{"numero_id": "ulb-durendal-1897-02-n2", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-02-n2-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 22, "titre_corps": "Le Rouge-Gorge : Légende bretonne", "titre_sommaire": "Le Rouge-Gorge", "signature_source": "J. Watteau", "ancre_debut": "LE ROUGE GORGE", "ancre_fin": "J. 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Et le petit oiseau eut une pitié extrême du Fils de\nson Créateur.\n\n  L'oiseau oublia la tempête menaçante, le ciel sombre, le soleil\nvoilé et n'ayant de souci que d'adoucir la souffrance de Jésus, il\nvoleta trois fois autour de l'arbre.\n\n  Et il revint désolé de ce qu'il, avait vu. Des clous énormes, rougis\npar l'effusion du sang, retenaient, au cœur du cèdre, les mains et les\npieds sacrés, et le corps du Seigneur n'était qu'une plaie horrible, la\nmort était prochaine.\n\n (1) Cette légende est indiquée par Bauhin, dans son livre : Les Plantes gui tirent leur no?n des\nSaints, publié en 1591.\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "22                             DURENDAL\n\n\n   Comme il se rendait compte de son impuissance, Jésus, murmura\nquelques paroles, dans une langue mystérieuse et l'attention de l'oiseau\nfut appelée sur les épines qui cerclaient, de leur redoutable cou­\nronne, la tête sainte.\n\n  L e familier des buissons reconnut le jujubier qui avait abrité son\nnid la saison d'avant, sauta parmi le branchage douloureux et se\nprit à casser de son bec les épines, une à une, en les retirant avec\ndouceur du front divin..... tandis que Jésus mourait!\n\n   L e lendemain, comme l'oiseau couleur de brume se désaltérait au\ncours du torrent, il aperçut, en se mirant dans le clair miroir de l'eau,\nune tache rouge à la naissance de ses deux ailes. Était-ce du sang de\nJésus, ou du sien, ou des deux mélangés? Nul ne le sut jamais et la\ntache, glorieuse en tous cas, demeure encore aujourd'hui à la poitrine\nde tous les rouges-gorges, en témoignage de l'héroïque action de jadis.\n                                                       J. WATTEAU.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-02-n2-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 23, "page_fin": 27, "titre_corps": "Ernest Hello", "titre_sommaire": "Ernest Hello", "signature_source": "L’abbé Henry Moeller", "ancre_debut": "ERNEST HELLO", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Feuillets jaunis", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "ERNEST HELLO\n                 LEMagasin littéraire a publié sur Hello et sous la signa­\n                  ture de W . Ritter un article vraiment incroyable,\n                  tout à fait injuste et qui donne une idée complè­\n                  tement fausse du grand artiste chrétien. Cette\n                  critique d'Ernest Hello m'a fait, ainsi qu'à d'autres\n         amis et admirateurs du fastueux écrivain catholique, la plus\n         pénible impression. Elle m'a fait bondir d'indignation. Nous\n         protestons avec la dernière énergie contre les exagératoins\nmanifestes et puériles — inconscientes, nous aimons à le croire — du\ncollaborateur du Magasin littéraire. ' Sans doute il donne quelques\ncoups d'encens à Hello, mais l'ensemble de l'étude lui est absolument\ndéfavorable et injurieuse. Il appuie avec insistance sur ses défauts,\nil s'arrête presque avec complaisance, dirait-on, sur les petits côtés\nde ce génie qui en avait de si magnifiques.\n  Celui qui jugerait Hello d'après l'article de Ritter en concevrait\nune piètre idée et se figurerait qu'il ne fut, après tout, qu'un\nécrivain médiocre.\n   Hello a écrit un livre superbe, un de ces livres qui suffit à\nimmortaliser un h o m m e . N'eût-il buriné que ce chef-d'œuvre, que\nnous le proclamerions un des plus vastes génies catholiques de\nce siècle. Ce livre, fulgurant de magnificences, c'est l'Homme. Il\nest presque impeccable. Il est d'une profondeur de pensée inouïe,\nd'une élévation de sentiments s u r h u m a i n e , d'une éloquence sublime.\nEh bien! W . Ritter n'en parle pas. Il ne le cite m ê m e pas. Il\ns'appesantit au contraire sur d'autres écrits de plus mince valeur\nd'Hello et s'échine à les éplucher pour trouver l'auteur en défaut.\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "24                            DURENDAL\n\n\n Ces volumes, quoiqu'inférieurs à son œuvre maîtresse, contiennent\ncependant des pages merveilleuses.\n   Que fera, en face d'un écrivain comme Hello, le vrai critique,\ncelui qui comprend sa haute mission, qui est d'exalter avant tout\nle génie et de faire ressortir surtout les beautés de l'œuvre.\nS'acharnera-t-il à découvrir la virgule qui m a n q u e , comme a dit\nsi bien Hello lui-même? Non. Il citera les belles pages du livre,\nsans s'appuyer sur des faiblesses qui disparaissent dans l'ensemble.\nAucun artiste n'est parfait. T o u t e œuvre humaine a ses défauts.\nL a critique, qui s'arrête de préférence aux défaillances de l'écrivain\net s'en sert pour le déprécier, est fausse, injuste et malfaisante.\nTelle est la critique de Ritter au sujet de notre grand Hello.\n   Il s'acharne à nous le montrer dans ses écrits de moindre\nimportance et de ceux-ci il exhibe les endroits les plus défectueux,\nalors qu'il eût dû, en critique éclairé et impartial, nous en faire\nvoir avant tout les magnificences. E t , grâce à Dieu, on en trouve\nd'admirables même dans les plus humbles écrits de ce profond\npenseur.\n   Si W . Ritter avait eu en vue de démolir la réputation d'Hello\ndans l'esprit de ses lecteurs, il n'eût pu mieux agir qu'il ne l'a\nfait. Mais nous connaissons Hello pour l'avoir lu et m é d i t é ; et\nsi nous ne le connaissions pas, il nous suffirait d'avoir lu les pages\nadmirables, consacrées à sa mémoire et à son éloge, par des apo­\nlogistes, dont l'opinion a plus de valeur pour nous, que celle de\ntous les Ritter du m o n d e , pour lui vouer la plus enthousiaste\nadmiration.\n   Léon Bloy et Barbey d'Aurevilly nous ont fait d'Hello un\nportrait littéraire magnifique, qui restera et qui nous compense\namplement de la critique à courte vue de Ritter.\n   Son opinion ne diminue en rien la haute estime que nous avons\npour la grande âme d'Hello, une des plus belles âmes de ce\nsiècle, une vraie âme princesse et l'admiration sans égale que nous\néprouvons pour son talent incomparable, talent d'une originalité\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "                              DURENDAL                                25\n\nsi puissante qu'elle n'a pas d'égale dans son genre, comme l'a dit\nsi éloquemment Barbey d'Aurevilly.\n  Je sais que Léon Bloy, dans un moment de mauvaise humeur,\n— ce n'est pas le premier de son existence — a paru vouloir\nfaire oublier le superbe éloge d'Hello qu'il avait fait jadis. Mais\ntout le monde connaît Léon Bloy. On sait le cas qu'il faut faire\nde ces sorties intempestives dont cet exaspéré est coutumier. Les\nattaques plates et acerbes qu'il se permit, au Mercure de France,\ndans un article insultant pour l'écrivain et surtout pour la noble\net respectable M m e Hello, si digne de notre sympathie, ne nous\némeut pas; elle n'amoindrit pas Hello dans notre pensée, elle ne\ndiminue que le caractère du critique qui s'est permis ces incongruités.\n   W . Ritter, dans son article sur Hello, met en pratique la méthode\nde critique ébouriffante de ces étonnants catholiques, qui nous\nreprochent notre admiration pour Verlaine, à cause de deux - ou\ntrois recueils de ce superbe poète. Ils ne veulent pas savoir que\nVerlaine a écrit Sagesse, c'est-à-dire le plus beau poème chrétien\nde la littérature catholique. Mais ils le jugent et le condamnent\npour quelques mauvais vers, aussi défectueux comme poésie, que\ndéplorables d'inspiration et de tendance.\n   Que dirait W . Ritter si nous nous servions de cette méthode\nétroite de critique, pour le juger lui-même, et si, pour donner une\nidée de son grand talent et de l'élévation de ses vues, nous citions,\nnon ce qu'il a écrit de plus beau et de plus pur : Ames blanches,\npar exemple, mais : Sensuelle, roman d'un goût déplorable, et\nnul au point de vue artiste, écrit par lui, dans un moment d'oubli,\nj'espère, au rez-de-chaussée d'un journal parisien ? Il n'aurait pas\nle droit de se plaindre. Nous lui aurions appliqué sa propre\nméthode.\n   Voulez-vous avoir une idée de la grande critique de Ritter?\nÉcoutez ceci : « Q u a n d un h o m m e est capable d'intituler un volume\nLes Plateaux de la Balance, cet homme est j u g é ! ! ! » et moi je dis\nà M. Ritter, que quand un critique est capable de condamner un\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "26                          DURENDAL\n\ngénie aussi transcendant qu'Hello pour un titre malheureux, il\nest j u g é ! Qu'est-ce que cela peut bien me faire que le titre soit\ndéfectueux, si le livre est beau? J'aime mieux cela qu'un livre\ncreux, au titre pompeux et pédant, comme il s'en voit à foison\naux vitrines de nos éditeurs. J a m a i s il n'y a eu autant et de plus\nsotte et vaniteuse prétention qu'aujourd'hui, dans les titres de\nlivres, mais jamais non plus on n'a caché, sous la splendeur\ntrompeuse des titres, autant d'absence de cervelle.\n   C'est là une des notes caractéristiques de la décadence littéraire\nactuelle. L e s littérateurs ne se donnent plus la peine de penser,\npeut-être parce qu'ils en sont incapables ; de là tous ces livres niais,\noù il n'y a que des phrases torturées, des mots extravagants et souvent\nmême inintelligibles, d'autant plus inintelligibles que ce ne sont\nque des mots qui n'expriment plus rien, pas même une sottise.\n   De là tous ces contes ineptes, d'une monotonie déconcertante,\nd'une vulgarité plate, roucoulant éternellement le même sujet :\nune amourette d'un sentimentalisme idiot, entre deux jouvenceaux\ndégénérés d'âme et de corps, et qui ne connaissent et ne com­\nprennent plus l'amour que par son côté bestial.\n   L a cause intime et vraie de cette décadence littéraire contem­\nporaine, de cette émasculation des tempéraments d'écrivains, c'est\nla négation du christianisme dans l'art et le retour au paganisme.\nNe la cherchez pas ailleurs. L a paganisme a tué l'art à l'époque\nde la renaissance; il l'étouffera encore aujourd'hui, si on ne\nparvient à l'étouffer lui-même.\n   « Redevenons païens », s'est écrié un jour dans une conférence\nlittéraire, un jeune poète de grand talent du reste. C'est le cri\nde guerre et de révolte des écrivains de la génération nouvelle\ncontre la réapparition de l'idéalisme dans l'art. P l û t au Ciel que\nce soit le dernier cri du naturalisme à l'agonie, faisant un suprême\nmais vain effort, pour s'accrocher à l'existence. A ce cri d'un\ncynisme éhonté, opposons le cri de l'espérance et du salut :\nRedevenons chrétiens!\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "                              DURENDAL                               27\n\n   Le paganisme est mort; on ne le ressuscitera plus. Laissons là\ntoute cette vieille ferblanterie d'une mythologie fausse et creuse.\nLe salut de l'art est dans le retour au christianisme intégral.\nS'efforcer d'infuser un sang nouveau, le sang vermeil d'un chris­\ntianisme éternellement jeune, dans- l'art, ç'a été précisément la\nhaute mission et ce sera l'éternel honneur d'Hello.\n   Nous ne l'oublierons jamais, nous, les admirateurs d'Hello, et\nchaque fois qu'on s'efforcera de diminuer sa gloire, comme vient\nde le faire si maladroitement W. Ritter, nous élèverons la voix\npour défendre notre grand écrivain catholique. Je dis notre, car\nil est bien à nous; il nous appartient tout entier, par ses écrits,\npar ses tendances, par son enthousiasme, par son idéal, par tout\nson esprit et par toute son âme.\n                                       L'abbé HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-02-n2-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 27, "page_fin": 31, "titre_corps": "Feuillets jaunis", "titre_sommaire": "Feuillets jaunis", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "Feuillets jaunis", "ancre_fin": "GEORGES VIRRES", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 962, "fin_caractere_exclue": 1254, "texte": "Feuillets jaunis\nLE poète Taraise dénoua le ruban rose pâli qui retenait les feuillets\n   enroulés.\n  Il s'absorba dans les remembrances.\n  Il lisait.\n\n  Nous suivions, t'en souviens-tu, l'étroit sentrer qui promène sa\nrêverie entre les chênes et les acacias, depuis le vieux moulin, où nous\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "28                           DURENDAL\n\n\nnous arrêtâmes, jusqu'à la blanche chapelle érigée au sommet de la\nmontagne. L'automne drapait les bois de tentures fastueuses. T u\nvoulus t'asseoir sur la bruyère fanée, et ton corps souple ploya les\ngenêts bordant le chemin sablonneux. Nous les regardâmes et nous\navons évoqué alors ce jour enfui, si loin déjà, lorsque sous un glorieux\nsoleil d'été je te rencontrai, et quand à l'unisson de nos âmes brûlantes\ncrépitaient les cosses de la plante vermeille, tout le long de la route\noù nous nous comprîmes.\n    Ma charmante, ta tête blonde s'encadrait semblable à une fleur\nd'arrière-saison, dans le massif d'or roux s'éployant derrière toi. Je te\ndisais les paroles toujours dites, et toujours répétées cependant. Les\nfeuilles tombaient comme de grands papillons mourants. Les seuls\nramiers animaient devant nous ces hauts sapins perpétuellement verts.\nAinsi notre amour, n'est-ce pas, mignonne?\n    Non, nous ne l'avons jamais cru.\n    Cette mélancolie éparse autour de nous ; le regret qu'exprimaient\ntoutes choses; la plainte même des choses, car aussi les choses\nsavent et connaissent; cette suprême fête des bois avant la mort, et\ncela sous un ciel de joie... Nous avions compris. Donc elles n'auraient\nqu'un temps, la seconde d'éternité, nos ardeurs d'amour, les flammes\nde nos cœurs.\n    Je sais bien que nous nous taisions. Prédestinés, puisque nous\nsommes h u m a i n s , aux larmes plus qu'aux rires, nous avions, au même\ninstant, la préscience.\n    Mais qu'importait! nous avons tout oublié pour l'heure présente.\n L e s vrais sages que nous fûmes !\n    A présent, ainsi que cette neige aperçue par ma fenêtre en t'écri-\n vant, l'oubli recouvre, glacé comme elle, ce qui fut notre beau rêve.\n Puisque toi et moi — connaissons-nous ces fatalités et leur pourquoi\n surtout? — nous sommes les fantômes de ce que nous fûmes l'un pour\n l'autre; puisqu'il en est ainsi, irrémédiablement, le silence est factice\n de rancœurs qui n'existent plus. E t si l'heure présente est mauvaise,\n n'est-ce pas le remède unique, ce rappel sans a m e r t u m e maintenant.\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "                                DURENDAL                                29\n\n   T u souris en me lisant. Je te vois et je souris aussi.\n   Après la halte nous avons marché jusqu'à la chapelle.\n   L e soleil fuyait à l'horizon cuivré, lorsque tu te plaignis de fatigue.\n   Installé près du foyer, ce petit vieux paysan te fit peur d'abord.\nT u voulus quitter le cabaret dans lequel nous étions entrés pour\nnous reposer. Ce petit vieux paysan je l'aperçois encore, avec sa\nfigure de pomme surie, des yeux clignotants, ses oreilles en vantaux,\net cette bouche fendue en demi-cercle, toujours agitée par un mouve­\nment nerveux.\n   Plusieurs villageois fumant et devisant. L a patronne était grosse,\ntrès grosse, et pourtant elle quitta sa chaise rembourrée et te l'offrit.\nC'était un bon vieil estaminet, avec sur la cheminée les pots et les\nplats d'étain obligatoires, aussi la courtine festonnée, jadis violette\naujourd'hui noire, clouée au chambranle. E t sur le long poêle, une\ngrande marmite qui faisait à elle seule bien plus de fumée que toutes\nles pipes.\n   Donc ces braves gens causaient. L e temps s'était mis au beau,\nchance ! car les travaux à la campagne n'auraient pu continuer si les\npluies avaient persisté. L e fils à Jacques le garde, devra la semaine\nprochaine tirer au sort, pourvu qu'il amène un bon numéro. Son père\na promis un pèlerinage à la Vierge du H ê t r e noir, et Marguerite a vu\ndans les cartes un heureux événement. Dieu le veuille. Sophie, depuis\nsi longtemps courtisée par ce vaurien, Jean-le-lièvre, ainsi nommé du\nchef de braconnage continuel, l'épousera, la pauvre, le mois prochain.\nM. le curé l'a proclamé en chaire ce dernier dimanche.\n   L e petit vieux paysan toussa, cracha, se retourna deux ou trois fois\nsur sa chaise.\n   — Les jeunesses ! ça n'écoute guère les vieux. E t plus tard, trop\ntard, ça geint. Si l'on avait s u ! Mais on savait, parbleu!\n   — Tenez, continua-t-il, vous rappelez-vous l'aventure de Lise,\ncette belle fille brune, la nièce à Colas? Elle s'était éprise de cet\nétranger, un h o m m e aux allures bizarres fréquentant le village à\nl'époque des kermesses. Son métier? Bah, plutôt mauvais. Des jeux\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "30                               DURENDAL\n\n\nde cartes avec lesquels on trompe les pauvres gens; des colifichets de\nqualité mauvaise qu'il vendait cher grâce à sa blague. U n pas grand'\nchose, allons, disions-nous tous. Mais, va, quand on a dix-huit ans,\nun petit nez en l'air et des yeux comme des braises, et le désir de\nplaire et d'être aimée. Bref elle s'amouracha de ce garçon. L e vieil\noncle gourmandait, se fâchait tout rouge parfois. L a n l a i r e ! Des chan­\nsons! L a fillette riait de ses bons conseils. Q u a n d on est jeune, je\nvous disais ! Or par une soirée de printemps, comme ils marchaient\ndeux à deux, elle, folle d'amour, la petite! le méchant gars la quitta\nà quelque distance du village. U n peu craintive à cause de l'obscurité,\nla fillette allait vite. Soudain du bois de l'ermitage surgit un énorme\nchien noir. L a pauvre recule très effrayée, mais l'animal mauvais se\nprécipite sur elle. Alors elle fit un grand signe de croix. L e chien\nhurlant s'enfuit; elle n'avait aucun mal. Cependant la bête étrange\nlui avait arraché un large morceau de sa robe de coton rouge. P l u s\nmorte que vive, Lise courut jusqu'à la première maison du village, le\ncabaret du Beau Miroir. Elle raconta l'aventure aux paysans réunis\nlà, et parmi ceux-ci se trouvait l'étranger, son amoureux. T o u s\ncrurent à une attaque du Malin. Seul l'étranger hocha la tête. C o m m e\nla fille insistait, il eut un large rire silencieux. H o r r e u r ! entre ses\ndents, Lise vit un lambeau de sa robe de coton rouge.\n   T o u s connaissaient l'histoire. T o u s se taisaient pourtant, impres­\nsionnés chaque fois comme au premier jour où ils l'entendirent conter.\nNous-mêmes...\n  Mais chère, quelle idée bizarre est la mienne, et pourquoi le ressou­\nvenir de ce récit? C'est qu'ainsi se tiennent tous les événements que\nnous connûmes ensemble. E t puis, n'est-ce pas un lugubre apologue\nde l'Amour cruel?\n  U n peu de passé, là, dans ma chambre, entre mes yeux et la\nbibliothèque que mes yeux ne regardent pas.\n  Voilà que je la regarde cependant, avec ses chers poètes lus par\nnous. Telle poésie de Verlaine ou de Gautier chante en moi, ayant\ndes intonations tiennes. Ces feuillets que tes doigts fuselés remuèrent...\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1278, "texte": "                                 DURENDAL                                       31\n\n  Aimerais-je encore?\n  T u souris en me lisant, mais moi, chère, je ne ris plus.\n  Serons-nous donc toujours nos propres d u p e s ; nous connaissons-\nnous si mal, pour qu'à la première entrevue avec un passé imaginé de\nconsolation pure, le cœur se prenne d e nouveau à aimer et à souffrir?\n  Je vois de ma fenêtre la lune éclairant le paysage blanc. Serons-\nnous, les rêveurs, toujours ceux-là dépeints par les dictons populaires,\nqui veulent avec leurs dents te prendre, astre des nuits? Les chasseurs\nau bonheur, toujours revenus bredouilles?                   *\n  Si tu voulais, pourtant !\n\n   T a r a i s e finissait la lente lecture de ces feuillets déjà jaunis. L a voix\nde quelqu'un penché par dessus son épaule m u r m u r a :\n  — Monsieur le poète, votre grand tort, voyez-vous, c'est cette con­\nfusion perpétuelle du rêve avec la réalité. Ainsi, dans cette lettre...\n  — Mais oui, ma femme chérie, répondit-il à son interlocutrice, la\nregardant amoureusement, puisqu'en ta beauté se confondent le songe\nfou et l'auguste vérité, que seuls les sots et les savants ne surent unir\ndans la parfaite harmonie.\n                                                        GEORGES V I R R È S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-02-n2-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 32, "page_fin": 36, "titre_corps": "L’Esthétique de la Mer : Étude d’Art (fin)", "titre_sommaire": "L’Esthétique de la Mer", "signature_source": "Maurice Griveau", "ancre_debut": "L’ESTHETIQUE DE LA MER", "ancre_fin": "MAURICE GRIVEAU", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ETUDE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE LA MER\n                                      ÉTUDE      D'ART     (FIN) (*)\n\n\n\n                            IL    —     PARTIE       PSYCHOLOGIQUE.\n\n                      AINSI, Messieurs,\n                                   des formes, des mouvements, des cou-\n                  leurs, des sonorités, voilà de quels éléments, et de\n                  quels seuls éléments se compose le spectacle de la\n                  Mer. Ces FORMES, elles se caractérisent par une\n                  grande simplicité, une régularité géométrique, par\n                  un contour qui n'a d'autres limites, à l'horizon, que\n                  la courbure terrestre et la portée de nos regards.\nCes COULEURS, elles oscillent dans une g a m m e fraîche et douce,\nvariée de nuances à l'infini, mais excluant les teintes chaudes. Ces\nMOUVEMENTS, ils sont mesurés, et rythmiques, et leur terminaison sur\nle lit de sable ou de galet, se traduit en caden cepresque musicale.\n   Mais tout cela, ce n'est pas l'Océan, ce sont les membres disjoints,\népars de l'Océan. — Qui donc recueillera ces membres dispersés par\nmon analyse, et par vos sens, quand ils se partagent le phénomène\nextérieur, en quelque sorte? L ' E S P R I T , par l'entremise du cerveau. L'œil\nélabore, pour sa part, les perceptions séparées de points, de lignes et\nde plans; il cornpose, à l'aide du procédé que je décrivis, la sensation\nspéciale de COULEUR. P a r un concert d'opérations délicates, dont le\nlabeur échappe à la conscience, il suit le contour achevé, ou celui qui\ns'achève, « redessine » intérieurement le pourtour de l'amphithéâtre\nliquide, suit, comme la pointe d'un compas, le profil des ondulations;\net de tous ces travaux centralisés aux régions terminales du système\nnerveux — naît l'idée de FORME pour l'âme.\n  Ainsi les sons individuels très nombreux qui se mêlent en la\nrumeur des flots sont perçus séparément par l'oreille, à notre insu,\n (*) Du cours libre sur l'Histoire esthétique de la Nature, professé en Sorbonne par l'auteur, cette année.\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "                                 DURENDAL                                 33'\n\nmais se refondent aussitôt dans un timbre, et font un effet d'unité. L'âme\nrassemble ces documents, elle y joint ceux que lui fournissent, à leur\ntour, I'ODORAT, le GOUT, le TOUCHER. Au coloris glauque, azuré,\nhyacinthe ou gris d'argent, elle ajoute l'étendue, la sensation de cercle, le\nparallélisme des vagues, l'alternance des chutes sonores et des silences ;\nelle ajoute encore le PARFUM, austère et salubre du sel, la SAVEUR\namère, alcaline, la fraîcheur moite des eaux quasi savonneuses,\nleur caresse onctueuse et ferme à la fois, — et puis je ne sais quelle\nimpression magnétique, excitant le cœur et le cerveau, réchauffant et\nreconstituant notre sève.\n   De ces sensations, combinées en une sorte d'accord harmonieux,\nl'âme compose l'image, et l'idée d'Océan. Retranchez une de ces sensa­\ntions, vous retranchez une note de l'accord, vous faites l'orchestration\nincomplète. — Ce qu'il doit savoir de la mer, le faible et flasque\nMOLLUSQUE, inondé, à chaque remous d'une petite partie d'Océan, je\nvous le d e m a n d e . . . De cet Océan qu'il ne voit pas, qu'il n'entend\npoint, sans doute, dont il ne sent même pas, vraisemblablement,\nl'amertume, mais qui le couvre d'une buée glauque et trouble, le\npénètre d'une béate, et suffisante atmosphère nutritive.\n   L e POISSON, lui, libre et mobile, doit se créer, dans son cerveau\ntrès inférieur au nôtre, mais supérieur à celui du mollusque, une\nimage plus vive, et différente, de la Mer. Il a d'autres tableaux que\nles nôtres; et si ses yeux n'ont pas la sereine vision des surfaces, ils\ngagnent la magie surprenante des profondeurs : son spectacle est\ncelui du scaphandrier qui descend, avec appréhension d'asphyxie, au\npays vert et translucide; là se tordent les annelides écarlates ; là, les\nastéries roses étalent leurs bras en pétales, là se meuvent, lourde­\nment, dans leurs cuirasses violettes, les crustacés.\n   Amenez maintenant l'homme devant la m e r ; mais l'homme privé\nd'un de ses sens, aveugle ou sourd. Peignez-vous l'idée qu'il s'en peindra\nlui-même en son esprit. P o u r celui qui ne connaît pas la lumière,\nl'Océan est une série de larges mesures sonores, basse fondamentale\nsur laquelle son imagination de musicien bâtira peut-être de sédui-\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "34                              DURENDAL\n\n\nsantés architectures mélodiques. — C'est aussi la fraîcheur saline des\nbrises, la poussière d'écume que le vent jette en pluie, dont il fouette\nla joue, sainement; mais ce n'est que cela.\n     Quel tableau, maintenant, que la Mer, pour celui qui la voit mou­\nvante et taciturne au m ê m e instant! Messieurs, le pathétique de ce\nspectacle, où l'agitation, la vie plastiques restent sans signe phoné­\ntique et vocal ! Ce moutonnement pressé de flots succédant à des flots,\net qui retombent, lourds et mornes, sur une grève silencieuse!...\n                                       *\n                                   *       *\n     Jouissons, nous autres, de posséder l'Océan tout entier, dans la\nplénitude harmonique des SONS, des COULEURS, et des FORMES...;\nRemercions Dieu d'avoir tout à la fois : le plaisir de l'espace libre et du\n« large »; la notion piquante du tréfond obscur, mystérieux; la rude et;\nfranche volupté des parfums, la magique évocation des couleurs, l'entraî­\nnement du rythme, même la joie du bain, où nous retrempons notre\nénergie vitale épuisée.\n     Mais remercions le Créateur des Mers, surtout, de ce qu'il nous fit\nHommes, et non Mollusques ou Poissons, puisqu'une     âme supérieure, faite\nà sa ressemblance, fait converger, de sa lentille puissante, toutes ces\nsensations vers le Beau.\n     L e BEAU, ce sentiment profond, qui nous remue, et que nous rap­\nportons, d'instinct, comme qualité, à l'objet,... d'où naît-il donc?... J e\nne répondrai pas directement, par une définition, à la manière des\nphilosophes. J'aime mieux vous présenter l'image d'une FLEUR, idéale\nde contours, de coloris, de parfums, — et naissant comme par miracle,\nd'un rameau fruste, aux feuilles simples, sans prétention.\n     Dans cette corolle élégante et fragile comme une toilette de bal,\nreconnaissez-vous, dites-moi, le tissu solide et sérieux dont sont\nouvrées les feuilles, et les « bractées » sous-jacentes? E t pourtant,\nG O E T H E lui-même l'a montrée, cette corolle éblouissante de grâce, fille\net petite-fille d'une race rustique, habillée modestement de chloro­\nphylle, toute en vert uni.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "                                  DURENDAL                                  35\n\n   Ainsi va-t-il des choses de l'âme, où les sensations, les images par­\ntielles, immatérielles déjà en elles-mêmes, se groupent en faisceau pour\ns'épanouir, transfigurées, en cette fleur terminale, immatérielle, le\nsentiment du Beau. L'âme en est comme parfumée tout entière, elle\ns'en enivre, et ne se connaît plus. L a fleur lui fait oublier la tige\nutile, nourricière.\n   Que vous aperceviez, de la plaine, la ligne noble des montagnes, ou\nbien, d e la falaise, le cercle pur et parfait de la Mer, — cette fleur\ndont je parle éclot dans votre âme et s'y épanouit plus ou moins. Chez\ncombien d'hommes, il faut le dire, elle reste à l'état de bouton, obsti­\nnément fermée, serrant jalousement ses pétales, et ses parfums! Chez\ncombien d'autres, à peine ouverte, elle se referme ou se flétrit... C'est\nque, Messieurs, pour idéale et quintessenciée qu'elle soit, elle tient,\ncette fleur, à sa tige, et de sa tige elle reçoit, en sucs choisis, élaborés,\nl'aliment puisé, tout au profond du sol, par les racines. — Ces racines\nde la fleur de beauté, qui veulent la culture et l'entretien constant, ce\nsont les sensations, les idées élémentaires, les exercices obscurs de nos sens.\nQui méprise ces racines, n'aura point la fleur : le beau sort toujours\nde l'utile, et la grâce a besoin de la fermeté pour soutien.\n   Aussi ne saurait-on donner trop d'aliments solides à notre désir\nd'Idéal. L a fleur d'admiration que nous sentons pousser en notre âme\nest souvent bien fragile, et fugace... Même elle est parfois vénéneuse...\nDans la N a t u r e , au moins, pareil danger n'est pas à craindre. T o u t y\nest pur, et grand, tout élève et rien ne corrompt. L a Mer surtout, si\nbelle, est forte, et saine aussi. Réceptacle de tant de morts, terminus\nde tant de souillures, le sel qui la sature, et l'ondulation qui la berce,\nmaintiennent sa fraîcheur et sa pureté. Les larges horizons qu'elle\ndéploie ne peuvent qu'élargir nos âmes, et la régularité de sa forme la\nrythmique allure de ses plis mouvants ne saurait inspirer que l'ordre\net l'harmonie.\n   Mais ces premiers effets de l'Océan sont encore bien généraux.\nVous verrez qu'en perçant le voile uniforme d'azur dont il recouvre\nses mystères, un m o n d e exubérant de vie, de mouvement, de verve\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "36                                  DURENDAL\n\n\nplastique, apparaît : ce sera la révélation de la SCIENCE                      Au-dessus\ndes abîmes ainsi peuplés, le courage — ou la cupidité de l'homme\nhasardera de lourds b â t i m e n t s , des nefs légères. A la grâce des eaux\nse superposera la grâce des voilures, et, phénomène vraiment curieux,\nun fait de simple utilité créera de nouvelles beautés : le navire, aperçu,\ntoutes voiles dehors, au large, se fera 'oublier comme marchand, il\nviendra compléter le DÉCOR. — T a n t il est vrai (et je finis sur celte\npensée), que la N a t u r e , et même l'humaine Industrie, ne d e m a n d e n t\nqu'un prétexte pour faire beau!\n                                                         MAURICE GRIVEAU,\n                                                  autorisé pour 1895-96 à faire un cours libre\n                                                           d'Esthétique en Sorbonne.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-02-n2-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 38, "titre_corps": "Étude musicale : Le Tempérament dans la Gamme", "titre_sommaire": "Le Tempérament dans la Gamme", "signature_source": "L’abbé G. de Lescluze", "ancre_debut": "ETUDE MUSICALE", "ancre_fin": "G DE LESCLUZE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 947, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "ÉTUDE                         MUSICALE\n                  LE TEMPÉRAMENT DANS LA GAMME\n\n   Je voudrais écrire une histoire difficile, celle du tempérament en musique, c'est-à-\ndire l'histoire des variations qui ont présidé au nombre et à l'accord des intervalles\nusités dans la gamme. Quand nous remontons au siècle dernier, nous retrouvons\nl'orgue à l'église avec une touche supprimée, c'est à l'octave inférieure, le do dièse.\nOn accordait encore à cette époque, chez nous, avec ce qu'on appelle la partition du\nloup. On sacrifiait complètement la justesse de la quinte fa dièse do dièse à la\njustesse des autres quintes ou plutôt des tierces majeures. On ne jouait qu'en onze\ntons et non en douze. Les fa dièse et do dièse n'étaient destinés qu'au rôle de\nnotes du passage mélodique, sans jamais s'associer en accord pour compléter le\nnombre actuel des douze tonalités.\n  Si nous reculons de quelques siècles, nous rencontrons les discussions les plus\nvéhémentes, non pas seulement au sujet de l'accord des intervalles, mais à celui de\nleur nombre. C'est l'époque des supertoniums, touches surnuméraires employées dans\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3027, "texte": "                                      DURENDAL                                         37\nle clavier, présentant des intonations diverses pour un intervalle que notre écriture\nmusicale désigne par un même signe, mais qui est interprété différemment d'après\nla tonalité.\n   Si nous reculons encore dans l'histoire des temps, nous rencontrons les deux\ncélèbres réformes de saint Grégoire et de saint Ambroise A cette époque, où l'orgue\na déjà remplacé la lyre antique aux sons mobiles, nous en sommes réduits à des\nhypothèses sur la nature même de cette réforme. Mais à voir les progrès de l'orga­\nnum, et les différentes opinions qui devaient nécessairement se manifester sur la\npartition de son accord, nous pouvons conjecturer que le tempérament a eu la plus\ngrande part à ces réformes.\n   Nous approchons enfin de la musique grecque, origine de nos européennes. Ce\nn'est plus qu'une recherche dans la nuit. Qui nous dira quelle règle présidait à\nl'organisation des modes et à la partition de leurs intervalles? Cette partition était-\nelle unique ou diverse pour les diverses modalités? Quelle règle a présidé à la réunion\ndes divers tétracordes sur une même lyre. Il est excessivement commode d'admettre\nl'influence de Pythagore sur l'organisation des modes de la musique grecque. Sa\ndistinction, entre intervalles primitifs, qui seraient les quintes, et intervalles dérivés,\nqui seraient les autres éléments de la gamme — éléments qui seraient constitués par\nune série de quintes rabattues, bien que toute gratuite, a cependant fait époque.\nQu'elle ait été remplacée, c'est l'opinion de Gevaert. Ce n'est pas celle\nd'Helmholtz qui croit que les tierces pythagoriciennes auraient été trop dures pour\nl'oreille grecque. Il est du reste historiquement prouvé que les écoles n'étaient pas\nunes et que les systèmes étaient partagés. Nous croyons que l'influence de Pythagore\na peut-être été plus grande sur notre musique moderne que sur l'ancienne. Sa\ngamme est tout simplement fausse, mais elle est merveilleusement adaptée à la\npolytonie qui fait l'essence de notre art. Singulier effet d'une règle imposée par son\ngénie sur la mélodie grecque, qui contribue à altérer son essence pour créer un genre\ntout opposé. Après cela qu'on ne dise plus que notre tonalité moderne dérive de la\n tonalité grecque, quoiqu'on puisse être dans la vérité en disant qu'elle dérive de la\n théorie de Pythagore : théorie que je serais tenté d'appeler fausse, si l'échelle har­\n monique, qu'elle a si mal interprétée et exposée, n'était pas assez vaste pour se prêter\n à plus d'un système.\n   Il serait assez difficile d'inférer que les artistes grecs accordaient toutes les cordes\nde leur lyre par quintes et quartes pour le motif que le violon et la guitare modernes\nle font; la lyre antique, comme notre piano, représentait chaque son de la gamme\npar une corde, la guitare a des sons intermédiaires obtenus par le toucher. Et pour\nce qui regarde notre piano, nous ne sommes jamais parvenus à lui appliquer les\nquintes pythagoriciennes justes.\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "38                                    DURENDAL\n\n   Le système de Pythagore n'a jamais été qu'une vue partielle et incomplète de la\nvérité.\n   On comprend combien la question que nous osons à peine toucher, tant elle est\ndifficile à résoudre, intéresse la tonalité du plain-chant. Les réformes qui ont\nprésidé aux éditions nouvelles supposent la connaissance adéquate de la tonalité\ndans laquelle elles ont été écrites. Peut-être s'apercevra-t-on un jour qu'on n'a pas\nrencontré la vérité et qu'on n'avait aucun motif fondé pour s'écarter de la tradition.\n                                                        L'abbé G    D E LESCLUZE.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-02-n2-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 38, "page_fin": 40, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "risson du Sphinx ; HENRY BORDEAUX : Sentiments et idées de ce temps ; ADOLPHE HARDY : Émaux Wallons.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n     Quelques Propos des Douze Pairs autour de la Table Ronde\n\n   FALSIFICATIONS          LITTÉRAIRES. — Le Magasin littéraire publiait, le mois\ndernier, un article très remarquable de notre ami Henry Bordeaux; il accompagnait\ncette publication d'une note en laquelle la chose était annoncée « comme une\nprimeur ». Notre excellent confrère fait erreur, Le Tombeau de Taine, de M. Henry\nBordeaux, avait paru déjà dans le Figaro; précisons : le 6 février 1895 et ce que\nle Magasin littéraire a servi sous le titre de primeur » est une « boîte de conserves » !\n   Signalé à M. le Ministre des Beaux-Arts... et de l'Agriculture!\n                                           *\n   D E GEORGES D'ESPARBÈS, à l'adresse de certaine littérature, fort à la mode\naujourd'hui, à propos d'un livre de Hugues Le Roux :\n   « Cela semble écrit pour tous, pour le paveur, l'employé, le lettré, le boulevardier,\nle millionnaire, pour tous ceux qui dirent, ou surent dire cet adorable mot : maman.\nL'œuvre entière est une pomme d'éclat », de celles, si friandes, qu'aimait l'auteur.\nQu'on compare ce fruit qui sent bon, resté dans l'armoire normande, entre deux\npiles de linge frais, aux vieilles pommes pourries de la littérature actuelle, et on\ndevinera quel avenir s'ouvre aux purs artistes, aux artistes qui sont des hommes.\nCe mauvais goût dans la bouche que nous avons tous, un jeune avenir vient qui le\nsoufflera d'une haleine. Adultères, blagues de cercle, perversions, vices curieux,\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "                                       DURENDAL                                         39\n\nneurasthénies, vierges botticellesques, demi-vierges, tiers, quart de vierges, aux quais!\nAux quais, les livres « rosses » ! Nous voulions aimer, nous voulions rêver, vous ne\nnous faites que vomir. Aux quais! on en a assez! on ne vous veut plus! »\n\n\n\nD     'UN récent article d'ANATOLE FRANCE :\n          « — Mon cher ami, dit M. Bergeret à son élève, proclamez-vous toujours\nl'excellence du vers libre ? Pour ma part, je sais que les formes poétiques varient\nselon les temps comme selon les lieux. Je n'ignore pas que le vers français a subi,\ndans le cours des âges, d'incessantes modifications et je puis, caché derrière mes\ncahiers de métrique, sourire discrètement du préjugé religieux des poètes qui ne\nveulent point qu'on touche à l'instrument consacré par leur génie. Je remarque\nqu'ils ne donnent point la raison des règles qu'ils suivent, et j'incline à croire que cette\nraison ne saurait être cherchée dans le vers lui-même, mais plutôt dans le chant\nqui l'accompagnait primitivement. Enfin je suis propre à concevoir les nouveautés\npour cela même que je me laisse conduire par l'esprit scientifique qui, de nature,\nest moins conservateur que l'esprit artiste. Pourtant je conçois mal le vers libre,\ndont la définition m'échappe. L'incertitude de ses limites me trouble e t . . . »\n\n\n\nN    os meilleurs souhaits de bienvenue à notre nouveau confrère littéraire : Le\n       Spectateur catholique, d'Anvers, si joliment édité et renfermant des pages\ncurieuses de littérature et d'art.\n  Signalons également un organe littéraire, plus modeste d'allures certes, mais fort\nintéressant et surtout très jeune et très enthousiaste, le Drapeau, de Charleroi.\n  Longue vie et prospérité !\n\n\nL   E Théâtre chrétien a servi, en ces derniers temps, de thème à plusieurs chro­\n      niqueurs. Qu'il nous soit permis de constater que la question a été traitée ici,\nà Durendal, il y a longtemps. Nous avons publié, au mois d'août 1894, une bien\ncurieuse lettre de Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul, aux Etats-Unis, lettre\nadressée à notre collaborateur Pol Demade, en laquelle l'éminent prélat disait,\nentre autres choses : « Nous devrions occuper toutes les avenues menant à l'esprit et au\ncœur de nos contemporains. » Nos abonnés retrouveront cette lettre dans la collection\nde notre première année, page 149.\n\n\n\n L   E volume inlitulé Divagations, du maître fumiste M. Stéphane Mallarmé, inspire\n       à Philippe Gille, du Figaro, cette malicieuse critique :\n     Je ne dirai pas que la langue toute personnelle que parle M. Mallarmé, et dont\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "                                      DURENDAL\n40\nles incohérences apparentes ont fait rire plus que de raison, se soit clarifiée, mais\ncependant il m'a semblé trouver plus facilement le sens de ce dernier ouvrage que\nde ceux qui l'ont précédé.\n     Évidemment, la longueur interminable des périodes, la fréquence des inci­\ndences, la rendront toujours fatigante à ceux qui aiment la brièveté de la phrase de\nVoltaire, la clarté de celle de Renan; mais qu'on y apporte un peu de la complaisance\nqu'on trouve quand il s'agit de traduire un texte étranger, en tenant compte d'une struc­\nture de phrase inaccoutumée, de l'emploi de substantifs, d'adjectifs disposés autre­\nment que les nôtres, et l'on finira par découvrir la pensée de M. Mallarmé, qui mérite\nvraiment qu'on la cherche. Ceux à qui ce travail paraîtra un peu dur, et qui sont\npressés de savoir ce qu'on leur dit, pourront ne pas le continuer, mais je les engage\npourtant à ne pas se décourager trop tôt et à ne pas se pas se prononcer avant\nd'avoir lu ou, tout au moins, de s'être contraints à essayer de lire ».\n  Qu'en termes féroces, ces choses-là sont dites !\n\n\n\n\nN     os lecteurs trouveront, encarté dans le présent numéro, un bulletin de sous­\n        cription à l'œuvre magnifique des Chanteurs de Saint-Boniface, dont il a été\nparlé ici chaleureusement, comme il convenait, par notre sympathique collabora­\nteur, M. l'abbé Henry Mceller (voir notre numéro de janvier dernier).\n\n\n\nN    ous avons reçu :\n        JEAN DELVILLE : Le Frisson du Sphinx ;\n  HENRY BORDEAUX : Sentiments et idées de ce temps ;\n  ADOLPHE HARDY : Émaux        Wallons.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 26, "texte": "FÉVRIER   1897 (QUATRIÈME A N N É E . )                          Prix du numéro : fr. 0 . 6 0 .\n\n\n\n\n                                   i. Mme J. WATTEAU. — Le Rcuge-gorge.\n\n                                   2 L'abbé HENRY MŒLLER. — Ernest Hello.\n\n                                   3. GEORGES V I R R È S . - Feuillets jaunis.\n\n                                   4. MAURICE GRIVEAU. — L'Esthétique de la Mer.\n\n                                   5. L'abbé G. D E LESCLUZE. — Le Tempérament\n                                       dans la gamme (Etude musicale).\n\n                                   6. Propos des Douze Pairs.\n\n\n\n\n                    GliBERT^V\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": ""}, {"page_pdf": 28, "texte": " Février 1897                                                                          N° 2\n\n                                        DURENDAL\n\n\n\n\n          LE ROUGE-GORGE\n                               LÉGENDE       BRETONNE       (1)\n\n\n\n\nCOMME                   aux approches d'une tempête, le ciel s'assombrit,\n                    le soleil se voila de nuées, le vent souleva la fine pous-\n sière                    du chemin rocheux; un petit oiseau couleur de\n                    brume vint, effaré et criant l'alarme, chercher un\n                    refuge sur l'arbre de la Croix!\n\n  O r , sur l'arbre où il venait se percher, transi, était cloué Jésus, le\nplus beau des enfants des hommes, devenu par la souffrance semblable\nau ver de terre. Et le petit oiseau eut une pitié extrême du Fils de\nson Créateur.\n\n  L'oiseau oublia la tempête menaçante, le ciel sombre, le soleil\nvoilé et n'ayant de souci que d'adoucir la souffrance de Jésus, il\nvoleta trois fois autour de l'arbre.\n\n  Et il revint désolé de ce qu'il, avait vu. Des clous énormes, rougis\npar l'effusion du sang, retenaient, au cœur du cèdre, les mains et les\npieds sacrés, et le corps du Seigneur n'était qu'une plaie horrible, la\nmort était prochaine.\n\n (1) Cette légende est indiquée par Bauhin, dans son livre : Les Plantes gui tirent leur no?n des\nSaints, publié en 1591.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "22                             DURENDAL\n\n\n   Comme il se rendait compte de son impuissance, Jésus, murmura\nquelques paroles, dans une langue mystérieuse et l'attention de l'oiseau\nfut appelée sur les épines qui cerclaient, de leur redoutable cou­\nronne, la tête sainte.\n\n  L e familier des buissons reconnut le jujubier qui avait abrité son\nnid la saison d'avant, sauta parmi le branchage douloureux et se\nprit à casser de son bec les épines, une à une, en les retirant avec\ndouceur du front divin..... tandis que Jésus mourait!\n\n   L e lendemain, comme l'oiseau couleur de brume se désaltérait au\ncours du torrent, il aperçut, en se mirant dans le clair miroir de l'eau,\nune tache rouge à la naissance de ses deux ailes. Était-ce du sang de\nJésus, ou du sien, ou des deux mélangés? Nul ne le sut jamais et la\ntache, glorieuse en tous cas, demeure encore aujourd'hui à la poitrine\nde tous les rouges-gorges, en témoignage de l'héroïque action de jadis.\n                                                       J. WATTEAU.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                               DURENDAL                                  23\n\n\n\n\n                 ERNEST HELLO\n                 LEMagasin littéraire a publié sur Hello et sous la signa­\n                  ture de W . Ritter un article vraiment incroyable,\n                  tout à fait injuste et qui donne une idée complè­\n                  tement fausse du grand artiste chrétien. Cette\n                  critique d'Ernest Hello m'a fait, ainsi qu'à d'autres\n         amis et admirateurs du fastueux écrivain catholique, la plus\n         pénible impression. Elle m'a fait bondir d'indignation. Nous\n         protestons avec la dernière énergie contre les exagératoins\nmanifestes et puériles — inconscientes, nous aimons à le croire — du\ncollaborateur du Magasin littéraire. ' Sans doute il donne quelques\ncoups d'encens à Hello, mais l'ensemble de l'étude lui est absolument\ndéfavorable et injurieuse. Il appuie avec insistance sur ses défauts,\nil s'arrête presque avec complaisance, dirait-on, sur les petits côtés\nde ce génie qui en avait de si magnifiques.\n  Celui qui jugerait Hello d'après l'article de Ritter en concevrait\nune piètre idée et se figurerait qu'il ne fut, après tout, qu'un\nécrivain médiocre.\n   Hello a écrit un livre superbe, un de ces livres qui suffit à\nimmortaliser un h o m m e . N'eût-il buriné que ce chef-d'œuvre, que\nnous le proclamerions un des plus vastes génies catholiques de\nce siècle. Ce livre, fulgurant de magnificences, c'est l'Homme. Il\nest presque impeccable. Il est d'une profondeur de pensée inouïe,\nd'une élévation de sentiments s u r h u m a i n e , d'une éloquence sublime.\nEh bien! W . Ritter n'en parle pas. Il ne le cite m ê m e pas. Il\ns'appesantit au contraire sur d'autres écrits de plus mince valeur\nd'Hello et s'échine à les éplucher pour trouver l'auteur en défaut.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "24                            DURENDAL\n\n\n Ces volumes, quoiqu'inférieurs à son œuvre maîtresse, contiennent\ncependant des pages merveilleuses.\n   Que fera, en face d'un écrivain comme Hello, le vrai critique,\ncelui qui comprend sa haute mission, qui est d'exalter avant tout\nle génie et de faire ressortir surtout les beautés de l'œuvre.\nS'acharnera-t-il à découvrir la virgule qui m a n q u e , comme a dit\nsi bien Hello lui-même? Non. Il citera les belles pages du livre,\nsans s'appuyer sur des faiblesses qui disparaissent dans l'ensemble.\nAucun artiste n'est parfait. T o u t e œuvre humaine a ses défauts.\nL a critique, qui s'arrête de préférence aux défaillances de l'écrivain\net s'en sert pour le déprécier, est fausse, injuste et malfaisante.\nTelle est la critique de Ritter au sujet de notre grand Hello.\n   Il s'acharne à nous le montrer dans ses écrits de moindre\nimportance et de ceux-ci il exhibe les endroits les plus défectueux,\nalors qu'il eût dû, en critique éclairé et impartial, nous en faire\nvoir avant tout les magnificences. E t , grâce à Dieu, on en trouve\nd'admirables même dans les plus humbles écrits de ce profond\npenseur.\n   Si W . Ritter avait eu en vue de démolir la réputation d'Hello\ndans l'esprit de ses lecteurs, il n'eût pu mieux agir qu'il ne l'a\nfait. Mais nous connaissons Hello pour l'avoir lu et m é d i t é ; et\nsi nous ne le connaissions pas, il nous suffirait d'avoir lu les pages\nadmirables, consacrées à sa mémoire et à son éloge, par des apo­\nlogistes, dont l'opinion a plus de valeur pour nous, que celle de\ntous les Ritter du m o n d e , pour lui vouer la plus enthousiaste\nadmiration.\n   Léon Bloy et Barbey d'Aurevilly nous ont fait d'Hello un\nportrait littéraire magnifique, qui restera et qui nous compense\namplement de la critique à courte vue de Ritter.\n   Son opinion ne diminue en rien la haute estime que nous avons\npour la grande âme d'Hello, une des plus belles âmes de ce\nsiècle, une vraie âme princesse et l'admiration sans égale que nous\néprouvons pour son talent incomparable, talent d'une originalité\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                              DURENDAL                                25\n\nsi puissante qu'elle n'a pas d'égale dans son genre, comme l'a dit\nsi éloquemment Barbey d'Aurevilly.\n  Je sais que Léon Bloy, dans un moment de mauvaise humeur,\n— ce n'est pas le premier de son existence — a paru vouloir\nfaire oublier le superbe éloge d'Hello qu'il avait fait jadis. Mais\ntout le monde connaît Léon Bloy. On sait le cas qu'il faut faire\nde ces sorties intempestives dont cet exaspéré est coutumier. Les\nattaques plates et acerbes qu'il se permit, au Mercure de France,\ndans un article insultant pour l'écrivain et surtout pour la noble\net respectable M m e Hello, si digne de notre sympathie, ne nous\némeut pas; elle n'amoindrit pas Hello dans notre pensée, elle ne\ndiminue que le caractère du critique qui s'est permis ces incongruités.\n   W . Ritter, dans son article sur Hello, met en pratique la méthode\nde critique ébouriffante de ces étonnants catholiques, qui nous\nreprochent notre admiration pour Verlaine, à cause de deux - ou\ntrois recueils de ce superbe poète. Ils ne veulent pas savoir que\nVerlaine a écrit Sagesse, c'est-à-dire le plus beau poème chrétien\nde la littérature catholique. Mais ils le jugent et le condamnent\npour quelques mauvais vers, aussi défectueux comme poésie, que\ndéplorables d'inspiration et de tendance.\n   Que dirait W . Ritter si nous nous servions de cette méthode\nétroite de critique, pour le juger lui-même, et si, pour donner une\nidée de son grand talent et de l'élévation de ses vues, nous citions,\nnon ce qu'il a écrit de plus beau et de plus pur : Ames blanches,\npar exemple, mais : Sensuelle, roman d'un goût déplorable, et\nnul au point de vue artiste, écrit par lui, dans un moment d'oubli,\nj'espère, au rez-de-chaussée d'un journal parisien ? Il n'aurait pas\nle droit de se plaindre. Nous lui aurions appliqué sa propre\nméthode.\n   Voulez-vous avoir une idée de la grande critique de Ritter?\nÉcoutez ceci : « Q u a n d un h o m m e est capable d'intituler un volume\nLes Plateaux de la Balance, cet homme est j u g é ! ! ! » et moi je dis\nà M. Ritter, que quand un critique est capable de condamner un\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "26                          DURENDAL\n\ngénie aussi transcendant qu'Hello pour un titre malheureux, il\nest j u g é ! Qu'est-ce que cela peut bien me faire que le titre soit\ndéfectueux, si le livre est beau? J'aime mieux cela qu'un livre\ncreux, au titre pompeux et pédant, comme il s'en voit à foison\naux vitrines de nos éditeurs. J a m a i s il n'y a eu autant et de plus\nsotte et vaniteuse prétention qu'aujourd'hui, dans les titres de\nlivres, mais jamais non plus on n'a caché, sous la splendeur\ntrompeuse des titres, autant d'absence de cervelle.\n   C'est là une des notes caractéristiques de la décadence littéraire\nactuelle. L e s littérateurs ne se donnent plus la peine de penser,\npeut-être parce qu'ils en sont incapables ; de là tous ces livres niais,\noù il n'y a que des phrases torturées, des mots extravagants et souvent\nmême inintelligibles, d'autant plus inintelligibles que ce ne sont\nque des mots qui n'expriment plus rien, pas même une sottise.\n   De là tous ces contes ineptes, d'une monotonie déconcertante,\nd'une vulgarité plate, roucoulant éternellement le même sujet :\nune amourette d'un sentimentalisme idiot, entre deux jouvenceaux\ndégénérés d'âme et de corps, et qui ne connaissent et ne com­\nprennent plus l'amour que par son côté bestial.\n   L a cause intime et vraie de cette décadence littéraire contem­\nporaine, de cette émasculation des tempéraments d'écrivains, c'est\nla négation du christianisme dans l'art et le retour au paganisme.\nNe la cherchez pas ailleurs. L a paganisme a tué l'art à l'époque\nde la renaissance; il l'étouffera encore aujourd'hui, si on ne\nparvient à l'étouffer lui-même.\n   « Redevenons païens », s'est écrié un jour dans une conférence\nlittéraire, un jeune poète de grand talent du reste. C'est le cri\nde guerre et de révolte des écrivains de la génération nouvelle\ncontre la réapparition de l'idéalisme dans l'art. P l û t au Ciel que\nce soit le dernier cri du naturalisme à l'agonie, faisant un suprême\nmais vain effort, pour s'accrocher à l'existence. A ce cri d'un\ncynisme éhonté, opposons le cri de l'espérance et du salut :\nRedevenons chrétiens!\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                              DURENDAL                               27\n\n   Le paganisme est mort; on ne le ressuscitera plus. Laissons là\ntoute cette vieille ferblanterie d'une mythologie fausse et creuse.\nLe salut de l'art est dans le retour au christianisme intégral.\nS'efforcer d'infuser un sang nouveau, le sang vermeil d'un chris­\ntianisme éternellement jeune, dans- l'art, ç'a été précisément la\nhaute mission et ce sera l'éternel honneur d'Hello.\n   Nous ne l'oublierons jamais, nous, les admirateurs d'Hello, et\nchaque fois qu'on s'efforcera de diminuer sa gloire, comme vient\nde le faire si maladroitement W. Ritter, nous élèverons la voix\npour défendre notre grand écrivain catholique. Je dis notre, car\nil est bien à nous; il nous appartient tout entier, par ses écrits,\npar ses tendances, par son enthousiasme, par son idéal, par tout\nson esprit et par toute son âme.\n                                       L'abbé HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n                 Feuillets jaunis\nLE poète Taraise dénoua le ruban rose pâli qui retenait les feuillets\n   enroulés.\n  Il s'absorba dans les remembrances.\n  Il lisait.\n\n  Nous suivions, t'en souviens-tu, l'étroit sentrer qui promène sa\nrêverie entre les chênes et les acacias, depuis le vieux moulin, où nous\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "28                           DURENDAL\n\n\nnous arrêtâmes, jusqu'à la blanche chapelle érigée au sommet de la\nmontagne. L'automne drapait les bois de tentures fastueuses. T u\nvoulus t'asseoir sur la bruyère fanée, et ton corps souple ploya les\ngenêts bordant le chemin sablonneux. Nous les regardâmes et nous\navons évoqué alors ce jour enfui, si loin déjà, lorsque sous un glorieux\nsoleil d'été je te rencontrai, et quand à l'unisson de nos âmes brûlantes\ncrépitaient les cosses de la plante vermeille, tout le long de la route\noù nous nous comprîmes.\n    Ma charmante, ta tête blonde s'encadrait semblable à une fleur\nd'arrière-saison, dans le massif d'or roux s'éployant derrière toi. Je te\ndisais les paroles toujours dites, et toujours répétées cependant. Les\nfeuilles tombaient comme de grands papillons mourants. Les seuls\nramiers animaient devant nous ces hauts sapins perpétuellement verts.\nAinsi notre amour, n'est-ce pas, mignonne?\n    Non, nous ne l'avons jamais cru.\n    Cette mélancolie éparse autour de nous ; le regret qu'exprimaient\ntoutes choses; la plainte même des choses, car aussi les choses\nsavent et connaissent; cette suprême fête des bois avant la mort, et\ncela sous un ciel de joie... Nous avions compris. Donc elles n'auraient\nqu'un temps, la seconde d'éternité, nos ardeurs d'amour, les flammes\nde nos cœurs.\n    Je sais bien que nous nous taisions. Prédestinés, puisque nous\nsommes h u m a i n s , aux larmes plus qu'aux rires, nous avions, au même\ninstant, la préscience.\n    Mais qu'importait! nous avons tout oublié pour l'heure présente.\n L e s vrais sages que nous fûmes !\n    A présent, ainsi que cette neige aperçue par ma fenêtre en t'écri-\n vant, l'oubli recouvre, glacé comme elle, ce qui fut notre beau rêve.\n Puisque toi et moi — connaissons-nous ces fatalités et leur pourquoi\n surtout? — nous sommes les fantômes de ce que nous fûmes l'un pour\n l'autre; puisqu'il en est ainsi, irrémédiablement, le silence est factice\n de rancœurs qui n'existent plus. E t si l'heure présente est mauvaise,\n n'est-ce pas le remède unique, ce rappel sans a m e r t u m e maintenant.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                DURENDAL                                29\n\n   T u souris en me lisant. Je te vois et je souris aussi.\n   Après la halte nous avons marché jusqu'à la chapelle.\n   L e soleil fuyait à l'horizon cuivré, lorsque tu te plaignis de fatigue.\n   Installé près du foyer, ce petit vieux paysan te fit peur d'abord.\nT u voulus quitter le cabaret dans lequel nous étions entrés pour\nnous reposer. Ce petit vieux paysan je l'aperçois encore, avec sa\nfigure de pomme surie, des yeux clignotants, ses oreilles en vantaux,\net cette bouche fendue en demi-cercle, toujours agitée par un mouve­\nment nerveux.\n   Plusieurs villageois fumant et devisant. L a patronne était grosse,\ntrès grosse, et pourtant elle quitta sa chaise rembourrée et te l'offrit.\nC'était un bon vieil estaminet, avec sur la cheminée les pots et les\nplats d'étain obligatoires, aussi la courtine festonnée, jadis violette\naujourd'hui noire, clouée au chambranle. E t sur le long poêle, une\ngrande marmite qui faisait à elle seule bien plus de fumée que toutes\nles pipes.\n   Donc ces braves gens causaient. L e temps s'était mis au beau,\nchance ! car les travaux à la campagne n'auraient pu continuer si les\npluies avaient persisté. L e fils à Jacques le garde, devra la semaine\nprochaine tirer au sort, pourvu qu'il amène un bon numéro. Son père\na promis un pèlerinage à la Vierge du H ê t r e noir, et Marguerite a vu\ndans les cartes un heureux événement. Dieu le veuille. Sophie, depuis\nsi longtemps courtisée par ce vaurien, Jean-le-lièvre, ainsi nommé du\nchef de braconnage continuel, l'épousera, la pauvre, le mois prochain.\nM. le curé l'a proclamé en chaire ce dernier dimanche.\n   L e petit vieux paysan toussa, cracha, se retourna deux ou trois fois\nsur sa chaise.\n   — Les jeunesses ! ça n'écoute guère les vieux. E t plus tard, trop\ntard, ça geint. Si l'on avait s u ! Mais on savait, parbleu!\n   — Tenez, continua-t-il, vous rappelez-vous l'aventure de Lise,\ncette belle fille brune, la nièce à Colas? Elle s'était éprise de cet\nétranger, un h o m m e aux allures bizarres fréquentant le village à\nl'époque des kermesses. Son métier? Bah, plutôt mauvais. Des jeux\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "30                               DURENDAL\n\n\nde cartes avec lesquels on trompe les pauvres gens; des colifichets de\nqualité mauvaise qu'il vendait cher grâce à sa blague. U n pas grand'\nchose, allons, disions-nous tous. Mais, va, quand on a dix-huit ans,\nun petit nez en l'air et des yeux comme des braises, et le désir de\nplaire et d'être aimée. Bref elle s'amouracha de ce garçon. L e vieil\noncle gourmandait, se fâchait tout rouge parfois. L a n l a i r e ! Des chan­\nsons! L a fillette riait de ses bons conseils. Q u a n d on est jeune, je\nvous disais ! Or par une soirée de printemps, comme ils marchaient\ndeux à deux, elle, folle d'amour, la petite! le méchant gars la quitta\nà quelque distance du village. U n peu craintive à cause de l'obscurité,\nla fillette allait vite. Soudain du bois de l'ermitage surgit un énorme\nchien noir. L a pauvre recule très effrayée, mais l'animal mauvais se\nprécipite sur elle. Alors elle fit un grand signe de croix. L e chien\nhurlant s'enfuit; elle n'avait aucun mal. Cependant la bête étrange\nlui avait arraché un large morceau de sa robe de coton rouge. P l u s\nmorte que vive, Lise courut jusqu'à la première maison du village, le\ncabaret du Beau Miroir. Elle raconta l'aventure aux paysans réunis\nlà, et parmi ceux-ci se trouvait l'étranger, son amoureux. T o u s\ncrurent à une attaque du Malin. Seul l'étranger hocha la tête. C o m m e\nla fille insistait, il eut un large rire silencieux. H o r r e u r ! entre ses\ndents, Lise vit un lambeau de sa robe de coton rouge.\n   T o u s connaissaient l'histoire. T o u s se taisaient pourtant, impres­\nsionnés chaque fois comme au premier jour où ils l'entendirent conter.\nNous-mêmes...\n  Mais chère, quelle idée bizarre est la mienne, et pourquoi le ressou­\nvenir de ce récit? C'est qu'ainsi se tiennent tous les événements que\nnous connûmes ensemble. E t puis, n'est-ce pas un lugubre apologue\nde l'Amour cruel?\n  U n peu de passé, là, dans ma chambre, entre mes yeux et la\nbibliothèque que mes yeux ne regardent pas.\n  Voilà que je la regarde cependant, avec ses chers poètes lus par\nnous. Telle poésie de Verlaine ou de Gautier chante en moi, ayant\ndes intonations tiennes. Ces feuillets que tes doigts fuselés remuèrent...\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                                 DURENDAL                                       31\n\n  Aimerais-je encore?\n  T u souris en me lisant, mais moi, chère, je ne ris plus.\n  Serons-nous donc toujours nos propres d u p e s ; nous connaissons-\nnous si mal, pour qu'à la première entrevue avec un passé imaginé de\nconsolation pure, le cœur se prenne d e nouveau à aimer et à souffrir?\n  Je vois de ma fenêtre la lune éclairant le paysage blanc. Serons-\nnous, les rêveurs, toujours ceux-là dépeints par les dictons populaires,\nqui veulent avec leurs dents te prendre, astre des nuits? Les chasseurs\nau bonheur, toujours revenus bredouilles?                   *\n  Si tu voulais, pourtant !\n\n   T a r a i s e finissait la lente lecture de ces feuillets déjà jaunis. L a voix\nde quelqu'un penché par dessus son épaule m u r m u r a :\n  — Monsieur le poète, votre grand tort, voyez-vous, c'est cette con­\nfusion perpétuelle du rêve avec la réalité. Ainsi, dans cette lettre...\n  — Mais oui, ma femme chérie, répondit-il à son interlocutrice, la\nregardant amoureusement, puisqu'en ta beauté se confondent le songe\nfou et l'auguste vérité, que seuls les sots et les savants ne surent unir\ndans la parfaite harmonie.\n                                                        GEORGES V I R R È S .\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "32                                           DURENDAL\n\n\n\n\n         L'ESTHÉTIQUE DE LA MER\n                                      ÉTUDE      D'ART     (FIN) (*)\n\n\n\n                            IL    —     PARTIE       PSYCHOLOGIQUE.\n\n                      AINSI, Messieurs,\n                                   des formes, des mouvements, des cou-\n                  leurs, des sonorités, voilà de quels éléments, et de\n                  quels seuls éléments se compose le spectacle de la\n                  Mer. Ces FORMES, elles se caractérisent par une\n                  grande simplicité, une régularité géométrique, par\n                  un contour qui n'a d'autres limites, à l'horizon, que\n                  la courbure terrestre et la portée de nos regards.\nCes COULEURS, elles oscillent dans une g a m m e fraîche et douce,\nvariée de nuances à l'infini, mais excluant les teintes chaudes. Ces\nMOUVEMENTS, ils sont mesurés, et rythmiques, et leur terminaison sur\nle lit de sable ou de galet, se traduit en caden cepresque musicale.\n   Mais tout cela, ce n'est pas l'Océan, ce sont les membres disjoints,\népars de l'Océan. — Qui donc recueillera ces membres dispersés par\nmon analyse, et par vos sens, quand ils se partagent le phénomène\nextérieur, en quelque sorte? L ' E S P R I T , par l'entremise du cerveau. L'œil\nélabore, pour sa part, les perceptions séparées de points, de lignes et\nde plans; il cornpose, à l'aide du procédé que je décrivis, la sensation\nspéciale de COULEUR. P a r un concert d'opérations délicates, dont le\nlabeur échappe à la conscience, il suit le contour achevé, ou celui qui\ns'achève, « redessine » intérieurement le pourtour de l'amphithéâtre\nliquide, suit, comme la pointe d'un compas, le profil des ondulations;\net de tous ces travaux centralisés aux régions terminales du système\nnerveux — naît l'idée de FORME pour l'âme.\n  Ainsi les sons individuels très nombreux qui se mêlent en la\nrumeur des flots sont perçus séparément par l'oreille, à notre insu,\n (*) Du cours libre sur l'Histoire esthétique de la Nature, professé en Sorbonne par l'auteur, cette année.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                                 DURENDAL                                 33'\n\nmais se refondent aussitôt dans un timbre, et font un effet d'unité. L'âme\nrassemble ces documents, elle y joint ceux que lui fournissent, à leur\ntour, I'ODORAT, le GOUT, le TOUCHER. Au coloris glauque, azuré,\nhyacinthe ou gris d'argent, elle ajoute l'étendue, la sensation de cercle, le\nparallélisme des vagues, l'alternance des chutes sonores et des silences ;\nelle ajoute encore le PARFUM, austère et salubre du sel, la SAVEUR\namère, alcaline, la fraîcheur moite des eaux quasi savonneuses,\nleur caresse onctueuse et ferme à la fois, — et puis je ne sais quelle\nimpression magnétique, excitant le cœur et le cerveau, réchauffant et\nreconstituant notre sève.\n   De ces sensations, combinées en une sorte d'accord harmonieux,\nl'âme compose l'image, et l'idée d'Océan. Retranchez une de ces sensa­\ntions, vous retranchez une note de l'accord, vous faites l'orchestration\nincomplète. — Ce qu'il doit savoir de la mer, le faible et flasque\nMOLLUSQUE, inondé, à chaque remous d'une petite partie d'Océan, je\nvous le d e m a n d e . . . De cet Océan qu'il ne voit pas, qu'il n'entend\npoint, sans doute, dont il ne sent même pas, vraisemblablement,\nl'amertume, mais qui le couvre d'une buée glauque et trouble, le\npénètre d'une béate, et suffisante atmosphère nutritive.\n   L e POISSON, lui, libre et mobile, doit se créer, dans son cerveau\ntrès inférieur au nôtre, mais supérieur à celui du mollusque, une\nimage plus vive, et différente, de la Mer. Il a d'autres tableaux que\nles nôtres; et si ses yeux n'ont pas la sereine vision des surfaces, ils\ngagnent la magie surprenante des profondeurs : son spectacle est\ncelui du scaphandrier qui descend, avec appréhension d'asphyxie, au\npays vert et translucide; là se tordent les annelides écarlates ; là, les\nastéries roses étalent leurs bras en pétales, là se meuvent, lourde­\nment, dans leurs cuirasses violettes, les crustacés.\n   Amenez maintenant l'homme devant la m e r ; mais l'homme privé\nd'un de ses sens, aveugle ou sourd. Peignez-vous l'idée qu'il s'en peindra\nlui-même en son esprit. P o u r celui qui ne connaît pas la lumière,\nl'Océan est une série de larges mesures sonores, basse fondamentale\nsur laquelle son imagination de musicien bâtira peut-être de sédui-\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "34                              DURENDAL\n\n\nsantés architectures mélodiques. — C'est aussi la fraîcheur saline des\nbrises, la poussière d'écume que le vent jette en pluie, dont il fouette\nla joue, sainement; mais ce n'est que cela.\n     Quel tableau, maintenant, que la Mer, pour celui qui la voit mou­\nvante et taciturne au m ê m e instant! Messieurs, le pathétique de ce\nspectacle, où l'agitation, la vie plastiques restent sans signe phoné­\ntique et vocal ! Ce moutonnement pressé de flots succédant à des flots,\net qui retombent, lourds et mornes, sur une grève silencieuse!...\n                                       *\n                                   *       *\n     Jouissons, nous autres, de posséder l'Océan tout entier, dans la\nplénitude harmonique des SONS, des COULEURS, et des FORMES...;\nRemercions Dieu d'avoir tout à la fois : le plaisir de l'espace libre et du\n« large »; la notion piquante du tréfond obscur, mystérieux; la rude et;\nfranche volupté des parfums, la magique évocation des couleurs, l'entraî­\nnement du rythme, même la joie du bain, où nous retrempons notre\nénergie vitale épuisée.\n     Mais remercions le Créateur des Mers, surtout, de ce qu'il nous fit\nHommes, et non Mollusques ou Poissons, puisqu'une     âme supérieure, faite\nà sa ressemblance, fait converger, de sa lentille puissante, toutes ces\nsensations vers le Beau.\n     L e BEAU, ce sentiment profond, qui nous remue, et que nous rap­\nportons, d'instinct, comme qualité, à l'objet,... d'où naît-il donc?... J e\nne répondrai pas directement, par une définition, à la manière des\nphilosophes. J'aime mieux vous présenter l'image d'une FLEUR, idéale\nde contours, de coloris, de parfums, — et naissant comme par miracle,\nd'un rameau fruste, aux feuilles simples, sans prétention.\n     Dans cette corolle élégante et fragile comme une toilette de bal,\nreconnaissez-vous, dites-moi, le tissu solide et sérieux dont sont\nouvrées les feuilles, et les « bractées » sous-jacentes? E t pourtant,\nG O E T H E lui-même l'a montrée, cette corolle éblouissante de grâce, fille\net petite-fille d'une race rustique, habillée modestement de chloro­\nphylle, toute en vert uni.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                  DURENDAL                                  35\n\n   Ainsi va-t-il des choses de l'âme, où les sensations, les images par­\ntielles, immatérielles déjà en elles-mêmes, se groupent en faisceau pour\ns'épanouir, transfigurées, en cette fleur terminale, immatérielle, le\nsentiment du Beau. L'âme en est comme parfumée tout entière, elle\ns'en enivre, et ne se connaît plus. L a fleur lui fait oublier la tige\nutile, nourricière.\n   Que vous aperceviez, de la plaine, la ligne noble des montagnes, ou\nbien, d e la falaise, le cercle pur et parfait de la Mer, — cette fleur\ndont je parle éclot dans votre âme et s'y épanouit plus ou moins. Chez\ncombien d'hommes, il faut le dire, elle reste à l'état de bouton, obsti­\nnément fermée, serrant jalousement ses pétales, et ses parfums! Chez\ncombien d'autres, à peine ouverte, elle se referme ou se flétrit... C'est\nque, Messieurs, pour idéale et quintessenciée qu'elle soit, elle tient,\ncette fleur, à sa tige, et de sa tige elle reçoit, en sucs choisis, élaborés,\nl'aliment puisé, tout au profond du sol, par les racines. — Ces racines\nde la fleur de beauté, qui veulent la culture et l'entretien constant, ce\nsont les sensations, les idées élémentaires, les exercices obscurs de nos sens.\nQui méprise ces racines, n'aura point la fleur : le beau sort toujours\nde l'utile, et la grâce a besoin de la fermeté pour soutien.\n   Aussi ne saurait-on donner trop d'aliments solides à notre désir\nd'Idéal. L a fleur d'admiration que nous sentons pousser en notre âme\nest souvent bien fragile, et fugace... Même elle est parfois vénéneuse...\nDans la N a t u r e , au moins, pareil danger n'est pas à craindre. T o u t y\nest pur, et grand, tout élève et rien ne corrompt. L a Mer surtout, si\nbelle, est forte, et saine aussi. Réceptacle de tant de morts, terminus\nde tant de souillures, le sel qui la sature, et l'ondulation qui la berce,\nmaintiennent sa fraîcheur et sa pureté. Les larges horizons qu'elle\ndéploie ne peuvent qu'élargir nos âmes, et la régularité de sa forme la\nrythmique allure de ses plis mouvants ne saurait inspirer que l'ordre\net l'harmonie.\n   Mais ces premiers effets de l'Océan sont encore bien généraux.\nVous verrez qu'en perçant le voile uniforme d'azur dont il recouvre\nses mystères, un m o n d e exubérant de vie, de mouvement, de verve\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "36                                  DURENDAL\n\n\nplastique, apparaît : ce sera la révélation de la SCIENCE                      Au-dessus\ndes abîmes ainsi peuplés, le courage — ou la cupidité de l'homme\nhasardera de lourds b â t i m e n t s , des nefs légères. A la grâce des eaux\nse superposera la grâce des voilures, et, phénomène vraiment curieux,\nun fait de simple utilité créera de nouvelles beautés : le navire, aperçu,\ntoutes voiles dehors, au large, se fera 'oublier comme marchand, il\nviendra compléter le DÉCOR. — T a n t il est vrai (et je finis sur celte\npensée), que la N a t u r e , et même l'humaine Industrie, ne d e m a n d e n t\nqu'un prétexte pour faire beau!\n                                                         MAURICE GRIVEAU,\n                                                  autorisé pour 1895-96 à faire un cours libre\n                                                           d'Esthétique en Sorbonne.\n\n\n\n\n            ÉTUDE                         MUSICALE\n                  LE TEMPÉRAMENT DANS LA GAMME\n\n   Je voudrais écrire une histoire difficile, celle du tempérament en musique, c'est-à-\ndire l'histoire des variations qui ont présidé au nombre et à l'accord des intervalles\nusités dans la gamme. Quand nous remontons au siècle dernier, nous retrouvons\nl'orgue à l'église avec une touche supprimée, c'est à l'octave inférieure, le do dièse.\nOn accordait encore à cette époque, chez nous, avec ce qu'on appelle la partition du\nloup. On sacrifiait complètement la justesse de la quinte fa dièse do dièse à la\njustesse des autres quintes ou plutôt des tierces majeures. On ne jouait qu'en onze\ntons et non en douze. Les fa dièse et do dièse n'étaient destinés qu'au rôle de\nnotes du passage mélodique, sans jamais s'associer en accord pour compléter le\nnombre actuel des douze tonalités.\n  Si nous reculons de quelques siècles, nous rencontrons les discussions les plus\nvéhémentes, non pas seulement au sujet de l'accord des intervalles, mais à celui de\nleur nombre. C'est l'époque des supertoniums, touches surnuméraires employées dans\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                      DURENDAL                                         37\nle clavier, présentant des intonations diverses pour un intervalle que notre écriture\nmusicale désigne par un même signe, mais qui est interprété différemment d'après\nla tonalité.\n   Si nous reculons encore dans l'histoire des temps, nous rencontrons les deux\ncélèbres réformes de saint Grégoire et de saint Ambroise A cette époque, où l'orgue\na déjà remplacé la lyre antique aux sons mobiles, nous en sommes réduits à des\nhypothèses sur la nature même de cette réforme. Mais à voir les progrès de l'orga­\nnum, et les différentes opinions qui devaient nécessairement se manifester sur la\npartition de son accord, nous pouvons conjecturer que le tempérament a eu la plus\ngrande part à ces réformes.\n   Nous approchons enfin de la musique grecque, origine de nos européennes. Ce\nn'est plus qu'une recherche dans la nuit. Qui nous dira quelle règle présidait à\nl'organisation des modes et à la partition de leurs intervalles? Cette partition était-\nelle unique ou diverse pour les diverses modalités? Quelle règle a présidé à la réunion\ndes divers tétracordes sur une même lyre. Il est excessivement commode d'admettre\nl'influence de Pythagore sur l'organisation des modes de la musique grecque. Sa\ndistinction, entre intervalles primitifs, qui seraient les quintes, et intervalles dérivés,\nqui seraient les autres éléments de la gamme — éléments qui seraient constitués par\nune série de quintes rabattues, bien que toute gratuite, a cependant fait époque.\nQu'elle ait été remplacée, c'est l'opinion de Gevaert. Ce n'est pas celle\nd'Helmholtz qui croit que les tierces pythagoriciennes auraient été trop dures pour\nl'oreille grecque. Il est du reste historiquement prouvé que les écoles n'étaient pas\nunes et que les systèmes étaient partagés. Nous croyons que l'influence de Pythagore\na peut-être été plus grande sur notre musique moderne que sur l'ancienne. Sa\ngamme est tout simplement fausse, mais elle est merveilleusement adaptée à la\npolytonie qui fait l'essence de notre art. Singulier effet d'une règle imposée par son\ngénie sur la mélodie grecque, qui contribue à altérer son essence pour créer un genre\ntout opposé. Après cela qu'on ne dise plus que notre tonalité moderne dérive de la\n tonalité grecque, quoiqu'on puisse être dans la vérité en disant qu'elle dérive de la\n théorie de Pythagore : théorie que je serais tenté d'appeler fausse, si l'échelle har­\n monique, qu'elle a si mal interprétée et exposée, n'était pas assez vaste pour se prêter\n à plus d'un système.\n   Il serait assez difficile d'inférer que les artistes grecs accordaient toutes les cordes\nde leur lyre par quintes et quartes pour le motif que le violon et la guitare modernes\nle font; la lyre antique, comme notre piano, représentait chaque son de la gamme\npar une corde, la guitare a des sons intermédiaires obtenus par le toucher. Et pour\nce qui regarde notre piano, nous ne sommes jamais parvenus à lui appliquer les\nquintes pythagoriciennes justes.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "38                                    DURENDAL\n\n   Le système de Pythagore n'a jamais été qu'une vue partielle et incomplète de la\nvérité.\n   On comprend combien la question que nous osons à peine toucher, tant elle est\ndifficile à résoudre, intéresse la tonalité du plain-chant. Les réformes qui ont\nprésidé aux éditions nouvelles supposent la connaissance adéquate de la tonalité\ndans laquelle elles ont été écrites. Peut-être s'apercevra-t-on un jour qu'on n'a pas\nrencontré la vérité et qu'on n'avait aucun motif fondé pour s'écarter de la tradition.\n                                                        L'abbé G    D E LESCLUZE.\n\n\n\n\n                MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n     Quelques Propos des Douze Pairs autour de la Table Ronde\n\n   FALSIFICATIONS          LITTÉRAIRES. — Le Magasin littéraire publiait, le mois\ndernier, un article très remarquable de notre ami Henry Bordeaux; il accompagnait\ncette publication d'une note en laquelle la chose était annoncée « comme une\nprimeur ». Notre excellent confrère fait erreur, Le Tombeau de Taine, de M. Henry\nBordeaux, avait paru déjà dans le Figaro; précisons : le 6 février 1895 et ce que\nle Magasin littéraire a servi sous le titre de primeur » est une « boîte de conserves » !\n   Signalé à M. le Ministre des Beaux-Arts... et de l'Agriculture!\n                                           *\n   D E GEORGES D'ESPARBÈS, à l'adresse de certaine littérature, fort à la mode\naujourd'hui, à propos d'un livre de Hugues Le Roux :\n   « Cela semble écrit pour tous, pour le paveur, l'employé, le lettré, le boulevardier,\nle millionnaire, pour tous ceux qui dirent, ou surent dire cet adorable mot : maman.\nL'œuvre entière est une pomme d'éclat », de celles, si friandes, qu'aimait l'auteur.\nQu'on compare ce fruit qui sent bon, resté dans l'armoire normande, entre deux\npiles de linge frais, aux vieilles pommes pourries de la littérature actuelle, et on\ndevinera quel avenir s'ouvre aux purs artistes, aux artistes qui sont des hommes.\nCe mauvais goût dans la bouche que nous avons tous, un jeune avenir vient qui le\nsoufflera d'une haleine. Adultères, blagues de cercle, perversions, vices curieux,\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                       DURENDAL                                         39\n\nneurasthénies, vierges botticellesques, demi-vierges, tiers, quart de vierges, aux quais!\nAux quais, les livres « rosses » ! Nous voulions aimer, nous voulions rêver, vous ne\nnous faites que vomir. Aux quais! on en a assez! on ne vous veut plus! »\n\n\n\nD     'UN récent article d'ANATOLE FRANCE :\n          « — Mon cher ami, dit M. Bergeret à son élève, proclamez-vous toujours\nl'excellence du vers libre ? Pour ma part, je sais que les formes poétiques varient\nselon les temps comme selon les lieux. Je n'ignore pas que le vers français a subi,\ndans le cours des âges, d'incessantes modifications et je puis, caché derrière mes\ncahiers de métrique, sourire discrètement du préjugé religieux des poètes qui ne\nveulent point qu'on touche à l'instrument consacré par leur génie. Je remarque\nqu'ils ne donnent point la raison des règles qu'ils suivent, et j'incline à croire que cette\nraison ne saurait être cherchée dans le vers lui-même, mais plutôt dans le chant\nqui l'accompagnait primitivement. Enfin je suis propre à concevoir les nouveautés\npour cela même que je me laisse conduire par l'esprit scientifique qui, de nature,\nest moins conservateur que l'esprit artiste. Pourtant je conçois mal le vers libre,\ndont la définition m'échappe. L'incertitude de ses limites me trouble e t . . . »\n\n\n\nN    os meilleurs souhaits de bienvenue à notre nouveau confrère littéraire : Le\n       Spectateur catholique, d'Anvers, si joliment édité et renfermant des pages\ncurieuses de littérature et d'art.\n  Signalons également un organe littéraire, plus modeste d'allures certes, mais fort\nintéressant et surtout très jeune et très enthousiaste, le Drapeau, de Charleroi.\n  Longue vie et prospérité !\n\n\nL   E Théâtre chrétien a servi, en ces derniers temps, de thème à plusieurs chro­\n      niqueurs. Qu'il nous soit permis de constater que la question a été traitée ici,\nà Durendal, il y a longtemps. Nous avons publié, au mois d'août 1894, une bien\ncurieuse lettre de Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul, aux Etats-Unis, lettre\nadressée à notre collaborateur Pol Demade, en laquelle l'éminent prélat disait,\nentre autres choses : « Nous devrions occuper toutes les avenues menant à l'esprit et au\ncœur de nos contemporains. » Nos abonnés retrouveront cette lettre dans la collection\nde notre première année, page 149.\n\n\n\n L   E volume inlitulé Divagations, du maître fumiste M. Stéphane Mallarmé, inspire\n       à Philippe Gille, du Figaro, cette malicieuse critique :\n     Je ne dirai pas que la langue toute personnelle que parle M. Mallarmé, et dont\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                                      DURENDAL\n40\nles incohérences apparentes ont fait rire plus que de raison, se soit clarifiée, mais\ncependant il m'a semblé trouver plus facilement le sens de ce dernier ouvrage que\nde ceux qui l'ont précédé.\n     Évidemment, la longueur interminable des périodes, la fréquence des inci­\ndences, la rendront toujours fatigante à ceux qui aiment la brièveté de la phrase de\nVoltaire, la clarté de celle de Renan; mais qu'on y apporte un peu de la complaisance\nqu'on trouve quand il s'agit de traduire un texte étranger, en tenant compte d'une struc­\nture de phrase inaccoutumée, de l'emploi de substantifs, d'adjectifs disposés autre­\nment que les nôtres, et l'on finira par découvrir la pensée de M. Mallarmé, qui mérite\nvraiment qu'on la cherche. Ceux à qui ce travail paraîtra un peu dur, et qui sont\npressés de savoir ce qu'on leur dit, pourront ne pas le continuer, mais je les engage\npourtant à ne pas se décourager trop tôt et à ne pas se pas se prononcer avant\nd'avoir lu ou, tout au moins, de s'être contraints à essayer de lire ».\n  Qu'en termes féroces, ces choses-là sont dites !\n\n\n\n\nN     os lecteurs trouveront, encarté dans le présent numéro, un bulletin de sous­\n        cription à l'œuvre magnifique des Chanteurs de Saint-Boniface, dont il a été\nparlé ici chaleureusement, comme il convenait, par notre sympathique collabora­\nteur, M. l'abbé Henry Mceller (voir notre numéro de janvier dernier).\n\n\n\nN    ous avons reçu :\n        JEAN DELVILLE : Le Frisson du Sphinx ;\n  HENRY BORDEAUX : Sentiments et idées de ce temps ;\n  ADOLPHE HARDY : Émaux        Wallons.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": ""}, {"page_pdf": 49, "texte": ""}]}