{"numero_id": "ulb-durendal-1899-12-n12", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-001", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Aux amis, abonnés et lecteurs de Durendal", "titre_sommaire": "Aux amis, abonnés et lecteurs de Durendal", "signature_source": "Durendal", "ancre_debut": "Aux amis abonnés et lecteurs de DURENDAL", "ancre_fin": "DURENDAL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1026, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "Aux amis, abonnés et lecteurs de DURENDAL\n\n    Au mois de janvier 1900, Durendal entrera dans sa septième\nannée. C'est l'âge de raison pour les hommes. Mais nos lecteurs\net nos amis nous rendront cette justice, que nous n'avons point\nattendu aussi tard pour commencer à réaliser la noble tâche\nque nous avons eue en vue dès les débuts de cette œuvre : La\nglorification de Dieu par l'exaltation de la Beauté.\n    Chaque année écoulée a marqué un progrès pour notre\nœuvre : d'abord, modeste fascicule de 20 ou 30 pages, rédigé\npar un petit groupe de collaborateurs de la première heure, elle\nest devenue en 1898 une importante publication mensuelle de\ncent pages environ, réunissant des articles inédits de nos meil-\nleurs poètes, écrivains, critiques de Belgique et de France; des\nreproductions d'œuvres d'art, des portraits, des paysages ont\najouté à l'intérêt du texte le charme de l'illustration. Encouragés\npar la faveur que le public nous témoigne, et dont la diffusion\nde plus en plus grande de notre Revue est la meilleure preuve,\nnous voulons faire mieux encore et chercher à justifier plus\ncomplètement notre sous-titre : Revue catholique d'art et de\nlittérature.\n   A cet effet, nous nous proposons d'augmenter le volume de\nla Revue et surtout d'augmenter le nombre et la qualité des\nreproductions publiées par elle.\n    L'ouverture de notre Salon d'art religieux, qui coïncide avec\nl'avènement de notre septième année, nous paraît une occasion\npropice pour perfectionner le côté artistique de Durendal.\n   Nous ferons donc en sorte, dès le mois de janvier 1900, de\n"}, {"page_pdf": 1027, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "tenir plus régulièrement nos lecteurs au courant de toutes les\n manifestations d'ordre artistique de nature à les intéresser, et\ncela non seulement par des études et des correspondances dues\nà des hommes autorisés, mais aussi par la reproduction artis-\ntique des œuvres qui méritent d'être popularisées.\n    Une telle transformation, on le conçoit, ne va pas sans\nquelques, sacrifices. Nous avons jusqu'à ce jour maintenu\npour nos abonnements le chiffre primitif de 5 francs, qui ne\ncorrespondait assurément plus à l'importance prise par la\n Revue depuis deux ans. Il suffit, pour s'en convaincre, de\ncomparer ce prix à celui de toutes les revues françaises, anglaises\nou allemandes, analogues à la nôtre. Aussi, nous sommes\nconvaincus que nos amis et lecteurs ne refuseront pas de\ns'associer aux nouveaux efforts que nous voulons tenter en\nmajorant quelque peu leur souscription, l'abonnement étant\nporté, pour 1900, à 7 fr. 50 pour la Belgique, à 10 francs pour\nl'étranger (port compris).\n   Notre œuvre, on le sait, n'a jamais eu et n'aura jamais le\ncaractère d'une affaire commerciale. Mais il est impossible que\nde nouveaux perfectionnements soient apportés à notre publi-\ncation, désormais plus volumineuse et accompagnée d'illus-\ntrations plus nombreuses et plus artistiques, sans que ce\nchangement n'ait son contre-coup sur le prix d'abonnement.\n   Nos abonnés nous aideront donc ainsi à faire de notre\nRevue, ou plutôt de leur Revue, une publication de tout premier\nordre, digne de la tache utile et haute qu'elle a assumée et\nqu'elle cherche à réaliser de son mieux.\n\n                                                 DURENDAL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-002", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 869, "page_fin": 874, "titre_corps": "Le premier Salon d’Art religieux de Durendal", "titre_sommaire": "Le premier Salon d’Art religieux de Durendal", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "LE PREMIER SALON D ART RELIGIEUX", "ancre_fin": "HENRY M Œ L L E R", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1028, "page_imprimee": 869, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "LE PREMIER SALON D'ART RELIGIEUX\n                                 DE\n\n\n\n                   DURENDAL\n\n\n                Au moment où paraîtront ces lignes, notre Salon\n                  d'Art religieux sera ouvert, ou sur le point de\n                  s'ouvrir, et l'on pourra constater jusqu'à quel\n                  point nous avons réussi à réaliser notre idée.\n                     Cette idée était celle-ci : réunir dans un Salon\n                  toutes les expressions d'art religieux de notre\n                  siècle. Offrir aux artistes une occasion de s'affir-\n                  mer, de montrer leur capacité dans le plus\ntranscendant de tous les arts. Donner au public celle de se rendre\ncompte de la situation de l'art religieux à notre époque. Avant\ntout et surtout, prouver que de nos jours encore il y a de vrais\nartistes religieux, et que l'idéal religieux est encore, et sera\ntoujours, une source inépuisable d'émotion d'art.\n   Nous n'avons pu réaliser notre idée avec toute l'ampleur que\nnous aurions désirée. Le manque d'une salle assez vaste, lacune\ndont, et les artistes, et le public, ne cessent de se plaindre à\nBruxelles, et d'autre part les ressources limitées dont nous dis-\nposions s'y opposaient.\n"}, {"page_pdf": 1029, "page_imprimee": 870, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": " 870                         DURENDAL\n\n\n\n   Que d'artistes nous eussions invités encore, que d'œuvres nous\neussions accueillies en plus de celles que l'on verra, si nous eus-\nsions été plus secondés à ce double point de vue.\n   Espérons que lors de notre prochaine exposition nous nous\ntrouverons dans de meilleures conditions sous ce rapport.\n   Toutes les œuvres que l'on verra dans notre Salon ne seront\npeut-être pas des chefs-d'œuvre. Mais à coup sûr une vérité, que\nnous tenions à faire ressortir de la façon la plus éclatante pos-\nsible, sautera aux yeux de tout visiteur sincère et loyal. Cette\nvérité, nous Talions développer en quelques mots.\n   Il est hors de doute qu'une vie artistique intense s'affirme en\nnotre monde moderne. En dépit des aspirations matérielles\nde ce siècle, en face d'elles, et comme si c'était presqu'un\ndéfi, lancé à la tête des jouisseurs, ou plutôt — nous préférons\ncette explication — par manière d'apostolat, les artistes se lèvent\nde toute part et revendiquent leur place au soleil.\n   On peut à peine faire le compte, et des artistes, et des œuvres,\net des expositions d'art.\n   Non, l'art n'est pas mort. Il y a encore de l'envolée. Il 'y a\nencore de la vie. Il y a encore du souffle. Toute idée inspiratrice\nn'est pas éteinte. Il y a encore des âmes capables de s'émouvoir\net des talents assez souples pour exprimer ces émotions en des\nœuvres vibrantes de dessin, de coloris, d'harmonie.\n   S'il y a un idéal entre tous qui soit capable de toucher l'âme\nhumaine, de la remuer jusque dans son sanctuaire, d'en faire\njaillir l'élan le plus vigoureux, de l'empoigner, de l'enthousias-\nmer jusqu'à l'extase, d'en faire vibrer les cordes les plus harmo-\nnieuses et les plus poétiques, de lui inspirer les pensées les plus\nhautes et les plus fières, les sentiments les plus intimes et les plus\nprofonds, les émotions les plus fortes, c'est à coup sûr l'idéal\nreligieux.\n   Il est infini comme Dieu qui en est l'objet, et immortel comme\nl'âme humaine, dont Dieu, la beauté infinie, est toute la raison\nd'être.\n   Serait-il vrai que cet idéal, dont la contemplation a créé les\nplus puissants chefs-d'œuvre qui soient jamais sortis de l'effort\n"}, {"page_pdf": 1030, "page_imprimee": 871, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "  LE PREMIER SALON D'ART RELIGIEUX DE DURENDAL                     871\n\n\n\nhumain, cet idéal qui a inspiré tous les plus formidables artistes\nde toutes les époques qui nous ont précédés, cet idéal de tous les\ngrands anciens, cet idéal qui a été chanté par les plus beaux\npoètes, exprimé par lés plus grands peintres et les plus habiles\nsculpteurs, serait à jamais épuisé ?\n    Voilà ce que semble prétendre par ses faits et gestes l'école\nréactionnaire. Celle qui soutient qu'il n'y a plus d'autre moyen\nd'exprimer cet idéal que par la copie des siècles défunts.\n   Thèse absurde, fausse, malsaine, s'il en fut.\n    La conclusion en serait désastreuse pour la religion. Elle prou-\nverait en effet l'infériorité de celle-ci. Elle est la négation de son\néternité. Elle la supprime. Car la religion est éternelle ou elle\nn'est pas.\n    Tout est passager ici-bas, excepté Dieu et l'âme humaine, et le\nlien admirable entre l'Infini et le fini qui est la Religion.\n    Si un autre idéal est assez fécond pour inspirer sans cesse\nl'artiste, avec combien plus de raison et avec combien plus de\nforce, l'idéal de l'éternité, le seul et vrai idéal, l'idéal définitif et\nessentiel de l'homme, ne doit-il pas offrir une source inépuisable,\njamais tarie, toujours nouvelle, d'inspiration pour l'artiste.\n    Si l'âme humaine est tellement passionnée pour la beauté, si la\nbeauté est son éternel mirage, si la beauté la fascine, la captive,\nl'enjole, l'entraîne et l'emporte, si elle a tellement faim de beauté\nqu'elle ne parvient pas à s'en rassassier, c'est parce qu'elle est\ncréée pour la contemplation amoureuse de la Beauté infinie.\n    L'idéal vrai, complet, essentiel de l'artiste, c'est toujours\nen définitive Dieu.\n    Cet idéal ne sera jamais épuisé. Tant qu'il y aura une âme sur\n la terre, il trouvera dans ce sanctuaire son autel, son culte, son\n adorateur. Tant qu'il y aura un artiste assez puissant pour\n s'élever jusqu'à lui, il sera capable d'inspirer des chefs-d'œuvre.\n    Voilà une vérité qu'il est urgent de proclamer sur tous les toits.\n Et au lieu de paralyser les efforts d'artistes qui s'efforcent, sincè-\n rement et avec un talent réel, d'exprimer cet idéal dans une\n œuvre, en leur disant qu'ils viennent trop tard, que l'idéal reli-\n gieux est épuisé, qu'il n'est plus assez fort pour les inspirer et que,\n"}, {"page_pdf": 1031, "page_imprimee": 872, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": " 872                         DURENDAL\n\n\npar conséquent, ils doivent se contenter de copier jusqu'à la con-\nsommation des temps l'art ancien, il faut les accueillir à bras\nouverts, il faut les encourager, il faut les aider à s'affirmer, il\nfaut offrir les résultats de leurs efforts, si faibles soient-ils, à\nl'admiration de leurs contemporains.\n   Il faudrait surtout leur ouvrir nos églises. L'église, c'est la\nvraie salle d'exposition, si je puis m'exprimer ainsi, ou plutôt,\npour employer un terme moins banal et plus juste, le vrai\nsanctuaire de l'art religieux.\n   Mais pour que l'artiste puisse rentrer dans l'église et y prendre\nla place qu'on a trop donnée jusqu'ici au vulgaire marchand, il\nfaut que l'artiste puisse se faire connaître.\n   C'est le but que nous avons cherché à atteindre en ouvrant à\nBruxelles un Salon d'art religieux.\n   Ce n'est pas à nous à faire notre éloge. C'est au public à dire\nsi nous avons atteint notre but. Nous ne redoutons pas son ver-\ndict. Il nous est du reste indifférent. Ce n'est pas une sotte idée\nde gloriole qui a dominé l'organisation si laborieuse de ce Salon\nd'art religieux. C'est uniquement notre immense désir de faire\nrevivre enfin le plus beau, le plus noble, le plus grand, le plus\nsublime, le premier de tous les arts. Nous ne l'aurions, par cet\neffort, fait progresser qu'un tout petit peu, que nous nous croirions\nsuffisamment récompensés de tout le travail que nous nous\nsommes imposé, non sans peine, sansdoute, mais avec joie aussi.\nLe but nous paraissait si beau !\n   On a combattu de ci de là, à tort et à travers, notre entreprise.\nOn nous a accusés de n'avoir pas de principes! On nous a repro-\nché de nous être adressés à toutes sortes de sectes ! Que sais-je\nencore? Nous ne prétendons point à l'infaillibilité en art. Nous\nne nous vantons point, comme d'autres le font, d'être seuls en\npossession des vrais principes artistiques, d'avoir, en quelque\nsorte, le monopole de l'art religieux. Nous ne nous sommes\nadressés à aucune secte. Nous avons fait les choses largement et\nloyalement. A tout artiste religieux que nous considérions comme\nsincère, nous avons dit : Venez à nous. Voici une occasion pour\nvous de montrer votre savoir faire, de coopérer au relèvement\n"}, {"page_pdf": 1032, "page_imprimee": 873, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "   LE PREMIER SALON D'ART RELIGIEUX DE DURENDAL                873\n\n\nde l'art religieux, de vous comparer à vos émules, de nous\ninstruire sur l'état actuel de cet art et de protester par vos actes\ncontre l'absurdité de ceux qui prétendent qu'il n'est plus de ce\nsiècle, en opposant des œuvres à cette sottise.\n   Certaines œuvres qui figurent à notre Salon n'émanent peut-\nêtre point d'une foi catholique. Nous ne sommes point de ceux\nqui croient qu'il faut être catholique pour faire de l'art religieux.\nNous prétendons, au contraire, qu'on peut, sans être catholique,\nêtre un artiste religieux. Beaucoup d'artistes, qui n'ont pas encore\nle bonheur d'appartenir à l'Eglise, croient en Dieu, en l'immor-\ntalité de l'âme, en une vie future et sont animés d'une foi aussi\nvive que la nôtre. Pourquoi donc ne pourraient-ils incarner\nleur foi à eux en de belles œuvres?\n    En les attirant à nous, nous les aidons à s'approcher de\nl'Eglise et nous finirons par leur en faire franchir le seuil. De\ntout temps l'Eglise a été accueillante aux artistes. S'ils le sont\nvraiment, et s'ils sont sincères, ils feront des œuvres belles, d'un\ncaractère vraiment religieux.\n    S'ils répondent à la lumière incomplète encore que Dieu leur\ndonne, il arriveront un jour à la lumière totale. Du reste, la\ndoctrine de l'Eglise l'enseigne, — s'ils sont de bonne foi, ils\nappartiennent dès maintenant en esprit à l'Eglise, sans en être\nofficiellement, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Ce sont, selon\nle beau mot de Tertulien, des âmes naturellement chrétiennes.\n    Nous reprocher de les avoir admis serait aussi absurde que de\n reprocher à saint Thomas d'avoir brodé la philosophie chré-\ntienne sur celle d'Aristote, aux papes d'avoir transformé des\n temples de l'antiquité en églises, aux éducateurs chrétiens de se\n servir d'auteurs païens dans l'enseignement.\n    Tout homme est créé pour Dieu. I1 n'a point d'autre fin.\n Nous avons tous en nous deux facultés essentielles, l'intelligence\n et l'amour, qui d'instinct vont à Dieu.\n    Voir Dieu dans sa création et l'aimer comme la fin de son\n être, est un premier acte de religion. Ce n'est qu'un vagissement,\n sans doute, mais qu'il est éloquent déjà, qu'il est touchant dans\n sa naïveté et avec quelle puissance et quel vivant désir d'atteindre\n"}, {"page_pdf": 1033, "page_imprimee": 874, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": " 874                        DURENDAL\n\n\nl'idéal plus parfaitement, un artiste religieux ne l'exprimera-t-il\npas. Peu à peu, d'étape en étape, cet artiste se rapprochera\ndavantage du Dieu qu'il cherche par ses œuvres. Un jour, il\narrivera à la Foi complète, qui ouvre à l'homme la plus pleine\nvision de Dieu qu'il soit possible d'atteindre ici bas. Alors son\ntalent d'artiste religieux s'épanouira tout-à-fait et s'affirmera\ndans des chefs-d'œuvre.\n   Au lieu de le décourager, de le rebuter, de nous enfermer,,\ncomme le disait si finement ici même une femme d'esprit, dans\nl'Eglise comme dans une citadelle et de lui jeter des pierres du.\nhaut des tours, ouvrons-lui les bras. Le Christ n'a-t-il pas ouvert\nles siens tout grands sur la croix, dans l'espoir d'y recevoir toutes\nles âmes, pour les serrer toutes sur sa divine poitrine?\n    Evidemment, l'artiste dont le talent est imprégné de la foi\ntotale trouve en elle une supériorité incomparable,... une\nénergie presque infinie, une puissance que rien n'égale et ne\nremplace. A talents égaux, il dépassera de cent coudées celui.qui\n prie déjà, mais dans la vallée, alors que lui est déjà sur la mon-\ntagne et par conséquent plus près de Dieu. Oui, nous le pro-\nclamons bien haut, — qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ce\nque nous venons d'écrire, qu'on ne nous fosse pas dire ce que\nnous ne pensons pas, — l'artiste n'atteindra le sommet__de l'art\n religieux que le jour où son talent aura été baptisé en quelque\nsorte par l'Eglise.\n    I1 était nécessaire de dire ces, choses pour répondre à certaines\ncritiques parties d'esprits étroits.\n    Et maintenant, il ne nous reste plus qu'à remercier tous\n les artistes religieux qui ont répondu à notre appel. C'est à eux,\nen somme, que revient tout l'honneur d'une œuvre, qu'ils ont\n rendue possible, qu'ils ont réalisée par leur bonne volonté.\n Nous leur en exprimons notre1 plus profonde gratitude.\n                                   L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-003", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 875, "page_fin": 876, "titre_corps": "À Béroë", "titre_sommaire": "À Béroë", "signature_source": "", "ancre_debut": "A BEROE", "ancre_fin": "En rayons merveilleux sur mes tristes chansons", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POUR UNE JEUNE FEMME", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1034, "page_imprimee": 875, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "A       BÉROE\n\n\nSi ta lèpre sourit aux roses, si ta voix\nJoyeuse s'éparpille en notes cristallines,\nSi ton âme, fleur d'aube et de bonheur, s'incline\nSous le baiser divin des songes d'autrefois,\n\nSi ton rêve choyé par le chant des poètes\nS'exile en des pays enchantés où l'Amour\nD'un rire émerveillé t'invite tour à tour\nSur des rivages d'or, à ses plus douces f êtes,\n\nO Béroè, si l'heure effeuille sur tes vœux\nLes fleurs de l'espérance et de la joie sereine,\nSi l'aurore dans ta prunelle souveraine\nReflète ses rayons, si l'or de tes cheveux\n\nS'entrelace aux éclairs des étoiles bénies\nQui t'auréolent d'un horizon de clarté,\nJe chanterai pour toi, calme Sœur de l'Été,\nDoux Esprit du Printemps, les chansons infinies.\n\nDans un jardin féerique où les cygnes viendront.\nImpérieux et beaux, cueillir sur ta main fine\nLes perles du collier de l'aurore divine,\nMes chants tristes et doux, Enfant, t'exalteront.\n"}, {"page_pdf": 1035, "page_imprimee": 876, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": " 876                       DURENDAL\n\n\n         Tu passeras, Lumière, au milieu des lumières\n         Sous les astres bercés par le chant des oiseaux,\n         L'Innocence et l'Amour tisseront leurs réseaux\n         Dans ton cœur ignorant les tristesses premières.\n\n         Et tu seras pareille, ô Reine de l'Été,\n         Muse du clair Printemps, calme Rose d'Automne,\n         A quelque enfant songeuse et belle qui s'étonne\n         Du rêve que son âme un soir a reflété.\n\n         Car il sera plus beau que le plus beau des songes\n         Le pays fabuleux où je t'évoquerai,\n         Puisque aux frêles chansons qu'un jour je murmurai,\n         Tu répondis par un doux chant qui se prolonge,\n\n         Qui se prolonge en fleurs, en parfums, en frissons,\n         O Béroë, si douce et pourtant si lointaine,\n         Qui se prolonge en chers sourires sur ma peine,\n         En rayons merveilleux sur mes tristes chansons.\n1897.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-004", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 876, "page_fin": 878, "titre_corps": "Pour une jeune femme", "titre_sommaire": "Pour une jeune femme", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "POUR UNE JEUNE FEMME", "ancre_fin": "GEORGES MARLOW", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1035, "page_imprimee": 876, "debut_caractere": 944, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "POUR UNE JEUNE                         FEMME\n\n                                                     A B. W...\n         Ton âme est un jardin mystique où rêve encore\n         Le Séraphin pensif qui dédie au matin\n         Les chants graves et doux de sa lyre sonore\n         Et les gerbes de fleurs d'un bel amour lointain.\n"}, {"page_pdf": 1036, "page_imprimee": 877, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "            A UNE JEUNE FEMME                       877\n\n\nTon cœur, lys frissonnant de lumières, épanche\nAu souffle parfumé d'un immortel printemps,\nSur la pensée en proie aux désirs attristants,\nL'extase de sa gloire éternellement blanche.\n\n\nTes yeux qui n'ont point vu les grands cygnes mourir\nDans lesforêts d'Automne où se fanent les roses,\nGardent pieusement le divin souvenir\nD'une enfance endormie en une apothéose,\n\n\nEt ton rêve où l'amour s'unit à la beauté,\nBoit dans l'urne des fleurs l'ineffable rosée\nDont les Archanges en pleurs les ont arrosées,\nUn soir, en les frôlant d'un baiser de clarté.\n\n\nDoux miracle de joie, au fond de la vallée,\nTa voix qui mêle aux vents ses vocables bénis,\nComme l'hymne fervent d'une vierge exilée,\nS'élève vers le Ciel en accords infinis.\n\n\nReine d'une contrée idéale, tu passes,\nUn lys d'or à la main, sur les bords de la mer\nEt joyeuse d'auréoler nos vœux amers,\nTu fais chanter ton âme à travers les espaces....\n\n\nTu fais chanter ton âme... Et notre âme s'émeut\nDe tant d'amour soudain essaimé sur sa route :\nLe songe du bonheur nous rapproche de Dieu\nEt ton geste flétrit nos tristes fleurs de doute.\n"}, {"page_pdf": 1037, "page_imprimee": 878, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 429, "texte": "                  DURENDAL\n\n\nPèlerins éblouis par l'Étoile qui luit\nMystérieusement, sur tes cheveux de fée,\nReine, nous te suivons dans les forets d'Orphée,\nDéjouant désormais les pièges de la nuit.\n\nCar tu portes l'aurore éternelle en ton âme\nEt partout où tu vas, ton rêve illimité\nRépand, Flambeau Sacré, des gerbes de clarté,\nO Vierge sainte, calme et belle jeune femme !\n\n                                   GEORGES MARLOW.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-005", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 879, "page_fin": 887, "titre_corps": "Les Primitifs italiens et la Seconde Renaissance", "titre_sommaire": "Les Primitifs italiens et la Seconde Renaissance", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "LES PRIMITIFS ITALIENS", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1040, "page_imprimee": 879, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "LES PRIMITIFS ITALIENS\n\n                     et la Seconde Renaissance\n\n\n\n                 IL n'est pas. sans doute, d'époque artistique susceptible\n                    d'exercer un plus profond et plus durable attrait sur les\n                    esprits épris de la beauté que le XIVe et, surtout, le\n                    XVe siècles italiens. Dans toute la péninsule c'est, alors,\n                    une floraison incomparable et puissante, un printemps\n                    d'art constamment renouvelé, qui dure deux cents ans\n                    et coincide, en partie, avec la période vraiment glorieuse\n                    d'énergie, d'énergie utile qui stabilise le régime poli-\n                    tique des Républiques, les enrichit par un commerce\nintense, remplit les citoyens de l'ardeur et du juste orgueil de la chose\npublique et fait qu'ils rivalisent entre eux de magnificence et de\ngénérosité.\n  Chaque cité possède une école de peinture ou de sculpture, active,\ninfatigable, qui s'efforce de surpasser les artistes des cités voisines, de\nmarcher dans des voies personnelles, d'enrichir sans cesse le patrimoine\nd'art de la patrie. L'Italie septentrionale est un foyer inextinguible d'iné-\npuisable invention et de progrès : un foyer dont Florence, riche, forte,\nmaîtresse de toute la Toscane, parait le centre radieux.\n   Après Cimabuc, Giotto, Taddeo Gaddi, à Florence ; après Duccio.\nSimone di Martino et les Lorenzetti, à Sienne, les deux écoles, — la\nflorentine, supérieure par son dessin si net et si incisif; la siennoise, plus\nséduisante par l'harmonie tendre et la délicatesse de son coloris — se\n"}, {"page_pdf": 1041, "page_imprimee": 880, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": " 880                            DURENDAL\n\n\nsont compénétrées, pour ainsi dire, et leur influence réciproque se\nrévèle en certaines pages fîères comme les fresques de la chapelle des\nEspagnols, à S. Maria Novella, celle du Triomphe de la mort, au Campo-\nsanto de Pise, ou suaves comme la vision du Paradis de l'Orcagna.\n    Vers la fin du XIVe siècle, l'inspiration semble tarie ; les deux écoles\ns'attardent et périclitent, confinées dans la reproduction stéréotypée des\nœuvres des maîtres.\n    L'école siennoise ne réussit jamais à s'affranchir du préjugé que lui\navaient créé ses premiers et retentissants succès. Elle continue à répéter\njusqu'au milieu du XVIe siècle ses poncifs touchants et archaïques. Tout\nle bruit que la Renaissance faisait autour d'elle n'a pu distraire Sienne\nd'elle-même, de ses dissensions intestines, de sa lutte désespérée pour son\nindépendance, de la ruine qui l'accablait. Et l'art a péri en même\ntemps que la liberté dans la délicieuse et bizarre cité de la Vierge.\n    Enveloppée dans les plis de sa gloire déchue, comme en un suaire\nd'orgueil, elle végète au milieu des somptueux et hautains souvenirs de\nson passé, parmi ses palais, ses fontaines et ses églises merveilleuses,\ndans sa désormais inutile enceinte de remparts et de tours. Et ses peintres\ns'effacent tellement que ce sont des étrangers, le Sodoma et le Pinturic-\n chio, qui viendront célébrer dans sa cathédrale et ses édifices sacrés, les\n fastes de la vie de Pie II et de Catherine Benincasa.\n    Florence, elle, poursuit cependant sa noble carrière d'initiatrice. Elle\n enfante sans compter les artistes, architectes, sculpteurs, peintres :\n Brunelleschi, Alberti ; — Ghiberti, Donatello, Luca della Robbia ; —\n Filippo Lippi, Botticelli, Domenico Ghirlandaio ; les maîtres laborieux\n qui conduiront l'art duXVesiècle à son apogée.\n    Masolino et son grand élève Masaccio ont paru, dès le commencement\n du siècle, et peint la chapelle Brancacci, leurs fresques débordantes de\n dignité, de simplicité et de vie. Pour grande que paraisse avoir été l'in-\n fluence de Masaccio sur les contemporains, elle fut moindre, peut-être,\n qu'on ne l'a supposé. Sa manière discrète, fondue, plus synthétique, si\n l'on peut dire, visant à l'effet d'ensemble sans négliger les détails, ne\n reparaîtra, en réalité, que plus tard, chez Raphaël et les derniers repré-\n sentants considérables de l'école florentine.\n     Filippo Lippi et ses successeurs ont appris de lui à s'affranchir complè-\n tement des traditions giottesques déclinantes, qui survivaient encore chez\n Gentile da Fabriano et Pisanello, ces gracieux artistes de transition,\n comme les appelle judicieusement M. J. Destrée, mais ils ont d'autres\n  visées que le peintre du Carminé, et moins préméditées.\n     Ils s'abandonnent à la joie ingénue du renouveau, sont enivrés de la\n  beauté de la vie et des choses, grisés des facultés et de la puissance de\n  l'art, ambitieux d'en expérimenter toutes les ressources. Amoureux des\n"}, {"page_pdf": 1042, "page_imprimee": 881, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "  LES P R I M I T I F S ITALIENS ET LA SECONDE RENAISSANCE                              881\n\n\n\nteintes éclatantes, des paysages et des architectures, de la multiplicité\ndes personnages, ils sacrifient volontiers l'équilibre total de la compo-\nsition au plaisir du détail achevé et charmant.\n    Ils subissent aussi l'ascendant du pur et lumineux génie de l'Angelico,\nsi fort dans sa douceur, si viril dans sa naïveté. La grâce et la dévotion\nexquise qui resplendissent en toutes ses œuvres se communiquent, plus ou\nmoins, à ses confrères florentins, même aux plus rudes, les Pollaiuoli,\nCastagno, parfois. Son exemple suscite comme une émulation de piété\nentre les artistes ; chacun d'eux cherche à parer ses tableaux religieux\ndes traits et de l'accent les plus significatifs.\n    Toute l'œuvre picturale duXVesiècle est consacrée à l'illustration des\nfastes sacrés, ou du moins, les exceptions sont-elles en nombre infime (1).\nEt si la sincérité, la conviction sérieuse furent jamais visibles, c'est bien\ndans cet art, ignorant des rubriques d'école et des vaines virtuosités.\n Certes, Botticelli ou Ghirlandaio ne connaissent plus la simplicité con-\n centrée de Giotto, cette conception qui va droit à son but, dans sa briè-\n veté dramatique.\n    Ils cèdent à la séduction brillante du monde, aux inspirations de la\n fantaisie; charmeurs, à la fois, et charmés, ils ne savent pas résister à la\n tentation de s'écarter, quelquefois, de leur texte.\n    Mais qui pourrait leur en faire grief et résister au prestige de leur pin-\n ceau, alors que les familiarités mêmes qu'ils prennent avec les Evangiles,\n la candeur audacieuse de leur hagiographie, n'enlèvent rien à leurs\n œuvres du rayonnement mystique qui en émane.\n     Visiblement, ils ont travaillé librement, sans contrainte, chacun selon\n l'instinct et la tendance de son propre génie ; et tous se sont efforcés de\n donnera leurs ouvrages les caractères de la vérité et de la beauté, sans\n feinte ni défaillance ; de sorte que, à qui étudie leurs travaux avec désin-\n téressement, il sera impossible de méconnaître qu'ils expriment vraiment\n la pensée intime de leur auteur, seule capable d'inspirer l'artiste.\n     Il serait puéril de le nier, l'art duXVesiècle a triomphé surtout dans la\n peinture religieuse ; l'atmosphère était toute saturée encore de foi, mal-\n\n\n   (1) Le Pinturicchio, Gozzoli (Ulysse et Pénélope; le Rapt d'Hélène ; à la National Gallery),\nentre autres, se sont hasardés quelquefois à interpréter des fables antiques, mais avec quelle\ncandeur, qui fait songer aux anachronismes du poème de Benoît de Saint-More ou de l'Intelli-\ngenzin, de Dino Compagni!\n   A la fin duXVesiècle, excités par les Médicis les artistes florentins s'inspirèrent davantage\ndu paganisme, mais avec combien de retenue encore, la Primavera et la Naissance de Venus,\nde Botticelli, si chastement lyriques, d'une pureté d'idylle, suffisent à le prouver. Comparez\ndes œuvres, consacrées à des sujets analogues, cinquante ou soixante ans plus tard, pour saisir\nl'étendue de la révolution qui, au cours de l'intervalle, s'est opérée dans les esprits, pour\napercevoir les effets des doctrines sensuelles de l'humanisme.\n"}, {"page_pdf": 1043, "page_imprimee": 882, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "  882                                  DURENDAl.\n\n\n\ngré les ferments d'incrédulité et de scepticisme propagés par les huma-\nnistes à la solde des Médicis. Les artistes parlaient le langage de la fer-\nveur, sans effort, avec éloquence, il leur était naturel et aisé. Il en ira tout\nautrement à la fin du siècle suivant, lorsqu'on leur aura imposé de 'pen-\nser et d'imaginer selon la langue, la philosophie et la mythologie d'une\nère évolue.\n\n\n\n   Nous nous faisions ces réflexions en visitant la remarquable exposition\nde photographies, ouverte depuis peu, au Musée des Arts décoratifs\n(Palais du Cinquantenaire). Le Musée possédait et a acquis un choix de\nbonnes reproductions de fresques et de tableaux, en majorité florentins,\ndesXIIIe,XIVeetXVesiècles; M Van Overloop, le conservateur en chef, en\na organisé la très complète et très intelligente exhibition et a, de plus,\nécrit et fait imprimer, pour l'usage des visiteurs, un petit guide, substan-\ntiel et concis, qui, à la'véritc, constitue un manuel, élaboré avec beaucoup\nde discernement et de goût, de l'art de l'époque (1).\n   L'exposition est disposée avec une clarté et une méthode parfaites et\nsusceptibles de permettre une étude vraiment fructueuse. Chaque peintre\ny figure avec ses œuvres essentielles, et les grands cycles de fresques\ncélèbres de la Chapelle des Espagnols, du Camposanto, de la Chapelle\nBrancacci, de la Chapelle Sixtine y sont représentés d'une façon com-\nplète par de belles photographies, disposées comme les originaux.\n   Tous les artistes seront reconnaissants à M. Verlant, directeur des\nBeaux-Arts, et à M. Van Overloop, de leurs efforts pour mettre en valeur\nles collections du Musée des Arts décoratifs, trop négligées, auparavant,\net classées d'une manière vraiment déconcertante. L'organisation de la\nnouvelle section montre ce qu'aurait pu être depuis longtemps et ce que\ndeviendra ce musée sous la direction d'hommes compétents et actifs.\n   Il est à craindre, malheureusement, que l'exiguité des locaux ne per-\nmette point, avant longtemps, de donner à l'exposition des photogra-\nphies l'extension convenable.\n   On sent, cependant, combien il serait désirable de voir étaler simulta-\nnément, à la suite de l'œuvre desXIIIe,XIVeetXVesiècles italiens, celle des\nXVIe etXVIIesiècles. Nulle comparaison ne serait plus instructive et plus\nfrappante.\n   A la vérité, les reproductions, privées du charme chatoyant de la cou-\n\n\n  (1) Un petit volume, publié chez Hayez, imprimeur de l'Académie, et qui se trouve en vepte:\nau Musée.\n"}, {"page_pdf": 1044, "page_imprimee": 883, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "   LES PRIMITIFS ITALIENS E T LA SECONDE RENAISSANCE                                     883\n\n\n\nleur, ne nous restituent qu'une partie de la physionomie de l'œuvre; le\ndommage est irréparable, mais il est beaucoup moindre pour les peintres\nitaliens, pour les florentins, surtout, chez lesquels la ligne précise et\naltière prédomine, qu'il ne le serait pour les artistes de l'école flamande.\n   On pourrait affirmer, au sujet de la plupart des peintres toscans, que la\nphotographie nous conserve la quintessence de leurs œuvres si fines et si\nspirituelles, quoique, chez un grand nombre d'entre eux, la couleur ne\nsurajoute pas à la beauté de leurs conceptions une médiocre splendeur.\n   N'en est-il pas ainsi de cette pléiade : Masolino da Panicale; Gentile da\nFabriano; Pisanello; l'Angelico; Gozzoli et Piero della Francesca: à\nlaquelle M. Jules Destrée consacra, dans l'Art moderne, d'attrayantes\nétudes qu'il réunit aujourd'hui en volume ?(1)\n   Etudes toutes vibrantes de la passion de leur auteur pour les Primitifs\nitaliens et de l'examen attentif et approfondi qu'il en a fait. M. Destrée\nmarque avec délicatesse et perspicacité la caractéristique de chacun des\nartistes dont il commente l'œuvre et, chemin faisant, il trace à grands\ntraits l'histoire de l'évolution du XVe siècle — « temps héroïque de l'art,\ndont l'achèvement de la Cène de Léonard détermine l'apogée' ».\n   « Au XVIe siècle, conclut-il, c'est le déclin » — un déclin éblouissant et\nprodigieux — « au XVIIe, la dégringolade : au XVIIIe, la nuit. »\n   En réalité, il faut mettre à part les Vénitiens, restés peu accessibles aux\ninfluences romaines, et aussi Léonard, le mystérieux et le solitaire, qui\nallie la science à l'inspiration et dont l'œuvre couronne ce magnifique\nXVe siècle, résume toutes ses hautes qualités de réalisme, jointes à une\nvision personnelle intense, à une observation passionnée de la vie, à un\nscrupule de la perfection qui rendent les ouvrages de ce grand h o m m e si\nrares, si souverains et si suggestifs.\n   Tout l'éclat fulgurant, dont la seconde Renaissance apparaît environnée\ndans l'histoire, provient des seuls Raphaël et Michel-Ange et s'éteint brus-\nquement après eux, car ils ne laissent guère que des disciples sans génie,\nopprimés par leur écrasant exemple en même temps que par lès modèles\nde l'antiquité.\n\n\n\n   On ne laisse pas que d'être surpris en entendant parler d'écrivains...\ncléricaux à propos d'art. On suit avec plaisir et délectation le critique qui\nvous entretient de choses ingénieuses et subtiles ; on en a l'esprit tout\n\n\n  (1) JULES DESTRÉE. Sur quelques peintres de Toscane. (Bruxelles, Dietrich ; Florence, Alinari.)\nI vol. illustré de 3 reproductions photographiques et de 3 eaux-fortes — d'une exécution\nmagistrale — par Mme Jules Destrée.\n"}, {"page_pdf": 1045, "page_imprimee": 884, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2953, "texte": " 884                            DURENDAL\n\n\népanoui, lorsque voici détonner u n mot qui vous rejette brusquement\nau milieu des polémiques grossières des journaux, parmi la brutalité des\nréunions électorales!...\n   L'impression est fâcheuse.\n   M. Destrée affuble de cette épithète les écrivains auxquels il impute\nl'idée fixé d'attribuer l'efflorescencc primitive de l'art et sa rapide déca-\ndence, à la fin du XVIe siècle, à la vigueur des croyances avant la seconde\nRenaissance, au discrédit où elles sont tombées ensuite. On accumule-\nrait facilement les citations de critiques illustres en ces matières, fort peu\nsuspects de « cléricalisme », et qui assignent à cette raison une impor-\ntance capitale, au moins quant à l'incapacité grandissante de l'interpré-\ntation religieuse. Sous ce rapport, nous rencontrons au XVIe siècle la\nfroideur; au XVIIe, pis encore, le faux pathétique, la religiosité.\n   M. Destrée partage absolument notre sentiment sur la valeur relative\ndes Primitifs et de la descendance de R a p h a ë l e t de Michel-Ange. Or,\nnous cherchons vainement dans son livre une explication satisfaisante\ndu « déclin » et de la « dégringolade des XVIe et XVIIe siècles ». Si l'in-\ncrédulité, de plus en plus triomphante, l'infiltration de l'épicurisme dans\nles mœurs et la mentalité des hautes classes n'y ont eu aucune part,\nautant dire que l'art est sans corrélation avec le milieu où il se déve-\nloppe, qu'il n'en reflète ni le caractère, ni les inclinations.\n    Un des motifs n'en fut-il pas, aussi, comme nous l'avons déjà dit, que\nles artistes du XVe siècle exposaient avec simplicité des pensées qui, leur\nétant innées et naturelles, exaltaient leur inspiration, alors que leurs\nsuccesseurs s'évertuaient à se conformer aux règles apocryphes d'une\néloquence étrangère, aux prescriptions de ce « grand art » que les Grecs\nn'avaient jamais connues?\n    Avec une technique, dés moyens matériels en bien des points infé-\nrieurs, avec une connaissance moindre de l'anatomic et des ressources\ndu clair-obscur, le XVe siècle a produit des œuvres que nous nous accor-\ndons à déclarer d'une beauté et d'une sincérité plus poignantes et plus\nincisives que celles des artistes des siècles suivants. Ne va-t-il pas de soi\nque si ces derniers avaient continué à travailler dans le même esprit, si,\n comme leurs devanciers, ils s'étaient efforcés de rendre avec probité la\npensée foncière du peuple, aussi chrétien que jadis, et non celle des\nhumanistes et des princes, les progrès réalisés n'auraient pu, bien au\ncontraire, nuire à la grandeur de leurs ouvrages?\n    Mais ils étaient bien éloignés d'un tel dessein. Le fétichisme de l'anti-\n quité qui les engageait à faire table rase de l'art tel qu'il avait été com-\n pris jusque-là s'exerçait dans tous les domaines. Il poussait les juriscon-\n sultes à détruire le droit coutumier du moyen-âge pour ressusciter le\n droit romain, les philosophes ou, plutôt, les sophistes byzantins réfugiés\n"}, {"page_pdf": 1048, "page_imprimee": 885, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2912, "texte": "   LES PRIMITIFS ITALIKNS ET LA SECONDE RENAISSANCE                    885\n\n\nen Italie, à saper la révélation chrétienne au bénéfice du pyrrhonisme\ndivinisé. On allait plus loin même, et le paganisme, devenu tout entier\nvénérable, jusque dans ses tares et ses vices les plus honteux, dictait\nses opinions, ses goûts et sa conduite à l'élite lettrée et princiere de la\nPéninsule.\n    La restauration du droit romain, favorable aux intérêts des tyrans,\nsubstituait leur volonté à celle des citoyens; de même, l'individualité dis-\nparaissait dans l'art : là aussi le despotisme s'installait, fondé sur ce que\nl'on pourrait appeler le droit romain esthétique, les prétendus principes\néternels de la beauté.\n    Pour les artistes, familiers des Cours, vivant parmi les humanistes et\nles novateurs, la communion était rompue avec la foule, avec les forces\ninépuisables et vivaces, avec les antécédents religieux et politiques de\nleur race et, aussi, avec la pensée des siècles antérieurs d'où était issue\n la prépondérance matérielle et intellectuelle de l'Italie.\n    L'art avait soudain cessé de respirer l'air salubre et fort du pays, de\nréfléchir avec fougue et majesté les aspirations et les croyances contem-\nporaines, pour passer dans l'atmosphère artificielle, la serre chaude où\n l'on prétendait galvaniser une beauté morte, morte d'avoir splendide-\nment vécu et incapable, désormais, de communiquer la vie.\n    Certes, on ne saurait méconnaître que l'engouement pour la philoso-\nphie platonicienne n'ait ouvert à l'esprit humain ou plutôt ne lui ait\nréappris des voies abandonnées, ne l'ait guéri de l'habitude un peu trop\nscolastique et étroite du moyen âge. Mais si, à certains égards, l'antiquité\ngrecque et l'antiquité romaine — mal connues, du reste, et souvent con-\nfondues — exercèrent une influence féconde sur le XVIe siècle, on peut\naffirmer qu'elle fut néfaste en rompant violemment la tradition artis-\ntique de l'Europe moderne.\n    La substitution du code de Justinicn aux lois et coutumes, émanées\nspontanément du peuple et des siècles, adaptées aux besoins et aux tem-\npéraments divers des races renouvelées du continent; l'application de lois\nsurannées, faites pour d'autres hommes et d'autres temps, trouva son\nanalogie dans l'art : — un dogme imposé, une norme classique éteignent,\npeu à peu, l'inspiration personnelle. Les artistes de génie, nourris, au\nreste, de la forte sève du XVe siècle, produisent des chefs-d'œuvre, quand\nmême, mais les talents, autour d'eux, tombent dans la manière, la séche-\nresse ou le pastiche.\n    Les pédants et les érudits, en majorité, alors, épuisaient leur mince\nverve à commenter ou à paraphraser les anciens, au milieu de vaniteuses\net risibles querelles, qui font songer aux pédagogues et aux sophistes de\nLucien ou aux hôtes de Trimalcion. A leurs yeux, les modèles antiques\nfaisaient loi et ils propagèrent dans toute l'Europe la funeste conception\n"}, {"page_pdf": 1049, "page_imprimee": 886, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "  886                            DURENDAL\n\n\n de l'art absolu, conception métaphysique et imperfectible d'un art cano-\n nique, auquel toutes les nations civilisées étaient tenues de se conformer,\n sous peine de barbarie.\n    Le corollaire d'une telle proposition est que l'art exclut le réalisme.\n l'expression concrète de l'époque, de la contrée, l'incarnation des aspi-\n rations particulières du moment, tout ce qui pourrait localiser l'œuvre,\n lui donner, avec l'empreinte du siècle, l'accent palpitant de la vie; elle\n doit, désormais, idéaliser dans le fond et dans la forme, se détacher de\n l'ambiance, revêtir on ne sait quelle uniformité abstraite.\n    Le génie de l'artiste ne sera plus seulement, selon la théorie de Taine, la\n résultante combinée de ses antécédents ataviques et des tendances de\n l'heure à laquelle il apparaît; un élément supplémentaire altérera la com-\n binaison, une doctrine obligatoire, qui diminuera les forts et écrasera les\n faibles.\n    Les gens de la seconde Renaissance avaient déchiffré tous ces théo-\nrèmes et ces axiomes esthétiques dans les ouvrages des Grecs et des\n Romains. Et ces derniers n'auraient pas été médiocrement surpris de ces\ndécouvertes du XVIe siècle, qui eurent pour conséquence la négation de\ntout l'effort d'art, puissant et savoureux, du moyen âge. Et, en même\ntemps que la tradition d'art médiévale, reconnue, tout-à-coup, comme\n ayant été dirigée d'après des principes erronés et sauvages, les sujets favoris\nde son inspiration participèrent du mépris qui la frappait et tombèrent\ndans un abandon de plus en plus grand. Au reste, ne fallait-il point à cette\nnouvelle théorie artistique des thèmes dignes d'elle et quoi de plus natu-\nrel, puisque l'on prenait les anciens pour modèles, que de leur emprunter\nle fond aussi bien que la forme, pour les imiter plus parfaitement encore.\n    En somme, l'artiste qui vivait dans une société engendrée par le christia-\nnisme, et, pour incrédule ou tiède qu'il pût être lui-même, était tout pétri\nde ses idées, devait surmonter l'inclination native de sa pensée, l'idiosyn-\ncrasie que des siècles de foi et d'éducation catholiques avaient formée,\npour se contraindre à parler une langue disparue et défigurée, de plus, par\ndes pédants qui la lui représentaient comme la seule digne d'être parlée.\nOr, elle s'adaptait mal aux paroles que l'on était accoutumé d'entendre,\nleur donnait une apparence guindée et fausse, les travestissait et les rendait\nincompréhensibles au simple public.\n    Aussi y eut-il divorce entre la masse, les écrivains et les artistes. L'art,\nque lès sublimes artisans du moyen âge avaient fait jaillir des entrailles\nde la race et qui était compris sans peine de celle-ci parce qu'il exprimait,\nsur un mode exalté, ses élans, ses joies et ses douleurs; — l'art séparé,\ndorénavant, de son principe, de sa source vivifiante devient un jouet\naristocratique, la distraction de cénacles et de coteries, perdues d'érudition\nmal informée.\n"}, {"page_pdf": 1050, "page_imprimee": 887, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "   LES PRIMITIFS ITALIENS ET LA SECONDE RENAISSANCE                     887\n\n\n   Sous l'impulsion de philosophes athées, de princes dissolus, voire de\nprélats indignes, les artistes tâchent de satisfaire au goût du jour pour les\nrésurrections postiches de l'antiquité; ils prodiguent les mythologies et\nles nudités, en profanent jusqu'à leurs tableaux religieux, nous laissent,\nenfin, ces ouvrages faits tout d'habileté sans émotion et qui, aussi, ne\nnous émeuvent point. C'est par là que l'on peut affirmer que l'immoralité\nspirituelle de la seconde Renaissance préjudicia à l'art.\n   Nous sommes bien éloignés du parti pris et de n'admirer pas l'œuvre\nétonnante des grands maîtres du XVIe siècle. Mais envisagerons-nous le\nVinci, Raphaël, Michel-Ange comme placés à la conclusion ou au début\nd'une période artistique? Si nous voulons les considérer, non comme\nl'expression dernière et suprême du siècle de Masaccio, de Botticelli et\nde Donatello, mais comme les fondateurs des écoles du XVIe siècle décli-\nnant et du XVIIe, force nous sera de reconnaître que la vigueur, qu'ils ont\npuisée dans les enseignements de leurs prédécesseurs, ils sont restés\nimpuissants à en transmettre le secret à leurs disciples débilités.\n   La vérité est que les formules en vogue : la promulgation d'un dogme\nesthétique absolu; le fanatisme d'un art grec soi-disant immuable et que\nl'on étudiait, d'ailleurs, dans les monuments... romains: tout cela était\nincapable d'entraver l'essor d'un Buonarroti ou d'un Sanzio, mais devait\nétouffer sous les bandelettes et comprimer le talent de leurs pâles succes-\nseurs, déjà envoûtés, si l'on peut dire, par leur exemple.\n   A l'égal des unités tragiques d'Aristote, en France, au XVIIe siècle, les\npréceptes classiques ont peut-être contribué à nous doter de quelques\nchefs-d'œuvre qui, sans doute, n'auraient pas été de moindre valeur en\nleur absence. Mais, à la longue, les unes et les autres ont stérilisé l'art et\ntout l'effort des modernes, en Allemagne, en France, en Angleterre, a\ntendu à s'en affranchir, à essayer de renouer la chaîne rompue depuis trois\ncents ans, à détruire les préjugés que la seconde Renaissance avait\nlégués aux générations qui se sont succédé depuis, et dont, quelque-\nfois, nous nous sentons encore les esclaves.\n                                                          ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-006", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 888, "page_fin": 889, "titre_corps": "Cœurs dormants", "titre_sommaire": "Cœurs dormants", "signature_source": "", "ancre_debut": "CŒURS DORMANTS", "ancre_fin": "Est le plus beau par son mystère", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ETERNELLE FALBLESSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1051, "page_imprimee": 888, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 676, "texte": "CŒURS               DORMANTS\n\n\nIl est des lacs profonds et calmes,\nUnis et blancs comme un miroir,\nOù froidement se laisse choir\nL'immobile reflet des palmes.\n\nLes vents brisent leurs baisers fous\nSur leur impassible surface.\nPlongez : sous l'apparente glace\nVibrent de chauds et longs remous.\n\nIl est de paisibles visages\nDont l'aspect serein et moqueur\nParaît ignorer les orages\nQui troublent les ondes du cœur.\n\nSur ces calmes lacs d'ironie\nOn dirait que la pitié fond.\nPlongez : la tendresse bénie\nEn molles vagues roule au fond.\n\nCe sont les vagues les plus douces.\nCe sont les cœurs les mieux remplis\nQui dissimulent leurs secousses\nDans les plus secrets de leurs plis.\n"}, {"page_pdf": 1052, "page_imprimee": 889, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 469, "texte": "         L'ÉTERNELLE FAIBLESSE          889\n\n\n   Tels sont les cœurs que l'on adore\n   D'une religieuse ardeur.\n   Oh! cache ton amour encore\n   Sous les voiles de la pudeur !\n\n   Plus brillante en sera la flamnte\n   A qui, voulant la conquérir,\n   Devra la chercher dans ton âme,\n   Comme Hiram l'or aux mers d'Ophir.\n\n   C'est au plus profond de la terre\n   Que sont les métaux précieux ;\n   L'astre le moins visible aux yeux\n   Est le plus beau par son mystère.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-007", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 889, "page_fin": 890, "titre_corps": "L’Éternelle faiblesse", "titre_sommaire": "L’Éternelle faiblesse", "signature_source": "Maurice Olivaint", "ancre_debut": "L ETERNELLE FALBLESSE", "ancre_fin": "MAURICE OLIVAINT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1052, "page_imprimee": 889, "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "L'ÉTERNELLE                 FALBLESSE\n\n\n   Nous avons toujours l'appétit\n   De la tendresse maternelle :\n   L'homme reste le tout petit\n   Que la femme met sous son aile.\n\n   Épouse pleine de bonté\n   Qui me rappelles tant ma mère,\n   Je ne me suis jamais heurté\n   Aux cailloux de la route amère,\n\n  Je n'ai jamais froissé mon cœur\n  Entre les griffes de la vie,\n  Ni respiré cette rancœur\n  Qu'exhalent l'orgueil et l'envie,\n"}, {"page_pdf": 1053, "page_imprimee": 890, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 785, "texte": "890                DURENDAL\n\n\n\n      Sans que le désir lâche et doux\n      Envahît aussitôt mon âme\n      De reposer sur tes genoux\n      Ma meurtrissure, ô chère femme!\n\n      De tefaire de longs aveux\n      En te montrant ma cicatrice,\n      Et de sentir dans mes cheveux\n      Glisser ta main consolatrice !\n\n      L'homme hautain et triomphant\n      N'a pas de plus pure allégresse\n      Que de redevenir enfant\n      Sous la féminine caresse;\n\n      Et, las de protéger toujours,\n      En humiliant sa puissance\n      Aux pieds d'un gracieux secours\n      Fait de faiblesse et d'innocence,\n\n      Il sent une exquise fierté\n      A contempler chez le doux être\n      Ce réveil de maternité\n      Que son amour seul a fait naître.\n\n                          MAURICE      OLIVAINT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-008", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 891, "page_fin": 896, "titre_corps": "L’Art religieux", "titre_sommaire": "L’Art religieux", "signature_source": "F. 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Au reste, pour ceux qui condamnent la\n                    théorie de l'art pour l'art, que deviennent les œuvres\nde musique pure, telles que sonates, symphonies ? Quel but différent\ndu seul plaisir esthétique peut-on leur assigner? Que les moralistes se\nrassurent : cette légitimité du plaisir ou plutôt de la jouissance, dans\nsa manière d'être la plus élevée, demeure subordonnée aux lois supé-\nrieures de la morale. Si l'art ne relève pas de la morale dans son\nessence, c'est-à-dire qu'une œuvre d'art peut être belle et mauvaise, il\ny reste soumis dans son exercice. La beauté n'est jamais une excuse,\npas plus que la bravoure d ! un criminel n'est une circonstance atténuante\ndevant les tribunaux.\n   Quoi qu'il en soit, l'art religieux s'assigne un but supérieur à la seule\njouissance : c'est l'édification spirituelle. L'art religieux est une forme\nd'enseignement, une sorte d'éloquence sacrée. C'est l'art au service d'une\ncause plus grande que le simple amusement des dilettantes, puisqu'il\névoque la fin dernière de l'homme, le but surnaturel de la vie, les mysté-\nrieuses communications de Dieu avec l'humanité, les effusions de la grâce\ndans l'âme et jusque dans le reflet de l'âme, savoir l'expression répandue\nsur le visage et tout le corps. L'artiste religieux doit donc avant tout\n"}, {"page_pdf": 1055, "page_imprimee": 892, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": " 892                             DURENDAL\n\n\nviser ce but : édifier. Le reste y est subordonné. S'il se présente à son\nesprit deux manières d'interpréter un sujet, l'une acceptant un senti-\nment déjà traduit en une multitude d'oeuvres pieuses, conforme à une\ntradition séculaire et, partant, pas neuve ; l'autre plus personnelle, plus\noriginale, plus pittoresque de lignes et de couleurs, mais pénétrant\nmoins profondément dans les entrailles du mystère, la première inter-\nprétation doit être préférée. Au point de vue purement artistique, elle\nsera sans doute inférieure à l'autre, parce que la jouissance esthétique\ns'émousse dans les sensations multipliées et veut de l'inédit. Mais il ne\nsuffit pas ici de plaire ; il est même inutile de plaire, si l'on n'édifie pas.\nQue si l'artiste trouve dans les ressources de son génie de quoi satisfaire\nla double aspiration de la foi et du goût, celui-là mérite l'approbation\ntotale, et les ovations enthousiastes dont autrefois les Florentins saluèrent\nla célèbre madone de Cimabue.\n   II semble que cette ligne de conduite s'impose au nom de la plus\nélémentaire logique. Et cependant, combien d'artistes la suivent?\nCombien savent sacrifier leurs indigentes trouvailles à une interprétation\nplus stricte, plus pieuse du sujet? L'amour immodéré de l'inédit ne les\npousse-t-il pas souvent à abandonner une saine tradition pour des\nnouveautés d'un goût douteux? Et encore ne s'aperçoivent-ils pas qu'ils\ndélaissent un poncif pour un autre. Ils ne veulent point pasticher\nl'Angelico, mais ils s'amusent volontiers à faire du Burne Jones. Après\ntout, les créateurs, les génies qui volent de leurs propres ailes, sont\nrares, très rares, et je dirais volontiers à un jeune artiste, désireux de\nfaire de la peinture religieuse : mon petit ami, prenez garde au poncif\nque vous allez vous approprier, car il y a mille à parier contre un que\nvous imiterez soit Puvis de Chavannes, soit Botticelli, soit un Flamand,\npeut-être Memling ou quelque gothique. Vous avez sans doute raison\nd'imiter, ne pouvant créer. Mais choisissez votre modèle, non par amour\npropre et pour épater le public, mais en esprit de foi. Nous verrons\naprès si Dieu vous a donné un éclat propre ou si vous ne serez qu'un\nsatellite réfléchissant la lumière de quelque soleil proche ou lointain.\nJe connais un artiste qui avoue ingénuement ses pieux larcins. Son\nœuvre peut n'être pas originale, mais comme elle ne manque pas d'art,\nje la préfère aux originalités médiocres de beaucoup d'autres.\n  Il y a deux sortes d'originalités, comme il y a deux sortes de naïvetés :\ncelle qui est spontanée et celle qui est voulue. La naïveté naturelle est\ncharmante ; la naïveté voulue est niaise. De même, l'originalité procé-\ndant d'une riche nature fait les grandes œuvres d'art; l'autre, celle des\nimpuissants, n'aboutit qu'à la recherche, la vaine déclamation, le\nsnobisme artistique.\n  Un des grands défauts de la moderne éducation de nos jeunes artistes\n"}, {"page_pdf": 1056, "page_imprimee": 893, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "                            L'ART RELIGIEUX                            893\n\n\nconsiste à faire miroiter devant leurs yeux cette séduction de l'originalité,\ndu tempérament personnel. C'est désormais leur unique préoccupation.\nLa patiente assimilation, la discipline rigide que nécessite la difficile\ntechnique de l'art, pèse à leur impatience ; ils ont hâte d'arriver, et\nquand ils ont mis au monde quelque chose d'hybride dont on dit : c'est\ndrôle,ifs croient qu'ils sont arrivés; Dé là le dédain de toute tradition\nd'école, l'abandon systématique de tout un patrimoine d'enseignements\net d'expériences légué par les générations disparues. Aujourd'hui, il n'y\na plus d'école. Les anciennes classifications en école ombrienne, véni-\ntienne, romaine, flamande, rhénane, ne sont plus possibles. Tel artiste\nScandinave ne se distingue plus essentiellement d'un italien. 11 y a\naujourd'hui des petits Burne Jones et des minuscules Puvis de Chavannes\nsous toutes les latitudes. C'est l'effet de la grande brassée moderne,\nremuant, brouillant, amalgamant d'un remous incessant toutes les\ncervelles hantées d'art. Le jeune artiste moderne est un atome noyé\ndans le brassin le plus hétéroclyte qui fut jamais et nul ne peut dire\nquels jeux du hasard, quelles affinités latentes détermineront la marche\nde son évolution.\n   Est-ce un bien ? Est-ce un mal? Je pense que pour les tempéraments\nordinaires, cette absence d'éducation est un grand mal. La tradition\nd'école façonnait l'artiste, lui donnait la vie, la santé, la force, et, le\nmettant au monde dans la pleine possession de ses organes et de ses\nfonctions, donnait à son génie personnel le moyen d'atteindre le\ncomplet épanouissement de sa vitalité. Aujourd'hui, la plupart des\njeunes sortis de l'académie ont un air d'enfants nés avant terme, sinon\nmorts-nés. C'est pourquoi si peu survivent à leur triste baptême de\nlauréats officiels.\n   Si le défaut de sérieuse initiation est une cause de décadence pour\nl'art en général, i'effet en est particulièrement néfaste dans la peinture\nreligieuse. D'où vient qu'aujourd'hui, malgré toutes les bonnes volontés,\nmalgré le désir de retrouver les traditions longtemps perdues, nous\nn'ayons plus ni un Simone Memmi, ni un Duccio, ni un Ghirlandajo, ni\nmême un obscur Giottino? C'est que si l'Ecole maintenait autrefois le\nniveau artistique au point que les médiocres étaient encore fort esti-\nmables, l'incohérence des tentatives modernes est une cause d'infériorité\nmême pour lés mieux doués.\n  Ces considérations devraient nous inciter à louer l'effort de ceux qui\ntentent la restauration des écoles d'art religieux, même si le succès ne\nrépond pas encore aux espérances. A ce titre, les écoles de Saint-Luc\nméritent des encouragements. C'est d'ailleurs de ce côté seulement qu'on\npeut attendre un renouveau de l'art religieux. Toutes les autres manifesta-\n"}, {"page_pdf": 1057, "page_imprimee": 894, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2959, "texte": " 894                                    DURENDAL\n\n\ntions isolées passeront comme des météores, sans laisser de traces\ndurables (1).\n\n\n\n    Quelles doivent être les tendances et le programme d'une école d'art\nreligieux? Une intéressante réponse à cette question se trouve formulée\ndans le préambule des statuts de la corporation des peintres, sculpteurs\net orfèvres Siennois, érigée en 1355. Après avoir déclaré que leur mission,\nparla grâce de Dieu, est de manifester aux gens ignorants et illettrés les choses\nmerveilleuses opérées par la vertu et dans la venu de la Sainte Foi, ils\najoutent que rien ne peut avoir commencement ni fin sans ces trois\nchoses : pouvoir, savoir, vouloir avec amour.\n    D'abord, vouloir servir Dieu, l'honorer dans ses mystères et dans ses\nsaints, parler au peuple cette admirable langue de la vérité catholique qui\n luit pour toutes les intelligences, qui charme tous les cœurs, qui instruit\n et qui console, qui chante et qui prie, qui ouvre le ciel à toutes les indi-\n gences et à tous les désenchantements. Vouloir avec amour, c'est-à-dire\n croire fermement à la vérité révélée, partager les ardeurs de l'apostolat,\n assigner un but surnaturel au travail. A ce titre, l'art est un sacerdoce.\n Dans toute autre acception, cette formule est vide de sens. La condition\n nécessaire pour l'artiste qui veut faire de l'art religieux, est donc d'être\n croyant, pieux même. A défaut de religion sérieuse, il éprouvera peut-\n être une émotion r passagère, mais cette rencontre fortuite ne peut suffire\n à créer une œuvre intégrale, à atteindre la sublimité des sommets qui\n défient toute une vie humaine. Au reste, l'histoire des peintres ne dément\n pas cette assertion.\n     Il faut encore savoir. L'art est difficile ; il faut l'apprendre et l'instinct\n  ne suffit pas. La difficulté technique atteint son plus haut point dans l'art\n  religieux, à cause-de la grandeur et de la noblesse du sujet, incompatibles\n  avec la négligence de l'exécution. L'artiste chrétien doit posséder à fond\n  la science du dessin\", de la structure humaine, de la draperie, des acces-\n  soires. Il doit posséder l'art si difficile de la coloration (que beaucoup\n\n\n\n    (1) Je prie le lecteur de ne pas interpréter ces lignes comme un hommage d'admiration\n pour les produits de Saint-Luc. Je suis pleinement d'accord avec M. l'abbé Moeller pour\n déplorer l'absence de caractère artistique dans la peinture et la sculpture de cette école Je ne\n sais si ses chefs ont conscience de leur infériorité sous ce rapport, s'ils sont prisonniers volon-\n taires du parti pris, ou bien si la pénurie de vrais artistes chrétiens explique leur impuissance.\n J'estime, toutefois, qu'un mouvement d'art religieux sérieux et durable doit procéder, non de\n l'initiative individuelle, mais d'une association; et, plutôt que de vouloir la mort de la seule\n école d'art religieux que nous ayons, je lui souhaite d'entrer résolument dans la voie des\n réformes nécessaires.\n"}, {"page_pdf": 1058, "page_imprimee": 895, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "                           L'ART RELIGIEUX                             895\n\n\nesquivent de parti pris), à un degré plus éminent qu'il ne le faut dans la\npeinture de chevalet, la peinture religieuse faisant partie d'un système de\ndécoration monumentale. Ces connaissances techniques sont indispen-\nsables. Ceux qui ne les possèdent pas à-fond sont réduits à faire des\npastiches sans valeur d'art. Ils ont beau se réclamer des primitifs, ils n'en\nont ni le génie, ni même la technique. Plût à Dieu qu'ils en eussent au\nmoins les défauts : ils n'ont que ceux de leur ignorance.\n   L'artiste chrétien doit connaître sa religion. Le dogme catholique est\nun corps de doctrine très précis qui ne s'accomode pas des interprétations\nfantastiques d'un mysticisme nébuleux. Le peintre chrétien est un prédi-\ncateur populaire. Je suppose que l'office de la prédication serait mal tenu\npar un simple esthète, fût-ce Maeterlinck.\n   L'artiste chrétien doit connaître l'Evangile. Mais on n'acquiert pas cette\nconnaissance par une lecture de dilettante. Il faut en puiser l'interpréta-\ntion dans les commentaires autorisés et spécialement dans l'illustration\ntrès documentée de l'iconographie chrétienne. Celle-ci est une norme\nsûre, puisque les monuments en ont été élaborés sous l'inspiration et la\nsurveillance immédiate des gardiens du dogme : prêtres, moines, prélats.\n   Il convient encore que l'artiste ait une éducation intellectuelle étendue\net soignée. La connaissance du latin lui serait infiniment profitable,\nmoins au point de vue utilitaire que pour la culture d'esprit que donnent\nles lettres classiques. Le bon goût, la rectitude du jugement, les percep-\ntions délicates des nuances de la pensée et du sentiment, l'élévation de\nl'âme en sont les fruits assurés. Ces qualités, qui font l'homme distingué,\nse rencontrent rarement, il faut l'avouer, chez nos esthètes d'académie,\nuniquenient préoccupés du côté extérieur de l'art : le faire, le chic, la\npatte.\n    Mais tout cela, science et bon vouloir, est inutile sans le pouvoir, le\ndon du génie. Ce don, on ne le reçoit que de Dieu seul. Nulle école, nulle\nacadémie, nul labeur même ne peut le communiquer. A ceux qui ne le\npossèdent pas, il n'est qu'un conseil à donner, c'est de s'abstenir.\n    Voilà donc un programme d'études fort respectable : Science du\ndogme, de l'Evangile, de l'histoire, de l'iconographie, culture formelle\nde l'esprit;, habileté technique. Nos académies remplissent-elles ce pro-\ng r a m m e ? Hélas ! elles en sont loin ! L'enseignement y est purement\nmatériel, car ce n'est pas au moyen de quelques conférences (et par quels\nconférenciers) qu'on suppléera au défaut de culture. Il est inutile, d'ail-\nleurs, d'insister sur l'incompétence des académies en matière de religion.\nQue si d'aventure on y prend un sujet de concours dans la Bible, le sujet\n n'est qu'un prétexte comme un autre. Du reste, le résultat de ces\n concours démontre abondamment l'extrême indigence intellectuelle des\n lauréats.\n"}, {"page_pdf": 1059, "page_imprimee": 896, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 579, "texte": " 896                            DURENDAL\n\n\n   De ce côté donc, il n'y a rien à attendre pour l'art religieux. J'espère\nque les écoles de Saint-Luc, nées d'une grande pensée de foi, et déjà en\npossession d'une bonne partie du programme nécessaire, sauront suppléer\nà ce qui leur manque encore au point de vue purement artistique,\nrecueillir la glorieuse succession de nos grands primitifs et la faire fruc-\ntifier en esprit de foi et de généreuse aspiration au progrès, qui est la-loi\nsuprême de l'art.\n\n                                                             F.   VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-009", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 897, "page_fin": 897, "titre_corps": "Ta maison près du bois...", "titre_sommaire": "Ta maison près du bois...", "signature_source": "", "ancre_debut": "TA MAISON PRES DU BOIS", "ancre_fin": "et sens flotter un frais parfum d acacia", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES CAVALES DU SOIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1062, "page_imprimee": 897, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 705, "texte": "TA MAISON                PRÈS DU BOIS...\n\nTa maison près du bois — on la peut voir d'ici —\nest basse et blanche avec un toit de tuiles roses,\nc'est là qu'aux jours d'été, libre de vains soucis,\ndans la splendeur des champs divins tu te reposes.\n\nEn prenant le sentier de bruyère et de thym\net la porte de bois sur mon bonheur fermée,\nton refuge m'apparaîtra dans le matin,\nvêtu de belle aurore et mouillé de rosée.\nEt j'entre, les bosquets et les rameaux fleuris,\nla tonnelle à l'écart aux branches en fouillis,\nla rose et les jasmins, à voix douce, m'accueillent.\nJe reconnais les clairs massifs de dahlias,\nle puits vétuste où s'agriffe le chèvrefeuille,\net sens flotter un frais parfum d'acacia...\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-010", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 897, "page_fin": 898, "titre_corps": "Les cavales du soir...", "titre_sommaire": "Les cavales du soir...", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES CAVALES DU SOIR", "ancre_fin": "la Nuit jette un drap noir sur la mort du soleil", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UN DESSEIN TENEBREUX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1062, "page_imprimee": 897, "debut_caractere": 705, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "LES CAVALES                     DU SOIR...\n\nLes cavales du soir se cabrent au couchant,\nle ciel, barré d'azur et d'or et d'ombre, s'allume\naux reflets du soleil qui saigne longuement\nainsi qu'un rouge fer. martelé sur l'enclume.\n"}, {"page_pdf": 1063, "page_imprimee": 898, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 542, "texte": "898                       DURENDAL\n\n\n      Le combat de la nuit et du jour tôt vaincu\n      s'héroïse dans le spectacle des nuées,\n      qui vont en bataillons serrés comme un afflux\n      de vagues assaillant un roc dans les huées.\n\n      Une forêt tragique apparaît sur fond d'or,\n      elle semble brûler d'un réel incendie\n      et affole les grands vautours et les condors.\n\n      L'ombre envahit les bois et la plaine agrandie,\n      un ultime rayon fuse du large ciel,\n      la Nuit jette un drap noir sur la mort du soleil.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-011", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 898, "page_fin": 898, "titre_corps": "Un dessein ténébreux...", "titre_sommaire": "Un dessein ténébreux...", "signature_source": "", "ancre_debut": "UN DESSEIN TENEBREUX", "ancre_fin": "maîtrisant d un seul cri ton geste parricide", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1063, "page_imprimee": 898, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "UN DESSEIN                    TÉNÉBREUX...\n\n\n      Un dessein ténébreux s'agite sous ton front,\n      Beau chevalier casqué d'argent et d'ailes noires,\n      ta lèvre est blême encor de colère et d'affront\n      et ta dague s'irrite en son fourreau d'ivoire.\n\n      Malheur! celui qui t'insulta porte ton nom\n      et le sang batailleur qui roule dans tes veinés,\n      c'est le sien, rude fils des marquis d'Aragon\n      au grand cœur généreux empli de chaude haine.\n\n      Quel vent de fol orgueil souffle dans tes cheveux,\n      quel courroux contenu crispe ton poing fiévreux\n      et charge de pensers amers ton front livide !\n\n      Voici que ta colère éclate et rompt ses freins;\n      tu veux frapper, mais ta mère paraît soudain\n      maîtrisant d'un seul cri ton geste parricide!\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-012", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 899, "page_fin": 899, "titre_corps": "Du haut des monts altiers...", "titre_sommaire": "Du haut des monts altiers...", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "DU HA UT DES MONTS ALTIERS", "ancre_fin": "PAUL MUSSCHE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1064, "page_imprimee": 899, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "DU HAUT DES MONTS ALTIERS                  89c)\n\n\n\n\nDU HA UT DES MONTS                        ALTIERS...\n\n\n   Du haut des monts altiers aux neiges éternelles\n   une sourde rumeur présage le matin,\n   un aigle prend son vol, fixant de sa prunelle\n   claire le coin du ciel où naît le jour divin.\n\n   L'arbre frémit au vierge vent des altitudes,\n   le nid s'éveille et la voix frêle des oiseaux\n   se mêle à l'inouï concert des solitudes\n   et se confond dans l'hosanna des grandes eaux.\n\n   L'aurore approche et défaille de souffles purs,\n   les nocturnes brouillards se perdent dans l'azur\n   et le premier rayon frappe les cimes blanches.\n\n   L'astre vainqueur paraît sur les monts empourprés\n   et, dans un nuage d'or, roule en avalanche\n   le Char incandescent aux étalons cabrés!\n\n\n                                       PAUL MUSSCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-013", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 900, "page_fin": 910, "titre_corps": "Étude sur Antoine Van Dyck d’après ses œuvres exposées à Anvers", "titre_sommaire": "Étude sur Antoine Van Dyck d’après ses œuvres exposées à Anvers", "signature_source": "Henry Vaes", "ancre_debut": "Etude sur Antoine VAn Dyck", "ancre_fin": "HENRY VAES", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1065, "page_imprimee": 900, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "Étude sur Antoine VAn Dyck\n               D'APRÈS SES ŒUVRES EXPOSÉES A ANVERS\n\n\n\n\n                 MARIE de Médicis, lors de son séjour à Anvers, en 1631.\n                   rendit visite à Rubens et à Van Dyck. Le sieur de la\n                   Serre, historiographe de France, qui a décrit « l'histoire\n                   curieuse de tout ce qui s'est passé à l'entrée de la Reyne\n                   Mère du Roy très chrestien dans les villes des Pays-\n                   Bas», raconte qu'elle vit chez ce jeune peintre les copies\n                   qu'il avait faites d'après le Titien, et il ajoute : « Van\n                   Dyck partagera bientôt avec le Titien la gloire de sa\n                   renommée, car si cet excellent peintre a esté l'ornement\nde son siècle, celuy-cy est la merveille du sien. »\n   L'éloge que le chroniqueur français adresse à Van Dyck seul, rappelle\nimplicitement le nom et la suprématie de Rubens. On ne peut, en effet,\nconcevoir sans lui ni Van Dyck, ni l'art flamand du XVIIe sièle, ni la pein-\nture, depuis trois siècles. Rubens est le soleil de l'Ecole flamande ; il lui\na donné l'impulsion vitale et mouvementée qui ranime encore mainte-\nnant; il a déterminé ce modèle du coloris vivant que le Titien lui avait\nenseigné; il a ouvert aux peintres « le royal domaine qu'il avait conquis,\nsorte d'enclos tracé en pleine nature, que son imagination peuplait d'in-\nnombrables personnages, figures attrayantes ou imposantes, guerriers\net artisans, anges et amours, naïades et saints, apôtres et courtisans (1) ».\n   On ne pourrait, en glorifiant Van Dyck, oublier ni le nom ni l'art de\n\n\n (1) Rubens,   par A . MICHIELS.\n"}, {"page_pdf": 1068, "page_imprimee": 901, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "                     É T U D E SUR ANTOINE VAN DYCK                      901\n\n\n\nRubens. La parenté de leurs œuvres est trop claire pour que leur\nrenommée puisse être séparée. Van Dyck est le fils de Rubens. Un trait\nféminin s'est ajouté aux traits du père. Il est plus élégant et moins épais,\népouvante moins, s'attendrit davantage. Spn maître continue à vivre\nen lui, l'inspirant de son génie et ne l'asservissant cependant pas au pas-\ntiche ; et c'est ainsi que se vérifie l'affirmation de la Serre. Si Van Dyck\nappartient à Rubens par son éducation, il est un artiste à part, parmi\nles élèves de ce grand peintre, « qui n'ont eu qu'à le regarder vivre pour\nvivre un peu comme lui, qu'à le regarder peindre pour peindre comme\non n'avait jamais peint avant lui » (1). Les camarades d'atelier ont cer-\ntainement conservé ses traditions, mais au lieu d'en perpétuer l'esprit,\nils n'en ont gardé que le procédé et la forme. Van Dyck est devenu un\nmaître original. Ses qualités, vigoureusement dirigées par Rubens, se\nsont affermies clairement, soutenues par une palette vibrante. Si Van\nDyck ne peut être compris sans Rubens et Titien, l'art du XVIIe et du\nXVIIIe siècle ne peut s'expliquer, si on ne reconnaît son influence. De qui\nprocèdent Rigaud, Largillière, Watteau, les maîtres duXVIIIesiècle, Gros,\nl'impérial portraitiste ? D'où vient la grâce de l'École anglaise dominée\npar Lawrence, Reynolds et Gainsborough, sinon d'Antoine Van Dyck.-\n   Rubens incarne véritablement l'art du XVIe siècle. Sa peinture gran-\ndiose et féconde correspond à cette glorieuse renaissance flamande où\nles hanses et les maisons commerciales amenaient, entre les verdoyantes\net vaporeuses rives de l'Escaut, les caravelles enrubannées et les galions\nà triple étage, où les Ommeghange somptueux célébraient dans les rues\nd'Anvers la liesse du peuple, où les rois et les reines se rencontraient\nsur notre sol. Son talent glorifie les formes luxuriantes et mouvementées\nque lui dicte la vie, qu'on retrouve en colonnes ventrues et en volutes\ngigantesques, aux pignons ornés des palais, et que la mode exagérait en\nde fastueux pourpoints, d'ondoyants feutres, des manteaux décoratifs.\nSes œuvres évoquent une religion mondanéiséc, côtoyant une mytho-\nlogie passionnée, renaissante aux souvenirs retrouvés de la Grèce et de\nRome.\n   Van Dyck n'exprime plus comme son maître cette vie speciale, où\nl'esprit était rempli plus par des images que par des idées. Il recherche\nles sentiments plus personnels et plus intimes. Il y a une pointe de\nmélancolie et un fond de tristesse dans sa gaieté. Il ne saisit parfaite-\nment dans ses scènes religieuses que l'intensité de la douleur et le carac-\ntère des figures. Il délaisse la peinture mythologique voluptueuse., à fleur\nde peau ». Son altruisme lier et délicat le porte tout entier vers le portrait.\n\n\n (1) FROMENTIN, les Maîtres d'autrefois.\n"}, {"page_pdf": 1069, "page_imprimee": 902, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": " 902                                 DURENDAL\n\n\n\noù il peut composer des personnages rêveurs et penseurs, où il peut faire\nscintiller des perles et dessiner des dentelles, chercher des attitudes\nlentes et sensibles, réaliser un monde unique qui semble flotter comme\ndes ombres\n                    Dans une île paresseuse où la nature donne\n                    Des arbres singuliers et des fruits savoureux,\n                    Des hommes dont le corps est mince et vigoureux\n                    Et des femmes dont l'œil par la franchise étonne... (1)\n\n\n  Et aussi, Van Dyck est vraiment la merveille duXVIIesiècle. Au phy-\nsique comme au moral, comme homme et comme peintre. Il n'est plus\ndu siècle de Rubens. « Il a plus que lui le sens des ajustements, des\nmodes, des étoffes soyeuses, les personnages ne sont plus des chevaliers,\nce sont des cavaliers (2). » Il a pressenti les inquiétudes et le mystère\nmodernes. Il a exprimé les harmonies élégantes que leXVIIIesiècle revi-\nvrait et les sentiments indéfinissables poursuivis par les musiciens,\ndepuis Mozart et Beethoven.\n                                               «r\n\n                                           4        *\n\n\n\n\n   Les œuvres de Van Dyck, exposées à Anvers, rappelaient la route\nrapide et féconde de son existence.\n   Chaque portrait, tout en immortalisant son modèle, fut-il roi ou\nsavant, glorifiait l'artiste, caractérisait en son cadre d'or impressionnant\nsa technique et sa compréhension actuelles. Sa propre image, qu'il aimait\nà évoquer comme Rembrandt, nous disait dans ses variées attitudes son\nrêve du moment, ses « pensées de derrière la tête ». Les eaux-fortes pré-\ncisaient en nous les ressorts intimes de son génie et la fermeté de son\nexpression. On y pouvait suivre, pas à pas, comme montant les degrés\nvers le temple de la perfection finale, le sentiment qui s'affinait, le talent\nqui s'ennoblissait. On le voyait, dans ses toiles, ici élève de Rubens, là\ninfluencé par le haut et puissant Titien, plus loin replongé dans l'atmo-\nsphère flamande, enfin vibrant doucement, harmonieusement, en de\nlongues et lentes émotions dans les portraits de la période anglaise.\n   C'est la floraison splendide de son œuvre. Sa technique est originale\net adéquate à son sentiment de la beauté. Et qu'on ne dise pas que ce\nsont les circonstances qui donnèrent cette direction à son art. Certes, il\nfut favorisé par le milieu. Mais ne l'avait-il pas cherché dès sa jeunesse?\n\n\n (1) BAUDELAIRE.\n (2) FROMENTIN, les Maîtres d'autrefois.\n"}, {"page_pdf": 1070, "page_imprimee": 903, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": "                  É T U D E SUR ANTOINE VAN DYCK                       903\n\n\nUn portrait de lui-même, signé en 1622 et inscrit dans le catalogue\nd'Anvers, sous le numéro 54, nous renseigne à cet égard. Van Dyck s'est\nreprésenté debout, en une attitude nonchalante et légèrement penchée\nvers la droite ; le coude est appuyé à un soubassement de colonne bistrée,\net soutient d'une main blanche et retombante la tète fine et pensive; les\nboucles brunes ombragent le front et encadrent l'ovale clair. Les yeux\nsont droits et comme un peu voilés par les cils; le regard semble voit-\ndans le lointain. La teinte du tableau est conçue dans une gradation\nhabile de l'ocre au brun étouffé. La touche est légère, faite de frottis,\nanimée par quelques rehauts. Cette œuvre contraste avec celles qu'il\npeignit vers le même temps, et en pleine inspiration flamande. Ici, il se\nmontre tel qu'il voulut être plus tard. Ce n'est ni le coloris rubénien, ni\nla manière de concevoir et de rendre un portrait suivant les habitudes\nde son Ecole. L'œil est profond de pensées. Le front vibre sous l'effort\nde désirs violents et arrêtés ! Ne peut-on pas croire qu'alors déjà, en 1622,\nrevenant d'un séjour de quelques mois en Angleterre, il avait fixé les\nnormes de son expression artistique, deviné le milieu où son talent\ns'épanouirait? Ne s'était-il pas dit qu'à Anvers il ne cesserait jamais\nd'être l'inférieur de Rubens, qu'il ne savait pas faire palpiter des chairs\ngrasses comme Jordaens, qu'il y avait dans l'âme flamande des senti-\nments trop populaires pour l'isolement aristocratique qui le hantait, que\nle bourgeois et le patricien n'étaient ni assez affinés ni assez décoratifs\npour qu'ils puissent s'harmoniser avec son pinceau ? Et il avait trouvé\nen Angleterre, à la cour de Charles Ier, de la race voluptueuse et lasse\ndes Stuart, une atmosphère qui réalisait son rêve, où l'entourage était\nmoins brutal et plus élégant, où les vies étaient plus nonchalantes, où\nles habitudes étaient plus oisives et plus dédaigneuses des choses ordi-\nnaires, où l'existence était composée d'intérieurs riches et moelleusement\ndrapés, de passions assouvies aussitôt qu'effleurées, de sensations recher-\nchées, de maniérisme raffiné et de savante coquetterie.\n  Antoine Van Dyck est né à Anvers, le 22 mars 1599. « Ses parents,\nécrit en 1620 l'envoyé du comte d'Arundel, sont très, riches et considé-\nrés ». Des douze enfants que François Van Dyck eut de son union avec\nMarie Cuypers, il était le septième. Sa mère était charmante et délicate.\nElle se plaisait à dessiner et à composer des tapisseries de haut goût, et\nnul ne doute que son influence et les notions du dessin qu'elle enseigna\nà Antoine ne développèrent, dans l'âme si réceptive de celui-ci, cette\nélégance, cette sensibilité presque féminines qui devaient l'illustrer plus\ntard.\n  Après avoir passé quelque temps chez Henri Van Balen le Vieux, le\njeune Van Dyck entre à l'âge de 13 ans dans l'atelier de P.-Paul Rubens.\nPendant huit ans, celui-ci eut tout le loisir de pétrir l'argile fraîche de\n"}, {"page_pdf": 1071, "page_imprimee": 904, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "  904                              DURENDAL\n\n\n cette jeune intelligence et de lui donner cette vitalité artistique qui chez\n l'un comme chez l'autre enfanta tant d'oeuvres parfaites.\n    Dès sa 18me année, Van Dyck collaborait avec Rubens, et sa personna-\nlité était absorbée par celle du maître. Ses oeuvres datées d'avant 1621\ntémoignent de la fébrilité dans laquelle il vivait. Il semble alors compri-\nmer à grand peine les envolées de son imagination. Celle-ci déborde. Le\npinceau ne peut suivre ses conceptions et ses écarts. Il recherche les\nscènes fantastiques et extraordinaires, comme le serpent d'Arvain (n°1)(1),\nle Christ trahi par Judas (nos 9 et 10) et des tableaux religieux ou de\nnombreux personnages se bousculent et s'écrasent, tels le Christ tombant\nsous la croix (n° 11), le martyre de saint Pierre (n° 30). D'autre part, à la\nmême époque, il peint des portraits, comme le portrait d'homme et le\nportrait de femme (nos 88 et 89) où s'affirment déjà ses qualités psycho-\nlogiques avec tous les caractères de l'école rubénienne ; facture hâtive,\nun peu brutale, lumière bien ménagée. Il signe les portraits du sieur\nVinck et de sa femme (nos 83 et 84), compositions originales, très déco-\nratives, remarquables par la recherche des attitudes. En même temps, il\nexécute cet adorable Dédale et Icare (n° 35) où il est si personnel. Quel\nensemble déroutant pour le critique ? Est-ce Rubens qui lui a inspiré\ncette curieuse tête d'Androgyne, au regard vif et au corps souple? Non.\nIl a puisé cette inspiration dans son propre fonds. Ne voyez-vous pas\ncomme cette œuvre ressemble déjà à « l'homme à la houlette» du musée\nde Saint-Pétersbourg ?\n    En 1621, Van Dyck part pour l'Italie et laisse, avant son voyage, cette\ndélicate œuvre du saint Martin de Saventhem, dont les malhabiles\nretouches ont malheureusement enlevé la transparence et l'atmosphère.\nIl arrive en novembre à Gênes. Il y demeure peu de temps. Rome et sur-\ntout Venise, retentissante du nom du Titien, l'attirent impérieusement.\nAvec quelle ardeur il s'initie au génie de ce maître incomparable, qu'il\navait déjà pressenti en Rubens. On comprend la prédilection qu'il eut\npour lui. Le Titien était par son coloris le plus flamand des Italiens. II\npossédait cette couleur puissante, fondue dans une atmosphère vibrante,\nqui devait vivifier la peinture moderne. Van Dyck s'assimila rapidement\nsa tonalité blonde. Nombre de ses œuvres, surtout celles de la période\nanglaise, rappellent la couleur italienne, les roses carminés et les ocres\nbruns du Titien. La composition bien ordonnée et les attitudes des per-\nsonnages se gravèrent dans sa mémoire. Sa technique se rapprocha de\ncelle de ce maître. Elle devint moins floue. Si on compare les tableaux\n\n\n\n  (1) Les numéros inscrits entre parenthèses sont ceux du catalogue de l'Exposition\nVan Dyck à Anvers.\n"}, {"page_pdf": 1072, "page_imprimee": 905, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "                   ETUDE    SUR ANTOINE VAN DYCK                       905\n\n\n\n qu'il peignit avant son voyage, à ceux qu'il peignit après, on trouve un\n progrès considérable. Ce n'est plus complètement flamand, et ce n'est\n italien que par certains cotés. C'est comme une fusion du coloris et de la\n fougue de l'un avec la gravité et la sobriété de l'autre. L'ensemble s'est\n harmonisé, la psychologie s'est approfondie, la lumière s'est étendue\n complètement.\n     Il y a plus de dessin et en même temps plus de fondu. Comparez notam-\n ment le portrait du sieur Vinck au portrait de Brignole (n° 45) ou d'Am-\n broise Doria (n° 55), qui est au musée de Bruxelles. Il y a dans les\n seconds un voulu d'atmosphère enveloppante et d'accord dans les teintes\n qu'on ne trouve pas chez le premier, un - coloris plus impressionnant\n avec moins de couleur, une attitude plus digne et un geste plus\n expressif, un visage et des mains plus étudiées et ses qualités se\n développeront toujours plus ou moins affirmées selon l'influence du\nmilieu.\n    A Gênes, à son retour de Venise, il peint — grâce aux bons offices de\n ses confrères, les deux de Wael — plusieurs portraits, le Brignole que je\n viens de citer (n° 45) et cette grande toile où se perd, dans une volumi-\nneuse toilette, la minuscule princesse Pauline Adorno Brignole (n° 44).\n    Le décor y est somptueux et les tons d'oerc et de jaune. Gros s'en-\nthousiasma au palais Brignole pour les toiles de Van Dyck qui s'y trou-\nvaient. Il rappelle dans certaines de ses œuvres le souvenir de ce por-\ntrait. Une vierge à cheveux noirs et à ovale raphaëlique avec le bambino\nrose (n° 7) est bien italienne et caractérise son séjour à l'étranger.\n    En 1626, Van Dyck revient à Anvers. Il y restera six années, pendant\nlesquelles il redeviendra flamand. Il subissait facilement l'influence du\nmilieu et s'assimilait l'allure et la technique des maîtres à coté desquels\nil travaillait.\n    Il atteint, durant cet espace de temps, la perfection de sa manière fla-\nmande, où il se montre profond psychologue, ordonnateur savant de\ngrandes scènes religieuses, poète de la douleur dans les Christs et les\nVierges. Quel merveilleux portrait que celui du Syndic (n° 90). Une vie\nintense, presque palpable, éclate dans ce tableau. Le personnage est assis,\nles mains écartées et appuyées sur les cuisses. La tète émerge de l'ample\nvêtement noir et saisit par son caractère satisfait et volontaire. La chair\nest bourgeonnée, vineuse avec le sang à fleur de peau, les yeux droits,\nles prunelles d'une intensité vitale extraordinaire. La draperie rouge du\nfond constitue un morceau de peinture parfaite. C'est du style rubénien si\nvous voulez, mais jamais Rubens n'a signé un portrait aussi complet.\n   Il a rarement atteint ce degré de fondu et cette harmonie colère et\nbruyante qui semble ajouter encore au caractère du Syndic. Ce devait\nêtre un h o m m e bourru et têtu et sa physionomie impressionne le specta-\n"}, {"page_pdf": 1073, "page_imprimee": 906, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": " 906                            DURENDAL\n\n\nteur autant que sa personne devait impressionner ses contemporains.\nC'est aussi savoureux qu'un Franz Hals, aussi décoratif qu'un Velasquez.\nLa facture en est simple et ferme. La vie y éclate avec la couleur. Et\ncombien de portraits encore. Le buste d'Albert d'Arenberg (n° 39), de\nFernand de Boisschot (n° 42), de l'évêque Malderus (n° 64), du peintre\nMartin Pepyn (n° 67), du marquis Ambroise Spinola (n° 77), de Madame\nde Boisschot (n° 43), d'Alexandre della Faille (n° 51), où on ne sait ce qui\némeut le plus, l'art du peintre ou l'intérêt du modèle. Des figures\nintelligentes et nobles, des yeux profonds et vivaces, des fronts hauts et\nfiers, des attitudes témoignant d'une existence d'élite, et avec cela une\ntouche fluide et brillante, une expression du caractère cristalline, une\ncouleur sonore et transparente. Ajoutez-y encore le curieux portrait\nd'Henri Liberti, l'organiste (n° 63), de Marie-Anne de Schodt où les\ndétails sont soulignés d'un pinceau soigneux, de Monsieur et Madame\nde Witte (nos 86 et 87), dont les visages ont ces traits flamands, les\nyeux assurés, la tète rejetée en arrière, que possède encore maintenant\nla race anversoise, le portrait d'homme (n° 93), si décidé, mettant en\nrelief une figure orgueilleuse derrière laquelle se creusent des ombres\nviolentes.\n   Combien pâlissent à côté de ces portraits colorés et lumineux, ses\ntableaux religieux : l'Erection de Croix, de Courtrai, le Christ à l'Eponge,\nde Gand, le Calvaire, de Malines, la Mise au Tombeau, du Musée d'Anvers,\nle Saint-Augustin en Extase, de l'église Saint-Augustin! Certes, il faut\nadmirer dans ces œuvres la composition savante, où on ne trouve « nul\nencombrement de mise en scène, peu de contorsions des corps, même\nlorsqu'une passion violente les secoue et les tend » (1). Ni Rubens, ni le\nTitien ne concevaient ces tableaux aussi froidement. Il y a chez eux une\nfougue, un mouvement de vie qui se précipite et dont le torrent ne sem-\nble jamais cesser. Ce qui intéresse dans ces œuvres de Van Dyck, est ce\nqui constitue sa force de portraitiste, c'est-â-dire l'expression des figures.\nVoyez, par exemple, Saint-Augustin en Extase (n° 25). Il y a dans le bas du\ntableau, à droite, un vieillard prosterné, saint Médas Tolentin. C'est un\nvrai portrait. La figure y est trop personnelle, trop objective pour un\ntableau composé et elle dénote clairement des qualités de psychologue\nplutôt que de créateur.\n   Si Van Dyck n'a pu rendre à l'égal de Rubens et même de de Crayer\n la pompe de ces vastes scènes religieuses, avec quelle émotion n'a-t-il\npas poussé à l'extrême l'expression de la douleur dans ses nombreux\n Christ en Croix! Je prends celui du Musée d'Anvers. Le fond est noir vio-\n\n\n  (1) LAFENESTRE.\n"}, {"page_pdf": 1074, "page_imprimee": 907, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "                    ÉTUDE SUR ANTOINE VAN DYCK                             907\n\n\nlacé, rempli d'ombres et de mystérieuses lumières; une lune pâle montre\nson disque voilé. Des rochers noirs, part comme un jet blafard la croix,\noù se tord dans les ultimes convulsions le Christ, blanc et angoissant, la\nfigure tournée vers le ciel, les yeux rougis par les larmes, les cheveux\ndéfaits, la barbe imprégnée de sang. Cette tête est comme le dernier\nrefuge de la souffrance divine, y atteignant des proportions surhumaines,\ncomme la suprême fleur de sacrifice s'élevant vers Dieu au-dessus de\nl'ascension terrible du corps cloué à la croix.\n   L'émotion que ces Christs vous donnent est inexprimable et inoubliable.\n   Au mois de mai 16-32, Van Dyck quitte définitivement la Belgique. Ce\nfut l'occasion d'une transformation complète et si profonde, qu'on hésite\nà accorder la même paternité à des œuvres qui sont séparées de quelques\nannées à peine.\n   Il s'installe à Londres et reçoit de Charles Ier le titre de « principal pein-\ntre ordinaire de leurs Majestés d'Angleterre ».\n   Les Anglais, écrit Lord Clarendon, jouissaient depuis 1626 d'une excel-\nlence de régime, d'une plénitude de paix, d'abondance et de prospérité\ntelles qu'aucun autre peuple, à aucune autre époque, n : en a joui durant\nune si longue période. Et cependant, dans ce milieu si propre à une efflo-\nrescence d'art, la guerre civile éclate et ébranle le tocsin. Charles Ier lutta\npendant de longues années contre elle, contre les Puritains, contre les\nEcossais, contre la ligue du Covenant. Mais dans quel portrait de\nCharles I er , dans quelle image d'un lord, trouve-t-on un reflet de cette\nsituation inquiétante? Les visages sont tranquilles et paisibles. Le roi\nlui-même conserve son œil insoucieux, sa moustache provocante, alors\nque son esprit est préoccupé des intrigues du Parlement. La Cour\ns'amuse toujours et ne se soucie ni du peuple ni de la révolte et il se\ntrouve que le peintre qui était appelé à l'immortaliser dans ses œuvres,\nparticipe par goût à cette vie. Comme ces seigneurs anglais, Van Dyck\nest aristocrate et indifférent. Sa distinction devait s'accorder avec leurs\noisivetés et il devient l'évocateur le plus parfait qu'on pût trouver de\ncette société où\n                          Tout n'était qu'ordre et beauté\n                          Luxe calme et volupté.\n\n  Ce ne sont plus les couleurs d'antan pures, le noir à cassures brillantes,\nle rouge rubénien, le brun Van Dyck, ni la simplicité des guimpes\nblanches et empesées et les étoffes lourdes. C'est un ensemble de cou-\nleurs variées fondues, lumineuses dans certaines œuvres, s'assourdissant\nen tons de rouille dans d'autres. Beaucoup de ses toiles rappellent ces\ntonalités chaudes et claires dont l'automne enguirlande les campagnes.\nL'analogie entre la succession des saisons et la vie de Van Dyck est frap-\n"}, {"page_pdf": 1075, "page_imprimee": 908, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "  908                            DURENDAL\n\n\n\n  nante. Son été, c'est sa période flamande, où tout vit, vibre et s'exalte au\n soleil de la peinture des Pays-Bas, au génie de Rubens. La période\n anglaise est l'automne de son existence, automne prématuré qui s'illu-\n mine des conceptions originales de sa pensée et des roux et des ors de sa\n palette.\n    Malgré la constante élégance qui se trouve dans les toiles anglaises, et\n qui est autant le fait de Van Dyck que celui du modèle, les personnages\n conservent une individualité, très nette. Leur figure, leur habitude de vie\n est admirablement complétée par le décor, par le fond et par la couleur.\n Voici Villiers Grandisson (n° 82), saisi dans une attitude de marche sou-\n ple, dans un paysage de rochers et de lointains vaporeux, tenant d'une\n main un feutre orné de splendides plumes et ramenant de l'autre un\nmanteau sombre tranchant sur le rouge étoffé du costume. Voici les mer-\n veilleux portraits des deux jeunes Stuart (n° 78) et de Lord Digby avec\n le 'duc de Bedford (n° 52), œuvres de composition unique et de lumière\nimpressionnante.\n    Rappelez-vous les « deux Stuart » où les vêtements vert d'eau, doublés\nde soie argentée de l'un étaient savamment opposés au bistre et à\n l'ocre du costume de l'autre, leurs attitudes parfaites : le premier de\nprofil, le coude gauche relevé, laissant apercevoir la coupe élégante du\npourpoint et du mantelet, le second de face, se plaçant en pleine lumière\nsur le fond sombre et soutenu. Souvenez-vous aussi du décor splendide\nde colonnades et de draperies d'un palais soupçonné dans lequel se dres-\nsaient avec hauteur les magnifiques George Digby, vêtu de noir, et\nWilliam duc de Bedford, habillé en rouge. Comme la pose de chaque\npersonnage en accentue le caractère. Le premier est un jeune seigneur\nsatisfait de lui-même, saturé de succès, doué de conceptions intellectuelles,\nfaciles et agréables. Ne le témoigne-t-il pas par son attitude nonchalante?\n11 se montre de face afin qu'on admire la grâce de ses boucles, la ligne\nparfaite de ses lèvres, la douceur du regard, la finesse et l'aristocratie des\nmains effilées. Le second, le duc de Bedford, est u n chevalier énergique\net savant; n'est-ce point pour cela qu'il laisse voir son profil décidé, son\nfront haut et dégagé, la fermeté de son maintien, tranchant nettement\nsur la draperie rouge du fond. Et remarquez avec quel soin les détails\nsont rendus, avec quel art l'ensemble est fondu et enveloppant. Et comme\nmes notes l'indiquent, il n'y a pas une faiblesse dans tout le tableau.\nToutes les difficultés suscitées par un portrait double sont surmontées\navec une telle aisance qu'on ne les soupçonne même pas. On ne peut\nimaginer une œuvre plus complète. On y chercherait en vain un «trou»,\nune hésitation.\n  Voici l'exquis portrait en buste du colonel Charles Cavendish (n° 48),\ndont la jeunesse est pour la vue une blonde caresse. La tête fine s'y\n"}, {"page_pdf": 1078, "page_imprimee": 909, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "                      ETUDE    SUR ANTOINE VAN DYCK                    909\n\n\n\n illumine sous les boucles brunes qui retombent sur la fraise de dentelle\n enserrant le col. Le pourpoint noir s'allonge en de longs crevés de satin\n blanc qui, par leur clarté, animent la pénombre de la toile. Le fond est\n d'un brun vibrant et transparent. Voici l'homme à la houlette, allégorie\n tendre et d'un accord de tons délicat. Voici le portrait d'un gentilhomme\n (n° 91) en gris argent, si curieux d'attitude et par la nouveauté des\ndimensions de la toile. Voici lord d'Arundel et son enfant (n° 41), où,\ncomme dans un burin inspiré, vivent la vigoureuse tête du père et la\nsimplicité de l'enfant. Voici les enfants de Charles Ier qui, « malgré le\nluxe de leurs chatoyantes soiries, malgré la gêne de leur attitude\nimposée, restent, au fond, si naïfs et si étonnés avec leurs petites\nmines sérieuses, avec leurs grands yeux brillants de fils de. rois adulés et\nprécoces (1).\n    Une toile d'une conception profonde, intellectuelle et harmonieuse,\nc'est le portrait de Carew et Killigrew (n° 61). Van Dyck s'y élève à\nl'expression la plus haute de l'art. Ce ne sont plus des figures indivi-\nduelles. C'est l'acteur, c'est le poète. Quiconque les a contemplées ne peut\nplus s'imaginer un acteur et un poète sans penser à eux, sans revoir leur\nphysionomie saisissante, sans se rappeler le langage de leurs attitudes,\nle sentiment de leur volonté. Il n'oubliera jamais l'acteur Carew, la\nprunelle fixe révélant la poursuite d'une interprétation poétique inté-\nrieure, le coude appuyé et ramenant une main droite et effilée au front,\nni le poète Kelligrew, aux lignes nobles du visage, penché sur un\nparchemin où la main trace les mots que l'inspiration dicte. i1 sentira\ntoujours l'atmosphère vibrante, frémissante, qui s'agite dans cette œuvre\ncomme au contact de ces deux cerveaux agissants, cette impression\nvive, ce recul devant ces deux êtres qui semblent prêt à se lever, à agir,\nl'un en déclamant, i'autre en écrivant, il sentira surtout la pénétration\nlongue de ces regards profonds et se rappellera alors ces vers de\nBeaudelaire :\n\n                            On sent avec étonnement\n                            Le feu de ces pruntlles râles,\n                            Clairs fanaux, vivantes opales,\n                        .   Qui vous contemplent fixement (2).\n\n   Certes, dans les œuvres de la période anglaise, Van Dyck atteint\nl'apogée de son talent. Il y atteint dans le portrait à la psychologie la\nplus objective. — le triple portrait en un seul cadre de Charles Ier en est\n\n\n\n (1)   LAFENESTRE.\n (2)   BEAUDELAIRE.\n"}, {"page_pdf": 1079, "page_imprimee": 910, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": " 910                                 DURENDAL\n\n\n\nla preuve certaine,— alliée à la recherche des tonalités les plus subtiles !\nOn lui reprochera peut-être d'y avoir perdu la coloration mouvementée de\nl'Ecole flamande, mais était-ce en cela que devait résider son expression\nd'art la plus complète et, étant donnés ces modèles, n'a-t-i-1 pas trouvé\nla forme et la technique la plus adéquate à leur représentation et à son\nidéal? Avec d'autres procédés que les siens, pouvait-il peindre un portrait\nen un jour et avec aussi peu de couleur?\n   S'il se montre si peu flamand par le type dans ses portraits anglais,\npeut-on lui en faire un reproche? Lorsqu'il s;est peint lui-même, dans\nson curieux et si moderne portrait de «Van Dyck au tournesol», ne\nretrouve-t-on pas le Flamand dans le coloris comme dans l'expression?\nAdmirez de plus, dans ce portrait, ce sentiment de l'originalité, qui est\nune des caractéristiques de l'art moderne. Ne semble-t-il pas que Van\nDyck, en se peignant dans cette attitude « actuelle », a deviné l'hom-\nmage que l'Europe artistique lui rendrait trois siècles après sa naissance?\n    Quel portraitiste admirable que Van Dyck! Il sait .si bien que toutes\nles expressions sont dues à la ligne et à la lumière bien plus qu'à la\n qualité spécifique de la couleur. Celle-ci est l'élément subjectif du\n portrait; elle n'a d'autre but que de préciser la ressemblance. Le dessin\n exprime le caractère, fait éclore l'âme sur le visage et dans l'attitude.\n C'est ainsi que ses portraits les plus évocateurs sont conçus en une seule\n teinte fondue, sans éclats, sans coloris violent. Ce qui frappe d'abord,\n c'est la ligne, le dessin des prunelles, la netteté du profil et des mains ;\n c'est ainsi aussi qu'il s'est montré psychologue admirable dans - les\n Centum icones, recueil d'eaux-fortes, immortalisant par des traits vivants\n les figures des peintres et des hommes célèbres duXVIIesiècle: « A sa\n manière dans son genre, par l'unique conformité de sa nature-avec\n l'esprit, les besoins et les élégances de son époque, il est dans l'art de\n peindre ses contemporains l'Egal de qui que ce soit. (1). » Il est moins\n grandiose que Rubens, mais il attire et séduit davantage. Il est plus sen-\n sible et plus doux que le Titien. Il est moins sec et aussi bon psychologue\n que Holbein. C'est un profond penseur. Il n'inquiète pas comme Rem-\n  brandt, mais il charme et repose.\n\n                                                            HENRY VAES.\n\n\n\n\n   (1) FROMENTIN. Les Maîtres d'autrefois.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-014", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 911, "page_fin": 911, "titre_corps": "À ma mère", "titre_sommaire": "À ma mère", "signature_source": "", "ancre_debut": "A MA MERE", "ancre_fin": "Et dont rien n interrompt le bel avènement", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1080, "page_imprimee": 911, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "A MA              MÈRE\n\n\nTes doigts ingénieux prompts aux nobles travaux\nSe plaisent à parer la toile fine ou rude\nDu caprice des fleurs ou de dessins égaux\nDans ta laborieuse et pensive attitude.\n\nSans fièvre et sans repos, d'un rythme créateur,\nTu guides ton aiguille insinuante et vive;\nEt quelque oiseau bigarre émerge avec lenteur\nEt la fleur apparaît violente ou naïve.\n\nTu ne crains pas le poids des jours et du destin,\nTranquille au grand soleil, souriante à la lune.\nL'heure qui t'a blessée ou bien l'heure opportune\nTrouve en ton cœur la paix et l'aiguille en ta main.\n\nLa scintillante soie abonde en tes corbeilles.\nLa beauté de ta vie éclate en cette ardeur\nDe ressembler dès l'aube à tes sœurs les abeilles,\nTa demeure s'emplit de calme et de labeur.\n\nLes femmes qui te voient sont fières d'être femmes.\nQuand tu restes le front penché sur ton métier,\nLes funéraires chants et les épithalames\nNe t'ont point fait oisive ou lasse à ton foyer.\n\nQue le bonheur sourie ou que l'espoir se cache,\nMère, placide mère, offre-nous tendrement\nL'image de la Vie attentive à sa tâche\nEt dont rien n'interrompt le bel avènement.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-015", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 912, "page_fin": 912, "titre_corps": "Nuages", "titre_sommaire": "Nuages", "signature_source": "Hélène Vacaresco", "ancre_debut": "NUAGES", "ancre_fin": "HELENE VACARESCO", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1081, "page_imprimee": 912, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 1282, "texte": "NUAGES\n\n      Le nuage a passé dont la grâce livrait\n      Le fin contour de ton visage à mon souhait.\n\n      Ah! que defois mes yeux imposent aux nuages\n      La forme des très chers et disparus visages.\n\n      Et que j'en ai vu fuir dans l'abîme attristant\n      Avec plus de lenteur que sur mes jours pourtant.\n\n      Et, rais prestigieux que mon désir allume\n      Avec plus de pitié dans leurs regards de brume.\n\n      0 ces visages nés d'un transparent repli\n      Ces sourires d'adieu sur ces lèvres d'oubli.\n      Ces visages d'ardeur et de désir fugace\n      Et ces gestes meurtris que brisera l'espace,\n      Cesfrêles bien-aimés, divins d'être sans voix\n      Par mes yeux créateurs poursuivis tant de fois.\n\n      Eux qu'entraîne à la mort le vent dans sa nef prompte\n      Dont la grâce est de fuir et qu'un seul souffle dompte.\n      Ils n'ont vers nos regrets ni soupir ni retour\n      Et pour mieux rappeler ceux qu'on aima d'amour,\n\n      Les élus des amours belles et désolées\n      Ils parent de soleil leurs belles envolées.\n\n      Et pour vous ressembler, taciturnes douleurs,\n      Ils meurent de pleurer et ne sont que des pleurs.\n\n                                          HÉLÈNE VACARESCO,\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-016", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 913, "page_fin": 915, "titre_corps": "Un prêtre-poète", "titre_sommaire": "Un prêtre-poète", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller ; H. 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J'en appelle au jugement\nde tous ceux qui, connaissant la belle langue flamande,\nont eu la joie de lire ses œuvres immortelles,\n   Si Gezelle n'a pas la réputation européenne qui lui\nrevient de droit, c'est, hélas! à cause de la langue dont il\ns'est servi.\n   Cette langue n'étant, en somme en usage que dans deux\npetits pays, et l'un de ceux-ci, le nôtre, étant malheureuse-\nment trop indifférent à cette belle et forte littérature fla-\nmande, encore débordante de sève et pleine de vie à\nl'heure actuelle, il se fait que Gezelle n'est ni connu, ni\napprécié à sa haute et juste valeur.\n   Ses œuvres sont tellement puissantes que rien que pour\navoir la jouissance de les lire, de s'en nourrir, de pénétrer\ndans l'intimité d'une des plus lumineuses âmes de poète\nde notre temps, il vaudrait la peine qu'on apprenne le\nflamand sérieusement à nos écoliers.\n   On leur apprend bien le latin et le grec, deux langues\nmortes, pour les initier à une littérature païenne, morte\naussi, belle sans doute, mais qui ne peut avoir pour nous\nni l'intérêt, ni l'utilité, ni le charme, ni la force éducatrice\n"}, {"page_pdf": 1085, "page_imprimee": 914, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "914                      DURENDAL\n\n\n\n\n d'une œuvre vivante et chrétienne, d'une œuvre contem-\n poraine, d'une œuvre d'un des nôtres, qui était à la fois\n un saint prêtre de notre grande Eglise catholique et un\n artiste de toute première envergure.\n    C'est une honte pour nous que d'en être là. C'est la con-\n damnation du système actuel d'enseignement scolaire. Si\n peut-être, en d'autres domaines, ceux qu'on appelle si sou-\n vent, avec un mépris mesquin et ridicule, les flamingants,\n exagèrent un peu leurs exigences, en ce qui concerne l'en-\n seignement de la langue flamande, je leur donne pleine-\n ment raison.\n    Quant à moi, je préférerais cent fois être parfaitement\n maître de cette belle langue, que de connaître le latin et\n d'avoir un peu de vernis de grec. Et je ne pardonnerai\n jamais à mes maîtres de me l'avoir si mal enseignée et de\n m'avoir ainsi laissé dans l'incapacité de goûter, autant que\n je le voudrais et qu'il le faudrait, la fastueuse poésie du\n grand Gezelle.\n    Voulant à tout prix m'initier à son œuvre saine et vigou-\n reuse, je me suis souvent mis à l'étudier, soit à coups de\n dictionnaire, soit à l'aide de quelques-uns des nombreux\n admirateurs du grand poète.\n    Parmi ceux-ci, il faut citer, pour leur honneur, les deux\n Verriest, Hugo, l'abbé, qui, lui aussi, est un beau et vrai\n poète, et le distingué professeur de l'Université de Lou-\n vain, le D r Verriest, ainsi que l'abbé Cuppens, qui nous\n donne ici-même une étude complète de l'oeuvre géniale\n du poète Gezelle.\n    Récemment encore, le D r Verriest et moi, nous lisions\n ensemble avec délices, durant un séjour au bord de la\n mer, quelques-unes des dernières poésies de Gezelle. Et\n nous ne savions comment nous exprimer l'un à l'autre\n notre admiration enthousiaste pour cette poésie grande,\n profonde, débordante de génie, aux pensées belles et\n"}, {"page_pdf": 1086, "page_imprimee": 915, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "                    UN PRÊTRE POÈTE:                       915\n\n\n\n\nfortes, parsemée d'images tantôt souriantes comme les\nfleurs et harmonieuses comme le chant des oiseaux, tantôt\npuissantes et énergiques, comme l'orage dans la montagne\net comme le bruit des flots soulevés d'une mer en colère.\n   Je laisse à un autre plus compétent que moi, mieux\nau courant de la langue flamande, et d'autant mieux\nrenseigné, qu'il a vécu dans l'intimité du poète qui l'ho-\nnora d'une amitié dont il était digne, à l'abbé Cuppens,\npoète flamand lui-même, la joie de nous parler des\nsplendides chefs-d'œuvre que laisse notre cher et vénéré\nGezel le.\n   J'ai voulu seulement saluer sa grande âme, au moment\noù elle nous quitte laissant derrière elle le parfum\nd'une vie toute angélique et poétique, uniquement\nvouée à son Dieu et à son art, pour prendre son vol vers\nle Dieu dont il chanta ici-bas la beauté essentielle, avec\nune magnificence digne d'un idéal aussi élevé, et dont il\ncélèbre maintenant la gloire dans les splendeurs de la con-\ntemplation de l'extase du ciel, avec les poètes du paradis,\nqui sont les anges et les saints.\n                              L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n   Nous espérons bien que sans tarder on se décidera à\nélever à Gezelle un monument digne de lui, grand comme\nson œuvre si c'est possible, soit dans une église où il méri-\nterait de figurer, soit sur une de nos places publiques où\nsa vue serait un enseignement continuel pour le peuple\nqui passerait à ses pieds. On consacre si facilement des\nmonuments à tant d'hommes qui ne viennent pas à la\ncheville de notre poète, grand parmi les plus grands.\n   Jamais on ne fera un monument assez somptueux. Il\nsera toujours inférieur à la mémoire qu'il devra glorifier.\n                                                   H. M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-017", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 916, "page_fin": 926, "titre_corps": "Guido Gezelle", "titre_sommaire": "Guido Gezelle", "signature_source": "L’abbé Auguste Cuppens", "ancre_debut": "Guido Gezelle", "ancre_fin": "AUGUSTE CUPPENS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1087, "page_imprimee": 916, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "Guido Gezelle\n\n\n                LE nom de ce poète a été cité à plusieurs reprises\n                  dans cette revue. En ces derniers temps, des\n                  témoignages éclatants d'admiration lui sont venus\n                  de France, de Hollande, de partout.\n                    On a, — enfin ! découvert Gezelle!\n                    Je me souviens du temps — peu éloigné —\n                  où le nom de Guido Gezelle n'était prononcé\n                  par la plupart des « littérateurs » flamands eux-\nmêmes qu'avec un sourire de dédain, parfois même avec une\nsorte de haine.\n    Dans l'orgueilleuse Hollande, il était volontairement ignoré\nou accueilli par un haussement d'épaules.\n   C'est que Guido Gezelle est une figure d'une puissante origina-\nlité. Et les natures supérieures froissent la banalité et l'étroitesse\nde la masse des pédants ignorants qui croient avoir raison parce\nqu'ils sont le nombre, et inquiètent la vanité des petites célébrités\nfil y en a eu pas mal depuis 1830 en terre flamande), qui se\nsentent menacées dans leur gloire passagère par l'apparition de ce\npoète géant.\n   Puis, il a tant devancé l'époque littéraire actuelle !\n   Ceux qui l'ont compris l'aiment d'amour. Le sentiment qu'ils\néprouvent pour lui, ce n'est pas seulement de l'estime, c'est de\n"}, {"page_pdf": 1088, "page_imprimee": 917, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1857, "texte": "                         GUIDO GEZELLE                          917\n\n\nla vénération. Celle qu'on ressent pour l'homme de génie. Ils\nont pour lui un véritable culte, un culte enthousiaste.\n   J'en sais dont l'âme a été littéralement formée par Guido\nGezelle. Il a été leur éducateur. Tout ce qu'ils sont, tout ce qu'ils\nont de meilleur, de plus noble en eux, ils l'ont puisé dans la\nméditation de son œuvre immortelle. Ils lui doivent les' jouis-\nsances artistiques les plus exquises de leur vie.\n   Gezelle leur a ouvert des horizons de beauté, de splendeur,\ndont la contemplation est pour eux une source intarissable de\njoies idéales...\n   Mais ceux-là étaient, ils sont encore le petit nombre.\n\n\n\n   Ç'a été pour l'auteur de ces notes un grand honneur et une joie\nréelle de se voir inviter par Durendal à parler ici du maître\nflamand.\n   On lui a demandé — une étude !\n   Je tiens à déclarer que la majesté du sujet, le danger qu'il y a\npour moi de manquer de respect envers le poète que je considère\ncomme le plus admirable poète catholique actuel, m'imposent\nl'obligation stricte de renoncer à l'honneur d'intituler du nom\nd'étude les notes qu'on va lire.\n   L'étude approfondie sur Gezelle viendra, je l'espère, un jour.\n   Je connais quelqu'un, de cette revue, qui est capable de la\nfaire, définitive.\n   Je suis convaincu de la grande utilité, de l'importance extrême,\ndirai-je, qu'elle aurait, même pour les lettres catholiques franco-\nbelges et françaises : Gezelle est un poète dont l'influence doit\nrayonner au-delà des frontières de sa petite Flandre, car Gezelle\nn'est pas seulement une des plus pures gloires des lettres fla-\nmandes, c'est un des plus grands poètes de ce siècle.\n\n                         LA     LANGUE\n\n  La langue de Guido Gezelle est le flamand de «West-Flandre»\n(Flandre occidentale et Flandre française). Le West-Flamand\n"}, {"page_pdf": 1089, "page_imprimee": 918, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "  918                         DURENDAL\n\n\n  est le dialecte le plus riche, le plus original et le plus harmonieux\n des différents dialectes thiois ou « néerlandais », si l'on veut. Au\n moyen âge, il a dominé aussi bien en Hollande que dans les\n provinces du Sud comme langue littéraire : Van Maerlandt,\n «le père de tous', les poètes thiois», était West- Flamand ; le\n poème du Renard, le chef-d'œuvre de l'ancienne littérature\n thioise, est écrit en ce dialecte. Mais depuis la déchéance des\n provinces du Sud, la formation et le développement prodigieux\n de la République hollandaise, ce fut la province de Hollande\n qui imposa peu à peu, grâce à l'influence dès grands écrivains\n du XVIIe siècle (Hooft, Vondel, etc.) le hollandais (un dialecte\n aussi, et le moins beau des dialectes thiois) comme langue litté-\n raire.\n     La langue si harmonieuse de West-Flandre fut donc chassée\n de ses domaines ; même en West-Flandre, ceux qui prétendaient\nau nom d'écrivain, tâchaient de se « hollandiser » le plus qu'ils\npouvaient, au détriment du naturel et du style, car aucun fla-\n mand de West Flandre ne saurait écrire le hollandais !\n    Mais le peuple continuait de parler son idiome et le conserva\nen une telle pureté, qu'un west-flamand sans instruction peut\nencore comprendre assez facilement aujourd'hui les poèmes des\nXIIe et XIIIe siècles.\n    Vint feu M. le Doyen De Bo, qui consacra toute sa vie à\nrecueillir les trésors du 'riche dialecte West-Flamand en une\nœuvre capitale, son Idioticon, un dictionnaire qui renferme\n 15,000 mots et expressions flamandes, que les dictionnaires cou-\nrants ignoraient ou bannissaient; vint Guido Gezelle, l'ami intime\nde De Bo, qui lança, en 1858, son premier recueil de poésies\nécrites en flamand, sous le titre modeste de Dichtoefeningen,\n(Exercices poétiques).\n    Il disait dans le prospectus :\n   « Ces exercices poétiques flamands, je vous les offre avec les\nsentiments de quelqu'un qui essayerait de réintroduire un instru-\nment de musique du moyen âge ; avec la même défiance d'y\nréussir, mais avec une conviction égale, qu'on pourrait en tirer\nquelque chose, s'il pouvait tomber en de meilleures mains.\n"}, {"page_pdf": 1090, "page_imprimee": 919, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "                                    GUIDO GEZELLE                                            919\n\n\n\n   » Car ce sont des essais poétiques flamands, flamands, de Flan-\ndre, si vous voulez ; du moins, je souhaiterais qu'ils pussent valoir\ncomme tels, non seulement pour la matière et le style, mais aussi\npour les mots et les tournures.\n   » En y travaillant, j'ai tâché de suivre surtout d'anciens poètes\nflamands, et j'ai essayé d'employer autant que possible la langue\nqui fut écrite par Maerlandt et d'autres, et qui, grâce à Dieu, est\nencore vivante ici, car on l'entend parler tous les jours. »\n   Et dans la dédicace qu'il faisait de son œuvre aux élèves du\npetit séminaire de Roulers, où il était, je crois, professeur de\npoésie, il exprimait son amour pour la Flandre et pour son\nidiome dans les strophes suivantes (1) :\n\n   En Flandre luit le ciel bleu, — comme dans toutes les contrées\ndu monde ; — la rosée du matin y scintille, — comme dans d'au-\ntres pays.\n   Le ruisseau flamand chante sa chanson, — quoiqu'il n'y nage\n\n\n   (1) Je traduirai le plus littéralement que je pourrai les larges citations que je ferai des poésies\nde G. G., sans me soucier aucunement de faire du « bon français », — ce dont je suis d'ailleurs\nparfaitement incapable. — Enormément de beautés seront ainsi sacrifiées ; le mot juste ne se\ntrouvera souvent pas. Car le flamand, et celui de G. G. plus que tout autre, est d'une richesse\nmerveilleuse d'expressions, d'une variété de nuances incomparable. L'harmonie unique des vers\ndu Maître flamand, la splendeur et l'originalité des formes rythmiques qu'il emploie et dont il\nen a créé lui-même plusieurs, la musique délicieuse enfin que sont ses vers, tout cela sera, hélas !\nsacrifié. Ceci soit dit : d'abord pour m'excuser d'avance, si mes « traductions » ne donnent pas\nune idée assez concrète et adéquate de la poésie du Maître, ensuite et surtout, pour engager\n(fortement) les lecteurs de Durendal qui savent le flamand à lire Gezelle dans la langue\noriginale. Je suis convaincu qu'ils me seraient reconnaissants de leur avoir indiqué cette\nsource de joies pures, de jouissances incomparables, de nobles et hautes pensées qu'est l'œuvre\ndu poète. Les poésies de G. G. sont éditées en 6 beaux volumes (dont quelques-uns sont réim-\nprimés pour la 7e fois), par Jules de Meester, à Roulers. Elles coûtent le prix dérisoire de\n11 francs. Voici les titres: 1° Dichtoefeningen (Exercices poétiques); 2° Kerkhofblommen\n(Fleurs du Cimetière);3°Liederen, eerdichten et reliqua (Chansons, poésies de circonstance,etc.)\n4° Gedichten, gezangen en gebeden (Poèmes, chants et prières), — Kleen gedichtjes (Petites\npoésies); 5° Tijdkrans (Guirlande du Temps); 6° Rijmsnoer omen om het jaar (Collier de\nrimes pour toute l'année). — On peut aussi se procurer les volumes séparément. En ce cas, je\nrecommande surtout le dernier, Rijmsnoer, qui est une œuvre magnifique. — G. G. a égale-\nment donné une traduction en vers du poème The Song of Hiawatha, de Longfellow\ntraduction que beaucoup de connaisseurs préfèrent à l'œuvre originale. Notre poète est, en\neffet, un linguiste de premier ordre, etqui possèdesi bien l'anglais,que les Anglais eux-mêmes,\nlorsqu'ils l'entendent parler leur langue, se prennent à croire qu'il est leur compatriote. Parmi\nles quelques ouvrages en prose qu'il a faits, il y a un petit chef-d'œuvre qui devrait être traduit\nen français : Geschiedenis van den Kleenen-Hertog (Histoire du petit duc).\n"}, {"page_pdf": 1091, "page_imprimee": 920, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": " 920                        DURENDAL\n\n\n aucune Naïade; — le vent y frémit doucement dans les roseaux,\n — malgré notre dédain pour Eole.\n    La lune, chez nous, n'est pas une déesse, — mais l'image de\n la Vierge pure, — de la Mère du doux Amour, — à laquelle le\n cœur flamand est agréable.\n    Comme ailleurs la rose sent bon ici, les oiseaux y babillent,\n— et Philomèle y chante délicieusement, — quoiqu'elle s'appelle\n Rossignol.\n    La jeune sarcleuse fait retentir sa chanson, — à l'ouvrage\n depuis l'aube du jour, — et elle répond à celle qu'elle ne voit\npas, — à l'alouette, dans les nues.\n    Il n'y a pas, pour le Flamand, du vin à boire, — sous son toit\n de chaume; — cependant, il voit, autour de sa volière, — briller\n ses raisins mûrs.\n    Et si l'on ne tire pas ici de la grappe — le vin, pour de faux\ndieux, — on y voit perler la bière flamande, — brassée avec le\nnoble grain.\n    L'abeille rapporte des champs et des prairies, — des ventres\npleins de miel, — et l'huile, le miel, la cire, l'hydromel, —\ncroissent dans nos tiges de colza.\n   O petit Pays! sois donc petit : — je ne te voudrais pas plus\ngrand; — et je te vois, — il n'y en a pas de pareil, — ah! je te\nvois si volontiers!\n   Ma Flandre! non, tu ne peux pas changer,— non, tu ne\nchangeras pas, — franchement, sans mensonges, tu t'appelles\nencore : — « la Flandre Catholique ! »\n   Et nulle part, dans aucun autre pays, — quelque fertile qu'il\npuisse être, — Jésus ne peut, dans sa main brillante, — compter\nplus de fleurs du Ciel qu'ici.\n   O petit Pays! soit donc petit : — je ne te voudrais pas plus\ngrand ; — et je te vois, — il n'y en a pas comme toi, — ah ! je te\nvois si volontiers !\n   Ma Flandre parle sa propre langue ; — Dieu donna à chaque\npays la sienne, — et, qu'elle soit riche ou dénuée : — elle est\nflamande, elle est la mienne ! —\n   Elle est flamande, et celui qui méprise son flamand, —\n"}, {"page_pdf": 1092, "page_imprimee": 921, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "                        GUIDO GEZELLE                        921\n\n\nqu'elle disparaisse ! la langue de celui-là, — qu'elle disparaisse\navec la force de parler : — elle est flamande, c'est la mienne!\n   Levez-vous donc ! Pour la libre chanson flamande! — Foin\ndes faux modèles poétiques, — plus de sons étrangers, appris ;\nrien que des airs Chrétiens et Flamands!\n\n   L'on voit déjà, par le morceau qui précède (et qui n'est pas\nun de ses meilleurs), combien il aime « sa Flandre » et « son\nflamand » ; non pas, il est vrai, à la façon tapageuse et agaçante\nde certains flamingants... officiels, dirons-nous, mais d'un\namour vrai, passionné même.\n   Admirant l'histoire glorieuse de son pays, la beauté du langage\n« que Dieu lui a donné », respectant avec une philosophie très\nprofonde les caractères originaux, l'être spécial, dirai-je, de sa\nbelle langue maternelle, ayant approfondi plus que tout autre le\ngénie propre de l'idiome flamand (car personne, avant Gezelle,\nn'a su cette langue comme lui), — voyant d'autre part cet idiome\ndédaigné du grand nombre des hommes instruits, persécuté\nmême par quelques-uns, il l'a aimé d'amour, comme un père\naime son enfant.\n   Son cœur vraiment sacerdotal et humble, presque à l'excès,\nlui a toujours fait rechercher la société des petites gens, surtout\ndes campagnards. C'est chez eux qu'il a trouvé, conservée dans\nsa pureté, pleine de santé et de vie, la langue de ses pères, c'est\nd'eux qu'il l'a réapprise. Puis, armé de ses études approfondies\nsur la littérature flamande du moyen âge, guidé par son instinct\nde linguiste, mais du linguiste qui ne pratique pas la science en\namateur ou en archéologue, mais bien en homme recherchant la\nvie de la langue, ses organismes intimes, jusqu'à ses origines,\nfaisant rendre compte de la Vie à la Mort même, il a créé une\nlangue littéraire propre, nouvelle qui, tout en se rapprochant\nle plus possible de la langue du petit peuple, évite cependant\navec un soin minutieux les néologismes barbares, les grossiè-\nretés, les scories qui se rencontrent dans l'idiome populaire.\n   Le travail linguistique de Gezelle dans ce sens a été gigan-\ntesque.\n"}, {"page_pdf": 1093, "page_imprimee": 922, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": " 922                         DURENDAL\n\n\n   Le fruit de ses études admirablement secondées par le don\ninné qu'il possède de lire dans les choses, d'avoir sur elles une\nsorte de seconde vue, ce fut cette langue à part, incomparable,\nqu'on reconnaît au premier vers qu'on lit de lui, langue que\nbeaucoup haïssent — parce qu'elle est... trop supérieurement\nparfaite, parce qu'elle accuse leur ignorance et leurparesse, mais\nqui est, oh combien! belle, plantureuse, noble et délicate, libre\net nerveuse, quoique très pure et scientifiquement ordonnée!\n\n                        LA MATIÈRE\n   Guido Gezelle est avant tout un poète lyrique, mais d'un\nlyrisme qui est plus objectif que subjectif; c'est-à-dire que ses\npoèmes sont le plus souvent de la peinture noblement réaliste\nou de la sculpture — en paroles.\n   Les sujets préférés qu'il traite sont, outre la vie du peuple\nflamand, du paysan surtout, — la Nature.\n   Cette nature, il la contemple avec l'amour mystique d'un\nsaint François, il vénère profondément sa pureté et son inno-\ncence, il en épie les beautés secrètes, dans leur variété infinie, il\nse pénètre de ces beautés par une méditation lente et profonde, —\npuis il les chante, il les recrée en vers, il les peint avec des\nnuances d'une délicatesse inouïe...\n   Mainte poésie de Gezelle fait l'impression presque physique\nd'un tableau, d'une statue...\n   Mais cette belle Nature, il ne l'aime pas tant pour elle-même\nque pour Dieu à Qui il la rapporte toujours, et c'est merveille\ncomme les poésies de Gezelle font prier !\n   Sous ce rapport, c'est-à-dire en tant que poète religieux dans\nle sens strict et complet du mot, Gezelle est un poète unique.\n   Son œuvre est une adoration perpétuelle, un long cri d'Amour\net d'admiration vers l'Eternel, vers le Prototype et le Créateur\nde toute beauté et de toutes les beautés.\n   Notre poète a, me semble-t-il, synthétisé lui-même les sujets\npréférés de ses chants dans les poésies liminaires de son recueil :\nRijmsnoer om en om het jaar (Collier de rimes pour toute\n"}, {"page_pdf": 1094, "page_imprimee": 923, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "                         GUIDO GEZELLE                        923\n\n\n\nl'année), — le dernier paru et le plus magnifique, peut-être, de\ntoute sonceuvre.\n   Ecoutons-le :\n\n   La première chose que ma mère m'apprit à demander, — aux\njours longtemps passés, — lorsque je bégayais, dépourvu encore\n— de paroles, c'était, joignant — mes deux petites menottes :\n« Père, — donnez-moi, s'il vous plaît, une petite croix. » —\n   Je reçus donc ma petite croix — mainte fois, alors, et me sentis\ntaper — sur la joue, tendrement et doucement... — Hélas! tous\ndeux vous me fûtes ravis — par la mort, père et mère, — chose\nqui, aujourd'hui, me peine encore! —\n   Mais cette petite croix est restée — inscrite dans ma tête, pro-\nfondément, — en signe du domaine de mon héritage :\"— quel-\nqu'un me casserait le crâne — et le mettrait en pièces, m'ordon-\nnant de m'en passer, de la petite croix, — qu'il ne l'aurait pas,\nla petite croix, non ! —\n\n                              Dieu\n   Celui qui, par-dessus tout, mérite que les pensées de chacun —\nle considérassent avec une curiosité attentive, maintenant et en\ntous temps, — et demandassent à chaque matière, humblement,\ndes nouvelles de Lui; — Celui qui par-dessus tout 'mérite que\nchaque voix et toute voix — louât sans cesse son Etre et ses\nœuvres; — que chaque homme vivant crût à son témoignage —\nprononcé par une fourmi qui court et s'enfuit dans sa nullité —\nou par la mer amère, qui fait trembler la terre; — Celui qui par-\ndessus tout mérite que chacun fasse humblement sa volonté, —\nCelui qui sait tout, qui voit tout, éternellement.... — On\nL'ignore — De tout ce qu'il fait, et peut détruire, chaque jour,\n— on se lait ! —\n\n                           Adoro Te\n  Je vous adore, grand Dieu — indescriptible, non décrit — et\nincompréhensible, si ce n'est dç vous seul, — qui embrassez tout\n"}, {"page_pdf": 1095, "page_imprimee": 924, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": " 924                       DURENDAL\n\n\n\nce qui fut, est, et sera — d'un embrassement également facile. —\nJe me confesse vraiment trop petit, — moi, pour voir autre\nchose que la seule ombre — de votre grande lumière; — mais,\nsi je ne vois pas, je vous devine — à l'œuvre que vous avez\npensée, voulue et faite, — à la trace divine que — vous avez\nlaissée..—\n\n                          Ayez pitié\n  Ayez pitié, ô Seigneur et Dieu, — ayez pitié de toutes ces gens\n— qui, inattentifs à faire pitié! — ne vous offrent pas l'honneur\nqui vous est dû ! —\n   Plus insensés et plus égarés — encore, sont les criminels —\nqui, avec une aveugle insolence, — ayez pitié! — tuent leur\npropre vie.\n   La lumière, c'est vous, c'est vous — la vie et l'existence de\ntoute chose. — Le mensonge seul peut tendre à la non — existence\nde Celui qui est tout être.\n\n                        Laissez-moi...\n   Laissez-moi, laissez-moi donc me sauver au loin, — vers la\ncampagne, et que la ville, oh! la ville, — ni rien de tous ses\néternels gémissements, — ni rien d'elle ne me suive! —\n   A la ville, il y a toujours tempête — et inquiétude; toujours\nquelque chose, — là, on grogne sur moi et on me regarde de\ntravers, — avec des regards chargés de méchanceté. —\n\n                       Quis enarrabit\n  Qui donc pourra jamais proclamer en paroles — toutes les\nmagnificences de Dieu? —\n   Le frémissement formidable de l'âme du monde, — de la roue-\nsoleil, en sa promenade sans fin ? — La Mer! La Mer! La pro-\nfonde? Et puis, — les espaces lointains, d'étendue inénarrable,\n— de son domaine? Qui décrira — les châtoyements verts et gri-\nsâtres.— dans lesquels se fond sa couleur d'un bleu céleste, —\n"}, {"page_pdf": 1096, "page_imprimee": 925, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "                        GUIDO GEZELLE                         925\n\n\n\nlorsqu'elle est le sourire et la face charmante — qui sert de\ncouche, le soir, à l'image solaire? — Et les mains menaçantes\nque — je la vois lever, blanches de fureur, — au Ciel, pleines\nd'insolence,— jusqu'à ce que toute sa fureur ait cessé de rugir?—\n   Qui publiera jamais et représentera — en paroles toutes les\nmerveilles de Dieu? —\n   La place fixe des vieilles étoiles, là, — dans la hauteur du\nfirmament : immobiles, — la nuit, attentives à leur heure qui\nvient — dès que le grand soleil se repose ? — Qui dira le\nnombre merveilleux, dans les champs infinis — de cette armée\nqui compte là ses heures — et veille, tandis que le désert — du\nmonde est mort et ténébreux? — O Force céleste, feu et étin-\ncelle, — qui brûle, comme dans le buisson d'épines — d'autre-\nfois, et où la face de Dieu — flamboie, reconnaissable! —\n   Qui publiera jamais et représentera — en paroles, toutes les\nmerveilles de Dieu?\n    La campagne verte qui entre en grossesse — se jaunit d'or et\nverse son froment, — attendant le battement du fléau, — le\ncharretier et la puissance du moulin? — Qui publiera et nous\ndira — toutes les plantes fleuries, et tout le bourdonnement\nd'abeilles — de l'été? Le fier houblon, — les poires brunies et les\npommes rouges? — Et, se baignant dans cette mer de bénédic-\ntion, — le bétail des chevaliers et celui des étables? — La ber-\ngerie qui sort paître, — le colombier qui bat ses pennes? —\n    Et...? Qui proclamera jamais — toutes les hautes et belles\nmerveilles de Dieu?\n    Qui donc exprimera en simples paroles — le chef, le roi des\ncréatures de Dieu, — l'homme, le mâle, — mon compagnon de\n route vers l'éternité? — Et qui représentera jamais son autre\n lui-même — qui le complète et lui est si intimement uni? —\n Qui dira toute la beauté — de la couronne de l'homme, de la\n femme ? — De cette faiblesse qui n'a de force.— que lorsque le\n cœur de son cœur vit, — dans l'amour, dans la douleur; — de\n la femme forte — qui d'amour seul mourrait? —\n    Qui donc, homme ou femme, — dira pleinement la magnifi-\n cence de Dieu?\n"}, {"page_pdf": 1097, "page_imprimee": 926, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": " 926                         DURENDAL\n\n\n   Quelle sera donc la beauté, qu'on verra plus tard, — au siège\nmême de la famille de Dieu, — famille que ni œil humain, ni —\nouïe d'homme, grand ou petit, — ni cœur, ni pensée, n'ont\njamais — comprise? Dans laquelle vit, vivant, — Celui qui\nest la Vie? O béatitude — de ce séjour,... comment dirai-je le\nnom, — non pas de Celui qu'aucune plume ne sait décrire, —\nmais du palais, où réside Dieu? — O soleil, ô mer, ô campagne,\nô étoiles, — je le demande, encore et encore,— enseignez-moi, je\nsuis fatigué de mendier une réponse, — et à bout de sagesse :\nQui, jamais...? —\n                               Marie\n   O noble cœur, ô Femme libre, qu'Adam ne put souiller, —\ncombien s'enlaidit pour moi, quand je vous contemple, — la\nplus belle chose que le soleil voit!\n   O Diamant, tombé des mains — du Seigneur; goutte de rosée,\nfraîche et belle, — où je vois scintiller l'œil du ciel ; couronne du\nmonde non ternie ! —\n   O Vierge du milieu, qui, parmi tant de vierges — qui jouent\nautour de vous, êtes la plus belle, — accordez à ma pauvre\nmisère, — quela louange vous soit donnée, par moi — trop mal\npréparé pour cette tâche !\n   Cette supplication ardente à la Vierge des vierges glorifie le\ncaractère spécial de sa poésie : la virginité.\n   Toute l'œuvre de ce saint prêtre a la candeur du lys et la fraî-\ncheur de la pure rosée du matin.\n   Des effluves de pureté se dégagent de tous ses poèmes, péné-\ntrant l'âme du lecteur d'une sensation d'air paradisiaque.\n   En cela, il contraste singulièrement avec la plupart des poètes\nmodernes. S'il a quelque chose de Verlaine, — comme on l'a dit,\n— il n'en a que le côté pur.\n   Gezelle est peut-être le seul poète qui peut se glorifier de n'avoir\njamais écrit une ligne, un vers qui ne fût inspiré par un bon et\nbeau sentiment, qui ne pût porter en exergue les paroles qui\ndevraient être la devise de tout acte humain : ad majorem Dei\ngloriam.\n   (A suivre.)                        L'abbé AUGUSTE CUPPENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-018", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 927, "page_fin": 928, "titre_corps": "La Mandoline : I. Pâques enfantines", "titre_sommaire": "La Mandoline : I. Pâques enfantines", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA MANDOLINE", "ancre_fin": "Sur l aile des cloches de Rome", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1098, "page_imprimee": 927, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "LA MANDOLINE\n\n\nPAQUES                  ENFANTINES\n                               A GEORGES VIRRÈS.\n\n                    I\nOh! les Pâques de mon enfance!\nOh! ces matins endimanchés\nQue les mille voix des clochers\nCélébraient un long jour d'avance!\nOh! ces hymnes dans l'air serein!\nOh ! ces vibrants concerts de cloches\nQui faisaient, sur les maisons proches,\nPasser comme un frisson d'airain!\nToutes les cloches des églises,\nMétal frêle ou grave bourdon,\nSonnaient et sonnaient — ding, ding, don ! —\nEn mêlant leurs chants dans les brises.\nLe ciel était plein de leurs voix\nMystiques et surnaturelles.\nEt sur les flèches des tourelles\nFlottaient gaîment de clairs pavois.\n"}, {"page_pdf": 1099, "page_imprimee": 928, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "928                   DURENDAL\n\n\n\n                          II\n\n      Dans le jardin où les pervenches\n      S'entrouvraient au tiède soleil,\n      Je descendais dès mon réveil\n      Avec mes sœurs en robes blanches.\n      Tandis qu'ensemble elles marchaient\n      Auprès de moi, roses et blondes,\n      Mes noires boucles vagabondes\n      A leurs cheveux d'or s'accrochaient....\n      Et nous courions, lèvres fleuries\n      D'un sourire, pour dénicher\n      Les œufs qui tombaient du clocher\n      Avec les claires sonneries.\n      Au moindre œuf c'étaient de longs cris!\n      On en découvrait sous chaque arbre :\n      Œufs de sucre aux blancheurs de marbre,\n      Œufs bruns, œufs violets, œufs gris;\n      Œufs rouges, pareils à des bouches,\n      Œufs de satin, œufs de velours;\n      Les uns pesants, d'autres moins lourds\n      Que les œufs fins des oiseaux mouches!\n      Et pendant qu'aux espaces bleus\n      S'envolaient bourdons et clochettes,\n      Les œufs sortaient de leurs cachettes\n      Comme un trésor miraculeux.\n      Nous leur sentions un saint arome:\n      Car, pour notre esprit enfantin,\n      Ils étaient venus le matin\n      Sur l'aile des cloches de Rome!\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-019", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 929, "page_fin": 931, "titre_corps": "La Mandoline : II. 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Le Printemps sur l’Adour", "titre_sommaire": "La Mandoline : III. Le Printemps sur l’Adour", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "LE PRINTEMPS SUR L ADOUR", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1102, "page_imprimee": 931, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "LE PRINTEMPS               SUR           L'ADOUR\n   Des tièdes rives de l'Adour,\n   Je vous adresse ce message :\n   C'est un salut de troubadour,\n   Quelques couplets pris au passage.\n\n   Car je pense sans cesse à vous,\n   A vos célestes yeux de blonde....\n   Et pourtant, combien il est doux,\n   Ce pays où je vagabonde!\n\n   Un sourire tendre et subtil\n   S'épanouit sur toutes choses :\n   On est encore au mois d'Avril,\n   Et les jardins sont pleins de roses!\n\n   Les blanches maisons aux toits plats\n   Disparaissent sous les glycines,\n   Et mille grappes de lilas\n   Emplissent l'air d'odeurs divines.\n\n   De la vallée aux verts coteaux,\n   C'est une joie ardente et neuve;\n   Les voiles grises des bateaux\n   Frissonnent g aiment sur le fleuve.\n"}, {"page_pdf": 1103, "page_imprimee": 932, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "932                    DURENDAL\n\n\n        Et l'on voit des groupes d'âniers,\n        Dans le chaud midi qui rayonne,\n        Revenir avec leurs paniers\n        Du bruyant marché de Bayonne.\n        Je les regarde, — et c'est charmant,\n        Ce défilé de petits ânes\n        Qui trottinent nonchalamment\n        Sous l'ombre courte des platanes.\n        Ils s'en vont le long de l'Adour,\n        Tantôt seuls et tantôt en troupe;\n        Et les femmes en simple atour\n        Ont parfois un enfant en croupe....\n        Moi, je contemple tout cela\n        En me disant, ma tendre blonde,\n        Que si vous étiez aussi là,\n        J'aurais trop de bonheur au monde!\n        Et de ce pays clair et doux,\n        A l'heure calme où le soir tombe,\n        Mon souvenir vole vers vous\n        Comme une fidèle colombe.\n\n                                               FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\nBayonne, Avril 1898.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-021", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 933, "page_fin": 935, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "Chronique artistique", "signature_source": "Edmond Joly", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1104, "page_imprimee": 933, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                 VOICI rouverte l'annuelle série d'expositions où prendra\n                    bientôt place, pour la première fois, un salon d'art\n                    religieux. De la sorte, les artistes mettent en marge\n                    du livre de la vie des « images » parmi lesquelles nous\n                    aurons enfin la nécessaire douceur chrétienne. Pour-\n                    quoi ne comprennent-ils pas davantage ce rôle « d'il-\n                    lustrateurs » de nos jours ? Pourquoi si peu d'images et\n                    encore tant de tableaux ? L'image, c'est (au sens que\n                    nous voulons ici) une spontanée traduction de la nature;\nle trait harmonique, les nuances significatives livrés directement à notre\nvie; le tableau (toujours au même sens), c'est l'inutilité du double,\nl'erreur d'un objet froid de musée.\n   Tels regrets ou espoirs forment, comme de coutume, l'intérêt des\ntentatives si diversement variées, qu'il nous faudra noter souvent d'un\nmot trop bref. La deuxième exposition d'un cercle: L''Alliance Artistique\nprésenta, parmi les indulgences et l'intérêt qu'il faut pour tout ce que\nmarque le sceau précieux de jeunesse, quelques artistes connus et de\nnombreux débutants. Disons seulement l'admirable saveur des pâtes de\nJ. Impens; les vues d'églises de Vanden Eeden: un radieux réveil des\ncygnes de Verdyen; les nombreux envois de François, eaux et verdure;\nles impressions marines de Hannay, déjà expert aux harmonies vert-\nnoir, comme Herremans à celle du rose et du gris. L'instinct poétique\nn'empêche pas de peindre J. Mailly. Une précieuse faculté de synthèse\ndans le trait et la couleur caractérise les ouvrages veloutés de H. Moreau.\nUn nouveau peintre de fleurs : Alf. Ruytinx.\n   Au Cercle Artistique, la première exposition nous a permis d'étudier,\nen sort développement actuel, un jeune artiste qui, naguère, y fit ses\ndébuts et dont les œuvres ont été déjà tant remarquées. Henri Evenepoel\nest certainement une des personnalités les plus intéressantes d'aujour-\nd'hui. Tout dénonce en lui une nature d'exception. Volontiers, on imagi-\nnerait son travail tellement instinctif, qu'il en devient facile, constant\ncomme une force naturelle. Celle-ci s'empare, avec l'habileté, du domaine\ndes acquis étrangers, de la science nécessaire; mais ne cède rien d'elle-\nm ê m e , devient seulement la personnalité mieux épanouie. La valeur\n"}, {"page_pdf": 1105, "page_imprimee": 934, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "  934                           DURENDAL\n\n\nexpressive des choses vues, telle est la conquête de cette force. Les cou-\nleurs et les formes, saisies avec spontanéité, constituent déjà à l'ar-\ntiste toute une maîtrise. Paysages aux arbres étonnamment architectures,\naux ondes chanteuses de vibrations; bouquets ardents ; curieuse prédilec-\ntion pour les faces de nègres tachant d'un rythme « impair » des clairs\nobscurs blancs, modernistes ; évocation de l'âme enfantine et sauvage\nde notre foule moderne, tout cède au portrait. Logiquement, la figure\nhumaine donna au peintre l'apogée de ce don expressif de l'Univers,\nqu'il sent si bien. Les deux portraits de petite fille « Henriette » ; celui\nd'un artiste, constituent de véritables merveilles de coloris frais et fort,\nde dessin désinvolte et profond.\n: Henri Huklenbrok a su ne point souffrir d'un tel voisinage. Ses études\nd'après les maîtres, ses impressions de plein-air, attestent un interprète\nbientôt complet de la vie néerlandaise et du doux ciel du Nord.\n\n\n\n    L'ouverture du Salon des aquarellistes fut l'événement mondain\n accoutumé. La Reine, qui d'ordinaire y préside avec l'intérêt pour un\n art que Sa Majesté pratique elle-même, étant encore à Spa, le Roi et\n Mme la Princesse Clémentine ont enchanté les heureux exposants, par\n leur bonne grâce coutumière.\n   L'on s'accorde à trouver cette quarantième exposition une des meil-\n leures, point trop envahie d' « amateurisme » avec, seulement, les défé-\n rences pour les grands noms auréolés de réputation et de jours. Il sera\n inutile de redire ceux-ci, non plus que les personnalités d'art restées\n elles-mêmes, ce secret de ne pas avoir tort.\n   En un caprice de simple promenade, notons l'étonnante verdeur de\n Del Acqua, la finesse d'Eug. Smits, les roses toujours vraiment habiles\n de Mme Münch-Bellinghausen.\n   Il semble qu'il faille être très attentif au mouvement d'art en Alle-\n magne. Ce furent là d'abord une longue stérilité, puis des symptômes de\ngermination nouvelle ; une loi d'assolement aussi fréquente dans la pro-\nduction psychique que dans l'alternance des récoltes semble nous le pro-\n mettre par des signes certains. Paul Bach intéresse, sombrement rude;\n Hans Herrmann peint la Hollande urbaine, dans une note acide très\nclaire et personnelle ; Max Uth exprime puissamment des hantises com-\nplétant la nature par cette sorte d'au-delà terrestre où rôdent les ombres.\n   Ch.-W. Bartlett, toujours magistral, incline à un verdissement péril-\nleux pour tout autre que lui. L'envoi de Mme Montalba exprime, avec un\nparti pris exceptionnellement heureux cette fois, le rêve d'or pâle des\nlagunes.\n"}, {"page_pdf": 1106, "page_imprimee": 935, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2986, "texte": "                       CHRONIQUE          ARTISTIQUE                    935\n\n   De France : G. La Touche, le prestigieux auteur d'une messe comme\nservie par l'innombrable lumière, envoie trois belles pages qui consti-\ntuent un des événements du Salon. De Hollande : Van der Waaij, irré-\nprochable toujours; Paul Rinck, rappelant l'éblouissement doux de\nnaguère; W. Sluiter, d'une spontanéité curieuse à noter les reflets, les\nlumières, les bonds de vagues et de bêtes.\n   Nos compatriotes se montrent dignes de tout éloge ; nommons seule-\nment un peu au hasard : Binjé, toujours fin et fort ; Cassiers, plus délicat\nque jamais dans l'étude des villes vernies de propreté et ridées délicate-\nment d'usure. Les béguinages et les cloîtres continuent d'inspirer le jeune\net véritable talent d'Alf. Delaunois, avec une accentuation de plus en plus\nsensible du côté volontaire; de J. de Vriendt, une légende de Noël.\nMme Gilsoul-Hoppe joint à ses fleurs, toujours aussi exceptionnellement\npuissantes, des vues de villes d'une intimité vibrante et profonde. Les\narbres de Th. Hannon montrent une irritation curieuse.\n   L'envoi de Fernand Khnopff demanderait, comme de coutume, un\nlong commentaire pour cette compréhension « silencieuse » des formes\nqui les assemble, les simplifie, les « recommence » au gré d'un vouloir\nsecret. Marcette, dont les aquarelles, on le sait, rivalisent d'éclat avec ses\ntoiles, enferme toute la magie lunaire dans « L'Escaut à Flessingue »,\ntoute la grandeur légère des « conciles de voiles », dans « l'Arrivée des\nbarques ». Mellery est coutumièrement magistral; un envoi hors cata-\nlogue de Constantin Meunier, toujours aussi admirablement lui. De\nJakob Smits, des exégèses flamandes de la Bible et des portraits enve-\nloppés de cette ombre personnelle pour la couleur grasse et souple, le\ntrait délicat. Stacquetavec, surtout, des intérieurs de plus en plus finement\nambrés; L. Titz, inventoriant les prodigieuses richesses chrétiennes du\nMont-Saint-Michel ; Uytterschaut se surpassant lui-même dans cet effet\nde printemps : « L'Entrée du Verger » ; des scènes militaires de Van\nSeverdonck et Vet-cetera de tous ceux qu'on aime à voir sans que la men-\ntion en note se soit formulée.\n                                      *\n                                          *\n\n   A la Maison d'art une exposition particulièrement intéressante\nd'objets d'art religieux appartenant à l'époque de la Renaissance, dans la\nnouvelle Espagne. Ces tableaux, ces sculptures, ces broderies évoquent\nle bibelot radieux des cathédrales espagnoles, avec on ne sait quelle\ninfluence d'une barbarie plus grave, comme héritée de l'ancien Mexique.\nLe spectacle est délicieux autant que rare ; l'âme s'y plaît autant que les\nyeux. La seule image de N.-D. de Guadeloupe, reproduite partout, domi-\nnant de sa grâce immaculée et maternelle toute une race, vaudrait de\nlongs commentaires, de longs récits purs et tendres.\n                                                       EDMOND JOLY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-022", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 936, "page_fin": 944, "titre_corps": "Correspondance", "titre_sommaire": "Correspondance", "signature_source": "Le Comité de la Section d’études de l’École de Saint-Luc, à Bruxelles", "ancre_debut": "CORRESPONDANCE", "ancre_fin": "auteurs qui les signent de leur nom", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1107, "page_imprimee": 936, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2983, "texte": "CORRESPONDANCE\n                    MONSIEUR L'ABBÉ MŒLLER,\n   Nous vous remercions vivement d'avoir inséré dans le dernier numéro paru\nde Durendal la lettre collective que nous vous avions adressée. Qu'il nous soit\npourtant permis de vous prier de donner encore asile aux lignes qui suivent.\nLes commentaires et les notes qui ont précédé et accompagné notre lettre nous\nont fait douter d'avoir été compris, alors que nous pensions avoir été suffisam-\nment explicites pour qu'il fût impossible de se méprendre sur le sens véritable\nde nos paroles.\n   Il est bien vrai que le procédé employé par vous et qui consiste à isoler\nchaque phrase, chaque terme, à lui répliquer en détail, sans tenir compte du\nraisonnement ni de l'ensemble de la pensée, découvre une intention déter-\nminée, a priori, de ne prendre en considération aucun des arguments de vos\ncontradicteurs.\n   C'est au moyen de la plume, l'interruption criblant et hachant un discours :\naussi l'appréciera-t-on comme il convient.\n   Nous sommes persuadés que les lecteurs de Durendal, habitués à d'autres\nmanières, aurontjugé que ce n'était certes pas le procédé idéal de la polémique :\nils nous auront lu d'un trait et en entier et il nous auront compris.\n   Ils auront ainsi constaté que nous avons placé la question sur le terrain des\nprincipes et que nous avons évité avec un soin jaloux de faire des personnalités.\nBien que le contraire nous eût facilité considérablement la tâche, en nous per-\nmettant de relever dans vos articles beaucoup d'allégations inexactes en fait,\nnous voulons continuer aujourd'hui d'observer la même réserve.\n    A cette fin, nous écartons toutes les tierces personnes que vous avez jetées\n dans le débat où elles avaient, d'ailleurs, peu de chose à voir.\n    C'est un éminent avocat, son fils un charmant poète, un architecte, d'autres\npersonnes encore, et même un savant prélat, qui doit trouver peu flatteuse la\npublicité donnée, par son intermédiaire, à un propos de table qui date de\ntrente années au moins (1).\n\n\n    (1) Bien que je sois décidé à ne point rouvrir le débat, en commentant cette lettre, comme\nj'aurais le droit de le faire, |e crois de mon devoir d'éclairer la religion des lecteurs de Durendal\net de leur épargner la peine de se casser la tête en cherchant dans mon article un propos de\ntable de prélat qui ne s'y trouve pas Je n'ai cité, en effet, aucun propos de table de n'importe\nquel prélat. D'abord, je n'ai pas l'honneur de dîner avec des évêques. Ensuite, je n'aurais pas\nl'irrespect de faire savoir au public ce qu'ils m'auraient dit à table. Intrigué moi-même au\nsujet de ce fameux propos de table, j'ai interrogé une des autorités de Saint-Luc. Il m'a été\nrépondu qu'il s'agissait de la citation du passage où le bénédictin dom Laurent Janssens,\nparlant des laideurs qui s'étalent dans certains vitraux de Saint-Luc, s'était écrié, avec une\njuste ironie :\n    Etranges artistes. Que de pèlerinages ne feraient-ils pas s'il leur naissait\n"}, {"page_pdf": 1108, "page_imprimee": 937, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3580, "texte": "                                   CORRESPONDANCE                                          937\n\n\n  Nous tâcherons aussi de nous citer le moins possible, car c'est un moyen\nqu'à notre avis la dignité du débat ne comporte pas. On retiendra cependant\nqu'on nous a mis en cause et que nous avons à nous défendre.\n  Ainsi, tout d'abord, nous prions vos lecteurs de noter que les artistes et les\nprofesseurs de l'Ecole de Saint-Luc ne prétendent pas à l'infaillibilité en matière\nd'art,— pas plus que vous-même, n'est-il pas vrai? — qu'ils ne veulent imposer\nà personne de l'admiration de commande, mais qu'il leur est loisible, à eux\ncomme à vous, d'admirer ce qui leur plaît et de trouver laid ce qui ne leur\nplaît pas, et de le dire quand ils le pensent. Les droits de la discussion sont\nsaufs de part et d'autre, surtout quand cette discussion porte sur une idée.\n  Les artistes de Saint-Luc usent donc simplement, en vous répondant, du\ndroit de défendre leurs opinions, qu'ils estiment être des opinions raisonnées,\nfondées sur des principes bien définis. C'est pourquoi, quand ils défendent leur\navis, ils vous donnent à l'appui ces raisons et ces principes, car ils ne pensent\npas devoir ni pouvoir apprécier l'art et les artistes suivant une fantaisie per-\nsonnelle, plus ou moins équilibrée sans doute, mais qui n'en serait pas moins\nune fantaisie.\n   Grâce à cela, ils évitent de parler de la manière suivante :\n   \" Personne n'est plus admirateur que nous du grand art religieux des\nanciens; l'idéal que nous avons, c'est celui des Fra Angelico, des Giotto, des\nMantegna, des Gozzoli, des Lippi, des Memling, des Van Eyck, etc., et de tant\nd'autres artistes religieux, auprès desquels l'abbé Mœller est comme s'il n'exis-\ntait pas. Aussi les écrits de ce dernier nous déplaisent souverainement. Bien\nqu'il n'abhorre pas le gothique (ce qui est sans doute bien aimable de sa part), il\nne saurait admirer celui de Saint-Luc et il trouve qu'il nefaut pas mettre du\ngothique à tort et à travers partout, même dans une gare de chemin defer. Or,\nnous pensons exactement le contraire et nous estimons qu'il ne faut mettre\nle ?...thique de l'abbé Mœller nulle part. „\n   Un tel langage, que vous apprécieriez très sévèrement et dont la juste valeur\ndialectique n'échapperait à aucun jugement sérieux, serait pourtant la repro-\nduction textuelle (lire votre réponse à notre lettre) de votre raisonnement : —\nune copie quoi! Peut-être encore, comme d'habitude, \" à cent lieues de l'ori-\n\n\n\nun fils d'un type semblable & ces bienheureux ! Croient-ils donc que de tels\néchantillons de l'état de gloire soient de nature à nourrir chez les fidèles\nun vif désir de la vie future?\n   Vous jugez d'ici ma stupéfaction et je devine la vôtre. Ce passage est, en effet, extrait\nd'un admirable discours prononcé, non pas à table, ni il y a 30 ans, mais l'an passé dans une\néglise, s'il vous plaît, dans l'église de Saint-Joseph, à Bruxelles, en plein congrès eucharistique,\ndiscours qui a été publié par dom Laurent Janssens, d'abord dans la Revue Bénédictine, de\nMaredsous, puis en brochure et, enfin, dans la grande et belle édition du Compte rendu du\nCongrès Eucharistique, de la maison Goemare. Le R. P. Janssens ne doit pas trouver peu\nflatteuse la publicité que je donne à une critique de l'école de Saint-Luc, qu'il a émise, non\nà table, encore une fois, mais dans un discours, qu'il a publié trois fois lui-même.\n   On a ici un échantillon des procédés de polémique de Saint-Luc et les gens intelligents\ndevineront pourquoi je refuse de continuer la discussion dans de telles conditions.\n"}, {"page_pdf": 1109, "page_imprimee": 938, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": " 938                              DURENDAL\n\n\n\nginal? „ Vous en jugerez puisque vous savez apprécier le talent du copiste et le\nparti qu'on peut en tirer.\n   Est-il bien vrai que vous parliez art en écrivant ces paroles?\n   Jamais pareille absurdité n'a surgi dans le cerveau d'aucun artiste, fût-il de\nSaint-Luc.\n   Si nous avions su que la question se limitait à discuter d'une bonne ou d'une\nmauvaise copie ! Mais nous avons bénévolement pensé que vous logiez l'art\nun peu plus haut que ça, que vous le considériez comme quelque chose de\nplus grand, d'assez élevé pour réclamer parfois le sacrifice de la couleur\nmatérielle d'un pilier pour prix d'une belle harmonie, s'exprimant encore\nautrement, que par un charmant visage, et ne résidant pas nécessairement\ndans ce qui plaît, dans le joli, mais revendiquant avant tout les grandes lignes,\nles masses de l'œuvre, l'agencement général qui occasionne l'impression\nd'ensemble. Assurément les détails ne peuvent être négligés et la perfection,\npour être entière, doit résider dans ceux-ci comme dans la masse, mais cepen-\ndant c'est celle-ci qui prime.\n   Enfin, la perfection absolue est dans l'union de l'idée parfaite et de la forme\nparfaite; mais, pourtant, une beauté relative, comme peut l'être seulement tout\nce qui n'est qu'humain, se rencontre même lorsqu'une belle idée, lorsqu'une\npensée sublime se trouve revêtue d'une forme demeurée imparfaite par\nl'hésitation, par la faiblesse, par l'humanité, en un mot, de l'artisan.\n   La forme dans l'idéal peut être une bonne copie, mais cette copie, malgré\ntout le talent, toute la technique de son auteur, ne saurait être une œuvre d'art.\nAu contraire, une forme même imparfaite reproduite sous l'influence de l'idéal\ndu premier ouvrage (parfois par son auteur ou par son disciple) n'est plus\nune copie proprement dite, mais devient à coup sûr une œuvre d'art.\n   La beauté peut donc coexister avec quelques faiblesses dans l'exécution. A\nce prix seulement, nos œuvres anciennes sont belles; ainsi Maredsous est\nbeau; ainsi ses vitraux, dont vous parlez, sont beaux; ainsi beaucoup d'œuvres\nmodernes sont vraiment belles et valent un regard admiratif.\n   Vous avancez (combien aimablement) que les artistes de Saint-Luc réclament\ncette admiration pour tous les travaux \" sortant de leur officine „. Est-il besoin\nde répondre? Leur groupe renferme des hommes de talent et d'autres qui ne\nle sont pas. Il en est d'entre eux dont certaines œuvres ont un mérite réel et\nsont suffisamment appréciées pour consoler leurs auteurs de quelques attaques\nd'intéressés ou d'incapables. II en est aussi qui n'ont pas reçu le don sacré de\nl'art. Aucune école n'a le privilège de réunir à elle seule tous les talents, et\njamais il n'est venu à l'esprit d'un homme sérieux de l'en rendre responsable.\nSi même nos rangs contenaient des copistes, en quoi nos principes en\nsouffriraient-ils ?\n   Mais nous pouvons répéter ce que nous disions précédemment; les copistes\nne se trouvent pas chez nous et nous pourrions sans peine le prouver.\n   Rien n'est plus dangereux que de citer à l'appui de sa théorie des exemples,\navant de s'être assuré de leur exactitude et de leur valeur au point de vue de la\npertinence qu'ils peuvent avoir avec la conclusion souhaitée.\n"}, {"page_pdf": 1110, "page_imprimee": 939, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "                             CORRESPONDANCE                                  939\n\n\n  O r , vous avancez certains faits précis, notamment en ce qui concerne les\néglises du Sablon et d'Anderlecht. Si nous n'étions fermement décidés à ne pas\nintroduire dans le débat des tierces personnes, nous nous donnerions la\nsatisfaction de vous répondre sur ces faits. Et le plus clair résultat de cette\nréponse serait de démontrer que vos informations à l'égard de certains travaux\nsont aussi erronées que la façon flatteuse ou non dont vous les appréciez.\n   A notre grand regret et pour la raison énoncée tout au début de notre lettre,\nil n'en sera rien en ce moment et vous pouvez à loisir affirmer que nous\ncopions, et ce qui est plus grave à vos yeux, nous reproduisons un siècle, le\nXIIIE siècle.\n   Ici encore, un connaisseur reconnaîtra qu'il n'en est rien. Nos principes sont\nindépendants des formes d'une époque quelconque; ils sont aussi vastes que\nl'est au début du XXe siècle, le champ des applications artistiques, et nous\ntâchons de les mettre en pratique partout. Peu importe dans le débat actuel\nquels sont ces principes; nous les exposerons quand on le voudra, mais pour\nle moment, il suffit qu'on sache qu'ils ne demandent pas de copier une époque\ndisparue, comme vous le maintenez.\n   Quand il s'agit de les mettre en oeuvre matériellement, il faut bien sans doute\ntrouver une forme et il est très naturel que celle des temps où ces principes\nont été le plus en honneur vienne d'abord à l'esprit. Car on doit tenir compte\nque dans la tradition de ces principes, il y a eu une rupture de plusieurs siècles\net qu'une forme nouvelle et rationnelle ne s'invente pas si aisément que cela,\n   Mais, que nous soyons tenus de formes anciennes, c'est une erreur.\n   Viennent demain de nouvelles formes compatibles avec nos principes, nous\nles adopterons, c'est ce qui se produira tôt ou tard, car l'art ne peut demeurer\nimmobile.\n   Et c'est ainsi que plusieurs des nôtres ont obtenu, avec les nouvelles formes\ntrès modernes que chacun sait, des résultats remarquables, grâce à la compa-\ntibilité où certaines de ces formes sont avec nos principes. — Résultats plus\nparfaits que ceux que la jeune école, en général, n'a obtenus, car cette école est\npartie du point contraire au nôtre et son éducation, quant aux principes, est\nencore à faire. Elevée à l'école classique dont elle veut se séparer, sa marche\nest pénible; elle escalade l'idéal, alors qu'en ce qui le concerne, nous sommes\narrivés.\n   C'est la raison de nos progrès constants, que vous déniez mais qui sont\nflagrants pour quiconque veut regarder un peu plus haut que les apparences.\n   Tout cela, nous vous le disions il y a un mois et vous n'avez, pensons-nous,\nrien réfuté.\n   Tout au contraire, le bien fondé de nos paroles vient d'apparaître récemment\net apparaîtra encore davantage, dans la suite, à propos d'une modification, s'il\nest permis d'user de ce mot, qu'on essaie d'apporter à notre enseignement\nclassique.\n   Depuis les jours de la Renaissance, l'art de nos contrées était asservi aux\nformes de l'antiquité, qu'il était obligé de reproduire, en d'autres mots, de\ncopier. Ce qui ne vous empêche pas de l'aimer. Vous jetez de grands cris\n"}, {"page_pdf": 1111, "page_imprimee": 940, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "940                                 DURENDAL\n\n\n quand vous croyez comprendre que nous disons le contraire. Excusez-nous et\n veuillez nous relire attentivement. Vous verrez que c'est l'opposé que nous\n avons 'prétendu tout en essayant un moment (simple supposition) de vous\n croire un peu de logique. La copie est partout, la copie, disions-nous, c'est-à-dire\n \" un art glacial, sans vie, sans âme . Il paraît qu'à votre avis ça dépend des\n cas, car vous nous apprenez aujourd'hui que parfois vous savez apprécier la\n copie.\n    Ainsi faites-vous pour les copies des classiques. Il est vrai que vous soutenez\n que \" les artistes de la Renaissance n'ont pas copié l'antiquité du tout. Ils se\n sont inspirés de l'art antique ,,.\n   De l'art antique ? De la forme antique, vous en conviendrez, et non de son\nidéal. Or, l'idéal est dans l'art un élément qui, ce nous semble, mérite considé-\nration. Sans doute, les artistes des temps modernes n'ont pas décalqué les\nformes antiques, ils se sont inspirés (si vous tenez au mot) de ces formes, mais\n des formes seulement.\n    Et c'est un des plus grands reproches qu'on soit en droit de leur faire que\n celui de cette contradiction constante entre la forme païenne qu'ils cultivaient\n et leur idéal chrétien.\n   Les meilleurs d'entre eux n'ont pas été sans s'en apercevoir. Mais l'accord\n était impossible et il s'est produit que, dans cette longue et sourde lutte entre\nces deux éléments, c'est le plus noble qui fut vaincu. Le coeur de l'artiste,\ncomme de tout homme, garde son fond de fange. Et notre siècle, plus que tout\nautre, a assisté au triomphe de la forme et à la chute de l'idéal.\n   Chute inavouée peut-être, mais chute certaine pour l'idéal catholique; car, s'il\nest encore dans le clan de nos adversaires quelques artistes, quelques hommes\nd'idéal, ce sont des hommes d'idéal antireligieux et presque satanique. Point\nn'est besoin d'insister.\n   A certains d'entre eux, il arrive d'ébaucher un masque, d'esquisser une\nfigure et de désigner ces choses des noms sacrés à notre foi. Les vrais chrétiens\nne peuvent y voir autre chose que la profanation de leur idéal, à eux, par un\nart sacrilège.\n   On vient depuis peu d'introduire dans l'enseignement de l'académie des\nbeaux-arts l'étude de l'art gothique, nous voulons dire des formes gothiques\net on les met sur le même pied que l'art antique.\n   Le moment paraît donc venu de faire pour celui-là ce qu'on a fait si longtemps\npour celui-ci. On va étudier d'une manière plus ou moins approfondie les\nformes du moyen âge, mais son idéal n'avancera pas d'un pas. Le premier\nrésultat sera de former une nouvelle Ecole de copistes ès arts gothiques. Ils\nexistent d'ailleurs déjà et nous assistons depuis quelque temps à l'épanouisse-\nment de leurs méfaits. Ce sont eux qui nous accusent d'être trop libres, trop\ncréateurs (cela s'est écrit). Et, ce disant, ils sont logiques. L'Ecole Saint-Luc\nne forme pas des adaptateurs de formes ; elle est avant tout Idéaliste, elle fait\ndes artistes.\n   Son principal titre de gloire, c'est d'avoir contribué la première en Belgique\nà cet immense et consolant réveil de l'idéal chrétien en matière d'art, nous\n"}, {"page_pdf": 1112, "page_imprimee": 941, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "                              CORRESPONDANCE                                  941\n\n\nnous répéterions en insistant. Seul le préjugé aveugle ne nous comprendra\npas et continuera à nous opposer à tort et à travers des objections qui n'en\nsont pas et, pour cette raison, demeurent sans réponse.\n   Entre les nombreux reproches que vous nous faites encore et que nous\ndevons forcément laisser de côté, à peine d'être trop longs, — car vous touchez\nà tout et n'allez au fond de rien, — relevons encore celui à nous lancé à propos\nde l'étude du modèle vivant qui serait bannie de l'Ecole. Vous en faites votre\ngrand cheval de bataille. Nous devons, pour ce motif, en dire un mot.\n   Il conviendrait tout d'abord de s'entendre sur le vrai sens accordé par vous\nà cette expression : l'étude du modèle vivant. Est-ce l'étude de la nature par\nune observation raisonnée et constante ? Est-ce l'étude ou plutôt la copie du\nnu comme on la pratique dans nos académies officielles?\n   Dans le premier cas, votre reproche tombe à faux. L'étude de la nature\nfigure à notre programme comme une chose essentielle et de première néces-\nsité. Sur elle est basé tout l'enseignement de nos écoles. Quel qu'il soit, l'artiste\ndoit être un observateur constant et rien de tout ce qui frappe ses yeux ne\npeut lui échapper. Après une observation détaillée et approfondie au moyen\nd'une étude raisonnée qui sera comme le crible chargé d'extraire des formes\ntoute leur élégance, au point de vue de l'art qu'il cultive, il rangera le résultat\ndans sa mémoire à la disposition de l'idée qui, un jour, au moment de l'expri-\nmer, pourra recueillir des formes pures et correctes sans devoir nécessaire-\nment recourir à l'office des poseurs ni des mannequins.\n   Nous avons de bonnes raisons pour croire, à la vue de leurs œuvres, que\nc'est ainsi que les grands maîtres de toutes les époques ont toujours procédé.\n   Entendiez-vous, au contraire, parler de l'étude du nu! Notre réponse sera\nfacile.\n   Les écoles de Saint-Luc sont des écoles professionnelles, elles veulent rendre\nà nos artisans leur situation de jadis, c'est-à-dire en faire autant d'artistes. Ce\nfaisant, elles tiennent une place honorable et utile dans le mouvement démocra-\ntique de notre temps, et du coup elles appliquent une conséquence d'un de nos\nprincipes que l'art doit être populaire de son essence.\n   Préparer, suivant leur énergie et leur ambition, des hommes capables pour\ntoutes les branches de l'art, voilà donc la mission de ces écoles. Elles pour-\nraient former des potiers aussi bien que des statuaires.\n   Il est clair que cette foule nombreuse des artisans des métiers d'art, depuis\nles plus humbles jusqu'aux plus relevés, n'éprouvent qu'un besoin nul ou très\nrestreint de l'étude des formes anatomiques.\n   Quant aux artistes peintres et statuaires, qui doivent demeurer, conformé-\nment à notre théorie d'art appliqué, le tout petit nombre, ils doivent assuré-\nment la poursuivre.\n. Mais nous ne cacherons pas que, suivant nous, chaque artiste est maître\nd'apprécier jusqu'où l'étude du nu peut lui être utile et qu'en général elle doit\nêtre tout autrement dirigée et dans un autre sens que ne le font les classiques\nd'aujourd'hui.                                                                    '\n   Loin de ne voir comme eux, dans l'étude de la nature (dont l'étude du corps\n"}, {"page_pdf": 1113, "page_imprimee": 942, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": " 942                               DURENDAL\n\n\nhumain n'est qu'une partie — et pour cette raison nous n'admettons pas la dis-\ntinction généralement faite entre cette étude et l'étude de l'animal, de la plante,\nde toute la nature animée ou inanimée), loin de ne voir, disons-nous, dans cette\nétude que l'essai à la reproduction fidèle et servile du modèle, nous cherchons\ndarts l'étude du corps humain, comme dans celle de toute la nature créée, le\nmoyen d'exprimer, de rendre sensible une idée.\n   L'étude dont il s'agit, telle que la conçoivent les classiques, est admissible\npour l'école réaliste et matérialiste, dont elle a été le point de départ et dont elle\ndemeure le soutien; elle ne saurait convenir à une école idéaliste, c'est-à-dire,\nune école qui, n'excluant aucune forme, voit pourtant cette forme au travers\nd'une idée, la tient comme la servante de cette idée et, pour ce motif, ne lui\nreconnaît pas la même importance que l'école classique, mais bien une impor-\ntance d'autant plus grande et plus étendue que son rôle est plus noble et plus\nrelevé.\n   Le principe idéaliste n'a guère besoin d'être défendu ici. Depuis longtemps,\ndes artistes de toute opinion artistique, et, en général, rien moins que gothiques\net rien moins que chrétiens, ont signalé à quels abus l'étude classique du nu a\nconduit et ont déclaré combien grande a été sa part de responsabilité dans le\nmarasme où gisent certaines branches de l'art.\n   Comme vous le devinez, nos principes forment un ensemble raisonné et com-\nplet et il est difficile de toucher à l'un d'eux sans risquer de désorienter toute\nl'organisation.\n   Il est ainsi bien d'autres points de votre article qui attaquent des questions\nfondamentales de notre programme et qu'à notre regret nous ne pouvons exa-\nminer, parce qu'elles nous entraîneraient trop loin et absorberaient bien au-delà\nla place que votre complaisance, espérons-nous, mettra cette fois encore à notre\ndisposition.\n   Nous ne serions pas fâchés, cependant, de vous entendre un jour exposer ab\novo et jusque dans leurs détails d'application, quels sont vos principes : jusqu'à\nprésent, et malgré le soin que nous mettons à suivre vos articles dans Duren-\ndal, nous ignorons où ils commencent et ou ils s'arrêtent.\n   Mais, alors peut-être, jaillirait la lumière d'où naîtrait la communion d'idées\nqui, un jour, nous l'espérons, réunira tous les artistes vraiment chrétiens.\n   L'utilité pour ceux-ci en serait certes plus grande que votre Salon d'art\nauquel nous avons invité nos amis à ne pas participer — ce qui constitue une\n\" infamie „ que vous ne pouvez vous empêcher de \" stigmatiser „.\n   Nous ne voyons pas bien ce qu'il y a de \" perfide „ dans une telle mesure. On\npeut estimer, en effet, que le Salon en question aura un résultat mauvais ou tout\nau moins nul dans l'art religieux. C'est notre avis et nous ne vous avons pas\ncaché pourquoi. Nous voyons une contradiction entre nos principes et ceux\nde votre Salon, ou plutôt nous constatons qu'il n'y a pas ici de principes du\ntout. Cette constatation est confirmée par votre article.\n   Pourquoi, dès lors, nous compromettre ou tout au moins perdre notre peine\nà contribuer à votre entreprise, si cette participation ne fera pas avancer d'un\npas le progrès de nos principes? Dans des conditions pareilles, cette participa-\n"}, {"page_pdf": 1114, "page_imprimee": 943, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "                            CORRESPONDANCE                                 943\n\n\ntion peut offrir des avantages à l'intérêt personnel des artistes; nous ne sommes\npas si intéressés. Et le nombre de ceux qui répondront à votre appel vous le\ndémontrera à suffisance.\n   Nous eussions gardé le silence, qu'encore l'effet de votre article eût été le\nmême auprès de tous les artistes sérieux de l'École; nous ne pensons pas qu'un\nseul d'entre eux ait pu songer un instant à prendre part à votre Exposition;\nnotre réponse à cet égard n'a été que l'expression de leur détermination déjà\nprise.\n   Vous le déplorez et vous voulez en atténuer l'effet par vos protestations\ndiverses.\n   Vous dites notamment que l'article incriminé ne relève que de vous person-\nnellement; nous en sommes bien convaincus; mais, quand on est rédacteur\nd'une revue et promoteur d'une entreprise appuyée dans cette revue, on n'est\nplus, en écrivant dans celle-ci, aussi personnel que cela aux yeux du lecteur.\n   Ce n'est donc pas à cause de votre article que nous préconisons l'abstention\ndes nôtres; ce serait absurde comme vous le dites très bien. Si nous avions\nestimé que cet article n'engageait que l'abbé Mceller personnellement, au même\ntitre que tous ceux qu'il a écrits précédemment dans Durendal, pas plus que\npour ces derniers, nous ne nous fussions mis, pour celui-ci, en peine d'une\nréponse.\n   En terminant, nous vous prions d'excuser la tournure un peu vive de certains\npassages de la présente. Elle nous a paru autorisée par le ton de votre article.\n   Nous espérons bien, d'ailleurs, que notre lettre d'aujourd'hui marquera, de\nnotre côté, le dernier acte d'une polémique que, pour des raisons qui n'auront\néchappé à personne, nous craignons de voir devenir de plus en plus acrimo-\nnieuse. Ce que nous voulons éviter à tout prix.\n   Recevez, Monsieur, l'assurance de notre considération distinguée.\n\n    Le Comité de la Section d'Etudes de l'Ecole de Saint-Luc, à Bruxelles :\n   J. VAN DAELE; L. PEPERMANS; C. VERAART; A. VAN DAELE; J. PAUWELS;\n          G. DHAEYER; CHR. VERAART; J. VAN TUYN; E. GEVAERT.\n\n\n\n\n   Nous croyons préférable de ne pas commenter cette lettre. Si nous y répon-\ndions, cette polémique, d'ailleurs d'ordre purement artistique, menacerait de\ns'éterniser et deviendrait fastidieuse pour les lecteurs.\n   Méconnaissant le principe en vertu duquel les articles publiés par Durendal\nn'engagent que les auteurs qui les ont signés, — principe expressément\nrappelé par M. l'abbé Mceller dans ses articles, — un journal, dont nous nous\ngarderons de rechercher les intentions, a cru devoir intervenir dans cette\npolémique, en y mêlant aussi un de nos fondateurs, M. Carton de Wiart, qui,\nà plusieurs reprises, a rendu publiquement hommage à l'école Saint-Luc et\nqui continue à lui porter le plus vif intérêt.\n"}, {"page_pdf": 1115, "page_imprimee": 944, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": " 944                            DURENDAL\n\n\n  Pour couper court à tout malentendu, — si malentendu il y a, — nous nous\nbornerons à affirmer, une fois de plus, que chacun n'accepte d'autre respon-\nsabilité dans Durendal que celle des articles qu'il a signés. Cette règle est\nd'ailleurs une des conditions d'existence et de progrès d'une publication qui\nn'est point l'organe d'une école ou l'expression d'une pensée unique, mais\nbien un recueil d'oeuvres ou d'appréciations librement publiées par des\nauteurs qui les signent de leur nom.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-023", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 945, "page_fin": 953, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "A G", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1116, "page_imprimee": 945, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "LES LIVRES\n\n\nLA P O É S I E :\nD ' a p r è s l e s Maîtres E s p a g n o l s : E t u d e et S o n n e t s par l'Abbé\n   HECTOR HOORNAERT (Bruxelles, O. SCHEPENS).\n\n   Dans la magistrale étude qui constitue pour ses sonnets la meilleure des\nintroductions, M. l'abbé Hoornaert a caractérisé, en savant autant qu'en\nartiste, la grande peinture espagnole du XVIIe siècle. Il a fait se dresser\ndevant nos yeux éblouis, au milieu de ce beau peuple castillan, d'humeur\naventureuse, de foi inébranlable, auprès de ces poètes intenses et vigou-\nreux que furent Calderon, Cervantes et Lope de Véga, la noble silhouette\ndes peintres illustres. L'austère génie national de la race ibérique, poussé\nplutôt vers la réalité que vers l'abstraction, et par cela même décevant\npour ceux qui jugent l'idéal esthétique d'un peuple selon les latitudes,\ntrouve dans Ribera, Zurbaran, Velasquez et Murillo son expression la\nplus haute et la plus sincère.\n   L'art espagnol, M. l'abbé Hoornaert le prouve supérieurement, a deux\ncaractères principaux qui le distinguent nettement des autres écoles : il\nest à la fois religieux dans la conception, réaliste dans l'exécution. Syn-\nthétiser en une œuvre la reproduction exacte de la nature et la hauteur\nsublime de la pensée, peut sembler, à première vue, chose étrange. Et\npourtant, malgré cet alliage qui étonne, l'art espagnol est peut-être le\ntype le plus élevé du grand art religieux. Tandis que l'Italien, impres-\nsionné surtout par les formes souples, fleuries et le riche éclat des cou-\nleurs, sous prétexte de peinture religieuse, fait éclore de sa palette des\nœuvres de grâce exquise, où la féminité délicate des types s'épanouit\ndans la divine lumière des paysages, l'artiste espagnol a sa foi pour but\net pour moyen, et reproduit, par la seule interprétation de la matière,\n sans vaine débauche de tons, ce que ses yeux ont vu.\n"}, {"page_pdf": 1117, "page_imprimee": 946, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": " 946                           DURENDAL\n\n\n\n   « Les peintres espagnols, dit M. Hoornaert, ont été aussi naturellement\nreligieux que les sculpteurs grecs ont été naturellement païens. » Chez\neux, la vérité a toujours guidé l'imagination; ils n'ont pas connu les com-\npromis des artistes italiens, qui peignirent indifféremment et avec la\nmême perfection des Vénus ou des Madones. Sobres de couleurs, ils ne\nconnaissent pas ces enchantements de lumière dont leurs frères du Midi\nsont prodigues. Les riantes mythologies n'ont point fasciné leurs imagi-\nnations, irrésistiblement orientées vers la sévérité sublime des dogmes\ncatholiques. De ces derniers, ils ont exalté ce qui était le plus propre à\némouvoir les âmes, chantant sur leurs toiles ardentes les douceurs de\nl'amour divin et l'action purificatrice de la grâce. Ce qui domine leur\nconception philosophique, c'est avant tout l'idée de rédemption, de bon-\nheur éternel conquis par le sacrifice volontaire de soi-même. Qu'ils\npeignent, comme Ribera, « l'être définitif bronzé par l'amertume » ou\nbien « les pâles Franciscains hagards d'espoir divin » comme Zurbaran ;\nque Velasquez, las des portraits de Cour et des bouffons dont il fit de la\nfierté, « s'illumine d'amour au sommet du Calvaire » ; que le candide 'et\nmystique Murillo, pour consoler les déshérités de l'abandon terrestre,\nleur fasse don « de paradis d'amour pleins de vierges et d'anges » ; ce qui\ndomine les œuvres de ces maîtres, c'est un désir absolu de la vérité, aussi\nbien dans la conception créatrice que dans l'exécution, le rendu.\n   Ces tableaux d'un art si original constituaient la matière que M. l'abbé\nHoornaert devait faire passer au creuset de la forme littéraire. Il peut\nparaître redoutable de vouloir résumer dans un sonnet le monde vivant\nd'une peinture de maître, réduire aux limites d'un procédé conventionnel\nles superbes envolées des grands artistes dont nous venons de parler.\nAussi, à vrai dire, nous ne pouvions, en ouvrant le livre, nous dégager\nd'une certaine crainte. Mais à peine avions-nous lu les premières pièces\ndu Poème divin, que toute appréhension s'était évanouie, pour faire place\nà une admiration sincère. Le vers de M. Hoornaert, bref, nerveux, d'une\nharmonie vigoureuse et saccadée, dans les Ballades russes, avait, en chan-\ntant les sujets mystiques de l'Heure de l'Ame et de la Nef du Marchand,\ngagné des tons plus chauds et plus variés. Il réunit, dans les Sonnets, les\nqualités des recueils précédents et atteint, par moments, à la sérénité des\nmaîtres.\n   Faut-il dire ce qui, dans le recueil de M. Hoornaert, nous a plu davan-\ntage? Bien que, pour notre part, il nous répugne de cataloguer les œuvres\net d'établir des palmarès littéraires, nous avouerons que nos préférences\nvont à la galerie des portraits de maîtres, qui ouvre la série des poèmes,\net à certaines pièces du Poème Mystique. Il est de ces sonnets qui, s'ils\nn'atteignent pas encore à la maîtrise de Heredia, s'approchent néanmoins\nbien près de l'idéal du genre. Nous admirons aussi comment M. Hoor-\n"}, {"page_pdf": 1118, "page_imprimee": 947, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "                                    LES LIVRES\n                                                                                 947\n\nnaert sait approprier son vers au tableau dépeint, tout en gardant intacte\nla personnalité si intense qui se manifestait déjà dans ses premières\nœuvres, et qui, depuis, a grandi et s'est précisée de plus en plus. Un rude\nsouffle de poésie épique et religieuse anime l'œuvre entière et lui donne\nson unité. La couleur riche, mais sobre et sans profusion, le trait précis\net décisif, l'harmonie du vers, joints à l'élévation constante du sujet, sont\ncauses qu'on relira toujours avec joie ce recueil. D'après les Maîtres\nEspagnols nous a donné, chose rare parmi tant de productions hâtives et\ninachevées, un réel plaisir d'art.\n                                                               C H . DE SPRIMONT.\n\n\n   MAURICE OLIVAINT. F l e u r s d e Corail (Paris, LEMERRE, éditeur).\n\n   Nos lecteurs connaissent déjà, pour les avoir lus ici même et goûtés,\nmaints poèmes de ce nouveau recueil de M. Olivaint : Charité, Saint\nFrançois d'Assise, La Petite Ame, La Nuit et ce Parc où vibre, parmi tant\nde mélancolie, u n si ardent espoir, et dont les stances, en dépit du thème\nqui n'est point neuf, sont peut-être les plus belles du livre. M. Olivaint\nest un errant; c'est sous les cieux les plus lointains, à Tahiti, en Nouvelle\nCalédonie, qu'il promène ses joies et ses tristesses, ses fantaisies et ses\nvoluptés, son regret de la patrie. Contemplateur des aurores et des cré-\npuscules, des océans, des forêts, des monts et des plaines, des êtres et\ndes choses, il prend place parmi les meilleurs descriptifs de la nature\nexotique. La voluptueuse langueur qui émane du sol tahitien, il l'a mise\ndans ses vers, qui recueillirent aussi de belles légendes polynésiennes.\nLe rêve et l'amour dictèrent au poète nombre de pages pénétrantes et\ndouces, parfois amères, où se révèle une délicate sensibilité. La langue\nest pure et souple, harmonieuse et colorée.\n                                                                   M. D.\n\n\nLE ROMAN :\nH i s t o i r e s s o u v e r a i n e s du comte DE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM (Bruxelles,\n  éditeur DEMAN).\n\n   Sous ce titre, M. Deman publie, en une belle édition in-4°, ornementée\npar Van Rysselberghe, les principaux contes du génial artiste Villiers de\nl'Isle-Adam.\n   C'est en quelque sorte un ex-voto d'éditeur à la mémoire d'un des\nplus admirables écrivains de ce siècle. Touchante initiative de la part\nd'un éditeur. Mais tout le monde sait que M. Deman n'est pas l'éditeur\nbanal que l'on rencontre trop souvent. C'est l'éditeur artiste. Il a le culte\ndes poètes qu'il édite. Il a trop le respect de l'art pour pouvoir se résoudre\n"}, {"page_pdf": 1119, "page_imprimee": 948, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": " 948                              DURENDAL\n\n\nà publier leurs œuvres d'une façon qui ne serait pas digne d'eux. Nous\navons déjà de la maison Deman quantité d'éditions d'art des œuvres de\nnos plus grands littérateurs. Elles sont toutes irréprochables au point de\nvue de la façon dont elles sont publiées. Nous avons plus d'une fois eu\nl'occasion de faire l'éloge de la firme Deman sous ce rapport.\n   Tous ceux qui désireraient avoir les plus beaux contes de Villiers de\nl'Isle-Adam réunis en une charmante édition n'auront qu'à se procurer la\nprésente. Elle a été conçue et exécutée d'une façon très intelligente\nquant au choix du texte. M. Deman n'a pas pêché au hasard dans les\nœuvres du splendide poète en prose qu'était Villiers. Il ne s'est même\npas fié à son flair en cette cueillette faite dans le parc aux futaies majes-\ntueuses' de l'œuvre du maître. Il s'est adressé par voie de referendum à\nnos meilleurs écrivains, priant chacun de désigner ce qu'il considérerait\ncomme digne de figurer dans son recueil. Et ce n'est qu'après s'être\nassuré le suffrage d'hommes compétents qu'il a rédigé celui-ci.\n   Nous n'avons plus à faire l'éloge de Villiers de l'Isle-Adam ni à donner\nla critique de ses œuvres immortelles et en particulier de ses merveilleux\ncontes, dont M. Deman réédite ici les plus fastueux.\n   Ce que fut Villiers de l'Isle-Adam comme artiste, comme poète, comme\nconteur, a été cent fois dit par nous dans cette revue même. Nos lecteurs\nse rappellent sans doute la belle étude que notre collaborateur et ami\nJosé Hennebicq lui consacra jadis dans Durendal, étude qui fut rééditée\nen une magnifique plaquette par notre ami M. Lyon-Claesen, dont la\nréputation d'éditeur-artiste, comme celle de M. Deman, n'est plus à faire.\nOn a trop rarement l'occasion de faire l'éloge des éditeurs contempo-\nrains, au point de vue de l'art, pour la laisser échapper quand elle se\nprésente. L'éditeur doit être le collaborateur de l'artiste en quelque\nsorte. C'est ce qu'ont parfaitement compris les deux éditeurs dont nous\nparlons. Ils font tous deux honneur à la librairie belge.\n                                                         HENRY MŒLLER.\n\n\nMAURICE DES OMBIAUX. J E U X de Cœur, ornementation d'Auguste        Donnay\n  (Paris, Librairie   Internationale).\n\n  Avouerai-je que je n'ai point pris, à lire les Jeux de Cœur, le plaisir\nque m'avait donné la (Mirifique histoire de saint Dodon? En dépit de quel-\nques pages fraîches, les six nouvelles, où M. des Ombiaux conte diverses\naventures sentimentales ou sensuelles, m'ont paru ternes et d'une exé-\ncution passablement lâchée : toutes sont d'ailleurs assez anciennes déjà.\nL'auteur nous semble médiocrement expert aux dissections psycholo-\ngiques et la subtilité n'est pas son fait. Les meilleures pages du livre\nsont celles qu'il intitule Larmes en Fleurs et où s'évoque, avec une émo-\n"}, {"page_pdf": 1120, "page_imprimee": 949, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "                               LES LIVRES                              949\n\ntion vraie, simple et communicative, la charmante et rieuse image d'une\nsœur, morte jeune, en la saison des roses.\n                                                              M. D.\n\nLA CRITIQUE :\nLe Réveil de l'Idéal, par PAUL SEGERS. — Discours prononcé à la ren-\n  trée de la Conférence du jeune barreau d'Anvers. — (Bruxelles,\n  LARCIER.)\n\n   « Aux proches horizons duXXesiècle, sur les torpeurs et les abaissements\nde ce temps, brille la lueur révélatrice, conviant à un art neuf les servants\nde l'Idée... Et déjà maints Mages de lettres, parmi les plus grands, gra-\nvitent vers le phare mystique qui défie aujourd'hui toutes les brumes de\nla raillerie et de la prévention.\n   » La revanche de l'Idéal — refoulant les crudités matérialistes et les\nnaturalistes brutalités — n'est-ce point cela qui est au fond de toutes les\nœuvres auxquelles vont à présent les sympathies instinctives de la jeu-\nnesse — la jeunesse, cette avant-garde divinatrice des universelles admi-\nrations futures...\n   » Comment les multiples évolutions littéraires de notre temps ont-elles\nconvergé vers cet aboutissement au moins inattendu, comment, après\navoir été romantique dans ses débuts, par réaction contre les sanglantes\nréalités de la Révolution, puis réaliste vers sa maturité par réaction\ncontre l'idéalisme pleurnichard des romantiques, leXIXesiècle finira-t-il\ndans le nvysticisme? — c'est ce que je voudrais dire. »\n   Cette thèse magistralement développée par notre ami Firmin Van den\nBosch, en une conférence toute vibrante de sincère et chrétienne émotion\net de juvénile enthousiasme, sur la Revanche de l'Idéal, vient d'être bril-\nlamment, et avec un talent plein de promesses pour l'avenir, reprise parmi\njeune avocat d'Anvers, Paul Seghers. Avec cette différence que F. Van\nden Bosch s'était attaché à démontrer le Réveil de l'Idéal spécialement en\nlittérature, tandis que M. Segers l'étudié dans toute la vie contemporaine\nconsidérée sous ses multiples aspects, art, littérature, science, vie\nsociale.\n   Pour prouver sa thèse, le jeune avocat ne se contente pas de phrases.\nIl s'est donné la peine d'étudier la direction des esprits, la tendance des\nidées, l'aspiration des âmes, dans les œuvres même de nos contempo-\nrains et dans les actions humaines de ce siècle. On s'en convaincra facile-\nment en parcourant les notes innombrables des bas de pages de sa pla-\nquette.\n   Il passe en revue dans son discours toute la littérature artistique, litté-\nraire, scientifique, sociale et politique de notre époque.\n"}, {"page_pdf": 1121, "page_imprimee": 950, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "  9 50                             DURENDAI.\n\n\n   Il cite à l'appui de ses affirmations tous les écrivains modernes depuis\nles plus humbles jusqu'aux plus grands.\n   Thèse réconfortante et élevante, au premier chef, que la sienne.\n   Elle est une réponse péremptoire à la Tristesse contemporaine de Fie-\nrens-Gevaert.\n   Sans doute, il y a des âmes tristes, mais au fond de la tristesse de la plu-\npart brille déjà une lueur d'espérance. De cette tristesse jaillit le besoin\nd'une foi déjà supérieure si pas encore surnaturelle. Cette tristesse est la\npreuve péremptoire de la nécessité de croire. Ce réveil de l'idéal s'affirme\npartout, dans tous les domaines de la pensée, dans toutes les sphères de\nl'activité, dans tous les élans des coeurs.\n   L'âme humaine soupire après l'idéal parce qu'elle est saturée de natu-\nralisme. Elle en est blasée. Elle n'en veut plus. Toutes les drogues philo-\nsophiques qu'on lui a successivement administrées pour la guérir de sa\nnostalgie éternelle de l'infini l'ont laissée égrotante. En la faisant passer\nd'une doctrine à une autre, on n'a fait qu'accumuler déceptions sur décep-\ntions et aiguiser sa faim de Dieu.\n   Elle gît harassée sur le chemin de la vie. Elle appelle* de tous ses vœux\nle bon Samaritain. Au milieu des ténèbres contemporaines une étoile lui\napparaît, qui l'attire et la fascine. Cette étoile, c'est l'étoile du Christ, celle\nqui a conduit les Mages à la crèche salvatrice, l'étoile de Dieu, le vrai et\nseul idéal de l'homme.\n   Voilà le sujet de la belle thèse que M. Segers développe avec une luci-\ndité parfaite, en une littérature très haute, dans un langage d'une poésie\ncharmante et puissante, qui, loin de nuire au fond de son discours, l'im-\nprègne de cette force incomparable que la forme donne à l'idée quand\nl'une et l'autre sont sincères et vraies.\n                                                             HENRY MOELLER.\n\n\nDIVERS :\nManuel complet du tiers-ordre séculier de notre séraphique\n père saint François d'Assise, par le R. P. LIBERT, de Malines.\n 1 vol., Malines (DIERICKX-BEKE fils).\n  Le tiers-ordre de saint François et celui de saint Dominique sont nés à\npeu près en même temps, vers 1221, d'une pensée identique.\n  L'apostolat des deux saints révolutionnait les peuples, soulevait une\ngrande ardeur de pénitence et de contrition. On ne se lassait point d'en-\ntendre la parole persuasive et tendre, les pénétrantes exhortations du\nPoverello d'Assise. L'épisode charmant du curé de Rieti, dans les Fioretti,\nnous a conservé le vivant souvenir de cet empressement : la foule accou-\n"}, {"page_pdf": 1122, "page_imprimee": 951, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "                                LES LIVRES                               95 1\n\n\n rait partout où saint François se montrait et ses objurgations puissantes\n et simples, son exemple admirable, suscitaient des vocations sans nombre.\n Mais il connaissait que les créatures vraiment prédestinées à la complète\n oblation monastique, à toute la rigueur des vœux de pauvreté, de chas-\n teté et d'humilité sont clair-semées et que céder aux instances de tous\n ceux qui aspiraient, dans le premier enthousiasme de leur ferveur, à\n entrer dans l'Ordre, aurait été préparer à leur persévérance de trop rudes\n tentations.\n    Il fallait, en quelque sorte, endiguer cette exaltation, lui donner une\n issue propre à la rendre fertile, dans l'avenir; profiter de cette fièvre de\n dévotion pour instaurer un ordre mitigé qui, sans enlever ses adeptes à la\n vie civile et politique, à la famille, au monde, deviendrait un instrument\n efficace de pacification et de grâce en cette époque trop encline aux\n conflits sanglants, aux appels à la force.\n    Les vœux exigés des tertiaires leur prescrivaient une vie pure, digne,\n leur interdisaient les haines, les vengeances, les serments inutiles, etc.,\n et pour que leur obéissance trouvât sa source plutôt dans un volontaire\n amour que dans la crainte, les transgressions n'étaient pas tenues à péché\n mortel.\n    On ne saurait mesurer l'influence conciliatrice exercée par les tertiaires\n dans la société, durant les premiers siècles de la fondation; nul doute\n qu'elle ne fût considérable.-\n    La plupart des affiliés appartenaient au peuple, à la bourgeoisie, mais\n on rencontra parmi eux beaucoup de noms illustres et souverains ; nous\n citerons seulement saint Louis, pour le tiers-ordre franciscain ; le Dante,\n pour le dominicain.\n    La mission de concorde que saint François a confiée à ses disciples\n n'est pas terminée ; si les querelles de classes, les animosités personnelles\n se résolvent plus rarement, aujourd'hui, par le sang et le meurtre; si les\n factions dépensent leur animadversion plutôt en paroles, les luttes vindi-\n catives et les hostilités n'en sont pas moins vives et désespérées. Les\n conditions nouvelles et de plus en plus inexorables de la vie ; l'antago-\n nisme aigu entre les maîtres et les salariés, entre le capital et le travail ;\n l'exploitation anonyme des misérables, plus esclaves que ne le furent\n jamais les serfs du moyen âge; l'état de guerre sourde et latente qui\n existe et menace d'aboutir, quelque jour, à des violences inouïes, sous\nl'impulsion d'ambitieux sans scrupules, attisant les rancunes aveugles et\nignorantes du peuple; tout cela, joint aux enseignements matérialistes et\n athées qui, sans lui donner du pain, enlèvent au pauvre tout idéal et toute\n espérance, pour le lancer en forcené à l'assaut des jouissances immédiates;\n toutes ces douleurs et toutes ces aspirations, toutes ces causes d'envie et\n d'aigreur fermentent dans la société et l'auraient bientôt détruite, s'il ne\n"}, {"page_pdf": 1123, "page_imprimee": 952, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "  952                              DURENDAL\n\n\ns'y mélangeait mille éléments de bon vouloir et de charité qui, sous l'in-\nvocation des saints, saint François, saint Vincent de Paule,etc, adoucis-\nsent le monde, l'aident et le consolent.\n   Le manuel, fort bien ordonné, du R. P. Libert, mineur-capucin, réunit\ntoutes les bulles, les encycliques relatives au tiers-ordre franciscain, sa\nliturgie, les règles que les Saints-Pontifes lui ont données et un commen-\ntaire abondant et souvent éloquent de celles-ci. D'après le titre, ce livre\ns'adresse plutôt aux directeurs de congrégations, mais il n'est personne\nqui ne puisse retirer grand fruit de sa lecture.\n                                                                    A. G.\n\nSaint Bonaventure (1221-1274), par le R. P. LÉOPOLD DE CHÉRANCÉ.\n  (O. M. C , Paris. Œuvre de saint François d'Assise.)\n   Saint Bonaventure régit les destinées de l'Ordre franciscain de 1257 à\n 1274. La tâche qu'il eut à remplir n'était pas légère; l'Ordre était divisé et\ndésuni : d'un côté, les relâchés où conventuels qui, adoptant les vues de\nfrère Elie, voulaient renoncer aux prescriptions sévères de la règle origi-\nnelle et, sous prétexte d'assurer la vitalité de l'institut en lui donnant des\nfondements plus humains que surnaturels, adoucir les prohibitions du\nfondateur quant à l'acquisition de biens temporels ; de l'autre, dans la\nMarche d'Ancône, surtout, les spirituels, obstinément fidèles aux prin-\ncipes de saint François, malgré la persécution à laquelle, sous le gouver-\nnement de frère Elie; ils avaient été en butte. D'autres encore, égarés par\nl'excès de leur mysticisme, s'étaient laissé entraîner aux rêveries de\nJoachim de Fiore, aux puériles illuminations de l'Evangile Eternel.\n   Esprit profond et bien équilibré, saint Bonaventure, qui avait étudié\nsous le célèbre franciscain Alexandre de Halès et professé lui-même, avec\nsaint Thomas d'Aquin, à l'Université de Paris, exerça sa bienfaisante\ninfluence sur l'Ordre, réunit de nombreux chapitres généraux et parvint\nà rallier autour de lui tous les frères-mineurs réconciliés, soumis à la\nmême règle, poursuivant leur mission d'évangélisation sans obstacle.\n   Les mêmes phénomènes ont fréquemment troublé, depuis, la milice\nfranciscaine ; après une période plus ou moins longue, il se trouvait que\nla lassitude, le laisser-aller, l'habitude avaient éloigné les moines de la\nstricte observance, mais, chaque fois, quelque frère s'est levé parmi eux,\nsecondé bientôt par de nombreux adhérents, pour restaurer l'austérité\nde la règle. Et il est à l'honneur de l'Ordre de constater que les partisans\ndu relâchement ont toujours été en diminuant et qu'aujourd'hui ils ne\nforment plus qu'une infime minorité (1).\n\n   (1) D'après M. Thureau-Dangin (Saint Bernardin de Sienne) on compte actuellement\n2,703 mineurs réformés (observants et capucins) et seulement 1,345 conventuels.\n"}, {"page_pdf": 1124, "page_imprimee": 953, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 627, "texte": "                             LES LIVRES                          953\n\n\n  Le R. P. Léopold de Chérancé, mineur-capucin, auquel nous devons\ndéjà tant d'intéressantes monographies franciscaines, consacre à saint\nBonaventure un volume digne de ses devanciers. Les œuvres hagiogra-\nphiques de l'auteur appartiennent à la catégorie de celles dont nous\nparlions dernièrement, conçues selon la véritable méthode historique et\noù la vénération due au héros de l'ouvrage ne met pas arbitrairement\nobstacle au contrôle des sources et à l'examen judicieux des preuves.\n\n                                                               A. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1899-12-n12-024", "volume": "ELB-AML-484382-1899-000-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1899-000-006_f.pdf", "ocr_sha256": "defa3adae05346a97c915042106bd38e79a85d2f185befcb69e25a93d2969f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 954, "page_fin": 957, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "H C W", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 1125, "page_imprimee": 954, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "NOTULES\n\n   M. Gaston Deschamps consacre une de ses dernières chroniques du Temps\nà un des livres de notre distingué collaborateur, M. Sébastien-Charles Leconte :\n L'Esprit qui passe. Voici, de ce très élogieux article, un extrait :\n   \" M. Sébastien-Charles Leconte est un disciple très hautain des maîtres les\n plus inaccessibles ou des artistes les moins populaires. Ses poèmes, rythmés\nsur des cadences graves, parfois martelés avec une pesanteur voulue, forgés\net laminés comme des plaques d'armures, sont fièrement dédiés à Leconte de\nLisle, \" au dieu Richard Wagner „ et à Villiers de l'Isle-Adam. Le poète du\n Chant de mort que chanter ent les Walküres réside habituellement dans le monde\n des splendeurs d'où descend Lohengrin, et où Perceval le Gallois marchait à\nla conquête du Graal. Il croit à la mission divine de la poésie, et que le verbe\ndes prophètes, soutenu par l'impérieux appel des lyres, est seul capable de\nréveiller, en notre temps d'immdndice et d'hébétude, la torpeur de l'humanité.\nEnfin, voici un poète qui voit grand, qui conçoit noblement, et dont le faire a\nla vigoureuse largeur dont les peintres de fresques sont coutumiers. M. Leconte\na, comme son devancier Leconte de Lisle, le don d'organiser des strophes\nvivantes et puissantes. Les poétereaux se figurent qu'ils ont fait une strophe,\nlorsqu'ils ont péniblement aligné quatre ou cinq vers selon quelque modèle\nusité. Ils croient qu'une menuiserie ainsi chevillée peut aboutir à une œuvre\nd'art. Ils ne savent pas façonner le moule\n                    D'où sort la strophe ouvrant ses ailes dans les deux.\n   \" La strophe est, en effet, quelque chose d'ailé, qui doit planer entre ciel et\nterre, dans l'air libre, et non point traîner sur le sol comme un oiseau de basse-\ncour. Les strophes de M. Leconte sont, presque toutes, animées de ce souffle\nintérieur, qui inspire les vrais poètes. „\n\n\n\n Signalé aux curieux de caricatures le récent numéro du Rire, où le charmant\nWillette, féroce cette fois, exécute \" les English „.\n\n\n\n Le prix Vitet vient d'être décerné par l'Académie française à M. Henri de\nRégnier. \" M. de Régnier, dit le rapporteur, M. Gaston Boissier, est l'un des\n"}, {"page_pdf": 1126, "page_imprimee": 955, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "                                    NOTULES                                   955\n\n\nchefs de cette école nouvelle qui ne se propose rien moins que de modifier la\nforme et l'esprit de la poésie française. L'entreprise est hardie et il est naturel\nqu'elle n'inspire à l'Académie, héritière des vieilles traditions, qu'une confiance\nmédiocre. Nous savons sans doute qu'aucun genre littéraire n'est condamné à\nl'immobilité; nous nous souvenons que, dans notre siècle même, la poésie s'est\nrenouvelée plusieurs fois par l'initiative de quelques grands poètes et l'appari-\ntion de quelques-unes de ces belles œuvres, comme les Méditations et les\nFeuilles d'automne, qui font taire toutes les oppositions et forcent tous les\nsuffrages.\n    „ La nouvelle école ne nous a pas encore donné le chef-d'œuvre qui doit\ndéfinitivement la consacrer; mais en attendant qu'il paraisse, il ne nous est\npas défendu d'aller chercher chez elle les hommes de talent qu'elle a produits,\net en quelque sorte de nous les approprier. Tout le monde reconnaît que M. de\nRégnier possède de rares dons poétiques, l'abondance et l'éclat des images,\n l'ampleur et l'harmonie de la période, une grâce à la fois irritante et naturelle\n qui le fait agréer de ceux même qu'effarouchent ses hardiesses. L'Académie\n a fait comme eux; elle ne lui a pas gardé trop de rancune de ses témérités\nd'autant plus qu'à chaque volume qu'il publie son talent semble s'épurer et se\n rapprocher des modèles anciens. M. de Régnier s'apercevra sans doute qu'à ce\n changement sa poésie n'a rien perdu de ses qualités premières et qu'elle y\ngagne, au contraire, un éclat plus solide, plus de netteté, plus de souplesse et\n cette justesse d'expression et de pensée qui est le propre des œuvres\n durables. „\n    Nous ne songeons pas à féliciter de cette marque de faveur M. de Régnier.'\n Si des félicitations sont dues, ici, c'est à l'Académie, \"héritière des vieilles\n traditions „ : elle a quelque mérite et même quelque habileté à reconnaître\n l'œuvre de M. de Régnier. Le poète des Jeux rustiques et divins peut se dis-\n penser de l'Académie; le temps est proche où l'Académie ne se passera plus\n de lui.\n\n  L'Art décoratif du mois de novembre 1899 reproduit quelques installations\nde magasins, faites par Plumet et Selmersheim à Paris, quelques vases de la\n\" Rockwood Pottery „ de Cincinnati, des papiers de garde de Gabelberge et\ndes reliures de Berlepsch et Fr. Vande Velde. Parmi ces reproductions, on peut\nrelever sans doute quelques tentatives heureuses. D'autres, — signalons notam-\nment les dessins de meubles de Keiler et Reiner à Berlin, participant beaucoup\nde cet art de pacotille qui, sous le nom de \" style anglais „, \" style esthétique „, a\ndénaturé sur le continent les nobles conceptions de William Morris et de son\nécole et nous vaut, au gré de la mode bourgeoise, tant de formes saugrenues,\nde lignes malencontreuses, de compositions vides de sens. Pour Dieu! reve-\nnons plutôt à la simplicité des lignes doriques et gothiques et même rustiques,\nplutôt que d'encourager des productions aussi lassantes et aussi insipides.\n\n  LES FAÇADES QUI PARLENT. — M. Paul Adam a, comme feu Emile de Girardin,\nune idée par jour. Il propose, dans le Journal du 21 novembre, de faire\n\" parler „ les façades.\n"}, {"page_pdf": 1127, "page_imprimee": 956, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": " 956                               DURENDAL\n\n\n   \"Seul, jusqu'à présent, dit-il, le commerce utilisa la rhétorique des façades\npour nous vanter les succulences des victuailles ou la vanité des costumes\nqu'il procure. L'enseigne nous invite à manger, à boire, à nous vêtir, meubler,\nchauffer, éclairer, munir de tous ustensiles pratiques, parfois même à lire;\nelle ne nous invite point à penser. En cela aussi bien qu'en certaines autres\nhabitudes populaires, l'Orient nous est supérieur. Les sentences et les\nmaximes du Coran, de Confucius, décorent les murailles. L'idée s'éduque\nagréablement, au cours de la promenade, pendant la station dans un lieu\npublic. Quelle raison valable nous empêche d'imiter ces avantages. Les\niaçades des vieux hôtels parlementaires, sur le quai, ne devraient-elles pas se\nparer de tableaux céramiques, nous rappelant telle pensée adroite de Mon-\ntesquieu? Aux figures des maisons de la Cité, pourquoi le flâneur ne lirait-il\npas l'esprit de Saint-Simon, d'Enfantin, d'Auguste Comte, de Tracy. Entrer\ndans un café du boulevard, et boire sa bière en épelant sur la muraille un\nsonnet de Baudelaire, de Heredia, dont l'art de la brique vernie aurait\nassemblé les lettres, cela ne vaudrait-il pas une seconde de grandeur à l'âme\nlasse un peu de ses négoces ? „\n   L'idée du brillant chroniqueur est susceptible des applications les plus\ningénieuses. Lui-même suggère de décorer la Bourse, au dedans et au dehors,\nde maximes chrétiennes, tandis que les lycées s'orneraient de strophes\nriantes, préparant le disciple à écouter sans tristesse la leçon du maître.\n   \" Ces strophes marqueraient, dit-il, par l'exposition de la beauté littéraire,\nle résultat de l'effort qui s'instruit. Cela relèverait le courage du jouvenceau en\npeine de syntaxe.\n   „ A l'intérieur de nos logis, plutôt que ces fleurs niaises et laides qui se\nrépètent en diagonale sur l'étendue de la tapisserie, tels monologues d'Hamlet,\nd'Œdipe, tel dialogue du Sphinx et de la Chimère, récréeraient notre repos,\noffriraient aux exordes de la conversation d'autres sujets que la température\nou la santé des asthmatiques. Un \" salon Baudelaire „, une \" salle à manger\nVictor Hugo „, une \" chambre à coucher Villiers de l'Isle-Adam „ ne choie-\nraient-ils pas notre vie en une atmosphère harmonieuse? „\n   A tout prendre, l'idée est moins neuve qu'elle n'en a l'air.\n . Les architectes de Memphis, de Babylone et de Ninive n'eurent garde de\nnégliger une source aussi pure d'émotion plastique, dont s'accommodaient fort\nbien d'ailleurs les types d'écriture en honneur de leur temps.\n   Les gothiques recoururent aussi au langage des murailles. Nos vieilles\néglises gardent encore les traces de nombreuses inscriptions destinées à\nélever l'âme du fidèle et à lui rappeler ses devoirs. Dans les demeures privées,\nles'inscriptions jouaient aussi un grand rôle : souhaits de bienvenue au seuil\ndes maisons, devises altières dans les corridors et les salles, maximes plaisantes\nou graves aux solives et au manteau des cheminées.\n  La tradition s'en est à peu près perdue avec la Renaissance et surtout\ndepuis la Réforme.\n  Les styles classiques Louis XIV, Louis XV, premier Empire et Louis-\nPhilippe répudièrent ces fantaisies et ces extravagances.\n"}, {"page_pdf": 1130, "page_imprimee": 957, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "                                    NOTULES                                  957\n\n\n    Molière cite cependant le cas du bonhomme Harpagon qui voulait faire\n graver en lettres d'or dans sa salle à manger : \" Il faut manger pour vivre et\n  non vivre pour manger „, et beaucoup plus près de nous, nous connaissons\n tel collège fameux dont les murs s'ornent de préceptes non moins sages, des-\n tinés à réprimer les fringales des potaches trop avides de bœuf bouilli et de\n haricots secs : Non sis servus gulœ, Plenus venter non studet libenter.\n    M. Paul Adam a raison.\n    Il faut revenir à ces bonnes traditions et inscrire sur les façades ou les murs\n l'esprit de la race ou des habitants. Mais il faudra, avant d'y réussir, rompre\n plus d'une lame contre les Tribulat Bonhomet qui ne voient dans de pareils\n procédés que des dégradations immobilières et qui ne semblent pas plus\n disposés à livrer leurs façades aux poètes qu'aux méchants polissons, par-\n tisans avant la lettre de l'idée de M. Paul Adam, dont le génie pervers griffonne\n d'un bout de charbon d'orduriers propos sur les belles murailles passées au\n blanc de céruse.\n    La bonne ville de Bruxelles vient d'en avoir un exemple digne de mémoire.\nUn comité s'y était formé à l'effet de faire exécuter un médaillon d'André Van\nHasselt, le polygraphe et le poète également excellent en qui les lettres belges\nhonorent, à bon droit, un précurseur. Le médaillon, œuvre du sculpteur Craco,\nétait achevé. Il ne restait plus qu'à l'encastrer soigneusement dans la façade\nd'une maison de Saint-Josse-ten-Noode, au coin de la rue Van Hasselt. La céré-\nmonie, avec discours et réception officielle à la clef, était fixée au 30 novembre,\nMais le comité avait compté sans son hôte, c'est-à-dire sans le propriétaire de\nl'immeuble destiné à l'immortalité. Ce digne homme a soufflé sur ce beau rêve :\n \" la glorification d'un poète belge par des lettrés belges. „ \" Jamais, a dit cet\nhomme pratique, je ne tolérerai une telle cause de moins-value pour mon\nimmeuble. Il ne me manquerait plus que de m'attirer des poètes comme loca-\ntaire ! Allez au diable. „\n   Voilà le comité bien empêché. Tout est contremandé. On cherche en ce\nmoment une façade contre laquelle il ne soit point interdit de déposer des effi-\ngies de poètes.\n   M. Paul Adam voudrait voir parler les façades. Eh! mais, en voilà une qui\nparle toute seule — et qui parle éloquemment. — Elle dit, par le refus qu'elle\noppose à tout attentat artistique, sa volonté de rester toujours et malgré tout\nune honnête façade bourgeoise, bien symétrique et bien bête! L'immaculée\nblancheur qu'elle prétend conserver, du ras du trottoir jusqu'à la corniche, est\n— dans son silence — un véritable poème de muflisme, qui donne aux psycho-\nlogues l'étiage de la sagesse contemporaine.\n   P. S. — Au moment de mettre sous presse, une nouvelle nous parvient qui\nnous oblige à faire amende honorable envers les façades bourgeoises. En\neffet, un digne habitant de la rue Van Hasselt, M. Meert, vient d'aviser sponta-\nnément le comité qu'il est prêt à offrir sa maison pour y placer le monument\ndu poète. Hommage lui soit rendu !\n                                                                         H. C. W .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1024, "texte": "                        DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                               1899 — 6e Année\n\n\n\n         Sommaire           du n° 12             (Décembre)\n\nL'abbé HENRY MOELLER. — Le premier Salon d'art religieux de\n                          DURENDAL                          869\nGEORGES MARLOW. — A Beroë.\n                     Pour une jeune femme (poésies)                      875\nARNOLD GOFFIN. — Les Primitifs, italiens   et la Seconde Renaissance   . 879\nMAURICE OLIVAINT. — Cœurs dormants.\n                     L'éternelle faiblesse (poésies)                    888\nL'abbé FR. VERHELST.— L'art religieux .                                 891\nPAUL MUSSCHE. — Ta maison près du bois.\n                  Les cavales du soir.\n                  Un dessein ténébreux.\n                  Du haut des monts altiers (poésies)                   897\nHENRY VAES. — Etude sur Antoine Van Dyck                                900\nHÉLÈNE VACARESCO. — .1 ma mère.\n                    Nuages (poésies)                                    911\nL'abbé HENRY MOELLER. — Un prêtre-poète                                 913\nL'abbé AUGUSTE CUPPENS. — Guido Gezelle                                 916\nFRANZ ANSEL. — La Mandoline :\n                      I. Pâques enfantines.\n                    II. Renaissance.\n                   III. Le Printemps sur l'Adour                   927\nEDMOND JOLY. — Chronique artistique                                933\nCorrespondance      .                                          . . 936\nLes Livres                                                         945\nNotules                                                            954\nTable générale des matières                                         95 8\nIllustrations : Portrait de Guido Gczcllc (œuvre de JULES LAGAE).\n                André van Hasselt (d'après un médaillon de CRACO).\n                Le Christ expirant sur la croix,\n                                                            par VAN DYCK.\n               Portrait de Van Dyck, dit au tournesol, (\n               Le Rapt d'Hélène, par BENOZZO GOZZOLI.\n               La Présentation de la Vierge au Temple, par D.GHIRLANDAIO.\n               L'Adoration des bergers (œuvre de JULIEN D E VRIENDT).\n"}, {"page_pdf": 1025, "texte": ""}, {"page_pdf": 1026, "texte": "Aux amis, abonnés et lecteurs de DURENDAL\n\n    Au mois de janvier 1900, Durendal entrera dans sa septième\nannée. C'est l'âge de raison pour les hommes. Mais nos lecteurs\net nos amis nous rendront cette justice, que nous n'avons point\nattendu aussi tard pour commencer à réaliser la noble tâche\nque nous avons eue en vue dès les débuts de cette œuvre : La\nglorification de Dieu par l'exaltation de la Beauté.\n    Chaque année écoulée a marqué un progrès pour notre\nœuvre : d'abord, modeste fascicule de 20 ou 30 pages, rédigé\npar un petit groupe de collaborateurs de la première heure, elle\nest devenue en 1898 une importante publication mensuelle de\ncent pages environ, réunissant des articles inédits de nos meil-\nleurs poètes, écrivains, critiques de Belgique et de France; des\nreproductions d'œuvres d'art, des portraits, des paysages ont\najouté à l'intérêt du texte le charme de l'illustration. Encouragés\npar la faveur que le public nous témoigne, et dont la diffusion\nde plus en plus grande de notre Revue est la meilleure preuve,\nnous voulons faire mieux encore et chercher à justifier plus\ncomplètement notre sous-titre : Revue catholique d'art et de\nlittérature.\n   A cet effet, nous nous proposons d'augmenter le volume de\nla Revue et surtout d'augmenter le nombre et la qualité des\nreproductions publiées par elle.\n    L'ouverture de notre Salon d'art religieux, qui coïncide avec\nl'avènement de notre septième année, nous paraît une occasion\npropice pour perfectionner le côté artistique de Durendal.\n   Nous ferons donc en sorte, dès le mois de janvier 1900, de\n"}, {"page_pdf": 1027, "texte": "tenir plus régulièrement nos lecteurs au courant de toutes les\n manifestations d'ordre artistique de nature à les intéresser, et\ncela non seulement par des études et des correspondances dues\nà des hommes autorisés, mais aussi par la reproduction artis-\ntique des œuvres qui méritent d'être popularisées.\n    Une telle transformation, on le conçoit, ne va pas sans\nquelques, sacrifices. Nous avons jusqu'à ce jour maintenu\npour nos abonnements le chiffre primitif de 5 francs, qui ne\ncorrespondait assurément plus à l'importance prise par la\n Revue depuis deux ans. Il suffit, pour s'en convaincre, de\ncomparer ce prix à celui de toutes les revues françaises, anglaises\nou allemandes, analogues à la nôtre. Aussi, nous sommes\nconvaincus que nos amis et lecteurs ne refuseront pas de\ns'associer aux nouveaux efforts que nous voulons tenter en\nmajorant quelque peu leur souscription, l'abonnement étant\nporté, pour 1900, à 7 fr. 50 pour la Belgique, à 10 francs pour\nl'étranger (port compris).\n   Notre œuvre, on le sait, n'a jamais eu et n'aura jamais le\ncaractère d'une affaire commerciale. Mais il est impossible que\nde nouveaux perfectionnements soient apportés à notre publi-\ncation, désormais plus volumineuse et accompagnée d'illus-\ntrations plus nombreuses et plus artistiques, sans que ce\nchangement n'ait son contre-coup sur le prix d'abonnement.\n   Nos abonnés nous aideront donc ainsi à faire de notre\nRevue, ou plutôt de leur Revue, une publication de tout premier\nordre, digne de la tache utile et haute qu'elle a assumée et\nqu'elle cherche à réaliser de son mieux.\n\n                                                 DURENDAL.\n"}, {"page_pdf": 1028, "texte": "     LE PREMIER SALON D'ART RELIGIEUX\n                                 DE\n\n\n\n                   DURENDAL\n\n\n                Au moment où paraîtront ces lignes, notre Salon\n                  d'Art religieux sera ouvert, ou sur le point de\n                  s'ouvrir, et l'on pourra constater jusqu'à quel\n                  point nous avons réussi à réaliser notre idée.\n                     Cette idée était celle-ci : réunir dans un Salon\n                  toutes les expressions d'art religieux de notre\n                  siècle. Offrir aux artistes une occasion de s'affir-\n                  mer, de montrer leur capacité dans le plus\ntranscendant de tous les arts. Donner au public celle de se rendre\ncompte de la situation de l'art religieux à notre époque. Avant\ntout et surtout, prouver que de nos jours encore il y a de vrais\nartistes religieux, et que l'idéal religieux est encore, et sera\ntoujours, une source inépuisable d'émotion d'art.\n   Nous n'avons pu réaliser notre idée avec toute l'ampleur que\nnous aurions désirée. Le manque d'une salle assez vaste, lacune\ndont, et les artistes, et le public, ne cessent de se plaindre à\nBruxelles, et d'autre part les ressources limitées dont nous dis-\nposions s'y opposaient.\n"}, {"page_pdf": 1029, "texte": " 870                         DURENDAL\n\n\n\n   Que d'artistes nous eussions invités encore, que d'œuvres nous\neussions accueillies en plus de celles que l'on verra, si nous eus-\nsions été plus secondés à ce double point de vue.\n   Espérons que lors de notre prochaine exposition nous nous\ntrouverons dans de meilleures conditions sous ce rapport.\n   Toutes les œuvres que l'on verra dans notre Salon ne seront\npeut-être pas des chefs-d'œuvre. Mais à coup sûr une vérité, que\nnous tenions à faire ressortir de la façon la plus éclatante pos-\nsible, sautera aux yeux de tout visiteur sincère et loyal. Cette\nvérité, nous Talions développer en quelques mots.\n   Il est hors de doute qu'une vie artistique intense s'affirme en\nnotre monde moderne. En dépit des aspirations matérielles\nde ce siècle, en face d'elles, et comme si c'était presqu'un\ndéfi, lancé à la tête des jouisseurs, ou plutôt — nous préférons\ncette explication — par manière d'apostolat, les artistes se lèvent\nde toute part et revendiquent leur place au soleil.\n   On peut à peine faire le compte, et des artistes, et des œuvres,\net des expositions d'art.\n   Non, l'art n'est pas mort. Il y a encore de l'envolée. Il 'y a\nencore de la vie. Il y a encore du souffle. Toute idée inspiratrice\nn'est pas éteinte. Il y a encore des âmes capables de s'émouvoir\net des talents assez souples pour exprimer ces émotions en des\nœuvres vibrantes de dessin, de coloris, d'harmonie.\n   S'il y a un idéal entre tous qui soit capable de toucher l'âme\nhumaine, de la remuer jusque dans son sanctuaire, d'en faire\njaillir l'élan le plus vigoureux, de l'empoigner, de l'enthousias-\nmer jusqu'à l'extase, d'en faire vibrer les cordes les plus harmo-\nnieuses et les plus poétiques, de lui inspirer les pensées les plus\nhautes et les plus fières, les sentiments les plus intimes et les plus\nprofonds, les émotions les plus fortes, c'est à coup sûr l'idéal\nreligieux.\n   Il est infini comme Dieu qui en est l'objet, et immortel comme\nl'âme humaine, dont Dieu, la beauté infinie, est toute la raison\nd'être.\n   Serait-il vrai que cet idéal, dont la contemplation a créé les\nplus puissants chefs-d'œuvre qui soient jamais sortis de l'effort\n"}, {"page_pdf": 1030, "texte": "  LE PREMIER SALON D'ART RELIGIEUX DE DURENDAL                     871\n\n\n\nhumain, cet idéal qui a inspiré tous les plus formidables artistes\nde toutes les époques qui nous ont précédés, cet idéal de tous les\ngrands anciens, cet idéal qui a été chanté par les plus beaux\npoètes, exprimé par lés plus grands peintres et les plus habiles\nsculpteurs, serait à jamais épuisé ?\n    Voilà ce que semble prétendre par ses faits et gestes l'école\nréactionnaire. Celle qui soutient qu'il n'y a plus d'autre moyen\nd'exprimer cet idéal que par la copie des siècles défunts.\n   Thèse absurde, fausse, malsaine, s'il en fut.\n    La conclusion en serait désastreuse pour la religion. Elle prou-\nverait en effet l'infériorité de celle-ci. Elle est la négation de son\néternité. Elle la supprime. Car la religion est éternelle ou elle\nn'est pas.\n    Tout est passager ici-bas, excepté Dieu et l'âme humaine, et le\nlien admirable entre l'Infini et le fini qui est la Religion.\n    Si un autre idéal est assez fécond pour inspirer sans cesse\nl'artiste, avec combien plus de raison et avec combien plus de\nforce, l'idéal de l'éternité, le seul et vrai idéal, l'idéal définitif et\nessentiel de l'homme, ne doit-il pas offrir une source inépuisable,\njamais tarie, toujours nouvelle, d'inspiration pour l'artiste.\n    Si l'âme humaine est tellement passionnée pour la beauté, si la\nbeauté est son éternel mirage, si la beauté la fascine, la captive,\nl'enjole, l'entraîne et l'emporte, si elle a tellement faim de beauté\nqu'elle ne parvient pas à s'en rassassier, c'est parce qu'elle est\ncréée pour la contemplation amoureuse de la Beauté infinie.\n    L'idéal vrai, complet, essentiel de l'artiste, c'est toujours\nen définitive Dieu.\n    Cet idéal ne sera jamais épuisé. Tant qu'il y aura une âme sur\n la terre, il trouvera dans ce sanctuaire son autel, son culte, son\n adorateur. Tant qu'il y aura un artiste assez puissant pour\n s'élever jusqu'à lui, il sera capable d'inspirer des chefs-d'œuvre.\n    Voilà une vérité qu'il est urgent de proclamer sur tous les toits.\n Et au lieu de paralyser les efforts d'artistes qui s'efforcent, sincè-\n rement et avec un talent réel, d'exprimer cet idéal dans une\n œuvre, en leur disant qu'ils viennent trop tard, que l'idéal reli-\n gieux est épuisé, qu'il n'est plus assez fort pour les inspirer et que,\n"}, {"page_pdf": 1031, "texte": " 872                         DURENDAL\n\n\npar conséquent, ils doivent se contenter de copier jusqu'à la con-\nsommation des temps l'art ancien, il faut les accueillir à bras\nouverts, il faut les encourager, il faut les aider à s'affirmer, il\nfaut offrir les résultats de leurs efforts, si faibles soient-ils, à\nl'admiration de leurs contemporains.\n   Il faudrait surtout leur ouvrir nos églises. L'église, c'est la\nvraie salle d'exposition, si je puis m'exprimer ainsi, ou plutôt,\npour employer un terme moins banal et plus juste, le vrai\nsanctuaire de l'art religieux.\n   Mais pour que l'artiste puisse rentrer dans l'église et y prendre\nla place qu'on a trop donnée jusqu'ici au vulgaire marchand, il\nfaut que l'artiste puisse se faire connaître.\n   C'est le but que nous avons cherché à atteindre en ouvrant à\nBruxelles un Salon d'art religieux.\n   Ce n'est pas à nous à faire notre éloge. C'est au public à dire\nsi nous avons atteint notre but. Nous ne redoutons pas son ver-\ndict. Il nous est du reste indifférent. Ce n'est pas une sotte idée\nde gloriole qui a dominé l'organisation si laborieuse de ce Salon\nd'art religieux. C'est uniquement notre immense désir de faire\nrevivre enfin le plus beau, le plus noble, le plus grand, le plus\nsublime, le premier de tous les arts. Nous ne l'aurions, par cet\neffort, fait progresser qu'un tout petit peu, que nous nous croirions\nsuffisamment récompensés de tout le travail que nous nous\nsommes imposé, non sans peine, sansdoute, mais avec joie aussi.\nLe but nous paraissait si beau !\n   On a combattu de ci de là, à tort et à travers, notre entreprise.\nOn nous a accusés de n'avoir pas de principes! On nous a repro-\nché de nous être adressés à toutes sortes de sectes ! Que sais-je\nencore? Nous ne prétendons point à l'infaillibilité en art. Nous\nne nous vantons point, comme d'autres le font, d'être seuls en\npossession des vrais principes artistiques, d'avoir, en quelque\nsorte, le monopole de l'art religieux. Nous ne nous sommes\nadressés à aucune secte. Nous avons fait les choses largement et\nloyalement. A tout artiste religieux que nous considérions comme\nsincère, nous avons dit : Venez à nous. Voici une occasion pour\nvous de montrer votre savoir faire, de coopérer au relèvement\n"}, {"page_pdf": 1032, "texte": "   LE PREMIER SALON D'ART RELIGIEUX DE DURENDAL                873\n\n\nde l'art religieux, de vous comparer à vos émules, de nous\ninstruire sur l'état actuel de cet art et de protester par vos actes\ncontre l'absurdité de ceux qui prétendent qu'il n'est plus de ce\nsiècle, en opposant des œuvres à cette sottise.\n   Certaines œuvres qui figurent à notre Salon n'émanent peut-\nêtre point d'une foi catholique. Nous ne sommes point de ceux\nqui croient qu'il faut être catholique pour faire de l'art religieux.\nNous prétendons, au contraire, qu'on peut, sans être catholique,\nêtre un artiste religieux. Beaucoup d'artistes, qui n'ont pas encore\nle bonheur d'appartenir à l'Eglise, croient en Dieu, en l'immor-\ntalité de l'âme, en une vie future et sont animés d'une foi aussi\nvive que la nôtre. Pourquoi donc ne pourraient-ils incarner\nleur foi à eux en de belles œuvres?\n    En les attirant à nous, nous les aidons à s'approcher de\nl'Eglise et nous finirons par leur en faire franchir le seuil. De\ntout temps l'Eglise a été accueillante aux artistes. S'ils le sont\nvraiment, et s'ils sont sincères, ils feront des œuvres belles, d'un\ncaractère vraiment religieux.\n    S'ils répondent à la lumière incomplète encore que Dieu leur\ndonne, il arriveront un jour à la lumière totale. Du reste, la\ndoctrine de l'Eglise l'enseigne, — s'ils sont de bonne foi, ils\nappartiennent dès maintenant en esprit à l'Eglise, sans en être\nofficiellement, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Ce sont, selon\nle beau mot de Tertulien, des âmes naturellement chrétiennes.\n    Nous reprocher de les avoir admis serait aussi absurde que de\n reprocher à saint Thomas d'avoir brodé la philosophie chré-\ntienne sur celle d'Aristote, aux papes d'avoir transformé des\n temples de l'antiquité en églises, aux éducateurs chrétiens de se\n servir d'auteurs païens dans l'enseignement.\n    Tout homme est créé pour Dieu. I1 n'a point d'autre fin.\n Nous avons tous en nous deux facultés essentielles, l'intelligence\n et l'amour, qui d'instinct vont à Dieu.\n    Voir Dieu dans sa création et l'aimer comme la fin de son\n être, est un premier acte de religion. Ce n'est qu'un vagissement,\n sans doute, mais qu'il est éloquent déjà, qu'il est touchant dans\n sa naïveté et avec quelle puissance et quel vivant désir d'atteindre\n"}, {"page_pdf": 1033, "texte": " 874                        DURENDAL\n\n\nl'idéal plus parfaitement, un artiste religieux ne l'exprimera-t-il\npas. Peu à peu, d'étape en étape, cet artiste se rapprochera\ndavantage du Dieu qu'il cherche par ses œuvres. Un jour, il\narrivera à la Foi complète, qui ouvre à l'homme la plus pleine\nvision de Dieu qu'il soit possible d'atteindre ici bas. Alors son\ntalent d'artiste religieux s'épanouira tout-à-fait et s'affirmera\ndans des chefs-d'œuvre.\n   Au lieu de le décourager, de le rebuter, de nous enfermer,,\ncomme le disait si finement ici même une femme d'esprit, dans\nl'Eglise comme dans une citadelle et de lui jeter des pierres du.\nhaut des tours, ouvrons-lui les bras. Le Christ n'a-t-il pas ouvert\nles siens tout grands sur la croix, dans l'espoir d'y recevoir toutes\nles âmes, pour les serrer toutes sur sa divine poitrine?\n    Evidemment, l'artiste dont le talent est imprégné de la foi\ntotale trouve en elle une supériorité incomparable,... une\nénergie presque infinie, une puissance que rien n'égale et ne\nremplace. A talents égaux, il dépassera de cent coudées celui.qui\n prie déjà, mais dans la vallée, alors que lui est déjà sur la mon-\ntagne et par conséquent plus près de Dieu. Oui, nous le pro-\nclamons bien haut, — qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ce\nque nous venons d'écrire, qu'on ne nous fosse pas dire ce que\nnous ne pensons pas, — l'artiste n'atteindra le sommet__de l'art\n religieux que le jour où son talent aura été baptisé en quelque\nsorte par l'Eglise.\n    I1 était nécessaire de dire ces, choses pour répondre à certaines\ncritiques parties d'esprits étroits.\n    Et maintenant, il ne nous reste plus qu'à remercier tous\n les artistes religieux qui ont répondu à notre appel. C'est à eux,\nen somme, que revient tout l'honneur d'une œuvre, qu'ils ont\n rendue possible, qu'ils ont réalisée par leur bonne volonté.\n Nous leur en exprimons notre1 plus profonde gratitude.\n                                   L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 1034, "texte": "              A       BÉROE\n\n\nSi ta lèpre sourit aux roses, si ta voix\nJoyeuse s'éparpille en notes cristallines,\nSi ton âme, fleur d'aube et de bonheur, s'incline\nSous le baiser divin des songes d'autrefois,\n\nSi ton rêve choyé par le chant des poètes\nS'exile en des pays enchantés où l'Amour\nD'un rire émerveillé t'invite tour à tour\nSur des rivages d'or, à ses plus douces f êtes,\n\nO Béroè, si l'heure effeuille sur tes vœux\nLes fleurs de l'espérance et de la joie sereine,\nSi l'aurore dans ta prunelle souveraine\nReflète ses rayons, si l'or de tes cheveux\n\nS'entrelace aux éclairs des étoiles bénies\nQui t'auréolent d'un horizon de clarté,\nJe chanterai pour toi, calme Sœur de l'Été,\nDoux Esprit du Printemps, les chansons infinies.\n\nDans un jardin féerique où les cygnes viendront.\nImpérieux et beaux, cueillir sur ta main fine\nLes perles du collier de l'aurore divine,\nMes chants tristes et doux, Enfant, t'exalteront.\n"}, {"page_pdf": 1035, "texte": " 876                       DURENDAL\n\n\n         Tu passeras, Lumière, au milieu des lumières\n         Sous les astres bercés par le chant des oiseaux,\n         L'Innocence et l'Amour tisseront leurs réseaux\n         Dans ton cœur ignorant les tristesses premières.\n\n         Et tu seras pareille, ô Reine de l'Été,\n         Muse du clair Printemps, calme Rose d'Automne,\n         A quelque enfant songeuse et belle qui s'étonne\n         Du rêve que son âme un soir a reflété.\n\n         Car il sera plus beau que le plus beau des songes\n         Le pays fabuleux où je t'évoquerai,\n         Puisque aux frêles chansons qu'un jour je murmurai,\n         Tu répondis par un doux chant qui se prolonge,\n\n         Qui se prolonge en fleurs, en parfums, en frissons,\n         O Béroë, si douce et pourtant si lointaine,\n         Qui se prolonge en chers sourires sur ma peine,\n         En rayons merveilleux sur mes tristes chansons.\n1897.\n\n\n\n\n        POUR UNE JEUNE                         FEMME\n\n                                                     A B. W...\n         Ton âme est un jardin mystique où rêve encore\n         Le Séraphin pensif qui dédie au matin\n         Les chants graves et doux de sa lyre sonore\n         Et les gerbes de fleurs d'un bel amour lointain.\n"}, {"page_pdf": 1036, "texte": "            A UNE JEUNE FEMME                       877\n\n\nTon cœur, lys frissonnant de lumières, épanche\nAu souffle parfumé d'un immortel printemps,\nSur la pensée en proie aux désirs attristants,\nL'extase de sa gloire éternellement blanche.\n\n\nTes yeux qui n'ont point vu les grands cygnes mourir\nDans lesforêts d'Automne où se fanent les roses,\nGardent pieusement le divin souvenir\nD'une enfance endormie en une apothéose,\n\n\nEt ton rêve où l'amour s'unit à la beauté,\nBoit dans l'urne des fleurs l'ineffable rosée\nDont les Archanges en pleurs les ont arrosées,\nUn soir, en les frôlant d'un baiser de clarté.\n\n\nDoux miracle de joie, au fond de la vallée,\nTa voix qui mêle aux vents ses vocables bénis,\nComme l'hymne fervent d'une vierge exilée,\nS'élève vers le Ciel en accords infinis.\n\n\nReine d'une contrée idéale, tu passes,\nUn lys d'or à la main, sur les bords de la mer\nEt joyeuse d'auréoler nos vœux amers,\nTu fais chanter ton âme à travers les espaces....\n\n\nTu fais chanter ton âme... Et notre âme s'émeut\nDe tant d'amour soudain essaimé sur sa route :\nLe songe du bonheur nous rapproche de Dieu\nEt ton geste flétrit nos tristes fleurs de doute.\n"}, {"page_pdf": 1037, "texte": "                  DURENDAL\n\n\nPèlerins éblouis par l'Étoile qui luit\nMystérieusement, sur tes cheveux de fée,\nReine, nous te suivons dans les forets d'Orphée,\nDéjouant désormais les pièges de la nuit.\n\nCar tu portes l'aurore éternelle en ton âme\nEt partout où tu vas, ton rêve illimité\nRépand, Flambeau Sacré, des gerbes de clarté,\nO Vierge sainte, calme et belle jeune femme !\n\n                                   GEORGES MARLOW.\n"}, {"page_pdf": 1038, "texte": ""}, {"page_pdf": 1039, "texte": "         DOMENICO GHIRLANDAIO\nLA PRESENTATION DE LA VIERGE AU TEMPLE\n     (EGLISE   DE   ST-MARIA NOVELLA   FLORENCE)\n"}, {"page_pdf": 1040, "texte": "       LES PRIMITIFS ITALIENS\n\n                     et la Seconde Renaissance\n\n\n\n                 IL n'est pas. sans doute, d'époque artistique susceptible\n                    d'exercer un plus profond et plus durable attrait sur les\n                    esprits épris de la beauté que le XIVe et, surtout, le\n                    XVe siècles italiens. Dans toute la péninsule c'est, alors,\n                    une floraison incomparable et puissante, un printemps\n                    d'art constamment renouvelé, qui dure deux cents ans\n                    et coincide, en partie, avec la période vraiment glorieuse\n                    d'énergie, d'énergie utile qui stabilise le régime poli-\n                    tique des Républiques, les enrichit par un commerce\nintense, remplit les citoyens de l'ardeur et du juste orgueil de la chose\npublique et fait qu'ils rivalisent entre eux de magnificence et de\ngénérosité.\n  Chaque cité possède une école de peinture ou de sculpture, active,\ninfatigable, qui s'efforce de surpasser les artistes des cités voisines, de\nmarcher dans des voies personnelles, d'enrichir sans cesse le patrimoine\nd'art de la patrie. L'Italie septentrionale est un foyer inextinguible d'iné-\npuisable invention et de progrès : un foyer dont Florence, riche, forte,\nmaîtresse de toute la Toscane, parait le centre radieux.\n   Après Cimabuc, Giotto, Taddeo Gaddi, à Florence ; après Duccio.\nSimone di Martino et les Lorenzetti, à Sienne, les deux écoles, — la\nflorentine, supérieure par son dessin si net et si incisif; la siennoise, plus\nséduisante par l'harmonie tendre et la délicatesse de son coloris — se\n"}, {"page_pdf": 1041, "texte": " 880                            DURENDAL\n\n\nsont compénétrées, pour ainsi dire, et leur influence réciproque se\nrévèle en certaines pages fîères comme les fresques de la chapelle des\nEspagnols, à S. Maria Novella, celle du Triomphe de la mort, au Campo-\nsanto de Pise, ou suaves comme la vision du Paradis de l'Orcagna.\n    Vers la fin du XIVe siècle, l'inspiration semble tarie ; les deux écoles\ns'attardent et périclitent, confinées dans la reproduction stéréotypée des\nœuvres des maîtres.\n    L'école siennoise ne réussit jamais à s'affranchir du préjugé que lui\navaient créé ses premiers et retentissants succès. Elle continue à répéter\njusqu'au milieu du XVIe siècle ses poncifs touchants et archaïques. Tout\nle bruit que la Renaissance faisait autour d'elle n'a pu distraire Sienne\nd'elle-même, de ses dissensions intestines, de sa lutte désespérée pour son\nindépendance, de la ruine qui l'accablait. Et l'art a péri en même\ntemps que la liberté dans la délicieuse et bizarre cité de la Vierge.\n    Enveloppée dans les plis de sa gloire déchue, comme en un suaire\nd'orgueil, elle végète au milieu des somptueux et hautains souvenirs de\nson passé, parmi ses palais, ses fontaines et ses églises merveilleuses,\ndans sa désormais inutile enceinte de remparts et de tours. Et ses peintres\ns'effacent tellement que ce sont des étrangers, le Sodoma et le Pinturic-\n chio, qui viendront célébrer dans sa cathédrale et ses édifices sacrés, les\n fastes de la vie de Pie II et de Catherine Benincasa.\n    Florence, elle, poursuit cependant sa noble carrière d'initiatrice. Elle\n enfante sans compter les artistes, architectes, sculpteurs, peintres :\n Brunelleschi, Alberti ; — Ghiberti, Donatello, Luca della Robbia ; —\n Filippo Lippi, Botticelli, Domenico Ghirlandaio ; les maîtres laborieux\n qui conduiront l'art duXVesiècle à son apogée.\n    Masolino et son grand élève Masaccio ont paru, dès le commencement\n du siècle, et peint la chapelle Brancacci, leurs fresques débordantes de\n dignité, de simplicité et de vie. Pour grande que paraisse avoir été l'in-\n fluence de Masaccio sur les contemporains, elle fut moindre, peut-être,\n qu'on ne l'a supposé. Sa manière discrète, fondue, plus synthétique, si\n l'on peut dire, visant à l'effet d'ensemble sans négliger les détails, ne\n reparaîtra, en réalité, que plus tard, chez Raphaël et les derniers repré-\n sentants considérables de l'école florentine.\n     Filippo Lippi et ses successeurs ont appris de lui à s'affranchir complè-\n tement des traditions giottesques déclinantes, qui survivaient encore chez\n Gentile da Fabriano et Pisanello, ces gracieux artistes de transition,\n comme les appelle judicieusement M. J. Destrée, mais ils ont d'autres\n  visées que le peintre du Carminé, et moins préméditées.\n     Ils s'abandonnent à la joie ingénue du renouveau, sont enivrés de la\n  beauté de la vie et des choses, grisés des facultés et de la puissance de\n  l'art, ambitieux d'en expérimenter toutes les ressources. Amoureux des\n"}, {"page_pdf": 1042, "texte": "  LES P R I M I T I F S ITALIENS ET LA SECONDE RENAISSANCE                              881\n\n\n\nteintes éclatantes, des paysages et des architectures, de la multiplicité\ndes personnages, ils sacrifient volontiers l'équilibre total de la compo-\nsition au plaisir du détail achevé et charmant.\n    Ils subissent aussi l'ascendant du pur et lumineux génie de l'Angelico,\nsi fort dans sa douceur, si viril dans sa naïveté. La grâce et la dévotion\nexquise qui resplendissent en toutes ses œuvres se communiquent, plus ou\nmoins, à ses confrères florentins, même aux plus rudes, les Pollaiuoli,\nCastagno, parfois. Son exemple suscite comme une émulation de piété\nentre les artistes ; chacun d'eux cherche à parer ses tableaux religieux\ndes traits et de l'accent les plus significatifs.\n    Toute l'œuvre picturale duXVesiècle est consacrée à l'illustration des\nfastes sacrés, ou du moins, les exceptions sont-elles en nombre infime (1).\nEt si la sincérité, la conviction sérieuse furent jamais visibles, c'est bien\ndans cet art, ignorant des rubriques d'école et des vaines virtuosités.\n Certes, Botticelli ou Ghirlandaio ne connaissent plus la simplicité con-\n centrée de Giotto, cette conception qui va droit à son but, dans sa briè-\n veté dramatique.\n    Ils cèdent à la séduction brillante du monde, aux inspirations de la\n fantaisie; charmeurs, à la fois, et charmés, ils ne savent pas résister à la\n tentation de s'écarter, quelquefois, de leur texte.\n    Mais qui pourrait leur en faire grief et résister au prestige de leur pin-\n ceau, alors que les familiarités mêmes qu'ils prennent avec les Evangiles,\n la candeur audacieuse de leur hagiographie, n'enlèvent rien à leurs\n œuvres du rayonnement mystique qui en émane.\n     Visiblement, ils ont travaillé librement, sans contrainte, chacun selon\n l'instinct et la tendance de son propre génie ; et tous se sont efforcés de\n donnera leurs ouvrages les caractères de la vérité et de la beauté, sans\n feinte ni défaillance ; de sorte que, à qui étudie leurs travaux avec désin-\n téressement, il sera impossible de méconnaître qu'ils expriment vraiment\n la pensée intime de leur auteur, seule capable d'inspirer l'artiste.\n     Il serait puéril de le nier, l'art duXVesiècle a triomphé surtout dans la\n peinture religieuse ; l'atmosphère était toute saturée encore de foi, mal-\n\n\n   (1) Le Pinturicchio, Gozzoli (Ulysse et Pénélope; le Rapt d'Hélène ; à la National Gallery),\nentre autres, se sont hasardés quelquefois à interpréter des fables antiques, mais avec quelle\ncandeur, qui fait songer aux anachronismes du poème de Benoît de Saint-More ou de l'Intelli-\ngenzin, de Dino Compagni!\n   A la fin duXVesiècle, excités par les Médicis les artistes florentins s'inspirèrent davantage\ndu paganisme, mais avec combien de retenue encore, la Primavera et la Naissance de Venus,\nde Botticelli, si chastement lyriques, d'une pureté d'idylle, suffisent à le prouver. Comparez\ndes œuvres, consacrées à des sujets analogues, cinquante ou soixante ans plus tard, pour saisir\nl'étendue de la révolution qui, au cours de l'intervalle, s'est opérée dans les esprits, pour\napercevoir les effets des doctrines sensuelles de l'humanisme.\n"}, {"page_pdf": 1043, "texte": "  882                                  DURENDAl.\n\n\n\ngré les ferments d'incrédulité et de scepticisme propagés par les huma-\nnistes à la solde des Médicis. Les artistes parlaient le langage de la fer-\nveur, sans effort, avec éloquence, il leur était naturel et aisé. Il en ira tout\nautrement à la fin du siècle suivant, lorsqu'on leur aura imposé de 'pen-\nser et d'imaginer selon la langue, la philosophie et la mythologie d'une\nère évolue.\n\n\n\n   Nous nous faisions ces réflexions en visitant la remarquable exposition\nde photographies, ouverte depuis peu, au Musée des Arts décoratifs\n(Palais du Cinquantenaire). Le Musée possédait et a acquis un choix de\nbonnes reproductions de fresques et de tableaux, en majorité florentins,\ndesXIIIe,XIVeetXVesiècles; M Van Overloop, le conservateur en chef, en\na organisé la très complète et très intelligente exhibition et a, de plus,\nécrit et fait imprimer, pour l'usage des visiteurs, un petit guide, substan-\ntiel et concis, qui, à la'véritc, constitue un manuel, élaboré avec beaucoup\nde discernement et de goût, de l'art de l'époque (1).\n   L'exposition est disposée avec une clarté et une méthode parfaites et\nsusceptibles de permettre une étude vraiment fructueuse. Chaque peintre\ny figure avec ses œuvres essentielles, et les grands cycles de fresques\ncélèbres de la Chapelle des Espagnols, du Camposanto, de la Chapelle\nBrancacci, de la Chapelle Sixtine y sont représentés d'une façon com-\nplète par de belles photographies, disposées comme les originaux.\n   Tous les artistes seront reconnaissants à M. Verlant, directeur des\nBeaux-Arts, et à M. Van Overloop, de leurs efforts pour mettre en valeur\nles collections du Musée des Arts décoratifs, trop négligées, auparavant,\net classées d'une manière vraiment déconcertante. L'organisation de la\nnouvelle section montre ce qu'aurait pu être depuis longtemps et ce que\ndeviendra ce musée sous la direction d'hommes compétents et actifs.\n   Il est à craindre, malheureusement, que l'exiguité des locaux ne per-\nmette point, avant longtemps, de donner à l'exposition des photogra-\nphies l'extension convenable.\n   On sent, cependant, combien il serait désirable de voir étaler simulta-\nnément, à la suite de l'œuvre desXIIIe,XIVeetXVesiècles italiens, celle des\nXVIe etXVIIesiècles. Nulle comparaison ne serait plus instructive et plus\nfrappante.\n   A la vérité, les reproductions, privées du charme chatoyant de la cou-\n\n\n  (1) Un petit volume, publié chez Hayez, imprimeur de l'Académie, et qui se trouve en vepte:\nau Musée.\n"}, {"page_pdf": 1044, "texte": "   LES PRIMITIFS ITALIENS E T LA SECONDE RENAISSANCE                                     883\n\n\n\nleur, ne nous restituent qu'une partie de la physionomie de l'œuvre; le\ndommage est irréparable, mais il est beaucoup moindre pour les peintres\nitaliens, pour les florentins, surtout, chez lesquels la ligne précise et\naltière prédomine, qu'il ne le serait pour les artistes de l'école flamande.\n   On pourrait affirmer, au sujet de la plupart des peintres toscans, que la\nphotographie nous conserve la quintessence de leurs œuvres si fines et si\nspirituelles, quoique, chez un grand nombre d'entre eux, la couleur ne\nsurajoute pas à la beauté de leurs conceptions une médiocre splendeur.\n   N'en est-il pas ainsi de cette pléiade : Masolino da Panicale; Gentile da\nFabriano; Pisanello; l'Angelico; Gozzoli et Piero della Francesca: à\nlaquelle M. Jules Destrée consacra, dans l'Art moderne, d'attrayantes\nétudes qu'il réunit aujourd'hui en volume ?(1)\n   Etudes toutes vibrantes de la passion de leur auteur pour les Primitifs\nitaliens et de l'examen attentif et approfondi qu'il en a fait. M. Destrée\nmarque avec délicatesse et perspicacité la caractéristique de chacun des\nartistes dont il commente l'œuvre et, chemin faisant, il trace à grands\ntraits l'histoire de l'évolution du XVe siècle — « temps héroïque de l'art,\ndont l'achèvement de la Cène de Léonard détermine l'apogée' ».\n   « Au XVIe siècle, conclut-il, c'est le déclin » — un déclin éblouissant et\nprodigieux — « au XVIIe, la dégringolade : au XVIIIe, la nuit. »\n   En réalité, il faut mettre à part les Vénitiens, restés peu accessibles aux\ninfluences romaines, et aussi Léonard, le mystérieux et le solitaire, qui\nallie la science à l'inspiration et dont l'œuvre couronne ce magnifique\nXVe siècle, résume toutes ses hautes qualités de réalisme, jointes à une\nvision personnelle intense, à une observation passionnée de la vie, à un\nscrupule de la perfection qui rendent les ouvrages de ce grand h o m m e si\nrares, si souverains et si suggestifs.\n   Tout l'éclat fulgurant, dont la seconde Renaissance apparaît environnée\ndans l'histoire, provient des seuls Raphaël et Michel-Ange et s'éteint brus-\nquement après eux, car ils ne laissent guère que des disciples sans génie,\nopprimés par leur écrasant exemple en même temps que par lès modèles\nde l'antiquité.\n\n\n\n   On ne laisse pas que d'être surpris en entendant parler d'écrivains...\ncléricaux à propos d'art. On suit avec plaisir et délectation le critique qui\nvous entretient de choses ingénieuses et subtiles ; on en a l'esprit tout\n\n\n  (1) JULES DESTRÉE. Sur quelques peintres de Toscane. (Bruxelles, Dietrich ; Florence, Alinari.)\nI vol. illustré de 3 reproductions photographiques et de 3 eaux-fortes — d'une exécution\nmagistrale — par Mme Jules Destrée.\n"}, {"page_pdf": 1045, "texte": " 884                            DURENDAL\n\n\népanoui, lorsque voici détonner u n mot qui vous rejette brusquement\nau milieu des polémiques grossières des journaux, parmi la brutalité des\nréunions électorales!...\n   L'impression est fâcheuse.\n   M. Destrée affuble de cette épithète les écrivains auxquels il impute\nl'idée fixé d'attribuer l'efflorescencc primitive de l'art et sa rapide déca-\ndence, à la fin du XVIe siècle, à la vigueur des croyances avant la seconde\nRenaissance, au discrédit où elles sont tombées ensuite. On accumule-\nrait facilement les citations de critiques illustres en ces matières, fort peu\nsuspects de « cléricalisme », et qui assignent à cette raison une impor-\ntance capitale, au moins quant à l'incapacité grandissante de l'interpré-\ntation religieuse. Sous ce rapport, nous rencontrons au XVIe siècle la\nfroideur; au XVIIe, pis encore, le faux pathétique, la religiosité.\n   M. Destrée partage absolument notre sentiment sur la valeur relative\ndes Primitifs et de la descendance de R a p h a ë l e t de Michel-Ange. Or,\nnous cherchons vainement dans son livre une explication satisfaisante\ndu « déclin » et de la « dégringolade des XVIe et XVIIe siècles ». Si l'in-\ncrédulité, de plus en plus triomphante, l'infiltration de l'épicurisme dans\nles mœurs et la mentalité des hautes classes n'y ont eu aucune part,\nautant dire que l'art est sans corrélation avec le milieu où il se déve-\nloppe, qu'il n'en reflète ni le caractère, ni les inclinations.\n    Un des motifs n'en fut-il pas, aussi, comme nous l'avons déjà dit, que\nles artistes du XVe siècle exposaient avec simplicité des pensées qui, leur\nétant innées et naturelles, exaltaient leur inspiration, alors que leurs\nsuccesseurs s'évertuaient à se conformer aux règles apocryphes d'une\néloquence étrangère, aux prescriptions de ce « grand art » que les Grecs\nn'avaient jamais connues?\n    Avec une technique, dés moyens matériels en bien des points infé-\nrieurs, avec une connaissance moindre de l'anatomic et des ressources\ndu clair-obscur, le XVe siècle a produit des œuvres que nous nous accor-\ndons à déclarer d'une beauté et d'une sincérité plus poignantes et plus\nincisives que celles des artistes des siècles suivants. Ne va-t-il pas de soi\nque si ces derniers avaient continué à travailler dans le même esprit, si,\n comme leurs devanciers, ils s'étaient efforcés de rendre avec probité la\npensée foncière du peuple, aussi chrétien que jadis, et non celle des\nhumanistes et des princes, les progrès réalisés n'auraient pu, bien au\ncontraire, nuire à la grandeur de leurs ouvrages?\n    Mais ils étaient bien éloignés d'un tel dessein. Le fétichisme de l'anti-\n quité qui les engageait à faire table rase de l'art tel qu'il avait été com-\n pris jusque-là s'exerçait dans tous les domaines. Il poussait les juriscon-\n sultes à détruire le droit coutumier du moyen-âge pour ressusciter le\n droit romain, les philosophes ou, plutôt, les sophistes byzantins réfugiés\n"}, {"page_pdf": 1046, "texte": "BENOZZO GOZZOLI.                              — LE RAPT D'HÉLÈNE\n       ( N A T I O N A L C.AU.ERY, LONGUES)\n"}, {"page_pdf": 1047, "texte": ""}, {"page_pdf": 1048, "texte": "   LES PRIMITIFS ITALIKNS ET LA SECONDE RENAISSANCE                    885\n\n\nen Italie, à saper la révélation chrétienne au bénéfice du pyrrhonisme\ndivinisé. On allait plus loin même, et le paganisme, devenu tout entier\nvénérable, jusque dans ses tares et ses vices les plus honteux, dictait\nses opinions, ses goûts et sa conduite à l'élite lettrée et princiere de la\nPéninsule.\n    La restauration du droit romain, favorable aux intérêts des tyrans,\nsubstituait leur volonté à celle des citoyens; de même, l'individualité dis-\nparaissait dans l'art : là aussi le despotisme s'installait, fondé sur ce que\nl'on pourrait appeler le droit romain esthétique, les prétendus principes\néternels de la beauté.\n    Pour les artistes, familiers des Cours, vivant parmi les humanistes et\nles novateurs, la communion était rompue avec la foule, avec les forces\ninépuisables et vivaces, avec les antécédents religieux et politiques de\nleur race et, aussi, avec la pensée des siècles antérieurs d'où était issue\n la prépondérance matérielle et intellectuelle de l'Italie.\n    L'art avait soudain cessé de respirer l'air salubre et fort du pays, de\nréfléchir avec fougue et majesté les aspirations et les croyances contem-\nporaines, pour passer dans l'atmosphère artificielle, la serre chaude où\n l'on prétendait galvaniser une beauté morte, morte d'avoir splendide-\nment vécu et incapable, désormais, de communiquer la vie.\n    Certes, on ne saurait méconnaître que l'engouement pour la philoso-\nphie platonicienne n'ait ouvert à l'esprit humain ou plutôt ne lui ait\nréappris des voies abandonnées, ne l'ait guéri de l'habitude un peu trop\nscolastique et étroite du moyen âge. Mais si, à certains égards, l'antiquité\ngrecque et l'antiquité romaine — mal connues, du reste, et souvent con-\nfondues — exercèrent une influence féconde sur le XVIe siècle, on peut\naffirmer qu'elle fut néfaste en rompant violemment la tradition artis-\ntique de l'Europe moderne.\n    La substitution du code de Justinicn aux lois et coutumes, émanées\nspontanément du peuple et des siècles, adaptées aux besoins et aux tem-\npéraments divers des races renouvelées du continent; l'application de lois\nsurannées, faites pour d'autres hommes et d'autres temps, trouva son\nanalogie dans l'art : — un dogme imposé, une norme classique éteignent,\npeu à peu, l'inspiration personnelle. Les artistes de génie, nourris, au\nreste, de la forte sève du XVe siècle, produisent des chefs-d'œuvre, quand\nmême, mais les talents, autour d'eux, tombent dans la manière, la séche-\nresse ou le pastiche.\n    Les pédants et les érudits, en majorité, alors, épuisaient leur mince\nverve à commenter ou à paraphraser les anciens, au milieu de vaniteuses\net risibles querelles, qui font songer aux pédagogues et aux sophistes de\nLucien ou aux hôtes de Trimalcion. A leurs yeux, les modèles antiques\nfaisaient loi et ils propagèrent dans toute l'Europe la funeste conception\n"}, {"page_pdf": 1049, "texte": "  886                            DURENDAL\n\n\n de l'art absolu, conception métaphysique et imperfectible d'un art cano-\n nique, auquel toutes les nations civilisées étaient tenues de se conformer,\n sous peine de barbarie.\n    Le corollaire d'une telle proposition est que l'art exclut le réalisme.\n l'expression concrète de l'époque, de la contrée, l'incarnation des aspi-\n rations particulières du moment, tout ce qui pourrait localiser l'œuvre,\n lui donner, avec l'empreinte du siècle, l'accent palpitant de la vie; elle\n doit, désormais, idéaliser dans le fond et dans la forme, se détacher de\n l'ambiance, revêtir on ne sait quelle uniformité abstraite.\n    Le génie de l'artiste ne sera plus seulement, selon la théorie de Taine, la\n résultante combinée de ses antécédents ataviques et des tendances de\n l'heure à laquelle il apparaît; un élément supplémentaire altérera la com-\n binaison, une doctrine obligatoire, qui diminuera les forts et écrasera les\n faibles.\n    Les gens de la seconde Renaissance avaient déchiffré tous ces théo-\nrèmes et ces axiomes esthétiques dans les ouvrages des Grecs et des\n Romains. Et ces derniers n'auraient pas été médiocrement surpris de ces\ndécouvertes du XVIe siècle, qui eurent pour conséquence la négation de\ntout l'effort d'art, puissant et savoureux, du moyen âge. Et, en même\ntemps que la tradition d'art médiévale, reconnue, tout-à-coup, comme\n ayant été dirigée d'après des principes erronés et sauvages, les sujets favoris\nde son inspiration participèrent du mépris qui la frappait et tombèrent\ndans un abandon de plus en plus grand. Au reste, ne fallait-il point à cette\nnouvelle théorie artistique des thèmes dignes d'elle et quoi de plus natu-\nrel, puisque l'on prenait les anciens pour modèles, que de leur emprunter\nle fond aussi bien que la forme, pour les imiter plus parfaitement encore.\n    En somme, l'artiste qui vivait dans une société engendrée par le christia-\nnisme, et, pour incrédule ou tiède qu'il pût être lui-même, était tout pétri\nde ses idées, devait surmonter l'inclination native de sa pensée, l'idiosyn-\ncrasie que des siècles de foi et d'éducation catholiques avaient formée,\npour se contraindre à parler une langue disparue et défigurée, de plus, par\ndes pédants qui la lui représentaient comme la seule digne d'être parlée.\nOr, elle s'adaptait mal aux paroles que l'on était accoutumé d'entendre,\nleur donnait une apparence guindée et fausse, les travestissait et les rendait\nincompréhensibles au simple public.\n    Aussi y eut-il divorce entre la masse, les écrivains et les artistes. L'art,\nque lès sublimes artisans du moyen âge avaient fait jaillir des entrailles\nde la race et qui était compris sans peine de celle-ci parce qu'il exprimait,\nsur un mode exalté, ses élans, ses joies et ses douleurs; — l'art séparé,\ndorénavant, de son principe, de sa source vivifiante devient un jouet\naristocratique, la distraction de cénacles et de coteries, perdues d'érudition\nmal informée.\n"}, {"page_pdf": 1050, "texte": "   LES PRIMITIFS ITALIENS ET LA SECONDE RENAISSANCE                     887\n\n\n   Sous l'impulsion de philosophes athées, de princes dissolus, voire de\nprélats indignes, les artistes tâchent de satisfaire au goût du jour pour les\nrésurrections postiches de l'antiquité; ils prodiguent les mythologies et\nles nudités, en profanent jusqu'à leurs tableaux religieux, nous laissent,\nenfin, ces ouvrages faits tout d'habileté sans émotion et qui, aussi, ne\nnous émeuvent point. C'est par là que l'on peut affirmer que l'immoralité\nspirituelle de la seconde Renaissance préjudicia à l'art.\n   Nous sommes bien éloignés du parti pris et de n'admirer pas l'œuvre\nétonnante des grands maîtres du XVIe siècle. Mais envisagerons-nous le\nVinci, Raphaël, Michel-Ange comme placés à la conclusion ou au début\nd'une période artistique? Si nous voulons les considérer, non comme\nl'expression dernière et suprême du siècle de Masaccio, de Botticelli et\nde Donatello, mais comme les fondateurs des écoles du XVIe siècle décli-\nnant et du XVIIe, force nous sera de reconnaître que la vigueur, qu'ils ont\npuisée dans les enseignements de leurs prédécesseurs, ils sont restés\nimpuissants à en transmettre le secret à leurs disciples débilités.\n   La vérité est que les formules en vogue : la promulgation d'un dogme\nesthétique absolu; le fanatisme d'un art grec soi-disant immuable et que\nl'on étudiait, d'ailleurs, dans les monuments... romains: tout cela était\nincapable d'entraver l'essor d'un Buonarroti ou d'un Sanzio, mais devait\nétouffer sous les bandelettes et comprimer le talent de leurs pâles succes-\nseurs, déjà envoûtés, si l'on peut dire, par leur exemple.\n   A l'égal des unités tragiques d'Aristote, en France, au XVIIe siècle, les\npréceptes classiques ont peut-être contribué à nous doter de quelques\nchefs-d'œuvre qui, sans doute, n'auraient pas été de moindre valeur en\nleur absence. Mais, à la longue, les unes et les autres ont stérilisé l'art et\ntout l'effort des modernes, en Allemagne, en France, en Angleterre, a\ntendu à s'en affranchir, à essayer de renouer la chaîne rompue depuis trois\ncents ans, à détruire les préjugés que la seconde Renaissance avait\nlégués aux générations qui se sont succédé depuis, et dont, quelque-\nfois, nous nous sentons encore les esclaves.\n                                                          ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 1051, "texte": "CŒURS               DORMANTS\n\n\nIl est des lacs profonds et calmes,\nUnis et blancs comme un miroir,\nOù froidement se laisse choir\nL'immobile reflet des palmes.\n\nLes vents brisent leurs baisers fous\nSur leur impassible surface.\nPlongez : sous l'apparente glace\nVibrent de chauds et longs remous.\n\nIl est de paisibles visages\nDont l'aspect serein et moqueur\nParaît ignorer les orages\nQui troublent les ondes du cœur.\n\nSur ces calmes lacs d'ironie\nOn dirait que la pitié fond.\nPlongez : la tendresse bénie\nEn molles vagues roule au fond.\n\nCe sont les vagues les plus douces.\nCe sont les cœurs les mieux remplis\nQui dissimulent leurs secousses\nDans les plus secrets de leurs plis.\n"}, {"page_pdf": 1052, "texte": "         L'ÉTERNELLE FAIBLESSE          889\n\n\n   Tels sont les cœurs que l'on adore\n   D'une religieuse ardeur.\n   Oh! cache ton amour encore\n   Sous les voiles de la pudeur !\n\n   Plus brillante en sera la flamnte\n   A qui, voulant la conquérir,\n   Devra la chercher dans ton âme,\n   Comme Hiram l'or aux mers d'Ophir.\n\n   C'est au plus profond de la terre\n   Que sont les métaux précieux ;\n   L'astre le moins visible aux yeux\n   Est le plus beau par son mystère.\n\n\n\n\nL'ÉTERNELLE                 FALBLESSE\n\n\n   Nous avons toujours l'appétit\n   De la tendresse maternelle :\n   L'homme reste le tout petit\n   Que la femme met sous son aile.\n\n   Épouse pleine de bonté\n   Qui me rappelles tant ma mère,\n   Je ne me suis jamais heurté\n   Aux cailloux de la route amère,\n\n  Je n'ai jamais froissé mon cœur\n  Entre les griffes de la vie,\n  Ni respiré cette rancœur\n  Qu'exhalent l'orgueil et l'envie,\n"}, {"page_pdf": 1053, "texte": "890                DURENDAL\n\n\n\n      Sans que le désir lâche et doux\n      Envahît aussitôt mon âme\n      De reposer sur tes genoux\n      Ma meurtrissure, ô chère femme!\n\n      De tefaire de longs aveux\n      En te montrant ma cicatrice,\n      Et de sentir dans mes cheveux\n      Glisser ta main consolatrice !\n\n      L'homme hautain et triomphant\n      N'a pas de plus pure allégresse\n      Que de redevenir enfant\n      Sous la féminine caresse;\n\n      Et, las de protéger toujours,\n      En humiliant sa puissance\n      Aux pieds d'un gracieux secours\n      Fait de faiblesse et d'innocence,\n\n      Il sent une exquise fierté\n      A contempler chez le doux être\n      Ce réveil de maternité\n      Que son amour seul a fait naître.\n\n                          MAURICE      OLIVAINT.\n"}, {"page_pdf": 1054, "texte": "                     L'Art religieux\n\n\n                L'ART religieux n'est pas une forme d'art pur. Nous    enten-\n                    dons par art pur celui qui a pour seul but de plaire.\n                    Soit dit en passant, nous admettons sans scrupule ce\n                    que l'on a appelé l'art pour l'art; car si toute faculté\n                    humaine peut légitimement tendre vers son objet,\n                  - dans les limites de la loi morale, pourquoi refuserait-on\n                    ce droit à la faculté très spéciale qui perçoit la beauté\n                    des choses? Au reste, pour ceux qui condamnent la\n                    théorie de l'art pour l'art, que deviennent les œuvres\nde musique pure, telles que sonates, symphonies ? Quel but différent\ndu seul plaisir esthétique peut-on leur assigner? Que les moralistes se\nrassurent : cette légitimité du plaisir ou plutôt de la jouissance, dans\nsa manière d'être la plus élevée, demeure subordonnée aux lois supé-\nrieures de la morale. Si l'art ne relève pas de la morale dans son\nessence, c'est-à-dire qu'une œuvre d'art peut être belle et mauvaise, il\ny reste soumis dans son exercice. La beauté n'est jamais une excuse,\npas plus que la bravoure d ! un criminel n'est une circonstance atténuante\ndevant les tribunaux.\n   Quoi qu'il en soit, l'art religieux s'assigne un but supérieur à la seule\njouissance : c'est l'édification spirituelle. L'art religieux est une forme\nd'enseignement, une sorte d'éloquence sacrée. C'est l'art au service d'une\ncause plus grande que le simple amusement des dilettantes, puisqu'il\névoque la fin dernière de l'homme, le but surnaturel de la vie, les mysté-\nrieuses communications de Dieu avec l'humanité, les effusions de la grâce\ndans l'âme et jusque dans le reflet de l'âme, savoir l'expression répandue\nsur le visage et tout le corps. L'artiste religieux doit donc avant tout\n"}, {"page_pdf": 1055, "texte": " 892                             DURENDAL\n\n\nviser ce but : édifier. Le reste y est subordonné. S'il se présente à son\nesprit deux manières d'interpréter un sujet, l'une acceptant un senti-\nment déjà traduit en une multitude d'oeuvres pieuses, conforme à une\ntradition séculaire et, partant, pas neuve ; l'autre plus personnelle, plus\noriginale, plus pittoresque de lignes et de couleurs, mais pénétrant\nmoins profondément dans les entrailles du mystère, la première inter-\nprétation doit être préférée. Au point de vue purement artistique, elle\nsera sans doute inférieure à l'autre, parce que la jouissance esthétique\ns'émousse dans les sensations multipliées et veut de l'inédit. Mais il ne\nsuffit pas ici de plaire ; il est même inutile de plaire, si l'on n'édifie pas.\nQue si l'artiste trouve dans les ressources de son génie de quoi satisfaire\nla double aspiration de la foi et du goût, celui-là mérite l'approbation\ntotale, et les ovations enthousiastes dont autrefois les Florentins saluèrent\nla célèbre madone de Cimabue.\n   II semble que cette ligne de conduite s'impose au nom de la plus\nélémentaire logique. Et cependant, combien d'artistes la suivent?\nCombien savent sacrifier leurs indigentes trouvailles à une interprétation\nplus stricte, plus pieuse du sujet? L'amour immodéré de l'inédit ne les\npousse-t-il pas souvent à abandonner une saine tradition pour des\nnouveautés d'un goût douteux? Et encore ne s'aperçoivent-ils pas qu'ils\ndélaissent un poncif pour un autre. Ils ne veulent point pasticher\nl'Angelico, mais ils s'amusent volontiers à faire du Burne Jones. Après\ntout, les créateurs, les génies qui volent de leurs propres ailes, sont\nrares, très rares, et je dirais volontiers à un jeune artiste, désireux de\nfaire de la peinture religieuse : mon petit ami, prenez garde au poncif\nque vous allez vous approprier, car il y a mille à parier contre un que\nvous imiterez soit Puvis de Chavannes, soit Botticelli, soit un Flamand,\npeut-être Memling ou quelque gothique. Vous avez sans doute raison\nd'imiter, ne pouvant créer. Mais choisissez votre modèle, non par amour\npropre et pour épater le public, mais en esprit de foi. Nous verrons\naprès si Dieu vous a donné un éclat propre ou si vous ne serez qu'un\nsatellite réfléchissant la lumière de quelque soleil proche ou lointain.\nJe connais un artiste qui avoue ingénuement ses pieux larcins. Son\nœuvre peut n'être pas originale, mais comme elle ne manque pas d'art,\nje la préfère aux originalités médiocres de beaucoup d'autres.\n  Il y a deux sortes d'originalités, comme il y a deux sortes de naïvetés :\ncelle qui est spontanée et celle qui est voulue. La naïveté naturelle est\ncharmante ; la naïveté voulue est niaise. De même, l'originalité procé-\ndant d'une riche nature fait les grandes œuvres d'art; l'autre, celle des\nimpuissants, n'aboutit qu'à la recherche, la vaine déclamation, le\nsnobisme artistique.\n  Un des grands défauts de la moderne éducation de nos jeunes artistes\n"}, {"page_pdf": 1056, "texte": "                            L'ART RELIGIEUX                            893\n\n\nconsiste à faire miroiter devant leurs yeux cette séduction de l'originalité,\ndu tempérament personnel. C'est désormais leur unique préoccupation.\nLa patiente assimilation, la discipline rigide que nécessite la difficile\ntechnique de l'art, pèse à leur impatience ; ils ont hâte d'arriver, et\nquand ils ont mis au monde quelque chose d'hybride dont on dit : c'est\ndrôle,ifs croient qu'ils sont arrivés; Dé là le dédain de toute tradition\nd'école, l'abandon systématique de tout un patrimoine d'enseignements\net d'expériences légué par les générations disparues. Aujourd'hui, il n'y\na plus d'école. Les anciennes classifications en école ombrienne, véni-\ntienne, romaine, flamande, rhénane, ne sont plus possibles. Tel artiste\nScandinave ne se distingue plus essentiellement d'un italien. 11 y a\naujourd'hui des petits Burne Jones et des minuscules Puvis de Chavannes\nsous toutes les latitudes. C'est l'effet de la grande brassée moderne,\nremuant, brouillant, amalgamant d'un remous incessant toutes les\ncervelles hantées d'art. Le jeune artiste moderne est un atome noyé\ndans le brassin le plus hétéroclyte qui fut jamais et nul ne peut dire\nquels jeux du hasard, quelles affinités latentes détermineront la marche\nde son évolution.\n   Est-ce un bien ? Est-ce un mal? Je pense que pour les tempéraments\nordinaires, cette absence d'éducation est un grand mal. La tradition\nd'école façonnait l'artiste, lui donnait la vie, la santé, la force, et, le\nmettant au monde dans la pleine possession de ses organes et de ses\nfonctions, donnait à son génie personnel le moyen d'atteindre le\ncomplet épanouissement de sa vitalité. Aujourd'hui, la plupart des\njeunes sortis de l'académie ont un air d'enfants nés avant terme, sinon\nmorts-nés. C'est pourquoi si peu survivent à leur triste baptême de\nlauréats officiels.\n   Si le défaut de sérieuse initiation est une cause de décadence pour\nl'art en général, i'effet en est particulièrement néfaste dans la peinture\nreligieuse. D'où vient qu'aujourd'hui, malgré toutes les bonnes volontés,\nmalgré le désir de retrouver les traditions longtemps perdues, nous\nn'ayons plus ni un Simone Memmi, ni un Duccio, ni un Ghirlandajo, ni\nmême un obscur Giottino? C'est que si l'Ecole maintenait autrefois le\nniveau artistique au point que les médiocres étaient encore fort esti-\nmables, l'incohérence des tentatives modernes est une cause d'infériorité\nmême pour lés mieux doués.\n  Ces considérations devraient nous inciter à louer l'effort de ceux qui\ntentent la restauration des écoles d'art religieux, même si le succès ne\nrépond pas encore aux espérances. A ce titre, les écoles de Saint-Luc\nméritent des encouragements. C'est d'ailleurs de ce côté seulement qu'on\npeut attendre un renouveau de l'art religieux. Toutes les autres manifesta-\n"}, {"page_pdf": 1057, "texte": " 894                                    DURENDAL\n\n\ntions isolées passeront comme des météores, sans laisser de traces\ndurables (1).\n\n\n\n    Quelles doivent être les tendances et le programme d'une école d'art\nreligieux? Une intéressante réponse à cette question se trouve formulée\ndans le préambule des statuts de la corporation des peintres, sculpteurs\net orfèvres Siennois, érigée en 1355. Après avoir déclaré que leur mission,\nparla grâce de Dieu, est de manifester aux gens ignorants et illettrés les choses\nmerveilleuses opérées par la vertu et dans la venu de la Sainte Foi, ils\najoutent que rien ne peut avoir commencement ni fin sans ces trois\nchoses : pouvoir, savoir, vouloir avec amour.\n    D'abord, vouloir servir Dieu, l'honorer dans ses mystères et dans ses\nsaints, parler au peuple cette admirable langue de la vérité catholique qui\n luit pour toutes les intelligences, qui charme tous les cœurs, qui instruit\n et qui console, qui chante et qui prie, qui ouvre le ciel à toutes les indi-\n gences et à tous les désenchantements. Vouloir avec amour, c'est-à-dire\n croire fermement à la vérité révélée, partager les ardeurs de l'apostolat,\n assigner un but surnaturel au travail. A ce titre, l'art est un sacerdoce.\n Dans toute autre acception, cette formule est vide de sens. La condition\n nécessaire pour l'artiste qui veut faire de l'art religieux, est donc d'être\n croyant, pieux même. A défaut de religion sérieuse, il éprouvera peut-\n être une émotion r passagère, mais cette rencontre fortuite ne peut suffire\n à créer une œuvre intégrale, à atteindre la sublimité des sommets qui\n défient toute une vie humaine. Au reste, l'histoire des peintres ne dément\n pas cette assertion.\n     Il faut encore savoir. L'art est difficile ; il faut l'apprendre et l'instinct\n  ne suffit pas. La difficulté technique atteint son plus haut point dans l'art\n  religieux, à cause-de la grandeur et de la noblesse du sujet, incompatibles\n  avec la négligence de l'exécution. L'artiste chrétien doit posséder à fond\n  la science du dessin\", de la structure humaine, de la draperie, des acces-\n  soires. Il doit posséder l'art si difficile de la coloration (que beaucoup\n\n\n\n    (1) Je prie le lecteur de ne pas interpréter ces lignes comme un hommage d'admiration\n pour les produits de Saint-Luc. Je suis pleinement d'accord avec M. l'abbé Moeller pour\n déplorer l'absence de caractère artistique dans la peinture et la sculpture de cette école Je ne\n sais si ses chefs ont conscience de leur infériorité sous ce rapport, s'ils sont prisonniers volon-\n taires du parti pris, ou bien si la pénurie de vrais artistes chrétiens explique leur impuissance.\n J'estime, toutefois, qu'un mouvement d'art religieux sérieux et durable doit procéder, non de\n l'initiative individuelle, mais d'une association; et, plutôt que de vouloir la mort de la seule\n école d'art religieux que nous ayons, je lui souhaite d'entrer résolument dans la voie des\n réformes nécessaires.\n"}, {"page_pdf": 1058, "texte": "                           L'ART RELIGIEUX                             895\n\n\nesquivent de parti pris), à un degré plus éminent qu'il ne le faut dans la\npeinture de chevalet, la peinture religieuse faisant partie d'un système de\ndécoration monumentale. Ces connaissances techniques sont indispen-\nsables. Ceux qui ne les possèdent pas à-fond sont réduits à faire des\npastiches sans valeur d'art. Ils ont beau se réclamer des primitifs, ils n'en\nont ni le génie, ni même la technique. Plût à Dieu qu'ils en eussent au\nmoins les défauts : ils n'ont que ceux de leur ignorance.\n   L'artiste chrétien doit connaître sa religion. Le dogme catholique est\nun corps de doctrine très précis qui ne s'accomode pas des interprétations\nfantastiques d'un mysticisme nébuleux. Le peintre chrétien est un prédi-\ncateur populaire. Je suppose que l'office de la prédication serait mal tenu\npar un simple esthète, fût-ce Maeterlinck.\n   L'artiste chrétien doit connaître l'Evangile. Mais on n'acquiert pas cette\nconnaissance par une lecture de dilettante. Il faut en puiser l'interpréta-\ntion dans les commentaires autorisés et spécialement dans l'illustration\ntrès documentée de l'iconographie chrétienne. Celle-ci est une norme\nsûre, puisque les monuments en ont été élaborés sous l'inspiration et la\nsurveillance immédiate des gardiens du dogme : prêtres, moines, prélats.\n   Il convient encore que l'artiste ait une éducation intellectuelle étendue\net soignée. La connaissance du latin lui serait infiniment profitable,\nmoins au point de vue utilitaire que pour la culture d'esprit que donnent\nles lettres classiques. Le bon goût, la rectitude du jugement, les percep-\ntions délicates des nuances de la pensée et du sentiment, l'élévation de\nl'âme en sont les fruits assurés. Ces qualités, qui font l'homme distingué,\nse rencontrent rarement, il faut l'avouer, chez nos esthètes d'académie,\nuniquenient préoccupés du côté extérieur de l'art : le faire, le chic, la\npatte.\n    Mais tout cela, science et bon vouloir, est inutile sans le pouvoir, le\ndon du génie. Ce don, on ne le reçoit que de Dieu seul. Nulle école, nulle\nacadémie, nul labeur même ne peut le communiquer. A ceux qui ne le\npossèdent pas, il n'est qu'un conseil à donner, c'est de s'abstenir.\n    Voilà donc un programme d'études fort respectable : Science du\ndogme, de l'Evangile, de l'histoire, de l'iconographie, culture formelle\nde l'esprit;, habileté technique. Nos académies remplissent-elles ce pro-\ng r a m m e ? Hélas ! elles en sont loin ! L'enseignement y est purement\nmatériel, car ce n'est pas au moyen de quelques conférences (et par quels\nconférenciers) qu'on suppléera au défaut de culture. Il est inutile, d'ail-\nleurs, d'insister sur l'incompétence des académies en matière de religion.\nQue si d'aventure on y prend un sujet de concours dans la Bible, le sujet\n n'est qu'un prétexte comme un autre. Du reste, le résultat de ces\n concours démontre abondamment l'extrême indigence intellectuelle des\n lauréats.\n"}, {"page_pdf": 1059, "texte": " 896                            DURENDAL\n\n\n   De ce côté donc, il n'y a rien à attendre pour l'art religieux. J'espère\nque les écoles de Saint-Luc, nées d'une grande pensée de foi, et déjà en\npossession d'une bonne partie du programme nécessaire, sauront suppléer\nà ce qui leur manque encore au point de vue purement artistique,\nrecueillir la glorieuse succession de nos grands primitifs et la faire fruc-\ntifier en esprit de foi et de généreuse aspiration au progrès, qui est la-loi\nsuprême de l'art.\n\n                                                             F.   VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 1060, "texte": "L'ADORATION DES BERGERS\n  (Œuvre de JULIEN DE VRIENNDT)\n"}, {"page_pdf": 1061, "texte": ""}, {"page_pdf": 1062, "texte": "TA MAISON                PRÈS DU BOIS...\n\nTa maison près du bois — on la peut voir d'ici —\nest basse et blanche avec un toit de tuiles roses,\nc'est là qu'aux jours d'été, libre de vains soucis,\ndans la splendeur des champs divins tu te reposes.\n\nEn prenant le sentier de bruyère et de thym\net la porte de bois sur mon bonheur fermée,\nton refuge m'apparaîtra dans le matin,\nvêtu de belle aurore et mouillé de rosée.\nEt j'entre, les bosquets et les rameaux fleuris,\nla tonnelle à l'écart aux branches en fouillis,\nla rose et les jasmins, à voix douce, m'accueillent.\nJe reconnais les clairs massifs de dahlias,\nle puits vétuste où s'agriffe le chèvrefeuille,\net sens flotter un frais parfum d'acacia...\n\n\n\n LES CAVALES                     DU SOIR...\n\nLes cavales du soir se cabrent au couchant,\nle ciel, barré d'azur et d'or et d'ombre, s'allume\naux reflets du soleil qui saigne longuement\nainsi qu'un rouge fer. martelé sur l'enclume.\n"}, {"page_pdf": 1063, "texte": "898                       DURENDAL\n\n\n      Le combat de la nuit et du jour tôt vaincu\n      s'héroïse dans le spectacle des nuées,\n      qui vont en bataillons serrés comme un afflux\n      de vagues assaillant un roc dans les huées.\n\n      Une forêt tragique apparaît sur fond d'or,\n      elle semble brûler d'un réel incendie\n      et affole les grands vautours et les condors.\n\n      L'ombre envahit les bois et la plaine agrandie,\n      un ultime rayon fuse du large ciel,\n      la Nuit jette un drap noir sur la mort du soleil.\n\n\n\n\n      UN DESSEIN                    TÉNÉBREUX...\n\n\n      Un dessein ténébreux s'agite sous ton front,\n      Beau chevalier casqué d'argent et d'ailes noires,\n      ta lèvre est blême encor de colère et d'affront\n      et ta dague s'irrite en son fourreau d'ivoire.\n\n      Malheur! celui qui t'insulta porte ton nom\n      et le sang batailleur qui roule dans tes veinés,\n      c'est le sien, rude fils des marquis d'Aragon\n      au grand cœur généreux empli de chaude haine.\n\n      Quel vent de fol orgueil souffle dans tes cheveux,\n      quel courroux contenu crispe ton poing fiévreux\n      et charge de pensers amers ton front livide !\n\n      Voici que ta colère éclate et rompt ses freins;\n      tu veux frapper, mais ta mère paraît soudain\n      maîtrisant d'un seul cri ton geste parricide!\n"}, {"page_pdf": 1064, "texte": "            DU HAUT DES MONTS ALTIERS                  89c)\n\n\n\n\nDU HA UT DES MONTS                        ALTIERS...\n\n\n   Du haut des monts altiers aux neiges éternelles\n   une sourde rumeur présage le matin,\n   un aigle prend son vol, fixant de sa prunelle\n   claire le coin du ciel où naît le jour divin.\n\n   L'arbre frémit au vierge vent des altitudes,\n   le nid s'éveille et la voix frêle des oiseaux\n   se mêle à l'inouï concert des solitudes\n   et se confond dans l'hosanna des grandes eaux.\n\n   L'aurore approche et défaille de souffles purs,\n   les nocturnes brouillards se perdent dans l'azur\n   et le premier rayon frappe les cimes blanches.\n\n   L'astre vainqueur paraît sur les monts empourprés\n   et, dans un nuage d'or, roule en avalanche\n   le Char incandescent aux étalons cabrés!\n\n\n                                       PAUL MUSSCHE.\n"}, {"page_pdf": 1065, "texte": "      Étude sur Antoine VAn Dyck\n               D'APRÈS SES ŒUVRES EXPOSÉES A ANVERS\n\n\n\n\n                 MARIE de Médicis, lors de son séjour à Anvers, en 1631.\n                   rendit visite à Rubens et à Van Dyck. Le sieur de la\n                   Serre, historiographe de France, qui a décrit « l'histoire\n                   curieuse de tout ce qui s'est passé à l'entrée de la Reyne\n                   Mère du Roy très chrestien dans les villes des Pays-\n                   Bas», raconte qu'elle vit chez ce jeune peintre les copies\n                   qu'il avait faites d'après le Titien, et il ajoute : « Van\n                   Dyck partagera bientôt avec le Titien la gloire de sa\n                   renommée, car si cet excellent peintre a esté l'ornement\nde son siècle, celuy-cy est la merveille du sien. »\n   L'éloge que le chroniqueur français adresse à Van Dyck seul, rappelle\nimplicitement le nom et la suprématie de Rubens. On ne peut, en effet,\nconcevoir sans lui ni Van Dyck, ni l'art flamand du XVIIe sièle, ni la pein-\nture, depuis trois siècles. Rubens est le soleil de l'Ecole flamande ; il lui\na donné l'impulsion vitale et mouvementée qui ranime encore mainte-\nnant; il a déterminé ce modèle du coloris vivant que le Titien lui avait\nenseigné; il a ouvert aux peintres « le royal domaine qu'il avait conquis,\nsorte d'enclos tracé en pleine nature, que son imagination peuplait d'in-\nnombrables personnages, figures attrayantes ou imposantes, guerriers\net artisans, anges et amours, naïades et saints, apôtres et courtisans (1) ».\n   On ne pourrait, en glorifiant Van Dyck, oublier ni le nom ni l'art de\n\n\n (1) Rubens,   par A . MICHIELS.\n"}, {"page_pdf": 1066, "texte": "PORTRAITDEVAN DYCK DIT AU TOURNESOL\n            PEINT PAR 1XT-MÊME\n\n      (AU    DUC DE WESTMINSTER. LONDRES)\n"}, {"page_pdf": 1067, "texte": ""}, {"page_pdf": 1068, "texte": "                     É T U D E SUR ANTOINE VAN DYCK                      901\n\n\n\nRubens. La parenté de leurs œuvres est trop claire pour que leur\nrenommée puisse être séparée. Van Dyck est le fils de Rubens. Un trait\nféminin s'est ajouté aux traits du père. Il est plus élégant et moins épais,\népouvante moins, s'attendrit davantage. Spn maître continue à vivre\nen lui, l'inspirant de son génie et ne l'asservissant cependant pas au pas-\ntiche ; et c'est ainsi que se vérifie l'affirmation de la Serre. Si Van Dyck\nappartient à Rubens par son éducation, il est un artiste à part, parmi\nles élèves de ce grand peintre, « qui n'ont eu qu'à le regarder vivre pour\nvivre un peu comme lui, qu'à le regarder peindre pour peindre comme\non n'avait jamais peint avant lui » (1). Les camarades d'atelier ont cer-\ntainement conservé ses traditions, mais au lieu d'en perpétuer l'esprit,\nils n'en ont gardé que le procédé et la forme. Van Dyck est devenu un\nmaître original. Ses qualités, vigoureusement dirigées par Rubens, se\nsont affermies clairement, soutenues par une palette vibrante. Si Van\nDyck ne peut être compris sans Rubens et Titien, l'art du XVIIe et du\nXVIIIe siècle ne peut s'expliquer, si on ne reconnaît son influence. De qui\nprocèdent Rigaud, Largillière, Watteau, les maîtres duXVIIIesiècle, Gros,\nl'impérial portraitiste ? D'où vient la grâce de l'École anglaise dominée\npar Lawrence, Reynolds et Gainsborough, sinon d'Antoine Van Dyck.-\n   Rubens incarne véritablement l'art du XVIe siècle. Sa peinture gran-\ndiose et féconde correspond à cette glorieuse renaissance flamande où\nles hanses et les maisons commerciales amenaient, entre les verdoyantes\net vaporeuses rives de l'Escaut, les caravelles enrubannées et les galions\nà triple étage, où les Ommeghange somptueux célébraient dans les rues\nd'Anvers la liesse du peuple, où les rois et les reines se rencontraient\nsur notre sol. Son talent glorifie les formes luxuriantes et mouvementées\nque lui dicte la vie, qu'on retrouve en colonnes ventrues et en volutes\ngigantesques, aux pignons ornés des palais, et que la mode exagérait en\nde fastueux pourpoints, d'ondoyants feutres, des manteaux décoratifs.\nSes œuvres évoquent une religion mondanéiséc, côtoyant une mytho-\nlogie passionnée, renaissante aux souvenirs retrouvés de la Grèce et de\nRome.\n   Van Dyck n'exprime plus comme son maître cette vie speciale, où\nl'esprit était rempli plus par des images que par des idées. Il recherche\nles sentiments plus personnels et plus intimes. Il y a une pointe de\nmélancolie et un fond de tristesse dans sa gaieté. Il ne saisit parfaite-\nment dans ses scènes religieuses que l'intensité de la douleur et le carac-\ntère des figures. Il délaisse la peinture mythologique voluptueuse., à fleur\nde peau ». Son altruisme lier et délicat le porte tout entier vers le portrait.\n\n\n (1) FROMENTIN, les Maîtres d'autrefois.\n"}, {"page_pdf": 1069, "texte": " 902                                 DURENDAL\n\n\n\noù il peut composer des personnages rêveurs et penseurs, où il peut faire\nscintiller des perles et dessiner des dentelles, chercher des attitudes\nlentes et sensibles, réaliser un monde unique qui semble flotter comme\ndes ombres\n                    Dans une île paresseuse où la nature donne\n                    Des arbres singuliers et des fruits savoureux,\n                    Des hommes dont le corps est mince et vigoureux\n                    Et des femmes dont l'œil par la franchise étonne... (1)\n\n\n  Et aussi, Van Dyck est vraiment la merveille duXVIIesiècle. Au phy-\nsique comme au moral, comme homme et comme peintre. Il n'est plus\ndu siècle de Rubens. « Il a plus que lui le sens des ajustements, des\nmodes, des étoffes soyeuses, les personnages ne sont plus des chevaliers,\nce sont des cavaliers (2). » Il a pressenti les inquiétudes et le mystère\nmodernes. Il a exprimé les harmonies élégantes que leXVIIIesiècle revi-\nvrait et les sentiments indéfinissables poursuivis par les musiciens,\ndepuis Mozart et Beethoven.\n                                               «r\n\n                                           4        *\n\n\n\n\n   Les œuvres de Van Dyck, exposées à Anvers, rappelaient la route\nrapide et féconde de son existence.\n   Chaque portrait, tout en immortalisant son modèle, fut-il roi ou\nsavant, glorifiait l'artiste, caractérisait en son cadre d'or impressionnant\nsa technique et sa compréhension actuelles. Sa propre image, qu'il aimait\nà évoquer comme Rembrandt, nous disait dans ses variées attitudes son\nrêve du moment, ses « pensées de derrière la tête ». Les eaux-fortes pré-\ncisaient en nous les ressorts intimes de son génie et la fermeté de son\nexpression. On y pouvait suivre, pas à pas, comme montant les degrés\nvers le temple de la perfection finale, le sentiment qui s'affinait, le talent\nqui s'ennoblissait. On le voyait, dans ses toiles, ici élève de Rubens, là\ninfluencé par le haut et puissant Titien, plus loin replongé dans l'atmo-\nsphère flamande, enfin vibrant doucement, harmonieusement, en de\nlongues et lentes émotions dans les portraits de la période anglaise.\n   C'est la floraison splendide de son œuvre. Sa technique est originale\net adéquate à son sentiment de la beauté. Et qu'on ne dise pas que ce\nsont les circonstances qui donnèrent cette direction à son art. Certes, il\nfut favorisé par le milieu. Mais ne l'avait-il pas cherché dès sa jeunesse?\n\n\n (1) BAUDELAIRE.\n (2) FROMENTIN, les Maîtres d'autrefois.\n"}, {"page_pdf": 1070, "texte": "                  É T U D E SUR ANTOINE VAN DYCK                       903\n\n\nUn portrait de lui-même, signé en 1622 et inscrit dans le catalogue\nd'Anvers, sous le numéro 54, nous renseigne à cet égard. Van Dyck s'est\nreprésenté debout, en une attitude nonchalante et légèrement penchée\nvers la droite ; le coude est appuyé à un soubassement de colonne bistrée,\net soutient d'une main blanche et retombante la tète fine et pensive; les\nboucles brunes ombragent le front et encadrent l'ovale clair. Les yeux\nsont droits et comme un peu voilés par les cils; le regard semble voit-\ndans le lointain. La teinte du tableau est conçue dans une gradation\nhabile de l'ocre au brun étouffé. La touche est légère, faite de frottis,\nanimée par quelques rehauts. Cette œuvre contraste avec celles qu'il\npeignit vers le même temps, et en pleine inspiration flamande. Ici, il se\nmontre tel qu'il voulut être plus tard. Ce n'est ni le coloris rubénien, ni\nla manière de concevoir et de rendre un portrait suivant les habitudes\nde son Ecole. L'œil est profond de pensées. Le front vibre sous l'effort\nde désirs violents et arrêtés ! Ne peut-on pas croire qu'alors déjà, en 1622,\nrevenant d'un séjour de quelques mois en Angleterre, il avait fixé les\nnormes de son expression artistique, deviné le milieu où son talent\ns'épanouirait? Ne s'était-il pas dit qu'à Anvers il ne cesserait jamais\nd'être l'inférieur de Rubens, qu'il ne savait pas faire palpiter des chairs\ngrasses comme Jordaens, qu'il y avait dans l'âme flamande des senti-\nments trop populaires pour l'isolement aristocratique qui le hantait, que\nle bourgeois et le patricien n'étaient ni assez affinés ni assez décoratifs\npour qu'ils puissent s'harmoniser avec son pinceau ? Et il avait trouvé\nen Angleterre, à la cour de Charles Ier, de la race voluptueuse et lasse\ndes Stuart, une atmosphère qui réalisait son rêve, où l'entourage était\nmoins brutal et plus élégant, où les vies étaient plus nonchalantes, où\nles habitudes étaient plus oisives et plus dédaigneuses des choses ordi-\nnaires, où l'existence était composée d'intérieurs riches et moelleusement\ndrapés, de passions assouvies aussitôt qu'effleurées, de sensations recher-\nchées, de maniérisme raffiné et de savante coquetterie.\n  Antoine Van Dyck est né à Anvers, le 22 mars 1599. « Ses parents,\nécrit en 1620 l'envoyé du comte d'Arundel, sont très, riches et considé-\nrés ». Des douze enfants que François Van Dyck eut de son union avec\nMarie Cuypers, il était le septième. Sa mère était charmante et délicate.\nElle se plaisait à dessiner et à composer des tapisseries de haut goût, et\nnul ne doute que son influence et les notions du dessin qu'elle enseigna\nà Antoine ne développèrent, dans l'âme si réceptive de celui-ci, cette\nélégance, cette sensibilité presque féminines qui devaient l'illustrer plus\ntard.\n  Après avoir passé quelque temps chez Henri Van Balen le Vieux, le\njeune Van Dyck entre à l'âge de 13 ans dans l'atelier de P.-Paul Rubens.\nPendant huit ans, celui-ci eut tout le loisir de pétrir l'argile fraîche de\n"}, {"page_pdf": 1071, "texte": "  904                              DURENDAL\n\n\n cette jeune intelligence et de lui donner cette vitalité artistique qui chez\n l'un comme chez l'autre enfanta tant d'oeuvres parfaites.\n    Dès sa 18me année, Van Dyck collaborait avec Rubens, et sa personna-\nlité était absorbée par celle du maître. Ses oeuvres datées d'avant 1621\ntémoignent de la fébrilité dans laquelle il vivait. Il semble alors compri-\nmer à grand peine les envolées de son imagination. Celle-ci déborde. Le\npinceau ne peut suivre ses conceptions et ses écarts. Il recherche les\nscènes fantastiques et extraordinaires, comme le serpent d'Arvain (n°1)(1),\nle Christ trahi par Judas (nos 9 et 10) et des tableaux religieux ou de\nnombreux personnages se bousculent et s'écrasent, tels le Christ tombant\nsous la croix (n° 11), le martyre de saint Pierre (n° 30). D'autre part, à la\nmême époque, il peint des portraits, comme le portrait d'homme et le\nportrait de femme (nos 88 et 89) où s'affirment déjà ses qualités psycho-\nlogiques avec tous les caractères de l'école rubénienne ; facture hâtive,\nun peu brutale, lumière bien ménagée. Il signe les portraits du sieur\nVinck et de sa femme (nos 83 et 84), compositions originales, très déco-\nratives, remarquables par la recherche des attitudes. En même temps, il\nexécute cet adorable Dédale et Icare (n° 35) où il est si personnel. Quel\nensemble déroutant pour le critique ? Est-ce Rubens qui lui a inspiré\ncette curieuse tête d'Androgyne, au regard vif et au corps souple? Non.\nIl a puisé cette inspiration dans son propre fonds. Ne voyez-vous pas\ncomme cette œuvre ressemble déjà à « l'homme à la houlette» du musée\nde Saint-Pétersbourg ?\n    En 1621, Van Dyck part pour l'Italie et laisse, avant son voyage, cette\ndélicate œuvre du saint Martin de Saventhem, dont les malhabiles\nretouches ont malheureusement enlevé la transparence et l'atmosphère.\nIl arrive en novembre à Gênes. Il y demeure peu de temps. Rome et sur-\ntout Venise, retentissante du nom du Titien, l'attirent impérieusement.\nAvec quelle ardeur il s'initie au génie de ce maître incomparable, qu'il\navait déjà pressenti en Rubens. On comprend la prédilection qu'il eut\npour lui. Le Titien était par son coloris le plus flamand des Italiens. II\npossédait cette couleur puissante, fondue dans une atmosphère vibrante,\nqui devait vivifier la peinture moderne. Van Dyck s'assimila rapidement\nsa tonalité blonde. Nombre de ses œuvres, surtout celles de la période\nanglaise, rappellent la couleur italienne, les roses carminés et les ocres\nbruns du Titien. La composition bien ordonnée et les attitudes des per-\nsonnages se gravèrent dans sa mémoire. Sa technique se rapprocha de\ncelle de ce maître. Elle devint moins floue. Si on compare les tableaux\n\n\n\n  (1) Les numéros inscrits entre parenthèses sont ceux du catalogue de l'Exposition\nVan Dyck à Anvers.\n"}, {"page_pdf": 1072, "texte": "                   ETUDE    SUR ANTOINE VAN DYCK                       905\n\n\n\n qu'il peignit avant son voyage, à ceux qu'il peignit après, on trouve un\n progrès considérable. Ce n'est plus complètement flamand, et ce n'est\n italien que par certains cotés. C'est comme une fusion du coloris et de la\n fougue de l'un avec la gravité et la sobriété de l'autre. L'ensemble s'est\n harmonisé, la psychologie s'est approfondie, la lumière s'est étendue\n complètement.\n     Il y a plus de dessin et en même temps plus de fondu. Comparez notam-\n ment le portrait du sieur Vinck au portrait de Brignole (n° 45) ou d'Am-\n broise Doria (n° 55), qui est au musée de Bruxelles. Il y a dans les\n seconds un voulu d'atmosphère enveloppante et d'accord dans les teintes\n qu'on ne trouve pas chez le premier, un - coloris plus impressionnant\n avec moins de couleur, une attitude plus digne et un geste plus\n expressif, un visage et des mains plus étudiées et ses qualités se\n développeront toujours plus ou moins affirmées selon l'influence du\nmilieu.\n    A Gênes, à son retour de Venise, il peint — grâce aux bons offices de\n ses confrères, les deux de Wael — plusieurs portraits, le Brignole que je\n viens de citer (n° 45) et cette grande toile où se perd, dans une volumi-\nneuse toilette, la minuscule princesse Pauline Adorno Brignole (n° 44).\n    Le décor y est somptueux et les tons d'oerc et de jaune. Gros s'en-\nthousiasma au palais Brignole pour les toiles de Van Dyck qui s'y trou-\nvaient. Il rappelle dans certaines de ses œuvres le souvenir de ce por-\ntrait. Une vierge à cheveux noirs et à ovale raphaëlique avec le bambino\nrose (n° 7) est bien italienne et caractérise son séjour à l'étranger.\n    En 1626, Van Dyck revient à Anvers. Il y restera six années, pendant\nlesquelles il redeviendra flamand. Il subissait facilement l'influence du\nmilieu et s'assimilait l'allure et la technique des maîtres à coté desquels\nil travaillait.\n    Il atteint, durant cet espace de temps, la perfection de sa manière fla-\nmande, où il se montre profond psychologue, ordonnateur savant de\ngrandes scènes religieuses, poète de la douleur dans les Christs et les\nVierges. Quel merveilleux portrait que celui du Syndic (n° 90). Une vie\nintense, presque palpable, éclate dans ce tableau. Le personnage est assis,\nles mains écartées et appuyées sur les cuisses. La tète émerge de l'ample\nvêtement noir et saisit par son caractère satisfait et volontaire. La chair\nest bourgeonnée, vineuse avec le sang à fleur de peau, les yeux droits,\nles prunelles d'une intensité vitale extraordinaire. La draperie rouge du\nfond constitue un morceau de peinture parfaite. C'est du style rubénien si\nvous voulez, mais jamais Rubens n'a signé un portrait aussi complet.\n   Il a rarement atteint ce degré de fondu et cette harmonie colère et\nbruyante qui semble ajouter encore au caractère du Syndic. Ce devait\nêtre un h o m m e bourru et têtu et sa physionomie impressionne le specta-\n"}, {"page_pdf": 1073, "texte": " 906                            DURENDAL\n\n\nteur autant que sa personne devait impressionner ses contemporains.\nC'est aussi savoureux qu'un Franz Hals, aussi décoratif qu'un Velasquez.\nLa facture en est simple et ferme. La vie y éclate avec la couleur. Et\ncombien de portraits encore. Le buste d'Albert d'Arenberg (n° 39), de\nFernand de Boisschot (n° 42), de l'évêque Malderus (n° 64), du peintre\nMartin Pepyn (n° 67), du marquis Ambroise Spinola (n° 77), de Madame\nde Boisschot (n° 43), d'Alexandre della Faille (n° 51), où on ne sait ce qui\némeut le plus, l'art du peintre ou l'intérêt du modèle. Des figures\nintelligentes et nobles, des yeux profonds et vivaces, des fronts hauts et\nfiers, des attitudes témoignant d'une existence d'élite, et avec cela une\ntouche fluide et brillante, une expression du caractère cristalline, une\ncouleur sonore et transparente. Ajoutez-y encore le curieux portrait\nd'Henri Liberti, l'organiste (n° 63), de Marie-Anne de Schodt où les\ndétails sont soulignés d'un pinceau soigneux, de Monsieur et Madame\nde Witte (nos 86 et 87), dont les visages ont ces traits flamands, les\nyeux assurés, la tète rejetée en arrière, que possède encore maintenant\nla race anversoise, le portrait d'homme (n° 93), si décidé, mettant en\nrelief une figure orgueilleuse derrière laquelle se creusent des ombres\nviolentes.\n   Combien pâlissent à côté de ces portraits colorés et lumineux, ses\ntableaux religieux : l'Erection de Croix, de Courtrai, le Christ à l'Eponge,\nde Gand, le Calvaire, de Malines, la Mise au Tombeau, du Musée d'Anvers,\nle Saint-Augustin en Extase, de l'église Saint-Augustin! Certes, il faut\nadmirer dans ces œuvres la composition savante, où on ne trouve « nul\nencombrement de mise en scène, peu de contorsions des corps, même\nlorsqu'une passion violente les secoue et les tend » (1). Ni Rubens, ni le\nTitien ne concevaient ces tableaux aussi froidement. Il y a chez eux une\nfougue, un mouvement de vie qui se précipite et dont le torrent ne sem-\nble jamais cesser. Ce qui intéresse dans ces œuvres de Van Dyck, est ce\nqui constitue sa force de portraitiste, c'est-â-dire l'expression des figures.\nVoyez, par exemple, Saint-Augustin en Extase (n° 25). Il y a dans le bas du\ntableau, à droite, un vieillard prosterné, saint Médas Tolentin. C'est un\nvrai portrait. La figure y est trop personnelle, trop objective pour un\ntableau composé et elle dénote clairement des qualités de psychologue\nplutôt que de créateur.\n   Si Van Dyck n'a pu rendre à l'égal de Rubens et même de de Crayer\n la pompe de ces vastes scènes religieuses, avec quelle émotion n'a-t-il\npas poussé à l'extrême l'expression de la douleur dans ses nombreux\n Christ en Croix! Je prends celui du Musée d'Anvers. Le fond est noir vio-\n\n\n  (1) LAFENESTRE.\n"}, {"page_pdf": 1074, "texte": "                    ÉTUDE SUR ANTOINE VAN DYCK                             907\n\n\nlacé, rempli d'ombres et de mystérieuses lumières; une lune pâle montre\nson disque voilé. Des rochers noirs, part comme un jet blafard la croix,\noù se tord dans les ultimes convulsions le Christ, blanc et angoissant, la\nfigure tournée vers le ciel, les yeux rougis par les larmes, les cheveux\ndéfaits, la barbe imprégnée de sang. Cette tête est comme le dernier\nrefuge de la souffrance divine, y atteignant des proportions surhumaines,\ncomme la suprême fleur de sacrifice s'élevant vers Dieu au-dessus de\nl'ascension terrible du corps cloué à la croix.\n   L'émotion que ces Christs vous donnent est inexprimable et inoubliable.\n   Au mois de mai 16-32, Van Dyck quitte définitivement la Belgique. Ce\nfut l'occasion d'une transformation complète et si profonde, qu'on hésite\nà accorder la même paternité à des œuvres qui sont séparées de quelques\nannées à peine.\n   Il s'installe à Londres et reçoit de Charles Ier le titre de « principal pein-\ntre ordinaire de leurs Majestés d'Angleterre ».\n   Les Anglais, écrit Lord Clarendon, jouissaient depuis 1626 d'une excel-\nlence de régime, d'une plénitude de paix, d'abondance et de prospérité\ntelles qu'aucun autre peuple, à aucune autre époque, n : en a joui durant\nune si longue période. Et cependant, dans ce milieu si propre à une efflo-\nrescence d'art, la guerre civile éclate et ébranle le tocsin. Charles Ier lutta\npendant de longues années contre elle, contre les Puritains, contre les\nEcossais, contre la ligue du Covenant. Mais dans quel portrait de\nCharles I er , dans quelle image d'un lord, trouve-t-on un reflet de cette\nsituation inquiétante? Les visages sont tranquilles et paisibles. Le roi\nlui-même conserve son œil insoucieux, sa moustache provocante, alors\nque son esprit est préoccupé des intrigues du Parlement. La Cour\ns'amuse toujours et ne se soucie ni du peuple ni de la révolte et il se\ntrouve que le peintre qui était appelé à l'immortaliser dans ses œuvres,\nparticipe par goût à cette vie. Comme ces seigneurs anglais, Van Dyck\nest aristocrate et indifférent. Sa distinction devait s'accorder avec leurs\noisivetés et il devient l'évocateur le plus parfait qu'on pût trouver de\ncette société où\n                          Tout n'était qu'ordre et beauté\n                          Luxe calme et volupté.\n\n  Ce ne sont plus les couleurs d'antan pures, le noir à cassures brillantes,\nle rouge rubénien, le brun Van Dyck, ni la simplicité des guimpes\nblanches et empesées et les étoffes lourdes. C'est un ensemble de cou-\nleurs variées fondues, lumineuses dans certaines œuvres, s'assourdissant\nen tons de rouille dans d'autres. Beaucoup de ses toiles rappellent ces\ntonalités chaudes et claires dont l'automne enguirlande les campagnes.\nL'analogie entre la succession des saisons et la vie de Van Dyck est frap-\n"}, {"page_pdf": 1075, "texte": "  908                            DURENDAL\n\n\n\n  nante. Son été, c'est sa période flamande, où tout vit, vibre et s'exalte au\n soleil de la peinture des Pays-Bas, au génie de Rubens. La période\n anglaise est l'automne de son existence, automne prématuré qui s'illu-\n mine des conceptions originales de sa pensée et des roux et des ors de sa\n palette.\n    Malgré la constante élégance qui se trouve dans les toiles anglaises, et\n qui est autant le fait de Van Dyck que celui du modèle, les personnages\n conservent une individualité, très nette. Leur figure, leur habitude de vie\n est admirablement complétée par le décor, par le fond et par la couleur.\n Voici Villiers Grandisson (n° 82), saisi dans une attitude de marche sou-\n ple, dans un paysage de rochers et de lointains vaporeux, tenant d'une\n main un feutre orné de splendides plumes et ramenant de l'autre un\nmanteau sombre tranchant sur le rouge étoffé du costume. Voici les mer-\n veilleux portraits des deux jeunes Stuart (n° 78) et de Lord Digby avec\n le 'duc de Bedford (n° 52), œuvres de composition unique et de lumière\nimpressionnante.\n    Rappelez-vous les « deux Stuart » où les vêtements vert d'eau, doublés\nde soie argentée de l'un étaient savamment opposés au bistre et à\n l'ocre du costume de l'autre, leurs attitudes parfaites : le premier de\nprofil, le coude gauche relevé, laissant apercevoir la coupe élégante du\npourpoint et du mantelet, le second de face, se plaçant en pleine lumière\nsur le fond sombre et soutenu. Souvenez-vous aussi du décor splendide\nde colonnades et de draperies d'un palais soupçonné dans lequel se dres-\nsaient avec hauteur les magnifiques George Digby, vêtu de noir, et\nWilliam duc de Bedford, habillé en rouge. Comme la pose de chaque\npersonnage en accentue le caractère. Le premier est un jeune seigneur\nsatisfait de lui-même, saturé de succès, doué de conceptions intellectuelles,\nfaciles et agréables. Ne le témoigne-t-il pas par son attitude nonchalante?\n11 se montre de face afin qu'on admire la grâce de ses boucles, la ligne\nparfaite de ses lèvres, la douceur du regard, la finesse et l'aristocratie des\nmains effilées. Le second, le duc de Bedford, est u n chevalier énergique\net savant; n'est-ce point pour cela qu'il laisse voir son profil décidé, son\nfront haut et dégagé, la fermeté de son maintien, tranchant nettement\nsur la draperie rouge du fond. Et remarquez avec quel soin les détails\nsont rendus, avec quel art l'ensemble est fondu et enveloppant. Et comme\nmes notes l'indiquent, il n'y a pas une faiblesse dans tout le tableau.\nToutes les difficultés suscitées par un portrait double sont surmontées\navec une telle aisance qu'on ne les soupçonne même pas. On ne peut\nimaginer une œuvre plus complète. On y chercherait en vain un «trou»,\nune hésitation.\n  Voici l'exquis portrait en buste du colonel Charles Cavendish (n° 48),\ndont la jeunesse est pour la vue une blonde caresse. La tête fine s'y\n"}, {"page_pdf": 1076, "texte": "           VAX DYCK\nLE CHRIST EXPIRANT SUR LA CROIX\n         (MUSÉE   D'ANVERS)\n"}, {"page_pdf": 1077, "texte": ""}, {"page_pdf": 1078, "texte": "                      ETUDE    SUR ANTOINE VAN DYCK                    909\n\n\n\n illumine sous les boucles brunes qui retombent sur la fraise de dentelle\n enserrant le col. Le pourpoint noir s'allonge en de longs crevés de satin\n blanc qui, par leur clarté, animent la pénombre de la toile. Le fond est\n d'un brun vibrant et transparent. Voici l'homme à la houlette, allégorie\n tendre et d'un accord de tons délicat. Voici le portrait d'un gentilhomme\n (n° 91) en gris argent, si curieux d'attitude et par la nouveauté des\ndimensions de la toile. Voici lord d'Arundel et son enfant (n° 41), où,\ncomme dans un burin inspiré, vivent la vigoureuse tête du père et la\nsimplicité de l'enfant. Voici les enfants de Charles Ier qui, « malgré le\nluxe de leurs chatoyantes soiries, malgré la gêne de leur attitude\nimposée, restent, au fond, si naïfs et si étonnés avec leurs petites\nmines sérieuses, avec leurs grands yeux brillants de fils de. rois adulés et\nprécoces (1).\n    Une toile d'une conception profonde, intellectuelle et harmonieuse,\nc'est le portrait de Carew et Killigrew (n° 61). Van Dyck s'y élève à\nl'expression la plus haute de l'art. Ce ne sont plus des figures indivi-\nduelles. C'est l'acteur, c'est le poète. Quiconque les a contemplées ne peut\nplus s'imaginer un acteur et un poète sans penser à eux, sans revoir leur\nphysionomie saisissante, sans se rappeler le langage de leurs attitudes,\nle sentiment de leur volonté. Il n'oubliera jamais l'acteur Carew, la\nprunelle fixe révélant la poursuite d'une interprétation poétique inté-\nrieure, le coude appuyé et ramenant une main droite et effilée au front,\nni le poète Kelligrew, aux lignes nobles du visage, penché sur un\nparchemin où la main trace les mots que l'inspiration dicte. i1 sentira\ntoujours l'atmosphère vibrante, frémissante, qui s'agite dans cette œuvre\ncomme au contact de ces deux cerveaux agissants, cette impression\nvive, ce recul devant ces deux êtres qui semblent prêt à se lever, à agir,\nl'un en déclamant, i'autre en écrivant, il sentira surtout la pénétration\nlongue de ces regards profonds et se rappellera alors ces vers de\nBeaudelaire :\n\n                            On sent avec étonnement\n                            Le feu de ces pruntlles râles,\n                            Clairs fanaux, vivantes opales,\n                        .   Qui vous contemplent fixement (2).\n\n   Certes, dans les œuvres de la période anglaise, Van Dyck atteint\nl'apogée de son talent. Il y atteint dans le portrait à la psychologie la\nplus objective. — le triple portrait en un seul cadre de Charles Ier en est\n\n\n\n (1)   LAFENESTRE.\n (2)   BEAUDELAIRE.\n"}, {"page_pdf": 1079, "texte": " 910                                 DURENDAL\n\n\n\nla preuve certaine,— alliée à la recherche des tonalités les plus subtiles !\nOn lui reprochera peut-être d'y avoir perdu la coloration mouvementée de\nl'Ecole flamande, mais était-ce en cela que devait résider son expression\nd'art la plus complète et, étant donnés ces modèles, n'a-t-i-1 pas trouvé\nla forme et la technique la plus adéquate à leur représentation et à son\nidéal? Avec d'autres procédés que les siens, pouvait-il peindre un portrait\nen un jour et avec aussi peu de couleur?\n   S'il se montre si peu flamand par le type dans ses portraits anglais,\npeut-on lui en faire un reproche? Lorsqu'il s;est peint lui-même, dans\nson curieux et si moderne portrait de «Van Dyck au tournesol», ne\nretrouve-t-on pas le Flamand dans le coloris comme dans l'expression?\nAdmirez de plus, dans ce portrait, ce sentiment de l'originalité, qui est\nune des caractéristiques de l'art moderne. Ne semble-t-il pas que Van\nDyck, en se peignant dans cette attitude « actuelle », a deviné l'hom-\nmage que l'Europe artistique lui rendrait trois siècles après sa naissance?\n    Quel portraitiste admirable que Van Dyck! Il sait .si bien que toutes\nles expressions sont dues à la ligne et à la lumière bien plus qu'à la\n qualité spécifique de la couleur. Celle-ci est l'élément subjectif du\n portrait; elle n'a d'autre but que de préciser la ressemblance. Le dessin\n exprime le caractère, fait éclore l'âme sur le visage et dans l'attitude.\n C'est ainsi que ses portraits les plus évocateurs sont conçus en une seule\n teinte fondue, sans éclats, sans coloris violent. Ce qui frappe d'abord,\n c'est la ligne, le dessin des prunelles, la netteté du profil et des mains ;\n c'est ainsi aussi qu'il s'est montré psychologue admirable dans - les\n Centum icones, recueil d'eaux-fortes, immortalisant par des traits vivants\n les figures des peintres et des hommes célèbres duXVIIesiècle: « A sa\n manière dans son genre, par l'unique conformité de sa nature-avec\n l'esprit, les besoins et les élégances de son époque, il est dans l'art de\n peindre ses contemporains l'Egal de qui que ce soit. (1). » Il est moins\n grandiose que Rubens, mais il attire et séduit davantage. Il est plus sen-\n sible et plus doux que le Titien. Il est moins sec et aussi bon psychologue\n que Holbein. C'est un profond penseur. Il n'inquiète pas comme Rem-\n  brandt, mais il charme et repose.\n\n                                                            HENRY VAES.\n\n\n\n\n   (1) FROMENTIN. Les Maîtres d'autrefois.\n"}, {"page_pdf": 1080, "texte": "            A MA              MÈRE\n\n\nTes doigts ingénieux prompts aux nobles travaux\nSe plaisent à parer la toile fine ou rude\nDu caprice des fleurs ou de dessins égaux\nDans ta laborieuse et pensive attitude.\n\nSans fièvre et sans repos, d'un rythme créateur,\nTu guides ton aiguille insinuante et vive;\nEt quelque oiseau bigarre émerge avec lenteur\nEt la fleur apparaît violente ou naïve.\n\nTu ne crains pas le poids des jours et du destin,\nTranquille au grand soleil, souriante à la lune.\nL'heure qui t'a blessée ou bien l'heure opportune\nTrouve en ton cœur la paix et l'aiguille en ta main.\n\nLa scintillante soie abonde en tes corbeilles.\nLa beauté de ta vie éclate en cette ardeur\nDe ressembler dès l'aube à tes sœurs les abeilles,\nTa demeure s'emplit de calme et de labeur.\n\nLes femmes qui te voient sont fières d'être femmes.\nQuand tu restes le front penché sur ton métier,\nLes funéraires chants et les épithalames\nNe t'ont point fait oisive ou lasse à ton foyer.\n\nQue le bonheur sourie ou que l'espoir se cache,\nMère, placide mère, offre-nous tendrement\nL'image de la Vie attentive à sa tâche\nEt dont rien n'interrompt le bel avènement.\n"}, {"page_pdf": 1081, "texte": "912                          DURENDAL\n\n\n\n\n                         NUAGES\n\n      Le nuage a passé dont la grâce livrait\n      Le fin contour de ton visage à mon souhait.\n\n      Ah! que defois mes yeux imposent aux nuages\n      La forme des très chers et disparus visages.\n\n      Et que j'en ai vu fuir dans l'abîme attristant\n      Avec plus de lenteur que sur mes jours pourtant.\n\n      Et, rais prestigieux que mon désir allume\n      Avec plus de pitié dans leurs regards de brume.\n\n      0 ces visages nés d'un transparent repli\n      Ces sourires d'adieu sur ces lèvres d'oubli.\n      Ces visages d'ardeur et de désir fugace\n      Et ces gestes meurtris que brisera l'espace,\n      Cesfrêles bien-aimés, divins d'être sans voix\n      Par mes yeux créateurs poursuivis tant de fois.\n\n      Eux qu'entraîne à la mort le vent dans sa nef prompte\n      Dont la grâce est de fuir et qu'un seul souffle dompte.\n      Ils n'ont vers nos regrets ni soupir ni retour\n      Et pour mieux rappeler ceux qu'on aima d'amour,\n\n      Les élus des amours belles et désolées\n      Ils parent de soleil leurs belles envolées.\n\n      Et pour vous ressembler, taciturnes douleurs,\n      Ils meurent de pleurer et ne sont que des pleurs.\n\n                                          HÉLÈNE VACARESCO,\n"}, {"page_pdf": 1082, "texte": ""}, {"page_pdf": 1083, "texte": "GUIDO GEZELLE\n (Oeuvre   de   JULES LAGAE)\n"}, {"page_pdf": 1084, "texte": "                     UN PRÊTRE-POÈTE                          91?\n\n\n\n\n                              +\n           UN PRÊTRE-POÈTE\n\n   Au moment de paraître, nous apprenons la douloureuse\nnouvelle de la mort de Guido Gezelle, le prêtre-poète. I1\nfut et il restera un des plus grands poètes de ce siècle, et\nnous le disons avec fierté, à l'honneur de l'Église, ce\npoète était un de ses prêtres. En lui donnant ce titre\nglorieux, nous n'exagérons pas. J'en appelle au jugement\nde tous ceux qui, connaissant la belle langue flamande,\nont eu la joie de lire ses œuvres immortelles,\n   Si Gezelle n'a pas la réputation européenne qui lui\nrevient de droit, c'est, hélas! à cause de la langue dont il\ns'est servi.\n   Cette langue n'étant, en somme en usage que dans deux\npetits pays, et l'un de ceux-ci, le nôtre, étant malheureuse-\nment trop indifférent à cette belle et forte littérature fla-\nmande, encore débordante de sève et pleine de vie à\nl'heure actuelle, il se fait que Gezelle n'est ni connu, ni\napprécié à sa haute et juste valeur.\n   Ses œuvres sont tellement puissantes que rien que pour\navoir la jouissance de les lire, de s'en nourrir, de pénétrer\ndans l'intimité d'une des plus lumineuses âmes de poète\nde notre temps, il vaudrait la peine qu'on apprenne le\nflamand sérieusement à nos écoliers.\n   On leur apprend bien le latin et le grec, deux langues\nmortes, pour les initier à une littérature païenne, morte\naussi, belle sans doute, mais qui ne peut avoir pour nous\nni l'intérêt, ni l'utilité, ni le charme, ni la force éducatrice\n"}, {"page_pdf": 1085, "texte": "914                      DURENDAL\n\n\n\n\n d'une œuvre vivante et chrétienne, d'une œuvre contem-\n poraine, d'une œuvre d'un des nôtres, qui était à la fois\n un saint prêtre de notre grande Eglise catholique et un\n artiste de toute première envergure.\n    C'est une honte pour nous que d'en être là. C'est la con-\n damnation du système actuel d'enseignement scolaire. Si\n peut-être, en d'autres domaines, ceux qu'on appelle si sou-\n vent, avec un mépris mesquin et ridicule, les flamingants,\n exagèrent un peu leurs exigences, en ce qui concerne l'en-\n seignement de la langue flamande, je leur donne pleine-\n ment raison.\n    Quant à moi, je préférerais cent fois être parfaitement\n maître de cette belle langue, que de connaître le latin et\n d'avoir un peu de vernis de grec. Et je ne pardonnerai\n jamais à mes maîtres de me l'avoir si mal enseignée et de\n m'avoir ainsi laissé dans l'incapacité de goûter, autant que\n je le voudrais et qu'il le faudrait, la fastueuse poésie du\n grand Gezelle.\n    Voulant à tout prix m'initier à son œuvre saine et vigou-\n reuse, je me suis souvent mis à l'étudier, soit à coups de\n dictionnaire, soit à l'aide de quelques-uns des nombreux\n admirateurs du grand poète.\n    Parmi ceux-ci, il faut citer, pour leur honneur, les deux\n Verriest, Hugo, l'abbé, qui, lui aussi, est un beau et vrai\n poète, et le distingué professeur de l'Université de Lou-\n vain, le D r Verriest, ainsi que l'abbé Cuppens, qui nous\n donne ici-même une étude complète de l'oeuvre géniale\n du poète Gezelle.\n    Récemment encore, le D r Verriest et moi, nous lisions\n ensemble avec délices, durant un séjour au bord de la\n mer, quelques-unes des dernières poésies de Gezelle. Et\n nous ne savions comment nous exprimer l'un à l'autre\n notre admiration enthousiaste pour cette poésie grande,\n profonde, débordante de génie, aux pensées belles et\n"}, {"page_pdf": 1086, "texte": "                    UN PRÊTRE POÈTE:                       915\n\n\n\n\nfortes, parsemée d'images tantôt souriantes comme les\nfleurs et harmonieuses comme le chant des oiseaux, tantôt\npuissantes et énergiques, comme l'orage dans la montagne\net comme le bruit des flots soulevés d'une mer en colère.\n   Je laisse à un autre plus compétent que moi, mieux\nau courant de la langue flamande, et d'autant mieux\nrenseigné, qu'il a vécu dans l'intimité du poète qui l'ho-\nnora d'une amitié dont il était digne, à l'abbé Cuppens,\npoète flamand lui-même, la joie de nous parler des\nsplendides chefs-d'œuvre que laisse notre cher et vénéré\nGezel le.\n   J'ai voulu seulement saluer sa grande âme, au moment\noù elle nous quitte laissant derrière elle le parfum\nd'une vie toute angélique et poétique, uniquement\nvouée à son Dieu et à son art, pour prendre son vol vers\nle Dieu dont il chanta ici-bas la beauté essentielle, avec\nune magnificence digne d'un idéal aussi élevé, et dont il\ncélèbre maintenant la gloire dans les splendeurs de la con-\ntemplation de l'extase du ciel, avec les poètes du paradis,\nqui sont les anges et les saints.\n                              L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n\n   Nous espérons bien que sans tarder on se décidera à\nélever à Gezelle un monument digne de lui, grand comme\nson œuvre si c'est possible, soit dans une église où il méri-\nterait de figurer, soit sur une de nos places publiques où\nsa vue serait un enseignement continuel pour le peuple\nqui passerait à ses pieds. On consacre si facilement des\nmonuments à tant d'hommes qui ne viennent pas à la\ncheville de notre poète, grand parmi les plus grands.\n   Jamais on ne fera un monument assez somptueux. Il\nsera toujours inférieur à la mémoire qu'il devra glorifier.\n                                                   H. M.\n"}, {"page_pdf": 1087, "texte": "                      Guido Gezelle\n\n\n                LE nom de ce poète a été cité à plusieurs reprises\n                  dans cette revue. En ces derniers temps, des\n                  témoignages éclatants d'admiration lui sont venus\n                  de France, de Hollande, de partout.\n                    On a, — enfin ! découvert Gezelle!\n                    Je me souviens du temps — peu éloigné —\n                  où le nom de Guido Gezelle n'était prononcé\n                  par la plupart des « littérateurs » flamands eux-\nmêmes qu'avec un sourire de dédain, parfois même avec une\nsorte de haine.\n    Dans l'orgueilleuse Hollande, il était volontairement ignoré\nou accueilli par un haussement d'épaules.\n   C'est que Guido Gezelle est une figure d'une puissante origina-\nlité. Et les natures supérieures froissent la banalité et l'étroitesse\nde la masse des pédants ignorants qui croient avoir raison parce\nqu'ils sont le nombre, et inquiètent la vanité des petites célébrités\nfil y en a eu pas mal depuis 1830 en terre flamande), qui se\nsentent menacées dans leur gloire passagère par l'apparition de ce\npoète géant.\n   Puis, il a tant devancé l'époque littéraire actuelle !\n   Ceux qui l'ont compris l'aiment d'amour. Le sentiment qu'ils\néprouvent pour lui, ce n'est pas seulement de l'estime, c'est de\n"}, {"page_pdf": 1088, "texte": "                         GUIDO GEZELLE                          917\n\n\nla vénération. Celle qu'on ressent pour l'homme de génie. Ils\nont pour lui un véritable culte, un culte enthousiaste.\n   J'en sais dont l'âme a été littéralement formée par Guido\nGezelle. Il a été leur éducateur. Tout ce qu'ils sont, tout ce qu'ils\nont de meilleur, de plus noble en eux, ils l'ont puisé dans la\nméditation de son œuvre immortelle. Ils lui doivent les' jouis-\nsances artistiques les plus exquises de leur vie.\n   Gezelle leur a ouvert des horizons de beauté, de splendeur,\ndont la contemplation est pour eux une source intarissable de\njoies idéales...\n   Mais ceux-là étaient, ils sont encore le petit nombre.\n\n\n\n   Ç'a été pour l'auteur de ces notes un grand honneur et une joie\nréelle de se voir inviter par Durendal à parler ici du maître\nflamand.\n   On lui a demandé — une étude !\n   Je tiens à déclarer que la majesté du sujet, le danger qu'il y a\npour moi de manquer de respect envers le poète que je considère\ncomme le plus admirable poète catholique actuel, m'imposent\nl'obligation stricte de renoncer à l'honneur d'intituler du nom\nd'étude les notes qu'on va lire.\n   L'étude approfondie sur Gezelle viendra, je l'espère, un jour.\n   Je connais quelqu'un, de cette revue, qui est capable de la\nfaire, définitive.\n   Je suis convaincu de la grande utilité, de l'importance extrême,\ndirai-je, qu'elle aurait, même pour les lettres catholiques franco-\nbelges et françaises : Gezelle est un poète dont l'influence doit\nrayonner au-delà des frontières de sa petite Flandre, car Gezelle\nn'est pas seulement une des plus pures gloires des lettres fla-\nmandes, c'est un des plus grands poètes de ce siècle.\n\n                         LA     LANGUE\n\n  La langue de Guido Gezelle est le flamand de «West-Flandre»\n(Flandre occidentale et Flandre française). Le West-Flamand\n"}, {"page_pdf": 1089, "texte": "  918                         DURENDAL\n\n\n  est le dialecte le plus riche, le plus original et le plus harmonieux\n des différents dialectes thiois ou « néerlandais », si l'on veut. Au\n moyen âge, il a dominé aussi bien en Hollande que dans les\n provinces du Sud comme langue littéraire : Van Maerlandt,\n «le père de tous', les poètes thiois», était West- Flamand ; le\n poème du Renard, le chef-d'œuvre de l'ancienne littérature\n thioise, est écrit en ce dialecte. Mais depuis la déchéance des\n provinces du Sud, la formation et le développement prodigieux\n de la République hollandaise, ce fut la province de Hollande\n qui imposa peu à peu, grâce à l'influence dès grands écrivains\n du XVIIe siècle (Hooft, Vondel, etc.) le hollandais (un dialecte\n aussi, et le moins beau des dialectes thiois) comme langue litté-\n raire.\n     La langue si harmonieuse de West-Flandre fut donc chassée\n de ses domaines ; même en West-Flandre, ceux qui prétendaient\nau nom d'écrivain, tâchaient de se « hollandiser » le plus qu'ils\npouvaient, au détriment du naturel et du style, car aucun fla-\n mand de West Flandre ne saurait écrire le hollandais !\n    Mais le peuple continuait de parler son idiome et le conserva\nen une telle pureté, qu'un west-flamand sans instruction peut\nencore comprendre assez facilement aujourd'hui les poèmes des\nXIIe et XIIIe siècles.\n    Vint feu M. le Doyen De Bo, qui consacra toute sa vie à\nrecueillir les trésors du 'riche dialecte West-Flamand en une\nœuvre capitale, son Idioticon, un dictionnaire qui renferme\n 15,000 mots et expressions flamandes, que les dictionnaires cou-\nrants ignoraient ou bannissaient; vint Guido Gezelle, l'ami intime\nde De Bo, qui lança, en 1858, son premier recueil de poésies\nécrites en flamand, sous le titre modeste de Dichtoefeningen,\n(Exercices poétiques).\n    Il disait dans le prospectus :\n   « Ces exercices poétiques flamands, je vous les offre avec les\nsentiments de quelqu'un qui essayerait de réintroduire un instru-\nment de musique du moyen âge ; avec la même défiance d'y\nréussir, mais avec une conviction égale, qu'on pourrait en tirer\nquelque chose, s'il pouvait tomber en de meilleures mains.\n"}, {"page_pdf": 1090, "texte": "                                    GUIDO GEZELLE                                            919\n\n\n\n   » Car ce sont des essais poétiques flamands, flamands, de Flan-\ndre, si vous voulez ; du moins, je souhaiterais qu'ils pussent valoir\ncomme tels, non seulement pour la matière et le style, mais aussi\npour les mots et les tournures.\n   » En y travaillant, j'ai tâché de suivre surtout d'anciens poètes\nflamands, et j'ai essayé d'employer autant que possible la langue\nqui fut écrite par Maerlandt et d'autres, et qui, grâce à Dieu, est\nencore vivante ici, car on l'entend parler tous les jours. »\n   Et dans la dédicace qu'il faisait de son œuvre aux élèves du\npetit séminaire de Roulers, où il était, je crois, professeur de\npoésie, il exprimait son amour pour la Flandre et pour son\nidiome dans les strophes suivantes (1) :\n\n   En Flandre luit le ciel bleu, — comme dans toutes les contrées\ndu monde ; — la rosée du matin y scintille, — comme dans d'au-\ntres pays.\n   Le ruisseau flamand chante sa chanson, — quoiqu'il n'y nage\n\n\n   (1) Je traduirai le plus littéralement que je pourrai les larges citations que je ferai des poésies\nde G. G., sans me soucier aucunement de faire du « bon français », — ce dont je suis d'ailleurs\nparfaitement incapable. — Enormément de beautés seront ainsi sacrifiées ; le mot juste ne se\ntrouvera souvent pas. Car le flamand, et celui de G. G. plus que tout autre, est d'une richesse\nmerveilleuse d'expressions, d'une variété de nuances incomparable. L'harmonie unique des vers\ndu Maître flamand, la splendeur et l'originalité des formes rythmiques qu'il emploie et dont il\nen a créé lui-même plusieurs, la musique délicieuse enfin que sont ses vers, tout cela sera, hélas !\nsacrifié. Ceci soit dit : d'abord pour m'excuser d'avance, si mes « traductions » ne donnent pas\nune idée assez concrète et adéquate de la poésie du Maître, ensuite et surtout, pour engager\n(fortement) les lecteurs de Durendal qui savent le flamand à lire Gezelle dans la langue\noriginale. Je suis convaincu qu'ils me seraient reconnaissants de leur avoir indiqué cette\nsource de joies pures, de jouissances incomparables, de nobles et hautes pensées qu'est l'œuvre\ndu poète. Les poésies de G. G. sont éditées en 6 beaux volumes (dont quelques-uns sont réim-\nprimés pour la 7e fois), par Jules de Meester, à Roulers. Elles coûtent le prix dérisoire de\n11 francs. Voici les titres: 1° Dichtoefeningen (Exercices poétiques); 2° Kerkhofblommen\n(Fleurs du Cimetière);3°Liederen, eerdichten et reliqua (Chansons, poésies de circonstance,etc.)\n4° Gedichten, gezangen en gebeden (Poèmes, chants et prières), — Kleen gedichtjes (Petites\npoésies); 5° Tijdkrans (Guirlande du Temps); 6° Rijmsnoer omen om het jaar (Collier de\nrimes pour toute l'année). — On peut aussi se procurer les volumes séparément. En ce cas, je\nrecommande surtout le dernier, Rijmsnoer, qui est une œuvre magnifique. — G. G. a égale-\nment donné une traduction en vers du poème The Song of Hiawatha, de Longfellow\ntraduction que beaucoup de connaisseurs préfèrent à l'œuvre originale. Notre poète est, en\neffet, un linguiste de premier ordre, etqui possèdesi bien l'anglais,que les Anglais eux-mêmes,\nlorsqu'ils l'entendent parler leur langue, se prennent à croire qu'il est leur compatriote. Parmi\nles quelques ouvrages en prose qu'il a faits, il y a un petit chef-d'œuvre qui devrait être traduit\nen français : Geschiedenis van den Kleenen-Hertog (Histoire du petit duc).\n"}, {"page_pdf": 1091, "texte": " 920                        DURENDAL\n\n\n aucune Naïade; — le vent y frémit doucement dans les roseaux,\n — malgré notre dédain pour Eole.\n    La lune, chez nous, n'est pas une déesse, — mais l'image de\n la Vierge pure, — de la Mère du doux Amour, — à laquelle le\n cœur flamand est agréable.\n    Comme ailleurs la rose sent bon ici, les oiseaux y babillent,\n— et Philomèle y chante délicieusement, — quoiqu'elle s'appelle\n Rossignol.\n    La jeune sarcleuse fait retentir sa chanson, — à l'ouvrage\n depuis l'aube du jour, — et elle répond à celle qu'elle ne voit\npas, — à l'alouette, dans les nues.\n    Il n'y a pas, pour le Flamand, du vin à boire, — sous son toit\n de chaume; — cependant, il voit, autour de sa volière, — briller\n ses raisins mûrs.\n    Et si l'on ne tire pas ici de la grappe — le vin, pour de faux\ndieux, — on y voit perler la bière flamande, — brassée avec le\nnoble grain.\n    L'abeille rapporte des champs et des prairies, — des ventres\npleins de miel, — et l'huile, le miel, la cire, l'hydromel, —\ncroissent dans nos tiges de colza.\n   O petit Pays! sois donc petit : — je ne te voudrais pas plus\ngrand; — et je te vois, — il n'y en a pas de pareil, — ah! je te\nvois si volontiers!\n   Ma Flandre! non, tu ne peux pas changer,— non, tu ne\nchangeras pas, — franchement, sans mensonges, tu t'appelles\nencore : — « la Flandre Catholique ! »\n   Et nulle part, dans aucun autre pays, — quelque fertile qu'il\npuisse être, — Jésus ne peut, dans sa main brillante, — compter\nplus de fleurs du Ciel qu'ici.\n   O petit Pays! soit donc petit : — je ne te voudrais pas plus\ngrand ; — et je te vois, — il n'y en a pas comme toi, — ah ! je te\nvois si volontiers !\n   Ma Flandre parle sa propre langue ; — Dieu donna à chaque\npays la sienne, — et, qu'elle soit riche ou dénuée : — elle est\nflamande, elle est la mienne ! —\n   Elle est flamande, et celui qui méprise son flamand, —\n"}, {"page_pdf": 1092, "texte": "                        GUIDO GEZELLE                        921\n\n\nqu'elle disparaisse ! la langue de celui-là, — qu'elle disparaisse\navec la force de parler : — elle est flamande, c'est la mienne!\n   Levez-vous donc ! Pour la libre chanson flamande! — Foin\ndes faux modèles poétiques, — plus de sons étrangers, appris ;\nrien que des airs Chrétiens et Flamands!\n\n   L'on voit déjà, par le morceau qui précède (et qui n'est pas\nun de ses meilleurs), combien il aime « sa Flandre » et « son\nflamand » ; non pas, il est vrai, à la façon tapageuse et agaçante\nde certains flamingants... officiels, dirons-nous, mais d'un\namour vrai, passionné même.\n   Admirant l'histoire glorieuse de son pays, la beauté du langage\n« que Dieu lui a donné », respectant avec une philosophie très\nprofonde les caractères originaux, l'être spécial, dirai-je, de sa\nbelle langue maternelle, ayant approfondi plus que tout autre le\ngénie propre de l'idiome flamand (car personne, avant Gezelle,\nn'a su cette langue comme lui), — voyant d'autre part cet idiome\ndédaigné du grand nombre des hommes instruits, persécuté\nmême par quelques-uns, il l'a aimé d'amour, comme un père\naime son enfant.\n   Son cœur vraiment sacerdotal et humble, presque à l'excès,\nlui a toujours fait rechercher la société des petites gens, surtout\ndes campagnards. C'est chez eux qu'il a trouvé, conservée dans\nsa pureté, pleine de santé et de vie, la langue de ses pères, c'est\nd'eux qu'il l'a réapprise. Puis, armé de ses études approfondies\nsur la littérature flamande du moyen âge, guidé par son instinct\nde linguiste, mais du linguiste qui ne pratique pas la science en\namateur ou en archéologue, mais bien en homme recherchant la\nvie de la langue, ses organismes intimes, jusqu'à ses origines,\nfaisant rendre compte de la Vie à la Mort même, il a créé une\nlangue littéraire propre, nouvelle qui, tout en se rapprochant\nle plus possible de la langue du petit peuple, évite cependant\navec un soin minutieux les néologismes barbares, les grossiè-\nretés, les scories qui se rencontrent dans l'idiome populaire.\n   Le travail linguistique de Gezelle dans ce sens a été gigan-\ntesque.\n"}, {"page_pdf": 1093, "texte": " 922                         DURENDAL\n\n\n   Le fruit de ses études admirablement secondées par le don\ninné qu'il possède de lire dans les choses, d'avoir sur elles une\nsorte de seconde vue, ce fut cette langue à part, incomparable,\nqu'on reconnaît au premier vers qu'on lit de lui, langue que\nbeaucoup haïssent — parce qu'elle est... trop supérieurement\nparfaite, parce qu'elle accuse leur ignorance et leurparesse, mais\nqui est, oh combien! belle, plantureuse, noble et délicate, libre\net nerveuse, quoique très pure et scientifiquement ordonnée!\n\n                        LA MATIÈRE\n   Guido Gezelle est avant tout un poète lyrique, mais d'un\nlyrisme qui est plus objectif que subjectif; c'est-à-dire que ses\npoèmes sont le plus souvent de la peinture noblement réaliste\nou de la sculpture — en paroles.\n   Les sujets préférés qu'il traite sont, outre la vie du peuple\nflamand, du paysan surtout, — la Nature.\n   Cette nature, il la contemple avec l'amour mystique d'un\nsaint François, il vénère profondément sa pureté et son inno-\ncence, il en épie les beautés secrètes, dans leur variété infinie, il\nse pénètre de ces beautés par une méditation lente et profonde, —\npuis il les chante, il les recrée en vers, il les peint avec des\nnuances d'une délicatesse inouïe...\n   Mainte poésie de Gezelle fait l'impression presque physique\nd'un tableau, d'une statue...\n   Mais cette belle Nature, il ne l'aime pas tant pour elle-même\nque pour Dieu à Qui il la rapporte toujours, et c'est merveille\ncomme les poésies de Gezelle font prier !\n   Sous ce rapport, c'est-à-dire en tant que poète religieux dans\nle sens strict et complet du mot, Gezelle est un poète unique.\n   Son œuvre est une adoration perpétuelle, un long cri d'Amour\net d'admiration vers l'Eternel, vers le Prototype et le Créateur\nde toute beauté et de toutes les beautés.\n   Notre poète a, me semble-t-il, synthétisé lui-même les sujets\npréférés de ses chants dans les poésies liminaires de son recueil :\nRijmsnoer om en om het jaar (Collier de rimes pour toute\n"}, {"page_pdf": 1094, "texte": "                         GUIDO GEZELLE                        923\n\n\n\nl'année), — le dernier paru et le plus magnifique, peut-être, de\ntoute sonceuvre.\n   Ecoutons-le :\n\n   La première chose que ma mère m'apprit à demander, — aux\njours longtemps passés, — lorsque je bégayais, dépourvu encore\n— de paroles, c'était, joignant — mes deux petites menottes :\n« Père, — donnez-moi, s'il vous plaît, une petite croix. » —\n   Je reçus donc ma petite croix — mainte fois, alors, et me sentis\ntaper — sur la joue, tendrement et doucement... — Hélas! tous\ndeux vous me fûtes ravis — par la mort, père et mère, — chose\nqui, aujourd'hui, me peine encore! —\n   Mais cette petite croix est restée — inscrite dans ma tête, pro-\nfondément, — en signe du domaine de mon héritage :\"— quel-\nqu'un me casserait le crâne — et le mettrait en pièces, m'ordon-\nnant de m'en passer, de la petite croix, — qu'il ne l'aurait pas,\nla petite croix, non ! —\n\n                              Dieu\n   Celui qui, par-dessus tout, mérite que les pensées de chacun —\nle considérassent avec une curiosité attentive, maintenant et en\ntous temps, — et demandassent à chaque matière, humblement,\ndes nouvelles de Lui; — Celui qui par-dessus tout 'mérite que\nchaque voix et toute voix — louât sans cesse son Etre et ses\nœuvres; — que chaque homme vivant crût à son témoignage —\nprononcé par une fourmi qui court et s'enfuit dans sa nullité —\nou par la mer amère, qui fait trembler la terre; — Celui qui par-\ndessus tout mérite que chacun fasse humblement sa volonté, —\nCelui qui sait tout, qui voit tout, éternellement.... — On\nL'ignore — De tout ce qu'il fait, et peut détruire, chaque jour,\n— on se lait ! —\n\n                           Adoro Te\n  Je vous adore, grand Dieu — indescriptible, non décrit — et\nincompréhensible, si ce n'est dç vous seul, — qui embrassez tout\n"}, {"page_pdf": 1095, "texte": " 924                       DURENDAL\n\n\n\nce qui fut, est, et sera — d'un embrassement également facile. —\nJe me confesse vraiment trop petit, — moi, pour voir autre\nchose que la seule ombre — de votre grande lumière; — mais,\nsi je ne vois pas, je vous devine — à l'œuvre que vous avez\npensée, voulue et faite, — à la trace divine que — vous avez\nlaissée..—\n\n                          Ayez pitié\n  Ayez pitié, ô Seigneur et Dieu, — ayez pitié de toutes ces gens\n— qui, inattentifs à faire pitié! — ne vous offrent pas l'honneur\nqui vous est dû ! —\n   Plus insensés et plus égarés — encore, sont les criminels —\nqui, avec une aveugle insolence, — ayez pitié! — tuent leur\npropre vie.\n   La lumière, c'est vous, c'est vous — la vie et l'existence de\ntoute chose. — Le mensonge seul peut tendre à la non — existence\nde Celui qui est tout être.\n\n                        Laissez-moi...\n   Laissez-moi, laissez-moi donc me sauver au loin, — vers la\ncampagne, et que la ville, oh! la ville, — ni rien de tous ses\néternels gémissements, — ni rien d'elle ne me suive! —\n   A la ville, il y a toujours tempête — et inquiétude; toujours\nquelque chose, — là, on grogne sur moi et on me regarde de\ntravers, — avec des regards chargés de méchanceté. —\n\n                       Quis enarrabit\n  Qui donc pourra jamais proclamer en paroles — toutes les\nmagnificences de Dieu? —\n   Le frémissement formidable de l'âme du monde, — de la roue-\nsoleil, en sa promenade sans fin ? — La Mer! La Mer! La pro-\nfonde? Et puis, — les espaces lointains, d'étendue inénarrable,\n— de son domaine? Qui décrira — les châtoyements verts et gri-\nsâtres.— dans lesquels se fond sa couleur d'un bleu céleste, —\n"}, {"page_pdf": 1096, "texte": "                        GUIDO GEZELLE                         925\n\n\n\nlorsqu'elle est le sourire et la face charmante — qui sert de\ncouche, le soir, à l'image solaire? — Et les mains menaçantes\nque — je la vois lever, blanches de fureur, — au Ciel, pleines\nd'insolence,— jusqu'à ce que toute sa fureur ait cessé de rugir?—\n   Qui publiera jamais et représentera — en paroles toutes les\nmerveilles de Dieu? —\n   La place fixe des vieilles étoiles, là, — dans la hauteur du\nfirmament : immobiles, — la nuit, attentives à leur heure qui\nvient — dès que le grand soleil se repose ? — Qui dira le\nnombre merveilleux, dans les champs infinis — de cette armée\nqui compte là ses heures — et veille, tandis que le désert — du\nmonde est mort et ténébreux? — O Force céleste, feu et étin-\ncelle, — qui brûle, comme dans le buisson d'épines — d'autre-\nfois, et où la face de Dieu — flamboie, reconnaissable! —\n   Qui publiera jamais et représentera — en paroles, toutes les\nmerveilles de Dieu?\n    La campagne verte qui entre en grossesse — se jaunit d'or et\nverse son froment, — attendant le battement du fléau, — le\ncharretier et la puissance du moulin? — Qui publiera et nous\ndira — toutes les plantes fleuries, et tout le bourdonnement\nd'abeilles — de l'été? Le fier houblon, — les poires brunies et les\npommes rouges? — Et, se baignant dans cette mer de bénédic-\ntion, — le bétail des chevaliers et celui des étables? — La ber-\ngerie qui sort paître, — le colombier qui bat ses pennes? —\n    Et...? Qui proclamera jamais — toutes les hautes et belles\nmerveilles de Dieu?\n    Qui donc exprimera en simples paroles — le chef, le roi des\ncréatures de Dieu, — l'homme, le mâle, — mon compagnon de\n route vers l'éternité? — Et qui représentera jamais son autre\n lui-même — qui le complète et lui est si intimement uni? —\n Qui dira toute la beauté — de la couronne de l'homme, de la\n femme ? — De cette faiblesse qui n'a de force.— que lorsque le\n cœur de son cœur vit, — dans l'amour, dans la douleur; — de\n la femme forte — qui d'amour seul mourrait? —\n    Qui donc, homme ou femme, — dira pleinement la magnifi-\n cence de Dieu?\n"}, {"page_pdf": 1097, "texte": " 926                         DURENDAL\n\n\n   Quelle sera donc la beauté, qu'on verra plus tard, — au siège\nmême de la famille de Dieu, — famille que ni œil humain, ni —\nouïe d'homme, grand ou petit, — ni cœur, ni pensée, n'ont\njamais — comprise? Dans laquelle vit, vivant, — Celui qui\nest la Vie? O béatitude — de ce séjour,... comment dirai-je le\nnom, — non pas de Celui qu'aucune plume ne sait décrire, —\nmais du palais, où réside Dieu? — O soleil, ô mer, ô campagne,\nô étoiles, — je le demande, encore et encore,— enseignez-moi, je\nsuis fatigué de mendier une réponse, — et à bout de sagesse :\nQui, jamais...? —\n                               Marie\n   O noble cœur, ô Femme libre, qu'Adam ne put souiller, —\ncombien s'enlaidit pour moi, quand je vous contemple, — la\nplus belle chose que le soleil voit!\n   O Diamant, tombé des mains — du Seigneur; goutte de rosée,\nfraîche et belle, — où je vois scintiller l'œil du ciel ; couronne du\nmonde non ternie ! —\n   O Vierge du milieu, qui, parmi tant de vierges — qui jouent\nautour de vous, êtes la plus belle, — accordez à ma pauvre\nmisère, — quela louange vous soit donnée, par moi — trop mal\npréparé pour cette tâche !\n   Cette supplication ardente à la Vierge des vierges glorifie le\ncaractère spécial de sa poésie : la virginité.\n   Toute l'œuvre de ce saint prêtre a la candeur du lys et la fraî-\ncheur de la pure rosée du matin.\n   Des effluves de pureté se dégagent de tous ses poèmes, péné-\ntrant l'âme du lecteur d'une sensation d'air paradisiaque.\n   En cela, il contraste singulièrement avec la plupart des poètes\nmodernes. S'il a quelque chose de Verlaine, — comme on l'a dit,\n— il n'en a que le côté pur.\n   Gezelle est peut-être le seul poète qui peut se glorifier de n'avoir\njamais écrit une ligne, un vers qui ne fût inspiré par un bon et\nbeau sentiment, qui ne pût porter en exergue les paroles qui\ndevraient être la devise de tout acte humain : ad majorem Dei\ngloriam.\n   (A suivre.)                        L'abbé AUGUSTE CUPPENS.\n"}, {"page_pdf": 1098, "texte": "     LA MANDOLINE\n\n\nPAQUES                  ENFANTINES\n                               A GEORGES VIRRÈS.\n\n                    I\nOh! les Pâques de mon enfance!\nOh! ces matins endimanchés\nQue les mille voix des clochers\nCélébraient un long jour d'avance!\nOh! ces hymnes dans l'air serein!\nOh ! ces vibrants concerts de cloches\nQui faisaient, sur les maisons proches,\nPasser comme un frisson d'airain!\nToutes les cloches des églises,\nMétal frêle ou grave bourdon,\nSonnaient et sonnaient — ding, ding, don ! —\nEn mêlant leurs chants dans les brises.\nLe ciel était plein de leurs voix\nMystiques et surnaturelles.\nEt sur les flèches des tourelles\nFlottaient gaîment de clairs pavois.\n"}, {"page_pdf": 1099, "texte": "928                   DURENDAL\n\n\n\n                          II\n\n      Dans le jardin où les pervenches\n      S'entrouvraient au tiède soleil,\n      Je descendais dès mon réveil\n      Avec mes sœurs en robes blanches.\n      Tandis qu'ensemble elles marchaient\n      Auprès de moi, roses et blondes,\n      Mes noires boucles vagabondes\n      A leurs cheveux d'or s'accrochaient....\n      Et nous courions, lèvres fleuries\n      D'un sourire, pour dénicher\n      Les œufs qui tombaient du clocher\n      Avec les claires sonneries.\n      Au moindre œuf c'étaient de longs cris!\n      On en découvrait sous chaque arbre :\n      Œufs de sucre aux blancheurs de marbre,\n      Œufs bruns, œufs violets, œufs gris;\n      Œufs rouges, pareils à des bouches,\n      Œufs de satin, œufs de velours;\n      Les uns pesants, d'autres moins lourds\n      Que les œufs fins des oiseaux mouches!\n      Et pendant qu'aux espaces bleus\n      S'envolaient bourdons et clochettes,\n      Les œufs sortaient de leurs cachettes\n      Comme un trésor miraculeux.\n      Nous leur sentions un saint arome:\n      Car, pour notre esprit enfantin,\n      Ils étaient venus le matin\n      Sur l'aile des cloches de Rome!\n"}, {"page_pdf": 1100, "texte": "               LA MANDOLINE                   929\n\n\n\n\n        RENAISSANCE\n                                A ALFRED DUGHESNE.\n\n                      I\n\nQuand l'hiver éteint les clartés\nEt fait taire les ariettes,\nL'oubli tient longtemps écartés\nLes Roméos des Juliettes.\nEt dans le froid universel,\nSi l'Amour nous visite encore,\nCe n'est plus un doux jouvencel :\nC'est un bourreau qui nous dévore.\nTandis que de pesants glaçons\nEmprisonnent l'eau jadis libre,\nLe doute aux lugubres frissons\nEtreint tous les coeurs fibre à fibre.\nL'un porte en lui l'âme d'Hamlet,\nCe gouffre où le spleen s'éternise;\nUn autre, plus ardent, se plaît\nAux cris du More de Venise....\nEt ces purs anges, fleurs de Mai :\nDesdémone ou bien Ophélie,\nSeront punis d'avoir aimé\nPar la mort ou par la folie!\nLa nuit, la glace et les brouillards\nDont l'Hiver compose sa trame,\nEn pénétrant jusqu'à notre âme,\nNous donnent des cœurs de vieillards.\n"}, {"page_pdf": 1101, "texte": "930                    DURENDAL\n\n\n\n                           II\n      Mais à présent, que nous importe\n      Le rêveur sombre d'Elseneur,\n      Puisque Avril a rouvert la porte\n      Au clair cortège du bonheur?\n      Hamlet peut garder sa folie,\n      Et sa jalousie Othello !....\n      Laissons flotter au fil de l'eau\n      Le corps de la mélancolie !\n      Qui persisterait à marcher\n      Dans l'ombre angoissante du doute,\n      Quand le soleil, joyeux archer,\n      Met ses. flèches d'or sur la route ?\n      Qui soupçonnerait plus longtemps\n      La pureté de Desdémpne,\n      Devant la candeur du printemps\n      Et la blancheur de l'anémone?\n      Maintenant que le ciel sourit\n      A la terre qui se parfume,\n      Bannissons le funèbre Esprit\n      Et les vains spectres de la brume !\n      De l'Amour fidèles féaux.\n      Rendons hommage à sa couronne !\n      Et soyons tous des Roméos\n      Sur le clair balcon de Vérone !\n\n                           III\n      Moi, que l'hiver tint prisonnier\n      Ainsi qu'un lézard sous des pierres,\n      Je ris au soleil printanier\n      Qui revient baiser mes paupières ;\n"}, {"page_pdf": 1102, "texte": "                 LA MANDOLINE                  931\n\n\n   Et je me réchauffe, exhumé\n   Des ténèbres de l'oubliette,\n   A l'amour qui s'est allumé\n   Dans les yeux bleus de Juliette.\n\n\n\n\nLE PRINTEMPS               SUR           L'ADOUR\n   Des tièdes rives de l'Adour,\n   Je vous adresse ce message :\n   C'est un salut de troubadour,\n   Quelques couplets pris au passage.\n\n   Car je pense sans cesse à vous,\n   A vos célestes yeux de blonde....\n   Et pourtant, combien il est doux,\n   Ce pays où je vagabonde!\n\n   Un sourire tendre et subtil\n   S'épanouit sur toutes choses :\n   On est encore au mois d'Avril,\n   Et les jardins sont pleins de roses!\n\n   Les blanches maisons aux toits plats\n   Disparaissent sous les glycines,\n   Et mille grappes de lilas\n   Emplissent l'air d'odeurs divines.\n\n   De la vallée aux verts coteaux,\n   C'est une joie ardente et neuve;\n   Les voiles grises des bateaux\n   Frissonnent g aiment sur le fleuve.\n"}, {"page_pdf": 1103, "texte": "932                    DURENDAL\n\n\n        Et l'on voit des groupes d'âniers,\n        Dans le chaud midi qui rayonne,\n        Revenir avec leurs paniers\n        Du bruyant marché de Bayonne.\n        Je les regarde, — et c'est charmant,\n        Ce défilé de petits ânes\n        Qui trottinent nonchalamment\n        Sous l'ombre courte des platanes.\n        Ils s'en vont le long de l'Adour,\n        Tantôt seuls et tantôt en troupe;\n        Et les femmes en simple atour\n        Ont parfois un enfant en croupe....\n        Moi, je contemple tout cela\n        En me disant, ma tendre blonde,\n        Que si vous étiez aussi là,\n        J'aurais trop de bonheur au monde!\n        Et de ce pays clair et doux,\n        A l'heure calme où le soir tombe,\n        Mon souvenir vole vers vous\n        Comme une fidèle colombe.\n\n                                               FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\nBayonne, Avril 1898.\n"}, {"page_pdf": 1104, "texte": "        CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                 VOICI rouverte l'annuelle série d'expositions où prendra\n                    bientôt place, pour la première fois, un salon d'art\n                    religieux. De la sorte, les artistes mettent en marge\n                    du livre de la vie des « images » parmi lesquelles nous\n                    aurons enfin la nécessaire douceur chrétienne. Pour-\n                    quoi ne comprennent-ils pas davantage ce rôle « d'il-\n                    lustrateurs » de nos jours ? Pourquoi si peu d'images et\n                    encore tant de tableaux ? L'image, c'est (au sens que\n                    nous voulons ici) une spontanée traduction de la nature;\nle trait harmonique, les nuances significatives livrés directement à notre\nvie; le tableau (toujours au même sens), c'est l'inutilité du double,\nl'erreur d'un objet froid de musée.\n   Tels regrets ou espoirs forment, comme de coutume, l'intérêt des\ntentatives si diversement variées, qu'il nous faudra noter souvent d'un\nmot trop bref. La deuxième exposition d'un cercle: L''Alliance Artistique\nprésenta, parmi les indulgences et l'intérêt qu'il faut pour tout ce que\nmarque le sceau précieux de jeunesse, quelques artistes connus et de\nnombreux débutants. Disons seulement l'admirable saveur des pâtes de\nJ. Impens; les vues d'églises de Vanden Eeden: un radieux réveil des\ncygnes de Verdyen; les nombreux envois de François, eaux et verdure;\nles impressions marines de Hannay, déjà expert aux harmonies vert-\nnoir, comme Herremans à celle du rose et du gris. L'instinct poétique\nn'empêche pas de peindre J. Mailly. Une précieuse faculté de synthèse\ndans le trait et la couleur caractérise les ouvrages veloutés de H. Moreau.\nUn nouveau peintre de fleurs : Alf. Ruytinx.\n   Au Cercle Artistique, la première exposition nous a permis d'étudier,\nen sort développement actuel, un jeune artiste qui, naguère, y fit ses\ndébuts et dont les œuvres ont été déjà tant remarquées. Henri Evenepoel\nest certainement une des personnalités les plus intéressantes d'aujour-\nd'hui. Tout dénonce en lui une nature d'exception. Volontiers, on imagi-\nnerait son travail tellement instinctif, qu'il en devient facile, constant\ncomme une force naturelle. Celle-ci s'empare, avec l'habileté, du domaine\ndes acquis étrangers, de la science nécessaire; mais ne cède rien d'elle-\nm ê m e , devient seulement la personnalité mieux épanouie. La valeur\n"}, {"page_pdf": 1105, "texte": "  934                           DURENDAL\n\n\nexpressive des choses vues, telle est la conquête de cette force. Les cou-\nleurs et les formes, saisies avec spontanéité, constituent déjà à l'ar-\ntiste toute une maîtrise. Paysages aux arbres étonnamment architectures,\naux ondes chanteuses de vibrations; bouquets ardents ; curieuse prédilec-\ntion pour les faces de nègres tachant d'un rythme « impair » des clairs\nobscurs blancs, modernistes ; évocation de l'âme enfantine et sauvage\nde notre foule moderne, tout cède au portrait. Logiquement, la figure\nhumaine donna au peintre l'apogée de ce don expressif de l'Univers,\nqu'il sent si bien. Les deux portraits de petite fille « Henriette » ; celui\nd'un artiste, constituent de véritables merveilles de coloris frais et fort,\nde dessin désinvolte et profond.\n: Henri Huklenbrok a su ne point souffrir d'un tel voisinage. Ses études\nd'après les maîtres, ses impressions de plein-air, attestent un interprète\nbientôt complet de la vie néerlandaise et du doux ciel du Nord.\n\n\n\n    L'ouverture du Salon des aquarellistes fut l'événement mondain\n accoutumé. La Reine, qui d'ordinaire y préside avec l'intérêt pour un\n art que Sa Majesté pratique elle-même, étant encore à Spa, le Roi et\n Mme la Princesse Clémentine ont enchanté les heureux exposants, par\n leur bonne grâce coutumière.\n   L'on s'accorde à trouver cette quarantième exposition une des meil-\n leures, point trop envahie d' « amateurisme » avec, seulement, les défé-\n rences pour les grands noms auréolés de réputation et de jours. Il sera\n inutile de redire ceux-ci, non plus que les personnalités d'art restées\n elles-mêmes, ce secret de ne pas avoir tort.\n   En un caprice de simple promenade, notons l'étonnante verdeur de\n Del Acqua, la finesse d'Eug. Smits, les roses toujours vraiment habiles\n de Mme Münch-Bellinghausen.\n   Il semble qu'il faille être très attentif au mouvement d'art en Alle-\n magne. Ce furent là d'abord une longue stérilité, puis des symptômes de\ngermination nouvelle ; une loi d'assolement aussi fréquente dans la pro-\nduction psychique que dans l'alternance des récoltes semble nous le pro-\n mettre par des signes certains. Paul Bach intéresse, sombrement rude;\n Hans Herrmann peint la Hollande urbaine, dans une note acide très\nclaire et personnelle ; Max Uth exprime puissamment des hantises com-\nplétant la nature par cette sorte d'au-delà terrestre où rôdent les ombres.\n   Ch.-W. Bartlett, toujours magistral, incline à un verdissement péril-\nleux pour tout autre que lui. L'envoi de Mme Montalba exprime, avec un\nparti pris exceptionnellement heureux cette fois, le rêve d'or pâle des\nlagunes.\n"}, {"page_pdf": 1106, "texte": "                       CHRONIQUE          ARTISTIQUE                    935\n\n   De France : G. La Touche, le prestigieux auteur d'une messe comme\nservie par l'innombrable lumière, envoie trois belles pages qui consti-\ntuent un des événements du Salon. De Hollande : Van der Waaij, irré-\nprochable toujours; Paul Rinck, rappelant l'éblouissement doux de\nnaguère; W. Sluiter, d'une spontanéité curieuse à noter les reflets, les\nlumières, les bonds de vagues et de bêtes.\n   Nos compatriotes se montrent dignes de tout éloge ; nommons seule-\nment un peu au hasard : Binjé, toujours fin et fort ; Cassiers, plus délicat\nque jamais dans l'étude des villes vernies de propreté et ridées délicate-\nment d'usure. Les béguinages et les cloîtres continuent d'inspirer le jeune\net véritable talent d'Alf. Delaunois, avec une accentuation de plus en plus\nsensible du côté volontaire; de J. de Vriendt, une légende de Noël.\nMme Gilsoul-Hoppe joint à ses fleurs, toujours aussi exceptionnellement\npuissantes, des vues de villes d'une intimité vibrante et profonde. Les\narbres de Th. Hannon montrent une irritation curieuse.\n   L'envoi de Fernand Khnopff demanderait, comme de coutume, un\nlong commentaire pour cette compréhension « silencieuse » des formes\nqui les assemble, les simplifie, les « recommence » au gré d'un vouloir\nsecret. Marcette, dont les aquarelles, on le sait, rivalisent d'éclat avec ses\ntoiles, enferme toute la magie lunaire dans « L'Escaut à Flessingue »,\ntoute la grandeur légère des « conciles de voiles », dans « l'Arrivée des\nbarques ». Mellery est coutumièrement magistral; un envoi hors cata-\nlogue de Constantin Meunier, toujours aussi admirablement lui. De\nJakob Smits, des exégèses flamandes de la Bible et des portraits enve-\nloppés de cette ombre personnelle pour la couleur grasse et souple, le\ntrait délicat. Stacquetavec, surtout, des intérieurs de plus en plus finement\nambrés; L. Titz, inventoriant les prodigieuses richesses chrétiennes du\nMont-Saint-Michel ; Uytterschaut se surpassant lui-même dans cet effet\nde printemps : « L'Entrée du Verger » ; des scènes militaires de Van\nSeverdonck et Vet-cetera de tous ceux qu'on aime à voir sans que la men-\ntion en note se soit formulée.\n                                      *\n                                          *\n\n   A la Maison d'art une exposition particulièrement intéressante\nd'objets d'art religieux appartenant à l'époque de la Renaissance, dans la\nnouvelle Espagne. Ces tableaux, ces sculptures, ces broderies évoquent\nle bibelot radieux des cathédrales espagnoles, avec on ne sait quelle\ninfluence d'une barbarie plus grave, comme héritée de l'ancien Mexique.\nLe spectacle est délicieux autant que rare ; l'âme s'y plaît autant que les\nyeux. La seule image de N.-D. de Guadeloupe, reproduite partout, domi-\nnant de sa grâce immaculée et maternelle toute une race, vaudrait de\nlongs commentaires, de longs récits purs et tendres.\n                                                       EDMOND JOLY.\n"}, {"page_pdf": 1107, "texte": "                     CORRESPONDANCE\n                    MONSIEUR L'ABBÉ MŒLLER,\n   Nous vous remercions vivement d'avoir inséré dans le dernier numéro paru\nde Durendal la lettre collective que nous vous avions adressée. Qu'il nous soit\npourtant permis de vous prier de donner encore asile aux lignes qui suivent.\nLes commentaires et les notes qui ont précédé et accompagné notre lettre nous\nont fait douter d'avoir été compris, alors que nous pensions avoir été suffisam-\nment explicites pour qu'il fût impossible de se méprendre sur le sens véritable\nde nos paroles.\n   Il est bien vrai que le procédé employé par vous et qui consiste à isoler\nchaque phrase, chaque terme, à lui répliquer en détail, sans tenir compte du\nraisonnement ni de l'ensemble de la pensée, découvre une intention déter-\nminée, a priori, de ne prendre en considération aucun des arguments de vos\ncontradicteurs.\n   C'est au moyen de la plume, l'interruption criblant et hachant un discours :\naussi l'appréciera-t-on comme il convient.\n   Nous sommes persuadés que les lecteurs de Durendal, habitués à d'autres\nmanières, aurontjugé que ce n'était certes pas le procédé idéal de la polémique :\nils nous auront lu d'un trait et en entier et il nous auront compris.\n   Ils auront ainsi constaté que nous avons placé la question sur le terrain des\nprincipes et que nous avons évité avec un soin jaloux de faire des personnalités.\nBien que le contraire nous eût facilité considérablement la tâche, en nous per-\nmettant de relever dans vos articles beaucoup d'allégations inexactes en fait,\nnous voulons continuer aujourd'hui d'observer la même réserve.\n    A cette fin, nous écartons toutes les tierces personnes que vous avez jetées\n dans le débat où elles avaient, d'ailleurs, peu de chose à voir.\n    C'est un éminent avocat, son fils un charmant poète, un architecte, d'autres\npersonnes encore, et même un savant prélat, qui doit trouver peu flatteuse la\npublicité donnée, par son intermédiaire, à un propos de table qui date de\ntrente années au moins (1).\n\n\n    (1) Bien que je sois décidé à ne point rouvrir le débat, en commentant cette lettre, comme\nj'aurais le droit de le faire, |e crois de mon devoir d'éclairer la religion des lecteurs de Durendal\net de leur épargner la peine de se casser la tête en cherchant dans mon article un propos de\ntable de prélat qui ne s'y trouve pas Je n'ai cité, en effet, aucun propos de table de n'importe\nquel prélat. D'abord, je n'ai pas l'honneur de dîner avec des évêques. Ensuite, je n'aurais pas\nl'irrespect de faire savoir au public ce qu'ils m'auraient dit à table. Intrigué moi-même au\nsujet de ce fameux propos de table, j'ai interrogé une des autorités de Saint-Luc. Il m'a été\nrépondu qu'il s'agissait de la citation du passage où le bénédictin dom Laurent Janssens,\nparlant des laideurs qui s'étalent dans certains vitraux de Saint-Luc, s'était écrié, avec une\njuste ironie :\n    Etranges artistes. Que de pèlerinages ne feraient-ils pas s'il leur naissait\n"}, {"page_pdf": 1108, "texte": "                                   CORRESPONDANCE                                          937\n\n\n  Nous tâcherons aussi de nous citer le moins possible, car c'est un moyen\nqu'à notre avis la dignité du débat ne comporte pas. On retiendra cependant\nqu'on nous a mis en cause et que nous avons à nous défendre.\n  Ainsi, tout d'abord, nous prions vos lecteurs de noter que les artistes et les\nprofesseurs de l'Ecole de Saint-Luc ne prétendent pas à l'infaillibilité en matière\nd'art,— pas plus que vous-même, n'est-il pas vrai? — qu'ils ne veulent imposer\nà personne de l'admiration de commande, mais qu'il leur est loisible, à eux\ncomme à vous, d'admirer ce qui leur plaît et de trouver laid ce qui ne leur\nplaît pas, et de le dire quand ils le pensent. Les droits de la discussion sont\nsaufs de part et d'autre, surtout quand cette discussion porte sur une idée.\n  Les artistes de Saint-Luc usent donc simplement, en vous répondant, du\ndroit de défendre leurs opinions, qu'ils estiment être des opinions raisonnées,\nfondées sur des principes bien définis. C'est pourquoi, quand ils défendent leur\navis, ils vous donnent à l'appui ces raisons et ces principes, car ils ne pensent\npas devoir ni pouvoir apprécier l'art et les artistes suivant une fantaisie per-\nsonnelle, plus ou moins équilibrée sans doute, mais qui n'en serait pas moins\nune fantaisie.\n   Grâce à cela, ils évitent de parler de la manière suivante :\n   \" Personne n'est plus admirateur que nous du grand art religieux des\nanciens; l'idéal que nous avons, c'est celui des Fra Angelico, des Giotto, des\nMantegna, des Gozzoli, des Lippi, des Memling, des Van Eyck, etc., et de tant\nd'autres artistes religieux, auprès desquels l'abbé Mœller est comme s'il n'exis-\ntait pas. Aussi les écrits de ce dernier nous déplaisent souverainement. Bien\nqu'il n'abhorre pas le gothique (ce qui est sans doute bien aimable de sa part), il\nne saurait admirer celui de Saint-Luc et il trouve qu'il nefaut pas mettre du\ngothique à tort et à travers partout, même dans une gare de chemin defer. Or,\nnous pensons exactement le contraire et nous estimons qu'il ne faut mettre\nle ?...thique de l'abbé Mœller nulle part. „\n   Un tel langage, que vous apprécieriez très sévèrement et dont la juste valeur\ndialectique n'échapperait à aucun jugement sérieux, serait pourtant la repro-\nduction textuelle (lire votre réponse à notre lettre) de votre raisonnement : —\nune copie quoi! Peut-être encore, comme d'habitude, \" à cent lieues de l'ori-\n\n\n\nun fils d'un type semblable & ces bienheureux ! Croient-ils donc que de tels\néchantillons de l'état de gloire soient de nature à nourrir chez les fidèles\nun vif désir de la vie future?\n   Vous jugez d'ici ma stupéfaction et je devine la vôtre. Ce passage est, en effet, extrait\nd'un admirable discours prononcé, non pas à table, ni il y a 30 ans, mais l'an passé dans une\néglise, s'il vous plaît, dans l'église de Saint-Joseph, à Bruxelles, en plein congrès eucharistique,\ndiscours qui a été publié par dom Laurent Janssens, d'abord dans la Revue Bénédictine, de\nMaredsous, puis en brochure et, enfin, dans la grande et belle édition du Compte rendu du\nCongrès Eucharistique, de la maison Goemare. Le R. P. Janssens ne doit pas trouver peu\nflatteuse la publicité que je donne à une critique de l'école de Saint-Luc, qu'il a émise, non\nà table, encore une fois, mais dans un discours, qu'il a publié trois fois lui-même.\n   On a ici un échantillon des procédés de polémique de Saint-Luc et les gens intelligents\ndevineront pourquoi je refuse de continuer la discussion dans de telles conditions.\n"}, {"page_pdf": 1109, "texte": " 938                              DURENDAL\n\n\n\nginal? „ Vous en jugerez puisque vous savez apprécier le talent du copiste et le\nparti qu'on peut en tirer.\n   Est-il bien vrai que vous parliez art en écrivant ces paroles?\n   Jamais pareille absurdité n'a surgi dans le cerveau d'aucun artiste, fût-il de\nSaint-Luc.\n   Si nous avions su que la question se limitait à discuter d'une bonne ou d'une\nmauvaise copie ! Mais nous avons bénévolement pensé que vous logiez l'art\nun peu plus haut que ça, que vous le considériez comme quelque chose de\nplus grand, d'assez élevé pour réclamer parfois le sacrifice de la couleur\nmatérielle d'un pilier pour prix d'une belle harmonie, s'exprimant encore\nautrement, que par un charmant visage, et ne résidant pas nécessairement\ndans ce qui plaît, dans le joli, mais revendiquant avant tout les grandes lignes,\nles masses de l'œuvre, l'agencement général qui occasionne l'impression\nd'ensemble. Assurément les détails ne peuvent être négligés et la perfection,\npour être entière, doit résider dans ceux-ci comme dans la masse, mais cepen-\ndant c'est celle-ci qui prime.\n   Enfin, la perfection absolue est dans l'union de l'idée parfaite et de la forme\nparfaite; mais, pourtant, une beauté relative, comme peut l'être seulement tout\nce qui n'est qu'humain, se rencontre même lorsqu'une belle idée, lorsqu'une\npensée sublime se trouve revêtue d'une forme demeurée imparfaite par\nl'hésitation, par la faiblesse, par l'humanité, en un mot, de l'artisan.\n   La forme dans l'idéal peut être une bonne copie, mais cette copie, malgré\ntout le talent, toute la technique de son auteur, ne saurait être une œuvre d'art.\nAu contraire, une forme même imparfaite reproduite sous l'influence de l'idéal\ndu premier ouvrage (parfois par son auteur ou par son disciple) n'est plus\nune copie proprement dite, mais devient à coup sûr une œuvre d'art.\n   La beauté peut donc coexister avec quelques faiblesses dans l'exécution. A\nce prix seulement, nos œuvres anciennes sont belles; ainsi Maredsous est\nbeau; ainsi ses vitraux, dont vous parlez, sont beaux; ainsi beaucoup d'œuvres\nmodernes sont vraiment belles et valent un regard admiratif.\n   Vous avancez (combien aimablement) que les artistes de Saint-Luc réclament\ncette admiration pour tous les travaux \" sortant de leur officine „. Est-il besoin\nde répondre? Leur groupe renferme des hommes de talent et d'autres qui ne\nle sont pas. Il en est d'entre eux dont certaines œuvres ont un mérite réel et\nsont suffisamment appréciées pour consoler leurs auteurs de quelques attaques\nd'intéressés ou d'incapables. II en est aussi qui n'ont pas reçu le don sacré de\nl'art. Aucune école n'a le privilège de réunir à elle seule tous les talents, et\njamais il n'est venu à l'esprit d'un homme sérieux de l'en rendre responsable.\nSi même nos rangs contenaient des copistes, en quoi nos principes en\nsouffriraient-ils ?\n   Mais nous pouvons répéter ce que nous disions précédemment; les copistes\nne se trouvent pas chez nous et nous pourrions sans peine le prouver.\n   Rien n'est plus dangereux que de citer à l'appui de sa théorie des exemples,\navant de s'être assuré de leur exactitude et de leur valeur au point de vue de la\npertinence qu'ils peuvent avoir avec la conclusion souhaitée.\n"}, {"page_pdf": 1110, "texte": "                             CORRESPONDANCE                                  939\n\n\n  O r , vous avancez certains faits précis, notamment en ce qui concerne les\néglises du Sablon et d'Anderlecht. Si nous n'étions fermement décidés à ne pas\nintroduire dans le débat des tierces personnes, nous nous donnerions la\nsatisfaction de vous répondre sur ces faits. Et le plus clair résultat de cette\nréponse serait de démontrer que vos informations à l'égard de certains travaux\nsont aussi erronées que la façon flatteuse ou non dont vous les appréciez.\n   A notre grand regret et pour la raison énoncée tout au début de notre lettre,\nil n'en sera rien en ce moment et vous pouvez à loisir affirmer que nous\ncopions, et ce qui est plus grave à vos yeux, nous reproduisons un siècle, le\nXIIIE siècle.\n   Ici encore, un connaisseur reconnaîtra qu'il n'en est rien. Nos principes sont\nindépendants des formes d'une époque quelconque; ils sont aussi vastes que\nl'est au début du XXe siècle, le champ des applications artistiques, et nous\ntâchons de les mettre en pratique partout. Peu importe dans le débat actuel\nquels sont ces principes; nous les exposerons quand on le voudra, mais pour\nle moment, il suffit qu'on sache qu'ils ne demandent pas de copier une époque\ndisparue, comme vous le maintenez.\n   Quand il s'agit de les mettre en oeuvre matériellement, il faut bien sans doute\ntrouver une forme et il est très naturel que celle des temps où ces principes\nont été le plus en honneur vienne d'abord à l'esprit. Car on doit tenir compte\nque dans la tradition de ces principes, il y a eu une rupture de plusieurs siècles\net qu'une forme nouvelle et rationnelle ne s'invente pas si aisément que cela,\n   Mais, que nous soyons tenus de formes anciennes, c'est une erreur.\n   Viennent demain de nouvelles formes compatibles avec nos principes, nous\nles adopterons, c'est ce qui se produira tôt ou tard, car l'art ne peut demeurer\nimmobile.\n   Et c'est ainsi que plusieurs des nôtres ont obtenu, avec les nouvelles formes\ntrès modernes que chacun sait, des résultats remarquables, grâce à la compa-\ntibilité où certaines de ces formes sont avec nos principes. — Résultats plus\nparfaits que ceux que la jeune école, en général, n'a obtenus, car cette école est\npartie du point contraire au nôtre et son éducation, quant aux principes, est\nencore à faire. Elevée à l'école classique dont elle veut se séparer, sa marche\nest pénible; elle escalade l'idéal, alors qu'en ce qui le concerne, nous sommes\narrivés.\n   C'est la raison de nos progrès constants, que vous déniez mais qui sont\nflagrants pour quiconque veut regarder un peu plus haut que les apparences.\n   Tout cela, nous vous le disions il y a un mois et vous n'avez, pensons-nous,\nrien réfuté.\n   Tout au contraire, le bien fondé de nos paroles vient d'apparaître récemment\net apparaîtra encore davantage, dans la suite, à propos d'une modification, s'il\nest permis d'user de ce mot, qu'on essaie d'apporter à notre enseignement\nclassique.\n   Depuis les jours de la Renaissance, l'art de nos contrées était asservi aux\nformes de l'antiquité, qu'il était obligé de reproduire, en d'autres mots, de\ncopier. Ce qui ne vous empêche pas de l'aimer. Vous jetez de grands cris\n"}, {"page_pdf": 1111, "texte": "940                                 DURENDAL\n\n\n quand vous croyez comprendre que nous disons le contraire. Excusez-nous et\n veuillez nous relire attentivement. Vous verrez que c'est l'opposé que nous\n avons 'prétendu tout en essayant un moment (simple supposition) de vous\n croire un peu de logique. La copie est partout, la copie, disions-nous, c'est-à-dire\n \" un art glacial, sans vie, sans âme . Il paraît qu'à votre avis ça dépend des\n cas, car vous nous apprenez aujourd'hui que parfois vous savez apprécier la\n copie.\n    Ainsi faites-vous pour les copies des classiques. Il est vrai que vous soutenez\n que \" les artistes de la Renaissance n'ont pas copié l'antiquité du tout. Ils se\n sont inspirés de l'art antique ,,.\n   De l'art antique ? De la forme antique, vous en conviendrez, et non de son\nidéal. Or, l'idéal est dans l'art un élément qui, ce nous semble, mérite considé-\nration. Sans doute, les artistes des temps modernes n'ont pas décalqué les\nformes antiques, ils se sont inspirés (si vous tenez au mot) de ces formes, mais\n des formes seulement.\n    Et c'est un des plus grands reproches qu'on soit en droit de leur faire que\n celui de cette contradiction constante entre la forme païenne qu'ils cultivaient\n et leur idéal chrétien.\n   Les meilleurs d'entre eux n'ont pas été sans s'en apercevoir. Mais l'accord\n était impossible et il s'est produit que, dans cette longue et sourde lutte entre\nces deux éléments, c'est le plus noble qui fut vaincu. Le coeur de l'artiste,\ncomme de tout homme, garde son fond de fange. Et notre siècle, plus que tout\nautre, a assisté au triomphe de la forme et à la chute de l'idéal.\n   Chute inavouée peut-être, mais chute certaine pour l'idéal catholique; car, s'il\nest encore dans le clan de nos adversaires quelques artistes, quelques hommes\nd'idéal, ce sont des hommes d'idéal antireligieux et presque satanique. Point\nn'est besoin d'insister.\n   A certains d'entre eux, il arrive d'ébaucher un masque, d'esquisser une\nfigure et de désigner ces choses des noms sacrés à notre foi. Les vrais chrétiens\nne peuvent y voir autre chose que la profanation de leur idéal, à eux, par un\nart sacrilège.\n   On vient depuis peu d'introduire dans l'enseignement de l'académie des\nbeaux-arts l'étude de l'art gothique, nous voulons dire des formes gothiques\net on les met sur le même pied que l'art antique.\n   Le moment paraît donc venu de faire pour celui-là ce qu'on a fait si longtemps\npour celui-ci. On va étudier d'une manière plus ou moins approfondie les\nformes du moyen âge, mais son idéal n'avancera pas d'un pas. Le premier\nrésultat sera de former une nouvelle Ecole de copistes ès arts gothiques. Ils\nexistent d'ailleurs déjà et nous assistons depuis quelque temps à l'épanouisse-\nment de leurs méfaits. Ce sont eux qui nous accusent d'être trop libres, trop\ncréateurs (cela s'est écrit). Et, ce disant, ils sont logiques. L'Ecole Saint-Luc\nne forme pas des adaptateurs de formes ; elle est avant tout Idéaliste, elle fait\ndes artistes.\n   Son principal titre de gloire, c'est d'avoir contribué la première en Belgique\nà cet immense et consolant réveil de l'idéal chrétien en matière d'art, nous\n"}, {"page_pdf": 1112, "texte": "                              CORRESPONDANCE                                  941\n\n\nnous répéterions en insistant. Seul le préjugé aveugle ne nous comprendra\npas et continuera à nous opposer à tort et à travers des objections qui n'en\nsont pas et, pour cette raison, demeurent sans réponse.\n   Entre les nombreux reproches que vous nous faites encore et que nous\ndevons forcément laisser de côté, à peine d'être trop longs, — car vous touchez\nà tout et n'allez au fond de rien, — relevons encore celui à nous lancé à propos\nde l'étude du modèle vivant qui serait bannie de l'Ecole. Vous en faites votre\ngrand cheval de bataille. Nous devons, pour ce motif, en dire un mot.\n   Il conviendrait tout d'abord de s'entendre sur le vrai sens accordé par vous\nà cette expression : l'étude du modèle vivant. Est-ce l'étude de la nature par\nune observation raisonnée et constante ? Est-ce l'étude ou plutôt la copie du\nnu comme on la pratique dans nos académies officielles?\n   Dans le premier cas, votre reproche tombe à faux. L'étude de la nature\nfigure à notre programme comme une chose essentielle et de première néces-\nsité. Sur elle est basé tout l'enseignement de nos écoles. Quel qu'il soit, l'artiste\ndoit être un observateur constant et rien de tout ce qui frappe ses yeux ne\npeut lui échapper. Après une observation détaillée et approfondie au moyen\nd'une étude raisonnée qui sera comme le crible chargé d'extraire des formes\ntoute leur élégance, au point de vue de l'art qu'il cultive, il rangera le résultat\ndans sa mémoire à la disposition de l'idée qui, un jour, au moment de l'expri-\nmer, pourra recueillir des formes pures et correctes sans devoir nécessaire-\nment recourir à l'office des poseurs ni des mannequins.\n   Nous avons de bonnes raisons pour croire, à la vue de leurs œuvres, que\nc'est ainsi que les grands maîtres de toutes les époques ont toujours procédé.\n   Entendiez-vous, au contraire, parler de l'étude du nu! Notre réponse sera\nfacile.\n   Les écoles de Saint-Luc sont des écoles professionnelles, elles veulent rendre\nà nos artisans leur situation de jadis, c'est-à-dire en faire autant d'artistes. Ce\nfaisant, elles tiennent une place honorable et utile dans le mouvement démocra-\ntique de notre temps, et du coup elles appliquent une conséquence d'un de nos\nprincipes que l'art doit être populaire de son essence.\n   Préparer, suivant leur énergie et leur ambition, des hommes capables pour\ntoutes les branches de l'art, voilà donc la mission de ces écoles. Elles pour-\nraient former des potiers aussi bien que des statuaires.\n   Il est clair que cette foule nombreuse des artisans des métiers d'art, depuis\nles plus humbles jusqu'aux plus relevés, n'éprouvent qu'un besoin nul ou très\nrestreint de l'étude des formes anatomiques.\n   Quant aux artistes peintres et statuaires, qui doivent demeurer, conformé-\nment à notre théorie d'art appliqué, le tout petit nombre, ils doivent assuré-\nment la poursuivre.\n. Mais nous ne cacherons pas que, suivant nous, chaque artiste est maître\nd'apprécier jusqu'où l'étude du nu peut lui être utile et qu'en général elle doit\nêtre tout autrement dirigée et dans un autre sens que ne le font les classiques\nd'aujourd'hui.                                                                    '\n   Loin de ne voir comme eux, dans l'étude de la nature (dont l'étude du corps\n"}, {"page_pdf": 1113, "texte": " 942                               DURENDAL\n\n\nhumain n'est qu'une partie — et pour cette raison nous n'admettons pas la dis-\ntinction généralement faite entre cette étude et l'étude de l'animal, de la plante,\nde toute la nature animée ou inanimée), loin de ne voir, disons-nous, dans cette\nétude que l'essai à la reproduction fidèle et servile du modèle, nous cherchons\ndarts l'étude du corps humain, comme dans celle de toute la nature créée, le\nmoyen d'exprimer, de rendre sensible une idée.\n   L'étude dont il s'agit, telle que la conçoivent les classiques, est admissible\npour l'école réaliste et matérialiste, dont elle a été le point de départ et dont elle\ndemeure le soutien; elle ne saurait convenir à une école idéaliste, c'est-à-dire,\nune école qui, n'excluant aucune forme, voit pourtant cette forme au travers\nd'une idée, la tient comme la servante de cette idée et, pour ce motif, ne lui\nreconnaît pas la même importance que l'école classique, mais bien une impor-\ntance d'autant plus grande et plus étendue que son rôle est plus noble et plus\nrelevé.\n   Le principe idéaliste n'a guère besoin d'être défendu ici. Depuis longtemps,\ndes artistes de toute opinion artistique, et, en général, rien moins que gothiques\net rien moins que chrétiens, ont signalé à quels abus l'étude classique du nu a\nconduit et ont déclaré combien grande a été sa part de responsabilité dans le\nmarasme où gisent certaines branches de l'art.\n   Comme vous le devinez, nos principes forment un ensemble raisonné et com-\nplet et il est difficile de toucher à l'un d'eux sans risquer de désorienter toute\nl'organisation.\n   Il est ainsi bien d'autres points de votre article qui attaquent des questions\nfondamentales de notre programme et qu'à notre regret nous ne pouvons exa-\nminer, parce qu'elles nous entraîneraient trop loin et absorberaient bien au-delà\nla place que votre complaisance, espérons-nous, mettra cette fois encore à notre\ndisposition.\n   Nous ne serions pas fâchés, cependant, de vous entendre un jour exposer ab\novo et jusque dans leurs détails d'application, quels sont vos principes : jusqu'à\nprésent, et malgré le soin que nous mettons à suivre vos articles dans Duren-\ndal, nous ignorons où ils commencent et ou ils s'arrêtent.\n   Mais, alors peut-être, jaillirait la lumière d'où naîtrait la communion d'idées\nqui, un jour, nous l'espérons, réunira tous les artistes vraiment chrétiens.\n   L'utilité pour ceux-ci en serait certes plus grande que votre Salon d'art\nauquel nous avons invité nos amis à ne pas participer — ce qui constitue une\n\" infamie „ que vous ne pouvez vous empêcher de \" stigmatiser „.\n   Nous ne voyons pas bien ce qu'il y a de \" perfide „ dans une telle mesure. On\npeut estimer, en effet, que le Salon en question aura un résultat mauvais ou tout\nau moins nul dans l'art religieux. C'est notre avis et nous ne vous avons pas\ncaché pourquoi. Nous voyons une contradiction entre nos principes et ceux\nde votre Salon, ou plutôt nous constatons qu'il n'y a pas ici de principes du\ntout. Cette constatation est confirmée par votre article.\n   Pourquoi, dès lors, nous compromettre ou tout au moins perdre notre peine\nà contribuer à votre entreprise, si cette participation ne fera pas avancer d'un\npas le progrès de nos principes? Dans des conditions pareilles, cette participa-\n"}, {"page_pdf": 1114, "texte": "                            CORRESPONDANCE                                 943\n\n\ntion peut offrir des avantages à l'intérêt personnel des artistes; nous ne sommes\npas si intéressés. Et le nombre de ceux qui répondront à votre appel vous le\ndémontrera à suffisance.\n   Nous eussions gardé le silence, qu'encore l'effet de votre article eût été le\nmême auprès de tous les artistes sérieux de l'École; nous ne pensons pas qu'un\nseul d'entre eux ait pu songer un instant à prendre part à votre Exposition;\nnotre réponse à cet égard n'a été que l'expression de leur détermination déjà\nprise.\n   Vous le déplorez et vous voulez en atténuer l'effet par vos protestations\ndiverses.\n   Vous dites notamment que l'article incriminé ne relève que de vous person-\nnellement; nous en sommes bien convaincus; mais, quand on est rédacteur\nd'une revue et promoteur d'une entreprise appuyée dans cette revue, on n'est\nplus, en écrivant dans celle-ci, aussi personnel que cela aux yeux du lecteur.\n   Ce n'est donc pas à cause de votre article que nous préconisons l'abstention\ndes nôtres; ce serait absurde comme vous le dites très bien. Si nous avions\nestimé que cet article n'engageait que l'abbé Mceller personnellement, au même\ntitre que tous ceux qu'il a écrits précédemment dans Durendal, pas plus que\npour ces derniers, nous ne nous fussions mis, pour celui-ci, en peine d'une\nréponse.\n   En terminant, nous vous prions d'excuser la tournure un peu vive de certains\npassages de la présente. Elle nous a paru autorisée par le ton de votre article.\n   Nous espérons bien, d'ailleurs, que notre lettre d'aujourd'hui marquera, de\nnotre côté, le dernier acte d'une polémique que, pour des raisons qui n'auront\néchappé à personne, nous craignons de voir devenir de plus en plus acrimo-\nnieuse. Ce que nous voulons éviter à tout prix.\n   Recevez, Monsieur, l'assurance de notre considération distinguée.\n\n    Le Comité de la Section d'Etudes de l'Ecole de Saint-Luc, à Bruxelles :\n   J. VAN DAELE; L. PEPERMANS; C. VERAART; A. VAN DAELE; J. PAUWELS;\n          G. DHAEYER; CHR. VERAART; J. VAN TUYN; E. GEVAERT.\n\n\n\n\n   Nous croyons préférable de ne pas commenter cette lettre. Si nous y répon-\ndions, cette polémique, d'ailleurs d'ordre purement artistique, menacerait de\ns'éterniser et deviendrait fastidieuse pour les lecteurs.\n   Méconnaissant le principe en vertu duquel les articles publiés par Durendal\nn'engagent que les auteurs qui les ont signés, — principe expressément\nrappelé par M. l'abbé Mceller dans ses articles, — un journal, dont nous nous\ngarderons de rechercher les intentions, a cru devoir intervenir dans cette\npolémique, en y mêlant aussi un de nos fondateurs, M. Carton de Wiart, qui,\nà plusieurs reprises, a rendu publiquement hommage à l'école Saint-Luc et\nqui continue à lui porter le plus vif intérêt.\n"}, {"page_pdf": 1115, "texte": " 944                            DURENDAL\n\n\n  Pour couper court à tout malentendu, — si malentendu il y a, — nous nous\nbornerons à affirmer, une fois de plus, que chacun n'accepte d'autre respon-\nsabilité dans Durendal que celle des articles qu'il a signés. Cette règle est\nd'ailleurs une des conditions d'existence et de progrès d'une publication qui\nn'est point l'organe d'une école ou l'expression d'une pensée unique, mais\nbien un recueil d'oeuvres ou d'appréciations librement publiées par des\nauteurs qui les signent de leur nom.\n"}, {"page_pdf": 1116, "texte": "                           LES LIVRES\n\n\nLA P O É S I E :\nD ' a p r è s l e s Maîtres E s p a g n o l s : E t u d e et S o n n e t s par l'Abbé\n   HECTOR HOORNAERT (Bruxelles, O. SCHEPENS).\n\n   Dans la magistrale étude qui constitue pour ses sonnets la meilleure des\nintroductions, M. l'abbé Hoornaert a caractérisé, en savant autant qu'en\nartiste, la grande peinture espagnole du XVIIe siècle. Il a fait se dresser\ndevant nos yeux éblouis, au milieu de ce beau peuple castillan, d'humeur\naventureuse, de foi inébranlable, auprès de ces poètes intenses et vigou-\nreux que furent Calderon, Cervantes et Lope de Véga, la noble silhouette\ndes peintres illustres. L'austère génie national de la race ibérique, poussé\nplutôt vers la réalité que vers l'abstraction, et par cela même décevant\npour ceux qui jugent l'idéal esthétique d'un peuple selon les latitudes,\ntrouve dans Ribera, Zurbaran, Velasquez et Murillo son expression la\nplus haute et la plus sincère.\n   L'art espagnol, M. l'abbé Hoornaert le prouve supérieurement, a deux\ncaractères principaux qui le distinguent nettement des autres écoles : il\nest à la fois religieux dans la conception, réaliste dans l'exécution. Syn-\nthétiser en une œuvre la reproduction exacte de la nature et la hauteur\nsublime de la pensée, peut sembler, à première vue, chose étrange. Et\npourtant, malgré cet alliage qui étonne, l'art espagnol est peut-être le\ntype le plus élevé du grand art religieux. Tandis que l'Italien, impres-\nsionné surtout par les formes souples, fleuries et le riche éclat des cou-\nleurs, sous prétexte de peinture religieuse, fait éclore de sa palette des\nœuvres de grâce exquise, où la féminité délicate des types s'épanouit\ndans la divine lumière des paysages, l'artiste espagnol a sa foi pour but\net pour moyen, et reproduit, par la seule interprétation de la matière,\n sans vaine débauche de tons, ce que ses yeux ont vu.\n"}, {"page_pdf": 1117, "texte": " 946                           DURENDAL\n\n\n\n   « Les peintres espagnols, dit M. Hoornaert, ont été aussi naturellement\nreligieux que les sculpteurs grecs ont été naturellement païens. » Chez\neux, la vérité a toujours guidé l'imagination; ils n'ont pas connu les com-\npromis des artistes italiens, qui peignirent indifféremment et avec la\nmême perfection des Vénus ou des Madones. Sobres de couleurs, ils ne\nconnaissent pas ces enchantements de lumière dont leurs frères du Midi\nsont prodigues. Les riantes mythologies n'ont point fasciné leurs imagi-\nnations, irrésistiblement orientées vers la sévérité sublime des dogmes\ncatholiques. De ces derniers, ils ont exalté ce qui était le plus propre à\némouvoir les âmes, chantant sur leurs toiles ardentes les douceurs de\nl'amour divin et l'action purificatrice de la grâce. Ce qui domine leur\nconception philosophique, c'est avant tout l'idée de rédemption, de bon-\nheur éternel conquis par le sacrifice volontaire de soi-même. Qu'ils\npeignent, comme Ribera, « l'être définitif bronzé par l'amertume » ou\nbien « les pâles Franciscains hagards d'espoir divin » comme Zurbaran ;\nque Velasquez, las des portraits de Cour et des bouffons dont il fit de la\nfierté, « s'illumine d'amour au sommet du Calvaire » ; que le candide 'et\nmystique Murillo, pour consoler les déshérités de l'abandon terrestre,\nleur fasse don « de paradis d'amour pleins de vierges et d'anges » ; ce qui\ndomine les œuvres de ces maîtres, c'est un désir absolu de la vérité, aussi\nbien dans la conception créatrice que dans l'exécution, le rendu.\n   Ces tableaux d'un art si original constituaient la matière que M. l'abbé\nHoornaert devait faire passer au creuset de la forme littéraire. Il peut\nparaître redoutable de vouloir résumer dans un sonnet le monde vivant\nd'une peinture de maître, réduire aux limites d'un procédé conventionnel\nles superbes envolées des grands artistes dont nous venons de parler.\nAussi, à vrai dire, nous ne pouvions, en ouvrant le livre, nous dégager\nd'une certaine crainte. Mais à peine avions-nous lu les premières pièces\ndu Poème divin, que toute appréhension s'était évanouie, pour faire place\nà une admiration sincère. Le vers de M. Hoornaert, bref, nerveux, d'une\nharmonie vigoureuse et saccadée, dans les Ballades russes, avait, en chan-\ntant les sujets mystiques de l'Heure de l'Ame et de la Nef du Marchand,\ngagné des tons plus chauds et plus variés. Il réunit, dans les Sonnets, les\nqualités des recueils précédents et atteint, par moments, à la sérénité des\nmaîtres.\n   Faut-il dire ce qui, dans le recueil de M. Hoornaert, nous a plu davan-\ntage? Bien que, pour notre part, il nous répugne de cataloguer les œuvres\net d'établir des palmarès littéraires, nous avouerons que nos préférences\nvont à la galerie des portraits de maîtres, qui ouvre la série des poèmes,\net à certaines pièces du Poème Mystique. Il est de ces sonnets qui, s'ils\nn'atteignent pas encore à la maîtrise de Heredia, s'approchent néanmoins\nbien près de l'idéal du genre. Nous admirons aussi comment M. Hoor-\n"}, {"page_pdf": 1118, "texte": "                                    LES LIVRES\n                                                                                 947\n\nnaert sait approprier son vers au tableau dépeint, tout en gardant intacte\nla personnalité si intense qui se manifestait déjà dans ses premières\nœuvres, et qui, depuis, a grandi et s'est précisée de plus en plus. Un rude\nsouffle de poésie épique et religieuse anime l'œuvre entière et lui donne\nson unité. La couleur riche, mais sobre et sans profusion, le trait précis\net décisif, l'harmonie du vers, joints à l'élévation constante du sujet, sont\ncauses qu'on relira toujours avec joie ce recueil. D'après les Maîtres\nEspagnols nous a donné, chose rare parmi tant de productions hâtives et\ninachevées, un réel plaisir d'art.\n                                                               C H . DE SPRIMONT.\n\n\n   MAURICE OLIVAINT. F l e u r s d e Corail (Paris, LEMERRE, éditeur).\n\n   Nos lecteurs connaissent déjà, pour les avoir lus ici même et goûtés,\nmaints poèmes de ce nouveau recueil de M. Olivaint : Charité, Saint\nFrançois d'Assise, La Petite Ame, La Nuit et ce Parc où vibre, parmi tant\nde mélancolie, u n si ardent espoir, et dont les stances, en dépit du thème\nqui n'est point neuf, sont peut-être les plus belles du livre. M. Olivaint\nest un errant; c'est sous les cieux les plus lointains, à Tahiti, en Nouvelle\nCalédonie, qu'il promène ses joies et ses tristesses, ses fantaisies et ses\nvoluptés, son regret de la patrie. Contemplateur des aurores et des cré-\npuscules, des océans, des forêts, des monts et des plaines, des êtres et\ndes choses, il prend place parmi les meilleurs descriptifs de la nature\nexotique. La voluptueuse langueur qui émane du sol tahitien, il l'a mise\ndans ses vers, qui recueillirent aussi de belles légendes polynésiennes.\nLe rêve et l'amour dictèrent au poète nombre de pages pénétrantes et\ndouces, parfois amères, où se révèle une délicate sensibilité. La langue\nest pure et souple, harmonieuse et colorée.\n                                                                   M. D.\n\n\nLE ROMAN :\nH i s t o i r e s s o u v e r a i n e s du comte DE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM (Bruxelles,\n  éditeur DEMAN).\n\n   Sous ce titre, M. Deman publie, en une belle édition in-4°, ornementée\npar Van Rysselberghe, les principaux contes du génial artiste Villiers de\nl'Isle-Adam.\n   C'est en quelque sorte un ex-voto d'éditeur à la mémoire d'un des\nplus admirables écrivains de ce siècle. Touchante initiative de la part\nd'un éditeur. Mais tout le monde sait que M. Deman n'est pas l'éditeur\nbanal que l'on rencontre trop souvent. C'est l'éditeur artiste. Il a le culte\ndes poètes qu'il édite. Il a trop le respect de l'art pour pouvoir se résoudre\n"}, {"page_pdf": 1119, "texte": " 948                              DURENDAL\n\n\nà publier leurs œuvres d'une façon qui ne serait pas digne d'eux. Nous\navons déjà de la maison Deman quantité d'éditions d'art des œuvres de\nnos plus grands littérateurs. Elles sont toutes irréprochables au point de\nvue de la façon dont elles sont publiées. Nous avons plus d'une fois eu\nl'occasion de faire l'éloge de la firme Deman sous ce rapport.\n   Tous ceux qui désireraient avoir les plus beaux contes de Villiers de\nl'Isle-Adam réunis en une charmante édition n'auront qu'à se procurer la\nprésente. Elle a été conçue et exécutée d'une façon très intelligente\nquant au choix du texte. M. Deman n'a pas pêché au hasard dans les\nœuvres du splendide poète en prose qu'était Villiers. Il ne s'est même\npas fié à son flair en cette cueillette faite dans le parc aux futaies majes-\ntueuses' de l'œuvre du maître. Il s'est adressé par voie de referendum à\nnos meilleurs écrivains, priant chacun de désigner ce qu'il considérerait\ncomme digne de figurer dans son recueil. Et ce n'est qu'après s'être\nassuré le suffrage d'hommes compétents qu'il a rédigé celui-ci.\n   Nous n'avons plus à faire l'éloge de Villiers de l'Isle-Adam ni à donner\nla critique de ses œuvres immortelles et en particulier de ses merveilleux\ncontes, dont M. Deman réédite ici les plus fastueux.\n   Ce que fut Villiers de l'Isle-Adam comme artiste, comme poète, comme\nconteur, a été cent fois dit par nous dans cette revue même. Nos lecteurs\nse rappellent sans doute la belle étude que notre collaborateur et ami\nJosé Hennebicq lui consacra jadis dans Durendal, étude qui fut rééditée\nen une magnifique plaquette par notre ami M. Lyon-Claesen, dont la\nréputation d'éditeur-artiste, comme celle de M. Deman, n'est plus à faire.\nOn a trop rarement l'occasion de faire l'éloge des éditeurs contempo-\nrains, au point de vue de l'art, pour la laisser échapper quand elle se\nprésente. L'éditeur doit être le collaborateur de l'artiste en quelque\nsorte. C'est ce qu'ont parfaitement compris les deux éditeurs dont nous\nparlons. Ils font tous deux honneur à la librairie belge.\n                                                         HENRY MŒLLER.\n\n\nMAURICE DES OMBIAUX. J E U X de Cœur, ornementation d'Auguste        Donnay\n  (Paris, Librairie   Internationale).\n\n  Avouerai-je que je n'ai point pris, à lire les Jeux de Cœur, le plaisir\nque m'avait donné la (Mirifique histoire de saint Dodon? En dépit de quel-\nques pages fraîches, les six nouvelles, où M. des Ombiaux conte diverses\naventures sentimentales ou sensuelles, m'ont paru ternes et d'une exé-\ncution passablement lâchée : toutes sont d'ailleurs assez anciennes déjà.\nL'auteur nous semble médiocrement expert aux dissections psycholo-\ngiques et la subtilité n'est pas son fait. Les meilleures pages du livre\nsont celles qu'il intitule Larmes en Fleurs et où s'évoque, avec une émo-\n"}, {"page_pdf": 1120, "texte": "                               LES LIVRES                              949\n\ntion vraie, simple et communicative, la charmante et rieuse image d'une\nsœur, morte jeune, en la saison des roses.\n                                                              M. D.\n\nLA CRITIQUE :\nLe Réveil de l'Idéal, par PAUL SEGERS. — Discours prononcé à la ren-\n  trée de la Conférence du jeune barreau d'Anvers. — (Bruxelles,\n  LARCIER.)\n\n   « Aux proches horizons duXXesiècle, sur les torpeurs et les abaissements\nde ce temps, brille la lueur révélatrice, conviant à un art neuf les servants\nde l'Idée... Et déjà maints Mages de lettres, parmi les plus grands, gra-\nvitent vers le phare mystique qui défie aujourd'hui toutes les brumes de\nla raillerie et de la prévention.\n   » La revanche de l'Idéal — refoulant les crudités matérialistes et les\nnaturalistes brutalités — n'est-ce point cela qui est au fond de toutes les\nœuvres auxquelles vont à présent les sympathies instinctives de la jeu-\nnesse — la jeunesse, cette avant-garde divinatrice des universelles admi-\nrations futures...\n   » Comment les multiples évolutions littéraires de notre temps ont-elles\nconvergé vers cet aboutissement au moins inattendu, comment, après\navoir été romantique dans ses débuts, par réaction contre les sanglantes\nréalités de la Révolution, puis réaliste vers sa maturité par réaction\ncontre l'idéalisme pleurnichard des romantiques, leXIXesiècle finira-t-il\ndans le nvysticisme? — c'est ce que je voudrais dire. »\n   Cette thèse magistralement développée par notre ami Firmin Van den\nBosch, en une conférence toute vibrante de sincère et chrétienne émotion\net de juvénile enthousiasme, sur la Revanche de l'Idéal, vient d'être bril-\nlamment, et avec un talent plein de promesses pour l'avenir, reprise parmi\njeune avocat d'Anvers, Paul Seghers. Avec cette différence que F. Van\nden Bosch s'était attaché à démontrer le Réveil de l'Idéal spécialement en\nlittérature, tandis que M. Segers l'étudié dans toute la vie contemporaine\nconsidérée sous ses multiples aspects, art, littérature, science, vie\nsociale.\n   Pour prouver sa thèse, le jeune avocat ne se contente pas de phrases.\nIl s'est donné la peine d'étudier la direction des esprits, la tendance des\nidées, l'aspiration des âmes, dans les œuvres même de nos contempo-\nrains et dans les actions humaines de ce siècle. On s'en convaincra facile-\nment en parcourant les notes innombrables des bas de pages de sa pla-\nquette.\n   Il passe en revue dans son discours toute la littérature artistique, litté-\nraire, scientifique, sociale et politique de notre époque.\n"}, {"page_pdf": 1121, "texte": "  9 50                             DURENDAI.\n\n\n   Il cite à l'appui de ses affirmations tous les écrivains modernes depuis\nles plus humbles jusqu'aux plus grands.\n   Thèse réconfortante et élevante, au premier chef, que la sienne.\n   Elle est une réponse péremptoire à la Tristesse contemporaine de Fie-\nrens-Gevaert.\n   Sans doute, il y a des âmes tristes, mais au fond de la tristesse de la plu-\npart brille déjà une lueur d'espérance. De cette tristesse jaillit le besoin\nd'une foi déjà supérieure si pas encore surnaturelle. Cette tristesse est la\npreuve péremptoire de la nécessité de croire. Ce réveil de l'idéal s'affirme\npartout, dans tous les domaines de la pensée, dans toutes les sphères de\nl'activité, dans tous les élans des coeurs.\n   L'âme humaine soupire après l'idéal parce qu'elle est saturée de natu-\nralisme. Elle en est blasée. Elle n'en veut plus. Toutes les drogues philo-\nsophiques qu'on lui a successivement administrées pour la guérir de sa\nnostalgie éternelle de l'infini l'ont laissée égrotante. En la faisant passer\nd'une doctrine à une autre, on n'a fait qu'accumuler déceptions sur décep-\ntions et aiguiser sa faim de Dieu.\n   Elle gît harassée sur le chemin de la vie. Elle appelle* de tous ses vœux\nle bon Samaritain. Au milieu des ténèbres contemporaines une étoile lui\napparaît, qui l'attire et la fascine. Cette étoile, c'est l'étoile du Christ, celle\nqui a conduit les Mages à la crèche salvatrice, l'étoile de Dieu, le vrai et\nseul idéal de l'homme.\n   Voilà le sujet de la belle thèse que M. Segers développe avec une luci-\ndité parfaite, en une littérature très haute, dans un langage d'une poésie\ncharmante et puissante, qui, loin de nuire au fond de son discours, l'im-\nprègne de cette force incomparable que la forme donne à l'idée quand\nl'une et l'autre sont sincères et vraies.\n                                                             HENRY MOELLER.\n\n\nDIVERS :\nManuel complet du tiers-ordre séculier de notre séraphique\n père saint François d'Assise, par le R. P. LIBERT, de Malines.\n 1 vol., Malines (DIERICKX-BEKE fils).\n  Le tiers-ordre de saint François et celui de saint Dominique sont nés à\npeu près en même temps, vers 1221, d'une pensée identique.\n  L'apostolat des deux saints révolutionnait les peuples, soulevait une\ngrande ardeur de pénitence et de contrition. On ne se lassait point d'en-\ntendre la parole persuasive et tendre, les pénétrantes exhortations du\nPoverello d'Assise. L'épisode charmant du curé de Rieti, dans les Fioretti,\nnous a conservé le vivant souvenir de cet empressement : la foule accou-\n"}, {"page_pdf": 1122, "texte": "                                LES LIVRES                               95 1\n\n\n rait partout où saint François se montrait et ses objurgations puissantes\n et simples, son exemple admirable, suscitaient des vocations sans nombre.\n Mais il connaissait que les créatures vraiment prédestinées à la complète\n oblation monastique, à toute la rigueur des vœux de pauvreté, de chas-\n teté et d'humilité sont clair-semées et que céder aux instances de tous\n ceux qui aspiraient, dans le premier enthousiasme de leur ferveur, à\n entrer dans l'Ordre, aurait été préparer à leur persévérance de trop rudes\n tentations.\n    Il fallait, en quelque sorte, endiguer cette exaltation, lui donner une\n issue propre à la rendre fertile, dans l'avenir; profiter de cette fièvre de\n dévotion pour instaurer un ordre mitigé qui, sans enlever ses adeptes à la\n vie civile et politique, à la famille, au monde, deviendrait un instrument\n efficace de pacification et de grâce en cette époque trop encline aux\n conflits sanglants, aux appels à la force.\n    Les vœux exigés des tertiaires leur prescrivaient une vie pure, digne,\n leur interdisaient les haines, les vengeances, les serments inutiles, etc.,\n et pour que leur obéissance trouvât sa source plutôt dans un volontaire\n amour que dans la crainte, les transgressions n'étaient pas tenues à péché\n mortel.\n    On ne saurait mesurer l'influence conciliatrice exercée par les tertiaires\n dans la société, durant les premiers siècles de la fondation; nul doute\n qu'elle ne fût considérable.-\n    La plupart des affiliés appartenaient au peuple, à la bourgeoisie, mais\n on rencontra parmi eux beaucoup de noms illustres et souverains ; nous\n citerons seulement saint Louis, pour le tiers-ordre franciscain ; le Dante,\n pour le dominicain.\n    La mission de concorde que saint François a confiée à ses disciples\n n'est pas terminée ; si les querelles de classes, les animosités personnelles\n se résolvent plus rarement, aujourd'hui, par le sang et le meurtre; si les\n factions dépensent leur animadversion plutôt en paroles, les luttes vindi-\n catives et les hostilités n'en sont pas moins vives et désespérées. Les\n conditions nouvelles et de plus en plus inexorables de la vie ; l'antago-\n nisme aigu entre les maîtres et les salariés, entre le capital et le travail ;\n l'exploitation anonyme des misérables, plus esclaves que ne le furent\n jamais les serfs du moyen âge; l'état de guerre sourde et latente qui\n existe et menace d'aboutir, quelque jour, à des violences inouïes, sous\nl'impulsion d'ambitieux sans scrupules, attisant les rancunes aveugles et\nignorantes du peuple; tout cela, joint aux enseignements matérialistes et\n athées qui, sans lui donner du pain, enlèvent au pauvre tout idéal et toute\n espérance, pour le lancer en forcené à l'assaut des jouissances immédiates;\n toutes ces douleurs et toutes ces aspirations, toutes ces causes d'envie et\n d'aigreur fermentent dans la société et l'auraient bientôt détruite, s'il ne\n"}, {"page_pdf": 1123, "texte": "  952                              DURENDAL\n\n\ns'y mélangeait mille éléments de bon vouloir et de charité qui, sous l'in-\nvocation des saints, saint François, saint Vincent de Paule,etc, adoucis-\nsent le monde, l'aident et le consolent.\n   Le manuel, fort bien ordonné, du R. P. Libert, mineur-capucin, réunit\ntoutes les bulles, les encycliques relatives au tiers-ordre franciscain, sa\nliturgie, les règles que les Saints-Pontifes lui ont données et un commen-\ntaire abondant et souvent éloquent de celles-ci. D'après le titre, ce livre\ns'adresse plutôt aux directeurs de congrégations, mais il n'est personne\nqui ne puisse retirer grand fruit de sa lecture.\n                                                                    A. G.\n\nSaint Bonaventure (1221-1274), par le R. P. LÉOPOLD DE CHÉRANCÉ.\n  (O. M. C , Paris. Œuvre de saint François d'Assise.)\n   Saint Bonaventure régit les destinées de l'Ordre franciscain de 1257 à\n 1274. La tâche qu'il eut à remplir n'était pas légère; l'Ordre était divisé et\ndésuni : d'un côté, les relâchés où conventuels qui, adoptant les vues de\nfrère Elie, voulaient renoncer aux prescriptions sévères de la règle origi-\nnelle et, sous prétexte d'assurer la vitalité de l'institut en lui donnant des\nfondements plus humains que surnaturels, adoucir les prohibitions du\nfondateur quant à l'acquisition de biens temporels ; de l'autre, dans la\nMarche d'Ancône, surtout, les spirituels, obstinément fidèles aux prin-\ncipes de saint François, malgré la persécution à laquelle, sous le gouver-\nnement de frère Elie; ils avaient été en butte. D'autres encore, égarés par\nl'excès de leur mysticisme, s'étaient laissé entraîner aux rêveries de\nJoachim de Fiore, aux puériles illuminations de l'Evangile Eternel.\n   Esprit profond et bien équilibré, saint Bonaventure, qui avait étudié\nsous le célèbre franciscain Alexandre de Halès et professé lui-même, avec\nsaint Thomas d'Aquin, à l'Université de Paris, exerça sa bienfaisante\ninfluence sur l'Ordre, réunit de nombreux chapitres généraux et parvint\nà rallier autour de lui tous les frères-mineurs réconciliés, soumis à la\nmême règle, poursuivant leur mission d'évangélisation sans obstacle.\n   Les mêmes phénomènes ont fréquemment troublé, depuis, la milice\nfranciscaine ; après une période plus ou moins longue, il se trouvait que\nla lassitude, le laisser-aller, l'habitude avaient éloigné les moines de la\nstricte observance, mais, chaque fois, quelque frère s'est levé parmi eux,\nsecondé bientôt par de nombreux adhérents, pour restaurer l'austérité\nde la règle. Et il est à l'honneur de l'Ordre de constater que les partisans\ndu relâchement ont toujours été en diminuant et qu'aujourd'hui ils ne\nforment plus qu'une infime minorité (1).\n\n   (1) D'après M. Thureau-Dangin (Saint Bernardin de Sienne) on compte actuellement\n2,703 mineurs réformés (observants et capucins) et seulement 1,345 conventuels.\n"}, {"page_pdf": 1124, "texte": "                             LES LIVRES                          953\n\n\n  Le R. P. Léopold de Chérancé, mineur-capucin, auquel nous devons\ndéjà tant d'intéressantes monographies franciscaines, consacre à saint\nBonaventure un volume digne de ses devanciers. Les œuvres hagiogra-\nphiques de l'auteur appartiennent à la catégorie de celles dont nous\nparlions dernièrement, conçues selon la véritable méthode historique et\noù la vénération due au héros de l'ouvrage ne met pas arbitrairement\nobstacle au contrôle des sources et à l'examen judicieux des preuves.\n\n                                                               A. G.\n"}, {"page_pdf": 1125, "texte": "                             NOTULES\n\n   M. Gaston Deschamps consacre une de ses dernières chroniques du Temps\nà un des livres de notre distingué collaborateur, M. Sébastien-Charles Leconte :\n L'Esprit qui passe. Voici, de ce très élogieux article, un extrait :\n   \" M. Sébastien-Charles Leconte est un disciple très hautain des maîtres les\n plus inaccessibles ou des artistes les moins populaires. Ses poèmes, rythmés\nsur des cadences graves, parfois martelés avec une pesanteur voulue, forgés\net laminés comme des plaques d'armures, sont fièrement dédiés à Leconte de\nLisle, \" au dieu Richard Wagner „ et à Villiers de l'Isle-Adam. Le poète du\n Chant de mort que chanter ent les Walküres réside habituellement dans le monde\n des splendeurs d'où descend Lohengrin, et où Perceval le Gallois marchait à\nla conquête du Graal. Il croit à la mission divine de la poésie, et que le verbe\ndes prophètes, soutenu par l'impérieux appel des lyres, est seul capable de\nréveiller, en notre temps d'immdndice et d'hébétude, la torpeur de l'humanité.\nEnfin, voici un poète qui voit grand, qui conçoit noblement, et dont le faire a\nla vigoureuse largeur dont les peintres de fresques sont coutumiers. M. Leconte\na, comme son devancier Leconte de Lisle, le don d'organiser des strophes\nvivantes et puissantes. Les poétereaux se figurent qu'ils ont fait une strophe,\nlorsqu'ils ont péniblement aligné quatre ou cinq vers selon quelque modèle\nusité. Ils croient qu'une menuiserie ainsi chevillée peut aboutir à une œuvre\nd'art. Ils ne savent pas façonner le moule\n                    D'où sort la strophe ouvrant ses ailes dans les deux.\n   \" La strophe est, en effet, quelque chose d'ailé, qui doit planer entre ciel et\nterre, dans l'air libre, et non point traîner sur le sol comme un oiseau de basse-\ncour. Les strophes de M. Leconte sont, presque toutes, animées de ce souffle\nintérieur, qui inspire les vrais poètes. „\n\n\n\n Signalé aux curieux de caricatures le récent numéro du Rire, où le charmant\nWillette, féroce cette fois, exécute \" les English „.\n\n\n\n Le prix Vitet vient d'être décerné par l'Académie française à M. Henri de\nRégnier. \" M. de Régnier, dit le rapporteur, M. Gaston Boissier, est l'un des\n"}, {"page_pdf": 1126, "texte": "                                    NOTULES                                   955\n\n\nchefs de cette école nouvelle qui ne se propose rien moins que de modifier la\nforme et l'esprit de la poésie française. L'entreprise est hardie et il est naturel\nqu'elle n'inspire à l'Académie, héritière des vieilles traditions, qu'une confiance\nmédiocre. Nous savons sans doute qu'aucun genre littéraire n'est condamné à\nl'immobilité; nous nous souvenons que, dans notre siècle même, la poésie s'est\nrenouvelée plusieurs fois par l'initiative de quelques grands poètes et l'appari-\ntion de quelques-unes de ces belles œuvres, comme les Méditations et les\nFeuilles d'automne, qui font taire toutes les oppositions et forcent tous les\nsuffrages.\n    „ La nouvelle école ne nous a pas encore donné le chef-d'œuvre qui doit\ndéfinitivement la consacrer; mais en attendant qu'il paraisse, il ne nous est\npas défendu d'aller chercher chez elle les hommes de talent qu'elle a produits,\net en quelque sorte de nous les approprier. Tout le monde reconnaît que M. de\nRégnier possède de rares dons poétiques, l'abondance et l'éclat des images,\n l'ampleur et l'harmonie de la période, une grâce à la fois irritante et naturelle\n qui le fait agréer de ceux même qu'effarouchent ses hardiesses. L'Académie\n a fait comme eux; elle ne lui a pas gardé trop de rancune de ses témérités\nd'autant plus qu'à chaque volume qu'il publie son talent semble s'épurer et se\n rapprocher des modèles anciens. M. de Régnier s'apercevra sans doute qu'à ce\n changement sa poésie n'a rien perdu de ses qualités premières et qu'elle y\ngagne, au contraire, un éclat plus solide, plus de netteté, plus de souplesse et\n cette justesse d'expression et de pensée qui est le propre des œuvres\n durables. „\n    Nous ne songeons pas à féliciter de cette marque de faveur M. de Régnier.'\n Si des félicitations sont dues, ici, c'est à l'Académie, \"héritière des vieilles\n traditions „ : elle a quelque mérite et même quelque habileté à reconnaître\n l'œuvre de M. de Régnier. Le poète des Jeux rustiques et divins peut se dis-\n penser de l'Académie; le temps est proche où l'Académie ne se passera plus\n de lui.\n\n  L'Art décoratif du mois de novembre 1899 reproduit quelques installations\nde magasins, faites par Plumet et Selmersheim à Paris, quelques vases de la\n\" Rockwood Pottery „ de Cincinnati, des papiers de garde de Gabelberge et\ndes reliures de Berlepsch et Fr. Vande Velde. Parmi ces reproductions, on peut\nrelever sans doute quelques tentatives heureuses. D'autres, — signalons notam-\nment les dessins de meubles de Keiler et Reiner à Berlin, participant beaucoup\nde cet art de pacotille qui, sous le nom de \" style anglais „, \" style esthétique „, a\ndénaturé sur le continent les nobles conceptions de William Morris et de son\nécole et nous vaut, au gré de la mode bourgeoise, tant de formes saugrenues,\nde lignes malencontreuses, de compositions vides de sens. Pour Dieu! reve-\nnons plutôt à la simplicité des lignes doriques et gothiques et même rustiques,\nplutôt que d'encourager des productions aussi lassantes et aussi insipides.\n\n  LES FAÇADES QUI PARLENT. — M. Paul Adam a, comme feu Emile de Girardin,\nune idée par jour. Il propose, dans le Journal du 21 novembre, de faire\n\" parler „ les façades.\n"}, {"page_pdf": 1127, "texte": " 956                               DURENDAL\n\n\n   \"Seul, jusqu'à présent, dit-il, le commerce utilisa la rhétorique des façades\npour nous vanter les succulences des victuailles ou la vanité des costumes\nqu'il procure. L'enseigne nous invite à manger, à boire, à nous vêtir, meubler,\nchauffer, éclairer, munir de tous ustensiles pratiques, parfois même à lire;\nelle ne nous invite point à penser. En cela aussi bien qu'en certaines autres\nhabitudes populaires, l'Orient nous est supérieur. Les sentences et les\nmaximes du Coran, de Confucius, décorent les murailles. L'idée s'éduque\nagréablement, au cours de la promenade, pendant la station dans un lieu\npublic. Quelle raison valable nous empêche d'imiter ces avantages. Les\niaçades des vieux hôtels parlementaires, sur le quai, ne devraient-elles pas se\nparer de tableaux céramiques, nous rappelant telle pensée adroite de Mon-\ntesquieu? Aux figures des maisons de la Cité, pourquoi le flâneur ne lirait-il\npas l'esprit de Saint-Simon, d'Enfantin, d'Auguste Comte, de Tracy. Entrer\ndans un café du boulevard, et boire sa bière en épelant sur la muraille un\nsonnet de Baudelaire, de Heredia, dont l'art de la brique vernie aurait\nassemblé les lettres, cela ne vaudrait-il pas une seconde de grandeur à l'âme\nlasse un peu de ses négoces ? „\n   L'idée du brillant chroniqueur est susceptible des applications les plus\ningénieuses. Lui-même suggère de décorer la Bourse, au dedans et au dehors,\nde maximes chrétiennes, tandis que les lycées s'orneraient de strophes\nriantes, préparant le disciple à écouter sans tristesse la leçon du maître.\n   \" Ces strophes marqueraient, dit-il, par l'exposition de la beauté littéraire,\nle résultat de l'effort qui s'instruit. Cela relèverait le courage du jouvenceau en\npeine de syntaxe.\n   „ A l'intérieur de nos logis, plutôt que ces fleurs niaises et laides qui se\nrépètent en diagonale sur l'étendue de la tapisserie, tels monologues d'Hamlet,\nd'Œdipe, tel dialogue du Sphinx et de la Chimère, récréeraient notre repos,\noffriraient aux exordes de la conversation d'autres sujets que la température\nou la santé des asthmatiques. Un \" salon Baudelaire „, une \" salle à manger\nVictor Hugo „, une \" chambre à coucher Villiers de l'Isle-Adam „ ne choie-\nraient-ils pas notre vie en une atmosphère harmonieuse? „\n   A tout prendre, l'idée est moins neuve qu'elle n'en a l'air.\n . Les architectes de Memphis, de Babylone et de Ninive n'eurent garde de\nnégliger une source aussi pure d'émotion plastique, dont s'accommodaient fort\nbien d'ailleurs les types d'écriture en honneur de leur temps.\n   Les gothiques recoururent aussi au langage des murailles. Nos vieilles\néglises gardent encore les traces de nombreuses inscriptions destinées à\nélever l'âme du fidèle et à lui rappeler ses devoirs. Dans les demeures privées,\nles'inscriptions jouaient aussi un grand rôle : souhaits de bienvenue au seuil\ndes maisons, devises altières dans les corridors et les salles, maximes plaisantes\nou graves aux solives et au manteau des cheminées.\n  La tradition s'en est à peu près perdue avec la Renaissance et surtout\ndepuis la Réforme.\n  Les styles classiques Louis XIV, Louis XV, premier Empire et Louis-\nPhilippe répudièrent ces fantaisies et ces extravagances.\n"}, {"page_pdf": 1128, "texte": "ANDRE      VAN      HASSELT\n (D'après un médaillon de Craco)\n"}, {"page_pdf": 1129, "texte": ""}, {"page_pdf": 1130, "texte": "                                    NOTULES                                  957\n\n\n    Molière cite cependant le cas du bonhomme Harpagon qui voulait faire\n graver en lettres d'or dans sa salle à manger : \" Il faut manger pour vivre et\n  non vivre pour manger „, et beaucoup plus près de nous, nous connaissons\n tel collège fameux dont les murs s'ornent de préceptes non moins sages, des-\n tinés à réprimer les fringales des potaches trop avides de bœuf bouilli et de\n haricots secs : Non sis servus gulœ, Plenus venter non studet libenter.\n    M. Paul Adam a raison.\n    Il faut revenir à ces bonnes traditions et inscrire sur les façades ou les murs\n l'esprit de la race ou des habitants. Mais il faudra, avant d'y réussir, rompre\n plus d'une lame contre les Tribulat Bonhomet qui ne voient dans de pareils\n procédés que des dégradations immobilières et qui ne semblent pas plus\n disposés à livrer leurs façades aux poètes qu'aux méchants polissons, par-\n tisans avant la lettre de l'idée de M. Paul Adam, dont le génie pervers griffonne\n d'un bout de charbon d'orduriers propos sur les belles murailles passées au\n blanc de céruse.\n    La bonne ville de Bruxelles vient d'en avoir un exemple digne de mémoire.\nUn comité s'y était formé à l'effet de faire exécuter un médaillon d'André Van\nHasselt, le polygraphe et le poète également excellent en qui les lettres belges\nhonorent, à bon droit, un précurseur. Le médaillon, œuvre du sculpteur Craco,\nétait achevé. Il ne restait plus qu'à l'encastrer soigneusement dans la façade\nd'une maison de Saint-Josse-ten-Noode, au coin de la rue Van Hasselt. La céré-\nmonie, avec discours et réception officielle à la clef, était fixée au 30 novembre,\nMais le comité avait compté sans son hôte, c'est-à-dire sans le propriétaire de\nl'immeuble destiné à l'immortalité. Ce digne homme a soufflé sur ce beau rêve :\n \" la glorification d'un poète belge par des lettrés belges. „ \" Jamais, a dit cet\nhomme pratique, je ne tolérerai une telle cause de moins-value pour mon\nimmeuble. Il ne me manquerait plus que de m'attirer des poètes comme loca-\ntaire ! Allez au diable. „\n   Voilà le comité bien empêché. Tout est contremandé. On cherche en ce\nmoment une façade contre laquelle il ne soit point interdit de déposer des effi-\ngies de poètes.\n   M. Paul Adam voudrait voir parler les façades. Eh! mais, en voilà une qui\nparle toute seule — et qui parle éloquemment. — Elle dit, par le refus qu'elle\noppose à tout attentat artistique, sa volonté de rester toujours et malgré tout\nune honnête façade bourgeoise, bien symétrique et bien bête! L'immaculée\nblancheur qu'elle prétend conserver, du ras du trottoir jusqu'à la corniche, est\n— dans son silence — un véritable poème de muflisme, qui donne aux psycho-\nlogues l'étiage de la sagesse contemporaine.\n   P. S. — Au moment de mettre sous presse, une nouvelle nous parvient qui\nnous oblige à faire amende honorable envers les façades bourgeoises. En\neffet, un digne habitant de la rue Van Hasselt, M. Meert, vient d'aviser sponta-\nnément le comité qu'il est prêt à offrir sa maison pour y placer le monument\ndu poète. Hommage lui soit rendu !\n                                                                         H. C. W .\n"}, {"page_pdf": 1131, "texte": "               Table générale\n  des Matières classées par Noms d'Auteurs\n\n\n                                                                          PAGES\n\nANSEL (FRANZ). — La Mandoline (poésies) :\n                      1. Devant les Tombes . . . .                           37\n                     II. En demi-teintes                                     38\n                   III. Trois lieds                    ,                    769\n                   IV. Le Miroir                                            771\n                      V. Chagrin d'amour pendant le bal                     772\n                     VI. Ritournelle                                        773\n                   VII. Pitié                                               774\n                 VIII. Pâques enfantines\n                    IX. Renaissance\n                      X. Le Printemps sur l'Adour\n                 Dans la Sierra (poésie)                                      40\n                 Le Printemps mensonger (poésie)                            225\n                 Ninon-Nina-Ninette                                         449\nBRAUN (ALEXANDRE). — Pour l'art populaire                                   632\nBRAUN (THOMAS). — Bénédiction des oiseaux                                   642\n                    Bénédiction déprécatoire contre les souris, les\n                       taupes, les fouines, les vers et autres animaux\n                       nuisibles                                            645\n                    Bénédiction de la maison (poésies)                      646\nCARTON DE WIART (HENRY). — Heures Siciliennes (Monreale) fin . . .          208\n                                Un chef-d'œuvre {La Nouvelle Idole, par\n                                   Fr. de Curel)                             569\nCUPPENS (AUGUSTE). — Guido Gezelle                                     .     916\nCUYLITS (PAUL). — Introduction à la lecture des Mystiques flamands\n                    (suite et fin)                                   55-227-357\n                 Le Livre des douze Béguines, de Jean Ruusbroec . 583\n                                                                         657-816\nD'ARSCHOT (comte). — La Vision du vieux roi                                   33\n                       L'Art belge à l'étranger (Saint-Pétersbourg) . .       69\n                        Jeunes amours (poésie)                          .    282\n                        Chanson (poésie)                                     283\n                        Une vieille église norvégienne                       849\n"}, {"page_pdf": 1132, "texte": "                          TABLE DES MATIÈRES                              959\n\n                                                                          PAGES\n\nDE BRUIJN (EDMOND). - Une Académie de littérateurs . . . . . . . .          432\nDE GOLESCO (GEORGES). — Les chanteurs de Saint-Boniface (la Missa\n                           brevis, de Palestrina). . . . . . . . .           42\n                         Le Rheingold au théâtre de la Monnaie. . .          71\n                         Causerie musicale                                  382\nDE LIEDEKERKE (Comtesse ED.). — Mgr Ireland à Bruxelles . . . .             422\n                                    De l'art dans l'éducation . . . .       794\nDËLLA FAILLE DE LEVERGHEM. — La chanson du batteur d'estrade. . .            689\n                                Bruyères d'antan (poésies)                  691\nDUPONT (LÉONCE). — Sonnets : La Forteresse                                   325\n                              L'âge d'or                                   326\n                              Labeurs obscurs                              327\n                              Couchant douloureux . . . . . . .             328\n                              Marbre oublié (poésie)                        814\nDESPRECHINS (EMILE). — Vers les bois                                         391\n                       Tristesse (poésie)                                   392\nDE SPRIMONT (CHARLES). — Les errants. .                                      334\n                          Les deux jardins                                  567\n                          Viviane et Merlin                                 756\n                          Tristan et Yseult                                 827\n                          Le poète                                          828\n                          Les Menhirs (poésies)                             829\nDESTRÉE (OLIVIER-GEORGES). — Les Mages . . . . . .           483-527-613-677-741\nDE TRANNOY (HENRY). — Les cathédrales anglaises                              596\nDUCOTÉ (EDOUARD). — Relation d'un voyageur portugais                         805\nDULLAERT (MAURICE). — Waterloo (II. Houssaye). . . . . . . . .               284\nDURENDAL. — Appel aux artistes (Salon d'art religieux)                         19\n                 Une académie de littérateurs                           303-432\nESQUIROL (J.). — Croquis                                                     399\n                Impressions de province                                     648\nFORT (PAUL). — Ballades françaises : Chansons aux bords de la mer. . 54-481\nGILKIN (YWAN). — Prométhée (poésie)                                          579\nGOFFiN (ARNOLD).— Ernest Verlant                                            131\n                   Honoré de Balzac                                         418\n                   Percy Byssche Shelley                                    761\n                   Les primitifs italiens et la seconde Renaissance. .      881\nHALLO (ERNEST). — Conférence                                                  831\nHENNEBICQ (JOSÉ). — En Zélande                                                393\nHOORNAERT (HECTOR). — Sonnets (suite et fin):\n                        D'après les Maîtres espagnols :\n                    XI. La dormition de la Vierge (D. Correa) . . .           11\n                   XII. Jeunes mendiants (E. Murillo)                         12\n  . .             XIII. Vision d'Ezéchiel (Fr. Collantes)                      12\n                   XIV. Le philosophe cynique (D. Velasquez) . . .            13\n                    XV. Le mariage à la Vicaria (M. Fortuny). . . .           14\n"}, {"page_pdf": 1133, "texte": " 960                           DU REN DAL\n\n                                                                          PAGES\n\n                  XVI. Portrait de Philippe II (J. Pantsya de la Cruz).    123\n                 XVII. Fleurs (Ben. Espinos)                               124\n                XVIII. Portrait de don Juan d'Autriche (S. Coêllo). .      124\n                  XIX. La mort du Précurseur (Anon. duXVIesiècle).         125\n                   XX. L'archiviste (Mos. Carbonero). . . . . . .          126\n                  XXI. Les rois catholiques (Ant. del Rincon) . . .        185\n                 XXII. Portrait de Carlos de Amberès (An. duXVIes.)        186\n                XXIII. Ponce-Pilate (D. Correa)                            186\n                 XXIV. La mort de Jésus-Christ (D. Velasquez). . .         187\n                  XXV. Les deux cadavres (L. de Valdès Léal) . . .         188\n                 XXVI. Idylle (M. Fortuny)                                 353\n                XXVII. Fusillade (Fr. Goya)                                354\n               XXVIII. Le gué (L. Cubeles)                                 354\n                 XXIX. Invasion de barbares (U. Checa)                     355\n                  XXX. L'oubli (M. Urgell)                                 356\nHUBERT (PAUL). — Au tombeau de Bismarck (poésie)                            66\nJANSSENS, O. S. B. (dom LAURENT). — Don Lorenzo Perosi                      97\nJOLY (EDMOND). — L'exposition Gustave Max Stevens                           67\n                 Notes théâtrales (au Parc)                                 79\n                 Au Cercle Artistique                                      144\n                 Le Salon : Pour l'Art                                     145\n                 Eugène Laermans                                           215\n                 Alfred Verhaeren                                          223\n                 La Libre Esthétique. — Charles W. Bartlett. — Ed.\n                   Vanden Peereboom                                        274\n                 Le pèlerinage de bonheur                                  372\n                 Le Salon (Société des Beaux-Arts). — Le Sillon. —\n                   Salon du Jeune Barreau                                  395\n                 Auguste Rodin                                             559\n                 Exposition d'oeuvres de Mlle Calais                       565\n                 Le Labeur                                                 566\n                  Chronique artistique                                     933\nKERVYN DE VOLKAERSBEKE.— Poésie flamande (Verzekens de l'abbé\n                                Cuppens)                                   499\nLE CARDONNEL (GEORGES). — Le repas de sainte Claire et de saint\n                                François                                   663\nLECONTE (SÉBASTIEN-CHARLES). — L'héritier                                  105\n                                 Aux sages à venir                         257\n                                 Le servage                                380\n                                La douleur de notre sœur notre ombre       497\n                                 Les mains                                 594\n                                L'Hécatombe (poésies)                      792\nLEFRANC (FRANCIS). — Ernst Wante                                            24\nLONGWORTH STORER (MARIA). — Le vrai américanisme                           426\n"}, {"page_pdf": 1134, "texte": "                         TABLE DES MATIÈRES                             96l\n\n                                                                         PAGES\n\nMARLOW (GEORGES). — A Georges Rodenbach                                       5\n                     Sonnet                                                23\n                     Trois sonnets                                        236\n                     Chanson voilée                                       370\n                     Variations sur un thème                              537\n                     A Béroë                                              875\n                     Pour une jeune femme (poésies)                       876\nMARTENS (CHARLES). — A propos de Princesse d'Auberge                       74\n                      La prise de Troie, de Berlioz                       329\nMAZEL (HENRI). — Les revues catholiques d'art et de littérature . . .     127\n                 L'art et le don du style                                 692\n                 L'esthétique de la langue                                852\nMŒLLER (HENRY). — Notre salon d'art religieux                              15\n                   Deux essais d'art religieux                            144\n                   L'art religieux . \"                                    590\n                   L'école de Saint-Luc                                   709\n                   Notre Salon d'art religieux                            859\n                   Le premier salon d'art religieux de DURENDAL.          871\n                   Un prêtre-poète                                        913\nMUSSCHE (PAUL). — Sur le printemps                                         301\n                  Suspends le gui bénit                                    667\n                  Ta maison près du bois                                   897\n                  Les cavales du soir                                      897\n                  Un dessein ténébreux                                     898\n                  Du haut des monts altiers (poésies)                     899\nOLIVAINT (MAURICE). — Charité                                               30\n                      La petite âme                                        507\n                      Saint François d'Assise (poésies) :\n                            I. Les Franciscains                            625\n                           II Saint François d'Assise                      626\n                          III. Saint François à Noël                       627\n                          IV. Les hirondelles de saint François. . .      627\n                            V. Les jongleurs du Bon Dieu                   628\n                           VI. Les expiations de saint François . . .      629\n                         VII. A un Franciscain                             630\n                      Le Parc                                              703\n                      La Nuit                                              706\n                      Coeurs dormants                                     890\n                      L'éternelle faiblesse (poésies)                      666\nPÉRIER (ERNEST). — Romance (poésie)                                         45\nRAMAEKERS (GEORGES). — La légende de sainte Alêne (fin)                    261\nRITTER (WILLIAM). — Sur le chemin de Maria-Zell                         107-109\nROMAN (JULIEN). — Recueillement                            ; . . . .      219\n                  Aspiration                                              220\n                  Élévation (poésies)                      221.290-408-557-862\n"}, {"page_pdf": 1135, "texte": " 962                            DURENDAL\n\n\nROUSSEAU (BLANCHE). — Tilette (fin)                                         133\nROUVÈZ (A.-TH.). — Cloche de couvent                                        409\nRYELANDT (JOSEPH). - Le Cor (Lied)                                          509\n                     Art et religion                                        669\nSÉVERIN (FERNAND). — Le héros blessé (poésie)                               272\nVACARESCO (HÉLÈNE). — Le missel de la lune                                  213\n                       Chanson roumaine                                     214\n                       A ma mère                                            911\n                       Nuages (poésies)                                     912\nVAES (HENRY). — Rembrandt van Ryn                                             46\n                Etude sur Antojne Van Dyck                                  902\nVAN DEN BOSCH (FIRMIN). — Georges Rodenbach                                   6\n                          Deux écrivains belges : Emile Verhaeren\n                             et Eugène Demolder                             161\nVERHAEREN (EMILE). — Les Ombres (poésie)                                    525\nVERHELST (FRANÇOIS). — Don Perosi : La résurrection de Lazare . . .         292\n                       L'art religieux                                      893\nVIRRÈS (GEORGES). — Georges Eeckhoud                                        776\nWAPPERS (JACQUES). — La veillée aux époux                               .   540\nLes Livres                            81-149 238 337-437-509-601-672-728-798-863\nLes Revues                                            89-155-244-348-443-610-726\nNotules                                           92-158-250-349-445-520-736-866\nCorrespondance                                                          717-936\n"}, {"page_pdf": 1136, "texte": "                   Table des Illustrations\n\n\n\nPEINTURE ET DESSIN :\n                                                                          PAGES\n\nBAES (FIRMIN). — La porteuse de pain .                                     144\nDE VRIENDT (JULIEN). — L'Adoration des Bergers                             896\nGHIRLANDAIO — La Présentation de la Vierge au Temple                        879\nGOZZOLI (BENOZZO). — Le voyage des rois Mages                              483\n                      Le rapt d'Hélène                                     884\nLAERMANS. — L'ivrogne                                                      184\n              L'enterrement au village                                      189\n              La flânerie au village                                        212\n             Portrait de l'artiste                                          215\n              L'aveugle                                                     216\n             Les émigrants (tryptique)                                      219\n              Portrait d'un bonhomme (étude)                                227\nLEEMPOELS (JEF). — Les éplorés                                              261\n                    Chacun veut en sagesse ériger sa folie (dyptique) .     302\n                    Meurtre d'Evrard t'Serclaes                             328\nLYNEN (A.). — Gens de bateaux                                               805\nPATENIER (JOACHIM). — Vierge (1490-1545)                                      1\nREMBRANDT VAN RYN. — Son portrait . . . .                                    46\n                          Les pèlerins d'Emmails                             48\n                          La ronde de nuit                                   50\nVAN DYCK. — Portrait de Van Dyck, dit au tournesol                          900\n              Le Christ expirant sur la croix                               908\nVAN OFFEL (EDMOND). — Dessins pour illustrer le conte : Het vizion\n                            van Vrederick, de Pol de Mont . . . .       106-356\nWANTE (ERNST). — Détail de la fresque de la chapelle du collège Saint-\n                       Jean Berchmans, à Anvers                              24\n\nSCULPTURES :\nCRACO. — André van Hasselt (médaillon)                                     956\nDE LALAING (Comte JACQUES). — Figure tombale (bronze)                      624\n"}, {"page_pdf": 1137, "texte": "  964                            DURENDAL\n\n                                                                         PAGES\n\nLAGAE (JULES). — Abandonnée                                                449\n                   Gent (bas-relief)                                      656\n                   Enfants                                                689\n                   Père et Mère                                           708\n                   La mère et l'enfant                                    741\n                   Saint-Jean-Baptiste                                    768\n                   Guido Gezelle (buste)                                  913\nRODIN. — Bellone                                                           560\n          Les bourgeois de Calais                                         562\n          Étude (tête)                                                    564\nHercule balaye les écuries d'Augias (Olympie. — Métopes du temple\n            de Zeus)                                                      126\n\nPORTRAITS DE :\nIreland (Mgr), archevêque de Saint-Paul, au Minesota (Etats-Unis). . .    422\nPerosi (don Lorenzo)                                                 .     97\nRodenbach (Georges)                                                         6\nVerhaeren (Emile), par Théo Van Rysselberghe                              161\n\nVUES, PAYSAGES, etc. :\nLe Prieuré de Groenendael                                                 57\nLe Port et la Ville de Veere                                             392\nLa Cathédrale d'York                                                     596\nL'Eglise de Fantoft (Norvège)                                            848\n"}]}