{"numero_id": "ulb-durendal-1896-10-n10", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-001", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 169, "page_fin": 171, "titre_corps": "Rébecca", "titre_sommaire": "Rebecca", "signature_source": "Ernest Périer", "ancre_debut": "REBECCA", "ancre_fin": "ERNEST PERIER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 159, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "RÉBECCA\n                        POUR L'ABBÉ H. HOORNAERT.\n\n\n                                        « ... L'intendant d'Abraham (ÉIiézer) choisit dans les trou­\n                                     peaux de son maître dix chameaux... et partit pour Haran, en\n                                     Mésopotamie. Il arriva après une douzaine de jours aux portes\n                                     de la ville et y fit reposer ses chameaux. C'était le soir, à l'heure\n                                     où les jeunes femmes y venaient puiser de l'eau... \" Seigneur,\n                                     Dieu d'Abraham, dit Éliézer, venez à mon aide, je vous prie;\n                                     accordez votre faveur à mon maître. Me voici près de la fon­\n                                     taine où vont venir puiser de l'eau les filles des habitants de\n                                     la ville. La jeune fille à qui je dirai : Penchez votre unie pour\n                                     que je boive, et qui me répondra : Buvez et je donnerai de l'eau\n                                     ensuite à vos chameaux-; faites que ce soit l'épouse que vous\n                                     destinez à Isaac, et que j e reconnaisse à ce signe que vous êtes\n                                     en cela favorable a mon maître. » Dieu l'exauça. Au même\n                                     moment il vit venir à la fontaine, portant une urne sur son\n                                     épaule, une belle et gracieuse jeune fille\n                                       ... Eliézer ayant appris qu'elle s'appelait Rebecca et qu'elle,\n                                     était fille de Bathuel, un des fils de Nachor, frère d'Abraham,\n                                     ne douta plus d'avoir rencontré celle que Dieu destinait à\n                                     Isaac... »\n                                                   LA SAINTE BIBLE, par l'abbé F.-R. SALMON.\n\n\n         Lentement, dans la plaine où l'eau des sources dort,\n         La caravane arrive au pas des dramadaires\n         Qu'un rythme océanique enlève sur ciel d'or.\n\n         Lors, des groupes chanteurs de femmes lapidaires\n         Sortent, l'urne à l'épaule et le voile aux cheveux,\n         Du bourg endentellé de légers belvédères.\n\n         Roses d'espoir, car l'heure est propice aux aveux,\n         Elles vont avec l'air de vivantes sculptures,\n         Tandis qu'un geste sûr arque leur bras nerveux.\n\n         Or, par delà les champs bigarrés de cultures,\n         Le soir — mélancolique orfèvre des clartés —\n         Cisèle en fins reliefs les ifs des sépultures.\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "170                       DURENDAL\n\n\n      Tout resplendit : palmiers, jardins, monts écartés,\n      Vergers où les aïeux priaient près des citernes,\n      Et qu'à l'aube des temps leurs mains ont essartés.\n\n      Et le bourg seul est plein de crayonnages ternes,\n      Lorsque la caravane amène aux bassins bleus\n      Un homme en barbe grise avec dix subalternes.\n\n      Patriarche venu des âges fabuleux,\n      L'homme méditatif hâte la nonchalance\n      Des chameliers et des dromadaires houleux.\n\n      Et les vierges, au geste arrondi comme l'anse\n      Du vase que chacune apporte aux voyageurs,\n      Frappent d'accents plus doux le cristal du silence.\n\n      Droites dans le manteau plastique aux plis neigeurs,\n      Elles sont là, scandant leur chœur d'enchanteresses,\n      Sans comprendre pourquoi l'homme a les yeux songeurs.\n\n      Lors, d'une voix qui semble un velours de caresses,\n      L'une accouplant des pieds marmoréens lui dit,\n      Belle et son col d'ivoire érigé sous les tresses,\n\n      Lui dit en un sourire angélique où grandit\n      Le point diamanté de son regard nocturne,\n      Ces mots qu'une pitié tremblotante assourdit :\n\n      — Seigneur, si nos chansons te laissent taciturne\n      Tant l'ardeur du désert t'embrase le palais,\n      Bois l'eau de la fontaine aux lèvres de cette urne.\n\n      Et tes bêtes, après qu'auront bu tes valets,\n      S'en iront apaiser leur soif aux vasques pleines,\n      Et dans l'herbage dru brouter les serpolets.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "                      DURENDAL                           171\n\nQuant à toi, mieux qu'un lit parmi les marjolaines,\nNachor f ouvre un asile où coucher ton corps las\nEt dormir dans la paix des plumes et des laines.\n\nBathuel t'offrira noirs sur l'argent des plats,\nAvec le pain, le sel et les fruits de sa terre,\nLes somptueux raisins nés sur ses échalas ;\n\nEt moi, petit oiseau du chaume héréditaire,\nJe tisserai mes chants sur le luth ancestral\nPour fêter ta vieillesse errante et solitaire. —\n\nSurpris comme au sortir d'un rêve sidéral,\nLe vieillard statuaire a levé son visage\nCollé par la prière au bâton pastoral ;\n\nEt debout dans le nimbe ardent du paysage,\nAyant porté le vase à son profil barbu,\n— Ta parole, dit-il, mire un divin présage.\n\nEn penchant vers ma soif cette amphore où j'ai bu,\nTu t'es marqué le front du signe prophétique\nPromis comme une étoile à toute une tribu/ —\n\nTelle, sur la splendeur du ciel asiatique,\n— Comme le soir brûlait aux forges du désert, —\nSurgit en sa candeur de lys emblématique.\n\nEt fleurit Rébecca devant Éliézer.\n                                        ERNEST PÉRIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-002", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 172, "page_fin": 175, "titre_corps": "Yorinde et Yoringel", "titre_sommaire": "Yorinde et Yoringel", "signature_source": "Frères Grimm", "ancre_debut": "YORINDE ET YORINGEL", "ancre_fin": "LOUISE ET LOUIS DELATTRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UNE EXCURSION A POMPEI", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 209, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "YORINDE ET YORINGEL\n                      CONTE DES FRÈRES      GRIMM\n\n\n\n\n                   IL y avait, au milieu d'une épaisse forêt, un château\n                   où habitait toute seule une vieille magicienne qui,\n                   durant le jour, se changeait en chat ou en chouette,\n                   et ne reprenait sa forme humaine que lorsque la nuit\n                   était venue.\n                      Cette sorcière avait aussi le pouvoir d'attirer sous\nses mains les bêtes qui courent dans les bois, pour les tuer, les faire\ncuire et les manger. Et lorsque quelqu'un, d'aventure, s'approchait de\nmoins de cent pas du château, subitement ses jambes s'arrêtaient et\nil restait fixé au sol jusqu'à ce qu'elle fût venue lui rendre la liberté.\nSi une jeune fille franchissait le terrible cercle de l'enchantement,\nelle était transformée, à l'instant, en oiseau que la sorcière enfermait\ndans une cage et portait au château. Là, dans une chambre, elle avait\nprès de sept mille petites corbeilles oùelle retenait prisonniers les\noiseaux les plus rares.\n    Et il y avait aussi, en ce temps-là, une jeune fille belle entre toutes\n et qui s'appelait Yorinde. Elle avait accordé son amour à un beau\njeune homme du nom de Yonngel. Ils étaient arrivés à l'époque des\n fiançailles, et ils éprouvaient, à se trouver ensemble, le plaisir le plus\n doux.\n    Un jour, pour se parler encore et se confier les pensées de leurs\n cœurs, ils vinrent se promener dans la forêt.\n    « Gardons-nous bien, avait dit Yoringel à Yorinde, d'aller trop près\n du château. »\n    C'était par la fin d'un beau jour où le soleil, entre les troncs noirs\n des arbres, brillait encore dans l'ombre verte du bois; et des tourte-\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "                                DURENDAL                               173\n\nrelies, aux branches des vieux hêtres, chantaient en se plaignant.\n   Parfois les pleurs montaient aux yeux de Yorinde. Alors elle\ns'asseyait dans un rayon de lumière et doucement gémissait ; et\nYoringel répondait à ses plaintes. Dans leur amour, ainsi, ils étaient\naussi troublés que devant la mort.\n   Il ne brillait déjà plus à l'horizon que la moitié du soleil, quand ils\nse souvinrent qu'ils étaient fort éloignés de leurs maisons. Tout à\ncoup, ils s'aperçurent qu'ils s'étaient égarés et Yoringel fut terrifié en\nreconnaissant, tout près devant eux, entre les buissons et les ronces,\nles vieux murs du château. Justement Yorinde chantait :\n              « Mon oiselet à petit collier ronge\n              Chante sa peine, sa peine, sa douce peine.\n              Il chante sa mort à la colombe,\n              Il chante... Tsicute, tsicute, tsicute!... »\n\n   Yoringel, des yeux, cherche Yorinde. Mais Yorinde, sous le coup\ndu maléfice n'est plus qu'un rossignol, et c'est lui qui chante : « Tsicute,\ntsicute, tsicute! » Une chouette aux yeux de braise trace en volant\ntrois cercles autour d'eux, crie par trois fois : « Chouhoue, chouhoue,\nchouhoue ! » et Yoringel immobile reste là comme une pierre sans\npouvoir bouger la main ni le pied et sans pouvoir crier ni pleurer!\n   Le soleil s'était couché. La chouette s'enfonça dans un buisson d'où\nsortit tout aussitôt une vieille femme jaune et décharnée, à l'échine\nvoûtée, aux grands yeux rouges et dont le nez crochu venait toucher\nle menton. En marmottant, elle attrapa le rossignol et l'emporta. Et\nl'oiselet Yorinde disparut sans que Yoringel eût pu faire un pas ni\ndire un mot pour la sauver.\n   La vieille se remontra tout à coup et dit d'une voix sourde à\nYoringel :\n    « Bonjour Zachiel. T a Mondel est enfermée dans la cage d'osier,\n mais toi, je te délie. »\n   Yoringel, en effet, était libre. Il tomba aux genoux de la sorcière et\n la supplia de lui rendre son Yorinde. Mais elle fut sans pitié ; elle\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "I74                             DURENDAL\n\n\nrépondit qu'il ne la reverrait plus jamais et s'évanouit. Il cria, il\npleura, il gémit, tout fut vain.\n   « Ah! que vàis-je devenir? »\n   Il s'en alla et il arriva dans un village où, longtemps, il garda les\nmoutons. Souvent, cependant, il venait rôder aux environs du château,\nmais sans oser s'approcher trop des murs.\n   Une nuit, il rêva qu'il trouvait une fleur d'une couleur rouge-sang\net dont la corolle retenait une belle perle d'un doux éclat. Il la cueil­\nlait, puis, en la tenant à la main, il allait au château. Et tout ce qu'il\ny touchait de sa fleur, était délivré du pouvoir de la sorcière, et ainsi,\nrêva-t-il aussi, son Yorinde lui était rendue.\n   Il voulut, dès son réveil, se mettre à la recherche de cette fleur\nextraordinaire. Il alla par monts et par vaux et chercha, chercha, cher­\ncha. Enfin, à la pointe de l'aube du neuvième jour, il la trouva. Elle\nétait d'un rouge de sang, et au milieu de ses pétales reposait une\ngrosse goutte de rosée qui avait l'éclat de la perle la plus pure. Il la\ncueillit et se remit en route vers le château. Il marcha jour et nuit.\n   En arrivant à cent pas des murs terribles, il sentit qu'aucuns liens\ncette fois ne le saisissaient plus pour le fixer au sol. Au contraire, en\ntoute liberté, il atteignit facilement le portail, et plein de joie, il\ntoucha de sa fleur la porte qui s'ouvrit. Il entra et s'arrêtant un instant\ndans la cour, il tendit l'oreille pour découvrir, au bruit de leurs\nchants, le lieu où se trouvaient les oiseaux prisonniers de la magi­\ncienne.\n   Il les entendit en effet. Quand la sorcière le vit entrer dans cette\nchambre où elle entretenait les sept mille cages, elle se mit dans une\ncolère terrible, et s'élança sur lui en grondant, pour lui cracher sa\nbile et son venin. Mais elle ne put l'atteindre; et sans se soucier d'elle\naucunement, il alla aux cages des rossignols. Il en trouva plusieurs\ncentaines réunies, et il ne savait comment reconnaître Yorinde parmi\nun si grand nombre, quand il avisa la vieille qui se glissait vers la\nporte en essayant de cacher une corbeille. Il courut à elle et la frap­\npant d'abord de sa fleur, afin de lui enlever tout pouvoir malicieux, il\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "                                   DURENDAL                                     175\n\ntoucha ensuite, de la rouge corolle, la cage du rossignol qu'elle portait.\nEt devant lui, se dressa son Yorinde plus belle encore qu'au temps où\nil l'avait perdue, et qui lui passa les bras tendrement autour du cou.\n   Il voulut toucher aussi, de sa fleur merveilleuse, les autres oiseaux\nprisonniers. Chacun, aussitôt, sous son baiser, redevint une fraîche\njeune fille, et bientôt toute la chambre resplendit de joie comme un\njardin de roses. Puis, avec son Yorinde, il s'en retourna à sa maison\net ils vécurent fort longtemps et très heureux.\n                                          LOUISE     ET L O U I S   DELÀTTRE.\n                                                                         Traduct.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-003", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 177, "titre_corps": "Une Excursion à Pompéi : Notes de voyage", "titre_sommaire": "Une Excursion à Pompéi", "signature_source": "Jean de Reyva", "ancre_debut": "UNE EXCURSION A POMPEI", "ancre_fin": "JEAN DE REYVA", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE DEUIL HAUTAIN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 807, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "UNE EXCURSION A POMPEI\n                               (NOTES DE VOYAGE)\n\n\n\n                LE chemin de fer qui nous mène de Naples à Pompéi suit la plage.\n                  Nous passons Portici et ses jolies villas, Torre del Greco et sa\n                  marina pittoresque. Chaque station est riante et animée. Tout\n                  nous fait oublier le voisinage sinistre du volcan qui envoie sa\n                  fumée au-dessus des campagnes fertiles. Le Vésuve est cependant\n                  toujours à redouter. En 1872 encore, les coulées de lave détrui­\nsirent deux villages et couvrent cinq mille kilomètres carrés d'une épaisseur de\nquatre mètres de cendres.\n   Nous arrivons. Devant la gare s'étend une avenue d'arbustes maigres. La végéta­\ntion n'est plus belle en cette saison et le sable ou la cendrée abonde. Nous voici\ndevant un tourniquet, seule entrée officielle de la ville ancienne. Un vieux soldat,\nguide patenté, serviable et bien au fait, nous guide. Les abords des murs d'enceintes\nont été bien soignés; des talus s'élèvent à l'endroit même où jadis les navires\ndéchargeaient directement leurs cargaisons de marchandises dans les caves ou les\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "176                                   DURENDAL\n\nentrepôts. Ces talus sont couverts de plantes grimpantes, de lauriers, de mimosas,\nde poivriers, de tamaris. Nous touchons la porte marine, 'porte voûtée, et nous\nmarchons sur ces dalles usées par les pieds des chevaux et le frottement des roues.\nCes ornières ont dix-neuf siècles!\n   Pompéi était une ville de commerce, mais sa situation charmante en avait fait un\nséjour d'été favori des Romains. Cicéron y possédait une villa et, malgré le trem­\nblement de terre qui détruisit des maisons, des temples et le forum treize ans avant\nl'éruption de 79, c'était un port prospère au moment où les cendres et les scories de\nla grande catastrophe l'ensevelirent sous cinq mètres de poussière. Les habitants\neurent le temps de fuir; cependant, dans cette ville à moitié déblayée, on a retrouvé\nplus de deux mille cadavres et on ne peut penser sans horreur à tant d'agonies et de\nsi suprêmes désespoirs.\n   Nous sommes ici en pleine colonie romaine. Les maisons, toutes debout, ne\nparaîtraient pas trop en ruines si leurs toitures de briques rouges ne s'étaient pas\nécroulées sous la formidable poussée des laves. Elles ont peu de fenêtres (on a\nretrouvé des vitres), mais, dans les rues marchandes, les boutiques avec leurs comp­\ntoirs, et surtout de nombreuses peintures murales, rompaient assurément cette\nmonotonie. Certains villages italiens ont encore cet aspect. Les habitations avaient\ndeux étages, les restes d'escaliers le prouvent; on en retrouve rarement d'entières,\nles rez-de-chaussée seuls sont intacts. Ces maisons se différencient plutôt par leur\ndimension et la beauté de leur décoration que par la variété de leur plan. Presque\ntoutes ont une cour intérieure munie du bassin où s'écoulaient les eaux de pluie.\n   Cette cour était une sorte de cloître gracieux et couvert, et la vie se passait en plein\nair. Les chambres y prenaient de la lumière, et vers le fond s'ouvrait une salle du\nréceptions ou d'affaires. Derrière cette premiène partie, en quelque sorte publique,\non pénétrait dans une deuxième cour environnée de colonnes : un jardin de fleurs\nparfumait l'atmosphère et une fontaine jaillissante y entretenait une délicieuse fraî­\ncheur. Dans quelques maisons un jardin potager complétait ce confort rêvé par un\npeuple assez sybarite. Autour de cette seconde cour se groupaient l'appartement des\nfemmes, les salles à manger, la cave, tous les communs. Les esclaves habitaient le\npremier étage.\n  En traversant le vestibule de ces maisons pompéiennes, on se trouve dans une jolie\ncour; presque toujours un bassin de marbre et des statues l'embellissent et le buste\ndu propriétaire y trône à la place d'honneur. Tout à l'entour s'ouvrent des chambres\nplus ou moins décorées de peintures. Les artistes (beaucoup d'entre eux étaient Grecs)\nétalaient leurs couleurs sur le stucage encore humide, procédé qui les rendait inalté­\nrables et de ton très frais. On a dû cependant transporter les plus belles fresques à\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "                                     DURENDAL                                      177\n Naples, les intempéries de l'air les abîmaient plus que les siècles. La seconde cour\nétait également décorée. Les colonnes y sont généralement peintes en rouge ou en\njaune orangé jusqu'à une certaine hauteur. Le reste est blanc, sauf les chapiteaux\négalement teintés et qui apportent leur note éclatante dans cet ensemble bien\ncoloriste.\n  Au fond, Pompéi devait être une ville gaie, lorsque la foule se pressait sur les\ntrottoirs, que les chars circulaient sur la chaussée, et que les passants s'arrêtaient,\nceux-ci pour lire des réclames électorales, ceux-là pour causer affaires, ces autres\npour admirer les enseignes, étudier les fresques nouvelles ou rire de la dernière\ncaricature griffonnée sur le mur public.\n                                                                JEAN DE REYVA.\n    (La suite au prochain numéro.)\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-004", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 177, "page_fin": 178, "titre_corps": "Le Deuil hautain", "titre_sommaire": "Deuil hautain", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "LE DEUIL HAUTAIN", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE CORTEGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 214, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 944, "fin_caractere_exclue": 1589, "texte": "LE DEUIL HAUTAIN\n                                          1\n          J'étais las, j'étais las de notre amour joyeux...\n          Mais aujourd'hui qu'une ombre attriste vos chers yeux,\n          Hélas ! pourquoi faut-il que le sort nous sépare ?\n\n          Je vous pressens, de loin, plus belle en vos malheurs :\n          Et je dois ignorer, moi qu'enivraient vos pleurs,\n          De quels attraits nouveaux l'infortune vous pare!\n\n                                     II\n          Sans doute, la souffrance, — en voilant de son deuil\n          Votre sérénité, — vous laisse votre orgueil,\n          Ainsi que sous un crêpe un royal diadème;\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": " 178                                           DURENDAL\n\n\n              Sans doute, à tous les yeux vous cachez le souci\n              Dont votre noble front s'est à peine obscurci,\n              Plus hautaine et plusfiere en votre douleur même!\n\n                                         III\n             Et de ce grand dédain, seul je triompherais !\n             Et d'un simple regard, ô ma sœur ! je ferais\n             S'en aller de vos yeux cette ombre funéraire\n\n             Sans reparler d'amour, ah ! qu'il me serait doux\n             De souffrir à vos pieds, en n'implorant de vous\n             Qu'un peu de gratitude et le seul nom de frère!\n                                                                       FRANZ ANSEL.\n       Janvier 1896.\n\n\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-005", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 178, "page_fin": 179, "titre_corps": "Le Cortège", "titre_sommaire": "Le Cortège", "signature_source": "Édouard Ned", "ancre_debut": "LE CORTEGE", "ancre_fin": "EDOUARD NED", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 215, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 796, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "LE CORTÈGE (1)\n\n                    J'ai vu par les sentiers jolis\n                    La procession de mes joies\n                    Dans l'éclat des ors et des soies,\n                    Blanches de la blancheur des lis\n                    Gaîtê bruyante et gaîté folle\n                    Et gaîté douce qui console,\n                    Disant dans leurs chants et leurs cris,\n                    Par leur musique qui m'enivre,\n                    L'amour d'être et l'amour de vivre.\n\n     (1) Cette originale poésie est extraite d'un livre qui vient de paraître sous ce titre : Poèmes catho-\nliques, et dont nous reparlerons prochainement.\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "                  DURENDAL                       179\n\nPlus loin, aux sentiers désolés,\nJ'ai vu le cortège des peines,\nDes nombreuses peines humaines,\nEt sous leurs habits violets\nToutes les douleurs attentives\nChantant avec leurs voix plaintives\nL'horreur des serments violés,\nLes désespoirs et les ruines,\nEt les trahisons assassines.\n\nPuis enfin, j'ai vu dans le soir,\nSous la paix lourde des ténèbres,\nPasser les corbillards funèbres,\nEt c'était l'enterrement noir\nDe tous les plaisirs de la vie\nPar la douleur inassouvie,\nEt dans le dernier j'ai pu voir\nUn cœur flétri par la, misère...\nDieu! C'est mon cœur que l'on enterre!\n                                EDOUARD   NED.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-006", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 180, "page_fin": 184, "titre_corps": "La Vieille Église de Blankenberghe", "titre_sommaire": "La Vieille Église de Blankenberghe", "signature_source": "Edmond Joly", "ancre_debut": "La Vieille Eglise de Blankenberghe", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 217, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "La Vieille Église de Blankenberghe\n                    DANS l'adorable  conte de La Belle au Bois dormant,\n                     avez-vous remarqué l'attrait spécial qui pare la\n                     princesse endormie? On la voit telle que Burne-\n                     Jones la montre, sous la garde de formidables\n                     églantiers. Les tiges centenaires ont poussé les\n          fenêtres, envahi les hautes salles, les antichambres, les corri­\ndorsoùlesvaletsendormis sont remplacés par la garde, plus\n        solennelle, des tranchantes épines et des frêles fleurs. L'on\n        sent que plus les tiges apparaîtront antiques et formidables,\n        plus la princesse s'auréolera, en contraste, de jeunesse et de\n        beauté. Elle épanouit mieux l'âme du Prince C h a r m a n t et la\n        nôtre, celle en qui, délicieux paradoxe, sont rassemblés le\n charme de la jeunesse et celui du souvenir, l'amour et la nostalgie dans\n une même joie. L e charme de la Belle au Bois dormant ensorcèle\n notre cœur chaque fois que nous retrouvons un peu de l'âme ancienne\n encore vivant au milieu de la modernité. D'ordinaire, un assoupis­\n sement très doux le conserve à notre émoi. Au-dessus de la couche\n armoriée de la princesse endormie, son haleine émouvait une églan­\n tine, sœur pâle de ses lèvres. Nous ressentons alors la joie, impos­\n sible, d'un souvenir vivant, d'une chose à la fois anachronique et\n pourtant actuelle avec la suprême exquisité.\n  A Blankenberghe, « la seconde station du littoral belge », l'envahis­\nsement utilitaire n'a pu tuer encore la villette marine, intacte il y\na vingt ans. Malgré les infâmes cubes de maçonneries que sont les\ngrands hôtels, les maisons de rapport ; malgré les villas en styles\nhorrifiquement problématiques, il reste de nombreuses maisonnettes\nde pêcheurs avec leurs lucarnes comme un œil dans la toiture, leurs\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "                             DURENDAL                             181\n\npignons penchés en arrière, leurs toits fléchis comme une échine de\nvieille. L a forme des fenêtres rappelle soit le gothique, soit un\n« rococo » naïf dont la ligne ondulante, mièvre, devient alors déli­\ncieusement étrange dans cette austérité de pauvres, de marins. Les\npetits carreaux des fenêtres (jolis, puisque authentiques et logiques,\nceux-ci!) ont un obscur regard glauque. Sur la tablette des fenêtres\ns'alignent des carreaux de faïence où sont peints, en bleu et en\nmauve, des paysages simplistes : moulins à vent de Hollande,\nbergeries; des poissons légendaires : baleines monstrueuses, syrènes\net dauphins. Souvent elles abritent encore des métiers d'exquisités\npauvres, des corderies où les enroulements de fil clair s'arrangent\nsoigneusement, des coquillages, des friandises d'enfants : sucres aux\ntons bruns et rouges; surtout des crevettes étalées sur un linge à\ndamiers blancs et bleus.\n   Aussi bien que leurs habitants, les maisonnettes portent en tout\nleur aspect, la double m a r q u e de l'air et de la mer, le double\nesclavage marin, charme fluide et lumineux. Les hautes maisons\nmodernes éloignent le ciel et ensevelissent le passant comme dans\nune tranchée. Ici, au contraire, les maisonnettes ont beau former\nune rue aussi étroite que les sentiers entre les haies des dunes, et\ndont le pavage pittoresque est plein de suggestives usures de pas,\nelles attirent toujours la lumière sur leurs tuiles roses pâlies de\nvieillesse; le clair ciel marin est seulement conquis, jamais dérobé,\npar le redressement des petits pignons. T o u t e s lumineuses restent\nles ruelles qui multiplient en longues bandes l'accord gai du rouge-\norange des tuiles, du lait de chaux renouvelé à chaque printemps\net du vert cru des petits volets anciens.\n   L a Commission des monuments a su, parait-il, nous conserver\nl'adorable hôtel de ville, bijou architectural de luxe campagnard\nqui résume l'âme des petites maisons comme le châtelain d'autrefois\nrésumait l'âme terrienne éparse dans les chaumières d'alentours.\n   Mais l'âme du vieux Blankenberghe a mieux encore ; elle garde\nla vie d'une célébration précieuse, invraisemblable, en ce siècle\n« pratique ».\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "182                             DURENDAL\n\n\n   Blankenberghe a deux églises : l'ancienne et la nouvelle. L a\npremière, devant la gare, semble morte. L a porte est fermée;\nquelques carreaux sont brisés comme pour le passage des hirondelles\nou des âmes de marins qui gémissent dans le vent. Aussi bien, elle\nappartient aux morts qui l'entourent seuls. D'ordinaire, on se borne\nà regarder la tour carrée, si nettement évocatrice des quatre vents\ndu ciel. D'étroites ogives s'ouvrent du haut, sous le toit pointu, au\ncri jeté des cloches. T o u t e la brique est précieusement nuancée par\nles multiples actions de la pluie désagrégeante et fécondante, du\nvent qui creuse et qui apporte. L e s lichens ont étendu leurs nielles\nen rosaces dorées; des plantes de murailles pendent en franges ou\ndressent des aigrettes selon les saillies des contreforts.\n   Seule, l'église nouvelle s'ouvre régulièrement, aujourd'hui, pour\nles offices; sa banalité odieuse, sa correction maladroite ont le plus\ngrand rapport avec le « Casino », tout voisin et dont l'âme banale\nsemble avoir envahi le lieu saint.\n   Or, le dimanche, quand les offices sont terminés à l'église nouvelle,\ndes pêcheurs aux vêtements de drap bleu d'ancienne forme, la boucle\nde ceinture ornée de pièces d'argent à l'effigie de Marie-Thérèse ou\nde Joseph II ; des femmes en « mantelet » où le drap souple fait des\nplis rares, arrivent au cimetière. On dirait une population spéciale,\nminime, formée par les âmes primitives des maisonnettes. L e u r petit\nnombre se noie dans la cohue s'empressant aux départs dominicaux.\nIls semblent filtrer au travers pour se rassembler là, parmi les morts,\navec cette lente allure balancée que prennent les gens de mer et qui,\nhéréditairement, passe chez les femmes. Quelques-uns vont dans la\nchapelle du cimetière où un crucifix plus grand que nature attend\ntoutes les angoisses dont la plainte semble gémir dans les cheminées\nqui aspirent la fumée des chandelles votives.\n   Quand la réunion est complète, l'église s'ouvre, telle qu'elle fut il y\na vingt ans, l'église des pêcheurs et des simples, parfois l'église, aussi,\nde votre première âme d'enfant, celle que les autres, formées d'elle vai­\nnement, ne font plus que pleurer. T o u t un passé d'histoire y accueille, y\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "                                DURENDAL                               183\n\nentoure, d'une familiarité de choses immémoriales. Ce vieux mobilier,\ngrâce au ciel, a été jugé indigne du nouvel édifice où les statues sont\n« industrielles » ainsi qu'il sied au cosmopolitisme moderne. Les nefs\nont encore la grâce de l'ogive qui s'y allonge aux fenêtres avec,\nparfois, de trop lourds enjolivements de briques. P u i s la Renais­\nsance, jusqu'aux sensualités du XVIIIe siècle, ont achevé, selon la\nsuccession des temps, l'aspect intime de ces choses dont l'âme est\nrestée toujours identique, transformant à sa gravité ingénue les styles\nsuccessifs, comme affaiblis d'éloignement et de rusticité.\n   L e maître-autel est toute une architecture de bois abritant, sous\ndes volutes, des coffres à reliques et une statuette de la Vierge\nremplaçant un tableau enlevé. Marie qui commande à la mer et que\nla mer célèbre de toutes ses évocations, de tout son symbole, règne\nici par sa pensée comme dans les fresques si curieuses de Mariakerke.\nCertains tableaux aux outrances déconcertantes rappellent les groupes\nsculptés que les « pénitents » traînent à F u r n e s . E t pour un instant\nrevit l'âme candide de l'église, tandis que résonnent les chants et\nles prières d'une congrégation de pêcheurs. Ceux-ci se sont établis\ndans les stalles anciennes, tous semblables à ceux d'autrefois qui ont\noffert le grand ex-voto encastré dans le mur du midi, derrière la\nchaire. C'est (délicatement atténué par les couches successives de\nbadigeon) le relief d'une des chaloupes que l'on emploie encore de\nnos jours et dont les deux voiles, la coque arrondie, évoquent si bien\nl'effort du vent et les bondissements du flot.\n  Au bout d'une demi-heure, c'est fini. Les pêcheurs en costumes de\ndrap bleu de forme ancienne, les femmes en « mantelet » se\ndispersent, à nouveau, parmi l'envahissante modernité. L e bedeau\nqui se presse agite des clés dans la sonorité des nefs déjà vides.\nL'église va retomber au sommeil de mort, cette mort à laquelle il\nsemble qu'on la livrera un jour, car des négligences marquent un\nvouloir conservateur qui se retire.\n  Alors on a pour elle un de ces regards qui vont au delà des choses ;\nune de ces attentions éperdues qui sont comme une étreinte, l'étreinte\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "184                                         DURENDAL\n\n\nd'un cœur-à-cœur où tous les secrets se livrent. E t voici que le rêve\nde son sommeil semble révélé. Sous le j u b é , une porte qui donne à\nl'ouest et qu'on n'ouvre plus, laisse une large fente par où fuse le\nsable du cimetière, le sable fait par la mer avec de lumineuses\npoussières de roches, du mica, des coquilles auxquels s'est mêlée la\npoussière h u m a i n e . C'est un fin pinceau floconneux et blanc qui\ns'ouvre en éventail sur les dalles saintes, s'y étale comme par un\nprosternement mystique, selon la loi du vent plaintif dont est toujours\nremuée chacune des poussières en insensible marche vers le tabernacle\nde l'autel abandonné.\n                                                                           E D M O N D JOLY.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-007", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 184, "page_fin": 186, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "D.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 818, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n                             V e r l a i n e , par MAURICE DULLAERT\n  (Sous ce titre, M. l'abbé Jean Brives consacre, dans la Chronique littéraire du XXe Siècle, les lignes\nqui suivent à la dernière œuvre de notre collaborateur M. Dullaert.)\n\n   La belle étude que nous donne Maurice Dullaert sous ce titre : Verlaine et dont\nSiffer a fait une jolie plaquette!\n   Dans la pléiade de nos écrivains, Dullaert tient une place à part, également\néloigné du fatras inintelligible de beaucoup de jeunes et de la podagrerie coutumière\naux vieux maîtres de notre Ecole-du-Bon-Sens. Son français clair, pur, bien\nmoderne, délicatement ciselé est friandise savoureuse aux dévots des lettres et c'est\ntoujours avec un nouveau plaisir qu'on le retrouve dans ses critiques d'analyse\nsubtile du Magasin littéraire, dans maints articles qu'il publia non signés, mais tout\nde suite reconnaissables, ou signés parfois de divers pseudonymes.\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "                                          DURENDAL                                           185\n\n   L'artiste fini qu'il est se retrouve tout entier dans cette histoire d'une âme qu'est\nVerlaine.\n   Verlaine! Le titre est suggestif de pensées de toutes sortes, car le héros du livre\nfut un être complexe, de sensibilité exaspérée, qui ne sut commander à un cœur\nperverti, à un corps attiré vers toutes les luxures.\n   L'artiste en lui fut grand, fut profond, quoi qu'en ait pu dire une critique imbécile.\nIl suffit pour s'en convaincre de lire sans parti pris ses vers si doux qu'ils semblent\nun murmure d'eau sur de la mousse, de se laisser bercer par son rêve un peu\nlointain, un peu imprécis comme s'il surgissait des brumes aurorales, comme s'il\nvenait de l'au delà :\n          Il pleure dans mon cœur                         O bruit doux de la pluie\n          Comme il pleut sur la ville,                    Par terre et sur les toits !\n          Quelle est cette langueur                       Pour un cœur qui s'ennuie\n          Qui pénètre mon cœur?                           O le chant de la pluie!\n  Après les chutes nombreuses, réconcilié avec Dieu, il a peur de retomber et voilà\ncomment pleure son angoisse :\n                          Si la vieille folie était encore en route !\n                          Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?\n                          Un assaut furieux, le suprême sans doute!\n                          Oh! va prier, mon âme, va prier!\n  Et quelle mélancolieuse et véridique épigraphe il donne à sa vie :\n                          Le chevalier Malheur m'a percé de sa lance!\n   S'il fut malheureux, d'ailleurs, ce fut presque toujours par sa faute. Sa vie se\npartage en deux : elle fut à la fois une vie de débauche et de pénitence, de blasphème\net de prière. Dullaert burine son portrait en cette phrase définitive : «Son œuvre,\ncomme son existence, mais de manière plus affligeante parce que plus voulue, le\nrévèle double : Janus littéraire, il a, dans la poésie, visage d'ange et visage de fauve.\n   A part Sagesse, on ne peut guère lire aucun de ses livres en entier. Ceux qui\ns'intéressent aux lettres modernes doivent remercier Dullaert d'avoir enchâssé dans\nl'écrin de sa prose les plus belles perles poétiques du pauvre Lélian, d'avoir fait une\nanthologie en même temps qu'une belle étude de l'œuvre du poète, d'avoir donné sur\nlui des pages qui peuvent et doivent se trouver dans toutes les bibliothèques.\n                                                                       e\n                        JEAN B R I V E S . (Chronique Littéraire du XX Siècle, 24 Août 1896.)\n                                                       *\n                                                      * *\n   R e g a r d s a u d e d a n s e t a u d e h o r s , par HENRY CARTON DE W I A R T , chez Siffer.\n   L'étiquette m'a semblé trop philosophique. J'aurais aimé que notre ami et\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "186                                   DURENDAL\n\ncollaborateur appelât les cent pensées qu'il vient de nous offrir : Pralines d'esprit.\n   Vous connaissez le délicieux bonbon inventé par le cuisinier du maréchal\nDuplessis Praslin, une amande douce ou amère risolée dans du sucre. H. Carton\nde Wiart a imaginé des dragées littéraires, une pensée douce ou amère entourée\nde délicieuse prose et il les présente à tous ceux qui font chère d'esprit dans la\ngracieuse bonbonnière d'une plaquette. Je prédis grand succès et gros débit aux\npralines de notre ami. J'avouerai être allé pour ma part jusqu'à la centième tout de\nsuite. On commence en gourmet, on finit en gourmand.                         P . D.\n                                             *\n                                           * *\n   E l ë n , drame en trois actes, en prose, par AUGUSTE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM.\nRéédition. Paris, Chamuel. Prix : 5 francs.\n   Ce drame, œuvre de jeunesse de Villiers, dont la première édition était devenue\nune rareté de bibliophile, n'ajoutera rien à la gloire de l'auteur de tant de contes\nfameux, il ne lui enlèvera rien non plus.\n   Le sujet d'Elën, un personnage du drame, Gœtz, le résume en cette parole :\n« C'est un conte des Mille et une Nuits. » Une courtisane fantasque et fantastique\nqui tour à tour s'éprend d'un étudiant, puis se déprend... c'est tout. Je passe l'in­\ntrigue et le décor qui sont l'une et l'autre d'un romantisme si puéril que les admira­\nteurs les plus fervents de Villiers — et nous en sommes — en souriront doucement.\n   J'estime pourtant que ce drame mérite de retenir l'attention des fidèles de Villiers\net que ceux-ci doivent savoir gré à l'éditeur Chamuel du soin pieux apporté à cette\nréédition. Le livre vaut du reste par le style : les vers titrés Elën (et que nous\navons lu déjà dans les Contes cruels sous un autre nom) qui servent d'introduction\nà l'œuvre, le portrait de l'étrange femme, la scène du rêve, sont de belles pages. De\nplus, le volume est orné d'une magnifique eau-forte de Lamy représentant Villiers\nde l'Isle-Adam sur son lit de mort.                                              D.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-10-n10-008", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 186, "page_fin": 188, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "venir, on obligera les enterrés eux-mêmes à suivre les funérailles. 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P.\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2950, "texte": "                                       DURENDAL                                        187\n\n s'en est tiré et voici comment : Il a supprimé le personnage essentiel du drame, la\n reine Clotilde. La sainteté de l'héroïne n'a pas trouvé grâce devant l'austère drama­\n turge. Une femme, fût-elle sainte, n'a pas le droit de paraître sur la scène du Jésu.\n Nous ne pouvons nous empêcher de trouver cette expression un peu niaise. On ne\n conçoit pas bien Racine, écrivant une tragédie d'Esther pour les pensionnaires de\n Mme de Maintenon et supprimant (oh pudeur!) Mardochée, Aman, Assuérus!\n    Il est vrai que le bon Père n'est pas Racine et cette différence explique bien des\n énigmes !\n    P. S. — La suppression de Clotilde a été jugée énorme par d'autres que nous.\n M. E. Biré a dit, dans {'Univers (22 sept. 96) : « Peut-être cependant y aurait-il eu\n lieu de faire ici une exception, car il est difficile d'admettre un drame sur la conver­\n sion de Clovis sans l'intervention directe de sainte Clotilde. »\n                                                * * *\n\n V      ERLAINE A TABLE. — Un convive émit l'hypothèse que peut-être Judas n'avait\n         pas été damné. Verlaine eut un sursaut :\n     — Qui dit cela? Il est damné, cette canaille! Il est damné pour l'éternité!... Non,\n  n'essayez pas de soutenir le contraire. Il est damné. Je le sais. Je l'affirme. Qui ose\n  nier cela?\n     — Personne, maître. Nous n'avons rien à objecter. Convenez seulement, si grand\n  qu'ait été son crime, qu'une éternité de douleurs paraît encore un châtiment bien dur.\n     De nouveau, la physionomie du poète se transforma complètement; son mauvais\n  air de défi disparut; il reprit, avec une soudaine splendeur de voyant sur sa figure\n  difforme :\n     — Je dis que Judas est damné; mais pas pour avoir livré le Christ; non, pas pour\n' cela. Il est damné pour s'être pendu de désespoir, pour avoir mis en doute l'infinie\n  miséricorde de Dieu.\n     J'ignore si le mot. est de Verlaine lui-même, ou s'il n'y eut là de sa part qu'une\n  simple réminiscence. L'idée me paraît pourtant si belle et si touchante, si conforme\n  aussi au génie spécial de celui par qui je l'entendis prononcer, que j'inclinerais à l'en\n  considérer comme le véritable auteur.                                MAURICE SPRONCK.\n                                                                          (Revue Bleue.)\n                                                  *\n                                                * *\n\n Q       UESTIONS? — M. Valère Gille a publié, dans la Jeune Belgique, une lettre\n          ouverte et aimable au R. P . Delaporte S. J. Notre sympathique confrère\n  loue les RR. PP. Verest et Delaporte, défenseurs des auteurs païens. Jusque-là\n  tout va bien, M. Valère Gille ayant un jour, dans une conférence publique, déclaré\n  qu'il fallait être païens, il est logique qu'il défende tous les admirateurs du paganisme,\n  ces admirateurs fussent-ils jésuites.\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "188                                   DURENDAL\n\n   Les bons pères auront lu la lettre de M. Valère Gille avec infiniment de joie...\nToutefois nous nous demandons avec inquiétude si leur joie a été de longue durée.\nLa lettre en question était suivie dans le numéro de la Jeune Belgique (5 septem­\nbre 1896) d'un sonnet fort leste et — ceci devient tout à fait drôle — du programme\nde la Ligue pour la Restauration du Paganisme.\n   Nous serions ravis de savoir :\n   1° Si le R. P . Verest lira le sonnet à ses jeunes élèves du juvenat de Tronchiennes ?\n   2° Si le R. P . Delaporte s'est fait inscrire comme membre de la susdite Ligue?\n                                               *\n                                             * *\n   Le R. P . Delaporte a envoyé un « bref » à nos amis de la Jeune Belgique. Félici­\ntations et condoléances !\n                                               *\n                                             * *\n      NOTRE ami Jean Casier vient de réunir, sous le titre d'Encensoir, des poésies\n        d'une inspiration très élevée et toute chrétienne. (Siffer, Gand. Prix : 1 franc.)\n                                               *\n                                             * *\n\nM      ONSIEUR THOMAS BRAUN, notre collaborateur, fera paraître fin décembre,\n         sous le titre : L'Année, un magnifique album de vers illustrés par le bon\nartiste M. Franz M. Melchers.\n                                               *\n                                             * *\n\nN     ous avons la bonne fortune d'annoncer aux lecteurs de Durendal la collabora­\n        tion de M. Maurice Griveau, le distingué professeur d'Histoire esthétique de\nla Nature en Sorbonne de Paris.\n                                               *\n                                             * *\n\nU      NE nouvelle revue vient de paraître à Bruxelles sous ce titre : L'Avenir. Nous\n        ne résistons pas à l'envie de citer une phrase au moins de notre nouveau\nconfrère. Écoutez ceci :\n   « Se distinguer aux fêtes de charité par une prodigalité qui vous ruine, aller aux\nenterrements de ses collègues, les autres snobs, jusqu'au moment où ceux-ci iront au\nvôtre.                                                       (VICTOR DE FRASNES). »\n   Qu'en dites-vous? Aller aux enterrements de ses collègues, c'est bien, mais c'est\nvieux jeu. A l'Avenir, on obligera les enterrés eux-mêmes à suivre les funérailles.\nCette jeunesse ne doute de rien!\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 204, "texte": "OCTOBRE 1 8 9 6 (TROISIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": ""}, {"page_pdf": 206, "texte": "Octobre 1896                                                                               N° 10\n\n                              DURENDAL\n\n\n\n\n                  RÉBECCA\n                        POUR L'ABBÉ H. HOORNAERT.\n\n\n                                        « ... L'intendant d'Abraham (ÉIiézer) choisit dans les trou­\n                                     peaux de son maître dix chameaux... et partit pour Haran, en\n                                     Mésopotamie. Il arriva après une douzaine de jours aux portes\n                                     de la ville et y fit reposer ses chameaux. C'était le soir, à l'heure\n                                     où les jeunes femmes y venaient puiser de l'eau... \" Seigneur,\n                                     Dieu d'Abraham, dit Éliézer, venez à mon aide, je vous prie;\n                                     accordez votre faveur à mon maître. Me voici près de la fon­\n                                     taine où vont venir puiser de l'eau les filles des habitants de\n                                     la ville. La jeune fille à qui je dirai : Penchez votre unie pour\n                                     que je boive, et qui me répondra : Buvez et je donnerai de l'eau\n                                     ensuite à vos chameaux-; faites que ce soit l'épouse que vous\n                                     destinez à Isaac, et que j e reconnaisse à ce signe que vous êtes\n                                     en cela favorable a mon maître. » Dieu l'exauça. Au même\n                                     moment il vit venir à la fontaine, portant une urne sur son\n                                     épaule, une belle et gracieuse jeune fille\n                                       ... Eliézer ayant appris qu'elle s'appelait Rebecca et qu'elle,\n                                     était fille de Bathuel, un des fils de Nachor, frère d'Abraham,\n                                     ne douta plus d'avoir rencontré celle que Dieu destinait à\n                                     Isaac... »\n                                                   LA SAINTE BIBLE, par l'abbé F.-R. SALMON.\n\n\n         Lentement, dans la plaine où l'eau des sources dort,\n         La caravane arrive au pas des dramadaires\n         Qu'un rythme océanique enlève sur ciel d'or.\n\n         Lors, des groupes chanteurs de femmes lapidaires\n         Sortent, l'urne à l'épaule et le voile aux cheveux,\n         Du bourg endentellé de légers belvédères.\n\n         Roses d'espoir, car l'heure est propice aux aveux,\n         Elles vont avec l'air de vivantes sculptures,\n         Tandis qu'un geste sûr arque leur bras nerveux.\n\n         Or, par delà les champs bigarrés de cultures,\n         Le soir — mélancolique orfèvre des clartés —\n         Cisèle en fins reliefs les ifs des sépultures.\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "170                       DURENDAL\n\n\n      Tout resplendit : palmiers, jardins, monts écartés,\n      Vergers où les aïeux priaient près des citernes,\n      Et qu'à l'aube des temps leurs mains ont essartés.\n\n      Et le bourg seul est plein de crayonnages ternes,\n      Lorsque la caravane amène aux bassins bleus\n      Un homme en barbe grise avec dix subalternes.\n\n      Patriarche venu des âges fabuleux,\n      L'homme méditatif hâte la nonchalance\n      Des chameliers et des dromadaires houleux.\n\n      Et les vierges, au geste arrondi comme l'anse\n      Du vase que chacune apporte aux voyageurs,\n      Frappent d'accents plus doux le cristal du silence.\n\n      Droites dans le manteau plastique aux plis neigeurs,\n      Elles sont là, scandant leur chœur d'enchanteresses,\n      Sans comprendre pourquoi l'homme a les yeux songeurs.\n\n      Lors, d'une voix qui semble un velours de caresses,\n      L'une accouplant des pieds marmoréens lui dit,\n      Belle et son col d'ivoire érigé sous les tresses,\n\n      Lui dit en un sourire angélique où grandit\n      Le point diamanté de son regard nocturne,\n      Ces mots qu'une pitié tremblotante assourdit :\n\n      — Seigneur, si nos chansons te laissent taciturne\n      Tant l'ardeur du désert t'embrase le palais,\n      Bois l'eau de la fontaine aux lèvres de cette urne.\n\n      Et tes bêtes, après qu'auront bu tes valets,\n      S'en iront apaiser leur soif aux vasques pleines,\n      Et dans l'herbage dru brouter les serpolets.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                      DURENDAL                           171\n\nQuant à toi, mieux qu'un lit parmi les marjolaines,\nNachor f ouvre un asile où coucher ton corps las\nEt dormir dans la paix des plumes et des laines.\n\nBathuel t'offrira noirs sur l'argent des plats,\nAvec le pain, le sel et les fruits de sa terre,\nLes somptueux raisins nés sur ses échalas ;\n\nEt moi, petit oiseau du chaume héréditaire,\nJe tisserai mes chants sur le luth ancestral\nPour fêter ta vieillesse errante et solitaire. —\n\nSurpris comme au sortir d'un rêve sidéral,\nLe vieillard statuaire a levé son visage\nCollé par la prière au bâton pastoral ;\n\nEt debout dans le nimbe ardent du paysage,\nAyant porté le vase à son profil barbu,\n— Ta parole, dit-il, mire un divin présage.\n\nEn penchant vers ma soif cette amphore où j'ai bu,\nTu t'es marqué le front du signe prophétique\nPromis comme une étoile à toute une tribu/ —\n\nTelle, sur la splendeur du ciel asiatique,\n— Comme le soir brûlait aux forges du désert, —\nSurgit en sa candeur de lys emblématique.\n\nEt fleurit Rébecca devant Éliézer.\n                                        ERNEST PÉRIER.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "172                            DURENDAL\n\n\n\n\n      YORINDE ET YORINGEL\n                      CONTE DES FRÈRES      GRIMM\n\n\n\n\n                   IL y avait, au milieu d'une épaisse forêt, un château\n                   où habitait toute seule une vieille magicienne qui,\n                   durant le jour, se changeait en chat ou en chouette,\n                   et ne reprenait sa forme humaine que lorsque la nuit\n                   était venue.\n                      Cette sorcière avait aussi le pouvoir d'attirer sous\nses mains les bêtes qui courent dans les bois, pour les tuer, les faire\ncuire et les manger. Et lorsque quelqu'un, d'aventure, s'approchait de\nmoins de cent pas du château, subitement ses jambes s'arrêtaient et\nil restait fixé au sol jusqu'à ce qu'elle fût venue lui rendre la liberté.\nSi une jeune fille franchissait le terrible cercle de l'enchantement,\nelle était transformée, à l'instant, en oiseau que la sorcière enfermait\ndans une cage et portait au château. Là, dans une chambre, elle avait\nprès de sept mille petites corbeilles oùelle retenait prisonniers les\noiseaux les plus rares.\n    Et il y avait aussi, en ce temps-là, une jeune fille belle entre toutes\n et qui s'appelait Yorinde. Elle avait accordé son amour à un beau\njeune homme du nom de Yonngel. Ils étaient arrivés à l'époque des\n fiançailles, et ils éprouvaient, à se trouver ensemble, le plaisir le plus\n doux.\n    Un jour, pour se parler encore et se confier les pensées de leurs\n cœurs, ils vinrent se promener dans la forêt.\n    « Gardons-nous bien, avait dit Yoringel à Yorinde, d'aller trop près\n du château. »\n    C'était par la fin d'un beau jour où le soleil, entre les troncs noirs\n des arbres, brillait encore dans l'ombre verte du bois; et des tourte-\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                DURENDAL                               173\n\nrelies, aux branches des vieux hêtres, chantaient en se plaignant.\n   Parfois les pleurs montaient aux yeux de Yorinde. Alors elle\ns'asseyait dans un rayon de lumière et doucement gémissait ; et\nYoringel répondait à ses plaintes. Dans leur amour, ainsi, ils étaient\naussi troublés que devant la mort.\n   Il ne brillait déjà plus à l'horizon que la moitié du soleil, quand ils\nse souvinrent qu'ils étaient fort éloignés de leurs maisons. Tout à\ncoup, ils s'aperçurent qu'ils s'étaient égarés et Yoringel fut terrifié en\nreconnaissant, tout près devant eux, entre les buissons et les ronces,\nles vieux murs du château. Justement Yorinde chantait :\n              « Mon oiselet à petit collier ronge\n              Chante sa peine, sa peine, sa douce peine.\n              Il chante sa mort à la colombe,\n              Il chante... Tsicute, tsicute, tsicute!... »\n\n   Yoringel, des yeux, cherche Yorinde. Mais Yorinde, sous le coup\ndu maléfice n'est plus qu'un rossignol, et c'est lui qui chante : « Tsicute,\ntsicute, tsicute! » Une chouette aux yeux de braise trace en volant\ntrois cercles autour d'eux, crie par trois fois : « Chouhoue, chouhoue,\nchouhoue ! » et Yoringel immobile reste là comme une pierre sans\npouvoir bouger la main ni le pied et sans pouvoir crier ni pleurer!\n   Le soleil s'était couché. La chouette s'enfonça dans un buisson d'où\nsortit tout aussitôt une vieille femme jaune et décharnée, à l'échine\nvoûtée, aux grands yeux rouges et dont le nez crochu venait toucher\nle menton. En marmottant, elle attrapa le rossignol et l'emporta. Et\nl'oiselet Yorinde disparut sans que Yoringel eût pu faire un pas ni\ndire un mot pour la sauver.\n   La vieille se remontra tout à coup et dit d'une voix sourde à\nYoringel :\n    « Bonjour Zachiel. T a Mondel est enfermée dans la cage d'osier,\n mais toi, je te délie. »\n   Yoringel, en effet, était libre. Il tomba aux genoux de la sorcière et\n la supplia de lui rendre son Yorinde. Mais elle fut sans pitié ; elle\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "I74                             DURENDAL\n\n\nrépondit qu'il ne la reverrait plus jamais et s'évanouit. Il cria, il\npleura, il gémit, tout fut vain.\n   « Ah! que vàis-je devenir? »\n   Il s'en alla et il arriva dans un village où, longtemps, il garda les\nmoutons. Souvent, cependant, il venait rôder aux environs du château,\nmais sans oser s'approcher trop des murs.\n   Une nuit, il rêva qu'il trouvait une fleur d'une couleur rouge-sang\net dont la corolle retenait une belle perle d'un doux éclat. Il la cueil­\nlait, puis, en la tenant à la main, il allait au château. Et tout ce qu'il\ny touchait de sa fleur, était délivré du pouvoir de la sorcière, et ainsi,\nrêva-t-il aussi, son Yorinde lui était rendue.\n   Il voulut, dès son réveil, se mettre à la recherche de cette fleur\nextraordinaire. Il alla par monts et par vaux et chercha, chercha, cher­\ncha. Enfin, à la pointe de l'aube du neuvième jour, il la trouva. Elle\nétait d'un rouge de sang, et au milieu de ses pétales reposait une\ngrosse goutte de rosée qui avait l'éclat de la perle la plus pure. Il la\ncueillit et se remit en route vers le château. Il marcha jour et nuit.\n   En arrivant à cent pas des murs terribles, il sentit qu'aucuns liens\ncette fois ne le saisissaient plus pour le fixer au sol. Au contraire, en\ntoute liberté, il atteignit facilement le portail, et plein de joie, il\ntoucha de sa fleur la porte qui s'ouvrit. Il entra et s'arrêtant un instant\ndans la cour, il tendit l'oreille pour découvrir, au bruit de leurs\nchants, le lieu où se trouvaient les oiseaux prisonniers de la magi­\ncienne.\n   Il les entendit en effet. Quand la sorcière le vit entrer dans cette\nchambre où elle entretenait les sept mille cages, elle se mit dans une\ncolère terrible, et s'élança sur lui en grondant, pour lui cracher sa\nbile et son venin. Mais elle ne put l'atteindre; et sans se soucier d'elle\naucunement, il alla aux cages des rossignols. Il en trouva plusieurs\ncentaines réunies, et il ne savait comment reconnaître Yorinde parmi\nun si grand nombre, quand il avisa la vieille qui se glissait vers la\nporte en essayant de cacher une corbeille. Il courut à elle et la frap­\npant d'abord de sa fleur, afin de lui enlever tout pouvoir malicieux, il\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                   DURENDAL                                     175\n\ntoucha ensuite, de la rouge corolle, la cage du rossignol qu'elle portait.\nEt devant lui, se dressa son Yorinde plus belle encore qu'au temps où\nil l'avait perdue, et qui lui passa les bras tendrement autour du cou.\n   Il voulut toucher aussi, de sa fleur merveilleuse, les autres oiseaux\nprisonniers. Chacun, aussitôt, sous son baiser, redevint une fraîche\njeune fille, et bientôt toute la chambre resplendit de joie comme un\njardin de roses. Puis, avec son Yorinde, il s'en retourna à sa maison\net ils vécurent fort longtemps et très heureux.\n                                          LOUISE     ET L O U I S   DELÀTTRE.\n                                                                         Traduct.\n\n\n\n\n             UNE EXCURSION A POMPEI\n                               (NOTES DE VOYAGE)\n\n\n\n                LE chemin de fer qui nous mène de Naples à Pompéi suit la plage.\n                  Nous passons Portici et ses jolies villas, Torre del Greco et sa\n                  marina pittoresque. Chaque station est riante et animée. Tout\n                  nous fait oublier le voisinage sinistre du volcan qui envoie sa\n                  fumée au-dessus des campagnes fertiles. Le Vésuve est cependant\n                  toujours à redouter. En 1872 encore, les coulées de lave détrui­\nsirent deux villages et couvrent cinq mille kilomètres carrés d'une épaisseur de\nquatre mètres de cendres.\n   Nous arrivons. Devant la gare s'étend une avenue d'arbustes maigres. La végéta­\ntion n'est plus belle en cette saison et le sable ou la cendrée abonde. Nous voici\ndevant un tourniquet, seule entrée officielle de la ville ancienne. Un vieux soldat,\nguide patenté, serviable et bien au fait, nous guide. Les abords des murs d'enceintes\nont été bien soignés; des talus s'élèvent à l'endroit même où jadis les navires\ndéchargeaient directement leurs cargaisons de marchandises dans les caves ou les\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "176                                   DURENDAL\n\nentrepôts. Ces talus sont couverts de plantes grimpantes, de lauriers, de mimosas,\nde poivriers, de tamaris. Nous touchons la porte marine, 'porte voûtée, et nous\nmarchons sur ces dalles usées par les pieds des chevaux et le frottement des roues.\nCes ornières ont dix-neuf siècles!\n   Pompéi était une ville de commerce, mais sa situation charmante en avait fait un\nséjour d'été favori des Romains. Cicéron y possédait une villa et, malgré le trem­\nblement de terre qui détruisit des maisons, des temples et le forum treize ans avant\nl'éruption de 79, c'était un port prospère au moment où les cendres et les scories de\nla grande catastrophe l'ensevelirent sous cinq mètres de poussière. Les habitants\neurent le temps de fuir; cependant, dans cette ville à moitié déblayée, on a retrouvé\nplus de deux mille cadavres et on ne peut penser sans horreur à tant d'agonies et de\nsi suprêmes désespoirs.\n   Nous sommes ici en pleine colonie romaine. Les maisons, toutes debout, ne\nparaîtraient pas trop en ruines si leurs toitures de briques rouges ne s'étaient pas\nécroulées sous la formidable poussée des laves. Elles ont peu de fenêtres (on a\nretrouvé des vitres), mais, dans les rues marchandes, les boutiques avec leurs comp­\ntoirs, et surtout de nombreuses peintures murales, rompaient assurément cette\nmonotonie. Certains villages italiens ont encore cet aspect. Les habitations avaient\ndeux étages, les restes d'escaliers le prouvent; on en retrouve rarement d'entières,\nles rez-de-chaussée seuls sont intacts. Ces maisons se différencient plutôt par leur\ndimension et la beauté de leur décoration que par la variété de leur plan. Presque\ntoutes ont une cour intérieure munie du bassin où s'écoulaient les eaux de pluie.\n   Cette cour était une sorte de cloître gracieux et couvert, et la vie se passait en plein\nair. Les chambres y prenaient de la lumière, et vers le fond s'ouvrait une salle du\nréceptions ou d'affaires. Derrière cette premiène partie, en quelque sorte publique,\non pénétrait dans une deuxième cour environnée de colonnes : un jardin de fleurs\nparfumait l'atmosphère et une fontaine jaillissante y entretenait une délicieuse fraî­\ncheur. Dans quelques maisons un jardin potager complétait ce confort rêvé par un\npeuple assez sybarite. Autour de cette seconde cour se groupaient l'appartement des\nfemmes, les salles à manger, la cave, tous les communs. Les esclaves habitaient le\npremier étage.\n  En traversant le vestibule de ces maisons pompéiennes, on se trouve dans une jolie\ncour; presque toujours un bassin de marbre et des statues l'embellissent et le buste\ndu propriétaire y trône à la place d'honneur. Tout à l'entour s'ouvrent des chambres\nplus ou moins décorées de peintures. Les artistes (beaucoup d'entre eux étaient Grecs)\nétalaient leurs couleurs sur le stucage encore humide, procédé qui les rendait inalté­\nrables et de ton très frais. On a dû cependant transporter les plus belles fresques à\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                     DURENDAL                                      177\n Naples, les intempéries de l'air les abîmaient plus que les siècles. La seconde cour\nétait également décorée. Les colonnes y sont généralement peintes en rouge ou en\njaune orangé jusqu'à une certaine hauteur. Le reste est blanc, sauf les chapiteaux\négalement teintés et qui apportent leur note éclatante dans cet ensemble bien\ncoloriste.\n  Au fond, Pompéi devait être une ville gaie, lorsque la foule se pressait sur les\ntrottoirs, que les chars circulaient sur la chaussée, et que les passants s'arrêtaient,\nceux-ci pour lire des réclames électorales, ceux-là pour causer affaires, ces autres\npour admirer les enseignes, étudier les fresques nouvelles ou rire de la dernière\ncaricature griffonnée sur le mur public.\n                                                                JEAN DE REYVA.\n    (La suite au prochain numéro.)\n\n\n\n\n                     LE DEUIL HAUTAIN\n                                          1\n          J'étais las, j'étais las de notre amour joyeux...\n          Mais aujourd'hui qu'une ombre attriste vos chers yeux,\n          Hélas ! pourquoi faut-il que le sort nous sépare ?\n\n          Je vous pressens, de loin, plus belle en vos malheurs :\n          Et je dois ignorer, moi qu'enivraient vos pleurs,\n          De quels attraits nouveaux l'infortune vous pare!\n\n                                     II\n          Sans doute, la souffrance, — en voilant de son deuil\n          Votre sérénité, — vous laisse votre orgueil,\n          Ainsi que sous un crêpe un royal diadème;\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": " 178                                           DURENDAL\n\n\n              Sans doute, à tous les yeux vous cachez le souci\n              Dont votre noble front s'est à peine obscurci,\n              Plus hautaine et plusfiere en votre douleur même!\n\n                                         III\n             Et de ce grand dédain, seul je triompherais !\n             Et d'un simple regard, ô ma sœur ! je ferais\n             S'en aller de vos yeux cette ombre funéraire\n\n             Sans reparler d'amour, ah ! qu'il me serait doux\n             De souffrir à vos pieds, en n'implorant de vous\n             Qu'un peu de gratitude et le seul nom de frère!\n                                                                       FRANZ ANSEL.\n       Janvier 1896.\n\n\n\n\n                                   LE CORTÈGE (1)\n\n                    J'ai vu par les sentiers jolis\n                    La procession de mes joies\n                    Dans l'éclat des ors et des soies,\n                    Blanches de la blancheur des lis\n                    Gaîtê bruyante et gaîté folle\n                    Et gaîté douce qui console,\n                    Disant dans leurs chants et leurs cris,\n                    Par leur musique qui m'enivre,\n                    L'amour d'être et l'amour de vivre.\n\n     (1) Cette originale poésie est extraite d'un livre qui vient de paraître sous ce titre : Poèmes catho-\nliques, et dont nous reparlerons prochainement.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                  DURENDAL                       179\n\nPlus loin, aux sentiers désolés,\nJ'ai vu le cortège des peines,\nDes nombreuses peines humaines,\nEt sous leurs habits violets\nToutes les douleurs attentives\nChantant avec leurs voix plaintives\nL'horreur des serments violés,\nLes désespoirs et les ruines,\nEt les trahisons assassines.\n\nPuis enfin, j'ai vu dans le soir,\nSous la paix lourde des ténèbres,\nPasser les corbillards funèbres,\nEt c'était l'enterrement noir\nDe tous les plaisirs de la vie\nPar la douleur inassouvie,\nEt dans le dernier j'ai pu voir\nUn cœur flétri par la, misère...\nDieu! C'est mon cœur que l'on enterre!\n                                EDOUARD   NED.\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": " 180                            DURENDAL\n\n\n\n\n   La Vieille Église de Blankenberghe\n                    DANS l'adorable  conte de La Belle au Bois dormant,\n                     avez-vous remarqué l'attrait spécial qui pare la\n                     princesse endormie? On la voit telle que Burne-\n                     Jones la montre, sous la garde de formidables\n                     églantiers. Les tiges centenaires ont poussé les\n          fenêtres, envahi les hautes salles, les antichambres, les corri­\ndorsoùlesvaletsendormis sont remplacés par la garde, plus\n        solennelle, des tranchantes épines et des frêles fleurs. L'on\n        sent que plus les tiges apparaîtront antiques et formidables,\n        plus la princesse s'auréolera, en contraste, de jeunesse et de\n        beauté. Elle épanouit mieux l'âme du Prince C h a r m a n t et la\n        nôtre, celle en qui, délicieux paradoxe, sont rassemblés le\n charme de la jeunesse et celui du souvenir, l'amour et la nostalgie dans\n une même joie. L e charme de la Belle au Bois dormant ensorcèle\n notre cœur chaque fois que nous retrouvons un peu de l'âme ancienne\n encore vivant au milieu de la modernité. D'ordinaire, un assoupis­\n sement très doux le conserve à notre émoi. Au-dessus de la couche\n armoriée de la princesse endormie, son haleine émouvait une églan­\n tine, sœur pâle de ses lèvres. Nous ressentons alors la joie, impos­\n sible, d'un souvenir vivant, d'une chose à la fois anachronique et\n pourtant actuelle avec la suprême exquisité.\n  A Blankenberghe, « la seconde station du littoral belge », l'envahis­\nsement utilitaire n'a pu tuer encore la villette marine, intacte il y\na vingt ans. Malgré les infâmes cubes de maçonneries que sont les\ngrands hôtels, les maisons de rapport ; malgré les villas en styles\nhorrifiquement problématiques, il reste de nombreuses maisonnettes\nde pêcheurs avec leurs lucarnes comme un œil dans la toiture, leurs\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                             DURENDAL                             181\n\npignons penchés en arrière, leurs toits fléchis comme une échine de\nvieille. L a forme des fenêtres rappelle soit le gothique, soit un\n« rococo » naïf dont la ligne ondulante, mièvre, devient alors déli­\ncieusement étrange dans cette austérité de pauvres, de marins. Les\npetits carreaux des fenêtres (jolis, puisque authentiques et logiques,\nceux-ci!) ont un obscur regard glauque. Sur la tablette des fenêtres\ns'alignent des carreaux de faïence où sont peints, en bleu et en\nmauve, des paysages simplistes : moulins à vent de Hollande,\nbergeries; des poissons légendaires : baleines monstrueuses, syrènes\net dauphins. Souvent elles abritent encore des métiers d'exquisités\npauvres, des corderies où les enroulements de fil clair s'arrangent\nsoigneusement, des coquillages, des friandises d'enfants : sucres aux\ntons bruns et rouges; surtout des crevettes étalées sur un linge à\ndamiers blancs et bleus.\n   Aussi bien que leurs habitants, les maisonnettes portent en tout\nleur aspect, la double m a r q u e de l'air et de la mer, le double\nesclavage marin, charme fluide et lumineux. Les hautes maisons\nmodernes éloignent le ciel et ensevelissent le passant comme dans\nune tranchée. Ici, au contraire, les maisonnettes ont beau former\nune rue aussi étroite que les sentiers entre les haies des dunes, et\ndont le pavage pittoresque est plein de suggestives usures de pas,\nelles attirent toujours la lumière sur leurs tuiles roses pâlies de\nvieillesse; le clair ciel marin est seulement conquis, jamais dérobé,\npar le redressement des petits pignons. T o u t e s lumineuses restent\nles ruelles qui multiplient en longues bandes l'accord gai du rouge-\norange des tuiles, du lait de chaux renouvelé à chaque printemps\net du vert cru des petits volets anciens.\n   L a Commission des monuments a su, parait-il, nous conserver\nl'adorable hôtel de ville, bijou architectural de luxe campagnard\nqui résume l'âme des petites maisons comme le châtelain d'autrefois\nrésumait l'âme terrienne éparse dans les chaumières d'alentours.\n   Mais l'âme du vieux Blankenberghe a mieux encore ; elle garde\nla vie d'une célébration précieuse, invraisemblable, en ce siècle\n« pratique ».\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "182                             DURENDAL\n\n\n   Blankenberghe a deux églises : l'ancienne et la nouvelle. L a\npremière, devant la gare, semble morte. L a porte est fermée;\nquelques carreaux sont brisés comme pour le passage des hirondelles\nou des âmes de marins qui gémissent dans le vent. Aussi bien, elle\nappartient aux morts qui l'entourent seuls. D'ordinaire, on se borne\nà regarder la tour carrée, si nettement évocatrice des quatre vents\ndu ciel. D'étroites ogives s'ouvrent du haut, sous le toit pointu, au\ncri jeté des cloches. T o u t e la brique est précieusement nuancée par\nles multiples actions de la pluie désagrégeante et fécondante, du\nvent qui creuse et qui apporte. L e s lichens ont étendu leurs nielles\nen rosaces dorées; des plantes de murailles pendent en franges ou\ndressent des aigrettes selon les saillies des contreforts.\n   Seule, l'église nouvelle s'ouvre régulièrement, aujourd'hui, pour\nles offices; sa banalité odieuse, sa correction maladroite ont le plus\ngrand rapport avec le « Casino », tout voisin et dont l'âme banale\nsemble avoir envahi le lieu saint.\n   Or, le dimanche, quand les offices sont terminés à l'église nouvelle,\ndes pêcheurs aux vêtements de drap bleu d'ancienne forme, la boucle\nde ceinture ornée de pièces d'argent à l'effigie de Marie-Thérèse ou\nde Joseph II ; des femmes en « mantelet » où le drap souple fait des\nplis rares, arrivent au cimetière. On dirait une population spéciale,\nminime, formée par les âmes primitives des maisonnettes. L e u r petit\nnombre se noie dans la cohue s'empressant aux départs dominicaux.\nIls semblent filtrer au travers pour se rassembler là, parmi les morts,\navec cette lente allure balancée que prennent les gens de mer et qui,\nhéréditairement, passe chez les femmes. Quelques-uns vont dans la\nchapelle du cimetière où un crucifix plus grand que nature attend\ntoutes les angoisses dont la plainte semble gémir dans les cheminées\nqui aspirent la fumée des chandelles votives.\n   Quand la réunion est complète, l'église s'ouvre, telle qu'elle fut il y\na vingt ans, l'église des pêcheurs et des simples, parfois l'église, aussi,\nde votre première âme d'enfant, celle que les autres, formées d'elle vai­\nnement, ne font plus que pleurer. T o u t un passé d'histoire y accueille, y\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                DURENDAL                               183\n\nentoure, d'une familiarité de choses immémoriales. Ce vieux mobilier,\ngrâce au ciel, a été jugé indigne du nouvel édifice où les statues sont\n« industrielles » ainsi qu'il sied au cosmopolitisme moderne. Les nefs\nont encore la grâce de l'ogive qui s'y allonge aux fenêtres avec,\nparfois, de trop lourds enjolivements de briques. P u i s la Renais­\nsance, jusqu'aux sensualités du XVIIIe siècle, ont achevé, selon la\nsuccession des temps, l'aspect intime de ces choses dont l'âme est\nrestée toujours identique, transformant à sa gravité ingénue les styles\nsuccessifs, comme affaiblis d'éloignement et de rusticité.\n   L e maître-autel est toute une architecture de bois abritant, sous\ndes volutes, des coffres à reliques et une statuette de la Vierge\nremplaçant un tableau enlevé. Marie qui commande à la mer et que\nla mer célèbre de toutes ses évocations, de tout son symbole, règne\nici par sa pensée comme dans les fresques si curieuses de Mariakerke.\nCertains tableaux aux outrances déconcertantes rappellent les groupes\nsculptés que les « pénitents » traînent à F u r n e s . E t pour un instant\nrevit l'âme candide de l'église, tandis que résonnent les chants et\nles prières d'une congrégation de pêcheurs. Ceux-ci se sont établis\ndans les stalles anciennes, tous semblables à ceux d'autrefois qui ont\noffert le grand ex-voto encastré dans le mur du midi, derrière la\nchaire. C'est (délicatement atténué par les couches successives de\nbadigeon) le relief d'une des chaloupes que l'on emploie encore de\nnos jours et dont les deux voiles, la coque arrondie, évoquent si bien\nl'effort du vent et les bondissements du flot.\n  Au bout d'une demi-heure, c'est fini. Les pêcheurs en costumes de\ndrap bleu de forme ancienne, les femmes en « mantelet » se\ndispersent, à nouveau, parmi l'envahissante modernité. L e bedeau\nqui se presse agite des clés dans la sonorité des nefs déjà vides.\nL'église va retomber au sommeil de mort, cette mort à laquelle il\nsemble qu'on la livrera un jour, car des négligences marquent un\nvouloir conservateur qui se retire.\n  Alors on a pour elle un de ces regards qui vont au delà des choses ;\nune de ces attentions éperdues qui sont comme une étreinte, l'étreinte\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "184                                         DURENDAL\n\n\nd'un cœur-à-cœur où tous les secrets se livrent. E t voici que le rêve\nde son sommeil semble révélé. Sous le j u b é , une porte qui donne à\nl'ouest et qu'on n'ouvre plus, laisse une large fente par où fuse le\nsable du cimetière, le sable fait par la mer avec de lumineuses\npoussières de roches, du mica, des coquilles auxquels s'est mêlée la\npoussière h u m a i n e . C'est un fin pinceau floconneux et blanc qui\ns'ouvre en éventail sur les dalles saintes, s'y étale comme par un\nprosternement mystique, selon la loi du vent plaintif dont est toujours\nremuée chacune des poussières en insensible marche vers le tabernacle\nde l'autel abandonné.\n                                                                           E D M O N D JOLY.\n\n\n\n\n                     Roche Tarpéienne et Capitole\n                             V e r l a i n e , par MAURICE DULLAERT\n  (Sous ce titre, M. l'abbé Jean Brives consacre, dans la Chronique littéraire du XXe Siècle, les lignes\nqui suivent à la dernière œuvre de notre collaborateur M. Dullaert.)\n\n   La belle étude que nous donne Maurice Dullaert sous ce titre : Verlaine et dont\nSiffer a fait une jolie plaquette!\n   Dans la pléiade de nos écrivains, Dullaert tient une place à part, également\néloigné du fatras inintelligible de beaucoup de jeunes et de la podagrerie coutumière\naux vieux maîtres de notre Ecole-du-Bon-Sens. Son français clair, pur, bien\nmoderne, délicatement ciselé est friandise savoureuse aux dévots des lettres et c'est\ntoujours avec un nouveau plaisir qu'on le retrouve dans ses critiques d'analyse\nsubtile du Magasin littéraire, dans maints articles qu'il publia non signés, mais tout\nde suite reconnaissables, ou signés parfois de divers pseudonymes.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                          DURENDAL                                           185\n\n   L'artiste fini qu'il est se retrouve tout entier dans cette histoire d'une âme qu'est\nVerlaine.\n   Verlaine! Le titre est suggestif de pensées de toutes sortes, car le héros du livre\nfut un être complexe, de sensibilité exaspérée, qui ne sut commander à un cœur\nperverti, à un corps attiré vers toutes les luxures.\n   L'artiste en lui fut grand, fut profond, quoi qu'en ait pu dire une critique imbécile.\nIl suffit pour s'en convaincre de lire sans parti pris ses vers si doux qu'ils semblent\nun murmure d'eau sur de la mousse, de se laisser bercer par son rêve un peu\nlointain, un peu imprécis comme s'il surgissait des brumes aurorales, comme s'il\nvenait de l'au delà :\n          Il pleure dans mon cœur                         O bruit doux de la pluie\n          Comme il pleut sur la ville,                    Par terre et sur les toits !\n          Quelle est cette langueur                       Pour un cœur qui s'ennuie\n          Qui pénètre mon cœur?                           O le chant de la pluie!\n  Après les chutes nombreuses, réconcilié avec Dieu, il a peur de retomber et voilà\ncomment pleure son angoisse :\n                          Si la vieille folie était encore en route !\n                          Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?\n                          Un assaut furieux, le suprême sans doute!\n                          Oh! va prier, mon âme, va prier!\n  Et quelle mélancolieuse et véridique épigraphe il donne à sa vie :\n                          Le chevalier Malheur m'a percé de sa lance!\n   S'il fut malheureux, d'ailleurs, ce fut presque toujours par sa faute. Sa vie se\npartage en deux : elle fut à la fois une vie de débauche et de pénitence, de blasphème\net de prière. Dullaert burine son portrait en cette phrase définitive : «Son œuvre,\ncomme son existence, mais de manière plus affligeante parce que plus voulue, le\nrévèle double : Janus littéraire, il a, dans la poésie, visage d'ange et visage de fauve.\n   A part Sagesse, on ne peut guère lire aucun de ses livres en entier. Ceux qui\ns'intéressent aux lettres modernes doivent remercier Dullaert d'avoir enchâssé dans\nl'écrin de sa prose les plus belles perles poétiques du pauvre Lélian, d'avoir fait une\nanthologie en même temps qu'une belle étude de l'œuvre du poète, d'avoir donné sur\nlui des pages qui peuvent et doivent se trouver dans toutes les bibliothèques.\n                                                                       e\n                        JEAN B R I V E S . (Chronique Littéraire du XX Siècle, 24 Août 1896.)\n                                                       *\n                                                      * *\n   R e g a r d s a u d e d a n s e t a u d e h o r s , par HENRY CARTON DE W I A R T , chez Siffer.\n   L'étiquette m'a semblé trop philosophique. J'aurais aimé que notre ami et\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "186                                   DURENDAL\n\ncollaborateur appelât les cent pensées qu'il vient de nous offrir : Pralines d'esprit.\n   Vous connaissez le délicieux bonbon inventé par le cuisinier du maréchal\nDuplessis Praslin, une amande douce ou amère risolée dans du sucre. H. Carton\nde Wiart a imaginé des dragées littéraires, une pensée douce ou amère entourée\nde délicieuse prose et il les présente à tous ceux qui font chère d'esprit dans la\ngracieuse bonbonnière d'une plaquette. Je prédis grand succès et gros débit aux\npralines de notre ami. J'avouerai être allé pour ma part jusqu'à la centième tout de\nsuite. On commence en gourmet, on finit en gourmand.                         P . D.\n                                             *\n                                           * *\n   E l ë n , drame en trois actes, en prose, par AUGUSTE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM.\nRéédition. Paris, Chamuel. Prix : 5 francs.\n   Ce drame, œuvre de jeunesse de Villiers, dont la première édition était devenue\nune rareté de bibliophile, n'ajoutera rien à la gloire de l'auteur de tant de contes\nfameux, il ne lui enlèvera rien non plus.\n   Le sujet d'Elën, un personnage du drame, Gœtz, le résume en cette parole :\n« C'est un conte des Mille et une Nuits. » Une courtisane fantasque et fantastique\nqui tour à tour s'éprend d'un étudiant, puis se déprend... c'est tout. Je passe l'in­\ntrigue et le décor qui sont l'une et l'autre d'un romantisme si puéril que les admira­\nteurs les plus fervents de Villiers — et nous en sommes — en souriront doucement.\n   J'estime pourtant que ce drame mérite de retenir l'attention des fidèles de Villiers\net que ceux-ci doivent savoir gré à l'éditeur Chamuel du soin pieux apporté à cette\nréédition. Le livre vaut du reste par le style : les vers titrés Elën (et que nous\navons lu déjà dans les Contes cruels sous un autre nom) qui servent d'introduction\nà l'œuvre, le portrait de l'étrange femme, la scène du rêve, sont de belles pages. De\nplus, le volume est orné d'une magnifique eau-forte de Lamy représentant Villiers\nde l'Isle-Adam sur son lit de mort.                                              D.\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\nC     HEZ NOS BONS P È R E S . — Le  R. P . Delaporte, qui est poète à ses heures, a\n      machiné un drame historique en quatre actes et en vers, Tolbiac. Il s'agissait,\non le devine, de mettre en scène la victoire de Clovis, la conversion du roi et de la\nFrance, le tout pour les maisons d'éducation de la Compagnie. On affirme que le R. P.\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                                       DURENDAL                                        187\n\n s'en est tiré et voici comment : Il a supprimé le personnage essentiel du drame, la\n reine Clotilde. La sainteté de l'héroïne n'a pas trouvé grâce devant l'austère drama­\n turge. Une femme, fût-elle sainte, n'a pas le droit de paraître sur la scène du Jésu.\n Nous ne pouvons nous empêcher de trouver cette expression un peu niaise. On ne\n conçoit pas bien Racine, écrivant une tragédie d'Esther pour les pensionnaires de\n Mme de Maintenon et supprimant (oh pudeur!) Mardochée, Aman, Assuérus!\n    Il est vrai que le bon Père n'est pas Racine et cette différence explique bien des\n énigmes !\n    P. S. — La suppression de Clotilde a été jugée énorme par d'autres que nous.\n M. E. Biré a dit, dans {'Univers (22 sept. 96) : « Peut-être cependant y aurait-il eu\n lieu de faire ici une exception, car il est difficile d'admettre un drame sur la conver­\n sion de Clovis sans l'intervention directe de sainte Clotilde. »\n                                                * * *\n\n V      ERLAINE A TABLE. — Un convive émit l'hypothèse que peut-être Judas n'avait\n         pas été damné. Verlaine eut un sursaut :\n     — Qui dit cela? Il est damné, cette canaille! Il est damné pour l'éternité!... Non,\n  n'essayez pas de soutenir le contraire. Il est damné. Je le sais. Je l'affirme. Qui ose\n  nier cela?\n     — Personne, maître. Nous n'avons rien à objecter. Convenez seulement, si grand\n  qu'ait été son crime, qu'une éternité de douleurs paraît encore un châtiment bien dur.\n     De nouveau, la physionomie du poète se transforma complètement; son mauvais\n  air de défi disparut; il reprit, avec une soudaine splendeur de voyant sur sa figure\n  difforme :\n     — Je dis que Judas est damné; mais pas pour avoir livré le Christ; non, pas pour\n' cela. Il est damné pour s'être pendu de désespoir, pour avoir mis en doute l'infinie\n  miséricorde de Dieu.\n     J'ignore si le mot. est de Verlaine lui-même, ou s'il n'y eut là de sa part qu'une\n  simple réminiscence. L'idée me paraît pourtant si belle et si touchante, si conforme\n  aussi au génie spécial de celui par qui je l'entendis prononcer, que j'inclinerais à l'en\n  considérer comme le véritable auteur.                                MAURICE SPRONCK.\n                                                                          (Revue Bleue.)\n                                                  *\n                                                * *\n\n Q       UESTIONS? — M. Valère Gille a publié, dans la Jeune Belgique, une lettre\n          ouverte et aimable au R. P . Delaporte S. J. Notre sympathique confrère\n  loue les RR. PP. Verest et Delaporte, défenseurs des auteurs païens. Jusque-là\n  tout va bien, M. Valère Gille ayant un jour, dans une conférence publique, déclaré\n  qu'il fallait être païens, il est logique qu'il défende tous les admirateurs du paganisme,\n  ces admirateurs fussent-ils jésuites.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "188                                   DURENDAL\n\n   Les bons pères auront lu la lettre de M. Valère Gille avec infiniment de joie...\nToutefois nous nous demandons avec inquiétude si leur joie a été de longue durée.\nLa lettre en question était suivie dans le numéro de la Jeune Belgique (5 septem­\nbre 1896) d'un sonnet fort leste et — ceci devient tout à fait drôle — du programme\nde la Ligue pour la Restauration du Paganisme.\n   Nous serions ravis de savoir :\n   1° Si le R. P . Verest lira le sonnet à ses jeunes élèves du juvenat de Tronchiennes ?\n   2° Si le R. P . Delaporte s'est fait inscrire comme membre de la susdite Ligue?\n                                               *\n                                             * *\n   Le R. P . Delaporte a envoyé un « bref » à nos amis de la Jeune Belgique. Félici­\ntations et condoléances !\n                                               *\n                                             * *\n      NOTRE ami Jean Casier vient de réunir, sous le titre d'Encensoir, des poésies\n        d'une inspiration très élevée et toute chrétienne. (Siffer, Gand. Prix : 1 franc.)\n                                               *\n                                             * *\n\nM      ONSIEUR THOMAS BRAUN, notre collaborateur, fera paraître fin décembre,\n         sous le titre : L'Année, un magnifique album de vers illustrés par le bon\nartiste M. Franz M. Melchers.\n                                               *\n                                             * *\n\nN     ous avons la bonne fortune d'annoncer aux lecteurs de Durendal la collabora­\n        tion de M. Maurice Griveau, le distingué professeur d'Histoire esthétique de\nla Nature en Sorbonne de Paris.\n                                               *\n                                             * *\n\nU      NE nouvelle revue vient de paraître à Bruxelles sous ce titre : L'Avenir. Nous\n        ne résistons pas à l'envie de citer une phrase au moins de notre nouveau\nconfrère. Écoutez ceci :\n   « Se distinguer aux fêtes de charité par une prodigalité qui vous ruine, aller aux\nenterrements de ses collègues, les autres snobs, jusqu'au moment où ceux-ci iront au\nvôtre.                                                       (VICTOR DE FRASNES). »\n   Qu'en dites-vous? Aller aux enterrements de ses collègues, c'est bien, mais c'est\nvieux jeu. A l'Avenir, on obligera les enterrés eux-mêmes à suivre les funérailles.\nCette jeunesse ne doute de rien!\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": ""}, {"page_pdf": 227, "texte": ""}]}