{"numero_id": "ulb-durendal-1897-12-n12", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-001", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 285, "page_fin": 285, "titre_corps": "Aux Amis de Durendal", "titre_sommaire": "Aux Amis de Durendal", "signature_source": "", "ancre_debut": "Aux Amis de Durendal", "ancre_fin": "par l’exaltation de la Beauté", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 332, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "Aux Amis de Durendal\n\n\nN\n           ous annoncions, en notre numéro de Septembre, la bonne\n              nouvelle de l'agrandissement de Durendal. Le succès\n              inespéré de la revue en ces derniers mois, joint au\n              désir de notre éditeur, de réaliser au plus tôt son\nrêve « l'alliance de l'Art et de la Littérature », nous permettront\nd'exécuter notre promesse dès notre prochain numéro.\n  Nous inaugurerons la nouvelle geste de Durendal, par un\nbeau numéro de Noël. Ce numéro sera superbe, enrobé d'une\nnouvelle et très artistique couverture, de Gisbert Combaz, orné de\ndeux illustrations hors texte, et tout à fait extraordinaire par le\nchoix des articles et le nombre de pages.\n  Ce numéro sera le premier de l'année 1898, la cinquième déjà\nde notre vie littéraire.\n  Nous maintenons le prix modique de l'abonnement à Durendal.\n  Puisse ce nouvel effort contribuer à la réalisation toujours plus\nparfaite de notre magnifique idéal :\n\n                   La glorification de Dieu\n                 par l'exaltation de la Beauté.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-002", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 286, "page_fin": 289, "titre_corps": "Un des Nôtres : Charles Buet", "titre_sommaire": "Un des Nôtres (Charles Buet)", "signature_source": "J.-K. 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Il nous fit des conférences\n      littéraires du plus haut intérêt, n o t a m m e n t à Louvain, où il\n      eut pour auditoire tout le monde universitaire.\n         Enfin il collabora à toutes nos revues catholiques, jeunes et\n      anciennes.\n  Il est de notre devoir, nous semble-t-il, de saluer d'un dernier sou­\nvenir la mémoire de notre frère d'armes, frère en art puisqu'il parta­\ngea notre idéal, frère en Dieu puisqu'il partagea nos croyances.\n  Plusieurs des nôtres ont été initiés à l'art contemporain par Charles\nBuet. Ses conférences en Belgique furent une révélation pour eux.\nBuet leur découvrit toute une littérature qu'ils ignoraient absolument,\ndont on ne leur avait soufflé mot au Collège. Il leur fit faire connais­\nsance notamment avec ces grands écrivains catholiques : Ernest Hello,\nBarbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam, qu'il connaissait d'autant\nmieux qu'il avait été lié d'amitié avec eux.\n   Ses jeunes auditeurs tombèrent des nues en entendant parler de\nces grands artistes catholiques, dont on leur avait laissé ignorer\njusqu'à l'existence. E t quand, sur le conseil de Buet, ils ouvrirent et\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "                                     DURENDAL                                       287\n\nlurent les œuvres géniales de ces maîtres en l'art d'enchâsser des pen­\nsées magnifiques en un style d'or, il s'aperçurent du service immense\nqu'on venait de leur rendre.\n   Charles Buet leur avait appris plus de littérature en une heure de\nconférence, qu'ils n'en avaient appris durant toutes leurs humanités.\n   Ce fut un des grands et nombreux services que Buet rendit à la\njeunesse catholique littéraire de Belgique. Elle se souviendra toujours\navec émotion et reconnaissance des aimables causeries littéraires de\nl'éminent écrivain catholique de Paris, ainsi que de sa collaboration\ngénéreuse et désintéressée à leurs jeunes revues d'art, de sa cordialité\ncharmante et de sa sympathique amitié.\n   N'ayant pas suffisamment connu Charles Buet pour en parler avec\nintérêt et compétence, nous nous sommes adressés à un de ses intimes,\nnotre ami J.-K. Huysmans, pour avoir quelques détails sur son\nœuvre. Les voici, en la lettre qu'il a bien voulu adresser à notre colla­\nborateur l'abbé Henry Mœller :\n                                                             Paris, 2 décembre 1897.\n\n                   MON CHER AMI,\n\n   Vous m'avez demandé de vous envoyer quelques renseignements sur la personne\net les écrits du pauvre Buet qui vient de mourir. Les voici, résumés en quelques\nlignes :\n   Je ne connais rien des débuts de Buet; je sais seulement qu'il fut rédacteur en\nchef d'un journal catholique, à l'île Bourbon et qu'après sa rentrée en France, il\ncollabora à l'Univers, à la Revue Catholique de chez Palmé, puis à une série de\npetites feuilles anodines, telles que la Veillée des Chaumières, l'Ouvrier, le Clocher, à\ntoute une séquelle de minuscules revues qui vagissent dans les sous-sols pieux de\nmon quartier.\n   Je le connus après, A Rebours, par l'entremise de Coppée qui, me rencontrant, un\nsoir, m'emmena dans un café de la rue de Sèvres où Buet se trouvait. Il demeurait\nalors avenue de Breteuil et donnait, des dîners et des réceptions; on y coudoyait\nBarbey d'Aurevilly, Hello, Villiers de l'Isle-Adam, Coppée, Rosélia Rousseil, des\nprêtres et toute une bande de débutants qui devinrent, par la suite, les décadents.\n   Il avait raison lorsqu'il disait que toute la jeune littérature avait passé chez lui.\n— Oui, mais il ne la vit jamais qu'en herbe, car aussitôt que l'un de ses invités\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "288                                   DURENDAL\n\nobtenait un succès quelconque, il s'empressait d'oublier l'hospitalière maison qui\navait mis toute ses relations à son service pour aider à ce succès.\n   Sa situation, à cette époque, était ce qu'elle fut jusqu'à sa fin, terrible. Accablé de\ncharges, obligé de subvenir aux besoins de sept personnes, Buet se démenait pour\ngagner son pain. Il entassait volumes sur volumes, articles sur articles, se débat­\ntant avec une incroyable énergie contre le flux montant des dettes. Il tenta, à ce\nmoment, d'un grand coup, fonda une revue, pas mal faite, ma foi, La Minerve. Et\nelle croula, faute d'argent, l'entraînant sous ses décombres.\n  Il quitta Paris et s'en fut résider à Thonon. Là, il pondit des brochures, des\nguides, fit des conférences, continua l'âpre lutte et, une fois de plus, vaincu, il revint\nà Paris où il devait succomber à la peine.\n  Dans ce torrent de volumes de toutes sortes : histoires, romans, nouvelles, feuil­\nletons de cape et d'épée, critiques, théâtre, voyages, il y en a au moins trois qui\nsont intéressants et valent qu'on les cite. Ce sont ses livres sur Barbey d'Aurevilly,\nsur Fcval, et ses Grands Hommes en robe de chambre; ils sont écrits avec une certaine\nverve et enlevés à l'emporte-pièce. Mais eux aussi, s'effondrèrent dans la male­\nchance qui ne le quittait point. Personne n'en parla et personne ne les ouvrit.\n  Le seul succès qu'il obtint, pendant sa vie, en somme, fut celui du Prêtre, joué\ndans un théâtre de Paris. Et tous ses efforts pour faire jouer une autre pièce sont\ndemeurés vains !\n  8a position était, au reste, singulière. Les catholiques auxquels il était, en tant\nqu'ouvrier des lettres et que journaliste, très supérieur, le tenaient en suspicion,\nparce qu'il écrivait dans les journaux laïques et s'éditait chez des éditeurs profanes.\nEt le clan des lecteurs mondains s'écartait de lui, lui reprochant de sentir la sacristie\net l'y renvoyant.\n   La vérité, c'est que le pauvre Buet faisait comme il pouvait ! Il avait été dure­\nment, férocement, exploité par les industriels pieux. Sauf Palmé, qui fut bon pour\nlui, les autres éditeurs l'étranglèrent. N'ai-je pas vu, au moment où sa femme\nmourait, où il lui fallait trouver de l'argent à tout prix, faire un certain traité, en\nbonne et due forme, que lui imposa une librairie religieuse, placée sous le vocable\nd'un grand saint; on lui achetait dix volumes, en toute propriété, avec droit d'en\ntirer toutes les montures, le tout pour une somme de mille francs. Et encore, la\nsomme ne lui fut-elle pas payée d'un coup !\n  En résumé, Buet fut un brave homme, très malheureux et digne, à tous égards,\nde pitié. Qu'il n'eût pas un talent de premier ordre, cela se peut, mais combien\nd'autres qu'il valait bien et qui ont largement vécu avec leur plume, alors que lui\ncrevait littéralement de faim ! Cette déveine était à noter, comme il était bon aussi\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 467, "texte": "                                    DURENDAL                                     289\n\nde signaler l'effroyable égoïsme et l'impitoyable lucre des catholiques qui, non seu­\nlement ne secourent point, mais encore, rançonnent les malheureux qui se vouent\nà les défendre.\n   Je vous envoie, mon cher Ami, toute l'assurance de mes bien affectueux sentiments.\n\n                                                               J.-K. HUYSMANS.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-003", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 290, "titre_corps": "Deuxième chanson : Dans une rose", "titre_sommaire": "Dans une Rose", "signature_source": "Georges Brigode", "ancre_debut": "Deuxième chanson", "ancre_fin": "Georges Brigode", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FRAGMENT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 1587, "texte": "Deuxième chanson\n\n                      Dans une rose.\n                                                                       pour M. J.\n             Dans le pli d'une rose, autrefois fraîche et douce,\n             J'ai trouvé ce matin un be vos chers baisers ;\n             Vous souvient-il ou temps où, les bras enlacés,\n             Nous aimions nous asseoie bans les bois sur la mousse?\n\n             Nous avons bien souvent contemplé les nuits calmes\n             Envabir lentement bes grands cieux assombris,\n             Et les brises passant avec un bruit de palmes\n             Faisaient chanter pour nous les ormes alanguis.\n\n            Que nous étions naïfs et notre âme ingénue!\n            L'émoi d'un tendre aveu ne nous troubla jamais,\n            pourtant, il est bien vrai, toujours à ma venue\n            Vous vous leviez tremblante... et moi je vous aimais.\n\n            Nous aimions nos baisers pour tout ce qu'ils avaient\n            De volupté paisible et be lente bouceur;\n            C'est ainsi que taisant ce que nos coeurs chantaient\n            Nous écoutions pensifs les silences berceurs.\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "290                                     DURENDAL\n\n\n             Comme tout ici=bas, ce bonbeur sans secousse\n             S'est éteint un beau jour, laissant deux cœurs blessés.\n             Dans le pli d'unc rose, autrefois fraîche et oouce\n             Son souvenir revit parmi quelques baisers.\n\n             puis est venu l'oubli qui toute peine émouese.\n             Jeunesse ! amour ! pourquoi si vite avoir passé ? !\n             Vous souvient-il du temps où les bras enlacés\n             Nous aimions nous asseoir dans les bois sur la mousse ?\n Octobre 1897.\n                                                                       Georges Brigode.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-004", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 290, "page_fin": 295, "titre_corps": "Fragment", "titre_sommaire": "Fragment", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "FRAGMENT", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EFFETS DE NEIGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 683, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "FRAGMENT                                          (1)\n\n\n\n\n                                                I\n\n\n\n\nT\n                ROIS têtes penchées sous la   clarté de la lampe suspendue\n               et, dansla salle basse où l'on vient de rabattre, à cause\n               de la fraîcheur h u m i d e , les vantaux de la fenêtre, un\n               rayon d'air chargé de pollen se glisse et tourbillonne.\n  Ce qui émane des plantes se mêle à ce qui émane des êtres.\n  Les âmes aspirent les rumeurs fériales que la nature convoie par\ndessus la ville pieuse endormie. L a vie profonde affleure. Deux vies\nse touchent; c'est leur baiser. Les lèvres de l'impalpable sont frôlées\ndes lèvres sensibles. On entend les pensées qui voyagent pour la\nfécondation du monde spirituel.\n   L a voix du carillon retentit.\n  Les trois têtes se redressent et écoutent : une monodie majeure,\nlente, fleur sonore à tige grave épanouissant des couleurs heureuses\n  (1) D'un livre qui paraîtra prochainement sous le titre : Religion   d'être.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "                               DURENDAL                               291\n\n\ndans la nuit... Au troisième membre, près de conclure, le t h è m e\ns'éteint. L e cycle de l'heure n'est pas accompli.\n   L e père se remet à écrire ; Ghislaine laisse retomber les yeux sur\nle livre qu'elle lit; Joël la regarde.\n   C'est un livre d'images; le texte en est fait de lignes et de couleurs.\nJoël aime ce livre très ancien et très jeune où s'extériorise l'émotion de\nsa pensée. Il l'a donné à Ghislaine; elle y puise, a même les mains et\nles yeux des petites sœurs illusoires qui le peuplent, de quoi nourrir\nson imagination affectueuse.\n   Les psychélides ! c'est ainsi que la fantaisie de Joël a nommé ces\npetites êtres subtiles qui reviennent, à chaque printemps, semer\nl'amour par la contrée. Vouées aux jeux sacrés du désir, elles réalisent\ninnocemment la destinée. Mélancolique ou rieuse, leur théorie ser­\npente à travers l'île. Elles viennent de la mer, elles y retournent;\nelles naissent et meurent d'elle.\n   Ghislaine suit leurs jeux. Elle a, comme son frère, le pouvoir\nd'animer toujours plus vivement et plus loin ce qu'elle considère.\n   — J'en vois chaque soir de nouvelles, J o ; celles de la dernière page\nsont bien plus nombreuses que nous n'avions cru. T o u t au fond, tout\nau fond, derrière les blondes assises en rond sur le sable, il y en a qui\nsont fluides et pâles comme l'eau. On dirait que mon regard les éveille.\nA chaque vague que mon regard touche, il y en a une qui se lève de\nl'eau. L a mer les berce ; elles sont couchées sous l'écume.\n  D'un geste vif, elle tourne la page :\n  — Je ne veux pas les voir toutes aujourd'hui... c'est amusant d'en\ndécouvrir qu'on ne connaît pas !\n  Les feuillets passent, rapides, chassés à rebours, dans un remous de\nlumière, comme les palettes d'une roue qu'on détourne :\n  — L'air est rose où elles entrent; elles se colorent à mesure qu'elles\navancent dans la campagne. E n passant sous les ailes du moulin à\nvent elles étaient toutes soulevées... elles se sont assises près du\nmoulin à eau; elles se serrent l'une à l'autre. Elles attendent quel­\nqu'un... tu ne crois pas?..,\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "292                            DURENDAL\n\n\n   Elle rouvre le livre à la première page. Les jolis visages se haussent\nau bord de la haie :\n   — Les premières arrivent au jardin; elles cognent à la porte en\nlattis. Il y a déjà des roses!... Toutes les autres déroulent leur bande\nà la file... Elles se tiennent par la main. Il y en a, il y en a... tant\nqu'on les voit pâlir au loin... Mon Dieu!...\n   Saisie de ferveur, elle remonte lentement le cours de leur voyage :\n   — Nous allons à leur rencontre, Jo!...\n   Il sourit...\n   — Je t'assure !\n   C'était de bonheur qu'il souriait en observant les variations de l'émoi\nau visage de Ghislaine, car la joie de sa sœur a traversé d'un rayon de\nsoleil, large comme ce sourire, sa méditation commençante.\n   — Sont-elles à la forêt?\n   — Pas encore.\n   Il attend. Sa main trace à froid des schèmes dans le cercle de clarté\nqui tombe de la lampe.\n   Curieuse de tout, Ghislaine lui demande ce que c'est.\n   — Un triangle; regarde, il tourne et ne sort pas du cercle lumineux.\n   — Oh! oui... C'est drôle!...\n   Son attention légère, devançant la figure, fait le tour du cercle et se\ndissipe ;\n   — de la géométrie...\n   Ses yeux reviennent au livre.\n   — De la géométrie... et quelque chose de plus.\n   Il a envie d'ajouter :\n   — Vois-tu, c'est le triangle de notre intimité...\n   Puis il songe que ceci est vraiment un peu abstrait pour sa petite\nsœur aux images; mais le père qui a compris le signe, sourit à la\n pensée de Joël, car que fait-il lui-même, en ce moment de vie reposée\noù leurs esprits s'espacent, si ce n'est fixer des types d'harmonie, ces\n petites étoiles noires aux cordes des portées, signes, couleur d'idée,\n qui dégageraient à la chaleur de l'acte, une intensité de sensations.\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "                               DURENDAL                               293\n\n   — Penser que ces signes froids ont des rapports ardents et que,\ntransposés dans le monde physique, ils vont éclater de vie, dit Joël:\n   L e père le regarde.\n   Les figures qui venaient à la rencontre de Joël et de Ghislaine\npassent en lui comme des ombres... C'est l'éclipsé des images à la\nlumière intense de sa pensée... Les psychélides sont entrées dans la\nforêt; il écoute leurs pas et leurs voix; des rythmes battent, palpitent\net se nouent en lui.\n   — Sans doute, la musique physique est un moyen d'atteindre à\nl'âme par le corps; mais si tu lis ceci, tu toucheras l'âme immédia­\ntement et dans le silence où elle est pure. Ces fleurs abstraites ont\nleurs racines dans l'Éternel Sensible. Oublie de savoir ce que chacun\nde ces signes représente et, dans la nuit de ton esprit, les notes surgi­\nront lumineuses comme les étoiles du fond du ciel... Qu'entends-tu\nq u a n d t u r e g a r d e s le ciel ?\n   — L e s petites sont en plein soleil sur la colline ! crie Ghislaine\nétourdiment; puis, voyant leurs visages graves... une sensation lui\nglisse aux yeux, nuancée et furtive, l'envolement d'une g a m m e d'ailes\nde papillons à travers la page... L'instant ne l'effarouche p a s ; il lui\nest familier ; c'est l'oiseau blanc qui passe ; elle se tait au bord de\nl'étendue.\n  — J'entends graviter le silence... dit Joël, qui s'émerveille de pro­\nnoncer si aisément ce que l'esprit de son père lui suscite.\n\n                                    II\n\n   L'organiste... c'est avec une intonation de respect que les gens de\nla ville désignent ainsi le vieillard en regardant venir sa tête maigre et\nblanche aux yeux de ciel. Ils subissent la force inexplicable de sa\ndouceur. Son visage récèle des choses qu'ils ne comprennent pas, et\nquand ils vont l'entendre à l'église, ils perdent à mi-chemin la trace de\nses chants.\n   L'organiste... le mot a depuis longtemps une portée haute pour lui;\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "294                             DURENDAL\n\nil est attaché à ce clavier; mais ce qu'il y joue retentit au delà de\ntoute liturgie. Il consent à sa fonction extérieure; il l'accomplit\nd'instinct, comme en songe, laissant faire ses mains qui savent la\nforme des thèmes. Autre chose l'occupe.\n   — L e plus grand nombre, dit-il, ne perçoit, de la musique comme\nde la vie, que l'apparence. Je conçois une musique innée qui formule\nl'essentiel. S'il faut que la sonorité des œuvres émeuve la foule, je\ncrois qu'elles ne seront religieusement aimées que de ceux qui vien­\ndront y lire leur être dans le silence.\n   On dirait qu'en ce moment les planètes précipitent et resserrent\nleur giration passionnées...\n  Y aurait-il là-haut des cordes tellement sensibles qu'un regard les\nferait entrer en vibration ?...\n   Devant la mer, un soir, ils contemplaient l'eau du couchant de l'île\nse refléter à l'orient de leur âme. Joël écoutait son père recueillir entre\neux, avec des paroles tranquilles, les sensations éparses.\n  Sa voix, quand il dit de ces choses, a des parois de lumière, son\nregard se teinte d'éternité! Les mots se posent sur l'eau calme et se\nmettent à descendre...\n  Des mots perdus descendent dans l'eau sans fond depuis des siècles,\nmais autour de la place où ils sont tombés l'eau frémit, des ondes se\ndilatent et s'étendent...\n  L'océan qui chavirait sous le poids du soleil rouge soulevait aux\nbords invisibles, un soleil de diamant. Ce soleil rayonnait par le\nregard du père; la clarté de son regard augmentait avec la nuit. Joël\nvoyait monter dans ses yeux la fraîcheur argentée de l'autre matin du\nmonde.\n   Il y a ainsi des êtres avec qui nous sommes toujours au bord de\nl'océan spirituel; lorsqu'ils se posent devant nous l'espace s'ouvre. Ils\nviennent et leur seule présence nous délivre.\n   Joël est jeune. De telles clartés le touchent comme celles de l'aube,\ndans un bruissement de souffles.\n   Bien qu'il soit, par la qualité de son âme, prédestiné au rêve, elles\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 446, "texte": "                               DURENDAL                              295\n\nsemblent lui annoncer le jour de l'action et au milieu de la grande\npaix de l'île, il attend ce jour moins patiemment depuis quelque\ntemps.\n  Il va prendre dans un coin le plan de l'île et le déroule sur la table.\n  Le père s'arrête d'écrire, Ghislaine se lève pour mieux voir.\n\n                                                      HENRY    MAUBEL.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-005", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 295, "page_fin": 295, "titre_corps": "Effets de neige", "titre_sommaire": "Effet de Neige", "signature_source": "R. 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THOMAS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-006", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 300, "titre_corps": "Hermann de Baets : En réponse aux virtuosités du P. Delattre", "titre_sommaire": "Hermann de Baets", "signature_source": "L’abbé Henry Moeller", "ancre_debut": "HERMANN DE BAETS", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA MEURTRIERE REALITE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "HERMANN DE BAETS\n                 (En réponse aux virtuosités du P.      Delattre)\n\n\n\n\nJ\n        'ÉCRIS   là un nom qui est imprimé en lettres de feu dans nos\n         cœurs. J a m a i s homme ne rendit autant de services aux jeunes\n         catholiques que cet admirable éducateur de la jeunesse.\n            É d u c a t e u r ! oh o u i ! il l'a été pour nous tous dans la plus\nhaute acception du mot. Car c'est lui qui fit vraiment notre éducation\nlittéraire, artistique et sociale, par le plus merveilleux et le plus\nfécondant des apostolats, s'affirmant dans des écrits imprégnés d'une\nsève puissante, dans des conférences débordantes d'humour et de bon\nsens, dans un enseignement fier, indépendant de toute coterie, de tout\nparti pris, de toute idée préconçue, bousculant les éternels préjugés\nde la bêtise humaine, balayant toutes les formules vides de sens,\njetant par dessus bord toutes les idées surannées.\n   On nous avait desséché l'âme et déformé l'intelligence par un\nenseignement vieillot et purement archéologique, comprimant toute\nspontanéité, nous mettant en garde contre les idées personnelles, les\nseules qui vaillent, nous interdisant, comme s'il s'agissait d'un péché,\nles seules lectures qui eussent pu nous initier à la vie.\n   Nous quittâmes les bancs de nos classes ignorants de notre t e m p s ,\nde son art, de sa littérature, de ses hommes et de ses tendances. On\nnous avait tellement prévenu contre le monde contemporain, que ce\nmonde était un mythe pour nous. E t lorsque l'un ou l'autre d'entre\nnous, appelé à jouer un rôle dans la société, voulut s'en acquitter, il se\ntrouva tout à fait dépaysé, dans un monde totalement différent de\ncelui qu'on lui avait dépeint. Il parla, on ne l'écouta pas. Il écrivit, on\nne le lut pas.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "                                 DURENDAL                                 297\n\n   Les jeunes, en dépit de leur bon vouloir, furent désarçonnés du\ncoup. Un lutteur catholique qui se trouvait sur la brèche à côté d'eux,\ns'aperçut de leur désarroi. Il alla à cette jeunesse. Il mit à son service\ntout son grand cœur, toute sa belle âme, toutes les ressources de\nsa noble intelligence.\n   Cet homme, c'est H e r m a n n de Baets.\n   T o u s les jeunes catholiques le reconnaissent pour leur maître et\nsont fiers de se dire ses disciples. Ils le considèrent, à juste titre,\ncomme leur bienfaiteur et leur sauveur. Sauveur! oh oui ! il le fut pour\neux. Il empêcha cette jeunesse de croupir éternellement dans la médio­\ncrité. Ils y étaient fatalement voués de par l'éducation absurde qu'on\nleur avait donnée jusqu'à ce jour.\n    H e r m a n n de Baets leur montra qu'au fond de l'incapacité d'action\noù ils étaient emprisonnés, il y avait tout simplement un vice d'édu­\ncation première, un manque de culture artistique et littéraire primor­\ndiale : « L'enseignement des humanités dans l'état de choses d'aujourd'hui ne\nva pas à la culture artistique, à la culture littéraire. Il reste confiné dans\nl'étude du mécanisme. »\n   Cet enseignement, au lieu d'éveiller la personnalité et d'activer la\nspontanéité des jeunes esprits, a pour effet de les paralyser, en les\nenfermant dans un étau. De là une incapacité totale de penser,\nd'écrire ou de parler d'une façon personnelle.\n   Il ne suffit pas de savoir manier la parole ou la plume, d'une manière\ntelle quelle, pour s'imposer à l'attention des hommes. Il faut encore le\nsavoir faire avec l'art et dans la langue de son époque. On arrive à\ncette puissance de l'éloquence et à cette maîtrise de l'écriture, non en\nétudiant une littérature de cimetière et un art de musée d'antiquités,\nmais en écoutant les orateurs, en lisant les écrivains, en contemplant\nles chefs-d'œuvre contemporains.\n  E t la rhétorique qu'on nous expliquât avec tant de soins, d u r a n t\ntant d'années, au collège, que faut-il en faire, s'écrièrent les jeunes?\n     Jetez-la par la fenêtre, leur répondit spirituellement H e r m a n n\nde Baets. La rhétorique n'a jamais formé un orateur. » Elle n'est qu'un\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "298                                 DURENDAL\n\n\nembarras, un bâton dans les jambes. Voulez-vous ne jamais savoir ni\nparler, ni écrire? Servez-vous de cette mécanique imbécile, dont des\néducateurs inconscients vous ont, plus par routine que par manque de\nsens, expliqué si minutieusement tous les rouages inutiles.\n   Aspirez-vous à devenir un orateur, un écrivain, un homme, enfin?\nDébarrassez-vous des cuirasses de carton, des armes en papier mâché\net de tout cet équipement grotesque de don Quichotte dont on vous a\naffublé.\n   Et les classiques? Que faut-il en faire?\n   Mais ne les avez-vous donc pas étudiés suffisamment et trop, hélas!\nau collège? On vous en a saturé jusqu'à l'écœurement. Vous en avez\ngagné une péritonite intellectuelle. Je ne vous dis pas : Ne les lisez\nplus jamais. Faites-le si vous en avez le courage, mais plus tard, si\nvous savez encore votre latin, car à la façon dont on vous l'a enseigné,\nil est probable que, comme moi, vous l'aurez oublié. Mais de grâce\nallez au plus pressé. Vous êtes des ignorants de la vie. « Ouvrez donc\nvos yeux et vos oreilles tout larges. » Voyez ce qui se passe autour de\nvous. Vous avez assez longtemps vécu avec les mânes des antiques.\nVivez enfin avec les vivants. Lisez ce qu'écrivent, ruminez ce que\npensent, écoutez ce que disent les hommes de votre génération. Que\nvous importent les antiennes que l'on chantait jadis.\n   En un mot étudiez les modernes et tâchez d'écrire et de parler\ncomme eux. Tout le secret est là. Quand vous saurez parler comme\neux, on vous écoutera, quand vous saurez écrire comme eux, on vous\nlira.\n   Mais les auteurs modernes sont, paraît-il, si dangereux. Nos maîtres\nnous ont tellement mis en garde contre eux, que nous n'osons les\naborder. C'est le fruit défendu, nous disait-on. Un catholique ne\npeut y toucher.\n    « Dangereux! eh! sans doute, ces livres le sont, mais pour des enfants. Mais vous\n n'êtes plus des enfants ; vous êtes des intellectuels.\n    Et pour les intellectuels, pour ceux qui, par leurs études, se préparent à remplir\n certains devoirs d'Etat, pour ceux qui auront une responsabilité à prendre dans\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "                                    DURENDAL                                        299\n\nl'existence, qui auront une direction à donner, qui, comme pères, auront à diriger\nla foule dans les choses de la politique, c'est une nécessité inéluctable de lire et de\nlire tout. On ne va pas à la haute intellectualité sans avoir une direction à exercer\nsur les autres, et, dès ce moment, il faut connaître à fond le terrain sur lequel on\naura à se diriger et à diriger les autres. Et, pour bien s'y retrouver, il faut d'abord\nconnaître les fondrières, les gouffres. Certes, il ne faut connaître ces choses-là qu'à\nl'âge où l'on est capable de les affronter sans danger.\n   Le grand tort est de laisser nos jeunes gens quitter le collège sans orientation\naucune, tomber dans la littérature moderne comme dans un pays inconnu. Une\ninitiation méthodique, progressive, prudente est indispensable.\n   Pourquoi ne dirait-on pas : voilà tel auteur, voilà son mérite littéraire, son œuvre\nest dangereuse, ne la lisez pas actuellement. Mais je vous la fais connaître par\nextraits. Cette allure franche et sincère inspirera confiance à l'élève. Plus tard,\nl'enseignement universitaire devrait reprendre d'une main vigoureuse la critique de\nla littérature moderne, y diriger les jeunes gens préparés à recevoir la direction.\n\n\n\n   Telle, Messieurs, la morale d'un enseignement littéraire qui prétendait nous isoler\nde tous les périls, dans un classicisme étanche. C'est dangereux, c'est mauvais !\n   C'est, de plus, fatal à l'influence catholique dans le monde. Si nous voulons diriger,\nsi nous voulons exercer une action forte, il faut, et ceci est la règle, en littérature\ncomme en sciences et en politique, il faut que nous employions toutes les forces\nhumaines de notre temps, que partout nous soyons à la tête du mouvement. Ceci\nexige la préparation, non par la facile conservation à l'abri des périls; mais la vigou­\nreuse formation en pleine connaissance des difficultés et des dangers de la lutte ».\n\n\n   Tel, en ses grandes lignes, l'enseignement d'une profondeur de\nconception et d'une élévation de vue admirables, que nous donna\ndepuis toujours, avec une maîtrise sans égale, Hermann de Baets.\n   Il nous le répéta l'an passé, au Congrès de Gand, en cette page\n'magistrale dont nous venons de donner un extrait, avec cette élo­\nquence communicative qui fait frissonner les âmes, avec cette force de\nlogique qui captive les intelligences, avec cette largeur d'idées qui est\nle fait des esprits supérieurs.\n   Tel fut le vrai sens du discours d'Hermann de Baets. On lui\nen attribue gratuitement un autre dans un pamphlet récent. Il est\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "300                                DURENDAL\n\n\napocryphe. C'est la caricature du discours authentique. C'est l'œuvre\nd'un faussaire.\n   A lire la grande!!! critique du P. Delattre, ne dirait-on pas que\ntout le discours de l'orateur n'a été qu'un éreintement du Télémaque\net des classiques ? Il en parle à peine dans une ou deux phrases inci­\ndentes !\n   Nous avons tenu à rétablir la vérité, parce que nous aimons Her­\nmann de Baets. Nous savons tout ce dont nous lui sommes redeva­\nbles. C'est notre Maître et nous en sommes fiers. Nous nous sommes\nbien trouvés de son enseignement. Les disciples qui ont été fidèles\naux leçons de cet éducateur incomparable n'ont pas eu à s'en repentir,\nLa reconnaissance la plus élémentaire nous fait un devoir de le pro­\nclamer et de lui dire, avec toute notre âme, combien les attaques\ninsinuantes et malveillantes dirigées contre lui, dans le pamphlet\nsus-dit, nous ont blessés au cœur, nous, ses disciples de la première\nheure et ses admirateurs enthousiastes.\n                                                  L'abbé HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-007", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 300, "page_fin": 303, "titre_corps": "La Meurtrière Réalité : Fragment", "titre_sommaire": "La meurtrière Réalité", "signature_source": "José Hennebicq", "ancre_debut": "LA MEURTRIERE REALITE", "ancre_fin": "JOSE HENNEBICQ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Cas Charbonnel", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 347, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "LA MEURTRIÈRE RÉALITÉ\n                               FRAGMENT         (1)\n\n\n\n\n N\n          E nous créons-nous pas souvent un être de rêve qui surgit devant nous\n             par des fois tel que nous le concevons ? Entité abstraite que nous\n            concrétisons dans la vie, en voyant une créature inconnue revêtir, de\nsa forme impeccable, l'âme élue pour sœur !\n  N'est-elle pas près de nous, ne partage-t-elle pas nos joies et nos mélancolies ?\n  (1) D'un prochain livre.\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "                                     DURENDAL                                       301\n\nAmie plutôt qu'amante, ne vit-elle pas avec nous, comme nous vivons avec elle,\npuisque nous ne vivons réellement que de rêve ?\n  N'est-elle pas belle, puisque notre rêve est beau; n'est-elle pas pure, puisque\nnotre amour est pur ; n'est-elle pas idéale, puisque notre désir est idéal...!\n  J'ai ce bonheur de posséder une âme-sœur qui m'aide à vivre parmi les hommes :\nêtre invisible mais que je vois les yeux clos ; être impalpable mais dont je sens la\nmain, aux jours mauvais surtout, dont j'entends la voix et qui marche avec moi...\n  » Parfois elle m'apparait, sous les traits d'une femme entrevue qui passe et\nqui fuit telle qu'une vision... »\n  Ainsi parlait à Yolande, Georges Elian, le poète.\n\n\n   Les réceptions mondaines suscitent de fatidiques rencontres. Deux êtres, jusqu'à\nce soir l'un à l'autre inconnus, sentent leurs cœurs et leurs esprits s'aimanter.\n   Il leur semble s'être aimés déjà. Quand ? Dans une vie abolie peut-être.\n   Ils se soupçonnent proches d'une virginale parenté, exempte de toute chair.\nPourquoi, d'ailleurs, leurs lèvres se rencontreraient-elles, puisque leurs âmes se\ndonnent le baiser spirituel.\n   Georges Elian était allé au jeudi de Mme de St..., mû par un mobile qu'il\nn'avait pu analyser; inconsciemment tenté de se mêler à ses semblables qu'il\nn'aimait guère, car, au retour de la plupart de ces vaines soirées il se répétait avec\n['Imitation ; Je ne suis jamais allé dans la société des hommes sans en revenir\nmoins homme que j'étais. » Lui qui se complaisait, avec une sorte de volupté fière,\nde dédain hautain, à se cloîtrer en son « home », il avait été poussé à le quitter et à\n< descendre aux inférieurs , ainsi qu'il appelait lui-même ses rares visites mon­\ndaines. Elles n'étaient guère que de nécessaires épreuves pour sa volonté, que de\npréventives thérapies. Particulière était son aversion pour les salons dits « litté-\nraires qui ne favorisent que d'oiseuses discussions. Il allait même regretter d'être\nvenu chez Mme de St... quand on annonça Yolande.\n   Elle avait cédé, elle aussi, à une insolite et mystérieuse attirance; elle avait eu la\nsensation d'être saisie par la main et guidée vers ce salon où, pour la première fois,\nelle apparaissait. Car n'était-elle pas une apparition ? On la devinait belle, telle un\nbloc transmué en déesse par Phidias. Son corps souple et qu'un rythme en cadence\nbalançait, on se rappelait l'avoir vu éternisé en un geste sublime. Adornée du\npéplos et dans la stase harmonieuse d'un indolent nonchaloir, elle eût évoqué, par\nl'eurythmie de ses formes et de ses attitudes, l'Ariane endormie ou la Parque\ncouchée. Son visage avait la pâleur lumineuse des marbres; son nez aux palpitantes\nnarines s'attachait droit au front; ses yeux, jumeaux diamants noirs sous leurs\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "302                                  DURENDAL\n\nnoirs sourcils, assombrissaient son masque vénusien qu'auréolait étrangement le\ncasque d'or clair des cheveux.\n  Bourrèle des cœurs pubères, elle fascinait impérieusement. Mais Elian que la\nchair avait désenchanté, l'admirait sans désir, ainsi qu'un pur Paros.\n  Elle lui faisait songer au sonnet de Charles Baudelaire : La Beauté :\n\n                  Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre,\n                  Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,\n                  Est fait pour inspirer au poète un amour\n                  Éternel et muet ainsi que la matière !\n\n\n\n   Une âme, hantée d'idéal, habitait cette vivante icône de Beauté devant laquelle\nl'émerveillé venait de ressentir les troublants émois que, seule, la Vénus victorieuse\nlui avait donnés.\n   Yolande avait toujours banni ceux qui ne la regardaient qu'avec les yeux des\nsens. Comme la Vénus, elle voulait rester voilée à mi-corps. Encore qu'elle fût désil­\nlusionnée (la mauvaise fortune s'était abattue sur elle, telle qu'un sinistre oiseau sur\nune proie), elle supportait la vie, pareille à ces cariatides taciturnes qui, droites et\nrières, soutiennent, sans ployer, d'impérissables monuments. Parfois, cependant —\ndans sa souffrance de n'être pas aimée — elle croyait sentir s'en aller, par les plaies\nbéantes de son cœur, l'amour lilial et peut-être impossible qui la magnifiait.\n   Les discrets épanchements du jeune homme, ses paroles, si lointaines d'ici-bas,\nl'avaient aimantée vers lui, comme Elian avait été attiré vers elle.\n   Georges était, naguère tombé dans de charnelles embûches insidieusement tendues\nà son adolescence inexperte. Mais, pareils à la lance d'Achille, les malignes\nflèches d'Eros, en le frappant, avaient guéri les vénielles blessures qu'elles lui\navaient faites. Il s'était relevé, attendant l'amour sauveur et réparateur de ses\nanciens dams.\n   Ces deux êtres étaient déjà l'un à l'autre liés par de mystérieux prestiges. Leurs\ncœurs et leurs pensées n'avaient pu communier en cette soirée parmi l'ambiance\nadverse. Mais leurs aspirations n'étaient-elles pas jumelles! Elle lui avait laissé lire\nquelques pages du livre, aux signets noirs, de sa vie. Pour elle, il avait entr'ouvert\nce coffret, tout imprégné d'odeurs volatiles, qu'était son âme avec ses étranges\nsecrets et ses mystiques envols.\n   Elle était devinée, il était compris.\n   — « Je vous pressens, lui dit-elle en le quittant, d'une autre race que les inanes\nhabits noirs qui nous entourent. Aussi serais-je heureuse de causer encore et plus\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1298, "texte": "                                        DURENDAL                                      303\n\nlongtemps avec vous. Mon vouloir et mon dédain du monde — mes trente ans aussi\nronisa-t-elle — me délient des courantes conventions. Je pars, pour quelque temps\npeut-être, mais écrivez-moi : vos lettres me parviendront. Dites-moi vos souffrances,\nvos efforts, laissez-moi partager votre vie spirituelle... J'ai tant besoin d'entendre\nune voix qui ne mente p a s . . . »\n  En cet égrège, elle avait reconnu un ami, un élu du rêve, un habitant de ce pays\nignoré des géographes, de cette mystérieuse contrée de l'Idéal qui n'existe que pour\nceux qui savent la découvrir.\n  Elian, lui, venait de voir — vivante et belle — l'Eve imaginaire, la familière\nMinerve, fille de son cerveau.\n  Mais cet inattendu, cet inespéré prolongement du rêve dans la réalité, n'était-ce\npas une menteuse hallucination dont il était le jouet ridicule? Non, l'être impalpable,\nle mythe allait devenir réel; il l'était déjà, car le poète, lui avait parlé. L a c h è r e\nvision était prisonnière de ses y e u x . . .                            .     .\n\n\n\n                                                                 J O S É HENNEBICQ.\n\n\n\n\n                                                                            (I)\n           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-008", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 306, "titre_corps": "Le Cas Charbonnel", "titre_sommaire": "Le Cas Charbonnel", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "Le Cas Charbonnel", "ancre_fin": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PETITE CHANSON D’ESCHOLIER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 350, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 1298, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "Le Cas Charbonnel\n\nM            ONSIEUR   Victor Charbonnel, ci-devant prêtre catholique,\n               signifia récemment à l'Église qu'il cessait de relever\n               d'Elle.\n             M. Charbonnel n'est pas le premier apostat; dans sa furie\nde réclame il le doit regretter; tout au moins est-il le premier qui\nérigea l'apostasie en une sorte de boulangisme, habilement servi par\nles proclamations, les lettres et les interviews; le coup fut bien\npréparé, et le jour où M. Charbonnel dépouilla la soutane pour\nrevêtir la redingote, tout Paris avait les yeux sur lui.\n (1) VICTOR CHARBONNEL. — La Volonté de vivre, Paris, Colin.\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "304                            DURENDAL\n\n\n   L'histoire, même en ce siècle, signale d'analogues ruptures, mais\nelles se présentèrent toujours comme le dénouement de drames de\nconscience si angoissants qu'ils commandaient la modestie à l'apostat et\npar là même la réserve au public; M. Charbonnel ayant voulu se\ndonner l'originalité, devant la galerie, de tirer sa révérence à l'Église,\nen un geste détaché de snob, nous pouvons dire brutalement ce que\nnous pensons de son cas.\n   Et ce que nous en pensons, le voici : l'exode de M. Charbonnel est\nun bon débarras !\n   Il serait puéril de contester le talent de M. Charbonnel et la\nvaleur littéraire des livres qu'il publia et notamment du dernier\nd'entr'eux : la Volonté de vivre... Nous n'éprouvons nul embarras\nà confesser le charme d'harmonie et de nuances, l'enveloppante et\nmusicale langueur, le chatoiement chaud et coloré qui se dégagent de\ncette œuvre; elle dénote un styliste remarquablement doué, de la\nlignée des Renan, des France et des Barrès... Nous irons plus loin :\nil y a dans la Volonté de vivre tels passages, tels chapitres entiers —\ncelui notamment sur la « Vie intérieure », — qui relèvent d'une bienfai­\nsante et profonde psychologie et apparaissent comme de très artis­\ntiques transpositions de certaines méditations de saint Ignace de\n Loyola... Et les fragments « sur le caractère » sont, à notre sens,\n parmi les commentaires les plus adéquats des sévères enseignements\n de l'Imitation !...\n    C'est donc en puisant à la source pure et intégrale du culte dont il\n fut le ministre que M. Charbonnel trouva ses meilleures et ses plus\n belles inspirations; malheureusement, ces pages irréprochables servent\n d'introduction et d'appât à des dissertations ou la croyance chrétienne\n se dilue dans une creuse et vague psychologie pour aboutir au pan­\n théisme romantique du chapitre « sur la Religion » et enfin, à cette\n Prière, pompeusement équivoque « au Dieu inconnu ».\n    Il faut se féliciter que l'apostasie de M. Charbonnel ait été concomi­\n tante à la publication de la Volonté de vivre : quand, dorénavant,\n  M. Charbonnel prétendra encore qu'il a déserté l'Église parce que\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "                                      DURENDAL                          305\n\nl'inflexibilité étroite et rigoureuse des Dogmes ne pouvait s'adapter\naux évolutions progressives de la pensée contemporaine, il sera aisé\nde lui répondre ; car non seulement, dans son œuvre récente, M. Char­\nbonnel ne démontre pas « l'inappropriation radicale » des Dogmes,\nmais il ignore les Dogmes, il passe à côté des Dogmes et leur\nsubstitue une religiosité rêvassière, de plus en plus inconsistante et\nvaporeuse !...\n  E t là était le danger — aussi longtemps que M. Charbonnel\ndemeurait dans l'Église — de l'apostolat qu'il avait entrepris.\n  Depuis des années en vérité, un mouvement qu'il importe non\nseulement de respecter mais d'encourager, entraîne les intellectualités\ncontemporaines, saturées de positivisme, dans l'orbite de l'idéal chrétien.\n   L'évolution est sensible et progressive... De notables recrues lui\nadviennent à chaque étape : hier c'était M. J.-K. H u y s m a n s , aujour­\nd'hui c'est M. Brunetière... L'heure n'est pas éloignée où ce courant\nde bonnes volontés, venues de régions qu'on croyait perdues pour\nl'Église, se confondra dans le large fleuve du catholicisme.\n   Or, pour ces néophytes de la vérité, partis de l'intuition et en route\nvers la certitude, le spectacle n'était-il pas déconcertant de voir un\nprêtre de Jésus-Christ entreprendre à rebours la route qu'ils ont\nparcourue, et délaissant la certitude, cheminer d'un cœur léger vers\nles vagissements de l'intuition.\n Aujourd'hui cette équivoque est dissipée et ce danger a disparu :\nM. Charbonnel a jeté la soutane — et le masque !\n   Bon débarras !\n   E t voici déjà que la punition commence : les rares catholiques qui\ns'étaient illusionnés sur la sincérité de M. Charbonnel se sont naturel­\nlement détournés de lui ; quant aux libres penseurs, après l'avoir\naccueilli avec une froideur marquée, ils lui réclament impérieusement\ndes gages : « Vous avez reconquis votre liberté, lui disent-ils, c'est bien,\nmais prouvez-nous maintenant que cela valait la peine de la con­\nquérir (1) ! »\n  (1) Mercure de France. Novembre 1897, p. .547.\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "306                              DURENDAL\n\n\n   . . . D a n s un ouvrage récent sur Lamennais intime, M. A. Roussel\nécrit : « L a m e n n a i s , tant qu'il demeura enfant soumis de l'Église,\nexerça sur lajeunesse catholiqne un ascendant irrésistible; sitôt qu'il\ns'éloigna de l'obéissance filiale due à cette même Église, son -prestige\nauprès des jeunes gens s'évanouit aussitôt, pour jamais. E t lajeunesse\nrévolutionnaire, de son coté, ne le considéra point comme son porte-\ndrapeau ; elle s'isola du L a m e n n a i s libre penseur, comme elle s'était\nécartée du L a m e n n a i s catholique. »\n  Si parva licet componere magnis, tel est le sort aussi qui attend, pour\nson châtiment, celui qui fut l'abbé Charbonnel !\n\n                                            FIRMIN VANDEN BOSCH.\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-009", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 306, "page_fin": 307, "titre_corps": "Petite Chanson d’Escholier", "titre_sommaire": "Petite Chanson d’Escholier", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "PETITE CHANSON D’ESCHOLIER", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UN ESSAI D’ART CHRETIEN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 353, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "PETITE CHANSON D'ESCHOLIER\n\n\n                   Sans presque encore nous connaître,\n                   Nous nous sommes aimés d'amour...\n                   Et nous ne faisions plus qu'un être\n                          Dès le premier jour.\n\n                   Je lisais déjà tes pensées\n                   Dans tes grands yeux couleur d'espoir...\n                   Et nos mains se sont enlacées\n                           Dès le premier soir.\n\n                   Nous marchions aux jardins; la brise\n                   Soupirait dans l'or des rameaux...\n                   Tu parlais, — et je t'ai comprise\n                           Dès les premiers mots.\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 382, "texte": "                                       DURENDAL                                           307\n\n                Et tu n'eus pas besoin d'entendre\n                Mon secret prononcé tout bas :\n                Ton cœur avait su le surprendre\n                        Dès les premiers pas !\n    Octobre 1897.                                                   FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-010", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 307, "page_fin": 309, "titre_corps": "Un Essai d’Art chrétien", "titre_sommaire": "Un Essai d’Art chrétien", "signature_source": "H. M.", "ancre_debut": "UN ESSAI D’ART CHRETIEN", "ancre_fin": "H M", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notre Académie", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 354, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 382, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "U N ESSAI D'ART CHRÉTIEN\n\n                  d'une façon vraiment artistique un sujet religieux,\n\n\nT\n           RAITER\n          n'est pas aisé. L'art religieux est le plus difficile de tous\n          les arts. Il ne tolère pas la médiocrité. L a cause en est dans\n          l'élévation sublime du sujet. Un artiste ordinaire ne doit\npas aborder l'idée religieuse. Il sera écrasé par elle. Son œuvre sera,\nsinon ridicule, tout au moins quelconque.\n    M. Pouvillon a tenté la chose et, disons-le de suite, avec succès. Il\nappelle modestement sa charmante fantaisie religieuse : un essai. C'est\nplus qu'un essai. C'est bien de l'art religieux. Il est tout à fait exquis\nce poème mystique en prose : Bernadette de Lourdes (1). Sujet ardu\ns'il en fut, prêtant facilement ou à une exaltation fausse ou à une\ndéplorable banalité.\n    Zola nous avait parlé de Lourdes, mais dans quel sens ! Son livre\nest une vraie caricature, une caricature grotesque de L o u r d e s . Il n'a\nrien compris à l'enthousiasme religieux des âmes chrétiennes. Son\nabbé, le héros principal du roman — roman indigeste et ennuyeux —\nn'est pas un prêtre catholique, c'est un voltairien affublé d'une sou­\nt a n e ! Il s'est fait prêtre sans vocation, par un motif purement naturel,\n  (1) Bernadette de Lourdes (Mystères), par G. POUVILLON (Paris, PLON. NOURRIT et Cie)-\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "308                             DURENDAL\n\n\n dicté par l'égoïsme. Enfin sa Bernadette est une hystérique vulgaire.\nVu, avec les yeux de Zola, elle ne pouvait être que cela.\n    M. Pouvillon, au contraire, sans faire de Bernadette une sainte, ce\n qui eût été de l'exagération, nous la représente bien telle que l'artiste\nchrétien se la figure, sous les traits d'une jeune fille pure, modeste,\ntouchante de candeur, d'une piété simple et naïve. Elle garde ce\ncaractère tout le long du livre. S œ u r de charité à Nevers, elle n'est ni\nune grande mystique, ni une religieuse médiocre. C'est une belle\nâme, aimant le Dieu auquel elle s'est vouée avec ferveur, vivant et\nmourant en fidèle épouse de son Christ.\n   Zola eût été incapable de concevoir et par conséquent de créer un\ntype aussi délicat. Il n'a jamais saisi l'ineffable splendeur, la beauté\nà la fois surnaturelle et artistique de la virginité. L'idéal de la femme\npour lui c'est la femme-mère. J'allais dire : la femelle et je n'aurais\npeut-être pas trop dit. Zola a le mépris de la virginité. On devait donc\ns'attendre de sa part à un portrait faux de Bernadette. T o u t est faux,\ndu reste, dans son livre. Pourquoi aussi a-t-il tenté d'incarner dans\nson style de pseudo-naturaliste un sujet aussi transcendental ? Il eût\ndû se rappeler cette parole écrite par lui-même dans un de ses romans :\nL'HOMME GATE LES Œ U V R E S LES P L U S B E L L E S .\n   L ' h o m m e ici, c'est Zola. Cette parole s'applique à lui à la lettre.\nElle est la condamnation de Zola, prononcée par lui-même. On devrait\nl'inscrire en caractères de boue au frontispice de son œuvre.\n   Quant à M. Pouvillon, nous n'avons que des félicitations à lui offrir.\nJe ne sais si telle a été sa pensée, mais son œuvre est une réfutation\nindirecte très éloquente de l'œuvre de Zola. Au point de vue esthé­\ntique, elle lui est infiniment supérieure. Elle est vraiment belle et en\nmême temps, ce qui ne gâte rien, elle est essentiellement chrétienne.\nQuelque prévenu qu'un catholique puisse être contre l'art moderne, il\nne peut que faire bon accueil à cette œuvre élevée et élevante à la\nfois. Nous engageons tous les catholiques et même les autres à se\nprocurer et à propager cet admirable petit livre. Il est chrétien et il\nest artistique. Il est à sa place dans la bibliothèque du chrétien. Il ne\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "                                    DURENDAL                                    309\n\ndéparera pas celle de l'artiste. C'est une véritable œuvre d'art.\nElle mérite d'être rangée dans nos rayons à côté des plus belles\nœuvres littéraires chrétiennes de ce temps.\n                                                      H. M.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-011", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 311, "titre_corps": "Notre Académie", "titre_sommaire": "Notre Académie", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notre Académie", "ancre_fin": "le successeur de M de Burlet", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES LIVRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 356, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 340, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "Notre Académie\n   L'Académie royale de Belgique comprend trois « classes > — et veuillez apprécier\nau passage la beauté toute administrative du mot « classe > :\n   1° La classe des sciences ;\n   2° La classe des lettres et des sciences morales et politiques ;\n   3° La classe des beaux-arts.\n   Il valait bien la peine de qualifier cette subdivision du terme peu élégant de\n\" classe \" — classer = ranger des choses selon leurs conditions ( Larousse) — pour\naboutir à un partage d'attributions aussi anomalique.\n   Puisqu'on voulait, d'une part, réunir dans une Académie les représentants les\nplus autorisés des sciences, des lettres et des arts, et que, d'autre part, dans cette\ninstitution, toute de tradition, on désirait sacrifier au traditionnel nombre trois —\nomne trinum perfectum, comme aurait dit feu M. Auguste Wagener, de la classe des\nlettres ! — quoi de plus rationnel, ou bien de réunir les sciences morales et poli­\ntiques aux autres sciences, ou bien mieux encore de les ériger en une « classe »\nspéciale et d'aboutir au triple groupement suivant :\n   1° La classe des sciences naturelles, mathématiques et physiques;\n   2° La classe des sciences morales et politiques ;\n   3° La classe des lettres et des beaux-arts.\n   Voilà qui serait logique — et pratique.\n   Les savants se rencontreraient avec d'autres savants; les moralistes côtoyeraient\nles économistes, et les lettrés les artistes; chaque section discuterait des questions\nintéressant tous les membres qui en font partie, et, forte de la compétence de\nla majorité, sinon de l'unanimité des délibérants, en imposerait la solution à\nl'opinion.\n   Et dans les notices officielles sur l'Académie (Almanach Royal 1897, p. 694) on ne\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3031, "texte": "310                                   DURENDAL\n\nlirait point des choses aussi renversantes que celle-ci : \" La classe des lettres se\ncompose de deux sections, à savoir : la section des sciences historiques et philologiques,\nqui comprend... la littérature française et la littérature flamande... \" Et plus loin :\n   La classe des beaux-arts se compose des subdivisions suivantes : . . . les sciences\net les lettrés dans leurs rapports avec les beaux-arts... »\n   La jolie salade !\n   Ainsi les littérateurs, selon qu'ils sont historiens ou philologues, ou selon qu'ils\nsont critiques d'art, iront siéger, ceux-ci (et cela a tout au moins l'inconvénient de les\nexiler), à la section des beaux-arts avec les peintres, les musiciens et les statuaires,\net ceux-là (et voilà le comble !), à la section des lettres, avec les archéologues et les\nlinguistes, les statisticiens et les économistes.\n   Ainsi éparpillés, noyés dans le tas de confrères évidemment éminents, mais qui\nconsidèrent généralement les lettres comme chose négligeable et inférieure, et dont\nquelques-uns vouent à l'art le mépris que professe tout compilateur pour les choses\nd'imagination, comment veut-on que les rares littérateurs que l'Académie daigne\nadmettre dans ce qu'elle appelle son sein, conservent, en y entrant, d'autre ambition\nque celle de se faire tolérer; à qui la faute si l'Académie et particulièrement la\nclasse des lettres n'exerce point le haut mécenat intellectuel qu'il faudrait, et si les\nlittérateurs — à l'exemple de Maurice Maeterlinck — dédaignent les éloges et sou­\nrient des oracles dispensés par une assemblée où dominent les archivistes très\nentendus, les professeurs d'antiquité très savants et les archéologues les plus subtils\n— mais ou, en dehors de M. Prins, de M. Tardieu et du bel et complet artiste\nqu'est Godefroid Kurth, il n'y a ni un poète, ni un critique, ni un romancier, ni un\ndramaturge — ni même un fabuliste...\n   L'amère dérision de vouloir confier la direction de la littérature belge d'expression\nfrançaise — car la littérature flamande a son Académie spéciale, excellemment\nrecrutée et investie par suite d'un prestige — à un groupement dont restent exclus\nEdmond Picard et Prosper de Haulleville, Emile Verhaeren et Albert Giraud,\nMaurice Maeterlinck et Hector Hoornaert, et d'autres, que M. Charles Potvin —\ncritique, poète, romancier — ne peut prétendre toutefois, malgré son multiforme\ntalent, remplacer tous à la fois !\n  Conclusion : Si, chose certainement regrettable, l'Académie de Belgique, et notam­\nment la classe des lettres, n'a point l'influence qu'elle devrait posséder; si ses\nconseils ne sont ni demandés ni écoutés, si son autorité n'est pas même hélas con­\ntestée, parce qu'elle apparaît comme inexistante — qu'au lieu d'en accuser l'irrévé­\nrence des écoles nouvelles, elle s'en prenne à elle-même, à son organisation confuse,\nhybride et retardataire, ne faisant point aux lettres la part proportionnée à leur\nimportance dans la vitalité intellectuelle de la nation, à son cantonnement dans de\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 839, "texte": "                                    DURENDAL                                    311\n\nvieilles formules stériles, à sa résistance aux nécessaires évolutions artistiques, à\nson mépris du splendide renouveau littéraire de ces vingt dernières années, à tout\nce qui fait d'elle la Grande et Vénérable survivante d'un passé glorieux, certes,\nmais dont la génération actuelle ne comprend plus ni la pensée ni le verbe.\n   On nous assure qu'aux derniers temps de sa carrière ministérielle, le hardi et\nvaillant ministre de l'instruction publique et des beaux-arts que fut M. Jules de\nBurlet, méditait la réforme de notre Académie... La maladie et la mort vinrent\nl'empêcher de donner suite à ce projet.. . L'initiative est belle pourtant et serait\nméritoire : ne tente-t-elle point le successeur de M. de Burlet ?\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-012", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 316, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "F. V.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 358, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "LES LIVRES\n\nVICOMTE   DE SPOELBERGH DE LOVENJOUL          : A u t o u r d'Honoré de B a l z a c .\n                         (Paris, CALMANN-LÉVY, éditeur.)\n\n\n\nI  L faut louer sans réserves le dévouement presque filial avec lequel M de Lovenjoul\n     s'attache, depuis des années, à faire apparaître, devant la postérité, sous le\njour véridique et impartial de l'histoire, quelques maîtres aimés : Théophile\nGautier entr'autres et Balzac; et tout autant convient-il d'admirer la modestie et le\nscrupule qu'apporte cet écrivain, qui pourrait être un très personnel critique, à\ndissimuler ses appréciations subjectives derrière les documents qu'il produit.\n   Voici, de M. de Lovenjoul, le troisième livre sur Balzac; il complète, sur deux\npoints spéciaux, l'Histoire des Œuvres d'Honoré de Balzac, publiée en 1875.\n   Le présent volume a trait d'abord à la collaboration de Balzac et de Théophile\nGautier : une série de documents inédits que M. de Lovenjoul présente dans une\nfrappante progression, démontrent qu'une grande partie du Chef-d'œuvre inconnu\nde Balzac doit être attribuée à l'auteur de Fortunio... Et mieux que par les docu­\nments, cette preuve est apportée par la comparaison entre les deux éditions du conte\nde Balzac, la seconde de ces éditions ayant paru après que l'auteur de la Comédie\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "312                                      DURENDAL\n\nhumaine fut entré en relations avec le poète chatoyant des Émaux et Camées, et se\ntrouvant ainsi enrichie de descriptions qui révèlent indubitablement l'inspiration\net le faire de Théophile Gautier... Détail touchant, bien en correspondance avec\nl'âme généreuse de Gautier : jamais celui-ci ne révéla l'aide qu'il apporta ainsi, en\nbelle amitié désintéressée, au grand romancier, son ami.\n   La seconde partie du livre de M. de Lovenjoul se rapporte aux circonstances dans\nlesquelles fut élaborée une tragédie bourgeoise de Balzac, l'École des Ménages, et aux\ntribulations que subit cette œuvre, non encore représentée jusqu'à présent.\n   Au moment où l'idée de cette tentative dramatique vint à Balzac, il se débattait\nau milieu d'inextricables difficultés financières — le pain quotidien de son existence.\n— et ayant échoué dans une entreprise de mines argentifères, il caressait l'illusion\nde se refaire par des succès scéniques... Et il acheva l'École des Ménages en ce\nmoment de production hâtive, lui imposé par le désir de jeter quelqu'argent en\npâture aux exigences excessives de ses créanciers !\n   Mais la tragédie achevée, la déveine tomba à nouveau sur Balzac : le théâtre de\nla Renaissance, pour lequel l'École des Ménages était écrite, préféra à la pièce de\nBalzac une pièce de D u m a s . . . A travers une correspondance fort intéressante,\nparsemée de traits qui révèlent        le courage de lion et l'invincible travail » du\nmaître de la Comédie humaine, mais aussi ses exigences fantastiques d'argent, M. de\nLovenjoul nous fait assister à toute l'odyssée de cette œuvre dramatique de Balzac,\ndepuis son éclosion jusqu'à la lamentable péripétie finale du refus des impresarii.\n  En résumé, les nouvelles ajoutes de M. de Lovenjoul à l'histoire d'Honoré de\nBalzac, où s'affirme à nouveau la remarquable, patiente et objective perspicacité\nde cet écrivain, sont, plus que des documents d'histoire littéraire, une contribution\nautorisée à la définition psychologique qu'est cet être contradictoire et anormal : un\nhomme de génie.                                                             F . V.\n\n      PAUL ADAM : L e t t r e s de M a l a i s i e . (Paris, Éditions de la Revue Blanche.)\n\n\nP    AUL Adam, dans ce livre, imagine en Malaisie une sorte de recommencement\n      de la Salente de Fénélon; c'est, aux vices et aux inégalités de la société\nactuelle, une leçon indirecte mais amère, donnée par un artiste épris de réglemen­\ntation harmonique.. L'idéal social proposé par le diplomate accrédité en Malaisie,\noutre que les contours en sont rarement précisés, n'est qu'un rêve et qui se dispense\nde tenir compte des aspirations, des besoins, des passions de l'humanité présente.\nQu'importe, puisqu'aussi bien il ne s'agit en l'occurrence que d'une œuvre littéraire,\net qu'à ce point de vue il faut louer M. Paul Adam, un des plus tenaces travailleurs\nde la jeune génération française, d'avoir su accrocher à la patène d'une étude\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "                                      DURENDAL                                             313\n\nsociologique, quelques pages de plus de cette belle écriture imagée, étincelante et\nforte qui lui vaut une place d'honneur et d'originalité parmi les derniers venus des\nlettres françaises.                                                       F . V.\n\n     STENDHAL : Œ u v r e s   p o s t h u m e s . (Paris, Éditions de la Revue blanche.)\n\n\nD     ES notes posthumes de Stendhal sur Napoléon ne peuvent être qu'intéres­\n        santes... Par sa vie de cour et sa carrière de diplomate, Stendhal eut l'occa­\nsion de voir de près l'impérial despote et son entourage; et sa sensibilité d'artiste,\nsa pénétration d'observateur, sa malice d'ironiste mirent ces aubaines à profit...\nC'est bien le père de la psychologie contemporaine, brillante, nuancée et amère qui\nse révèle en ces pages où la Vie de Napoléon, de Stendhal, est complétée par des\nannulations d'une plus menue, plus intime, mais plus frappante vérité; et ainsi\nl'envers de l'épopée nous apparaît — avec la chape de plomb de la dictature pesant\nsur l'esprit, sur la gaîté, sur l'amour, dans la seule survivance de la bravoure... Et\nce point de vue dominant est souligné par des anecdotes contées en bref et saillant\nrelief et parfois par des réflexions où gît le meilleur du Stendhal de la Chartreuse.\n                                                            *\n   Sachons gré de cette publication savoureuse à M. Jean de Metty, qui a fait\nprécéder ce livre d'un « raccourci » de Stendhal d'une sommaire mais parfaite cri­\ntique.                                                                        F . V.\n             J.-H. ROSNY : U n e R u p t u r e . (Librairie PLON, Paris.)\n\n\nI  L faut, afin de bien juger une œuvre, admettre la liberté absolue, pour l'écrivain,\n      de choisir son sujet où il lui plaît. Soit. Littérairement et psychologiquement,\nje ne puis apprécier ce livre qu'au seul point de vue artiste et philosophiquement\nlibre. Participant de l'idéalité religieuse, il ne m'est pas possible de demeurer\ndeux minutes dans son atmosphère. Et cependant les Rosny sont des maîtres parmi\nles premiers écrivains de ce bout de temps.\n   L'homme est faible, fatalement veule et insuffisant. Voyez celui-ci. Il est marié,\nil a des enfants de ce mariage. Sa maîtresse, avec laquelle il a connu l'ivresse\npassagère — ceci est déjà un lointain — lui apparaît aujourd'hui comme celle que\nl'on supporte, qu'il faut supporter.\" Par pitié ? Certains jours l'amant se persuade\ncela. Ne lui doit-il pas une compensation, à elle, qui orgueilleusement l'entoure de\nson ardeur amoureuse, hautaine, jusqu'à exiger les sacrifices douloureux. Sacrifie\ntout à moi ! Elle braque devant l'amant, alors révolté, l'idée du divorce. Mes\nenfants! s'écrie-t-il; à cause d'eux, non, le divorce est impossible. Ces moments-là,\ncette pensée lui présentée, cet irrespect de sa paternité, suscitent jusqu'au dégoût\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "314                                  DURENDAL\n\nphysique chez l'amant. Les jours passent, et pourtant il continuera de l'induire en\nerreur longuement, le cœur contracté et flétri. Il feint, il feindra. La femme exige\nd'autant plus. Le divorce; elle insiste, elle le veut. Mais il préfère ses enfants à\ntout au monde. Et cette prépondérance nécessairement admise, que peut-on lui\nreprocher vis-à-vis de sa maîtresse ?\n   « Un peu lent, indifférent, ennuyé, soit! — mais ne remplissait-il pas son devoir\ntout de même, et aux dépens d'autres souffrances ? Car, là-bas, sa femme, qu'il\nn'avait pas de motif profond d'humilier plus que Paule, sa femme moins exigeante,\ndont il avait des enfants, qui avait vécu de si longs séjours à ses côtés, — grand\nDieu, ne souffrait-elle pas mortellement des soupçons, des quasi-certitudes que lui\ndonnaient ses absences continues, ses absences de chaque soir, ses rentrées toujours\ntardives, à part de si minimes exceptions ?\n  » — Ni tort, ni raison, disait-il à la vision de sa double existence; engrené, voilà\ntout, réparant, mais en partie, la prise de Paule. »\n   Enfin c'est « l'impossible réparation présente ! » le thème de tout le livre. Paule,\négalement, a voulu la faute, se dit-il. Et cependant la simulation de l'homme est\npeut-être aussi douloureuse que la rupture, puisque sa maîtresse devine. Les jours\npassent, l'amant a le cœur si faible, si fatal. Nul jamais ne le pourra juger, dans\nl'inextricable aventure de sa vie.\n   La merveilleuse psychologie des deux êtres se développe à travers toutes les\npages, en insoupçonnées sensations d'humaines complexités. Ils sont admirables de\nvérité l'un et l'autre, elle, dans sa logique évidente de femme qui aime, lui, prostré\ndans son épouvantable simulacre d'amour. L'art des Rosny vit, inimitable encore,\ndevant « la nature » à l'unisson des sensations de l'amante et de l'amant. L'essence\ndes choses s'évapore, se dégage, si lumineuse, au milieu de ces paysages très précis\net dont les curieuses notations sont déjà connues par des livres antérieurs.\n   Ainsi se terminera le roman : par la rupture. La maîtresse s'en ira, obligée à\nl'exode vers des contrées lointaines. Lui \" aimera \" ailleurs, mais son cœur restera\ndésormais de glace. Et un jour, là-bas, elle saura la fin de tout pour elle, l'amour\nmort. Edmond l'a tuée ! Celui-ci, — lisant au sortir des bras d'une nouvelle\nmaîtresse, cette dernière lettre, où, mornes, les paroles dernières sont : « Tu m'as\ntuée, Edmond, tu m'as tuée ! \" — se sentira le coupable sans responsabilité. Et le\nchâtiment existe puisque cet amour exaspéré de l'amante, la lutte terrible des\ncaractères, la rupture, ont tant vieilli son cœur.\n  « Sans doute, cela devait arriver, comme doivent blanchir les cheveux, mais elle\navait été semblable à l'événement sinistre qui fait en une saison plus de cheveux\nblancs que dix saisons ordinaires.\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "                                     DURENDAL                                      315\n\n    » Et comme il méditait devant le grand miroir tremblant du lac, il se dit que s'il\nl'avait tuée, elle aussi avait tué quelque chose dans son âme. »\n   Je remarque : Edmond n'a jamais aimé chez Paule que l'enveloppe. Les\ntendresses vraies ne commencent-elles pas par un amour spirituel, tout idéalisé? E t\nle côté charnel de la passion, bien que le corollaire de la prime joie hors les sens,\nn'est-il pas secondaire — au moins d'abord — dans Le Grand Amour, pour\nmarcher l'un et l'autre, plus tard, en égaux ? Ainsi Edmond aurait pu être jadis le\nvéritable amant. Le triste héros aurait été, pour nous, plus supportable.\n    Mais quoi ! « Les meilleurs parmi les hommes sont victimes, car on attend\nd'eux une conduite incompatible avec la faiblesse humaine, et ils sentent toute la\nmisère de leur insuffisance — fatale.\n    Non ! Cela n'est pas.'— Ah ! Les pauvres Sans-Dieu, emmurés dans les caveaux\nvisqueux du vice ! — Edmond a juré sa foi à son épouse. Il est tenu d'honneur. Il\nl'oublie, et l'unique problème de la responsabilité devant la maîtresse, l'inquiète.\n Il est homme, il succombe; mais l'image de la mère, qui fut honorée un jour, ne\n peut-elle jamais lui rappeler le Devoir, c'est-à-dire la réparation, envers sa légitime\n compagne, de ses suprêmes injures ? Le seul Devoir peut abriter le seul Bonheur.\n                                                                GEORGES VIRRÈS.\n\n\n         PETER NANSEN : Marie. (Paris, Éditions de la Revue Blanche.)\n\n\n\nT    RADUIT du danois, ce livre est comme le \" journal \" froidement et méthodique­\n        ment passionnel d'une banale liaison. Pas d'intrigues, pas de péripéties et\nune psychologie tout à fait à fleur de peau. L'auteur raconte ses amours en petites\nnotations brèves et concentrées, tranchant d'originalité et de concision sur les habi­\ntuelles analyses compliquées et approfondies. C'est du naturisme voluptueux, sans\nvergogne, sans remords et sans arrière-pensée, méco'nnaissant.la loi morale, non\nparce que l'écrivain la brave, mais parce qu'il l'ignore. A ce dernier point de vue,\nl'œuvre de M. Nansen exige naturellement d'expresses réserves..               F . V. :\n\n\n                   L e s F r i s s o n s , par CHARLES DE SAINT-CYR.\n\n\nN    ous faisons nôtre l'appréciation de notre ami Eugène Gilbert, le fin et délicat\n      critique de la Revue Générale, au sujet de ce recueil de poésie : « M. de Saint-\nCyr a de l'inspiration, il pense avec sensibilité et sincérité. Il est lyrique même et\nspontané. Mais ses vers sont hâtifs. La pensée n'en est pas mûrie, les expressions\ny sont quelconques, peu châtiées et souvent impropres. »\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "316                                   DURENDAL\n\n       MAX NORDAU      : P s y c h o - P h y s i o l o g i e d u Génie et d u Talent.\n                                (Paris, FÉLIX ALCAN.)\n\n   « Un talent est un être qui accomplit des activités généralement ou fréquemment\npratiquées, mieux que la majorité de ceux qui ont cherché à acquérir la même\naptitude; un génie est un homme qui imagine des activités nouvelles non encore\npratiquées jusqu'à lui, ou pratique des activités connues d'après une méthode\nentièrement propre et personnelle. »\n    ... Le talent ne voit nullement le monde, mais seulement son reflet dans les\nyeux du génie. Il voit la « pleine vie humaine » non plastiquement devant lui, mais\nseulement comme des ombres chinoises projetées sur la muraille par la lanterne\nmagique du génie...\n   Telle la théorie qui sert de substratum a la plus récente dissertation de M. Max\nNordau sur la Psycho-Physiologie du Génie et du Talent. ... Bien que docteur, cet\nAllemand est fort spirituel; il a le style souple, l'image vivante, la pensée alerte; et\ntout cela lui permet de renouveller par l'expression, des idées qui ne datent point de\nlui; car je ne crois point me tromper en affirmant que la thèse ci-dessus esquissée\net qui forme la base du travail nouveau de M. Nordau traîne depuis toujours dans\nles plus immémoriaux manuels d'esthétique... En donnant à cette thèse une incar­\nnation neuve, M. Nordau, certes, a fait preuve de talent, mais en vertu de son\npropre système, je suis obligé de lui dénier du génie.\n   M. Nordau est plus original, mais moins heureux vraiment, quand érigeant le\ngénie en produit de l'organisme, il classe les génies au prorata du développement\ndes organes auxquels ils correspondent... Nous nous trouvons ici dans le domaine\nde la pure affirmation matérialiste ; M. Nordau avance, mais ne prouve rien ; bien\nplus, concède-t-il qu'il vogue en plein dans l'hypothèse, mais il assure qu'on décou­\nvrira avec le temps ». En 'prévision de cette avenir lointain, M. Nordau brode\nquelques brillantes et vaines fantaisies positivistes, auquel il ne faut ajouter que\nl'importance d'un paradoxe psycho-physiologique ».\n                                                                                F . V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1897-12-n12-013", "volume": "ELB-AML-484382-1897-000-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1897-000-004_f.pdf", "ocr_sha256": "e33bf90ce4c66282c77b4c84708e00062baafab62b8d97548d9c7f5c40469914", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 322, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Les Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "pas sans égal; J'aurais tué Pégase et je l'aurais fait cuire Afin de vous servir une aile de cheval!", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 364, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "NOTULES\n\nL    ES Déracinés, de Maurice Barrès, fournissent à M. Georges Fonsegrives, dans\n      la Quinzaine, l'occasion de dire quelques vérités, profitables à entendre en\nBelgique aussi, sur l'« Éducation verbale ».\n   « C'est une très vieille parole que la lettre tue et que l'esprit seul est capable de\nvivifier. Jamais il ne fut plus nécessaire de la rappeler. Depuis le XVIIe siècle, chez\nnous, on peut suivre à la trace l'évanouissement de la pensée, la transformation de\nl'éloquence en rhétorique, de l'art d'écrire en littérature, le mot occupant la place\nde l'idée... Si je regarde les jeunes gens qui m'entourent, si je lis les premières\ncopies du concours général, quelques livres de nos jeunes hommes, je crois décou­\nvrir que pour eux les mots n'ont plus aucun sens. Ils ne se représentent par delà le\nmot, que les autres mots, que les habitudes du langage, de la lecture ou de la réci­\ntation ont associés au premier.\n     Et comment en aurait-il pu être autrement quand toute l'éducation n'a pour\nbut que de préparer à répondre correctement à quelque examen? La mémoire est la\nfaculté sans laquelle on ne peut réussir à aucun examen, avec laquelle seule on peut\nréussir à tous. Elle fournit au dehors toutes les apparences de la pensée, de la vie\nintellectuelle; elle peut fournir les apparences de la vie m o r a l e . . .\n   » Pourtant rien n'est facile comme de laisser aux mots tout leur sens en appre­\nnant la littérature. Le moyen en est vraiment très simple. Puisque tous ces grands\nécrivains ont dans leurs écrits exprimé leur vie, il faut derrière leurs mots retrouver\net faire retrouver aux élèves cette même v i e . . . Au contraire dans les classes on ne\nfait que de la grammaire, de la philosophie, de la rhétorique, on transforme le\nmoyen en but. Les professeurs sont savants, très savants, ils savent l'histoire de\ntous les mots, de toutes les désinences, de toutes les racines, de toutes les lettres, ils\nauraient besoin d'en savoir bien moins. Ils oublient de vivre, ce qui à la rigueur\nn'est que leur affaire, mais surtout ils oublient de faire vivre, et ceci est beaucoup\nplus grave. Ainsi ils nous font des âmes mortes, réduites à l'état des ombres\nantiques qui vivent de mots, ces ombres des idées, lesquelles à leur tour ne sont\nque les ombres des vraies choses...\n   » Les pédants ont prêté aux adolescents leur âme tannée. Nulle part on n'observe\net on n'exerce les jeunes gens à l'observation. De là vient que chez nous toute\nnotre éducation est si étrangère à toutes les choses réelles... Et le mal n'est pas\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "318                                   DURENDAL\n\nparticulier à la France. Il sévit, à n'en pas douter, dans toute la vieille Europe; les\nprofesseurs chrétiens n'en sont pas plus exempts que les professeurs libres penseurs.\n\n\nL   A Jeune Belgique tourne à l'aigre.\n        Deux de ses collaborateurs, qui jugeaient que la notoriété venait trop lente­\nment et trop parcimonieusement à leur talent, sont partis pour Paris, à la conquête\nde la « grande gloire >.\n  Ingrate patrie, tu n'auras pas nos vers!\n  Jadis, nous apprend M. Gilkin, la Jeune Belgique aurait opposé à cet exode ses\n« espérances patriotiques » d'un art national...\n  Aujourd'hui elle n'ose plus donner le même conseil...\n   Et M. Gilkin clame à la décadence, au marasme, à la désunion, à la m o r t . . .\n   Ne cherchez pas le coupable : c'est la littérature catholique, c'est le dogme, c'est\nla m o r a l e . . . qui forcent MM. Robert Cantel et Francis de Croisset à l'émigration.\n   Toutes nos excuses!\n\n\nL    A même Jeune Belgique ne se tient pas de colère parce que des journaux ont\n      insinué que vers la fin de sa vie, Taine « était en marche vers la lumière\net se rapprochait de la Foi.\n   Le départ de MM. Cantel et de Croisset serait peut-être une excellente occasion\npour la Jeune Belgique de fusionner avec la Chronique!\n\n\n      DURENDAL consacrera bientôt une étude détaillée aux œuvres de M. Eugène\n       Demolder,le savoureux et personnel conteur des Légendes d'Yperdamme; décou­\npons en attendant, dans son dernier livre — Sous la Robe — cet exquis portrait d'un\navocat-artiste, M. Jules Le Jeune :\n   « Le dieu de cette éloquence s'appelle Jules Le Jeune. Quand il plaide, ce n'est\nplus de la plaidoirie, c'est de l'art; ce n'est plus du droit, c'est de la musique; ce\nn'est plus de la procédure, c'est de l'esprit. Sa parole est aérienne, subtile et colorée ;\nelle voltige élégante et souple, autour d'un argument comme une mouette autour\nd'un navire et, comme la mouette, elle oublie parfois les mâts et les voiles et la\ndirection du bateau pour plonger dans l'espace et s'enivre de ciel et d'azur. Mais elle\nrevient bientôt, docile et chantante et rapportant plus de lumière encore et une\ngrâce plus divine! Cette parole, à la fois mordante et douce, mais toujours dorée, est\naccompagnée de gestes, tantôt sobres et forts comme ceux d'un Romain au forum,\ntantôt onctueux comme ceux d'un prêtre qui prêche, ou ironiques et rapides comme\nle jeu d'un acteur comique. Toute la gamme de l'éloquence est ainsi parcourue avec\nune virtuosité sublime ou une finesse délicate de dilettante et l'œil de l'orateur\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "                                      DURENDAL                                      319\n\ns'allume sous ses sourcils broussailleux, pétille d'ironie, s'assombrit sous un fronce­\nment soudain, darde des flammes de colère et éclaire un visage rasé et rose d'évêque\nsceptique, que barre une bouche à la fois caustique et sacerdotale qui rappelle celle\nde Diderot. On reste charmé vraiment car c'est Orphée qui s'est revêtu d'une toge\net qui est descendu au milieu des prétoires. La plaidoirie envolée, le maître s'en allait\n(il n'était pas ministre alors!) son rabat flottant par-dessus sa cravate blanche, la\ntoque un peu de côté sur la tête, grand et solide comme un chêne, et s'inclinant\npaternellement, la lèvre bénévole, vers ceux qui allaient à l u i . . .\n\n\n\n\nD    ANS les Editions de la Revue blanche viennent de paraître quelques pages pos­\n      thumes de Stendhall — dont un lot de pensées.\n  En voici quelques-unes, piquantes et curieuses, parfois profondes :\n  « Plus on est du monde, plus on est vaniteux.\n  » Il faut m'habituer à ne m'estimer qu'autant que je serai blâmé.\n     En poésie, le génie d'expression est un génie de nécessité.\n     Le plus grand défaut d'une belle figure est de ressembler à l'idée de beauté que\nnous avons dans la tête.\n  » Il y a une chose dont on ne loue jamais les morts et qui est cependant la cause\nde toutes les louanges qu'on leur a données : c'est qu'ils sont morts.\n  » Me bien dégarnir de cette crasse de l'école qu'on rapporte toujours du commerce\ndes livres.\n  » Les conseils de la vieillesse éclairent sans réchauffer, comme le soleil d'hiver.\n  » On n'est pas né pour la gloire, lorsqu'on ne connaît pas le prix du temps.\n\n\n\n     u parc Monceau, à Paris, vient d'être élevé le buste de Guy de Maupassant...\nA        M. Edouard Beaufils écrit à ce propos dans la Revue :\n  « Par cette fin d'automne qui a les grâces d'un printemps, on a inauguré, dans le\nplus élégant jardin de Paris, le buste de Maupassant. Sous les ombrages du parc\nMonceau, dans ce décor aristocratique et mièvre se dresse le buste du romancier qui\n   contraste curieux — fut un simple, un fort, presque un primitif... Mais je songe\naussi que l'auteur d'Une Vie et de Bel Ami fut un fanatique des villes, que ce robuste\ngars normand était, par certains côtés, l'homme lassé des grandes cités et qu'il aima\ncette fiévreuse existence moderne jusqu'à la folie. Et c'est pourquoi il est peut-être\nà sa place tout de même l'écrivain de tant de pages, découragées et décourageantes,\ndans ce parc mondain où — symbole de la facticité ambiante — l'électricité allume\nvers l'heure où les poètes ont le cœur triste comme une tombe, de rondes fleurs\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "320                                   DURENDAL\n\n\nblanches à l'éclat qui s'exaspère et soudain vacille, lumière qui s'enfièvre et feu qui\ndélire comme une raison d'homme.. .\n\n\nA     PROPOS de Maupassant        encore, cette anecdote narrée par un chroniqueur —\n        et qui prouve au surplus le respect que le monde professe pour la dignité des\nartistes :\n      Pour une soirée en tête chez une des soi-disant ferventes de l'écrivain, la mai-\ntresse de la maison avait exigé des hommes l'habit de couleur; l'entourage de la\ndame voulait voir l'auteur de Boule-de-Suif en habit mauve; mais, Maupassant à\npeine sorti, on se donna le mot et tous les invités mâles convinrent qu'ils viendraient\ntous, eux, en habit noir, et, le soir du fameux dîner, Bourget et Maupassant eurent\nle dépit et l'ennui d'être les seuls costumés, déguisés presque dans leurs habits\nfleur-de-pêcher et pervenche au milieu d'une foule impeccable de fracs n o i r s . . . Ils\nfurent ainsi les bêtes curieuses de cette fête, bel et bien organisée par des mondains\ncontre deux gens de lettres que le monde supporte, soyez-en sûr, dont les clubs et\nles salons ont la curiosité, mais que réellement la société tient en respect, en défiance\net même en h a i n e . . . le Monde qui arrachait un jour ce cri de colère à un de ses\nauteurs favoris pourtant : « Le Monde, on nous y reçoit, mais on n'y épouse pas. »\n\n\n\nL   E R. P . Delattre continue à avoir une bonne presse...\n        Dans un «Premier Liége » de la Gazette, Pedrelli, le désopilant petit slave\ndu Congrès de Gand, se paie, sur notre dos, une page d'incohérences exclamatives.\n  «-Je suis jeune, s'écrie-t-il. . . mais à la manière antique. »\n  Nous nous en doutions un peu.\n\n\n\nC    E que gagnent les écrivains : M. Albert Cim vient de le rechercher en une\n      monographie fortement documentée et de haut intérêt. Prenons-y quelques\nrenseignements :\n   Savez-vous ce que Racine a gagné avec sa tragédie d'Andromaque? Deux cents\nlivres! Qu'en pense M. le chevalier Descamps? Pareillement, Boileau a retiré de son\nLutrin six cents livres environ. Au siècle suivant, c'est à peine si Diderot a pu se\nfaire mille francs de revenu avec son Encyclopédie qui enrichit ses éditeurs; et quant\nà Jean-Jacques, il toucha six mille francs pour la vente de l'Emile.\n   De notre temps, certes, la littérature est devenue de meilleur rapport, et la plu­\npart des grands écrivains, Victor Hugo surtout, ont réalisé des bénéfices très consi­\ndérables. Et pourtant... méditez seulement ces deux petits détails : en vingt-deux\nans, Stendhal, avec tous ses chefs-d'œuvre, a gagné cinq mille sept cent soixante\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "                                       DURENDAL                                         321\n\nfrancs — soit deux cent soixante francs par an! — et Flaubert a vendu quatre cents\nfrancs le manuscrit de Madame Bovary.\n   Par contre, le librettiste Castil Blaze se plaisait à déclarer que chaque vers (?) de\nson opéra comique Robin des Bois lui avait valu mille écus.\n   Le vrai mérite est toujours récompensé! comme dit M. Ohnet.\n\n\nP    ENSEE DU MOIS :\n           Sans doute, rien n'est petit, et il faut savoir tolérer que le culte s'adapte à\ntoutes les dimensions d ' â m e . . . Mais le grand, le beau, le pur idéal, n'en garde pas\nmoins tous ses droits! Ce ne sont ni les chromos, ni les troncs, ni les cantiques\nburlesques, ni les imageries à en rougir, ni les petites manies de dévotes, ni les\nsaints calembours, qui sont la religion de Jésus-Christ... J'ai droit de lever les yeux\nplus haut que les petitesses des cerveaux étroits et les anguleuses routines, pour\naimer les Grands Saints, les Grands Mystiques.                (Le R. P. PACHEU, S. J.)\n\n\n\n\nU      N des archétypes — ou « comme il vous p'aira » M. Henry Van de Putte — va\n        publier un recueil de Poèmes confiants... En même temps qu'il convie les\n souscripteurs à deux francs (en timbres-poste ou en mandat) l'éditeur informe le\n public que M. Van de Putte est le premier parmi les écrivains français de cette époque,\n qui orienta son art vers la vie ». (Voilà qui n'est pas aimable pour l'archétryptique\n Ruyters, Toisoul et Rency!) Le prospectus ajoute que « LUI-MÊME (M. Van de Putte)\nfut doué par la vie d'une précoce vigueur » et que « s'il rit, le monde entier participe à son\n allégresse! » Rions donc!!!\n\n\nM      ORT de M. Charles Buet.\n          Nous nous plaisons à saluer en lui l'auteur du Prêtre — un drame d'une\nbelle venue chrétienne et littéraire, et le critique qui, des premiers, osa glorifier\nouvertement la haute portée catholique et artistique des œuvres de Barbey d'Aure­\nvilly.\n\n\n\nH     ENRY Maubel, notre confrère en art, vient d'avoir la douleur de perdre son\n      père. La Rédaction de Durendal lui offre ses plus sympathiques condoléances.\n\n\n    A Plume et la Jeune Belgique constatent, avec une joie insuffisamment dissimulée,\n L   que M. Camille Mauclair a revendu aussitôt un volume de M. Eugène Demolder\nque celui-ci lui avait dédicacé.\n  Ce fait ne prouve rien contre l'œuvre de M. Demolder, mais la constatation en est\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "322                                     DURENDAL\n\npeu honorable pour M. Mauclair — et subsidiairement pour la Plume et pour la\nJeune Belgique!\n   Les jolies mœurs de requins que voilà!\n                                            *\n     la sortie du collège. Deux potaches discutent :\nA       — Mais enfin, pourquoi nous fait-on apprendre le grec?\n  — Je ne le sais p a s . . . Peut-être pense-t-on que nous jouerons plus tard au bac-\ncara...\n\n      ICTOR H U G O , avait invité un soir Mme Judith Gautier à dîner; celle-ci ayant\nV       dû décliner l'invitation, reçut du poète ce quatrain galamment hippophagique :\n                         Si vous étiez venue, ô beauté qu'on admire,\n                         Je vous aurais offert un repas sans égal;\n                         J'aurais tué Pégase et je l'aurais fait cuire\n                         Afin de vous servir une aile de cheval!\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 330, "texte": "DÉCEMBRE   1897 ( Q U A T R I È M E A N N É E . )                  Prix du numéro : fr. 0 . 6 0 .\n\n\n\n\n                                                              si « luwmm*\n\n\n\n                                          i. Aux Amis de DURENDAL.\n                                          2. J.-K. HUYSMANS. — Un des Nôtres (Charles\n                                                Buét).\n                                             GEORGES BRIGODE. — Dans une Rose.\n                                             HENRY MAUBEL. — Fragment.\n                                             R THOMAS. — Effets de Neige.\n                                             L'abbé HENRY MŒLLER. — Hermam de\n                                                Baets.\n                                            JOSÉ HENNEBICQ. — La Meurtrière Réalité.\n                                         8. F . VANDEN BOSCH. — Le Cas Charbonnel.\n                                         9- FRANZ ANSEL. — Petite Chanson d'Escholier.\n                                            H. M. — Un Essai d'art chrétien.\n                                            Xotic Académie.\n                                            Les Livres.\n                                        13. Notules.\n                                        14. Sommaire général de l'année 1897.\n\n\n\n                       jliBERT    -r\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": ""}, {"page_pdf": 332, "texte": " Décembre 1897              DURENDAL                        N° 12\n\n\n\n\n       Aux Amis de Durendal\n\n\nN\n           ous annoncions, en notre numéro de Septembre, la bonne\n              nouvelle de l'agrandissement de Durendal. Le succès\n              inespéré de la revue en ces derniers mois, joint au\n              désir de notre éditeur, de réaliser au plus tôt son\nrêve « l'alliance de l'Art et de la Littérature », nous permettront\nd'exécuter notre promesse dès notre prochain numéro.\n  Nous inaugurerons la nouvelle geste de Durendal, par un\nbeau numéro de Noël. Ce numéro sera superbe, enrobé d'une\nnouvelle et très artistique couverture, de Gisbert Combaz, orné de\ndeux illustrations hors texte, et tout à fait extraordinaire par le\nchoix des articles et le nombre de pages.\n  Ce numéro sera le premier de l'année 1898, la cinquième déjà\nde notre vie littéraire.\n  Nous maintenons le prix modique de l'abonnement à Durendal.\n  Puisse ce nouvel effort contribuer à la réalisation toujours plus\nparfaite de notre magnifique idéal :\n\n                   La glorification de Dieu\n                 par l'exaltation de la Beauté.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "286                             DURENDAL\n\n\n\n\n                  U n des Nôtres\n                           (CHARLES    BUET)\n\n\n\n\n                          CHARLES Buet,   qui vient de mourir à P a r i s ,\n                        était des nôtres, et par sa foi si vivante, qui\n                        s'affirmait en une vie toute chrétienne, et par\n                        son idéal artistique si élevé et essentiellement\n                        chrétien, et par l'amitié dont il honorait la\n                       jeunesse catholique littéraire en Belgique.\n         Il vint plusieurs fois chez nous. Il nous fit des conférences\n      littéraires du plus haut intérêt, n o t a m m e n t à Louvain, où il\n      eut pour auditoire tout le monde universitaire.\n         Enfin il collabora à toutes nos revues catholiques, jeunes et\n      anciennes.\n  Il est de notre devoir, nous semble-t-il, de saluer d'un dernier sou­\nvenir la mémoire de notre frère d'armes, frère en art puisqu'il parta­\ngea notre idéal, frère en Dieu puisqu'il partagea nos croyances.\n  Plusieurs des nôtres ont été initiés à l'art contemporain par Charles\nBuet. Ses conférences en Belgique furent une révélation pour eux.\nBuet leur découvrit toute une littérature qu'ils ignoraient absolument,\ndont on ne leur avait soufflé mot au Collège. Il leur fit faire connais­\nsance notamment avec ces grands écrivains catholiques : Ernest Hello,\nBarbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam, qu'il connaissait d'autant\nmieux qu'il avait été lié d'amitié avec eux.\n   Ses jeunes auditeurs tombèrent des nues en entendant parler de\nces grands artistes catholiques, dont on leur avait laissé ignorer\njusqu'à l'existence. E t quand, sur le conseil de Buet, ils ouvrirent et\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                     DURENDAL                                       287\n\nlurent les œuvres géniales de ces maîtres en l'art d'enchâsser des pen­\nsées magnifiques en un style d'or, il s'aperçurent du service immense\nqu'on venait de leur rendre.\n   Charles Buet leur avait appris plus de littérature en une heure de\nconférence, qu'ils n'en avaient appris durant toutes leurs humanités.\n   Ce fut un des grands et nombreux services que Buet rendit à la\njeunesse catholique littéraire de Belgique. Elle se souviendra toujours\navec émotion et reconnaissance des aimables causeries littéraires de\nl'éminent écrivain catholique de Paris, ainsi que de sa collaboration\ngénéreuse et désintéressée à leurs jeunes revues d'art, de sa cordialité\ncharmante et de sa sympathique amitié.\n   N'ayant pas suffisamment connu Charles Buet pour en parler avec\nintérêt et compétence, nous nous sommes adressés à un de ses intimes,\nnotre ami J.-K. Huysmans, pour avoir quelques détails sur son\nœuvre. Les voici, en la lettre qu'il a bien voulu adresser à notre colla­\nborateur l'abbé Henry Mœller :\n                                                             Paris, 2 décembre 1897.\n\n                   MON CHER AMI,\n\n   Vous m'avez demandé de vous envoyer quelques renseignements sur la personne\net les écrits du pauvre Buet qui vient de mourir. Les voici, résumés en quelques\nlignes :\n   Je ne connais rien des débuts de Buet; je sais seulement qu'il fut rédacteur en\nchef d'un journal catholique, à l'île Bourbon et qu'après sa rentrée en France, il\ncollabora à l'Univers, à la Revue Catholique de chez Palmé, puis à une série de\npetites feuilles anodines, telles que la Veillée des Chaumières, l'Ouvrier, le Clocher, à\ntoute une séquelle de minuscules revues qui vagissent dans les sous-sols pieux de\nmon quartier.\n   Je le connus après, A Rebours, par l'entremise de Coppée qui, me rencontrant, un\nsoir, m'emmena dans un café de la rue de Sèvres où Buet se trouvait. Il demeurait\nalors avenue de Breteuil et donnait, des dîners et des réceptions; on y coudoyait\nBarbey d'Aurevilly, Hello, Villiers de l'Isle-Adam, Coppée, Rosélia Rousseil, des\nprêtres et toute une bande de débutants qui devinrent, par la suite, les décadents.\n   Il avait raison lorsqu'il disait que toute la jeune littérature avait passé chez lui.\n— Oui, mais il ne la vit jamais qu'en herbe, car aussitôt que l'un de ses invités\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "288                                   DURENDAL\n\nobtenait un succès quelconque, il s'empressait d'oublier l'hospitalière maison qui\navait mis toute ses relations à son service pour aider à ce succès.\n   Sa situation, à cette époque, était ce qu'elle fut jusqu'à sa fin, terrible. Accablé de\ncharges, obligé de subvenir aux besoins de sept personnes, Buet se démenait pour\ngagner son pain. Il entassait volumes sur volumes, articles sur articles, se débat­\ntant avec une incroyable énergie contre le flux montant des dettes. Il tenta, à ce\nmoment, d'un grand coup, fonda une revue, pas mal faite, ma foi, La Minerve. Et\nelle croula, faute d'argent, l'entraînant sous ses décombres.\n  Il quitta Paris et s'en fut résider à Thonon. Là, il pondit des brochures, des\nguides, fit des conférences, continua l'âpre lutte et, une fois de plus, vaincu, il revint\nà Paris où il devait succomber à la peine.\n  Dans ce torrent de volumes de toutes sortes : histoires, romans, nouvelles, feuil­\nletons de cape et d'épée, critiques, théâtre, voyages, il y en a au moins trois qui\nsont intéressants et valent qu'on les cite. Ce sont ses livres sur Barbey d'Aurevilly,\nsur Fcval, et ses Grands Hommes en robe de chambre; ils sont écrits avec une certaine\nverve et enlevés à l'emporte-pièce. Mais eux aussi, s'effondrèrent dans la male­\nchance qui ne le quittait point. Personne n'en parla et personne ne les ouvrit.\n  Le seul succès qu'il obtint, pendant sa vie, en somme, fut celui du Prêtre, joué\ndans un théâtre de Paris. Et tous ses efforts pour faire jouer une autre pièce sont\ndemeurés vains !\n  8a position était, au reste, singulière. Les catholiques auxquels il était, en tant\nqu'ouvrier des lettres et que journaliste, très supérieur, le tenaient en suspicion,\nparce qu'il écrivait dans les journaux laïques et s'éditait chez des éditeurs profanes.\nEt le clan des lecteurs mondains s'écartait de lui, lui reprochant de sentir la sacristie\net l'y renvoyant.\n   La vérité, c'est que le pauvre Buet faisait comme il pouvait ! Il avait été dure­\nment, férocement, exploité par les industriels pieux. Sauf Palmé, qui fut bon pour\nlui, les autres éditeurs l'étranglèrent. N'ai-je pas vu, au moment où sa femme\nmourait, où il lui fallait trouver de l'argent à tout prix, faire un certain traité, en\nbonne et due forme, que lui imposa une librairie religieuse, placée sous le vocable\nd'un grand saint; on lui achetait dix volumes, en toute propriété, avec droit d'en\ntirer toutes les montures, le tout pour une somme de mille francs. Et encore, la\nsomme ne lui fut-elle pas payée d'un coup !\n  En résumé, Buet fut un brave homme, très malheureux et digne, à tous égards,\nde pitié. Qu'il n'eût pas un talent de premier ordre, cela se peut, mais combien\nd'autres qu'il valait bien et qui ont largement vécu avec leur plume, alors que lui\ncrevait littéralement de faim ! Cette déveine était à noter, comme il était bon aussi\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                                    DURENDAL                                     289\n\nde signaler l'effroyable égoïsme et l'impitoyable lucre des catholiques qui, non seu­\nlement ne secourent point, mais encore, rançonnent les malheureux qui se vouent\nà les défendre.\n   Je vous envoie, mon cher Ami, toute l'assurance de mes bien affectueux sentiments.\n\n                                                               J.-K. HUYSMANS.\n\n\n\n\n                             Deuxième chanson\n\n                      Dans une rose.\n                                                                       pour M. J.\n             Dans le pli d'une rose, autrefois fraîche et douce,\n             J'ai trouvé ce matin un be vos chers baisers ;\n             Vous souvient-il ou temps où, les bras enlacés,\n             Nous aimions nous asseoie bans les bois sur la mousse?\n\n             Nous avons bien souvent contemplé les nuits calmes\n             Envabir lentement bes grands cieux assombris,\n             Et les brises passant avec un bruit de palmes\n             Faisaient chanter pour nous les ormes alanguis.\n\n            Que nous étions naïfs et notre âme ingénue!\n            L'émoi d'un tendre aveu ne nous troubla jamais,\n            pourtant, il est bien vrai, toujours à ma venue\n            Vous vous leviez tremblante... et moi je vous aimais.\n\n            Nous aimions nos baisers pour tout ce qu'ils avaient\n            De volupté paisible et be lente bouceur;\n            C'est ainsi que taisant ce que nos coeurs chantaient\n            Nous écoutions pensifs les silences berceurs.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "290                                     DURENDAL\n\n\n             Comme tout ici=bas, ce bonbeur sans secousse\n             S'est éteint un beau jour, laissant deux cœurs blessés.\n             Dans le pli d'unc rose, autrefois fraîche et oouce\n             Son souvenir revit parmi quelques baisers.\n\n             puis est venu l'oubli qui toute peine émouese.\n             Jeunesse ! amour ! pourquoi si vite avoir passé ? !\n             Vous souvient-il du temps où les bras enlacés\n             Nous aimions nous asseoir dans les bois sur la mousse ?\n Octobre 1897.\n                                                                       Georges Brigode.\n\n\n\n\n                        FRAGMENT                                          (1)\n\n\n\n\n                                                I\n\n\n\n\nT\n                ROIS têtes penchées sous la   clarté de la lampe suspendue\n               et, dansla salle basse où l'on vient de rabattre, à cause\n               de la fraîcheur h u m i d e , les vantaux de la fenêtre, un\n               rayon d'air chargé de pollen se glisse et tourbillonne.\n  Ce qui émane des plantes se mêle à ce qui émane des êtres.\n  Les âmes aspirent les rumeurs fériales que la nature convoie par\ndessus la ville pieuse endormie. L a vie profonde affleure. Deux vies\nse touchent; c'est leur baiser. Les lèvres de l'impalpable sont frôlées\ndes lèvres sensibles. On entend les pensées qui voyagent pour la\nfécondation du monde spirituel.\n   L a voix du carillon retentit.\n  Les trois têtes se redressent et écoutent : une monodie majeure,\nlente, fleur sonore à tige grave épanouissant des couleurs heureuses\n  (1) D'un livre qui paraîtra prochainement sous le titre : Religion   d'être.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                               DURENDAL                               291\n\n\ndans la nuit... Au troisième membre, près de conclure, le t h è m e\ns'éteint. L e cycle de l'heure n'est pas accompli.\n   L e père se remet à écrire ; Ghislaine laisse retomber les yeux sur\nle livre qu'elle lit; Joël la regarde.\n   C'est un livre d'images; le texte en est fait de lignes et de couleurs.\nJoël aime ce livre très ancien et très jeune où s'extériorise l'émotion de\nsa pensée. Il l'a donné à Ghislaine; elle y puise, a même les mains et\nles yeux des petites sœurs illusoires qui le peuplent, de quoi nourrir\nson imagination affectueuse.\n   Les psychélides ! c'est ainsi que la fantaisie de Joël a nommé ces\npetites êtres subtiles qui reviennent, à chaque printemps, semer\nl'amour par la contrée. Vouées aux jeux sacrés du désir, elles réalisent\ninnocemment la destinée. Mélancolique ou rieuse, leur théorie ser­\npente à travers l'île. Elles viennent de la mer, elles y retournent;\nelles naissent et meurent d'elle.\n   Ghislaine suit leurs jeux. Elle a, comme son frère, le pouvoir\nd'animer toujours plus vivement et plus loin ce qu'elle considère.\n   — J'en vois chaque soir de nouvelles, J o ; celles de la dernière page\nsont bien plus nombreuses que nous n'avions cru. T o u t au fond, tout\nau fond, derrière les blondes assises en rond sur le sable, il y en a qui\nsont fluides et pâles comme l'eau. On dirait que mon regard les éveille.\nA chaque vague que mon regard touche, il y en a une qui se lève de\nl'eau. L a mer les berce ; elles sont couchées sous l'écume.\n  D'un geste vif, elle tourne la page :\n  — Je ne veux pas les voir toutes aujourd'hui... c'est amusant d'en\ndécouvrir qu'on ne connaît pas !\n  Les feuillets passent, rapides, chassés à rebours, dans un remous de\nlumière, comme les palettes d'une roue qu'on détourne :\n  — L'air est rose où elles entrent; elles se colorent à mesure qu'elles\navancent dans la campagne. E n passant sous les ailes du moulin à\nvent elles étaient toutes soulevées... elles se sont assises près du\nmoulin à eau; elles se serrent l'une à l'autre. Elles attendent quel­\nqu'un... tu ne crois pas?..,\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "292                            DURENDAL\n\n\n   Elle rouvre le livre à la première page. Les jolis visages se haussent\nau bord de la haie :\n   — Les premières arrivent au jardin; elles cognent à la porte en\nlattis. Il y a déjà des roses!... Toutes les autres déroulent leur bande\nà la file... Elles se tiennent par la main. Il y en a, il y en a... tant\nqu'on les voit pâlir au loin... Mon Dieu!...\n   Saisie de ferveur, elle remonte lentement le cours de leur voyage :\n   — Nous allons à leur rencontre, Jo!...\n   Il sourit...\n   — Je t'assure !\n   C'était de bonheur qu'il souriait en observant les variations de l'émoi\nau visage de Ghislaine, car la joie de sa sœur a traversé d'un rayon de\nsoleil, large comme ce sourire, sa méditation commençante.\n   — Sont-elles à la forêt?\n   — Pas encore.\n   Il attend. Sa main trace à froid des schèmes dans le cercle de clarté\nqui tombe de la lampe.\n   Curieuse de tout, Ghislaine lui demande ce que c'est.\n   — Un triangle; regarde, il tourne et ne sort pas du cercle lumineux.\n   — Oh! oui... C'est drôle!...\n   Son attention légère, devançant la figure, fait le tour du cercle et se\ndissipe ;\n   — de la géométrie...\n   Ses yeux reviennent au livre.\n   — De la géométrie... et quelque chose de plus.\n   Il a envie d'ajouter :\n   — Vois-tu, c'est le triangle de notre intimité...\n   Puis il songe que ceci est vraiment un peu abstrait pour sa petite\nsœur aux images; mais le père qui a compris le signe, sourit à la\n pensée de Joël, car que fait-il lui-même, en ce moment de vie reposée\noù leurs esprits s'espacent, si ce n'est fixer des types d'harmonie, ces\n petites étoiles noires aux cordes des portées, signes, couleur d'idée,\n qui dégageraient à la chaleur de l'acte, une intensité de sensations.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                               DURENDAL                               293\n\n   — Penser que ces signes froids ont des rapports ardents et que,\ntransposés dans le monde physique, ils vont éclater de vie, dit Joël:\n   L e père le regarde.\n   Les figures qui venaient à la rencontre de Joël et de Ghislaine\npassent en lui comme des ombres... C'est l'éclipsé des images à la\nlumière intense de sa pensée... Les psychélides sont entrées dans la\nforêt; il écoute leurs pas et leurs voix; des rythmes battent, palpitent\net se nouent en lui.\n   — Sans doute, la musique physique est un moyen d'atteindre à\nl'âme par le corps; mais si tu lis ceci, tu toucheras l'âme immédia­\ntement et dans le silence où elle est pure. Ces fleurs abstraites ont\nleurs racines dans l'Éternel Sensible. Oublie de savoir ce que chacun\nde ces signes représente et, dans la nuit de ton esprit, les notes surgi­\nront lumineuses comme les étoiles du fond du ciel... Qu'entends-tu\nq u a n d t u r e g a r d e s le ciel ?\n   — L e s petites sont en plein soleil sur la colline ! crie Ghislaine\nétourdiment; puis, voyant leurs visages graves... une sensation lui\nglisse aux yeux, nuancée et furtive, l'envolement d'une g a m m e d'ailes\nde papillons à travers la page... L'instant ne l'effarouche p a s ; il lui\nest familier ; c'est l'oiseau blanc qui passe ; elle se tait au bord de\nl'étendue.\n  — J'entends graviter le silence... dit Joël, qui s'émerveille de pro­\nnoncer si aisément ce que l'esprit de son père lui suscite.\n\n                                    II\n\n   L'organiste... c'est avec une intonation de respect que les gens de\nla ville désignent ainsi le vieillard en regardant venir sa tête maigre et\nblanche aux yeux de ciel. Ils subissent la force inexplicable de sa\ndouceur. Son visage récèle des choses qu'ils ne comprennent pas, et\nquand ils vont l'entendre à l'église, ils perdent à mi-chemin la trace de\nses chants.\n   L'organiste... le mot a depuis longtemps une portée haute pour lui;\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "294                             DURENDAL\n\nil est attaché à ce clavier; mais ce qu'il y joue retentit au delà de\ntoute liturgie. Il consent à sa fonction extérieure; il l'accomplit\nd'instinct, comme en songe, laissant faire ses mains qui savent la\nforme des thèmes. Autre chose l'occupe.\n   — L e plus grand nombre, dit-il, ne perçoit, de la musique comme\nde la vie, que l'apparence. Je conçois une musique innée qui formule\nl'essentiel. S'il faut que la sonorité des œuvres émeuve la foule, je\ncrois qu'elles ne seront religieusement aimées que de ceux qui vien­\ndront y lire leur être dans le silence.\n   On dirait qu'en ce moment les planètes précipitent et resserrent\nleur giration passionnées...\n  Y aurait-il là-haut des cordes tellement sensibles qu'un regard les\nferait entrer en vibration ?...\n   Devant la mer, un soir, ils contemplaient l'eau du couchant de l'île\nse refléter à l'orient de leur âme. Joël écoutait son père recueillir entre\neux, avec des paroles tranquilles, les sensations éparses.\n  Sa voix, quand il dit de ces choses, a des parois de lumière, son\nregard se teinte d'éternité! Les mots se posent sur l'eau calme et se\nmettent à descendre...\n  Des mots perdus descendent dans l'eau sans fond depuis des siècles,\nmais autour de la place où ils sont tombés l'eau frémit, des ondes se\ndilatent et s'étendent...\n  L'océan qui chavirait sous le poids du soleil rouge soulevait aux\nbords invisibles, un soleil de diamant. Ce soleil rayonnait par le\nregard du père; la clarté de son regard augmentait avec la nuit. Joël\nvoyait monter dans ses yeux la fraîcheur argentée de l'autre matin du\nmonde.\n   Il y a ainsi des êtres avec qui nous sommes toujours au bord de\nl'océan spirituel; lorsqu'ils se posent devant nous l'espace s'ouvre. Ils\nviennent et leur seule présence nous délivre.\n   Joël est jeune. De telles clartés le touchent comme celles de l'aube,\ndans un bruissement de souffles.\n   Bien qu'il soit, par la qualité de son âme, prédestiné au rêve, elles\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                               DURENDAL                              295\n\nsemblent lui annoncer le jour de l'action et au milieu de la grande\npaix de l'île, il attend ce jour moins patiemment depuis quelque\ntemps.\n  Il va prendre dans un coin le plan de l'île et le déroule sur la table.\n  Le père s'arrête d'écrire, Ghislaine se lève pour mieux voir.\n\n                                                      HENRY    MAUBEL.\n\n\n\n\n                  EFFETS DE NEIGE\n\n            Je me mis à genoux sur la neige étoilée\n            Pour ceindre à votre pied la boucle du patin;\n            J'étais ému, troublé; votre rire argentin\n            Semblait me défier de sa note perlée.\n\n            Je mis autour de vous l'hermine immaculée\n            Qui fourrait chaudement un manteau de satin,\n            Et, gaîment enlacés, vers l'horizon lointain,\n            Ainsi que des oiseaux, nous prîmes la volée.\n\n            Notre course rapide et les flocons tremblants,\n            Faisant votre teint rose et vos cheveux tout blancs,\n            Prêtaient un nouveau charme à votre grâce exquise.\n\n            Et je vous aimais mieux encor, mon cher amour,\n            Avec votre air ravi de petite marquise\n            Fraîche et poudrée ainsi qu'un pastel de Latour.\n\n                                                    R.   THOMAS.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": " 296                               DURENDAL\n\n\n\n\n        HERMANN DE BAETS\n                 (En réponse aux virtuosités du P.      Delattre)\n\n\n\n\nJ\n        'ÉCRIS   là un nom qui est imprimé en lettres de feu dans nos\n         cœurs. J a m a i s homme ne rendit autant de services aux jeunes\n         catholiques que cet admirable éducateur de la jeunesse.\n            É d u c a t e u r ! oh o u i ! il l'a été pour nous tous dans la plus\nhaute acception du mot. Car c'est lui qui fit vraiment notre éducation\nlittéraire, artistique et sociale, par le plus merveilleux et le plus\nfécondant des apostolats, s'affirmant dans des écrits imprégnés d'une\nsève puissante, dans des conférences débordantes d'humour et de bon\nsens, dans un enseignement fier, indépendant de toute coterie, de tout\nparti pris, de toute idée préconçue, bousculant les éternels préjugés\nde la bêtise humaine, balayant toutes les formules vides de sens,\njetant par dessus bord toutes les idées surannées.\n   On nous avait desséché l'âme et déformé l'intelligence par un\nenseignement vieillot et purement archéologique, comprimant toute\nspontanéité, nous mettant en garde contre les idées personnelles, les\nseules qui vaillent, nous interdisant, comme s'il s'agissait d'un péché,\nles seules lectures qui eussent pu nous initier à la vie.\n   Nous quittâmes les bancs de nos classes ignorants de notre t e m p s ,\nde son art, de sa littérature, de ses hommes et de ses tendances. On\nnous avait tellement prévenu contre le monde contemporain, que ce\nmonde était un mythe pour nous. E t lorsque l'un ou l'autre d'entre\nnous, appelé à jouer un rôle dans la société, voulut s'en acquitter, il se\ntrouva tout à fait dépaysé, dans un monde totalement différent de\ncelui qu'on lui avait dépeint. Il parla, on ne l'écouta pas. Il écrivit, on\nne le lut pas.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                 DURENDAL                                 297\n\n   Les jeunes, en dépit de leur bon vouloir, furent désarçonnés du\ncoup. Un lutteur catholique qui se trouvait sur la brèche à côté d'eux,\ns'aperçut de leur désarroi. Il alla à cette jeunesse. Il mit à son service\ntout son grand cœur, toute sa belle âme, toutes les ressources de\nsa noble intelligence.\n   Cet homme, c'est H e r m a n n de Baets.\n   T o u s les jeunes catholiques le reconnaissent pour leur maître et\nsont fiers de se dire ses disciples. Ils le considèrent, à juste titre,\ncomme leur bienfaiteur et leur sauveur. Sauveur! oh oui ! il le fut pour\neux. Il empêcha cette jeunesse de croupir éternellement dans la médio­\ncrité. Ils y étaient fatalement voués de par l'éducation absurde qu'on\nleur avait donnée jusqu'à ce jour.\n    H e r m a n n de Baets leur montra qu'au fond de l'incapacité d'action\noù ils étaient emprisonnés, il y avait tout simplement un vice d'édu­\ncation première, un manque de culture artistique et littéraire primor­\ndiale : « L'enseignement des humanités dans l'état de choses d'aujourd'hui ne\nva pas à la culture artistique, à la culture littéraire. Il reste confiné dans\nl'étude du mécanisme. »\n   Cet enseignement, au lieu d'éveiller la personnalité et d'activer la\nspontanéité des jeunes esprits, a pour effet de les paralyser, en les\nenfermant dans un étau. De là une incapacité totale de penser,\nd'écrire ou de parler d'une façon personnelle.\n   Il ne suffit pas de savoir manier la parole ou la plume, d'une manière\ntelle quelle, pour s'imposer à l'attention des hommes. Il faut encore le\nsavoir faire avec l'art et dans la langue de son époque. On arrive à\ncette puissance de l'éloquence et à cette maîtrise de l'écriture, non en\nétudiant une littérature de cimetière et un art de musée d'antiquités,\nmais en écoutant les orateurs, en lisant les écrivains, en contemplant\nles chefs-d'œuvre contemporains.\n  E t la rhétorique qu'on nous expliquât avec tant de soins, d u r a n t\ntant d'années, au collège, que faut-il en faire, s'écrièrent les jeunes?\n     Jetez-la par la fenêtre, leur répondit spirituellement H e r m a n n\nde Baets. La rhétorique n'a jamais formé un orateur. » Elle n'est qu'un\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "298                                 DURENDAL\n\n\nembarras, un bâton dans les jambes. Voulez-vous ne jamais savoir ni\nparler, ni écrire? Servez-vous de cette mécanique imbécile, dont des\néducateurs inconscients vous ont, plus par routine que par manque de\nsens, expliqué si minutieusement tous les rouages inutiles.\n   Aspirez-vous à devenir un orateur, un écrivain, un homme, enfin?\nDébarrassez-vous des cuirasses de carton, des armes en papier mâché\net de tout cet équipement grotesque de don Quichotte dont on vous a\naffublé.\n   Et les classiques? Que faut-il en faire?\n   Mais ne les avez-vous donc pas étudiés suffisamment et trop, hélas!\nau collège? On vous en a saturé jusqu'à l'écœurement. Vous en avez\ngagné une péritonite intellectuelle. Je ne vous dis pas : Ne les lisez\nplus jamais. Faites-le si vous en avez le courage, mais plus tard, si\nvous savez encore votre latin, car à la façon dont on vous l'a enseigné,\nil est probable que, comme moi, vous l'aurez oublié. Mais de grâce\nallez au plus pressé. Vous êtes des ignorants de la vie. « Ouvrez donc\nvos yeux et vos oreilles tout larges. » Voyez ce qui se passe autour de\nvous. Vous avez assez longtemps vécu avec les mânes des antiques.\nVivez enfin avec les vivants. Lisez ce qu'écrivent, ruminez ce que\npensent, écoutez ce que disent les hommes de votre génération. Que\nvous importent les antiennes que l'on chantait jadis.\n   En un mot étudiez les modernes et tâchez d'écrire et de parler\ncomme eux. Tout le secret est là. Quand vous saurez parler comme\neux, on vous écoutera, quand vous saurez écrire comme eux, on vous\nlira.\n   Mais les auteurs modernes sont, paraît-il, si dangereux. Nos maîtres\nnous ont tellement mis en garde contre eux, que nous n'osons les\naborder. C'est le fruit défendu, nous disait-on. Un catholique ne\npeut y toucher.\n    « Dangereux! eh! sans doute, ces livres le sont, mais pour des enfants. Mais vous\n n'êtes plus des enfants ; vous êtes des intellectuels.\n    Et pour les intellectuels, pour ceux qui, par leurs études, se préparent à remplir\n certains devoirs d'Etat, pour ceux qui auront une responsabilité à prendre dans\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                                    DURENDAL                                        299\n\nl'existence, qui auront une direction à donner, qui, comme pères, auront à diriger\nla foule dans les choses de la politique, c'est une nécessité inéluctable de lire et de\nlire tout. On ne va pas à la haute intellectualité sans avoir une direction à exercer\nsur les autres, et, dès ce moment, il faut connaître à fond le terrain sur lequel on\naura à se diriger et à diriger les autres. Et, pour bien s'y retrouver, il faut d'abord\nconnaître les fondrières, les gouffres. Certes, il ne faut connaître ces choses-là qu'à\nl'âge où l'on est capable de les affronter sans danger.\n   Le grand tort est de laisser nos jeunes gens quitter le collège sans orientation\naucune, tomber dans la littérature moderne comme dans un pays inconnu. Une\ninitiation méthodique, progressive, prudente est indispensable.\n   Pourquoi ne dirait-on pas : voilà tel auteur, voilà son mérite littéraire, son œuvre\nest dangereuse, ne la lisez pas actuellement. Mais je vous la fais connaître par\nextraits. Cette allure franche et sincère inspirera confiance à l'élève. Plus tard,\nl'enseignement universitaire devrait reprendre d'une main vigoureuse la critique de\nla littérature moderne, y diriger les jeunes gens préparés à recevoir la direction.\n\n\n\n   Telle, Messieurs, la morale d'un enseignement littéraire qui prétendait nous isoler\nde tous les périls, dans un classicisme étanche. C'est dangereux, c'est mauvais !\n   C'est, de plus, fatal à l'influence catholique dans le monde. Si nous voulons diriger,\nsi nous voulons exercer une action forte, il faut, et ceci est la règle, en littérature\ncomme en sciences et en politique, il faut que nous employions toutes les forces\nhumaines de notre temps, que partout nous soyons à la tête du mouvement. Ceci\nexige la préparation, non par la facile conservation à l'abri des périls; mais la vigou­\nreuse formation en pleine connaissance des difficultés et des dangers de la lutte ».\n\n\n   Tel, en ses grandes lignes, l'enseignement d'une profondeur de\nconception et d'une élévation de vue admirables, que nous donna\ndepuis toujours, avec une maîtrise sans égale, Hermann de Baets.\n   Il nous le répéta l'an passé, au Congrès de Gand, en cette page\n'magistrale dont nous venons de donner un extrait, avec cette élo­\nquence communicative qui fait frissonner les âmes, avec cette force de\nlogique qui captive les intelligences, avec cette largeur d'idées qui est\nle fait des esprits supérieurs.\n   Tel fut le vrai sens du discours d'Hermann de Baets. On lui\nen attribue gratuitement un autre dans un pamphlet récent. Il est\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "300                                DURENDAL\n\n\napocryphe. C'est la caricature du discours authentique. C'est l'œuvre\nd'un faussaire.\n   A lire la grande!!! critique du P. Delattre, ne dirait-on pas que\ntout le discours de l'orateur n'a été qu'un éreintement du Télémaque\net des classiques ? Il en parle à peine dans une ou deux phrases inci­\ndentes !\n   Nous avons tenu à rétablir la vérité, parce que nous aimons Her­\nmann de Baets. Nous savons tout ce dont nous lui sommes redeva­\nbles. C'est notre Maître et nous en sommes fiers. Nous nous sommes\nbien trouvés de son enseignement. Les disciples qui ont été fidèles\naux leçons de cet éducateur incomparable n'ont pas eu à s'en repentir,\nLa reconnaissance la plus élémentaire nous fait un devoir de le pro­\nclamer et de lui dire, avec toute notre âme, combien les attaques\ninsinuantes et malveillantes dirigées contre lui, dans le pamphlet\nsus-dit, nous ont blessés au cœur, nous, ses disciples de la première\nheure et ses admirateurs enthousiastes.\n                                                  L'abbé HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n   LA MEURTRIÈRE RÉALITÉ\n                               FRAGMENT         (1)\n\n\n\n\n N\n          E nous créons-nous pas souvent un être de rêve qui surgit devant nous\n             par des fois tel que nous le concevons ? Entité abstraite que nous\n            concrétisons dans la vie, en voyant une créature inconnue revêtir, de\nsa forme impeccable, l'âme élue pour sœur !\n  N'est-elle pas près de nous, ne partage-t-elle pas nos joies et nos mélancolies ?\n  (1) D'un prochain livre.\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                     DURENDAL                                       301\n\nAmie plutôt qu'amante, ne vit-elle pas avec nous, comme nous vivons avec elle,\npuisque nous ne vivons réellement que de rêve ?\n  N'est-elle pas belle, puisque notre rêve est beau; n'est-elle pas pure, puisque\nnotre amour est pur ; n'est-elle pas idéale, puisque notre désir est idéal...!\n  J'ai ce bonheur de posséder une âme-sœur qui m'aide à vivre parmi les hommes :\nêtre invisible mais que je vois les yeux clos ; être impalpable mais dont je sens la\nmain, aux jours mauvais surtout, dont j'entends la voix et qui marche avec moi...\n  » Parfois elle m'apparait, sous les traits d'une femme entrevue qui passe et\nqui fuit telle qu'une vision... »\n  Ainsi parlait à Yolande, Georges Elian, le poète.\n\n\n   Les réceptions mondaines suscitent de fatidiques rencontres. Deux êtres, jusqu'à\nce soir l'un à l'autre inconnus, sentent leurs cœurs et leurs esprits s'aimanter.\n   Il leur semble s'être aimés déjà. Quand ? Dans une vie abolie peut-être.\n   Ils se soupçonnent proches d'une virginale parenté, exempte de toute chair.\nPourquoi, d'ailleurs, leurs lèvres se rencontreraient-elles, puisque leurs âmes se\ndonnent le baiser spirituel.\n   Georges Elian était allé au jeudi de Mme de St..., mû par un mobile qu'il\nn'avait pu analyser; inconsciemment tenté de se mêler à ses semblables qu'il\nn'aimait guère, car, au retour de la plupart de ces vaines soirées il se répétait avec\n['Imitation ; Je ne suis jamais allé dans la société des hommes sans en revenir\nmoins homme que j'étais. » Lui qui se complaisait, avec une sorte de volupté fière,\nde dédain hautain, à se cloîtrer en son « home », il avait été poussé à le quitter et à\n< descendre aux inférieurs , ainsi qu'il appelait lui-même ses rares visites mon­\ndaines. Elles n'étaient guère que de nécessaires épreuves pour sa volonté, que de\npréventives thérapies. Particulière était son aversion pour les salons dits « litté-\nraires qui ne favorisent que d'oiseuses discussions. Il allait même regretter d'être\nvenu chez Mme de St... quand on annonça Yolande.\n   Elle avait cédé, elle aussi, à une insolite et mystérieuse attirance; elle avait eu la\nsensation d'être saisie par la main et guidée vers ce salon où, pour la première fois,\nelle apparaissait. Car n'était-elle pas une apparition ? On la devinait belle, telle un\nbloc transmué en déesse par Phidias. Son corps souple et qu'un rythme en cadence\nbalançait, on se rappelait l'avoir vu éternisé en un geste sublime. Adornée du\npéplos et dans la stase harmonieuse d'un indolent nonchaloir, elle eût évoqué, par\nl'eurythmie de ses formes et de ses attitudes, l'Ariane endormie ou la Parque\ncouchée. Son visage avait la pâleur lumineuse des marbres; son nez aux palpitantes\nnarines s'attachait droit au front; ses yeux, jumeaux diamants noirs sous leurs\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "302                                  DURENDAL\n\nnoirs sourcils, assombrissaient son masque vénusien qu'auréolait étrangement le\ncasque d'or clair des cheveux.\n  Bourrèle des cœurs pubères, elle fascinait impérieusement. Mais Elian que la\nchair avait désenchanté, l'admirait sans désir, ainsi qu'un pur Paros.\n  Elle lui faisait songer au sonnet de Charles Baudelaire : La Beauté :\n\n                  Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre,\n                  Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,\n                  Est fait pour inspirer au poète un amour\n                  Éternel et muet ainsi que la matière !\n\n\n\n   Une âme, hantée d'idéal, habitait cette vivante icône de Beauté devant laquelle\nl'émerveillé venait de ressentir les troublants émois que, seule, la Vénus victorieuse\nlui avait donnés.\n   Yolande avait toujours banni ceux qui ne la regardaient qu'avec les yeux des\nsens. Comme la Vénus, elle voulait rester voilée à mi-corps. Encore qu'elle fût désil­\nlusionnée (la mauvaise fortune s'était abattue sur elle, telle qu'un sinistre oiseau sur\nune proie), elle supportait la vie, pareille à ces cariatides taciturnes qui, droites et\nrières, soutiennent, sans ployer, d'impérissables monuments. Parfois, cependant —\ndans sa souffrance de n'être pas aimée — elle croyait sentir s'en aller, par les plaies\nbéantes de son cœur, l'amour lilial et peut-être impossible qui la magnifiait.\n   Les discrets épanchements du jeune homme, ses paroles, si lointaines d'ici-bas,\nl'avaient aimantée vers lui, comme Elian avait été attiré vers elle.\n   Georges était, naguère tombé dans de charnelles embûches insidieusement tendues\nà son adolescence inexperte. Mais, pareils à la lance d'Achille, les malignes\nflèches d'Eros, en le frappant, avaient guéri les vénielles blessures qu'elles lui\navaient faites. Il s'était relevé, attendant l'amour sauveur et réparateur de ses\nanciens dams.\n   Ces deux êtres étaient déjà l'un à l'autre liés par de mystérieux prestiges. Leurs\ncœurs et leurs pensées n'avaient pu communier en cette soirée parmi l'ambiance\nadverse. Mais leurs aspirations n'étaient-elles pas jumelles! Elle lui avait laissé lire\nquelques pages du livre, aux signets noirs, de sa vie. Pour elle, il avait entr'ouvert\nce coffret, tout imprégné d'odeurs volatiles, qu'était son âme avec ses étranges\nsecrets et ses mystiques envols.\n   Elle était devinée, il était compris.\n   — « Je vous pressens, lui dit-elle en le quittant, d'une autre race que les inanes\nhabits noirs qui nous entourent. Aussi serais-je heureuse de causer encore et plus\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                        DURENDAL                                      303\n\nlongtemps avec vous. Mon vouloir et mon dédain du monde — mes trente ans aussi\nronisa-t-elle — me délient des courantes conventions. Je pars, pour quelque temps\npeut-être, mais écrivez-moi : vos lettres me parviendront. Dites-moi vos souffrances,\nvos efforts, laissez-moi partager votre vie spirituelle... J'ai tant besoin d'entendre\nune voix qui ne mente p a s . . . »\n  En cet égrège, elle avait reconnu un ami, un élu du rêve, un habitant de ce pays\nignoré des géographes, de cette mystérieuse contrée de l'Idéal qui n'existe que pour\nceux qui savent la découvrir.\n  Elian, lui, venait de voir — vivante et belle — l'Eve imaginaire, la familière\nMinerve, fille de son cerveau.\n  Mais cet inattendu, cet inespéré prolongement du rêve dans la réalité, n'était-ce\npas une menteuse hallucination dont il était le jouet ridicule? Non, l'être impalpable,\nle mythe allait devenir réel; il l'était déjà, car le poète, lui avait parlé. L a c h è r e\nvision était prisonnière de ses y e u x . . .                            .     .\n\n\n\n                                                                 J O S É HENNEBICQ.\n\n\n\n\n                                                                            (I)\n           Le Cas Charbonnel\n\nM            ONSIEUR   Victor Charbonnel, ci-devant prêtre catholique,\n               signifia récemment à l'Église qu'il cessait de relever\n               d'Elle.\n             M. Charbonnel n'est pas le premier apostat; dans sa furie\nde réclame il le doit regretter; tout au moins est-il le premier qui\nérigea l'apostasie en une sorte de boulangisme, habilement servi par\nles proclamations, les lettres et les interviews; le coup fut bien\npréparé, et le jour où M. Charbonnel dépouilla la soutane pour\nrevêtir la redingote, tout Paris avait les yeux sur lui.\n (1) VICTOR CHARBONNEL. — La Volonté de vivre, Paris, Colin.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "304                            DURENDAL\n\n\n   L'histoire, même en ce siècle, signale d'analogues ruptures, mais\nelles se présentèrent toujours comme le dénouement de drames de\nconscience si angoissants qu'ils commandaient la modestie à l'apostat et\npar là même la réserve au public; M. Charbonnel ayant voulu se\ndonner l'originalité, devant la galerie, de tirer sa révérence à l'Église,\nen un geste détaché de snob, nous pouvons dire brutalement ce que\nnous pensons de son cas.\n   Et ce que nous en pensons, le voici : l'exode de M. Charbonnel est\nun bon débarras !\n   Il serait puéril de contester le talent de M. Charbonnel et la\nvaleur littéraire des livres qu'il publia et notamment du dernier\nd'entr'eux : la Volonté de vivre... Nous n'éprouvons nul embarras\nà confesser le charme d'harmonie et de nuances, l'enveloppante et\nmusicale langueur, le chatoiement chaud et coloré qui se dégagent de\ncette œuvre; elle dénote un styliste remarquablement doué, de la\nlignée des Renan, des France et des Barrès... Nous irons plus loin :\nil y a dans la Volonté de vivre tels passages, tels chapitres entiers —\ncelui notamment sur la « Vie intérieure », — qui relèvent d'une bienfai­\nsante et profonde psychologie et apparaissent comme de très artis­\ntiques transpositions de certaines méditations de saint Ignace de\n Loyola... Et les fragments « sur le caractère » sont, à notre sens,\n parmi les commentaires les plus adéquats des sévères enseignements\n de l'Imitation !...\n    C'est donc en puisant à la source pure et intégrale du culte dont il\n fut le ministre que M. Charbonnel trouva ses meilleures et ses plus\n belles inspirations; malheureusement, ces pages irréprochables servent\n d'introduction et d'appât à des dissertations ou la croyance chrétienne\n se dilue dans une creuse et vague psychologie pour aboutir au pan­\n théisme romantique du chapitre « sur la Religion » et enfin, à cette\n Prière, pompeusement équivoque « au Dieu inconnu ».\n    Il faut se féliciter que l'apostasie de M. Charbonnel ait été concomi­\n tante à la publication de la Volonté de vivre : quand, dorénavant,\n  M. Charbonnel prétendra encore qu'il a déserté l'Église parce que\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                                      DURENDAL                          305\n\nl'inflexibilité étroite et rigoureuse des Dogmes ne pouvait s'adapter\naux évolutions progressives de la pensée contemporaine, il sera aisé\nde lui répondre ; car non seulement, dans son œuvre récente, M. Char­\nbonnel ne démontre pas « l'inappropriation radicale » des Dogmes,\nmais il ignore les Dogmes, il passe à côté des Dogmes et leur\nsubstitue une religiosité rêvassière, de plus en plus inconsistante et\nvaporeuse !...\n  E t là était le danger — aussi longtemps que M. Charbonnel\ndemeurait dans l'Église — de l'apostolat qu'il avait entrepris.\n  Depuis des années en vérité, un mouvement qu'il importe non\nseulement de respecter mais d'encourager, entraîne les intellectualités\ncontemporaines, saturées de positivisme, dans l'orbite de l'idéal chrétien.\n   L'évolution est sensible et progressive... De notables recrues lui\nadviennent à chaque étape : hier c'était M. J.-K. H u y s m a n s , aujour­\nd'hui c'est M. Brunetière... L'heure n'est pas éloignée où ce courant\nde bonnes volontés, venues de régions qu'on croyait perdues pour\nl'Église, se confondra dans le large fleuve du catholicisme.\n   Or, pour ces néophytes de la vérité, partis de l'intuition et en route\nvers la certitude, le spectacle n'était-il pas déconcertant de voir un\nprêtre de Jésus-Christ entreprendre à rebours la route qu'ils ont\nparcourue, et délaissant la certitude, cheminer d'un cœur léger vers\nles vagissements de l'intuition.\n Aujourd'hui cette équivoque est dissipée et ce danger a disparu :\nM. Charbonnel a jeté la soutane — et le masque !\n   Bon débarras !\n   E t voici déjà que la punition commence : les rares catholiques qui\ns'étaient illusionnés sur la sincérité de M. Charbonnel se sont naturel­\nlement détournés de lui ; quant aux libres penseurs, après l'avoir\naccueilli avec une froideur marquée, ils lui réclament impérieusement\ndes gages : « Vous avez reconquis votre liberté, lui disent-ils, c'est bien,\nmais prouvez-nous maintenant que cela valait la peine de la con­\nquérir (1) ! »\n  (1) Mercure de France. Novembre 1897, p. .547.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "306                              DURENDAL\n\n\n   . . . D a n s un ouvrage récent sur Lamennais intime, M. A. Roussel\nécrit : « L a m e n n a i s , tant qu'il demeura enfant soumis de l'Église,\nexerça sur lajeunesse catholiqne un ascendant irrésistible; sitôt qu'il\ns'éloigna de l'obéissance filiale due à cette même Église, son -prestige\nauprès des jeunes gens s'évanouit aussitôt, pour jamais. E t lajeunesse\nrévolutionnaire, de son coté, ne le considéra point comme son porte-\ndrapeau ; elle s'isola du L a m e n n a i s libre penseur, comme elle s'était\nécartée du L a m e n n a i s catholique. »\n  Si parva licet componere magnis, tel est le sort aussi qui attend, pour\nson châtiment, celui qui fut l'abbé Charbonnel !\n\n                                            FIRMIN VANDEN BOSCH.\n\n\n\n               PETITE CHANSON D'ESCHOLIER\n\n\n                   Sans presque encore nous connaître,\n                   Nous nous sommes aimés d'amour...\n                   Et nous ne faisions plus qu'un être\n                          Dès le premier jour.\n\n                   Je lisais déjà tes pensées\n                   Dans tes grands yeux couleur d'espoir...\n                   Et nos mains se sont enlacées\n                           Dès le premier soir.\n\n                   Nous marchions aux jardins; la brise\n                   Soupirait dans l'or des rameaux...\n                   Tu parlais, — et je t'ai comprise\n                           Dès les premiers mots.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                                       DURENDAL                                           307\n\n                Et tu n'eus pas besoin d'entendre\n                Mon secret prononcé tout bas :\n                Ton cœur avait su le surprendre\n                        Dès les premiers pas !\n    Octobre 1897.                                                   FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n          U N ESSAI D'ART CHRÉTIEN\n\n                  d'une façon vraiment artistique un sujet religieux,\n\n\nT\n           RAITER\n          n'est pas aisé. L'art religieux est le plus difficile de tous\n          les arts. Il ne tolère pas la médiocrité. L a cause en est dans\n          l'élévation sublime du sujet. Un artiste ordinaire ne doit\npas aborder l'idée religieuse. Il sera écrasé par elle. Son œuvre sera,\nsinon ridicule, tout au moins quelconque.\n    M. Pouvillon a tenté la chose et, disons-le de suite, avec succès. Il\nappelle modestement sa charmante fantaisie religieuse : un essai. C'est\nplus qu'un essai. C'est bien de l'art religieux. Il est tout à fait exquis\nce poème mystique en prose : Bernadette de Lourdes (1). Sujet ardu\ns'il en fut, prêtant facilement ou à une exaltation fausse ou à une\ndéplorable banalité.\n    Zola nous avait parlé de Lourdes, mais dans quel sens ! Son livre\nest une vraie caricature, une caricature grotesque de L o u r d e s . Il n'a\nrien compris à l'enthousiasme religieux des âmes chrétiennes. Son\nabbé, le héros principal du roman — roman indigeste et ennuyeux —\nn'est pas un prêtre catholique, c'est un voltairien affublé d'une sou­\nt a n e ! Il s'est fait prêtre sans vocation, par un motif purement naturel,\n  (1) Bernadette de Lourdes (Mystères), par G. POUVILLON (Paris, PLON. NOURRIT et Cie)-\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "308                             DURENDAL\n\n\n dicté par l'égoïsme. Enfin sa Bernadette est une hystérique vulgaire.\nVu, avec les yeux de Zola, elle ne pouvait être que cela.\n    M. Pouvillon, au contraire, sans faire de Bernadette une sainte, ce\n qui eût été de l'exagération, nous la représente bien telle que l'artiste\nchrétien se la figure, sous les traits d'une jeune fille pure, modeste,\ntouchante de candeur, d'une piété simple et naïve. Elle garde ce\ncaractère tout le long du livre. S œ u r de charité à Nevers, elle n'est ni\nune grande mystique, ni une religieuse médiocre. C'est une belle\nâme, aimant le Dieu auquel elle s'est vouée avec ferveur, vivant et\nmourant en fidèle épouse de son Christ.\n   Zola eût été incapable de concevoir et par conséquent de créer un\ntype aussi délicat. Il n'a jamais saisi l'ineffable splendeur, la beauté\nà la fois surnaturelle et artistique de la virginité. L'idéal de la femme\npour lui c'est la femme-mère. J'allais dire : la femelle et je n'aurais\npeut-être pas trop dit. Zola a le mépris de la virginité. On devait donc\ns'attendre de sa part à un portrait faux de Bernadette. T o u t est faux,\ndu reste, dans son livre. Pourquoi aussi a-t-il tenté d'incarner dans\nson style de pseudo-naturaliste un sujet aussi transcendental ? Il eût\ndû se rappeler cette parole écrite par lui-même dans un de ses romans :\nL'HOMME GATE LES Œ U V R E S LES P L U S B E L L E S .\n   L ' h o m m e ici, c'est Zola. Cette parole s'applique à lui à la lettre.\nElle est la condamnation de Zola, prononcée par lui-même. On devrait\nl'inscrire en caractères de boue au frontispice de son œuvre.\n   Quant à M. Pouvillon, nous n'avons que des félicitations à lui offrir.\nJe ne sais si telle a été sa pensée, mais son œuvre est une réfutation\nindirecte très éloquente de l'œuvre de Zola. Au point de vue esthé­\ntique, elle lui est infiniment supérieure. Elle est vraiment belle et en\nmême temps, ce qui ne gâte rien, elle est essentiellement chrétienne.\nQuelque prévenu qu'un catholique puisse être contre l'art moderne, il\nne peut que faire bon accueil à cette œuvre élevée et élevante à la\nfois. Nous engageons tous les catholiques et même les autres à se\nprocurer et à propager cet admirable petit livre. Il est chrétien et il\nest artistique. Il est à sa place dans la bibliothèque du chrétien. Il ne\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                                    DURENDAL                                    309\n\ndéparera pas celle de l'artiste. C'est une véritable œuvre d'art.\nElle mérite d'être rangée dans nos rayons à côté des plus belles\nœuvres littéraires chrétiennes de ce temps.\n                                                      H. M.\n\n\n\n\n                Notre Académie\n   L'Académie royale de Belgique comprend trois « classes > — et veuillez apprécier\nau passage la beauté toute administrative du mot « classe > :\n   1° La classe des sciences ;\n   2° La classe des lettres et des sciences morales et politiques ;\n   3° La classe des beaux-arts.\n   Il valait bien la peine de qualifier cette subdivision du terme peu élégant de\n\" classe \" — classer = ranger des choses selon leurs conditions ( Larousse) — pour\naboutir à un partage d'attributions aussi anomalique.\n   Puisqu'on voulait, d'une part, réunir dans une Académie les représentants les\nplus autorisés des sciences, des lettres et des arts, et que, d'autre part, dans cette\ninstitution, toute de tradition, on désirait sacrifier au traditionnel nombre trois —\nomne trinum perfectum, comme aurait dit feu M. Auguste Wagener, de la classe des\nlettres ! — quoi de plus rationnel, ou bien de réunir les sciences morales et poli­\ntiques aux autres sciences, ou bien mieux encore de les ériger en une « classe »\nspéciale et d'aboutir au triple groupement suivant :\n   1° La classe des sciences naturelles, mathématiques et physiques;\n   2° La classe des sciences morales et politiques ;\n   3° La classe des lettres et des beaux-arts.\n   Voilà qui serait logique — et pratique.\n   Les savants se rencontreraient avec d'autres savants; les moralistes côtoyeraient\nles économistes, et les lettrés les artistes; chaque section discuterait des questions\nintéressant tous les membres qui en font partie, et, forte de la compétence de\nla majorité, sinon de l'unanimité des délibérants, en imposerait la solution à\nl'opinion.\n   Et dans les notices officielles sur l'Académie (Almanach Royal 1897, p. 694) on ne\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "310                                   DURENDAL\n\nlirait point des choses aussi renversantes que celle-ci : \" La classe des lettres se\ncompose de deux sections, à savoir : la section des sciences historiques et philologiques,\nqui comprend... la littérature française et la littérature flamande... \" Et plus loin :\n   La classe des beaux-arts se compose des subdivisions suivantes : . . . les sciences\net les lettrés dans leurs rapports avec les beaux-arts... »\n   La jolie salade !\n   Ainsi les littérateurs, selon qu'ils sont historiens ou philologues, ou selon qu'ils\nsont critiques d'art, iront siéger, ceux-ci (et cela a tout au moins l'inconvénient de les\nexiler), à la section des beaux-arts avec les peintres, les musiciens et les statuaires,\net ceux-là (et voilà le comble !), à la section des lettres, avec les archéologues et les\nlinguistes, les statisticiens et les économistes.\n   Ainsi éparpillés, noyés dans le tas de confrères évidemment éminents, mais qui\nconsidèrent généralement les lettres comme chose négligeable et inférieure, et dont\nquelques-uns vouent à l'art le mépris que professe tout compilateur pour les choses\nd'imagination, comment veut-on que les rares littérateurs que l'Académie daigne\nadmettre dans ce qu'elle appelle son sein, conservent, en y entrant, d'autre ambition\nque celle de se faire tolérer; à qui la faute si l'Académie et particulièrement la\nclasse des lettres n'exerce point le haut mécenat intellectuel qu'il faudrait, et si les\nlittérateurs — à l'exemple de Maurice Maeterlinck — dédaignent les éloges et sou­\nrient des oracles dispensés par une assemblée où dominent les archivistes très\nentendus, les professeurs d'antiquité très savants et les archéologues les plus subtils\n— mais ou, en dehors de M. Prins, de M. Tardieu et du bel et complet artiste\nqu'est Godefroid Kurth, il n'y a ni un poète, ni un critique, ni un romancier, ni un\ndramaturge — ni même un fabuliste...\n   L'amère dérision de vouloir confier la direction de la littérature belge d'expression\nfrançaise — car la littérature flamande a son Académie spéciale, excellemment\nrecrutée et investie par suite d'un prestige — à un groupement dont restent exclus\nEdmond Picard et Prosper de Haulleville, Emile Verhaeren et Albert Giraud,\nMaurice Maeterlinck et Hector Hoornaert, et d'autres, que M. Charles Potvin —\ncritique, poète, romancier — ne peut prétendre toutefois, malgré son multiforme\ntalent, remplacer tous à la fois !\n  Conclusion : Si, chose certainement regrettable, l'Académie de Belgique, et notam­\nment la classe des lettres, n'a point l'influence qu'elle devrait posséder; si ses\nconseils ne sont ni demandés ni écoutés, si son autorité n'est pas même hélas con­\ntestée, parce qu'elle apparaît comme inexistante — qu'au lieu d'en accuser l'irrévé­\nrence des écoles nouvelles, elle s'en prenne à elle-même, à son organisation confuse,\nhybride et retardataire, ne faisant point aux lettres la part proportionnée à leur\nimportance dans la vitalité intellectuelle de la nation, à son cantonnement dans de\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                                    DURENDAL                                    311\n\nvieilles formules stériles, à sa résistance aux nécessaires évolutions artistiques, à\nson mépris du splendide renouveau littéraire de ces vingt dernières années, à tout\nce qui fait d'elle la Grande et Vénérable survivante d'un passé glorieux, certes,\nmais dont la génération actuelle ne comprend plus ni la pensée ni le verbe.\n   On nous assure qu'aux derniers temps de sa carrière ministérielle, le hardi et\nvaillant ministre de l'instruction publique et des beaux-arts que fut M. Jules de\nBurlet, méditait la réforme de notre Académie... La maladie et la mort vinrent\nl'empêcher de donner suite à ce projet.. . L'initiative est belle pourtant et serait\nméritoire : ne tente-t-elle point le successeur de M. de Burlet ?\n\n\n\n\n                             LES LIVRES\n\nVICOMTE   DE SPOELBERGH DE LOVENJOUL          : A u t o u r d'Honoré de B a l z a c .\n                         (Paris, CALMANN-LÉVY, éditeur.)\n\n\n\nI  L faut louer sans réserves le dévouement presque filial avec lequel M de Lovenjoul\n     s'attache, depuis des années, à faire apparaître, devant la postérité, sous le\njour véridique et impartial de l'histoire, quelques maîtres aimés : Théophile\nGautier entr'autres et Balzac; et tout autant convient-il d'admirer la modestie et le\nscrupule qu'apporte cet écrivain, qui pourrait être un très personnel critique, à\ndissimuler ses appréciations subjectives derrière les documents qu'il produit.\n   Voici, de M. de Lovenjoul, le troisième livre sur Balzac; il complète, sur deux\npoints spéciaux, l'Histoire des Œuvres d'Honoré de Balzac, publiée en 1875.\n   Le présent volume a trait d'abord à la collaboration de Balzac et de Théophile\nGautier : une série de documents inédits que M. de Lovenjoul présente dans une\nfrappante progression, démontrent qu'une grande partie du Chef-d'œuvre inconnu\nde Balzac doit être attribuée à l'auteur de Fortunio... Et mieux que par les docu­\nments, cette preuve est apportée par la comparaison entre les deux éditions du conte\nde Balzac, la seconde de ces éditions ayant paru après que l'auteur de la Comédie\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "312                                      DURENDAL\n\nhumaine fut entré en relations avec le poète chatoyant des Émaux et Camées, et se\ntrouvant ainsi enrichie de descriptions qui révèlent indubitablement l'inspiration\net le faire de Théophile Gautier... Détail touchant, bien en correspondance avec\nl'âme généreuse de Gautier : jamais celui-ci ne révéla l'aide qu'il apporta ainsi, en\nbelle amitié désintéressée, au grand romancier, son ami.\n   La seconde partie du livre de M. de Lovenjoul se rapporte aux circonstances dans\nlesquelles fut élaborée une tragédie bourgeoise de Balzac, l'École des Ménages, et aux\ntribulations que subit cette œuvre, non encore représentée jusqu'à présent.\n   Au moment où l'idée de cette tentative dramatique vint à Balzac, il se débattait\nau milieu d'inextricables difficultés financières — le pain quotidien de son existence.\n— et ayant échoué dans une entreprise de mines argentifères, il caressait l'illusion\nde se refaire par des succès scéniques... Et il acheva l'École des Ménages en ce\nmoment de production hâtive, lui imposé par le désir de jeter quelqu'argent en\npâture aux exigences excessives de ses créanciers !\n   Mais la tragédie achevée, la déveine tomba à nouveau sur Balzac : le théâtre de\nla Renaissance, pour lequel l'École des Ménages était écrite, préféra à la pièce de\nBalzac une pièce de D u m a s . . . A travers une correspondance fort intéressante,\nparsemée de traits qui révèlent        le courage de lion et l'invincible travail » du\nmaître de la Comédie humaine, mais aussi ses exigences fantastiques d'argent, M. de\nLovenjoul nous fait assister à toute l'odyssée de cette œuvre dramatique de Balzac,\ndepuis son éclosion jusqu'à la lamentable péripétie finale du refus des impresarii.\n  En résumé, les nouvelles ajoutes de M. de Lovenjoul à l'histoire d'Honoré de\nBalzac, où s'affirme à nouveau la remarquable, patiente et objective perspicacité\nde cet écrivain, sont, plus que des documents d'histoire littéraire, une contribution\nautorisée à la définition psychologique qu'est cet être contradictoire et anormal : un\nhomme de génie.                                                             F . V.\n\n      PAUL ADAM : L e t t r e s de M a l a i s i e . (Paris, Éditions de la Revue Blanche.)\n\n\nP    AUL Adam, dans ce livre, imagine en Malaisie une sorte de recommencement\n      de la Salente de Fénélon; c'est, aux vices et aux inégalités de la société\nactuelle, une leçon indirecte mais amère, donnée par un artiste épris de réglemen­\ntation harmonique.. L'idéal social proposé par le diplomate accrédité en Malaisie,\noutre que les contours en sont rarement précisés, n'est qu'un rêve et qui se dispense\nde tenir compte des aspirations, des besoins, des passions de l'humanité présente.\nQu'importe, puisqu'aussi bien il ne s'agit en l'occurrence que d'une œuvre littéraire,\net qu'à ce point de vue il faut louer M. Paul Adam, un des plus tenaces travailleurs\nde la jeune génération française, d'avoir su accrocher à la patène d'une étude\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                      DURENDAL                                             313\n\nsociologique, quelques pages de plus de cette belle écriture imagée, étincelante et\nforte qui lui vaut une place d'honneur et d'originalité parmi les derniers venus des\nlettres françaises.                                                       F . V.\n\n     STENDHAL : Œ u v r e s   p o s t h u m e s . (Paris, Éditions de la Revue blanche.)\n\n\nD     ES notes posthumes de Stendhal sur Napoléon ne peuvent être qu'intéres­\n        santes... Par sa vie de cour et sa carrière de diplomate, Stendhal eut l'occa­\nsion de voir de près l'impérial despote et son entourage; et sa sensibilité d'artiste,\nsa pénétration d'observateur, sa malice d'ironiste mirent ces aubaines à profit...\nC'est bien le père de la psychologie contemporaine, brillante, nuancée et amère qui\nse révèle en ces pages où la Vie de Napoléon, de Stendhal, est complétée par des\nannulations d'une plus menue, plus intime, mais plus frappante vérité; et ainsi\nl'envers de l'épopée nous apparaît — avec la chape de plomb de la dictature pesant\nsur l'esprit, sur la gaîté, sur l'amour, dans la seule survivance de la bravoure... Et\nce point de vue dominant est souligné par des anecdotes contées en bref et saillant\nrelief et parfois par des réflexions où gît le meilleur du Stendhal de la Chartreuse.\n                                                            *\n   Sachons gré de cette publication savoureuse à M. Jean de Metty, qui a fait\nprécéder ce livre d'un « raccourci » de Stendhal d'une sommaire mais parfaite cri­\ntique.                                                                        F . V.\n             J.-H. ROSNY : U n e R u p t u r e . (Librairie PLON, Paris.)\n\n\nI  L faut, afin de bien juger une œuvre, admettre la liberté absolue, pour l'écrivain,\n      de choisir son sujet où il lui plaît. Soit. Littérairement et psychologiquement,\nje ne puis apprécier ce livre qu'au seul point de vue artiste et philosophiquement\nlibre. Participant de l'idéalité religieuse, il ne m'est pas possible de demeurer\ndeux minutes dans son atmosphère. Et cependant les Rosny sont des maîtres parmi\nles premiers écrivains de ce bout de temps.\n   L'homme est faible, fatalement veule et insuffisant. Voyez celui-ci. Il est marié,\nil a des enfants de ce mariage. Sa maîtresse, avec laquelle il a connu l'ivresse\npassagère — ceci est déjà un lointain — lui apparaît aujourd'hui comme celle que\nl'on supporte, qu'il faut supporter.\" Par pitié ? Certains jours l'amant se persuade\ncela. Ne lui doit-il pas une compensation, à elle, qui orgueilleusement l'entoure de\nson ardeur amoureuse, hautaine, jusqu'à exiger les sacrifices douloureux. Sacrifie\ntout à moi ! Elle braque devant l'amant, alors révolté, l'idée du divorce. Mes\nenfants! s'écrie-t-il; à cause d'eux, non, le divorce est impossible. Ces moments-là,\ncette pensée lui présentée, cet irrespect de sa paternité, suscitent jusqu'au dégoût\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "314                                  DURENDAL\n\nphysique chez l'amant. Les jours passent, et pourtant il continuera de l'induire en\nerreur longuement, le cœur contracté et flétri. Il feint, il feindra. La femme exige\nd'autant plus. Le divorce; elle insiste, elle le veut. Mais il préfère ses enfants à\ntout au monde. Et cette prépondérance nécessairement admise, que peut-on lui\nreprocher vis-à-vis de sa maîtresse ?\n   « Un peu lent, indifférent, ennuyé, soit! — mais ne remplissait-il pas son devoir\ntout de même, et aux dépens d'autres souffrances ? Car, là-bas, sa femme, qu'il\nn'avait pas de motif profond d'humilier plus que Paule, sa femme moins exigeante,\ndont il avait des enfants, qui avait vécu de si longs séjours à ses côtés, — grand\nDieu, ne souffrait-elle pas mortellement des soupçons, des quasi-certitudes que lui\ndonnaient ses absences continues, ses absences de chaque soir, ses rentrées toujours\ntardives, à part de si minimes exceptions ?\n  » — Ni tort, ni raison, disait-il à la vision de sa double existence; engrené, voilà\ntout, réparant, mais en partie, la prise de Paule. »\n   Enfin c'est « l'impossible réparation présente ! » le thème de tout le livre. Paule,\négalement, a voulu la faute, se dit-il. Et cependant la simulation de l'homme est\npeut-être aussi douloureuse que la rupture, puisque sa maîtresse devine. Les jours\npassent, l'amant a le cœur si faible, si fatal. Nul jamais ne le pourra juger, dans\nl'inextricable aventure de sa vie.\n   La merveilleuse psychologie des deux êtres se développe à travers toutes les\npages, en insoupçonnées sensations d'humaines complexités. Ils sont admirables de\nvérité l'un et l'autre, elle, dans sa logique évidente de femme qui aime, lui, prostré\ndans son épouvantable simulacre d'amour. L'art des Rosny vit, inimitable encore,\ndevant « la nature » à l'unisson des sensations de l'amante et de l'amant. L'essence\ndes choses s'évapore, se dégage, si lumineuse, au milieu de ces paysages très précis\net dont les curieuses notations sont déjà connues par des livres antérieurs.\n   Ainsi se terminera le roman : par la rupture. La maîtresse s'en ira, obligée à\nl'exode vers des contrées lointaines. Lui \" aimera \" ailleurs, mais son cœur restera\ndésormais de glace. Et un jour, là-bas, elle saura la fin de tout pour elle, l'amour\nmort. Edmond l'a tuée ! Celui-ci, — lisant au sortir des bras d'une nouvelle\nmaîtresse, cette dernière lettre, où, mornes, les paroles dernières sont : « Tu m'as\ntuée, Edmond, tu m'as tuée ! \" — se sentira le coupable sans responsabilité. Et le\nchâtiment existe puisque cet amour exaspéré de l'amante, la lutte terrible des\ncaractères, la rupture, ont tant vieilli son cœur.\n  « Sans doute, cela devait arriver, comme doivent blanchir les cheveux, mais elle\navait été semblable à l'événement sinistre qui fait en une saison plus de cheveux\nblancs que dix saisons ordinaires.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                     DURENDAL                                      315\n\n    » Et comme il méditait devant le grand miroir tremblant du lac, il se dit que s'il\nl'avait tuée, elle aussi avait tué quelque chose dans son âme. »\n   Je remarque : Edmond n'a jamais aimé chez Paule que l'enveloppe. Les\ntendresses vraies ne commencent-elles pas par un amour spirituel, tout idéalisé? E t\nle côté charnel de la passion, bien que le corollaire de la prime joie hors les sens,\nn'est-il pas secondaire — au moins d'abord — dans Le Grand Amour, pour\nmarcher l'un et l'autre, plus tard, en égaux ? Ainsi Edmond aurait pu être jadis le\nvéritable amant. Le triste héros aurait été, pour nous, plus supportable.\n    Mais quoi ! « Les meilleurs parmi les hommes sont victimes, car on attend\nd'eux une conduite incompatible avec la faiblesse humaine, et ils sentent toute la\nmisère de leur insuffisance — fatale.\n    Non ! Cela n'est pas.'— Ah ! Les pauvres Sans-Dieu, emmurés dans les caveaux\nvisqueux du vice ! — Edmond a juré sa foi à son épouse. Il est tenu d'honneur. Il\nl'oublie, et l'unique problème de la responsabilité devant la maîtresse, l'inquiète.\n Il est homme, il succombe; mais l'image de la mère, qui fut honorée un jour, ne\n peut-elle jamais lui rappeler le Devoir, c'est-à-dire la réparation, envers sa légitime\n compagne, de ses suprêmes injures ? Le seul Devoir peut abriter le seul Bonheur.\n                                                                GEORGES VIRRÈS.\n\n\n         PETER NANSEN : Marie. (Paris, Éditions de la Revue Blanche.)\n\n\n\nT    RADUIT du danois, ce livre est comme le \" journal \" froidement et méthodique­\n        ment passionnel d'une banale liaison. Pas d'intrigues, pas de péripéties et\nune psychologie tout à fait à fleur de peau. L'auteur raconte ses amours en petites\nnotations brèves et concentrées, tranchant d'originalité et de concision sur les habi­\ntuelles analyses compliquées et approfondies. C'est du naturisme voluptueux, sans\nvergogne, sans remords et sans arrière-pensée, méco'nnaissant.la loi morale, non\nparce que l'écrivain la brave, mais parce qu'il l'ignore. A ce dernier point de vue,\nl'œuvre de M. Nansen exige naturellement d'expresses réserves..               F . V. :\n\n\n                   L e s F r i s s o n s , par CHARLES DE SAINT-CYR.\n\n\nN    ous faisons nôtre l'appréciation de notre ami Eugène Gilbert, le fin et délicat\n      critique de la Revue Générale, au sujet de ce recueil de poésie : « M. de Saint-\nCyr a de l'inspiration, il pense avec sensibilité et sincérité. Il est lyrique même et\nspontané. Mais ses vers sont hâtifs. La pensée n'en est pas mûrie, les expressions\ny sont quelconques, peu châtiées et souvent impropres. »\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "316                                   DURENDAL\n\n       MAX NORDAU      : P s y c h o - P h y s i o l o g i e d u Génie et d u Talent.\n                                (Paris, FÉLIX ALCAN.)\n\n   « Un talent est un être qui accomplit des activités généralement ou fréquemment\npratiquées, mieux que la majorité de ceux qui ont cherché à acquérir la même\naptitude; un génie est un homme qui imagine des activités nouvelles non encore\npratiquées jusqu'à lui, ou pratique des activités connues d'après une méthode\nentièrement propre et personnelle. »\n    ... Le talent ne voit nullement le monde, mais seulement son reflet dans les\nyeux du génie. Il voit la « pleine vie humaine » non plastiquement devant lui, mais\nseulement comme des ombres chinoises projetées sur la muraille par la lanterne\nmagique du génie...\n   Telle la théorie qui sert de substratum a la plus récente dissertation de M. Max\nNordau sur la Psycho-Physiologie du Génie et du Talent. ... Bien que docteur, cet\nAllemand est fort spirituel; il a le style souple, l'image vivante, la pensée alerte; et\ntout cela lui permet de renouveller par l'expression, des idées qui ne datent point de\nlui; car je ne crois point me tromper en affirmant que la thèse ci-dessus esquissée\net qui forme la base du travail nouveau de M. Nordau traîne depuis toujours dans\nles plus immémoriaux manuels d'esthétique... En donnant à cette thèse une incar­\nnation neuve, M. Nordau, certes, a fait preuve de talent, mais en vertu de son\npropre système, je suis obligé de lui dénier du génie.\n   M. Nordau est plus original, mais moins heureux vraiment, quand érigeant le\ngénie en produit de l'organisme, il classe les génies au prorata du développement\ndes organes auxquels ils correspondent... Nous nous trouvons ici dans le domaine\nde la pure affirmation matérialiste ; M. Nordau avance, mais ne prouve rien ; bien\nplus, concède-t-il qu'il vogue en plein dans l'hypothèse, mais il assure qu'on décou­\nvrira avec le temps ». En 'prévision de cette avenir lointain, M. Nordau brode\nquelques brillantes et vaines fantaisies positivistes, auquel il ne faut ajouter que\nl'importance d'un paradoxe psycho-physiologique ».\n                                                                                F . V.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                      DURENDAL                                       317\n\n\n\n\n                                  NOTULES\n\nL    ES Déracinés, de Maurice Barrès, fournissent à M. Georges Fonsegrives, dans\n      la Quinzaine, l'occasion de dire quelques vérités, profitables à entendre en\nBelgique aussi, sur l'« Éducation verbale ».\n   « C'est une très vieille parole que la lettre tue et que l'esprit seul est capable de\nvivifier. Jamais il ne fut plus nécessaire de la rappeler. Depuis le XVIIe siècle, chez\nnous, on peut suivre à la trace l'évanouissement de la pensée, la transformation de\nl'éloquence en rhétorique, de l'art d'écrire en littérature, le mot occupant la place\nde l'idée... Si je regarde les jeunes gens qui m'entourent, si je lis les premières\ncopies du concours général, quelques livres de nos jeunes hommes, je crois décou­\nvrir que pour eux les mots n'ont plus aucun sens. Ils ne se représentent par delà le\nmot, que les autres mots, que les habitudes du langage, de la lecture ou de la réci­\ntation ont associés au premier.\n     Et comment en aurait-il pu être autrement quand toute l'éducation n'a pour\nbut que de préparer à répondre correctement à quelque examen? La mémoire est la\nfaculté sans laquelle on ne peut réussir à aucun examen, avec laquelle seule on peut\nréussir à tous. Elle fournit au dehors toutes les apparences de la pensée, de la vie\nintellectuelle; elle peut fournir les apparences de la vie m o r a l e . . .\n   » Pourtant rien n'est facile comme de laisser aux mots tout leur sens en appre­\nnant la littérature. Le moyen en est vraiment très simple. Puisque tous ces grands\nécrivains ont dans leurs écrits exprimé leur vie, il faut derrière leurs mots retrouver\net faire retrouver aux élèves cette même v i e . . . Au contraire dans les classes on ne\nfait que de la grammaire, de la philosophie, de la rhétorique, on transforme le\nmoyen en but. Les professeurs sont savants, très savants, ils savent l'histoire de\ntous les mots, de toutes les désinences, de toutes les racines, de toutes les lettres, ils\nauraient besoin d'en savoir bien moins. Ils oublient de vivre, ce qui à la rigueur\nn'est que leur affaire, mais surtout ils oublient de faire vivre, et ceci est beaucoup\nplus grave. Ainsi ils nous font des âmes mortes, réduites à l'état des ombres\nantiques qui vivent de mots, ces ombres des idées, lesquelles à leur tour ne sont\nque les ombres des vraies choses...\n   » Les pédants ont prêté aux adolescents leur âme tannée. Nulle part on n'observe\net on n'exerce les jeunes gens à l'observation. De là vient que chez nous toute\nnotre éducation est si étrangère à toutes les choses réelles... Et le mal n'est pas\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "318                                   DURENDAL\n\nparticulier à la France. Il sévit, à n'en pas douter, dans toute la vieille Europe; les\nprofesseurs chrétiens n'en sont pas plus exempts que les professeurs libres penseurs.\n\n\nL   A Jeune Belgique tourne à l'aigre.\n        Deux de ses collaborateurs, qui jugeaient que la notoriété venait trop lente­\nment et trop parcimonieusement à leur talent, sont partis pour Paris, à la conquête\nde la « grande gloire >.\n  Ingrate patrie, tu n'auras pas nos vers!\n  Jadis, nous apprend M. Gilkin, la Jeune Belgique aurait opposé à cet exode ses\n« espérances patriotiques » d'un art national...\n  Aujourd'hui elle n'ose plus donner le même conseil...\n   Et M. Gilkin clame à la décadence, au marasme, à la désunion, à la m o r t . . .\n   Ne cherchez pas le coupable : c'est la littérature catholique, c'est le dogme, c'est\nla m o r a l e . . . qui forcent MM. Robert Cantel et Francis de Croisset à l'émigration.\n   Toutes nos excuses!\n\n\nL    A même Jeune Belgique ne se tient pas de colère parce que des journaux ont\n      insinué que vers la fin de sa vie, Taine « était en marche vers la lumière\net se rapprochait de la Foi.\n   Le départ de MM. Cantel et de Croisset serait peut-être une excellente occasion\npour la Jeune Belgique de fusionner avec la Chronique!\n\n\n      DURENDAL consacrera bientôt une étude détaillée aux œuvres de M. Eugène\n       Demolder,le savoureux et personnel conteur des Légendes d'Yperdamme; décou­\npons en attendant, dans son dernier livre — Sous la Robe — cet exquis portrait d'un\navocat-artiste, M. Jules Le Jeune :\n   « Le dieu de cette éloquence s'appelle Jules Le Jeune. Quand il plaide, ce n'est\nplus de la plaidoirie, c'est de l'art; ce n'est plus du droit, c'est de la musique; ce\nn'est plus de la procédure, c'est de l'esprit. Sa parole est aérienne, subtile et colorée ;\nelle voltige élégante et souple, autour d'un argument comme une mouette autour\nd'un navire et, comme la mouette, elle oublie parfois les mâts et les voiles et la\ndirection du bateau pour plonger dans l'espace et s'enivre de ciel et d'azur. Mais elle\nrevient bientôt, docile et chantante et rapportant plus de lumière encore et une\ngrâce plus divine! Cette parole, à la fois mordante et douce, mais toujours dorée, est\naccompagnée de gestes, tantôt sobres et forts comme ceux d'un Romain au forum,\ntantôt onctueux comme ceux d'un prêtre qui prêche, ou ironiques et rapides comme\nle jeu d'un acteur comique. Toute la gamme de l'éloquence est ainsi parcourue avec\nune virtuosité sublime ou une finesse délicate de dilettante et l'œil de l'orateur\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                                      DURENDAL                                      319\n\ns'allume sous ses sourcils broussailleux, pétille d'ironie, s'assombrit sous un fronce­\nment soudain, darde des flammes de colère et éclaire un visage rasé et rose d'évêque\nsceptique, que barre une bouche à la fois caustique et sacerdotale qui rappelle celle\nde Diderot. On reste charmé vraiment car c'est Orphée qui s'est revêtu d'une toge\net qui est descendu au milieu des prétoires. La plaidoirie envolée, le maître s'en allait\n(il n'était pas ministre alors!) son rabat flottant par-dessus sa cravate blanche, la\ntoque un peu de côté sur la tête, grand et solide comme un chêne, et s'inclinant\npaternellement, la lèvre bénévole, vers ceux qui allaient à l u i . . .\n\n\n\n\nD    ANS les Editions de la Revue blanche viennent de paraître quelques pages pos­\n      thumes de Stendhall — dont un lot de pensées.\n  En voici quelques-unes, piquantes et curieuses, parfois profondes :\n  « Plus on est du monde, plus on est vaniteux.\n  » Il faut m'habituer à ne m'estimer qu'autant que je serai blâmé.\n     En poésie, le génie d'expression est un génie de nécessité.\n     Le plus grand défaut d'une belle figure est de ressembler à l'idée de beauté que\nnous avons dans la tête.\n  » Il y a une chose dont on ne loue jamais les morts et qui est cependant la cause\nde toutes les louanges qu'on leur a données : c'est qu'ils sont morts.\n  » Me bien dégarnir de cette crasse de l'école qu'on rapporte toujours du commerce\ndes livres.\n  » Les conseils de la vieillesse éclairent sans réchauffer, comme le soleil d'hiver.\n  » On n'est pas né pour la gloire, lorsqu'on ne connaît pas le prix du temps.\n\n\n\n     u parc Monceau, à Paris, vient d'être élevé le buste de Guy de Maupassant...\nA        M. Edouard Beaufils écrit à ce propos dans la Revue :\n  « Par cette fin d'automne qui a les grâces d'un printemps, on a inauguré, dans le\nplus élégant jardin de Paris, le buste de Maupassant. Sous les ombrages du parc\nMonceau, dans ce décor aristocratique et mièvre se dresse le buste du romancier qui\n   contraste curieux — fut un simple, un fort, presque un primitif... Mais je songe\naussi que l'auteur d'Une Vie et de Bel Ami fut un fanatique des villes, que ce robuste\ngars normand était, par certains côtés, l'homme lassé des grandes cités et qu'il aima\ncette fiévreuse existence moderne jusqu'à la folie. Et c'est pourquoi il est peut-être\nà sa place tout de même l'écrivain de tant de pages, découragées et décourageantes,\ndans ce parc mondain où — symbole de la facticité ambiante — l'électricité allume\nvers l'heure où les poètes ont le cœur triste comme une tombe, de rondes fleurs\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "320                                   DURENDAL\n\n\nblanches à l'éclat qui s'exaspère et soudain vacille, lumière qui s'enfièvre et feu qui\ndélire comme une raison d'homme.. .\n\n\nA     PROPOS de Maupassant        encore, cette anecdote narrée par un chroniqueur —\n        et qui prouve au surplus le respect que le monde professe pour la dignité des\nartistes :\n      Pour une soirée en tête chez une des soi-disant ferventes de l'écrivain, la mai-\ntresse de la maison avait exigé des hommes l'habit de couleur; l'entourage de la\ndame voulait voir l'auteur de Boule-de-Suif en habit mauve; mais, Maupassant à\npeine sorti, on se donna le mot et tous les invités mâles convinrent qu'ils viendraient\ntous, eux, en habit noir, et, le soir du fameux dîner, Bourget et Maupassant eurent\nle dépit et l'ennui d'être les seuls costumés, déguisés presque dans leurs habits\nfleur-de-pêcher et pervenche au milieu d'une foule impeccable de fracs n o i r s . . . Ils\nfurent ainsi les bêtes curieuses de cette fête, bel et bien organisée par des mondains\ncontre deux gens de lettres que le monde supporte, soyez-en sûr, dont les clubs et\nles salons ont la curiosité, mais que réellement la société tient en respect, en défiance\net même en h a i n e . . . le Monde qui arrachait un jour ce cri de colère à un de ses\nauteurs favoris pourtant : « Le Monde, on nous y reçoit, mais on n'y épouse pas. »\n\n\n\nL   E R. P . Delattre continue à avoir une bonne presse...\n        Dans un «Premier Liége » de la Gazette, Pedrelli, le désopilant petit slave\ndu Congrès de Gand, se paie, sur notre dos, une page d'incohérences exclamatives.\n  «-Je suis jeune, s'écrie-t-il. . . mais à la manière antique. »\n  Nous nous en doutions un peu.\n\n\n\nC    E que gagnent les écrivains : M. Albert Cim vient de le rechercher en une\n      monographie fortement documentée et de haut intérêt. Prenons-y quelques\nrenseignements :\n   Savez-vous ce que Racine a gagné avec sa tragédie d'Andromaque? Deux cents\nlivres! Qu'en pense M. le chevalier Descamps? Pareillement, Boileau a retiré de son\nLutrin six cents livres environ. Au siècle suivant, c'est à peine si Diderot a pu se\nfaire mille francs de revenu avec son Encyclopédie qui enrichit ses éditeurs; et quant\nà Jean-Jacques, il toucha six mille francs pour la vente de l'Emile.\n   De notre temps, certes, la littérature est devenue de meilleur rapport, et la plu­\npart des grands écrivains, Victor Hugo surtout, ont réalisé des bénéfices très consi­\ndérables. Et pourtant... méditez seulement ces deux petits détails : en vingt-deux\nans, Stendhal, avec tous ses chefs-d'œuvre, a gagné cinq mille sept cent soixante\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                       DURENDAL                                         321\n\nfrancs — soit deux cent soixante francs par an! — et Flaubert a vendu quatre cents\nfrancs le manuscrit de Madame Bovary.\n   Par contre, le librettiste Castil Blaze se plaisait à déclarer que chaque vers (?) de\nson opéra comique Robin des Bois lui avait valu mille écus.\n   Le vrai mérite est toujours récompensé! comme dit M. Ohnet.\n\n\nP    ENSEE DU MOIS :\n           Sans doute, rien n'est petit, et il faut savoir tolérer que le culte s'adapte à\ntoutes les dimensions d ' â m e . . . Mais le grand, le beau, le pur idéal, n'en garde pas\nmoins tous ses droits! Ce ne sont ni les chromos, ni les troncs, ni les cantiques\nburlesques, ni les imageries à en rougir, ni les petites manies de dévotes, ni les\nsaints calembours, qui sont la religion de Jésus-Christ... J'ai droit de lever les yeux\nplus haut que les petitesses des cerveaux étroits et les anguleuses routines, pour\naimer les Grands Saints, les Grands Mystiques.                (Le R. P. PACHEU, S. J.)\n\n\n\n\nU      N des archétypes — ou « comme il vous p'aira » M. Henry Van de Putte — va\n        publier un recueil de Poèmes confiants... En même temps qu'il convie les\n souscripteurs à deux francs (en timbres-poste ou en mandat) l'éditeur informe le\n public que M. Van de Putte est le premier parmi les écrivains français de cette époque,\n qui orienta son art vers la vie ». (Voilà qui n'est pas aimable pour l'archétryptique\n Ruyters, Toisoul et Rency!) Le prospectus ajoute que « LUI-MÊME (M. Van de Putte)\nfut doué par la vie d'une précoce vigueur » et que « s'il rit, le monde entier participe à son\n allégresse! » Rions donc!!!\n\n\nM      ORT de M. Charles Buet.\n          Nous nous plaisons à saluer en lui l'auteur du Prêtre — un drame d'une\nbelle venue chrétienne et littéraire, et le critique qui, des premiers, osa glorifier\nouvertement la haute portée catholique et artistique des œuvres de Barbey d'Aure­\nvilly.\n\n\n\nH     ENRY Maubel, notre confrère en art, vient d'avoir la douleur de perdre son\n      père. La Rédaction de Durendal lui offre ses plus sympathiques condoléances.\n\n\n    A Plume et la Jeune Belgique constatent, avec une joie insuffisamment dissimulée,\n L   que M. Camille Mauclair a revendu aussitôt un volume de M. Eugène Demolder\nque celui-ci lui avait dédicacé.\n  Ce fait ne prouve rien contre l'œuvre de M. Demolder, mais la constatation en est\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "322                                     DURENDAL\n\npeu honorable pour M. Mauclair — et subsidiairement pour la Plume et pour la\nJeune Belgique!\n   Les jolies mœurs de requins que voilà!\n                                            *\n     la sortie du collège. Deux potaches discutent :\nA       — Mais enfin, pourquoi nous fait-on apprendre le grec?\n  — Je ne le sais p a s . . . Peut-être pense-t-on que nous jouerons plus tard au bac-\ncara...\n\n      ICTOR H U G O , avait invité un soir Mme Judith Gautier à dîner; celle-ci ayant\nV       dû décliner l'invitation, reçut du poète ce quatrain galamment hippophagique :\n                         Si vous étiez venue, ô beauté qu'on admire,\n                         Je vous aurais offert un repas sans égal;\n                         J'aurais tué Pégase et je l'aurais fait cuire\n                         Afin de vous servir une aile de cheval!\n"}]}