{"numero_id": "ulb-durendal-1897-11-n11", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 249, "page_fin": 259, "titre_corps": "Sur la Brochure du Père Delattre : Lettre à la rédaction de Durendal", "titre_sommaire": "La Brochure du P. Delattre", "signature_source": "Abbé Félix Klein", "ancre_debut": "Sur la Brochure du Père Delattre", "ancre_fin": "FELIX KLEIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les Chansons simples", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 292, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "Sur la Brochure du Père Delattre\n           LETTRE A LA RÉDACTION DE \" DURENDAL \"\n                                                Paris, 15 novembre 1897\n         M E S CHERS AMIS,\n\n\n            ON n'a pas toujours l'occasion de rire, et je vous sais gré\n              de m'avoir envoyé la brochure du P . Delattre sur\n              notre Congrès de Gand. Mais en me d e m a n d a n t de\n               dire aux amis de Belgique ce que je pense des\n               réflexions de l'aimable religieux, vous me mettez\ndans un grand embarras. Lorsqu'un si savant orientaliste m'accuse\navec grand sérieux de ne rien entendre à la littérature et développe,\nlui-même, de naïves théories sur des matières qu'il a le droit d'ignorer,\nje ne peux cependant pas lui envoyer pour toute réponse le vers de\nson cher Boileau :\n\n                 Soyez plutôt maçon si c'est votre talent.\n\n   D'autre part, comment voulez-vous que je discute pour de bon avec\nlui, après les preuves évidentes qu'il nous a données de son aptitude\nà entendre blanc quand je dis noir, et à lire entre mes lignes le con­\ntraire de ce que j'y mets, — me faisant par exemple, à propos de rien,\n« condamner tout le XVIIe siècle » (p. 13), ou préférer à l'autorité du\nSaint-Siège celle du Congrès de Chicago (p. 105)?\n   Il est vrai que je n'ai pas le monopole de ses         transpositions,\net que Pol D e m a d e a dû ouvrir de grands yeux en se voyant\nattribuer l'idée que les écrivains du XVIIe siècle ne croyaient pas\nà la création (p. 40). Carton de W i a r t , de Baets et Van den Bosch,\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": " 200                            DURENDAL\n\n\n n'ont pas dû être moins étonnés de ce qu'un habile homme comme le\n P . Delattre peut échafauder d'incroyable sur leurs pensées les plus\n naturelles.\n    L'aimable critique n'a pas besoin, lui, qu'on fausse ses idées\n pour les réfuter. Il suffit de les citer comme elles sont. Rien qu'à\n prendre ses injures, on composerait deux pages dont je serais\nbien surpris qu'il se montrât fier. Il me répugne de reproduire celles\nqui concernent les amis; mais c'est mon droit de rappeler celles\nqui me visent. Mes « vulgaires formules » montrent bien que je\nm a n q u e de science et ne comprends même pas Boileau. U n e lettre\nque j'écris après le Congrès est «à faire pleurer». Avec une « phraséo­\nlogie trompeuse », des amplifications « surannées » et des idées qui\n« traînent partout », je « me moque » de mes auditeurs. Enfin,\ndans la table des matières « l'idéal de M. Klein » est résumé en ces\ndeux mots charmants : « Niaiserie et duperie. » — Mais oui, mon\nRévérend P è r e , ces paroles sont de vous; je serais bien trop honteux\nde vous les prêter.\n   Qu'un respectable orientaliste nous traite de «niais» et de « dupes »\nen littérature, voilà qui ne nous inquiète guère, n'est-ce pas, chers\namis de l'assemblée de Gand? Mais il y a dans la brochure du\nP . Delattre des attaques plus graves. On aurait émis parmi nous des\nidées peu orthodoxes, des propositions scandaleuses, des erreurs théo­\nlogiques, et, pour comble de gravité, l'auteur n'en serait pas un laïc, ce\nserait un prêtre, et ce prêtre serait justement celui qu'on avait invité,\n« la figure dominante de la réunion !» un professeur de l'Institut catho­\nlique de Paris     J'avoue, cette fois, que je n'ai plus envie de sourire.\nVraiment, chers amis, je vous ai fait cet effet là, à vous qui m'avez\nentendu, au Cercle catholique de Gand et à l'ancien Cercle Léon X I I I\nde Bruxelles, à vous qui m'avez vu dans l'intimité et avec qui j'ai\néchangé de si cordiales confidences? Vous me trouviez l'allure d'un\nhérétique lorsque je blâmais et désavouais si énergiquement devant\nvous les néo-chrétiens en disant, suivant le compte rendu du Journal de\nBruxelles, que ces novateurs qui ne veulent pas du dogme ne sont pas\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2280, "texte": "                                 DURENDAL                                  251\n\ndes chrétiens et que nous, fidèles à la tradition de l'Église, nous ne\nsommes pas des néo? Vous avez pu, dans mon langage, relever des\npoints « très graves aux yeux des catholiques »? J'ai nié devant vous,\ncomme l'insinue le P . Delattre aux pages 108 et 109 de sa brochure,\nque la grâce soit nécessaire au salut, et que « celle-ci, d'après la doc­\ntrine des apôtres, soit distribuée avec infiniment plus de profusion aux\nmembres de l'Église qu'à ceux du dehors »? Il vous a semblé qu'a à la\nmanière de votre conférencier l'apostolat serait pernicieux »? Enfin\nvous avez trouvé qu' « au dire de M. Klein, les infidèles nous tiennent\nen réserve d'utiles leçons de religion »?\n   Vous vous demandez où et quand j'ai pu dire tout cela. L e bon Père\nvous en informe; il cite, in extenso, le passage où fourmillent ces héré­\nsies et ces inepties. C'est, dit-il, en termes que je ne comprends guère,\nc'est un passage « imprégné du plus pur esprit de Chicago ». Or, le\nvoici, avec les soulignements qu'on y ajoute dans l'espoir de le rendre\nplus pervers :\n   « Autant qu'on le peut, il se faut mettre en directe relation avec\nl'élite présente de tout le genre humain, apprendre ce qu'elle a gardé\ndes illusions héréditaires et des vérités transmises, l'interroger sur les\néternels problèmes, s'entretenir avec elle du bien moral et de nos des­\ntinées, apprendre d'elle ou lui enseigner ce qui est éternellement vrai\net ce qui peut changer toujours, lui communiquer notre Dieu en affir­\nm a n t sans compromission qu'il est le seul vrai, et que pourtant sa juste\nbonté n'exige de ceux qui sincèrement cherchent leur voie sans la trouver, que\nde conformer, dociles et humbles, leur croyance et leur vie à la part de lumière\nqu'ils ont reçue de sa Providence. »\n   Même détachée du contexte et soulignée avec intention, cette phrase\npermet au lecteur de juger ce que valent les insinuations du Révé­\nrend Père. P a r elles-mêmes elles seraient monstrueuses, puisqu'elles\naccusent et dénaturent la foi d'un prêtre catholique. Rapprochées de\nce qui leur sert de prétexte, elles n'apparaissent plus qu'enfantines.\nP o u r être perfide et nuisible, il ne suffit pas de vouloir l'être; il faut\nen avoir les moyens.\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "252                             DURENDAL\n\n\n   Vous trouvez peut-être, mes chers amis, qu'ici je le prends bien au\ntragique; mais, s'il est indifférent d'être accusé par le P. Delattre\nd'ignorance littéraire et de mauvais goût, « de niaiserie et de duperie »,\nil est plus grave de se voir attaqué comme prêtre.\n\n                                   * *\n\n   Revenons donc, sur un ton plus doux, à ses reproches d'ordre litté­\nraire. Il nous baille la partie belle, se chargeant lui-même de contre­\ndire tout ce qu'il avance. Pour réfuter une théorie, on a le choix entre\ndeux sortes de démonstrations : ou prouver qu'elle n'a rien de neuf et\nqu'elle se trouve dans tous les « bons auteurs », ou prouver qu'elle est\nabsurde et dangereuse. Le P . Delattre use à la fois des deux sortes\nd'arguments, sans même remarquer qu'ils se contredisent. Tantôt,\nd'après lui, mon idéal littéraire est le plus banal de tous : les premiers\ntraits se retrouvent « à la table des chapitres du manuel de littérature\nle plus suranné », et les derniers traits en « traînent aussi partout; il\nn'y avait qu'à les ramasser ». Tantôt cet idéal est impraticable, fan­\ntaisiste, sans piété; — ce dernier reproche est insinué avec une can­\ndeur admirable, et l'on voit que l'auteur n'y a pas seulement pris\ngarde !\n   Et tenez, puisque je me rappelle ce passage de la brochure, il\ny faut insister, quand ce ne serait que pour mieux mettre en évi­\ndence la naïve rouerie dont use le bon Père. Relisez ses vingt\ndernières pages ; elles en valent la peine, chers amis, et je ne\nsais si jamais vous trouverez ailleurs un aussi excellent modèle de ce\nqu'il faut éviter dans les discussions lorsqu'on tient à rester logique\net à se montrer loyal. Il y est question d'une idée que je ne tiens pas\nà vous exposer de nouveau et que je résumais, vous le savez, dans les\ntermes suivants : « O le beau rêve, messieurs, et le rêve bien catholique,\nque celui de connaître toute l'humanité pour comprendre et pour\nexprimer toutes les choses humaines ! » Eh bien ! voici les deux sortes\nde jugements que cette seule et unique pensée inspire coup sur coup\nà notre maître critique :\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "                                            DURENDAL                                               253\n\n   Premier jugement : « Voilà un idéal mille fois plus éloigné des réa­\nlités pratiques que la constitution du royaume de Salente, dont l'équi­\nvalent s'est réalisé une fois (1). » E t encore : « Si M. Klein, en cet\nendroit, a parlé sérieusement, s'il ne s'est pas moqué, à part lui, des\nintellectuels, je m'y perds. »\n   Deuxième jugement : « Vraiment devant un autre auditoire, il eût été\nsuperflu d'établir à grand renfort d'amplification et de rhétorique, que\nl'étude de l'histoire jointe à celle des nations sur le vif, développe\nla connaissance des choses humaines, et permet, moyennant bon juge­\nment, d'en parler avec compétence et autorité. U n enfant le devinerait\net nous l'avions lu, après beaucoup d'autres, il y aura bientôt quarante\nans, dans la Bible et l'Odyssée, en des termes qu'on n'oublie j a m a i s ,\nbien que fort simples. » E t à l'appui de son nouveau dire, le\nP . Delattre cite ces paroles de la Bible sur le Sage : « Il passera dans\nle territoire des nations étrangères, car il fait l'expérience de ce qui\nest bien et de ce qui est mal parmi les hommes. » C'est bien, en effet,\nla pensée que le Père jugeait tout à l'heure absurde dans ma confé­\nrence. Après cette citation, il s'indigne et crie : « Messieurs, vous\nêtes catholiques et vous professez votre foi avec une franchise qui vous\nhonore. P o u r vous, par conséquent, j'ajoute le dernier trait de l'idéal\nbiblique, omis, je ne sais comment, par votre conférencier, qui le lit\npourtant, ainsi que moi, cinquante fois par an dans son bréviaire. Ce\ndernier trait c'est la prière, humble, vous le savez, par essence. » Je\nn'ai pas parlé de la prière dans ma conférence sur l'idéal en littéra­\nture : de quelle façon est-ce donc que je dis mon bréviaire?\n   Enfin voici le dernier mot du Révérend Père sur mon idéal imprati­\ncable et « niais » : « L'Ecclésiastique, d'où nous avons transcrit cette\npage, contient tout l'idéal de M. Klein, y compris les moyens, avec la\npiété en plus (2) et la fantaisie en moins. »\n\n   (1) On demande où et quand?\n   (2) Nous comprenons que M. Klein dédaigne de relever cette insinuation. Mais la rédaction de\nDurendal tient à le venger de cet outrage et des autres falsifications du Révérend Père. I1 nous sulfira\npour cela de reproduire, une fois de plus, la dernière page de la Conférence de Gand. Voici comment\nM. Klein y résume ses idées.\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "254                                        DURENDAL\n\n\n   Mais voilà encore que nous redevenons graves. Il n'y a pas lieu,\ndites-vous, chers amis, et je vous entends qui, pour faire diver­\nsion, me rappelez au hasard l'un des jolis et innocents passages qui\nabondent dans la brochure du P. Delattre, celui, par exemple, où,\nvoulant me reprocher d'avoir écrit que c'est un élément de supériorité\npour les œuvres « d'être populaires et universelles sans cesser d'être lit-\ntéraires», il s'exclame victorieusement : «La popularité peut être mal­\nsaine ou frivole. On l'a vue s'attacher à des ouvrages impies ou immo­\nraux, comme tels, et à des fantaisies aussi puériles que la chanson de\nMalborough et la chanson du roi Dagobert! » C'est à croire que le\nRévérend Père a mis sa critique à l'envers : qu'il en croie le grand\nsaint Éloi, et qu'il la mette à l'endroit.\n                                                 *\n                                                * *\n\n  Il ne se doute pas, l'aimable censeur, du changement que cette\nopération si simple amènerait dans toutes ses idées. Non seulement\n     « La morale et le bon goût étant sauvegardés dans ce qu'ils ont d'essentiel, montrons-nous\naccueillants pour toute œuvre d'art qui stimule, dans l'ordre, et qui satisfait n'importe laquelle\nde nos puissances sensibles ou intellectuelles. Mais pour nous-mêmes, sans nous interdire par trop\nsévèrement les virtuosités reposantes, sachons élever nos yeux vers les hauteurs où plane le grand\nart. Le plus longtemps, chez le grand nombre d'hommes, faire vibrer le plus puissamment et\nharmonieusement le plus de facultés possible, voilà, Messieurs, l'effet auquel on le reconnaît.\nToujours, chez tous les hommes, stimuler sans conflit l'activité de toutes les puissances, ce serait\nle rêve et l'idéal suprême.\n     » Dieu s'en est à lui seul réservé l'étonnante réalisation. La plus belle œuvre d'art qu'il ait\ncréée pour nous, c'est le ciel des nuits pures, c'est l'infini semé d'étoiles. A tous les hommes,\ntoujours, s'adresse ce divin spectacle; chez, tous il charme la vue par la douce clarté bleue, il\nravit l'oreille par le prochain silence et l'harmonie lointaine, il pénètre le cœur de douce et\ninfinie tendresse, il ouvre à l'imagination l'illimité du calme et effrayant espace, il montre à la\nraison la grandeur de la Cause première et presque il lui fait voir Dieu; — mais tout cela sans\neffort, sans fatigue, sans souci, dans le total oubli de nos besoins terrestres, dans l'harmonie de\nnos puissances, dans l'ordre conforme au bien, dans le plein épanouissement de tout ce qu'il v\na de bon en nous.\n    » Voilà le chef-d'œuvre de l'art divin; plus s'en rapprochera l'art des hommes, moins il différera\nde son idéal. Et l'auteur le plus grand sera celui qui, possédant en lui les puissances les plus\nvastes et la plus riche humanité, à la fois le meilleur, le plus sage et le plus aimant, saura\n faire part de tous ses dons au plus grand nombre de ses frères et suscitera en eux le plus\n d'amour, de lumière et de bonté.\n     » Un seul, dans ses paroles, a pu se montrer tel et pleinement accomplir cette œuvre, mais\n ce n'était pas qu'un homme. Il était le chemin qu'il faut suivre, la vérité qu'il faut savoir et\n la vie qu'il faut vivre. Gloire à celui qui, étant l'Homme-Dieu, est par là même, en tout ordre\n d'idées et de faits, en esthétique non moins qu'en morale, l'Idéal divin de l'Humanité. »\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "                                 DURENDAL                                255\n\ncela lui ferait comprendre les thèses qu'il veut réfuter, mais encore\ncela lui éviterait d'admirer certains auteurs justement pour les mérites\nqui leur m a n q u e n t .\n    S'il nous vantait Boileau pour l'admirable sûreté de jugement qui,\nparmi ses contemporains, lui a fait discerner, sans jamais faillir, tous\nles grands écrivains d'avec les mauvais auteurs, ou encore pour le zèle\nqu'il a mis à défendre les droits du bon goût et du bon sens en littéra­\nt u r e , nous serions d'accord avec lui. Mais non, ce qu'il aime dans Boi­\nleau, ce sont justement ses très rares erreurs de critique ; c'est ce qu'il a\ndit d'injuste et de mal informé sur le moyen âge et sur la Pléiade !\n   E t alors que Boileau n'a qu'un don comme poète, son enthousiasme\npour la raison et pour le bon sens, savez-vous ce que le P . Delattre\nadmirera en lui ? L e sentiment de la nature ! Oui, mes amis, le senti­\nment de la nature dans Boileau, dans celui qui préfère les ruisseaux\naux torrents; qui trouve que c'est « descendre », de célébrer la cam­\np a g n e ; et qui cherche, comme Virgile (à qui on le pardonne moins),\npar quel art mythologique\n                           ... l'églogne quelquefois\n               Rend dignes d'un consul les bergers et les rois.\n\n   Si nous choisissions dans Boileau quelques vers regrettables à l'appui\nde notre opinion, le P . Delattre nous accuserait de mauvaise foi.\nNous avons mieux à faire; c'est de reproduire après lui les vers qui\nlui plaisent davantage, ceux dans lesquels il a le talent de rencontrer\nun sentiment exquis de la nature. Il s'agit, vous le savez, de l'épître\nà Lamoignon sur les plaisirs de la campagne :\n\n          Quelquefois, aux appas d'un hameçon perfide,\n          J'amorce, en badinant, le poisson trop avide,\n          Ou d'un plomb qui suit l'œil, et part avec l'éclair,\n          Je vais faire la guerre aux habitants de l'air.\n          Une table, au retour, propre et non magnifique,\n          Nous présente un repas agréable et rustique :\n          Là, sans s'assujettir aux dogmes du Broussain,\n          Tout ce qu'on boit est bon, tout ce qu'on mange est sain.\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "256                             DURENDAL\n\n\n   Boire bon et manger sain, attraper des poissons « avides » avec\n« un hameçon perfide », ou, « d'un plomb qui suit l'œil », aller faire\nla guerre aux habitants de l'air », quel sentiment de la nature ! et\ncomme cela vous laisse loin L a m a r t i n e ou Victor H u g o !\n   L e P . Delattre cite encore trente vers de même force, parmi\nlesquels tous ceux (la rencontre me navre) que j'avais notés dans mon\nexemplaire de Boileau comme étant les plus faibles; ceux-ci, par\nexemple :\n\n            Ne demande donc plus par quelle humeur sauvage,\n            Tout l'été, loin de toi, demeurant au village,\n            J'y passe obstinément les ardeurs du Lion,\n            Et montre pour Paris si peu de passion.\n\n   L e P . Delattre nous a accusés de ne pas comprendre Boileau : lui,\nvraiment, le comprend trop.\n   E t il vous a une façon de l'expliquer ! Vous vous rappelez l'amusant\nprocès qu'il m'intente pour avoir résumé dans une formule-type ce\nqu'avait d'incomplet la critique du XVIIe siècle : Rien n'est beau que\nle vrai. Il me reproche d'avoir affirmé, avec l'évidence, que cette\ncritique a eu le tort, surtout chez Boileau, de trop sacrifier les facultés\nspontanées d'imagination, de cœur, d'enthousiasme, à cette faculté\nmaîtresse, mais non pas unique : la raison. (Notez qu'au même endroit\nje blâmais davantage encore ceux qui enferment l'art dans l'harmonie\ndes mots et la beauté des images.) Cela met le P . Delattre dans une\ncolère invraisemblable. Ah ! s'il avait été là, comme il nous eût\n « crié » les grands noms du XVIIe siècle (ceux que nous avons le plus\nloués), et de quel cœur il eût récité les vers les plus anodins de\n Boileau, celui-ci entre autres, qu'il isole entre des lignes de points\n pour en mieux faire éclater l'invincible puissance de démonstration :\n\n              Soyez riche et pompeux dans vos descriptions !\n\n   Riches et même « pompeux » dans nos descriptions, soit, nous\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "                                 DURENDAL                                 257\n\ntâcherons de l'être afin de complaire au bon savant, quoique cela me\nparaisse d'un fâcheux conseil ; mais, pour la peine, il nous dira sous\nquel prétexte ce vers intervient dans la discussion.\n     Il en aurait encore \" crié \" une douzaine d'autres de ce genre-là, et\nm ê m e , dit-il, « j'aurais accentué ces vers, où l'on voit que, si Boileau\nrenferme tout l'art dans la raison pure, il met dans celle-ci l'oreille,\nles yeux, l'imagination, le cœur et toutes les passions ! Cela est-il\npossible ? Assurément non. M. Klein ne comprend pas le vers avec\nlequel il a frappé un si grand coup, et ses auditeurs, qui l'ont applaudi\navec unanimité, ne le comprennent pas davantage ».\n     Q u e veut dire cet « assurément non » ? Pauvre P . Delattre ! il est\nencore plus difficile à comprendre que Boileau.\n     T o u t ce que je vois là-dedans, c'est que la raison pure signifiait,\n chez Boileau, l'ensemble de toutes les facultés et de tous les sens. E h\n b i e n ! c'est humiliant à dire, mais je ne l'aurais jamais cru sans l'affir­\n mation de cet orientaliste. Il est clair que, s'il faut mettre dans la\nraison pure « toutes les passions » et « l'oreille » elle-même avec les\nyeux, l'imagination et le cœur, nous ne savons plus le français, ni\n celui de Boileau, ni le nôtre.\n     Comment voulez-vous, mes chers amis, que je discute avec un\n h o m m e qui entend les choses de cette façon-là ? Si vous le rencontrez\nà Louvain, où je sais qu'il fait habituellement de meilleure besogne\n que celle d'aujourd'hui, dites-lui bien gentiment qu'on ne parle pas de\n corde dans la maison d'un pendu, ni \" d'oreille \" quand on aime\n Boileau. E t , s'il demande pourquoi, rappelez-lui que, dans le passage\n où Malherbe est félicité d'avoir « réduit la Muse aux règles du\n devoir » — un joli mérite, soit dit en passant — Boileau commet ces\n deux vers :\n\n               Par ce sage écrivain la langue réparée\n               N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée.\n\n   Mais qu'est-ce que je fais l à ? N e voilà-t-il pas qu'à la vingt-qua­\ntrième page de sa brochure, le vénérable P . Delattre cite lui-même\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "258                              DURENDAL\n\n\ncet endroit avec un air d'en être tout ému ? Que je regrette donc\nmaintenant d'avoir consacré tant de lignes à le mettre dans son tort !\nIl a une si charmante façon de s'y mettre lui-même !\n                                      *\n                                     * *\n\n    Si cette lettre, bien trop longue, se trouvait à refaire, j ' y traiterais\nle P . Delattre comme il nous traitera lui-même, et avec raison, le\njour où nous viendrons lui dire notre avis sur ses travaux d'orientaliste..\n    Au lieu de lui prouver qu'il a tort de nous attribuer tant d'opinions\nfausses, je m'offrirais le plaisir de le faire, comme on dit, monter à\nl'échelle, en exagérant encore l'insolence qu'il me prête vis-à-vis de nos\ngrands écrivains; ou, s'il fallait à tout prix être sérieux, je lui démon­\ntrerais qu'il a servi la cause du xvn e siècle en avocat du diable.\n    Au lieu de louer dans son client les splendides qualités qui nous le\nrendent si admirable, il n'a su insister que sur les rares vertus dont il\nest privé, ou plutôt sur le seul côté par où il se montre clairement\ninférieur à l'âge romantique. Au siècle qui a, le plus parfaitement de\ntous, compris la nature humaine, il trouve, lui, le mérite d'avoir senti\net aimé la nature extérieure. E t ce sentiment de la nature, il en va\nchercher l'idéal dans le Télémaqtie, extasié sans doute devant la\ngrotte de Calypso, où l'on trouvait « tout ce qui peut charmer les\nyeux » et spécialement « des voûtes pleines de rocailles et de\n coquilles ».\n    A propos de T é l é m a q u e , avez-vous remarqué, chers amis, une autre\n malchance du bon Père ? Alors qu'il pouvait louer dans l'ouvrage de\n Fénélon tant de vues justes ou courageuses, savez-vous ce qu'il y\n admire le plus ? — L e royaume de Salente ! Oui, le royaume de\n Salente, célèbre par ses utopies et son socialisme d'État : « Mentor\n régla les habits, la nourriture, les meubles, la grandeur et l'ornement\n des maisons pour toutes les conditions différentes», en un mot,\n l'existence de chaque citoyen, et jusqu'à la couleur des vêtements\n pour les sept conditions d'hommes libres... Il est dommage que les\n procédés du Père ne nous conviennent guère; sans cela, l'occasion\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "                                 DURENDAL                                         259\n\nserait belle de le traiter de socialiste. E t cela vaudrait tout juste les\npassages où il nous convainc d'hérésie.\n   Avant de terminer, une commission pour le P . Delattre. Voulez-\nvous, mes chers amis, lui demander de ma part, quel bien il se pro­\nposait en écrivant une si drôle de brochure contre les jeunes écrivains\ncatholiques de Belgique et contre un prêtre français qui admire sincè­\nrement ses travaux d'érudit? Tâchez donc aussi de savoir si c\"est dans\nl'intention de m'être utile qu'on la envoyée au cher et vénéré Recteur\nde notre Institut Catholique, alors que, sans vous, j'en aurais moi-\nmême ignoré l'existence. Mgr Péchenard en a beaucoup ri avec moi.\n   Encore une fois merci de m'avoir envoyé ce charmant factum, et\npardonnez-moi si j'ai mal traduit, dans cette lettre à bâtons rompus,\nl'étonnement extraordinaire qu'il m'a inspiré.\n   Fidèlement à vous, chers rédacteurs de « Durendal », et à tous les\namis que j'ai eu la joie de voir avec vous dans le voyage de Bruxelles\net de G a n d .\n                                              Abbé F É L I X K L E I N .\n                                            Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 259, "page_fin": 260, "titre_corps": "Les Chansons simples : I. 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L'écbo tombé de nos serments !\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 785, "texte": "260                                   DURENDAL\n\n\nVoulons-nous retourner aux choses              Ramenons aux bois nos étreintes,\nQui virent nos amours béfunts,                prenant souci be replacer,\nBaiser sur les lèvres bes roses               Nos pas bans les mêmes empreintes,\nL'émoi canbibe bes parfuma !                  Nos coeurs bans les mêmes baisers.\nPeut-être en sa pose torbue,                  Un peu be notre amour, peut=être,\nLe banc moussu conserve=t=il                   Reviendra palpiter en nous\nLa place où, l'ombre descenbue,                    et t'asseyant sous le vieux hêtre\nNous respirions les nuits d'Avril ?           Je pleurerai sur tes genoux !\n\n      Juin 1897.                                             Georges Brigode.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 260, "page_fin": 265, "titre_corps": "Bleuette : Conte de fées", "titre_sommaire": "Bleuette", "signature_source": "Édouard Ducoté", "ancre_debut": "BLEUETTE", "ancre_fin": "EDOUARD DUCOTE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Chanson à Boire", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 303, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 785, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "BLEUETTE\n                              CONTE      DE      FEES\n\n\n\n            BLEUETTE était assise dans les blés. U n e forêt de tiges dorées,\n                   bruyante de grillons et de sauterelles, l'environnait; les\n                   bluets, ses frères, et les coquelicots aux pétales souples\n                   étaient çà et là posés, comme de merveilleux oiseaux-\n                   mouches. Au-dessus d'elle, un peu de ciel apparaissait à\n                   travers les épis, courbés par le poids de leur maturité.\n                E t Bleuette ne faisait rien là, si ce n'est de vivre tout\n             simplement à la place qui était la sienne. Elle était\nheureuse sur ce champ, parmi les bruits et les bruissements familiers.\nL a douce chaleur de la terre la pénétrait; l'ardeur du soleil de juillet\nla plongeait dans un anéantissement délicieux. Elle vivait et sentait\nla plénitude de son épanouissement.\n\n   Si Bleuette restait pendant toute une saison l'hôtesse du lieu où\nelle s'était logée, elle n'avait pourtant point de patrie. L a moisson\nfaite, elle gagnait un autre pays. T a n t ô t , elle habitait le petit\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "                               DURENDAL                                  261\n\n\nterrain,. cultivé avec amour par quelque pauvre paysan ; elle se\ncachait à l'ombre de la masure, ou bien le long du mur d'enceinte\naux pierres éboulées. T a n t ô t , c'était au flanc d'une colline, d'où elle\naimait contempler la grande plaine verte et rousse coupée par un\nfleuve miroitant. D'autres fois, elle allait sur quelque haut plateau;\nelle y restait longtemps, car la récolte était tardive : le soleil, tard\nlevé et vite disparu derrière la montagne, était avare de ses rayons,\net Bleuette frissonnait dans les longues rosées. Parfois, elle était\nvoisine des oliviers et des figuiers, en un pays de terre rouge, brûlé et\naltéré. Cette fois-ci, elle demeurait sur une de ces plaines intermi­\nnables, tapissées de céréales, que partagent de larges routes, poussié­\nreuses ; cette contrée était balayée par le vent ; on voyait au-dessus\nde la mer mouvante des cultures surgir les clochers d'ardoise et les\ntoits rouges des villages et des riches fermes où règne un paysan\nrapace et cruel.\n   Bleuette allait ici ou là, on ne sait comment. Elle savait se rendre\ninvisible. L'été fini, elle partait et le lendemain elle était ailleurs,\nquelquefois au bout du monde, là où le blé mûrit quand chez nous le\ngrain dort sous la neige. D'ailleurs, personne ne prenait garde à\nBleuette tant, elle était discrète et douce. Elle était fleur, elle était\nfemme. Elle était toujours jeune et immortelle. De N y m p h e elle était\ndevenue F é e , mais n'avait pas changé.\n\n   Donc elle était dans ce champ, heureuse de vivre, quand un\ngarnement qui fuyait, la blouse pleine d'abricots volés à un verger,\nvint la heurter rudement. Elle poussa un cri de douleur. L u i , talonné\npar la peur, poursuivit sa course, sans s'excuser ni s'attarder à\nramasser les fruits que, dans la surprise de cette rencontre, il avait\nlaissé rouler à terre. Quelqu'un était sur sa trace, facile à suivre à\ntravers les épis foulés et couchés en désordre; on entendait des cris et\ndes menaces. E t bientôt, devant Bleuette en larmes, parut un gros\npaysan, essoufflé et cramoisi :\n   — Ah ! je te tiens, brigand ! cria-t-il en saisissant furieusement\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2027, "texte": "262                            DURENDAL\n\n\nBleuette par les épaules. Une femme ! C'est une femme ! A-t-on\njamais vu une pareille audace ? Allons, debout, Bohémienne ! Tu ne\npenses pas, je suppose, que tes larmes vont m'attendrir. Et tu ne\nnieras pas, dit-il en ramassant les abricots dorés dont il gonfla ses\npoches.\n   — Je vous en supplie, Monsieur, dit Bleuette. Je suis une pauvre\nfille et je n'ai pas fait de mal. Tout à l'heure, un homme qui se\nsauvait, votre voleur sans doute, a passé par là et, sans me voir, m'a\nfrappée du pied.\n   — Connu, connu, dit le fermier. Tu te croyais bien cachée, et\nqu'est-ce que tu fais ici ? D'ailleurs, je te reconnais. T a robe bleue, je\nla prenais pour une blouse de paysan, car, vraiment, je ne supposais\npas qu'une fille de ton âge fût capable de ces mauvais coups. Tu n'en\nes pas à ton essai. Hier, deux lapins ont disparu ; l'autre jour c'étaient\n des poules; et tu as empoisonné mon vieux chien.\n    — Je ne suis pas coupable, je vous le jure, répétait Bleuette en\nsanglotant.\n    — Nous nous expliquerons avec le juge.\n    Et la saisissant par le bras, il l'entraîna, plus content de tenir son\n voleur et de se venger qu'il n'avait eu de peine en voyant, couché sur\n le dos et les pattes raides, Médor, le fidèle gardien de sa maison.\n    Bleuette le suivit, docilement. Le paysan pérorait tout seul, se\n félicitait et menaçait. En route, ils rencontrèrent des cultivateurs qui\n disaient à la pauvre Fée des injures et des mots grossiers qu'elle ne\n comprenait pas.\n    Bleuette, remise aux gendarmes, fut menée, les mains liées, jusqu'à\n la ville où il y avait la prison et les juges. Elle y arriva à la nuit\n noire, mourante de faim, de honte et de fatigue, car elle devait subir\n toutes les misères de l'humanité puisqu'elle avait pris la forme\n humaine.\n    On la mit dans un cachot, et il lui fallut attendre que le juge, qui\n était en vacances, fut de retour. Elle ne s'enfuit pas ; cela lui eût été\n facile : les murs ne comptent pas pour les Fées. Mais elle devait avoir\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "                               DURENDAL                              263\n\nson idée, puisqu'elle consentait à souffrir, exilée, privée de la lumière\net de la bonne senteur des campagnes.\n   Q u a n d le juge fut revenu, il interrogea Bleuette et entra dans une\ngrande colère, en voyant qu'elle se moquait de lui en protestant de\nson innocence. Quel crédit accorder à une fille qui venait on ne sait\nd'où, qui n'avait aucun métier et d'autre domicile que les champs? E t\npuis, on avait une preuve irrécusable. L e fermier vint au tribunal,\navec ses habits du dimanche et une grosse chaîne d'or sur le ventre;\nil affirmait reconnaître son voleur qu'il avait lui-même surpris dans\nun champ au milieu de ses abricots. On pouvait croire au témoignage\nde cet honnête homme, bien connu dans le pays, et riche et considéré.\nBleuette fut chargée des méfaits antérieurs et condamnée à deux mois\nde prison. Cette injustice et son infortune la peinèrent moins que de\nsonger que pendant ce temps on avait récolté la moisson ; elle\nquitterait la contrée, sa peine accomplie, sans avoir vécu toute la vie\ndont elle y devait jouir.\n\n  Or, quelques jours après la condamnation de Bleuette, arrivèrent\ndes choses singulières. L e chien qui avait remplacé Médor fut trouvé\ninanimé ; un carré de pommes de terre fut dévasté et la basse-cour\nmise au pillage. L e fermier, fou de colère, s'embusqua toutes les\nnuits, son fusil chargé, et finit par découvrir le voleur escaladant le\nm u r du potager. Il t i r a ; l'homme tomba, un bras cassé.\n\n   C'était un garçon d'une vingtaine d'années, dont la paresse était le\npremier crime; il vivait de maraude au lieu de travailler. Il comparut\ndevant le j u g e ; celui-ci, qui se piquait d'être un habile magistrat,\nplaida le faux pour connaître la vérité, et accusa le prévenu des vols\ndéjà anciens, commis chez le même fermier. Mais quelle fut sa\nsurprise en entendant le jeune h o m m e les avouer ! Celui-ci, qui\ncroyait la justice informée, espérait que sa franchise lui vaudrait de\nl'indulgence. D'abord le magistrat ne voulut rien croire, mais l'autre,\nsoupçonnant une ruse, fit de telles déclarations qu'il fallut bien se\nrendre à l'évidence. L e juge, qui estimait impossible qu'il eût\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "264                            DURENDAL\n\n\ncondamné une innocente, ne douta pas que tout au moins Bleuette ait\nété complice. L e voleur j u r a avoir agi seul. Il fut confronté avec la\nprisonnière. T o u t de suite il nia de l'avoir jamais vue, puis il se\nfrappa le front, ému par un lointain souvenir.\n   — Il me semble, dit-il, avoir rencontré cette fille dans les blés, un\njour que je fuyais après avoir dérobé des fruits... Oui, c'est bien elle,\najouta-t-il. Elle est assez belle pour qu'on se la rappelle, et cependant\nc'est à peine si je la vis. Je l'avais heurtée en courant, et elle cria.\n    E t le jeune homme, regardant avec admiration sa victime, lui\nd e m a n d a pardon de l'avoir fait condamner à sa place.\n   A la grande confusion du juge et du fermier, on dut relâcher\nBleuette. L e bruit de l'aventure avait couru la ville ; des gens\ns'étaient attroupés devant la prison pour fêter la victime, mais elle\npartit sans que personne la vit, et jamais plus on n'eut de ses nou­\nvelles dans le pays.\n  L e m a r a u d e u r fut condamné à deux ans de prison. L a mauvaise\nhumeur de la justice confondue se soulageait sur lui. On espérait qu'il\nrécriminerait et qu'on pourrait aggraver sa peine. Mais il se tut. Il ne\npensait qu'à cette délicieuse jeune fille si douce et si bonne qui avait\npayé pour lui. Ce n'était pas un cœur endurci : seule la paresse l'avait\nmené à mal faire. Il sentait l'étendue de sa faute et se la reprochait.\nSon plus grand châtiment était de penser qu'il ne r e v e n a i t pas\nBleuette, car il se sentait gonflé d'amour pour elle.\n  Au milieu de la nuit, la porte du cachot s'ouvrit et Bleuette entra\nen souriant. Il resta d'abord frappé d'étonnement, puis il se jeta à ses\npieds et répandit beaucoup de larmes :\n  — Partez, partez, balbutiait-il entre ses sanglots, vous êtes libre.\n  — J'entre partout comme je veux, dit B l e u e t t e ; je suis fée. Viens\navec moi.\n  — Non, répondit-il. J'ai mérité d'être ici ; je ne serais que plus\ncoupable si j'échappais à ma punition.\n  — T u peux me suivre, dit Bleuette; ta peine, je l'ai accomplie.\nTon repentir achève de t'absoudre. L e s Fées n'ont pas seulement été\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "                                 DURENDAL                                  265\n\n\ncréées pour embellir la nature et parfumer l'âme des poètes, elles ont\naussi la mission de rendre aux hommes la vie légère en leur ensei­\ngnant à la comprendre. N'use pas ta jeunesse, qui peut encore être\nféconde en œuvres bonnes, au fond d'une prison stérile. Moi, je\npouvais attendre ici, j'ai devant moi l'éternité !\n\n   Ils partirent et s'en allèrent ensemble, très loin, de l'autre côté de\nl'Océan, dans un pays où le jeune printemps venait de couvrir les\nsillons d'un voile vert et frissonnant. E t là, Bleuette disparut aux\nyeux de son compagnon. L'été, parmi les épis blonds, il la chercha,\ncourant partout où les bluets en troupe lui semblaient une robe\nétalée. Il s'était loué chez un cultivateur, et Bleuette, le voyant, pour\nl'amour d'elle, renoncer à la paresse et courageusement se livrer au\ntravail, consentit plusieurs fois à se montrer à lui sous sa forme\nféminine.\n   L'année suivante, il ne la découvrit pas (les vents, sans doute,\nl'avaient jetée sur un autre rivage), mais il n'aimait plus maintenant\nBleuette seule, il avait appris à aimer la terre qui récompense le rude\nlabeur de l'homme avec le divin sourire de ses fleurs.\n\n                                                   EDOUARD D U C O T É .\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 265, "page_fin": 267, "titre_corps": "Chanson à boire ! ; Mon Cœur ; Bonne Fête ; Il fait froid", "titre_sommaire": "Chanson à Boire! 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Il fait froid", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Chanson à Boire", "ancre_fin": "PAUL MUSSCHE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BLANCHE ROUSSEAU", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 308, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 1333, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "Chanson à Boire !\n\n       L a m m e Goedzak chante :\n\nAmis, buvons ! les brocs sont pleins    Fumons dans le vieux cabaret\nde bière exquise à mousse blanche,      les bons tabacs de Wallonie,\ndans elle, noyons nos chagrins,         lançons en, près du feu clairet,\nbuvons ! c'est aujourd'hui dimanche !   la lourde volute embrunie.\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "266                               DURENDAL\n\n\n Rions, chantons, clamons les vers      s'en vont hennissantes, sans mors,\nfougueux des vingt ans en délire !      sous la musique des timbales.\n Tous, en chœur, jetons dans les airs\n                                         Ah buvons ! à nous les amours\n le rythme des joyeuses lyres.\n                                         que l'Aurore, debout nous trouve\nEnterrons le pâle dédain,               joyeux encor, chantant toujours,\nà la coupe trempons les lèvres.          le vieux Gambrinus nous approuve.\nGai !... Honni soit le puritain\ndont la gorge est par trop mièvre.      A mis, buvons ! les brocs sont pleins\n                                        de bière exquise à mousse blanche,\nLes francs buveurs ne sont pas morts.   dans elle noyons nos chagrins,\nDu plaisir, les folles cavales          buvons ! c'est aujourd'hui dimanche !\n\n\n\n\n          Mon Cœur                                Bonne Fête\n\n  Mon cœur est une lyre                 Pour célébrer ta bonne fête,\n  où chacun tour à tour,                Coquette, et te dire bonjour,\n  triste ou gai, me fait dire           voilà que je deviens poète\n  sa peine ou son amour.                et que je fais des vers d'amour.\n\n  Mon cœur est une lyre                  Pourvu, ma belle, qu'ils te plaisent,\n  qui saigne bien des pleurs ;           que le rythme soit de ton goût,\n  il est moins de sourires              je serais content, je serais aise\n  en nous que de douleurs.               et pour un peu deviendrais fou.\n\n  Il est bien peu de roses,             Ces vers voudraient parler de choses\n  pour quelques beaux matins            qu'on dit parfois à deux genoux,\n  combien de soirs moroses,             que l'on chuchote au temps des roses,\n  de tristes lendemains.                enfin je t'aime... et voilà tout.\n\n  Mon cœur est une lyre,                 Si tu voulais, par jeu d'enfance,\n  des cordes ont cassé,                  me combler de quelque faveur,\n  las ! — vous pouvez en rire —,        je choisirais, pour récompense,\n  celles de la gaîté !                   un long baiser venant du cœur.\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "                                       DURENDAL                                    267\n\n\n                                Il fait Froid\n\nIl fait froid et gèle dehors               Dans ma chambre pleine d'Hiver,\net l'hiver est dans mon âme                spirituel, il réapporte\naussi, pleine d'un noir remords;           un peu de printemps superbe et vert,\ncœur traversé par les sept lames.          à mon cœur que le Noir emporte.\n\nIl neige et, petit à petit,                 Un oisillon vient de rentrer\nla terre de duvet se couvre.               par la fenêtre de mon âme,\nElle revêt son triste habit,               et je l'y laisse folâtrer\nson blanc manteau qui la recouvre.         en l'honneur de Notre-Dame.\n\n A ma fenêtre un passereau,                Il apporte les chastes clartés\n d'un bec frileux, frappe la vitre ;       d'un astre pâle qui s'éveille\nje viens d'ouvrir au bel oiseau            à mes esprits réconfortés,\n qui se perche sur un pupitre.             morts seulement depuis la veille.\n\n                                                              PAUL MUSSCHE.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 267, "page_fin": 270, "titre_corps": "Blanche Rousseau", "titre_sommaire": "Blanche Rousseau", "signature_source": "L’abbé Henry Moeller", "ancre_debut": "BLANCHE ROUSSEAU", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 1104, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "BLANCHE ROUSSEAU\n                                                               A HENRY   MAUBEL.\n\n\n                     NOTRE première pensée    en découpant les feuillets du\n                        livre, que l'auteur, dont nous venons d'écrire le\n                        nom, nous a envoyé en gracieux hommage, était\n                        de ne lui consacrer que les quelques lignes de cri­\n                        tique coutumières, dans la revue des livres d u\n                        mois. Mais la lecture de cet aimable petit bou­\n                        quin nous a absolument enthousiasmé. Nous ne\ncroirions pas lui rendre l'honneur auquel il a droit, en le traitant\ncomme les autres.\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": " 268                             DURENDAL\n\n\n   Blanche Rousseau est une véritable artiste. Telle est l'impression\nque laisse la lecture de sa première œuvre. N'est-ce pas le plus bel\néloge que l'on puisse en faire? Abondance d'idées. Richesse d'imagina­\ntion. Puissance d'expression. Fulgurence de coloris. T o u t e s les qualités\nqui font l'artiste, je les trouve dans l'œuvre de Blanche Rousseau. L e\nstyle est alerte, imagé, bien personnel, d'une naïveté voulue adorable.\nCette œuvre respire un air de si grande fraîcheur. T o u t cela est si\nvivant, si pimpant, si primesautier. C'est un vrai bouquet de fleurs\nprintanières. Bouquet d'idées ravissantes, incrustées en des images\nrayonnantes de lumière, pleines de sourires et en même temps d'une\nsi impressionnante mélancolie.\n   Quel charme pénétrant il exhale ce précieux écrin de nouvelles :\nNany à la Fenêtre. T e l le titre du premier livre de notre écrivain.\nIl est édité avec coquetterie. H e n r y Maubel l'a préfacié d'une façon\ncharmante. Enfin il est orné d'un superbe dessin de H . Meunier. Que\nd'honneurs pour un si petit livre, me direz-vous. P e t i t ! D e volume ?\nD'accord. Mais il y vit une si grande âme !\n   T o u t e s les nouvelles contenues dans ce recueil sont imprégnées de\nla poésie la plus intense. Lisez-le. Vous partagerez mon admiration.\nLisez, par exemple, le conte de l'Etranger, « dont le bon sourire semble\nrépandre de la lumière et est sur ses lèvres comme une étoile, comme\nune douce et pure étoile d'espérance ».\n   Lisez encore l'histoire de la Maisonnette avec « ses petites fenêtres\nclaires, ouvertes dès le matin, et ses deux pommiers roses et qui\nsentent bon », dont la vision naïve poursuit l'imagination du vieillard-\nenfant comme un beau rêve de Noël et qu' « il voit une dernière fois\ndans ses prunelles en m o u r a n t ».\n   Lisez surtout le poème — car c'est un vrai poème en prose — de\nl'Éveilleur qui parcourt « le gentil village dont chaque maison est\nblanche avec des volets roses, petite et propre, tout étincelante au\nsoleil. » Il en hypnotise tous les habitants, « êtres simples et naïfs »,\npar les sons harmonieux de sa flûte enchantée, « sons doux et perlés,\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "                               DURENDAL                              269\n\ntour à tour tendres et plaintifs, semblables à la voix d'un rossignol\nchantant au fond d'un bois ou au vent soufflant dans les épis ».\n   A h ! ne déposez pas encore mon cher petit livre. Il a encore de si\njolies historiettes à vous conter. P a r exemple, Bonne Maman perdue, la\nnaïve aventure de la bonne petite vieille « au doux sourire épanoui\ndans l'entrecroisement d'un million de rides ». Prise d'une fringale de\nmarcher, elle s'en va, on ne sait pourquoi, elle ne sait où, un jour de\nneige, « où le village semblait poudré de sucre ». Voyez comme elle\ntrotinne gentiment par monts et par vaux, « tout en causant avec son\ngrand parapluie de coton », allant, allant toujours, sans écouter les\ncloches de l'église qui semblent lui dire : « Revenez, petite bonne\nm a m a n , revenez! revenez! revenez! dreling! dreling! dreling!» Mais\nbonne m a m a n n'écoute pas les voix qui lui crient : « N'allez pas plus\nloin. » E t après s'être perdue, elle finit par se retrouver quand même\naux pieds de la grande croix du chemin, « où un christ à longs cheveux\nachevait de mourir ».\n   L'auteur termine ce conte par une pensée philosophique et j'oserais\ndire chrétienne, d'une inspiration splendide :\n   « L'histoire de Bonne Maman, écrit-elle, m'a fait penser à ces\ncœurs simples qui se fatiguent un jour de regarder le clocher... Ils\npartent comme pour une promenade... E u x aussi, rencontrent des\nhommes qui leur crient : « N'allez pas plus loin, vous allez vous\n» perdre. » Mais ils rient et secouent la tête. E t j'ai pensé cela avec\ninfiniment de tendresse et de pitié, car je sais qu'ils auront à souffrir\nmainte angoisse avant de retrouver la croix où les mène la boule de\nneige des enfants    »\n   Il est temps que je finisse ma critique et pourtant j'aurais voulu\ndire encore toute mon admiration pour « L'Œuvre ». Nouvelle, puis­\nsante de conception, du plus haut symbolisme, que cette histoire\nimpressionnante des deux ouvriers, qui hantés par la voix mystérieuse\nleur criant sans cesse : « Faites votre œuvre », s'arrachent aux joies\ndu foyer et s'en vont vers la ville, après avoir embrassé une dernière\nfois leurs petits enfants « si beaux avec leurs fossettes au menton et\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "270                              DURENDAL\n\n\n dans la joue droite comme si un ange chaque nuit fût venu les\n baiser là ».\n    Cette trop courte causerie sur l'œuvre de Blanche Rousseau n'en\n donnera qu'une bien imparfaite idée à celui qui ne lirait pas le livre\n lui-même. Nous n'avons cité que quelques nouvelles. Il faudrait les\n nommer toutes. T o u t e s sont exquises. Il n'y en a pas de médiocres.\n L e talent incomparable de l'écrivain se soutient merveilleusement tout\n le long du livre. Nous l'avons lu d'une traite, avec un enthousiasme\n croissant, sans fatigue et sans déception. Il nous a procuré les plus\n fortes émotions esthétiques. C'est un de ces livres dont la lecture ne\n lasse j a m a i s . U n e fois pris en main, on ne le quitte plus. Avec quel\n'regret on tourne le dernier feuillet et comme on est impatient de le\n reprendre pour le relire encore.\n    Nos plus vives félicitations à l'artiste. T o u s nos vœux de bonne\n chance à son petit chef-d'œuvre. Puisse-t-il trouver auprès du public\n l'accueil si bienveillant que lui ont fait, à juste titre, toutes les revues\n d'art et de littérature.\n                                            L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 271, "titre_corps": "L’Accueil muet", "titre_sommaire": "L’Accueil muet", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "L’ACCUEIL MUET", "ancre_fin": "GEORGES RAMAEKERS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 1169, "texte": "L'ACCUEIL MUET (1)\n\n              Le Rêve des soirs purs m'attardera longtemps,\n                      le Rêve des longs soirs d'Automne,\n              à la resouvenance amitieuse et si bonne,\n              de ces jours où mon cœur s'enivra de Printemps.\n\n              Et pourtant l'aube vive et les couchants de flammes\n                      aux jets d'ors merveilleux,\n              en ces jours sans oubli, n'ont pas ému mes yeux,\n                      ni mon cœur, ni mon âme,\n              comme l'accueil muet de la petite église\n                      où toute oraison s'était tue,\n                      où le silence et l'ombre grise\n                      planaient sur les chaises désertes\n                      et drapaient la paix des statues...\n\n              Mais où les trois vitraux translucides du chœur,\n              trouant le grand mur noir, en bel élan vainqueur,\n              sur le soir automnal dressaient leur clarté verte.\n\n                                                 GEORGES RAMAEKERS.\n\n\n\n\n(1) De l'Automnale Chanson, volume à paraître.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 272, "page_fin": 274, "titre_corps": "L’Idéal féminin d’après Ruskin", "titre_sommaire": "L’Idéal féminin d’après RUSKIN", "signature_source": "***", "ancre_debut": "L’IDEAL FEMININ", "ancre_fin": "la vie d’une lueur nouvelle", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 315, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "L'IDÉAL FÉMININ\n                                D'APRÈS     RUSKIN.\n\n\n\n\n                 la question du rôle de la femme n'ait jamais été aussi discutée\n\nQ\n        UOIQUE\n          que de nos jours; on ne peut considérer le livre de Ruskin : Les Jardins\n          des Reines, comme une banale œuvre d'actualité. Cette œuvre doit être\n          envisagée en elle-même et en rapport avec la personnalité même de l'écri­\nvain. Les diverses polémiques concernant le rôle de la femme, et cette vaniteuse\nambition contemporaine qui rêve de lui assigner une nouvelle destinée, n'ont certes\naucune raison d'être.\n   Il n'est pas à douter que l'opinion d'un homme comme Ruskin sur l'influence de\nla femme soit pleine d'intérêt. Il appartient à la catégorie de ceux qui voient le\nmonde à travers leur âme. Nous savons d'avance que, quelle que soit sa con­\nception, sa parole visera avant tout à exprimer une vérité universelle.\n   En fait d'actualité, il a eu le mérite de détruire cette puérile erreur de la femme\nmoderne qui semble croire qu'elle n'acquerra de salut qu'en se mettant à un niveau,\nnon pas d'égalité relative, mais de ressemblance, avec l'homme.\n   C'est surtout au point de vue intellectuel que l'ambition féminine a dévié. Son\nerreur a grandi proportionnellement au domaine qu'elle englobait. Ruskin a\nadmirablement prouvé l'ineptie de cette notion, en rétablissant cette vérité oubliée\nqu'il n'y a pas incompatibilité, entre l'intellectualité des deux sexes, mais que les\ndeux intellectualités sont essentiellement différentes et se complètent d'ailleurs\nl'une l'autre.\n   Cette étude est poursuivie avec une étonnante logique, mais exclusive au point\nde vue de l'auteur. On ne peut tout à fait ni accepter ni rejeter la thèse de l'écrivain.\n   Dans son ensemble elle n'est pas fausse, mais incomplète, et dans son développe­\nment elle atteint parfois à des extravagances qui ont cette étrange et troublante\ncomplexité d'être émises comme des vérités indéniables.\n   Ruskin a vu avant tout la beauté, il en a une profonde et remarquable intuition,\net cette beauté il la conçoit sous deux apparences, correspondant à l'idéal essentiel\ndes deux sexes : l'intelligence et l'amour.\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "                                    DURENDAL                                     273\n\n  D'ailleurs il atteint d'emblée la vérité qu'il propose. Il l'a surtout profondément\nsentie. Il la déploie avec une grande force de déduction qui non seulement facilite\nla compréhension, mais sert de preuve à la persuasion. Son style est rigoureux.\nToujours le mot propre y tient sa vraie place. Sa phrase est naturelle. Quelle que\nsoit l'exaltation de la pensée, elle reste toujours simple.\n   L'idée génératrice qui se dégage de l'œuvre et s'érige en principe, est la dépen­\ndance absolue et réciproque des deux sexes, dont l'union rend seule possible un\ndegré de perfection, et par conséquent, l'inutilité de viser à un but personnel.\n   C'est de cela surtout qu'a voulu nous convaincre Ruskin. Toutes ses déductions\nen découlent et il semble nier par son silence la destinée individuelle de la femme.\nElle ne se doit pourtant pas entièrement aux autres; il faut admettre qu'au delà de\nses rapports avec l'homme — la famille et son milieu — se dresse sa personnalité.\nCe second but n'est ni supérieur ni inférieur au premier, et surtout il ne s'y oppose\npas nécessairement. Il entre en parallèle et mérite la même considération.\n   Ce principe posé, Ruskin fait un pèlerinage dans le passé et interroge en leur\nsanctuaire la voix toujours vivante de ceux qui ont illustré les grandes époques de\nl'humanité.\n   La conclusion qu'il en tire est unique et originale. D'après lui, dans tous les\nchefs-d'œuvre de la littérature, la femme est la seule héroïne, le héros n'existe pas.\nNon seulement elle est le personnage dominant, mais toujours elle est le symbole\nmême du bien, et tout ce qui est noble et grand provient d'elle.\n   Cette notion est excessive et détruit l'affirmation exprimée au début. On ne peut\nla considérer que comme un hommage de poète à la femme. D'ailleurs, Ruskin\ns'est surtout placé au point de vue du poète, et semble prendre ses images pour des\nréalités.\n   Les héroïnes de Shakespeare sont de charmantes créatures diaphanes et douces,\nse livrant à l'amour innocent, rarement bien vivantes, qui passent devant nos yeux\ncomme de fugitives ombres. Elles sentent divinement, mais ne pensent jamais. Ce\nsont des silhouettes d'héroïnes. Ophélie est une vision qui répand un peu de lumière\ndans ce sombre drame, mais Hamlet en est bien le personnage réel. Béatrice n'est\npas une femme, mais un admirable symbole de la vertu, incarné sous le nom de\ncelle autrefois aimée et envolée vers d'autres sphères.\n   L'auréole dont le chevalier au moyen âge couronne sa dame est encore une idéa­\nlisation d'un vague désir de rêve, qui atteint son éclosion dans le rêve divin réalisé\nen ces troublantes rosaces des cathédrales gothiques.\n   Pénélope et Andromaque sont admirables de dévouement. Nausicaa, pleine de\ngrâce cordiale, mais Achille, Oreste, Œdipe... sont bien les héros de la Grèce. Elle\nn'est pas juste non plus cette affirmation qu'en toutes les grandes œuvres et\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "274                                 DURENDAL\n\nlégendes, la femme personnifie le bien. Ruskin a tu les noms d'Hélène et d'Her­\nmione.\n   Enfin, d'après Ruskin, le salut de l'homme ne dépend que de son obéissance à la\nfemme.\n   Cependant, lorsque Ruskin revient à la vie réelle, et qu'il expose clairement\nl'influence que doit exercer la femme, son opinion est vraie et toujours noble. Il\nréunit cette admirable dualité d'être à la fois universel et de rester Anglais. C'est\npeut-être là ce qui fait la grandeur de son œuvre. Tandis qu'il nous dépeint la douce\ninfluence de la femme dans son home, inconsciemment l'image d'un paisible cottage,\nsurgit dans notre pensée.\n   Ce que l'on discerne nettement aussi dans cette oeuvre, c'est la santé de sa\nconception. Ce que Ruskin désire avant tout, c'est l'épanouissement des forces vitales\ndans la joie. La femme, telle qu'il la conçoit, répandrait autour d'elle une joie,\nfaite de lumière et de sourire. Il la veut surtout heureuse. Il est plus profond\nqu'on ne le pense ce vœu. \" Heureuse \" ! Ce mot nous paraît égoïste, parce que\nle pessimisme mélancolique qui absorbe les âmes contemporaines qui se soucien\nencore de penser, n'admet plus que le bonheur soit une nécessité. « Être heureux »,\nc'est surtout être compatissant, c'est pouvoir donner, aimer, consoler. Chaque\nsourire est une fleur de bonté qui s'épanouit dans la vallée de larmes.\n  Ruskin admet pour la femme la même instruction que pour l'homme, mais avec\ncette différence dans le but et l'effet résultant de ses connaissances : Quel que soit\nson degré d'intellectualité, elle ne doit s'acquérir qu'en vue des avantages qu'elle\napporte dans son home. Sa science, dit-il, importe peu à sa dignité personnelle, mais\ndoit magnifier son amour. Quant à son rôle actif dans les arts, elle ne doit aspirer\nqu'à conseiller et à inspirer.\n  En somme, sauf cette limitation, on peut dire que cette œuvre est conçue dans\nune atmosphère de noblesse et à la parcourir seulement, des horizons inconnus ou\npeut-être oubliés apparaissent et illuminent la vie d'une lueur nouvelle.\n                                                                          ***\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 275, "page_fin": 278, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "prochainement de ce charmant recueil de poésies", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 318, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "LES            LIVRES\n\nJEHAN RICTUS : Les     S o l i l o q u e s d u P a u v r e . — (Société du Mercure de France.)\n\n\n\nF   AIRE enfin dire quelque chose à quelqu'Un qui serait le Pauvre, ce bon        Pauvre\n       dont tout le monde parle et qui se tait toujours, voilà ce qu'a tenté de faire, en\nun volume âpre et douloureux, Jehan Rictus, le poète long comme une larme,\nau dire de Jules Lemaître.\n   H É G É S I P P E MOREAU avait pleurniché en disant le froid de l'hiver; VICTOR HUGO\navait trouvé dans les Misérables une fierté sentimentale et boursouflée; RICHEPIN\nchante les Gueux emphatiques; SÉVERINE sanglotte chaque semaine; BRUANT\ns'estime dépenaillé parce qu'il parle argot; JEHAN RICTUS se dresse comme un grand\npauvre pâle, doux et tourmenté :\n\n                       J' suis l'Homme Modem' qui pouss' sa plainte\n                       Et vous savez bien qu' j'ai raison !\n\n   « On sent que ses beaux vers ont été péniblement épelés en gravissant un long\ncalvaire, avant de jaillir spontanément de ses lèvres chantantes, avec leurs heurts\nd'idées et de mots mal coordonnés dans un cerveau affaibli par la faim. I1 a définiti­\nvement fixé un nouveau sanglot de poète dans la cacophonie de l'éternelle souffrance\nhumaine. »\n   J'ai dit qu'il était doux. Il est épouvantablement féroce. Mais ses anathèmes\nviolents contre la muflerie contemporaine partent d'un coeur que l'on devine dévoré\nde tendresse et d'amour. S'il fouette à sang les riches et les bourgeois, il a pour\ntous les petits de touchantes piétés :\n\n                         C'est l' désespoir actuel qui beugle\n\n  On pourra regretter peut-être les verbes à l'emporte-pièce et le flux des paroles\nbrûlantes.\n  On devrait songer plutôt que c'est le pauvre grelotant qui hurle sa souffrance\nsous les fenêtres. Il est si malheureux que son Ange gardien l'a abandonné :\n\n                         Oh ! il a bien fait d' me plaquer\n                         Toujours d' la faim, du froid, d' la fange,\n                         Toujours dehors, gn'a d' quoi claquer;\n                         Faut pas y en vouloir à c't' Ange!                                \"\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "276                                    DURENDAL\n\n\n  Il fait chanter les pauv's 'tits fans-fans martyrs :\n\n                        Nous, on nous truff' tell'ment la peau\n                        Et not' lit' viande est si meurtrie\n                        Qu'alle en prend les tons du Drapeau,\n                        Les trois couleurs de not Patrie !\n\n  Le Printemps bruit dans les feuillées. Tout s'émeut et tout se transforme :\n\n                      Moi j' chang' pas d' peau comm' les reptiles ;\n                      J' suis tous les Printemps la mêm' chose.\n\n  Il crie famine. — Sa sincérité justifie ses ordures. — Il demande protection. Il\nappelle le grand Douloureux — le Christ :\n\n                          Car y disait à ses apôtres :\n                          Aimez-vous bien les uns les autres;\n                          Faut tous êt' copains sur' la terre...\n\n  Et il le rencontre au carrefour. Il lui narre sa détresse et s'épouvante de le voir\nplus pauvre que lui-même :\n\n                      Ah! comm' t'es pâle... ah! comm' t'es blanc;\n                      Sais-tu qu' t'as l'air d'un Revenant\n                      Ou d'un clair de lune en tournée ?\n                      Tu d'vais et comm' ça en Judée,\n                      Au temps où tu t' proclamais    Roi!\n\n  Et plus loin :\n\n                        N' vas pas chez Drumont, on t' bouffrait;\n                        Après tout tu n'étais qu'un youtre !\n\n  Il est effrayant de vérité. Entendez-vous battre son cœur ?\n                                                                                    TH.   B.\n\n      FRANÇOIS CAREZ     : A u t e u r s c o n t e m p o r a i n s . (Liége,   DEMARTEAU).\n\n\n\n\nC    INQ études vouées à Verlaine, France, Theuriet, Maeterlinck et Deroulède; si\n       ce livre ne nous apprend guère de nouveau sur les écrivains dont il traite, il\nne nous révèle, sur M. François Carez, rien que nous ne savions déjà; ce jeune et\nimpénitent normalien belge a délayé et macaronisé en volume les articles, qu'heb­\ndomadairement, depuis dix ans, il dépose dans les colonnes de la Gazette de Liége...\nIci comme là, c'est dans un style huileusement banal, un systématique procès de\ntendances au modernisme, et à tout ce qui en art ne correspond point aux petites\nvertus, médiocres et banales qui servent d'idéal à M. Carez... Le livre actuel est\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "                                         DURENDAL                                          277\n\ndirigé surtout contre Maeterlinck et Verlaine; vis-à-vis de l'oeuvre du premier,\nM. Carez a des incompréhensions de pompier et des plaisanteries de commis-voya­\ngeur... Pour ce qui regarde Verlaine, c'est la tactique connue qui est mise en\naction ; la beauté de l'œuvre est adroitement dissimulée derrière les faiblesses de la\nvie du poète; Verlaine artiste est annihilé par Verlaine homme; de peur de devoir\nadmirer, M. Carez s'indigne. Tartuffe se double d'Augias.                     P . C.\n\n\n\nP I E R R E NEBOUT   : L e D r a m e r o m a n t i q u e . (Paris. Société française d'imprimerie\n                                        et de librairie.)\n\n\n\nV    OICI une vraiment belle  contribution sur une des manifestations les plus inté­\n      ressantes et des plus discutées de la poésie contemporaine : le Drame roman­\ntique.\n   Cette réapparition — après une éclipse de plus d'un siècle — de la grande poésie\nau théâtre, M. Nebout ne s'est point contenté de l'étudier seulement in se; il l'a\nreplacée dans son ambiance historique, et il a montré à quel stade d'évolution litté­\nraire elle correspondait; et cette analyse détaillée du Drame romantique est vivifiée,\néclairée, rendue saisissante et évidente par de sagaces comparaisons et des parallèles\nconstants avec le théâtre classique; on peut dire, à cet égard, que le livre de\nM. Nebout est important et décisif tout autant pour l'histoire de la tragédie du\nXVIIe siècle que pour l'histoire du drame lyrique du XIXe siècle.\n  L'ouvrage de M. Nebout est à recommander surtout et instamment aux profes­\nseurs de littérature; trop souvent ils manquent d'horizon et se contentent d'envi­\nsager le coin d'histoire littéraire que les programmes assignent à leurs travaux; la\nméthode suivie par M. Nebout, avec une clarté, une logique et une souplesse remar­\nquables, leur apprendra à faire du passé et du présent, ingénieusement opposés l'un\nà l'autre, un mutuel adjuvant de compréhension.                            F . V.\n\n\n\nEUGÈNE D E GROOTE : S o u v e n i r s     d'Escale. (Bruxelles, Société belge de librairie.)\n\n\n     E livre signale le retour dans les Lettres d'un homme à qui l'Art catholique\nC     doit quelque gratitude... Il fut des premiers jadis — il y a une bonne dizaine\nd'années — à défendre, dans un quotidien de province, l'Impartial de Gand, les\nidées de modernisme chrétien qui, depuis lors, s'imposèrent victorieusement; en\nmême temps il appuyait ces idées par des livres d'une haute saveur de style et\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "278                                   DURENDAL\n\nd'une pénétrante originalité d'observation, c'étaient; pour la plupart, des impres­\nsions de voyage, recueillies au cours des vagabondages « de sa jeunesse aventureuse\nà travers les civilisations éteintes ». Le charme de ces divers livres était à la fois\ndans une observation vive, brève, habilement croquée, de tous les détails curieux\nde la vie exotique, et dans une mélancolie discrète et comme effarouchée : du Taine\nen raccourci et du Loti en sourdine. Tout cela, qui me captiva tant alors, je viens de\nle retrouver dans les Souvenirs d'Escale — nous menant de Marseille à Tokio — tout\ncela, avec en plus l'affirmation complète d'un talent, alors seulement en ébauche,\nmaintenant en pleine et virile m a t u r i t é . . .\n   Je fais le vœu qu'Eugène De Groote soit reconquis définitivement à l'Art et que\nla politique et l'agriculture ne nous l'enlèvent plus.                  F . V.\n\n\n\n             A. ROUSSEL : L a m e n n a i s i n t i m e . (Paris, LETHILLEUX.)\n\n\n\nL     'ÉPOUVANTABLE drame de conscience qu'évoque ce nom de Lamennais revit dans\n      ce livre, non dans sa tragique et sommaire grandeur, mais en son détail pitoya­\nble et émouvant... M. Roussel publie, en effet, la correspondance échangée entre le\npenseur de La Chesnaie et un de ses disciples les moins connus du public, mais, à en\njuger par ces lettres, les plus aimés du maître; les documents mis au jour par\nM. Roussel ne justifieront point Lamennais ni des écarts monstrueux de son\norgueil, ni de sa mort de rebelle tenace; mais, éminemment démonstrative de\nl'élévation de pensée, de la tendresse sacerdotale et du désintéressement parfait du\nLamennais des premiers temps, cette correspondance, nous le souhaitons, mettra\nenfin quelque frein à ces condamnations absolues, catégoriques et en bloc, qui\ndoivent être blâmées, même vis-à-vis d'un Lamennais, parce qu'elles manquent\nde justice et encore plus de charité !                                       F. V.\n\n\n  V i e n t de paraître : Mon Jardin fleuri, par EDOUARD           N E D . NOUS   rendrons\ncompte prochainement de ce charmant recueil de poésies.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-009", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 279, "page_fin": 279, "titre_corps": "Les Revues", "titre_sommaire": "Revue des Revues", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES REVUES", "ancre_fin": "Camille Bos", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "LES REVUES\n\n  La Revue Générale : La « Chronique littéraire », trimestrielle, d'Eugène Gilbert.\n  L'Art Moderne : \" Fra Angelico \", par Jules Destrée.\n La Jeune Belgique : M. Albert Giraud essaie l'éloge de l'Oncle Sarcey (!!). Que\nMax Waller a donc eu raison de mourir !\n  La Revue blanche : Un conte d'Henry de Régnier : Le « Départ de Tiburce ».\n  La Quinzaine : Les « Idées et les Faits », causerie, par M. Georges Fonsegrives,\navec la promesse de la parution prochaine, dans la Revue, d'un roman inédit de\nM. Barrés sur le Boulangisme, et faisant suite aux Déracinés.\n  L'Ermitage : L' « Amoureux des Cloches », un conte d'Henry Bordeaux.\n  La Lutte : \" Les Chastes \", des vers d'Ed. Richaume, et « Sainte-Marie-la-\nLamentable », une légende de Georges Ramaeckers.\n  Le Belfort, revue flamande : « Causerie trimestrielle, » par Julien Claerhout.\n  Le Spectateur Catholique : « Le R. P. Van Tricht », commémoration par M. l'abbé\nThiéry.\n  Le Mercure de France : « Nouveaux Masques » — dont celui de Barrès — par\nRemy de Gourmont.\n  L'Effort : « Problème sentimental », par Jean Viollis.\n  La Trève-Dieu : « De Bayreuth à Munich », une causerie musicale de M. Camille\nBos.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-11-n11-010", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 280, "page_fin": 284, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "ÉLIER.) O N nous prie de faire savoir que la Rédaction de La Lutte est transférée rue Franklin, 114.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "NOTULES\n\n    LE noble poète Henry de Regnier honore un journal boulevardier de Paris, de\n     beaux vers parnassiens — sous le titre général : Les Médailles d'Argile.\n  En voici la Dédicace :\n                  Tu poursuis, en chantant, dans la glaise et l'argile,\n                  Pour lui rendre à jamais la forme où tu le vois\n                  Qui rôde en ta pensée et s'esquive à ta voix,\n                  Un fantôme furtif qui fuit ton pouce agile.\n\n                  La figure s'ébauche indécise et fragile\n                  Dans la terre féconde où la cherchent tes doigts,\n                  Car encore secret et visible parfois\n                  Le sourire est déjà dans la matière vile.\n\n                  Parfois une déesse éclat de tes mains fraîches...\n                  Mais lui fouille le sol du tranchant de sa bêche\n                  Jusqu'à ce que l'airain ait rencontré l'airain.\n\n                  Et la glèbe, souvent, que son labeur entaille\n                  Lui livre, intact au bronze ou fruste en la médaille.\n                  Quelque dieu toujours jeune et longtemps souterrain.\n\n\n\n\nL    ES « restaurations païennes », essayées par M. le comte Albert du Bois, dans\n        Leuconoe, inspirent à M. Eugène Gilbert, au cours de sa chronique trimes­\ntrielle de la Revue Générale, cette piquante réflexion :\n  « Le cas de M. du Bois — qui n'est pas isolé puisque ce fut aussi celui de\nM. Pierre Loiiys — semblerait décidément donner raison à la campagne si vaillam­\nment menée par M. l'abbé Guillaume en faveur des classiques chrétiens. Car il est\névident que l'auteur de Leuconoe est, au point de vue chrétien, absolument dévoyé.\nSes dons indéniables, ses brillantes facultés ont, dans une éducation trop païenne-\nment classique, subi l'emprise d'un art purement plastique, et la beauté suprême\ndes émotions catholiques lui échappera désormais toujours. »\n\n\n\nD   ANS une récente catilinaire, M. Charles Woeste convie les Associations con­\n     servatrices à enrôler sous leurs bannières les couches électorales nouvelles.\n  Enrôler des couches sous des bannières ! — Figure hardie ! dirait le R. P. Delattre.\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2954, "texte": "                                      DURENDAL                                       28l\n\n\nD    ANS ses Portraits intimes, M. Adolphe Brisson raconte une visite qu'il fit à\n       Maurice Maeterlinck.\n   Aux fins d'interviewer l'auteur de l'Intruse, M. Brisson déjeuna avec lui.\n   La tâche n'était peut-être point très aisée : M. Maeterlinck parle peu. \" Il est de\nceux qui mûrissent leurs idées avant de les exprimer... il marche après elles sans se\npresser, comme un bon Flamand à la promenade. \" Mais bientôt ce silencieux\ns'anime. C'est qu'on a touché son terrain favori. Il développe ses théories théâ­\ntrales, juge misérable l'esthétique des dramaturges (l'observation de ce qu'il y a de\nsuperficiel dans la vie). « Mais, dit-il, nous commençons à comprendre qu'il y a\nau-dessus de l'existence vulgaire une existence supérieure, dont on n'a pu jusqu'ici\npénétrer l'essence, mais qui se révèle par d'incontestables manifestations. Qu'est-ce\nque la sympathie ou l'antipathie qui nous rapproche ou nous éloigne invinciblement\nde certains individus ? A quelles lois obéissent ces affinités électives ou instinctives ?\nI1 y a là un champ d'études autrement intéressant que l'analyse de certains cas\npassionnels : la vraie psychologie est la philosophie transcendante, qui s'occupe des\nrapports directs d'âme à âme. » Un modeste ! trouvant qu'on a exagéré ses mérites,\navouant qu'il tâtonne encore, que son dialogue qui semble parfois d'une naïveté\nprimitive, lui coûte de rudes efforts; expliquant qu'il a emprunté aux paysans\nflamands son procédé de répétition, par lequel les discours prennent un caractère\nde gravité à la fois puéril et sentencieux, qui convient aussi à un personnage de\nlangage. Enfin M. Brisson et M. Maeterlinck se séparèrent : \" Mes yeux rencon­\ntrèrent ses yeux froids : j'eus conscience d'être très loin de lui. Cet homme n'a\naucun désir de me revoir. \"\n\n      N écrivain flamand, flamingant même si l'on veut, non suspect par conséquent\nU       de parti pris sympathique envers les Lettres françaises, écrivait l'autre jour\ndans la Revue de Belgique :\n   \" La jeune Flandre d'aujourd'hui, elle aussi, veut être de son temps. Elle a\nrenoncé au mépris de la langue française d'avant van Maerlant, et c'est avec respect\nqu'elle étudie les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, et notamment les monuments\ngrandioses que la littérature française a produits. Elle sait quelle influence cette\nlittérature a exercée en Flandre ; elle sait également que la France n'est redevable\nà ce pays ni de ses institutions féodales, ni de l'origine de ses communes. Elle estime\nque c'est déjà un titre suffisant de gloire pour sa terre natale d'avoir su garder sa\npersonnalité propre, de s'être montrée réfractaire à l'absorption étrangère, alors\nque toute civilisation nous venait du Midi. Diogène, le philosophe, jugeait qu'on ne\npeut mieux démontrer le mouvement qu'en marchant. La Flandre ne saurait mieux\ndémontrer sa vitalité qu'en vivant. \"\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "282                                    DURENDAL\n\n   A la bonne heure! Voilà qui tranche heureusement sur le langage récent de\nquelques politiciens — il est vrai que ce ne sont que des politiciens ! — pour qui le\nmouvement flamand n'est qu'une excitation à des injures francophobes...\n   Il était temps, vraiment, que les vrais artistes flamands dégageassent leur cause\nsi généreuse et si désintéressée de ces compromissions tapageuses, grossières — et\nlucratives.\n\n\nD     'UNE Pall-Mall Semaine d'un journal parisien, celte note :\n          « Mercredi, 13 octobre. — Une visite : c'est Henri de Groux, le peintre\nbelge, le de Groux du Christ aux outrages, l'artiste si justement mis en valeur par\nOctave Mirbeau, au Champ de Mars 1893, à propos du Pardon breton et du Moïse\nsauvé des Eaux qu'il y exposa.\n   « M. Henri de Groux a quitté Bruxelles, où je le connus cet hiver; M. Henri de\nGroux, installé à Fontainebleau depuis deux mois, a assez de la Belgique et de ses\nhabitants, des Belges du Hainaut et des Belges wallons... des suiveurs, dit-il, car les\n Belges pensent en troupe et agissent de même; ils viennent toujours derrière quelqu'un, et,\ncomme preuve à l'appui, il me cite, en effet, quelques écrivains belges (en peinture,\nje me récuse) auxquels je suis contraint de reconnaître surtout un don d'assimilation\net une facilité surprenante d'imitateurs, des déménageurs, je me souviens que le mot\nest de Huysmans, mais M. Henri de Groux est ferré. Il me cite, maintenant, du Bau­\ndelaire : « Je mets au défi n'importe quel Belge de penser et d'agir seul. > Cette acrimonie\nm'intéresse d'autant plus que M. de Groux est du pays qu'il attaque : son père y\nétait peintre, et du plus grand talent, et la palette du fils est des plus personnelles.\nJe lui objecte, en peinture, des noms comme Leys et Stevens, et, en littérature,\ncomme Verhaeren et Maeterlinck; mais je dois, cependant, reconnaître, avec lui,\nque la compréhension est un peu lente chez ses compatriotes, et que ces bons\nBelges ont peut-être un peu loin du cerveau l'oreille. >\n\n   Tous les Belges qui vont chercher gloire ou fortune à Paris, croient de chic de\ntomber leur pays; c'est une originalité qui, souvent, remplace l'autre, la vraie, et\nqui peut suppléer au talent; petit truc pardonnable chez des ratés pour l'exporta­\ntion; mais un de Groux, n'est-ce pas, devrait dédaigner cette commode et banale\nficelle; car un de Groux peut s'en passer — s'imposant par lui-même, par son génie\net par ses œuvres ! .\n\n\nD    ÉDIÉ à la Jeune Belgique, cette amusante et typique boutade d'un quotidien\n        bruxellois :\n   « C'est un magistrat qui parle, — un magistrat qui occupe une place assez élevée\net qui ne passe pas précisément pour une bête :\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "                                      DURENDAL                                      283\n\n   > Je ne sais pas, nous dit-il, si c'est à tort ou à raison, qu'on prétend que l'ensei­\ngnement des humanités anciennes est resté ce qu'il était de mon temps. Ce que je\nsais, c'est que les neuf dixièmes de mes contemporains, au barreau comme dans la\nmagistrature, ne connaissent plus un mot de grec — à quoi le grec leur servirait-il ?\n— et connaissent fort peu le latin. Et ils seraient des latinistes émérites, où serait\nl'utilité ?\n  > Il pouvait être utile de bourrer de latin les futurs juristes à l'époque où le droit\nromain dominait encore le droit moderne, où les Pandectes et les Institutes se com­\nmentaient en latin. Mais nos Codes modernes ont fait table rase de leurs vénérables\nenseignements qui n'ont plus qu'une valeur d'origines et dont l'étude n'exige qu'une\nconnaissance sommaire de la langue latine.\n   > De débats sur l'interprétation de textes de droit romain (il y a d'ailleurs des\ntraductions très sûres), nous n'en entendons que bien rarement. En revanche, nous\nvoyons journellement des avocats empêtrés, faute de connaître et comprendre les\nlégislations étrangères, ou les questions techniques soulevées par le plus grand\nnombre des procès. Et journellement, nous nous trouvons dans le même embarras\nqu'eux, forcés, pour juger avec quelque clarté, de nous armer d'une science dont les\npremiers éléments nous font défaut.\n   > Ah, si vous entendiez comme souvent, en chambre du conseil, nous maudissons\nl'absurdité de l'éducation qui nous a fait perdre notre jeunesse en stériles labeurs et\nqui nous met dans la nécessité d'apprendre, jour par jour, jusqu'aux portes de la\nvieillesse, tout ce qu'elle nous a laissé ignorer. »\n\n                                           +\nL    A classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique avait ouvert un-\n       concours d'Art appliqué. Bravo, n'est-ce pas, — voilà du nouveau, du vivant,\ndu moderne !\n   Tout doux, je vous prie. Oyez d'abord le projet du concours : « Une Nymphêe »,\nc'est-à-dire, « un temple de Nymphes ou établissement balnéaire de style antique ».\n   Deux artistes ont eu le courage de prendre part à ce concours.\n   Plaignons-les.\n\n\n\nL   'ORPHELIN de Broeckaert a trouvé un défenseur dans le Bien   Public.\n       Faut-il que M. Verspeyen — un homme d'esprit, s'il en est, — prenne au\nsérieux son rôle d'officieux de la Compagnie pour qualifier le factum pachyder­\nmique du R. P . Delattre de « petite merveille de bon sens, d'érudition, d'esprit et\nde joyeuse humeur ».\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "284                                    DURENDAL\n\n\n\nN    OTRE collaborateur, J. d'Eghny, terminait son bel article : Histoire d'une Idée\n       (celle d'un Congrès des Religions), par ces mots : Quoi que vaille une idée,\nencore faut-il que celui qui la veut traduire en œuvre soit de taille. M. l'abbé\nCharbonnel a montré surabondamment qu'il ne l'était pas.      Il vient de le montrer\nplus surabondamment encore, en jetant le froc aux orties. Efinita la comedia !\n\n\n\nO     N nous annonce la résurrection de La Nervie, revue d'art et de littérature.\n        Alléluia ! Et bonne chance.\n\n\nM      •\n           Jules Destrée a fait, à l'exposition du Sillon, une conférence vraiment magni­\n            fique sur Fra Angelico. Nous en reparlerons prochainement.\n\n\n\nL   'Association des Chanteurs de Saint-Boniface, à la veille d'entrer dans sa deuxième\n      année d'existence, adresse un nouvel appel à ceux que préoccupe le grave\nproblème d'une rénovation de la musique sacrée dans un sens conforme aux règles\nde la Liturgie et aux vœux de l'Église romaine. Nous appuyons de toutes nos forces\ncet appel aux amis de l'art religieux. Les catholiques doivent soutenir avec enthou­\nsiasme une œuvre aussi élevée et aussi chrétienne.\n   Nous engageons vivement ceux qui ne font pas encore partie de l'œuvre, à\ns'inscrire comme membres protecteurs (la cotisation n'est que de 10 francs). Prière\nde s'adresser à M. H. Carpay, chaussée de Wavre, 103, Bruxelles.\n\n\nP\n      ENSEE DU MOIS :\n        « En détruisant l'antique aspect des cathédrales et des châteaux auxquels\nl'histoire associe le nom d'un héros ou la date d'un fait remarquable, vous effacez\nun sentiment. Chaque fois qu'on modifie la forme d'un édifice, chaque fois qu'on\nabat sous le pic, le compact éclat des palais ruinés, on fait disparaître un souvenir,\non renverse un autel moral, on éteint la flamme d'une gloire nationale.\n                                                    (SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER.)\n\n\n\n O     N nous prie de faire savoir que la Rédaction de La Lutte est transférée\n        rue Franklin, 114.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 290, "texte": "NOVEMBRE 1 8 9 7 (QUATRIÈME ANNÉE.)   Prix du numéro : fr. 0.60.\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": ""}, {"page_pdf": 292, "texte": " Novembre 1897                 DURENDAL                          N° 11\n\n\n\n\n  Sur la Brochure du Père Delattre\n           LETTRE A LA RÉDACTION DE \" DURENDAL \"\n                                                Paris, 15 novembre 1897\n         M E S CHERS AMIS,\n\n\n            ON n'a pas toujours l'occasion de rire, et je vous sais gré\n              de m'avoir envoyé la brochure du P . Delattre sur\n              notre Congrès de Gand. Mais en me d e m a n d a n t de\n               dire aux amis de Belgique ce que je pense des\n               réflexions de l'aimable religieux, vous me mettez\ndans un grand embarras. Lorsqu'un si savant orientaliste m'accuse\navec grand sérieux de ne rien entendre à la littérature et développe,\nlui-même, de naïves théories sur des matières qu'il a le droit d'ignorer,\nje ne peux cependant pas lui envoyer pour toute réponse le vers de\nson cher Boileau :\n\n                 Soyez plutôt maçon si c'est votre talent.\n\n   D'autre part, comment voulez-vous que je discute pour de bon avec\nlui, après les preuves évidentes qu'il nous a données de son aptitude\nà entendre blanc quand je dis noir, et à lire entre mes lignes le con­\ntraire de ce que j'y mets, — me faisant par exemple, à propos de rien,\n« condamner tout le XVIIe siècle » (p. 13), ou préférer à l'autorité du\nSaint-Siège celle du Congrès de Chicago (p. 105)?\n   Il est vrai que je n'ai pas le monopole de ses         transpositions,\net que Pol D e m a d e a dû ouvrir de grands yeux en se voyant\nattribuer l'idée que les écrivains du XVIIe siècle ne croyaient pas\nà la création (p. 40). Carton de W i a r t , de Baets et Van den Bosch,\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": " 200                            DURENDAL\n\n\n n'ont pas dû être moins étonnés de ce qu'un habile homme comme le\n P . Delattre peut échafauder d'incroyable sur leurs pensées les plus\n naturelles.\n    L'aimable critique n'a pas besoin, lui, qu'on fausse ses idées\n pour les réfuter. Il suffit de les citer comme elles sont. Rien qu'à\n prendre ses injures, on composerait deux pages dont je serais\nbien surpris qu'il se montrât fier. Il me répugne de reproduire celles\nqui concernent les amis; mais c'est mon droit de rappeler celles\nqui me visent. Mes « vulgaires formules » montrent bien que je\nm a n q u e de science et ne comprends même pas Boileau. U n e lettre\nque j'écris après le Congrès est «à faire pleurer». Avec une « phraséo­\nlogie trompeuse », des amplifications « surannées » et des idées qui\n« traînent partout », je « me moque » de mes auditeurs. Enfin,\ndans la table des matières « l'idéal de M. Klein » est résumé en ces\ndeux mots charmants : « Niaiserie et duperie. » — Mais oui, mon\nRévérend P è r e , ces paroles sont de vous; je serais bien trop honteux\nde vous les prêter.\n   Qu'un respectable orientaliste nous traite de «niais» et de « dupes »\nen littérature, voilà qui ne nous inquiète guère, n'est-ce pas, chers\namis de l'assemblée de Gand? Mais il y a dans la brochure du\nP . Delattre des attaques plus graves. On aurait émis parmi nous des\nidées peu orthodoxes, des propositions scandaleuses, des erreurs théo­\nlogiques, et, pour comble de gravité, l'auteur n'en serait pas un laïc, ce\nserait un prêtre, et ce prêtre serait justement celui qu'on avait invité,\n« la figure dominante de la réunion !» un professeur de l'Institut catho­\nlique de Paris     J'avoue, cette fois, que je n'ai plus envie de sourire.\nVraiment, chers amis, je vous ai fait cet effet là, à vous qui m'avez\nentendu, au Cercle catholique de Gand et à l'ancien Cercle Léon X I I I\nde Bruxelles, à vous qui m'avez vu dans l'intimité et avec qui j'ai\néchangé de si cordiales confidences? Vous me trouviez l'allure d'un\nhérétique lorsque je blâmais et désavouais si énergiquement devant\nvous les néo-chrétiens en disant, suivant le compte rendu du Journal de\nBruxelles, que ces novateurs qui ne veulent pas du dogme ne sont pas\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                 DURENDAL                                  251\n\ndes chrétiens et que nous, fidèles à la tradition de l'Église, nous ne\nsommes pas des néo? Vous avez pu, dans mon langage, relever des\npoints « très graves aux yeux des catholiques »? J'ai nié devant vous,\ncomme l'insinue le P . Delattre aux pages 108 et 109 de sa brochure,\nque la grâce soit nécessaire au salut, et que « celle-ci, d'après la doc­\ntrine des apôtres, soit distribuée avec infiniment plus de profusion aux\nmembres de l'Église qu'à ceux du dehors »? Il vous a semblé qu'a à la\nmanière de votre conférencier l'apostolat serait pernicieux »? Enfin\nvous avez trouvé qu' « au dire de M. Klein, les infidèles nous tiennent\nen réserve d'utiles leçons de religion »?\n   Vous vous demandez où et quand j'ai pu dire tout cela. L e bon Père\nvous en informe; il cite, in extenso, le passage où fourmillent ces héré­\nsies et ces inepties. C'est, dit-il, en termes que je ne comprends guère,\nc'est un passage « imprégné du plus pur esprit de Chicago ». Or, le\nvoici, avec les soulignements qu'on y ajoute dans l'espoir de le rendre\nplus pervers :\n   « Autant qu'on le peut, il se faut mettre en directe relation avec\nl'élite présente de tout le genre humain, apprendre ce qu'elle a gardé\ndes illusions héréditaires et des vérités transmises, l'interroger sur les\néternels problèmes, s'entretenir avec elle du bien moral et de nos des­\ntinées, apprendre d'elle ou lui enseigner ce qui est éternellement vrai\net ce qui peut changer toujours, lui communiquer notre Dieu en affir­\nm a n t sans compromission qu'il est le seul vrai, et que pourtant sa juste\nbonté n'exige de ceux qui sincèrement cherchent leur voie sans la trouver, que\nde conformer, dociles et humbles, leur croyance et leur vie à la part de lumière\nqu'ils ont reçue de sa Providence. »\n   Même détachée du contexte et soulignée avec intention, cette phrase\npermet au lecteur de juger ce que valent les insinuations du Révé­\nrend Père. P a r elles-mêmes elles seraient monstrueuses, puisqu'elles\naccusent et dénaturent la foi d'un prêtre catholique. Rapprochées de\nce qui leur sert de prétexte, elles n'apparaissent plus qu'enfantines.\nP o u r être perfide et nuisible, il ne suffit pas de vouloir l'être; il faut\nen avoir les moyens.\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "252                             DURENDAL\n\n\n   Vous trouvez peut-être, mes chers amis, qu'ici je le prends bien au\ntragique; mais, s'il est indifférent d'être accusé par le P. Delattre\nd'ignorance littéraire et de mauvais goût, « de niaiserie et de duperie »,\nil est plus grave de se voir attaqué comme prêtre.\n\n                                   * *\n\n   Revenons donc, sur un ton plus doux, à ses reproches d'ordre litté­\nraire. Il nous baille la partie belle, se chargeant lui-même de contre­\ndire tout ce qu'il avance. Pour réfuter une théorie, on a le choix entre\ndeux sortes de démonstrations : ou prouver qu'elle n'a rien de neuf et\nqu'elle se trouve dans tous les « bons auteurs », ou prouver qu'elle est\nabsurde et dangereuse. Le P . Delattre use à la fois des deux sortes\nd'arguments, sans même remarquer qu'ils se contredisent. Tantôt,\nd'après lui, mon idéal littéraire est le plus banal de tous : les premiers\ntraits se retrouvent « à la table des chapitres du manuel de littérature\nle plus suranné », et les derniers traits en « traînent aussi partout; il\nn'y avait qu'à les ramasser ». Tantôt cet idéal est impraticable, fan­\ntaisiste, sans piété; — ce dernier reproche est insinué avec une can­\ndeur admirable, et l'on voit que l'auteur n'y a pas seulement pris\ngarde !\n   Et tenez, puisque je me rappelle ce passage de la brochure, il\ny faut insister, quand ce ne serait que pour mieux mettre en évi­\ndence la naïve rouerie dont use le bon Père. Relisez ses vingt\ndernières pages ; elles en valent la peine, chers amis, et je ne\nsais si jamais vous trouverez ailleurs un aussi excellent modèle de ce\nqu'il faut éviter dans les discussions lorsqu'on tient à rester logique\net à se montrer loyal. Il y est question d'une idée que je ne tiens pas\nà vous exposer de nouveau et que je résumais, vous le savez, dans les\ntermes suivants : « O le beau rêve, messieurs, et le rêve bien catholique,\nque celui de connaître toute l'humanité pour comprendre et pour\nexprimer toutes les choses humaines ! » Eh bien ! voici les deux sortes\nde jugements que cette seule et unique pensée inspire coup sur coup\nà notre maître critique :\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                                            DURENDAL                                               253\n\n   Premier jugement : « Voilà un idéal mille fois plus éloigné des réa­\nlités pratiques que la constitution du royaume de Salente, dont l'équi­\nvalent s'est réalisé une fois (1). » E t encore : « Si M. Klein, en cet\nendroit, a parlé sérieusement, s'il ne s'est pas moqué, à part lui, des\nintellectuels, je m'y perds. »\n   Deuxième jugement : « Vraiment devant un autre auditoire, il eût été\nsuperflu d'établir à grand renfort d'amplification et de rhétorique, que\nl'étude de l'histoire jointe à celle des nations sur le vif, développe\nla connaissance des choses humaines, et permet, moyennant bon juge­\nment, d'en parler avec compétence et autorité. U n enfant le devinerait\net nous l'avions lu, après beaucoup d'autres, il y aura bientôt quarante\nans, dans la Bible et l'Odyssée, en des termes qu'on n'oublie j a m a i s ,\nbien que fort simples. » E t à l'appui de son nouveau dire, le\nP . Delattre cite ces paroles de la Bible sur le Sage : « Il passera dans\nle territoire des nations étrangères, car il fait l'expérience de ce qui\nest bien et de ce qui est mal parmi les hommes. » C'est bien, en effet,\nla pensée que le Père jugeait tout à l'heure absurde dans ma confé­\nrence. Après cette citation, il s'indigne et crie : « Messieurs, vous\nêtes catholiques et vous professez votre foi avec une franchise qui vous\nhonore. P o u r vous, par conséquent, j'ajoute le dernier trait de l'idéal\nbiblique, omis, je ne sais comment, par votre conférencier, qui le lit\npourtant, ainsi que moi, cinquante fois par an dans son bréviaire. Ce\ndernier trait c'est la prière, humble, vous le savez, par essence. » Je\nn'ai pas parlé de la prière dans ma conférence sur l'idéal en littéra­\nture : de quelle façon est-ce donc que je dis mon bréviaire?\n   Enfin voici le dernier mot du Révérend Père sur mon idéal imprati­\ncable et « niais » : « L'Ecclésiastique, d'où nous avons transcrit cette\npage, contient tout l'idéal de M. Klein, y compris les moyens, avec la\npiété en plus (2) et la fantaisie en moins. »\n\n   (1) On demande où et quand?\n   (2) Nous comprenons que M. Klein dédaigne de relever cette insinuation. Mais la rédaction de\nDurendal tient à le venger de cet outrage et des autres falsifications du Révérend Père. I1 nous sulfira\npour cela de reproduire, une fois de plus, la dernière page de la Conférence de Gand. Voici comment\nM. Klein y résume ses idées.\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "254                                        DURENDAL\n\n\n   Mais voilà encore que nous redevenons graves. Il n'y a pas lieu,\ndites-vous, chers amis, et je vous entends qui, pour faire diver­\nsion, me rappelez au hasard l'un des jolis et innocents passages qui\nabondent dans la brochure du P. Delattre, celui, par exemple, où,\nvoulant me reprocher d'avoir écrit que c'est un élément de supériorité\npour les œuvres « d'être populaires et universelles sans cesser d'être lit-\ntéraires», il s'exclame victorieusement : «La popularité peut être mal­\nsaine ou frivole. On l'a vue s'attacher à des ouvrages impies ou immo­\nraux, comme tels, et à des fantaisies aussi puériles que la chanson de\nMalborough et la chanson du roi Dagobert! » C'est à croire que le\nRévérend Père a mis sa critique à l'envers : qu'il en croie le grand\nsaint Éloi, et qu'il la mette à l'endroit.\n                                                 *\n                                                * *\n\n  Il ne se doute pas, l'aimable censeur, du changement que cette\nopération si simple amènerait dans toutes ses idées. Non seulement\n     « La morale et le bon goût étant sauvegardés dans ce qu'ils ont d'essentiel, montrons-nous\naccueillants pour toute œuvre d'art qui stimule, dans l'ordre, et qui satisfait n'importe laquelle\nde nos puissances sensibles ou intellectuelles. Mais pour nous-mêmes, sans nous interdire par trop\nsévèrement les virtuosités reposantes, sachons élever nos yeux vers les hauteurs où plane le grand\nart. Le plus longtemps, chez le grand nombre d'hommes, faire vibrer le plus puissamment et\nharmonieusement le plus de facultés possible, voilà, Messieurs, l'effet auquel on le reconnaît.\nToujours, chez tous les hommes, stimuler sans conflit l'activité de toutes les puissances, ce serait\nle rêve et l'idéal suprême.\n     » Dieu s'en est à lui seul réservé l'étonnante réalisation. La plus belle œuvre d'art qu'il ait\ncréée pour nous, c'est le ciel des nuits pures, c'est l'infini semé d'étoiles. A tous les hommes,\ntoujours, s'adresse ce divin spectacle; chez, tous il charme la vue par la douce clarté bleue, il\nravit l'oreille par le prochain silence et l'harmonie lointaine, il pénètre le cœur de douce et\ninfinie tendresse, il ouvre à l'imagination l'illimité du calme et effrayant espace, il montre à la\nraison la grandeur de la Cause première et presque il lui fait voir Dieu; — mais tout cela sans\neffort, sans fatigue, sans souci, dans le total oubli de nos besoins terrestres, dans l'harmonie de\nnos puissances, dans l'ordre conforme au bien, dans le plein épanouissement de tout ce qu'il v\na de bon en nous.\n    » Voilà le chef-d'œuvre de l'art divin; plus s'en rapprochera l'art des hommes, moins il différera\nde son idéal. Et l'auteur le plus grand sera celui qui, possédant en lui les puissances les plus\nvastes et la plus riche humanité, à la fois le meilleur, le plus sage et le plus aimant, saura\n faire part de tous ses dons au plus grand nombre de ses frères et suscitera en eux le plus\n d'amour, de lumière et de bonté.\n     » Un seul, dans ses paroles, a pu se montrer tel et pleinement accomplir cette œuvre, mais\n ce n'était pas qu'un homme. Il était le chemin qu'il faut suivre, la vérité qu'il faut savoir et\n la vie qu'il faut vivre. Gloire à celui qui, étant l'Homme-Dieu, est par là même, en tout ordre\n d'idées et de faits, en esthétique non moins qu'en morale, l'Idéal divin de l'Humanité. »\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                                 DURENDAL                                255\n\ncela lui ferait comprendre les thèses qu'il veut réfuter, mais encore\ncela lui éviterait d'admirer certains auteurs justement pour les mérites\nqui leur m a n q u e n t .\n    S'il nous vantait Boileau pour l'admirable sûreté de jugement qui,\nparmi ses contemporains, lui a fait discerner, sans jamais faillir, tous\nles grands écrivains d'avec les mauvais auteurs, ou encore pour le zèle\nqu'il a mis à défendre les droits du bon goût et du bon sens en littéra­\nt u r e , nous serions d'accord avec lui. Mais non, ce qu'il aime dans Boi­\nleau, ce sont justement ses très rares erreurs de critique ; c'est ce qu'il a\ndit d'injuste et de mal informé sur le moyen âge et sur la Pléiade !\n   E t alors que Boileau n'a qu'un don comme poète, son enthousiasme\npour la raison et pour le bon sens, savez-vous ce que le P . Delattre\nadmirera en lui ? L e sentiment de la nature ! Oui, mes amis, le senti­\nment de la nature dans Boileau, dans celui qui préfère les ruisseaux\naux torrents; qui trouve que c'est « descendre », de célébrer la cam­\np a g n e ; et qui cherche, comme Virgile (à qui on le pardonne moins),\npar quel art mythologique\n                           ... l'églogne quelquefois\n               Rend dignes d'un consul les bergers et les rois.\n\n   Si nous choisissions dans Boileau quelques vers regrettables à l'appui\nde notre opinion, le P . Delattre nous accuserait de mauvaise foi.\nNous avons mieux à faire; c'est de reproduire après lui les vers qui\nlui plaisent davantage, ceux dans lesquels il a le talent de rencontrer\nun sentiment exquis de la nature. Il s'agit, vous le savez, de l'épître\nà Lamoignon sur les plaisirs de la campagne :\n\n          Quelquefois, aux appas d'un hameçon perfide,\n          J'amorce, en badinant, le poisson trop avide,\n          Ou d'un plomb qui suit l'œil, et part avec l'éclair,\n          Je vais faire la guerre aux habitants de l'air.\n          Une table, au retour, propre et non magnifique,\n          Nous présente un repas agréable et rustique :\n          Là, sans s'assujettir aux dogmes du Broussain,\n          Tout ce qu'on boit est bon, tout ce qu'on mange est sain.\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "256                             DURENDAL\n\n\n   Boire bon et manger sain, attraper des poissons « avides » avec\n« un hameçon perfide », ou, « d'un plomb qui suit l'œil », aller faire\nla guerre aux habitants de l'air », quel sentiment de la nature ! et\ncomme cela vous laisse loin L a m a r t i n e ou Victor H u g o !\n   L e P . Delattre cite encore trente vers de même force, parmi\nlesquels tous ceux (la rencontre me navre) que j'avais notés dans mon\nexemplaire de Boileau comme étant les plus faibles; ceux-ci, par\nexemple :\n\n            Ne demande donc plus par quelle humeur sauvage,\n            Tout l'été, loin de toi, demeurant au village,\n            J'y passe obstinément les ardeurs du Lion,\n            Et montre pour Paris si peu de passion.\n\n   L e P . Delattre nous a accusés de ne pas comprendre Boileau : lui,\nvraiment, le comprend trop.\n   E t il vous a une façon de l'expliquer ! Vous vous rappelez l'amusant\nprocès qu'il m'intente pour avoir résumé dans une formule-type ce\nqu'avait d'incomplet la critique du XVIIe siècle : Rien n'est beau que\nle vrai. Il me reproche d'avoir affirmé, avec l'évidence, que cette\ncritique a eu le tort, surtout chez Boileau, de trop sacrifier les facultés\nspontanées d'imagination, de cœur, d'enthousiasme, à cette faculté\nmaîtresse, mais non pas unique : la raison. (Notez qu'au même endroit\nje blâmais davantage encore ceux qui enferment l'art dans l'harmonie\ndes mots et la beauté des images.) Cela met le P . Delattre dans une\ncolère invraisemblable. Ah ! s'il avait été là, comme il nous eût\n « crié » les grands noms du XVIIe siècle (ceux que nous avons le plus\nloués), et de quel cœur il eût récité les vers les plus anodins de\n Boileau, celui-ci entre autres, qu'il isole entre des lignes de points\n pour en mieux faire éclater l'invincible puissance de démonstration :\n\n              Soyez riche et pompeux dans vos descriptions !\n\n   Riches et même « pompeux » dans nos descriptions, soit, nous\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                                 DURENDAL                                 257\n\ntâcherons de l'être afin de complaire au bon savant, quoique cela me\nparaisse d'un fâcheux conseil ; mais, pour la peine, il nous dira sous\nquel prétexte ce vers intervient dans la discussion.\n     Il en aurait encore \" crié \" une douzaine d'autres de ce genre-là, et\nm ê m e , dit-il, « j'aurais accentué ces vers, où l'on voit que, si Boileau\nrenferme tout l'art dans la raison pure, il met dans celle-ci l'oreille,\nles yeux, l'imagination, le cœur et toutes les passions ! Cela est-il\npossible ? Assurément non. M. Klein ne comprend pas le vers avec\nlequel il a frappé un si grand coup, et ses auditeurs, qui l'ont applaudi\navec unanimité, ne le comprennent pas davantage ».\n     Q u e veut dire cet « assurément non » ? Pauvre P . Delattre ! il est\nencore plus difficile à comprendre que Boileau.\n     T o u t ce que je vois là-dedans, c'est que la raison pure signifiait,\n chez Boileau, l'ensemble de toutes les facultés et de tous les sens. E h\n b i e n ! c'est humiliant à dire, mais je ne l'aurais jamais cru sans l'affir­\n mation de cet orientaliste. Il est clair que, s'il faut mettre dans la\nraison pure « toutes les passions » et « l'oreille » elle-même avec les\nyeux, l'imagination et le cœur, nous ne savons plus le français, ni\n celui de Boileau, ni le nôtre.\n     Comment voulez-vous, mes chers amis, que je discute avec un\n h o m m e qui entend les choses de cette façon-là ? Si vous le rencontrez\nà Louvain, où je sais qu'il fait habituellement de meilleure besogne\n que celle d'aujourd'hui, dites-lui bien gentiment qu'on ne parle pas de\n corde dans la maison d'un pendu, ni \" d'oreille \" quand on aime\n Boileau. E t , s'il demande pourquoi, rappelez-lui que, dans le passage\n où Malherbe est félicité d'avoir « réduit la Muse aux règles du\n devoir » — un joli mérite, soit dit en passant — Boileau commet ces\n deux vers :\n\n               Par ce sage écrivain la langue réparée\n               N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée.\n\n   Mais qu'est-ce que je fais l à ? N e voilà-t-il pas qu'à la vingt-qua­\ntrième page de sa brochure, le vénérable P . Delattre cite lui-même\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "258                              DURENDAL\n\n\ncet endroit avec un air d'en être tout ému ? Que je regrette donc\nmaintenant d'avoir consacré tant de lignes à le mettre dans son tort !\nIl a une si charmante façon de s'y mettre lui-même !\n                                      *\n                                     * *\n\n    Si cette lettre, bien trop longue, se trouvait à refaire, j ' y traiterais\nle P . Delattre comme il nous traitera lui-même, et avec raison, le\njour où nous viendrons lui dire notre avis sur ses travaux d'orientaliste..\n    Au lieu de lui prouver qu'il a tort de nous attribuer tant d'opinions\nfausses, je m'offrirais le plaisir de le faire, comme on dit, monter à\nl'échelle, en exagérant encore l'insolence qu'il me prête vis-à-vis de nos\ngrands écrivains; ou, s'il fallait à tout prix être sérieux, je lui démon­\ntrerais qu'il a servi la cause du xvn e siècle en avocat du diable.\n    Au lieu de louer dans son client les splendides qualités qui nous le\nrendent si admirable, il n'a su insister que sur les rares vertus dont il\nest privé, ou plutôt sur le seul côté par où il se montre clairement\ninférieur à l'âge romantique. Au siècle qui a, le plus parfaitement de\ntous, compris la nature humaine, il trouve, lui, le mérite d'avoir senti\net aimé la nature extérieure. E t ce sentiment de la nature, il en va\nchercher l'idéal dans le Télémaqtie, extasié sans doute devant la\ngrotte de Calypso, où l'on trouvait « tout ce qui peut charmer les\nyeux » et spécialement « des voûtes pleines de rocailles et de\n coquilles ».\n    A propos de T é l é m a q u e , avez-vous remarqué, chers amis, une autre\n malchance du bon Père ? Alors qu'il pouvait louer dans l'ouvrage de\n Fénélon tant de vues justes ou courageuses, savez-vous ce qu'il y\n admire le plus ? — L e royaume de Salente ! Oui, le royaume de\n Salente, célèbre par ses utopies et son socialisme d'État : « Mentor\n régla les habits, la nourriture, les meubles, la grandeur et l'ornement\n des maisons pour toutes les conditions différentes», en un mot,\n l'existence de chaque citoyen, et jusqu'à la couleur des vêtements\n pour les sept conditions d'hommes libres... Il est dommage que les\n procédés du Père ne nous conviennent guère; sans cela, l'occasion\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                                 DURENDAL                                         259\n\nserait belle de le traiter de socialiste. E t cela vaudrait tout juste les\npassages où il nous convainc d'hérésie.\n   Avant de terminer, une commission pour le P . Delattre. Voulez-\nvous, mes chers amis, lui demander de ma part, quel bien il se pro­\nposait en écrivant une si drôle de brochure contre les jeunes écrivains\ncatholiques de Belgique et contre un prêtre français qui admire sincè­\nrement ses travaux d'érudit? Tâchez donc aussi de savoir si c\"est dans\nl'intention de m'être utile qu'on la envoyée au cher et vénéré Recteur\nde notre Institut Catholique, alors que, sans vous, j'en aurais moi-\nmême ignoré l'existence. Mgr Péchenard en a beaucoup ri avec moi.\n   Encore une fois merci de m'avoir envoyé ce charmant factum, et\npardonnez-moi si j'ai mal traduit, dans cette lettre à bâtons rompus,\nl'étonnement extraordinaire qu'il m'a inspiré.\n   Fidèlement à vous, chers rédacteurs de « Durendal », et à tous les\namis que j'ai eu la joie de voir avec vous dans le voyage de Bruxelles\net de G a n d .\n                                              Abbé F É L I X K L E I N .\n                                            Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n\n\n\n\n              Les Chansons simples\n                       I. — Comme autrefois\n Ton amour chante en ma mémoire        Voulons=nous tenter de revivre\n Comme un air aux lointains accents    Le clair bonbeur de ce doux temps,\n Veux-tu recommencer l'histoire,       Chercher dans le vent qui passe ivre,\n Et tâcber de ravoir vingt ans !       L'écbo tombé de nos serments !\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "260                                   DURENDAL\n\n\nVoulons-nous retourner aux choses              Ramenons aux bois nos étreintes,\nQui virent nos amours béfunts,                prenant souci be replacer,\nBaiser sur les lèvres bes roses               Nos pas bans les mêmes empreintes,\nL'émoi canbibe bes parfuma !                  Nos coeurs bans les mêmes baisers.\nPeut-être en sa pose torbue,                  Un peu be notre amour, peut=être,\nLe banc moussu conserve=t=il                   Reviendra palpiter en nous\nLa place où, l'ombre descenbue,                    et t'asseyant sous le vieux hêtre\nNous respirions les nuits d'Avril ?           Je pleurerai sur tes genoux !\n\n      Juin 1897.                                             Georges Brigode.\n\n\n\n\n                       BLEUETTE\n                              CONTE      DE      FEES\n\n\n\n            BLEUETTE était assise dans les blés. U n e forêt de tiges dorées,\n                   bruyante de grillons et de sauterelles, l'environnait; les\n                   bluets, ses frères, et les coquelicots aux pétales souples\n                   étaient çà et là posés, comme de merveilleux oiseaux-\n                   mouches. Au-dessus d'elle, un peu de ciel apparaissait à\n                   travers les épis, courbés par le poids de leur maturité.\n                E t Bleuette ne faisait rien là, si ce n'est de vivre tout\n             simplement à la place qui était la sienne. Elle était\nheureuse sur ce champ, parmi les bruits et les bruissements familiers.\nL a douce chaleur de la terre la pénétrait; l'ardeur du soleil de juillet\nla plongeait dans un anéantissement délicieux. Elle vivait et sentait\nla plénitude de son épanouissement.\n\n   Si Bleuette restait pendant toute une saison l'hôtesse du lieu où\nelle s'était logée, elle n'avait pourtant point de patrie. L a moisson\nfaite, elle gagnait un autre pays. T a n t ô t , elle habitait le petit\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                               DURENDAL                                  261\n\n\nterrain,. cultivé avec amour par quelque pauvre paysan ; elle se\ncachait à l'ombre de la masure, ou bien le long du mur d'enceinte\naux pierres éboulées. T a n t ô t , c'était au flanc d'une colline, d'où elle\naimait contempler la grande plaine verte et rousse coupée par un\nfleuve miroitant. D'autres fois, elle allait sur quelque haut plateau;\nelle y restait longtemps, car la récolte était tardive : le soleil, tard\nlevé et vite disparu derrière la montagne, était avare de ses rayons,\net Bleuette frissonnait dans les longues rosées. Parfois, elle était\nvoisine des oliviers et des figuiers, en un pays de terre rouge, brûlé et\naltéré. Cette fois-ci, elle demeurait sur une de ces plaines intermi­\nnables, tapissées de céréales, que partagent de larges routes, poussié­\nreuses ; cette contrée était balayée par le vent ; on voyait au-dessus\nde la mer mouvante des cultures surgir les clochers d'ardoise et les\ntoits rouges des villages et des riches fermes où règne un paysan\nrapace et cruel.\n   Bleuette allait ici ou là, on ne sait comment. Elle savait se rendre\ninvisible. L'été fini, elle partait et le lendemain elle était ailleurs,\nquelquefois au bout du monde, là où le blé mûrit quand chez nous le\ngrain dort sous la neige. D'ailleurs, personne ne prenait garde à\nBleuette tant, elle était discrète et douce. Elle était fleur, elle était\nfemme. Elle était toujours jeune et immortelle. De N y m p h e elle était\ndevenue F é e , mais n'avait pas changé.\n\n   Donc elle était dans ce champ, heureuse de vivre, quand un\ngarnement qui fuyait, la blouse pleine d'abricots volés à un verger,\nvint la heurter rudement. Elle poussa un cri de douleur. L u i , talonné\npar la peur, poursuivit sa course, sans s'excuser ni s'attarder à\nramasser les fruits que, dans la surprise de cette rencontre, il avait\nlaissé rouler à terre. Quelqu'un était sur sa trace, facile à suivre à\ntravers les épis foulés et couchés en désordre; on entendait des cris et\ndes menaces. E t bientôt, devant Bleuette en larmes, parut un gros\npaysan, essoufflé et cramoisi :\n   — Ah ! je te tiens, brigand ! cria-t-il en saisissant furieusement\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "262                            DURENDAL\n\n\nBleuette par les épaules. Une femme ! C'est une femme ! A-t-on\njamais vu une pareille audace ? Allons, debout, Bohémienne ! Tu ne\npenses pas, je suppose, que tes larmes vont m'attendrir. Et tu ne\nnieras pas, dit-il en ramassant les abricots dorés dont il gonfla ses\npoches.\n   — Je vous en supplie, Monsieur, dit Bleuette. Je suis une pauvre\nfille et je n'ai pas fait de mal. Tout à l'heure, un homme qui se\nsauvait, votre voleur sans doute, a passé par là et, sans me voir, m'a\nfrappée du pied.\n   — Connu, connu, dit le fermier. Tu te croyais bien cachée, et\nqu'est-ce que tu fais ici ? D'ailleurs, je te reconnais. T a robe bleue, je\nla prenais pour une blouse de paysan, car, vraiment, je ne supposais\npas qu'une fille de ton âge fût capable de ces mauvais coups. Tu n'en\nes pas à ton essai. Hier, deux lapins ont disparu ; l'autre jour c'étaient\n des poules; et tu as empoisonné mon vieux chien.\n    — Je ne suis pas coupable, je vous le jure, répétait Bleuette en\nsanglotant.\n    — Nous nous expliquerons avec le juge.\n    Et la saisissant par le bras, il l'entraîna, plus content de tenir son\n voleur et de se venger qu'il n'avait eu de peine en voyant, couché sur\n le dos et les pattes raides, Médor, le fidèle gardien de sa maison.\n    Bleuette le suivit, docilement. Le paysan pérorait tout seul, se\n félicitait et menaçait. En route, ils rencontrèrent des cultivateurs qui\n disaient à la pauvre Fée des injures et des mots grossiers qu'elle ne\n comprenait pas.\n    Bleuette, remise aux gendarmes, fut menée, les mains liées, jusqu'à\n la ville où il y avait la prison et les juges. Elle y arriva à la nuit\n noire, mourante de faim, de honte et de fatigue, car elle devait subir\n toutes les misères de l'humanité puisqu'elle avait pris la forme\n humaine.\n    On la mit dans un cachot, et il lui fallut attendre que le juge, qui\n était en vacances, fut de retour. Elle ne s'enfuit pas ; cela lui eût été\n facile : les murs ne comptent pas pour les Fées. Mais elle devait avoir\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                               DURENDAL                              263\n\nson idée, puisqu'elle consentait à souffrir, exilée, privée de la lumière\net de la bonne senteur des campagnes.\n   Q u a n d le juge fut revenu, il interrogea Bleuette et entra dans une\ngrande colère, en voyant qu'elle se moquait de lui en protestant de\nson innocence. Quel crédit accorder à une fille qui venait on ne sait\nd'où, qui n'avait aucun métier et d'autre domicile que les champs? E t\npuis, on avait une preuve irrécusable. L e fermier vint au tribunal,\navec ses habits du dimanche et une grosse chaîne d'or sur le ventre;\nil affirmait reconnaître son voleur qu'il avait lui-même surpris dans\nun champ au milieu de ses abricots. On pouvait croire au témoignage\nde cet honnête homme, bien connu dans le pays, et riche et considéré.\nBleuette fut chargée des méfaits antérieurs et condamnée à deux mois\nde prison. Cette injustice et son infortune la peinèrent moins que de\nsonger que pendant ce temps on avait récolté la moisson ; elle\nquitterait la contrée, sa peine accomplie, sans avoir vécu toute la vie\ndont elle y devait jouir.\n\n  Or, quelques jours après la condamnation de Bleuette, arrivèrent\ndes choses singulières. L e chien qui avait remplacé Médor fut trouvé\ninanimé ; un carré de pommes de terre fut dévasté et la basse-cour\nmise au pillage. L e fermier, fou de colère, s'embusqua toutes les\nnuits, son fusil chargé, et finit par découvrir le voleur escaladant le\nm u r du potager. Il t i r a ; l'homme tomba, un bras cassé.\n\n   C'était un garçon d'une vingtaine d'années, dont la paresse était le\npremier crime; il vivait de maraude au lieu de travailler. Il comparut\ndevant le j u g e ; celui-ci, qui se piquait d'être un habile magistrat,\nplaida le faux pour connaître la vérité, et accusa le prévenu des vols\ndéjà anciens, commis chez le même fermier. Mais quelle fut sa\nsurprise en entendant le jeune h o m m e les avouer ! Celui-ci, qui\ncroyait la justice informée, espérait que sa franchise lui vaudrait de\nl'indulgence. D'abord le magistrat ne voulut rien croire, mais l'autre,\nsoupçonnant une ruse, fit de telles déclarations qu'il fallut bien se\nrendre à l'évidence. L e juge, qui estimait impossible qu'il eût\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "264                            DURENDAL\n\n\ncondamné une innocente, ne douta pas que tout au moins Bleuette ait\nété complice. L e voleur j u r a avoir agi seul. Il fut confronté avec la\nprisonnière. T o u t de suite il nia de l'avoir jamais vue, puis il se\nfrappa le front, ému par un lointain souvenir.\n   — Il me semble, dit-il, avoir rencontré cette fille dans les blés, un\njour que je fuyais après avoir dérobé des fruits... Oui, c'est bien elle,\najouta-t-il. Elle est assez belle pour qu'on se la rappelle, et cependant\nc'est à peine si je la vis. Je l'avais heurtée en courant, et elle cria.\n    E t le jeune homme, regardant avec admiration sa victime, lui\nd e m a n d a pardon de l'avoir fait condamner à sa place.\n   A la grande confusion du juge et du fermier, on dut relâcher\nBleuette. L e bruit de l'aventure avait couru la ville ; des gens\ns'étaient attroupés devant la prison pour fêter la victime, mais elle\npartit sans que personne la vit, et jamais plus on n'eut de ses nou­\nvelles dans le pays.\n  L e m a r a u d e u r fut condamné à deux ans de prison. L a mauvaise\nhumeur de la justice confondue se soulageait sur lui. On espérait qu'il\nrécriminerait et qu'on pourrait aggraver sa peine. Mais il se tut. Il ne\npensait qu'à cette délicieuse jeune fille si douce et si bonne qui avait\npayé pour lui. Ce n'était pas un cœur endurci : seule la paresse l'avait\nmené à mal faire. Il sentait l'étendue de sa faute et se la reprochait.\nSon plus grand châtiment était de penser qu'il ne r e v e n a i t pas\nBleuette, car il se sentait gonflé d'amour pour elle.\n  Au milieu de la nuit, la porte du cachot s'ouvrit et Bleuette entra\nen souriant. Il resta d'abord frappé d'étonnement, puis il se jeta à ses\npieds et répandit beaucoup de larmes :\n  — Partez, partez, balbutiait-il entre ses sanglots, vous êtes libre.\n  — J'entre partout comme je veux, dit B l e u e t t e ; je suis fée. Viens\navec moi.\n  — Non, répondit-il. J'ai mérité d'être ici ; je ne serais que plus\ncoupable si j'échappais à ma punition.\n  — T u peux me suivre, dit Bleuette; ta peine, je l'ai accomplie.\nTon repentir achève de t'absoudre. L e s Fées n'ont pas seulement été\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                 DURENDAL                                  265\n\n\ncréées pour embellir la nature et parfumer l'âme des poètes, elles ont\naussi la mission de rendre aux hommes la vie légère en leur ensei­\ngnant à la comprendre. N'use pas ta jeunesse, qui peut encore être\nféconde en œuvres bonnes, au fond d'une prison stérile. Moi, je\npouvais attendre ici, j'ai devant moi l'éternité !\n\n   Ils partirent et s'en allèrent ensemble, très loin, de l'autre côté de\nl'Océan, dans un pays où le jeune printemps venait de couvrir les\nsillons d'un voile vert et frissonnant. E t là, Bleuette disparut aux\nyeux de son compagnon. L'été, parmi les épis blonds, il la chercha,\ncourant partout où les bluets en troupe lui semblaient une robe\nétalée. Il s'était loué chez un cultivateur, et Bleuette, le voyant, pour\nl'amour d'elle, renoncer à la paresse et courageusement se livrer au\ntravail, consentit plusieurs fois à se montrer à lui sous sa forme\nféminine.\n   L'année suivante, il ne la découvrit pas (les vents, sans doute,\nl'avaient jetée sur un autre rivage), mais il n'aimait plus maintenant\nBleuette seule, il avait appris à aimer la terre qui récompense le rude\nlabeur de l'homme avec le divin sourire de ses fleurs.\n\n                                                   EDOUARD D U C O T É .\n\n\n\n\n                         Chanson à Boire !\n\n       L a m m e Goedzak chante :\n\nAmis, buvons ! les brocs sont pleins    Fumons dans le vieux cabaret\nde bière exquise à mousse blanche,      les bons tabacs de Wallonie,\ndans elle, noyons nos chagrins,         lançons en, près du feu clairet,\nbuvons ! c'est aujourd'hui dimanche !   la lourde volute embrunie.\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "266                               DURENDAL\n\n\n Rions, chantons, clamons les vers      s'en vont hennissantes, sans mors,\nfougueux des vingt ans en délire !      sous la musique des timbales.\n Tous, en chœur, jetons dans les airs\n                                         Ah buvons ! à nous les amours\n le rythme des joyeuses lyres.\n                                         que l'Aurore, debout nous trouve\nEnterrons le pâle dédain,               joyeux encor, chantant toujours,\nà la coupe trempons les lèvres.          le vieux Gambrinus nous approuve.\nGai !... Honni soit le puritain\ndont la gorge est par trop mièvre.      A mis, buvons ! les brocs sont pleins\n                                        de bière exquise à mousse blanche,\nLes francs buveurs ne sont pas morts.   dans elle noyons nos chagrins,\nDu plaisir, les folles cavales          buvons ! c'est aujourd'hui dimanche !\n\n\n\n\n          Mon Cœur                                Bonne Fête\n\n  Mon cœur est une lyre                 Pour célébrer ta bonne fête,\n  où chacun tour à tour,                Coquette, et te dire bonjour,\n  triste ou gai, me fait dire           voilà que je deviens poète\n  sa peine ou son amour.                et que je fais des vers d'amour.\n\n  Mon cœur est une lyre                  Pourvu, ma belle, qu'ils te plaisent,\n  qui saigne bien des pleurs ;           que le rythme soit de ton goût,\n  il est moins de sourires              je serais content, je serais aise\n  en nous que de douleurs.               et pour un peu deviendrais fou.\n\n  Il est bien peu de roses,             Ces vers voudraient parler de choses\n  pour quelques beaux matins            qu'on dit parfois à deux genoux,\n  combien de soirs moroses,             que l'on chuchote au temps des roses,\n  de tristes lendemains.                enfin je t'aime... et voilà tout.\n\n  Mon cœur est une lyre,                 Si tu voulais, par jeu d'enfance,\n  des cordes ont cassé,                  me combler de quelque faveur,\n  las ! — vous pouvez en rire —,        je choisirais, pour récompense,\n  celles de la gaîté !                   un long baiser venant du cœur.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                       DURENDAL                                    267\n\n\n                                Il fait Froid\n\nIl fait froid et gèle dehors               Dans ma chambre pleine d'Hiver,\net l'hiver est dans mon âme                spirituel, il réapporte\naussi, pleine d'un noir remords;           un peu de printemps superbe et vert,\ncœur traversé par les sept lames.          à mon cœur que le Noir emporte.\n\nIl neige et, petit à petit,                 Un oisillon vient de rentrer\nla terre de duvet se couvre.               par la fenêtre de mon âme,\nElle revêt son triste habit,               et je l'y laisse folâtrer\nson blanc manteau qui la recouvre.         en l'honneur de Notre-Dame.\n\n A ma fenêtre un passereau,                Il apporte les chastes clartés\n d'un bec frileux, frappe la vitre ;       d'un astre pâle qui s'éveille\nje viens d'ouvrir au bel oiseau            à mes esprits réconfortés,\n qui se perche sur un pupitre.             morts seulement depuis la veille.\n\n                                                              PAUL MUSSCHE.\n\n\n\n\n           BLANCHE ROUSSEAU\n                                                               A HENRY   MAUBEL.\n\n\n                     NOTRE première pensée    en découpant les feuillets du\n                        livre, que l'auteur, dont nous venons d'écrire le\n                        nom, nous a envoyé en gracieux hommage, était\n                        de ne lui consacrer que les quelques lignes de cri­\n                        tique coutumières, dans la revue des livres d u\n                        mois. Mais la lecture de cet aimable petit bou­\n                        quin nous a absolument enthousiasmé. Nous ne\ncroirions pas lui rendre l'honneur auquel il a droit, en le traitant\ncomme les autres.\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": " 268                             DURENDAL\n\n\n   Blanche Rousseau est une véritable artiste. Telle est l'impression\nque laisse la lecture de sa première œuvre. N'est-ce pas le plus bel\néloge que l'on puisse en faire? Abondance d'idées. Richesse d'imagina­\ntion. Puissance d'expression. Fulgurence de coloris. T o u t e s les qualités\nqui font l'artiste, je les trouve dans l'œuvre de Blanche Rousseau. L e\nstyle est alerte, imagé, bien personnel, d'une naïveté voulue adorable.\nCette œuvre respire un air de si grande fraîcheur. T o u t cela est si\nvivant, si pimpant, si primesautier. C'est un vrai bouquet de fleurs\nprintanières. Bouquet d'idées ravissantes, incrustées en des images\nrayonnantes de lumière, pleines de sourires et en même temps d'une\nsi impressionnante mélancolie.\n   Quel charme pénétrant il exhale ce précieux écrin de nouvelles :\nNany à la Fenêtre. T e l le titre du premier livre de notre écrivain.\nIl est édité avec coquetterie. H e n r y Maubel l'a préfacié d'une façon\ncharmante. Enfin il est orné d'un superbe dessin de H . Meunier. Que\nd'honneurs pour un si petit livre, me direz-vous. P e t i t ! D e volume ?\nD'accord. Mais il y vit une si grande âme !\n   T o u t e s les nouvelles contenues dans ce recueil sont imprégnées de\nla poésie la plus intense. Lisez-le. Vous partagerez mon admiration.\nLisez, par exemple, le conte de l'Etranger, « dont le bon sourire semble\nrépandre de la lumière et est sur ses lèvres comme une étoile, comme\nune douce et pure étoile d'espérance ».\n   Lisez encore l'histoire de la Maisonnette avec « ses petites fenêtres\nclaires, ouvertes dès le matin, et ses deux pommiers roses et qui\nsentent bon », dont la vision naïve poursuit l'imagination du vieillard-\nenfant comme un beau rêve de Noël et qu' « il voit une dernière fois\ndans ses prunelles en m o u r a n t ».\n   Lisez surtout le poème — car c'est un vrai poème en prose — de\nl'Éveilleur qui parcourt « le gentil village dont chaque maison est\nblanche avec des volets roses, petite et propre, tout étincelante au\nsoleil. » Il en hypnotise tous les habitants, « êtres simples et naïfs »,\npar les sons harmonieux de sa flûte enchantée, « sons doux et perlés,\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                               DURENDAL                              269\n\ntour à tour tendres et plaintifs, semblables à la voix d'un rossignol\nchantant au fond d'un bois ou au vent soufflant dans les épis ».\n   A h ! ne déposez pas encore mon cher petit livre. Il a encore de si\njolies historiettes à vous conter. P a r exemple, Bonne Maman perdue, la\nnaïve aventure de la bonne petite vieille « au doux sourire épanoui\ndans l'entrecroisement d'un million de rides ». Prise d'une fringale de\nmarcher, elle s'en va, on ne sait pourquoi, elle ne sait où, un jour de\nneige, « où le village semblait poudré de sucre ». Voyez comme elle\ntrotinne gentiment par monts et par vaux, « tout en causant avec son\ngrand parapluie de coton », allant, allant toujours, sans écouter les\ncloches de l'église qui semblent lui dire : « Revenez, petite bonne\nm a m a n , revenez! revenez! revenez! dreling! dreling! dreling!» Mais\nbonne m a m a n n'écoute pas les voix qui lui crient : « N'allez pas plus\nloin. » E t après s'être perdue, elle finit par se retrouver quand même\naux pieds de la grande croix du chemin, « où un christ à longs cheveux\nachevait de mourir ».\n   L'auteur termine ce conte par une pensée philosophique et j'oserais\ndire chrétienne, d'une inspiration splendide :\n   « L'histoire de Bonne Maman, écrit-elle, m'a fait penser à ces\ncœurs simples qui se fatiguent un jour de regarder le clocher... Ils\npartent comme pour une promenade... E u x aussi, rencontrent des\nhommes qui leur crient : « N'allez pas plus loin, vous allez vous\n» perdre. » Mais ils rient et secouent la tête. E t j'ai pensé cela avec\ninfiniment de tendresse et de pitié, car je sais qu'ils auront à souffrir\nmainte angoisse avant de retrouver la croix où les mène la boule de\nneige des enfants    »\n   Il est temps que je finisse ma critique et pourtant j'aurais voulu\ndire encore toute mon admiration pour « L'Œuvre ». Nouvelle, puis­\nsante de conception, du plus haut symbolisme, que cette histoire\nimpressionnante des deux ouvriers, qui hantés par la voix mystérieuse\nleur criant sans cesse : « Faites votre œuvre », s'arrachent aux joies\ndu foyer et s'en vont vers la ville, après avoir embrassé une dernière\nfois leurs petits enfants « si beaux avec leurs fossettes au menton et\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "270                              DURENDAL\n\n\n dans la joue droite comme si un ange chaque nuit fût venu les\n baiser là ».\n    Cette trop courte causerie sur l'œuvre de Blanche Rousseau n'en\n donnera qu'une bien imparfaite idée à celui qui ne lirait pas le livre\n lui-même. Nous n'avons cité que quelques nouvelles. Il faudrait les\n nommer toutes. T o u t e s sont exquises. Il n'y en a pas de médiocres.\n L e talent incomparable de l'écrivain se soutient merveilleusement tout\n le long du livre. Nous l'avons lu d'une traite, avec un enthousiasme\n croissant, sans fatigue et sans déception. Il nous a procuré les plus\n fortes émotions esthétiques. C'est un de ces livres dont la lecture ne\n lasse j a m a i s . U n e fois pris en main, on ne le quitte plus. Avec quel\n'regret on tourne le dernier feuillet et comme on est impatient de le\n reprendre pour le relire encore.\n    Nos plus vives félicitations à l'artiste. T o u s nos vœux de bonne\n chance à son petit chef-d'œuvre. Puisse-t-il trouver auprès du public\n l'accueil si bienveillant que lui ont fait, à juste titre, toutes les revues\n d'art et de littérature.\n                                            L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                      DURENDAL                        271\n\n\n\n\n                      L'ACCUEIL MUET (1)\n\n              Le Rêve des soirs purs m'attardera longtemps,\n                      le Rêve des longs soirs d'Automne,\n              à la resouvenance amitieuse et si bonne,\n              de ces jours où mon cœur s'enivra de Printemps.\n\n              Et pourtant l'aube vive et les couchants de flammes\n                      aux jets d'ors merveilleux,\n              en ces jours sans oubli, n'ont pas ému mes yeux,\n                      ni mon cœur, ni mon âme,\n              comme l'accueil muet de la petite église\n                      où toute oraison s'était tue,\n                      où le silence et l'ombre grise\n                      planaient sur les chaises désertes\n                      et drapaient la paix des statues...\n\n              Mais où les trois vitraux translucides du chœur,\n              trouant le grand mur noir, en bel élan vainqueur,\n              sur le soir automnal dressaient leur clarté verte.\n\n                                                 GEORGES RAMAEKERS.\n\n\n\n\n(1) De l'Automnale Chanson, volume à paraître.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "272                                   DURENDAL\n\n\n\n\n            L'IDÉAL FÉMININ\n                                D'APRÈS     RUSKIN.\n\n\n\n\n                 la question du rôle de la femme n'ait jamais été aussi discutée\n\nQ\n        UOIQUE\n          que de nos jours; on ne peut considérer le livre de Ruskin : Les Jardins\n          des Reines, comme une banale œuvre d'actualité. Cette œuvre doit être\n          envisagée en elle-même et en rapport avec la personnalité même de l'écri­\nvain. Les diverses polémiques concernant le rôle de la femme, et cette vaniteuse\nambition contemporaine qui rêve de lui assigner une nouvelle destinée, n'ont certes\naucune raison d'être.\n   Il n'est pas à douter que l'opinion d'un homme comme Ruskin sur l'influence de\nla femme soit pleine d'intérêt. Il appartient à la catégorie de ceux qui voient le\nmonde à travers leur âme. Nous savons d'avance que, quelle que soit sa con­\nception, sa parole visera avant tout à exprimer une vérité universelle.\n   En fait d'actualité, il a eu le mérite de détruire cette puérile erreur de la femme\nmoderne qui semble croire qu'elle n'acquerra de salut qu'en se mettant à un niveau,\nnon pas d'égalité relative, mais de ressemblance, avec l'homme.\n   C'est surtout au point de vue intellectuel que l'ambition féminine a dévié. Son\nerreur a grandi proportionnellement au domaine qu'elle englobait. Ruskin a\nadmirablement prouvé l'ineptie de cette notion, en rétablissant cette vérité oubliée\nqu'il n'y a pas incompatibilité, entre l'intellectualité des deux sexes, mais que les\ndeux intellectualités sont essentiellement différentes et se complètent d'ailleurs\nl'une l'autre.\n   Cette étude est poursuivie avec une étonnante logique, mais exclusive au point\nde vue de l'auteur. On ne peut tout à fait ni accepter ni rejeter la thèse de l'écrivain.\n   Dans son ensemble elle n'est pas fausse, mais incomplète, et dans son développe­\nment elle atteint parfois à des extravagances qui ont cette étrange et troublante\ncomplexité d'être émises comme des vérités indéniables.\n   Ruskin a vu avant tout la beauté, il en a une profonde et remarquable intuition,\net cette beauté il la conçoit sous deux apparences, correspondant à l'idéal essentiel\ndes deux sexes : l'intelligence et l'amour.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                    DURENDAL                                     273\n\n  D'ailleurs il atteint d'emblée la vérité qu'il propose. Il l'a surtout profondément\nsentie. Il la déploie avec une grande force de déduction qui non seulement facilite\nla compréhension, mais sert de preuve à la persuasion. Son style est rigoureux.\nToujours le mot propre y tient sa vraie place. Sa phrase est naturelle. Quelle que\nsoit l'exaltation de la pensée, elle reste toujours simple.\n   L'idée génératrice qui se dégage de l'œuvre et s'érige en principe, est la dépen­\ndance absolue et réciproque des deux sexes, dont l'union rend seule possible un\ndegré de perfection, et par conséquent, l'inutilité de viser à un but personnel.\n   C'est de cela surtout qu'a voulu nous convaincre Ruskin. Toutes ses déductions\nen découlent et il semble nier par son silence la destinée individuelle de la femme.\nElle ne se doit pourtant pas entièrement aux autres; il faut admettre qu'au delà de\nses rapports avec l'homme — la famille et son milieu — se dresse sa personnalité.\nCe second but n'est ni supérieur ni inférieur au premier, et surtout il ne s'y oppose\npas nécessairement. Il entre en parallèle et mérite la même considération.\n   Ce principe posé, Ruskin fait un pèlerinage dans le passé et interroge en leur\nsanctuaire la voix toujours vivante de ceux qui ont illustré les grandes époques de\nl'humanité.\n   La conclusion qu'il en tire est unique et originale. D'après lui, dans tous les\nchefs-d'œuvre de la littérature, la femme est la seule héroïne, le héros n'existe pas.\nNon seulement elle est le personnage dominant, mais toujours elle est le symbole\nmême du bien, et tout ce qui est noble et grand provient d'elle.\n   Cette notion est excessive et détruit l'affirmation exprimée au début. On ne peut\nla considérer que comme un hommage de poète à la femme. D'ailleurs, Ruskin\ns'est surtout placé au point de vue du poète, et semble prendre ses images pour des\nréalités.\n   Les héroïnes de Shakespeare sont de charmantes créatures diaphanes et douces,\nse livrant à l'amour innocent, rarement bien vivantes, qui passent devant nos yeux\ncomme de fugitives ombres. Elles sentent divinement, mais ne pensent jamais. Ce\nsont des silhouettes d'héroïnes. Ophélie est une vision qui répand un peu de lumière\ndans ce sombre drame, mais Hamlet en est bien le personnage réel. Béatrice n'est\npas une femme, mais un admirable symbole de la vertu, incarné sous le nom de\ncelle autrefois aimée et envolée vers d'autres sphères.\n   L'auréole dont le chevalier au moyen âge couronne sa dame est encore une idéa­\nlisation d'un vague désir de rêve, qui atteint son éclosion dans le rêve divin réalisé\nen ces troublantes rosaces des cathédrales gothiques.\n   Pénélope et Andromaque sont admirables de dévouement. Nausicaa, pleine de\ngrâce cordiale, mais Achille, Oreste, Œdipe... sont bien les héros de la Grèce. Elle\nn'est pas juste non plus cette affirmation qu'en toutes les grandes œuvres et\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "274                                 DURENDAL\n\nlégendes, la femme personnifie le bien. Ruskin a tu les noms d'Hélène et d'Her­\nmione.\n   Enfin, d'après Ruskin, le salut de l'homme ne dépend que de son obéissance à la\nfemme.\n   Cependant, lorsque Ruskin revient à la vie réelle, et qu'il expose clairement\nl'influence que doit exercer la femme, son opinion est vraie et toujours noble. Il\nréunit cette admirable dualité d'être à la fois universel et de rester Anglais. C'est\npeut-être là ce qui fait la grandeur de son œuvre. Tandis qu'il nous dépeint la douce\ninfluence de la femme dans son home, inconsciemment l'image d'un paisible cottage,\nsurgit dans notre pensée.\n   Ce que l'on discerne nettement aussi dans cette oeuvre, c'est la santé de sa\nconception. Ce que Ruskin désire avant tout, c'est l'épanouissement des forces vitales\ndans la joie. La femme, telle qu'il la conçoit, répandrait autour d'elle une joie,\nfaite de lumière et de sourire. Il la veut surtout heureuse. Il est plus profond\nqu'on ne le pense ce vœu. \" Heureuse \" ! Ce mot nous paraît égoïste, parce que\nle pessimisme mélancolique qui absorbe les âmes contemporaines qui se soucien\nencore de penser, n'admet plus que le bonheur soit une nécessité. « Être heureux »,\nc'est surtout être compatissant, c'est pouvoir donner, aimer, consoler. Chaque\nsourire est une fleur de bonté qui s'épanouit dans la vallée de larmes.\n  Ruskin admet pour la femme la même instruction que pour l'homme, mais avec\ncette différence dans le but et l'effet résultant de ses connaissances : Quel que soit\nson degré d'intellectualité, elle ne doit s'acquérir qu'en vue des avantages qu'elle\napporte dans son home. Sa science, dit-il, importe peu à sa dignité personnelle, mais\ndoit magnifier son amour. Quant à son rôle actif dans les arts, elle ne doit aspirer\nqu'à conseiller et à inspirer.\n  En somme, sauf cette limitation, on peut dire que cette œuvre est conçue dans\nune atmosphère de noblesse et à la parcourir seulement, des horizons inconnus ou\npeut-être oubliés apparaissent et illuminent la vie d'une lueur nouvelle.\n                                                                          ***\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                        DURENDAL                                         275\n\n\n\n\n                               LES            LIVRES\n\nJEHAN RICTUS : Les     S o l i l o q u e s d u P a u v r e . — (Société du Mercure de France.)\n\n\n\nF   AIRE enfin dire quelque chose à quelqu'Un qui serait le Pauvre, ce bon        Pauvre\n       dont tout le monde parle et qui se tait toujours, voilà ce qu'a tenté de faire, en\nun volume âpre et douloureux, Jehan Rictus, le poète long comme une larme,\nau dire de Jules Lemaître.\n   H É G É S I P P E MOREAU avait pleurniché en disant le froid de l'hiver; VICTOR HUGO\navait trouvé dans les Misérables une fierté sentimentale et boursouflée; RICHEPIN\nchante les Gueux emphatiques; SÉVERINE sanglotte chaque semaine; BRUANT\ns'estime dépenaillé parce qu'il parle argot; JEHAN RICTUS se dresse comme un grand\npauvre pâle, doux et tourmenté :\n\n                       J' suis l'Homme Modem' qui pouss' sa plainte\n                       Et vous savez bien qu' j'ai raison !\n\n   « On sent que ses beaux vers ont été péniblement épelés en gravissant un long\ncalvaire, avant de jaillir spontanément de ses lèvres chantantes, avec leurs heurts\nd'idées et de mots mal coordonnés dans un cerveau affaibli par la faim. I1 a définiti­\nvement fixé un nouveau sanglot de poète dans la cacophonie de l'éternelle souffrance\nhumaine. »\n   J'ai dit qu'il était doux. Il est épouvantablement féroce. Mais ses anathèmes\nviolents contre la muflerie contemporaine partent d'un coeur que l'on devine dévoré\nde tendresse et d'amour. S'il fouette à sang les riches et les bourgeois, il a pour\ntous les petits de touchantes piétés :\n\n                         C'est l' désespoir actuel qui beugle\n\n  On pourra regretter peut-être les verbes à l'emporte-pièce et le flux des paroles\nbrûlantes.\n  On devrait songer plutôt que c'est le pauvre grelotant qui hurle sa souffrance\nsous les fenêtres. Il est si malheureux que son Ange gardien l'a abandonné :\n\n                         Oh ! il a bien fait d' me plaquer\n                         Toujours d' la faim, du froid, d' la fange,\n                         Toujours dehors, gn'a d' quoi claquer;\n                         Faut pas y en vouloir à c't' Ange!                                \"\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "276                                    DURENDAL\n\n\n  Il fait chanter les pauv's 'tits fans-fans martyrs :\n\n                        Nous, on nous truff' tell'ment la peau\n                        Et not' lit' viande est si meurtrie\n                        Qu'alle en prend les tons du Drapeau,\n                        Les trois couleurs de not Patrie !\n\n  Le Printemps bruit dans les feuillées. Tout s'émeut et tout se transforme :\n\n                      Moi j' chang' pas d' peau comm' les reptiles ;\n                      J' suis tous les Printemps la mêm' chose.\n\n  Il crie famine. — Sa sincérité justifie ses ordures. — Il demande protection. Il\nappelle le grand Douloureux — le Christ :\n\n                          Car y disait à ses apôtres :\n                          Aimez-vous bien les uns les autres;\n                          Faut tous êt' copains sur' la terre...\n\n  Et il le rencontre au carrefour. Il lui narre sa détresse et s'épouvante de le voir\nplus pauvre que lui-même :\n\n                      Ah! comm' t'es pâle... ah! comm' t'es blanc;\n                      Sais-tu qu' t'as l'air d'un Revenant\n                      Ou d'un clair de lune en tournée ?\n                      Tu d'vais et comm' ça en Judée,\n                      Au temps où tu t' proclamais    Roi!\n\n  Et plus loin :\n\n                        N' vas pas chez Drumont, on t' bouffrait;\n                        Après tout tu n'étais qu'un youtre !\n\n  Il est effrayant de vérité. Entendez-vous battre son cœur ?\n                                                                                    TH.   B.\n\n      FRANÇOIS CAREZ     : A u t e u r s c o n t e m p o r a i n s . (Liége,   DEMARTEAU).\n\n\n\n\nC    INQ études vouées à Verlaine, France, Theuriet, Maeterlinck et Deroulède; si\n       ce livre ne nous apprend guère de nouveau sur les écrivains dont il traite, il\nne nous révèle, sur M. François Carez, rien que nous ne savions déjà; ce jeune et\nimpénitent normalien belge a délayé et macaronisé en volume les articles, qu'heb­\ndomadairement, depuis dix ans, il dépose dans les colonnes de la Gazette de Liége...\nIci comme là, c'est dans un style huileusement banal, un systématique procès de\ntendances au modernisme, et à tout ce qui en art ne correspond point aux petites\nvertus, médiocres et banales qui servent d'idéal à M. Carez... Le livre actuel est\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                                         DURENDAL                                          277\n\ndirigé surtout contre Maeterlinck et Verlaine; vis-à-vis de l'oeuvre du premier,\nM. Carez a des incompréhensions de pompier et des plaisanteries de commis-voya­\ngeur... Pour ce qui regarde Verlaine, c'est la tactique connue qui est mise en\naction ; la beauté de l'œuvre est adroitement dissimulée derrière les faiblesses de la\nvie du poète; Verlaine artiste est annihilé par Verlaine homme; de peur de devoir\nadmirer, M. Carez s'indigne. Tartuffe se double d'Augias.                     P . C.\n\n\n\nP I E R R E NEBOUT   : L e D r a m e r o m a n t i q u e . (Paris. Société française d'imprimerie\n                                        et de librairie.)\n\n\n\nV    OICI une vraiment belle  contribution sur une des manifestations les plus inté­\n      ressantes et des plus discutées de la poésie contemporaine : le Drame roman­\ntique.\n   Cette réapparition — après une éclipse de plus d'un siècle — de la grande poésie\nau théâtre, M. Nebout ne s'est point contenté de l'étudier seulement in se; il l'a\nreplacée dans son ambiance historique, et il a montré à quel stade d'évolution litté­\nraire elle correspondait; et cette analyse détaillée du Drame romantique est vivifiée,\néclairée, rendue saisissante et évidente par de sagaces comparaisons et des parallèles\nconstants avec le théâtre classique; on peut dire, à cet égard, que le livre de\nM. Nebout est important et décisif tout autant pour l'histoire de la tragédie du\nXVIIe siècle que pour l'histoire du drame lyrique du XIXe siècle.\n  L'ouvrage de M. Nebout est à recommander surtout et instamment aux profes­\nseurs de littérature; trop souvent ils manquent d'horizon et se contentent d'envi­\nsager le coin d'histoire littéraire que les programmes assignent à leurs travaux; la\nméthode suivie par M. Nebout, avec une clarté, une logique et une souplesse remar­\nquables, leur apprendra à faire du passé et du présent, ingénieusement opposés l'un\nà l'autre, un mutuel adjuvant de compréhension.                            F . V.\n\n\n\nEUGÈNE D E GROOTE : S o u v e n i r s     d'Escale. (Bruxelles, Société belge de librairie.)\n\n\n     E livre signale le retour dans les Lettres d'un homme à qui l'Art catholique\nC     doit quelque gratitude... Il fut des premiers jadis — il y a une bonne dizaine\nd'années — à défendre, dans un quotidien de province, l'Impartial de Gand, les\nidées de modernisme chrétien qui, depuis lors, s'imposèrent victorieusement; en\nmême temps il appuyait ces idées par des livres d'une haute saveur de style et\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "278                                   DURENDAL\n\nd'une pénétrante originalité d'observation, c'étaient; pour la plupart, des impres­\nsions de voyage, recueillies au cours des vagabondages « de sa jeunesse aventureuse\nà travers les civilisations éteintes ». Le charme de ces divers livres était à la fois\ndans une observation vive, brève, habilement croquée, de tous les détails curieux\nde la vie exotique, et dans une mélancolie discrète et comme effarouchée : du Taine\nen raccourci et du Loti en sourdine. Tout cela, qui me captiva tant alors, je viens de\nle retrouver dans les Souvenirs d'Escale — nous menant de Marseille à Tokio — tout\ncela, avec en plus l'affirmation complète d'un talent, alors seulement en ébauche,\nmaintenant en pleine et virile m a t u r i t é . . .\n   Je fais le vœu qu'Eugène De Groote soit reconquis définitivement à l'Art et que\nla politique et l'agriculture ne nous l'enlèvent plus.                  F . V.\n\n\n\n             A. ROUSSEL : L a m e n n a i s i n t i m e . (Paris, LETHILLEUX.)\n\n\n\nL     'ÉPOUVANTABLE drame de conscience qu'évoque ce nom de Lamennais revit dans\n      ce livre, non dans sa tragique et sommaire grandeur, mais en son détail pitoya­\nble et émouvant... M. Roussel publie, en effet, la correspondance échangée entre le\npenseur de La Chesnaie et un de ses disciples les moins connus du public, mais, à en\njuger par ces lettres, les plus aimés du maître; les documents mis au jour par\nM. Roussel ne justifieront point Lamennais ni des écarts monstrueux de son\norgueil, ni de sa mort de rebelle tenace; mais, éminemment démonstrative de\nl'élévation de pensée, de la tendresse sacerdotale et du désintéressement parfait du\nLamennais des premiers temps, cette correspondance, nous le souhaitons, mettra\nenfin quelque frein à ces condamnations absolues, catégoriques et en bloc, qui\ndoivent être blâmées, même vis-à-vis d'un Lamennais, parce qu'elles manquent\nde justice et encore plus de charité !                                       F. V.\n\n\n  V i e n t de paraître : Mon Jardin fleuri, par EDOUARD           N E D . NOUS   rendrons\ncompte prochainement de ce charmant recueil de poésies.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                   DURENDAL                                    279\n\n\n\n\n                           LES REVUES\n\n  La Revue Générale : La « Chronique littéraire », trimestrielle, d'Eugène Gilbert.\n  L'Art Moderne : \" Fra Angelico \", par Jules Destrée.\n La Jeune Belgique : M. Albert Giraud essaie l'éloge de l'Oncle Sarcey (!!). Que\nMax Waller a donc eu raison de mourir !\n  La Revue blanche : Un conte d'Henry de Régnier : Le « Départ de Tiburce ».\n  La Quinzaine : Les « Idées et les Faits », causerie, par M. Georges Fonsegrives,\navec la promesse de la parution prochaine, dans la Revue, d'un roman inédit de\nM. Barrés sur le Boulangisme, et faisant suite aux Déracinés.\n  L'Ermitage : L' « Amoureux des Cloches », un conte d'Henry Bordeaux.\n  La Lutte : \" Les Chastes \", des vers d'Ed. Richaume, et « Sainte-Marie-la-\nLamentable », une légende de Georges Ramaeckers.\n  Le Belfort, revue flamande : « Causerie trimestrielle, » par Julien Claerhout.\n  Le Spectateur Catholique : « Le R. P. Van Tricht », commémoration par M. l'abbé\nThiéry.\n  Le Mercure de France : « Nouveaux Masques » — dont celui de Barrès — par\nRemy de Gourmont.\n  L'Effort : « Problème sentimental », par Jean Viollis.\n  La Trève-Dieu : « De Bayreuth à Munich », une causerie musicale de M. Camille\nBos.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "280                                     DURENDAL\n\n\n\n\n                                   NOTULES\n\n    LE noble poète Henry de Regnier honore un journal boulevardier de Paris, de\n     beaux vers parnassiens — sous le titre général : Les Médailles d'Argile.\n  En voici la Dédicace :\n                  Tu poursuis, en chantant, dans la glaise et l'argile,\n                  Pour lui rendre à jamais la forme où tu le vois\n                  Qui rôde en ta pensée et s'esquive à ta voix,\n                  Un fantôme furtif qui fuit ton pouce agile.\n\n                  La figure s'ébauche indécise et fragile\n                  Dans la terre féconde où la cherchent tes doigts,\n                  Car encore secret et visible parfois\n                  Le sourire est déjà dans la matière vile.\n\n                  Parfois une déesse éclat de tes mains fraîches...\n                  Mais lui fouille le sol du tranchant de sa bêche\n                  Jusqu'à ce que l'airain ait rencontré l'airain.\n\n                  Et la glèbe, souvent, que son labeur entaille\n                  Lui livre, intact au bronze ou fruste en la médaille.\n                  Quelque dieu toujours jeune et longtemps souterrain.\n\n\n\n\nL    ES « restaurations païennes », essayées par M. le comte Albert du Bois, dans\n        Leuconoe, inspirent à M. Eugène Gilbert, au cours de sa chronique trimes­\ntrielle de la Revue Générale, cette piquante réflexion :\n  « Le cas de M. du Bois — qui n'est pas isolé puisque ce fut aussi celui de\nM. Pierre Loiiys — semblerait décidément donner raison à la campagne si vaillam­\nment menée par M. l'abbé Guillaume en faveur des classiques chrétiens. Car il est\névident que l'auteur de Leuconoe est, au point de vue chrétien, absolument dévoyé.\nSes dons indéniables, ses brillantes facultés ont, dans une éducation trop païenne-\nment classique, subi l'emprise d'un art purement plastique, et la beauté suprême\ndes émotions catholiques lui échappera désormais toujours. »\n\n\n\nD   ANS une récente catilinaire, M. Charles Woeste convie les Associations con­\n     servatrices à enrôler sous leurs bannières les couches électorales nouvelles.\n  Enrôler des couches sous des bannières ! — Figure hardie ! dirait le R. P. Delattre.\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                      DURENDAL                                       28l\n\n\nD    ANS ses Portraits intimes, M. Adolphe Brisson raconte une visite qu'il fit à\n       Maurice Maeterlinck.\n   Aux fins d'interviewer l'auteur de l'Intruse, M. Brisson déjeuna avec lui.\n   La tâche n'était peut-être point très aisée : M. Maeterlinck parle peu. \" Il est de\nceux qui mûrissent leurs idées avant de les exprimer... il marche après elles sans se\npresser, comme un bon Flamand à la promenade. \" Mais bientôt ce silencieux\ns'anime. C'est qu'on a touché son terrain favori. Il développe ses théories théâ­\ntrales, juge misérable l'esthétique des dramaturges (l'observation de ce qu'il y a de\nsuperficiel dans la vie). « Mais, dit-il, nous commençons à comprendre qu'il y a\nau-dessus de l'existence vulgaire une existence supérieure, dont on n'a pu jusqu'ici\npénétrer l'essence, mais qui se révèle par d'incontestables manifestations. Qu'est-ce\nque la sympathie ou l'antipathie qui nous rapproche ou nous éloigne invinciblement\nde certains individus ? A quelles lois obéissent ces affinités électives ou instinctives ?\nI1 y a là un champ d'études autrement intéressant que l'analyse de certains cas\npassionnels : la vraie psychologie est la philosophie transcendante, qui s'occupe des\nrapports directs d'âme à âme. » Un modeste ! trouvant qu'on a exagéré ses mérites,\navouant qu'il tâtonne encore, que son dialogue qui semble parfois d'une naïveté\nprimitive, lui coûte de rudes efforts; expliquant qu'il a emprunté aux paysans\nflamands son procédé de répétition, par lequel les discours prennent un caractère\nde gravité à la fois puéril et sentencieux, qui convient aussi à un personnage de\nlangage. Enfin M. Brisson et M. Maeterlinck se séparèrent : \" Mes yeux rencon­\ntrèrent ses yeux froids : j'eus conscience d'être très loin de lui. Cet homme n'a\naucun désir de me revoir. \"\n\n      N écrivain flamand, flamingant même si l'on veut, non suspect par conséquent\nU       de parti pris sympathique envers les Lettres françaises, écrivait l'autre jour\ndans la Revue de Belgique :\n   \" La jeune Flandre d'aujourd'hui, elle aussi, veut être de son temps. Elle a\nrenoncé au mépris de la langue française d'avant van Maerlant, et c'est avec respect\nqu'elle étudie les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, et notamment les monuments\ngrandioses que la littérature française a produits. Elle sait quelle influence cette\nlittérature a exercée en Flandre ; elle sait également que la France n'est redevable\nà ce pays ni de ses institutions féodales, ni de l'origine de ses communes. Elle estime\nque c'est déjà un titre suffisant de gloire pour sa terre natale d'avoir su garder sa\npersonnalité propre, de s'être montrée réfractaire à l'absorption étrangère, alors\nque toute civilisation nous venait du Midi. Diogène, le philosophe, jugeait qu'on ne\npeut mieux démontrer le mouvement qu'en marchant. La Flandre ne saurait mieux\ndémontrer sa vitalité qu'en vivant. \"\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "282                                    DURENDAL\n\n   A la bonne heure! Voilà qui tranche heureusement sur le langage récent de\nquelques politiciens — il est vrai que ce ne sont que des politiciens ! — pour qui le\nmouvement flamand n'est qu'une excitation à des injures francophobes...\n   Il était temps, vraiment, que les vrais artistes flamands dégageassent leur cause\nsi généreuse et si désintéressée de ces compromissions tapageuses, grossières — et\nlucratives.\n\n\nD     'UNE Pall-Mall Semaine d'un journal parisien, celte note :\n          « Mercredi, 13 octobre. — Une visite : c'est Henri de Groux, le peintre\nbelge, le de Groux du Christ aux outrages, l'artiste si justement mis en valeur par\nOctave Mirbeau, au Champ de Mars 1893, à propos du Pardon breton et du Moïse\nsauvé des Eaux qu'il y exposa.\n   « M. Henri de Groux a quitté Bruxelles, où je le connus cet hiver; M. Henri de\nGroux, installé à Fontainebleau depuis deux mois, a assez de la Belgique et de ses\nhabitants, des Belges du Hainaut et des Belges wallons... des suiveurs, dit-il, car les\n Belges pensent en troupe et agissent de même; ils viennent toujours derrière quelqu'un, et,\ncomme preuve à l'appui, il me cite, en effet, quelques écrivains belges (en peinture,\nje me récuse) auxquels je suis contraint de reconnaître surtout un don d'assimilation\net une facilité surprenante d'imitateurs, des déménageurs, je me souviens que le mot\nest de Huysmans, mais M. Henri de Groux est ferré. Il me cite, maintenant, du Bau­\ndelaire : « Je mets au défi n'importe quel Belge de penser et d'agir seul. > Cette acrimonie\nm'intéresse d'autant plus que M. de Groux est du pays qu'il attaque : son père y\nétait peintre, et du plus grand talent, et la palette du fils est des plus personnelles.\nJe lui objecte, en peinture, des noms comme Leys et Stevens, et, en littérature,\ncomme Verhaeren et Maeterlinck; mais je dois, cependant, reconnaître, avec lui,\nque la compréhension est un peu lente chez ses compatriotes, et que ces bons\nBelges ont peut-être un peu loin du cerveau l'oreille. >\n\n   Tous les Belges qui vont chercher gloire ou fortune à Paris, croient de chic de\ntomber leur pays; c'est une originalité qui, souvent, remplace l'autre, la vraie, et\nqui peut suppléer au talent; petit truc pardonnable chez des ratés pour l'exporta­\ntion; mais un de Groux, n'est-ce pas, devrait dédaigner cette commode et banale\nficelle; car un de Groux peut s'en passer — s'imposant par lui-même, par son génie\net par ses œuvres ! .\n\n\nD    ÉDIÉ à la Jeune Belgique, cette amusante et typique boutade d'un quotidien\n        bruxellois :\n   « C'est un magistrat qui parle, — un magistrat qui occupe une place assez élevée\net qui ne passe pas précisément pour une bête :\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                      DURENDAL                                      283\n\n   > Je ne sais pas, nous dit-il, si c'est à tort ou à raison, qu'on prétend que l'ensei­\ngnement des humanités anciennes est resté ce qu'il était de mon temps. Ce que je\nsais, c'est que les neuf dixièmes de mes contemporains, au barreau comme dans la\nmagistrature, ne connaissent plus un mot de grec — à quoi le grec leur servirait-il ?\n— et connaissent fort peu le latin. Et ils seraient des latinistes émérites, où serait\nl'utilité ?\n  > Il pouvait être utile de bourrer de latin les futurs juristes à l'époque où le droit\nromain dominait encore le droit moderne, où les Pandectes et les Institutes se com­\nmentaient en latin. Mais nos Codes modernes ont fait table rase de leurs vénérables\nenseignements qui n'ont plus qu'une valeur d'origines et dont l'étude n'exige qu'une\nconnaissance sommaire de la langue latine.\n   > De débats sur l'interprétation de textes de droit romain (il y a d'ailleurs des\ntraductions très sûres), nous n'en entendons que bien rarement. En revanche, nous\nvoyons journellement des avocats empêtrés, faute de connaître et comprendre les\nlégislations étrangères, ou les questions techniques soulevées par le plus grand\nnombre des procès. Et journellement, nous nous trouvons dans le même embarras\nqu'eux, forcés, pour juger avec quelque clarté, de nous armer d'une science dont les\npremiers éléments nous font défaut.\n   > Ah, si vous entendiez comme souvent, en chambre du conseil, nous maudissons\nl'absurdité de l'éducation qui nous a fait perdre notre jeunesse en stériles labeurs et\nqui nous met dans la nécessité d'apprendre, jour par jour, jusqu'aux portes de la\nvieillesse, tout ce qu'elle nous a laissé ignorer. »\n\n                                           +\nL    A classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique avait ouvert un-\n       concours d'Art appliqué. Bravo, n'est-ce pas, — voilà du nouveau, du vivant,\ndu moderne !\n   Tout doux, je vous prie. Oyez d'abord le projet du concours : « Une Nymphêe »,\nc'est-à-dire, « un temple de Nymphes ou établissement balnéaire de style antique ».\n   Deux artistes ont eu le courage de prendre part à ce concours.\n   Plaignons-les.\n\n\n\nL   'ORPHELIN de Broeckaert a trouvé un défenseur dans le Bien   Public.\n       Faut-il que M. Verspeyen — un homme d'esprit, s'il en est, — prenne au\nsérieux son rôle d'officieux de la Compagnie pour qualifier le factum pachyder­\nmique du R. P . Delattre de « petite merveille de bon sens, d'érudition, d'esprit et\nde joyeuse humeur ».\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "284                                    DURENDAL\n\n\n\nN    OTRE collaborateur, J. d'Eghny, terminait son bel article : Histoire d'une Idée\n       (celle d'un Congrès des Religions), par ces mots : Quoi que vaille une idée,\nencore faut-il que celui qui la veut traduire en œuvre soit de taille. M. l'abbé\nCharbonnel a montré surabondamment qu'il ne l'était pas.      Il vient de le montrer\nplus surabondamment encore, en jetant le froc aux orties. Efinita la comedia !\n\n\n\nO     N nous annonce la résurrection de La Nervie, revue d'art et de littérature.\n        Alléluia ! Et bonne chance.\n\n\nM      •\n           Jules Destrée a fait, à l'exposition du Sillon, une conférence vraiment magni­\n            fique sur Fra Angelico. Nous en reparlerons prochainement.\n\n\n\nL   'Association des Chanteurs de Saint-Boniface, à la veille d'entrer dans sa deuxième\n      année d'existence, adresse un nouvel appel à ceux que préoccupe le grave\nproblème d'une rénovation de la musique sacrée dans un sens conforme aux règles\nde la Liturgie et aux vœux de l'Église romaine. Nous appuyons de toutes nos forces\ncet appel aux amis de l'art religieux. Les catholiques doivent soutenir avec enthou­\nsiasme une œuvre aussi élevée et aussi chrétienne.\n   Nous engageons vivement ceux qui ne font pas encore partie de l'œuvre, à\ns'inscrire comme membres protecteurs (la cotisation n'est que de 10 francs). Prière\nde s'adresser à M. H. Carpay, chaussée de Wavre, 103, Bruxelles.\n\n\nP\n      ENSEE DU MOIS :\n        « En détruisant l'antique aspect des cathédrales et des châteaux auxquels\nl'histoire associe le nom d'un héros ou la date d'un fait remarquable, vous effacez\nun sentiment. Chaque fois qu'on modifie la forme d'un édifice, chaque fois qu'on\nabat sous le pic, le compact éclat des palais ruinés, on fait disparaître un souvenir,\non renverse un autel moral, on éteint la flamme d'une gloire nationale.\n                                                    (SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER.)\n\n\n\n O     N nous prie de faire savoir que la Rédaction de La Lutte est transférée\n        rue Franklin, 114.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": ""}, {"page_pdf": 329, "texte": ""}]}