{"numero_id": "ulb-durendal-1897-08-n8", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-08-n8-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 169, "page_fin": 177, "titre_corps": "Sandro Botticelli", "titre_sommaire": "Sandro Botticelli", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "SANDRO BOTTICELLI", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 200, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "SANDRO BOTTICELLI\n                                                      Molti a l t r i . . . senza rinchiudersi, andavano\n                                                   attorno, portando nelle mani, chi fiori, chi\n                                                   erbe odorifere, e chi diverse maniere di\n                                                   speziere.. .\n                                                                                      (BOCCACIO.)\n\n\n\n                             Par les rues encombrées des cadavres amoncelés au seuil\n                          des portes en attendant les fossoyeurs, parmi la désolation\n                          et l'âpre solitude de la cité pestiférée, ils allaient, ces jeunes\n                          Florentins, \" en respirant le parfum des fleurs ou l'arome\n                          des épices qu'ils portaient à la m a i n . . . \"\n                             Héroïsme simple qui se dissimule sous l'apparence d'une\n                           coquetterie! Naturelle bravoure aventureuse d'une jeunesse\n                          dont la vitalité enivrée, la grâce et la beauté, parées de fleurs,\n                          jetaient leur superbe défi à la maladie méphitique et à la mort.\n   Ces élégants sont les légataires de trois siècles de conflits violents et de querelles\nintestines, défaites militaires et victoires diplomatiques qui ont amené la République\nau but immuable de son changeant gouvernement : l'indépendance entre l'Eglise\namie et l'Empire relégué.\n   La souplesse raffinée et hardie, la causticité et l'enthousiasme, la foi et l'ironie,\nla native subtilité de jugement, l'adresse commerciale et la promptitude intellec­\ntuelle; l'amour du pouvoir et l'abnégation de la vie, également passionnés; — tout\ncela, l'héritage magnifique de la race, le passé volontaire et l'avenir glorieux, se\nrésume, à cette heure funèbre, en quelques charmantes tête insolentes. La noble et\nchère Florence apparaît à ses enfants, non plus couronnée de ses beaux lys\nvermeils — ingigliata — mais masquée du sang extravasé de ses veines, du sang\ncorrompu de ses plaies. Ils ne désespèrent point de la patrie, cependant, et les\nspectacles mortuaires, le peureux galop des longs convois lugubres, les atrocités de\nl'égoïsme et de la panique n'ébranlent la fidélité ni l'amour de ces intrépides : et ils\nles affirment par l'insouciance simulée de leur attitude, par ce stoïcisme sans roideur\net sans morgue, cette imperturbable dignité humaine devant l'universelle licence,\nles explosions de la convoitise et de la terreur, les rages éperdues du t r é p a s . . .\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "170                                   DURENDAL\n\n   Témoins du désarroi et de l'anarchie, de l'inutile lâcheté des fuyards que la\nmort, de sa musculeuse main nauséabonde, traque, saisit et terrasse jusque derrière\nla stricte clôture de leurs luxueuses villas contadines; entre l'abstinence timorée,\nles larmes efféminées des uns et la suprême orgie macabre des autres, les blas­\nphèmes des cyniques et les déprédations impunies des pillards, ces' adolescents\nprennent la touchante allure, la posture altière de libres victimes, vouées, sans\ndoute, au sacrifice, mais qui attendent, tranquilles et souriantes, le trivial coup de\npouce qui deviendra le signal méprisé de leur exécution...\n   Ce ne sont point des épicuriens, hallucinés d'égoïsme, épris à la fois et dédai­\ngneux de ce monde de jouissances et de douleurs, détournant leur frivole regard des\naspects trop tragiques de la vie; leur conduite n'insulte pas à la calamité publique,\nmais exprime l'invincible certitude, la fîère crédulité d'êtres en lesquels l'âme géné­\nreuse des ancêtres et la confiante piété de la cité persistent, assurées des jours\nfuturs en dépit du présent obscurci.\n\n   Atroces et livides bas-reliefs dont Boccace a sculpté la dure leçon épouvantable\nau préambule de ses contes érotiques et bouffons, comme un avertissement gravé\nsur le portique marmoréen de quelque exubérant jardin ensoleillé — et vénéneux ..\nDans l'ombre effarée et blafarde de ce prologue, — soupirail entr'ouvert tout-à-coup\net d'où jaillit un affreux concert de gémissements et d'imprécations, — cette seule\nphrase : \" portando nelle tnani... fiori, erbe odorifere... \" fait réconfortante et lumi­\nneuse image. Au milieu de ces évocations funéraires, cette seule image semble, à\nl'égal de celles des peintres et des sculpteurs du temps, confondre les grâces de la\nréalité avec les beautés de l'emblème, les vertus de la vérité avec la supériorité\nessentielle du symbole : car, ces flâneurs, insoucieux de la contagieuse malédiction,\nn'errent-ils point autour du palais communal abandonné, sous le campanile silen­\ncieux, le long des mornes rives du fleuve, pareils à des messagers chargés de\nverdure qui présagent le terme du fléau, et leur apparition n'augure-t-elle pas l'arc-\nen-ciel destiné à luire bientôt sur Florence réconciliée?...\n  Oui, les combats frénétiques et les carnages, les luttes avec les municipes rivaux\nou tributaires, les compétitions armées entre guelfes et gibelins, noirs et blancs,\ngrands et bourgeois, arts majeurs et mineurs ; les émeutes, les trahisons et les\nsupplices, — après la trêve abominable de la famine et de la peste, les soubresauts\nde la convalescence de ces années convulsives, — aboutiront à une merveilleuse\npériode de rénovation et de splendeur... Toute une génération d'artistes va éclore\nqui, exaltant sa religion, dotera la terre italique d'un immortel patrimoine d'œuvres\nferventes et radieuses...\n  De la boue, de l'humus sanglant des champs de bataille, des charniers de la\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "                                     DURENDAL                                     171\n\nguerre civile et de l'épidémie, éblouissante et ingénue, la fleur jaillira, de l'art\nflorentin... Frêle et pur, le lys vermeil élèvera ses frémissantes corolles, nuancées\nd'inimitables couleurs, onctueuses et vivantes, car ses racines plongent et s'ali­\nmentent aux sources mêmes de l'existence — dans le passé, la tradition de douleur\net d'extase, et la foi — de la patrie...\n\n   Le siècle qui commence représente, en effet, la période pour ainsi dire apogée\nde l'histoire de Florence; son hégémonie étendue à peu près sur toute la Toscane,\nsa vieille antagoniste gibeline — Pise — enchaînée, la République marche dans\nl'opulence et la superbe nées de sa suprématie industrielle et artistique, escortée de\nl'extraordinaire cortège de ses enfants de génie...                           _\n   Les troubles de l'existence municipale, violents mais féconds, avec leurs atrocités\nmélangées de grandeur et de magnanime héroïsme, trempaient des âmes de citoyens\net d'artistes prédisposées à l'abnégation et à l'enthousiasme : et la coïncidence\nheureuse des événements, au déclin du XIVe siècle, permit au terroir, au sol labouré\net meurtri par le soc impitoyable des révolutions, de faire fermenter les germes\nqu'il nourrissait, de mûrir et d'épanouir la gerbe merveilleuse de l'art indigène —\nfigure symbolique d'une civilisation qu'il résume tout à la fois, exalte et magnifie...\n   En formation jusque-là, contrarié dans son efflorescence au milieu de ces âges de\ndiscordes et de combats, l'art florentin naît tout-à-coup à lui-même, prend une\nconscience ample et virile de sa vocation, et, en cinquante ans, parachève une œuvre\nd'une beauté inégalée, idéale et réelle, parée des dons royaux de la vérité et de la\ngrâce, de l'inspiration et de la nature, pieuse à la fois et savante...\n   Heure admirable — et trop tôt révolue — d'activité, de noble énergie intelli­\ngente, d'équilibre moral, dont les travaux font la gloire perpétuée et l'orgueil de\nFlorence; radieux épilogue des fastes tragiques de la cité, finale effusion, apothéose\ndu génie et des vertus de la race...\n   Brunelleschi pose sur le Dôme inachevé son audacieuse coupole et commence\nd'ériger San Lorenzo et San Spirito, temples magnifiques, où l'éblouissante simpli­\ncité des formes antiques s'apparie à la majesté vivante du culte romain. Michelozzo\nrestaure le Palais Vieux, construit les palais Tornabuoni et Medici, hautaines et mas­\nsives architectures, élégantes et martiales. Ghiberti invente et modèle les portes du\nBaptistèie, subtil et puissant chef-d'œuvre, cependant que l'émulation de Donatello\net de son ami Luca della Robbia dote la cantoria de Santa Maria del Fiore de bas-\nreliefs d'une presque égale séduction. Masaccio consume les derniers jours de sa\nbrève et fertile carrière à revêtir la chapelle Brancacci de Santa Maria del Carminé\ndes émerveillantes fresques que Fra Filippo Lippi terminera. Aux murailles des\ncloîtres et des cellules du couvent de Saint Marc, l'Angelico développe le cycle\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "172                                 DURENDAL\n\nilluminé de ses peintures évangéliques et au Palais Medici, son disciple Benozzo\nGozzoli déploie, dans son évocation des rois mages, tout le charme de son imagina­\ntion exquise et somptueuse...\n   Historiographes juvéniles, remplis de fougue, de naïveté et d'une native grâce\nprimesautière, tous ces artistes reflètent avec une fidélité scrupuleuse et ravie le\nspectacle qui les entoure, leur époque, avec l'ardeur généreuse de sa foi, la\nspontanéité de ses impressions et de ses gestes, — sa jeunesse, enfin, enivrée de\nvitalité, éprise de couleur, d'harmonie et de beauté... Ils regardaient le monde d'un\nœil ingénu, se grisaient du plaisir d'en retracer avec une conscience passionnée,\nd'un pinceau original, charmeur à la fois et charmé, les apparences superbes et\nchangeantes...\n                                          *\n                                         * *\n\n   De plus impérieux maîtres succédèrent qui expriment moins leur siècle qu'eux-\nmêmes, leur propre et souveraine pensée, et dont le sombre et volontaire génie\nmarqua l'art florentin d'une empreinte unique, fit parler à la couleur et au marbre\nun langage nouveau, profondément subjectif...\n   Si dissemblables que soient Léonard et Michel-Ange, un caractère commun leur\nappartient, d'indicible anxiété spirituelle... Ames démesurées dont les rêves dépas­\nsent toute traduction plastique, hantées d'aspirations toujours inassouvies, attirées\npar d'inaccessibles horizons, — leur œuvre matérialise avec une effrayante inten­\nsité, la perpétuelle ambition qui les habita... Espoir ou nostalgie dont l'indécise et\ntrouble lueur transparaît dans le spécieux regard, dans le vacillant sourire de\nchacun des personnages du Vinci; ambiguïté qui nous attire, en même temps, nous\nrepousse et nous intimide, car la question tapie depuis quatre cents ans au fond\nde ces fascinantes prunelles, continue d'y scintiller pour l'inquiétude des songeurs :\nInnombrables visages à l'expression énigmatique et qui semblent rendre sensible la\nmagnifique et vertigineuse monotonie des conceptions de leur créateur, la com­\nplexité irrésolue d'une obsédante idée dont tous les prestiges de sa palette lui\nparaissaient, sans doute, ne restituer qu'une imparfaite image.\n\n   Le même sentiment éperdu, le même appétit insatiable d'une surhumaine perfec­\ntion se décèle dans la sculpture — taillée ou peinte — de Michel-Ange, en mainte\nœuvre grandiose que sa despotique et farouche impatience délaissa inachevée,\nparce que l'ébauche rivalisait mal la sublimité de sa préconception. Sa main\nopiniâtre aurait cependant pétri, au besoin, et broyé la pierre pour l'assouplir au\ncontour de son inspiration, si la brûlante, si la véhémente splendeur de celle-ci\nn'eût fatalement déçu toute réalisation absolue.\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "                                        DURENDAL                                           173\n\n  Les figures du Vinci sont investies d'un pouvoir de suggestion, nimbées d'une\nsorte de radiation pensive dont celui qui les a une fois contemplées conserve un\nsouvenir ineffaçable, — comme si, ayant affronté le sphynx, éludé ses captieux\nproblèmes, il ne pouvait plus dorénavant chasser de son esprit ces questions inso­\nlubles, ni cesser de leur chercher une plausible réponse...\n  Toutes ces effigies — réelles ou imaginaires, et que seule, l'âme du peintre\ncontinue d'animer — vivent de la vie éternelle et magique de l'Art, contemporaines\nde chacun des passants qui, depuis des siècles, frémirent de surprise et de poignante\nsympathie à leur aspect, — sentirent, devant elles, un tourbillon les envelopper, de\nconfuses idées et de rêves posthumes, soudain remémorés, — voltigeante poussière\nde notre atmosphère cérébrale que le rayonnement des yeux de la Joconde nous a\ntout-à-coup révélée.\n   Car de telles œuvres émeuvent non seulement l'admiration esthétique et la curio­\nsité, mais remuent l'homme tout entier, son expérience triste, sa tendresse dédai­\ngnée et désormais taciturne, — désirs, déceptions, toute sa vie blessée qui, à\nl'improviste, lui réapparaissent, sublimés, dans l'inexprimable regard, la bouche\namère et triomphante de la créature de l'artiste, — dans cet équivoque et mortel\nsourire, efflorescence du mystère, lotus entr'ouvert au-dessus des secrètes profon­\ndeurs glauques, des temples et des trésors engloutis, à l'immobile surface vaporeuse\ndes eaux d'un lac sacré...\n                                          *\n                                        * *\n\n\n   Si le XVc siècle avait connu les groupes et les frises du Parthénon, les marbres\nressuscites d'Olympie, on pourrait croire que leur contemplation lui apprit la\nsimplicité et le naturel (1); mais, à cette époque, l'Italie était pauvre d'authentiques\nsculptures grecques et son premier enthousiasme ne discerna pas toujours les\ncopies et les répétitions de la période hellénistique des originaux, sans plus de\nclairvoyance critique que la seconde Renaissance, dont le fétichisme pour Vitruve\ns'imagina y retrouver les purs principes de l'architecture dorique ou ionique !\n  A la vérité, habitants — comme les Grecs — d'une terre privilégiée, aride en\nmême temps et luxuriante, entre la montagne et la mer, les Primitifs toscans\nreçurent la tradition d'une façon plutôt atavique : l'analogie des circonstances\npolitiques et locales chez des races consanguines, aboutirent à des phénomènes\npresque identiques.\n  L'étude des modèles antiques, bien moins que l'instinctive divination, le tact\n\n  (1) Notre siècle les connaît, lui; et il suffit de parcourir nos Expositions et nos Salons pour\napercevoir à quel point nos artistes ont profité de leur lumineux enseignement!\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "174                                   DURENDAL\n\nprodigieux du génie dirigeaient Ghiberti, Donatello et della Robbia, lorsque leur\nmain communiquait au marbre ou au bronze le souffle eurhythmique, la vie\nexquise dont nous les voyons palpiter.\n  L'exemple fortifia, cependant, les tendances et les qualités originelles de la\npeinture que Botticelli et Léonard portèrent à leur perfection. Mais ces deux maîtres\nsont comme les représentants d'un art déjà différent, plus personnel, dont l'un nous\ndévoile l'adolescence émerveillée, l'autre, la maturité inouïe et qui, chez le\npremier, conserve encore, parfois, la puérile et délicieuse gaucherie, l'espèce de\nfébrile facture acide des peintres antérieurs; — d'un art qui parfait la beauté\nphysique et la spiritualise en la dotant d'une expressive et singulière éloquence.\n\n   Botticelli, souvent, semble un précurseur du Vinci, et ses figures prennent toute\nl'impérative majesté, la troublante alliciance de celles de son grand émule : Sur des\nfonds opulents et glacés, dans la pourpre magnétique de verdâtres sites accidentés,\nparmi les rousses verdures alourdies d'un ardent automne, il fait surgir de saisis­\nsantes physionomies, prestigieuses de suggestion et de rêves ensevelis... Dans les\nyeux et sur les lèvres de ses modèles, l'inextinguible angoisse affleure d'une pensée\nocculte, l'impatientée langueur d'un autre monde, moins grossier et moins cruel,\nvers lequel un invincible élan les attire...\n   Sans aucun doute, l'artiste — comme tous ses confrères — choisissait ses modèles\nparmi ses protecteurs, ses amis ou les gens du peuple, et transfigurait simplement\nces visages, aux ardeurs, aux rayons de son imagination, pleine de nostalgies, de\nflammes et de tendresse...\n   Ailleurs, aussi, cette sorte d'énergie désinvolte, de hautain désintéressement, de\ncourage tout intellectuel des jeunes hommes de Boccace apparaissent, incarnés\nvisiblement par le pinceau de Botticelli : Sous les traits, par exemple, la tête fière\net nerveuse, le geste, familier à la fois et solennel, l'allure ailée des nobles\narchanges qui, une branche sceptrale de lys à la main, guident le voyage du jeune\nTobie...\n                                             *\n                                          * *\n   Il s'est trouvé des critiques pour qualifier les primitifs de réalistes, par opposition,\npeut-être, aux peintres des âges suivants, les Vénitiens, notamment, dont l'œuvre\nbrillante et superficielle fréquemment s'écarta de la vérité de la vie pour investir\nses évocations fantaisistes de l'attrait sensuel d'une couleur incomparable...\n   Mais, à prendre le terme à la rigueur, le réalisme d'un artiste serait forcément\nen raison inverse de ses facultés, de ses dons personnels d'interprétation ou de\nvision, — sa version des choses devenant d'autant plus exacte et littérale que son\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "                                     DURENDAL                                       175\n\npropre esprit se montrera moins susceptible de s'épancher au dehors, sur le monde,\npour se le faire réapparaître dans un jour magnifique et singulier...\n  A priori, puisque l'homme ne saurait rien combiner dont les éléments ne soient\nempruntés à la nature, toute oeuvre d'art est d'essence réaliste; mais, à strictement\nparler, elle ne commencera d'exister qu'en cessant d'être réaliste, car elle s'impo­\nsera et survivra en proportion, précisément, de ce que, sciemment ou non, l'auteur\ny a introduit de lui-même, de cet être différent de tous les autres — et supérieur,\nde sa particulière aspiration, de sa douleur ou de sa joie... Au reste, le choix\nmême du peintre, ses préférences et ses partialités sont-elles point prédéterminées\npar la vocation, la tendance obscure de son art qui l'induiront à ravir à la réalité les\napparences susceptibles de matérialiser sa propre pensée et de la créer à ses\nyeux ?\n   L'artiste ne réalise jamais que lui-même; le monde lui est comme un éblouissant\nrépertoire de mystères et de symboles, un éternel prodige illimité dont son infirme\nregard inassouvi s'efforce de déchiffrer une infime partie.\n   Chaque chose se découvre à lui, surprenante, incessamment, et nouvelle, ainsi\nque dans le prismatique éclat d'une révélation, car il est du nombre des favorisés\npour lesquels, selon l'expression de Thomas Carlyle, « c'est à jamais l'âge des\nmiracles ici-bas >.\n   Son inépuisable puissance d'émotion le rend capable de ressentir jusqu'à la souf­\nfrance les phases de la lumière et de l'ombre, de compatir aux mille spectacles de la\nvie qui, splendides ou désolés, s'associent au cours de sa pensée ou le contrarient.\nPlantureux ou sordide, urbain, champêtre ou maritime, chaque paysage se réfléchit\nen son âme ardente et songeuse, comme en un sensible et magnifiant miroir, pour y\npuiser le surcroît de beauté efficace de la vision individuelle; — car les choses,\nvraiment, n'ont de sens que selon l'œil qui les contemple. Le patriarche d'Assise,\nsaint François, chantait : De te, Signore, il fraie sole porta significatione.. . Et, à\nl'exemple de celle de Dieu, l'œuvre de l'artiste porte signification de son créateur.\n\n\n\n\n  A prendre le terme dans son acception actuelle, Botticelli est donc le moins\nréaliste des peintres. Chacun de ses tableaux mériterait un commentaire lyrique :\nSacrés ou profanes, ses personnages sont animés d'une vie supérieure, respirent la\nsubtile atmosphère, douée de qualités spirituelles, baignée et rayonnante de lueurs,\ndes régions altissimes. Ils traversent d'onctueux jardins, des contrées parsemées\nd'arbres dont le feuillage épais et lustré se profile sur de claires et profondes pers­\npectives ou dans l'effusion embrasée de pénétrants crépuscules; — ou encore ils\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "176                                  DURENDAL\n\nsortent du bois sacré qui trempe les racines de ses oliviers ou de ses lauriers dans\nles eaux prochaines et resplendissantes de la mer...\n\n  — Ce sont — fiction enjouée, fantaisie mythologique émanée, dirait-on, du\ncerveau du poète du Songe d'une nuit d'été! — les pudiques bacchantes florentines,\ndont la folle et naïve troupe capricante, troublant la paix magique des forêts,\nescorte la Primavera, vêtue, toute, de fleurs et qui foule l'herbe étincelante du\nchaste pas héroïque de Diane Artémis...\n  C'est la jeune Judith, le glaive d'une main, une branche d'olivier de l'autre,\ninnocente messagère de la vindicte céleste et qui, rendue à sa faiblesse, oublieuse\ndu sanguinolent trophée que sa servante porte derrière elle, s'en revient, charmée\nde la magnificence lustrale du matin...\n\n   Ou voici quelque aristocratique tête de femme avec sa pesante coiffure orfèvrie\nde joyaux, sa longue tresse entrelacée de perles, dont le masque précis dénonce\nl'inflexible volonté dominatrice, sous le front accusé de laquelle une ambition\nréside, patiente et passionnée...\n\n   Mais le labeur de l'incisif artiste s'est consacré avec une apparente prédilection,\nun inépuisable attrait et, aussi, un bonheur toujours renouvelé d'expression, à la\nglorification de la Vierge Marie. Sa palette a trouvé pour retracer cette image\nrévérée des tons plus chauds encore et plus suaves, d'extatiques et vibrantes nuances\nqui font rêver à quelque Alleluia pictural, à l'on ne sait quel plain-chant jubi­\nlatoire...\n   La suprême grâce incessamment variée de cette partie — orante — de son\nœuvre ferait croire, vraiment, que Botticelli fut possédé de l'ambition d'illustrer\nchacun des versets des litanies hyperduliques : Idéales apparitions, divines et\ndouloureuses; héroïnes de maternité crucifiée; héroïnes de suavité, sérieuses et\nineffables comme la Vierge du Magnificat avec son auréole séraphique d'anges, fleurs\nsplendides et souffrantes que l'amour consume... Enfantine, parée d'ignorante et\ncandide sublimité ou envahie de présages inquiets et d'appréhensions, la tête penchée,\nenveloppant d'un regard éperdu la victime ingénue, partagée entre la présomption\nangoissée du calvaire et la certitude auguste de la Résurrection...\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n   Léonard excepté, nul peintre ne conféra à la couleur une éloquence telle, aiguë\net subtile, si efficace et si simple...\n   Le délicieux chromatisme des teintes veloutées, le mystère des attitudes volon-\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "                                     DURENDAL                                      177\n\ntaires font de chacun des tableaux de Sandro Botticelli un poème d'impérieuse et\nséduisante beauté et l'on revient l'âme envoûtée par le spécial prestige, les séduc­\ntions essentielles d'un art où la science esthétique, l'afflux de l'inspiration, le tact\ninfini de la couleur, confondus, se résolvent en musurgiques et nerveuses harmonies...\n   Œ u v r e jaillie de l'adoration et de l'amour, mais terriblement préméditée, aussi,\net dont l'insidieuse pensée vous pénètre et vous poursuit par les beaux yeux\némerveillés de ses anges, par le regard ambigu, avide et doux, brûlant et glacé de\nses déesses...\n   Sous leurs paupières innocentes, des regards luisent, singulièrement fraternels,\nd'une douceur périlleuse, languides et pertinaces, qui divulguent, derrière leur obsé­\ndante et captieuse mièvrerie, des antécédents lourds de rêves ensanglantés et de\nsonges taciturnes... Et de ces yeux aimantés à un magnétisme secret et où la\ncrainte semble palpiter en même temps que le chimérique espoir d'être devinés —\nun charme, d'alliciants prestiges s'exhalent, qui s'épandent comme l'âme aromatique\net volatile d'une fleur éternelle...\n   Le galbe anguleux de ces visages enfantins, spiritualisés de macérations outrées\net d'aspirations éperdues, ces lèvres aux commissures étrangement scellées,\ndiscrètes et fidèles jusqu'au délice, ces lèvres pour lesquelles le silence devait être\nune volupté, paraissent appartenir à de fabuleuses créatures qui auraient conservé\n— comme la saveur et le remords de philtres excessifs et mortels — le goût exalté\net l'aversion de la vie...\n  Et l'on songe qu'elles aussi, peut-être, parurent parmi les hommes, passèrent —\nau milieu de ce misérable monde pestiféré, les yeux fixés sur leur propre pensée, —\nsur les roses timides et les lys ombrageux qu'elles portaient à la main...\n\n                                                                ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-08-n8-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 178, "page_fin": 181, "titre_corps": "Sainte-Godelive : Drame lyrique, musique d’Edgar Tinel", "titre_sommaire": "Sainte-Godelive (E. 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Mais la nécessité est là, pour\n              une revue catholique d'art, de dire au moins quelques mots du\nmagnifique drame musical, dernière œuvre de l'auteur de Fraiisciscus et de la Messe à\ncinq voix.\n   Vue d'ensemble, Sainte-Godelive tient à la fois du drame et de l'oratorio. Le\npremier acte est de l'oratorio; le deuxième et le troisième sont du drame; le tableau\nfinal participe des deux. Et cependant, l'œuvre totale gagnerait beaucoup à être\nmise en scène, car les parties les moins dramatiques sont cependant d'un effet\ndécoratif superbe.\n   Disons ici, en passant, que la beauté ravissante de Mme Raunay et sa bonne\ndéclamation en font une interprète unique du rôle de Godelive. Quant à M. Seguin,\nil a joué Bertholf avec sa perfection habituelle.\n   Le livret flamand, écrit par Hilda Ram, pour avoir de graves défauts dramatiques\n— absence de psychologie et trop souvent d'action — a néanmoins de belles\nqualités littéraires et renferme des idées d'une émouvante poésie, telle l'intervention\ndes chœurs de pauvres.\n   Heureusement la musique est là pour suppléer aux lacunes du texte : le style en\na cette couleur calme et lumineuse propre à Tinel, ne cherchant pas l'effet, mais le\ntrouvant juste à propos. La partition — à défaut du livret — est très fouillée\npsychologiquement et d'un travail contrapuntal constant et varié. La musique de\nGodelive se distingue de celle de' Francisais non seulement par un style plus drama­\ntique — naturellement — mais aussi par un travail plus complexe dans la partie\norchestrale, par une harmonie plus variée et plus riche et par l'absence de toute\nlongueur.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "                                     DURENDAL                                     179\n\n  Nous ne pouvons ici analyser en détail cette volumineuse partition ; nous\nrenvoyons pour cela le lecteur à l'analyse thématique publiée par Ernest Closson.\nL'ouverture surtout y est bien expliquée. Voyons donc l'œuvre à vol d'oiseau.\n\n                                          **\n\n   Après la belle ouverture, nous assistons au premier acte : les noces de Godelive.\nLes chœurs tiennent ici la première place. Signalons (p. 18) le chant des\nfemmes, perle mélodique d'une grâce exquisement schumannienne. La ballade\nd'Eisa a beaucoup de cachet et le chœur l'entrecoupe d'une manière charmante. Le\nrécit d'Heinfrid (p. 45), \" le long cortège s'avance », se distingue par la pompe\ndécorative de l'accompagnement, et les chœurs qui le suivent sont d'un style\nsuperbe qui fait penser à un Bach moderne, tout en étant propre à Tinel. L'appari­\ntion de Godelive (p. 58) est le sommet du premier acte : Il faut se reporter à\nLohengrin pour retrouver des beautés idéales comme ce chœur accompagné de\nharpes. Godelive parle... Ouvrez la partition partout où la sainte s'exprime et\ndites si ce rôle n'a pas été écrit par un ange ! Je passe rapidement les dialogues\npathétiques de Bertholf et Godelive et plusieurs chœurs tous remarquables, pour\narriver (p. 137) à l'admirable choral des pauvres, qu'on ne peut entendre sans\némotion. Ensuite Godelive exprime ses sombres pressentiments (p. 140) en un\nmonologue sublime, et le chœur des pauvres revient terminer religieusement ce\npremier acte.\n   Le deuxième acte — réception de Godelive à Ghistelles — débute par une\nsuperbe chanson bachique. On se sent dans le pays de Bertholf : tout y est rude et\nsauvage. Ici paraît Iselinde, dont le leitmotiv, dérivé de celui de son fils Bertholf,\ncaractérise bien son caractère de vipère. Elle exhale sa haine pour la fille du Midi\ndont la figure angélique grandit encore par ce contraste. La scène (p. 173) où\nIselinde arrache ses bijoux à Godelive est d'une intensité dramatique poignante;\net comme la chanson de table entendue de loin est ici d'une cruelle beauté. Le\ntravail en est du reste très remarquable.\n   Le tableau suivant amène un chœur de chasseurs rude et d'un grand effet.\nImmédiatement suit la romance d'Eisa, touchante mélodie parue jadis comme\nsupplément de la Dietsche Warande. Combien émouvant le dialogue entre les deux\nfemmes; le choral des pauvres reparaît, plus expressif et plus orné, et Godelive\nconverse avec eux comme avec des frères bien-aimés. La scène avec Riprim (p. 208)\nest très dramatique et fait encore grandir la sainte. Signalons plus loin le moment\noù Bertholf se laisse séduire par les charmes de sa femme : c'est la même musique\nqu'à la première apparition de l'héroïne. Mais hélas ! Iselinde survient, le charme\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "180                                 DURENDAL\n\nest rompu, et l'acte se termine par une brutale chanson à boire. Tout cela est d'un\ngrand effet.\n  Acte troisième : Godelive a fui son époux. Après une sombre introduction, nous\nassistons à un dialogue entre Iselinde et Bertholf. Celui-ci fait part à sa mère de\nses projets criminels en une langue musicale profondément étudiée. L'évèque\nRadbod paraît ensuite suivi d'une escorte : il fait des remontrances à Bertholf sur\nsa conduite à l'égard de sa femme. Bertholf s'humilie hypocritement. Ce tableau\nest très vivant et réussi en sa couleur féodale. Godelive est rendue à son mari et\nRadbod s'éloigne, tandis que sa suite chante un choeur plein de noirs pressen­\ntiments.\n   Changement de tableau : Bertholf, seul en scène, raille cruellement sa femme qui\nle croit converti. Il part en voyage pour qu'elle soit assassinée comme à son insu.\nGodelive vient lui faire ses adieux. L'intérêt de cette scène d'une tristesse profonde\nne languit pas un instant. Le baiser de glace de Bertholf, accompagné du thème de\nla condamnation, donne le frisson. Mais voici plus beau : Godelive, restée seule,\nest soudain saisie de terreur; autre Desdemona, elle devine la mort. Tout à coup,\nderrière la scène, comme la voix de Dieu, s'élève le chant des pauvres. La sainte y\nvoit un avertissement, et, dominant peu à peu son angoisse, elle se jette entre les\nbras de Dieu. Le calme renaît en son âme... Elle s'éloigne, résignée. Il est, au\nthéâtre, peu de scènes aussi belles...\n  Un violent intermède symphonique..., deux hommes traversent la scène, puis,\npeu après, reparaissent et se sauvent... c'est fait! Un chœur d'anges invisibles\ncélébrant le martyre s'élève et se déploie jusqu'au dernier tableau.\n  C'est, dans une église, l'apothéose de la sainte clamée par tout un peuple. Ce\nspectacle grandiose est interrompu par l'entrée de Bertholf repentant qui s'accuse\nde son crime. Le peuple le maudit, mais Radbod impose le calme par un discours\nassez long qui amène le splendide chœur final.\n\n                                          *\n                                         * *\n\n   Voilà, vue d'ensemble, cette œuvre puissante, merveille de science et d'inspira­\ntion. Je l'ai comparée à une cathédrale : c'est la même grandeur, la même unité et\nle même fini du détail. Il s'en dégage une intense poésie religieuse que nul autre de\nnos contemporains n'atteint, excepté l'auteur des Béatitudes. On sent que Godelive\nest l'œuvre de conviction d'un artiste chrétien dont l'art est conforme à la vie.\n   Tinel se distingue de la plupart des artistes actuels par l'absence de recherche\nd'effets. Le contrepoint complexe, mais clair; l'harmonie toujours châtiée, mais\nsans timidité, prouvent qu'il a cherché ses modèles plutôt chez les classiques. La\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1018, "texte": "                                   DURENDAL                                    181\n\ncontexture de ses chœurs le montre surabondamment. L'orchestration nourrie et\nvariée, exempte de sensualité, est chez lui un moyen et non un but : il ne vise pas\nà la couleur pour elle-même. L'influence de R. Wagner y est peu sensible, sauf\nparfois celle de Lohengvin. L'analogie de la situation dramatique impose peut-être\ncette comparaison. Poétiquement, Bertholf est un peu — très peu — Frédéric;\nGodelive est assez bien l'Eisa persécutée; Iselinde est Ortrude. Mais il n'y a là\naucune imitation ; l'œuvre est bien personnelle, très sentie et d'une superbe\narchitecture.\n   Le maître, qui dirigeait cette première exécution, a été chaudement applaudi par\nun immense auditoire. Constatons ici que la présence du cardinal-archevêque et de\nnombreux prêtres et religieux prouve que les catholiques savent parfois rendre\njustice à leurs grands artistes.\n                                                          JOSEPH RYELANDT.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-08-n8-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 181, "page_fin": 184, "titre_corps": "L’Art et l’Exposition universelle", "titre_sommaire": "L’Art et l’Exposition Universelle", "signature_source": "Y.", "ancre_debut": "L’ART ET L’EXPOSITION UNIVERSELLE", "ancre_fin": "Y.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 1018, "fin_caractere_exclue": 1968, "texte": "L'ART ET L'EXPOSITION UNIVERSELLE\n\n\n\n D\n            ERRIÈRE  la pompeuse façade, d u e au génie de Bordiau\n             (Gédéon), et sous l'enseigne d'un gigantesque quadrige qui\n             devrait être de bronze et qui n'est même point en plâtre,\n             les artistes ont été admis à étaler leur marchandise,\nconcurremment avec les boîtes à musique de Genève, les machines à\ncigares, simples ou doubles, les nougats turcs et les waterproofs\nd'Autriche.\n  Admis, c'est beaucoup dire, car des quelques milliers d'industriels\ndu pinceau et de l'ébauchoir qui se pressaient à la porte, bien peu ont\npu pénétrer dans les halls. Les autres s'étant énergiquement refusés à\npayer leur place au mètre carré, à l'exemple des plus honnêtes négo­\nciants, n'ont même point réussi à trouver un abri convenable à\nBruxelles-Kermesse, à côté de l'exhibition des vieux chapeaux. E t c'est\nheureux ! Non point que parmi les évincés il n'y ait des talents — les\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "l82                            DURENDAL\n\n\nDelacroix et les Corot ont passé par là, et cette épreuve n'a point nui,\nque nous sachions, à leur art — mais parce que les quelques œuvres\nméritantes eussent été noyées dans une telle marée de croûtes et\nd'horreurs, que le public, habitué au dicton : Dis-moi qui tu hantes, je\nte dirai qui tu es, se fût empressé de l'appliquer à tous.\n   Mais si d'aucuns, à tort ou à raison, ont été consignés à la porte, il\nn'en résulte point que la World's Fair ne présente des attraits au point\ndevue de l'art et qu'elle ne reflète de façon assez complète les tendances\ncontemporaines.\n   Que des mécontents et des malins organisent en un tour de main,\nde « puissantes ligues » destinées à vivre moins que ne vivent les\nroses — l'événement a démontré la consistance de ces agglomérations\nd'artistes — l'art ne sera ni mieux, ni moins bien représenté dans les\nexhibitions prochaines, s'il n'est point dépensé alors une somme de\ntalent et d'énergie supérieure à celle mise en action aujourd'hui.\n   Que de plaisanteries n'a-t-on pas faîtes jusqu'à présent, au sujet des\nfoires aux huiles tenues dans les baraques, qu'à grands frais, le gou­\nvernement édifie périodiquement dans l'un ou l'autre terrain vague.\n   Si le contenu a du prix, cette fois encore le contenant est atroce et\nl'on a eu tort en haut lieu d'agréer le local que, moyennant quantité\nde beaux écus, la Commission de l'Exposition a mis à la disposition\ndu J u r y des Beaux-Arts.\n   Nos vieux peintres gothiques exposaient eux-mêmes en vente, au\nfond de modestes échoppes, au pied des églises ou dans un coin\nd'hôtel de ville, les œuvres qu'ils avaient effectuées l'année précédente.\n   L e seigneur ou l'abbé, en mal de largesses pour leur église, les\nmagistrats préoccupés de décorer la maison commune, les bourgeois\nriches s'en venaient, dans le cadre exquis d'une foire de l'époque,\nchoisir patiemment le tableau rêvé.\n   Aujourd'hui, c'est dans une gare froide à donner le frisson, que\ns'empilent peintures et sculptures, et l'on s'explique à peine le mécon­\ntentement de ceux qu'on n'a point admis à se suicider, artistiquement\nparlant, dans un pareil hangar.\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "                                  DURENDAL                                 183\n\n   F r a n c h e m e n t , quelle opinion du goût esthétique belge les étrangers\npeuvent-ils rapporter chez eux, alors que tout près, la France, pour\nexhiber ses meubles et ses bibelots, a trouvé un charmant décor ?\n   Quelle estime le grand nombre aura-t-il d'un tableau ou d'une statue\nque l'entourage ne fait pas valoir ?\n   U n peu plus de respect, que diable, pour les œuvres d'art qui sont\nl'expression la plus haute du génie humain, un peu plus d'habileté\naussi, q u a n d on présente en vente une marchandise, quelque noble\nqu'elle soit. Car, après tout, l'Exposition, n'est-ce point le grand\nmarché ouvert, t a n t aux artistes qu'aux industriels et aux gagne-petit ?\nN'est-ce point la grande foire des choses intellectuelles et autres, des\ninventions et des produits ? Voilà pourquoi l'art eût dû venir ici en\naide à l'art, et c'est d'un souverain illogisme de prêcher l'art dans les\nchoses de la vie, l'art à la rue, et d'oublier de s'en servir, quand il\ns'agit d'encadrer et d'orner les objets qui, plus que tous autres, en sont\nl'expression.\n    S'il en est ainsi du Salon proprement dit, disons la même chose de\ncette lamentable exhibition des élèves des Académies, qui fait beau­\ncoup d ' h o n n e u r peut-être aux professeurs, mais peu de plaisir à tous\nceux, conviés à l'admiration du torse et du modèle nu, vu au travers\n d'un t e m p é r a m e n t qui pourrait devenir artiste.\n    Il est vrai que tel un fabricant fait passer sous les yeux du public\n les transformations du chapeau, depuis le lapin jusqu'à l'impeccable\ntrois-françois, tels les Pontifes de l'enseignement d'art ressentent le\n besoin d'établir comment d'un petit vacher inculte ou d'un apprenti\n gâcheur, on fait un maître.\n    L'Art à la Rue, la seule, l'authentique société de ce nom, désireuse\n de réparer les terribles accrocs dont souffrit l'amour-propre de son\n unique membre et trop habile barnum, occupe un coin modeste.\n Rendons à César ce qui revient à César. L e petit compartiment est\n bien. Il renferme de jolies choses de jadis, gentiment présentées, si le\n classement et les attributions sont fantaisistes.\n    L e s non-initiés y apprendront qu'en Italie, en France et en\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "184                               DURENDAL\n\n\nF l a n d r e , on a fait jadis, en ce domaine, de belles œuvres d'art et qu'au­\njourd'hui, il ne suffit point de bonne volonté pour faire aussi bien\nqu'eux.\n    L e compartiment officiel de l'art appliqué le démontre du reste. Ici\nle début promet. L'avenir dira ce que sera la renaissance que nous\ninaugurons.\n    Car, renaissance il y a, avec les enthousiasmes et les emballements\nindispensables. L e siècle, utilitaire et égoïste fait place, en tous les\ndomaines, à des sentiments plus hauts. L'horizon s'éclaire et, chose\ncurieuse, ce n'est point t a n t d a n s les compartiments réservés aux\nBeaux-Arts que se manifeste le renouveau. C'est ailleurs. Les céra­\nmiques, les bijoux, le verre, les cristaux, la reliure, les étoffes, le\nmeuble, tout cela se revêt insensiblement d'art, tout cela introduit\ndans la vie cet élément intellectuel que le mécanisme en avait presque\nbanni.\n    L a statue du puddleur, dominant, dans le grand hall, les organes des\ncolosses de fer, est d'un beau symbolisme.\n    U n jour viendra où l'art ne se retrouvera point seulement dans des\nrecoins d'exposition. Il est proche, celui, nous pouvons l'énoncer sans\ncrainte, où il fera sa rentrée dans l'existence du grand nombre et\nsèmera des fleurs dans la vie des plus déshérités.\n                                                                        Y.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-08-n8-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 188, "titre_corps": "Un Syndicat d’Encenseurs", "titre_sommaire": "Un Syndicat d’Encenseurs", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "UN SYNDICAT D’ENCENSEURS", "ancre_fin": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES LIVRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 216, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "UN SYNDICAT D'ENCENSEURS\n\n                 LA Revue Encyclopédique de Paris consacre à la Belgique\n                   sa livraison du 24 juillet dernier : littérature, pein­\n                   ture, sculpture et architecture, musique, mystique,\n                   folklorisme — toutes les expressions en somme de\n                    notre intellectualité y font l'objet d'études intéres­\n         santes, sinon complètes, fatalement couronnées par les obli­\n         gatoires prosopopées de M. E d m o n d Picard sur l'« Ame\n         Belge »...\n   Il ne me paraît nullement invraisemblable de supposer que\nM. Picard fût chargé de la rédaction en chef de cette publication,\npuisqu'aussi bien tous les collaborateurs appartiennent au groupe de\nl'Art Moderne et que les articles de ce périodique — huileusement\ndélayés — s e m b l e n t ê t r e comme la matière première de plusieurs des\n«-contributions » de la Revue Encyclopédique.\n   Sans parler des pages déjà citées où M. Picard dégage l'« Ame\nBelge » — en la personnifiant un peu trop exclusivement en ceux qu'il\nhonore actuellement de son amitié — il est amusant de voir comment\nM. Octave Maus fait converger toute l'histoire de la peinture vers la\nglorification finale de M. Degouve de Nuncques et de M. Ensor — les\ndeux caprices de l'Art Moderne — et comment M. Albert Mockel, résu­\nmant le mouvement littéraire, tire le gros de la couverture au groupe\nde l'Art Moderne et du Coq Rouge et n'en laisse qu'un petit bout à peine\ndécent au groupe de la Jeune Belgique.\n   N o n point que nous ne souscrivions volontiers à tout le bien que\nles rédacteurs occasionnels de la Revue Encyclopédique ont dit des écri­\nvains et des artistes qui se réclament plus spécialement de l'Art\nModerne; nous sommes de ceux qui n'avons jamais marchandé nos\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "186                                DURENDAL\n\n\néloges au génie puissamment évocateur d'Emile Verhaeren, à la ruti­\nlante rêverie épique d ' H e n r y de Groux, à l'émotionnante originalité\nde Constantin Meunier, aux altières conceptions de Peter Benoît, ni\nmême au mécénisme passionné et désintéressé de M. E d m o n d\nPicard.\n   T o u s ceux-là certes — et d'autres auxquels la Revue Encyclopédique\nveut bien être propice — honorent grandement les Arts et les Lettres\nde leur pays, mais il est quelque peu outrecuidant de les représenter\ncomme les seuls, vrais et uniques représentants de la L i t t é r a t u r e et\nde l'Art Belges... L a L i t t é r a t u r e et l'Art existent à côté et en dehors\nde l'Art Moderne, et si cruel soit-il, le mot de M. Albert Giraud est\nd'une relative justesse quand il proteste contre la tendance de la Revue\nEncyclopédique de comprendre la Belgique « d'un côté entre le nombril\nde M. Picard et le nombril de M. Lemonnier et de l'autre entre\nl'ombilic de M. Verhaeren et l'ombilic de M. Maeterlinck. »\n   A h ! M. Picard et ses amis ont perdu une belle occasion de faire\nœuvre d'impartiale j u s t i c e ; dans la proposition que leur fit la Revue\nEncyclopédique de présenter à ses lecteurs un tableau panoramique du\nmouvement des idées en notre pays, pourquoi n'ont-ils vu qu'un\ntremplin à vaniteuse réclame, qu'un moyen d'encensement réciproque,\net hélas! qu'une occasion de rapetisser sournoisement leurs adver­\nsaires d'aujourd'hui — qui sont en somme leurs frères d'armes d'hier!\nE t ce qui aurait pu être un documemt objectif d'histoire apparaîtra\nainsi à beaucoup comme un ingénieux exercice de courte échelle où\nM. Octave Maus monte sur le dos de M. Albert Mockel et soutient à\nbras tendus M. E d m o n d Picard, lequel du haut de cette p y r a m i d e\nfait la nique à la Jeune Belgique!\n   Nous ne sommes pas suspect de systématique sympathie envers la\nJeune Belgique et nous croyons l'avoir prouvé en maintes occasions;\nmais de ne point partager les tendances d'un groupe littéraire ne nous\na jamais paru une suffisante raison de nier ou même de diminuer\nl'influence que ce groupe exerce sur l'évolution artistique d'un p a y s ; à\ncet égard les collaborateurs de la Revue Encyclopédique sont inexcu-\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "                                DURENDAL                                 187\n\nsables d'avoir oublié ou tout au moins ravalé la part prédominante\nd'initiative que la Jeune Belgique a le droit de revendiquer dans notre\nrenaissance littéraire et entre autres il nous paraît presque i m p u d e n t\nd'accaparer pompeusement au profit de M. Picard le rôle de porte-\ndrapeau de la première heure qui revient sans conteste à Max W a l l e r ;\nd'autant plus que cette injustice est très parcimonieusement réparée\npar les quelques lignes que la Revue Encyclopédique daigne consacrer à\nAlbert Giraud et à Iwan Gilkin, qu'au demeurant on qualifie sommai­\nrement d'imitateurs de Baudelaire, alors qu'on réclame pour le moinde\ntenant de l'Art Moderne le bénéfice de la plus souveraine origi­\nnalité!\n   Qu'après cela la littérature catholique ait été passée sous silence par\nles autocritiques de la Revue Encyclopédique, rien d'étonnant.\n   Peut-être eût-il convenu néanmoins — quand on a la prétention de\ndresser le bilan du mouvement des idées en Belgique — de ne point\nsembler ignorer toute une pléiade d'écrivains qui, pour être des\ncroyants, n'en sont pas moins des artistes ; les œuvres de M. Godefroid\nKurth, grand historien et grand poète à la fois, sorte de Michel et\ncatholique, les œuvres aussi de M. de Hauleville, cet esprit curieux,\nprompt, éclectique entre tous, servi par un style vivant, simple,\nnerveux, ne valaient-elles pas une mention?\n   E t dans un genre plus d'imagination ne sevait-il point de citer tout\nau moins les Contes Hétéroclytes de Carton de W i a r t et l'Ame Princesse\nde Pol Demade? M. André Ruyters — un poète dont la Revue Ency-\nclopédique publie le portrait — a du talent certes, mais les Ballades\nRusses de l'abbé Hoornaert perdent-elles par là toute valeur?\n   E t M. Léon de Monge cesse-t-il d'avoir été un critique de grand\nmérite parce qu'il répugnait aux conceptions de l'Art Moderne? Dans\nl'art musical d\"autre part, à côté de Peter Benoît, sinon au-dessus,\nn'eùt-il pas fallu placer Tinel?\n   Fâcheuses lacunes que celles-là — d'autant plus fâcheuses que\ngénérales et voulues, elles laissent la porte ouverte à des soupçons de\npassion sectaire — et que vraiment les grands critiques de la Revue\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 399, "texte": "188                                        DURENDAL\n\n\nEncyclopédique se sont conduits, vis-à-vis de la Littérature et l'Art catho­\nliques, en très petits journalistes doctrinaires.\n   L'œuvre réalisée par la Revue Encyclopédique est plus qu'une erreur\n—\"c'est une mesquinerie.\n       20 août.                          FIRMIN                       VANDEN BOSCH.\n\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-08-n8-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 189, "titre_corps": "Les Livres : Les Saints", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "J. P.", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "J. 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Combien pourraient dire, en transposant légèrement cette expressive bou­\ntade : « J'ignorais le monde des saints.\n   L'hagiographie a, dans le recueil glorieux des Bollandistes, une ample moisson de\ndocuments. Mais laissant les in-folios imposants et lourds aux érudits, aux cher­\ncheurs, le lettré, l'homme du monde retrouvera, en de petits volumes agiles et sou­\nples, le suc et la moelle des choses. Les saints l'intéresseront comme les grands\nsavants, ou les grands artistes, ou les grands découvreurs : car ils sont à la fois et\nles plus beaux fleurons de l'humanité, et les plus parlantes manifestations du divin.\n   Les quelques volumes déjà venus au jour font bien présager de la série qu'ils\ninaugurent. Citons en particulier la Psychologie des Saints, de M. Joly, sorte de por­\ntique ou d'introduction à la galerie qu'on nous prépare; la Sainte Clotilde, de\nM. G. Kurth, l'éminent professeur à l'Université de Liége, et le Saint Augustin de\n   (1) Collection publiée sous la direction de M. HENRY JOLY. Volumes parus : Sainte Clotilde, par\nG. KURTH; Saint Augustin, par AD. HATZFELD; le Bienheureux Bernardin de Feltre, par E. FLORNOY ;\nSaint Augustin de Cantorbéry, par le R. V. BRON S. S. ; Psychologie des Saints, par H. JOLY. Pour\nparaître prochainement : Saint Pierre Fourier, par L. PINGAUD; Saint Ambroise, par le duc DE BROGLIE;\nJeanne d'Arc, par PETIT DE JULLEVILLE.\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "                                    DURENDAL                                     189\n\nCanlorbéry, que le R. P. Bron écrivit en la ville même de l'apôtre, envoyé de Rome\nà l'Angleterre. Le millénaire de la conversion de l'Angleterre au Christianisme,\ncélébré par les catholiques anglais, en septembre 1897, donne une très spéciale\nopportunité à cette étude.\n  Nous ne pouvons qu'applaudir à cette tentative qui revendique pour les saints\nleur place dans la littérature et dans l'Art. Et les lecteurs de Durendal ne seront\npas les derniers à en propager le succès.                                 J. P.\n\n  A u p r o c h a i n . — G. SÉAILLE : Essai sur le Génie dans l'Art. DE MONTESQUIOU :\nRoseaux pensants. ARNOLD GOFFIN : Hélène (Une circonstance indépendante de notre\nvolonté nous a contraint à différer le compte-rendu de ces livres, qui eut dû paraître\nen ce fascicule. Nous prions auteurs et éditeurs de nous excuser), DU BOIS : Leu­\nconoé. LÉON SOUGUENET : Le Roman d'un pauvre jeune homme, etc., etc.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-08-n8-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 190, "titre_corps": "Les Revues", "titre_sommaire": "Revue des Revues", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES REVUES", "ancre_fin": "sur le Féminisme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTULES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 1041, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "LES REVUES\n  Le Sillon commence la publication d'une remarquable étude sur J. Barbey d'Aure­\nvilly, signée de M. Paul Fustigière.\n   Dans la Quinzaine, M. Gabriel Audéal examine les rapports entre l'Évangile et\nle Théâtre de Dumas fils.\n   La Revue Blanche a ouvert une enquête sur l'œuvre de Taine; parmi les réponses\nintéressantes, à signaler celle de M. Maurice Barrès — de l'admiration délicatement\natténuée! — et celle de Mgr d'Hulst qui proclame en Taine « une des plus belles\nâmes qu'il ait connues ». Puis il ajoute : « Taine appelait Dieu de tout son cœur et\nle repoussait de tout son esprit. »\n  Dans la Lutte, des vers de G. Ramaekers et d'Edgard Richaume.\n   Dans la Revue Générale, la suite des « Souvenirs d'Escale », d'Eugène de Groote,\net 1' \"Art en Belgique \", par Ernest Perier.\n  Au Mercure de France, de nouvelles lettres de Vincent Van Gogh, avec cette\nremarque originale : « Ce Belge a un peu la tête d'un gentilhomme flamand du\ntemps des Compromis des nobles, du temps du Taciturne et de Marnix : cela ne\nm'étonnerait pas du tout qu'il soit bon. »\n  Le Spectateur Catholique a réuni, en son numéro de juillet, diverses contributions\nde poésie religieuse en Bretagne.\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "190                                   DURENDAL\n\n La Jeune Belgique — par la plume de M. Giraud — exécute avec une amère véhé­\nmence le numéro de la Revue Encyclopédique, consacré à la Belgique.\n  M. Eugène Demolder, dans l'Art Moderne, dit quelques vérités à propos des\ndistributions de prix. Un extrait : « Au lieu de faire enseigner les littératures par des\ngens sortis de l'École normale et pratiquant leur métier en employés qui vont chaque\njour s'asseoir sur leurs ronds de cuir, astreints à la besogne nécessaire au gain de\nleur subsistance, que n'envoie-t-on aux élèves des écrivains, qui leur parleraient en\npoètes, leur transmettraient une des étincelles jaillies de leur âme, ouvriraient pour\neux les voiles du Beau, les persuaderaient par leur propre foi et les enthousiasme­\nraient par leur ferveur. »\n  La Revue — une nouvelle publication qui paraît à Paris, rue de Grenelle, 8 —\nconsacre une grande partie de sa chronique littéraire à une appréciation, fort juste,\nde l'œuvre de Meilhac — le mort d'hier. ,\n    A lire, dans la Revue Naturiste, une ntéressante enquête sur le Féminisme.\n\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-08-n8-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 192, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "à mettre en jolis et délicats flacons cette particulière et fine essence du boulevard : la Parisine.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 1138, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "NOTULES\n\nI   NAUGURATION à Eecloo — le 28 août dernier — du monument élevé à la mémoire\n    du poète flamand, Ledeganck.\n   A cette occasion, le Bien Publie a consacré au chantre des Drie Zustersteden, un\narticle remarquable, dont ci un extrait :\n   « C'est de ces deux écrivains, Schiller et Byron, que participe son talent. Il\nn'atteignit pas leur puissance. Il n'avait d'ailleurs pu conquérir cette solide prépa­\nration intellectuelle, à défaut de laquelle le génie littéraire ne se déploie jamais\ncomplètement. Mais aussi, il ne connut ni les erreurs, ni les passions dégradantes,\nni les folies qui ternissent la mémoire de certains grands poètes de cette époque.\n   » Ses oeuvres peuvent sans coupures figurer avec honneur sur la table de famille.\nElles chantent les joies et les douleurs du foyer, la grandeur et les détresses de la\npatrie, les vertus domestiques, les souvenirs et les espérances qui s'agitent dans lu\ncœur de l'homme. C'est dans ses vers, toujours empreints de sincérité, de dignité\net d'un sentiment vrai, que la jeunesse a appris à connaître et à défendre sa langue\nAprès un demi-siècle, tandis que la plupart de ses contemporains sont oubliés ou\ndédaignés, ses œuvres — celles au moins de sa seconde période, postérieure à 1835 —\nsont toujours fraîches, et sa popularité ne fait que s'accroître. »\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "                                     DURENDAL                                    191\n\n\n\nA   u banquet du Congrès d'archéologie, à Malines, M. Beernaert a porté un toast\n     tout de circonstance : il a bu à la s a n t é . . . de nos vieux monuments.\n\n\n\nL    ES parents d'Edmond de Goncourt avaient attaqué, devant le tribunal de la\n      Seine, le testament du maître et, notamment, la clause relative à la fondation\nde l'Académie des Goncourt.\n  Le tribunal a débouté les demandeurs — et l'Académie des Goncourt sera fondée.\n\n\n\nL    E clou du Salon des Beaux-Arts à Bruxelles est incontestablement l'immense\n      toile \" pompier \" de M. Détaille.\n   La partie de l'Exposition où elle sévit ne désemplit pas d'admirateurs aux\nréflexions enthousiastes, aux remarques béates, aux prosopopées délirantes.. .\n   C'est le cas de rappeller le mot célèbre : « Ce qui entend le plus de bêtises au\nmonde, c'est un tableau de musée. >\n\n\nB   IEN moindre la vogue de l'Ecce Homo de Munkacsy, cette admirable page d'allure\n      multitudinaire, avec un profil de Christ qui fait croire.\n  Pourquoi aussi imposer d'une redevance d'un franc la contemplation de ce chef-\nd'œuvre?\n  Un f r a n c ! . . . Mais c'est le prix d'entrée du Panorama des Alpes, avec au bout\n— ma chère! — une si amusante glissade!\n\n\n\nL   E Journal de Courtrai signale, avec raison, la nécessité de retirer du coin obscur\n      où ce tableau est relégué — au fond de l'église Notre-Dame — l'Érection de la\nCroix, de Van Dyck.\n  Il est vraiment criminel — un crime contre l'Art dans sa forme la plus hautement\névangélisàtrice — de continuer ainsi à dérober aux regards et à l'admiration, un\ndes plus remarquables chefs-d'œuvre du maître flamand.\n\n\n    A Revue Blanche publie des vers d'Hendrik Ibsen, parmi lesquels ce poème\nL    symbolique :\n                                    PROJETS\n\n           Je me le rappelle si nettement — comme si cela venait d'avoir lieu\n           Le soir où je vis dans le journal mes premiers vers imprimés ;\n           Assis dans ma tanière, lançant des spirales de fumée,\n           Je rêvais, je causais, radieux dans mon contentement.\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "192                                    DURENDAL\n\n           J'édifierai un château, un château par-delà les nues. Il luira sur le Nord.\n           Il aura deux ailes, une petite et une grande.\n           La grande hébergera un immortel poète,\n           La petite servira de demeure à une fillette.\n           Ce plan me souriait, charmante en était l'harmonie,\n           Mais des dérangements sont advenus depuis.\n           Lorsque le maître se fut assagi, le château se trouva absurde :\n           La grande aile était trop petite, la petite aile tombait en ruines.\n\n\nL   A souscription au monument Paul Verlaine s'élevait, le mois dernier, à\n     fr. 5.377-25-\n  Le « pauvre Lelian » bénéficia notamment d'un don de 200 francs de M. le baron\nAlphonse de Rothschild.\n\n\nM      Remy de Gourmont publie un choix d'épithètes interchangeables, tiré des\n     • œuvres diverses de Pierre Loti :\n                      Procession                       étrange.\n                      Monastère                        vénérable.\n                      Petite ville.                    paisible.\n                      Silence                           infini.\n                      Choses                          grimes.\n                      Donjon                           morose.\n                      Joie                              enfantine.\n                      Faîtes                           noirâtres.\n                      Prairies                         d'alentour.\n  Etc., etc.!\n  Le jeu est amusant; il ne le serait pas moins si on l'appliquait au Latin mystique!\n\nPENSEE      du mois :\n        « La religion n'est pas tout entière dans l'ascétisme et elle est moins encore\nla mort de l'homme charnel que sa transfiguration en homme spirituel. Donc quand\nl'expression religieuse se sert des sens et même de ce qu'il y a en l'esprit de moins\nspirituel pour élever plus haut les ailes de l'âme, je ne saurais rien blâmer; Jésus\nn'est pas venu détruire, mais restaurer et parfaire. Le paganisme se limite à l'exci­\ntation des sens, le christianisme s'en sert comme d'un moyen. »\n                                 (YVES L E QUERDEC,        — le Journal d'un Évêque.)\n\n\nM     ORT de Henri Meilhac — un vaudevilliste qui excella à mettre en jolis et\n       délicats flacons cette particulière et fine essence du boulevard : la Parisine.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 198, "texte": "AOUT 1 8 9 7 (QUATRIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": ""}, {"page_pdf": 200, "texte": "  Août 1897                            DURENDAL                                              N° 8\n\n\n\n\n       SANDRO BOTTICELLI\n                                                      Molti a l t r i . . . senza rinchiudersi, andavano\n                                                   attorno, portando nelle mani, chi fiori, chi\n                                                   erbe odorifere, e chi diverse maniere di\n                                                   speziere.. .\n                                                                                      (BOCCACIO.)\n\n\n\n                             Par les rues encombrées des cadavres amoncelés au seuil\n                          des portes en attendant les fossoyeurs, parmi la désolation\n                          et l'âpre solitude de la cité pestiférée, ils allaient, ces jeunes\n                          Florentins, \" en respirant le parfum des fleurs ou l'arome\n                          des épices qu'ils portaient à la m a i n . . . \"\n                             Héroïsme simple qui se dissimule sous l'apparence d'une\n                           coquetterie! Naturelle bravoure aventureuse d'une jeunesse\n                          dont la vitalité enivrée, la grâce et la beauté, parées de fleurs,\n                          jetaient leur superbe défi à la maladie méphitique et à la mort.\n   Ces élégants sont les légataires de trois siècles de conflits violents et de querelles\nintestines, défaites militaires et victoires diplomatiques qui ont amené la République\nau but immuable de son changeant gouvernement : l'indépendance entre l'Eglise\namie et l'Empire relégué.\n   La souplesse raffinée et hardie, la causticité et l'enthousiasme, la foi et l'ironie,\nla native subtilité de jugement, l'adresse commerciale et la promptitude intellec­\ntuelle; l'amour du pouvoir et l'abnégation de la vie, également passionnés; — tout\ncela, l'héritage magnifique de la race, le passé volontaire et l'avenir glorieux, se\nrésume, à cette heure funèbre, en quelques charmantes tête insolentes. La noble et\nchère Florence apparaît à ses enfants, non plus couronnée de ses beaux lys\nvermeils — ingigliata — mais masquée du sang extravasé de ses veines, du sang\ncorrompu de ses plaies. Ils ne désespèrent point de la patrie, cependant, et les\nspectacles mortuaires, le peureux galop des longs convois lugubres, les atrocités de\nl'égoïsme et de la panique n'ébranlent la fidélité ni l'amour de ces intrépides : et ils\nles affirment par l'insouciance simulée de leur attitude, par ce stoïcisme sans roideur\net sans morgue, cette imperturbable dignité humaine devant l'universelle licence,\nles explosions de la convoitise et de la terreur, les rages éperdues du t r é p a s . . .\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "170                                   DURENDAL\n\n   Témoins du désarroi et de l'anarchie, de l'inutile lâcheté des fuyards que la\nmort, de sa musculeuse main nauséabonde, traque, saisit et terrasse jusque derrière\nla stricte clôture de leurs luxueuses villas contadines; entre l'abstinence timorée,\nles larmes efféminées des uns et la suprême orgie macabre des autres, les blas­\nphèmes des cyniques et les déprédations impunies des pillards, ces' adolescents\nprennent la touchante allure, la posture altière de libres victimes, vouées, sans\ndoute, au sacrifice, mais qui attendent, tranquilles et souriantes, le trivial coup de\npouce qui deviendra le signal méprisé de leur exécution...\n   Ce ne sont point des épicuriens, hallucinés d'égoïsme, épris à la fois et dédai­\ngneux de ce monde de jouissances et de douleurs, détournant leur frivole regard des\naspects trop tragiques de la vie; leur conduite n'insulte pas à la calamité publique,\nmais exprime l'invincible certitude, la fîère crédulité d'êtres en lesquels l'âme géné­\nreuse des ancêtres et la confiante piété de la cité persistent, assurées des jours\nfuturs en dépit du présent obscurci.\n\n   Atroces et livides bas-reliefs dont Boccace a sculpté la dure leçon épouvantable\nau préambule de ses contes érotiques et bouffons, comme un avertissement gravé\nsur le portique marmoréen de quelque exubérant jardin ensoleillé — et vénéneux ..\nDans l'ombre effarée et blafarde de ce prologue, — soupirail entr'ouvert tout-à-coup\net d'où jaillit un affreux concert de gémissements et d'imprécations, — cette seule\nphrase : \" portando nelle tnani... fiori, erbe odorifere... \" fait réconfortante et lumi­\nneuse image. Au milieu de ces évocations funéraires, cette seule image semble, à\nl'égal de celles des peintres et des sculpteurs du temps, confondre les grâces de la\nréalité avec les beautés de l'emblème, les vertus de la vérité avec la supériorité\nessentielle du symbole : car, ces flâneurs, insoucieux de la contagieuse malédiction,\nn'errent-ils point autour du palais communal abandonné, sous le campanile silen­\ncieux, le long des mornes rives du fleuve, pareils à des messagers chargés de\nverdure qui présagent le terme du fléau, et leur apparition n'augure-t-elle pas l'arc-\nen-ciel destiné à luire bientôt sur Florence réconciliée?...\n  Oui, les combats frénétiques et les carnages, les luttes avec les municipes rivaux\nou tributaires, les compétitions armées entre guelfes et gibelins, noirs et blancs,\ngrands et bourgeois, arts majeurs et mineurs ; les émeutes, les trahisons et les\nsupplices, — après la trêve abominable de la famine et de la peste, les soubresauts\nde la convalescence de ces années convulsives, — aboutiront à une merveilleuse\npériode de rénovation et de splendeur... Toute une génération d'artistes va éclore\nqui, exaltant sa religion, dotera la terre italique d'un immortel patrimoine d'œuvres\nferventes et radieuses...\n  De la boue, de l'humus sanglant des champs de bataille, des charniers de la\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                     DURENDAL                                     171\n\nguerre civile et de l'épidémie, éblouissante et ingénue, la fleur jaillira, de l'art\nflorentin... Frêle et pur, le lys vermeil élèvera ses frémissantes corolles, nuancées\nd'inimitables couleurs, onctueuses et vivantes, car ses racines plongent et s'ali­\nmentent aux sources mêmes de l'existence — dans le passé, la tradition de douleur\net d'extase, et la foi — de la patrie...\n\n   Le siècle qui commence représente, en effet, la période pour ainsi dire apogée\nde l'histoire de Florence; son hégémonie étendue à peu près sur toute la Toscane,\nsa vieille antagoniste gibeline — Pise — enchaînée, la République marche dans\nl'opulence et la superbe nées de sa suprématie industrielle et artistique, escortée de\nl'extraordinaire cortège de ses enfants de génie...                           _\n   Les troubles de l'existence municipale, violents mais féconds, avec leurs atrocités\nmélangées de grandeur et de magnanime héroïsme, trempaient des âmes de citoyens\net d'artistes prédisposées à l'abnégation et à l'enthousiasme : et la coïncidence\nheureuse des événements, au déclin du XIVe siècle, permit au terroir, au sol labouré\net meurtri par le soc impitoyable des révolutions, de faire fermenter les germes\nqu'il nourrissait, de mûrir et d'épanouir la gerbe merveilleuse de l'art indigène —\nfigure symbolique d'une civilisation qu'il résume tout à la fois, exalte et magnifie...\n   En formation jusque-là, contrarié dans son efflorescence au milieu de ces âges de\ndiscordes et de combats, l'art florentin naît tout-à-coup à lui-même, prend une\nconscience ample et virile de sa vocation, et, en cinquante ans, parachève une œuvre\nd'une beauté inégalée, idéale et réelle, parée des dons royaux de la vérité et de la\ngrâce, de l'inspiration et de la nature, pieuse à la fois et savante...\n   Heure admirable — et trop tôt révolue — d'activité, de noble énergie intelli­\ngente, d'équilibre moral, dont les travaux font la gloire perpétuée et l'orgueil de\nFlorence; radieux épilogue des fastes tragiques de la cité, finale effusion, apothéose\ndu génie et des vertus de la race...\n   Brunelleschi pose sur le Dôme inachevé son audacieuse coupole et commence\nd'ériger San Lorenzo et San Spirito, temples magnifiques, où l'éblouissante simpli­\ncité des formes antiques s'apparie à la majesté vivante du culte romain. Michelozzo\nrestaure le Palais Vieux, construit les palais Tornabuoni et Medici, hautaines et mas­\nsives architectures, élégantes et martiales. Ghiberti invente et modèle les portes du\nBaptistèie, subtil et puissant chef-d'œuvre, cependant que l'émulation de Donatello\net de son ami Luca della Robbia dote la cantoria de Santa Maria del Fiore de bas-\nreliefs d'une presque égale séduction. Masaccio consume les derniers jours de sa\nbrève et fertile carrière à revêtir la chapelle Brancacci de Santa Maria del Carminé\ndes émerveillantes fresques que Fra Filippo Lippi terminera. Aux murailles des\ncloîtres et des cellules du couvent de Saint Marc, l'Angelico développe le cycle\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "172                                 DURENDAL\n\nilluminé de ses peintures évangéliques et au Palais Medici, son disciple Benozzo\nGozzoli déploie, dans son évocation des rois mages, tout le charme de son imagina­\ntion exquise et somptueuse...\n   Historiographes juvéniles, remplis de fougue, de naïveté et d'une native grâce\nprimesautière, tous ces artistes reflètent avec une fidélité scrupuleuse et ravie le\nspectacle qui les entoure, leur époque, avec l'ardeur généreuse de sa foi, la\nspontanéité de ses impressions et de ses gestes, — sa jeunesse, enfin, enivrée de\nvitalité, éprise de couleur, d'harmonie et de beauté... Ils regardaient le monde d'un\nœil ingénu, se grisaient du plaisir d'en retracer avec une conscience passionnée,\nd'un pinceau original, charmeur à la fois et charmé, les apparences superbes et\nchangeantes...\n                                          *\n                                         * *\n\n   De plus impérieux maîtres succédèrent qui expriment moins leur siècle qu'eux-\nmêmes, leur propre et souveraine pensée, et dont le sombre et volontaire génie\nmarqua l'art florentin d'une empreinte unique, fit parler à la couleur et au marbre\nun langage nouveau, profondément subjectif...\n   Si dissemblables que soient Léonard et Michel-Ange, un caractère commun leur\nappartient, d'indicible anxiété spirituelle... Ames démesurées dont les rêves dépas­\nsent toute traduction plastique, hantées d'aspirations toujours inassouvies, attirées\npar d'inaccessibles horizons, — leur œuvre matérialise avec une effrayante inten­\nsité, la perpétuelle ambition qui les habita... Espoir ou nostalgie dont l'indécise et\ntrouble lueur transparaît dans le spécieux regard, dans le vacillant sourire de\nchacun des personnages du Vinci; ambiguïté qui nous attire, en même temps, nous\nrepousse et nous intimide, car la question tapie depuis quatre cents ans au fond\nde ces fascinantes prunelles, continue d'y scintiller pour l'inquiétude des songeurs :\nInnombrables visages à l'expression énigmatique et qui semblent rendre sensible la\nmagnifique et vertigineuse monotonie des conceptions de leur créateur, la com­\nplexité irrésolue d'une obsédante idée dont tous les prestiges de sa palette lui\nparaissaient, sans doute, ne restituer qu'une imparfaite image.\n\n   Le même sentiment éperdu, le même appétit insatiable d'une surhumaine perfec­\ntion se décèle dans la sculpture — taillée ou peinte — de Michel-Ange, en mainte\nœuvre grandiose que sa despotique et farouche impatience délaissa inachevée,\nparce que l'ébauche rivalisait mal la sublimité de sa préconception. Sa main\nopiniâtre aurait cependant pétri, au besoin, et broyé la pierre pour l'assouplir au\ncontour de son inspiration, si la brûlante, si la véhémente splendeur de celle-ci\nn'eût fatalement déçu toute réalisation absolue.\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                        DURENDAL                                           173\n\n  Les figures du Vinci sont investies d'un pouvoir de suggestion, nimbées d'une\nsorte de radiation pensive dont celui qui les a une fois contemplées conserve un\nsouvenir ineffaçable, — comme si, ayant affronté le sphynx, éludé ses captieux\nproblèmes, il ne pouvait plus dorénavant chasser de son esprit ces questions inso­\nlubles, ni cesser de leur chercher une plausible réponse...\n  Toutes ces effigies — réelles ou imaginaires, et que seule, l'âme du peintre\ncontinue d'animer — vivent de la vie éternelle et magique de l'Art, contemporaines\nde chacun des passants qui, depuis des siècles, frémirent de surprise et de poignante\nsympathie à leur aspect, — sentirent, devant elles, un tourbillon les envelopper, de\nconfuses idées et de rêves posthumes, soudain remémorés, — voltigeante poussière\nde notre atmosphère cérébrale que le rayonnement des yeux de la Joconde nous a\ntout-à-coup révélée.\n   Car de telles œuvres émeuvent non seulement l'admiration esthétique et la curio­\nsité, mais remuent l'homme tout entier, son expérience triste, sa tendresse dédai­\ngnée et désormais taciturne, — désirs, déceptions, toute sa vie blessée qui, à\nl'improviste, lui réapparaissent, sublimés, dans l'inexprimable regard, la bouche\namère et triomphante de la créature de l'artiste, — dans cet équivoque et mortel\nsourire, efflorescence du mystère, lotus entr'ouvert au-dessus des secrètes profon­\ndeurs glauques, des temples et des trésors engloutis, à l'immobile surface vaporeuse\ndes eaux d'un lac sacré...\n                                          *\n                                        * *\n\n\n   Si le XVc siècle avait connu les groupes et les frises du Parthénon, les marbres\nressuscites d'Olympie, on pourrait croire que leur contemplation lui apprit la\nsimplicité et le naturel (1); mais, à cette époque, l'Italie était pauvre d'authentiques\nsculptures grecques et son premier enthousiasme ne discerna pas toujours les\ncopies et les répétitions de la période hellénistique des originaux, sans plus de\nclairvoyance critique que la seconde Renaissance, dont le fétichisme pour Vitruve\ns'imagina y retrouver les purs principes de l'architecture dorique ou ionique !\n  A la vérité, habitants — comme les Grecs — d'une terre privilégiée, aride en\nmême temps et luxuriante, entre la montagne et la mer, les Primitifs toscans\nreçurent la tradition d'une façon plutôt atavique : l'analogie des circonstances\npolitiques et locales chez des races consanguines, aboutirent à des phénomènes\npresque identiques.\n  L'étude des modèles antiques, bien moins que l'instinctive divination, le tact\n\n  (1) Notre siècle les connaît, lui; et il suffit de parcourir nos Expositions et nos Salons pour\napercevoir à quel point nos artistes ont profité de leur lumineux enseignement!\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "174                                   DURENDAL\n\nprodigieux du génie dirigeaient Ghiberti, Donatello et della Robbia, lorsque leur\nmain communiquait au marbre ou au bronze le souffle eurhythmique, la vie\nexquise dont nous les voyons palpiter.\n  L'exemple fortifia, cependant, les tendances et les qualités originelles de la\npeinture que Botticelli et Léonard portèrent à leur perfection. Mais ces deux maîtres\nsont comme les représentants d'un art déjà différent, plus personnel, dont l'un nous\ndévoile l'adolescence émerveillée, l'autre, la maturité inouïe et qui, chez le\npremier, conserve encore, parfois, la puérile et délicieuse gaucherie, l'espèce de\nfébrile facture acide des peintres antérieurs; — d'un art qui parfait la beauté\nphysique et la spiritualise en la dotant d'une expressive et singulière éloquence.\n\n   Botticelli, souvent, semble un précurseur du Vinci, et ses figures prennent toute\nl'impérative majesté, la troublante alliciance de celles de son grand émule : Sur des\nfonds opulents et glacés, dans la pourpre magnétique de verdâtres sites accidentés,\nparmi les rousses verdures alourdies d'un ardent automne, il fait surgir de saisis­\nsantes physionomies, prestigieuses de suggestion et de rêves ensevelis... Dans les\nyeux et sur les lèvres de ses modèles, l'inextinguible angoisse affleure d'une pensée\nocculte, l'impatientée langueur d'un autre monde, moins grossier et moins cruel,\nvers lequel un invincible élan les attire...\n   Sans aucun doute, l'artiste — comme tous ses confrères — choisissait ses modèles\nparmi ses protecteurs, ses amis ou les gens du peuple, et transfigurait simplement\nces visages, aux ardeurs, aux rayons de son imagination, pleine de nostalgies, de\nflammes et de tendresse...\n   Ailleurs, aussi, cette sorte d'énergie désinvolte, de hautain désintéressement, de\ncourage tout intellectuel des jeunes hommes de Boccace apparaissent, incarnés\nvisiblement par le pinceau de Botticelli : Sous les traits, par exemple, la tête fière\net nerveuse, le geste, familier à la fois et solennel, l'allure ailée des nobles\narchanges qui, une branche sceptrale de lys à la main, guident le voyage du jeune\nTobie...\n                                             *\n                                          * *\n   Il s'est trouvé des critiques pour qualifier les primitifs de réalistes, par opposition,\npeut-être, aux peintres des âges suivants, les Vénitiens, notamment, dont l'œuvre\nbrillante et superficielle fréquemment s'écarta de la vérité de la vie pour investir\nses évocations fantaisistes de l'attrait sensuel d'une couleur incomparable...\n   Mais, à prendre le terme à la rigueur, le réalisme d'un artiste serait forcément\nen raison inverse de ses facultés, de ses dons personnels d'interprétation ou de\nvision, — sa version des choses devenant d'autant plus exacte et littérale que son\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                                     DURENDAL                                       175\n\npropre esprit se montrera moins susceptible de s'épancher au dehors, sur le monde,\npour se le faire réapparaître dans un jour magnifique et singulier...\n  A priori, puisque l'homme ne saurait rien combiner dont les éléments ne soient\nempruntés à la nature, toute oeuvre d'art est d'essence réaliste; mais, à strictement\nparler, elle ne commencera d'exister qu'en cessant d'être réaliste, car elle s'impo­\nsera et survivra en proportion, précisément, de ce que, sciemment ou non, l'auteur\ny a introduit de lui-même, de cet être différent de tous les autres — et supérieur,\nde sa particulière aspiration, de sa douleur ou de sa joie... Au reste, le choix\nmême du peintre, ses préférences et ses partialités sont-elles point prédéterminées\npar la vocation, la tendance obscure de son art qui l'induiront à ravir à la réalité les\napparences susceptibles de matérialiser sa propre pensée et de la créer à ses\nyeux ?\n   L'artiste ne réalise jamais que lui-même; le monde lui est comme un éblouissant\nrépertoire de mystères et de symboles, un éternel prodige illimité dont son infirme\nregard inassouvi s'efforce de déchiffrer une infime partie.\n   Chaque chose se découvre à lui, surprenante, incessamment, et nouvelle, ainsi\nque dans le prismatique éclat d'une révélation, car il est du nombre des favorisés\npour lesquels, selon l'expression de Thomas Carlyle, « c'est à jamais l'âge des\nmiracles ici-bas >.\n   Son inépuisable puissance d'émotion le rend capable de ressentir jusqu'à la souf­\nfrance les phases de la lumière et de l'ombre, de compatir aux mille spectacles de la\nvie qui, splendides ou désolés, s'associent au cours de sa pensée ou le contrarient.\nPlantureux ou sordide, urbain, champêtre ou maritime, chaque paysage se réfléchit\nen son âme ardente et songeuse, comme en un sensible et magnifiant miroir, pour y\npuiser le surcroît de beauté efficace de la vision individuelle; — car les choses,\nvraiment, n'ont de sens que selon l'œil qui les contemple. Le patriarche d'Assise,\nsaint François, chantait : De te, Signore, il fraie sole porta significatione.. . Et, à\nl'exemple de celle de Dieu, l'œuvre de l'artiste porte signification de son créateur.\n\n\n\n\n  A prendre le terme dans son acception actuelle, Botticelli est donc le moins\nréaliste des peintres. Chacun de ses tableaux mériterait un commentaire lyrique :\nSacrés ou profanes, ses personnages sont animés d'une vie supérieure, respirent la\nsubtile atmosphère, douée de qualités spirituelles, baignée et rayonnante de lueurs,\ndes régions altissimes. Ils traversent d'onctueux jardins, des contrées parsemées\nd'arbres dont le feuillage épais et lustré se profile sur de claires et profondes pers­\npectives ou dans l'effusion embrasée de pénétrants crépuscules; — ou encore ils\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "176                                  DURENDAL\n\nsortent du bois sacré qui trempe les racines de ses oliviers ou de ses lauriers dans\nles eaux prochaines et resplendissantes de la mer...\n\n  — Ce sont — fiction enjouée, fantaisie mythologique émanée, dirait-on, du\ncerveau du poète du Songe d'une nuit d'été! — les pudiques bacchantes florentines,\ndont la folle et naïve troupe capricante, troublant la paix magique des forêts,\nescorte la Primavera, vêtue, toute, de fleurs et qui foule l'herbe étincelante du\nchaste pas héroïque de Diane Artémis...\n  C'est la jeune Judith, le glaive d'une main, une branche d'olivier de l'autre,\ninnocente messagère de la vindicte céleste et qui, rendue à sa faiblesse, oublieuse\ndu sanguinolent trophée que sa servante porte derrière elle, s'en revient, charmée\nde la magnificence lustrale du matin...\n\n   Ou voici quelque aristocratique tête de femme avec sa pesante coiffure orfèvrie\nde joyaux, sa longue tresse entrelacée de perles, dont le masque précis dénonce\nl'inflexible volonté dominatrice, sous le front accusé de laquelle une ambition\nréside, patiente et passionnée...\n\n   Mais le labeur de l'incisif artiste s'est consacré avec une apparente prédilection,\nun inépuisable attrait et, aussi, un bonheur toujours renouvelé d'expression, à la\nglorification de la Vierge Marie. Sa palette a trouvé pour retracer cette image\nrévérée des tons plus chauds encore et plus suaves, d'extatiques et vibrantes nuances\nqui font rêver à quelque Alleluia pictural, à l'on ne sait quel plain-chant jubi­\nlatoire...\n   La suprême grâce incessamment variée de cette partie — orante — de son\nœuvre ferait croire, vraiment, que Botticelli fut possédé de l'ambition d'illustrer\nchacun des versets des litanies hyperduliques : Idéales apparitions, divines et\ndouloureuses; héroïnes de maternité crucifiée; héroïnes de suavité, sérieuses et\nineffables comme la Vierge du Magnificat avec son auréole séraphique d'anges, fleurs\nsplendides et souffrantes que l'amour consume... Enfantine, parée d'ignorante et\ncandide sublimité ou envahie de présages inquiets et d'appréhensions, la tête penchée,\nenveloppant d'un regard éperdu la victime ingénue, partagée entre la présomption\nangoissée du calvaire et la certitude auguste de la Résurrection...\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n   Léonard excepté, nul peintre ne conféra à la couleur une éloquence telle, aiguë\net subtile, si efficace et si simple...\n   Le délicieux chromatisme des teintes veloutées, le mystère des attitudes volon-\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                     DURENDAL                                      177\n\ntaires font de chacun des tableaux de Sandro Botticelli un poème d'impérieuse et\nséduisante beauté et l'on revient l'âme envoûtée par le spécial prestige, les séduc­\ntions essentielles d'un art où la science esthétique, l'afflux de l'inspiration, le tact\ninfini de la couleur, confondus, se résolvent en musurgiques et nerveuses harmonies...\n   Œ u v r e jaillie de l'adoration et de l'amour, mais terriblement préméditée, aussi,\net dont l'insidieuse pensée vous pénètre et vous poursuit par les beaux yeux\némerveillés de ses anges, par le regard ambigu, avide et doux, brûlant et glacé de\nses déesses...\n   Sous leurs paupières innocentes, des regards luisent, singulièrement fraternels,\nd'une douceur périlleuse, languides et pertinaces, qui divulguent, derrière leur obsé­\ndante et captieuse mièvrerie, des antécédents lourds de rêves ensanglantés et de\nsonges taciturnes... Et de ces yeux aimantés à un magnétisme secret et où la\ncrainte semble palpiter en même temps que le chimérique espoir d'être devinés —\nun charme, d'alliciants prestiges s'exhalent, qui s'épandent comme l'âme aromatique\net volatile d'une fleur éternelle...\n   Le galbe anguleux de ces visages enfantins, spiritualisés de macérations outrées\net d'aspirations éperdues, ces lèvres aux commissures étrangement scellées,\ndiscrètes et fidèles jusqu'au délice, ces lèvres pour lesquelles le silence devait être\nune volupté, paraissent appartenir à de fabuleuses créatures qui auraient conservé\n— comme la saveur et le remords de philtres excessifs et mortels — le goût exalté\net l'aversion de la vie...\n  Et l'on songe qu'elles aussi, peut-être, parurent parmi les hommes, passèrent —\nau milieu de ce misérable monde pestiféré, les yeux fixés sur leur propre pensée, —\nsur les roses timides et les lys ombrageux qu'elles portaient à la main...\n\n                                                                ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "178                                  DURENDAL\n\n\n\n\n      SAINTE-GODELIVE\n                    Drame lyrique. — Musique d'Edgar        TINEL\n\n  PREMIÈRE EXÉCUTION, LE 22 J U I L L E T 1897,   A L'EXPOSITION DE BRUXELLES\n\n\n\n\n           N présence d'une œuvre d'art si haute, la critique peut hésiter : comment\n\n\n\n\nE             juger équitablement cette vaste cathédrale sonore avec un recul de\n              quelques jours seulement et après une audition dont les conditions\n              d'acoustique étaient désastreuses ?... Mais la nécessité est là, pour\n              une revue catholique d'art, de dire au moins quelques mots du\nmagnifique drame musical, dernière œuvre de l'auteur de Fraiisciscus et de la Messe à\ncinq voix.\n   Vue d'ensemble, Sainte-Godelive tient à la fois du drame et de l'oratorio. Le\npremier acte est de l'oratorio; le deuxième et le troisième sont du drame; le tableau\nfinal participe des deux. Et cependant, l'œuvre totale gagnerait beaucoup à être\nmise en scène, car les parties les moins dramatiques sont cependant d'un effet\ndécoratif superbe.\n   Disons ici, en passant, que la beauté ravissante de Mme Raunay et sa bonne\ndéclamation en font une interprète unique du rôle de Godelive. Quant à M. Seguin,\nil a joué Bertholf avec sa perfection habituelle.\n   Le livret flamand, écrit par Hilda Ram, pour avoir de graves défauts dramatiques\n— absence de psychologie et trop souvent d'action — a néanmoins de belles\nqualités littéraires et renferme des idées d'une émouvante poésie, telle l'intervention\ndes chœurs de pauvres.\n   Heureusement la musique est là pour suppléer aux lacunes du texte : le style en\na cette couleur calme et lumineuse propre à Tinel, ne cherchant pas l'effet, mais le\ntrouvant juste à propos. La partition — à défaut du livret — est très fouillée\npsychologiquement et d'un travail contrapuntal constant et varié. La musique de\nGodelive se distingue de celle de' Francisais non seulement par un style plus drama­\ntique — naturellement — mais aussi par un travail plus complexe dans la partie\norchestrale, par une harmonie plus variée et plus riche et par l'absence de toute\nlongueur.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                     DURENDAL                                     179\n\n  Nous ne pouvons ici analyser en détail cette volumineuse partition ; nous\nrenvoyons pour cela le lecteur à l'analyse thématique publiée par Ernest Closson.\nL'ouverture surtout y est bien expliquée. Voyons donc l'œuvre à vol d'oiseau.\n\n                                          **\n\n   Après la belle ouverture, nous assistons au premier acte : les noces de Godelive.\nLes chœurs tiennent ici la première place. Signalons (p. 18) le chant des\nfemmes, perle mélodique d'une grâce exquisement schumannienne. La ballade\nd'Eisa a beaucoup de cachet et le chœur l'entrecoupe d'une manière charmante. Le\nrécit d'Heinfrid (p. 45), \" le long cortège s'avance », se distingue par la pompe\ndécorative de l'accompagnement, et les chœurs qui le suivent sont d'un style\nsuperbe qui fait penser à un Bach moderne, tout en étant propre à Tinel. L'appari­\ntion de Godelive (p. 58) est le sommet du premier acte : Il faut se reporter à\nLohengrin pour retrouver des beautés idéales comme ce chœur accompagné de\nharpes. Godelive parle... Ouvrez la partition partout où la sainte s'exprime et\ndites si ce rôle n'a pas été écrit par un ange ! Je passe rapidement les dialogues\npathétiques de Bertholf et Godelive et plusieurs chœurs tous remarquables, pour\narriver (p. 137) à l'admirable choral des pauvres, qu'on ne peut entendre sans\némotion. Ensuite Godelive exprime ses sombres pressentiments (p. 140) en un\nmonologue sublime, et le chœur des pauvres revient terminer religieusement ce\npremier acte.\n   Le deuxième acte — réception de Godelive à Ghistelles — débute par une\nsuperbe chanson bachique. On se sent dans le pays de Bertholf : tout y est rude et\nsauvage. Ici paraît Iselinde, dont le leitmotiv, dérivé de celui de son fils Bertholf,\ncaractérise bien son caractère de vipère. Elle exhale sa haine pour la fille du Midi\ndont la figure angélique grandit encore par ce contraste. La scène (p. 173) où\nIselinde arrache ses bijoux à Godelive est d'une intensité dramatique poignante;\net comme la chanson de table entendue de loin est ici d'une cruelle beauté. Le\ntravail en est du reste très remarquable.\n   Le tableau suivant amène un chœur de chasseurs rude et d'un grand effet.\nImmédiatement suit la romance d'Eisa, touchante mélodie parue jadis comme\nsupplément de la Dietsche Warande. Combien émouvant le dialogue entre les deux\nfemmes; le choral des pauvres reparaît, plus expressif et plus orné, et Godelive\nconverse avec eux comme avec des frères bien-aimés. La scène avec Riprim (p. 208)\nest très dramatique et fait encore grandir la sainte. Signalons plus loin le moment\noù Bertholf se laisse séduire par les charmes de sa femme : c'est la même musique\nqu'à la première apparition de l'héroïne. Mais hélas ! Iselinde survient, le charme\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "180                                 DURENDAL\n\nest rompu, et l'acte se termine par une brutale chanson à boire. Tout cela est d'un\ngrand effet.\n  Acte troisième : Godelive a fui son époux. Après une sombre introduction, nous\nassistons à un dialogue entre Iselinde et Bertholf. Celui-ci fait part à sa mère de\nses projets criminels en une langue musicale profondément étudiée. L'évèque\nRadbod paraît ensuite suivi d'une escorte : il fait des remontrances à Bertholf sur\nsa conduite à l'égard de sa femme. Bertholf s'humilie hypocritement. Ce tableau\nest très vivant et réussi en sa couleur féodale. Godelive est rendue à son mari et\nRadbod s'éloigne, tandis que sa suite chante un choeur plein de noirs pressen­\ntiments.\n   Changement de tableau : Bertholf, seul en scène, raille cruellement sa femme qui\nle croit converti. Il part en voyage pour qu'elle soit assassinée comme à son insu.\nGodelive vient lui faire ses adieux. L'intérêt de cette scène d'une tristesse profonde\nne languit pas un instant. Le baiser de glace de Bertholf, accompagné du thème de\nla condamnation, donne le frisson. Mais voici plus beau : Godelive, restée seule,\nest soudain saisie de terreur; autre Desdemona, elle devine la mort. Tout à coup,\nderrière la scène, comme la voix de Dieu, s'élève le chant des pauvres. La sainte y\nvoit un avertissement, et, dominant peu à peu son angoisse, elle se jette entre les\nbras de Dieu. Le calme renaît en son âme... Elle s'éloigne, résignée. Il est, au\nthéâtre, peu de scènes aussi belles...\n  Un violent intermède symphonique..., deux hommes traversent la scène, puis,\npeu après, reparaissent et se sauvent... c'est fait! Un chœur d'anges invisibles\ncélébrant le martyre s'élève et se déploie jusqu'au dernier tableau.\n  C'est, dans une église, l'apothéose de la sainte clamée par tout un peuple. Ce\nspectacle grandiose est interrompu par l'entrée de Bertholf repentant qui s'accuse\nde son crime. Le peuple le maudit, mais Radbod impose le calme par un discours\nassez long qui amène le splendide chœur final.\n\n                                          *\n                                         * *\n\n   Voilà, vue d'ensemble, cette œuvre puissante, merveille de science et d'inspira­\ntion. Je l'ai comparée à une cathédrale : c'est la même grandeur, la même unité et\nle même fini du détail. Il s'en dégage une intense poésie religieuse que nul autre de\nnos contemporains n'atteint, excepté l'auteur des Béatitudes. On sent que Godelive\nest l'œuvre de conviction d'un artiste chrétien dont l'art est conforme à la vie.\n   Tinel se distingue de la plupart des artistes actuels par l'absence de recherche\nd'effets. Le contrepoint complexe, mais clair; l'harmonie toujours châtiée, mais\nsans timidité, prouvent qu'il a cherché ses modèles plutôt chez les classiques. La\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                   DURENDAL                                    181\n\ncontexture de ses chœurs le montre surabondamment. L'orchestration nourrie et\nvariée, exempte de sensualité, est chez lui un moyen et non un but : il ne vise pas\nà la couleur pour elle-même. L'influence de R. Wagner y est peu sensible, sauf\nparfois celle de Lohengvin. L'analogie de la situation dramatique impose peut-être\ncette comparaison. Poétiquement, Bertholf est un peu — très peu — Frédéric;\nGodelive est assez bien l'Eisa persécutée; Iselinde est Ortrude. Mais il n'y a là\naucune imitation ; l'œuvre est bien personnelle, très sentie et d'une superbe\narchitecture.\n   Le maître, qui dirigeait cette première exécution, a été chaudement applaudi par\nun immense auditoire. Constatons ici que la présence du cardinal-archevêque et de\nnombreux prêtres et religieux prouve que les catholiques savent parfois rendre\njustice à leurs grands artistes.\n                                                          JOSEPH RYELANDT.\n\n\n\n\n   L'ART ET L'EXPOSITION UNIVERSELLE\n\n\n\n D\n            ERRIÈRE  la pompeuse façade, d u e au génie de Bordiau\n             (Gédéon), et sous l'enseigne d'un gigantesque quadrige qui\n             devrait être de bronze et qui n'est même point en plâtre,\n             les artistes ont été admis à étaler leur marchandise,\nconcurremment avec les boîtes à musique de Genève, les machines à\ncigares, simples ou doubles, les nougats turcs et les waterproofs\nd'Autriche.\n  Admis, c'est beaucoup dire, car des quelques milliers d'industriels\ndu pinceau et de l'ébauchoir qui se pressaient à la porte, bien peu ont\npu pénétrer dans les halls. Les autres s'étant énergiquement refusés à\npayer leur place au mètre carré, à l'exemple des plus honnêtes négo­\nciants, n'ont même point réussi à trouver un abri convenable à\nBruxelles-Kermesse, à côté de l'exhibition des vieux chapeaux. E t c'est\nheureux ! Non point que parmi les évincés il n'y ait des talents — les\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "l82                            DURENDAL\n\n\nDelacroix et les Corot ont passé par là, et cette épreuve n'a point nui,\nque nous sachions, à leur art — mais parce que les quelques œuvres\nméritantes eussent été noyées dans une telle marée de croûtes et\nd'horreurs, que le public, habitué au dicton : Dis-moi qui tu hantes, je\nte dirai qui tu es, se fût empressé de l'appliquer à tous.\n   Mais si d'aucuns, à tort ou à raison, ont été consignés à la porte, il\nn'en résulte point que la World's Fair ne présente des attraits au point\ndevue de l'art et qu'elle ne reflète de façon assez complète les tendances\ncontemporaines.\n   Que des mécontents et des malins organisent en un tour de main,\nde « puissantes ligues » destinées à vivre moins que ne vivent les\nroses — l'événement a démontré la consistance de ces agglomérations\nd'artistes — l'art ne sera ni mieux, ni moins bien représenté dans les\nexhibitions prochaines, s'il n'est point dépensé alors une somme de\ntalent et d'énergie supérieure à celle mise en action aujourd'hui.\n   Que de plaisanteries n'a-t-on pas faîtes jusqu'à présent, au sujet des\nfoires aux huiles tenues dans les baraques, qu'à grands frais, le gou­\nvernement édifie périodiquement dans l'un ou l'autre terrain vague.\n   Si le contenu a du prix, cette fois encore le contenant est atroce et\nl'on a eu tort en haut lieu d'agréer le local que, moyennant quantité\nde beaux écus, la Commission de l'Exposition a mis à la disposition\ndu J u r y des Beaux-Arts.\n   Nos vieux peintres gothiques exposaient eux-mêmes en vente, au\nfond de modestes échoppes, au pied des églises ou dans un coin\nd'hôtel de ville, les œuvres qu'ils avaient effectuées l'année précédente.\n   L e seigneur ou l'abbé, en mal de largesses pour leur église, les\nmagistrats préoccupés de décorer la maison commune, les bourgeois\nriches s'en venaient, dans le cadre exquis d'une foire de l'époque,\nchoisir patiemment le tableau rêvé.\n   Aujourd'hui, c'est dans une gare froide à donner le frisson, que\ns'empilent peintures et sculptures, et l'on s'explique à peine le mécon­\ntentement de ceux qu'on n'a point admis à se suicider, artistiquement\nparlant, dans un pareil hangar.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                  DURENDAL                                 183\n\n   F r a n c h e m e n t , quelle opinion du goût esthétique belge les étrangers\npeuvent-ils rapporter chez eux, alors que tout près, la France, pour\nexhiber ses meubles et ses bibelots, a trouvé un charmant décor ?\n   Quelle estime le grand nombre aura-t-il d'un tableau ou d'une statue\nque l'entourage ne fait pas valoir ?\n   U n peu plus de respect, que diable, pour les œuvres d'art qui sont\nl'expression la plus haute du génie humain, un peu plus d'habileté\naussi, q u a n d on présente en vente une marchandise, quelque noble\nqu'elle soit. Car, après tout, l'Exposition, n'est-ce point le grand\nmarché ouvert, t a n t aux artistes qu'aux industriels et aux gagne-petit ?\nN'est-ce point la grande foire des choses intellectuelles et autres, des\ninventions et des produits ? Voilà pourquoi l'art eût dû venir ici en\naide à l'art, et c'est d'un souverain illogisme de prêcher l'art dans les\nchoses de la vie, l'art à la rue, et d'oublier de s'en servir, quand il\ns'agit d'encadrer et d'orner les objets qui, plus que tous autres, en sont\nl'expression.\n    S'il en est ainsi du Salon proprement dit, disons la même chose de\ncette lamentable exhibition des élèves des Académies, qui fait beau­\ncoup d ' h o n n e u r peut-être aux professeurs, mais peu de plaisir à tous\nceux, conviés à l'admiration du torse et du modèle nu, vu au travers\n d'un t e m p é r a m e n t qui pourrait devenir artiste.\n    Il est vrai que tel un fabricant fait passer sous les yeux du public\n les transformations du chapeau, depuis le lapin jusqu'à l'impeccable\ntrois-françois, tels les Pontifes de l'enseignement d'art ressentent le\n besoin d'établir comment d'un petit vacher inculte ou d'un apprenti\n gâcheur, on fait un maître.\n    L'Art à la Rue, la seule, l'authentique société de ce nom, désireuse\n de réparer les terribles accrocs dont souffrit l'amour-propre de son\n unique membre et trop habile barnum, occupe un coin modeste.\n Rendons à César ce qui revient à César. L e petit compartiment est\n bien. Il renferme de jolies choses de jadis, gentiment présentées, si le\n classement et les attributions sont fantaisistes.\n    L e s non-initiés y apprendront qu'en Italie, en France et en\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "184                               DURENDAL\n\n\nF l a n d r e , on a fait jadis, en ce domaine, de belles œuvres d'art et qu'au­\njourd'hui, il ne suffit point de bonne volonté pour faire aussi bien\nqu'eux.\n    L e compartiment officiel de l'art appliqué le démontre du reste. Ici\nle début promet. L'avenir dira ce que sera la renaissance que nous\ninaugurons.\n    Car, renaissance il y a, avec les enthousiasmes et les emballements\nindispensables. L e siècle, utilitaire et égoïste fait place, en tous les\ndomaines, à des sentiments plus hauts. L'horizon s'éclaire et, chose\ncurieuse, ce n'est point t a n t d a n s les compartiments réservés aux\nBeaux-Arts que se manifeste le renouveau. C'est ailleurs. Les céra­\nmiques, les bijoux, le verre, les cristaux, la reliure, les étoffes, le\nmeuble, tout cela se revêt insensiblement d'art, tout cela introduit\ndans la vie cet élément intellectuel que le mécanisme en avait presque\nbanni.\n    L a statue du puddleur, dominant, dans le grand hall, les organes des\ncolosses de fer, est d'un beau symbolisme.\n    U n jour viendra où l'art ne se retrouvera point seulement dans des\nrecoins d'exposition. Il est proche, celui, nous pouvons l'énoncer sans\ncrainte, où il fera sa rentrée dans l'existence du grand nombre et\nsèmera des fleurs dans la vie des plus déshérités.\n                                                                        Y.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                DURENDAL                               185\n\n\n\n\n         UN SYNDICAT D'ENCENSEURS\n\n                 LA Revue Encyclopédique de Paris consacre à la Belgique\n                   sa livraison du 24 juillet dernier : littérature, pein­\n                   ture, sculpture et architecture, musique, mystique,\n                   folklorisme — toutes les expressions en somme de\n                    notre intellectualité y font l'objet d'études intéres­\n         santes, sinon complètes, fatalement couronnées par les obli­\n         gatoires prosopopées de M. E d m o n d Picard sur l'« Ame\n         Belge »...\n   Il ne me paraît nullement invraisemblable de supposer que\nM. Picard fût chargé de la rédaction en chef de cette publication,\npuisqu'aussi bien tous les collaborateurs appartiennent au groupe de\nl'Art Moderne et que les articles de ce périodique — huileusement\ndélayés — s e m b l e n t ê t r e comme la matière première de plusieurs des\n«-contributions » de la Revue Encyclopédique.\n   Sans parler des pages déjà citées où M. Picard dégage l'« Ame\nBelge » — en la personnifiant un peu trop exclusivement en ceux qu'il\nhonore actuellement de son amitié — il est amusant de voir comment\nM. Octave Maus fait converger toute l'histoire de la peinture vers la\nglorification finale de M. Degouve de Nuncques et de M. Ensor — les\ndeux caprices de l'Art Moderne — et comment M. Albert Mockel, résu­\nmant le mouvement littéraire, tire le gros de la couverture au groupe\nde l'Art Moderne et du Coq Rouge et n'en laisse qu'un petit bout à peine\ndécent au groupe de la Jeune Belgique.\n   N o n point que nous ne souscrivions volontiers à tout le bien que\nles rédacteurs occasionnels de la Revue Encyclopédique ont dit des écri­\nvains et des artistes qui se réclament plus spécialement de l'Art\nModerne; nous sommes de ceux qui n'avons jamais marchandé nos\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "186                                DURENDAL\n\n\néloges au génie puissamment évocateur d'Emile Verhaeren, à la ruti­\nlante rêverie épique d ' H e n r y de Groux, à l'émotionnante originalité\nde Constantin Meunier, aux altières conceptions de Peter Benoît, ni\nmême au mécénisme passionné et désintéressé de M. E d m o n d\nPicard.\n   T o u s ceux-là certes — et d'autres auxquels la Revue Encyclopédique\nveut bien être propice — honorent grandement les Arts et les Lettres\nde leur pays, mais il est quelque peu outrecuidant de les représenter\ncomme les seuls, vrais et uniques représentants de la L i t t é r a t u r e et\nde l'Art Belges... L a L i t t é r a t u r e et l'Art existent à côté et en dehors\nde l'Art Moderne, et si cruel soit-il, le mot de M. Albert Giraud est\nd'une relative justesse quand il proteste contre la tendance de la Revue\nEncyclopédique de comprendre la Belgique « d'un côté entre le nombril\nde M. Picard et le nombril de M. Lemonnier et de l'autre entre\nl'ombilic de M. Verhaeren et l'ombilic de M. Maeterlinck. »\n   A h ! M. Picard et ses amis ont perdu une belle occasion de faire\nœuvre d'impartiale j u s t i c e ; dans la proposition que leur fit la Revue\nEncyclopédique de présenter à ses lecteurs un tableau panoramique du\nmouvement des idées en notre pays, pourquoi n'ont-ils vu qu'un\ntremplin à vaniteuse réclame, qu'un moyen d'encensement réciproque,\net hélas! qu'une occasion de rapetisser sournoisement leurs adver­\nsaires d'aujourd'hui — qui sont en somme leurs frères d'armes d'hier!\nE t ce qui aurait pu être un documemt objectif d'histoire apparaîtra\nainsi à beaucoup comme un ingénieux exercice de courte échelle où\nM. Octave Maus monte sur le dos de M. Albert Mockel et soutient à\nbras tendus M. E d m o n d Picard, lequel du haut de cette p y r a m i d e\nfait la nique à la Jeune Belgique!\n   Nous ne sommes pas suspect de systématique sympathie envers la\nJeune Belgique et nous croyons l'avoir prouvé en maintes occasions;\nmais de ne point partager les tendances d'un groupe littéraire ne nous\na jamais paru une suffisante raison de nier ou même de diminuer\nl'influence que ce groupe exerce sur l'évolution artistique d'un p a y s ; à\ncet égard les collaborateurs de la Revue Encyclopédique sont inexcu-\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                DURENDAL                                 187\n\nsables d'avoir oublié ou tout au moins ravalé la part prédominante\nd'initiative que la Jeune Belgique a le droit de revendiquer dans notre\nrenaissance littéraire et entre autres il nous paraît presque i m p u d e n t\nd'accaparer pompeusement au profit de M. Picard le rôle de porte-\ndrapeau de la première heure qui revient sans conteste à Max W a l l e r ;\nd'autant plus que cette injustice est très parcimonieusement réparée\npar les quelques lignes que la Revue Encyclopédique daigne consacrer à\nAlbert Giraud et à Iwan Gilkin, qu'au demeurant on qualifie sommai­\nrement d'imitateurs de Baudelaire, alors qu'on réclame pour le moinde\ntenant de l'Art Moderne le bénéfice de la plus souveraine origi­\nnalité!\n   Qu'après cela la littérature catholique ait été passée sous silence par\nles autocritiques de la Revue Encyclopédique, rien d'étonnant.\n   Peut-être eût-il convenu néanmoins — quand on a la prétention de\ndresser le bilan du mouvement des idées en Belgique — de ne point\nsembler ignorer toute une pléiade d'écrivains qui, pour être des\ncroyants, n'en sont pas moins des artistes ; les œuvres de M. Godefroid\nKurth, grand historien et grand poète à la fois, sorte de Michel et\ncatholique, les œuvres aussi de M. de Hauleville, cet esprit curieux,\nprompt, éclectique entre tous, servi par un style vivant, simple,\nnerveux, ne valaient-elles pas une mention?\n   E t dans un genre plus d'imagination ne sevait-il point de citer tout\nau moins les Contes Hétéroclytes de Carton de W i a r t et l'Ame Princesse\nde Pol Demade? M. André Ruyters — un poète dont la Revue Ency-\nclopédique publie le portrait — a du talent certes, mais les Ballades\nRusses de l'abbé Hoornaert perdent-elles par là toute valeur?\n   E t M. Léon de Monge cesse-t-il d'avoir été un critique de grand\nmérite parce qu'il répugnait aux conceptions de l'Art Moderne? Dans\nl'art musical d\"autre part, à côté de Peter Benoît, sinon au-dessus,\nn'eùt-il pas fallu placer Tinel?\n   Fâcheuses lacunes que celles-là — d'autant plus fâcheuses que\ngénérales et voulues, elles laissent la porte ouverte à des soupçons de\npassion sectaire — et que vraiment les grands critiques de la Revue\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "188                                        DURENDAL\n\n\nEncyclopédique se sont conduits, vis-à-vis de la Littérature et l'Art catho­\nliques, en très petits journalistes doctrinaires.\n   L'œuvre réalisée par la Revue Encyclopédique est plus qu'une erreur\n—\"c'est une mesquinerie.\n       20 août.                          FIRMIN                       VANDEN BOSCH.\n\n\n\n                                   LES            LIVRES\n                                         L e s S a i n t s (1)\n\n\nC     ETTE collection, qui paraît chez Lecoffre,  à Paris, sous la direction de M. Joly,\n       met en œuvre une belle et bonne idée. Le monde lettré, cultivé, catholique ou\nnon, ne peut que s'intéresser à l'histoire des saints, l'élite de l'humanité. Et pour nous,\ncroyants, fils des saints, nous voyons en eux nos ancêtres et nos frères, leur vie\nc'est notre armoriai, un souvenir de famille.\n   Cependant, ils sont trop souvent ignorés. Au sortir du collège, disait Montalem-\nbert, je savais le compte des maîtresses de Jupiter, je ne savais pas ce qu'était un\nmoine. Combien pourraient dire, en transposant légèrement cette expressive bou­\ntade : « J'ignorais le monde des saints.\n   L'hagiographie a, dans le recueil glorieux des Bollandistes, une ample moisson de\ndocuments. Mais laissant les in-folios imposants et lourds aux érudits, aux cher­\ncheurs, le lettré, l'homme du monde retrouvera, en de petits volumes agiles et sou­\nples, le suc et la moelle des choses. Les saints l'intéresseront comme les grands\nsavants, ou les grands artistes, ou les grands découvreurs : car ils sont à la fois et\nles plus beaux fleurons de l'humanité, et les plus parlantes manifestations du divin.\n   Les quelques volumes déjà venus au jour font bien présager de la série qu'ils\ninaugurent. Citons en particulier la Psychologie des Saints, de M. Joly, sorte de por­\ntique ou d'introduction à la galerie qu'on nous prépare; la Sainte Clotilde, de\nM. G. Kurth, l'éminent professeur à l'Université de Liége, et le Saint Augustin de\n   (1) Collection publiée sous la direction de M. HENRY JOLY. Volumes parus : Sainte Clotilde, par\nG. KURTH; Saint Augustin, par AD. HATZFELD; le Bienheureux Bernardin de Feltre, par E. FLORNOY ;\nSaint Augustin de Cantorbéry, par le R. V. BRON S. S. ; Psychologie des Saints, par H. JOLY. Pour\nparaître prochainement : Saint Pierre Fourier, par L. PINGAUD; Saint Ambroise, par le duc DE BROGLIE;\nJeanne d'Arc, par PETIT DE JULLEVILLE.\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                    DURENDAL                                     189\n\nCanlorbéry, que le R. P. Bron écrivit en la ville même de l'apôtre, envoyé de Rome\nà l'Angleterre. Le millénaire de la conversion de l'Angleterre au Christianisme,\ncélébré par les catholiques anglais, en septembre 1897, donne une très spéciale\nopportunité à cette étude.\n  Nous ne pouvons qu'applaudir à cette tentative qui revendique pour les saints\nleur place dans la littérature et dans l'Art. Et les lecteurs de Durendal ne seront\npas les derniers à en propager le succès.                                 J. P.\n\n  A u p r o c h a i n . — G. SÉAILLE : Essai sur le Génie dans l'Art. DE MONTESQUIOU :\nRoseaux pensants. ARNOLD GOFFIN : Hélène (Une circonstance indépendante de notre\nvolonté nous a contraint à différer le compte-rendu de ces livres, qui eut dû paraître\nen ce fascicule. Nous prions auteurs et éditeurs de nous excuser), DU BOIS : Leu­\nconoé. LÉON SOUGUENET : Le Roman d'un pauvre jeune homme, etc., etc.\n\n\n\n\n                             LES REVUES\n  Le Sillon commence la publication d'une remarquable étude sur J. Barbey d'Aure­\nvilly, signée de M. Paul Fustigière.\n   Dans la Quinzaine, M. Gabriel Audéal examine les rapports entre l'Évangile et\nle Théâtre de Dumas fils.\n   La Revue Blanche a ouvert une enquête sur l'œuvre de Taine; parmi les réponses\nintéressantes, à signaler celle de M. Maurice Barrès — de l'admiration délicatement\natténuée! — et celle de Mgr d'Hulst qui proclame en Taine « une des plus belles\nâmes qu'il ait connues ». Puis il ajoute : « Taine appelait Dieu de tout son cœur et\nle repoussait de tout son esprit. »\n  Dans la Lutte, des vers de G. Ramaekers et d'Edgard Richaume.\n   Dans la Revue Générale, la suite des « Souvenirs d'Escale », d'Eugène de Groote,\net 1' \"Art en Belgique \", par Ernest Perier.\n  Au Mercure de France, de nouvelles lettres de Vincent Van Gogh, avec cette\nremarque originale : « Ce Belge a un peu la tête d'un gentilhomme flamand du\ntemps des Compromis des nobles, du temps du Taciturne et de Marnix : cela ne\nm'étonnerait pas du tout qu'il soit bon. »\n  Le Spectateur Catholique a réuni, en son numéro de juillet, diverses contributions\nde poésie religieuse en Bretagne.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "190                                   DURENDAL\n\n La Jeune Belgique — par la plume de M. Giraud — exécute avec une amère véhé­\nmence le numéro de la Revue Encyclopédique, consacré à la Belgique.\n  M. Eugène Demolder, dans l'Art Moderne, dit quelques vérités à propos des\ndistributions de prix. Un extrait : « Au lieu de faire enseigner les littératures par des\ngens sortis de l'École normale et pratiquant leur métier en employés qui vont chaque\njour s'asseoir sur leurs ronds de cuir, astreints à la besogne nécessaire au gain de\nleur subsistance, que n'envoie-t-on aux élèves des écrivains, qui leur parleraient en\npoètes, leur transmettraient une des étincelles jaillies de leur âme, ouvriraient pour\neux les voiles du Beau, les persuaderaient par leur propre foi et les enthousiasme­\nraient par leur ferveur. »\n  La Revue — une nouvelle publication qui paraît à Paris, rue de Grenelle, 8 —\nconsacre une grande partie de sa chronique littéraire à une appréciation, fort juste,\nde l'œuvre de Meilhac — le mort d'hier. ,\n    A lire, dans la Revue Naturiste, une ntéressante enquête sur le Féminisme.\n\n\n\n\n                                  NOTULES\n\nI   NAUGURATION à Eecloo — le 28 août dernier — du monument élevé à la mémoire\n    du poète flamand, Ledeganck.\n   A cette occasion, le Bien Publie a consacré au chantre des Drie Zustersteden, un\narticle remarquable, dont ci un extrait :\n   « C'est de ces deux écrivains, Schiller et Byron, que participe son talent. Il\nn'atteignit pas leur puissance. Il n'avait d'ailleurs pu conquérir cette solide prépa­\nration intellectuelle, à défaut de laquelle le génie littéraire ne se déploie jamais\ncomplètement. Mais aussi, il ne connut ni les erreurs, ni les passions dégradantes,\nni les folies qui ternissent la mémoire de certains grands poètes de cette époque.\n   » Ses oeuvres peuvent sans coupures figurer avec honneur sur la table de famille.\nElles chantent les joies et les douleurs du foyer, la grandeur et les détresses de la\npatrie, les vertus domestiques, les souvenirs et les espérances qui s'agitent dans lu\ncœur de l'homme. C'est dans ses vers, toujours empreints de sincérité, de dignité\net d'un sentiment vrai, que la jeunesse a appris à connaître et à défendre sa langue\nAprès un demi-siècle, tandis que la plupart de ses contemporains sont oubliés ou\ndédaignés, ses œuvres — celles au moins de sa seconde période, postérieure à 1835 —\nsont toujours fraîches, et sa popularité ne fait que s'accroître. »\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                     DURENDAL                                    191\n\n\n\nA   u banquet du Congrès d'archéologie, à Malines, M. Beernaert a porté un toast\n     tout de circonstance : il a bu à la s a n t é . . . de nos vieux monuments.\n\n\n\nL    ES parents d'Edmond de Goncourt avaient attaqué, devant le tribunal de la\n      Seine, le testament du maître et, notamment, la clause relative à la fondation\nde l'Académie des Goncourt.\n  Le tribunal a débouté les demandeurs — et l'Académie des Goncourt sera fondée.\n\n\n\nL    E clou du Salon des Beaux-Arts à Bruxelles est incontestablement l'immense\n      toile \" pompier \" de M. Détaille.\n   La partie de l'Exposition où elle sévit ne désemplit pas d'admirateurs aux\nréflexions enthousiastes, aux remarques béates, aux prosopopées délirantes.. .\n   C'est le cas de rappeller le mot célèbre : « Ce qui entend le plus de bêtises au\nmonde, c'est un tableau de musée. >\n\n\nB   IEN moindre la vogue de l'Ecce Homo de Munkacsy, cette admirable page d'allure\n      multitudinaire, avec un profil de Christ qui fait croire.\n  Pourquoi aussi imposer d'une redevance d'un franc la contemplation de ce chef-\nd'œuvre?\n  Un f r a n c ! . . . Mais c'est le prix d'entrée du Panorama des Alpes, avec au bout\n— ma chère! — une si amusante glissade!\n\n\n\nL   E Journal de Courtrai signale, avec raison, la nécessité de retirer du coin obscur\n      où ce tableau est relégué — au fond de l'église Notre-Dame — l'Érection de la\nCroix, de Van Dyck.\n  Il est vraiment criminel — un crime contre l'Art dans sa forme la plus hautement\névangélisàtrice — de continuer ainsi à dérober aux regards et à l'admiration, un\ndes plus remarquables chefs-d'œuvre du maître flamand.\n\n\n    A Revue Blanche publie des vers d'Hendrik Ibsen, parmi lesquels ce poème\nL    symbolique :\n                                    PROJETS\n\n           Je me le rappelle si nettement — comme si cela venait d'avoir lieu\n           Le soir où je vis dans le journal mes premiers vers imprimés ;\n           Assis dans ma tanière, lançant des spirales de fumée,\n           Je rêvais, je causais, radieux dans mon contentement.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "192                                    DURENDAL\n\n           J'édifierai un château, un château par-delà les nues. Il luira sur le Nord.\n           Il aura deux ailes, une petite et une grande.\n           La grande hébergera un immortel poète,\n           La petite servira de demeure à une fillette.\n           Ce plan me souriait, charmante en était l'harmonie,\n           Mais des dérangements sont advenus depuis.\n           Lorsque le maître se fut assagi, le château se trouva absurde :\n           La grande aile était trop petite, la petite aile tombait en ruines.\n\n\nL   A souscription au monument Paul Verlaine s'élevait, le mois dernier, à\n     fr. 5.377-25-\n  Le « pauvre Lelian » bénéficia notamment d'un don de 200 francs de M. le baron\nAlphonse de Rothschild.\n\n\nM      Remy de Gourmont publie un choix d'épithètes interchangeables, tiré des\n     • œuvres diverses de Pierre Loti :\n                      Procession                       étrange.\n                      Monastère                        vénérable.\n                      Petite ville.                    paisible.\n                      Silence                           infini.\n                      Choses                          grimes.\n                      Donjon                           morose.\n                      Joie                              enfantine.\n                      Faîtes                           noirâtres.\n                      Prairies                         d'alentour.\n  Etc., etc.!\n  Le jeu est amusant; il ne le serait pas moins si on l'appliquait au Latin mystique!\n\nPENSEE      du mois :\n        « La religion n'est pas tout entière dans l'ascétisme et elle est moins encore\nla mort de l'homme charnel que sa transfiguration en homme spirituel. Donc quand\nl'expression religieuse se sert des sens et même de ce qu'il y a en l'esprit de moins\nspirituel pour élever plus haut les ailes de l'âme, je ne saurais rien blâmer; Jésus\nn'est pas venu détruire, mais restaurer et parfaire. Le paganisme se limite à l'exci­\ntation des sens, le christianisme s'en sert comme d'un moyen. »\n                                 (YVES L E QUERDEC,        — le Journal d'un Évêque.)\n\n\nM     ORT de Henri Meilhac — un vaudevilliste qui excella à mettre en jolis et\n       délicats flacons cette particulière et fine essence du boulevard : la Parisine.\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": ""}, {"page_pdf": 225, "texte": ""}]}