{"numero_id": "ulb-durendal-1897-07-n7", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 145, "titre_corps": "Soir sur l’Etna", "titre_sommaire": "Soir sur l’Etna", "signature_source": "H. Carton de Wiart", "ancre_debut": "SOIR SUR L’ETNA", "ancre_fin": "H CARTON DE WIART", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 1055, "texte": "SOIR S U R L'ETNA\n\n            L'ombre d'un bleu d'acier s'allonge sur la plaine\n            Qui glisse mollement des monts jusqu'à la mer.\n            Par les sentiers poudreux, le chèvrier ramène\n            Ses bêtes dont la cloche au lointain tinte clair.\n\n            La terre qu'épuisait la volupté sereine\n            D'un soleil sans nuage et d'un midi sans air,\n            Succombe à la fatigue et s'endort dans l'haleine\n            De l'amandier en fleurs et du citronnier vert.\n\n               Le crépuscule étreint tour à tour de ses voiles\n               Les môles escarpés, les larges contreforts\n               Où culminait tantôt l'orgueil des châteaux-forts.\n\n               Seul, l'Etna, roi de l'île et vainqueur de la nuit,\n               Boit le dernier rayon de l'astre qui s'enfuit,\n               Et sa neige empourprée accueille les étoiles.\n\n\n T a o r m i n a (Sicile)                         H . CARTON DE W I A R T .\n      J u i n 1897.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 146, "page_fin": 148, "titre_corps": "Une Âme contemplative", "titre_sommaire": "Une Ame contemplative", "signature_source": "L’abbé Henry Moeller", "ancre_debut": "Une Ame contemplative", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Glèbe Héroïque", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "Une Ame contemplative\n\n\n B\n         ARBEY d'Aurevilly,  notre grand littérateur catholique, a con­\n          sacré à la mémoire de Blanc de Saint-Bonnet, des pages\n          d'une élévation superbe et d'une émotion intense. Il a carac­\n          térisé le haut talent de ce profond penseur chrétien, il a\nrésumé la vraie nature de cette âme d'une si radieuse sérénité, il en\na donné, en quelque sorte, la définition en un seul mot, lorsqu'il l'a\nappelé : « un contemplatif».\n   Il ne pouvait lui décerner un plus bel éloge, car une âme contempla­\ntive, c'est à la fois ce qu'il y a de plus beau et de plus rare en ce monde.\n   L'homme médiocre méprise les âmes contemplatives. Quoi d'éton­\nnant ! Il ne les comprend pas. Il est incapable de les- comprendre. Il\nne saurait j a m a i s s'élever jusqu'à elles. Elles sont à cent coudées\nau-dessus de lui. Elles planent, comme les aigles, dans les hauteurs,\noù l'homme médiocre ne peut les suivie, môme du regard, puisqu'il a\nles yeux éternellement rivés aux bassesses, aux platitudes et aux\ninepties de la terre d'en-bas.\n   Voulez-vous avoir la mesure de l'élévation d'une âme, demandez-lui\nson opinion sur la vie contemplative? Les âmes basses l'ont en parfait\nmépris. C'est leur plus sanglante condamnation. Car toute la gran­\ndeur de l'âme h u m a i n e consiste précisément en cela qu'elle est créée\nuniquement pour la contemplation de l'éternelle Beauté.\n   > Mais des âmes y en a-t-il encore dans ces tristes temps ? », se\ndemande avec raison, Barbey d'Aurevilly, « oui, peut-être dans les\ncloîtres, en quelque coin retiré du monde, en quelques poitrines incli­\nnées aux pieds du crucifix, dans le silence de quelques chapelles ! »\n   C'est parce qu'il y a si peu d'âmes élevées en ce monde, que Blanc\nde Saint-Bonnet est si peu connu et si peu apprécié.\n   C'est à nous, catholiques, membres de la plus idéale et de la plus\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "                                        DURENDAL                                   147\n\ndivine des Religions, fils d'une Église dont la doctrine est assez puis­\nsante pour élever les âmes jusqu'aux splendeurs de la vie mystique,\nqu'il appartient de retirer Blanc de Saint-Bonnet de la tombe du\nsilence où on l'a si longtemps et si injustement tenu enseveli.\n    Une occasion s'offre à nous de le faire. On vient de rééditer le\nlumineux livre de Saint-Bonnet, sur La Douleur (1). C'est une vraie\nphilosophie de la Douleur. Penseur chrétien, il en a pénétré le sens\nintime comme personne ne l'avait peut-être fait jusqu'ici. Artiste chré­\ntien, il en a perçu toute la mystique beauté. Poète chrétien, il en a\nchanté les attraits divins en des accents d'un lyrisme magnifique.\n    Les inspirations de Blanc de Saint-Bonnet sur la Douleur, comme\nle fait judicieusement remarquer d'Aurevilly, sont autrement élevées\net profondes que les rêvasseries nébuleuses d'un Schopenhauer sur la\nmême matière. Il enthousiasme l'âme humaine, alors que celui-ci la\ndéprime. Il fait aimer la Douleur, alors que l'autre la fait maudire.\n La Douleur pour Blanc de Saint-Bonnet, c'est la voie royale qui con­\nduit les grandes âmes au Bonheur, tandis que pour le philosophe\nallemand, elle n'aboutit qu'au désespoir et au suicide.\n    Saint-Bonnet a résumé toute sa philosophie en une parole profonde,\n— elle contient en germe tout son traité de la Douleur — lorsqu'il\na écrit :\n    « Les hommes ont divisé les sciences. Au fond, il n'y en a qu'une :\n celle qui rattache l'homme aux lois ineffables de l'Être qui l'a\n constitué. »\n    Saint-Bonnet a étudié dans la méditation ces lois ineffables qui\n relient l'âme humaine à son Principe Éternel et il a découvert et nous\n montre supérieurement dans son livre, que la voie la plus directe et la\n plus sûre pour arriver à la béatitude, c'est la voie de la Douleur.\n « Mystère insondable, dit-il, contradiction apparente et sublime,\n l'homme est créé pour le bonheur, et le chemin le plus direct pour\n y arriver, c'est la Douleur ! »\n   (1) La Douleur,      par BLANC DE SAINT-BONNET. — Paris. — Maison de la Bonne Presse,\n8, rue François l e .\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "148                                 DURENDAL\n\n\n  Nous ne saurions assez engager les catholiques à méditer eux-\nmêmes et à répandre partout le beau livre de Blanc de Saint-Bonnet,\nsur la Douleur, pour la plus grande gloire de cet admirable artiste\nchrétien et pour celle des lettres catholiques qu'il a honorées de son\nprestigieux talent.\n   Il a été vraiment bien inspiré celui qui vient de nous donner une\nnouvelle édition du livre de Saint-Bonnet, sur la Douleur, livre devenu\nintrouvable. Nous espérons qu'il ne s'en tiendra pas là et qu'il pro­\ncurera bientôt de nouvelles joies à nos intelligences et à nos âmes en\nrééditant les autres œuvres du penseur chrétien.\n                                                    L'abbé H E N R Y    MŒLLER.\n\n\n\n\n                                                                       (I)\n            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 148, "page_fin": 153, "titre_corps": "La Glèbe héroïque : 1798-1799", "titre_sommaire": "La Glèbe héroïque", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "La Glèbe Héroïque", "ancre_fin": "GEORGES VIRRES", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 175, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 840, "fin_caractere_exclue": 1839, "texte": "La Glèbe Héroïque\n                                   1798 - 1 7 9 9\n\n                                                            A FIRMIN VANDEN BOSCH\n\n\nLes               voix      d'appel vers le Très-Haut, les voix mouillées de larmes,\n                    lamentables jusqu'au grand cri volontaire et farouche. Les voix\n                    enfin qui veulent\n                        Les genoux usés aux prosternations, les genoux éraflés et\n                    saignants, qui traînent leur martyre sur les pierres.\n                        LES gestes roides. Les mains nouées sur les bras tendus.\n         Les doigts qui se crispent. La prière timide, ardente, colérique. Les\n         voix enfin qui veulent !\n           Peuple de vieillards, d'enfants, de femmes, de perclus.\n   Midi — dardant son regard de flamme au travers des verrières. E t par là\ns'épandent les lumineuses rougeurs. L a sanglance réflétée par les champs de\ncarnage, proches. Midi — la vie, la joie et la mort.\n  (1) Fragment.\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "                                    DURENDAL                                      149\n\n   Les faces mordues de hâles, les têtes vieillottes mordues du soleil et de tempêtes.\nDes yeux, où s'éternise le mirage des bois et de la plaine. Les cassées de gésines et\nles brisés de labeurs, unis dans la chair et la plainte. Les petits, les petits aux\nprières vagissantes, et que des mères lèvent vers l'autel, parce que leurs paroles\nvaines sont les prières les plus pures.\n   Un nouvel élan. Les mains crispées oscillent. Rauques les voix. Les voix; enfin\nqui veulent!\n   Midi, d'un regard d'or, fixe la plaine.\n\n   La plaine. Majestueuse, en remous graves, étalant son tablier de couleurs\ntaciturnes, la campagne d'automne vibre dans l'or fluide.\n   Jusqu'aux lointains de l'horizon circulaire s'évanouissent les brouillards translu­\ncides. Les alouettes chantent joie!\n   Et des corbeaux s'abattent; rassemblés, goulus, avec des croassements de colère\net des luttes. Et des vols noirs cinglent toujours vers les campagnes. Ce sont des\ntaches sombres et vivantes parsemant la plaine radieuse. La plaine radieuse du\nlendemain de combat.\n   Celui-là, figé dans le sommeil définitif, et qui partit avec au cœur l'émoi des\nvoluptés. Après l'étreinte d'amour passagère, aujourd'hui l'étreinte éternelle de la\nCamarde, et les oiseaux avides fouillent son cœur.\n   Lui, dans l'effroi ayant hoqueté, les yeux agrandis par les fièvres d'épouvante,\net le sang noir séché sur la gorge tailladée.\n   Et d'autres, et d'autres, dormant placides comme après les travaux, ou hideux\ndans les transes dernières.\n                  Ils rêvent de combats dont Dieu serait le prix\n                  Et de guerre menée à coups de crucifix.\n  Les prêtres. Et leur rêve a vécu la réalité L'aube nouvelle emplissant leurs\nprunelles, les tragiques tonsurés regardent le ciel.\n  Les chants des morts?\n  Ecoutez ies corbeaux!\n  Le soleil s'enfonce dans les brumes lointaines, radieux.\n\n   Les bruyères mornes dans les linceuls du soir exhalent les tristesses infinies.\n   Ici aussi, semés le long des mares aux reflets d'armures, couchés sur les micas\nd'argent ou sur les sables d'or — des morts.\n   Des râles s'entendent au fond des bois, au fond des bois où sont blotties les\nmystérieuses horreurs de l'ombre.\n   Des âmes passent dans l'a nuit.\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "150                                 DURENDAL\n\n   Les chaumines. L'inexaucée prière des voix volontaires et farouches, mit aux\nlèvres tremblantes l'imploration brisée. Brisés les cœurs des mères. Les vieux pros­\ntrés, finis. Vaines prières.\n   Les chaumines recèlent les morts vivants.\n\n   Les historiens écrivent :\n  Ainsi se concentrait la Glèbe. En Campine, vers Moll, vers Gheel et Meerhout.\nLes enfants du terroir accouraient vers les bandes paysannes. De Grimbergen et de\nVilvorde, encore fluaient les hommes de la plaine. Puis ceux de Wallonie, fra­\nternels, unissant leurs efforts aux volontés flamandes.\n\n  Et l'on combattit.\n  Et le Ciel vit l'incroyable héroïsme de la patrie.\n  Et le Ciel la voulut martyre.\n  Pour les seules palmes éternelles.\n  Gheel, Moll et Meerhout. Là s'érigèrent les tombeaux de la Campine.\n\n\n\n\n                                            LA JOURNÉE DE GHEEL\n\n   La tristesse tissa ses voiles gris sur le bourg. De partout s'annonçaient les\ndéfaites. Les terriens, arrivant à Gheel, traînaient leurs démarches fatiguées et\nl'accablement de leurs gestes, sous les regards vides des aliénés. Ce n'était plus\nl'affirmation violente de droits qui se savent sacrés, où se mire le farouche orgueil\nde Justice. Mais une race portant haut sa fierté jadis, frappée chaque jour à présent.\nAinsi le chêne que l'ouragan mutila, et qui pleure parmi ses branches brisées à\nl'orée de la forêt. Chaque jour éclairait un désastre, chaque heure sonnait un glas.\nLes morts propitiatoires rendaient la Mort propitiatoire. Toujours aux victimes les\nvictimes succédaient. Et les bruyères de novembre refleurissaient rouges.\n  Venant du plus lointain des landes campinoises, harassé, les yeux brûlés des\nsables chassés par le vent, la blouse en lambeaux, avec aux pieds les meurtrissures\nd'une course longue et forcée, et les jambes souillées par les vases des marécages,\nun paysan s'abattit devant la première maison de Gheel.\n   Alors, un aliéné, qui rôdait là, vit l'homme et lui porta de l'eau.\n   Et le virent aussi d'autres déments.\n   Entouré, secouru, le paysan sortit de sa torpeur, tandis que des voix aux timbres\nétranges, mais compatissantes, le plaignaient doucement.\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "                                    DURENDAL                                    l5l\n\n  Il n'eut que ces mots :\n  — Les républicains arrivent !\n  Et tous hochèrent la tête et répétèrent :\n  — Les républicains arrivent !\n  — Ils arrivent! Ils arrivent! clama le paysan, s'étant maintenant tout à fait\nressaisi, et devinant ses interlocuteurs.\n   Puis, voulant propager son cri d'alarme et réveiller la glèbe à l'annonciation de\nl'ennemi, il entra dans le village, criant :\n   — Les républicains arrivent!\n  Et les déments entrèrent dans le village, criant :\n  — Les républicains arrivent !\n  En un instant se passa ceci :\n  L'Echo bondit aux cœurs, déchira la tristesse et refoula les désespérances.\nL'appel, tel un aimant, tira vers lui tous les vouloirs, et se déployant comme un\nglorieux gonfanon, gonflé déjà de la brise des victoires, la foule terrienne courait,\nse massait aux carrefours, développait ses groupes de blousiers en longues lignes\nmartiales; et des cortèges oscillaient, se rencontraient, s'unissaient. Les voix des\nchefs s'élevaient brèves, et les ordres s'exécutaient parmi la fièvre de l'attente.\nS'arrachant aux bras des aimantes compagnes, se relevant sous le symbole des\nbénédictions, emportant la relique du dernier baiser et l'empreinte des dernières\nparoles, les fils, les amants, les époux, âpres déjà et fiers, partaient pour la\nrencontre souhaitée. Et des bruits sourds, lointains, mais reconnus aussitôt, — la\nchanson de la poudre! — arrivaient, apportés par le vent.\n  Le paysan, qui tantôt fut l'annonciateur de la venue de l'ennemi, exprima cette\npeur : — J'ai rencontré les hommes de Tessenderloo. Je leur ai dit le but de mon\nvoyage. Eux aussi doivent allier leurs courages aux nôtres aujourd'hui. Ils se\ncachaient de l'ennemi dans les sapinières de Heykant, où ils attendaient notre\narrivée. J'écoute, et je sens le frisson des frayeurs me secouer l'âme. Ils sont une\npoignée et les Français sont légion !\n  Alors ce fut soudain, ce fut irrésistible. Tous les rustres n'eurent qu'un cri :\n— En Avant! Et sans le signal des chefs, car nul commandement ne s'entendait,\nfurieux ou extatiques, les remueurs de terre volèrent vers la plaine des tueries.\n   L'air, bleuissant de poudre, nimbait un groupe effrayant de héros. Vingt hommes\nencore tenaient tête aux soldats de la république. Entassant devant eux des\ncadavres, ils tiraient par les meurtrières charnelles que formaient les corps.\n   Comme une trombe, les blousiers fondirent sur le front de bandière des Français.\n Et le choc colossal fit reculer leurs troupes puissantes. Les rangs républicains\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "l52                                    DURENDAL\n\n s'éclaircirent. Crépitants les fusils, étincelantes les faux, tonitruantes les voix dans ce\n cri dominant : Pour Dieu et la Patrie! Les terriens noirs et rouges semèrent la\n crainte. Et ils eurent en ce moment l'espérance de la victoire. Mais le mur des\n soldats de France se redressa impitoyable, et les vivants remplacèrent les morts, et\n les vivants remplacèrent les morts — toujours. Toujours, après l'effort inouï, une\n nouvelle digue de fer surgissant devant eux. Fauchés par les larges grêles des\nballes, les terriens aux rangs débandés déjà, hagards, tiraient et combattaient,\ndésemparés, et de nouvelles rafles de Patriotes s'allongeaient sur le sol, à chaque\n instant.\n    Des cris stridents, épouvantables, couvrirent subitement les bruits de la guerre.\nHorribles, des clameurs sauvages s'élevèrent du côté de Gheel. Il y eut un désarroi\nsoudain. Et tous les hommes noirs et rouges regardèrent.\n    Ce n'était pas une troupe humaine cela. Quels étaient ces êtres étranges, habillés\nde couleurs éclatantes et qui se précipitaient vers les soldats?\n    Ils striaient la plaine d'éclairs multicolores. On voyait des bras aux gestes\nimmenses qui soulignaient une mélopée étourdissante. Ce vacarme mouvant\namenait dans ses plis un effroi secret, qui flottait avec la multitude d'étendards\ngrotesques tendus au-dessus d'eux.\n   A cinq cents mètres il s'arrêtèrent; des danses désordonnées accompagnèrent\nleurs terrifiantes chansons. Ft l'on perçut, modulé sur un rythme inouï, le cri de\nguerre des Patriotes.\n   Tous les coeurs sentirent l'étreinte de la peur. Et les vieux soldats comme les\nrecrues chancelèrent, pâles.\n   Tout à coup, un cavalier, un dynaste couronné d'or, surgit devant la bande\nhallucinée. Cramponné d'une main aux crins de sa monture, et de l'autre bran­\ndissant une fourche où s'effiloquaient des lambeaux cramoisis, il entraîna sa troupe\nhorrible.\n   Violente, inconcevable, elle tomba sur l'armée jacobine glacée de terreur.\n   Car chacun comprenait.\n    C'était le régiment des fous!\n    Des faces convulsionnées criaient la mort. Des mains, des bras fiévreux frap­\npaient à mort. Sinistres, cauchemaresques, les fous, lés pauvres fous, de Gheel\nsecouraient — par une intuition surnaturelle — les derniers soldats de la Patrie!\n    Entrés, les combattants carnavalesques, dans les rangs ennemis, ils accomplis­\nsaient leur irréfragable destin. Et grimaçants, hideux et sublimes, ils cassaient des\ncrânes !\n   Vautrés dans le carnage, ils essuyaient leurs mains souillées de sang sur leurs\ntêtes échevelées. Sous les ruisseaux de sang qui descendaient le long de leurs\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "                                    DURENDAL                                          153\n\nvisages, leurs yeux fulgurants fixaient la victime, qui, dominée par ce regard,\nfléchissait déjà, avant le coup ultime.\n   Des chevronnés de combats s'affalaient inertes, impuissants, et le terrible\nrégiment de folie et de mort, frappait, frappait encore!\n   Son sillage, tracé par une poupe éclatante, creusait le lit d'un fleuve vermeil.\nSurhumaines, les voix prenaient à présent l'éclat des tocsins qui sonnent les\ndésastres.\n   Ils étaient au centre de l'armée de France !\n\n   Ce fut alors que se retrouvèrent quelques volontés ennemies. Et dès lors ce fut\nbientôt fait. Encerclés par la multitude des soldats étrangers, les corps des déments\nallaient se mêler aux corps qu'ils avaient terrassés. En hâte, les sans-culottes,\nlugubres, fusillèrent à bout portant cette épouvante, au milieu de rires stridents, de\nlarmes, de râles.\n   Puis en désordre, tels des soldats après une déroute, les Jacobins quittèrent\nla plaine de la bataille, s'enfuirent presque, poursuivis par ces gestes énormes de\nfolie et par l'image de cette mort grimaçante.\n   Tandis que le dynaste, seul debout encore, agitant sa couronne dorée et sanglante,\nse profilait, contorsionné, sur l'horizon braséant, où le soleil pleurait des larmes\npourprées.\n                                                              GEORGES V I R R È S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 154, "titre_corps": "Les Fenêtres de l’Été", "titre_sommaire": "Les Fenêtres de l’Eté", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Les Fenêtres de l’Eté", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 181, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1400, "texte": "Les Fenêtres de l'Été\n      La grande chambre est calme et dort dans le soleil,\n      Des pavots empesés tendent leur col pareil\n      A la fenêtre ouverte, et leurs tièdes parfums\n      Trempent dans l'air pesant où les avrils défunts\n      Avaient senti passer les haleines légères\n      Des lilas blancs, des anémones, des fougères.\n\n      Mais au loin, sous le ciel implacablement bleu,\n      Les blés jaunes et roux, les blés, les orges pleines,\n      La houle des épis oit bout l'âme des plaines\n      Comme une lave d'or, de cuivre et de feu,\n      Coule sur la campagne immobile et brûlante.\n\n      On n'entend que le cours bref d'une horloge lente.\n      Et sur le coussin vert, entre les chaises vides,\n      Un chat concentre en lui la lumière torride.\n      Le maître a recherché les ombres du jardin\n      Et promène ses pas au sable des allées,\n      Attendant que le jour arrive à son déclin\n      Et que les formes des arbres se soient mêlées.\n\n      Tout s'apaise bientôt dans la douceur de l'air\n      Et les nuages blancs flottent dans le ciel clair.\n      Un fin brouillard se trame aux horizons voilés\n      Et dans la chambre ouverte aux brises odorantes,\n      Passe toujours l'arôme impalpable des plantes\n      Et le souffle du soir qu'embaumèrent les blés.\n\n                                                   THOMAS     BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 159, "titre_corps": "Belluaires et Porchers : Introductions et préliminaires aveux (suite)", "titre_sommaire": "Belluaires et Porchers", "signature_source": "Léon Bloy", "ancre_debut": "BELLUAIRES ET PORCHERS", "ancre_fin": "LEON BLOY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES LIVRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 182, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "BELLUAIRES ET PORCHERS\n                               Par LÉON BLOY\n\n\n         INTRODUCTIONS         ET PRÉLIMINAIRES           AVEUX     (Suite)\n\n\n\n\nM\n               ON Dieu! l'Art est une chose vitale et sainte, pourtant!\n                    Dans l'effroyable translation « de l'uterus au sépulcre » qu'on\n                 est convenu d'appeler cette vie, comblée de misères, de deuils, de\n                 mensonges, de déceptions, de trahisons, de puanteurs et de catas­\n                trophes; en ce désert, à la fois torride et glacé, du monde où l'œil\ndu mercenaire affamé n'aperçoit, pour fortifier son courage, qu'une multitude\nde croix où pendent, agonisants, non plus les lions de Carthage, mais des ânes et\nde dérisoires pourceaux crucifiés; dans ce recul éternel de toute justice, de tout\naccomplissement des réalités divines; attiré par l'horrible humus dont ses organes\nfurent pétris; convoité, comme un aliment précieux, par toutes les germinations\nsouterraines; sous le planement des aigles du charnier et des corbeaux de la\npoésie funèbre, et sentant avec une angoisse sans mesure, ses genoux plier à chaque\neffort; que voulez-vous que devienne un malheureux être humain sans cette lueur,\nsans cet arôme subordonné des jubilations futures ?\n   Tout nous manque indiciblement. Nous crevons de la nostalgie de l'Être. Il ne\nreste plus que la louve de l'Art qui pourrait nous réconforter, si on ne lapidait pas\nles derniers téméraires qui vont encore se ravitailler à ses tétines d'airain.\n   On aura beau dévaliser les âmes et détronquer l'homme; après tout, il resterait à\ndécréter son abolition pour que disparaissent tous les ferments de l'incompressible\nidéal qu'il porte en lui et que la plus sacrilège éducation n'élimine pas. Aucun degré\nd'avilissement ne peut être calculé pour prévaloir contre la nature.\n   Aussi longtemps que subsistera la race douloureuse des enfants d'Adam, il y aura\ndes hommes affamés de Beau et d'Infini, comme on est affamé de pain. Ils seront\nen petit nombre, c'est bien possible. On les persécutera, c'est infiniment probable.\n Nomades éplorés du grand Rêve, ils vagueront comme des Caïns sur la face de la\nTerre et seront peut-être forcés de compagnonner avec les fauves pour ne pas\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2874, "texte": "156                                  DURENDAL\n\nrester sans asile. Traqués, ainsi que des incendiaires ou des empoisonneurs de\nfontaines, abhorrés des femmes aux yeux charnels, qui ne verront en eux que la\nguenille, invectives par les enfants et les chiens, épaves affreuses de la joie de\nsoixante siècles roulées par le flot de toutes les boues de ce dernier âge, ils agoni­\nseront à la fin, aussi confortablement qu'il leur sera donné de le faire, dans des\nexcavations tellement fétides que les scolopendres et les scarabées de la mort n'ose­\nront pas y visiter leurs cadavres.\n   Mais, quand même, ils subsisteront pour désespérer leurs bourreaux et, comme\nla nature est indestructible et inviolable, il pourrait très bien arriver qu'un jour, —\npar l'occasion de quelque surprenant baiser du soleil ou l'influence climatérique\nd'un astre inconnu, — une exceptionnelle portée de ces vagabonds, inondant la\nterre, submergeât à jamais, dans des ondes de ravissement, cette avortonne société\nde rouges fripouilles qui pensaient avoir exterminé l'aristocratie du genre humain !\n                                          *\n                                         * *\n  Le présent ouvrage n'est pas, à proprement parler, un livre de critique. J e ne sens\npas en moi les facultés indispensables à l'exercice d'une si haute magistrature et je\nn'y ai jamais prétendu. D'ailleurs, j'ose m'accuser de sottises tellement énormes\nqu'il sera peu facile de me supposer l'intention perfide ou le cauteleux dessein de\nsupplanter les Aruspices.\n   Je ne suis rien de plus qu'un très humble et très ingénu vociférateur. Tel est mon\ninfime emploi dans la grande musique funèbre de ce temps.\n   Pénétré de mon rôle et profondément convaincu que c'est la France intellectuelle\nqu'on porte en terre, je marche un peu au devant des chevaux carapaçonnés et je\npousse, tous les vingt pas, de vastes et consciencieuses clameurs — pour un nul\nsalaire.\n   Derrière le char et dans la putride coulée du cadavre s'égouttant à travers les\njoints du cercueil, viennent les gros instruments soufflés par de très gras hommes\nqui n'engendrent point la mélancolie, je vous en réponds, et qui ne croient pas du\ntout que ce soit la fin des fins. Ils se congratulent et se mitonnent réciproquement\ndans la puanteur sonore. Ils se sont arrangés pour hériter de la défunte qu'ils ont\nempoisonnée de leurs sécrétions et leurs intestins regorgent de leur allégresse.\n   Après ceux-là suivent les petits chacals sans nombre, dont l'office est de dévorer\ntout ce qui tombe et de lécher toute chose léchable. Et tout ce cortège est contemplé\npar un peuple immense, mais si prodigieusement imbécile qu'on peut lui casser les\ndents à coups de maillet et l'émasculer avec des tenailles de forgeur de fer avant\nqu'il s'aperçoive seulement qu'il a des maîtres, les épouvantables maîtres qu'il\ntolère et qu'il s'est choisis!\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "                                      DURENDAL                                       157\n\n  Depuis longtemps j'avais formé le vœu de confesser publiquement ma propre\nstupidité. Cette préface en sera l'occasion très naturelle, puisque je parais être sur\nle point de recommencer les « engueulements » qui ont rendu cette disgrâce si\nmanifeste aux yeux clairvoyants de mes juges.\n  De vieilles gens m'ont affirmé que j'étais né complètement idiot. Je ne puis rien\ncertifier à cet égard. Mes souvenirs d'enfance sont un peu troubles, en raison, vrai­\nsemblablement, de cet état initial qui aurait précédé mon éclosion. Ce qui n'est pas\ndouteux, c'est l'incroyable retard d'une maturité intellectuelle que la paille de vingt\nannées de noire misère n'a pas été capable d'accélérer.\n  Mélancolique avec ça, au point de noircir les cuillers d'argent dont j'aurais pu\nme servir pour entonner des soupes toujours incertaines, — mélancolique et bête­\nment tendre; il eût été difficile de trouver un être plus savamment organisé pour\nmanquer de toute mesure et pour manœuvrer giratoirement les plus longues gaffes\navant d'avoir conquis son équilibre.\n\n\n\n\n   Après de tels aveux, il serait assurément d'un ridicule peu ordinaire de prétendre\nà l'augurale sérénité d'un critique.\n   Ce nouveau livre est, d'abord, — cela se voit trop, — un essai d'emplâtre sur un\npassé qui me lancine. Puis, c'est une tentative de revendication pour l'Art\n— simplement.\n   Il serait inutile de chercher ici les agressions personnelles qui m'ont été si sincère­\nment reprochées et, qu'en d'autres circonstances, j'avais jugées opportunes.\n   Tout au plus, rencontrera-t-on, çà et là, quelques malédictions, quelques épipho­\nnèmes exécratoires exprimés, peut-être, en cette langue canaille abhorrée de\nl'homme de goût et que je ne puis me défendre de parler quand le tire-pied de mon\ngrand-père me remonte dans l'œsophage.\n   Existe-t-il une critique, d'ailleurs, une vraie critique, un cadastre certain des\nœuvres d'art, appuyé sur un authentique étalon du Beau? J'en doute fort.\n   La maîtresse faculté de l'artiste, l'Imagination, est naturellement et passionné­\nment anarchique. Elle ignore les consignes et les rendez-vous, et brûle sur elle-\nmême comme un solfatare d'enfer. La création est sa proie, les anges sont ses\nvivandiers et l'univers est le cantonnement de son choix. L'infini de l'espace est\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2921, "texte": "158                                  DURENDAL\n\nsa lucarne pour explorer la totalité des siècles. Elle est la mère de l'alpha et la sœur\npuînée de l'oméga, et le serpent symbolique est sa ceinture quand elle se met en\ngrand gala pour penser seulement à Dieu, dont elle est le profond miroir.\n   Elle assemble les nuages mieux que Jupiter, les épaissit autour d'elle à sa fan­\ntaisie et, selon qu'il lui plaît, les dissipe instantanément ou les fait crever en\ndéluge. Les masses les plus inébranlables et les plus pesantes accomplissent des\nbonds et des escalades aussitôt que cette impératrice du Rêve leur fait un signe.\n   Elle est la providence et la salaison des passions humaines Elle parfume les\nimmondices, désinfecte les élégances, aurifie les dents des crocodiles, rapatrie\nl'ivresse du parfait amour dans les plus vieux cœurs, découvre des filons de marbre\ndans des chairs vendangées par la syphilis, restitue des comètes aux plus répu­\ngnantes calvities, confère la rapidité de l'ambroisie au vomissement.\n   Tout le diabolique et tout le divin sont en elle, parce qu'elle fut investie de la\ncuratelle de l'Art à qui tout est nécessaire et qu'elle est à jamais, pour ses pupilles\néperdus, \" l'Ange gardien, la Muse et la Madone \", devant qui Baudelaire a recom­\nmandé qu'on s'agenouillât, dans un poème d'une fatidique beauté.\n   Une jauge quelconque n'est-elle pas dérisoire en présence de cette capricieuse de\nl'Infini, de cette califourchonnière des cieux? Et ceux que l'on nomme les grands\ncritiques, quand ils ne sont pas des pédagogues toujours aberrants, que pourraient-\nils bien être, sinon d'autres ivrognes de la Fantaisie, à la recherche de leur propre\nlit dans des domiciles étrangers?\n                                            *\n                                          * *\n   Mais il est une besogne de police transcendentale que j'ai résolu d'accomplir, si\nj'en ai la force : Dénoncer les improbes en littérature, ceux qui volent et ceux qui\nrampent, car ces deux espèces menacent de tout engloutir.\n   Les voleurs sont les purs plagiaires et leur délit est facilement observable. Ils\ndérobent les enfants des autres et les émasculent pour les vendre avec avantage à\ndes éleveurs de soprani.\n   Les rampants sont les adorateurs du succès à n'importe quels autels. Ceux-là\nsont des prostitués et des Iscariotes. « L'Art qui songe aux applaudissements,\nabdique; il pose sa couronne sur le front de la foule. » Ce mot magnifique est\nd'Ernest Hello, dont il sera parlé plus loin, lequel fut un des plus grands écrivains\n modernes, dévoré, hélas! lui aussi, de la soif des apothéoses, mais qui n'en voulut\njamais au prix de cette ignominieuse abdication.\n   L'avilissement volontaire de la parole est, sans contredit, un des attentats les\n plus bas qu'on puisse rêver. Qu'un misérable sabrenas de roman-feuilleton se\n pollue chaque jour comme un mandrille, à son rez-de-chaussée, pour la joie d'un\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "                                      DURENDAL                                         159\n\npublic abject, c'est son métier et il n'a même pas assez de surface pour le\nmépris. Mais qu'un écrivain de talent, pour augmenter son tirage, pour être lu par\ndes femmes, et par des notaires, pour obtenir de l'avancement dans l'administration\nde la gloire, descende son esprit jusqu'à cette ordure et contraigne sa plume à\nservir de cure-dents à de gavés imbéciles dont il ambitionne de torcher les plats,\nc'est un genre de déloyauté qu'il faut divulguer, s'il est possible, dans des clairons\net dans des buccins d'airain, car c'est l'éternelle Beauté qui se galvaude en ces\ngémonies !\n   Ma trompette, à moi, est jumelle et pourvue de deux embouchures, l'une pour le\nharo, l'autre pour l'hosanna. J'ai cru nécessaire d'appeler en confrontation les véri­\ntables et les faux artistes, les dompteurs de ces esprits fauves qui n'obéissent qu'aux\ngrands mâles et leurs assassins, les pâtres des bestiaux faits pour l'abattoir. La nuit\nest sur nous, la terrible nuit pendant laquelle on ne fait plus d'oeuvres, dit l'Évan­\ngile, mais qui sait si des livres tels que celui-ci n'auraient pas le pouvoir d'allumer\nenfin quelque part une aurore d'intellectuelle pudeur qui commencerait d'éclairer les\nélévations et les abîmes.\n    (Reproduction interdite.)                                          LÉON B L O Y.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 159, "page_fin": 165, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "HENNEBICQ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES REVUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "LES LIVRES\n          BARBEY D'AUREVILLY : P o u s s i è r e s .   — R y t h m e s oubliés.\n                                   (Paris,   LEMERRE)\n\n\n\nC    ERTAINES œuvres   plaisent à une première lecture, mais elles n'éveillent pas\n      une émotion esthétique assez intense pour qu'on soit tenté de les relire. Si on\nles relit quand même, quelle déception ! Il n'en est pas ainsi des écrits de Barbey\nd'Aurevilly. On ne se lasse jamais de la lecture des œuvres de ce puissant artiste.\nQue de fois n'avons-nous pas relu, par exemple, et toujours en éprouvant de\nnouvelles jouissances et en découvrant des beautés inaperçues à des lectures anté­\nrieures : Le Prêtre marié, qui est peut-être le chef-d'œuvre de cet incomparable\ngénie.\n  Dans l'ardeur d'un premier enthousiasme, nous donnons parfois trop légèrement\nce nom de génie, dont on ne devrait qualifier que les maîtres. Mais si quelqu'artiste\nméritât jamais d'être auréolé de ce glorieux nom, ce fut sans conteste notre grand\nécrivain Barbey d'Aurevilly.\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "160                                   DURENDAL\n\n   Catholiques, nous avons le droit d'en être fiers. C'est une de nos plus belles\ngloires. Il nous appartient tout entier. Barbey d'Aurevilly affichait, en effet,\nouvertement sa Foi, il s'en glorifiait et, en maints de ses écrits, il la défendit avec\nl'enthousiasme et la fierté d'un chevalier.\n   Une main pieuse vient de réunir en deux plaquettes, artistiquement éditées par\nLemerre, sous ces titres : Poussières et Rythmes oubliés, les vers et poèmes en prose\nîle Barbey d'Aurevilly.\n   Certaines des compositions réunies dans ces deux volumes n'ajouteront rien\nsans doute à la gloire du connétable des lettres françaises. Cela est vrai surtout du\nrecueil de vers, qui contient cependant d'admirables inspirations. Mais elles réjoui­\nront néanmoins tous les amis et disciples de l'incomparable artiste, notamment par\nl'élévation surhumaine de la pensée, la splendeur de l'imagination et la magnifi­\ncence du style de quelques-unes. Tous reliront avec une religieuse émotion les deux\noeuvrettes posthumes d'un de leurs artistes de prédilection.\n   Nous signalons tout spécialement à l'attention du lecteur, comme particulière­\nment belles, les compositions intitulées : le Cid, le Vieux Goëland, Haine du Soleil,\nOh ! pourquoi voyager et Échanson du recueil de vers et Laocoon et les Yeux camé-\nléons du volume de prose.\n                                                              L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n                                                 *\n   FRANCIS V I E L L É - G R I F F I N : Clarté de V i e . (Edition du Mercure de France.)\n\n\n\n\nL    A nouvelle œuvre de M. Viellé-Griffin relève du même faire que nous lui\n      connûmes jusqu'à présent; elle est d'une délicatesse nuancée et tenue, souvent\nexquise, parfois un peu spécieuse et artificielle — ainsi En Arcadie, qui est pour\nnous la moins bonne partie du livre récent. Si M. Viellé-Griffin a moins de souffle\nque M. de Régnier, moins d'ampleur et de magnificence dans l'image, il a, par\ncontre, le don unique de donner à la langue une musicalité d'une souplesse et d'une\nrêverie incomparables. Et dans ses rythmes si doucement évocateurs, la nature et\nle sentiment se fondent en une conception dont sinon la puissance, du moins\nl'harmonie ne peuvent être contestées... M. Viellé-Griffin ne serait-il point à M. de\nRégnier ce que Lamartine fut à Hugo ?                                         F. V.\n\n\n              L'abbé GUILLAUME : La Question des H u m a n i t é s .\n                           (Réponse au R. P. Verest.)\n\n\n\nC     'EST avec une belle vaillance combative et convaincue que M. l'abbé Guillaume\n       fonce sur le livre du R. P. Verest... Ce livre, d'ailleurs, valait la peine d'une\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "                                        DURENDAL                                         161\n\nréfutation serrée et détaillée : les études classiques y étaient défendues autrement\nque par les motifs de pédagogie routinière qu'on invoque d'habitude à leur appui;\nle R. P. Verest a de l'enseignement traditionnel une conception harmonique et\nlogique... M. l'abbé Guillaume en a une autre que nous trouvons meilleure, surtout\nparce qu'elle est plus chrétienne — sans être moins scientifique; et c'est cela que le\nnouveau volume de l'infatigable doyen de Beauraing met nettement en lumière.\nPourquoi faut-il seulement que, réformateur de l'enseignement, il s'arrête à la\nmoitié de la tâche à faire, et que ses justes critiques et ses réformes nécessaires\nn'englobent que l'enseignement des langues mortes, laissant l'enseignement des\nlangues vivantes et des littératures modernes, enlisées dans la plus déplorable des\nignorances et le plus scandaleux des partis pris; c'est pour ce dernier motif — nous\nle lui répétons une fois de plus — que la campagne de M. l'abbé Guillaume ne\nnous intéresse qu'à demi.                                                     F . V.\n\n\n         A v e n t u r e s (1 vol., Mercure de France). F a b l e s (1 vol., PERRIN),\n                                 par   EDOUARD DUCÔTÉ.\n\n\n\n\nS   I Peau d'Ane m'était conté j ' y prendrais un plaisir extrême, et j'éprouve déjà\n     une sensation exquise à la lecture de ces volumes qui nous rappellent Perrault\net La Fontaine. La Fontaine, le premier naturiste, Perrault et ses princesses alan­\nguies, ses chevaliers casqués, ses loups, ses éléphants, ses pauvres, ses campagnes.\nEn une langue souple, limpide, resplendissante — la véritable langue du conte —\nvoici des histoires charmantes, d'une simplicité profonde et puérile. Nous ne voyons\nplus guère dans Perrault autre chose que le récit passionnant et gracieux; ses\nsymboles ont perdu, en notre âge, toute valeur. Il en est autrement des petites\nthèses de M. Ducôté. Il a lu Maeterlinck et de Reynier. Il a pris à l'un la recherche\ndu silence, du mystère et de l'intimité troublante; à l'autre quelques attributs\nhéroïques et une naïveté cérémonieuse. Il est surtout resté lui-même, c'est-à-dire\nun conteur délicieux et subtil, qui comprend les rivières, les plantes et les hommes,\net possède une langue facile et bien française.                            T H . 13.\n\n\n\n      R u s k i n ou la R e l i g i o n de la B e a u t é , par ROBERT DE LA SIZERANNE\n                             «          (HACHETTE).\n\n\n\n    MPOSSIBLE, en quelques lignes, de donner une idée de Ruskin, de sa physiono­\nI    mie, de ses paroles, de sa pensée. Un disciple fervent du maître, avec une\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "162                                  DURENDAL\n\ntouchante modestie, y consacre tout un volume et il se dégage de ses pages simples\net sereines une idée très pure et très grande de l'Art dans la vie. Nous examinerons\nplus tard en détail ce caractère unique et sublime d'esthéticien sociologue dont\nl'âme généreuse exerça une si profonde influence dans tous les domaines de la\npensée en Angleterre; nous avons seulement voulu le signaler dès maintenant à\nnos lecteurs qui en apprécieront la rare vertu.\n\n\n\n\n      L e s V i e r g e s a u x Rochers, par GABRIEL D'ANNUNZIO    (CALMAN-LÉVY).\n\n\n\n\nF     AISANT suite auxromans de la rose voluptueuse et enfiévrée, voici s'ouvrir le\n     cycle de ceux du lys. « Les Vierges aux Rochers sont moins un roman qu'un\npoème, qu'une œuvre de style, présentant le caractère d'une grande symphonie où\nles quatre thèmes de la Chevelure, des Mains, des Eaux et des Rochers circulent\ncomme des mélodies sans cesse renaissantes >. Et voici les trois princesses nubiles\nattendant dans le parc désert celui qui leur troublera le cœur et élira l'une d'elles.\n   Murimilla, frémissante et défaillante, qui écoute, admire et se tait et entrera dans\nquelques jours au cloître de Saint-François. Anatolia, au cœur infatigable, dont\ntoutes les douleurs de la terre ne réussiraient pas à lasser la palpitation, veillant la\nmère folle et heureuse de soigner les corps malades et les âmes endolories. Violante,\ndont les lignes parlent un langage qui rendrait semblable à un dieu l'homme capable\nd'en comprendre la venté éternelle, incarnation du mystère de la Beauté révélé\ndans une chair mortelle.\n  Vers elles s'avance l'éphèbe attendu et nous assistons à son arrivée dans la cam­\npagne romaine, qui s'évoque à nos regards, lumineuse et transparente, eurythmique\ncomme les frises du Parthénon, chaude et colorée comme son soleil incandescent.\n  Laquelle choisira-t-il? De très minimes aventures suffisent à élever toute l'œuvre\ndans un cadre prestigieux. Ce seront les amandiers fleuris, la rivière paresseuse et\nmoirée, la fontaine luisante et cristalline. Et toujours les trois vies se présenteront\nà lui. Il laissera la Pure à son couvent, la Bonne ne voudra pas lui sacrifier sa\nmission de mansuétude et de charité, la Belle s'emparera de son cœur. Mais à quel\nprix? Le livre de la Grâce, qui va paraître, nous l'apprendra. Puisse-t-il poursuivre\nle même rêve de Beauté en cette langue limpide et latine et continuer à nous\nguider sous d'apparents symboles dans le pays des marbres resplendissants et des\ncampagnes désolées.                                                        T H . B.\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "                                       DURENDAL                                  163\n\n                S o m m a i r e de P h i l o s o p h i e , par LÉON   BOSSU.\n\n\n\n\nJ   E n'aime pas les manuels, pas plus ceux de philosophie que les autres. Quant aux\n     manuels de littérature, je les exècre. On y apprend, ou on y désapprend tout ce\nque l'on voudra. La seule chose qu'on n'y apprendra certainement pas, c'est la litté­\nrature. Il faut être idiot pour s'imaginer qu'un manuel de littérature ait jamais\nformé un littérateur. D'abord, on n'apprend pas à devenir un littérateur, on l'est,\nou on ne l'est pas. Et si on n'a pas intérieurement le don qui fait le penseur et\nl'écrivain, quoi qu'on fasse, on ne sera jamais un littérateur. La littérature ne\ns'apprend que par la contemplation intérieure et la méditation des chefs-d'œuvre.\n   Mais revenons-en aux manuels en général. Pour les sciences il faut bien en tolérer\nl'usage. Le manuel c'est le livre de l'école. Et dans l'école, comme partout dans ce\nmonde étrange et où tout marche à rebours, ce sont les majorités qui font loi.\nL'école hélas ! est ouverte à tous, aux médiocres aussi bien qu'aux intellectuels. Or,\nles esprits médiocres forment le plus gros contingent des écoles. A ceux-là, le manuel\nest indispensable. Sans lui ils ne parviendraient pas à se munir du minimum d'idées\nnécessaire pour faire leur trouée dans le monde, idéal auquel se réduit toute la vul­\ngaire ambition de la plupart des mortels.\n   Pour les autres, pour les esprits élevés, je n'admets le manuel qu'à une condition.\nIl doit éveiller la curiosité des esprits, apprendre aux intelligences à penser par\nelles-mêmes, exciter la spontanéité. Si le manuel est tel qu'il arrive à créer des\npersonnalités, ou plutôt à faire que les personnalités s'affirment, s'il fournit à\nl'intellectuel une occasion et un moyen de connaître sa valeur, s'il l'excite à la\ndévelopper, s'il lui est un stimulant au travail personnel, il atteint son but et il\nréalise le summum du résultat qu'il peut avoir l'ambition d'atteindre.\n  Nous ne nous permettrons pas de porter un jugement philosophique sur le Manuel\nde philosophie du professeur Bossu. Cela n'entre pas dans le programme de Durendal,\nrevue d'art et de littérature.\n   Nous nous bornerons à louer le docte et spirituel professeur des soins qu'il a\napportés à enlever à la science une aridité très naturelle et pourtant peu tolérable\naux esprits qui pensent, avec raison, que donner à la pensée une forme artistique et\nbelle ne diminue pas l'idée, mais la renforce au contraire et en fait ressortir davan­\ntage la profondeur.\n  Il est vrai, encore une fois, que si la méthode que nous prônons est la vraie et la\nbonne pour les esprits transcendentaux, elle fermera peut-être l'école aux esprits\nmédiocres et étroits. Ceci, il est vrai, ne serait pas un mal, à notre avis.\n  Nous félicitons donc vivement le professeur de Louvain de l'effort qu'il s'est\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "164                                       DURENDAL\n\ndonné pour enrober sa pensée philosophique d'une forme aimable et spirituelle et\nnous souhaitons tous les succès à son manuel de philosophie.\n\n                                                               L'abbé HENRY        MŒLLER.\n\n\n                                                *\n\n      E N Rico FERRI   : L e s C r i m i n e l s d a n s l'Art et dans la L i t t é r a t u r e\n                                       (Paris, ALCAN).\n\n\n\n\nF     ERVENT disciple des doctrines lombrosiennes, M. Enrico Ferri continue de croire,\n      d'une foi solide, à l'homme criminel qu'étudia son maître en un livre célèbre.\nA ses yeux, le crime, phénomène d'ordre pathologique, ne manifeste qu'une dégéné­\nrescence : physiquement et psychiquement, le délinquant est un dégénéré. Il classe,\nau point de vue bio-sociologique, les criminels en cinq types : le criminel né, le\ncriminel fou, le criminel par habitude acquise, le criminel par passion et le criminel\npar occasion, et ces cinq types, il les analyse tels qu'ils se rencontrent parfois dans\nles arts décoratifs, souvent dans les arts descriptifs. « Notre but, dit-il, est de\nmontrer, chez des personnages immortalisés par l'art, jusqu'à quel point l'intuition\nartistique a su prévoir ou suivre les notions si péniblement acquises par l'expérience\nscientifique, sur la nature véritable du crime et des criminels. » On conçoit le vif\nintérêt d'un tel travail, destiné à fixer la valeur d'observation d'œuvres en renom.\nM. Ferri constate que, pour des causes diverses, le criminel fou et le criminel\nd'habitude sont négligés par les artistes. Successivement, il analyse, dans le théâtre\nantique, Œdipe, Médée, Phèdre, Oreste. Chez les modernes, il critique les types\ncriminels créés par Victor Hugo, dans Les Misérables et le Dernier jour d'un condamné\noù le poète se révèle psychologue très superficiel et peintre de chic ; par Zola, dans la\nBête humaine et dans Germinal; par Bourget, dans Cosmopolis, André Cornêlis et le Dis-\nciple; par Annunzio, dans l'Intrus; par Ibsen et Tolstoï, en divers de leurs drames\net romans. Les maîtres souverains de la psychologie criminelle sont, à l'entendre,\nDostoiewsky, l'observateur douloureux et profond de la Maison des Morts, le créateur\nde Raskolnikoff, dans Crime et Châtiment, livre dantesque d'horreur, et, par dessus\ntous, le peintre de Macbeth, de Hamlet et d'Othello, le prodigieux voyant Shakes­\npeare.\n   Les remarques curieuses et justes abondent dans le livre de M. Ferri; malheureu­\nsement son dogmatisme lombrosien, étroit, intransigeant, l'induit à bien des asser­\ntions aventurées, et, à toute page, perce le matérialiste agressif et sectaire. M. Ü.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "                                      DURENDAL                                      165\n\n  A u p r o c h a i n : Hélène, par notre collaborateur ARNOLD GOFFIN. Essai sur le\nGénie dans l'Art, par GABRIEL SÉAILLE. L'Ombre Ardente, par j . LORRAIN. Roseaux\npensants, par DE MONTESQUIOU.\n\n\n  A paraître p r o c h a i n e m e n t : Palais de Cristal, de notre collaborateur, JOSÉ\nHENNEBICQ.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 165, "page_fin": 166, "titre_corps": "Les Revues", "titre_sommaire": "Revue des Revues", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES REVUES", "ancre_fin": "re le guet dans l'aube aux brumes denses... 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Montfort, dans la Revue Naturiste,\net d'un article de l'Art Moderne.\n   Ces deux contributions sont d'un beau style harmonieux ou nerveux... mais si\nl'on voulait bien sortir quelque peu des vagues généralités, préciser le sens de\nl'Ecole nouvelle, ce par quoi elle se rattache à ses devancières, ce par quoi elle en\ndiffère, nous en saurions gré à ces novateurs, d'ailleurs très intéressants et très\ntalentueux.\n\n   L'Effort publie, par fragments, Tour d'Ivoire, de M. Raymond Marival; c'est la\nprotestation d'une personnalité originale, artistique et délicate contre le réseau du\nprosaïsme et des conventions qui enserrent sa vie... La protestation est véhémente,\namère, outrée parfois; mais il y a des coups de trique bien appliqués; celui-ci, par\nexemple : < Il y avait dans l'église de mon oncle des boiseries anciennes très\nfouillées, des retables d'un travail merveilleux. Il les peignit en belles couleurs verte\nou jaune d'ocre, ainsi que les sculptures véritables du sanctuaire et du jubé. Sous\nles combles, parmi les détritus et les poussières, il remisa le saint et les apôtres\ndont les statues entouraient le chœur. A leur place sont rangées avec symétrie des\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "166                                   DURENDAL\n\nplâtres achetés rue Bonaparte. Le vieux Chemin de la Croix pourrit au grenier.\nSur les murs s'étayent d'immondes chromos, où baille l'admiration béate des\nbigotes. Pourquoi de tels attentats contre la Beauté ? Comment répugner à com­\nprendre que la laideur aussi est un sacrilège ? »\n  La leçon vient à propos ailleurs qu'en France.: les plâtres de la rue Bonaparte\nparaîtraient presque beaux à côté de certains cauchemars pétrifiés de l'École\nSaint-Luc !\n   A lire encore — et à méditer en Belgique — l'article du Sillon sur le Jeune\nClergé et la Jeunesse catholique. Ceci n'est-il pas tout à fait nature : « Beaucoup de\nprêtres vivent relativement isolés. Ils n'ont guère de rapports qu'avec d'honnêtes\ndévots et dévotes, d'un esprit tout particulier, qui restent eux-mêmes à l'écart de la\nsociété moderne, qui sont trop souvent des produits perfectionnés du traditionnel\nsystème du bocal. Voici la formule : pour préserver sa foi des courants d'air, on se\nmet dans un bocal (il faut éviter de le choisir transparent), on le ferme avec soin —\net l'on respire comme on peut. >\n   Le Belfort — la revue flamande, éditée à Gand — publie tous les trois mois des\nnotes littéraires signées J. C L . , qui attestent chez leur auteur une large compré­\nhensivité et une riche érudition artistique : toutes les expressions d'art contempo­\nrain, de quelque pays qu'elles viennent, y sont relevées avec une visible et\nclairvoyante sympathie; c'est un bulletin sommaire et complet des divers mouve­\nments littéraires.\n  Le Mercure de France, de juillet, commence la publication d'une nouvelle série de\nBallades françaises, de M. Paul Fort — des proses rythmées d'une réellement\npénétrante et originale harmonie.\n  Dans la Quinzaine, une étude souvent juste, parfois amère sur le rôle actuel de la\ncritique littéraire. Auteur : M. Camille Vergniol.\n  Dans la Trève-Dieu, de beaux vers de Francis Viellé-Griffin : Attendre :\n                Attendre ! l'œil agrandi, vers l'Océan immense\n                Attendre, appréhender, méfiant de l'espoir;\n                Guetter dans l'aube froide un signe d'espérance,\n                Tout un jour, l'œil ouvert, jusqu'à ne plus y voir !\n                Et reprendre le guet dans l'aube aux brumes denses...\n                C'est la vie — n'est-ce pas ? — aimer, douter et croire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-07-n7-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 168, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "urs d'objets d'art, nous recommandons instamment la maison Rassenfosse, rue Royale, 63, à Bruxelles.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 130, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "NOTULES\nEXTRAIT      du Patriote du 11 juin :\n\n   « U n e s é a n c e o r i g i n a l e au Collège N o t r e - D a m e de la P a i x . — De\nnotre correspondant de Namur, 10 juin :\n   » Hier après-midi, les élèves des académies de seconde et de rhétorique ont\noffert à Mgr Decrolière, évêque de Namur, une séance fort originale, disons-le de\nsuite, parfaitement réussie.\n   » Au programme figuraient, outre des études historiques et des intermèdes\nclassiques, des extraits de la belle tragédie de D.-A. Parodi : Rome vaincue. Mais le\nclou de la soirée était une séance au Sénat romain l'an 63 avant Jésus-Christ\nL'objet de la délibération des graves Pères concrits était le sort des complices de\nCatilina.\n   » Reconstituée sur les données que nous ont transmises Plutarque, Cicéron,\nSuétone, Dion Cassius et Salluste, cette discussion, relevée encore par une fidèle\nmise en scène, a, par son attrait archaïque et sa magnifique interprétation, soulevé\nles chaleureux applaudissements de l'auditoire distingué qui se pressait dans la\ngrande salle du Collège de la Paix. »\n  Qu'on dise encore après cela que l'enseignement des R. P. Jésuites n'est pas en\nprogrès de modernisme : ils n'en sont déjà plus qu'à l'an 63 avant Jésus-Christ.\nAvec un peu de bonne volonté et de hardiesse, la Compagnie arrivera, pour le siècle\nprochain, au christianisme. Alleluia!\n\n\nU N joliUnemotprotestante\n                 qui renferme tout un chapitre d'apologétique :\n                          visitait l'autre jour, en compagnie d'un prêtre catholique,\nune église des Flandres; et comme elle s'émerveillait de la richesse des ornements\net du mobilier, en le comparant à la froide nudité des temples protestants : \" Ah !\nvoyez-vous, Madame, lui répondit le prêtre, c'est que nous sommes depuis plus\nlongtemps dans nos meubles que vous !... \"\n\n     ÉTAPHORES militaires, jadis recueillies par Baudelaire :\nM       Littérature militante. — Rester sur la brèche. — Porter haut le drapeau.\nSe jeter dans la mêlée. — Un des vétérans. — Soldat de la presse judiciaire. —\nPoètes de combat. — Littérateurs d'avant-garde.\n\n              Mois :\n P  ENSÉE DU\n       « Le tourment de l'homme de pensée est d'aspirer au beau, sans avoir\njamais une conscience fixée et certaine du Beau. »\n                                                             E. et J. DE GONCOURT.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "168                                   DURENDAL\n\n\n\nO Ndeannonce, pour l'hiver prochain, une tournée de conférences, en Belgique,\n      M. Henry Bordeaux, le jeune et distingué critique des Sentiments et Idées\nde ce Temps.\n\n\nSI denousfonctionnaires\n           sommes dotés en Belgique d'un ministère des Beaux-Arts, avec beaucoup\n                        suffisamment prébendés et multicolorement décorés, c'est\napparemment pour préserver nos vieux monuments, vestiges et évocations du\npassé, contre de haineux ou inconscients vandalismes.\n   Or, à l'un de nos amis qui s'avisa l'autre jour d'aller signaler à l'administration\nde M. De Bruyn — côté Beaux-Arts — l'attentat projeté contre le beffroi des\npetites halles de Courtrai, il fut répondu : « CELA NE NOUS REGARDE PAS ! »\n   Cela ne vous regarde pas, Messieurs?... Mais alors... non, nous allions être\nimpertinents.\n   Peut-être ceux qui s'intéressent à la conservation de nos monuments historiques,\ns'adresseraient-ils dorénavant avec plus de succès au ministère de l'agriculture ?\n\n      ONSIEUR ADOLPHE P R I N S  est un large et loyal esprit... Quand il aborde\nM      une question de quelque ordre d'idées qu'elle soit, il mérite qu'on l'écoute\ntant à cause de son talent que de sa sincérité; à ce double titre, le discours qu'il a\nprononcé récemment à l'Académie de Belgique vaut qu'on s'y arrête... De la santé\nmorale dans les lettres et les arts de notre temps, tel le sujet... De bons apôtres ont vu\ntout de suite dans les paroles de M. Prins un réquisitoire contre la littérature\nfrançaise moderne... Il n'en est rien : le distingué professeur n'a répudié — et\ncomme il a raison ! — que l'art à quatre pattes des écoles zolistes... Peut-être eût-il\nconvenu qu'à côté de ce mal, l'orateur appuyât davantage sur la réaction splendide\nqui a suivi, et vraiment, dans les lettres françaises actuelles, il aurait trouvé autre\nchose à opposer à la Terre, à Pot-Bouille et à leurs succédanés... que les œuvres\nanglaises de Dickens... N'importe, la protestation est d'une belle et fière allure,\nencore qu'elle manque peut-être d'information — et partant de justice... M. Prins,\nnotamment, est d'une sévérité outrée pour les symbolistes... N'oublie-t-il point que\nle symbolisme c'est de l'Idéalisme encore — un peu quintessencié ?\n\n                               . .        *\nN    ous avons assisté, le 22 juillet, en la salle des fêtes de l'Exposition, à la\n      première exécution du drame musical : Sainte-Godelieve, la nouvelle et magni­\nfique œuvre de notre grand artiste chrétien, E. Tinel, l'auteur de : Francisons. Un\nde nos collaborateurs en donnera la critique au prochain fascicule de Durendal.\n\n\nAuxM. amateurs  d'objets d'art, nous recommandons instamment la maison\n      Rassenfosse, rue Royale, 63, à Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 170, "texte": "JUILLET 1 8 9 7 (QUATRIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": ""}, {"page_pdf": 172, "texte": "Juillet 1897                      DURENDAL                            N° 7\n\n\n\n\n         SOIR S U R L'ETNA\n\n            L'ombre d'un bleu d'acier s'allonge sur la plaine\n            Qui glisse mollement des monts jusqu'à la mer.\n            Par les sentiers poudreux, le chèvrier ramène\n            Ses bêtes dont la cloche au lointain tinte clair.\n\n            La terre qu'épuisait la volupté sereine\n            D'un soleil sans nuage et d'un midi sans air,\n            Succombe à la fatigue et s'endort dans l'haleine\n            De l'amandier en fleurs et du citronnier vert.\n\n               Le crépuscule étreint tour à tour de ses voiles\n               Les môles escarpés, les larges contreforts\n               Où culminait tantôt l'orgueil des châteaux-forts.\n\n               Seul, l'Etna, roi de l'île et vainqueur de la nuit,\n               Boit le dernier rayon de l'astre qui s'enfuit,\n               Et sa neige empourprée accueille les étoiles.\n\n\n T a o r m i n a (Sicile)                         H . CARTON DE W I A R T .\n      J u i n 1897.\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "146                             DURENDAL\n\n\n\n\n      Une Ame contemplative\n\n\n B\n         ARBEY d'Aurevilly,  notre grand littérateur catholique, a con­\n          sacré à la mémoire de Blanc de Saint-Bonnet, des pages\n          d'une élévation superbe et d'une émotion intense. Il a carac­\n          térisé le haut talent de ce profond penseur chrétien, il a\nrésumé la vraie nature de cette âme d'une si radieuse sérénité, il en\na donné, en quelque sorte, la définition en un seul mot, lorsqu'il l'a\nappelé : « un contemplatif».\n   Il ne pouvait lui décerner un plus bel éloge, car une âme contempla­\ntive, c'est à la fois ce qu'il y a de plus beau et de plus rare en ce monde.\n   L'homme médiocre méprise les âmes contemplatives. Quoi d'éton­\nnant ! Il ne les comprend pas. Il est incapable de les- comprendre. Il\nne saurait j a m a i s s'élever jusqu'à elles. Elles sont à cent coudées\nau-dessus de lui. Elles planent, comme les aigles, dans les hauteurs,\noù l'homme médiocre ne peut les suivie, môme du regard, puisqu'il a\nles yeux éternellement rivés aux bassesses, aux platitudes et aux\ninepties de la terre d'en-bas.\n   Voulez-vous avoir la mesure de l'élévation d'une âme, demandez-lui\nson opinion sur la vie contemplative? Les âmes basses l'ont en parfait\nmépris. C'est leur plus sanglante condamnation. Car toute la gran­\ndeur de l'âme h u m a i n e consiste précisément en cela qu'elle est créée\nuniquement pour la contemplation de l'éternelle Beauté.\n   > Mais des âmes y en a-t-il encore dans ces tristes temps ? », se\ndemande avec raison, Barbey d'Aurevilly, « oui, peut-être dans les\ncloîtres, en quelque coin retiré du monde, en quelques poitrines incli­\nnées aux pieds du crucifix, dans le silence de quelques chapelles ! »\n   C'est parce qu'il y a si peu d'âmes élevées en ce monde, que Blanc\nde Saint-Bonnet est si peu connu et si peu apprécié.\n   C'est à nous, catholiques, membres de la plus idéale et de la plus\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                        DURENDAL                                   147\n\ndivine des Religions, fils d'une Église dont la doctrine est assez puis­\nsante pour élever les âmes jusqu'aux splendeurs de la vie mystique,\nqu'il appartient de retirer Blanc de Saint-Bonnet de la tombe du\nsilence où on l'a si longtemps et si injustement tenu enseveli.\n    Une occasion s'offre à nous de le faire. On vient de rééditer le\nlumineux livre de Saint-Bonnet, sur La Douleur (1). C'est une vraie\nphilosophie de la Douleur. Penseur chrétien, il en a pénétré le sens\nintime comme personne ne l'avait peut-être fait jusqu'ici. Artiste chré­\ntien, il en a perçu toute la mystique beauté. Poète chrétien, il en a\nchanté les attraits divins en des accents d'un lyrisme magnifique.\n    Les inspirations de Blanc de Saint-Bonnet sur la Douleur, comme\nle fait judicieusement remarquer d'Aurevilly, sont autrement élevées\net profondes que les rêvasseries nébuleuses d'un Schopenhauer sur la\nmême matière. Il enthousiasme l'âme humaine, alors que celui-ci la\ndéprime. Il fait aimer la Douleur, alors que l'autre la fait maudire.\n La Douleur pour Blanc de Saint-Bonnet, c'est la voie royale qui con­\nduit les grandes âmes au Bonheur, tandis que pour le philosophe\nallemand, elle n'aboutit qu'au désespoir et au suicide.\n    Saint-Bonnet a résumé toute sa philosophie en une parole profonde,\n— elle contient en germe tout son traité de la Douleur — lorsqu'il\na écrit :\n    « Les hommes ont divisé les sciences. Au fond, il n'y en a qu'une :\n celle qui rattache l'homme aux lois ineffables de l'Être qui l'a\n constitué. »\n    Saint-Bonnet a étudié dans la méditation ces lois ineffables qui\n relient l'âme humaine à son Principe Éternel et il a découvert et nous\n montre supérieurement dans son livre, que la voie la plus directe et la\n plus sûre pour arriver à la béatitude, c'est la voie de la Douleur.\n « Mystère insondable, dit-il, contradiction apparente et sublime,\n l'homme est créé pour le bonheur, et le chemin le plus direct pour\n y arriver, c'est la Douleur ! »\n   (1) La Douleur,      par BLANC DE SAINT-BONNET. — Paris. — Maison de la Bonne Presse,\n8, rue François l e .\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "148                                 DURENDAL\n\n\n  Nous ne saurions assez engager les catholiques à méditer eux-\nmêmes et à répandre partout le beau livre de Blanc de Saint-Bonnet,\nsur la Douleur, pour la plus grande gloire de cet admirable artiste\nchrétien et pour celle des lettres catholiques qu'il a honorées de son\nprestigieux talent.\n   Il a été vraiment bien inspiré celui qui vient de nous donner une\nnouvelle édition du livre de Saint-Bonnet, sur la Douleur, livre devenu\nintrouvable. Nous espérons qu'il ne s'en tiendra pas là et qu'il pro­\ncurera bientôt de nouvelles joies à nos intelligences et à nos âmes en\nrééditant les autres œuvres du penseur chrétien.\n                                                    L'abbé H E N R Y    MŒLLER.\n\n\n\n\n                                                                       (I)\n            La Glèbe Héroïque\n                                   1798 - 1 7 9 9\n\n                                                            A FIRMIN VANDEN BOSCH\n\n\nLes               voix      d'appel vers le Très-Haut, les voix mouillées de larmes,\n                    lamentables jusqu'au grand cri volontaire et farouche. Les voix\n                    enfin qui veulent\n                        Les genoux usés aux prosternations, les genoux éraflés et\n                    saignants, qui traînent leur martyre sur les pierres.\n                        LES gestes roides. Les mains nouées sur les bras tendus.\n         Les doigts qui se crispent. La prière timide, ardente, colérique. Les\n         voix enfin qui veulent !\n           Peuple de vieillards, d'enfants, de femmes, de perclus.\n   Midi — dardant son regard de flamme au travers des verrières. E t par là\ns'épandent les lumineuses rougeurs. L a sanglance réflétée par les champs de\ncarnage, proches. Midi — la vie, la joie et la mort.\n  (1) Fragment.\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                    DURENDAL                                      149\n\n   Les faces mordues de hâles, les têtes vieillottes mordues du soleil et de tempêtes.\nDes yeux, où s'éternise le mirage des bois et de la plaine. Les cassées de gésines et\nles brisés de labeurs, unis dans la chair et la plainte. Les petits, les petits aux\nprières vagissantes, et que des mères lèvent vers l'autel, parce que leurs paroles\nvaines sont les prières les plus pures.\n   Un nouvel élan. Les mains crispées oscillent. Rauques les voix. Les voix; enfin\nqui veulent!\n   Midi, d'un regard d'or, fixe la plaine.\n\n   La plaine. Majestueuse, en remous graves, étalant son tablier de couleurs\ntaciturnes, la campagne d'automne vibre dans l'or fluide.\n   Jusqu'aux lointains de l'horizon circulaire s'évanouissent les brouillards translu­\ncides. Les alouettes chantent joie!\n   Et des corbeaux s'abattent; rassemblés, goulus, avec des croassements de colère\net des luttes. Et des vols noirs cinglent toujours vers les campagnes. Ce sont des\ntaches sombres et vivantes parsemant la plaine radieuse. La plaine radieuse du\nlendemain de combat.\n   Celui-là, figé dans le sommeil définitif, et qui partit avec au cœur l'émoi des\nvoluptés. Après l'étreinte d'amour passagère, aujourd'hui l'étreinte éternelle de la\nCamarde, et les oiseaux avides fouillent son cœur.\n   Lui, dans l'effroi ayant hoqueté, les yeux agrandis par les fièvres d'épouvante,\net le sang noir séché sur la gorge tailladée.\n   Et d'autres, et d'autres, dormant placides comme après les travaux, ou hideux\ndans les transes dernières.\n                  Ils rêvent de combats dont Dieu serait le prix\n                  Et de guerre menée à coups de crucifix.\n  Les prêtres. Et leur rêve a vécu la réalité L'aube nouvelle emplissant leurs\nprunelles, les tragiques tonsurés regardent le ciel.\n  Les chants des morts?\n  Ecoutez ies corbeaux!\n  Le soleil s'enfonce dans les brumes lointaines, radieux.\n\n   Les bruyères mornes dans les linceuls du soir exhalent les tristesses infinies.\n   Ici aussi, semés le long des mares aux reflets d'armures, couchés sur les micas\nd'argent ou sur les sables d'or — des morts.\n   Des râles s'entendent au fond des bois, au fond des bois où sont blotties les\nmystérieuses horreurs de l'ombre.\n   Des âmes passent dans l'a nuit.\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "150                                 DURENDAL\n\n   Les chaumines. L'inexaucée prière des voix volontaires et farouches, mit aux\nlèvres tremblantes l'imploration brisée. Brisés les cœurs des mères. Les vieux pros­\ntrés, finis. Vaines prières.\n   Les chaumines recèlent les morts vivants.\n\n   Les historiens écrivent :\n  Ainsi se concentrait la Glèbe. En Campine, vers Moll, vers Gheel et Meerhout.\nLes enfants du terroir accouraient vers les bandes paysannes. De Grimbergen et de\nVilvorde, encore fluaient les hommes de la plaine. Puis ceux de Wallonie, fra­\nternels, unissant leurs efforts aux volontés flamandes.\n\n  Et l'on combattit.\n  Et le Ciel vit l'incroyable héroïsme de la patrie.\n  Et le Ciel la voulut martyre.\n  Pour les seules palmes éternelles.\n  Gheel, Moll et Meerhout. Là s'érigèrent les tombeaux de la Campine.\n\n\n\n\n                                            LA JOURNÉE DE GHEEL\n\n   La tristesse tissa ses voiles gris sur le bourg. De partout s'annonçaient les\ndéfaites. Les terriens, arrivant à Gheel, traînaient leurs démarches fatiguées et\nl'accablement de leurs gestes, sous les regards vides des aliénés. Ce n'était plus\nl'affirmation violente de droits qui se savent sacrés, où se mire le farouche orgueil\nde Justice. Mais une race portant haut sa fierté jadis, frappée chaque jour à présent.\nAinsi le chêne que l'ouragan mutila, et qui pleure parmi ses branches brisées à\nl'orée de la forêt. Chaque jour éclairait un désastre, chaque heure sonnait un glas.\nLes morts propitiatoires rendaient la Mort propitiatoire. Toujours aux victimes les\nvictimes succédaient. Et les bruyères de novembre refleurissaient rouges.\n  Venant du plus lointain des landes campinoises, harassé, les yeux brûlés des\nsables chassés par le vent, la blouse en lambeaux, avec aux pieds les meurtrissures\nd'une course longue et forcée, et les jambes souillées par les vases des marécages,\nun paysan s'abattit devant la première maison de Gheel.\n   Alors, un aliéné, qui rôdait là, vit l'homme et lui porta de l'eau.\n   Et le virent aussi d'autres déments.\n   Entouré, secouru, le paysan sortit de sa torpeur, tandis que des voix aux timbres\nétranges, mais compatissantes, le plaignaient doucement.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                    DURENDAL                                    l5l\n\n  Il n'eut que ces mots :\n  — Les républicains arrivent !\n  Et tous hochèrent la tête et répétèrent :\n  — Les républicains arrivent !\n  — Ils arrivent! Ils arrivent! clama le paysan, s'étant maintenant tout à fait\nressaisi, et devinant ses interlocuteurs.\n   Puis, voulant propager son cri d'alarme et réveiller la glèbe à l'annonciation de\nl'ennemi, il entra dans le village, criant :\n   — Les républicains arrivent!\n  Et les déments entrèrent dans le village, criant :\n  — Les républicains arrivent !\n  En un instant se passa ceci :\n  L'Echo bondit aux cœurs, déchira la tristesse et refoula les désespérances.\nL'appel, tel un aimant, tira vers lui tous les vouloirs, et se déployant comme un\nglorieux gonfanon, gonflé déjà de la brise des victoires, la foule terrienne courait,\nse massait aux carrefours, développait ses groupes de blousiers en longues lignes\nmartiales; et des cortèges oscillaient, se rencontraient, s'unissaient. Les voix des\nchefs s'élevaient brèves, et les ordres s'exécutaient parmi la fièvre de l'attente.\nS'arrachant aux bras des aimantes compagnes, se relevant sous le symbole des\nbénédictions, emportant la relique du dernier baiser et l'empreinte des dernières\nparoles, les fils, les amants, les époux, âpres déjà et fiers, partaient pour la\nrencontre souhaitée. Et des bruits sourds, lointains, mais reconnus aussitôt, — la\nchanson de la poudre! — arrivaient, apportés par le vent.\n  Le paysan, qui tantôt fut l'annonciateur de la venue de l'ennemi, exprima cette\npeur : — J'ai rencontré les hommes de Tessenderloo. Je leur ai dit le but de mon\nvoyage. Eux aussi doivent allier leurs courages aux nôtres aujourd'hui. Ils se\ncachaient de l'ennemi dans les sapinières de Heykant, où ils attendaient notre\narrivée. J'écoute, et je sens le frisson des frayeurs me secouer l'âme. Ils sont une\npoignée et les Français sont légion !\n  Alors ce fut soudain, ce fut irrésistible. Tous les rustres n'eurent qu'un cri :\n— En Avant! Et sans le signal des chefs, car nul commandement ne s'entendait,\nfurieux ou extatiques, les remueurs de terre volèrent vers la plaine des tueries.\n   L'air, bleuissant de poudre, nimbait un groupe effrayant de héros. Vingt hommes\nencore tenaient tête aux soldats de la république. Entassant devant eux des\ncadavres, ils tiraient par les meurtrières charnelles que formaient les corps.\n   Comme une trombe, les blousiers fondirent sur le front de bandière des Français.\n Et le choc colossal fit reculer leurs troupes puissantes. Les rangs républicains\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "l52                                    DURENDAL\n\n s'éclaircirent. Crépitants les fusils, étincelantes les faux, tonitruantes les voix dans ce\n cri dominant : Pour Dieu et la Patrie! Les terriens noirs et rouges semèrent la\n crainte. Et ils eurent en ce moment l'espérance de la victoire. Mais le mur des\n soldats de France se redressa impitoyable, et les vivants remplacèrent les morts, et\n les vivants remplacèrent les morts — toujours. Toujours, après l'effort inouï, une\n nouvelle digue de fer surgissant devant eux. Fauchés par les larges grêles des\nballes, les terriens aux rangs débandés déjà, hagards, tiraient et combattaient,\ndésemparés, et de nouvelles rafles de Patriotes s'allongeaient sur le sol, à chaque\n instant.\n    Des cris stridents, épouvantables, couvrirent subitement les bruits de la guerre.\nHorribles, des clameurs sauvages s'élevèrent du côté de Gheel. Il y eut un désarroi\nsoudain. Et tous les hommes noirs et rouges regardèrent.\n    Ce n'était pas une troupe humaine cela. Quels étaient ces êtres étranges, habillés\nde couleurs éclatantes et qui se précipitaient vers les soldats?\n    Ils striaient la plaine d'éclairs multicolores. On voyait des bras aux gestes\nimmenses qui soulignaient une mélopée étourdissante. Ce vacarme mouvant\namenait dans ses plis un effroi secret, qui flottait avec la multitude d'étendards\ngrotesques tendus au-dessus d'eux.\n   A cinq cents mètres il s'arrêtèrent; des danses désordonnées accompagnèrent\nleurs terrifiantes chansons. Ft l'on perçut, modulé sur un rythme inouï, le cri de\nguerre des Patriotes.\n   Tous les coeurs sentirent l'étreinte de la peur. Et les vieux soldats comme les\nrecrues chancelèrent, pâles.\n   Tout à coup, un cavalier, un dynaste couronné d'or, surgit devant la bande\nhallucinée. Cramponné d'une main aux crins de sa monture, et de l'autre bran­\ndissant une fourche où s'effiloquaient des lambeaux cramoisis, il entraîna sa troupe\nhorrible.\n   Violente, inconcevable, elle tomba sur l'armée jacobine glacée de terreur.\n   Car chacun comprenait.\n    C'était le régiment des fous!\n    Des faces convulsionnées criaient la mort. Des mains, des bras fiévreux frap­\npaient à mort. Sinistres, cauchemaresques, les fous, lés pauvres fous, de Gheel\nsecouraient — par une intuition surnaturelle — les derniers soldats de la Patrie!\n    Entrés, les combattants carnavalesques, dans les rangs ennemis, ils accomplis­\nsaient leur irréfragable destin. Et grimaçants, hideux et sublimes, ils cassaient des\ncrânes !\n   Vautrés dans le carnage, ils essuyaient leurs mains souillées de sang sur leurs\ntêtes échevelées. Sous les ruisseaux de sang qui descendaient le long de leurs\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                    DURENDAL                                          153\n\nvisages, leurs yeux fulgurants fixaient la victime, qui, dominée par ce regard,\nfléchissait déjà, avant le coup ultime.\n   Des chevronnés de combats s'affalaient inertes, impuissants, et le terrible\nrégiment de folie et de mort, frappait, frappait encore!\n   Son sillage, tracé par une poupe éclatante, creusait le lit d'un fleuve vermeil.\nSurhumaines, les voix prenaient à présent l'éclat des tocsins qui sonnent les\ndésastres.\n   Ils étaient au centre de l'armée de France !\n\n   Ce fut alors que se retrouvèrent quelques volontés ennemies. Et dès lors ce fut\nbientôt fait. Encerclés par la multitude des soldats étrangers, les corps des déments\nallaient se mêler aux corps qu'ils avaient terrassés. En hâte, les sans-culottes,\nlugubres, fusillèrent à bout portant cette épouvante, au milieu de rires stridents, de\nlarmes, de râles.\n   Puis en désordre, tels des soldats après une déroute, les Jacobins quittèrent\nla plaine de la bataille, s'enfuirent presque, poursuivis par ces gestes énormes de\nfolie et par l'image de cette mort grimaçante.\n   Tandis que le dynaste, seul debout encore, agitant sa couronne dorée et sanglante,\nse profilait, contorsionné, sur l'horizon braséant, où le soleil pleurait des larmes\npourprées.\n                                                              GEORGES V I R R È S .\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "154                         DURENDAL\n\n\n\n\n      Les Fenêtres de l'Été\n      La grande chambre est calme et dort dans le soleil,\n      Des pavots empesés tendent leur col pareil\n      A la fenêtre ouverte, et leurs tièdes parfums\n      Trempent dans l'air pesant où les avrils défunts\n      Avaient senti passer les haleines légères\n      Des lilas blancs, des anémones, des fougères.\n\n      Mais au loin, sous le ciel implacablement bleu,\n      Les blés jaunes et roux, les blés, les orges pleines,\n      La houle des épis oit bout l'âme des plaines\n      Comme une lave d'or, de cuivre et de feu,\n      Coule sur la campagne immobile et brûlante.\n\n      On n'entend que le cours bref d'une horloge lente.\n      Et sur le coussin vert, entre les chaises vides,\n      Un chat concentre en lui la lumière torride.\n      Le maître a recherché les ombres du jardin\n      Et promène ses pas au sable des allées,\n      Attendant que le jour arrive à son déclin\n      Et que les formes des arbres se soient mêlées.\n\n      Tout s'apaise bientôt dans la douceur de l'air\n      Et les nuages blancs flottent dans le ciel clair.\n      Un fin brouillard se trame aux horizons voilés\n      Et dans la chambre ouverte aux brises odorantes,\n      Passe toujours l'arôme impalpable des plantes\n      Et le souffle du soir qu'embaumèrent les blés.\n\n                                                   THOMAS     BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                    DURENDAL                                    155\n\n\n\n\n  BELLUAIRES ET PORCHERS\n                               Par LÉON BLOY\n\n\n         INTRODUCTIONS         ET PRÉLIMINAIRES           AVEUX     (Suite)\n\n\n\n\nM\n               ON Dieu! l'Art est une chose vitale et sainte, pourtant!\n                    Dans l'effroyable translation « de l'uterus au sépulcre » qu'on\n                 est convenu d'appeler cette vie, comblée de misères, de deuils, de\n                 mensonges, de déceptions, de trahisons, de puanteurs et de catas­\n                trophes; en ce désert, à la fois torride et glacé, du monde où l'œil\ndu mercenaire affamé n'aperçoit, pour fortifier son courage, qu'une multitude\nde croix où pendent, agonisants, non plus les lions de Carthage, mais des ânes et\nde dérisoires pourceaux crucifiés; dans ce recul éternel de toute justice, de tout\naccomplissement des réalités divines; attiré par l'horrible humus dont ses organes\nfurent pétris; convoité, comme un aliment précieux, par toutes les germinations\nsouterraines; sous le planement des aigles du charnier et des corbeaux de la\npoésie funèbre, et sentant avec une angoisse sans mesure, ses genoux plier à chaque\neffort; que voulez-vous que devienne un malheureux être humain sans cette lueur,\nsans cet arôme subordonné des jubilations futures ?\n   Tout nous manque indiciblement. Nous crevons de la nostalgie de l'Être. Il ne\nreste plus que la louve de l'Art qui pourrait nous réconforter, si on ne lapidait pas\nles derniers téméraires qui vont encore se ravitailler à ses tétines d'airain.\n   On aura beau dévaliser les âmes et détronquer l'homme; après tout, il resterait à\ndécréter son abolition pour que disparaissent tous les ferments de l'incompressible\nidéal qu'il porte en lui et que la plus sacrilège éducation n'élimine pas. Aucun degré\nd'avilissement ne peut être calculé pour prévaloir contre la nature.\n   Aussi longtemps que subsistera la race douloureuse des enfants d'Adam, il y aura\ndes hommes affamés de Beau et d'Infini, comme on est affamé de pain. Ils seront\nen petit nombre, c'est bien possible. On les persécutera, c'est infiniment probable.\n Nomades éplorés du grand Rêve, ils vagueront comme des Caïns sur la face de la\nTerre et seront peut-être forcés de compagnonner avec les fauves pour ne pas\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "156                                  DURENDAL\n\nrester sans asile. Traqués, ainsi que des incendiaires ou des empoisonneurs de\nfontaines, abhorrés des femmes aux yeux charnels, qui ne verront en eux que la\nguenille, invectives par les enfants et les chiens, épaves affreuses de la joie de\nsoixante siècles roulées par le flot de toutes les boues de ce dernier âge, ils agoni­\nseront à la fin, aussi confortablement qu'il leur sera donné de le faire, dans des\nexcavations tellement fétides que les scolopendres et les scarabées de la mort n'ose­\nront pas y visiter leurs cadavres.\n   Mais, quand même, ils subsisteront pour désespérer leurs bourreaux et, comme\nla nature est indestructible et inviolable, il pourrait très bien arriver qu'un jour, —\npar l'occasion de quelque surprenant baiser du soleil ou l'influence climatérique\nd'un astre inconnu, — une exceptionnelle portée de ces vagabonds, inondant la\nterre, submergeât à jamais, dans des ondes de ravissement, cette avortonne société\nde rouges fripouilles qui pensaient avoir exterminé l'aristocratie du genre humain !\n                                          *\n                                         * *\n  Le présent ouvrage n'est pas, à proprement parler, un livre de critique. J e ne sens\npas en moi les facultés indispensables à l'exercice d'une si haute magistrature et je\nn'y ai jamais prétendu. D'ailleurs, j'ose m'accuser de sottises tellement énormes\nqu'il sera peu facile de me supposer l'intention perfide ou le cauteleux dessein de\nsupplanter les Aruspices.\n   Je ne suis rien de plus qu'un très humble et très ingénu vociférateur. Tel est mon\ninfime emploi dans la grande musique funèbre de ce temps.\n   Pénétré de mon rôle et profondément convaincu que c'est la France intellectuelle\nqu'on porte en terre, je marche un peu au devant des chevaux carapaçonnés et je\npousse, tous les vingt pas, de vastes et consciencieuses clameurs — pour un nul\nsalaire.\n   Derrière le char et dans la putride coulée du cadavre s'égouttant à travers les\njoints du cercueil, viennent les gros instruments soufflés par de très gras hommes\nqui n'engendrent point la mélancolie, je vous en réponds, et qui ne croient pas du\ntout que ce soit la fin des fins. Ils se congratulent et se mitonnent réciproquement\ndans la puanteur sonore. Ils se sont arrangés pour hériter de la défunte qu'ils ont\nempoisonnée de leurs sécrétions et leurs intestins regorgent de leur allégresse.\n   Après ceux-là suivent les petits chacals sans nombre, dont l'office est de dévorer\ntout ce qui tombe et de lécher toute chose léchable. Et tout ce cortège est contemplé\npar un peuple immense, mais si prodigieusement imbécile qu'on peut lui casser les\ndents à coups de maillet et l'émasculer avec des tenailles de forgeur de fer avant\nqu'il s'aperçoive seulement qu'il a des maîtres, les épouvantables maîtres qu'il\ntolère et qu'il s'est choisis!\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                      DURENDAL                                       157\n\n  Depuis longtemps j'avais formé le vœu de confesser publiquement ma propre\nstupidité. Cette préface en sera l'occasion très naturelle, puisque je parais être sur\nle point de recommencer les « engueulements » qui ont rendu cette disgrâce si\nmanifeste aux yeux clairvoyants de mes juges.\n  De vieilles gens m'ont affirmé que j'étais né complètement idiot. Je ne puis rien\ncertifier à cet égard. Mes souvenirs d'enfance sont un peu troubles, en raison, vrai­\nsemblablement, de cet état initial qui aurait précédé mon éclosion. Ce qui n'est pas\ndouteux, c'est l'incroyable retard d'une maturité intellectuelle que la paille de vingt\nannées de noire misère n'a pas été capable d'accélérer.\n  Mélancolique avec ça, au point de noircir les cuillers d'argent dont j'aurais pu\nme servir pour entonner des soupes toujours incertaines, — mélancolique et bête­\nment tendre; il eût été difficile de trouver un être plus savamment organisé pour\nmanquer de toute mesure et pour manœuvrer giratoirement les plus longues gaffes\navant d'avoir conquis son équilibre.\n\n\n\n\n   Après de tels aveux, il serait assurément d'un ridicule peu ordinaire de prétendre\nà l'augurale sérénité d'un critique.\n   Ce nouveau livre est, d'abord, — cela se voit trop, — un essai d'emplâtre sur un\npassé qui me lancine. Puis, c'est une tentative de revendication pour l'Art\n— simplement.\n   Il serait inutile de chercher ici les agressions personnelles qui m'ont été si sincère­\nment reprochées et, qu'en d'autres circonstances, j'avais jugées opportunes.\n   Tout au plus, rencontrera-t-on, çà et là, quelques malédictions, quelques épipho­\nnèmes exécratoires exprimés, peut-être, en cette langue canaille abhorrée de\nl'homme de goût et que je ne puis me défendre de parler quand le tire-pied de mon\ngrand-père me remonte dans l'œsophage.\n   Existe-t-il une critique, d'ailleurs, une vraie critique, un cadastre certain des\nœuvres d'art, appuyé sur un authentique étalon du Beau? J'en doute fort.\n   La maîtresse faculté de l'artiste, l'Imagination, est naturellement et passionné­\nment anarchique. Elle ignore les consignes et les rendez-vous, et brûle sur elle-\nmême comme un solfatare d'enfer. La création est sa proie, les anges sont ses\nvivandiers et l'univers est le cantonnement de son choix. L'infini de l'espace est\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "158                                  DURENDAL\n\nsa lucarne pour explorer la totalité des siècles. Elle est la mère de l'alpha et la sœur\npuînée de l'oméga, et le serpent symbolique est sa ceinture quand elle se met en\ngrand gala pour penser seulement à Dieu, dont elle est le profond miroir.\n   Elle assemble les nuages mieux que Jupiter, les épaissit autour d'elle à sa fan­\ntaisie et, selon qu'il lui plaît, les dissipe instantanément ou les fait crever en\ndéluge. Les masses les plus inébranlables et les plus pesantes accomplissent des\nbonds et des escalades aussitôt que cette impératrice du Rêve leur fait un signe.\n   Elle est la providence et la salaison des passions humaines Elle parfume les\nimmondices, désinfecte les élégances, aurifie les dents des crocodiles, rapatrie\nl'ivresse du parfait amour dans les plus vieux cœurs, découvre des filons de marbre\ndans des chairs vendangées par la syphilis, restitue des comètes aux plus répu­\ngnantes calvities, confère la rapidité de l'ambroisie au vomissement.\n   Tout le diabolique et tout le divin sont en elle, parce qu'elle fut investie de la\ncuratelle de l'Art à qui tout est nécessaire et qu'elle est à jamais, pour ses pupilles\néperdus, \" l'Ange gardien, la Muse et la Madone \", devant qui Baudelaire a recom­\nmandé qu'on s'agenouillât, dans un poème d'une fatidique beauté.\n   Une jauge quelconque n'est-elle pas dérisoire en présence de cette capricieuse de\nl'Infini, de cette califourchonnière des cieux? Et ceux que l'on nomme les grands\ncritiques, quand ils ne sont pas des pédagogues toujours aberrants, que pourraient-\nils bien être, sinon d'autres ivrognes de la Fantaisie, à la recherche de leur propre\nlit dans des domiciles étrangers?\n                                            *\n                                          * *\n   Mais il est une besogne de police transcendentale que j'ai résolu d'accomplir, si\nj'en ai la force : Dénoncer les improbes en littérature, ceux qui volent et ceux qui\nrampent, car ces deux espèces menacent de tout engloutir.\n   Les voleurs sont les purs plagiaires et leur délit est facilement observable. Ils\ndérobent les enfants des autres et les émasculent pour les vendre avec avantage à\ndes éleveurs de soprani.\n   Les rampants sont les adorateurs du succès à n'importe quels autels. Ceux-là\nsont des prostitués et des Iscariotes. « L'Art qui songe aux applaudissements,\nabdique; il pose sa couronne sur le front de la foule. » Ce mot magnifique est\nd'Ernest Hello, dont il sera parlé plus loin, lequel fut un des plus grands écrivains\n modernes, dévoré, hélas! lui aussi, de la soif des apothéoses, mais qui n'en voulut\njamais au prix de cette ignominieuse abdication.\n   L'avilissement volontaire de la parole est, sans contredit, un des attentats les\n plus bas qu'on puisse rêver. Qu'un misérable sabrenas de roman-feuilleton se\n pollue chaque jour comme un mandrille, à son rez-de-chaussée, pour la joie d'un\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                      DURENDAL                                         159\n\npublic abject, c'est son métier et il n'a même pas assez de surface pour le\nmépris. Mais qu'un écrivain de talent, pour augmenter son tirage, pour être lu par\ndes femmes, et par des notaires, pour obtenir de l'avancement dans l'administration\nde la gloire, descende son esprit jusqu'à cette ordure et contraigne sa plume à\nservir de cure-dents à de gavés imbéciles dont il ambitionne de torcher les plats,\nc'est un genre de déloyauté qu'il faut divulguer, s'il est possible, dans des clairons\net dans des buccins d'airain, car c'est l'éternelle Beauté qui se galvaude en ces\ngémonies !\n   Ma trompette, à moi, est jumelle et pourvue de deux embouchures, l'une pour le\nharo, l'autre pour l'hosanna. J'ai cru nécessaire d'appeler en confrontation les véri­\ntables et les faux artistes, les dompteurs de ces esprits fauves qui n'obéissent qu'aux\ngrands mâles et leurs assassins, les pâtres des bestiaux faits pour l'abattoir. La nuit\nest sur nous, la terrible nuit pendant laquelle on ne fait plus d'oeuvres, dit l'Évan­\ngile, mais qui sait si des livres tels que celui-ci n'auraient pas le pouvoir d'allumer\nenfin quelque part une aurore d'intellectuelle pudeur qui commencerait d'éclairer les\nélévations et les abîmes.\n    (Reproduction interdite.)                                          LÉON B L O Y.\n\n\n\n\n                                LES LIVRES\n          BARBEY D'AUREVILLY : P o u s s i è r e s .   — R y t h m e s oubliés.\n                                   (Paris,   LEMERRE)\n\n\n\nC    ERTAINES œuvres   plaisent à une première lecture, mais elles n'éveillent pas\n      une émotion esthétique assez intense pour qu'on soit tenté de les relire. Si on\nles relit quand même, quelle déception ! Il n'en est pas ainsi des écrits de Barbey\nd'Aurevilly. On ne se lasse jamais de la lecture des œuvres de ce puissant artiste.\nQue de fois n'avons-nous pas relu, par exemple, et toujours en éprouvant de\nnouvelles jouissances et en découvrant des beautés inaperçues à des lectures anté­\nrieures : Le Prêtre marié, qui est peut-être le chef-d'œuvre de cet incomparable\ngénie.\n  Dans l'ardeur d'un premier enthousiasme, nous donnons parfois trop légèrement\nce nom de génie, dont on ne devrait qualifier que les maîtres. Mais si quelqu'artiste\nméritât jamais d'être auréolé de ce glorieux nom, ce fut sans conteste notre grand\nécrivain Barbey d'Aurevilly.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "160                                   DURENDAL\n\n   Catholiques, nous avons le droit d'en être fiers. C'est une de nos plus belles\ngloires. Il nous appartient tout entier. Barbey d'Aurevilly affichait, en effet,\nouvertement sa Foi, il s'en glorifiait et, en maints de ses écrits, il la défendit avec\nl'enthousiasme et la fierté d'un chevalier.\n   Une main pieuse vient de réunir en deux plaquettes, artistiquement éditées par\nLemerre, sous ces titres : Poussières et Rythmes oubliés, les vers et poèmes en prose\nîle Barbey d'Aurevilly.\n   Certaines des compositions réunies dans ces deux volumes n'ajouteront rien\nsans doute à la gloire du connétable des lettres françaises. Cela est vrai surtout du\nrecueil de vers, qui contient cependant d'admirables inspirations. Mais elles réjoui­\nront néanmoins tous les amis et disciples de l'incomparable artiste, notamment par\nl'élévation surhumaine de la pensée, la splendeur de l'imagination et la magnifi­\ncence du style de quelques-unes. Tous reliront avec une religieuse émotion les deux\noeuvrettes posthumes d'un de leurs artistes de prédilection.\n   Nous signalons tout spécialement à l'attention du lecteur, comme particulière­\nment belles, les compositions intitulées : le Cid, le Vieux Goëland, Haine du Soleil,\nOh ! pourquoi voyager et Échanson du recueil de vers et Laocoon et les Yeux camé-\nléons du volume de prose.\n                                                              L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n                                                 *\n   FRANCIS V I E L L É - G R I F F I N : Clarté de V i e . (Edition du Mercure de France.)\n\n\n\n\nL    A nouvelle œuvre de M. Viellé-Griffin relève du même faire que nous lui\n      connûmes jusqu'à présent; elle est d'une délicatesse nuancée et tenue, souvent\nexquise, parfois un peu spécieuse et artificielle — ainsi En Arcadie, qui est pour\nnous la moins bonne partie du livre récent. Si M. Viellé-Griffin a moins de souffle\nque M. de Régnier, moins d'ampleur et de magnificence dans l'image, il a, par\ncontre, le don unique de donner à la langue une musicalité d'une souplesse et d'une\nrêverie incomparables. Et dans ses rythmes si doucement évocateurs, la nature et\nle sentiment se fondent en une conception dont sinon la puissance, du moins\nl'harmonie ne peuvent être contestées... M. Viellé-Griffin ne serait-il point à M. de\nRégnier ce que Lamartine fut à Hugo ?                                         F. V.\n\n\n              L'abbé GUILLAUME : La Question des H u m a n i t é s .\n                           (Réponse au R. P. Verest.)\n\n\n\nC     'EST avec une belle vaillance combative et convaincue que M. l'abbé Guillaume\n       fonce sur le livre du R. P. Verest... Ce livre, d'ailleurs, valait la peine d'une\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                                        DURENDAL                                         161\n\nréfutation serrée et détaillée : les études classiques y étaient défendues autrement\nque par les motifs de pédagogie routinière qu'on invoque d'habitude à leur appui;\nle R. P. Verest a de l'enseignement traditionnel une conception harmonique et\nlogique... M. l'abbé Guillaume en a une autre que nous trouvons meilleure, surtout\nparce qu'elle est plus chrétienne — sans être moins scientifique; et c'est cela que le\nnouveau volume de l'infatigable doyen de Beauraing met nettement en lumière.\nPourquoi faut-il seulement que, réformateur de l'enseignement, il s'arrête à la\nmoitié de la tâche à faire, et que ses justes critiques et ses réformes nécessaires\nn'englobent que l'enseignement des langues mortes, laissant l'enseignement des\nlangues vivantes et des littératures modernes, enlisées dans la plus déplorable des\nignorances et le plus scandaleux des partis pris; c'est pour ce dernier motif — nous\nle lui répétons une fois de plus — que la campagne de M. l'abbé Guillaume ne\nnous intéresse qu'à demi.                                                     F . V.\n\n\n         A v e n t u r e s (1 vol., Mercure de France). F a b l e s (1 vol., PERRIN),\n                                 par   EDOUARD DUCÔTÉ.\n\n\n\n\nS   I Peau d'Ane m'était conté j ' y prendrais un plaisir extrême, et j'éprouve déjà\n     une sensation exquise à la lecture de ces volumes qui nous rappellent Perrault\net La Fontaine. La Fontaine, le premier naturiste, Perrault et ses princesses alan­\nguies, ses chevaliers casqués, ses loups, ses éléphants, ses pauvres, ses campagnes.\nEn une langue souple, limpide, resplendissante — la véritable langue du conte —\nvoici des histoires charmantes, d'une simplicité profonde et puérile. Nous ne voyons\nplus guère dans Perrault autre chose que le récit passionnant et gracieux; ses\nsymboles ont perdu, en notre âge, toute valeur. Il en est autrement des petites\nthèses de M. Ducôté. Il a lu Maeterlinck et de Reynier. Il a pris à l'un la recherche\ndu silence, du mystère et de l'intimité troublante; à l'autre quelques attributs\nhéroïques et une naïveté cérémonieuse. Il est surtout resté lui-même, c'est-à-dire\nun conteur délicieux et subtil, qui comprend les rivières, les plantes et les hommes,\net possède une langue facile et bien française.                            T H . 13.\n\n\n\n      R u s k i n ou la R e l i g i o n de la B e a u t é , par ROBERT DE LA SIZERANNE\n                             «          (HACHETTE).\n\n\n\n    MPOSSIBLE, en quelques lignes, de donner une idée de Ruskin, de sa physiono­\nI    mie, de ses paroles, de sa pensée. Un disciple fervent du maître, avec une\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "162                                  DURENDAL\n\ntouchante modestie, y consacre tout un volume et il se dégage de ses pages simples\net sereines une idée très pure et très grande de l'Art dans la vie. Nous examinerons\nplus tard en détail ce caractère unique et sublime d'esthéticien sociologue dont\nl'âme généreuse exerça une si profonde influence dans tous les domaines de la\npensée en Angleterre; nous avons seulement voulu le signaler dès maintenant à\nnos lecteurs qui en apprécieront la rare vertu.\n\n\n\n\n      L e s V i e r g e s a u x Rochers, par GABRIEL D'ANNUNZIO    (CALMAN-LÉVY).\n\n\n\n\nF     AISANT suite auxromans de la rose voluptueuse et enfiévrée, voici s'ouvrir le\n     cycle de ceux du lys. « Les Vierges aux Rochers sont moins un roman qu'un\npoème, qu'une œuvre de style, présentant le caractère d'une grande symphonie où\nles quatre thèmes de la Chevelure, des Mains, des Eaux et des Rochers circulent\ncomme des mélodies sans cesse renaissantes >. Et voici les trois princesses nubiles\nattendant dans le parc désert celui qui leur troublera le cœur et élira l'une d'elles.\n   Murimilla, frémissante et défaillante, qui écoute, admire et se tait et entrera dans\nquelques jours au cloître de Saint-François. Anatolia, au cœur infatigable, dont\ntoutes les douleurs de la terre ne réussiraient pas à lasser la palpitation, veillant la\nmère folle et heureuse de soigner les corps malades et les âmes endolories. Violante,\ndont les lignes parlent un langage qui rendrait semblable à un dieu l'homme capable\nd'en comprendre la venté éternelle, incarnation du mystère de la Beauté révélé\ndans une chair mortelle.\n  Vers elles s'avance l'éphèbe attendu et nous assistons à son arrivée dans la cam­\npagne romaine, qui s'évoque à nos regards, lumineuse et transparente, eurythmique\ncomme les frises du Parthénon, chaude et colorée comme son soleil incandescent.\n  Laquelle choisira-t-il? De très minimes aventures suffisent à élever toute l'œuvre\ndans un cadre prestigieux. Ce seront les amandiers fleuris, la rivière paresseuse et\nmoirée, la fontaine luisante et cristalline. Et toujours les trois vies se présenteront\nà lui. Il laissera la Pure à son couvent, la Bonne ne voudra pas lui sacrifier sa\nmission de mansuétude et de charité, la Belle s'emparera de son cœur. Mais à quel\nprix? Le livre de la Grâce, qui va paraître, nous l'apprendra. Puisse-t-il poursuivre\nle même rêve de Beauté en cette langue limpide et latine et continuer à nous\nguider sous d'apparents symboles dans le pays des marbres resplendissants et des\ncampagnes désolées.                                                        T H . B.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                       DURENDAL                                  163\n\n                S o m m a i r e de P h i l o s o p h i e , par LÉON   BOSSU.\n\n\n\n\nJ   E n'aime pas les manuels, pas plus ceux de philosophie que les autres. Quant aux\n     manuels de littérature, je les exècre. On y apprend, ou on y désapprend tout ce\nque l'on voudra. La seule chose qu'on n'y apprendra certainement pas, c'est la litté­\nrature. Il faut être idiot pour s'imaginer qu'un manuel de littérature ait jamais\nformé un littérateur. D'abord, on n'apprend pas à devenir un littérateur, on l'est,\nou on ne l'est pas. Et si on n'a pas intérieurement le don qui fait le penseur et\nl'écrivain, quoi qu'on fasse, on ne sera jamais un littérateur. La littérature ne\ns'apprend que par la contemplation intérieure et la méditation des chefs-d'œuvre.\n   Mais revenons-en aux manuels en général. Pour les sciences il faut bien en tolérer\nl'usage. Le manuel c'est le livre de l'école. Et dans l'école, comme partout dans ce\nmonde étrange et où tout marche à rebours, ce sont les majorités qui font loi.\nL'école hélas ! est ouverte à tous, aux médiocres aussi bien qu'aux intellectuels. Or,\nles esprits médiocres forment le plus gros contingent des écoles. A ceux-là, le manuel\nest indispensable. Sans lui ils ne parviendraient pas à se munir du minimum d'idées\nnécessaire pour faire leur trouée dans le monde, idéal auquel se réduit toute la vul­\ngaire ambition de la plupart des mortels.\n   Pour les autres, pour les esprits élevés, je n'admets le manuel qu'à une condition.\nIl doit éveiller la curiosité des esprits, apprendre aux intelligences à penser par\nelles-mêmes, exciter la spontanéité. Si le manuel est tel qu'il arrive à créer des\npersonnalités, ou plutôt à faire que les personnalités s'affirment, s'il fournit à\nl'intellectuel une occasion et un moyen de connaître sa valeur, s'il l'excite à la\ndévelopper, s'il lui est un stimulant au travail personnel, il atteint son but et il\nréalise le summum du résultat qu'il peut avoir l'ambition d'atteindre.\n  Nous ne nous permettrons pas de porter un jugement philosophique sur le Manuel\nde philosophie du professeur Bossu. Cela n'entre pas dans le programme de Durendal,\nrevue d'art et de littérature.\n   Nous nous bornerons à louer le docte et spirituel professeur des soins qu'il a\napportés à enlever à la science une aridité très naturelle et pourtant peu tolérable\naux esprits qui pensent, avec raison, que donner à la pensée une forme artistique et\nbelle ne diminue pas l'idée, mais la renforce au contraire et en fait ressortir davan­\ntage la profondeur.\n  Il est vrai, encore une fois, que si la méthode que nous prônons est la vraie et la\nbonne pour les esprits transcendentaux, elle fermera peut-être l'école aux esprits\nmédiocres et étroits. Ceci, il est vrai, ne serait pas un mal, à notre avis.\n  Nous félicitons donc vivement le professeur de Louvain de l'effort qu'il s'est\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "164                                       DURENDAL\n\ndonné pour enrober sa pensée philosophique d'une forme aimable et spirituelle et\nnous souhaitons tous les succès à son manuel de philosophie.\n\n                                                               L'abbé HENRY        MŒLLER.\n\n\n                                                *\n\n      E N Rico FERRI   : L e s C r i m i n e l s d a n s l'Art et dans la L i t t é r a t u r e\n                                       (Paris, ALCAN).\n\n\n\n\nF     ERVENT disciple des doctrines lombrosiennes, M. Enrico Ferri continue de croire,\n      d'une foi solide, à l'homme criminel qu'étudia son maître en un livre célèbre.\nA ses yeux, le crime, phénomène d'ordre pathologique, ne manifeste qu'une dégéné­\nrescence : physiquement et psychiquement, le délinquant est un dégénéré. Il classe,\nau point de vue bio-sociologique, les criminels en cinq types : le criminel né, le\ncriminel fou, le criminel par habitude acquise, le criminel par passion et le criminel\npar occasion, et ces cinq types, il les analyse tels qu'ils se rencontrent parfois dans\nles arts décoratifs, souvent dans les arts descriptifs. « Notre but, dit-il, est de\nmontrer, chez des personnages immortalisés par l'art, jusqu'à quel point l'intuition\nartistique a su prévoir ou suivre les notions si péniblement acquises par l'expérience\nscientifique, sur la nature véritable du crime et des criminels. » On conçoit le vif\nintérêt d'un tel travail, destiné à fixer la valeur d'observation d'œuvres en renom.\nM. Ferri constate que, pour des causes diverses, le criminel fou et le criminel\nd'habitude sont négligés par les artistes. Successivement, il analyse, dans le théâtre\nantique, Œdipe, Médée, Phèdre, Oreste. Chez les modernes, il critique les types\ncriminels créés par Victor Hugo, dans Les Misérables et le Dernier jour d'un condamné\noù le poète se révèle psychologue très superficiel et peintre de chic ; par Zola, dans la\nBête humaine et dans Germinal; par Bourget, dans Cosmopolis, André Cornêlis et le Dis-\nciple; par Annunzio, dans l'Intrus; par Ibsen et Tolstoï, en divers de leurs drames\net romans. Les maîtres souverains de la psychologie criminelle sont, à l'entendre,\nDostoiewsky, l'observateur douloureux et profond de la Maison des Morts, le créateur\nde Raskolnikoff, dans Crime et Châtiment, livre dantesque d'horreur, et, par dessus\ntous, le peintre de Macbeth, de Hamlet et d'Othello, le prodigieux voyant Shakes­\npeare.\n   Les remarques curieuses et justes abondent dans le livre de M. Ferri; malheureu­\nsement son dogmatisme lombrosien, étroit, intransigeant, l'induit à bien des asser­\ntions aventurées, et, à toute page, perce le matérialiste agressif et sectaire. M. Ü.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                      DURENDAL                                      165\n\n  A u p r o c h a i n : Hélène, par notre collaborateur ARNOLD GOFFIN. Essai sur le\nGénie dans l'Art, par GABRIEL SÉAILLE. L'Ombre Ardente, par j . LORRAIN. Roseaux\npensants, par DE MONTESQUIOU.\n\n\n  A paraître p r o c h a i n e m e n t : Palais de Cristal, de notre collaborateur, JOSÉ\nHENNEBICQ.\n\n\n\n\n                              LES REVUES\n\n  La Revue Générale de juillet a publié la chronique littéraire trimestrielle d'Eugène\nGilbert — toujours d'un vaillant et perspicace éclectisme.\n\n   Dans la Jeune Belgique, une belle évocation rêveuse de M. Valère Gille, déga­\ngeant les âmes parallèles des primitifs et de Burne-Jones.\n   Un résumé aussi, par M. Paul André, du jeune mouvement littéraire belge, où il\nglisse — naturellement — sur toute la littérature catholique !\n\n   Le Naturisme a fait l'objet d'une étude de M. Montfort, dans la Revue Naturiste,\net d'un article de l'Art Moderne.\n   Ces deux contributions sont d'un beau style harmonieux ou nerveux... mais si\nl'on voulait bien sortir quelque peu des vagues généralités, préciser le sens de\nl'Ecole nouvelle, ce par quoi elle se rattache à ses devancières, ce par quoi elle en\ndiffère, nous en saurions gré à ces novateurs, d'ailleurs très intéressants et très\ntalentueux.\n\n   L'Effort publie, par fragments, Tour d'Ivoire, de M. Raymond Marival; c'est la\nprotestation d'une personnalité originale, artistique et délicate contre le réseau du\nprosaïsme et des conventions qui enserrent sa vie... La protestation est véhémente,\namère, outrée parfois; mais il y a des coups de trique bien appliqués; celui-ci, par\nexemple : < Il y avait dans l'église de mon oncle des boiseries anciennes très\nfouillées, des retables d'un travail merveilleux. Il les peignit en belles couleurs verte\nou jaune d'ocre, ainsi que les sculptures véritables du sanctuaire et du jubé. Sous\nles combles, parmi les détritus et les poussières, il remisa le saint et les apôtres\ndont les statues entouraient le chœur. A leur place sont rangées avec symétrie des\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "166                                   DURENDAL\n\nplâtres achetés rue Bonaparte. Le vieux Chemin de la Croix pourrit au grenier.\nSur les murs s'étayent d'immondes chromos, où baille l'admiration béate des\nbigotes. Pourquoi de tels attentats contre la Beauté ? Comment répugner à com­\nprendre que la laideur aussi est un sacrilège ? »\n  La leçon vient à propos ailleurs qu'en France.: les plâtres de la rue Bonaparte\nparaîtraient presque beaux à côté de certains cauchemars pétrifiés de l'École\nSaint-Luc !\n   A lire encore — et à méditer en Belgique — l'article du Sillon sur le Jeune\nClergé et la Jeunesse catholique. Ceci n'est-il pas tout à fait nature : « Beaucoup de\nprêtres vivent relativement isolés. Ils n'ont guère de rapports qu'avec d'honnêtes\ndévots et dévotes, d'un esprit tout particulier, qui restent eux-mêmes à l'écart de la\nsociété moderne, qui sont trop souvent des produits perfectionnés du traditionnel\nsystème du bocal. Voici la formule : pour préserver sa foi des courants d'air, on se\nmet dans un bocal (il faut éviter de le choisir transparent), on le ferme avec soin —\net l'on respire comme on peut. >\n   Le Belfort — la revue flamande, éditée à Gand — publie tous les trois mois des\nnotes littéraires signées J. C L . , qui attestent chez leur auteur une large compré­\nhensivité et une riche érudition artistique : toutes les expressions d'art contempo­\nrain, de quelque pays qu'elles viennent, y sont relevées avec une visible et\nclairvoyante sympathie; c'est un bulletin sommaire et complet des divers mouve­\nments littéraires.\n  Le Mercure de France, de juillet, commence la publication d'une nouvelle série de\nBallades françaises, de M. Paul Fort — des proses rythmées d'une réellement\npénétrante et originale harmonie.\n  Dans la Quinzaine, une étude souvent juste, parfois amère sur le rôle actuel de la\ncritique littéraire. Auteur : M. Camille Vergniol.\n  Dans la Trève-Dieu, de beaux vers de Francis Viellé-Griffin : Attendre :\n                Attendre ! l'œil agrandi, vers l'Océan immense\n                Attendre, appréhender, méfiant de l'espoir;\n                Guetter dans l'aube froide un signe d'espérance,\n                Tout un jour, l'œil ouvert, jusqu'à ne plus y voir !\n                Et reprendre le guet dans l'aube aux brumes denses...\n                C'est la vie — n'est-ce pas ? — aimer, douter et croire.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                       DURENDAL                                        167\n\n\n\n\n                                   NOTULES\nEXTRAIT      du Patriote du 11 juin :\n\n   « U n e s é a n c e o r i g i n a l e au Collège N o t r e - D a m e de la P a i x . — De\nnotre correspondant de Namur, 10 juin :\n   » Hier après-midi, les élèves des académies de seconde et de rhétorique ont\noffert à Mgr Decrolière, évêque de Namur, une séance fort originale, disons-le de\nsuite, parfaitement réussie.\n   » Au programme figuraient, outre des études historiques et des intermèdes\nclassiques, des extraits de la belle tragédie de D.-A. Parodi : Rome vaincue. Mais le\nclou de la soirée était une séance au Sénat romain l'an 63 avant Jésus-Christ\nL'objet de la délibération des graves Pères concrits était le sort des complices de\nCatilina.\n   » Reconstituée sur les données que nous ont transmises Plutarque, Cicéron,\nSuétone, Dion Cassius et Salluste, cette discussion, relevée encore par une fidèle\nmise en scène, a, par son attrait archaïque et sa magnifique interprétation, soulevé\nles chaleureux applaudissements de l'auditoire distingué qui se pressait dans la\ngrande salle du Collège de la Paix. »\n  Qu'on dise encore après cela que l'enseignement des R. P. Jésuites n'est pas en\nprogrès de modernisme : ils n'en sont déjà plus qu'à l'an 63 avant Jésus-Christ.\nAvec un peu de bonne volonté et de hardiesse, la Compagnie arrivera, pour le siècle\nprochain, au christianisme. Alleluia!\n\n\nU N joliUnemotprotestante\n                 qui renferme tout un chapitre d'apologétique :\n                          visitait l'autre jour, en compagnie d'un prêtre catholique,\nune église des Flandres; et comme elle s'émerveillait de la richesse des ornements\net du mobilier, en le comparant à la froide nudité des temples protestants : \" Ah !\nvoyez-vous, Madame, lui répondit le prêtre, c'est que nous sommes depuis plus\nlongtemps dans nos meubles que vous !... \"\n\n     ÉTAPHORES militaires, jadis recueillies par Baudelaire :\nM       Littérature militante. — Rester sur la brèche. — Porter haut le drapeau.\nSe jeter dans la mêlée. — Un des vétérans. — Soldat de la presse judiciaire. —\nPoètes de combat. — Littérateurs d'avant-garde.\n\n              Mois :\n P  ENSÉE DU\n       « Le tourment de l'homme de pensée est d'aspirer au beau, sans avoir\njamais une conscience fixée et certaine du Beau. »\n                                                             E. et J. DE GONCOURT.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "168                                   DURENDAL\n\n\n\nO Ndeannonce, pour l'hiver prochain, une tournée de conférences, en Belgique,\n      M. Henry Bordeaux, le jeune et distingué critique des Sentiments et Idées\nde ce Temps.\n\n\nSI denousfonctionnaires\n           sommes dotés en Belgique d'un ministère des Beaux-Arts, avec beaucoup\n                        suffisamment prébendés et multicolorement décorés, c'est\napparemment pour préserver nos vieux monuments, vestiges et évocations du\npassé, contre de haineux ou inconscients vandalismes.\n   Or, à l'un de nos amis qui s'avisa l'autre jour d'aller signaler à l'administration\nde M. De Bruyn — côté Beaux-Arts — l'attentat projeté contre le beffroi des\npetites halles de Courtrai, il fut répondu : « CELA NE NOUS REGARDE PAS ! »\n   Cela ne vous regarde pas, Messieurs?... Mais alors... non, nous allions être\nimpertinents.\n   Peut-être ceux qui s'intéressent à la conservation de nos monuments historiques,\ns'adresseraient-ils dorénavant avec plus de succès au ministère de l'agriculture ?\n\n      ONSIEUR ADOLPHE P R I N S  est un large et loyal esprit... Quand il aborde\nM      une question de quelque ordre d'idées qu'elle soit, il mérite qu'on l'écoute\ntant à cause de son talent que de sa sincérité; à ce double titre, le discours qu'il a\nprononcé récemment à l'Académie de Belgique vaut qu'on s'y arrête... De la santé\nmorale dans les lettres et les arts de notre temps, tel le sujet... De bons apôtres ont vu\ntout de suite dans les paroles de M. Prins un réquisitoire contre la littérature\nfrançaise moderne... Il n'en est rien : le distingué professeur n'a répudié — et\ncomme il a raison ! — que l'art à quatre pattes des écoles zolistes... Peut-être eût-il\nconvenu qu'à côté de ce mal, l'orateur appuyât davantage sur la réaction splendide\nqui a suivi, et vraiment, dans les lettres françaises actuelles, il aurait trouvé autre\nchose à opposer à la Terre, à Pot-Bouille et à leurs succédanés... que les œuvres\nanglaises de Dickens... N'importe, la protestation est d'une belle et fière allure,\nencore qu'elle manque peut-être d'information — et partant de justice... M. Prins,\nnotamment, est d'une sévérité outrée pour les symbolistes... N'oublie-t-il point que\nle symbolisme c'est de l'Idéalisme encore — un peu quintessencié ?\n\n                               . .        *\nN    ous avons assisté, le 22 juillet, en la salle des fêtes de l'Exposition, à la\n      première exécution du drame musical : Sainte-Godelieve, la nouvelle et magni­\nfique œuvre de notre grand artiste chrétien, E. Tinel, l'auteur de : Francisons. Un\nde nos collaborateurs en donnera la critique au prochain fascicule de Durendal.\n\n\nAuxM. amateurs  d'objets d'art, nous recommandons instamment la maison\n      Rassenfosse, rue Royale, 63, à Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": ""}, {"page_pdf": 197, "texte": ""}]}