{"numero_id": "ulb-durendal-1896-11-n11", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1896-11-n11-001", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 193, "titre_corps": "Quand les Vivants se taisent les Morts parlent", "titre_sommaire": "Quand les Vivants se taisent les Morts parlent", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "QUAND LES VIVANTS SE TAISENT", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CENACOLO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 230, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 150, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "QUAND LES VIVANTS SE TAISENT\n            LES MORTS PARLENT\n                                                          A Maurice Ranwez, en souvenir et en\n                                                        espoir d'une longue amitié, la dédicace\n                                                        de ce roman.\n\n\n                         I.     A LA CHASSE AUX IDÉES\n\n  — Toi, Mauvers, — disait justement Boisjol, — tu as manqué ta vocation. Tu\nn'étais pas destiné à la médecine.\n  Mauvers considéra son interlocuteur en souriant d'un air ironique.\n  — Et je devais?...\n  — Il fallait faire ton droit, tu serais devenu un de nos grands avocats.\n   — Je suis trop silencieux et d'ailleurs je n'ai pas reçu du Ciel le don de la parole.\n  — Un don ? Es-tu sûr ?\n  — Je sais. Ils disent : On naît poète, on devient orateur. C'est possible mais je\ndoute.\n  — Il est temps encore.\n  — De faire son droit? Oh! pour ça, non. Et puis, à quoi bon?\n  Et une longue pause coupa la conversation.\n  Il pouvait être neuf heures du soir, un soir frais de septembre. L'air, discrète­\nment chargé du parfum de quelques fleurs lointaines, entrait par la fenêtre béante\nsur la nuit et dont les battants circonscrivaient clans les ténèbres du jardin un\nrectangle d'ombre. Les interlocuteurs, médecins l'un et l'autre, le D r Mauvers,\nmaître de céans, renversé sur son siège, la tête dans la main, attitude qui lui était\nfamilière, le D r Boisjol nonchalamment posé et suivant du regard au plafond les\nvolutes bleutées qui montaient de sa cigarette, se faisaient à peu près vis-à-vis,\nassis qu'ils étaient de chaque côté de la cheminée sans flamme encore, en de vastes\nfauteuils de velours rouge, devant une large table de chêne surchargée de livres et\nde paperasses innombrables.\n   Il y avait, de temps en temps, chez Mauvers, de toutes petites réunions intimes\net très fermées de quelques amis, trois ou quatre au plus, dans lesquelles on causait\net généralement de sujets autres que la pluie ou le beau temps.\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "190                                 DURENDAL\n\n    Elles étaient, de temps en temps, terriblement inquiétantes « de pensée », ces\n causeries traversées, comme la nuit par une fée, par l'apparition brève de\n Mme Mauvcrs qui venait saluer ses hôtes et recueillir les félicitations pour certain\n café qu'on avait baptisé « un breuvage d'esprit » et qu'on ne buvait que là.\n   Ce fut Mauvers qui rompit le premier le silence.\n   — Oui, fit-il, je me demande si nous apprendrions beaucoup à savoir leur droit?\nC'est que nous connaissons déjà pas mal de choses qui les intéresseraient, ces gens\nde loi.\n   — Sûrement, exclama Boisjol. Mais pense donc quelle puissance : un médecin\ndoublé d'un juriste.\n   — Et qui serait éloquent par dessus le marché.\n   — Éloquent! Je n'en demande pas autant. Je ne me place pas au point de vue de\nla défense. Je considère la question de plus haut. Je parle justice.\n   — Laquelle ?\n   — Concrétisons, si tu veux. Suppose un jury de Cour d'assises. Un avocat, tant\nsoit peu habile, parvient aisément à blanchir son client devant douze bourgeois peu\ncompliqués. Mais songe à l'incroyable difficulté que ressent le magistrat à se\nretrouver dans ce labyrinthe qu'on appelle : une conscience. Cela étant, ne crois-tu\npas que la médecine, qui étudie en somme, sans s'en douter et certain sans le\nvouloir, le retentissement de l'âme dans le corps, de la passion au milieu de l'har­\n monie, du mal dans le bien, du désordre dans l'ordre, apporterait à la justice une\n aide actuellement insoupçonnée.\n   — Peut-être?\n   — Nous confessons le corps?\n   — Je ne dis pas non. Mais notre science d'aujourd'hui est trop imparfaite encore.\nNous excellons à certaine analyse, je le reconnais, mais tu sais comme moi combien\nles idées générales, les idées de synthèse, nous manquent. Nous sommes trop\ninfestés de matérialisme, n'oublie pas. Aucune place n'est laissée à l'âme dans nos\ncliniques. On nie, comme si c'était plus simple nier. Aussi je ne compte pas qu'on\nla crée d'ici longtemps cette chaire de psychopathie dont l'abbé Dante parlait l'autre\njour, non plus que ce dispensaire des maladies de l'âme qui en serait le complé­\nment naturel. L'âme! E h ! mon Dieu, nous avons déjà si peur de nous aventurer\ndu côté de la cérébralité. Je me suis risqué dans les parages de la médecine men­\ntale : les théories qui ont cours là-bas sont vacillantes comme des hommes ivres.\nAlors quoi !\n  Il se fit un moment de silence, mais il était manifeste que la pensée s'accumulait\nen orages dans ces deux esprits et ne demandait qu'à se décharger en éclairs.\n  — As-tu connu le vieux Terraille? demanda Mauvers.\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "                                     DURENDAL                                       191\n\n   — Terraille?\n   — Oui, l'aliéniste. Il est mort, oublié, l'an dernier. Il méritait mieux. Je l'ai ren­\ncontré, oh, il y a quelque dix ans. On l'avait surnommé Ferraille. Il possédait la\nvoix la plus étrange que j'aie jamais entendue, une voix qui faisait comme un bruit\nde fer remué. Et bien ce vieux-là, qui avait sur la médecine des idées rares et bien\npersonnelles, eût fait un beau professeur de psychopathie. Je ne l'ai rencontré qu'une\nseule fois, à une soirée grave de professeurs, chez Monseigneur d'Haut, l'orienta­\nliste, — mais j'ai beaucoup entendu parler de lui, depuis, dans certains milieux.\nA cette soirée justement il nous tint des propos extraordinaires. Le Père Ferraille,\nqui avait été médecin de prison pendant vingt ans, nous conta quelques-unes de\nses aventures professionnelles en les accompagnant, c'était son originalité, de\nréflexions dont plusieurs nous parurent étranges. Je l'entends encore nous dire :\n« Quand ils m'avaient conté leur petite affaire de maladie, je leur faisais dire leur\nvie, à ces hommes condamnés. C'était plus important »; et ceci : « J'ai rencontré\ndes innocents injustement frappés, ces hommes ne mourraient pas des mêmes mala­\ndies que leurs frères coupables. » Voici encore une de ses paroles, je me la rappelle\nfort exactement : « J'ai vu des scélérats protester de leur innocence, alors qu'ils\nrépandaient autour d'eux comme une odeur de crime. »\n  — C'est presque le mot de Lamennais : « La confession a été créée pour empê­\ncher le péché de pourrir dans le cœur de l'homme. »\n   — Oui, mais avec une bien autre saveur. Ce qu'il était intéressant ce Ferraille!\n   Les deux interlocuteurs demeurèrent silencieux une fois encore.\n   Ce nouveau sujet de causerie avait sans doute fait se lever, devant les deux\nesprits, des bandes de pensées qu'ils suivaient solitairement avec une patiente et\ntaciturne attention; — comme des chasseurs poursuivent, chacun pour son compte\net sur les mêmes terres, les individus d'une compagnie d'oiseaux qui viennent de se\ndisperser devant leurs fusils. Mauvers et Boisjol chassaient à l'idée comme d'autres\nchassent à la perdrix, seulement la partie requérait ici plus de finesse et le gibier\nétait précieux.\n   Debout, dans l'encadrement de la porte et guère plus deviné qu'un tranquille\nfantôme, apparut, devant les deux songeurs, un troisième personnage, l'énigma­\ntique Monrat, un familier de la maison.\n   — Mauvers, Boisjol, prononça le nouvelle arrivant, en saluant les deux amis. Je\nne dérange pas? Vous me paraissiez bien occupés? Est-ce que le globe terrestre ne\ntourne pas à votre gré?\n   Mauvers, qui affectionnait de cultiver l'ironie dans un coin de son esprit, répondit :\n   — Hum ! Nous étions en train, Boisjol et moi, de graisser le grand axe des pôles,\nsimplement.\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "192                                   DURENDAL\n\n   — Quoi de neuf, fit à son tour Boisjol?\n   — De neuf? Rien, absolument.\n   — Alors, tu fumes, insinua Mauvers en tendant à Monrat des cigarettes.\n   Mon rat ôta ses gants avec la lenteur et la préciosité d'un dandy, les déposa\nsur la table en prenant souci de leur laisser la forme et comme le moule de ses\nmains, puis il dit, en lançant la première bouffée grise de sa cigarette :\n  —• Si. Il y a du neuf. Du moins un certain neuf. Ça dépend. Quelqu'un de vous\na-t-il connu M. Defondaffre ?\n   — Mais ça! exclama Boisjol.\n   — Eh bien ! il a disparu...\n  — Disparu? fit Mauvers.\n  — Oui.\n   — La faillite?\n   — Non.\n   — La passion ?\n   — Non plus.\n   — Chagrins domestiques?\n   — Oh, ça non, interrompit Boisjol.\n   — Disparu et où? continua Mauvers.\n   — En Amérique, à ce qu'on dit.\n   — On ne disparaît pas pour le plaisir de disparaître.\n   — Il paraît que si, ponctua Monrat. Voilà un homme qui était riche, probe,\nauquel on ne connaissait ni ennemis, ni fausse liaison et qui, trouvant bon de s'en\naller apparemment, s'en va. C'est son droit.\n   — C'est rare, prononça Boisjol, soucieux.\n   — C'est curieux, dit Mauvers, avec inquiétude. .\n   Et la conversation, qui menaçait tantôt de s'en aller du côté de la philosophie, fut\nbarrée, ce soir-là, par un simple fait divers : une disparition.\n   Sur le seuil de la porte seulement, au moment où Mauvers reconduisait les deux\ncauseurs, la philosophie sembla vouloir rompre le barrage et reprendre son cours.\n   — Ce serait un beau cas, avait dit Boisjol à Mauvers, ressaisissant enfin l'idée\nqui les avait occupés au début de la soirée. La disparition de M. Defondaffre est une\nénigme, un problème de psychopathie à résoudre. Est-ce que ça ne te tente pas,\nMauvers ?\n   On s'était séparé sur ce mot.\n   Un beau cas! Un beau cas! Mauvers demeura toute une longue heure de cette\nsoirée, qui tournait à la nuit, obsédé par ces trois mots qui prenaient dans son esprit\nles proportions démesurées d'un mane, thecel, phares et il fallut que les bruits du soir,\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "                                   DURENDAL                                    193\n\nle tic-tac de l'horloge, le frémissement de la vitre au passage d'une voiture, le\ntourbillonnement d'une poignée de feuilles mortes dans la cour de la maison, le\ngémissement d'une planche de sa bibliothèque sous le fardeau des livres, il fallut\ntous ces bruits intensifiés par la solennité lugubre de la nuit pour le tirer de sa\nméditation et le contraindre au repos.\n    ( La suite au prochain numéro.)\n                                                                POL DEMADE.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-11-n11-002", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 194, "titre_corps": "Cenacolo", "titre_sommaire": "Cenacolo", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "CENACOLO", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 591, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "CENACOLO\n                  Sous la voûte basse d'une salle défigurée, ce tableau\n                   s'aperçoit, incomparable à toute description... Les\n                   hommes et le temps injurieux conspirèrent la ruine\n                   de l'idéale ; de cruelles éraflures et des lézardes la\n                   déshonorent et, repoussée par l'humidité souter­\n                   raine, sacouleur ternit et s'écaille.\n    Mais, sans doute, l'enthousiasme du subtil et magnifique artiste se\ntraduisit tout entier en cette vision, issue d'un rêve inspiré, que son\npinceau fervent transposa sur la paroi vide du claustral réfectoire :\nMiraculeuse fresque dont les personnages semblent descendus de la\nréalité immortelle, sortis, un à un, des limbes d'une conception sur­\nhumaine; surprenantes ligures, apparues peu à peu sous la main fré­\nmissante du peintre, qu'elles exaltaient de crainte et de ravissement...\n   L'ancienneté des âges, le prestige du génie concertent ici avec\nl'indicible grandeur du mystère ressuscité pour bouleverser le specta­\nteur et rendre à l'œuvre de Léonard l'extraordinaire vie rayonnante\nqu'il y avait mise :\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "194                            DURENDAL\n\n   La parole vibre encore qui consent le parjure et l'absout. — Trans­\nfiguré aux yeux enfin clairvoyants de ses compagnons, le Maître se\ndévoile, soudain, surnaturel d'abnégation et de mansuétude... Le Fils\nde David, vraiment, vient de se révéler à ses disciples interdits, à\nJudas épouvanté, au milieu de l'insupportable éclat de son abnégation,\ndans la terrible douceur fulgurante de sa clémence.\n   L'Aîné spirituel, éloquent et pur, le Juste qui, d'un mot, d'un signe,\ncaptiva leurs volontés et, depuis, conduisit leurs pas à sa suite, par les\nchemins de fleurs et de soleil de la Judée, sur la rive brumeuse des\nlacs, entre les sentiers, la dormante paix des campagnes et l'étonne­\nment des villes, — le tendre guide familier, plein de simples discours\nenflammés et de paraboles, a dépouillé sa faiblesse éphémère,\ndécouvert, tout à coup, la secrète majesté ineffable de sa miséricorde\néternelle et de sa gloire...\n   Toutes les formes de l'émotion se réfléchissent dans l'attitude, sur\nles rudes visages populaires des convives, menaçants, éplorés ou\nplaintifs; homme sans mérite supérieur à leur amour et à leur obéis­\nsance et troublés de l'inconcevable prophétie, de l'apparition de Celui\ndont ils n'auront appris à connaître l'identité sublime que pour le\nperdre aussitôt et le trahir...\n   Le silence éperdu et le doute oppriment le cœur des apôtres, stupé­\nfaits d'angoisse. Nimbée de Toute-Puissance douloureuse et de rési­\ngnation, auréolée d'épines et de lueurs, humble et divine, l'ardente et\nsuave tête du Sauveur se penche, lourde d'humanité consentie... Car\nl'émoi dont il attrista la veillée pascale se propage, sature l'atmosphère\nde contagieux effroi et d'alarme, revient vers lui, inquiète son âme\nlucide, l'accable de l'amertume anticipée de son sacrifice méconnu...\n                                                      ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-11-n11-003", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 195, "page_fin": 206, "titre_corps": "Les Dix Jours du Juif-Errant", "titre_sommaire": "Les Dix Jours du Juif-Errant", "signature_source": "Édouard Bernaert", "ancre_debut": "LES DIX JOURS DU JUIF ERRANT", "ancre_fin": "EDOUARD BERNAERT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 1325, "texte": "LES DIX JOURS DU JUIF-ERRANT\n           Au   MAÎTRE   DONT   JE   SUIS   DISCIPLE.\n\n\n                         PROLOGUE\n\n\n                JÊHVAH PARLE\n                                               Et intouuit de Cœlo Dominus.\n                                                                  (Ps. XVII, 15.;\n\n« Ils ont maudit la Main qui pansait leurs ulcères :\nQue nul ne les soulage, et qu'ils aillent, lépreux.\nIls ont tué le Fils après les Émissaires :\nQu'ils errent sans pasteur; Mensonge et Nuit sur eux.\n\nDu Temple de Mon Verbe et de Notre Alliance,\nSion a dévasté l'Edifice et l'Autel.\nVah ! Mauvaise, au Mauvais le Seigneur la fiance.\nVah ! L'Hymen infernal fait son mal immortel.\n\nJ'ai déchiré ton voile antique, ô Prophétie,\nEt je me suis levé de l'Ombre où Je dormais :\nEt Je rebâtirai Mon Temple. Et Toi, Messie,\nDans trois jours, Tu vivras pour régner à jamais.\n\nPour Israël, traqué par l'Archange sévère,\nIl s'en ira, vendu, raillé, saignant, honni,\nEt, des siècles durant, gravira le Calvaire,\nUlulant aux cieux sourds d'amers sabakthani.\n\nEt Tu le jugeras, pesant ses destinées,\nSon crime, et l'oraison des Saints criant vers Nous ;\nEt Nous le montrerons aux Races condamnées,\nEt les Élus, par lui, béniront à genoux. »\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "196                            DURENDAL\n\n\n\n\n                                      I\n\n               LE ROYAUME TOMBE\n                            R U I N E DE JÉRUSALEM.\n\n\n                                                        Oportet primum haec fieri, sed nondum\n                                                      statim finis. (Luc, XXI, 9.)\n                                                                         MACKUTII. (Sephiroth)\n\n      Les jours sont consommés. De la cité maudite,\n      Les béliers ont meurtri les remparts, et là-haut,\n      Dans le Temple cerné, la cohue, interdite,\n      Se lamente aux buccins sonnant l'ultime assaut.\n\n      Des rougeurs d'incendie, ainsi qu'une buée,\n      Auréolent d'horreur les toits d'or du Saint Lieu.\n      On a vu des Esprits guerriers, dans la Nuée,\n      Brandir contre Sion les Étendards de Dieu.\n\n      Du Naôs profané, la ténébreuse abside\n      A répété l'adieu grondant d'Adonaï,\n      Et par la Mer d'airain, sous un fer fratricide,\n      Au lieu d'un sang d'hostie, un sang juif a jailli.\n\n      Jérusalem, demain, la cohorte ennemie\n      Des cavaliers payens aura souillé ton seuil,\n      Et tes murs abolis n'auront plus Jérémie\n      Pour sangloter l'espoir lointain parmi leur deuil.\n\n      Vois-tu l'Errant fatal venir? Sion, c'est l'Heure :\n      L'Heure des vains combats ; l'Heure des vaines morts.\n      L'Oracle s'accomplit; rends tes armes, et pleure :\n      Pleure tes désespoirs — et pleure tes remords.\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "                         DURENDAL                                                      197\n\n\n\n                                 II\n\nLA VICTOIRE VAINC LES VAINQUEURS\n                         C H U T E DE R O M E .\n\n\n                                                    Ultionem capiam, et non resistet mihi\n                                                  homo. (Isa, XLVII, .3.)\n                                                                       Jeson. (Sephiroth.)\n\n  Ton règne est dissipé, Reine prostituée :\n  Et l'Histoire se rit de tes Fastes menteurs\n  Depuis que violant ta Majesté tuée,\n  Un infime usurpa ta gloire et tes licteurs...\n\n  Ohé ! les fiers aïeux ! Ohé ! les Fils d'Anchise !\n  Oyez-vous la clameur des bâtards, des châtrés :\n  « Io! Salut! Triomphe!... » au Nain qu'on divinise!\n  Ohé ! les grands Consuls et les Césars sacrés !\n\n  Et ta présomption, sans trembler qu'il défaille,\n  O Rome, ose imposer à sa débilité,\n  Tels d'augustes manteaux mal rognés à sa taille,\n  Les grands noms de l'Empire et de la Royauté!...\n\n  Ah! succomber, épique, et belle, en des désastres\n  Que les Siècles, vaincus, redisent à jamais :\n  Jugulée, et lançant des appels jusqu'aux astres;\n  — Comme ces Nations, jadis, que tu saignais!...\n\n  Tu déchois : triviale; et le Monde s'étonne.\n  Mais le sang des Martyrs immolés par ta Loi\n  T'abrégera le temps de la chute bouffonne :\n  Des jours viendront, cruels, mais plus dignes de toi.\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "198                          DURENDAL\n\n\n\n\n                                  III\n\n          LES BASES CHANCELLENT\n                         TERREURS DE L'AN Mille.\n\n                                                     Trepidaverunt timore ubi non erat\n                                                   timor. (Ps. XIII, 5.)\n                                                                         Hon. (Sephiroth.)\n\n\n      Mille ans de lourd travail avaient lassé les mondes.\n      Soudain, la Chrétienté, tressaillante, revit\n      L'antique Pèlerin des Cités moribondes,\n      Et l'âpre obsession des peurs folles sévit.\n\n      Les saints Versets, trahis par des fois tâtonnantes,\n      Avaient exacerbé l'esprit du siècle, obscur;\n      Et, pour l'éclat prédit des Foudres moissonnantes,\n      Seigle, ivraie ou froment, le champ se pensait mûr.\n\n      Moines, seigneurs, manants et serfs, en longues files,\n      Tels des morts ressurgis de leurs cercueils étroits,\n      Hagards et dépouillés, loin des bourgs et des villes,\n      Hurlants de terreur vague, allaient, suivant les croix.\n\n      Et las de repousser des invasions d'hommes,\n      Et se sentant crouler sous le souffle de Dieu,\n      Ils s'effaraient de voir les nouvelles Sodomes,\n      Demain, selon l'Oracle, en proie au dernier feu.\n\n      Et le monde, écrasé sous un faix de colère,\n      Par la tragique horreur de ces sinistres soirs,\n      Frissonnait aux sanglots du psaume populaire\n      Criant miséricorde au Dieu des ostensoirs.\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "                          DURENDAL                                                          199\n\n\n\n                                 IV\n\n         L'ÉTERNITÉ SE VOILÉ\n                 TIMOUR-LENG   : L E FLÉAU   ASIATIQUE.\n\n\n                                                   AEdificant sibi solitudines.(Job, III, 14.)\n                                                                     NITZAH. .Sephiroth.)\n\n\nL'Age est prescrit des H u n s , des Goths et des Vandales;\nMais au seuil des Sultans, l'Homme, inspiré d'en H a u t ,\nTerrible, a secoué sa cape et ses sandales,\nE t l'Asie a pleuré, pressentant son fléau.\n\nL e Chef manchot, fils de Gengis le sanguinaire,\nS'est levé dans le steppe. E t les Rois ont frémi :\nCar par un vol d'Empire inaugurant son ère,\nIl rêve d'enchaîner l'Occident rendormi.\n\nE t le voici : plus noir que les monstres bibliques,\nCourant, parmi sa horde, aux rouges lendemains\nQui le verront bâtir, sur les places publiques\nD'immanes monuments faits de tronçons humains.\n\nDelhi comme B a g d a d , le Kachgar et la Perse :\nT o u t l'Orient, tiendra sous sa griffe de fer ;\nTels ces feuillages morts qu'un vent au loin disperse,\nSes ennemis fuiront son approche d'enfer.\n\nL o n g t e m p s : même défunt, il sera la torture\nDe la part d'Univers échue à son orgueil ;\nE t pour solenniser sa vaine sépulture,\nL e sang de ses émirs brunira son cercueil.\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "200                            DURUNDAL\n\n\n\n\n                                      V\n\n            LA BEAUTÉ EST VIOLÉE\n                         MAHOMET II   A SAINTE-SOPHIE.\n\n\n                                                           P o l l u c r u n t eam in vüs suis. (Ezech.\n                                                         X X X V I , 17.)\n                                                                                 TlFHERP.Tii. S e p h i r o t h . :\n\n\n      L ' E r r a n t sombre, semeur de tardives alarmes,\n      Apparu dans la nuit au peuple consterné,\n      S'en est allé, pleurant d'inefficaces larmes\n      Sur cet autre Samar que son schisme a d a m n é .\n\n      Les Destins ont frappé ta superbe, ô Byzance :\n      L'inexorable arrêt d'en H a u t s'est accompli,\n      E t voici l'Heure où Dieu, désarmant ta Puissance,\n      Livre à l'Islam vainqueur ton E m p i r e aboli.\n\n      L a fureur sarracène, au lieu des croix fauchées,\n      — Symbole du désastre, — a dressé le Croissant,\n      E t souillant le Parvis de rouges chevauchées,\n      Impose aux murs sacrés des stigmates de sang.\n\n      E t la Voûte, où planait encor la paix antique,\n      C o m m e un parfum resté des chants purs d'autrefois,\n      S'émeut au rude accent d'un verset fanatique\n      F a r o u c h e m e n t scandé par de hurlantes voix.\n\n      E t ces voix de blasphème et ces cris de carnage\n      Ont traversé l'Histoire; et leur sourde clameur\n      Annonce encor la fin lamentable d'un Age\n      Aux égarements fous du nôtre, qui se meurt.\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "                        DURENDAL                                             201\n\n\n\n\n                             VI\n\n           LA JUSTICE S'ARME\n                     CONQUÊTE DU MEXIQUE.\n                                              Sanctificateur Nomen   Tuum!\n                                             M a t t h . V I , 9.:\n                                                      GEBURAH. (Sephiroth.)\n\n\n\nJusqu'aux bords fabuleux de ces Terres nouvelles\nQu'affirmait le Génie au Vieux Monde indécis,\nL'Ancêtre, devançant l'essor des caravelles,\nA porté l'âpre émoi d e ses lointains récits.\n\nE t les devins ont d i t à la foule en alarmes :\n« Nous avons vu le sol rougi, les toits en feu ;\n» Des chants de paix, mués en des tumultes d'armes,\n» O n t dit un h y m n e impie au nom d'un nouveau Dieu.\n\n» E n vain, pour détourner la menace incomprise,\n» L a victime vouée au rite obsécrateur,\n» Implorant le Soleil, conjurera la Brise :\n» Voici les Blancs intrus et leur signe imposteur... »\n\n— Ils vinrent : Messagers d'Amour et d e L u m i è r e !\nE t palliant de foi l'œuvre exécrable, ils ont\nT r e m p é le champ de meurtre et brûlé la chaumière,\nSpolié le palais et bâti la prison...\n\nPoursuis : la Croix triomphe et l'idolâtre expire ;\nChrétienne E s p a g n e ! Exulte au vol de ces condors...\nL'Astre plus ne s'éteint sur ton immense E m p i r e ;\nMais l'Esprit t'a maudite en tes Conquistadors.\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "                                VII\n\n   LA MISÉRICORDE SE LASSE\n                     R E T R A I T E DE R U S S I E .\n\n\n                                                        Surget gens contra gentem. ,Luc, XXJ,10\n                                                                         CHESRD. Sephiroth,,\n\n\nL'Occident, sectateur d'incertaines sciences,\nE t pour jamais sceptique aux célestes leçons,\nN'avait fait au crieur des proches Déchéances\nQu'un incrédule accueil de rire et de chansons.\n\nOr, du Géant, vaincu par sa folle équipée,\nL a retraite, parmi l'hiver, s'éternisait :\nE t poigné par le D r a m e et hanté d'Épopée,\nContemplant l'infini du Désastre, il pensait :\n\nUn plan noir, concerté par les Destins, hostiles,\nS'accusait aux exploits des Eléments ligués :\nOn avait l'Incendie émancipant des villes,\nE t le Dégel ouvrant d'impraticables gués.\n\nPuis, quand on s'égarait, grelottants, par les neiges,\nAu jour faux de la plaine ou clans la nuit des bois,\nOn avait l'ennemi caché, dont les manèges\nHarcelaient sans repos la colonne aux abois...\n\nMais Lui, dans son traineau, sourd aux cris des détresses,\nHallucinant d'espoir son indomptable orgueil,\nConvoitait l'Univers pour ses Aigles maîtresses\nQ u a n d imminaient déjà la Revanche, et le Deuil.\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1340, "texte": "                       DURENDAL                                                 203\n\n\n\n\n                           VIII\n\n     L'INTELLIGENCE FULMINE\n                        FIN D'EUROPE.\n\n                                          Cecidit, cecidit Bibylon magna...\n                                        (Apoc. XVIII, 2.)\n                                                          BINAH. (Sephiroth.)\n\nEt le siècle a passé, gangrenant l'exutoire\nDu pus occidental. — Des Latins disparus,\nRien n'est plus, qu'une page et qu'un nom dans l'Histoire :\nNul de leurs dieux mortels ne les a secourus.\n\nLe fer germain d'abord a taraudé la plaie :\nMais les subtils venins du séculaire abcès\nOnt bravé l'Art, tardif : et l'Europe aveulée\nAgonise et se meurt, toute, du mal français.\n\nEt ni l'ardent cautère infligé par l'Asie,\nNi l'amput des tumeurs : Londres, Berlin, Paris :\n— Rien ! — ne servira plus qu'à l'infâme autopsie\nDu vice encor grouillant en ses membres pourris...\n\nEnsevelis-la, vive, en son stupre et sa boue,\nTartare fossoyeur, Espoir des Temps derniers :\nGarde qu'au labeur vil ton vouloir ne s'ébroue;\nHâte-toi! L'air s'infecte à l'odeur des charniers.\n\nTriomphe énormément, et fête la Justice :\nBabylone, maudite, a croulé sous ta main;\nMais tremble : ta victoire est à peine armistice :\nComme elle chut, hier, tu tomberas, demain.\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1486, "texte": "204                           DURENDAL\n\n\n\n\n                                   IX\n\n                 LA SAGESSE OPÈRE\n                            SIGNES PRÉCURSEURS.\n\n\n                                                    Arescentibus hominibus prœ timore.\n                                                  (Luc. XXI.26.)\n                                                               CHOKMAH. (Sepliiroth.)\n\n\n\n      Or, dans le Ciel, noyé d'effroyables silences,\n      L e dernier sceau du Livre avait été rompu ;\n      E t l'Ange de l'Abîme avait brisé ses lances,\n      E t le Dragon dormait, immensément repu.\n\n      E t tandis que marchait l'Homme des jours antiques,\n      Signe vif, centuplant autour de soi l'effroi,\n      P a r u t la Vision des versets prophétiques,\n      Rutilante de feu, sur le firmament froid :\n\n      U n e femme, d'un grand soleil auréolée;\n      Sous les pieds le croissant et douze astres au front ;\n      Pâtissant la grossesse heureuse, et désolée,\n      Du grand Dernier-Conçu que les siècles verront.\n\n      Michel et sa cohorte ont traversé la nue,\n      E t , sauvant du Dragon l'Enfant prédestiné,\n      O n t d'un chant triomphal acclamé sa venue ;\n      Puis, capturant le Monstre, ils l'ont réenchaîné...\n\n      Alors, les sept F l é a u x , comme un flot de sanie,\n      Ont submergé la T e r r e . E t vint l'affreux trépas.\n      « ... L a Mort! » criait l'Errant, traînant son agonie :\n      — Mais les Fléaux vengeurs ne le touchèrent pas.\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "                          DURENDAL                                              205\n\n\n\n                               X\n\n   LA COURONNE RESPLENDIT\n                           LE JUGEME.NT.\n                                             Tempus non erit amplius. ;Apoc. X, 6.;\n                                                           KETHER. (Sephiroth.)\n\n\n« L a m o r t ! » criait l'Errant. — Vers les espaces vides,\nSon cri, que nul écho ne répercutait plus,\nMontait dans l'insondé des ténèbres livides\nOù l'Univers stagnait comme un vaste P a l u s .\n\nDes cadavres gisants et d'informes décombres\nL u g u b r e m e n t épars sous les astres éteints,\nProfilaient seuls partout leurs affolantes ombres\nQue plus ne transformait l'espoir des clairs matins.\n\nE t l'Errant, trébuchant sur ces débris d'un Monde,\nReclamait ses appels toujours inexaucés,\nE t toujours, poursuivant sa marche vagabonde,\nSemait d'affres vivants les chemins trépassés.\n\nE t des mois, et des ans, et des siècles peut-être,\nExaspérant sa peine, avaient flué sur lui,\nQuand au fond du ciel noir parut la croix du Maître,\nRayonnante de gloire en l'Ether ébloui.\n\nSoudain, l'immense accent des tubas angéliques,\nR o m p a n t l'obscur silence a rugi son signal,\nE t les Morts ont ouï ces Voix hyperboliques :\n« D e b o u t ! comparaissez au divin T r i b u n a l ! »\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "206                          DURENDAL\n\n\n\n\n                             ÉPILOGUE\n\n\n\n                    JÊHVAH PARLE\n                                              Reliquiœ salvœ fient. (Rom. IX, 27.)\n\n\n      « Il faut illuminer ces nuits impénétrables.\n      Dépouillons le Mystère : enseignons l'Inconnu ;\n      Car tous les impuissants et tous les misérables\n      Ont invoqué ce Jour, et ce Jour est venu.\n\n      L'Esprit règne : le Mal n'est point : et T o u t commence.\n      E t la Création chante à l'Immensité\n      L e cantique éternel de Gloire et de Clémence,\n      De Grandeur et de P a i x , d'Amour et de Beauté.\n\n      Il n'est plus d'aveuglés; il n'est plus de lucides.\n      L a Vérité sereine éclaire tous les yeux.\n      L a Chair a résigné ses droits liberticides,\n      E t l'Homme a pris son rang dans les Vertus des Cieux.\n\n      E t toi, l'Errant douteur qui portais le vieux Livre,\n      Arrête enfin tes pas et bénis Nos Desseins :\n      L'Arcane est dévoilé : l'Absolu te délivre :\n      Aime, adore et comprends; Voici le Saint des Saints...\n\n      Ceux que T u m'as donnés, J e les ai gardés, P è r e :\n      U n seul d'eux s'est perdu, comme il fut opportun.\n      P a r d o n n e à qui T'implore ; accorde à qui T'espère ;\n      E t qu'ils soient un dans Nous comme Nous sommes U n . »\n                                          EDOUARD B E R N A E R T .\n\n  Londres, septembre 1896.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-11-n11-004", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 207, "page_fin": 209, "titre_corps": "Une Excursion à Pompéi : Notes de voyage (suite)", "titre_sommaire": "Une Excursion à Pompéi", "signature_source": "Jean de Reyva", "ancre_debut": "UNE EXCURSION A POMPEI", "ancre_fin": "JEAN DE REYVA", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 248, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "UNE EXCURSION A POMPÉI\n                             NOTES DE VOYAGE (Suile)\n\n\n      L existe, au petit musée de Pompéi et dans les remarquables collections de\n\nI      Naples, des objets usuels qui prouvent l'excessive civilisation pompéienne.\n      Les habitants de cette ville connaissaient les serrures à secret et les clefs les\nplus compliquées. Leurs coffres-forts ressemblent étonnamment aux nôtres.\n   Leurs lits, baignoires, flambeaux, fourneaux étaient à la fois jolis et pra­\ntiques. Nos chirurgiens se servent d'instruments analogues à ceux qu'on a trouvés\nchez leurs confrères pompéiens et nos cuisiniers pourraient préparer leurs pâtés\ndans ces moules antiques représentant des lièvres, des perdrix, des cochons de\nlait que j'ai vus au musée. Au théâtre, le spectateur recevait une contremarque et\nune place numérotée lui était réservée. « Rien n'est nouveau sous le soleil », selon\nla remarque de notre cicerone !\n   L'évocation du passé est tellement précise, au milieu de ces ruines, le recul de\ndix-neuf siècles si exact, qu'on se rend très aisément compte de ce que devaient\nêtre ces lieux publics, ces temples, ces portiques remplis d'une foule affairée ou de\nflâneurs aux aguets.\n   La basilique actuelle servait de tribunal; elle touche au Forum qui concentrait,\nchez les Romains, comme en un seul point, toute la vie publique. Une prison\nsouterraine occupe l'espace situé sous le prétoire.\n   L'aspect du Forum est grandiose. Il mesure 157 mètres de long. Il était orné de\nvingt-deux piédestaux supportant des statues; plusieurs sont demeurés intacts. La\nvue que l'on a de ce point est splendide. Le Vésuve apparaît de là calme et tran­\nquille, malgré la fumée noire qui l'empanaché depuis plusieurs jours.\n   Un peu plus loin se trouve le temple d'Apollon où était la délicieuse Diane qu'on\nadmire à Naples. Parmi tant de glorieux débris, édifice d'Eumachie, temple de\nMercure, de Jupiter, de la Fortune, d'Auguste, je m'arrête un instant au temple\nd'Isis aux admirables et délicats bas-reliefs. La vie s'y laisse deviner de toutes\nparts. Voilà les chambres des prêtres; on a retrouvé sur le foyer les restes de leur\nrepas; des cadavres découverts à l'endroit même prouvent qu'ils sont morts à leur\nposte; la fontaine aux ablutions existe, ainsi que les escaliers descendant aux puits;\nla fosse où l'on jetait les restes des sacrifices est tout à côté.\n  L'organisation des Thermes mérite notre attention. Les Romains affectionnaient\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3049, "texte": "208                                           DURENDAL\n\n\nles bains, ils y passaient de longues heures en exercices de corps, en causeries. Ils\nnous ont distancés en ce point. Leurs établissements s'adressaient à toutes les\nclasses de la société et leur organisation était un modèle et la perfection du genre.\nOn a découvert plusieurs Thermes à Pompéi; tous étaient publics; ils possédaient\ndes salles pour les personnes riches, d'autres pour les femmes, d'autres encore\npour le populaire, et ce n'était pas la partie la moins belle. Ces Thermes sont\ndécorés comme des palais : c'est une profusion de fresques les plus jolies, de stucs\nles plus délicats; ceux qui ornent la frise et la voûte des bains de la Septième Région (1)\nsont superbes. Les Romains connaissaient nos bains turcs : on passait du vestiaire\nau bassin d'eau froide entouré d'une margelle de marbre, une onde limpide d'eau\ncourante le traversait; — de là, on se rendait au bain tiède où l'on pouvait s'asseoir\nautour d'un magnifique brasero en bronze; — on arrivait enfin à l'étuve dont l'eau\nétait brûlante et où une vasque d'eau glaciale permettait de se rafraîchir la tête et\nles mains afin d'éviter les congestions. D'autres bains se prenaient dans de magni­\nfiques salles dont les pavés et les murs étaient doubles à l'effet de laisser circuler la\nvapeur d'eau chaude. La salle de massage est garnie de niches dans lesquelles\nchacun déposait ses vêtements, et trouvait une urne de graisses parfumées.\n   Les bains de femmes sont établis sur le même plan. Elles pouvaient occuper de\npetites chambres séparées où elles trouvaient des baignoires de marbre ou de\nbronze du genre aux nôtres, mais infiniment plus artistiques.\n   Après les bains, nous visitons les théâtres. On en connaît trois. L'un, très grand,\nn'était couvert que par des toiles; on voit les poudres qui servaient à les tendre.\nAux galeries supérieures se plaçaient les femmes; les marches de l'escalier qui\nconduit en cet endroit sont usées à l'excès et permettent de constater l'ardeur que\nles dames de Pompéi mettaient à suivre les représentations théâtrales. Un théâtre\ncouvert qu'on nous montre ensuite ne diffère du précédent que par ses dimensions.\nAu lieu de 5.000 spectateurs, celui-ci pouvait en contenir 1,500, au plus.\n  L'amphithéâtre, isolé des ruines, est sur le plan de toutes les arènes : 12,000 per­\nsonnes s'y plaçaient à l'aise.\n  Les magasins sont curieux à visiter. Un boulanger avait préparé sa livraison de\npains, on en a retrouvé près de 100, dans un four pareil à ceux dont se servent nos\nmitrons. Dans la cour se voit tout l'attirail du métier et des moulins pour broyer le\ngrain. Des meules de rechange attendent encore! Les tavernes — et il y en a beau­\ncoup — ont un comptoir avec des bancs où la pratique pouvait s'installer. Il se\nrencontre également beaucoup de marchands d'huiles dont les jarres garnissent les\ncaves. Une boutique présentait un grand intérêt, malheureusement toutes les\n\n   (1) La ville reconstituée est divisée en îlots et en régions pour en faciliter l'étude.\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "                                         DURENDAL                                        209\n\n\npeintures ont été portées à Naples, c'était celle d'un foulon; les pilliers supportent\nune galerie où séchaient des draps, tout semble attendre le retour des ouvriers. On\na trouvé dans une autre boutique de menus objets qui ont permis d'y reconnaître\nune pâtisserie. Une tannerie montre sa cour intérieure fermée d'une grille (bien\nconservée) qui la préservait des voleurs. Quelques auberges et de rares écuries se\nrencontrent clans la ville; on croit que les Romains mettaient leurs chevaux hors\ndes murs, il n'y a que le riche Pansa qui les avait logés à sa porte.\n   La caserne des gladiateurs, fort grande, touche au théâtre. Son immense cour est\ngarnie de cellules. Il y en avait aux deux étages. On a retrouvé là, figés dans\nl'épouvante éternelle, soixante-six morts dont trois prisonniers enchaînés.\n                                                                             JEAN DE REYVA.\n  (La fin au numéro de décembre : Les Habitations particulières à Pompéi.)\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-11-n11-005", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 209, "page_fin": 211, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "D.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 250, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 1092, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n  T r i p t y q u e , par HONORÉ PONTHIÈRE, un volume, Lemerre, Paris. Prix : fr. 3.50.\n   Nous avons publié, en juin dernier, quelques-uns des sonnets qui composent le\nprésent volume. M. H. Ponthière n'est donc pas un inconnu auprès de nos lecteurs.\n   Les trois volets du Triptyque s'intitulent : le Paquebot, le Village, l'Epopée du\nfer. Durendal ayant publié dix ou douze sonnets de la deuxième partie, le Village,\nnous laisserons au lecteur le soin de faire la critique du panneau central de l'œuvre.\nAussi bien l'originalité de l'œuvre de M. Ponthière — ingénieur et poète — ne réside\npas là, mais plutôt dans Paquebot et surtout dans lÉpopée du fer.\n   J'ai lu, pour ma part, avec une curiosité très vive l'Épopée du fer et encore que je\nme sois buté à un vocabulaire technique quelque peu nombreux, je garde de cette\nlecture attentive une réelle impression de puissance et de grandeur. M. Ponthière,\ngrâce à son vers puissant, précis, sonore, âpre (quelquefois trop) a tenté l'idéali­\nsation, difficile semblait-il, de l'ouvrier moderne... et il a réussi. De cette lecture il\ndemeure vraiment cette vision de l'ouvrier du fer.\n                  Plus grand, par le travail gonflant ses chahs rougies,\n                  Et l'auguste beauté du geste et du regard,\n                  Que les pâles héros de nos mythologies !\n   L'Êpopée du fer fait songer à un Constantin Meunier qui dirait la seule beauté du\ntravail au lieu d'en conter toutes les tristesses. C'est l'œuvre d'un bon ouvrier d'art.\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3032, "texte": "210                                       DURENDAL\n\n   P o è m e s c a t h o l i q u e s , par EDOUARD N E D , un volume de 100 pages, Arlon,\nGoffinet, éditeur. Prix : 2 francs.\n   L'un de nous l'a dit ailleurs : « C'est une rare aubaine que de pouvoir saluer\nun poète catholique. Nous avons aujourd'hui cette joie. » Durendal fait sienne la\nparole de notre ami H. Carton de Wiart. Cette joie, nous la devons à Edouard Ned\nqui nous apparaît, dans le présent livre, en aurore de talent, et, même plus qu'en\naurore, en matin déjà. Nos lecteurs ont lu, ici même, cette bluette Cortège. Tout le\nvolume est ainsi fleuri, tel un jardin de printemps. Le Samaritain, Le Passant,\nMadeleine, Vierges folles, Heure triste, Ceux de la Montagne, et d'autres et d'autres,\nferont les délices du lettré catholique. Au-dessus de ces floraisons poétiques éclate\net rayonne le beau soleil d'une inspiration chrétienne très haute, très pure, vivifiante.\nNos meilleures félicitations et toutes nos sympathies au jeune poète et au revoir.\n                                                                                            D.\n                                                *\n                                                   * *\n   La Réforme des H u m a n i t é s (1865-1896) par M. A L P H . PROOST, professeur à\nl'Université de Louvain.\n   La question des humanités a été abondamment discutée, en ces derniers temps,\ndans la presse belge. Il nous semble cependant utile d'y revenir encore, ne fût-ce\nque pour signaler aux esprits méditatifs le présent volume que personne n'a attaqué\nde front ni essayé de réfuter, vraisemblablement, parce qu'il était inattaquable et\nirréfutable. Nos lecteurs y trouveront une critique rationnelle de nos méthodes\nempiriques d'éducation — et le programme logique des réformes préconisées par\nl'auteur.\n   « La situation des humanités en Belgique, a dit certain pédagogue féru des vieux\nerrements, et partant de tout ce qui repose sur cette base, est loin d'être brillante.' »\nC'est également l'avis de M. Proost; mais au lieu de réclamer, comme le bon péda­\ngogue, le piétinement sur place, le savant professeur de Louvain indique des réformes\npositives à réaliser de suite. Aussi, recommandons-nous vivement la lecture de ce\nvolume à tous ceux qu'intéresse en notre pays la question des humanités et de\nl'éducation nationale.\n                                                     *\n                                                   * *\n   La S c u l p t u r e et l e s C h e f s - d ' Œ u v r e de l'Orfèvrerie b e l g e s , par M. le\nchevalier E. MARCHAL, Bruxelles, Hayez, in-4°, 800 pages.\n   Nous regrettons de ne pouvoir, faute d'espace nécessaire, dire tout le bien que\nnous pensons de l'œuvre considérable du très érudit et très documenté académicien.\nOn pense bien que ce n'est point en quelques lignes, ni même en quelques pages,\nque nous pourrions donner un aperçu de ce beau travail, qui est à la fois un cata­\nlogue et une histoire de notre art national; qui a réclamé de la part de son auteur\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "                                      DURENDAL                                      211\n\n\nl'intelligence et la sagacité d'un bénédictin; qui est écrit, comme tous les livres d'art\ndevraient l'être, avec mesure, impartialité et surtout une connaissance approfondie\ndu sujet traité. Contentons-nous de féliciter très chaleureusement l'auteur dont\nl'œuvre se désigne ainsi, comme d'elle-même, à l'attention publique.                D.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1896-11-n11-006", "volume": "ELB-AML-484382-1896-000-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1896-000-003_f.pdf", "ocr_sha256": "f9fac8663d925ee782759379cd81f68d8c32aa6225185fe81c7728aae295e3fe", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 211, "page_fin": 212, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "l abonné et nous pourrons, l'an prochain, doubler le nombre de pages et l'importance de notre revue.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 451, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTERATURE\n                   »\n    Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n  J . - F . Raffaelli, le grand artiste, dans une Lettre à mes amis d'Amérique sur l'Art\ndans une démocratie, que publie la Nouvelle Revue (15 octobre 1896), émet les remar­\nquables considérations qu'on va lire. Préalablement l'auteur fait cette déclaration :\n   « Nul plus que moi n'est admirateur passionné de l'art grec. Mais j'ai toujours\njugé que, si nous devions garder à ses incomparables chefs-d'œuvre une vénération\nabsolue, il convenait pour nous de nous garder de leur influence, car ils furent les\nfruits d'un idéal en désaccord complet avec tout notre idéal moderne, religieux,\nsocial et humain. »\n   « Voyons, que vient faire le nu ici d'une façon constante et comme seul sujet\nd'étude à une époque où un peu de nudité montrée en public vaut, à celui qui la\nmontre, six bons mois de prison ?\n   » Nous avons le nu dans toutes nos académies comme unique sujet d'étude, parce\nque les Grecs, il y a deux mille ans, vivaient dans un pays chaud, à moitié nus, ont\naimé le nu, et en s'en inspirant ont fait des merveilles...\n   » Partout existe cet enseignement unique du nu, cet enseignement grec, et cet\nenseignement grec est contraire à notre idéal...\n   » Il serait trop aisé vraiment de montrer en regard de la civilisation grecque, telle\nque la montrent sa religion, ses lois, son climat, ses mœurs, son langage, sa litté­\nrature, son art, sa vie enfin, notre civilisation moderne, la vôtre, plus moderne\nencore, et plus complètement humaine...\n   » Les Grecs ont été les inventeurs d'une des inégalités les plus funestes à notre\nrace humaine, — ils ont été les inventeurs d'une des inégalités qui ont fait le plus\nde victimes parmi nous : ils ont été les inventeurs du beau physique...\n   » Lorsque l'idéal grec fut accepté par notre monde chrétien, ce fut une erreur\nprofonde, car toute la doctrine du christianisme lui était contraire, commandait la\nmortification du corps, l'ascétisme plaçait le beau dans le cœur et dans l'âme, et ne\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "212                                   DURENDAL\n\nvoyait dans le corps qu'une misérable enveloppe terrestre de cette âme, suprême\nidéal à cultiver...\n   » Cet idéal du beau physique ne vient pas seulement en désaccord avec votre foi\nreligieuse, il vient en désaccord de votre foi civique.\n   » La beauté physique est une inégalité. Nous pouvons l'aimer par faiblesse et\nressouvenir des idéals païens, mais elle n'est pas notre idéal. Notre idéal est plus\nque jamais primitif chrétien, c'est-à-dire que nous plaçons, plus que jamais, notre\nidéal dans l'expression, c'est-à-dire dans les beautés du coeur, de l'âme, de l'esprit. »\n                                             *\n                                           * *\n\nF    OND ET FORME. — La Jeune Belgique, qui s'insurge si violemment contre le vers\n       libre, ne doit pas trouver mauvais que nous nous insurgions, à notre tour,\ncontre la mnrale libre, dont ses poètes font depuis quelque temps un si scandaleux\nétalage (Jeune Belgique, numéros du 25 juillet, du 5 septembre, du 7 novembre). Le\ndésordre de fond, que nous avons rencontré dans les idées de plusieurs des siens,\nnous paraît autrement redoutable, même esthétiquement, que le désordre de forme,\nappelé vers-librisme et signalé par la Jeune Belgique, à ses lecteurs, comme la pire\ndes aberrations littéraires. On nous objectera vainement que le vers libre (forme)\nressort de la critique littéraire — et que la morale libre (fond) ressort d'un autre\ntribunal. Nous n'admettons pas cette double juridiction pour une cause unique.\nComme l'a très justement dit un de nos amis, M. De Wulf, la moralité est dans\nl'œuvre d'art une proportion intégrante, l'immoralité une disproportion antiesthé­\ntique.\n   Voilà pourquoi, artistes catholiques, nous signalons par exemple l'Hermaphrodite,\nde M. Gilkin, paru dans la Jeune Belgique, comme une mauvaise action littéraire.\n                                             *\n                                           * *\n\nL    'ABONDANCE des matières nous oblige à remettre à notre prochain numéro :\n        MAURICE GRIVEAU : L'Esthétique de la Mer.\n  H. CARTON DE W I A R T : La Cité de la Folie.\n  Nos lecteurs trouveront, dans notre numéro de décembre, la suite du roman de\nPol Demade.\n                                        * *\n\nT   OUT abonné à Durendal qui n'aura pas formellement dénoncé son abonnement\n     d'ici au 15 décembre sera réputé engagé pour l'année 1897.\n                                          *\n                                        * *\n\nN   ous recommandons à nos lecteurs une active propagande en faveur de notre\n      revue. Que chacun de nos amis nous procure un nouvel abonné et nous\npourrons, l'an prochain, doubler le nombre de pages et l'importance de notre revue.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 228, "texte": "NOVEMBRE l 8 q 6   (TROISIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n\n\n\n\n                                                       •»DflaÏjR\\\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": ""}, {"page_pdf": 230, "texte": "  Novembre 1896                                                                       N° 11\n\n                                     DURENDAL\n\n\n\n\n       QUAND LES VIVANTS SE TAISENT\n            LES MORTS PARLENT\n                                                          A Maurice Ranwez, en souvenir et en\n                                                        espoir d'une longue amitié, la dédicace\n                                                        de ce roman.\n\n\n                         I.     A LA CHASSE AUX IDÉES\n\n  — Toi, Mauvers, — disait justement Boisjol, — tu as manqué ta vocation. Tu\nn'étais pas destiné à la médecine.\n  Mauvers considéra son interlocuteur en souriant d'un air ironique.\n  — Et je devais?...\n  — Il fallait faire ton droit, tu serais devenu un de nos grands avocats.\n   — Je suis trop silencieux et d'ailleurs je n'ai pas reçu du Ciel le don de la parole.\n  — Un don ? Es-tu sûr ?\n  — Je sais. Ils disent : On naît poète, on devient orateur. C'est possible mais je\ndoute.\n  — Il est temps encore.\n  — De faire son droit? Oh! pour ça, non. Et puis, à quoi bon?\n  Et une longue pause coupa la conversation.\n  Il pouvait être neuf heures du soir, un soir frais de septembre. L'air, discrète­\nment chargé du parfum de quelques fleurs lointaines, entrait par la fenêtre béante\nsur la nuit et dont les battants circonscrivaient clans les ténèbres du jardin un\nrectangle d'ombre. Les interlocuteurs, médecins l'un et l'autre, le D r Mauvers,\nmaître de céans, renversé sur son siège, la tête dans la main, attitude qui lui était\nfamilière, le D r Boisjol nonchalamment posé et suivant du regard au plafond les\nvolutes bleutées qui montaient de sa cigarette, se faisaient à peu près vis-à-vis,\nassis qu'ils étaient de chaque côté de la cheminée sans flamme encore, en de vastes\nfauteuils de velours rouge, devant une large table de chêne surchargée de livres et\nde paperasses innombrables.\n   Il y avait, de temps en temps, chez Mauvers, de toutes petites réunions intimes\net très fermées de quelques amis, trois ou quatre au plus, dans lesquelles on causait\net généralement de sujets autres que la pluie ou le beau temps.\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "190                                 DURENDAL\n\n    Elles étaient, de temps en temps, terriblement inquiétantes « de pensée », ces\n causeries traversées, comme la nuit par une fée, par l'apparition brève de\n Mme Mauvcrs qui venait saluer ses hôtes et recueillir les félicitations pour certain\n café qu'on avait baptisé « un breuvage d'esprit » et qu'on ne buvait que là.\n   Ce fut Mauvers qui rompit le premier le silence.\n   — Oui, fit-il, je me demande si nous apprendrions beaucoup à savoir leur droit?\nC'est que nous connaissons déjà pas mal de choses qui les intéresseraient, ces gens\nde loi.\n   — Sûrement, exclama Boisjol. Mais pense donc quelle puissance : un médecin\ndoublé d'un juriste.\n   — Et qui serait éloquent par dessus le marché.\n   — Éloquent! Je n'en demande pas autant. Je ne me place pas au point de vue de\nla défense. Je considère la question de plus haut. Je parle justice.\n   — Laquelle ?\n   — Concrétisons, si tu veux. Suppose un jury de Cour d'assises. Un avocat, tant\nsoit peu habile, parvient aisément à blanchir son client devant douze bourgeois peu\ncompliqués. Mais songe à l'incroyable difficulté que ressent le magistrat à se\nretrouver dans ce labyrinthe qu'on appelle : une conscience. Cela étant, ne crois-tu\npas que la médecine, qui étudie en somme, sans s'en douter et certain sans le\nvouloir, le retentissement de l'âme dans le corps, de la passion au milieu de l'har­\n monie, du mal dans le bien, du désordre dans l'ordre, apporterait à la justice une\n aide actuellement insoupçonnée.\n   — Peut-être?\n   — Nous confessons le corps?\n   — Je ne dis pas non. Mais notre science d'aujourd'hui est trop imparfaite encore.\nNous excellons à certaine analyse, je le reconnais, mais tu sais comme moi combien\nles idées générales, les idées de synthèse, nous manquent. Nous sommes trop\ninfestés de matérialisme, n'oublie pas. Aucune place n'est laissée à l'âme dans nos\ncliniques. On nie, comme si c'était plus simple nier. Aussi je ne compte pas qu'on\nla crée d'ici longtemps cette chaire de psychopathie dont l'abbé Dante parlait l'autre\njour, non plus que ce dispensaire des maladies de l'âme qui en serait le complé­\nment naturel. L'âme! E h ! mon Dieu, nous avons déjà si peur de nous aventurer\ndu côté de la cérébralité. Je me suis risqué dans les parages de la médecine men­\ntale : les théories qui ont cours là-bas sont vacillantes comme des hommes ivres.\nAlors quoi !\n  Il se fit un moment de silence, mais il était manifeste que la pensée s'accumulait\nen orages dans ces deux esprits et ne demandait qu'à se décharger en éclairs.\n  — As-tu connu le vieux Terraille? demanda Mauvers.\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                     DURENDAL                                       191\n\n   — Terraille?\n   — Oui, l'aliéniste. Il est mort, oublié, l'an dernier. Il méritait mieux. Je l'ai ren­\ncontré, oh, il y a quelque dix ans. On l'avait surnommé Ferraille. Il possédait la\nvoix la plus étrange que j'aie jamais entendue, une voix qui faisait comme un bruit\nde fer remué. Et bien ce vieux-là, qui avait sur la médecine des idées rares et bien\npersonnelles, eût fait un beau professeur de psychopathie. Je ne l'ai rencontré qu'une\nseule fois, à une soirée grave de professeurs, chez Monseigneur d'Haut, l'orienta­\nliste, — mais j'ai beaucoup entendu parler de lui, depuis, dans certains milieux.\nA cette soirée justement il nous tint des propos extraordinaires. Le Père Ferraille,\nqui avait été médecin de prison pendant vingt ans, nous conta quelques-unes de\nses aventures professionnelles en les accompagnant, c'était son originalité, de\nréflexions dont plusieurs nous parurent étranges. Je l'entends encore nous dire :\n« Quand ils m'avaient conté leur petite affaire de maladie, je leur faisais dire leur\nvie, à ces hommes condamnés. C'était plus important »; et ceci : « J'ai rencontré\ndes innocents injustement frappés, ces hommes ne mourraient pas des mêmes mala­\ndies que leurs frères coupables. » Voici encore une de ses paroles, je me la rappelle\nfort exactement : « J'ai vu des scélérats protester de leur innocence, alors qu'ils\nrépandaient autour d'eux comme une odeur de crime. »\n  — C'est presque le mot de Lamennais : « La confession a été créée pour empê­\ncher le péché de pourrir dans le cœur de l'homme. »\n   — Oui, mais avec une bien autre saveur. Ce qu'il était intéressant ce Ferraille!\n   Les deux interlocuteurs demeurèrent silencieux une fois encore.\n   Ce nouveau sujet de causerie avait sans doute fait se lever, devant les deux\nesprits, des bandes de pensées qu'ils suivaient solitairement avec une patiente et\ntaciturne attention; — comme des chasseurs poursuivent, chacun pour son compte\net sur les mêmes terres, les individus d'une compagnie d'oiseaux qui viennent de se\ndisperser devant leurs fusils. Mauvers et Boisjol chassaient à l'idée comme d'autres\nchassent à la perdrix, seulement la partie requérait ici plus de finesse et le gibier\nétait précieux.\n   Debout, dans l'encadrement de la porte et guère plus deviné qu'un tranquille\nfantôme, apparut, devant les deux songeurs, un troisième personnage, l'énigma­\ntique Monrat, un familier de la maison.\n   — Mauvers, Boisjol, prononça le nouvelle arrivant, en saluant les deux amis. Je\nne dérange pas? Vous me paraissiez bien occupés? Est-ce que le globe terrestre ne\ntourne pas à votre gré?\n   Mauvers, qui affectionnait de cultiver l'ironie dans un coin de son esprit, répondit :\n   — Hum ! Nous étions en train, Boisjol et moi, de graisser le grand axe des pôles,\nsimplement.\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "192                                   DURENDAL\n\n   — Quoi de neuf, fit à son tour Boisjol?\n   — De neuf? Rien, absolument.\n   — Alors, tu fumes, insinua Mauvers en tendant à Monrat des cigarettes.\n   Mon rat ôta ses gants avec la lenteur et la préciosité d'un dandy, les déposa\nsur la table en prenant souci de leur laisser la forme et comme le moule de ses\nmains, puis il dit, en lançant la première bouffée grise de sa cigarette :\n  —• Si. Il y a du neuf. Du moins un certain neuf. Ça dépend. Quelqu'un de vous\na-t-il connu M. Defondaffre ?\n   — Mais ça! exclama Boisjol.\n   — Eh bien ! il a disparu...\n  — Disparu? fit Mauvers.\n  — Oui.\n   — La faillite?\n   — Non.\n   — La passion ?\n   — Non plus.\n   — Chagrins domestiques?\n   — Oh, ça non, interrompit Boisjol.\n   — Disparu et où? continua Mauvers.\n   — En Amérique, à ce qu'on dit.\n   — On ne disparaît pas pour le plaisir de disparaître.\n   — Il paraît que si, ponctua Monrat. Voilà un homme qui était riche, probe,\nauquel on ne connaissait ni ennemis, ni fausse liaison et qui, trouvant bon de s'en\naller apparemment, s'en va. C'est son droit.\n   — C'est rare, prononça Boisjol, soucieux.\n   — C'est curieux, dit Mauvers, avec inquiétude. .\n   Et la conversation, qui menaçait tantôt de s'en aller du côté de la philosophie, fut\nbarrée, ce soir-là, par un simple fait divers : une disparition.\n   Sur le seuil de la porte seulement, au moment où Mauvers reconduisait les deux\ncauseurs, la philosophie sembla vouloir rompre le barrage et reprendre son cours.\n   — Ce serait un beau cas, avait dit Boisjol à Mauvers, ressaisissant enfin l'idée\nqui les avait occupés au début de la soirée. La disparition de M. Defondaffre est une\nénigme, un problème de psychopathie à résoudre. Est-ce que ça ne te tente pas,\nMauvers ?\n   On s'était séparé sur ce mot.\n   Un beau cas! Un beau cas! Mauvers demeura toute une longue heure de cette\nsoirée, qui tournait à la nuit, obsédé par ces trois mots qui prenaient dans son esprit\nles proportions démesurées d'un mane, thecel, phares et il fallut que les bruits du soir,\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                                   DURENDAL                                    193\n\nle tic-tac de l'horloge, le frémissement de la vitre au passage d'une voiture, le\ntourbillonnement d'une poignée de feuilles mortes dans la cour de la maison, le\ngémissement d'une planche de sa bibliothèque sous le fardeau des livres, il fallut\ntous ces bruits intensifiés par la solennité lugubre de la nuit pour le tirer de sa\nméditation et le contraindre au repos.\n    ( La suite au prochain numéro.)\n                                                                POL DEMADE.\n\n\n\n\n                       CENACOLO\n                  Sous la voûte basse d'une salle défigurée, ce tableau\n                   s'aperçoit, incomparable à toute description... Les\n                   hommes et le temps injurieux conspirèrent la ruine\n                   de l'idéale ; de cruelles éraflures et des lézardes la\n                   déshonorent et, repoussée par l'humidité souter­\n                   raine, sacouleur ternit et s'écaille.\n    Mais, sans doute, l'enthousiasme du subtil et magnifique artiste se\ntraduisit tout entier en cette vision, issue d'un rêve inspiré, que son\npinceau fervent transposa sur la paroi vide du claustral réfectoire :\nMiraculeuse fresque dont les personnages semblent descendus de la\nréalité immortelle, sortis, un à un, des limbes d'une conception sur­\nhumaine; surprenantes ligures, apparues peu à peu sous la main fré­\nmissante du peintre, qu'elles exaltaient de crainte et de ravissement...\n   L'ancienneté des âges, le prestige du génie concertent ici avec\nl'indicible grandeur du mystère ressuscité pour bouleverser le specta­\nteur et rendre à l'œuvre de Léonard l'extraordinaire vie rayonnante\nqu'il y avait mise :\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "194                            DURENDAL\n\n   La parole vibre encore qui consent le parjure et l'absout. — Trans­\nfiguré aux yeux enfin clairvoyants de ses compagnons, le Maître se\ndévoile, soudain, surnaturel d'abnégation et de mansuétude... Le Fils\nde David, vraiment, vient de se révéler à ses disciples interdits, à\nJudas épouvanté, au milieu de l'insupportable éclat de son abnégation,\ndans la terrible douceur fulgurante de sa clémence.\n   L'Aîné spirituel, éloquent et pur, le Juste qui, d'un mot, d'un signe,\ncaptiva leurs volontés et, depuis, conduisit leurs pas à sa suite, par les\nchemins de fleurs et de soleil de la Judée, sur la rive brumeuse des\nlacs, entre les sentiers, la dormante paix des campagnes et l'étonne­\nment des villes, — le tendre guide familier, plein de simples discours\nenflammés et de paraboles, a dépouillé sa faiblesse éphémère,\ndécouvert, tout à coup, la secrète majesté ineffable de sa miséricorde\néternelle et de sa gloire...\n   Toutes les formes de l'émotion se réfléchissent dans l'attitude, sur\nles rudes visages populaires des convives, menaçants, éplorés ou\nplaintifs; homme sans mérite supérieur à leur amour et à leur obéis­\nsance et troublés de l'inconcevable prophétie, de l'apparition de Celui\ndont ils n'auront appris à connaître l'identité sublime que pour le\nperdre aussitôt et le trahir...\n   Le silence éperdu et le doute oppriment le cœur des apôtres, stupé­\nfaits d'angoisse. Nimbée de Toute-Puissance douloureuse et de rési­\ngnation, auréolée d'épines et de lueurs, humble et divine, l'ardente et\nsuave tête du Sauveur se penche, lourde d'humanité consentie... Car\nl'émoi dont il attrista la veillée pascale se propage, sature l'atmosphère\nde contagieux effroi et d'alarme, revient vers lui, inquiète son âme\nlucide, l'accable de l'amertume anticipée de son sacrifice méconnu...\n                                                      ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                         DURENDAL                                               195\n\n\n\n\nLES DIX JOURS DU JUIF-ERRANT\n           Au   MAÎTRE   DONT   JE   SUIS   DISCIPLE.\n\n\n                         PROLOGUE\n\n\n                JÊHVAH PARLE\n                                               Et intouuit de Cœlo Dominus.\n                                                                  (Ps. XVII, 15.;\n\n« Ils ont maudit la Main qui pansait leurs ulcères :\nQue nul ne les soulage, et qu'ils aillent, lépreux.\nIls ont tué le Fils après les Émissaires :\nQu'ils errent sans pasteur; Mensonge et Nuit sur eux.\n\nDu Temple de Mon Verbe et de Notre Alliance,\nSion a dévasté l'Edifice et l'Autel.\nVah ! Mauvaise, au Mauvais le Seigneur la fiance.\nVah ! L'Hymen infernal fait son mal immortel.\n\nJ'ai déchiré ton voile antique, ô Prophétie,\nEt je me suis levé de l'Ombre où Je dormais :\nEt Je rebâtirai Mon Temple. Et Toi, Messie,\nDans trois jours, Tu vivras pour régner à jamais.\n\nPour Israël, traqué par l'Archange sévère,\nIl s'en ira, vendu, raillé, saignant, honni,\nEt, des siècles durant, gravira le Calvaire,\nUlulant aux cieux sourds d'amers sabakthani.\n\nEt Tu le jugeras, pesant ses destinées,\nSon crime, et l'oraison des Saints criant vers Nous ;\nEt Nous le montrerons aux Races condamnées,\nEt les Élus, par lui, béniront à genoux. »\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "196                            DURENDAL\n\n\n\n\n                                      I\n\n               LE ROYAUME TOMBE\n                            R U I N E DE JÉRUSALEM.\n\n\n                                                        Oportet primum haec fieri, sed nondum\n                                                      statim finis. (Luc, XXI, 9.)\n                                                                         MACKUTII. (Sephiroth)\n\n      Les jours sont consommés. De la cité maudite,\n      Les béliers ont meurtri les remparts, et là-haut,\n      Dans le Temple cerné, la cohue, interdite,\n      Se lamente aux buccins sonnant l'ultime assaut.\n\n      Des rougeurs d'incendie, ainsi qu'une buée,\n      Auréolent d'horreur les toits d'or du Saint Lieu.\n      On a vu des Esprits guerriers, dans la Nuée,\n      Brandir contre Sion les Étendards de Dieu.\n\n      Du Naôs profané, la ténébreuse abside\n      A répété l'adieu grondant d'Adonaï,\n      Et par la Mer d'airain, sous un fer fratricide,\n      Au lieu d'un sang d'hostie, un sang juif a jailli.\n\n      Jérusalem, demain, la cohorte ennemie\n      Des cavaliers payens aura souillé ton seuil,\n      Et tes murs abolis n'auront plus Jérémie\n      Pour sangloter l'espoir lointain parmi leur deuil.\n\n      Vois-tu l'Errant fatal venir? Sion, c'est l'Heure :\n      L'Heure des vains combats ; l'Heure des vaines morts.\n      L'Oracle s'accomplit; rends tes armes, et pleure :\n      Pleure tes désespoirs — et pleure tes remords.\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                         DURENDAL                                                      197\n\n\n\n                                 II\n\nLA VICTOIRE VAINC LES VAINQUEURS\n                         C H U T E DE R O M E .\n\n\n                                                    Ultionem capiam, et non resistet mihi\n                                                  homo. (Isa, XLVII, .3.)\n                                                                       Jeson. (Sephiroth.)\n\n  Ton règne est dissipé, Reine prostituée :\n  Et l'Histoire se rit de tes Fastes menteurs\n  Depuis que violant ta Majesté tuée,\n  Un infime usurpa ta gloire et tes licteurs...\n\n  Ohé ! les fiers aïeux ! Ohé ! les Fils d'Anchise !\n  Oyez-vous la clameur des bâtards, des châtrés :\n  « Io! Salut! Triomphe!... » au Nain qu'on divinise!\n  Ohé ! les grands Consuls et les Césars sacrés !\n\n  Et ta présomption, sans trembler qu'il défaille,\n  O Rome, ose imposer à sa débilité,\n  Tels d'augustes manteaux mal rognés à sa taille,\n  Les grands noms de l'Empire et de la Royauté!...\n\n  Ah! succomber, épique, et belle, en des désastres\n  Que les Siècles, vaincus, redisent à jamais :\n  Jugulée, et lançant des appels jusqu'aux astres;\n  — Comme ces Nations, jadis, que tu saignais!...\n\n  Tu déchois : triviale; et le Monde s'étonne.\n  Mais le sang des Martyrs immolés par ta Loi\n  T'abrégera le temps de la chute bouffonne :\n  Des jours viendront, cruels, mais plus dignes de toi.\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "198                          DURENDAL\n\n\n\n\n                                  III\n\n          LES BASES CHANCELLENT\n                         TERREURS DE L'AN Mille.\n\n                                                     Trepidaverunt timore ubi non erat\n                                                   timor. (Ps. XIII, 5.)\n                                                                         Hon. (Sephiroth.)\n\n\n      Mille ans de lourd travail avaient lassé les mondes.\n      Soudain, la Chrétienté, tressaillante, revit\n      L'antique Pèlerin des Cités moribondes,\n      Et l'âpre obsession des peurs folles sévit.\n\n      Les saints Versets, trahis par des fois tâtonnantes,\n      Avaient exacerbé l'esprit du siècle, obscur;\n      Et, pour l'éclat prédit des Foudres moissonnantes,\n      Seigle, ivraie ou froment, le champ se pensait mûr.\n\n      Moines, seigneurs, manants et serfs, en longues files,\n      Tels des morts ressurgis de leurs cercueils étroits,\n      Hagards et dépouillés, loin des bourgs et des villes,\n      Hurlants de terreur vague, allaient, suivant les croix.\n\n      Et las de repousser des invasions d'hommes,\n      Et se sentant crouler sous le souffle de Dieu,\n      Ils s'effaraient de voir les nouvelles Sodomes,\n      Demain, selon l'Oracle, en proie au dernier feu.\n\n      Et le monde, écrasé sous un faix de colère,\n      Par la tragique horreur de ces sinistres soirs,\n      Frissonnait aux sanglots du psaume populaire\n      Criant miséricorde au Dieu des ostensoirs.\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                          DURENDAL                                                          199\n\n\n\n                                 IV\n\n         L'ÉTERNITÉ SE VOILÉ\n                 TIMOUR-LENG   : L E FLÉAU   ASIATIQUE.\n\n\n                                                   AEdificant sibi solitudines.(Job, III, 14.)\n                                                                     NITZAH. .Sephiroth.)\n\n\nL'Age est prescrit des H u n s , des Goths et des Vandales;\nMais au seuil des Sultans, l'Homme, inspiré d'en H a u t ,\nTerrible, a secoué sa cape et ses sandales,\nE t l'Asie a pleuré, pressentant son fléau.\n\nL e Chef manchot, fils de Gengis le sanguinaire,\nS'est levé dans le steppe. E t les Rois ont frémi :\nCar par un vol d'Empire inaugurant son ère,\nIl rêve d'enchaîner l'Occident rendormi.\n\nE t le voici : plus noir que les monstres bibliques,\nCourant, parmi sa horde, aux rouges lendemains\nQui le verront bâtir, sur les places publiques\nD'immanes monuments faits de tronçons humains.\n\nDelhi comme B a g d a d , le Kachgar et la Perse :\nT o u t l'Orient, tiendra sous sa griffe de fer ;\nTels ces feuillages morts qu'un vent au loin disperse,\nSes ennemis fuiront son approche d'enfer.\n\nL o n g t e m p s : même défunt, il sera la torture\nDe la part d'Univers échue à son orgueil ;\nE t pour solenniser sa vaine sépulture,\nL e sang de ses émirs brunira son cercueil.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "200                            DURUNDAL\n\n\n\n\n                                      V\n\n            LA BEAUTÉ EST VIOLÉE\n                         MAHOMET II   A SAINTE-SOPHIE.\n\n\n                                                           P o l l u c r u n t eam in vüs suis. (Ezech.\n                                                         X X X V I , 17.)\n                                                                                 TlFHERP.Tii. S e p h i r o t h . :\n\n\n      L ' E r r a n t sombre, semeur de tardives alarmes,\n      Apparu dans la nuit au peuple consterné,\n      S'en est allé, pleurant d'inefficaces larmes\n      Sur cet autre Samar que son schisme a d a m n é .\n\n      Les Destins ont frappé ta superbe, ô Byzance :\n      L'inexorable arrêt d'en H a u t s'est accompli,\n      E t voici l'Heure où Dieu, désarmant ta Puissance,\n      Livre à l'Islam vainqueur ton E m p i r e aboli.\n\n      L a fureur sarracène, au lieu des croix fauchées,\n      — Symbole du désastre, — a dressé le Croissant,\n      E t souillant le Parvis de rouges chevauchées,\n      Impose aux murs sacrés des stigmates de sang.\n\n      E t la Voûte, où planait encor la paix antique,\n      C o m m e un parfum resté des chants purs d'autrefois,\n      S'émeut au rude accent d'un verset fanatique\n      F a r o u c h e m e n t scandé par de hurlantes voix.\n\n      E t ces voix de blasphème et ces cris de carnage\n      Ont traversé l'Histoire; et leur sourde clameur\n      Annonce encor la fin lamentable d'un Age\n      Aux égarements fous du nôtre, qui se meurt.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                        DURENDAL                                             201\n\n\n\n\n                             VI\n\n           LA JUSTICE S'ARME\n                     CONQUÊTE DU MEXIQUE.\n                                              Sanctificateur Nomen   Tuum!\n                                             M a t t h . V I , 9.:\n                                                      GEBURAH. (Sephiroth.)\n\n\n\nJusqu'aux bords fabuleux de ces Terres nouvelles\nQu'affirmait le Génie au Vieux Monde indécis,\nL'Ancêtre, devançant l'essor des caravelles,\nA porté l'âpre émoi d e ses lointains récits.\n\nE t les devins ont d i t à la foule en alarmes :\n« Nous avons vu le sol rougi, les toits en feu ;\n» Des chants de paix, mués en des tumultes d'armes,\n» O n t dit un h y m n e impie au nom d'un nouveau Dieu.\n\n» E n vain, pour détourner la menace incomprise,\n» L a victime vouée au rite obsécrateur,\n» Implorant le Soleil, conjurera la Brise :\n» Voici les Blancs intrus et leur signe imposteur... »\n\n— Ils vinrent : Messagers d'Amour et d e L u m i è r e !\nE t palliant de foi l'œuvre exécrable, ils ont\nT r e m p é le champ de meurtre et brûlé la chaumière,\nSpolié le palais et bâti la prison...\n\nPoursuis : la Croix triomphe et l'idolâtre expire ;\nChrétienne E s p a g n e ! Exulte au vol de ces condors...\nL'Astre plus ne s'éteint sur ton immense E m p i r e ;\nMais l'Esprit t'a maudite en tes Conquistadors.\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                                VII\n\n   LA MISÉRICORDE SE LASSE\n                     R E T R A I T E DE R U S S I E .\n\n\n                                                        Surget gens contra gentem. ,Luc, XXJ,10\n                                                                         CHESRD. Sephiroth,,\n\n\nL'Occident, sectateur d'incertaines sciences,\nE t pour jamais sceptique aux célestes leçons,\nN'avait fait au crieur des proches Déchéances\nQu'un incrédule accueil de rire et de chansons.\n\nOr, du Géant, vaincu par sa folle équipée,\nL a retraite, parmi l'hiver, s'éternisait :\nE t poigné par le D r a m e et hanté d'Épopée,\nContemplant l'infini du Désastre, il pensait :\n\nUn plan noir, concerté par les Destins, hostiles,\nS'accusait aux exploits des Eléments ligués :\nOn avait l'Incendie émancipant des villes,\nE t le Dégel ouvrant d'impraticables gués.\n\nPuis, quand on s'égarait, grelottants, par les neiges,\nAu jour faux de la plaine ou clans la nuit des bois,\nOn avait l'ennemi caché, dont les manèges\nHarcelaient sans repos la colonne aux abois...\n\nMais Lui, dans son traineau, sourd aux cris des détresses,\nHallucinant d'espoir son indomptable orgueil,\nConvoitait l'Univers pour ses Aigles maîtresses\nQ u a n d imminaient déjà la Revanche, et le Deuil.\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                       DURENDAL                                                 203\n\n\n\n\n                           VIII\n\n     L'INTELLIGENCE FULMINE\n                        FIN D'EUROPE.\n\n                                          Cecidit, cecidit Bibylon magna...\n                                        (Apoc. XVIII, 2.)\n                                                          BINAH. (Sephiroth.)\n\nEt le siècle a passé, gangrenant l'exutoire\nDu pus occidental. — Des Latins disparus,\nRien n'est plus, qu'une page et qu'un nom dans l'Histoire :\nNul de leurs dieux mortels ne les a secourus.\n\nLe fer germain d'abord a taraudé la plaie :\nMais les subtils venins du séculaire abcès\nOnt bravé l'Art, tardif : et l'Europe aveulée\nAgonise et se meurt, toute, du mal français.\n\nEt ni l'ardent cautère infligé par l'Asie,\nNi l'amput des tumeurs : Londres, Berlin, Paris :\n— Rien ! — ne servira plus qu'à l'infâme autopsie\nDu vice encor grouillant en ses membres pourris...\n\nEnsevelis-la, vive, en son stupre et sa boue,\nTartare fossoyeur, Espoir des Temps derniers :\nGarde qu'au labeur vil ton vouloir ne s'ébroue;\nHâte-toi! L'air s'infecte à l'odeur des charniers.\n\nTriomphe énormément, et fête la Justice :\nBabylone, maudite, a croulé sous ta main;\nMais tremble : ta victoire est à peine armistice :\nComme elle chut, hier, tu tomberas, demain.\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "204                           DURENDAL\n\n\n\n\n                                   IX\n\n                 LA SAGESSE OPÈRE\n                            SIGNES PRÉCURSEURS.\n\n\n                                                    Arescentibus hominibus prœ timore.\n                                                  (Luc. XXI.26.)\n                                                               CHOKMAH. (Sepliiroth.)\n\n\n\n      Or, dans le Ciel, noyé d'effroyables silences,\n      L e dernier sceau du Livre avait été rompu ;\n      E t l'Ange de l'Abîme avait brisé ses lances,\n      E t le Dragon dormait, immensément repu.\n\n      E t tandis que marchait l'Homme des jours antiques,\n      Signe vif, centuplant autour de soi l'effroi,\n      P a r u t la Vision des versets prophétiques,\n      Rutilante de feu, sur le firmament froid :\n\n      U n e femme, d'un grand soleil auréolée;\n      Sous les pieds le croissant et douze astres au front ;\n      Pâtissant la grossesse heureuse, et désolée,\n      Du grand Dernier-Conçu que les siècles verront.\n\n      Michel et sa cohorte ont traversé la nue,\n      E t , sauvant du Dragon l'Enfant prédestiné,\n      O n t d'un chant triomphal acclamé sa venue ;\n      Puis, capturant le Monstre, ils l'ont réenchaîné...\n\n      Alors, les sept F l é a u x , comme un flot de sanie,\n      Ont submergé la T e r r e . E t vint l'affreux trépas.\n      « ... L a Mort! » criait l'Errant, traînant son agonie :\n      — Mais les Fléaux vengeurs ne le touchèrent pas.\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                          DURENDAL                                              205\n\n\n\n                               X\n\n   LA COURONNE RESPLENDIT\n                           LE JUGEME.NT.\n                                             Tempus non erit amplius. ;Apoc. X, 6.;\n                                                           KETHER. (Sephiroth.)\n\n\n« L a m o r t ! » criait l'Errant. — Vers les espaces vides,\nSon cri, que nul écho ne répercutait plus,\nMontait dans l'insondé des ténèbres livides\nOù l'Univers stagnait comme un vaste P a l u s .\n\nDes cadavres gisants et d'informes décombres\nL u g u b r e m e n t épars sous les astres éteints,\nProfilaient seuls partout leurs affolantes ombres\nQue plus ne transformait l'espoir des clairs matins.\n\nE t l'Errant, trébuchant sur ces débris d'un Monde,\nReclamait ses appels toujours inexaucés,\nE t toujours, poursuivant sa marche vagabonde,\nSemait d'affres vivants les chemins trépassés.\n\nE t des mois, et des ans, et des siècles peut-être,\nExaspérant sa peine, avaient flué sur lui,\nQuand au fond du ciel noir parut la croix du Maître,\nRayonnante de gloire en l'Ether ébloui.\n\nSoudain, l'immense accent des tubas angéliques,\nR o m p a n t l'obscur silence a rugi son signal,\nE t les Morts ont ouï ces Voix hyperboliques :\n« D e b o u t ! comparaissez au divin T r i b u n a l ! »\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "206                          DURENDAL\n\n\n\n\n                             ÉPILOGUE\n\n\n\n                    JÊHVAH PARLE\n                                              Reliquiœ salvœ fient. (Rom. IX, 27.)\n\n\n      « Il faut illuminer ces nuits impénétrables.\n      Dépouillons le Mystère : enseignons l'Inconnu ;\n      Car tous les impuissants et tous les misérables\n      Ont invoqué ce Jour, et ce Jour est venu.\n\n      L'Esprit règne : le Mal n'est point : et T o u t commence.\n      E t la Création chante à l'Immensité\n      L e cantique éternel de Gloire et de Clémence,\n      De Grandeur et de P a i x , d'Amour et de Beauté.\n\n      Il n'est plus d'aveuglés; il n'est plus de lucides.\n      L a Vérité sereine éclaire tous les yeux.\n      L a Chair a résigné ses droits liberticides,\n      E t l'Homme a pris son rang dans les Vertus des Cieux.\n\n      E t toi, l'Errant douteur qui portais le vieux Livre,\n      Arrête enfin tes pas et bénis Nos Desseins :\n      L'Arcane est dévoilé : l'Absolu te délivre :\n      Aime, adore et comprends; Voici le Saint des Saints...\n\n      Ceux que T u m'as donnés, J e les ai gardés, P è r e :\n      U n seul d'eux s'est perdu, comme il fut opportun.\n      P a r d o n n e à qui T'implore ; accorde à qui T'espère ;\n      E t qu'ils soient un dans Nous comme Nous sommes U n . »\n                                          EDOUARD B E R N A E R T .\n\n  Londres, septembre 1896.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                     DURENDAL                                     207\n\n\n\n\n             UNE EXCURSION A POMPÉI\n                             NOTES DE VOYAGE (Suile)\n\n\n      L existe, au petit musée de Pompéi et dans les remarquables collections de\n\nI      Naples, des objets usuels qui prouvent l'excessive civilisation pompéienne.\n      Les habitants de cette ville connaissaient les serrures à secret et les clefs les\nplus compliquées. Leurs coffres-forts ressemblent étonnamment aux nôtres.\n   Leurs lits, baignoires, flambeaux, fourneaux étaient à la fois jolis et pra­\ntiques. Nos chirurgiens se servent d'instruments analogues à ceux qu'on a trouvés\nchez leurs confrères pompéiens et nos cuisiniers pourraient préparer leurs pâtés\ndans ces moules antiques représentant des lièvres, des perdrix, des cochons de\nlait que j'ai vus au musée. Au théâtre, le spectateur recevait une contremarque et\nune place numérotée lui était réservée. « Rien n'est nouveau sous le soleil », selon\nla remarque de notre cicerone !\n   L'évocation du passé est tellement précise, au milieu de ces ruines, le recul de\ndix-neuf siècles si exact, qu'on se rend très aisément compte de ce que devaient\nêtre ces lieux publics, ces temples, ces portiques remplis d'une foule affairée ou de\nflâneurs aux aguets.\n   La basilique actuelle servait de tribunal; elle touche au Forum qui concentrait,\nchez les Romains, comme en un seul point, toute la vie publique. Une prison\nsouterraine occupe l'espace situé sous le prétoire.\n   L'aspect du Forum est grandiose. Il mesure 157 mètres de long. Il était orné de\nvingt-deux piédestaux supportant des statues; plusieurs sont demeurés intacts. La\nvue que l'on a de ce point est splendide. Le Vésuve apparaît de là calme et tran­\nquille, malgré la fumée noire qui l'empanaché depuis plusieurs jours.\n   Un peu plus loin se trouve le temple d'Apollon où était la délicieuse Diane qu'on\nadmire à Naples. Parmi tant de glorieux débris, édifice d'Eumachie, temple de\nMercure, de Jupiter, de la Fortune, d'Auguste, je m'arrête un instant au temple\nd'Isis aux admirables et délicats bas-reliefs. La vie s'y laisse deviner de toutes\nparts. Voilà les chambres des prêtres; on a retrouvé sur le foyer les restes de leur\nrepas; des cadavres découverts à l'endroit même prouvent qu'ils sont morts à leur\nposte; la fontaine aux ablutions existe, ainsi que les escaliers descendant aux puits;\nla fosse où l'on jetait les restes des sacrifices est tout à côté.\n  L'organisation des Thermes mérite notre attention. Les Romains affectionnaient\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "208                                           DURENDAL\n\n\nles bains, ils y passaient de longues heures en exercices de corps, en causeries. Ils\nnous ont distancés en ce point. Leurs établissements s'adressaient à toutes les\nclasses de la société et leur organisation était un modèle et la perfection du genre.\nOn a découvert plusieurs Thermes à Pompéi; tous étaient publics; ils possédaient\ndes salles pour les personnes riches, d'autres pour les femmes, d'autres encore\npour le populaire, et ce n'était pas la partie la moins belle. Ces Thermes sont\ndécorés comme des palais : c'est une profusion de fresques les plus jolies, de stucs\nles plus délicats; ceux qui ornent la frise et la voûte des bains de la Septième Région (1)\nsont superbes. Les Romains connaissaient nos bains turcs : on passait du vestiaire\nau bassin d'eau froide entouré d'une margelle de marbre, une onde limpide d'eau\ncourante le traversait; — de là, on se rendait au bain tiède où l'on pouvait s'asseoir\nautour d'un magnifique brasero en bronze; — on arrivait enfin à l'étuve dont l'eau\nétait brûlante et où une vasque d'eau glaciale permettait de se rafraîchir la tête et\nles mains afin d'éviter les congestions. D'autres bains se prenaient dans de magni­\nfiques salles dont les pavés et les murs étaient doubles à l'effet de laisser circuler la\nvapeur d'eau chaude. La salle de massage est garnie de niches dans lesquelles\nchacun déposait ses vêtements, et trouvait une urne de graisses parfumées.\n   Les bains de femmes sont établis sur le même plan. Elles pouvaient occuper de\npetites chambres séparées où elles trouvaient des baignoires de marbre ou de\nbronze du genre aux nôtres, mais infiniment plus artistiques.\n   Après les bains, nous visitons les théâtres. On en connaît trois. L'un, très grand,\nn'était couvert que par des toiles; on voit les poudres qui servaient à les tendre.\nAux galeries supérieures se plaçaient les femmes; les marches de l'escalier qui\nconduit en cet endroit sont usées à l'excès et permettent de constater l'ardeur que\nles dames de Pompéi mettaient à suivre les représentations théâtrales. Un théâtre\ncouvert qu'on nous montre ensuite ne diffère du précédent que par ses dimensions.\nAu lieu de 5.000 spectateurs, celui-ci pouvait en contenir 1,500, au plus.\n  L'amphithéâtre, isolé des ruines, est sur le plan de toutes les arènes : 12,000 per­\nsonnes s'y plaçaient à l'aise.\n  Les magasins sont curieux à visiter. Un boulanger avait préparé sa livraison de\npains, on en a retrouvé près de 100, dans un four pareil à ceux dont se servent nos\nmitrons. Dans la cour se voit tout l'attirail du métier et des moulins pour broyer le\ngrain. Des meules de rechange attendent encore! Les tavernes — et il y en a beau­\ncoup — ont un comptoir avec des bancs où la pratique pouvait s'installer. Il se\nrencontre également beaucoup de marchands d'huiles dont les jarres garnissent les\ncaves. Une boutique présentait un grand intérêt, malheureusement toutes les\n\n   (1) La ville reconstituée est divisée en îlots et en régions pour en faciliter l'étude.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                         DURENDAL                                        209\n\n\npeintures ont été portées à Naples, c'était celle d'un foulon; les pilliers supportent\nune galerie où séchaient des draps, tout semble attendre le retour des ouvriers. On\na trouvé dans une autre boutique de menus objets qui ont permis d'y reconnaître\nune pâtisserie. Une tannerie montre sa cour intérieure fermée d'une grille (bien\nconservée) qui la préservait des voleurs. Quelques auberges et de rares écuries se\nrencontrent clans la ville; on croit que les Romains mettaient leurs chevaux hors\ndes murs, il n'y a que le riche Pansa qui les avait logés à sa porte.\n   La caserne des gladiateurs, fort grande, touche au théâtre. Son immense cour est\ngarnie de cellules. Il y en avait aux deux étages. On a retrouvé là, figés dans\nl'épouvante éternelle, soixante-six morts dont trois prisonniers enchaînés.\n                                                                             JEAN DE REYVA.\n  (La fin au numéro de décembre : Les Habitations particulières à Pompéi.)\n\n\n\n\n                   Roche Tarpéienne et Capitole\n  T r i p t y q u e , par HONORÉ PONTHIÈRE, un volume, Lemerre, Paris. Prix : fr. 3.50.\n   Nous avons publié, en juin dernier, quelques-uns des sonnets qui composent le\nprésent volume. M. H. Ponthière n'est donc pas un inconnu auprès de nos lecteurs.\n   Les trois volets du Triptyque s'intitulent : le Paquebot, le Village, l'Epopée du\nfer. Durendal ayant publié dix ou douze sonnets de la deuxième partie, le Village,\nnous laisserons au lecteur le soin de faire la critique du panneau central de l'œuvre.\nAussi bien l'originalité de l'œuvre de M. Ponthière — ingénieur et poète — ne réside\npas là, mais plutôt dans Paquebot et surtout dans lÉpopée du fer.\n   J'ai lu, pour ma part, avec une curiosité très vive l'Épopée du fer et encore que je\nme sois buté à un vocabulaire technique quelque peu nombreux, je garde de cette\nlecture attentive une réelle impression de puissance et de grandeur. M. Ponthière,\ngrâce à son vers puissant, précis, sonore, âpre (quelquefois trop) a tenté l'idéali­\nsation, difficile semblait-il, de l'ouvrier moderne... et il a réussi. De cette lecture il\ndemeure vraiment cette vision de l'ouvrier du fer.\n                  Plus grand, par le travail gonflant ses chahs rougies,\n                  Et l'auguste beauté du geste et du regard,\n                  Que les pâles héros de nos mythologies !\n   L'Êpopée du fer fait songer à un Constantin Meunier qui dirait la seule beauté du\ntravail au lieu d'en conter toutes les tristesses. C'est l'œuvre d'un bon ouvrier d'art.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "210                                       DURENDAL\n\n   P o è m e s c a t h o l i q u e s , par EDOUARD N E D , un volume de 100 pages, Arlon,\nGoffinet, éditeur. Prix : 2 francs.\n   L'un de nous l'a dit ailleurs : « C'est une rare aubaine que de pouvoir saluer\nun poète catholique. Nous avons aujourd'hui cette joie. » Durendal fait sienne la\nparole de notre ami H. Carton de Wiart. Cette joie, nous la devons à Edouard Ned\nqui nous apparaît, dans le présent livre, en aurore de talent, et, même plus qu'en\naurore, en matin déjà. Nos lecteurs ont lu, ici même, cette bluette Cortège. Tout le\nvolume est ainsi fleuri, tel un jardin de printemps. Le Samaritain, Le Passant,\nMadeleine, Vierges folles, Heure triste, Ceux de la Montagne, et d'autres et d'autres,\nferont les délices du lettré catholique. Au-dessus de ces floraisons poétiques éclate\net rayonne le beau soleil d'une inspiration chrétienne très haute, très pure, vivifiante.\nNos meilleures félicitations et toutes nos sympathies au jeune poète et au revoir.\n                                                                                            D.\n                                                *\n                                                   * *\n   La Réforme des H u m a n i t é s (1865-1896) par M. A L P H . PROOST, professeur à\nl'Université de Louvain.\n   La question des humanités a été abondamment discutée, en ces derniers temps,\ndans la presse belge. Il nous semble cependant utile d'y revenir encore, ne fût-ce\nque pour signaler aux esprits méditatifs le présent volume que personne n'a attaqué\nde front ni essayé de réfuter, vraisemblablement, parce qu'il était inattaquable et\nirréfutable. Nos lecteurs y trouveront une critique rationnelle de nos méthodes\nempiriques d'éducation — et le programme logique des réformes préconisées par\nl'auteur.\n   « La situation des humanités en Belgique, a dit certain pédagogue féru des vieux\nerrements, et partant de tout ce qui repose sur cette base, est loin d'être brillante.' »\nC'est également l'avis de M. Proost; mais au lieu de réclamer, comme le bon péda­\ngogue, le piétinement sur place, le savant professeur de Louvain indique des réformes\npositives à réaliser de suite. Aussi, recommandons-nous vivement la lecture de ce\nvolume à tous ceux qu'intéresse en notre pays la question des humanités et de\nl'éducation nationale.\n                                                     *\n                                                   * *\n   La S c u l p t u r e et l e s C h e f s - d ' Œ u v r e de l'Orfèvrerie b e l g e s , par M. le\nchevalier E. MARCHAL, Bruxelles, Hayez, in-4°, 800 pages.\n   Nous regrettons de ne pouvoir, faute d'espace nécessaire, dire tout le bien que\nnous pensons de l'œuvre considérable du très érudit et très documenté académicien.\nOn pense bien que ce n'est point en quelques lignes, ni même en quelques pages,\nque nous pourrions donner un aperçu de ce beau travail, qui est à la fois un cata­\nlogue et une histoire de notre art national; qui a réclamé de la part de son auteur\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                      DURENDAL                                      211\n\n\nl'intelligence et la sagacité d'un bénédictin; qui est écrit, comme tous les livres d'art\ndevraient l'être, avec mesure, impartialité et surtout une connaissance approfondie\ndu sujet traité. Contentons-nous de féliciter très chaleureusement l'auteur dont\nl'œuvre se désigne ainsi, comme d'elle-même, à l'attention publique.                D.\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTERATURE\n                   »\n    Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n  J . - F . Raffaelli, le grand artiste, dans une Lettre à mes amis d'Amérique sur l'Art\ndans une démocratie, que publie la Nouvelle Revue (15 octobre 1896), émet les remar­\nquables considérations qu'on va lire. Préalablement l'auteur fait cette déclaration :\n   « Nul plus que moi n'est admirateur passionné de l'art grec. Mais j'ai toujours\njugé que, si nous devions garder à ses incomparables chefs-d'œuvre une vénération\nabsolue, il convenait pour nous de nous garder de leur influence, car ils furent les\nfruits d'un idéal en désaccord complet avec tout notre idéal moderne, religieux,\nsocial et humain. »\n   « Voyons, que vient faire le nu ici d'une façon constante et comme seul sujet\nd'étude à une époque où un peu de nudité montrée en public vaut, à celui qui la\nmontre, six bons mois de prison ?\n   » Nous avons le nu dans toutes nos académies comme unique sujet d'étude, parce\nque les Grecs, il y a deux mille ans, vivaient dans un pays chaud, à moitié nus, ont\naimé le nu, et en s'en inspirant ont fait des merveilles...\n   » Partout existe cet enseignement unique du nu, cet enseignement grec, et cet\nenseignement grec est contraire à notre idéal...\n   » Il serait trop aisé vraiment de montrer en regard de la civilisation grecque, telle\nque la montrent sa religion, ses lois, son climat, ses mœurs, son langage, sa litté­\nrature, son art, sa vie enfin, notre civilisation moderne, la vôtre, plus moderne\nencore, et plus complètement humaine...\n   » Les Grecs ont été les inventeurs d'une des inégalités les plus funestes à notre\nrace humaine, — ils ont été les inventeurs d'une des inégalités qui ont fait le plus\nde victimes parmi nous : ils ont été les inventeurs du beau physique...\n   » Lorsque l'idéal grec fut accepté par notre monde chrétien, ce fut une erreur\nprofonde, car toute la doctrine du christianisme lui était contraire, commandait la\nmortification du corps, l'ascétisme plaçait le beau dans le cœur et dans l'âme, et ne\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "212                                   DURENDAL\n\nvoyait dans le corps qu'une misérable enveloppe terrestre de cette âme, suprême\nidéal à cultiver...\n   » Cet idéal du beau physique ne vient pas seulement en désaccord avec votre foi\nreligieuse, il vient en désaccord de votre foi civique.\n   » La beauté physique est une inégalité. Nous pouvons l'aimer par faiblesse et\nressouvenir des idéals païens, mais elle n'est pas notre idéal. Notre idéal est plus\nque jamais primitif chrétien, c'est-à-dire que nous plaçons, plus que jamais, notre\nidéal dans l'expression, c'est-à-dire dans les beautés du coeur, de l'âme, de l'esprit. »\n                                             *\n                                           * *\n\nF    OND ET FORME. — La Jeune Belgique, qui s'insurge si violemment contre le vers\n       libre, ne doit pas trouver mauvais que nous nous insurgions, à notre tour,\ncontre la mnrale libre, dont ses poètes font depuis quelque temps un si scandaleux\nétalage (Jeune Belgique, numéros du 25 juillet, du 5 septembre, du 7 novembre). Le\ndésordre de fond, que nous avons rencontré dans les idées de plusieurs des siens,\nnous paraît autrement redoutable, même esthétiquement, que le désordre de forme,\nappelé vers-librisme et signalé par la Jeune Belgique, à ses lecteurs, comme la pire\ndes aberrations littéraires. On nous objectera vainement que le vers libre (forme)\nressort de la critique littéraire — et que la morale libre (fond) ressort d'un autre\ntribunal. Nous n'admettons pas cette double juridiction pour une cause unique.\nComme l'a très justement dit un de nos amis, M. De Wulf, la moralité est dans\nl'œuvre d'art une proportion intégrante, l'immoralité une disproportion antiesthé­\ntique.\n   Voilà pourquoi, artistes catholiques, nous signalons par exemple l'Hermaphrodite,\nde M. Gilkin, paru dans la Jeune Belgique, comme une mauvaise action littéraire.\n                                             *\n                                           * *\n\nL    'ABONDANCE des matières nous oblige à remettre à notre prochain numéro :\n        MAURICE GRIVEAU : L'Esthétique de la Mer.\n  H. CARTON DE W I A R T : La Cité de la Folie.\n  Nos lecteurs trouveront, dans notre numéro de décembre, la suite du roman de\nPol Demade.\n                                        * *\n\nT   OUT abonné à Durendal qui n'aura pas formellement dénoncé son abonnement\n     d'ici au 15 décembre sera réputé engagé pour l'année 1897.\n                                          *\n                                        * *\n\nN   ous recommandons à nos lecteurs une active propagande en faveur de notre\n      revue. Que chacun de nos amis nous procure un nouvel abonné et nous\npourrons, l'an prochain, doubler le nombre de pages et l'importance de notre revue.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": ""}, {"page_pdf": 255, "texte": ""}]}