{"numero_id": "ulb-durendal-1897-05-n5", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 89, "titre_corps": "Belluaires et Porchers : Introductions et préliminaires aveux", "titre_sommaire": "Belluaires et Porchers", "signature_source": "Léon Bloy", "ancre_debut": "BELLUAIRES ET PORCHERS", "ancre_fin": "LEON BLOY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’Jris", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "BELLUAIRES ET PORCHERS\n                               Par    LÉON        BLOY\n\n\n            INTRODUCTIONS            ET   PRÉLIMINAIRES          AVEUX\n\n                   IL y a deux sortes de triomphants : les Belluaires et les Porchers.\n                      Les uns sont faits pour dompter les monstres, les autres\n                      pour pâturer les bestiaux. Entre un chef de guerre conduisant\n                      ses fauves au viandis et un affronteur d'agio poussant les\n                      foules à la glandée, on ne peut trouver aucune place pour\n                      une troisième catégorie de dominateurs.\n                          L'histoire du genre humain ne dénonce pas d'autres victo­\nrieux. Les endurateurs martyrs de la Foi qui foulèrent le visage antique et sur\nlesquels la rhétorique des siècles a tant écrit de sentimentales métaphores, furent,\nau fond, des conquérants terribles, talonnant un Maître qui s'était déclaré lui-\nmême porteur de glaive et d'incendie et qui les avait embauchés comme des\nvendangeurs. Ils se ruèrent, ondoyant le globe de leur propre sang, à l'assaut\ndes peuples, et le catholicisme conculcateur qu'ils ont enfanté peut dire, aujourd'hui,\ncomme César de Suitan : « Je suis le belluaire fatigué de cet empire! » Il est, en\neffet, bien agonisant, à cette heure, et paraît tout à fait sans force, le vieux Credo;\nmais dût-il ramper, à l'instar des lions décrépits, sous le sabot d'un million de\ncomtes, il n'en resterait pas moins le titulaire éternel de la Majesté et de la Souve­\nraineté parmi les hommes.\n  Les artistes sont façonnés à la ressemblance de ce Rétiaire des nations et ils\nfurent élus pour partager son destin. Il faut qu'ils naissent enfants de douleur et\nqu'ils soient conclamés sur un pavois d'immondices. Puis, quand leur tâche\nd'Alcides est achevée, il est tout à fait indispensable qu'on les exproprie de tout\nsalaire et qu'ils succombent à la fin sous le piétinement des troupeaux en marche.\n\n                                          *   *\n  Car les Porchers ne sont jamais loin et ceux-ci peuvent se vanter d'être des\nheureux ! Ils savent la langue des bêtes pour les gouverner et en vivre, et quand les\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "86                                  DURENDAL\n\n\npuissants du cœur ou de la parole sont définitivement tombés, ils se partagent leurs\ndépouilles, en chantant victoire.\n   Comment ne supplanteraient ils pas ces infortunés serviteurs de la Justice et de\nla Beauté, honorés seulement d'une imperceptible élite et que Dieu semble avoir\nmis au monde pour être piles dans tous les mortiers?\n   Les Porchers en littérature sont les habiles et les épouseurs de leur ventre, dont\nle cœur est une pierre d'évier, et le cerveau un trottoir pour toutes les idées\npubliques. Ils ont l'exécration des larmes et l'alvine gaieté de l'indifférence. Ils\nméprisent le Rêve et n'ont aucune soif de la Justice, ni de la Foi, ni de l'Espérance,\nni du Grand Amour. Ce n'est pas eux qui frémiront devant un martyr et qui\nprôneront jamais la splendeur d'un holocauste!\n   Aussi les multitudes leur appartiennent et les suivent et, lorsque, par miracle ou\nsurprise, un véritable grand homme a pu capter un instant l'attention du monde\nils ont bientôt fait de le déloger de ce triomphe éternellement précaire et de\ns'installer à sa place pour y avilir jusqu'aux déjections de sa pensée!\n\n\n\n  Une jolie blague, d'autre part, les jugements de la postérité!\n  Lorsque parurent, les opuscules inédits de Baudelaire, publiés par un détenteur\nvergogneux entre les mains de qui l'étonnant poète avait subi l'avanie posthume\nde tomber, on eut un spectacle surprenant.\n  Le bibliophile tumulaire que l'insolent débours de quelques écus avait rendu\npossesseur de ces reliques du plus hautain de tous les génies, s'était permis, il est\nvrai, de les raturer à sa fantaisie. Cette poussière infiniment vénérable était\nprofanée, châtrée d'une main pudibonde, en représailles, à coup sûr, des lampes\nardentes du mépris dont le Visité terrible avait travaillé, pendant sa vie, la peau\ndes bourgeois.\n  Mais enfin, c'était Baudelaire encore et la justice, la fameuse justice de la\npostérité infaillible, allait décidément pouvoir s'exercer sur ce malheureux ouvrier\nde l'Idéal qui mourut dans les affres de l'abandon, sans avoir reçu son salaire.\n   On pouvait bien croire, n'est-ce pas, que tant d'années après la mort, et les\nrivalités ou les haines de ce temps-là s'étant éteintes elles-mêmes à jamais dans la\nfange des cimetières, la vierge gloire de ce trépassé allait immanquablement\néclater à l'occasion de ce livre et fulgurer sur sa pauvre tombe.\n   Il était d'autant moins possible d'en douter que l'Art moderne s'est rué, depuis\nvingt ans, par la brèche qu'il lui avait ouverte à coups de chefs-d'œuvre dans le\npolygone de la tradition littéraire...\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "                                     DURENDAL                                       87\n\n  Eh bien! la postérité devait se montrer précisément aussi salope que les contem­\nporains.\n  A l'étonnement inexprimable de quelques anachorètes fervents qui pensaient,\ndans leur extase, que ce grand Lamentable assassiné par « la bêtise au front de\ntaureau », sous laquelle sa raison lumineuse avait succombé, allait apparaître\ndans les splendeurs et les claironnements d'une apothéose, il se rencontre d'impor­\ntants journaux pour renouveler les vieux outrages et l'ignorance absolue de tout le\npublic soi-disant lettré pour les accueillir...\n  Ce serait à désirer vraiment qu'une loi maternelle, en condamnant à n'importe\nquel supplice de mort les gens de génie, les débarrassât, s'il était possible, avant\nqu'ils eussent accompli leurs œuvres, d'une existence qui ressemble à un temps\nd'enfer, où la résignation du flagellé n'est pas même soutenue par la bouffonne\nespérance d'une rétribution posthume qui consolerait ses admirateurs !\n\n                                              *\n                                         *.       *\n\n  On assure qu'il y a eu des temps meilleurs. Je n'y étais pas et j'en doute un peu.\nLa hauteur de l'esprit est impardonnable et impardonnée dans tous les siècles. Il est\nprobable, néanmoins, que jamais une pareille impossibilité de subsister ne s'était\nvue pour les écrivains de talent.\n  De plus en plus, il semble se dégager de la vérité contemporaine une haleine de\nprohibition absolue contre ces réfractaires à l'universelle ignominie. Les voyous\ndevenus, depuis dix-sept ans, nos maîtres, ont édicté la salauderie nationale et\nobligatoire dont le premier et unique article est de conspuer tout ce qui fit la\ngrandeur morale et l'espérance des hommes.\n   Le cœur humain est devenu aujourd'hui un abominable vase orné, tout au fond,\nd'un œil grand ouvert. Non pas le même œil qui regardait Caïn dans la tombe et\nque Victor Hugo nomme la Conscience. Les oculistes de la raison ont changé\ntout ça. L'œil de la Conscience est allé rejoindre l'œil de la Foi, lequel ne guide plus\naujourd'hui qu'un petit nombre d'aveugles chassieux égarés dans les catacombes.\nC'est un œil, celui-là, qui est tout à fait à sa place dans l'ordure qu'on peut\nprésumer, et je ne vois pas le moyen de le nommer autrement que l'œil de l'Envie.\nEt quelle envie! Ne dormant, ni ne se reposant jamais, ne donnant rien, ne\npardonnant rien, ne supportant rien de ce qui peut passer à n'importe quel titre pour\nsupérieur! C'est bien là le vrai fond des âmes.\n  Salir les plus nobles êtres, les plus grandes choses et Dieu même autant qu'il se\npeut, cela, sans doute, s'est toujours fait. Mais, en d'autres temps, il y avait une\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "88                                 DURENDAL\n\n\npénalité plus ou moins redoutable, une énergie répressive quelconque à rencontre\ndes profanateurs. Aujourd'hui, c'est exactement le contraire.\n   Les rares esprits qui s'intéressent encore à l'Art pur et que tordent, comme un\npoison, les affreuses pâtées littéraires de ce sale temps, sont naturellement\nenveloppés dans l'inexorable réprobation. Ils doivent cacher leurs admirations,\nrenfoncer leurs dégoûts, refouler leurs larmes. Du métier! Et cela ne suffit pas le\nmoins du monde. Il leur faut assister, en tenue décente et respectueuse, au sacre de\ntoutes les médiocrités que l'opinion publique juge assez parfaites pour les investir\nd'une prélature et leur donner une église à paître. Il leur faut endurer le turpide\nbadigeon d'une réclame sans frein pour des œuvres de pestilence et de contagion\ndont nos façades sont éclaboussées.\n   Certes, il n'est pas impossible de faire remonter et d'étaler plus impudemment\nencore, le long des murs, ce qui demeure ordinairement à leur base; sans doute,\nles purulents idiots que le gâtisme sénile de ce temps adore, peuvent arriver à être\nplus boueux et plus physiquement dégoûtants, quoique cela paraisse bien difficile.\nNous devons même nous y attendre et ce n'est assurément pas dans l'immondice\nqui leur sert de cœur qu'il trouveraient un semblant de je ne sais quoi qui les\narrêtât.\n                                          ** *\n\n   La justice humaine la plus miséricordieuse, à supposer qu'elle s'exerçât, n'aurait\nrien à faire de pareils êtres qu'un médiocre engrais pour les végétaux de pourrissoir.\n   L'énorme crime social de supporter qu'ils nous contaminent devrait donc peser\nentièrement sur les tubes digestifs qui sont présentement en France les cyniques\npotentats du succès. Mais ceux-là, précisément, sont sortis de la grande canailleric\nmoderne et ils ressemblent à leur mère, laquelle n'aura jamais de plus adoré souci\nque d'avilir ou d'exterminer tout ce qui ne lui ressemble pas.\n   Ces porcheries réjouissent le monde actuel qui exulte de se voir si bien servi par\ndes domestiques d'une aussi irréprochable consanguinité dans sa propre vilipen-\ndaison. Qu'importent les isolées protestations de quelques âmes élevées et fières ?\nQu'importent leurs déchirements, leurs supplications, leurs malédictions et le cri\ndésespéré de leur fatidique horreur?\n   L'Arsouillerie très parfaite est devenue l'Opinion et, partant, la reine du monde.\nElle est tout à fait sortie de ses langes souillés et inutiles enfin pour les fornications\net les parturitions qui conviennent à sa nature.\n   Il lui suffit d'apparaître, à cette sénioramie, pour être adorée comme jamais\nmonarque ne le fut et pour remuer d'une force infinie la lie des cœurs. Les simples\ngueux et les archigueux, les bourgeois et leurs têtards, les bestiaux de l'opulence\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 714, "texte": "                                    DURENDAL                                       89\n\nattablés au foin de leurs bottes, toute haute et basse crapule grouille extatiquement\naux pieds du Cynocéphale d'argent dont le suffrage du siècle a divulgué les Saints\nÉvangiles !\n  Dix ans encore de ce régime et je défie qu'on découvre en France un seul être\ninnocent et noble, un seul cœur humain, une unique palpitation généreuse pour\nquoi que ce soit, fût-ce pour l'abjecte rengaine politique par laquelle notre vanitive\nsociété moderne fut engendrée !                                      (A suivre.)\n\n    (Reproduction interdite.)                                        LÉON BLOY.\n\n\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 90, "titre_corps": "L’Iris", "titre_sommaire": "L’Iris", "signature_source": "", "ancre_debut": "L’Jris", "ancre_fin": "notre plus bel Iris", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La fille du Doge", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 714, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "L'Jris\n                Loin du courtil natal où le ciel l'adonise,\n                Dans un bouboir, parmi les parfume capiteux,\n                L'Iris, bier jeune et beau, s'étiole, piteux,\n                Sur. bords réticulés b'un verre be Venise.\n\n                Et, tandis que, brûlé de soif, il agonise,\n                Silencieux et fier comme un pauvre bonteur,\n                le soleil rit au vase et, dans ses flancs laiteux,\n                L'or de l'aventurine en éclairs s'éternise :\n\n                Mais trop tarb le captif bu cristallin tramait\n                Se meurt, car il a vu, — suprême affront! — l'émail\n                antique refléter ses juvéniles ribes\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 205, "texte": "90                        DURENDAL\n\n\n     — Ainsi souvent, Hélas ! les cœurs qui nous ont pris\n     Nos premières amours, sont des coupes arides\n     Où périt, bébalgné, notre plus bel Iris!\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 90, "page_fin": 90, "titre_corps": "La Fille du Doge", "titre_sommaire": "La Fille du Doge", "signature_source": "Gaston Della Faille de Leverghem", "ancre_debut": "La fille du Doge", "ancre_fin": "Gaeton della faille de Léverghem", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 205, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "La fille du Doge\n\n     Pas une étoile au ciel; pas un bruit qui viole\n     Le silence de mort répandu sur les flots.\n     Denise dort; c'est l'beure où l'éclair des falots\n     S'allume aux lambrequins dorés de SA yole.\n\n     Comme une solitaire et triste luciole,\n     La fille bu boge erre au bétour bes îlots,\n     Dans l'espoir que la mer, avec ses longs sanglots,\n     Bercera son cœur las du mal qui l'étiole.\n\n     Sous un voile jaloux b'orgueil patricien,\n     Jour à jour le regret be l'amour ancien\n     A fait son teint plus pâle et son regarb plus terne;\n\n     Et maintenant son doigt exsangue et languissant\n     Ne peut plus qu'à granb'peine effleurer la guiterne\n     Où vibre encor l'adieu suprême be l'absent.\n\n                    Gaeton        della       faille de Léverghem.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 94, "titre_corps": "Un Cabotinage sacrilège", "titre_sommaire": "Un Cabotinage sacrilège", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "UN CABOTINAGE SACRILEGE", "ancre_fin": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "UN CABOTINAGE SACRILÈGE\n\n                                                       A l'abbé E. T.\n\n\n                           C'EST en\n                                  pays de F l a n d r e l'époque annuelle\n                       des foires     Les fritures grésillent, les car­\n                       rousels hurlent, les clowns se déhanchent aux\n                       devantures des baraques          E n t r e une bicoque\n                       de somnambule et une « boîte > à grosse femme,\n                       le succès va au théâtre où se donne « L a Pas­\n      sion »      Sur les tréteaux d'entrée, une fruste fanfare joue le\n       Tarara Boum Dié, un arlequin hâve blague le public, un b a r n u m ,\n      au nez révélateur de sa race, énumère les approbations advenues\n      à son exhibition — tandis que sur le côté s'étalent, en réclame\n      bariolée, les divers personnages du d r a m e sacré qui va être\nreprésenté tout à l'heure : le Christ fait la causette avec la matrone de\nla caisse, saint Jean baille d'ennui, la Madeleine reluque les gommeux\nqui passent et, dans le coin le plus éloigné, J u d a s , souriant et scep­\ntique, grille une cigarette\n   L a musique fait silence; d'une main tenant son haut de forme, dési­\ngnant de l'autre le tableau des recommandations affiché au seuil de\nl'établissement, le barnum pérore : « L'honorable public est averti que\nc'est ici le seul, le vrai théâtre de la Passion... N o m b r e de prélats ont\nbien voulu nous féliciter de notre tentative et nous avons eu l'honneur\nde jouer devant les hommes les plus distingués du parti catholique\nen ce pays ; prêtres et laïcs nous ont encouragés à l'envie et la faveur\ndes amateurs chrétiens augmente de jour en j o u r . . . Allons, Mesdames\net Messieurs, c'est cinquante centimes seulement... Cinquante cen-\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "92                             DURENDAL\n\n\ntimes pour une heure de spectacle... Cinquante centimes pour assister\nà toute la Passion de Jésus-Christ... Entrez..., entrez..., on commence\nà l'instant... En avant la musique. »\n    Et sur un air cahotant et criard de Miss Helyett, la foule se rue vers\nle comptoir...\n   Je suivis la foule — et j'ai vu.\n   J'ai vu en la succession d'une vingtaine de « tableaux vivants » se\ndérouler toutes les pages sublimes d'histoire qui vont de l'étable de\nBethléem au sommet du Golgotha... Acteurs fort convenables d'atti­\ntude, costumes riches et décents, musique très appropriée, lumière\nélectrique éclatante!... Si dans un cadre analogue on m'avait convié à\nla « restauration » des Gestes de Charlemagne, Roland et Ganelon,\nj'aurais applaudi sincèrement et aurais été capable de trouver même\nque ce spectacle avait une certaine allure esthétique!\n   Mais la question d'art est primée ici par une question de principe.\n    Ces exhibitions révoltent mon sentiment chrétien dans ses délica­\ntesses les plus intimes et les plus profondes ; elles révèlent la main­\nmise du cabotinage sur un domaine qui devrait lui rester interdit ;\nelles constituent dans des conditions déplorables la matérialisation\nd'un idéal intangible.\n    Si l'on croit qu'il est utile et profitable de servir au peuple des\nspectacles édifiants, n'a-t-on pas l'histoire toute entière de l'Église\nmilitante, avec ses martyrs, ses confesseurs, ses croisés, où les indus­\ntriels du mysticisme lucratif peuvent puiser à pleines mains? Pour­\nquoi ces marchands s'attaquent-ils au Christ et semblent-ils exercer\n contre Lui les représailles des vendeurs jadis chassés du Temple?\n    Il me déplairait fort certes, pendant la représentation du supplice\n de saint Laurent par exemple, d'ouïr à la cantonnade les hurlements\n idiots d'un proche carrousel, mais lorsque ces couic couic outragent le\n silence de l'agonie de Gethsémanie, ah ! par exemple, je plains le\n croyant qui n'ait pas envie de jeter sa banquette à la tête de l'impres-\n sario !\n    Et puis, passons même sur les détails toujours froissants de la\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "                              DURENDAL                                93\n\nmise en scène, sur la moralité problématique des interprètes, sur le\nmercantilisme de l'entreprise; supposons toutes intentions bonnes,\ntoutes illusions parfaites, tous trucs réussis; l'impression laissée sur\nla foule en est-elle moins mauvaise?\n   Elle est simpliste, cette foule, et rebelle aux nuances : au sortir de\nces parades, le Christ lui apparaît, non plus comme le maître éternel\net souverain, mais comme un beau héros de légende, auréolé de noble\net humaine souffrance; et de voir Jésus incarné en un acteur déter­\n miné, apothéosé en son rôle d'homme, conviant la compassion sur ses\nangoisses charnelles, le peuple est porté à oublier le Dieu; et celui\nqui devrait rester pour les croyants l'Infini de force, de gloire et\nd'amour est descendu ainsi au niveau \"de tout autre martyr d'histoire,\nde légende, voire de mélodrame, que le lendemain, sur les mêmes\ntréteaux, la même troupe de saltimbanques ressuscite la vie de Jeanne\n d'Arc — ne croyez-vous point que parmi les flammes de Bengale de\nson bûcher, la touchante Pucelle bénéficierait d'une émotion de même\n qualité et de même intensité que celle qui la veille fut départie au\nSauveur mourant sur la croix. Et le surlendemain, dans un ordre\nd'idées encore inférieur, le même succès de larmes ne se reprodui­\nrait-il point si, au rappel des angoisses du Christ et des infortunes de\nJeanne d'Arc, l'industrieux cabotin faisait succéder l'évocation du\n malheur d'Hamlet?\n   Ce sont là confusions profanatrices et dangereuses — et qui ont\n dans le cercle de l'influence populaire un résultat analogue à celui\n qu'exercent dans un milieu plus intellectuel tant d'œuvres littéraires\n qui exaltèrent en Jésus-Christ l'homme, afin souvent de se dispenser\nd'adorer le Dieu.\n   La Vie de Jésus, de Renan, fut l'abominable prototype de ce genre\n de littérature; mais depuis vinrent des poèmes, des drames, des\n mystères qui, encore que dénués de l'intention sacrilège de Renan, et\n inspirés plutôt par une respectueuse sympathie, eurent néanmoins un\n aboutissement semblable et ravirent au Christ le nimbe de la Divinité.\n   Le sentimentalisme mystique qui sévit à l'heure actuelle et qui est\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "94                              DURENDAL\n\n\nfait surtout de compatissant attendrissement pour le martyr terrestre\nde Jésus-Christ, est une mode qui suit les lois fatales de toutes les\nmodes : d'une élite de penseurs et d'artistes qui l'inventèrent et le\n lancèrent, cette sorte de romantisme religieux descendit dans les\nmasses; si le théâtre de Haraucourt, de Grandmougin et de Rostand\na eu sur les esprits cultivés un effet déplorablement déprimant, on ne\ndoute point, n'est-ce pas, que les théâtres de la Passion opèrent d'une\nfaçon absolument identique sur les imaginations plus frustes; c'est de\npart et d'autre le naufrage de la croyance au Dogme dans le flot mon­\ntant des pleurnicharderies; c'est la débâcle de la certitude dans le\ntriomphe de la sentimentalité; l'Homme-Dieu devient un « grand\nh o m m e » et l'histrionisme ému et sacrilège lui donne la place d'hon­\nneur dans sa galerie de personnages illustres entre H e r n a n i et le\nMaître de Forges!\n   . . . C o m m e l'autre soir, j'exposais ces idées à un de mes amis,\nil me répondit : « Laissez donc... P e n d a n t que les gens assistent à la\nPassion, ils n'iront point voir les géantes suspectes ou les horribles\nveaux à deux têtes... E t , franchement, entre ces divers spectacles,\nj'aime encore mieux le premier.. »\n   Moi pas.\n\n     1er Mai 1897.                             FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 96, "titre_corps": "Printemps", "titre_sommaire": "Printemps", "signature_source": "Georges Brigode", "ancre_debut": "PRINTEMPS", "ancre_fin": "GEORGES BRIGODE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 1208, "texte": "PRINTEMPS\nVoici né le Printemps en lumière et gaieté,\n    Et, ses flûtes chantant, il va de par les plaines\nRéveiller la Nature et les voluptés vaines\nEn ce frais apparat dont il est tant vanté.\n\nDans les nids reconnus les oiseaux vont rentrer ;\nLes gazons sont épais aux amoureux qui s'aiment ;\nLes laboureurs aux champs, lointains et graves, sèment\nD'un bras porteur de vie au sillon éventré.\n\nLes sentiers refleuris d'herbe fraîche aux pieds nus\nReverront à nouveau, nonchalantes et blondes,\nAvec leurs longs cheveux mouvants comme des ondes,\nD'adorables enfants aux regards ingénus.\n\nLes aurores d'argent, très claires, reviendront,\nChassant la Nuit devant le vol des brises fines,\nAnnoncer le matin sur les grises collines\nEt mettre des baisers lumineux sur leur front.\n\nLes couchants torturés par l'orgueil du Soleil\nEn proclamant sa mort sur la pourpre des nues,\nChantres inconscients de douleurs inconnues,\nPaisibles, saigneront de tout son sang vermeil.\n\nLes bois silencieux comme un calme décor\nFêteront le prestige alangui de Sélène\nEt, lentement pâmés par sa troublante haleine,\nSembleront s'endormir tout foisonnants encor.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "96                             DURENDAL\n\n\n           Et voici que les nuits vibrantes de douceur,\n           Etant à la souffrance une trève opportune,\n           Sous la caresse bleue et lente de la lune,\n           Se mettront à chanter sur un rythme berceur.\n           Les étangs dégourdis des glaces de l'hiver\n           Quitteront frémissants leur lourde carapace\n           Et leurs miroirs moirés réfléteront l'espace\n           Du ciel où passera quelque nuage clair.\n\n           Accoudés sur les murs, les arbres verdissants\n           Paraîtront se pencher vers la rue égayée\n           Et tendre aux promeneurs leur bruissante feuillée\n           Comme un bonjour joyeux en l'honneur du printemps.\n\n           L'innocence d'Avril et la douceur de Mai\n           Fixeront dans les jours la candeur de leur rire\n           Et la nature en fête aura sous leur empire\n           L'air gai d'une accordée et son charme animé.\n\n           C'est la vie en aimant qui ressuscite enfin.\n           On dirait que le vent fait vibrer de ses ailes,\n           Sur la lyre des monts et des moissons nouvelles,\n           Le fol alleluia du renouveau divin.\n           Et pourtant dans l'amour du réveil enchanteur\n           Malgré tout ce bonheur, cette volupté tendre,\n           J'en sais qui pleureront ne pouvant plus entendre\n           Chanter, immense et doux, le Printemps dans leur cœur!\n\n     15 Avril 1897.                              GEORGES BRIGODE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 100, "titre_corps": "Deux Maîtres Relieurs", "titre_sommaire": "Deux Maîtres Relieurs", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Deux Maitres Relieurs", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "Deux Maîtres Relieurs (I)\n\n                      APRÈS celle de l'auteur, est-il\n                                                   tâche plus poétique que celle du\n                    relieur, tentant de rendre par la combinaison ingénieuse des\n                    lignes, des formes et des couleurs, l'âme du livre ? Est-il\n                    métier aussi noble permettant, à celui qui l'exerce, d'y appli­\n                     quer toute l'originalité excentrique ou l'érudition scrupuleuse\n                    d'une imagi nation d'artiste ou de savant? Trop longtemps,\n                     on a semblé l'ignorer, chez nous du moins, et tandis que\nnos découvreurs attitrés faisaient chaque mois la trouvaille de quelque esthète\nd'Outre-Manche, ils ne voyaient pas à leur porte deux simples, mais admirables\nmanouvriers, dignes émules des Sanderson, des Marius Michel et des Cuzin.\n  Réagissant contre la banale et lourde reliure fastueuse, où s'enchevêtrent de\nvieux fers dorés, nos hommes, dans une échope, au fond d'une cour, insoucieux\ndes besognes lucratives, véritables artisans du Moyen-Age transplantés en notre\népoque, se livraient avec un culte fervent à la rénovation de leur métier. Il faut le\nleur entendre raconter.\n   Dans une langue difficile et suave, ils vous diront l'histoire de leurs œuvres,\ncomment elles naquirent lentement et par étapes en leur esprit; ils vous\nmontreront les clichés de toutes celles qui partirent pour l'Amérique, puisque\npersonne, ici, ne les faisait travailler. Ils vous diront que jamais ils ne mettent un\nlivre à l'établi avant de l'avoir lu et profondément médité. Ils éliminent de tout\nagréement superflu l'idée concentrée qu'ils s'en sont faite et réfléchissent\nlongtemps à l'image qui représentera le plus simplement et le plus exactement\npossible cette synthèse.\n  Chaque livre a une couleur et une seule. Verlaine sera vert pâle et Baudelaire\njaune vif.\n  C'est sur ce fond que s'incrustera la composition symbolique.\n  Longtemps on s'était contenté de peindre simplement sur peau le sujet allégo-\n\n  (1) MM. De Samblanc et Weckesser, 93, rue Ducale, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "98                                  DURENDAL\n\nrique, ou mieux : l'ornementation banale, rehaussée de lignes et entrelacs. C'est à\nLyon, sous François I er et Henri II, que se manifestèrent les premiers essais de\nreliure par application de maroquin sur maroquin. On amincissait jusqu'à la\npellicule, on découpait, on collait les peaux de couleurs diverses et Grolier achevait\nainsi sa Bible célèbre à contournements rouges et verts sur fond d'ardoise. N'est-ce\npas là un art subtil et aussi louable que celui du peintre ? Il a, lui, pour rendre sa\npensée, des huiles douces, des céruses molles, des pinceaux souples : le relieur doit\narriver à un effet semblable avec du cuir découpé et des fers inflexibles, tors ou\ndroits.\n  Voici quelques-unes de ces toiles, suis-je tenté de dire :\n  La Bonne Chanson, de VERLAINE, où, sur le fond vert pâle d'espérance légère et\njoyeuse, gracile, se dresse, hors un bel anneau d'or, le myosotis sentimental. Une\nbanderole, à lettres d'or aussi, sur blanc, dit les paroles de saint Louis : « Hors\ncet annel n'ay point d'amour. \"\n   Les Fleurs du Mal. Sur fond jaune, des chardons olive à fleur violette et\népineuse. Il sort d'un des calices une tête de mort, hilarante et macabre, à reflets\nd'ivoire. Mais une \" sève spirituelle \" jaillit de ce crâne sous forme d'épis dorés.\nDeux ailes de chauve-souris englobent cette composition que Rops eût signée.\n  Christophe Colomb devant les Taureaux, de Léon BLOY. Deux taureaux puissants,\nbruns, retournent, sur une colombe planant au ciel bleu, leurs encolures lentes,\nmajestueuses et symétriques.\n   Le Roman d'un Enfant de L O T I . Petits jouets de Nuremberg éparpillés dans une\nprairie. Maison, arbres en copeaux, canard mordoré éclaboussant l'eau d'un\nétang. Nénuphars étalés.\n   La Vie du Père Libert. Populaire et drôle. En ronde bosse, se prolonge la route\nde Montaigu et s'érige la tombe rouge. Sur fond brun, rouge et bleue dans la\nfrondaison touffue et verte de l'arbre légendaire, la Vierge miraculeuse. Encadrant\nle tout, le petit drapeau triangulaire et tricolore : le Vaantje.\n   Quatre interprétations diverses du Siège d'Ostende en 1604.\n   En voici une : Sur maroquin Lavalière poli et écrasé, doublé de bleu, la Mer.\nAppareillant vers les remparts, en maroquin Isabelle, les frégates poudreuses et\nballottées. Les armes d'Ostende. Puis, en dessous, en un dessin mosaïque de\nrenaissance, la guerre et ses emblèmes : le chêne, la lance, le drapeau; la paix et le\nrameau d'olivier.\n   Je ne saurais vous le montrer. Il ne faut pas voir derrière ces mots habituels\nleur interprétation courante. C'est le scrupule, le fini, la délicatesse exquise, un\nmiroitant mélange de couleurs. La granulation du maroquin ne donnant à ces\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "                                    DURENDAL                                     99\n\nalliages rien de souple, mais opposant les contours d'une façon précise et tranchée\ncomme en certains vitraux, en fait ressortir bien mieux toute la vertu. Un drapeau !\nchose banale en peinture, chose savoureuse en reliure !\n  Les Sept Princesses, de MAETERLINCK. En peau de truie blanche avec une\ncartouche ornée de feuilles et encadrant sept couronnes d'or. Toute la grâce et\ntoute la fraîcheur.\n  Aphrodite. Emblématisée de glaces et de peignes grecs.\n  Axel. La crosse hiératique et les croix de l'étole.\n  Le Jardin de Bérénice formé de parterres réguliers où poussent les tulipes jaunes,\nces sages fleurs puériles.\n  Bruges la Morte — et le Beffroi — le Minnewater et les sapins.\n  Les Vies encloses, que domine la paume d'une main lignée.\n  Les Grandes Dames, de HOUSSAYE. Un buisson d'églantier, dont un papillon\nvolage s'éloigne, tandis que plus loin, au ciel clair, disparaît déjà un mignon et\nrose cœur de femme ailé.\n  Ce sont de ces détails minutieux et charmeurs dont ils ont le secret. N'est-ce pas\ncomparable à l'infinitésimale préciosité d'un Primitif?\n  Les Contes drôlatiques, de BALZAC. Un croisé, caparaçonné, rentrant de Terre-\nSainte, remonte à son château-fort. Il le fallait rendre drôle : voyez l'éperon à sa\njambe de bois !\n  Livres de style :\n  Napoléon. Semis d'abeilles d'or en plein maroquin vert.\n  Madame de Pompadour. Rocailles et jeu mignard de nuances fanées et suaves.\n   Voici un Album de Dentelles qui fut offert à la Reine. Renaissance flamande\net reproduction merveilleuse en or sur bleu d'authentiques points d'Anvers.\nAnvers qui eut, on le sait, la spécialité des dentelles du pot de fleurs, tandis que\nBruges et Gand conservèrent toujours l'ornementation orientale, Bruxelles et\nBinche les lignes souriantes et gaies; séparant les fleurs, de ravissants petits\nfuseaux et brochée sur le tout, la reproduction d'une porte du chœur de l'église\nSaint-Nicolas, que notre artiste, un beau dimanche, avait comprise pendant la\nmesse... « Ce qu'un forgeron peut faire avec ses marteaux, je le ferai bien dans\nle cuir avec mes petits fers, se disait-il... » Et ce fut une œuvre splendide.\n   Voici, pour un jeune prêtre, professeur à Louvain, une Bible frappée du buisson\nardent, aux flammes fauves dans les branchages verts d'où sort la fumée épaisse;\nLes Quatre Evangiles : l'aigle gardant l'hostie férocement; le bœuf pacifique; le\nlion; le disciple bien-aimé, frappés sur le revers plucheux de la peau retournée.\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "100                                  DURENDAL\n\n\n  Voici des plats où s'est donné libre cours la fantaisie farceuse :\n   La vie de Bohême. Sur fond vert, un bonhomme en redingote noire, lamenta­\nblement lit Musset, et d'une corne d'abondance s'échappent la bouteille, le violon,\nle chapeau buse...\n   L'Almanach du Bibliophile. Dans un coin, le livre, la bourse qui l'achète, le\nmarteau des enchères qui l'adjuge; dans l'autre, les outils du relieur : la roulette, la\npalette pour dorer, le couteau à parer, le compas. Et tant d'autres détails qu'une\nénumération incolore, hélas ! ne peut représenter !\n   Voici Jocelyn, dans un paysage neigeux des Alpes; et un drapeau superbe,\nsymbolisant la Grandeur militaire, de DE VIGNY.\n   J e le répète, est-il tâche plus poétique ? est-il métier plus désirable ?\n   De toutes parts on travaille aujourd'hui le bois, le fer, l'étain, la porcelaine, les\npapiers, les tapis : voici le maroquin qui s'en mêle sous des doigts habiles et\nsimples.\n   Parer les livres, peindre les vers chantants, rendre, avec quelques fers et cinq\ncentimètres de peau coloriée, l'âme d'une époque et d'un homme, n'est-ce pas le\nfait d'un grand artiste ?\n\n                                                                 THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 103, "titre_corps": "Contre une équivoque", "titre_sommaire": "Contre une équivoque", "signature_source": "F. 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Iwan Gilkin\n              s'est occupé du Congrès littéraire de Gand et des résolu­\n              tions qui y furent votées.\n                 L'article est d'une courtoisie parfaite et d'une confra­\nternelle sympathie; il révèle une fois de plus combien nombreux sont\nles points de contact entre la Jeune Belgique et le groupe des jeunes\ncatholiques, et ce qui fait que malgré des désaccords graves sur des\nprincipes supérieurs auxquels nous ne pouvons permettre qu'il soit\ntouché, nous restons tributaires reconnaissants de la Jeune Belgique\npour l'œuvre de rénovation artistique dont elle prit l'initiative.\n   Comme c'était à prévoir, M. Gilkin nous impute de nouveau ce\ngrief de subordonner l'Art au Dogme et à la Morale et par conséquent\nde nous « montrer plus polémistes et plus apologistes qu'artistes ».\n   Et le directeur de la Jeune Belgique réédite le dithyrambe habituel\nsur l'art pour l'art...\n   Mon Dieu, nous n'allons point reprendre cette vieille dispute ; toutes\nles raisons ont été exposées de part et d'autre, et sur ce chapitre il n'y\na vraiment plus rien de neuf à dire.\n   Uniquement nous voulons dissiper une équivoque dans laquelle la\nJeune Belgique se cantonne obstinément; à l'en croire les jeunes catho­\nliques réduiraient l'art à un apostolat systématique de leurs idées\nreligieuses et morales et assigneraient comme unique mission à\nl'artiste la démonstration esthétique du vrai et du bien.\n   Que voilà une allégation erronée et qui a été contredite chaque fois\nqu'elle s'est fait jour!\n   En somme, qu'avons-nous toujours affirmé? Que nous sommes des\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "102                             DURENDAL\n\n\ncatholiques et que nous sommes des artistes ; que ces deux termes n'ont\nrien de contradictoire ni d'incompatible; que la vision philosophique\nmorale et religieuse que nous avons du monde et de l'au delà, s'accom­\nmode des formes artistiques les plus diverses et les plus changeantes;\nque la garantie de la sincérité et de la beauté d'une œuvre étant dans\nl'harmonie entre la vie de l'écrivain et cette œuvre, nous devons\ntremper dans nos écrits la réalité, l'âme et la passion telles qu'elles\nnous apparaissent, sur l'angle évidemment différent de notre person­\nnalité artistique, mais également sous la sauvegarde supérieure de la\nloi chrétienne que nous reconnaissons comme la règle de nos existences!\n   Il y a loin de ce programme qui rappelle uniquement à l'artiste\ncatholique qu'il ait, en faisant œuvre d'artiste, à se souvenir qu'il est\ncatholique et à ne point transgresser la loi primordiale du Dogme et\nde la Morale, au programme de prédication quand même, per fas et\nnefas, que nous prête la Jeune Belgique.\n   Certes nous n'avons jamais eu le ridicule de prétendre qu'être catho­\nlique constitue ipso facto une supériorité, on peut être un chrétien\nmodèle et à la fois un fort méchant poète, ce que la Jeune Belgique\nelle-même se charge de prouver par la liste de ses collaborateurs.\n  Mais que l'on veuille bien nous concéder d'autre part que le souci\nde mettre en concordance notre vie de chrétien et nos écrits d'artistes,\nde ne pas nous permettre dans ceux-ci ce dont nous nous abstenons dans\ncelle-là, puisse nous placer en état d'infériorité vis-à-vis des écrivains\nindifférents ou hostiles à nos principes religieux.\n   Nous avons répété assez souvent aux catholiques qu'ils ne pouvaient\net ne devaient se désintéresser d'aucun des modes d'expression artis­\ntique — ni la critique, ni le roman, ni le théâtre — pour qu'on n'ait\npas le droit de prétendre que nous ne voulons assumer d'autre rôle\nque celui de frères prêcheurs des lettres catholiques.\n  L a Jeune Belgique sait d'autre part d'expérience que notre soumission\nau Dogme chrétien et à la Morale chrétienne n'a jamais entravé nos\nadmirations vers la beauté des formes littéraires, même quand cette\nbeauté s'alliait à ce que nous considérons être l'erreur ou l'immoralité...\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 824, "texte": "                               DURENDAL                                 103\n\n\nSi grand que soit notre respect pour le vrai et le bien, où et quand,\ndans nos appréciations et dans nos œuvres, leur avons-nous sacrifié le\nbeau, et les discussions du Congrès de Gand n'ont-elles point attesté\nune fois de plus, à cet égard, la largeur et la sincérité de notre\néclectisme?\n   Qu'on en finisse donc définitivement avec ce reproche immérité et\noffensant : non, l'artiste et l'écrivain catholiques ne domestiquent ni ne\nravalent le beau et l'art; mais dans la mesure de leurs moyens et\nobéissant à leur conscience, ils leur donnent comme compagnons et\ncomme égaux le vrai et le bien... Et cette compagnie, que nous\nsachions, n'a jamais eu rien d'amoindrissant.\n\n                                                               F . V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 104, "titre_corps": "L’Album de Gavroche : Une nitescente ténèbre", "titre_sommaire": "L’Album de Gravoche", "signature_source": "Gavroche", "ancre_debut": "L’ALBUM DE GAVROCHE", "ancre_fin": "GAVROCHE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 123, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "L'ALBUM DE GAVROCHE\n\n                                                                      Deux    et deux font parfois quatre (1).\n\n                            UNE NITESCENTE TÉNÈBRE\n                                                   TOUJOURS\n                                FÛT-CE ENGLOUTIE VERS L'ULTÉRIEUR\n                                          AZUR D'ASTRES\n\n                                                                             DU FAITE D'UN ESSOR\n\n                               SELON\n                                          que\n                                                l'énigme\n                                                           à jamais\n                                                                  d'une magique noire\n                                   voulue comme telle guivre\n                                                  EN SURSAUT\n                                                                      crispe\n                                         ineffables sans doute\n                                                               des gouffres\n                          si l'araignée géométrique par la cérébralité des plafonds\n                                  peu\n                                       mais davantage beaucoup même énormément\n                                                                        ricane\n                                                   jusque jaillir\n                                                               d'un essor\n                                       des squames affamées en tant que mutuelles\n                                              à la campagne\n                                                               follement battue\n                                                        fumera-t-on\n                                    soit que l'apocalyptique pied\n                                                             choit la plume\n                          culbute\n                                    les ouragans\n                                                    du chef d'orchestre\n                                         en unanime conflagration\n                                                                     OUBLIÉE\n                          n'est-ce qu'une simple insinuation de stupeur\n                                           ou\n                                               d'hilarité (2)\n                                                                                                   GAVROCHE.\n\n    (1) Peut-être le présent poème à maint intellect semblera moins limpide : on adresserait le lecteur désireux d'éclair­\ncissement aux phrases qui, dans Cosmopolis, livraison de mai, inondent de lumière ce poème de M. Stéphane Mallarmé :\nUn coup de dés jamais n'abolira le hasard.\n     (2) Si brusquement est clos ici le poème, c'est par l'unique raison que Durendal ne dispose point des trois cents men­\nsuelles pages de Cosmopolis.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-009", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 112, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "F. V.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES REVUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "LES LIVRES\n\nGUSTAVE KAHN : L i m b e s de L u m i è r e s .   Bruxelles, EDMOND DEMAN, éditeur.\n\n\n\n\nM      Gustave Kahn, qui fut, lors des Palais nomades, un des lanceurs, si j'ose dire,\n      • du vers libre, prend place parmi les poètes les plus célébrés de cette heure.\nUn charme bizarre émane de ses poèmes. Il s'y affirme, à défaut d'une imagination\npuissante, une âme songeuse et subtile, un esprit divers, souple, curieux, où la\nmélancolie se tempère de quelque malice. Le poète alambiqué dont parle une de ses\nVariations shakespeariennes, c'est lui, certes. Rien de plus artificiel que ses ingénuités,\nde plus précieux que ses gaucheries; c'est pourquoi maint de ses lieds crispe. Sa\nvirtuosité verbale est extrême; il est expert à dérouler des phrases savantes, à\nunir des vocables évocateurs, éclatants ou amortis, précis ou vagues, à se jouer\nparmi les rares sonorités.\n   Ce qu'il faut préférer, dans Limbes de Lumières, ce sont (écartant les poèmes de\nfausse puérilité et ceux où des intentions satiriques assez banales ne requéraient\npoint, pour s'exprimer, le vers : Trois Paillasses joyeux, par exemple) quelques\npages d'A jour fermant et les Paysages pacifiés ou tragiques.\n   On ne peut discuter ici la prosodie nouvelle dont M. Kahn, fidèle à sa foi d'antan,\ndemeure un des principaux champions. Quoi qu'en pensent les novateurs, le vers\nlibre ne s'est point encore prouvé. L'expérience se poursuit, intéressante au plus\nhaut point, mais non décisive. Même parmi les plus jeunes, un grand nombre de\npoètes, à qui l'on ne saurait sans injustice reprocher leur doctrinarisme, s'obstinent\nà ne se pas rallier, restent sceptiques ou hostiles. L'avenir nous apprendra si le\nvers libre, tel que le pratiquent ses fervents d'aujourd'hui, mérite le triomphe. Je\ndoute, pour ma part, qu'il s'impose tel, jamais. L'on peut craindre qu'ils ne s'abu­\nsent étrangement, les versilibristes, en croyant libérer d'entraves surannées le\nrythme, qu'ils ne le tuent en prétendant l'affranchir. Lisez cette strophe de M. Kahn,\ntirée d'un poème dédié à Baudelaire : \" Quand tu fus lentement crucifié par de\n noires négresses et des bourreaux marrons, tu n'en donnas pour gage qu'une larme\n sertie des musiques, sertie des parfums, parée des splendeurs longues des cheve­\n lures; tu conquis l'unité de la souffrance et l'inutile \" ; ou encore ces deux-ci,\n extraites d'A jour fermant : « Le soir d'hiver a pressuré les maigres vignes de\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "106                                  DURENDAL\n\nlumières, et les grandes nues d'écarlate, les grands fantômes ourlés de halos d'or\nsont broyés par la brume vorace, broyés par un lourd silence hiémal de Nord,\ncomme limpides chansons d'Aquitaine étouffées sous des rafales de clameurs noires.\nLes bêtes des bois ululent dans le silence; le faune de proie bondit pour ses quêtes;\nl'eau des petites anses s'engourdit près des barques; et le sagittaire inconnu bande\nl'arc mince et blafard de la lune malade, et les oiselets craintifs cachent leurs têtes,\nloin des hasards. \" Si ce n'est pas le seul artifice typographique qui crée ici le vers,\nil doit être aisé au lecteur de reconstituer ces strophes transcrites comme de la\nsimple prose. Echoue-t-il, l'insuccès aura démontré que le rythme de ces strophes\net de ces vers n'est que dans l'illusion du poète : un rythme non perceptible est\ninexistant.                                                                   D.\n\n\nL e s P o è m e s d ' E d g a r P o e , traduction de STÉPHANE MALLARMÉ, avec portrait\n   et fleuron par EDOUARD MANET. Deuxième édition. A Bruxelles, chez l'éditeur\n  EDMOND DEMAN.\n\n\n\n\nC     HARLES BAUDELAIRE, l'introducteur en France et le révélateur de Poe, estimait\n      qu'une traduction de poésies aussi voulues, aussi concentrées que les siennes\n\" peut être un rêve caressant, mais ne peut être qu'un rêve \". Aussi ne s'aventura-t-il\nà traduire que les poèmes intercalés, tels le Ver vainqueur et le Palais hanté, dans les\nplus admirables contes ou, comme le Corbeau, dans la Genèse d'un Poème, du célèbre\nécrivain d'outre-mer. L'assurance des traducteurs s'est accrue depuis Baudelaire.\nM. Gabriel Mourey publia, voici quelques années, une version respectueuse jusqu'au\nscrupule du mot à mot et, si l'on peut dire, du vers à vers : elle est d'une lecture\nfatigante. Tout charme en est banni. Celle de M. Stéphane Mallarmé, qui, disciple\nancien du poète des Fleurs du mal, garde fidèlement le culte voué par son maître à\nPoe, moins complète et restreinte au seul œuvre lyrique, est supérieure infiniment à\ncelle de M. Mourey. Elle se préoccupe avant tout de restituer, autant que possible,\navec la musique pénétrante et l'harmonie des mots et des strophes, le charme\nmélancolique et ténébreux de cette poésie. Sa traduction est d'un poète soucieux de\nde sauver l'âme même qui palpite aux poèmes de Poe. On y retrouve un peu ce\n« quelque chose de profond et de miroitant comme le rêve, de mystérieux et de\nparfait comme le cristal » que goûtait dans l'original le traducteur des Contes.\n  Tout n'est pas d'égale valeur dans ces poèmes, sans doute; mais il s'y trouve\nquelques pages intenses, étranges et solennelles qu'il importe de connaître et\nd'admirer. N'oublions pas, au surplus, qu'Edgar Poe est l'un des écrivains étran­\ngers dont l'action intellectuelle s'est le plus puissamment exercée, en ce siècle, sur\nun groupe nombreux d'écrivains français.\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "                                      DURENDAL                                      107\n\n  Il appartient vraiment, comme générateur spirituel, à l'histoire littéraire moderne\nde la France : c'est pourquoi l'étude de son œuvre importe.\n  Je ne dirai pas que la toilette du volume est rare et savante : il y aurait quelque\nimpertinence à louer l'éditeur très artiste de ces Poèmes.                     D.\n\n\n\n  L e T h y r s e . — Proses Florencées, par ARNOLD GOFFIN ( C H . V O S , Bruxelles).\n\n\n\nL   'AUTEUR    n'est pas un inconnu pour nos lecteurs. Nous leur avons dit notre\n      enthousiasme pour la magnifique traduction de Fioretti, si admirable dans sa\ncharmante naïveté. Lui-même a eu la gracieuseté de nous offrir la primeur de deux\ndes plus jolies compositions du présent livre.\n   Arnold Goffin est un des plus brillants prosateurs de la jeune génération littéraire,\nprosateur impeccable, styliste merveilleux, ciseleur de belles phrases, artiste dans\nla plus haute acception du mot. Le style dont il enrobe sa pensée est comme une\ntunique tissée de fils d'or et émaillée de diamants éblouissants, de rubis étincelants,\nde perles aux lumineuses et chatoyantes couleurs. Il est poète dans l'âme. Si vous\nvoulez vous en convaincre, lisez, par exemple : Exeat, La Donna Ignota, La Belle\nau Bois dormant, Il Cenacolo, l'adorable Légende de sainte Dorothée et surtout Epi-\nphanie. Ou plutôt, lisez tout. Car tout est à lire. Tout est divinement beau dans ce\nlivre plein de poésie, d'une inspiration ardente et profonde, d'un charme indéfi­\nnissable.\n                                                         L'abbé HENRY MCELLER.\n                                            +\n            L à - H a u t , par EDOUARD R O D (librairie P E R R I N , à Paris).\n\n\n\nD    ANS ce livre, Edouard Rod, en un style alerte et imagé, nous fait connaître\n      deux Suisses : la vraie, c'est-à-dire la Suisse des villages alpestres, comme il dit\nlui-même, la Suisse telle que le bon Dieu l'a faite, avec sa nature sauvage et gran­\ndiose, la paix enchanteresse de ses montagnes solitaires, ses chalets rustiques, ses\nhabitants aux mœurs patriarcales; l'artificielle, c'est-à-dire la Suisse des étran-\ngers, la Suisse modernisée, gâtée par la civilisation, sillonnée de hideuses voies\nferrées, parsemée d'hôtels au style prétentieux, contrastant d'une façon cho­\nquante avec les beautés d'une nature virginale. Elle est visitée par des voyageurs\nprosaïques, attirés là par le confort des hôtels et non par la poésie d'une nature\nqui est un livre fermé pour eux. Elle est profanée par la présence obsédante\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": " 108                                  DURENDAL\n\nde ces hideux hommes d'affaires, qui, en ce siècle d'argent et d'intérêt sordide,\npoussent le cynisme jusqu'à exploiter les splendeurs de la création.\n   Les admirables descriptions des paysages alpestres contenues dans, ce beau\nlivre sont de vrais tableaux. L'écrivain les anime d'une façon merveilleuse, en y\nfaisant agir, parler, jouir et souffrir sous nos yeux, toute une population naïve et\nbonne comme la nature qui l'enveloppe. On voudrait ne pas y voir mêlés ces types\npeu élevés et peu intéressants de gens blasés, pour lesquels une excursion en Suisse\nn'est qu'une distraction mondaine comme une autre, ou de gens intéressés, pour qui\nelle n'est qu'une mine d'or. Mais Ed. Rod a vouiu nous décrire la Suisse sous tous\nses aspects et telle qu'elle se présente en réalité aux visiteurs d'aujourd'hui.\n   Enfin l'auteur nous fait assister aux angoisses intérieures d'une âme affolée par\nle malheur et désarçonnée par les passions humaines. Dégoûtée de tout, elle s'en\nva chercher dans la contemplation tranquille des beautés simples de la création et\ndans l'atmosphère calme des montagnes, cette poésie, dont l'âme humaine a toujours\nsoif. Un monde agité et désordonné lui a refusé jusqu'ici le bonheur. Elle le trouve\nfinalement dans une affection vraie et sincère.\n   L'auteur nous dépeint les péripéties de cet amour chaste et élevé en des pages si\nprofondément pensées et si joliment écrites, qu'il nous est impossible de ne pas en\nciter au moins une :\n   « Entre deux êtres qui s'aiment déjà sans savoir presque rien l'un de l'autre, naît\n  bien vite le besoin des intimes confidences : ils veulent s'entendre penser, se dire\n» tout ce qu'ils pensent, et chacun s'efforce de se révéler, non peut-être tout à fait\n  tel qu'il est, mais tel qu'il désirerait d'être. Dans cet effort pour sembler meilleur,\n» ou plus généreux, ou plus noble, il n'y a d'ailleurs aucun mensonge : car lequel\n  est plus vrai, de l'être réel que nous sommes, dont la vie a troublé l'enfance, ou\n» de l'image idéale de nous-mêmes que nous conservons intacte au fond de notre\n» cœur? Or, au cours des heures délicieuses qui sont comme l'annonciation de\n» l'amour, cette image que souillent les contacts ou que ternissent les reflets du\n» train journalier se dégage et se fixe en nous exaltant. Pour quelques heures, ou\n» pour quelques jours, ou pour un temps plus large, nous cessons de lui être infé­\n» rieurs. Telle qu'elle nous forme, pareils à notre rêve, nous nous épanouissons\n  pour l'être aimé en une splendeur que nous n'atteindrons jamais plus. De même\n  dans l'enchantement du printemps, les arbres cachent sous leurs fleurs leurs bran-\n» ches noueuses, blessées ou tordues, sans plus de fleurs qu'ils n'ont de feuilles et\n» qu'ils n'auront de fruits. »\n                                                        L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "                                         DURENDAL                                  109\n\n      D i s c o u r s s u r l e R e n o u v e a u au Théâtre, par EDMOND PICARD,\n                        I vol., 3 francs, chez LACOMBLEZ, Bruxelles.\n\n\n\n\nE    N une édition soignée, sur souples feuilles de Hollande, M. Picard réunit une\n        série d'articles parus dans l'Art moderne, qui, sans dogmatique étalage d'éru­\ndition nous donnent, sur la situation actuelle du théâtre français et ses destinées\nune idée très juste et très claire.\n  Je ne sais ce qu'il faut le plus admirer en M. Picard, de son initiative sans cesse\nen éveil, de sa persévérance infatigable ou de son imperturbable jeunesse.\n   Sa langue demeure personnelle et d'une étincelante nervosité, malgré l'influence\ndes maîtres qu'il aima et qu'on retrouve : Octave Pirmez dans Vie simple, Léon\nCladel dans la préface aux Va-nu-pieds, Van Rysselberghe, pointilliste, dans le Maroc.\n   Ce sont ici sur le théâtre symbolique, transcendental, mystique, hiératique, syn­\nthétique, sur la pantomime, le monodrame, le choeur antique, des pages où à\nchaque tournant surgit l'idée neuve, simple ou bizarre, toujours curieuse.\n   Le Hasard-aux-yeux-bandés, le Néant, l'Inconnu, la force impalpable et mysté­\nrieuse qui nous entoure, nous déprime ou nous exalte, lui sont prétexte à périodes\ncaptivantes et ingénieuses.\n   Et cela rend plus étonnant encore qu'avec la largeur de vues dont il se réclame,\nhanté de ce christianisme qu'il n'ose aborder, M. Picard en raille grossièrement la\nsublime idée de Providence, plus digne que tout autre, aurait-il semblé, de plaire à\nune intelligence inquiète et sincère.\n   « Notre conception chrétienne de la Providence, écrivait à ce propos un de nos\namis (1), bien plus profonde et bien plus divinement mystérieuse que la Fatalité\nchaotique des athées, de grands penseurs l'ont exprimée, de grands artistes l'ont\nmagnifiée, et il suffit d'ouvrir une vie des saints pourvoir à quels sommets de splen­\ndeur morale elle sait conduire une âme. On peut ne point l'admettre ou lui préférer\ncelle du dieu Hasard ou du Destin ricanant et destructeur, mais on n'en peut\nméconnaître la grandeur et il est grossièrement absurde d'en rire. Aussi n'est-ce\npoint sans étonnement et sans colère que nous avons entendu M. Picard la traiter\n« d'aphorisme bourgeois » et écrire que seuls < des cerveaux à parois étroites »\npeuvent croire encore à « cette Providence qui serait en quelque point de l'Invi­\n   sible, surveillant le monde comme une cuisinière son pot-au-feu, pour soulever le\n > couvercle dès que le bouillon bouillonne trop. » Ces lignes sont d'un inconscient.\nElles sont indignes d'un homme qui ne cesse de parler de libre esthétique et prétend\n\n  (1) CHARLES MAIITENS, XXe Siècle, 3 juillet 1895.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "110                                   DURENDAL\n\nadmirer toutes les beautés intellectuelles d'où qu'elles viennent. Pour nous, quoi\nqu'en pense M. Picard, nous préférons les lumières fortifiantes de notre Foi aux\ngrimaçantes obscurités de la sienne et nous continuerons à glorifier, avec Dante\nAlighieri, cet amour primordial et essentiel «qui meut le soleil et les autres étoiles. »\n\n                                                                                TH.   B.\n\n\n\n             Les H e u r e s claires, par E M I L E VERHAEREN,      I   vol.,\n                              chez DEMAN, Bruxelles.\n\n\n\nL    OIN des campagnes hallucinées où tournent les ailes folles des moulins et que\n       peuplent les villages illusoires de gaîté et de tristesse, tandis que fument à\nl'horizon les cheminées et resplendissent les dômes de la ville tentaculaire, voici,\ntissée en or dans l'air de soie,\n\n                       La maison douce et son pignon léger\n                       Et le jardin et le verger.\n\n  La Bonne Chanson de Verhaeren. Sous un pommier, près de l'étang bordé\nde fleurs involontaires, dans les jardins aux chemins lentement sinueux en col de\ncygne, s'en égrènent les paroles simples, aimantes et naïves. Combien agréables,\naprès l'exaspération de l'idée et les torsions du verbe, ce calme, cette fraîcheur repo­\nsante, ces sentiments infiniment aimes et puérils, qu'exprime une langue assouplie à\nleur candeur!\n  C'est une suite de cantiques d'amour, confiants et sûrs, chantant les heures de\ntendresses paisibles. Tantôt, sous une apparence enfantine, l'image profonde :\n\n                   Je sens notre soif de souvenir\n                   Boire l'écho, où nos passés se correspondent.\n\n  Tantôt, l'impression vivante :\n\n                   Et d'autres fois tu m'es le frisson clair\n                        Du vent rapide et miroitant\n                   Qui passe, avec ses doigts d'éclair,\n                        Dans les crins d'eau de l'étang blanc.\n\n  Et le jardin s'éveille : pétales, gazons verts, groseillers, quinconces, étangs bleus,\nnénuphars... et dans la nuit brille la fleur myriadaire des étoiles.\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "                                      DURENDAL                                            III\n\n  Ces vers ont de Verlaine le chuchottement exquis, la phrase longue parfois et\ntombant lourdement à la rime, l'ingénuité un peu factice. Ils n'ont rien d'amor­\nphyque, entrecroisent seulement comme Lafontaine les rythmes divers et s'harmo­\nnisent en d'imprécises assonances, au moins.\n  Parfois, comme un retour des sauvageries passées, et absolument hors de cadre\nen cette lumière légère et transparente, voici :\n\n                  Le tumulte fou de sang, de cris ardents,\n                  De blessures et de gueules qui s'entremordent.\n\nou l'habituel par à travers les étendues! Pourquoi s'acharner à cette orchestration de\nsyllabes, lorsqu'il est si bien dit :\n\n                Ne lui dis rien : car la parole entre nous deux\n                Serait banale, et tous les mots sont hasardeux,\n                C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.\n                                                                               TH.   B.\n\n\n              D e D a n t e à V e r l a i n e , par le R. P . PACHEU, S. J .\n                              (Perrin, Paris, fr. 3.50.)\n\n\n   'AMOUR du classicisme     et la défiance du modernisme sont traditionnels parmi\nL les membres de la Compagnie de 'Jésus. Ils ont l'habitude de ne point se\nrallier à un mouvement littéraire avant qu'il ait terminé son idéale trajectoire, et\nde n'accepter un écrivain et son œuvre que consacrés par le temps. Ils veulent bien\nreconnaître du génie à Horace, à Virgile, à Ovide, mais ils jugent téméraire encore\nd'admettre le talent d'un Hugo, d'un Musset, d'un Leconte de l'Isle, d'un Barbey\nd'Aurevilly, d'un Huysmans.\n   Les Cornut de la Compagnie se réservent — et lèguent ce déni de justice à de\ntrès lointains successeurs.\n   A cette règle — qui est de prudence à ce qu'on m'assure — voici pourtant une\nglorieuse exception.\n   Le livre du R. P. Pacheu est d'une belle venue et d'un large souffle : de Dante à\nVerlaine, il étudie l'évolution du poème mystique et il apporte dans cette étude de\nla perspicacité, de l'érudition et surtout une belle et large tolérance d'esprit; cette\nœuvre démontre mieux que toutes les dissertations — et de la part d'un prêtre la\npreuve a du poids — que l'on peut, sans comprometlre aucun des principes essen­\ntiels du catholicisme, faire adhésion admirative aux formes littéraires les plus\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "112                                  DURENDAL\n\nrécentes; quand le sujet qu'il s'était proposé de traiter a amené le R. P. Pacheu\ndevant les œuvres de Huysmans et de Verlaine, il n'a pas cru devoir hurler à\nl'épouvantail, mais simplement, sincèrement il s'est approché de ces œuvres, en a\nrejeté les tares et en a retenu les beautés.\n   Ces deux études sur le maître A'En Route et le poète de Sagesse sont à retenir et à\ncollectionner — car elles vengent ces admirables artistes catholiques des Cornut et\ndes Nourry passés et les prémunissent contre les agressions de leurs préalables et\nfuturs imitateurs.\n                                                                          F . V.\n\n\n    A u p r o c h a i n : Le Frisson du Sphinx, par JEAN DELVILLE. — Paul Bourget, par\nR. CANTEL. — Les Sept Lueurs d'Elohim, par EDGARD BAES. — Idées de demain, par\nJ U L E S GILLARD. — Le Congrès des Religions, histoire d'une idée; Le Congrès des\nReligions en Suisse, par l'abbé V. CHARBONNEL. — Ramuntcho, par P I E R R E L O T I . —\nEn Pèlerin par les routes, par SALLAGE ORNUDAC. — La Vierge aux Rochers, par\nG. D'ANNUZIO.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-010", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 114, "titre_corps": "Les Revues", "titre_sommaire": "Revue des Revues", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES REVUES", "ancre_fin": "Sagesse", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTULES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 1150, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "LES REVUES\n\nD    ANS Art et Vie, M. l'abbé Victor Charbo'nnel — opposant la Lutte à Durendal —\n        veut bien nous apprendre que dans Durendal, « le talent, même la gram­\nmaire manquent trop souvent de bien servir les intentions et prétentions.\n  Il ne nous déplaît point d'être attaqué par M. l'abbé Victor Charbonnel : nous\npréférons manquer de talent, voire de grammaire, que de manquer d'orthodoxie.\n\n\n\nL    E porte-crête du Coq Rouge continue ses hargneux cocoricos... Après Edouard Ned,\n        après les admirateurs catholiques de Verlaine, voici M. de Haulleville pris à\nson tour à partie avec une distinction et une courtoisie de boute-feu d'enre­\ngistrement...\n  Par ses agressions mesquines contre les lettrés catholiques, M. Maurice\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "                                     DURENDAL                                     113\n\ndes Ombiaux (ohé la particule !) révèle ses origines artistiques : il a dû débuter par\nse faire le poignet dans quelque journal provincial et doctrinaire.\n\n\nL    a Jeune Belgique :\n         Dans le numéro du 27 mars, M. Albert Giraud infligea au Carillonneur de\nGeorges Rodenbach le sort de Quasimodo : c'est une défenestration sommaire.\n   Dans le numéro du 3 avril, excellent article de Robert Cantel sur la Psychologie\net la Morale chez Bourget.\n   A lire — dans le numéro du 10 avril — de beaux vers doux et placides du poète\nFernand Severin : Le vain Amour.\n   A relire — dans le numéro du 24 avril — le discours parlementaire de notre ami,\nHenry Carton de Wiart, avec ses piquantes et suggestives révélations sur la façon\ndont l'Etat exerce en Belgique son mécennat artistique.\n\n\n    La Revue Générale : Une étude très fouillée de Philippe Malpy sur le théâtre de\n       Carême — trop indulgente seulement pour cette sorte de cabotinage sacrilège!\n\n\n      remarquer, dans les récents numéros du Sillon, une analyse pénétrante de la\nA       Religion, dans les œuvres de M. Sully-Prudhomme.\n\n\n\nL   a Lutte d'avril nous apporta du catholique poète, Edouard Ned, une pièce de\n       large et profonde émotion — Les Semailles — avec cette symbolique finale :\n                   « Les Poètes, semeurs du Verbe de Beauté\n                   Et d'Amour, en leurs mots si doux, hiératiques,\n                   Sous le rire du grand soleil et sa clarté\n                   Commencent dans les cœurs les Semailles mystiques. »\n                                           *\n\nL    'Art moderne donne une indication et un conseil aux futurs visiteurs du Salon\n         de peinture de l'Exposition : « Allez voir Frédéric, Verwée, Claus, Laer-\nmans, Levêque et Baes, quelques autres encore, Gilsoul ou Ottevaere ou Wytsman,\npuis passez, passez vite, afin de conserver pure, au fond du cœur, la délicate émo­\ntion qu'ils vous auront donnée ».\n                                           *\n     L'Art Idéaliste, un nouveau confrère, nous est né, dont la destinée semble devoir\n         être surtout d'enregistrer les programmes d'art périodiques de M. Jean\nDelville.\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "114                                 DURENDAL\n\n\n\nL    U, au Mercure de France, des proses bien attristantes de Paul Gerardy — un\n        poète qui fut nôtre jadis et chanta délicieusement la pureté mystique, des\nadolescences.\n  L'auteur des Pages de joie aboutissant — que M. des Ombiaux applaudisse — à\ncette conclusion : Beaux chevaliers, brûlez donc la Croix, et toute la défroque\nchrétienne... » — Quelle misère !\n\n\nD     u même — hélas ! — cette hardie métaphore maritime : « N'oubliez point les\n         marbres brisés voguant à pleines voiles vers de plus larges mers .\n\n\n\nN    os excellents confrères du Spectateur catholique liront avec fruit la revue du\n        mois du Mercure de France, de mars; un de leurs collaborateurs y traite\navec autorité des « Problèmes d'Alcôve ».\n\n\n\nL    e Spectateur Catholique persévère en son précieux scrupule de style et de typo­\n      graphie. Buschman, le grand couturier à la mode, l'habille toujours avec une\ncorrecte et savante élégance. Et la robe ne fait pas le moine.\n  De longues pages y furent consacrées, en ces derniers temps, à la Question\nd'Orient, sur laquelle toute l'Europe pensante émit son avis bizarre, consciencieux\nou banal; et à la mémoire de Paul Verlaine fut consacrée une série d'éloges pieux\nrehaussés de bois, où Maurice Denis tenta de rendre l'âme pieuse et calme de\nSagesse.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-05-n5-011", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 116, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "ts, de l'Industrie Et des ardus labeurs ! La cantate de clôture est mise au concours. 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Franz Soudan, véritable document d'histoire artistique, qui résume\nd'une façon frappante et adéquate, l'évolution de l'Art et des Lettres catholiques,\npendant ces dix dernières années.\n\nELECTlON    à l'Académie française de M. Hanotaux, ministre des affaires étran­\n      gères... à l'Art et aux Lettres.\n\n\n\nO    N annonce l'apparition d'un volume documenté sur la « Champmeslé ».\n        Documenté ?\n  L'ombre austère et vertueuse du Père Racine n'a qu'à bien se tenir !\n\n\n\nP   ORTRAIT d'aujourd'hui    — qui date de 1850 :\n        « Hier, j'ai rencontré chez un ancien ministre un de mes anciens camarades\nde collège qui se destine à être homme d'État. Il est resté toute la soirée dans la\nconversation des hommes de soixante ans, sans ouvrir la bouche, et, sérieux comme\nun doctrinaire qui boit — « GARÇON D'AVENIR ! » a dû se dire l'ancien ministre, il\nécoute avec une profondeur ! »\n                                                       ( E D . et J. DE GONCOURT.)\n\n\nC    HRONIQUE du jargon :\n       Extrait d'un rapport — officiel ! — sur la Question des langues » (?) :\n  « Charles-Quint rendit sa langue au peuple. »\n  L'auteur ferait bien de donner sa plume aux chiens !\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "116                                     DURENDAL\n\n\nM.      François Coppée prémunit la postérité que si « elle songe à loger son image\n          dans un coin du Luxembourg, elle ne fasse participer à cette oeuvre pieuse\nque ceux qui ont eu pour lui un bout de sentiment, deux sous d'affection ».\n  C'est entendu, on fera une collecte chez les petits épiciers !\n\n\n      PENSÉE du mois :\n         « Les jeux de l'idée sur la forme et de la forme sur l'idée sont incessants et\ninsaisissables, et il n'y a jamais lieu de les différencier ».\n                                                                 (ROBERT DE SOUZA.)\n\n\n\n\nL     e Journal de Courtrai a bien voulu, à diverses reprises, nous faire connaître à\n       ses lecteurs. Nous lui en sommes très reconnaissants.\n\n\n\n\nA     CEUX QUI DÉSIRERAIENT connaître et savourer un spécimen de littérature patrio­\n      tique, nous croyons bien faire de recommander (en vente dans toutes les\nbonnes aubettes du royaume) la cantate de l'Exposition. On y voit en un heureux\nmélange, le genre lyrique :\n                            Toi, race brune et blonde,\n                            Vous, hâtes attendus,\n                            Qui des confins du monde\n                            Nous êtes accourus....\n\n  La poésie légère, populaire :\n                         Ces chants qui font aux yeux    ravis\n                         Mousser les bières du pays,\n                                     Gai !\n  Ou aristocratique :\n                         Le vin mousse dans le verre\n                         A la table où tu parais.\n  Le genre épique :\n                            Cueillez, troupe aguerrie\n                            Des Arts, de l'Industrie\n                            Et des ardus labeurs !\n\n  La cantate de clôture est mise au concours. Pour gouverne.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 102, "texte": "MAI   1897   (QUATRIÈME ANNÉE.)                                Prix du numéro : fr. 0.60.\n\n\n\n\n                                     1. LÉON BLOY. — Belluaires et Porchers.\n                                    2. GASTON DELLA FAILLE DE LÉVERGHEM. —\n                                           L'Iris. — La Fille du Doge.\n                                     3. FIRMIN VANDEN BOSCH. — Un Cabotinage\n                                           sacrilège.\n                                     4. G. BRIGODE. — Printemps.\n                                     5. THOMAS BRAUN. — Deux Maîtres Relieurs.\n                                     6. F . V. — Contre une équivoque.\n                                     7. Album de Gavroche.\n                                     8. M. D., H. M., F . V., T H . B. — Les livres.\n                                     9. Revue des Revues.\n                                    10. Notules.\n\n\n         MïffœVy\n                     JliBERT   -^\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": ""}, {"page_pdf": 104, "texte": " Mai 1897                            DURENDAL                                  N° 5\n\n\n\n\n  BELLUAIRES ET PORCHERS\n                               Par    LÉON        BLOY\n\n\n            INTRODUCTIONS            ET   PRÉLIMINAIRES          AVEUX\n\n                   IL y a deux sortes de triomphants : les Belluaires et les Porchers.\n                      Les uns sont faits pour dompter les monstres, les autres\n                      pour pâturer les bestiaux. Entre un chef de guerre conduisant\n                      ses fauves au viandis et un affronteur d'agio poussant les\n                      foules à la glandée, on ne peut trouver aucune place pour\n                      une troisième catégorie de dominateurs.\n                          L'histoire du genre humain ne dénonce pas d'autres victo­\nrieux. Les endurateurs martyrs de la Foi qui foulèrent le visage antique et sur\nlesquels la rhétorique des siècles a tant écrit de sentimentales métaphores, furent,\nau fond, des conquérants terribles, talonnant un Maître qui s'était déclaré lui-\nmême porteur de glaive et d'incendie et qui les avait embauchés comme des\nvendangeurs. Ils se ruèrent, ondoyant le globe de leur propre sang, à l'assaut\ndes peuples, et le catholicisme conculcateur qu'ils ont enfanté peut dire, aujourd'hui,\ncomme César de Suitan : « Je suis le belluaire fatigué de cet empire! » Il est, en\neffet, bien agonisant, à cette heure, et paraît tout à fait sans force, le vieux Credo;\nmais dût-il ramper, à l'instar des lions décrépits, sous le sabot d'un million de\ncomtes, il n'en resterait pas moins le titulaire éternel de la Majesté et de la Souve­\nraineté parmi les hommes.\n  Les artistes sont façonnés à la ressemblance de ce Rétiaire des nations et ils\nfurent élus pour partager son destin. Il faut qu'ils naissent enfants de douleur et\nqu'ils soient conclamés sur un pavois d'immondices. Puis, quand leur tâche\nd'Alcides est achevée, il est tout à fait indispensable qu'on les exproprie de tout\nsalaire et qu'ils succombent à la fin sous le piétinement des troupeaux en marche.\n\n                                          *   *\n  Car les Porchers ne sont jamais loin et ceux-ci peuvent se vanter d'être des\nheureux ! Ils savent la langue des bêtes pour les gouverner et en vivre, et quand les\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "86                                  DURENDAL\n\n\npuissants du cœur ou de la parole sont définitivement tombés, ils se partagent leurs\ndépouilles, en chantant victoire.\n   Comment ne supplanteraient ils pas ces infortunés serviteurs de la Justice et de\nla Beauté, honorés seulement d'une imperceptible élite et que Dieu semble avoir\nmis au monde pour être piles dans tous les mortiers?\n   Les Porchers en littérature sont les habiles et les épouseurs de leur ventre, dont\nle cœur est une pierre d'évier, et le cerveau un trottoir pour toutes les idées\npubliques. Ils ont l'exécration des larmes et l'alvine gaieté de l'indifférence. Ils\nméprisent le Rêve et n'ont aucune soif de la Justice, ni de la Foi, ni de l'Espérance,\nni du Grand Amour. Ce n'est pas eux qui frémiront devant un martyr et qui\nprôneront jamais la splendeur d'un holocauste!\n   Aussi les multitudes leur appartiennent et les suivent et, lorsque, par miracle ou\nsurprise, un véritable grand homme a pu capter un instant l'attention du monde\nils ont bientôt fait de le déloger de ce triomphe éternellement précaire et de\ns'installer à sa place pour y avilir jusqu'aux déjections de sa pensée!\n\n\n\n  Une jolie blague, d'autre part, les jugements de la postérité!\n  Lorsque parurent, les opuscules inédits de Baudelaire, publiés par un détenteur\nvergogneux entre les mains de qui l'étonnant poète avait subi l'avanie posthume\nde tomber, on eut un spectacle surprenant.\n  Le bibliophile tumulaire que l'insolent débours de quelques écus avait rendu\npossesseur de ces reliques du plus hautain de tous les génies, s'était permis, il est\nvrai, de les raturer à sa fantaisie. Cette poussière infiniment vénérable était\nprofanée, châtrée d'une main pudibonde, en représailles, à coup sûr, des lampes\nardentes du mépris dont le Visité terrible avait travaillé, pendant sa vie, la peau\ndes bourgeois.\n  Mais enfin, c'était Baudelaire encore et la justice, la fameuse justice de la\npostérité infaillible, allait décidément pouvoir s'exercer sur ce malheureux ouvrier\nde l'Idéal qui mourut dans les affres de l'abandon, sans avoir reçu son salaire.\n   On pouvait bien croire, n'est-ce pas, que tant d'années après la mort, et les\nrivalités ou les haines de ce temps-là s'étant éteintes elles-mêmes à jamais dans la\nfange des cimetières, la vierge gloire de ce trépassé allait immanquablement\néclater à l'occasion de ce livre et fulgurer sur sa pauvre tombe.\n   Il était d'autant moins possible d'en douter que l'Art moderne s'est rué, depuis\nvingt ans, par la brèche qu'il lui avait ouverte à coups de chefs-d'œuvre dans le\npolygone de la tradition littéraire...\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                     DURENDAL                                       87\n\n  Eh bien! la postérité devait se montrer précisément aussi salope que les contem­\nporains.\n  A l'étonnement inexprimable de quelques anachorètes fervents qui pensaient,\ndans leur extase, que ce grand Lamentable assassiné par « la bêtise au front de\ntaureau », sous laquelle sa raison lumineuse avait succombé, allait apparaître\ndans les splendeurs et les claironnements d'une apothéose, il se rencontre d'impor­\ntants journaux pour renouveler les vieux outrages et l'ignorance absolue de tout le\npublic soi-disant lettré pour les accueillir...\n  Ce serait à désirer vraiment qu'une loi maternelle, en condamnant à n'importe\nquel supplice de mort les gens de génie, les débarrassât, s'il était possible, avant\nqu'ils eussent accompli leurs œuvres, d'une existence qui ressemble à un temps\nd'enfer, où la résignation du flagellé n'est pas même soutenue par la bouffonne\nespérance d'une rétribution posthume qui consolerait ses admirateurs !\n\n                                              *\n                                         *.       *\n\n  On assure qu'il y a eu des temps meilleurs. Je n'y étais pas et j'en doute un peu.\nLa hauteur de l'esprit est impardonnable et impardonnée dans tous les siècles. Il est\nprobable, néanmoins, que jamais une pareille impossibilité de subsister ne s'était\nvue pour les écrivains de talent.\n  De plus en plus, il semble se dégager de la vérité contemporaine une haleine de\nprohibition absolue contre ces réfractaires à l'universelle ignominie. Les voyous\ndevenus, depuis dix-sept ans, nos maîtres, ont édicté la salauderie nationale et\nobligatoire dont le premier et unique article est de conspuer tout ce qui fit la\ngrandeur morale et l'espérance des hommes.\n   Le cœur humain est devenu aujourd'hui un abominable vase orné, tout au fond,\nd'un œil grand ouvert. Non pas le même œil qui regardait Caïn dans la tombe et\nque Victor Hugo nomme la Conscience. Les oculistes de la raison ont changé\ntout ça. L'œil de la Conscience est allé rejoindre l'œil de la Foi, lequel ne guide plus\naujourd'hui qu'un petit nombre d'aveugles chassieux égarés dans les catacombes.\nC'est un œil, celui-là, qui est tout à fait à sa place dans l'ordure qu'on peut\nprésumer, et je ne vois pas le moyen de le nommer autrement que l'œil de l'Envie.\nEt quelle envie! Ne dormant, ni ne se reposant jamais, ne donnant rien, ne\npardonnant rien, ne supportant rien de ce qui peut passer à n'importe quel titre pour\nsupérieur! C'est bien là le vrai fond des âmes.\n  Salir les plus nobles êtres, les plus grandes choses et Dieu même autant qu'il se\npeut, cela, sans doute, s'est toujours fait. Mais, en d'autres temps, il y avait une\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "88                                 DURENDAL\n\n\npénalité plus ou moins redoutable, une énergie répressive quelconque à rencontre\ndes profanateurs. Aujourd'hui, c'est exactement le contraire.\n   Les rares esprits qui s'intéressent encore à l'Art pur et que tordent, comme un\npoison, les affreuses pâtées littéraires de ce sale temps, sont naturellement\nenveloppés dans l'inexorable réprobation. Ils doivent cacher leurs admirations,\nrenfoncer leurs dégoûts, refouler leurs larmes. Du métier! Et cela ne suffit pas le\nmoins du monde. Il leur faut assister, en tenue décente et respectueuse, au sacre de\ntoutes les médiocrités que l'opinion publique juge assez parfaites pour les investir\nd'une prélature et leur donner une église à paître. Il leur faut endurer le turpide\nbadigeon d'une réclame sans frein pour des œuvres de pestilence et de contagion\ndont nos façades sont éclaboussées.\n   Certes, il n'est pas impossible de faire remonter et d'étaler plus impudemment\nencore, le long des murs, ce qui demeure ordinairement à leur base; sans doute,\nles purulents idiots que le gâtisme sénile de ce temps adore, peuvent arriver à être\nplus boueux et plus physiquement dégoûtants, quoique cela paraisse bien difficile.\nNous devons même nous y attendre et ce n'est assurément pas dans l'immondice\nqui leur sert de cœur qu'il trouveraient un semblant de je ne sais quoi qui les\narrêtât.\n                                          ** *\n\n   La justice humaine la plus miséricordieuse, à supposer qu'elle s'exerçât, n'aurait\nrien à faire de pareils êtres qu'un médiocre engrais pour les végétaux de pourrissoir.\n   L'énorme crime social de supporter qu'ils nous contaminent devrait donc peser\nentièrement sur les tubes digestifs qui sont présentement en France les cyniques\npotentats du succès. Mais ceux-là, précisément, sont sortis de la grande canailleric\nmoderne et ils ressemblent à leur mère, laquelle n'aura jamais de plus adoré souci\nque d'avilir ou d'exterminer tout ce qui ne lui ressemble pas.\n   Ces porcheries réjouissent le monde actuel qui exulte de se voir si bien servi par\ndes domestiques d'une aussi irréprochable consanguinité dans sa propre vilipen-\ndaison. Qu'importent les isolées protestations de quelques âmes élevées et fières ?\nQu'importent leurs déchirements, leurs supplications, leurs malédictions et le cri\ndésespéré de leur fatidique horreur?\n   L'Arsouillerie très parfaite est devenue l'Opinion et, partant, la reine du monde.\nElle est tout à fait sortie de ses langes souillés et inutiles enfin pour les fornications\net les parturitions qui conviennent à sa nature.\n   Il lui suffit d'apparaître, à cette sénioramie, pour être adorée comme jamais\nmonarque ne le fut et pour remuer d'une force infinie la lie des cœurs. Les simples\ngueux et les archigueux, les bourgeois et leurs têtards, les bestiaux de l'opulence\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                                    DURENDAL                                       89\n\nattablés au foin de leurs bottes, toute haute et basse crapule grouille extatiquement\naux pieds du Cynocéphale d'argent dont le suffrage du siècle a divulgué les Saints\nÉvangiles !\n  Dix ans encore de ce régime et je défie qu'on découvre en France un seul être\ninnocent et noble, un seul cœur humain, une unique palpitation généreuse pour\nquoi que ce soit, fût-ce pour l'abjecte rengaine politique par laquelle notre vanitive\nsociété moderne fut engendrée !                                      (A suivre.)\n\n    (Reproduction interdite.)                                        LÉON BLOY.\n\n\n\n\n                                   L'Jris\n                Loin du courtil natal où le ciel l'adonise,\n                Dans un bouboir, parmi les parfume capiteux,\n                L'Iris, bier jeune et beau, s'étiole, piteux,\n                Sur. bords réticulés b'un verre be Venise.\n\n                Et, tandis que, brûlé de soif, il agonise,\n                Silencieux et fier comme un pauvre bonteur,\n                le soleil rit au vase et, dans ses flancs laiteux,\n                L'or de l'aventurine en éclairs s'éternise :\n\n                Mais trop tarb le captif bu cristallin tramait\n                Se meurt, car il a vu, — suprême affront! — l'émail\n                antique refléter ses juvéniles ribes\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "90                        DURENDAL\n\n\n     — Ainsi souvent, Hélas ! les cœurs qui nous ont pris\n     Nos premières amours, sont des coupes arides\n     Où périt, bébalgné, notre plus bel Iris!\n\n\n\n\n          La fille du Doge\n\n     Pas une étoile au ciel; pas un bruit qui viole\n     Le silence de mort répandu sur les flots.\n     Denise dort; c'est l'beure où l'éclair des falots\n     S'allume aux lambrequins dorés de SA yole.\n\n     Comme une solitaire et triste luciole,\n     La fille bu boge erre au bétour bes îlots,\n     Dans l'espoir que la mer, avec ses longs sanglots,\n     Bercera son cœur las du mal qui l'étiole.\n\n     Sous un voile jaloux b'orgueil patricien,\n     Jour à jour le regret be l'amour ancien\n     A fait son teint plus pâle et son regarb plus terne;\n\n     Et maintenant son doigt exsangue et languissant\n     Ne peut plus qu'à granb'peine effleurer la guiterne\n     Où vibre encor l'adieu suprême be l'absent.\n\n                    Gaeton        della       faille de Léverghem.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                DURENDAL                                  91\n\n\n\n\n       UN CABOTINAGE SACRILÈGE\n\n                                                       A l'abbé E. T.\n\n\n                           C'EST en\n                                  pays de F l a n d r e l'époque annuelle\n                       des foires     Les fritures grésillent, les car­\n                       rousels hurlent, les clowns se déhanchent aux\n                       devantures des baraques          E n t r e une bicoque\n                       de somnambule et une « boîte > à grosse femme,\n                       le succès va au théâtre où se donne « L a Pas­\n      sion »      Sur les tréteaux d'entrée, une fruste fanfare joue le\n       Tarara Boum Dié, un arlequin hâve blague le public, un b a r n u m ,\n      au nez révélateur de sa race, énumère les approbations advenues\n      à son exhibition — tandis que sur le côté s'étalent, en réclame\n      bariolée, les divers personnages du d r a m e sacré qui va être\nreprésenté tout à l'heure : le Christ fait la causette avec la matrone de\nla caisse, saint Jean baille d'ennui, la Madeleine reluque les gommeux\nqui passent et, dans le coin le plus éloigné, J u d a s , souriant et scep­\ntique, grille une cigarette\n   L a musique fait silence; d'une main tenant son haut de forme, dési­\ngnant de l'autre le tableau des recommandations affiché au seuil de\nl'établissement, le barnum pérore : « L'honorable public est averti que\nc'est ici le seul, le vrai théâtre de la Passion... N o m b r e de prélats ont\nbien voulu nous féliciter de notre tentative et nous avons eu l'honneur\nde jouer devant les hommes les plus distingués du parti catholique\nen ce pays ; prêtres et laïcs nous ont encouragés à l'envie et la faveur\ndes amateurs chrétiens augmente de jour en j o u r . . . Allons, Mesdames\net Messieurs, c'est cinquante centimes seulement... Cinquante cen-\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "92                             DURENDAL\n\n\ntimes pour une heure de spectacle... Cinquante centimes pour assister\nà toute la Passion de Jésus-Christ... Entrez..., entrez..., on commence\nà l'instant... En avant la musique. »\n    Et sur un air cahotant et criard de Miss Helyett, la foule se rue vers\nle comptoir...\n   Je suivis la foule — et j'ai vu.\n   J'ai vu en la succession d'une vingtaine de « tableaux vivants » se\ndérouler toutes les pages sublimes d'histoire qui vont de l'étable de\nBethléem au sommet du Golgotha... Acteurs fort convenables d'atti­\ntude, costumes riches et décents, musique très appropriée, lumière\nélectrique éclatante!... Si dans un cadre analogue on m'avait convié à\nla « restauration » des Gestes de Charlemagne, Roland et Ganelon,\nj'aurais applaudi sincèrement et aurais été capable de trouver même\nque ce spectacle avait une certaine allure esthétique!\n   Mais la question d'art est primée ici par une question de principe.\n    Ces exhibitions révoltent mon sentiment chrétien dans ses délica­\ntesses les plus intimes et les plus profondes ; elles révèlent la main­\nmise du cabotinage sur un domaine qui devrait lui rester interdit ;\nelles constituent dans des conditions déplorables la matérialisation\nd'un idéal intangible.\n    Si l'on croit qu'il est utile et profitable de servir au peuple des\nspectacles édifiants, n'a-t-on pas l'histoire toute entière de l'Église\nmilitante, avec ses martyrs, ses confesseurs, ses croisés, où les indus­\ntriels du mysticisme lucratif peuvent puiser à pleines mains? Pour­\nquoi ces marchands s'attaquent-ils au Christ et semblent-ils exercer\n contre Lui les représailles des vendeurs jadis chassés du Temple?\n    Il me déplairait fort certes, pendant la représentation du supplice\n de saint Laurent par exemple, d'ouïr à la cantonnade les hurlements\n idiots d'un proche carrousel, mais lorsque ces couic couic outragent le\n silence de l'agonie de Gethsémanie, ah ! par exemple, je plains le\n croyant qui n'ait pas envie de jeter sa banquette à la tête de l'impres-\n sario !\n    Et puis, passons même sur les détails toujours froissants de la\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                              DURENDAL                                93\n\nmise en scène, sur la moralité problématique des interprètes, sur le\nmercantilisme de l'entreprise; supposons toutes intentions bonnes,\ntoutes illusions parfaites, tous trucs réussis; l'impression laissée sur\nla foule en est-elle moins mauvaise?\n   Elle est simpliste, cette foule, et rebelle aux nuances : au sortir de\nces parades, le Christ lui apparaît, non plus comme le maître éternel\net souverain, mais comme un beau héros de légende, auréolé de noble\net humaine souffrance; et de voir Jésus incarné en un acteur déter­\n miné, apothéosé en son rôle d'homme, conviant la compassion sur ses\nangoisses charnelles, le peuple est porté à oublier le Dieu; et celui\nqui devrait rester pour les croyants l'Infini de force, de gloire et\nd'amour est descendu ainsi au niveau \"de tout autre martyr d'histoire,\nde légende, voire de mélodrame, que le lendemain, sur les mêmes\ntréteaux, la même troupe de saltimbanques ressuscite la vie de Jeanne\n d'Arc — ne croyez-vous point que parmi les flammes de Bengale de\nson bûcher, la touchante Pucelle bénéficierait d'une émotion de même\n qualité et de même intensité que celle qui la veille fut départie au\nSauveur mourant sur la croix. Et le surlendemain, dans un ordre\nd'idées encore inférieur, le même succès de larmes ne se reprodui­\nrait-il point si, au rappel des angoisses du Christ et des infortunes de\nJeanne d'Arc, l'industrieux cabotin faisait succéder l'évocation du\n malheur d'Hamlet?\n   Ce sont là confusions profanatrices et dangereuses — et qui ont\n dans le cercle de l'influence populaire un résultat analogue à celui\n qu'exercent dans un milieu plus intellectuel tant d'œuvres littéraires\n qui exaltèrent en Jésus-Christ l'homme, afin souvent de se dispenser\nd'adorer le Dieu.\n   La Vie de Jésus, de Renan, fut l'abominable prototype de ce genre\n de littérature; mais depuis vinrent des poèmes, des drames, des\n mystères qui, encore que dénués de l'intention sacrilège de Renan, et\n inspirés plutôt par une respectueuse sympathie, eurent néanmoins un\n aboutissement semblable et ravirent au Christ le nimbe de la Divinité.\n   Le sentimentalisme mystique qui sévit à l'heure actuelle et qui est\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "94                              DURENDAL\n\n\nfait surtout de compatissant attendrissement pour le martyr terrestre\nde Jésus-Christ, est une mode qui suit les lois fatales de toutes les\nmodes : d'une élite de penseurs et d'artistes qui l'inventèrent et le\n lancèrent, cette sorte de romantisme religieux descendit dans les\nmasses; si le théâtre de Haraucourt, de Grandmougin et de Rostand\na eu sur les esprits cultivés un effet déplorablement déprimant, on ne\ndoute point, n'est-ce pas, que les théâtres de la Passion opèrent d'une\nfaçon absolument identique sur les imaginations plus frustes; c'est de\npart et d'autre le naufrage de la croyance au Dogme dans le flot mon­\ntant des pleurnicharderies; c'est la débâcle de la certitude dans le\ntriomphe de la sentimentalité; l'Homme-Dieu devient un « grand\nh o m m e » et l'histrionisme ému et sacrilège lui donne la place d'hon­\nneur dans sa galerie de personnages illustres entre H e r n a n i et le\nMaître de Forges!\n   . . . C o m m e l'autre soir, j'exposais ces idées à un de mes amis,\nil me répondit : « Laissez donc... P e n d a n t que les gens assistent à la\nPassion, ils n'iront point voir les géantes suspectes ou les horribles\nveaux à deux têtes... E t , franchement, entre ces divers spectacles,\nj'aime encore mieux le premier.. »\n   Moi pas.\n\n     1er Mai 1897.                             FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                   DURENDAL                              95\n\n\n\n\n       PRINTEMPS\nVoici né le Printemps en lumière et gaieté,\n    Et, ses flûtes chantant, il va de par les plaines\nRéveiller la Nature et les voluptés vaines\nEn ce frais apparat dont il est tant vanté.\n\nDans les nids reconnus les oiseaux vont rentrer ;\nLes gazons sont épais aux amoureux qui s'aiment ;\nLes laboureurs aux champs, lointains et graves, sèment\nD'un bras porteur de vie au sillon éventré.\n\nLes sentiers refleuris d'herbe fraîche aux pieds nus\nReverront à nouveau, nonchalantes et blondes,\nAvec leurs longs cheveux mouvants comme des ondes,\nD'adorables enfants aux regards ingénus.\n\nLes aurores d'argent, très claires, reviendront,\nChassant la Nuit devant le vol des brises fines,\nAnnoncer le matin sur les grises collines\nEt mettre des baisers lumineux sur leur front.\n\nLes couchants torturés par l'orgueil du Soleil\nEn proclamant sa mort sur la pourpre des nues,\nChantres inconscients de douleurs inconnues,\nPaisibles, saigneront de tout son sang vermeil.\n\nLes bois silencieux comme un calme décor\nFêteront le prestige alangui de Sélène\nEt, lentement pâmés par sa troublante haleine,\nSembleront s'endormir tout foisonnants encor.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "96                             DURENDAL\n\n\n           Et voici que les nuits vibrantes de douceur,\n           Etant à la souffrance une trève opportune,\n           Sous la caresse bleue et lente de la lune,\n           Se mettront à chanter sur un rythme berceur.\n           Les étangs dégourdis des glaces de l'hiver\n           Quitteront frémissants leur lourde carapace\n           Et leurs miroirs moirés réfléteront l'espace\n           Du ciel où passera quelque nuage clair.\n\n           Accoudés sur les murs, les arbres verdissants\n           Paraîtront se pencher vers la rue égayée\n           Et tendre aux promeneurs leur bruissante feuillée\n           Comme un bonjour joyeux en l'honneur du printemps.\n\n           L'innocence d'Avril et la douceur de Mai\n           Fixeront dans les jours la candeur de leur rire\n           Et la nature en fête aura sous leur empire\n           L'air gai d'une accordée et son charme animé.\n\n           C'est la vie en aimant qui ressuscite enfin.\n           On dirait que le vent fait vibrer de ses ailes,\n           Sur la lyre des monts et des moissons nouvelles,\n           Le fol alleluia du renouveau divin.\n           Et pourtant dans l'amour du réveil enchanteur\n           Malgré tout ce bonheur, cette volupté tendre,\n           J'en sais qui pleureront ne pouvant plus entendre\n           Chanter, immense et doux, le Printemps dans leur cœur!\n\n     15 Avril 1897.                              GEORGES BRIGODE.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                       DURENDAL                                    97\n\n\n\n\n       Deux Maîtres Relieurs (I)\n\n                      APRÈS celle de l'auteur, est-il\n                                                   tâche plus poétique que celle du\n                    relieur, tentant de rendre par la combinaison ingénieuse des\n                    lignes, des formes et des couleurs, l'âme du livre ? Est-il\n                    métier aussi noble permettant, à celui qui l'exerce, d'y appli­\n                     quer toute l'originalité excentrique ou l'érudition scrupuleuse\n                    d'une imagi nation d'artiste ou de savant? Trop longtemps,\n                     on a semblé l'ignorer, chez nous du moins, et tandis que\nnos découvreurs attitrés faisaient chaque mois la trouvaille de quelque esthète\nd'Outre-Manche, ils ne voyaient pas à leur porte deux simples, mais admirables\nmanouvriers, dignes émules des Sanderson, des Marius Michel et des Cuzin.\n  Réagissant contre la banale et lourde reliure fastueuse, où s'enchevêtrent de\nvieux fers dorés, nos hommes, dans une échope, au fond d'une cour, insoucieux\ndes besognes lucratives, véritables artisans du Moyen-Age transplantés en notre\népoque, se livraient avec un culte fervent à la rénovation de leur métier. Il faut le\nleur entendre raconter.\n   Dans une langue difficile et suave, ils vous diront l'histoire de leurs œuvres,\ncomment elles naquirent lentement et par étapes en leur esprit; ils vous\nmontreront les clichés de toutes celles qui partirent pour l'Amérique, puisque\npersonne, ici, ne les faisait travailler. Ils vous diront que jamais ils ne mettent un\nlivre à l'établi avant de l'avoir lu et profondément médité. Ils éliminent de tout\nagréement superflu l'idée concentrée qu'ils s'en sont faite et réfléchissent\nlongtemps à l'image qui représentera le plus simplement et le plus exactement\npossible cette synthèse.\n  Chaque livre a une couleur et une seule. Verlaine sera vert pâle et Baudelaire\njaune vif.\n  C'est sur ce fond que s'incrustera la composition symbolique.\n  Longtemps on s'était contenté de peindre simplement sur peau le sujet allégo-\n\n  (1) MM. De Samblanc et Weckesser, 93, rue Ducale, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "98                                  DURENDAL\n\nrique, ou mieux : l'ornementation banale, rehaussée de lignes et entrelacs. C'est à\nLyon, sous François I er et Henri II, que se manifestèrent les premiers essais de\nreliure par application de maroquin sur maroquin. On amincissait jusqu'à la\npellicule, on découpait, on collait les peaux de couleurs diverses et Grolier achevait\nainsi sa Bible célèbre à contournements rouges et verts sur fond d'ardoise. N'est-ce\npas là un art subtil et aussi louable que celui du peintre ? Il a, lui, pour rendre sa\npensée, des huiles douces, des céruses molles, des pinceaux souples : le relieur doit\narriver à un effet semblable avec du cuir découpé et des fers inflexibles, tors ou\ndroits.\n  Voici quelques-unes de ces toiles, suis-je tenté de dire :\n  La Bonne Chanson, de VERLAINE, où, sur le fond vert pâle d'espérance légère et\njoyeuse, gracile, se dresse, hors un bel anneau d'or, le myosotis sentimental. Une\nbanderole, à lettres d'or aussi, sur blanc, dit les paroles de saint Louis : « Hors\ncet annel n'ay point d'amour. \"\n   Les Fleurs du Mal. Sur fond jaune, des chardons olive à fleur violette et\népineuse. Il sort d'un des calices une tête de mort, hilarante et macabre, à reflets\nd'ivoire. Mais une \" sève spirituelle \" jaillit de ce crâne sous forme d'épis dorés.\nDeux ailes de chauve-souris englobent cette composition que Rops eût signée.\n  Christophe Colomb devant les Taureaux, de Léon BLOY. Deux taureaux puissants,\nbruns, retournent, sur une colombe planant au ciel bleu, leurs encolures lentes,\nmajestueuses et symétriques.\n   Le Roman d'un Enfant de L O T I . Petits jouets de Nuremberg éparpillés dans une\nprairie. Maison, arbres en copeaux, canard mordoré éclaboussant l'eau d'un\nétang. Nénuphars étalés.\n   La Vie du Père Libert. Populaire et drôle. En ronde bosse, se prolonge la route\nde Montaigu et s'érige la tombe rouge. Sur fond brun, rouge et bleue dans la\nfrondaison touffue et verte de l'arbre légendaire, la Vierge miraculeuse. Encadrant\nle tout, le petit drapeau triangulaire et tricolore : le Vaantje.\n   Quatre interprétations diverses du Siège d'Ostende en 1604.\n   En voici une : Sur maroquin Lavalière poli et écrasé, doublé de bleu, la Mer.\nAppareillant vers les remparts, en maroquin Isabelle, les frégates poudreuses et\nballottées. Les armes d'Ostende. Puis, en dessous, en un dessin mosaïque de\nrenaissance, la guerre et ses emblèmes : le chêne, la lance, le drapeau; la paix et le\nrameau d'olivier.\n   Je ne saurais vous le montrer. Il ne faut pas voir derrière ces mots habituels\nleur interprétation courante. C'est le scrupule, le fini, la délicatesse exquise, un\nmiroitant mélange de couleurs. La granulation du maroquin ne donnant à ces\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                    DURENDAL                                     99\n\nalliages rien de souple, mais opposant les contours d'une façon précise et tranchée\ncomme en certains vitraux, en fait ressortir bien mieux toute la vertu. Un drapeau !\nchose banale en peinture, chose savoureuse en reliure !\n  Les Sept Princesses, de MAETERLINCK. En peau de truie blanche avec une\ncartouche ornée de feuilles et encadrant sept couronnes d'or. Toute la grâce et\ntoute la fraîcheur.\n  Aphrodite. Emblématisée de glaces et de peignes grecs.\n  Axel. La crosse hiératique et les croix de l'étole.\n  Le Jardin de Bérénice formé de parterres réguliers où poussent les tulipes jaunes,\nces sages fleurs puériles.\n  Bruges la Morte — et le Beffroi — le Minnewater et les sapins.\n  Les Vies encloses, que domine la paume d'une main lignée.\n  Les Grandes Dames, de HOUSSAYE. Un buisson d'églantier, dont un papillon\nvolage s'éloigne, tandis que plus loin, au ciel clair, disparaît déjà un mignon et\nrose cœur de femme ailé.\n  Ce sont de ces détails minutieux et charmeurs dont ils ont le secret. N'est-ce pas\ncomparable à l'infinitésimale préciosité d'un Primitif?\n  Les Contes drôlatiques, de BALZAC. Un croisé, caparaçonné, rentrant de Terre-\nSainte, remonte à son château-fort. Il le fallait rendre drôle : voyez l'éperon à sa\njambe de bois !\n  Livres de style :\n  Napoléon. Semis d'abeilles d'or en plein maroquin vert.\n  Madame de Pompadour. Rocailles et jeu mignard de nuances fanées et suaves.\n   Voici un Album de Dentelles qui fut offert à la Reine. Renaissance flamande\net reproduction merveilleuse en or sur bleu d'authentiques points d'Anvers.\nAnvers qui eut, on le sait, la spécialité des dentelles du pot de fleurs, tandis que\nBruges et Gand conservèrent toujours l'ornementation orientale, Bruxelles et\nBinche les lignes souriantes et gaies; séparant les fleurs, de ravissants petits\nfuseaux et brochée sur le tout, la reproduction d'une porte du chœur de l'église\nSaint-Nicolas, que notre artiste, un beau dimanche, avait comprise pendant la\nmesse... « Ce qu'un forgeron peut faire avec ses marteaux, je le ferai bien dans\nle cuir avec mes petits fers, se disait-il... » Et ce fut une œuvre splendide.\n   Voici, pour un jeune prêtre, professeur à Louvain, une Bible frappée du buisson\nardent, aux flammes fauves dans les branchages verts d'où sort la fumée épaisse;\nLes Quatre Evangiles : l'aigle gardant l'hostie férocement; le bœuf pacifique; le\nlion; le disciple bien-aimé, frappés sur le revers plucheux de la peau retournée.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "100                                  DURENDAL\n\n\n  Voici des plats où s'est donné libre cours la fantaisie farceuse :\n   La vie de Bohême. Sur fond vert, un bonhomme en redingote noire, lamenta­\nblement lit Musset, et d'une corne d'abondance s'échappent la bouteille, le violon,\nle chapeau buse...\n   L'Almanach du Bibliophile. Dans un coin, le livre, la bourse qui l'achète, le\nmarteau des enchères qui l'adjuge; dans l'autre, les outils du relieur : la roulette, la\npalette pour dorer, le couteau à parer, le compas. Et tant d'autres détails qu'une\nénumération incolore, hélas ! ne peut représenter !\n   Voici Jocelyn, dans un paysage neigeux des Alpes; et un drapeau superbe,\nsymbolisant la Grandeur militaire, de DE VIGNY.\n   J e le répète, est-il tâche plus poétique ? est-il métier plus désirable ?\n   De toutes parts on travaille aujourd'hui le bois, le fer, l'étain, la porcelaine, les\npapiers, les tapis : voici le maroquin qui s'en mêle sous des doigts habiles et\nsimples.\n   Parer les livres, peindre les vers chantants, rendre, avec quelques fers et cinq\ncentimètres de peau coloriée, l'âme d'une époque et d'un homme, n'est-ce pas le\nfait d'un grand artiste ?\n\n                                                                 THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                               DURENDAL                               101\n\n\n\n\n              CONTRE UNE ÉQUIVOQUE\n\n\n\n\nD\n            ANS un récent numéro de la Jeune Belgique, M. Iwan Gilkin\n              s'est occupé du Congrès littéraire de Gand et des résolu­\n              tions qui y furent votées.\n                 L'article est d'une courtoisie parfaite et d'une confra­\nternelle sympathie; il révèle une fois de plus combien nombreux sont\nles points de contact entre la Jeune Belgique et le groupe des jeunes\ncatholiques, et ce qui fait que malgré des désaccords graves sur des\nprincipes supérieurs auxquels nous ne pouvons permettre qu'il soit\ntouché, nous restons tributaires reconnaissants de la Jeune Belgique\npour l'œuvre de rénovation artistique dont elle prit l'initiative.\n   Comme c'était à prévoir, M. Gilkin nous impute de nouveau ce\ngrief de subordonner l'Art au Dogme et à la Morale et par conséquent\nde nous « montrer plus polémistes et plus apologistes qu'artistes ».\n   Et le directeur de la Jeune Belgique réédite le dithyrambe habituel\nsur l'art pour l'art...\n   Mon Dieu, nous n'allons point reprendre cette vieille dispute ; toutes\nles raisons ont été exposées de part et d'autre, et sur ce chapitre il n'y\na vraiment plus rien de neuf à dire.\n   Uniquement nous voulons dissiper une équivoque dans laquelle la\nJeune Belgique se cantonne obstinément; à l'en croire les jeunes catho­\nliques réduiraient l'art à un apostolat systématique de leurs idées\nreligieuses et morales et assigneraient comme unique mission à\nl'artiste la démonstration esthétique du vrai et du bien.\n   Que voilà une allégation erronée et qui a été contredite chaque fois\nqu'elle s'est fait jour!\n   En somme, qu'avons-nous toujours affirmé? Que nous sommes des\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "102                             DURENDAL\n\n\ncatholiques et que nous sommes des artistes ; que ces deux termes n'ont\nrien de contradictoire ni d'incompatible; que la vision philosophique\nmorale et religieuse que nous avons du monde et de l'au delà, s'accom­\nmode des formes artistiques les plus diverses et les plus changeantes;\nque la garantie de la sincérité et de la beauté d'une œuvre étant dans\nl'harmonie entre la vie de l'écrivain et cette œuvre, nous devons\ntremper dans nos écrits la réalité, l'âme et la passion telles qu'elles\nnous apparaissent, sur l'angle évidemment différent de notre person­\nnalité artistique, mais également sous la sauvegarde supérieure de la\nloi chrétienne que nous reconnaissons comme la règle de nos existences!\n   Il y a loin de ce programme qui rappelle uniquement à l'artiste\ncatholique qu'il ait, en faisant œuvre d'artiste, à se souvenir qu'il est\ncatholique et à ne point transgresser la loi primordiale du Dogme et\nde la Morale, au programme de prédication quand même, per fas et\nnefas, que nous prête la Jeune Belgique.\n   Certes nous n'avons jamais eu le ridicule de prétendre qu'être catho­\nlique constitue ipso facto une supériorité, on peut être un chrétien\nmodèle et à la fois un fort méchant poète, ce que la Jeune Belgique\nelle-même se charge de prouver par la liste de ses collaborateurs.\n  Mais que l'on veuille bien nous concéder d'autre part que le souci\nde mettre en concordance notre vie de chrétien et nos écrits d'artistes,\nde ne pas nous permettre dans ceux-ci ce dont nous nous abstenons dans\ncelle-là, puisse nous placer en état d'infériorité vis-à-vis des écrivains\nindifférents ou hostiles à nos principes religieux.\n   Nous avons répété assez souvent aux catholiques qu'ils ne pouvaient\net ne devaient se désintéresser d'aucun des modes d'expression artis­\ntique — ni la critique, ni le roman, ni le théâtre — pour qu'on n'ait\npas le droit de prétendre que nous ne voulons assumer d'autre rôle\nque celui de frères prêcheurs des lettres catholiques.\n  L a Jeune Belgique sait d'autre part d'expérience que notre soumission\nau Dogme chrétien et à la Morale chrétienne n'a jamais entravé nos\nadmirations vers la beauté des formes littéraires, même quand cette\nbeauté s'alliait à ce que nous considérons être l'erreur ou l'immoralité...\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                               DURENDAL                                 103\n\n\nSi grand que soit notre respect pour le vrai et le bien, où et quand,\ndans nos appréciations et dans nos œuvres, leur avons-nous sacrifié le\nbeau, et les discussions du Congrès de Gand n'ont-elles point attesté\nune fois de plus, à cet égard, la largeur et la sincérité de notre\néclectisme?\n   Qu'on en finisse donc définitivement avec ce reproche immérité et\noffensant : non, l'artiste et l'écrivain catholiques ne domestiquent ni ne\nravalent le beau et l'art; mais dans la mesure de leurs moyens et\nobéissant à leur conscience, ils leur donnent comme compagnons et\ncomme égaux le vrai et le bien... Et cette compagnie, que nous\nsachions, n'a jamais eu rien d'amoindrissant.\n\n                                                               F . V.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "104                                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                       L'ALBUM DE GAVROCHE\n\n                                                                      Deux    et deux font parfois quatre (1).\n\n                            UNE NITESCENTE TÉNÈBRE\n                                                   TOUJOURS\n                                FÛT-CE ENGLOUTIE VERS L'ULTÉRIEUR\n                                          AZUR D'ASTRES\n\n                                                                             DU FAITE D'UN ESSOR\n\n                               SELON\n                                          que\n                                                l'énigme\n                                                           à jamais\n                                                                  d'une magique noire\n                                   voulue comme telle guivre\n                                                  EN SURSAUT\n                                                                      crispe\n                                         ineffables sans doute\n                                                               des gouffres\n                          si l'araignée géométrique par la cérébralité des plafonds\n                                  peu\n                                       mais davantage beaucoup même énormément\n                                                                        ricane\n                                                   jusque jaillir\n                                                               d'un essor\n                                       des squames affamées en tant que mutuelles\n                                              à la campagne\n                                                               follement battue\n                                                        fumera-t-on\n                                    soit que l'apocalyptique pied\n                                                             choit la plume\n                          culbute\n                                    les ouragans\n                                                    du chef d'orchestre\n                                         en unanime conflagration\n                                                                     OUBLIÉE\n                          n'est-ce qu'une simple insinuation de stupeur\n                                           ou\n                                               d'hilarité (2)\n                                                                                                   GAVROCHE.\n\n    (1) Peut-être le présent poème à maint intellect semblera moins limpide : on adresserait le lecteur désireux d'éclair­\ncissement aux phrases qui, dans Cosmopolis, livraison de mai, inondent de lumière ce poème de M. Stéphane Mallarmé :\nUn coup de dés jamais n'abolira le hasard.\n     (2) Si brusquement est clos ici le poème, c'est par l'unique raison que Durendal ne dispose point des trois cents men­\nsuelles pages de Cosmopolis.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                      DURENDAL                                       105\n\n\n\n\n                               LES LIVRES\n\nGUSTAVE KAHN : L i m b e s de L u m i è r e s .   Bruxelles, EDMOND DEMAN, éditeur.\n\n\n\n\nM      Gustave Kahn, qui fut, lors des Palais nomades, un des lanceurs, si j'ose dire,\n      • du vers libre, prend place parmi les poètes les plus célébrés de cette heure.\nUn charme bizarre émane de ses poèmes. Il s'y affirme, à défaut d'une imagination\npuissante, une âme songeuse et subtile, un esprit divers, souple, curieux, où la\nmélancolie se tempère de quelque malice. Le poète alambiqué dont parle une de ses\nVariations shakespeariennes, c'est lui, certes. Rien de plus artificiel que ses ingénuités,\nde plus précieux que ses gaucheries; c'est pourquoi maint de ses lieds crispe. Sa\nvirtuosité verbale est extrême; il est expert à dérouler des phrases savantes, à\nunir des vocables évocateurs, éclatants ou amortis, précis ou vagues, à se jouer\nparmi les rares sonorités.\n   Ce qu'il faut préférer, dans Limbes de Lumières, ce sont (écartant les poèmes de\nfausse puérilité et ceux où des intentions satiriques assez banales ne requéraient\npoint, pour s'exprimer, le vers : Trois Paillasses joyeux, par exemple) quelques\npages d'A jour fermant et les Paysages pacifiés ou tragiques.\n   On ne peut discuter ici la prosodie nouvelle dont M. Kahn, fidèle à sa foi d'antan,\ndemeure un des principaux champions. Quoi qu'en pensent les novateurs, le vers\nlibre ne s'est point encore prouvé. L'expérience se poursuit, intéressante au plus\nhaut point, mais non décisive. Même parmi les plus jeunes, un grand nombre de\npoètes, à qui l'on ne saurait sans injustice reprocher leur doctrinarisme, s'obstinent\nà ne se pas rallier, restent sceptiques ou hostiles. L'avenir nous apprendra si le\nvers libre, tel que le pratiquent ses fervents d'aujourd'hui, mérite le triomphe. Je\ndoute, pour ma part, qu'il s'impose tel, jamais. L'on peut craindre qu'ils ne s'abu­\nsent étrangement, les versilibristes, en croyant libérer d'entraves surannées le\nrythme, qu'ils ne le tuent en prétendant l'affranchir. Lisez cette strophe de M. Kahn,\ntirée d'un poème dédié à Baudelaire : \" Quand tu fus lentement crucifié par de\n noires négresses et des bourreaux marrons, tu n'en donnas pour gage qu'une larme\n sertie des musiques, sertie des parfums, parée des splendeurs longues des cheve­\n lures; tu conquis l'unité de la souffrance et l'inutile \" ; ou encore ces deux-ci,\n extraites d'A jour fermant : « Le soir d'hiver a pressuré les maigres vignes de\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "106                                  DURENDAL\n\nlumières, et les grandes nues d'écarlate, les grands fantômes ourlés de halos d'or\nsont broyés par la brume vorace, broyés par un lourd silence hiémal de Nord,\ncomme limpides chansons d'Aquitaine étouffées sous des rafales de clameurs noires.\nLes bêtes des bois ululent dans le silence; le faune de proie bondit pour ses quêtes;\nl'eau des petites anses s'engourdit près des barques; et le sagittaire inconnu bande\nl'arc mince et blafard de la lune malade, et les oiselets craintifs cachent leurs têtes,\nloin des hasards. \" Si ce n'est pas le seul artifice typographique qui crée ici le vers,\nil doit être aisé au lecteur de reconstituer ces strophes transcrites comme de la\nsimple prose. Echoue-t-il, l'insuccès aura démontré que le rythme de ces strophes\net de ces vers n'est que dans l'illusion du poète : un rythme non perceptible est\ninexistant.                                                                   D.\n\n\nL e s P o è m e s d ' E d g a r P o e , traduction de STÉPHANE MALLARMÉ, avec portrait\n   et fleuron par EDOUARD MANET. Deuxième édition. A Bruxelles, chez l'éditeur\n  EDMOND DEMAN.\n\n\n\n\nC     HARLES BAUDELAIRE, l'introducteur en France et le révélateur de Poe, estimait\n      qu'une traduction de poésies aussi voulues, aussi concentrées que les siennes\n\" peut être un rêve caressant, mais ne peut être qu'un rêve \". Aussi ne s'aventura-t-il\nà traduire que les poèmes intercalés, tels le Ver vainqueur et le Palais hanté, dans les\nplus admirables contes ou, comme le Corbeau, dans la Genèse d'un Poème, du célèbre\nécrivain d'outre-mer. L'assurance des traducteurs s'est accrue depuis Baudelaire.\nM. Gabriel Mourey publia, voici quelques années, une version respectueuse jusqu'au\nscrupule du mot à mot et, si l'on peut dire, du vers à vers : elle est d'une lecture\nfatigante. Tout charme en est banni. Celle de M. Stéphane Mallarmé, qui, disciple\nancien du poète des Fleurs du mal, garde fidèlement le culte voué par son maître à\nPoe, moins complète et restreinte au seul œuvre lyrique, est supérieure infiniment à\ncelle de M. Mourey. Elle se préoccupe avant tout de restituer, autant que possible,\navec la musique pénétrante et l'harmonie des mots et des strophes, le charme\nmélancolique et ténébreux de cette poésie. Sa traduction est d'un poète soucieux de\nde sauver l'âme même qui palpite aux poèmes de Poe. On y retrouve un peu ce\n« quelque chose de profond et de miroitant comme le rêve, de mystérieux et de\nparfait comme le cristal » que goûtait dans l'original le traducteur des Contes.\n  Tout n'est pas d'égale valeur dans ces poèmes, sans doute; mais il s'y trouve\nquelques pages intenses, étranges et solennelles qu'il importe de connaître et\nd'admirer. N'oublions pas, au surplus, qu'Edgar Poe est l'un des écrivains étran­\ngers dont l'action intellectuelle s'est le plus puissamment exercée, en ce siècle, sur\nun groupe nombreux d'écrivains français.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                      DURENDAL                                      107\n\n  Il appartient vraiment, comme générateur spirituel, à l'histoire littéraire moderne\nde la France : c'est pourquoi l'étude de son œuvre importe.\n  Je ne dirai pas que la toilette du volume est rare et savante : il y aurait quelque\nimpertinence à louer l'éditeur très artiste de ces Poèmes.                     D.\n\n\n\n  L e T h y r s e . — Proses Florencées, par ARNOLD GOFFIN ( C H . V O S , Bruxelles).\n\n\n\nL   'AUTEUR    n'est pas un inconnu pour nos lecteurs. Nous leur avons dit notre\n      enthousiasme pour la magnifique traduction de Fioretti, si admirable dans sa\ncharmante naïveté. Lui-même a eu la gracieuseté de nous offrir la primeur de deux\ndes plus jolies compositions du présent livre.\n   Arnold Goffin est un des plus brillants prosateurs de la jeune génération littéraire,\nprosateur impeccable, styliste merveilleux, ciseleur de belles phrases, artiste dans\nla plus haute acception du mot. Le style dont il enrobe sa pensée est comme une\ntunique tissée de fils d'or et émaillée de diamants éblouissants, de rubis étincelants,\nde perles aux lumineuses et chatoyantes couleurs. Il est poète dans l'âme. Si vous\nvoulez vous en convaincre, lisez, par exemple : Exeat, La Donna Ignota, La Belle\nau Bois dormant, Il Cenacolo, l'adorable Légende de sainte Dorothée et surtout Epi-\nphanie. Ou plutôt, lisez tout. Car tout est à lire. Tout est divinement beau dans ce\nlivre plein de poésie, d'une inspiration ardente et profonde, d'un charme indéfi­\nnissable.\n                                                         L'abbé HENRY MCELLER.\n                                            +\n            L à - H a u t , par EDOUARD R O D (librairie P E R R I N , à Paris).\n\n\n\nD    ANS ce livre, Edouard Rod, en un style alerte et imagé, nous fait connaître\n      deux Suisses : la vraie, c'est-à-dire la Suisse des villages alpestres, comme il dit\nlui-même, la Suisse telle que le bon Dieu l'a faite, avec sa nature sauvage et gran­\ndiose, la paix enchanteresse de ses montagnes solitaires, ses chalets rustiques, ses\nhabitants aux mœurs patriarcales; l'artificielle, c'est-à-dire la Suisse des étran-\ngers, la Suisse modernisée, gâtée par la civilisation, sillonnée de hideuses voies\nferrées, parsemée d'hôtels au style prétentieux, contrastant d'une façon cho­\nquante avec les beautés d'une nature virginale. Elle est visitée par des voyageurs\nprosaïques, attirés là par le confort des hôtels et non par la poésie d'une nature\nqui est un livre fermé pour eux. Elle est profanée par la présence obsédante\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": " 108                                  DURENDAL\n\nde ces hideux hommes d'affaires, qui, en ce siècle d'argent et d'intérêt sordide,\npoussent le cynisme jusqu'à exploiter les splendeurs de la création.\n   Les admirables descriptions des paysages alpestres contenues dans, ce beau\nlivre sont de vrais tableaux. L'écrivain les anime d'une façon merveilleuse, en y\nfaisant agir, parler, jouir et souffrir sous nos yeux, toute une population naïve et\nbonne comme la nature qui l'enveloppe. On voudrait ne pas y voir mêlés ces types\npeu élevés et peu intéressants de gens blasés, pour lesquels une excursion en Suisse\nn'est qu'une distraction mondaine comme une autre, ou de gens intéressés, pour qui\nelle n'est qu'une mine d'or. Mais Ed. Rod a vouiu nous décrire la Suisse sous tous\nses aspects et telle qu'elle se présente en réalité aux visiteurs d'aujourd'hui.\n   Enfin l'auteur nous fait assister aux angoisses intérieures d'une âme affolée par\nle malheur et désarçonnée par les passions humaines. Dégoûtée de tout, elle s'en\nva chercher dans la contemplation tranquille des beautés simples de la création et\ndans l'atmosphère calme des montagnes, cette poésie, dont l'âme humaine a toujours\nsoif. Un monde agité et désordonné lui a refusé jusqu'ici le bonheur. Elle le trouve\nfinalement dans une affection vraie et sincère.\n   L'auteur nous dépeint les péripéties de cet amour chaste et élevé en des pages si\nprofondément pensées et si joliment écrites, qu'il nous est impossible de ne pas en\nciter au moins une :\n   « Entre deux êtres qui s'aiment déjà sans savoir presque rien l'un de l'autre, naît\n  bien vite le besoin des intimes confidences : ils veulent s'entendre penser, se dire\n» tout ce qu'ils pensent, et chacun s'efforce de se révéler, non peut-être tout à fait\n  tel qu'il est, mais tel qu'il désirerait d'être. Dans cet effort pour sembler meilleur,\n» ou plus généreux, ou plus noble, il n'y a d'ailleurs aucun mensonge : car lequel\n  est plus vrai, de l'être réel que nous sommes, dont la vie a troublé l'enfance, ou\n» de l'image idéale de nous-mêmes que nous conservons intacte au fond de notre\n» cœur? Or, au cours des heures délicieuses qui sont comme l'annonciation de\n» l'amour, cette image que souillent les contacts ou que ternissent les reflets du\n» train journalier se dégage et se fixe en nous exaltant. Pour quelques heures, ou\n» pour quelques jours, ou pour un temps plus large, nous cessons de lui être infé­\n» rieurs. Telle qu'elle nous forme, pareils à notre rêve, nous nous épanouissons\n  pour l'être aimé en une splendeur que nous n'atteindrons jamais plus. De même\n  dans l'enchantement du printemps, les arbres cachent sous leurs fleurs leurs bran-\n» ches noueuses, blessées ou tordues, sans plus de fleurs qu'ils n'ont de feuilles et\n» qu'ils n'auront de fruits. »\n                                                        L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                         DURENDAL                                  109\n\n      D i s c o u r s s u r l e R e n o u v e a u au Théâtre, par EDMOND PICARD,\n                        I vol., 3 francs, chez LACOMBLEZ, Bruxelles.\n\n\n\n\nE    N une édition soignée, sur souples feuilles de Hollande, M. Picard réunit une\n        série d'articles parus dans l'Art moderne, qui, sans dogmatique étalage d'éru­\ndition nous donnent, sur la situation actuelle du théâtre français et ses destinées\nune idée très juste et très claire.\n  Je ne sais ce qu'il faut le plus admirer en M. Picard, de son initiative sans cesse\nen éveil, de sa persévérance infatigable ou de son imperturbable jeunesse.\n   Sa langue demeure personnelle et d'une étincelante nervosité, malgré l'influence\ndes maîtres qu'il aima et qu'on retrouve : Octave Pirmez dans Vie simple, Léon\nCladel dans la préface aux Va-nu-pieds, Van Rysselberghe, pointilliste, dans le Maroc.\n   Ce sont ici sur le théâtre symbolique, transcendental, mystique, hiératique, syn­\nthétique, sur la pantomime, le monodrame, le choeur antique, des pages où à\nchaque tournant surgit l'idée neuve, simple ou bizarre, toujours curieuse.\n   Le Hasard-aux-yeux-bandés, le Néant, l'Inconnu, la force impalpable et mysté­\nrieuse qui nous entoure, nous déprime ou nous exalte, lui sont prétexte à périodes\ncaptivantes et ingénieuses.\n   Et cela rend plus étonnant encore qu'avec la largeur de vues dont il se réclame,\nhanté de ce christianisme qu'il n'ose aborder, M. Picard en raille grossièrement la\nsublime idée de Providence, plus digne que tout autre, aurait-il semblé, de plaire à\nune intelligence inquiète et sincère.\n   « Notre conception chrétienne de la Providence, écrivait à ce propos un de nos\namis (1), bien plus profonde et bien plus divinement mystérieuse que la Fatalité\nchaotique des athées, de grands penseurs l'ont exprimée, de grands artistes l'ont\nmagnifiée, et il suffit d'ouvrir une vie des saints pourvoir à quels sommets de splen­\ndeur morale elle sait conduire une âme. On peut ne point l'admettre ou lui préférer\ncelle du dieu Hasard ou du Destin ricanant et destructeur, mais on n'en peut\nméconnaître la grandeur et il est grossièrement absurde d'en rire. Aussi n'est-ce\npoint sans étonnement et sans colère que nous avons entendu M. Picard la traiter\n« d'aphorisme bourgeois » et écrire que seuls < des cerveaux à parois étroites »\npeuvent croire encore à « cette Providence qui serait en quelque point de l'Invi­\n   sible, surveillant le monde comme une cuisinière son pot-au-feu, pour soulever le\n > couvercle dès que le bouillon bouillonne trop. » Ces lignes sont d'un inconscient.\nElles sont indignes d'un homme qui ne cesse de parler de libre esthétique et prétend\n\n  (1) CHARLES MAIITENS, XXe Siècle, 3 juillet 1895.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "110                                   DURENDAL\n\nadmirer toutes les beautés intellectuelles d'où qu'elles viennent. Pour nous, quoi\nqu'en pense M. Picard, nous préférons les lumières fortifiantes de notre Foi aux\ngrimaçantes obscurités de la sienne et nous continuerons à glorifier, avec Dante\nAlighieri, cet amour primordial et essentiel «qui meut le soleil et les autres étoiles. »\n\n                                                                                TH.   B.\n\n\n\n             Les H e u r e s claires, par E M I L E VERHAEREN,      I   vol.,\n                              chez DEMAN, Bruxelles.\n\n\n\nL    OIN des campagnes hallucinées où tournent les ailes folles des moulins et que\n       peuplent les villages illusoires de gaîté et de tristesse, tandis que fument à\nl'horizon les cheminées et resplendissent les dômes de la ville tentaculaire, voici,\ntissée en or dans l'air de soie,\n\n                       La maison douce et son pignon léger\n                       Et le jardin et le verger.\n\n  La Bonne Chanson de Verhaeren. Sous un pommier, près de l'étang bordé\nde fleurs involontaires, dans les jardins aux chemins lentement sinueux en col de\ncygne, s'en égrènent les paroles simples, aimantes et naïves. Combien agréables,\naprès l'exaspération de l'idée et les torsions du verbe, ce calme, cette fraîcheur repo­\nsante, ces sentiments infiniment aimes et puérils, qu'exprime une langue assouplie à\nleur candeur!\n  C'est une suite de cantiques d'amour, confiants et sûrs, chantant les heures de\ntendresses paisibles. Tantôt, sous une apparence enfantine, l'image profonde :\n\n                   Je sens notre soif de souvenir\n                   Boire l'écho, où nos passés se correspondent.\n\n  Tantôt, l'impression vivante :\n\n                   Et d'autres fois tu m'es le frisson clair\n                        Du vent rapide et miroitant\n                   Qui passe, avec ses doigts d'éclair,\n                        Dans les crins d'eau de l'étang blanc.\n\n  Et le jardin s'éveille : pétales, gazons verts, groseillers, quinconces, étangs bleus,\nnénuphars... et dans la nuit brille la fleur myriadaire des étoiles.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                      DURENDAL                                            III\n\n  Ces vers ont de Verlaine le chuchottement exquis, la phrase longue parfois et\ntombant lourdement à la rime, l'ingénuité un peu factice. Ils n'ont rien d'amor­\nphyque, entrecroisent seulement comme Lafontaine les rythmes divers et s'harmo­\nnisent en d'imprécises assonances, au moins.\n  Parfois, comme un retour des sauvageries passées, et absolument hors de cadre\nen cette lumière légère et transparente, voici :\n\n                  Le tumulte fou de sang, de cris ardents,\n                  De blessures et de gueules qui s'entremordent.\n\nou l'habituel par à travers les étendues! Pourquoi s'acharner à cette orchestration de\nsyllabes, lorsqu'il est si bien dit :\n\n                Ne lui dis rien : car la parole entre nous deux\n                Serait banale, et tous les mots sont hasardeux,\n                C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.\n                                                                               TH.   B.\n\n\n              D e D a n t e à V e r l a i n e , par le R. P . PACHEU, S. J .\n                              (Perrin, Paris, fr. 3.50.)\n\n\n   'AMOUR du classicisme     et la défiance du modernisme sont traditionnels parmi\nL les membres de la Compagnie de 'Jésus. Ils ont l'habitude de ne point se\nrallier à un mouvement littéraire avant qu'il ait terminé son idéale trajectoire, et\nde n'accepter un écrivain et son œuvre que consacrés par le temps. Ils veulent bien\nreconnaître du génie à Horace, à Virgile, à Ovide, mais ils jugent téméraire encore\nd'admettre le talent d'un Hugo, d'un Musset, d'un Leconte de l'Isle, d'un Barbey\nd'Aurevilly, d'un Huysmans.\n   Les Cornut de la Compagnie se réservent — et lèguent ce déni de justice à de\ntrès lointains successeurs.\n   A cette règle — qui est de prudence à ce qu'on m'assure — voici pourtant une\nglorieuse exception.\n   Le livre du R. P. Pacheu est d'une belle venue et d'un large souffle : de Dante à\nVerlaine, il étudie l'évolution du poème mystique et il apporte dans cette étude de\nla perspicacité, de l'érudition et surtout une belle et large tolérance d'esprit; cette\nœuvre démontre mieux que toutes les dissertations — et de la part d'un prêtre la\npreuve a du poids — que l'on peut, sans comprometlre aucun des principes essen­\ntiels du catholicisme, faire adhésion admirative aux formes littéraires les plus\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "112                                  DURENDAL\n\nrécentes; quand le sujet qu'il s'était proposé de traiter a amené le R. P. Pacheu\ndevant les œuvres de Huysmans et de Verlaine, il n'a pas cru devoir hurler à\nl'épouvantail, mais simplement, sincèrement il s'est approché de ces œuvres, en a\nrejeté les tares et en a retenu les beautés.\n   Ces deux études sur le maître A'En Route et le poète de Sagesse sont à retenir et à\ncollectionner — car elles vengent ces admirables artistes catholiques des Cornut et\ndes Nourry passés et les prémunissent contre les agressions de leurs préalables et\nfuturs imitateurs.\n                                                                          F . V.\n\n\n    A u p r o c h a i n : Le Frisson du Sphinx, par JEAN DELVILLE. — Paul Bourget, par\nR. CANTEL. — Les Sept Lueurs d'Elohim, par EDGARD BAES. — Idées de demain, par\nJ U L E S GILLARD. — Le Congrès des Religions, histoire d'une idée; Le Congrès des\nReligions en Suisse, par l'abbé V. CHARBONNEL. — Ramuntcho, par P I E R R E L O T I . —\nEn Pèlerin par les routes, par SALLAGE ORNUDAC. — La Vierge aux Rochers, par\nG. D'ANNUZIO.\n\n\n\n\n                             LES REVUES\n\nD    ANS Art et Vie, M. l'abbé Victor Charbo'nnel — opposant la Lutte à Durendal —\n        veut bien nous apprendre que dans Durendal, « le talent, même la gram­\nmaire manquent trop souvent de bien servir les intentions et prétentions.\n  Il ne nous déplaît point d'être attaqué par M. l'abbé Victor Charbonnel : nous\npréférons manquer de talent, voire de grammaire, que de manquer d'orthodoxie.\n\n\n\nL    E porte-crête du Coq Rouge continue ses hargneux cocoricos... Après Edouard Ned,\n        après les admirateurs catholiques de Verlaine, voici M. de Haulleville pris à\nson tour à partie avec une distinction et une courtoisie de boute-feu d'enre­\ngistrement...\n  Par ses agressions mesquines contre les lettrés catholiques, M. Maurice\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                     DURENDAL                                     113\n\ndes Ombiaux (ohé la particule !) révèle ses origines artistiques : il a dû débuter par\nse faire le poignet dans quelque journal provincial et doctrinaire.\n\n\nL    a Jeune Belgique :\n         Dans le numéro du 27 mars, M. Albert Giraud infligea au Carillonneur de\nGeorges Rodenbach le sort de Quasimodo : c'est une défenestration sommaire.\n   Dans le numéro du 3 avril, excellent article de Robert Cantel sur la Psychologie\net la Morale chez Bourget.\n   A lire — dans le numéro du 10 avril — de beaux vers doux et placides du poète\nFernand Severin : Le vain Amour.\n   A relire — dans le numéro du 24 avril — le discours parlementaire de notre ami,\nHenry Carton de Wiart, avec ses piquantes et suggestives révélations sur la façon\ndont l'Etat exerce en Belgique son mécennat artistique.\n\n\n    La Revue Générale : Une étude très fouillée de Philippe Malpy sur le théâtre de\n       Carême — trop indulgente seulement pour cette sorte de cabotinage sacrilège!\n\n\n      remarquer, dans les récents numéros du Sillon, une analyse pénétrante de la\nA       Religion, dans les œuvres de M. Sully-Prudhomme.\n\n\n\nL   a Lutte d'avril nous apporta du catholique poète, Edouard Ned, une pièce de\n       large et profonde émotion — Les Semailles — avec cette symbolique finale :\n                   « Les Poètes, semeurs du Verbe de Beauté\n                   Et d'Amour, en leurs mots si doux, hiératiques,\n                   Sous le rire du grand soleil et sa clarté\n                   Commencent dans les cœurs les Semailles mystiques. »\n                                           *\n\nL    'Art moderne donne une indication et un conseil aux futurs visiteurs du Salon\n         de peinture de l'Exposition : « Allez voir Frédéric, Verwée, Claus, Laer-\nmans, Levêque et Baes, quelques autres encore, Gilsoul ou Ottevaere ou Wytsman,\npuis passez, passez vite, afin de conserver pure, au fond du cœur, la délicate émo­\ntion qu'ils vous auront donnée ».\n                                           *\n     L'Art Idéaliste, un nouveau confrère, nous est né, dont la destinée semble devoir\n         être surtout d'enregistrer les programmes d'art périodiques de M. Jean\nDelville.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "114                                 DURENDAL\n\n\n\nL    U, au Mercure de France, des proses bien attristantes de Paul Gerardy — un\n        poète qui fut nôtre jadis et chanta délicieusement la pureté mystique, des\nadolescences.\n  L'auteur des Pages de joie aboutissant — que M. des Ombiaux applaudisse — à\ncette conclusion : Beaux chevaliers, brûlez donc la Croix, et toute la défroque\nchrétienne... » — Quelle misère !\n\n\nD     u même — hélas ! — cette hardie métaphore maritime : « N'oubliez point les\n         marbres brisés voguant à pleines voiles vers de plus larges mers .\n\n\n\nN    os excellents confrères du Spectateur catholique liront avec fruit la revue du\n        mois du Mercure de France, de mars; un de leurs collaborateurs y traite\navec autorité des « Problèmes d'Alcôve ».\n\n\n\nL    e Spectateur Catholique persévère en son précieux scrupule de style et de typo­\n      graphie. Buschman, le grand couturier à la mode, l'habille toujours avec une\ncorrecte et savante élégance. Et la robe ne fait pas le moine.\n  De longues pages y furent consacrées, en ces derniers temps, à la Question\nd'Orient, sur laquelle toute l'Europe pensante émit son avis bizarre, consciencieux\nou banal; et à la mémoire de Paul Verlaine fut consacrée une série d'éloges pieux\nrehaussés de bois, où Maurice Denis tenta de rendre l'âme pieuse et calme de\nSagesse.\n\n\n\n\n                                NOTULES\n\n\nL   A vogue revient à Alfred de Vigny.\n        Et plusieurs revues — l'Art et la Vie, l'Ermitage, — consacrent des études\nau noble et hautain poète des Destinées.\n  C'est d'un heureux symptôme; nul, plus que Vigny, ne prêcha et ne pratiqua le\nrespect, presque farouche, de la personnalité de l'artiste, dans le mépris de toutes\ncontingences.\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                    DURENDAL                                     115\n\n  Il observa hautainement ces préceptes qu'il faut redire :\n                    La solitude est la source des inspirations. »\n                  « La solitude est sainte. »\n                  « Séparer la vie poétique de la vie politique. »\n                  « Seul et libre, accomplir sa mission.\n                  « Seul et libre, suivre sa vocation. »\n\n\n\nQ    UELQUES jeunes littérateurs    méditent le projet d'une Anthologie des écrivains\n         catholiques; de chacun d'eux quelques pages caractéristiques de leurs ten­\ndances et de leur écriture, avec en tète une brève notice.\n  L'idée est à encourager.\n                                          *\n\nL   E compte rendu vient de paraître — chez l'éditeur Siffer, de Gand, — du Congrès\n       littéraire de Gand; nous voulons y signaler surtout le tout à fait remarquable\nrapport de M. Franz Soudan, véritable document d'histoire artistique, qui résume\nd'une façon frappante et adéquate, l'évolution de l'Art et des Lettres catholiques,\npendant ces dix dernières années.\n\nELECTlON    à l'Académie française de M. Hanotaux, ministre des affaires étran­\n      gères... à l'Art et aux Lettres.\n\n\n\nO    N annonce l'apparition d'un volume documenté sur la « Champmeslé ».\n        Documenté ?\n  L'ombre austère et vertueuse du Père Racine n'a qu'à bien se tenir !\n\n\n\nP   ORTRAIT d'aujourd'hui    — qui date de 1850 :\n        « Hier, j'ai rencontré chez un ancien ministre un de mes anciens camarades\nde collège qui se destine à être homme d'État. Il est resté toute la soirée dans la\nconversation des hommes de soixante ans, sans ouvrir la bouche, et, sérieux comme\nun doctrinaire qui boit — « GARÇON D'AVENIR ! » a dû se dire l'ancien ministre, il\nécoute avec une profondeur ! »\n                                                       ( E D . et J. DE GONCOURT.)\n\n\nC    HRONIQUE du jargon :\n       Extrait d'un rapport — officiel ! — sur la Question des langues » (?) :\n  « Charles-Quint rendit sa langue au peuple. »\n  L'auteur ferait bien de donner sa plume aux chiens !\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "116                                     DURENDAL\n\n\nM.      François Coppée prémunit la postérité que si « elle songe à loger son image\n          dans un coin du Luxembourg, elle ne fasse participer à cette oeuvre pieuse\nque ceux qui ont eu pour lui un bout de sentiment, deux sous d'affection ».\n  C'est entendu, on fera une collecte chez les petits épiciers !\n\n\n      PENSÉE du mois :\n         « Les jeux de l'idée sur la forme et de la forme sur l'idée sont incessants et\ninsaisissables, et il n'y a jamais lieu de les différencier ».\n                                                                 (ROBERT DE SOUZA.)\n\n\n\n\nL     e Journal de Courtrai a bien voulu, à diverses reprises, nous faire connaître à\n       ses lecteurs. Nous lui en sommes très reconnaissants.\n\n\n\n\nA     CEUX QUI DÉSIRERAIENT connaître et savourer un spécimen de littérature patrio­\n      tique, nous croyons bien faire de recommander (en vente dans toutes les\nbonnes aubettes du royaume) la cantate de l'Exposition. On y voit en un heureux\nmélange, le genre lyrique :\n                            Toi, race brune et blonde,\n                            Vous, hâtes attendus,\n                            Qui des confins du monde\n                            Nous êtes accourus....\n\n  La poésie légère, populaire :\n                         Ces chants qui font aux yeux    ravis\n                         Mousser les bières du pays,\n                                     Gai !\n  Ou aristocratique :\n                         Le vin mousse dans le verre\n                         A la table où tu parais.\n  Le genre épique :\n                            Cueillez, troupe aguerrie\n                            Des Arts, de l'Industrie\n                            Et des ardus labeurs !\n\n  La cantate de clôture est mise au concours. Pour gouverne.\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": ""}, {"page_pdf": 137, "texte": ""}]}