{"numero_id": "ulb-durendal-1897-01-n1", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 1, "titre_corps": "1897 !", "titre_sommaire": "1897", "signature_source": "R. Thomas", "ancre_debut": "1897!", "ancre_fin": "R. THOMAS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": 1, "debut_caractere": 243, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "1897!\nQUE NOUS caches-tu sous ton  voile,    Viens-tu, comme une bonne fée,\n  Que tiens-tu dans ta main,             Apportant un trésor,\nO jeune femme, dont l'étoile           Dicter d'une voix étouffée\n   Va se lever demain ?                  Des vers aux rimes d'or ?\n\nQu'apportes-tu, nouvelle année?        Et, retrempant notre névrose\n  Pour bercer notre espoir,               Aux poèmes d'antan,\nAu livre de la destinée                Nous débarrasser de la prose\n  Qu'as-tu trouvé ce soir ?               Des marchands d'orviétan?\n\nEst-ce un nouveau tribut de peine,     Mais qu'importe après tout. La terre\n  De chagrins et de pleurs ?            Reverdira toujours ;\nUn nouveau chaînon à la chaîne         Mai ramènera son parterre\n  De nos vieilles douleurs ?             De fleurs et de beaux jours.\n\nOu bien un souverain dictante          Que pourra sur nous la souffrance\n  Contre les maux lassés ?               Et que pourront les maux ?\nEst-ce un joyeux épithalame            Quand donc l'arbre de l'espérance\n  Fait pour nos cœurs blessés ?          Manqua-t-il de rameaux ?\n\n                                                         R.   THOMAS.\n     31 décembre 1896.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 2, "page_fin": 7, "titre_corps": "Les Loups de Chiny", "titre_sommaire": "Les Loups de Chiny", "signature_source": "Baron de Haulleville", "ancre_debut": "LES LOUPS DE CHINY", "ancre_fin": "Baron DE HAULLEVILLE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": 2, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "LES LOUPS DE CHINY\n                     DANS la   seconde moitié du XIe siècle, le comte\n                     Arnulph II de Chiny était un des plus puissants\n                     seigneurs de la Lotharingie. Ses É t a t s passèrent\n                     plus tard dans la maison de Looz, puis dans celle\n                     de L u x e m b o u r g .\n                         Au XVe siècle, le souvenir des anciens dynastes\n                       de Chiny n'était plus conservé que dans l'appel­\nlation officielle du comté, puis duché de Luxembourg. E n effet, à la\nfin du siècle dernier, les documents officiels portaient encore cet\nen-tête : « Duché de L u x e m b o u r g et Comté de Chiny. »\n   A Virton, à Étalle, à Florenville, à Orval, on raconte encore\naujourd'hui des histoires mélancoliques sur les comtes de Chiny. On\ndirait que cette famille a été prédestinée au malheur depuis ses\norigines jusqu'à son extinction. U n e sorte de fatalité planait sur elle,\nd'après les légendes qui courent encore sur les bords de la Semois.\n   E n descendant sa vallée pittoresque depuis Florenville jusqu'à\nMonthermé, où la romantique rivière se jette dans la Meuse, je me\nsuis arrêté souvent pour entendre les paysans réciter des contes plus\nou moins fantastiques sur les comtes de Chiny. Je vous offre un de\nces récits, en vous prévenant que je ne suis que l'écho fidèle de tradi­\ntions populaires.\n   L e comte Arnulph II était le descendant d'un de ces rudes Germains\nqui avaient conquis les rives de la Meuse et celles de la Moselle et\nqui, à travers l'immense forêt des Ardennes, avaient suivi vers le sud\nles sentiers et les routes tracés par les Romains. L a forêt actuelle de\nChiny n'est qu'un mince fragment de l'antique forêt des Ardennes.\n"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": "                               DURENDAL                                 3\n\n   En 1075, le comte Arnulph résidait à Chiny, qui est aujourd'hui\nune petite commune sans caractère, pauvre et délaissée, sans\nmonuments, mais pleine de souvenirs. De l'antique splendeur du\ncomté il ne reste rien, pas même une pierre sépulcrale. Le comté\navait des institutions originales qui ont duré pendant près de mille ans\net qui n'ont été détruites que par les sans-culottes français, les mêmes\nqui ont démoli ou incendié l'admirable abbatiale d'Orval. Si vous\nêtes curieux d'étudier l'histoire de ce coin de la terre nationale, lisez\nles travaux du Père Goffinet, un vaillant jésuite, issu d'une ancienne\nfamille du comté. Une forte race ardennaise que cette famille Goffinet.\n   Le général de ce nom, père de l'intendant de la liste civile du Roi\net du secrétaire des commandements de la Reine, était né à Freux.\nQuand il fut créé baron, on demanda pourquoi à Isidore Van Over­\nloop, « Sisi », l'aimable, savant, gastronomique et patriotique sénateur\npour Saint-Nicolas. « Pourquoi ? C'est bien simple, dit-il : le Roi,\n» sachant que Goffinet était né à Freux, n'a plus voulu qu'il fût\n » vilain... »\n   Le comte Arnulph II avait complété la construction du château de\n Chiny. A l'ombre de ses remparts, il avait créé un prieuré, dépendant\n de l'abbaye de Saint-Arnulph, de Metz et de l'Ordre de Saint-Benoît.\n De ce prieuré et de son église romane il n'existe plus un vestige. Sunt\n lacrimœ rerum. Larmes des choses...\n    Le château était une vaste construction élevée sur le plateau formé\n par le cours sinueux de la Semois. A l'ouest, à l'est et au nord, il était\n défendu par des précipices et le cours torrentueux de la rivière. Au\n midi, une enceinte crénelée complétait la fortification. Le donjon sur­\n gissait du milieu de cet amas de murailles massives et dominait la\n cime des arbres séculaires de la forêt ambiante. Autour de cette haute\n tour carrée étaient étagées les habitations du seigneur et de ses gens.\n L'entrée du château-fort était garantie par un fossé profond, en com­\n munication avec un chemin couvert conduisant à l'intérieur. Un pont-\n levis appuyé sur quatre tours, aux sommets encorbeillés, achevait de\n donner à la demeure d'Arnulph un aspect formidable.\n"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "4                                     DURENDAL\n\n\n   De ce pont-levis vers la plaine et vers la forêt partaient deux routes,\ncommandées par des ouvrages en terre et en maçonnerie, sur lesquels\nles vigies du donjon pouvaient plonger leur vue au loin.\n   L a forêt devait être superbe, s'il faut en croire les anciens chroni­\nqueurs. Elle était presque impénétrable. Les chênes et les hêtres à\nla ramure puissante et aux troncs majestueux dressaient leurs têtes\naltières vers le ciel. Des arbres séculaires, tombés de vétusté, s'enche­\nvêtraient au milieu de cette végétation luxuriante. Des fougères\nénormes, des lierres noueux, des buissons épais d'épines formaient,\ncomme les lianes des forêts tropicales, un tissu épais et indestructible.\nLes Romains civilisateurs, puis les Germains conquérants avaient, à\nl'aide de la hache et du feu, tracé dans cet épouvantable fouillis\nvégétal, des routes militaires. Au XIe siècle, ces chemins conduisaient\nvers Metz, vers Trêves, vers les vallées de la Meuse et de la Moselle ;\nvers Orval, S a i n t - H u b e r t , l'Oesling et la F a m e n n e . C'étaient, dans les\nenvirons de Chiny, des allées grandioses, connues des chasseurs, des\ntrouvères et des mendiants.\n   C'étaient aussi des chemins périlleux. L a forêt était peuplée de\ncerfs, de chevreuils, de renards, de sangliers et de loups. Ces derniers\ncarnassiers étaient nombreux et la terreur de la contrée. L'histoire\nlégendaire que je veux vous conter le démontrera.\n   Au commencement de l'année 1075, la comtesse de Chiny avait\nmis au monde un enfant du sexe masculin, qui était l'espoir de la\nfamille et du comté. C'était un garçon superbe, qui croissait vigoureu­\nsement dans ce terroir primitif, inondé d'air pur et fortifiant. Sa nour­\nrice, une belle fille du pays de Virton, était pour quelque chose dans\ncette splendeur physique. Malheureusement, elle était un peu négli­\ngente, ou plutôt elle était trop imprudente. Ses promenades autour\ndu château étaient trop souvent, pour elle, des occasions où la ten­\ndresse égoïste l'emportait sur la prudence professionnelle.\n   Au printemps, au mois de juin (le printemps est tardif en Ardenne),\nH u b e r t i n e L e s q u o y (c'était le nom de la nourrice), étant en promenade\navec l'enfant, l'abandonna un instant sur le gazon de l'avenue de Flo-\n"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "                               DURENDAL                                 5\n\nrenville. Une louve, avide de chair fraîche, flairait depuis une heure\ncette proie dans l'épaisseur du taillis. Hubertine avait à peine quitté\nson poste, que le carnassier se précipita sur l'enfant, l'enleva et\nl'emporta de son infecte gueule dans la forêt immense.\n    L'émotion, la colère, la fureur, la douleur, furent grandes au châ­\nteau. La comtesse fut inconsolable. Le comte mit sur pied tous, ses\nhommes pour battre la forêt dans toutes les directions. Pendant huit\njours la meute des chiens de Saint-Hubert, sous la direction du grand\nveneur du comté, fut lancée du nord au sud, de l'est à l'ouest.\n    Toutes les recherches furent vaines.\n    Mais elles furent tellement minutieuses qu'un léger espoir demeura\ndans le cœur des parents affligés : nulle part on n'avait découvert les\n langes de l'enfant. Il n'avait donc pas été dévoré !\n    Les loups ravisseurs n'étaient pas inconnus dans la contrée. On\nracontait des histoires extraordinaires sur les hauts faits de ces fauves,\n des histoires renouvelées de celle de Romulus (nourri par une louve),\nmême des contes de l'Inde, où les enlèvements d'enfants par les loups\nn'étaient pas rares autrefois.\n    La louve, en apportant l'enfant dans son repaire, pour servir de\nnourriture à ses louveteaux, n'a pas, d'après ces contes, un but abso­\nlument sanguinaire. Si les louveteaux ne veulent pas manger la proie\napportée, l'enfant devient membre de la famille et la louve consent\njusqu'à l'allaiter, et longuement. On cite de nombreux exemples de ce\nfait singulier : l'enfant allaité devient un fauve, grandit, se fortifie,\n marche à quatre pattes. Il est loup.\n    Le comte de Chiny ne croyait guère, disait-il, à ces histoires de\n bonne femme, et haussait les épaules quand on les débitait devant\n lui. La comtesse, elle, était moins sceptique. Pieuse, elle priait beau­\n coup et espérait encore.\n    L'été se passa sans qu'on eût découvert le moindre vestige de\n l'enfant chéri. Déjà le comte de Chiny en avait fait son deuil, quand\n l'abbé de Saint-Arnulph, de Metz, arriva au prieuré de Chiny pour\n les fêtes de l'Avent. C'était un homme de haute piété, profondément\n"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "6                               DURENDAL\n\ndévoué à la comtesse, si charitable et si généreuse pour toutes les\nbonnes œuvres du diocèse. Il avait, lui aussi, entendu des paysans de\nla 'vallée de la Semois, raconter que les loups n'étaient pas absolu­\nment insensibles à l'action de la raison des hommes. Précurseur de\nsaint François au rude pays de l'Ardenne, il croyait plus à la toute-\npuissance de Dieu qu'à la cruauté des loups. Il conseilla donc à la\ncontesse de Chiny d'employer l'ultième raison de tous les malheu­\nreux : la prière. Il proposa même de s'associer à une action solennelle,\ndestinée à fléchir la miséricorde de Dieu.\n   T o u s les lundis de l'Avent, une procession devait parcourir dévote­\nment la forêt des Ardennes, en invoquant le bon Dieu des hommes et\ndes loups et en le suppliant de rendre l'enfant à sa mère. A ces\nrogations prendraient part le comte et la comtesse de Chiny, tous les\ngrands officiers de l'État, les députations des diverses classes du\ncomté et les abbés de Saint-Arnulph de Metz, de S a i n t - H u b e r t , de\nSaint-Willibrod d'Echternach et de Saint-Maximin de Trèves.\n   L e comte de Chiny, quoique sceptique, consentit (c'est la douleur\nqui, d'ordinaire, rend les hommes le plus accessible à l'empire de la\nvérité).\n   L a quatrième semaine, le jour choisi pour la procession coïncidait\navec la Vigile de la Noël. L e pieux cortège rentrait au château, triste\net découragé : la foi l'abandonnait.\n   C'est là que la Providence de Dieu attendait les suppliants. L a\nprocession était arrivée près du château, à l'intersection de l'avenue\nde Florenville avec celle de Metz.\n   Les processionnaires jetaient vers le Ciel leurs dernières supplica­\ntions. T o u t à coup, par l'avenue de Metz, arriva, à pas mesurés, une\nbande vraiment fantastique.\n   T o u s les loups de la forêt, poussés par un mouvement parti de haut,\navaient, eux aussi, formé une procession d'un caractère extraordinaire.\n   A leur tête marchaient un loup et une louve, portant dans leurs\ngueules les cordes extrêmes d'un petit hamac (c'était le couple ravis­\nseur). Dans le hamac, au milieu de flocons de laine de mouton, gisait,\n"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "                               DURENDAL                                7\nvivant, le fils du châtelain de Chiny. Il était horrible à la vue, sale,\nboueux, infect, couvert d'une croûte hérissée de poils fauves. Autour\ndu hamac gambadaient cinq ou six louveteaux, les frères et sœurs\n« utérins » de l'enfant. Enfin, derrière cette famille privilégiée (pour\nla circonstance), suivaient gravement, queues baissées, tous les loups\nde la forêt. Tous semblaient pénétrés de l'importance de l'acte qu'une\nforce irrésistible leur imposait.\n   La procession des abbés s'était arrêtée, terrifiée. La confiance ne\nreparut un peu, qu'au moment où les deux loups conducteurs dépo­\nsèrent, avec des marques du plus profond respect, le hamac devant\nl'abbé de Saint-Arnulph, en se retirant à reculons. Les louveteaux, à\nleur tour, s'inclinèrent profondément devant la crosse abbatiale, firent\ntrois gambades autour du hamac et disparurent à reculons. Ces mou­\nvements de vénération furent imités ensuite par toute l'armée des loups.\n   Toute la cérémonie de réparation fut accomplie tellement rapide­\nment que les spectateurs eurent à peine le temps de se recueillir.\n   Le comte de Chiny, furieux, allait tirer son épée du fourreau et\nordonner à ses gens d'imiter sa colère, lorsque l'abbé de Saint-Arnulph\narrêta d'un geste l'accomplissement d'un acte de violence.\n   Et il entonna, d'une voix vibrante, l'hymne de la reconnaissance :\nTe Deum laudamus !\n   Toute l'assemblée répéta à l'unisson les paroles de l'abbé, lesquelles\nfurent repercutées par les échos de l'immense forêt.\n   On eût dit que l'assemblée des loups, elle aussi, gueulait au milieu\nde la futaie séculaire : Te Deum laudamus !\n\n                                            Baron DE    HAULLEVILLE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 10, "titre_corps": "Les Chanteurs de Saint-Boniface", "titre_sommaire": "Les Chanteurs de Saint-Boniface", "signature_source": "L’abbé Henry Moeller", "ancre_debut": "LES CHANTEURS DE SAINT BONIFACE", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’OASIS", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "LES CHANTEURS DE SAINT-BONIFACE\n\nI  L est impossible à quiconque a l'âme un peu haute d'assister aux offices religieux\n     dans nos églises, sans être exaspéré au plus haut point par la musique hybride\nque l'on y exécute et qui est à la mode aujourd'hui dans toute la Belgique.\n   Cette musique est ou bien d'une frivolité révoltante, contrastant étrangement\navec la majesté sereine du temple chrétien, ou bien d'un sentimentalisme faux et\nniais, ou parfois même d'un sensualisme presque voluptueux, provenant de son\norigine même. La plupart des messes de ce répertoire inouï, en effet, sont emprun­\ntées à la musique de théâtre. Il n'y a de changé que les mots. A des paroles adul­\ntères, on n'a pas trouvé indécent de substituer le Verbe inspiré des prophètes, des\napôtres et jusqu'au chaste langage des anges ! N'avons-nous pas tous entendu\nchanter l'Ave Maria, cette lumineuse salutation de l'esprit bienheureux à la Vierge\nImmaculée, sur des airs d'opéras ? Quelle dérision! C'est une vraie profanation des\nchoses saintes, inconsciente, je le veux bien, mais une profanation quand même. On\nne pourrait agir mieux, si l'on voulait positivement ridiculiser le culte catholique.\n   Cette musique inconcevable est peu en harmonie, il faut l'avouer, avec l'esprit du\ncatholicisme, la plus idéale des religions, basée essentiellement sur l'épuration des\nsens et s'épanouissant dans la contemplation amoureuse de la Beauté essentielle.\n   L'âme mystique semble s'être à jamais envolée de nos vieilles et fastueuses\ncathédrales; cette âme dont l'art chrétien fut dans les âges de Foi, une expression\nsi vivace.\n   Et dire que, tandis que l'on pollue ainsi nos temples, l'art musical chrétien existe\nen des chefs-d'œuvre admirables, d'une conception grandiose, d'une suavité ravis­\nsante et d'une élévation incomparable.\n   S'il avait fallu créer de toute pièce l'art musical religieux, l'abus actuel eût été,\nsinon excusable, du moins compréhensible. Les génies seuls ont la puissance de\ncréer, et en ce siècle de médiocrité vaniteuse, ils sont rares.\n   Mais non, l'immortel Palestrina avait, à la demande d'un grand pape, créé une\nmusique religieuse tellement transcendante qu'elle immatérialise en quelque sorte\nles voix humaines, leur enlève toute expression trop terrestre et les transfigure au\npoint de les faire ressembler à des voix angéliques. Elle donne le frisson du mystère.\n On croit entendre, là-bas, dans un lointain mystérieux, les chants mystiques des\n élus ravis dans l'extase de la vision béatifique, en la cité éternelle.\n    Les œuvres palestiniennes forment toute une bibliothèque. Elle se trouve dans\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "                                     DURENDAL                                        9\n\nla plupart des églises, mais elle a passé du jubé au grenier et y est ensevelie dans\nune tombe à jamais scellée. L'art chrétien dort là, dans ces oubliettes ecclésias­\ntiques, d'un sommeil léthargique séculaire. Plus d'une fois, en découvrant ces chefs-\nd'œuvre relégués, couverts de poussière et de moisissure, dans les combles d'une\néglise, j'ai eu l'âme navrée de douleur et j'ai senti le rouge de la colère me monter\nau front, en songeant à l'inepte musique qu'on leur a substituée.\n   Un soir, tandis que je feuilletais ces volumes vénérables dans une sacristie,\nj'entendais les fidèles dans l'église braire les idiots cantiques de l'imbécile Lambil­\nlotte, le plus infect — j'allais dire compositeur, mais l'expression serait trop noble\npour lui — fabricant de musique que je connaisse. Jamais nous ne pardonnerons\nà ce scélérat d'avoir mis en vogue des mélodies de dégénérés et d'eunuques ! On eût\ndû faire un bûcher de ses bouquins et l'y faire flamber avec eux. C'eût été le digne\nchâtiment de son crime, véritable attentat à la beauté dans une de ses plus sublimes\nincarnations.\n   Une réaction sérieuse contre ces abus scandaleux et sacrilèges vient heureuse­\nment et enfin de s'affirmer à Bruxelles. Il n'est pas nécessaire de dire que Durendal\napplaudit avec enthousiasme à cette initiative qu'elle secondera de tout son pouvoir.\n   Grâce au zèle d'un maître de chapelle intelligent et de caractère, M. Carpay,\n— un vrai artiste, mais trop modeste, — puissamment secondé dans sa noble entre­\nprise par le sympathique et dévoué M. Ch. Lagasse de Locht, il s'est constitué tout\nrécemment une association, dite des Chanteurs de Saint-Boniface, pour la restau­\nration de l'art musical chrétien.\n   Deux auditions ont été données déjà dans l'Eglise de Saint-Boniface. On a parlé\nici même de la première, où on a exécuté l'admirable Messe du pape Marcel, de\nPalestrina.\n   Nous assistâmes, le jour de Noël, à la deuxième audition. Quel baume pour\nl'âme; quel réconfort pour le cœur; quelle jouissance pour l'esprit que ces déli­\ncieuses mélodies chrétiennes !\n   Nous en avons été impressionné au delà de toute humaine parole.\n   Voilà au moins une musique vraiment religieuse et en même temps de l'art le\nplus élevé, lille vous met la prière aux lèvres et le ciel dans l'âme. Elle vous enlève\nsur les ailes de mélodies éthérées, d'une fraîcheur virginale et d'une beauté toute\nséraphique et vous porte jusqu'au trône de Dieu. On n'a qu'à s'abandonner aux\némotions profondes suscitées par la puissance mystérieuse de cette musique mer­\nveilleuse pour entrer en contemplation.\n  Nous avons été frappés du recueillement de l'auditoire. On sentait que les fidèles\nétaient dominés par l'impression de cette musique toute céleste et divinement\nsuggestive.\n   Quelle dilatation d'âme ! Quelle transfiguration des sens ! Quel transport de\n"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "10                                       DURENDAL\n\n\ntoutes les facultés et de tout l'être en Dieu on éprouve à l'audition de ces admi­\nrables mélodies palestiniennes !\n   Comme elles arrachent les âmes, malgré elles, aux choses d'en-bas pour les\norienter vers les choses d'En-Haut; comme elles nous pénètrent de l'ineptie des\nfrêles et passagères beautés d'ici et de l'infinie supériorité du Beau divin ! Comme\nelles nous font comprendre que Dieu seul est beau et mérite d'être aimé et adoré I\n   Nous engageons tous les fidèles soucieux de la splendeur du culte catholique à\nsoutenir l'oeuvre des Chanteurs de Saint-Boniface, non seulement d'une façon plato­\nnique, par une admiration stérile, mais pratiquement en collaborant de leurs\ndeniers comme membres adhérents (1). Jusqu'ici les adhésions ne sont pas suffi­\nsantes. Elles atteignent à peine la centaine. Ce serait une honte pour les catho­\nliques que de laisser tomber, pour une misérable question d'argent, une oeuvre\naussi belle et aussi méritoire. Les catholiques doivent avoir à honneur de protéger\nl'art chrétien dans tous ses départements, surtout en celui-ci qui a directement en\nvue la glorification de Dieu.\n                                                        L abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n\n\n\n                               "}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 2053, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "(1) Les membres adhérents s'engagent à verser une cotisation annuelle de 10 francs. Envoyer les\nadhésions à M. Carpay, rue d'Orléans, 37.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 10, "page_fin": 11, "titre_corps": "L’Oasis", "titre_sommaire": "L’Oasis", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "L’OASIS", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’ESTHETIQUE DE LA MER", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 1294, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "L'OASIS\n                                                          A MONSIEUR l'Abbé HENRY MŒLLER.\n\n\n            Dans la verte oasis, à l'ombre des palmiers\n            Que l'on entend frémir mollement sous la brise,\n            La caravane a fui la plaine ardente et grise\n            Où des os s'égrenaient en lugubres colliers.\n\n            Et les pèlerins las et les bruns chameliers,\n            Au bord d'un étang bleu que la lumière irise,\n            Boivent, ainsi qu'un vin dont la fraîcheur les grise,\n            Les eaux de pur cristal qui chantent à leurs pieds\n\n            Quand ils retourneront vers l'immense ossuaire,\n            Vers le sable aux plis d'or, tendu comme un suaire\n            Sur les squelettes blancs du rouge Sahara :\n\n   "}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 346, "texte": "                                        DURENDAL                                11\n\n\n           Soufflant de l'oasis aux bois ombreux et calmes,\n           Aux muets voyageurs le vent apportera\n           Les murmures lointains des sources et des palmes !\n                                                               FRANZ   ANSEL.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 11, "page_fin": 13, "titre_corps": "L’Esthétique de la Mer : Étude d’Art (suite)", "titre_sommaire": "L’Esthétique de la Mer", "signature_source": "Maurice Griveau", "ancre_debut": "L’ESTHETIQUE DE LA MER", "ancre_fin": "MAURICE GRIVEAU", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 346, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE LA MER\n                                  ÉTUDE     D'ART   (SUITE*)\n\n\n                  CES formes,ces couleurs de la mer, en effet, sont\n                MOBILES, et, notez-le, tandis que la forme de l'Océan\n                est presque indéfinie, que son coloris est fugace,\n                impersonnel, le mouvement ondulatoire qui le gonfle\n                et le sillonne de vagues, est quelque chose de défini,\nqui lui appartient en propre, est bien « à lui ».\n   Mais avant de citer les « vagues », ce geste partiel de la mer, il\nconvient de rappeler ces mouvements d'ensemble qu'elle exécute, de\ntoute sa masse réunie, et qu'on appelle les viarées. C'est là aussi un\nflot, — flux et reflux, — une pulsation, mais gigantesque, et dont\nla période, trop large pour être saisie par nos yeux, parle seulement\nà l'esprit. Aussi, dans un chapitre consacré spécialement à l'aspect\n« DÉCORATIF » de la mer, ne saurais-je insister sur l'expression toute\nabstraite, et pour ainsi dire morale, de ce r y t h m e . — Il a, néanmoins,\nce rythme des marées, son rôle pour ainsi dire théâtral, sa mise en\nscène. Cette plaine d'eau mouvante, vivante même, dirait-on, qui\nmarche vers vous, vous poursuit lentement, solennellement, fatidi-\nquement, — puis, comme rappelée par un ordre secret, impérieux,\nvous quitte, vous fuit., abandonne patiemment le terrain p a t i e m m e n t\nconquis, — n'est-ce point quelque chose de sublime et de fantastique?\n\n  (*) Voir notre numéro de décembre 1896.\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "12                                  DURENDAL\n\n\nOn ne VOIT pas monter ou descendre le flot; mais on le SAIT\nmonter ou descendre... E t ces genres de r y t h m e , que seul l'esprit peut\nsuivre, ont par là, justement, une expression psychique, et plus haute.\nIl semble qu'il y ait alors moins d'automatisme, et plus de volonté;\nla tendance de l'homme à trouver partout l'homme, même en des jeux\ntout mécaniques, « l'anthropomorphisme », en un mot, a donc ici plus\nlibre jeu, et Michelet ne pouvait s'empêcher de voir, en la mer mon­\ntante, un être aux amples pulsations, à la respiration plus ample encore.\n   Revenons aux flots visibles, aux vagues. Celles-ci, par les grands\ncalmes, sont faibles et molles, à peine indiquées ; et la ténuité de ces\nrides, qui viennent expirer sur le sable avec un bruissement discret\nde satin, fin et voluptueux, contraste é t o n n a m m e n t avec l'incommen­\nsurable étendue. C'est l'union du fin et du vaste, du subtil et du majes-\ntueux, de l'élégance et de la grandeur. — Sous un ciel bleu uni, une mer\nunie, bleue, sans plis... Riante et sereine unité, tenue tranquille et\nlongue d'un accord parfait, doux de timbre et charmeur, — effet\nd'infinie pureté. — Autre effet, différent : celui d'un ciel plombé, calme\nmais orageux, sur une mer plate, et d'huile : impression de milieu\ntroublé, qui fermente, de douceur moite, quelque peu malsaine, et\nsuspecte ; appréhension d'un calme étrange qui n'est pas confirmé par\nla pureté de la lumière, et la transparence du coloris.\n   L e vent se lève, en effet, fait bientôt clapoter la vague. L a mer\nparesseuse s'éveille, se secoue ; au large, des moutons blanchissent, et\nrompent sa surface... les rides s'accentuent, prennent force et relief;\nde longues et hautes lames se forment, se nourrissent en chemin. On\nles voit venir du lointain, s'élevant, s'abaissant, avec la lenteur pesante\net sinistre d'un serpent qui déroule ses anneaux... L a vague, cepen­\ndant, approche du rivage où vous attendez : son corps verdâtre de\nreptile se creuse en voûte, couronne sa crête d'écume, et se dresse...\nP u i s , un moment d'hésitation, et le monstre fluide s'effondre, arron­\ndissant sa croupe, en un blanc jaillissement spumeux, dont toute la\nplage est couverte.\n     E t deux fois,   et trois fois, vingt fois, mille fois de suite, le même\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "                                 DURENDAL                                            13\n\nrythme s'articule : anneau par anneau, ce corps de reptile gigantesque\net sublime vient mourir, furieux, sur la grève, pour se régénérer\naussitôt. Les lames succèdent aux lames, les retombées d'écume aux\nretombées; et, fascinés de cette cadence éternelle, grisés des clameurs\nde torrent, vous restez là sans pouvoir quitter le spectacle, attendant\ntoujours quelque chose qui ne vient pas       Vous êtes hypnotisé par\nl'image grandiose et fruste de la V I E . . .\n   Car l'Océan, Messieurs, c'est une chose inerte, et qui, pourtant,\nsemble vivante; elle n'a point seulement ce trait de vitalité, le mouve-\nment rythmique : elle a cet autre trait, presque psychique : la voix...\nN'allez pas dire que la mer a ses bruits : le terme est impropre pour\ndes oreilles musicales. Bruits, si vous voulez, mais alors bruits d'or-\nchestre, superbe et profonde sonorité des voix instrumentales qui se\nmêlent dans un tutti! L a musique en train de conquérir le monde\naujourd'hui, celle de Beethoven et de Wagner, est, à ce point de vue, la\ngrande conciliatrice entre notre Art humain et la Nature. P a r sa\ncontexture savante et libre, elle manifeste assez la maîtrise de l'esprit,\nson orientation personnelle et voulue, — mais, en même temps, son\ndédain des formules artificielles, convenues, son écart généreux des\nsymétries factices, l'ampleur et la variété de son rythme, de son\norchestration, la sève, la plénitude de ses ondes, rappellent la\nNature et le jeu complexe des Forces...\n   Aussi l'oreille affinée du vrai musicien lui fait-elle ÉCOUTER la Mer,\nqui, pour les habitués d'un art conventionnel, n'est qu'un bruit discord\net confus. Bruissements, susurrements mystérieux, soupirs, sanglots,\nmurmures irrités ou plaintifs, tous les timbres, tous les accents, —\nsurtout les pathétiques, sont là. Or, plus la musique est pathétique,\nplus elle est belle; et renversant le mot que j'avais cité au début :\n   « L'Océan, dirai-je, — c'est triste, — mais c'est BEAU !\n\n                                               MAURICE           GRIVEAU,\n\n                                         autorisé pour 1895-1896, à faire un cours libre\n(La fin au prochain   numéro.)                     d'Esthétique en Sorbonne.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 16, "titre_corps": "Une Excursion à Pompéi : Notes de voyage (fin)", "titre_sommaire": "Une excursion à Pompéi", "signature_source": "Jean de Reyva", "ancre_debut": "UNE EXCURSION A POMPEI", "ancre_fin": "JEAN DE REYVA", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "UNE EXCURSION A POMPÉI\n                             NOTES DE VOYAGE      (Fin)\n\n\n\n\nJ\n     USQU'À   présent je n'ai guère conduit le lecteur que dans les ruines altières\n      des temples et des forums ou parmi les vestiges authentiques d'un\n      commerce actif. Il me reste à le mener dans les demeures des banquiers,\ndes armateurs, des marchands, des magistrats, parmi les murailles couvertes\npar les artistes de peintures ou de stucages délicieux, entre lesquelles s'entas­\nsaient les œuvres d'art les plus merveilleuses.\n   La décoration des habitations particulières consiste, à Pompéi, en fresques\nqui commencent au-dessus d'une plinthe noire ou de nuance bois et s'étendent\nsur la muraille entière. Ces peintures représentent d'ordinaire des sujets\nmythologiques en rapport avec les habitudes du propriétaire ou la destination\ndes lieux eux-mêmes : Vénus, Adonis, des Amours, des Colombes jouant avec\ndes bijoux caractérisent les appartements féminins ; chez leurs maîtres on\nrencontre des sujets de chasse, de péche i des aventures héroïques, etc., etc.\nParfois les murs sont de véritables trompe-l'oeil. On admire, au milieu\nd'arabesques qui ont inspiré Raphaël dans ses Loges, des escaliers menant à\nune porte entr'ouverte qu'une femme retient en cherchant à se cacher, — un\nbalcon où une jeune fille se penche pour suivre des yeux son ami, — un\nmendiant qui tend la main à des matrones accoudées sur l'appui d'une fenêtre.\nEt ces dessins sont si vrais, si ingénieux, qu'on les croit en relief lorsque la\nphotographie les reproduit.\n   L'une des plus somptueuses demeures est ce le de Pansa, mais ce n'est pas\nla plus artistique. Selon la mode de beaucoup de palais en Italie, des boutiques\nentourent le rez-de-chaussée, mais sans communiquer avec l'habitation.\n   La villa de Diomède située hors des murs est très grande. Elle avait plusieurs\nétages, des bains et un jardin en terrasse donnant sur la mer. D'immenses\ncouloirs voûtés formaient de magnifiques caves. Ils ont servi de refuge à\nbeaucoup de malheureux qui y avaient transporté leurs provisions. Tous\npérirent, étouffés par les cendres de l'éruption qui pénétraient partout; on a\nretrouvé, s'écrasant sur l'escalier qui montait au rez-de-chaussée, dix-huit\ncadavres de femmes et d'enfants. Le maître se sauvait du côté de la mer,\ntenant en main la clef de la poterne; il fut renversé en même temps que\nl'esclave qui l'accompagnait et ils moururent couchés sur l'argent et les bijoux\n qu'ils emportaient.\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "                                  DURENDAL                                   15\n\n    La maison dit poète tragique est charmante. Le chien en mosaïque qui en\n gardait le seuil, ainsi que l'inscription Cave Canem sont au Musée de Naples.\n Une délicieuse peinture de cette demeure représente une jeune fille qui regarde\n un nid d'Amours. On connaît partout la fresque de la mort d'Iphigénie\n trouvée en cet endroit. Je lui préfère l'admirable Galathée de la maison\n d'Ariane.\n    Une de ces habitations pompéiennes (Casa di Mélégra) est décorée sur fond\njaune très favorable aux peintures. Le portique a des colonnes rouges en bas,\n blanches au sommet. Les fontaines en sont jolies, mais ce qui frappe c'est la\n beauté des fresques. La Léda embrassant le cygne est un pur chef-d'œuvre.\n   L'amour de la décoration s'étendait jusqu'aux tavernes qui sont décorées à\n leur manière.\n   Marcus Lucrezius, bien riche, affectionnait la pacotille. Son jardinet,\n encombré de statuettes servant de fontaines, est d'un goût bizarre et enfantin\n qui étonne chez ce peuple grave et pratique.\n    Chez Cornelius Rufus se rencontrent de magnifiques supports en marbre. Ce\nsont des griffons adossés, d'un admirable travail. Le buste du propriétaire\nsurveille l'atrium.\n   Ce sont en général des inscriptions, des bustes ou des bijoux gravés,\nretrouvés sur les lieux qui ont permis de dénommer les maisons.\n   Il me faut mentionner une dernière maison encore, la villa dite du Faune,\ncar c'est là que se cachait ce chef-d'œuvre. La maison date du IIIe siècle\navant Jésus-Christ; elle est admirablement construite. La splcndide mosaïque\nde la 'bataille d'Issus servait de pavement à la salle de récep.ion. Les murs\net les colonnes stucquées imitent le marbre avec une telle perfection qu'après\nvingt-un siècles on s'y laisse prendre. La villa ne possède guère de peintures,\nmais les sculptures sont nombreuses et remarquables.\n   Près de là, dans une autre demeure, des groupes d'Amours d'une grâce et\nd'un dessin incomparables se détachent sur un fond noir.\n   Mais je me tais. Nous voici proches de la Via Appia, qui mène de Rome\nici, bordée de tombeaux. Un mot pourtant, encore du petit musée de Pompéi.\nOn y montre des moulages humains faits dans la cendre; les victimes de\nl'éruption volcanique qui détruisit la ville portent sur leurs figures et dans\nleurs membres contractés le sceau de la terreur et la marque de la plus\npoignante souffrance. Une seule personne, surprise sans doute dans son sommeil,\nparaît n'avoir point souffert.\n   Au moment où nous quittons le musée de Pompéi le soleil se couche dans\nune splendeur d'incendie rare, même en ce pays de féerie. Les vitres des\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "16                                     DURENDAL\n\nmaisonnettes qui s'égrènent vers Valle di Pompéi semblent en feu, et du côté\nde Castellamare l'air est comme flambant de lueurs rouges.\n   Cette résurrection d'un passé très grand, malgré ses vices et ses cruautés,\nd'une civilisation raffinée, malgré ses abominables mœurs païennes, nous a\nempoignés. Cette journée demeurera une des plus précieuses de ce voyage\nd'Italie et je me rappellerai éternellement ma promenade dans ces ruines aux\ntons dorés, rajeunies et enchantées par un beau soleil d'été.\n\n                                                                    JEAN DE REYVA.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 16, "page_fin": 18, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "L’abbé Henry Moeller", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n   L e Trésor des H u m b l e s , par MAURICE MAETERLINCK. — Il est impossible de\ndonner une appréciation complète du magnifique livre de Maeterlinck dans une\nrevue aussi restreinte. Mais l'idée dominante et primordiale de tout le livre est\ndéveloppée dans le chapitre de La Vie profonde, et il suffira de parler de celui-ci. Ce\nchapitre est superbe. Il contient des pensées admirables et d'une inspiration puis­\nsante. Appliquez ces idées à la vie surnaturelle et vous aurez là une doctrine de la\nplus haute spiritualité. Tel n'a pas été le but de Maeterlinck. C'est un livre\nd'artiste qu'il a écrit. Mais la vie divine n'étant pas autre chose que la vie naturelle\ntransfigurée par la grâce, ce qui est vrai d'une vie doit s'affirmer Je l'autre. Et\nainsi il est exact de dire même de l'homme naturel qu' « il peut mener une vie pro-\nfonde et supérieure dans l'humble réalité quotidienne ».\n   Qu'est-ce en effet que cette vie profonde et supérieure, sinon la vie de l'âme, la\nvie intellectuelle, la vraie vie humaine en somme, la seule qui soit digne de l'homme\net qu'il peut mener partout, même dans la condition la plus humble. « Si vous n'avez\nqu'une petite chambre, croyez-vous que Dieu ne soit pas là aussi, et qu'il soit impossible d'y\nmener une vie un peu haute? » L'homme n'est homme qu'en tant qu'il pense à l'infini,\nobjet essentiel et adéquat de son intelligence, Ce qui nous distingue les uns des\nautres, ce sont les rapports que nous avons avec l'infini. » Toute l'âme humaine aspire à\nl'union avec l'infini, par la contemplation et l'amour. Si nous ne découvrons pas\nl'infini, si nous n'entendons pas son verbe partout — il est partout, il nous enve­\nloppe de toute part, « nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes en lui, dit saint\nPaul », — c'est parce que nous nous laissons absorber et distraire par les banalités\n de la vie contingente. « Notre Dieu ne cesse point un instant de nous parler, mais\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "                                           DURENDAL                                              17\n\npersonne ne songe à entr'ouvrir les portes. Et cependant si l'on voulait y prendre garde, il\nne serait pas difficile d'écouter à propos de tout acte, le mot que Dieu doit dire. »\n   Telle est la pensée développée dans le chapitre de La Vie profonde, qui est de toute\nbeauté. Il donne une si haute idée de l'homme ! C'est pour cela que je l'aime et que\nj'aime son auteur. Autant je suis dégoûté de ces naturalistes grotesques qui ne\nvoient dans l'homme qu'une brute avec des appétits, autant j'aime les penseurs qui\nont une haute idée de l'homme. Jamais on ne s'en fera une conception trop élevée.\nL'homme est un être si grand, pour qui sait le comprendre. C'est un esprit, caché\ndans l'enveloppe matérielle, comme le joyau dans l'écrin, sans doute, mais c'est\nun esprit quand même ! C'est une âme ! Et qui comprendra jamais toute la splen­\ndeur idéale de ce chef-d'œuvre de Dieu : l'âme humaine !\n   A ne considérer l'être humain que superficiellement, on aurait peine à croire\nqu'il est si grand, qu'il est doué d'aspirations si sublimes et de facultés si étonnantes,\nqu'il est susceptible de sentiments si héroïques et qu'il a une destinée si transcen­\ndentale. Nous nous habituons trop aisément à ne regarder que l'écorce des choses.\nPour pénétrer l'essence des êtres, il faut fermer les fenêtres des sens et ouvrir l'œil\nintérieur.\n   C'est ce que Maeterlinck a fait. En étudiant l'homme, il n'a cherché et ne nous\nmontre que « ce qu'il y a d'éternel en lui ! »\n   Après avoir loué l'œuvre de Maeterlinck, qu'il me soit permis de faire une légère\ncritique.\n   Dans un chapitre de la Morale mystique, il parle d'une vie mystérieuse de l'âme,\ntout à fait indépendante de nous, tellement indépendante qu'elle se passerait presqu'à\nnotre insu et que tous nos actes bons ou mauvais lui seraient tout à fait étrangers,\nau point même de dégager la responsabilité de l'âme. Cette théorie me paraît un\npeu bien subtile et est, philosophiquement parlant, inadmissible.\n   Cette réserve faite, le livre de Maeterlinck a toute mon admiration, et je le\nrecommande avec enthousiasme aux lecteurs de Durendal.\n                                                             L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n\n   I F i o r e t t i . Les Petites Fleurs de la Vie du Petit Pauvre de Jésus-Christ, saint Fran-\nçois d'Assise. Traduction d'ARNOLD GOFFIN ( I ) . — Qui n'a fait ses délices de la\nlecture de cette ydillique légende de saint François ? On en avait déjà donné des\ntraductions, mais fort imparfaites. La traduction de M. Goffin est admirable. Elle\nn'enlève rien à l'idéale beauté de l'original et lui conserve toute sa naïve fraîcheur.\nA ceux qui ont déjà lu cette séraphique légende dans des traductions antérieures,\n  (1) En vente chez Schepens, Société belge de Librairie, au Treurenberg, au prix de fr. 1.23.\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "18                                   DURENDAL\n\nelle procurera, comme à nous, de nouvelles jouissances. Ils y découvriront des\nbeautés que les traductions précédentes laissaient dans l'ombre ou rendaient impar­\nfaitement. Quant à ceux qui n'ont jamais lu l'adorable légende du petit pauvre de\nJésus, qu'ils se hâtent de se procurer la traduction de M. Goffin. Ils passeront des\nheures délicieuses dans la lecture de ce ravissant petit chef-d'œuvre. La traduction\nde M. Goffin est un chef-d'œuvre elle-même. Il est parvenu à exprimer non seulement\nla lettre, mais l'âme même de la légende, avec une souveraine et inégalable perfec­\ntion et cela en une forme de langage admirablement appropriée à l'œuvre même.\n\n                                                        L'abbé HENRY     MŒLLER.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-01-n1-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 18, "page_fin": 20, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "appelée à devenir une rareté de bibliophile, est mise en vente dans nos bureaux au prix de fr. 1.50.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 809, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nU     NE revue s'est servie d'une de nos phrases, intentionnellement isolée d'un article\n       de critique, pour blesser un ami. Je proteste de toutes mes forces contre un\ntel procédé disqualifié d'avance auprès de tous les gens de cœur.\n                                                                        P.   DEMADE.\n\n\n\nA    la demande d'un grand nombre de nos abonnés anciens et nouveaux, nous\n     avons renoncé à donner à nos lecteurs par trop minces fragments le roman\nde notre collaborateur Pol Demade : Quand les Vivants se taisent, les Morts parlent.\nNous prendrons nos mesures, pour publier ce roman, non plus par bribes, mais par\nchapitres entiers et si possible par séries de chapitres.             N. D. L. R.\n\n\n\nL    'HISTOIRE DU PIANO ET SA LITTÉRATURE.        — Nous recommandons instam­\n       ment aux lecteurs de Durendal qui s'intéressent à l'art musical, le\ncours d'histoire du piano et de sa littérature professé par M. Wallner. C'est\nle cours le plus intéressant et le plus instructif qui se puisse imaginer. A tout\nesprit un peu orienté vers le beau musical, il procure les émotions esthétiques\nles plus hautes, en même temps qu'il communique, en plus d'une instruction\nsérieuse, l'enthousiasme pour le grand art.\n   M. Wallner n'est pas seulement l'idéal du professeur. C'est un artiste. Il en\na l'âme. Comme tout vrai artiste, il a cette chose si rare chez la plupart des\nprofesseurs : l'amour et l'intuition de son art. Les conceptions des plus grands\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "                                 DURENDAL                                    19\n\ncompositeurs lui sont familières. Doué d'une pénétration étonnante, il saisit\nadmirablement la pensée maîtresse des génies de l'art musical et l'interprète\nd'une façon lumineuse.\n   Bien des élèves se contentent de savoir tapoter du piano d'une manière telle\nquelle. Leur idéal est d'arriver à jouer décemment des airs médiocres, pour\nl'agrément ou plutôt le désagrément de la société, du moins si celle-ci est\nintelligente. A quoi bon? N'avons-nous pas les orgues de Barbarie et les\npianos mécaniques ?\n  Empêcher que l'amateur virtuose ne soit et ne reste toute sa vie une\nsimple machine, faire son éducation musicale, lui révéler les arcanes du grand\nart, l'introduire dans le sanctuaire même, lui en faire connaître les grands\nprêtres, l'initier à l'âme de leurs chef-d'œuvres et le mettre à même d'en\ninterpréter lui-même tous les sentiments. Tel est le but du cours du profes­\nseur Wallner.\n   Nous engageons vivement les virtuoses amateurs du piano et même tous les\namateurs d'art musical à suivre régulièrement ce cours, s'ils veulent atteindre\nune culture artistique un peu sérieuse.\n  Le cours de M. Wallner se donne le mercredi, de quinzaine en quinzaine,\nà 8 1/2 heures du soir, dans les salons de Mlle De Smet, rue de la Presse, 45,\navec le concours de Mlle Hoeberechts, pianiste de S. A. R. la Comtesse de\nFlandre.\n  S'adresser, pour les conditions, rue de la Presse, 45.\n                                                          L'abbé   MŒLLER.\n\n\n\n\nL    E SUCCÈS D'UN COLLABORATEUR. — Notre collaborateur, M. Edouard Bernaert,\n       dont on a lu, ici même, l'an dernier : Pour Allah (nouvelle); Les Yeux\n(poésie); La très douloureuse Passion de N.-S. Jésus-Christ (sonnets); Les Dix\nJours du Juif-Errant (poème), a obtenu tout récemment de la Presse et de\nl'Académie, des éloges que nous sommes heureux d'enregistrer.\n   La Chronique — oubliant ses rancunes habituelles — écrit :\n   « M. Edm. Marchai, secrétaire de l'Académie royale de Belgique, a présenté\ntout récemment à la classe des lettres une note bibliographique sur les œuvres\nd'un jeune poète qui donne les plus belles espérances. M. Edouard Bernaert\nn'a que vingt-trois ans. C'est le fils du général qui commanda jadis\nle 3 e régiment de ligne, et qui a succédé au général Liagre à la Commission\nde biographie nationale.\n  » L'œuvre poétique qui a valu à son fils la note élogieuse de M. Marchai\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "20                                   DURENDAL\n\n  est intitulée : Les Dix Jours du Juif-Errant. Ces Dix Jours, indépendamment\n  d'un prologue et d'un épilogue : « Jêhvah parle », forment dix chants : Le\n  Royaume tombe » (Ruines de Jérusalem); \" La Victoire vainc les Vainqueurs \"\n (Chute de Rome) ; « Les Bases chancellent » (Terreur de l'an mille) ; « L'Éter­\n nité se voile » (Timour Leng, le fléau asiatique); « La Beauté est violée\n (Mahomet II à sainte Sophie);         La Justice s'arme » (Conquête du Mexique);\n  « La Miséricorde se lasse » (Retraite de Russie);         L'Intelligence fulmine\n (Fin d'Europe);       La Sagesse opère » (Signes précurseurs), et « La Couronne\n resplendit » (le Jugement).\n    » C'est une épopée en raccourci; elle n'a pas l'ampleur ni la richesse\n d'images, évidemment, de la Légende des Siècles. Mais la même idée a dominé\n le poète. Quant à la facture des vers, elle est d'un disciple de Leconte de Lisle\n et de Hérédia.\n    » Nous préférons ce genre élevé à celui auquel se complaisent un tas de\n nourrissons des Muses, qui, à peine débarrassés des langes, nous racontent, en\n élégies, leurs tristesses, leurs dégoûts, leurs désespérances. Ils ressemblent à ces\n pauvres de foire qui se font un gagne-pain de leurs plaies, qui les étalent, qui les\n avivent, pour attendrir les passants. Il ne faut pas, comme l'a dit Brunetièrc,\n faire servir le prestige de l'art à masquer ce que de semblables exhibitions ont\n toujours d'impudique. »\n    M. le chevalier Edm. Marchai s'est exprimé en ces termes devant l'Académie :\n    « J'ai l'honneur d'offrir à la classe des lettres, au nom de mon jeune ami,\n Edouard Bernaert, un exemplaire d'un poème portant pour titre : Les Dix Jours du\n Juif-Errant. Il serait téméraire de ma part de parler, même brièvement, de cette\n œuvre au point de vue de ses qualités poétiques, n'étant pas même un initié au culte\n de ce langage.\n    » L'auteur joint à cet hommage un exemplaire d'un morceau en prose. Ces huit\n pages vécues, souvenirs d'un séjour en Algérie, portent pour titre : Les Piétés\nféroces, « Pour Allah! » C'est l'émouvant récit d'une conversation sous la tente avec-\n un de ces fiers kaïds dont la domination française n'a pu dompter le féroce fana­\n tisme et la haine de l'étranger chrétien.\n    » Tout ce que je puis dire de ces productions du jeune poète, c'est que la phrase\n comme le vers, a de grandes allures. Ses récits, comme ses pensées, sont fortement\n mouvementées. »\n    P. S. — L'Administration de la Revue a fait tirer une édition spéciale, sur grand\n papier de Hollande, avec couverture spéciale du poème, Les Dix Jours du Juif-\n Errant, de M. Edouard Bernaert. Cette édition, appelée à devenir une rareté de\n bibliophile, est mise en vente dans nos bureaux au prix de fr. 1.50.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 2, "texte": "JANVIER 1 8 9 7 (QUATRIÈME   ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 3, "texte": ""}, {"page_pdf": 4, "texte": "                         DURENDAL\n                                      REVUE CATHOLIQUE\n           D'ART ET DE L I T T É R A T U R E\n  Janvier 1897                 QUATRIÈME ANNÉE                        N°1\n\n\n\n\n                               1897!\nQUE NOUS caches-tu sous ton  voile,    Viens-tu, comme une bonne fée,\n  Que tiens-tu dans ta main,             Apportant un trésor,\nO jeune femme, dont l'étoile           Dicter d'une voix étouffée\n   Va se lever demain ?                  Des vers aux rimes d'or ?\n\nQu'apportes-tu, nouvelle année?        Et, retrempant notre névrose\n  Pour bercer notre espoir,               Aux poèmes d'antan,\nAu livre de la destinée                Nous débarrasser de la prose\n  Qu'as-tu trouvé ce soir ?               Des marchands d'orviétan?\n\nEst-ce un nouveau tribut de peine,     Mais qu'importe après tout. La terre\n  De chagrins et de pleurs ?            Reverdira toujours ;\nUn nouveau chaînon à la chaîne         Mai ramènera son parterre\n  De nos vieilles douleurs ?             De fleurs et de beaux jours.\n\nOu bien un souverain dictante          Que pourra sur nous la souffrance\n  Contre les maux lassés ?               Et que pourront les maux ?\nEst-ce un joyeux épithalame            Quand donc l'arbre de l'espérance\n  Fait pour nos cœurs blessés ?          Manqua-t-il de rameaux ?\n\n                                                         R.   THOMAS.\n     31 décembre 1896.\n"}, {"page_pdf": 5, "texte": "2                               DURENDAL\n\n\n\n\n                                 CONTE\n\n\n\n       LES LOUPS DE CHINY\n                     DANS la   seconde moitié du XIe siècle, le comte\n                     Arnulph II de Chiny était un des plus puissants\n                     seigneurs de la Lotharingie. Ses É t a t s passèrent\n                     plus tard dans la maison de Looz, puis dans celle\n                     de L u x e m b o u r g .\n                         Au XVe siècle, le souvenir des anciens dynastes\n                       de Chiny n'était plus conservé que dans l'appel­\nlation officielle du comté, puis duché de Luxembourg. E n effet, à la\nfin du siècle dernier, les documents officiels portaient encore cet\nen-tête : « Duché de L u x e m b o u r g et Comté de Chiny. »\n   A Virton, à Étalle, à Florenville, à Orval, on raconte encore\naujourd'hui des histoires mélancoliques sur les comtes de Chiny. On\ndirait que cette famille a été prédestinée au malheur depuis ses\norigines jusqu'à son extinction. U n e sorte de fatalité planait sur elle,\nd'après les légendes qui courent encore sur les bords de la Semois.\n   E n descendant sa vallée pittoresque depuis Florenville jusqu'à\nMonthermé, où la romantique rivière se jette dans la Meuse, je me\nsuis arrêté souvent pour entendre les paysans réciter des contes plus\nou moins fantastiques sur les comtes de Chiny. Je vous offre un de\nces récits, en vous prévenant que je ne suis que l'écho fidèle de tradi­\ntions populaires.\n   L e comte Arnulph II était le descendant d'un de ces rudes Germains\nqui avaient conquis les rives de la Meuse et celles de la Moselle et\nqui, à travers l'immense forêt des Ardennes, avaient suivi vers le sud\nles sentiers et les routes tracés par les Romains. L a forêt actuelle de\nChiny n'est qu'un mince fragment de l'antique forêt des Ardennes.\n"}, {"page_pdf": 6, "texte": "                               DURENDAL                                 3\n\n   En 1075, le comte Arnulph résidait à Chiny, qui est aujourd'hui\nune petite commune sans caractère, pauvre et délaissée, sans\nmonuments, mais pleine de souvenirs. De l'antique splendeur du\ncomté il ne reste rien, pas même une pierre sépulcrale. Le comté\navait des institutions originales qui ont duré pendant près de mille ans\net qui n'ont été détruites que par les sans-culottes français, les mêmes\nqui ont démoli ou incendié l'admirable abbatiale d'Orval. Si vous\nêtes curieux d'étudier l'histoire de ce coin de la terre nationale, lisez\nles travaux du Père Goffinet, un vaillant jésuite, issu d'une ancienne\nfamille du comté. Une forte race ardennaise que cette famille Goffinet.\n   Le général de ce nom, père de l'intendant de la liste civile du Roi\net du secrétaire des commandements de la Reine, était né à Freux.\nQuand il fut créé baron, on demanda pourquoi à Isidore Van Over­\nloop, « Sisi », l'aimable, savant, gastronomique et patriotique sénateur\npour Saint-Nicolas. « Pourquoi ? C'est bien simple, dit-il : le Roi,\n» sachant que Goffinet était né à Freux, n'a plus voulu qu'il fût\n » vilain... »\n   Le comte Arnulph II avait complété la construction du château de\n Chiny. A l'ombre de ses remparts, il avait créé un prieuré, dépendant\n de l'abbaye de Saint-Arnulph, de Metz et de l'Ordre de Saint-Benoît.\n De ce prieuré et de son église romane il n'existe plus un vestige. Sunt\n lacrimœ rerum. Larmes des choses...\n    Le château était une vaste construction élevée sur le plateau formé\n par le cours sinueux de la Semois. A l'ouest, à l'est et au nord, il était\n défendu par des précipices et le cours torrentueux de la rivière. Au\n midi, une enceinte crénelée complétait la fortification. Le donjon sur­\n gissait du milieu de cet amas de murailles massives et dominait la\n cime des arbres séculaires de la forêt ambiante. Autour de cette haute\n tour carrée étaient étagées les habitations du seigneur et de ses gens.\n L'entrée du château-fort était garantie par un fossé profond, en com­\n munication avec un chemin couvert conduisant à l'intérieur. Un pont-\n levis appuyé sur quatre tours, aux sommets encorbeillés, achevait de\n donner à la demeure d'Arnulph un aspect formidable.\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": "4                                     DURENDAL\n\n\n   De ce pont-levis vers la plaine et vers la forêt partaient deux routes,\ncommandées par des ouvrages en terre et en maçonnerie, sur lesquels\nles vigies du donjon pouvaient plonger leur vue au loin.\n   L a forêt devait être superbe, s'il faut en croire les anciens chroni­\nqueurs. Elle était presque impénétrable. Les chênes et les hêtres à\nla ramure puissante et aux troncs majestueux dressaient leurs têtes\naltières vers le ciel. Des arbres séculaires, tombés de vétusté, s'enche­\nvêtraient au milieu de cette végétation luxuriante. Des fougères\nénormes, des lierres noueux, des buissons épais d'épines formaient,\ncomme les lianes des forêts tropicales, un tissu épais et indestructible.\nLes Romains civilisateurs, puis les Germains conquérants avaient, à\nl'aide de la hache et du feu, tracé dans cet épouvantable fouillis\nvégétal, des routes militaires. Au XIe siècle, ces chemins conduisaient\nvers Metz, vers Trêves, vers les vallées de la Meuse et de la Moselle ;\nvers Orval, S a i n t - H u b e r t , l'Oesling et la F a m e n n e . C'étaient, dans les\nenvirons de Chiny, des allées grandioses, connues des chasseurs, des\ntrouvères et des mendiants.\n   C'étaient aussi des chemins périlleux. L a forêt était peuplée de\ncerfs, de chevreuils, de renards, de sangliers et de loups. Ces derniers\ncarnassiers étaient nombreux et la terreur de la contrée. L'histoire\nlégendaire que je veux vous conter le démontrera.\n   Au commencement de l'année 1075, la comtesse de Chiny avait\nmis au monde un enfant du sexe masculin, qui était l'espoir de la\nfamille et du comté. C'était un garçon superbe, qui croissait vigoureu­\nsement dans ce terroir primitif, inondé d'air pur et fortifiant. Sa nour­\nrice, une belle fille du pays de Virton, était pour quelque chose dans\ncette splendeur physique. Malheureusement, elle était un peu négli­\ngente, ou plutôt elle était trop imprudente. Ses promenades autour\ndu château étaient trop souvent, pour elle, des occasions où la ten­\ndresse égoïste l'emportait sur la prudence professionnelle.\n   Au printemps, au mois de juin (le printemps est tardif en Ardenne),\nH u b e r t i n e L e s q u o y (c'était le nom de la nourrice), étant en promenade\navec l'enfant, l'abandonna un instant sur le gazon de l'avenue de Flo-\n"}, {"page_pdf": 8, "texte": "                               DURENDAL                                 5\n\nrenville. Une louve, avide de chair fraîche, flairait depuis une heure\ncette proie dans l'épaisseur du taillis. Hubertine avait à peine quitté\nson poste, que le carnassier se précipita sur l'enfant, l'enleva et\nl'emporta de son infecte gueule dans la forêt immense.\n    L'émotion, la colère, la fureur, la douleur, furent grandes au châ­\nteau. La comtesse fut inconsolable. Le comte mit sur pied tous, ses\nhommes pour battre la forêt dans toutes les directions. Pendant huit\njours la meute des chiens de Saint-Hubert, sous la direction du grand\nveneur du comté, fut lancée du nord au sud, de l'est à l'ouest.\n    Toutes les recherches furent vaines.\n    Mais elles furent tellement minutieuses qu'un léger espoir demeura\ndans le cœur des parents affligés : nulle part on n'avait découvert les\n langes de l'enfant. Il n'avait donc pas été dévoré !\n    Les loups ravisseurs n'étaient pas inconnus dans la contrée. On\nracontait des histoires extraordinaires sur les hauts faits de ces fauves,\n des histoires renouvelées de celle de Romulus (nourri par une louve),\nmême des contes de l'Inde, où les enlèvements d'enfants par les loups\nn'étaient pas rares autrefois.\n    La louve, en apportant l'enfant dans son repaire, pour servir de\nnourriture à ses louveteaux, n'a pas, d'après ces contes, un but abso­\nlument sanguinaire. Si les louveteaux ne veulent pas manger la proie\napportée, l'enfant devient membre de la famille et la louve consent\njusqu'à l'allaiter, et longuement. On cite de nombreux exemples de ce\nfait singulier : l'enfant allaité devient un fauve, grandit, se fortifie,\n marche à quatre pattes. Il est loup.\n    Le comte de Chiny ne croyait guère, disait-il, à ces histoires de\n bonne femme, et haussait les épaules quand on les débitait devant\n lui. La comtesse, elle, était moins sceptique. Pieuse, elle priait beau­\n coup et espérait encore.\n    L'été se passa sans qu'on eût découvert le moindre vestige de\n l'enfant chéri. Déjà le comte de Chiny en avait fait son deuil, quand\n l'abbé de Saint-Arnulph, de Metz, arriva au prieuré de Chiny pour\n les fêtes de l'Avent. C'était un homme de haute piété, profondément\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": "6                               DURENDAL\n\ndévoué à la comtesse, si charitable et si généreuse pour toutes les\nbonnes œuvres du diocèse. Il avait, lui aussi, entendu des paysans de\nla 'vallée de la Semois, raconter que les loups n'étaient pas absolu­\nment insensibles à l'action de la raison des hommes. Précurseur de\nsaint François au rude pays de l'Ardenne, il croyait plus à la toute-\npuissance de Dieu qu'à la cruauté des loups. Il conseilla donc à la\ncontesse de Chiny d'employer l'ultième raison de tous les malheu­\nreux : la prière. Il proposa même de s'associer à une action solennelle,\ndestinée à fléchir la miséricorde de Dieu.\n   T o u s les lundis de l'Avent, une procession devait parcourir dévote­\nment la forêt des Ardennes, en invoquant le bon Dieu des hommes et\ndes loups et en le suppliant de rendre l'enfant à sa mère. A ces\nrogations prendraient part le comte et la comtesse de Chiny, tous les\ngrands officiers de l'État, les députations des diverses classes du\ncomté et les abbés de Saint-Arnulph de Metz, de S a i n t - H u b e r t , de\nSaint-Willibrod d'Echternach et de Saint-Maximin de Trèves.\n   L e comte de Chiny, quoique sceptique, consentit (c'est la douleur\nqui, d'ordinaire, rend les hommes le plus accessible à l'empire de la\nvérité).\n   L a quatrième semaine, le jour choisi pour la procession coïncidait\navec la Vigile de la Noël. L e pieux cortège rentrait au château, triste\net découragé : la foi l'abandonnait.\n   C'est là que la Providence de Dieu attendait les suppliants. L a\nprocession était arrivée près du château, à l'intersection de l'avenue\nde Florenville avec celle de Metz.\n   Les processionnaires jetaient vers le Ciel leurs dernières supplica­\ntions. T o u t à coup, par l'avenue de Metz, arriva, à pas mesurés, une\nbande vraiment fantastique.\n   T o u s les loups de la forêt, poussés par un mouvement parti de haut,\navaient, eux aussi, formé une procession d'un caractère extraordinaire.\n   A leur tête marchaient un loup et une louve, portant dans leurs\ngueules les cordes extrêmes d'un petit hamac (c'était le couple ravis­\nseur). Dans le hamac, au milieu de flocons de laine de mouton, gisait,\n"}, {"page_pdf": 10, "texte": "                               DURENDAL                                7\nvivant, le fils du châtelain de Chiny. Il était horrible à la vue, sale,\nboueux, infect, couvert d'une croûte hérissée de poils fauves. Autour\ndu hamac gambadaient cinq ou six louveteaux, les frères et sœurs\n« utérins » de l'enfant. Enfin, derrière cette famille privilégiée (pour\nla circonstance), suivaient gravement, queues baissées, tous les loups\nde la forêt. Tous semblaient pénétrés de l'importance de l'acte qu'une\nforce irrésistible leur imposait.\n   La procession des abbés s'était arrêtée, terrifiée. La confiance ne\nreparut un peu, qu'au moment où les deux loups conducteurs dépo­\nsèrent, avec des marques du plus profond respect, le hamac devant\nl'abbé de Saint-Arnulph, en se retirant à reculons. Les louveteaux, à\nleur tour, s'inclinèrent profondément devant la crosse abbatiale, firent\ntrois gambades autour du hamac et disparurent à reculons. Ces mou­\nvements de vénération furent imités ensuite par toute l'armée des loups.\n   Toute la cérémonie de réparation fut accomplie tellement rapide­\nment que les spectateurs eurent à peine le temps de se recueillir.\n   Le comte de Chiny, furieux, allait tirer son épée du fourreau et\nordonner à ses gens d'imiter sa colère, lorsque l'abbé de Saint-Arnulph\narrêta d'un geste l'accomplissement d'un acte de violence.\n   Et il entonna, d'une voix vibrante, l'hymne de la reconnaissance :\nTe Deum laudamus !\n   Toute l'assemblée répéta à l'unisson les paroles de l'abbé, lesquelles\nfurent repercutées par les échos de l'immense forêt.\n   On eût dit que l'assemblée des loups, elle aussi, gueulait au milieu\nde la futaie séculaire : Te Deum laudamus !\n\n                                            Baron DE    HAULLEVILLE.\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "8                                    DURENDAL\n\n\n\n\n           LES CHANTEURS DE SAINT-BONIFACE\n\nI  L est impossible à quiconque a l'âme un peu haute d'assister aux offices religieux\n     dans nos églises, sans être exaspéré au plus haut point par la musique hybride\nque l'on y exécute et qui est à la mode aujourd'hui dans toute la Belgique.\n   Cette musique est ou bien d'une frivolité révoltante, contrastant étrangement\navec la majesté sereine du temple chrétien, ou bien d'un sentimentalisme faux et\nniais, ou parfois même d'un sensualisme presque voluptueux, provenant de son\norigine même. La plupart des messes de ce répertoire inouï, en effet, sont emprun­\ntées à la musique de théâtre. Il n'y a de changé que les mots. A des paroles adul­\ntères, on n'a pas trouvé indécent de substituer le Verbe inspiré des prophètes, des\napôtres et jusqu'au chaste langage des anges ! N'avons-nous pas tous entendu\nchanter l'Ave Maria, cette lumineuse salutation de l'esprit bienheureux à la Vierge\nImmaculée, sur des airs d'opéras ? Quelle dérision! C'est une vraie profanation des\nchoses saintes, inconsciente, je le veux bien, mais une profanation quand même. On\nne pourrait agir mieux, si l'on voulait positivement ridiculiser le culte catholique.\n   Cette musique inconcevable est peu en harmonie, il faut l'avouer, avec l'esprit du\ncatholicisme, la plus idéale des religions, basée essentiellement sur l'épuration des\nsens et s'épanouissant dans la contemplation amoureuse de la Beauté essentielle.\n   L'âme mystique semble s'être à jamais envolée de nos vieilles et fastueuses\ncathédrales; cette âme dont l'art chrétien fut dans les âges de Foi, une expression\nsi vivace.\n   Et dire que, tandis que l'on pollue ainsi nos temples, l'art musical chrétien existe\nen des chefs-d'œuvre admirables, d'une conception grandiose, d'une suavité ravis­\nsante et d'une élévation incomparable.\n   S'il avait fallu créer de toute pièce l'art musical religieux, l'abus actuel eût été,\nsinon excusable, du moins compréhensible. Les génies seuls ont la puissance de\ncréer, et en ce siècle de médiocrité vaniteuse, ils sont rares.\n   Mais non, l'immortel Palestrina avait, à la demande d'un grand pape, créé une\nmusique religieuse tellement transcendante qu'elle immatérialise en quelque sorte\nles voix humaines, leur enlève toute expression trop terrestre et les transfigure au\npoint de les faire ressembler à des voix angéliques. Elle donne le frisson du mystère.\n On croit entendre, là-bas, dans un lointain mystérieux, les chants mystiques des\n élus ravis dans l'extase de la vision béatifique, en la cité éternelle.\n    Les œuvres palestiniennes forment toute une bibliothèque. Elle se trouve dans\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "                                     DURENDAL                                        9\n\nla plupart des églises, mais elle a passé du jubé au grenier et y est ensevelie dans\nune tombe à jamais scellée. L'art chrétien dort là, dans ces oubliettes ecclésias­\ntiques, d'un sommeil léthargique séculaire. Plus d'une fois, en découvrant ces chefs-\nd'œuvre relégués, couverts de poussière et de moisissure, dans les combles d'une\néglise, j'ai eu l'âme navrée de douleur et j'ai senti le rouge de la colère me monter\nau front, en songeant à l'inepte musique qu'on leur a substituée.\n   Un soir, tandis que je feuilletais ces volumes vénérables dans une sacristie,\nj'entendais les fidèles dans l'église braire les idiots cantiques de l'imbécile Lambil­\nlotte, le plus infect — j'allais dire compositeur, mais l'expression serait trop noble\npour lui — fabricant de musique que je connaisse. Jamais nous ne pardonnerons\nà ce scélérat d'avoir mis en vogue des mélodies de dégénérés et d'eunuques ! On eût\ndû faire un bûcher de ses bouquins et l'y faire flamber avec eux. C'eût été le digne\nchâtiment de son crime, véritable attentat à la beauté dans une de ses plus sublimes\nincarnations.\n   Une réaction sérieuse contre ces abus scandaleux et sacrilèges vient heureuse­\nment et enfin de s'affirmer à Bruxelles. Il n'est pas nécessaire de dire que Durendal\napplaudit avec enthousiasme à cette initiative qu'elle secondera de tout son pouvoir.\n   Grâce au zèle d'un maître de chapelle intelligent et de caractère, M. Carpay,\n— un vrai artiste, mais trop modeste, — puissamment secondé dans sa noble entre­\nprise par le sympathique et dévoué M. Ch. Lagasse de Locht, il s'est constitué tout\nrécemment une association, dite des Chanteurs de Saint-Boniface, pour la restau­\nration de l'art musical chrétien.\n   Deux auditions ont été données déjà dans l'Eglise de Saint-Boniface. On a parlé\nici même de la première, où on a exécuté l'admirable Messe du pape Marcel, de\nPalestrina.\n   Nous assistâmes, le jour de Noël, à la deuxième audition. Quel baume pour\nl'âme; quel réconfort pour le cœur; quelle jouissance pour l'esprit que ces déli­\ncieuses mélodies chrétiennes !\n   Nous en avons été impressionné au delà de toute humaine parole.\n   Voilà au moins une musique vraiment religieuse et en même temps de l'art le\nplus élevé, lille vous met la prière aux lèvres et le ciel dans l'âme. Elle vous enlève\nsur les ailes de mélodies éthérées, d'une fraîcheur virginale et d'une beauté toute\nséraphique et vous porte jusqu'au trône de Dieu. On n'a qu'à s'abandonner aux\némotions profondes suscitées par la puissance mystérieuse de cette musique mer­\nveilleuse pour entrer en contemplation.\n  Nous avons été frappés du recueillement de l'auditoire. On sentait que les fidèles\nétaient dominés par l'impression de cette musique toute céleste et divinement\nsuggestive.\n   Quelle dilatation d'âme ! Quelle transfiguration des sens ! Quel transport de\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "10                                       DURENDAL\n\n\ntoutes les facultés et de tout l'être en Dieu on éprouve à l'audition de ces admi­\nrables mélodies palestiniennes !\n   Comme elles arrachent les âmes, malgré elles, aux choses d'en-bas pour les\norienter vers les choses d'En-Haut; comme elles nous pénètrent de l'ineptie des\nfrêles et passagères beautés d'ici et de l'infinie supériorité du Beau divin ! Comme\nelles nous font comprendre que Dieu seul est beau et mérite d'être aimé et adoré I\n   Nous engageons tous les fidèles soucieux de la splendeur du culte catholique à\nsoutenir l'oeuvre des Chanteurs de Saint-Boniface, non seulement d'une façon plato­\nnique, par une admiration stérile, mais pratiquement en collaborant de leurs\ndeniers comme membres adhérents (1). Jusqu'ici les adhésions ne sont pas suffi­\nsantes. Elles atteignent à peine la centaine. Ce serait une honte pour les catho­\nliques que de laisser tomber, pour une misérable question d'argent, une oeuvre\naussi belle et aussi méritoire. Les catholiques doivent avoir à honneur de protéger\nl'art chrétien dans tous ses départements, surtout en celui-ci qui a directement en\nvue la glorification de Dieu.\n                                                        L abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n\n\n\n                               L'OASIS\n                                                          A MONSIEUR l'Abbé HENRY MŒLLER.\n\n\n            Dans la verte oasis, à l'ombre des palmiers\n            Que l'on entend frémir mollement sous la brise,\n            La caravane a fui la plaine ardente et grise\n            Où des os s'égrenaient en lugubres colliers.\n\n            Et les pèlerins las et les bruns chameliers,\n            Au bord d'un étang bleu que la lumière irise,\n            Boivent, ainsi qu'un vin dont la fraîcheur les grise,\n            Les eaux de pur cristal qui chantent à leurs pieds\n\n            Quand ils retourneront vers l'immense ossuaire,\n            Vers le sable aux plis d'or, tendu comme un suaire\n            Sur les squelettes blancs du rouge Sahara :\n\n   (1) Les membres adhérents s'engagent à verser une cotisation annuelle de 10 francs. Envoyer les\nadhésions à M. Carpay, rue d'Orléans, 37.\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                                        DURENDAL                                11\n\n\n           Soufflant de l'oasis aux bois ombreux et calmes,\n           Aux muets voyageurs le vent apportera\n           Les murmures lointains des sources et des palmes !\n                                                               FRANZ   ANSEL.\n\n\n\n\n        L'ESTHÉTIQUE DE LA MER\n                                  ÉTUDE     D'ART   (SUITE*)\n\n\n                  CES formes,ces couleurs de la mer, en effet, sont\n                MOBILES, et, notez-le, tandis que la forme de l'Océan\n                est presque indéfinie, que son coloris est fugace,\n                impersonnel, le mouvement ondulatoire qui le gonfle\n                et le sillonne de vagues, est quelque chose de défini,\nqui lui appartient en propre, est bien « à lui ».\n   Mais avant de citer les « vagues », ce geste partiel de la mer, il\nconvient de rappeler ces mouvements d'ensemble qu'elle exécute, de\ntoute sa masse réunie, et qu'on appelle les viarées. C'est là aussi un\nflot, — flux et reflux, — une pulsation, mais gigantesque, et dont\nla période, trop large pour être saisie par nos yeux, parle seulement\nà l'esprit. Aussi, dans un chapitre consacré spécialement à l'aspect\n« DÉCORATIF » de la mer, ne saurais-je insister sur l'expression toute\nabstraite, et pour ainsi dire morale, de ce r y t h m e . — Il a, néanmoins,\nce rythme des marées, son rôle pour ainsi dire théâtral, sa mise en\nscène. Cette plaine d'eau mouvante, vivante même, dirait-on, qui\nmarche vers vous, vous poursuit lentement, solennellement, fatidi-\nquement, — puis, comme rappelée par un ordre secret, impérieux,\nvous quitte, vous fuit., abandonne patiemment le terrain p a t i e m m e n t\nconquis, — n'est-ce point quelque chose de sublime et de fantastique?\n\n  (*) Voir notre numéro de décembre 1896.\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "12                                  DURENDAL\n\n\nOn ne VOIT pas monter ou descendre le flot; mais on le SAIT\nmonter ou descendre... E t ces genres de r y t h m e , que seul l'esprit peut\nsuivre, ont par là, justement, une expression psychique, et plus haute.\nIl semble qu'il y ait alors moins d'automatisme, et plus de volonté;\nla tendance de l'homme à trouver partout l'homme, même en des jeux\ntout mécaniques, « l'anthropomorphisme », en un mot, a donc ici plus\nlibre jeu, et Michelet ne pouvait s'empêcher de voir, en la mer mon­\ntante, un être aux amples pulsations, à la respiration plus ample encore.\n   Revenons aux flots visibles, aux vagues. Celles-ci, par les grands\ncalmes, sont faibles et molles, à peine indiquées ; et la ténuité de ces\nrides, qui viennent expirer sur le sable avec un bruissement discret\nde satin, fin et voluptueux, contraste é t o n n a m m e n t avec l'incommen­\nsurable étendue. C'est l'union du fin et du vaste, du subtil et du majes-\ntueux, de l'élégance et de la grandeur. — Sous un ciel bleu uni, une mer\nunie, bleue, sans plis... Riante et sereine unité, tenue tranquille et\nlongue d'un accord parfait, doux de timbre et charmeur, — effet\nd'infinie pureté. — Autre effet, différent : celui d'un ciel plombé, calme\nmais orageux, sur une mer plate, et d'huile : impression de milieu\ntroublé, qui fermente, de douceur moite, quelque peu malsaine, et\nsuspecte ; appréhension d'un calme étrange qui n'est pas confirmé par\nla pureté de la lumière, et la transparence du coloris.\n   L e vent se lève, en effet, fait bientôt clapoter la vague. L a mer\nparesseuse s'éveille, se secoue ; au large, des moutons blanchissent, et\nrompent sa surface... les rides s'accentuent, prennent force et relief;\nde longues et hautes lames se forment, se nourrissent en chemin. On\nles voit venir du lointain, s'élevant, s'abaissant, avec la lenteur pesante\net sinistre d'un serpent qui déroule ses anneaux... L a vague, cepen­\ndant, approche du rivage où vous attendez : son corps verdâtre de\nreptile se creuse en voûte, couronne sa crête d'écume, et se dresse...\nP u i s , un moment d'hésitation, et le monstre fluide s'effondre, arron­\ndissant sa croupe, en un blanc jaillissement spumeux, dont toute la\nplage est couverte.\n     E t deux fois,   et trois fois, vingt fois, mille fois de suite, le même\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                                 DURENDAL                                            13\n\nrythme s'articule : anneau par anneau, ce corps de reptile gigantesque\net sublime vient mourir, furieux, sur la grève, pour se régénérer\naussitôt. Les lames succèdent aux lames, les retombées d'écume aux\nretombées; et, fascinés de cette cadence éternelle, grisés des clameurs\nde torrent, vous restez là sans pouvoir quitter le spectacle, attendant\ntoujours quelque chose qui ne vient pas       Vous êtes hypnotisé par\nl'image grandiose et fruste de la V I E . . .\n   Car l'Océan, Messieurs, c'est une chose inerte, et qui, pourtant,\nsemble vivante; elle n'a point seulement ce trait de vitalité, le mouve-\nment rythmique : elle a cet autre trait, presque psychique : la voix...\nN'allez pas dire que la mer a ses bruits : le terme est impropre pour\ndes oreilles musicales. Bruits, si vous voulez, mais alors bruits d'or-\nchestre, superbe et profonde sonorité des voix instrumentales qui se\nmêlent dans un tutti! L a musique en train de conquérir le monde\naujourd'hui, celle de Beethoven et de Wagner, est, à ce point de vue, la\ngrande conciliatrice entre notre Art humain et la Nature. P a r sa\ncontexture savante et libre, elle manifeste assez la maîtrise de l'esprit,\nson orientation personnelle et voulue, — mais, en même temps, son\ndédain des formules artificielles, convenues, son écart généreux des\nsymétries factices, l'ampleur et la variété de son rythme, de son\norchestration, la sève, la plénitude de ses ondes, rappellent la\nNature et le jeu complexe des Forces...\n   Aussi l'oreille affinée du vrai musicien lui fait-elle ÉCOUTER la Mer,\nqui, pour les habitués d'un art conventionnel, n'est qu'un bruit discord\net confus. Bruissements, susurrements mystérieux, soupirs, sanglots,\nmurmures irrités ou plaintifs, tous les timbres, tous les accents, —\nsurtout les pathétiques, sont là. Or, plus la musique est pathétique,\nplus elle est belle; et renversant le mot que j'avais cité au début :\n   « L'Océan, dirai-je, — c'est triste, — mais c'est BEAU !\n\n                                               MAURICE           GRIVEAU,\n\n                                         autorisé pour 1895-1896, à faire un cours libre\n(La fin au prochain   numéro.)                     d'Esthétique en Sorbonne.\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "14                                DURENDAL\n\n\n\n\n              UNE EXCURSION A POMPÉI\n                             NOTES DE VOYAGE      (Fin)\n\n\n\n\nJ\n     USQU'À   présent je n'ai guère conduit le lecteur que dans les ruines altières\n      des temples et des forums ou parmi les vestiges authentiques d'un\n      commerce actif. Il me reste à le mener dans les demeures des banquiers,\ndes armateurs, des marchands, des magistrats, parmi les murailles couvertes\npar les artistes de peintures ou de stucages délicieux, entre lesquelles s'entas­\nsaient les œuvres d'art les plus merveilleuses.\n   La décoration des habitations particulières consiste, à Pompéi, en fresques\nqui commencent au-dessus d'une plinthe noire ou de nuance bois et s'étendent\nsur la muraille entière. Ces peintures représentent d'ordinaire des sujets\nmythologiques en rapport avec les habitudes du propriétaire ou la destination\ndes lieux eux-mêmes : Vénus, Adonis, des Amours, des Colombes jouant avec\ndes bijoux caractérisent les appartements féminins ; chez leurs maîtres on\nrencontre des sujets de chasse, de péche i des aventures héroïques, etc., etc.\nParfois les murs sont de véritables trompe-l'oeil. On admire, au milieu\nd'arabesques qui ont inspiré Raphaël dans ses Loges, des escaliers menant à\nune porte entr'ouverte qu'une femme retient en cherchant à se cacher, — un\nbalcon où une jeune fille se penche pour suivre des yeux son ami, — un\nmendiant qui tend la main à des matrones accoudées sur l'appui d'une fenêtre.\nEt ces dessins sont si vrais, si ingénieux, qu'on les croit en relief lorsque la\nphotographie les reproduit.\n   L'une des plus somptueuses demeures est ce le de Pansa, mais ce n'est pas\nla plus artistique. Selon la mode de beaucoup de palais en Italie, des boutiques\nentourent le rez-de-chaussée, mais sans communiquer avec l'habitation.\n   La villa de Diomède située hors des murs est très grande. Elle avait plusieurs\nétages, des bains et un jardin en terrasse donnant sur la mer. D'immenses\ncouloirs voûtés formaient de magnifiques caves. Ils ont servi de refuge à\nbeaucoup de malheureux qui y avaient transporté leurs provisions. Tous\npérirent, étouffés par les cendres de l'éruption qui pénétraient partout; on a\nretrouvé, s'écrasant sur l'escalier qui montait au rez-de-chaussée, dix-huit\ncadavres de femmes et d'enfants. Le maître se sauvait du côté de la mer,\ntenant en main la clef de la poterne; il fut renversé en même temps que\nl'esclave qui l'accompagnait et ils moururent couchés sur l'argent et les bijoux\n qu'ils emportaient.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                                  DURENDAL                                   15\n\n    La maison dit poète tragique est charmante. Le chien en mosaïque qui en\n gardait le seuil, ainsi que l'inscription Cave Canem sont au Musée de Naples.\n Une délicieuse peinture de cette demeure représente une jeune fille qui regarde\n un nid d'Amours. On connaît partout la fresque de la mort d'Iphigénie\n trouvée en cet endroit. Je lui préfère l'admirable Galathée de la maison\n d'Ariane.\n    Une de ces habitations pompéiennes (Casa di Mélégra) est décorée sur fond\njaune très favorable aux peintures. Le portique a des colonnes rouges en bas,\n blanches au sommet. Les fontaines en sont jolies, mais ce qui frappe c'est la\n beauté des fresques. La Léda embrassant le cygne est un pur chef-d'œuvre.\n   L'amour de la décoration s'étendait jusqu'aux tavernes qui sont décorées à\n leur manière.\n   Marcus Lucrezius, bien riche, affectionnait la pacotille. Son jardinet,\n encombré de statuettes servant de fontaines, est d'un goût bizarre et enfantin\n qui étonne chez ce peuple grave et pratique.\n    Chez Cornelius Rufus se rencontrent de magnifiques supports en marbre. Ce\nsont des griffons adossés, d'un admirable travail. Le buste du propriétaire\nsurveille l'atrium.\n   Ce sont en général des inscriptions, des bustes ou des bijoux gravés,\nretrouvés sur les lieux qui ont permis de dénommer les maisons.\n   Il me faut mentionner une dernière maison encore, la villa dite du Faune,\ncar c'est là que se cachait ce chef-d'œuvre. La maison date du IIIe siècle\navant Jésus-Christ; elle est admirablement construite. La splcndide mosaïque\nde la 'bataille d'Issus servait de pavement à la salle de récep.ion. Les murs\net les colonnes stucquées imitent le marbre avec une telle perfection qu'après\nvingt-un siècles on s'y laisse prendre. La villa ne possède guère de peintures,\nmais les sculptures sont nombreuses et remarquables.\n   Près de là, dans une autre demeure, des groupes d'Amours d'une grâce et\nd'un dessin incomparables se détachent sur un fond noir.\n   Mais je me tais. Nous voici proches de la Via Appia, qui mène de Rome\nici, bordée de tombeaux. Un mot pourtant, encore du petit musée de Pompéi.\nOn y montre des moulages humains faits dans la cendre; les victimes de\nl'éruption volcanique qui détruisit la ville portent sur leurs figures et dans\nleurs membres contractés le sceau de la terreur et la marque de la plus\npoignante souffrance. Une seule personne, surprise sans doute dans son sommeil,\nparaît n'avoir point souffert.\n   Au moment où nous quittons le musée de Pompéi le soleil se couche dans\nune splendeur d'incendie rare, même en ce pays de féerie. Les vitres des\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "16                                     DURENDAL\n\nmaisonnettes qui s'égrènent vers Valle di Pompéi semblent en feu, et du côté\nde Castellamare l'air est comme flambant de lueurs rouges.\n   Cette résurrection d'un passé très grand, malgré ses vices et ses cruautés,\nd'une civilisation raffinée, malgré ses abominables mœurs païennes, nous a\nempoignés. Cette journée demeurera une des plus précieuses de ce voyage\nd'Italie et je me rappellerai éternellement ma promenade dans ces ruines aux\ntons dorés, rajeunies et enchantées par un beau soleil d'été.\n\n                                                                    JEAN DE REYVA.\n\n\n\n\n                   Roche Tarpéienne et Capitole\n   L e Trésor des H u m b l e s , par MAURICE MAETERLINCK. — Il est impossible de\ndonner une appréciation complète du magnifique livre de Maeterlinck dans une\nrevue aussi restreinte. Mais l'idée dominante et primordiale de tout le livre est\ndéveloppée dans le chapitre de La Vie profonde, et il suffira de parler de celui-ci. Ce\nchapitre est superbe. Il contient des pensées admirables et d'une inspiration puis­\nsante. Appliquez ces idées à la vie surnaturelle et vous aurez là une doctrine de la\nplus haute spiritualité. Tel n'a pas été le but de Maeterlinck. C'est un livre\nd'artiste qu'il a écrit. Mais la vie divine n'étant pas autre chose que la vie naturelle\ntransfigurée par la grâce, ce qui est vrai d'une vie doit s'affirmer Je l'autre. Et\nainsi il est exact de dire même de l'homme naturel qu' « il peut mener une vie pro-\nfonde et supérieure dans l'humble réalité quotidienne ».\n   Qu'est-ce en effet que cette vie profonde et supérieure, sinon la vie de l'âme, la\nvie intellectuelle, la vraie vie humaine en somme, la seule qui soit digne de l'homme\net qu'il peut mener partout, même dans la condition la plus humble. « Si vous n'avez\nqu'une petite chambre, croyez-vous que Dieu ne soit pas là aussi, et qu'il soit impossible d'y\nmener une vie un peu haute? » L'homme n'est homme qu'en tant qu'il pense à l'infini,\nobjet essentiel et adéquat de son intelligence, Ce qui nous distingue les uns des\nautres, ce sont les rapports que nous avons avec l'infini. » Toute l'âme humaine aspire à\nl'union avec l'infini, par la contemplation et l'amour. Si nous ne découvrons pas\nl'infini, si nous n'entendons pas son verbe partout — il est partout, il nous enve­\nloppe de toute part, « nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes en lui, dit saint\nPaul », — c'est parce que nous nous laissons absorber et distraire par les banalités\n de la vie contingente. « Notre Dieu ne cesse point un instant de nous parler, mais\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                                           DURENDAL                                              17\n\npersonne ne songe à entr'ouvrir les portes. Et cependant si l'on voulait y prendre garde, il\nne serait pas difficile d'écouter à propos de tout acte, le mot que Dieu doit dire. »\n   Telle est la pensée développée dans le chapitre de La Vie profonde, qui est de toute\nbeauté. Il donne une si haute idée de l'homme ! C'est pour cela que je l'aime et que\nj'aime son auteur. Autant je suis dégoûté de ces naturalistes grotesques qui ne\nvoient dans l'homme qu'une brute avec des appétits, autant j'aime les penseurs qui\nont une haute idée de l'homme. Jamais on ne s'en fera une conception trop élevée.\nL'homme est un être si grand, pour qui sait le comprendre. C'est un esprit, caché\ndans l'enveloppe matérielle, comme le joyau dans l'écrin, sans doute, mais c'est\nun esprit quand même ! C'est une âme ! Et qui comprendra jamais toute la splen­\ndeur idéale de ce chef-d'œuvre de Dieu : l'âme humaine !\n   A ne considérer l'être humain que superficiellement, on aurait peine à croire\nqu'il est si grand, qu'il est doué d'aspirations si sublimes et de facultés si étonnantes,\nqu'il est susceptible de sentiments si héroïques et qu'il a une destinée si transcen­\ndentale. Nous nous habituons trop aisément à ne regarder que l'écorce des choses.\nPour pénétrer l'essence des êtres, il faut fermer les fenêtres des sens et ouvrir l'œil\nintérieur.\n   C'est ce que Maeterlinck a fait. En étudiant l'homme, il n'a cherché et ne nous\nmontre que « ce qu'il y a d'éternel en lui ! »\n   Après avoir loué l'œuvre de Maeterlinck, qu'il me soit permis de faire une légère\ncritique.\n   Dans un chapitre de la Morale mystique, il parle d'une vie mystérieuse de l'âme,\ntout à fait indépendante de nous, tellement indépendante qu'elle se passerait presqu'à\nnotre insu et que tous nos actes bons ou mauvais lui seraient tout à fait étrangers,\nau point même de dégager la responsabilité de l'âme. Cette théorie me paraît un\npeu bien subtile et est, philosophiquement parlant, inadmissible.\n   Cette réserve faite, le livre de Maeterlinck a toute mon admiration, et je le\nrecommande avec enthousiasme aux lecteurs de Durendal.\n                                                             L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n\n   I F i o r e t t i . Les Petites Fleurs de la Vie du Petit Pauvre de Jésus-Christ, saint Fran-\nçois d'Assise. Traduction d'ARNOLD GOFFIN ( I ) . — Qui n'a fait ses délices de la\nlecture de cette ydillique légende de saint François ? On en avait déjà donné des\ntraductions, mais fort imparfaites. La traduction de M. Goffin est admirable. Elle\nn'enlève rien à l'idéale beauté de l'original et lui conserve toute sa naïve fraîcheur.\nA ceux qui ont déjà lu cette séraphique légende dans des traductions antérieures,\n  (1) En vente chez Schepens, Société belge de Librairie, au Treurenberg, au prix de fr. 1.23.\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "18                                   DURENDAL\n\nelle procurera, comme à nous, de nouvelles jouissances. Ils y découvriront des\nbeautés que les traductions précédentes laissaient dans l'ombre ou rendaient impar­\nfaitement. Quant à ceux qui n'ont jamais lu l'adorable légende du petit pauvre de\nJésus, qu'ils se hâtent de se procurer la traduction de M. Goffin. Ils passeront des\nheures délicieuses dans la lecture de ce ravissant petit chef-d'œuvre. La traduction\nde M. Goffin est un chef-d'œuvre elle-même. Il est parvenu à exprimer non seulement\nla lettre, mais l'âme même de la légende, avec une souveraine et inégalable perfec­\ntion et cela en une forme de langage admirablement appropriée à l'œuvre même.\n\n                                                        L'abbé HENRY     MŒLLER.\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nU     NE revue s'est servie d'une de nos phrases, intentionnellement isolée d'un article\n       de critique, pour blesser un ami. Je proteste de toutes mes forces contre un\ntel procédé disqualifié d'avance auprès de tous les gens de cœur.\n                                                                        P.   DEMADE.\n\n\n\nA    la demande d'un grand nombre de nos abonnés anciens et nouveaux, nous\n     avons renoncé à donner à nos lecteurs par trop minces fragments le roman\nde notre collaborateur Pol Demade : Quand les Vivants se taisent, les Morts parlent.\nNous prendrons nos mesures, pour publier ce roman, non plus par bribes, mais par\nchapitres entiers et si possible par séries de chapitres.             N. D. L. R.\n\n\n\nL    'HISTOIRE DU PIANO ET SA LITTÉRATURE.        — Nous recommandons instam­\n       ment aux lecteurs de Durendal qui s'intéressent à l'art musical, le\ncours d'histoire du piano et de sa littérature professé par M. Wallner. C'est\nle cours le plus intéressant et le plus instructif qui se puisse imaginer. A tout\nesprit un peu orienté vers le beau musical, il procure les émotions esthétiques\nles plus hautes, en même temps qu'il communique, en plus d'une instruction\nsérieuse, l'enthousiasme pour le grand art.\n   M. Wallner n'est pas seulement l'idéal du professeur. C'est un artiste. Il en\na l'âme. Comme tout vrai artiste, il a cette chose si rare chez la plupart des\nprofesseurs : l'amour et l'intuition de son art. Les conceptions des plus grands\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                                 DURENDAL                                    19\n\ncompositeurs lui sont familières. Doué d'une pénétration étonnante, il saisit\nadmirablement la pensée maîtresse des génies de l'art musical et l'interprète\nd'une façon lumineuse.\n   Bien des élèves se contentent de savoir tapoter du piano d'une manière telle\nquelle. Leur idéal est d'arriver à jouer décemment des airs médiocres, pour\nl'agrément ou plutôt le désagrément de la société, du moins si celle-ci est\nintelligente. A quoi bon? N'avons-nous pas les orgues de Barbarie et les\npianos mécaniques ?\n  Empêcher que l'amateur virtuose ne soit et ne reste toute sa vie une\nsimple machine, faire son éducation musicale, lui révéler les arcanes du grand\nart, l'introduire dans le sanctuaire même, lui en faire connaître les grands\nprêtres, l'initier à l'âme de leurs chef-d'œuvres et le mettre à même d'en\ninterpréter lui-même tous les sentiments. Tel est le but du cours du profes­\nseur Wallner.\n   Nous engageons vivement les virtuoses amateurs du piano et même tous les\namateurs d'art musical à suivre régulièrement ce cours, s'ils veulent atteindre\nune culture artistique un peu sérieuse.\n  Le cours de M. Wallner se donne le mercredi, de quinzaine en quinzaine,\nà 8 1/2 heures du soir, dans les salons de Mlle De Smet, rue de la Presse, 45,\navec le concours de Mlle Hoeberechts, pianiste de S. A. R. la Comtesse de\nFlandre.\n  S'adresser, pour les conditions, rue de la Presse, 45.\n                                                          L'abbé   MŒLLER.\n\n\n\n\nL    E SUCCÈS D'UN COLLABORATEUR. — Notre collaborateur, M. Edouard Bernaert,\n       dont on a lu, ici même, l'an dernier : Pour Allah (nouvelle); Les Yeux\n(poésie); La très douloureuse Passion de N.-S. Jésus-Christ (sonnets); Les Dix\nJours du Juif-Errant (poème), a obtenu tout récemment de la Presse et de\nl'Académie, des éloges que nous sommes heureux d'enregistrer.\n   La Chronique — oubliant ses rancunes habituelles — écrit :\n   « M. Edm. Marchai, secrétaire de l'Académie royale de Belgique, a présenté\ntout récemment à la classe des lettres une note bibliographique sur les œuvres\nd'un jeune poète qui donne les plus belles espérances. M. Edouard Bernaert\nn'a que vingt-trois ans. C'est le fils du général qui commanda jadis\nle 3 e régiment de ligne, et qui a succédé au général Liagre à la Commission\nde biographie nationale.\n  » L'œuvre poétique qui a valu à son fils la note élogieuse de M. Marchai\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "20                                   DURENDAL\n\n  est intitulée : Les Dix Jours du Juif-Errant. Ces Dix Jours, indépendamment\n  d'un prologue et d'un épilogue : « Jêhvah parle », forment dix chants : Le\n  Royaume tombe » (Ruines de Jérusalem); \" La Victoire vainc les Vainqueurs \"\n (Chute de Rome) ; « Les Bases chancellent » (Terreur de l'an mille) ; « L'Éter­\n nité se voile » (Timour Leng, le fléau asiatique); « La Beauté est violée\n (Mahomet II à sainte Sophie);         La Justice s'arme » (Conquête du Mexique);\n  « La Miséricorde se lasse » (Retraite de Russie);         L'Intelligence fulmine\n (Fin d'Europe);       La Sagesse opère » (Signes précurseurs), et « La Couronne\n resplendit » (le Jugement).\n    » C'est une épopée en raccourci; elle n'a pas l'ampleur ni la richesse\n d'images, évidemment, de la Légende des Siècles. Mais la même idée a dominé\n le poète. Quant à la facture des vers, elle est d'un disciple de Leconte de Lisle\n et de Hérédia.\n    » Nous préférons ce genre élevé à celui auquel se complaisent un tas de\n nourrissons des Muses, qui, à peine débarrassés des langes, nous racontent, en\n élégies, leurs tristesses, leurs dégoûts, leurs désespérances. Ils ressemblent à ces\n pauvres de foire qui se font un gagne-pain de leurs plaies, qui les étalent, qui les\n avivent, pour attendrir les passants. Il ne faut pas, comme l'a dit Brunetièrc,\n faire servir le prestige de l'art à masquer ce que de semblables exhibitions ont\n toujours d'impudique. »\n    M. le chevalier Edm. Marchai s'est exprimé en ces termes devant l'Académie :\n    « J'ai l'honneur d'offrir à la classe des lettres, au nom de mon jeune ami,\n Edouard Bernaert, un exemplaire d'un poème portant pour titre : Les Dix Jours du\n Juif-Errant. Il serait téméraire de ma part de parler, même brièvement, de cette\n œuvre au point de vue de ses qualités poétiques, n'étant pas même un initié au culte\n de ce langage.\n    » L'auteur joint à cet hommage un exemplaire d'un morceau en prose. Ces huit\n pages vécues, souvenirs d'un séjour en Algérie, portent pour titre : Les Piétés\nféroces, « Pour Allah! » C'est l'émouvant récit d'une conversation sous la tente avec-\n un de ces fiers kaïds dont la domination française n'a pu dompter le féroce fana­\n tisme et la haine de l'étranger chrétien.\n    » Tout ce que je puis dire de ces productions du jeune poète, c'est que la phrase\n comme le vers, a de grandes allures. Ses récits, comme ses pensées, sont fortement\n mouvementées. »\n    P. S. — L'Administration de la Revue a fait tirer une édition spéciale, sur grand\n papier de Hollande, avec couverture spéciale du poème, Les Dix Jours du Juif-\n Errant, de M. Edouard Bernaert. Cette édition, appelée à devenir une rareté de\n bibliophile, est mise en vente dans nos bureaux au prix de fr. 1.50.\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": ""}, {"page_pdf": 25, "texte": ""}]}