{"numero_id": "ulb-durendal-1897-04-n4", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 62, "titre_corps": "Jean Casier", "titre_sommaire": "Jean Casier", "signature_source": "Durendal", "ancre_debut": "JEAN CASIER", "ancre_fin": "DURENDAL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "JEAN CASIER\n     Si un jour, on écrit l'histoire de l'efflorescence littéraire\n  catholique actuelle, on devra y rendre un hommage spécial à\n  la douce mémoire du jeune poète chrétien, Jean Casier, qui\n  vient de s'endormir pieusement en Dieu. Il appartenait à\n  cette belle jeunesse catholique de G a n d , qui, depuis t a n t\n  d'années, lutte, avec un enthousiasme tout chevaleresque,\n  pour la noble cause de l'idéal, sous la conduite de son\n  vaillant chef, H e r m a n de Baets, le créateur du mouve­\n  ment catholique jeune en Belgique. Si nous avons une\n  littérature, c'est à cette jeunesse que nous en sommes\n  redevables. L e u r principal organe fut, dès le principe, est\n  plus que j a m a i s , et restera longtemps encore, nous l'espé­\n  rons, Le Magasin littéraire. Jean Casier en fut le secrétaire\n  actif et dévoué.\n      L e temps n'effacera j a m a i s le nom de ce compagnon\n   d'armes du livre de nos souvenirs.\n      Pauvre âme douloureuse, et toujours si radieuse pourtant\n   au milieu de ses souffrances. Car, si la douleur, cette pierre\n   de touche des caractères, qui fut son lot ici-bas, brise les\n   âmes faibles, elle transfigura cette âme forte et lui fit goûter\n   les joies profondes de la résignation chrétienne.\n      Ce fut une âme essentiellement chrétienne, en effet, que\n   celle de notre jeune poète. Il ne concevait l'art, qu'illuminé\n   des rayons du christianisme. C'est tout le christianisme qu'il\n   rêva de chanter en ses poèmes. D'une piété d'ange, Jean\n   Casier puisait dans la contemplation admirative et amou­\n   reuse de nos divins mystères toutes ses inspirations, à la fois\n   si chastes et si réconfortantes. Il suffit de lire les titres de ses\n   poèmes et certains vers admirables, au milieu de tant d'autres\n   très faibles, hélas! pour se faire une idée de la hauteur de\n   vue et de la splendeur de pensée de notre jeune poète.\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "62                              DURENDAL\n\n\n\n     Malheureusement, quand cette âme, toute imprégnée d'idéal,\n     tentait d'exprimer ses belles conceptions, elle n'y parvenait\n     pas toujours. Quel tourment que celui-là ! Avoir des idées\n     magnifiques et être impuissant à les exprimer dans toute leur\n     fastueuse beauté. Saisir cette beauté, éprouver un impérieux\n     besoin de la chanter et être insuffisant à le faire.\n        L'œuvre poétique de Jean Casier, œuvre fort inégale, et\n     où, à côté de poésies vraiment belles, il s'en trouve d'assez\n     banales, se compose des volumes suivants : Harmonies chré-\n     tiennes, Poésies eucharistiques, La Mort, Au Ciel, Scintillements,\n     Flammes et Flammèches, Poésies intimes.\n        Qu'il nous soit permis d'émettre un vœu. Nous voudrions\n     garder du jeune poète catholique qui vient de mourir un\n     souvenir. Si nous ne craignions d'offenser l'angélique mémoire\n     de cette âme, d'une modestie si charmante, nous demande­\n     rions qu'on lui élève un monument. Ce monument serait\n     une publication artistique d'un recueil composé de ses plus\n     belles poésies, telles que : Ferveur, Le Salut de Semaine,\n     L'Offrande douloureuse, etc. Les limites de cette revue\n     ne nous permettent pas de les insérer ici. Nous devons nous\n     borner à rendre h o m m a g e à cette âme d'élite, qui comprit si\n     bien toute la beauté des âmes vierges, parce qu'elles étaient\n     sœurs de la sienne. Avec quelle justesse et quelle vérité on\n     pourrait appliquer à Jean Casier lui-même ces vers écrits\n     par lui à la louange de la Virginité :\n\n                 Nous vivions en dehors du monde\n                 Avec le Christ et pour Lui seul;\n                 Sa grâce paisible et profonde\n                 Nous était comme un doux linceul.\n\n                 Nous avons traversé la terre\n                 Sans arrêter sur rien nos yeux ;\n                 C'est pourquoi le divin mystère\n                 Eut pour nous la clarté des cieux.\n                                                         DURENDAL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 65, "titre_corps": "L’Obole", "titre_sommaire": "L’Obole", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "L’OBOLE", "ancre_fin": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "L'OBOLE\n\n                       DEnotables pharisiens se sont voilés la face parce\n                        que, l'autre jour, à Gand, entre littérateurs\n                        catholiques, une collecte fut faite pour le monu­\n                        ment du poète de Sagesse.\n                           Et en de charitables sous-entendus, ces bons\n                        apôtres ont évoqué à nouveau l'odyssée péche­\n                        resse de Verlaine.\n   « Et voilà l'homme que des catholiques aident à réhabiliter ! » se\nsont-ils écriés en une pudique indignation.\n   Non, certes, ce n'est point à l'homme que vont nos hommages; avec\nses faiblesses et ses souillures, nous l'abandonnons au miséricordieux\njugement de Dieu; ce n'est point non plus au poète des Fêtes Galantes,\nde Parallèlement et des Hymnes en son Honneur ; celui que nous préten­\ndîmes honorer, — et cela fut-il dit assez nettement par Carton de\nWiart ! — ce fut le poète de la Bonne Chanson, le poète surtout\n de Sagesse, cet hymne immortel de foi ingénue et repentante.\n    Mais les pharisiens ne lisent point Sagesse; Jean-Baptiste Rousseau,\n Le Franc de Pompignan, Jean Reboul forment à leurs yeux le cycle\n — clos — du lyrisme catholique... De quel droit réclame-t-on une\n place pour Verlaine à côté et surtout au-dessus de ces « maîtres »... ?\n Que Verlaine — ce moderne — chante les joies charnelles et luxu­\n rieuses, c'est de son temps, mais si, au terme de sa vie de péchés et\n de misères, Dieu lui envoya le remords rédempteur, qu'il se taise et\n se cache... Le vrai repentir n'est pas « sujet » à poésie ! Ni « sujet » à\n  prose d'ailleurs : ainsi, J.-K. Huysmans, si réellement la grâce l'a\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "64                          DURENDAL\n\n\ntouché, aurait mieux fait de s'ensevelir dans le silence d'un cloître,\nque de magnifier dans En Route l'infinie clémence du Christ !\n  Et ayant raisonné ainsi, les pharisiens — il n'y a rien de changé\nsous le soleil — lèvent béatement leurs yeux au ciel et s'écrient :\n« Seigneur, Seigneur, je vous rends grâce de ne point ressembler\nà ces gens-là qui, après avoir méconnu votre loi, ont osé ensuite\nproclamer votre clémence ! »\n                                     *\n                                 *       *\n\n   En donnant son obole pour le buste de Verlaine — comme en\nenvoyant l'expression de ses sympathies à J.-K. Huysmans — aucun\nde nous, certes, n'a prétendu (est-ce chose absurde à devoir dire ?)\nvoiler les erreurs de leur vie ou nier les défaillances de plusieurs de\nleurs œuvres.\n  Jadis, aux jours de notre jeunesse, les R. P. Jésuites, nos maîtres,\navec ce large éclectisme qu'ils affectaient... vis-à-vis du classicisme\npaïen et chrétien, nous ont donné la définitive horreur du système du\nbloc : ils nous apprirent — qu'ils en soient remerciés ! — à admirer\nHorace et Ovide, malgré la polissonnerie de leur vie; La Fontaine\nnous fut donné en modèle, encore qu'il fût l'auteur des Contes; on\nconvia nos admirations vers le Génie du Christianisme... et pourtant,\ndepuis lors, quel être de génie, mais d'orgueil aussi et de sensualité\nnous fut révélé en Chateaubriand !\n   Saine et généreuse doctrine qui se souvient que l'homme passe,\nque l'œuvre seule demeure, qui apprécie chaque livre en lui-même, et\nselon qu'elle le juge bienfaisant ou funeste, le prône ou le condamne !\n   Mais voilà que pour avoir voulu appliquer aux modernes ce\nsystème, immémorialement appliqué aux anciens, les pharisiens nous\nconspuent et les Lintelo marchent contre nous !\n   Au point de vue catholique, Sagesse vaut bien, n'est-ce pas, les\nFables, voire Athalie, voire le Génie du Christianisme?\n   Si demain un projet de statue surgissait pour La Fontaine, Racine\nou Chateaubriand, pourrait-on sérieusement reprocher aux souscrip-\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "                              DURENDAL                               65\n\nteurs catholiques d'avoir apporté leur contribution à la glorification\ndes Contes, de Phèdre et des Mémoires d'Outre-Tombe ?\n   De quel droit, dès lors, nous conteste-t-on de rendre à Verlaine,\nl'hommage qu'on tolérerait parfaitement vis-à-vis d'écrivains qui\ncomme lui péchèrent et se relevèrent ?\n   Soyons nets : Au fond de la mauvaise querelle qu'on fait à ceux qui\nont versé leur obole pour le buste du poète de Sagesse, il y a autre\nchose qu'une fausse pudibonderie effarouchée : il y a le dépit\nd'avoir vu les lettrés catholiques, dans le récent Congrès littéraire de\nGand, couper définitivement les dernières amarres qui les ratta­\nchaient aux formes caduques d'art; elle prétend, cette jeunesse (et\ncomme ses anciens l'en félicitent) se mêler d'activité et d'enthousiasme\naux luttes contemporaines pour l'Idée artistique et ne point laisser\naux ennemis de l'Église le bénéfice de la suprême évolution des\nLettres de ce temps; juste et sincère, elle salue le Beau partout où\nelle le rencontre; et quand ce Beau s'unit au Vrai et au Bien, quand\nse trouve réalisée dans une œuvre cette idéale Trilogie, elle se consi­\ndère devoir à elle-même et à ses croyances de défendre cette œuvre\ncontre les hostilités des uns et les préventions des autres.\n   Sagesse — ce psautier du repentir — est un livre chrétien; et\ndans quelques mois, quand le buste de Verlaine s'élèvera sous les\ndiscrets ombrages du Luxembourg, à Paris, il importe que ce titre\nimmortel fulgure sur le socle.\n   C'est là le but et le sens de notre obole pour l'auteur de Sagesse.\n\n                                         FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 66, "page_fin": 67, "titre_corps": "Les Barques du Printemps", "titre_sommaire": "Les Barques du Printemps", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Les barques du Printemps", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Gentilhomme Cabaretier", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1175, "texte": "Les barques du Printemps\n\n     Les oiseaux blancs sont revenus, les ailes grandes,\n     Éployés sur la voie étroite du canal,\n     Voguant légers, dans l'air tiédi, d'un vol égal,\n     Et portés par le vent odorant et vernal\n     Qui les mène vers les prés fleuris de Zélande!\n\n\n     Les longs arbres pâlis qui bordent l'eau courante\n     Tremblent dans la fraîcheur éparse du matin\n     Et leur double rangée à l'horizon lointain\n     Ne forme qu'une ligne assombrie et mouvante.\n\n     Les grands oiseaux sont revenus, les ailes blanches,\n     Le col tendu, voguant en effleurant les branches.\n\n\n     Un peu plus loin, la brise en leurs voiles enflées,\n     Lentes et par les flots doucement soulevées,\n     Deux barques au soleil descendent vers la mer.\n     Et leurs quilles ombrant l'onde chantante et claire\n     Font resplendir au ras des vagues argentées,\n     L'êcarlate et le vert dont elles sont cerclées.\n\n\n      Une paix idéale adoucit l'atmosphère.\n      On n'entend rien.' Le calme épandu sur les choses\n      Fait oublier, qu'à peine hier, étaient écloses,\n      Les feuilles des tilleuls embaumant l'aube rose.\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "                                         DURENDAL                                             67\n\n           Et les oiseaux passent encor, les ailes grandes,\n           Le col tendu., dans Fair tièdi, d'un vol égal,\n           Emportés par le vent odorant et vernal\n           Qui les mène vers les prés fleuris de Zélande !\n\n                                                             THOMAS       BRAUN.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 72, "titre_corps": "Le Gentilhomme Cabaretier", "titre_sommaire": "Le Gentilhomme Cabaretier", "signature_source": "Léon Bloy", "ancre_debut": "Le Gentilhomme Cabaretier", "ancre_fin": "LEON BLOY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Donna Ignota", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 1616, "texte": "Le Gentilhomme Cabaretier\n                                  par L É O N B L O Y (1).\n\n\n\n\nI\n     L y a six ans passés, j'étais juste au point qu'il fallait pour qu'on\n      pût me mettre à écrire et on remarquait en moi cette heureuse\n      complexion d'éphèbe attardé, — assortie, pour tout gober,\n      d'une convenable candeur, et pour tout aventurer, d'une suffi­\n      sante prétention.\n  C'est alors que je fis connaissance, à mon éternelle vergogne, d'un\npeinturier capot, devenu cabaretier forain, et que j'acceptai, sur sa\nparole, pour un chevalier. Il jugea ma mine exploitable et me mit\naussitôt à l'œuvre dans un petit journal qu'il venait de fonder comme\nannexe à sa pompe à bière.\n                                    * *\n  T o u t le monde les connaît, ces assommoirs héraldiques, dont la\nvogue périclitante déjà, sévissait avec tant de rage en ces dernières\nannées.\n\n   (1) D'un manuscrit de Léon Bloy, inédit dans son ensemble, nous extrayons une page cinglante\nconsacrée à feu Rodolphe Salis, le Seigneur de Chatnoir-ville-en-Vexin et l'inventeur des cabarets\ndéplorablement historiques qui champignonnent non seulement sur la butte Montmartre, mais dans les\nmoindres recoins de province.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "68                              DURENDAL\n\n\n   On s'embête, osons le dire. On s'embête solidement, surabondam­\nment, du haut en bas de la société contemporaine.\n   On est épuisé de rengaines politiques ou littéraires. On a mal au\ncœur de tout ce qui faisait la vie morale de l'ancien monde et\n  immuable nature de l'homme s'acharne pourtant à solliciter de l'idéal.\nCe tigre veut sa pâture, sous peine de dévorer son triste cornac.\n   Or, il devient terriblement difficile à dénicher, ce merle blanc d'idéal,\ndans une civilisation de science et d'argent qui a congédié, depuis si\nlongtemps déjà, comme d'offensives chimères, la Foi, l'Enthousiasme,\nl'Héroïsme et jusqu'à la pauvre Charité, tout en pleurs!\n    L e célèbre naturaliste Huysmans a raconté, dans un livre de déso­\nlation, cette recherche désespérée de l'idéal à rebours, cette humble\ndemande d'une minute de rêve à l'idiotifiante banalité des brasseries\nà femmes et des caboulots.\n    Mais cela, c'est encore un idéal grossièrement allié de charnelles\nconvoitises. Il en est un autre non moins imploré et encore plus bête,\ns'il est possible. C'est l'idéal pur des brasseries moyen âge ou renais­\nsance, généralement instaurées par des peintres ratés, pour le haut\nragoût des imaginations romantiques.\n  H o n n e u r donc à ces industrieux amphytrions du rêve qui surent\ndiscerner avec profondeur la souveraine puissance du tréteau et le\ndespotique besoin moderne d'avilissement ! L'équitable réclame les\ninonde de ses faveurs et l'inquiétante fortune elle-même suspend en\nex-voto, aux murs anachroniques de leurs cabarets, sa roue capricieuse,\nenfin immobilisée.\n   Ces lieux ont été infiniment décrits. C'est toujours le même\narchaïsme de camelote et de bric-à-brac : vitraux en cul de bouteille,\nlambris impossibles, crédences, bahuts, panoplies, faïences, fer forgé,\ntapisseries en chiendent des Gobelins, et peintures du LXe siècle; le\ntout ordinairement exaspéré par une imagination de Jocrisse et des\nlectures de cabotins, avec l'aggravation caractéristique d'un instinct\nde bon brocanteur.\n     Les mailres de céans, pour parler leur langue imbécile, gens sérieux\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "                               DURENDAL                                69\n\nen affaires, ont su tirer parti de leurs anciennes relations d'atelier ou\nde crêmerie, en prêtant au petit bock ou au petit déjeuner sur l'art\nmoderne, et ce pauvre art, souvent famélique, par grand bonheur a\ndocilement enduit de peinture les murailles résignées de ces chapelles\nsixtines de l'abrutissement.\n   Ne vit-on pas un jour, à l'entrée d'un de ces boucans, un magnifique\nsuisse, un vrai suisse rutilant de cathédrale, distributeur automatique\nde la profession de foi du patron qui promulguait ainsi sa candidature\naux élections de l'Assemblée nationale? Et la farce d'une sottise flam­\nbante et intégrale, pratiquée plusieurs fois, d'ailleurs, fut reproduite\nà l'infini par de bénévoles journaux, dans le dessein probable de\ndéshonorer un peu plus le suffrage universel qui se déshonore, parbleu,\nbien assez lui-même!\n   Tout cet ensemble de viles blagues industrielles mériterait peu qu'on\ns'y arrêtât, si la curiosité seule était intéressée à d'aussi basses infor­\nmations. Mais il est trop certain que l'impudente fortune de pareils\nétablissements est un document pour l'histoire de notre décadence.\nLe silencieux mépris est vaincu...\n   Car, il faut bien l'avouer, la clientèle de ces assommoirs d'un héral­\ndisme suspect, n'est pas exclusivement recrutée parmi les bohèmes et\nles chasseresses nocturnes, comme de candides patriarches pourraient\nle conjecturer. La haute vie s'imprègne peu à peu de cette montante\ncrapule et jusqu'à des femmes du monde sont curieuses d'enfoncer\nl'extrémité de leur bottine dans cette boue de bêtises.\n   S'il est vrai que l'amour croissant d'un peuple pour les histrions\nqui lui lancent à pleines mains l'ordure au visage, soit un clair pro­\nnostic de la plus ignoble mort, on ne peut se dispenser d'accorder, au\nmoins, une mention de prodrome à ces « gentilshommes cabaretiers »,\nsuivant l'expression d'un niais grandiloque, candidats fantaisistes pro­\n metteurs de « joie », qui croiraient déroger, peut-être, — ces Encelades\n du bock et de l'amer Picon, — en escaladant le verre d'eau de la tri­\n bune parlementaire, tant ils sont devenus altiers !\n   Après tout, ne vaudrait-il pas mieux qu'il en fût ainsi et que la\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "                                  DURENDAL\n70\ndémence contemporaine allât jusque-là? L e cabotinisme commercial\naurait enfin ses représentants dans la grande manufacture des lois et\nqui sait si la dégoûtation d'une telle victoire n'aurait pas, pour ce grand\npeuple décadent, une vertu mystérieuse et salvatrice?\n   Peut-être que nous nous respectons encore trop et qu'on ne se\ndébraille pas encore tout à fait assez pour que la vérité apparaisse.\nLorsque les domestiques et les saltimbanques seront devenus décidé­\nment nos lords et nos empereurs, alors, il se pourrait qu'elle nous fût,\nune bonne fois, manifestée, notre inexprimable d é g r a d a t i o n !\n   L'indifférence en toute matière est encore une chose trop élevée, je\nle crains bien. C'est un H i m a l a y a qui a fait son t e m p s . Il va falloir\ndescendre de ce sommet, dégringoler dans la blague universelle, dans\nune fumisterie réservée pour la fin finale et qui sera la dernière patrie\ndes intelligences.\n                                          *\n                                      *       *\n   L e dentiste presque fameux dont j'étais devenu la proie était préci­\nsément l'un de ces entrepreneurs d'idéal, l'un des premiers en date et\ndes plus illustres. Il avait inventé cette attraction, ce raccrochage\nsuprême qui fit école, d'habiller ses garçons en académiciens.\n   Grand ravaudeur de palabres et volubile goulot à péroraisons,\ncrasseux d'ignorance et pétaradant sur l'estrade, ce rapin superbe toni-\ntruait et flatulait le boniment du matin au soir. On allait entendre cet\nintarissable pitre, mâtiné de Gaudissart et de Pandarus., qui poussait\nà la consommation d'une bière dangereuse en épatant le consommateur.\n   Non content de haranguer dans sa boutique, il imagina le coup de\nréclame d'un journal h e b d o m a d a i r e qui propageât dans les trente-deux\naires des vents la gloire de son tablier.\n   Il lui fut alors assez facile de grouper autour de lui, par promesses\nvagues ou protestations d'inaltérable dévouement, une demi-douzaine\nd'artistes débutants et pauvres qui s'estimèrent heureux de rencontrer\nune publicité quelconque.\n   Je fus, hélas! du petit nombre de ces carottés élus et le plus\nremarqué, peut-être, pour l'insolite véhémence de mes clameurs\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "                               DURENDAL                                 71\n\nvitupératoires. Bêtement attendri par des simagrées cordiales, décidé\nà ne rien voir- de la parfaite abjection d'un personnage que je consi­\ndérais en bienfaiteur, et les narines hermétiquement bouchées aux\nexhalaisons de son âme, je fis éperdument des écritures littéraires pour\nce négociant.\n   Et quelle écriture, Bonté divine! Je le répète, mon développement\nintellectuel avait été d'une lenteur incroyable, infinie, probablement\nmême sans aucun exemple, et mon éducation littéraire commençait à\npeine. E n outre, j'apportais, avec ma préconception religieuse, une\nenragée famine d'absolu, un besoin fabuleux de trigonométrie dans la\ncritique et jusque dans la simple vision des réalités les plus extérieures.\n   Cette façon d'être me fit écrire un assez joli nombre de sottises et\nquelques bévues énormes dont ma réputation souffre encore. J'aboyai\ncontre des œuvres qu'il était dans ma destinée de comprendre et\nd'admirer deux ans plus tard et il m'arriva de panteler devant quelques\nautres, qui auraient dû me faire vomir.\n  Je méconnus entièrement des artistes tels que F l a u b e r t et les deux\nGoncourt. J e conspuai ce pauvre grand poète qui a nom Verlaine et je\nme pelai les deux mains à applaudir le gaboulet d'un cousin germain\ndont le seigneur m'avait affligé dans sa colère.\n   Sans doute, je ne fus pas toujours aussi bête, étant assez bien servi\npar d'heureux instincts. J'osai dire quelques vérités que personne,\nassurément, n'eût hasardée dans le compérage ou la franc-maçonnerie\ndes lettres et peut-être, un jour, s'apercevra-t-on qu'il fallait un peu de\nvertu pour endurer la noire misère et s'exposer seul à tous les coups,\ndans le niais espoir d'attacher le grelot de l'indignation. Néanmoins\nles balourdises furent pesantes et je le confesse aujourd'hui avec grande\nhumilité.\n   Si, du moins, j'avais su me borner à la publicité de ce canard à\nmoitié sauvage que la canardière du public flottant n'atteignait qu'à\npeine ! Mais je voulus charpenter un livre de tous ces copeaux juvéniles\net je le dédiai solennellement à l'échanson répulsif qui s'enrichissait à\nmon d a m , en lui rendant grâces de m'avoir permis d'exister pour\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "72                                  DURENDAL\n\n\nl'adorer et pour le servir. J'atteste Dieu que j'étais sincère et que je\ncroyais payer une dette sacrée.\n   Telle fut, en mon âme et conscience, la surprenante stupidité de\nmes débuts.\n     (Reproduction interdite.)                                  LÉON BLOY.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 73, "titre_corps": "La Donna Ignota", "titre_sommaire": "La Donna Ignota", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "La Donna Ignota", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’ORME DU MAIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "La Donna Ignota\nO               FIN profil juvénile, pureté des traits dans la candeur transparente\n                  du marbre ! La poudroyante lumière dessine ta naïve silhouette\n                  hautaine, la bouche exquise, délicate et gourmande, le nez droit,\n                  les yeux un peu saillants sous leur large paupière mi-close et la\n                  sérénité incomparable du front, auquel la chevelure en bandeaux\nfait un lourd et luxueux diadème...\n  Audacieuse et chaste créature, grandie au soleil libre, dans la subtile atmosphère\nde cette vallée; noble fille d'un pays où l'artifice des hommes rivalisa victorieuse­\nment la naturelle splendeur des choses... Princesse, qui sait? bourgeoise ou\nmarchande, mais inconnue et immortelle, l'anonyme te donna l'essentielle vertu\nd'un symbole, le mystérieux pouvoir d'un emblème et tu apparais comme l'image\nsublimée de la race dont tu sortis, ingénieuse et forte, enivrée de vie sobre et de\nlabeur intelligent.\n   Ta tête douce et fière s'aperçoit, illuminée toute et ravie, au milieu des chœurs\nd'anges que Fra Filippo Lippi convoqua à la louange de l'Immaculée; et le bon\npeintre Ghirlandajo te plaça, imposante et pourtant alerte sous le simple et\nsomptueux costume de brocart, parmi les compagnes de la Vierge Marie, à Santa\nMaria Novella...\n   Mais ne te rencontrai-je point, vivante, entre les quinconces des jardins de\nFlorence, jeune mère escortée d'enfants délicieux, orgueilleuse et modeste, avec la\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 739, "texte": "                                     DURENDAL                                      73\n\nsérieuse dignité timide d'une matrone ingénue, remplie, déjà, de la conscience\ngrave et de la volonté du devoir, mais exultant aussi de joie puérile devant\nles promesses généreuses et la magnificence de la vie...\n   Blanche effigie qui, du haut de ton socle, — du fond du siècle héroïque, glorieu­\nsement, et crédule que tu remémores, — me considèras passer, vain explorateur\ndes musées et des livres, d'un indulgent regard, apitoyé peut-être ou narquois, j'ai\nvoulu te dédier ces lignes — comme une guirlande votive tressée de pensées et\nd'immortelles...\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 77, "titre_corps": "L’Orme du Mail", "titre_sommaire": "L’Orme du Mail (Anatole France)", "signature_source": "Bon de Haulleville", "ancre_debut": "L’ORME DU MAIL", "ancre_fin": "DE HAULLEVILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE DOULOUREUX PRINTEMPS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "L'ORME DU MAIL\n                  C'EST le titre du dernier livre de M. Anatole  Fiance. Le « mail >\n                    est une avenue ou un boulevard d'une ville de France. L'orme\n                    est un arbre de ce boulevard, un arbre à l'ombre duquel deux\n                    des personnnages principaux du livre échangent parfois leurs\n                    pensées.\n                       J'ai lu ce livre avec, une avidité mêlée de tristesse. Il est si\nadmirablement écrit, les caractères y sont dépeints avec une telle précision,\nqu'une fois la lecture commencée on ne saurait plus l'interrompre. Je vous dirai\ntantôt la cause de ma tristesse.\n  L'auteur n'est pas le premier venu. M. Anatole France est un des écrivains les\nplus loués de Paris. Il est membre de l'Académie française. On le désigne comme\nun des porteurs les plus autorisés de l'esprit de sa nation, en ce moment. On est\ndonc disposé à considérer ses écrits comme un reflet des tendances actuelles de la\nsociété française.\n  En effet, M. France a voulu faire un tableau exact et ressemblant de cette\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "74                                     DURENDAL\n\nsociété dans une ville de province, siège d'un archevêché et chef-lieu d'un\ndépartement.\n   Au point de vue littéraire, ce tableau est un petit chef-d'œuvre. La forme en est\nexquise. Le style est simple, clair, élégant, noble d'allure, pétillant d'esprit. Le\nlecteur le plus rebelle (comme moi) aux idées fondamentales de l'auteur, est telle­\nment courbé sous le charme que, malgré lui, il suit l'écrivain dans le développement\nde ses thèses multiples et diverses.\n   Ces thèses, souvent très blâmables, sont soutenues avec une verve endiablée et\nentremêlées de portraits en pied d'un dessin délicat et d'un coloris savoureux.\n   En un mot, M. France est un artiste de premier ordre.\n   Mais si la forme du livre mérite tous ces éloges, le fond en est abominable.\n   L'auteur est un sceptique, dont l'esprit hautain, dissimulé sous des procédés\nlittéraires charmants, ne respecte rien, absolument rien.\n   Si l'Orme du Mail est réellement une peinture exacte de la société française, en\nprovince, eh bien, le pays de M. France est bien malade. C'est un \" fichu pays \" ou\nun pays \" fichu \".\n   L'œuvre est originale. Ce n'est pas un « roman ». Il n'y est pas question\nd'amour. La femme n'y joue qu'un rôle très secondaire. La peinture des caractères\net la description de \" l'état social \" préoccupent exclusivement l'auteur. Ce n'est pas\nun récit avec une intrigue et un dénouement. C'est un tableau ou plutôt une galerie\nde tableaux.\n   L'état social est laid et tous les caractères dépeints sont antipathiques, à l'excep­\ntion du seul M. Bergeret, maître de conférences à la Faculté des leltres, un\nphilologue qui ne croit à rien, pas même à Virgile qu'il enseigne, mais qui est\npatient, charitable, bon et intelligent. C'est le seul homme tout à fait honnête de\ncette société. Il supporte « les dévotions fréquentes de sa femme et les interminables\ncatéchismes de ses trois filles ». Il n'est ni radical, ni socialiste. Pour lui, « il n'y a\nque les imbéciles et les ambitieux pour faire des révolutions ». Je ne connais pas la\nbiographie de M. France : d'après son livre, je suppose qu'il est \" universitaire \",\nqu'il a été élevé dans un séminaire, d'où il a sauté dans la libre pensée. N'allez pas\ncroire cependant que MM. Bergeret et France sont de vulgaires Homais. Oh ! non.\nLeur pyrhonisme est plein de douceur et de forme, saturé d'humour, de science\nmême, enrichi parfois d'une équité étonnante.\n   M. France doit avoir beaucoup fréquenté ou tout au moins observé le monde\necclésiastique, car il en parle avec une connaissance et une abondance, à la\nfois déconcertantes et crispantes.\n   Les personnages ecclésiastiques, le cardinal archevêque, le président du séminaire,\nM. Lantaigne, le professeur d'éloquence sacrée au même établissement, M. Guitrel,\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "                                    DURENDAL                                          75\nM. de Goulet, secrétaire du cardinal, et M. l'abbé de Lalande, ancien aumônier\nmilitaire et maintenant aumônier des Dames du Salut sont \" pourtraicturés \" avec\nune exactitude partielle et, qu'on me permette cette expression, une roublardise qui\nindiquent chez l'auteur une expérience personnelle de ce monde-là. Ils sont tous\n« civilement » honnêtes, si vous voulez; mais il n'y en a pas un seul qui soit un\nprêtre vraiment chrétien. Le renvoi du séminariste Firmin Pièdagnel par l'abbé\nLantaigne est précédé d'une scène qui, peut-être, a été \" vécue \" par l'auteur; car\nl'étroitesse de la piété du président du séminaire et la grâce et la hauteur de l'esprit\ndu jeune lévite, jeté tout d'un coup dans la haine du prêtre, sont décrites par\nM. France avec une vérité saisissante. Pièdagnel, est-ce peut-être M. France?\n  Tous ces portraits ecclésiastiques son partiellement ressemblants, en ce sens que le\npeintre a parfaitement dessiné certains traits; mais il n'a saisi ni la dignité du genre\nni les mérites de l'espèce. Le cardinal ressemble un peu à l'ancien archevêque de\nBordeaux, Donnet. M. France lui laisse une certaine prestance, mais ne lui accorde\nni science, ni théologie, ni grande charité, ni même une piété surabondante. C'est\nun « malin », le vieux cardinal. La rivalité de Lantaigne et de Guitrel, tous deux\nbriguant l'évêché de Tourcoing, est décrite magistralement. Quant à l'abbé de\nLalande, prêtre « sans conséquence », il est photographié.\n   Au centre de cette galerie de portraits, il faut admirer celui du préfet et celui de\nsa femme. M. Théodore Wonns-Clavelin, licencié en droit, vén . . du Sol . -.\nLev .., est un sémite, un des quarante-huit préfets et sous-préfets circoncis de\nLa France Juive de M. Drumont. Quand il battait le pavé de Paris, Worms avait\nfait, grâce à l'habile complaisance de Mme Vacherie, revendeuse, la connaissance de\nMlle Coblentz, fille d'Isaac, agent d'affaires des Batignolles et de la place Clichy.\nAprès la naissance de leur fille, Jeanne, les deux jeunes gens s'étaient mariés\ndevant M. le maire. M. Worms-Clavelin, après avoir occupé divers postes, sous le\nrégime de l'opportunisme, était parvenu enfin à une position enviée. Il est admira­\nblement dépeint. A lire M. France, on croit voir et entendre son préfet : sans foi,\nni loi, pratique, sans instruction, sans conviction politique, dépourvu de sens\nmoral, amusant cependant, intelligent, intègre même, à sa façon.\n   Le portrait de Mme Worms, protectrice de l'abbé Guitrel, qu'elle rencontre chez\nla pâtissière, Mme Magloire, est non moins bien dessiné. La préfette aime les vieux\nbrocards, les velours frappés, les orfrois, les broderies et les dentelles archéologiques,\nque lui fournit l'abbé Guitrel, l'ami des curés de campagne, dont il dépouille les\néglises pour des sommes dérisoires. Les conversations de M. Worms avec l'abbé\nGuitrel sont dignes des vantardises de M. Cardinal. M. Worms avait fait de la\nfranc-maçorinerie le maître du département. Ses conversations avec M. l'abbé\nGuitrel chez le bijoutier Rondonneau jeune, sont de purs chefs-d'œuvre (v. pp. 45,\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "76                                   DURENDAL\n\n47, 49, 52, 111), du voltairianisme moderniste. Il faut lire cela pour se rendre\ncompte du \" jemenfichisme \" transcendai de l'auteur, peu respectueux, au fond,\nenvers l'église, impitoyable pour les libéraux anticléricaux.\n   Un incident désopilant, c'est le spiritisme de Mlle Deniseau, un médium de Sainte-\nRadegonde, devenue une alliée du parti conservateur. Mlle Deniseau, une fumiste,\nqui, après avoir causé des insomnies politiques et administratives au préfet,\ndisparaît de l'horizon du département, grâce au cardinal, sollicité par l'abbé Guitrel,\ninstrument de M. Worms, qui lui a promis la crosse de Tourcoing.\n   Après le cardinal et le préfet, voici que M. France nous présente le commandant\nde la division, le général Cartier de Chalmot, qui avait mis sa division en fiches :\ntimide, probe, excellent calligraphe, le général avait trouvé, selon M. France, la\nméthode appropriée à son génie et il l'appliquait avec la dernière rigueur, en\ncommandant sa division sur fiches. Clérical et royaliste, le général était rallié au\ngouvernement du président Carnot, qu'il \" admirait \". Je vous dis qu'il est\n« croqué >, ce général. Et sa femme, protectrice des ambitions de M. l'abbé Lan­\ntaigne, est admirable en criant sur l'escalier à son mari (Poulot, Poulot!) que les\ncôtelettes sont prêtes. On croit voir cette grosse dame en peignoir : « Sa foi, débor­\ndante et décorative comme la poitrine qui la contenait, paraissait avec splendeur\ndans les salons! » La conversation du général avec l'abbé de Lalande, l'ancien\naumônier militaire, qui vient recommander la candidature de l'abbé Lantaigne à\nl'évêché de Tourcoing, est incomparable.\n  Que vous dirai-je encore de cette galerie de tableaux? Le parti catholique et\nroyaliste, représenté par MM. Lerond, substitut \" épuré \", M. le premier président\nretraité Cassignol (85 ans), l'abbé de Lalande et quelques autres « réaction­\nnaires » ne donne pas une haute idée de la rédemption de la société française par la\nmonarchie traditionnelle. Lerond est absurde et Cassignol est une » vieille bête »,\ntoujours d'après M. France.\n  Les réunions à la librairie Paillot, où se rencontrent M. Bergeret, déjà nommé, le\ndocteur Forgerai, un médecin madré et bien achalandé, M. Mazure, archiviste\ndépartemental et anticlérical, qui a épousé la servante de son prédécesseur, et\nM. de Terremondre, président de la Société d'Archéologie et d'Agriculture, ont une\ncouleur particulière. Ce Terremondre, qui s'occupe de paillardise à Paris et dans le\ndépartement de niaiseries archéologiques, est un type connu. Le libraire Paillot est\nadmirablement dépeint.\n   Enfin, signalons la partie monumentale du livre. Je veux parler de la conver­\nsation de l'abbé Lantaigne et de l'universitaire Bergeret sur la République. Je n'ai\njamais lu quelque chose de plus amusant et de plus vrai. Tous les deux démolissent\nla République, sous l'orme du mail, l'un pour la condamner, l'autre pour la défendre-\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "                                    DURENDAL                                     77\nLe discours de M. Lantaigne sur la République, qui est la Diversité, est ébouriffant.\nLa défense de M. Bergeret est dans le goût de Taine : elle vous dégoûte de la R. F.,\nmais vous la fait « supporter ».\n   En résumé l'Orme du Mail est un livre très intéressant, écrit par un sceptique\nd'un talent de premier ordre, un livre qu'on lit avec plaisir, mais qui vous laisse\ndes impressions désolantes. M. France m'amuse, mais, si je dois le croire, il me\ndonne, je le répète, de graves inquiétudes sur l'avenir de sa nation et de son pays.\n                                                        Bon DE HAULLEVILLE.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 78, "titre_corps": "Le Douloureux Printemps", "titre_sommaire": "Le douloureux Printemps", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "LE DOULOUREUX PRINTEMPS", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 1643, "texte": "LE DOULOUREUX PRINTEMPS\n            Voici que les beaux soirs, les soirs pleins de douceur,\n            Epandent longuement leur souffle caresseur ;\n            Et voici que la joie et l'amour vont renaître\n            Dans le mystère aimé des forêts, où pénètre\n            L'haleine des beaux soirs, des soirs pleins de douceur.\n\n            Dans la sérénité des calmes crépuscules,\n            Bercés au chant trompeur de leurs espoirs crédules,\n            Des couples enlacés vaguent par les chemins ;\n            Voici déjà s'unir les lèvres et les mains\n            Dans la sérénité des calmes crépuscules...\n\n            Pourtant, mon cœur s'afflige en de mornes douleurs\n            Tandis qu'Avril s'éveille en sa couche de fleurs;\n            Pourtant, j'entends en moi sangloter la tristesse\n            Et s'éteindre à jamais les rires d'allégresse...\n            Pourtant, mon cœur s'afflige en de mornes douleurs...\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "78                                    DURENDAL\n\n\n            Les roses renaîtront dans les jardins en fête,\n            Et, se sentant comblés d'une ivresse parfaite,\n            Les bienheureux amants diront des mots si doux\n            Que les anges viendront les entendre à genoux !\n            Les roses renaîtront dans les jardins en fête...\n\n            Mais le Printemps joyeux n'ornera point mon front :\n            Sur mon front pâle et froid les fleurs se flétriront...\n            Le soleil reviendra dans les jardins en fête,\n            Mais d'éternels hivers neigeront sur ma tête\n            Et le printemps joyeux n'ornera point mon front.\n\n          21 Mars 1894                                      FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-04-n4-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 84, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "paraîtra en livraison double, avec le compte rendu sténo­ graphié de la Réunion littéraire de Gand.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 750, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n     Quelques Propos des Douze Pairs autour de la Table Ronde\n\n\nA     LA MÉMOIRE DE VERLAINE. — Le jeudi           25 mars, jour de l'Annonciation, eut\n        lieu à la Libre Esthétique une intéressante séance, dont le profit était destiné à\nl'érection du buste de Verlaine, par Niederhäusen, qui bientôt se dressera triom­\nphalement à Paris, dans les jardins du Luxembourg. Tour à tour, MM. Emile\nVerhaeren, H. Carton de Wiart, Charles Morice, de Colleville, Camille Lemonnier,\nvinrent célébrer, en des discours émus ou ingénieux, la gloire du poète disparu.\n  Cette pieuse évocation fut complétée par l'exécution de quatre exquises mélodies\nsur des paroles de Verlaine, — œuvres de M. Georges Flé —, et par la lecture de\nplusieurs des plus belles pages du poète par l'excellent acteur Krauss\n  Cette fête, à laquelle assistait un public nombreux et attentif, était rendue plus\nimpressionnante par le souvenir — présent à tous les esprits — de la conférence\nqui fut donnée, au même local, en mars 1893, par Paul Verlaine lui-même.\n  Cette conférence et quelques autres qui précédèrent et qui suivirent : au Cercle\nLéon XIII, au Cercle artistique et littéraire, au Jeune Barreau de Bruxelles, puis à\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "                                         DURENDAL                                    79\n\nCharleroi, à Anvers, à Gand, à Verviers, donnèrent au \" Pauvre Lélian \" un avant-\ngoût de sa gloire, qui — depuis sa mort — grandit de plus en plus. Rentré à Paris,\net retombé dans sa vie de bohême, Verlaine ne pouvait se remémorer, sans un\norgueil ingénu, les déférents honneurs qui l'avaient accueilli en Belgique. Combien\nde fois dans ses lettres à ses amis de Belgique, il rappela les moindres épisodes de\nce séjour de deux semaines au « pays belge » auquel l'attachaient d'ailleurs bien des\nsouvenirs. De l'hôpital Broussais, il envoyait en juillet 1893, à un de ses amis, un\nsonnet destiné au roi des Belges. Ce sonnet n'a jamais été publié, croyons-nous.\nIl nous paraît intéressant de le faire paraître ici. Assurément, ce sonnet ne mar­\nquera point parmi les œuvres du poète. Il faut le compter au nombre des « petites\ncrottes » dont il parlait lui-même avec bonhomie. D'ailleurs, dans la lettre qui\naccompagne le sonnet, il avoue l'avoir ébauché « lors du commencement de ma\n» maladie, c'est-à-dire quand ma tête commençait à déménager ferme. J'avais un\n  atroce délire suivi de coma qui m'a mené très loin et très bas. On m'a cru mort\n» un instant... Depuis j'ai été en proie au bistouri. En dépit des anesthésiques (?)\n  çà est une caresse un peu militaire dont j'espère être dispensé dorénavant et je le\n» dis tout bas. Si le chef m'entendait! Si bon, si gentil d'ailleurs, le D r Chauffard et\n» tout son personnel! je suis l'enfant gâté de la « boîte ». Quant au sonnet le voici :\n\n\n                    A LÉOPOLD II DE BELGIQUE\n\n                    Je vous aime Français et, Roi, je vous respecte;\n                    Beaucoup de votre sang coule en mon sein; beaucoup\n                    Du mien bat dans le vôtre, en revanche, et le tout\n                    Se dit : compatriote ! en langue bien correcte.\n\n                     Vous êtes souverain; je ne suis qu'un insecte,\n                    Citoyen d'une république à tant le coup\n                    (Comme à Saint-Cloud), mouton en grand danger du loup\n                    Sous un berger dormeur qui se bouger affecte.\n\n                     Votre hôte d'un instant partout un peu fêté\n                     Parlant de poésie et de pure beauté,\n                     Épris de votre si gente et forte Belgique,\n\n                    Juste après mon départ l'émeute fit son cri\n                    Que vous vainquîtes d'un clément geste énergique,\n                    Car vous êtes vraiment un fils du roi Henry.\n                                                                        PAUL VERLAINE.\n          Hôpital Broussais, 20 juillet 1893.\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "80                                   DURENDAL\n\n   Le Roi des Belges a-t-il jamais connu ces mauvais vers qui furent faits pour lui\npar un bon et grand poète? Si ces lignes tombent sous son royal regard, peut-être\n« le fils du roi Henry \" songera-t-il qu'un souvenir en vaut un autre, peut-être\naura-t-il l'heureuse inspiration de s'inscrire au nombre des souscripteurs du monu­\nment Verlaine. Qu'il se rappelle l'apostrophe d'Hugo sur le poète et le roi :\n\n                  . .. Nous portons tous deux une couronne,\n                  Mais, Roi, tu la reçois, — poète, je la donne.\n\n\n\n\nU    NE QUERELLE D'ART AU PARLEMENT BELGE. — M. J. Destrée et M. H. Carton\n         de Wiart ont polémiqué à propos d'art, au cours de la récente discus­\nsion du budget de l'Industrie et du Travail. Le premier a cru nécessaire, une\nfois de plus, d'accompagner l'exposé de ses réformes en matière d'art de diatribes\ncontre l'infââme bourgeoisie et l'odieux capitalisme, inaptes à comprendre l'art, et\ns'est complu à attribuer au développement du socialisme les progrès réalisés dans\nquelques pays, depuis vingt ans, par l'enseignement artistique en matière indus­\ntrielle. M. Carton de Wiart lui ayant demandé depuis quand l'art était lié à une\ndoctrine politique et depuis quand il était devenu le monopole d'un parti, M. Des­\ntrée a expliqué et un peu corrigé ses premières paroles dans la séance du 23 mars \":\n   \" Je n'ai jamais prétendu, a-t-il dit notamment, que le parti socialiste, considéré\n\" comme parti politique actuel, pouvait, s'il arrivait au pouvoir demain, modifier\n\" la situation esthétique; je me suis efforcé, au contraire, de démontrer que des\n\" causes autrement profondes que celles sur lesquelles un gouvernement pouvait\n» agir entraient ici en jeu et j'ai indiqué que la renaissance des arts populaires était\n» liée à une modification des conditions économiques populaires, notamment une\n» augmentation de bien être et de loisir.\n  » Voilà quelle fut ma thèse. J'espère qu'elle sera mieux comprise.\n  » Mais laissez-moi vous dire encore mon étonnement de me voir traiter de sec-\n» taire et de m'entendre rappeler que l'art n'est d'aucun parti — ce que j'ai toujours\n\" affirmé — par l'honorable M. Carton, le propagandiste de l'art chrétien, le fon­\n  dateur et le collaborateur de revues où de petits jeunes gens bien pensants écrivent\n» pour l'amour de Dieu et où l'on s'inquiète d'abord de l'orthodoxie de l'écrivain\n» avant de se demander s'il a du talent... \"\n   Ces dernières observations, on l'avouera, brillent par la justesse autant que par\nle bon goût. Il faut admirer vraiment le facile dédain avec lequel M. Destrée —\nplagiant un sous-off du Coq Rouge — traite les « petits jeunes gens bien pensants »\nqui écrivent \" pour l'amour de Dieu » dans des revues où M. Destrée lui-même —\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "                                    DURENDAL                                         8l\n\nil a peut-être oublié ce détail — est plus d'une fois venu apporter sa prose. Quelle\npitié de voir l'homme politique déteindre sur l'écrivain au point de lui faire oublier\nd'anciennes amitiés littéraires et des déclarations qu'il nous serait aisé de rappeler\nici ! Mais nous ne suivrons pas M. Destrée sur ce terrain. Sans doute, nous croyons\nque l'orthodoxie peut s'allier au talent chez le littérateur, — et nous savons aussi,\nhélas ! qu'il est des littérateurs aussi dépourvus de talent que d'orthodoxie ! Mais\nnous n'avons jamais établi de confusion entre ces deux qualités. Notre revue n'est\npas une revue d'art chrétien ou de littérature catholique. Elle est une revue catholique\nd'art et de littérature. Nous y avons toujours affirmé que l'art est indépendant du\ndogme, que le Beau doit être admiré, même s'il méconnaît le Bien et le Vrai.\nD'autre part, nous demandons à ceux qui ont la vérité, d'aimer la Beauté et\nd'oeuvrer pour elle, parce que nous professons que la vérité ne peut que gagner au\nrayonnement de la Beauté, l'une et l'autre ne pouvant que gagner à s'auréoler\nmutuellement.\n   C'est pourquoi nous n'avons jamais été des exclusivistes. Qu'on ne nous prête\npas le ridicule de contester aux artistes le droit de ne pas croire, — mais qu'on\nnous concède la licence d'allier notre enthousiasme artistique à nos convictions\nreligieuses ! Malheureusement, il n'est pire sectaires que ceux qui, ne croyant à\nrien, prétendent railler — chez ceux qui la possèdent — la Foi.\n\n                                              *\n\nL      A LITTÉRATURE ET L ' É T A T . — On s'est déjà maintes fois gaussé de la façon\n         dont l'État répartit, en Belgique, les crédits que le Parlement lui alloue\nannuellement pour encourager la littérature. On s'en amuserait davantage si l'on\nconnaissait mieux les « littérateurs et les « œuvres à qui va la manne officielle.\n    Le budget de l'instruction publique comporte une somme de près de 1,000,000 de\nfrancs pour les < sciences et lettres ». Ce chapitre du budget confond, dans la plus\nbizarre alla podrida, les < voyages et missions littéraires », la « location d'une table\nd'études à la station zoologique de Naples », le « traitement du personnel de l'Aca­\ndémie royale des sciences », les < frais d'examen et de jugement des concours de la\nfondation De Keyn », etc., etc.\n   Tout compte fait, les subsides et encouragements littéraires ou prétendument tels,\nn ' a t t e i g n e n t pas 10,000 francs, déduction faite des 25 000 francs environ qui\nsont distribués aux théâtres flamands et wallons. Signalons : le Leeren Vereert,\nd'Audenarde (500 francs); les Vlaamsche Zonen, de Courtrai (600 francs); le Jever\nen Eendracht, de Menin (300 francs).\n    Comme si cette somme de 10,000 francs pour la littérature était encore trop\nélevée, on lui trouve, sous prétexte de littérature, les destinations les plus inatten-\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "82                                       DURENDAL\n\ndues. Dans le budget de 1894, clôturé et approuvé, 1,000 francs passent, à titre\nd'encouragement littéraire, à M. G..., directeur général de l'enseignement moyen et\nsupérieur ! 600 francs au Musée de l'industrie de Bruxelles pour l'organisation d'un\ncours de littérature et pour indemnité à l'appariteur, que le gouvernement aura pris\nsans doute pour un homme de lettres! C'est à peine si on peut relever dans la liste des\n\" encouragés \" les noms de sept littérateurs dignes de ce nom, dont deux Flamands,\nMM. Emmanuel Hiel (toujours lui !) et Guido Gezelle. Parmi les littérateurs de\nlangue française, celui qui émarge pour la somme la plus considérable, M. Georges\nRodenbach, reçoit 800 francs. Y aurait-il, en matière littéraire, comme pour les\nsucres et les levures, des \" primes à l'exportation \" ?\n   Vraiment ! le gouvernement belge peut se vanter d'encourager la littérature. Il\nest vrai qu'il ne s'en vante pas toujours, et que nous avons eu des ministres de\nl'Intérieur, qui étaient aussi préposés aux Beaux-Arts, avouer en plein Parlement,\n— ce dont personne ne doutait, d'ailleurs ! — qu'ils \" vivaient de bonne soupe et\nnon de beau langage \" !\n\n\n\n                                                                a interprété le vendredi\nL     'ASSOCIATION DES CHANTEURS DE SAINT-BONIFACE\n     saint, 16 avril, à 7 1/2 heures du soir, en l'église de Saint-Boniface, le\nMiserere, d'Allegri; Ö vos omîtes, de Victoria; Christus factus est, d'Anerico; Recordare,\nde Cappocci.\n   Nous engageons vivement nos amis à encourager ces artistes chrétiens.\n   Que ceux qui ne se sont pas encore fait inscrire comme membres protec­\nteurs (1) de cette œuvre magnifique le fassent sans tarder, en envoyant leur adhé­\nsion à M. Henri Carpay, rue d'Orléans, 37, à Bruxelles. C'est un devoir pour les\ncatholiques de soutenir une œuvre aussi chrétiennement artistique.\n\n\n\n\nL    E R. P. Lintelo, S. J. nous fait savoir — via Patriote — qu'il « ne repousse\n      l'art ni le beau sous quelque forme que ce soit ».\n   Cette rétractation au petit mandement sur \" le mérite littéraire des écrivains\nmauvais \" — est datée de Tronchiennes.\n   Ce bon Père qui voulut donner, il y a quelques mois, comme mot d'ordre aux\nlettrés catholiques : « Revenons à l'Antique », semble avoir fait une bonne retraite,..\n   Proficiat !\n\n\n     (1) Les membres protecteurs s'engagent à verser chaque année la somme minime de 10 francs.\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "                                    DURENDAL                                      83\n\n\nC   ONVIÉ par un opulent Mécène, M. Ferdinand Brunetière — le préfet de police\n     de la littérature de France — est parti pour l'Amérique en une tournée de\nconférences sur la poésie française.\n  Toujours naïvement prodigues, ces Yankees qui achètent moults dollars ce qu'ils\npeuvent lire dans les dernières collections décennales de la Revue des Deux-Mondes.\n  A moins que ce ne soit la tête de M. Brunetière qu'Outre-Mer ait voulu se\npayer !...\n\n\n\n\nE   XTRAIT d'un communiqué de presse :\n        « . . . Agréable nouvelle pour les amis de \\a.fine et belle littérature : une\noccasion leur sera bientôt donnée d'entendre le spirituel orateur chrétien... >\n  Cela suffit, n'est-ce pas, et le signalement est complet ?\n\n\n\n\nD   'UN traité de préceptes littéraires — inédit :\n       Définition : Le Beau est la splendeur du Vrai.\n  Exemple : Un théorème de géométrie mis en vers.\n\n\n\n\nO    N parlait l'autre jour de certain follicule hebdomadaire, et quelqu'un dit\n        — Ça ?... Deux sous d'ordures dans un cornet de papier !\n\n\n\n\nP   ENSÉE   du Mois :\n       « Dans ces temps où nous sommes, où les besoins humains semblent se faire\nplus criants, plus impérieux, plus déchirants, personne ne peut savoir combien le\nbeau fait de bien. >\n                                                                     (HELLO.)\n\n\n\n      MORT de Rodolphe Salis, le gentilhomme-cabaretier    du Chat Noir, lanceur de\n      fantaisistes abracadabrants et d'originaux poètes, Mécène à rebours, qui mit\nen exploitation commerciale l'humour, la verve et le talent de pauvres bohêmes\naffamés... Bilan : un château cossu, mais dont la Mort, railleuse et vengeresse, n'a\npas permis à ce parvenu de l'Art... des autres, d'essuyer même les plâtres.\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "84                                   DURENDAL\n\n\n\nR    EVUE des Revues :\n       Dans la Jeune Belgique, Iwan Gilkin appelle Richard Wagner à la rescousse\ncontre le Vers libre.\n  C'est d'un effet peu banal, mais est-il décisif? Par contre, bonne étude de Robert\nCantel : La Critique.\n   Dans le Coq Rouge, une substantielle étude de Hubert Krains sur Demolder — et\nun dithyrambe poseur de Georges Rency en faveur de ce petit polisson de lettres :\nlord Alfred Douglas.\n   Le même Rency se pâme devant les vers d'un poète, « agitant comme un gage > :\n\n                    Son chapeau d'espérance au soleil du matin\n\n  Ohé ! Alphonse Allais !\n   A lire, dans le Spectateur Catholique, les belles études de Mithouard sur E. Hello\net d'A. Goffin sur Fra Angelico.\n  Bon numéro de la Lutte — et surtout un généreux appel de Charles Morice en\nfaveur des lèpreux de l'Islande... Mais prenez garde, confrères de la Lutte, la. Jeune\nBelgique va vous reprocher de faire de l'Art social !\n  Le Magasin Littéraire paraîtra en livraison double, avec le compte rendu sténo­\ngraphié de la Réunion littéraire de Gand.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 74, "texte": "AVRIL 1 8 9 7 (QUATRIÈME   ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n\n\n\n\n                                                     DffaiiRV\n                                                      ftùpfoft\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": ""}, {"page_pdf": 76, "texte": "Avril 1897                     DUEENDAL                              N° 4\n\n\n\n\n                JEAN CASIER\n     Si un jour, on écrit l'histoire de l'efflorescence littéraire\n  catholique actuelle, on devra y rendre un hommage spécial à\n  la douce mémoire du jeune poète chrétien, Jean Casier, qui\n  vient de s'endormir pieusement en Dieu. Il appartenait à\n  cette belle jeunesse catholique de G a n d , qui, depuis t a n t\n  d'années, lutte, avec un enthousiasme tout chevaleresque,\n  pour la noble cause de l'idéal, sous la conduite de son\n  vaillant chef, H e r m a n de Baets, le créateur du mouve­\n  ment catholique jeune en Belgique. Si nous avons une\n  littérature, c'est à cette jeunesse que nous en sommes\n  redevables. L e u r principal organe fut, dès le principe, est\n  plus que j a m a i s , et restera longtemps encore, nous l'espé­\n  rons, Le Magasin littéraire. Jean Casier en fut le secrétaire\n  actif et dévoué.\n      L e temps n'effacera j a m a i s le nom de ce compagnon\n   d'armes du livre de nos souvenirs.\n      Pauvre âme douloureuse, et toujours si radieuse pourtant\n   au milieu de ses souffrances. Car, si la douleur, cette pierre\n   de touche des caractères, qui fut son lot ici-bas, brise les\n   âmes faibles, elle transfigura cette âme forte et lui fit goûter\n   les joies profondes de la résignation chrétienne.\n      Ce fut une âme essentiellement chrétienne, en effet, que\n   celle de notre jeune poète. Il ne concevait l'art, qu'illuminé\n   des rayons du christianisme. C'est tout le christianisme qu'il\n   rêva de chanter en ses poèmes. D'une piété d'ange, Jean\n   Casier puisait dans la contemplation admirative et amou­\n   reuse de nos divins mystères toutes ses inspirations, à la fois\n   si chastes et si réconfortantes. Il suffit de lire les titres de ses\n   poèmes et certains vers admirables, au milieu de tant d'autres\n   très faibles, hélas! pour se faire une idée de la hauteur de\n   vue et de la splendeur de pensée de notre jeune poète.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "62                              DURENDAL\n\n\n\n     Malheureusement, quand cette âme, toute imprégnée d'idéal,\n     tentait d'exprimer ses belles conceptions, elle n'y parvenait\n     pas toujours. Quel tourment que celui-là ! Avoir des idées\n     magnifiques et être impuissant à les exprimer dans toute leur\n     fastueuse beauté. Saisir cette beauté, éprouver un impérieux\n     besoin de la chanter et être insuffisant à le faire.\n        L'œuvre poétique de Jean Casier, œuvre fort inégale, et\n     où, à côté de poésies vraiment belles, il s'en trouve d'assez\n     banales, se compose des volumes suivants : Harmonies chré-\n     tiennes, Poésies eucharistiques, La Mort, Au Ciel, Scintillements,\n     Flammes et Flammèches, Poésies intimes.\n        Qu'il nous soit permis d'émettre un vœu. Nous voudrions\n     garder du jeune poète catholique qui vient de mourir un\n     souvenir. Si nous ne craignions d'offenser l'angélique mémoire\n     de cette âme, d'une modestie si charmante, nous demande­\n     rions qu'on lui élève un monument. Ce monument serait\n     une publication artistique d'un recueil composé de ses plus\n     belles poésies, telles que : Ferveur, Le Salut de Semaine,\n     L'Offrande douloureuse, etc. Les limites de cette revue\n     ne nous permettent pas de les insérer ici. Nous devons nous\n     borner à rendre h o m m a g e à cette âme d'élite, qui comprit si\n     bien toute la beauté des âmes vierges, parce qu'elles étaient\n     sœurs de la sienne. Avec quelle justesse et quelle vérité on\n     pourrait appliquer à Jean Casier lui-même ces vers écrits\n     par lui à la louange de la Virginité :\n\n                 Nous vivions en dehors du monde\n                 Avec le Christ et pour Lui seul;\n                 Sa grâce paisible et profonde\n                 Nous était comme un doux linceul.\n\n                 Nous avons traversé la terre\n                 Sans arrêter sur rien nos yeux ;\n                 C'est pourquoi le divin mystère\n                 Eut pour nous la clarté des cieux.\n                                                         DURENDAL\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                              DURENDAL                                63\n\n\n\n\n                        L'OBOLE\n\n                       DEnotables pharisiens se sont voilés la face parce\n                        que, l'autre jour, à Gand, entre littérateurs\n                        catholiques, une collecte fut faite pour le monu­\n                        ment du poète de Sagesse.\n                           Et en de charitables sous-entendus, ces bons\n                        apôtres ont évoqué à nouveau l'odyssée péche­\n                        resse de Verlaine.\n   « Et voilà l'homme que des catholiques aident à réhabiliter ! » se\nsont-ils écriés en une pudique indignation.\n   Non, certes, ce n'est point à l'homme que vont nos hommages; avec\nses faiblesses et ses souillures, nous l'abandonnons au miséricordieux\njugement de Dieu; ce n'est point non plus au poète des Fêtes Galantes,\nde Parallèlement et des Hymnes en son Honneur ; celui que nous préten­\ndîmes honorer, — et cela fut-il dit assez nettement par Carton de\nWiart ! — ce fut le poète de la Bonne Chanson, le poète surtout\n de Sagesse, cet hymne immortel de foi ingénue et repentante.\n    Mais les pharisiens ne lisent point Sagesse; Jean-Baptiste Rousseau,\n Le Franc de Pompignan, Jean Reboul forment à leurs yeux le cycle\n — clos — du lyrisme catholique... De quel droit réclame-t-on une\n place pour Verlaine à côté et surtout au-dessus de ces « maîtres »... ?\n Que Verlaine — ce moderne — chante les joies charnelles et luxu­\n rieuses, c'est de son temps, mais si, au terme de sa vie de péchés et\n de misères, Dieu lui envoya le remords rédempteur, qu'il se taise et\n se cache... Le vrai repentir n'est pas « sujet » à poésie ! Ni « sujet » à\n  prose d'ailleurs : ainsi, J.-K. Huysmans, si réellement la grâce l'a\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "64                          DURENDAL\n\n\ntouché, aurait mieux fait de s'ensevelir dans le silence d'un cloître,\nque de magnifier dans En Route l'infinie clémence du Christ !\n  Et ayant raisonné ainsi, les pharisiens — il n'y a rien de changé\nsous le soleil — lèvent béatement leurs yeux au ciel et s'écrient :\n« Seigneur, Seigneur, je vous rends grâce de ne point ressembler\nà ces gens-là qui, après avoir méconnu votre loi, ont osé ensuite\nproclamer votre clémence ! »\n                                     *\n                                 *       *\n\n   En donnant son obole pour le buste de Verlaine — comme en\nenvoyant l'expression de ses sympathies à J.-K. Huysmans — aucun\nde nous, certes, n'a prétendu (est-ce chose absurde à devoir dire ?)\nvoiler les erreurs de leur vie ou nier les défaillances de plusieurs de\nleurs œuvres.\n  Jadis, aux jours de notre jeunesse, les R. P. Jésuites, nos maîtres,\navec ce large éclectisme qu'ils affectaient... vis-à-vis du classicisme\npaïen et chrétien, nous ont donné la définitive horreur du système du\nbloc : ils nous apprirent — qu'ils en soient remerciés ! — à admirer\nHorace et Ovide, malgré la polissonnerie de leur vie; La Fontaine\nnous fut donné en modèle, encore qu'il fût l'auteur des Contes; on\nconvia nos admirations vers le Génie du Christianisme... et pourtant,\ndepuis lors, quel être de génie, mais d'orgueil aussi et de sensualité\nnous fut révélé en Chateaubriand !\n   Saine et généreuse doctrine qui se souvient que l'homme passe,\nque l'œuvre seule demeure, qui apprécie chaque livre en lui-même, et\nselon qu'elle le juge bienfaisant ou funeste, le prône ou le condamne !\n   Mais voilà que pour avoir voulu appliquer aux modernes ce\nsystème, immémorialement appliqué aux anciens, les pharisiens nous\nconspuent et les Lintelo marchent contre nous !\n   Au point de vue catholique, Sagesse vaut bien, n'est-ce pas, les\nFables, voire Athalie, voire le Génie du Christianisme?\n   Si demain un projet de statue surgissait pour La Fontaine, Racine\nou Chateaubriand, pourrait-on sérieusement reprocher aux souscrip-\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                              DURENDAL                               65\n\nteurs catholiques d'avoir apporté leur contribution à la glorification\ndes Contes, de Phèdre et des Mémoires d'Outre-Tombe ?\n   De quel droit, dès lors, nous conteste-t-on de rendre à Verlaine,\nl'hommage qu'on tolérerait parfaitement vis-à-vis d'écrivains qui\ncomme lui péchèrent et se relevèrent ?\n   Soyons nets : Au fond de la mauvaise querelle qu'on fait à ceux qui\nont versé leur obole pour le buste du poète de Sagesse, il y a autre\nchose qu'une fausse pudibonderie effarouchée : il y a le dépit\nd'avoir vu les lettrés catholiques, dans le récent Congrès littéraire de\nGand, couper définitivement les dernières amarres qui les ratta­\nchaient aux formes caduques d'art; elle prétend, cette jeunesse (et\ncomme ses anciens l'en félicitent) se mêler d'activité et d'enthousiasme\naux luttes contemporaines pour l'Idée artistique et ne point laisser\naux ennemis de l'Église le bénéfice de la suprême évolution des\nLettres de ce temps; juste et sincère, elle salue le Beau partout où\nelle le rencontre; et quand ce Beau s'unit au Vrai et au Bien, quand\nse trouve réalisée dans une œuvre cette idéale Trilogie, elle se consi­\ndère devoir à elle-même et à ses croyances de défendre cette œuvre\ncontre les hostilités des uns et les préventions des autres.\n   Sagesse — ce psautier du repentir — est un livre chrétien; et\ndans quelques mois, quand le buste de Verlaine s'élèvera sous les\ndiscrets ombrages du Luxembourg, à Paris, il importe que ce titre\nimmortel fulgure sur le socle.\n   C'est là le but et le sens de notre obole pour l'auteur de Sagesse.\n\n                                         FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\n\n\n       Les barques du Printemps\n\n     Les oiseaux blancs sont revenus, les ailes grandes,\n     Éployés sur la voie étroite du canal,\n     Voguant légers, dans l'air tiédi, d'un vol égal,\n     Et portés par le vent odorant et vernal\n     Qui les mène vers les prés fleuris de Zélande!\n\n\n     Les longs arbres pâlis qui bordent l'eau courante\n     Tremblent dans la fraîcheur éparse du matin\n     Et leur double rangée à l'horizon lointain\n     Ne forme qu'une ligne assombrie et mouvante.\n\n     Les grands oiseaux sont revenus, les ailes blanches,\n     Le col tendu, voguant en effleurant les branches.\n\n\n     Un peu plus loin, la brise en leurs voiles enflées,\n     Lentes et par les flots doucement soulevées,\n     Deux barques au soleil descendent vers la mer.\n     Et leurs quilles ombrant l'onde chantante et claire\n     Font resplendir au ras des vagues argentées,\n     L'êcarlate et le vert dont elles sont cerclées.\n\n\n      Une paix idéale adoucit l'atmosphère.\n      On n'entend rien.' Le calme épandu sur les choses\n      Fait oublier, qu'à peine hier, étaient écloses,\n      Les feuilles des tilleuls embaumant l'aube rose.\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                                         DURENDAL                                             67\n\n           Et les oiseaux passent encor, les ailes grandes,\n           Le col tendu., dans Fair tièdi, d'un vol égal,\n           Emportés par le vent odorant et vernal\n           Qui les mène vers les prés fleuris de Zélande !\n\n                                                             THOMAS       BRAUN.\n\n\n\n\nLe Gentilhomme Cabaretier\n                                  par L É O N B L O Y (1).\n\n\n\n\nI\n     L y a six ans passés, j'étais juste au point qu'il fallait pour qu'on\n      pût me mettre à écrire et on remarquait en moi cette heureuse\n      complexion d'éphèbe attardé, — assortie, pour tout gober,\n      d'une convenable candeur, et pour tout aventurer, d'une suffi­\n      sante prétention.\n  C'est alors que je fis connaissance, à mon éternelle vergogne, d'un\npeinturier capot, devenu cabaretier forain, et que j'acceptai, sur sa\nparole, pour un chevalier. Il jugea ma mine exploitable et me mit\naussitôt à l'œuvre dans un petit journal qu'il venait de fonder comme\nannexe à sa pompe à bière.\n                                    * *\n  T o u t le monde les connaît, ces assommoirs héraldiques, dont la\nvogue périclitante déjà, sévissait avec tant de rage en ces dernières\nannées.\n\n   (1) D'un manuscrit de Léon Bloy, inédit dans son ensemble, nous extrayons une page cinglante\nconsacrée à feu Rodolphe Salis, le Seigneur de Chatnoir-ville-en-Vexin et l'inventeur des cabarets\ndéplorablement historiques qui champignonnent non seulement sur la butte Montmartre, mais dans les\nmoindres recoins de province.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "68                              DURENDAL\n\n\n   On s'embête, osons le dire. On s'embête solidement, surabondam­\nment, du haut en bas de la société contemporaine.\n   On est épuisé de rengaines politiques ou littéraires. On a mal au\ncœur de tout ce qui faisait la vie morale de l'ancien monde et\n  immuable nature de l'homme s'acharne pourtant à solliciter de l'idéal.\nCe tigre veut sa pâture, sous peine de dévorer son triste cornac.\n   Or, il devient terriblement difficile à dénicher, ce merle blanc d'idéal,\ndans une civilisation de science et d'argent qui a congédié, depuis si\nlongtemps déjà, comme d'offensives chimères, la Foi, l'Enthousiasme,\nl'Héroïsme et jusqu'à la pauvre Charité, tout en pleurs!\n    L e célèbre naturaliste Huysmans a raconté, dans un livre de déso­\nlation, cette recherche désespérée de l'idéal à rebours, cette humble\ndemande d'une minute de rêve à l'idiotifiante banalité des brasseries\nà femmes et des caboulots.\n    Mais cela, c'est encore un idéal grossièrement allié de charnelles\nconvoitises. Il en est un autre non moins imploré et encore plus bête,\ns'il est possible. C'est l'idéal pur des brasseries moyen âge ou renais­\nsance, généralement instaurées par des peintres ratés, pour le haut\nragoût des imaginations romantiques.\n  H o n n e u r donc à ces industrieux amphytrions du rêve qui surent\ndiscerner avec profondeur la souveraine puissance du tréteau et le\ndespotique besoin moderne d'avilissement ! L'équitable réclame les\ninonde de ses faveurs et l'inquiétante fortune elle-même suspend en\nex-voto, aux murs anachroniques de leurs cabarets, sa roue capricieuse,\nenfin immobilisée.\n   Ces lieux ont été infiniment décrits. C'est toujours le même\narchaïsme de camelote et de bric-à-brac : vitraux en cul de bouteille,\nlambris impossibles, crédences, bahuts, panoplies, faïences, fer forgé,\ntapisseries en chiendent des Gobelins, et peintures du LXe siècle; le\ntout ordinairement exaspéré par une imagination de Jocrisse et des\nlectures de cabotins, avec l'aggravation caractéristique d'un instinct\nde bon brocanteur.\n     Les mailres de céans, pour parler leur langue imbécile, gens sérieux\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                               DURENDAL                                69\n\nen affaires, ont su tirer parti de leurs anciennes relations d'atelier ou\nde crêmerie, en prêtant au petit bock ou au petit déjeuner sur l'art\nmoderne, et ce pauvre art, souvent famélique, par grand bonheur a\ndocilement enduit de peinture les murailles résignées de ces chapelles\nsixtines de l'abrutissement.\n   Ne vit-on pas un jour, à l'entrée d'un de ces boucans, un magnifique\nsuisse, un vrai suisse rutilant de cathédrale, distributeur automatique\nde la profession de foi du patron qui promulguait ainsi sa candidature\naux élections de l'Assemblée nationale? Et la farce d'une sottise flam­\nbante et intégrale, pratiquée plusieurs fois, d'ailleurs, fut reproduite\nà l'infini par de bénévoles journaux, dans le dessein probable de\ndéshonorer un peu plus le suffrage universel qui se déshonore, parbleu,\nbien assez lui-même!\n   Tout cet ensemble de viles blagues industrielles mériterait peu qu'on\ns'y arrêtât, si la curiosité seule était intéressée à d'aussi basses infor­\nmations. Mais il est trop certain que l'impudente fortune de pareils\nétablissements est un document pour l'histoire de notre décadence.\nLe silencieux mépris est vaincu...\n   Car, il faut bien l'avouer, la clientèle de ces assommoirs d'un héral­\ndisme suspect, n'est pas exclusivement recrutée parmi les bohèmes et\nles chasseresses nocturnes, comme de candides patriarches pourraient\nle conjecturer. La haute vie s'imprègne peu à peu de cette montante\ncrapule et jusqu'à des femmes du monde sont curieuses d'enfoncer\nl'extrémité de leur bottine dans cette boue de bêtises.\n   S'il est vrai que l'amour croissant d'un peuple pour les histrions\nqui lui lancent à pleines mains l'ordure au visage, soit un clair pro­\nnostic de la plus ignoble mort, on ne peut se dispenser d'accorder, au\nmoins, une mention de prodrome à ces « gentilshommes cabaretiers »,\nsuivant l'expression d'un niais grandiloque, candidats fantaisistes pro­\n metteurs de « joie », qui croiraient déroger, peut-être, — ces Encelades\n du bock et de l'amer Picon, — en escaladant le verre d'eau de la tri­\n bune parlementaire, tant ils sont devenus altiers !\n   Après tout, ne vaudrait-il pas mieux qu'il en fût ainsi et que la\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                  DURENDAL\n70\ndémence contemporaine allât jusque-là? L e cabotinisme commercial\naurait enfin ses représentants dans la grande manufacture des lois et\nqui sait si la dégoûtation d'une telle victoire n'aurait pas, pour ce grand\npeuple décadent, une vertu mystérieuse et salvatrice?\n   Peut-être que nous nous respectons encore trop et qu'on ne se\ndébraille pas encore tout à fait assez pour que la vérité apparaisse.\nLorsque les domestiques et les saltimbanques seront devenus décidé­\nment nos lords et nos empereurs, alors, il se pourrait qu'elle nous fût,\nune bonne fois, manifestée, notre inexprimable d é g r a d a t i o n !\n   L'indifférence en toute matière est encore une chose trop élevée, je\nle crains bien. C'est un H i m a l a y a qui a fait son t e m p s . Il va falloir\ndescendre de ce sommet, dégringoler dans la blague universelle, dans\nune fumisterie réservée pour la fin finale et qui sera la dernière patrie\ndes intelligences.\n                                          *\n                                      *       *\n   L e dentiste presque fameux dont j'étais devenu la proie était préci­\nsément l'un de ces entrepreneurs d'idéal, l'un des premiers en date et\ndes plus illustres. Il avait inventé cette attraction, ce raccrochage\nsuprême qui fit école, d'habiller ses garçons en académiciens.\n   Grand ravaudeur de palabres et volubile goulot à péroraisons,\ncrasseux d'ignorance et pétaradant sur l'estrade, ce rapin superbe toni-\ntruait et flatulait le boniment du matin au soir. On allait entendre cet\nintarissable pitre, mâtiné de Gaudissart et de Pandarus., qui poussait\nà la consommation d'une bière dangereuse en épatant le consommateur.\n   Non content de haranguer dans sa boutique, il imagina le coup de\nréclame d'un journal h e b d o m a d a i r e qui propageât dans les trente-deux\naires des vents la gloire de son tablier.\n   Il lui fut alors assez facile de grouper autour de lui, par promesses\nvagues ou protestations d'inaltérable dévouement, une demi-douzaine\nd'artistes débutants et pauvres qui s'estimèrent heureux de rencontrer\nune publicité quelconque.\n   Je fus, hélas! du petit nombre de ces carottés élus et le plus\nremarqué, peut-être, pour l'insolite véhémence de mes clameurs\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                               DURENDAL                                 71\n\nvitupératoires. Bêtement attendri par des simagrées cordiales, décidé\nà ne rien voir- de la parfaite abjection d'un personnage que je consi­\ndérais en bienfaiteur, et les narines hermétiquement bouchées aux\nexhalaisons de son âme, je fis éperdument des écritures littéraires pour\nce négociant.\n   Et quelle écriture, Bonté divine! Je le répète, mon développement\nintellectuel avait été d'une lenteur incroyable, infinie, probablement\nmême sans aucun exemple, et mon éducation littéraire commençait à\npeine. E n outre, j'apportais, avec ma préconception religieuse, une\nenragée famine d'absolu, un besoin fabuleux de trigonométrie dans la\ncritique et jusque dans la simple vision des réalités les plus extérieures.\n   Cette façon d'être me fit écrire un assez joli nombre de sottises et\nquelques bévues énormes dont ma réputation souffre encore. J'aboyai\ncontre des œuvres qu'il était dans ma destinée de comprendre et\nd'admirer deux ans plus tard et il m'arriva de panteler devant quelques\nautres, qui auraient dû me faire vomir.\n  Je méconnus entièrement des artistes tels que F l a u b e r t et les deux\nGoncourt. J e conspuai ce pauvre grand poète qui a nom Verlaine et je\nme pelai les deux mains à applaudir le gaboulet d'un cousin germain\ndont le seigneur m'avait affligé dans sa colère.\n   Sans doute, je ne fus pas toujours aussi bête, étant assez bien servi\npar d'heureux instincts. J'osai dire quelques vérités que personne,\nassurément, n'eût hasardée dans le compérage ou la franc-maçonnerie\ndes lettres et peut-être, un jour, s'apercevra-t-on qu'il fallait un peu de\nvertu pour endurer la noire misère et s'exposer seul à tous les coups,\ndans le niais espoir d'attacher le grelot de l'indignation. Néanmoins\nles balourdises furent pesantes et je le confesse aujourd'hui avec grande\nhumilité.\n   Si, du moins, j'avais su me borner à la publicité de ce canard à\nmoitié sauvage que la canardière du public flottant n'atteignait qu'à\npeine ! Mais je voulus charpenter un livre de tous ces copeaux juvéniles\net je le dédiai solennellement à l'échanson répulsif qui s'enrichissait à\nmon d a m , en lui rendant grâces de m'avoir permis d'exister pour\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "72                                  DURENDAL\n\n\nl'adorer et pour le servir. J'atteste Dieu que j'étais sincère et que je\ncroyais payer une dette sacrée.\n   Telle fut, en mon âme et conscience, la surprenante stupidité de\nmes débuts.\n     (Reproduction interdite.)                                  LÉON BLOY.\n\n\n\n\n             La Donna Ignota\nO               FIN profil juvénile, pureté des traits dans la candeur transparente\n                  du marbre ! La poudroyante lumière dessine ta naïve silhouette\n                  hautaine, la bouche exquise, délicate et gourmande, le nez droit,\n                  les yeux un peu saillants sous leur large paupière mi-close et la\n                  sérénité incomparable du front, auquel la chevelure en bandeaux\nfait un lourd et luxueux diadème...\n  Audacieuse et chaste créature, grandie au soleil libre, dans la subtile atmosphère\nde cette vallée; noble fille d'un pays où l'artifice des hommes rivalisa victorieuse­\nment la naturelle splendeur des choses... Princesse, qui sait? bourgeoise ou\nmarchande, mais inconnue et immortelle, l'anonyme te donna l'essentielle vertu\nd'un symbole, le mystérieux pouvoir d'un emblème et tu apparais comme l'image\nsublimée de la race dont tu sortis, ingénieuse et forte, enivrée de vie sobre et de\nlabeur intelligent.\n   Ta tête douce et fière s'aperçoit, illuminée toute et ravie, au milieu des chœurs\nd'anges que Fra Filippo Lippi convoqua à la louange de l'Immaculée; et le bon\npeintre Ghirlandajo te plaça, imposante et pourtant alerte sous le simple et\nsomptueux costume de brocart, parmi les compagnes de la Vierge Marie, à Santa\nMaria Novella...\n   Mais ne te rencontrai-je point, vivante, entre les quinconces des jardins de\nFlorence, jeune mère escortée d'enfants délicieux, orgueilleuse et modeste, avec la\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                     DURENDAL                                      73\n\nsérieuse dignité timide d'une matrone ingénue, remplie, déjà, de la conscience\ngrave et de la volonté du devoir, mais exultant aussi de joie puérile devant\nles promesses généreuses et la magnificence de la vie...\n   Blanche effigie qui, du haut de ton socle, — du fond du siècle héroïque, glorieu­\nsement, et crédule que tu remémores, — me considèras passer, vain explorateur\ndes musées et des livres, d'un indulgent regard, apitoyé peut-être ou narquois, j'ai\nvoulu te dédier ces lignes — comme une guirlande votive tressée de pensées et\nd'immortelles...\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                L'ORME DU MAIL\n                  C'EST le titre du dernier livre de M. Anatole  Fiance. Le « mail >\n                    est une avenue ou un boulevard d'une ville de France. L'orme\n                    est un arbre de ce boulevard, un arbre à l'ombre duquel deux\n                    des personnnages principaux du livre échangent parfois leurs\n                    pensées.\n                       J'ai lu ce livre avec, une avidité mêlée de tristesse. Il est si\nadmirablement écrit, les caractères y sont dépeints avec une telle précision,\nqu'une fois la lecture commencée on ne saurait plus l'interrompre. Je vous dirai\ntantôt la cause de ma tristesse.\n  L'auteur n'est pas le premier venu. M. Anatole France est un des écrivains les\nplus loués de Paris. Il est membre de l'Académie française. On le désigne comme\nun des porteurs les plus autorisés de l'esprit de sa nation, en ce moment. On est\ndonc disposé à considérer ses écrits comme un reflet des tendances actuelles de la\nsociété française.\n  En effet, M. France a voulu faire un tableau exact et ressemblant de cette\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "74                                     DURENDAL\n\nsociété dans une ville de province, siège d'un archevêché et chef-lieu d'un\ndépartement.\n   Au point de vue littéraire, ce tableau est un petit chef-d'œuvre. La forme en est\nexquise. Le style est simple, clair, élégant, noble d'allure, pétillant d'esprit. Le\nlecteur le plus rebelle (comme moi) aux idées fondamentales de l'auteur, est telle­\nment courbé sous le charme que, malgré lui, il suit l'écrivain dans le développement\nde ses thèses multiples et diverses.\n   Ces thèses, souvent très blâmables, sont soutenues avec une verve endiablée et\nentremêlées de portraits en pied d'un dessin délicat et d'un coloris savoureux.\n   En un mot, M. France est un artiste de premier ordre.\n   Mais si la forme du livre mérite tous ces éloges, le fond en est abominable.\n   L'auteur est un sceptique, dont l'esprit hautain, dissimulé sous des procédés\nlittéraires charmants, ne respecte rien, absolument rien.\n   Si l'Orme du Mail est réellement une peinture exacte de la société française, en\nprovince, eh bien, le pays de M. France est bien malade. C'est un \" fichu pays \" ou\nun pays \" fichu \".\n   L'œuvre est originale. Ce n'est pas un « roman ». Il n'y est pas question\nd'amour. La femme n'y joue qu'un rôle très secondaire. La peinture des caractères\net la description de \" l'état social \" préoccupent exclusivement l'auteur. Ce n'est pas\nun récit avec une intrigue et un dénouement. C'est un tableau ou plutôt une galerie\nde tableaux.\n   L'état social est laid et tous les caractères dépeints sont antipathiques, à l'excep­\ntion du seul M. Bergeret, maître de conférences à la Faculté des leltres, un\nphilologue qui ne croit à rien, pas même à Virgile qu'il enseigne, mais qui est\npatient, charitable, bon et intelligent. C'est le seul homme tout à fait honnête de\ncette société. Il supporte « les dévotions fréquentes de sa femme et les interminables\ncatéchismes de ses trois filles ». Il n'est ni radical, ni socialiste. Pour lui, « il n'y a\nque les imbéciles et les ambitieux pour faire des révolutions ». Je ne connais pas la\nbiographie de M. France : d'après son livre, je suppose qu'il est \" universitaire \",\nqu'il a été élevé dans un séminaire, d'où il a sauté dans la libre pensée. N'allez pas\ncroire cependant que MM. Bergeret et France sont de vulgaires Homais. Oh ! non.\nLeur pyrhonisme est plein de douceur et de forme, saturé d'humour, de science\nmême, enrichi parfois d'une équité étonnante.\n   M. France doit avoir beaucoup fréquenté ou tout au moins observé le monde\necclésiastique, car il en parle avec une connaissance et une abondance, à la\nfois déconcertantes et crispantes.\n   Les personnages ecclésiastiques, le cardinal archevêque, le président du séminaire,\nM. Lantaigne, le professeur d'éloquence sacrée au même établissement, M. Guitrel,\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                    DURENDAL                                          75\nM. de Goulet, secrétaire du cardinal, et M. l'abbé de Lalande, ancien aumônier\nmilitaire et maintenant aumônier des Dames du Salut sont \" pourtraicturés \" avec\nune exactitude partielle et, qu'on me permette cette expression, une roublardise qui\nindiquent chez l'auteur une expérience personnelle de ce monde-là. Ils sont tous\n« civilement » honnêtes, si vous voulez; mais il n'y en a pas un seul qui soit un\nprêtre vraiment chrétien. Le renvoi du séminariste Firmin Pièdagnel par l'abbé\nLantaigne est précédé d'une scène qui, peut-être, a été \" vécue \" par l'auteur; car\nl'étroitesse de la piété du président du séminaire et la grâce et la hauteur de l'esprit\ndu jeune lévite, jeté tout d'un coup dans la haine du prêtre, sont décrites par\nM. France avec une vérité saisissante. Pièdagnel, est-ce peut-être M. France?\n  Tous ces portraits ecclésiastiques son partiellement ressemblants, en ce sens que le\npeintre a parfaitement dessiné certains traits; mais il n'a saisi ni la dignité du genre\nni les mérites de l'espèce. Le cardinal ressemble un peu à l'ancien archevêque de\nBordeaux, Donnet. M. France lui laisse une certaine prestance, mais ne lui accorde\nni science, ni théologie, ni grande charité, ni même une piété surabondante. C'est\nun « malin », le vieux cardinal. La rivalité de Lantaigne et de Guitrel, tous deux\nbriguant l'évêché de Tourcoing, est décrite magistralement. Quant à l'abbé de\nLalande, prêtre « sans conséquence », il est photographié.\n   Au centre de cette galerie de portraits, il faut admirer celui du préfet et celui de\nsa femme. M. Théodore Wonns-Clavelin, licencié en droit, vén . . du Sol . -.\nLev .., est un sémite, un des quarante-huit préfets et sous-préfets circoncis de\nLa France Juive de M. Drumont. Quand il battait le pavé de Paris, Worms avait\nfait, grâce à l'habile complaisance de Mme Vacherie, revendeuse, la connaissance de\nMlle Coblentz, fille d'Isaac, agent d'affaires des Batignolles et de la place Clichy.\nAprès la naissance de leur fille, Jeanne, les deux jeunes gens s'étaient mariés\ndevant M. le maire. M. Worms-Clavelin, après avoir occupé divers postes, sous le\nrégime de l'opportunisme, était parvenu enfin à une position enviée. Il est admira­\nblement dépeint. A lire M. France, on croit voir et entendre son préfet : sans foi,\nni loi, pratique, sans instruction, sans conviction politique, dépourvu de sens\nmoral, amusant cependant, intelligent, intègre même, à sa façon.\n   Le portrait de Mme Worms, protectrice de l'abbé Guitrel, qu'elle rencontre chez\nla pâtissière, Mme Magloire, est non moins bien dessiné. La préfette aime les vieux\nbrocards, les velours frappés, les orfrois, les broderies et les dentelles archéologiques,\nque lui fournit l'abbé Guitrel, l'ami des curés de campagne, dont il dépouille les\néglises pour des sommes dérisoires. Les conversations de M. Worms avec l'abbé\nGuitrel sont dignes des vantardises de M. Cardinal. M. Worms avait fait de la\nfranc-maçorinerie le maître du département. Ses conversations avec M. l'abbé\nGuitrel chez le bijoutier Rondonneau jeune, sont de purs chefs-d'œuvre (v. pp. 45,\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "76                                   DURENDAL\n\n47, 49, 52, 111), du voltairianisme moderniste. Il faut lire cela pour se rendre\ncompte du \" jemenfichisme \" transcendai de l'auteur, peu respectueux, au fond,\nenvers l'église, impitoyable pour les libéraux anticléricaux.\n   Un incident désopilant, c'est le spiritisme de Mlle Deniseau, un médium de Sainte-\nRadegonde, devenue une alliée du parti conservateur. Mlle Deniseau, une fumiste,\nqui, après avoir causé des insomnies politiques et administratives au préfet,\ndisparaît de l'horizon du département, grâce au cardinal, sollicité par l'abbé Guitrel,\ninstrument de M. Worms, qui lui a promis la crosse de Tourcoing.\n   Après le cardinal et le préfet, voici que M. France nous présente le commandant\nde la division, le général Cartier de Chalmot, qui avait mis sa division en fiches :\ntimide, probe, excellent calligraphe, le général avait trouvé, selon M. France, la\nméthode appropriée à son génie et il l'appliquait avec la dernière rigueur, en\ncommandant sa division sur fiches. Clérical et royaliste, le général était rallié au\ngouvernement du président Carnot, qu'il \" admirait \". Je vous dis qu'il est\n« croqué >, ce général. Et sa femme, protectrice des ambitions de M. l'abbé Lan­\ntaigne, est admirable en criant sur l'escalier à son mari (Poulot, Poulot!) que les\ncôtelettes sont prêtes. On croit voir cette grosse dame en peignoir : « Sa foi, débor­\ndante et décorative comme la poitrine qui la contenait, paraissait avec splendeur\ndans les salons! » La conversation du général avec l'abbé de Lalande, l'ancien\naumônier militaire, qui vient recommander la candidature de l'abbé Lantaigne à\nl'évêché de Tourcoing, est incomparable.\n  Que vous dirai-je encore de cette galerie de tableaux? Le parti catholique et\nroyaliste, représenté par MM. Lerond, substitut \" épuré \", M. le premier président\nretraité Cassignol (85 ans), l'abbé de Lalande et quelques autres « réaction­\nnaires » ne donne pas une haute idée de la rédemption de la société française par la\nmonarchie traditionnelle. Lerond est absurde et Cassignol est une » vieille bête »,\ntoujours d'après M. France.\n  Les réunions à la librairie Paillot, où se rencontrent M. Bergeret, déjà nommé, le\ndocteur Forgerai, un médecin madré et bien achalandé, M. Mazure, archiviste\ndépartemental et anticlérical, qui a épousé la servante de son prédécesseur, et\nM. de Terremondre, président de la Société d'Archéologie et d'Agriculture, ont une\ncouleur particulière. Ce Terremondre, qui s'occupe de paillardise à Paris et dans le\ndépartement de niaiseries archéologiques, est un type connu. Le libraire Paillot est\nadmirablement dépeint.\n   Enfin, signalons la partie monumentale du livre. Je veux parler de la conver­\nsation de l'abbé Lantaigne et de l'universitaire Bergeret sur la République. Je n'ai\njamais lu quelque chose de plus amusant et de plus vrai. Tous les deux démolissent\nla République, sous l'orme du mail, l'un pour la condamner, l'autre pour la défendre-\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                    DURENDAL                                     77\nLe discours de M. Lantaigne sur la République, qui est la Diversité, est ébouriffant.\nLa défense de M. Bergeret est dans le goût de Taine : elle vous dégoûte de la R. F.,\nmais vous la fait « supporter ».\n   En résumé l'Orme du Mail est un livre très intéressant, écrit par un sceptique\nd'un talent de premier ordre, un livre qu'on lit avec plaisir, mais qui vous laisse\ndes impressions désolantes. M. France m'amuse, mais, si je dois le croire, il me\ndonne, je le répète, de graves inquiétudes sur l'avenir de sa nation et de son pays.\n                                                        Bon DE HAULLEVILLE.\n\n\n\n\n            LE DOULOUREUX PRINTEMPS\n            Voici que les beaux soirs, les soirs pleins de douceur,\n            Epandent longuement leur souffle caresseur ;\n            Et voici que la joie et l'amour vont renaître\n            Dans le mystère aimé des forêts, où pénètre\n            L'haleine des beaux soirs, des soirs pleins de douceur.\n\n            Dans la sérénité des calmes crépuscules,\n            Bercés au chant trompeur de leurs espoirs crédules,\n            Des couples enlacés vaguent par les chemins ;\n            Voici déjà s'unir les lèvres et les mains\n            Dans la sérénité des calmes crépuscules...\n\n            Pourtant, mon cœur s'afflige en de mornes douleurs\n            Tandis qu'Avril s'éveille en sa couche de fleurs;\n            Pourtant, j'entends en moi sangloter la tristesse\n            Et s'éteindre à jamais les rires d'allégresse...\n            Pourtant, mon cœur s'afflige en de mornes douleurs...\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "78                                    DURENDAL\n\n\n            Les roses renaîtront dans les jardins en fête,\n            Et, se sentant comblés d'une ivresse parfaite,\n            Les bienheureux amants diront des mots si doux\n            Que les anges viendront les entendre à genoux !\n            Les roses renaîtront dans les jardins en fête...\n\n            Mais le Printemps joyeux n'ornera point mon front :\n            Sur mon front pâle et froid les fleurs se flétriront...\n            Le soleil reviendra dans les jardins en fête,\n            Mais d'éternels hivers neigeront sur ma tête\n            Et le printemps joyeux n'ornera point mon front.\n\n          21 Mars 1894                                      FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n                MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n     Quelques Propos des Douze Pairs autour de la Table Ronde\n\n\nA     LA MÉMOIRE DE VERLAINE. — Le jeudi           25 mars, jour de l'Annonciation, eut\n        lieu à la Libre Esthétique une intéressante séance, dont le profit était destiné à\nl'érection du buste de Verlaine, par Niederhäusen, qui bientôt se dressera triom­\nphalement à Paris, dans les jardins du Luxembourg. Tour à tour, MM. Emile\nVerhaeren, H. Carton de Wiart, Charles Morice, de Colleville, Camille Lemonnier,\nvinrent célébrer, en des discours émus ou ingénieux, la gloire du poète disparu.\n  Cette pieuse évocation fut complétée par l'exécution de quatre exquises mélodies\nsur des paroles de Verlaine, — œuvres de M. Georges Flé —, et par la lecture de\nplusieurs des plus belles pages du poète par l'excellent acteur Krauss\n  Cette fête, à laquelle assistait un public nombreux et attentif, était rendue plus\nimpressionnante par le souvenir — présent à tous les esprits — de la conférence\nqui fut donnée, au même local, en mars 1893, par Paul Verlaine lui-même.\n  Cette conférence et quelques autres qui précédèrent et qui suivirent : au Cercle\nLéon XIII, au Cercle artistique et littéraire, au Jeune Barreau de Bruxelles, puis à\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                         DURENDAL                                    79\n\nCharleroi, à Anvers, à Gand, à Verviers, donnèrent au \" Pauvre Lélian \" un avant-\ngoût de sa gloire, qui — depuis sa mort — grandit de plus en plus. Rentré à Paris,\net retombé dans sa vie de bohême, Verlaine ne pouvait se remémorer, sans un\norgueil ingénu, les déférents honneurs qui l'avaient accueilli en Belgique. Combien\nde fois dans ses lettres à ses amis de Belgique, il rappela les moindres épisodes de\nce séjour de deux semaines au « pays belge » auquel l'attachaient d'ailleurs bien des\nsouvenirs. De l'hôpital Broussais, il envoyait en juillet 1893, à un de ses amis, un\nsonnet destiné au roi des Belges. Ce sonnet n'a jamais été publié, croyons-nous.\nIl nous paraît intéressant de le faire paraître ici. Assurément, ce sonnet ne mar­\nquera point parmi les œuvres du poète. Il faut le compter au nombre des « petites\ncrottes » dont il parlait lui-même avec bonhomie. D'ailleurs, dans la lettre qui\naccompagne le sonnet, il avoue l'avoir ébauché « lors du commencement de ma\n» maladie, c'est-à-dire quand ma tête commençait à déménager ferme. J'avais un\n  atroce délire suivi de coma qui m'a mené très loin et très bas. On m'a cru mort\n» un instant... Depuis j'ai été en proie au bistouri. En dépit des anesthésiques (?)\n  çà est une caresse un peu militaire dont j'espère être dispensé dorénavant et je le\n» dis tout bas. Si le chef m'entendait! Si bon, si gentil d'ailleurs, le D r Chauffard et\n» tout son personnel! je suis l'enfant gâté de la « boîte ». Quant au sonnet le voici :\n\n\n                    A LÉOPOLD II DE BELGIQUE\n\n                    Je vous aime Français et, Roi, je vous respecte;\n                    Beaucoup de votre sang coule en mon sein; beaucoup\n                    Du mien bat dans le vôtre, en revanche, et le tout\n                    Se dit : compatriote ! en langue bien correcte.\n\n                     Vous êtes souverain; je ne suis qu'un insecte,\n                    Citoyen d'une république à tant le coup\n                    (Comme à Saint-Cloud), mouton en grand danger du loup\n                    Sous un berger dormeur qui se bouger affecte.\n\n                     Votre hôte d'un instant partout un peu fêté\n                     Parlant de poésie et de pure beauté,\n                     Épris de votre si gente et forte Belgique,\n\n                    Juste après mon départ l'émeute fit son cri\n                    Que vous vainquîtes d'un clément geste énergique,\n                    Car vous êtes vraiment un fils du roi Henry.\n                                                                        PAUL VERLAINE.\n          Hôpital Broussais, 20 juillet 1893.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "80                                   DURENDAL\n\n   Le Roi des Belges a-t-il jamais connu ces mauvais vers qui furent faits pour lui\npar un bon et grand poète? Si ces lignes tombent sous son royal regard, peut-être\n« le fils du roi Henry \" songera-t-il qu'un souvenir en vaut un autre, peut-être\naura-t-il l'heureuse inspiration de s'inscrire au nombre des souscripteurs du monu­\nment Verlaine. Qu'il se rappelle l'apostrophe d'Hugo sur le poète et le roi :\n\n                  . .. Nous portons tous deux une couronne,\n                  Mais, Roi, tu la reçois, — poète, je la donne.\n\n\n\n\nU    NE QUERELLE D'ART AU PARLEMENT BELGE. — M. J. Destrée et M. H. Carton\n         de Wiart ont polémiqué à propos d'art, au cours de la récente discus­\nsion du budget de l'Industrie et du Travail. Le premier a cru nécessaire, une\nfois de plus, d'accompagner l'exposé de ses réformes en matière d'art de diatribes\ncontre l'infââme bourgeoisie et l'odieux capitalisme, inaptes à comprendre l'art, et\ns'est complu à attribuer au développement du socialisme les progrès réalisés dans\nquelques pays, depuis vingt ans, par l'enseignement artistique en matière indus­\ntrielle. M. Carton de Wiart lui ayant demandé depuis quand l'art était lié à une\ndoctrine politique et depuis quand il était devenu le monopole d'un parti, M. Des­\ntrée a expliqué et un peu corrigé ses premières paroles dans la séance du 23 mars \":\n   \" Je n'ai jamais prétendu, a-t-il dit notamment, que le parti socialiste, considéré\n\" comme parti politique actuel, pouvait, s'il arrivait au pouvoir demain, modifier\n\" la situation esthétique; je me suis efforcé, au contraire, de démontrer que des\n\" causes autrement profondes que celles sur lesquelles un gouvernement pouvait\n» agir entraient ici en jeu et j'ai indiqué que la renaissance des arts populaires était\n» liée à une modification des conditions économiques populaires, notamment une\n» augmentation de bien être et de loisir.\n  » Voilà quelle fut ma thèse. J'espère qu'elle sera mieux comprise.\n  » Mais laissez-moi vous dire encore mon étonnement de me voir traiter de sec-\n» taire et de m'entendre rappeler que l'art n'est d'aucun parti — ce que j'ai toujours\n\" affirmé — par l'honorable M. Carton, le propagandiste de l'art chrétien, le fon­\n  dateur et le collaborateur de revues où de petits jeunes gens bien pensants écrivent\n» pour l'amour de Dieu et où l'on s'inquiète d'abord de l'orthodoxie de l'écrivain\n» avant de se demander s'il a du talent... \"\n   Ces dernières observations, on l'avouera, brillent par la justesse autant que par\nle bon goût. Il faut admirer vraiment le facile dédain avec lequel M. Destrée —\nplagiant un sous-off du Coq Rouge — traite les « petits jeunes gens bien pensants »\nqui écrivent \" pour l'amour de Dieu » dans des revues où M. Destrée lui-même —\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                    DURENDAL                                         8l\n\nil a peut-être oublié ce détail — est plus d'une fois venu apporter sa prose. Quelle\npitié de voir l'homme politique déteindre sur l'écrivain au point de lui faire oublier\nd'anciennes amitiés littéraires et des déclarations qu'il nous serait aisé de rappeler\nici ! Mais nous ne suivrons pas M. Destrée sur ce terrain. Sans doute, nous croyons\nque l'orthodoxie peut s'allier au talent chez le littérateur, — et nous savons aussi,\nhélas ! qu'il est des littérateurs aussi dépourvus de talent que d'orthodoxie ! Mais\nnous n'avons jamais établi de confusion entre ces deux qualités. Notre revue n'est\npas une revue d'art chrétien ou de littérature catholique. Elle est une revue catholique\nd'art et de littérature. Nous y avons toujours affirmé que l'art est indépendant du\ndogme, que le Beau doit être admiré, même s'il méconnaît le Bien et le Vrai.\nD'autre part, nous demandons à ceux qui ont la vérité, d'aimer la Beauté et\nd'oeuvrer pour elle, parce que nous professons que la vérité ne peut que gagner au\nrayonnement de la Beauté, l'une et l'autre ne pouvant que gagner à s'auréoler\nmutuellement.\n   C'est pourquoi nous n'avons jamais été des exclusivistes. Qu'on ne nous prête\npas le ridicule de contester aux artistes le droit de ne pas croire, — mais qu'on\nnous concède la licence d'allier notre enthousiasme artistique à nos convictions\nreligieuses ! Malheureusement, il n'est pire sectaires que ceux qui, ne croyant à\nrien, prétendent railler — chez ceux qui la possèdent — la Foi.\n\n                                              *\n\nL      A LITTÉRATURE ET L ' É T A T . — On s'est déjà maintes fois gaussé de la façon\n         dont l'État répartit, en Belgique, les crédits que le Parlement lui alloue\nannuellement pour encourager la littérature. On s'en amuserait davantage si l'on\nconnaissait mieux les « littérateurs et les « œuvres à qui va la manne officielle.\n    Le budget de l'instruction publique comporte une somme de près de 1,000,000 de\nfrancs pour les < sciences et lettres ». Ce chapitre du budget confond, dans la plus\nbizarre alla podrida, les < voyages et missions littéraires », la « location d'une table\nd'études à la station zoologique de Naples », le « traitement du personnel de l'Aca­\ndémie royale des sciences », les < frais d'examen et de jugement des concours de la\nfondation De Keyn », etc., etc.\n   Tout compte fait, les subsides et encouragements littéraires ou prétendument tels,\nn ' a t t e i g n e n t pas 10,000 francs, déduction faite des 25 000 francs environ qui\nsont distribués aux théâtres flamands et wallons. Signalons : le Leeren Vereert,\nd'Audenarde (500 francs); les Vlaamsche Zonen, de Courtrai (600 francs); le Jever\nen Eendracht, de Menin (300 francs).\n    Comme si cette somme de 10,000 francs pour la littérature était encore trop\nélevée, on lui trouve, sous prétexte de littérature, les destinations les plus inatten-\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "82                                       DURENDAL\n\ndues. Dans le budget de 1894, clôturé et approuvé, 1,000 francs passent, à titre\nd'encouragement littéraire, à M. G..., directeur général de l'enseignement moyen et\nsupérieur ! 600 francs au Musée de l'industrie de Bruxelles pour l'organisation d'un\ncours de littérature et pour indemnité à l'appariteur, que le gouvernement aura pris\nsans doute pour un homme de lettres! C'est à peine si on peut relever dans la liste des\n\" encouragés \" les noms de sept littérateurs dignes de ce nom, dont deux Flamands,\nMM. Emmanuel Hiel (toujours lui !) et Guido Gezelle. Parmi les littérateurs de\nlangue française, celui qui émarge pour la somme la plus considérable, M. Georges\nRodenbach, reçoit 800 francs. Y aurait-il, en matière littéraire, comme pour les\nsucres et les levures, des \" primes à l'exportation \" ?\n   Vraiment ! le gouvernement belge peut se vanter d'encourager la littérature. Il\nest vrai qu'il ne s'en vante pas toujours, et que nous avons eu des ministres de\nl'Intérieur, qui étaient aussi préposés aux Beaux-Arts, avouer en plein Parlement,\n— ce dont personne ne doutait, d'ailleurs ! — qu'ils \" vivaient de bonne soupe et\nnon de beau langage \" !\n\n\n\n                                                                a interprété le vendredi\nL     'ASSOCIATION DES CHANTEURS DE SAINT-BONIFACE\n     saint, 16 avril, à 7 1/2 heures du soir, en l'église de Saint-Boniface, le\nMiserere, d'Allegri; Ö vos omîtes, de Victoria; Christus factus est, d'Anerico; Recordare,\nde Cappocci.\n   Nous engageons vivement nos amis à encourager ces artistes chrétiens.\n   Que ceux qui ne se sont pas encore fait inscrire comme membres protec­\nteurs (1) de cette œuvre magnifique le fassent sans tarder, en envoyant leur adhé­\nsion à M. Henri Carpay, rue d'Orléans, 37, à Bruxelles. C'est un devoir pour les\ncatholiques de soutenir une œuvre aussi chrétiennement artistique.\n\n\n\n\nL    E R. P. Lintelo, S. J. nous fait savoir — via Patriote — qu'il « ne repousse\n      l'art ni le beau sous quelque forme que ce soit ».\n   Cette rétractation au petit mandement sur \" le mérite littéraire des écrivains\nmauvais \" — est datée de Tronchiennes.\n   Ce bon Père qui voulut donner, il y a quelques mois, comme mot d'ordre aux\nlettrés catholiques : « Revenons à l'Antique », semble avoir fait une bonne retraite,..\n   Proficiat !\n\n\n     (1) Les membres protecteurs s'engagent à verser chaque année la somme minime de 10 francs.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                    DURENDAL                                      83\n\n\nC   ONVIÉ par un opulent Mécène, M. Ferdinand Brunetière — le préfet de police\n     de la littérature de France — est parti pour l'Amérique en une tournée de\nconférences sur la poésie française.\n  Toujours naïvement prodigues, ces Yankees qui achètent moults dollars ce qu'ils\npeuvent lire dans les dernières collections décennales de la Revue des Deux-Mondes.\n  A moins que ce ne soit la tête de M. Brunetière qu'Outre-Mer ait voulu se\npayer !...\n\n\n\n\nE   XTRAIT d'un communiqué de presse :\n        « . . . Agréable nouvelle pour les amis de \\a.fine et belle littérature : une\noccasion leur sera bientôt donnée d'entendre le spirituel orateur chrétien... >\n  Cela suffit, n'est-ce pas, et le signalement est complet ?\n\n\n\n\nD   'UN traité de préceptes littéraires — inédit :\n       Définition : Le Beau est la splendeur du Vrai.\n  Exemple : Un théorème de géométrie mis en vers.\n\n\n\n\nO    N parlait l'autre jour de certain follicule hebdomadaire, et quelqu'un dit\n        — Ça ?... Deux sous d'ordures dans un cornet de papier !\n\n\n\n\nP   ENSÉE   du Mois :\n       « Dans ces temps où nous sommes, où les besoins humains semblent se faire\nplus criants, plus impérieux, plus déchirants, personne ne peut savoir combien le\nbeau fait de bien. >\n                                                                     (HELLO.)\n\n\n\n      MORT de Rodolphe Salis, le gentilhomme-cabaretier    du Chat Noir, lanceur de\n      fantaisistes abracadabrants et d'originaux poètes, Mécène à rebours, qui mit\nen exploitation commerciale l'humour, la verve et le talent de pauvres bohêmes\naffamés... Bilan : un château cossu, mais dont la Mort, railleuse et vengeresse, n'a\npas permis à ce parvenu de l'Art... des autres, d'essuyer même les plâtres.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "84                                   DURENDAL\n\n\n\nR    EVUE des Revues :\n       Dans la Jeune Belgique, Iwan Gilkin appelle Richard Wagner à la rescousse\ncontre le Vers libre.\n  C'est d'un effet peu banal, mais est-il décisif? Par contre, bonne étude de Robert\nCantel : La Critique.\n   Dans le Coq Rouge, une substantielle étude de Hubert Krains sur Demolder — et\nun dithyrambe poseur de Georges Rency en faveur de ce petit polisson de lettres :\nlord Alfred Douglas.\n   Le même Rency se pâme devant les vers d'un poète, « agitant comme un gage > :\n\n                    Son chapeau d'espérance au soleil du matin\n\n  Ohé ! Alphonse Allais !\n   A lire, dans le Spectateur Catholique, les belles études de Mithouard sur E. Hello\net d'A. Goffin sur Fra Angelico.\n  Bon numéro de la Lutte — et surtout un généreux appel de Charles Morice en\nfaveur des lèpreux de l'Islande... Mais prenez garde, confrères de la Lutte, la. Jeune\nBelgique va vous reprocher de faire de l'Art social !\n  Le Magasin Littéraire paraîtra en livraison double, avec le compte rendu sténo­\ngraphié de la Réunion littéraire de Gand.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": ""}, {"page_pdf": 101, "texte": ""}]}