{"numero_id": "ulb-durendal-1896-07-n7", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1896-07-n7-001", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 134, "titre_corps": "Terre cuite", "titre_sommaire": "Terre cuite", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "TERRE CUITE", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA GRACE PREVENANTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 162, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "TERRE CUITE\n                                                     A ma chère Femme.\n\n                DANS la rue éventrée par quelque travail souterrain\n                et qu'on repave, sur la terre ocreuse, dans l'air\n                incendié de soleil, près des tas de pavés ardents,\n                chaque jour, à l'heure de la sieste, terrassiers et\n                paveurs s'allongent sur le sol.\n                  L e spectacle est grandiose.\n  Les remueurs de sable et de pavés, manouvriers aux muscles\npuissants, aux torses de lutteurs antiques, sommeillent étendus\ntout de leur long, à plat, contre terre, les yeux clos, les bras\nrepliés, les mains sous la tête.\n  Ils forment ainsi, le long de la bande d'ombre des maisons,\ncomme une longue chaîne qu'on prendrait, de loin, pour un\nbivac de bronzes couchés.\n  Leurs vêtements de travail de velours fauve, leurs visages\nhâlés, leurs mains brunes, leur donnent l'apparence métallique\ndes statues, dont ils ont par ailleurs la mâle et sonore beauté.\n  De près cet indéniable cachet de sévère grandeur leur reste,\nmais on s'aperçoit, au r y t h m e respiratoire des larges poitrines\nse soulevant et s'abaissant comme de lents soufflets de forge, que\nce bronze est vivant, et que ces statues sont de celles qu'ani­\nmera tantôt la force.\n  Quel contraste entre ces ouvriers d o r m a n t là contre terre, puis­\nsants, gigantesques, lustrés par les pluies, patines au feu du soleil et\nleurs frères maigres, pâles et squelettiques des ateliers et des usines !\n  Ceux qui sommeillent ici rappellent véritablement les hommes\ndes races primitives, les beaux et forts terriens de jadis\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 334, "texte": "134                            DURENDAL\n\n\n   Ces paveurs et ces terrassiers étendus sur le sol renouvellent\nl'histoire d'Antée en lutte contre Hercule, ils reprennent de leur\nvaillance chaque fois qu'ils touchent seulement la terre.\n\n  Juillet   1896.\n                                                       POL DEMADE.\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-07-n7-002", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 134, "page_fin": 137, "titre_corps": "La Grâce prévenante", "titre_sommaire": "La Grâce prévenante", "signature_source": "H. Hoornaert", "ancre_debut": "LA GRACE PREVENANTE", "ancre_fin": "H. HOORNAERT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 163, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 334, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "LA GRACE PRÉVENANTE\n       La nuit de Juin soufflait par la croisée ouverte.\n\n       Hantés par l'abat-jour de porcelaine verte,\n       Des phalènes entraient, fuyaient, puis ramenés,\n       Heurtaient au vain soleil, en des vols obstinés,\n       Leur stupeur. Le ciel pur s'ouvrait aromatique ;\n       Des lueurs y tremblaient. Sous la force rustique\n       Des sèves travaillant les bourgeons, lentement\n       Se déroulait l'étui du feuillage dormant.\n       Cela faisait un bruit à peine perceptible,\n       Un bruit d'insecte errant sur sa route invisible,\n       Et pourtant, rehaussant le repos solennel,\n       Ce bruit léger semblait presque surnaturel.\n\n       Au loin le roulement assourdi de la    ville.\n\n       L'homme veillait penché sur son travail stérile.\n       Il rêvait, entouré de tomes entassés,\n       De papiers balafrés par des mots effacés,\n       D'œuvres d'art, dans la pièce où luisaient des soiries,\n       Où des sièges trapus traînaient leurs veuleries,\n       Où tout était languide, excepté la rumeur\n       Guerrière de l'esprit qu'exhale tout labeur,\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "                        DURENDAL                         135\n\nOù le monde étalait, en taisant ses détresses,\nUn luxe forcené de voix et de caresses.\n\nL'homme écoutait gronder au fond de son cerveau\nLes systèmes anciens, le système nouveau;\nLe long chevrotement de la science humaine;\nLes livres où l'orgueil fastueux se démène;\nLes roseaux qui saisis se brisent dans les mains;\nLe jour clair des plaisirs, la nuit des lendemains.\nIl vit des poings briser de très vieilles statues,\nDes herbes prospérer sur des gloires perdues,\nDes bras vivants tendus vers des fantômes gris,\nDes pieds subitement par des lacets surpris,\nDes cœurs saignants jetés: aux ronces, des molosses\nHappant des membres nus trébuches dans des fosses;\nSous un vent de folie il vit l'humanité\n Vers la chair et l'orgueil ruer sa vanité,\nEt, sous le rire amer d'un ciel fantomatique,\nPousser vers le néant sa course frénétique.\n\nPartout des cris stridents, partout des corps meurtris\nPartout un lourd brouillard de cendre et de débris,\nEt sur le court chemin des luttes nécessaires,\nL'abomination des finales misères,\nAvec la soif sans eau, le remords et l'affront!\n\nLa nuit discrète entrait et lui baisait le front.\n\nL'air était tiède. Au fond de la torpeur lointaine\nSanglottait, comme un noir symbole, une fontaine;\nEt la grande cité, là-bas, à l'horizon,\nDans la fièvre exhalait sa sourde déraison.\n\nL'homme rêvait.\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "136                          DURENDAL\n\n\n                          Soudain l'interne turbulence\n       Décrut. Il s'étala sur son âme un silence,\n      Comme sur un vivier après un coup de vent\n      Lorsque les nénufars calment le flot mouvant,\n      Le doigt d'un enchanteur ou l'aile d'un archange\n       Venait de le pousser par une porte étrange.\n      Éperdu, comme un pauvre, autrefois rebuté,\n      Qui franchit le seuil blanc d'une hospitalité,\n      Il buvait de l'air frais dans une salle claire.\n      Il était seul, frileux, soudain presque colère\n      De ce choc imprévu qui n'était point brutal,\n      Mais soulevait en lui le regret de son mal.\n      Quelque chose croulait dans sa pensée; une ombre\n      Échappait à ses mains ; il était mieux dans l'ombre,\n      Ses bras ballaient; il ne savait, très agité,\n      Que faire de ses yeux dans ces flots de clarté.\n      Son esprit jouissait, mais ne savait que dire ;\n      Il sentait vaguement une aube lui sourire;\n      Tout était blanc : les murs, les voûtes, les rayons;\n      Sa chair semblait dissoute et des suggestions\n      De volonté, montant en volutes de flamme,\n      Cherchaient à ranimer la glace de son âme.\n\n\n      Que faire? Il hésitait. Il flottait loin du bord\n      De sa vie; en son cœur fondait un vague effort ;\n      Il percevait très bien qu'une chose ineffable\n      Mettait comme un point d'or dans sa nuit lamentable,\n      Car il voyait peser des ténèbres en lui.\n      Il flottait, il sentait le besoin d'un appui,\n      Et la nécessité, pour marcher dans la vie,\n      D'un but supérieur, d'un ciel qui purifie.\n      Il se voyait chercher. Oh! tourment du désir!\n      Convoiter fortement et ne jamais saisir!\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "                       DURENDAL                       137\n\nEt la perception d'un exil, d'une épreuve,\nOuvrit devant ses yeux comme une route neuve;\nMais tout restait confus; seulement il sentait\nQu'une chaleur du fond de son âme montait;\nUne chaleur étrange indiciblement douée.\nIl faisait quelquefois le geste qui repousse,\nInquiet, ne sachant pour quel but souverain\nCet amour inconnu chauffait son moi hautain.\n Vis-à-vis de lui-même il craignait une honte,\n Un élan maladif et vain qu'il faut qu'on dompte;\nEt pourtant son esprit — il ne savait comment —\nAu trouble de son cœur résistait mollement.\n\nAlors un long frisson parcourut tout son être,\nIl s'éveilla, surpris, au bord de la fenêtre,\nRegardant dans l'azur les astres clignoter.\nLe ciel était profond; on y voyait flotter\nCette errante lueur de brume opalisée\nComme par l'infini dans l'éther tamisée.\nIl entendait gronder dans le vaste sommeil\nha ville que la mort tient toujours en éveil;\nEt, dans la profondeur indécise et lointaine,\nGémir comme son cœur la dolente fontaine.\n                                    H.   HOORNAERT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-07-n7-003", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 142, "titre_corps": "La Musique religieuse", "titre_sommaire": "Musique religieuse", "signature_source": "L’Abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "LA MUSIQUE RELIGIEUSE", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "LA MUSIQUE RELIGIEUSE\n               DE      tous les arts, la musiaue est celui qui procure à\n                    notre âme les émotions les plus fortes. Il n'est\n                    d'art qui fasse autant d'impression et suscite autant\n                    d'idées que la musique. Elle fait vibrer toutes les\n                    cordes sentimentales de l'âme humaine. En frap­\n         pant les sens, elle éveille l'imagination et l'imagination est la\n        source de toutes nos idées.\n           Quand nous entendons une harmonie puissante, tout notre\n        être est remué, nous sortons en quelque sorte de nous-mêmes,\n        nous oublions la terre, nous sommes ravis, notre âme est enle­\n        vée dans l'extase et transportée dans un monde tout idéal. La\n        plus humble mélodie, du moment qu'elle est vraiment esthétique,\ns'empare de tout notre être et nous plonge dans le rêve. C'est une\nespèce d'hypnotisme. Nous sommes enlevés à nous-mêmes. Nous ne\nsommes plus maîtres de nous et perdons la notion du temps. Des\nheures entières passent avec la rapidité de secondes.\n   Je n'oublierai jamais les impressions esthétiques que me procu­\nrèrent, l'an passé, l'audition du Rheingold de Wagner au Conservatoire,\net, quelques années auparavant, l'audition du Francisais de Tinel.\n   Combien poignante la scène musicale de la mort du séraphique\nsaint François, s'endormant dans l'ultime extase, en poussant ce seul\ncri, qui révélait toute l'âme du saint et résumait toute sa vie : « Mon\nDieu !... Mon Dieu... ! »\n   Le saint vient d'expirer. Tout d'un coup, d'un océan d'harmonies à\nla fois puissantes et douces, jaillissent vers le ciel les vagues argentées\nde voix cristallines et virginales : c'est le chœur des anges célébrant\nl'entrée de François dans la gloire. Et tandis que les anges entonnent\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "                               DURENDAL                               139\n\nen cette nouvelle nativité, — celle d'une âme à la vie extatique du\nciel — ce Gloire à Dieu ! qu'ils chantèrent une première fois à la\nnaissance du Verbe incarné, d'autres voix, mâles et vigoureuses,\nviennent se mélanger à elles, en des chants graves et liturgiques, pour\ncélébrer le triomphe du saint.\n   Ce passage de l'oratorio de Tinel est de toute beauté. La plume est\nimpuissante à décrire les impressions surhumaines qu'il procure.\nComment les rendre en langage vulgaire? oui, vulgaire, car la parole\nhumaine est toujours vulgaire quand elle essaye de bégayer les senti­\nments héroïques de nos âmes.\n   Mais il ne faut pas même entendre tout un concert, ni assister à\nun oratorio pour subir cette influence de l'art musical. Une simple\nphrase musicalej du moment qu'elle est vraiment esthétique, suffit\npour enlever en quelque sorte l'âme à elle-même.\n   Toute ma vie je me rappellerai l'impression que j'éprouvai une\nnuit d'insomnie.\n   Dans la rue que j'habitais, loin des centres bruyants et maudits, le\ncalme le plus absolu enveloppait toutes choses. Je ne parvenais pas à\nm'endormir et rêvais tout éveillé de ces rêves vagues, tantôt tristes et\nmélancoliques, tantôt beaux et consolants que suscite le silence de la\n nuit.\n   Tout d'un coup, au milieu de ce silence solennel, j'entendis une voix\n chantant sur un ton plaintif une mélodie simple, mais si belle et si\n mélancolique, accompagnée du son si vibrant du violon.\n   Oh ! comme je tressaillis à l'audition de cette pauvre petite phrase\n musicale. Il me semblait entendre l'âme humaine, gémissant sous le\n poids des chaînes qui la rivent à ce monde banal et, affamée d'idéal,\n soupirer après l'infini, s'efforcer de s'affranchir de la misère humaine,\n pour s'envoler vers le Beau substantiel, seul capable d'assouvir nos\n grandioses aspirations.\n    Et me reportant à d'autres idées, je me disais : « Quelle influence\n n'exercerait pas sur les foules l'art musical à l'église, s'il était bien\n compris ? »\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2105, "texte": "140                            DURENDAL\n\n\n   D'elle-même, la musique élève déjà l'âme, la fait penser au ciel et\nla porte, sur les ailes aériennes des notes, jusqu'à Dieu. Que serait-ce\nsi, au milieu de la splendeur des offices liturgiques, on entendait des\nmélodies vraiment religieuses ?\n   Oh ! qui nous délivrera de ces atroces musiquettes qu'on nous\ninflige actuellement clans nos temples. C'est quelque chose d'exaspé­\nrant. T a n t ô t ce sont des airs d'un sentimentalisme fade et stupide,\ntantôt c'est une musique bruyante et agaçante, d'autrefois ce sont des\nairs sautillants, invitant à la danse plutôt qu'au recueillement, en\nd'autres occasions, enfin, c'est une mélodie toute sensuelle. Ceci est un\nvéritable sacrilège, oui, un sacrilège, une profanation. L a religion\ncatholique est une religion de pénitence, de sacrifices, de chasteté et,\npour inviter l'âme au renoncement, à la mortification, à la soumission\ndes sens, on lui fait subir l'audition d'une musique d'opérette et de\ncafé-concert !\n   J a m a i s je n'oserais conseiller à un artiste d'assister à une grand'\nmesse ou à un salut dans nos églises. S'il n'a pas de sentiments\nreligieux, j'en suis certain, qu'il sortira plus impie que jamais. Ou bien\nla musique qu'il entendra suscitera en lui des impressions sensuelles,\nou bien elle l'exaspérera et lui donnera la nausée de l'idéal religieux.\nJamais une musique pareille n'a converti une âme. Comment le\nferait-elle ? elle est plutôt de nature à pervertir ou à dégoûter.\n  Ah ! vous qui favorisez ces aberrations inouïes, vous êtes des\ninconscients ; vous ne vous doutez pas du mal que vous pouvez faire à\ndes âmes un peu élevées. Vous devriez cependant avoir pitié de\nces pauvres âmes d'artistes. Elles souffrent plus que toute autre,\nparce qu'elles sont plus sensibles, plus délicates, plus intellectuelles,\net elles ont droit à la pitié : elles sont rachetées aussi bien que les\nautres au prix du sang d'un Dieu.\n  Un jour, au sortir d'une église, je suis accosté par le maître de\nchapelle :\n  — Vous avez remarqué, me dit-il, l'Ave Maria que nous avons\nchanté à l'église ?\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "                                DURENDAL                                141\n\n   — Oui, lui dis-je, c'est abominable, c'est atroce, c'est exécrable.\n   — E h bien, me répliqua-t-il, le monde trouve cela admirable. E t\ncependant, savez-vous ce que c'est que cette mélodie... ? c'est la\nmusique accompagnant une scène d'adultère d'un opéra. On n'a\nchangé que les mots. Aux ignobles paroles de l'opéra, on a substitué\nle texte sacré de la salutation angélique; ceci est un détail.\n   On pourrait citer des centaines d'exemples pareils. Des partitions\nentières de messes sont empruntées à la musique profane et théâtrale.\nL e théâtre à l'église, voilà ce que c'est que la musique religieuse\nmoderne.\n   Quelle impression une musique pareille doit-elle faire aux gens\nqui, la veille au soir, l'entendaient dans un opéra dont le sujet est\nune histoire d'adultère ! Loin d'élever leur âme à Dieu, elle éveillera\ndans leur cerveau toutes les imaginations mauvaises et les idées\nsensuelles éprouvées la veille. C'est presque une parodie sacrilège, la\nparodie du drame sanglant du Calvaire. T a n d i s que le prêtre immole\nsur l'autel au milieu de l'encens liturgique et des admirables prières\nde l'Église la victime sacrée, les chantres se trémoussent au j u b é , font\ndes pirouettes musicales, font sautiller les notes, entonnent les\nparoles extatiques du Gloria et le texte grandiose du Credo sur des\nairs profanes et indécents.\n   E n les entendant, il me semble assister à la scène du Calvaire.\nT a n d i s que le Christ agonise sur la croix, dans l'immolation symbo­\nlique de la messe, les Juifs l'insultent, l'accablent d'injures, se moquent\nde lui, tressaillent de joie dans la personne des chantres. Si c'est là ce\nqu'on veut en faisant résonner les voûtes de nos temples d'accents\nprofanes et scandaleux, il faut avouer qu'on ne pourrait mieux faire.\n   L'art musical religieux diffère essentiellement de l'art musical\nprofane et surtout de l'art musical théâtral.\n   L'église est le contraire du théâtre. L'objet des opéras c'est l'amour\npassionnel et tous les drames de la vie qui l'engendrent, l'accompagnent\net le dénouent. On y met en jeu toutes les passions humaines. L a\nmusique exprimant l'intensité de la passion h u m a i n e sera donc néces-\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "142                            DURENDAL\n\nsairement une musique tour à tour sensuelle, violente, nerveuse,\nenivrante et toujours essentiellement matérielle.\n   L'église est le sanctuaire de la prière. Tout doit y porter au\nrecueillement. Rien d'humain ne doit y paraître. Tout ce qui est\nprofane doit s'arrêter au seuil du temple. Tout dans un temple chrétien\ndoit respirer le calme et la paix, prêcher la pénitence, la mortification\net le renoncement. L'église est l'antichambre du ciel. Le pénitent y\nvient chercher les brisements salutaires du repentir et de la contrition,\nles larmes de la pénitence. L'âme faible vient y demander les forces\nnécessaires pour la lutte de la vie. Le juste y vient retremper son âme\ndans la prière. Le saint s'y rend pour se livrer plus aisément à la\ncontemplation.\n   L'église doit être pour tous le sanctuaire de la paix du ciel, de la\nserénité de l'âme, de la joie spirituelle.\n   Le but de l'ascétisme catholique est d'immatérialiser, de spiritualiser\nles âmes.\n   La musique d'église devra donc être aussi peu matérielle que possible.\nL'artiste compositeur devra spiritualiser, en quelque sorte, les notes.\nLe moins de bruit possible, des mélodies aussi immatérielles que\npossible, des harmonies paisibles, tranquilles, recueillies et recueil­\nlantes. Tel doit être son but. Plus la musique est immatérielle, plus\nelle est religieuse.\n   La musique religieuse doit pleurer avec le pénitent, l'inviter aux\nlarmes, les faire couler, se réjouir avec l'âme réconciliée à son Dieu\net lui communiquer la joie des élus, s'extasier avec les saints, leur\nouvrir le ciel et leur montrer Dieu dans la paix et l'exultation de\nl'extase.                                   L'Abbé HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-07-n7-004", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 143, "page_fin": 144, "titre_corps": "Au Bord du Chemin", "titre_sommaire": "Au Bord du Chemin", "signature_source": "Mme Struman-Picard", "ancre_debut": "AU BORD DU CHEMIN", "ancre_fin": "STRUMAN PICARD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 1036, "texte": "AU BORD DU CHEMIN\n\n                          I\nAu bord du chemin, je voudrais m'asseoir\nSur la mousse verte, au pied du vieux chêne,\nEpanchant enfin la coupe trop pleine,\nY pleurer longtemps, pleurer jusqu'au soir.\n\nLa route est bien longue et le ciel bien noir;\nPourtant, le zéphir caresse la plaine ;\nPeut-être en berçant ma pauvre âme en peine,\nL'oubli lui viendrait, à défaut d'espoir.\n\nEt je poserais dans la solitude,\nOù la fleur d'oubli verse son parfum,\nDe ma lourde croix le poids importun;\n\nA mes pieds lassés la montée est rude,\nEt la douce fleur tombe de ma main...\nJe voudrais m'asseoir au bord du chemin.\n\n                          II\nJe me suis assise au bord du chemin,\nOù coule à longs flots la pure fontaine ;\nUn fidèle ami m'a tendu la main,\nEt m'a dit tout bas : « Viens, pauvre âme en peine;\n\nViens, nul affligé ne m'appelle en vain;\nViens, je briserai ta pesante chaîne;\nJe te guiderai vers ton but lointain,\nJe raffermirai ta marche incertaine.\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 536, "texte": "144                                    DURENDAL\n\n\n           — Oui, je veux marcher,           marcher jusqu'au           soir\n           Et puis m'endormir        dans un doux         espoir.\n           Pâle fleur d'oubli,     mon cœur te         méprise,\n\n           Car j'ai   respiré   le parfum     joyeux\n           De la fleur d'amour        qui fleurit aux cieux         :\n           Aux   pieds de Jésus, je me suis            assise.\n                                               Mme     STRUMAN-PICARD.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-07-n7-005", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 144, "page_fin": 147, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "P. 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Éditeur :\nLambert de Roisin, Namur.                                                       ,\n  Le nom de l'auteur n'est pas inconnu pour qui a suivi ou étudié la littérature\nnationale des heures passées; Mme Struman a sa place marquée à côté des femmes\npoètes de 1860, de Mmes Braquaval, Ruelens, Coekelberg; sa cantate Jephté fut\ncouronnée à cette époque, à maintes reprises on la lisait dans la Revue générale et,\nentretemps, elle publiait des pages de poésie qu'elle vient de réunir en un volume et\nqu'elle offre au public comme l'œuvre d'une vie entière :\n\n                      J'ai cueilli ça et là des épis et des fleurs,\n                      J'ai rassemblé ma gerbe et voici la soirée...\n\n  La poésie de Mme Struman est une poésie d'âme doucement mélancolique, tendre­\nment affectueuse; elle porte, comme des épis riants, dans les plis de sa robe, les\nsouvenirs d'une enfance passée dans les forêts montagneuses du Luxembourg, et de\nsa patrie, l'auteur a rapporté le parfum des sauvages campagnes, la rêverie profonde\ndes bois, les clairs rayons du soleil entre les vallées d'ombre où chantent les rivières.\n  Poésie simple, faite d'amour du foyer, embaumée de bruyères violacées qui\npalpitent au vent sur des plateaux arides, gerbée de fleurs de naïveté rustique\ncueillies dans le recueillement des bois crépusculaires et «'attristant au souvenir des\nchoses en allées qu'elle évoque avec des abandons de Lamartine ou Millevoye. Telle\ncette élégie : Brises natales.\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "                                      DURENDAL                                     145\n\n                Tandis que je m'assieds sur la rive étrangère,\n                Appuyant pour rêver mon front dans mes deux mains,\n                Brise, m'apportes-tu sur ton aile légère\n                Le parfum prinianier de nos bosquets lointains?\n\n                Du mélèze odorant as-tu courbé la cime,\n                Et doucement frémi dans nos hauts peupliers?\n\n\n                As-tu passé, dis-moi, sur la roche déserte\n                Où nous allions cueillir, tout le long du sentier,\n                L'immortelle dorée et la fougère verte\n                Ou les fruits de corail au buisson d'églantier?\n\n                As-tu, passant là-haut, sur la montagne altière,\n                Gémi sur les créneaux de l'antique manoir?\n                As-tu pris sur ton aile un peu de leur poussière\n                Et sur ces fiers débris chanté l'hymne du soir?\n\n                Et surtout, ô ma brise, à travers le feuillage,\n                N'as-tu point vu mon toit, mon foyer paternel ?\n                Ne l'effleuras-tu point de ton souffle au passage ?\n                L'adieu que je lui fis sera-t-il étemel?\n\n  D'une sonorité différente peut-être de notre poésie moderne, ces accents, pour\navoir été entendus jadis, quand Béranger chantait Les Hirondelles, n'ont rien perdu\nde leur suavité charmeuse, ni de leur discrète sentimentalité.\n  A citer aussi, d'un autre genre, cette charmante esquisse intitulée : Rencontre.\nTout simplement deux vieux cheminant l'hiver au long de la Sambre, tous deux\ndevisant appuyés l'un sur l'autre.\n\n                     Ils suivaient les flots qui baignaient le rivage,\n                     Et paisibles comme eux, descendaient lentement.\n\n  Une des meilleures pièces dans la simplicité du récit court comme ceux que sait\nnarrer ce bon Coppée.\n  Dans Fiamma, titre de la dernière partie du recueil, on trouve des pages senties,\non dirait presque vécues, une émotion plus intense traduit les sentiments de piété et\nde foi, anime ces vers d'amour,' de regrets et d'espérance. Il y a là plus de cohésion,\nplus de richesse d'expression, plus de grâce rythmique encadrant un fond nuancé de\nmysticisme.\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "146                                      DURENDAL\n\n  Aurore et Couchant résume tout une vie de poète, et c'est le devoir des jeunes de\nreconnaître et de saluer le talent des aînés de notre littérature nationale.\n                                                                             F R I T Z MASOIN.\n                                               * *                     _\n   E u r y t h m i e et H a r m o n i e , par S. E. le Cardinal PERRAUD, de l'Académie\nfrançaise. (Paris Téqui.)\n   Le sous-titre de cet exquis petit volume porte : Commentaire d'une page de\nPlaton. Et puisque j ' e n suis à transcrire ces titres — oh! ils ne sont pas\nmenteurs — disons que la table des matières présente :\n   I. La musique dans l'éducation des jeunes Athéniens, au Ve siècle avant\nl'ère chrétienne.\n   II. La musique et les grands hommes du peuple d'Israël.\n   III. La musique, écho lointain de l'eurythmie et de l'harmonie de l'univers.\n   IV. La musique employée au culte divin, chez les Hébreux et dans\nl'Eglise chrétienne.\n   V. La musique sacrée, auxiliaire de la prédication.\n   VI. La musique dans ses rapports avec les obligations de la vie morale.\n   VII. La musique et le bonheur du Ciel.\n   Il eût été facile à Mgr Perraud d'ajouter à sa belle étude un chapitre sur\nla parole et la musique. L'éminent écrivain a préféré, à toute leçon, la pratique\nelle-même. Ce commentaire de Platon est écrit, je devrais dire chanté, dans\nune langue d'une eurythmie et d'une harmonie qui eussent enchanté l'auteur\ndu Banquet lui-même, le plus mélodieux des écrivains de la Grèce.\n                                                                                     P. D.\n                                                *\n                                                    * *\n  L ' A n t i s é m i t i s m e de s a i n t T h o m a s d ' A q u i n , par M. l'Abbé H. GAYRAUD.\n(Dentu, éditeur.)\n  J'engage le lecteur belge qui trouverait Edouard Drumont excessif dans sa\nhaine du juif à lire ce livre en lequel est exposé l'antisémitisme intransigeant\nde saint Thomas d'Aquin et de M. l'Abbé Gayraud.\n  Le livre est intéressant à tous égards, il apporte un élément de discussion\nnouveau entouré de commentaires remarquables, enfin, plaisir qui augmentera\nencore « la joie que vous aurez en la voyant », l'œuvre est vivante et bien\nécrite.                                                                                   P. D.\n                                                    * *\n  Kenée de F r a n c e , d u c h e s s e de Ferrare, par E . RODOCANACHI. (Paris,\nOllendorf.)\n  Le portrait de cette protectrice de la Réforme en Italie et en France pré-\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 929, "texte": "                                            DURENDAL                                              147\n\nsenté dans le cadre curieux et tourmenté du XVIe siècle, constitue une de ces\nvjsions historiques, passionnante comme le plus rare des romans. M. Rodoca­\nnachi, qui a beaucoup fouillé les archives et les paperasses des bibliothèques,\na fait œuvre d'art autant qu'œuvre de réalité en nous mettant devant les\nyeux Renée de France, cette bizarre princesse d'une psychologie si complexe,\net, c'est à ce double titre que nous l'en félicitons.\n   « Les plus beaux romans de la vie, a dit Barbey, sont des réalités qu'on\na touchées du coude, ou même du pied, en passant. »\n   Ce livre-ci présente une de ces existences à la fois historiques et roma­\nnesques. Ah, ces historiens, quelles sensations ils sont capables de nous donner!\n                                                                        P . D.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-07-n7-006", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 148, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "UN POTACHE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 176, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n    \"Un d e s f o n d a t e u r s et c o l l a b o r a t e u r s de cette r e v u e , M. Henry-\nCarton de W i a r t , v i e n t d'être é l u m e m b r e de la Chambre d e s R e p r é ­\ns e n t a n t s . DUKENDAL l u i p r é s e n t e , à cette occasion, ses p l u s c h a l e u r e u s e s\nfélicitations.\n                                                     *\n                                                    * *\n\nM        ONSIEUR Maurice Griveau, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Gene­\n          viève de Paris, professe en ce moment en Sorbonne un cours libre d'Esthétique\nde la nature, merveilleux de science et de poésie. Nous nous proposons de revenir sur\nces admirables leçons aussitôt qu'elles auront été réunies en volume.\n                                                     *\n                                                    * *\n\nV       ous vous rappelez le versificateur de l'autre jour? Il vient de nous écrire pour\n         nous dire :\n    1° Que legrand, l'immensepoète allemand dont il a parodié les vers est...Pyrker(!),\narchevêque d'Erlau (?) ;\n    2° Que les professeurs de Louvain dont il prétendait avoir la haute approbation\nsont... un aspirant professeur à Louvain et plusieurs professeurs de collège dont il\nne cite pas les noms;\n    3° Que les poètes de Durendal ne respectent guère M. Boileau et son Art poétique.\n(Ceci n'est pas tout à fait exact. Nous n'avons vis-à-vis de M. Boileau ni respect ni\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "148                                              DURENDAL\n\nirrespect. Nous tenons ce monsieur et son art poétique comme n'ayant jamais existé,\nvoilà tout.)\n                                           *\n                                        * *\n\nE     XTRAIT du Journal des Goncourt :\n        « Jeudi 3 août 1893. — Avant dîner, causerie au fond du parc avec Roden-\nbach sur la réforme de l'orthographe, sur cette révolution non prônée par des\nlittérateurs, mais par des professeurs, et seulement par courtisanene démocratique\nau profit de l'école primaire. »\n   Bravo, Goncourt !\n                                         * *\n                                     PARFUMS D'AURORE...\n                                                                               Dédié au R. P. Verest.\n\n      Dans l'étude, par la fenêtre,                       Sum optimus... Quel fin mensonge !\n      Les premiers rayons ont brillé.                     Pour bien montrer que l'autre    ment,\n      Le matin joyeux vient de naître                     Il l'a mis au   commencement.\n      Autour du bâtiment grillé.                          S'il l'eût mis ailleurs! Quand on songe       »\n\n      Des cris d'oiseaux, des bruits d'aurore.            Les collégiens, le dos en rond,\n      — Au loin, un chant de coq est né.                  Contemplant les mots et leur place,\n      — Dans l'étude, un monsieur      pérore.            Songent in petto, tête basse.\n      Il a le timbre   enchifrené.                        Navrés, que le bonhomme est long.\n\n      — « Messieurs, saisissez l'importance           — « Messieurs ! sapristi ! je crois, tas de cancres.\n      Du mot quid au milieu du vers.                  Que vous regardez parfois au dehors !\n      C'est beau! C'est fin ! Et quand on pense       Ouvrez vos cahiers et prenez de l'encre.\n      Qu'il l'eût pu mettre de travers !              Je dicterai tout; et je me fais fort,\n                                                      Paresseux fieffés, qui trouvez sans doute\n      Le mot dum à la fin du vers\n                                                      Qu'on serait bien mieux sur quelque grand' route.\n      A cent beautés sert de refuge.\n                                                      De vous obliger, lourdauds, malgré vous,\n      Nunc et hic est mis à l'envers\n                                                      A tout admirer, à comprendre tout!\n      Pour cacher lejeu du transfuge.\n                                                      Ah! vous préfèrez aux discours du maître\n      Jovis! plus sublime que tout!                   Les chants des oiseaux ! Fermez la fenêtre ! !\n      Le mot grator est un mot doux.                                                 UN   POTACHE.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 160, "texte": "JUILLET 1 8 9 6 (TROISIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": ""}, {"page_pdf": 162, "texte": " Juillet 1896                                                     N° 7\n\n                              DURENDAL\n\n\n\n\n                  TERRE CUITE\n                                                     A ma chère Femme.\n\n                DANS la rue éventrée par quelque travail souterrain\n                et qu'on repave, sur la terre ocreuse, dans l'air\n                incendié de soleil, près des tas de pavés ardents,\n                chaque jour, à l'heure de la sieste, terrassiers et\n                paveurs s'allongent sur le sol.\n                  L e spectacle est grandiose.\n  Les remueurs de sable et de pavés, manouvriers aux muscles\npuissants, aux torses de lutteurs antiques, sommeillent étendus\ntout de leur long, à plat, contre terre, les yeux clos, les bras\nrepliés, les mains sous la tête.\n  Ils forment ainsi, le long de la bande d'ombre des maisons,\ncomme une longue chaîne qu'on prendrait, de loin, pour un\nbivac de bronzes couchés.\n  Leurs vêtements de travail de velours fauve, leurs visages\nhâlés, leurs mains brunes, leur donnent l'apparence métallique\ndes statues, dont ils ont par ailleurs la mâle et sonore beauté.\n  De près cet indéniable cachet de sévère grandeur leur reste,\nmais on s'aperçoit, au r y t h m e respiratoire des larges poitrines\nse soulevant et s'abaissant comme de lents soufflets de forge, que\nce bronze est vivant, et que ces statues sont de celles qu'ani­\nmera tantôt la force.\n  Quel contraste entre ces ouvriers d o r m a n t là contre terre, puis­\nsants, gigantesques, lustrés par les pluies, patines au feu du soleil et\nleurs frères maigres, pâles et squelettiques des ateliers et des usines !\n  Ceux qui sommeillent ici rappellent véritablement les hommes\ndes races primitives, les beaux et forts terriens de jadis\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "134                            DURENDAL\n\n\n   Ces paveurs et ces terrassiers étendus sur le sol renouvellent\nl'histoire d'Antée en lutte contre Hercule, ils reprennent de leur\nvaillance chaque fois qu'ils touchent seulement la terre.\n\n  Juillet   1896.\n                                                       POL DEMADE.\n\n\n             LA GRACE PRÉVENANTE\n       La nuit de Juin soufflait par la croisée ouverte.\n\n       Hantés par l'abat-jour de porcelaine verte,\n       Des phalènes entraient, fuyaient, puis ramenés,\n       Heurtaient au vain soleil, en des vols obstinés,\n       Leur stupeur. Le ciel pur s'ouvrait aromatique ;\n       Des lueurs y tremblaient. Sous la force rustique\n       Des sèves travaillant les bourgeons, lentement\n       Se déroulait l'étui du feuillage dormant.\n       Cela faisait un bruit à peine perceptible,\n       Un bruit d'insecte errant sur sa route invisible,\n       Et pourtant, rehaussant le repos solennel,\n       Ce bruit léger semblait presque surnaturel.\n\n       Au loin le roulement assourdi de la    ville.\n\n       L'homme veillait penché sur son travail stérile.\n       Il rêvait, entouré de tomes entassés,\n       De papiers balafrés par des mots effacés,\n       D'œuvres d'art, dans la pièce où luisaient des soiries,\n       Où des sièges trapus traînaient leurs veuleries,\n       Où tout était languide, excepté la rumeur\n       Guerrière de l'esprit qu'exhale tout labeur,\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                        DURENDAL                         135\n\nOù le monde étalait, en taisant ses détresses,\nUn luxe forcené de voix et de caresses.\n\nL'homme écoutait gronder au fond de son cerveau\nLes systèmes anciens, le système nouveau;\nLe long chevrotement de la science humaine;\nLes livres où l'orgueil fastueux se démène;\nLes roseaux qui saisis se brisent dans les mains;\nLe jour clair des plaisirs, la nuit des lendemains.\nIl vit des poings briser de très vieilles statues,\nDes herbes prospérer sur des gloires perdues,\nDes bras vivants tendus vers des fantômes gris,\nDes pieds subitement par des lacets surpris,\nDes cœurs saignants jetés: aux ronces, des molosses\nHappant des membres nus trébuches dans des fosses;\nSous un vent de folie il vit l'humanité\n Vers la chair et l'orgueil ruer sa vanité,\nEt, sous le rire amer d'un ciel fantomatique,\nPousser vers le néant sa course frénétique.\n\nPartout des cris stridents, partout des corps meurtris\nPartout un lourd brouillard de cendre et de débris,\nEt sur le court chemin des luttes nécessaires,\nL'abomination des finales misères,\nAvec la soif sans eau, le remords et l'affront!\n\nLa nuit discrète entrait et lui baisait le front.\n\nL'air était tiède. Au fond de la torpeur lointaine\nSanglottait, comme un noir symbole, une fontaine;\nEt la grande cité, là-bas, à l'horizon,\nDans la fièvre exhalait sa sourde déraison.\n\nL'homme rêvait.\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "136                          DURENDAL\n\n\n                          Soudain l'interne turbulence\n       Décrut. Il s'étala sur son âme un silence,\n      Comme sur un vivier après un coup de vent\n      Lorsque les nénufars calment le flot mouvant,\n      Le doigt d'un enchanteur ou l'aile d'un archange\n       Venait de le pousser par une porte étrange.\n      Éperdu, comme un pauvre, autrefois rebuté,\n      Qui franchit le seuil blanc d'une hospitalité,\n      Il buvait de l'air frais dans une salle claire.\n      Il était seul, frileux, soudain presque colère\n      De ce choc imprévu qui n'était point brutal,\n      Mais soulevait en lui le regret de son mal.\n      Quelque chose croulait dans sa pensée; une ombre\n      Échappait à ses mains ; il était mieux dans l'ombre,\n      Ses bras ballaient; il ne savait, très agité,\n      Que faire de ses yeux dans ces flots de clarté.\n      Son esprit jouissait, mais ne savait que dire ;\n      Il sentait vaguement une aube lui sourire;\n      Tout était blanc : les murs, les voûtes, les rayons;\n      Sa chair semblait dissoute et des suggestions\n      De volonté, montant en volutes de flamme,\n      Cherchaient à ranimer la glace de son âme.\n\n\n      Que faire? Il hésitait. Il flottait loin du bord\n      De sa vie; en son cœur fondait un vague effort ;\n      Il percevait très bien qu'une chose ineffable\n      Mettait comme un point d'or dans sa nuit lamentable,\n      Car il voyait peser des ténèbres en lui.\n      Il flottait, il sentait le besoin d'un appui,\n      Et la nécessité, pour marcher dans la vie,\n      D'un but supérieur, d'un ciel qui purifie.\n      Il se voyait chercher. Oh! tourment du désir!\n      Convoiter fortement et ne jamais saisir!\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                       DURENDAL                       137\n\nEt la perception d'un exil, d'une épreuve,\nOuvrit devant ses yeux comme une route neuve;\nMais tout restait confus; seulement il sentait\nQu'une chaleur du fond de son âme montait;\nUne chaleur étrange indiciblement douée.\nIl faisait quelquefois le geste qui repousse,\nInquiet, ne sachant pour quel but souverain\nCet amour inconnu chauffait son moi hautain.\n Vis-à-vis de lui-même il craignait une honte,\n Un élan maladif et vain qu'il faut qu'on dompte;\nEt pourtant son esprit — il ne savait comment —\nAu trouble de son cœur résistait mollement.\n\nAlors un long frisson parcourut tout son être,\nIl s'éveilla, surpris, au bord de la fenêtre,\nRegardant dans l'azur les astres clignoter.\nLe ciel était profond; on y voyait flotter\nCette errante lueur de brume opalisée\nComme par l'infini dans l'éther tamisée.\nIl entendait gronder dans le vaste sommeil\nha ville que la mort tient toujours en éveil;\nEt, dans la profondeur indécise et lointaine,\nGémir comme son cœur la dolente fontaine.\n                                    H.   HOORNAERT.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "138                            DURENDAL\n\n\n\n\n      LA MUSIQUE RELIGIEUSE\n               DE      tous les arts, la musiaue est celui qui procure à\n                    notre âme les émotions les plus fortes. Il n'est\n                    d'art qui fasse autant d'impression et suscite autant\n                    d'idées que la musique. Elle fait vibrer toutes les\n                    cordes sentimentales de l'âme humaine. En frap­\n         pant les sens, elle éveille l'imagination et l'imagination est la\n        source de toutes nos idées.\n           Quand nous entendons une harmonie puissante, tout notre\n        être est remué, nous sortons en quelque sorte de nous-mêmes,\n        nous oublions la terre, nous sommes ravis, notre âme est enle­\n        vée dans l'extase et transportée dans un monde tout idéal. La\n        plus humble mélodie, du moment qu'elle est vraiment esthétique,\ns'empare de tout notre être et nous plonge dans le rêve. C'est une\nespèce d'hypnotisme. Nous sommes enlevés à nous-mêmes. Nous ne\nsommes plus maîtres de nous et perdons la notion du temps. Des\nheures entières passent avec la rapidité de secondes.\n   Je n'oublierai jamais les impressions esthétiques que me procu­\nrèrent, l'an passé, l'audition du Rheingold de Wagner au Conservatoire,\net, quelques années auparavant, l'audition du Francisais de Tinel.\n   Combien poignante la scène musicale de la mort du séraphique\nsaint François, s'endormant dans l'ultime extase, en poussant ce seul\ncri, qui révélait toute l'âme du saint et résumait toute sa vie : « Mon\nDieu !... Mon Dieu... ! »\n   Le saint vient d'expirer. Tout d'un coup, d'un océan d'harmonies à\nla fois puissantes et douces, jaillissent vers le ciel les vagues argentées\nde voix cristallines et virginales : c'est le chœur des anges célébrant\nl'entrée de François dans la gloire. Et tandis que les anges entonnent\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                               DURENDAL                               139\n\nen cette nouvelle nativité, — celle d'une âme à la vie extatique du\nciel — ce Gloire à Dieu ! qu'ils chantèrent une première fois à la\nnaissance du Verbe incarné, d'autres voix, mâles et vigoureuses,\nviennent se mélanger à elles, en des chants graves et liturgiques, pour\ncélébrer le triomphe du saint.\n   Ce passage de l'oratorio de Tinel est de toute beauté. La plume est\nimpuissante à décrire les impressions surhumaines qu'il procure.\nComment les rendre en langage vulgaire? oui, vulgaire, car la parole\nhumaine est toujours vulgaire quand elle essaye de bégayer les senti­\nments héroïques de nos âmes.\n   Mais il ne faut pas même entendre tout un concert, ni assister à\nun oratorio pour subir cette influence de l'art musical. Une simple\nphrase musicalej du moment qu'elle est vraiment esthétique, suffit\npour enlever en quelque sorte l'âme à elle-même.\n   Toute ma vie je me rappellerai l'impression que j'éprouvai une\nnuit d'insomnie.\n   Dans la rue que j'habitais, loin des centres bruyants et maudits, le\ncalme le plus absolu enveloppait toutes choses. Je ne parvenais pas à\nm'endormir et rêvais tout éveillé de ces rêves vagues, tantôt tristes et\nmélancoliques, tantôt beaux et consolants que suscite le silence de la\n nuit.\n   Tout d'un coup, au milieu de ce silence solennel, j'entendis une voix\n chantant sur un ton plaintif une mélodie simple, mais si belle et si\n mélancolique, accompagnée du son si vibrant du violon.\n   Oh ! comme je tressaillis à l'audition de cette pauvre petite phrase\n musicale. Il me semblait entendre l'âme humaine, gémissant sous le\n poids des chaînes qui la rivent à ce monde banal et, affamée d'idéal,\n soupirer après l'infini, s'efforcer de s'affranchir de la misère humaine,\n pour s'envoler vers le Beau substantiel, seul capable d'assouvir nos\n grandioses aspirations.\n    Et me reportant à d'autres idées, je me disais : « Quelle influence\n n'exercerait pas sur les foules l'art musical à l'église, s'il était bien\n compris ? »\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "140                            DURENDAL\n\n\n   D'elle-même, la musique élève déjà l'âme, la fait penser au ciel et\nla porte, sur les ailes aériennes des notes, jusqu'à Dieu. Que serait-ce\nsi, au milieu de la splendeur des offices liturgiques, on entendait des\nmélodies vraiment religieuses ?\n   Oh ! qui nous délivrera de ces atroces musiquettes qu'on nous\ninflige actuellement clans nos temples. C'est quelque chose d'exaspé­\nrant. T a n t ô t ce sont des airs d'un sentimentalisme fade et stupide,\ntantôt c'est une musique bruyante et agaçante, d'autrefois ce sont des\nairs sautillants, invitant à la danse plutôt qu'au recueillement, en\nd'autres occasions, enfin, c'est une mélodie toute sensuelle. Ceci est un\nvéritable sacrilège, oui, un sacrilège, une profanation. L a religion\ncatholique est une religion de pénitence, de sacrifices, de chasteté et,\npour inviter l'âme au renoncement, à la mortification, à la soumission\ndes sens, on lui fait subir l'audition d'une musique d'opérette et de\ncafé-concert !\n   J a m a i s je n'oserais conseiller à un artiste d'assister à une grand'\nmesse ou à un salut dans nos églises. S'il n'a pas de sentiments\nreligieux, j'en suis certain, qu'il sortira plus impie que jamais. Ou bien\nla musique qu'il entendra suscitera en lui des impressions sensuelles,\nou bien elle l'exaspérera et lui donnera la nausée de l'idéal religieux.\nJamais une musique pareille n'a converti une âme. Comment le\nferait-elle ? elle est plutôt de nature à pervertir ou à dégoûter.\n  Ah ! vous qui favorisez ces aberrations inouïes, vous êtes des\ninconscients ; vous ne vous doutez pas du mal que vous pouvez faire à\ndes âmes un peu élevées. Vous devriez cependant avoir pitié de\nces pauvres âmes d'artistes. Elles souffrent plus que toute autre,\nparce qu'elles sont plus sensibles, plus délicates, plus intellectuelles,\net elles ont droit à la pitié : elles sont rachetées aussi bien que les\nautres au prix du sang d'un Dieu.\n  Un jour, au sortir d'une église, je suis accosté par le maître de\nchapelle :\n  — Vous avez remarqué, me dit-il, l'Ave Maria que nous avons\nchanté à l'église ?\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                DURENDAL                                141\n\n   — Oui, lui dis-je, c'est abominable, c'est atroce, c'est exécrable.\n   — E h bien, me répliqua-t-il, le monde trouve cela admirable. E t\ncependant, savez-vous ce que c'est que cette mélodie... ? c'est la\nmusique accompagnant une scène d'adultère d'un opéra. On n'a\nchangé que les mots. Aux ignobles paroles de l'opéra, on a substitué\nle texte sacré de la salutation angélique; ceci est un détail.\n   On pourrait citer des centaines d'exemples pareils. Des partitions\nentières de messes sont empruntées à la musique profane et théâtrale.\nL e théâtre à l'église, voilà ce que c'est que la musique religieuse\nmoderne.\n   Quelle impression une musique pareille doit-elle faire aux gens\nqui, la veille au soir, l'entendaient dans un opéra dont le sujet est\nune histoire d'adultère ! Loin d'élever leur âme à Dieu, elle éveillera\ndans leur cerveau toutes les imaginations mauvaises et les idées\nsensuelles éprouvées la veille. C'est presque une parodie sacrilège, la\nparodie du drame sanglant du Calvaire. T a n d i s que le prêtre immole\nsur l'autel au milieu de l'encens liturgique et des admirables prières\nde l'Église la victime sacrée, les chantres se trémoussent au j u b é , font\ndes pirouettes musicales, font sautiller les notes, entonnent les\nparoles extatiques du Gloria et le texte grandiose du Credo sur des\nairs profanes et indécents.\n   E n les entendant, il me semble assister à la scène du Calvaire.\nT a n d i s que le Christ agonise sur la croix, dans l'immolation symbo­\nlique de la messe, les Juifs l'insultent, l'accablent d'injures, se moquent\nde lui, tressaillent de joie dans la personne des chantres. Si c'est là ce\nqu'on veut en faisant résonner les voûtes de nos temples d'accents\nprofanes et scandaleux, il faut avouer qu'on ne pourrait mieux faire.\n   L'art musical religieux diffère essentiellement de l'art musical\nprofane et surtout de l'art musical théâtral.\n   L'église est le contraire du théâtre. L'objet des opéras c'est l'amour\npassionnel et tous les drames de la vie qui l'engendrent, l'accompagnent\net le dénouent. On y met en jeu toutes les passions humaines. L a\nmusique exprimant l'intensité de la passion h u m a i n e sera donc néces-\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "142                            DURENDAL\n\nsairement une musique tour à tour sensuelle, violente, nerveuse,\nenivrante et toujours essentiellement matérielle.\n   L'église est le sanctuaire de la prière. Tout doit y porter au\nrecueillement. Rien d'humain ne doit y paraître. Tout ce qui est\nprofane doit s'arrêter au seuil du temple. Tout dans un temple chrétien\ndoit respirer le calme et la paix, prêcher la pénitence, la mortification\net le renoncement. L'église est l'antichambre du ciel. Le pénitent y\nvient chercher les brisements salutaires du repentir et de la contrition,\nles larmes de la pénitence. L'âme faible vient y demander les forces\nnécessaires pour la lutte de la vie. Le juste y vient retremper son âme\ndans la prière. Le saint s'y rend pour se livrer plus aisément à la\ncontemplation.\n   L'église doit être pour tous le sanctuaire de la paix du ciel, de la\nserénité de l'âme, de la joie spirituelle.\n   Le but de l'ascétisme catholique est d'immatérialiser, de spiritualiser\nles âmes.\n   La musique d'église devra donc être aussi peu matérielle que possible.\nL'artiste compositeur devra spiritualiser, en quelque sorte, les notes.\nLe moins de bruit possible, des mélodies aussi immatérielles que\npossible, des harmonies paisibles, tranquilles, recueillies et recueil­\nlantes. Tel doit être son but. Plus la musique est immatérielle, plus\nelle est religieuse.\n   La musique religieuse doit pleurer avec le pénitent, l'inviter aux\nlarmes, les faire couler, se réjouir avec l'âme réconciliée à son Dieu\net lui communiquer la joie des élus, s'extasier avec les saints, leur\nouvrir le ciel et leur montrer Dieu dans la paix et l'exultation de\nl'extase.                                   L'Abbé HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                     DURENDAL                         I43\n\n\n\n\n      AU BORD DU CHEMIN\n\n                          I\nAu bord du chemin, je voudrais m'asseoir\nSur la mousse verte, au pied du vieux chêne,\nEpanchant enfin la coupe trop pleine,\nY pleurer longtemps, pleurer jusqu'au soir.\n\nLa route est bien longue et le ciel bien noir;\nPourtant, le zéphir caresse la plaine ;\nPeut-être en berçant ma pauvre âme en peine,\nL'oubli lui viendrait, à défaut d'espoir.\n\nEt je poserais dans la solitude,\nOù la fleur d'oubli verse son parfum,\nDe ma lourde croix le poids importun;\n\nA mes pieds lassés la montée est rude,\nEt la douce fleur tombe de ma main...\nJe voudrais m'asseoir au bord du chemin.\n\n                          II\nJe me suis assise au bord du chemin,\nOù coule à longs flots la pure fontaine ;\nUn fidèle ami m'a tendu la main,\nEt m'a dit tout bas : « Viens, pauvre âme en peine;\n\nViens, nul affligé ne m'appelle en vain;\nViens, je briserai ta pesante chaîne;\nJe te guiderai vers ton but lointain,\nJe raffermirai ta marche incertaine.\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "144                                    DURENDAL\n\n\n           — Oui, je veux marcher,           marcher jusqu'au           soir\n           Et puis m'endormir        dans un doux         espoir.\n           Pâle fleur d'oubli,     mon cœur te         méprise,\n\n           Car j'ai   respiré   le parfum     joyeux\n           De la fleur d'amour        qui fleurit aux cieux         :\n           Aux   pieds de Jésus, je me suis            assise.\n                                               Mme     STRUMAN-PICARD.\n\n\n\n\n                 Roche Tarpéienne et Capitole\n  A u r o r e e t Couchant. — Poésies par Mme A. STRUMAN-PICARD. Éditeur :\nLambert de Roisin, Namur.                                                       ,\n  Le nom de l'auteur n'est pas inconnu pour qui a suivi ou étudié la littérature\nnationale des heures passées; Mme Struman a sa place marquée à côté des femmes\npoètes de 1860, de Mmes Braquaval, Ruelens, Coekelberg; sa cantate Jephté fut\ncouronnée à cette époque, à maintes reprises on la lisait dans la Revue générale et,\nentretemps, elle publiait des pages de poésie qu'elle vient de réunir en un volume et\nqu'elle offre au public comme l'œuvre d'une vie entière :\n\n                      J'ai cueilli ça et là des épis et des fleurs,\n                      J'ai rassemblé ma gerbe et voici la soirée...\n\n  La poésie de Mme Struman est une poésie d'âme doucement mélancolique, tendre­\nment affectueuse; elle porte, comme des épis riants, dans les plis de sa robe, les\nsouvenirs d'une enfance passée dans les forêts montagneuses du Luxembourg, et de\nsa patrie, l'auteur a rapporté le parfum des sauvages campagnes, la rêverie profonde\ndes bois, les clairs rayons du soleil entre les vallées d'ombre où chantent les rivières.\n  Poésie simple, faite d'amour du foyer, embaumée de bruyères violacées qui\npalpitent au vent sur des plateaux arides, gerbée de fleurs de naïveté rustique\ncueillies dans le recueillement des bois crépusculaires et «'attristant au souvenir des\nchoses en allées qu'elle évoque avec des abandons de Lamartine ou Millevoye. Telle\ncette élégie : Brises natales.\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                      DURENDAL                                     145\n\n                Tandis que je m'assieds sur la rive étrangère,\n                Appuyant pour rêver mon front dans mes deux mains,\n                Brise, m'apportes-tu sur ton aile légère\n                Le parfum prinianier de nos bosquets lointains?\n\n                Du mélèze odorant as-tu courbé la cime,\n                Et doucement frémi dans nos hauts peupliers?\n\n\n                As-tu passé, dis-moi, sur la roche déserte\n                Où nous allions cueillir, tout le long du sentier,\n                L'immortelle dorée et la fougère verte\n                Ou les fruits de corail au buisson d'églantier?\n\n                As-tu, passant là-haut, sur la montagne altière,\n                Gémi sur les créneaux de l'antique manoir?\n                As-tu pris sur ton aile un peu de leur poussière\n                Et sur ces fiers débris chanté l'hymne du soir?\n\n                Et surtout, ô ma brise, à travers le feuillage,\n                N'as-tu point vu mon toit, mon foyer paternel ?\n                Ne l'effleuras-tu point de ton souffle au passage ?\n                L'adieu que je lui fis sera-t-il étemel?\n\n  D'une sonorité différente peut-être de notre poésie moderne, ces accents, pour\navoir été entendus jadis, quand Béranger chantait Les Hirondelles, n'ont rien perdu\nde leur suavité charmeuse, ni de leur discrète sentimentalité.\n  A citer aussi, d'un autre genre, cette charmante esquisse intitulée : Rencontre.\nTout simplement deux vieux cheminant l'hiver au long de la Sambre, tous deux\ndevisant appuyés l'un sur l'autre.\n\n                     Ils suivaient les flots qui baignaient le rivage,\n                     Et paisibles comme eux, descendaient lentement.\n\n  Une des meilleures pièces dans la simplicité du récit court comme ceux que sait\nnarrer ce bon Coppée.\n  Dans Fiamma, titre de la dernière partie du recueil, on trouve des pages senties,\non dirait presque vécues, une émotion plus intense traduit les sentiments de piété et\nde foi, anime ces vers d'amour,' de regrets et d'espérance. Il y a là plus de cohésion,\nplus de richesse d'expression, plus de grâce rythmique encadrant un fond nuancé de\nmysticisme.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "146                                      DURENDAL\n\n  Aurore et Couchant résume tout une vie de poète, et c'est le devoir des jeunes de\nreconnaître et de saluer le talent des aînés de notre littérature nationale.\n                                                                             F R I T Z MASOIN.\n                                               * *                     _\n   E u r y t h m i e et H a r m o n i e , par S. E. le Cardinal PERRAUD, de l'Académie\nfrançaise. (Paris Téqui.)\n   Le sous-titre de cet exquis petit volume porte : Commentaire d'une page de\nPlaton. Et puisque j ' e n suis à transcrire ces titres — oh! ils ne sont pas\nmenteurs — disons que la table des matières présente :\n   I. La musique dans l'éducation des jeunes Athéniens, au Ve siècle avant\nl'ère chrétienne.\n   II. La musique et les grands hommes du peuple d'Israël.\n   III. La musique, écho lointain de l'eurythmie et de l'harmonie de l'univers.\n   IV. La musique employée au culte divin, chez les Hébreux et dans\nl'Eglise chrétienne.\n   V. La musique sacrée, auxiliaire de la prédication.\n   VI. La musique dans ses rapports avec les obligations de la vie morale.\n   VII. La musique et le bonheur du Ciel.\n   Il eût été facile à Mgr Perraud d'ajouter à sa belle étude un chapitre sur\nla parole et la musique. L'éminent écrivain a préféré, à toute leçon, la pratique\nelle-même. Ce commentaire de Platon est écrit, je devrais dire chanté, dans\nune langue d'une eurythmie et d'une harmonie qui eussent enchanté l'auteur\ndu Banquet lui-même, le plus mélodieux des écrivains de la Grèce.\n                                                                                     P. D.\n                                                *\n                                                    * *\n  L ' A n t i s é m i t i s m e de s a i n t T h o m a s d ' A q u i n , par M. l'Abbé H. GAYRAUD.\n(Dentu, éditeur.)\n  J'engage le lecteur belge qui trouverait Edouard Drumont excessif dans sa\nhaine du juif à lire ce livre en lequel est exposé l'antisémitisme intransigeant\nde saint Thomas d'Aquin et de M. l'Abbé Gayraud.\n  Le livre est intéressant à tous égards, il apporte un élément de discussion\nnouveau entouré de commentaires remarquables, enfin, plaisir qui augmentera\nencore « la joie que vous aurez en la voyant », l'œuvre est vivante et bien\nécrite.                                                                                   P. D.\n                                                    * *\n  Kenée de F r a n c e , d u c h e s s e de Ferrare, par E . RODOCANACHI. (Paris,\nOllendorf.)\n  Le portrait de cette protectrice de la Réforme en Italie et en France pré-\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                            DURENDAL                                              147\n\nsenté dans le cadre curieux et tourmenté du XVIe siècle, constitue une de ces\nvjsions historiques, passionnante comme le plus rare des romans. M. Rodoca­\nnachi, qui a beaucoup fouillé les archives et les paperasses des bibliothèques,\na fait œuvre d'art autant qu'œuvre de réalité en nous mettant devant les\nyeux Renée de France, cette bizarre princesse d'une psychologie si complexe,\net, c'est à ce double titre que nous l'en félicitons.\n   « Les plus beaux romans de la vie, a dit Barbey, sont des réalités qu'on\na touchées du coude, ou même du pied, en passant. »\n   Ce livre-ci présente une de ces existences à la fois historiques et roma­\nnesques. Ah, ces historiens, quelles sensations ils sont capables de nous donner!\n                                                                        P . D.\n\n\n\n\n                  MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n    \"Un d e s f o n d a t e u r s et c o l l a b o r a t e u r s de cette r e v u e , M. Henry-\nCarton de W i a r t , v i e n t d'être é l u m e m b r e de la Chambre d e s R e p r é ­\ns e n t a n t s . DUKENDAL l u i p r é s e n t e , à cette occasion, ses p l u s c h a l e u r e u s e s\nfélicitations.\n                                                     *\n                                                    * *\n\nM        ONSIEUR Maurice Griveau, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Gene­\n          viève de Paris, professe en ce moment en Sorbonne un cours libre d'Esthétique\nde la nature, merveilleux de science et de poésie. Nous nous proposons de revenir sur\nces admirables leçons aussitôt qu'elles auront été réunies en volume.\n                                                     *\n                                                    * *\n\nV       ous vous rappelez le versificateur de l'autre jour? Il vient de nous écrire pour\n         nous dire :\n    1° Que legrand, l'immensepoète allemand dont il a parodié les vers est...Pyrker(!),\narchevêque d'Erlau (?) ;\n    2° Que les professeurs de Louvain dont il prétendait avoir la haute approbation\nsont... un aspirant professeur à Louvain et plusieurs professeurs de collège dont il\nne cite pas les noms;\n    3° Que les poètes de Durendal ne respectent guère M. Boileau et son Art poétique.\n(Ceci n'est pas tout à fait exact. Nous n'avons vis-à-vis de M. Boileau ni respect ni\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "148                                              DURENDAL\n\nirrespect. Nous tenons ce monsieur et son art poétique comme n'ayant jamais existé,\nvoilà tout.)\n                                           *\n                                        * *\n\nE     XTRAIT du Journal des Goncourt :\n        « Jeudi 3 août 1893. — Avant dîner, causerie au fond du parc avec Roden-\nbach sur la réforme de l'orthographe, sur cette révolution non prônée par des\nlittérateurs, mais par des professeurs, et seulement par courtisanene démocratique\nau profit de l'école primaire. »\n   Bravo, Goncourt !\n                                         * *\n                                     PARFUMS D'AURORE...\n                                                                               Dédié au R. P. Verest.\n\n      Dans l'étude, par la fenêtre,                       Sum optimus... Quel fin mensonge !\n      Les premiers rayons ont brillé.                     Pour bien montrer que l'autre    ment,\n      Le matin joyeux vient de naître                     Il l'a mis au   commencement.\n      Autour du bâtiment grillé.                          S'il l'eût mis ailleurs! Quand on songe       »\n\n      Des cris d'oiseaux, des bruits d'aurore.            Les collégiens, le dos en rond,\n      — Au loin, un chant de coq est né.                  Contemplant les mots et leur place,\n      — Dans l'étude, un monsieur      pérore.            Songent in petto, tête basse.\n      Il a le timbre   enchifrené.                        Navrés, que le bonhomme est long.\n\n      — « Messieurs, saisissez l'importance           — « Messieurs ! sapristi ! je crois, tas de cancres.\n      Du mot quid au milieu du vers.                  Que vous regardez parfois au dehors !\n      C'est beau! C'est fin ! Et quand on pense       Ouvrez vos cahiers et prenez de l'encre.\n      Qu'il l'eût pu mettre de travers !              Je dicterai tout; et je me fais fort,\n                                                      Paresseux fieffés, qui trouvez sans doute\n      Le mot dum à la fin du vers\n                                                      Qu'on serait bien mieux sur quelque grand' route.\n      A cent beautés sert de refuge.\n                                                      De vous obliger, lourdauds, malgré vous,\n      Nunc et hic est mis à l'envers\n                                                      A tout admirer, à comprendre tout!\n      Pour cacher lejeu du transfuge.\n                                                      Ah! vous préfèrez aux discours du maître\n      Jovis! plus sublime que tout!                   Les chants des oiseaux ! Fermez la fenêtre ! !\n      Le mot grator est un mot doux.                                                 UN   POTACHE.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": ""}, {"page_pdf": 179, "texte": ""}]}