{"numero_id": "ulb-durendal-1897-06-n6", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 117, "titre_corps": "Le R. P. Van Tricht", "titre_sommaire": "Le R. P. Van Tricht", "signature_source": "F. V.", "ancre_debut": "Le R P Van Trient", "ancre_fin": "F. Y.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "Le R. P. V a n Trient\n                    CELUIqui vient de disparaître fut un bon religieux et\n                     un savant distingué.\n                        E n le souvenir qu'on gardera de sa personnalité\n                     intellectuelle, prédominera cette caractéristique :\n                     qu'il sut dépouiller la science de sa sécheresse\n                      rébarbative et doctorale, la rendre aimable et\npresque coquette, la mettre à même la compréhension de tous en\ndes conférences de claire, élégante et vive écriture — qu'un débit\nremarquablement nuancé haussait en valeur.\n    On sait que nous , n'avons jamais partagé l'enthousiasme des\nadmirateurs du R. P . Van T r i c h t pour ses causeries seconde\nmanière — celles où, dans une intention évidemment irrépro­\nchable, il ménagea indulgemment les faiblesses et les manies des\nauditoires mondains (le mot est du Bien public d'hier) et crut devoir\ndorer la pilule des vérités religieuses et morales quand il parlait\ndevant des « gens de qualité ».\n    P o u r avoir jadis émis cette appréciation, nous sommes aujourd'hui\npris à partie dans certaines nécrologies consacrées au défunt.\n    L'occasion de nous attaquer eût pu être plus chevaleresquement\nchoisie : en face de la mort nous nous refusons à des escarmouches\n littéraires.\n    Au cercueil de ce religieux vertueux, de cet éducateur dévoué,\n de cet écrivain dont l'existence fut riche sinon en grandes, du\n moins en bonnes œuvres, nous adressons respectueusement le salut\n des armes !\n     30 J u i n .                                             F . Y.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 118, "page_fin": 120, "titre_corps": "Octave Pirmez", "titre_sommaire": "Octave Pirmez", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "OCTAVE PIRMEZ", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 141, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "OCTAVE                         PIRMEZ (I)\n\nA               SES débuts, la Jeune Belgique, dont les admirations et les\n                insolences scandalisaient presque également les manœu­\n                vres qui représentaient les lettres belges à cette époque,\n                s'honora en saluant dans Octave Pirmez un des précur­\nseurs du réveil qu'elle était la première à manifester.\n   A vrai dire, nul ne fut moins homme de lettres que Pirmez et j a m a i s\nil n'eût pris part, ni même intérêt, aux querelles et aux polémiques,\nconvaincu, sans nul doute, de leur flagrante inefficacité, et, qu'après\nune oiseuse dépense d'arguments et de preuves, chacun conserve son\nopinion originelle, obstinément.\n   Il y a quelque vanité, en effet, à vouloir ramener quelqu'un à un\nsystème qu'il réprouve ou ne conçoit pas : laissez donc l'artiste œuvrer\nselon son pouvoir et ses facultés, sans prétendre lui imposer votre\npropre mesure, ni davantage subir la sienne. L'avenir fera justice.\n   Aussi bien les démonstrations les plus claires et éloquentes, solides\nau point d'exclure toute réplique, restent-elles dénuées de prise sur\ncertains esprits intangibles, tout simplement parce que ce qu'ils\nappellent leur idiosyncrasie les rend inaccessibles aux formes logiques\n du raisonnement... E t l'on se d e m a n d e à quoi il sert de discuter avec\n de telles gens qui, dans l'opinion de leurs contradicteurs, ne doivent\n même point valoir la peine d'être convaincus?\n    Les derniers fruits de notre mouvement n'auraient pas laissé de\n surprendre Pirmez, cependant, de l'inquiéter pour l'avenir intellectuel\n de sa p a t r i e ; car, en réchauffant cette terre h u m i d e , le soleil littéraire\n féconda, en même temps, quelques marécages dont jaillit une étrange\n moisson de germes hétéroclites... Encore si les produits de ces espèces\n  (1) HENRY MAUBEL et JAMES VANDRUNEN.—Octave Pirmez. — Impressions. — Souvenirs. (Bruxelles,\nImprimerie Générale.)\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "                              DURENDAL                              119\n\n\nde bouillons de culture pouvaient servir à vacciner les survenantes\ngénérations et les prémunir contre la contagion !\n   Dans la jalouse solitude de sa vie, dans la solitude — plus eni­\nvrante encore — de son œuvre, Pirmez se fût étonné sinon effarouché\nde trop bruyants hommages, et la curiosité qu'une courtoise récipro­\ncité l'aurait astreint à témoigner pour les ouvrages nouveaux, lui\nserait devenue une rançon un peu dure.\n   M. James Vandrunen, chargé en 1879 du tracé d'un railway destiné\nà écorner u n coin du parc d'Acoz, nous raconte, avec son ordinaire\nverve pittoresque, l'accueil plutôt déconcertant du propriétaire.\nDe quel œil, plus ennemi encore, celui-ci eût-il considéré une intru­\nsion dans le méditatif domaine, les habitudes ordonnées à la fois et\nvagabondes de sa pensée? L'obligation de s'occuper de notre outran-\ncière et tapageuse littérature aurait équivalu, pour lui, au passage\nd'une seconde voie ferrée au travers la spéculative mélancolie de ses\nrêves, le cours accoutumé de sa flânerie et de son recueillement. Car\nsa vie et sa pensée adoptèrent, en quelque sorte, la même forme,\ninsoucieuses, l'une et l'autre, de succès et d'actualité, incapables de\npactiser avec la mode dans un but d'intérêt ou de gloriole, et, entre\ntoutes les foules, la foule littéraire lui inspirait évidemment la\nmoindre s y m p a t h i e . . .\n\n   E n parcourant ses livres, on aime à s'imaginer l'existence de lec­\ntures entrecoupées de songeries, de voyages semblables à des pèleri­\nnages; la voie d'isolement sans misanthropie, d'absorption sans aigreur\nni dédain, la longue et lente familiarité avec soi-même, la fréquenta­\ntion assidue des campagnes et des bois, susceptibles d'engendrer et de\nnourrir une telle œuvre imprégnée, toute, de sérénité triste et de beauté\nreligieuse.\n   Pirmez n'envisageait point la nature du sec regard du savant ou du\nstatisticien ; mais avec les yeux clairvoyants du philosophe et du poète\ndont la pensée s'exalte à la splendeur vivante des apparences et, en\nmême temps, perçoit leur signification supérieure, leur rayonnement\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "120                             DURENDAL\n\n symbolique et qu'elles valent surtout comme le témoignage unanime,\n l'emblème multiforme et magnifique de la vérité surnaturelle.\n    Il n'enseigne, ni ne moralise; il parle simplement pour donner une\n figure précise aux idées qui hantèrent sa préoccupation, le charmèrent\nou l'attendrirent, et souvent, à la poignante ardeur, à l'indéfinissable\naccent voilé de la phrase, le souvenir plus personnel se devine, la\nnostalgie ou le regret qui ont laissé sur les mots l'empreinte de leur\npalpitante et nerveuse angoisse...\n    « Tout homme qui s'analyse, dit-il, sentira trembler en lui deux\nmondes qui se pressent dans un embrassement d'extase et de douleur.\nCe charme inquiet est plus poignant à mesure que les forces de\nl'esprit et les instincts naturels s'approchent de l'équilibre.\n    » On vit alors dans un mirage, balancé entre une terre que l'esprit\nrend diaphane et des régions sereines où s'engagent encore les formes\nde la matière. »\n    Phrase magnifique qui ramasse, comme en un prisme, toute la\nlumière d'une noble et anxieuse carrière de pensée...\n\n   En quelques pages éloquentes et subtiles, M. Henry Maubel nous\na évoqué la physionomie morale de ce penseur fier et tendre qui passa\npresque incognito, son œuvre méditative relevant d'un ordre intel­\nlectuel et sentimental trop rare pour qu'elle pût espérer émouvoir\nquelque écho... Elle n'est point, en effet, de celles que l'on cite; la\nmatière de ces livres est à la fois trop claire et trop obscure ; l'harmo­\nnieuse et vibrante simplicité de leur langage, la gravité de leurs entre­\ntiens, en même temps que l'orientation de leur philosophie rebutent\nles esprits gâtés par le redondant amphigouri à la mode.\n   La vogue ignore de tels ouvrages, prédestinés à cette meilleure\nfortune de rencontrer, de temps à autre, quelque compréhensif lecteur,\nquelque généreux artiste, capable — comme M. Maubel — d'admirer,\nd'expliquer son admiration et de la rendre contagieuse.\n\n                                                  ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 122, "titre_corps": "Poème d’Amour", "titre_sommaire": "Poème d’Amour", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "POEME D’AMOUR", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ADOLESCENCE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 1214, "texte": "POÈME D'AMOUR\n                       Sa robe où tous les plis contenaient de la grâce !\n                                                         VICTOR   HUGO.\n\n\n\nJ'ai senti, quand j'ai vu cette enfant qui s'ignore,\nCombien, malgré les ans, mon cœur est jeune encore!\n\nElle a, sans le savoir, la fraîcheur d'un matin -\nQu'emplit l'agreste odeur de la sauge et du thym.\n\nSa candeur, sa douceur enchantent la pensée :\nElle est comme une fleur couverte de rosée!\n\nO délices! J'envie, à chacun de ses pas,\nLe gazon qui fléchit sous ses pieds délicats!\n\nA chaque mouvement, son corps nerveux             et frêle\nDévoile, semble-t-il, une grâce nouvelle.\n\nEt le lin virginal qui vêt cet être exquis\nA, pour le révéler, les plus nobles des plis.\n\nSa parole, autant qu'elle, est ingénue et tendre,\nEt c'est chose charmante et douce de l'entendre.\n\nEt cependant sa voix, que voile une langueur,\nEst d'un accent profond qui fait trembler le coeur.\n\nHélas! et quand je vois son douloureux sourire,\nMon cœur en est troublé plus que je ne puis dire.\n\nElle est mon mal secret, ma joie et mon émoi,\nLe doux être fatal qu'on aime malgré soi.\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 383, "texte": "122                             DURENDAL\n\n\n            Et je ne sais plus rien, tant mon trouble est étrange,\n            Que sourire, en disant à mi-voix son nom d'ange.\n\n            Et mes yeux, désormais, n'aiment plus le printemps\n            Que parce qu'il me fait penser à ses vingt ans.\n\n      P r i n t e m p s 1897.                   FERNAND SÉVERIN.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 122, "page_fin": 122, "titre_corps": "Adolescence", "titre_sommaire": "Adolescence", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "ADOLESCENCE", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 383, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "ADOLESCENCE\n           « M'aimes-tu? » disait-il, et la douce, et la chère\n           Détournait à demi sa tête frêle et fière;\n           Comme frissonne . au loin une aurore d'avril,\n           Lentement, doucement, sur ce front puéril,\n           Se levait la clarté tranquille du sourire\n           « Regarde, si tu veux, » semblait-elle lui dire,\n           Et l'aveu frémissant était dans ses grands yeux.\n\n           Et c'étaient des propos charmants, des mots joyeux\n           Et sans suite, des chants aimés où leurs tendresses,\n           Indociles au rythme, avaient mis des caresses,\n           De longs silences, pleins de regards échangés;\n           Et, malgré tant d'aveux, l'un à l'autre étrangers,\n           Des aveux répétés sans cause, que d'entendre\n           Résonner autour d'eux leur voix fragile et tendre.\n\n                                                FERNAND SÉVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 128, "titre_corps": "L’Histoire d’une Idée", "titre_sommaire": "Histoire d’une Idée", "signature_source": "J. d’Eghny", "ancre_debut": "L’HISTOIRE D’UNE IDEE", "ancre_fin": "J D’EGHNY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "L'HISTOIRE D'UNE IDÉE (1)\n\n                    L ' I D É E c'est\n                              de convoquer à Paris, en 1900, à l'occasion\n                  de l'exposition universelle, un second congrès des\n                   religions, pareil à celui qui s'est tenu à Chicago, en\n                   1893, avec l'éclat et le succès que l'on sait. L'histoire\n                   est celle des efforts tentés pour faire aboutir l'idée\n         par M . l'abbé Victor Charbonnel, qui demeure, à l'heure\n         présente, le principal champion du Congrès.\n           L'idée a été très diversement accueillie, et son promoteur\na cru intéressant de fixer le souvenir des péripéties variées par\nlesquelles elle a passé jusqu'à ce jour.\n   E n traits rapides, voici l'histoire de ces phases successives. E n 1895,\nun certain nombre de catholiques français se réunirent pour jeter les\nbases de l'organisation d'un second congrès des religions. Ce comité\nne rencontra point le patronage sous lequel il devait naturellement se\nplacer et qu'il avait cherché à obtenir, celui des cardinaux et des\névêques français. Ce premier insuccès ne rebuta pas l'abbé Charbonnel,\nqui crut pouvoir agir sur l'Église par l'opinion publique. Il préluda à\nce mouvement par un article publié le 1e1\" septembre 1895, dans la\nRevue de Paris, et qui était, dit son auteur, rédigé avec le souci de\nformuler, en une manière de synthèse, les aspirations éparses et\nconfuses dans une partie du jeune clergé.\n   P a r malheur, il y eut dans cet article des phrases blessantes, peu\nfaites pour provoquer les sympathies qu'on désirait par dessus tout se\nconcilier. Je cite celle-ci qui choque dès le début : « L e P a r l e m e n t\ndes religions (de Chicago) rompait la tradition de ces colloques, confé­\nrences et conciles où des théologiens s'exaltèrent jadis en des discus­\nsions qui finissaient par des anathèmes et des révoltes. » On le verra\n   (1) Abbé VICTOR CHARBONNEL. — Congrès universel des religions en 1900. Histoire d'une   idée.\nParis. Colin, 1897. In-12°, pp. VI-300.\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "124                                       DURENDAL\n\n\npar la suite de cette histoire, M. l'abbé Charbonnel, qui prêche pour\nune manifestation de paix religieuse, n'a guère le tempérament\nironique, ni le parler mesuré. Il a beau crier à tue-tête qu'il ne faut pas\nde polemos, mais il ne paie guère d'exemple. Je sais qu'il prétend\nn'avoir parlé que pour se défendre. Nous verrons bien.\n    L'article de la Revue de Paris, sans se heurter précisément à une\npresse mauvaise, ne l'eut pas aussi caressante que l'eût souhaité\nl'abbé Charbonnel, surtout de la part de la presse catholique. A part\nla Gazette de France, le Gaulois et le Monde, cette presse resta froide,\nindifférente et silencieuse; même quelques journaux, à tort selon\nnous, se montrèrent carrément hostiles et donnèrent de leur désappro­\nbation d'assez pauvres raisons. E n particulier, on n'avait pas le droit\nd'invoquer contre le projet de M. l'abbé Charbonnel un avertissement\nenvoyé par Léon X I I I aux évêques d'Amérique, relativement à des\nassemblées religieuses mixtes qui se tiennent fréquemment aux\nÉ t a t s - U n i s . Il est évident que la lettre du Saint-Père à Mgr Satolli,\nne visait d'aucune façon l'idée du congrès des religions de P a r i s .\n    Nous arrivons au point culminant de l'histoire. M. l'abbé Char­\nbonnel sent que la résistance à l'idée vient de l'archevêché de Paris.\nAussi bien, il avait eu le tort de se passer jusque-là du cardinal\nRichard et de ne pas se soucier de ses intentions. E t maintenant que\nfaire pour remonter ce c o u r a n t ? M. Charbonnel ne trouve rien de\nmieux que de parler au cardinal Richard, dans une lettre ouverte, qui\nfut publiée par L'Éclair, le 14 novembre 1895. Procédé éminemment\n maladroit, pour ne rien dire davantage, et ne point parler de\n démarche irrespectueuse. Comment, en effet, se bercer un seul\n instant de l'illusion que pareille mise en demeure, insolite au premier\n chef, aurait le moindre effet utile sur les convictions du cardinal\n Richard et de l'épiscopat français ? Dès lors, pourquoi y recourir ? De\n plus, il règne dans la lettre de M. Charbonnel à S. É . le cardinal de\n Paris un ton qui est bien fait pour déplaire, et M. Réville a dû con­\n venir qu'on ne traite pas ainsi les gens qu'on espère persuader (1).\n   (1) Revue de l'histoire des religions, t. XXXV, 1897, p. 266.\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "                                DURENDAL                                125\n\nDans la lettre en question, certains catholiques sont traités de\nsectaires ; il y a pour le clergé une hottée de choses désagréables :\n« Somnolence de sacristie; clergé administratif et financier; la voix\nqui sort des nécropoles; l'Église de France boudeuse et maugréante se\ntenant à l'écart des grands mouvements de la pensée contemporaine\net ne sachant plus que les gémissantes litanies qu'on marmonne au\nfond des temples désertés. »\n   M . l'abbé Charbonnel se rend bien un peu compte de sa maladresse ;\nmais comme le trop grand nombre de ceux qui ont fait un pas de\nclerc, il donne de sa conduite de mauvaises excuses, qui ne font\nqu'aggraver son cas. Il avait observé la plus sage réserve, ses adver­\nsaires étaient irréductibles, il fallait donc donner énergiquement tort\n à des sectaires inintelligents, d'autant plus qu'en affirmant carrément\nl'idée, on ferait le congrès.\n    Erreur profonde, comme le prouve la consultation de la Revue bleue,\ninaugurée le 16 novembre 1895. M. Charbonnel y a fait défiler et a\nreproduit dans son livre une trentaine de lettres. P a r m i les témoi­\ngnages catholiques qui sont favorables à son idée il n'y a que le\nP . Didon et l'abbé Lemire, le reste des adhésions, très honorables\nd'ailleurs, se recrute parmi les juifs, les protestants ou les libres-\npenseurs. P a r m i les opposants, il faut citer les cardinaux Meignan et\nBourret, Mgr Jauffret, évêque de Bayonne, Mgr de Harlez, l'abbé\nF r é m o n t , le R. P . Baudrillart, M M . de Vogue, de Meaux, G. Séailles\net Anatole Leroy-Beaulieu. On voit par cette énumération que les\ncontradictions ne partaient pas uniquement des « quartiers d'hiver des\nsacristies ou des nécropoles » pour parler la langue de M. l'abbé\nCharbonnel.\n    L a phase la plus mauvaise de l'idée de M. Charbonnel a été\ntraversée en Belgique. E t pourtant, M . Charbonnel le constate, le\ndiscours de Mgr Keane au congrès de Bruxelles, en 1894, avait été\naccueilli par les plus chaleureux applaudissements. A h ! si le congrès\nde Paris eût rencontré Mgr Keane au lieu de trouver l'abbé Char­\nbonnel ! L à est toute la différence de l'accueil qu'ils reçurent l'un et\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "I26                                     DURENDAL\n\n\nl'autre en Belgique. Invité à exposer à Bruxelles, devant le Cercle\nartistique et littéraire, le projet du congrès des religions, M. Char­\nbonnel le fit d'une façon qui ne souleva pas trop de protestations. Il\nn'en fut plus de même quand il eut l'inspiration malheureuse, de se\nproduire, à Gand surtout, dans des milieux où l'on pouvait, à juste\ntitre, être surpris de le voir paraître. L a presse catholique l'en blâma\nen termes assez vifs. Peut-être eût-il mieux valu avoir plus d'indul­\ngence. Quoi qu'il en soit, devant ces blâmes, l'abbé Charbonnel perdit\ntoute contenance et adressa à l'Indépendance belge une violente diatribe\ndont le titre seul : A quelques sectaires, en dit long. Q u a n d on n'est\npas de l'avis de M. Charbonnel, il a une façon expéditive de vous\nclasser en vous criant : sectaire. J e crois bien que ce sera aussi\nl'étiquette qui me sera collée au dos. L a lettre à l'Indépendance belge\nest émaillée de tout le vocabulaire dont la presse libérale a, en\nBelgique, le monopole quand elle parle des catholiques. Dans sa\ncourte excursion outre Quiévrain, M. l'abbé Charbonnel s'est vite fait\nde la maison. L'influence des milieux, quoi !\n    L'Histoire d'une idée se ferme sur le récit d'une tournée pastorale en\nH o l l a n d e et en Suisse (1). Ici de nouveau, riche moisson d'aménités à\nl'adresse des catholiques qui eurent, aux yeux de M. Charbonnel, le\ntort grave de ne pas penser comme lui sur l'indispensable nécessité du\ncongrès. Au contraire, comme les libéraux de Belgique, les protes­\nt a n t s de H o l l a n d e et de Suisse ont seuls toutes les vertus, toutes les\n qualités de l'esprit et du cœur. Loin de moi la pensée d'insinuer qu'ils\n n'en ont pas, je crois positivement le contraire; mais le dénigrement\n systématique d'une part et l'éloge outré de l'autre que M. l'abbé\n Charbonnel dispense d'une main fort inégale sont, à la fin, la chose\n la plus agaçante qui se puisse imaginer. J e crois bien que ceux\n mêmes que M. Charbonnel accable ainsi de ses excessives tendresses\n en seront médiocrement flattés, parce qu'ils ne peuvent pas ne point\n en suspecter un peu l'intention réelle, quoique non avouée. T r è s\n\n   (1) Ce dernier voyage a été aussi narré à part dans une brochure intitulée : Le Congrès   des\nreligions et la Suisse, Genève, 1897, in-12 0 , p. 132.\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "                               DURENDAL                               127\n\n\nhardies, pour ne pas dire plus, au point de vue doctrinal, les pages\n(282-284), où M. l'abbé Charbonnel célèbre les avantages du libre\nexamen et où il cite, la prenant pour son compte, cette phrase\nétrange : « Je désire m'échapper de l'étroite enceinte d'une église\nparticulière...» Vous vous plaignez des esprits étroits, Monsieur l'abbé,\nmais des déclarations pareilles sont bien effrayantes, même pour vos\namis. Et, dites-moi, si à écrire de pareilles phrases, vous ne donnez\npas des armes à vos adversaires ?\n   M. l'abbé Charbonnel termine son livre en disant : « Si nous sommes\ndésapprouvés par les évêques, nous n'en ferons pas moins notre\ncongrès, qui deviendrait alors le congrès, non des Églises, mais des\nâmes religieuses, en y comprenant les philosophes curieux de l'idée\nreligieuse. A ce congrès, on verra réunie l'élite intellectuelle de\nchaque religion. » C'est donc entendu, si les promoteurs d'un congrès\nuniversel des religions réussissent à réaliser leur idée, ce qui demeure\nplus que douteux dans l'état actuel des esprits, ils ne feront qu'une\npâle ébauche du spectacle grandiose que le monde a salué à Chicago.\nMais ils auront la consolation assez maigre de penser, M. Charbonnel\nle déclare, qu'ils ont réuni « l'élite intellectuelle » et que les absten­\ntionnistes se sont classés d'eux-mêmes dans la catégorie des êtres\ninintelligents et aveuglément autoritaires.\n                                 * \" *\n   Pour unir, il faut bien dire notre avis sur toute cette histoire. Il\nn'est pas douteux que le congrès des religions à Chicago a été une\ngrande chose et une manifestation éclatante de la vérité religieuse.\nOn conçoit que des hommes de cœur aient eu l'idée de la renouveler\nen Europe, à Paris. Ce n'est pas de cela que nous faisons grief à\nM. l'abbé Charbonnel. Mais en Europe, comme en Amérique, cette\ngrande chose n'est possible que par l'initiative de l'épiscopat catho­\nlique. Ne l'oublions pas, tout le monde est unanime sur ce point, le\ncongrès de Chicago n'a réussi que parce que les archevêques et\névêques des États-Unis l'ont pris sous leur patronage. Ils avaient jugé\nque la situation des esprits en Amérique faisait utile, voire nécessaire,\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "128                                DURENDAL\n\n\nleur participation au congrès. De même, il était indispensable au\nsuccès du congrès de Paris qu'il fût approuvé par l'épiscopat français.\n Celui-ci a jugé, et d'autres avec lui, que ce qui avait pu se faire en\nAmérique n'était ni possible, ni opportun à P a r i s . M. l'abbé Char-\nbonnel, dans une des bonnes pages de son livre, avoue que des doutes\nont pu se poser sur cette question de possibilité et d'opportunité, et\ncette manière de voir est partagée par beaucoup de bons esprits de\nconvictions religieuses très divergentes.\n   On peut regretter cet état de choses, on peut déplorer que l'épis­\ncopat français ait pris une décision peu favorable au congrès des\nreligions, mais de là à se laisser aller aux récriminations amères, aux\ndémarches risquées, aux excès de langage qui déparent le livre de\nM. l'abbé Charbon nel, il y a de la marge. M. l'abbé Charbonnel a\nvoulu s'insurger contre une situation de fait, et depuis ce jour, où sont\nallés tous ses efforts ? A convaincre l'épiscopat, à essayer d'ébranler sa\nrésistance, à recruter des adhésions dans les rangs catholiques ? Non,\nil a surtout prêché dans des milieux où il ne lui servait pas de\ngrand'chose d'avoir trouvé des appuis. E n particulier, pour ce qui\nconcerne la Belgique, il est évident que les conférences de M. l'abbé\nCharbonnel ne lui ont pas valu un adhérent pour le congrès, mais\nqu'on a été affriolé par le spectacle d'un prêtre que l'on savait mécon­\ntent de l'épiscopat et dont on attendait sur ce sujet quelques propos\npiquants.\n   Telle est l'histoire de cette idée. E n résumé, cette idée n'est pas\nmûre pour sa réalisation en E u r o p e , et en tous cas, M. l'abbé Char­\nbonnel ne lui a pas rendu bon service. Aussi bien, quoi que vaille une\nidée, encore faut-il que celui qui la veut traduire en œuvre soit de\ntaille. M. l'abbé Charbonnel a montré s u r a b o n d a m m e n t qu'il ne l'était\npas. C'est la morale de cette histoire.\n                                                              J.   D'EGHNY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 130, "titre_corps": "Tristesse devant les Îles", "titre_sommaire": "Tristesse devant les Iles", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "TRISTESSE DEVANT LES ILES", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le 74e Festival", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "TRISTESSE DEVANT LES ILES\n\n                         1\nA l'horizon lointain des mers illuminées,\nSous le ciel merveilleux d'un suprême beau jour,\nVoici qu'ont apparu les îles fortunées :\n\nC'est là, dans le silence et l'ombre, ô mon amour!\nQue je voulais cacher nos calmes destinées...\nPourquoi vers d'autres bords as-tu fui sans retour ?\n\n                         II\n\nRegrettant, maintenant, ma paisible demeure,\nJ'écoute en mon exil sangloter les flots verts\nQui devaient nous porter vers la grève meilleure.\n\nTristes me sont les cieux, tristes les vastes mers,\nEt plus tristes encore les charmes de cette heure!...\nPourquoi me laisser seul en ces pays amers ?\n\n                        III\n\nEn regardant sourire au loin le clair asile\nQue je rêvai pour nous, ô mon enfant! je vois\nDes carènes en fleurs cingler vers l'heureuse île.\n\nSur leurs vaisseaux légers que parent des pavois,\nDe mieux comblés s'en vont où l'amour les exile!...\nPourquoi ne pas répondre à l'appel de ma voix?\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": " 130                                         DURENDAL\n\n\n                                                   IV\n\n                Hélas ! j'ai tant souffert de ces vaines                  attentes\n                Et de ces tendres vœux toujours                  inexaucés,\n                Que je fuis à jamais            loin des mers éclatantes ;\n\n                Loin des chansons que le départ des fiancés\n                Mêle aux soupirs plaintifs              des vagues        sanglotantes,\n                Je vais chercher la paix si douce aux cœurs blessés...\n\n       Septembre                              1895.                          FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 132, "titre_corps": "Le 74e Festival rhénan à Aix-la-Chapelle", "titre_sommaire": "Le 74e Festival rhénan à Aix-la-Chapelle", "signature_source": "Charles Martens", "ancre_debut": "Le 74e Festival", "ancre_fin": "CHARLES MARTENS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "Le 74e Festival rhénan à Aix-la-Chapelle\n   Les belles journées, pleines de joies pures et fortes et bienfaisantes! Je ne puis\nici raconter en détail les impressions profondes et exquises que font éclore ces admi­\nrables concerts, les chroniques musicales de la presse quotidienne l'ayant fait en\nleur temps (1), mais seulement les noter d'une plume rapide, afin d'en fixer dans mon\nesprit la subtile essence.\n   Ces grandes fêtes musicales en terre allemande revêtent un caractère particulier,\nune solennité incomparable que les nôtres, malgré leur supériorité à d'autres points\nde vue, sont loin de posséder au même degré. On sent que la musique, pour nos\nvoisins, n'est pas principalement le digestif hygiénique, ni le divertissement raffiné\nque beaucoup requièrent, mais un Art sacré qui vient de Dieu et y mène; aussi\nchacun lui demande-t-il des émotions puissantes et nobles et veut-il participer, dans\nla mesure de son intelligence et de son initiation, aux pures jouissances qu'elle nous\ndonne. De là cette atmosphère recueillie et si complètement silencieuse qui pénètre\nl'auditoire, aide si puissamment à la compréhension des œuvres. De là cette atten­\ntion soutenue, accueillant deux jours de suite des œuvres considérables de l'esprit\nreligieux le plus grave et le plus élevé. Ce n'est pas que le bon public germanique\nsoit admirable dans toutes ses admirations et n'adore pas, pour se reposer des audi-\n\n (1) A lire les deux belles lettres de notre excellent confrère G. S. dans le XXe Siècle des 8 et 9, juin.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3098, "texte": "                                     DURENDAL                                      l3l\n\ntions austères, entendre des minauderies de Chaminade ou des rêveries de Tosti.\nMais, si la musique de salon a repris quelque droit le troisième jour, le superbe final\ndes Maîtres Chanteurs est venu anéantir ces coquetteries et couronner magnifique­\nment le Fest. Ce n'est pas non plus que l'exécution ignore toute défaillance, il s'en\nfaut même de beaucoup. Les solistes, en particulier, étaient loin de la perfection, et\nplusieurs — tels Perron et von zur Miihlen — se montrèrent plus habiles à chanter\nle lied qu'à jouer impeccablement leur rôle dans la Messe en ré et les Béatitudes. Ces\ndeux œuvres ont été exécutées récemment à Liége avec une supériorité marquée,\nmais l'impression d'ensemble du Festival, grâce à la sonorité et à la vaillance des\nchoeurs, à la beauté de l'orchestre symphonique (les bois ne valent pas les nôtres),\ngrâce surtout à l'incomparable maîtrise de Hans Richter — qui, par comparaison,\nfaisait étrangement pâlir la direction un peu flottante du Musikdirector d'Aix,\nM. Schwickerath, — cette impression d'ensemble n'en a pas moins été triomphale­\nment belle et grandiose.\n   Le premier jour vit la glorification de Beethoven. Le roi de la musique moderne\ny régna seul, avec la Missa Solemnis et la Symphonie héroïque. La Messe en ré, création\ncolossale, vraiment troublante de profondeur et d'émotion religieuse, donnant, nous\nsemble-t-il, l'impression d'une âme sublime, qui tremble devant le mystère et pleure\nde ne pouvoir y croire. Oh! ce chant du Benedictus, avec le solo de violon, joué par\nWilly Hess! E t l'esprit rapproche — au point de vue de l'art religieux — de cette\némouvante musique de concert la séraphique et limpide musique palestinienne,\npresque impersonnelle, toute liturgique, expression collective de l'Eglise croyante\net aimante, chantant dans la calme certitude de sa foi. Quant à l'Eroica, sous le\nbâton de Richter, ce fut une splendeur que je suis impuissant à détailler : la marche\nfunèbre, le scherzo si gracieux, l'héroïque finale nous impressionnèrent au delà de\ntout rêve.\n   Le second jour, Johannes Brahms et César Franck. Brahms, le symphoniste,\nl'auteur d'admirables lieder, du Requiem allemand, du Chant du Destin, etc., celui\ndont l'œuvre — si expressive et si émue — forme la plus complète réfutation de ses\npropres théories antiwagnériennes. Richter nous donna une exécution parfaite de la\nmélancolique Symphonie en mi mineur et Sistermans chanta de superbe façon les\nQuatre Chants graves, sur des paroles bibliques, la dernière œuvre, je crois, du maître\ndéfunt. Les trois premiers de ces chants surtout, traduisant d'une manière presque\ncruelle les amères lamentations de l'Ecclésiaste et le texte célèbre \" O mort,\ndouloureuse au voluptueux, douce au misérable! \" sont terribles et poignants.\n  Que dire maintenant des Béatitudes ? Déjà entendue à Liége, cette œuvre nous\navait émerveillé et profondément ému. Ce fut une joie de la réentendre, de la com­\nprendre et de l'admirer mieux, de retrouver l'émotion première, moins vive peut-\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "132                                   DURENDAL\n\nêtre, les solistes étant inférieurs à Aix. Le « père Franck » a mis dans cette admi­\nrable partition, débordante de foi et d'amour, avec son étonnante science, tous les\ntrésors de son âme simple et pieuse. Que ne puis-je vous détailler ces beautés tou­\nchantes! Oh! cette troisième béatitude! Ce chœur effrayant : Herrscher auf Erden\nbist du, Schmerz, qui proclame la douleur reine du monde, mère des deuils et des\ndésespoirs! Puis des voix désolées s'élèvent, qui s'unissent en une plainte déchirante :\nc'est la mère pleurant son enfant, l'orphelin pleurant sa mère, l'époux pleurant sa\ncompagne, l'épouse pleurant l'époux; ce sont les esclaves tendant vers la Liberté\nleurs bras chargés de fers, les penseurs implorant dans les angoisses de leurs veilles\nl'inaccessible Vérité... E t trois fois, formidable, le chœur affirme l'Homme misérable\nbroyé par l'universelle souffrance. Mais voici que tout s'apaise et la parole inouïe de\nJésus, redite et commentée par les voix célestes, descend vers nous : \" Heureux ceux\nqui pleurent, ils seront consolés. \" Il y a encore à la huitième béatitude le chant de la\nMater Dolorosa au pied de la croix, admirablement dit par Mme Craemer, et vingt\nautres passages également émouvants. Quand entendrons-nous cette merveille à\nBruxelles?\n   La troisième journée du Musikfest, généralement consacrée aux exhibitions de\nsolistes, ne nous a naturellement pas apporté d'impressions comparables à celles-là,\nsi l'on excepte la Suite en ré de Bach, la très belle et douloureuse Symphonie inachevée\nde Schubert et la scène finale des Maîtres Chanteurs. Richter a donné de ces œuvres\nune exécution digne d'elles et c'est tout dire. A côté, le Carnaval de Dvorak et le\nDon Juan de Richard Strauss (qui ne se ressemblent guère) ont paru d'un éclat un\npeu factice. Une robuste pianiste de Berlin, Mme Carreno, a « enlevé » avec un brio\nsurprenant l'ennuyeux Concerto de Rubinstein et deux morceaux de Chopin —\nqu'elle joue moins bien que notre Golesco. Enfin de vieux airs charmants de Lully,\nGluck, Haendel, de beaux lieder de Franz, de Schumann, une assez banale canzo­\nnetta de Haydn, malencontreusement substituée à des chants de Brahms par\nMmc Landi qui, rappelée après une romance de Chaminade, a fait trépigner d'en­\nthousiasme toutes les petites Allemandes en leur minaudant : L'Amour est enfant de\nBohème... Il était temps que retentît la marche des Maîtres Chanteurs. Voici que surgit\nNürnberg et les figures aimées. Voici Hans Sachs acclamé par la foule. Voici\nWalther de Stolzing entonnant triomphalement son Preislied. Voici le noble dis­\ncours du savetier-poète et la glorification de l'art allemand.\n  Et le 74e Festival rhénan s'achèva dans cette apothéose.\n\n                                                              CHARLES MARTENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 135, "titre_corps": "Poésies de Lermontoff", "titre_sommaire": "Poésies de Lermontoff", "signature_source": "Lermontoff", "ancre_debut": "Poésies de Lermontoff", "ancre_fin": "L. 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WALLNER.\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-009", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 141, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "Hachette", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTULEvS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "LES LIVRES\n\n          R a m u n t c h o , de PIERRE L O T I , I vol., chez CALMANN-LÉVY.\n\n\n                                            I\n\n\nD    ÉCIDÉMENT, la chère      Bretagne est devenue trop moderne à l'âme de Loti,\n       inquiète de choses vétustes ou exotiques. Et il s'est mis en route vers d'autres\nterres, plus primitives, plus vierges de la pénétration des alentours et il a atterri en un\nrivage presque perdu, presque séparé du reste du monde, fréquenté seulement à la\nbonne saison par quelques touristes, mais dont les hautes montagnes étaient des bar­\nrières naturelles à l'irruption en masse des colporteurs étrangers. Si bien qu'il est\nresté presque original, ce petit peuple basque, dont l'obscure genèse se perd dans la\nnuit des temps, qu'il vit et qu'il s'agite comme il vivait et s'agitait autrefois, aux\ntemps lointains de la Légende. Car il est légendaire. C'est lui, paraît-il, qui tailla en\npièces, si mal à propos, l'arrière-garde de Charlemagne et priva l'Empire de son\nplus valeureux paladin.\n   Ramuntcho nous initie à la vie de cette race, si profondément restée elle-même,\n immuable dans sa foi, dans ses pratiques, dans ses moeurs, se reposant de ses labeurs\n dans les mêmes délassements Séculaires, le fandango et le jeu de paume au milieu\n de la continuelle évolution des peuples voisins.\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3058, "texte": "136                                     DURENDAL\n\n\n    Cette initiation à une civilisation si locale et si particulière est certes le plus grand\nintérêt du livre. Nous avons ici, comme dans Madame Chrysanthème, par la supé­\nriorité et l'agrément de la forme, une sorte de vulgarisation des itinéraires, la mise\nà portée de tout ce qui caractérise un peuple, le fait même et pas un autre.\nM. Loti s'est départi ainsi de la sécheresse et de la monotonie des livres de voyages,\nqui enregistrent automatiquement les choses vues et entrevues, sans autre trait\nd'union que les hasards de la route. Ici, il y a le roman et, qu'il soit attachant ou non,\nil fait diversion; mais en réalité, il n'est que secondaire. Ce qui attire et séduit Loti,\nce sont les couleurs, la nature des terres primitives, et aussi la physionomie phy­\nsique du peuple, ses coutumes et les idées dominantes de sa vie. Ce n'est pas que\ncette analyse soit bien profonde, que l'auteur, par un envol hardi, s'élève souvent à\ndes considérations philosophiques. Oh! non, il esquisse l'extérieur et ce qui frappe le\nsens : tout juste ce qu'on a pu saisir autour de soi, vite, entre deux appareillages.\nMais encore cette analyse, si frivole, si à ras des choses en apparence, est-elle fière\nparfois et judicieuse. Sous son visage enfariné et inexpressif, Madame Chrysanthème\nvous dira plus du Japon que la compilation de tous les ouvrages sur l'Extrême-\nOrient. Joignez-y Japoneries d'Automne et vous aurez une idée très complète des\ndescendants des fameux Mongols. De plus, quand vous sortirez d'une pagode un\npeu vexé d'entrer dans la contiguë, Chrysanthème sera là, qui vous charmera\nde son babil et de ses mièvretés.\n\n                                             II\n\n   Quant à Ramuntcho, il n'est pas plus Basque que Breton : il est contrebandier\ndes plus acharnés et des plus matois, mais comme il gîte à la frontière, il n'en est\npas plus Basque. Au contraire, il est parent très proche de Jean le Matelot et du\nSpahi du Désert; chez les trois, en effet, il y a la même désespérance, une même\nintelligence embryonnaire, se butant à la même frusticité originelle, entretenue par\nun manque total de culture. Loti a donc repris dans Ramuntcho un thème favori :\nl'intelligence en détresse, entrevoyant, tâtonnant, se débattant, se heurtant et\nretombant enfin, plus amère et plus désillusionnée de ses recherches. Lutte pénible\net angoissante, mais qui, me semble-t-il, n'est pas l'apanage exclusif des âmes non\ncultivées; car, plus on a de lumière et plus on en désire, celle qu'on a parait bien\npâle à côté du foyer étincelant que l'on voudrait avoir. Mais il est vrai qu'une intel­\nligence vide des connaissances fondamentales sera toujours inaccessible à certaines\nidées générales, qui sont comme les pierres de touche des autres et que certains\ndomaines lui seront éternellement fermés. Seulement à cette lueur d'intelligence,\nclairvoyante de sa stérilité, l'auteur assigne une cause propre : l'hérédité.\n  Ailleurs ce sont les voyages, les changements de climats, les séparations brusques,\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "                                     DURENDAL                                     137\n\ndéchirantes, les longs espoirs déçus, les amertumes, tous les cahotements d'une vie\naventurière, de discipline et d'abnégation, qui forment les facultés, les amplifient et\nles appuient. L'explication valait infiniment mieux. Émettre des concepts de ce genre\nclans des œuvres consécutives, c'était, aux yeux de tous, relever une classe de la\nsociété, c'était, en animant des âmes que l'on croyait déprimées par la peine et le\ndur labeur, la mettre en quelque sorte sur le pavoi, l'auréoler d'un rayonnement\nde plus la pure et de la plus touchante poésie.\n   Ramuntcho, au contraire, nous apparaît comme un névrosé son père naturel l'était\naussi, il est vrai; il a la nostalgie de son clocher qu'il tient de sa mère et de l'ha­\nbitude et la curiosité fiévreuse, legs paternel.\n   D'ailleurs, tout est inachevé dans le roman; le drame s'annonce pathétique et il\nse termine au premier acte, brusquement, obligeant le lecteur de concevoir par\nlui-même la grandeur des sacrifices. L'action est trop intime et c'est trop de nous\navoir aiguisé l'appétit par un drame sensationnel et nous contraindre finalement à\nnous replier sur nous-mêmes. Si M. Pierre Loti a voulu nous montrer par là la\nsurhumaine beauté du renoncement chrétien, et sa toute-puissance pour dompter\nune âme farouche, égarée par la passion, il a prouvé une thèse, mais le roman n'en\nreste pas moins languissant.\n   Il a réussi à nous peindre un malheureux assailli par la mauvaise fortune et rien\nde plus, car il n'a pas voulu nous dire ni sonder la profondeur de son héroïque\nabnégation.\n                                                      CONSTANTIN DE MOREAU.\n\n\n\n\n         L. BLOY : L a F e m m e P a u v r e . — Paris, Mercure de France.\n\n\n\nL    IVRE singulier, bizarre et inégal, comme son auteur. Reprenant un de ses\n       thèmes favoris, l'éloge de la pauvreté, L. Bloy étudie dans sa dernière œuvre\nles étapes successives que franchit une âme, partie de l'état le plus abject de misère\nplate et grossière pour se hisser aux cimes surnaturelles de l'esprit de pauvreté.\nIci, le misérable subit son sort matériellement, écrasé sous le poids de sa destinée,\nsans la comprendre, sans l'aimer; là-haut, la pauvreté s'illumine de tous les feux\nde l'esprit, elle est acceptée avec joie pour elle-même et pour Dieu !\n    Clotilde Maréchal a péniblement gravi tout ce calvaire de la pauvreté. Fille de\ngens infâmes, élevée dans l'ignoble ménage Chapuis, elle a connu toutes les affres\nde la vie sale et bête, sans horizon, sans cœur, sans âme. Un hasard la jette sur le\nchemin du sculpteur-poète-musicien Gacougnol, qui devine sa nature rare et riche,\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "138                                    DURENDAL\n\nsous son enveloppe de miséreuse; il l'éduque, l'instruit et la fait participer à une\nvie intellectuelle et purifiée. Clotilde s'affine et se pénètre peu à peu de l'esprit\nchrétien le plus délicat. Cacougnol vient à mourir et laisse Clotilde sans soutien,\nlorsque parait Léopold, un ami de Cacougnol, qui l'aime et l'épouse.\n   Les premières années de ce mariage sont douces, sans mélange. Fuis arrive le\nmalheur, sous ses formes les plus poignantes : la mort de l'enfant, la cécité du\nmari, la pauvreté, les taudis infects, les persécutions du voisinage et finalement la\nmort héroïque de Léopold dans le brasier de l'Opéra Comique.\n   Clotilde supporte tout d'une façon surnaturelle et sainte. Elle est la femme\npauvre, dans toute la force du terme, abreuvée des pires douleurs, jamais abattue et\nforte du divin esprit de pauvreté qui l'anime.\n   Et à propos de cette histoire, « longue digression sur le mal de vivre, sur l'infer­\nnale disgrâce de subsister, sans groin, dans une société sans Dieu », formant un\nensemble ondoyant et divers, voici une évocation grandiose du moyen âge et de\nsplendides chapitres sur la Salette et l'enluminure.\n\n                                         *   *\n   Bloy ne change guère. \" C'est toujours la violente couleur de l'écrivain, sa\nbarbarie cauteleuse et alambiquée; le tumulte sage de ce vocabulaire panaché de\nflammes et de cendres, ainsi que le Vésuve aux derniers jours de Pompéi, balafré\nd'or, incrusté, crénelé, denticulé de gemmes antiques, à la façon d'une chape de\nmartyr — mais surtout, comme Bloy continue à le proférer lui-même par la\nbouche de Léopold — c'est l'élargissement prodigieux qu'un pareil style confère\nsoudain à la moins ambitieuse des thèses, au postulat le plus infime et le plus\nacclimaté!... >\n  C'est encore l'importance inconcevable et orgueilleuse qu'il s'accorde sous les\nespèces de Marchenoir; c'est la répugnante ingratitude qu'il affecte envers tous ceux\nqui lui voulurent du bien : \" l'ignoble duc d'Aumale, crasseux académicien de\nChantilly » ou Huysmans « qui tripote l'extase après avoir baisé le croupion\ndu diable ».\n  Cette grossièreté à jet continu finit par lasser. Depuis longtemps ne se lisait plus\ncelui que Bloy invectivait Prince de la Crapule; pourquoi serions-nous attirés encore\npar ces engueulades familières qui, à force de vouloir frapper fort, cessent de frap­\nper juste? Le pître qui sur ses tréteaux se démène et débite en hurlant un boniment\ntoujours le même, dans la monotonie de ses coups de gueule, fera bien entrer\nquelques curieux dans la baraque, les autres passeront en haussant les épaules. Ils\nauront peut-être tort, car des choses belles, grandes et pures leur seraient révélées,\nà côté de tant d'autres, hélas !                                           E. D.\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "                                      DURENDAL                                      139\n\n             GEORGES RAMAECKERS : L'Hymnaire            du Printemps.\n                               (Collection de la Lutte.)\n\n     'EST réellement une belle touffe de lilas blancs, tout humectés de pureté et\nC      d'aurore, que nous offrit là Georges Ramaeckers.\n  L'âme ardente et joyeuse de l'adolescent exulte dans cet hymnaire aux azurs,\naux blés, aux souffles du Renouveau; un peu de préciosité se mêle parfois à ces\nchants, un peu de gaucherie aussi, — mais clans l'ensemble, quelle poésie person­\nnelle et sincère que celle-là, une poésie de jeunesse pensive et de passion chaste,\nauréolée du sentiment chrétien.\n  L'Hymnaire du Printemps est d'un poète et d'un catholique.\n  Cela vaut un double proficiat.                                         F. V.\n\n  SALLAGE ORNUDAC : En        Pèlerin par les Routes (sans mention d'éditeur).\n\n    N recevant le livre, au vu du pseudonyme, du titre, des épigraphes, je crus à\nE     une fumisterie de quelque Alphonse Allais belge; il y a, en effet, quelques\ngageures d'un esprit presque bebête, puis, tout à côté, de belles pages méditatives\nsur le rêve, la jeunesse, l'amour, de personnelles notes de voyages et, pour finir,\ndes vers d'une haute envolée mystique.\n  Singulière salade où il y a de la mystification — et du talent.\n                                                                        F. V.\n\n           JULES GILLARD : Idées de Demain. — Liége, GODENNE.\n\n    ES Idées de Demain, que M. Gillard développe en un style où se ressent\nL     l'influence de M. Vogué, sont plutôt des idées d'aujourd'hui — et presque des\nidées d'hier : c'est, en quelques pages, où il y a du souffle et de l'allure, la synthèse\nde la renaissance idéaliste qui marqua ces dernières années.\n  L'œuvrette dénote des lectures diverses et sagaces; elle est d'un débutant qui\npromet — et dont nous attendons avec confiance un travail plus personnel.\n                                                                               F. V.\n\n        Les sept lueurs d'Elohim. — Heptalogie, par EDGARD BAES\n                      Bruxelles, LACOMBLEZ, éditeur\n\n   L'aventure de la vie vers Hêtre, du relatif vers l'absolu, de l'expression vers\nl'inexprimable, se déroule en sept tableaux parmi une somptuosité de symboles et\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "140                                    DURENDAL\n\nd'allégories. L'œuvre est surtout artiste, n'enseignant pas, mais exprimant, mon­\ntrant, par tout ce qui peint aux yeux, manifeste à l'esprit. Le symbole du nom­\nbre, surtout, le plus proche, peut-être, des insaisissables essences, apparaît, ici,\navec son émoi énorme et confus de tonnerre. Comme au Sinaï, c'est l'unité primor­\ndiale et rimante que célèbrent tous ces nombres, ces images, ces symboles, surtout,\nqui sont, peut-être, des quantités encore, étant un rapport fixe ainsi que les formules\nde l'algèbre, mais mesurant des pouvoirs expressifs au lieu de fonctions mathéma­\ntiques. L'œuvre du si subtil esthète est évidemment de celles réservées à une\nélite dès longtemps déjà accoutumée à le suivre par les plus hauts et ardus chemins.\n                                                                          EDMOND JOLY.\n\n\n\n   Le Mercure de France publie dans sa collection, sous le titre Crépuscules, les\npoèmes de M. ANDRÉ FONTAINAS, parus en ces dernières années : Les Vergers illu-\nsoires; Nuits d'Epiphanies, etc.\n   Si même l'humilité nécessaire du prosateur en une telle question, nous permettait\nd'émettre quelque opinion sur le vers polymorphe, encore le lieu conviendrait-il\nmal pour quereller M. Fontainas au sujet des libertés, le plus souvent heureuses,\nd'ailleurs, qu'il prend avec la muse. Nous préférons détacher simplement du volume\nla pièce suivante qui donnera une idée de la manière musicale et colorée du poète :\n\n\n                                      LE GIVRE\n\n\n                      Un givre vert, rêve d'argent, se perpétue\n                      Aux vitres où les pleurs se sont figés, statue\n                      Avec, sinon de fée et leurs frêles   pâleurs,\n                      La guirlande au Léthé dont s'esseulent les fleurs.\n                      De toute autre un vain rire insulte, et c'est un piège.\n                      J'ai cueilli, moi, parmi les jardins de la neige\n                      Les meilleures et les corolles d'horizon.\n\n                      Je sais, molles blancheurs d'un magique ga^on,\n                      Que c'est le gel splendide oit tourne myriades\n                      Le chœur entrelacé des antiques     dryades;\n                      J'y vole, faune! et mon Désir, de l'antre noir\n                      Où la vie a rivé m'es pas, s'irrite à voir\n                      Illusoire, au delà d'un rêve et des féeries,\n                      Une danse unanime animer les prairies.\n                                                                         ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "                                    DURENDAL                                     141\n\n  A u p r o c h a i n : Les Vierges aux Rochers, par G. D'ANUNZIO (Calmann-Lévy). —\nAventures, par EDOUARD DUCÔTÉ (Mercure de France). — Fables, par EDOUARD\nDucôTÉ(Perrin). — Rhytmes oubliés et Poussières, par BARBEY D'AUREVILLY (2 vol.,\nchez Lemerre). — Montalembert, par le Vicomte DE MEAUX (Calmann-Lévy). —\nFêtes et Flammes, par MAURICE GRIVEAU (Bruxelles, Coomans). — Ruskin et la\nReligion de la Beauté, par ROBERT DE LA SIZERANNE (Hachette).\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-06-n6-010", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 141, "page_fin": 144, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULEvS", "ancre_fin": "t encore : Stas honore l'humanité ! Sans a parte, voilà des vers qui honorent la littérature belge !", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 1946, "texte": "NOTULEvS\n\n\nD      E L'EXALTATION. — Très justes ces remarques de l'Ermitage :\n         L'exaltation est la déplorable conséquence des théories du Naturisme tout\ncomme l'éloquence creuse fut l'apanage de la poésie du cœur inaugurée par Musset.\n   L'exaltation gâte des poètes tels que MM. Pioch et Rency, elle en gâtera d'autres\nencore, il est facile de voir comment :\n   Un poète s'enivre, par exemple, d'une nuit d'été; loin qu'il attende l'heure ou la\nsensation brutale du premier moment, sans rien perdre en force, aura déposé sa\nlie, il aligne des cris sur le champ; la condescendance du vers libre lui facilite la\nbesogne ainsi que l'infini vocabulaire des néologis mes... Je veux bien, mais à écrire\nainsi, on arrive à une bouffissure de style qui annule l'effet rêvé par l'auteur, à\nmoins qu'on ne produise de petits vers simplets, dignes d'enguirlander les flûtes à\nl'oignon.\n   Jeunes hommes des champs qu'indispose l'artifice de M. Mallarmé, méditez bien\ncette petite phrase de M. de Gourmont : L'instinct abolit jusqu'au génie.\n\n\n\n\nN    os lecteurs trouveront, encarté dans ce numéro, le programme de la revue :\n        Le Sillon.\n   Nous ne pouvons assez leur recommander de suivre les mouvements d'idées de ce\ngroupe qui représente la jeunesse catholique de Paris en ce qu'elle a de plus sincère\net de plus clairvoyant.\n                                         *\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "142                                    DURENDAL\n\n\n\nI  L paraît qu'on a osé toucher à l'Arche...\n       Et ce qui rend cette profanation d'autant plus sacrilège, c'est que les gardiens\nmêmes de l'Arche en sont les auteurs...\n   Oyez en effet ceci : l'Académie a couronné l'œuvre poétique de M. Fernand\nGregh dont tous les vers ne sont point conformes à la poétique traditionnelle.\n   Cela a remué quelque peu la presse française ; cela agite particulièrement la\nJeune Belgique.\n   Dans l'article qu'il consacre à la décision de l'Académie, M. Gilkin néglige\nd'examiner si M. Gregh est pourvu ou non de talent, si son livre a de l'originalité,\nde l'inspiration ou du souffle... Non, l'Académie a approuvé quelques vers de treize\npieds, et cela suffit pour que « sa décision soit un encouragement, un véritable\nappel aux licences poétiques ».\n   Nous avouons que toute cette émotion ne nous émeut guère; et nous nous appro­\nprions volontiers le mot de M. Jules Lemaître, interviewé sur l'incident : « La\npoésie ne fait pas le poète, répondit-il, et le prix était destiné à un poète. »\n   Le moment, du reste, est peut-être mal choisi pour la Jeune Belgique de prôner\nle vers régulier comme le moule exclusif et prédestiné de la beauté, quand elle\npublie d'autre part ces vers très traditionnels, mais d'un gâtisme sénil ou enfantin\n— comme elle voudra — d'un M. J. de Saint-Germain :\n\n                                 Les fous\n                                  Très doux\n                     Vivent sans désirs, sans peur, sans envie;\n                    Ils savent le sens obscur de la vie.\n                                 Ils ont\n                                 Au fond\n                    De leurs yeux profonds, la sagesse vraie ;\n                    Rien ne les émeut, rien ne les effraie !\n    Etc.,   etc..\n    !!!\n\nMORT        du duc d'Aumale — le dernier des grands seigneurs de lettres.\n\n\n\n\nN    OTRE ami, l'abbé Hector Hoornaert, annonce son retour en Belgique par de\n      beaux sonnets parnassiens : D'après Velasquez — publiés dans le numéro de\njuin de la Revue Générale.\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "                                    DURENDAL                                      143\n\n     E XXe- Siècle — où se révèle d'intervalles un louable souci d'art — fait, sous\nL      la plume de Maurice Dullaert, cette judicieuse remarque à propos du féti­\nchisme de convention qui règne à l'égard du « Grand Siècle » :\n   « Il faut, pour s'éprendre d'une telle époque, méconnaître singulièrement les lois\nqui président aux évolutions historiques. L'histoire est logique, en dépit des appa­\nrences : elle ignore les voltes subites, les brusques reculs. Les faits et les idées\nengendrent sans trêve les idées et les faits. Nul ne s'isole, indépendant d'hier,\nétranger à demain. Autant que les individus, les sociétés ont une filiation intellec­\ntuelle et morale, subissent et exercent, dans le domaine de l'esprit, les influences\nataviques. Comment, dès lors, eût-il été vertueux et croyant, le siècle qui, héritier\nde Rabelais et de Montaigne, allait enfanter M. de Voltaire et Jean Jacques ?\n    Le vrai, si l'on pénètre au delà du vain décor officiel, si l'on arrache à ce temps\ntartufe son masque de décence et d'orthodoxie, c'est que le dix-septième siècle, où\nfulgure tant de génie, se révèle étonnamment incrédule et dévergondé. Il semble, à\n distance, le règne majestueux de l'Ordre; il n'est, vu de près, que le triomphe, dans\n les intelligences comme dans les moeurs, de l'anarchie. Molière l'incarne au même\n titre que Corneille, et La Fontaine plus peut-être que Bossuet.\n\n\n\n P   ENSÉE   du Mois :\n               « La lâcheté nous bride et les sots vont disant\n               Que, sous ce vieux soleil, tout est fait à présent;\n               Comme si les travers de la famille \"humaine\n               Ne rajeunissaient pas chaque an, chaque semaine.\n               Notre siècle a ses mœurs, partant sa vérité,\n               Celui qui l'ose dire est toujours écouté. »\n                                            A. DE MUSSET. (Une Soirée perdue.)\n\n\n\n\n S   UR la Grand'Place de Courtrai, au centre d'un pâté de maisons vouées à la\n      démolition prochaine, se dressent de petites halles aux tours sveltes et élan­\n cées, d'un réel cachet moyenâgeux et qui donnent à la 'partie principale de la ville\n celte adorable physionomie d'archaïsme artistique qui fait la gloire et la beauté de\n nos vieilles cités flamandes.\n   A s'en fier à des « on dit », ces halles et leur beffroi seraient rasés en même\n temps que les bâtisses qui les entourent; on ferait place nette !\n   Nous nous permettons de n'en rien croire; et s'il est des marchands de soupe qui\n caressent ce rêve, nous comptons, pour résister à leurs projets utilitaires et mercan-\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "144                                  DURENDAL\n\ntiles, sur l'édilité courtraisienne qui, dans la personne surtout de son chef, a fait\npreuve souvent d'un actif et louable souci d'art.\n   La démolition de ce petit monument historique — sous quelque motif que ce soit,\nfût-ce pour le remplacer par une caserne postale — constituerait le plus odieux des\niconoclasmes.\n\n\n      LA statue récemment inaugurée du chimiste Jean Stas a dû subir des vers de\n       M. Charles Potvin, dont ci un spécimen :\n\n                         Chacun de nous s'en remémore :\n                         Jusqu'au Trône il avait porté\n                         Les plaintes de la Liberté\n                         Et le Roi disait a parte,\n                         Et le pays redit encore :\n                         Stas honore l'humanité !\n\n  Sans a parte, voilà des vers qui honorent la littérature belge !\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 138, "texte": "JUIN 1897 ( Q U A T R I È M E A N N É E . )                                           Prix du numéro : fr. 0 . 6 0 .\n\n\n                                                            •••\"\"\"•\"•'-\"'••\"•-\"\n\n\n\n\n                                               ixâ d à<t liffcntJn«\n\n                                                           SOMMAIRE DU N° 6\n\n\n\n\n                                              1. F . V. — Le R. P. Van Tricht.\n                                              2. ARNOLD GOFFIN. — Octave Pirmez.\n                                              3. FERNAND SÉVERIN. — Poème d'Amour. —\n                                                    Adolescence.\n                                              4. J. D'EGHNY. — Histoire d'une Idée.\n                                              5. FRANZ ANSEL. — Tristesse devant les Iles.\n                                              6. CHARLES   MARTENS.               —     Le   74e   Festival\n                                                 rhénan à Aix-la-Chapelle.\n                                           7. L. WALLNER. — Poésies de Lermontoff.\n                                           8. F . V., A. G., E. D., C. DE M., E. A. J.\n                                                 — Les Livres.\n                                           9. Les Revues.\n                                          10. Notules.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": ""}, {"page_pdf": 140, "texte": " Juin .1897                    DURENDAL                          N° 6\n\n\n\n\n              Le R. P. V a n Trient\n                    CELUIqui vient de disparaître fut un bon religieux et\n                     un savant distingué.\n                        E n le souvenir qu'on gardera de sa personnalité\n                     intellectuelle, prédominera cette caractéristique :\n                     qu'il sut dépouiller la science de sa sécheresse\n                      rébarbative et doctorale, la rendre aimable et\npresque coquette, la mettre à même la compréhension de tous en\ndes conférences de claire, élégante et vive écriture — qu'un débit\nremarquablement nuancé haussait en valeur.\n    On sait que nous , n'avons jamais partagé l'enthousiasme des\nadmirateurs du R. P . Van T r i c h t pour ses causeries seconde\nmanière — celles où, dans une intention évidemment irrépro­\nchable, il ménagea indulgemment les faiblesses et les manies des\nauditoires mondains (le mot est du Bien public d'hier) et crut devoir\ndorer la pilule des vérités religieuses et morales quand il parlait\ndevant des « gens de qualité ».\n    P o u r avoir jadis émis cette appréciation, nous sommes aujourd'hui\npris à partie dans certaines nécrologies consacrées au défunt.\n    L'occasion de nous attaquer eût pu être plus chevaleresquement\nchoisie : en face de la mort nous nous refusons à des escarmouches\n littéraires.\n    Au cercueil de ce religieux vertueux, de cet éducateur dévoué,\n de cet écrivain dont l'existence fut riche sinon en grandes, du\n moins en bonnes œuvres, nous adressons respectueusement le salut\n des armes !\n     30 J u i n .                                             F . Y.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "118                                   DURE.NDAL\n\n\n\n\n              OCTAVE                         PIRMEZ (I)\n\nA               SES débuts, la Jeune Belgique, dont les admirations et les\n                insolences scandalisaient presque également les manœu­\n                vres qui représentaient les lettres belges à cette époque,\n                s'honora en saluant dans Octave Pirmez un des précur­\nseurs du réveil qu'elle était la première à manifester.\n   A vrai dire, nul ne fut moins homme de lettres que Pirmez et j a m a i s\nil n'eût pris part, ni même intérêt, aux querelles et aux polémiques,\nconvaincu, sans nul doute, de leur flagrante inefficacité, et, qu'après\nune oiseuse dépense d'arguments et de preuves, chacun conserve son\nopinion originelle, obstinément.\n   Il y a quelque vanité, en effet, à vouloir ramener quelqu'un à un\nsystème qu'il réprouve ou ne conçoit pas : laissez donc l'artiste œuvrer\nselon son pouvoir et ses facultés, sans prétendre lui imposer votre\npropre mesure, ni davantage subir la sienne. L'avenir fera justice.\n   Aussi bien les démonstrations les plus claires et éloquentes, solides\nau point d'exclure toute réplique, restent-elles dénuées de prise sur\ncertains esprits intangibles, tout simplement parce que ce qu'ils\nappellent leur idiosyncrasie les rend inaccessibles aux formes logiques\n du raisonnement... E t l'on se d e m a n d e à quoi il sert de discuter avec\n de telles gens qui, dans l'opinion de leurs contradicteurs, ne doivent\n même point valoir la peine d'être convaincus?\n    Les derniers fruits de notre mouvement n'auraient pas laissé de\n surprendre Pirmez, cependant, de l'inquiéter pour l'avenir intellectuel\n de sa p a t r i e ; car, en réchauffant cette terre h u m i d e , le soleil littéraire\n féconda, en même temps, quelques marécages dont jaillit une étrange\n moisson de germes hétéroclites... Encore si les produits de ces espèces\n  (1) HENRY MAUBEL et JAMES VANDRUNEN.—Octave Pirmez. — Impressions. — Souvenirs. (Bruxelles,\nImprimerie Générale.)\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                              DURENDAL                              119\n\n\nde bouillons de culture pouvaient servir à vacciner les survenantes\ngénérations et les prémunir contre la contagion !\n   Dans la jalouse solitude de sa vie, dans la solitude — plus eni­\nvrante encore — de son œuvre, Pirmez se fût étonné sinon effarouché\nde trop bruyants hommages, et la curiosité qu'une courtoise récipro­\ncité l'aurait astreint à témoigner pour les ouvrages nouveaux, lui\nserait devenue une rançon un peu dure.\n   M. James Vandrunen, chargé en 1879 du tracé d'un railway destiné\nà écorner u n coin du parc d'Acoz, nous raconte, avec son ordinaire\nverve pittoresque, l'accueil plutôt déconcertant du propriétaire.\nDe quel œil, plus ennemi encore, celui-ci eût-il considéré une intru­\nsion dans le méditatif domaine, les habitudes ordonnées à la fois et\nvagabondes de sa pensée? L'obligation de s'occuper de notre outran-\ncière et tapageuse littérature aurait équivalu, pour lui, au passage\nd'une seconde voie ferrée au travers la spéculative mélancolie de ses\nrêves, le cours accoutumé de sa flânerie et de son recueillement. Car\nsa vie et sa pensée adoptèrent, en quelque sorte, la même forme,\ninsoucieuses, l'une et l'autre, de succès et d'actualité, incapables de\npactiser avec la mode dans un but d'intérêt ou de gloriole, et, entre\ntoutes les foules, la foule littéraire lui inspirait évidemment la\nmoindre s y m p a t h i e . . .\n\n   E n parcourant ses livres, on aime à s'imaginer l'existence de lec­\ntures entrecoupées de songeries, de voyages semblables à des pèleri­\nnages; la voie d'isolement sans misanthropie, d'absorption sans aigreur\nni dédain, la longue et lente familiarité avec soi-même, la fréquenta­\ntion assidue des campagnes et des bois, susceptibles d'engendrer et de\nnourrir une telle œuvre imprégnée, toute, de sérénité triste et de beauté\nreligieuse.\n   Pirmez n'envisageait point la nature du sec regard du savant ou du\nstatisticien ; mais avec les yeux clairvoyants du philosophe et du poète\ndont la pensée s'exalte à la splendeur vivante des apparences et, en\nmême temps, perçoit leur signification supérieure, leur rayonnement\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "120                             DURENDAL\n\n symbolique et qu'elles valent surtout comme le témoignage unanime,\n l'emblème multiforme et magnifique de la vérité surnaturelle.\n    Il n'enseigne, ni ne moralise; il parle simplement pour donner une\n figure précise aux idées qui hantèrent sa préoccupation, le charmèrent\nou l'attendrirent, et souvent, à la poignante ardeur, à l'indéfinissable\naccent voilé de la phrase, le souvenir plus personnel se devine, la\nnostalgie ou le regret qui ont laissé sur les mots l'empreinte de leur\npalpitante et nerveuse angoisse...\n    « Tout homme qui s'analyse, dit-il, sentira trembler en lui deux\nmondes qui se pressent dans un embrassement d'extase et de douleur.\nCe charme inquiet est plus poignant à mesure que les forces de\nl'esprit et les instincts naturels s'approchent de l'équilibre.\n    » On vit alors dans un mirage, balancé entre une terre que l'esprit\nrend diaphane et des régions sereines où s'engagent encore les formes\nde la matière. »\n    Phrase magnifique qui ramasse, comme en un prisme, toute la\nlumière d'une noble et anxieuse carrière de pensée...\n\n   En quelques pages éloquentes et subtiles, M. Henry Maubel nous\na évoqué la physionomie morale de ce penseur fier et tendre qui passa\npresque incognito, son œuvre méditative relevant d'un ordre intel­\nlectuel et sentimental trop rare pour qu'elle pût espérer émouvoir\nquelque écho... Elle n'est point, en effet, de celles que l'on cite; la\nmatière de ces livres est à la fois trop claire et trop obscure ; l'harmo­\nnieuse et vibrante simplicité de leur langage, la gravité de leurs entre­\ntiens, en même temps que l'orientation de leur philosophie rebutent\nles esprits gâtés par le redondant amphigouri à la mode.\n   La vogue ignore de tels ouvrages, prédestinés à cette meilleure\nfortune de rencontrer, de temps à autre, quelque compréhensif lecteur,\nquelque généreux artiste, capable — comme M. Maubel — d'admirer,\nd'expliquer son admiration et de la rendre contagieuse.\n\n                                                  ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                     DURENDAL                                             121\n\n\n\n\n     POÈME D'AMOUR\n                       Sa robe où tous les plis contenaient de la grâce !\n                                                         VICTOR   HUGO.\n\n\n\nJ'ai senti, quand j'ai vu cette enfant qui s'ignore,\nCombien, malgré les ans, mon cœur est jeune encore!\n\nElle a, sans le savoir, la fraîcheur d'un matin -\nQu'emplit l'agreste odeur de la sauge et du thym.\n\nSa candeur, sa douceur enchantent la pensée :\nElle est comme une fleur couverte de rosée!\n\nO délices! J'envie, à chacun de ses pas,\nLe gazon qui fléchit sous ses pieds délicats!\n\nA chaque mouvement, son corps nerveux             et frêle\nDévoile, semble-t-il, une grâce nouvelle.\n\nEt le lin virginal qui vêt cet être exquis\nA, pour le révéler, les plus nobles des plis.\n\nSa parole, autant qu'elle, est ingénue et tendre,\nEt c'est chose charmante et douce de l'entendre.\n\nEt cependant sa voix, que voile une langueur,\nEst d'un accent profond qui fait trembler le coeur.\n\nHélas! et quand je vois son douloureux sourire,\nMon cœur en est troublé plus que je ne puis dire.\n\nElle est mon mal secret, ma joie et mon émoi,\nLe doux être fatal qu'on aime malgré soi.\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "122                             DURENDAL\n\n\n            Et je ne sais plus rien, tant mon trouble est étrange,\n            Que sourire, en disant à mi-voix son nom d'ange.\n\n            Et mes yeux, désormais, n'aiment plus le printemps\n            Que parce qu'il me fait penser à ses vingt ans.\n\n      P r i n t e m p s 1897.                   FERNAND SÉVERIN.\n\n\n\n\n                  ADOLESCENCE\n           « M'aimes-tu? » disait-il, et la douce, et la chère\n           Détournait à demi sa tête frêle et fière;\n           Comme frissonne . au loin une aurore d'avril,\n           Lentement, doucement, sur ce front puéril,\n           Se levait la clarté tranquille du sourire\n           « Regarde, si tu veux, » semblait-elle lui dire,\n           Et l'aveu frémissant était dans ses grands yeux.\n\n           Et c'étaient des propos charmants, des mots joyeux\n           Et sans suite, des chants aimés où leurs tendresses,\n           Indociles au rythme, avaient mis des caresses,\n           De longs silences, pleins de regards échangés;\n           Et, malgré tant d'aveux, l'un à l'autre étrangers,\n           Des aveux répétés sans cause, que d'entendre\n           Résonner autour d'eux leur voix fragile et tendre.\n\n                                                FERNAND SÉVERIN.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                        DURENDAL                                           123\n\n\n\n\n                L'HISTOIRE D'UNE IDÉE (1)\n\n                    L ' I D É E c'est\n                              de convoquer à Paris, en 1900, à l'occasion\n                  de l'exposition universelle, un second congrès des\n                   religions, pareil à celui qui s'est tenu à Chicago, en\n                   1893, avec l'éclat et le succès que l'on sait. L'histoire\n                   est celle des efforts tentés pour faire aboutir l'idée\n         par M . l'abbé Victor Charbonnel, qui demeure, à l'heure\n         présente, le principal champion du Congrès.\n           L'idée a été très diversement accueillie, et son promoteur\na cru intéressant de fixer le souvenir des péripéties variées par\nlesquelles elle a passé jusqu'à ce jour.\n   E n traits rapides, voici l'histoire de ces phases successives. E n 1895,\nun certain nombre de catholiques français se réunirent pour jeter les\nbases de l'organisation d'un second congrès des religions. Ce comité\nne rencontra point le patronage sous lequel il devait naturellement se\nplacer et qu'il avait cherché à obtenir, celui des cardinaux et des\névêques français. Ce premier insuccès ne rebuta pas l'abbé Charbonnel,\nqui crut pouvoir agir sur l'Église par l'opinion publique. Il préluda à\nce mouvement par un article publié le 1e1\" septembre 1895, dans la\nRevue de Paris, et qui était, dit son auteur, rédigé avec le souci de\nformuler, en une manière de synthèse, les aspirations éparses et\nconfuses dans une partie du jeune clergé.\n   P a r malheur, il y eut dans cet article des phrases blessantes, peu\nfaites pour provoquer les sympathies qu'on désirait par dessus tout se\nconcilier. Je cite celle-ci qui choque dès le début : « L e P a r l e m e n t\ndes religions (de Chicago) rompait la tradition de ces colloques, confé­\nrences et conciles où des théologiens s'exaltèrent jadis en des discus­\nsions qui finissaient par des anathèmes et des révoltes. » On le verra\n   (1) Abbé VICTOR CHARBONNEL. — Congrès universel des religions en 1900. Histoire d'une   idée.\nParis. Colin, 1897. In-12°, pp. VI-300.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "124                                       DURENDAL\n\n\npar la suite de cette histoire, M. l'abbé Charbonnel, qui prêche pour\nune manifestation de paix religieuse, n'a guère le tempérament\nironique, ni le parler mesuré. Il a beau crier à tue-tête qu'il ne faut pas\nde polemos, mais il ne paie guère d'exemple. Je sais qu'il prétend\nn'avoir parlé que pour se défendre. Nous verrons bien.\n    L'article de la Revue de Paris, sans se heurter précisément à une\npresse mauvaise, ne l'eut pas aussi caressante que l'eût souhaité\nl'abbé Charbonnel, surtout de la part de la presse catholique. A part\nla Gazette de France, le Gaulois et le Monde, cette presse resta froide,\nindifférente et silencieuse; même quelques journaux, à tort selon\nnous, se montrèrent carrément hostiles et donnèrent de leur désappro­\nbation d'assez pauvres raisons. E n particulier, on n'avait pas le droit\nd'invoquer contre le projet de M. l'abbé Charbonnel un avertissement\nenvoyé par Léon X I I I aux évêques d'Amérique, relativement à des\nassemblées religieuses mixtes qui se tiennent fréquemment aux\nÉ t a t s - U n i s . Il est évident que la lettre du Saint-Père à Mgr Satolli,\nne visait d'aucune façon l'idée du congrès des religions de P a r i s .\n    Nous arrivons au point culminant de l'histoire. M. l'abbé Char­\nbonnel sent que la résistance à l'idée vient de l'archevêché de Paris.\nAussi bien, il avait eu le tort de se passer jusque-là du cardinal\nRichard et de ne pas se soucier de ses intentions. E t maintenant que\nfaire pour remonter ce c o u r a n t ? M. Charbonnel ne trouve rien de\nmieux que de parler au cardinal Richard, dans une lettre ouverte, qui\nfut publiée par L'Éclair, le 14 novembre 1895. Procédé éminemment\n maladroit, pour ne rien dire davantage, et ne point parler de\n démarche irrespectueuse. Comment, en effet, se bercer un seul\n instant de l'illusion que pareille mise en demeure, insolite au premier\n chef, aurait le moindre effet utile sur les convictions du cardinal\n Richard et de l'épiscopat français ? Dès lors, pourquoi y recourir ? De\n plus, il règne dans la lettre de M. Charbonnel à S. É . le cardinal de\n Paris un ton qui est bien fait pour déplaire, et M. Réville a dû con­\n venir qu'on ne traite pas ainsi les gens qu'on espère persuader (1).\n   (1) Revue de l'histoire des religions, t. XXXV, 1897, p. 266.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                DURENDAL                                125\n\nDans la lettre en question, certains catholiques sont traités de\nsectaires ; il y a pour le clergé une hottée de choses désagréables :\n« Somnolence de sacristie; clergé administratif et financier; la voix\nqui sort des nécropoles; l'Église de France boudeuse et maugréante se\ntenant à l'écart des grands mouvements de la pensée contemporaine\net ne sachant plus que les gémissantes litanies qu'on marmonne au\nfond des temples désertés. »\n   M . l'abbé Charbonnel se rend bien un peu compte de sa maladresse ;\nmais comme le trop grand nombre de ceux qui ont fait un pas de\nclerc, il donne de sa conduite de mauvaises excuses, qui ne font\nqu'aggraver son cas. Il avait observé la plus sage réserve, ses adver­\nsaires étaient irréductibles, il fallait donc donner énergiquement tort\n à des sectaires inintelligents, d'autant plus qu'en affirmant carrément\nl'idée, on ferait le congrès.\n    Erreur profonde, comme le prouve la consultation de la Revue bleue,\ninaugurée le 16 novembre 1895. M. Charbonnel y a fait défiler et a\nreproduit dans son livre une trentaine de lettres. P a r m i les témoi­\ngnages catholiques qui sont favorables à son idée il n'y a que le\nP . Didon et l'abbé Lemire, le reste des adhésions, très honorables\nd'ailleurs, se recrute parmi les juifs, les protestants ou les libres-\npenseurs. P a r m i les opposants, il faut citer les cardinaux Meignan et\nBourret, Mgr Jauffret, évêque de Bayonne, Mgr de Harlez, l'abbé\nF r é m o n t , le R. P . Baudrillart, M M . de Vogue, de Meaux, G. Séailles\net Anatole Leroy-Beaulieu. On voit par cette énumération que les\ncontradictions ne partaient pas uniquement des « quartiers d'hiver des\nsacristies ou des nécropoles » pour parler la langue de M. l'abbé\nCharbonnel.\n    L a phase la plus mauvaise de l'idée de M. Charbonnel a été\ntraversée en Belgique. E t pourtant, M . Charbonnel le constate, le\ndiscours de Mgr Keane au congrès de Bruxelles, en 1894, avait été\naccueilli par les plus chaleureux applaudissements. A h ! si le congrès\nde Paris eût rencontré Mgr Keane au lieu de trouver l'abbé Char­\nbonnel ! L à est toute la différence de l'accueil qu'ils reçurent l'un et\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "I26                                     DURENDAL\n\n\nl'autre en Belgique. Invité à exposer à Bruxelles, devant le Cercle\nartistique et littéraire, le projet du congrès des religions, M. Char­\nbonnel le fit d'une façon qui ne souleva pas trop de protestations. Il\nn'en fut plus de même quand il eut l'inspiration malheureuse, de se\nproduire, à Gand surtout, dans des milieux où l'on pouvait, à juste\ntitre, être surpris de le voir paraître. L a presse catholique l'en blâma\nen termes assez vifs. Peut-être eût-il mieux valu avoir plus d'indul­\ngence. Quoi qu'il en soit, devant ces blâmes, l'abbé Charbonnel perdit\ntoute contenance et adressa à l'Indépendance belge une violente diatribe\ndont le titre seul : A quelques sectaires, en dit long. Q u a n d on n'est\npas de l'avis de M. Charbonnel, il a une façon expéditive de vous\nclasser en vous criant : sectaire. J e crois bien que ce sera aussi\nl'étiquette qui me sera collée au dos. L a lettre à l'Indépendance belge\nest émaillée de tout le vocabulaire dont la presse libérale a, en\nBelgique, le monopole quand elle parle des catholiques. Dans sa\ncourte excursion outre Quiévrain, M. l'abbé Charbonnel s'est vite fait\nde la maison. L'influence des milieux, quoi !\n    L'Histoire d'une idée se ferme sur le récit d'une tournée pastorale en\nH o l l a n d e et en Suisse (1). Ici de nouveau, riche moisson d'aménités à\nl'adresse des catholiques qui eurent, aux yeux de M. Charbonnel, le\ntort grave de ne pas penser comme lui sur l'indispensable nécessité du\ncongrès. Au contraire, comme les libéraux de Belgique, les protes­\nt a n t s de H o l l a n d e et de Suisse ont seuls toutes les vertus, toutes les\n qualités de l'esprit et du cœur. Loin de moi la pensée d'insinuer qu'ils\n n'en ont pas, je crois positivement le contraire; mais le dénigrement\n systématique d'une part et l'éloge outré de l'autre que M. l'abbé\n Charbonnel dispense d'une main fort inégale sont, à la fin, la chose\n la plus agaçante qui se puisse imaginer. J e crois bien que ceux\n mêmes que M. Charbonnel accable ainsi de ses excessives tendresses\n en seront médiocrement flattés, parce qu'ils ne peuvent pas ne point\n en suspecter un peu l'intention réelle, quoique non avouée. T r è s\n\n   (1) Ce dernier voyage a été aussi narré à part dans une brochure intitulée : Le Congrès   des\nreligions et la Suisse, Genève, 1897, in-12 0 , p. 132.\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                               DURENDAL                               127\n\n\nhardies, pour ne pas dire plus, au point de vue doctrinal, les pages\n(282-284), où M. l'abbé Charbonnel célèbre les avantages du libre\nexamen et où il cite, la prenant pour son compte, cette phrase\nétrange : « Je désire m'échapper de l'étroite enceinte d'une église\nparticulière...» Vous vous plaignez des esprits étroits, Monsieur l'abbé,\nmais des déclarations pareilles sont bien effrayantes, même pour vos\namis. Et, dites-moi, si à écrire de pareilles phrases, vous ne donnez\npas des armes à vos adversaires ?\n   M. l'abbé Charbonnel termine son livre en disant : « Si nous sommes\ndésapprouvés par les évêques, nous n'en ferons pas moins notre\ncongrès, qui deviendrait alors le congrès, non des Églises, mais des\nâmes religieuses, en y comprenant les philosophes curieux de l'idée\nreligieuse. A ce congrès, on verra réunie l'élite intellectuelle de\nchaque religion. » C'est donc entendu, si les promoteurs d'un congrès\nuniversel des religions réussissent à réaliser leur idée, ce qui demeure\nplus que douteux dans l'état actuel des esprits, ils ne feront qu'une\npâle ébauche du spectacle grandiose que le monde a salué à Chicago.\nMais ils auront la consolation assez maigre de penser, M. Charbonnel\nle déclare, qu'ils ont réuni « l'élite intellectuelle » et que les absten­\ntionnistes se sont classés d'eux-mêmes dans la catégorie des êtres\ninintelligents et aveuglément autoritaires.\n                                 * \" *\n   Pour unir, il faut bien dire notre avis sur toute cette histoire. Il\nn'est pas douteux que le congrès des religions à Chicago a été une\ngrande chose et une manifestation éclatante de la vérité religieuse.\nOn conçoit que des hommes de cœur aient eu l'idée de la renouveler\nen Europe, à Paris. Ce n'est pas de cela que nous faisons grief à\nM. l'abbé Charbonnel. Mais en Europe, comme en Amérique, cette\ngrande chose n'est possible que par l'initiative de l'épiscopat catho­\nlique. Ne l'oublions pas, tout le monde est unanime sur ce point, le\ncongrès de Chicago n'a réussi que parce que les archevêques et\névêques des États-Unis l'ont pris sous leur patronage. Ils avaient jugé\nque la situation des esprits en Amérique faisait utile, voire nécessaire,\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "128                                DURENDAL\n\n\nleur participation au congrès. De même, il était indispensable au\nsuccès du congrès de Paris qu'il fût approuvé par l'épiscopat français.\n Celui-ci a jugé, et d'autres avec lui, que ce qui avait pu se faire en\nAmérique n'était ni possible, ni opportun à P a r i s . M. l'abbé Char-\nbonnel, dans une des bonnes pages de son livre, avoue que des doutes\nont pu se poser sur cette question de possibilité et d'opportunité, et\ncette manière de voir est partagée par beaucoup de bons esprits de\nconvictions religieuses très divergentes.\n   On peut regretter cet état de choses, on peut déplorer que l'épis­\ncopat français ait pris une décision peu favorable au congrès des\nreligions, mais de là à se laisser aller aux récriminations amères, aux\ndémarches risquées, aux excès de langage qui déparent le livre de\nM. l'abbé Charbon nel, il y a de la marge. M. l'abbé Charbonnel a\nvoulu s'insurger contre une situation de fait, et depuis ce jour, où sont\nallés tous ses efforts ? A convaincre l'épiscopat, à essayer d'ébranler sa\nrésistance, à recruter des adhésions dans les rangs catholiques ? Non,\nil a surtout prêché dans des milieux où il ne lui servait pas de\ngrand'chose d'avoir trouvé des appuis. E n particulier, pour ce qui\nconcerne la Belgique, il est évident que les conférences de M. l'abbé\nCharbonnel ne lui ont pas valu un adhérent pour le congrès, mais\nqu'on a été affriolé par le spectacle d'un prêtre que l'on savait mécon­\ntent de l'épiscopat et dont on attendait sur ce sujet quelques propos\npiquants.\n   Telle est l'histoire de cette idée. E n résumé, cette idée n'est pas\nmûre pour sa réalisation en E u r o p e , et en tous cas, M. l'abbé Char­\nbonnel ne lui a pas rendu bon service. Aussi bien, quoi que vaille une\nidée, encore faut-il que celui qui la veut traduire en œuvre soit de\ntaille. M. l'abbé Charbonnel a montré s u r a b o n d a m m e n t qu'il ne l'était\npas. C'est la morale de cette histoire.\n                                                              J.   D'EGHNY.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                    DURENDAL                            129\n\n\n\n\nTRISTESSE DEVANT LES ILES\n\n                         1\nA l'horizon lointain des mers illuminées,\nSous le ciel merveilleux d'un suprême beau jour,\nVoici qu'ont apparu les îles fortunées :\n\nC'est là, dans le silence et l'ombre, ô mon amour!\nQue je voulais cacher nos calmes destinées...\nPourquoi vers d'autres bords as-tu fui sans retour ?\n\n                         II\n\nRegrettant, maintenant, ma paisible demeure,\nJ'écoute en mon exil sangloter les flots verts\nQui devaient nous porter vers la grève meilleure.\n\nTristes me sont les cieux, tristes les vastes mers,\nEt plus tristes encore les charmes de cette heure!...\nPourquoi me laisser seul en ces pays amers ?\n\n                        III\n\nEn regardant sourire au loin le clair asile\nQue je rêvai pour nous, ô mon enfant! je vois\nDes carènes en fleurs cingler vers l'heureuse île.\n\nSur leurs vaisseaux légers que parent des pavois,\nDe mieux comblés s'en vont où l'amour les exile!...\nPourquoi ne pas répondre à l'appel de ma voix?\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": " 130                                         DURENDAL\n\n\n                                                   IV\n\n                Hélas ! j'ai tant souffert de ces vaines                  attentes\n                Et de ces tendres vœux toujours                  inexaucés,\n                Que je fuis à jamais            loin des mers éclatantes ;\n\n                Loin des chansons que le départ des fiancés\n                Mêle aux soupirs plaintifs              des vagues        sanglotantes,\n                Je vais chercher la paix si douce aux cœurs blessés...\n\n       Septembre                              1895.                          FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\nLe 74e Festival rhénan à Aix-la-Chapelle\n   Les belles journées, pleines de joies pures et fortes et bienfaisantes! Je ne puis\nici raconter en détail les impressions profondes et exquises que font éclore ces admi­\nrables concerts, les chroniques musicales de la presse quotidienne l'ayant fait en\nleur temps (1), mais seulement les noter d'une plume rapide, afin d'en fixer dans mon\nesprit la subtile essence.\n   Ces grandes fêtes musicales en terre allemande revêtent un caractère particulier,\nune solennité incomparable que les nôtres, malgré leur supériorité à d'autres points\nde vue, sont loin de posséder au même degré. On sent que la musique, pour nos\nvoisins, n'est pas principalement le digestif hygiénique, ni le divertissement raffiné\nque beaucoup requièrent, mais un Art sacré qui vient de Dieu et y mène; aussi\nchacun lui demande-t-il des émotions puissantes et nobles et veut-il participer, dans\nla mesure de son intelligence et de son initiation, aux pures jouissances qu'elle nous\ndonne. De là cette atmosphère recueillie et si complètement silencieuse qui pénètre\nl'auditoire, aide si puissamment à la compréhension des œuvres. De là cette atten­\ntion soutenue, accueillant deux jours de suite des œuvres considérables de l'esprit\nreligieux le plus grave et le plus élevé. Ce n'est pas que le bon public germanique\nsoit admirable dans toutes ses admirations et n'adore pas, pour se reposer des audi-\n\n (1) A lire les deux belles lettres de notre excellent confrère G. S. dans le XXe Siècle des 8 et 9, juin.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                     DURENDAL                                      l3l\n\ntions austères, entendre des minauderies de Chaminade ou des rêveries de Tosti.\nMais, si la musique de salon a repris quelque droit le troisième jour, le superbe final\ndes Maîtres Chanteurs est venu anéantir ces coquetteries et couronner magnifique­\nment le Fest. Ce n'est pas non plus que l'exécution ignore toute défaillance, il s'en\nfaut même de beaucoup. Les solistes, en particulier, étaient loin de la perfection, et\nplusieurs — tels Perron et von zur Miihlen — se montrèrent plus habiles à chanter\nle lied qu'à jouer impeccablement leur rôle dans la Messe en ré et les Béatitudes. Ces\ndeux œuvres ont été exécutées récemment à Liége avec une supériorité marquée,\nmais l'impression d'ensemble du Festival, grâce à la sonorité et à la vaillance des\nchoeurs, à la beauté de l'orchestre symphonique (les bois ne valent pas les nôtres),\ngrâce surtout à l'incomparable maîtrise de Hans Richter — qui, par comparaison,\nfaisait étrangement pâlir la direction un peu flottante du Musikdirector d'Aix,\nM. Schwickerath, — cette impression d'ensemble n'en a pas moins été triomphale­\nment belle et grandiose.\n   Le premier jour vit la glorification de Beethoven. Le roi de la musique moderne\ny régna seul, avec la Missa Solemnis et la Symphonie héroïque. La Messe en ré, création\ncolossale, vraiment troublante de profondeur et d'émotion religieuse, donnant, nous\nsemble-t-il, l'impression d'une âme sublime, qui tremble devant le mystère et pleure\nde ne pouvoir y croire. Oh! ce chant du Benedictus, avec le solo de violon, joué par\nWilly Hess! E t l'esprit rapproche — au point de vue de l'art religieux — de cette\némouvante musique de concert la séraphique et limpide musique palestinienne,\npresque impersonnelle, toute liturgique, expression collective de l'Eglise croyante\net aimante, chantant dans la calme certitude de sa foi. Quant à l'Eroica, sous le\nbâton de Richter, ce fut une splendeur que je suis impuissant à détailler : la marche\nfunèbre, le scherzo si gracieux, l'héroïque finale nous impressionnèrent au delà de\ntout rêve.\n   Le second jour, Johannes Brahms et César Franck. Brahms, le symphoniste,\nl'auteur d'admirables lieder, du Requiem allemand, du Chant du Destin, etc., celui\ndont l'œuvre — si expressive et si émue — forme la plus complète réfutation de ses\npropres théories antiwagnériennes. Richter nous donna une exécution parfaite de la\nmélancolique Symphonie en mi mineur et Sistermans chanta de superbe façon les\nQuatre Chants graves, sur des paroles bibliques, la dernière œuvre, je crois, du maître\ndéfunt. Les trois premiers de ces chants surtout, traduisant d'une manière presque\ncruelle les amères lamentations de l'Ecclésiaste et le texte célèbre \" O mort,\ndouloureuse au voluptueux, douce au misérable! \" sont terribles et poignants.\n  Que dire maintenant des Béatitudes ? Déjà entendue à Liége, cette œuvre nous\navait émerveillé et profondément ému. Ce fut une joie de la réentendre, de la com­\nprendre et de l'admirer mieux, de retrouver l'émotion première, moins vive peut-\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "132                                   DURENDAL\n\nêtre, les solistes étant inférieurs à Aix. Le « père Franck » a mis dans cette admi­\nrable partition, débordante de foi et d'amour, avec son étonnante science, tous les\ntrésors de son âme simple et pieuse. Que ne puis-je vous détailler ces beautés tou­\nchantes! Oh! cette troisième béatitude! Ce chœur effrayant : Herrscher auf Erden\nbist du, Schmerz, qui proclame la douleur reine du monde, mère des deuils et des\ndésespoirs! Puis des voix désolées s'élèvent, qui s'unissent en une plainte déchirante :\nc'est la mère pleurant son enfant, l'orphelin pleurant sa mère, l'époux pleurant sa\ncompagne, l'épouse pleurant l'époux; ce sont les esclaves tendant vers la Liberté\nleurs bras chargés de fers, les penseurs implorant dans les angoisses de leurs veilles\nl'inaccessible Vérité... E t trois fois, formidable, le chœur affirme l'Homme misérable\nbroyé par l'universelle souffrance. Mais voici que tout s'apaise et la parole inouïe de\nJésus, redite et commentée par les voix célestes, descend vers nous : \" Heureux ceux\nqui pleurent, ils seront consolés. \" Il y a encore à la huitième béatitude le chant de la\nMater Dolorosa au pied de la croix, admirablement dit par Mme Craemer, et vingt\nautres passages également émouvants. Quand entendrons-nous cette merveille à\nBruxelles?\n   La troisième journée du Musikfest, généralement consacrée aux exhibitions de\nsolistes, ne nous a naturellement pas apporté d'impressions comparables à celles-là,\nsi l'on excepte la Suite en ré de Bach, la très belle et douloureuse Symphonie inachevée\nde Schubert et la scène finale des Maîtres Chanteurs. Richter a donné de ces œuvres\nune exécution digne d'elles et c'est tout dire. A côté, le Carnaval de Dvorak et le\nDon Juan de Richard Strauss (qui ne se ressemblent guère) ont paru d'un éclat un\npeu factice. Une robuste pianiste de Berlin, Mme Carreno, a « enlevé » avec un brio\nsurprenant l'ennuyeux Concerto de Rubinstein et deux morceaux de Chopin —\nqu'elle joue moins bien que notre Golesco. Enfin de vieux airs charmants de Lully,\nGluck, Haendel, de beaux lieder de Franz, de Schumann, une assez banale canzo­\nnetta de Haydn, malencontreusement substituée à des chants de Brahms par\nMmc Landi qui, rappelée après une romance de Chaminade, a fait trépigner d'en­\nthousiasme toutes les petites Allemandes en leur minaudant : L'Amour est enfant de\nBohème... Il était temps que retentît la marche des Maîtres Chanteurs. Voici que surgit\nNürnberg et les figures aimées. Voici Hans Sachs acclamé par la foule. Voici\nWalther de Stolzing entonnant triomphalement son Preislied. Voici le noble dis­\ncours du savetier-poète et la glorification de l'art allemand.\n  Et le 74e Festival rhénan s'achèva dans cette apothéose.\n\n                                                              CHARLES MARTENS.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                DURENDAL                                 133\n\n\n\n\n       Poésies de Lermontoff\n                         LE P R O P H È T E\n\n Dès    le moment où le juge éternel — me donna l'omniscience du Pro-\n       phète, — je lus dans les yeux des hommes — des pages de vice et\nde méchanceté.\n   Je me mis à proclamer et de l'amour — et de la vérité les purs enseigne-\nments : — Mais tous ceux qui m'étaient proches — jetèrent des pierres sur\nmoi avec rage.\n   Semant alors des cendres sur ma tête, — mendiant, je fuyai les villes, —\net voici que je vis dans le désert, — comme des oiseaux, du don de la pitance\ndivine.\n   Observant le commandement de l'Eternel : — toute créature terrestre m'est\nsoumise, — Et les étoiles mêmes m'écoutent — Et leurs rayons scintillent avec\nallégresse.\n   Mais lorsqu'il m'arrive que d'un pas furtif — je traverse une cité bruyante,\n— les vieillards là-bas disent aux enfants — avec des sourires infatués :\n   « Regardez, voici un exemple pour vous! — cet homme étant fer, il n'a pu\ns'entendre avec personne, — ce sot voulut nous faire accroire — que Dieu\nparlait par sa bouche.\n   » Regardez, enfants, regardez-le, — comme il est sombre, pâle et maigre,\n— Regardez donc comme il est pauvre et nu, — et comme tout le monde le\nméprise. »\n\n                                L'ANGE\n\n Sur le ciel de minuit volait un ange — et il chantait une calme mélodie, —\n     et la lune, les astres et les nuages en foule — écoutaient ce chant divin.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "134                              DURENDAL\n\n\n — Il chantait la béatitude des esprits impeccables — sous les buissons du\njardin de l'Eden. — Il chantait le Dieu grand, et sa louange — était bien\n sincère. — Il portait dans ses bras une jeune âme — pour le monde de dou-\nleur et de larmes, — et les sons de son chant dans cette âme enfantine — sont\n restés sans paroles, mais vivaces. — Et longtemps dans ce monde elle se tour-\n menta — pleine d'un désir merveilleux, — car les sons des cieux ne pouvaient\n remplacer — les ternes et tristes chants de la terre.\n\n\n\n                             LE POÈTE\n\n Incrusté d'or, mon poignard scintille; — la lame solide est sans défaut ; —\n     son acier d'Elamos étant préservé par une trempe mystérieuse, — l'héri-\ntage de l'Orient guerrier. — Au cavalier montagnard il servit mainte année,\n— ne réclamant aucun salaire pour des services rendus. — Ce n'est point sur\nmie seule poitrine qu'il traça son effrayant sillon, — et il ne déchira point une\nseule armure seulement; — Il partageait les jeux, plus obéissant qu'un\nesclave, — et sonnait en réponse aux paroles offensantes. — En ces jours une\nluxueuse incrustation — eût été pour lui une parure étrange et honteuse. —\nII fut conquis derrière le Tereck par un cosaque intrépide — sur le froid\ncadavre de son maître. — Vendu, il gisait enfoui quelque part — dans la\nboutique nomade de l'Arménien. — Maintenant, du fourreau natif, abîmé à\nla guerre, — et du héros est privé le pauvre voyageur. — Comme un bijou pré-\ncieux il brille sur le mur, — Hélas! inoffensif et sans gloire. — Personne,\nd'une main habile et soucieuse — ne le nettoie, ne le caresse, — et sa devise,\nen priant avant l'aurore, — personne ne la lit avec ferveur. — En notre\nsiècle efféminé, ri as-tu pas, ô poète, — perdu ta réelle destination. — Pour\nde l'or tu as échangé cette puissance que le monde — reconnaissait jadis avec\nune muette vénération. — Autrefois, le son cadencé de tes fortes paroles —\nenflammait le guerrier pour la bataille; — il était nécessaire à la foule\ncomme la coupe aux festins, — comme l'encens aux heures de prière. — Ton\nvers, comme l'esprit de Dieu, planait au-dessus de la foule, — et l'écho de\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                      DURENDAL                                       135\n\ntoutes les nobles pensées — résonnait en toi comme le bourdon du beffroi, —\naux heures de gloire ou de calamités nationales. — Mais ton langage simple\net fier est ennuyeux pour nous. — Le clinquant et les trucs parviennent seuls\nà nous amuser. — Comme une vieille beauté, notre monde vieilli s'est habitué\n— à cacher ses rides sous le fard... — Te réveilleras-tu encore, prophète ridi-\nculisé, — et se peut-il que jamais, en réponse à la voix de la haine, — tu\nl'arraches du fourreau doré — ta lame couverte de la rouille du mépris ?\n\n                                         Traduit du russe par L. WALLNER.\n\n\n\n\n                               LES LIVRES\n\n          R a m u n t c h o , de PIERRE L O T I , I vol., chez CALMANN-LÉVY.\n\n\n                                            I\n\n\nD    ÉCIDÉMENT, la chère      Bretagne est devenue trop moderne à l'âme de Loti,\n       inquiète de choses vétustes ou exotiques. Et il s'est mis en route vers d'autres\nterres, plus primitives, plus vierges de la pénétration des alentours et il a atterri en un\nrivage presque perdu, presque séparé du reste du monde, fréquenté seulement à la\nbonne saison par quelques touristes, mais dont les hautes montagnes étaient des bar­\nrières naturelles à l'irruption en masse des colporteurs étrangers. Si bien qu'il est\nresté presque original, ce petit peuple basque, dont l'obscure genèse se perd dans la\nnuit des temps, qu'il vit et qu'il s'agite comme il vivait et s'agitait autrefois, aux\ntemps lointains de la Légende. Car il est légendaire. C'est lui, paraît-il, qui tailla en\npièces, si mal à propos, l'arrière-garde de Charlemagne et priva l'Empire de son\nplus valeureux paladin.\n   Ramuntcho nous initie à la vie de cette race, si profondément restée elle-même,\n immuable dans sa foi, dans ses pratiques, dans ses moeurs, se reposant de ses labeurs\n dans les mêmes délassements Séculaires, le fandango et le jeu de paume au milieu\n de la continuelle évolution des peuples voisins.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "136                                     DURENDAL\n\n\n    Cette initiation à une civilisation si locale et si particulière est certes le plus grand\nintérêt du livre. Nous avons ici, comme dans Madame Chrysanthème, par la supé­\nriorité et l'agrément de la forme, une sorte de vulgarisation des itinéraires, la mise\nà portée de tout ce qui caractérise un peuple, le fait même et pas un autre.\nM. Loti s'est départi ainsi de la sécheresse et de la monotonie des livres de voyages,\nqui enregistrent automatiquement les choses vues et entrevues, sans autre trait\nd'union que les hasards de la route. Ici, il y a le roman et, qu'il soit attachant ou non,\nil fait diversion; mais en réalité, il n'est que secondaire. Ce qui attire et séduit Loti,\nce sont les couleurs, la nature des terres primitives, et aussi la physionomie phy­\nsique du peuple, ses coutumes et les idées dominantes de sa vie. Ce n'est pas que\ncette analyse soit bien profonde, que l'auteur, par un envol hardi, s'élève souvent à\ndes considérations philosophiques. Oh! non, il esquisse l'extérieur et ce qui frappe le\nsens : tout juste ce qu'on a pu saisir autour de soi, vite, entre deux appareillages.\nMais encore cette analyse, si frivole, si à ras des choses en apparence, est-elle fière\nparfois et judicieuse. Sous son visage enfariné et inexpressif, Madame Chrysanthème\nvous dira plus du Japon que la compilation de tous les ouvrages sur l'Extrême-\nOrient. Joignez-y Japoneries d'Automne et vous aurez une idée très complète des\ndescendants des fameux Mongols. De plus, quand vous sortirez d'une pagode un\npeu vexé d'entrer dans la contiguë, Chrysanthème sera là, qui vous charmera\nde son babil et de ses mièvretés.\n\n                                             II\n\n   Quant à Ramuntcho, il n'est pas plus Basque que Breton : il est contrebandier\ndes plus acharnés et des plus matois, mais comme il gîte à la frontière, il n'en est\npas plus Basque. Au contraire, il est parent très proche de Jean le Matelot et du\nSpahi du Désert; chez les trois, en effet, il y a la même désespérance, une même\nintelligence embryonnaire, se butant à la même frusticité originelle, entretenue par\nun manque total de culture. Loti a donc repris dans Ramuntcho un thème favori :\nl'intelligence en détresse, entrevoyant, tâtonnant, se débattant, se heurtant et\nretombant enfin, plus amère et plus désillusionnée de ses recherches. Lutte pénible\net angoissante, mais qui, me semble-t-il, n'est pas l'apanage exclusif des âmes non\ncultivées; car, plus on a de lumière et plus on en désire, celle qu'on a parait bien\npâle à côté du foyer étincelant que l'on voudrait avoir. Mais il est vrai qu'une intel­\nligence vide des connaissances fondamentales sera toujours inaccessible à certaines\nidées générales, qui sont comme les pierres de touche des autres et que certains\ndomaines lui seront éternellement fermés. Seulement à cette lueur d'intelligence,\nclairvoyante de sa stérilité, l'auteur assigne une cause propre : l'hérédité.\n  Ailleurs ce sont les voyages, les changements de climats, les séparations brusques,\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                     DURENDAL                                     137\n\ndéchirantes, les longs espoirs déçus, les amertumes, tous les cahotements d'une vie\naventurière, de discipline et d'abnégation, qui forment les facultés, les amplifient et\nles appuient. L'explication valait infiniment mieux. Émettre des concepts de ce genre\nclans des œuvres consécutives, c'était, aux yeux de tous, relever une classe de la\nsociété, c'était, en animant des âmes que l'on croyait déprimées par la peine et le\ndur labeur, la mettre en quelque sorte sur le pavoi, l'auréoler d'un rayonnement\nde plus la pure et de la plus touchante poésie.\n   Ramuntcho, au contraire, nous apparaît comme un névrosé son père naturel l'était\naussi, il est vrai; il a la nostalgie de son clocher qu'il tient de sa mère et de l'ha­\nbitude et la curiosité fiévreuse, legs paternel.\n   D'ailleurs, tout est inachevé dans le roman; le drame s'annonce pathétique et il\nse termine au premier acte, brusquement, obligeant le lecteur de concevoir par\nlui-même la grandeur des sacrifices. L'action est trop intime et c'est trop de nous\navoir aiguisé l'appétit par un drame sensationnel et nous contraindre finalement à\nnous replier sur nous-mêmes. Si M. Pierre Loti a voulu nous montrer par là la\nsurhumaine beauté du renoncement chrétien, et sa toute-puissance pour dompter\nune âme farouche, égarée par la passion, il a prouvé une thèse, mais le roman n'en\nreste pas moins languissant.\n   Il a réussi à nous peindre un malheureux assailli par la mauvaise fortune et rien\nde plus, car il n'a pas voulu nous dire ni sonder la profondeur de son héroïque\nabnégation.\n                                                      CONSTANTIN DE MOREAU.\n\n\n\n\n         L. BLOY : L a F e m m e P a u v r e . — Paris, Mercure de France.\n\n\n\nL    IVRE singulier, bizarre et inégal, comme son auteur. Reprenant un de ses\n       thèmes favoris, l'éloge de la pauvreté, L. Bloy étudie dans sa dernière œuvre\nles étapes successives que franchit une âme, partie de l'état le plus abject de misère\nplate et grossière pour se hisser aux cimes surnaturelles de l'esprit de pauvreté.\nIci, le misérable subit son sort matériellement, écrasé sous le poids de sa destinée,\nsans la comprendre, sans l'aimer; là-haut, la pauvreté s'illumine de tous les feux\nde l'esprit, elle est acceptée avec joie pour elle-même et pour Dieu !\n    Clotilde Maréchal a péniblement gravi tout ce calvaire de la pauvreté. Fille de\ngens infâmes, élevée dans l'ignoble ménage Chapuis, elle a connu toutes les affres\nde la vie sale et bête, sans horizon, sans cœur, sans âme. Un hasard la jette sur le\nchemin du sculpteur-poète-musicien Gacougnol, qui devine sa nature rare et riche,\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "138                                    DURENDAL\n\nsous son enveloppe de miséreuse; il l'éduque, l'instruit et la fait participer à une\nvie intellectuelle et purifiée. Clotilde s'affine et se pénètre peu à peu de l'esprit\nchrétien le plus délicat. Cacougnol vient à mourir et laisse Clotilde sans soutien,\nlorsque parait Léopold, un ami de Cacougnol, qui l'aime et l'épouse.\n   Les premières années de ce mariage sont douces, sans mélange. Fuis arrive le\nmalheur, sous ses formes les plus poignantes : la mort de l'enfant, la cécité du\nmari, la pauvreté, les taudis infects, les persécutions du voisinage et finalement la\nmort héroïque de Léopold dans le brasier de l'Opéra Comique.\n   Clotilde supporte tout d'une façon surnaturelle et sainte. Elle est la femme\npauvre, dans toute la force du terme, abreuvée des pires douleurs, jamais abattue et\nforte du divin esprit de pauvreté qui l'anime.\n   Et à propos de cette histoire, « longue digression sur le mal de vivre, sur l'infer­\nnale disgrâce de subsister, sans groin, dans une société sans Dieu », formant un\nensemble ondoyant et divers, voici une évocation grandiose du moyen âge et de\nsplendides chapitres sur la Salette et l'enluminure.\n\n                                         *   *\n   Bloy ne change guère. \" C'est toujours la violente couleur de l'écrivain, sa\nbarbarie cauteleuse et alambiquée; le tumulte sage de ce vocabulaire panaché de\nflammes et de cendres, ainsi que le Vésuve aux derniers jours de Pompéi, balafré\nd'or, incrusté, crénelé, denticulé de gemmes antiques, à la façon d'une chape de\nmartyr — mais surtout, comme Bloy continue à le proférer lui-même par la\nbouche de Léopold — c'est l'élargissement prodigieux qu'un pareil style confère\nsoudain à la moins ambitieuse des thèses, au postulat le plus infime et le plus\nacclimaté!... >\n  C'est encore l'importance inconcevable et orgueilleuse qu'il s'accorde sous les\nespèces de Marchenoir; c'est la répugnante ingratitude qu'il affecte envers tous ceux\nqui lui voulurent du bien : \" l'ignoble duc d'Aumale, crasseux académicien de\nChantilly » ou Huysmans « qui tripote l'extase après avoir baisé le croupion\ndu diable ».\n  Cette grossièreté à jet continu finit par lasser. Depuis longtemps ne se lisait plus\ncelui que Bloy invectivait Prince de la Crapule; pourquoi serions-nous attirés encore\npar ces engueulades familières qui, à force de vouloir frapper fort, cessent de frap­\nper juste? Le pître qui sur ses tréteaux se démène et débite en hurlant un boniment\ntoujours le même, dans la monotonie de ses coups de gueule, fera bien entrer\nquelques curieux dans la baraque, les autres passeront en haussant les épaules. Ils\nauront peut-être tort, car des choses belles, grandes et pures leur seraient révélées,\nà côté de tant d'autres, hélas !                                           E. D.\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                      DURENDAL                                      139\n\n             GEORGES RAMAECKERS : L'Hymnaire            du Printemps.\n                               (Collection de la Lutte.)\n\n     'EST réellement une belle touffe de lilas blancs, tout humectés de pureté et\nC      d'aurore, que nous offrit là Georges Ramaeckers.\n  L'âme ardente et joyeuse de l'adolescent exulte dans cet hymnaire aux azurs,\naux blés, aux souffles du Renouveau; un peu de préciosité se mêle parfois à ces\nchants, un peu de gaucherie aussi, — mais clans l'ensemble, quelle poésie person­\nnelle et sincère que celle-là, une poésie de jeunesse pensive et de passion chaste,\nauréolée du sentiment chrétien.\n  L'Hymnaire du Printemps est d'un poète et d'un catholique.\n  Cela vaut un double proficiat.                                         F. V.\n\n  SALLAGE ORNUDAC : En        Pèlerin par les Routes (sans mention d'éditeur).\n\n    N recevant le livre, au vu du pseudonyme, du titre, des épigraphes, je crus à\nE     une fumisterie de quelque Alphonse Allais belge; il y a, en effet, quelques\ngageures d'un esprit presque bebête, puis, tout à côté, de belles pages méditatives\nsur le rêve, la jeunesse, l'amour, de personnelles notes de voyages et, pour finir,\ndes vers d'une haute envolée mystique.\n  Singulière salade où il y a de la mystification — et du talent.\n                                                                        F. V.\n\n           JULES GILLARD : Idées de Demain. — Liége, GODENNE.\n\n    ES Idées de Demain, que M. Gillard développe en un style où se ressent\nL     l'influence de M. Vogué, sont plutôt des idées d'aujourd'hui — et presque des\nidées d'hier : c'est, en quelques pages, où il y a du souffle et de l'allure, la synthèse\nde la renaissance idéaliste qui marqua ces dernières années.\n  L'œuvrette dénote des lectures diverses et sagaces; elle est d'un débutant qui\npromet — et dont nous attendons avec confiance un travail plus personnel.\n                                                                               F. V.\n\n        Les sept lueurs d'Elohim. — Heptalogie, par EDGARD BAES\n                      Bruxelles, LACOMBLEZ, éditeur\n\n   L'aventure de la vie vers Hêtre, du relatif vers l'absolu, de l'expression vers\nl'inexprimable, se déroule en sept tableaux parmi une somptuosité de symboles et\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "140                                    DURENDAL\n\nd'allégories. L'œuvre est surtout artiste, n'enseignant pas, mais exprimant, mon­\ntrant, par tout ce qui peint aux yeux, manifeste à l'esprit. Le symbole du nom­\nbre, surtout, le plus proche, peut-être, des insaisissables essences, apparaît, ici,\navec son émoi énorme et confus de tonnerre. Comme au Sinaï, c'est l'unité primor­\ndiale et rimante que célèbrent tous ces nombres, ces images, ces symboles, surtout,\nqui sont, peut-être, des quantités encore, étant un rapport fixe ainsi que les formules\nde l'algèbre, mais mesurant des pouvoirs expressifs au lieu de fonctions mathéma­\ntiques. L'œuvre du si subtil esthète est évidemment de celles réservées à une\nélite dès longtemps déjà accoutumée à le suivre par les plus hauts et ardus chemins.\n                                                                          EDMOND JOLY.\n\n\n\n   Le Mercure de France publie dans sa collection, sous le titre Crépuscules, les\npoèmes de M. ANDRÉ FONTAINAS, parus en ces dernières années : Les Vergers illu-\nsoires; Nuits d'Epiphanies, etc.\n   Si même l'humilité nécessaire du prosateur en une telle question, nous permettait\nd'émettre quelque opinion sur le vers polymorphe, encore le lieu conviendrait-il\nmal pour quereller M. Fontainas au sujet des libertés, le plus souvent heureuses,\nd'ailleurs, qu'il prend avec la muse. Nous préférons détacher simplement du volume\nla pièce suivante qui donnera une idée de la manière musicale et colorée du poète :\n\n\n                                      LE GIVRE\n\n\n                      Un givre vert, rêve d'argent, se perpétue\n                      Aux vitres où les pleurs se sont figés, statue\n                      Avec, sinon de fée et leurs frêles   pâleurs,\n                      La guirlande au Léthé dont s'esseulent les fleurs.\n                      De toute autre un vain rire insulte, et c'est un piège.\n                      J'ai cueilli, moi, parmi les jardins de la neige\n                      Les meilleures et les corolles d'horizon.\n\n                      Je sais, molles blancheurs d'un magique ga^on,\n                      Que c'est le gel splendide oit tourne myriades\n                      Le chœur entrelacé des antiques     dryades;\n                      J'y vole, faune! et mon Désir, de l'antre noir\n                      Où la vie a rivé m'es pas, s'irrite à voir\n                      Illusoire, au delà d'un rêve et des féeries,\n                      Une danse unanime animer les prairies.\n                                                                         ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                    DURENDAL                                     141\n\n  A u p r o c h a i n : Les Vierges aux Rochers, par G. D'ANUNZIO (Calmann-Lévy). —\nAventures, par EDOUARD DUCÔTÉ (Mercure de France). — Fables, par EDOUARD\nDucôTÉ(Perrin). — Rhytmes oubliés et Poussières, par BARBEY D'AUREVILLY (2 vol.,\nchez Lemerre). — Montalembert, par le Vicomte DE MEAUX (Calmann-Lévy). —\nFêtes et Flammes, par MAURICE GRIVEAU (Bruxelles, Coomans). — Ruskin et la\nReligion de la Beauté, par ROBERT DE LA SIZERANNE (Hachette).\n\n\n\n\n                                NOTULEvS\n\n\nD      E L'EXALTATION. — Très justes ces remarques de l'Ermitage :\n         L'exaltation est la déplorable conséquence des théories du Naturisme tout\ncomme l'éloquence creuse fut l'apanage de la poésie du cœur inaugurée par Musset.\n   L'exaltation gâte des poètes tels que MM. Pioch et Rency, elle en gâtera d'autres\nencore, il est facile de voir comment :\n   Un poète s'enivre, par exemple, d'une nuit d'été; loin qu'il attende l'heure ou la\nsensation brutale du premier moment, sans rien perdre en force, aura déposé sa\nlie, il aligne des cris sur le champ; la condescendance du vers libre lui facilite la\nbesogne ainsi que l'infini vocabulaire des néologis mes... Je veux bien, mais à écrire\nainsi, on arrive à une bouffissure de style qui annule l'effet rêvé par l'auteur, à\nmoins qu'on ne produise de petits vers simplets, dignes d'enguirlander les flûtes à\nl'oignon.\n   Jeunes hommes des champs qu'indispose l'artifice de M. Mallarmé, méditez bien\ncette petite phrase de M. de Gourmont : L'instinct abolit jusqu'au génie.\n\n\n\n\nN    os lecteurs trouveront, encarté dans ce numéro, le programme de la revue :\n        Le Sillon.\n   Nous ne pouvons assez leur recommander de suivre les mouvements d'idées de ce\ngroupe qui représente la jeunesse catholique de Paris en ce qu'elle a de plus sincère\net de plus clairvoyant.\n                                         *\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "142                                    DURENDAL\n\n\n\nI  L paraît qu'on a osé toucher à l'Arche...\n       Et ce qui rend cette profanation d'autant plus sacrilège, c'est que les gardiens\nmêmes de l'Arche en sont les auteurs...\n   Oyez en effet ceci : l'Académie a couronné l'œuvre poétique de M. Fernand\nGregh dont tous les vers ne sont point conformes à la poétique traditionnelle.\n   Cela a remué quelque peu la presse française ; cela agite particulièrement la\nJeune Belgique.\n   Dans l'article qu'il consacre à la décision de l'Académie, M. Gilkin néglige\nd'examiner si M. Gregh est pourvu ou non de talent, si son livre a de l'originalité,\nde l'inspiration ou du souffle... Non, l'Académie a approuvé quelques vers de treize\npieds, et cela suffit pour que « sa décision soit un encouragement, un véritable\nappel aux licences poétiques ».\n   Nous avouons que toute cette émotion ne nous émeut guère; et nous nous appro­\nprions volontiers le mot de M. Jules Lemaître, interviewé sur l'incident : « La\npoésie ne fait pas le poète, répondit-il, et le prix était destiné à un poète. »\n   Le moment, du reste, est peut-être mal choisi pour la Jeune Belgique de prôner\nle vers régulier comme le moule exclusif et prédestiné de la beauté, quand elle\npublie d'autre part ces vers très traditionnels, mais d'un gâtisme sénil ou enfantin\n— comme elle voudra — d'un M. J. de Saint-Germain :\n\n                                 Les fous\n                                  Très doux\n                     Vivent sans désirs, sans peur, sans envie;\n                    Ils savent le sens obscur de la vie.\n                                 Ils ont\n                                 Au fond\n                    De leurs yeux profonds, la sagesse vraie ;\n                    Rien ne les émeut, rien ne les effraie !\n    Etc.,   etc..\n    !!!\n\nMORT        du duc d'Aumale — le dernier des grands seigneurs de lettres.\n\n\n\n\nN    OTRE ami, l'abbé Hector Hoornaert, annonce son retour en Belgique par de\n      beaux sonnets parnassiens : D'après Velasquez — publiés dans le numéro de\njuin de la Revue Générale.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                    DURENDAL                                      143\n\n     E XXe- Siècle — où se révèle d'intervalles un louable souci d'art — fait, sous\nL      la plume de Maurice Dullaert, cette judicieuse remarque à propos du féti­\nchisme de convention qui règne à l'égard du « Grand Siècle » :\n   « Il faut, pour s'éprendre d'une telle époque, méconnaître singulièrement les lois\nqui président aux évolutions historiques. L'histoire est logique, en dépit des appa­\nrences : elle ignore les voltes subites, les brusques reculs. Les faits et les idées\nengendrent sans trêve les idées et les faits. Nul ne s'isole, indépendant d'hier,\nétranger à demain. Autant que les individus, les sociétés ont une filiation intellec­\ntuelle et morale, subissent et exercent, dans le domaine de l'esprit, les influences\nataviques. Comment, dès lors, eût-il été vertueux et croyant, le siècle qui, héritier\nde Rabelais et de Montaigne, allait enfanter M. de Voltaire et Jean Jacques ?\n    Le vrai, si l'on pénètre au delà du vain décor officiel, si l'on arrache à ce temps\ntartufe son masque de décence et d'orthodoxie, c'est que le dix-septième siècle, où\nfulgure tant de génie, se révèle étonnamment incrédule et dévergondé. Il semble, à\n distance, le règne majestueux de l'Ordre; il n'est, vu de près, que le triomphe, dans\n les intelligences comme dans les moeurs, de l'anarchie. Molière l'incarne au même\n titre que Corneille, et La Fontaine plus peut-être que Bossuet.\n\n\n\n P   ENSÉE   du Mois :\n               « La lâcheté nous bride et les sots vont disant\n               Que, sous ce vieux soleil, tout est fait à présent;\n               Comme si les travers de la famille \"humaine\n               Ne rajeunissaient pas chaque an, chaque semaine.\n               Notre siècle a ses mœurs, partant sa vérité,\n               Celui qui l'ose dire est toujours écouté. »\n                                            A. DE MUSSET. (Une Soirée perdue.)\n\n\n\n\n S   UR la Grand'Place de Courtrai, au centre d'un pâté de maisons vouées à la\n      démolition prochaine, se dressent de petites halles aux tours sveltes et élan­\n cées, d'un réel cachet moyenâgeux et qui donnent à la 'partie principale de la ville\n celte adorable physionomie d'archaïsme artistique qui fait la gloire et la beauté de\n nos vieilles cités flamandes.\n   A s'en fier à des « on dit », ces halles et leur beffroi seraient rasés en même\n temps que les bâtisses qui les entourent; on ferait place nette !\n   Nous nous permettons de n'en rien croire; et s'il est des marchands de soupe qui\n caressent ce rêve, nous comptons, pour résister à leurs projets utilitaires et mercan-\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "144                                  DURENDAL\n\ntiles, sur l'édilité courtraisienne qui, dans la personne surtout de son chef, a fait\npreuve souvent d'un actif et louable souci d'art.\n   La démolition de ce petit monument historique — sous quelque motif que ce soit,\nfût-ce pour le remplacer par une caserne postale — constituerait le plus odieux des\niconoclasmes.\n\n\n      LA statue récemment inaugurée du chimiste Jean Stas a dû subir des vers de\n       M. Charles Potvin, dont ci un spécimen :\n\n                         Chacun de nous s'en remémore :\n                         Jusqu'au Trône il avait porté\n                         Les plaintes de la Liberté\n                         Et le Roi disait a parte,\n                         Et le pays redit encore :\n                         Stas honore l'humanité !\n\n  Sans a parte, voilà des vers qui honorent la littérature belge !\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": ""}, {"page_pdf": 169, "texte": ""}]}