{"numero_id": "ulb-durendal-1897-09-n9", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 194, "titre_corps": "Aux Amis de Durendal", "titre_sommaire": "Aux Amis de Durendal", "signature_source": "", "ancre_debut": "Aux Amis de Durendal", "ancre_fin": "l’exaltation de Dieu par la Beauté", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AVEU", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 228, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "Aux Amis de Durendal\n\n\n\nN\n           ous avons la joie d'annoncer à nos amis une bonne nouvelle,\n              celle de l'agrandissement prochain de la Revue. T o u t le\n              monde a remarqué, et nous avons reçu des félicitations de\n              toute part de ce chef, les efforts que nous avons faits, en-\nces derniers t e m p s , pour rajeunir Durendal. Grâce au dévouement et\nau zèle de nos collaborateurs, la Revue est devenue plus vivante, plus\nalerte, plus actuelle. Elle répond plus que jamais à son but : initier les\ncatholiques à la vie littéraire et artistique contemporaine.\n   Nos efforts sont amplement récompensés. Des adhésions de plus en\nplus nombreuses et de plus en plus sympathiques aussi, nous arrivent\nsans cesse. L a liste de nos abonnés s'allonge tous les jours. Elle a\npresque triplé en trois mois.\n   Ce succès extraordinaire et sans précédent de Durendal nous per­\nmettra, à partir du 1er janvier, d'introduire dans la publication de la\nRevue de notables améliorations et cela sans augmentation du prix\nde l'abonnement.\n   T o u t d'abord Durendal paraîtra enrobé d'une nouvelle couverture,\nplus artistique que la précédente et due, comme elle, au talent de\nM. Gisbert Combaz. Nous adopterons un nouveau format, celui du\nMercure de France, la grande revue littéraire de P a r i s . Nous augmen­\nterons considérablement le texte de la Revue. Enfin notre dévoué\néditeur et ami, M. E d . Lyon-Claesen, a p p o r t e r a à la toilette de Durendal\nde nouveaux perfectionnements, notamment : une impression tout à\nfait artistique et la reproduction d'œuvres d'art, par un procédé per­\n fectionné de phototypie.\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "194                             DURENDAL\n\n\n  Nous inaugurerons dignement la transformation et l'agrandissement\nde Durendal par la publication d'un splendide numéro de Noël.\n  De plus en plus, on le voit, nous nous rapprochons de la réalisation\nde notre rêve : faire de Durendal, revue catholique d'art et de littérature,\nune des revues les plus artistiques et les plus littéraires de ce temps,\ndigne de notre superbe idéal : l'exaltation de Dieu par la Beauté.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 194, "page_fin": 195, "titre_corps": "Aveu", "titre_sommaire": "Aveu", "signature_source": "Franz Soudan", "ancre_debut": "AVEU", "ancre_fin": "FRANZ SOUDAN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Sur les Sommets", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 229, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 493, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "AVEU\n                                                        POUR JOSEPH SOUDAN.\n\n\n           Ce soir, le fol essaim des pensers amoureux\n           Est venu me troubler de chimères trompeuses.\n            Vous pouvez me blâmer d'être ainsi langoureux ;\n           Mais quoi, voudriez-vous de ces phrases pompeuses,\n           Pour dire mon amour si frêle et si craintif?\n           Oh! non, je n'aime pas les mots ronflants et vides;\n           J'aurais peur de détruire un rêve trop hâtif\n           Si je ne le touchais avec des mains timides;\n           Il faut, pour bien aimer, des gestes caressants\n           Et doux, des mots moelleux qui soient une musique\n           Qu'on sent qui va d'un cœur vers un cœur innocents,\n           Comme en un temple étroit se répond un cantique.\n           J'ai peur du trop grand jour, qui blesse les yeux bleus,\n           J'aime mieux le mystère adorable de l'ombre,\n           J'aime le clair obscur et les ciels nébuleux,\n           Et les recoins discrets perdus dans la pénombre\n           Où l'on poursuit un rêve aimé, l'hiver, le soir,\n           Lorsque sous l'abat-jour la lampe est allumée.\n           Oh ! vous ne savez pas comme je crains de voir\n           S'évanouir mon rêve ainsi qu'une fumée\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "                              DURENDAL                                195\n\n          A l'air vif du matin; vous ne savez encor\n          — Me connaissant que d'hier — l'enfant triste et farouche\n          Que je suis, redoutant tout ce qui rompt l'accord,\n          Et les visages durs, et les yeux et la bouche\n          De qui raille; mais vous! vos gestes m'ont conquis,\n          Vos gestes doux et lents, vos paroles voilées,\n          Le regard de vos yeux où plane un calme exquis,\n          Comme en un ciel profond, par les nuits étoilées;\n          Et ce que vous disiez me fut délicieux ;\n          Je suis rempli d'espoir et de courage, et même,\n          A présent, je vais être assez audacieux,\n          Pour vous dire, — pardon, c'est ainsi, — je vous aime!\n\n                                                      FRANZ SOUDAN.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 195, "page_fin": 199, "titre_corps": "Sur les Sommets", "titre_sommaire": "Sur les Sommets", "signature_source": "José Hennebicq", "ancre_debut": "Sur les Sommets", "ancre_fin": "JOSE HENNEBICQ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA PRIERE DES AMANTS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 230, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 861, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "Sur les Sommets\n               L'HOMME est   ainsi fait : toujours à la poursuite d'un\n                  inaccessible bonheur qu'il cherche en vain dans\n                  l'assouvissement de ses désirs, il abandonne le bien-\n                  être de son foyer, la balsamique amitié des siens,\n                  il supporte les ennuis, il affronte les dangers du\n        voyage, afin de trouver, sur sa route, un éphémère paradis\n        ou de boire l'oubli aux eaux troubles d'un L é t h é .\n           L a clamante mer, rythmique endormeuse de tristesses, les\nmonts roses aux cîmes neigeuses, l'azur serein des lacs, les merveilles\ndu passé, les splendeurs du Beau l'attirent. Ces spectacles lui font\noublier l'instant, assentir la Beauté, entrevoir l'infini. Projeté du\ntransitoire dans l'éternel, hors de la vie et du temps, il devient un\npassager du bonheur.\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "196                               DURENDAL\n\n\n   P o u r t a n t ni les chants de la glauque sirène, ni les saphirs géants\ndes monts, ni les calmes miroirs de lapis, ni les prodiges des génies\nne pouvaient nous séduire              Nous demandions d'autres voix que\ncelles des flots, d'autres miroirs, pour notre âme, que ceux des lacs\nlointains, d'autres émerveillements que ceux promis par l'Art...\n   Il est des altitudes plus vertigineuses que celles où planent les\nvautours et les aigles; des sommets plus altiers que ceux qui éven­\ntrent les mobiles nuées! Il est des cîmes qu'éclaire un invisible soleil,\nque fait flamber le F E U DÉVORANT !\n\n\n   L'ascension nous a tenté : un soir de cet agonisant septembre nous\nfrappions à L a T r a p p e . C'est un de ces s o m m e t s ; des êtres simples\net doux l'habitent.\n    U n vieux moine accueillit, d'un sourire bénin, le las voyageur aux\nchaussures boueuses. Hospes, Hostis, disait Rome l'ancienne. A L a\nT r a p p e l'hôte est reçu comme le Christ lui-même ! Car l'Évangile est\nérigé en infrangible loi par ces moines, qui, pour dire « agonie », font\nles signes de mort et de peu.\n   « N e vous amassez pas des trésors sur la terre, où les vers et la\nrouille gâtent tout et où les larrons percent et dérobent ; mais amassez-\nvous des trésors dans le ciel où les vers et la rouille ne gâtent rien et\noù les larrons ne percent ni ne dérobent point ; car où est notre trésor,\nlà sera aussi notre cœur. »\n   Ainsi parlait Jésus sur la montagne.\n   E t nul n'est admis dans la c o m m u n a u t é s'il ne se résigne à perdre\nla libre disposition de son corps et de ses biens. De ses espérances,\nde ses desseins, de ses passions, de ses vouloirs, de ses ambitions\ndésormais inutiles, le novice doit faire un purificateur bûcher et\nlaisser en-deçà du seuil, avec ses hardes de profane, le vieil h o m m e\nqui est en lui. Dès ce jour, il vivra d'une vie intérieure. Se recréer sera\nson œ u v r e ; tendre à la perfection sera son devenir.\n   Que s'il n'est pas pris de vertige en regardant l'abîme béant sous\nlui, s'il ne frissonne pas de peur en gagnant la cîme lumineuse, s'il ne\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "                                DURENDAL                                197\n\nsent pas la folie élire domicile en son cerveau, durant la nuit ténébreuse,\net s'il a vaincu les cohortes du mal, il se liera par un triple vœu.\n   Dès lors, pauvre, obéissant et chaste, détaché de tout ce qui le rete­\nnait enchaîné naguère ici-bas, exilé de la vie illusoire, évadé de la\ndésenchanteresse réalité, exonéré de tout vil souci, il vivra, libéré\nd'avance de toute servitude humaine, mais volontaire esclave de son\nDieu ! Désormais livré à lui-même, isolé dans le silence, cloîtré dans la\nméditation, il passera sa vie dans la même cellule, à l'église dans la\nm ê m e stalle, en permanente confrontation avec son âme et en perpé­\ntuel face à face avec son Dieu.\n   Il semble qu'une atmosphère de candeur plane au-dessus de ce\nsommet où l'air qu'on respire est saturé de douceur. De pacifiants\neffluves vous frôlent, d'angéliques battements d'ailes vous effleurent,\nde séraphiques zéphirs vous caressent...\n   Ces simples sont heureux selon la sixième Béatitude : Heureux ceux\nqui ont le cœur pur car ils verront Dieu !\n   Ils sont heureux et quelle existence est la leur!\n   C'est la nuit : l'Église, éclairée avec avarice par des cierges fluets et\nrares, prend de mystérieux aspects de crypte ou de catacombe. D a n s\nla pénombre, des formes passent lentement, s'inclinent puis s'immo­\nbilisent en des attitudes de statues. Un chant psalmodié, sans accom­\npagnement d'orgue, par des voix sans t i m b r e , s'élève monotone et\ntriste. On dirait une église d'outre tombe, hantée de fantômes... Mais\nvoici que les frocs bruns se prosternent en groupe au pied de l'autel où\nune forme blanche célèbre une émouvante messe : c'est la communion\nmatutinale des convers et leur première joie. Ils possèdent le Christ!\n   Avant que le soleil se lève, ces moines demandent au Dieu qu'ils\nimplorent, le pardon des fautes qui se commettront en ce jour dont\nl'aube claire s'annonce. Nul mélodieux accord ne r y t h m e leurs prières.\nQu'importe! les harmonies que ces purs entendent sont celles des\nNeufs C h œ u r s !\n   E t toutes les nuits ils reviendront — humbles et silencieux —\ndu même pas traînard, avec les mêmes salutations, les mêmes gestes,\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": " 198                              DURENDAL\n\n\n les mêmes génuflexions, occuper la même stalle et prier jusqu'à l'heure\n — a t t e n d u e ! — où ils se raidiront dans les plis roides de leur froc\n pour résurgir, dans leur gloire, au jour des prophétiques Résurrec­\n tions! Il s'en iront sans pompe et sans cortège. Mais ils partiront\n heureux; pour ces pèlerins en foute vers la Cité céleste, la mort\n est une apothéose plutôt qu'une délivrance.\n    Devant eux, on se sent inférieur, imparfait et i m p u r . Nous, les\n raffinés, nous appelons l'Art et ses magies à la rescousse. Nous croyons\n grâce à L i p p i , à Memling, à Bach — ces convertisseurs! Il nous faut\n les purs arceaux d'une cathédrale gothique ennuagée d'encens, les\n'suaves polyphonies d'un Palestrina, l'embrasement des verrières, les\n notes frêles ou triomphales de l'orgue... Ces moines croient simplement\n sans l'adjuvant de l'art. Dans l'ardeur de leur F o i , ils changent en beauté\n la flagrante laideur des images devant lesquelles ils s'agenouillent.\n    Ils sont de taille — ces inconnus — à réduire au silence les plus\n notoires des philosophes et les plus claironneurs des marchands de\n méthodes ; ils ont trouvé la formule du bonheur ! Ils ont découvert le\n royaume de Dieu.\n    S'ils sont égoïstes et inutiles, interrogez les chemineaux et les sans-\n feu-ni-lieu qui ne heurtent jamais en vain — de leur bâton noueux —\n la porte abbatiale. Écoutez les meurtris et les désespérés dont les\n saignantes blessures sont pansées à cet hôpital des âmes.\n    Après avoir goûté du miel de cette ruche mystique, demandez-vous\n si le miel de l'amour terrestre n'est pas empoisonné!\n    Les habitants de cet asile-paratonnerre concrétisent la Bonté, ils\n attestent l'existence du Bien. Ils enseignent, ils édifient, ils guéris­\n sent, ils bonifient...\n\n  L'abbaye s'élève en un pays perdu — terre de paix et de silence —\nau milieu d'une plaine légèrement ondulante que ferment à l'horizon\nde violettes forêts... L a solitude est propice au recueillement, le\npaysage est d'une beauté sombre et grave.\n  Mais combien plus beau est l'intérieur paysage que contemplent les\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 423, "texte": "                                DURENDAL                                 199\n\nmoines-laboureurs. Le pays qu'ils habitent n'est pas de ce monde; il\nest parmi les voies lactées.\n   Car ils savent que ce ciel, lourd de nuages gris, cache un au-delà.\n   Et pour eux l'au-delà s'appelle le Paradis.\n                                                      JOSÉ     HENNEBICQ.\n  Abbaye de Forges (Chimay), Septembre.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 199, "page_fin": 199, "titre_corps": "La Prière des Amants", "titre_sommaire": "La Prière des Amants", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "LA PRIERE DES AMANTS", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "LA PRIÈRE DES AMANTS\n\n        Dans la gloire des nefs et sous la paix des voûtes,\n        Nous voici tous les deux, Seigneur, agenouillés :\n        Un recueillement pur ferme nos yeux mouillés;\n        Et les voix de la chair, en nous, se taisent toutes,\n        Dans la gloire des nefs et sous la paix des voûtes.\n\n        De nos âmes en deuil, mon Dieu, si vous vouliez,\n        Vous chasseriez à tout jamais l'ombre des doutes ;\n        Et Votre bon regard éclairerait nos routes;\n        Et Vous feriez fleurir des lys ensoleillés\n        Dans nos âmes en deuil, mon Dieux, si vous vouliez !...\n\n        Ah! daignez nous bénir, lorsque, les chairs dissoutes,\n        La mort purifiera nos corps jadis souillés!\n        Ah! daignez nous bénir, quand l'écho des piliers\n        Répétera pour nous les suprêmes absoutes\n        Dans la gloire des nefs et sous la paix des voûtes !\n\n Août 1896.                                               FRANZ ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 200, "page_fin": 206, "titre_corps": "La Mort de Désiré Sevestre", "titre_sommaire": "La Mort de Désiré Sevestre", "signature_source": "Maurice Griveau", "ancre_debut": "LA MORT DE DESIRE SEVESTRE", "ancre_fin": "MAURICE GRIVEAU", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "LA MORT DE DÉSIRÉ SEVESTRE\n\n\n\nI\n       L était mort, le m a î t r e . . . , il venait de mourir dans la nuit. Les\n         journaux du matin, déjà, détaillaient sa biographie, déshabil­\n         laient son existence i n t i m e ; ainsi le veut la gloire... D e quel\n         maître parlé-je ici? Mais, du plus aimé, du plus célébré de tous,\nde celui dont le nom, r y t h m i q u e à souhait, semble-t-il, se pose du\npremier coup sur les lèvres... Sans doute, on lui savait quelques âmes\ncontraires... des gens qui ne le goûtaient pas, dénigraient ses chefs-\nd'œuvre...; esprits singuliers et difficultueux, certes. Que lui repro­\nchaient-ils? De gâcher son talent, — car il en avait, malgré tout, — en\ndes tableaux risqués, de graveleuses situations, des dialogues corsés,\nde louches et malsaines psychologies... Mais, b a h ! qu'importait le\nfond, sous une jolie forme? E t cette forme, il l'avait, le maître. Il\ntenait l'outil... il l'avait tenu. Quel style! L a plus belle des « écri­\ntures artistes », en un temps où les écritures artistes abondent.\nL u i , parmi tous les modeleurs de boue parisienne, était premier.\nAvec quelle vénuste souplesse et quels tranchants coups d'ébau-\nchoir il le sculptait, ce limon fin, léger, dont la cité moderne est\nle méphitique d e l t a ! E t d'abord les femmes, — les honnêtes —\nl'approuvaient, étaient pour lui, ne prenaient point scandale. N'avait-il\npas telles façons de dire...? J a m a i s la nausée du mal avec l u i ; tout\njuste ce petit pli de lèvre que cause le piquant d'une venaison bien\nfaisandée; la limite de corruption comestible... c'était exquis.\n  Aussi le pleurait-on, de vraies larmes, comme le monde en aura\ntoujours pour l'amuseur discret, l'homme habile et décent qui sait\nchatouiller, sans fracas, les fibres suspectes... E t voilà que ce deuil\nmettait en rumeur tout Paris. P a r i s , la Ville monstre, où tout existe,\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "                               DURENDAL                               201\n\n\noù tout est représenté, ange et brute, Gabriel et Lucifer, Pénélope et\nP h r y n é , Socrate et Diogènè; — où la bonne sœur dérange de sa cornette\nempesée les plumes au vent de la fille, où le savant pensif heurte\nl'oisif fêtard, où l'apprenti vêtu du bourgeron bleu de l'usine a le droit\nd'allumer sa pipe au cigare du passant notable... T o u t ce monde\napprit à la fois que Désiré Sevestre était mort.\n    Car si la disparition d'un utile passe souvent inaperçue, celle d'un\namuseur est publique. Il est exalté des uns, vilipendé des autres, mais\nconnu de tous : ceux-là plaignent sa fin; ceux-ci son â m e ; en résumé,\ntous se préoccupent de lui. T e l est le privilège du scandale.\n    Bien peu, c'est vrai, dans cette phrase : « Désiré Sevestre est\ndéfunt », voyaient planer comme une peur de l'Au-delà, je ne sais\n quelle aube funeste et couleur de flamme... O h ! non, c'étaient,\n dans les bouches mondaines, des imprécations au Destin, toujours\n cruel, suivant la formule courante, au Destin jaloux du talent, de la\n sève h u m a i n e ; et puis des réflexions classiques et païennes sur\n l'aveugle implacabilité d'un personnage qu'on se représente en\n squelette, un linceul jeté sur les humérus, et portant l'outil du\n faucheur.\n\n   Mais, pour le moment, on n'insistait pas sur ces choses. Maître\nDésiré Sevestre était là, — du moins tout ce qu'on pouvait voir,\ndésormais, de Désiré Sevestre — gisait là, « dans le décubitus\ndorsal », comme disent les médecins, c'est-à-dire sur le d o s ; — blême,\navec ce ton cireux, cette expression figée du visage, qu'ont les défunts;\nles doigts joints raidis sur un crucifix ajusté, la mentonnière serrée\npar un nœud sur l'occiput... E t trois hommes, pressés, attendaient,\nmunis de la lampe à soudure, du soufflet, de tout ce qu'il faut pour\nmettre un homme de nos temps modernes en cercueil.\n   Quand le travail fut achevé, la vieille bonne, sanglotant, fit la\ntoilette de la bière. Sur le drap des pompes funèbres, lamé d'argent,\nelle posa, méthodiquement les couronnes. Il y en avait d'artificielles,\ntissées de perles prétentieuses et pauvres, comme des squelettes de\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": " 202                            DURENDAL\n\n\n couronnes. Les plus jolies étaient toutes en fleurs fraîches, et vivantes;\n seulement, elles faisaient avec l'odeur de mort et d'acide phénique\n mêlées, un parfum louche et fade, dont plusieurs dames, en entrant,\n furent incommodées... La chambre mortuaire,— hier encore chambre\n à coucher — était, au fait, bien étroite pour tout ce monde. Jamais\n Sevestre n'avait reçu tant de visites à la fois. C'était un bruit de pas\n piétinant le parquet, en procession confuse, un frou-frou de robes de\n deuil; c'était un concert de voix en sourdine, celles des hommes en\nbourdon continu, celles des femmes en sursurrement babillard, étouffé\npar les mouchoirs humides. Et l'on parlait, l'on trouvait, à trois pas\ndu cadavre enfermé dans sa bière, cent choses à dire... C'étaient dans\nce coin, près du lit vide, des échos de la dernière maladie, celle qui\nl'emporta; le diagnostic et le pronostic du médecin traitant, son erreur\nfatale, la suprême consultation ; puis toute cette série d'incidents qui\nse répète à chaque cas semblable : l'affaiblissement du cœur, l'urémie,\nles injections de caféine pour réveiller, les piqûres de morphine pour\nengourdir, moments prévus, ponctuels, de cette tragédie bourgeoise\nqui s'appelle un décès, dont nous avons été spectateurs et par lesquels\nil nous faudra passer, nous aussi, à moins qu'une tuile ne nous tue\nraide, en passant dans la rue, ou que, passager sur un transatlantique,\nnous prenions aux marins l'originalité d'avoir l'Océan pour tombeau.\n\n   Dans une autre encoignure de la pièce, accoudés au bureau du\n maître, deux messieurs, fort considérables, au témoignage de leur\n rosette rouge, causent du fauteuil vacant à l'Académie, — car Sevestre,\n ayant triomphé des pudeurs, — en était; — aussi du siège vacant au\n Sénat, — car Sevestre, non content d'être' un immortel, était encore\ninamovible... Et la critique littéraire bat déjà sa caisse vide et\nbavarde, à coups de baguette étouffés, autour des œuvres du défunt.\nOn loue par-ci, blâme par-là. On invoque la sélection sévère du\ntemps devant les monceaux de manuscrits laissés là, sur le bureau\ntout ouvert; on fait ses réserves sur l' « écriture », la psychologie, les\nétats d'âme... que sais-je? — Aucune, par exemple, sur cette impru-\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "                               DURENDAL                               203\n\ndence effroyable de créer, hors la Nature, des organismes moraux\nmonstrueux, — folie du Wagner de Goethe, dans Faust, faisant\ngermer, de sa fiole d'alchimiste, Homunculus.\n  Chose à peine croyable, sur trente âmes rassemblées dans cette\nchambre où la Mort passa, cette nuit, nulle ne s'avise d'un rapproche­\nment, pourtant bien facile, entre ce corps embaumé de fleurs, escorté\nde respects et de rites,— et l'âme, silencieusement partie pour l'Inconnu,\npeut-être honteuse, à cette heure, et frémissante...\n\n   « Messieurs, quand il vous plaira », dit très haut, mais sans crier,\nl'Ordonnateur. Il était long et maigre, blanc de cheveux, bien drapé\ndans son joli manteau noir démodé, d'une solennité très exactement\nproportionnelle au chiffre de la classe, la quatrième, — une classe\nriche encore et très conséquente. — Alors la bière, pesante à cause du\nplomb, fut enlevée, d'un effort, par les quatre porteurs en habit; on la\ndescendit, par l'escalier, sous la porte-cochère.\n   Sevestre l'avait bien des fois descendu, cet escalier, tantôt gaillard,\ndispos, en douce digestion, le plan d'une nouvelle bien grasse dans la\ntête, tantôt l'humeur maussade, quand l'estomac fonctionnait mal, et\nque la verve faiblissait. La dernière fois, c'était huit jours avant, — il\nétait très oppressé vers les dernières marches. Le médecin l'avait\naverti : « Votre cœur ne bat que d'une aile », disait-il. Mais Sevestre,\navec sa voix de basse profonde, et son rire de pléthorique confiant,\nrépondait qu'une aile suffisait à voler, pour un tourtereau de son âge.\n   Et, à cette fin d'étudier sur le vif les profondes psychologies, cet\nhomme de lettres avait les dévouements d'un savant de laboratoire; il\npassait ses nuits dans des expériences curieuses, et périlleuses, — dont\nil redonnait la quintessence en ses livres. A ce prix, il avait gagné\nl'estime des critiques qui louaient son talent documenté, conscien­\ncieux, — et contracté, du même coup, l'hypertrophie dont il\nmourut.\n   Parents, amis, collègues, connaissances de boulevard, la longue et\nlaide file de chapeaux droits et de redingotes se met au petit pas,\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "204                              DURENDAL\n\nderrière le char balancé sur ses essieux, mollement, bourré de fleurs.\nOn conduit Désiré Sevestre à l'église.\n\n   Désiré Sevestre y est d'ailleurs attendu, tout est prêt pour le rece­\nvoir comme il faut. Avis d'un décès fut transmis l'avant-veille, au\nclergé de sa paroisse..., sa paroisse où d'ailleurs, il ne fréquentait\nguères; et des tentures noires à crépines d'argent masquent les arcades\nde la nef, à chaque travée, un écusson porte les initiales D S. Au\nchœur, le catafalque vide attend, brillant de cierges, comme un nou­\nveau lit de mort. L'organiste est à son poste, les doigts sur le clavier;\nles suisses, en grand deuil, sont debout, hallebarde prête à frapper,\ndes deux côtés du grand portail ouvert.\n   U n e poussée de foule, silencieuse, et pourtant b r u y a n t e . . . Les\nchaises qui s'écartent pour laisser passage à la bière, dont le sapin,\nquelques instants, s'offre à nu... C'est Désiré Sevestre qui fait son\nentrée dans l'église. Aussitôt, quelques accords d'orgue, en mineur, et\nle chœur attaque le De profundis.\n   O h ! la beauté de cette phrase simple, et terrible, comme elle noie,\nde sa longue vague, tous les résidus factices et gâtés que laissait\nl'œuvre de Désiré dans les cerveaux! Oui, ces fantômes obsédants\nd'hétaires, et de courtisanes bourgeoises, de souteneurs en habit,\nd'escrocs courtois et fêtés, ces tableaux de fines parties aux restaurants\nde tolérance, de fiacres complaisants aux stores mi-baissés, ces adul­\ntères niais et lâches, ces imbroglios mesquins de vaudeville, tout ce\nnuage empesté, vapeur planant sur un marais..., une voix d'enfant de\nchœur, se levant dans la nef étouffée de tentures, assombrie, — tel un\nvol d'oiseau blanc, — les dissipe.\n   Qu'est-ce qu'il chante, cet enfant qu'on ne voit pas, mais qu'on\ndevine, là, derrière l'autel, en camail violet, debout entre le buffet\nd'orgue et la crosse géante des contre-basses? — Voici :\n   « Du fond, du tréfond de mon cœur, prêt à cesser ses battements,\nô Dieu que si longtemps j'oubliai, — j'appelle au secours!... O h ! ne\nferme pas l'oreille à mon cri... »\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "                                 DURENDAL                                 205\n\n\n   Il y a vingt années, lorsqu'un geste de concupiscence orgueilleuse\nme fit saisir la plume afin de retracer ce qui brûle les âmes et les\nsouille, je me sentis, soudain, arrêté... U n ange, je sentis son souffle pur\nsur ma joue, retenait ma main, m'empêchait. Mon style alors suspendu,\nje rêvai.\n   Je vis une nef blanche, et tranquille, où moi, l'enfant de douze ans,\nqu'on avait voué à la Vierge, je marchais, le bras ceint d'une écharpe,\nà la T a b l e , pour communier...\n   Depuis j'eus d'autres joies, mais rouges de flammes hélas! ou\nglauques, couleur d'abîme. Je n'eus jamais plus de joies blanches.\n   P e n d a n t vingt ans, Seigneur, j'ai souffert. Car je faisais le mal, je\ncommettais le péché chaque jour, et chaque nuit, et je savais le mal\nque je faisais, j'étais conscient... U n jour, je cessai de souffrir; hélas!\nma conscience était morte, tu t'étais justement vengé, en la tuant.\n   Puis, soudain, je me sentis frappé dans mon corps. L a fièvre alluma\nson feu, pareil à celui de luxure, en mes veines. Je me couchai dans\nun lit d'où je ne devais plus me lever... Alors, j'ai lutté, mais point\ncontre le péché, — contre la Mort. T o u t e mon énergie s'amassait pour\nla repousser, cette Mort affreuse dont l'idée me mouillait de sueurs\nfroides.\n   Elle me toucha pourtant. Je brûlai très fort, puis me sentis glacé...\nC'était Elle, c'était la Mort. Son nom se posa sur mes lèvres, et je\ntremblai, sous mes draps, attendant ce qui allait m'arriver.\n   T o u t allait finir, et bientôt, mes yeux, malgré des efforts éperdus,\ns'appesantissaient; je ne distinguais plus l'étoile des cierges au pied\nde mon lit ; mais je sentais encore l'odeur de cire, et j'entendais — le\nm u r m u r e doux de prières qu'un prêtre...\n   De profundis! De l'abîme glauque et sans fond, où je me sentis couler,\npour toujours, — Seigneur, j'ai crié vers toi. Clamavi ad te, Domine!\nDieu, reprends-moi à temps ! Tends-moi la main... P a r d o n . . . ! O h !\npardon d'avoir souillé mon âme, mon âme blanche,, mon âme de\npremière communion! P a r d o n d'avoir souillé d'autres âmes! T é m o i n\nce prêtre, dont mes yeux obscurcis ne distinguent plus, déjà, le\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1367, "texte": "206                             DURENDAL\n\nvisage..., dont mes oreilles assourdies ne vont plus entendre la voix,\ndans une minute, — je confesse mes fautes, oui, toutes mes fautes,\ntoutes; et j'ai l'horreur du mal que j'ai fait. Écoute, ô Dieu de pitié, ma\nprière : Exaudi vocem meam... Je renonce...\n\n\n   « Docteur, dites-moi, croyez-vous qu'il avait sa connaissance,\nencore, quand M. le Vicaire de Saint-Roch est venu lire, à son lit, la\nprière des agonisants? »\n   « Non, Madame, c'est impossible. Le pouls, à ce moment-là, ne\nfrappait plus mon doigt. Voyez ce tracé, d'ailleurs; le sphygmographe\naccuse une ligne à peu près droite... Dans ces conditions, l'anémie\ncérébrale et cardiaque est complète. Le faible mouvement des lèvres\ndont vous me parlez n'est qu'un reflexe, un geste machinal... Après\ntout, c'est la plus belle mort que j'aie vue... une mort très douce... »\n   « Mais pourtant, Docteur, à l'instant suprême, ne peut-il se faire\nun retour de vie, si faible soit-il, une lueur, un éclair, la force et le\ntemps nécessaire pour dire, en soi-même, un oui, pour consentir?... »\n   Ce fut le prêtre, alors, qui répondit :\n   « Madame, dit-il à la veuve de Désiré Sevestre, qui pleurait,— Dieu\na l'Infini à sa disposition; Il peut faire tenir le mot pardon dans un\nmillième de seconde. »\n                                                 MAURICE    GRIVEAU.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 207, "page_fin": 207, "titre_corps": "Vœu", "titre_sommaire": "Vœu", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "Vœu", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES LIVRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 242, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "Vœu\n              Que je voudrais, ton bras appuyé sur le mien,\n              M'en aller lentement par un parc ancien !\n              Tu sourirais avec une exquise indolence ;\n              Tes mots dits à mi-voix auraient, dans le silence,\n              La grave inflexion de ceux-là que jadis\n              Une âme virginale et tremblante m'a dits...\n              Nous irions pas à pas, savourant l'heure brève ;\n              Après tant d'amoureux nous ferions le beau rêve\n              Dont les hommes toujours ont bercé leur ennui...\n              La nuit d'été viendrait, la tiède et calme nuit;\n              Et nos cœurs sentiraient, devant son grand mystère,\n              A quel point, quand on aime, il est doux de se taire.\n\n                                                         FERNAND      SÉVERIN.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 207, "page_fin": 211, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "Un beau livre en tous cas", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES REVUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 242, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 979, "fin_caractere_exclue": 1763, "texte": "LES          LIVRES\n       Comte ALBERT DU BOIS : L e u c o n o é . (Paris, LEMERRE, fr. 3.50.)\n\n\n\nM      du Bois est un païen, un païen intellectuel qui aime le paganisme, et dans le\n      • paganisme, la pensée et l'art grecs, d'un amour absolu, exclusif, intransigeant.\nA son sens \" l'esprit humain est impuissant à rien ajouter à l'art et à la morale de la\nGrèce... Depuis vingt-trois siècles nous n'avons rien conquis \". Cette élimination\nsommaire de toute l'influence chrétienne est appuyée d'autre part par un essai de\ndémonstration de la « stérilité artistique » du christianisme. \" La religion chrétienne,\ninterroge l'auteur, basée sur le surnaturel, ne s'inspirant que du surnaturel, que\npouvait-elle avoir de commun avec l'art qui ne peut exister en dehors de la nature? \"\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "208                                     DURENDAL\n\n   En ce temps, où les littérateurs sont à la recherche d'attitudes inédites, voilà une\npose qui ne manque point d'originalité; ajoutons que M. du Bois joue le personnage\nqu'il a rêvé d'être avec une impeccable et logique ténacité; accordons-lui même un\nréel talent pictural et évocatif dans la reconstitution jadis d'Athènes — on n'a pas\noublié ses Amours antiques — et aujourd'hui de Sparte — son nouveau livre s'inti­\ntule Leuconoé... L'artiste est certes le meilleur juge des coins d'histoire dans laquelle\nil encadrera ses œuvres — et on aurait mauvaise grâce de contester à M. du\nBois le droit de tourner de préférence ses regards vers l'antiquité, et de ressusciter\nd'elle, en un style d'une plasticité sobrement colorée, les périodes les plus gran­\ndioses et les plus captivantes : le néo-hellénisme est, comme tout autre, un genre\nlittéraire qui peut avoir ses chefs-d'œuvre — et Leuconoé est un livre qui a de\nremarquables qualités de conception et d'écriture; ce dont M. du Bois aurait dû\ns'abstenir — chrétien, élevé dans la religion chrétienne et lui redevable de ce qu'il\ny a de meilleur même en ses facultés d'artiste — c'est de tourner son panégyrique\ndu paganisme en réquisitoire contre le christianisme, de faire passer celui-ci comme\nune inutilité, sinon comme une calamité, et d'oublier systématiquement, dans sa\nnostalgie fanatique de la Beauté païenne, que si l'Art grec a produit Phidias,\nSophocle, Homère, l'Art chrétien a suscité Memling, Van Eyck, Dante et F r a\nAngelico, et que les cathédrales du moyen âge sont aussi belles — d'une beauté\nautre et à notre sens plus haute — que l'Acropole et les Parthenons.             F . V.\n\n\n   ANDRÉ GIDE : L e s N o u r r i t u r e s t e r r e s t r e s . (Paris, Société du Mercure\n                                         de France.)\n\n\nD     ÉGAGÉ   de son symbolisme pénible, ce livre me paraît être le manuel de\n      l'instinct — un essai de renouveau de la nature humaine par l'oubli de toutes\nles contingences amoncelées par l'hérédité et le milieu; l'auteur s'acharne à voir\ntous êtres et toutes choses avec une âme neuve de primitif; il y réussit parfois et\nalors — car M. André Gide a le style imagé et frissonnant — ce sont des aperçus\nd'une pénétrante originalité... Mais pour conquérir quelques pages attachantes et\nbelles, que d'incohérences à traverser, que de tâtonnements à faire, que de bavar­\ndages à subir !                                                            F . V.\n\n         TEODOR DE WYZEWA          : É c r i v a i n s é t r a n g e r s . (Deuxième série.\n                                      Paris, P E R R I N . )\n\n\nL     A deuxième série des Écrivains étrangers, par M. Teodor de Wyzewa fait\n        regretter la première série... C'est en grande partie un défilé de sous-ordres :\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "                                     DURENDAL                                        209\n\nil ne nous dit sur Ibsen et Tolstoï que ce qu'il nous avait dit déjà — et il nous le dit\nhâtivement et partant moins bien; et ces aperçus sommaires sur l'œuvre de ces\nmaîtres sont encadrés, d'autre part, par des études plutôt ardues sur de subalternes\nromanciers anglais et allemands; seuls deux chapitres méritent de retenir l'atten­\ntion : le premier est relatif à la littérature féministe en Angleterre — avec l'analyse\nd'un curieux roman sur l'union libre; l'autre enregistre, sur Henry Heine, l'opi­\nnion des principaux écrivains allemands, à propos d'un projet de monument à\nélever à Mayence au poète allemand, contempteur de l'Allemagne; mais en ces deux\nchapitres — comme en plusieurs autres du reste, où l'auteur résume des œuvres\nétrangères — l'apport personnel de M. de Wyzewa est réduit au minimum.\n  Il est fâcheux qu'un écrivain de cette valeur condescende à bâcler des volumes\navec des rognures de revues !                                            F . V.\n\n\n   I. PACHEU, S. J. : É g l i s e et P a t r i e . (26 pages. — Chez P L O N , Paris.)\n\n\n\nC     E discours, prononcé à Saint-Sulpice, respire le large, fécond et bel enthou­\n        siasme qui traversait déjà l'œuvre antérieure du R. P . Pacheu : De Dante à\nVerlaine... Ce Jésuite est un fils de son temps, l'aimant de sincérité et de vaillance\net il faut lire les pages vibrantes, où comparant notre siècle aux époques révolues, il\ndemande qu'on remplace « par une équité sereine, les jugements découragés sur le\nmalheur des temps >.             «                                            F . V.\n\n\n      R o s e a u x p e n s a n t s , par ROBERT DE MONTESQUIOU.   (CHARPENTIER.)\n\n\n\n\nL   'ÉCRITURE   complexe et diffuse des Chauves-souris, du Chef aux Odeurs suaves et\n       des Hortensias bleus se simplifie en ce volume, qui réunit les chroniques\néparses d'un dandysme rare et précieux. M. de Montesquiou aime des fleurs —\norchidées, chrysanthèmes, volubilis — la forme bizarre et gracile, les couleurs\nétranges et les attendrissantes suavités. Aussi nous décrit-il, avec scrupule et une\nminutie charmante, l'œuvre de Gallé et de Lalique, les artisans subtils, bijoutier\nde cabinet des gemmes, ébéniste et verrier. L'un a des perles creuses, des coupes,\ndes drageoirs, des pommes de cannes ou de parasols; dans ses pandeloques fulgu­\nrantes ou faiblement éclairées, il endort ou réveille la flamme qu'il a volée, en des\nveinures affolées, des chevelures sinueuses, des fleurs inemployées, des insectes\ndiaprés; l'autre a des vases murrhins, \" frères de ces mystérieuses coupes dont\nl'antiquité s'ennorgueillit sans nous les traduire, et dont nous jugeons l'ensorce­\nlante beauté par l'étrange délire qu'elles inspiraient d'en ronger les bords \"; dès\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "210                                  DURENDAL\n\nvases dont la pâte préparée selon des assemblages discrets se nuance de tons\ncorrespondants à des plantes symboliques.\n  Plus loin, dans un fouillis de broderies, de colliers et de tentures, dans un bric-\nbrac nouveau, précieux et amusant, voici des pages curieuses sur le mobilier libre.\nL'art appliqué aux objets usuels, la réverbération de l'âme ténue ou tourmentée\nsur les choses qui nous entourent semble être le constant souci de l'auteur.\nN'avons-nous pas vu, à une exposition récente, une horloge ouvragée de ses mains\nsveltes et héraldiques ? et à ce goût passionné du moderne se mêle pourtant le culte\npieux du passé fâné; s'il aime Mallarmé, Kahn et Griffin, il a vanté davantage, en\nune conférence mémorable, la douceur exquise de Mme Desbordes Valmore; et s'il\ncélèbre M. Bing, en répétant avec Lafontaine :\n\n                II me faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde !\n\nil prétend que l'art de l'ameublement consistera au moins autant dans le groupe­\nment subtil et disert, de choses en apparence disparates, dans l'union assortie du\nnouveau et de l'ancien que dans les récentes créations, lesquelles, à elles seules, ne\nsauraient offrir qu'un intérêt arbitraire.\n   Et le livre compact, documenté, bourré de faits et de noms aux sonorités exo­\ntiques ou inconnues, se poursuit dans les parfums, les sons et les couleurs. Toutes\nles fleurs y passent, tous les oiseaux aussi. L'accumulation leur nuit peut-être. Il\neût fallu les savourer, dans le journal où elles parurent, en tranches séparées, car\nl'on en sort, aujourd'hui, ivre un peu et troublé, comme un visiteur au sortir d'une\néchoppe japonaise. Il a vu des teintes disparues et des formes surannées; ses yeux\nsont las et l'odeur des étoffes dépliées, du thé et de l'opium bourdonne dans\nsa tête.                                                                    T H . B.\n\n\n      C a n t i q u e s d u Cantique, par JACQUES NERVAT et MARIE CAUSSE.\n                            (Bibliothèque de l'Effort, Toulouse.)\n\n\nC    OMME le dit une courte préface, c'est pendant de longues fiançailles que ces vers\n       ont jailli de deux âmes qui se sont penchées l'une vers l'autre pour se pénétrer.\nIvres de leur amour, amoureuses de leur ivresse, elles se sont mêlées dans la joie;\nl'univers leur a paru plus lumineux, la vie plus digne d'être vécue, et, comme des\nenfants qui ont trouvé un beau papillon, le montrent à tout venant, au bout de\nl'épingle avec laquelle ils l'ont transpercé, elles ont fixé dans l'ombre, avec le\nrythme, le beau papillon de leur amour, et, fervemment, le portent à la clarté.\n  Elles chantent tour à tour. Il lui dit les mots de confiance et de joie. Elle lui\nrépond les paroles d'abandon, de douceur et de calme. Et par la Clarté, l'Exil et le\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "                                     DURENDAL                                          211\n\n\nDépart se prolonge cette Bonne Chanson à deux voix. Il ne m'en voudra certes pas\nsi je trouve qu'Elle a dans sa simplicité d'enfant naïve et heureuse un charme plus\nattachant. On devine qu'Elle ne transcrivit pas pour d'autres les douces émotions\nde l'amour; et l'on redoute qu'il ne soit mêlé chez Lui à cette ferveur un certain\nsouci de forme et de publication enlevant à ses vers toute grâce d'intimité et\ntoute saveur primesautière.                                               T H . B.\n\nGABRIEL SEAILLES     : E s s a i sur l e Génie d a n s l ' A r t . (Paris, F É L I X ALCAN.)\n\n   « Le génie est une longue patience. » Ce proverbial axiome pourrait servir\nd'épigraphe au livre récent, où M.Gabriel Séailles a étudié le génie dans ses origines\net dans ses éléments et a essayé de démontrer que loin d'être « hors la nature,\nsuspendu dans le vide par un miracle capricieux \", le génie ne rompt pas la conti­\nnuité des phénomènes spirituels, mais apparaît comme l'harmonie parfaite de toutes\nles facultés humaines.\n   La démonstration est longue et ample, fortement fouillée, logiquement déduite et\nspirituellement relevée par des digressions très personnelles et très originales sur\nl'art...\n   Peut-être la théorie de M. Séailles a-t-elle le tort — comme conclusion finale et\nimplicite — de ravir au génie sa belle instinctivité large, impétueuse et grandiose\net de l'ériger en la plus idéale des habiletés?\n   Un beau livre en tous cas — et qui fait penser.                               L.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 211, "page_fin": 212, "titre_corps": "Les Revues", "titre_sommaire": "Revue des Revues", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES REVUES", "ancre_fin": "Impressions de Bayreuth", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTULES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 246, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 1625, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "LES REVUES\n\n   En un style bellement imagé, M. Léon Souguenet, dans la Revue Générale, replace\nle polytyptique des frères Van Eyck, l'Adoration de l'Agneau, en le milieu historique\nqui le vit naître et analyse magistralement l'effet que dut produire l'immortel chef-\nd'œuvre sur ses premiers admirateurs. C'est une page de critique artistique, inten­\nsément évocative.\n   La Lutte publie, de M. Paul Mussche, des Chansons d'une attachante et mélanco­\nlique délicatesse.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "212                                 DURENDAL\n\n Dans la Jeune Belgique, M. Albert Giraud réfute les partisans de la « prosodie\nmusicale > par des citations d e . . . Paul Arène.\n C'est plus amusant que décisif.\n  La Trève-Dieu a de beaux vers parnassiens de Robert de la Villehervé et de\nCamille Maryx.\n  Dans la Revue Nationale, M. Maurice Le Blond traite, d'une façon élevée et origi­\nnale, du Sectaire dans les A rts.\n   Dans l'Ermitage, M. Alphonse Germain, à l'appui d'une étude enthousiaste sur\nJoseph Coront, publie, de l'artiste, un dessin d'une belle et hiératique harmonie de\nlignes.\n  Le Magasin Littéraire donne une « Revue de Livres », par William Ritter; à remar­\nquer surtout quelques pages sur Barbey d'Aurevilly, à propos des volumes posthumes\ndu maître : Poussières, Rythmes oubliés.\n   L'Art Moderne a rendu hebdomadairement compte des promenades de vacances\nde ses rédacteurs : les uns s'en furent rêver à Elseneur; d'autres se contentèrent\nd'aller découvrir à nouveau la plaine de Waterloo.\n L'évocation de Blanqui — le révolutionnaire célèbre — fournit à M. Camille\nMauclair, dans le Mercure de France, l'occasion d'une \" leçon d'énergie \" de vrai­\nment vaillante et vibrante allure.\n  Dans la Quinzaine, M. Ugo Osetti traite d'une manière intéressante de la Renais­\nsance littéraire en Italie.\n Dans le Sillon du 10 septembre, de belles \" Impressions de Bayreuth \", par\nM. Louis Gillet.\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-09-n9-009", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 212, "page_fin": 216, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "iateur, il marcha nonchalamment et sans grâce dans une route que tant d'autres lui avaient frayée. »", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 247, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 1444, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "NOTULES\n\nU    N beau médaillon de Barbey d'Aurevilly, découpé clans l'intéressante étude que\n      M. Paul Festugières, du Sillon, consacre au « Connétable des Lettres\nfrançaises » :\n   « Homme d'action, à la manière des ancêtres, il était, comme eux encore,\nhomme de convictions et de principes, homme de foi. La foi n'est aussi bien qu'une\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "                                      DURENDAL                                        213\n\nforme du caractère et de l'action. Et il ne prit pas la peine d'aller s'enquérir au loin\ndes croyances auxquelles il dut accorder sa foi; il se contenta de garder celles qui\nl'avaient accueilli dès son entrée dans la vie, et dont il avait pu se pénétrer tout enfant\nen respirant la brise normande. Issu d'une famille et d'un pays restés profondément\nroyalistes et catholiques, il conserva lui-même cet inébranlable attachement au prin­\ncipe d'une autorité souveraine et à la doctrine de l'Église. Cette tradition héréditaire,\nil l'accepta sans hésiter, sans même songer à discuter ni à vérifier, parce qu'elle\nconvenait merveilleusement à sa propre nature, parce qu'elle était faite pour lui,\nparce qu'il était Normand. C'est ainsi qu'il devint un réactionnaire; il le fut de\nnaissance et par la force des choses; il y était prédestiné. Mais en plus, il le fut à sa\nfaçon, avec la fougue et l'outrance de son tempérament; il le fut dans toute l'accep­\ntion du mot, en tout et partout, sans ménagement, comme un homme qui ne sait\npoint s'arrêter à mi-chemin. Il fit profession de l'être; il eut la réaction intraitable\net agressive. Au sein d'une société qui inclinait de plus en plus vers une égalité\nniveleuse, il se fit gloire de proclamer que l'inégalité est naturelle et nécessaire\nparmi les hommes, qu'elle doit être consacrée par les institutions, et qu'il faut que\nles peuples obéissent à des maîtres qu'ils ne se sont pas donnés; en face de l'incré­\ndulité générale, il déploya son catholicisme au-dessus de sa tête comme un provo­\nquant étendard. L'Église n'eut jamais d'apologiste plus convaincu et plus\nsystématique; il fut catholique envers et contre tout, de parti pris. Mais il ne faisait,\nen tout ceci, que pousser à l'extrême les propres tendances de sa race. \"\n\n\n\nE    NTRE deux méthodes d'enseignement — celle du Père Verest et celle de l'Abbé\n       Guillaume — notre ami F . V. s'étant prononcé pour la seconde, parce qu'elle\nest plus chrétienne sans être moins scientifique, la Jeune Belgique dit que l'aveu est à\nretenir.\n   Le découpage est habile et nous voyons d'ici que la Jeune Belgique en fera usage\nau premier jour pour nous accuser de faire de l'art et de la science les vassaux de\nla religion. Mais il suffit de lire le reste de l'article de notre ami — et notamment\nla finale — pour s'apercevoir que cette conclusion serait aussi fantaisiste que\npeu loyale.\n\n\nT    ROIS ARCHÉTYPES.       — La Revue naturiste — une publication d'une belle\n       vaillance idéaliste — nous apporta, dans son numéro d'août, un manifeste de\nM. Georges Rency sur la littérature belge. ..\n   Personne jusqu'ici — pas même l'Art moderne! — n'ayant proclamé qu'avec\nl'entrée dans les lettres de MM. Vandeputte, Ruyters et Rency, un art nouveau\nnous était né, ces messieurs, obéissant à leur conscience d'artiste, se sont trouvés\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "214                                    DURENDAL\n\ndans l'obligation de se présenter eux-mêmes « c o m m e l e s a u t h e n t i q u e s repré­\ns e n t a n t s d e l'art e n ce p a y a \".\n   Et Giraud, et Gilkin, et Demolder, et Severin, et Goffin, et tous ceux qui firent\ndes œuvres, pendant que les archétypes biberonnaient encore? Peuh! ce furent\ngens d'une \" époque inutile et stérile, quelques-uns n'ayant aucun talent, d'autres en\npossédant un peu, d'autres même beaucoup \", mais, ajoute M. Rency, « nous nous rions\négalement de leurs pénibles compositions... Cette génération n'a eu d'autre utilité que de\nnous préparer le terrain... Elle nous a montre ce que nous ne devions pas faire... Nous\ngrandissons, joyeux, sur ses ruines. »\n   Et pour finir, les archétypes proclament que seules leurs tendances \" sont celles\nm ê m e s q u i d i c t è r e n t t o u j o u r s l e s oeuvres é t e r n e l l e s \".\n   Œuvres éternelles !\n   Il faut lire en son entier (Revue naturiste, numéro d'août, pages 273 à 280) ce chef-\nd'œuvre de puérile et vaniteuse bêtise. Tout d'abord on voudrait s'indigner — tant\nil y a d'injustice dans cet orgueil — mais on finit par rire, par rire aux éclats, — tant\nil y a dans cet orgueil de sottise, de naïve et présomptueuse sottise de gosses...\nAh! les poussins qui veulent en imposer en se fourrant une plume de paon à . . .\nl'arrière-train !\n\n\nP     ENSÉE DU Mois    :\n         \" Qu'il tienne l'ébauchoir, la plume ou le pinceau, l'artiste ne mérite véri­\ntablement ce nom que lorsqu'il donne une âme aux choses de la matière, une forme\naux choses de l'âme, que lorsque, en un mot, il idéalise le réel qu'il voit et réalise\nl'idéal qu'il sent.                 \"                 ALEXANDRE DUMAS F I L S .\n\n\n\n\nU    N écrivain français — Léon Gautier — est mort récemment, auquel les moder­\n      nistes catholiques doivent un souvenir reconnaissant.\n  En un temps — il y a trente ans — où il était encore de mode et presque de\nprincipe chez les chrétiens de décrier le temps actuel et de mépriser l'art contem­\nporain au profit du néo-paganisme classique, Léon Gautier osa fièrement prendre la\ndéfense de la littérature du XIXe siècle :\n    « En examinant, disait-il, l'état actuel de ce qu'on a si bien nommé \" la littéra­\n> ture >, nous aurons lieu de nous réjouir d'un progrès certain, et de concevoir de\ngrandes espérances. Si l'on veut nous permettre de dire très nettement notre\npensée sur ce sujet, nous n'hésiterons pas à proclamer que notre siècle nous paraît,\nlittérairement, très supérieur aux siècles précédents, même au XVIIe. »\n    Et cette idée, qui depuis lors fut placée au faîte du programme de la jeune litté­\nrature catholique, Léon Gautier la développa avec une inlassable ténacité, entre\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "                                     DURENDAL                                     215\n\nautres dans ses Études littéraires pour la défense de l'Église et dans ses Lettres d'un\nCatholique.\n   Et jamais les travaux si attachants et si fouillés que l'écrivain entreprit sur les\nLettres du Moyen-âge, ne purent amoindrir en lui ce viril et enthousiaste amour de\nl'art moderne.\n   Nous saluons respectueusement la mémoire de ce précurseur des idées que nous\ndéfendons.\n\n\nL    ES officieux du ministère des Beaux-Arts font annoncer dans la presse que le\n      département de M. de Bruyn songerait à subordonner à un droit d'entrée la\nvisite de nos musées nationaux.\n   En vérité, voilà une mesure réellement démocratique !\n   Et notre peuple belge dilapidait vraiment trop de temps, n'est-ce pas, devant les\nchefs-d'œuvre de l'art?\n   La mesure préconisée comblera une lacune : on demande le nom du rond-de-cuir\nqui s'en est aperçu.\n\n\nB   RUXELLES    vient de perpétuer le souvenir du bourgmestre Anspach par une\n      fontaine en chocolat Suchard.\n   Au siècle prochain, M. Buls — il peut s'y attendre — sera transmis aux généra­\ntions futures sous la forme d'une colonne Liebig.\n   L'art appliqué aux places publiques !\n\n\n\nQ     UE des Congrès flamands se réunissent où soient glorifiés les maîtres des Arts et\n       des Lettres de Flandre et où soient coordonnés les efforts en vue de la propaga­\ntion de la langue et de la littérature flamandes, nous n'avons rien à y redire; nous y\napplaudissons même, et d'enthousiasme, car pour se servir d'un instrument différent,\nles écrivains d'expression française et les écrivains d'expression flamande collaborent\nà un même idéal, et pour notre part nous honorons de la plus profonde admiration\ndes maîtres comme Guido Gezelle, Hugo Verriest, Paul de Mont, Claeys et d'autres.\n  D'autant plus sommes-nous en droit de protester, comme chrétiens et comme\nartistes, quand dans ces réunions de lettrés flamands (le cas vient encore de se passer\ntout récemment à Audenarde) on permet à des cuistres mal embouchés de proclamer\nque les écrivains qui se servent en Belgique de la langue française travaillent\n« à la démoralisation et à l'abâtardissement de leur pays ».\n  Sans songer le moins du monde à rendre les Lettres flamandes responsables de ces\nincartades de politiciens, nous nous permettons de regretter que les vrais artistes\net littérateurs présents au Congrès n'aient point cru devoir relever, comme ils le\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "2l6                                  DURENDAL\n\nméritaient, ces inqualifiables outrages à l'adresse de leurs frères de Lettres, écrivant\nen langue française.\n\n    LA dégringolade de la Comédie-Française a amené « le premier Théâtre de\n      France » à reprendre la... Vie de Bohème, de Miirger... Tant mieux du reste\npuisque l'aventure donna l'occasion à la critique française de grater la dorure de\ncette idole des rapins et des grisettes et de réduire à sa très mince valeur artistique\nce Georges Ohnet de la vie estudiantine d'autrefois.\n   M. Ernest La Jeunesse s'est, entre autres, chargé de cette salutaire besogne et il\nécrit dans le Journal :\n   « C'est un nom, c'est de l'attendrissement, c'est une légende. La voici : Poète\nmourant de faim ou à peu près, à qui le succès vint trop tard, alors que la misère\nl'avait épuisé et lui avait arraché son âme, Miirger mit toutes ses souffrances, tout\nson être dans la Vie de Bohème, sourit tristement au triomphe in extremis, puis\nexpira pour danser un quadrille posthume avec Hégésippe Moreau, Malfilâtre et\nGilbert. Et l'on pleure et c'est exquis.\n   « Mais voici la vérité : Miirger eut faim; c'est bien; on lui donna la croix de la\nLégion d'honneur. Il est mort; c'est mieux; on lui donna un tombeau de marbre\nblanc, d'une mélancolie déclamatoire. On peut se demander s'il n'y a pas quelque\ndisproportion entre ces titres et ces récompenses et se demander si Miirger eut\nvraiment faim; où trouve-t-on clans son œuvre, dans sa vie, les cris, les douleurs,\nles tortures, l'humanité, le divinité et la volupté de la faim? Mais la question n'est\npas là : ce prétendu martyr de la \" littérature \" fut un chançard de la « littérature >.\nC'est à vingt-cinq ans qu'il impose son nom, qu'il est célèbre, qu'il trouve des\néditeurs enthousiastes, des admirateurs et de l'argent. Et il ne meurt pas à vingt-\ncinq ans; il exploite sa veine longuement, sagement, en homme très pratique, en\nauteur très fécond, jusqu'à ce que, vers quarante ans, lourd, usé et vide, il s'en aille\nvoir si la bohème a droit de cité au ciel.\n   « Mimi, Musette, Schaunard, Colline, Baptiste, Phémie, tout cela sort non des\nmansardes qu'habita et où fréquenta Miirger, mais des chansons de Béranger, des\nlivres de Paul de Kock et de Pigault-Lebrun; Miirger ne fit que promener des sou­\nvenirs de lectures (et de mauvaises lectures) parmi des décors favorables ; il ne leur\nprêta même pas la majesté ou l'agrément d'un style neuf, d'images agréables;\npauvre imitateur qui prétendit être initiateur, il marcha nonchalamment et sans\ngrâce dans une route que tant d'autres lui avaient frayée. »\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 226, "texte": "SEPTEMBRE   l8g7   (QUATRIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n\n\n\n\n                                                          ft*yfog&\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": ""}, {"page_pdf": 228, "texte": " Septembre 1897                   DURENDAL                                N° 9\n\n\n\n\n        Aux Amis de Durendal\n\n\n\nN\n           ous avons la joie d'annoncer à nos amis une bonne nouvelle,\n              celle de l'agrandissement prochain de la Revue. T o u t le\n              monde a remarqué, et nous avons reçu des félicitations de\n              toute part de ce chef, les efforts que nous avons faits, en-\nces derniers t e m p s , pour rajeunir Durendal. Grâce au dévouement et\nau zèle de nos collaborateurs, la Revue est devenue plus vivante, plus\nalerte, plus actuelle. Elle répond plus que jamais à son but : initier les\ncatholiques à la vie littéraire et artistique contemporaine.\n   Nos efforts sont amplement récompensés. Des adhésions de plus en\nplus nombreuses et de plus en plus sympathiques aussi, nous arrivent\nsans cesse. L a liste de nos abonnés s'allonge tous les jours. Elle a\npresque triplé en trois mois.\n   Ce succès extraordinaire et sans précédent de Durendal nous per­\nmettra, à partir du 1er janvier, d'introduire dans la publication de la\nRevue de notables améliorations et cela sans augmentation du prix\nde l'abonnement.\n   T o u t d'abord Durendal paraîtra enrobé d'une nouvelle couverture,\nplus artistique que la précédente et due, comme elle, au talent de\nM. Gisbert Combaz. Nous adopterons un nouveau format, celui du\nMercure de France, la grande revue littéraire de P a r i s . Nous augmen­\nterons considérablement le texte de la Revue. Enfin notre dévoué\néditeur et ami, M. E d . Lyon-Claesen, a p p o r t e r a à la toilette de Durendal\nde nouveaux perfectionnements, notamment : une impression tout à\nfait artistique et la reproduction d'œuvres d'art, par un procédé per­\n fectionné de phototypie.\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "194                             DURENDAL\n\n\n  Nous inaugurerons dignement la transformation et l'agrandissement\nde Durendal par la publication d'un splendide numéro de Noël.\n  De plus en plus, on le voit, nous nous rapprochons de la réalisation\nde notre rêve : faire de Durendal, revue catholique d'art et de littérature,\nune des revues les plus artistiques et les plus littéraires de ce temps,\ndigne de notre superbe idéal : l'exaltation de Dieu par la Beauté.\n\n\n\n\n                            AVEU\n                                                        POUR JOSEPH SOUDAN.\n\n\n           Ce soir, le fol essaim des pensers amoureux\n           Est venu me troubler de chimères trompeuses.\n            Vous pouvez me blâmer d'être ainsi langoureux ;\n           Mais quoi, voudriez-vous de ces phrases pompeuses,\n           Pour dire mon amour si frêle et si craintif?\n           Oh! non, je n'aime pas les mots ronflants et vides;\n           J'aurais peur de détruire un rêve trop hâtif\n           Si je ne le touchais avec des mains timides;\n           Il faut, pour bien aimer, des gestes caressants\n           Et doux, des mots moelleux qui soient une musique\n           Qu'on sent qui va d'un cœur vers un cœur innocents,\n           Comme en un temple étroit se répond un cantique.\n           J'ai peur du trop grand jour, qui blesse les yeux bleus,\n           J'aime mieux le mystère adorable de l'ombre,\n           J'aime le clair obscur et les ciels nébuleux,\n           Et les recoins discrets perdus dans la pénombre\n           Où l'on poursuit un rêve aimé, l'hiver, le soir,\n           Lorsque sous l'abat-jour la lampe est allumée.\n           Oh ! vous ne savez pas comme je crains de voir\n           S'évanouir mon rêve ainsi qu'une fumée\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                              DURENDAL                                195\n\n          A l'air vif du matin; vous ne savez encor\n          — Me connaissant que d'hier — l'enfant triste et farouche\n          Que je suis, redoutant tout ce qui rompt l'accord,\n          Et les visages durs, et les yeux et la bouche\n          De qui raille; mais vous! vos gestes m'ont conquis,\n          Vos gestes doux et lents, vos paroles voilées,\n          Le regard de vos yeux où plane un calme exquis,\n          Comme en un ciel profond, par les nuits étoilées;\n          Et ce que vous disiez me fut délicieux ;\n          Je suis rempli d'espoir et de courage, et même,\n          A présent, je vais être assez audacieux,\n          Pour vous dire, — pardon, c'est ainsi, — je vous aime!\n\n                                                      FRANZ SOUDAN.\n\n\n\n\n              Sur les Sommets\n               L'HOMME est   ainsi fait : toujours à la poursuite d'un\n                  inaccessible bonheur qu'il cherche en vain dans\n                  l'assouvissement de ses désirs, il abandonne le bien-\n                  être de son foyer, la balsamique amitié des siens,\n                  il supporte les ennuis, il affronte les dangers du\n        voyage, afin de trouver, sur sa route, un éphémère paradis\n        ou de boire l'oubli aux eaux troubles d'un L é t h é .\n           L a clamante mer, rythmique endormeuse de tristesses, les\nmonts roses aux cîmes neigeuses, l'azur serein des lacs, les merveilles\ndu passé, les splendeurs du Beau l'attirent. Ces spectacles lui font\noublier l'instant, assentir la Beauté, entrevoir l'infini. Projeté du\ntransitoire dans l'éternel, hors de la vie et du temps, il devient un\npassager du bonheur.\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "196                               DURENDAL\n\n\n   P o u r t a n t ni les chants de la glauque sirène, ni les saphirs géants\ndes monts, ni les calmes miroirs de lapis, ni les prodiges des génies\nne pouvaient nous séduire              Nous demandions d'autres voix que\ncelles des flots, d'autres miroirs, pour notre âme, que ceux des lacs\nlointains, d'autres émerveillements que ceux promis par l'Art...\n   Il est des altitudes plus vertigineuses que celles où planent les\nvautours et les aigles; des sommets plus altiers que ceux qui éven­\ntrent les mobiles nuées! Il est des cîmes qu'éclaire un invisible soleil,\nque fait flamber le F E U DÉVORANT !\n\n\n   L'ascension nous a tenté : un soir de cet agonisant septembre nous\nfrappions à L a T r a p p e . C'est un de ces s o m m e t s ; des êtres simples\net doux l'habitent.\n    U n vieux moine accueillit, d'un sourire bénin, le las voyageur aux\nchaussures boueuses. Hospes, Hostis, disait Rome l'ancienne. A L a\nT r a p p e l'hôte est reçu comme le Christ lui-même ! Car l'Évangile est\nérigé en infrangible loi par ces moines, qui, pour dire « agonie », font\nles signes de mort et de peu.\n   « N e vous amassez pas des trésors sur la terre, où les vers et la\nrouille gâtent tout et où les larrons percent et dérobent ; mais amassez-\nvous des trésors dans le ciel où les vers et la rouille ne gâtent rien et\noù les larrons ne percent ni ne dérobent point ; car où est notre trésor,\nlà sera aussi notre cœur. »\n   Ainsi parlait Jésus sur la montagne.\n   E t nul n'est admis dans la c o m m u n a u t é s'il ne se résigne à perdre\nla libre disposition de son corps et de ses biens. De ses espérances,\nde ses desseins, de ses passions, de ses vouloirs, de ses ambitions\ndésormais inutiles, le novice doit faire un purificateur bûcher et\nlaisser en-deçà du seuil, avec ses hardes de profane, le vieil h o m m e\nqui est en lui. Dès ce jour, il vivra d'une vie intérieure. Se recréer sera\nson œ u v r e ; tendre à la perfection sera son devenir.\n   Que s'il n'est pas pris de vertige en regardant l'abîme béant sous\nlui, s'il ne frissonne pas de peur en gagnant la cîme lumineuse, s'il ne\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                DURENDAL                                197\n\nsent pas la folie élire domicile en son cerveau, durant la nuit ténébreuse,\net s'il a vaincu les cohortes du mal, il se liera par un triple vœu.\n   Dès lors, pauvre, obéissant et chaste, détaché de tout ce qui le rete­\nnait enchaîné naguère ici-bas, exilé de la vie illusoire, évadé de la\ndésenchanteresse réalité, exonéré de tout vil souci, il vivra, libéré\nd'avance de toute servitude humaine, mais volontaire esclave de son\nDieu ! Désormais livré à lui-même, isolé dans le silence, cloîtré dans la\nméditation, il passera sa vie dans la même cellule, à l'église dans la\nm ê m e stalle, en permanente confrontation avec son âme et en perpé­\ntuel face à face avec son Dieu.\n   Il semble qu'une atmosphère de candeur plane au-dessus de ce\nsommet où l'air qu'on respire est saturé de douceur. De pacifiants\neffluves vous frôlent, d'angéliques battements d'ailes vous effleurent,\nde séraphiques zéphirs vous caressent...\n   Ces simples sont heureux selon la sixième Béatitude : Heureux ceux\nqui ont le cœur pur car ils verront Dieu !\n   Ils sont heureux et quelle existence est la leur!\n   C'est la nuit : l'Église, éclairée avec avarice par des cierges fluets et\nrares, prend de mystérieux aspects de crypte ou de catacombe. D a n s\nla pénombre, des formes passent lentement, s'inclinent puis s'immo­\nbilisent en des attitudes de statues. Un chant psalmodié, sans accom­\npagnement d'orgue, par des voix sans t i m b r e , s'élève monotone et\ntriste. On dirait une église d'outre tombe, hantée de fantômes... Mais\nvoici que les frocs bruns se prosternent en groupe au pied de l'autel où\nune forme blanche célèbre une émouvante messe : c'est la communion\nmatutinale des convers et leur première joie. Ils possèdent le Christ!\n   Avant que le soleil se lève, ces moines demandent au Dieu qu'ils\nimplorent, le pardon des fautes qui se commettront en ce jour dont\nl'aube claire s'annonce. Nul mélodieux accord ne r y t h m e leurs prières.\nQu'importe! les harmonies que ces purs entendent sont celles des\nNeufs C h œ u r s !\n   E t toutes les nuits ils reviendront — humbles et silencieux —\ndu même pas traînard, avec les mêmes salutations, les mêmes gestes,\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": " 198                              DURENDAL\n\n\n les mêmes génuflexions, occuper la même stalle et prier jusqu'à l'heure\n — a t t e n d u e ! — où ils se raidiront dans les plis roides de leur froc\n pour résurgir, dans leur gloire, au jour des prophétiques Résurrec­\n tions! Il s'en iront sans pompe et sans cortège. Mais ils partiront\n heureux; pour ces pèlerins en foute vers la Cité céleste, la mort\n est une apothéose plutôt qu'une délivrance.\n    Devant eux, on se sent inférieur, imparfait et i m p u r . Nous, les\n raffinés, nous appelons l'Art et ses magies à la rescousse. Nous croyons\n grâce à L i p p i , à Memling, à Bach — ces convertisseurs! Il nous faut\n les purs arceaux d'une cathédrale gothique ennuagée d'encens, les\n'suaves polyphonies d'un Palestrina, l'embrasement des verrières, les\n notes frêles ou triomphales de l'orgue... Ces moines croient simplement\n sans l'adjuvant de l'art. Dans l'ardeur de leur F o i , ils changent en beauté\n la flagrante laideur des images devant lesquelles ils s'agenouillent.\n    Ils sont de taille — ces inconnus — à réduire au silence les plus\n notoires des philosophes et les plus claironneurs des marchands de\n méthodes ; ils ont trouvé la formule du bonheur ! Ils ont découvert le\n royaume de Dieu.\n    S'ils sont égoïstes et inutiles, interrogez les chemineaux et les sans-\n feu-ni-lieu qui ne heurtent jamais en vain — de leur bâton noueux —\n la porte abbatiale. Écoutez les meurtris et les désespérés dont les\n saignantes blessures sont pansées à cet hôpital des âmes.\n    Après avoir goûté du miel de cette ruche mystique, demandez-vous\n si le miel de l'amour terrestre n'est pas empoisonné!\n    Les habitants de cet asile-paratonnerre concrétisent la Bonté, ils\n attestent l'existence du Bien. Ils enseignent, ils édifient, ils guéris­\n sent, ils bonifient...\n\n  L'abbaye s'élève en un pays perdu — terre de paix et de silence —\nau milieu d'une plaine légèrement ondulante que ferment à l'horizon\nde violettes forêts... L a solitude est propice au recueillement, le\npaysage est d'une beauté sombre et grave.\n  Mais combien plus beau est l'intérieur paysage que contemplent les\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                                DURENDAL                                 199\n\nmoines-laboureurs. Le pays qu'ils habitent n'est pas de ce monde; il\nest parmi les voies lactées.\n   Car ils savent que ce ciel, lourd de nuages gris, cache un au-delà.\n   Et pour eux l'au-delà s'appelle le Paradis.\n                                                      JOSÉ     HENNEBICQ.\n  Abbaye de Forges (Chimay), Septembre.\n\n\n\n\n           LA PRIÈRE DES AMANTS\n\n        Dans la gloire des nefs et sous la paix des voûtes,\n        Nous voici tous les deux, Seigneur, agenouillés :\n        Un recueillement pur ferme nos yeux mouillés;\n        Et les voix de la chair, en nous, se taisent toutes,\n        Dans la gloire des nefs et sous la paix des voûtes.\n\n        De nos âmes en deuil, mon Dieu, si vous vouliez,\n        Vous chasseriez à tout jamais l'ombre des doutes ;\n        Et Votre bon regard éclairerait nos routes;\n        Et Vous feriez fleurir des lys ensoleillés\n        Dans nos âmes en deuil, mon Dieux, si vous vouliez !...\n\n        Ah! daignez nous bénir, lorsque, les chairs dissoutes,\n        La mort purifiera nos corps jadis souillés!\n        Ah! daignez nous bénir, quand l'écho des piliers\n        Répétera pour nous les suprêmes absoutes\n        Dans la gloire des nefs et sous la paix des voûtes !\n\n Août 1896.                                               FRANZ ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "200                               DURENDAL\n\n\n\n\nLA MORT DE DÉSIRÉ SEVESTRE\n\n\n\nI\n       L était mort, le m a î t r e . . . , il venait de mourir dans la nuit. Les\n         journaux du matin, déjà, détaillaient sa biographie, déshabil­\n         laient son existence i n t i m e ; ainsi le veut la gloire... D e quel\n         maître parlé-je ici? Mais, du plus aimé, du plus célébré de tous,\nde celui dont le nom, r y t h m i q u e à souhait, semble-t-il, se pose du\npremier coup sur les lèvres... Sans doute, on lui savait quelques âmes\ncontraires... des gens qui ne le goûtaient pas, dénigraient ses chefs-\nd'œuvre...; esprits singuliers et difficultueux, certes. Que lui repro­\nchaient-ils? De gâcher son talent, — car il en avait, malgré tout, — en\ndes tableaux risqués, de graveleuses situations, des dialogues corsés,\nde louches et malsaines psychologies... Mais, b a h ! qu'importait le\nfond, sous une jolie forme? E t cette forme, il l'avait, le maître. Il\ntenait l'outil... il l'avait tenu. Quel style! L a plus belle des « écri­\ntures artistes », en un temps où les écritures artistes abondent.\nL u i , parmi tous les modeleurs de boue parisienne, était premier.\nAvec quelle vénuste souplesse et quels tranchants coups d'ébau-\nchoir il le sculptait, ce limon fin, léger, dont la cité moderne est\nle méphitique d e l t a ! E t d'abord les femmes, — les honnêtes —\nl'approuvaient, étaient pour lui, ne prenaient point scandale. N'avait-il\npas telles façons de dire...? J a m a i s la nausée du mal avec l u i ; tout\njuste ce petit pli de lèvre que cause le piquant d'une venaison bien\nfaisandée; la limite de corruption comestible... c'était exquis.\n  Aussi le pleurait-on, de vraies larmes, comme le monde en aura\ntoujours pour l'amuseur discret, l'homme habile et décent qui sait\nchatouiller, sans fracas, les fibres suspectes... E t voilà que ce deuil\nmettait en rumeur tout Paris. P a r i s , la Ville monstre, où tout existe,\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                               DURENDAL                               201\n\n\noù tout est représenté, ange et brute, Gabriel et Lucifer, Pénélope et\nP h r y n é , Socrate et Diogènè; — où la bonne sœur dérange de sa cornette\nempesée les plumes au vent de la fille, où le savant pensif heurte\nl'oisif fêtard, où l'apprenti vêtu du bourgeron bleu de l'usine a le droit\nd'allumer sa pipe au cigare du passant notable... T o u t ce monde\napprit à la fois que Désiré Sevestre était mort.\n    Car si la disparition d'un utile passe souvent inaperçue, celle d'un\namuseur est publique. Il est exalté des uns, vilipendé des autres, mais\nconnu de tous : ceux-là plaignent sa fin; ceux-ci son â m e ; en résumé,\ntous se préoccupent de lui. T e l est le privilège du scandale.\n    Bien peu, c'est vrai, dans cette phrase : « Désiré Sevestre est\ndéfunt », voyaient planer comme une peur de l'Au-delà, je ne sais\n quelle aube funeste et couleur de flamme... O h ! non, c'étaient,\n dans les bouches mondaines, des imprécations au Destin, toujours\n cruel, suivant la formule courante, au Destin jaloux du talent, de la\n sève h u m a i n e ; et puis des réflexions classiques et païennes sur\n l'aveugle implacabilité d'un personnage qu'on se représente en\n squelette, un linceul jeté sur les humérus, et portant l'outil du\n faucheur.\n\n   Mais, pour le moment, on n'insistait pas sur ces choses. Maître\nDésiré Sevestre était là, — du moins tout ce qu'on pouvait voir,\ndésormais, de Désiré Sevestre — gisait là, « dans le décubitus\ndorsal », comme disent les médecins, c'est-à-dire sur le d o s ; — blême,\navec ce ton cireux, cette expression figée du visage, qu'ont les défunts;\nles doigts joints raidis sur un crucifix ajusté, la mentonnière serrée\npar un nœud sur l'occiput... E t trois hommes, pressés, attendaient,\nmunis de la lampe à soudure, du soufflet, de tout ce qu'il faut pour\nmettre un homme de nos temps modernes en cercueil.\n   Quand le travail fut achevé, la vieille bonne, sanglotant, fit la\ntoilette de la bière. Sur le drap des pompes funèbres, lamé d'argent,\nelle posa, méthodiquement les couronnes. Il y en avait d'artificielles,\ntissées de perles prétentieuses et pauvres, comme des squelettes de\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": " 202                            DURENDAL\n\n\n couronnes. Les plus jolies étaient toutes en fleurs fraîches, et vivantes;\n seulement, elles faisaient avec l'odeur de mort et d'acide phénique\n mêlées, un parfum louche et fade, dont plusieurs dames, en entrant,\n furent incommodées... La chambre mortuaire,— hier encore chambre\n à coucher — était, au fait, bien étroite pour tout ce monde. Jamais\n Sevestre n'avait reçu tant de visites à la fois. C'était un bruit de pas\n piétinant le parquet, en procession confuse, un frou-frou de robes de\n deuil; c'était un concert de voix en sourdine, celles des hommes en\nbourdon continu, celles des femmes en sursurrement babillard, étouffé\npar les mouchoirs humides. Et l'on parlait, l'on trouvait, à trois pas\ndu cadavre enfermé dans sa bière, cent choses à dire... C'étaient dans\nce coin, près du lit vide, des échos de la dernière maladie, celle qui\nl'emporta; le diagnostic et le pronostic du médecin traitant, son erreur\nfatale, la suprême consultation ; puis toute cette série d'incidents qui\nse répète à chaque cas semblable : l'affaiblissement du cœur, l'urémie,\nles injections de caféine pour réveiller, les piqûres de morphine pour\nengourdir, moments prévus, ponctuels, de cette tragédie bourgeoise\nqui s'appelle un décès, dont nous avons été spectateurs et par lesquels\nil nous faudra passer, nous aussi, à moins qu'une tuile ne nous tue\nraide, en passant dans la rue, ou que, passager sur un transatlantique,\nnous prenions aux marins l'originalité d'avoir l'Océan pour tombeau.\n\n   Dans une autre encoignure de la pièce, accoudés au bureau du\n maître, deux messieurs, fort considérables, au témoignage de leur\n rosette rouge, causent du fauteuil vacant à l'Académie, — car Sevestre,\n ayant triomphé des pudeurs, — en était; — aussi du siège vacant au\n Sénat, — car Sevestre, non content d'être' un immortel, était encore\ninamovible... Et la critique littéraire bat déjà sa caisse vide et\nbavarde, à coups de baguette étouffés, autour des œuvres du défunt.\nOn loue par-ci, blâme par-là. On invoque la sélection sévère du\ntemps devant les monceaux de manuscrits laissés là, sur le bureau\ntout ouvert; on fait ses réserves sur l' « écriture », la psychologie, les\nétats d'âme... que sais-je? — Aucune, par exemple, sur cette impru-\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                               DURENDAL                               203\n\ndence effroyable de créer, hors la Nature, des organismes moraux\nmonstrueux, — folie du Wagner de Goethe, dans Faust, faisant\ngermer, de sa fiole d'alchimiste, Homunculus.\n  Chose à peine croyable, sur trente âmes rassemblées dans cette\nchambre où la Mort passa, cette nuit, nulle ne s'avise d'un rapproche­\nment, pourtant bien facile, entre ce corps embaumé de fleurs, escorté\nde respects et de rites,— et l'âme, silencieusement partie pour l'Inconnu,\npeut-être honteuse, à cette heure, et frémissante...\n\n   « Messieurs, quand il vous plaira », dit très haut, mais sans crier,\nl'Ordonnateur. Il était long et maigre, blanc de cheveux, bien drapé\ndans son joli manteau noir démodé, d'une solennité très exactement\nproportionnelle au chiffre de la classe, la quatrième, — une classe\nriche encore et très conséquente. — Alors la bière, pesante à cause du\nplomb, fut enlevée, d'un effort, par les quatre porteurs en habit; on la\ndescendit, par l'escalier, sous la porte-cochère.\n   Sevestre l'avait bien des fois descendu, cet escalier, tantôt gaillard,\ndispos, en douce digestion, le plan d'une nouvelle bien grasse dans la\ntête, tantôt l'humeur maussade, quand l'estomac fonctionnait mal, et\nque la verve faiblissait. La dernière fois, c'était huit jours avant, — il\nétait très oppressé vers les dernières marches. Le médecin l'avait\naverti : « Votre cœur ne bat que d'une aile », disait-il. Mais Sevestre,\navec sa voix de basse profonde, et son rire de pléthorique confiant,\nrépondait qu'une aile suffisait à voler, pour un tourtereau de son âge.\n   Et, à cette fin d'étudier sur le vif les profondes psychologies, cet\nhomme de lettres avait les dévouements d'un savant de laboratoire; il\npassait ses nuits dans des expériences curieuses, et périlleuses, — dont\nil redonnait la quintessence en ses livres. A ce prix, il avait gagné\nl'estime des critiques qui louaient son talent documenté, conscien­\ncieux, — et contracté, du même coup, l'hypertrophie dont il\nmourut.\n   Parents, amis, collègues, connaissances de boulevard, la longue et\nlaide file de chapeaux droits et de redingotes se met au petit pas,\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "204                              DURENDAL\n\nderrière le char balancé sur ses essieux, mollement, bourré de fleurs.\nOn conduit Désiré Sevestre à l'église.\n\n   Désiré Sevestre y est d'ailleurs attendu, tout est prêt pour le rece­\nvoir comme il faut. Avis d'un décès fut transmis l'avant-veille, au\nclergé de sa paroisse..., sa paroisse où d'ailleurs, il ne fréquentait\nguères; et des tentures noires à crépines d'argent masquent les arcades\nde la nef, à chaque travée, un écusson porte les initiales D S. Au\nchœur, le catafalque vide attend, brillant de cierges, comme un nou­\nveau lit de mort. L'organiste est à son poste, les doigts sur le clavier;\nles suisses, en grand deuil, sont debout, hallebarde prête à frapper,\ndes deux côtés du grand portail ouvert.\n   U n e poussée de foule, silencieuse, et pourtant b r u y a n t e . . . Les\nchaises qui s'écartent pour laisser passage à la bière, dont le sapin,\nquelques instants, s'offre à nu... C'est Désiré Sevestre qui fait son\nentrée dans l'église. Aussitôt, quelques accords d'orgue, en mineur, et\nle chœur attaque le De profundis.\n   O h ! la beauté de cette phrase simple, et terrible, comme elle noie,\nde sa longue vague, tous les résidus factices et gâtés que laissait\nl'œuvre de Désiré dans les cerveaux! Oui, ces fantômes obsédants\nd'hétaires, et de courtisanes bourgeoises, de souteneurs en habit,\nd'escrocs courtois et fêtés, ces tableaux de fines parties aux restaurants\nde tolérance, de fiacres complaisants aux stores mi-baissés, ces adul­\ntères niais et lâches, ces imbroglios mesquins de vaudeville, tout ce\nnuage empesté, vapeur planant sur un marais..., une voix d'enfant de\nchœur, se levant dans la nef étouffée de tentures, assombrie, — tel un\nvol d'oiseau blanc, — les dissipe.\n   Qu'est-ce qu'il chante, cet enfant qu'on ne voit pas, mais qu'on\ndevine, là, derrière l'autel, en camail violet, debout entre le buffet\nd'orgue et la crosse géante des contre-basses? — Voici :\n   « Du fond, du tréfond de mon cœur, prêt à cesser ses battements,\nô Dieu que si longtemps j'oubliai, — j'appelle au secours!... O h ! ne\nferme pas l'oreille à mon cri... »\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                                 DURENDAL                                 205\n\n\n   Il y a vingt années, lorsqu'un geste de concupiscence orgueilleuse\nme fit saisir la plume afin de retracer ce qui brûle les âmes et les\nsouille, je me sentis, soudain, arrêté... U n ange, je sentis son souffle pur\nsur ma joue, retenait ma main, m'empêchait. Mon style alors suspendu,\nje rêvai.\n   Je vis une nef blanche, et tranquille, où moi, l'enfant de douze ans,\nqu'on avait voué à la Vierge, je marchais, le bras ceint d'une écharpe,\nà la T a b l e , pour communier...\n   Depuis j'eus d'autres joies, mais rouges de flammes hélas! ou\nglauques, couleur d'abîme. Je n'eus jamais plus de joies blanches.\n   P e n d a n t vingt ans, Seigneur, j'ai souffert. Car je faisais le mal, je\ncommettais le péché chaque jour, et chaque nuit, et je savais le mal\nque je faisais, j'étais conscient... U n jour, je cessai de souffrir; hélas!\nma conscience était morte, tu t'étais justement vengé, en la tuant.\n   Puis, soudain, je me sentis frappé dans mon corps. L a fièvre alluma\nson feu, pareil à celui de luxure, en mes veines. Je me couchai dans\nun lit d'où je ne devais plus me lever... Alors, j'ai lutté, mais point\ncontre le péché, — contre la Mort. T o u t e mon énergie s'amassait pour\nla repousser, cette Mort affreuse dont l'idée me mouillait de sueurs\nfroides.\n   Elle me toucha pourtant. Je brûlai très fort, puis me sentis glacé...\nC'était Elle, c'était la Mort. Son nom se posa sur mes lèvres, et je\ntremblai, sous mes draps, attendant ce qui allait m'arriver.\n   T o u t allait finir, et bientôt, mes yeux, malgré des efforts éperdus,\ns'appesantissaient; je ne distinguais plus l'étoile des cierges au pied\nde mon lit ; mais je sentais encore l'odeur de cire, et j'entendais — le\nm u r m u r e doux de prières qu'un prêtre...\n   De profundis! De l'abîme glauque et sans fond, où je me sentis couler,\npour toujours, — Seigneur, j'ai crié vers toi. Clamavi ad te, Domine!\nDieu, reprends-moi à temps ! Tends-moi la main... P a r d o n . . . ! O h !\npardon d'avoir souillé mon âme, mon âme blanche,, mon âme de\npremière communion! P a r d o n d'avoir souillé d'autres âmes! T é m o i n\nce prêtre, dont mes yeux obscurcis ne distinguent plus, déjà, le\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "206                             DURENDAL\n\nvisage..., dont mes oreilles assourdies ne vont plus entendre la voix,\ndans une minute, — je confesse mes fautes, oui, toutes mes fautes,\ntoutes; et j'ai l'horreur du mal que j'ai fait. Écoute, ô Dieu de pitié, ma\nprière : Exaudi vocem meam... Je renonce...\n\n\n   « Docteur, dites-moi, croyez-vous qu'il avait sa connaissance,\nencore, quand M. le Vicaire de Saint-Roch est venu lire, à son lit, la\nprière des agonisants? »\n   « Non, Madame, c'est impossible. Le pouls, à ce moment-là, ne\nfrappait plus mon doigt. Voyez ce tracé, d'ailleurs; le sphygmographe\naccuse une ligne à peu près droite... Dans ces conditions, l'anémie\ncérébrale et cardiaque est complète. Le faible mouvement des lèvres\ndont vous me parlez n'est qu'un reflexe, un geste machinal... Après\ntout, c'est la plus belle mort que j'aie vue... une mort très douce... »\n   « Mais pourtant, Docteur, à l'instant suprême, ne peut-il se faire\nun retour de vie, si faible soit-il, une lueur, un éclair, la force et le\ntemps nécessaire pour dire, en soi-même, un oui, pour consentir?... »\n   Ce fut le prêtre, alors, qui répondit :\n   « Madame, dit-il à la veuve de Désiré Sevestre, qui pleurait,— Dieu\na l'Infini à sa disposition; Il peut faire tenir le mot pardon dans un\nmillième de seconde. »\n                                                 MAURICE    GRIVEAU.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                                     DURENDAL                                      207\n\n\n\n\n                                    Vœu\n              Que je voudrais, ton bras appuyé sur le mien,\n              M'en aller lentement par un parc ancien !\n              Tu sourirais avec une exquise indolence ;\n              Tes mots dits à mi-voix auraient, dans le silence,\n              La grave inflexion de ceux-là que jadis\n              Une âme virginale et tremblante m'a dits...\n              Nous irions pas à pas, savourant l'heure brève ;\n              Après tant d'amoureux nous ferions le beau rêve\n              Dont les hommes toujours ont bercé leur ennui...\n              La nuit d'été viendrait, la tiède et calme nuit;\n              Et nos cœurs sentiraient, devant son grand mystère,\n              A quel point, quand on aime, il est doux de se taire.\n\n                                                         FERNAND      SÉVERIN.\n\n\n\n\n                              LES          LIVRES\n       Comte ALBERT DU BOIS : L e u c o n o é . (Paris, LEMERRE, fr. 3.50.)\n\n\n\nM      du Bois est un païen, un païen intellectuel qui aime le paganisme, et dans le\n      • paganisme, la pensée et l'art grecs, d'un amour absolu, exclusif, intransigeant.\nA son sens \" l'esprit humain est impuissant à rien ajouter à l'art et à la morale de la\nGrèce... Depuis vingt-trois siècles nous n'avons rien conquis \". Cette élimination\nsommaire de toute l'influence chrétienne est appuyée d'autre part par un essai de\ndémonstration de la « stérilité artistique » du christianisme. \" La religion chrétienne,\ninterroge l'auteur, basée sur le surnaturel, ne s'inspirant que du surnaturel, que\npouvait-elle avoir de commun avec l'art qui ne peut exister en dehors de la nature? \"\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "208                                     DURENDAL\n\n   En ce temps, où les littérateurs sont à la recherche d'attitudes inédites, voilà une\npose qui ne manque point d'originalité; ajoutons que M. du Bois joue le personnage\nqu'il a rêvé d'être avec une impeccable et logique ténacité; accordons-lui même un\nréel talent pictural et évocatif dans la reconstitution jadis d'Athènes — on n'a pas\noublié ses Amours antiques — et aujourd'hui de Sparte — son nouveau livre s'inti­\ntule Leuconoé... L'artiste est certes le meilleur juge des coins d'histoire dans laquelle\nil encadrera ses œuvres — et on aurait mauvaise grâce de contester à M. du\nBois le droit de tourner de préférence ses regards vers l'antiquité, et de ressusciter\nd'elle, en un style d'une plasticité sobrement colorée, les périodes les plus gran­\ndioses et les plus captivantes : le néo-hellénisme est, comme tout autre, un genre\nlittéraire qui peut avoir ses chefs-d'œuvre — et Leuconoé est un livre qui a de\nremarquables qualités de conception et d'écriture; ce dont M. du Bois aurait dû\ns'abstenir — chrétien, élevé dans la religion chrétienne et lui redevable de ce qu'il\ny a de meilleur même en ses facultés d'artiste — c'est de tourner son panégyrique\ndu paganisme en réquisitoire contre le christianisme, de faire passer celui-ci comme\nune inutilité, sinon comme une calamité, et d'oublier systématiquement, dans sa\nnostalgie fanatique de la Beauté païenne, que si l'Art grec a produit Phidias,\nSophocle, Homère, l'Art chrétien a suscité Memling, Van Eyck, Dante et F r a\nAngelico, et que les cathédrales du moyen âge sont aussi belles — d'une beauté\nautre et à notre sens plus haute — que l'Acropole et les Parthenons.             F . V.\n\n\n   ANDRÉ GIDE : L e s N o u r r i t u r e s t e r r e s t r e s . (Paris, Société du Mercure\n                                         de France.)\n\n\nD     ÉGAGÉ   de son symbolisme pénible, ce livre me paraît être le manuel de\n      l'instinct — un essai de renouveau de la nature humaine par l'oubli de toutes\nles contingences amoncelées par l'hérédité et le milieu; l'auteur s'acharne à voir\ntous êtres et toutes choses avec une âme neuve de primitif; il y réussit parfois et\nalors — car M. André Gide a le style imagé et frissonnant — ce sont des aperçus\nd'une pénétrante originalité... Mais pour conquérir quelques pages attachantes et\nbelles, que d'incohérences à traverser, que de tâtonnements à faire, que de bavar­\ndages à subir !                                                            F . V.\n\n         TEODOR DE WYZEWA          : É c r i v a i n s é t r a n g e r s . (Deuxième série.\n                                      Paris, P E R R I N . )\n\n\nL     A deuxième série des Écrivains étrangers, par M. Teodor de Wyzewa fait\n        regretter la première série... C'est en grande partie un défilé de sous-ordres :\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                     DURENDAL                                        209\n\nil ne nous dit sur Ibsen et Tolstoï que ce qu'il nous avait dit déjà — et il nous le dit\nhâtivement et partant moins bien; et ces aperçus sommaires sur l'œuvre de ces\nmaîtres sont encadrés, d'autre part, par des études plutôt ardues sur de subalternes\nromanciers anglais et allemands; seuls deux chapitres méritent de retenir l'atten­\ntion : le premier est relatif à la littérature féministe en Angleterre — avec l'analyse\nd'un curieux roman sur l'union libre; l'autre enregistre, sur Henry Heine, l'opi­\nnion des principaux écrivains allemands, à propos d'un projet de monument à\nélever à Mayence au poète allemand, contempteur de l'Allemagne; mais en ces deux\nchapitres — comme en plusieurs autres du reste, où l'auteur résume des œuvres\nétrangères — l'apport personnel de M. de Wyzewa est réduit au minimum.\n  Il est fâcheux qu'un écrivain de cette valeur condescende à bâcler des volumes\navec des rognures de revues !                                            F . V.\n\n\n   I. PACHEU, S. J. : É g l i s e et P a t r i e . (26 pages. — Chez P L O N , Paris.)\n\n\n\nC     E discours, prononcé à Saint-Sulpice, respire le large, fécond et bel enthou­\n        siasme qui traversait déjà l'œuvre antérieure du R. P . Pacheu : De Dante à\nVerlaine... Ce Jésuite est un fils de son temps, l'aimant de sincérité et de vaillance\net il faut lire les pages vibrantes, où comparant notre siècle aux époques révolues, il\ndemande qu'on remplace « par une équité sereine, les jugements découragés sur le\nmalheur des temps >.             «                                            F . V.\n\n\n      R o s e a u x p e n s a n t s , par ROBERT DE MONTESQUIOU.   (CHARPENTIER.)\n\n\n\n\nL   'ÉCRITURE   complexe et diffuse des Chauves-souris, du Chef aux Odeurs suaves et\n       des Hortensias bleus se simplifie en ce volume, qui réunit les chroniques\néparses d'un dandysme rare et précieux. M. de Montesquiou aime des fleurs —\norchidées, chrysanthèmes, volubilis — la forme bizarre et gracile, les couleurs\nétranges et les attendrissantes suavités. Aussi nous décrit-il, avec scrupule et une\nminutie charmante, l'œuvre de Gallé et de Lalique, les artisans subtils, bijoutier\nde cabinet des gemmes, ébéniste et verrier. L'un a des perles creuses, des coupes,\ndes drageoirs, des pommes de cannes ou de parasols; dans ses pandeloques fulgu­\nrantes ou faiblement éclairées, il endort ou réveille la flamme qu'il a volée, en des\nveinures affolées, des chevelures sinueuses, des fleurs inemployées, des insectes\ndiaprés; l'autre a des vases murrhins, \" frères de ces mystérieuses coupes dont\nl'antiquité s'ennorgueillit sans nous les traduire, et dont nous jugeons l'ensorce­\nlante beauté par l'étrange délire qu'elles inspiraient d'en ronger les bords \"; dès\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "210                                  DURENDAL\n\nvases dont la pâte préparée selon des assemblages discrets se nuance de tons\ncorrespondants à des plantes symboliques.\n  Plus loin, dans un fouillis de broderies, de colliers et de tentures, dans un bric-\nbrac nouveau, précieux et amusant, voici des pages curieuses sur le mobilier libre.\nL'art appliqué aux objets usuels, la réverbération de l'âme ténue ou tourmentée\nsur les choses qui nous entourent semble être le constant souci de l'auteur.\nN'avons-nous pas vu, à une exposition récente, une horloge ouvragée de ses mains\nsveltes et héraldiques ? et à ce goût passionné du moderne se mêle pourtant le culte\npieux du passé fâné; s'il aime Mallarmé, Kahn et Griffin, il a vanté davantage, en\nune conférence mémorable, la douceur exquise de Mme Desbordes Valmore; et s'il\ncélèbre M. Bing, en répétant avec Lafontaine :\n\n                II me faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde !\n\nil prétend que l'art de l'ameublement consistera au moins autant dans le groupe­\nment subtil et disert, de choses en apparence disparates, dans l'union assortie du\nnouveau et de l'ancien que dans les récentes créations, lesquelles, à elles seules, ne\nsauraient offrir qu'un intérêt arbitraire.\n   Et le livre compact, documenté, bourré de faits et de noms aux sonorités exo­\ntiques ou inconnues, se poursuit dans les parfums, les sons et les couleurs. Toutes\nles fleurs y passent, tous les oiseaux aussi. L'accumulation leur nuit peut-être. Il\neût fallu les savourer, dans le journal où elles parurent, en tranches séparées, car\nl'on en sort, aujourd'hui, ivre un peu et troublé, comme un visiteur au sortir d'une\néchoppe japonaise. Il a vu des teintes disparues et des formes surannées; ses yeux\nsont las et l'odeur des étoffes dépliées, du thé et de l'opium bourdonne dans\nsa tête.                                                                    T H . B.\n\n\n      C a n t i q u e s d u Cantique, par JACQUES NERVAT et MARIE CAUSSE.\n                            (Bibliothèque de l'Effort, Toulouse.)\n\n\nC    OMME le dit une courte préface, c'est pendant de longues fiançailles que ces vers\n       ont jailli de deux âmes qui se sont penchées l'une vers l'autre pour se pénétrer.\nIvres de leur amour, amoureuses de leur ivresse, elles se sont mêlées dans la joie;\nl'univers leur a paru plus lumineux, la vie plus digne d'être vécue, et, comme des\nenfants qui ont trouvé un beau papillon, le montrent à tout venant, au bout de\nl'épingle avec laquelle ils l'ont transpercé, elles ont fixé dans l'ombre, avec le\nrythme, le beau papillon de leur amour, et, fervemment, le portent à la clarté.\n  Elles chantent tour à tour. Il lui dit les mots de confiance et de joie. Elle lui\nrépond les paroles d'abandon, de douceur et de calme. Et par la Clarté, l'Exil et le\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                     DURENDAL                                          211\n\n\nDépart se prolonge cette Bonne Chanson à deux voix. Il ne m'en voudra certes pas\nsi je trouve qu'Elle a dans sa simplicité d'enfant naïve et heureuse un charme plus\nattachant. On devine qu'Elle ne transcrivit pas pour d'autres les douces émotions\nde l'amour; et l'on redoute qu'il ne soit mêlé chez Lui à cette ferveur un certain\nsouci de forme et de publication enlevant à ses vers toute grâce d'intimité et\ntoute saveur primesautière.                                               T H . B.\n\nGABRIEL SEAILLES     : E s s a i sur l e Génie d a n s l ' A r t . (Paris, F É L I X ALCAN.)\n\n   « Le génie est une longue patience. » Ce proverbial axiome pourrait servir\nd'épigraphe au livre récent, où M.Gabriel Séailles a étudié le génie dans ses origines\net dans ses éléments et a essayé de démontrer que loin d'être « hors la nature,\nsuspendu dans le vide par un miracle capricieux \", le génie ne rompt pas la conti­\nnuité des phénomènes spirituels, mais apparaît comme l'harmonie parfaite de toutes\nles facultés humaines.\n   La démonstration est longue et ample, fortement fouillée, logiquement déduite et\nspirituellement relevée par des digressions très personnelles et très originales sur\nl'art...\n   Peut-être la théorie de M. Séailles a-t-elle le tort — comme conclusion finale et\nimplicite — de ravir au génie sa belle instinctivité large, impétueuse et grandiose\net de l'ériger en la plus idéale des habiletés?\n   Un beau livre en tous cas — et qui fait penser.                               L.\n\n\n\n\n                            LES REVUES\n\n   En un style bellement imagé, M. Léon Souguenet, dans la Revue Générale, replace\nle polytyptique des frères Van Eyck, l'Adoration de l'Agneau, en le milieu historique\nqui le vit naître et analyse magistralement l'effet que dut produire l'immortel chef-\nd'œuvre sur ses premiers admirateurs. C'est une page de critique artistique, inten­\nsément évocative.\n   La Lutte publie, de M. Paul Mussche, des Chansons d'une attachante et mélanco­\nlique délicatesse.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "212                                 DURENDAL\n\n Dans la Jeune Belgique, M. Albert Giraud réfute les partisans de la « prosodie\nmusicale > par des citations d e . . . Paul Arène.\n C'est plus amusant que décisif.\n  La Trève-Dieu a de beaux vers parnassiens de Robert de la Villehervé et de\nCamille Maryx.\n  Dans la Revue Nationale, M. Maurice Le Blond traite, d'une façon élevée et origi­\nnale, du Sectaire dans les A rts.\n   Dans l'Ermitage, M. Alphonse Germain, à l'appui d'une étude enthousiaste sur\nJoseph Coront, publie, de l'artiste, un dessin d'une belle et hiératique harmonie de\nlignes.\n  Le Magasin Littéraire donne une « Revue de Livres », par William Ritter; à remar­\nquer surtout quelques pages sur Barbey d'Aurevilly, à propos des volumes posthumes\ndu maître : Poussières, Rythmes oubliés.\n   L'Art Moderne a rendu hebdomadairement compte des promenades de vacances\nde ses rédacteurs : les uns s'en furent rêver à Elseneur; d'autres se contentèrent\nd'aller découvrir à nouveau la plaine de Waterloo.\n L'évocation de Blanqui — le révolutionnaire célèbre — fournit à M. Camille\nMauclair, dans le Mercure de France, l'occasion d'une \" leçon d'énergie \" de vrai­\nment vaillante et vibrante allure.\n  Dans la Quinzaine, M. Ugo Osetti traite d'une manière intéressante de la Renais­\nsance littéraire en Italie.\n Dans le Sillon du 10 septembre, de belles \" Impressions de Bayreuth \", par\nM. Louis Gillet.\n\n\n\n\n                               NOTULES\n\nU    N beau médaillon de Barbey d'Aurevilly, découpé clans l'intéressante étude que\n      M. Paul Festugières, du Sillon, consacre au « Connétable des Lettres\nfrançaises » :\n   « Homme d'action, à la manière des ancêtres, il était, comme eux encore,\nhomme de convictions et de principes, homme de foi. La foi n'est aussi bien qu'une\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                      DURENDAL                                        213\n\nforme du caractère et de l'action. Et il ne prit pas la peine d'aller s'enquérir au loin\ndes croyances auxquelles il dut accorder sa foi; il se contenta de garder celles qui\nl'avaient accueilli dès son entrée dans la vie, et dont il avait pu se pénétrer tout enfant\nen respirant la brise normande. Issu d'une famille et d'un pays restés profondément\nroyalistes et catholiques, il conserva lui-même cet inébranlable attachement au prin­\ncipe d'une autorité souveraine et à la doctrine de l'Église. Cette tradition héréditaire,\nil l'accepta sans hésiter, sans même songer à discuter ni à vérifier, parce qu'elle\nconvenait merveilleusement à sa propre nature, parce qu'elle était faite pour lui,\nparce qu'il était Normand. C'est ainsi qu'il devint un réactionnaire; il le fut de\nnaissance et par la force des choses; il y était prédestiné. Mais en plus, il le fut à sa\nfaçon, avec la fougue et l'outrance de son tempérament; il le fut dans toute l'accep­\ntion du mot, en tout et partout, sans ménagement, comme un homme qui ne sait\npoint s'arrêter à mi-chemin. Il fit profession de l'être; il eut la réaction intraitable\net agressive. Au sein d'une société qui inclinait de plus en plus vers une égalité\nniveleuse, il se fit gloire de proclamer que l'inégalité est naturelle et nécessaire\nparmi les hommes, qu'elle doit être consacrée par les institutions, et qu'il faut que\nles peuples obéissent à des maîtres qu'ils ne se sont pas donnés; en face de l'incré­\ndulité générale, il déploya son catholicisme au-dessus de sa tête comme un provo­\nquant étendard. L'Église n'eut jamais d'apologiste plus convaincu et plus\nsystématique; il fut catholique envers et contre tout, de parti pris. Mais il ne faisait,\nen tout ceci, que pousser à l'extrême les propres tendances de sa race. \"\n\n\n\nE    NTRE deux méthodes d'enseignement — celle du Père Verest et celle de l'Abbé\n       Guillaume — notre ami F . V. s'étant prononcé pour la seconde, parce qu'elle\nest plus chrétienne sans être moins scientifique, la Jeune Belgique dit que l'aveu est à\nretenir.\n   Le découpage est habile et nous voyons d'ici que la Jeune Belgique en fera usage\nau premier jour pour nous accuser de faire de l'art et de la science les vassaux de\nla religion. Mais il suffit de lire le reste de l'article de notre ami — et notamment\nla finale — pour s'apercevoir que cette conclusion serait aussi fantaisiste que\npeu loyale.\n\n\nT    ROIS ARCHÉTYPES.       — La Revue naturiste — une publication d'une belle\n       vaillance idéaliste — nous apporta, dans son numéro d'août, un manifeste de\nM. Georges Rency sur la littérature belge. ..\n   Personne jusqu'ici — pas même l'Art moderne! — n'ayant proclamé qu'avec\nl'entrée dans les lettres de MM. Vandeputte, Ruyters et Rency, un art nouveau\nnous était né, ces messieurs, obéissant à leur conscience d'artiste, se sont trouvés\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "214                                    DURENDAL\n\ndans l'obligation de se présenter eux-mêmes « c o m m e l e s a u t h e n t i q u e s repré­\ns e n t a n t s d e l'art e n ce p a y a \".\n   Et Giraud, et Gilkin, et Demolder, et Severin, et Goffin, et tous ceux qui firent\ndes œuvres, pendant que les archétypes biberonnaient encore? Peuh! ce furent\ngens d'une \" époque inutile et stérile, quelques-uns n'ayant aucun talent, d'autres en\npossédant un peu, d'autres même beaucoup \", mais, ajoute M. Rency, « nous nous rions\négalement de leurs pénibles compositions... Cette génération n'a eu d'autre utilité que de\nnous préparer le terrain... Elle nous a montre ce que nous ne devions pas faire... Nous\ngrandissons, joyeux, sur ses ruines. »\n   Et pour finir, les archétypes proclament que seules leurs tendances \" sont celles\nm ê m e s q u i d i c t è r e n t t o u j o u r s l e s oeuvres é t e r n e l l e s \".\n   Œuvres éternelles !\n   Il faut lire en son entier (Revue naturiste, numéro d'août, pages 273 à 280) ce chef-\nd'œuvre de puérile et vaniteuse bêtise. Tout d'abord on voudrait s'indigner — tant\nil y a d'injustice dans cet orgueil — mais on finit par rire, par rire aux éclats, — tant\nil y a dans cet orgueil de sottise, de naïve et présomptueuse sottise de gosses...\nAh! les poussins qui veulent en imposer en se fourrant une plume de paon à . . .\nl'arrière-train !\n\n\nP     ENSÉE DU Mois    :\n         \" Qu'il tienne l'ébauchoir, la plume ou le pinceau, l'artiste ne mérite véri­\ntablement ce nom que lorsqu'il donne une âme aux choses de la matière, une forme\naux choses de l'âme, que lorsque, en un mot, il idéalise le réel qu'il voit et réalise\nl'idéal qu'il sent.                 \"                 ALEXANDRE DUMAS F I L S .\n\n\n\n\nU    N écrivain français — Léon Gautier — est mort récemment, auquel les moder­\n      nistes catholiques doivent un souvenir reconnaissant.\n  En un temps — il y a trente ans — où il était encore de mode et presque de\nprincipe chez les chrétiens de décrier le temps actuel et de mépriser l'art contem­\nporain au profit du néo-paganisme classique, Léon Gautier osa fièrement prendre la\ndéfense de la littérature du XIXe siècle :\n    « En examinant, disait-il, l'état actuel de ce qu'on a si bien nommé \" la littéra­\n> ture >, nous aurons lieu de nous réjouir d'un progrès certain, et de concevoir de\ngrandes espérances. Si l'on veut nous permettre de dire très nettement notre\npensée sur ce sujet, nous n'hésiterons pas à proclamer que notre siècle nous paraît,\nlittérairement, très supérieur aux siècles précédents, même au XVIIe. »\n    Et cette idée, qui depuis lors fut placée au faîte du programme de la jeune litté­\nrature catholique, Léon Gautier la développa avec une inlassable ténacité, entre\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                     DURENDAL                                     215\n\nautres dans ses Études littéraires pour la défense de l'Église et dans ses Lettres d'un\nCatholique.\n   Et jamais les travaux si attachants et si fouillés que l'écrivain entreprit sur les\nLettres du Moyen-âge, ne purent amoindrir en lui ce viril et enthousiaste amour de\nl'art moderne.\n   Nous saluons respectueusement la mémoire de ce précurseur des idées que nous\ndéfendons.\n\n\nL    ES officieux du ministère des Beaux-Arts font annoncer dans la presse que le\n      département de M. de Bruyn songerait à subordonner à un droit d'entrée la\nvisite de nos musées nationaux.\n   En vérité, voilà une mesure réellement démocratique !\n   Et notre peuple belge dilapidait vraiment trop de temps, n'est-ce pas, devant les\nchefs-d'œuvre de l'art?\n   La mesure préconisée comblera une lacune : on demande le nom du rond-de-cuir\nqui s'en est aperçu.\n\n\nB   RUXELLES    vient de perpétuer le souvenir du bourgmestre Anspach par une\n      fontaine en chocolat Suchard.\n   Au siècle prochain, M. Buls — il peut s'y attendre — sera transmis aux généra­\ntions futures sous la forme d'une colonne Liebig.\n   L'art appliqué aux places publiques !\n\n\n\nQ     UE des Congrès flamands se réunissent où soient glorifiés les maîtres des Arts et\n       des Lettres de Flandre et où soient coordonnés les efforts en vue de la propaga­\ntion de la langue et de la littérature flamandes, nous n'avons rien à y redire; nous y\napplaudissons même, et d'enthousiasme, car pour se servir d'un instrument différent,\nles écrivains d'expression française et les écrivains d'expression flamande collaborent\nà un même idéal, et pour notre part nous honorons de la plus profonde admiration\ndes maîtres comme Guido Gezelle, Hugo Verriest, Paul de Mont, Claeys et d'autres.\n  D'autant plus sommes-nous en droit de protester, comme chrétiens et comme\nartistes, quand dans ces réunions de lettrés flamands (le cas vient encore de se passer\ntout récemment à Audenarde) on permet à des cuistres mal embouchés de proclamer\nque les écrivains qui se servent en Belgique de la langue française travaillent\n« à la démoralisation et à l'abâtardissement de leur pays ».\n  Sans songer le moins du monde à rendre les Lettres flamandes responsables de ces\nincartades de politiciens, nous nous permettons de regretter que les vrais artistes\net littérateurs présents au Congrès n'aient point cru devoir relever, comme ils le\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "2l6                                  DURENDAL\n\nméritaient, ces inqualifiables outrages à l'adresse de leurs frères de Lettres, écrivant\nen langue française.\n\n    LA dégringolade de la Comédie-Française a amené « le premier Théâtre de\n      France » à reprendre la... Vie de Bohème, de Miirger... Tant mieux du reste\npuisque l'aventure donna l'occasion à la critique française de grater la dorure de\ncette idole des rapins et des grisettes et de réduire à sa très mince valeur artistique\nce Georges Ohnet de la vie estudiantine d'autrefois.\n   M. Ernest La Jeunesse s'est, entre autres, chargé de cette salutaire besogne et il\nécrit dans le Journal :\n   « C'est un nom, c'est de l'attendrissement, c'est une légende. La voici : Poète\nmourant de faim ou à peu près, à qui le succès vint trop tard, alors que la misère\nl'avait épuisé et lui avait arraché son âme, Miirger mit toutes ses souffrances, tout\nson être dans la Vie de Bohème, sourit tristement au triomphe in extremis, puis\nexpira pour danser un quadrille posthume avec Hégésippe Moreau, Malfilâtre et\nGilbert. Et l'on pleure et c'est exquis.\n   « Mais voici la vérité : Miirger eut faim; c'est bien; on lui donna la croix de la\nLégion d'honneur. Il est mort; c'est mieux; on lui donna un tombeau de marbre\nblanc, d'une mélancolie déclamatoire. On peut se demander s'il n'y a pas quelque\ndisproportion entre ces titres et ces récompenses et se demander si Miirger eut\nvraiment faim; où trouve-t-on clans son œuvre, dans sa vie, les cris, les douleurs,\nles tortures, l'humanité, le divinité et la volupté de la faim? Mais la question n'est\npas là : ce prétendu martyr de la \" littérature \" fut un chançard de la « littérature >.\nC'est à vingt-cinq ans qu'il impose son nom, qu'il est célèbre, qu'il trouve des\néditeurs enthousiastes, des admirateurs et de l'argent. Et il ne meurt pas à vingt-\ncinq ans; il exploite sa veine longuement, sagement, en homme très pratique, en\nauteur très fécond, jusqu'à ce que, vers quarante ans, lourd, usé et vide, il s'en aille\nvoir si la bohème a droit de cité au ciel.\n   « Mimi, Musette, Schaunard, Colline, Baptiste, Phémie, tout cela sort non des\nmansardes qu'habita et où fréquenta Miirger, mais des chansons de Béranger, des\nlivres de Paul de Kock et de Pigault-Lebrun; Miirger ne fit que promener des sou­\nvenirs de lectures (et de mauvaises lectures) parmi des décors favorables ; il ne leur\nprêta même pas la majesté ou l'agrément d'un style neuf, d'images agréables;\npauvre imitateur qui prétendit être initiateur, il marcha nonchalamment et sans\ngrâce dans une route que tant d'autres lui avaient frayée. »\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": ""}, {"page_pdf": 253, "texte": ""}]}