{"numero_id": "ulb-durendal-1898-05-n5", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-001", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 415, "page_fin": 422, "titre_corps": "Prosper de Haulleville", "titre_sommaire": "Prosper de Haulleville", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "Prosper de Haulleville", "ancre_fin": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 470, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "Prosper de Haulleville\n\n               L'ÉVOQUE ce soir,       avec une complaisance mélanco-\n                      lique, ma première rencontre avec Haulleville,\n                      il y a une dizaine d'années, en Campine lim-\n                      bourgeoise... C'était aux grandes manœuvres\n                      militaires; dans le chassé-croisé d'officiers, de\n                      touristes, de reporters, j'avais distingué plu-\n                      sieurs fois déjà un petit homme vivant et ner-\nveux, sanglé dans un veston de velours brun, les jambes bien\nprises par des guêtres de chasse, projetant de dessous un feutre\nmou aux bords rabattus un masque énergique, volontaire et\nqui eut été d u r sans le sourire épandu sur toute la physionomie,\nun poème de sourire où il y avait de la candeur atténuée de\nscepticisme et de la raillerie tamisée de bonté... L e cigare au\ncoin de la bouche, une invraisemblable ombrelle vert-claire à\nla main, il allait de groupe en groupe, échangeait des poignées\nde mains, observait, questionnait, lançait au passage une\nréflexion lapidaire, tapait amicalement sur l'épaule de l'un, se\npenchait mystérieusement à l'oreille d'un autre, en hélait\nb r u y a m m e n t un troisième et s'en allait, moisson faite, ruminer\nson article à l'écart, dans la solitude d'un coin des antiques\nremparts, accoudé contre un vieil arbre tortionné ou assis sur\nl'herbe fraîche...\n  A quelques jours de là, — la présentation faite — par un\nexquis matin d'été, Haulleville m'entraîna « battre les bruyères\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": " 416                        DURENDAL\n\n\n\net causer d'art »... Il s'appuya familièrement sur mon bras et\nnous nous enfonçâmes dans la campagne par une de ces routes\npittoresques de là-bas, sillonnées de profondes ornières sablon-\nneuses et tachetées de hautes herbes rousses et de petites fleu-\nrettes mauves.\n   A mesure que nous avancions, l'horizon s'élargissait sur\nl'infini des landes violettes d'où montaient les frais parfums\ndu serpolet; les maisons se faisaient de plus en plus r a r e s ;\nbientôt quelques granitiques clochers d'église émergèrent\nseuls.\n   E t Haulleville parlait... Cette conversation, parmi un décor\nsi approprié, m'est restée présente jusque dans les intonations\nde voix et les gestes qui « l'illustrèrent »?... C'est que vraiment\nelle m a r q u a dans ma vie une heure initiatrice : je venais de\nquitter l'université et comme tant de jeunes hommes de cette\ngénération, j'étais ballotté anxieux, entre les idées tradition-\nnelles que l'enseignement avait déposées en moi et les aspira-\ntions nouvelles, recueillies, développées, s'alluvionant l'une\nl'autre, en marge de cet enseignement... Ces tendances contra-\ndictoires comment les combiner; qui m'indiquerait les choix\nsûrs et les élagages nécessaires ?\n   E t Haulleville parlait... Il ne fut ni pédant, ni doctoral ; il\nne développa point de syllogismes et ne proféra point de grands\nprincipes; avec cette mobilité papillonnante qui fut la distinc-\ntive de son esprit, il promena sa verve brillante et mobile à\ntravers tous les sujets, art, politique, histoire, entremêlant les\naperçus, transposant les comparaisons, faisant saillir les carac-\ntéristiques ; et son geste suivait sa phrase, sobre comme elle et\nprompt et vif et coupant.., U n fond solide d'universelle érudi-\ntion — dont il avait comme la p u d e u r — se soupçonnait à la\nbase de ces imaginaires châteaux d'idées bâtis en impromptu\navec des matériaux fournis, à cet architecte ingénieux, par les\nlettres et to utes les sciences... E t les anecdotes, les souve-\nnirs, les paradoxes fleurissaient en chapiteaux l'édifice —\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "                    PROSPER       DE       HAULLEVILLE         417\n\n\n\npuis finalement grave, fier, avec un peu de cette bonne émotion\nprofonde qui révèle la Foi, Haulleville plaçait au sommet de\nl'œuvre — la Croix...\n   E t dès lors, en ces temps déjà lointains, comme invariable-\nment depuis — par ses entretiens et ses livres — Haulleville\nm'apparut tel : un homme aux vastes connaissances faisant\nservir le passé à la compréhension du présent et le présent à la\nglorification de l'Idée Chrétienne...\n   Ah ! c'est qu'il aimait son époque ! Sachant que l'Église con-\nvient à tous les temps, il professait que tous les temps convien-\nnent à l'Eglise ; doué de la plus souple des compréhensivités,\nil surveillait toutes les manifestations de la pensée, rayonnait\ndans toutes les sphères d'idées, butinait, abeille active et\nempressée, toutes les œuvres, à quelque « genre » qu'elles\nappartinssent — et de ce voyage capricieux à travers la moder-\nnité sous toutes ses formes, il rapportait comme de pures et\nfortifiantes essences, toute une synthèse d'arguments solides,\noriginaux ou pittoresques dont il faisait finalement hommage à\nCelle qui fut par excellence la Dame de ce preux et féal paladin\nde plume « Notre Mère la Sainte Église ».\n   Journaliste, à qui firent défaut le temps et le recueillement\nnécessaires pour les grandes œuvres d'ensemble, Haulleville\nn'en fut pas moins, en ses pages volantes et en ses études\nd'actualité journalière, un apologiste, et je prends le mot dans\nson sens le plus élevé et le plus glorieux ; l'influence qu'ainsi il\nacquit et le bien qu'il put réaliser lui advinrent surtout de sa\nfaculté merveilleuse à se faire de la vie une vision harmonique\noù les principes essentiels gardaient leurs droits primordiaux,\nsans que les nécessaires évolutions historiques de la pensée\nfussent niées ou méconnues.\n  N e fit-il pas un peu son propre portrait, quand il disait de\nLacordaire :\n  « C o m m e Paul devant l'Aéropage, à Athènes, il ne froissait\npas les idées reçues, il s'en servait, au contraire, pour mieux\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "  418                                     DURENDAL\n\n\n\n faire comprendre les idées éternelles dont il s'était fait l'humble\n serviteur. Il ne perdait pas son temps et celui de ses auditeurs\n en vaines récriminations contre les malheurs de son époque.\n P e u lui importaient les formes contingentes des choses du siècle\n présent. Il s'en emparait avec autorité pour envelopper la doc-\n trine chrétienne (1) ».\n    Lacordaire fut la grande passion de Haulleville; à l'heure\n décisive des débuts, quand l'adolescent est arrivé à ce carrefour\n de la vie où tant de routes diverses sollicitent sa libre intellec-\n tualité, le jeune élève de l'athénée de Liége, pétri de voltairia-\n nisme belge — le pire de t o u s ! — eut la grâce de voir surgir\n devant lui, comme un guide auréolé de rêve et de gloire, le\n « Moine d'Occident » dont les idées éternelles et le verbe\n moderne convièrent sa belle activité latente vers l'apostolat\nchrétien.\n    C'est dans l'orbite de cette impression première et décisive\nque s'est déroulée toute la vie du baron de H a u l l e v i l l e ; les\nsemences d'idées que du haut de la chaire de Saint-Paul, à\nLiége, le grand Dominicain jeta dans l'âme frémissante du\ncollégien ont levé, pendant cinquante ans, en de multiples\nrécoltes d'oeuvres... T r o p hâtives souvent, trop sommaires,\nprises en raccourcis et t o u r n a n t brusque, ces oeuvres, d'une\nlangue d'ailleurs si savoureuse, aigrettée d'humour et toute de\nrelief, requièrent leur place dans l'histoire des idées en Belgique\nparce qu'elles amenèrent et précipitèrent l'orientation des\ncatholiques vers la compréhension enthousiaste et loyale de\nleur t e m p s .\n    Haulleville, je l'ai dit tantôt, n'était pas un théoricien; l'éta-\nlage pompeux de généralités dogmatiques lui répugnait comme\nune trop facile banalité ; aussi quand il désirait développer\nune idée devant le public, s'enquérait-il avant tout d'une patère\noù il pourrait l'accrocher; recherche aisée du reste, tant sa vie\navait été mêlée à des événements importants et avait côtoyé\n  (1) Poitrails et Silhouettes, t. I et II, p. 191.\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "                          PROSPER DE HAULLEVILI.E                419\n\n\nl'intimité de contemporains illustres ou m a r q u a n t s ; de discou-\nrir d'un système à propos d'un philosophe qu'il avait connu,\nd'appuyer une réforme sociale en faisant le croquis d'un socio-\nlogue, de développer une théorie d'art sous prétexte de faire la\nbiographie d'un lettré ou d'an artiste — voilà du reste un pro-\ncédé étroitement approprié à la nature du talent et du style de\nHaulleville.\n   E n t r e les différents volumes qu'il publia je crois bien que\nses Portraits et Silhouettes (1) reflètent le mieux son tempérament\nlittéraire.\n   Je viens de relire ce livre... Comme il réapparaît, lui, d'entre\nles lignes, en sa physionomie mobile et complexe, le cher\n« baron » aux aristocratismes d'artiste atténués de généreux\ninstincts de démocrate, et combinant en lui des attendrissements\nmystiques et l'humour railleuse du boulevardier de bon aloi;\nau gré de son écriture, on transmigre sans secousses des sphères\nélevées dans le trotte-menu des anecdotes et des détails; pour\ncette fois, le poncif de Buffon se réalise : « le style c'est\nl'homme » ; comme l'homme ne pontifie ni ne pérore, le style\nest sans boursouflures et sans paraphrases ; il va tranquillement,\nfamilièrement, pénétrant les plus secrètes sinuosités des carac-\ntères qu'il analyse, se glissant dans les causes les plus infimes\ndes événements qu'il scrute et empruntant à cette méthode\nd'historien psychologue la qualité primordiale et essentielle de\nl'écrivain : la vie.\n  L a vie! — privilège rare en ce temps de plumes momifiées et\nque Haulleville dut à cette quotidienne gymnastique de la\npensée et du verbe qu'est le journalisme, et aussi à ce sens\nprécieux de la relativité des êtres et des choses : l'éclectisme.\n  Certes les études d'ordre politique qui occupent une large\nplace dans les Portraits et Silhouettes — je citerai notamment\ncelles consacrées à Thiers, à Napoléon I I I , à Pie IX et à Jules\nVan P r a e t — révèlent en Haulleville une richesse d'érudition,\n  (1) Bruxelles, P. Lacomblez, 2 vol.\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": " 420                          DURENDAL\n\n\n\nune sûreté de méthode, une acuité de vision, et une puissance\nde reconstitution qui auraient fait de lui — si l'anticléricalisme\nsectaire ne l'eut cassé brutalement aux gages — un merveilleux\net vivant professeur, apte entre tous à démêler les rouages\ncompliqués de l'histoire religieuse et sociale... L'avouerais-je\npourtant, j'ai pour ma part une chère et particulière faiblesse\npour d'autres pages de l'écrivain, moins hautes d'allure, moins\nharmoniquement ordonnées et peut-être moins soignées de\nforme, mais plus sincères et plus intimes, si pleines de cœur,\nd'une sympathie si spontanée, d'un si chrétien enthousiasme et\nd'un si bienfaisant enseignement.\n   L e vrai Haulleville, il faut le chercher dans ces « In memo-\nriam » périodiques, jetés en bouquets d'immortelles sur la\ntombe de ceux qui furent ses vrais frères d'intellectualité, car\nils étaient épris comme lui d'un idéal où la Foi humble, ardente\net intégrale s'alliait au plus vif et plus confiant amour de leur\nsiècle ; et comme lui — pour avoir pensé en avant de leur\népoque — ils subirent la méconnaissance et le soupçon, et ce\nqui est pis encore, ce souriant et indulgent mépris qui est la\nforme mondaine et politique de la haine.\n   D e cette parfaite c o m m u n a u t é entre l'âme du peintre et celle\ndu modèle, et de cette entière identité de leurs destinées, deux\ndes Portraits surtout portent l'attachante trace : d'abord celui\nde Mgr. Van Weddingen, « un docteur au XIXe siècle » qui\napporta à la démonstration de la Vérité, une énergie intellec-\ntuelle native, accrue de toutes les ressources que fournit la\nmodernité — puis celui de Peter-Lodewyck Busschaert, « le\ncuré Busschaert » — comme disait Haulleville — une âme\nspontanée et vibrante d'artiste, en qui toute beauté, ancienne\nou contemporaine, avait de profondes résonnances, pauvre\npasteur d'un village de mille âmes dont le souvenir est resté si\nvivace en F l a n d r e et l'influence si impérieuse sur le clergé de\nlà-bas.\n    E n parlant de ces deux piètres « que la pratique de la\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2091, "texte": "                           PROSPER DE          HAULLEVILLE       421\n\n\ncharité dans l'esthétique marque du signe d'une royauté intel-\nlectuelle » Haulleville a écrit des pages éloquentes et définitives\noù se retrouve en germe tout le programme artistique que la\ngénération actuelle a vu triompher... E n les relisant, ces pages,\nj'ai senti une fois de plus, avec une gratitude émue, combien\nl'écrivain qui vient de disparaître fut pour nos idées un précur-\nseur.\n   Seul, pendant des années, il guerroya de sa belle lame d'acier\nclair contre l'indifférence et le dédain... Il fut l'éclaireur qui\nreconnut la voie, il fut le héraut d'armes qui clame les évolu-\ntions nécessaires et prochaines, il fut en un mot le bon chevalier\nd'avant-garde du Modernisme catholique.\n   C'est pour cet idéal de notre jeunesse — aujourd'hui réa-\nlisé — « qu'il a combattu intrépidement toute sa vie, non\nplus avec les armes matérielles et rouillées de ses ancêtres\nmais avec les armes spirituelles et incorruptibles, que grâce à\nDieu, nous permettent aujourd'hui de porter dix-huit siècles de\nprogrès chrétiens. Il n'en était pas moins un véritable chevalier,\nressemblant moralement à ces preux dont nous admirons encore\nles statues sur certains tombeaux du moyen-âge : figures éner-\ngiques, empreintes d'une mâle humilité, couchées sur le dos,\nles mains jointes, l'épée au côté et les pieds éperonnés, en un\nmot armées et priantes, passant de cette vie à l'autre, sans\neffort, sans forfanterie, sans peur, après avoir aimé la justice et\nhaï l'iniquité, confiantes en la miséricorde divine et attendant\ndans la paix la résurrection des morts et le jugement dernier. »\n  « P o u r nous qui lui survivons, nous ne pouvons mieux prouver\nnotre reconnaissance et notre vénération qu'en suivant pieuse-\nment ses traces et en imitant son courage et sa fidélité » (1).\n\n  E t j'évoque ce soir, avec une complaisance mélancolique le\npaysage de Campine qui encadra ma première rencontre avec.\nHaulleville : le renouveau a coloré les bandes infinies; l'air\n  (1) Portraits et Silhouettes, Montalembert, t. II, p.   205.\n"}, {"page_pdf": 477, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 734, "texte": " 422                        DURENDAL\n\n\n\nsoufile vit, pur et vierge; au lointain un clocher, affirmation\nd'immortalité, tranche de-ci de-là sur le bleu du ciel.\n   Et je songe au maître disparu et j'envoie l'assurance de notre\nsouvenir et l'hommage de notre reconnaissance à ce poète discret\net délicat comme la petite fleur sauvage de bruyère ; à ce penseur\ndont l'esprit subit tous les grands et libres souilles d'originalité\net d'avenir, à ce chrétien, à ce grand chrétien de qui l'œuvre\ndurable, bâtie de foi, de science et d'art, magnifie Dieu et se\ndresse, à l'horizon de la pensée catholique, comme aux horizons\nde Campine les tours granitiques et solitaires.\n\n\n\n                                       FIRMIN   VANDEN    BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-002", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 423, "page_fin": 425, "titre_corps": "Ballade française : Fragment de Louis XI (Ballade LVI)", "titre_sommaire": "Ballade française : Fragment de Louis XI (Ballade LVI)", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "Ballade Française", "ancre_fin": "PAUL FORT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 478, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1380, "texte": "Ballade Française\n                    Fragment       de L O U I S    XI\n                             (BALLADE    LVI)\n\n\n\n\n   Ah! beaux navires, beaux navires, le roi d'Angleterre envoya! en si\ngrand nombre, si richement étoffés qu'on ne voyait plus l'eau de la mer\nquand madame Marguerite fit sa descente au port de l'Écluse en\nFlandre.\n\n   Sur le quai, ensoleillé par un gentil soleil de juin, et qui avait été\nsi bien lavé que le ciel bleu s'y réfléchissait, dans la douce fraîcheur\nqui montait des pierres, entre deux haies de bourgeois curieux (un\ntapis de pourpre ils bordaient, qui s'allait perdre dans la ville),\nmessire de Clèves, beau cousin de Bourgogne, monsieur de la Vère et\nmonsieur d'Auxi, tous trois vêtus de riche drap d'or, levèrent leur\nchaperon adorné de plumes et saluèrent moult grandement et longue-\nment.\n\n   Un beau navire, tout pavoisé de drapeaux et de flammes qui cla-\nquaient dans ses voiles, était venu longer le quai, et son bois d'or avait\ngémi. On jeta les cordes, on posa la passerelle, et le premier qui des-\ncendit, ce fut, robe violette à collet de vair, monseigneur l'évèque de\nSalsbery, et faisait gentils saints personnels.\n\n  — Messires, dit-il, nous voici d'Angleterre.\n  Ils dirent : — Messire, vous êtes tous bienvenus. Nous irons saluer\nnotre dame Marguerite.\n  — Ne faites, braves seigneurs; messire d'Escale ici la conduit.\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "  424                           DURENDAL\n\n\n\n   Toutes les bonnes gens faisant la haie se penchèrent avides vers le\n beau navire; et les pendeloques en goutte de soleil et les coiffes d'or des\nfemmes de Zélande reluisaient moins que leurs yeux bleus.\n\n    Sur le pont du navire le mouvement joli des soies, des velours qui\n s'entrefroissaient, l'êmeraude, le rose, l'azur et le lys retenaient les\nyeux et les caressaient. Vingt pages tout nouveau habillés de robes (et\n sur leur poitrine luisaient en argent l'écusson d'York et la rose blanche,\n et des plumes blanches tremblaient à leur toque), de tous les points du\n navire accouraient, et du grand dais d'or, qui brillait au milieu,\njusqu'à la passerelle firent deux belles haies de velours, de soie, d'argent\n et de plumes, de visages roses et de blonds cheveux.\n\n\n    Tous les navires scintillèrent d'armures. Haut et clair, sur tous les\nnavires, trompettes et clairons sonnèrent; et toutes les cloches de la\nville s'ébranlèrent, et c'était, ensemble, grande mélodie à ouïr.\n\n\n   Sous le dais d'or brillant parut — lui tenant la main monseigneur\nd'Escale, qui était frère de la reine d'Angleterre (aussi on le voyait\nbien, car il était vêtu d'or fin) — parut toute lumière, la blonde\nMarguerite, en robe de velours plus pure que neige et ruisselante de\nblanches pierreries. Les gens, sur le quai, fermèrent les yeux, onques\nn'avaient vu de si vive lumière... Peut-être croyaient-ils — ce siècle\nétait enfant — à la benoîte Visitation du soleil ? Ce qui m'étonnerait,\nce navire, je l'ai dit, venant de la toute brumeuse Angleterre. Toujours\nest-il qu'ils détournèrent la tête, puis voulurent revoir, puis plus la\ndétournèrent : un grand cortège sortait de la ville, longeait les maisons\ntout au bout du quai, suivait le tapis de pourpre dessusdit; en premier\nlieu venaient des pages sonnant trompe, ah! moult rudement, les joues\nbien gonflées; et sur leur palefroi suivaient six écuyers, portant ban-\nnières toutes d'or et d'azur, où se voyaient les deux lions levés tenant\nVécu des armes de Bourgogne; plus loin, suivaient en gentille procession\nmadame la duchesse, premièrement, mère de monsieur le duc d'alors,\nmademoiselle de Bourgogne et mademoiselle d'Argueil et grande\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "                          BALLADE      FRANÇAISE                       42 5\n\n\nquantité de dames et damoiselles ( dont je ne sais les noms ) , bien\nadextrées de puissants seigneurs, que conduisaient les deux beaux sires\nJehan de Eubempré et Claude de Toulongeon; et tout ce monde avait\nles plus brillantes parures qu'il vous est loisible d'imaginer, puis-\nqu'aussi bien vous avez deviné que toute la noble compagnie dessusdite\nvenait à la rencontre de la blonde Marguerite.\n\n    Déjà les marins étaient dans les voiles et comme de grands enfants\n applaudissaient à toute la belle foule en fête dans la petite ville colo-\n riée, la petite ville avec ses maisonnettes, roses, bleues et blanches,\njaunes aussi, et vert-pomme, et tous ses jardins, entour des maison-\n nettes, tout veloutés de géraniums, la tour crénelée de son clocher où\n battaient, battaient les cloches, et ses rues fines, luisantes et pures, ses\nplaces où frissonnait la ronde calme des tilleuls, et toute sa campagne\n au loin si belle, si verte jusqu'au bord du ciel à l'horizon, là-bas, et\n tout près si verte jusqu'aux dunes et la mer d'argent! Et madame de\n Bourgogne, avec son cortège, lentement s'approchait et mademoiselle\n d'York, sur la molle passerelle, doucement descendait, les cloches bat-\n taient, battaient, battaient, et les navires souriaient à la ville avec\n leurs voiles blanches toutes gonflées de soleil.\n\n\n                                                         PAUL    FORT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-003", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 426, "page_fin": 430, "titre_corps": "Jours de Printemps", "titre_sommaire": "Jours de Printemps", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "Jours de Printemps", "ancre_fin": "GEORGES VIRRES", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 481, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "Jours de Printemps\n\n               DES fillettes. Dans la prairie encore roussie par les\n                 temps froids, elles jouent. Ce beau jour prin-\n                 tanier, ce premier jour d'avril, reluit comme\n                 un bijou d'or neuf. Il vente de la tiédeur mêlée\n                 à des fraîcheurs humides. L'eau du gros ruisseau\n                 qui bouillonne, qui fuit très gai le long de la\n                 prairie, doit être glaciale. L e roitelet s'égosille\ndans un rayon et frissonnera cette nuit. Les bourgeons de la\nhaie, avides de caresses chaudes, veulent s'entr'ouvrir déjà,\nfrôlés par les chaleurs éphémères, pour se recroqueviller dans\nl'ombre tantôt. Mais qu'importe! puisque l'heure est si pure et\njoyeuse. E t les enfants aussi sentent cela sans le savoir.\n   Les petites filles courent, courent, les bras ouverts; elles\ncrient, lorsque l'une d'elles en rejoint une autre après avoir bien\ncouru. C'est alors celle-là qui devra s'efforcer de toucher l'épaule\nd'une compagnonette. Les jeux, les enfants, le p r i n t e m p s ! c'est\ntout cela, d'accord infiniment, dans le midi d'avril.\n   Un toit de ferme est rose, qui l'été serait d'un rouge éclatant;\nles arbustes, les arbres, les broussailles sont saupoudrés à peine\nd'une poussière si légère et si claire.\n   L e chat et le chien savent le printemps. Ils réoccupent déjà,\ndevant la ferme, les mêmes trous dans la t e r r e ; ces trous qu'ils\nfont avec leurs pattes les matins des belles journées. L e chat,\ncouché sur le côté, n'aura qu'un regard doux pour les moineaux\npicotant les crottins frais et d'ambre presque. L e chien est\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "                       JOURS DE PRINTEMPS                       427\n\n\nétendu, la tête sur ses pattes croisées, les yeux mi-fermés, béat\net d'humaine bonté.\n   L e coq regaillardi poursuit les poules. L e triomphant batte-\nment d'ailes !\n   Écoutez s'ébrouer les chevaux à l'écurie, friands de cet air\nneuf dont s'imprègne leur foin.\n   P u i s voyez le fermier. Il s'arrête et se baigne les yeux dans\nla clarté douce, et boit un grand coup de vent, sapide comme\nun baiser de femme jeune.\n   L a besogne est vivement menée dans la ferme ; toutes les\nfigures riantes comme les choses.\n   L e s enfants ne quitteront qu'à regret la prairie, après des\nappels souvent répétés. L a plus petite fillette restera la dernière.\nElle bondira, courant une fois encore autour de la prairie, pous-\nsant des ha! ha! légèrement grisée; puis toutes les petiotes\nretourneront chez elles, regards luisants, joues d'api, comme\nces pommes tendrement carminées. Leur bonne mère baisera\navec plus d'effusion les visages empreints du renouveau qui\nbrille même dans sa cuisine, car les cuivres, marmites jaunes,\npassoires rouges, étains étincelants, souriront aussi ce jour-ci,\nce premier jour d'avril et de p r i n t e m p s !\n\n\n\n   Les villages ont des reflets de sites du paradis, lorsque la\nsaison nouvelle essaime sa grâce sur les journées pendant les-\nquelles les enfants communient pour la première fois.\n   Loin des villes, ici c'est l'événement latent au fond de tous\nles yeux. L e s heureux enfants de ces heures bénies sont choyés\npar le village entier. Ils vont, très simples dans leurs vêtements\nsombres, avec, pour les fillettes seulement, le blanc chapeau, le\nlis en fleur, dans l'innocence du jour.\n   Les s e n s , lourds, srauches, mais si humbles devant leur Dieu,\nbénisseur aussi des moissons, maître du temps, des germes\néclos dans le sol printanier, les voici à genoux, père, mère,\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": " 428                           DURENDAL\n\n\n\nfrère et sœur, dans l'effusion de la prière coutumière et cette\nfois tellement vivante.\n   M. le curé nourrira les âmes enfantines du royal pain de vie,\net l'inégalité des âmes s'affirmera. Ici, elles seront au Seigneur\nà jamais. C'est la consécration divine pour la vie. Les enfants\nvivront comme les ancêtres. Ils prieront à l'aube, ils prieront à\nla nuit, et entreront dans le ciel, alors que ceux des villes se\ndétournent des voies menant au séjour des élus. L a musique\ndu temple, très faussement dévote, est maintenant séraphique;\nles fleurs fanées de l'autel sont des gerbes radieuses, jonchées\npour la venue du R é d e m p t e u r .\n   Dehors le ciel est bleu, vêtu d'une robe de Sainte-Vierge. On\nverra les heureux enfants près de la mère, — un pleur sous\nchaque paupière, — près du père, dont le visage brun a un sou-\nrire clair comme le matin, près des sœurs et des frères, gourds,\néparpillant de la joie douce autour d'eux, on verra les heureux\nenfants, silencieux, buvant la Grâce qui tombe du ciel encore,\nparmi la pluie des rayons. Petites âmes blanches, dans le vil-\nlage candide, dans la nature virginale, vos saints anges tra-\nversent de vols invisibles la route que vous suivez, p o u d r o y a n t e\nsur les micas, qui font un joli chemin de lumière argentée.\n\n\n\n   L e s processions de mai, dans les villages, ont une joie très\ngrave.\n   On voit le serpentement du cortège, aux détours des chemins,\nmêlant les blouses, les capes des vieilles aux surplis et aux\nbannières de couleurs vivantes.\n   On entend des jeunes filles chantant, sans doute, en latin et\ndu nez, mais dont les voix, dans le décor des aubépines et par\nl'air où germent de nouveaux parfums à chaque instant, pren-\nnent le mol envol des volutes d'encens.\n   Dieu passe. Ceci est l'indicible moment de foi et d'espérance,\nla communion de tous les cœurs vers l'ostensoir, cette présence\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "                       JOURS DE PRINTEMPS                       429\n\n\ninouïe du Seigneur! Nos fronts, nos mains, frôlés de la majesté\nde l'incommensurable mystère porté par le prêtre, qui disparaît\nbientôt derrière la foule orante des rustiques.\n  On traverse un village béni; les cierges s'éteignent aux repo-\nsoirs, les fleurs flétries sur le chemin sèchent au soleil, et les\ngens se saluent avec une dignité de noblesse.\n   Ils auront aux repas des gestes mesurés ; les enfants, songeurs\nau souvenir des statues de saints, parleront moins souvent et\nplus b a s ; la jeune fille n'embrasse, en rêve, son fiancé, qu'après\nle mariage.\n   Les paysans, dans les estaminets, perdent aux cartes d'un air\ntranquille et bon. Ceux qui, d'un seul coup de boule, renversent\ntoutes les quilles, répriment le juron familier exprimant la fierté\nd'une telle adresse.\n  Des chants avinés ne troubleront pas, ce soir, le recueillement\nde la nuit.\n E t m ê m e les canards vont à la mare, dans ce dimanche de\nmai, avec de petits cris pleins d'un intime contentement.\n\n\n\n    D a n s les vergers fleuris, les vaches ont été menées, après les\nlongs mois d'hiver passés à l'étable.\n    Elles sont assemblées, inquiètes, et soufflent fort par les\nnaseaux; des vapeurs, comme des fumées de pipe, montent au\nbout de leurs mufles. Il y en a de toutes noires, d'autres zébrées\nde lignes neigeuses, et de superbes rousses toisonnées de reflets\ncuivrés.\n    L e s plus hardies se séparent enfin du groupe et marchent, la\ntête levée, vers des coins, près des haies. L à elles flairent,\ndéfiantes, l'épine, les plantes et l'herbe, leur museau renifle le\npré, et soudain, d'un large coup de langue, elles lèchent le sol.\n    T o u t e s les vaches broutent alors, avec ce bruit profond,\nr y t h m é comme un très lointain roulement de tambours perdu\nau fond de l'horizon.\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 630, "texte": " 430   -                   DURENDAL\n\n\n\n   Au crépuscule elles regardent, au-dessus de la barrière,\ns'allumer les carreaux de la ferme, et poussent de longs meugle-\nments, mourant dans le soir tiède, s'harmonisant avec cette\nheure d'une mélancolique douceur.\n\n\n\n   Les jours passent et les fleurs s'égrènent.\n   Le pommier a neigé. Des fruits mûriront.\n   L'amour se regarde dans son œuvre.\n   E t le printemps s'en va, drapant son épaule du manteau clair\ndes ciels aprilins et sifflant la chanson joveuse du dernier ros-\nsignol en lune de miel, dans la haie propice.\n\n\n\n                                          GEORGES   VIRRÈS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-004", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 431, "page_fin": 431, "titre_corps": "Au Printemps", "titre_sommaire": "Au Printemps", "signature_source": "Comte d’Arschot", "ancre_debut": "AU PRINTEMPS", "ancre_fin": "D ARSCHOT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 486, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "AU       PRINTEMPS\n\n\nLe ciel a des couleurs charmantes de turquoise\nQui meurent aux lointains en nuances d'ardoise.\n\nLa mer a des reflets doux, chatoyants et verts\nEt le vent sur les flots chante comme des vers.\n\nAu milieu des jardins, le soleil, pâle encore,\nSourit joyeusement aux oranges qu'il dore.\n\nLes oliviers sont gris, les amandiers rosés;\nDans les branches, partout, des oiseaux sont posés.\n\nOn travaille ardemment à préparer les vignes\nEt les pommiers fleuris ont la blancheur des cygnes.\n\nDes chèvres, des moutons et des agneaux sont blancs\nCourent sur la montagne et broutent sur ses flancs.\n\nUn pâtre, renversé dans les iris sauvages,\nRêve, les yeux perdus dans les premiers feuillages...\n\n— J'ai longtemps espéré que le jeune berger\nChanterait pour Chloé sur un roseau léger...\n\nQue les temps sont changés, et que tout est fragile!\nTous les bergers sont morts, ô suave Virgile!\n\n\nCorfou. 98.                    O    D'ARSCHOT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-005", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 432, "page_fin": 435, "titre_corps": "Montalembert, par le vicomte de Meaux", "titre_sommaire": "Montalembert, par le vicomte de Meaux", "signature_source": "Charles de Grunne", "ancre_debut": "MONTALEMBERT", "ancre_fin": "CHARLES DE GRUNNE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 487, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "MONTALEMBERT\n                      P A R LE VICOMTE DE            MEAUX\n                                 (Paris, CALMAN-LÉVY)\n\n\n\n\n              Au moment où M. Barrès lançait son Roman de\n               l'Énergie Nationale, un autre livre, fruit d'une\n               dévotion presque filiale, d'une admiration\n               enthousiaste pour la mémoire d'un grand h o m m e ,\n               venait nous donner, selon la jolie expression de\n               M. F i r m i n Vanden Bosch : « U n e autre leçon\n               d'Énergie ». Leçon, moins bruyante peut-être,\nmais plus fructueuse à beaucoup d'égards pour ceux qui\nvoudront l'étudier.\n   Bien différente de l ' Œ u v r e de M. Barrès, la courte étude\nconsacrée par M. de Meaux à la carrière de Montalembert s'en\nrapproche pourtant. Car, au moment où le moderne écrivain\nnous présente, sous la forme la plus alarmante, le tableau\nlamentable que sa plume inquiète a si bien tracé, l'ouvrage de\nM. de Meaux peut faire renaître l'espérance. Il rappelle en effet\nla vie d'un homme qui a eu « un but net et visible » qui a été\n« un feu firmamentaire sur lequel constamment pourra être\npointé le cap de l'action » qui a eu « non pas un but individuel\n» et égoïste mais hautement humain et social, s'accordant avec\n» les conceptions contemporaines du monde ». (1)\n   E n lisant cettebrillante esquisse de la figure de Montalembert,\non est tenté de penser aux tableaux de nos primitifs flamands\n (1) Art moderne, article de M. Firmin Vanden Bosch. Durendal, 3 mars 98.\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "                         MONTALEMBERT                         433\n\n\n\noù l'artiste, inspiré par la grandeur du sujet, peint avec amour\ndiverses phases de la vie de son saint.\n   L'œuvre de M. de Meaux est un triptyque où la Jeunesse,\nla Vie politique, la Vie littéraire de Montalembert ressortent\navec une couleur dont les tons chauds sont empruntés à l'en-\nthousiasme que « L e chevalier luttant pour l'âme et l'honneur »\na su inspirer à tous ceux qui l'ont approché de près ou de loin.\n   Les premiers chapitres décrivent la formation du jeune\nh o m m e , la campagne de l'Avenir où il fit ses premières armes,\nsa rupture avec Lamennais et « ses voyages par les vieux monu-\n   ments et les vieilles ruines, demandant à l'étude solitaire\n» et silencieuse de l'histoire, au spectacle des pays et des\n » siècles lointains l'oubli de ce qui venait de troubler sa vie et\n » son âme ».\n   Alors se développe en lui l'enthousiasme pour le Moyen-âge,\npour les libertés dont cette époque était, selon sa forte et\nvivante expression hérissée, pour l'art du XIIIe siècle. L e\nlecteur s'éprend à son tour d'un amour chevaleresque pour la\nChère Sainte à qui le jeune écrivain conquit tant d'admirateurs.\n« Voilà, selon notre auteur, ce qu'avait fait avant trente ans,\n» M. de Montalembert : Il avait renouvelé dans son pays la\n» littérature et l'art religieux, il devait bientôt après inaugurer\n » une politique religieuse ».\n  U n e transition toute naturelle amène ici M. de Meaux à nous\nparler de l'action politique de son beau-père. Il la reprend à\nson origine : le procès de l'École libre, pour la suivre jusqu'à\nson couronnement : la loi Falloux. L'action de Montalembert\nn'est autre que celle du parti catholique tout entier, parti formé,\ndirigé par lui et poussé sans trêve à l'assaut des monopoles\nd'État où se retranchait encore le vieil esprit de Voltaire.\n   L'histoire complète du mouvement catholique de 1830-1850\nest renfermée dans ces pages nerveuses et concises. L a plume\nde M. de Meaux, trempée du style de Tacite, aime le verbe,\nl'action l'emporte à certains moments et pourtant son œuvre\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "  434                                    DURENDAL\n\n\n\n respire toujours la parfaite impartialité réclamée par le grand\n écrivain lui-même, pour ses chers Moines : « Point d'apologie,\n » point de panégyrique, un récit simple et exact, la vérité, rien\n » que la vérité » (1). Parfois de discrets coups d'œil jetés sur les\n carnets entr'ouverts de M. de Montalembert, nous découvrent le\n rude et incessant travail, source de ses triomphes. Nous y\n goûtons, en sa compagnie, les émotions toutes fraîches écrites\n le soir même du succès. E t ce n'est pas le moindre charme de ce\n livre qui suit jusque dans la retraite et la mort celui dont on\n peut dire : Il aima l'étude autant que l'action.\n    L e repos forcé où l'Empire plongea ceux qui commençaient\n d'accoutumer la F r a n c e à la liberté n'atteignit pas sa p l u m e .\n    Au milieu de nombreux écrits il poursuit son grand ouvrage\n des Moines d'Occident. Nous remercions M. de Meaux de nous\n en avoir rappelé les plus belles pages. P e n d a n t que le\n P . Lecanuet en un érudit ouvrage rassemble et coordonne de\n nouveaux matériaux pour une histoire future du chef laïque des\n catholiques de France, M. de Meaux se contente d'en esquisser\n à grands traits la figure politique et chevaleresque à la fois.\n    Personne de mieux placé pour juger son modèle Élevé sous\nl'Empire, mais tout vibrant du contact qu'il eut pendant sa jeu-\nnesse avec les intellectuels d'alors, il ne se laissa point énerver\npar l'atmosphère du j o u r ; lui aussi aborda la tribune sitôt\nqu'elle fut relevée en France et se distingua parmi ceux qui\ntravaillèrent efficacement à l'étonnante résurrection de son pays,\naprès la guerre. L'un des membres les plus écoutés du minis-\ntère Broglie, il eut ses moments de gloire, bien courts hélas, et\nrentra dans la vie privée quand cette France écarta, pour la\nseconde fois, ceux qui auraient pu la servir. Mais, pas plus que\nson illustre prédécesseur, il ne se laissa décourager et des\nouvrages comme : Les Luttes religieuses au XVIe siècle, L'Église\nCatholique aux États-Unis, sont autant de services rendus à des\nidées que nous Belges et Catholiques avons eu le bonheur\n (1) Moines d'Occident : Introduction.\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "                          MONTALEMBERT                        435\n\n\nd'appliquer, disons-le avec une légitime fierté. Dès 1852, dans\nson livre « Des Intérêts Catholiques au XIXe siècle », M. de Mon-\ntalembert constatait que : « L a Belgique avait conservé plus\n» fidèlement qu'aucun autre peuple les mœurs et les institu-\n   tions du vieux monde catholique, le moyen-àge, dit-il, n'y\n» avait jamais été travesti par l'esprit de cour. Aussi a-t-elle été\n» la première appelée à appliquer les conditions et à recueillir\n» les fruits de l'action catholique dans le monde moderne. Sa\n» nationalité, noblement reconquise, repose sur une constitu-\n» tion que ses enfants catholiques ont eu la gloire de lui donner\n« et de défendre jusqu'à ce jour. Elle a consacré tous les vœux\n» et toutes les conquêtes du catholicisme dans les temps\n» modernes : l'indépendance absolue de l'Église, le libre choix\n» des évêques par le Vicaire du Christ, la liberté complète de\n» l'enseignement et des associations religieuses. Son territoire\n» s'est graduellement couvert de monastères, de collèges, de\n» fondations pieuses. Seule en Europe, elle a vu renaître l'une\n» de ces Universités uniquement consacrées à l'enseignement\n» et à la défense de la liberté ».\n   Ces paroles datent de près d'un deim-siècle et pourtant elles\nn'ont pas vieilli. L'efflorescence brillante, dont les premiers\ngermes sont sortis de France, est faite pour réjouir les cœurs\nrestés fidèles à la liberté religieuse comme celui du V tc de\nMeaux. Son beau livre vient de nous rappeler que c'est\nMontalembert qui nous la valut en grande partie ; c'est là encore\nune Leçon d'énergie venue de France que nous recueillons avec\njoie.\n\n                                         CHARLES DE G R U N N E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-006", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 436, "page_fin": 439, "titre_corps": "Le Beffroi de Bruges", "titre_sommaire": "Le Beffroi de Bruges", "signature_source": "Henri Fraeys", "ancre_debut": "LE BEFFROI DE BRUGES", "ancre_fin": "HENRI FRAEYS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 491, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "LE BEFFROI DE BRUGES\n\n                                Still it watches over the   Town.\n                                                 SHAKESPEARE.\n\n\n\n\nSur la place de Bruge, au milieu de la ville,\nSe dresse le beffroi, sombre sous la guenille\n           Des splendeurs du passe' :\nComme un pauvre qui rêve en morne rêverie\nAux f êtes d'autrefois, à la gloire flétrie\n           D'un grand nom rabaissé.\n\nA l'heure où pâlit l'ombre, un matin de l'automne,\nQuant au baiser de l'aube, en bas se ravivait\nLe monde évanoui dans un ciel monotone,\nSur le beffroi songeur, accoude je rêvais;\n\nAu loin le sol de Flandre, encor bercé de rêves,\nChantait au dieu du jour les hymnes du réveil\nEt la mer qui toujours là-bas mordait ses grèves,\nDans l'aurore brillait d'opale et de vermeil;\n\nAutour de moi, les champs parmi leurs brumes grises,\nDans l'ombre des bois noirs que l'horizon cerclait,\nAvec les murs blanchis, les clochers des églises,\nSemblaient un bouclier que l'aube ciselait;\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "               LE   BEFFROI   DE B R U G E S              437\n\n\nA mes pieds, dans le fond dormait la ville aimée,\nDe-ci de-là montait bleuâtre au matin clair,\nQuelque ruban neigeux de distraite fumée\nQui flottait et passait comme un esprit de l'air;\n\nA cette heure du jour de confiante prière,\nPas un bruit ne montait... ainsi qu'au champ des morts.\nM ais j'écoutais : sous moi, dans la tour séculaire\nUn cœur de fer battait, comme plein de remords;\n\nA l'entour de son nid, sous les voûtes gothiques,\nL'hirondelle chantait les stances du départ,\nEt le monde à mes pieds sous ses voiles mystiques,\nMe semblait plus lointain que le ciel de brouillard;\n\nAlors plus solennel, plein de mélancolie,\nApportant jusqu'à moi les échos du passé\nLe carillon sonna de sa voix qui supplie\nSon harmonie étrange en son rythme glacé :\n\nComme un psaume de cloître où chantent solennelles\nLes nonnes à genoux, dans l'extase des cieux,\nEt le bourdon géant sonnant au milieu d'elles,\nAinsi qu'un plain-chant lent de moines religieux.\n\n\n\nEt les visions du jour s'effacèrent dans l'ombre,\nEt les fantômes noirs passèrent devant moi,\nLes images de ceux dont le souvenir sombre\nHabite dans l'histoire à côté du beffroi :\n\nJe vis passer en bas les Forestiers de Flandre,\nLes comtes Baudouin, les vainqueurs des Normands,\nEt le « Fils de saint George » et parés pour défendre\nLa croix d'expiation : les chevaliers flamands ;\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "438                          DURENDAL\n\n\n\n      Je vis les jeux guerriers, les tournois et les joutes,\n      Les fêtes, les splendeurs qu'on voyait autrefois,\n      Et les dames de cour — comme des reines toutes! —\n      Des princes et des ducs et de riches bourgeois,\n\n      Les marchands vénitiens, vendeurs de Lombardie\n      Avec leur flotte noire où gisait un trésor,\n      Et vingt ambassadeurs d'Ecosse et Numidie,\n      Les princes bourguignons, au cou la Toison d'or;\n\n      Je vis les cent métiers de la Flandre en révolte\n      Avec les vieux héros de Namur et Juliers,\n      Marcher en rangs serrés à travers leur récolte\n      Pour le fameux combat des éperons dorés ;\n\n      Je vis dans les fossés, renouvelant leur haine,\n      La lutte des bourgeois, et des « chaperons blancs »;\n      Je vis montant au nid du dragon qu'il emmène,\n      Artevelde vainqueur de son prince et des grands.\n\n      Et plus près l'Espagnol, la terreur et la crainte,\n      Passait rouge de sang dans un nimbe de feux;\n      Et là-bas j'entendais, de sa voix presqu'éteinte\n      Le tocsin qui chantait ses sinistres aveux.\n\n      Et déjà du milieu des chants, des cris de guerre,\n      Des Ghildes qu'on voyait accourir au drapeau,\n      Les éclairs de l'épée au loin brûlaient la terre,\n      Et la mort en râlant, sous moi, frôlait l'arceau;\n\n\n\n      A lors un sourd murmure éveilla ma pensée,\n      C'était la ville, en bas, qui s'éveillait au jour...\n      Et je ne vis plus rien de l'époque passée!\n      Les fantômes du rêve avaient quitté la tour...\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 575, "texte": "              LE BEFFROI DE            BRUGES              439\n\n\n\nLe temps s'était enfui comme s'efface l'ombre,\nL'aube en s'affaiblissant avait perdu sa voix,\nEt quand je descendis dans la ville moins sombre,\nLe soleil de l'automne illuminait les toits.\n\nComme portant le deuil des grandeurs de l'enfance\nSeul, le beffroi songeur veillait sans espérance,\n          Honteux de son passé :\nComme un pauvre qui rêve — en morne rêverie! —\nAux fêtes d'autrefois, à la gloire flétrie\n           D'un grand nom rabaissé.\n\n\n\n                                       H E N R I FRAEYS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-007", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 440, "page_fin": 446, "titre_corps": "Les Béatitudes de César Franck", "titre_sommaire": "Les Béatitudes de César Franck", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "LES BEATITUDES", "ancre_fin": "JOSEPH RYELANDT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 495, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1356, "texte": "LES BÉATITUDES\n                               DE    CÉSAR       FRANCK\n\n\n\n\n                    VOICI l'une\n                        des œuvres capitales de la musique\n              moderne. Production de foi et de sincérité d'un\n              grand artiste belge. M. H u b e r t i vient de la\n              révéler au public bruxellois (1). Il faut lui en\n              savoir gré comme d'une bonne action artistique.\n              Nous croyons qu'il sera intéressant pour les\n              lecteurs de Durendal de lire une analyse som-\nmaire des Béatitudes. C'est leur faciliter la lecture d'une\npartition que tout amateur (surtout s'il est croyant) doit\nposséder (2).\n\n\n  Cet oratorio comprend huit parties (les huit béatitudes)\nprécédées d'un prologue. Un seul thème domine toute la\npartition : celui que les basses exposent au début du prologue.\nOn pourrait l'appeler le thème du Christ. Il est d'une simplicité\nabsolue. Il se prête, dans le courant de l'œuvre, à une grande\nvariété d'expression.\n  Le prologue, chanté par un ténor, clame la misère humaine\nen accents aussi simples que pathétiques : « Chargé de maux\n» et de crimes, le vieux monde se mourait... Mais au-dessus\n    (1) Concerts Ysaye des Jeudi et Vendredi-Saint, avec le concours des choeurs de Saint-\nJosse-ten-Noodc.\n    (2) Coût : 15 francs (réduction piano et chant).\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "                          LES BÉATITUDES                          441\n\n\n» des cris de haine, une voix s'élève ». T o u t s'illumine à ces\nmots. L e règne de la grâce commence. L a mélodie coule ici à\npleins bords. U n chœur angélique bénit l'arrivée du Seigneur.\nCette seconde partie est d'une beauté idéale.\n\n   I. Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux\nest à eux.\n\n   L a première béatitude débute par un chœur tumultueux. Il\ndépeint la poursuite acharnée de la richesse. Sans doute ce\nmorceau a de la verve et de l'entrain. Mais c'est vieux jeu, banal\net m ê m e vulgaire au passage : « Nous sommes de la terre les\nheureux ». L e thème de ce chœur transforme son rythme\n(p. 19) et devient d'une mélancolie pénétrante au quasi\nAndante : « Où donc est le bonheur? » Ce nouveau chœur se\ndéveloppe, avec retour de sa première forme, jusqu'à la page 4 1 .\nIci intervient le premier de ces chants du Christ, qui constituent,\nà notre avis, la partie la plus géniale de l'œuvre. Celui de la\npremière béatitude : « Heureux l'homme épris des biens véri-\ntables », est un peu inférieur aux suivants. Mais quelle noblesse!\ndéjà, et quelle onction! L e thème en est repris par un chœur\ncéleste d'une polyphonie grandiose.\n\n  II. Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre.\n\n   A un prélude d'expression poignante, succède un chœur\nadmirable, aux entrées des quatre parties : « L e ciel est loin, la\nterre est sombre ». T o u t respire ici une douloureuse anxiété...\nP l u s loin (p. 58) les voix deviennent menaçantes : « Contre ses\nmaux l'âme indignée se révolte en vain ». L e tumulte grandit\ntoujours, quand retentit du haut des cieux un quintette de voix\nangéliques, prêchant la douceur dans le support des peines de la\nterre. C'est un morceau suave. Il devient grandiose, lorsqu'aux\ncinq solistes se joint tout le chœur, dans une polyphonie vocale\nà neuf parties. Cette deuxième béatitude est tout entière d'une\nrare inspiration, qui se surpasse encore à la dernière page,\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": " 442                          DUKENDAL\n\n\n\nchantée par le Christ. Vraie musique du ciel, dont F r a Angelico\nseul eût donné l'équivalent en peinture.\n\n  I I I . Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés.\n\n   U n e sorte de marche funèbre avec chœur. L a marche lente\nde l'humanité dans la voie royale de la douleur. Telle est\nl'image qu'évoque le chœur de la troisième béatitude. L'idée\nmusicale en est toute simple, mais très expressive. P u i s voici\nvenir une mère pleurant son enfant. Un orphelin pleurant sa\nmère. Deux époux que la mort va séparer et qui font entendre\ndes plaintes déchirantes. Franck a trouvé la note juste pour\nchanter toutes ces douleurs. L e duo des époux entr'autres est\nadmirable. P u i s une deuxième fois, la marche funèbre répète\nson refrain au r y t h m e implacable.\n   Mais les esclaves accourent secouant leurs chaînes : « Qui\nnous rendra la liberté? » L e s penseurs à leur tour se présentent\net implorent la vérité... E n vain ! U n e troisième fois, déchaînant\ntoutes ses forces, la marche fatale qui entraîne l'homme vers la\nmort.\n   Faut-il désespérer? Non : le Christ se lève, et chante la\nbéatitude de la douleur. Dans un clair scintillement de harpes,\ndes voix angéliques se font entendre. L e ciel s'ouvre. Vision\ndivine, où la douleur devient félicité, comme le thème funèbre\nest devenu lumière et joie. Cette troisième béatitude, par sa\nvariété d'effets, sera toujours la mieux goûtée par l'ensemble du\npublic.\n\n   IV. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils\nseront rassasiés.\n\n  Cette béatitude est un chef-d'œuvre. Rien de plus tou-\nchant que le prélude longuement développé. A une profonde\nmélancolie succède une aspiration pleine d'espérance. Ce pré-\nlude grandit, va d i m i n u a n t et se résout en quelques notes fines\nqui se tissent en accompagnement sur lequel la voix d'un ténor\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "                          LES   BÉATITUDES                      443\n\n\nchante l'opposition entre le règne du mal et les tendances\nidéales de l'homme. Il n'existe peut-être pas de morceau où\ncette soif de l'idéal soit plus éloquemment rendue. L'aspiration\ngrandit jusqu'à distendre l'âme, et d'une manière si sincère que\nl'on ne peut l'entendre sans être ému... Puis le Christ parait.\nDans un chant d'une gravité, d'une onction et d'une simplicité\nsublimes, il promet la béatitude aux cœurs altérés de justice et\népris de sacrifice. Amen.\n\n  V. Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes\nmiséricorde.\n\n   Un solo de ténor décrit de façon touchante l'oppression\ndes faibles de la terre. Mais voici que l'humanité se soulève\ncontre les tyrans. Un chœur de vengeance éclate. Ce chœur est\nd'un grand effet, mais un peu boursouflé. Meyerbeer l'eût\nvolontiers signé. Mais Franck se retrouve : une cantilène du\nChrist, extraordinairement pénétrante, enseigne le pardon aux\nhommes. Puis on entend un chœur céleste tellement simple et\ntouchant qu'on revient sans cesse avec un nouvel étonnement à\ncette page d'une âme candide, d'un enfant de génie. Le procédé\nest nul. L e sentiment si naïf, qu'il évoque l'image de certains\ntableaux primitifs. Ce chœur est coupé par le très beau chant\nde l'ange du pardon.\n\n  VI. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.\n\n   Cette sixième partie a les mêmes qualités et les mêmes\ndéfauts que la précédente. Elle commence bien, faiblit ensuite,\nest digne du ciel par sa fin. Le prélude, très expressif, est\nsuivi de chœurs de femmes païennes et juives. Ces chœurs ne\nsont que jolis. Ils implorent la vision de Dieu, qui semble s'être\nretiré de la terre. Le quatuor des Pharisiens est assez intéres-\nsant, mais sa raison d'être ne parait pas bien évidente. C'est\nplus curieux que beau.\n   Un imposant arioso de l'ange de la mort (basse) nous annonce\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": " 444                          DURENDAL\n\n\n\nque le ciel est ouvert. Mais qui est digne de pénétrer près du\nSouverain-Roi? Un chœur aérien répond que les cœurs purs\npeuvent s'approcher avec confiance. L a voix du Christ confirme\nces paroles. Alors la mélodie du chœur est reprise par les\nténors, puis par les basses : « H e u r e u x les cœurs purs », et les\nchants se perdent dans le ciel. Ce finale est une des pages capi-\ntales de la partition.\n\n  V I I . Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants\nde Dieu.\n   L e début est d'une grandeur sombre. On devine la présence\ndu serpent infernal. Satan paraît, « son souffle fatal partout\nrépand la guerre ». L'allegro qui suit, où Satan énumère ceux\ndont il est roi, est plus faible. L e chœur des tyrans et des prê-\ntres païens, pujs celui de la foule, sont presque banals. Heu-\nreusement la voix du Christ, expressive et noble comme tou-\njours, intervient. Satan est contraint de se retirer. Cette partie\nse termine par l'admirable quintette des pacifiques. Page d'une\nbeauté achevée et d'un travail exquis.\n\n   V I I I . Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice,\nparce que le royaume des cieux est à eux.\n\n   Satan se relève de sa défaite. Il se vante des malheurs qui\naccablent l'univers. L e chœur des justes opprimés proclame, en\naccents émouvants, la fidélité à Dieu : « Il est doux de mourir\npour toi ». « Insensés, s'écrie Satan furieux, je saurai plier vos\nâmes par le martyre ! » L e chœur répète le chant de fidélité,\navec une ferveur extatique. Satan revient à la charge. Il défie\nles fidèles de trouver un vengeur qui les délivre de l'oppression.\nL e chœur des justes, une troisième fois, proclame son attache-\nment à Dieu. Ce passage est très émouvant et d'une grande\npuissance d'expression. Mais voici la vengeance des justes. L a\nMater Dolorosa, dans une cantilène expressive, offre son fils en\nsacrifice pour le salut de l'humanité. Cet air est adorable.\n"}, {"page_pdf": 500, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "                          LUS BÉATITUDES                        445\n\n\nMais le dernier passage, en quatre temps (p. 288), est un peu\nbanal. Après l'offrande de la Vierge, il règne dans l'orchestre\ncomme une atmosphère surnaturelle. Satan vaincu s'éloigne de\nplus en plus, m u r m u r a n t des imprécations. L a voix du Christ,\ngrave et pleine d'amour, chante la fidélité de ceux qui sont\npersécutés. Satan s'avoue définitivement vaincu. Jésus reprend\nson chant sublime, qui ouvre le paradis aux justes. L e chœur\ncéleste accueille les élus et s'élève en un incomparable hymne\nde gloire, dernier couronnement de cette magnifique partition.\n\n\n                                 *\n\n\n   Les Béatitudes, qui datent de 1880, ouvrent la série des œu-\nvres qui immortalisent César Franck. Bien supérieure à Rédemp-\ntion (1873), cette partition restera comme l'œuvre capitale du\nmaître dont on peut étudier ici les qualités et les défauts.\n   Franck n'est pas un de ces génies universels, comme Beethoven\nou Wagner, qui restent supérieurs dans tous les sujets qu'ils\ntraitent. T o u t ce qui est en dehors, les scènes de violence et de\ngrand mouvement extérieur, le font souvent tomber dans le\npathos, voire même dans la vulgarité. Par contre il est inimi-\ntable clans tout ce qui demande de l'intériorité. Il a p e i n t un\namour à la fois passionné et presque spiritualisé dans sa parti-\ntion de Psyché (1888) qui est peut-être son œuvre la plus parfaite.\nD'instinct il a idéalisé cet amour mythologique (la remarque en\na été faite) jusqu'à en dégager un symbole de l'amour divin\nchanté par le Cantique des cantiques. Son quintette (1880), sa\nsymphonie (1889) — malgré des longueurs — témoignent de la\npuissance de Franck comme peintre du sentiment pur. Je cite-\nrai encore son admirable sonate pour violon et piano (1886).\nMais le sentiment religieux est, d'après nous, le côté le plus\npersonnel et le plus sincère de ce grand artiste chrétien. Toute\nla partie religieuse des Béatitudes en témoigne, ainsi que cer-\ntains passages de Rédemption, la mélodie la Procession, etc. Les\n"}, {"page_pdf": 501, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": " 446                         DURENDAL\n\n\n\nchœurs célestes des Béatitudes et, plus encore, les sublimes\ncantilènes du Christ sont l'œuvre d'un croyant sincère.\n   Chose curieuse, ce génie grave et recueilli n'est pas exempt\nd'une certaine mollesse un peu sensuelle. Cela provient de ce\nque sa mélodie a de vaporeux et d'un peu alangui, ainsi que du\nraffinement de son harmonie. Les modulations chromatiques et\nenharmoniques sont très fréquentes chez Franck. Elles sont le\nplus souvent d'un art consommé et d'un naturel charmant, pro-\ncédant, non d'une recherche, mais d'une nécessité de sentiment.\nCe dernier point est souvent oublié par ses imitateurs.\n  T e r m i n o n s ici cette étude. Puisse-t-elle conquérir encore à\nFranck de nouveaux admirateurs. Ils apprendront à son école\nune vertu artistique aussi prônée aujourd'hui que peu prati-\nquée : La Sincérité, Seule, elle donne l'émotion.\n  Bienheureux ceux qui ont foi en ce qu'ils chantent !\n\n\n\n                                             JOSEPH   RYELANDT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-008", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 447, "page_fin": 449, "titre_corps": "Max Elskamp", "titre_sommaire": "Max Elskamp", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "MAX ELSKAMP", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 502, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1794, "texte": "MAX E L S K A M P (1)\n\n                                       Car en toutes choses c'est simple le meilleur\n                                       Et d'ornement au corps comme à l'âme santé.\n\n\n\n\n L    E joueur d'orgue est arrivé! Il tourne la manivelle et de lents refrains\n         archaïques s'enchaînent au gré des images coloriées.\n  Max Elskamp célèbre la louange de la vie. Il l'aime simple, populaire,\nquotidienne. Les faits menus et habituels qui la composent l'amusent et le\nrendent heureux. Il leur découvre un charme insoupçonné et une saveur\ndélicieuse. Une couleur vive lui ensoleille l'âme. Mais\n\n                          C'est fin de rêves à Thélème\n                          A présent, et une heure a sonné\n                          D'être aux autres avant qu'à soi-même\n\n                          Et pied allant, haute la main,\n                          Au long du bâton pèlerin,\n\n\nvoici le poète-apôtre « en un prêche d'amour et charité » — en symbole\nvers l'apostolat — montrant aux gens, par la fraîcheur des paysages, les\nguidons des bateaux, la gaîté des métiers, combien il faut chérir la vie,\nselon l'amour, l'espérance et la foi.\n   Il nous réconforte par sa bonne humeur, répétant que la joie nous entoure\net que la vie est charmante à ceux qui la comprennent et remplissent allè-\ngrement leurs devoirs d'état.\n   Pour apprécier les heures dominicales — cloches en fête, rouets rouant,\nporcelaines écarlates, chevaux de bois, après-midi silencieuses d'amour\n\n   (1) LA LOUANGE DE LA VIE (Dominical, Salutations dont d'Angéliques, En Symbole vers\nl'Apostolat, Six Chansons de pauvre homme pour célébrer la semaine de Flandre), I v. Soc.\ndu Mercure de France.\n   ENLUMINURES (Paysages, Heures, Vies, Chansons, Grotesques), I v. Lacomblez, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 503, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": " 448                                 DURENDAL\n\n\n\nconfiant, réunions familiales, broderies, lampes — il faut avoir peiné\nla semaine...\n                Et bien heureux sont ceux d'âme assez forte\n                Que le travail attend, bon, à leur porte.\n\n  Réjouissez-vous, dit-il, yeux, bouche, oreille, odorat, mains des travail-\nleurs. Les besognes humiliées portent les fruits les plus doux. Les patrons\nvous bénissent : Saint-Arnold des brasseurs, Saint-Jude, Saint-Blaise des\nmaraîchers, Saint-Eloi des forgerons, Saint-Riquier des aubergistes, Saint-\nJob des mendiants, Saint-Sébastien des arbalétriers, Saint-Crépin de ceux\nqui tirent le fil de poix.\n   Et chaque jour a sa tâche : lingères et blanchisseuses du mardi, jardiniers\ndu mercredi, cordiers du jeudi, pêcheurs du vendredi, servantes du samedi,\ncharpentiers et maçons « en pacte d'amitié ».\n  Jolis métiers auxquels on se voudrait vouer à les lire si réconfortants de\nvie honnête et joyeuse. De quels agréments ne sont-ils parés et quelle enlu-\nminure ne les adorne?\n   En des paysages lumineux de mer, de rivière, de canal, de routes,\nd'arbres, de moulins, c'est\n                       Tout un genre humain occupé à vivre\n                       En ses villes pies d'hommes et d'enfants.\n\n   Il est des vierges au coin des rues, des drapeaux aux balcons des consu-\nlats. Dans les airs, tous les oiseaux : merles, pies, verdiers, étourneaux, passe-\nreaux et loriots, ramiers, vanneaux, émouchets, corneilles, corbeaux,\nalouettes, mauvis, mouettes,\n                            Et c'est alors un pays d'ailes\n                                   A ux hirondelles\n                                   Flandre des tours\n                              Et de naïf et bon séjour ;\n                            Et c'est alors un pays d'ailes\n                                   Et tout d'amour.\n  Sur mer, tous les bateaux :\n                        Car voici vos petits noms d'ailes,\n                        Les tartanes, les balancelles,\n\ngoélettes, frégates à guidons bleus, felouques, grands trois-mâts carrés,\nlougres, chalands et bricks, puis la mer monte\n                              Et bonne race\n                       Houlques, otters, botters, pinasses,\n                                   Ohé ! Ho !\n                       Le pilote a mis son chapeau,\n                              Passez la passe.\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "                                   MAX E L S K A M P\n                                                                            449\n\n  Dans l'eau, tous les poissons\n                        Et vous verrez lors mes filets\n                        Et comme Pierre est secourable\n                        Aux jeudis qu'il veut favorables\n                        Pour la sole et le carrelet.\n\n  Sur terre, toutes les fleurs :\n                        Et chacun faisant son métier\n                        Voici planter le jardinier\n                               Selon sa vie,\n                        D'être aux plantes, avec ses mains,\n                        Doux et bon comme à des humains,\n                        Sous le soleil et sous la pluie.\n\n   Et c'est ainsi, toutes les existences, en un langage apparié à l'âme popu-\nlaire, d'une simplicité factice, d'anciennement transposée », simple traduc-\ntion souvent, semble-t-il, des locutions populaires flamandes et anversoises.\n   Anvers « maritime et d'hiver » prête à cet évangile de la bonne volonté\nle décor des tours, des chapelles, du port, des bars à gin et à whisky « aux\ndimanches ivres d'eau-de-vie », et des moindres emblèmes plébéiens — mas-\ntelles, images, médailles, coutumes — réunis en un curieux et pittoresque\nfolklorisme.\n   Mais s'il encourage de la sorte, en leur montrant la gaîté poétique et salu-\ntaire de leur vie, les doux travailleurs, matelots, menuisiers, remouleurs,\ngraveurs sur bois, dont il manie lui-même les outils pour parer de dessins\n frustes les pages de ses livres, Elskamp hait sans mesure tous les gâte-\n métiers : les vieilles gens égoïstes qui font taire la chanson des servantes, les\n levantins qui troublent le silence dominical des rues et les Juifs, honteux,\n qui parlent d'affaires,\n                         les très laids petits enfants juifs\n                         de teigne et d'induration.\n\n   Ce qui mêle souvent une tristesse infinie à la joie vivifiante du Livre où\n                         Selon son vœu, à chacun son toit\n                         En santé d'âme, de corps et de chair.\n\n                                                                 THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-009", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 450, "page_fin": 452, "titre_corps": "Joseph Dupont : La Manifestation du 5 mai", "titre_sommaire": "Joseph Dupont : La Manifestation du 5 mai", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "JOSEPH DUPONT", "ancre_fin": "GEORGES DE GOLESCO", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 505, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "JOSEPH DUPONT\n\n                         La Manifestation du 5 Mai\n\n\n\n                  SIGNALONS aux amis de l'art la belle manifestation       en l'hon-\n                     neur de M. Joseph Dupont, qui depuis vingt-cinq ans\n                     a dirigé les Concerts populaires avec le succès qu'une\n                     ardente et profonde conviction artistique est seule capable\n                     d'assurer. Il a été couvert d'une triomphale avalanche de\n                     fleurs (ce n'est pas une figure), et, pour perpétuer le\n                     souvenir de ce jubilé, les traits du vaillant chef d'orchestre\n                     ont été reproduits sur la toile et en un médaillon par deux\n de nos artistes les plus distingués, Eugène Devaux et Jef Lambeaux.\n M. Dupont peut être légitimement fier de cette ovation tout empreinte de\n sincérité et de spontanéité. Avoir initié ses compatriotes aux beautés cachées\n d'œuvres remarquables, avant qu'elles eussent été définitivement consa-\n crées par la gloire, s'être attaché à faire connaître les drames wagnériens\ncontre lesquels partout à cette époque on nourrissait des préventions en\napparence indéracinables, avoir formé, éclairé, affiné le goût d'un public\nqui, au point de vue musical, est devenu l'un des premiers de l'Europe, tels\nsont les titres éclatants de Joseph Dupont à la reconnaissance des Bruxellois.\nEt s'il est vrai que la modestie est l'exclusif apanage des hommes de valeur,\najoutons que Dupont en donnait encore une nouvelle preuve lorsque pour\nles exécutions wagnériennes, il cédait parfois son bâton aux Richter et aux\nMottl, comme particulièrement aptes à interpréter la pensée du maître dont\nils avaient directement reçu les conseils et les indications.\n  Le programme du concert, dont le concours de Van Dyck et de Caron\nrehaussait l'éclat, se composait d'œuvres de genres fort divers mais toutes\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "                              JOSEPH DUPONT                              451\n\n\nintéressantes. M. Dupont les a dirigées avec la grande autorité qu'on lui\nconnaît. L'éblouissante ouverture de Fidelio ouvrait le concert.\n   Puis M. Delmas de l'Opéra et l'admirable tragédienne Rose Caron,\nsecondés par le choral mixte de M. Soubre, nous firent entendre un beau\nfragment de VAlceste. L'idéale et radieuse héroïne d'Euripide, une des plus\ngrandes figures du théâtre antique, a inspiré à Gluck une œuvre noble,\nconçue en cette forme discrètement pompeuse dont il semble posséder le\nsecret, mais, à mon sens, elle ne saurait faire oublier que Gluck est avant\ntout l'auteur d'Orphée et Eurydice.\n   Nous avons écouté avec infiniment d'intérêt Le Chasseur maudit de César\nFranck. Vous avez tous lu ce morceau brillant de Charles Nodier intitulé Du\nFantastique en Littérature. Les grâces d'un style incomparable viennent parer\ncomme d'un manteau de fleurs cette étude substantielle et riche de pensées.\nIl y aurait peut-être aussi un chapitre bien intéressant à écrire sur le\nFantastique dans la Musique, et Le Chasseur maudit y aurait sans nul doute une\nplace d'honneur. La ballade de Bürger, très germanique en sa forme, tant\npar le cadre sombre et prestigieux où se déroule le drame que par les\ndétails du style distillant le vague effroi du surnaturel, n'en est pas moins en\nsa primordiale inspiration profondément philosophique et humaine. Le\nChasseur fermant l'oreille à l'harmonieuse voix de l'Ange, écoute l'appel du\nmauvais génie et court tête baissée vers l'Abîme. Ses chiens le dévorent, et\nson spectre plaintif apparaît la nuit dans les nuages poursuivi de sa meute\nimpitoyable. Pour rendre ces impressions d'outre-tombe, Franck a trouvé\ndes accents justes et grands, teintés par-ci par-là de réminiscences wagné-\nriennes. Mais je l'ai déjà dit dans une de mes précédentes études, quel\nmusicien peut donc de nos jours se soustraire absolument à cette prépondé-\nrante influence? Franck vaut surtout par ses dons de coloriste, il est un\nmaître consommé en cet art de sonorités saisissantes et d'une étrangeté\ninattendue, évoquant en nous des sensations fortes et puissantes. Je ne dis\npas qu'il ne soit encore autre chose, mais dans Le Chasseur maudit on ne\nsaurait guère apprécier que ce côté de son talent.\n   La cohésion, l'harmonieuse architecture manquent peut-être ici, quelque\npeu, et c'est souvent le cas des poèmes symphoniques à programme. Mais\nqu'importe ? Le but de l'auteur est atteint. L'auditeur est subjugué et res-\nsent l'invincible impression du Surnaturel. Il entrevoit, comme estompé à\ntravers les brumes d'un songe, je ne sais quel vague paysage nocturne que la\nlune argenterait de ses spectrales lueurs et que sillonneraient, en leur vol\nsilencieux, des milliers de blancs fantômes.\n  Excelsior ! ! Le troisième acte de Parsifal va dérouler devant nous ses\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1089, "texte": " 452                              DURENDAL\n\n\n\nineffables splendeurs. Le sang du Sauveur, divin baume d'expiation, a\narrosé le Golgotha de ses flots brûlants d'amour, et aussitôt la nature, ainsi\nqu'une fiancée, a revêtu sa plus douce parure. De ses rayons d'or, le beau\nsoleil de Dieu est venu réchauffer nos coeurs engourdis. Dans l'air tiède\nerrent comme des haleines d'ange, et les larmes du ciel qui emperlent le gazon\nont fait naître les fleurs. Telle, pour le chrétien, la Souffrance apparaît comme\nle vestibule du Bonheur. Puis, devant nos yeux, le cortège funèbre de\nTiturel passe, sombre et poignante vision. Koundry s'humilie. Amfortas\npleure sa faute. Mais le Rédempteur surgit dans une gloire d'apothéose.\nC'est Parsifal, le PUR, le SIMPLE, apportant à tous paix et pardon. Au\nmilieu de l'obscurité envahissant progressivement le Temple, le Vase\nsacré luit comme une escarboucie sanglante, et, dans un lointain de rêve,\nd'exquises voix d'anges, au timbre de cristal, font retentir les voûtes d'azur.\n\n\n\n                                                      GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-010", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 453, "page_fin": 456, "titre_corps": "Désastre ou Débâcle", "titre_sommaire": "Désastre ou Débâcle", "signature_source": "Aristide Dupont", "ancre_debut": "DESASTRE OU DEBACLE", "ancre_fin": "ARISTIDE DUPONT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 508, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "DÉSASTRE OU DÉBÂCLE\n\n\n               PARAITRE à  son heure est une bonne fortune que\n                 peu de livres ont eue au même degré que le\n                 Désastre des frères Marguerite.\n                     Leur œuvre, parallèle à la Débâcle de Zola, en\n                  était aussi la réfutation. L a bonne étoile qui\n                  dirige leur carrière a voulu qu'au moment où\n                  leur livre venait aux vitrines des libraires, l'opi-\nnion en F r a n c e fût violemment excitée contre Zola. De là,\npartiellement, l'immense vogue d'un travail dont les qualités\nintrinsèques commandaient d'ailleurs un réel succès. Les frères\nMarguerite ont eu le rare bonheur d'être l'écho sincère de la\nprotestation nationale contre l'insulte faite par Zola à toute la\nFrance.\n  Dans la Débâcle il avait avoué l'intention de narrer la chute\ndans la boue du régime impérial, mais il y avait jeté le pays\nentier.\n   Croquis par croquis, toutes les classes étaient abîmées et, du\nhaut en bas, la nation et l'armée étaient livrées au mépris. Ici,\nc'étaient les soldats, ailleurs, les chefs; tous apparaissaient des\nbrutes lâches, veules et grossières, si bas, que la possibilité\nmême d'un relèvement disparaissait. En contraste, s'élevait la\nforce triomphante de la Germanie symbolisée, non sans com-\nplaisance, dans la fantastique et fort belle ascension de l'artil-\nlerie allemande escaladant les collines encerclant Sedan. L'on\nne sentait pas dans cette description, non plus qu'ailleurs, une\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": " 454                         DURENDAL\n\n\n\nâme française saigner à l'unisson de cette foule malheureuse\nqu'une fatalité livrait à l'anéantissement. C'était écrit, sinon\npar un ennemi, du moins par un simple « citoyen d'Europe. »\nQuelle joie pour les nations rivales, de voir Zola flageller ainsi\nl'armée, seule restée, jusqu'ores, indemne de ses flétrissures !\nD'ailleurs, Zola avait mis dans ce livre, son talent des bons\njours. Dans ses dernières œuvres ennuyeuses et lourdes, il n'a\nplus retrouvé le courant de vie puissante qui circule à pleins\nbords dans ce roman. Cette armée, cette nation étalées pour-\nries du haut en bas sont bien et largement traitées à grands\ncoups d'une main sûre. L ' h o m m e qui a su mettre sur pied un\ntel travail, avec une telle puissance de description, est vraiment\nmaître en son art et ses atteintes sont plus durement senties.\n   Au début, le public français fut h u m b l e et reçut le livre\ncruel comme une expiation; mais, dès avant l'affaire Dreyfus,\nici et là, naquirent des doutes sur la valeur documentaire de la\nDébâcle. Ce tableau des vaincus, si violemment porté au noir,\nparut trop sombre. D'Allemagne m ê m e , vint l'avis que les\nchoses ne s'étaient point passées de cette sorte et que les F r a n -\nçais de 1870 n'étaient pas aussi méprisables. L'antithèse\ns'imposait et nuls ne pouvaient être mieux accueillis dans cette\nœuvre de justification des vaincus d'alors que les fils de l'héroï-\nque général Marguerite, dont la charge désespérée et folle\narracha au vieux roi de Prusse un cri d'admiration. Zola avait\nécrit la Débâcle de l'armée de Châlons, les frères Marguerite\nnous disent Metz, ses victoires sans lendemain et sa fin déso-\nlante. Ils ne font pas d'apologie et confessent nettement les\nerreurs et les faiblesses. Cependant le sentiment que cette lec-\nture nous laisse est tout autre et non point désespérant comme\nl'impression sous laquelle les lecteurs de la Débâcle se sentent\ncomme écrasés.\n  C'est que Zola n'a point fait la part suffisante à la direction\nmauvaise d'abord et ensuite à cette fortune de la guerre qui se\nplaît tout déjouer. Les Marguerite remettent les choses au\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "                     D É S A S T R E OU   DEBACLE           455\n\npoint. Ils ne prennent pas plaisir à étaler le corps en pourriture\nalors qu'il suffisait, pour justifier l'événement, de désigner la\npensée directrice vacillante et coupable. Ils écrivent sincère-\nment, impartialement; pourtant leur plume, franchement fran-\nçaise, n'égratigne pas la patrie sans raison. Ils n'éprouvent pas\ncomme Zola de la joie à crotter l'humanité et la race. Dans la\nnuit du désastre ils discernent l'aube, les forces vives d'où\nrenaîtra une Fiance plus forte et peut-être victorieuse. Ils sépa-\nrent le bien du mal et n'enveloppent pas tout dans une com-\nmune condamnation. Par cela, leur oeuvre est à la fois plus\nvraie et plus morale. Il n'est pas d'effondrement où ne se révè-\nlent des possibilités de salut. Les cacher systématiquement, c'est\noffenser la vérité et la morale. Quand l'on crie à tue-tête aux\nhommes qu'ils sont des brutes incapables de relèvement on les\nenfonce plus avant dans la fange où ils ont roulé. Il est des pro-\nblèmes historiques ou moraux où le lecteur cherche, avant\nmême l'émotion d'art, des certitudes historiques et une conclu-\nsion morale qui le guide. Les facultés de l'âme se trouvent sol-\nlicitées à des degrés divers où le souci de l'effet de scène vient\nen dernier ordre.\n   Or, Zola a traité son sujet exactement comme un autre de ses\nromans. Il a voulu un tableau poussé au noir et la partie lui\nétait faite bien belle. Seulement, il a forcé la note et en dépit\nde sa minutie de détails l'accroc donné à la vérité est trop tan-\ngible. L'œuvre n'en serait pas diminuée si la guerre de 1870\nn'avait pas existé ou n'était pas si proche de nous. Ce serait\nalors un roman mais il se fait que le public ne peut pas l'ac-\ncepter comme tel car il est hanté par la préoccupation exclusive\nde l'exactitude historique. Il exige aussi de savoir comment les\nmalheurs passés doivent éclairer sa route. Zola montre bien\nl'effondrement de la société impériale mais il ne saurait nous\ndire la morale de cette chute. Conscient pourtant des exigences\nde son sujet il présente, en conclusion, un paysan, un peu moins\ndégradé que les autres et qui va travailler cette glèbe de France\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": " 456                         DURENDAL\n\n\n\nflétrie par lui en un autre livre comme la mère féconde des\npassions mauvaises. Quelle insuffisance! Ainsi, doué comme\nbien peu, à force de s'être confiné à l'étude des seuls instincts,\nZola s'est trouvé en-dessous du complexe problème dont il\nannonçait la solution. Il a cru donner le change en accumulant\ndes traits soi-disant vécus, d'apocryphes croquis de faits mais il\nn'a pu longtemps égarer l'opinion.\n    Rien n'est plus exact que la remarque de Brunetière disant\nde Zola qu'il est le plus documentaire mais le moins documenté\ndes hommes et le plus appliqué mais le moins véridique des\nobservateurs. Evidemment, nul défaut ne pouvait être plus\ngrave et c'est par là surtout que l'infériorité du livre de Zola se\nm a r q u e vis-à-vis de celui des Marguerite. Ceux-ci ont les qualités\n maîtresses de l'historien : le souci du vrai et les hautes vues\n morales. Ils ont mis le doigt sur les fautes essentielles, celles\n de la tête. Ils ont su mettre un frein à la tentation, bien\n naturelle à l'écrivain d'une guerre, de déborder, en quelque\n sorte, sur leur sujet et de faire du roman quand la précision de\n l'historien était primordiale. L'émotion de l'écrivain français\n palpite à chaque ligne mais ils savent se défendre de tout atten-\n drissement et rester impartiaux. T o u t n'est point condamnable\n pour eux mais seulement ce qui engendra la catastrophe. Enfin\n au lieu de la critique dissolvante il se dégage du Désastre une\n leçon délicatement suggérée mais bien sensible pourtant de\n discipline sociale. L e u r œuvre est véridique, saine et morale,\n tandis que Zola n'a écrit qu'un roman pernicieux.\n\n\n                                             ARISTIDE   DUPONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-011", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 457, "page_fin": 457, "titre_corps": "Forêt d’Argent", "titre_sommaire": "Forêt d’Argent", "signature_source": "Edgard Bonehill", "ancre_debut": "Forêt d Argent", "ancre_fin": "EDGARD BONEHILL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 512, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "Forêt d'Argent\n\nLa neige féerique a blanchi le silence\nEt le calme éternel de la forêt. Les yeux\nDe la nuit lumineuse, irradient les Cieux ;\nDans L'or du clair de lune idéal se balance\nLa cîme des sapins et des houx argentés.\nLe diamant du givre, aux lunaires clartés\nAllume un diadème aux fronts larges des ormes.\nLes géants forestiers, de leurs spectrales formes\nTranchent sur la splendeur placide de la nuit.\n— Errante en les blancheurs du mensonger minuit\nUne cigogne rêve essorer parmi l'aube;\n— Un gigantesque cerf passe, froissant la robe\nD'hermine du taillis; il passe contemplant\nLes cristaux et les fleurs de l'hiver scintillant.\nIl s'avance superbe en la nef enchantée;\n Voici qu'ébloui par ces magiques décors,\nExtasié, levant ses grands bois, le dix-cors\nBrâme sa surprise à la forêt argentée.\n\n\n                              EDGARD    BONEHILL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-012", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 458, "page_fin": 461, "titre_corps": "Lettre parisienne", "titre_sommaire": "Lettre parisienne", "signature_source": "Maurice de Waleffe", "ancre_debut": "LETTRE PARISIENNE", "ancre_fin": "MAURICE DE WALEFFE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 513, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "LETTRE PARISIENNE\n\n                  CE mois-ci, autour du nickelage compliqué des théières\n                    Anglaises, autour du grès ouvragé des chopes Allemandes,\n                    la guerre Hispano-Américaine fait ronfler toutes les con-\n                    versations.\n                       Autour du fragile miroitement des cristaux Parisiens, il\n                    n'en va pas de même. Sans doute, entre un Sandwich et un\n                   verre de Madère, il arrive de songer que ce Sandwich et\n                   ce Madère sont brouillés à mort, qu'à cette heure même,\nl'énorme escadre'Américaine cherche à joindre la rapide flottille Espagnole, et\nà l'assommer d'un coup de queue terrible comme fait un lourd cétacé luttant\navec un Narval alerte. Sans doute, à cette heure même, des cuirassés\nennemis, monstrueusement bourrés de bombes et de charbon, rôdent sur\nl'Océan « comme la foudre errant dans l'épaisseur des nuits ». Sans doute\nnotre sympathie, dans cette lutte inégale qui rappelle trop celle du pot\nde terre contre le pot de fer, ne va pas à ce dernier. Le sang vif et clair qui\ncoule dans nos veines latines applaudirait au triomphe du sang Espagnol,\nde ce sang énergique et brûlant comme le café, de ce sang de poète et de\nchevalier, sur le sang Américain, ce sang pâle comme l'eau et froid comme\nelle d'un peuple, le plus affamé et le plus grossier qui soit au monde. Il\nsemble qu'on voie ceci : Une caravelle à l'avant de laquelle, chantent\net rêvent les héros dont l'Espagne a doté l'Europe : Le Cid,qui nous a donne\nCorneille; Blanche de Castille qui nous a donné Saint-Louis; Saint-\nIgnace de Loyola et Sainte-Thérèse, qui nous ont donné la légion\nd'honneur du Catholicisme; le Gênois Colomb et le Gantois Charles-Quint,\nà qui l'Espagne a donné le monde et qui l'ont agrandi; Lope de Vega,\nCalderon, Tirso de Molina, ces poètes hardis découvreurs d'Idéal qui, par\ndelà les Colonnes d'Hercule de l'honneur antique, reculèrent les bornes de\nl'Idéal humain jusqu'à cette chose nouvelle : L'Honneur Espagnol.\n   Ces héros chantent à l'avant de la caravelle, et lèche leur front la flamme\njaune et rouge du drapeau, et, cependant, les Anglo-Saxons à la peau de fer,\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "                           LETTRE PARISIENNE                            459\n\n\nà l'oeil glauque, à la denture implacable, nageant dans le sillage du noble\nnavire, recueillent les cadavres qui en tombent. Romantique allégorie !\n   Oui, voilà à quoi Parisiens et Parisiennes songent sans doute entre un\nSandwich et un verre de Madère. Mais l'affirmation de la prééminence\nEspagnole ramène les esprits à la Religion du Rêve et de la Beauté, et\nautour du fragile miroitement des cristaux Parisiens il n'est question que du\nSalon qui vient de s'ouvrir.\n   La fameuse statue de Balzac par Rodin est loin d'être le bloc informe que\nses détracteurs proclament. C'est une ébauche de grande allure, et comme\nla robe de la Victoire de Samothrace indique par ses plis l'aisance du Vol\nimmortel, tout autant le froc de Balzac, par ses manches tombantes et\ntoutes ses lignes affaissées autour du torse qui se bombe, du cou qui se\nrengorge et de la tête qui se renverse, dessine le dégagement du génie\ndominateur. Mais on ne retrouve dans la face creusée en trous d'ombre\ncomme la tête d'un rocher, rien de cette précision, rien de cette prodigieuse\nmyopie, rien de cette analyse à la loupe, qui fait, à mon sens, le génie de\nBalzac. Rodin a fait un Balzac visionnaire. C'est prendre Balzac pour un\nromantique, c'est juger Balzac sur la fougue de son style, c'est, à mon sens,\nse tromper du tout au tout sur la Comédie Humaine. De Rodin un groupe en\nmarbre : Le Baiser, œuvre parfaite, révèle l'intention curieuse de cacher les\ndeux visages sous les bras qui s'enlacent et d'affirmer ainsi le côté physique\net corporel du baiser.\n  Après Rodin, Constantin Meunier et Jef Lambeaux, deux Belges,\ndominent évidemment le Hall de la Sculpture. LAMBEAUX expose un Christ\nen bas-relief, dont les bras tordus et les côtes saillantes ont seulement le\ntort d'indiquer une agonie, tandis que la tête est d'un cadavre déjà entré\ndans l'apaisement définitif.\n  Le Semeur, de MEUNIER, dresse une tête petite aux traits forts, une tête\nantique, sur un corps dont le buste trop long et les jambes trop courtes\nmarquent la déformation infligée par la courbure héréditaire sur la glèbe.\nC'est toute la noblesse du paysan, car c'en est la pauvreté triste et simple.\n  Un grès bleuté de Samuel, dans sa manière ordinaire, attire beaucoup les\nyeux friands d'élégance. Avec une fontaine charmante d'Injalbert, c'est là\ntout l'intérêt des deux salons de sculpture. On voit que la Belgique y figure\nhonorablement.\n  La Peinture, pour leur réserver moins de triomphe, affirme pourtant le\nbon renom de nos nationaux. Le peintre d'Anvers, BRUNIN, expose un\nIntérieur somptueux mais huileux qui a l'éclat mais l'étouffement qu'on\nadmire tant chez Roybet.\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": " 460                               DURENDAL\n\n\n\n  CYRIL BUYSSE        (un soleil d'hiver frappant de rose une église dans une\ncampagne gelée) est aussi un Belge qui nous fait de l'honneur. En face d'un\nPuvis de Chavanne toujours égal à lui-même, s'étend le grand tableau de\nJEAN D E L V I L L E que j'ai déjà admiré à Bruxelles : Platon et ses disciples. De\nbeaux éphèbes nus, un horizon heureux, une robe rose infiniment plaisante,\nune vilaine perruque frisée qui donne à Platon la tête d'un Syrien marchand\nd'huiles, des arbustes et des fleurs traités avec trop de dédain, une compo-\nsition d'ensemble très haute et très idéale, c'est ainsi que cet art plaît\nmalgré ses grands défauts.\n  GILSOUL expose un petit bassin hollandais, que je crois       reconnaître pour\ncelui de Sluis. C'est exact, aimable et paisible.\n  Leempoëls montre par un petit tableau magnifique d'expression : Les\nEplorés, le beau talent qu'il a gâché dans l'lnitiation qui déjà m'horrifia à\nBruxelles. Les couleurs de ce peintre qui ont la dureté des peintures sur\nverre, ne lui permettront jamais la perspective nécessaire à une composition\nd'ensemble.\n   PAUL-ALBERT LAURENS, fils de Jean-Paul, expose une des meilleures\nétudes de nu, la meilleure même après celle de H E N N E R . Son frère, dans un\nHercule au Marais un peu sauvage a trouvé des verts pourris, des verts\npestilentiels, qui promettent un coloriste magnifique.\n   Les portraits sont nombreux, quelques-uns excellents, beaucoup laids\ncomme des Bonnat. Le portrait d'Hanotaux, par BENJAMIN CONSTANT, est\nhonnête. Un excellent portrait de Montorgueil par LOEVY est clair, précis,\nexpressif, vivant; il faut regretter qu'une lumière de vitrage y apporte un\npeu de crudité.\n   Mais le chef-d'œuvre du salon, c'est le tableau de DAGNAN-BOUVERET :\nLes Pélerins d'Emmaüs. Avec ce sujet si banalisé qu'il n'est presque pas un\ngrand peintre qui ne l'ait entrepris — une curieuse étude qu'une compa-\nraison entre les cinq ou six Pélerins d'Emmaüs qui décorent le Louvre! —\nDagnan-Bouveret a fait un chef-d'œuvre de douceur divine : Ce n'est pas le\nfantastique de Rembrandt, c'est une page de l'âge d'or : une lumière tendre\ncomme ce rayon vert qui est le dernier sourire des crépuscules d'été, une\nlumière veloutée comme une aurore glissant sur la mousse, une lumière\nfondue et pourtant éclatante rayonne du Christ infiniment doux qui est\nassis, le dos tourné à un horizon de pelouses lointaines. Les deux pélerins\nsont plus adorants et moins étonnés que ceux de Rembrandt. Ce sont deux\nhommes du peuple; le vieux, traité avec le bistre de Ribeira, le jeune, avec\nles traits très simples des ouvriers de Constantin Meunier. La servante,\njeune et voilée jusqu'aux yeux dans une draperie de couleur crème\n"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 461, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 762, "texte": "                          LETTRE PARISIENNE                             461\n\n\n\nd'asperge, — couleur seulement vue jusqu'ici dans un Memling d'Anvers, —\nadmire, elle aussi, la divine beauté qui transpire du Sauveur. Enfin, on\naura tout dit de ce tableau quand on croira qu'il a retrouvé dans l'Art le\nSens du divin et qu'il évoque tout l'Évangile.\n   Dans ma prochaine lettre, je parlerai des théâtres, car le Salon seul peut\nm'avoir empêché de dire, cette fois-ci, le bien infini que je pense de la\ncomédie de l'Aînée, au Gymnase, exquise satire des familles de clergymens\nprotestants, qui a sacré M. Jules Lemaître auteur dramatique charmant et\nM. Maver, le meilleur de nos comédiens.\n\n\n                                               MAURICE DE W A L E F F E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-013", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 462, "page_fin": 471, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "0 G D", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 517, "page_imprimee": 462, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "LES LIVRES\n LA POÉSIE :\n   L ' A l m a n a c h des P o è t e s p o u r 1898. (Mercure de France.)\n   C'est une idée charmante de convier chaque année douze poètes à fêter les\n mois, et de former ainsi une anthologie, non de fragments épars et\n hors cadre, mais de poèmes écrits pour des panneaux désignés et consé-\n cutifs.\n   Francis Jammes dit à ses amis :\n                  Allez. Chantez les mois qui ne sont pas     Septembre.\n\n   Les almanachs précédents furent voués aux Graines, aux Fleurs et aux\nFruits. Celui-ci commente les Bêtes. Il n'est pas aisé de faire des vers sur les\nBêtes.\n   Toute prétention y serait déplacée. Ils exigent une simplicité absolue\net l'ordonnateur de l'Almanach eût bien fait de ne pas confier cette besogne\nà Saint-Pol Roux, à Rodenbach ou à R. de Souza. Il faut pour dire l'exis-\ntence, l'allure et la couleur des bêtes une âme naïve et des yeux d'enfants.\n   Il faut être Francis Jammes, Henri Gheon ou Tristan Klingsor.\n   Le premier explique Septembre :\n               Maintenant, je chanterai les animaux de ce mois\n               Qui sont les mêmes que ceux des autres, je le crois,\n               Mais je ne nommerai que les principaux,\n               A cause du papier qui coûte cher aux poètes.\n\n  Voici l'aliboron auquel les paysans aisés fichent des culottes, le coq, le\nbœuf lent, les roses génisses, la libellule bleue\n               Vibrant immobilement prés d'un jonc coupé en      deux,\n\nla chèvre à la barbe en pointe, les brebris, les hirondelles au fil du télé-\ngraphe, simplement énumérés, sans épithètes littéraires, ce qui est délicieux.\n   Henri Gheon nous fait assister à l'éveil des fermes et des fleuves en Février,\nmontrant le chat qui hasarde jusqu'à la cour son museau rose, le paon\n"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 463, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "                                     LES    LIVRES                                  463\n\n\n mélancolique perché sur la herse, les pigeons bleus au faîte du toit guettant\n le vol des oies sauvages, tous les poissons dans les prairies inondées : la\n tanche d'argent et d'or, le brochet et la lotte, l'alose, la carpe agitant ses\n nageoires violettes\n                 Et le bœuf béat qu'on engraisse\n                 Pour une royauté de fêle\n                 Et qui à tout petit train, quittera la vie\n                 Conduit par des enfants sous des liens de roses,\n                 Attend insouciant les étés alanguis.\n                 Où l'on s'étend en plein midi\n                 Dans l'herbe haute.\n\n  Tristan Klingsor fait la chronique du moulin à vent et de trois petits fous\nde pucerons savants qui ont piqué la meunière et l'ont réveillée une aube de\nJuin... Dame Flore, pour aller vendre sa volaille au marché de la Saint-Jean,\nbâte, alors son baudet,\n                 Lui accroche deux paniers gris par l'anse :\n                 Met dans l'un des figues, des olives,\n                 Et des prunes de Provence,\n                 Et dans l'autre une oie de treize livres.\n\n   Combien artificiels, après des images aussi sincères, les cygnes et les\nblancs unanimes » du mois de Mai!\n   Les banalités qui nous entourent vibrent d'une poésie émouvante, à\ncondition de demeurer absolument banales. L'erreur eut été de dire moins\nplatement des choses aussi simples (1). Le sens de la vie en jaillit intact et\ndépourvu d'artifices.\n   Écoutez Jammes :\n                            . . . J'aurai passé sur la terre\n                 Et l'on m'aura appelé sceptique et poêle,\n                 Parce que j'aurai ri à force de pleurer,\n                 Parce que j'ai compris que Dieu est si grand\n                 Qu'il faut nous dédaigner devant lui en riant.\n\n   En outre, à ne pas peindre ce qu'ils voyent, mais à imaginer des spec-\ntacles < poétiques », la plupart ne décrivent guère le mois qui leur fut assigné\net se contentent de déplorer et d'énumérer les fraîcheurs vernales dont sont\ndépourvues leurs heures d'Automne et d'Hiver ou de se féliciter en Avril\nd'avoir passé les bises de Novembre et le gel de Janvier.\n   Cette description « par contrastes » devrait, moins qu'ailleurs, trouver\nplace en un recueil de poèmes qui se complètent les uns les autres, et que\n\n  (1) Les Poètes mystiques : FRANCIS JAMMES. Le Spectateur catholique,   janvier 1898, par\nAdrien Mithouard.)\n"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 464, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "  464                              DURENDAL\n\n\n\ndoublent même des extraits de Roucher opposant les vocables, la technique,\nles idées de deux siècles, car, sous prétexte d'analyser Janvier, Juillet ou\nNovembre, on célèbre les saisons où ils figurent, celles surtout dont ils sont\nexclus.\n\n   E n t r e v i s i o n s , par CHARLES VAN LERBERGHE (Bruxelles, LACOMBLEZ).\n   Quelques vers épars dans les revues et les mémoires amies avaient suffi,\ndepuis les Flaireurs, à faire de M. van Lerberghe une des figures les plus\naltières de la littérature d'aujourd'hui.\n   Loin du tapage des cénacles, indifférent aux vaines querelles, il a poursuivi\nson rêve et réunit enfin ses meilleurs poèmes — en une édition discrète et\nluxueuse — sous un titre qui n'en dit pas assez la grâce émue et charmante.\n   Evadée de la vie réelle et quotidienne qui lui pèse, son âme s'est réfugiée\ndans le songe. Tout y est vague, imprécis, harmonieux.\n   Une gaze légère, rose et transparente y voile, en les estompant, la\ndémarche et les attitudes divines des ombres bienheureuses qui, lentes,\npassent dans un décor doré.\n  Autour « de ces formes que l'air déforme et prolonge » circule dans les\nparcs silencieux, dans les jardins de nuits d'été, brouillard de lumière et\nd'ombre diaphane,\n                       Une tiédeur ombreuse el   dormante.\n\n   Près des fleurs troublantes, le poète se plaît aux jeux des nymphes, à\nl'apparition des fées et aux venues de l'amour. Selon le vers de Gœthe\nqu'il a pris en épigraphe : « Les regards de ses yeux touchent les choses\nque ses mains aperçoivent; » le soleil éclaire les roses\n\n                      Et les rayons sont la traîne\n                      De quelque invisible reine\n                      Que suit son page le Silence.\n\n  Parfois de brèves légendes, des chansons ou des rondes, interrompent la\ndescription des somptueuses arcades florales ou des rêves de bonheur. Méta-\nmorphoses, sortilèges, interludes, rayonnements, tout exprime la même joie\ninquiète et fervente :\n                      Et sa voix divine a chanté\n                      En son mystérieux   langage\n                      Le doux songe de la Beauté\n                      A travers de pâles images.\n\n  L e s S o n n e t s de P i m o d a n , par le duc DE PIMODAN RARECOURT (Paris,\nVANIER.)\n  Recueil de sonnets de circonstance, célébrant la Grèce, Ménélik et la\n"}, {"page_pdf": 520, "page_imprimee": 465, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "                                   LES LIVRES                             465\n\n\n\n Russie, qui fait pousser ce cri sublime à un artilleur après la revue de\n Châlons :\n                J'ai vu, je puis mourir, c'est assez pour ma vie...\n                Mes yeux ont rencontré les pâles yeux du Tsar!\n\n   E t c h a n t a la Fouillée. — La Belle D o u l e u r . — L u c a n i e . —\nTrois plaquettes, par C H . BERNARD.\n   M. Bernard lorsqu'il n'est pas immoral — ce qu'il considère comme une\nqualité, me suis-je laissé dire, — adresse à la lune et aux feuilles des vers\nforts aimables. Ils sont toujours très bien imprimés, sur hollande, et la cou-\nverture de Lucanie est charmante. On dirait d'un œuf de Pâques, bleu et\nblanc.                                                             T H . B.\n\n LE   ROMAN :\n\n   H i s t o i r e s p é n a l e s , par HENRY ALLAIS (Paris, CALMAN-LÉVY).\n   Une série de contes évoluant dans la vie judiciaire, d'une pensée person-\nnelle et d'une langue savoureuse. M. Allais fut tenté surtout par le côté\nénigmatique et mystérieux inhérent à tous les problèmes de la culpabilité et\nde la répression, et sa sensibilité imagine et approfondit et met en relief des\nsituations qu'eût affectionné l'âme inquiète de Poé et de Villiers de l'Isle-\nAdam... En somme un livre intéressant dans un genre non banalisé.\n   H e r o , par ISABELLE KAISER (Paris, PERRIN).\n   Une histoire d'amour : une orpheline, voyageant en Suisse, s'éprend d'un\npêcheur ; celui-ci est marié à une folle ; l'amour réciproque des deux héros\nreste pur, car ils se séparent au seuil de la tentation et meurent l'un loin de\nl'autre... Le livre, comme on voit, n'a pas demandé grand frais d'imagina-\ntion ; mais il est d'un style exquisement rêveur et chatoyant de coloris. Et\nsurtout, si scabreux que soit le sujet choisi par M1Ie Kaiser, il faut la louer\nde l'avoir traité avec une remarquable et écrasante délicatesse de touché.\n  L a F e m m e i n q u i è t e , par J. Bois (Paris, OLENDORFF).\n   Ce livre se pourrait intituler : L'Occultisme dans le Féminisme... Avec une\nimagination féconde et un réel talent, M, Jules Bois évoque une série de\ntypes féminins dont les inquiétudes sont plus artificielles qu'humaines, plus\nexceptionnelles que profondes, plus nerveuses que psychologiques... La\nfemme inquiète de M. Bois est une poupée bien habillée, mais une poupée,\net la bizarre mécanique intellectuelle dont l'auteur l'a dotée ne saurait\ndonner l'illusion de la vie — de la vraie vie, forte et saine.\n  L'Orchidée, par J. SAGERET (Paris, P E R R I N ) .\n  Périodiquement paraissent des livres où des < gensdelettres > se peignent\n"}, {"page_pdf": 521, "page_imprimee": 466, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": " 466                                DURENDAL\n\n\n\nl'un l ' a u t r e . . . Et d'ordinaire le portrait n'est pas flatté.. . Voici la mono-\ngraphie très âpre et très fouillée du pornographe littéraire... M. Sageret le\nsitue dans son milieu — et cela l'entraîne naturellement à des descriptions\nrien moins qu'édifiantes — et le montre dominé, absorbé, vinculé par le\nmétier et le lucre. .. En vain le remords, la pudeur, la dignité le sollicitent-\nils à remonter la pente fatale; il est entraîné par la force acquise et s'em-\nbourbe de plus en plus dans la v a s e . . .\n   Si les détails de ce livre requièrent des réserves formelles, il ne faut point\ncontester la courageuse et fustigante et implacable indignation avec laquelle\nM. Sageret a mis à nu et scruté ce coin scatologique de nos mœurs litté-\nraires contemporaines... Et l'Orchidée ainsi préfère une moralité qui, pour\nêtre spéciale, n'en mérite pas moins hommage.\n\n   L a P o r t e d'Ivoire, par BERNARD LAZARE (Paris, COLLIN).\n   Transposer les aspirations modernes et parmi elles les plus violentes et\nles plus nuancées dans un symbolisme dont les images, empruntées aux\ncivilisations disparues, sont évoquées en un genre tout d'impassible hiéra-\ntisme — ce peut être là une tentation neuve et curieuse par le contraste\nmême entre le moyen et le b u t . . . Mais ce procédé qui limité à quelques\npages peut intéresser, fatigue et agace quand il est étendu à une scène\nentière... Et l'énervement redouble quand on découvre que cette première\nmanifestation dans l'esprit de système se double, chez M. Bernard Lazare,\nd'une méthode sommaire qui consiste à vouloir imposer sous le couvert de\nmythes lointains et splendides des idées philosophiques qui, dans leur\nnetteté et leur crudité, répugneraient à la plupart.\n  M. Bernard Lazare va-t-il foncier une école nouvelle : le symbolisme\nyoutre?\n\n   L ' É t o i l e R o u g e , par PAUL LECLERCQ (édition du Mercure de France).\n   Une jolie touffe de contes, véritables poèmes en prose chansonnante, scin-\ntillante et rêveuse, d'un psychologisme exquis, ténu, un peu mièvre parfois,\ndans un cadre de nature finement croquée, avec un discret parfum d'exo-\ntisme.\n   Un gentil bibelot d'étagère.                                       F . V.\n\n  L a P a y s e , par CHARLES L E GOFFIC. (Paris, ARMAND COLLIN.)\n  Vers le même temps que les sept jeunes lorrains de M. Barrès, voici\nd'autres déracinés échouer à la besogne de bien vivre. La catastrophe serait\nnécessaire : en s'arrachant à leurs origines, ils s'interdiraient d'exister.\n  Sans doute, en tant qu'absolue, cette thèse est fausse et André Gide a\n"}, {"page_pdf": 522, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "                                    LES   LIVRES                          467\n\n  raison, disant : « Déracinement, peut-être école de vertu... dépaysement,\n  déracinement, il faudrait pouvoir en user selon les forces de chacun. Mais,\n  pour le cas de ce livre-ci, elle n'affirme pas moins la vérité. Le Celte\n  — il s'y agit d'eux — ne se prête point à l'acclimatation ; coupé de son\n  milieu, c'est moins qu'un homme, une larve errante et douloureuse... »\n  Aussi Mône, la bretonne de Lannion, pour avoir voulu devenir Française »\n finit-elle plus mal que Racadot. Et toute sa pitoyable et banale aventure :\n comment séduite par les élégances d'un romancier de music-hall, elle\n délaisse son promis et comment, après les peines les plus dures, elle le\n retrouve dans la mort; tout cela n'est que le prétexte à cette histoire autre-\n ment lamentable et exacte de l'émigration bretonne vers les cités et les ports.\n Ses vies grises et patientes, ses turbulences lointaines et bariolées, son rêve\n sentimental et illusoire du retour heureux au pays emplissent le livre. La\n vieille Annan débite des crêpes dans une venelle havraise. A Nagasaki,\n marins bretons et anglais s'assomment au seuil des maisons vertes. Hervé\n Legall, tout au dessein de revenir un jour à Lannion, tient la main de Mône,\n « cette main petite et gantée de filoselle qui était comme un joli oiseau dans\n ses pauvres patoches de gabier ».\n   Ce sont là les épisodes auxquels conviennent les notations discrètes et\njustes comme celle-ci, et ces locutions du terroir qui donnent aux phrases\n une allure singulière et agréable, et ce récit minutieux, à peine appesanti\npar une documentation parfois trop appuyée.\n   Les pages lues, parmi la songerie anxieuse un peu, d'autres graves\nquestions se précisent : de quelle manière le roman catholique dira-t-il toute\nla vie? Nulle réponse qui tranche net... Mais pourquoi tâcher à construire\nde vaines théories devant cette bonne trouvaille d'une réalisation?\n  L a S o c i a l i s t e , par P . DUBOST. (Paris, PERRIN et Cie.)\n   Des livres récents exprimèrent l'aspect de beauté des usines, des soirs de\nmeeting et des tumultes populaires : Paul Adam nous initia au Mystère des\nFoules et Jules Destrée raconta Une Campagne au Pays Noir.\n  Le sujet ici développé : l'effort du catholique, homme d'oeuvres, pour\nconduire l'action du prolétariat selon l'équité, ce sujet donnait occasion à\nM. Dubost de nous révéler à son tour les mêmes spectacles pathétiques; en\nplus d'émouvoir le lecteur par la vie du héros irrésolu qu'on imagine être\nAlain Jousset, le personnage de ce roman.\n  Vaines imaginations, hélas! L'histoire présente est des plus médiocres;\nparmi les décors arbitraires ou ridicules des pantins récitent des lieux\ncommuns, mus par la seule nécessité d'atteindre la deux cent cinquantième\npage, et c'est tout.\n"}, {"page_pdf": 523, "page_imprimee": 468, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "  468                              DURENDAL\n\n\n\n   Histoire de M. Aristide Truffaut, artiste découpeur, par E. GLE-\nSENER. ( Mercure de France.)\n   A. Truffaut, naguère, remportait les premiers prix au concours de culot-\ntage de pipes. Soudain il se passionne en héros pour un art ignoré : le décou-\npage. Puis tout rentre dans l'ordre et les scies ne serviront plus qu'à découper\nles fiches où on inscrira lé nom des poiriers. Mais entretemps Truffaut s'est cru,\nun instant, semblable aux génies, aux poètes. Ce vertige a brouillé les pro-\nportions dans la vie quotidienne du monde petit-bourgeois où il vit, de\nmanière à nous suggérer discrètement les ironies les plus dissemblables.\nUn instituteur politicien discourt avec tout le bon sens d'Homais. Le cri\nd'une fillette : \" Tiens, c'est Noël aujourd'hui \", clôturant le récit d'une\ngoinfrerie familiale est aigu comme tel : \" Doux pays \" de Forain. Il y a\nla réunion champêtre où le fiancé déclame la Grève des Forgerons. Il y a vingt\nautres épisodes narquois ou féroces. .. Et ainsi ce volumet écrit avec on ne\npeut plus de minutie et d'exactitude atteint — quoiqu'il faille concéder à\ncertains le droit de ne pas aimer de tels livres, à première réflexion, stériles\n— atteint, ou du moins à très peu près, à la perfection.              L. F.\n\nLE THÉÂTRE              :\n    HENRIK IBSEN : Jean-Gabriel Borkman — drame en quatre actes.\n Traduction du comte Prozor. (Paris, PERRIN et O.)\n    Ici ce n'est plus du symbolisme, comme dans Brand, mais bien un drame de\n vie sinon courante au moins possible et vécue. Borkman ou l'« illusionné »,\n le lanceur d'affaires, l'homme énergique qui a fait craquer un peu le manteau\n de la morale coutumière pour être plus à l'aise, a fini par tomber, parce que\n la société sur laquelle il comptait n'a pu, étroite comme elle est, fournir assez\n de terrain à son élan. Et maintenant il vit presque seul dans l'amertume\n'de son regret, rejeté par une femme honnête et dure, méprisé par son fils,\n aimé et compris seulement par la sœur de sa femme, sacrifiée jadis à son\nambition. Intérieur du nord, consciences et volontés inhabituelles à nous,\nmais si intéressantes et rendues avec un réalisme des plus vivant. Les\nsituations fortes, les caractères admirablement campés, la logique de l'action\nfont de ce drame écrit dans une langue fort claire une étude très attachante\nde quelques âmes de là-bas.                                            G. B.\n\nLA PHILOSOPHIE :\n  La Philosophie de Nietzsche, par HENRI LICHTENBERGER. (Paris,\nALCAN, 1898.)\n  Il peut être très utile, le petit volume de M. Lichtenberger; car on y voit,\n"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 469, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "                                  LES   LIVRES                             469\n\n\n peinte d'après nature, une intelligence qui chancelle et titube pour avoir\n voulu déplacer le centre du monde intellectuel et moral.\n    « Tous les dieux sont morts; nous voulons à présent que le Surhomme\n vive! » disait Nietzsche. — « En perdant son Dieu, Nietzsche s'était trouvé\n lui-même ! dit M. Lichtenberger.\n    Oh! le pauvre! En se trouvant lui-même, que de navrante déraison il a\n trouvée !\n   Que si l'on rencontre dans cette philosophie nietzschéenne des traits qui ont\nde la grandeur, ne les reconnaît-on pas pour des lambeaux mal démarqués\ndes idées chrétiennes : Das schnelkte Thier das euch tràgt zur vollkommenhei\nist Leiden. « La monture la plus rapide pour aller à la perfection c'est la souf-\nfrance ». N'est-ce pas la paraphrase du mot de l'Imitation : Non est altior via\nsupra, neque securior infra, quaui via sanciœ crucis. \" Il n'est point de voie\nplus sublime, il n'en est point de plus sûre que celle de la Croix \". Que\nNietzsche n'ait vu dans la morale chrétienne qu'une morale d'esclaves, c'est\nce qui prouve qu'il n'a jamais compris ce qui en est l'essence et tout ce\nqu'elle renferme de grandeur et de fierté.                        M. DE B.\n\nDIVERS :\n\n    L e s Criminels dans l'Art et la Littérature, par ISIDORE MAUS\n (Société belge de Librairie).\n   Peut-être n'a-t-on pas oublié qu'ici même, l'an dernier, nous signalâmes\nl'ouvrage dans lequel M. Enrico Ferri, un des plus brillants et des plus fou-\ngueux disciples de Lombroso, entreprenait d'utiliser, pour la démonstration de\nses doctrines anthropologiques, les chefs-d'œuvre de l'Art et des Lettres. Il\naffirmait que les intuitions du génie avaient devancé, dans l'étude du criminel,\nl'expérience scientifique et prétendait découvrir, dans les œuvres les plus\ngéniales, la confirmation du système lombrosien. Le péril d'une thèse\npareille est évident : elle montre, en effet, dans les maîtres dont s'enor-\ngueillit le plus l'humanité, des précurseurs, conscients on non, d'une doc-\ntrine qui, par la négation du libre arbitre, dégrade l'homme.\n   Aussi M. Maus a-t-il eu raison de s'attaquer à la thèse audacieuse du\nprofesseur italien. Il signale, d'abord, que M. Ferri fausse historiquement\nla portée des œuvres dont il fait état. Si certaines données de psychologie\ncriminelle se trouvent les mêmes dans la science et dans l'art, rien n'auto-\nrise à conclure que l'art ait jamais tiré de ces données les déductions que\ntelle ou telle école anthropologique prétend en tirer aujourd'hui; ces œuvres\nd'art, tout en corroborant par leur témoignage tel ou tel fait généralement\n"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 470, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": " 470                             DURENDAL\n\n\n\nadmis, restent étrangères aux disputes scientifiques que suscite l'interpréta-\ntion de ces faits. Au surplus, si l'on songe que l'art vit avant tout du drame\nmoral, des conflits de la passion et du devoir, les théories matérialistes et\nfatalistes professées par les lombrosiens apparaissent anti-esthétiques au\npremier chef; tout artiste les doit répudier.\n   Il nous est impossible de résumer toutes les considérations que fait valoir\nM. Maus à l'encontre de la thèse de M. Ferri. Bornons-nous à reproduire\nla conclusion de son travail : \" L'étude du criminel tel qu'il est représenté\ndans l'art et la littérature donne matière à des observations vraiment\ncurieuses. Mais il faut y ajouter des généralisations hâtives, des déductions\nétrangères à l'œuvre artistique et enfin l'esprit de système, pour y trouver\nune certaine confirmation des théories anthropologiques de l'école italienne \".\n  Tous les esprits impartiaux reconnaîtront que cette conclusion est abon-\ndamment justifiée.                                             M. D.\n\n   I l Camposanto di Pisa. par I. B. SUPINO (Fratelli ALINARI, Editori,\nFlorence).\n   C'est à juste titre que la place solitaire où se trouvent réunis à Pise\nle Dôme, le Baptistère, la Tour penchée et la Campo Santo est regardée\npar les artistes comme une des merveilles du monde. Chacun de ces monu-\nments aurait droit à une monographie complète, et c'est pourquoi nous\ndevons être reconnaissant à M. Supino et aux Fratelli Alinari, ses éditeurs,\nde nous avoir donné dans un volume orné de nombreuses reproductions\nune description détaillée et intéressante du Campo Santo. Malgré les ravages\ndes temps et des hommes, malgré les restaurations impies qu'on leur a fait\nsubir, les admirables fresques de Benezzo Gozzoli, qui ornent tout un côté\nde ce délicieux et pieux cloître de la Mort, restent l'œuvre la plus accomplie\net la plus enchanteresse de l'incomparable disciple de Fra Anglelico. Quelque\nsoit la beauté des fresques de Florence, de Montefaleone et de San Gimi-\ngnano, elles n'égalent pas comme science décorative celles du Campo Santo\nde Pise. Aucun peintre n'eut, à mon avis, une entente aussi parfaite de la\ncomposition, et c'est à Pise surtout que dans les fresques de Benezzo nous\nvoyons cette harmonie délicieuse entre le paysage, les architectures et les\nfigures. Et comme dans celles de Florence et de San Gimignano, nous\nretrouvons la tendresse et la joie que Benezzo met en tout ce qu'il peint. En\négale sympathie avec tout ce qu'il voit, il a peint tout ce qui l'entourait; le\nciel toscan, les montagnes, lès arbres, les hommes, les femmes, les adoles-\ncents, les vieillards, les enfants, il a peint tout cela avec un égal amour et\nun égal bonheur. Le livre de M. Supino, qui consacre tout d'abord une\n"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 471, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "                                 LES REVUES                                471\n\n\n\nintéressante notice au cloître lui-même, donne ensuite une description\ndétaillée des fresques de Benezzo et de celles des autres peintres qui ont décrit\nle monument. Très documenté, relevant nombre d'erreurs commises par ses\ndevanciers de l'attribution des fresques qui ne sont pas de Gozzoli, le livre\nde M. Supino a son utilité toute indiquée à tous ceux qui désirent se faire\nune idée du Campo Santo et de ses trésors, comme aussi à tous ceux qui, ne\npouvant les revoir, doivent au moins préciser leurs souvenirs.\n                                                                  0 . G. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1898-05-n5-014", "volume": "ELB-AML-484382-1898-000-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1898-000-005_f.pdf", "ocr_sha256": "d994bf418243a478993b2eb7ddb5be83f96bf7b48efaa323d27954fe38309e50", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 472, "page_fin": 472, "titre_corps": "Les Revues", "titre_sommaire": "Les Revues", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES REVUES", "ancre_fin": "un joli conte de Blanche Rousseau", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 527, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1648, "texte": "LES REVUES\n\n  LA R E V U E G É N É R A L E : Huit merveilleuses reproductions de Rem-\nbrandt, adéquatement commentées par M. Ernest Verlant.\n\n   LA QUINZAINE : Le Château de Chantilly, aperçu historique et artis-\ntique par M. Paul Gaultier.\n\n   L E SILLON : Louis Veuillot, étude par M. François Laurentie, fort bien\nfaite, mais qui a le tort de rentrer dans de vieilles querelles politiques sans\nintérêt.\n\n   LA R E V U E BLANCHE : La Technique de Delacroix, par M. Paul Signac,\nle peintre impressionniste qui, se cherchant des ancêtres, s'efforce ingénieu-\nsement de rattacher son art à celui du maître du Massacre de Scio.\n\n   L E MERCURE DE FRANCE : La Statue de Balzac, par André Fon-\ntainas, et le commencement d'un drame d'Auguste Strindberg : Margit.\n   N. B. Au cours d'une chronique \" morale et religieuse \", M. Charbonnel\nse compare modestement à Lamennais.\n\n   L'ART MODERNE : Un courtois et juste hommage à Prosper de Haulle-\nville, avec ce joli mot de la fin : « Rien de banal n'amoindrissait ce cerveau\nqui, s'il n'atteignait pas les grandes hauteurs, se tenait obstinément sur les\npaliers que fréquentent les belles mentalités. »\n\n  L'ERMITAGE : Judaïsme et Révolution, par Hugues Rebell; Heure blanche,\npar Raymond Crussard.\n\n  ANTHOLOGIE R E V U E : De la simplicité de Langage,             par Francis\nJammes; Les Pierrots, par Pietro Lucini.\n\n  L ' E F F O R T : Un chapitre de fine et vivante raillerie : On détrousse\nM. Barres au Coin d'un Bois, par Jean Viollis.\n\n  R E V U E N O U V E L L E : Nous venons de recevoir le premier fascicule de\ncette revue. 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Virrès, M. Valère Gille exposa avec grande netteté le credo traditionnel\n de la Jeune Belgique; M. Picard improvisa, autour de l'Art social, de bril-\n lantes et fort curieuses variations, très divergentes, sinon contradictoires\n avec des théories soutenues jadis par l'éminent évolutionniste. M. Montfort\n fut pompeux et un peu vague dans le développement du naturisme. Enfin\n M. G. Ramaekers parla de l'art pour Dieu avec une belle, ardente et juvé-\n nile éloquence.\n    A l'occasion de ces diverses contributions, des débats intéressants eurent\nlieu : retenu un discours de M. Ned, topique démonstration de l'inanité de\nl'art pour l'art, pris comme formule absolue; M. Richaume parla du natu-\nrisme mieux et plus clairement que M. Montfort; et M. P. Mussche nous\nsemble bien, en toute cette discussion, avoir donné, à propos de l'art social,\nla théorie artistique la plus approximativement juste.\n   Un M. Bernard proféra quelques blasphèmes — peu péremptoires.\n   Contrairement au projet préventivement annoncé, nul vote ne fut solli-\ncité sur les systèmes en présence.\n   On fit bien, à notre sens : toutes ces formules (ne faudrait-il pas dire toutes\nles formules?) renferment une part de vérité, mais toutes ont le tort, en\nspécialisant la notion de l'art et en l'orientant vers un sens trop déterminé,\nd'être restrictives par quelqu'endroit.\n   Quoiqu'il en soit, le numéro que vient de publier la Lutte est d'un réel\nintérêt en ce qu'il condense en quelques pages l'histoire des idées artisti-\nques depuis dix ans.\n\n\n  M. Ferdinand Brunetière promène, de ville en ville, trois conférences\nsur le naturalisme...\n  Des éreintements 'corsés — naturellement. Rien de bien neuf au demeu-\nrant et qui ne fut publié en substance — depuis des années — dans la\nchronique périodique de la Revue des Deux Mondes.\n"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": " 474                              DURENDAL\n\n\n\n   II paraît que M. Brunetière est sur la voie du retour au catholicisme...\nNous nous en félicitons et nous l'en félicitons... La première étape de cette\névolution est marquée toutefois chez l'éminent critique, par un accès aigu\nde \" port-royalisme \".\n   Qu'on en juge par cet extrait d'une de ses causeries, sur « l'immoralité\ninhérente d'après lui à tout art » :\n   « Une cause d'immoralité qui saute aux yeux, c'est que toute forme d'art\nest obligée, pour atteindre l'esprit, de recourir à l'intermédiaire, non seule-\nment des sens, notez-le bien, mais du plaisir des sens. Pas de peinture qui\nne doive être avant tout une joie pour les yeux! pas de musique qui ne\ndoive être une volupté pour l'oreille! pas de poésie qui ne doive être une\ncaresse! et là même, pour en faire la remarque au passage, là, est une des\nraisons des changements de la mode et du goût.\n   » Il résulte de là plusieurs conséquences : et c'est ainsi qu'on a vu, — je\ndis dans l'histoire, — l'art, livré à lui-même et ne cherchant sa règle qu'en\nlui, poésie, musique ou peinture, dégénérer rapidement en un ensemble\nd'artifices pour émouvoir la sensualité. On ne lui demande plus alors, il ne\nse soucie pas lui-même que de plaire, et de plaire à tout prix, par tous\nles moyens; et, littéralement, d'un conducteur ou d'un guide il se change en\nune espèce d'entremetteur.\n   » Pénétrée du sentiment du « beau », l'Italie a été jusqu'à trouver de la\nbeauté dans le crime. Elle a reconnu dans un crime bien fait, hardiment\nconçu, habilement exécuté, audacieusement avoué, des mérites analogues à\nceux qu'elle applaudissait dans ses œuvres d'art. Comment cela? Vous le\nvoyez peut-être. C'est en distinguant et en divisant l'indivisible, en séparant\nl'inséparable, en dissociant la forme d'avec le fond, c'est en transportant\ndans l'exécution tout le mérite de l'art. Aussi longtemps que cette tendance\na trouvé son contrepoids dans la sincérité du sentiment religieux, du senti-\nment moral, du sentiment social ou politique, elle a produit, elle a\nlégué au monde les chefs-d'œuvre que vous savez, depuis la Divine\nComédie de Dante, jusqu'à la décoration de la Sixtine. Mais à mesure que la\ntendance a pu se développer librement, à mesure aussi a-t-on vu commencer\nla décadence de l'art, et la décadence de la moralité suivre celle de l'art.\nC'est une première preuve, à mon avis, — une preuve par les faits, une\npreuve par l'histoire, — que toute forme d'art renferme un principe d'immoralité;\net c'en est donc une aussi qu'à l'obligation où il est de ne pouvoir s'adresser\nà l'esprit que par l'intermédiaire du plaisir des sens il faut que l'art oppose\nune sage défiance, dont le premier point sera de ne jamais chercher son\nobjet en lui-même. »\n   Les gazettes quotidiennes se pâment d'admiration devant ces considéra-\ntions à la Savonarole; M. Brunetière, qui fait la leçon à tout le monde, est\nen train de rendre des points aux théologiens moraux; il a inventé un péché\nnouveau — et évidemment capital : faire de l'art .. Présentée sous les\nauspices de la Revue des Deux Mondes, l'invention mérite brevet !\n"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "                                   NOTULES                                 475\n\n   Au moment où toute la presse catholique délirait ainsi en l'honneur de\nM. Brunetière, chargé, après la Banqueroute de la Science, de prêcher la\nBanqueroute de l'intellectualité, il faut savoir gré au Journal de Bruxelles\nd'avoir élevé cette éloquente et courageuse protestation contre les noires\nprédictions de l'académicien-curateur :\n\n    « Quel gain espère-t-on recueillir du discrédit jeté sur les intellectuels ?\nEt si l'on pouvait parvenir à supprimer les savants, les philosophes, les\npoètes et les artistes, par qui les remplacerait-on? On n'a déjà diminué que\ntrop de puissances, mis en discussion que trop de choses essentielles. Et\ncomment ne s'aperçoit-on pas qu'à livrer tout cela par la voie des journaux\naux risées et à l'irrespect de la foule, on prépare des défaites accablantes ?\n    Il ne faudrait cependant pas confondre l'intellectualité avec la pornogra-\nphie, et les écrivains qui déshonorent les Lettres avec ceux qui les servent.\nC'est pourtant ce qu'on fait en parlant, sans discernement, de la banque-\nroute des intellectuels. Cette banqueroute est d'ailleurs purement imagi-\n naire. L'influence de l'intelligence sur la vie générale peut subir des éclipses,\nelle ne disparaît jamais totalement. Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, les\n beaux livres, les grandes revues et les grands journaux ne cessent d'exercer\n une action sur les milieux prépondérants, lesquels à leur tour réagissent sur\n les autres. Mais cette action peut être plus ou moins étendue et plus ou\n moins profonde, et c'est un grand mal quand elle l'est moins. De Vinci à\n Burne-Jones, de Pascal à Taine, d'Ambroise Paré à Pasteur, de Dante à\n Lamartine, se continue la lignée princière des grands esprits modernes, des\n intelligences royales en qui les grandes choses prennent naissance. Par\n delà les siècles, cette lignée rejoint l'ascendance des génies de l'antiquité.\n C'est quand l'intellectualité apparaît que la barbarie prend fin, et une épo-\n que est d'autant plus rayonnante qu'elle est plus intellectuelle. Quand nous\n appelons le siècle de Louis XIV le grand siècle, nous songeons non aux vic-\n toires de Rocroi et de Fleurus, mais à Bossuet, à Racine, à Corneille, à\n Lesueur.\n     Les progrès matériels ont leur importance et leurs bienfaits; ils peuvent\n  même, et c'est le cas à notre époque, emprunter aux circonstances qui les\n accompagnent une véritable grandeur. Mais il y a, dans les oeuvres et les\n diversités des intelligences par qui elles se réalisent, une hiérarchie certaine\n  et indestructible; et l'invention du téléphone et l'application de la vapeur à\n  l'industrie importent moins à la grandeur de l'humanité que la conception\n  de l'Iliade et de la Cène, que la construction des temples grecs et des cathé-\n  drales gothiques.\n     Après la Religion, qui n'est d'ailleurs pas autre chose que le rayonnement\n  en quelque sorte tangible de l'intelligence suprême, rien n'est plus nécessaire\n  à défendre et à garder que le culte des sciences, des lettres et des arts. C'est,\n  pourrait-on dire, le rite de ceux qui ont le malheur de n'en posséder aucun\n  autre Grâce à lui, le goût des belles et nobles choses, la passLon de la\n  pensée pure s'entretiennent parmi les hommes, perpétuant au milieu d'eux\n"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "  476                             DURENDAL\n\n\nla revanche de l'idée éternelle et libre sur la matière asservissante et vouée\nà la destruction.\n   Parmi ceux qui escomptent, avec une joie irréfléchie ou mauvaise, la\nbanqueroute des intellectuels français, les uns ont le désir de discréditer une\nsupériorité qui les offusque et les autres se souviennent avant tout du mal\nqu'ont fait à la France, depuis vingt-cinq ans surtout, un grand nombre de\nses écrivains. Il est bien vrai qu'il en est ainsi. Mais à côté de ceux-là il\nexiste une famille de nobles et délicats esprits voués à des travaux désinté-\nressés.\n   Le fait qu'on peut mal user de la puissance intellectuelle ne saurait la\ndiminuer. Elle demeure, malgré tout, ce qu'elle apparaît quand on la consi-\ndère à sa source, le plus admirable privilège qu'après la vertu Dieu puisse\nconférer à l'homme, et qu'il faut savoir admirer et respecter en lui-même. »\n\n\n\n   Voici même, — et ceci est tout à fait grotesque — que M. Ferdinand\nBrunetière devient « l'Intangible »...\n   Tout ce que dit, tout ce qu'écrit cet éminent janséniste littéraire, revêt\naussitôt le caractère souverain d'oracle.\n   Et des amen aveugles sont requis pour toutes les solennelles et pédantes\nvirtuosités auxquelles veut bien se complaire le directeur de la Revue des\nDeux Mondes.\n   Il n'y en a plus que pour lui sur le chemin de Damas.\n   Pour avoir émis des réserves sur la pharisaïque théorie essayée par\nM. Brunetière sur l'art et la morale, nous fûmes aussitôt « attrapés » par\nle Patriote dans le langage de halles et de quais coutumier à ce doux et\nexquis quotidien politique... Et cela naturellement sous le couvert de pru-\ndents pseudonymes.\n   Le code de la moins puérile civilité défendant à tout galant homme de se\ncommettre avec ce papier, nous ne pourrions que nous réjouir d'être l'objet\nde prédilection de ses attaques.\n   Quant à M. Brunetière, — nous nous plaisons à le déclarer — il ne\nméritait point l'ignominie d'un tel patronage.\n\n\n\n\n   Léon Bloy vient de publier chez l'éditeur Deman, à Bruxelles, Le Men-\ndiant ingrat, journal cynique de l'auteur pendant les années 1892 à 1895.\n   Léon Bloy est passé maître dans, l'art de « ciseler ses crachats > ; comme\nhomme il a beaucoup souffert ; c'est une double excuse à bien des sottises et à\nbien des invectives éparses dans ce nouveau livre — où toutes les amitiés sont\npiétinées et où survit seul l'amour, admirable d'ailleurs, que porta à l'écri-\nvain la compagne de sa dure existence.\n  Il nous sera permis néanmoins d'affirmer à Léon Bloy — en pleine con-\n"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "                                   NOTULES\n                                                                         477\n\nnaissance de cause — que la manie de la persécution et la maladie du\nsoupçon l'ont induit non seulement à l'ingratitude, mais aussi à l'injustice\nenvers plusieurs qui l'aimèrent fraternellement, — d'une affection profonde et\ndévouée — et qui, malgré ses excès de langage, si odieux qu'ils soient,\ncontinuent à l'admirer comme un maître de l'écriture contemporaine.\n\n\n\n\n  L'onagre de la Chronique continuée lever la patte...\n  Après avoir donné des leçons de convenance à Huysmans, il prétend faire\ndes remontrances à Coppée et — tirons l'échelle — se voile la face en son-\ngeant à la vie irrégulière de Verlaine.\n  Après quoi, l'onagre se délecte dans quelques mots de la fin très cochons.\n  Notre siècle a vraiment de singuliers professeurs de vertu !...\n\n\n  Une heureuse initiative.\n  Une Ligue s'est formée \" pour qu'on lise les livres belges \".\n  Chaque membre s'oblige à verser une part annuelle de vingt francs et\nrecevra à due concurrence des livres d'écrivains belges, à choisir par le\nsouscripteur dans un catalogue qui sera constamment remanié.\n  Secrétariat de la Ligue : Bruxelles, rue du Marteau, 17.\n\n\n\n   L'Académie de Belgique — et particulièrement l'archaïque et archéolo-\ngique et numismatique classe des Lettres — a écoppé dans les dernières\nséances du Parlement.\n   MM. Woeste, Carton de Wiart et Destrée ont été d'accord pour réclamer\nla réorganisation de cette institution — où l'on rencontre tout, sauf des\nartistes et des littérateurs.\n   M. le ministre Schollaert a promis un \" examen bienveillant \".\n   Puisse l'examen n'être pas trop bienveillant... pour l'Académie.\n\n\n\n    On peut lire actuellement à la quatrième page de journaux qui n'ont\n point pourtant pour objectif de se moquer de la religion une annonce où\n l'on promet, « en vingt jours, la guérison radicale de l'anémie par... la con-\nfiture de saint Vincent de Paul »! Et au centre de la réclame figure le por-\n trait du saint...\n    Ejusdem farinœ : Rencontré deux demoiselles retour d'un pèlerinage de\n Lourdes qui offraient à leurs amies, dans une exquise bonbonnière, des\n caramels portant en effigie l'image de Notre-Dame — et garanties faites\n avec de l'eau de la grotte miraculeuse !...\n"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "  478                                     DURENDAL\n\n\n\n  Nous parierions bien que voilà autant de produits de quelque mastroquet\ndu temple — au nez crochu !... Mais que des catholiques donnent dans ces\npanneaux-là et collaborent — inconsciemment, certes — à ridiculiser leur\nculte dans ce qu'il a de plus élevé ou de plus touchant, voilà qui dépasse un\npeu la note, n'est-ce pas ?\n  Il faut de la discrétion, même dans la naïveté !\n\n\n   PENSÉE DU MOIS :\n\n     Rien n'est plus funeste pour le salut de certaines âmes délicates, l'élite\nde l'espèce humaine, au point de vue naturel, que l'ignorance esthétique de\ncertains ecclésiastiques... Un prêtre, quelle que soit sa science théologique,\nn'atteindra pas le but du sacerdoce devant certaines âmes élevées mais\nvacillantes, s'il manque de goût ou s'il dit, même naïvement, des bêtises\npicturales, littéraires ou musicales ».\n                                                 (Baron DE HAULLEVILLE).\n\n\n La Rédaction de Durendal offre ses plus sympathiques félicitations à\nHenry Maubel et Blanche Rousseau, à l'occasion de leur mariage.\n\n\n\n\n    ERRATA. — La Nef du Marchand, publiée dans notre numéro d'avril, contient quelques\n coquilles que nous croyons utile de rectifier. Signalons, p. 348, « ce mélange a été pourri\n plus loin » au lieu de p o u s s é ; de même p. 357 Merriade au lieu de M e s s i a d e ; p 351\nprescription pour p r o s c r i p t i o n ; p. 355 se montrer pour se m o n t e r - p. 342 Cirsae de\n Apollo pour Cisne de A p o l o ; p. 360 et le roi Charles II, pour e t l a R é g e n t e a v e c le\nj e u n e C h a r l e s I I ; et plusieurs autres que le lecteur aura eu l'obligeance de corriger\n lui-même.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 462, "texte": "                            me\n                        3        Année.               N° 5.\n\n\n\n\n         UREtfDAL\n        REVUE CATHOLIQUE ©'ART\n           <OE LITTERATURE^\n\n\n\n\n                             i> ••• *\n\n                                            • ' • <\n\n\n\n\n•   •\n\n\n            •   •   •   •    •\n\n\n\n\n                                             w\n                                          v-»\n    Ed. Lyon-Claesen, éditeur\n                       Bruxelles & Paris.\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": ""}, {"page_pdf": 464, "texte": ""}, {"page_pdf": 465, "texte": "                   DURENDAL\n  REVUE       CATHOLIQUE             UART      ET DE         LITTÉRATURE\n\n\n\n             Comité de rédaction de DURENDAL\n                    MM.     H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                            L ' a b b é H E N R Y MCELLER.\n                            F I R M I N VANDEN B O S C H .\n\n\n                  Prinùipaux Collaborateurs :\nMM.FRANZ ANSEL.                           M M . M A U R I C E GRIVEAU.\n     MAURICE BEKAERT.                           JOSÉ HENNEBICQ.\n     EDGARD B O N E H I L L .                   L'abbé H . HOORNAERT.\n     H E N R Y BORD-EAUX.                       J.-K,   HUYSMANS.\n     THOMAS B R A U N .                         EDMOND JOLY.\n     GEORGES BRIGODE.                           S É B . - C H . LECQNTE.\n     E D . CARTON DE W I A R T ,                CHARLES MARTENS.\n     L'abbé P A U L CUYLITS.                    ERNEST PÉRIER. .\n     le Comte G. D'ARSCHOT.                     WILLIAM RITTER.\n     GEORGES DE GOLESCO.                        J O S E P H RYELANDT.\n     le comte C H . DE G R U Î J N E .          L'abbé ARMAND T H I É R Y . ,\n    VICTOR D E N Y N .                          JOSEPH SERRE.\n     O.-G.   DESTRÉE.                           FERNAND SÉVERIN.\n     MAURICE D U L L A È R T .                  J O S E P H SOUDAN.\n     LAURENT FIERENS.                           GEORGES V I R R È S .\n    ARNOLD G O F F I N .                        LÉOPOLD      WALLNER,etc.,etc.\n          Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n  H sera rendu bompte dans DURENDAL de tout ouvrage dont un exemplaire\n                        sera envoyé à la Rédaction\n\n\n  Les manuscrits et -correspondances concernant la Rédaction doivent être\nadressés au siège de la Revue, 14, rue du Grand-Cerf, à Bruxelles.\n  Pour l'adminibtiation, s'adresser à M. Ed. LYON-CLAESEN, éditeur, rue\nBerckmans, 8^à Bruxelles\".\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                    DURENDAL\n REVUE CATHOLIQUE D'ART & DE LITTÉRATURE\n                           1898 — 5me Année\n\n\n\n\n                Sommaire du n° 5 (Mai)\n\n\nFIRMIN VANDEN BOSCH. — Prosper de Haulleville .                  415\nPAUL FORT. — Ballade Française (Fragment de : Louis XI) .          423\nGEORGES VIRRÈS. — Jours de Printemps .                          426\nComte D'AHSCHOT. — Au Printemps (poésie) .          . .           43 1\nCHARLES DE GRUNNE. — Montalembert, par le vicomte de Meaux .      432\nHENRI FRAEYS. — Le Beffroi de Bruges (poésie) . .                436\nJOSEPH RYELANDT. — Les Béatitudes de César Franck .              440\nTHOMAS BRAUN. — Max Elskamp .      . .            . .        . 447\nGEORGES DE GOLESCO. —Joseph Dupont (La Manifestation du 5 Mai). 450\nARISTIDE DUPONT. — Désastre on Débâcle . .                         453\nEDGARD BONEHILL. — Forêt d'argent (poésie).                      457\nMAURICE DE WALEFFE. — Lettre parisienne                         458\nLes Livres .                                                   462\nLes Revues .                                                   472\nNotules .                                                      473\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": ""}, {"page_pdf": 468, "texte": "I.E   BARON   DE   HAULLEVILLE\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": ""}, {"page_pdf": 470, "texte": "      Prosper de Haulleville\n\n               L'ÉVOQUE ce soir,       avec une complaisance mélanco-\n                      lique, ma première rencontre avec Haulleville,\n                      il y a une dizaine d'années, en Campine lim-\n                      bourgeoise... C'était aux grandes manœuvres\n                      militaires; dans le chassé-croisé d'officiers, de\n                      touristes, de reporters, j'avais distingué plu-\n                      sieurs fois déjà un petit homme vivant et ner-\nveux, sanglé dans un veston de velours brun, les jambes bien\nprises par des guêtres de chasse, projetant de dessous un feutre\nmou aux bords rabattus un masque énergique, volontaire et\nqui eut été d u r sans le sourire épandu sur toute la physionomie,\nun poème de sourire où il y avait de la candeur atténuée de\nscepticisme et de la raillerie tamisée de bonté... L e cigare au\ncoin de la bouche, une invraisemblable ombrelle vert-claire à\nla main, il allait de groupe en groupe, échangeait des poignées\nde mains, observait, questionnait, lançait au passage une\nréflexion lapidaire, tapait amicalement sur l'épaule de l'un, se\npenchait mystérieusement à l'oreille d'un autre, en hélait\nb r u y a m m e n t un troisième et s'en allait, moisson faite, ruminer\nson article à l'écart, dans la solitude d'un coin des antiques\nremparts, accoudé contre un vieil arbre tortionné ou assis sur\nl'herbe fraîche...\n  A quelques jours de là, — la présentation faite — par un\nexquis matin d'été, Haulleville m'entraîna « battre les bruyères\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": " 416                        DURENDAL\n\n\n\net causer d'art »... Il s'appuya familièrement sur mon bras et\nnous nous enfonçâmes dans la campagne par une de ces routes\npittoresques de là-bas, sillonnées de profondes ornières sablon-\nneuses et tachetées de hautes herbes rousses et de petites fleu-\nrettes mauves.\n   A mesure que nous avancions, l'horizon s'élargissait sur\nl'infini des landes violettes d'où montaient les frais parfums\ndu serpolet; les maisons se faisaient de plus en plus r a r e s ;\nbientôt quelques granitiques clochers d'église émergèrent\nseuls.\n   E t Haulleville parlait... Cette conversation, parmi un décor\nsi approprié, m'est restée présente jusque dans les intonations\nde voix et les gestes qui « l'illustrèrent »?... C'est que vraiment\nelle m a r q u a dans ma vie une heure initiatrice : je venais de\nquitter l'université et comme tant de jeunes hommes de cette\ngénération, j'étais ballotté anxieux, entre les idées tradition-\nnelles que l'enseignement avait déposées en moi et les aspira-\ntions nouvelles, recueillies, développées, s'alluvionant l'une\nl'autre, en marge de cet enseignement... Ces tendances contra-\ndictoires comment les combiner; qui m'indiquerait les choix\nsûrs et les élagages nécessaires ?\n   E t Haulleville parlait... Il ne fut ni pédant, ni doctoral ; il\nne développa point de syllogismes et ne proféra point de grands\nprincipes; avec cette mobilité papillonnante qui fut la distinc-\ntive de son esprit, il promena sa verve brillante et mobile à\ntravers tous les sujets, art, politique, histoire, entremêlant les\naperçus, transposant les comparaisons, faisant saillir les carac-\ntéristiques ; et son geste suivait sa phrase, sobre comme elle et\nprompt et vif et coupant.., U n fond solide d'universelle érudi-\ntion — dont il avait comme la p u d e u r — se soupçonnait à la\nbase de ces imaginaires châteaux d'idées bâtis en impromptu\navec des matériaux fournis, à cet architecte ingénieux, par les\nlettres et to utes les sciences... E t les anecdotes, les souve-\nnirs, les paradoxes fleurissaient en chapiteaux l'édifice —\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                    PROSPER       DE       HAULLEVILLE         417\n\n\n\npuis finalement grave, fier, avec un peu de cette bonne émotion\nprofonde qui révèle la Foi, Haulleville plaçait au sommet de\nl'œuvre — la Croix...\n   E t dès lors, en ces temps déjà lointains, comme invariable-\nment depuis — par ses entretiens et ses livres — Haulleville\nm'apparut tel : un homme aux vastes connaissances faisant\nservir le passé à la compréhension du présent et le présent à la\nglorification de l'Idée Chrétienne...\n   Ah ! c'est qu'il aimait son époque ! Sachant que l'Église con-\nvient à tous les temps, il professait que tous les temps convien-\nnent à l'Eglise ; doué de la plus souple des compréhensivités,\nil surveillait toutes les manifestations de la pensée, rayonnait\ndans toutes les sphères d'idées, butinait, abeille active et\nempressée, toutes les œuvres, à quelque « genre » qu'elles\nappartinssent — et de ce voyage capricieux à travers la moder-\nnité sous toutes ses formes, il rapportait comme de pures et\nfortifiantes essences, toute une synthèse d'arguments solides,\noriginaux ou pittoresques dont il faisait finalement hommage à\nCelle qui fut par excellence la Dame de ce preux et féal paladin\nde plume « Notre Mère la Sainte Église ».\n   Journaliste, à qui firent défaut le temps et le recueillement\nnécessaires pour les grandes œuvres d'ensemble, Haulleville\nn'en fut pas moins, en ses pages volantes et en ses études\nd'actualité journalière, un apologiste, et je prends le mot dans\nson sens le plus élevé et le plus glorieux ; l'influence qu'ainsi il\nacquit et le bien qu'il put réaliser lui advinrent surtout de sa\nfaculté merveilleuse à se faire de la vie une vision harmonique\noù les principes essentiels gardaient leurs droits primordiaux,\nsans que les nécessaires évolutions historiques de la pensée\nfussent niées ou méconnues.\n  N e fit-il pas un peu son propre portrait, quand il disait de\nLacordaire :\n  « C o m m e Paul devant l'Aéropage, à Athènes, il ne froissait\npas les idées reçues, il s'en servait, au contraire, pour mieux\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "  418                                     DURENDAL\n\n\n\n faire comprendre les idées éternelles dont il s'était fait l'humble\n serviteur. Il ne perdait pas son temps et celui de ses auditeurs\n en vaines récriminations contre les malheurs de son époque.\n P e u lui importaient les formes contingentes des choses du siècle\n présent. Il s'en emparait avec autorité pour envelopper la doc-\n trine chrétienne (1) ».\n    Lacordaire fut la grande passion de Haulleville; à l'heure\n décisive des débuts, quand l'adolescent est arrivé à ce carrefour\n de la vie où tant de routes diverses sollicitent sa libre intellec-\n tualité, le jeune élève de l'athénée de Liége, pétri de voltairia-\n nisme belge — le pire de t o u s ! — eut la grâce de voir surgir\n devant lui, comme un guide auréolé de rêve et de gloire, le\n « Moine d'Occident » dont les idées éternelles et le verbe\n moderne convièrent sa belle activité latente vers l'apostolat\nchrétien.\n    C'est dans l'orbite de cette impression première et décisive\nque s'est déroulée toute la vie du baron de H a u l l e v i l l e ; les\nsemences d'idées que du haut de la chaire de Saint-Paul, à\nLiége, le grand Dominicain jeta dans l'âme frémissante du\ncollégien ont levé, pendant cinquante ans, en de multiples\nrécoltes d'oeuvres... T r o p hâtives souvent, trop sommaires,\nprises en raccourcis et t o u r n a n t brusque, ces oeuvres, d'une\nlangue d'ailleurs si savoureuse, aigrettée d'humour et toute de\nrelief, requièrent leur place dans l'histoire des idées en Belgique\nparce qu'elles amenèrent et précipitèrent l'orientation des\ncatholiques vers la compréhension enthousiaste et loyale de\nleur t e m p s .\n    Haulleville, je l'ai dit tantôt, n'était pas un théoricien; l'éta-\nlage pompeux de généralités dogmatiques lui répugnait comme\nune trop facile banalité ; aussi quand il désirait développer\nune idée devant le public, s'enquérait-il avant tout d'une patère\noù il pourrait l'accrocher; recherche aisée du reste, tant sa vie\navait été mêlée à des événements importants et avait côtoyé\n  (1) Poitrails et Silhouettes, t. I et II, p. 191.\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                          PROSPER DE HAULLEVILI.E                419\n\n\nl'intimité de contemporains illustres ou m a r q u a n t s ; de discou-\nrir d'un système à propos d'un philosophe qu'il avait connu,\nd'appuyer une réforme sociale en faisant le croquis d'un socio-\nlogue, de développer une théorie d'art sous prétexte de faire la\nbiographie d'un lettré ou d'an artiste — voilà du reste un pro-\ncédé étroitement approprié à la nature du talent et du style de\nHaulleville.\n   E n t r e les différents volumes qu'il publia je crois bien que\nses Portraits et Silhouettes (1) reflètent le mieux son tempérament\nlittéraire.\n   Je viens de relire ce livre... Comme il réapparaît, lui, d'entre\nles lignes, en sa physionomie mobile et complexe, le cher\n« baron » aux aristocratismes d'artiste atténués de généreux\ninstincts de démocrate, et combinant en lui des attendrissements\nmystiques et l'humour railleuse du boulevardier de bon aloi;\nau gré de son écriture, on transmigre sans secousses des sphères\nélevées dans le trotte-menu des anecdotes et des détails; pour\ncette fois, le poncif de Buffon se réalise : « le style c'est\nl'homme » ; comme l'homme ne pontifie ni ne pérore, le style\nest sans boursouflures et sans paraphrases ; il va tranquillement,\nfamilièrement, pénétrant les plus secrètes sinuosités des carac-\ntères qu'il analyse, se glissant dans les causes les plus infimes\ndes événements qu'il scrute et empruntant à cette méthode\nd'historien psychologue la qualité primordiale et essentielle de\nl'écrivain : la vie.\n  L a vie! — privilège rare en ce temps de plumes momifiées et\nque Haulleville dut à cette quotidienne gymnastique de la\npensée et du verbe qu'est le journalisme, et aussi à ce sens\nprécieux de la relativité des êtres et des choses : l'éclectisme.\n  Certes les études d'ordre politique qui occupent une large\nplace dans les Portraits et Silhouettes — je citerai notamment\ncelles consacrées à Thiers, à Napoléon I I I , à Pie IX et à Jules\nVan P r a e t — révèlent en Haulleville une richesse d'érudition,\n  (1) Bruxelles, P. Lacomblez, 2 vol.\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": " 420                          DURENDAL\n\n\n\nune sûreté de méthode, une acuité de vision, et une puissance\nde reconstitution qui auraient fait de lui — si l'anticléricalisme\nsectaire ne l'eut cassé brutalement aux gages — un merveilleux\net vivant professeur, apte entre tous à démêler les rouages\ncompliqués de l'histoire religieuse et sociale... L'avouerais-je\npourtant, j'ai pour ma part une chère et particulière faiblesse\npour d'autres pages de l'écrivain, moins hautes d'allure, moins\nharmoniquement ordonnées et peut-être moins soignées de\nforme, mais plus sincères et plus intimes, si pleines de cœur,\nd'une sympathie si spontanée, d'un si chrétien enthousiasme et\nd'un si bienfaisant enseignement.\n   L e vrai Haulleville, il faut le chercher dans ces « In memo-\nriam » périodiques, jetés en bouquets d'immortelles sur la\ntombe de ceux qui furent ses vrais frères d'intellectualité, car\nils étaient épris comme lui d'un idéal où la Foi humble, ardente\net intégrale s'alliait au plus vif et plus confiant amour de leur\nsiècle ; et comme lui — pour avoir pensé en avant de leur\népoque — ils subirent la méconnaissance et le soupçon, et ce\nqui est pis encore, ce souriant et indulgent mépris qui est la\nforme mondaine et politique de la haine.\n   D e cette parfaite c o m m u n a u t é entre l'âme du peintre et celle\ndu modèle, et de cette entière identité de leurs destinées, deux\ndes Portraits surtout portent l'attachante trace : d'abord celui\nde Mgr. Van Weddingen, « un docteur au XIXe siècle » qui\napporta à la démonstration de la Vérité, une énergie intellec-\ntuelle native, accrue de toutes les ressources que fournit la\nmodernité — puis celui de Peter-Lodewyck Busschaert, « le\ncuré Busschaert » — comme disait Haulleville — une âme\nspontanée et vibrante d'artiste, en qui toute beauté, ancienne\nou contemporaine, avait de profondes résonnances, pauvre\npasteur d'un village de mille âmes dont le souvenir est resté si\nvivace en F l a n d r e et l'influence si impérieuse sur le clergé de\nlà-bas.\n    E n parlant de ces deux piètres « que la pratique de la\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                           PROSPER DE          HAULLEVILLE       421\n\n\ncharité dans l'esthétique marque du signe d'une royauté intel-\nlectuelle » Haulleville a écrit des pages éloquentes et définitives\noù se retrouve en germe tout le programme artistique que la\ngénération actuelle a vu triompher... E n les relisant, ces pages,\nj'ai senti une fois de plus, avec une gratitude émue, combien\nl'écrivain qui vient de disparaître fut pour nos idées un précur-\nseur.\n   Seul, pendant des années, il guerroya de sa belle lame d'acier\nclair contre l'indifférence et le dédain... Il fut l'éclaireur qui\nreconnut la voie, il fut le héraut d'armes qui clame les évolu-\ntions nécessaires et prochaines, il fut en un mot le bon chevalier\nd'avant-garde du Modernisme catholique.\n   C'est pour cet idéal de notre jeunesse — aujourd'hui réa-\nlisé — « qu'il a combattu intrépidement toute sa vie, non\nplus avec les armes matérielles et rouillées de ses ancêtres\nmais avec les armes spirituelles et incorruptibles, que grâce à\nDieu, nous permettent aujourd'hui de porter dix-huit siècles de\nprogrès chrétiens. Il n'en était pas moins un véritable chevalier,\nressemblant moralement à ces preux dont nous admirons encore\nles statues sur certains tombeaux du moyen-âge : figures éner-\ngiques, empreintes d'une mâle humilité, couchées sur le dos,\nles mains jointes, l'épée au côté et les pieds éperonnés, en un\nmot armées et priantes, passant de cette vie à l'autre, sans\neffort, sans forfanterie, sans peur, après avoir aimé la justice et\nhaï l'iniquité, confiantes en la miséricorde divine et attendant\ndans la paix la résurrection des morts et le jugement dernier. »\n  « P o u r nous qui lui survivons, nous ne pouvons mieux prouver\nnotre reconnaissance et notre vénération qu'en suivant pieuse-\nment ses traces et en imitant son courage et sa fidélité » (1).\n\n  E t j'évoque ce soir, avec une complaisance mélancolique le\npaysage de Campine qui encadra ma première rencontre avec.\nHaulleville : le renouveau a coloré les bandes infinies; l'air\n  (1) Portraits et Silhouettes, Montalembert, t. II, p.   205.\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": " 422                        DURENDAL\n\n\n\nsoufile vit, pur et vierge; au lointain un clocher, affirmation\nd'immortalité, tranche de-ci de-là sur le bleu du ciel.\n   Et je songe au maître disparu et j'envoie l'assurance de notre\nsouvenir et l'hommage de notre reconnaissance à ce poète discret\net délicat comme la petite fleur sauvage de bruyère ; à ce penseur\ndont l'esprit subit tous les grands et libres souilles d'originalité\net d'avenir, à ce chrétien, à ce grand chrétien de qui l'œuvre\ndurable, bâtie de foi, de science et d'art, magnifie Dieu et se\ndresse, à l'horizon de la pensée catholique, comme aux horizons\nde Campine les tours granitiques et solitaires.\n\n\n\n                                       FIRMIN   VANDEN    BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "         Ballade Française\n                    Fragment       de L O U I S    XI\n                             (BALLADE    LVI)\n\n\n\n\n   Ah! beaux navires, beaux navires, le roi d'Angleterre envoya! en si\ngrand nombre, si richement étoffés qu'on ne voyait plus l'eau de la mer\nquand madame Marguerite fit sa descente au port de l'Écluse en\nFlandre.\n\n   Sur le quai, ensoleillé par un gentil soleil de juin, et qui avait été\nsi bien lavé que le ciel bleu s'y réfléchissait, dans la douce fraîcheur\nqui montait des pierres, entre deux haies de bourgeois curieux (un\ntapis de pourpre ils bordaient, qui s'allait perdre dans la ville),\nmessire de Clèves, beau cousin de Bourgogne, monsieur de la Vère et\nmonsieur d'Auxi, tous trois vêtus de riche drap d'or, levèrent leur\nchaperon adorné de plumes et saluèrent moult grandement et longue-\nment.\n\n   Un beau navire, tout pavoisé de drapeaux et de flammes qui cla-\nquaient dans ses voiles, était venu longer le quai, et son bois d'or avait\ngémi. On jeta les cordes, on posa la passerelle, et le premier qui des-\ncendit, ce fut, robe violette à collet de vair, monseigneur l'évèque de\nSalsbery, et faisait gentils saints personnels.\n\n  — Messires, dit-il, nous voici d'Angleterre.\n  Ils dirent : — Messire, vous êtes tous bienvenus. Nous irons saluer\nnotre dame Marguerite.\n  — Ne faites, braves seigneurs; messire d'Escale ici la conduit.\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "  424                           DURENDAL\n\n\n\n   Toutes les bonnes gens faisant la haie se penchèrent avides vers le\n beau navire; et les pendeloques en goutte de soleil et les coiffes d'or des\nfemmes de Zélande reluisaient moins que leurs yeux bleus.\n\n    Sur le pont du navire le mouvement joli des soies, des velours qui\n s'entrefroissaient, l'êmeraude, le rose, l'azur et le lys retenaient les\nyeux et les caressaient. Vingt pages tout nouveau habillés de robes (et\n sur leur poitrine luisaient en argent l'écusson d'York et la rose blanche,\n et des plumes blanches tremblaient à leur toque), de tous les points du\n navire accouraient, et du grand dais d'or, qui brillait au milieu,\njusqu'à la passerelle firent deux belles haies de velours, de soie, d'argent\n et de plumes, de visages roses et de blonds cheveux.\n\n\n    Tous les navires scintillèrent d'armures. Haut et clair, sur tous les\nnavires, trompettes et clairons sonnèrent; et toutes les cloches de la\nville s'ébranlèrent, et c'était, ensemble, grande mélodie à ouïr.\n\n\n   Sous le dais d'or brillant parut — lui tenant la main monseigneur\nd'Escale, qui était frère de la reine d'Angleterre (aussi on le voyait\nbien, car il était vêtu d'or fin) — parut toute lumière, la blonde\nMarguerite, en robe de velours plus pure que neige et ruisselante de\nblanches pierreries. Les gens, sur le quai, fermèrent les yeux, onques\nn'avaient vu de si vive lumière... Peut-être croyaient-ils — ce siècle\nétait enfant — à la benoîte Visitation du soleil ? Ce qui m'étonnerait,\nce navire, je l'ai dit, venant de la toute brumeuse Angleterre. Toujours\nest-il qu'ils détournèrent la tête, puis voulurent revoir, puis plus la\ndétournèrent : un grand cortège sortait de la ville, longeait les maisons\ntout au bout du quai, suivait le tapis de pourpre dessusdit; en premier\nlieu venaient des pages sonnant trompe, ah! moult rudement, les joues\nbien gonflées; et sur leur palefroi suivaient six écuyers, portant ban-\nnières toutes d'or et d'azur, où se voyaient les deux lions levés tenant\nVécu des armes de Bourgogne; plus loin, suivaient en gentille procession\nmadame la duchesse, premièrement, mère de monsieur le duc d'alors,\nmademoiselle de Bourgogne et mademoiselle d'Argueil et grande\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                          BALLADE      FRANÇAISE                       42 5\n\n\nquantité de dames et damoiselles ( dont je ne sais les noms ) , bien\nadextrées de puissants seigneurs, que conduisaient les deux beaux sires\nJehan de Eubempré et Claude de Toulongeon; et tout ce monde avait\nles plus brillantes parures qu'il vous est loisible d'imaginer, puis-\nqu'aussi bien vous avez deviné que toute la noble compagnie dessusdite\nvenait à la rencontre de la blonde Marguerite.\n\n    Déjà les marins étaient dans les voiles et comme de grands enfants\n applaudissaient à toute la belle foule en fête dans la petite ville colo-\n riée, la petite ville avec ses maisonnettes, roses, bleues et blanches,\njaunes aussi, et vert-pomme, et tous ses jardins, entour des maison-\n nettes, tout veloutés de géraniums, la tour crénelée de son clocher où\n battaient, battaient les cloches, et ses rues fines, luisantes et pures, ses\nplaces où frissonnait la ronde calme des tilleuls, et toute sa campagne\n au loin si belle, si verte jusqu'au bord du ciel à l'horizon, là-bas, et\n tout près si verte jusqu'aux dunes et la mer d'argent! Et madame de\n Bourgogne, avec son cortège, lentement s'approchait et mademoiselle\n d'York, sur la molle passerelle, doucement descendait, les cloches bat-\n taient, battaient, battaient, et les navires souriaient à la ville avec\n leurs voiles blanches toutes gonflées de soleil.\n\n\n                                                         PAUL    FORT.\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "         Jours de Printemps\n\n               DES fillettes. Dans la prairie encore roussie par les\n                 temps froids, elles jouent. Ce beau jour prin-\n                 tanier, ce premier jour d'avril, reluit comme\n                 un bijou d'or neuf. Il vente de la tiédeur mêlée\n                 à des fraîcheurs humides. L'eau du gros ruisseau\n                 qui bouillonne, qui fuit très gai le long de la\n                 prairie, doit être glaciale. L e roitelet s'égosille\ndans un rayon et frissonnera cette nuit. Les bourgeons de la\nhaie, avides de caresses chaudes, veulent s'entr'ouvrir déjà,\nfrôlés par les chaleurs éphémères, pour se recroqueviller dans\nl'ombre tantôt. Mais qu'importe! puisque l'heure est si pure et\njoyeuse. E t les enfants aussi sentent cela sans le savoir.\n   Les petites filles courent, courent, les bras ouverts; elles\ncrient, lorsque l'une d'elles en rejoint une autre après avoir bien\ncouru. C'est alors celle-là qui devra s'efforcer de toucher l'épaule\nd'une compagnonette. Les jeux, les enfants, le p r i n t e m p s ! c'est\ntout cela, d'accord infiniment, dans le midi d'avril.\n   Un toit de ferme est rose, qui l'été serait d'un rouge éclatant;\nles arbustes, les arbres, les broussailles sont saupoudrés à peine\nd'une poussière si légère et si claire.\n   L e chat et le chien savent le printemps. Ils réoccupent déjà,\ndevant la ferme, les mêmes trous dans la t e r r e ; ces trous qu'ils\nfont avec leurs pattes les matins des belles journées. L e chat,\ncouché sur le côté, n'aura qu'un regard doux pour les moineaux\npicotant les crottins frais et d'ambre presque. L e chien est\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                       JOURS DE PRINTEMPS                       427\n\n\nétendu, la tête sur ses pattes croisées, les yeux mi-fermés, béat\net d'humaine bonté.\n   L e coq regaillardi poursuit les poules. L e triomphant batte-\nment d'ailes !\n   Écoutez s'ébrouer les chevaux à l'écurie, friands de cet air\nneuf dont s'imprègne leur foin.\n   P u i s voyez le fermier. Il s'arrête et se baigne les yeux dans\nla clarté douce, et boit un grand coup de vent, sapide comme\nun baiser de femme jeune.\n   L a besogne est vivement menée dans la ferme ; toutes les\nfigures riantes comme les choses.\n   L e s enfants ne quitteront qu'à regret la prairie, après des\nappels souvent répétés. L a plus petite fillette restera la dernière.\nElle bondira, courant une fois encore autour de la prairie, pous-\nsant des ha! ha! légèrement grisée; puis toutes les petiotes\nretourneront chez elles, regards luisants, joues d'api, comme\nces pommes tendrement carminées. Leur bonne mère baisera\navec plus d'effusion les visages empreints du renouveau qui\nbrille même dans sa cuisine, car les cuivres, marmites jaunes,\npassoires rouges, étains étincelants, souriront aussi ce jour-ci,\nce premier jour d'avril et de p r i n t e m p s !\n\n\n\n   Les villages ont des reflets de sites du paradis, lorsque la\nsaison nouvelle essaime sa grâce sur les journées pendant les-\nquelles les enfants communient pour la première fois.\n   Loin des villes, ici c'est l'événement latent au fond de tous\nles yeux. L e s heureux enfants de ces heures bénies sont choyés\npar le village entier. Ils vont, très simples dans leurs vêtements\nsombres, avec, pour les fillettes seulement, le blanc chapeau, le\nlis en fleur, dans l'innocence du jour.\n   Les s e n s , lourds, srauches, mais si humbles devant leur Dieu,\nbénisseur aussi des moissons, maître du temps, des germes\néclos dans le sol printanier, les voici à genoux, père, mère,\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": " 428                           DURENDAL\n\n\n\nfrère et sœur, dans l'effusion de la prière coutumière et cette\nfois tellement vivante.\n   M. le curé nourrira les âmes enfantines du royal pain de vie,\net l'inégalité des âmes s'affirmera. Ici, elles seront au Seigneur\nà jamais. C'est la consécration divine pour la vie. Les enfants\nvivront comme les ancêtres. Ils prieront à l'aube, ils prieront à\nla nuit, et entreront dans le ciel, alors que ceux des villes se\ndétournent des voies menant au séjour des élus. L a musique\ndu temple, très faussement dévote, est maintenant séraphique;\nles fleurs fanées de l'autel sont des gerbes radieuses, jonchées\npour la venue du R é d e m p t e u r .\n   Dehors le ciel est bleu, vêtu d'une robe de Sainte-Vierge. On\nverra les heureux enfants près de la mère, — un pleur sous\nchaque paupière, — près du père, dont le visage brun a un sou-\nrire clair comme le matin, près des sœurs et des frères, gourds,\néparpillant de la joie douce autour d'eux, on verra les heureux\nenfants, silencieux, buvant la Grâce qui tombe du ciel encore,\nparmi la pluie des rayons. Petites âmes blanches, dans le vil-\nlage candide, dans la nature virginale, vos saints anges tra-\nversent de vols invisibles la route que vous suivez, p o u d r o y a n t e\nsur les micas, qui font un joli chemin de lumière argentée.\n\n\n\n   L e s processions de mai, dans les villages, ont une joie très\ngrave.\n   On voit le serpentement du cortège, aux détours des chemins,\nmêlant les blouses, les capes des vieilles aux surplis et aux\nbannières de couleurs vivantes.\n   On entend des jeunes filles chantant, sans doute, en latin et\ndu nez, mais dont les voix, dans le décor des aubépines et par\nl'air où germent de nouveaux parfums à chaque instant, pren-\nnent le mol envol des volutes d'encens.\n   Dieu passe. Ceci est l'indicible moment de foi et d'espérance,\nla communion de tous les cœurs vers l'ostensoir, cette présence\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                       JOURS DE PRINTEMPS                       429\n\n\ninouïe du Seigneur! Nos fronts, nos mains, frôlés de la majesté\nde l'incommensurable mystère porté par le prêtre, qui disparaît\nbientôt derrière la foule orante des rustiques.\n  On traverse un village béni; les cierges s'éteignent aux repo-\nsoirs, les fleurs flétries sur le chemin sèchent au soleil, et les\ngens se saluent avec une dignité de noblesse.\n   Ils auront aux repas des gestes mesurés ; les enfants, songeurs\nau souvenir des statues de saints, parleront moins souvent et\nplus b a s ; la jeune fille n'embrasse, en rêve, son fiancé, qu'après\nle mariage.\n   Les paysans, dans les estaminets, perdent aux cartes d'un air\ntranquille et bon. Ceux qui, d'un seul coup de boule, renversent\ntoutes les quilles, répriment le juron familier exprimant la fierté\nd'une telle adresse.\n  Des chants avinés ne troubleront pas, ce soir, le recueillement\nde la nuit.\n E t m ê m e les canards vont à la mare, dans ce dimanche de\nmai, avec de petits cris pleins d'un intime contentement.\n\n\n\n    D a n s les vergers fleuris, les vaches ont été menées, après les\nlongs mois d'hiver passés à l'étable.\n    Elles sont assemblées, inquiètes, et soufflent fort par les\nnaseaux; des vapeurs, comme des fumées de pipe, montent au\nbout de leurs mufles. Il y en a de toutes noires, d'autres zébrées\nde lignes neigeuses, et de superbes rousses toisonnées de reflets\ncuivrés.\n    L e s plus hardies se séparent enfin du groupe et marchent, la\ntête levée, vers des coins, près des haies. L à elles flairent,\ndéfiantes, l'épine, les plantes et l'herbe, leur museau renifle le\npré, et soudain, d'un large coup de langue, elles lèchent le sol.\n    T o u t e s les vaches broutent alors, avec ce bruit profond,\nr y t h m é comme un très lointain roulement de tambours perdu\nau fond de l'horizon.\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": " 430   -                   DURENDAL\n\n\n\n   Au crépuscule elles regardent, au-dessus de la barrière,\ns'allumer les carreaux de la ferme, et poussent de longs meugle-\nments, mourant dans le soir tiède, s'harmonisant avec cette\nheure d'une mélancolique douceur.\n\n\n\n   Les jours passent et les fleurs s'égrènent.\n   Le pommier a neigé. Des fruits mûriront.\n   L'amour se regarde dans son œuvre.\n   E t le printemps s'en va, drapant son épaule du manteau clair\ndes ciels aprilins et sifflant la chanson joveuse du dernier ros-\nsignol en lune de miel, dans la haie propice.\n\n\n\n                                          GEORGES   VIRRÈS.\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "          AU       PRINTEMPS\n\n\nLe ciel a des couleurs charmantes de turquoise\nQui meurent aux lointains en nuances d'ardoise.\n\nLa mer a des reflets doux, chatoyants et verts\nEt le vent sur les flots chante comme des vers.\n\nAu milieu des jardins, le soleil, pâle encore,\nSourit joyeusement aux oranges qu'il dore.\n\nLes oliviers sont gris, les amandiers rosés;\nDans les branches, partout, des oiseaux sont posés.\n\nOn travaille ardemment à préparer les vignes\nEt les pommiers fleuris ont la blancheur des cygnes.\n\nDes chèvres, des moutons et des agneaux sont blancs\nCourent sur la montagne et broutent sur ses flancs.\n\nUn pâtre, renversé dans les iris sauvages,\nRêve, les yeux perdus dans les premiers feuillages...\n\n— J'ai longtemps espéré que le jeune berger\nChanterait pour Chloé sur un roseau léger...\n\nQue les temps sont changés, et que tout est fragile!\nTous les bergers sont morts, ô suave Virgile!\n\n\nCorfou. 98.                    O    D'ARSCHOT.\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "         MONTALEMBERT\n                      P A R LE VICOMTE DE            MEAUX\n                                 (Paris, CALMAN-LÉVY)\n\n\n\n\n              Au moment où M. Barrès lançait son Roman de\n               l'Énergie Nationale, un autre livre, fruit d'une\n               dévotion presque filiale, d'une admiration\n               enthousiaste pour la mémoire d'un grand h o m m e ,\n               venait nous donner, selon la jolie expression de\n               M. F i r m i n Vanden Bosch : « U n e autre leçon\n               d'Énergie ». Leçon, moins bruyante peut-être,\nmais plus fructueuse à beaucoup d'égards pour ceux qui\nvoudront l'étudier.\n   Bien différente de l ' Œ u v r e de M. Barrès, la courte étude\nconsacrée par M. de Meaux à la carrière de Montalembert s'en\nrapproche pourtant. Car, au moment où le moderne écrivain\nnous présente, sous la forme la plus alarmante, le tableau\nlamentable que sa plume inquiète a si bien tracé, l'ouvrage de\nM. de Meaux peut faire renaître l'espérance. Il rappelle en effet\nla vie d'un homme qui a eu « un but net et visible » qui a été\n« un feu firmamentaire sur lequel constamment pourra être\npointé le cap de l'action » qui a eu « non pas un but individuel\n» et égoïste mais hautement humain et social, s'accordant avec\n» les conceptions contemporaines du monde ». (1)\n   E n lisant cettebrillante esquisse de la figure de Montalembert,\non est tenté de penser aux tableaux de nos primitifs flamands\n (1) Art moderne, article de M. Firmin Vanden Bosch. Durendal, 3 mars 98.\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                         MONTALEMBERT                         433\n\n\n\noù l'artiste, inspiré par la grandeur du sujet, peint avec amour\ndiverses phases de la vie de son saint.\n   L'œuvre de M. de Meaux est un triptyque où la Jeunesse,\nla Vie politique, la Vie littéraire de Montalembert ressortent\navec une couleur dont les tons chauds sont empruntés à l'en-\nthousiasme que « L e chevalier luttant pour l'âme et l'honneur »\na su inspirer à tous ceux qui l'ont approché de près ou de loin.\n   Les premiers chapitres décrivent la formation du jeune\nh o m m e , la campagne de l'Avenir où il fit ses premières armes,\nsa rupture avec Lamennais et « ses voyages par les vieux monu-\n   ments et les vieilles ruines, demandant à l'étude solitaire\n» et silencieuse de l'histoire, au spectacle des pays et des\n » siècles lointains l'oubli de ce qui venait de troubler sa vie et\n » son âme ».\n   Alors se développe en lui l'enthousiasme pour le Moyen-âge,\npour les libertés dont cette époque était, selon sa forte et\nvivante expression hérissée, pour l'art du XIIIe siècle. L e\nlecteur s'éprend à son tour d'un amour chevaleresque pour la\nChère Sainte à qui le jeune écrivain conquit tant d'admirateurs.\n« Voilà, selon notre auteur, ce qu'avait fait avant trente ans,\n» M. de Montalembert : Il avait renouvelé dans son pays la\n» littérature et l'art religieux, il devait bientôt après inaugurer\n » une politique religieuse ».\n  U n e transition toute naturelle amène ici M. de Meaux à nous\nparler de l'action politique de son beau-père. Il la reprend à\nson origine : le procès de l'École libre, pour la suivre jusqu'à\nson couronnement : la loi Falloux. L'action de Montalembert\nn'est autre que celle du parti catholique tout entier, parti formé,\ndirigé par lui et poussé sans trêve à l'assaut des monopoles\nd'État où se retranchait encore le vieil esprit de Voltaire.\n   L'histoire complète du mouvement catholique de 1830-1850\nest renfermée dans ces pages nerveuses et concises. L a plume\nde M. de Meaux, trempée du style de Tacite, aime le verbe,\nl'action l'emporte à certains moments et pourtant son œuvre\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "  434                                    DURENDAL\n\n\n\n respire toujours la parfaite impartialité réclamée par le grand\n écrivain lui-même, pour ses chers Moines : « Point d'apologie,\n » point de panégyrique, un récit simple et exact, la vérité, rien\n » que la vérité » (1). Parfois de discrets coups d'œil jetés sur les\n carnets entr'ouverts de M. de Montalembert, nous découvrent le\n rude et incessant travail, source de ses triomphes. Nous y\n goûtons, en sa compagnie, les émotions toutes fraîches écrites\n le soir même du succès. E t ce n'est pas le moindre charme de ce\n livre qui suit jusque dans la retraite et la mort celui dont on\n peut dire : Il aima l'étude autant que l'action.\n    L e repos forcé où l'Empire plongea ceux qui commençaient\n d'accoutumer la F r a n c e à la liberté n'atteignit pas sa p l u m e .\n    Au milieu de nombreux écrits il poursuit son grand ouvrage\n des Moines d'Occident. Nous remercions M. de Meaux de nous\n en avoir rappelé les plus belles pages. P e n d a n t que le\n P . Lecanuet en un érudit ouvrage rassemble et coordonne de\n nouveaux matériaux pour une histoire future du chef laïque des\n catholiques de France, M. de Meaux se contente d'en esquisser\n à grands traits la figure politique et chevaleresque à la fois.\n    Personne de mieux placé pour juger son modèle Élevé sous\nl'Empire, mais tout vibrant du contact qu'il eut pendant sa jeu-\nnesse avec les intellectuels d'alors, il ne se laissa point énerver\npar l'atmosphère du j o u r ; lui aussi aborda la tribune sitôt\nqu'elle fut relevée en France et se distingua parmi ceux qui\ntravaillèrent efficacement à l'étonnante résurrection de son pays,\naprès la guerre. L'un des membres les plus écoutés du minis-\ntère Broglie, il eut ses moments de gloire, bien courts hélas, et\nrentra dans la vie privée quand cette France écarta, pour la\nseconde fois, ceux qui auraient pu la servir. Mais, pas plus que\nson illustre prédécesseur, il ne se laissa décourager et des\nouvrages comme : Les Luttes religieuses au XVIe siècle, L'Église\nCatholique aux États-Unis, sont autant de services rendus à des\nidées que nous Belges et Catholiques avons eu le bonheur\n (1) Moines d'Occident : Introduction.\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                          MONTALEMBERT                        435\n\n\nd'appliquer, disons-le avec une légitime fierté. Dès 1852, dans\nson livre « Des Intérêts Catholiques au XIXe siècle », M. de Mon-\ntalembert constatait que : « L a Belgique avait conservé plus\n» fidèlement qu'aucun autre peuple les mœurs et les institu-\n   tions du vieux monde catholique, le moyen-àge, dit-il, n'y\n» avait jamais été travesti par l'esprit de cour. Aussi a-t-elle été\n» la première appelée à appliquer les conditions et à recueillir\n» les fruits de l'action catholique dans le monde moderne. Sa\n» nationalité, noblement reconquise, repose sur une constitu-\n» tion que ses enfants catholiques ont eu la gloire de lui donner\n« et de défendre jusqu'à ce jour. Elle a consacré tous les vœux\n» et toutes les conquêtes du catholicisme dans les temps\n» modernes : l'indépendance absolue de l'Église, le libre choix\n» des évêques par le Vicaire du Christ, la liberté complète de\n» l'enseignement et des associations religieuses. Son territoire\n» s'est graduellement couvert de monastères, de collèges, de\n» fondations pieuses. Seule en Europe, elle a vu renaître l'une\n» de ces Universités uniquement consacrées à l'enseignement\n» et à la défense de la liberté ».\n   Ces paroles datent de près d'un deim-siècle et pourtant elles\nn'ont pas vieilli. L'efflorescence brillante, dont les premiers\ngermes sont sortis de France, est faite pour réjouir les cœurs\nrestés fidèles à la liberté religieuse comme celui du V tc de\nMeaux. Son beau livre vient de nous rappeler que c'est\nMontalembert qui nous la valut en grande partie ; c'est là encore\nune Leçon d'énergie venue de France que nous recueillons avec\njoie.\n\n                                         CHARLES DE G R U N N E .\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "   LE BEFFROI DE BRUGES\n\n                                Still it watches over the   Town.\n                                                 SHAKESPEARE.\n\n\n\n\nSur la place de Bruge, au milieu de la ville,\nSe dresse le beffroi, sombre sous la guenille\n           Des splendeurs du passe' :\nComme un pauvre qui rêve en morne rêverie\nAux f êtes d'autrefois, à la gloire flétrie\n           D'un grand nom rabaissé.\n\nA l'heure où pâlit l'ombre, un matin de l'automne,\nQuant au baiser de l'aube, en bas se ravivait\nLe monde évanoui dans un ciel monotone,\nSur le beffroi songeur, accoude je rêvais;\n\nAu loin le sol de Flandre, encor bercé de rêves,\nChantait au dieu du jour les hymnes du réveil\nEt la mer qui toujours là-bas mordait ses grèves,\nDans l'aurore brillait d'opale et de vermeil;\n\nAutour de moi, les champs parmi leurs brumes grises,\nDans l'ombre des bois noirs que l'horizon cerclait,\nAvec les murs blanchis, les clochers des églises,\nSemblaient un bouclier que l'aube ciselait;\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "               LE   BEFFROI   DE B R U G E S              437\n\n\nA mes pieds, dans le fond dormait la ville aimée,\nDe-ci de-là montait bleuâtre au matin clair,\nQuelque ruban neigeux de distraite fumée\nQui flottait et passait comme un esprit de l'air;\n\nA cette heure du jour de confiante prière,\nPas un bruit ne montait... ainsi qu'au champ des morts.\nM ais j'écoutais : sous moi, dans la tour séculaire\nUn cœur de fer battait, comme plein de remords;\n\nA l'entour de son nid, sous les voûtes gothiques,\nL'hirondelle chantait les stances du départ,\nEt le monde à mes pieds sous ses voiles mystiques,\nMe semblait plus lointain que le ciel de brouillard;\n\nAlors plus solennel, plein de mélancolie,\nApportant jusqu'à moi les échos du passé\nLe carillon sonna de sa voix qui supplie\nSon harmonie étrange en son rythme glacé :\n\nComme un psaume de cloître où chantent solennelles\nLes nonnes à genoux, dans l'extase des cieux,\nEt le bourdon géant sonnant au milieu d'elles,\nAinsi qu'un plain-chant lent de moines religieux.\n\n\n\nEt les visions du jour s'effacèrent dans l'ombre,\nEt les fantômes noirs passèrent devant moi,\nLes images de ceux dont le souvenir sombre\nHabite dans l'histoire à côté du beffroi :\n\nJe vis passer en bas les Forestiers de Flandre,\nLes comtes Baudouin, les vainqueurs des Normands,\nEt le « Fils de saint George » et parés pour défendre\nLa croix d'expiation : les chevaliers flamands ;\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "438                          DURENDAL\n\n\n\n      Je vis les jeux guerriers, les tournois et les joutes,\n      Les fêtes, les splendeurs qu'on voyait autrefois,\n      Et les dames de cour — comme des reines toutes! —\n      Des princes et des ducs et de riches bourgeois,\n\n      Les marchands vénitiens, vendeurs de Lombardie\n      Avec leur flotte noire où gisait un trésor,\n      Et vingt ambassadeurs d'Ecosse et Numidie,\n      Les princes bourguignons, au cou la Toison d'or;\n\n      Je vis les cent métiers de la Flandre en révolte\n      Avec les vieux héros de Namur et Juliers,\n      Marcher en rangs serrés à travers leur récolte\n      Pour le fameux combat des éperons dorés ;\n\n      Je vis dans les fossés, renouvelant leur haine,\n      La lutte des bourgeois, et des « chaperons blancs »;\n      Je vis montant au nid du dragon qu'il emmène,\n      Artevelde vainqueur de son prince et des grands.\n\n      Et plus près l'Espagnol, la terreur et la crainte,\n      Passait rouge de sang dans un nimbe de feux;\n      Et là-bas j'entendais, de sa voix presqu'éteinte\n      Le tocsin qui chantait ses sinistres aveux.\n\n      Et déjà du milieu des chants, des cris de guerre,\n      Des Ghildes qu'on voyait accourir au drapeau,\n      Les éclairs de l'épée au loin brûlaient la terre,\n      Et la mort en râlant, sous moi, frôlait l'arceau;\n\n\n\n      A lors un sourd murmure éveilla ma pensée,\n      C'était la ville, en bas, qui s'éveillait au jour...\n      Et je ne vis plus rien de l'époque passée!\n      Les fantômes du rêve avaient quitté la tour...\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "              LE BEFFROI DE            BRUGES              439\n\n\n\nLe temps s'était enfui comme s'efface l'ombre,\nL'aube en s'affaiblissant avait perdu sa voix,\nEt quand je descendis dans la ville moins sombre,\nLe soleil de l'automne illuminait les toits.\n\nComme portant le deuil des grandeurs de l'enfance\nSeul, le beffroi songeur veillait sans espérance,\n          Honteux de son passé :\nComme un pauvre qui rêve — en morne rêverie! —\nAux fêtes d'autrefois, à la gloire flétrie\n           D'un grand nom rabaissé.\n\n\n\n                                       H E N R I FRAEYS.\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "               LES BÉATITUDES\n                               DE    CÉSAR       FRANCK\n\n\n\n\n                    VOICI l'une\n                        des œuvres capitales de la musique\n              moderne. Production de foi et de sincérité d'un\n              grand artiste belge. M. H u b e r t i vient de la\n              révéler au public bruxellois (1). Il faut lui en\n              savoir gré comme d'une bonne action artistique.\n              Nous croyons qu'il sera intéressant pour les\n              lecteurs de Durendal de lire une analyse som-\nmaire des Béatitudes. C'est leur faciliter la lecture d'une\npartition que tout amateur (surtout s'il est croyant) doit\nposséder (2).\n\n\n  Cet oratorio comprend huit parties (les huit béatitudes)\nprécédées d'un prologue. Un seul thème domine toute la\npartition : celui que les basses exposent au début du prologue.\nOn pourrait l'appeler le thème du Christ. Il est d'une simplicité\nabsolue. Il se prête, dans le courant de l'œuvre, à une grande\nvariété d'expression.\n  Le prologue, chanté par un ténor, clame la misère humaine\nen accents aussi simples que pathétiques : « Chargé de maux\n» et de crimes, le vieux monde se mourait... Mais au-dessus\n    (1) Concerts Ysaye des Jeudi et Vendredi-Saint, avec le concours des choeurs de Saint-\nJosse-ten-Noodc.\n    (2) Coût : 15 francs (réduction piano et chant).\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                          LES BÉATITUDES                          441\n\n\n» des cris de haine, une voix s'élève ». T o u t s'illumine à ces\nmots. L e règne de la grâce commence. L a mélodie coule ici à\npleins bords. U n chœur angélique bénit l'arrivée du Seigneur.\nCette seconde partie est d'une beauté idéale.\n\n   I. Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux\nest à eux.\n\n   L a première béatitude débute par un chœur tumultueux. Il\ndépeint la poursuite acharnée de la richesse. Sans doute ce\nmorceau a de la verve et de l'entrain. Mais c'est vieux jeu, banal\net m ê m e vulgaire au passage : « Nous sommes de la terre les\nheureux ». L e thème de ce chœur transforme son rythme\n(p. 19) et devient d'une mélancolie pénétrante au quasi\nAndante : « Où donc est le bonheur? » Ce nouveau chœur se\ndéveloppe, avec retour de sa première forme, jusqu'à la page 4 1 .\nIci intervient le premier de ces chants du Christ, qui constituent,\nà notre avis, la partie la plus géniale de l'œuvre. Celui de la\npremière béatitude : « Heureux l'homme épris des biens véri-\ntables », est un peu inférieur aux suivants. Mais quelle noblesse!\ndéjà, et quelle onction! L e thème en est repris par un chœur\ncéleste d'une polyphonie grandiose.\n\n  II. Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre.\n\n   A un prélude d'expression poignante, succède un chœur\nadmirable, aux entrées des quatre parties : « L e ciel est loin, la\nterre est sombre ». T o u t respire ici une douloureuse anxiété...\nP l u s loin (p. 58) les voix deviennent menaçantes : « Contre ses\nmaux l'âme indignée se révolte en vain ». L e tumulte grandit\ntoujours, quand retentit du haut des cieux un quintette de voix\nangéliques, prêchant la douceur dans le support des peines de la\nterre. C'est un morceau suave. Il devient grandiose, lorsqu'aux\ncinq solistes se joint tout le chœur, dans une polyphonie vocale\nà neuf parties. Cette deuxième béatitude est tout entière d'une\nrare inspiration, qui se surpasse encore à la dernière page,\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": " 442                          DUKENDAL\n\n\n\nchantée par le Christ. Vraie musique du ciel, dont F r a Angelico\nseul eût donné l'équivalent en peinture.\n\n  I I I . Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés.\n\n   U n e sorte de marche funèbre avec chœur. L a marche lente\nde l'humanité dans la voie royale de la douleur. Telle est\nl'image qu'évoque le chœur de la troisième béatitude. L'idée\nmusicale en est toute simple, mais très expressive. P u i s voici\nvenir une mère pleurant son enfant. Un orphelin pleurant sa\nmère. Deux époux que la mort va séparer et qui font entendre\ndes plaintes déchirantes. Franck a trouvé la note juste pour\nchanter toutes ces douleurs. L e duo des époux entr'autres est\nadmirable. P u i s une deuxième fois, la marche funèbre répète\nson refrain au r y t h m e implacable.\n   Mais les esclaves accourent secouant leurs chaînes : « Qui\nnous rendra la liberté? » L e s penseurs à leur tour se présentent\net implorent la vérité... E n vain ! U n e troisième fois, déchaînant\ntoutes ses forces, la marche fatale qui entraîne l'homme vers la\nmort.\n   Faut-il désespérer? Non : le Christ se lève, et chante la\nbéatitude de la douleur. Dans un clair scintillement de harpes,\ndes voix angéliques se font entendre. L e ciel s'ouvre. Vision\ndivine, où la douleur devient félicité, comme le thème funèbre\nest devenu lumière et joie. Cette troisième béatitude, par sa\nvariété d'effets, sera toujours la mieux goûtée par l'ensemble du\npublic.\n\n   IV. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils\nseront rassasiés.\n\n  Cette béatitude est un chef-d'œuvre. Rien de plus tou-\nchant que le prélude longuement développé. A une profonde\nmélancolie succède une aspiration pleine d'espérance. Ce pré-\nlude grandit, va d i m i n u a n t et se résout en quelques notes fines\nqui se tissent en accompagnement sur lequel la voix d'un ténor\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                          LES   BÉATITUDES                      443\n\n\nchante l'opposition entre le règne du mal et les tendances\nidéales de l'homme. Il n'existe peut-être pas de morceau où\ncette soif de l'idéal soit plus éloquemment rendue. L'aspiration\ngrandit jusqu'à distendre l'âme, et d'une manière si sincère que\nl'on ne peut l'entendre sans être ému... Puis le Christ parait.\nDans un chant d'une gravité, d'une onction et d'une simplicité\nsublimes, il promet la béatitude aux cœurs altérés de justice et\népris de sacrifice. Amen.\n\n  V. Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes\nmiséricorde.\n\n   Un solo de ténor décrit de façon touchante l'oppression\ndes faibles de la terre. Mais voici que l'humanité se soulève\ncontre les tyrans. Un chœur de vengeance éclate. Ce chœur est\nd'un grand effet, mais un peu boursouflé. Meyerbeer l'eût\nvolontiers signé. Mais Franck se retrouve : une cantilène du\nChrist, extraordinairement pénétrante, enseigne le pardon aux\nhommes. Puis on entend un chœur céleste tellement simple et\ntouchant qu'on revient sans cesse avec un nouvel étonnement à\ncette page d'une âme candide, d'un enfant de génie. Le procédé\nest nul. L e sentiment si naïf, qu'il évoque l'image de certains\ntableaux primitifs. Ce chœur est coupé par le très beau chant\nde l'ange du pardon.\n\n  VI. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.\n\n   Cette sixième partie a les mêmes qualités et les mêmes\ndéfauts que la précédente. Elle commence bien, faiblit ensuite,\nest digne du ciel par sa fin. Le prélude, très expressif, est\nsuivi de chœurs de femmes païennes et juives. Ces chœurs ne\nsont que jolis. Ils implorent la vision de Dieu, qui semble s'être\nretiré de la terre. Le quatuor des Pharisiens est assez intéres-\nsant, mais sa raison d'être ne parait pas bien évidente. C'est\nplus curieux que beau.\n   Un imposant arioso de l'ange de la mort (basse) nous annonce\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": " 444                          DURENDAL\n\n\n\nque le ciel est ouvert. Mais qui est digne de pénétrer près du\nSouverain-Roi? Un chœur aérien répond que les cœurs purs\npeuvent s'approcher avec confiance. L a voix du Christ confirme\nces paroles. Alors la mélodie du chœur est reprise par les\nténors, puis par les basses : « H e u r e u x les cœurs purs », et les\nchants se perdent dans le ciel. Ce finale est une des pages capi-\ntales de la partition.\n\n  V I I . Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants\nde Dieu.\n   L e début est d'une grandeur sombre. On devine la présence\ndu serpent infernal. Satan paraît, « son souffle fatal partout\nrépand la guerre ». L'allegro qui suit, où Satan énumère ceux\ndont il est roi, est plus faible. L e chœur des tyrans et des prê-\ntres païens, pujs celui de la foule, sont presque banals. Heu-\nreusement la voix du Christ, expressive et noble comme tou-\njours, intervient. Satan est contraint de se retirer. Cette partie\nse termine par l'admirable quintette des pacifiques. Page d'une\nbeauté achevée et d'un travail exquis.\n\n   V I I I . Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice,\nparce que le royaume des cieux est à eux.\n\n   Satan se relève de sa défaite. Il se vante des malheurs qui\naccablent l'univers. L e chœur des justes opprimés proclame, en\naccents émouvants, la fidélité à Dieu : « Il est doux de mourir\npour toi ». « Insensés, s'écrie Satan furieux, je saurai plier vos\nâmes par le martyre ! » L e chœur répète le chant de fidélité,\navec une ferveur extatique. Satan revient à la charge. Il défie\nles fidèles de trouver un vengeur qui les délivre de l'oppression.\nL e chœur des justes, une troisième fois, proclame son attache-\nment à Dieu. Ce passage est très émouvant et d'une grande\npuissance d'expression. Mais voici la vengeance des justes. L a\nMater Dolorosa, dans une cantilène expressive, offre son fils en\nsacrifice pour le salut de l'humanité. Cet air est adorable.\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                          LUS BÉATITUDES                        445\n\n\nMais le dernier passage, en quatre temps (p. 288), est un peu\nbanal. Après l'offrande de la Vierge, il règne dans l'orchestre\ncomme une atmosphère surnaturelle. Satan vaincu s'éloigne de\nplus en plus, m u r m u r a n t des imprécations. L a voix du Christ,\ngrave et pleine d'amour, chante la fidélité de ceux qui sont\npersécutés. Satan s'avoue définitivement vaincu. Jésus reprend\nson chant sublime, qui ouvre le paradis aux justes. L e chœur\ncéleste accueille les élus et s'élève en un incomparable hymne\nde gloire, dernier couronnement de cette magnifique partition.\n\n\n                                 *\n\n\n   Les Béatitudes, qui datent de 1880, ouvrent la série des œu-\nvres qui immortalisent César Franck. Bien supérieure à Rédemp-\ntion (1873), cette partition restera comme l'œuvre capitale du\nmaître dont on peut étudier ici les qualités et les défauts.\n   Franck n'est pas un de ces génies universels, comme Beethoven\nou Wagner, qui restent supérieurs dans tous les sujets qu'ils\ntraitent. T o u t ce qui est en dehors, les scènes de violence et de\ngrand mouvement extérieur, le font souvent tomber dans le\npathos, voire même dans la vulgarité. Par contre il est inimi-\ntable clans tout ce qui demande de l'intériorité. Il a p e i n t un\namour à la fois passionné et presque spiritualisé dans sa parti-\ntion de Psyché (1888) qui est peut-être son œuvre la plus parfaite.\nD'instinct il a idéalisé cet amour mythologique (la remarque en\na été faite) jusqu'à en dégager un symbole de l'amour divin\nchanté par le Cantique des cantiques. Son quintette (1880), sa\nsymphonie (1889) — malgré des longueurs — témoignent de la\npuissance de Franck comme peintre du sentiment pur. Je cite-\nrai encore son admirable sonate pour violon et piano (1886).\nMais le sentiment religieux est, d'après nous, le côté le plus\npersonnel et le plus sincère de ce grand artiste chrétien. Toute\nla partie religieuse des Béatitudes en témoigne, ainsi que cer-\ntains passages de Rédemption, la mélodie la Procession, etc. Les\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": " 446                         DURENDAL\n\n\n\nchœurs célestes des Béatitudes et, plus encore, les sublimes\ncantilènes du Christ sont l'œuvre d'un croyant sincère.\n   Chose curieuse, ce génie grave et recueilli n'est pas exempt\nd'une certaine mollesse un peu sensuelle. Cela provient de ce\nque sa mélodie a de vaporeux et d'un peu alangui, ainsi que du\nraffinement de son harmonie. Les modulations chromatiques et\nenharmoniques sont très fréquentes chez Franck. Elles sont le\nplus souvent d'un art consommé et d'un naturel charmant, pro-\ncédant, non d'une recherche, mais d'une nécessité de sentiment.\nCe dernier point est souvent oublié par ses imitateurs.\n  T e r m i n o n s ici cette étude. Puisse-t-elle conquérir encore à\nFranck de nouveaux admirateurs. Ils apprendront à son école\nune vertu artistique aussi prônée aujourd'hui que peu prati-\nquée : La Sincérité, Seule, elle donne l'émotion.\n  Bienheureux ceux qui ont foi en ce qu'ils chantent !\n\n\n\n                                             JOSEPH   RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "                   MAX E L S K A M P (1)\n\n                                       Car en toutes choses c'est simple le meilleur\n                                       Et d'ornement au corps comme à l'âme santé.\n\n\n\n\n L    E joueur d'orgue est arrivé! Il tourne la manivelle et de lents refrains\n         archaïques s'enchaînent au gré des images coloriées.\n  Max Elskamp célèbre la louange de la vie. Il l'aime simple, populaire,\nquotidienne. Les faits menus et habituels qui la composent l'amusent et le\nrendent heureux. Il leur découvre un charme insoupçonné et une saveur\ndélicieuse. Une couleur vive lui ensoleille l'âme. Mais\n\n                          C'est fin de rêves à Thélème\n                          A présent, et une heure a sonné\n                          D'être aux autres avant qu'à soi-même\n\n                          Et pied allant, haute la main,\n                          Au long du bâton pèlerin,\n\n\nvoici le poète-apôtre « en un prêche d'amour et charité » — en symbole\nvers l'apostolat — montrant aux gens, par la fraîcheur des paysages, les\nguidons des bateaux, la gaîté des métiers, combien il faut chérir la vie,\nselon l'amour, l'espérance et la foi.\n   Il nous réconforte par sa bonne humeur, répétant que la joie nous entoure\net que la vie est charmante à ceux qui la comprennent et remplissent allè-\ngrement leurs devoirs d'état.\n   Pour apprécier les heures dominicales — cloches en fête, rouets rouant,\nporcelaines écarlates, chevaux de bois, après-midi silencieuses d'amour\n\n   (1) LA LOUANGE DE LA VIE (Dominical, Salutations dont d'Angéliques, En Symbole vers\nl'Apostolat, Six Chansons de pauvre homme pour célébrer la semaine de Flandre), I v. Soc.\ndu Mercure de France.\n   ENLUMINURES (Paysages, Heures, Vies, Chansons, Grotesques), I v. Lacomblez, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": " 448                                 DURENDAL\n\n\n\nconfiant, réunions familiales, broderies, lampes — il faut avoir peiné\nla semaine...\n                Et bien heureux sont ceux d'âme assez forte\n                Que le travail attend, bon, à leur porte.\n\n  Réjouissez-vous, dit-il, yeux, bouche, oreille, odorat, mains des travail-\nleurs. Les besognes humiliées portent les fruits les plus doux. Les patrons\nvous bénissent : Saint-Arnold des brasseurs, Saint-Jude, Saint-Blaise des\nmaraîchers, Saint-Eloi des forgerons, Saint-Riquier des aubergistes, Saint-\nJob des mendiants, Saint-Sébastien des arbalétriers, Saint-Crépin de ceux\nqui tirent le fil de poix.\n   Et chaque jour a sa tâche : lingères et blanchisseuses du mardi, jardiniers\ndu mercredi, cordiers du jeudi, pêcheurs du vendredi, servantes du samedi,\ncharpentiers et maçons « en pacte d'amitié ».\n  Jolis métiers auxquels on se voudrait vouer à les lire si réconfortants de\nvie honnête et joyeuse. De quels agréments ne sont-ils parés et quelle enlu-\nminure ne les adorne?\n   En des paysages lumineux de mer, de rivière, de canal, de routes,\nd'arbres, de moulins, c'est\n                       Tout un genre humain occupé à vivre\n                       En ses villes pies d'hommes et d'enfants.\n\n   Il est des vierges au coin des rues, des drapeaux aux balcons des consu-\nlats. Dans les airs, tous les oiseaux : merles, pies, verdiers, étourneaux, passe-\nreaux et loriots, ramiers, vanneaux, émouchets, corneilles, corbeaux,\nalouettes, mauvis, mouettes,\n                            Et c'est alors un pays d'ailes\n                                   A ux hirondelles\n                                   Flandre des tours\n                              Et de naïf et bon séjour ;\n                            Et c'est alors un pays d'ailes\n                                   Et tout d'amour.\n  Sur mer, tous les bateaux :\n                        Car voici vos petits noms d'ailes,\n                        Les tartanes, les balancelles,\n\ngoélettes, frégates à guidons bleus, felouques, grands trois-mâts carrés,\nlougres, chalands et bricks, puis la mer monte\n                              Et bonne race\n                       Houlques, otters, botters, pinasses,\n                                   Ohé ! Ho !\n                       Le pilote a mis son chapeau,\n                              Passez la passe.\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                                   MAX E L S K A M P\n                                                                            449\n\n  Dans l'eau, tous les poissons\n                        Et vous verrez lors mes filets\n                        Et comme Pierre est secourable\n                        Aux jeudis qu'il veut favorables\n                        Pour la sole et le carrelet.\n\n  Sur terre, toutes les fleurs :\n                        Et chacun faisant son métier\n                        Voici planter le jardinier\n                               Selon sa vie,\n                        D'être aux plantes, avec ses mains,\n                        Doux et bon comme à des humains,\n                        Sous le soleil et sous la pluie.\n\n   Et c'est ainsi, toutes les existences, en un langage apparié à l'âme popu-\nlaire, d'une simplicité factice, d'anciennement transposée », simple traduc-\ntion souvent, semble-t-il, des locutions populaires flamandes et anversoises.\n   Anvers « maritime et d'hiver » prête à cet évangile de la bonne volonté\nle décor des tours, des chapelles, du port, des bars à gin et à whisky « aux\ndimanches ivres d'eau-de-vie », et des moindres emblèmes plébéiens — mas-\ntelles, images, médailles, coutumes — réunis en un curieux et pittoresque\nfolklorisme.\n   Mais s'il encourage de la sorte, en leur montrant la gaîté poétique et salu-\ntaire de leur vie, les doux travailleurs, matelots, menuisiers, remouleurs,\ngraveurs sur bois, dont il manie lui-même les outils pour parer de dessins\n frustes les pages de ses livres, Elskamp hait sans mesure tous les gâte-\n métiers : les vieilles gens égoïstes qui font taire la chanson des servantes, les\n levantins qui troublent le silence dominical des rues et les Juifs, honteux,\n qui parlent d'affaires,\n                         les très laids petits enfants juifs\n                         de teigne et d'induration.\n\n   Ce qui mêle souvent une tristesse infinie à la joie vivifiante du Livre où\n                         Selon son vœu, à chacun son toit\n                         En santé d'âme, de corps et de chair.\n\n                                                                 THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "              JOSEPH DUPONT\n\n                         La Manifestation du 5 Mai\n\n\n\n                  SIGNALONS aux amis de l'art la belle manifestation       en l'hon-\n                     neur de M. Joseph Dupont, qui depuis vingt-cinq ans\n                     a dirigé les Concerts populaires avec le succès qu'une\n                     ardente et profonde conviction artistique est seule capable\n                     d'assurer. Il a été couvert d'une triomphale avalanche de\n                     fleurs (ce n'est pas une figure), et, pour perpétuer le\n                     souvenir de ce jubilé, les traits du vaillant chef d'orchestre\n                     ont été reproduits sur la toile et en un médaillon par deux\n de nos artistes les plus distingués, Eugène Devaux et Jef Lambeaux.\n M. Dupont peut être légitimement fier de cette ovation tout empreinte de\n sincérité et de spontanéité. Avoir initié ses compatriotes aux beautés cachées\n d'œuvres remarquables, avant qu'elles eussent été définitivement consa-\n crées par la gloire, s'être attaché à faire connaître les drames wagnériens\ncontre lesquels partout à cette époque on nourrissait des préventions en\napparence indéracinables, avoir formé, éclairé, affiné le goût d'un public\nqui, au point de vue musical, est devenu l'un des premiers de l'Europe, tels\nsont les titres éclatants de Joseph Dupont à la reconnaissance des Bruxellois.\nEt s'il est vrai que la modestie est l'exclusif apanage des hommes de valeur,\najoutons que Dupont en donnait encore une nouvelle preuve lorsque pour\nles exécutions wagnériennes, il cédait parfois son bâton aux Richter et aux\nMottl, comme particulièrement aptes à interpréter la pensée du maître dont\nils avaient directement reçu les conseils et les indications.\n  Le programme du concert, dont le concours de Van Dyck et de Caron\nrehaussait l'éclat, se composait d'œuvres de genres fort divers mais toutes\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                              JOSEPH DUPONT                              451\n\n\nintéressantes. M. Dupont les a dirigées avec la grande autorité qu'on lui\nconnaît. L'éblouissante ouverture de Fidelio ouvrait le concert.\n   Puis M. Delmas de l'Opéra et l'admirable tragédienne Rose Caron,\nsecondés par le choral mixte de M. Soubre, nous firent entendre un beau\nfragment de VAlceste. L'idéale et radieuse héroïne d'Euripide, une des plus\ngrandes figures du théâtre antique, a inspiré à Gluck une œuvre noble,\nconçue en cette forme discrètement pompeuse dont il semble posséder le\nsecret, mais, à mon sens, elle ne saurait faire oublier que Gluck est avant\ntout l'auteur d'Orphée et Eurydice.\n   Nous avons écouté avec infiniment d'intérêt Le Chasseur maudit de César\nFranck. Vous avez tous lu ce morceau brillant de Charles Nodier intitulé Du\nFantastique en Littérature. Les grâces d'un style incomparable viennent parer\ncomme d'un manteau de fleurs cette étude substantielle et riche de pensées.\nIl y aurait peut-être aussi un chapitre bien intéressant à écrire sur le\nFantastique dans la Musique, et Le Chasseur maudit y aurait sans nul doute une\nplace d'honneur. La ballade de Bürger, très germanique en sa forme, tant\npar le cadre sombre et prestigieux où se déroule le drame que par les\ndétails du style distillant le vague effroi du surnaturel, n'en est pas moins en\nsa primordiale inspiration profondément philosophique et humaine. Le\nChasseur fermant l'oreille à l'harmonieuse voix de l'Ange, écoute l'appel du\nmauvais génie et court tête baissée vers l'Abîme. Ses chiens le dévorent, et\nson spectre plaintif apparaît la nuit dans les nuages poursuivi de sa meute\nimpitoyable. Pour rendre ces impressions d'outre-tombe, Franck a trouvé\ndes accents justes et grands, teintés par-ci par-là de réminiscences wagné-\nriennes. Mais je l'ai déjà dit dans une de mes précédentes études, quel\nmusicien peut donc de nos jours se soustraire absolument à cette prépondé-\nrante influence? Franck vaut surtout par ses dons de coloriste, il est un\nmaître consommé en cet art de sonorités saisissantes et d'une étrangeté\ninattendue, évoquant en nous des sensations fortes et puissantes. Je ne dis\npas qu'il ne soit encore autre chose, mais dans Le Chasseur maudit on ne\nsaurait guère apprécier que ce côté de son talent.\n   La cohésion, l'harmonieuse architecture manquent peut-être ici, quelque\npeu, et c'est souvent le cas des poèmes symphoniques à programme. Mais\nqu'importe ? Le but de l'auteur est atteint. L'auditeur est subjugué et res-\nsent l'invincible impression du Surnaturel. Il entrevoit, comme estompé à\ntravers les brumes d'un songe, je ne sais quel vague paysage nocturne que la\nlune argenterait de ses spectrales lueurs et que sillonneraient, en leur vol\nsilencieux, des milliers de blancs fantômes.\n  Excelsior ! ! Le troisième acte de Parsifal va dérouler devant nous ses\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": " 452                              DURENDAL\n\n\n\nineffables splendeurs. Le sang du Sauveur, divin baume d'expiation, a\narrosé le Golgotha de ses flots brûlants d'amour, et aussitôt la nature, ainsi\nqu'une fiancée, a revêtu sa plus douce parure. De ses rayons d'or, le beau\nsoleil de Dieu est venu réchauffer nos coeurs engourdis. Dans l'air tiède\nerrent comme des haleines d'ange, et les larmes du ciel qui emperlent le gazon\nont fait naître les fleurs. Telle, pour le chrétien, la Souffrance apparaît comme\nle vestibule du Bonheur. Puis, devant nos yeux, le cortège funèbre de\nTiturel passe, sombre et poignante vision. Koundry s'humilie. Amfortas\npleure sa faute. Mais le Rédempteur surgit dans une gloire d'apothéose.\nC'est Parsifal, le PUR, le SIMPLE, apportant à tous paix et pardon. Au\nmilieu de l'obscurité envahissant progressivement le Temple, le Vase\nsacré luit comme une escarboucie sanglante, et, dans un lointain de rêve,\nd'exquises voix d'anges, au timbre de cristal, font retentir les voûtes d'azur.\n\n\n\n                                                      GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "             DÉSASTRE OU DÉBÂCLE\n\n\n               PARAITRE à  son heure est une bonne fortune que\n                 peu de livres ont eue au même degré que le\n                 Désastre des frères Marguerite.\n                     Leur œuvre, parallèle à la Débâcle de Zola, en\n                  était aussi la réfutation. L a bonne étoile qui\n                  dirige leur carrière a voulu qu'au moment où\n                  leur livre venait aux vitrines des libraires, l'opi-\nnion en F r a n c e fût violemment excitée contre Zola. De là,\npartiellement, l'immense vogue d'un travail dont les qualités\nintrinsèques commandaient d'ailleurs un réel succès. Les frères\nMarguerite ont eu le rare bonheur d'être l'écho sincère de la\nprotestation nationale contre l'insulte faite par Zola à toute la\nFrance.\n  Dans la Débâcle il avait avoué l'intention de narrer la chute\ndans la boue du régime impérial, mais il y avait jeté le pays\nentier.\n   Croquis par croquis, toutes les classes étaient abîmées et, du\nhaut en bas, la nation et l'armée étaient livrées au mépris. Ici,\nc'étaient les soldats, ailleurs, les chefs; tous apparaissaient des\nbrutes lâches, veules et grossières, si bas, que la possibilité\nmême d'un relèvement disparaissait. En contraste, s'élevait la\nforce triomphante de la Germanie symbolisée, non sans com-\nplaisance, dans la fantastique et fort belle ascension de l'artil-\nlerie allemande escaladant les collines encerclant Sedan. L'on\nne sentait pas dans cette description, non plus qu'ailleurs, une\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": " 454                         DURENDAL\n\n\n\nâme française saigner à l'unisson de cette foule malheureuse\nqu'une fatalité livrait à l'anéantissement. C'était écrit, sinon\npar un ennemi, du moins par un simple « citoyen d'Europe. »\nQuelle joie pour les nations rivales, de voir Zola flageller ainsi\nl'armée, seule restée, jusqu'ores, indemne de ses flétrissures !\nD'ailleurs, Zola avait mis dans ce livre, son talent des bons\njours. Dans ses dernières œuvres ennuyeuses et lourdes, il n'a\nplus retrouvé le courant de vie puissante qui circule à pleins\nbords dans ce roman. Cette armée, cette nation étalées pour-\nries du haut en bas sont bien et largement traitées à grands\ncoups d'une main sûre. L ' h o m m e qui a su mettre sur pied un\ntel travail, avec une telle puissance de description, est vraiment\nmaître en son art et ses atteintes sont plus durement senties.\n   Au début, le public français fut h u m b l e et reçut le livre\ncruel comme une expiation; mais, dès avant l'affaire Dreyfus,\nici et là, naquirent des doutes sur la valeur documentaire de la\nDébâcle. Ce tableau des vaincus, si violemment porté au noir,\nparut trop sombre. D'Allemagne m ê m e , vint l'avis que les\nchoses ne s'étaient point passées de cette sorte et que les F r a n -\nçais de 1870 n'étaient pas aussi méprisables. L'antithèse\ns'imposait et nuls ne pouvaient être mieux accueillis dans cette\nœuvre de justification des vaincus d'alors que les fils de l'héroï-\nque général Marguerite, dont la charge désespérée et folle\narracha au vieux roi de Prusse un cri d'admiration. Zola avait\nécrit la Débâcle de l'armée de Châlons, les frères Marguerite\nnous disent Metz, ses victoires sans lendemain et sa fin déso-\nlante. Ils ne font pas d'apologie et confessent nettement les\nerreurs et les faiblesses. Cependant le sentiment que cette lec-\nture nous laisse est tout autre et non point désespérant comme\nl'impression sous laquelle les lecteurs de la Débâcle se sentent\ncomme écrasés.\n  C'est que Zola n'a point fait la part suffisante à la direction\nmauvaise d'abord et ensuite à cette fortune de la guerre qui se\nplaît tout déjouer. Les Marguerite remettent les choses au\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                     D É S A S T R E OU   DEBACLE           455\n\npoint. Ils ne prennent pas plaisir à étaler le corps en pourriture\nalors qu'il suffisait, pour justifier l'événement, de désigner la\npensée directrice vacillante et coupable. Ils écrivent sincère-\nment, impartialement; pourtant leur plume, franchement fran-\nçaise, n'égratigne pas la patrie sans raison. Ils n'éprouvent pas\ncomme Zola de la joie à crotter l'humanité et la race. Dans la\nnuit du désastre ils discernent l'aube, les forces vives d'où\nrenaîtra une Fiance plus forte et peut-être victorieuse. Ils sépa-\nrent le bien du mal et n'enveloppent pas tout dans une com-\nmune condamnation. Par cela, leur oeuvre est à la fois plus\nvraie et plus morale. Il n'est pas d'effondrement où ne se révè-\nlent des possibilités de salut. Les cacher systématiquement, c'est\noffenser la vérité et la morale. Quand l'on crie à tue-tête aux\nhommes qu'ils sont des brutes incapables de relèvement on les\nenfonce plus avant dans la fange où ils ont roulé. Il est des pro-\nblèmes historiques ou moraux où le lecteur cherche, avant\nmême l'émotion d'art, des certitudes historiques et une conclu-\nsion morale qui le guide. Les facultés de l'âme se trouvent sol-\nlicitées à des degrés divers où le souci de l'effet de scène vient\nen dernier ordre.\n   Or, Zola a traité son sujet exactement comme un autre de ses\nromans. Il a voulu un tableau poussé au noir et la partie lui\nétait faite bien belle. Seulement, il a forcé la note et en dépit\nde sa minutie de détails l'accroc donné à la vérité est trop tan-\ngible. L'œuvre n'en serait pas diminuée si la guerre de 1870\nn'avait pas existé ou n'était pas si proche de nous. Ce serait\nalors un roman mais il se fait que le public ne peut pas l'ac-\ncepter comme tel car il est hanté par la préoccupation exclusive\nde l'exactitude historique. Il exige aussi de savoir comment les\nmalheurs passés doivent éclairer sa route. Zola montre bien\nl'effondrement de la société impériale mais il ne saurait nous\ndire la morale de cette chute. Conscient pourtant des exigences\nde son sujet il présente, en conclusion, un paysan, un peu moins\ndégradé que les autres et qui va travailler cette glèbe de France\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": " 456                         DURENDAL\n\n\n\nflétrie par lui en un autre livre comme la mère féconde des\npassions mauvaises. Quelle insuffisance! Ainsi, doué comme\nbien peu, à force de s'être confiné à l'étude des seuls instincts,\nZola s'est trouvé en-dessous du complexe problème dont il\nannonçait la solution. Il a cru donner le change en accumulant\ndes traits soi-disant vécus, d'apocryphes croquis de faits mais il\nn'a pu longtemps égarer l'opinion.\n    Rien n'est plus exact que la remarque de Brunetière disant\nde Zola qu'il est le plus documentaire mais le moins documenté\ndes hommes et le plus appliqué mais le moins véridique des\nobservateurs. Evidemment, nul défaut ne pouvait être plus\ngrave et c'est par là surtout que l'infériorité du livre de Zola se\nm a r q u e vis-à-vis de celui des Marguerite. Ceux-ci ont les qualités\n maîtresses de l'historien : le souci du vrai et les hautes vues\n morales. Ils ont mis le doigt sur les fautes essentielles, celles\n de la tête. Ils ont su mettre un frein à la tentation, bien\n naturelle à l'écrivain d'une guerre, de déborder, en quelque\n sorte, sur leur sujet et de faire du roman quand la précision de\n l'historien était primordiale. L'émotion de l'écrivain français\n palpite à chaque ligne mais ils savent se défendre de tout atten-\n drissement et rester impartiaux. T o u t n'est point condamnable\n pour eux mais seulement ce qui engendra la catastrophe. Enfin\n au lieu de la critique dissolvante il se dégage du Désastre une\n leçon délicatement suggérée mais bien sensible pourtant de\n discipline sociale. L e u r œuvre est véridique, saine et morale,\n tandis que Zola n'a écrit qu'un roman pernicieux.\n\n\n                                             ARISTIDE   DUPONT.\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "       Forêt d'Argent\n\nLa neige féerique a blanchi le silence\nEt le calme éternel de la forêt. Les yeux\nDe la nuit lumineuse, irradient les Cieux ;\nDans L'or du clair de lune idéal se balance\nLa cîme des sapins et des houx argentés.\nLe diamant du givre, aux lunaires clartés\nAllume un diadème aux fronts larges des ormes.\nLes géants forestiers, de leurs spectrales formes\nTranchent sur la splendeur placide de la nuit.\n— Errante en les blancheurs du mensonger minuit\nUne cigogne rêve essorer parmi l'aube;\n— Un gigantesque cerf passe, froissant la robe\nD'hermine du taillis; il passe contemplant\nLes cristaux et les fleurs de l'hiver scintillant.\nIl s'avance superbe en la nef enchantée;\n Voici qu'ébloui par ces magiques décors,\nExtasié, levant ses grands bois, le dix-cors\nBrâme sa surprise à la forêt argentée.\n\n\n                              EDGARD    BONEHILL.\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "                   LETTRE PARISIENNE\n\n                  CE mois-ci, autour du nickelage compliqué des théières\n                    Anglaises, autour du grès ouvragé des chopes Allemandes,\n                    la guerre Hispano-Américaine fait ronfler toutes les con-\n                    versations.\n                       Autour du fragile miroitement des cristaux Parisiens, il\n                    n'en va pas de même. Sans doute, entre un Sandwich et un\n                   verre de Madère, il arrive de songer que ce Sandwich et\n                   ce Madère sont brouillés à mort, qu'à cette heure même,\nl'énorme escadre'Américaine cherche à joindre la rapide flottille Espagnole, et\nà l'assommer d'un coup de queue terrible comme fait un lourd cétacé luttant\navec un Narval alerte. Sans doute, à cette heure même, des cuirassés\nennemis, monstrueusement bourrés de bombes et de charbon, rôdent sur\nl'Océan « comme la foudre errant dans l'épaisseur des nuits ». Sans doute\nnotre sympathie, dans cette lutte inégale qui rappelle trop celle du pot\nde terre contre le pot de fer, ne va pas à ce dernier. Le sang vif et clair qui\ncoule dans nos veines latines applaudirait au triomphe du sang Espagnol,\nde ce sang énergique et brûlant comme le café, de ce sang de poète et de\nchevalier, sur le sang Américain, ce sang pâle comme l'eau et froid comme\nelle d'un peuple, le plus affamé et le plus grossier qui soit au monde. Il\nsemble qu'on voie ceci : Une caravelle à l'avant de laquelle, chantent\net rêvent les héros dont l'Espagne a doté l'Europe : Le Cid,qui nous a donne\nCorneille; Blanche de Castille qui nous a donné Saint-Louis; Saint-\nIgnace de Loyola et Sainte-Thérèse, qui nous ont donné la légion\nd'honneur du Catholicisme; le Gênois Colomb et le Gantois Charles-Quint,\nà qui l'Espagne a donné le monde et qui l'ont agrandi; Lope de Vega,\nCalderon, Tirso de Molina, ces poètes hardis découvreurs d'Idéal qui, par\ndelà les Colonnes d'Hercule de l'honneur antique, reculèrent les bornes de\nl'Idéal humain jusqu'à cette chose nouvelle : L'Honneur Espagnol.\n   Ces héros chantent à l'avant de la caravelle, et lèche leur front la flamme\njaune et rouge du drapeau, et, cependant, les Anglo-Saxons à la peau de fer,\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                           LETTRE PARISIENNE                            459\n\n\nà l'oeil glauque, à la denture implacable, nageant dans le sillage du noble\nnavire, recueillent les cadavres qui en tombent. Romantique allégorie !\n   Oui, voilà à quoi Parisiens et Parisiennes songent sans doute entre un\nSandwich et un verre de Madère. Mais l'affirmation de la prééminence\nEspagnole ramène les esprits à la Religion du Rêve et de la Beauté, et\nautour du fragile miroitement des cristaux Parisiens il n'est question que du\nSalon qui vient de s'ouvrir.\n   La fameuse statue de Balzac par Rodin est loin d'être le bloc informe que\nses détracteurs proclament. C'est une ébauche de grande allure, et comme\nla robe de la Victoire de Samothrace indique par ses plis l'aisance du Vol\nimmortel, tout autant le froc de Balzac, par ses manches tombantes et\ntoutes ses lignes affaissées autour du torse qui se bombe, du cou qui se\nrengorge et de la tête qui se renverse, dessine le dégagement du génie\ndominateur. Mais on ne retrouve dans la face creusée en trous d'ombre\ncomme la tête d'un rocher, rien de cette précision, rien de cette prodigieuse\nmyopie, rien de cette analyse à la loupe, qui fait, à mon sens, le génie de\nBalzac. Rodin a fait un Balzac visionnaire. C'est prendre Balzac pour un\nromantique, c'est juger Balzac sur la fougue de son style, c'est, à mon sens,\nse tromper du tout au tout sur la Comédie Humaine. De Rodin un groupe en\nmarbre : Le Baiser, œuvre parfaite, révèle l'intention curieuse de cacher les\ndeux visages sous les bras qui s'enlacent et d'affirmer ainsi le côté physique\net corporel du baiser.\n  Après Rodin, Constantin Meunier et Jef Lambeaux, deux Belges,\ndominent évidemment le Hall de la Sculpture. LAMBEAUX expose un Christ\nen bas-relief, dont les bras tordus et les côtes saillantes ont seulement le\ntort d'indiquer une agonie, tandis que la tête est d'un cadavre déjà entré\ndans l'apaisement définitif.\n  Le Semeur, de MEUNIER, dresse une tête petite aux traits forts, une tête\nantique, sur un corps dont le buste trop long et les jambes trop courtes\nmarquent la déformation infligée par la courbure héréditaire sur la glèbe.\nC'est toute la noblesse du paysan, car c'en est la pauvreté triste et simple.\n  Un grès bleuté de Samuel, dans sa manière ordinaire, attire beaucoup les\nyeux friands d'élégance. Avec une fontaine charmante d'Injalbert, c'est là\ntout l'intérêt des deux salons de sculpture. On voit que la Belgique y figure\nhonorablement.\n  La Peinture, pour leur réserver moins de triomphe, affirme pourtant le\nbon renom de nos nationaux. Le peintre d'Anvers, BRUNIN, expose un\nIntérieur somptueux mais huileux qui a l'éclat mais l'étouffement qu'on\nadmire tant chez Roybet.\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": " 460                               DURENDAL\n\n\n\n  CYRIL BUYSSE        (un soleil d'hiver frappant de rose une église dans une\ncampagne gelée) est aussi un Belge qui nous fait de l'honneur. En face d'un\nPuvis de Chavanne toujours égal à lui-même, s'étend le grand tableau de\nJEAN D E L V I L L E que j'ai déjà admiré à Bruxelles : Platon et ses disciples. De\nbeaux éphèbes nus, un horizon heureux, une robe rose infiniment plaisante,\nune vilaine perruque frisée qui donne à Platon la tête d'un Syrien marchand\nd'huiles, des arbustes et des fleurs traités avec trop de dédain, une compo-\nsition d'ensemble très haute et très idéale, c'est ainsi que cet art plaît\nmalgré ses grands défauts.\n  GILSOUL expose un petit bassin hollandais, que je crois       reconnaître pour\ncelui de Sluis. C'est exact, aimable et paisible.\n  Leempoëls montre par un petit tableau magnifique d'expression : Les\nEplorés, le beau talent qu'il a gâché dans l'lnitiation qui déjà m'horrifia à\nBruxelles. Les couleurs de ce peintre qui ont la dureté des peintures sur\nverre, ne lui permettront jamais la perspective nécessaire à une composition\nd'ensemble.\n   PAUL-ALBERT LAURENS, fils de Jean-Paul, expose une des meilleures\nétudes de nu, la meilleure même après celle de H E N N E R . Son frère, dans un\nHercule au Marais un peu sauvage a trouvé des verts pourris, des verts\npestilentiels, qui promettent un coloriste magnifique.\n   Les portraits sont nombreux, quelques-uns excellents, beaucoup laids\ncomme des Bonnat. Le portrait d'Hanotaux, par BENJAMIN CONSTANT, est\nhonnête. Un excellent portrait de Montorgueil par LOEVY est clair, précis,\nexpressif, vivant; il faut regretter qu'une lumière de vitrage y apporte un\npeu de crudité.\n   Mais le chef-d'œuvre du salon, c'est le tableau de DAGNAN-BOUVERET :\nLes Pélerins d'Emmaüs. Avec ce sujet si banalisé qu'il n'est presque pas un\ngrand peintre qui ne l'ait entrepris — une curieuse étude qu'une compa-\nraison entre les cinq ou six Pélerins d'Emmaüs qui décorent le Louvre! —\nDagnan-Bouveret a fait un chef-d'œuvre de douceur divine : Ce n'est pas le\nfantastique de Rembrandt, c'est une page de l'âge d'or : une lumière tendre\ncomme ce rayon vert qui est le dernier sourire des crépuscules d'été, une\nlumière veloutée comme une aurore glissant sur la mousse, une lumière\nfondue et pourtant éclatante rayonne du Christ infiniment doux qui est\nassis, le dos tourné à un horizon de pelouses lointaines. Les deux pélerins\nsont plus adorants et moins étonnés que ceux de Rembrandt. Ce sont deux\nhommes du peuple; le vieux, traité avec le bistre de Ribeira, le jeune, avec\nles traits très simples des ouvriers de Constantin Meunier. La servante,\njeune et voilée jusqu'aux yeux dans une draperie de couleur crème\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                          LETTRE PARISIENNE                             461\n\n\n\nd'asperge, — couleur seulement vue jusqu'ici dans un Memling d'Anvers, —\nadmire, elle aussi, la divine beauté qui transpire du Sauveur. Enfin, on\naura tout dit de ce tableau quand on croira qu'il a retrouvé dans l'Art le\nSens du divin et qu'il évoque tout l'Évangile.\n   Dans ma prochaine lettre, je parlerai des théâtres, car le Salon seul peut\nm'avoir empêché de dire, cette fois-ci, le bien infini que je pense de la\ncomédie de l'Aînée, au Gymnase, exquise satire des familles de clergymens\nprotestants, qui a sacré M. Jules Lemaître auteur dramatique charmant et\nM. Maver, le meilleur de nos comédiens.\n\n\n                                               MAURICE DE W A L E F F E .\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "                             LES LIVRES\n LA POÉSIE :\n   L ' A l m a n a c h des P o è t e s p o u r 1898. (Mercure de France.)\n   C'est une idée charmante de convier chaque année douze poètes à fêter les\n mois, et de former ainsi une anthologie, non de fragments épars et\n hors cadre, mais de poèmes écrits pour des panneaux désignés et consé-\n cutifs.\n   Francis Jammes dit à ses amis :\n                  Allez. Chantez les mois qui ne sont pas     Septembre.\n\n   Les almanachs précédents furent voués aux Graines, aux Fleurs et aux\nFruits. Celui-ci commente les Bêtes. Il n'est pas aisé de faire des vers sur les\nBêtes.\n   Toute prétention y serait déplacée. Ils exigent une simplicité absolue\net l'ordonnateur de l'Almanach eût bien fait de ne pas confier cette besogne\nà Saint-Pol Roux, à Rodenbach ou à R. de Souza. Il faut pour dire l'exis-\ntence, l'allure et la couleur des bêtes une âme naïve et des yeux d'enfants.\n   Il faut être Francis Jammes, Henri Gheon ou Tristan Klingsor.\n   Le premier explique Septembre :\n               Maintenant, je chanterai les animaux de ce mois\n               Qui sont les mêmes que ceux des autres, je le crois,\n               Mais je ne nommerai que les principaux,\n               A cause du papier qui coûte cher aux poètes.\n\n  Voici l'aliboron auquel les paysans aisés fichent des culottes, le coq, le\nbœuf lent, les roses génisses, la libellule bleue\n               Vibrant immobilement prés d'un jonc coupé en      deux,\n\nla chèvre à la barbe en pointe, les brebris, les hirondelles au fil du télé-\ngraphe, simplement énumérés, sans épithètes littéraires, ce qui est délicieux.\n   Henri Gheon nous fait assister à l'éveil des fermes et des fleuves en Février,\nmontrant le chat qui hasarde jusqu'à la cour son museau rose, le paon\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                                     LES    LIVRES                                  463\n\n\n mélancolique perché sur la herse, les pigeons bleus au faîte du toit guettant\n le vol des oies sauvages, tous les poissons dans les prairies inondées : la\n tanche d'argent et d'or, le brochet et la lotte, l'alose, la carpe agitant ses\n nageoires violettes\n                 Et le bœuf béat qu'on engraisse\n                 Pour une royauté de fêle\n                 Et qui à tout petit train, quittera la vie\n                 Conduit par des enfants sous des liens de roses,\n                 Attend insouciant les étés alanguis.\n                 Où l'on s'étend en plein midi\n                 Dans l'herbe haute.\n\n  Tristan Klingsor fait la chronique du moulin à vent et de trois petits fous\nde pucerons savants qui ont piqué la meunière et l'ont réveillée une aube de\nJuin... Dame Flore, pour aller vendre sa volaille au marché de la Saint-Jean,\nbâte, alors son baudet,\n                 Lui accroche deux paniers gris par l'anse :\n                 Met dans l'un des figues, des olives,\n                 Et des prunes de Provence,\n                 Et dans l'autre une oie de treize livres.\n\n   Combien artificiels, après des images aussi sincères, les cygnes et les\nblancs unanimes » du mois de Mai!\n   Les banalités qui nous entourent vibrent d'une poésie émouvante, à\ncondition de demeurer absolument banales. L'erreur eut été de dire moins\nplatement des choses aussi simples (1). Le sens de la vie en jaillit intact et\ndépourvu d'artifices.\n   Écoutez Jammes :\n                            . . . J'aurai passé sur la terre\n                 Et l'on m'aura appelé sceptique et poêle,\n                 Parce que j'aurai ri à force de pleurer,\n                 Parce que j'ai compris que Dieu est si grand\n                 Qu'il faut nous dédaigner devant lui en riant.\n\n   En outre, à ne pas peindre ce qu'ils voyent, mais à imaginer des spec-\ntacles < poétiques », la plupart ne décrivent guère le mois qui leur fut assigné\net se contentent de déplorer et d'énumérer les fraîcheurs vernales dont sont\ndépourvues leurs heures d'Automne et d'Hiver ou de se féliciter en Avril\nd'avoir passé les bises de Novembre et le gel de Janvier.\n   Cette description « par contrastes » devrait, moins qu'ailleurs, trouver\nplace en un recueil de poèmes qui se complètent les uns les autres, et que\n\n  (1) Les Poètes mystiques : FRANCIS JAMMES. Le Spectateur catholique,   janvier 1898, par\nAdrien Mithouard.)\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "  464                              DURENDAL\n\n\n\ndoublent même des extraits de Roucher opposant les vocables, la technique,\nles idées de deux siècles, car, sous prétexte d'analyser Janvier, Juillet ou\nNovembre, on célèbre les saisons où ils figurent, celles surtout dont ils sont\nexclus.\n\n   E n t r e v i s i o n s , par CHARLES VAN LERBERGHE (Bruxelles, LACOMBLEZ).\n   Quelques vers épars dans les revues et les mémoires amies avaient suffi,\ndepuis les Flaireurs, à faire de M. van Lerberghe une des figures les plus\naltières de la littérature d'aujourd'hui.\n   Loin du tapage des cénacles, indifférent aux vaines querelles, il a poursuivi\nson rêve et réunit enfin ses meilleurs poèmes — en une édition discrète et\nluxueuse — sous un titre qui n'en dit pas assez la grâce émue et charmante.\n   Evadée de la vie réelle et quotidienne qui lui pèse, son âme s'est réfugiée\ndans le songe. Tout y est vague, imprécis, harmonieux.\n   Une gaze légère, rose et transparente y voile, en les estompant, la\ndémarche et les attitudes divines des ombres bienheureuses qui, lentes,\npassent dans un décor doré.\n  Autour « de ces formes que l'air déforme et prolonge » circule dans les\nparcs silencieux, dans les jardins de nuits d'été, brouillard de lumière et\nd'ombre diaphane,\n                       Une tiédeur ombreuse el   dormante.\n\n   Près des fleurs troublantes, le poète se plaît aux jeux des nymphes, à\nl'apparition des fées et aux venues de l'amour. Selon le vers de Gœthe\nqu'il a pris en épigraphe : « Les regards de ses yeux touchent les choses\nque ses mains aperçoivent; » le soleil éclaire les roses\n\n                      Et les rayons sont la traîne\n                      De quelque invisible reine\n                      Que suit son page le Silence.\n\n  Parfois de brèves légendes, des chansons ou des rondes, interrompent la\ndescription des somptueuses arcades florales ou des rêves de bonheur. Méta-\nmorphoses, sortilèges, interludes, rayonnements, tout exprime la même joie\ninquiète et fervente :\n                      Et sa voix divine a chanté\n                      En son mystérieux   langage\n                      Le doux songe de la Beauté\n                      A travers de pâles images.\n\n  L e s S o n n e t s de P i m o d a n , par le duc DE PIMODAN RARECOURT (Paris,\nVANIER.)\n  Recueil de sonnets de circonstance, célébrant la Grèce, Ménélik et la\n"}, {"page_pdf": 520, "texte": "                                   LES LIVRES                             465\n\n\n\n Russie, qui fait pousser ce cri sublime à un artilleur après la revue de\n Châlons :\n                J'ai vu, je puis mourir, c'est assez pour ma vie...\n                Mes yeux ont rencontré les pâles yeux du Tsar!\n\n   E t c h a n t a la Fouillée. — La Belle D o u l e u r . — L u c a n i e . —\nTrois plaquettes, par C H . BERNARD.\n   M. Bernard lorsqu'il n'est pas immoral — ce qu'il considère comme une\nqualité, me suis-je laissé dire, — adresse à la lune et aux feuilles des vers\nforts aimables. Ils sont toujours très bien imprimés, sur hollande, et la cou-\nverture de Lucanie est charmante. On dirait d'un œuf de Pâques, bleu et\nblanc.                                                             T H . B.\n\n LE   ROMAN :\n\n   H i s t o i r e s p é n a l e s , par HENRY ALLAIS (Paris, CALMAN-LÉVY).\n   Une série de contes évoluant dans la vie judiciaire, d'une pensée person-\nnelle et d'une langue savoureuse. M. Allais fut tenté surtout par le côté\nénigmatique et mystérieux inhérent à tous les problèmes de la culpabilité et\nde la répression, et sa sensibilité imagine et approfondit et met en relief des\nsituations qu'eût affectionné l'âme inquiète de Poé et de Villiers de l'Isle-\nAdam... En somme un livre intéressant dans un genre non banalisé.\n   H e r o , par ISABELLE KAISER (Paris, PERRIN).\n   Une histoire d'amour : une orpheline, voyageant en Suisse, s'éprend d'un\npêcheur ; celui-ci est marié à une folle ; l'amour réciproque des deux héros\nreste pur, car ils se séparent au seuil de la tentation et meurent l'un loin de\nl'autre... Le livre, comme on voit, n'a pas demandé grand frais d'imagina-\ntion ; mais il est d'un style exquisement rêveur et chatoyant de coloris. Et\nsurtout, si scabreux que soit le sujet choisi par M1Ie Kaiser, il faut la louer\nde l'avoir traité avec une remarquable et écrasante délicatesse de touché.\n  L a F e m m e i n q u i è t e , par J. Bois (Paris, OLENDORFF).\n   Ce livre se pourrait intituler : L'Occultisme dans le Féminisme... Avec une\nimagination féconde et un réel talent, M, Jules Bois évoque une série de\ntypes féminins dont les inquiétudes sont plus artificielles qu'humaines, plus\nexceptionnelles que profondes, plus nerveuses que psychologiques... La\nfemme inquiète de M. Bois est une poupée bien habillée, mais une poupée,\net la bizarre mécanique intellectuelle dont l'auteur l'a dotée ne saurait\ndonner l'illusion de la vie — de la vraie vie, forte et saine.\n  L'Orchidée, par J. SAGERET (Paris, P E R R I N ) .\n  Périodiquement paraissent des livres où des < gensdelettres > se peignent\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": " 466                                DURENDAL\n\n\n\nl'un l ' a u t r e . . . Et d'ordinaire le portrait n'est pas flatté.. . Voici la mono-\ngraphie très âpre et très fouillée du pornographe littéraire... M. Sageret le\nsitue dans son milieu — et cela l'entraîne naturellement à des descriptions\nrien moins qu'édifiantes — et le montre dominé, absorbé, vinculé par le\nmétier et le lucre. .. En vain le remords, la pudeur, la dignité le sollicitent-\nils à remonter la pente fatale; il est entraîné par la force acquise et s'em-\nbourbe de plus en plus dans la v a s e . . .\n   Si les détails de ce livre requièrent des réserves formelles, il ne faut point\ncontester la courageuse et fustigante et implacable indignation avec laquelle\nM. Sageret a mis à nu et scruté ce coin scatologique de nos mœurs litté-\nraires contemporaines... Et l'Orchidée ainsi préfère une moralité qui, pour\nêtre spéciale, n'en mérite pas moins hommage.\n\n   L a P o r t e d'Ivoire, par BERNARD LAZARE (Paris, COLLIN).\n   Transposer les aspirations modernes et parmi elles les plus violentes et\nles plus nuancées dans un symbolisme dont les images, empruntées aux\ncivilisations disparues, sont évoquées en un genre tout d'impassible hiéra-\ntisme — ce peut être là une tentation neuve et curieuse par le contraste\nmême entre le moyen et le b u t . . . Mais ce procédé qui limité à quelques\npages peut intéresser, fatigue et agace quand il est étendu à une scène\nentière... Et l'énervement redouble quand on découvre que cette première\nmanifestation dans l'esprit de système se double, chez M. Bernard Lazare,\nd'une méthode sommaire qui consiste à vouloir imposer sous le couvert de\nmythes lointains et splendides des idées philosophiques qui, dans leur\nnetteté et leur crudité, répugneraient à la plupart.\n  M. Bernard Lazare va-t-il foncier une école nouvelle : le symbolisme\nyoutre?\n\n   L ' É t o i l e R o u g e , par PAUL LECLERCQ (édition du Mercure de France).\n   Une jolie touffe de contes, véritables poèmes en prose chansonnante, scin-\ntillante et rêveuse, d'un psychologisme exquis, ténu, un peu mièvre parfois,\ndans un cadre de nature finement croquée, avec un discret parfum d'exo-\ntisme.\n   Un gentil bibelot d'étagère.                                       F . V.\n\n  L a P a y s e , par CHARLES L E GOFFIC. (Paris, ARMAND COLLIN.)\n  Vers le même temps que les sept jeunes lorrains de M. Barrès, voici\nd'autres déracinés échouer à la besogne de bien vivre. La catastrophe serait\nnécessaire : en s'arrachant à leurs origines, ils s'interdiraient d'exister.\n  Sans doute, en tant qu'absolue, cette thèse est fausse et André Gide a\n"}, {"page_pdf": 522, "texte": "                                    LES   LIVRES                          467\n\n  raison, disant : « Déracinement, peut-être école de vertu... dépaysement,\n  déracinement, il faudrait pouvoir en user selon les forces de chacun. Mais,\n  pour le cas de ce livre-ci, elle n'affirme pas moins la vérité. Le Celte\n  — il s'y agit d'eux — ne se prête point à l'acclimatation ; coupé de son\n  milieu, c'est moins qu'un homme, une larve errante et douloureuse... »\n  Aussi Mône, la bretonne de Lannion, pour avoir voulu devenir Française »\n finit-elle plus mal que Racadot. Et toute sa pitoyable et banale aventure :\n comment séduite par les élégances d'un romancier de music-hall, elle\n délaisse son promis et comment, après les peines les plus dures, elle le\n retrouve dans la mort; tout cela n'est que le prétexte à cette histoire autre-\n ment lamentable et exacte de l'émigration bretonne vers les cités et les ports.\n Ses vies grises et patientes, ses turbulences lointaines et bariolées, son rêve\n sentimental et illusoire du retour heureux au pays emplissent le livre. La\n vieille Annan débite des crêpes dans une venelle havraise. A Nagasaki,\n marins bretons et anglais s'assomment au seuil des maisons vertes. Hervé\n Legall, tout au dessein de revenir un jour à Lannion, tient la main de Mône,\n « cette main petite et gantée de filoselle qui était comme un joli oiseau dans\n ses pauvres patoches de gabier ».\n   Ce sont là les épisodes auxquels conviennent les notations discrètes et\njustes comme celle-ci, et ces locutions du terroir qui donnent aux phrases\n une allure singulière et agréable, et ce récit minutieux, à peine appesanti\npar une documentation parfois trop appuyée.\n   Les pages lues, parmi la songerie anxieuse un peu, d'autres graves\nquestions se précisent : de quelle manière le roman catholique dira-t-il toute\nla vie? Nulle réponse qui tranche net... Mais pourquoi tâcher à construire\nde vaines théories devant cette bonne trouvaille d'une réalisation?\n  L a S o c i a l i s t e , par P . DUBOST. (Paris, PERRIN et Cie.)\n   Des livres récents exprimèrent l'aspect de beauté des usines, des soirs de\nmeeting et des tumultes populaires : Paul Adam nous initia au Mystère des\nFoules et Jules Destrée raconta Une Campagne au Pays Noir.\n  Le sujet ici développé : l'effort du catholique, homme d'oeuvres, pour\nconduire l'action du prolétariat selon l'équité, ce sujet donnait occasion à\nM. Dubost de nous révéler à son tour les mêmes spectacles pathétiques; en\nplus d'émouvoir le lecteur par la vie du héros irrésolu qu'on imagine être\nAlain Jousset, le personnage de ce roman.\n  Vaines imaginations, hélas! L'histoire présente est des plus médiocres;\nparmi les décors arbitraires ou ridicules des pantins récitent des lieux\ncommuns, mus par la seule nécessité d'atteindre la deux cent cinquantième\npage, et c'est tout.\n"}, {"page_pdf": 523, "texte": "  468                              DURENDAL\n\n\n\n   Histoire de M. Aristide Truffaut, artiste découpeur, par E. GLE-\nSENER. ( Mercure de France.)\n   A. Truffaut, naguère, remportait les premiers prix au concours de culot-\ntage de pipes. Soudain il se passionne en héros pour un art ignoré : le décou-\npage. Puis tout rentre dans l'ordre et les scies ne serviront plus qu'à découper\nles fiches où on inscrira lé nom des poiriers. Mais entretemps Truffaut s'est cru,\nun instant, semblable aux génies, aux poètes. Ce vertige a brouillé les pro-\nportions dans la vie quotidienne du monde petit-bourgeois où il vit, de\nmanière à nous suggérer discrètement les ironies les plus dissemblables.\nUn instituteur politicien discourt avec tout le bon sens d'Homais. Le cri\nd'une fillette : \" Tiens, c'est Noël aujourd'hui \", clôturant le récit d'une\ngoinfrerie familiale est aigu comme tel : \" Doux pays \" de Forain. Il y a\nla réunion champêtre où le fiancé déclame la Grève des Forgerons. Il y a vingt\nautres épisodes narquois ou féroces. .. Et ainsi ce volumet écrit avec on ne\npeut plus de minutie et d'exactitude atteint — quoiqu'il faille concéder à\ncertains le droit de ne pas aimer de tels livres, à première réflexion, stériles\n— atteint, ou du moins à très peu près, à la perfection.              L. F.\n\nLE THÉÂTRE              :\n    HENRIK IBSEN : Jean-Gabriel Borkman — drame en quatre actes.\n Traduction du comte Prozor. (Paris, PERRIN et O.)\n    Ici ce n'est plus du symbolisme, comme dans Brand, mais bien un drame de\n vie sinon courante au moins possible et vécue. Borkman ou l'« illusionné »,\n le lanceur d'affaires, l'homme énergique qui a fait craquer un peu le manteau\n de la morale coutumière pour être plus à l'aise, a fini par tomber, parce que\n la société sur laquelle il comptait n'a pu, étroite comme elle est, fournir assez\n de terrain à son élan. Et maintenant il vit presque seul dans l'amertume\n'de son regret, rejeté par une femme honnête et dure, méprisé par son fils,\n aimé et compris seulement par la sœur de sa femme, sacrifiée jadis à son\nambition. Intérieur du nord, consciences et volontés inhabituelles à nous,\nmais si intéressantes et rendues avec un réalisme des plus vivant. Les\nsituations fortes, les caractères admirablement campés, la logique de l'action\nfont de ce drame écrit dans une langue fort claire une étude très attachante\nde quelques âmes de là-bas.                                            G. B.\n\nLA PHILOSOPHIE :\n  La Philosophie de Nietzsche, par HENRI LICHTENBERGER. (Paris,\nALCAN, 1898.)\n  Il peut être très utile, le petit volume de M. Lichtenberger; car on y voit,\n"}, {"page_pdf": 524, "texte": "                                  LES   LIVRES                             469\n\n\n peinte d'après nature, une intelligence qui chancelle et titube pour avoir\n voulu déplacer le centre du monde intellectuel et moral.\n    « Tous les dieux sont morts; nous voulons à présent que le Surhomme\n vive! » disait Nietzsche. — « En perdant son Dieu, Nietzsche s'était trouvé\n lui-même ! dit M. Lichtenberger.\n    Oh! le pauvre! En se trouvant lui-même, que de navrante déraison il a\n trouvée !\n   Que si l'on rencontre dans cette philosophie nietzschéenne des traits qui ont\nde la grandeur, ne les reconnaît-on pas pour des lambeaux mal démarqués\ndes idées chrétiennes : Das schnelkte Thier das euch tràgt zur vollkommenhei\nist Leiden. « La monture la plus rapide pour aller à la perfection c'est la souf-\nfrance ». N'est-ce pas la paraphrase du mot de l'Imitation : Non est altior via\nsupra, neque securior infra, quaui via sanciœ crucis. \" Il n'est point de voie\nplus sublime, il n'en est point de plus sûre que celle de la Croix \". Que\nNietzsche n'ait vu dans la morale chrétienne qu'une morale d'esclaves, c'est\nce qui prouve qu'il n'a jamais compris ce qui en est l'essence et tout ce\nqu'elle renferme de grandeur et de fierté.                        M. DE B.\n\nDIVERS :\n\n    L e s Criminels dans l'Art et la Littérature, par ISIDORE MAUS\n (Société belge de Librairie).\n   Peut-être n'a-t-on pas oublié qu'ici même, l'an dernier, nous signalâmes\nl'ouvrage dans lequel M. Enrico Ferri, un des plus brillants et des plus fou-\ngueux disciples de Lombroso, entreprenait d'utiliser, pour la démonstration de\nses doctrines anthropologiques, les chefs-d'œuvre de l'Art et des Lettres. Il\naffirmait que les intuitions du génie avaient devancé, dans l'étude du criminel,\nl'expérience scientifique et prétendait découvrir, dans les œuvres les plus\ngéniales, la confirmation du système lombrosien. Le péril d'une thèse\npareille est évident : elle montre, en effet, dans les maîtres dont s'enor-\ngueillit le plus l'humanité, des précurseurs, conscients on non, d'une doc-\ntrine qui, par la négation du libre arbitre, dégrade l'homme.\n   Aussi M. Maus a-t-il eu raison de s'attaquer à la thèse audacieuse du\nprofesseur italien. Il signale, d'abord, que M. Ferri fausse historiquement\nla portée des œuvres dont il fait état. Si certaines données de psychologie\ncriminelle se trouvent les mêmes dans la science et dans l'art, rien n'auto-\nrise à conclure que l'art ait jamais tiré de ces données les déductions que\ntelle ou telle école anthropologique prétend en tirer aujourd'hui; ces œuvres\nd'art, tout en corroborant par leur témoignage tel ou tel fait généralement\n"}, {"page_pdf": 525, "texte": " 470                             DURENDAL\n\n\n\nadmis, restent étrangères aux disputes scientifiques que suscite l'interpréta-\ntion de ces faits. Au surplus, si l'on songe que l'art vit avant tout du drame\nmoral, des conflits de la passion et du devoir, les théories matérialistes et\nfatalistes professées par les lombrosiens apparaissent anti-esthétiques au\npremier chef; tout artiste les doit répudier.\n   Il nous est impossible de résumer toutes les considérations que fait valoir\nM. Maus à l'encontre de la thèse de M. Ferri. Bornons-nous à reproduire\nla conclusion de son travail : \" L'étude du criminel tel qu'il est représenté\ndans l'art et la littérature donne matière à des observations vraiment\ncurieuses. Mais il faut y ajouter des généralisations hâtives, des déductions\nétrangères à l'œuvre artistique et enfin l'esprit de système, pour y trouver\nune certaine confirmation des théories anthropologiques de l'école italienne \".\n  Tous les esprits impartiaux reconnaîtront que cette conclusion est abon-\ndamment justifiée.                                             M. D.\n\n   I l Camposanto di Pisa. par I. B. SUPINO (Fratelli ALINARI, Editori,\nFlorence).\n   C'est à juste titre que la place solitaire où se trouvent réunis à Pise\nle Dôme, le Baptistère, la Tour penchée et la Campo Santo est regardée\npar les artistes comme une des merveilles du monde. Chacun de ces monu-\nments aurait droit à une monographie complète, et c'est pourquoi nous\ndevons être reconnaissant à M. Supino et aux Fratelli Alinari, ses éditeurs,\nde nous avoir donné dans un volume orné de nombreuses reproductions\nune description détaillée et intéressante du Campo Santo. Malgré les ravages\ndes temps et des hommes, malgré les restaurations impies qu'on leur a fait\nsubir, les admirables fresques de Benezzo Gozzoli, qui ornent tout un côté\nde ce délicieux et pieux cloître de la Mort, restent l'œuvre la plus accomplie\net la plus enchanteresse de l'incomparable disciple de Fra Anglelico. Quelque\nsoit la beauté des fresques de Florence, de Montefaleone et de San Gimi-\ngnano, elles n'égalent pas comme science décorative celles du Campo Santo\nde Pise. Aucun peintre n'eut, à mon avis, une entente aussi parfaite de la\ncomposition, et c'est à Pise surtout que dans les fresques de Benezzo nous\nvoyons cette harmonie délicieuse entre le paysage, les architectures et les\nfigures. Et comme dans celles de Florence et de San Gimignano, nous\nretrouvons la tendresse et la joie que Benezzo met en tout ce qu'il peint. En\négale sympathie avec tout ce qu'il voit, il a peint tout ce qui l'entourait; le\nciel toscan, les montagnes, lès arbres, les hommes, les femmes, les adoles-\ncents, les vieillards, les enfants, il a peint tout cela avec un égal amour et\nun égal bonheur. Le livre de M. Supino, qui consacre tout d'abord une\n"}, {"page_pdf": 526, "texte": "                                 LES REVUES                                471\n\n\n\nintéressante notice au cloître lui-même, donne ensuite une description\ndétaillée des fresques de Benezzo et de celles des autres peintres qui ont décrit\nle monument. Très documenté, relevant nombre d'erreurs commises par ses\ndevanciers de l'attribution des fresques qui ne sont pas de Gozzoli, le livre\nde M. Supino a son utilité toute indiquée à tous ceux qui désirent se faire\nune idée du Campo Santo et de ses trésors, comme aussi à tous ceux qui, ne\npouvant les revoir, doivent au moins préciser leurs souvenirs.\n                                                                  0 . G. D.\n"}, {"page_pdf": 527, "texte": "                          LES REVUES\n\n  LA R E V U E G É N É R A L E : Huit merveilleuses reproductions de Rem-\nbrandt, adéquatement commentées par M. Ernest Verlant.\n\n   LA QUINZAINE : Le Château de Chantilly, aperçu historique et artis-\ntique par M. Paul Gaultier.\n\n   L E SILLON : Louis Veuillot, étude par M. François Laurentie, fort bien\nfaite, mais qui a le tort de rentrer dans de vieilles querelles politiques sans\nintérêt.\n\n   LA R E V U E BLANCHE : La Technique de Delacroix, par M. Paul Signac,\nle peintre impressionniste qui, se cherchant des ancêtres, s'efforce ingénieu-\nsement de rattacher son art à celui du maître du Massacre de Scio.\n\n   L E MERCURE DE FRANCE : La Statue de Balzac, par André Fon-\ntainas, et le commencement d'un drame d'Auguste Strindberg : Margit.\n   N. B. Au cours d'une chronique \" morale et religieuse \", M. Charbonnel\nse compare modestement à Lamennais.\n\n   L'ART MODERNE : Un courtois et juste hommage à Prosper de Haulle-\nville, avec ce joli mot de la fin : « Rien de banal n'amoindrissait ce cerveau\nqui, s'il n'atteignait pas les grandes hauteurs, se tenait obstinément sur les\npaliers que fréquentent les belles mentalités. »\n\n  L'ERMITAGE : Judaïsme et Révolution, par Hugues Rebell; Heure blanche,\npar Raymond Crussard.\n\n  ANTHOLOGIE R E V U E : De la simplicité de Langage,             par Francis\nJammes; Les Pierrots, par Pietro Lucini.\n\n  L ' E F F O R T : Un chapitre de fine et vivante raillerie : On détrousse\nM. Barres au Coin d'un Bois, par Jean Viollis.\n\n  R E V U E N O U V E L L E : Nous venons de recevoir le premier fascicule de\ncette revue. A lire : un joli conte de Blanche Rousseau.\n"}, {"page_pdf": 528, "texte": "                            NOTULES\n\n    Reçu le compte-rendu du Congrès littéraire de la Lutte.\n    La discussion, on se le rappelle, porta sur quatre formules d'art : l'Art\npour l'Art, l'Art social, le Naturisme, l'Art pour Dieu.\n    Après une \" introduction \" d'un délicat et poétique symbolisme, par\n G. Virrès, M. Valère Gille exposa avec grande netteté le credo traditionnel\n de la Jeune Belgique; M. Picard improvisa, autour de l'Art social, de bril-\n lantes et fort curieuses variations, très divergentes, sinon contradictoires\n avec des théories soutenues jadis par l'éminent évolutionniste. M. Montfort\n fut pompeux et un peu vague dans le développement du naturisme. Enfin\n M. G. Ramaekers parla de l'art pour Dieu avec une belle, ardente et juvé-\n nile éloquence.\n    A l'occasion de ces diverses contributions, des débats intéressants eurent\nlieu : retenu un discours de M. Ned, topique démonstration de l'inanité de\nl'art pour l'art, pris comme formule absolue; M. Richaume parla du natu-\nrisme mieux et plus clairement que M. Montfort; et M. P. Mussche nous\nsemble bien, en toute cette discussion, avoir donné, à propos de l'art social,\nla théorie artistique la plus approximativement juste.\n   Un M. Bernard proféra quelques blasphèmes — peu péremptoires.\n   Contrairement au projet préventivement annoncé, nul vote ne fut solli-\ncité sur les systèmes en présence.\n   On fit bien, à notre sens : toutes ces formules (ne faudrait-il pas dire toutes\nles formules?) renferment une part de vérité, mais toutes ont le tort, en\nspécialisant la notion de l'art et en l'orientant vers un sens trop déterminé,\nd'être restrictives par quelqu'endroit.\n   Quoiqu'il en soit, le numéro que vient de publier la Lutte est d'un réel\nintérêt en ce qu'il condense en quelques pages l'histoire des idées artisti-\nques depuis dix ans.\n\n\n  M. Ferdinand Brunetière promène, de ville en ville, trois conférences\nsur le naturalisme...\n  Des éreintements 'corsés — naturellement. Rien de bien neuf au demeu-\nrant et qui ne fut publié en substance — depuis des années — dans la\nchronique périodique de la Revue des Deux Mondes.\n"}, {"page_pdf": 529, "texte": " 474                              DURENDAL\n\n\n\n   II paraît que M. Brunetière est sur la voie du retour au catholicisme...\nNous nous en félicitons et nous l'en félicitons... La première étape de cette\névolution est marquée toutefois chez l'éminent critique, par un accès aigu\nde \" port-royalisme \".\n   Qu'on en juge par cet extrait d'une de ses causeries, sur « l'immoralité\ninhérente d'après lui à tout art » :\n   « Une cause d'immoralité qui saute aux yeux, c'est que toute forme d'art\nest obligée, pour atteindre l'esprit, de recourir à l'intermédiaire, non seule-\nment des sens, notez-le bien, mais du plaisir des sens. Pas de peinture qui\nne doive être avant tout une joie pour les yeux! pas de musique qui ne\ndoive être une volupté pour l'oreille! pas de poésie qui ne doive être une\ncaresse! et là même, pour en faire la remarque au passage, là, est une des\nraisons des changements de la mode et du goût.\n   » Il résulte de là plusieurs conséquences : et c'est ainsi qu'on a vu, — je\ndis dans l'histoire, — l'art, livré à lui-même et ne cherchant sa règle qu'en\nlui, poésie, musique ou peinture, dégénérer rapidement en un ensemble\nd'artifices pour émouvoir la sensualité. On ne lui demande plus alors, il ne\nse soucie pas lui-même que de plaire, et de plaire à tout prix, par tous\nles moyens; et, littéralement, d'un conducteur ou d'un guide il se change en\nune espèce d'entremetteur.\n   » Pénétrée du sentiment du « beau », l'Italie a été jusqu'à trouver de la\nbeauté dans le crime. Elle a reconnu dans un crime bien fait, hardiment\nconçu, habilement exécuté, audacieusement avoué, des mérites analogues à\nceux qu'elle applaudissait dans ses œuvres d'art. Comment cela? Vous le\nvoyez peut-être. C'est en distinguant et en divisant l'indivisible, en séparant\nl'inséparable, en dissociant la forme d'avec le fond, c'est en transportant\ndans l'exécution tout le mérite de l'art. Aussi longtemps que cette tendance\na trouvé son contrepoids dans la sincérité du sentiment religieux, du senti-\nment moral, du sentiment social ou politique, elle a produit, elle a\nlégué au monde les chefs-d'œuvre que vous savez, depuis la Divine\nComédie de Dante, jusqu'à la décoration de la Sixtine. Mais à mesure que la\ntendance a pu se développer librement, à mesure aussi a-t-on vu commencer\nla décadence de l'art, et la décadence de la moralité suivre celle de l'art.\nC'est une première preuve, à mon avis, — une preuve par les faits, une\npreuve par l'histoire, — que toute forme d'art renferme un principe d'immoralité;\net c'en est donc une aussi qu'à l'obligation où il est de ne pouvoir s'adresser\nà l'esprit que par l'intermédiaire du plaisir des sens il faut que l'art oppose\nune sage défiance, dont le premier point sera de ne jamais chercher son\nobjet en lui-même. »\n   Les gazettes quotidiennes se pâment d'admiration devant ces considéra-\ntions à la Savonarole; M. Brunetière, qui fait la leçon à tout le monde, est\nen train de rendre des points aux théologiens moraux; il a inventé un péché\nnouveau — et évidemment capital : faire de l'art .. Présentée sous les\nauspices de la Revue des Deux Mondes, l'invention mérite brevet !\n"}, {"page_pdf": 530, "texte": "                                   NOTULES                                 475\n\n   Au moment où toute la presse catholique délirait ainsi en l'honneur de\nM. Brunetière, chargé, après la Banqueroute de la Science, de prêcher la\nBanqueroute de l'intellectualité, il faut savoir gré au Journal de Bruxelles\nd'avoir élevé cette éloquente et courageuse protestation contre les noires\nprédictions de l'académicien-curateur :\n\n    « Quel gain espère-t-on recueillir du discrédit jeté sur les intellectuels ?\nEt si l'on pouvait parvenir à supprimer les savants, les philosophes, les\npoètes et les artistes, par qui les remplacerait-on? On n'a déjà diminué que\ntrop de puissances, mis en discussion que trop de choses essentielles. Et\ncomment ne s'aperçoit-on pas qu'à livrer tout cela par la voie des journaux\naux risées et à l'irrespect de la foule, on prépare des défaites accablantes ?\n    Il ne faudrait cependant pas confondre l'intellectualité avec la pornogra-\nphie, et les écrivains qui déshonorent les Lettres avec ceux qui les servent.\nC'est pourtant ce qu'on fait en parlant, sans discernement, de la banque-\nroute des intellectuels. Cette banqueroute est d'ailleurs purement imagi-\n naire. L'influence de l'intelligence sur la vie générale peut subir des éclipses,\nelle ne disparaît jamais totalement. Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, les\n beaux livres, les grandes revues et les grands journaux ne cessent d'exercer\n une action sur les milieux prépondérants, lesquels à leur tour réagissent sur\n les autres. Mais cette action peut être plus ou moins étendue et plus ou\n moins profonde, et c'est un grand mal quand elle l'est moins. De Vinci à\n Burne-Jones, de Pascal à Taine, d'Ambroise Paré à Pasteur, de Dante à\n Lamartine, se continue la lignée princière des grands esprits modernes, des\n intelligences royales en qui les grandes choses prennent naissance. Par\n delà les siècles, cette lignée rejoint l'ascendance des génies de l'antiquité.\n C'est quand l'intellectualité apparaît que la barbarie prend fin, et une épo-\n que est d'autant plus rayonnante qu'elle est plus intellectuelle. Quand nous\n appelons le siècle de Louis XIV le grand siècle, nous songeons non aux vic-\n toires de Rocroi et de Fleurus, mais à Bossuet, à Racine, à Corneille, à\n Lesueur.\n     Les progrès matériels ont leur importance et leurs bienfaits; ils peuvent\n  même, et c'est le cas à notre époque, emprunter aux circonstances qui les\n accompagnent une véritable grandeur. Mais il y a, dans les oeuvres et les\n diversités des intelligences par qui elles se réalisent, une hiérarchie certaine\n  et indestructible; et l'invention du téléphone et l'application de la vapeur à\n  l'industrie importent moins à la grandeur de l'humanité que la conception\n  de l'Iliade et de la Cène, que la construction des temples grecs et des cathé-\n  drales gothiques.\n     Après la Religion, qui n'est d'ailleurs pas autre chose que le rayonnement\n  en quelque sorte tangible de l'intelligence suprême, rien n'est plus nécessaire\n  à défendre et à garder que le culte des sciences, des lettres et des arts. C'est,\n  pourrait-on dire, le rite de ceux qui ont le malheur de n'en posséder aucun\n  autre Grâce à lui, le goût des belles et nobles choses, la passLon de la\n  pensée pure s'entretiennent parmi les hommes, perpétuant au milieu d'eux\n"}, {"page_pdf": 531, "texte": "  476                             DURENDAL\n\n\nla revanche de l'idée éternelle et libre sur la matière asservissante et vouée\nà la destruction.\n   Parmi ceux qui escomptent, avec une joie irréfléchie ou mauvaise, la\nbanqueroute des intellectuels français, les uns ont le désir de discréditer une\nsupériorité qui les offusque et les autres se souviennent avant tout du mal\nqu'ont fait à la France, depuis vingt-cinq ans surtout, un grand nombre de\nses écrivains. Il est bien vrai qu'il en est ainsi. Mais à côté de ceux-là il\nexiste une famille de nobles et délicats esprits voués à des travaux désinté-\nressés.\n   Le fait qu'on peut mal user de la puissance intellectuelle ne saurait la\ndiminuer. Elle demeure, malgré tout, ce qu'elle apparaît quand on la consi-\ndère à sa source, le plus admirable privilège qu'après la vertu Dieu puisse\nconférer à l'homme, et qu'il faut savoir admirer et respecter en lui-même. »\n\n\n\n   Voici même, — et ceci est tout à fait grotesque — que M. Ferdinand\nBrunetière devient « l'Intangible »...\n   Tout ce que dit, tout ce qu'écrit cet éminent janséniste littéraire, revêt\naussitôt le caractère souverain d'oracle.\n   Et des amen aveugles sont requis pour toutes les solennelles et pédantes\nvirtuosités auxquelles veut bien se complaire le directeur de la Revue des\nDeux Mondes.\n   Il n'y en a plus que pour lui sur le chemin de Damas.\n   Pour avoir émis des réserves sur la pharisaïque théorie essayée par\nM. Brunetière sur l'art et la morale, nous fûmes aussitôt « attrapés » par\nle Patriote dans le langage de halles et de quais coutumier à ce doux et\nexquis quotidien politique... Et cela naturellement sous le couvert de pru-\ndents pseudonymes.\n   Le code de la moins puérile civilité défendant à tout galant homme de se\ncommettre avec ce papier, nous ne pourrions que nous réjouir d'être l'objet\nde prédilection de ses attaques.\n   Quant à M. Brunetière, — nous nous plaisons à le déclarer — il ne\nméritait point l'ignominie d'un tel patronage.\n\n\n\n\n   Léon Bloy vient de publier chez l'éditeur Deman, à Bruxelles, Le Men-\ndiant ingrat, journal cynique de l'auteur pendant les années 1892 à 1895.\n   Léon Bloy est passé maître dans, l'art de « ciseler ses crachats > ; comme\nhomme il a beaucoup souffert ; c'est une double excuse à bien des sottises et à\nbien des invectives éparses dans ce nouveau livre — où toutes les amitiés sont\npiétinées et où survit seul l'amour, admirable d'ailleurs, que porta à l'écri-\nvain la compagne de sa dure existence.\n  Il nous sera permis néanmoins d'affirmer à Léon Bloy — en pleine con-\n"}, {"page_pdf": 532, "texte": "                                   NOTULES\n                                                                         477\n\nnaissance de cause — que la manie de la persécution et la maladie du\nsoupçon l'ont induit non seulement à l'ingratitude, mais aussi à l'injustice\nenvers plusieurs qui l'aimèrent fraternellement, — d'une affection profonde et\ndévouée — et qui, malgré ses excès de langage, si odieux qu'ils soient,\ncontinuent à l'admirer comme un maître de l'écriture contemporaine.\n\n\n\n\n  L'onagre de la Chronique continuée lever la patte...\n  Après avoir donné des leçons de convenance à Huysmans, il prétend faire\ndes remontrances à Coppée et — tirons l'échelle — se voile la face en son-\ngeant à la vie irrégulière de Verlaine.\n  Après quoi, l'onagre se délecte dans quelques mots de la fin très cochons.\n  Notre siècle a vraiment de singuliers professeurs de vertu !...\n\n\n  Une heureuse initiative.\n  Une Ligue s'est formée \" pour qu'on lise les livres belges \".\n  Chaque membre s'oblige à verser une part annuelle de vingt francs et\nrecevra à due concurrence des livres d'écrivains belges, à choisir par le\nsouscripteur dans un catalogue qui sera constamment remanié.\n  Secrétariat de la Ligue : Bruxelles, rue du Marteau, 17.\n\n\n\n   L'Académie de Belgique — et particulièrement l'archaïque et archéolo-\ngique et numismatique classe des Lettres — a écoppé dans les dernières\nséances du Parlement.\n   MM. Woeste, Carton de Wiart et Destrée ont été d'accord pour réclamer\nla réorganisation de cette institution — où l'on rencontre tout, sauf des\nartistes et des littérateurs.\n   M. le ministre Schollaert a promis un \" examen bienveillant \".\n   Puisse l'examen n'être pas trop bienveillant... pour l'Académie.\n\n\n\n    On peut lire actuellement à la quatrième page de journaux qui n'ont\n point pourtant pour objectif de se moquer de la religion une annonce où\n l'on promet, « en vingt jours, la guérison radicale de l'anémie par... la con-\nfiture de saint Vincent de Paul »! Et au centre de la réclame figure le por-\n trait du saint...\n    Ejusdem farinœ : Rencontré deux demoiselles retour d'un pèlerinage de\n Lourdes qui offraient à leurs amies, dans une exquise bonbonnière, des\n caramels portant en effigie l'image de Notre-Dame — et garanties faites\n avec de l'eau de la grotte miraculeuse !...\n"}, {"page_pdf": 533, "texte": "  478                                     DURENDAL\n\n\n\n  Nous parierions bien que voilà autant de produits de quelque mastroquet\ndu temple — au nez crochu !... Mais que des catholiques donnent dans ces\npanneaux-là et collaborent — inconsciemment, certes — à ridiculiser leur\nculte dans ce qu'il a de plus élevé ou de plus touchant, voilà qui dépasse un\npeu la note, n'est-ce pas ?\n  Il faut de la discrétion, même dans la naïveté !\n\n\n   PENSÉE DU MOIS :\n\n     Rien n'est plus funeste pour le salut de certaines âmes délicates, l'élite\nde l'espèce humaine, au point de vue naturel, que l'ignorance esthétique de\ncertains ecclésiastiques... Un prêtre, quelle que soit sa science théologique,\nn'atteindra pas le but du sacerdoce devant certaines âmes élevées mais\nvacillantes, s'il manque de goût ou s'il dit, même naïvement, des bêtises\npicturales, littéraires ou musicales ».\n                                                 (Baron DE HAULLEVILLE).\n\n\n La Rédaction de Durendal offre ses plus sympathiques félicitations à\nHenry Maubel et Blanche Rousseau, à l'occasion de leur mariage.\n\n\n\n\n    ERRATA. — La Nef du Marchand, publiée dans notre numéro d'avril, contient quelques\n coquilles que nous croyons utile de rectifier. Signalons, p. 348, « ce mélange a été pourri\n plus loin » au lieu de p o u s s é ; de même p. 357 Merriade au lieu de M e s s i a d e ; p 351\nprescription pour p r o s c r i p t i o n ; p. 355 se montrer pour se m o n t e r - p. 342 Cirsae de\n Apollo pour Cisne de A p o l o ; p. 360 et le roi Charles II, pour e t l a R é g e n t e a v e c le\nj e u n e C h a r l e s I I ; et plusieurs autres que le lecteur aura eu l'obligeance de corriger\n lui-même.\n"}, {"page_pdf": 534, "texte": "     5me SALON ANNUEL\n                                     DE LA\n\n\n\n            Société des Beaux-Arts\n                    AU MUSÉE MODERNE\nL'Exposition est accessible au public du i\" Mai au 26 Juin, de 10 à 5 b .\n\n\n                       PRIX D'ENTRÉE : fr.         0.50\n        Le Samedi, 1 franc. — Cartes permanentes, 5 francs.\n\n\n\n\n           AVIS DE L'EDITEUR\n\n     Nous     avons fait des tirages grand f o r m a t                     du\ntriptyque     de    Léon       FRÉDÉRIC                :    LES     AGES   DE\nL'OUVRIER,         dont   la       reproduction            figure   dans   ce\nnuméro.      Voici les prix de ces tirages :\n\n\n2 0 0 exemplaires sur papier Velin, f o r m a t 6 2 X 4 4 ,\n          au prix de                             fr.        3   l'exemplaire.\n\n 3 0 exemplaires sur papier H o l l a n d e , f o r m a t 6 4 X 4 5 ,\n          au prix de .         .    « .      .   fr.       6    l'exemplaire.\n\n 3 0 exemplaires sur papier Japon, f o r m a t 7 0 X 5 5 ,\n          au prix de                             fr.       15   l'exemplaire.\n"}, {"page_pdf": 535, "texte": "LIBRAIRIE SPÉCIALE DES BEAUX-ARTS\n                         ED.            LYON'CLAESEN, ÉDITBUR\nB R U X E L L E S , 8, r u e Berckman». — 3o, rue des Saints-Père», PARIS.\n'•«•                                    1                                         i       .       i                                                i       ' — > -\n\n\n\n\nESSAIS DE CRITIQUE CATHOLIQUE\n                                                                                                                           t\n\n                  Par M. FIRMIN                                                VANDEN BOSCH'\n\n       Les Concourt — Emile Zola — Flaubert — Sainte-Beuve +- Théophile Gautier\n                              Maurice Barres — M«r a'Hulst\n    Drumont — Paul Verlaine — J.-K. Huysmans — La revanche de l'Idéal -* Max Waller\n                          Eugène Demolder — Godefroid Kurth\n       Léon de Monge — Edmond Picard — Guillaume Verspeyen — Camille Lemonnier\n\n\nPnx : fr. 3.50                                       Un volume de 8 2 7 pages                                                      P r i x : fr. 3 . 5 0\n\n\n-                      < • * — '                 1    —   '   •       —    i          •                   - * - — * — '                    •   —       -     1   —\n\n\n\n\n                   ENTRE TROIS FEUX\n                                                                      »\n                                            PAR ERNEST                                    HALLO\n\nComédie en un acte et en vers, représentée pour la première fois à Bruxelles,\n  le 11 février 1898 au Théâtre Communal, par la Société Générale bruxel-\n  loise des Étudiants catholiques.\nUn joli volume                                                                                                                         s fr.               1.00\n\nJ—r-      '        '       H       r-       ,   u,                1       — — ,               ,       1   'I   '          —.   \\   ,    , . , , , . ,\n\n\n\n\n                                   L'ART APPLIQUÉ\n      Publication mensuelle, donnant 50 planches par an, reproduites par les\n    procédés les plus artistiques, en noir et en couleurs, avec chaque mois un\n    texte illustré.\n                                                PRIX DE L'ABONNEMENT :.\n          Bruxelles, 15 francs par an; Province et Étranger, port en sus\n"}, {"page_pdf": 536, "texte": ""}, {"page_pdf": 537, "texte": ""}]}