{"numero_id": "ulb-durendal-1897-10-n10", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-10-n10-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 217, "page_fin": 230, "titre_corps": "Un Avocat du « Grand Siècle » : Réponse d’un « intellectuel » au R. P. Delattre", "titre_sommaire": "Un Avocat du « Grand-Siècle »", "signature_source": "Un Intellectuel", "ancre_debut": "Un Avocat du Grand Siècle", "ancre_fin": "UN INTELLECTUEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les Ciels d’Eté", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 256, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "Un Avocat du \" Grand Siècle „\n              Réponse d'un « intellectuel » au R..P.                 Delattre (*) •\n\n\n\n                       Nous croira-t-on, si nous affirmons que nous atten­\n                        dions cette bro.chure ?\n                            Il y a quelques mois, on lâcha contre la jeune\n                        école littéraire catholique le R. P . Lintelo —\n                         mais il fut si prodigieusement gaffeur, qu'on dut\n                         le remiser tout de suite, et le libelle nouveau\n                         n'accorde pas même à ce précurseur le souvenir\nd'une mention.\n   E t voici donc qu'on a déchaîné le R. P . Delattre, un savant qu'on\nnous assure éminent.\n   L e R. P . Lintelo avait été chargé de démontrer que le groupe des\nmodernistes catholiques campagnonnait intellectuellement avec les\npires écrivains contemporains — et que le verre d'absinthe de Musset,\nle haschisch de Baudelaire et la fin tragique de Maupassant les\nguettait.\n   Nous avons discuté — c'était naïf. Nous nous sommes fâchés —\nc'était absurde. Enfin, nous avons ri — c'était la vraie réponse.\n   L e R. P . Delattre a eu la mission de défendre contré nous le\nClassicisme — outrageusement calomnié à ce qu'il paraît au Congrès\nlittéraire de Gand ; et tout couvert de la poussière vénérable des\nsiècles, ce grave orientaliste a daigné quitter un instant ses doctes\npapyrus, pour descendre dans l'arène des luttes littéraires — une\nférule à la main...\n (*) A.-J. Delattre, S. J. — Un Congrès d'intellectuels à Gand, en février   1897.\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "218                           DURENDAL\n\n\n   « ... Venez ici, Klein, de Baets, Carton de Wiart, Demade,\nVanden Bosch. Qu'osâtes-vous dire à Gand, et est-ce là le fruit que\nvous retirâtes des leçons que nous vous donnâmes ? »\n   En voyant cette tentative de pensum, notre première idée fut de\nfaire remarquer au R. P . Delattre qu'il y avait déjà quelques quinze\nans que nous ne relevions plus de sa discipline et que, n'ayant point\nla chance, d'être des ducs de Bourgogne, nous ne nous sentions pas\nen besoin de Mentor.\n   Mais, réflexions faites, nous nous sommes dits que si les écrivains\nbelges, attaqués par le R. P. Delattre, pouvaient dédaigner sa déso­\nbligeante agression, il était de leur devoir d'autre part de ne point\nlaisser sans réplique, les petites vilenies, savamment — oh ! combien\n— distillées contre M. l'abbé Klein, leur ami et leur hôte.\n   Ce nous sera en même temps l'occasion d'affirmer une fois de plus\nnos principes et nos tendances — contre les grands et les petits\norientalistes de lettres.\n\n                                   I\n\n   Le groupe littéraire des jeunes catholiques belges date de moins de\ndix ans.\n   C'était l'époque où la Jeune Belgique, ayant réveillé la passion de\nl'Art, fascinait les adolescents par un programme qui alliait la nou­\nveauté des formes à la hardiesse des idées.\n   Pour tous les catholiques de quelque personnalité, la tentation\nd'entrer dans l'orbite de ce mouvement était d'autant plus impérieuse\nque la Jeune Belgique, née au sein de l'Université de Louvain, était,\npour une grande partie, l'œuvre d'initiative — oui, mon Révérend\nPère ! — d'anciens élèves des Jésuites.\n   Le danger était réel et grave : car l'école nouvelle — digne de\nbeaucoup de sympathies au seul point de vue littéraire — avait le tort\nd'idolâtrer l'Art au point de lui subordonner d'une façon humiliante la\nReligion et la Morale.\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "                               DURENDAL                               219\n\n  Quelques jeunes gens, alors — ceux contre lesquels le R. P . Delattre\nvient de s'acharner si chevaleresquement — crurent faire œuvre de\nbons chrétiens en conviant leurs coreligionnaires à adhérer à un\nidéal à la fois catholique et artistique, qui unit « l'éternelle pérennité\ndes idées à la constante évolution des formes ».\n   Ils affirmèrent leurs croyances religieuses hautement et fièrement ;\nmais non moins hautement et non moins fièrement ils revendiquèrent\nle droit — portés par leurs goûts vers la littérature contemporaine —\nd'admirer cette littérature à l'égal des littératures antérieures.\n   P a r application de ces principes, ils réclamèrent pour les Lettres du\nXIXe siècle une place, dans l'enseignement moyen, proportionnée à la\npart faite aux Lettres des siècles antérieurs ; et ils se virent dans la\nnécessité de dénoncer notamment — et cela explique bien des ran­\ncunes restées tenaces — la méthode littéraire des R. P . Jésuites, qui\nmaintenaient systématiquement les jeunes intelligences dans l'absolue\ndomestication du néo-paganisme classique et dressaient contre la\nlittérature moderne des réquisitoires sommaires d'irréligion et d'immo­\nralité — dans l'ignorance d'écrivains chrétiens comme Veuillot, Hello,\nBlanc de Saint-Bonnet, Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam,\nVerlaine et d'autres.\n  T o u t en étant modernistes, ils restèrent néanmoins éclectiques : à\nmaintes reprises, ils protestèrent de leur admiration pour le XVIIe siècle,\net dans le XVIIe siècle, pour ceux des maîtres classiques, dont les\nœuvres sacrifièrent le moins aux conventions transitoires et portèrent\nla m a r q u e d'une belle spontanéité instinctive de génie : Bossuet,\nCorneille et — ne vous en déplaise, mon Révérend Père — Pascal.\n  L'auteur des Provinciales aurait fait son régal de la façon dont le\nR. P . Delattre s'y prend pour dénaturer et rendre suspect le mouve­\nment d'art que nous venons d'esquisser à larges traits.\n  Après avoir, jouant au Lintelo, dénoncé notre « indulgence envers\ntoutes les écoles fussent-elles impies, immorales, faut-il ajouter\nPORNOGRAPHIQUES », le R. P . Delattre nous accuse d'avoir toujours\nété systématiquement hostiles au XVIIe siècle.\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "220                                   DURENDAL\n\n\n    En vérité une déclaration formelle et nette, faite au Congrès de\n Gand par M. F i r m i n Van den Bosch, était, à cet égard, gênante pour la\n thèse du Révérend Père : « Nos admirations, avait-il été dit, vont à la\nfois au Classicisme et au Romantisme, à l'École parnassienne et au\n Symbolisme. »\n    « Sagesse tardive ! » — répond le R. P . Delattre.\n    Sagesse t a r d i v e ? — Mais, mon Révérend Père, si, pendant ces\n dernières années, vous aviez bien voulu détourner parfois vos yeux\ndes manuscrits archaïques, vous sauriez que cette affirmation d'éclec­\ntisme a été produite, en termes répétés et formels, à la section des\n Lettres du Congrès de Malines — et nous vous renvoyons au compte\nrendu.\n    « Sagesse tardive ! » — Mais puisque, Biré de l'exégèse, vous\ncollectionnez tant de petits papiers sur notre compte, comment se\n peut-il que vous ignoriez que « le virtuose » auquel vous reprochez\ncette « sagesse tardive », écrivait déjà en 1889 : « P a s d'iconoclasme,\n pas d'exclusivisme, de l'éclectisme et de la modération. Relisez vos\nclassiques et lisez vos modernes. Relisez vos classiques et par delà la\n contingence démodée et passagère de la forme, retenez-en l'éternelle\n et permanente vérité. Lisez les modernes — et quel que soit la forme\n dans laquelle ils ont coulé leur pensée, ne refusez pas votre adhésion\n enthousiaste au fier et jeune et neuf idéal auquel ils vous\n convient (*). »\n    « Sagesse tardive ? » — Mais en tète du premier numéro du Dra-\npeau, journal fondé en 1891 pour tous les jeunes écrivains, dont vous\nentreprenez la démolition, et dans un article intitulé Notre programme,\nvous auriez pu lire : « Qu'on veuille bien nous comprendre et ne nous\n point attribuer de sottes exagérations : nous ne prétendons nullement\ncontester la légitime part d'admiration qui revient aux lettres classi­\nques ; ce contre quoi nous nous élevons, c'est contre le monopole\nexclusif et despotique dont elles furent et restent investies au détri­\nment de l'Art contemporain. »\n  (*) F. VANDEN BOSCH. — Coups de plume,   p. 28.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2104, "texte": "                                         DURENDAL                     221\n\n\n   « Sagesse t a r d i v e ? » — Mais quand le R. P . Delattre qualifie\nainsi une déclaration faite le second jour du Congrès, il oublie, il feint\nd'oublier qu'une déclaration analogue fut émise dès le PREMIER JOUR :\n« Admirer le beau partout où nous le rencontrons, DANS LES FORMES\nCLASSIQUES DE L ' A R T , mais aussi dans les formes modernistes (*). »\n\n\n\n\n                                               II\n\n\n   Dans la remarquable conférence qu'il donna au cours du Congrès\nlittéraire de Gand, M. l'abbé Klein non plus, est-il besoin de le dire,\nne fit preuve, au profit du modernisme, de la partialité préconçue\net injuste dont l'accuse le R. P . Delattre.\n   Proposant à ses auditeurs un « idéal littéraire », l'éminent profes­\nseur de l'Institut catholique les engageait à considérer comme objectif\nde l'œuvre d'art-type la satisfaction harmonique de toutes les facultés\nhumaines ; il affirmait incomplètes les vaines combinaisons de mots et\nde verbes si chatoyants et si mélodieux soient-ils, mais, d'autre part,\nil jugeait insuffisante la raison pure, sereine, rectiligne, qui avait\ninspiré certaines productions du XVIIe siècle? M. l'abbé Klein, en un\nmot, saluait l'idéal dans des œuvres « qui, d'un même coup, mettraient\nen branle toutes nos puissances intellectuelles et sensibles, depuis\nl'impression en quelque sorte purement physique de la jouissance, de\nla force ou de la peur jusqu'aux plus sublimes envolées dont soit\ncapable la raison humaine ». E t comme exemple de belles œuvres,\nM. l'abbé Klein citait entre autres les Élévations de Bossuet (**).\n   L e s archivistes d'ordinaire ont peur des idées générales. Nous\nconnaissons déjà assez le R. P . Delattre et sa critique de haute enver­\ngure pour prévoir qu'il ne se hasardera pas à discuter dans son\nensemble la théorie de M. l'abbé Klein; le « virtuose »... des ciseaux\nse contentera d'isoler habilement certains passages de la conférence et\n  (*) Magasin littéraire. — Murs-avril, p. 214.\n  (**) Magasin littéraire du 15 mars-15 avril, pp. 161 et 162.\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "222                               DURENDAL\n\nfera à ce sujet un procès de tendances à son a u t e u r ; il le sommera\nd'accepter le principe « que rien n'est beau que le vrai », sous peine\nd'être rangé « parmi les décadents de la pensée ».\n   U n petit fait démontrera, à ce propos, l'exquise bonne foi de notre\ncontradicteur : sans entrer dans le détail des chefs-d'œuvre du\nXVIIe siècle, M. l'abbé Klein, dans sa causerie, avait plutôt analysé la\ntendance générale de cette époque vers un art trop solennel, trop\npompeux, trop dédaigneux des nuances et du coloris; qu'à cette règle\nil y ait eu de glorieuses exceptions, c'est ce que M. l'abbé Klein\nreconnaissait implicitement puisqu'au cours de sa démonstration, il\navait rendu hommage — comme nous tous du reste — à Bossuet, à\nCorneille, à Pascal, à L a F o n t a i n e . . . E t voici que dans sa réfutation,\nle R. P . Delattre, voulant nous faire passer tous pour des adversaires\nen bloc du Classicisme et escamotant ces très catégoriques reconnais­\nsances des vrais génies du « grand siècle » clame, dans un élan théâtral\net simulé d'indignation, que s'il eût été présent au Congrès, il nous\neût crié, en forme de protestation : « E t Bossuet, et Corneille, et\n Pascal, et L a Fontaine? » Vraiment? E h bien! nous regretterons tou­\njours l'absence du R. P . D e l a t t r e ; le spectacle eût été piquant de\n voir un orientaliste jouer au phonographe !\n  L e XIXe siècle est trop près de sa fin pour, que nous renouvellions\navec le R. P . Delattre la dispute presque séculaire du Classicisme et\ndu Romantisme, à laquelle succèda depuis la lutte du Romantisme et\ndu Naturalisme, du Naturalisme et du Symbolisme. Nous ne perdrons\npoint notre temps à vouloir convertir des gens qui, dédaignant les\névolutions littéraires successives, marquées par les noms de H u g o , de\nVigiry, Leconte de l'Isle, Baudelaire, Verlaine, en sont encore à con­\nsidérer l'Art Poétique de Boileau comme le code intégral et complet de\nla formation intellectuelle; à l'appui de cette singulière façon de voir,\nle R. P . Delattre invoque l'avis de plusieurs critiques, rationalistes la\nplupart et quelques-uns appartenant — que le R. P . Lintelo se voile\nla face! — à la peu orthodoxe Revue des Deux Mondes ; à ce referendum\nnous pourrions répondre par un referendum aux résultats opposés —\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "                               DURENDAL                               223\n\n\nauquel peut-être des auteurs un peu plus chrétiens que ceux cités par\nle R. P . Delattre — notamment ce vaillant et regretté Léon Gautier\n— apporteraient leur contribution; mais à quoi bon cette discussion sur\nune cause que nous considérons comme jugée depuis longtemps dans\nle sens du progrès et de l'évolution et que le R. P . Delattre tranche\ndans le sens du statu quo et de la réaction?\n  C'est au demeurant le droit du R. P . Delattre de penser ainsi et, le\npensant, de le dire; ce qui est moins son droit, c'est, voulant com­\npenser son intransigeance vis-à-vis des Lettres modernes, avec notre\nprétendue intransigeance envers le Classicisme, de nous imputer un\nmépris du XVIIe siècle en bloc, mépris qui est contraire à des décla­\nrations nettes, multiples et répétées.\n  Ce qui est moins son droit encore, c'est de donner à notre moder­\nnisme une couleur équivoque de sympathie pour l'immoralité de\ncertains livres contemporains. L u i reprochons-nous d'avoir passé une\npartie de sa vie à expliquer aux collégiens une églogue malpropre de\nVirgile et les odes du graveleux Horace?\n  E t ce qui n'est pas son droit du tout, c'est toujours dans le même\nordre d'idées, de jeter la suspicion sur l'orthodoxie et la sincérité de\nnos croyances — et ce reproche a un caractère particulier de gravité\nquand il s'adresse à un prêtre comme M. Klein.\n  U n e belle idée vraiment terminait la conférence de M. l'abbé Klein;\ndéveloppant que « pour être aujourd'hui grand écrivain, il faut dans\nune large mesure connaître l'univers », l'orateur évoquait aux yeux de\nson auditoire les peuples et les civilisations diverses, les caractérisant\nau passage d'un souvenir de leur passé et d'une sommaire perspective\nde leur avenir; la page est d'un beau souffle large et entraînant et\nvibre de la plus haute et de la plus émouvante charité.\n   Ce morceau de réelle éloquence a dû gêner beaucoup le R. P . De\nlattre — car il s'est attaché, avec une particulière ardeur, à le déchirer\nà beaux coups de p l u m e .\n  Il qualifie cette partie de la causerie « d'amplification » et la dis­\nsèque phrase par phrase, d'après les recettes du R. P . Broeckaert...\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "224                              DURENDAL\n\n\nOh ! quand ces savants font de l'esprit, c'est à faire pleurer une\nmomie !... L e batifolage auquel se livre le grave orientaliste ne prouve\nqu'une chose : c'est qu'on a eu tort de ne pas lui confier la confection\nd'un nouveau Guide du Jeune Littérateur ; avec lui on serait resté, dans\n« la tradition » du R. P . Broeckaert — et le R. P . Procès n'eût pas\neu l'occasion d'infester ses Modèles d'oeuvres « d'artistes qui ont cherché\nleurs inspirations dans l'opium, dans le haschisch et dans une foule de narco-\ntiques ».\n   Après avoir, par ces puériles grimaces, déshonoré la page de\nM. l'abbé Klein, le R. P . Delattre cherche à l'éminent professeur une\nquerelle théologique !\n   E n m ê m e temps il accuse M. Klein de vouloir substituer M g r Ireland\nau P a p e Léon X I I I . . . .\n   N e riez pas : dans le déroulement de son coup d'œil p a n o r a m i q u e\nà travers le monde, le conférencier avait salué au passage W a s h i n g t o n\net Saint-Paul de Minnesota, où la lumière est « parvenue à son'éclat\nle plus intense ».\n   De là, interrogatoire « très grave aux yeux des catholiques », du\nR. P . Delattre :\n   « Qu'est-ce que cela veut dire? Serait-ce que Mgr Ireland, l'Univer­\nsité de Washington et le Congrès des religions de Chicago ont remplacé\nla chaire de saint Pierre, d'où rayonnait jusqu'à présent la grande\nlumière morale pour les enfants de l'Église? »\n   Textuel !\n   L a question est aussi intelligente que le serait cette autre : ,\n   « L o r s q u e le R. P . Delattre salue comme un centre de haute intel­\nlectualité l'ermitage qui se trouve mi-chemin Florence et Fiésole,\nest-ce que par hasard il voudrait remplacer Léon X I I I par le Révérend\nGénéral des Jésuites? »\n  T o u t cela est puéril et mesquin.\n   Les belles luttes fécondes pour les idées sont remplacées par des\nessais de coups formés où l'insinuation est l'arme préférée et dont la\nmise en suspicion est le but à atteindre.\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "                                  DURENDAL                                   223\n\n\n  Si l'on écoutait le R. P . Delattre, comme déjà on a les chismocrates,\non aurait bientôt les chismographes, des chismographes mis à l'index\npar un prêtre pour avoir manqué de révérence aux deux Boileau.\n\n\n                                       III\n\n   Car pour le R. P . Delattre, il y a deux Boileau.\n   M. l'abbé Klein et M. Pol D e m a d e fuient réprimandés pour insu­\nbordination envers le grand Boileau — celui de 1' Art Poétique.\n   M. H e n r y Carton de W i a r t est interpellé pour irrespect envers le\npetit Boileau — celui du Guide du Jeune Littérateur.\n   Que le Guide du Jeune Littérateur fût depuis longtemps un manuel\ninsuffisant et incomplet, ce n'est pas seulement M. H e n r y Carton de\nW i a r t qui l'a affirmé, ce sont les R. P . Jésuites eux-mêmes qui l'ont\navoué, puisqu'ils ont remplacé ce papier buvard de Boileau par un\ntraité plus large et mieux informé.\n   Alors, quoi ?\n   Ah! c'est qu'il fallait absolument réhabiliter le R. P . Broeckaert.\nM. H e n r y Carton de W i a r t avait parlé Guide du Jeune Littérateur; le\nR. P . Delattre lui répond Histoire de la Littérature.\n   Il paraît, en effet, que le R. P . Broeckaert a écrit une Histoire de la\nLittérature; nous l'ignorions et beaucoup d'autres probablement avec\nn o u s ; bien que le R. P . Delattre qualifie ce livre de supplément au\nGuide, on ne nous la mit jamais en mains — probablement parce qu'il\ny était question de H u g o , de L a m a r t i n e et de Musset; que depuis lors\nM. Carton de W i a r t et ses amis n'aient point lu cette Histoire, on le\ncomprendra : après avoir vécu plusieurs années en compagnie du\nGuide, la vie leur a paru trop courte pour lire l'Histoire; un écrin à\nriches joyaux du reste que cette Histoire, à en juger par les extraits\nrévélés par le R. P . Delattre lui-même : Ponsard y est qualifié « d'un\nautre Corneille » ; T u r q u e t y y est comparé à L a m a r t i n e ; on y vante\n« la rare perfection de style » des fables politiques de Viennet; enfin\n Reboul et Jasmin (?) avaient, parait-il, deux voix suaves et reli-\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "226                                DURENDAL\n\n\ngieuses »... T o u t cela p e n d a n t que Victor H u g o était « confondu dans\nla tourbe des réalistes » et que L a m a r t i n e « faisait des vers disloqués».\n   Au lieu de chercher à M. H e n r y Carton de W i a r t cette querelle\nd'orientaliste, le R. P . Delattre eût mieux fait d'essayer de réfuter la\npartie du discours de notre ami où celui-ci analysa sommairement,\nau point de vue spiritualiste, les œuvres des Maîtres des Lettres\nchrétiennes modernes.\n   Il est vrai qu'il aurait pu y perdre son syriaque !\n\n\n                                       IV\n\n   Si la longueur de ces pages n'était déjà disproportionnée à l'impor­\ntance qu'il convient d'ajouter à la bilieuse petite brochure du\nR. P . Delattre — que de jolies choses à relever encore !\n   Il faut voir comment l'orientaliste, en rupture d'hiéroglyphes, fonce\nsur M. Pol D e m a d e , parce que celui-ci n'a point eu pour la Pléiade\nle dédain du grand et du petit Boileau. (Pourquoi aussi M. D e m a d e\nqualifia-t-il la « délicieuse » Pléiade d'un adjectif qui s'appliquerait\nmieux au R. P . Delattre?) Vis-à-vis de M. D e m a d e encore, l'archaïque\npourfendeur du modernisme défend le XVIIe siècle de n'avoir pas eu le\nsens de la n a t u r e . . . Mais par quels arguments, grand Dieu... C'était\nle moment ou jamais, mon Révérend Père, d'ouvrir votre tiroir aux\ncitations et ne pouvant vous exhiber cette fois en compagnie de M. le\nduc de Broglie, d'appeler au moins à votre aide un critique « de votre\nrace », un N o u r r y , un Cornut, un Lintelo m ê m e . . . Hélas ! pour\ncontrebalancer l'avis de tous les historiens littéraires qui reconnaissent\nque le véritable sentiment des beautés de la nature a fait son entrée\ndans les Lettres françaises avec Rousseau, Chateaubriand, L a m a r t i n e ,\nqu'apportez-vous ?\n   1° Une strophe détachée d'un chœur de Racine, où l'auteur\nd'Athalie « publie » ce bienfait divin :\n\n                 Il donne aux fleurs leur aimable peinture.\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "                               DURENDAL                             227\n\n\n 2° Un extrait de l'Épître à Lamoignon, où Boileau — le grand\nBoileau — vante les plaisirs de la campagne :\n\n           Quelquefois, aux appas d'un hameçon perfide\n           S'amorce en badinant le poisson trop avide ;\n           Ou d'un plomb que suit l'œil et part avec l'éclair\n           Je vais faire la guerre aux habitants de l'air...\n   C'est péremptoire, n'est-ce pas? — et de quel droit a-t-on dépouillé\nce pêcheur à la ligne doublé d'un Nemrod, de la gloire injustement\ndépartie aux auteurs de l'Emile, du Génie du Christianisme et des\nMéditations poétiques ?\n   3° Une découpure du Songe d'un Habitant du Mogol, de La Fontaine.\n   Loin de contredire l'appréciation de M. Pol Demade, toutes ces\ncitations — pour autant qu'il en est besoin — confirment cette appré­\nciation : certes, on peut trouver dans la littérature classique des\ndescriptions de nature, — qui donc a nié cela ? — mais généralement\nces descriptions voilent les choses vues de tant de périphrases languis­\nsantes et banales et glacent l'impression du lecteur par un tel abus\nde souvenirs mythologiques, que tout sentiment de sincérité, d'émo­\ntion et de profondeur en est annihilé...\n   Le R. P. Delattre sait bien cela — mais ayant reçu la mission de\nne rien dire que de désagréable auXIXesiècle, il a essayé cette défense\ndu classicisme nature — et cela nous valut encore quelques pages\nd'une réjouissante badauderie de pensée.\n\n\n                                     V\n\n\n   J'allais oublier de noter que pour prouver que le classicisme « a\nexploité la veine de la nature », le R. P. Delattre nous menaça d'une\ncitation de « cent pages du Télémaque ».\n   Il n'en fit rien, heureusement — arrêté probablement par la perspec­\ntive de Calypso et de ses nymphes.\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "228                                           DURENDAL\n\n\n   Mais, malgré Calypso et les nymphes, le R. P . Delattre adore le\nTélémaque. Et mal en prit à M. H e r m a n n de Baets de ne pas partager\ncette adoration.\n   L a belle et caustique causerie de notre ami est déchiquetée, défi­\ngurée, travestie, caricaturée... A lire le R. P . Delattre, on dirait que\ncette causerie a eu pour unique objet le Télémaque, on croirait que\nM. H e r m a n n de Baets a méconnu le talent et le style de Fénélon, on\ns'imaginerait que la disparition du Télémaque de l'enseignement moyen\nfut la première et dernière revendication de l'orateur... E t Villemain,\net Sainte-Beuve sont appelés à la rescousse... E t le R. P . Delattre se\nmonte, s'anime et injurie...\n   Or tout cela c'est de la comédie; c'est de la virtuosité renouvelée\ndes pires endroits des Provinciales : le discours de M. de Baets, en effet,\ndura une bonne demi-heure, il occupe quatre pages petit texte du\nMagasin Littéraire — et dans ces quatre pages, une demi-ligne — la\nvaleur d'une incidente — est consacrée au Télémaque...\n   L e R. P . Delattre sait d'ailleurs fort bien que toujours nous avons\ndistingué entre le Télémaque, considéré comme œuvre littéraire in se —\net le Télémaque, livre d'enseignement, trapèze de philologie et de\nmémoire.\n   Non, ce n'est pas nous qui avons ridiculisé le Télémaque -— ce sont\nles grotesques acrobaties des confectionneurs de manuels de\nPréceptes (*).\n   (*) Pour la joie de nos lecteurs, voici comment le R. P. Broeckaert « dissèque » une des premières\npages du Télémaque; nous respectons les italiques du texte :\n   « En indiquant le sujet, nous avons résumé tout le morceau. La douleur de Calypso est une circons-\ntance très bien choisie en rapport avec tout ce qui doit suivre. L'auteur énonce d'abord cette douleur,\npuis il la développe et la dépeint par les effets. Ces effets, éminemment vrais et naturels, nous font en\nmême temps connaître d'une manière générale la demeure et la société de la déesse ; une particularité\nde la douleur sert de transition à l'arrivée de Télémaque. Suit l'énumération des débris du naufrage,\nqui nous conduit, par une gradation naturelle, aux deux naufragés.\n   » La vue de Télémaque excite dans le cœur de Calypso un sentiment que l'auteur nous fait connaître\npar ses effets. D'abord Calypso affecte l'indifférence et la sévérité, afin de faire parler Télémaque; mais\nelle n'est pas capable de soutenir cette feinte durant un long discours : pendant que Télémaque explique\nla cause de son voyage, elle, par un autre effet de ses dispositions, le contemple en silence; enfin,\ndernier effet, elle l'invite à sa demeure avec des paroles de bienveillance.\n . » Le tableau de Calypso accompagnée de ses nymphes est relevé par la belle comparaison du chêne\ndans la forêt. Les détails du tableau sont énumérés ensuite d'une manière graduée, à mesure qu'ils se\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "                                            DURENDAL                                              229\n\n   L e R. P . Delattre n'en conviendra pas, parce que le Télémaque,\naprès tous les autres services qu'il rendit à ses collègues, lui permit en\nl'occurrence d'esquiver la discussion des critiques élevées par\nM. de Baets contre la conception « archaïque » de l'enseignement —\ndont l'orphelin de Broeckaert est un des derniers t e n a n t s .\n\n\n                                                 VI\n\n\n   « ... Un h o m m e qui étudie entre quatre murs la Bible et l'Histoire\nancienne de l'Orient, qui ne sort de sa cellule que pour une prome­\nnade hygiénique dans la forêt voisine... »\n   C'est dans ces termes, que le R. P . Delattre — au cours de sa\nbrochure, se peint lui-même — grandeur nature.\n   Que notre « tombeur » nous permette de le lui dire : pour peu qu'il\nsoit sorti de sa cellule, il en est sorti au moins une fois de trop, et\nquelque rares que soient les infidélités qu'il ait faites à l'orientalisme,\nla dernière peut compter...\n   Parce qu'un groupe de catholiques, se soustrayant au conformisme\ntraditionnel et ambiant, estimant du reste que la pensée chrétienne\ndoit, pour atteindre son maximum d'apostolat, se vêtir des formes\nd'art contemporain, parce que ces catholiques, dis-je, ont convié la\njeunesse de leur temps vers un idéal qui, sans rien sacrifier des\nexigences de la Vérité religieuse et morale, payât néanmoins son\ntribut à la Modernité splendide, coloriée et nuancée — le R. P . Delattre\na bondi soudain de derrière ses in-folios parcheminés...\n   Si du moins il s'était contenté de combattre nos théories artis-\nprésentent à l'œil de l'observateur : détails concernant la personne même de Calypso, puis sa grotte,\npuis ce qui environne immédiatement la grotte, puis enfin tout le paysage; détails bien choisis, et de\nplus rattachés au sentiment des acteurs : il admirait, il était surpris de voir, etc.\n   » Dans tout ce morceau la forme des phrases est aisée et suffisamment variée. La douleur de la déesse\nest rendue par quelques membres détachés, dont le mouvement, comme celui de la douleur, est lent et\npesant. Les débris du naufrage sont jetés un à un, comme ils apparaissent sur la mer. Le tableau qui\nexcite l'admiration de Télémaque se déroule en phrases amples et harmonieuses; il est parsemé de\ntropes les plus délicats : la grotte tapissée d'une jeune vigne, les fontaines au doux murmure, etc. ».\n                                                                         (Modèles français, pp. S et y.)\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "230                               DURENDAL\n\ntiques !... Mais non : il s'attaque à nos convictions religieuses et\nessaye d'en entamer la sincérité et l'intégrité par l'inavouable corrosif\nde l'insinuation et du sous-entendu...\n   Ah ! la petite et mesquine besogne entreprise là ! Et s'il est pardon­\nnable à un savant d'écrire une œuvrelittéraire aussi lamentable, est-il\npermis à un prêtre de commettre une action aussi médiocre ?\n   Pour nous — il est à peine nécessaire de le dire — cette agression\nne saurait nous émouvoir et nous faire hésiter vers le but que nous\nnous sommes tracé.\n   Le proverbe est ancien — et le R. P. Delattre doit donc le con­\nnaître : « Les chiens aboient, mais la caravane passe. »\n\n                                                « U N INTELLECTUEL.   »\n      20 Octobre 1897.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-10-n10-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 231, "titre_corps": "Les Ciels d’Été", "titre_sommaire": "Les Ciels d’Eté", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Les Ciels d’Eté", "ancre_fin": "PAUL MUSSCHE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Un Poète flamand", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 269, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 831, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "Les Ciels d'Été\n          J'aime les ciels d'été, les ciels sereins, les ciels\n          où, sur fond d'azur, vogue un pur et blanc nuage\n          qui vient de l'infini par un lointain voyage,\n          transpercé des rayons éclatants du soleil.\n\n          Ciel ! tu renfermes tout l'horizon, et l'espace\n          illimité que tu recèles en tes flancs\n          dilate et grise le cœur f ou de tes amants,\n          qui rêvent aux parfums dans la brise qui passe.\n\n           Désir d'être soudain l'oiseau libre envolé\n           qui plane dans les airs à lents et sûrs coups d'ailes,\n           de s'en aller aussi vers lointains bleus et cimes frêles\n          jusqu'au but irréel des dômes étoiles.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "                                DURENDAL                                  23l\n\n\n        Désir d'être le vent qui fait rouler les nues\n        le vent joueur des ciels d'été, flambant et chaud\n        qui lance son essor triomphal, tout là-haut\n        connu des aigles seuls, parmi les étendues.\n\n        Azur! azur sans fond ! azur inviolé !\n        plein de vols d'oiseaux et de chansons belles\n        tu vibres du chant doux des lyres éternelles\n        azur ! azur sans tâche ! azur immaculé !\n\n                                                        PAUL   MUSSCHE.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-10-n10-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 231, "page_fin": 235, "titre_corps": "Un Poète flamand : Guido Gezelle", "titre_sommaire": "Un Poète flamand (Guido Gezelle)", "signature_source": "Pol de Mont", "ancre_debut": "Un Poète flamand", "ancre_fin": "POL DE MONT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 270, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "Un Poète flamand\n                     GUIDO GEZELLE\n\n\n               LE Gids — l'importante revue néerlandaise — vient,\n                 par la plume de M . Pol de Mont, de consacrer une\n                 longue et magistrale étude au poète flamand, Guido\n                 Gezelle.\n                    Les catholiques ont coutume de laisser à leurs\n        adversaires le soin de « découvrir » ceux qui honorent le plus\n        l'Art chrétien; c'est encore une fois d'un écrivain incrédule\n        qu'est venu, au génie poétique de l'abbé Guido Gezelle, cet\nhommage éclatant, mérité, et qui se fit trop longtemps attendre !\n  Nous avons traduit — à l'intention des lecteurs de Durendal — les\nparties les plus caractéristiques du travail de M. Pol de Mont, et\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "232                                  DURENDAL\n\n\nnous souhaitons que ces pages donnent à plusieurs le désir de con­\nnaître plus complètement et plus intimement le poète du Tijdkrans...\n  Hélas!\n                L'arbre de vérité ne croît que sur les tombes!\n\n   Faudra-t-il que Guido Gezelle ait reposé sur l'oreiller de la Mort\nsa belle tête endolorie par le Rêve, pour que la gloire due auréole son\nœuvre, et que spontanément tous soient d'accord sur ceci : que non\nseulement Guido Gezelle a honoré grandement les Lettres catholiques\net a considérablement augmenté le patrimoine poétique de sa patrie,\nmais que dans l'histoire de la Poésie lyrique et religieuse en ce siècle,\nson nom doit figurer en toute première place, dans le voisinage du\nnom de L a m a r t i n e , à côté du nom de P a u l Verlaine...\n   O u i , certes, M. Pol de Mont a raison : le jour viendra où les assoiffés\nde pure et sincère poésie mystique confondront dans une même admi­\nration Gezelle et Verlaine — le prêtre vertueux, austère et simple et\nle pauvre vagabond, désemparé et repentant — tous deux poètes de\ngénie et de foi.\n   Nous cédons à présent la parole à M. Pol de Mont, en nous excu­\nsant, auprès du critique et du poète, des imperfections de notre\ntraduction.                                                       F . V.\n\n\n   La poésie de Gezelle est essentiellement lyrique... Certes les œuvres de Gezelle\nrenferment beaucoup de pièces « descriptives > dont quelques-unes, surtout dans\nson dernier volume Tijdkrans, sont parmi les plus remarquables qui aient été écrites\ndans notre pays. Mais même dans ces pièces, non seulement l'allure et le ton sont\nentièrement lyriques, mais le sentiment y domine tout, parce que tout y est dit\npar. un irrésistible besoin du cœur.\n  Je crois bien que le lyrisme de Gezelle a une double caractéristique : il est d'abord\nreligieux, disons mieux chrétien, et il est ensuite naturiste.\n   Prêtre catholique, prêtre par véritable et intime vocation, prêtre donc avec toute\nson âme, le poète Gezelle appartient à la famille spirituelle de sainte Thérèse, de\nsaint Bonaventure et — que l'on ne s'effraie point! — de Verlaine.\n   Ce n'est point à dire qu'il soit un poète ascétique, et moins encore un poète aux\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "                                          DURENDAL                                        233\n\nréminiscences lamartiniennes. Gezelle est un poète mystique, mais mystique de la\nfaçon la plus naïve, la plus naturelle, sans propos délibéré; ce qu'il profère, ce\nn'est point la science d'un savant théologien, ni la sainte fureur antimondaine d'un\nzélateur, ni le verbe enflammé et entraînant d'un apôtre, mais la foi tranquille et la\nfervente confiance des campagnards flamands dont il est le fils.\n  Je ne crois pas qu'il y ait dans Verlaine beaucoup de plaintes plus sincères et plus\nferventes que celle-ci :\n\n           Etre si misérable                                Je préférerais être mort\n     Que jamais un rayon de soleil                          Que de subir toujours\n     N'illumine ma maison !                                 Dans le désir de mourir\n           Ne respirer jamais                               Tant de milliers de morts,\n               Sans douleur !                               Sans jamais être délivré\n     Ne savoir remuer mains ou pieds                        Hélas! de cette souffrance!\n                Sans crier !                                J'ai assez mordu\n           Vouloir et ne pas savoir                         A ce pain quotidien\n             Calmer cette souffrance!                       Quand en verrai-je la fin ?\n         Hélas ! Hélas ! Hélas !                            Hélas ! Hélas ! Hélas !\n             Etre si misérable...                           Je préférerais être mort !\n\n\n                            A ma place qui ne se plaindrait     pas ?\n                            Y eut-il jamais une peine\n                            Plus grande que ma peine ?\n                            Y eut-il jamais   une souffrance ?...\n\n                                  « Consommatum est »\n                                  Pendu à la croix,\n                                  Quelqu'un m'a répondu;\n                                  Et son âme se brisa\n                                  Dans son chant d'agonie\n                                  Hélas ! Hélas ! Hélas !\n                                   Lui   NE SE PLAIGNIT PAS !\n\n\n\n\n  Le prêtre catholique ne m'en voudra pas si je compare ces pièces aux gémisse­\nments les plus émouvants du poète chrétien par excellence, Paul Verlaine, méconnu\npar tant de chrétiens.\n  La volupté, la volupté d'âme du prêtre croyant, au moment où il offre le sacrifice\nde la Messe, est ainsi exprimée :\n\n               Oui, il est encore des jours joyeux dans la vie,\n               Peu nombreux certes, mais il en est encore ;\n               Et volontiers je donnerais tout, oui, tout ce que j'ai,\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "234                                      DURENDAL\n\n\n                Pour un de ces jours, mon Dieu, pour un de ces jours seulement,\n                Ou je Vous sens, Vous possède et Vous porte,\n                Ou, inconscient, je suis Vous-même et non plus moi.\n                Où je sais Vous nommer, mon Dieu, sans me plaindre,\n                Et répéter .: Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu bien-aimé.!...\n                Vous, Dieu de tout ce qui est et peut jamais être,\n                Que venez-vous faire, proche de ma pauvreté?\n                Quelles cimes altières et célestes j'ai gravies.\n                Du fond de l'abîme de misere où j'étais   relégué!...\n               Est-ce bien moi qui aime tous ceux qui me haïssent ?\n               Est-ce bien moi qui voudrais donner mille vies\n               Pour vous, mon Dieu, et pour chaque être.\n               Et m'oubliant moi-même, mourir en souriant ?\n               Oh ! oui, il est encore des instants joyeux dans la vie !\n               Et votre Ciel ne fût-il, mon Dieu, qu'un de ces instants,\n               Que je voudrais encore donner tout, oui, tout ce que f ai,\n               Pour un de ces instants... pareil à cet instant!\n\n\n   Il y a certes, entre Verlaine et Gezelle, différence d'accent — et différence aussi,\nje le reconnais volontiers, de perfection et de pure beauté artistique. Tous ceux,\nnéanmoins, qui connaissent Verlaine, en ses meilleures œuvres — Sagesse, Amour,\nBonheur — doivent entendre dans le poème que je viens de citer, comme un écho\nde certaines strophes de Sagesse :\n\n                   Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées !\n                   L'espoir qu'il faut, regret des grâces dépensées,\n                   Douceur de cœur avec sévérité d'esprit,\n                   Et cette vigilance et le calme prescrit\n                   Et   toutes.\n\n\n  On retrouvera encore, dans plusieurs œuvres de Gezelle, des inspirations analo­\ngues à celles qui dictèrent à Verlaine : C'est la fête du blé, c'est la fête du pain; Prière\ndu Matin; Un Conte et surtout, encore dans Sagesse, l'inoubliable suite de sonnets :\nMon Dieu m'a dit : Mon fils, il faut ni aimer et cette litanie plus belle encore : O mon\nDieu, vous m'avez blessé d'amour!\n                                            *\n                                           * *\n\n  On s'imaginerait pourtant à tort que le poète flamand n'ait écrit que des poèmes\nque je qualifierais volontiers d'immédiatement religieux, des prières et des gémisse­\nments ou bien encore des glorifications de la vie du prêtre et du moine.\n  C'est surtout la Nature que chante Gezelle, la Nature qu'il connaît si bien et qu'il\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "                                    DURENDAL                                    235\n\nsent si profondément; les campagnes de la West-Flandre — la Mandel silencieuse\net la joyeuse Lys, serpentant à travers les vertes prairies — la vie caractéristique\ndans les métairies flamandes — la succession des saisons — le bourgeonnement des\nprintanières verdures et la chute des feuilles jaunies. Mais cette nature, Gezelle la\nchante la plupart du temps, sinon toujours, comme un prêtre qui considère tout ce\nqui se passe en lui et en dehors de lui comme des manifestations de Dieu, ou bien\nencore comme un simple croyant qui offre humblement à Dieu chacun de ses actes,\nchacune de ses paroles, chacune de ses pensées...\n   Comme poète naturaliste — il va de soi que je prends l'épithète naturaliste dans\nson sens originel — Guido Gezelle ne fut peut-être pas égalé...\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n  Les nouvelles tendances littéraires — qui se détournent du réalisme et du natu­\nralisme pour s'orienter vers un art plus idéal — ne pouvaient être que favorables à\nmettre en lumière l'œuvre de Gezelle. Tant de nos aspirations, jusqu'ici confuses,\nsont prodigalement satisfaites par ses vers ! En ce temps de néo-mysticisme et\nde symbolisme, les poèmes de Gezelle répondent à cette sorte de besoin général\nde donner l'essor à notre âme au-dessus, bien au-dessus de la matière grossière,\nsur les ailes de quelque chose qui n'est peut-être pas la foi — mais qui est au moins\nune sorte d'élévation religieuse. Et d'autre part, chez Gezelle, le choix naturel des\nmots, l'émouvante mélodie de la langue, la grâce originale des images qu'il suscite\nà nos yeux, nous font une impression à peu près analogue à celle produite par les\ntableaux de nos immortels gothiques flamands...\n                                                                 POL DE MONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-10-n10-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 236, "page_fin": 240, "titre_corps": "Le Saint François d’Assise d’Alonzo Cano", "titre_sommaire": "Le Saint François d’Assise d’Alenzo Cano", "signature_source": "Edmond Joly", "ancre_debut": "LE SAINT FRANCOIS D’ASSISE", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 275, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "LE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE\n                              D'ALONZO CANO\n\n\n\n          A statuette d'Alonzo Cano, conservée à la cathédrale de Tolède, pourrait\n\n\n\n\nL            bien être plus qu'un chef-d'œuvre. Il semble que l'intellectualité\n             d'aujourd'hui soit mystérieusement orientée vers elle, et y doive\n             trouver le secret de son tourment victorieux.\n                Avant tout, elle constitue évidemment l'icône définitive de saint Fran­\nçois. Et celui-ci n'est-il pas comme l'idéal historié de demain? Rien n'est plus\ndéconcertant pour les esprits « classiques » que l'attrait exercé, même sur les plus\ncomplets matérialistes, pour le pauvre d'Assise. Depuis Renan jusqu'à M. Anatole\nFrance, l'auteur du Puits de sainte Claire, jusqu'à M. Thureau-Dangin, l'historien\nd'un des fils de saint François (saint Bernardin de Sienne), tout le monde litté­\nraire est conquis.\n   Evidemment, l'art est ici le grand initiateur. Il prend dans l'intellectualité\nmoderne un rôle chaque jour plus grand, et dont les surprises dépasseront, sans\ndoute, les plus enthousiastes prévisions. Ce n'est plus, comme autrefois, une sorte\nde jeu : le jeu de l'homme fait, ou mieux, celui du génie. On y reconnaît maintenant\nune faculté distincte, une spéciale vie psychique, équivalente à celle du raisonnement\nou de l'action; et qui, plus que toute autre, peut amener une transformation com­\nplète de la personnalité humaine. Le raisonnement ne prend que l'esprit. L'extrême\naboutissement de son influence desséchante fut ce XVIIIe siècle matérialiste et\nsensuel jusqu'aux derniers crimes. L'art agit harmoniquement sur tout l'être psy­\nchique; et c'est pourquoi, sans doute, nous voyons ce beau mot d'âme (où est\nl'entièreté du moi), refleurir comme une neige de verger qui parsème tout le verbe\nd'aujourd'hui. François fut le triomphe de l'âme sur l'esprit et la chair, comme\ncelui de l'art sur les logiques et les prudences. Pour le montrer, pas n'est besoin\nd'évoquer même les exquisités des Fioretti, de citer la Légende des Trois Compagnons\nou la rédaction magistrale de saint Bonaventure. François s'est expliqué lui-même\npar les préférences de sa piété. Comme tout le XIIIe siècle, il vit pour Marie, l'âme\nunique. Mais il l'appelle Notre-Dame des Anges, ces âmes-fleurs de la prairie qu'épa-\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "                                      DURENDAL                                      237\n\nnouit l'éternel soleil Et parmi les anges, il s'attache aux Séraphins. Ceux-ci sont des\nesprits d'amour; ils aiment et contemplent comme l'art, au lieu que les Chérubins\ncomprennent, plutôt, comme la science. Son attrait pieux l'attire ensuite vers l'âme\nou plutôt les âmes des choses; le soleil, son frère en ardeur; les bêtes, ses frères en\nsouffrance. En la nature entière, il ne cherche ni une explication, ni une utilisation,\nune cupidité. Il cherche l'émoi, l'impression harmonique, qui va de l'intime des choses\nà l'intime de notre être; il est artiste, uniquement. Il est, comme tel, une âme centrale\nà l'univers, un miroir réfléchissant. De la sorte, il possède des secrets que ne décou­\nvrira jamais l'effort logique; des tendresses que n'obtiendra jamais aucune volonté\nde morale. On sait comment certains religieux de François, en la périlleuse\nsimplicité des ignorants, allèrent par cette voie jusqu'aux déformations de l'hérésie.\nMalgré leurs enfantines perversités, les Joachimites sont, vraiment, d'un rare attrait\npour l'artiste moderne, aussi bien que les fratricelles, les bégards, notre énigmatique\nBloemardine avec ses deux séraphins, nos flagellants, les pastoureaux; toute cette\nfloraison désordonnée, pervertie, mais si attirante par la pitié, de la plus infime âme\nmédiévale.\n   Les Joachimites s'imaginèrent qu'après le règne du Père, dans la rigueur de\nl'ancienne Loi, après celui du Verbe dans l'enseignement évangélique, il fallait\nattendre une transformation dernière:un règne du céleste Amour attendrissant, enfin,\nle dur cœur des hommes. Ils étaient mystiques, contemplatifs, poètes; « sociaux »\naussi, désireux de fraternités qu'exprimaient leurs noms comme chez les « frères\nde l'Intelligence », ces Joachimites de nos Flandres. Leur seul tort ne fut-il pas\nla forme doctrinale, la faute de l'ignorant qui confond l'idée et l'image, le rêve et la\nvie? Il semble que, savamment, nous allons vers quelque chose d'analogue aux ima­\nginations de l''Evangile éternel, prêté autrefois à cet abbé Joachim, que Dante veut\nthaumaturge. I e temps des hérésies est passé. La cultuie d'art suffit à nous\nannoncer raffinement d'une civilisation non plus exclusivement matérielle. L'art\nnous fait admirer, il nous fait aimer. L'artiste est le contemplatif, le mystique de la\nnature, comme le mystique était Vartiste du divin. La vie esthétique est pareille dans\ntous les deux; François (en cet admirable XIIIe siècle qui fut comme un modernisme\nanticipé) pourrait être regardé comme le premier des esthètes modernes. Et l'admi­\nration engendre l'amour. Toute œuvre d'art est aujourd'hui un peu « sociale »; ce\nmot magique enfermant pour nous tous les mirages d'avenir.\n  La statuette de saint François étonne alors comme une chose providentielle : il\nsemble que les splendeurs en étaient préparées à notre compréhension d'aujourd'hui.\nElle est sans doute, remarquons-le ici, le chef-d'œuvre chrétien. Son rapport, avec-\ntoute l'intellectualité moderne, n'étonne plus si l'on songe que l'art actuel recher­\nchera l'idée la plus haute sans s'inquiéter des questions philosophiques. L'esprit\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2983, "texte": "238                                  DURENDAL\n\nchrétien eût préféré, semble-t-il, voir ce chef-d'œuvre représenter le Crucifix ou la\nVierge-Mère, les deux premières expressions du divin \" humanisé \", c'est-à-dire de\nl'art qui est l'analogue union d'un relatif et de l'absolu.\n  Mais celui qui prit nos douleurs est vivant dans ce corps de l'un de nous, crucifié\ncomme Jésus. Quant à la Vierge, sa beauté semble interdite à l'art, comme toute\nimage céleste. De ses innombrables représentations, aucune ne nous donne la\nbéatitude de son visage; nous ne la sentons que dans un symbole, la cathédrale\nimmense et douce comme elle.\n  Cette évidence frappe avant tout : la statuette est un chef-d'œuvre unique, le plus\ncomplet, peut-être, qui puisse exister, car il réunit les magnificences possibles : la\nmaîtrise du \" morceau \", le style, la pensée. Ainsi la perfection, cette qualité presque\nproblématique, tant elle est vague aussi bien que suprême, devient une étrangeté\nvéritable d'être si nettement évidente. Malgré l'indéfini du possible, on a, ici, la\nsensation de son arrêt : celle du définitif, d'une sorte d'absolu génial.\n   La simplicité du sujet rend d'abord plus incontestable la perfection technique,\nmatérielle si on peut dire; le \" rendu \" de l'œuvre. L'harmonie des lignes est toujours\nsupérieure, aucunement symétrique; c'est un essor léger comme celui d'une plante,\néquilibré et stable comme celui d'un marbre grec. Une plus parfaite liberté plane\ndans la largeur des courbes continuées jusqu'à raffinement de pointe et la rondeur\ndu capuchon. La maîtrise du travail s'affirme encore par la complète fusion des\nprocédés : peinture et sculpture sont employées concurremment, sans crainte de\nla puérilité du « double » imitatif ; sans déférence inutile pour les règles convention­\nnelles qui, séparant les efforts d'art, les protègent contre leur confusion.\n   Comme la puissance du travail a su dominer toute la matière expressive! La\ncompréhension artiste a fait rayonner jusque dans le pied presque immatériel, dans\nles rapiéçages de la robe, la beauté de sereine souffrance qui nimbe le visage sous\nl'ombre du capuchon aux contours puissants. On sait la beauté « spirituelle » de\ncertaines fleurs mortes qui, desséchées par l'hiver, élèvent encore sur la prairie\nprintanière, une forme inquiétante d'au-delà. De même, ici, le visage (évidemment\nbeau de nature), acquiert une splendeur nouvelle par l'exténuation de la douleur,\nune douleur non de mort, mais de gloire.\n   Autour des yeux calmes et ardents, les larmes semblent avoir anéanti la chair et\ndélivré la pure étoile brune qui nage sous l'arc sombre des sourcils. La bouche bée\nd'extase douloureuse, découvrant dans l'ombre qu'enferme une courbe d'infinie\nbonté, l'anéantissement des dents brisées, des lèvres fléchissantes; l'immolation de\nl'âme jusqu'en son verbe d'amour. La bouche n'est-elle pas l'âme du visage comme\nles yeux en sont l'esprit? Jamais, si elle fut formée noble, aucune déformation ne la\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "                                     DURENDAL                                     239\n\nsaurait avilir. De même, elle resterait bestiale ou criminelle, si le dessin en avait\nrévélé, dès. l'abord, la bête, le fauve, le méchant\n   Ces yeux et cette bouche, cette lumière et cette flamme d'ombre, sont le rayonne­\nment et l'ardeur de toute la tête sublime dont la beauté se continue toute, se\nprolonge, lignes, couleurs, harmonies, dans l'essor rythmique de la statuette entière,\ndu chef-d'œuvre. Ainsi est expliquée l'âme même de cet essor. On comprend mieux,\nmaintenant, les hauts plis rares au long desquels pend la corde à nœuds, fine liane\nde douleur, et ces bras croisés sous l'élargissement des manches aux lignes d'ailes\nangéliques ployées.\n   Par leur double baiser d'extase, les yeux et la bouche relèvent la tête. Le nez fin,\némacié en son arête douloureuse, forme la ligne de toute l'expression, comme les\nyeux et les lèvres en constituent la vie, la couleur. Cette ligne, en sa vigueur\npresque désincarnée, est la noblesse même de la face qu'allonge, à peine, la courte\nbarbe d'un roux noir relevant une pâleur verdissante ou bronzée. La beauté par­\nfaite des oreilles, au dessin précieux de race, est curieusement dégagée au fond du\ncapuchon comme pour les harmonies célestes qu'implique cette sublimité d'amour.\n   Le modelé de toute la tête est poignant. Les joues sont vallonnées presque à la\nforme pure des os, avec les plis d'usure « anémique » marquant toute la matérialité\nvaincue par la loi intellectuelle qui les commande, les attire, les projette. Le front\ntrès pur malgré la pensée souffrante des longs sourcils bruns, les tempes creuses,\ntout le modelé, enfin, domine l'effroi paradoxal de contempler, de toucher, les\ncontours mêmes d'une âme.\n  Mais, outre cette beauté matérielle, la pensée qu'elle dégage élève encore l'œuvre\nplus haut, étend la curieuse perfection jusqu'à tout le domaine du possible.\n  La royauté idéale du sujet!\n   Un homme, ou plutôt l'homme même, avec la plus haute gloire humaine, la\nsouffrance ennoblissante, celle qui reste debout, les regards levés. En lui triomphe\nl'angoisse universelle. Par un lien transcendant, il la rattache à l'infini que célèbre\nla lumière pensante des yeux. C'est la géniale idéalité de Platon : le juste dont\nl'âme comprenant et dominant la douleur, conquiert le ciel et l'abîme, l'être et ce\nnéant dont la douleur est comme l'image, l'ombre sur l'être.\n   L'idéalité se dramatisa, suprême, quand Hérode dit une parole à tous les siècles :\nEcce homo!\n   La marque d'absolu s'achève par les stigmates, les étranges plaies, sceaux d'immo­\nlation crucifiée.\n   Le symbole de la blessure est une des plus hautes magnificences d'art. Remar­\nquons-le seulement, l'amour vulgaire et l'amour mystique se rencontrèrent\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "240                                  DTJRENDAL\n\n\npour en adopter le langage. La blessure est une voie nouvelle et directe vers\nl'intime de l'être, vers l'âme; l'affirmation, aussi, d'une dépendance et\nd'un lien rattachant cette âme à l'amour, au but suprême. I a blessure est, de la\nsorte, emblème de l'art; l'art, mystique comme l'amour suprême et, comme lui,\nlangage direct de nous à l'absolu. Quand Thomas mit la main dans le côté ouvert\ndu Christ, il avéra le gran'l symbole humain achevé alors par la divinité rayonnante\nqui le fera planer à jamais sur les générations des hommes, les générations qui\naiment, qui souffrent, et qui contemplent.\n   Voici que ce corps de François (dont la forme vulgaire a été abolie par la \" tran­\nscription \" le symbole de la robe), ce corps, au-dessus des bras croisés, dans une\nlarge déchirure de l'étoffe misérable aux plis royaux, montre sa chair même,\ndéchirée également, béante, vers un au-delà dernier.\n   Apparue ainsi, ce n'est plus une chair, c'est la chair même, victorieusement\nimmolée et que le symbole élève à l'abstraction idéale. Dans cette chair, la blessure à\nla courbe de lèvres, apparaît ouverte comme une bouche d'un verbe muet : le verbe\ndu sang, de l'essence même de l'homme et de la vie; un verbe direct, allant du\ncœur aux cœurs. Pourtant ce n'est pas le crucifix mais François dont l'amour\névoque, en le symbole de sa chair blessée, la souveraine croix.\n   Et l'évocation, marquant d'absolu, de divin, l'homme douloureux, fait que la\nstatuette domine le monde, conquiert les derniers sommets de l'idée, et, définitif\nprogramme esthétique, offre la perfection de l'art dans les richesses de la mystique et\nde l'idéalité, avec la suprême splendeur expressive du symbole.\n\n                                                                  EDMOND JOLY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-10-n10-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 241, "page_fin": 242, "titre_corps": "Bibliographie littéraire et artistique", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "Bibliographie Littéraire et Artistique", "ancre_fin": "J. 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Henry Bérenger est peut-être plus approfondi, plus creusé, plus nuancé\nque celui de M. Alphonse Daudet           Vraiment cet ambitieux sec, rêche, âpre,\ntout à la curée des honneurs et du pouvoir, se faisant, pour réussir, de l'idéal un\ntremplin, et de l'amour un instrument, est largement et à la fois finement portraic-\nturé; et il ressort admirablement des divers cadres — milieu parlementaire, vie mon­\ndaine, coins de nature — que l'auteur assigna à son graduel développement.\n   Que les personnages secondaires manquent de relief, c'est possible — mais cela\nn'empêche que la Proie soit, en son ensemble de synthèse sociale, un beau livre et\nun livre honnête — qui nous venge et nous console des habituelles et banales his­\ntoires d'amour et d'adultère.                                               F . V.\n\n\n      L e R o m a n d'un p a u v r e j e u n e h o m m e , par LÉON SOUGUENET.\n                         (Édition de la Lutte, Bruxelles.)\n\n     UTRE la satire acerbe et ironique de ces huit tableaux pour ombres et marion­\nO     nettes, voici des pages d'un beau lyrisme.\n  Le Bourgeois, tueur de cygnes, s'y oppose au Poète rêveur\n\n               N'est-il pas très moral qu'un sage correcteur\n               Surveille, en leurs divagations, les poètes?\n\net l'on souhaiterait de voir se silhouetter sur la nappe blanche. du Chat Noir\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "242                                 DURENDAL\n\nM. Prudhomme Bienassis dans ses apophtegmes et le Printemps Vert frémir dans la\nforêt bruissante au son des strophes exaltées.                       T H . B.\n\n\n\n                             Hoffnungsthränen\n      Recueil de six mélodies pour une voix avec accompagnement d'orgue,\n                               par ERNST DELTENRE.\n\n\n\n\nC    E recueil me paraît être une œuvre d'essai d'un jeune compositeur dont le\n       talent promet beaucoup, mais qui n'est pas encore arrivé à sa pleine matu­\nrité. A côté de tournures mélodiques bien venues et expressives, exemptes de\nvulgarité, on trouve une harmonisation souvent gauche et un manque de fixité\ndans les tonalités qui dénote une main inexpérimentée. L'idée originale d'accom­\npagner ses mélodies à l'orgue force l'auteur à abuser du style plaqué qui, ici, semble\nun peu pauvre. Néanmoins, il y a des phrases qui — avec un léger parfum schu­\nmannien — dénotent une âme d'artiste qui ne demande qu'à se développer.\n                                                                             J. R.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-10-n10-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 243, "titre_corps": "Les Revues", "titre_sommaire": "Revue des Revues", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES REVUES", "ancre_fin": "Francis Bohan", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTULES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 281, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1130, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "LES REVUES\n\n  L''Art Moderne : Une visite au Musée Rosenherg à Copenhague — deux pages\nvivantes et bellement descriptives.\n\n Le Spectateur Catholique : M. Georges Le Cardonnel établit « les noms et les\nœuvres qui demeurent », et il ne distingue que Barbey, Villiers, Huysmans et\nMaeterlinck « qui aient su voir au delà de la chair .\n\n  La Revue : Une belle Chronique littéraire de M. Edouard Beaufils — des théories\nd'art mêlées à des impressions de nature.\n\n La Jeune Belgique : Une étude intéressante sur Jacobsen, le maître du roman\nmoderne en Danemark.\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "                                   DURENDAL                                   243\n\n  La Revue naturiste : M. Edgar Baes répond excellemment à la récente brochure\nde M. Prins sur la santé morale dans les lettres modernes.\n\n  La Revue Blanche : Les Dernières Lettres, d'Arthur Rimbaud — épilogue lamen­\ntable du martyrologe d'un artiste.\n\n  La Lutte : Ode à la Nuit — de beaux vers harmonieux de Paul Mussche; un frais\nconte bleu de G. Virrès : Plaisir d'amour, Chagrin d'amour.\n\n  Le Belfort, revue flamande : Karel Ledeganck, par M. l'abbé Claeys, une étude\nenthousiaste — un peu dépourvue de critique, peut-être.\n\n  La Quinzaine : La Socialiste — piquante idylle de M. Paul Dubost.\n\n  La Trève-Dieu : Hirondelles de romance — de fraîches pages harmonieuses d'Edgar\nRichaume.\n  Le Sillon : La Saison des Peaux-Arts à Munich, par Louis Gillet, et une Lettre de\nBelgique, de Francis Bohan.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-10-n10-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 243, "page_fin": 248, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "e elle le fit du reste pour Fervaal... M. 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Georges Mere-\nI     dith — du Mercure de France :\n      Nous avons en ce monde des hommes que Rabelais appellerait agelastes, c'est-\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "244                                  DURENDAL\n\nà-dire non-rieurs; des hommes, à cet égard, comme des corps morts, qui, si vous\nles piquez, ne saignent pas. Le vieux fragment de roche grise, arrondi par ses\nincessantes chutes et qui a fini ses pérégrinations du plus haut roc jusqu'à la vallée,\nse remettrait plus aisément à grimper à sa place primitive que ces hommes à rire.\nNulle collision de circonstances en notre mortelle carrière ne fait pour eux jaillir\nl'étincelle. Il n'y a qu'un pas de l'agelaste au misogelaste, l'ennemi du rire, qui\napprend bientôt à dignifier son aversion en la transformant en argument de\nmorale. »\n\n\n\nL    A presse catholique quotidienne a signalé, avec de dithyrambiques éloges,\n       certains articles récents de François Coppée, où le poète du Passant et des\nIntimités rend un hommage ému à la Religion.\n   Ces articles sont, en effet, d'une belle et sincère éloquence... Mais de les entendre\nclaironner avec tant de fracas, beaucoup s'imagineront que François Coppée\ndoit avoir écrit bien des œuvres irréligieuses et blasphématoires — puisque ses\nmoindres phrases à tendances chrétiennes sont si véhémentement acclamées...\n   La vérité est que François Coppée fut toujours d'un respect parfait vis-à-vis des\ncroyances de son enfance — et ce n'est pas aimable vraiment de vouloir faire passer\nce très galant homme pour un diable vieilli que la maladie mena à l'ermitage !\n\n\n\nD    E récents visiteurs de Marcdsous nous signalent, dans les chapelles latérales de\n       l'église abbatiale, des fresques fort hiératiques et d'un beau coloris harmo­\nnieux, exécutés par des artistes de l'école de Beuron, et qui corrigent un peu l'effet\ndéplorable des criardes et cauehemaresques peintures dont on déshonora jadis le\nchœur de l'édifice sacré.\n\n\nP     ENSEE DU MOIS :\n         Ceux qui ne vivent que dans le passé et qui méprisent le présent sont\nsouvent des peureux que l'action effraye. »                       Mme MARIA STAR.\n\n\n\n\nS   IGNALÉ à la vigilance et à l'énergie de M. le ministre Vandenpeereboom :\n      L'immonde bête à venin et à ordure — alias Léo Taxil — introduit en\nBelgique, par milliers d'exemplaires, des livraisons populaires, à cinq centimes, de\nses plus pestilentiels romans.\n   L'Etat belge ne doit pas posséder des wagons assez désinfectés pour pouvoir\ntransporter sans danger ces pourritures-là !\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "                                  DURENDAL                                     245\n\n   LA Cathédrale, par J.-K. Huysmans, paraîtra incessamment.\n\n\n     MONSIEUR le comte Albert du Bois a converti M. Valère Gille au rite grec.\n      Et M. Valère Gille chante :\n\n                        Eros, éclatant vainqueur,\n                        Dont la puissance féconde\n                        Domine et règle le monde,\n                        Eros, ô dompteur du cœur !\n\n                        Lançant par toute la terre\n                        Des traits de feu frémissant\n                        Tu soumets les plus puissants\n                        Comme aussi le plus austère !\n\n  Ce sont des vers qu'un docteur de nos bons amis ne désavouerait pas !\n\n\n\nO     N nous conta dernièrement ce très joli mot d'un grand compositeur belge diri­\n        geant la répétition d'une de ses œuvres.\n  Il avait, ce jour-là, derrière lui, un auditoire en majeure partie féminin, et les\ncaquetages allaient fermes — combien agaçants !\n  Soudain, énervé, le maître se retourna, et de sa voix la plus gracieuse :\n  « Mesdames, dit-il, le Capitole n'est plus à prendre... »\n\n\n                     paraît-il, possède, de Barbey d'Aurevilly, un portrait où le\nP   AUL HOURGET,\n     maître est représenté dans le bel et fier dandysme de ses vingt ans.\n  Dans sa vieillesse, Barbey écrivit au revers de ce portrait ces quatre vers :\n\n             Ce fut moi, comme au soir le jour, ce fut l'aurore.\n             Ivre de vie alors, je foulais tout aux pieds.\n             Peut-être que mon front se reconnaît encore\n             Mais mon cœur          si vous le voyiez !\n\n\n\n    OICI à quelle date tomberont dans le domaine public les œuvres des principaux\nV     écrivains français de ce siècle :\n  Chateaubriand, le 5 juillet 1898; Balzac, le 20 août 1900; Mme de Girardin, le\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "246                                 DURENDAL\n\n30 juin 1905; Alfred de Musset, le 3 mai 1907; Henri Miirger, le 29 janvier 1911;\nScribe, le 21 février 1911 ; Alfred de Vigny, en septembre 1913; Méry, le\n19 juin 1916; Gozlan, le 15 septembre 1916; Ponsard, le 9 juillet 1917; Lamar­\ntine, le 2 mars 1919; Sainte-Beuve, le 14 octobre 1919; Bouchardy, en juin 1920;\nMérimée, en juillet 1920; Alexandre Dumas, en mars 1921; Théophile Gautier, le\n24 octobre 1922; Michelet, le 10 février 1924; Victor Hugo, le 23 mai 1935.\n\n                                         *\n\n\nD    E la Proie, le récent volume de M. Henri Bérenger, que nous analysons d'autre\n       part, ce souvenir de jeunesse, dans lequel tous ceux qui eurent une adoles­\ncence tant soit peu intellectuelle, se reconnaîtront :\n\n   « A dix-sept ans, ce fut l'amour livresque. Jusqu'à cet âge, la littérature n'avait\nété pour lui qu'une matière scolaire. Les grands écrivains de l'antiquité et'les clas­\nsiques français n'avaient éveillé dans sa sensibilité aucun écho. Leur humanité lui\nétait glacée par le marbre du passé. Il goûtait leur style, il n'entrait pas dans leur\nâme. Jamais les paysages de Virgile ne lui évoquèrent des souvenirs personnels, et\nles tragédies de Racine ne l'émouvaient point. Il n'y devinait pas, sous le poli des\nbeaux vers, palpiter les âmes. Lamartine, le premier, ébranla son imagination. Il\nlut coup sur coup, à seize ans, Jocelyn, Les Méditations, Les Harmonies, La Chute d'un\nAnge. Collégien solitaire, qui tant de fois, la classe du soir finie et la collation\ngoûtée, avait promené jusqu'au crépuscule sa rêverie indéterminée sur les routes\ndésertes de la Normandie, il retrouva dans Lamartine l'écho, prolongé jusqu'au\nsublime, de ses appels vers une image de la vie toujours entrevue et jamais atteinte.\nLes romans de Chateaubriand et les drames de Hugo exaltèrent encore sa poursuite\nde la sylphide. Il rêva avec René, il lutta avec Hernani, il aima avec Raphaël. Ces\nhéros fuient les véritables compagnons de son adolescence.\n\n\n\n\nM     ONSIEUR Remy de Gourmont commente ainsi la nouvelle du Parthénon aux\n        Américains :\n\n     Ce temple ravagé par les Anglais, mal consolidé par les Grecs, pour qui cepen­\ndant il est une sérieuse maison de rapport, ce prototype de toutes les bâtisses à\ncolonnades et à fronton triangulaire dont l'Europe est infestée, ce chef-d'œuvre,\nenfin, d'un art suprême que l'imitation seule a pu rendre déplaisant, le Parthénon\nmenace ruine, au point que pour le conserver il faudrait le reconstruire. A cette\nnouvelle, les Américains se sont émus et une société vient de s'organiser à Chicago\npour acheter et transporter sur les bords du Michigan cette célèbre ruine, alors\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "                                     DURENDAL                                      247\n\nremontée pierre à pierre. On parle d'une centaine de millions de dollars, de quoi\nrénover les finances grecques. Les Boliviens voulaient acquérir la tour Eiffel ; les\nChicagoïens sont plus raffinés et peut-être plus pratiques.\n\n  Signalé à l'attention plutôt émue de l'auteur de Leuconoé !\n\n\n\n\nO     N a placé le Faucheur, de Constantin Meunier, dans le Parc du Cinquantenaire\n       — actuellement les jardins de l'Exposition de Bruxelles.\n   Mais ce Moissonneur voisine avec une autre statue, à laquelle il tourne le dos : le\nSamson lançant ses renards dans les blés des Philistins, de Van Heffen. Ce rapproche­\nment est d'autant plus malencontreux qu'il semble fait à dessein, et que les deux\nstatues forment presque groupe. Le Samson de marbre, tout blanc, menace de ses\ntorches enflammées qu'il brandit de façon frénétique, le paisible Moissonneur de\nbronze, tout noir, et c'est évidemment dans les blés de ce Philistin nègre que\nl'Hercule Israélite va lâcher ses renards incendiaires.\n   Cela rappelle, à un journal, un autre voisinage malheureux qui, jadis, amusa fort\nles passants et les promeneurs, dans le jardin du Palais des Académies : on avait\nplacé en vis-à-vis le Discobole lançant le disque et le Caïn venant d'assassiner Abel, de\nKessels, l'un regardant l'autre, si bien que le Caïn éperdu semblait gambader de\ncrainte, sous la menace du terrible disque. On a, depuis, fait exécuter une volte-face\naux deux personnages et il n'y a plus rien de burlesque dans leur mimique. Il y\naura, de même, un remaniement à essayer au Parc du Cinquantenaire.\n\n\n\n\nA    l'appui de son idolatrie de l'art antique, devinez donc le génie que M. le comte\n       Albert du Bois appelle en témoignage ?\n   Dante ! — oui Dante, le Dante de la Divine Comédie !\n   Et la raison ?\n   C'est que Dante avait choisi Virgile pour compagnon.\n   Ceux qui douteraient de la vérité de cette énormité, peuvent se convaincre en\nlisant la préface de Leuconoé.\n\n\n     u cours de la récente session parlementaire, M. Beernaert — un de nos rares\n A     hommes politiques qui n'estime point \" qu'on vit de bonne soupe et non de\nbeau langage » — avait dénoncé énergïquement la profanation des coins les plus\npittoresques de nos villes et des sites les plus évocatifs de nos campagnes, par la\nbariolure criarde et la réclame rasante des affiches commerciales...\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 883, "texte": "248                                  DURENDAL\n\n  « Chocolat Suchard * ;\n  « Pastilles Géraudel » ;\n  Etc...\n  Et l'éminent homme d'Etat avait réclamé, contre ces salissures, l'élévation du\ndroit de timbre à un taux savamment meurtrier...\n  La question a été examinée par \" les bureaux \"...\n  Et voulez-vous connaître la réponse des bureaux ?\n  Non seulement le droit de timbre ne doit pas être augmenté — mais il convient\nmême de le supprimer complètement.\n  Doux pays ! — comme dirait Forain.\n\n\n\n\nU    N quotidien bruxellois s'était plaint que le public, appelé à assister à l'inter­\n      prétation de la Sainte-Godelive de Tinel, n'eût pas été « prévenu ».\n  M. Deltenre, dans le Spectateur Catholique, répond excellemment que c'était à la\npresse à « préparer » la foule — comme elle le fit du reste pour Fervaal...\n  M. Deltenre oublie que Tinel n'est qu'un artiste catholique !\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 254, "texte": "OCTOBRE   1897 (QUATRIÈME A N N É E . )   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": ""}, {"page_pdf": 256, "texte": " Octobre 1897                             DURENDAL                                    N° 10\n\n\n\n\n      Un Avocat du \" Grand Siècle „\n              Réponse d'un « intellectuel » au R..P.                 Delattre (*) •\n\n\n\n                       Nous croira-t-on, si nous affirmons que nous atten­\n                        dions cette bro.chure ?\n                            Il y a quelques mois, on lâcha contre la jeune\n                        école littéraire catholique le R. P . Lintelo —\n                         mais il fut si prodigieusement gaffeur, qu'on dut\n                         le remiser tout de suite, et le libelle nouveau\n                         n'accorde pas même à ce précurseur le souvenir\nd'une mention.\n   E t voici donc qu'on a déchaîné le R. P . Delattre, un savant qu'on\nnous assure éminent.\n   L e R. P . Lintelo avait été chargé de démontrer que le groupe des\nmodernistes catholiques campagnonnait intellectuellement avec les\npires écrivains contemporains — et que le verre d'absinthe de Musset,\nle haschisch de Baudelaire et la fin tragique de Maupassant les\nguettait.\n   Nous avons discuté — c'était naïf. Nous nous sommes fâchés —\nc'était absurde. Enfin, nous avons ri — c'était la vraie réponse.\n   L e R. P . Delattre a eu la mission de défendre contré nous le\nClassicisme — outrageusement calomnié à ce qu'il paraît au Congrès\nlittéraire de Gand ; et tout couvert de la poussière vénérable des\nsiècles, ce grave orientaliste a daigné quitter un instant ses doctes\npapyrus, pour descendre dans l'arène des luttes littéraires — une\nférule à la main...\n (*) A.-J. Delattre, S. J. — Un Congrès d'intellectuels à Gand, en février   1897.\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "218                           DURENDAL\n\n\n   « ... Venez ici, Klein, de Baets, Carton de Wiart, Demade,\nVanden Bosch. Qu'osâtes-vous dire à Gand, et est-ce là le fruit que\nvous retirâtes des leçons que nous vous donnâmes ? »\n   En voyant cette tentative de pensum, notre première idée fut de\nfaire remarquer au R. P . Delattre qu'il y avait déjà quelques quinze\nans que nous ne relevions plus de sa discipline et que, n'ayant point\nla chance, d'être des ducs de Bourgogne, nous ne nous sentions pas\nen besoin de Mentor.\n   Mais, réflexions faites, nous nous sommes dits que si les écrivains\nbelges, attaqués par le R. P. Delattre, pouvaient dédaigner sa déso­\nbligeante agression, il était de leur devoir d'autre part de ne point\nlaisser sans réplique, les petites vilenies, savamment — oh ! combien\n— distillées contre M. l'abbé Klein, leur ami et leur hôte.\n   Ce nous sera en même temps l'occasion d'affirmer une fois de plus\nnos principes et nos tendances — contre les grands et les petits\norientalistes de lettres.\n\n                                   I\n\n   Le groupe littéraire des jeunes catholiques belges date de moins de\ndix ans.\n   C'était l'époque où la Jeune Belgique, ayant réveillé la passion de\nl'Art, fascinait les adolescents par un programme qui alliait la nou­\nveauté des formes à la hardiesse des idées.\n   Pour tous les catholiques de quelque personnalité, la tentation\nd'entrer dans l'orbite de ce mouvement était d'autant plus impérieuse\nque la Jeune Belgique, née au sein de l'Université de Louvain, était,\npour une grande partie, l'œuvre d'initiative — oui, mon Révérend\nPère ! — d'anciens élèves des Jésuites.\n   Le danger était réel et grave : car l'école nouvelle — digne de\nbeaucoup de sympathies au seul point de vue littéraire — avait le tort\nd'idolâtrer l'Art au point de lui subordonner d'une façon humiliante la\nReligion et la Morale.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                               DURENDAL                               219\n\n  Quelques jeunes gens, alors — ceux contre lesquels le R. P . Delattre\nvient de s'acharner si chevaleresquement — crurent faire œuvre de\nbons chrétiens en conviant leurs coreligionnaires à adhérer à un\nidéal à la fois catholique et artistique, qui unit « l'éternelle pérennité\ndes idées à la constante évolution des formes ».\n   Ils affirmèrent leurs croyances religieuses hautement et fièrement ;\nmais non moins hautement et non moins fièrement ils revendiquèrent\nle droit — portés par leurs goûts vers la littérature contemporaine —\nd'admirer cette littérature à l'égal des littératures antérieures.\n   P a r application de ces principes, ils réclamèrent pour les Lettres du\nXIXe siècle une place, dans l'enseignement moyen, proportionnée à la\npart faite aux Lettres des siècles antérieurs ; et ils se virent dans la\nnécessité de dénoncer notamment — et cela explique bien des ran­\ncunes restées tenaces — la méthode littéraire des R. P . Jésuites, qui\nmaintenaient systématiquement les jeunes intelligences dans l'absolue\ndomestication du néo-paganisme classique et dressaient contre la\nlittérature moderne des réquisitoires sommaires d'irréligion et d'immo­\nralité — dans l'ignorance d'écrivains chrétiens comme Veuillot, Hello,\nBlanc de Saint-Bonnet, Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam,\nVerlaine et d'autres.\n  T o u t en étant modernistes, ils restèrent néanmoins éclectiques : à\nmaintes reprises, ils protestèrent de leur admiration pour le XVIIe siècle,\net dans le XVIIe siècle, pour ceux des maîtres classiques, dont les\nœuvres sacrifièrent le moins aux conventions transitoires et portèrent\nla m a r q u e d'une belle spontanéité instinctive de génie : Bossuet,\nCorneille et — ne vous en déplaise, mon Révérend Père — Pascal.\n  L'auteur des Provinciales aurait fait son régal de la façon dont le\nR. P . Delattre s'y prend pour dénaturer et rendre suspect le mouve­\nment d'art que nous venons d'esquisser à larges traits.\n  Après avoir, jouant au Lintelo, dénoncé notre « indulgence envers\ntoutes les écoles fussent-elles impies, immorales, faut-il ajouter\nPORNOGRAPHIQUES », le R. P . Delattre nous accuse d'avoir toujours\nété systématiquement hostiles au XVIIe siècle.\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "220                                   DURENDAL\n\n\n    En vérité une déclaration formelle et nette, faite au Congrès de\n Gand par M. F i r m i n Van den Bosch, était, à cet égard, gênante pour la\n thèse du Révérend Père : « Nos admirations, avait-il été dit, vont à la\nfois au Classicisme et au Romantisme, à l'École parnassienne et au\n Symbolisme. »\n    « Sagesse tardive ! » — répond le R. P . Delattre.\n    Sagesse t a r d i v e ? — Mais, mon Révérend Père, si, pendant ces\n dernières années, vous aviez bien voulu détourner parfois vos yeux\ndes manuscrits archaïques, vous sauriez que cette affirmation d'éclec­\ntisme a été produite, en termes répétés et formels, à la section des\n Lettres du Congrès de Malines — et nous vous renvoyons au compte\nrendu.\n    « Sagesse tardive ! » — Mais puisque, Biré de l'exégèse, vous\ncollectionnez tant de petits papiers sur notre compte, comment se\n peut-il que vous ignoriez que « le virtuose » auquel vous reprochez\ncette « sagesse tardive », écrivait déjà en 1889 : « P a s d'iconoclasme,\n pas d'exclusivisme, de l'éclectisme et de la modération. Relisez vos\nclassiques et lisez vos modernes. Relisez vos classiques et par delà la\n contingence démodée et passagère de la forme, retenez-en l'éternelle\n et permanente vérité. Lisez les modernes — et quel que soit la forme\n dans laquelle ils ont coulé leur pensée, ne refusez pas votre adhésion\n enthousiaste au fier et jeune et neuf idéal auquel ils vous\n convient (*). »\n    « Sagesse tardive ? » — Mais en tète du premier numéro du Dra-\npeau, journal fondé en 1891 pour tous les jeunes écrivains, dont vous\nentreprenez la démolition, et dans un article intitulé Notre programme,\nvous auriez pu lire : « Qu'on veuille bien nous comprendre et ne nous\n point attribuer de sottes exagérations : nous ne prétendons nullement\ncontester la légitime part d'admiration qui revient aux lettres classi­\nques ; ce contre quoi nous nous élevons, c'est contre le monopole\nexclusif et despotique dont elles furent et restent investies au détri­\nment de l'Art contemporain. »\n  (*) F. VANDEN BOSCH. — Coups de plume,   p. 28.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                                         DURENDAL                     221\n\n\n   « Sagesse t a r d i v e ? » — Mais quand le R. P . Delattre qualifie\nainsi une déclaration faite le second jour du Congrès, il oublie, il feint\nd'oublier qu'une déclaration analogue fut émise dès le PREMIER JOUR :\n« Admirer le beau partout où nous le rencontrons, DANS LES FORMES\nCLASSIQUES DE L ' A R T , mais aussi dans les formes modernistes (*). »\n\n\n\n\n                                               II\n\n\n   Dans la remarquable conférence qu'il donna au cours du Congrès\nlittéraire de Gand, M. l'abbé Klein non plus, est-il besoin de le dire,\nne fit preuve, au profit du modernisme, de la partialité préconçue\net injuste dont l'accuse le R. P . Delattre.\n   Proposant à ses auditeurs un « idéal littéraire », l'éminent profes­\nseur de l'Institut catholique les engageait à considérer comme objectif\nde l'œuvre d'art-type la satisfaction harmonique de toutes les facultés\nhumaines ; il affirmait incomplètes les vaines combinaisons de mots et\nde verbes si chatoyants et si mélodieux soient-ils, mais, d'autre part,\nil jugeait insuffisante la raison pure, sereine, rectiligne, qui avait\ninspiré certaines productions du XVIIe siècle? M. l'abbé Klein, en un\nmot, saluait l'idéal dans des œuvres « qui, d'un même coup, mettraient\nen branle toutes nos puissances intellectuelles et sensibles, depuis\nl'impression en quelque sorte purement physique de la jouissance, de\nla force ou de la peur jusqu'aux plus sublimes envolées dont soit\ncapable la raison humaine ». E t comme exemple de belles œuvres,\nM. l'abbé Klein citait entre autres les Élévations de Bossuet (**).\n   L e s archivistes d'ordinaire ont peur des idées générales. Nous\nconnaissons déjà assez le R. P . Delattre et sa critique de haute enver­\ngure pour prévoir qu'il ne se hasardera pas à discuter dans son\nensemble la théorie de M. l'abbé Klein; le « virtuose »... des ciseaux\nse contentera d'isoler habilement certains passages de la conférence et\n  (*) Magasin littéraire. — Murs-avril, p. 214.\n  (**) Magasin littéraire du 15 mars-15 avril, pp. 161 et 162.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "222                               DURENDAL\n\nfera à ce sujet un procès de tendances à son a u t e u r ; il le sommera\nd'accepter le principe « que rien n'est beau que le vrai », sous peine\nd'être rangé « parmi les décadents de la pensée ».\n   U n petit fait démontrera, à ce propos, l'exquise bonne foi de notre\ncontradicteur : sans entrer dans le détail des chefs-d'œuvre du\nXVIIe siècle, M. l'abbé Klein, dans sa causerie, avait plutôt analysé la\ntendance générale de cette époque vers un art trop solennel, trop\npompeux, trop dédaigneux des nuances et du coloris; qu'à cette règle\nil y ait eu de glorieuses exceptions, c'est ce que M. l'abbé Klein\nreconnaissait implicitement puisqu'au cours de sa démonstration, il\navait rendu hommage — comme nous tous du reste — à Bossuet, à\nCorneille, à Pascal, à L a F o n t a i n e . . . E t voici que dans sa réfutation,\nle R. P . Delattre, voulant nous faire passer tous pour des adversaires\nen bloc du Classicisme et escamotant ces très catégoriques reconnais­\nsances des vrais génies du « grand siècle » clame, dans un élan théâtral\net simulé d'indignation, que s'il eût été présent au Congrès, il nous\neût crié, en forme de protestation : « E t Bossuet, et Corneille, et\n Pascal, et L a Fontaine? » Vraiment? E h bien! nous regretterons tou­\njours l'absence du R. P . D e l a t t r e ; le spectacle eût été piquant de\n voir un orientaliste jouer au phonographe !\n  L e XIXe siècle est trop près de sa fin pour, que nous renouvellions\navec le R. P . Delattre la dispute presque séculaire du Classicisme et\ndu Romantisme, à laquelle succèda depuis la lutte du Romantisme et\ndu Naturalisme, du Naturalisme et du Symbolisme. Nous ne perdrons\npoint notre temps à vouloir convertir des gens qui, dédaignant les\névolutions littéraires successives, marquées par les noms de H u g o , de\nVigiry, Leconte de l'Isle, Baudelaire, Verlaine, en sont encore à con­\nsidérer l'Art Poétique de Boileau comme le code intégral et complet de\nla formation intellectuelle; à l'appui de cette singulière façon de voir,\nle R. P . Delattre invoque l'avis de plusieurs critiques, rationalistes la\nplupart et quelques-uns appartenant — que le R. P . Lintelo se voile\nla face! — à la peu orthodoxe Revue des Deux Mondes ; à ce referendum\nnous pourrions répondre par un referendum aux résultats opposés —\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                               DURENDAL                               223\n\n\nauquel peut-être des auteurs un peu plus chrétiens que ceux cités par\nle R. P . Delattre — notamment ce vaillant et regretté Léon Gautier\n— apporteraient leur contribution; mais à quoi bon cette discussion sur\nune cause que nous considérons comme jugée depuis longtemps dans\nle sens du progrès et de l'évolution et que le R. P . Delattre tranche\ndans le sens du statu quo et de la réaction?\n  C'est au demeurant le droit du R. P . Delattre de penser ainsi et, le\npensant, de le dire; ce qui est moins son droit, c'est, voulant com­\npenser son intransigeance vis-à-vis des Lettres modernes, avec notre\nprétendue intransigeance envers le Classicisme, de nous imputer un\nmépris du XVIIe siècle en bloc, mépris qui est contraire à des décla­\nrations nettes, multiples et répétées.\n  Ce qui est moins son droit encore, c'est de donner à notre moder­\nnisme une couleur équivoque de sympathie pour l'immoralité de\ncertains livres contemporains. L u i reprochons-nous d'avoir passé une\npartie de sa vie à expliquer aux collégiens une églogue malpropre de\nVirgile et les odes du graveleux Horace?\n  E t ce qui n'est pas son droit du tout, c'est toujours dans le même\nordre d'idées, de jeter la suspicion sur l'orthodoxie et la sincérité de\nnos croyances — et ce reproche a un caractère particulier de gravité\nquand il s'adresse à un prêtre comme M. Klein.\n  U n e belle idée vraiment terminait la conférence de M. l'abbé Klein;\ndéveloppant que « pour être aujourd'hui grand écrivain, il faut dans\nune large mesure connaître l'univers », l'orateur évoquait aux yeux de\nson auditoire les peuples et les civilisations diverses, les caractérisant\nau passage d'un souvenir de leur passé et d'une sommaire perspective\nde leur avenir; la page est d'un beau souffle large et entraînant et\nvibre de la plus haute et de la plus émouvante charité.\n   Ce morceau de réelle éloquence a dû gêner beaucoup le R. P . De\nlattre — car il s'est attaché, avec une particulière ardeur, à le déchirer\nà beaux coups de p l u m e .\n  Il qualifie cette partie de la causerie « d'amplification » et la dis­\nsèque phrase par phrase, d'après les recettes du R. P . Broeckaert...\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "224                              DURENDAL\n\n\nOh ! quand ces savants font de l'esprit, c'est à faire pleurer une\nmomie !... L e batifolage auquel se livre le grave orientaliste ne prouve\nqu'une chose : c'est qu'on a eu tort de ne pas lui confier la confection\nd'un nouveau Guide du Jeune Littérateur ; avec lui on serait resté, dans\n« la tradition » du R. P . Broeckaert — et le R. P . Procès n'eût pas\neu l'occasion d'infester ses Modèles d'oeuvres « d'artistes qui ont cherché\nleurs inspirations dans l'opium, dans le haschisch et dans une foule de narco-\ntiques ».\n   Après avoir, par ces puériles grimaces, déshonoré la page de\nM. l'abbé Klein, le R. P . Delattre cherche à l'éminent professeur une\nquerelle théologique !\n   E n m ê m e temps il accuse M. Klein de vouloir substituer M g r Ireland\nau P a p e Léon X I I I . . . .\n   N e riez pas : dans le déroulement de son coup d'œil p a n o r a m i q u e\nà travers le monde, le conférencier avait salué au passage W a s h i n g t o n\net Saint-Paul de Minnesota, où la lumière est « parvenue à son'éclat\nle plus intense ».\n   De là, interrogatoire « très grave aux yeux des catholiques », du\nR. P . Delattre :\n   « Qu'est-ce que cela veut dire? Serait-ce que Mgr Ireland, l'Univer­\nsité de Washington et le Congrès des religions de Chicago ont remplacé\nla chaire de saint Pierre, d'où rayonnait jusqu'à présent la grande\nlumière morale pour les enfants de l'Église? »\n   Textuel !\n   L a question est aussi intelligente que le serait cette autre : ,\n   « L o r s q u e le R. P . Delattre salue comme un centre de haute intel­\nlectualité l'ermitage qui se trouve mi-chemin Florence et Fiésole,\nest-ce que par hasard il voudrait remplacer Léon X I I I par le Révérend\nGénéral des Jésuites? »\n  T o u t cela est puéril et mesquin.\n   Les belles luttes fécondes pour les idées sont remplacées par des\nessais de coups formés où l'insinuation est l'arme préférée et dont la\nmise en suspicion est le but à atteindre.\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                                  DURENDAL                                   223\n\n\n  Si l'on écoutait le R. P . Delattre, comme déjà on a les chismocrates,\non aurait bientôt les chismographes, des chismographes mis à l'index\npar un prêtre pour avoir manqué de révérence aux deux Boileau.\n\n\n                                       III\n\n   Car pour le R. P . Delattre, il y a deux Boileau.\n   M. l'abbé Klein et M. Pol D e m a d e fuient réprimandés pour insu­\nbordination envers le grand Boileau — celui de 1' Art Poétique.\n   M. H e n r y Carton de W i a r t est interpellé pour irrespect envers le\npetit Boileau — celui du Guide du Jeune Littérateur.\n   Que le Guide du Jeune Littérateur fût depuis longtemps un manuel\ninsuffisant et incomplet, ce n'est pas seulement M. H e n r y Carton de\nW i a r t qui l'a affirmé, ce sont les R. P . Jésuites eux-mêmes qui l'ont\navoué, puisqu'ils ont remplacé ce papier buvard de Boileau par un\ntraité plus large et mieux informé.\n   Alors, quoi ?\n   Ah! c'est qu'il fallait absolument réhabiliter le R. P . Broeckaert.\nM. H e n r y Carton de W i a r t avait parlé Guide du Jeune Littérateur; le\nR. P . Delattre lui répond Histoire de la Littérature.\n   Il paraît, en effet, que le R. P . Broeckaert a écrit une Histoire de la\nLittérature; nous l'ignorions et beaucoup d'autres probablement avec\nn o u s ; bien que le R. P . Delattre qualifie ce livre de supplément au\nGuide, on ne nous la mit jamais en mains — probablement parce qu'il\ny était question de H u g o , de L a m a r t i n e et de Musset; que depuis lors\nM. Carton de W i a r t et ses amis n'aient point lu cette Histoire, on le\ncomprendra : après avoir vécu plusieurs années en compagnie du\nGuide, la vie leur a paru trop courte pour lire l'Histoire; un écrin à\nriches joyaux du reste que cette Histoire, à en juger par les extraits\nrévélés par le R. P . Delattre lui-même : Ponsard y est qualifié « d'un\nautre Corneille » ; T u r q u e t y y est comparé à L a m a r t i n e ; on y vante\n« la rare perfection de style » des fables politiques de Viennet; enfin\n Reboul et Jasmin (?) avaient, parait-il, deux voix suaves et reli-\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "226                                DURENDAL\n\n\ngieuses »... T o u t cela p e n d a n t que Victor H u g o était « confondu dans\nla tourbe des réalistes » et que L a m a r t i n e « faisait des vers disloqués».\n   Au lieu de chercher à M. H e n r y Carton de W i a r t cette querelle\nd'orientaliste, le R. P . Delattre eût mieux fait d'essayer de réfuter la\npartie du discours de notre ami où celui-ci analysa sommairement,\nau point de vue spiritualiste, les œuvres des Maîtres des Lettres\nchrétiennes modernes.\n   Il est vrai qu'il aurait pu y perdre son syriaque !\n\n\n                                       IV\n\n   Si la longueur de ces pages n'était déjà disproportionnée à l'impor­\ntance qu'il convient d'ajouter à la bilieuse petite brochure du\nR. P . Delattre — que de jolies choses à relever encore !\n   Il faut voir comment l'orientaliste, en rupture d'hiéroglyphes, fonce\nsur M. Pol D e m a d e , parce que celui-ci n'a point eu pour la Pléiade\nle dédain du grand et du petit Boileau. (Pourquoi aussi M. D e m a d e\nqualifia-t-il la « délicieuse » Pléiade d'un adjectif qui s'appliquerait\nmieux au R. P . Delattre?) Vis-à-vis de M. D e m a d e encore, l'archaïque\npourfendeur du modernisme défend le XVIIe siècle de n'avoir pas eu le\nsens de la n a t u r e . . . Mais par quels arguments, grand Dieu... C'était\nle moment ou jamais, mon Révérend Père, d'ouvrir votre tiroir aux\ncitations et ne pouvant vous exhiber cette fois en compagnie de M. le\nduc de Broglie, d'appeler au moins à votre aide un critique « de votre\nrace », un N o u r r y , un Cornut, un Lintelo m ê m e . . . Hélas ! pour\ncontrebalancer l'avis de tous les historiens littéraires qui reconnaissent\nque le véritable sentiment des beautés de la nature a fait son entrée\ndans les Lettres françaises avec Rousseau, Chateaubriand, L a m a r t i n e ,\nqu'apportez-vous ?\n   1° Une strophe détachée d'un chœur de Racine, où l'auteur\nd'Athalie « publie » ce bienfait divin :\n\n                 Il donne aux fleurs leur aimable peinture.\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                               DURENDAL                             227\n\n\n 2° Un extrait de l'Épître à Lamoignon, où Boileau — le grand\nBoileau — vante les plaisirs de la campagne :\n\n           Quelquefois, aux appas d'un hameçon perfide\n           S'amorce en badinant le poisson trop avide ;\n           Ou d'un plomb que suit l'œil et part avec l'éclair\n           Je vais faire la guerre aux habitants de l'air...\n   C'est péremptoire, n'est-ce pas? — et de quel droit a-t-on dépouillé\nce pêcheur à la ligne doublé d'un Nemrod, de la gloire injustement\ndépartie aux auteurs de l'Emile, du Génie du Christianisme et des\nMéditations poétiques ?\n   3° Une découpure du Songe d'un Habitant du Mogol, de La Fontaine.\n   Loin de contredire l'appréciation de M. Pol Demade, toutes ces\ncitations — pour autant qu'il en est besoin — confirment cette appré­\nciation : certes, on peut trouver dans la littérature classique des\ndescriptions de nature, — qui donc a nié cela ? — mais généralement\nces descriptions voilent les choses vues de tant de périphrases languis­\nsantes et banales et glacent l'impression du lecteur par un tel abus\nde souvenirs mythologiques, que tout sentiment de sincérité, d'émo­\ntion et de profondeur en est annihilé...\n   Le R. P. Delattre sait bien cela — mais ayant reçu la mission de\nne rien dire que de désagréable auXIXesiècle, il a essayé cette défense\ndu classicisme nature — et cela nous valut encore quelques pages\nd'une réjouissante badauderie de pensée.\n\n\n                                     V\n\n\n   J'allais oublier de noter que pour prouver que le classicisme « a\nexploité la veine de la nature », le R. P. Delattre nous menaça d'une\ncitation de « cent pages du Télémaque ».\n   Il n'en fit rien, heureusement — arrêté probablement par la perspec­\ntive de Calypso et de ses nymphes.\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "228                                           DURENDAL\n\n\n   Mais, malgré Calypso et les nymphes, le R. P . Delattre adore le\nTélémaque. Et mal en prit à M. H e r m a n n de Baets de ne pas partager\ncette adoration.\n   L a belle et caustique causerie de notre ami est déchiquetée, défi­\ngurée, travestie, caricaturée... A lire le R. P . Delattre, on dirait que\ncette causerie a eu pour unique objet le Télémaque, on croirait que\nM. H e r m a n n de Baets a méconnu le talent et le style de Fénélon, on\ns'imaginerait que la disparition du Télémaque de l'enseignement moyen\nfut la première et dernière revendication de l'orateur... E t Villemain,\net Sainte-Beuve sont appelés à la rescousse... E t le R. P . Delattre se\nmonte, s'anime et injurie...\n   Or tout cela c'est de la comédie; c'est de la virtuosité renouvelée\ndes pires endroits des Provinciales : le discours de M. de Baets, en effet,\ndura une bonne demi-heure, il occupe quatre pages petit texte du\nMagasin Littéraire — et dans ces quatre pages, une demi-ligne — la\nvaleur d'une incidente — est consacrée au Télémaque...\n   L e R. P . Delattre sait d'ailleurs fort bien que toujours nous avons\ndistingué entre le Télémaque, considéré comme œuvre littéraire in se —\net le Télémaque, livre d'enseignement, trapèze de philologie et de\nmémoire.\n   Non, ce n'est pas nous qui avons ridiculisé le Télémaque -— ce sont\nles grotesques acrobaties des confectionneurs de manuels de\nPréceptes (*).\n   (*) Pour la joie de nos lecteurs, voici comment le R. P. Broeckaert « dissèque » une des premières\npages du Télémaque; nous respectons les italiques du texte :\n   « En indiquant le sujet, nous avons résumé tout le morceau. La douleur de Calypso est une circons-\ntance très bien choisie en rapport avec tout ce qui doit suivre. L'auteur énonce d'abord cette douleur,\npuis il la développe et la dépeint par les effets. Ces effets, éminemment vrais et naturels, nous font en\nmême temps connaître d'une manière générale la demeure et la société de la déesse ; une particularité\nde la douleur sert de transition à l'arrivée de Télémaque. Suit l'énumération des débris du naufrage,\nqui nous conduit, par une gradation naturelle, aux deux naufragés.\n   » La vue de Télémaque excite dans le cœur de Calypso un sentiment que l'auteur nous fait connaître\npar ses effets. D'abord Calypso affecte l'indifférence et la sévérité, afin de faire parler Télémaque; mais\nelle n'est pas capable de soutenir cette feinte durant un long discours : pendant que Télémaque explique\nla cause de son voyage, elle, par un autre effet de ses dispositions, le contemple en silence; enfin,\ndernier effet, elle l'invite à sa demeure avec des paroles de bienveillance.\n . » Le tableau de Calypso accompagnée de ses nymphes est relevé par la belle comparaison du chêne\ndans la forêt. Les détails du tableau sont énumérés ensuite d'une manière graduée, à mesure qu'ils se\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                                            DURENDAL                                              229\n\n   L e R. P . Delattre n'en conviendra pas, parce que le Télémaque,\naprès tous les autres services qu'il rendit à ses collègues, lui permit en\nl'occurrence d'esquiver la discussion des critiques élevées par\nM. de Baets contre la conception « archaïque » de l'enseignement —\ndont l'orphelin de Broeckaert est un des derniers t e n a n t s .\n\n\n                                                 VI\n\n\n   « ... Un h o m m e qui étudie entre quatre murs la Bible et l'Histoire\nancienne de l'Orient, qui ne sort de sa cellule que pour une prome­\nnade hygiénique dans la forêt voisine... »\n   C'est dans ces termes, que le R. P . Delattre — au cours de sa\nbrochure, se peint lui-même — grandeur nature.\n   Que notre « tombeur » nous permette de le lui dire : pour peu qu'il\nsoit sorti de sa cellule, il en est sorti au moins une fois de trop, et\nquelque rares que soient les infidélités qu'il ait faites à l'orientalisme,\nla dernière peut compter...\n   Parce qu'un groupe de catholiques, se soustrayant au conformisme\ntraditionnel et ambiant, estimant du reste que la pensée chrétienne\ndoit, pour atteindre son maximum d'apostolat, se vêtir des formes\nd'art contemporain, parce que ces catholiques, dis-je, ont convié la\njeunesse de leur temps vers un idéal qui, sans rien sacrifier des\nexigences de la Vérité religieuse et morale, payât néanmoins son\ntribut à la Modernité splendide, coloriée et nuancée — le R. P . Delattre\na bondi soudain de derrière ses in-folios parcheminés...\n   Si du moins il s'était contenté de combattre nos théories artis-\nprésentent à l'œil de l'observateur : détails concernant la personne même de Calypso, puis sa grotte,\npuis ce qui environne immédiatement la grotte, puis enfin tout le paysage; détails bien choisis, et de\nplus rattachés au sentiment des acteurs : il admirait, il était surpris de voir, etc.\n   » Dans tout ce morceau la forme des phrases est aisée et suffisamment variée. La douleur de la déesse\nest rendue par quelques membres détachés, dont le mouvement, comme celui de la douleur, est lent et\npesant. Les débris du naufrage sont jetés un à un, comme ils apparaissent sur la mer. Le tableau qui\nexcite l'admiration de Télémaque se déroule en phrases amples et harmonieuses; il est parsemé de\ntropes les plus délicats : la grotte tapissée d'une jeune vigne, les fontaines au doux murmure, etc. ».\n                                                                         (Modèles français, pp. S et y.)\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "230                               DURENDAL\n\ntiques !... Mais non : il s'attaque à nos convictions religieuses et\nessaye d'en entamer la sincérité et l'intégrité par l'inavouable corrosif\nde l'insinuation et du sous-entendu...\n   Ah ! la petite et mesquine besogne entreprise là ! Et s'il est pardon­\nnable à un savant d'écrire une œuvrelittéraire aussi lamentable, est-il\npermis à un prêtre de commettre une action aussi médiocre ?\n   Pour nous — il est à peine nécessaire de le dire — cette agression\nne saurait nous émouvoir et nous faire hésiter vers le but que nous\nnous sommes tracé.\n   Le proverbe est ancien — et le R. P. Delattre doit donc le con­\nnaître : « Les chiens aboient, mais la caravane passe. »\n\n                                                « U N INTELLECTUEL.   »\n      20 Octobre 1897.\n\n\n\n\n                  Les Ciels d'Été\n          J'aime les ciels d'été, les ciels sereins, les ciels\n          où, sur fond d'azur, vogue un pur et blanc nuage\n          qui vient de l'infini par un lointain voyage,\n          transpercé des rayons éclatants du soleil.\n\n          Ciel ! tu renfermes tout l'horizon, et l'espace\n          illimité que tu recèles en tes flancs\n          dilate et grise le cœur f ou de tes amants,\n          qui rêvent aux parfums dans la brise qui passe.\n\n           Désir d'être soudain l'oiseau libre envolé\n           qui plane dans les airs à lents et sûrs coups d'ailes,\n           de s'en aller aussi vers lointains bleus et cimes frêles\n          jusqu'au but irréel des dômes étoiles.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                                DURENDAL                                  23l\n\n\n        Désir d'être le vent qui fait rouler les nues\n        le vent joueur des ciels d'été, flambant et chaud\n        qui lance son essor triomphal, tout là-haut\n        connu des aigles seuls, parmi les étendues.\n\n        Azur! azur sans fond ! azur inviolé !\n        plein de vols d'oiseaux et de chansons belles\n        tu vibres du chant doux des lyres éternelles\n        azur ! azur sans tâche ! azur immaculé !\n\n                                                        PAUL   MUSSCHE.\n\n\n\n\n            Un Poète flamand\n                     GUIDO GEZELLE\n\n\n               LE Gids — l'importante revue néerlandaise — vient,\n                 par la plume de M . Pol de Mont, de consacrer une\n                 longue et magistrale étude au poète flamand, Guido\n                 Gezelle.\n                    Les catholiques ont coutume de laisser à leurs\n        adversaires le soin de « découvrir » ceux qui honorent le plus\n        l'Art chrétien; c'est encore une fois d'un écrivain incrédule\n        qu'est venu, au génie poétique de l'abbé Guido Gezelle, cet\nhommage éclatant, mérité, et qui se fit trop longtemps attendre !\n  Nous avons traduit — à l'intention des lecteurs de Durendal — les\nparties les plus caractéristiques du travail de M. Pol de Mont, et\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "232                                  DURENDAL\n\n\nnous souhaitons que ces pages donnent à plusieurs le désir de con­\nnaître plus complètement et plus intimement le poète du Tijdkrans...\n  Hélas!\n                L'arbre de vérité ne croît que sur les tombes!\n\n   Faudra-t-il que Guido Gezelle ait reposé sur l'oreiller de la Mort\nsa belle tête endolorie par le Rêve, pour que la gloire due auréole son\nœuvre, et que spontanément tous soient d'accord sur ceci : que non\nseulement Guido Gezelle a honoré grandement les Lettres catholiques\net a considérablement augmenté le patrimoine poétique de sa patrie,\nmais que dans l'histoire de la Poésie lyrique et religieuse en ce siècle,\nson nom doit figurer en toute première place, dans le voisinage du\nnom de L a m a r t i n e , à côté du nom de P a u l Verlaine...\n   O u i , certes, M. Pol de Mont a raison : le jour viendra où les assoiffés\nde pure et sincère poésie mystique confondront dans une même admi­\nration Gezelle et Verlaine — le prêtre vertueux, austère et simple et\nle pauvre vagabond, désemparé et repentant — tous deux poètes de\ngénie et de foi.\n   Nous cédons à présent la parole à M. Pol de Mont, en nous excu­\nsant, auprès du critique et du poète, des imperfections de notre\ntraduction.                                                       F . V.\n\n\n   La poésie de Gezelle est essentiellement lyrique... Certes les œuvres de Gezelle\nrenferment beaucoup de pièces « descriptives > dont quelques-unes, surtout dans\nson dernier volume Tijdkrans, sont parmi les plus remarquables qui aient été écrites\ndans notre pays. Mais même dans ces pièces, non seulement l'allure et le ton sont\nentièrement lyriques, mais le sentiment y domine tout, parce que tout y est dit\npar. un irrésistible besoin du cœur.\n  Je crois bien que le lyrisme de Gezelle a une double caractéristique : il est d'abord\nreligieux, disons mieux chrétien, et il est ensuite naturiste.\n   Prêtre catholique, prêtre par véritable et intime vocation, prêtre donc avec toute\nson âme, le poète Gezelle appartient à la famille spirituelle de sainte Thérèse, de\nsaint Bonaventure et — que l'on ne s'effraie point! — de Verlaine.\n   Ce n'est point à dire qu'il soit un poète ascétique, et moins encore un poète aux\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                          DURENDAL                                        233\n\nréminiscences lamartiniennes. Gezelle est un poète mystique, mais mystique de la\nfaçon la plus naïve, la plus naturelle, sans propos délibéré; ce qu'il profère, ce\nn'est point la science d'un savant théologien, ni la sainte fureur antimondaine d'un\nzélateur, ni le verbe enflammé et entraînant d'un apôtre, mais la foi tranquille et la\nfervente confiance des campagnards flamands dont il est le fils.\n  Je ne crois pas qu'il y ait dans Verlaine beaucoup de plaintes plus sincères et plus\nferventes que celle-ci :\n\n           Etre si misérable                                Je préférerais être mort\n     Que jamais un rayon de soleil                          Que de subir toujours\n     N'illumine ma maison !                                 Dans le désir de mourir\n           Ne respirer jamais                               Tant de milliers de morts,\n               Sans douleur !                               Sans jamais être délivré\n     Ne savoir remuer mains ou pieds                        Hélas! de cette souffrance!\n                Sans crier !                                J'ai assez mordu\n           Vouloir et ne pas savoir                         A ce pain quotidien\n             Calmer cette souffrance!                       Quand en verrai-je la fin ?\n         Hélas ! Hélas ! Hélas !                            Hélas ! Hélas ! Hélas !\n             Etre si misérable...                           Je préférerais être mort !\n\n\n                            A ma place qui ne se plaindrait     pas ?\n                            Y eut-il jamais une peine\n                            Plus grande que ma peine ?\n                            Y eut-il jamais   une souffrance ?...\n\n                                  « Consommatum est »\n                                  Pendu à la croix,\n                                  Quelqu'un m'a répondu;\n                                  Et son âme se brisa\n                                  Dans son chant d'agonie\n                                  Hélas ! Hélas ! Hélas !\n                                   Lui   NE SE PLAIGNIT PAS !\n\n\n\n\n  Le prêtre catholique ne m'en voudra pas si je compare ces pièces aux gémisse­\nments les plus émouvants du poète chrétien par excellence, Paul Verlaine, méconnu\npar tant de chrétiens.\n  La volupté, la volupté d'âme du prêtre croyant, au moment où il offre le sacrifice\nde la Messe, est ainsi exprimée :\n\n               Oui, il est encore des jours joyeux dans la vie,\n               Peu nombreux certes, mais il en est encore ;\n               Et volontiers je donnerais tout, oui, tout ce que j'ai,\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "234                                      DURENDAL\n\n\n                Pour un de ces jours, mon Dieu, pour un de ces jours seulement,\n                Ou je Vous sens, Vous possède et Vous porte,\n                Ou, inconscient, je suis Vous-même et non plus moi.\n                Où je sais Vous nommer, mon Dieu, sans me plaindre,\n                Et répéter .: Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu bien-aimé.!...\n                Vous, Dieu de tout ce qui est et peut jamais être,\n                Que venez-vous faire, proche de ma pauvreté?\n                Quelles cimes altières et célestes j'ai gravies.\n                Du fond de l'abîme de misere où j'étais   relégué!...\n               Est-ce bien moi qui aime tous ceux qui me haïssent ?\n               Est-ce bien moi qui voudrais donner mille vies\n               Pour vous, mon Dieu, et pour chaque être.\n               Et m'oubliant moi-même, mourir en souriant ?\n               Oh ! oui, il est encore des instants joyeux dans la vie !\n               Et votre Ciel ne fût-il, mon Dieu, qu'un de ces instants,\n               Que je voudrais encore donner tout, oui, tout ce que f ai,\n               Pour un de ces instants... pareil à cet instant!\n\n\n   Il y a certes, entre Verlaine et Gezelle, différence d'accent — et différence aussi,\nje le reconnais volontiers, de perfection et de pure beauté artistique. Tous ceux,\nnéanmoins, qui connaissent Verlaine, en ses meilleures œuvres — Sagesse, Amour,\nBonheur — doivent entendre dans le poème que je viens de citer, comme un écho\nde certaines strophes de Sagesse :\n\n                   Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées !\n                   L'espoir qu'il faut, regret des grâces dépensées,\n                   Douceur de cœur avec sévérité d'esprit,\n                   Et cette vigilance et le calme prescrit\n                   Et   toutes.\n\n\n  On retrouvera encore, dans plusieurs œuvres de Gezelle, des inspirations analo­\ngues à celles qui dictèrent à Verlaine : C'est la fête du blé, c'est la fête du pain; Prière\ndu Matin; Un Conte et surtout, encore dans Sagesse, l'inoubliable suite de sonnets :\nMon Dieu m'a dit : Mon fils, il faut ni aimer et cette litanie plus belle encore : O mon\nDieu, vous m'avez blessé d'amour!\n                                            *\n                                           * *\n\n  On s'imaginerait pourtant à tort que le poète flamand n'ait écrit que des poèmes\nque je qualifierais volontiers d'immédiatement religieux, des prières et des gémisse­\nments ou bien encore des glorifications de la vie du prêtre et du moine.\n  C'est surtout la Nature que chante Gezelle, la Nature qu'il connaît si bien et qu'il\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                    DURENDAL                                    235\n\nsent si profondément; les campagnes de la West-Flandre — la Mandel silencieuse\net la joyeuse Lys, serpentant à travers les vertes prairies — la vie caractéristique\ndans les métairies flamandes — la succession des saisons — le bourgeonnement des\nprintanières verdures et la chute des feuilles jaunies. Mais cette nature, Gezelle la\nchante la plupart du temps, sinon toujours, comme un prêtre qui considère tout ce\nqui se passe en lui et en dehors de lui comme des manifestations de Dieu, ou bien\nencore comme un simple croyant qui offre humblement à Dieu chacun de ses actes,\nchacune de ses paroles, chacune de ses pensées...\n   Comme poète naturaliste — il va de soi que je prends l'épithète naturaliste dans\nson sens originel — Guido Gezelle ne fut peut-être pas égalé...\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n  Les nouvelles tendances littéraires — qui se détournent du réalisme et du natu­\nralisme pour s'orienter vers un art plus idéal — ne pouvaient être que favorables à\nmettre en lumière l'œuvre de Gezelle. Tant de nos aspirations, jusqu'ici confuses,\nsont prodigalement satisfaites par ses vers ! En ce temps de néo-mysticisme et\nde symbolisme, les poèmes de Gezelle répondent à cette sorte de besoin général\nde donner l'essor à notre âme au-dessus, bien au-dessus de la matière grossière,\nsur les ailes de quelque chose qui n'est peut-être pas la foi — mais qui est au moins\nune sorte d'élévation religieuse. Et d'autre part, chez Gezelle, le choix naturel des\nmots, l'émouvante mélodie de la langue, la grâce originale des images qu'il suscite\nà nos yeux, nous font une impression à peu près analogue à celle produite par les\ntableaux de nos immortels gothiques flamands...\n                                                                 POL DE MONT.\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "236                                  DURENDAL\n\n\n\n\nLE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE\n                              D'ALONZO CANO\n\n\n\n          A statuette d'Alonzo Cano, conservée à la cathédrale de Tolède, pourrait\n\n\n\n\nL            bien être plus qu'un chef-d'œuvre. Il semble que l'intellectualité\n             d'aujourd'hui soit mystérieusement orientée vers elle, et y doive\n             trouver le secret de son tourment victorieux.\n                Avant tout, elle constitue évidemment l'icône définitive de saint Fran­\nçois. Et celui-ci n'est-il pas comme l'idéal historié de demain? Rien n'est plus\ndéconcertant pour les esprits « classiques » que l'attrait exercé, même sur les plus\ncomplets matérialistes, pour le pauvre d'Assise. Depuis Renan jusqu'à M. Anatole\nFrance, l'auteur du Puits de sainte Claire, jusqu'à M. Thureau-Dangin, l'historien\nd'un des fils de saint François (saint Bernardin de Sienne), tout le monde litté­\nraire est conquis.\n   Evidemment, l'art est ici le grand initiateur. Il prend dans l'intellectualité\nmoderne un rôle chaque jour plus grand, et dont les surprises dépasseront, sans\ndoute, les plus enthousiastes prévisions. Ce n'est plus, comme autrefois, une sorte\nde jeu : le jeu de l'homme fait, ou mieux, celui du génie. On y reconnaît maintenant\nune faculté distincte, une spéciale vie psychique, équivalente à celle du raisonnement\nou de l'action; et qui, plus que toute autre, peut amener une transformation com­\nplète de la personnalité humaine. Le raisonnement ne prend que l'esprit. L'extrême\naboutissement de son influence desséchante fut ce XVIIIe siècle matérialiste et\nsensuel jusqu'aux derniers crimes. L'art agit harmoniquement sur tout l'être psy­\nchique; et c'est pourquoi, sans doute, nous voyons ce beau mot d'âme (où est\nl'entièreté du moi), refleurir comme une neige de verger qui parsème tout le verbe\nd'aujourd'hui. François fut le triomphe de l'âme sur l'esprit et la chair, comme\ncelui de l'art sur les logiques et les prudences. Pour le montrer, pas n'est besoin\nd'évoquer même les exquisités des Fioretti, de citer la Légende des Trois Compagnons\nou la rédaction magistrale de saint Bonaventure. François s'est expliqué lui-même\npar les préférences de sa piété. Comme tout le XIIIe siècle, il vit pour Marie, l'âme\nunique. Mais il l'appelle Notre-Dame des Anges, ces âmes-fleurs de la prairie qu'épa-\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                                      DURENDAL                                      237\n\nnouit l'éternel soleil Et parmi les anges, il s'attache aux Séraphins. Ceux-ci sont des\nesprits d'amour; ils aiment et contemplent comme l'art, au lieu que les Chérubins\ncomprennent, plutôt, comme la science. Son attrait pieux l'attire ensuite vers l'âme\nou plutôt les âmes des choses; le soleil, son frère en ardeur; les bêtes, ses frères en\nsouffrance. En la nature entière, il ne cherche ni une explication, ni une utilisation,\nune cupidité. Il cherche l'émoi, l'impression harmonique, qui va de l'intime des choses\nà l'intime de notre être; il est artiste, uniquement. Il est, comme tel, une âme centrale\nà l'univers, un miroir réfléchissant. De la sorte, il possède des secrets que ne décou­\nvrira jamais l'effort logique; des tendresses que n'obtiendra jamais aucune volonté\nde morale. On sait comment certains religieux de François, en la périlleuse\nsimplicité des ignorants, allèrent par cette voie jusqu'aux déformations de l'hérésie.\nMalgré leurs enfantines perversités, les Joachimites sont, vraiment, d'un rare attrait\npour l'artiste moderne, aussi bien que les fratricelles, les bégards, notre énigmatique\nBloemardine avec ses deux séraphins, nos flagellants, les pastoureaux; toute cette\nfloraison désordonnée, pervertie, mais si attirante par la pitié, de la plus infime âme\nmédiévale.\n   Les Joachimites s'imaginèrent qu'après le règne du Père, dans la rigueur de\nl'ancienne Loi, après celui du Verbe dans l'enseignement évangélique, il fallait\nattendre une transformation dernière:un règne du céleste Amour attendrissant, enfin,\nle dur cœur des hommes. Ils étaient mystiques, contemplatifs, poètes; « sociaux »\naussi, désireux de fraternités qu'exprimaient leurs noms comme chez les « frères\nde l'Intelligence », ces Joachimites de nos Flandres. Leur seul tort ne fut-il pas\nla forme doctrinale, la faute de l'ignorant qui confond l'idée et l'image, le rêve et la\nvie? Il semble que, savamment, nous allons vers quelque chose d'analogue aux ima­\nginations de l''Evangile éternel, prêté autrefois à cet abbé Joachim, que Dante veut\nthaumaturge. I e temps des hérésies est passé. La cultuie d'art suffit à nous\nannoncer raffinement d'une civilisation non plus exclusivement matérielle. L'art\nnous fait admirer, il nous fait aimer. L'artiste est le contemplatif, le mystique de la\nnature, comme le mystique était Vartiste du divin. La vie esthétique est pareille dans\ntous les deux; François (en cet admirable XIIIe siècle qui fut comme un modernisme\nanticipé) pourrait être regardé comme le premier des esthètes modernes. Et l'admi­\nration engendre l'amour. Toute œuvre d'art est aujourd'hui un peu « sociale »; ce\nmot magique enfermant pour nous tous les mirages d'avenir.\n  La statuette de saint François étonne alors comme une chose providentielle : il\nsemble que les splendeurs en étaient préparées à notre compréhension d'aujourd'hui.\nElle est sans doute, remarquons-le ici, le chef-d'œuvre chrétien. Son rapport, avec-\ntoute l'intellectualité moderne, n'étonne plus si l'on songe que l'art actuel recher­\nchera l'idée la plus haute sans s'inquiéter des questions philosophiques. L'esprit\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "238                                  DURENDAL\n\nchrétien eût préféré, semble-t-il, voir ce chef-d'œuvre représenter le Crucifix ou la\nVierge-Mère, les deux premières expressions du divin \" humanisé \", c'est-à-dire de\nl'art qui est l'analogue union d'un relatif et de l'absolu.\n  Mais celui qui prit nos douleurs est vivant dans ce corps de l'un de nous, crucifié\ncomme Jésus. Quant à la Vierge, sa beauté semble interdite à l'art, comme toute\nimage céleste. De ses innombrables représentations, aucune ne nous donne la\nbéatitude de son visage; nous ne la sentons que dans un symbole, la cathédrale\nimmense et douce comme elle.\n  Cette évidence frappe avant tout : la statuette est un chef-d'œuvre unique, le plus\ncomplet, peut-être, qui puisse exister, car il réunit les magnificences possibles : la\nmaîtrise du \" morceau \", le style, la pensée. Ainsi la perfection, cette qualité presque\nproblématique, tant elle est vague aussi bien que suprême, devient une étrangeté\nvéritable d'être si nettement évidente. Malgré l'indéfini du possible, on a, ici, la\nsensation de son arrêt : celle du définitif, d'une sorte d'absolu génial.\n   La simplicité du sujet rend d'abord plus incontestable la perfection technique,\nmatérielle si on peut dire; le \" rendu \" de l'œuvre. L'harmonie des lignes est toujours\nsupérieure, aucunement symétrique; c'est un essor léger comme celui d'une plante,\néquilibré et stable comme celui d'un marbre grec. Une plus parfaite liberté plane\ndans la largeur des courbes continuées jusqu'à raffinement de pointe et la rondeur\ndu capuchon. La maîtrise du travail s'affirme encore par la complète fusion des\nprocédés : peinture et sculpture sont employées concurremment, sans crainte de\nla puérilité du « double » imitatif ; sans déférence inutile pour les règles convention­\nnelles qui, séparant les efforts d'art, les protègent contre leur confusion.\n   Comme la puissance du travail a su dominer toute la matière expressive! La\ncompréhension artiste a fait rayonner jusque dans le pied presque immatériel, dans\nles rapiéçages de la robe, la beauté de sereine souffrance qui nimbe le visage sous\nl'ombre du capuchon aux contours puissants. On sait la beauté « spirituelle » de\ncertaines fleurs mortes qui, desséchées par l'hiver, élèvent encore sur la prairie\nprintanière, une forme inquiétante d'au-delà. De même, ici, le visage (évidemment\nbeau de nature), acquiert une splendeur nouvelle par l'exténuation de la douleur,\nune douleur non de mort, mais de gloire.\n   Autour des yeux calmes et ardents, les larmes semblent avoir anéanti la chair et\ndélivré la pure étoile brune qui nage sous l'arc sombre des sourcils. La bouche bée\nd'extase douloureuse, découvrant dans l'ombre qu'enferme une courbe d'infinie\nbonté, l'anéantissement des dents brisées, des lèvres fléchissantes; l'immolation de\nl'âme jusqu'en son verbe d'amour. La bouche n'est-elle pas l'âme du visage comme\nles yeux en sont l'esprit? Jamais, si elle fut formée noble, aucune déformation ne la\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                     DURENDAL                                     239\n\nsaurait avilir. De même, elle resterait bestiale ou criminelle, si le dessin en avait\nrévélé, dès. l'abord, la bête, le fauve, le méchant\n   Ces yeux et cette bouche, cette lumière et cette flamme d'ombre, sont le rayonne­\nment et l'ardeur de toute la tête sublime dont la beauté se continue toute, se\nprolonge, lignes, couleurs, harmonies, dans l'essor rythmique de la statuette entière,\ndu chef-d'œuvre. Ainsi est expliquée l'âme même de cet essor. On comprend mieux,\nmaintenant, les hauts plis rares au long desquels pend la corde à nœuds, fine liane\nde douleur, et ces bras croisés sous l'élargissement des manches aux lignes d'ailes\nangéliques ployées.\n   Par leur double baiser d'extase, les yeux et la bouche relèvent la tête. Le nez fin,\némacié en son arête douloureuse, forme la ligne de toute l'expression, comme les\nyeux et les lèvres en constituent la vie, la couleur. Cette ligne, en sa vigueur\npresque désincarnée, est la noblesse même de la face qu'allonge, à peine, la courte\nbarbe d'un roux noir relevant une pâleur verdissante ou bronzée. La beauté par­\nfaite des oreilles, au dessin précieux de race, est curieusement dégagée au fond du\ncapuchon comme pour les harmonies célestes qu'implique cette sublimité d'amour.\n   Le modelé de toute la tête est poignant. Les joues sont vallonnées presque à la\nforme pure des os, avec les plis d'usure « anémique » marquant toute la matérialité\nvaincue par la loi intellectuelle qui les commande, les attire, les projette. Le front\ntrès pur malgré la pensée souffrante des longs sourcils bruns, les tempes creuses,\ntout le modelé, enfin, domine l'effroi paradoxal de contempler, de toucher, les\ncontours mêmes d'une âme.\n  Mais, outre cette beauté matérielle, la pensée qu'elle dégage élève encore l'œuvre\nplus haut, étend la curieuse perfection jusqu'à tout le domaine du possible.\n  La royauté idéale du sujet!\n   Un homme, ou plutôt l'homme même, avec la plus haute gloire humaine, la\nsouffrance ennoblissante, celle qui reste debout, les regards levés. En lui triomphe\nl'angoisse universelle. Par un lien transcendant, il la rattache à l'infini que célèbre\nla lumière pensante des yeux. C'est la géniale idéalité de Platon : le juste dont\nl'âme comprenant et dominant la douleur, conquiert le ciel et l'abîme, l'être et ce\nnéant dont la douleur est comme l'image, l'ombre sur l'être.\n   L'idéalité se dramatisa, suprême, quand Hérode dit une parole à tous les siècles :\nEcce homo!\n   La marque d'absolu s'achève par les stigmates, les étranges plaies, sceaux d'immo­\nlation crucifiée.\n   Le symbole de la blessure est une des plus hautes magnificences d'art. Remar­\nquons-le seulement, l'amour vulgaire et l'amour mystique se rencontrèrent\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "240                                  DTJRENDAL\n\n\npour en adopter le langage. La blessure est une voie nouvelle et directe vers\nl'intime de l'être, vers l'âme; l'affirmation, aussi, d'une dépendance et\nd'un lien rattachant cette âme à l'amour, au but suprême. I a blessure est, de la\nsorte, emblème de l'art; l'art, mystique comme l'amour suprême et, comme lui,\nlangage direct de nous à l'absolu. Quand Thomas mit la main dans le côté ouvert\ndu Christ, il avéra le gran'l symbole humain achevé alors par la divinité rayonnante\nqui le fera planer à jamais sur les générations des hommes, les générations qui\naiment, qui souffrent, et qui contemplent.\n   Voici que ce corps de François (dont la forme vulgaire a été abolie par la \" tran­\nscription \" le symbole de la robe), ce corps, au-dessus des bras croisés, dans une\nlarge déchirure de l'étoffe misérable aux plis royaux, montre sa chair même,\ndéchirée également, béante, vers un au-delà dernier.\n   Apparue ainsi, ce n'est plus une chair, c'est la chair même, victorieusement\nimmolée et que le symbole élève à l'abstraction idéale. Dans cette chair, la blessure à\nla courbe de lèvres, apparaît ouverte comme une bouche d'un verbe muet : le verbe\ndu sang, de l'essence même de l'homme et de la vie; un verbe direct, allant du\ncœur aux cœurs. Pourtant ce n'est pas le crucifix mais François dont l'amour\névoque, en le symbole de sa chair blessée, la souveraine croix.\n   Et l'évocation, marquant d'absolu, de divin, l'homme douloureux, fait que la\nstatuette domine le monde, conquiert les derniers sommets de l'idée, et, définitif\nprogramme esthétique, offre la perfection de l'art dans les richesses de la mystique et\nde l'idéalité, avec la suprême splendeur expressive du symbole.\n\n                                                                  EDMOND JOLY.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                   DURENDAL                                      241\n\n\n\n\n            Bibliographie Littéraire et Artistique\n\n\n            L a Proie, par HENRY BÉRENGER (Paris, COLIN et O ) .\n\n\n\nM     ONSIEUR Bérenger a repris le type, jadis inventé par Alphonse Daudet, du\n         struggleforlifer contemporain; Raoul Rozel est bien de la famille du Paul\nAstier, de l'Immortel; mais tandis que celui-ci n'était qu'un personnage épisodique,\ncelui-là forme comme le pivot même de toute laction et de toute l'intrigue de\nla Proie; M. Bérenger n'a point le beau style nerveux, frissonnant, à facettes\npapillotantes d'Alphonse Daudet; sa phrase se rapproche plutôt de l'ample période\nharmonieuse de M. de Vogué; mais au point de vue de la psychologie, le person­\nnage de M. Henry Bérenger est peut-être plus approfondi, plus creusé, plus nuancé\nque celui de M. Alphonse Daudet           Vraiment cet ambitieux sec, rêche, âpre,\ntout à la curée des honneurs et du pouvoir, se faisant, pour réussir, de l'idéal un\ntremplin, et de l'amour un instrument, est largement et à la fois finement portraic-\nturé; et il ressort admirablement des divers cadres — milieu parlementaire, vie mon­\ndaine, coins de nature — que l'auteur assigna à son graduel développement.\n   Que les personnages secondaires manquent de relief, c'est possible — mais cela\nn'empêche que la Proie soit, en son ensemble de synthèse sociale, un beau livre et\nun livre honnête — qui nous venge et nous console des habituelles et banales his­\ntoires d'amour et d'adultère.                                               F . V.\n\n\n      L e R o m a n d'un p a u v r e j e u n e h o m m e , par LÉON SOUGUENET.\n                         (Édition de la Lutte, Bruxelles.)\n\n     UTRE la satire acerbe et ironique de ces huit tableaux pour ombres et marion­\nO     nettes, voici des pages d'un beau lyrisme.\n  Le Bourgeois, tueur de cygnes, s'y oppose au Poète rêveur\n\n               N'est-il pas très moral qu'un sage correcteur\n               Surveille, en leurs divagations, les poètes?\n\net l'on souhaiterait de voir se silhouetter sur la nappe blanche. du Chat Noir\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "242                                 DURENDAL\n\nM. Prudhomme Bienassis dans ses apophtegmes et le Printemps Vert frémir dans la\nforêt bruissante au son des strophes exaltées.                       T H . B.\n\n\n\n                             Hoffnungsthränen\n      Recueil de six mélodies pour une voix avec accompagnement d'orgue,\n                               par ERNST DELTENRE.\n\n\n\n\nC    E recueil me paraît être une œuvre d'essai d'un jeune compositeur dont le\n       talent promet beaucoup, mais qui n'est pas encore arrivé à sa pleine matu­\nrité. A côté de tournures mélodiques bien venues et expressives, exemptes de\nvulgarité, on trouve une harmonisation souvent gauche et un manque de fixité\ndans les tonalités qui dénote une main inexpérimentée. L'idée originale d'accom­\npagner ses mélodies à l'orgue force l'auteur à abuser du style plaqué qui, ici, semble\nun peu pauvre. Néanmoins, il y a des phrases qui — avec un léger parfum schu­\nmannien — dénotent une âme d'artiste qui ne demande qu'à se développer.\n                                                                             J. R.\n\n\n\n\n                             LES REVUES\n\n  L''Art Moderne : Une visite au Musée Rosenherg à Copenhague — deux pages\nvivantes et bellement descriptives.\n\n Le Spectateur Catholique : M. Georges Le Cardonnel établit « les noms et les\nœuvres qui demeurent », et il ne distingue que Barbey, Villiers, Huysmans et\nMaeterlinck « qui aient su voir au delà de la chair .\n\n  La Revue : Une belle Chronique littéraire de M. Edouard Beaufils — des théories\nd'art mêlées à des impressions de nature.\n\n La Jeune Belgique : Une étude intéressante sur Jacobsen, le maître du roman\nmoderne en Danemark.\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                                   DURENDAL                                   243\n\n  La Revue naturiste : M. Edgar Baes répond excellemment à la récente brochure\nde M. Prins sur la santé morale dans les lettres modernes.\n\n  La Revue Blanche : Les Dernières Lettres, d'Arthur Rimbaud — épilogue lamen­\ntable du martyrologe d'un artiste.\n\n  La Lutte : Ode à la Nuit — de beaux vers harmonieux de Paul Mussche; un frais\nconte bleu de G. Virrès : Plaisir d'amour, Chagrin d'amour.\n\n  Le Belfort, revue flamande : Karel Ledeganck, par M. l'abbé Claeys, une étude\nenthousiaste — un peu dépourvue de critique, peut-être.\n\n  La Quinzaine : La Socialiste — piquante idylle de M. Paul Dubost.\n\n  La Trève-Dieu : Hirondelles de romance — de fraîches pages harmonieuses d'Edgar\nRichaume.\n  Le Sillon : La Saison des Peaux-Arts à Munich, par Louis Gillet, et une Lettre de\nBelgique, de Francis Bohan.\n\n\n\n\n                                NOTULES\n\nL   E poète Guido Gezelle — auquel M. Pol de Mont consacra la belle étude dont\n       nos lecteurs viennent d'avojr quelques extraits sous les yeux — est né à\nBruges, le 1er mai 1830; il fit ses études au petit séminaire de Roulers; oint\nprêtre en 1854, c'est dans ce même établissement qu'il revint comme professeur et\nforma maints jeunes talents qui devaient un jour faire honneur à la littérature\nflamande : Eugène Van Oye, Hugo Verriest, Karel de Gheldere.\n   Actuellement, et depuis plusieurs années, Guido Gezelle est vicaire à l'église\nNotre-Dame de Courtrai.\n\n    L y a de l'observation vraie, dans cette originale boutade de M. Georges Mere-\nI     dith — du Mercure de France :\n      Nous avons en ce monde des hommes que Rabelais appellerait agelastes, c'est-\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "244                                  DURENDAL\n\nà-dire non-rieurs; des hommes, à cet égard, comme des corps morts, qui, si vous\nles piquez, ne saignent pas. Le vieux fragment de roche grise, arrondi par ses\nincessantes chutes et qui a fini ses pérégrinations du plus haut roc jusqu'à la vallée,\nse remettrait plus aisément à grimper à sa place primitive que ces hommes à rire.\nNulle collision de circonstances en notre mortelle carrière ne fait pour eux jaillir\nl'étincelle. Il n'y a qu'un pas de l'agelaste au misogelaste, l'ennemi du rire, qui\napprend bientôt à dignifier son aversion en la transformant en argument de\nmorale. »\n\n\n\nL    A presse catholique quotidienne a signalé, avec de dithyrambiques éloges,\n       certains articles récents de François Coppée, où le poète du Passant et des\nIntimités rend un hommage ému à la Religion.\n   Ces articles sont, en effet, d'une belle et sincère éloquence... Mais de les entendre\nclaironner avec tant de fracas, beaucoup s'imagineront que François Coppée\ndoit avoir écrit bien des œuvres irréligieuses et blasphématoires — puisque ses\nmoindres phrases à tendances chrétiennes sont si véhémentement acclamées...\n   La vérité est que François Coppée fut toujours d'un respect parfait vis-à-vis des\ncroyances de son enfance — et ce n'est pas aimable vraiment de vouloir faire passer\nce très galant homme pour un diable vieilli que la maladie mena à l'ermitage !\n\n\n\nD    E récents visiteurs de Marcdsous nous signalent, dans les chapelles latérales de\n       l'église abbatiale, des fresques fort hiératiques et d'un beau coloris harmo­\nnieux, exécutés par des artistes de l'école de Beuron, et qui corrigent un peu l'effet\ndéplorable des criardes et cauehemaresques peintures dont on déshonora jadis le\nchœur de l'édifice sacré.\n\n\nP     ENSEE DU MOIS :\n         Ceux qui ne vivent que dans le passé et qui méprisent le présent sont\nsouvent des peureux que l'action effraye. »                       Mme MARIA STAR.\n\n\n\n\nS   IGNALÉ à la vigilance et à l'énergie de M. le ministre Vandenpeereboom :\n      L'immonde bête à venin et à ordure — alias Léo Taxil — introduit en\nBelgique, par milliers d'exemplaires, des livraisons populaires, à cinq centimes, de\nses plus pestilentiels romans.\n   L'Etat belge ne doit pas posséder des wagons assez désinfectés pour pouvoir\ntransporter sans danger ces pourritures-là !\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                                  DURENDAL                                     245\n\n   LA Cathédrale, par J.-K. Huysmans, paraîtra incessamment.\n\n\n     MONSIEUR le comte Albert du Bois a converti M. Valère Gille au rite grec.\n      Et M. Valère Gille chante :\n\n                        Eros, éclatant vainqueur,\n                        Dont la puissance féconde\n                        Domine et règle le monde,\n                        Eros, ô dompteur du cœur !\n\n                        Lançant par toute la terre\n                        Des traits de feu frémissant\n                        Tu soumets les plus puissants\n                        Comme aussi le plus austère !\n\n  Ce sont des vers qu'un docteur de nos bons amis ne désavouerait pas !\n\n\n\nO     N nous conta dernièrement ce très joli mot d'un grand compositeur belge diri­\n        geant la répétition d'une de ses œuvres.\n  Il avait, ce jour-là, derrière lui, un auditoire en majeure partie féminin, et les\ncaquetages allaient fermes — combien agaçants !\n  Soudain, énervé, le maître se retourna, et de sa voix la plus gracieuse :\n  « Mesdames, dit-il, le Capitole n'est plus à prendre... »\n\n\n                     paraît-il, possède, de Barbey d'Aurevilly, un portrait où le\nP   AUL HOURGET,\n     maître est représenté dans le bel et fier dandysme de ses vingt ans.\n  Dans sa vieillesse, Barbey écrivit au revers de ce portrait ces quatre vers :\n\n             Ce fut moi, comme au soir le jour, ce fut l'aurore.\n             Ivre de vie alors, je foulais tout aux pieds.\n             Peut-être que mon front se reconnaît encore\n             Mais mon cœur          si vous le voyiez !\n\n\n\n    OICI à quelle date tomberont dans le domaine public les œuvres des principaux\nV     écrivains français de ce siècle :\n  Chateaubriand, le 5 juillet 1898; Balzac, le 20 août 1900; Mme de Girardin, le\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "246                                 DURENDAL\n\n30 juin 1905; Alfred de Musset, le 3 mai 1907; Henri Miirger, le 29 janvier 1911;\nScribe, le 21 février 1911 ; Alfred de Vigny, en septembre 1913; Méry, le\n19 juin 1916; Gozlan, le 15 septembre 1916; Ponsard, le 9 juillet 1917; Lamar­\ntine, le 2 mars 1919; Sainte-Beuve, le 14 octobre 1919; Bouchardy, en juin 1920;\nMérimée, en juillet 1920; Alexandre Dumas, en mars 1921; Théophile Gautier, le\n24 octobre 1922; Michelet, le 10 février 1924; Victor Hugo, le 23 mai 1935.\n\n                                         *\n\n\nD    E la Proie, le récent volume de M. Henri Bérenger, que nous analysons d'autre\n       part, ce souvenir de jeunesse, dans lequel tous ceux qui eurent une adoles­\ncence tant soit peu intellectuelle, se reconnaîtront :\n\n   « A dix-sept ans, ce fut l'amour livresque. Jusqu'à cet âge, la littérature n'avait\nété pour lui qu'une matière scolaire. Les grands écrivains de l'antiquité et'les clas­\nsiques français n'avaient éveillé dans sa sensibilité aucun écho. Leur humanité lui\nétait glacée par le marbre du passé. Il goûtait leur style, il n'entrait pas dans leur\nâme. Jamais les paysages de Virgile ne lui évoquèrent des souvenirs personnels, et\nles tragédies de Racine ne l'émouvaient point. Il n'y devinait pas, sous le poli des\nbeaux vers, palpiter les âmes. Lamartine, le premier, ébranla son imagination. Il\nlut coup sur coup, à seize ans, Jocelyn, Les Méditations, Les Harmonies, La Chute d'un\nAnge. Collégien solitaire, qui tant de fois, la classe du soir finie et la collation\ngoûtée, avait promené jusqu'au crépuscule sa rêverie indéterminée sur les routes\ndésertes de la Normandie, il retrouva dans Lamartine l'écho, prolongé jusqu'au\nsublime, de ses appels vers une image de la vie toujours entrevue et jamais atteinte.\nLes romans de Chateaubriand et les drames de Hugo exaltèrent encore sa poursuite\nde la sylphide. Il rêva avec René, il lutta avec Hernani, il aima avec Raphaël. Ces\nhéros fuient les véritables compagnons de son adolescence.\n\n\n\n\nM     ONSIEUR Remy de Gourmont commente ainsi la nouvelle du Parthénon aux\n        Américains :\n\n     Ce temple ravagé par les Anglais, mal consolidé par les Grecs, pour qui cepen­\ndant il est une sérieuse maison de rapport, ce prototype de toutes les bâtisses à\ncolonnades et à fronton triangulaire dont l'Europe est infestée, ce chef-d'œuvre,\nenfin, d'un art suprême que l'imitation seule a pu rendre déplaisant, le Parthénon\nmenace ruine, au point que pour le conserver il faudrait le reconstruire. A cette\nnouvelle, les Américains se sont émus et une société vient de s'organiser à Chicago\npour acheter et transporter sur les bords du Michigan cette célèbre ruine, alors\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                                     DURENDAL                                      247\n\nremontée pierre à pierre. On parle d'une centaine de millions de dollars, de quoi\nrénover les finances grecques. Les Boliviens voulaient acquérir la tour Eiffel ; les\nChicagoïens sont plus raffinés et peut-être plus pratiques.\n\n  Signalé à l'attention plutôt émue de l'auteur de Leuconoé !\n\n\n\n\nO     N a placé le Faucheur, de Constantin Meunier, dans le Parc du Cinquantenaire\n       — actuellement les jardins de l'Exposition de Bruxelles.\n   Mais ce Moissonneur voisine avec une autre statue, à laquelle il tourne le dos : le\nSamson lançant ses renards dans les blés des Philistins, de Van Heffen. Ce rapproche­\nment est d'autant plus malencontreux qu'il semble fait à dessein, et que les deux\nstatues forment presque groupe. Le Samson de marbre, tout blanc, menace de ses\ntorches enflammées qu'il brandit de façon frénétique, le paisible Moissonneur de\nbronze, tout noir, et c'est évidemment dans les blés de ce Philistin nègre que\nl'Hercule Israélite va lâcher ses renards incendiaires.\n   Cela rappelle, à un journal, un autre voisinage malheureux qui, jadis, amusa fort\nles passants et les promeneurs, dans le jardin du Palais des Académies : on avait\nplacé en vis-à-vis le Discobole lançant le disque et le Caïn venant d'assassiner Abel, de\nKessels, l'un regardant l'autre, si bien que le Caïn éperdu semblait gambader de\ncrainte, sous la menace du terrible disque. On a, depuis, fait exécuter une volte-face\naux deux personnages et il n'y a plus rien de burlesque dans leur mimique. Il y\naura, de même, un remaniement à essayer au Parc du Cinquantenaire.\n\n\n\n\nA    l'appui de son idolatrie de l'art antique, devinez donc le génie que M. le comte\n       Albert du Bois appelle en témoignage ?\n   Dante ! — oui Dante, le Dante de la Divine Comédie !\n   Et la raison ?\n   C'est que Dante avait choisi Virgile pour compagnon.\n   Ceux qui douteraient de la vérité de cette énormité, peuvent se convaincre en\nlisant la préface de Leuconoé.\n\n\n     u cours de la récente session parlementaire, M. Beernaert — un de nos rares\n A     hommes politiques qui n'estime point \" qu'on vit de bonne soupe et non de\nbeau langage » — avait dénoncé énergïquement la profanation des coins les plus\npittoresques de nos villes et des sites les plus évocatifs de nos campagnes, par la\nbariolure criarde et la réclame rasante des affiches commerciales...\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "248                                  DURENDAL\n\n  « Chocolat Suchard * ;\n  « Pastilles Géraudel » ;\n  Etc...\n  Et l'éminent homme d'Etat avait réclamé, contre ces salissures, l'élévation du\ndroit de timbre à un taux savamment meurtrier...\n  La question a été examinée par \" les bureaux \"...\n  Et voulez-vous connaître la réponse des bureaux ?\n  Non seulement le droit de timbre ne doit pas être augmenté — mais il convient\nmême de le supprimer complètement.\n  Doux pays ! — comme dirait Forain.\n\n\n\n\nU    N quotidien bruxellois s'était plaint que le public, appelé à assister à l'inter­\n      prétation de la Sainte-Godelive de Tinel, n'eût pas été « prévenu ».\n  M. Deltenre, dans le Spectateur Catholique, répond excellemment que c'était à la\npresse à « préparer » la foule — comme elle le fit du reste pour Fervaal...\n  M. Deltenre oublie que Tinel n'est qu'un artiste catholique !\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": ""}, {"page_pdf": 289, "texte": ""}]}