant. L'exemple de Boileau est assez probant.\n   Une autre preuve encore serait à tirer de l'impuissance presque\ngénérale des critiques. Les critiques qui se targuent d'exceller dans la\nconnaissance et l'application des règles littéraires, comme les magis­\ntrats excellent dans la connaissance et l'application des lois, sont les\neunuques ou les stériles de l'art.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "108                                DURENDAL\n\n\n   T o u t e s aussi vaines sont les formules d'art : l'art pour l'art, l'art\nsocial, l'art pour le beau, etc., etc.\n   Ernest Hello affirme que : « L a formule est absolument stérile en\nart. » Il a cent mille fois raison.\n   Demandez l'avis de ceux qui ont été des créateurs de chefs-d'œuvre.\nDemandez-leur leur recette, leurs règles, e t c . . Ils ne savent pas.\n   « Les hommes de génie — a dit Gœthe — ressemblent aux mères,\nqui ne savent pas comment elles s'y sont prises pour faire de magni­\nfiques enfants. »\n   « L ' h o m m e de génie, — parle encore E . H e l l o , — ne se donne pas\nla peine de violer les règles factices : il les oublie, voilà tout, et\nl'homme médiocre le trouve désordonné, parce que sa vue ne porte\npas jusqu'à la loi, sous l'empire de laquelle l'homme de génie s'est\nplacé. »\n   Cette loi n'est pas une formule, mais de la vie manifestée.\n   Cela dit, je prends la liberté d'être éclectique, et, pour emprunter les\ntermes mêmes de notre ami F . Vandenbosch, — en ce point je suis\nd'accord avec lui, — j'aime la beauté tout court, « qu'elle revête le\npeplum classique, le pourpoint romantique, l'armure parnassienne ou\nqu'elle s'enveloppe des écharpes de rêve du Symbolisme ».\n   Dans le programme de cette revue nous disions, mes amis et moi :\n   « Durendal sera éclectique sans restriction aucune. Nous serons\nattentifs à toutes les manifestations du Beau. Nos sympathies iront\ndonc aux sincères, aux vrais, où qu'ils soient, fussent-ils à cent mille\nlieues de nous. » (Janvier 1894.)\n   J e n'ai pas encore trouvé de bonnes raisons pour changer d'idée.\n   P r a t i q u e m e n t je déclare que j ' a i m e à la fois les belles pages de\nJ. de Maîstre et d'Ernest Hello, de V. H u g o et de Barbey d'Aurevilly,\nde Balzac et de Villiers de l'Isle-Adam, de Leconte de l'Isle et de\nVerlaine, de J.-M. de Heredia et de H . de Régnier, d'Albert Giraud\net d'E. Verhaeren, de Viellé-Griffin et d'Iwan Gilkin.\n  Notre catholicisme, — et en ceci je me sépare de mon ami Vanden­\nbosch, — est absolument désintéressé dans la présente querelle.\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "                                  DURENDAL                                   109\n\n   Nous avons eu, dans notre littérature catholique latine et grecque,\n— où est le temps ! — des Réalistes comme le naturalisme moderne\nn'en a peut-être jamais comptés, des Lyriques étourdissants, des Ana­\nlystes subtils, des Rhéteurs jongleurs de mots, des Décadents que\nMallarmé ne désavouerait pas et des Vers libristes, oui des Vers\nlibristes à donner des crises à Horace... s'il eût vécu. Les catholiques\nd'alors s'accommodèrent de tous ces systèmes et ils nous ont laissé, rien\nqu'en leur Latin mystique, des chefs-d'œuvre dont nous avons quelque\norgueil.\n   Alexandrin ou vers libre, que m'importe! Je demande des œuvres.\n\n                                          *\n                                                            POL DEMADE.\n                                      *       *\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-005", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 109, "page_fin": 110, "titre_corps": "Notes", "titre_sommaire": "Notes", "signature_source": "O. 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C'est ainsi que pendant\nde longues années, nous avons tous témoigné du plus profond dédain pour\nces lettrés du Ve et du VIe siècle, qui, rompant avec la langue de Cicéron\net le rythme de Virgile, entreprirent d'inaugurer un nouveau style, d'accré­\nditer une nouvelle prosodie, de créer une langue mystique, indépendante de\nl'idiome officiel!\n   » Et pourtant, de cette étrange poétique, et de cette grammaire bizarre n'en\njaillit pas moins la poésie des temps modernes : celle que l'Eglise devait\nadopter et qui éclata comme une fanfare dans le chœur de nos basiliques\nnaissantes         Tout ce travail, tous ces efforts des raffinés aboutissent à\nl'abandon des rythmes artificiels et à l'adoption du vocabulaire et des cantilènes\nchers au peuple. Tel est le dernier mot, telle est l'ultime étape de la révo­\nlution littéraire qui s'accomplit. Ce qu'on appelle la « décadence » n'est que\nle retour à la simplicité de la poétique populaire. C'est le latin populaire\n qui fait son entrée dans le monde moderne. Le latin académique sombre\n dans la tourmente où s'écroule tout le vieil organisme impérial. En vain,\n quelques gens de lettres veulent lutter contre le courant : Sidoine Apollinaire\n au Ve siècle, Boèce au VIe. Ils sont débordés de toutes parts et souvent\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 864, "texte": "110                                     DURENDAL\n\nentraînés eux-mêmes. Sauf quelques rhéteurs rétrogrades qui s'exercent mala­\ndroitement aux pastiches, poètes et prosateurs divorcent avec la période\ncicéronienne et méprisent les règles de Quintilien. Le plus grand esprit de son\nsiècle, le pape Grégoire le Grand, déclare hautement qu' « il se moque des\n» solécismes, des barbarismes, des hiatus, de toutes les règles relatives à\n» l'emploi des prépositions »\n   » Le latin savant, comme le français classique, avait tout pour lui, — et\nles honneurs officiels et la mode, et l'engouement du public select et la sym­\npathie des « gens de goût ». Mais un nouvel idiome et une nouvelle gram­\nmaire n'en finirent pas moins par triompher dans les relations sociales et\npar s'imposer aux littérateurs les plus entichés de Cicéron et de Virgile. »\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-006", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 110, "page_fin": 112, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole : À propos du journal d’Eugène Delacroix", "titre_sommaire": "A propos du Journal de Delacroix", "signature_source": "William Ritter", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "WILLIAM RITTER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 864, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n  A propos du j o u r n a l d ' E u g è n e D e l a c r o i x . — La librairie Plon et Nourrit,\nvient d'avoir l'honneur de publier en trois forts volumes l'admirable journal\nd'Eugène Delacroix, mis en ordre et patiemment annoté par Paul Flah. J'ai pensé\nque pour le public très spécial qui voudra bien me lire ici, il serait curieux d'extraire\nde ce beau livre l'opinion du grand artiste sur le catholicisme et les choses du\ncatholicisme.\n  Delacroix ne discute pas une minute la vie future ou l'existence d'un principe\nsupérieur à l'homme et le 12 octobre 1862, moins d'un an avant sa mort, on le voit\nécrire :\n  « Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui nous fait admirer le beau,\n» qui nous réjouit quand nous avons bien fait et nous console de ne pas partager le\n» bonheur du méchant. C'est lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes\n» de génie et qui les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des\n» hommes de vertu comme des hommes de génie ; les uns et les autres sont inspirés\n» et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai : il y aurait donc des natures\n» chez lesquelles l'inspiration divine n'agit point, qui commettent le crime froi-\n» dement, qui ne se réjouissent jamais à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc\n» des favoris de l'Être éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent,\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "                                       DURENDAL                                       111\n\n» s'attacher à ces grands cœurs ne les fait pas heureusement succomber dans leur\n» court passage : la vue des méchants comblés des dons de la fortune ne doit point\n» les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en voyant l'inquiétude, les terreurs\n» qui assiègent les êtres mauvais, leur rendent amère leurs prospérités. Ils assistent\n» souvent dès cette vie à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine\n» inspiration est une récompense suffisante : le désespoir des méchants traversés\n» dans leurs injustes jouissances est        »\n   Malheureusement ce beau sermon qu'aucune piété ne désavouerait demeure en\nsuspens coupé court dans le manuscrit. En revanche, le 21 février 1856, Delacroix\nrisque une hypothèse spiritualiste comme toujours sur le paradis de l'artiste à propos\nde la justice qu'il est rare de ne pas voir « rendue tôt ou tard aux grandes productions\n» de l'esprit humain dans tous les genres; ce serait, avec les persécutions dont la\n» vertu est presque toujours l'objet un argument de plus en faveur de l'immortalité\n» de l'âme. Il faut espérer que de si grands hommes méprisés ou persécutés de leur\n» vivant, trouveront une récompense qui les a fuis clans le terrestre séjour quand ils\n» seront parvenus dans une sphère où ils jouiront d'un bonheur dont nous n'avons\n» pas l'idée, mais auquel se mêlerait celui de voir, d'en haut, la justice que leur garde\n» la postérité ».\n   Dans le même ordre d'idées voici encore un passage bien caractéristique qui\nprouve le catholicisme foncier, quoi qu'il en puisse penser lui-même, de Delacroix.\nQuel est au reste l'artiste qui ne serait pas catholique! Le 29 août 1857 l'auteur du\njournal écrit :« Fait mes adieux à l'église de Plombières .. j'aime beaucoup les églises,\n» j'aime à y rester presque seul, à m'asseoir sur un banc et je reste là dans une\n» bonne rêverie... On en veut faire une neuve dans ce pays-ci. Si je reviens à\n» Plombières quand elle sera construite, je n'y entrerai pas souvent, c'est l'ancien-\n» neté qui les rend vénérables. Il semble qu'elles sont tapissées de tous les vœux que les\n » cœurs souffrants y ont exhalés vers le ciel. Qui peut les remplacer ces inscriptions, ces\n » ex-voto, ce pavé formé de pierres tumulaires effacées, ces autels, ces degrés usés\n » par les pas et les genoux des générations, qui ont souffert là et sur lesquelles\n » l'antique Église a murmuré les dernières prières? Bref je préfère la plus petite\n » église de village, comme le temps l'a faite à Saint-Ouen de Rouen restauré, à\n » Saint-Oûen si majestueux, si sombre, si sublime dans son obscurité d'autrefois, qui\n » est aujourd'hui tout brillant de ses grattages, de ses vitraux neufs, e t c . . »\n  En voilà plus qu'il n'en faut n'est-ce pas pour que nous ayons le droit de compter\ncet immense artiste parmi les nôtres. Ma démonstration autant qu'elle est possible\nest achevée, il me reste à soumettre un petit épisode aux réflexions casuistiques de\nnos corélégionnaires trop rigoristes.\n  Delacroix appelé à couvrir des fresques que l'on sait la chapelle des Saints-Anges\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "112                                   DURENDAL\n\nà Saint-Sulpice s'aperçoit qu'il n'y travaille jamais mieux que le dimanche à l'heure\ndes offices, tant l'atmosphère de prière, de l'encens, et les grandes voix de l'orgue\nfavorisent l'inspiration. Il travaille sans bruit, dérobé à tous les yeux par des\néchafaudages, il va sans dire et les fidèles ne s'aperçoivent de rien; il n'y a donc\naucun scandale possible. Mais les prêtres apprennent la chose et la lui interdisent\nformellement. Delacroix désolé fait valoir ses arguments au curé de Saint-Sulpice\nqui cède convaincu. Alors l'autorité supérieure intervient et défend plus formelle­\nment. Ainsi voilà un artiste dont le travail était une prière et que la prière inspirait,\nprivé de cette source d'inspiration de même qu'empêché de sanctifier à sa façon le\ndimanche (qu'autrement il ne sanctifiait il va sans dire plus du tout) et dans quel but?\nPour éviter le mauvais exemple? Mais il n'y en avait point! Le pauvre artiste note\ningénument le 3 août 1854 : « Le matin rendez-vous chez l'abbé Cognaut pour lui\n» demander de me laisser travailler le dimanche. Impossibilité, sur impossibilité.\n» L'Empereur, l'Impératrice, Monseigneur conspirent pour qu'un pauvre peintre\n» comme moi ne commette pas le sacrilège de donner cours, le dimanche comme les\n» autres jours, à des idées qu'il tire du cerveau pour glorifier le Seigneur; j'aimais\n» beaucoup à travailler de préférence le dimanche dans les églises : la musique des\n» offices m'exaltait beaucoup. J'ai beaucoup fait aussi à Saint-Denis du Saint-\n» Sacrement. » En revanche à la campagne, du moins dans nos pays, si le temps\nmenace, on permet d'achever une moisson, d'engranger le foin ou le blé. N'est-il\npas infiniment plus regrettable de perdre une idée de Delacroix que quelques sacs\nde farine..? Qu'eussent répondu Jules II et Léon X?\n   Il faut absolument lire ce journal de Delacroix, si plein de faits, si riche en idées\npersonnelles et d'une si savante critique. Les Belges ont particulièrement lieu de s'y\nintéresser, vu les innombrables belles pages que le Maître consacre à leurs vieilles\nvilles, à Anvers, Bruxelles, Malines. Il y aurait bien un tiers au moins du volume\nrempli par le seul Rubens, si l'on réunissait toutes les méditations qu'il inspire à\nDelacroix.                                                     WILLIAM RITTER.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-007", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 115, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "t. — SAVARIT : Lettre sur l'éducation. — JACQUES PARMENTIER : Histoire de l'éducation en Angleterre.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 133, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 2374, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nU    N bien joli portrait de cet archi-fumiste de Stéphane Mallarmé dont tous nos\n      bons toqués littéraires sont férus :\n   « Un aimable homme, dont les habitudes vraiment maladives d'ironie laissent\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "                                      DURENDAL                                        113\n\nintactes la fine érudition et l'aimable courtoisie, qui, nourri de Hoffmann et de Foë,\npense en allemand, construit en anglais, et, par une plaisanterie suprême, nous fait\nl'honneur d'emprunter notre vocabulaire français. »\n   Comme c'est bien ça !\n                                              *\n                                            * *\n\nU     N jeune versificateur, — nous ne disons pas poète, — nous envoyait, l'autre\n       jour, de ses produits en y ajoutant cette note :\n   « Sans me flatter, je crois pouvoir affirmer que mes pièces ne déshonoreraient pas votre\nrevue. »\n   Ne déshonoreraient pas! Il ne manquerait plus que ça. Il ne suffit pas, cher Mon­\nsieur, de ne pas nous déshonorer : il faudrait même honorer un peu la revue. Or\nvous vous flattiez !\n   Sur notre refus d'insérer les vers en question, le jeune versificateur s'est fâché\ntout rouge — genus irritabile vatum. Afin d'édifier nos lecteurs sur notre refus et sur\nl'ire du rimeur, nous allons leur servir un quatrain et un sixain spécimens : le\npremier est emprunté à un Adieu aux Alpes, l'autre à une pièce intitulée : Je ne\npuis plus rire. Voici :\n                  « Que de fois, ô fontaine, arrêté sur ta rive\n                  Je prêtais à ton bruit une oreille attentive !\n                  Que de fois n'ai-je point dans tes limpides eaux\n                  Déposé les sueurs de mes nobles travaux ! »\n\n                 « Voici ce que je dis : le spectacle affligeant\n                 De la vertu qui fuit le vice triomphant,\n                 Me rend triste, abattu. La licence effrénée,\n                 A détruire tout ordre on la voit acharnée.\n                 Il n'y a plus de maître et plus d'autorité.\n                 Non, non, je ne pourrai retrouver ma gaîté. »\n\n   Sous le fallacieux prétexte que l'Adieu aux Alpes est imité du plus grand poète de\nl'Allemagne, et que « les deux poésies ont reçu les éloges de plusieurs professeurs\nde l'Université de Louvain » l'auteur nous somme, par lettre, d'admirer! Impos­\nsible, cher Monsieur. Mais ce que nous ferons très volontiers, à titre de compen­\nsation, c'est d'imprimer les éloges que vous dites avoir reçus pour ces deux poésies\n« de plusieurs professeurs de l'Université de Louvain », à condition cependant que\nnous puissions citer en toutes lettres les noms illustres de vos illustres admirateurs.\nNous espérons que vous relèverez le défi. A bientôt, donc.\n\n                                           *   *\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "114                                   DURENDAL\n\n\n\nU     N bon point à la Classe des Lettres, mais un seul. Quelqu'un de ces messieurs\n       de lettres qui passent un samedi par mois à faire de la politique à propos\nde littérature ou de la littérature à propos de politique, — on n'a jamais su au juste,\n— a prononcé ces paroles sensées à propos de la présentation du beau livre de\nM. l'abbé Thys sur la métrique de Victor Hugo (avril 1896) :\n     Il se fait que trop souvent on ne tire pas assez parti des chefs-d'œuvre des\ncontemporains; il semble vraiment que certains génies doivent être morts de cent ou\ndeux cents ans pour être sacrés, et qu'il faille, à eux aussi, appliquer le mot célèbre :\nmajor e longinquo reverentia. Il y a à cela plusieurs causes, elles expliquent ces délais\nsans les justifier. Chacun conviendra qu'il y a des avantages considérables à ne pas\nignorer les formes du beau littéraire qui sont en harmonie avec notre temps. Certes,\nil existe une esthétique immuable, fondée sur la nature des choses, mais elle ne\ns'est pas tout entière révélée à une époque; et, de plus, à côté d'elle, il faut donner\nune place (secondaire, qui en doute?), à certains procédés contingents, qu'on qualifie\nun peu dédaigneusement du nom de modes, mais que, précisément pour cela, on ne\npeut méconnaître sans être démodé.\n   Victor Hugo, malgré ses défauts et ses fautes, a été, quoi qu'on en ait dit, pro­\ngressiste et initiateur : c'est un maître. »\n   A part le « Il y a « », ce n'est vraiment pas mal dit... pour un académicien!\n                                           *\n                                          * *\n\nL    E Journal des Gens de lettres, le même qui nous lança, l'an dernier, ses plus\n       vilains adjectifs parce que nous avions fait d'un livre catholique, dont l'auteur\nlui déplaisait, un éloge chaleureux, publiait ces jours-ci, à propos d'un volume\npornographique, un dithyrambe dans lequel on lisait : « Puisse l'éclatant succès d'un\ntel livre fendre, comme d'un rais de soleil, les brumes où tant de jeunes écrivains\nfalots vagissent, agenouillés devant des princesses pâles, oh ! que pâles ! »\n   Voici d'ailleurs sur l'œuvre l'avis de M. Fr. Coppée qui n'est pas bégueule :\n     Aphrodite est un beau livre, mais un livre très impur... un livre à interdire à\nbeaucoup de lecteurs à cause de son caractère licencieux. »\n   Qu'en pense M. l'abbé Thys qui fait partie de la rédaction de la dite revue ?\n                                         *\n                                       * *\n\nL   A famille et les amis de M. Jules Bastin, viennent de publier, chez l'éditeur\n     Lacomblez, sous le titre de Songeries intimes, un recueil des meilleurs vers du\njeune poète enlevé si tragiquement aux lettres belges. Ce volume tiré à un petit\nnombre d'exemplaires et destiné à quelques intimes est précédé d'une étude remar­\nquable signé A. D., deux initiales que nous espérons retrouver encore, mais moins\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "                                    DURENDAL                                     115\n\ntimides, souhaitons-le. Ajoutons que l'édition est délicieusement illustrée de deux\ndessins de Jules Pollet et de Maria Marcotte et qu'elle fait le plus grand honneur à\nl'excellent éditeur, M. P . Lacomblez.\n                                           *\n                                          * *\n\nL    E Temps qui passe pour le plus sérieux et le mieux rédigé des journaux de France\n       publie, dans un article sur le Congrès ouvrier de Winterthur, cette phrase\nmerveilleuse :\n   « Le peuple suisse aime à donner des coups de sonde dans sa vieille histoire, à\npalper le lien de continuité qui l'unit à ses anciennes racines et à ne tolérer aucune\ninterruption entre le sillage de son passé et le sillon de son avenir. »\n   Nous serions ravi d'avoir une photographie de la Suisse « au moment où elle\npalpe le lien de continuité qui l'unit à ses anciennes racines ». Ce doit être une\ntransition-chef-d'œuvre que celle qui ne tolère aucune interruption entre un sillage\net un sillon !\n                                            *\n                                          * *\n\nU     N jour qu'il consultait, à propos d'une dyspepsie, le très eminent spécialiste\n       Albert Robin, Barbey d'Aurevilly, pour expliquer son prosaïque mal, trouva\nces très nobles paroles :\n   — Je me sens métamorphosé 'péniblement, Monsieur, en boîte de Pandore!\nIapyx est en moi, et je détiens les cavernes d'Éole!\n   Un peu grandiloquente, évidemment, la périphrase, mais bien commode pour\ndésigner, sans trop de répugnance, un phénomène de fermentation interne!\n                                            *\n                                          * *\n   Au prochain numéro : A. MITHOUARD : Poésies. — G. MAILLART : Contes chimé-\nriques. — MAURICE MAETERLINCK : Le Trésor des humbles. — L'abbé GAYRAUD :\nL'Antisémitisme de siint Thomas. — ROSSEL : La Littérature française hors de France\n(Belgique). — RODOCANACHI : Renée de France. — Mgr PERRAUD : Eurythmie et\nharmonie. — Mme STRUMAN-PICARD : Aurore et couchant. — SAVARIT : Lettre sur\nl'éducation. — JACQUES PARMENTIER : Histoire de l'éducation en Angleterre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-05-n5-008", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 116, "titre_corps": "Verlaine, par Maurice Dullaert", "titre_sommaire": "Verlaine, par M. 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Dullaert a compris,\nmieux que personne, l'âme exceptionnelle du poète, et il nous en dit\nles vertus et les fautes, les côtés de lumière et les recoins d'ombre,\navec toutes les charités, mais aussi toutes les sévérités du lettré\nchrétien. Ajoutons, — était-ce nécessaire? — que l'étude est écrite\ndans ce style précis et précieux qui est la caractéristique du talent\nlittéraire de M. Maurice Dullaert. Avis aux catholiques qui aiment\nles belles choses.\n\n                                                                    DURENDAL.\n\n\n  (Nos lecteurs trouveront ci-joint un bulletin de souscription.)\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 116, "texte": "MAI   1896   (TROISIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": ""}, {"page_pdf": 118, "texte": "Mai 1896                                                           N°5\n\n\n\n\n                  S œ u r Claire\n                                                        A M\n       Fine et blanche à ravir un vieux chasublier\n       Avec sa coiffe ronde et son long tablier,\n       Sœur de la marguerite et de la libellule,\n       Sœur Claire, après la classe, entre dans sa cellule;\n       Puis, après un salut du regard à la Croix,\n       S'arrête, le corps droit dans sa robe aux plis droits,\n       A sa fenêtre où flotte un lambeau de soie rose,\n       Car c'est rude d'user ses yeux las sur la prose\n       Des livres fatigués plus de cent fois relus,\n       Et d'imposer silence aux chérubins joufflus,\n       Le petit doigt en l'air et la parole brève\n       Mais tout à coup sœur Claire incline comme en rêve\n       Sa tête archangélique aux corolles d'yeux bleus,\n       Car, tout en essuyant d'un coup de main frileux\n       La vitre où l'art brodeur de l'hiver entrelace\n       Son travail d'irréels chèvrefeuilles de glace,\n       Sœur Claire, avec des pleurs aux franges des cils blonds,\n       A songé que ces jours de neige sont bien longs\n       Pour les petits errants que le froid cingle en face;\n       Et tandis qu'au dehors, dans l'ombre où tout s'efface,\n       Enchemisés de blanc les peupliers se font\n       De grands gestes pensifs et résignés, au fond\n       Du jardin qu'on dirait ciselé dans du verre,\n       Avec, entre leurs fûts, le profil d'un Calvaire,\n       Sa lèvre se fleurit d'un Ave Maria\n       Pour le moineau-bohême et l'enfant-paria,\n       En quête d'une miette, en quête d'une croûte,\n       L'un aux marges des toits, l'autre sur la grand'route.\n                                                  ERNEST PÉRIER.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "98                              DURENDAL\n\n\n\n\n  EN ATTENDANT LA TROISIÈME ET DÉFINITIVE EXPULSION\n  DES VENDEURS DU TEMPLE. LES CROQUE-SOUS.\n\n                                                    A MES Asus DU CLERGÉ.\n\n\n                  JE ne suis pas haïssant; non, pas même du moi tant\n                    exécré de Pascal ; et pourtant, j'éprouve vis-à-vis\n                    de certaine espèce d'hommes, une aversion tellement\n                    invincible que je me suis toujours refusé à recon­\n                    naître en eux mes semblables. Ces bimanes odieux\n                    et fatals ce sont les croque-sous. Certes, je ne porte\n                    pas l'humanité entière dans mon cœur, mais enfin\non s'arrange pour éviter la rencontre de ses spécimens par trop désa­\ngréables. Avec un peu de bonne volonté on se gare des huissiers;\non n'appelle les médecins qu'à la dernière extrémité; quant aux\ncroque-morts, mon Dieu, c'est à peine si on les entrevoit à travers\nses larmes ; mais essayez donc d'éviter des gens vis-à-vis desquels le\ndroit d'asile aux pieds des autels n'existe pas, puisque c'est là juste­\nment qu'ils viennent vous relancer.\n   Cette aversion ne date pas d'aujourd'hui ! Déjà, de mes calmes souve­\nnirs d'enfance, je vois surgir la caricaturale silhouette d'un de ces vilains\ncroque-sous. Il s'appelait Stanislas Debuigne, de son vrai nom, mais\nil ne nous était connu que sous le sobriquet de « Vieux Debune », ou\nsous celui plus expressif et plus imagé de « Cronte Tête ». Debuigne\nétait chaissier de l'église de mon village, où on l'appelait vulgairement\nle « cache-chiens ». Ce type grotesque eût fait la joie de Balzac. Je\nle vois encore : de taille moyenne, mais rapetissé par la voussure de\nson dos, survenue avec les années ; la tête un peu inclinée sur l'épaule\ndroite, « cronte », comme on disait dans le patois de chez nous ; le\ncrâne garni à son sommet — si on peut appeler ça garni — d'une\nméchante perruque roussâtre qui laissait voir vers le cou quelques\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                               DURENDAL                               99\n\nmêches authentiques, mais d'une autre teinte ; la face profondément\nzébrée de rides, le tout de la couleur douteuse des parchemins anciens ;\nle cou encerclé à triple tour dans une cravate de soie noire usée jus­\nqu'à la trame; les mains en palettes ou plutôt en pattes de taupe,\ntapies perpétuellement dans les manches de son habit rejointes et for­\nmant manchon, la droite dans sa manche gauche, la gauche dans sa\nmanche droite et avec cela toujours vêtu de drap noir épais, ancien,\nusé,-terni      Voilà pour le physique; le moral était à l'avenant.\n   Le vieux était la terreur des sans-le-sou. Son intransigeance notoire\nde chaissier rapace l'avait rendu redoutable aux grands comme aux\npetits. Malheur à qui ne possédait pas les deux centimes du tarif ! A\ncette constatation, le petit vieillard retrouvait soudain sa poigne de\ntrente ans et secouait énergiquement le téméraire de sa chaise, et on se\nle tenait pour dit. C'est dans la main de ce cerbère, ou plutôt dans\ncette patte puant le billon, que, pendant de longues années, le dimanche,\nje laissais timidement tomber, de ma blanche main d'enfant veinée\nde bleu, les deux centimes traditionnels ! Je n'ai jamais été secoué de\nma chaise comme quelques-uns de mes compagnons de messe ou de\nvêpres ; je crois même me souvenir que ce féroce bedeau m'honorait de\nson regard le plus aimable, je devrais dire le moins venimeux et\npourtant j'éprouve, en ce moment, quelque satisfaction à l'englober\ndans mon aversion générale pour ses pareils et à l'assurer, rétroactive­\nment, de ma plus parfaite antipathie.\n   Ma haine des croque-sous date de loin, comme on voit. Le temps\nne l'a pas tempérée. Sully-Prud'homme, le bon poète, a beau dire :\n\n         \"     J'ai compris qu'en ce monde où nous sommes,\n         Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;\n         Et, depuis ce temps-là, je les ai tous aimés ».\n\n  Non, décidément je fais une irréductible exception. Je confesserai\nmême, en toute humilité, que ma haine jamais éteinte reflambe de\ntemps en temps plus ardente.\n  En 1895, le jeudi saint — je suis atrocement précis, n'est-ce pas?—\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "100                            DURENDAL\n\n\nici, à Bruxelles, comme j'étais à prier dans notre magnifique cathé­\ndrale de Sainte-Gudule, par cette émotionnante après-midi de la\ngrande semaine, une main se tendit vers moi, au travers de ma prière\net réclamant le prix d'une chaise. Je sentis la colère s'allumer dans\nmon âme et quelque lueur pourprée de cet intérieur incendie dut\nvenir éclairer mon visage, car, au même moment, la voix douce et\nchère de celle qui priait à mes côtés m'implora        Le croque-sou à\nla main tendue, planté là devant moi, avait bien le plus gifflable\nvisage qu'on pût imaginer. C'en était véritablement provoquant ! Le\nclergé de Sainte-Gudule ferait œuvre évangélique en se gardant, à\npareil jour, de l'exhibition de tels spécimens de sa bedeaudaille. C'est\nexposer les catholiques à de trop violentes tentations. L'apparition du\nclaquable individu se superposa dans mon esprit aux scènes du Grand\nDrame, le recul séculaire fut en même temps si profond et d'un tra­\ngique si exact, que cet homme, dont la main tendue demandait deux\nsous, me parut être le même que celui qui venait de prononcer les\nmots épouvantables de la trahison : « Que voulez-vous me donner et\nje vous le livrerai ? » (Saint Mathieu, ch. XXVI, v. 15.) Et, ma foi,\nj'eus envie de répéter, en le modernisant un peu, le geste de Pierre\ndans le jardin de Gethsémani.\n    En rentrant chez moi, sur ce jour-là, je célébrai tout le long du\nchemin, l'expulsion des marchands du temple\n    Cette année encore, — le jeudi saint, — le croque-sous est venu tra­\nverser de son odieuse apparition le recueillement de ma prière.\n    Cette fois, résolu à fuir Sainte-Gudule pour ne pas me heurter à\n l'exécrable personnage dont il est parlé ci-dessus, je me suis réfugié\n dans les humbles églises des faubourgs en la compagnie du pauvre\n monde. Comme j'arrivais à l'église de la Chapelle, je remarquai,\n presque à l'entrée du sanctuaire, tapi derrière une colonne, l'affreux\n croque-sou, sous les traits d'une jeune femme en noir.\n    Je ne sais si vous avez suivi le manège de d'araignée blottie sous\n une feuille ou dans le trou d'un mur aux abords de sa toile et qui\n guette le passage de quelque insecte à travers ses filets. Le croque-\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                           DURENDAL                                       101\n\n\nsou femelle jouait à l'araignée. Quelque fidèle venait-il à se risquer\nsur une chaise, la chaissière, l'oeil au guet, le laissait s'installer et puis\nsoudain, fondait sur lui la griffe tendue\n   Je serais ravi qu'on accordât, l'an prochain, le jeudi saint justement,\nun congé qui permît aux croque-sous de fêter ce jour-là leur patron :\nIscariote-aux-Trente-Deniers.\n   La simple possibilité d'une fonction cléricale telle que celle du\ncroque-sou me paraît déjà monstrueuse. Quant à la circulation inces­\nsante autour du fidèle, pendant le sacrifice de la Messe, — ce renou­\nvellement du Calvaire, — de ce rapace errant, en quête de sa proie\naccoutumée de billon, je la juge attentatoire à la dignité du croyant\net à la majesté du christianisme. C'est une insulte, c'est un sacrilège !\n   Jésus-Christ a, par deux fois, chassé les marchands du temple.\n   Lors de la première expulsion, il dit à ces trafiquants, désignant\nleur marchandise :\n   — Emportez cela d'ici, et ne faites pas de la maison de mon Père\nune maison de trafic (1).\n   La deuxième expulsion fut accompagnée des mêmes paroles sévères\net menée à coups de cravache. Et je trouve, à ce propos, dans\nsaint Marc, ch. XI, v. 16, cette remarque intéressante :\n   Jésus ne souffrait pas que personne transportât d'objet par le\ntemple, ( Et non sinebat ut quisquam transfertet vas per templum.)\n    Une troisième et cette fois définitive expulsion serait vraiment\nurgente pour nous débarrasser des croque-sous, ces successeurs des\ntrafiquants cravachés par le Maître.\n    Le clergé, ou plutôt les fabriques, vous objectent — la belle objec­\ntion — les nécessités du culte, le besoin d'argent (2). Je ne nie pas ces\n exigences matérielles; je réprouve seulement l'emploi de tel répugnant\n moyen pour se procurer les ressources financières : le croque-sou. Il\n est injustifiable liturgiquement que, chaque fois que vous assistiez au\n saint Sacrifice de la Messe, la fabrique d'église, sous prétexte de\n\n  (1) Auferte ista hinc, et nolite facere domum Patris mei, domum         negotiationis\n  (2) Les fabriques les plus riches sont d'ordinaire les plus rapaces !\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "I02                                      DURENDAL\n\n\nfinances délabrées, mette à vos trousses, en plein recueillement de\nprière, une sorte d'huissier qui exige une certaine redevance pour la\nplace ou la chaise que vous occupez devant Dieu. C'est injusticiable et\nsupérieurement inconvenant. Donner licence de prier contre argent\ncomptant, quelle aberration !\n   A l'église, les places doivent être gratuites. Les Sacrements le sont\nbien! Conçoit-on ceci, par exemple : un pauvre vient de communier,\nil se relève, va s'agenouiller tout auprès et là, la tête dans les mains,\ns'abîme dans sa joie de croyant; survient le croque-sou — ces gens ne\nrespectent rien (i) ; — si le malheureux n'a pas de quoi payer la taxe\ndes chaises, il se voit contraint de battre en retraite vers le fond de\nl'église, trop heureux si on ne l'expulse pas du sanctuaire.\n   C'est sans doute à la suite d'une scène de ce genre que Léon Bloy\nécrivit cette parole amère :\n   « Il est sûr que les fabriques ne badinent pas avec le pauvre monde,\net Jésus lui-même, suivi du Sacré-Collège de ses douze Apôtres, serait\npromptement balayé par le bedeau, si cette compagnie s'en venait,\nguenilleuse et n'ayant pas de monnaie pour payer les chaises. Les\ndévotes riches et notables, qui font graver leurs noms sur leur prie-\nDieu capitonnés, ne souffriraient pas le voisinage d'un Sauveur lamen­\ntablement vêtu, qui voudrait assister en personne au sacrifice de son\npropre corps. Les toutous de ces dames seraient certainement expulsés\navec plus d'égards que ce Va-nu-pieds divin (2). »\n   J'ai entendu fredonner, dans une ville du Nord de la France, sur un\nmode triste, une chanson qui pourrait passer pour la complainte du\n Pauvre et dont je cite de souvenir ce refrain lamentable :\n                               Dans la maison de Dieu\n                               Hélas! mes bons amis,\n                               Il faut rester debout\n                               Quand on n a pas le sou.\n\n   (1) A Saint-Josse-ten-Noode, tout récemment, l'un d'entre eux est venu rôder autour de ma chaise\net me demander son argent une minute à peine après la réception de la sainte Eucharistie.\n   (2) Le Désespéré, p. 364.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                              DURENDAL                              103\n\n   Dans une lettre pastorale, publiée cette année même et reproduite\npar le Monde (11 mars 1896), Mgr Turinaz, évêque de Nancy, écrivait :\n   « Nous voudrions, nos très chers frères, que, dans nos églises, les\nchaises ou les bancs fussent accordés gratuitement ou que, du moins,\nla rétribution exigée pour leur usage fût recueillie par des quêtes ou\ndes souscriptions volontaires. Mais des obstacles sérieux s'opposent, en\nce moment, à la réalisation de ce projet...\n   « Cependant, nous recommandons vivement à MM. les curés et aux\nconseils de fabrique de faire tout ce qui leur est possible pour réserver\naux pauvres et aux ouvriers qui ne peuvent sans difficulté payer la\nrétribution ordinaire, une place où des chaises et des bancs leur\nseront gratuitement accordés et où ils pourront assister commodément\naux offices et entendre les instructions. »\n   Joignant l'exemple au précepte, l'éminent prélat annonçait des\nmesures en ce sens :\n   « Dans une séance du conseil de fabrique de notre cathédrale, réuni\nsous notre présidence, il y a quelques semaines, il a été décidé que,\ndésormais, la place considérable qui s'étend, dans la grande nef, des\nbarrières établies près des avant-dernières colonnes jusqu'au fond de\nl'édifice serait destinée à ceux qui ne peuvent sans difficulté payer la\nrétribution des chaises et des bancs. Des chaises seront mises gratui­\ntement à leur disposition en nombre suffisant les jours de dimanches\nordinaires et en beaucoup plus grand nombre aux fêtes solennelles. »\n    Une note de la même lettre pastorale disait :\n    « A la cathédrale de Nancy, aucune rétribution de chaises n'est\ndemandée ni le dimanche, à la première messe, ni dans la semaine,\net c'est la règle générale dans toutes nos églises. »\n    Les mesures prises par Mgr Turinaz sont excellentes, mais insuffi­\nsantes. Non seulement les pauvres ne doivent pas être astreints à la\ntaxe des chaises, ni parqués tout au bout du temple, loin de l'autel,\n mais encore il faut supprimer comme choses inconvenantes et sacrilèges\n et le croque-sou et le mode actuel de taxation des fidèles à l'intérieur\n de nos églises, pendant les offices.\n    Si les fabriques, vu leur situation difficile, ne peuvent consentir\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "                                         DURENDAL\n104\n\nà abandonner cette source de revenus — et nous croyons qu'elles ne\nle peuvent pas, — qu'au moins elles cherchent un mode plus décent\nde battre monnaie. Nous sommes convaincus, du reste, qu'avec un\npeu de bonne volonté elles trouveraient ce moyen.\n   Les souscriptions volontaires, chez les paroissiens aisés ou riches, à\nraison, par exemple, d'un franc par tête et par année, permettraient,\nje pense, de renoncer définitivement aux tracasseries actuelles. Ces\nsouscriptions pourraient être recueillies le jour anniversaire de la\ndédicace de l'église.\n   Pourquoi, par exemple, n'introduirait-on pas l'usage de l'offrande\npar chaque fidèle aisé ou riche, à l'occasion de la première commu­\n nion, d'une chaise neuve et uniforme à l'église paroissiale?\n   Il existe vraisemblablement d'autres moyens encore. Que les lecteurs\nde cette revue, qui a l'honneur de compter parmi ses abonnés un assez\ngrand nombre d'écclésiastiques, s'ingénient à les trouver. Nous serons\nbien aise d'ouvrir nos colonnes à toute initiative en ce sens (1). Toute\nmesure sera excellente qui amènera la suppression de la race exécrable\ndes croque-sous !\n   Je sais bien que les artistes, en quête de binettes extraordinaires,\ndans le domaine du laid, y perdront. Nos croque-sous constituent,\nceci ne saurait être contesté, une galerie de portraits absolument\n extravagante. Il se rencontre, en effet, dans cette profession, des\ntypes tout à fait étonnants, et qui tenteraient de discréditer cette\nvieille croyance que Dieu a créé l'homme à son image !           La sup­\n pression de la fonction entraînera vraisemblablement la disparition du\n type. Nous en faisons notre deuil.\n   Il est à espérer, du reste, que le licenciement des croque-sous,\n obscurs légionnaires à la solde de Satan et qui menaient à sa suite\n campagne contre le recueillement et la prière, nous vaudra des com­\n pensations de la part de nos frères des neuf chœurs des Anges, en ado­\n ration muette et tranquille autour du Saint des Saints.\n                                                                        POL DEMADE.\n   ( I ) Toute mesure nouvelle s'inspirera de ces deux desiderata : elle ne peut être une vexation\npour le fidèle pauvre ; elle doit être conforme à l'esprit religieux.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                          DURENDAL                                   105\n\n\n\n\n           LITTÉRATURE RUSSE\n                             POÉSIES       DE   POUCHKINE          (I)\n\n\n\n\n                                LE P R O P H È T E\n    Tourmenté par la soif spirituelle, — j'errais dans le désert sombre, —\nlorsqu'un séraphin aux six ailes — m'apparut où les routes se croisent. —\nAvec des doigts, légers comme un songe, — il toucha mes prunelles : — Elles\ns'agrandirent toutes voyantes, — comme celles d'une aigle effrayée. — Il\ntoucha mes oreilles : — Elles furent remplies de bruit et de sons. — Et j'en-\ntendis le frémissement du ciel, — le vol élevé des anges, — la marche sous-\nmarine des monstres, — la germination du brin d'herbe dans la vallée. —\nEt il se baissa vers mes lèvres — et arracha ma langue pécheresse, — ma\n langue perfide et verbeuse, — et dans ma bouche meurtrie — il mit de sa\nmain ensanglantée — le dard du sage serpent. — Et il me fendit la poitrine\n avec, le glaive, — et arracha mon cœur palpitant, — et dans la plaie toute\n béante — il introduisit un charbon incandescent. — Comme un cadavre\nj'étais étendu sur le sol. — Et la voix de Dieu parla vers moi : — et Lève-toi,\n ô prophète, vois et écoute, — sois rempli de ma volonté, — et, visitant les\n mers et les terres, — avec ton verbe, brûle le cœur des humains. »\n\n\n\n                                         L'ANGE\n   Aux portes de l'Éden un ange tendre, — à la tête penchée, rayonnait, —\net le démon, sombre et révolté, — volait au-dessus de l'abîme de l'enfer. —\nL'esprit de négation, l'esprit de doute — contemplait cet esprit parfait — et,\nmalgré lui, vaguement il ressentait — la chaleur d'un attendrissement...\n\n  (1) Pouchkine, né le 26 mai 1799, mort le 27 janvier 1837, des suites d'un duel.\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "106                               DURENDAL\n\n\n— « Merci, dit-il, car je t'ai vu, — et tu ne luisais pas en vain pour moi :\n— Non, dans l'Univers, je n'ai pas tout détesté! — Non, je n'ai pas, dans\nle monde, méprisé tout ! »\n\n\n\n                              LE P O È T E\n   Aussi longtemps qu'Apollon — n'appelle pas le poète au sacrifice sacré,\n— dans les soucis du monde éphémère, — on le voit plongé très pusillanime,\n— sa sainte lyre est muette, — son âme goûte un froid sommeil, — et, parmi\nles enfants nuls de la terre, — peut-être est-il le plus nul.\n   Mais aussitôt que le verbe divin — pénètre son ouïe délicate, — son âme\ntout à coup se secoue — comme un aigle réveillé. — Il s'ennuie alors au sein\ndes distractions mondaines, indifférent au bavardage des gens, — et il n'incline\npas sa tête non plus — aux pieds de l'idole de la masse. — Sauvage et sévère,\nil s'enfuit, — plein de trouble et de chants, — vers les bords des ondes soli-\ntaires — ou vers des forêts aux murmures grandioses.\n                                         Traduit du russe par L. W A L L N E R .\n\n\n\n\n                  SIMPLE SPECTATEUR\n  J'écris ces lignes à propos de la publication d'une brochure de notre\nami F i r m i n Vandenbosch intitulée : Une cause littéraire. L a Jeune\nBelgique contre le Coq Rouge.\n   Je l'avoue, en toute franchise, la cause littéraire dont il s'agit m'in­\ntéresse sans me passionner. C'est pour moi un spectacle curieux que\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                 DURENDAL                                107\n\nje serais désolé d'avoir m a n q u é et auquel je suis ravi d'assister, parce\nqu'on ne saurait demeurer étranger aux hommes et aux choses de son\ntemps. Je me félicite de jouir de la scène en assez belle place et dans\nce commode fauteuil du dilettantisme.\n   Les lettres, à mon avis, constituent et constitueront toujours la plus\nmerveilleuse des Républiques et je suis pleinement rassuré sur l'irré-\nvisabilité de cette constitution-là. Je déclare, à priori, ne faire aucun\ncas des tentatives de dictature littéraire et des menées anarchiques\nqui se font contre elle.\n   E n réalité, dans la République des Lettres, nous nous accommodons\nfort bien de cette constitution dont les principes fondamentaux se\nréduisent à peu près aux suivants :\n   Liberté des idées;\n   Egalité des formes;\n   F r a t e r n i t é des idées et des formes.\n   Un tel régime me paraît merveilleusement favorable à l'éclosion et\nà l'épanouissement de la vie littéraire.\n   E n cette formule un peu vague tient toute loi suffisante. A ceux que\ntentent la dictature ou l'anarchisme, je signalerai l'échec manifeste de\ntoute législation ou plus étroite ou plus large.\n   T o u s les codes compliqués qu'on a tenté de substituer — quel que\nfût l'autorité de leurs auteurs — à la constitution très large dont nous\njouissons dans la République des Lettres ont été i m m é d i a t e m e n t\nabolis par des œuvres. Aussi tenons-nous les rhétoriques et les poétiques\npour inexistantes. Elles n'ont aucune valeur. Disons plus : tout chef-\nd'œuvre est un soufflet donné à ces prétendues règles.\n   L a preuve de l'inanité des prescriptions littéraires réside en cette\nconstatation : ceux qui ont eu l'héroïsme d'observer les recettes n'ont\nabouti qu'au néant. L'exemple de Boileau est assez probant.\n   Une autre preuve encore serait à tirer de l'impuissance presque\ngénérale des critiques. Les critiques qui se targuent d'exceller dans la\nconnaissance et l'application des règles littéraires, comme les magis­\ntrats excellent dans la connaissance et l'application des lois, sont les\neunuques ou les stériles de l'art.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "108                                DURENDAL\n\n\n   T o u t e s aussi vaines sont les formules d'art : l'art pour l'art, l'art\nsocial, l'art pour le beau, etc., etc.\n   Ernest Hello affirme que : « L a formule est absolument stérile en\nart. » Il a cent mille fois raison.\n   Demandez l'avis de ceux qui ont été des créateurs de chefs-d'œuvre.\nDemandez-leur leur recette, leurs règles, e t c . . Ils ne savent pas.\n   « Les hommes de génie — a dit Gœthe — ressemblent aux mères,\nqui ne savent pas comment elles s'y sont prises pour faire de magni­\nfiques enfants. »\n   « L ' h o m m e de génie, — parle encore E . H e l l o , — ne se donne pas\nla peine de violer les règles factices : il les oublie, voilà tout, et\nl'homme médiocre le trouve désordonné, parce que sa vue ne porte\npas jusqu'à la loi, sous l'empire de laquelle l'homme de génie s'est\nplacé. »\n   Cette loi n'est pas une formule, mais de la vie manifestée.\n   Cela dit, je prends la liberté d'être éclectique, et, pour emprunter les\ntermes mêmes de notre ami F . Vandenbosch, — en ce point je suis\nd'accord avec lui, — j'aime la beauté tout court, « qu'elle revête le\npeplum classique, le pourpoint romantique, l'armure parnassienne ou\nqu'elle s'enveloppe des écharpes de rêve du Symbolisme ».\n   Dans le programme de cette revue nous disions, mes amis et moi :\n   « Durendal sera éclectique sans restriction aucune. Nous serons\nattentifs à toutes les manifestations du Beau. Nos sympathies iront\ndonc aux sincères, aux vrais, où qu'ils soient, fussent-ils à cent mille\nlieues de nous. » (Janvier 1894.)\n   J e n'ai pas encore trouvé de bonnes raisons pour changer d'idée.\n   P r a t i q u e m e n t je déclare que j ' a i m e à la fois les belles pages de\nJ. de Maîstre et d'Ernest Hello, de V. H u g o et de Barbey d'Aurevilly,\nde Balzac et de Villiers de l'Isle-Adam, de Leconte de l'Isle et de\nVerlaine, de J.-M. de Heredia et de H . de Régnier, d'Albert Giraud\net d'E. Verhaeren, de Viellé-Griffin et d'Iwan Gilkin.\n  Notre catholicisme, — et en ceci je me sépare de mon ami Vanden­\nbosch, — est absolument désintéressé dans la présente querelle.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                  DURENDAL                                   109\n\n   Nous avons eu, dans notre littérature catholique latine et grecque,\n— où est le temps ! — des Réalistes comme le naturalisme moderne\nn'en a peut-être jamais comptés, des Lyriques étourdissants, des Ana­\nlystes subtils, des Rhéteurs jongleurs de mots, des Décadents que\nMallarmé ne désavouerait pas et des Vers libristes, oui des Vers\nlibristes à donner des crises à Horace... s'il eût vécu. Les catholiques\nd'alors s'accommodèrent de tous ces systèmes et ils nous ont laissé, rien\nqu'en leur Latin mystique, des chefs-d'œuvre dont nous avons quelque\norgueil.\n   Alexandrin ou vers libre, que m'importe! Je demande des œuvres.\n\n                                          *\n                                                            POL DEMADE.\n                                      *       *\n\nL    ES lignes précédentes étaient écrites quand nous est parvenu le Monde\n       (11 mai, article de M. O. Havard sur Le Poète Mithouard et la Poésie\nnouvelle) disant, entre autres curieuses paroles, celles-ci :\n   « La transition d'un cycle à un autre trouble les hommes pliés aux\nanciennes cultures. Aussi, qualifient-ils volontiers d' « âge de décadence »\nles époques où l'esprit humain brise ses vieux instruments et commence à\nbalbutier sur de nouveaux airs de nouvelles chansons. C'est ainsi que pendant\nde longues années, nous avons tous témoigné du plus profond dédain pour\nces lettrés du Ve et du VIe siècle, qui, rompant avec la langue de Cicéron\net le rythme de Virgile, entreprirent d'inaugurer un nouveau style, d'accré­\nditer une nouvelle prosodie, de créer une langue mystique, indépendante de\nl'idiome officiel!\n   » Et pourtant, de cette étrange poétique, et de cette grammaire bizarre n'en\njaillit pas moins la poésie des temps modernes : celle que l'Eglise devait\nadopter et qui éclata comme une fanfare dans le chœur de nos basiliques\nnaissantes         Tout ce travail, tous ces efforts des raffinés aboutissent à\nl'abandon des rythmes artificiels et à l'adoption du vocabulaire et des cantilènes\nchers au peuple. Tel est le dernier mot, telle est l'ultime étape de la révo­\nlution littéraire qui s'accomplit. Ce qu'on appelle la « décadence » n'est que\nle retour à la simplicité de la poétique populaire. C'est le latin populaire\n qui fait son entrée dans le monde moderne. Le latin académique sombre\n dans la tourmente où s'écroule tout le vieil organisme impérial. En vain,\n quelques gens de lettres veulent lutter contre le courant : Sidoine Apollinaire\n au Ve siècle, Boèce au VIe. Ils sont débordés de toutes parts et souvent\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "110                                     DURENDAL\n\nentraînés eux-mêmes. Sauf quelques rhéteurs rétrogrades qui s'exercent mala­\ndroitement aux pastiches, poètes et prosateurs divorcent avec la période\ncicéronienne et méprisent les règles de Quintilien. Le plus grand esprit de son\nsiècle, le pape Grégoire le Grand, déclare hautement qu' « il se moque des\n» solécismes, des barbarismes, des hiatus, de toutes les règles relatives à\n» l'emploi des prépositions »\n   » Le latin savant, comme le français classique, avait tout pour lui, — et\nles honneurs officiels et la mode, et l'engouement du public select et la sym­\npathie des « gens de goût ». Mais un nouvel idiome et une nouvelle gram­\nmaire n'en finirent pas moins par triompher dans les relations sociales et\npar s'imposer aux littérateurs les plus entichés de Cicéron et de Virgile. »\n\n\n\n\n                  Roche Tarpéienne et Capitole\n  A propos du j o u r n a l d ' E u g è n e D e l a c r o i x . — La librairie Plon et Nourrit,\nvient d'avoir l'honneur de publier en trois forts volumes l'admirable journal\nd'Eugène Delacroix, mis en ordre et patiemment annoté par Paul Flah. J'ai pensé\nque pour le public très spécial qui voudra bien me lire ici, il serait curieux d'extraire\nde ce beau livre l'opinion du grand artiste sur le catholicisme et les choses du\ncatholicisme.\n  Delacroix ne discute pas une minute la vie future ou l'existence d'un principe\nsupérieur à l'homme et le 12 octobre 1862, moins d'un an avant sa mort, on le voit\nécrire :\n  « Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui nous fait admirer le beau,\n» qui nous réjouit quand nous avons bien fait et nous console de ne pas partager le\n» bonheur du méchant. C'est lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes\n» de génie et qui les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des\n» hommes de vertu comme des hommes de génie ; les uns et les autres sont inspirés\n» et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai : il y aurait donc des natures\n» chez lesquelles l'inspiration divine n'agit point, qui commettent le crime froi-\n» dement, qui ne se réjouissent jamais à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc\n» des favoris de l'Être éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent,\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                       DURENDAL                                       111\n\n» s'attacher à ces grands cœurs ne les fait pas heureusement succomber dans leur\n» court passage : la vue des méchants comblés des dons de la fortune ne doit point\n» les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en voyant l'inquiétude, les terreurs\n» qui assiègent les êtres mauvais, leur rendent amère leurs prospérités. Ils assistent\n» souvent dès cette vie à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine\n» inspiration est une récompense suffisante : le désespoir des méchants traversés\n» dans leurs injustes jouissances est        »\n   Malheureusement ce beau sermon qu'aucune piété ne désavouerait demeure en\nsuspens coupé court dans le manuscrit. En revanche, le 21 février 1856, Delacroix\nrisque une hypothèse spiritualiste comme toujours sur le paradis de l'artiste à propos\nde la justice qu'il est rare de ne pas voir « rendue tôt ou tard aux grandes productions\n» de l'esprit humain dans tous les genres; ce serait, avec les persécutions dont la\n» vertu est presque toujours l'objet un argument de plus en faveur de l'immortalité\n» de l'âme. Il faut espérer que de si grands hommes méprisés ou persécutés de leur\n» vivant, trouveront une récompense qui les a fuis clans le terrestre séjour quand ils\n» seront parvenus dans une sphère où ils jouiront d'un bonheur dont nous n'avons\n» pas l'idée, mais auquel se mêlerait celui de voir, d'en haut, la justice que leur garde\n» la postérité ».\n   Dans le même ordre d'idées voici encore un passage bien caractéristique qui\nprouve le catholicisme foncier, quoi qu'il en puisse penser lui-même, de Delacroix.\nQuel est au reste l'artiste qui ne serait pas catholique! Le 29 août 1857 l'auteur du\njournal écrit :« Fait mes adieux à l'église de Plombières .. j'aime beaucoup les églises,\n» j'aime à y rester presque seul, à m'asseoir sur un banc et je reste là dans une\n» bonne rêverie... On en veut faire une neuve dans ce pays-ci. Si je reviens à\n» Plombières quand elle sera construite, je n'y entrerai pas souvent, c'est l'ancien-\n» neté qui les rend vénérables. Il semble qu'elles sont tapissées de tous les vœux que les\n » cœurs souffrants y ont exhalés vers le ciel. Qui peut les remplacer ces inscriptions, ces\n » ex-voto, ce pavé formé de pierres tumulaires effacées, ces autels, ces degrés usés\n » par les pas et les genoux des générations, qui ont souffert là et sur lesquelles\n » l'antique Église a murmuré les dernières prières? Bref je préfère la plus petite\n » église de village, comme le temps l'a faite à Saint-Ouen de Rouen restauré, à\n » Saint-Oûen si majestueux, si sombre, si sublime dans son obscurité d'autrefois, qui\n » est aujourd'hui tout brillant de ses grattages, de ses vitraux neufs, e t c . . »\n  En voilà plus qu'il n'en faut n'est-ce pas pour que nous ayons le droit de compter\ncet immense artiste parmi les nôtres. Ma démonstration autant qu'elle est possible\nest achevée, il me reste à soumettre un petit épisode aux réflexions casuistiques de\nnos corélégionnaires trop rigoristes.\n  Delacroix appelé à couvrir des fresques que l'on sait la chapelle des Saints-Anges\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "112                                   DURENDAL\n\nà Saint-Sulpice s'aperçoit qu'il n'y travaille jamais mieux que le dimanche à l'heure\ndes offices, tant l'atmosphère de prière, de l'encens, et les grandes voix de l'orgue\nfavorisent l'inspiration. Il travaille sans bruit, dérobé à tous les yeux par des\néchafaudages, il va sans dire et les fidèles ne s'aperçoivent de rien; il n'y a donc\naucun scandale possible. Mais les prêtres apprennent la chose et la lui interdisent\nformellement. Delacroix désolé fait valoir ses arguments au curé de Saint-Sulpice\nqui cède convaincu. Alors l'autorité supérieure intervient et défend plus formelle­\nment. Ainsi voilà un artiste dont le travail était une prière et que la prière inspirait,\nprivé de cette source d'inspiration de même qu'empêché de sanctifier à sa façon le\ndimanche (qu'autrement il ne sanctifiait il va sans dire plus du tout) et dans quel but?\nPour éviter le mauvais exemple? Mais il n'y en avait point! Le pauvre artiste note\ningénument le 3 août 1854 : « Le matin rendez-vous chez l'abbé Cognaut pour lui\n» demander de me laisser travailler le dimanche. Impossibilité, sur impossibilité.\n» L'Empereur, l'Impératrice, Monseigneur conspirent pour qu'un pauvre peintre\n» comme moi ne commette pas le sacrilège de donner cours, le dimanche comme les\n» autres jours, à des idées qu'il tire du cerveau pour glorifier le Seigneur; j'aimais\n» beaucoup à travailler de préférence le dimanche dans les églises : la musique des\n» offices m'exaltait beaucoup. J'ai beaucoup fait aussi à Saint-Denis du Saint-\n» Sacrement. » En revanche à la campagne, du moins dans nos pays, si le temps\nmenace, on permet d'achever une moisson, d'engranger le foin ou le blé. N'est-il\npas infiniment plus regrettable de perdre une idée de Delacroix que quelques sacs\nde farine..? Qu'eussent répondu Jules II et Léon X?\n   Il faut absolument lire ce journal de Delacroix, si plein de faits, si riche en idées\npersonnelles et d'une si savante critique. Les Belges ont particulièrement lieu de s'y\nintéresser, vu les innombrables belles pages que le Maître consacre à leurs vieilles\nvilles, à Anvers, Bruxelles, Malines. Il y aurait bien un tiers au moins du volume\nrempli par le seul Rubens, si l'on réunissait toutes les méditations qu'il inspire à\nDelacroix.                                                     WILLIAM RITTER.\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nU    N bien joli portrait de cet archi-fumiste de Stéphane Mallarmé dont tous nos\n      bons toqués littéraires sont férus :\n   « Un aimable homme, dont les habitudes vraiment maladives d'ironie laissent\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                      DURENDAL                                        113\n\nintactes la fine érudition et l'aimable courtoisie, qui, nourri de Hoffmann et de Foë,\npense en allemand, construit en anglais, et, par une plaisanterie suprême, nous fait\nl'honneur d'emprunter notre vocabulaire français. »\n   Comme c'est bien ça !\n                                              *\n                                            * *\n\nU     N jeune versificateur, — nous ne disons pas poète, — nous envoyait, l'autre\n       jour, de ses produits en y ajoutant cette note :\n   « Sans me flatter, je crois pouvoir affirmer que mes pièces ne déshonoreraient pas votre\nrevue. »\n   Ne déshonoreraient pas! Il ne manquerait plus que ça. Il ne suffit pas, cher Mon­\nsieur, de ne pas nous déshonorer : il faudrait même honorer un peu la revue. Or\nvous vous flattiez !\n   Sur notre refus d'insérer les vers en question, le jeune versificateur s'est fâché\ntout rouge — genus irritabile vatum. Afin d'édifier nos lecteurs sur notre refus et sur\nl'ire du rimeur, nous allons leur servir un quatrain et un sixain spécimens : le\npremier est emprunté à un Adieu aux Alpes, l'autre à une pièce intitulée : Je ne\npuis plus rire. Voici :\n                  « Que de fois, ô fontaine, arrêté sur ta rive\n                  Je prêtais à ton bruit une oreille attentive !\n                  Que de fois n'ai-je point dans tes limpides eaux\n                  Déposé les sueurs de mes nobles travaux ! »\n\n                 « Voici ce que je dis : le spectacle affligeant\n                 De la vertu qui fuit le vice triomphant,\n                 Me rend triste, abattu. La licence effrénée,\n                 A détruire tout ordre on la voit acharnée.\n                 Il n'y a plus de maître et plus d'autorité.\n                 Non, non, je ne pourrai retrouver ma gaîté. »\n\n   Sous le fallacieux prétexte que l'Adieu aux Alpes est imité du plus grand poète de\nl'Allemagne, et que « les deux poésies ont reçu les éloges de plusieurs professeurs\nde l'Université de Louvain » l'auteur nous somme, par lettre, d'admirer! Impos­\nsible, cher Monsieur. Mais ce que nous ferons très volontiers, à titre de compen­\nsation, c'est d'imprimer les éloges que vous dites avoir reçus pour ces deux poésies\n« de plusieurs professeurs de l'Université de Louvain », à condition cependant que\nnous puissions citer en toutes lettres les noms illustres de vos illustres admirateurs.\nNous espérons que vous relèverez le défi. A bientôt, donc.\n\n                                           *   *\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "114                                   DURENDAL\n\n\n\nU     N bon point à la Classe des Lettres, mais un seul. Quelqu'un de ces messieurs\n       de lettres qui passent un samedi par mois à faire de la politique à propos\nde littérature ou de la littérature à propos de politique, — on n'a jamais su au juste,\n— a prononcé ces paroles sensées à propos de la présentation du beau livre de\nM. l'abbé Thys sur la métrique de Victor Hugo (avril 1896) :\n     Il se fait que trop souvent on ne tire pas assez parti des chefs-d'œuvre des\ncontemporains; il semble vraiment que certains génies doivent être morts de cent ou\ndeux cents ans pour être sacrés, et qu'il faille, à eux aussi, appliquer le mot célèbre :\nmajor e longinquo reverentia. Il y a à cela plusieurs causes, elles expliquent ces délais\nsans les justifier. Chacun conviendra qu'il y a des avantages considérables à ne pas\nignorer les formes du beau littéraire qui sont en harmonie avec notre temps. Certes,\nil existe une esthétique immuable, fondée sur la nature des choses, mais elle ne\ns'est pas tout entière révélée à une époque; et, de plus, à côté d'elle, il faut donner\nune place (secondaire, qui en doute?), à certains procédés contingents, qu'on qualifie\nun peu dédaigneusement du nom de modes, mais que, précisément pour cela, on ne\npeut méconnaître sans être démodé.\n   Victor Hugo, malgré ses défauts et ses fautes, a été, quoi qu'on en ait dit, pro­\ngressiste et initiateur : c'est un maître. »\n   A part le « Il y a « », ce n'est vraiment pas mal dit... pour un académicien!\n                                           *\n                                          * *\n\nL    E Journal des Gens de lettres, le même qui nous lança, l'an dernier, ses plus\n       vilains adjectifs parce que nous avions fait d'un livre catholique, dont l'auteur\nlui déplaisait, un éloge chaleureux, publiait ces jours-ci, à propos d'un volume\npornographique, un dithyrambe dans lequel on lisait : « Puisse l'éclatant succès d'un\ntel livre fendre, comme d'un rais de soleil, les brumes où tant de jeunes écrivains\nfalots vagissent, agenouillés devant des princesses pâles, oh ! que pâles ! »\n   Voici d'ailleurs sur l'œuvre l'avis de M. Fr. Coppée qui n'est pas bégueule :\n     Aphrodite est un beau livre, mais un livre très impur... un livre à interdire à\nbeaucoup de lecteurs à cause de son caractère licencieux. »\n   Qu'en pense M. l'abbé Thys qui fait partie de la rédaction de la dite revue ?\n                                         *\n                                       * *\n\nL   A famille et les amis de M. Jules Bastin, viennent de publier, chez l'éditeur\n     Lacomblez, sous le titre de Songeries intimes, un recueil des meilleurs vers du\njeune poète enlevé si tragiquement aux lettres belges. Ce volume tiré à un petit\nnombre d'exemplaires et destiné à quelques intimes est précédé d'une étude remar­\nquable signé A. D., deux initiales que nous espérons retrouver encore, mais moins\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                    DURENDAL                                     115\n\ntimides, souhaitons-le. Ajoutons que l'édition est délicieusement illustrée de deux\ndessins de Jules Pollet et de Maria Marcotte et qu'elle fait le plus grand honneur à\nl'excellent éditeur, M. P . Lacomblez.\n                                           *\n                                          * *\n\nL    E Temps qui passe pour le plus sérieux et le mieux rédigé des journaux de France\n       publie, dans un article sur le Congrès ouvrier de Winterthur, cette phrase\nmerveilleuse :\n   « Le peuple suisse aime à donner des coups de sonde dans sa vieille histoire, à\npalper le lien de continuité qui l'unit à ses anciennes racines et à ne tolérer aucune\ninterruption entre le sillage de son passé et le sillon de son avenir. »\n   Nous serions ravi d'avoir une photographie de la Suisse « au moment où elle\npalpe le lien de continuité qui l'unit à ses anciennes racines ». Ce doit être une\ntransition-chef-d'œuvre que celle qui ne tolère aucune interruption entre un sillage\net un sillon !\n                                            *\n                                          * *\n\nU     N jour qu'il consultait, à propos d'une dyspepsie, le très eminent spécialiste\n       Albert Robin, Barbey d'Aurevilly, pour expliquer son prosaïque mal, trouva\nces très nobles paroles :\n   — Je me sens métamorphosé 'péniblement, Monsieur, en boîte de Pandore!\nIapyx est en moi, et je détiens les cavernes d'Éole!\n   Un peu grandiloquente, évidemment, la périphrase, mais bien commode pour\ndésigner, sans trop de répugnance, un phénomène de fermentation interne!\n                                            *\n                                          * *\n   Au prochain numéro : A. MITHOUARD : Poésies. — G. MAILLART : Contes chimé-\nriques. — MAURICE MAETERLINCK : Le Trésor des humbles. — L'abbé GAYRAUD :\nL'Antisémitisme de siint Thomas. — ROSSEL : La Littérature française hors de France\n(Belgique). — RODOCANACHI : Renée de France. — Mgr PERRAUD : Eurythmie et\nharmonie. — Mme STRUMAN-PICARD : Aurore et couchant. — SAVARIT : Lettre sur\nl'éducation. — JACQUES PARMENTIER : Histoire de l'éducation en Angleterre.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "116                                         DURENDAL\n\n\n\n\n  VERLAINE, PAR MAURICE DULLAERT\n\n  M. Maurice Dullaert, qui est un des meilleurs écrivains de notre\njeune école catholique, va faire paraître, dans quelques jours, un\nvolume sur le poète Paul Verlaine. Nous venons d'achever la lecture\nde cette œuvre et nous souhaitons et nous demandons que les catho­\nliques lui fassent le succès qu'elle mérite à tant de titres. Dans cette\nétude, l'auteur a tenté surtout l'histoire d'une âme. Et il a réussi.\nL'étude est poursuivie avec une sagacité et une probité merveilleuses\nau travers des œuvres si diverses de Verlaine. M. Dullaert a compris,\nmieux que personne, l'âme exceptionnelle du poète, et il nous en dit\nles vertus et les fautes, les côtés de lumière et les recoins d'ombre,\navec toutes les charités, mais aussi toutes les sévérités du lettré\nchrétien. Ajoutons, — était-ce nécessaire? — que l'étude est écrite\ndans ce style précis et précieux qui est la caractéristique du talent\nlittéraire de M. Maurice Dullaert. Avis aux catholiques qui aiment\nles belles choses.\n\n                                                                    DURENDAL.\n\n\n  (Nos lecteurs trouveront ci-joint un bulletin de souscription.)\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": ""}, {"page_pdf": 139, "texte": ""}]}