{"numero_id": "ulb-durendal-1896-06-n6", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1896-06-n6-001", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 124, "titre_corps": "Le Village", "titre_sommaire": "Le Village (sonnets)", "signature_source": "H. Pontière", "ancre_debut": "LE VILLAGE", "ancre_fin": "H. PONTIERE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EN PLEINE TERRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 142, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "LE VILLAGE\n                                       I\n                       CHOSES SACRÉES\n\n                    LA     CROIX      DU        CHEMIN\n            Voyageur au genou déjà raidi par l'âge\n            Ou qui suis le chemin d'un pied léger et prompt,\n            Garde-toi de jeter le mépris et l'affront\n            Au vieux christ qui bénit les abords du village.\n\n            Tu vas y rencontrer, peut-être, un attelage :\n            Celui qui veille au frein — l'éphèbe au vierge front —\n            Et l'homme aiguillonnant les bœufs, se signeront\n            Pour honorer le Dieu qui rend fort et soulage.\n\n            Sois sans haine, du moins, si tu ne fais comme eux.\n            Crois-moi : si, près d'atteindre au premier toit fumeux,\n            Ton humaine pitié n'a point été touchée ;\n\n            Si tu sens battre un cœur que ne remua pas\n            Le Fils de l'Homme en croix, à la tête penchée,\n            Tu viens te fourvoyer ; retourne sur tes pas!\n\n\n                                 L'ÉGLISE\n            Sur les vieux toits moussus, l'humble chapelle auguste\n            — Mère veillant sur ses petits insoucieux «—\n            Elève son cadran, ce grand œil curieux,\n            Toujours ouvert au front de son clocher vétusté.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "118                           DURENDAL\n\n\n      A son ombre, parfois, le fossoyeur incruste\n      Un cercueil de bois blanc aux tertres des aïeux.\n      — La croix où l'on peut lire un Hic jacet pieux\n      Alterne, au cimetière, avec la pierre fruste —\n\n      Mais un petit enfant, nouveau paroissien,\n      Au village a bientôt remplacé l'ancien,\n      Et l'on fait, sur son front, coider l'onde lustrale.\n\n      Ainsi l'église, à tous, donne, sans s'épuiser,\n      Après le flot sacré, la terre sépulcrale :\n      La première caresse et le dernier baiser!\n\n\n\n                            LE     PUITS\n      Le seau monte et descend dans le profond bassin,\n      Reprend, sans se lasser, sa course aventureuse.\n      La terre, au beau milieu du village, se creuse\n      Pour qu'il aille puiser le lait pur de son sein.\n\n      La fleur mûrit son miel et le livre à l'essaim :\n      Telle on voit se donner la source généreuse.\n      Du matin jusqu'au soir, en jupon ou vareuse,\n      Le villageois disert y commet son larcin.\n\n      L'été, si peu qu'il pleuve, et l'hiver, bien qu'il gèle,\n      De moment en moment, s'inonde la margelle\n      Où plus d'un Isaac trouve sa Rebecca.\n\n      Nul gosier altéré, pas un courtil inculte;\n      Car, grâce à toi, vieux puits, jamais l'eau ne manqua\n      Au village, où chacun t'a voué presque un culte!\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1026, "texte": "                       DURENDAL                         119\n\n\n\n\n                            II\n   LA MAISON ET LES H Ô T E S\n\n\n                     LES     VIEUX\nLes jours des deux époux s'en vont à leur déclin :\nElle pourra bientôt fêter son centenaire,\nEt lui put acclamer l'idole sanguinaire\nAu soleil d'Austerlitz comme au f eu du Kremlin!\n\nIls ont même teint mat, mêmes cheveux de lin\nCouronnant un visage honnête et débonnaire,\nOù les mêmes soucis de la vie ordinaire\nOnt tracé mêmes traits sur le même vélin!\n\nSi bien que, supputant déjà la récidive,\nQuand la Mort leur fera sa visite tardive\nPour emporter l'un d'eux et le rendre au limon;\n\nAprès avoir gravi les deux étroites marches,\nC'est aux seuls vêtements des jumeaux patriarches\nQu'elle pourra choisir Baucis ou Philémon!\n\n\n\n                    LE     BAHUT\n\nSur ses pieds lourds, fixés au sol comme des pieux,\nIl va porter bientôt son quarantième lustre;\nMais les tisons fumeux l'ont recouvert d'un lustre\nSi noir et si brillant qu'on le croirait moins vieux.\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1397, "texte": "120                          DURENDAL\n\n\n      Mets les fruits du travail dans ses flancs spacieux ;\n      Le détenteur est sûr sous ses dehors de rustre.\n      Va, maître du logis, ne crains pas qu'il te frustre\n      Celui qui sut garder les sueurs des aïeux.\n\n      Ah! S'il pouvait parler!... N'importe, qu'il se taise :\n      Tout montre assez, en lui, la parfaite synthèse\n      Des efforts que ta race entière a dépensés.\n\n      Du dernier né jusqu'au plus ancien patriarche,\n      Que de labeurs, au cours des deux siècles passés,\n      Pour fournir le bahut, clos effort comme une arche!\n\n\n\n                       LES       LANDIERS\n      Sitôt choisi — c'était vers dix-sept cent nouante,\n      Dans le livre sans tache, un rang fut assigné\n      Au nom du bisaïeul qui chauffe, résigné,\n      Les bras morts que le temps, sur son tronc de chêne, ente.\n\n      Son pentaïeul, à lui, connut l'édit de Nante;\n      Et, bien que, Dieu merci, sa souche ait provigné,\n      Ni lui, ni nul des siens depuis, n'ont for ligné :\n      La droiture en sa race est figée, immanente!\n\n      Sphinx rêveurs qui tendez, en toutes les saisons,\n      Vos reins de fer massifs, brûlés par les tisons,\n      Est-ce vous qui gardez si bien l'honneur antique ?\n\n      Pour que personne, ici, n'aille se fourvoyer,\n      Ne quittez donc jamais le poste hiératique\n      Confié par l'ancêtre aux lares du foyer.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "                       DURENDAL                          121\n\n\n\n\n                 LE      FAUTEUIL\n\nIl conte son veuvage à l'âtre solitaire,\nEn montrant ses bras nus et ses vieux coussins plats !\nL'aïeul qui vint quinze ans s'y reposer — hélas!\nDort tout près de l'église, à six pieds sous la terre!\n\nLa cloche, qui semblait ne plus vouloir se taire,\nVient d'achever là-haut le tintement du glas.\nTant que l'un des époux n'y choira point, trop las,\nVa-t-on abandonner le siège héréditaire ?\n\nDans la masure en deuil pénétrez dès demain :\nLes petits en auront fait un vrai nid humain,\nDe vie et d'espérance emplissant la chaumière!\n\nQuand, grâce au vent qui vient secouer la forêt,\nSous la mousse un vieux chêne abattu disparaît,\nLe jeune taillis prend sa place à la lumière!\n\n\n\n\n                   LES     BŒUFS\n\nQuel rêve peut germer dans vos têtes pensives,\nQuand, les muscles tendus, sous votre air nonchalant,\nSans craindre l'aiguillon, vous marchez à pas lent,\nAu timon jumelés par vos cornes passives?\n\nVous les laissez dormir, ces armes défensives,\nChaque fois qu'on vous met sous le joug insolent.\nSi le char maîtrisait son frein, en dévalant,\nIl se verrait dompté par vos croupes massives.\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "122                               DURENDAL\n\n\n      Jamais aucun régal, hormis le foin et l'eau;\n      Et votre poil bien ras est luisant : le bouleau\n      Ne fait pas mieux briller au soleil son écorce.\n\n      Nous aimons vos poitrails et vos fronts imposants,\n      Car, pareils à des dieux rustiques bienfaisants,\n      Vous avez la beauté, la douceur et la force.\n\n\n\n\n                                III\n\n                  LE PRINTEMPS\n\n                    PAQUES            FLEURIES\n\n      Dans cinq jours, tous seront, au temple réunis\n      Pour baiser le fragment de la Croix véritable.\n      On dépouille, aujourd'hui, devant le vieux retable,\n      L'enfant de chœur ployant sous les rameaux bénits.\n\n      Bientôt les martinets repeupleront leurs nids;\n      L'aïeul, dans la tonnelle, ira se mettre à table :\n      Le printemps va rouvrir, de sa main charitable,\n      La porte au détenu, la frontière aux bannis.\n\n      Comme un captif qui sent se relâcher ses chaînes,\n      Mais n'ose y croire encor, la sève des grands chênes\n      Reste sourde à l'appel du vent d'est radouci.\n\n      Tout semble attendre, enfin, de la bouche du prêtre,\n      Le mot du Christ qui vient à Simon d'apparaître,\n      Pour répondre et se joindre à son Resurrexi.\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "                        DURENDAL                           123\n\n\n\n\n                    PRAIRIAL\n\nMars, d'un manteau de neige habillant les ajoncs,\nNarguait les rayons d'or et les chaudes haleines.\nEt ces doux offensés, courant par monts et plaines,\nSe bornaient à sourire ou lui soufflaient : gageons.\n\nVentose est mort d'avoir vu s'ouvrir les bourgeons...\nLes hêtres sont feuillus, en fleurs les marjolaines...\nTout chante, court ou vole : oiseaux, enfants, phalènes.\n— La glace, dès longtemps, a fondu sous les joncs —\n\nPlus de grésil poussé par la bise coupante,\nTraquant le malheureux jusque dans sa soupente :\nLa brise, ouvrant l'huis fruste aux sauvages parfums...!\n\nUn jour, Dieu lancera l'édit révocatoire ;\nMais, avant de pleurer les vents tièdes défunts,\nLe soleil a six mois pour fêter sa victoire.\n\n\n\n\n                   LE      VERGER\n\nLes aïeuls vont, humant les parfums printaniers.\nL'arbre en fleurs vient frôler la tête tremblotante.\nQuelle neige, en blancheur, est la plus éclatante :\nLe grésil de leurs fronts ou celui des pruniers ?\n\nIls reviennent s'asseoir sous les grands marronniers.\nEt l'homme, qu'a repris sa pensée attristante,\nSe demande, la main sur sa jambe impotente,\nS'il pourra venir voir les fruits choir aux paniers.\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 927, "texte": "124                                       DURENDAL\n\n\n           Dans les branches, là-haut, se gazouille une églogue\n           Dont le nid a déjà préparé l'épilogue.\n           Eux aussi l'ont chanté, ce poème, à vingt ans !\n\n           C'est ainsi quà l'espoir la saison les convie;\n           Mais, ô dérision ! l'automne de la vie,\n           Pour l'un du moins, s'achève au milieu du printemps.\n                                                                      H.    PONTIÈRE.\n\n  P.-S. — M. H. Pontière a bien voulu nous donner la primeur des\nsonnets qu'on vient de lire et qui constituent la troisième partie d'un\nvolume intitulé Triptyque (1), qui paraît aujourd'hui même, à Paris,\nsous le patronage autorisé du maître sonnetiste José Maria de Hérédia.\nNous remercions le poète de l'honneur qu'il fait à Durendal et nous\nlui envoyons, par la même occasion, nos meilleures félicitations.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-06-n6-002", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 124, "page_fin": 126, "titre_corps": "En pleine Terre", "titre_sommaire": "En pleine Terre", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "EN PLEINE TERRE", "ancre_fin": "GEORGES VIRRES", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 927, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "EN PLEINE TERRE\n                                                                     Lummen, 1er Août 1895.\n\n  Le ciel est d'or et d'azur.\n  Le soleil de son immense baiser embrase les champs.\n  Bons tâcherons quittez les plaines enflammées.\n  Le travail, le saint travail, a rompu vos membres, la sueur de\nvos fronts doit être essuyée. Que vos corps se reposent!\n  Bons tâcherons quittez les plaines enflammées.\n                                                   *\n                                               *       *\n  Midi. Les voici tous autour de la grande table.\n  A la ferme.\n  (1) Le Triptyque   comporte trois parties : a) Le Paquebot; b) L'Épopée du fer; c) Le Village.\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "                              DURENDAL                             125\n\n   Les yeux dévorent avant les mâchoires les soupes grossières,\nles bouches s'emplissent à belles goulées.\n   La chambre basse fleure l'âcre odeur des corps échauffés. Les\ngouttes ruissellent le long des torses puissants, la transpiration\nles baigne et s'évapore; c'est un encens à la nature! Les regards\nbientôt deviennent vagues, les paupières s'abattent.\n   Alors se lèvent les travailleurs et dans la grange parmi l'or des\npailles, dans la poussière vermeille qui danse en un rayon de\nsoleil, voici se coucher les rustiques. Les uns sur le dos, la\nbouche ouverte, avec un bruit d'orgue soulevant leurs larges\npectoraux velus que découvre la chemise ouverte, d'autres le nez\ndans les fourrages sans un mouvement, comme si là tout à coup\nils étaient tombés, abattus. Un ancien sommeille debout, la tête\nseulement appuyée sur une batteuse. Vieux cheval aux membres\nraidis, courbaturé par le travail, qui ne saurait se relever une\nfois étendu par terre.\n   Le fumier, le purin, épandent par larges volées leurs senteurs\npénétrantes.\n   Tout repose à la ferme.\n   Seuls roucoulent les pigeons sur les toits écarlates.\n                                 *   *\n   Elle est auguste entre toutes cette heure-là.\n   Les champs maintenant dorment.\n   Le halèlement qui tantôt dominait les plaines s'est éteint.\n   Plus un homme. Rien que l'immensité muette. Les seigles\nengerbés, tels des faisceaux, s'alignent, avec leurs têtes poilues\nqui les casquent d'aigrettes grises. Les avoines combinent des\ncouleurs étranges, le vert éclatant côtoie le chrome de certaines tiges,\nles clochettes de teintes indécises, grises ou jaunes rougeâtres ou bien\nd'un vert apâli, tremblent doucement balancées en un rythme coloré\nétrange. Un carré parfait, ce trèfle touffu et sombre où chantent les\nfleurs roses. Ceci est un tapis indicible. Ton art est inouï, ô terre !\nLes lupins ondulent leurs vagues aurifères. Les sarrasins aux fleurs\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "I26                             DURENDAL\n\n\nlyliales... l'âme de ces fleurs pâles miroite, attirante... Blanches\nbéguines des campagnes, contemplatives et dévotieuses, elles prient\npour les blés orgueilleux, pour les avoines tintinnabulantes et frivoles,\npour les lins azurés mais troublants, et leur parole très douce bruit\npar la voix des abeilles qui recueillent leurs demandes et les portent\ndans un coup de brise vers l'infini !\n                                        *\n                                    *        *\n   L a nuit, la nuit est là.\n   L a nuit est là. Crois donc aux choses, mon frère. L a dorsale qui\ncourt boisée de sapins depuis l'est jusqu'au couchant, est bleue. Les\nmaisons claires se noient dans la brouée. L e paysage devient flou.\n   Sur un pré voisin traînent des écharpes de brouillard, à ras le sol.\n   Petit à petit le site s'efface et, ces deux teintes subsistent seules, le\nbleu des lointains et la vapeur blanche qui se condense sur les herbes.\nEncore quelques hirondelles. L e calme et la tristesse se dégagent de\ntout. L e silence, un silence mort cette fois. A grands coups d'ailes\ns'est échappé d'un chêne, un ramier. Sur le ciel indéfinissable, sans\naucune étoile jusqu'à présent, il décrit de grandes courbes et puis\nrevient au même arbre, celui-là que tantôt il quitta.\n   P a u v r e être humain qui cherche en de philosophiques pensées,\nun peu de grain pour ton esprit dépareillé, et puis ayant\npoursuivi dans un certain espace déterminé — ô d'avance —\nl'insaisissable, évidemment! tu reviens à ton point de départ :\nl'arbre du ramier.\n   Que nos âmes s'imprègnent donc des ambiances admirables.\n   O terre, maternelle et propice, ensorceleuse cependant, comment\nse peut-il que pour certains tu sois indifférente?\n                                        *•\n                                   *         *\n   Ils passent sur un fond embrasé, dans la magnificence des\ncouchers de lumière, les tâcherons glorieux.\n   Que notre pensée les suive.\n   E t qu'elle s'infiltre en nous, la poésie et la grandeur du terrien,\nl'homme-roi.                                      GEORGES V I R R È S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-06-n6-003", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 127, "titre_corps": "Chronique artistique : À l’Église", "titre_sommaire": "Chronique artistique. A l’Église", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "Coomans a cent mille fois raison", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 113, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE. -                 A L'ÉGLISE\n\n                                                     Dédié au clergé et aux fabriques\n                                                  d'église d'Anvers, Bruges, Gand, etc.\n\n  Une nouvelle qui réjouira tous les touristes. Le ministre de l'instruction publique\nd'Italie a prescrit que les objets d'art conservés dans les églises soient toujours\nlaissés à la vue du public, lorsque ces églises sont ouvertes. Depuis lors, les voiles\nqui parfois recouvraient les tableaux ont été enlevés et les sacristies ne ferment\nplus leurs portes.\n  On devrait \"bien prendre une pareille mesure chez nous, où les chefs-d'œuvre\nsont presque toujours voilés et paraissent être la propriété des sacristains.\n  « Pourquoi les chefs du culte permettent-ils cette exploitation que je demande la\npermission de qualifier d'inconvenante ? — écrivait Coomans, en 1863. Les églises\nles mieux dotées sont celles qui possèdent les meilleurs tableaux. Elles sont assez\nriches pour renoncer à la spéculation blâmée. Il n'y a que le soleil et l'humidité qui\ngâtent les tableaux. Les voiles sont inutiles. Le rideau est une spéculation toute\nmondaine et pas autre chose. Il n'y a que l'esprit de lucre qui ait inventé et\nmaintenu cette indécence. On a osé prélever un impôt exagéré, aristocratique dans\ndes lieux où l'égalité est prêchée, où elle règne avec la charité, et d'où le\nmercantilisme devrait être exclu. Tout est gratuit, tout doit l'être dans la maison\nde Dieu ! On montre pour rien, dans les églises, toutes sortes de choses sacrées et\nle bon Dieu lui-même ! Et on nous fait payer la vue d'un tableau ! Cela est-il\nlogique, cela est-il catholique ? »\n  Coomans a cent mille fois raison.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-06-n6-004", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 129, "titre_corps": "Petit Cours de littérature : Pierre de Ronsard et Pierre Corneille", "titre_sommaire": "Petit Cours de littérature. 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De ces ravages du Temps.\n\nLe Temps, aux plus belles choses,             Vous en avez qu'on adore :\nAime à faire cet affront :                    Mais ceux que vous méprisez\nIl saura fâner vos roses,                     Pourraient bien durer encore,\nComme il a ridé mon front.                    Quand ceux-là seront usés.\n\nLe même cours des planètes                    Chez cette race nouvelle,\nRègle nos jours et nos nuits :                Où j'aurai quelque crédit,\nOn m'a vu ce que vous êtes,                   Vous ne passerez pour belle\nVous serez ce que je suis.                    Qu'autant que je l'aurai dit.\n                                               PIERRE CORNEILLE        (1606-1684).\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-06-n6-005", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 132, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "E. 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Ah! elle a hésité, cette fois : il y a l'Académie; mais il faut une\nobscénité pour dépasser le centième mille, et M. Zola a inventé (inventé?) cette pos-\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "130                                        DURENDAL\n\nsession dans la mort, cet effort de Dario mourant vers Benedetta affolée, et cet élan\nde Benedetta vers Dario! Ah! entre les lys et l'admiration navrée d'un cardinal\ndevant cet outrage aux mœurs in extremis : il y a l'Académie ! Mais, tout de même,\nça n'est pas propre et ça tient de la place.\n   » Et Rome, c'est tout ça et ce n'est que cela. Ce n'est ni un roman, ni un livre à\nclé, ni une thèse, ni un livre d'art, ni une épopée, ni une élégie et ça veut faire sem­\nblant d'être à la fois tout cela. Ce n'est ni la Rome de Jules II, ni la Rome de\nMazini, ni la Rome de Rienzi, ni la Rome de Humbert et ça veut être à la fois\ntoutes ces Romes et la seule Rome! Et c'est un livre sans conclusion, qui laisse les\nlecteurs assommés.\n   » Hélas! hélas! M. Zola n'a pas voulu dominer son sujet; M. Zola a voulu plaire à\nson public et à tous les publics. M. Zola a chanté Saint-Pierre de Rome et a injurié\nles jésuites. Il a cru augmenter sa clientèle, étendre sa gloire. Hélas! hélas! Il a\nréussi seulement à faire le livre le moins sincère, le moins un, le moins « fait » qui\nsoit. Il faut dire le mot : c'est du chique.\n  » M. Zola n'y a mis que ses défauts, et ses défauts les plus gros. »\n                                               (Le Grand Journal, 5 mai 1896.)\n  Voici maintenant l'appréciation du croyant :\n  « A part quelques allusions plus ou moins polissonnes, le livre n'est pas ouver­\ntement immoral, comme telles autres productions de l'écrivain; on dit que la crainte\nde l'Académie fut ici le commencement de la sagesse; nous l'ignorons. Cependant\ncomme messieurs les académiciens sont en somme assez indulgents et que le public\nqui achète l'Assommoir, Nana, Pot-Bouille, la Terre et autres moralités du « maître »\na des goûts prononcés pour les ragoûts pimentés, l'auteur n'a pas oublié la scène\nqu'il n'eût pas fallu faire, scène si monstrueuse et d'une obscénité si révoltante\nqu'on ne saurait en donner une idée.\n   » En somme nous nous trouvons en présence d'un livre manqué. Depuis quelque\ntemps on disait M. Zola en décadence, mais il était permis d'en douter encore;\naprès avoir lu Rome, on n'en doutera plus; l'impression déjà produite par Lourdes\nn'a fait que se confirmer. Jadis, nous avions en M. Zola un artiste très inégal, mais\nnéanmoins un artiste et un artiste d'un talent vigoureux, aujourd'hui nous n'avons\nplus qu'un monsieur qui fait des livres,\n   « Pour gagner de l'argent.                                             L'abbé NAUDET. »\n                                                *    *\n   L ' I r i s e x a s p é r é , l e s I m p o s s i b l e s N o c e s , par Adrien MITHOUARD (Lemerre,\n Le Mercure de France). — J'ai lu, avec la plus vive curiosité, ces deux volumes de\n vers aux titres énigmatiques et j'en demeure tout chose. Ai-je fait un rêve, ou suis-je\n dans la réalité? J'ai parfois éprouvé ce sentiment après un sommeil hanté d'appa-\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "                                         DURENDAL                                           131\n\nritions mi-vaporeuses, mi-précises. La poésie de M. Adrien Mithouard m'a laissé\nl'impression d'un fantôme qui serait passé devant moi portant des fleurs, mais de\nvraies fleurs. J'en respire encore le parfum, les fleurs sont ici, bien réellement odo­\nrantes, mais effeuillées. Je m'explique : l'auteur de l'Iris exaspéré et des Impossibles\nNoces, est un poète symbolique d'une extrême ingéniosité, d'une habileté merveil­\nleuse; il se sert de ce double talent pour imaginer des fleurs rarissimes et les\nassembler en bouquets magiques qu'il nous apporte comme en un rêve... Malheu­\nreusement le charme dure peu et, le temps de lire ou d'entendre ses vers-fleurs, il\nne demeure, des vers, que quelques beaux éclats de style, autant dire des pétales de\nroses effeuillées.\n   M. Adrien Mithouard est, selon moi, poète de trop de puissance, de trop forte\nécriture surtout, pour réussir à élever, à maintenir, à faire durer les frêles construc­\ntions de symbolisme — et au fond j'en suis ravi, car je souhaite que ce catholique,\nqui est poète, ne s'attarde pas dans les puérilités d'un mode poétique (un mode qui\npourrait bien n'être qu'une mode), mais qu'il nous donne la joie de la grande poésie.\n\n                                               *\n                                                                           POL DEMADE.\n                                                    * *\n   H i s t o i r e de la l i t t é r a t u r e française h o r s F r a n c e , par VICTOR ROSSEL,\nParis, Schlachter : 8 francs.\n   La Belgique occupe une place fort honorable dans ce volume d'études sur les\nlittératures françaises de la Suisse, du Canada, de la Hollande, de l'Allemagne, de\nl'Angleterre, etc. Il est surtout intéressant, pour nous, de savoir comment on nous\njuge hors de chez nous. Malgré des lacunes qui tiennent à l'éloignement et à\nl'insuffisance relative de documentation, M. Victor Rossel a écrit, sur notre\nlittérature d'expression française, des pages curieuses.\n    « L'esprit belge, dit l'auteur, avec sa tournure pratique et militante, ou avec ses\ndons de pittoresque imagé et coloré, avec son sens aigu de la réalité et ses courtes\néchappées dans le rêve, avec ses facultés d'analyse et d'observation, avec sa\nfécondité tourmentée ou joyeuse, avec son esthétique raffinée et son audacieuse\npensée, le nouvel esprit belge peut, à la condition de sacrifier le wallon au français\net sans rien abdiquer de son originalité, ajouter aux trésors d'une grande\nlittérature. »\n    On lira avec plaisir, de ce livre, les pages consacrées à Van Hasselt, De Coster,\nPicard, Giraud, Verhaeren, C. Lemonnier, etc.\n                                                     *\n                                                    * *\n    A u S a n a t o r i u m , par J. DE TALLENAY. — Rien ne montre mieux l'évolution\nmoderne des formes littéraires que cet exquis et tragique petit volume. C'est un\npoème de la phthisie. Mais les fades amplifications des romantiques ont été\nremplacées par l'exacte et magnifique peinture du milieu, les bords du Rhin avec\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "132                                  DURENDAL\n\nle navrant Sanatorium où l'on va pour mourir et, parfois (oh, la charitable\nambiguïté!) pour guérir.\n   En cette évocation, la vie des' pensées et des événements nous apparaît toute,\ngardant, loin des rhétoriques, un souverain pouvoir de navrance à la plus sobre\nhistoire. Un des docteurs du Sanatorium s'est épris d'une jeune malade, presque\nune enfant. Devant la mort, toute proche, il ne veut point troubler cette candeur\npar une seule parole d'amour. Mais sous la correction professorale, cet amour lui\nfera sentir une seule fois, toute la douleur des vies condamnées, pleurer l'affreux\ndéchirement, pour que nous le pleurions avec lui.\n   Fidèle à ce rôle d'ami, auquel répond la plus charmante tendresse puérile,\ncomme on donne un jouet, il envoie un canari à l'enfant qui est allée mourir dans sa\nfamille. Et c'est, tragique, le retour de l'oiseau, avec, sur la cage, l'adresse écrite\n d'une tremblante main maternelle, qui lui apprend la mort dans un tumulte de cris\njoyeux où raille la cruauté de la nature.\n    Pour le médecin matérialiste il n'est rien au delà; mais Durendal salue la\n consolation chrétienne dans cette scène de 1' « élévation » où, si magnifiquement,\n au-dessus des râles, plane l'Absolu.                                        E. J.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-06-n6-006", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 132, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "J. D.", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "J. D.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 157, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1330, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nM     ONSIEUR      Eugène Gilbert vient de donner chez Plon, une deuxième édition de\n         son beau livre : Le Roman en France pendant le XIXe siècle; les lecteurs de\n cette revue n'ont pas oublié l'article ému et chaleureux en lequel notre sympathique\n collaborateur, Pol Demade, célébra l'apparition de cette œuvre.\n     Le succès de la première édition prouve que le critique de Durendal ne s'était\n point trompé.\n     Dut la modestie de notre collaborateur en être un peu offusquée, nous reproduisons\n  ici une citation, de M. Eugène Gilbert, qui le concerne. Nul éloge n'est plus mérité et\n l'auteur du Roman en France a bien fait d'ajouter ces lignes à cette nouvelle édition :\n     « Qu'on me permette, écrit M. Gilbert, de signaler aux lettrés chrétiens, le beau\n. roman d'un jeune écrivain belge, M. Pol Demade. L'Ame Princesse est une des\n  œuvres les plus littéraires qui aient enrichi la littérature catholique d'imagination.\n  Doué d'un style qui, sans échapper toujours à la recherche, est riche, harmonieux,\n  vibrant, l'auteur s'élève avec aisance aux plus hautes pensées, aux conceptions les\n  plus illuminées de beautés artistiques. »                                    J. D.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 140, "texte": "»\n\n\n\n    JUIN 1 8 9 6 (TROISIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": ""}, {"page_pdf": 142, "texte": "Juin 1896                                                              N° 6\n\n                                DURENDAL\n\n\n\n\n                 LE VILLAGE\n                                       I\n                       CHOSES SACRÉES\n\n                    LA     CROIX      DU        CHEMIN\n            Voyageur au genou déjà raidi par l'âge\n            Ou qui suis le chemin d'un pied léger et prompt,\n            Garde-toi de jeter le mépris et l'affront\n            Au vieux christ qui bénit les abords du village.\n\n            Tu vas y rencontrer, peut-être, un attelage :\n            Celui qui veille au frein — l'éphèbe au vierge front —\n            Et l'homme aiguillonnant les bœufs, se signeront\n            Pour honorer le Dieu qui rend fort et soulage.\n\n            Sois sans haine, du moins, si tu ne fais comme eux.\n            Crois-moi : si, près d'atteindre au premier toit fumeux,\n            Ton humaine pitié n'a point été touchée ;\n\n            Si tu sens battre un cœur que ne remua pas\n            Le Fils de l'Homme en croix, à la tête penchée,\n            Tu viens te fourvoyer ; retourne sur tes pas!\n\n\n                                 L'ÉGLISE\n            Sur les vieux toits moussus, l'humble chapelle auguste\n            — Mère veillant sur ses petits insoucieux «—\n            Elève son cadran, ce grand œil curieux,\n            Toujours ouvert au front de son clocher vétusté.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "118                           DURENDAL\n\n\n      A son ombre, parfois, le fossoyeur incruste\n      Un cercueil de bois blanc aux tertres des aïeux.\n      — La croix où l'on peut lire un Hic jacet pieux\n      Alterne, au cimetière, avec la pierre fruste —\n\n      Mais un petit enfant, nouveau paroissien,\n      Au village a bientôt remplacé l'ancien,\n      Et l'on fait, sur son front, coider l'onde lustrale.\n\n      Ainsi l'église, à tous, donne, sans s'épuiser,\n      Après le flot sacré, la terre sépulcrale :\n      La première caresse et le dernier baiser!\n\n\n\n                            LE     PUITS\n      Le seau monte et descend dans le profond bassin,\n      Reprend, sans se lasser, sa course aventureuse.\n      La terre, au beau milieu du village, se creuse\n      Pour qu'il aille puiser le lait pur de son sein.\n\n      La fleur mûrit son miel et le livre à l'essaim :\n      Telle on voit se donner la source généreuse.\n      Du matin jusqu'au soir, en jupon ou vareuse,\n      Le villageois disert y commet son larcin.\n\n      L'été, si peu qu'il pleuve, et l'hiver, bien qu'il gèle,\n      De moment en moment, s'inonde la margelle\n      Où plus d'un Isaac trouve sa Rebecca.\n\n      Nul gosier altéré, pas un courtil inculte;\n      Car, grâce à toi, vieux puits, jamais l'eau ne manqua\n      Au village, où chacun t'a voué presque un culte!\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                       DURENDAL                         119\n\n\n\n\n                            II\n   LA MAISON ET LES H Ô T E S\n\n\n                     LES     VIEUX\nLes jours des deux époux s'en vont à leur déclin :\nElle pourra bientôt fêter son centenaire,\nEt lui put acclamer l'idole sanguinaire\nAu soleil d'Austerlitz comme au f eu du Kremlin!\n\nIls ont même teint mat, mêmes cheveux de lin\nCouronnant un visage honnête et débonnaire,\nOù les mêmes soucis de la vie ordinaire\nOnt tracé mêmes traits sur le même vélin!\n\nSi bien que, supputant déjà la récidive,\nQuand la Mort leur fera sa visite tardive\nPour emporter l'un d'eux et le rendre au limon;\n\nAprès avoir gravi les deux étroites marches,\nC'est aux seuls vêtements des jumeaux patriarches\nQu'elle pourra choisir Baucis ou Philémon!\n\n\n\n                    LE     BAHUT\n\nSur ses pieds lourds, fixés au sol comme des pieux,\nIl va porter bientôt son quarantième lustre;\nMais les tisons fumeux l'ont recouvert d'un lustre\nSi noir et si brillant qu'on le croirait moins vieux.\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "120                          DURENDAL\n\n\n      Mets les fruits du travail dans ses flancs spacieux ;\n      Le détenteur est sûr sous ses dehors de rustre.\n      Va, maître du logis, ne crains pas qu'il te frustre\n      Celui qui sut garder les sueurs des aïeux.\n\n      Ah! S'il pouvait parler!... N'importe, qu'il se taise :\n      Tout montre assez, en lui, la parfaite synthèse\n      Des efforts que ta race entière a dépensés.\n\n      Du dernier né jusqu'au plus ancien patriarche,\n      Que de labeurs, au cours des deux siècles passés,\n      Pour fournir le bahut, clos effort comme une arche!\n\n\n\n                       LES       LANDIERS\n      Sitôt choisi — c'était vers dix-sept cent nouante,\n      Dans le livre sans tache, un rang fut assigné\n      Au nom du bisaïeul qui chauffe, résigné,\n      Les bras morts que le temps, sur son tronc de chêne, ente.\n\n      Son pentaïeul, à lui, connut l'édit de Nante;\n      Et, bien que, Dieu merci, sa souche ait provigné,\n      Ni lui, ni nul des siens depuis, n'ont for ligné :\n      La droiture en sa race est figée, immanente!\n\n      Sphinx rêveurs qui tendez, en toutes les saisons,\n      Vos reins de fer massifs, brûlés par les tisons,\n      Est-ce vous qui gardez si bien l'honneur antique ?\n\n      Pour que personne, ici, n'aille se fourvoyer,\n      Ne quittez donc jamais le poste hiératique\n      Confié par l'ancêtre aux lares du foyer.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                       DURENDAL                          121\n\n\n\n\n                 LE      FAUTEUIL\n\nIl conte son veuvage à l'âtre solitaire,\nEn montrant ses bras nus et ses vieux coussins plats !\nL'aïeul qui vint quinze ans s'y reposer — hélas!\nDort tout près de l'église, à six pieds sous la terre!\n\nLa cloche, qui semblait ne plus vouloir se taire,\nVient d'achever là-haut le tintement du glas.\nTant que l'un des époux n'y choira point, trop las,\nVa-t-on abandonner le siège héréditaire ?\n\nDans la masure en deuil pénétrez dès demain :\nLes petits en auront fait un vrai nid humain,\nDe vie et d'espérance emplissant la chaumière!\n\nQuand, grâce au vent qui vient secouer la forêt,\nSous la mousse un vieux chêne abattu disparaît,\nLe jeune taillis prend sa place à la lumière!\n\n\n\n\n                   LES     BŒUFS\n\nQuel rêve peut germer dans vos têtes pensives,\nQuand, les muscles tendus, sous votre air nonchalant,\nSans craindre l'aiguillon, vous marchez à pas lent,\nAu timon jumelés par vos cornes passives?\n\nVous les laissez dormir, ces armes défensives,\nChaque fois qu'on vous met sous le joug insolent.\nSi le char maîtrisait son frein, en dévalant,\nIl se verrait dompté par vos croupes massives.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "122                               DURENDAL\n\n\n      Jamais aucun régal, hormis le foin et l'eau;\n      Et votre poil bien ras est luisant : le bouleau\n      Ne fait pas mieux briller au soleil son écorce.\n\n      Nous aimons vos poitrails et vos fronts imposants,\n      Car, pareils à des dieux rustiques bienfaisants,\n      Vous avez la beauté, la douceur et la force.\n\n\n\n\n                                III\n\n                  LE PRINTEMPS\n\n                    PAQUES            FLEURIES\n\n      Dans cinq jours, tous seront, au temple réunis\n      Pour baiser le fragment de la Croix véritable.\n      On dépouille, aujourd'hui, devant le vieux retable,\n      L'enfant de chœur ployant sous les rameaux bénits.\n\n      Bientôt les martinets repeupleront leurs nids;\n      L'aïeul, dans la tonnelle, ira se mettre à table :\n      Le printemps va rouvrir, de sa main charitable,\n      La porte au détenu, la frontière aux bannis.\n\n      Comme un captif qui sent se relâcher ses chaînes,\n      Mais n'ose y croire encor, la sève des grands chênes\n      Reste sourde à l'appel du vent d'est radouci.\n\n      Tout semble attendre, enfin, de la bouche du prêtre,\n      Le mot du Christ qui vient à Simon d'apparaître,\n      Pour répondre et se joindre à son Resurrexi.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                        DURENDAL                           123\n\n\n\n\n                    PRAIRIAL\n\nMars, d'un manteau de neige habillant les ajoncs,\nNarguait les rayons d'or et les chaudes haleines.\nEt ces doux offensés, courant par monts et plaines,\nSe bornaient à sourire ou lui soufflaient : gageons.\n\nVentose est mort d'avoir vu s'ouvrir les bourgeons...\nLes hêtres sont feuillus, en fleurs les marjolaines...\nTout chante, court ou vole : oiseaux, enfants, phalènes.\n— La glace, dès longtemps, a fondu sous les joncs —\n\nPlus de grésil poussé par la bise coupante,\nTraquant le malheureux jusque dans sa soupente :\nLa brise, ouvrant l'huis fruste aux sauvages parfums...!\n\nUn jour, Dieu lancera l'édit révocatoire ;\nMais, avant de pleurer les vents tièdes défunts,\nLe soleil a six mois pour fêter sa victoire.\n\n\n\n\n                   LE      VERGER\n\nLes aïeuls vont, humant les parfums printaniers.\nL'arbre en fleurs vient frôler la tête tremblotante.\nQuelle neige, en blancheur, est la plus éclatante :\nLe grésil de leurs fronts ou celui des pruniers ?\n\nIls reviennent s'asseoir sous les grands marronniers.\nEt l'homme, qu'a repris sa pensée attristante,\nSe demande, la main sur sa jambe impotente,\nS'il pourra venir voir les fruits choir aux paniers.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "124                                       DURENDAL\n\n\n           Dans les branches, là-haut, se gazouille une églogue\n           Dont le nid a déjà préparé l'épilogue.\n           Eux aussi l'ont chanté, ce poème, à vingt ans !\n\n           C'est ainsi quà l'espoir la saison les convie;\n           Mais, ô dérision ! l'automne de la vie,\n           Pour l'un du moins, s'achève au milieu du printemps.\n                                                                      H.    PONTIÈRE.\n\n  P.-S. — M. H. Pontière a bien voulu nous donner la primeur des\nsonnets qu'on vient de lire et qui constituent la troisième partie d'un\nvolume intitulé Triptyque (1), qui paraît aujourd'hui même, à Paris,\nsous le patronage autorisé du maître sonnetiste José Maria de Hérédia.\nNous remercions le poète de l'honneur qu'il fait à Durendal et nous\nlui envoyons, par la même occasion, nos meilleures félicitations.\n\n\n\n\n                         EN PLEINE TERRE\n                                                                     Lummen, 1er Août 1895.\n\n  Le ciel est d'or et d'azur.\n  Le soleil de son immense baiser embrase les champs.\n  Bons tâcherons quittez les plaines enflammées.\n  Le travail, le saint travail, a rompu vos membres, la sueur de\nvos fronts doit être essuyée. Que vos corps se reposent!\n  Bons tâcherons quittez les plaines enflammées.\n                                                   *\n                                               *       *\n  Midi. Les voici tous autour de la grande table.\n  A la ferme.\n  (1) Le Triptyque   comporte trois parties : a) Le Paquebot; b) L'Épopée du fer; c) Le Village.\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                              DURENDAL                             125\n\n   Les yeux dévorent avant les mâchoires les soupes grossières,\nles bouches s'emplissent à belles goulées.\n   La chambre basse fleure l'âcre odeur des corps échauffés. Les\ngouttes ruissellent le long des torses puissants, la transpiration\nles baigne et s'évapore; c'est un encens à la nature! Les regards\nbientôt deviennent vagues, les paupières s'abattent.\n   Alors se lèvent les travailleurs et dans la grange parmi l'or des\npailles, dans la poussière vermeille qui danse en un rayon de\nsoleil, voici se coucher les rustiques. Les uns sur le dos, la\nbouche ouverte, avec un bruit d'orgue soulevant leurs larges\npectoraux velus que découvre la chemise ouverte, d'autres le nez\ndans les fourrages sans un mouvement, comme si là tout à coup\nils étaient tombés, abattus. Un ancien sommeille debout, la tête\nseulement appuyée sur une batteuse. Vieux cheval aux membres\nraidis, courbaturé par le travail, qui ne saurait se relever une\nfois étendu par terre.\n   Le fumier, le purin, épandent par larges volées leurs senteurs\npénétrantes.\n   Tout repose à la ferme.\n   Seuls roucoulent les pigeons sur les toits écarlates.\n                                 *   *\n   Elle est auguste entre toutes cette heure-là.\n   Les champs maintenant dorment.\n   Le halèlement qui tantôt dominait les plaines s'est éteint.\n   Plus un homme. Rien que l'immensité muette. Les seigles\nengerbés, tels des faisceaux, s'alignent, avec leurs têtes poilues\nqui les casquent d'aigrettes grises. Les avoines combinent des\ncouleurs étranges, le vert éclatant côtoie le chrome de certaines tiges,\nles clochettes de teintes indécises, grises ou jaunes rougeâtres ou bien\nd'un vert apâli, tremblent doucement balancées en un rythme coloré\nétrange. Un carré parfait, ce trèfle touffu et sombre où chantent les\nfleurs roses. Ceci est un tapis indicible. Ton art est inouï, ô terre !\nLes lupins ondulent leurs vagues aurifères. Les sarrasins aux fleurs\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "I26                             DURENDAL\n\n\nlyliales... l'âme de ces fleurs pâles miroite, attirante... Blanches\nbéguines des campagnes, contemplatives et dévotieuses, elles prient\npour les blés orgueilleux, pour les avoines tintinnabulantes et frivoles,\npour les lins azurés mais troublants, et leur parole très douce bruit\npar la voix des abeilles qui recueillent leurs demandes et les portent\ndans un coup de brise vers l'infini !\n                                        *\n                                    *        *\n   L a nuit, la nuit est là.\n   L a nuit est là. Crois donc aux choses, mon frère. L a dorsale qui\ncourt boisée de sapins depuis l'est jusqu'au couchant, est bleue. Les\nmaisons claires se noient dans la brouée. L e paysage devient flou.\n   Sur un pré voisin traînent des écharpes de brouillard, à ras le sol.\n   Petit à petit le site s'efface et, ces deux teintes subsistent seules, le\nbleu des lointains et la vapeur blanche qui se condense sur les herbes.\nEncore quelques hirondelles. L e calme et la tristesse se dégagent de\ntout. L e silence, un silence mort cette fois. A grands coups d'ailes\ns'est échappé d'un chêne, un ramier. Sur le ciel indéfinissable, sans\naucune étoile jusqu'à présent, il décrit de grandes courbes et puis\nrevient au même arbre, celui-là que tantôt il quitta.\n   P a u v r e être humain qui cherche en de philosophiques pensées,\nun peu de grain pour ton esprit dépareillé, et puis ayant\npoursuivi dans un certain espace déterminé — ô d'avance —\nl'insaisissable, évidemment! tu reviens à ton point de départ :\nl'arbre du ramier.\n   Que nos âmes s'imprègnent donc des ambiances admirables.\n   O terre, maternelle et propice, ensorceleuse cependant, comment\nse peut-il que pour certains tu sois indifférente?\n                                        *•\n                                   *         *\n   Ils passent sur un fond embrasé, dans la magnificence des\ncouchers de lumière, les tâcherons glorieux.\n   Que notre pensée les suive.\n   E t qu'elle s'infiltre en nous, la poésie et la grandeur du terrien,\nl'homme-roi.                                      GEORGES V I R R È S .\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                      DURENDAL                                            127\n\n\n\n\n               CHRONIQUE ARTISTIQUE. -                 A L'ÉGLISE\n\n                                                     Dédié au clergé et aux fabriques\n                                                  d'église d'Anvers, Bruges, Gand, etc.\n\n  Une nouvelle qui réjouira tous les touristes. Le ministre de l'instruction publique\nd'Italie a prescrit que les objets d'art conservés dans les églises soient toujours\nlaissés à la vue du public, lorsque ces églises sont ouvertes. Depuis lors, les voiles\nqui parfois recouvraient les tableaux ont été enlevés et les sacristies ne ferment\nplus leurs portes.\n  On devrait \"bien prendre une pareille mesure chez nous, où les chefs-d'œuvre\nsont presque toujours voilés et paraissent être la propriété des sacristains.\n  « Pourquoi les chefs du culte permettent-ils cette exploitation que je demande la\npermission de qualifier d'inconvenante ? — écrivait Coomans, en 1863. Les églises\nles mieux dotées sont celles qui possèdent les meilleurs tableaux. Elles sont assez\nriches pour renoncer à la spéculation blâmée. Il n'y a que le soleil et l'humidité qui\ngâtent les tableaux. Les voiles sont inutiles. Le rideau est une spéculation toute\nmondaine et pas autre chose. Il n'y a que l'esprit de lucre qui ait inventé et\nmaintenu cette indécence. On a osé prélever un impôt exagéré, aristocratique dans\ndes lieux où l'égalité est prêchée, où elle règne avec la charité, et d'où le\nmercantilisme devrait être exclu. Tout est gratuit, tout doit l'être dans la maison\nde Dieu ! On montre pour rien, dans les églises, toutes sortes de choses sacrées et\nle bon Dieu lui-même ! Et on nous fait payer la vue d'un tableau ! Cela est-il\nlogique, cela est-il catholique ? »\n  Coomans a cent mille fois raison.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "128                         DURENDAL\n\n\n\n\n              PETIT    COURS DE         LITTÉRATURE\n\n\n\nPIERRE DE RONSARD ET PIERRE CORNEILLE\n                                  I\n\n               S O N N E T POUR H É L È N E\n      Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,\n      Assise auprès du feu, devisant et filant,\n      Direz, chantant mes vers et vous esmerveillant :\n      Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.\n\n      Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,\n      Desja sous le labeur à demy sommeillant,\n      Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,\n      Bénissant votre nom de louange immortelle.\n\n      Je serai sous terre, et, fantosme sans os,\n      Par les ombres myrteux je prendray mon repos :\n      Vous serez au fouyer une vieille accroupie,\n\n      Regrettant mon amour et vostre fier desdain.\n      Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :\n      Cueillez dès aujourd'huy les roses de la vie.\n                               PIERRE DE RONSARD      (I525-I585).\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                    DURENDAL                                     129\n\n\n\n\n                                         II\n        STANCES A LA MARQUISE DE G.\nMarquise, si mon visage                       Cependant j'ai quelques charmes\nA quelques traits un peu vieux,               Qui sont assez éclatants\nSouvenez-vous qu'à mon âge,                   Pour n'avoir pas trop d'alarmes\nVous ne vaudrez guère mieux.                  De ces ravages du Temps.\n\nLe Temps, aux plus belles choses,             Vous en avez qu'on adore :\nAime à faire cet affront :                    Mais ceux que vous méprisez\nIl saura fâner vos roses,                     Pourraient bien durer encore,\nComme il a ridé mon front.                    Quand ceux-là seront usés.\n\nLe même cours des planètes                    Chez cette race nouvelle,\nRègle nos jours et nos nuits :                Où j'aurai quelque crédit,\nOn m'a vu ce que vous êtes,                   Vous ne passerez pour belle\nVous serez ce que je suis.                    Qu'autant que je l'aurai dit.\n                                               PIERRE CORNEILLE        (1606-1684).\n\n\n\n\n                Roche Tarpéienne et Capitole\n   Rome, par Emile ZOLA. — « Le prince de la crapule », comme dit Léon Bloy,\nvient de publier un nouveau volume : Rome. Voici, à l'usage du lecteur, deux cri­\ntiques du livre; l'une émane d'un incroyant, l'autre est signée du nom bien connu\nde M. l'abbé Naudet.\n   « C'est toujours la même escroquerie, la même absence frauduleuse de style, toute\nen procédés, en répétitions, qui se chevauchent, puis qui s'espacent et qui se font\ndésirer, puis qui reviennent, pour écraser le lecteur; toujours les mêmes adjectifs\nqui enfoncent, comme un clou, un nom clans la mémoire des gens. Et c'est toujours\nla même obscénité. Ah! elle a hésité, cette fois : il y a l'Académie; mais il faut une\nobscénité pour dépasser le centième mille, et M. Zola a inventé (inventé?) cette pos-\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "130                                        DURENDAL\n\nsession dans la mort, cet effort de Dario mourant vers Benedetta affolée, et cet élan\nde Benedetta vers Dario! Ah! entre les lys et l'admiration navrée d'un cardinal\ndevant cet outrage aux mœurs in extremis : il y a l'Académie ! Mais, tout de même,\nça n'est pas propre et ça tient de la place.\n   » Et Rome, c'est tout ça et ce n'est que cela. Ce n'est ni un roman, ni un livre à\nclé, ni une thèse, ni un livre d'art, ni une épopée, ni une élégie et ça veut faire sem­\nblant d'être à la fois tout cela. Ce n'est ni la Rome de Jules II, ni la Rome de\nMazini, ni la Rome de Rienzi, ni la Rome de Humbert et ça veut être à la fois\ntoutes ces Romes et la seule Rome! Et c'est un livre sans conclusion, qui laisse les\nlecteurs assommés.\n   » Hélas! hélas! M. Zola n'a pas voulu dominer son sujet; M. Zola a voulu plaire à\nson public et à tous les publics. M. Zola a chanté Saint-Pierre de Rome et a injurié\nles jésuites. Il a cru augmenter sa clientèle, étendre sa gloire. Hélas! hélas! Il a\nréussi seulement à faire le livre le moins sincère, le moins un, le moins « fait » qui\nsoit. Il faut dire le mot : c'est du chique.\n  » M. Zola n'y a mis que ses défauts, et ses défauts les plus gros. »\n                                               (Le Grand Journal, 5 mai 1896.)\n  Voici maintenant l'appréciation du croyant :\n  « A part quelques allusions plus ou moins polissonnes, le livre n'est pas ouver­\ntement immoral, comme telles autres productions de l'écrivain; on dit que la crainte\nde l'Académie fut ici le commencement de la sagesse; nous l'ignorons. Cependant\ncomme messieurs les académiciens sont en somme assez indulgents et que le public\nqui achète l'Assommoir, Nana, Pot-Bouille, la Terre et autres moralités du « maître »\na des goûts prononcés pour les ragoûts pimentés, l'auteur n'a pas oublié la scène\nqu'il n'eût pas fallu faire, scène si monstrueuse et d'une obscénité si révoltante\nqu'on ne saurait en donner une idée.\n   » En somme nous nous trouvons en présence d'un livre manqué. Depuis quelque\ntemps on disait M. Zola en décadence, mais il était permis d'en douter encore;\naprès avoir lu Rome, on n'en doutera plus; l'impression déjà produite par Lourdes\nn'a fait que se confirmer. Jadis, nous avions en M. Zola un artiste très inégal, mais\nnéanmoins un artiste et un artiste d'un talent vigoureux, aujourd'hui nous n'avons\nplus qu'un monsieur qui fait des livres,\n   « Pour gagner de l'argent.                                             L'abbé NAUDET. »\n                                                *    *\n   L ' I r i s e x a s p é r é , l e s I m p o s s i b l e s N o c e s , par Adrien MITHOUARD (Lemerre,\n Le Mercure de France). — J'ai lu, avec la plus vive curiosité, ces deux volumes de\n vers aux titres énigmatiques et j'en demeure tout chose. Ai-je fait un rêve, ou suis-je\n dans la réalité? J'ai parfois éprouvé ce sentiment après un sommeil hanté d'appa-\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                         DURENDAL                                           131\n\nritions mi-vaporeuses, mi-précises. La poésie de M. Adrien Mithouard m'a laissé\nl'impression d'un fantôme qui serait passé devant moi portant des fleurs, mais de\nvraies fleurs. J'en respire encore le parfum, les fleurs sont ici, bien réellement odo­\nrantes, mais effeuillées. Je m'explique : l'auteur de l'Iris exaspéré et des Impossibles\nNoces, est un poète symbolique d'une extrême ingéniosité, d'une habileté merveil­\nleuse; il se sert de ce double talent pour imaginer des fleurs rarissimes et les\nassembler en bouquets magiques qu'il nous apporte comme en un rêve... Malheu­\nreusement le charme dure peu et, le temps de lire ou d'entendre ses vers-fleurs, il\nne demeure, des vers, que quelques beaux éclats de style, autant dire des pétales de\nroses effeuillées.\n   M. Adrien Mithouard est, selon moi, poète de trop de puissance, de trop forte\nécriture surtout, pour réussir à élever, à maintenir, à faire durer les frêles construc­\ntions de symbolisme — et au fond j'en suis ravi, car je souhaite que ce catholique,\nqui est poète, ne s'attarde pas dans les puérilités d'un mode poétique (un mode qui\npourrait bien n'être qu'une mode), mais qu'il nous donne la joie de la grande poésie.\n\n                                               *\n                                                                           POL DEMADE.\n                                                    * *\n   H i s t o i r e de la l i t t é r a t u r e française h o r s F r a n c e , par VICTOR ROSSEL,\nParis, Schlachter : 8 francs.\n   La Belgique occupe une place fort honorable dans ce volume d'études sur les\nlittératures françaises de la Suisse, du Canada, de la Hollande, de l'Allemagne, de\nl'Angleterre, etc. Il est surtout intéressant, pour nous, de savoir comment on nous\njuge hors de chez nous. Malgré des lacunes qui tiennent à l'éloignement et à\nl'insuffisance relative de documentation, M. Victor Rossel a écrit, sur notre\nlittérature d'expression française, des pages curieuses.\n    « L'esprit belge, dit l'auteur, avec sa tournure pratique et militante, ou avec ses\ndons de pittoresque imagé et coloré, avec son sens aigu de la réalité et ses courtes\néchappées dans le rêve, avec ses facultés d'analyse et d'observation, avec sa\nfécondité tourmentée ou joyeuse, avec son esthétique raffinée et son audacieuse\npensée, le nouvel esprit belge peut, à la condition de sacrifier le wallon au français\net sans rien abdiquer de son originalité, ajouter aux trésors d'une grande\nlittérature. »\n    On lira avec plaisir, de ce livre, les pages consacrées à Van Hasselt, De Coster,\nPicard, Giraud, Verhaeren, C. Lemonnier, etc.\n                                                     *\n                                                    * *\n    A u S a n a t o r i u m , par J. DE TALLENAY. — Rien ne montre mieux l'évolution\nmoderne des formes littéraires que cet exquis et tragique petit volume. C'est un\npoème de la phthisie. Mais les fades amplifications des romantiques ont été\nremplacées par l'exacte et magnifique peinture du milieu, les bords du Rhin avec\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "132                                  DURENDAL\n\nle navrant Sanatorium où l'on va pour mourir et, parfois (oh, la charitable\nambiguïté!) pour guérir.\n   En cette évocation, la vie des' pensées et des événements nous apparaît toute,\ngardant, loin des rhétoriques, un souverain pouvoir de navrance à la plus sobre\nhistoire. Un des docteurs du Sanatorium s'est épris d'une jeune malade, presque\nune enfant. Devant la mort, toute proche, il ne veut point troubler cette candeur\npar une seule parole d'amour. Mais sous la correction professorale, cet amour lui\nfera sentir une seule fois, toute la douleur des vies condamnées, pleurer l'affreux\ndéchirement, pour que nous le pleurions avec lui.\n   Fidèle à ce rôle d'ami, auquel répond la plus charmante tendresse puérile,\ncomme on donne un jouet, il envoie un canari à l'enfant qui est allée mourir dans sa\nfamille. Et c'est, tragique, le retour de l'oiseau, avec, sur la cage, l'adresse écrite\n d'une tremblante main maternelle, qui lui apprend la mort dans un tumulte de cris\njoyeux où raille la cruauté de la nature.\n    Pour le médecin matérialiste il n'est rien au delà; mais Durendal salue la\n consolation chrétienne dans cette scène de 1' « élévation » où, si magnifiquement,\n au-dessus des râles, plane l'Absolu.                                        E. J.\n\n\n\n\n                MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nM     ONSIEUR      Eugène Gilbert vient de donner chez Plon, une deuxième édition de\n         son beau livre : Le Roman en France pendant le XIXe siècle; les lecteurs de\n cette revue n'ont pas oublié l'article ému et chaleureux en lequel notre sympathique\n collaborateur, Pol Demade, célébra l'apparition de cette œuvre.\n     Le succès de la première édition prouve que le critique de Durendal ne s'était\n point trompé.\n     Dut la modestie de notre collaborateur en être un peu offusquée, nous reproduisons\n  ici une citation, de M. Eugène Gilbert, qui le concerne. Nul éloge n'est plus mérité et\n l'auteur du Roman en France a bien fait d'ajouter ces lignes à cette nouvelle édition :\n     « Qu'on me permette, écrit M. Gilbert, de signaler aux lettrés chrétiens, le beau\n. roman d'un jeune écrivain belge, M. Pol Demade. L'Ame Princesse est une des\n  œuvres les plus littéraires qui aient enrichi la littérature catholique d'imagination.\n  Doué d'un style qui, sans échapper toujours à la recherche, est riche, harmonieux,\n  vibrant, l'auteur s'élève avec aisance aux plus hautes pensées, aux conceptions les\n  plus illuminées de beautés artistiques. »                                    J. D.\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": ""}, {"page_pdf": 159, "texte": ""}]}