{"numero_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-001", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 150, "titre_corps": "Vieilleries", "titre_sommaire": "Vieilleries", "signature_source": "Ernest Périer", "ancre_debut": "VIEILLERIES", "ancre_fin": "ERNEST PERIER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 182, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "VIEILLERIES\n                                                 A   MON CHER AMI P o L     DEMADE.\n\n\n                                   I\n                     VIEUX MOINE\n       Le moine, humain débris d'un siècle qui n'est plus,\n       Face inflexible où brûle un regard de clémence,\n       Quand l'opéra nocturne, aux chœurs d'astres, commence,\n       S'assied sous le portail sculpté d'anges joufflus.\n        Vieux saint de cathédrale anguleux et perclus,\n       Il parle au ciel qu'un geste invisible ensemence,\n       Tandis qu'un oiseau-barde accorde sa romance\n       Au grêle harmonica des ruisseaux chevelus.\n       Or, l'air rose, où chaque âtre amincit sa volute,\n       Est plein d'une aromate haleine d'encensoir,\n       Et des peupliers fins gravent les ors du soir.\n\n       Mais rien, pas même un chant rossignoleur de flûte\n       Qu'un pâtre adresse au jour défunt, comme un adieu,\n       N'arrête sa tranquille ascension vers Dieu.\n\n\n\n                                   II\n                     VIEILLE VILLE\n                                           Petite ville chère, ah ! si chère!\n\n       Ce coin de ville est plein d'un silence claustral\n       Où perle d'heure en heure un son de cloche triste.\n       On dirait un quartier bleuté de littoral,\n       Peint sur faïence par un ancien coloriste.\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "150                           DURENDAL\n\n      En face d'une échoppe, aux murs peints, d'herboriste,\n      Un tilleul en dentelle ombre un jardin rural,\n      Et deux moutons y font un groupe pastoral\n      A ravir le pinceau d'un miniaturiste.\n\n      Enfin, pour achever ce fond d'assiette exquis,\n      Le clocher digital d'un couvent de nonnettes\n      Pointe au bout d'un couloir bordé de maisonnettes.\n\n      Et mainte fenestrelle encadre ce croquis :\n      Aïeule ou jeune fille en grande coiffe ailée,\n      Qu'incline un angélus timide à voix fêlée.\n\n\n\n                                  III\n\n                VIEILLE BOUTIQUE\n      La boutique est très vieille et très vieux l'antiquaire.\n      L'une a l'air d'une austère eau-forte de jadis ;\n      L'autre, issu de la race et du pays maudits,\n      Neigeux d'ans est un dur simulacre calcaire.\n\n      Estampes à charmer maint bibliothécaire,\n      Plats, fers forgés, bijoux encombrent ce taudis.\n      Tout un passé dort là comme en un reliquaire,\n      Et le vieux juif y vit comme en un paradis.\n\n      Vieil antiquaire épris de sa vieille boutique,\n      Il cou/be, ayant dans l'œil un astre énigmatique,\n      Son profil numismal ennobli du béret.\n\n      Et plus d'un pèlerin se demande en arrêt\n      Si l'homme entr'aperçu derrière le vitrage\n      N'est pas un vieil ivoire accoudé d'un autre âge.\n                                               ERNEST P É R I E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-002", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 153, "titre_corps": "Le Carillonneur", "titre_sommaire": "Le Carillonneur", "signature_source": "Al. Dumortier", "ancre_debut": "LE CARILLONNEUR", "ancre_fin": "AL DUMORTIER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 113, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "LE CARILLONNEUR\n                         A MADAME CLÉMENTINE LOUANT.\n\n                                          Brusques sonnent nu loin des tintements de cloche\n                                          Qui cessent du silence, à coups de battant clair,\n                                          Par-dessus les hameaux, jetant à travers l'air\n                                          Un long appel, qui long, parmi l'écho ricoche.\n                                                              EMILE VERHAEREN (LES MOINES).\n\n\n                 LE carillon sonne. Sa chanson douce dans les plaines\n                  de l'air « ensemence la verte immensité des\n                   plaines ».\n                     P a r les toits, c'est une envolée d'arpèges, et l'écho\n                  joyeux répond aux notes argentines.\n                       L a grosse cloche soutient de ses sonorités pro­\nfondes les fuyantes harmonies, remous délicieusement sonore par le\nciel épandu.\n   Au campanile, la brise folle lutine les clochettes, qui doucement,\ndoucement bruissent... Soudain prélude le concert.\n   Bim, boum, b a m . . . vive claironnée, bim, b a m . . .\n   Hélas! il est bien vieux le pauvre carillonneur, ses mains jadis\npuissantes trahissent sa volonté, les clochettes, ses filles, semblent\nmoins alertes à son appel.\n   Et comme son âme tressaille au jeu de son clavier. Avec les sons\naffluent les souvenirs. Son père a frappé les chansons qu'il égrène,\nreligieusement il les a conservées, il veut léguer à son fils les tradi­\ntions antiques.\n   Le père est maintenant aux côtés du fils, surveillant ses accords ;\nles cloches ont repris leur cavatine, elles battent, hardies, comme si\nune âme nouvelle leur était donnée.\n\n  Par un dimanche, je m'en fus à Malines.\n  Droite, la tour profilait sa gigantesque m a s s e ; et son faite carré\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "l52                            DURENDAL\n\n\nsemblait ouvert au ciel : les cloches n'avaient pas voulu se laisser\nemprisonner.\n   Les promeneurs sur la place attendaient que sonnât l'heure au\nlourd cadran de cuivre.\n   E t c'était toujours la même foule que j'avais observée en mes années\nde jeunesse, palpitante et énivrée lorsque la tour se réveillait de son\nsilence.\n   T o u t à coup, aux sons mourants de l'orgue, succède le son vibrant\ndes cloches.\n   E t les cœurs sont en joie et fiers\n   Dans une rue étroite, qui semble dérober jalousement ses vieux\npignons espagnols, vieux souvenirs d'une civilisation puissante, une\npetite fenêtre s'ouvre, et dans la chambre, furtif, se glisse un rayon\nde soleil.\n   T r è s cassé et très triste, le vieux carillonneur repose.\n   C'est dimanche. L a ménagère a remis au lit des draps plus fins.\nT o u t e propre la chambrette aux murs blancs, où se détachent an\nchrist qu'ombrage la palme bénite, une gravure ancienne représentant\nla tour de Saint-Rombaut.\n   — Mon cher Coolman, dis-je en entrant.\n   — Ah docteur! me répondit le vieil artiste, devinant ma pensée, je\nvais bien mal. S u r sa joue amaigrie glisse une larme : Voyez, l'hydro-\npisie gagne, et son regard me montrait ses mains gonflées, ses pauvres\nmains jadis si vaillantes à frapper le clavier.\n   A la rue, le bruit des pas se fait plus pressé. Les promeneurs se\nhâtent pour entendre leur carillon.\n   Midi... et déjà les premières notes arrivent aux oreilles.\n   L e malade s'est tu. Soulevé de sa couchette, il écoute anxieux.\n   P l u s distinctes parviennent les gammes folles.\n   U n silence. P u i s c'est un lied flamand harmonieux et naïf.\n   Sur un fauteuil on avait, près de la fenêtre, porté le malade.\n   Vives et: fortes vibraient maintenant les cloches. Elles évoquaient\nle passé dans leur chant magnifique.\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1348, "texte": "                                   DURENDAL                         153\n\n   C'était la prière des communiers flamands avant la bataille, l'appel\nau peuple pour repousser l'envahisseur ; c'était aussi la valse popu­\nlaire qui, aux temps de sa jeunesse, avait bercé les amours du cher\nvieillard. E t sous ces souvenirs, tandis qu'il respirait les fraîches\nsenteurs d'une glycine, Coolman se ranimait, comme si la vie, à coups\nde cloches, fût rentrée dans son être affaibli.\n   Et le carillon sonnait toujours.\n   Ses harmonies délicates perlaient, et des anges en guirlande descen­\ndaient les cueillir pour en fleurir les éternels parvis.\n   L'émotion me prenait à voir ce bon vieux en sa douce extase; sa\ncompagne la main dans la sienne souriait à sa joie, oublieuse un\ninstant des douleurs endurées.\n   E t quand le carillon se tut, et que, dans son lit, on eut reporté\nl'hydropique, tournant vers moi ses yeux éteints, comme si avec ces\nsons se fût envolée son âme :\n   — C'est bien beau, n'est-ce pas, docteur?... et c'est mon fils!\n\n   Silencieuse, le dimanche suivant, la foule s'est promenée; silence\nendeuillé.\n   Par douze fois, l'heure a frappé ses mornes battements et la tour\nest restée muette pour la mort du vieux carillonneur.\n                                                 AL.   DUMORTIER.\n      T o u r n a i , le 21 juillet 1896.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-003", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 156, "titre_corps": "Les Tilleuls en fleurs", "titre_sommaire": "Tilleuls en fleurs", "signature_source": "Edmond Joly", "ancre_debut": "Les Tilleuls en fleurs", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’ANARCHIE LITTERAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 187, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "Les Tilleuls en fleurs\n               LEStilleuls semblent des arbres recueillis. L e u r s ramures\n               participent à la fois de la hauteur dominatrice et de la\n               souplesse obéissante des draperies ; elles font songer à\n               des robes de religion aux attitudes humiliées et pour­\n               tant royales de majesté; elles évoquent le symbole de\n     la prière, cet agenouillement impérial ; elles s'élèvent et fléchis­\n     sent, évoquant les magnificences du dais et la protection du\n     manteau maternel. U n e paix rare émane de ces feuillées aux\nattitudes de grandes ailes.\n    Les tilleuls enferment l'âme du nord, âme riche et naïve, enfant\nadorné du poids grave de joyaux sacrés. (Il a fallu le classicisme pour\n que nous en soyons encore aux hêtres et aux cytises de Virgile, ce\n décor hostile et anachronique !) A l'époque légendaire de notre grande\n forêt, dont l'horreur fut divinisée, cet arbre doux symbolisa vraisem­\n blablement la joie et l'espérance.\n' Aujourd'hui, il reste l'arbre où vit l'âme septentrionale, l'arbre du\n rêve. Même asservi aux artificialités des boulingrins et des tailles à la\n L e Notre, il conserve un peu de ce charme profond dont se constitue\n la nostalgie des aïeules.\n     C'est lui qui forme les longues nefs de silence ombreux tournant\n autour des anciennes villes mortes. Il a pu seul inspirer à Sully-\n P r u d h o m m e cet admirable poème de La grande Allée :\n\n          C'est une grande allée à deux rangs de tilleuls.\n          Les enfants en plein jour n'osent y marcher seuls,\n                Tant elle est haute, large et sombre.\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "                                  DURENDAL                               155\n\n         Il y fait froid l'été presque autant que l'hiver ;\n         On ne sait quel sommeil en appesantit l'air,\n               Ni quel deuil en épaissit l'ombre.\n\n   Le tilleul garde sous les pâleurs veloutées de ses feuilles des\ndouceurs de soleil, et, sous ses branches, ces larges veines noires,\ncircule, drapé de brumes, le Mystère; armature, aussi, de l'âme du\nnord.\n   Mieux que tout autre, cet arbre doux et triste, drape une abside,\narrête le vent autour d'elle, avec des discrétions de voile, faisant une\nconopée nombreuse et vivante à la fenêtre où, par le vitrail, saigne la\npetite lampe éternelle.\n   Dans les ruines encore, il a des charmes et des recueillements de\nconverse en un cloître ; il y demeure paisible comme la grâce en\nl'écroulement d'une âme blessée.\n   Ame du nord, le tilleul, symboliquement, devait être l'arbre blond,\naux pâleurs lumineuses, qu'il apparaît surtout en fleurs. Ce n'est point\nici l'ordinaire resplendissement printanier des neiges roses et blanches.\nL'arbre fleurit comme en secret. N u l éclat ne trahit l'exquise floraison\nque, sous l'abri vert du feuillage, une transparence d'or clair. Il est\nainsi de ces créatures qui s'épanouissent en magnificences intimes et\ndont l'épanouissement ne se trahit que par une illumination du regard.\n   Le tilleul est un arbre m y s t i q u e . Sa vie intérieure qui transparaît\nseulement rappelle ces christs légendaires devinés au travers des\nhaillons pauvres ou des chairs lépreuses. Sous le manteau des feuilles\nl'intimité de chaque branche fleurie se dévoile, telle l'âme en sa grâce.\n   T o u t l'ensemble de ces ramées étoilées de fleurs d'or lumineux,\nloin de se résoudre en rosace, s'élargit en irradiation d'astres et de\njoyaux si vaste qu'elle constitue comme une « transcription » florale\nde la voie lactée. Ces fleurs, clochettes de lumière, globules argentés,\nétincelantes touffes d'or, pendent en franges bordant tous les plis du\nsouverain manteau des feuilles.\n   Enfin le mystère du tilleul s'achève par son parfum. Nulle part\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "156                                    DURENDAL\n\n\nn'est plus complète cette munificence, la plus haute qui soit offerte à\nnos sens. Le parfum est en effet inouï d'intimité et rien ne symbolise\nplus parfaitement les communions d'âme. Or, celui-ci est d'intensité\nunique. Si les odeurs plus jeunes du printemps sont l'essence du\nrenouveau, celle-ci, totale définitive constitue l'âme de cet encensoir\nbrûlant qu'est l'été.\n   Il faut respirer la fleur du tilleul la nuit. L'ombre révèle avec plus\nd'absolu les délices enserrées en le mystère de l'arbre odorant. Par\nune nuit d'été ce parfum vous surprend tout. C'est comme une lame\nirrésistiblement douce et violente qui emporte et roule le cœur. Alors\nplus rien n'importe que l'âme elle-même de l'arbre recueilli, de l'arbre\nblond, de l'arbre mystique, fleur, parfum, rêve, prière. Et cette bonne\nodeur, en la nuit délicieuse, est comme la trace de l'encens proces­\nsionnel, indicatrice de quelque direction suprême et du passage de\nl'Au delà ici.\n                                                                  EDMOND JOLY.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-004", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 156, "page_fin": 158, "titre_corps": "L’Anarchie littéraire", "titre_sommaire": "L’Anarchie littéraire", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "L’ANARCHIE LITTERAIRE", "ancre_fin": "HENRY MOELLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1099, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "L'ANARCHIE LITTÉRAIRE\n   (Nous rappellerons, une fois de plus, à propos de la publication du présent article, que\nla Rédaction de DURENDAL laisse à chacun de ses collaborateurs, dans les limites de son\nprogramme, l'entière liberté, comme aussi l'entière responsabililé de ses paroles. Nous\npublions l'Anarchie littéraire — de M. l'abbé Mœller —, au même titre que nous avons\ndonné Simple Spectateur — de M. Pol Demade.)\n\n\n\nM     ON ami et collaborateur, Pol Demade, disait dans un récent article de cette\n        revue, qu'il assistait en simple spectateur à la joute littéraire entre versli­\nbristes et adversaires du vers libre. Pour ma part, je l'avoue franchement, il m'est\nabsolument impossible de m'en tenir au rôle de simple spectateur et de me désinté­\nresser de la lutte. Comment m'en désintéresser, quand, j'en ai la conviction intime,\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3020, "texte": "                                      DURENDAL                                       157\n\n tout le sort de la littérature est en jeu. L'avenir de la littérature et spécialement de\n la poésie dépend de l'issue de ce duel littéraire. Il s'agit ici d'une question vitale.\n C'est une question de vie ou de mort pour la littérature.\n    Le vent actuellement est à l'anarchie, aussi bien en politique qu'en tout autre\n ordre d'idées. Quand un mouvement se produit dans les idées d'une façon accentuée\n et au point de créer un courant quelque peu extravagant, c'est-à-dire sortant des\n voies ordinaires, le monde des humains tout entier, aussi bien celui des idées que\n celui de la politique, s'en ressent.\n    Il en est ainsi de la littérature actuellement. L'anarchie est à la mode en politique.\n D'aucuns veulent l'introduire dans la littérature, au grand dam de celle-ci, car\nl'anarchie dans la république des idées, c'est la mort de la littérature elle-même.\n    Le beau c'est l'ordre; le beau, c'est l'harmonie, et l'anarchie c'est le désordre,\nc'est le gâchis.\n    Il y a en littérature comme en toute chose des principes éternels, qu'on ne viole\n pas impunément, qui s'imposent à l'esprit, que le génie n'a pas besoin d'apprendre,\n dont il ne se départira jamais et qu'il observe spontanément, instinctivement et sans\ns'en rendre compte. Ces principes constituent le fond même de l'intelligence\n humaine.\n   Les anarchistes littéraires ne veulent plus reconnaître aucun principe. Pour eux,\nla littérature est ce qu'ils font, qu'ils aient des idées ou qu'ils n'en aient pas, qu'ils\nécrivent en français, c'est-à-dire en cette lumineuse et admirable langue que\njusqu'ici tout le monde a considérée comme du français, ou en une langue absconde,\ntorturée, encombrée de néologismes les uns plus absurdes et plus dissonnants que\nles autres, cela leur est bien égal. Si le public ne les comprend pas, c'est qu'il n'est\npas à leur hauteur. Ils ont l'outrecuidante prétention de créer une nouvelle littéra­\nture, une littérature sans règles, sans lois, ne relevant que du littérateur lui-même.\nEt voyez jusqu'où va leur anarchie. Jusqu'ici on avait toujours cru que pour faire\nde la poésie il fallait observer certaines règles fondamentales, règles qui établissent\nune barrière infranchissable entre la prose et la poésie. Les verslibristes suppriment\nde leur autorité infaillible ces barrières, abollissent toutes les règles et en déclarent\nla poésie à tout jamais affranchie. Pour reconnaître cette poésie, il n'y a plus que\ndeux moyens : la déclaration de l'auteur lui-même qui se proclame poète, que vous\nle vouliez ou non et le fait d'aller à la ligne, là où en prose on eût continué à écrire\nsur la même ligne.\n  En réalité, ces littérateurs ingénus se gobent et veulent en imposer au public.\nOn dirait, en littérature marollienne, qu'ils veulent tenir le fou avec le public. Ce\nn'est plus de la poésie, c'est tout bonnement de la prose que nous livrent ces écri­\nvains, sous l'étiquette fausse et menteuse du vers libre.\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": " 158                                DURENDAL\n\n   Que diriez-vous d'un compositeur qui aurait la prétention de faire des œuvres\nmusicales sans tenir aucun compte des lois de l'harmonie? C'est exactement ce\nque veulent nos verslibristes. La poésie est une harmonie splendide, un chant gran­\ndiose, une musique idéale et ravissante. Cette harmonie est le résultat de principes\néternels et inébranlables; ce chant est un ensemble de notes qui se complètent et\ns'accouplent ingénieusement d'après des règles élémentaires et inviolables; cette\nmusique repose sur une ordonnance essentielle et primordiale. Si vous supprimez\nles règles, vous n'aurez plus qu'une cacophonie complète.\n  Appelez cela verslibrisme ou tout ce que vous voulez, mais ne l'appelez pas de la\npoésie, car ce n'est pas de la poésie. C'est tout bonnement de la prose et de la\nmauvaise prose, par-dessus le marché. Pour être peintre il faut savoir dessiner,\npour être musicien il faut connaître les lois de l'harmonie et pour être poète il faut\nconnaître les règles de la bonne vieille prosodie et avoir assez de talent pour être à\nmême d'exprimer des idées vraiment poétiques en se conformant aux lois de l'har­\nmonie poétique.\n   Il y a différentes catégories de verslibristes. Les uns sont verslibristes par pose.\n Cela les distingue des anciens, cela leur donne un petit air de créateur. On n'est\n pas tout le monde quand on fait du vers libre.\n   D'autres le sont par impuissance; ce sont les incapables, les eunuques, les désé­\nquilibrés. Il leur est absolument impossible d'écrire de vrais et beaux vers. Ils\ntiennent cependant absolument à passer à la postérité avec le titre de poètes. C'est\ntout simple, ils font du vers libre.\n   Enfin, il y a de vrais poètes, qui malheureusement se laissent entraîner dans le\nmouvement. Est-ce par paresse? Peut-être. Il est plus facile, en effet, de faire du\nvers libre que de composer un vrai et beau poème. Ou bien ils craignent peut-être\nd'être traités de rétrogrades. Ils redoutent d'être méconnus. Je ne sais. Toujours\nest-il que ces poètes, depuis qu'ils font du vers libre, n'ont plus rien produit de\nbon. Cela ne suffit-il donc pas pour ouvrir les yeux à tous? N'est-ce pas vraiment\ncaractéristique? Comparez les œuvres d'antan de ces littérateurs avec leurs compo­\nsitions d'aujourd'hui. Ils ont fait des chefs-d'œuvre jadis; ce qu'ils écrivent main­\ntenant ne signifie plus rien du tout. Ce n'est pas de la poésie, ce n'est pas même de\nla bonne prose, ce n'est plus du tout de la littérature.\n                                                         L'abbé HENRY MOELLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-005", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 159, "page_fin": 160, "titre_corps": "La Poésie des Houillères", "titre_sommaire": "La Poésie des Houillères", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "La Poésie des Houillères", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "La Poésie des Houillères\n      par J U L E S   SOTTIAUX.   Prix : 1 franc. (Gobbe, éditeur, Charleroi.)\n\n\n\n\nS\n       ous ce titre, on nous envoie un volume de poésies d'un senti­\n        ment à la fois grave et aimable, d'une écriture toujours\n        experte et parfois très artiste.\n          M. Jules Sottiaux, qui est du pays noir, s'est laissé séduire\npar la mine.\n             « Avec son front d'ébène et son panache blanc »\n\n et, prosélyte à son tour, s'efforce de nous intéresser à la beauté sombre\n de la noire enchanteresse. Il y a réussi. L e poète, — je vous préviens\n que nous sommes en face d'un vrai poète, — qui a écrit le Cheval des\nfosses, le Terril et les Ramasseuses, s'impose nécessairement à l'attention\n du public lettré.\n    L e titre n'est point menteur, voici bien de la poésie, la poésie des\n houillères.\n                         « Il fait triste en la bure, oh, si triste.\n              L'œil y pleure le jour et l'âme l'infini.\n              On dirait que le poids des montagnes de schiste\n              En la pressant lui f ait un mal indéfini.\n               Un malaise profond, profond comme un gouffre,\n              Lentement vous pénètre et vous donne la peur;\n              Et ce malaise augmente à tel point qu'on souffre\n              Comme si tout ce noir vous entrait dans le cœur. »\n  Les mineurs\n                               « n'ont dans leur nuit sombre,\n             Qu'une clarté pareille à l'œil froid des follets... »\n\n             « Le grisou, monstre né de la foudre qui dore\n             Les guette dans un coin... »\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "160                              DURENDAL\n\n\n   Voilà bien de la poésie noire — charbonneuse; — mais M. Jules\nSottiaux, qui ne partage point le pessimisme lamentable et faux de\ntant de nos jeunes, éclaire ce ciel sombre de joyeuse lumière et de\nchrétienne espérance. D a n s la tristesse « des soirs enténébrés » passent\nles hiercheuses, telles des étoiles très douces. Elles illuminent d'un\npeu de bonté et même de beauté la vie du houilleur, le fond de la\nmine, les pentes du terril. Elles ont inspiré au poète maints vers\ndélicieux, parmi lesquels l'admirable quatrain terminal des Ramas­\nseuses, poésie que je d e m a n d e la permission de citer en entier :\n\n\n                    LES RAMASSEUSES\n\n              Tout là-haut, le terril, triste montagne aride\n              Que le génie humain fit surgir dans les airs,\n              Sous l'or des chauds rayons d'un ciel d'été torride,\n              Comme un pur diamant miroite des éclairs.\n\n              Son intense grisaille un moment s'est fondus;\n              Et lui, poussier géant des poètes haï,\n              Qui semble regretter sa grande nuit perdue,\n              Il brille maintenant comme un mont Sinaï.\n\n              Et nombreuses sur les crêtes illuminées,\n              Dans le ruissellement éclatant et vermeil,\n              Les filles des mineurs, d'azur toutes baignées,\n              Glanent joyeusement des reflets de soleil.\n\n  Ce petit tableautin, qui n'est pas loin d'être parfait, est d'un vrai\npoète. T o u t e s nos félicitations à l'auteur et au revoir, n'est-ce pas?\n                                                       POL DEMADE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-006", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 164, "titre_corps": "Le Triomphe de la Rose", "titre_sommaire": "Le Triomphe de la Rose", "signature_source": "P. D.", "ancre_debut": "LE TRIOMPHE DE LA ROSE", "ancre_fin": "P. 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Je m'em­\npresse cependant d'ajouter que le sentiment du poète est chaste et\nexquis, que les expressions qui le traduisent sont délicates et char­\nmantes. Ceci est déjà particulier. Mais il y a plus rare encore ; vous\nallez juger.\n  M. Maxime Formont, dans la pièce liminaire deson volume, intitulée\nConsécration, écrit :\n\n           « J'abandonne au néant pour rançon de sa gloire\n           Mes songes, mon orgueil, mon labeur illusoire,\n           Et qu'à ce prix mon dernier vœu soit entendu :\n           Ainsi que l'ouvrier dont le nom s'est perdu\n           Lègue aux siècles l'émail infrangible où demeure\n           La grâce d'un profil immortel, que je meure\n           Obscur, mais ayant su redire sa beauté\n           Dans un seul vers qui rende UN SON D'ÉTERNITÉ. »\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1652, "texte": "162                             DURENDAL\n\n\n   Ce son d'éternité, je l'ai entendu non pas dans un vers unique, mais\ndans presque tous les vers du Triomphe de la Rose. Ils rendent tous ce\nson d'éternité, les beaux vers de Maxime F o r m o n t et voilà pourquoi\nj'ai tenu à dire ici combien cette œuvre est bonne et belle.\n   L e poète célèbre-t-il le nom de la Bien-Aimée « Son nom », comme\nil dit, le son d'éternité se fait entendre aussitôt :\n\n             Sous les ombres des bois qui semblent éternelles\n           Ondulent vaguement les rayons assoupis,\n           Bercés sur le gazon mordoré des venelles.\n\n           Un cantique d'odeurs monte de ce tapis,\n           Taciturne harmonie éparse en la nuit verte,\n           Où s'éteignent les fleurs de pourpre et de lapis.\n\n           L'église, dont la porte un instant s'est ouverte,\n           Vide, noirceur, silence, apparaît aux passants\n           La tombe de son Dieu, glaciale et déserte.\n\n           Mais l'âme séculaire et sainte de l'encens,\n           Sous le porche en ruine où sans cesse elle rôde,\n           Atteste la prière et les vœux gémissants.\n\n           Les conquérants épris d'héroïque maraude\n           Lassés, n'espèrent plus que naissent des flots bleus,\n           Dans la pourpre et dans l'or, les îles d'émeraude.\n\n            Mais voici qu'un parfum étrange et fabuleux,\n            Comme un songe annonçant la douceur des Florides\n            Soudain leur est venu du sol miraculeux.\n\n            Un vent de paradis fraîchit les airs torrides :\n            Tous ont vu s'agiter la palme de l'Espoir,\n            Qui déjà leur fait signe au fond des cieux arides.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "                                DURENDAL                           163\n\n           Ce message odorant qui traverse le soir,\n           Ces fleurs d'ombre livrant en secret leur arôme,\n           Ce rêve surhumain qu'épanche l'encensoir,\n\n           Me font penser au Nom qui, nuit et jour, embaume\n           Le temple intérieur où mon culte assidu\n           Compose de sa grâce un adoré fantôme... »\n\n   E t j'abrège, oh ! à regrets.\n   Ailleurs, dans une autre poésie, Adoration, le poète compare sa ten­\ndresse toujours en éveil à\n              « La lampe vacillante et trouble, mais fidèle »\net ce parallèle lui inspire ces vers « à son d'éternité », toujours :\n\n           « Voyez la Vierge d'or, qu'accompagnent les vierges,\n           Passer, lente et sereine, en ses processions :\n           Rouges dans le soleil, les vagues feux des cierges\n           Défaillent sous le vol des invocations.\n\n           Jusqu'au pavé vermeil de roses, les tentures\n           Roulent en flots de pourpre et claquent dans le vent,\n           L'air brûle de parfums, scintille de dorures,\n           Ondule de musique en un chaos mouvant.\n\n           Les chemins ardemment pavoisés, et les pierres,\n           Semblent chanter aussi le clair alleluia\n           A Celle qui penchée, aux appels des prières,\n           Vers nos faces en pleurs, douce, les essuya!\n\n           Mais à peine l'image est-elle disparue\n           Ainsi que ses dévots, tout s'efface et se tait,\n           Et la paix extatique abandonne la rue\n           Reprise du travail grossier qui l'agitait.\n\n           La Vierge, revenue en sa froide chapelle,\n           Y retrouve, attendant pour mourir son retour,\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "164                                       DURENDAL\n\n\n               La lampe vacillante et trouble, mais fidèle,\n               Agonisante au sein d'un lumineux amour! »\n\n   N'est-ce point là, pour me servir du parler de Montaigne, de la\npoésie « belle, triomphante, ennemie professe de toute aigreur, doux-\nfleurante et délicieuse ».\n   Cet air pur des hauteurs sereines nous change un peu notre atmos­\nphère littéraire empestée, ici, autour de nous, par les effluves malsains,\nles vapeurs soufrées, les relents bitumeux, qui montent des volup­\ntueuses poésies de quelques-uns de nos « Jeune Belgique » (1), telles\ndes odeurs au-dessus de la Mer morte et maudite.\n   Ce Triomphe, dit de la Rose, pourrait aussi s'intituler le triomphe\nde la poésie chrétienne sur l'autre.                            P. D.\n\n\n\n\n                   "}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1659, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "(1) Malgré mon admiration pour le talent littéraire de plusieurs poètes de La Jeune Belgique, je\nme vois contraint de leur avouer tout haut que leurs dernières païenneries me donnent des nausées. La\nJeune Belgique a publié, dans son nom du 25 juillet dernier, des poésies qui ne peuvent que répugner\nsouverainement à un lecteur catholique, telles par exemple : « L'Inquisiteur», de M. Iwan Gilkin,\n« Vers saphiques », de M. Valère Gille; « Dédicace », de M. Francis de Croisset; « Vers », de\nM. Maxime Severanz. Ces messieurs feraient-ils partie, déjà, de la « Ligue pour la Restauration du\nPaganisme? »\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-007", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 164, "page_fin": 166, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "A...", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 197, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 829, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n   U n cours d ' e s t h é t i q u e en Sorbonne. — M.Maurice Griveau vient de terminer\nen Sorbonne son cours libre sur {'Histoire esthétique de la Nature. Le programme,\nvraiment nouveau, comportait les leçons suivantes : les Ciels, l'Arc-en-ciel et le\ncoloris, les Eaux, l'Océan, l'Orage dans la Nature et dans l'Art, la Botanique résumée\ndans la Vie d'une Rose, puis les Physionomies animales, enfin la synthèse de tous ces\néléments en un Paysage. Ne pouvant donner ici le résumé d'un cycle aussi vaste,\nnous choisirons, parmi les sujets traités, quatre des plus originaux : 1'Arc-en-ciel,\nl'Orage, la Rose, la Figure humaine.\n   La première de ces leçons était ainsi divisée : l'Arc-en-ciel dans la nature, spec­\ntacle et phénomène; l'Arc-en-ciel au laboratoire, révélateur des astres et gamme\n\n   "}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "                                       DURENDAL                                       165\n\nharmonique des tons; l'Arc-en-ciel dispersé, répartition de ses teintes sur les objets\nnaturels. En ce cadre le professeur a fait tenir la théorie du prisme, du spectre\nsolaire et les résultats vraiment merveilleux, esthétiques de l'analyse spectrale :\nElle devine, dit l'auteur, les atmosphères et les textures stellaires, lointaines,\ninatteignables, démasque l'hydrogène des nébuleuses, et le carbone des comètes, va\njusqu'à saisir le mouvement réel des étoiles à des milliards de lieues, sur la déviation\néprouvée par leurs raies. Mais l'attrait principal de la conférence fut dans la locali­\nsation des teintes, hors de la gamme irisée, sur les ciels levants et couchants, les\nterrains, les eaux, les feuillages, les fleurs, le sang des animaux.\n    La conférence sur l'Orage n'offrit pas un moindre intérêt. L'orage qui brise le\nciel de sa foudre, qui ravine les terres, enfle les eaux, est, de soi, un phénomène\nperturbateur. Et pourtant, l'effroi mis de côté, l'pn admire, on parle de beau, de\nsublime. Ces éclairs qui font tressaillir, sont superbes; ces roulements de tonnerre\nimpressionnent et suggèrent l'âme à la fois. M. Griveau fait un parallèle ingénieux\ndes manifestations de l'énergie cosmique du dehors, — et de l'énergie psychique,\nau dedans. Il montre le langage appuyant, d'instinct, ce parallèle, lorsqu'il dit :\n « l'éclair de la pensée », un geste « foudroyant », une âme « électrisée »             La\nseconde partie, sur l'interprétation de l'orage par les divers arts, et notamment la\n musique, a beaucoup plu, surtout par l'analyse du plus bel orage d'orchestre, celui\nde la Symphonie pastorale. Il en ressort que Beethoven n'a point fait d'imitation,\nmais une interprétation psychique de la nature. Pour le musicien de génie, comme\n pour le peintre, un paysage est un « état d'âme ».\n    La Vie d'une Rose tranche sur le sujet précédent, encore que la méthode soit la\n même. Plus que nule autre fleur bêle, écrit Chrestien de Troyes. La reine des fleurs\nfut suivie dans ses évolutions naturelles et ses transformations artistiques : églan-\n tine simple à cinq pétales, puis rose à cent feuilles, thème initial d'où surgirent les\n mille variations connues. Puis la rose sculptée dans la pierre, ou rosace, la rose\n ajourée, de pierre et de verre, des cathédrales ; enfin la rose symbolique, celle des\n poètes, des musiciens. Cette monographie totale de la rose fut illustrée par des\n figures, des échantillons naturels.\n    Enfin, pour couronnement, une analyse du visage humain, l'histoire parallèle\n des beautés et des utilités de chaque trait. Il fut expliqué, pour la première fois\n peut-être, comment la pureté d'un ovale féminin, la finesse de lignes du nez, le\n dessin délicat et subtil des lèvres, l'hélice d'une oreille élégante, et surtout la poésie\n profonde et pénétrante des yeux, — se rattachent à des prévoyances vitales, à des\n adaptations harmoniquement combinées.\n    Par ces exemples, on peut juger de l'esprit du cours d'esthétique et de sa portée.\n L'idée-mère, partout sensible, est que le beau, dans la nature, dérive, exactement,\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "166                                   DURENDAL\n\nd'une harmonie. Conçue pour le profit de l'être, ou de l'objet, expressément, elle\ns'impose à nos facultés spectatrices, à nos instincts d'amour. Le beau n'est donc\npas, il devient : genèse d'abord extérieure, qui le conforme anatomiquement pour la\nvie, genèse ensuite interne, qui le conforme psychiquement pour l'intelligence.\n                                           *\n                                          * *\n   M. Samuel, l'illustre auteur de Christus, vient de faire paraître chez Beyer, à\nGand, trois motets pour voix égales avec accompagnement d'orgue.\n   Ces compositions sont fortement empreintes du style plain-chant, c'est-à-dire que\ndans leur archaïsme voulu, elles émanent de la source de toute bonne musique\nreligieuse. La mélodie se développe avec beaucoup d'aisance et dans le Jesu\nRedemptor avec une onction vraiment suave. Le Tutela proesens est joli, mais semble\nun peu monotone. Le Tantum ergo est une transcription savamment mesurée du\nTantum liturgique. L'harmonication à l'orgue est d'un style très religieux quoique de\nnature à effrayer certains puristes. L'exécution de ces motets est simple, mais il ne\nfaut pas mettre trop de contrainte dans la mesure. Chantez-les assez librement et\nsans traîner.                                                                 J. R.\n                                           *\n                                          * *\n   E x p o s i t i o n de l'École Saint-Luc. — Les Ecoles Saint-Luc sont parties\nde ce programme : reprendre la tradition médiévale artistique en Belgique. Le\nprogramme était excellent; toutefois, il ne suffisait pas de le reprendre, il fallait le\ncontinuer, le développer, le poursuivre, et réaliser en somme ce que l'art médiéval\naurait réalisé si la Renaissance n'était pas venue détourner son courant. Au lieu de\ncela, que voyons-nous ? les Ecoles Saint-Luc, dont l'influence artistique et sociale\npourrait être immense, piétinent sur place. Cette exposition en est une nouvelle\npreuve. Les critiques sont unanimes à signaler un archaïsme puéril et excessif,\nune documentation incomplète et insuffisante, le servilisme à la forme plutôt qu'au\nsentiment des anciens maîtres, et parallèlement, de la part de l'élève, le manque\nd'inspiration personnelle, l'absence de verve et d'originalité. Nous attendons mieux\ndes Ecoles Saint-Luc. Leur point de départ a été excellent, que les maîtres pour­\nsuivent logiquement leur enseignement artistique. Le moyen âge n'est pas à\nrecommencer, il est à continuer. Qu'on nous donne, non les serviles ou les copistes\ndu XIIIe siècle, mais les bons, les vrais ouvriers d'art qu'il faut au XIXe, qu'il faudra\ndemain auXXesiècle.                                                             A...\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-08-n8-9-008", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 168, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "de, nous parlera de ce dernier volume de M. 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Ce qui me différencie encore d'une foule de gens, c'est que je n'ai aucune\ndécoration et ne fais partie d'aucune académie .. Je ne vois aucune gloire à figurer\nparmi les trente-deux mille décorés de l'Ordre de Léopold .. Je ne tiens pas à ajouter\nune unité à cette liste de trente-deux mille et quelques hommes extraordinaires. »\n   Coomans, le beau vieillard accueillant, spirituel, fin, malicieux, que j'ai connu est\ntout entier dans ces paroles.\n   Ajoutons, pour compléter cette trop rapide silhouette, que le « vieux Coomans »,\ncomme on disait, affectionnait les jeunes.\n   Je me rappelle encore, comme un souvenir délicieux, la carte que le bonhomme\nm'envoya, par retour du courrier, en remerciements de quelques pages, mes pre­\nmières, envoyées timidement à la Paix : « Grand merci pour vos belles pages et prière\nd'en envoyer d'autres à la Paix reconnaissante »; et surtout une première visite au\nvieux journaliste : «Ah! c'est vous qui nous envoyez ces belles choses! » etc., e t c . .\n                                                              U N DES DOUZE P A I R S .\n                                          *   *\n\nM    ÉTAPHORES parlementaires :\n         « M. W O E S T E : Comment! Messieurs, il s'ouvre devant nous un horizon\nriche en perspectives qui peuvent être fécondes et, cet horizon, nous irions le fermer\nbrusquement en condamnant la Belgique à piétiner sur place, au risque de dépérir?\nA cela, je ne consentirai pas. »\n                                    (Annales parlementaires, séance du 7 mai 1896.)\n                                           *\n                                         * *\n\nM     ONSIEUR MAURICE DULLAERT a publié, dans le XXe Siècle, cette appréciation\n       très juste du talent des GONCOURT :\n     L'originalité propre des romanciers que furent les Goncourt est dans l'introduc­\ntion de l'analyse externe, attachée à la vie visible, aux habits, aux paroles, à l'allée,\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "168                                   DURENDAL\n\nà la venue, au pas, au port, aux moindres actes de ses héros; cette vie visible consi­\ndérée comme l'extériorisation de l'âme. Leur originalité, c'est d'avoir tenté la\nmétamorphose d'un art d'imagination en un art d'observation pure, qui nécessite des\nfacultés de critique bien plus que des puissances de créateur; c'est d'avoir défini le\nroman, « de l'histoire qui aurait pu être » et d'avoir, logiquement, écrit des romans\nqui, par l'exactitude et la minutie des analyses, des nomenclatures et des constatations,\njustifient cette définition.\n   » Le don d'observation qu'eurent, à un degré si puissant, les Goncourt s'exerça\ntrop souvent en des milieux suspects, où le chrétien répugne à les suivre. Ces clini­\nciens étaient curieux de maladies morales, de pourritures rares, d'hystéries et de\nvices.\n   » Mais ce n'est point là le capital reproche que mérite leur œuvre, car il faut recon­\nnaître, à leur honneur, que, dans leurs romans les plus osés, rien n'affriande et\nn'appâte et qu'ils ne se ravalent jamais jusqu'à la grivoiserie ou à l'obscénité. Le\ngrand reproche qu'il leur faut adresser, c'est l'absence éternelle de l'âme et de Dieu.\nContemporains du rationalisme triomphant, le sentiment religieux leur demeura\ntoujours étranger; sans avoir manifesté jamais aucune expresse hostilité contre la\nfoi, ils écrivirent des livres où ne frissonne jamais l'inquiétude de l'Infini. Les prières\nde l'Eglise sur leur cercueil attestent, presque seules, qu'Edmond et Jules de Goncourt\nne furent pas athées. »\n                                              *\n                                            * *\n\nI  L se fait en ce moment une certaine réclame autour de l'Œuvre posthume de\n    Paul Verlaine. Des éditeurs, dont l'inévitable Vanier, se sont jetés sur la tombe\ndu pauvre poète et, véritables hyènes du cercueil, s'efforcent de déterrer littérai­\nrement quelque chose du mort pour le jeter en pature au public.\n   Nous croyons rendre service à la mémoire de Paul Verlaine en déclarant que tout\nce qu'on va publier ne vaut pas... au delà d'un haut le cœur. Nous possédons\nSagesse, Amour, Bonheur, trois livres catholiques, ce qui a suivi ne vaut pas\nl'honneur d'une citation.\n                                              *\n                                            * *\n\nN     ous nous occuperons, dans notre prochain numéro, lequel paraîtra à la mi-octobre,\n        de trois volumes qui viennent de nous parvenir.\n   H E N R I ESTIENNE : La Précellence du langage français (réimpression).\n  JACQUES PARMENTIER : Histoire de l'Éducation en Angleterre.\n    ALPHONSE PROOST : La Réforme des Humanités   1866-1896.\n Notre collaborateur, P . Demade, nous parlera de ce dernier volume de M. Proost,\nœuvre particulièrement actuelle et passionnante.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 180, "texte": "A O U T & SEPTEMBRE 1 8 9 6 (TROISIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": ""}, {"page_pdf": 182, "texte": "Août et Septembre 1896                                                    N os   8 et 9\n\n                              DURENDAL\n\n\n\n\n               VIEILLERIES\n                                                 A   MON CHER AMI P o L     DEMADE.\n\n\n                                   I\n                     VIEUX MOINE\n       Le moine, humain débris d'un siècle qui n'est plus,\n       Face inflexible où brûle un regard de clémence,\n       Quand l'opéra nocturne, aux chœurs d'astres, commence,\n       S'assied sous le portail sculpté d'anges joufflus.\n        Vieux saint de cathédrale anguleux et perclus,\n       Il parle au ciel qu'un geste invisible ensemence,\n       Tandis qu'un oiseau-barde accorde sa romance\n       Au grêle harmonica des ruisseaux chevelus.\n       Or, l'air rose, où chaque âtre amincit sa volute,\n       Est plein d'une aromate haleine d'encensoir,\n       Et des peupliers fins gravent les ors du soir.\n\n       Mais rien, pas même un chant rossignoleur de flûte\n       Qu'un pâtre adresse au jour défunt, comme un adieu,\n       N'arrête sa tranquille ascension vers Dieu.\n\n\n\n                                   II\n                     VIEILLE VILLE\n                                           Petite ville chère, ah ! si chère!\n\n       Ce coin de ville est plein d'un silence claustral\n       Où perle d'heure en heure un son de cloche triste.\n       On dirait un quartier bleuté de littoral,\n       Peint sur faïence par un ancien coloriste.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "150                           DURENDAL\n\n      En face d'une échoppe, aux murs peints, d'herboriste,\n      Un tilleul en dentelle ombre un jardin rural,\n      Et deux moutons y font un groupe pastoral\n      A ravir le pinceau d'un miniaturiste.\n\n      Enfin, pour achever ce fond d'assiette exquis,\n      Le clocher digital d'un couvent de nonnettes\n      Pointe au bout d'un couloir bordé de maisonnettes.\n\n      Et mainte fenestrelle encadre ce croquis :\n      Aïeule ou jeune fille en grande coiffe ailée,\n      Qu'incline un angélus timide à voix fêlée.\n\n\n\n                                  III\n\n                VIEILLE BOUTIQUE\n      La boutique est très vieille et très vieux l'antiquaire.\n      L'une a l'air d'une austère eau-forte de jadis ;\n      L'autre, issu de la race et du pays maudits,\n      Neigeux d'ans est un dur simulacre calcaire.\n\n      Estampes à charmer maint bibliothécaire,\n      Plats, fers forgés, bijoux encombrent ce taudis.\n      Tout un passé dort là comme en un reliquaire,\n      Et le vieux juif y vit comme en un paradis.\n\n      Vieil antiquaire épris de sa vieille boutique,\n      Il cou/be, ayant dans l'œil un astre énigmatique,\n      Son profil numismal ennobli du béret.\n\n      Et plus d'un pèlerin se demande en arrêt\n      Si l'homme entr'aperçu derrière le vitrage\n      N'est pas un vieil ivoire accoudé d'un autre âge.\n                                               ERNEST P É R I E R .\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                DURENDAL                                                      l5l\n\n\n\n\n           LE CARILLONNEUR\n                         A MADAME CLÉMENTINE LOUANT.\n\n                                          Brusques sonnent nu loin des tintements de cloche\n                                          Qui cessent du silence, à coups de battant clair,\n                                          Par-dessus les hameaux, jetant à travers l'air\n                                          Un long appel, qui long, parmi l'écho ricoche.\n                                                              EMILE VERHAEREN (LES MOINES).\n\n\n                 LE carillon sonne. Sa chanson douce dans les plaines\n                  de l'air « ensemence la verte immensité des\n                   plaines ».\n                     P a r les toits, c'est une envolée d'arpèges, et l'écho\n                  joyeux répond aux notes argentines.\n                       L a grosse cloche soutient de ses sonorités pro­\nfondes les fuyantes harmonies, remous délicieusement sonore par le\nciel épandu.\n   Au campanile, la brise folle lutine les clochettes, qui doucement,\ndoucement bruissent... Soudain prélude le concert.\n   Bim, boum, b a m . . . vive claironnée, bim, b a m . . .\n   Hélas! il est bien vieux le pauvre carillonneur, ses mains jadis\npuissantes trahissent sa volonté, les clochettes, ses filles, semblent\nmoins alertes à son appel.\n   Et comme son âme tressaille au jeu de son clavier. Avec les sons\naffluent les souvenirs. Son père a frappé les chansons qu'il égrène,\nreligieusement il les a conservées, il veut léguer à son fils les tradi­\ntions antiques.\n   Le père est maintenant aux côtés du fils, surveillant ses accords ;\nles cloches ont repris leur cavatine, elles battent, hardies, comme si\nune âme nouvelle leur était donnée.\n\n  Par un dimanche, je m'en fus à Malines.\n  Droite, la tour profilait sa gigantesque m a s s e ; et son faite carré\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "l52                            DURENDAL\n\n\nsemblait ouvert au ciel : les cloches n'avaient pas voulu se laisser\nemprisonner.\n   Les promeneurs sur la place attendaient que sonnât l'heure au\nlourd cadran de cuivre.\n   E t c'était toujours la même foule que j'avais observée en mes années\nde jeunesse, palpitante et énivrée lorsque la tour se réveillait de son\nsilence.\n   T o u t à coup, aux sons mourants de l'orgue, succède le son vibrant\ndes cloches.\n   E t les cœurs sont en joie et fiers\n   Dans une rue étroite, qui semble dérober jalousement ses vieux\npignons espagnols, vieux souvenirs d'une civilisation puissante, une\npetite fenêtre s'ouvre, et dans la chambre, furtif, se glisse un rayon\nde soleil.\n   T r è s cassé et très triste, le vieux carillonneur repose.\n   C'est dimanche. L a ménagère a remis au lit des draps plus fins.\nT o u t e propre la chambrette aux murs blancs, où se détachent an\nchrist qu'ombrage la palme bénite, une gravure ancienne représentant\nla tour de Saint-Rombaut.\n   — Mon cher Coolman, dis-je en entrant.\n   — Ah docteur! me répondit le vieil artiste, devinant ma pensée, je\nvais bien mal. S u r sa joue amaigrie glisse une larme : Voyez, l'hydro-\npisie gagne, et son regard me montrait ses mains gonflées, ses pauvres\nmains jadis si vaillantes à frapper le clavier.\n   A la rue, le bruit des pas se fait plus pressé. Les promeneurs se\nhâtent pour entendre leur carillon.\n   Midi... et déjà les premières notes arrivent aux oreilles.\n   L e malade s'est tu. Soulevé de sa couchette, il écoute anxieux.\n   P l u s distinctes parviennent les gammes folles.\n   U n silence. P u i s c'est un lied flamand harmonieux et naïf.\n   Sur un fauteuil on avait, près de la fenêtre, porté le malade.\n   Vives et: fortes vibraient maintenant les cloches. Elles évoquaient\nle passé dans leur chant magnifique.\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                   DURENDAL                         153\n\n   C'était la prière des communiers flamands avant la bataille, l'appel\nau peuple pour repousser l'envahisseur ; c'était aussi la valse popu­\nlaire qui, aux temps de sa jeunesse, avait bercé les amours du cher\nvieillard. E t sous ces souvenirs, tandis qu'il respirait les fraîches\nsenteurs d'une glycine, Coolman se ranimait, comme si la vie, à coups\nde cloches, fût rentrée dans son être affaibli.\n   Et le carillon sonnait toujours.\n   Ses harmonies délicates perlaient, et des anges en guirlande descen­\ndaient les cueillir pour en fleurir les éternels parvis.\n   L'émotion me prenait à voir ce bon vieux en sa douce extase; sa\ncompagne la main dans la sienne souriait à sa joie, oublieuse un\ninstant des douleurs endurées.\n   E t quand le carillon se tut, et que, dans son lit, on eut reporté\nl'hydropique, tournant vers moi ses yeux éteints, comme si avec ces\nsons se fût envolée son âme :\n   — C'est bien beau, n'est-ce pas, docteur?... et c'est mon fils!\n\n   Silencieuse, le dimanche suivant, la foule s'est promenée; silence\nendeuillé.\n   Par douze fois, l'heure a frappé ses mornes battements et la tour\nest restée muette pour la mort du vieux carillonneur.\n                                                 AL.   DUMORTIER.\n      T o u r n a i , le 21 juillet 1896.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "154                             DURENDAL\n\n\n\n\n         Les Tilleuls en fleurs\n               LEStilleuls semblent des arbres recueillis. L e u r s ramures\n               participent à la fois de la hauteur dominatrice et de la\n               souplesse obéissante des draperies ; elles font songer à\n               des robes de religion aux attitudes humiliées et pour­\n               tant royales de majesté; elles évoquent le symbole de\n     la prière, cet agenouillement impérial ; elles s'élèvent et fléchis­\n     sent, évoquant les magnificences du dais et la protection du\n     manteau maternel. U n e paix rare émane de ces feuillées aux\nattitudes de grandes ailes.\n    Les tilleuls enferment l'âme du nord, âme riche et naïve, enfant\nadorné du poids grave de joyaux sacrés. (Il a fallu le classicisme pour\n que nous en soyons encore aux hêtres et aux cytises de Virgile, ce\n décor hostile et anachronique !) A l'époque légendaire de notre grande\n forêt, dont l'horreur fut divinisée, cet arbre doux symbolisa vraisem­\n blablement la joie et l'espérance.\n' Aujourd'hui, il reste l'arbre où vit l'âme septentrionale, l'arbre du\n rêve. Même asservi aux artificialités des boulingrins et des tailles à la\n L e Notre, il conserve un peu de ce charme profond dont se constitue\n la nostalgie des aïeules.\n     C'est lui qui forme les longues nefs de silence ombreux tournant\n autour des anciennes villes mortes. Il a pu seul inspirer à Sully-\n P r u d h o m m e cet admirable poème de La grande Allée :\n\n          C'est une grande allée à deux rangs de tilleuls.\n          Les enfants en plein jour n'osent y marcher seuls,\n                Tant elle est haute, large et sombre.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                                  DURENDAL                               155\n\n         Il y fait froid l'été presque autant que l'hiver ;\n         On ne sait quel sommeil en appesantit l'air,\n               Ni quel deuil en épaissit l'ombre.\n\n   Le tilleul garde sous les pâleurs veloutées de ses feuilles des\ndouceurs de soleil, et, sous ses branches, ces larges veines noires,\ncircule, drapé de brumes, le Mystère; armature, aussi, de l'âme du\nnord.\n   Mieux que tout autre, cet arbre doux et triste, drape une abside,\narrête le vent autour d'elle, avec des discrétions de voile, faisant une\nconopée nombreuse et vivante à la fenêtre où, par le vitrail, saigne la\npetite lampe éternelle.\n   Dans les ruines encore, il a des charmes et des recueillements de\nconverse en un cloître ; il y demeure paisible comme la grâce en\nl'écroulement d'une âme blessée.\n   Ame du nord, le tilleul, symboliquement, devait être l'arbre blond,\naux pâleurs lumineuses, qu'il apparaît surtout en fleurs. Ce n'est point\nici l'ordinaire resplendissement printanier des neiges roses et blanches.\nL'arbre fleurit comme en secret. N u l éclat ne trahit l'exquise floraison\nque, sous l'abri vert du feuillage, une transparence d'or clair. Il est\nainsi de ces créatures qui s'épanouissent en magnificences intimes et\ndont l'épanouissement ne se trahit que par une illumination du regard.\n   Le tilleul est un arbre m y s t i q u e . Sa vie intérieure qui transparaît\nseulement rappelle ces christs légendaires devinés au travers des\nhaillons pauvres ou des chairs lépreuses. Sous le manteau des feuilles\nl'intimité de chaque branche fleurie se dévoile, telle l'âme en sa grâce.\n   T o u t l'ensemble de ces ramées étoilées de fleurs d'or lumineux,\nloin de se résoudre en rosace, s'élargit en irradiation d'astres et de\njoyaux si vaste qu'elle constitue comme une « transcription » florale\nde la voie lactée. Ces fleurs, clochettes de lumière, globules argentés,\nétincelantes touffes d'or, pendent en franges bordant tous les plis du\nsouverain manteau des feuilles.\n   Enfin le mystère du tilleul s'achève par son parfum. Nulle part\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "156                                    DURENDAL\n\n\nn'est plus complète cette munificence, la plus haute qui soit offerte à\nnos sens. Le parfum est en effet inouï d'intimité et rien ne symbolise\nplus parfaitement les communions d'âme. Or, celui-ci est d'intensité\nunique. Si les odeurs plus jeunes du printemps sont l'essence du\nrenouveau, celle-ci, totale définitive constitue l'âme de cet encensoir\nbrûlant qu'est l'été.\n   Il faut respirer la fleur du tilleul la nuit. L'ombre révèle avec plus\nd'absolu les délices enserrées en le mystère de l'arbre odorant. Par\nune nuit d'été ce parfum vous surprend tout. C'est comme une lame\nirrésistiblement douce et violente qui emporte et roule le cœur. Alors\nplus rien n'importe que l'âme elle-même de l'arbre recueilli, de l'arbre\nblond, de l'arbre mystique, fleur, parfum, rêve, prière. Et cette bonne\nodeur, en la nuit délicieuse, est comme la trace de l'encens proces­\nsionnel, indicatrice de quelque direction suprême et du passage de\nl'Au delà ici.\n                                                                  EDMOND JOLY.\n\n\n\n\n                   L'ANARCHIE LITTÉRAIRE\n   (Nous rappellerons, une fois de plus, à propos de la publication du présent article, que\nla Rédaction de DURENDAL laisse à chacun de ses collaborateurs, dans les limites de son\nprogramme, l'entière liberté, comme aussi l'entière responsabililé de ses paroles. Nous\npublions l'Anarchie littéraire — de M. l'abbé Mœller —, au même titre que nous avons\ndonné Simple Spectateur — de M. Pol Demade.)\n\n\n\nM     ON ami et collaborateur, Pol Demade, disait dans un récent article de cette\n        revue, qu'il assistait en simple spectateur à la joute littéraire entre versli­\nbristes et adversaires du vers libre. Pour ma part, je l'avoue franchement, il m'est\nabsolument impossible de m'en tenir au rôle de simple spectateur et de me désinté­\nresser de la lutte. Comment m'en désintéresser, quand, j'en ai la conviction intime,\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                      DURENDAL                                       157\n\n tout le sort de la littérature est en jeu. L'avenir de la littérature et spécialement de\n la poésie dépend de l'issue de ce duel littéraire. Il s'agit ici d'une question vitale.\n C'est une question de vie ou de mort pour la littérature.\n    Le vent actuellement est à l'anarchie, aussi bien en politique qu'en tout autre\n ordre d'idées. Quand un mouvement se produit dans les idées d'une façon accentuée\n et au point de créer un courant quelque peu extravagant, c'est-à-dire sortant des\n voies ordinaires, le monde des humains tout entier, aussi bien celui des idées que\n celui de la politique, s'en ressent.\n    Il en est ainsi de la littérature actuellement. L'anarchie est à la mode en politique.\n D'aucuns veulent l'introduire dans la littérature, au grand dam de celle-ci, car\nl'anarchie dans la république des idées, c'est la mort de la littérature elle-même.\n    Le beau c'est l'ordre; le beau, c'est l'harmonie, et l'anarchie c'est le désordre,\nc'est le gâchis.\n    Il y a en littérature comme en toute chose des principes éternels, qu'on ne viole\n pas impunément, qui s'imposent à l'esprit, que le génie n'a pas besoin d'apprendre,\n dont il ne se départira jamais et qu'il observe spontanément, instinctivement et sans\ns'en rendre compte. Ces principes constituent le fond même de l'intelligence\n humaine.\n   Les anarchistes littéraires ne veulent plus reconnaître aucun principe. Pour eux,\nla littérature est ce qu'ils font, qu'ils aient des idées ou qu'ils n'en aient pas, qu'ils\nécrivent en français, c'est-à-dire en cette lumineuse et admirable langue que\njusqu'ici tout le monde a considérée comme du français, ou en une langue absconde,\ntorturée, encombrée de néologismes les uns plus absurdes et plus dissonnants que\nles autres, cela leur est bien égal. Si le public ne les comprend pas, c'est qu'il n'est\npas à leur hauteur. Ils ont l'outrecuidante prétention de créer une nouvelle littéra­\nture, une littérature sans règles, sans lois, ne relevant que du littérateur lui-même.\nEt voyez jusqu'où va leur anarchie. Jusqu'ici on avait toujours cru que pour faire\nde la poésie il fallait observer certaines règles fondamentales, règles qui établissent\nune barrière infranchissable entre la prose et la poésie. Les verslibristes suppriment\nde leur autorité infaillible ces barrières, abollissent toutes les règles et en déclarent\nla poésie à tout jamais affranchie. Pour reconnaître cette poésie, il n'y a plus que\ndeux moyens : la déclaration de l'auteur lui-même qui se proclame poète, que vous\nle vouliez ou non et le fait d'aller à la ligne, là où en prose on eût continué à écrire\nsur la même ligne.\n  En réalité, ces littérateurs ingénus se gobent et veulent en imposer au public.\nOn dirait, en littérature marollienne, qu'ils veulent tenir le fou avec le public. Ce\nn'est plus de la poésie, c'est tout bonnement de la prose que nous livrent ces écri­\nvains, sous l'étiquette fausse et menteuse du vers libre.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": " 158                                DURENDAL\n\n   Que diriez-vous d'un compositeur qui aurait la prétention de faire des œuvres\nmusicales sans tenir aucun compte des lois de l'harmonie? C'est exactement ce\nque veulent nos verslibristes. La poésie est une harmonie splendide, un chant gran­\ndiose, une musique idéale et ravissante. Cette harmonie est le résultat de principes\néternels et inébranlables; ce chant est un ensemble de notes qui se complètent et\ns'accouplent ingénieusement d'après des règles élémentaires et inviolables; cette\nmusique repose sur une ordonnance essentielle et primordiale. Si vous supprimez\nles règles, vous n'aurez plus qu'une cacophonie complète.\n  Appelez cela verslibrisme ou tout ce que vous voulez, mais ne l'appelez pas de la\npoésie, car ce n'est pas de la poésie. C'est tout bonnement de la prose et de la\nmauvaise prose, par-dessus le marché. Pour être peintre il faut savoir dessiner,\npour être musicien il faut connaître les lois de l'harmonie et pour être poète il faut\nconnaître les règles de la bonne vieille prosodie et avoir assez de talent pour être à\nmême d'exprimer des idées vraiment poétiques en se conformant aux lois de l'har­\nmonie poétique.\n   Il y a différentes catégories de verslibristes. Les uns sont verslibristes par pose.\n Cela les distingue des anciens, cela leur donne un petit air de créateur. On n'est\n pas tout le monde quand on fait du vers libre.\n   D'autres le sont par impuissance; ce sont les incapables, les eunuques, les désé­\nquilibrés. Il leur est absolument impossible d'écrire de vrais et beaux vers. Ils\ntiennent cependant absolument à passer à la postérité avec le titre de poètes. C'est\ntout simple, ils font du vers libre.\n   Enfin, il y a de vrais poètes, qui malheureusement se laissent entraîner dans le\nmouvement. Est-ce par paresse? Peut-être. Il est plus facile, en effet, de faire du\nvers libre que de composer un vrai et beau poème. Ou bien ils craignent peut-être\nd'être traités de rétrogrades. Ils redoutent d'être méconnus. Je ne sais. Toujours\nest-il que ces poètes, depuis qu'ils font du vers libre, n'ont plus rien produit de\nbon. Cela ne suffit-il donc pas pour ouvrir les yeux à tous? N'est-ce pas vraiment\ncaractéristique? Comparez les œuvres d'antan de ces littérateurs avec leurs compo­\nsitions d'aujourd'hui. Ils ont fait des chefs-d'œuvre jadis; ce qu'ils écrivent main­\ntenant ne signifie plus rien du tout. Ce n'est pas de la poésie, ce n'est pas même de\nla bonne prose, ce n'est plus du tout de la littérature.\n                                                         L'abbé HENRY MOELLER.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                       DURENDAL                                  159\n\n\n\n\n                La Poésie des Houillères\n      par J U L E S   SOTTIAUX.   Prix : 1 franc. (Gobbe, éditeur, Charleroi.)\n\n\n\n\nS\n       ous ce titre, on nous envoie un volume de poésies d'un senti­\n        ment à la fois grave et aimable, d'une écriture toujours\n        experte et parfois très artiste.\n          M. Jules Sottiaux, qui est du pays noir, s'est laissé séduire\npar la mine.\n             « Avec son front d'ébène et son panache blanc »\n\n et, prosélyte à son tour, s'efforce de nous intéresser à la beauté sombre\n de la noire enchanteresse. Il y a réussi. L e poète, — je vous préviens\n que nous sommes en face d'un vrai poète, — qui a écrit le Cheval des\nfosses, le Terril et les Ramasseuses, s'impose nécessairement à l'attention\n du public lettré.\n    L e titre n'est point menteur, voici bien de la poésie, la poésie des\n houillères.\n                         « Il fait triste en la bure, oh, si triste.\n              L'œil y pleure le jour et l'âme l'infini.\n              On dirait que le poids des montagnes de schiste\n              En la pressant lui f ait un mal indéfini.\n               Un malaise profond, profond comme un gouffre,\n              Lentement vous pénètre et vous donne la peur;\n              Et ce malaise augmente à tel point qu'on souffre\n              Comme si tout ce noir vous entrait dans le cœur. »\n  Les mineurs\n                               « n'ont dans leur nuit sombre,\n             Qu'une clarté pareille à l'œil froid des follets... »\n\n             « Le grisou, monstre né de la foudre qui dore\n             Les guette dans un coin... »\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "160                              DURENDAL\n\n\n   Voilà bien de la poésie noire — charbonneuse; — mais M. Jules\nSottiaux, qui ne partage point le pessimisme lamentable et faux de\ntant de nos jeunes, éclaire ce ciel sombre de joyeuse lumière et de\nchrétienne espérance. D a n s la tristesse « des soirs enténébrés » passent\nles hiercheuses, telles des étoiles très douces. Elles illuminent d'un\npeu de bonté et même de beauté la vie du houilleur, le fond de la\nmine, les pentes du terril. Elles ont inspiré au poète maints vers\ndélicieux, parmi lesquels l'admirable quatrain terminal des Ramas­\nseuses, poésie que je d e m a n d e la permission de citer en entier :\n\n\n                    LES RAMASSEUSES\n\n              Tout là-haut, le terril, triste montagne aride\n              Que le génie humain fit surgir dans les airs,\n              Sous l'or des chauds rayons d'un ciel d'été torride,\n              Comme un pur diamant miroite des éclairs.\n\n              Son intense grisaille un moment s'est fondus;\n              Et lui, poussier géant des poètes haï,\n              Qui semble regretter sa grande nuit perdue,\n              Il brille maintenant comme un mont Sinaï.\n\n              Et nombreuses sur les crêtes illuminées,\n              Dans le ruissellement éclatant et vermeil,\n              Les filles des mineurs, d'azur toutes baignées,\n              Glanent joyeusement des reflets de soleil.\n\n  Ce petit tableautin, qui n'est pas loin d'être parfait, est d'un vrai\npoète. T o u t e s nos félicitations à l'auteur et au revoir, n'est-ce pas?\n                                                       POL DEMADE.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                              DURENDAL                              161\n\n\n\n\n        LE TRIOMPHE DE LA ROSE\n de MAXIME FORMONT, avec une lettre-préface de JOSÉ-MARIA DE HÉREDIA\n                      (Lemerre, éditeur, Paris).\n\n\nSous ce titre gracieux et fleuri, Maxime F o r m o n t , un jeune poète,\n   chante sa Bien-Aimée :\n\n             « Le miracle charmant et frêle de sa grâce...\n             Son image, sa joie unique et sa douceur...\n             Le mobile poème empreint sur son visage,\n             Et le charme envolé de son léger passage,\n             Et sa voix, sa divine et caressante voix... »\n\n   Qu'un jeune poète chante, et qu'il chante la bien-aimée, le fait n'a\nrien d'extraordinaire ; et ce n'est pas cette raison qui m'a déterminé à\nsignaler ce petit livre d'amour en cette revue catholique. Je m'em­\npresse cependant d'ajouter que le sentiment du poète est chaste et\nexquis, que les expressions qui le traduisent sont délicates et char­\nmantes. Ceci est déjà particulier. Mais il y a plus rare encore ; vous\nallez juger.\n  M. Maxime Formont, dans la pièce liminaire deson volume, intitulée\nConsécration, écrit :\n\n           « J'abandonne au néant pour rançon de sa gloire\n           Mes songes, mon orgueil, mon labeur illusoire,\n           Et qu'à ce prix mon dernier vœu soit entendu :\n           Ainsi que l'ouvrier dont le nom s'est perdu\n           Lègue aux siècles l'émail infrangible où demeure\n           La grâce d'un profil immortel, que je meure\n           Obscur, mais ayant su redire sa beauté\n           Dans un seul vers qui rende UN SON D'ÉTERNITÉ. »\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "162                             DURENDAL\n\n\n   Ce son d'éternité, je l'ai entendu non pas dans un vers unique, mais\ndans presque tous les vers du Triomphe de la Rose. Ils rendent tous ce\nson d'éternité, les beaux vers de Maxime F o r m o n t et voilà pourquoi\nj'ai tenu à dire ici combien cette œuvre est bonne et belle.\n   L e poète célèbre-t-il le nom de la Bien-Aimée « Son nom », comme\nil dit, le son d'éternité se fait entendre aussitôt :\n\n             Sous les ombres des bois qui semblent éternelles\n           Ondulent vaguement les rayons assoupis,\n           Bercés sur le gazon mordoré des venelles.\n\n           Un cantique d'odeurs monte de ce tapis,\n           Taciturne harmonie éparse en la nuit verte,\n           Où s'éteignent les fleurs de pourpre et de lapis.\n\n           L'église, dont la porte un instant s'est ouverte,\n           Vide, noirceur, silence, apparaît aux passants\n           La tombe de son Dieu, glaciale et déserte.\n\n           Mais l'âme séculaire et sainte de l'encens,\n           Sous le porche en ruine où sans cesse elle rôde,\n           Atteste la prière et les vœux gémissants.\n\n           Les conquérants épris d'héroïque maraude\n           Lassés, n'espèrent plus que naissent des flots bleus,\n           Dans la pourpre et dans l'or, les îles d'émeraude.\n\n            Mais voici qu'un parfum étrange et fabuleux,\n            Comme un songe annonçant la douceur des Florides\n            Soudain leur est venu du sol miraculeux.\n\n            Un vent de paradis fraîchit les airs torrides :\n            Tous ont vu s'agiter la palme de l'Espoir,\n            Qui déjà leur fait signe au fond des cieux arides.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                DURENDAL                           163\n\n           Ce message odorant qui traverse le soir,\n           Ces fleurs d'ombre livrant en secret leur arôme,\n           Ce rêve surhumain qu'épanche l'encensoir,\n\n           Me font penser au Nom qui, nuit et jour, embaume\n           Le temple intérieur où mon culte assidu\n           Compose de sa grâce un adoré fantôme... »\n\n   E t j'abrège, oh ! à regrets.\n   Ailleurs, dans une autre poésie, Adoration, le poète compare sa ten­\ndresse toujours en éveil à\n              « La lampe vacillante et trouble, mais fidèle »\net ce parallèle lui inspire ces vers « à son d'éternité », toujours :\n\n           « Voyez la Vierge d'or, qu'accompagnent les vierges,\n           Passer, lente et sereine, en ses processions :\n           Rouges dans le soleil, les vagues feux des cierges\n           Défaillent sous le vol des invocations.\n\n           Jusqu'au pavé vermeil de roses, les tentures\n           Roulent en flots de pourpre et claquent dans le vent,\n           L'air brûle de parfums, scintille de dorures,\n           Ondule de musique en un chaos mouvant.\n\n           Les chemins ardemment pavoisés, et les pierres,\n           Semblent chanter aussi le clair alleluia\n           A Celle qui penchée, aux appels des prières,\n           Vers nos faces en pleurs, douce, les essuya!\n\n           Mais à peine l'image est-elle disparue\n           Ainsi que ses dévots, tout s'efface et se tait,\n           Et la paix extatique abandonne la rue\n           Reprise du travail grossier qui l'agitait.\n\n           La Vierge, revenue en sa froide chapelle,\n           Y retrouve, attendant pour mourir son retour,\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "164                                       DURENDAL\n\n\n               La lampe vacillante et trouble, mais fidèle,\n               Agonisante au sein d'un lumineux amour! »\n\n   N'est-ce point là, pour me servir du parler de Montaigne, de la\npoésie « belle, triomphante, ennemie professe de toute aigreur, doux-\nfleurante et délicieuse ».\n   Cet air pur des hauteurs sereines nous change un peu notre atmos­\nphère littéraire empestée, ici, autour de nous, par les effluves malsains,\nles vapeurs soufrées, les relents bitumeux, qui montent des volup­\ntueuses poésies de quelques-uns de nos « Jeune Belgique » (1), telles\ndes odeurs au-dessus de la Mer morte et maudite.\n   Ce Triomphe, dit de la Rose, pourrait aussi s'intituler le triomphe\nde la poésie chrétienne sur l'autre.                            P. D.\n\n\n\n\n                   Roche Tarpéienne et Capitole\n   U n cours d ' e s t h é t i q u e en Sorbonne. — M.Maurice Griveau vient de terminer\nen Sorbonne son cours libre sur {'Histoire esthétique de la Nature. Le programme,\nvraiment nouveau, comportait les leçons suivantes : les Ciels, l'Arc-en-ciel et le\ncoloris, les Eaux, l'Océan, l'Orage dans la Nature et dans l'Art, la Botanique résumée\ndans la Vie d'une Rose, puis les Physionomies animales, enfin la synthèse de tous ces\néléments en un Paysage. Ne pouvant donner ici le résumé d'un cycle aussi vaste,\nnous choisirons, parmi les sujets traités, quatre des plus originaux : 1'Arc-en-ciel,\nl'Orage, la Rose, la Figure humaine.\n   La première de ces leçons était ainsi divisée : l'Arc-en-ciel dans la nature, spec­\ntacle et phénomène; l'Arc-en-ciel au laboratoire, révélateur des astres et gamme\n\n   (1) Malgré mon admiration pour le talent littéraire de plusieurs poètes de La Jeune Belgique, je\nme vois contraint de leur avouer tout haut que leurs dernières païenneries me donnent des nausées. La\nJeune Belgique a publié, dans son nom du 25 juillet dernier, des poésies qui ne peuvent que répugner\nsouverainement à un lecteur catholique, telles par exemple : « L'Inquisiteur», de M. Iwan Gilkin,\n« Vers saphiques », de M. Valère Gille; « Dédicace », de M. Francis de Croisset; « Vers », de\nM. Maxime Severanz. Ces messieurs feraient-ils partie, déjà, de la « Ligue pour la Restauration du\nPaganisme? »\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                       DURENDAL                                       165\n\nharmonique des tons; l'Arc-en-ciel dispersé, répartition de ses teintes sur les objets\nnaturels. En ce cadre le professeur a fait tenir la théorie du prisme, du spectre\nsolaire et les résultats vraiment merveilleux, esthétiques de l'analyse spectrale :\nElle devine, dit l'auteur, les atmosphères et les textures stellaires, lointaines,\ninatteignables, démasque l'hydrogène des nébuleuses, et le carbone des comètes, va\njusqu'à saisir le mouvement réel des étoiles à des milliards de lieues, sur la déviation\néprouvée par leurs raies. Mais l'attrait principal de la conférence fut dans la locali­\nsation des teintes, hors de la gamme irisée, sur les ciels levants et couchants, les\nterrains, les eaux, les feuillages, les fleurs, le sang des animaux.\n    La conférence sur l'Orage n'offrit pas un moindre intérêt. L'orage qui brise le\nciel de sa foudre, qui ravine les terres, enfle les eaux, est, de soi, un phénomène\nperturbateur. Et pourtant, l'effroi mis de côté, l'pn admire, on parle de beau, de\nsublime. Ces éclairs qui font tressaillir, sont superbes; ces roulements de tonnerre\nimpressionnent et suggèrent l'âme à la fois. M. Griveau fait un parallèle ingénieux\ndes manifestations de l'énergie cosmique du dehors, — et de l'énergie psychique,\nau dedans. Il montre le langage appuyant, d'instinct, ce parallèle, lorsqu'il dit :\n « l'éclair de la pensée », un geste « foudroyant », une âme « électrisée »             La\nseconde partie, sur l'interprétation de l'orage par les divers arts, et notamment la\n musique, a beaucoup plu, surtout par l'analyse du plus bel orage d'orchestre, celui\nde la Symphonie pastorale. Il en ressort que Beethoven n'a point fait d'imitation,\nmais une interprétation psychique de la nature. Pour le musicien de génie, comme\n pour le peintre, un paysage est un « état d'âme ».\n    La Vie d'une Rose tranche sur le sujet précédent, encore que la méthode soit la\n même. Plus que nule autre fleur bêle, écrit Chrestien de Troyes. La reine des fleurs\nfut suivie dans ses évolutions naturelles et ses transformations artistiques : églan-\n tine simple à cinq pétales, puis rose à cent feuilles, thème initial d'où surgirent les\n mille variations connues. Puis la rose sculptée dans la pierre, ou rosace, la rose\n ajourée, de pierre et de verre, des cathédrales ; enfin la rose symbolique, celle des\n poètes, des musiciens. Cette monographie totale de la rose fut illustrée par des\n figures, des échantillons naturels.\n    Enfin, pour couronnement, une analyse du visage humain, l'histoire parallèle\n des beautés et des utilités de chaque trait. Il fut expliqué, pour la première fois\n peut-être, comment la pureté d'un ovale féminin, la finesse de lignes du nez, le\n dessin délicat et subtil des lèvres, l'hélice d'une oreille élégante, et surtout la poésie\n profonde et pénétrante des yeux, — se rattachent à des prévoyances vitales, à des\n adaptations harmoniquement combinées.\n    Par ces exemples, on peut juger de l'esprit du cours d'esthétique et de sa portée.\n L'idée-mère, partout sensible, est que le beau, dans la nature, dérive, exactement,\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "166                                   DURENDAL\n\nd'une harmonie. Conçue pour le profit de l'être, ou de l'objet, expressément, elle\ns'impose à nos facultés spectatrices, à nos instincts d'amour. Le beau n'est donc\npas, il devient : genèse d'abord extérieure, qui le conforme anatomiquement pour la\nvie, genèse ensuite interne, qui le conforme psychiquement pour l'intelligence.\n                                           *\n                                          * *\n   M. Samuel, l'illustre auteur de Christus, vient de faire paraître chez Beyer, à\nGand, trois motets pour voix égales avec accompagnement d'orgue.\n   Ces compositions sont fortement empreintes du style plain-chant, c'est-à-dire que\ndans leur archaïsme voulu, elles émanent de la source de toute bonne musique\nreligieuse. La mélodie se développe avec beaucoup d'aisance et dans le Jesu\nRedemptor avec une onction vraiment suave. Le Tutela proesens est joli, mais semble\nun peu monotone. Le Tantum ergo est une transcription savamment mesurée du\nTantum liturgique. L'harmonication à l'orgue est d'un style très religieux quoique de\nnature à effrayer certains puristes. L'exécution de ces motets est simple, mais il ne\nfaut pas mettre trop de contrainte dans la mesure. Chantez-les assez librement et\nsans traîner.                                                                 J. R.\n                                           *\n                                          * *\n   E x p o s i t i o n de l'École Saint-Luc. — Les Ecoles Saint-Luc sont parties\nde ce programme : reprendre la tradition médiévale artistique en Belgique. Le\nprogramme était excellent; toutefois, il ne suffisait pas de le reprendre, il fallait le\ncontinuer, le développer, le poursuivre, et réaliser en somme ce que l'art médiéval\naurait réalisé si la Renaissance n'était pas venue détourner son courant. Au lieu de\ncela, que voyons-nous ? les Ecoles Saint-Luc, dont l'influence artistique et sociale\npourrait être immense, piétinent sur place. Cette exposition en est une nouvelle\npreuve. Les critiques sont unanimes à signaler un archaïsme puéril et excessif,\nune documentation incomplète et insuffisante, le servilisme à la forme plutôt qu'au\nsentiment des anciens maîtres, et parallèlement, de la part de l'élève, le manque\nd'inspiration personnelle, l'absence de verve et d'originalité. Nous attendons mieux\ndes Ecoles Saint-Luc. Leur point de départ a été excellent, que les maîtres pour­\nsuivent logiquement leur enseignement artistique. Le moyen âge n'est pas à\nrecommencer, il est à continuer. Qu'on nous donne, non les serviles ou les copistes\ndu XIIIe siècle, mais les bons, les vrais ouvriers d'art qu'il faut au XIXe, qu'il faudra\ndemain auXXesiècle.                                                             A...\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                      DURENDAL                                       167\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n    Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nC   OOMANS, notre bon écrivain, est mort le mois dernier. L'auteur d'Une       Académie\n     de Fous — relisons ça, pour devenir sages, — était une personnalité curieuse\nde nos lettres belges.\n  « Entre nous, disait-il amicalement en 1894., je suis un des rares qui n'ont jamais\nchangé d'opinions. Depuis soixante ans je défends les mêmes idées. Quelques amis\nà moi sont devenus millionnaires en suivant la méthode contraire. De tous les\ndéputés, le plus pauvre, c'est le doyen de la droite. Il ne possède rien, pas même une\nchaise... Ce qui me différencie encore d'une foule de gens, c'est que je n'ai aucune\ndécoration et ne fais partie d'aucune académie .. Je ne vois aucune gloire à figurer\nparmi les trente-deux mille décorés de l'Ordre de Léopold .. Je ne tiens pas à ajouter\nune unité à cette liste de trente-deux mille et quelques hommes extraordinaires. »\n   Coomans, le beau vieillard accueillant, spirituel, fin, malicieux, que j'ai connu est\ntout entier dans ces paroles.\n   Ajoutons, pour compléter cette trop rapide silhouette, que le « vieux Coomans »,\ncomme on disait, affectionnait les jeunes.\n   Je me rappelle encore, comme un souvenir délicieux, la carte que le bonhomme\nm'envoya, par retour du courrier, en remerciements de quelques pages, mes pre­\nmières, envoyées timidement à la Paix : « Grand merci pour vos belles pages et prière\nd'en envoyer d'autres à la Paix reconnaissante »; et surtout une première visite au\nvieux journaliste : «Ah! c'est vous qui nous envoyez ces belles choses! » etc., e t c . .\n                                                              U N DES DOUZE P A I R S .\n                                          *   *\n\nM    ÉTAPHORES parlementaires :\n         « M. W O E S T E : Comment! Messieurs, il s'ouvre devant nous un horizon\nriche en perspectives qui peuvent être fécondes et, cet horizon, nous irions le fermer\nbrusquement en condamnant la Belgique à piétiner sur place, au risque de dépérir?\nA cela, je ne consentirai pas. »\n                                    (Annales parlementaires, séance du 7 mai 1896.)\n                                           *\n                                         * *\n\nM     ONSIEUR MAURICE DULLAERT a publié, dans le XXe Siècle, cette appréciation\n       très juste du talent des GONCOURT :\n     L'originalité propre des romanciers que furent les Goncourt est dans l'introduc­\ntion de l'analyse externe, attachée à la vie visible, aux habits, aux paroles, à l'allée,\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "168                                   DURENDAL\n\nà la venue, au pas, au port, aux moindres actes de ses héros; cette vie visible consi­\ndérée comme l'extériorisation de l'âme. Leur originalité, c'est d'avoir tenté la\nmétamorphose d'un art d'imagination en un art d'observation pure, qui nécessite des\nfacultés de critique bien plus que des puissances de créateur; c'est d'avoir défini le\nroman, « de l'histoire qui aurait pu être » et d'avoir, logiquement, écrit des romans\nqui, par l'exactitude et la minutie des analyses, des nomenclatures et des constatations,\njustifient cette définition.\n   » Le don d'observation qu'eurent, à un degré si puissant, les Goncourt s'exerça\ntrop souvent en des milieux suspects, où le chrétien répugne à les suivre. Ces clini­\nciens étaient curieux de maladies morales, de pourritures rares, d'hystéries et de\nvices.\n   » Mais ce n'est point là le capital reproche que mérite leur œuvre, car il faut recon­\nnaître, à leur honneur, que, dans leurs romans les plus osés, rien n'affriande et\nn'appâte et qu'ils ne se ravalent jamais jusqu'à la grivoiserie ou à l'obscénité. Le\ngrand reproche qu'il leur faut adresser, c'est l'absence éternelle de l'âme et de Dieu.\nContemporains du rationalisme triomphant, le sentiment religieux leur demeura\ntoujours étranger; sans avoir manifesté jamais aucune expresse hostilité contre la\nfoi, ils écrivirent des livres où ne frissonne jamais l'inquiétude de l'Infini. Les prières\nde l'Eglise sur leur cercueil attestent, presque seules, qu'Edmond et Jules de Goncourt\nne furent pas athées. »\n                                              *\n                                            * *\n\nI  L se fait en ce moment une certaine réclame autour de l'Œuvre posthume de\n    Paul Verlaine. Des éditeurs, dont l'inévitable Vanier, se sont jetés sur la tombe\ndu pauvre poète et, véritables hyènes du cercueil, s'efforcent de déterrer littérai­\nrement quelque chose du mort pour le jeter en pature au public.\n   Nous croyons rendre service à la mémoire de Paul Verlaine en déclarant que tout\nce qu'on va publier ne vaut pas... au delà d'un haut le cœur. Nous possédons\nSagesse, Amour, Bonheur, trois livres catholiques, ce qui a suivi ne vaut pas\nl'honneur d'une citation.\n                                              *\n                                            * *\n\nN     ous nous occuperons, dans notre prochain numéro, lequel paraîtra à la mi-octobre,\n        de trois volumes qui viennent de nous parvenir.\n   H E N R I ESTIENNE : La Précellence du langage français (réimpression).\n  JACQUES PARMENTIER : Histoire de l'Éducation en Angleterre.\n    ALPHONSE PROOST : La Réforme des Humanités   1866-1896.\n Notre collaborateur, P . Demade, nous parlera de ce dernier volume de M. Proost,\nœuvre particulièrement actuelle et passionnante.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": ""}, {"page_pdf": 203, "texte": ""}]}