{"numero_id": "ulb-durendal-1900-01-n1", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-001", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 10, "titre_corps": "Notre Salon d’Art religieux", "titre_sommaire": "Notre Salon d’Art religieux", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "Notre Salon d Art Religieux", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "Notre Salon d'Art Religieux\n\n\n                LE 16 DÉCEMBRE 1899 sera, désormais, une date\n                  inoubliable dans l'histoire de Durendal. Celle\n                  de l'inauguration de notre premier Salon d'art\n                   religieux, de l'exécution d'un de nos vœux les\n                   plus chers, de l'incarnation d'une idée qui nous\n                   hantait depuis notre naissance à la vie artistique\n                   et littéraire. Ce n'est point sans peine que nous\n                   l'avons réalisée. Mais le résultat est de nature à\nnous faire oublier les rudes labeurs de l'organisation d'un salon\nd'art. Sans doute, le nôtre n'est point parfait. Rien ne l'est en ce\nmonde contingent. Et le critique chicanier et grincheux, celui\ndont Hello disait « qu'il cherche avant tout la virgule qui\nmanque dans l'œuvre du génie », n'a pas manqué de nous le\nrappeler.\n   Nous n'avons pas la prétention d'avoir atteint, du premier\ncoup, l'idéal d'un Salon d'art religieux. Mais pour un premier\nessai, il a pleinement réussi, et nous avons le droit d'en être\nfiers.\n   Tel a été l'avis général des critiques sérieux et sans parti pris,\nqui n'ont rien de commun, du reste, avec les autres.\n   Nous désirions surtout donner dans ce Salon une idée des\ndifférentes expressions de l'art religieux à notre époque.\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "6                            DURENDAL\n\n\n   Nous avions dans ce but fait appel à toutes les écoles.\n   Il était intéressant, il était nécessaire de faire en quelque sorte,\ndans un premier salon, le bilan de l'art religieux de notre temps,\npour constater où nous en sommes. Il fallait le montrer avec ses\nqualités et avec ses défauts. C'est pour ce motif que nous avons\ndonné à ce Salon un caractère aussi éclectique que possible, en\nadmettant les œuvres des artistes de tendances très différentes.\n   Si nous avions eu à notre disposition une salle plus vaste et des\nressources plus abondantes, comme nous le disions au numéro\nde décembre, notre Salon eût été encore plus complet. Nous\navons dû forcément nous restreindre.\n   Ce premier Salon n'est, du reste, qu'une ébauche, intéressante\ndéjà et de la plus grande utilité, en même temps que du plus\nhaut enseignement. Le second, que nous souhaitons le plus\nproche possible, sera, nous l'espérons, plus parfait et plus\ncomplet.\n   Une pensée nous a dominés dans l'organisation de notre\nSalon, celle d'encourager les artistes, surtout les jeunes, s'adon-\nnant à l'art religieux. A peine s'occupait-on d'eux jusqu'ici.\n   Il semblait que l'art religieux n'existait plus, qu'il n'était plus\npossible, qu'il était définitivement la proie d'artisans — nous\nn'oserions dire d'artistes, — dont l'archaïsme était l'idéal, ou de\nvulgaires marchands. Notre Salon n'aurait eu d'autre effet que\nde prouver qu'il y a encore des artistes religieux, que l'art reli-\ngieux est encore compris de nos jours, qu'il est compatible avec\nles Idées modernes, que nous aurions fait œuvre bonne et\nsalutaire.\n   Tous les vrais artistes nous ont remercié d'avoir organisé ce\nSalon d'art religieux et nous ont dit combien notre tentative les\nencourageait à s'adonner à cet art si élevé. Ce sont les jeunes\nsurtout qu'il fallait encourager. C'est eux que nous avons eu\nspécialement en vue.\n   Notre grand et vénéré artiste Stallaert nous comprenait bien,\nlorsqu'il nous écrivait :\n   « N'ayant plus à ma disposition ni tableau, ni esquisse de ce\nque j'ai produit dans le genre religieux dans ma jeunesse, je\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "                 NOTRE SALON D'ART      RELIGIEUX\n\n\n\nregrette de ne pas pouvoir prendre part à votre exposition par\nune œuvre quelconque. Je fais cependant des vœux pour la réus-\nsite de l'œuvre dont vous avez pris l'initiative et aussi pour que\nla foule et le clergé se persuadent qu'il existerait encore des\nartistes capables de produire des œuvres sérieuses dans ce grand\net beau genre, si l'occasion leur était donnée de s'y livrer, comme\nvous le dites.\n   » Ce n'est pas pour moi que je le répète, mais j'en parle au\nnom des jeunes artistes, auxquels je suis appelé, comme profes-\nseur, à donner des conseils et que je dois préparer à une carrière\nsérieuse.\n   » Croyez bien que je suis tout disposé à seconder vos efforts. »\n\n\n\n\n    Le Salon d'art religieux de Durendal a provoqué les critiques\n les plus contradictoires; les unes bienveillantes et encoura-\ngeantes, les autres, inspirées par la plus évidente mauvaise foi,\nd'autres, enfin, justes en partie et que nous admettons pour\nautant, mais fausses dans leur ensemble, parce que leurs auteurs\n ne se sont pas placés au point de vue des organisateurs.\n    Avons-nous atteint notre but?\n    A cette question, nous répondrons carrément, et sans fausse et\nsotte modestie : absolument.\n    Que voulions-nous, en effet? Réveiller avant tout la torpeur\npublique. Rappeler à tous la nécessité urgente de rompre le\ndivorce qui sépare depuis si longtemps deux choses inséparables\nautrefois et qui devraient l'être toujours : l'art et la religion.\n    L'objet de l'art, c'est la beauté. L'objet de la religion, c'est\nDieu. Or, Dieu c'est la beauté essentielle et parfaite. Donc,\nl'objet de l'art se confond avec celui de la religion. On ne réfu-\ntera jamais ce syllogisme. Il contient une idée tellement féconde\net tellement primordiale qu'il est impossible de la développer\ndans u n article de revue. Elle ne pourrait être exposée, dans\ntoute son ampleur et avec toutes ses conséquences, que dans un\nlivre.\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2113, "texte": "8                           DURENDAL\n\n\n    Les artistes, en général, se désintéressent de l'art religieux.\nC'est une des causes capitales de la déchéance de celui-ci. Nous\navons voulu, en leur ouvrant notre Salon, rappeler leur atten-\ntion sur le plus grand et le plus élevé de tous les arts.\n    Il est bien digne de leur talent, puisque les plus grands\nartistes du passé lui ont consacré presque toute leur existence.\nLa plupart et les plus beaux des chefs-d'œuvre que le passé\nnous a légués et que tout le monde, sans exception, admire, sont\ndes œuvres religieuses. C'est là un fait caractéristique et bien\nsuggestif.\n    Nous croyons avoir rendu, sous ce rapport, un service émi-\nnent à tous les artistes. La création des Salons d'art religieux de\nDurendal leur fournira, désormais, l'occasion, qui leur manquait\njusqu'ici, d'affirmer leur puissance dans un art qui a toujours\neu la place d'honneur dans les préoccupations des grands\nanciens.\n    Sans doute, nous eussions souhaité que plus d'artistes\n modernes, de ceux que nous considérons comme les princes de\n l'art contemporain, eussent répondu à notre appel. Nous com-\n prenons, cependant, leur défiance en face d'une première tenta-\n tive. Elle leur a paru audacieuse et téméraire, peut-être. Mais,\n nous avons la plus ferme confiance que cette défiance se dissip-\n pera et qu'ils viendront à nous, et nous seconderont efficace-\n ment par leur collaboration, lors de notre prochaine expo-\n sition.\n     Certains grands et vrais artistes ont eu l'amabilité de nous\n prêter leurs œuvres religieuses, et nous leur en sommes profon-\n dément reconnaissants.\n     On nous a reproché d'avoir admis des œuvres d'un intérêt\n secondaire et médiocres comme valeur. Ce reproche tombe de\n lui-même, si l'on considère le but qu'il fallait poursuivre, à\n notre avis, dans un premier Salon d'art religieux. Ce but était\n d'établir, en quelque sorte, le bilan de cet art à notre époque,\n de le montrer tel qu'il est, avec ses qualités et ses défauts, afin\n  de voir où nous en sommes, ce qu'il faut promouvoir et ce qu'il\n  faut, ou amender, ou écarter définitivement.\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "                  NOTRE SALON D'ART RELIGIEUX\n                                                                      9\n\n   Notre Salon n'eût-il eu pour résultat que d'offrir à l'admi-\nration du public quelques belles œuvres d'art religieux, qu'il\neût atteint son but et mérité d'être loué et encouragé par tous.\nOr, nous prétendons qu'il y a eu chez nous suffisamment\nd'œuvres religieuses, d'un art vrai et sincère, pour qu'il valût\nla peine de les exposer dans un Salon spécial.\n   Certains critiques l'ont admirablement compris. Ils nous ont\nfélicités, ne nous ont pas ménagé les éloges et nous ont même\npriés instamment de renouveler cette intéressante tentative. Nous\nles en remercions de tout cœur, et nous comptons sur leur\nefficace collaboration intellectuelle, lorsqu'il s'agira d'organiser\nle second Salon d'art religieux de Durendal.\n\n                                      *\n                                  *       *\n\n    J'ai, maintenant, un devoir de reconnaissance à remplir.\n    Et, tout d'abord, je dois adresser, au nom de mes amis et en\n mon nom, des remerciements spéciaux à l'auguste patronne de\n notre œuvre, à la Reine de notre Salon, à Son Altesse Royale\n Madame la Comtesse de Flandre, qui nous a si gracieusement\n secondés dans l'exécution de notre entreprise.\n    Tout le monde sait l'intérêt qu'Elle porte à l'art et aux artistes.\n Lorsqu'il y a quelques mois, nous Lui faisions part de nos pro-\n jets, dans un entretien que nous eûmes l'honneur d'avoir avec\n Son Altesse Royale, Elle comprit d'emblée la beauté et l'utilité\nde notre entreprise. Elle saisit du coup tout l'honneur qui pou-\nvait en revenir aux deux plus grandes choses qui soient ici-bas :\nl'art et la religion.\n    Que Son Altesse Royale daigne recevoir ici l'hommage public\nde notre plus profonde gratitude.\n    Nous remercions aussi de tout cœur tous ceux qui nous ont\naidés dans l'accomplissement de notre œuvre, les uns par leurs\nconseils, d'autres par leur générosité, tous ceux à qui nous avons\nfait appel, par leur sympathie.\n   Nous remercions encore et surtout les artistes qui ont bien\nvoulu nous prêter leurs œuvres. C'est à eux que revient tout\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1374, "texte": "10                         DURENDAL\n\n\n\nl'honneur de cette première tentative. Nous comptons sur leur\nbonne volonté pour la renouveler dans le plus prochain avenir,\navec un éclat plus grand encore, qui sera la preuve de l'utilité\nd'une pareille entreprise.\n   Nous devons, enfin, des remerciements aux artistes musiciens\nqui ont eu la gentillesse de rehausser le Salon d'art religieux par\nleur gracieux concours; à la jeune et vaillante phalange des\nChanteurs Palestiniens de l'Association « A Capella », de Gand,\ndirigée d'une façon si remarquable par M. HuUenbroeck; à\n M. Thiebaut et à son école et aux Maîtresses dévouées de cette\n école; aux distingués professeurs du Conservatoire royal, qui\n ont eu la charmante amabilité de nous prêter leur concours :\n MM. Soubre, Jacobs, De Mest (qui a interprété d'une façon\n exquise les œuvres de C. Franck); à l'Octuor Vocal, qui, sous la\n direction magistrale de M. Soubre, a dignement clôturé notre\n Salon d'art religieux par une audition de musique religieuse\n d'une merveilleuse beauté, audition relevée par l'admirable\n talent du grand artiste violoncelliste, M. Jacobs, professeur du\n Conservatoire.\n    A tous, merci de tout cœur et au revoir. Nous donnons rendez-\n vous à tous nos amis et à tous nos collaborateurs à notre pro-\n chain Salon d'art religieux.\n\n                                      L'abbé HENRY    MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-002", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 11, "page_fin": 18, "titre_corps": "Le Salon d’Art religieux", "titre_sommaire": "Le Salon d’Art religieux", "signature_source": "Edm. Joly", "ancre_debut": "LE SALON D ART RELIGIEUX", "ancre_fin": "FDM JOLY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "LE SALON D'ART RELIGIEUX\n\n\n\n\n                   Le critique ne saurait avoir, même envers les invités de\n                      Durendal, d'autre devoir que le vrai, et l'étude conscien-\n                      cieuse de l'œuvre en elle-même, par rapport à elle-même\n                     seulement. De la sorte, son travail n'est pas un magis-\n                     tère, une louange ou un blâme également inutiles\n                     comme toute appréciation personnelle, mais un inven-\n                     taire, l'œuvre d'une sorte de science artiste, montrant,\n                     ne voulant pas guider. On verra également mieux de\n                     la sorte le nombre et l'intérêt des œuvres rassemblées,\n   l'œuvre que constitue leur réunion. C'est une très belle chose qu'un\n  catalogue, un catalogue de collection ou d'exposition. Ne pouvant\n  présenter celui du Salon religieux à tous les amis de Durendal. nous le\n  remplacerons par une énumération presque équivalente.\n     11 comporte toutes les tendances que l'on rencontre dans le monde\n  artiste. L'académisme y introduit ce qui reste des traditions de la Renais-\n sance, cet humanisme des Beaux-Arts. Le romantisme se retrouve dans\n les Ecoles allemandes encore soumises au « Bitume», altérant le charme\n d'imagerie si savoureux clans les églises bavaroises ou tyroliennes par une\n trop grande correction peut-être, ou s'efforçant, à la suite de von Uhde, au\n modernisme agreste. Celui-ci se retrouve avec les souvenirs de plein-air\nen France comme en Belgique : on lui doit nombre d'œuvres savoureuses.\nSes recherches de forme et' de fond produisent dans la même zone d'art\ndes œuvres néo-mystiques dont l'ingéniosité et la beauté ne se peuvent\nméconnaître encore qu'elles ne soient pas toujours chrétiennes d'instinct.\nCette tendance profite à la fois des techniques modernistes françaises et\ndes revendications préraphaélites anglaises. L'âme d'exquisité qui domine\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "12                               DURENDAL\n\n\n\nles altistes britanniques et qui les orienta avec une curieuse rapidité et\nune constance absolue vers le prime Hellénisme aussi bien que vers les\nQuatrocentisti ou les gothiques du nord, est essentiellement favorable à\nl'expression pieuse. Les froideurs anglicanes elles-mêmes, sensibles\njusque chez Burne Jones, ne résistent pas toujours à ces souffles de la\nPrimavera. Des renaissances gothiques de degrés et de natures infiniment\ndiverses, se manifestent plus spécialement chez nous. Le style moderne.\n affranchissement de la ligne et de la couleur, se montre aussi, bien\n qu'avec timidité. Les ultimes recherches techniques sont magnifiquement\n consacrées à la pensée religieuse dans l'œuvre de Gaston Latouche.\n     Ce sera un des grands services rendus par le Salon religieux que\n d'avoir expérimentalement prouvé à nos artistes que toute forme, aussi\n bien que tout tempérament personnel, peut s'exprimer librement dans\n l'art religieux. Certes, il suffit à la démonstration de rapprocher Durer,\n  Botticelli, Michel-Ange, Angelico et Rembrandt. Mais le devoir est de\n  redire en tout temps la vérité éternelle. Ce devoir éclate surtout aujour-\n  d'hui devant des formes nouvelles mieux appropriées qu'aucunes à la\n  spontanéité et à l'efficacité de l'expression religieuse. Ces remarques\n  générales étant faites, commençons notre visite en suivant autant que\n  possible l'ordre du catalogue.\n      Un triptyque allemand de Carl Andreae nous mène aussitôt aux œuvres\n  néo-gothiques de J. Anthony : Le mariage mystique de sainte Catherine,\n  une Vierge en prière, les esquisses d'un rétable où la légende de sainte\n   Emérentienne amène plus de vie et d'émotion parmi les somptuosités\n   d'étoffes et de gemmes coutumières. Jeanne Atché intéresse surtout par\n   le « Christ au Jardin des Olives », où la grâce parisienne de la facture\n   n'empêche pas l'émotion des yeux clairs devant un lointain lumineux. Le\n   grand carton de vitrail de Charles Baes est absolument étonnant, très\n   personnel et très original et remarquable par la hauteur symbolique de\n   la pensée. C'est une désorientation que semble avoir cherché Emile\n    Bernard par les outrances de sa conversion de Longin.\n       Nous voici arrivés aux superbes cartons de fresques des Bénédic-\n    tins de l'Abbaye de Beuron. Un incontestable sentiment mystique émane\n    de leur aspect égyptien, de leurs draperies à petits plis, des types régu-\n    liers et calmes, de leur haute compréhension des sublimités évangéliques.\n    Leur arrivée chez nous permettra les plus utiles rapprochements, la\n    preuve expérimentale que la sincère piété et le bon vouloir artiste ne\n     peuvent manquer d'atteindre à la grandeur simple, requise comme mini-\n     m u m de l'œuvre religieuse. Ici, à toute évidence, il y a plus encore. C'est\n     du grand art, de l'art essentiellement religieux.\n        La « Sainte Elisabeth de Hongrie sur son lit de mort » est une œuvre\n     gracieuse de R. Bosiers. d'Anvers. Les perles au cercle d'or sont bien la\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2959, "texte": "                      LE SALON D'ART RELIGIEUX                                l3\n\n\n   couronne qu'il fallait à telle châtelaine et les roses fraîchement carnées\n   relèvent délicatement la cendre grise évocatrice de soir et de mort. Deux\n   œuvres, déjà étudiées ici même, deMlleCalais nous font seulement répéter\n   la louange que nous leur avons donnée naguère. Très simplement grande,\n  la petite toile de A. Ciamberlani dégage une harmonie profonde : du sang\n  sur un Crucifié et du sang autour du soleil, mort aussi. Une bonne icône\n  de Sainte-Julienne, par Mlle V. Claesen: le dessin d'une bannière dû au\n  subtil stylisateur Combaz. De Paris, Edme Couty envoie deux petites\n  choses noyées de gris, mais d'un gris si fin qu'il s'infiltre dans les chairs,\n  adoucit le ciel, émeut délicieusement les ramures, se transpose en ondes\n  de contours légers aussi. Tout opposé, gris encore, mais d'un gris souf-\n  frant et dur. apparaît le « Christ errant », de Félix Denayer. L'œuvre\n  atteste un énorme progrès chez le jeune artiste. Le Messie erre bien, dans\n  une pauvreté de tons et de contours, une pauvreté d'abandon par une\n  sorte de banlieue comme celle où erre souvent le Christ eucharistique du\n  viatique.\n     Un des événements du Salon est l'envoi aussi nombreux qu'important\n  de Maurice Denis. Certes, ces formes tellement simplifiées en ondes\n  peuvent surprendre : leur charme est indéniable. Il suffit de voir les com-\n muniantes, l'appel de toute leur attitude vers l'autel pour comprendre la\n  vie qu'exprime cet envol. Aussi bien toutes les formes humaines de l'ar-\n tiste ont ces tètes penchées, ces formes en-allées ; toutes sont des commu-\n niantes, à la vie intense, secrète de l'art. Quant au coloris, certains accords\n de jaune acide et d'indigo; les cramoisis et les verts-bleus de sa grande\n toile des « Pèlerins d'Emmaüs » suffisent à en dire l'étrange puissance.\n Un carton de vitrail est non moins beau. Ses projets de décoration pour\n une chapelle du Vésinet sont merveilleux. Très curieux aussi ses dessins\n pour l'imitation de Jésus-Christ.\n     L' imagier » André Des Gachons réalise le titre si beau qu'il a choisi\n en délivrant la ligne, en tachant de figurer plus que de représenter. Ses\n paysages, ses fleurs, ses arbres sont d'un intérêt puissant qui se retrouve\n moins dans le visage humain insuffisamment religieux pour une Annon-\nciation.\n    Une « Sainte Face » de [. de Witte. Le « Calvaire» (dessin) et le\n\" Mont Salvat » (peinture), de Ch. Doudelet, montrent bien le Mantegna\nflamand qui fut assez sensitif pour approcher Maeterlinck.\n    L'on revoit avec plaisir I' « Ave Maria. Rosa Mystica ». de Mlle Alice\nEckermans. exposé naguère au Salon de 1897. L'exécution tres forte et\nhardie sert une pensée très haute. Ce poids du cadavre divin, représenté\ncomme en predella inverse, au-dessus de l'Annonciation, est une chose\ntrès émouvante.\n    Chez Louis Ueldmann, le bitume de Dusseidorf s'atténue de moder-\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "14                             DURENDAL\n\n\nnisme. Le « Christ portant la croix » clans un beau mouvement de marche\nécrasée est du plus haut intérêt.\n    Le petit triptyque. « Saint François d'Assise ». de Léon Frédéric,\ndonne lé charme profond, personnalité du grand artiste. Ses harmonies\nacides, ses lignes touffues animent à merveille la prédication du saint aux\noiseaux dont la foule frémit en auditoire ailé, sa charité envers la bête\nblessée, sa marché parmi le jardin fleuri.\n    En-dessous de 1' « Ecce Homo », de Gaillard, dont aussi un saint Fran-\nçois d'Assise, un tout petit dessin anglais de Charles Gere est vraiment\nexquis. Une simple silhouette d'enfant dans un cadre de vitrail aux taches\njaunes, bleues et rouges.\n    Voici les cartons et maquettes de vitraux d'Eugène Grasset. On sait\nl'extraordinaire puissance décorative du célèbre artiste : elle est toute\ndans les œuvres exposées vraiment admirables de noblesse, d'ingénio-\n sité, de science et d'inspiration. De curieuses étoiles          flamboyantes\n correspondent aux fleurs si savamment étudiées : le « Saint Michel » et la\n « Jeanne d'Arc » ont une grandeur gracieuse absolument parfaite.\n     Le savant initiateur parmi nous des anciennes fresques italiennes,\n G. Guffens, envoie plusieurs œuvres de tout point remarquables. Georges\n Jacqmotte noie de nuit brune une têle d' « Ecce Homo » dont l'œil énorme\n apparaît presque seul dans une face striée de sang.\n     Les œuvres de Joseph Janssens. enlevées à différentes églises, doivent\n souffrir de la banale cimaise d'exposition. L' « Annonciation » (de l'église\n du Jésus, à Louvain): le retable de saint-Roch (église St-\\Yillebrord, à\n  Anvers): la réduction d'une peinture murale gardent cependant un sen-\n timent très doux et reposé, un souci de bon goût parmi l'exécution alerte\n  et précise, la composition équilibrée. Les miniatures du marquis Impé-\n  riali sont exquises. Elles attestent une entente véritable du sentiment\n  décoratif.\n     Deux œuvres de jeune, un des concurrents naguère du prix de Rome\n  où déjà il fut remarqué, attirent singulièrement l'attention. Le « Christ\n  guérissant une malade » montre une science étonnante de la foule. La vue\n  sur le foisonnement des têtes vers l'horizon est très curieuse. La « Résur-\n  rection de Lazare » a les mêmes qualités de coloris somptueux et rare, de\n  dessin personnel, avec certaines figures comme atténuées tout à coup\n  pour plus d'expression. (Lambert est un nom à retenir.)\n      Le « Christ outragé », de Gaston La Touche, constitue évidemment\n   une des perles du Salon. Le nimbe de Jésus domine toute la toile par une\n   lumière dont la facture est une merveille de science et de simplicité. Les\n   teintes composées de Monet sont ici égalées par un simple ton double\n   jaune sur jaune que relève encore le complément du vert de lune. Le\n   Christ se comparaît à la lumière, alors que pendant la fête des Tabernacles\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "                      LE SALON-D'ART RELIGIEUX                               I5\n\n\n   brûlaient des feux sur deux candélabres hauts de cinquante coudées et\n  illuminant Jérusalem entière. C'est bien la magnifique traduction artiste\n  de la parole sainte. Jésus n'est qu'une, présence d'ombre mystérieuse\n  illuminant tout, triomphant par ses rayons des vaines faces outra-\n  geantes noyées dans sa lumière, une présence en-allée comme la flamme\n  poussée par les vents qui la glorifient en voulant la poursuivre, la tuer.\n     Trois tableaux de Jef Leempoels, dont les « Eplorés » avec l'apparition\n  d'une si curieuse perspective; plus encore que le « Christ » nous désarme\n  1' «Enfant Jésus ». où la science et la conscience de l'artiste ont atteint\n  une telle perfection de choix etde rendu que les plus rebelles à sa manière\n devront s'incliner. D'un jeune Maurice Lefebvre, une étude pour une\n tète d'apôtre, très fouillée, très consciencieuse, avec, croirait-on. l'inquié-\n tude rigide d'un saint Thomas. D'Arthur Lefevre. un grand et merveil-\n leux fusain représente, d'une façon très heureuse et tout à fait originale.\n l'« Adoration des humbles». Il y a là une compréhension des petits dont\n toute la composition déjà s'anime. De Mlle Léonie Ternaire. « Sainte Eli-\n sabeth de Hongrie »: puis la « Communion de saint Stanislas », d'Arthur\n Loureiro (de Melbourne), grande toile, très intéressante, d'aspect gra-\ncieux et pieux. En très beau dessin d'après Rubens, du grand artiste\ngraveur J.-H. Meunier. Les deux tableaux de Lybaert donnent tout ce\nqu'on doit attendre de cet artiste, désarmant par la conscience les plus\nfarouches modernistes. Son bronze (sainte Germaine) est d'un beau\nsentiment médiéval. E' «Ave Maria», de Mlle Georgette Meunier, pré-\nsente un entassement de fleurs pâles devant une de ces émouvantes\nMadones de cire habillées d'étoffes « vivantes » que l'on rencontre encore\ndans nos campagnes veillant au bord des chemins. Les nacres coutu-\nmières à l'artiste et la poudre d'or des cierges composent une atmosphère\nde charme intime.\n   M J. Middeleer. dont les peintures conservent si haute mine dans nos\n vieilles églises, jusque dans le voisinage terrible de fresques anciennes,\n expose ce « Jardin sacré », qui est une de ses plus belles œuvres. Jardin\nde mystère, paradis d'âme avec l'unique arbre de vie, la croix au pied de\n laquelle pleure la 'Vierge tragique de la Soledad (la solitude, le veuvage\nde mort), parmi l'immobile procession de grands lys et le prosternement\nrégulier des pâquerettes de Mont Salvat. C'est le cachet parisien,\nmais louable, qui reparaît avec Moreau-NEret dont la « Vierge dou-\nloureuse » serre l'Enfant divin en la peur du supplice prédit. Il serait\ncurieux de comparer avec le même sujet, traité selon l'art byzantin dans\nla célèbre image du Perpétuel-Secours. Une aquarelle de la « Vierge au\nlys » est de facture solide et légère. La « Vision du Christ », dessin très\ndélicat, de Ernst Naets. Puis, les nombreux et si remarquables envois\ndu français A. Osbert. Un « Saint Paul ermite », tout brun, y contraste\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3103, "texte": "16                             DURENDAL\n\n\ncurieusement avec la « Vision de sainte Geneviève », de lumière bleue,\net les effets crépusculaires surtout admirables. Des silhouettes sombres\ns'y enlèvent en pures lignes antiques sur des ciels d'or somptueux. « Le\nChrist et la Samaritaine » domine toutes les autres toiles de l'artiste.\nUn «Christ», de E. Paulus, violet. Deux œuvres d'Arm. Point, le subtil\névocateur d'exquisités « Romanes » : le W. Morris de l'œuvre coopérative\n « Haute-Claire », devait figurer ici... Les « Rois mages », sont très trois,\n donnent bien par leur arrivée de face l'émoi du nombre où menaça\n toute la gloire tragique de l'Enfant divin. Est-ce bien « sainte Cécile »,\n cette Vierge à la Licorne ? En tout cas, l'œuvre est délicatement dorée,\n et archaïque selon le faire déjà tant admiré.\n     Voici un des grands noms du catalogue : Puvis de Chavannes :\n  « Décollation de saint Jean-Baptite ». On sait le simplisme extraordinai-\n  rement recueilli du maître, ses tons effacés, le silence de couleurs et de\n  lignes qu'il impose au monde pour la perpétuelle élévation de l'art. La\n  ligne des bras du martyr est surtout belle ; l'arbre est d'un grand émoi\n   symbolique, tandis que la femme rappelle les peintures antiques et cer-\n   tains détails les recherches de Gustave Moreau. Un beau « Christ »,\n   des études très curieuses, de ravissantes têtes d'enfants, 'modèles pour\n    tètes d'anges et d'intéressantes esquisses de chemins de croix de Jean\n    Rosier.\n        L' « Éducation du Christ», de Léon Rothier. est une grande toile, ainsi\n     qu'une œuvre très belle, vraiment peinte, d'un grand sentiment religieux\n     dans son réalisme agreste. Le paysage, lumineusement vert et bleu, enve-\n     loppe à merveille les personnages, dont la Vierge, singulièrement belle et\n     simple, ainsi que l'Enfant Jésus émeuvent surtout. Alexandre Séon, de Paris,\n     déjà apprécié chez nous, se souvient de Puvis avec une volonté de grâce\n      et de solennité. Toute l'École de Dusseldorf reparaît dans les toiles de\n      Henri Sinkel. 11 n'est plus guère opportun de louer Jacob Smits, dont\n      tout le monde sait goûter maintenant la grâce âpre et savoureuse. Extra-\n      ordinairement britannique, le «Christ aux Oliviers», de M.-T.-R. Spence,\n      étonne et séduit malgré ses incorrections. Nous avons ici même loué,\n       selon notre admiration, les œuvres exquises et vivantes de G.-M. Stevens,\n       dont voici 1' « Annonciation », toute d'or et de fleurs et la belle tapis-\n       serie de « Saint Georges. »\n          TSchageny, une jolie tète de femme aux lys: Camille Tulpinck, une\n        « Annonciation ». puis la grande toile du « Tombeau du Christ », attes-\n        tant Van Aise peintre consciencieux du « Pierre l'Ermite ». Toute\n        une série d'œuvres de Van der Oudcraa, dont chacun sait le ton poly-\n        chrome, les ombres brunes, l'ingénieuse mise en scène. Faisons remar-\n         quer, pour simple bénéfice d'inventaire, que le « Calvaire » est insuffi-\n         samment évangélique. si très pittoresque. Deux « Madones à l'Enfant »,\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "                      LE SALON D'ART RELIGIEUX                              17\n\n   de E. Van Move, dont le charme est incontestable. Le grain de ces chairs\n  fines, les paysages argentés qui les encadrent, les formes légères des\n   arbres et des tours brugeoises s'accordent pour une paix d'exquisité\n   précieuse. Edm. Van Offel recherche le symbole avec un grand\n   bonheur : son dessin d'un tapis d'église (exécuté par la Maison Demol-\n  der) est admirable de ton. Très remarquable aussi son « saint Jean-\n   Baptiste enfant ». C'est encore l'École de Dusseldorf, mais modernisée,\n  et avec un talent vraiment personnel, que l'on trouve dans le « Prophète\n  Elie », de Von Gebhardt. Un intérêt de milieu ne relève pas assez les\n  peintures bavaroises de A. Von Oer.\n     Le von Uhde est absolument beau, plus vivant, plus vibrant que ceux\n  déjà vus à Bruxelles. Le principal auteur du modernisme, dans la présen-\n  tation des scènes évangéliques, ne mérite que l'admiration pour son :\n  « Quand je marche à l'ombre de la mort ». Des cartons de Walter Crane\n  et des dessins sont toujours les choses subtilement grandes que l'on sait.\n     Des œuvres nombreuses et importantes d'Ernst Wante, dont on remar-\n  qua beaucoup naguère le « saint François d'Assise » se dépouillant de tout\n  pour n'être plus qu'à Dieu, montrent une vie véritable dans le retour\n  alterné aux formes gothiques. Son esquisse d'une peinture murale, exé-\n  cutée au Collège St-Jean-Berchmans d'Anvers, son « Retable de Moll »\n  indiquent surtout une curieuse interprétation de la physionomie dans\n  la persistance des tons vermillonnés et d'or. Deux femmes-peintres\n  anglaises, terminent notre énumération. Sadie Waters a des délicatesses\n  charmantes dans une gamme blonde et nacrée. Ses enluminures sont de\n toute beauté. Catherine Weekes préférant de beaux tons, doucement\n  ambrés, subit à la fois l'influence de nos gothiques et des quatrocentisti\n pour des œuvres vraiment attirantes d'un charme intime.\n     La sculpture n'est pas moins bien représentée. Des bronzes rappellent les\n principaux maîtres français, dont Rodin et Falguièrc. Les archaïsmes de\n J. Baudremghien ont une saveur véritable. La barque du Christ avec\n l'obstination de toutes les tètes inclinées vers le Sauveur comme la foi;\n de toutes les mains crispées au bordage du vaisseau comme la peur\n impressionne vraiment. Nous aimons le « Christ » de P. Braecke et ses\n évangélistes. moins mystiques, plus Renaissance, mais de toute beauté\n et extrêmement caractéristiques. P. Braecke est un maître sculpteur. Le\njoli sentiment des bronzes de G. Charlier. Absolument superbe son\ngroupe : « La Croix ». d'une impression religieuse intense et d'une facture\nimpeccable. On sait notre admiration pour Arthur Craco. Son « Annon-\nciation » (ivoire et bronze comme le «Baiser de Paix»): son bénitier\nd'église ; un grand ange vraiment « angélique » sont peut-être dépassés\npar les quatre étranges bustes des « Cavaliers de l'Apocalypse ». sur ces\nfaces irréelles ont été condensées en physionomies humaines : le « Juge-\n                                                                        2\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "18                              DU REN DAI.\n\n\nment ». la « Guerre », la « Famine » et la « Mort ». De fins et étranges\ndessins pour les « Mystères du Rosaire ». Plusieurs statuettes finement\ngracieuses de A. Désenfans. « Marie de Nazareth », par de Tombay, très\nheureux. De jeunes efforts qui promettent beaucoup de Jules Jourdain.\nSon « Christ couronné d'épines » est magnifique. Le superbe            Saint\nJean-Baptiste », de J. Lagae, et sunc œuvre absolument remarquable.\nC'est l'idéal de l'art religieux en sculpture.\n  Deux jolies œuvrettes de Jacques Marin.\n  Notre grand Constantin Meunier envoie quatre œuvres siennes, c'est-\nà-dire admirables toujours. Il faut surtout louer le «divin Crucifié », vrai-\nment unique, rappelant plutôt les crucifix royaux du XIIe siècle, que ceux\ntorturés auXVe,mais avec quelque chose de divinement humain, qui est\ntout moderne. Encore la fine statuette de religieuse, si curieusement\napaisée et tendre, à la fois ressemblante et virtuelle.\n   L'art appliqué, si important au point de vue religieux qui lui offre des\nressources non encore suffisamment utilisées, donne au Salon un intérêt\ntout spécial. Voici les charmantes œuvres de Fernandubois; le bénitier,\nle tryptique et le petit bas-relief sont absolument exquis. Des médailles\nde l'admirable Roty; des plaquettes fines et graves de Vernon (surtout\nsa «Vierge»); des œuvres peu connues (presque une révélation)\nd'Yencesse, dont le crucifix est tout à fait beau.\n   Les œuvres architecturales de Van Ysendyck viennent d'être étudiées\npar nous. Des mobiliers d'église de Pecters d'Anvers; des vitraux; de\nprécieuses reliures de Dcsamblanx et Weckesser: d'admirables brode-\nries. Voici encore l'enluminure, art si essentiellement religieux et dont\nla résurrection, sous une forme plus moderne, est duc surtout à\nM. Lyon-Claesen. On remarque aussi les splendidcs enluminures des\nMoniales de Maredsous. Files ont ressuscité l'art du moyen âge dans sa\nmerveilleuse richesse. Les dessins symboliques qu'il faudrait étudier à\nloisir de L. Titz. Un bénitier de Roskam. Encore, enfin, d'admirables,\némaux translucides de grand feu du comte du Suau de la Croix, où le\ndécor, les tons présentent un charme incomparable.\n    Ce compte rendu du Salon était composé quand nous est arrivée une\nœuvre délicieuse, charmante de dessin, délicate de coloris, du peintre\nhollandais, Anton Van Welie : « Sainte-Cécile ». Nous avions déjà\n admiré le merveilleux talent de cet artiste dans les belles reproductions\nde ses œuvres que donna récemment l'intéressante revue Vlamse School\n de Pol de Mont. Cet artiste nous semble avoir une vraie vocation pour\n l'art religieux.\n                                                               FDM. JOLY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-003", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 19, "page_fin": 19, "titre_corps": "Marie Stuart", "titre_sommaire": "Marie Stuart", "signature_source": "", "ancre_debut": "MARIE STUART", "ancre_fin": "Les crimes et la geôle et le cruel remords", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "MARIE               STUART\n\n\n                          Ils aiment à se retirer tout à part dans\n                       un coin des salles, pour qu'on ne puisse\n                       entendre leurs petits secrets.\n\n\nAux lèvres du Dauphin, le beau nom de Marie\nExhalait un parfum pieux comme l'encens;\nLa princesse laissait s'épanouir ses sens\nSous la chaste douceur d'une voix attendrie.\n\nIls cachaient dans les plis de chaque draperie\n Un chuchotement sourd de secrets innocents,\nEt les vieux murs du Louvre abritaient frémissants,\nCes chants inentendus de blanche rêverie.\n\nCar la bonté qui brille au front calme des cieux\nPermit que les amants ne pussent dans leurs yeux,\nResplendissants d'amour et de pure lumière,\n\nLire, ô roi François deux, la trop prochaine mort,\nEt lire, ô reine exquise en ta candeur première,\nLes crimes, et la geôle, et le cruel remords !\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-004", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 20, "titre_corps": "À un Religieux", "titre_sommaire": "À un Religieux", "signature_source": "", "ancre_debut": "A UN RELIGIEUX", "ancre_fin": "Avant l oblation murmurant l offertoire", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 808, "texte": "A UN             RELIGIEUX\n\n     Lorsque l'orgueil réveille en moi ses orgues d'or,\n     Et quand ma vanité/ait tinter ses rixdales,\n     Ami, je songe à toi dont les humbles sandales\n     Ne connaissent qu'un cloître au morne corridor.\n\n     Tandis que nous clouons des ailes de condor\n     Aux désirs effrénés qui germent nos scandales,\n     Ta foi, sans défaillir, les abat sur les dalles,\n     Ainsi que des taureaux frappés du matador.\n\n     Tu sais la gloire folle et sourde à qui l'appelle,\n     Mais la lampe qui brille en ta douce chapelle\n     Offre toujours l'espoir suprême au front courbé.\n\n     La fanfare qu'on souffle aux clairons de victoire\n     Remplirait moins ton cœur que la voix de l'abbé\n     Avant l'oblation murmurant l'offertoire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-005", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 21, "titre_corps": "Paysages poitevins : I. 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De plus, il avait, peu\n                   de temps auparavant, éprouvé des revers de\n                   fortune. Bien que son enfance et sa jeunesse se\n                   fussent écoulées dans la pauvreté, il s'était un\n                   instant élevé à la richesse, et s'habituait à sa\n                   condition nouvelle, lorsque cette catastrophe\n                   l'avait replongé dans la médiocrité.\n   Il avait été sensible à ce dernier coup et s'était cru un instant\nle plus malheureux des hommes, de même qu'aux premiers\nsymptômes de la maladie, il s'était jugé irrémédiablement perdu.\nCar c'était une âme naturellement portée aux excès et chez qui\nles sentiments ne s'arrêtaient jamais à mi-chemin. Pas plus la\njoie que la tristesse, d'ailleurs.\n   A la longue, le calme lui était revenu. I1 commençait à ne\nplus sentir aussi vivement ce qu'il croyait être un malheur;\net sa convalescence, si longue et si imparfaite qu'elle dût être, lui\nréservait des joies.\n   C'était avec une sorte d'allégresse reconnaissante qu'il se repre-\nnait à vivre. Il respirait avec délices ; ses premières promenades\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2240, "texte": "                              DURENDAL\n\n\nlui causaient une joie ingénue et presque enfantine. Le seul fait\nde vivre et d'accomplir les journalières fonctions de la vie met-\ntait le jeune homme dans un trouble presque voluptueux,\nqu'ignoreront toujours ceux qui n'ont pas été convalescents.\n    Certes, la maladie avait miné sa constitution naguère robuste.\nN'importe, il vivait, c'était l'essentiel ; et il se résignait volontiers\nà fuir tout excès, comme les malheureux dont les jours sont pré-\ncaires. Du moins, il vivait de la vie de l'âme; ni la rêverie, ni\nl'étude ne lui étaient interdites. En ce moment, ses yeux s'étaient\ninstinctivement tournés vers la bibliothèque, et il s'était senti\ntressaillir en pensant à tout ce qu'elle représentait de joie saine\net assurée.\n     Il songea aux longues soirées qu'on passe, un livre à la main,\n dans une chambre bien close. Au dehors, le vent gémit et, par\n intervalles, la pluie bat les vitres; et le charme intime du chez\n soi s'accroît des intempéries de la saison. Dans l'humble réduit\n où l'on se trouve confiné, on vit par l'esprit une vie changeante\n et fabuleuse. Qu'importe qu'on soit pauvre, malheureux et\n humilié dans la réalité, quand, chaque jour, on peut, d'un coup\n d'aile, s'évader dans le rêve ?\n     Il songea longuement à tout cela, et il bénit la maladie et la\n pauvreté qui le condamnaient à ne connaître que les silencieuses\n fêtes de l'esprit.\n     Pourtant, il avait plus d'une fois maudit sa destinée, et il s'était\n cru plus qu'un autre en proie au malheur, ce qui l'avait aigri.\n  Mais voici que toute rancune et toute aigreur s'étaient dissipées,\n  il ne savait comment, et il souriait en pensant que tout était\n  bien, puisqu'il vivait, qu'il pensait, qu'il rêvait, et que le sort\n  laissait intact ce qu'il avait de plus précieux dans son être.\n      Etait-ce la maladie, ou sa longue réclusion, qui lui valait cette\n  soudaine sagesse?...\n      Et il se sentit l'âme pleine de douceur...\n      Tant d'autres, d'ailleurs, étaient plus malheureux que lui!\n  D'abord, son existence matérielle était assurée, et, comme il\n  était de nature indolente, contemplative etpeu propre à l'action,\n  il se félicitait de n'avoir pas à lutter pour le pain de chaque jour.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "                      LA BONTÉ DU MALHEUR                            25\n\n\n  De plus, il jouissait du calme et du loisir nécessaires aux travaux\n de l'esprit, comme à ses flâneries. Il était de ceux qui non seule-\n ment supportent la solitude, mais encore la recherchent et\n l'aiment. Enfin, il n'était seul que s'il le voulait être; quand il\n s était lassé des amis silencieux qu'on trouve dans les livres, il\n savait où trouver des cœurs loyaux et généreux, qui l'aimaient\n pour ses défauts autant que pour ses qualités, et, au besoin, con-\n solaient cette âme sensitive et vite découragée. En somme, le\n malheur l'avait touché d'une main trop légère pour qu'il eût le\n droit de s'en plaindre.\n    Non, vraiment, il n'avait pas le droit de s'en plaindre. Peut-\n être même, en v pensant bien, avait-il lieu de le bénir... Il pen-\n sait à ceux de ses amis qui, plus favorisés que lui, se trouvaient\n être riches, ou célèbres, ou aimés, et jouissaient pleinement de\n ces dons. Le calme qu'ils gardaient au milieu de ce qu'on appe-\n lait leur bonheur, l'avait toujours étonné. Pour lui, il ne pouvait\n se rappeler sans tressaillir les rares instants où ce merveilleux\n et fuyant bonheur l'avait seulement effleuré. Ils tenaient peu de\nplace dans sa vie, mais ils l'illuminaient tout entière !\n    Et il revoyait tel jardin silencieux où son cœur, avec un\ntrouble tellement exquis qu'il en était presque douloureux, s'était\nouvert à l'amour... Il se rappelait le grand frisson qui l'avait\nsaisi, lui le pauvre et le déshérité, devant les choses grandes et\nbelles qu'il lui avait été donné de voir; sa grave émotion à la vue\ndes horizons longtemps rêvés et contemplés, enfin, comme en\nvertu d'une grâce; ses larmes de pèlerin au seuil des lieux\nillustres...\n    Puis, c'était l'effort exaltant de l'artiste qui, dans le silence et\nl'obscurité acceptée, cherche à incarner un grand rêve, sa joie\nfière lorsqu'il y réussit, la sympathie spontanée de quelques\ncœurs d'élite rachetant la gloire qui lui était refusée...\n    Il se disait que le sort ne lui avait pas été cruel sans raison; si\nla joie, chez lui, tenait de l'extase, si l'habituelle beauté des\nbois, des eaux et des nuages le troublait comme au premier jour,\nc'est que le malheur avait affiné sa sensibilité, tandis que, pour\nlui, la privation gardait aux choses toute leur fraîcheur. Et bien\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 517, "texte": "26                          DURENDAL\n\n\nloin d'envier ceux qui, humainement, passaient pour heureux, il\nétait presque tenté de les plaindre.\n   Ainsi, après avoir maudit son infortune, il n'avait pas tardé à\ns'y résigner, et, à force de la méditer, il finissait par la bénir.\n   Car il trouvait une richesse dans sa pauvreté, une force dans sa\nfaiblesse, et sa solitude était toute peuplée de divins fantômes.\n   Et il se sentit l'âme pleine de joie...\n\n                                           FERNAND     SÉVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-009", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 27, "page_fin": 33, "titre_corps": "Au Souvenir d’Octave Pirmez", "titre_sommaire": "Au Souvenir d’Octave Pirmez", "signature_source": "José de Coppin", "ancre_debut": "Au souvenir d Octave Pirmez", "ancre_fin": "JOSE DE COPPIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1666, "texte": "Au souvenir d'Octave Pirmez\n\n\n\n                 L'oeuvre d'Octave Pirmez vient de reparaître, en u n e\n                   superbe édition posthume, publiée suivant le vœu de\n                   l'auteur et par l'affection pieuse de sa noble famille (1).\n                   A cette occasion. Durendal. sortant de son fourreau. non.\n                   pas sous la forme d'une épée étincelante. mais sous la.\n                   forme gracieuse d'une baguette de fée. m'indique une\n                   page blanche et m'invite à y tracer quelques lignes à\n                   la mémoire de l'éminent écrivain disparu. C'est avec\n                   bonheur que j'accepte cette invitation, heureux de\nreparler de « lui » en une revue qui honore les lettres et qui. tout\nspontanément, a voué à notre mort illustre un culte si intelligent, si\nsincère.\n   Ah! certes, je n'ai plus a présenter Octave Pirmez aux lecteurs de\nDurendal. Ils le connaissent et ils l'aiment, de concert avec tous ceux\nqui, en notre pays, ont quelque souci d'Art et de Littérature. Du moins,\nil m'est doux d'évoquer, une fois encore, un souvenir cher, un souvenir\ninoubliable, et de saluer, modestement, respectueusement, l'œuvre\ngrandiose qui, de nos lettres nationales, est l'une des gloires les plus\néclatantes, les plus pures.\n   Depuis près de dix-sept ans, Octave Pirmez repose dans le chœur\nd'une ancienne église, transformé en chapelle sépulcrale. Depuis près\n\n\n  (1) Edition posthume des œuvres d'Octave Pirmez, 5 volumes : Feuillée, Jours de solitude,\nHeures de philosophie. Rèmo, Lettres à José (Paris, librairie académique, Perrin et Cie ;\nNamur, Jacques Godenne, éditeur).\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "28                              DURENDAL\n\n\nde dix-sept ans, il dort de l'éternel sommeil, dans ce poétique caveau\nde famille, qu'entoure un petit cimetière abandonné situé sur une\npittoresque colline, non loin de la nouvelle église du village de\nVillers-Potterie.\n   Bien des printemps ont passé, depuis le printemps cruel qui l'emporta,\nsubitement presque, en couvrant sa tombe trop tôt fermée des fleurs\nque mai venait de faire éclore! Bien des printemps ont cnfeuillé les bois\net reverdi les campagnes, depuis ce printemps sans joie et sans sourire\nqui donnait à toutes choses une tristesse de deuil. Et les automnes ont\npassé aussi, les automnes qu'il aimait, les trouvant en concordance\nparfaite avec la mélancolie de ses songes. Les grands arbres des avenues\ninspiratrices ont secoué leurs feuilles jaunes — telles des larmes d'or —\nsur les pelouses solitaires, et les souffles invisibles du soir les ont\nemportées sur les eaux limpides des étangs dans lesquelles se mirent les\nvieilles tours. Les vents de novembre sont venus, pareils à des voix\nmystérieuses et plaintives, gémir aux croisées de l'antique manoir, en les\nnuits sombres de tourmente et de désastres. Puis, les neiges ont blanchi\nles montagnes et couvert de dentelle les haies noirâtres et les bosquets\ndépouillés. Et le retour d'avril a fait renaître les bourgeons, et l'été s'est\nremontré prodigue de ses fêtes champêtres, les multipliant à plaisir, dans\nles prés, dans les forêts, insoucieux de l'absent qui naguère y assistait et\nles racontait avec extase.\n   La Nature, toujours belle, s'est parée coquettement, comme aux jours\noù l'admirait et la chantait son poète. Tour à tour, les printemps, les étés,\nles hivers, l'ont couronnée de fleurs, de givre ou de soleil, tandis que\nl'automne la vêtait royalement, de pourpre et d'or, pour la rendre\nséduisante même en son agonie.\n   Mais les sonneries harmonieuses des cloches n'ont pu arracher le poète\nà son sommeil d'années. Les rumeurs du jour, montant de la vallée\nqu'animaient les quotidiens labeurs, n'ont pu rompre le calme infini de\nla tombe impassible. Le bruit de la rafale, les clameurs sauvages de la\ntempête sont restées inentendues de celui qu'enveloppait le silence\nintroublable de la mort. La Nature a vainement étalé ses splendeurs, ses\nenchantements, au cours de la merveilleuse féerie que le ciel règle et\ndont les saisons transforment si capricieusement le décor : la colline est\ndemeurée muette, la chapelle a continué sa mentale prière, et l'endormi\npour toujours a paru insensible à toutes ces voix si souvent écoutées, à\ntous ces spectacles tant de fois contemplés avec une attention ravie !\n   Et pourtant, sa voix se mêlait à ces voix; elle décrivait ces mêmes\n scènes variées de la Vie et de la Nature, elle les mettait en valeur, en\nlumière, avec l'admiration réfléchie et l'enthousiasme intelligent du\npoète qu'inspire son génie. L'âme aussi était là, l'âme qui est immortelle\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "                    AU SOUVENIR D'OCTAVE            PIRMEZ                   29\n\n\n\n\n   même sur cette terre où, malgré le trépas, nous la retrouvons,\n  doucement fugitive, sous la forme du souvenir. Par les aubes sereines,\n   par les soirs vaporeux, en les jours clairs comme en les nuits limpides,\n   elle planait sur cette colline, elle donnait à ce site pittoresque je ne sais\n   quel indicible charme de mystère et de poésie.\n      Qu'importe le temps? Qu'importent les années? Il vivra toujours celui\n  qui chanta la splendeur des choses, goûtant une étrange ivresse à déplorer\n   leur inconstance, et à s'apitoyer à l'idée de leur durée éphémère, de leur\n  rapide évanouissement. Il vivra toujours, l'écrivain génial qui a enregistré\n  toutes les impressions, toutes les sensations de son existence terrestre,\n  dans un phonographe magique qui redit non seulement ses paroles, mais\n  qui exprime ses plus secrètes pensées.\n     Pour entendre sa voix, pour écouter son âme vivre, il surfit de rouvrir\n  ses ouvrages. Il est là, tout entier, en dépit de la mort impuissante.\n  Quiconque a lu, dévotement, ses pages inspirées, ne saurait, sans songer\n  à lui, prêter l'oreille à la sonnerie des cloches, à la plainte du vent, au\n  murmure berceur de la rivière qu'il a tant de fois mélancolisés en leur\n  prêtant ses sentiments intimes. Les cloches! Elles ont gardé le son de sa\n  voix qui, mélodieusement, redisait leur cantique et en interprétait les\n  vagues et pénétrantes harmonies. La Nature entière conserve son\n  souvenir et le fait inconsciemment renaître à chacune de ces transfor-\n  mations que sa plume a peintes avec tant de maîtrise.\n     Comment, d'autre part, parcourir la contrée où vécut le poète, sans\n l'avoir sans cesse pour compagnon, pour guide? Comment apercevoir\n ce château d'Acoz qui semble un manoir de légende, sans éprouver — si\n l'on a des fibres — une émotion involontaire? Comment s'arrêter devant\n les eaux immobiles qui l'entourent, sans chercher à sa façade d'une\n sévérité d'abbaye, la fenêtre auprès de laquelle Octave Pirmez écrivit ses\n Jours de solitude? Comment traverser le bois de Montplaisir, sans sourire\n mélancoliquement aux arbres aimés dont l'écorce lui servit de confidente,\n et qu'il orna de mots choisis, de devises préférées, de sa main d'artiste ?\n Enfin, comment franchir le seuil de la maison hospitalière, sans aperce-\n voir le maître aimé qui la rendit si doucement célèbre? — Malgré la dis-\nparition — hélas! définitive — ce coin naguère ignoré de province est\nrempli de la présence de l'écrivain qui l'a tiré de l'ombre; et plus tard\nvraisemblablement, il deviendra un lieu de pèlerinage pour les fervents\nde l'Art et de la Pensée.\n    Non. la mort n'a pas, comme il arrive souvent, produit l'oubli fatal\ndans les cœurs et dans les mémoires. Au contraire, elle a grandi sa victime,\nelle l'a élevée à tous les yeux, dans une survivance désormais assurée.\nL'accord s'est fait, et les plus incrédules ont dit « Je crois », tandis que\nles meilleurs, les plus éclairés, célébraient la victoire tardive avec une\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "30                              DURENDAL\n\n\nunanimité imposante. Nos jeunes écrivains, suilout. ont contribué à ce\ntriomphe posthume, en acclamant le maître avec toute l'ardeur, tout\nl'élan de leur admiration aussi sincère que désintéressée ; et la foule même\n— ô surprise! — a subi l'entraînement de leur fougue généreuse.\n    Sans doute, en notre pays, le littérateur est rarement populaire dans le\nvrai sens du mot. Je croirais m'abuser. me bercer d'une illusion char-\nmante, en m'imaginant que notre grand écrivain a subjugué les masses,\nles tirant de la coutumière indifférence dans laquelle elles restent plon-\n gées. Du moins, il a conquis tous les suffrages intelligents, et l'on peut\n l'affirmer sans être accusé de complaisance : son œuvre est aujourd'hui\n hautement appréciée ; après une épreuve d'un quart de siècle presque,\n elle reparaît dans une gloire posthume que la modestie de l'auteur n'avait\n ni espérée, ni prévue.\n     C'est justice. L'œuvre d'Octave Pirmez est grande et belle. On dirait\n un temple magnifique, tout rempli de trésors dont les fidèles seuls con-\n naissent la valeur et le nombre.\n     Une avenue ombreuse, Feuillces. conduit à ce temple où la Pensée, qui\n était l'idole du maître, trône souverainement. Et clans la fraîcheur de cette\n galerie verdoyante, dont la voûte est le ciel, passe des rayons de jeunesse,\n circulent des aromes de plein air, des parfums de printemps qui prédis-\n posent l'âme aux instinctifs enthousiasmes.\n     Quel rêve plus enchanteur que ce délicieux joyau littéraire qu'on\n  nomme Jours de solitude? Quels tableaux plus ravissants que ces pages\n  qui font resplendir, dans une lumière d'âme. clans une vision d'idéal et de\n songe, les paysages les plus radieux, les plus inspirateurs de l'Italie, de la\n  Suisse, de la France et de l'Allemagne? Quel musée plus intéressant, plus\n instructif, plus digne qu'on s'y attarde, que ce livre qui met en relief tant\n  de richesses artistiques contemplées à travers le prisme d'une imagina-\n  tion brillante, tant de souvenirs historiques, rappelés ou commentés par\n  un esprit subtil, prompt à saisir le côté métaphysique des choses, et à\n  s'orienter dans le labyrinthe de l'antiquité, dont une étude approfondie\n  lui a révélé tous les détours, tous les mystères.\n     Mais voici le vrai temple de la Pensée : Heures de Philosophie. Au fron-\n  tispice, l'auteur a gravé ces mots : Dieu, Nature, Humanité. Et, le flam-\n  beau de la foi à la main, il passe en revue les questions les plus hautes,\n  les plus complexes, les plus troublantes, il se complaît à l'examen hardi\n  des problèmes les plus vastes, il s'ingénie à les résoudre, « en considérant\n  l'infinie réalité, et en écoutant la voix du cœur plutôt que celle d'une\n  raison sans amour ».\n     Rémo est comme un autel funéraire, dressé au Souvenir, dans ce temple\n  monumental. Sur le marbre de la tombe, Octave a gravé des paroles de\n  tendresse qui font revivre le jeune frère bien aimé, tragiquement ravi à\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "                        AU SOUVENIR      D'OCTAVE PIRMEZ                     3l\n\n\n\n   son affection touchante. C'est ici que l'âme brisée du poète a répandu ses\n  larmes. C'est ici qu'elle est venue, farouche, exhaler son chagrin débor-\n  dant et demander au Ciel de lui prêter aide et assistance, dans sa détresse,\n  dans son malheur. Ces pages éplorées, écrites avec des pleurs, sous\n  l'impression d'une douleur expansive et résignée néanmoins, sont d'une\n  poignante beauté, d'une puissance d'accent comparable à celle des\n  hymnes et des prières de l'office des morts.\n     Les Lettres à José semblent le livre des affections, des souvenirs et de\n  confessions franches et spontanées. C'est le livre d'or du temple, celui où\n  Octave a écrit des noms, a narré des faits, a résumé toutes les aspirations\n  de son âme. Mais, je cède la parole à des voix étrangères : « Les lettres\n  à José couronnent dignement l'œuvre d'Octave Pirmez (1). La Belgique\n  contemporaine n'a pas un livre qui pèse celui-là en poésie, en style\n  et en pensée (2). Ames affamées et irrassasiées d'infini, éprises de saintes\n  passions, et de frémissants enthousiasmes, ouvrez ce livre : il vous em-\n  portera bien haut dans le pays de l'idéal. Esprits sceptiques et désan-\n  chantés, qui ne croyez pas à l'alliance possible de l'art inspirateur et des\n  convictions religieuses, ouvrez ce livre : il relèvera votre courage et\n  vous racontera les vertus fécondes de la suprême beauté. Vous, que les\n fanges et les pourritures du matérialisme contemporain ont voués à tous\n les écœurements, à tous les dégoûts, ouvrez ce livre : à l'air pur qui le\n pénètre et aux exquis parfums qui l'embaument, vous comprendrez que\n vous êtes sur une terre nouvelle, où il fait bon revivre et se restaurer (3). »\n    On devrait lire davantage les œuvres d'Octave Pirmez. Je l'ai constaté\n souvent : plusieurs s'imaginent, bien à tort, qu'elles ne contiennent que\ndes rêveries. Quelques-uns leur reprochaient même, au début, de man-\nquer de fond, et de ne briller que par la forme ! Nous leur ferions plutôt\n le reproche d'avoir trop de fond, si la solidité et la variété de la pensée\nn'égalaient son abondance et son élévation. Certes, pour nous, les rêve-\nries exquises du poète constituent les plus belles pages de son œuvre.\nMais pour ceux qui aiment le « positif», comme ils disent, proclamons\nque les livres de notre grand écrivain sont comme un immense réper-\ntoire de connaissances humaines. Evidemment, l'œuvre magistrale qui\ns'appelle Heures de Philosophie ne ressemble en rien aux traités de philo-\nsophie froids et secs. Le poétique pèlerinage des Jours de solitude, aux\npays du soleil, des légendes, des souvenirs et des réminiscences d'un\nhéroïque autrefois, n'ont rien de commun avec les pâles récits de\nvoyages, sortes de guides à l'usage des touristes. C'est du haut de son\n\n\n (1) Bulletin Bibliographique (Lille).\n (2) Revue des Livres (Paris).\n (3) Annales Je Provence (Marseille).\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "32                              DURENDAL\n\n\nâme que Fauteur apprécie les hommes et les choses, et de son for inté-\nrieur qu'il tire sa philosophie, toute d'intuition. C'est sur un char d'or —\nson imagination — traîné par des coursiers ailés — ses pensées — qu'il\ntraverse les belles contrées où l'a conduit sa curiosité d'àmc. et non sa\nfantaisie de snob.\n    Et cependant, comme l'observait un judicieux critique, dans ce livre.\n « les caractères des peuples divers sont fouillés avec un soin philoso-\nphique intime, qui nous les dépeints sur le vif: chaque profession même\n est le sujet d'un portrait moral ». D'autre part, partout, dans les cinq\n volumes, que d'observations, de réflexions fines et personnelles sur les\n mœurs, les usages, les qualités, les vertus, les travers des sociétés et des\n individus de tous rangs, de toutes classes ! Que d'appréciations justes,\n profondes, saisissantes sur l'Art, la Science et la Littérature! Que de\n perspectives ouvertes sur le passé, le présent et l'avenir !\n     11 n'est pas téméraire de le dire : Octave Pirmez est un réaliste dans la\n plus noble acception du mot. Ses livres sont vécus, écrits devant la Vie\n qui vient s'y réfléchir comme en un miroir fidèle. Rien n'échappe à son\n regard connaisseur et lucide. Ecoutons-le nous parler des églises d'Italie\n en une page vibrante des Jours de solitude. Il est « sous les voûtes grises\n de l'église Santa Croce. à Florence, où reposent bien des hommes illus-\n tres ». Il voit : « leurs tombeaux de marbre s'aligner le long des nefs ».\n  Il voit « se dresser les grandes figures qui occupèrent l'esprit de plusieurs\n siècles. Michel-Ange Buonaroti garde l'expression de cette figure puis-\n sante, qui remue des montagnes pour en faire jaillir ses pensées. Alfieri\n  que pleure une muse désolée, rêve près des masques tragiques et de sa\n lyre morte. Galilée, le front levé vers les astres, cherche l'énigme dont le\n  secret troublera ses jours et lui ravira sa liberté ». — Voici Pirmez, au\n  couvent de Saint-François, à Assise : « Quelle joie j'éprouvais, dit-il, à\n  me promener dans sa vieille église obscurcie par toutes les richesses de\n  l'art et résonnante de tant de souvenirs! On s'avance avec surprise sous\n  les voûtes basses, noyées dans un jour crépusculaire: on marche avec\n  recueillement entre les piliers énormes qui semblent supporter le poids\n  de sentiments disparus. Le regard se perd dans les coins sombres où étin-\n   cellent les lampes de cuivre et les sculptures des orgues; on ne l'élève\n   pas pour chercher la lumière aux vitraux; on ne le porte pas aux arches\n  des voûtes assombries par les fresques de Capanna et de Toddeo Gabdi :\n   on le laisse errer autour de soi, sans hâte de voir on demeure paisible\n   dans ce fouillis d'ornements qui se marient en une harmonie austère-\n   Pourquoi chercherait-on une issue à la cage mystique où nous tient la\n   pénombre sacrée ? Au-dessus du maître-autel, qu'entoure une grille de\n   bronze ouvragée, Giotto a représenté en allégories les vertus pratiquées\n   par Saint François, et sa glorification. On voit ses fiançailles avec la\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "                     AU SOUVENIR D'OCTAVE P1RMEZ                            33\n\n\n   Pauvreté, figurée par une jeune femme, vêtue d'une robe en lambeaux,\n  et précédée par des enfants qui sèment des épines sur ses pas. La sainte\n  mendiante tend la main, d'un geste reconnaissant, à l'humble serviteur\n  de Dieu qui s'avance vers elle. Les reflets rouges des tentures se jouent\n  sur les personnages symboliques, ça et là, un rayon de lumière vive illu-\n  mine un doux visage de madone et fait jaillir les formes grêles du divin\n  crucifié. J'admirais une Saintc-Marie-Madeleinc de Buffalmacco. La\n  pécheresse agenouillée a une expression navrante : elle semble ployée\n  sous l'amour terrestre et transfigurée par l'idéal que lui révèle Jésus. A la\n  voûte d'une chapelle, qui, pendant les jours d'hiver, gémit au vent du\n  Nord, sont représentés des prophètes et des sibylles. Celui qui les peignit\n  perdit la vue dans sa vingtième année. Il fut l'émule de Raphaël, et il\n  se nommait Andrea Luigi, mais ses compagnons l'appelaient Vingegno.\n Je passai sous la travée du vestibule où Hécubc de Lusignan, reine de\n Chypres, dort depuis six siècles en son tombeau de marbre... »\n    Combien d'autres pages égalent et surpassent celle-ci ! L'embarras est\n de choisir, comme lorsqu'on se trouve en présence d'un somptueux éta-\n lage. Oui, Octave Pirmez est à la fois un grand penseur et un grand\n peintre, un artiste supérieurement doué, et nulle réputation n'est plus\n légitime que la sienne.\n    La réédition de son œuvre assurera, sous sa forme matérielle, la durée\n de cette œuvre dans les temps à venir. Pour nous, elle est comme une\n résurrection glorieuse, qui sera suivie, espérons-le, d'une nouvelle ascen-\n sion. Elle nous cause une impression très spéciale et presque étrange.\n Et, nous avons pu nous en convaincre, cette impression est partagée\nnon seulement par les amis de l'écrivain, mais par tous ceux qui connais-\n sent ses ouvrages, qui ont entretenu un commerce avec sa pensée écrite.\nOn ouvre ces livres, comme on ouvrirait des reliquaires pieux. On relit\n ces pages, comme on relirait des prières aimées. Pourquoi ? C'est parce\nque toute l'âme est là, palpitante, et qu'on la sent vivre sous les feuillets.\nau point qu'en les tournant, on croit entendre le frémissement de ses\nailes...\n    Ame grande, noble, compatissante et généreuse ! Ame bonne, douce,\ningénue et naïve! Ame sincère, croyante, religieuse et foncièrement\nchrétienne ! Ame d'élu à laquelle Dieu a donné une immortalité double :\ncelle de là-haut et celle d'ici-bas !\n                                                        JOSÉ DE COPPIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-010", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 35, "titre_corps": "La Bénédiction des Herbes", "titre_sommaire": "La Bénédiction des Herbes", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA BENEDICTION DES HERBES", "ancre_fin": "Pour ceux dont la raison à nouveau s élabore", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "LA BÉNÉDICTION                       DES                HERBES\n\n\n\n                                      Ut bominibus, pecoribus, pecudibus et\n                                    fumentis contra morbos, pestes, ulcera,\n                                    maleficia, incantationes, venificia serven-\n                                    tuin et aliorum venenosorum animalium et\n                                    bestiarum morsus, remedium proestent.,,\n\n\n\n\n « Seigneur, Dieu tout Puissant, créateur de la terre,\n Des Océans et des mondes firmament aires,\n\n Vous avez décidé que le sol, dont l'argile\n S'imprégnera de fraîches eaux, sera fertile.\n\n Et voici que la glèbe arrosée a produit\n Des feuillages, des fleurs, des herbes et des fruits.\n\n Bénissez aujourd'hui les herbes que Vous offre\n — Parfumant les parois épaisses de ce coffre —\n\n Votre peuple à genoux. Vous y voyez mêlées\n L'herbe de Mai que sut épargner la gelée.\n\n L'herbe d'été, l'herbe des bois, jaune et rosée,\n La seconde herbe éclose et mûrie aux rosées\n\n De la grave et brumeuse automne des prairies.\n Un sol humide et lourd ne les a point fleuries.\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "               LA BÉNÉDICTION DES HERBES                 35\n\n\n Elles ont poussé haut, flexibles, élancées,\n Et si nombreuses que la faux fut émoussée\n\n A revêtir le sol de leur parure morte.\n Le char à grande peine est passé par la porte.\n\n Elles sont là, fleurant l'avril, dans l'ombre tiède,\n A côté de l'étable où ruminent les fêtes.\n\n Obtenez que les foins et les luzernes sèches,\n Les trèfles, les colzas s'entassent dans les crèches,\n\nEt qu'imprégnés d'anis, d'angélique, de thym,\nDe mélisse et de bourrache, de romarin,\n\nDe coriandre, et de sariette et de menthe,\nLes aliments aient une saveur odorante !\n\nAugmentez la vertu favorable des plantes\nQui servent de remède à notre chair souffrante,\n\nAfin que désormais le poison des vipères\nNe se mélange plus au sang de nos artères,\n\nQue lefer rouge et blanc ne brûle plus le derme,\nEt que les plaies sous la mandragore se ferment.\n\nDaignez bénir l'opppanax et la valériane,\nLe chiendent, la réglisse et les calmes tisanes,\n\nLa camomille et la guimauve et les grains d'ellébore\nPour ceux dont la raison à nouveau s'élabore !\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-011", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 37, "titre_corps": "La Bénédiction du Vin", "titre_sommaire": "La Bénédiction du Vin", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA BENEDICTION DU VIN", 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phyloxera,\n\n     Du gel, des pucerons, des grives et des loirs,\n     Ont pu mûrir selon votre divin vouloir.\n\n      Le cep s'est enroulé sur les tiges de bois,\n      Et bientôt ont ployé les sarments sous le poids,\n\n      Des grappes bleues et transparentes, dont Septembre\n      Charge le jaune et flexible réseau des pampres.\n\n      Le jus a débordé du pressoir et des cuves\n      Et les foudres gonflés craquaient sous les effluves\n\n       De la lourde fermentation du raisin.\n       Dans les tonneaux f ut enclose l'âme du Rhin\n\n       Que nous vous présentons avec les crus de France,\n       De la Moselle et du Schwartzwald et de Byzance,\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1165, "texte": "                       BÉNÉDICTION DU VIN                     37\n\n\nLes vins de Chypre, et Malaga et Marsala,\nLe vin des îles que la mer bleue parfuma,\n\nLa Malvoisie et le nectar de Méthylène,\nLe Xérès, le Tokay, le Thétalassomène,\n\nLes grands vins, les Margaux d'évêques ou de reines\nEt les petits vins bleus des coteaux de Suresnes,\n\nLa piquette aigrelette et le vin blanc de Huy,\nTous les vins de campèche ou de Montmorency,\n\nCeux qu'on sert dans des pots, ceux qu'on sert dans des verres,\nCeux qu'on vide joyeux ou la lèvre sévère,\n\nLe Lacryma Christi, le Châteauneuf des Papes\nDont Avignon, Seigneur, a vu mûrir les grappes !\n\nFaites qu'ils restent clairs, odorants, pavoises,\nAfin de réjouir les cœurs désabusés\n\nEt d'alléger l'esprit que les soucis oppressent\nSans jamais le voiler des vapeurs de l'ivresse.\n\nQu'ils apportent la force aux membres et soutiennent\nLes muscles affaiblis et las ; que dans les veines,\n\nLeur vertu régénère un sang anémié!\nBénissez le vin pur et privilégié\n\nQu'aucun mélange n'altéra et qui demain,\nCessant à tout jamais, Seigneur, d'être du vin,\n\nPrêtera sa commune et fragile apparence\nAu sang perpétuant votre auguste présence.\n"}]}, 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hémicycle pris du Gare, les malades\n                                Sont étendus, le premier mai, sur l'esplanade.\n\n\n     « Daignez bénir, daignez sauver, daignez,                Seigneur,\n     Guérir et relever du grabat de douleur\n     Ces infirmes venus les yeux clos, les pieds tors,\n     Vous implorant de visiter leur triste corps !\n     Faites que ce muet en écartant les lèvres\n     Sente sa gorge morte enflammée d'une fièvre\n     Inconnue et que sa langue aussitôt déliée,\n     Ranimant une voix qu'elle avait oubliée,\n     Trouve des mots subtils pour désigner les êtres\n     Et les choses qu'il nous importe de connaître,\n\n     Se souvienne du rythme agréable des chants\n     Qui l'ont bercé lorsqu'il était encore enfant,\n     Et proclame, Seigneur, la suprême puissance\n     De Celui qui le fit maître de son silence.\n\n      Faites que cet aveugle entr'ouvre les paupières\n      Et qu'aussitôt soient inondés de vos lumières\n\n      Ses yeux, ses pâles yeux, ses deux yeux bleus et blancs,\n      Depuis toujours fermés aux feux étincelants\n      De l'aurore dorée et de la nuit profonde,\n      Qui s'émerveilleront à contempler le monde.\n\n      Faites que ce boiteux marche d'un pas égal\n      Pour que rentrant, sans sa béquille, au sol natal,\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "            LA BÉNÉDICTION     DES MALADES             39\n\n\nIl puisse désormais aller par les chemins\nSans trébucher et sans fléchir, sans que sa main\nSe cramponne au bâton noueux qu'il va laisser\nAvec un cœur d'argent sous le roc enfumé.\nFaites qu'un sang nouveau batte sous le visage\nDe ce lépreux, créé jadis à votre image,\nAfin qu'une peau rose et fraîche et caressante\nS'étende sur son éruption purulente.\n\nQue votre grâce touche et détende le corps,\nQui sans un mouvement le conjure et l'implore,\n\nEt que ses membres lourds, inertes et gonflés,\nRetrouvant la vigueur et l'élasticité,\nSachent vous obéir et prêter leurs offices\nA l'accomplissement de votre saint service !\n Vous ferez que l'oreille étonnée de ce sourd\nIgnorant la musique adorable du jour,\nPalpite tout à coup d'un tremblement secret\nEn entendant passer les chansons des forêts,\nEt la rumeur des eaux, des bêtes et des plantes\nDans les profondeurs de sa tête bourdonnante.\nQue ce dément, enfin, revenant à la vie\nEmouvante, troublante et grave de l'esprit,\nSente se réveiller sa raison et comprenne\nSinon comment le cèdre est sorti d'une graine,\nDu moins, Seigneur, ce que vous avez fait pour lui\nEn arrachant ses sens à l'éternelle nuit !\n\n                                       THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-013", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext 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Depuis des siècles, les esprits éclairés\n                s'occupent, sans l'épuiser, de cette question\n                vitale dont dépend l'avenir des races. D'excel-\n                 lents livres nous restent à lire et à méditer. Si les\n                 lois fondamentales ne se modifient pas, la sagesse\n                 permet d'y ajouter ce que l'action du temps a pu\n                 changer dans l'application des doctrines et dans\nson opportunité.\n   Nous croyons donc, à ce point de vue, et aussi à cause de\nl'admiration que nous cause l'élévation de ses pensées, qu'il\nserait bon de répandre parmi ceux qui s'occupent de la jeunesse\nl'ouvrage de Madame Marie du Sacré-Cœur. Cet ouvrage est\nplus particulièrement destiné aux maisons religieuses, mais\ntoutes les mères, toutes les institutrices y puiseront des vues plus\nlarges, plus pratiques et une plus haute idée de leur mission.\n   Nous ajouterons qu'une autre raison nous engage à parler de\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": " LA FORMATION C H R É T I E N N E D U N E FEMME CATHOLIQUE        41\n\n\n\nce livre. Elle sera, je l'espère, comprise de tous. Les faits cités à\nl'appui des théories de l'éminente éducatrice, semblent parfois\nexagérés en Belgique. La foi est heureusement plus vive, plus\ngénérale chez nous qu'en France. Mais les causes qui ont amené\ndans ce malheureux pays le règne de l'incrédulité et du dé-\nsordre peuvent avoir leur influence et leur écho chez nous. Il\nfaut prévoir la crise, et si prévoir est guérir pour les maladies du\ncorps, il l'est mille fois davantage pour celles de l'esprit. Nos\nfilles élevées avec le sentiment de leur responsabilité dans la\nfamille et dans le monde, avec la volonté de se servir pour le\nbien des dons que Dieu leur a accordés, sauront apporter dans\nl'accomplissement de leurs devoirs d'épouses, de mères et de\ncitoyennes la modestie, la douceur et la dignité qui conviennent\nà la femme chrétienne. Mais elles y ajouteront la fermeté et la\nforce qui sont les bases de l'action.\n    En parlant du livre de Madame Marie du Sacré-Coeur, je\nme mettrai seulement au point de vue des réformes à introduire\ndans l'éducation en général. Je ne connais pas assez ce qui se\nfait dans les couvents belges. Cet article étant destiné à être lu\nsurtout par les personnes du monde, je n'ai d'autre ambition\nque de leur donner à celles-ci le désir de connaître de plus près\nces pages remarquables.\n    L'idée primordiale de cet ouvrage est de rapprocher la femme\nà venir du type biblique de la femme forte, type que l'Eglise\nmet sous nos yeux dans l'office des Saintes et que je reproduis\nici : « Qui trouvera une femme forte? Elle est plus précieuse que\nles biens qu'on rapporte de l'extrémité du monde. Le cœur de\nson mari se confie en elle... Elle a cherché la laine et le lin, et\nelle a travaillé avec des mains sages et ingénieuses. Elle est\ncomme le vaisseau qui apporte le pain de loin. Elle se lève lors-\nqu'il est encore nuit. Elle a partagé le butin entre ses domes-\ntiques et sa nourriture avec ses servantes. Elle a considéré un\nchamp et l'a acheté. Elle a planté une vigne du fruit de ses\nmains. Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son bras...\nSa lampe ne s'éteindra pas pendant la nuit... Elle a ouvert sa\nmain à l'indigent, elle a étendu ses bras vers le pauvre... Elle est\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "42                          DURENDAL\n\n\n\nrevêtue de force et de beauté. Elle sera joyeuse au dernier jour.\nElle a ouvert sa bouche à la sagesse, et la loi de clémence est\nsur sa langue... Son mari s'est levé et l'a louée... »\n   Cette femme avait certainement reçu une éducation qui, tant\nintellectuellement que physiquement, la rendait propre à rem-\nplir ses devoirs. Il faut du reste remarquer que l'effacement\ntotal de la femme est une conséquence du paganisme, qui ne\ncherchait en elle que le plaisir et la fécondité. Je me permettrai\nmême, pour répondre à une objection qui m'a été faite et qui\ntémoigne de la modestie de ses auteurs, que dans le livre saint,\nle mari ne semble nullement inquiet de la supériorité de sa\nfemme. I1 en tire parti et se lève pour la louer.\n   Nos aïeules étaient instruites. Elles apprenaient les langues\nmortes. Elles étaient bien élevées.\n   Madame Marie du Sacré-Cœur constate que l'éducation de la\nfemme n'est pas développée dans le sens indiqué par cette image\nempruntée aux livres saints. Cependant, c'est d'elle que dépendra\nen grande partie la formation morale, le développement intellec-\ntuel, la santé de ses fils et de ses filles. La vie chrétienne des\nfamilles trouve presque toujours sa source chez la femme. C'est\nelle qui gravera dans l'intelligence de l'enfant ces principes que\nrien n'effacera et dont l'enseignement ne doit pas être laissé\nexclusivement aux catéchistes et aux couvents. C'est elle qui\nélèvera l'âme de l'enfant, qui lui fera comprendre la beauté du\nsacrifice, de la charité; les devoirs de sa position; l'obligation du\ntravail. C'est elle qui le sortira de l'ornière des habitudes\nluxueuses si antichrétiennes, qui lui donnera l'amour de la\npatrie, l'amour du bien, du beau, et qui le soulèvera au-dessus\n des mille liens mesquins et avilissants qui le retiendraient captif,\n inutile, ennuyé et oisif dans le monde. Pour accomplir une\n pareille mission, une femme peut-elle rester médiocre ? Ceux\n qui font son éducation ont-ils tort ou raison en lui donnant seule-\n ment des notions d'histoire, de grammaire, d'orthographe et de\n catéchisme? Le système contraire ne formera-t-il pas des femmes\n pédantes et vaniteuses ?\n   Une belle page de Madame Marie du Sacré-Cœur répond en\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                   43\n\n\npartie à cette question. L'analyse de son livre fera raison du\nreste.\n   « L'humilité est une vertu fondamentale sans laquelle nulle\n» autre vertu n'a de fondement sérieux. Plus l'âme grandit,\n» plus elle doit rester humble devant Dieu. Mais il ne faut pas\n» confondre l'humilité, l'inutilité et la neutralité. Sous prétexte\n» d'humilité, gardons-nous d'étouffer les épanouissements...\n» L'humilité c'est l'adoration, c'est l'anéantissement devant le\n» Dieu puissant, le Dieu fort, l'immense et l'infini. L'étude de\n» Dieu est la meilleure école d'humilité, rien n'aide mieux à la\n» connaissance de soi-même. »\n    La femme chrétienne, instruite, pieuse, aura moins à craindre\nl'orgueil que l'ignorante et la mondaine.\n    Et la femme chrétienne sera aussi la femme forte. Car c'est\nle christianisme qui a soutenu les Cécile, les Catherine, les\nMonique, les Paule dans leurs luttes et dans leurs actes.\n    Le premier chapitre, en traitant des réformes éducatives, signale\nl'insuffisance, le peu de solidité des principes donnés par l'édu-\ncation. Il est certain, même en Belgique où les habitudes reli-\ngieuses se trouvent chez presque toutes les femmes, que les faits\nne répondent pas assez à l'idée qu'on se crée d'une chrétienne. La\njeune fille la plus exemplaire, la plus recueillie avant son mariage,\nallie bien vite certaines coutumes pieuses aux goûts les plus\nmondains. Elle ira à la messe le lendemain d'une soirée passée\ndans un théâtre, où elle aura souri discrètement derrière son\néventail à des propos inconvenants et applaudi une thèse immo-\nrale admirablement jouée. Elle suivra une retraite, quitte à criti-\nquer le prédicateur et à plaisanter étourdiment sur ses avis au\nthé de cinq heures. Je suis portée, par expérience, à préférer cette\ninconséquence à l'éloignement des pratiques qui ne sont pas\nd'obligation. Car si l'heure du malheur sonne (et qui peut l'évi-\nter?), la foi se réveille et la femme chrétienne sera digne de ce\ntitre. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il doit y avoir quelque\nchose de défectueux dans une éducation, qui n'inspire pas une\nsolidité plus inébranlable, sur une question aussi essentielle au\npoint de vue de la vie morale. Madame Marie du Sacré-Cœur\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": " 44                            DURENDAL\n\n\n met ici sur le compte de l'éducation du couvent, une partie des\n causes de cette anomalie entre les principes reçus et leur applica-\n tion dans le monde. Il est sûr que la jeune fille élevée à l'abri\n des mille difficultés qui se présentent dans la vie de famille,\n même la plus unie, isolée du contact des misères qu'on coudoie\n dans le monde, est un peu comme la fleur de serre exposée au\n froid. Elle s'endurcit rarement et se fane souvent. Mais je ne\n sais pas si, dans l'éducation maternelle telle qu'elle se présente\n trop communément, elle trouverait les enseignements qui la\n fortifieront contre ces terribles habitudes qui ont élevé les obli-\n gations de visites, sports, courses dans les magasins, plaisirs, etc.,\n à l'état de devoirs de société. Je ne sais si elle y puiserait la force,\n ou même le désir de réagir contre cette existence factice et de\n préparer une génération vraiment chrétienne ?\n    Le mal est donc partout. L'auteur se demande si pour le\n vaincre « on a donné à la femme des armes d'une valeur égale à\n » celles de l'ennemi ? Avons-nous fortifié son intelligence, afin\n » d'aider sa foi ? »\n    L'abbé Naudet dit : « Le christianisme a été simplement posé\n » sur ces âmes, il ne les pénètre pas. »\n    Il faut, dans le temps où nous vivons, que la femme connaisse\n la religion, non pour se suffire à elle-même dans les conditions\n ordinaires de l'existence, mais à fond, de manière à ce que sa\n foi ne soit pas facilement ébranlée et qu'elle puisse, au besoin,\n répondre aux objections de l'incrédulité.\n    L'erreur est maintenant dans tout. La plupart des livres\n(même les moins sérieux) traitent les questions religieuses et\nscientifiques avec une mauvaise foi et une immoralité qu'on\ntrouverait révoltantes si... elles n'amusaient pas. Le théâtre à\nthèses est à la mode et un auteur de talent, écrivain correct et\ncharmant, comptait plus sur le succès de ses romans pour pro-\npager ses idées anticatholiques et très maçonniques que sur tous\nles travaux intellectuels que les loges répandent avec une intelli-\ngence malfaisante.\n   Mgr Dupanloup disait : « Maintenant que tout le monde\n» raisonne ou plutôt ergote, que tout se discute et se prouve.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                     45\n\n\n» qu'il faut démontrer la lumière, la vie, il faudrait que les\n» femmes participassent de loin à ce mouvement général. Je\n» dirai le mot : quand les hommes copient leurs défauts, il faut\n» qu'elles leur empruntent quelques-unes de leurs vertus. »\n  Deux citations de l'auteur complèteront cette pensée : « Disons-\n» le simplement, le but final de toutes nos leçons devrait être\n» de créer à la femme une individualité, un caractère; de lui\n» apprendre de bonne heure de penser par elle-même, sans\n» avoir besoin de recourir sans cesse à ces personnalités d'em-\n  prunt qui, changeant avec les circonstances, la dispensent tou-\n  jours de vouloir. Aujourd'hui c'est la mère, demain une maî-\n  tresse quelconque, après une amie, puis un mari avec ses\n» imperfections, ses défauts, quelquefois même ses vices. Nous\n» ne prêchons la désobéissance ni contre les parents, ni contre\n» le mari, nous prêchons la liberté morale, l'autonomie des\n» âmes. L'être dont la liberté est habituellement asservie perd\n» la conscience de sa responsabilité, et le jour où il use de sa\n» liberté, on peut s'attendre à toutes les surprises de l'inconnu...\n» Nous voudrions qu'elle (la femme) se créât son moi moral,\n» bien à elle, afin d'avoir son for intérieur, sanctuaire intime\n» où, à l'heure de l'épreuve, on se retire pour souffrir sous le\n» regard de Dieu. »\n   Pour que la femme, en se retirant dans ce for intérieur que\nlui souhaite Madame Marie du Sacré-Cœur, se sente con-\nsolée et fortifiée, il faut qu'elle y trouve les souvenirs et les prin-\ncipes d'une éducation morale très énergique « appuyée sur un\ntriple fondement : la Force, la Fierté et la Foi ».\n   La Force, telle que la définit l'ouvrage dont nous parlons,\nn'est pas seulement cette force d'âme, don du Saint-Esprit, qui\nfait la base de toute vertu chrétienne. Il s'y joint la force phy-\nsique, l'équilibre de la santé si nécessaire à l'épanouissement\ndes qualités morales et intellectuelles. L'homme malade est\nrarement capable d'action et, chez les jeunes filles, les nerfs, la\nfaiblesse, l'anémie jouent un rôle déplorable sur le caractère et\nsur l'imagination. Il semble donc tout naturel de chercher à\nperfectionner le régime, la nourriture; de soigner avec intelli-\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "46                          DURENDAL\n\n\ngence ces enfants qui porteraient toute leur vie l'empreinte que\nleur laisserait la souffrance. Les mères, éclairées par leur cœur,\nsavent toutes combien il est délicat de manier les jeunes filles\nlorsqu'elles sont souffrantes et elles prennent mille ménagements\npour éviter la prépondérance du système nerveux en ces heures\nd'épreuve. Nous indiquerons la sagesse et la prudence qui doi-\nvent régner en toute éducation par un nouvel emprunt fait à\nl'auteur : « Le corps ne doit pas se développer au détriment de\n» l'âme, pas plus que l'âme au détriment du corps; et c'est, au\n » contraire, de leur équilibre parfait que résulte l'homme com-\n    plet, la dégénérescence de la race amenant trop facilement la\n « dégénérescence des caractères ».\n    La force physique, la santé du corps sont donc en quelque\n sorte un moyen d'assurer le fonctionnement de la force morale.\n Et dans le paragraphe qui traite de cette question, Madame Marie\n du Sacré-Cœur semble, dans le temps où nous sommes, redouter\n plus la lâcheté que l'orgueil. La faiblesse est en effet ce qui\n enraye le plus les âmes sur la voie du devoir et de la vertu. Le\n père Lacordaire craignait aussi la faiblesse et nous oserions\n ajouter que l'orgueuil est le péché des forts. Il faut donc, par\n l'éducation, non encourager ce péché, mais détruire l'autre,\n dût-on même employer parfois l'amour-propre pour y arriver.\n    Si la force physique peut être augmentée par l'exercice, les\n jeux, l'hygiène, la mère doit se dire que la force morale peut\n aussi produire des fruits plus ou moins abondants selon la cul-\n ture qu'elle recevra. Ici je me permettrai d'insister plus particu-\n lièrement sur une chose que Madame Marie du Sacré-Cœur\n écrit, sans y attacher toute l'importance qu'elle y mettrait, si son\n livre était destiné aux femmes du monde : les gâteries. Il semble\n si doux de gâter son enfant, et on le fait sans penser à mal. Si\n  on réfléchissait aux conséquences de cette faiblesse, que de\n  larmes on éviterait aux jeunes filles en laissant un peu plus\n  couler celles des babies! Cette déplorable habitude qui consiste\n  à céder aux instances, aux pleurs, aux cris est la cause d'ennuis\n  d'abord et ensuite de crises, où les parents n'ont pas toujours le\n  bon côté. Si on commençait dès l'âge le plus tendre à refuser\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                     47\n\n\nabsolument ce qui est demandé par caprice, après un premier\nrefus, si l'enfant savait une fois pour toutes que non est non et\nqu'un ordre n'est pas donné au hasard, qu'un refus n'est pas une\naffaire de taquinerie, que de difficultés on s'éviterait. Lorsque\nj'entends dire : « Il est si petit, il ne comprend pas », j'ai toujours\nenvie de répondre : Qu'en savez-vous? et quel mal y a-t-il à ce que\ncet enfant pleure aujourd'hui inutilement si cela peut lui éviter,\ndemain ou dans un mois, des scènes continuelles qui seront\nd'autant plus graves qu'il sera plus grand. Si vous l'aimez, n'en\nfaites pas un joujou. Soyez ferme, douce, inflexible. Vous\naurez rendu un service immense à ce petit être aimé. Vous\naurez préparé son bonheur en développant sa raison.\n   « La femme devrait avoir une vigueur de volonté qui, la gar-\n» dant elle-même, put lui permettre de remplir vaillamment ses\n» devoirs sacrés d'épouse et de mère. «Ces paroles résument bien\nce que Madame Marie du Sacré-Cœur veut obtenir. Cette\nvigueur de volonté s'obtient difficilement si l'éducation n'y a pas\npréparé l'âme. C'est ici peut-être que la méthode d'enseignement\nde l'éminente religieuse s'écarte des traditions du passé. Elle\nconsidère l'obéissance comme essentielle à l'ordre de toute\néducation, mais elle n'en fait pas la base principale de son sys-\ntème. Désirant développer chez la jeune fille des qualités qui\nlui permettront d'élever et de former des chrétiens, des lutteurs,\nelle comprend et prévoit qu'il y aura parfois une tendance à\nl'indépendance et elle dit : « Créons des volontaires qui sachent\n» dire oui, qui sachent dire non, et qui surtout sachent pourquoi\n   elles disent oui, pourquoi elles disent non. Mettons la force\n» en honneur dans nos pensionnats... Soyons sévères pour les\n» lâches plus encore que pour les indisciplinées. Une infraction\n» au règlement peut être sans gravité, mais une mollesse habi-\n   tuelle donne à toute une existence une direction fausse et la\n» prépare soit à des chutes terribles, soit à une désolante stéri-\n   lité. »\n  « Cette force de volonté que nous voudrions donner à nos\n» enfants, tâchons de l'avoir nous-mêmes, afin de leur en offrir\n» le persévérant exemple. L'enfant peut faiblir, quelle sache que\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "48                          DURENDAL\n\n\n» nous ne faiblirons jamais. L'exemple de la force est le plus\n» salutaire que l'on puisse donner, comme aussi l'un de ceux\n» qui attirent le plus l'admiration, disait Lacordaire. »\n   Cette faiblesse de caractère, contre laquelle il est si important\nde lutter, engendre le grand mal de ce siècle : l'ennui.\n   L'ennui! J'avoue que ce mot me produit un effet pénible.\nIl me trouble. Il me donne une impression de cette pitié et de ce\ndégoût qu'inspirent certaines maladies peu graves d'abord, mais\nqui deviennent incurables. Chez la jeunesse, l'ennui est la cause\nde presque toutes les crises morales. Il est dangereux pour le\njeune homme, néfaste pour la jeune fille. La femme est peut-être\nplus disposée à subir ce mal. Elle y est encline par sa constitu-\ntion, par son genre de vie et surtout par l'insuffisance des intérêts\nqui la remplissent. Il faut aller au devant de cette crise physique\naussi bien que morale, en éveillant dans ce cœur agité et dans\ncet esprit inquiet des sentiments de confiance, de piété et de\ndévouement. C'est l'heure où la parole semée produit des fruits\nau centuple. C'est l'heure où une bonne ou mauvaise influence\ndécide de tout l'avenir. Il faut un tact parfait, un esprit éclairé\npar la connaissance des âmes, et l'amour desintéressé de ces\nâmes en Dieu, pour remplir avec honneur cette mission\nvraiment maternelle. Ici encore une citation nous aidera à ré-\nsumer notre pensée.\n   « Faisons accepter à la jeune fille la raison comme grand\n» régulateur de ses sentiments et de ses actes : efforçons-nous\n   de la passionner pour les grandes questions d'honneur, de\n» dévouement, d'héroïsme même, ne lui présentons pas la reli-\n   gion sous la seule forme d'une médaille ou d'un scapulaire,\n   mais sous son aspect vraiment grand et élevé, dans son action\n » sur les familles, les peuples, les sociétés; faisons-lui voir com-\n   bien, dans le cours d'une existence saintement et virilement\n » menée, elle peut semer de bien, faire éclore de joie; à quel\n » point, dans son milieu, elle peut réagir contre le matérialisme\n » et le bien-être, quasi animal, dont vit notre siècle, pour mettre\n » à leur place l'amour du vrai, du beau, du bien, c'est-à-dire,\n » au fond, l'amour de Dieu. Enfin, poussons les jeunes filles au\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "    LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                 49\n\n\n    » sacrifice : c'est le remède souverain des maladies de l'âme. »\n      Mais la force n'exclue pas la bonté. Dans la nature, les êtres\n   forts sont habituellement bons. La femme devra donc trouver\n   dans ceux qui l'élèvent les caractères de la bonté ferme et coura-\n   geuse, bonté, qui en lui inspirant le respect, lui semblera une\n   vertu nécessaire à pratiquer pour être obéie et aimée.\n      « La fierté. La fierté est une dignité simple, une noblesse\n   » d'âme, une grandeur de sentiments, soutenue par une puis-\n     sante force morale qui maintient l'âme et le cœur dans une\n   » atmosphère spéciale où ils se saturent de vérité et de beauté et\n  » d'où ils repoussent le mal, d'instinct comme une incompati-\n      bilité. »\n     Cette belle définition de la fierté répond bien à ce qu'une mère\n  chrétienne doit souhaiter à sa fille. Mais cette fierté doit avant\n  tout être basée sur le christianisme et élever l'âme à Dieu, afin\n  qu'elle ne connaisse ni le mépris ni l'orgueil. Que de fois on\n  confond la fierté avec l'orgueil, la vertu avec le vice.\n     En traitant de cette question, Madame Marie du Sacré-Cœur\n fait remarquer qu'il ne faut pas blesser les susceptibilités des\n jeunes filles.\n     C'est un système dangereux qui produit plus de mal que de\n bien. Nous aimons beaucoup, la trouvant très juste, la réflexion\n suivante : « Que l'enfant redoute davantage le mépris attaché à\n » la faute que les conséquences disciplinaires; après une faute,\n » relevons la toujours à ses propres yeux; apprenons-lui, non à\n » se préoccuper de l'estime banale d'autrui, mais, après examen\n » sévère, à pouvoir toujours s'estimer elle-même; qu'elle ait\n » honte de faire, de penser ce qui pourrait l'abaisser à ses pro-\n    pres yeux. »\n    Ce chapitre nous entraînerait loin sur les punitions que l'on\nchoisit pour corriger les enfants. Elles sont souvent inventées\ncomme à plaisir pour les rendre gourmants, vaniteux et pares-\nseux. Je crois, heureusement, que l'on a déjà souvent et utile-\nment parlé sur ce sujet et nous n'appuierons pas sur ce que\nremarque Madame Marie du Sacré Cœur, en demandant qu'on\névite ces froissements, qui abaissent le caractère au lieu de\n\n                                                           •f\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "50                          DURENDAL\n\n\n\nl'élever. Bossuet a dit un mot « sur l'humanité que Dieu a cru\npouvoir, sans se rabaisser, venir chercher du ciel sur la terre »\nqui nous permet de sentir notre dignité, de la respecter et, par\nconséquent, de lutter contre tout ce qui peut l'avilir.\n   Citons encore Madame Marie du Sacré-Cœur : « Pour en\n» faire une chrétienne, faisons en un être raisonnable, une\n» femme forte et honnête, type encore plus rare que celui de la\n» femme pieuse. Donnons-lui cette foi en elle-même qui la sau-\n   vera des vulgaires influences et soutiendra son énergie morale.\n» Donnons-lui ce regard vers les sommets, cette attraction pour\n» les grandes vertus, qui caractérisent les grandes âmes. A cela,\n» les fortes études conduites avec intelligence, entretenant dans\n» l'âme l'habitude de la réflexion, peuplant l'esprit et l'imagi-\n   nation de pensées élevées, nous aideront puissamment. Un être\n» qui raisonne peut régler sa conduite, une intelligence qui\n» goûte le beau, le découvre en elle comme un reflet de l'éter-\n   nelle beauté, dont elle se sent l'image. Cette image qu'elle\n» respecte plus que les fils de roi ne respectent l'honneur de\n» leurs ancêtres, elle veut la garder intacte comme un blason\n» sacré, gravé par Dieu même en son âme, tandis que le res-\n   pect profond de cette dignité intime s'impose à son entourage et\n» produit un admirable rayonnement d'estime et d'honneur. Là\n» est la fierté chrétienne ! »\n   La Foi. La foi, principe du sens religieux, de l'esprit chrétien,\ndevrait être le pivot naturel de toute éducation, le fond de\ntoute vie humaine. L'âme de l'enfant doit être pétrie de foi,\nvertu fondamentale, théologale, qui ramène de tous les écarts et\nqui peut supporter tous les assauts. Suivant la belle expression\ndu concile de Trente : « La foi est le commencement et la racine\ndu salut. »\n    La foi, telle qu'il nous faut la demander à Dieu, dans les\ntemps troubles, doit être trempée comme celle qui faisait les\nmartyrs Elle doit av. ir la force d'une conviction absolue, con-\nviction à la fois énergique et surnaturelle. « Cette action combi-\n   née de la grâce et de la volonté implique l'adhésion totale de\n   toutes les facultés à ce Credo, si riche en conséquences, que les\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "  LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                    5l\n\n\n   » pêcheurs de Galilée — organes du Saint-Esprit — jetèrent au\n   » monde comme le phare avancé de l'éternelle patrie, la syn-\n     thèse des éternelles vérités. Le juste, dit saint Paul, vit de la\n   » foi. »\n     Arrivée à ces pages, je suis tentée de reproduire tout ce qu'ex-\n  prime Madame Marie du Sacré-Cœur. Elle fait admirablement\n  comprendre le mystère qui s'accomplit dans l'intelligence\n  humaine alors qu'elle pose un premier acte de foi; la part donnée\n  à la volonté et à la grâce ; le travail de l'âme cédant et partici-\n  pant en quelque sorte à l'action de Dieu; la grandeur ineffable\n  de l'esprit humain divinisé par l'acte raisonné de sa soumission à\n  la lumière surnaturelle. Tout est dit en quelques pages rendues\n  vibrantes par la conscience de la possession de cette foi qui fait\n  vivre.\n     Nous ne ferons qu'une citation qui éclaire d'une lueur sereine\n  et haute ce don désiré de la foi : « D'ailleurs, la concordance\n  » s'établit : Dieu commence par donner une lumière; cette\n  » lumière, l'intelligence l'accepte. Puis, travaillant à la clarté\n  » divine, combinée avec les clartés humaines — grâces et aussi\n  » dons divins — elle arrive à une conviction lumineuse que la\n  » raison sanctionne, et à laquelle, par un acte final, l'homme\n » adhère et s'attache pour y modeler sa vie. C'est l'historique\n » d'un acte de foi. »\n     Ces lignes, résumé de pages qu'il faut lire pour en goûter la\n beauté, nous amènent à comprendre la nécessité de faciliter dans\n les jeunes esprits le développement de la foi. Le germe divin,\n que le baptême y a mis, doit être fécondé et activé. Par la foi,\nnotre vie dégagera ce rayonnement surnaturel qui fait la vraie\ngrandeur du chrétien.\n    Bien des causes ébranlent la foi. Les jeunes femmes sont expo-\nsées à rencontrer souvent dans les conversations et les lectures\nun scepticisme moqueur assez dangereux. II est nécessaire de\nleur donner des principes solides et une instruction profonde. Ce\nn'est pas seulement pour la lutte qu'il faut tremper les caractères.\n    Dans toute vie il y a des difficultés et des tristesses, des tenta-\ntions et des heures sombres où le cœur et l'âme ont besoin de\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "52                           DURENDAL\n\n\nquitter la terre et de chercher leur appui au ciel. La femme doit\nêtre le charme et la douceur du foyer.\n   J'ajouterai, avec Madame Marie du Sacré-Cœur, que le chré-\ntien — et à plus forte raison la chrétienne — « qui ne répand\n» pas autour de lui un rayonnement de paix, de joie, de mutuel\n » amour, n'est pas de vraie race; il lui manque le principal\n » caractère de l'esprit de Jésus-Christ !\n    » Et n'est-ce pas la foi qui peut, seule, donner cette sérénité au\n » milieu des préoccupations, des angoisses et des douleurs? »\n    La piété que nous inspirons à nos enfants doit donc être une\n piété basée sur l'intelligence, la raison et le savoir. Le terrain\n ainsi préparé recevra plus solidement, plus dignement le don\n divin et le fera fructifier en lui. Envisagée à ce point de vue, la\n religion devient une force, une puissance, une arme, ce qui ne\n doit pas l'empêcher d'être une source de consolations et de douces\n  méditations. Elle inspire à la femme des pensées élevées, utiles,\n  sérieuses. A l'heure de la mort, ce ne sera pas les mains vides\n  qu'elle se présentera devant Dieu.\n     En touchant au chapitre consacré à la prière, je ne sais quelle\n  page choisir. C'est là qu'on trouve l'âme ardente, aimante, apos-\n  tolique de l'auteur. Je m'effacerai donc le plus possible devant\n  elle. Mes citations ne paraîtront longues à personne.\n     « Prier, c'est travailler, c'est élever, c'est gravir un sommet\n   » abrupt, se maintenir haut, loin de la terre, de nos intérêts, de\n   » nos soucis, de nos affaires, pour jeter à Dieu les clameurs de\n   » notre âme. Et Dieu n'a point changé! Etre sensible à l'appel\n   » de sa créature comme au jour où il répondait à Moïse : Tais-\n   » toi, parce que si tu me pries, je céderai, Dieu toujours s'incline\n   » et répond. La réponse est souvent un mystère : nous attendons\n   » la joie et il donne à l'âme courageuse la sanctifiante douleur\n   » qui fécondera sa vie. Mais Dieu répond toujours et sa réponse\n   » est une visite, et la visite de Dieu ne peut être qu'une grâce.\n      » Prier, c'est se tenir appliqué à Dieu; c'est demander et c'est\n   » obtenir ; c'est découvrir Dieu et c'est se fixer en lui par l'ardent\n   » effort de la volonté et du sacrifice. C'est l'œuvre chrétienne.\n   » Prier, c'est exercer sa vie surnaturelle...\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                 53\n\n\n   » Arrivons à donner à nos enfants l'amour de la prière et\n» nous les aurons armés d'une arme bien puissante ; car la prière\n» communique, non seulement à l'âme, mais au corps, une force\n» mystérieuse, une force chaude, vive, énergique, souvent\n« joyeuse, qui allège bien des fardeaux. »\n   Madame Marie du Sacré-Cœur engage à choisir, pour les\nenfants surtout, les prières liturgiques, si belles, si grandes, si\nfermes dans leur simplicité et leur noblesse. Nous sommes entiè-\nrement de son avis. Il y a des livres de prières qui ne con-\nviennent pas à la jeunesse, qui développent plutôt la sensiblerie\nque la piété, qui parlent un langage trop humain pour ces cœurs\ninnocents. Je voudrais qu'on fit naître dans ces âmes pures le\ngoût de la prière, en leur apprenant à parler à leur Père céleste,\nà Lui confier leurs préoccupations, leurs désirs, leurs joies. Il\nme semble que beaucoup de personnes ne savent pas prier, parce\nqu'elles n'ont pas compris qu'en dehors du Pater, de l'Ave\nMaria, du Credo, des admirables prières de la Sainte-Messe,\ntoute parole sortant du cœur, tout cri d'amour, de détresse, de\nsoumission, est aussi bien entendu de Dieu que les plus élo-\nquentes oraisons des livres. Si, dès l'enfance, on avait l'habitude\nde parler tout simplement de ses peines, de ses misères et de sa\nreconnaissance, la prière ne serait ni un ennui, ni une fatigue.\n   A la piété doit s'unir le sentiment de la crainte de Dieu. Ce\ndon de l'Esprit Saint est mal compris, en général. Il est juste\nde compter sur l'infinie bonté de notre Père, mais nécessaire\nde se rappeler sa justice et son incompatibilité avec le mal.\nLa jeunesse se laisse facilement entraîner. Il faut qu'elle se sou-\nvienne de la gravité de toute offense faite au Tout-Puissant.\nAime-t-on moins son père parce qu'on sait qu'il y a des choses\nqu'il défend et d'autres qu'il punit? On entend dire souvent\ndans le monde (qui est rempli d'indulgence pour les fautes qui\nle touchent) : « Dieu ne voit pas les choses comme nous; il est\nbien au-dessus de tous ces détails, il juge les intentions, etc.\netc., etc. » Il y a une apparence de vérité dans ces paroles,\nmais elles oblitèrent le sentiment de la crainte de Dieu, de la\ncrainte de l'offenser. On ne pourrait les excuser que si elles\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "54                          DURENDAL\n\n\nnous apprenaient à analyser plus sérieusement nos intentions et\nétudier nos responsabilités.\n   Que la crainte d'offenser Dieu soit donc un principe de\nl'éducation. Bossuet a dit : « La crainte est un frein nécessaire\naux hommes, à cause de leur orgueil et de leur indocilité\nnaturelle. »\n   Ici, je citerai encore Madame Marie du Sacré. Cœur : « Nous\n» inculquerons donc la crainte à l'enfant ; non la crainte servile\n» de l'esclave, mais la crainte filiale de la créature, de l'enfant,\n» qui, adorateur tremblant de l'éternelle et infinie puissance\n» créatrice, chérit aussi la tendre bonté du père, dont il\n» découvre partout la débordante libéralité. La crainte chré-\n   tienne, ainsi que le prouve Mgr Gay, dans un de ses plus\n» beaux chapitres, arrive, par son extension naturelle, à\n» l'amour le plus pur, le plus parfait, le plus élevé : celui\n» qui animait le cœur des saints, celui qui a nom sacrifice,\n» celui qui est une joie, parce qu'il est une force.\n   » L'amour de Dieu chez nos enfants est trop souvent une\n» affaire de sentimentalisme, qui se déversera peut être demain\n» sur une créature, ce n'est pas de l'amour vrai. L'amour — la\n» charité chrétienne — a sa racine dans la foi, son soutien dans\n» la crainte, son exercice dans l'accomplissement de la loi, son\n» aliment dans le sacrifice... L'amour vrai ne peut rester\n» théorique. Saint-Jean répétait à ses disciples : les petits\n» enfants n'aiment pas simplement en paroles et du bout des\n» lèvres, mais en actions et en vérité. Il dit encore : Si\n» quelqu'un dit qu'il a de l'amour pour Dieu et qu'il a de la\n» haine pour son frère, celui-là est un menteur... C'est le\n» commandement que Dieu a fait : celui qui aime Dieu doit\n» pareillement aimer son frère. (Saint-Jean III, 18-IV, 20 et 21.)\n   » Ce sont les fondements de cette vie chrétienne, d'une éton-\n» nante et presque surhumaine beauté, à laquelle le monde ne\n» croit plus, parce que les hommes, qui se réclament du nom\n» de chrétien, oublient de reproduire en eux les principes les\n» plus élémentaires de l'Evangile. Bossuet, sondant avec son\n» génie, les fécondes ressources de la foi chrétienne, et compa-\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                 55\n\n\n\n» rant ses fondements admirables, si riches de promesses, et\n» la vie pratique des chrétiens, s'écrie : « Est-il rien de plus\n«opposé et de plus discordant que ce que vous êtes? Voyez la\n» bizarrerie ! Un fondement d'or et de pierres précieuses : un bâ-\n». timent de bois et de paille ». Ce bâtiment de bois et de paille,\n» c'est l'édifice de notre vie surnaturelle qui, reposant sur les\n» fondements d'une incroyable richesse, arrosé du sang divin\n» du Christ, devait s'élever avec toute la splendide beauté :\n» ornement de l'âme des saints.\n    » Pourquoi ces anomalies? Le christianisme n'est pas assez\n» compris.\n   » Donc, cultivons tout ensemble : la crainte de Dieu et\n» l'amour de Dieu, ne permettons pas que sur nos lèvres cette\n» invitation si souvent répétée : mon enfant, obéissez pour\n» faire plaisir au bon Dieu, devienne fade et banale. Faisons\n» comprendre à l'enfant que l'amour de Dieu est le plus pré-\n» cieux mobile pour l'observation des vertus. Et, en même\n» temps, pour un certain nombre de natures moins orientées\n» vers la piété parfaite, il conviendra de développer cet autre\n» argument, qui leur paraîtra plus puissant, plus frappant, plus\n» décisif : prenez garde, vous allez manquer à votre devoir et\n   Dieu vous en demandera compte, car il demande compte de\n» tous les instants de notre existence, même des paroles inu-\n» tiles... Le temps vous est prêté pour gagner le ciel, non pour\n» satisfaire votre mollesse ou vos caprices, vous rendrez compte\n» à Dieu de vos journées qui se perdent, de votre intelligence\n» qui croupit, de vos facultés que vous profanez... Dieu est\n» juste, il vous doit moins d'égards que vous n'en devez à un\n» serviteur. »\n ' En terminant l'analyse de la première partie du livre de\nMadame Marie du Sacré-Cœur, je vois se dérouler sous mes\nyeux comme un plan très net, très simple, d'une contrée aimée\net cependant peu connue. 11 paraît facile d'y diriger ses pas.\nLes routes sont bien tracées. Que manque-t-il donc pour y aller\nsouvent, pour y demeurer? Nous l'avait-on représenté sous de\nfaux aspects? Nous l'avait-on décrite comme dangereuse ou\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 455, "texte": "56                         DURENDAL\n\n\n\ninabordable ? N'est-ce pas plutôt parce qu'on l'avait entourée\nd'obscurité? Que les mères qui liront ces extraits y puisent le\ndésir de faire plus ample connaissance avec le pays où nous\nguide l'auteur. Je ne doute pas qu'elles n'y trouvent le désir d'y\nvivre et, en même temps, d'y acclimater l'âme si délicate et si\npure de leurs enfants.\n                             Comtesse ED. DE LIEDEKERKE.\n\n  (A continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-014", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 57, "page_fin": 60, "titre_corps": "Un poète chrétien du moyen âge", "titre_sommaire": "Un poète chrétien du moyen âge", "signature_source": "Édouard Ned", "ancre_debut": "Un poète chrétien du moyen âge", "ancre_fin": "EDOUARD NED", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "U n poète chrétien du moyen âge (l)\n\n\n\n\n                 N'EN déplaise à M. Brunetière, les siècles chrétiens du\n                   moyen âge n'ont pas été dépourvus, quoiqu'il le pré-\n                   tende, d'un grand souci d'art en littérature. Je n'en\n                   veux pour garants que les chants religieux, les hymnes\n                   de l'Eglise et ces merveilleuses productions, auxquelles\n                   on donna le nom de Proses, dans lesquelles on retrouve\n                   les cris sublimes de la Bible et ces pensées éternelles\n                   qui font de la poésie chrétienne d'alors la sœur égale\n                   en beauté de l'architecture, de la sculpture, de la pein-\nture et de la musique de cette époque primitive.\n   Les traditions des livres juifs unies aux nouvelles conceptions théolo-\ngiques en furent la semence féconde. Elle germa et le germe grandit\npour s'épanouir en une floraison splendide que M. Brunetière veut igno-\nrer complètement, encore que ce soit des mêmes germes que sortit peu\nà peu, après des és'olutions nécessaires, non seulement la langue dont se\nsert M. Brunetière pour calomnier le moyen âge, mais encore la grande\npoésie française des plus beaux siècles littéraires.\n  Et voilà qu'on vient de découvrir un nouveau poète chrétien, un grand\nlyrique que l'on ne craint pas de comparer au poète de Tibur, un pauvre\nmoine du XIIe siècle, Adam de Saint-Victor. Quand je dis qu'il vient d'être\n\n\n  (1) LEGKAIN (Abbé), docteur en philosophie et lettres. — Les Proses d'Adam de Saint-Vic­\ntor à l'usage de la seconde. Bruges, Société de Saint-Augustin, 1 vol. in-12 de 187 pages. Relié\nen percaline. Prix: fr. 1.25.\n  (Collection de classiques chrétiens et païens comparés, publiée sous la direction de M. l'abbé\nGuillaume.)\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "58                               DURENDAL\n\n\ndécouvert, j'exagère, sans doute. M. l'abbé Misset tenta de le faire con-\nnaître, Dom Guéranger le remit en lumière et Léon Gautier donna une\npremière édition de ses œuvres il y a quelque quarante ans. Cependant,\nil était resté un inconnu pour la majeure partie des lettrés, même catho-\nliques. Il a fallu qu'il nous fût présenté à nouveau d'une manière\nattrayante et intelligente. C'est ce que vient de faire M. l'abbé Guillaume,\n le célèbre défenseur des auteurs de la latinité chrétienne, aidé en cela et\nexcellemment par un de ses collaborateurs, M. l'abbé Legrain, dont des\n notes historiques, philologiques, littéraires et théologiques fort heu-\n reuses commentent ces purs joyaux de la littérature chrétienne.\n     Qui ne connaît l'œuvre entreprise par l'ancien doyen de Beauraing?\n  Emu du peu de fruits produits par l'enseignement du latin, préoccupé du\n relèvement des études humanitaires, cherchant à rendre ces études plus\n  rationnelles, plus agréables en même temps que plus chrétiennes,\n  M. l'abbé Guillaume veut étendre l'étude du latin aux siècles du moyen\n  âge, rechercher dans les auteurs les beautés de l'idée avant les beautés\n  de la forme et intéresser les élèves par une comparaison continuelle des\n  auteurs païens et des écrivains chrétiens. Selon lui, et c'est l'avis de beau-\n  coup, on évitera par cette méthode l'éducation purement formelle et vide\n  dont le résultat, hélas ! est trop souvent d'une parfaite nullité.\n     Malgré les obstacles et les luttes, malgré les ironies des uns et les pré-\n  jugés des autres, l'idée, peu à peu, fait son chemin. Des hommes émi-\n  nents comme M. Kurth, professeur à l'Université de Liége, des philo-\n  logues distingués comme M. Waltzing, de l'Université de Liége, et\n  M. Dwelshauvers, de l'Université de Bruxelles, n'ont pas ménagé les\n   éloges à l'œuvre de M. l'abbé Guillaume. Celui-ci continue à lutter, fort\n   de son énergie et de sa science littéraire. Déjà plusieurs volumes de clas-\n   siques comparés ont paru et sont entre les mains des jeunes gens dans\n   plusieurs de nos collèges. Le succès, certes, ira s'accentuant avec la nou-\n   velle œuvre qui nous est offerte aujourd'hui.\n      Adam de Saint-Victor, en effet, n'est pas de ceux qu'abattent les coups\n   de la critique. Les proses de ce moine du XIIe siècle sont d'un lyrisme si\n   élevé et d'une inspiration tellement soutenue, que M. l'abbé Guillaume,\n   dans la préface qu'il écrivit pour ce livre, n'a pas craint de les proclamer\n   supérieures aux odes d'Horace, le plus parfait des Uniques païens.\n      Horace nous apparaît avant tout un poète personnel ou, pour mieux\n   dire, particulariste. Ce n'est pas l'humanité qui parle dans ses vers, il s'en\n   défend bien : Odi profanum vulgus et arceo. Sa poésie est factice, toute de\n   tète et d'imagination. Son style est synthétique, complexe, compréhen-\n   sible seulement pour les académiciens de son temps, les Brunetière\n   d'alors. Sa métrique, empruntée à la Grèce, est savante et convention-\n   nelle, ne convenant pas plus à l'oreille romaine qu'à la nôtre.\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "                 UN POÈTE CHRÉTIEN DU MOYEN AGE                              59\n\n\n      Adam de Saint-Victor, au contraire, puise sa force dans la plus sincère\n   croyance et s'élève à des sentiments réellement humanitaires : « Ce ne\n   sont point des pensées ou des sentiments particuliers, mais les pensées\n   ou les sentiments de tous qu'il exprime dans ses chants. Ce n'est pas lui,\n   c'est tout un peuple qui avec lui adore, prie, se réjouit, pleure, aime, se\n  repent. Quand il décrit ou symbolise, ce ne sont ni les visions ni les\n  figures enfantées par son imagination, c'est toute la poésie de l'Eglise\n  elle-même qu'il étale à nos regards, ce sont les splendeurs éblouissantes,\n  incomparables de la Liturgie-catholique, c'est toute la théorie des sym-\n  boles sacrés, vivants, dont l'Ecriture est pleine. » Il est lyrique sincère-\n  ment. Son style simple et précis est d'une grande pureté et d'une\n  élégance qui va parfois jusqu'au raffinement. Sa métrique, basée sur\n  l'accent réel du mot, est d'une richesse incomparable dans une infinie\n  variété de strophes harmonieuses parmi lesquelles se jouent les rythmes\n  les plus originaux et que termine la belle sonorité de ses rimes ailées.\n  Tel est le portrait que nous fait de son poète, M. l'abbé Guillaume.\n     Est-il flatté ? Pour moi, non. C'est un véritable poète, c'est un grand\n artiste qui a écrit ces proses admirables sur Noël, sur Pâques, sur la\n Vierge. Avec un art parfait, il a revêtu du riche manteau d'un verbe écla-\n tant les grandes vérités de la Foi et les mystérieux symboles des Ëcri-\n tures. Il les a ornés comme de rares pierreries de l'étincellement magique\n de ses phrases. Et les grandes images bibliques qu'il a transposées n'ont\n rien perdu sous sa plume de leur belle sublimité.\n     Or, comme le dit M. l'abbé Guillaume à la fin de sa préface, « la poésie\n réside avant tout dans la pensée; comme la vérité, elle est de tous les\n temps et de tous les pays ; la forme, elle, varie; elle varie avec les siècles,\n avec les peuples et les civilisations, et il n'y a pas de forme absolue, défi-\n nitive, au nom de laquelle on doive condamner les autres, cette forme\n fut-elle la forme d'un Homère ou d'un Virgile, d'un Pindare ou d'un\n Horace.\n     » La vraie poésie n'est point celle qui se borne à caresser l'oreille, à\n charmer l'imagination, à remuer le cœur, à mettre en jeu les passions,\nmais c'est celle qui, s'adressant à tout l'homme, s'empare de ses puis-\nsances, non pour les intéresser seulement, mais pour les élever : pour\nélever l'intelligence aux grandes pensées, le cœur aux nobles émotions,\nl'imagination aux purs enthousiasmes, la volonté aux héroïques résolu-\ntions.\n    » En résumé, la poésie n'est ni un mensonge ni un rêve : c'est une réa-\nlité, réalité mystérieuse, je le veux bien, mais réalité vivante et divine,\ndont la forme n'est que le vêtement destiné à la faire resplendir, ou plu-\ntôt, c'est une âme, c'est une pensée: et plus cette âme, plus cette pensée\na d'élévation, plus elle contient de vérité, de moralité et d'éclat, plus, en\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 854, "texte": "60                              DURENDAL\n\n\n\nun mot, elle réfléchit en elle cette Trinité qui s'appelle le Vrai, le Bon, le\nBeau, et plus elle est sublime, plus elle est digne de notre admiration et\nde notre amour. »\n   Que dirai-je après cette éloquente citation? Sans doute, comme moi,\nvous voudrez vous rendre compte, vous obéirez à la voix qui vous crie :\n Toile et lege, et vous serez convaincus comme moi, — que M. Brunetière\npardonne à ce pauvre moine de l'avoir fait mentir! — que le moyen âge\neut en littérature une grande préoccupation d'art. Et vous direz avec\n Léon Gautier : « Toute grande idée, toute œuvre d'art véritablement\n digne de ce nom, je les veux faire connaître à mes enfants, quel que soit\n le siècle où elles aient pu se produire à la lumière du jour. »\n\n                                                            EDOUARD NED.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-015", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 62, "titre_corps": "Élévation", "titre_sommaire": "Élévation", "signature_source": "Julien Roman", "ancre_debut": "ELEVATION", "ancre_fin": "JULIEN ROMAN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "ÉLÉVATION\n\n                          (Suite.)\n\n\n\n                            IX\n  Attirés on ne sait par quel enchantement,\n  Nous avons pris un jour ce sentier solitaire.\n  Ceux, du chemin commun, que ce destin atterre\n  Nous insultent et nous lapident durement.\n\n  — « Insensés, vous allez au désastre béant;\n  Vous ne trouverez là nul trésor de la terre,\n  Nul mets pour votre faim, nul vin qui désaltère ;\n  Cette voie est aride et conduit au néant. » —\n\n  Frères, laissons-les dire et suivons notre route.\n  Leurs erreurs ne feront naître en nous aucun doute;\n  Ils ne connaissent pas tout ce que nous voyons : —\n\n  Les yeux mystérieux : hymnes, fleurs et lumières,\n  Les cœurs purs, les esprits d'où sortent des rayons\n  Et l'amour simple et doux comme celui des mères.\n\n                            X\n\nLes yeux se sont fermés et l'esprit se déploie...\nIl n'est plus de douleur comme il n'est plus de joie,\nNul désir, nul vouloir. C'est la neutralité\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "62                          DURENDAL\n\n\n\n     De l'âme libre entrant dans la réalité :\n     Transport involontaire, élan inévitable\n     Qui nous fait entrevoir le monde véritable\n     Où dans la calme ardeur des contemplations\n     Surgit l'enchantement des blanches visions !\n     Plus pures que le ciel, plus claires que les astres,\n     Devant elles, nos cœurs ne sont que des désastres,\n     Et notre âme, timide à toutes ces splendeurs,\n     N'ayant pu concevoir leurs terribles grandeurs,\n     Regagnerait son antre où couve le délire,\n     Si ces clartés n'étaient un immense sourire !\n     Mais elle plane et sait l'espace lumineux\n     Dans sa sublimité de flots vertigineux ;\n     C'est l'étendue ignée aux sens inaccessible ;\n     Et l'œil de notre esprit, pour qui tout est visible\n     Sinon Dieu, scrute et voit qu'il n'est pas d'horizon ;\n     Et c'est la profondeur insondable et sans fond ;\n      Et devant ce miracle où l'extase s'abime,\n     Il cherche la hauteur et ne voit point de cime !\n      Oh ! l'éblouissement ! L'âme vibre et repart,\n      Et se voyant partout loin du charnel rempart,\n      Pressentant Dieu dans cet infini de lumière,\n      Religieusement se projette en prière.\n\n                                            JULIEN   ROMAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-016", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 66, "titre_corps": "André Van Hasselt", "titre_sommaire": "André Van Hasselt", "signature_source": "Julien Roman", "ancre_debut": "André Van Hasselt", "ancre_fin": "JULIEN ROMAN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "André Van Hasselt\n\n\n\n\n              L'EST presque  une loi naturelle, chez nous, que la\n                 méconnaissance, durant leur vie, de ces hommes\n                 simples et exceptionnels qui surent s'élever au-\n                 dessus de la vulgarité de leur époque. Aux yeux\n                 émerveillés de quelques initiés (car, dans ce cas,\n                 l'art semble un mystère), qui les ont découverts,\n                 ils apparaissent dans une splendeur pareille à\n                 celle des solitaires contemplatifs se confinant\ndans la vie unitive. Suivant, sans doute, cet exemple auguste\nselon leurs possibilités extrêmes, solitaires aussi par leur con-\ntraste d'avec le monde obscurément insoucieux, ces poètes\ns'abîmèrent dans les rêves splendides, où leur furent dispensées\nles visions lumineuses. Et, lorsque, par la vertu du pouvoir\névocateur de la pensée, on vit avec eux dans le passé, par la\nméditation de leur œuvre, ont les aperçoit dans une atmosphère\ntoute particulière et subtile qui, certes, devait être invisible à\nl'âme balourde de leurs contemporains.\n   Mais, pour n'avoir pas goûté la joie indicible de la sympathie\ngénérale, la méconnaissance ne fut pas une douleur ; il y eut\nplus. Sans doute, dans le temps où ils vécurent, certaines intel-\nligences pénétrèrent dans le sanctuaire de leurs réalisations.\nQuelques-uns de ces êtres, capables de s'émouvoir, furent de\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "64                         DURENDAL\n\n\nvrais fidèles. L'élite rare des cœurs droits, spontanée dans\nl'expansion de ses sentiments, sans arrière-pensée, acceptant\npleinement dans son admiration ce qui est en effet admirable,\nremarqua ces supériorités et l'affirma par l'enthousiasme et la\nvénération.\n    Mais d'autre part, et c'était fatal, les nullités qui avaient\nl'audace de tenir une plume s'en servirent, piquées par le reptile\nde la jalousie, pour critiquer bassement les grandeurs qui les\noffusquaient. — Les fils de l'obscurité lançaient des flèches aux\nétoiles, et les ténèbres ne reçurent point la lumière lors de sa\nvenue : — c'est l'histoire.\n    Et, dans nos communions avec les purs artistes qui planèrent\ndans le ciel serein de la beauté et qui vécurent de la vie sublime,\n nous les voyons cloués, par l'envie et la haine, sur une croix\n infâme. Ce martyre les entoure d'une magnifique auréole.\n    Parmi ces consciences hautes, méconnues par les gens à vue\n courte et blasphémées par les âmes mesquines, se trouve\n l'homme distingué que, publiquement, l'on glorifie aujourd'hui :\nANDRÉ VAN HASSELT.\n   Naître à une époque absolument défavorable aux floraisons\nartistiques, dans un pays aussi peu littéraire que possible, voué\nà l'infection de prosateurs mous, fades, sans nerfs, de poètes (il\nfaut bien employer ce mot, au risque de le profaner!) secs comme\nla poussière, dépourvus de sève et de vigueur, féconds seulement\nen avortements, ne donnant le jour qu'à des fœtus ; vivre parmi\ntoute cette tourbe de la basse littérature ; ne pouvoir puiser dans\nle milieu le stimulant nécessaire et y raviver la flamme sacrée de\nl'enthousiasme ; échapper à l'influence de cette détestable\nambiance intellectuelle et écrire quand même des vers, de vrais\net beaux vers, voilà ce qu'on peut appeler un phénomène peu\ncommun. Car n'est-il pas vrai que le courant de sympathie qui\nunit, même inconsciemment, les artistes, contribue à alimenter\nen eux l'ardeur, la certitude surtout et l'indispensable foi en soi-\nmême ? A Van Hasselt, qui dut rire sans doute de la stupidité de\nses critiques vipérins, s'il n'en a souffert un peu, cette communi-\ncation électrisante, que nous recevons des âmes congénères, man-\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "                       ANDRE VAN HASSELT                            65\n\n\n quait totalement. A part la sympathie de quelques amis, la vie, dU\n haut de sa conception et de sa compréhension, devait lui paraître\n déserte. Non seulement la force occulte circulant dans la sphère\n des humaines entités pensantes lui manqua, mais un mauvais\n génie, incarné dans la personne de chaque Van Bemmel et\n Baron de l'époque, le traquait sans cesse.\n    Nous le voyons donc à l'écart. Il travaille tranquillement,\ncomme les forts. Si l'encouragement lui est refusé, à lui qui seul\n le méritait, si tous les efforts extérieurs tendent à éteindre sa\nferveur, à comprimer sa fougue, il ne semble pas s'en inquiéter.\nA peine se laisse-t-il aller à la satyre qu'il manie de terrible\nfaçon. — Il poursuit sa route et continue son œuvre. Il a peut-\nêtre senti que celui-ci doit fatalement éclore pour que les des-\ntinées s'accomplissent, qu'il est indispensable pour le surgisse-\nment des événements futurs. Portant en lui le pressentiment de\nsa gloire et entrevoyant le rôle providentiel, il a conscience de\nson influence sur l'avenir littéraire qui, par elle, fructifiera.\nCertes, que fut-il?\n    C'était la nuit, quand il vint, et il apparaît comme un soleil\nlevant.\n    Précurseur des poètes qui fleurirent il y a vingt ans, Pierre\nl'Ermite de la croisade littéraire, on pourrait dire qu'il fut notre\ninitiateur à un art vivant, rompant avec tout ce qu'avaient produit\nles esprit plats.\n   On peut affirmer sans témérité que Van Hasselt, dans ses\nœuvres, fut, en quelque façon, notre éducateur.\n    La Jeune Belgique, par sa manifestation de 1884, se plaça\navec amour filial et reconnaissance sous son patronage vénéré.\n    Et cela n'étonnera point ceux qui connaissent l'œuvre du\npoète. C'est de la poésie éclatante et sonore. Comme chez Hugo,\nqu'il dévore, d'ailleurs, et par qui il est dévoré, le vers symbo-\nlique, l'expression imagée, la couleur vive, la faculté de synthèse\nse rencontrent partout dans son œuvre. Il a la vision large, pro-\nmène son regard sur les étendues; le ciel l'attire et il aime y\nplaner. Son œuvre est inégale, sans doute, mais Van Hasselt,\nrejetant le moule inharmonieux employé servilement par les\n\n                                                                )\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\nécrivains contrebandiers, les Hymans et les Potvin, affirme, au\ngrand scandale de ces cerveaux calcinés, son originalité, par des\ntrouvailles heureuses, des accouplements de mots nouveaux, des\nfigures de style inusitées, des métaphores et des hyperboles im-\nprévues. Il est de la race des visionnaires. Il vivra dans la piété\nadmirative qu'il sut faire éclore, dans le culte de tous ceux qui\nl'ont compris, et dans la renommée du pays où il occupe une\nplace d'honneur.\n   Après quinze années de silence sur ce nom plus illustre qu'on\nne le croit généralement, se reproduit une manifestation à la gloire\nd'André Van Hasselt. Ce nom retentira encore une fois pendant\nun peu de temps. La foule ne s'en émouvra pas plus que jadis.\nMais le poète restera, comme auparavant, dans le souvenir de\nceux-là qui, en somme, à cause de sa pureté et de son élévation,\nsont seuls dignes de l'aimer.\n   Nous, qui avons le respect des aînés, nous avons tenu, par ces\nquelques lignes, à exprimer notre gratitude envers le père de\nnotre littérature, — à proclamer notre vénération pour le noble\nécrivain, — et à rendre à sa mémoire l'hommage qui lui est dû.\n\n                                               JULIEN ROMAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-017", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 71, "titre_corps": "Mystiques contemporains : Édouard Schuré", "titre_sommaire": "Mystiques contemporains : Édouard Schuré", "signature_source": "Georges Héry", "ancre_debut": "Mystiques contemporains", "ancre_fin": "GEORGES HERY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "Mystiques contemporains\n\n\n\n                       EDOUARD            SCHURÊ\n\n\n\n    « Cette génération sera plus radicalement idéaliste que celle de 1830.\n parce qu'elle aura conquis sa foi dans la souffrance acceptée, dans la lutte\n réfléchie et voulue. » C'est en 1895 que M. Edouard Schuré portait ce\n jugement sur notre génération, et chaque jour l'évolution morale et\n littéraire tend à réaliser la prophétie de celui qui fut l'un des premiers\n initiateurs de la réaction spiritualiste contre le naturalisme souverain et\ntriomphant, il y a une vingtaine d'années.\n    Une part revient à M. Schuré dans le mouvement idéaliste, beaucoup\nplus grande peut-être que le public ne le soupçonne, car son œuvre s'est\ndéveloppée depuis trente ans, dédaigneuse de la réclame, et elle a agi\nsur les esprits sans que la masse des lecteurs en fut bien consciente.\n    Cette œuvre s'offre à nous sous des formes très diverses, mais elle est\n une au fond. L'Histoire du Lied, cet essai de jeunesse qui est déjà un\nbeau livre, expose l'idée de la révélation par la poésie et de la religion\nde la beauté. L'œuvre entière de M. Schuré y est en germe. Depuis, elle\ns'est richement déployée en différents genres littéraires: mais comme\nl'arbre se déploie, portant tour à tour des fleurs et des fruits, étendant\nses branches dans tous les sens, néanmoins toujours lui-même, animé\nde la même force vitale qui faisait jaillir du sol l'arbrisseau naissant.\n    Chez M. Edouard Schuré, la religion de l'Ame se relie étroitement à\ncelle de la Deauté: toutes deux se pénètrent et se confondent. Et s'il me\nfallait définir le principe essentiel de son œuvre, celui sur lequel reposent\ntoutes les doctrines religieuses et esthétiques, je dirais que l'idée fonda-\nmentale de cette œuvre une, c'est la notion de l'unité.\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": "68                              DURENDAL\n\n\n   Suivre le déploiement de l'art théâtral sous sa triple forme de poésie,\nde musique et de danse sacrée, depuis les temps antiques, tel est l'objet\ndu Drame musical, cet admirable ouvrage dont le second volume est\nconsacré à Wagner. A l'heure actuelle, si tout le monde n'est pas encore,\nassez musicien pour comprendre entièrement Richard Wagner, nul au\nmoins n'ose nier la géniale puissance de sa conception de l'art dramatique,\nrapproché par l'harmonieuse fusion des éléments de l'unité primordiale,\nni l'immense influence rénovatrice de ses doctrines.\n   De même que les récentes découvertes de la science tendent à affirmer\nde plus en plus l'unité de la matière, nous sommes de plus en plus\nconscients de l'unité de l'art. Ce que nous appelons la nature, tout ce qui\nimpressionne nos sens, n'est pas un assemblage de substances différentes;\n ce sont les manifestations multiples d'une même énergie. Et quand nous\n disons : « les arts », cette expression ne désigne point un ensemble de\n choses diverses et indépendantes. I1 n'y a, au fond, qu'un art, que notre\n esprit perçoit sous des formes variées ; c'est en se reflétant dans les caté-\n gories de notre intelligence que se fragmente en rayons distincts la\n lumière émanée d'un unique foyer. Conception éminemment spiritua-\n liste, puisqu'elle ramène-le principe de toute beauté au Beau absolu,\n à Dieu.\n   L'oeuvre maîtresse de M. Edouard Schuré, celle qui condense ses doc-\ntrines religieuses ou philosophiques, les Grands Initiés demanderait à\nelle seule une étude spéciale. Si le Drame musical, est un merveilleux\nmonument d'esthétique, les Grands Initiés sont un magnifique édifice de\npensée, profond comme ces pagodes hindoues, dont un autre grand\npoète, Michelet. a évoqué si puissamment la majesté souterraine. Fondé\n sur la croyance à la révélation universelle, cet ouvrage, qui résume tant\n de lectures et de méditations, plonge dans les origines de toutes les\n croyances et tente de pénétrer, sous le voile des mythologues et, parfois,\n la matérialité des rites, les abîmes sacres des mystères. Quoiqu'il révèle\n une érudition très étendue, ce n'est pas un livre de science. Si l'érudit\n y apporte le résultat de ses longues études, c'est le poète qui 1'expose.\n Son œuvre échappe aux règles d'une rigoureuse -critique scientifique\n et ne peut satisfaire pleinement les esprits mathématiques, qui ont besoin\n  de tout ramener à d'exactes formules. La part de l'intuition y est aussi\n  grande que celle de la science. Il ne faut pas non plus juger cette œuvre\n  au point de vue de l'orthodoxie chrétienne; néanmoins, elle est inten-\n  sément religieuse. C'est l'évocation de ce qu'il y a eu de plus pur, de\n  plus grand-, de plus-sacré dans l'âme humaine, ressuscité de tous les\n  sépulcres du passé par la divination du génie.\n    Si la-révélation s'est accomplie par toute la terre, soit directement\n  religieuse dans la conscience des élus de Dieu, soit poétique dans l'ifna-\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": "                      MYSTIQUES- CONTEMPORAINS                             6*\n\n gination des hardes. nous, devons la retrouver non seulement parmi les.\n dogmes, mais aussi dans toutes les manifestations du génie instinctif.\n    Chercheur de l'âme des peuples disparus, M. Edouard Schuré parcourt\n le cycle des légendes, depuis celle de Krichna et de Bouddha jusqu'à\n celles des druidesses, dont nous voyons dans le Mont Saint-Michel, une\n tradition exposée en quelques pages comme un poème d'amour et. de\n mort. Mais ce ne sont pas là des excursions capricieuses au hasard d'une,\n fantaisie poétique. C'est toujours la « Psyché au cœur de l'homme »_ que\n M. Edouard Schuré cherche dans la « Légende au cœur du peuple » ; en\n ce voyage de découverte, il marche les yeux tournés vers la lumière\n lointaine de l'éternclle.Vérité. Dans la visite à la Grande Chartreuse, formu-\n lant de nouveau sa doctrine fondamentale, l'unité intérieure d.es religions,\nil y voit « la promesse d'une, synthèse possible de la science devenue\nreligieuse et de la religion devenue scientifique ». Et cette évocation\nproférée devant la croix blanche du Grand Som, au lever du soleil,\nn'est-elle pas vraiment le cri d'espérance de la jeune génération mys-\ntique ?.\n    « Puisse l'antique et toujours nouvelle vérité de l'esprit vainqueur de\nla matière remonter sur les sommets intellectuels de notre époque.\n Puisse-t-elle faire rayonner sur les jeunes générations sa rose de lumière\net de beauté ! Puisse-t-elle éveiller cette charité qui naît de l'intelligence\nprofonde des choses et cette intelligence sublime qui naît de la vraie\ncharité! Puisse-t-elle proclamer au-dessus de nos dissentions, avec une\ncertitude grandissante, la foi de l'âme immortelle consciente d'elle-même\net l'unité spirituelle du genre humain! »\n   Les Sanctuaires d'Orient font suite aux Grands Initiés. Pèlerinage de\npoète et de philosophe aux terres consacrées p a r d'antiques symboles\net d'augustes présences. Ici se manifestent diversement les facultés artis-\ntiques de l'auteur et le musicien s'affirme peintre. Tour à tour, il fait,\nvivre à nos yeux le chatoiement de la vie orientale, l'ardente coloration\ndu.désert et, l'attendrissement de la Palestine, ressentis avec une émotion\ntout évangélique, de compassion et d'amour. Peut-être s'est-il plu davan-\ntage encore à nous peindre la grâce lumineuse de la Grèce, comme, en\ncette suite exquise de tableaux qui est l'excursion au Pentélique, où si\nvite « le.charme subtil du paysage, attique s'insinue à, nos yeux » : comme\nen. ce panorama contemplé du péristyle. du Parthénon où. « se révèle\nl'harmonie, d'un pays qui semble modelé par les dieux ». —. Mais sous\ncette Grèce, de lumière suave et d'eurythmie, s'abrite, une autre Grèce..\nLa première. est le beau visage, le beau corps, enveloppe de l'âme ; la\nseconde.est l'âme elle-même, l'âme des vieux mythes symbolisant la vie,\nCelle-ci l'auteur l'évoque, pour nous sous la forme d'un mystère orphique :\nDémèter et Perséphone, et je ne. crois pas qu'aucune oeuvre moderne m'ait\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "                                DURENDAL\n70\n\ndonné si intense l'impression majestueuse, ample et sereine de l'antiquité\nsacrée.\n   En cette revue rapide et forcément superficielle d'une œuvre si consi-\ndérable, à peine pourrai-je dire un mot des poésies de M. Edouard Schuré.\nJe voudrais pourtant nommer au moins le vigoureux drame de Vercin-\ngétorix et la Vie Mystique, ce poème de pensée et d'amour, puisé aux\nsources les plus intimes de la vie du cœur et qui s'élève vers les plus\nhautes régions de l'âme. Quoique la forme, parfois, trahisse trop de hâte\nen la composition, il serait très intéressant d'en étudier les rythmes si\nvariés, tantôt calmes, tantôt d'un élan fougueux de vie tumultueuse, ou\nencore berceurs comme Mariage Mystique, dont les petites strophes de\nsix vers produisent une inexprimable sensation blanchâtre et de clair de\nlune, ont je ne sais quel assourdissement de nuit voilée, nous font flotter\nl'esprit dans un voyage de rêve.\n   Mais quel que soit le mérite du poète, je lui préfère le prosateur. Il n'y\na nulle exagération à dire que M. Schuré est un des premiers écrivains\nde notre temps et l'on peut même affirmer simplement qu'il est, dans\ntoute la force du terme. « un écrivain ».\n   La prose est une musique aussi bien que les vers; moins sonore, moins\nmélodieuse, avec des rythmes moins précis et d'une variété illimitée,\npar là même indéfinissable; échappant aux règles de la métrique, mais\ngouvernée par des lois d'harmonie dont un petit nombre d'élus ont reçu\nl'inestimable don.\n   M. Edouard Schuré est un de ces privilégiés. Les qualités, qui font si\nbelle la langue de ses ouvrages, se condensent avec une rare perfection\ndans l'Ange et la Sphinge, récit symbolique où subsiste la doctrine plato-\nnicienne et théosophique de la succession des vies et dont la conception\nmorale est celle de Tannhauser : l'antagonisme des deux amours, de la\npassion sensuelle et de la chaste tendresse.\n   Ce thème revit dans le récent roman de M. Schuré, le Double, placé en\nun milieu parisien, moins favorable peut-être que le paysage allemand,\nreculé dans le lointain des siècles au développement poétique d'un sym-\nbole: mais d'une inspiration très élevée, évoluante travers les péripéties\nde la passion vers la noble idée de l'amour qui renonce et celle surtout\nqui est la formule essentielle du livre : l'art sauveur de la vie.\n   Un des caractères du mysticisme de M. Edouard Schuré, c'est qu'il ne\ns'amollit jamais en sensualisme languide. Si la passion vibre ça et là\nd a n s s o n œuvre, c'est comme un de ces passages d'éclair qui, par les\nnuits chaudes, éblouissent un instant le regard sans obscurcir d'aucun\nnuage la limpidité du ciel étoilé. Sa conception de l'amour, même de\nl'amour-passion. est si haute qu'il ne s'en dégage nul trouble. Ses pages\nsur le breuvage d'amour et de mort (Tristan et Iseult) sont une des plus\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "                     MYSTIQUES CONTEMPORAINS                            71\n\n\nmerveilleuses analyses qui aient jamais exprimé par des mots ce qui.\nsuivant l'auteur, n'est possible que par le concours du drame et de la\nmusique, la « genèse même de l'amour ». Et cette analyse est pure\ncomme le plus pur cristal, car elle pénètre l'amour dans son essence et le\nconçoit dans son suprême accomplissement : la fusion absolue des âmes,\nla mort.\n   C'est souvent chose malaisée de juger nos contemporains. Un recul\nest nécessaire pour assigner à une œuvre ses véritables proportions.\nNous savons toutefois, dès aujourd'hui, que celle de M. Schuré, vaste et\nprofonde, occupera une place durable dans l'histoire intellectuelle du\nXIXe siècle. Il a. lui aussi, plongé dans la région des Mères, afin de\ncontempler les types primordiaux et de ramener des abîmes du passé\nl'immortelle Hélène, pour célébrer les noces mystiqucs de l'antique\nBeauté avec le Faust contemporain, chercheur d'idéal parmi le doute\net la douleur.\n\n                                                        GEORGES HÉRY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-018", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 75, "titre_corps": "Pages catholiques", "titre_sommaire": "Pages catholiques", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "PAGES CATHOLIQUES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1400, "texte": "PAGES CATHOLIQUES (1)\n\n\n\n\n               LES dernières œuvres d'Huysmans ont été accueil-\n                 lies avec une certaine méfiance dans les milieux\n                 catholiques : le langage, insolite pour la plupart,\n                 qu'elles parlent, le pittoresque et la familiarité\n                 de leurs images, la hardiesse de certaines confes-\n                 sions trop explicites étaient, sans contredit, pour\n                 effaroucher les âmes timorées qui, tout en recon-\n                  naissant la véritable effusion, la piété profonde,\nl'authentique conversion dont témoignaient ces livres, ne se\nhasardaient guère à en conseiller la lecture.\n   Mais, chose caractéristique, ces sentiments craintifs se firent\njour, moins dans les ordres monastiques, que dans le clergé\nséculier. Ce dernier, mêlé au monde, exposé à toutes les suspi-\ncions, à toutes les avanies que la robe sacerdotale suscite dans\nune société pétrie de tolérance maçonnique, redoute naturelle-\nment les initiatives périlleuses, devient prudent et timide, et, par\nle fait même, est peu enclin, en général, à faire paraître ces\ngénérosités et ces témérités de la foi, cette hauteur de vues que\nla vie conventuelle nourrit et développe.\n   L'admiration exclusive de Huysmans pour le moyen âge, non\n\n (1) J.-K. HUYSMANS, Pages catholiques, préface de M. l'abbé A. MUGNIER (Paris, P.-V. Stock).\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "                        PAGES CATHOLIQUES                           73.\n\n\n\n moins que l'écriture originale de ses ouvrages, suffisaient pour\n en écarter les Jésuites, fidèles à la tradition de la seconde Renais-\n sance, contemporaine de la fondation de leur institut, et tout\n férus de culture classique, comme aussi la majorité des prêtres,\n médiocrement soucieux de l'art dont, seuls, dans l'Eglise, quel-\n ques ordres, les Bénédictins, entre autres, ont continué à com-\n prendre le rôle et l'importance liturgiques.\n    Le moine, au reste, exerçant son ministère de contemplation\n et de prière dans la solitude et le silence, retiré des préoccupations\n éphémères des hommes, soustrait à l'atteinte de leurs sarcasmes,\n à la contagion de leurs opinions et, il faut le dire aussi, chargé\n d'une moins immédiate responsabilité sur la direction des fidèles,\n était plus capable de saisir l'essence de ces œuvres, de pénétrer\n dans l'âme d'un pénitent tel que Durtal, de suivre avec anxiété\n et sympathie les phases de son retour à la vérité, de compatir aux\n affres et aux transes qu'elle endure, — d'apercevoir, enfin, sous\n le verbe subtil et singulier de ces récits, leur poignante véracité,\n l'étonnante abnégation d'esprit et de vain orgueil dont ils\n débordent.\n    Sans même connaître les ouvrages antérieurs de Huysmans,\nsi passionnément personnels et qui constituent, en somme, une\nautobiographie incisive et lucide de sa pensée, il est manifeste\nque les péripéties de cette passion d'un converti : En Route, ne\nsont pas de celles que l'on invente. La révolution spirituelle\nnarrée par ce livre, les combats intimes et les rechutes de son\nhéros, ses tentations alourdies de remords, ses élans mystiques\nentrecoupés de langueurs et de distractions, toute cette peinture\nsi vive et si précise, sans déguisement ni exagération, des étapes\nparcourues par Durtal porte la mordante empreinte de la vie\nvécue et soufferte.\n    Et le style conservé d'A Rebours ou d'En Rade, avec ses adjec-\ntifs colorés, ses tours caustiques, les réflexions quelquefois\nétranges, les allures peu ordinaires de ce pénitent, n'était-ce\npoint là un gage de plus de la sincérité de l'artiste, cette sincé-\nrité qui, pour user d'une heureuse expression de M. l'abbé\nMugnier, « est la forme même de son talent » ?\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "                            DURENDAL\n74\n\n     Mais cela n'est plus en question, à présent, et la retraite de\nl'écrivain à Ligugé a dû convaincre les plus obstinés des incrê-\ndulés. Il reste, cependant, que cet En Route, si apte à éveiller'\nau scrupule et à l'angoisse religieuse des âmes jusque là égarées\ndans l'indifférence, ne convient, précisément à cause de la fran-\nchise humble de son perpétuel et implacable examen mental,\nqu'à une catégorie restreinte de lecteurs.\n     Mû par la pensée de donner accès à cette œuvre dans des\n milieux nouveaux, M. l'abbé Mugnier vient de publier, avec\n l'assentiment d'Huysmans, une excellente sélection, précédée\n d'une remarquable introduction, d'En Route et de la Cathédrale.\n C'est comme une nouvelle édition abrégée et dont on a élagué\n tout ce qui serait de nature à froisser quelque susceptibilité. En\n somme, le choix a été dirigé par l'intention de retracer toutes les\n périodes de la réconciliation de Durtal avec l'Eglise, mais en\n faisant la place très large aux savoureux chapitres consacrés à\n la liturgie et à la symbolique sous toutes leurs formes.\n     On trouvera dans ce recueil, à côté des pages capitales d'En\n  Route, de ce pénétrant récit du séjour à Notre-Dame de l'A'tre,\n  les principaux chapitres de la Cathédrale, le commentaire ingé-\n  nieux à la fois et savant, l'étude illuminée par le tendre et\n  reconnaissant amour de l'auteur pour Notre-Dame, de cette\n  prestigieuse basilique de Chartres.\n      Car il a analysé avec une patiente et subtile vénération la\n  structure, la décoration sculptée et peinte de cet édifice; a\n  déchiffré, un à un, les étonnants feuillets de cette Bible de\n  pierre, dont l'enseignement, compris sans peine par les foules du\n   moyen âge, est devenu hermétique pour les intelligences affran-\n   chies d'aujourd'hui.\n      L'artiste, chez Durtal, même au temps où il vivait, non peut-\n   être dans le scepticisme, mais dans l'insouciance, avait toujours\n   témoigné d'une extrême dilection pour le plain-chant, l'architec-\n   ture, la peinture et la sculpture gothiques, expressions d'un art\n   radieux et souple, extraordiriairerrient probe et personnel,\n    réaliste tout ensemble et hautement idéaliste et, par dessus tout,\n   d'une vivacité ingénue, sans habiletés et sans mensonges.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "                       PAGES CATHOLIQUES                         75\n\n   Mais tout le travail de cet âge, énorme et multiplié, dont les\nmonuments peuplent nos villes et nos musées, orienté tout entier\nvers un seul objet : la glorification du Christ, de la Vierge et des\ndogmes catholiques, pouvait-il avoir été accompli en vain? Des\nparoles, répétées par des générations de peuples, pendant des\nsiècles, seraient vides et mortes, ne recèleraient aucun sens récon-\nfortant, aucune vertu efficace? Toute une création d'œuvres scrip-\nturales et plastiques aurait surgi dans le monde moderne, conçues\navec une logique, une splendeur organique incomparables, et\nengendrées, cependant, par un leurre, par des croyances pure-\nment imaginaires et fabuleuses?\n   Cette question avec toutes ses conséquences avait hanté l'esprit\nblasé de Des Esseintes, désabusé de la vie et, plus encore, de lui-\nmême; mais il devrait être donné à Durtal, doué de la même\nâme anxieuse et irrésolue, de la même conscience désorbitée qui\nse cherche un équilibre, une raison stable d'exister, d'en trouver\nla solution.\n   Il la portait en son âme, cette solution obscure, trouble encore,\njetant des lueurs intermittentes; mais la grâce qui cheminait par\nla voie de ses prédilections devait achever de l'éclairer et l'aider\nà découvrir dans les objets de son admiration les signes magni-\nfiques et fugitifs de la vérité éternelle.\n                                               ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-019", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 81, "titre_corps": "Guido Gezelle", "titre_sommaire": "Guido Gezelle", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "Guido Gezelle", "ancre_fin": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "Guido Gezelle\n\n    Je ne le connus qu'au soir de sa vie, et me souviendrai de lui,\ntel que le sculpteur Lagae le fixa en un buste magistral, masque\nsocratien que le travail de la pensée et l'expérience de la vie sou-\n lignaient de souffrance, de quelqu'amertume, d'un peu de\n défiance peut-être.\n    Dans les relations quotidiennes, Gezelle ne dépassait guère la\nlimite des conversations banales; et rares furent ceux à qui il\ndécouvrit le tréfonds de son être, braises de sensibilité et d'en-\nthousiasme restées rouges et vivaces pourtant sous la cendre des\nannées; et à le voir ainsi et à l'entendre, craintif, réservé, pres-\nqu'ombrageux, il était malaisé, à ceux qui ne le connaissaient\npas, de s'imaginer que ce vieillard timide et taciturne fut, au\ntemps de sa jeunesse, un éducateur imcomparable, un merveil-\nleux éveilleur de personnalités, un éloquent semeur d'idées et\nde formes nouvelles; que non seulement il conquit toute une\ngénération à un idéal où les fortes traditions chrétiennes s'allient\nà un sens jaloux, particulariste et indépendant de la province\nnatale, mais que, pour l'expression de cet idéal, il ressuscita et\ncréa en partie une langue spéciale, si caractéristique et si savou-\nreuse; et qu'en un mot il fut, pensée et forme, le chef d'une école\nlittéraire.\n    Pour juger combien l'influence de Gezelle fut grande en\nWest-Flandre et combien elle demeure vivace, il faut avoir\npénétré dans l'intimité de quelques-uns de ses élèves et de ses\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "                          Gl'IDO GEZELLE                          77\n\n\n disciples, prêtres ou laïcs — tel par exemple Hugo Verriest,cet\n:exquis et vibrant tempérament d'artiste; écoutez leurs confi-\ndences : le souvenir des leçons de Gezelle parfume leur exis-\ntence; son nom leur rappelle ce moment inoubliable d'adoles-\n cense, où dans un geste de poète, il leur découvrit les horizons\n de la Beauté; leur intellectualité fut comme pétrie et façonnée\n sous la direction de ce maître qui leur infusa, non de froides et\n plastiques formules, mais de la vraie vie ardente et spontanée ;\n et surtout par lui, par son enseignement, par son dialecte, par ses\n poèmes, leur advint cet amour passionné, exclusif et farouche de\n leur Flandre et cette faculté distinctive et privilégiée de commu-\nnier, par toutes les forces vives de leur être, avec la nature qui\n les entoure et avec l'âme croyante, virile, brutale parfois des\n ancêtres.\n    Les philologues passent volontiers au crible d'une sévère éru-\n dition la linguistique particulière forgée par Gezelle; d'autre\npart, des critiques se sont demandés si pour la diffusion et la\npérennité des œuvres du poète, il n'eût point été préférable que\n celui-ci ancrât ses livres dans la pure langue néerlandaise d'un\nplus large rayonnement; ce sont là questions à discuter et à propos\n desquelles cette seule remarque s'impose : on ne peut point\n reprocher davantage à Gezelle d'écrire en west-flamand, qu'à\n Mistral d'écrire en provençal; l'une et l'autre restauration lin-\n guistique sont dans la logique même du but que les initiateurs\n s'étaient proposé; au surplus, la tentative de décentralisation lit-\n téraire, amorcée par Gezelle, il y a plus de vingt-cinq ans, ne\n reçoit-elle pas, à l'heure actuelle, une éclatante confirmation en\n France, où un mouvement général et analogue se produit, dont\n Maurice Barrès semble devoir prendre la direction, et dont les\n Déracinés formulent si éloquemment le programme?\n\n                                    *\n                                *       *\n\n  Quand on n'est point accoutumé à l'idiome west-flamand, la\npremière rencontre avec les œuvres de Guido Gezelle est assez\ningrate; mais cette difficulté initiale vaincue, quel panorama se\ndécouvre de large, profonde et originale poésie !\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "78                          DURENDAL\n\n\n    S'il est, dans le royaume de Dieu, un séjour particulier réservé\naux poètes, certes, au seuil de ce Paradis de l'art, l'âme de\nGezelle aura été accueillie, l'autre jour, par les âmes fraternelles\nde Lamartine et de Paul Verlaine.\n   Car, pour celui qui veut faire de la féconde critique compara-\ntive, ces deux noms — Lamartine, Verlaine — s'évoquent d'eux-\nmêmes, spontanément et successivement, à la lecture des poèmes\ndu maître flamand ; et selon que Gezelle interprète la nature ou\nglorifie la religion, ce sont les enchantements des Méditations\net des Harmonies que nous revivons dans un cadre proche et\nconnu, ou ce sont les émotions intimes de Bonheur et de Sagesse!\n    Et ainsi, par de là le temps et les distances, malgré des péripé-\nties d'existences différentes jusqu'au contraste, gravitent, dans\nl'orbite d'un même génie, le grand et somptueux seigneur de\n Lettres que fut Lamartine, la pauvre loque de misère, de péché\n et de repentir que fut Verlaine, — et le pauvre prêtre de Flandre\n dont la vie toute entière, après quelques années de combativité\n exubérante, fut asservie aux obscurs mais glorieux devoirs d'une\n desservance d'église !\n    Je l'écris avec une conviction entière : il faut remonter à\n Lamartine pour avoir un point de rapprochement avec Gezelle\n et trouver un poète qui ait proféré une vision de la nature d'une\n aussi belle simplicité de lignes et d'une aussi grande intensité de\n sentiments.\n    L'incomparable peintre! — et comme il a su saisir et réverbé-\n rer ces campagnes de la West-Flandre que son pas rêveur par-\n courut en tous sens et qui, dès l'enfance, étaient entrés dans ses\n yeux et dans son âme; et cette terre natale si passionnément aimée,\n comme son vers à la fois harmonieux et énergique, riche et sobre,\n grave et joyeux l'enveloppe, la baigne, l'idéalise et la suit amou-\n reusement dans ses transfigurations périodiques — reflétant avec\n une maîtrise égale les verts tendres des printemps, les ors clairs\n des étés, la pourpre des automnes et les blancheurs des hivers !\n     Et quel incomparable interprète aussi, j'allais dire quel incom-\n parable confesseur ! En récompense de sa tendresse filiale, la\n nature livra à Gezelle ses mystères souverains, et le poète entendit\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "                            GUIDO   GEZELLE                          79\n\n\n  des voix que seul entendit avant lui — avec une puissance\n  pareille— Lamartine... Oui, encore une fois, il faut songer au\n  chantre du Vallon, de la Prière, de la Foi et de tant de cantiques\n  immortels au Créateur, pour reconquérir un commentaire aussi\n  émouvant et aussi grandiose de la création : c'est réellement,\n  sous le verbe enflammé du poète, le rideau de la nature qui se\n  lève — et Dieu qui apparaît dans son œuvre.\n     A cet égard, Guido Gezelle — comme Lamartine — fut un\n  grand apologiste — de cette apologétique du sentiment qui vaut\n  peut-être bien l'autre.\n     A côté de cette partie, la plus puissante, de l'oeuvre de Gezelle\n  et où il apparaît comme un grand « naturiste » lyrique, il en est\n une autre plus intime, plus personnelle, plus directement sincère\n et peut-être plus originale, et par laquelle Gezelle s'affirme comme\n un des rares poètes religieux qui puissent prétendre à vivre dans\n le souvenir des hommes.\n     La poésie religieuse ! — temple redoutable d'inspiration simple\n à la fois et sublime, et qui ne s'entr'ouvre plus, depuis les chantres\n inspirés des Hymmes, que d'intervalles, de génération en géné-\n ration, à quelqu'être de choix, ayant gardé à travers les vicissi-\n tudes déflorantes de la vie, sa blanche candeur d'âme — tel\n Gezelle — ou l'ayant retrouvée dans les feux purifiants du\n repentir — tel Verlaine. .\n    Si j'ajoute à leurs noms (avec le souci du reste des distances\nhiérarchiques) le nom de notre cher ami disparu, Jean Casier, dont\nla noble virginité d'âme se réverbéra trop rarement en une forme\nréellement artistique, je ne sais parmi toute la littérature mo-\nderne que Verlaine et Gezelle qui aient pu capturer dans un\nrythme, un vers et un verbe adéquats l'immatérielle essence du\nsentiment religieux; seuls, ils surent être des poètes qui prient,\net la claire et pure simplicité de l'acte de foi et de l'acte de charité\nque de préférence récite Gezelle, comme aussi de l'acte de\ncontrition et de l'acte d'espérance que sanglote surtout Verlaine,\nn'est jamais obscurcie par les brumes du rêve ou les prestiges\ntrop ardents de l'imagination.\n    Que si l'on veut juger de la supériorité absolue de Verlaine et\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "80                           DURENDAL\n\n\n\nde Gezelle sur tous les autres poètes prétendument religieux, il\nsuffit de lire à côté des admirables prières éparses dans Kerkhof-\nbloemen ou dans le Tijdkrans telles autres variations mystiques,\nlussent-elles prises dans Bilderdyck, comme il suffit de placer en\nparallèle des émouvantes plaintes de Sagesse les périphrases\népoumonnantes d'un Louis Racine — si ce n'est trop demander —\nou les divagations ampoulées et nébuleuses d'un Jean-Baptiste\nRousseau ou autres Le Franc de Pompignan.\n   ;\n     Les dénigreurs de notre temps en doivent prendre leur parti :\nce sera l'honneur du XIXe siècle devant la postérité, et devant\n Dieu, le rachat de bien des erreurs, d'avoir retrouvé cette veine\n cristalline de la poésie religieuse, perdue depuis le Grand Hym-\n naire — et que la vraie tradition mystique rompue ait été renouée\n par deux hommes aux vies les plus dissemblables mais au\n génie égal : en France, par un lamentable vagabond de lettres\n que la vie et ses pires péripéties meurtrirent et rédimèrent; en\n Flandre, par un vieux prêtre blanchi et voûté sous le harnais du\n service de Dieu.\n\n\n\n   Les funérailles de Gezelle, à Bruges, furent pompeuses, —\n escortées de troupes, chamarées d'uniformes officiels, enruban-\n nées d'un éloge funèbre qui est du reste une belle page littéraire,\n honorées même du deuil des réverbères!\n   Si du haut du ciel, le poète a pu s'accouder un instant vers ce\n cortège triomphal, j'imagine qu'un sourire a dû effleurer son\n beau et noble visage de rêve et de souffrance...\n   Sourire d'étonnement et de raillerie un peu : tant de recon-\n naissance, après tant de méconnaissance !\n   Car à la gloire de l'artiste souverain que fut Gezelle, ce signe\n dernier de prédestination n'aura pas fait défaut : longuement et\n largement, il but à la coupe de la persécution ouverte ou sour-\n noise; poète il subit, et prêtre il accepta les multiples petites sus-\n picions et les mille et une petites vilenies dont la Médiocrité\n a coutume de saluer le Génie !\n    Ah! pour maître Guido Gezelle, j'eusse voulu d'autres funé-\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1068, "texte": "                         GUIDO GEZELLE                             8l\n\n\n\nrailles : que parmi les diaphanéités d'opale d'un matin d'hiver,\nil eût quitté, sur les épaules de quatre robustes campagnards fla-\nmands, sa modeste petite maison courtraisienne, abritée à l'ombre\ndes tours historiques du Broel et d'où ses plus beaux rêves pri-\nrent leur envol; et que, l'office religieux fini, et suivi des quel-\nques rares amis qui ont été réellement secourables à son génie et\nà sa mélancolie, et de quelques pauvres vieilles en mantes à capu-\nchon, ses pénitentes de prédilection, il se fût acheminé là-haut vers\nla colline qui domine toute la vallée de la Lys; Hugo Verriest,\nson fils par l'art, et son frère par le sacerdoce, eût sangloté sur la\ntombe les suprêmes prières liturgiques — et Guido Gezelle atten-\ndrait le grand réveil, couché près du cœur même de la Mère\nFlandre et la tête tournée vers ces champs tragiques de Groenin-\ngue, d'où vinrent à son œuvre sa force, sa tendresse et son immor-\ntalité.\n                                        FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-020", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 82, "page_fin": 90, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "X", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "LES LIVRES\n\n\n\nLA POÉSIE :\nE n a i m a n t , poèmes, par LÉON WAUTHY (Charleroi).\n   Quelques banales variations sur les thèmes éternels du plaisir de\nl'amour, suivi de l'inévitable dégoût après la séparation : des strophes\nsensuelles que n'excuse pas même la beauté de la forme ; de temps à\nautre un vers passable s'il était vraiment original; tels sont ces poèmes\nqui s'en iront rejoindre, si ce n'est fait déjà, la multitude de plaquettes\nanalogues dans le profond oubli des nécropoles littéraires. De plus,\ndéfaut que nous ne pouvons passer sous silence, des incorrections gram-\nmaticales impardonnables. Que diable, messieurs les versificateurs,\napprenez donc votre langue avant d'écrire; donnez au moins à vos\npoèmes, à défaut d'autres qualités, celle de la correction !\n\nS o n n e t s é v a n g é l i q u e s , par E D . HENVAUX (Bruxelles, O. SCHEPENS).\n  Nous avons vainement cherché, dans ce recueil, l'impression pro-\nfonde que doit dégager l'Art religieux véritable. Par instants, néanmoins,\nla foi sincère de l'auteur communique quelque chaleur à sa poésie.\nSans doute, l'intention du poète doit être louée, mais en considération\nmême de la grandeur du sujet, on ne peut lui pardonner l'imperfection\nde la forme.\n                                                             CH. DE S.\n\n LE ROMAN :\nLa Loi de péché, par Louis DELATTRE (Edition du Mercure de France).\n  M. Louis Delattre est un de nos bons conteurs belges d'expression fran-\nçaise ; il sait joindre la saveur originale du terroir à de fines et nuancées\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "                                 LES LIVRES                                    83\n\n\ndélicatesses d'observation; c'est un réaliste que l'extérieur des choses\nn'absorbe point et qui sait être un psychologue des rêves intimes et rares\nde l'être humain.\n   La Loi de péché — son dernier volume — s'intitulerait mieux la « loi\nd'amour », histoire à la trame presque banale de deux êtres que l'adoles-\ncente poussée de sensibilité fait marcher côte à côte, sur le chemin dû\ndésir, et qui se séparent sur u n malentendu de cœur.\n   Le quelconque de cette aventure « cousinière » est sauvé par de la\ngrâce, de la poésie, de la fraîcheur et toute l'attachante et exquise beauté\nd'un style où chante une âme émue et frissonnante d'artiste.\n\nL'Irrémissible, par E D . MARTIN-VIDEAU (Paris, PLON).\n  Adultère, inceste, suicide : toute la banale et écœurante lyre. Vieux\njeu, vieux style. Livre malsain — et ennuyeux.\n\nF e m m e s n o u v e l l e s , par PAUL et VICTOR MARGUERITE (Paris, PLON).\n   Le roman du féminisme — plaidoyer chaleureux, un peu trop encom-\nbré d'argumentation, mais souligné et éclairé par une série « d'exemples »,\nles uns fortement burinés, les autres gracieusement esquissés, tous très\nnouvellement présentés.\n   En somme, une réincarnation intéressante et souvent puissante d'une\nthèse rendue suspecte par des minauderies de bas-bleus et des indigna-\ntions de Clergyman !\nAmours rustiques,         par   HUBERT    KRAINS   (Edition   du Mer cure de\n France).\n  Voici une œuvre bien originale et un écrivain qui ne doit rien à per-\nsonne! Les Amours rustiques de M. Krains, qui ont pour encadrement des\npaysages wallons fortement et largement dessinés, sont à la fois une œuvre\nde plasticité et une œuvre d'émotion ; la tendresse y corrige le réalisme:\nla pitié y atténue l'ironie; la délicatesse voile la brutalité, et de cet\nensemble complexe et nuancé se dégage une vision de l'âme campa-\ngnarde que l'on souhaite très juste parce qu'elle est souverainement\nsympathique.\nLa P a i x u n i v e r s e l l e , par Louis COUPERUS (Paris, PLON).\n   Nous avons dit jadis tout le bien que nous pensions de Majesté, dont\nla Paix universelle forme la suite.\n   Ce second livre du romancier hollandais semble bien (quoique l'auteur\ns'en défende) la satire anticipée du Congrès de La Haye; si Nicolas II\ndaignait le lire, peut-être regretterait-il un peu sa noble et vaine initiative\ndont la réussite eut pu lui attirer tous les déboires et toutes les catastrophes\nqui s'abattent sur Othomar.\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "84                              DURENDAL\n\n\n\n  Comme Majesté, Paix universelle renferme des tableaux d'une beauté\nélevée et tragique ; d'autre part, les intrigues diplomatiques qui enguir-\nlandent les événements sont analysés avec une fine et amusante ironie ;\nmais Couperus ne s'est point dégagé encore de ces sortes de déséquilibres\nde composition qui déjà encombraient l'action et entravaient l'intérêt de\nMajesté: l'auteur, les éléments de son sujet réunis, semble ne pouvoir se\nrésoudre aux élagages nécessaires.\n\nLe peintre Gabriel, par A. DE POISEUX (Bruxelles, SCHEPENS).\n   Comme dans Monsieur Perrichon du bon père Labiche, le peintre\nGabriel part pour la Suisse, et, simple coïncidence, Cécile de Warmelle\nprend le même train et la même destination. Béni soit le hasard qui leur\nfournit une rencontre ! Fatalement une rivale intervient ! Et en avant la\n« lutte psychologique » ! Cécile ou Nelly, les paris sont ouverts ! Et voici\nune troisième laronne, la Mystique, représentée par une vieille sorcière :\nGabriel se fait moine. Rideau.\n   Ce livre vaut mieux pourtant que sa très banale intrigue; et il est\nvraiment criminel que M. de Poiseux ait accroché à une si négligeable\npatère tant de vues personnelles, sobrement et fortement esquissées, sur\nl'art en Italie, sur la vie romaine et sur certains coins privilégiés de\nSuisse.\n   M. de Poiseux n'est point né pour le roman, mais il écrira, quand cela\nlui plaira, un livre d'art d'un très vivant impressionnisme.\n\nL'Aiguille d'or, par J.-H. Rosny (Paris, COLIN).\n   Je crains bien que l'Aiguille d'or n'apparaisse, à ceux qui ont lu les\nsuperbes livres antérieurs des Rosny, d'une si profonde, si large et si\ninquiétante humanité, comme une œuvre hâtive, baclée, sacrifiant à la\nfringale du tirage nombreux et rapide.\n   L''Aiguille d'or me semble bien appartenir au genre feuilleton scienti-\nfique et être comme une sorte de Télémaque pour Transvaaliens, qui\naurait toutes les puérilités de « l'autre » sans avoir l'excuse de servir de\nmanuel d'éducation à quelque dauphin du président Krüger.\n   Pour la gloire et l'honneur de ces deux maîtres écrivains, il est temps\nqu'ils reviennent à des œuvres plus difficiles.\n                                                                 F. V.\n\nJ.-H. ROSNY. Le R o m a n d'un Cycliste (Paris, librairie PLON).\n   Au lieu du titre synthétisant l'action elle-même en un mot, ou appli-\nquant au héros le qualificatif qui, d'avance, le classe dans l'esprit du\nlecteur parmi les êtres devinés dès lors, voici cette épithète : « Cycliste ! -»\nsur la couverture d'un livre signé J.-H. Rosny. S'il y a surprise, elle ne.\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "                                     LES LIVRES                                        85\n\n\nsera pas longue. Comme ses devanciers, ce roman perpétue les mêmes\nmorale et expression des écrivains. Peut-être se sont-ils surpassés.\nL'histoire est une histoire d'amour. Que Philippe Granvyl hésite d'abord\nentre le frais et clair paysage que suscite Mlle d'Hauteroche et la splen-\ndeur profonde, comme l'abîme constellé des nuits, émanant de Noëlle,\npour jeter enfin à celle-ci son âme passionnée, — c'est là seulement le\nrécit. Les psychologues actuels sont aptes aux développements céré-\n braux des attitudes, à l'ordonnance logique des faits. J.-H. Rosny ne\nleur envie rien. Mais que le drame s'élargisse avec le cri même de\nl'humanité, que la terre vive la vie millénaire scrutée dans les gouffres\ndu Passé, que le poème embrasse les gestes des peuples, ressuscite les\ncommencements, enchaîne aux premiers types de l'espèce l'homme\nd'aujourd'hui, l'enchaîne aux mêmes actes simples, dont l'apparence\n seule a changé, — ceci c'est Rosny (1). Et le lyrisme, d'une richesse\n d'images et de couleurs aveuglantes, c'est aussi Rosny.\n    Le Roman d'un « Cycliste » ! Le titre, cette fois encore, est le miroir\ndu livre. Les crises de l'esprit, les affres du cœur, tenaillent, sous le\nplastron de sa chemise, sous l'ordonnance de sa chevelure, Philippe\nGranvyl ; mais, sur la machine d'acier, au travers du soir, au bord du\nprécipice, dans la course, libre, folle, tragique à l'égal de sa conscience,\nil se retrouve en regard des primitifs. L'être physique s'évade de la\ncontrainte, et le corps se dégage des entraves pour ne plus tressaillir\nque de la vie des muscles, du sang,— volonté se réalisant dans l'action —\nau milieu des existences sur la terre, en le sol, dans le ciel, au-delà des\nconfins du visible.\n   Il y a, près du héros et de l'héroïne, d'autres personnages. Tous sont\nsentis avec leurs nuances mentales, vus dans leurs extériorités, et restent\nen nous avec la certitude de les rencontrer ou de les avoir rencontrés\ndéjà, et un coin merveilleux de France est fixé dans les sites qui les\nentourent.\n.. Des artistes, parmi les tout premiers, se manifestent complètement\ndans ce livre, et ce livre est chaste. Ainsi beaucoup pourront reconnaître\nla saveur du fruit que je leur vante !\n                                                                  G. V.\n\nLA CRITIQUE :\nLe T h é â t r e et l'Éloquence, par FERDINAND LOISE (Bruxelles, CASTAIGNE,)..\n  Ce volume fait suite aux autres ouvrages de M. Ferdinand Loise,\n\n\n  (1) On sait que leur conception scientifique de la vie se rattache au système de Darwin.\nSpécification nécessaire ici, dans une revue catholique.\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "86                             DURENDAL\n\n\ndestinés à renouveler ces vieilles choses routinières, démodées, dépour-\nvues de critique et d'éclectisme que furent les Anthologies à l'usage de\nl'enseignement moyen.\n   On doit savoir gré à M. Ferdinand Loise de s'être attelé avec une belle\nvaillance à cette nécessaire et ingrate besogne, et une fois de plus, son\nnouveau volume parcouru, il faut le féliciter d'enthousiasme.\n    Car le choix d'extraits fait, par le judicieux auteur, dans l'Éloquence au\nXIXe siècle, forme un tout très harmonique et très complet : de Monta-\nlembert à Charles Woeste, l'élève aura sous les yeux des fragments de\n discours qui l'initieront d'une façon vivante à la transformation de l'art\n oratoire de notre temps.\n    Peut-être la partie consacrée au théâtre est-elle moins exemplaire et\n moins bien présentée : les maîtres du genre, certes, y ont leur place,\n j'entends les maîtres devenus classiques : Hugo, Augier, Dumas!...\n    Mais sont-ils vraiment tout l'art théâtral moderner ? Et Becque, et\n Lavedan, et Sardou et Meilhac, et surtout le délicieux et exquis et délicat\n Musset !\n    Ah ! cette fois voilà une lacune, mettons une distraction, que ne peuvent\n pardonner à M. Loise ceux qui ont lu ces choses impertinentes et émou-\n vantes qui s'appellent les Marrons du Feu, Il ne faut jurer de rien, A quoi\n rêvent les jeunes filles.\n     Je ne vois aucun inconvénient à ce que M. Loise donne le père Van\n  Tricht comme un « modèle » d'éloquence, mais à condition que dans\n  une prochaine édition, il veuille bien admettre Alfred de Musset comme\n  un « modèle » d'art dramatique.\n\n Louis Veuillot, par EUGÈNE VEUILLOT (Paris, VICTOR RETAUX).\n     En ce premier volume de la vie de Louis Veuillot, qui comprend\n l'enfance, la jeunesse, la conversion et les débuts de presse du puissant\n polémiste, M. Eugène Veuillot relate, avec une méritoire et un peu\n minutieuse exactitude, les péripéties successives d'existence de son\n glorieux frère; nul n'était plus préparé et mieux documenté pour pareille\n tâche; aussi aucun détail n'est-il omis, aucune circonstance n'est-elle\n négligée, aucun événement si minime soit-il n'est passé sous silence.\n  C'est de l'histoire, encombrée d'anecdotes.\n     Le livre de M. Eugène Veuillot deviendra plus intéressant, quand\n  l'auteur abordera la partie active et culminante de la carrière du rédac-\n  teur en chef de l'Univers. Mais à en juger par certaines attitudes prises\n  dès ce premier volume et certaines interprétations inscrites au bas\n  des événements, on peut prévoir que l'ouvrage de M. Eugène Veuillot\n  sera plus un « hommage au grand frère » qu'une œuvre d'impartiale et\n  indépendante critique : dès aujourd'hui, il n'y en a plus que pour Louis\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "                                  LES LIVRES                                   87\n\nVeuillot dans l'histoire du catholicisme en France pendant la première\nmoitié de ce siècle, et quand on entend M. Eugène Veuillot commémorer\nles luttes en faveur de la liberté d'enseignement, par exemple, on finirait\np a r c r o i r e que cette inoubliable initiative ne fut due en rien, ni à la\ndivination d'un Lamenais, ni à l'éloquence d'un Montalembert et d'un\nLacordaire.\n   Le prestige de Louis Veuillot devant la postérité est assez grand par\nlui-même: il n'y faut point ajouter des rayons dérobés à la gloire de ses\némules.\n   Chez M. Eugène Veuillot. l'amour fraternel vaut mieux que le sens\ncritique.\n\nL'Élite, par GEORGES RODENBACH (Paris, CHARPENTIER).\n    Ce livre peut être considéré comme le testament artistique du délicat\net pensif poète de Bruges-la-Morte. Et il y a quelque chose de touchant\ndans cet hommage d'outre-tombe à ceux qui, aux heures de jeunesse\ncomme aux heures de maturité, furent, par leurs œuvres ou par leur\namitié, les plus proches de l'imagination et de la sensibilité du cher\nécrivain disparu : Baudelaire, Villiers, Verlaine, les Goncourt Rosny, e t c . .\n   La révélation posthume d'un Rodenbach, critique — et critique péné-\ntrant et tout vibrant d'impressionnisme, rend plus douloureuse la dispa-\nrition prématurée de ce beau, complet et original talent.\n\nPAUL BOURGET     : Œ u v r e s c o m p l è t e s . —(Critique), 1er volume (Paris,\n   librairie PLON. 1899).\n    L'éditeur Plon entreprend une réédition des œuvres complètes de Paul\n Bourget; le premier volume, qui vient de paraître, comprend les Essais\n de psychologie contemporaine.\n    M. Bourget, on se le rappelle, réunit jadis sous ce titre une série d'études\n sur les plus importants écrivains français contemporains ; et c'étaient non\n seulement de sagaces et fouillées analyses de leurs œuvres, mais aussi,\n à-propos de ces œuvres, des hitoriques intéressants et parfois éloquents\n des courants littéraires dont les maîtres choisis par Bourget furent les\n initiateurs : c'est ainsi que l'école réaliste est jugée à propos de Flaubert\n et que les pages — les admirables pages — consacrées à Leconte de Lisle\n commentent adéquatement la poétique de l'école Parnassienne.\n   Naturellement et par ce motif que l'on fait bien surtout ce que l'on aime\n'de faire, les parties les meilleures de l'œuvre critique de M. Bourget sont\n celles où il scrute l'œuvre, examine les tendances, dissèque la méthode\n'des personnalités qui eurent barre sur sa propre pensée ou déterminèrent\n de leurs influences l'orientation de son esprit : à cet égard, le chapitre\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "88                                  DURENDAL\n\n\nconsacré à Baudelaire et celui dédié à Renan sont des fragments criti-\nques de premier ordre.\n                                                             F. V,\nUNIVERSITÉ DE LOUVAIN. B i b l i o g r a p h i e ,   1834-1900 (Louvain, CH. P E E -\n  TERS).\n\n   Par deux fois déjà, en 1880 et en 1887, notre Alma Mater s'est plu à\ndresser le bilan de ses travaux relevant de la bibliographie. Combien la\nproduction scientifique y a été féconde durant ces quinze dernières\nannées, on peut le calculer rien qu'au chiffre des pages, qui a crû d'une\nbonne centaine dans ce nouveau volume, bien que d'une impression plus\ncompacte, et il était superflu de le grossir encore en y cataloguant des\ninstruments de physique et de chirurgie, une série de constructions\ngothiques, voire même un pont, qui doivent se sentir fort dépaysés dans\nce déballage de livres.\n   On n'y cherchera pas toutefois un simple catalogue à l'usage des\nlibraires et des bibliothécaires. C'est une contribution intéressante à\nl'histoire littéraire de notre temps, qui fait honneur au pays autant qu'à\nla cause que l'Université représente. Sans doute, il y a un triage à faire.\nUne bibliographie digne de ce nom ne nous fait grâce d'aucune réédition\nou traduction d'un même ouvrage, non plus que des réimpressions d'ou-\nvrages étrangers ou plus anciens qui n'ont coûté d'autre peine le plus\nsouvent qu'une revision d'épreuves. L'historien littéraire se gardera\nd'assimiler à celles-ci la publication de textes inédits qui ont demandé\ndes recherches pénibles dans les dépôts de MSS de l'étranger et exigé le\nconcours de toutes les ressources de la critique et de la paléographie.\n   Déduction faite de ce poids mort, il reste un ensemble de productions\noriginales qui, en l'absence d'un classement systématique, présentent ici\nl'aspect d'une macédoine littéraire. Car il y a de tout dans cette littérature\nprofessorale : j'y ai découvert, entre autres, une comédie (Schollaert), un\ndrame (chevalier Descamps), des sonnets (M. Ponthière), sans parler des\nvers latins, qui restent davantage dans le ton de la maison.\n    En regard de ces délassements intellectuels, vient se ranger une pha-\nlange compacte de traités didactiques et méthodiques de omni re scibili.\nI1 y en a pour toutes les branches du savoir humain et divin, et un collec-\ntionneur pourrait aisément se monter une encyclopédie à peu près com-\nplète rien qu'avec les manuels de Louvain.\n    Après la science faite, dont ces manuels font la synthèse, il y a la science\nà faire, représentée ici par la masse des travaux spéciaux d'analyse et de\nrecherches, qui sont disséminés clans une multitude de recueils pério-\ndiques. La Bibliographie ne renseigne pas moins d'une trentaine de\nrecueils spéciaux ayant paru ou paraissant sous les auspices de l'Univer-\n sité.\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": "                               LES LIVRES                                 89\n\n\n   Mais c'est surtout aux Académies qu'est réservée l'élaboration lente et\nprogressive de la science. Leur rôle ne se borne pas à accroître de\nquelques volumes par an l'encombrement de nos bibliothèques. Mais\nc'est à elles qu'il appartient de provoquer les découvertes, de les con-\ntrôler, de les répandre dans le monde savant, de susciter les discussions\nfécondes et de présider ainsi à l'accroissement de notre patrimoine\nscientifique. Et elles sont excellemment placées pour cela. La faveur des\npouvoirs publics dont elles jouissent, les fondations et les subsides qui\nalimentent leur budget, la faculté qu'elles ont de se recruter dans tout le\npays, leur permettent de concentrer en un faisceau la grosse part de la\nproduction scientifique. A cette élaboration collective, l'Université\ncontribue largement, comme on peut le constater par un simple relevé\ndes travaux de ses membres couronnés par les Académies ou publiés\ndans leurs recueils.\n   Ce répertoire a encore d'autres aspects intéressants. On y constatera\nque l'Université n'a pas failli à la mission apologétique qui lui incombe.\nCar si sa création est un hommage rendu à la science par la religion, la\nreligion, à son tour, attend d'elle qu'elle ne soit pas laissée sans défense\nen présence des attaques incessantes auxquelles elle est en butte de la\npart d'une science fausse ou incomplète. Sur le terrain théologique, il a\nfallu tenir tête au rationalisme régnant et maintenir haut et ferme le\nprincipe du surnaturel, qu'il se soit agi de la divinité du Christ, du carac-\ntère inspiré des Livres-Saints ou de la stigmatisée du Bois-d'Haine. Sur\nle terrain philosophique, il s'agissait de rencontrer les négations auda-\ncieuses du panthéisme, du matérialisme, du positivisme. Sur le terrain de\nl'histoire, il n'y avait pas moins à faire pour la débarrasser d'une masse\nde calomnies ou de préjugés en circulation contre le clergé, la papauté\nou l'Eglise. Dans cette littérature apologétique, bornons-nous à relever\nune œuvre dont le titre seul était déjà tout un programme : Les dogmes\ncatholiques exposés, prouvés et vengés, que faisait paraître, en 1855,\nJ.-N. Laforêt, le second recteur de l'Université. Cet ouvrage considérable,\nen quatre volumes, a vieilli sans doute après un demi-siècle, qui a vu se\ndéplacer le terrain de la lutte. Mais il venait à son heure et fit alors une\nlégitime sensation.\n   Après ces controverses du dehors, non moins intéressantes pour l'his-\ntorien sont celles du dedans, en matière philosophique surtout. Car, avant\nd'avoir trouvé une philosophie de tout repos, les fondateurs de cet ensei-\ngnement ont dû chercher leur voie, au milieu des écoles et des théories\ncontradictoires qui pullulaient dans la première moitié de ce siècle. Ça\nn'a pas été sans tâtonnements, ni tiraillements, qui ont mis aux prises une\nfoule de bons esprits et provoqué l'éclosion de nombreux livres, articles\nou brochures sur ce qui s'appelait alors la question de Louvain, contro-\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1012, "texte": "                               DURENDAL\n90\n\nverses d'autant plus importantes qu'elles eurent leur répercussion dans\ntout le monde religieux, au sein même des congrégations romaines et\njusqu'au seuil du Concile du Vatican.\n   Nous n'achèverons pas cette énumcration qui suffit à montrer de quel\nintérêt serait une histoire littéraire complète de l'Université de Louvain.\nC'est déjà quelque chose que d'en avoir recueilli les premiers matériaux,\nqui se présentent ici à l'état brut et qui sont à l'histoire à faire ce que\nsont les plantes desséchées d'un herbier à la vie et au coloris des florai-\nsons d'été. Pour mettre ces matériaux en œuvre, pas n'est besoin de génie;\nmais ce qu'il y faudrait, c'est l'application tenace d'un Foppens ou d'un\n Paquot, l'esprit d'abnégation que suppose toute entreprise de longue\nhaleine et, par dessus, cet amour de son sujet, le con amore des artistes,\n qui seul peut enfanter des ouvrages durables.\n                                                                      X...\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1900-01-n1-021", "volume": "ELB-AML-484382-1900-000-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1900-000-007_f.pdf", "ocr_sha256": "6d51eda7889823dc8783e1c47efccee3ff9704cb510977017d0a31419c607468", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 96, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "Notules", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "par le Musée de Gand", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "NOTULES\n\n\n\n   M. Léon Deschamps, qui créa et dirigea la revue La Plume, vient de\nmourir à Paris, âgé de 36 ans. Il était plutôt manager qu'écrivain. Ce fut\nlui qui eut l'idée de dîners mensuels présidés, à tour de rôle, par quelque\nnotabilité du monde des arts ou des lettres, et aussi des réunions hebdo-\nmadaires tenues dans quelque cave du Quartier Latin (ce fut longtemps\nau Soleil d'Or, au coin du Quai Saint-Michel), où s'affirmèrent maints\npoètes, prosateurs, chansonniers et humoristes, devenus depuis lors\nfameux.\n   «Il fallait voir, écrit M. H. Carton de Wiartdans une étude sur la Basoche\nde Paris, publiée en 1893 par le Palais, il fallait voir, aux soirs des réu-\nnions plénières de la Plume, cette cave du Soleil d'Or, — si basse qu'on\nn'y pouvait manger que des soles, disait le chansonnier Trimouillat — et\noù s'écrasait en haut et en large la plus invraisemblable collection\nd'esthètes et de bas bleus qu'on pût rêver. Quelques vrais et sincères\nartistes, — quelques-uns déjà célèbres. Mais combien d'indécrottables\nratés, d'éternels débutants, bavant sur tous les succès, réduits à exploiter\ndes effets de cravate et de vocabulaire pour s'épater eux-mêmes, donnant\nà l'observateur l'impression d'une cohue de vibrions s'agitant dans la\nfiente, essayant de sortir de là leurs petits tentacules pour les dresser\nplus haut que les tentacules des voisins. Oh ! l'admirable bouillon de cul-\nture intensive pour tous les microbes de l'envie et de la médiocrité !...\n   » Toute cette jeunesse littéraire se distingue surtout par l'individua-\nlisme et l'intolérance. Etat moral : Un je m'en fichisme absolu, déguisé\nparfois sous des affectations de spiritualisme; l'originalité sans les condi-\ntions de patience et de travail qui la fécondent. D'ailleurs, malgré une\n diversité de tendances indéfinie, plus de tension nerveuse que de tension\n intellectuelle, plus d'esprit assimilateur que de force productive. Le sys-\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "92                              DURENDAL\n\n\n\ntème sensitif apparaît multiple et délicat, la faculté d'exprimer de menues\nsouffrances, des blessures d'amour-propre, des corruptions intimes, des\nlassitudes extrêmes, est développée à un degré qu'elle n'atteignit à aucune\nautre époque. « Mais, ainsi que le dit Rosny, le vocabulaire est incertain\n» et mal digéré, les idées plates, les parties peu nobles et peu profondes du\n» cerveau mises en jeu plutôt que les autres; l'intelligence est pour ainsi\n« dire une intelligence de cervelet et de moelle épinière. les notions de\n » durée, inséparables de la création de grandes choses, sont fugitives et\n » rares. »\n    M. Léon Deschamps avait très bien compris l'art de grouper tous ces\n éléments et de les utiliser pour l'alimentation d'une revue dont il était le\nmaître absolu et qui faillit un instant occuper la place conquise depuis par\n le Mercure de France. Auteur lui-même de deux romans rustiques, «épuisés»\n et oubliés, il s'était ensuite fait éditeur, avait ouvert, en des expositions\n presque incessantes, une galerie changeante de tableaux curieux et d'es-\n tampes diverses. Sa mort imprévue est plus qu'un fait-divers, c'est\n presque une époque qui disparaît.\n\n\n\n    A l'Académie française. — Le dernier jeudi de 1899, M. Henri Lavedan,\n auteur du Nouveau Jeu, du Vieux Marcheur et autres «rosseries» spirituelles,\n a pris séance sous la coupole Mazarin. Le vénérable M. Thureau-Dangin\n s'était dérobé à l'obligation, que lui imposait le sort, de répondre au réci-\n piendaire. 11 invoqua, comme excuse, son ignorance absolue des œuvres\n de M. Henri Lavedan et des œuvres de Meilhac, dont il s'agissait de faire\n l'éloge. Le marquis Costa de Beauregard, l'auteur de plusieurs beaux et\n bons livres, parmi lesquels un presque chef-d'œuvre : Un homme d'autre-\nfois, se résigna à la corvée non sans l'arrière-pensée de profiter de cette\n occasion pour dire son fait à toute cette littératurctte singulièrement fai-\n sandée, puant la poudre de riz, la sanie et l'éther, dont M. Lavedan, après\n Meilhac, tient aujourd'hui boutique ouverte. Ce fut, entre le tenant du\n vieux jeu et le parangon du Nouveau Jeu, une passe d'armes très curieuse\n et il ne nous paraît pas, quoi qu'en disent les journaux boulevardiers, que\n tous les rieurs aient été du côté de M. Lavedan. Celui-ci a troussé,, il est\n vrai, quelques jolis couplets. D'abord sur son prédécesseur :\n    « Bien qu'il se soit écoulé déjà plus de deux ans que vous l'avez perdu,\n vous avez toujours présente à l'esprit son image. Vous n'avez pas oublié\n l'aspect extérieur de l'homme, sa forte taille, le poids de sa lente démarche,\n la discrétion courte et parfois ecclésiastique de son geste, la prudence de\n ses propos, la bonne grâce un peu gauche de sa politesse, tout ce qu'il y\n avait à la fois et par opposition de méfiant, de tranquille et de secrète-\n ment narquois sur ce masque engourdi dans je ne sais quelle puissance\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "                                 NOTULES                                   93\n\nsomnolente, et barré d'une grosse moustache tartare, mais débonnaire,\nqui n'arrivait pourtant pas à voiler en entier le franc sourire, tout comme\nla paupière mi-close n'interrompait qu'un instant et pour la faire mieux\nvaloir la malice aiguisée du regard.\n    » Vous entendez encore aussi ce petit rire, hésitant et gêné, cette voix\ntimide et grêle qui ne laissait tomber par intervalles le mot et la saillie\nque comme à regret, avec un ton de modestie touchante et qui semblait\ndemander pardon d'avoir tant de finesse. Vous vous rappelez enfin l'avoir\nvu passer dans son coupé, par ces rues et ces boulevards qui étaient le\nthéâtre même, le terrain de manœuvres et le champ de bataille de son\ntalent. On l'apercevait, la tête à la portière de la voiture, massif et doux,\nplacide et réfléchi, tel qu'un Bouddha baigné d'indulgence, promenant sur\nles hommes et les choses de l'heure, au sage petit trot du cheval acadé-\nmique, son éternel coup d'œil inquiet, furtif et captivé. »\n    Voici un second couplet sur le Paris du second empire.\n    « Paris avait vu défiler, sous une mitraille de roses, nos soldats amaigris\net la joue brûlée par ce divin soleil d'Italie qui venait de leur donner une\nfois de plus la patine de la gloire. On se reposait donc sur leurs lauriers.\nLe présent était lumineux. L'avenir promettait une récolte au moins\négale à celle du passé...\n    « Bondissant aussitôt du trou du souffleur à la façon d'un diable d'Hoff-\nmann, apparaît, le violon au bout des doigts, une espèce de Paganini de\nbal d'opéra, aux yeux de braise, au ricanement de sorcier, qui lève aussi-\ntôt son archet magique, et sur un rythme enchanté de velours et de\nflamme ravit toutes ces marionnettes éperdues dans une boulangère de\n rires et de baisers. Et sur le champ, brunes polkas délurées, blondes valses\n allemandes, quadrilles pour la jambe en l'air des Mogador, tendres mélo-\ndies, rondeaux soupires, brindisi fougueux, strophes bachiques, évohés\n triomphants, couplets du Sabre ou lettre de la Périchole, voilà que vous\n vous égrenez, sans interruption ni trêve, emportant sur vos ailes de cristal,\n au-delà des mers, des déserts, jusqu'aux extrémités opposées du monde,\n le nom de ce charmeur parisien, du démon de génie qui s'appelait Jacques\n Offenbach. »\n    Après cela, un dernier couplet, un peu plus leste, sur « la petite femme\n de Paris », « jolie petite bête ravissante et supérieure » dont il faut « rire\n et sourire avec la plénitude de l'égoïsme affectueux, qui est la forme la\n plus belle et la plus ronde du véritable amour ». (?)\n    Quand M. Henri Lavedan eut fini de « mousser », M. Costa de Beaure-\n gard lui fit la leçon :\n    « Vous avez trop d'esprit. Il vous gène jusqu'à vous troubler ! Non con-\n tent de le dépenser, de le prodiguer, devrais-je dire, en fusées, en pluies\n d'étincelles, il vous plaît encore de l'envoyer parfois se promener en feu\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "94                               DURENDAL\n\n\nfollet sur les pires marécages. Depuis cette scandaleuse Reine d'Espagne\ndu chevalier de La Touche, si tragiquement sifflée en 1831, on n'a pas\ngardé le souvenir, à Paris, d'une fantaisie aussi débridée que votre Vieux\nMarcheur.\n    » Vous poursuivez la réhabilitation de cet irréductible survivant. Il n'a\ntrahi, dites-vous, avec votre indulgence accoutumée, que ses cheveux\nblancs et le sens commun. Mais encore, Monsieur, pour les trahir de\ncette sorte, aurait-il bien fait de mettre entre nous et lui ce mur, vous\nsavez, ce fameux mur derrière lequel il se passe quelque chose.\n   » L'habileté qu'avait Meilhac à tourner court, à ne pas aller, comme\n vous le disiez si bien, jusqu'à l'extrême élan, vous charmait tout à l'heure.\nL'éphémère tristesse que vous causait cette déception vous semblait tout\nce qu'il y a de plus pénétrant, de plus raffiné, de plus artistique. Pour-\nquoi donc ne vous avoir pas laissés, nous aussi... sur une déception?\nNon, le mot trahirait ma pensée, mais au moins sur une illusion, si com-\n promise fût-elle !\n    » Vous en coûterait-il beaucoup d'avouer que les ébrouements de\n Labrosse, toujours en quête de mots graveleux et de situations...comment\n dirais-je, inextricables, si vous voulez, ont fini par faire pleurer, chez\n vous, le bon petit enfant dont je parlais tout à l'heure et qui fut l'élève\n de Mgr Dupanloup.\n    » La théologie nous envahit au théâtre, vous avez essayé d'exorciser le\n vieux pécheur. Vous y êtes-vous mal pris, Monsieur? Dans tous les cas,\n vous n'avez su faire de lui qu'un érotique chrétien. La variété est assez\ninattendue pour vous donner l'effet comique que vous cherchiez peut-\n être.\n    » Excusez cette trop hâtive préoccupation: mais quand on vieillit et\n qu'on ne peut plus guère donner autre chose, on se fait donneur de bons\n conseils. Le mien, d'ailleurs, sera pour vous plaire. Tâchez, Monsieur,\n tâchez à tout hasard de vivre longuement, et alors qui sait si, dans quel-\n que cinquante ans, on ne dira pas de vous, — car l'esprit a aussi sa beauté\n du diable, — qui sait si on ne dira pas de vous comme d'un autre mora-\n liste... La Rochefoucauld : « Les sonnets de sa jeunesse lui sont revenus\n en maximes. »\n    Et ce fut tout. M. Henri Lavedan avait pris séance.\n\n  En même temps que les travaux d'architecture de Van Ysendyck, le\nCercle artistique nous a permis de voir quelques œuvres du peintre\nVanaise et de constater que l'auteur de Pierre l'Hermite prêchant la Croi­\nsade demeure peintre consciencieux et savant. Quelques sculptures de\nDillens méritent les éloges coutumiers pour leur ligne souple, gracieuse\net souvent noble.\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "                                 NOTULES                                  95\n\n    Dans le m ê m e salonnet furent exposées ensuite les fleurs de M1Ie Geor-\ngette Meunier. La peinture de fleurs n'est pas ce qu'un vain peuple pense.\n On n'y voit d'ordinaire qu'un art léger, un peu futile, fait pour les ama-\nteurs et les novices. Cependant, nulle part ne se trouve plus puissante\nharmonie de couleurs, plus savantes architectures de formes. Pour tra-\nduire celles-ci, il faut évidemment une maîtrise plus complète que pour\ntout autre genre. On sait le talent de Mlle Georgette Meunier, sa science\ndes tons fondus, des modulations nacrées et irisées, sa sûreté d'oeil dans\nles notations les plus éclatantes. Cette fois encore, elle a su conquérir\nl'âme inquiétante des orchidées, l'âme simple et radieuse des fleurs cham-\npêtres, l'âme aristocratique des iris et des tournesols.\n   Un mariniste déjà connu, Romain Steppe, exposait en même temps\nune série de toiles heureusement consciencieuses ; l'une d'elles : Un effet\nde nuit sur la plage, montre un effort de rendre vibrant tout à fait d'excep-\ntion. Des aquarelles et dessins de Nestor Outer imposent d'être plus atten-\ntifs que jamais à un travail subtil et ému, capricieusement. Rue Royale,\nau Rubens Club, Henri Arden et Mme Arden rassemblèrent des toiles\nagréablement diverses. A noter, pour exactitude d'inventaire, un délicat\ninstinct poétique chez Mlle Léo Arden et une sérieuse entente des sites\nmarins chez Henri Arden.\n\n\n   Jeudi 28 décembre, à 4 heures, au Théâtre royal du Parc, matinée lit-\ntéraire consacrée à Musset.\n   Comme entrée de jeu, quelques lectures : Namouna, Stances à Ninon.\nContes à une Parisienne, Sur trois marches de marbre rose.\n   M. Maurice Chomé, l'intelligent organisateur de ces matinées, et\nMlle Laurent se sont distingués. Puis, une conférence de M. Maurice de\nWaleffe. D'un esprit très pétillant, parfois plus qu'impertinent, — de jolis\naperçus, parfois trop tarabiscotés. — de jolis mots, gâtés par une pro-\nnonciation fâcheuse. M. de Waleffe a exalté Musset aux dépens de\nLamartine et surtout de Victor Hugo. I1 l'a sacré le plus grand poète du\nsiècle. Et nous ne sommes pas loin de nous ranger à l'avis de M. de\nWaleffe, qui est aussi celui qu'exprimait, il y a quelques jours, un de nos\nbons critiques, M. Edmond Cattier :\n   « On commence à voir clair dans le cas du prodigieux ouvrier de lettres\nque fut Victor Hugo, à débrouiller la disproportion de son gigantesque\ntalent d'expression avec le pauvre fonds de ses idées, à ne plus se fâcher\ndes définitions, malicieusement rappelées par M. de Waleffe et qui lui\nfurent appliquées : garde national en délire, lieu commun dans un trom-\nbone, sans oublier celle de Proudhon : littérateur sans emploi! Le temps\nfinit toujours par remettre les choses au point. Le souvenir de Lamartine\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "96                              DURENDAL\n\n\nest loin. Baudelaire appartient plutôt au domaine de la psychiatrie. Les\nautres se sont plus ou moins laborieusement ingéniés à réinventer tout\nce qui avait été trouvé par Clément Marot. Les symbolistes sont déjà une\ncollection de vieux fœtus dans des bocaux d'esprit-de-vin.\n   » Musset fut le vrai poète parce que le vers fut l'expression naturelle et\njaillissante de sa pensée ; parce que sous des dehors en apparence négligés,\ntoutes les ingéniosités, tous les raffinements de la prosodie lui étaient\nfamiliers, qu'il écrivait — sans presque y songer — la langue la plus har-\nmonieuse et la plus souple. »\n   La conférence de M. de Waleffe fut suivie d'une représentation des\n Marrons du feu. Tout le monde a lu cette petite comédie, toute exubé-\n rante de jeunesse et de romantisme. Personne ne l'avait vue à la scène.\n              Surtout, considérez, illustres Seigneuries,\n              Comme l'auteur est jeune et c'est son premier pas...\n\n  De l'amour, du sang, de la mort : — une cantatrice italienne ardente et\ndélaissée, — un aventurier plein de fantaisie et d'audace, — un petit collet\nd'abbé qui manque à tous ses devoirs, le tout s'agïtant dans un joli décor\ndu XVIIIe siècle, avec, à la cantonnade, un délicieux orchestre (violons,\npiano et harpe), dirigé par M. Emile Agniez.\n   Ce fut un vrai régal, auquel contribua le talent de Mlle Van Doren (la\nCamargo), de M. Rouhier (Garneci) et de M. Beaulieu (l'abbé).\n\n\n\n    Un jeune peintre belge vient de mourir, en qui revivaient, sous la forme\n d'un talent primesautier et sincère, les plus belles traditions de notre\n école. Henri Evenepoel était né en 1872; après avoir suivi les cours de\n l'atelier Blan-Garin à Bruxelles, il fut à Paris l'élève du grand Gustave\n Moreau, puis voyagea en Algérie, d'où il rapporta quelques paysages\n d'une notation très juste.\n    Le mois dernier, l'exposition de ses œuvres au Cercle artistique permit\n de juger de la variété de ses aptitudes. Parmi les œuvres d'Henri Evene-\n poel qui méritent de lui survivre, il faut signaler les Ouvriers revenant du\n travail, son Café d'Harcourt. son Moulin rouge et l'Espagnol à Paris, acquis\n par le Musée de Gand.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 10, "texte": "Janvier 1900.               Année                                         N° 1,\n\n\n\n\n                «E\n        REVUE CATHOLIQUE^\n           <DE LITTERATU\n\n\n\n\n                                                        <»i^\n\n      Edg. Lyon,   éditeur\n                                1   l   Q   r       P   a   j         c\n                        •   ^                   ^               - \"\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": ""}, {"page_pdf": 12, "texte": "                          DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                                 1900 — 7 e Année\n\n\n\n\n             Sommaire du n° 1                         (Janvier)\n\nL'abbé HENRY MOELLER.—Notre Salon d'art religieux                               5\nEDMOND JOLY. — Le Salon d'art religieux                                        11\nMAURICE OLIVAINT. — Marie         Stuart.\n                          A un religieux.\n                          Paysages Poitevins :\n                             I. Le Clain.\n                            II. La Bergère.\n                          Le Vent de mer (poésies)                             19\nFERNAND S É V E R I N . — La Bonté du malheur (fragment)                       23\nBaron JOSÉ DE COPRIN.— Au Souvenir d'Octave Pirmez                             27\nTHOMAS BRAUN. — La Bénédiction des herbes.\n                      La Bénédiction du vin.\n                      La Bénédiction des malades (poésies)                     34\nComtesse ED. DE LIEDEKERKE. — Quelques pages sur la formation\n                                          chrèlienne d'une femme catholique,\n                                          par Madame Marie du Sacré-Cœur       40\nEDOUARD NED. — Un Poète chrétien du moyen âge                                  53\nJULIEN ROMAN.—Elévation (poésies)                                              61\n               André Van Hasselt                                               63\nGEORGES HÉRY. — Mystiques contemporains :\n                  Edouard Schuré                                               67\nARNOLD GOFEIN. — Pages catholiques                                             72\nFIRMIN VANDEN BOSCH. — Guido Gezelle                                           76\nLes Livres                                                                     82\nNotules                                                                        91\nIllustrations : Portrait de S. A. R. Mme la Comtesse de Flandre.\n                Vierge en prière, par ANTHONY.\n                Cathédrale de Chartres (façade).\n                     »             »    (portail).\n                Christ en croix, par CATHERINE WEEKES.\n                Saint Vincent de Paul, par FALGUIÈRE.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": ""}, {"page_pdf": 14, "texte": "SON ALTLSSL ROYALL MADA.ML LA COMTLSSL DL KLAXON'I\n       l'ATRONNE DU SAI.ON D'ART RUUIGIEUX DU \"DUKUNDAU»\n\n                D'iiprcs une photographie de l r Anuo\\ius\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": ""}, {"page_pdf": 16, "texte": "       Notre Salon d'Art Religieux\n\n\n                LE 16 DÉCEMBRE 1899 sera, désormais, une date\n                  inoubliable dans l'histoire de Durendal. Celle\n                  de l'inauguration de notre premier Salon d'art\n                   religieux, de l'exécution d'un de nos vœux les\n                   plus chers, de l'incarnation d'une idée qui nous\n                   hantait depuis notre naissance à la vie artistique\n                   et littéraire. Ce n'est point sans peine que nous\n                   l'avons réalisée. Mais le résultat est de nature à\nnous faire oublier les rudes labeurs de l'organisation d'un salon\nd'art. Sans doute, le nôtre n'est point parfait. Rien ne l'est en ce\nmonde contingent. Et le critique chicanier et grincheux, celui\ndont Hello disait « qu'il cherche avant tout la virgule qui\nmanque dans l'œuvre du génie », n'a pas manqué de nous le\nrappeler.\n   Nous n'avons pas la prétention d'avoir atteint, du premier\ncoup, l'idéal d'un Salon d'art religieux. Mais pour un premier\nessai, il a pleinement réussi, et nous avons le droit d'en être\nfiers.\n   Tel a été l'avis général des critiques sérieux et sans parti pris,\nqui n'ont rien de commun, du reste, avec les autres.\n   Nous désirions surtout donner dans ce Salon une idée des\ndifférentes expressions de l'art religieux à notre époque.\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "6                            DURENDAL\n\n\n   Nous avions dans ce but fait appel à toutes les écoles.\n   Il était intéressant, il était nécessaire de faire en quelque sorte,\ndans un premier salon, le bilan de l'art religieux de notre temps,\npour constater où nous en sommes. Il fallait le montrer avec ses\nqualités et avec ses défauts. C'est pour ce motif que nous avons\ndonné à ce Salon un caractère aussi éclectique que possible, en\nadmettant les œuvres des artistes de tendances très différentes.\n   Si nous avions eu à notre disposition une salle plus vaste et des\nressources plus abondantes, comme nous le disions au numéro\nde décembre, notre Salon eût été encore plus complet. Nous\navons dû forcément nous restreindre.\n   Ce premier Salon n'est, du reste, qu'une ébauche, intéressante\ndéjà et de la plus grande utilité, en même temps que du plus\nhaut enseignement. Le second, que nous souhaitons le plus\nproche possible, sera, nous l'espérons, plus parfait et plus\ncomplet.\n   Une pensée nous a dominés dans l'organisation de notre\nSalon, celle d'encourager les artistes, surtout les jeunes, s'adon-\nnant à l'art religieux. A peine s'occupait-on d'eux jusqu'ici.\n   Il semblait que l'art religieux n'existait plus, qu'il n'était plus\npossible, qu'il était définitivement la proie d'artisans — nous\nn'oserions dire d'artistes, — dont l'archaïsme était l'idéal, ou de\nvulgaires marchands. Notre Salon n'aurait eu d'autre effet que\nde prouver qu'il y a encore des artistes religieux, que l'art reli-\ngieux est encore compris de nos jours, qu'il est compatible avec\nles Idées modernes, que nous aurions fait œuvre bonne et\nsalutaire.\n   Tous les vrais artistes nous ont remercié d'avoir organisé ce\nSalon d'art religieux et nous ont dit combien notre tentative les\nencourageait à s'adonner à cet art si élevé. Ce sont les jeunes\nsurtout qu'il fallait encourager. C'est eux que nous avons eu\nspécialement en vue.\n   Notre grand et vénéré artiste Stallaert nous comprenait bien,\nlorsqu'il nous écrivait :\n   « N'ayant plus à ma disposition ni tableau, ni esquisse de ce\nque j'ai produit dans le genre religieux dans ma jeunesse, je\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                 NOTRE SALON D'ART      RELIGIEUX\n\n\n\nregrette de ne pas pouvoir prendre part à votre exposition par\nune œuvre quelconque. Je fais cependant des vœux pour la réus-\nsite de l'œuvre dont vous avez pris l'initiative et aussi pour que\nla foule et le clergé se persuadent qu'il existerait encore des\nartistes capables de produire des œuvres sérieuses dans ce grand\net beau genre, si l'occasion leur était donnée de s'y livrer, comme\nvous le dites.\n   » Ce n'est pas pour moi que je le répète, mais j'en parle au\nnom des jeunes artistes, auxquels je suis appelé, comme profes-\nseur, à donner des conseils et que je dois préparer à une carrière\nsérieuse.\n   » Croyez bien que je suis tout disposé à seconder vos efforts. »\n\n\n\n\n    Le Salon d'art religieux de Durendal a provoqué les critiques\n les plus contradictoires; les unes bienveillantes et encoura-\ngeantes, les autres, inspirées par la plus évidente mauvaise foi,\nd'autres, enfin, justes en partie et que nous admettons pour\nautant, mais fausses dans leur ensemble, parce que leurs auteurs\n ne se sont pas placés au point de vue des organisateurs.\n    Avons-nous atteint notre but?\n    A cette question, nous répondrons carrément, et sans fausse et\nsotte modestie : absolument.\n    Que voulions-nous, en effet? Réveiller avant tout la torpeur\npublique. Rappeler à tous la nécessité urgente de rompre le\ndivorce qui sépare depuis si longtemps deux choses inséparables\nautrefois et qui devraient l'être toujours : l'art et la religion.\n    L'objet de l'art, c'est la beauté. L'objet de la religion, c'est\nDieu. Or, Dieu c'est la beauté essentielle et parfaite. Donc,\nl'objet de l'art se confond avec celui de la religion. On ne réfu-\ntera jamais ce syllogisme. Il contient une idée tellement féconde\net tellement primordiale qu'il est impossible de la développer\ndans u n article de revue. Elle ne pourrait être exposée, dans\ntoute son ampleur et avec toutes ses conséquences, que dans un\nlivre.\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "8                           DURENDAL\n\n\n    Les artistes, en général, se désintéressent de l'art religieux.\nC'est une des causes capitales de la déchéance de celui-ci. Nous\navons voulu, en leur ouvrant notre Salon, rappeler leur atten-\ntion sur le plus grand et le plus élevé de tous les arts.\n    Il est bien digne de leur talent, puisque les plus grands\nartistes du passé lui ont consacré presque toute leur existence.\nLa plupart et les plus beaux des chefs-d'œuvre que le passé\nnous a légués et que tout le monde, sans exception, admire, sont\ndes œuvres religieuses. C'est là un fait caractéristique et bien\nsuggestif.\n    Nous croyons avoir rendu, sous ce rapport, un service émi-\nnent à tous les artistes. La création des Salons d'art religieux de\nDurendal leur fournira, désormais, l'occasion, qui leur manquait\njusqu'ici, d'affirmer leur puissance dans un art qui a toujours\neu la place d'honneur dans les préoccupations des grands\nanciens.\n    Sans doute, nous eussions souhaité que plus d'artistes\n modernes, de ceux que nous considérons comme les princes de\n l'art contemporain, eussent répondu à notre appel. Nous com-\n prenons, cependant, leur défiance en face d'une première tenta-\n tive. Elle leur a paru audacieuse et téméraire, peut-être. Mais,\n nous avons la plus ferme confiance que cette défiance se dissip-\n pera et qu'ils viendront à nous, et nous seconderont efficace-\n ment par leur collaboration, lors de notre prochaine expo-\n sition.\n     Certains grands et vrais artistes ont eu l'amabilité de nous\n prêter leurs œuvres religieuses, et nous leur en sommes profon-\n dément reconnaissants.\n     On nous a reproché d'avoir admis des œuvres d'un intérêt\n secondaire et médiocres comme valeur. Ce reproche tombe de\n lui-même, si l'on considère le but qu'il fallait poursuivre, à\n notre avis, dans un premier Salon d'art religieux. Ce but était\n d'établir, en quelque sorte, le bilan de cet art à notre époque,\n de le montrer tel qu'il est, avec ses qualités et ses défauts, afin\n  de voir où nous en sommes, ce qu'il faut promouvoir et ce qu'il\n  faut, ou amender, ou écarter définitivement.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                  NOTRE SALON D'ART RELIGIEUX\n                                                                      9\n\n   Notre Salon n'eût-il eu pour résultat que d'offrir à l'admi-\nration du public quelques belles œuvres d'art religieux, qu'il\neût atteint son but et mérité d'être loué et encouragé par tous.\nOr, nous prétendons qu'il y a eu chez nous suffisamment\nd'œuvres religieuses, d'un art vrai et sincère, pour qu'il valût\nla peine de les exposer dans un Salon spécial.\n   Certains critiques l'ont admirablement compris. Ils nous ont\nfélicités, ne nous ont pas ménagé les éloges et nous ont même\npriés instamment de renouveler cette intéressante tentative. Nous\nles en remercions de tout cœur, et nous comptons sur leur\nefficace collaboration intellectuelle, lorsqu'il s'agira d'organiser\nle second Salon d'art religieux de Durendal.\n\n                                      *\n                                  *       *\n\n    J'ai, maintenant, un devoir de reconnaissance à remplir.\n    Et, tout d'abord, je dois adresser, au nom de mes amis et en\n mon nom, des remerciements spéciaux à l'auguste patronne de\n notre œuvre, à la Reine de notre Salon, à Son Altesse Royale\n Madame la Comtesse de Flandre, qui nous a si gracieusement\n secondés dans l'exécution de notre entreprise.\n    Tout le monde sait l'intérêt qu'Elle porte à l'art et aux artistes.\n Lorsqu'il y a quelques mois, nous Lui faisions part de nos pro-\n jets, dans un entretien que nous eûmes l'honneur d'avoir avec\n Son Altesse Royale, Elle comprit d'emblée la beauté et l'utilité\nde notre entreprise. Elle saisit du coup tout l'honneur qui pou-\nvait en revenir aux deux plus grandes choses qui soient ici-bas :\nl'art et la religion.\n    Que Son Altesse Royale daigne recevoir ici l'hommage public\nde notre plus profonde gratitude.\n    Nous remercions aussi de tout cœur tous ceux qui nous ont\naidés dans l'accomplissement de notre œuvre, les uns par leurs\nconseils, d'autres par leur générosité, tous ceux à qui nous avons\nfait appel, par leur sympathie.\n   Nous remercions encore et surtout les artistes qui ont bien\nvoulu nous prêter leurs œuvres. C'est à eux que revient tout\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "10                         DURENDAL\n\n\n\nl'honneur de cette première tentative. Nous comptons sur leur\nbonne volonté pour la renouveler dans le plus prochain avenir,\navec un éclat plus grand encore, qui sera la preuve de l'utilité\nd'une pareille entreprise.\n   Nous devons, enfin, des remerciements aux artistes musiciens\nqui ont eu la gentillesse de rehausser le Salon d'art religieux par\nleur gracieux concours; à la jeune et vaillante phalange des\nChanteurs Palestiniens de l'Association « A Capella », de Gand,\ndirigée d'une façon si remarquable par M. HuUenbroeck; à\n M. Thiebaut et à son école et aux Maîtresses dévouées de cette\n école; aux distingués professeurs du Conservatoire royal, qui\n ont eu la charmante amabilité de nous prêter leur concours :\n MM. Soubre, Jacobs, De Mest (qui a interprété d'une façon\n exquise les œuvres de C. Franck); à l'Octuor Vocal, qui, sous la\n direction magistrale de M. Soubre, a dignement clôturé notre\n Salon d'art religieux par une audition de musique religieuse\n d'une merveilleuse beauté, audition relevée par l'admirable\n talent du grand artiste violoncelliste, M. Jacobs, professeur du\n Conservatoire.\n    A tous, merci de tout cœur et au revoir. Nous donnons rendez-\n vous à tous nos amis et à tous nos collaborateurs à notre pro-\n chain Salon d'art religieux.\n\n                                      L'abbé HENRY    MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                        FALGUIERE\n\n                ST-VINCENT    DE PAUL\nBRONZE EXECUTE PAR LA MAISON FUMIERE ET GAVIGNOT, A PARIS\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": ""}, {"page_pdf": 24, "texte": "     LE SALON D'ART RELIGIEUX\n\n\n\n\n                   Le critique ne saurait avoir, même envers les invités de\n                      Durendal, d'autre devoir que le vrai, et l'étude conscien-\n                      cieuse de l'œuvre en elle-même, par rapport à elle-même\n                     seulement. De la sorte, son travail n'est pas un magis-\n                     tère, une louange ou un blâme également inutiles\n                     comme toute appréciation personnelle, mais un inven-\n                     taire, l'œuvre d'une sorte de science artiste, montrant,\n                     ne voulant pas guider. On verra également mieux de\n                     la sorte le nombre et l'intérêt des œuvres rassemblées,\n   l'œuvre que constitue leur réunion. C'est une très belle chose qu'un\n  catalogue, un catalogue de collection ou d'exposition. Ne pouvant\n  présenter celui du Salon religieux à tous les amis de Durendal. nous le\n  remplacerons par une énumération presque équivalente.\n     11 comporte toutes les tendances que l'on rencontre dans le monde\n  artiste. L'académisme y introduit ce qui reste des traditions de la Renais-\n sance, cet humanisme des Beaux-Arts. Le romantisme se retrouve dans\n les Ecoles allemandes encore soumises au « Bitume», altérant le charme\n d'imagerie si savoureux clans les églises bavaroises ou tyroliennes par une\n trop grande correction peut-être, ou s'efforçant, à la suite de von Uhde, au\n modernisme agreste. Celui-ci se retrouve avec les souvenirs de plein-air\nen France comme en Belgique : on lui doit nombre d'œuvres savoureuses.\nSes recherches de forme et' de fond produisent dans la même zone d'art\ndes œuvres néo-mystiques dont l'ingéniosité et la beauté ne se peuvent\nméconnaître encore qu'elles ne soient pas toujours chrétiennes d'instinct.\nCette tendance profite à la fois des techniques modernistes françaises et\ndes revendications préraphaélites anglaises. L'âme d'exquisité qui domine\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "12                               DURENDAL\n\n\n\nles altistes britanniques et qui les orienta avec une curieuse rapidité et\nune constance absolue vers le prime Hellénisme aussi bien que vers les\nQuatrocentisti ou les gothiques du nord, est essentiellement favorable à\nl'expression pieuse. Les froideurs anglicanes elles-mêmes, sensibles\njusque chez Burne Jones, ne résistent pas toujours à ces souffles de la\nPrimavera. Des renaissances gothiques de degrés et de natures infiniment\ndiverses, se manifestent plus spécialement chez nous. Le style moderne.\n affranchissement de la ligne et de la couleur, se montre aussi, bien\n qu'avec timidité. Les ultimes recherches techniques sont magnifiquement\n consacrées à la pensée religieuse dans l'œuvre de Gaston Latouche.\n     Ce sera un des grands services rendus par le Salon religieux que\n d'avoir expérimentalement prouvé à nos artistes que toute forme, aussi\n bien que tout tempérament personnel, peut s'exprimer librement dans\n l'art religieux. Certes, il suffit à la démonstration de rapprocher Durer,\n  Botticelli, Michel-Ange, Angelico et Rembrandt. Mais le devoir est de\n  redire en tout temps la vérité éternelle. Ce devoir éclate surtout aujour-\n  d'hui devant des formes nouvelles mieux appropriées qu'aucunes à la\n  spontanéité et à l'efficacité de l'expression religieuse. Ces remarques\n  générales étant faites, commençons notre visite en suivant autant que\n  possible l'ordre du catalogue.\n      Un triptyque allemand de Carl Andreae nous mène aussitôt aux œuvres\n  néo-gothiques de J. Anthony : Le mariage mystique de sainte Catherine,\n  une Vierge en prière, les esquisses d'un rétable où la légende de sainte\n   Emérentienne amène plus de vie et d'émotion parmi les somptuosités\n   d'étoffes et de gemmes coutumières. Jeanne Atché intéresse surtout par\n   le « Christ au Jardin des Olives », où la grâce parisienne de la facture\n   n'empêche pas l'émotion des yeux clairs devant un lointain lumineux. Le\n   grand carton de vitrail de Charles Baes est absolument étonnant, très\n   personnel et très original et remarquable par la hauteur symbolique de\n   la pensée. C'est une désorientation que semble avoir cherché Emile\n    Bernard par les outrances de sa conversion de Longin.\n       Nous voici arrivés aux superbes cartons de fresques des Bénédic-\n    tins de l'Abbaye de Beuron. Un incontestable sentiment mystique émane\n    de leur aspect égyptien, de leurs draperies à petits plis, des types régu-\n    liers et calmes, de leur haute compréhension des sublimités évangéliques.\n    Leur arrivée chez nous permettra les plus utiles rapprochements, la\n    preuve expérimentale que la sincère piété et le bon vouloir artiste ne\n     peuvent manquer d'atteindre à la grandeur simple, requise comme mini-\n     m u m de l'œuvre religieuse. Ici, à toute évidence, il y a plus encore. C'est\n     du grand art, de l'art essentiellement religieux.\n        La « Sainte Elisabeth de Hongrie sur son lit de mort » est une œuvre\n     gracieuse de R. Bosiers. d'Anvers. Les perles au cercle d'or sont bien la\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                      LE SALON D'ART RELIGIEUX                                l3\n\n\n   couronne qu'il fallait à telle châtelaine et les roses fraîchement carnées\n   relèvent délicatement la cendre grise évocatrice de soir et de mort. Deux\n   œuvres, déjà étudiées ici même, deMlleCalais nous font seulement répéter\n   la louange que nous leur avons donnée naguère. Très simplement grande,\n  la petite toile de A. Ciamberlani dégage une harmonie profonde : du sang\n  sur un Crucifié et du sang autour du soleil, mort aussi. Une bonne icône\n  de Sainte-Julienne, par Mlle V. Claesen: le dessin d'une bannière dû au\n  subtil stylisateur Combaz. De Paris, Edme Couty envoie deux petites\n  choses noyées de gris, mais d'un gris si fin qu'il s'infiltre dans les chairs,\n  adoucit le ciel, émeut délicieusement les ramures, se transpose en ondes\n  de contours légers aussi. Tout opposé, gris encore, mais d'un gris souf-\n  frant et dur. apparaît le « Christ errant », de Félix Denayer. L'œuvre\n  atteste un énorme progrès chez le jeune artiste. Le Messie erre bien, dans\n  une pauvreté de tons et de contours, une pauvreté d'abandon par une\n  sorte de banlieue comme celle où erre souvent le Christ eucharistique du\n  viatique.\n     Un des événements du Salon est l'envoi aussi nombreux qu'important\n  de Maurice Denis. Certes, ces formes tellement simplifiées en ondes\n  peuvent surprendre : leur charme est indéniable. Il suffit de voir les com-\n muniantes, l'appel de toute leur attitude vers l'autel pour comprendre la\n  vie qu'exprime cet envol. Aussi bien toutes les formes humaines de l'ar-\n tiste ont ces tètes penchées, ces formes en-allées ; toutes sont des commu-\n niantes, à la vie intense, secrète de l'art. Quant au coloris, certains accords\n de jaune acide et d'indigo; les cramoisis et les verts-bleus de sa grande\n toile des « Pèlerins d'Emmaüs » suffisent à en dire l'étrange puissance.\n Un carton de vitrail est non moins beau. Ses projets de décoration pour\n une chapelle du Vésinet sont merveilleux. Très curieux aussi ses dessins\n pour l'imitation de Jésus-Christ.\n     L' imagier » André Des Gachons réalise le titre si beau qu'il a choisi\n en délivrant la ligne, en tachant de figurer plus que de représenter. Ses\n paysages, ses fleurs, ses arbres sont d'un intérêt puissant qui se retrouve\n moins dans le visage humain insuffisamment religieux pour une Annon-\nciation.\n    Une « Sainte Face » de [. de Witte. Le « Calvaire» (dessin) et le\n\" Mont Salvat » (peinture), de Ch. Doudelet, montrent bien le Mantegna\nflamand qui fut assez sensitif pour approcher Maeterlinck.\n    L'on revoit avec plaisir I' « Ave Maria. Rosa Mystica ». de Mlle Alice\nEckermans. exposé naguère au Salon de 1897. L'exécution tres forte et\nhardie sert une pensée très haute. Ce poids du cadavre divin, représenté\ncomme en predella inverse, au-dessus de l'Annonciation, est une chose\ntrès émouvante.\n    Chez Louis Ueldmann, le bitume de Dusseidorf s'atténue de moder-\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "14                             DURENDAL\n\n\nnisme. Le « Christ portant la croix » clans un beau mouvement de marche\nécrasée est du plus haut intérêt.\n    Le petit triptyque. « Saint François d'Assise ». de Léon Frédéric,\ndonne lé charme profond, personnalité du grand artiste. Ses harmonies\nacides, ses lignes touffues animent à merveille la prédication du saint aux\noiseaux dont la foule frémit en auditoire ailé, sa charité envers la bête\nblessée, sa marché parmi le jardin fleuri.\n    En-dessous de 1' « Ecce Homo », de Gaillard, dont aussi un saint Fran-\nçois d'Assise, un tout petit dessin anglais de Charles Gere est vraiment\nexquis. Une simple silhouette d'enfant dans un cadre de vitrail aux taches\njaunes, bleues et rouges.\n    Voici les cartons et maquettes de vitraux d'Eugène Grasset. On sait\nl'extraordinaire puissance décorative du célèbre artiste : elle est toute\ndans les œuvres exposées vraiment admirables de noblesse, d'ingénio-\n sité, de science et d'inspiration. De curieuses étoiles          flamboyantes\n correspondent aux fleurs si savamment étudiées : le « Saint Michel » et la\n « Jeanne d'Arc » ont une grandeur gracieuse absolument parfaite.\n     Le savant initiateur parmi nous des anciennes fresques italiennes,\n G. Guffens, envoie plusieurs œuvres de tout point remarquables. Georges\n Jacqmotte noie de nuit brune une têle d' « Ecce Homo » dont l'œil énorme\n apparaît presque seul dans une face striée de sang.\n     Les œuvres de Joseph Janssens. enlevées à différentes églises, doivent\n souffrir de la banale cimaise d'exposition. L' « Annonciation » (de l'église\n du Jésus, à Louvain): le retable de saint-Roch (église St-\\Yillebrord, à\n  Anvers): la réduction d'une peinture murale gardent cependant un sen-\n timent très doux et reposé, un souci de bon goût parmi l'exécution alerte\n  et précise, la composition équilibrée. Les miniatures du marquis Impé-\n  riali sont exquises. Elles attestent une entente véritable du sentiment\n  décoratif.\n     Deux œuvres de jeune, un des concurrents naguère du prix de Rome\n  où déjà il fut remarqué, attirent singulièrement l'attention. Le « Christ\n  guérissant une malade » montre une science étonnante de la foule. La vue\n  sur le foisonnement des têtes vers l'horizon est très curieuse. La « Résur-\n  rection de Lazare » a les mêmes qualités de coloris somptueux et rare, de\n  dessin personnel, avec certaines figures comme atténuées tout à coup\n  pour plus d'expression. (Lambert est un nom à retenir.)\n      Le « Christ outragé », de Gaston La Touche, constitue évidemment\n   une des perles du Salon. Le nimbe de Jésus domine toute la toile par une\n   lumière dont la facture est une merveille de science et de simplicité. Les\n   teintes composées de Monet sont ici égalées par un simple ton double\n   jaune sur jaune que relève encore le complément du vert de lune. Le\n   Christ se comparaît à la lumière, alors que pendant la fête des Tabernacles\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "VIERGE EN P R I È R E\n ( Œ U V R E DE J .   AN'THON'Y)\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": ""}, {"page_pdf": 30, "texte": "                      LE SALON-D'ART RELIGIEUX                               I5\n\n\n   brûlaient des feux sur deux candélabres hauts de cinquante coudées et\n  illuminant Jérusalem entière. C'est bien la magnifique traduction artiste\n  de la parole sainte. Jésus n'est qu'une, présence d'ombre mystérieuse\n  illuminant tout, triomphant par ses rayons des vaines faces outra-\n  geantes noyées dans sa lumière, une présence en-allée comme la flamme\n  poussée par les vents qui la glorifient en voulant la poursuivre, la tuer.\n     Trois tableaux de Jef Leempoels, dont les « Eplorés » avec l'apparition\n  d'une si curieuse perspective; plus encore que le « Christ » nous désarme\n  1' «Enfant Jésus ». où la science et la conscience de l'artiste ont atteint\n  une telle perfection de choix etde rendu que les plus rebelles à sa manière\n devront s'incliner. D'un jeune Maurice Lefebvre, une étude pour une\n tète d'apôtre, très fouillée, très consciencieuse, avec, croirait-on. l'inquié-\n tude rigide d'un saint Thomas. D'Arthur Lefevre. un grand et merveil-\n leux fusain représente, d'une façon très heureuse et tout à fait originale.\n l'« Adoration des humbles». Il y a là une compréhension des petits dont\n toute la composition déjà s'anime. De Mlle Léonie Ternaire. « Sainte Eli-\n sabeth de Hongrie »: puis la « Communion de saint Stanislas », d'Arthur\n Loureiro (de Melbourne), grande toile, très intéressante, d'aspect gra-\ncieux et pieux. En très beau dessin d'après Rubens, du grand artiste\ngraveur J.-H. Meunier. Les deux tableaux de Lybaert donnent tout ce\nqu'on doit attendre de cet artiste, désarmant par la conscience les plus\nfarouches modernistes. Son bronze (sainte Germaine) est d'un beau\nsentiment médiéval. E' «Ave Maria», de Mlle Georgette Meunier, pré-\nsente un entassement de fleurs pâles devant une de ces émouvantes\nMadones de cire habillées d'étoffes « vivantes » que l'on rencontre encore\ndans nos campagnes veillant au bord des chemins. Les nacres coutu-\nmières à l'artiste et la poudre d'or des cierges composent une atmosphère\nde charme intime.\n   M J. Middeleer. dont les peintures conservent si haute mine dans nos\n vieilles églises, jusque dans le voisinage terrible de fresques anciennes,\n expose ce « Jardin sacré », qui est une de ses plus belles œuvres. Jardin\nde mystère, paradis d'âme avec l'unique arbre de vie, la croix au pied de\n laquelle pleure la 'Vierge tragique de la Soledad (la solitude, le veuvage\nde mort), parmi l'immobile procession de grands lys et le prosternement\nrégulier des pâquerettes de Mont Salvat. C'est le cachet parisien,\nmais louable, qui reparaît avec Moreau-NEret dont la « Vierge dou-\nloureuse » serre l'Enfant divin en la peur du supplice prédit. Il serait\ncurieux de comparer avec le même sujet, traité selon l'art byzantin dans\nla célèbre image du Perpétuel-Secours. Une aquarelle de la « Vierge au\nlys » est de facture solide et légère. La « Vision du Christ », dessin très\ndélicat, de Ernst Naets. Puis, les nombreux et si remarquables envois\ndu français A. Osbert. Un « Saint Paul ermite », tout brun, y contraste\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "16                             DURENDAL\n\n\ncurieusement avec la « Vision de sainte Geneviève », de lumière bleue,\net les effets crépusculaires surtout admirables. Des silhouettes sombres\ns'y enlèvent en pures lignes antiques sur des ciels d'or somptueux. « Le\nChrist et la Samaritaine » domine toutes les autres toiles de l'artiste.\nUn «Christ», de E. Paulus, violet. Deux œuvres d'Arm. Point, le subtil\névocateur d'exquisités « Romanes » : le W. Morris de l'œuvre coopérative\n « Haute-Claire », devait figurer ici... Les « Rois mages », sont très trois,\n donnent bien par leur arrivée de face l'émoi du nombre où menaça\n toute la gloire tragique de l'Enfant divin. Est-ce bien « sainte Cécile »,\n cette Vierge à la Licorne ? En tout cas, l'œuvre est délicatement dorée,\n et archaïque selon le faire déjà tant admiré.\n     Voici un des grands noms du catalogue : Puvis de Chavannes :\n  « Décollation de saint Jean-Baptite ». On sait le simplisme extraordinai-\n  rement recueilli du maître, ses tons effacés, le silence de couleurs et de\n  lignes qu'il impose au monde pour la perpétuelle élévation de l'art. La\n  ligne des bras du martyr est surtout belle ; l'arbre est d'un grand émoi\n   symbolique, tandis que la femme rappelle les peintures antiques et cer-\n   tains détails les recherches de Gustave Moreau. Un beau « Christ »,\n   des études très curieuses, de ravissantes têtes d'enfants, 'modèles pour\n    tètes d'anges et d'intéressantes esquisses de chemins de croix de Jean\n    Rosier.\n        L' « Éducation du Christ», de Léon Rothier. est une grande toile, ainsi\n     qu'une œuvre très belle, vraiment peinte, d'un grand sentiment religieux\n     dans son réalisme agreste. Le paysage, lumineusement vert et bleu, enve-\n     loppe à merveille les personnages, dont la Vierge, singulièrement belle et\n     simple, ainsi que l'Enfant Jésus émeuvent surtout. Alexandre Séon, de Paris,\n     déjà apprécié chez nous, se souvient de Puvis avec une volonté de grâce\n      et de solennité. Toute l'École de Dusseldorf reparaît dans les toiles de\n      Henri Sinkel. 11 n'est plus guère opportun de louer Jacob Smits, dont\n      tout le monde sait goûter maintenant la grâce âpre et savoureuse. Extra-\n      ordinairement britannique, le «Christ aux Oliviers», de M.-T.-R. Spence,\n      étonne et séduit malgré ses incorrections. Nous avons ici même loué,\n       selon notre admiration, les œuvres exquises et vivantes de G.-M. Stevens,\n       dont voici 1' « Annonciation », toute d'or et de fleurs et la belle tapis-\n       serie de « Saint Georges. »\n          TSchageny, une jolie tète de femme aux lys: Camille Tulpinck, une\n        « Annonciation ». puis la grande toile du « Tombeau du Christ », attes-\n        tant Van Aise peintre consciencieux du « Pierre l'Ermite ». Toute\n        une série d'œuvres de Van der Oudcraa, dont chacun sait le ton poly-\n        chrome, les ombres brunes, l'ingénieuse mise en scène. Faisons remar-\n         quer, pour simple bénéfice d'inventaire, que le « Calvaire » est insuffi-\n         samment évangélique. si très pittoresque. Deux « Madones à l'Enfant »,\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                      LE SALON D'ART RELIGIEUX                              17\n\n   de E. Van Move, dont le charme est incontestable. Le grain de ces chairs\n  fines, les paysages argentés qui les encadrent, les formes légères des\n   arbres et des tours brugeoises s'accordent pour une paix d'exquisité\n   précieuse. Edm. Van Offel recherche le symbole avec un grand\n   bonheur : son dessin d'un tapis d'église (exécuté par la Maison Demol-\n  der) est admirable de ton. Très remarquable aussi son « saint Jean-\n   Baptiste enfant ». C'est encore l'École de Dusseldorf, mais modernisée,\n  et avec un talent vraiment personnel, que l'on trouve dans le « Prophète\n  Elie », de Von Gebhardt. Un intérêt de milieu ne relève pas assez les\n  peintures bavaroises de A. Von Oer.\n     Le von Uhde est absolument beau, plus vivant, plus vibrant que ceux\n  déjà vus à Bruxelles. Le principal auteur du modernisme, dans la présen-\n  tation des scènes évangéliques, ne mérite que l'admiration pour son :\n  « Quand je marche à l'ombre de la mort ». Des cartons de Walter Crane\n  et des dessins sont toujours les choses subtilement grandes que l'on sait.\n     Des œuvres nombreuses et importantes d'Ernst Wante, dont on remar-\n  qua beaucoup naguère le « saint François d'Assise » se dépouillant de tout\n  pour n'être plus qu'à Dieu, montrent une vie véritable dans le retour\n  alterné aux formes gothiques. Son esquisse d'une peinture murale, exé-\n  cutée au Collège St-Jean-Berchmans d'Anvers, son « Retable de Moll »\n  indiquent surtout une curieuse interprétation de la physionomie dans\n  la persistance des tons vermillonnés et d'or. Deux femmes-peintres\n  anglaises, terminent notre énumération. Sadie Waters a des délicatesses\n  charmantes dans une gamme blonde et nacrée. Ses enluminures sont de\n toute beauté. Catherine Weekes préférant de beaux tons, doucement\n  ambrés, subit à la fois l'influence de nos gothiques et des quatrocentisti\n pour des œuvres vraiment attirantes d'un charme intime.\n     La sculpture n'est pas moins bien représentée. Des bronzes rappellent les\n principaux maîtres français, dont Rodin et Falguièrc. Les archaïsmes de\n J. Baudremghien ont une saveur véritable. La barque du Christ avec\n l'obstination de toutes les tètes inclinées vers le Sauveur comme la foi;\n de toutes les mains crispées au bordage du vaisseau comme la peur\n impressionne vraiment. Nous aimons le « Christ » de P. Braecke et ses\n évangélistes. moins mystiques, plus Renaissance, mais de toute beauté\n et extrêmement caractéristiques. P. Braecke est un maître sculpteur. Le\njoli sentiment des bronzes de G. Charlier. Absolument superbe son\ngroupe : « La Croix ». d'une impression religieuse intense et d'une facture\nimpeccable. On sait notre admiration pour Arthur Craco. Son « Annon-\nciation » (ivoire et bronze comme le «Baiser de Paix»): son bénitier\nd'église ; un grand ange vraiment « angélique » sont peut-être dépassés\npar les quatre étranges bustes des « Cavaliers de l'Apocalypse ». sur ces\nfaces irréelles ont été condensées en physionomies humaines : le « Juge-\n                                                                        2\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "18                              DU REN DAI.\n\n\nment ». la « Guerre », la « Famine » et la « Mort ». De fins et étranges\ndessins pour les « Mystères du Rosaire ». Plusieurs statuettes finement\ngracieuses de A. Désenfans. « Marie de Nazareth », par de Tombay, très\nheureux. De jeunes efforts qui promettent beaucoup de Jules Jourdain.\nSon « Christ couronné d'épines » est magnifique. Le superbe            Saint\nJean-Baptiste », de J. Lagae, et sunc œuvre absolument remarquable.\nC'est l'idéal de l'art religieux en sculpture.\n  Deux jolies œuvrettes de Jacques Marin.\n  Notre grand Constantin Meunier envoie quatre œuvres siennes, c'est-\nà-dire admirables toujours. Il faut surtout louer le «divin Crucifié », vrai-\nment unique, rappelant plutôt les crucifix royaux du XIIe siècle, que ceux\ntorturés auXVe,mais avec quelque chose de divinement humain, qui est\ntout moderne. Encore la fine statuette de religieuse, si curieusement\napaisée et tendre, à la fois ressemblante et virtuelle.\n   L'art appliqué, si important au point de vue religieux qui lui offre des\nressources non encore suffisamment utilisées, donne au Salon un intérêt\ntout spécial. Voici les charmantes œuvres de Fernandubois; le bénitier,\nle tryptique et le petit bas-relief sont absolument exquis. Des médailles\nde l'admirable Roty; des plaquettes fines et graves de Vernon (surtout\nsa «Vierge»); des œuvres peu connues (presque une révélation)\nd'Yencesse, dont le crucifix est tout à fait beau.\n   Les œuvres architecturales de Van Ysendyck viennent d'être étudiées\npar nous. Des mobiliers d'église de Pecters d'Anvers; des vitraux; de\nprécieuses reliures de Dcsamblanx et Weckesser: d'admirables brode-\nries. Voici encore l'enluminure, art si essentiellement religieux et dont\nla résurrection, sous une forme plus moderne, est duc surtout à\nM. Lyon-Claesen. On remarque aussi les splendidcs enluminures des\nMoniales de Maredsous. Files ont ressuscité l'art du moyen âge dans sa\nmerveilleuse richesse. Les dessins symboliques qu'il faudrait étudier à\nloisir de L. Titz. Un bénitier de Roskam. Encore, enfin, d'admirables,\némaux translucides de grand feu du comte du Suau de la Croix, où le\ndécor, les tons présentent un charme incomparable.\n    Ce compte rendu du Salon était composé quand nous est arrivée une\nœuvre délicieuse, charmante de dessin, délicate de coloris, du peintre\nhollandais, Anton Van Welie : « Sainte-Cécile ». Nous avions déjà\n admiré le merveilleux talent de cet artiste dans les belles reproductions\nde ses œuvres que donna récemment l'intéressante revue Vlamse School\n de Pol de Mont. Cet artiste nous semble avoir une vraie vocation pour\n l'art religieux.\n                                                               FDM. JOLY.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "LE CHRIST EN CROIX\n  CATHERINE   WEEKES\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": ""}, {"page_pdf": 36, "texte": "        MARIE               STUART\n\n\n                          Ils aiment à se retirer tout à part dans\n                       un coin des salles, pour qu'on ne puisse\n                       entendre leurs petits secrets.\n\n\nAux lèvres du Dauphin, le beau nom de Marie\nExhalait un parfum pieux comme l'encens;\nLa princesse laissait s'épanouir ses sens\nSous la chaste douceur d'une voix attendrie.\n\nIls cachaient dans les plis de chaque draperie\n Un chuchotement sourd de secrets innocents,\nEt les vieux murs du Louvre abritaient frémissants,\nCes chants inentendus de blanche rêverie.\n\nCar la bonté qui brille au front calme des cieux\nPermit que les amants ne pussent dans leurs yeux,\nResplendissants d'amour et de pure lumière,\n\nLire, ô roi François deux, la trop prochaine mort,\nEt lire, ô reine exquise en ta candeur première,\nLes crimes, et la geôle, et le cruel remords !\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "20                       DURENDAL\n\n\n\n\n            A UN             RELIGIEUX\n\n     Lorsque l'orgueil réveille en moi ses orgues d'or,\n     Et quand ma vanité/ait tinter ses rixdales,\n     Ami, je songe à toi dont les humbles sandales\n     Ne connaissent qu'un cloître au morne corridor.\n\n     Tandis que nous clouons des ailes de condor\n     Aux désirs effrénés qui germent nos scandales,\n     Ta foi, sans défaillir, les abat sur les dalles,\n     Ainsi que des taureaux frappés du matador.\n\n     Tu sais la gloire folle et sourde à qui l'appelle,\n     Mais la lampe qui brille en ta douce chapelle\n     Offre toujours l'espoir suprême au front courbé.\n\n     La fanfare qu'on souffle aux clairons de victoire\n     Remplirait moins ton cœur que la voix de l'abbé\n     Avant l'oblation murmurant l'offertoire.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                            PAYSAGES POITEVINS                21\n\n\n\n\n            PAYSAGES                             POITEVINS\n\n                                             I\n\n                                   LE        CLAIN\n        O Clain, ton flot dormant s'étale sans murmure\n       Sous le discret rideau de tes grands peupliers.\n       Calme comme le cœur dans une vie obscure\n       Qu'abrite un dôme bleu de rêves familiers:\n       Une lumière exquise, ingénue, affaiblie\n       Te verse la tendresse et la mélancolie\n       Quand descend la douceur souveraine du soir.\n       Et le voyageur las. dans tes molles vallées\n       Où le hasard béni lui permet de s'asseoir.\n       Perd le noir souvenir des heures envolées.\n\n Poitiers, Juillet 1899.\n\n\n\n                                        II\n\n                            LA          BERGÈRE\n       La bergère, le soir, ses moutons rassemblés,\n       Au milieu du troupeau se montre toute droite\n       Dans la lumière d'or sous laquelle miroite\n       La mer resplendissante et paisible des blés.\n      Au loin monte un clocher d'où vibre, presque éteinte,\n      L'âme aux pures douceurs de l'angelus qui tinte :\n      Dominant le village aux rustiques maisons\n      Qui s'étalent ainsi que de blanches toisons,\n       Vois, l'église parait une autre pastourelle\n      Immobile parmi ses moutons rassemblés,\n      Tandis qu'avec lenteur, envahissant les blés,\n      La nuit laisse pleuvoir sa grande ombre sur elle.\n\nLusignan (Poitou), Juillet 1899.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "22                       DURENDAL\n\n\n\n\n           LE       VENT         DE         MER\n\n     Oh! que le vent de mer avec tristesse pleure !\n     Ecoute : on croit entendre, au milieu des palmiers.\n     Un long roucoulement douloureux de ramiers...\n     Transformons en doux miel l'amertume de l'heure.\n     Laissons, laissons gémir la brise sans émoi.\n     Mon âme. isolons-nous : riens l'asseoir près de moi.\n     Oh! riens : je te lirai des vers de Lamartine.\n     Lamartine, ce ceur sublime et transparent.\n     Calme comme un sommet d'où roule un fier torrent,\n     Et pur comme au vallon la fontaine argentine.\n     Nulle voix n'est suave ainsi que cette voix.\n      Oh! viens : je le lirai la Source dans les Bois.\n      La Source au vieux dauphin tout verdi par le lierre.\n     Et dont les flots fuyants apprennent à mourir.\n      Je te lirai, veux-tu ? quelque blanche prière.\n      Rayon pris au foyer que rien ne peut tarir.\n      Et nous nous bercerons tous deux parmi les voiles\n      De la splendeur nocturne où flottent les étoiles.\n       Tu verras avec moi le sauvage Milly,\n      Par l'amour filial du poète embelli,\n       « Ou le vieillard, assis au seuil de sa demeure.\n       Dans son berceau de jonc endort l'enfant qui pleure, »\n       Et nous soupirerons près du lac embaumé\n       Où vit, toujours vibrant, le souvenir aimé.\n       Oh! viens : nous verserons des larmes sur Laurence,\n       Et nous suivrons Cédar sous le joug de Ségor,\n       En écoutant chanter le chœur des cèdres d'or.\n       Et tandis que, brûlants d'amour et d'espérance,\n       Ses vers, dans leur essor chaste et mélodieux,\n        Emporteront notre âme au plus profond des cieux.\n        Si paresseusement pour nous glissera l'heure\n        Que nous n'entendrons plus le vent de mer qui pleure.\n\n                                               MAURICE OLIVAINT.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "     LA BONTÉ DU MALHEUR\n                         (FRAGMENT)\n\n\n\n\n               ANDRÉ relevait    d'une maladie qui laissait sa santé\n                   profondément ébranlée. De plus, il avait, peu\n                   de temps auparavant, éprouvé des revers de\n                   fortune. Bien que son enfance et sa jeunesse se\n                   fussent écoulées dans la pauvreté, il s'était un\n                   instant élevé à la richesse, et s'habituait à sa\n                   condition nouvelle, lorsque cette catastrophe\n                   l'avait replongé dans la médiocrité.\n   Il avait été sensible à ce dernier coup et s'était cru un instant\nle plus malheureux des hommes, de même qu'aux premiers\nsymptômes de la maladie, il s'était jugé irrémédiablement perdu.\nCar c'était une âme naturellement portée aux excès et chez qui\nles sentiments ne s'arrêtaient jamais à mi-chemin. Pas plus la\njoie que la tristesse, d'ailleurs.\n   A la longue, le calme lui était revenu. I1 commençait à ne\nplus sentir aussi vivement ce qu'il croyait être un malheur;\net sa convalescence, si longue et si imparfaite qu'elle dût être, lui\nréservait des joies.\n   C'était avec une sorte d'allégresse reconnaissante qu'il se repre-\nnait à vivre. Il respirait avec délices ; ses premières promenades\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                              DURENDAL\n\n\nlui causaient une joie ingénue et presque enfantine. Le seul fait\nde vivre et d'accomplir les journalières fonctions de la vie met-\ntait le jeune homme dans un trouble presque voluptueux,\nqu'ignoreront toujours ceux qui n'ont pas été convalescents.\n    Certes, la maladie avait miné sa constitution naguère robuste.\nN'importe, il vivait, c'était l'essentiel ; et il se résignait volontiers\nà fuir tout excès, comme les malheureux dont les jours sont pré-\ncaires. Du moins, il vivait de la vie de l'âme; ni la rêverie, ni\nl'étude ne lui étaient interdites. En ce moment, ses yeux s'étaient\ninstinctivement tournés vers la bibliothèque, et il s'était senti\ntressaillir en pensant à tout ce qu'elle représentait de joie saine\net assurée.\n     Il songea aux longues soirées qu'on passe, un livre à la main,\n dans une chambre bien close. Au dehors, le vent gémit et, par\n intervalles, la pluie bat les vitres; et le charme intime du chez\n soi s'accroît des intempéries de la saison. Dans l'humble réduit\n où l'on se trouve confiné, on vit par l'esprit une vie changeante\n et fabuleuse. Qu'importe qu'on soit pauvre, malheureux et\n humilié dans la réalité, quand, chaque jour, on peut, d'un coup\n d'aile, s'évader dans le rêve ?\n     Il songea longuement à tout cela, et il bénit la maladie et la\n pauvreté qui le condamnaient à ne connaître que les silencieuses\n fêtes de l'esprit.\n     Pourtant, il avait plus d'une fois maudit sa destinée, et il s'était\n cru plus qu'un autre en proie au malheur, ce qui l'avait aigri.\n  Mais voici que toute rancune et toute aigreur s'étaient dissipées,\n  il ne savait comment, et il souriait en pensant que tout était\n  bien, puisqu'il vivait, qu'il pensait, qu'il rêvait, et que le sort\n  laissait intact ce qu'il avait de plus précieux dans son être.\n      Etait-ce la maladie, ou sa longue réclusion, qui lui valait cette\n  soudaine sagesse?...\n      Et il se sentit l'âme pleine de douceur...\n      Tant d'autres, d'ailleurs, étaient plus malheureux que lui!\n  D'abord, son existence matérielle était assurée, et, comme il\n  était de nature indolente, contemplative etpeu propre à l'action,\n  il se félicitait de n'avoir pas à lutter pour le pain de chaque jour.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                      LA BONTÉ DU MALHEUR                            25\n\n\n  De plus, il jouissait du calme et du loisir nécessaires aux travaux\n de l'esprit, comme à ses flâneries. Il était de ceux qui non seule-\n ment supportent la solitude, mais encore la recherchent et\n l'aiment. Enfin, il n'était seul que s'il le voulait être; quand il\n s était lassé des amis silencieux qu'on trouve dans les livres, il\n savait où trouver des cœurs loyaux et généreux, qui l'aimaient\n pour ses défauts autant que pour ses qualités, et, au besoin, con-\n solaient cette âme sensitive et vite découragée. En somme, le\n malheur l'avait touché d'une main trop légère pour qu'il eût le\n droit de s'en plaindre.\n    Non, vraiment, il n'avait pas le droit de s'en plaindre. Peut-\n être même, en v pensant bien, avait-il lieu de le bénir... Il pen-\n sait à ceux de ses amis qui, plus favorisés que lui, se trouvaient\n être riches, ou célèbres, ou aimés, et jouissaient pleinement de\n ces dons. Le calme qu'ils gardaient au milieu de ce qu'on appe-\n lait leur bonheur, l'avait toujours étonné. Pour lui, il ne pouvait\n se rappeler sans tressaillir les rares instants où ce merveilleux\n et fuyant bonheur l'avait seulement effleuré. Ils tenaient peu de\nplace dans sa vie, mais ils l'illuminaient tout entière !\n    Et il revoyait tel jardin silencieux où son cœur, avec un\ntrouble tellement exquis qu'il en était presque douloureux, s'était\nouvert à l'amour... Il se rappelait le grand frisson qui l'avait\nsaisi, lui le pauvre et le déshérité, devant les choses grandes et\nbelles qu'il lui avait été donné de voir; sa grave émotion à la vue\ndes horizons longtemps rêvés et contemplés, enfin, comme en\nvertu d'une grâce; ses larmes de pèlerin au seuil des lieux\nillustres...\n    Puis, c'était l'effort exaltant de l'artiste qui, dans le silence et\nl'obscurité acceptée, cherche à incarner un grand rêve, sa joie\nfière lorsqu'il y réussit, la sympathie spontanée de quelques\ncœurs d'élite rachetant la gloire qui lui était refusée...\n    Il se disait que le sort ne lui avait pas été cruel sans raison; si\nla joie, chez lui, tenait de l'extase, si l'habituelle beauté des\nbois, des eaux et des nuages le troublait comme au premier jour,\nc'est que le malheur avait affiné sa sensibilité, tandis que, pour\nlui, la privation gardait aux choses toute leur fraîcheur. Et bien\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "26                          DURENDAL\n\n\nloin d'envier ceux qui, humainement, passaient pour heureux, il\nétait presque tenté de les plaindre.\n   Ainsi, après avoir maudit son infortune, il n'avait pas tardé à\ns'y résigner, et, à force de la méditer, il finissait par la bénir.\n   Car il trouvait une richesse dans sa pauvreté, une force dans sa\nfaiblesse, et sa solitude était toute peuplée de divins fantômes.\n   Et il se sentit l'âme pleine de joie...\n\n                                           FERNAND     SÉVERIN.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                Au souvenir d'Octave Pirmez\n\n\n\n                 L'oeuvre d'Octave Pirmez vient de reparaître, en u n e\n                   superbe édition posthume, publiée suivant le vœu de\n                   l'auteur et par l'affection pieuse de sa noble famille (1).\n                   A cette occasion. Durendal. sortant de son fourreau. non.\n                   pas sous la forme d'une épée étincelante. mais sous la.\n                   forme gracieuse d'une baguette de fée. m'indique une\n                   page blanche et m'invite à y tracer quelques lignes à\n                   la mémoire de l'éminent écrivain disparu. C'est avec\n                   bonheur que j'accepte cette invitation, heureux de\nreparler de « lui » en une revue qui honore les lettres et qui. tout\nspontanément, a voué à notre mort illustre un culte si intelligent, si\nsincère.\n   Ah! certes, je n'ai plus a présenter Octave Pirmez aux lecteurs de\nDurendal. Ils le connaissent et ils l'aiment, de concert avec tous ceux\nqui, en notre pays, ont quelque souci d'Art et de Littérature. Du moins,\nil m'est doux d'évoquer, une fois encore, un souvenir cher, un souvenir\ninoubliable, et de saluer, modestement, respectueusement, l'œuvre\ngrandiose qui, de nos lettres nationales, est l'une des gloires les plus\néclatantes, les plus pures.\n   Depuis près de dix-sept ans, Octave Pirmez repose dans le chœur\nd'une ancienne église, transformé en chapelle sépulcrale. Depuis près\n\n\n  (1) Edition posthume des œuvres d'Octave Pirmez, 5 volumes : Feuillée, Jours de solitude,\nHeures de philosophie. Rèmo, Lettres à José (Paris, librairie académique, Perrin et Cie ;\nNamur, Jacques Godenne, éditeur).\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "28                              DURENDAL\n\n\nde dix-sept ans, il dort de l'éternel sommeil, dans ce poétique caveau\nde famille, qu'entoure un petit cimetière abandonné situé sur une\npittoresque colline, non loin de la nouvelle église du village de\nVillers-Potterie.\n   Bien des printemps ont passé, depuis le printemps cruel qui l'emporta,\nsubitement presque, en couvrant sa tombe trop tôt fermée des fleurs\nque mai venait de faire éclore! Bien des printemps ont cnfeuillé les bois\net reverdi les campagnes, depuis ce printemps sans joie et sans sourire\nqui donnait à toutes choses une tristesse de deuil. Et les automnes ont\npassé aussi, les automnes qu'il aimait, les trouvant en concordance\nparfaite avec la mélancolie de ses songes. Les grands arbres des avenues\ninspiratrices ont secoué leurs feuilles jaunes — telles des larmes d'or —\nsur les pelouses solitaires, et les souffles invisibles du soir les ont\nemportées sur les eaux limpides des étangs dans lesquelles se mirent les\nvieilles tours. Les vents de novembre sont venus, pareils à des voix\nmystérieuses et plaintives, gémir aux croisées de l'antique manoir, en les\nnuits sombres de tourmente et de désastres. Puis, les neiges ont blanchi\nles montagnes et couvert de dentelle les haies noirâtres et les bosquets\ndépouillés. Et le retour d'avril a fait renaître les bourgeons, et l'été s'est\nremontré prodigue de ses fêtes champêtres, les multipliant à plaisir, dans\nles prés, dans les forêts, insoucieux de l'absent qui naguère y assistait et\nles racontait avec extase.\n   La Nature, toujours belle, s'est parée coquettement, comme aux jours\noù l'admirait et la chantait son poète. Tour à tour, les printemps, les étés,\nles hivers, l'ont couronnée de fleurs, de givre ou de soleil, tandis que\nl'automne la vêtait royalement, de pourpre et d'or, pour la rendre\nséduisante même en son agonie.\n   Mais les sonneries harmonieuses des cloches n'ont pu arracher le poète\nà son sommeil d'années. Les rumeurs du jour, montant de la vallée\nqu'animaient les quotidiens labeurs, n'ont pu rompre le calme infini de\nla tombe impassible. Le bruit de la rafale, les clameurs sauvages de la\ntempête sont restées inentendues de celui qu'enveloppait le silence\nintroublable de la mort. La Nature a vainement étalé ses splendeurs, ses\nenchantements, au cours de la merveilleuse féerie que le ciel règle et\ndont les saisons transforment si capricieusement le décor : la colline est\ndemeurée muette, la chapelle a continué sa mentale prière, et l'endormi\npour toujours a paru insensible à toutes ces voix si souvent écoutées, à\ntous ces spectacles tant de fois contemplés avec une attention ravie !\n   Et pourtant, sa voix se mêlait à ces voix; elle décrivait ces mêmes\n scènes variées de la Vie et de la Nature, elle les mettait en valeur, en\nlumière, avec l'admiration réfléchie et l'enthousiasme intelligent du\npoète qu'inspire son génie. L'âme aussi était là, l'âme qui est immortelle\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                    AU SOUVENIR D'OCTAVE            PIRMEZ                   29\n\n\n\n\n   même sur cette terre où, malgré le trépas, nous la retrouvons,\n  doucement fugitive, sous la forme du souvenir. Par les aubes sereines,\n   par les soirs vaporeux, en les jours clairs comme en les nuits limpides,\n   elle planait sur cette colline, elle donnait à ce site pittoresque je ne sais\n   quel indicible charme de mystère et de poésie.\n      Qu'importe le temps? Qu'importent les années? Il vivra toujours celui\n  qui chanta la splendeur des choses, goûtant une étrange ivresse à déplorer\n   leur inconstance, et à s'apitoyer à l'idée de leur durée éphémère, de leur\n  rapide évanouissement. Il vivra toujours, l'écrivain génial qui a enregistré\n  toutes les impressions, toutes les sensations de son existence terrestre,\n  dans un phonographe magique qui redit non seulement ses paroles, mais\n  qui exprime ses plus secrètes pensées.\n     Pour entendre sa voix, pour écouter son âme vivre, il surfit de rouvrir\n  ses ouvrages. Il est là, tout entier, en dépit de la mort impuissante.\n  Quiconque a lu, dévotement, ses pages inspirées, ne saurait, sans songer\n  à lui, prêter l'oreille à la sonnerie des cloches, à la plainte du vent, au\n  murmure berceur de la rivière qu'il a tant de fois mélancolisés en leur\n  prêtant ses sentiments intimes. Les cloches! Elles ont gardé le son de sa\n  voix qui, mélodieusement, redisait leur cantique et en interprétait les\n  vagues et pénétrantes harmonies. La Nature entière conserve son\n  souvenir et le fait inconsciemment renaître à chacune de ces transfor-\n  mations que sa plume a peintes avec tant de maîtrise.\n     Comment, d'autre part, parcourir la contrée où vécut le poète, sans\n l'avoir sans cesse pour compagnon, pour guide? Comment apercevoir\n ce château d'Acoz qui semble un manoir de légende, sans éprouver — si\n l'on a des fibres — une émotion involontaire? Comment s'arrêter devant\n les eaux immobiles qui l'entourent, sans chercher à sa façade d'une\n sévérité d'abbaye, la fenêtre auprès de laquelle Octave Pirmez écrivit ses\n Jours de solitude? Comment traverser le bois de Montplaisir, sans sourire\n mélancoliquement aux arbres aimés dont l'écorce lui servit de confidente,\n et qu'il orna de mots choisis, de devises préférées, de sa main d'artiste ?\n Enfin, comment franchir le seuil de la maison hospitalière, sans aperce-\n voir le maître aimé qui la rendit si doucement célèbre? — Malgré la dis-\nparition — hélas! définitive — ce coin naguère ignoré de province est\nrempli de la présence de l'écrivain qui l'a tiré de l'ombre; et plus tard\nvraisemblablement, il deviendra un lieu de pèlerinage pour les fervents\nde l'Art et de la Pensée.\n    Non. la mort n'a pas, comme il arrive souvent, produit l'oubli fatal\ndans les cœurs et dans les mémoires. Au contraire, elle a grandi sa victime,\nelle l'a élevée à tous les yeux, dans une survivance désormais assurée.\nL'accord s'est fait, et les plus incrédules ont dit « Je crois », tandis que\nles meilleurs, les plus éclairés, célébraient la victoire tardive avec une\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "30                              DURENDAL\n\n\nunanimité imposante. Nos jeunes écrivains, suilout. ont contribué à ce\ntriomphe posthume, en acclamant le maître avec toute l'ardeur, tout\nl'élan de leur admiration aussi sincère que désintéressée ; et la foule même\n— ô surprise! — a subi l'entraînement de leur fougue généreuse.\n    Sans doute, en notre pays, le littérateur est rarement populaire dans le\nvrai sens du mot. Je croirais m'abuser. me bercer d'une illusion char-\nmante, en m'imaginant que notre grand écrivain a subjugué les masses,\nles tirant de la coutumière indifférence dans laquelle elles restent plon-\n gées. Du moins, il a conquis tous les suffrages intelligents, et l'on peut\n l'affirmer sans être accusé de complaisance : son œuvre est aujourd'hui\n hautement appréciée ; après une épreuve d'un quart de siècle presque,\n elle reparaît dans une gloire posthume que la modestie de l'auteur n'avait\n ni espérée, ni prévue.\n     C'est justice. L'œuvre d'Octave Pirmez est grande et belle. On dirait\n un temple magnifique, tout rempli de trésors dont les fidèles seuls con-\n naissent la valeur et le nombre.\n     Une avenue ombreuse, Feuillces. conduit à ce temple où la Pensée, qui\n était l'idole du maître, trône souverainement. Et clans la fraîcheur de cette\n galerie verdoyante, dont la voûte est le ciel, passe des rayons de jeunesse,\n circulent des aromes de plein air, des parfums de printemps qui prédis-\n posent l'âme aux instinctifs enthousiasmes.\n     Quel rêve plus enchanteur que ce délicieux joyau littéraire qu'on\n  nomme Jours de solitude? Quels tableaux plus ravissants que ces pages\n  qui font resplendir, dans une lumière d'âme. clans une vision d'idéal et de\n songe, les paysages les plus radieux, les plus inspirateurs de l'Italie, de la\n  Suisse, de la France et de l'Allemagne? Quel musée plus intéressant, plus\n instructif, plus digne qu'on s'y attarde, que ce livre qui met en relief tant\n  de richesses artistiques contemplées à travers le prisme d'une imagina-\n  tion brillante, tant de souvenirs historiques, rappelés ou commentés par\n  un esprit subtil, prompt à saisir le côté métaphysique des choses, et à\n  s'orienter dans le labyrinthe de l'antiquité, dont une étude approfondie\n  lui a révélé tous les détours, tous les mystères.\n     Mais voici le vrai temple de la Pensée : Heures de Philosophie. Au fron-\n  tispice, l'auteur a gravé ces mots : Dieu, Nature, Humanité. Et, le flam-\n  beau de la foi à la main, il passe en revue les questions les plus hautes,\n  les plus complexes, les plus troublantes, il se complaît à l'examen hardi\n  des problèmes les plus vastes, il s'ingénie à les résoudre, « en considérant\n  l'infinie réalité, et en écoutant la voix du cœur plutôt que celle d'une\n  raison sans amour ».\n     Rémo est comme un autel funéraire, dressé au Souvenir, dans ce temple\n  monumental. Sur le marbre de la tombe, Octave a gravé des paroles de\n  tendresse qui font revivre le jeune frère bien aimé, tragiquement ravi à\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                        AU SOUVENIR      D'OCTAVE PIRMEZ                     3l\n\n\n\n   son affection touchante. C'est ici que l'âme brisée du poète a répandu ses\n  larmes. C'est ici qu'elle est venue, farouche, exhaler son chagrin débor-\n  dant et demander au Ciel de lui prêter aide et assistance, dans sa détresse,\n  dans son malheur. Ces pages éplorées, écrites avec des pleurs, sous\n  l'impression d'une douleur expansive et résignée néanmoins, sont d'une\n  poignante beauté, d'une puissance d'accent comparable à celle des\n  hymnes et des prières de l'office des morts.\n     Les Lettres à José semblent le livre des affections, des souvenirs et de\n  confessions franches et spontanées. C'est le livre d'or du temple, celui où\n  Octave a écrit des noms, a narré des faits, a résumé toutes les aspirations\n  de son âme. Mais, je cède la parole à des voix étrangères : « Les lettres\n  à José couronnent dignement l'œuvre d'Octave Pirmez (1). La Belgique\n  contemporaine n'a pas un livre qui pèse celui-là en poésie, en style\n  et en pensée (2). Ames affamées et irrassasiées d'infini, éprises de saintes\n  passions, et de frémissants enthousiasmes, ouvrez ce livre : il vous em-\n  portera bien haut dans le pays de l'idéal. Esprits sceptiques et désan-\n  chantés, qui ne croyez pas à l'alliance possible de l'art inspirateur et des\n  convictions religieuses, ouvrez ce livre : il relèvera votre courage et\n  vous racontera les vertus fécondes de la suprême beauté. Vous, que les\n fanges et les pourritures du matérialisme contemporain ont voués à tous\n les écœurements, à tous les dégoûts, ouvrez ce livre : à l'air pur qui le\n pénètre et aux exquis parfums qui l'embaument, vous comprendrez que\n vous êtes sur une terre nouvelle, où il fait bon revivre et se restaurer (3). »\n    On devrait lire davantage les œuvres d'Octave Pirmez. Je l'ai constaté\n souvent : plusieurs s'imaginent, bien à tort, qu'elles ne contiennent que\ndes rêveries. Quelques-uns leur reprochaient même, au début, de man-\nquer de fond, et de ne briller que par la forme ! Nous leur ferions plutôt\n le reproche d'avoir trop de fond, si la solidité et la variété de la pensée\nn'égalaient son abondance et son élévation. Certes, pour nous, les rêve-\nries exquises du poète constituent les plus belles pages de son œuvre.\nMais pour ceux qui aiment le « positif», comme ils disent, proclamons\nque les livres de notre grand écrivain sont comme un immense réper-\ntoire de connaissances humaines. Evidemment, l'œuvre magistrale qui\ns'appelle Heures de Philosophie ne ressemble en rien aux traités de philo-\nsophie froids et secs. Le poétique pèlerinage des Jours de solitude, aux\npays du soleil, des légendes, des souvenirs et des réminiscences d'un\nhéroïque autrefois, n'ont rien de commun avec les pâles récits de\nvoyages, sortes de guides à l'usage des touristes. C'est du haut de son\n\n\n (1) Bulletin Bibliographique (Lille).\n (2) Revue des Livres (Paris).\n (3) Annales Je Provence (Marseille).\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "32                              DURENDAL\n\n\nâme que Fauteur apprécie les hommes et les choses, et de son for inté-\nrieur qu'il tire sa philosophie, toute d'intuition. C'est sur un char d'or —\nson imagination — traîné par des coursiers ailés — ses pensées — qu'il\ntraverse les belles contrées où l'a conduit sa curiosité d'àmc. et non sa\nfantaisie de snob.\n    Et cependant, comme l'observait un judicieux critique, dans ce livre.\n « les caractères des peuples divers sont fouillés avec un soin philoso-\nphique intime, qui nous les dépeints sur le vif: chaque profession même\n est le sujet d'un portrait moral ». D'autre part, partout, dans les cinq\n volumes, que d'observations, de réflexions fines et personnelles sur les\n mœurs, les usages, les qualités, les vertus, les travers des sociétés et des\n individus de tous rangs, de toutes classes ! Que d'appréciations justes,\n profondes, saisissantes sur l'Art, la Science et la Littérature! Que de\n perspectives ouvertes sur le passé, le présent et l'avenir !\n     11 n'est pas téméraire de le dire : Octave Pirmez est un réaliste dans la\n plus noble acception du mot. Ses livres sont vécus, écrits devant la Vie\n qui vient s'y réfléchir comme en un miroir fidèle. Rien n'échappe à son\n regard connaisseur et lucide. Ecoutons-le nous parler des églises d'Italie\n en une page vibrante des Jours de solitude. Il est « sous les voûtes grises\n de l'église Santa Croce. à Florence, où reposent bien des hommes illus-\n tres ». Il voit : « leurs tombeaux de marbre s'aligner le long des nefs ».\n  Il voit « se dresser les grandes figures qui occupèrent l'esprit de plusieurs\n siècles. Michel-Ange Buonaroti garde l'expression de cette figure puis-\n sante, qui remue des montagnes pour en faire jaillir ses pensées. Alfieri\n  que pleure une muse désolée, rêve près des masques tragiques et de sa\n lyre morte. Galilée, le front levé vers les astres, cherche l'énigme dont le\n  secret troublera ses jours et lui ravira sa liberté ». — Voici Pirmez, au\n  couvent de Saint-François, à Assise : « Quelle joie j'éprouvais, dit-il, à\n  me promener dans sa vieille église obscurcie par toutes les richesses de\n  l'art et résonnante de tant de souvenirs! On s'avance avec surprise sous\n  les voûtes basses, noyées dans un jour crépusculaire: on marche avec\n  recueillement entre les piliers énormes qui semblent supporter le poids\n  de sentiments disparus. Le regard se perd dans les coins sombres où étin-\n   cellent les lampes de cuivre et les sculptures des orgues; on ne l'élève\n   pas pour chercher la lumière aux vitraux; on ne le porte pas aux arches\n  des voûtes assombries par les fresques de Capanna et de Toddeo Gabdi :\n   on le laisse errer autour de soi, sans hâte de voir on demeure paisible\n   dans ce fouillis d'ornements qui se marient en une harmonie austère-\n   Pourquoi chercherait-on une issue à la cage mystique où nous tient la\n   pénombre sacrée ? Au-dessus du maître-autel, qu'entoure une grille de\n   bronze ouvragée, Giotto a représenté en allégories les vertus pratiquées\n   par Saint François, et sa glorification. On voit ses fiançailles avec la\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "LA CATHEDRALE DE CHARTRES\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": ""}, {"page_pdf": 52, "texte": "                     AU SOUVENIR D'OCTAVE P1RMEZ                            33\n\n\n   Pauvreté, figurée par une jeune femme, vêtue d'une robe en lambeaux,\n  et précédée par des enfants qui sèment des épines sur ses pas. La sainte\n  mendiante tend la main, d'un geste reconnaissant, à l'humble serviteur\n  de Dieu qui s'avance vers elle. Les reflets rouges des tentures se jouent\n  sur les personnages symboliques, ça et là, un rayon de lumière vive illu-\n  mine un doux visage de madone et fait jaillir les formes grêles du divin\n  crucifié. J'admirais une Saintc-Marie-Madeleinc de Buffalmacco. La\n  pécheresse agenouillée a une expression navrante : elle semble ployée\n  sous l'amour terrestre et transfigurée par l'idéal que lui révèle Jésus. A la\n  voûte d'une chapelle, qui, pendant les jours d'hiver, gémit au vent du\n  Nord, sont représentés des prophètes et des sibylles. Celui qui les peignit\n  perdit la vue dans sa vingtième année. Il fut l'émule de Raphaël, et il\n  se nommait Andrea Luigi, mais ses compagnons l'appelaient Vingegno.\n Je passai sous la travée du vestibule où Hécubc de Lusignan, reine de\n Chypres, dort depuis six siècles en son tombeau de marbre... »\n    Combien d'autres pages égalent et surpassent celle-ci ! L'embarras est\n de choisir, comme lorsqu'on se trouve en présence d'un somptueux éta-\n lage. Oui, Octave Pirmez est à la fois un grand penseur et un grand\n peintre, un artiste supérieurement doué, et nulle réputation n'est plus\n légitime que la sienne.\n    La réédition de son œuvre assurera, sous sa forme matérielle, la durée\n de cette œuvre dans les temps à venir. Pour nous, elle est comme une\n résurrection glorieuse, qui sera suivie, espérons-le, d'une nouvelle ascen-\n sion. Elle nous cause une impression très spéciale et presque étrange.\n Et, nous avons pu nous en convaincre, cette impression est partagée\nnon seulement par les amis de l'écrivain, mais par tous ceux qui connais-\n sent ses ouvrages, qui ont entretenu un commerce avec sa pensée écrite.\nOn ouvre ces livres, comme on ouvrirait des reliquaires pieux. On relit\n ces pages, comme on relirait des prières aimées. Pourquoi ? C'est parce\nque toute l'âme est là, palpitante, et qu'on la sent vivre sous les feuillets.\nau point qu'en les tournant, on croit entendre le frémissement de ses\nailes...\n    Ame grande, noble, compatissante et généreuse ! Ame bonne, douce,\ningénue et naïve! Ame sincère, croyante, religieuse et foncièrement\nchrétienne ! Ame d'élu à laquelle Dieu a donné une immortalité double :\ncelle de là-haut et celle d'ici-bas !\n                                                        JOSÉ DE COPPIN.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "LA BÉNÉDICTION                       DES                HERBES\n\n\n\n                                      Ut bominibus, pecoribus, pecudibus et\n                                    fumentis contra morbos, pestes, ulcera,\n                                    maleficia, incantationes, venificia serven-\n                                    tuin et aliorum venenosorum animalium et\n                                    bestiarum morsus, remedium proestent.,,\n\n\n\n\n « Seigneur, Dieu tout Puissant, créateur de la terre,\n Des Océans et des mondes firmament aires,\n\n Vous avez décidé que le sol, dont l'argile\n S'imprégnera de fraîches eaux, sera fertile.\n\n Et voici que la glèbe arrosée a produit\n Des feuillages, des fleurs, des herbes et des fruits.\n\n Bénissez aujourd'hui les herbes que Vous offre\n — Parfumant les parois épaisses de ce coffre —\n\n Votre peuple à genoux. Vous y voyez mêlées\n L'herbe de Mai que sut épargner la gelée.\n\n L'herbe d'été, l'herbe des bois, jaune et rosée,\n La seconde herbe éclose et mûrie aux rosées\n\n De la grave et brumeuse automne des prairies.\n Un sol humide et lourd ne les a point fleuries.\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "               LA BÉNÉDICTION DES HERBES                 35\n\n\n Elles ont poussé haut, flexibles, élancées,\n Et si nombreuses que la faux fut émoussée\n\n A revêtir le sol de leur parure morte.\n Le char à grande peine est passé par la porte.\n\n Elles sont là, fleurant l'avril, dans l'ombre tiède,\n A côté de l'étable où ruminent les fêtes.\n\n Obtenez que les foins et les luzernes sèches,\n Les trèfles, les colzas s'entassent dans les crèches,\n\nEt qu'imprégnés d'anis, d'angélique, de thym,\nDe mélisse et de bourrache, de romarin,\n\nDe coriandre, et de sariette et de menthe,\nLes aliments aient une saveur odorante !\n\nAugmentez la vertu favorable des plantes\nQui servent de remède à notre chair souffrante,\n\nAfin que désormais le poison des vipères\nNe se mélange plus au sang de nos artères,\n\nQue lefer rouge et blanc ne brûle plus le derme,\nEt que les plaies sous la mandragore se ferment.\n\nDaignez bénir l'opppanax et la valériane,\nLe chiendent, la réglisse et les calmes tisanes,\n\nLa camomille et la guimauve et les grains d'ellébore\nPour ceux dont la raison à nouveau s'élabore !\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "36                        DURENDAL\n\n\n\n\n     LA BÉNÉDICTION                             DU             VIN\n\n                                      \" Ut vinum cor bominis loetificet. ,,\n\n\n                               Sur la table de bois est déposé le vin,\n                               Rouge, blanc et rosé dans trois cruches d'étain.\n\n\n     « Seigneur, qui pour répondre aux vœux de votre mère,\n     Avez permis que vos hôtes se désaltèrent\n\n     Du vin miraculeux des outres de Cana,\n     Daignez sanctifier celui que dispensa\n\n     La vendange passée au peuple qui vous prie.\n     La brise fut tiède et la vigne fleurie,\n\n     Et les grains verts et ronds que le ciel colora,\n     Gardés d'oïdium et de phyloxera,\n\n     Du gel, des pucerons, des grives et des loirs,\n     Ont pu mûrir selon votre divin vouloir.\n\n      Le cep s'est enroulé sur les tiges de bois,\n      Et bientôt ont ployé les sarments sous le poids,\n\n      Des grappes bleues et transparentes, dont Septembre\n      Charge le jaune et flexible réseau des pampres.\n\n      Le jus a débordé du pressoir et des cuves\n      Et les foudres gonflés craquaient sous les effluves\n\n       De la lourde fermentation du raisin.\n       Dans les tonneaux f ut enclose l'âme du Rhin\n\n       Que nous vous présentons avec les crus de France,\n       De la Moselle et du Schwartzwald et de Byzance,\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                       BÉNÉDICTION DU VIN                     37\n\n\nLes vins de Chypre, et Malaga et Marsala,\nLe vin des îles que la mer bleue parfuma,\n\nLa Malvoisie et le nectar de Méthylène,\nLe Xérès, le Tokay, le Thétalassomène,\n\nLes grands vins, les Margaux d'évêques ou de reines\nEt les petits vins bleus des coteaux de Suresnes,\n\nLa piquette aigrelette et le vin blanc de Huy,\nTous les vins de campèche ou de Montmorency,\n\nCeux qu'on sert dans des pots, ceux qu'on sert dans des verres,\nCeux qu'on vide joyeux ou la lèvre sévère,\n\nLe Lacryma Christi, le Châteauneuf des Papes\nDont Avignon, Seigneur, a vu mûrir les grappes !\n\nFaites qu'ils restent clairs, odorants, pavoises,\nAfin de réjouir les cœurs désabusés\n\nEt d'alléger l'esprit que les soucis oppressent\nSans jamais le voiler des vapeurs de l'ivresse.\n\nQu'ils apportent la force aux membres et soutiennent\nLes muscles affaiblis et las ; que dans les veines,\n\nLeur vertu régénère un sang anémié!\nBénissez le vin pur et privilégié\n\nQu'aucun mélange n'altéra et qui demain,\nCessant à tout jamais, Seigneur, d'être du vin,\n\nPrêtera sa commune et fragile apparence\nAu sang perpétuant votre auguste présence.\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "38                         DURENDAL\n\n\n\n\nLA BÉNÉDICTION                          DES MA LA DES\n\n                            \" Ut super lectum dolorie sui jacentes visitare bigneris.,,\n\n                                En hémicycle pris du Gare, les malades\n                                Sont étendus, le premier mai, sur l'esplanade.\n\n\n     « Daignez bénir, daignez sauver, daignez,                Seigneur,\n     Guérir et relever du grabat de douleur\n     Ces infirmes venus les yeux clos, les pieds tors,\n     Vous implorant de visiter leur triste corps !\n     Faites que ce muet en écartant les lèvres\n     Sente sa gorge morte enflammée d'une fièvre\n     Inconnue et que sa langue aussitôt déliée,\n     Ranimant une voix qu'elle avait oubliée,\n     Trouve des mots subtils pour désigner les êtres\n     Et les choses qu'il nous importe de connaître,\n\n     Se souvienne du rythme agréable des chants\n     Qui l'ont bercé lorsqu'il était encore enfant,\n     Et proclame, Seigneur, la suprême puissance\n     De Celui qui le fit maître de son silence.\n\n      Faites que cet aveugle entr'ouvre les paupières\n      Et qu'aussitôt soient inondés de vos lumières\n\n      Ses yeux, ses pâles yeux, ses deux yeux bleus et blancs,\n      Depuis toujours fermés aux feux étincelants\n      De l'aurore dorée et de la nuit profonde,\n      Qui s'émerveilleront à contempler le monde.\n\n      Faites que ce boiteux marche d'un pas égal\n      Pour que rentrant, sans sa béquille, au sol natal,\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "            LA BÉNÉDICTION     DES MALADES             39\n\n\nIl puisse désormais aller par les chemins\nSans trébucher et sans fléchir, sans que sa main\nSe cramponne au bâton noueux qu'il va laisser\nAvec un cœur d'argent sous le roc enfumé.\nFaites qu'un sang nouveau batte sous le visage\nDe ce lépreux, créé jadis à votre image,\nAfin qu'une peau rose et fraîche et caressante\nS'étende sur son éruption purulente.\n\nQue votre grâce touche et détende le corps,\nQui sans un mouvement le conjure et l'implore,\n\nEt que ses membres lourds, inertes et gonflés,\nRetrouvant la vigueur et l'élasticité,\nSachent vous obéir et prêter leurs offices\nA l'accomplissement de votre saint service !\n Vous ferez que l'oreille étonnée de ce sourd\nIgnorant la musique adorable du jour,\nPalpite tout à coup d'un tremblement secret\nEn entendant passer les chansons des forêts,\nEt la rumeur des eaux, des bêtes et des plantes\nDans les profondeurs de sa tête bourdonnante.\nQue ce dément, enfin, revenant à la vie\nEmouvante, troublante et grave de l'esprit,\nSente se réveiller sa raison et comprenne\nSinon comment le cèdre est sorti d'une graine,\nDu moins, Seigneur, ce que vous avez fait pour lui\nEn arrachant ses sens à l'éternelle nuit !\n\n                                       THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "              QUELQUES PAGES\n                             SUR LA\n\n\n\nFormation chrétienne d'une Femme catholique\n                               PAR\n\n\n             Madame Marie du Sacré-Cœur\n\n\n\n              ON a toujours parlé, on parlera éternellement de\n                l'éducation. Depuis des siècles, les esprits éclairés\n                s'occupent, sans l'épuiser, de cette question\n                vitale dont dépend l'avenir des races. D'excel-\n                 lents livres nous restent à lire et à méditer. Si les\n                 lois fondamentales ne se modifient pas, la sagesse\n                 permet d'y ajouter ce que l'action du temps a pu\n                 changer dans l'application des doctrines et dans\nson opportunité.\n   Nous croyons donc, à ce point de vue, et aussi à cause de\nl'admiration que nous cause l'élévation de ses pensées, qu'il\nserait bon de répandre parmi ceux qui s'occupent de la jeunesse\nl'ouvrage de Madame Marie du Sacré-Cœur. Cet ouvrage est\nplus particulièrement destiné aux maisons religieuses, mais\ntoutes les mères, toutes les institutrices y puiseront des vues plus\nlarges, plus pratiques et une plus haute idée de leur mission.\n   Nous ajouterons qu'une autre raison nous engage à parler de\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": " LA FORMATION C H R É T I E N N E D U N E FEMME CATHOLIQUE        41\n\n\n\nce livre. Elle sera, je l'espère, comprise de tous. Les faits cités à\nl'appui des théories de l'éminente éducatrice, semblent parfois\nexagérés en Belgique. La foi est heureusement plus vive, plus\ngénérale chez nous qu'en France. Mais les causes qui ont amené\ndans ce malheureux pays le règne de l'incrédulité et du dé-\nsordre peuvent avoir leur influence et leur écho chez nous. Il\nfaut prévoir la crise, et si prévoir est guérir pour les maladies du\ncorps, il l'est mille fois davantage pour celles de l'esprit. Nos\nfilles élevées avec le sentiment de leur responsabilité dans la\nfamille et dans le monde, avec la volonté de se servir pour le\nbien des dons que Dieu leur a accordés, sauront apporter dans\nl'accomplissement de leurs devoirs d'épouses, de mères et de\ncitoyennes la modestie, la douceur et la dignité qui conviennent\nà la femme chrétienne. Mais elles y ajouteront la fermeté et la\nforce qui sont les bases de l'action.\n    En parlant du livre de Madame Marie du Sacré-Coeur, je\nme mettrai seulement au point de vue des réformes à introduire\ndans l'éducation en général. Je ne connais pas assez ce qui se\nfait dans les couvents belges. Cet article étant destiné à être lu\nsurtout par les personnes du monde, je n'ai d'autre ambition\nque de leur donner à celles-ci le désir de connaître de plus près\nces pages remarquables.\n    L'idée primordiale de cet ouvrage est de rapprocher la femme\nà venir du type biblique de la femme forte, type que l'Eglise\nmet sous nos yeux dans l'office des Saintes et que je reproduis\nici : « Qui trouvera une femme forte? Elle est plus précieuse que\nles biens qu'on rapporte de l'extrémité du monde. Le cœur de\nson mari se confie en elle... Elle a cherché la laine et le lin, et\nelle a travaillé avec des mains sages et ingénieuses. Elle est\ncomme le vaisseau qui apporte le pain de loin. Elle se lève lors-\nqu'il est encore nuit. Elle a partagé le butin entre ses domes-\ntiques et sa nourriture avec ses servantes. Elle a considéré un\nchamp et l'a acheté. Elle a planté une vigne du fruit de ses\nmains. Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son bras...\nSa lampe ne s'éteindra pas pendant la nuit... Elle a ouvert sa\nmain à l'indigent, elle a étendu ses bras vers le pauvre... Elle est\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "42                          DURENDAL\n\n\n\nrevêtue de force et de beauté. Elle sera joyeuse au dernier jour.\nElle a ouvert sa bouche à la sagesse, et la loi de clémence est\nsur sa langue... Son mari s'est levé et l'a louée... »\n   Cette femme avait certainement reçu une éducation qui, tant\nintellectuellement que physiquement, la rendait propre à rem-\nplir ses devoirs. Il faut du reste remarquer que l'effacement\ntotal de la femme est une conséquence du paganisme, qui ne\ncherchait en elle que le plaisir et la fécondité. Je me permettrai\nmême, pour répondre à une objection qui m'a été faite et qui\ntémoigne de la modestie de ses auteurs, que dans le livre saint,\nle mari ne semble nullement inquiet de la supériorité de sa\nfemme. I1 en tire parti et se lève pour la louer.\n   Nos aïeules étaient instruites. Elles apprenaient les langues\nmortes. Elles étaient bien élevées.\n   Madame Marie du Sacré-Cœur constate que l'éducation de la\nfemme n'est pas développée dans le sens indiqué par cette image\nempruntée aux livres saints. Cependant, c'est d'elle que dépendra\nen grande partie la formation morale, le développement intellec-\ntuel, la santé de ses fils et de ses filles. La vie chrétienne des\nfamilles trouve presque toujours sa source chez la femme. C'est\nelle qui gravera dans l'intelligence de l'enfant ces principes que\nrien n'effacera et dont l'enseignement ne doit pas être laissé\nexclusivement aux catéchistes et aux couvents. C'est elle qui\nélèvera l'âme de l'enfant, qui lui fera comprendre la beauté du\nsacrifice, de la charité; les devoirs de sa position; l'obligation du\ntravail. C'est elle qui le sortira de l'ornière des habitudes\nluxueuses si antichrétiennes, qui lui donnera l'amour de la\npatrie, l'amour du bien, du beau, et qui le soulèvera au-dessus\n des mille liens mesquins et avilissants qui le retiendraient captif,\n inutile, ennuyé et oisif dans le monde. Pour accomplir une\n pareille mission, une femme peut-elle rester médiocre ? Ceux\n qui font son éducation ont-ils tort ou raison en lui donnant seule-\n ment des notions d'histoire, de grammaire, d'orthographe et de\n catéchisme? Le système contraire ne formera-t-il pas des femmes\n pédantes et vaniteuses ?\n   Une belle page de Madame Marie du Sacré-Cœur répond en\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                   43\n\n\npartie à cette question. L'analyse de son livre fera raison du\nreste.\n   « L'humilité est une vertu fondamentale sans laquelle nulle\n» autre vertu n'a de fondement sérieux. Plus l'âme grandit,\n» plus elle doit rester humble devant Dieu. Mais il ne faut pas\n» confondre l'humilité, l'inutilité et la neutralité. Sous prétexte\n» d'humilité, gardons-nous d'étouffer les épanouissements...\n» L'humilité c'est l'adoration, c'est l'anéantissement devant le\n» Dieu puissant, le Dieu fort, l'immense et l'infini. L'étude de\n» Dieu est la meilleure école d'humilité, rien n'aide mieux à la\n» connaissance de soi-même. »\n    La femme chrétienne, instruite, pieuse, aura moins à craindre\nl'orgueil que l'ignorante et la mondaine.\n    Et la femme chrétienne sera aussi la femme forte. Car c'est\nle christianisme qui a soutenu les Cécile, les Catherine, les\nMonique, les Paule dans leurs luttes et dans leurs actes.\n    Le premier chapitre, en traitant des réformes éducatives, signale\nl'insuffisance, le peu de solidité des principes donnés par l'édu-\ncation. Il est certain, même en Belgique où les habitudes reli-\ngieuses se trouvent chez presque toutes les femmes, que les faits\nne répondent pas assez à l'idée qu'on se crée d'une chrétienne. La\njeune fille la plus exemplaire, la plus recueillie avant son mariage,\nallie bien vite certaines coutumes pieuses aux goûts les plus\nmondains. Elle ira à la messe le lendemain d'une soirée passée\ndans un théâtre, où elle aura souri discrètement derrière son\néventail à des propos inconvenants et applaudi une thèse immo-\nrale admirablement jouée. Elle suivra une retraite, quitte à criti-\nquer le prédicateur et à plaisanter étourdiment sur ses avis au\nthé de cinq heures. Je suis portée, par expérience, à préférer cette\ninconséquence à l'éloignement des pratiques qui ne sont pas\nd'obligation. Car si l'heure du malheur sonne (et qui peut l'évi-\nter?), la foi se réveille et la femme chrétienne sera digne de ce\ntitre. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il doit y avoir quelque\nchose de défectueux dans une éducation, qui n'inspire pas une\nsolidité plus inébranlable, sur une question aussi essentielle au\npoint de vue de la vie morale. Madame Marie du Sacré-Cœur\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": " 44                            DURENDAL\n\n\n met ici sur le compte de l'éducation du couvent, une partie des\n causes de cette anomalie entre les principes reçus et leur applica-\n tion dans le monde. Il est sûr que la jeune fille élevée à l'abri\n des mille difficultés qui se présentent dans la vie de famille,\n même la plus unie, isolée du contact des misères qu'on coudoie\n dans le monde, est un peu comme la fleur de serre exposée au\n froid. Elle s'endurcit rarement et se fane souvent. Mais je ne\n sais pas si, dans l'éducation maternelle telle qu'elle se présente\n trop communément, elle trouverait les enseignements qui la\n fortifieront contre ces terribles habitudes qui ont élevé les obli-\n gations de visites, sports, courses dans les magasins, plaisirs, etc.,\n à l'état de devoirs de société. Je ne sais si elle y puiserait la force,\n ou même le désir de réagir contre cette existence factice et de\n préparer une génération vraiment chrétienne ?\n    Le mal est donc partout. L'auteur se demande si pour le\n vaincre « on a donné à la femme des armes d'une valeur égale à\n » celles de l'ennemi ? Avons-nous fortifié son intelligence, afin\n » d'aider sa foi ? »\n    L'abbé Naudet dit : « Le christianisme a été simplement posé\n » sur ces âmes, il ne les pénètre pas. »\n    Il faut, dans le temps où nous vivons, que la femme connaisse\n la religion, non pour se suffire à elle-même dans les conditions\n ordinaires de l'existence, mais à fond, de manière à ce que sa\n foi ne soit pas facilement ébranlée et qu'elle puisse, au besoin,\n répondre aux objections de l'incrédulité.\n    L'erreur est maintenant dans tout. La plupart des livres\n(même les moins sérieux) traitent les questions religieuses et\nscientifiques avec une mauvaise foi et une immoralité qu'on\ntrouverait révoltantes si... elles n'amusaient pas. Le théâtre à\nthèses est à la mode et un auteur de talent, écrivain correct et\ncharmant, comptait plus sur le succès de ses romans pour pro-\npager ses idées anticatholiques et très maçonniques que sur tous\nles travaux intellectuels que les loges répandent avec une intelli-\ngence malfaisante.\n   Mgr Dupanloup disait : « Maintenant que tout le monde\n» raisonne ou plutôt ergote, que tout se discute et se prouve.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                     45\n\n\n» qu'il faut démontrer la lumière, la vie, il faudrait que les\n» femmes participassent de loin à ce mouvement général. Je\n» dirai le mot : quand les hommes copient leurs défauts, il faut\n» qu'elles leur empruntent quelques-unes de leurs vertus. »\n  Deux citations de l'auteur complèteront cette pensée : « Disons-\n» le simplement, le but final de toutes nos leçons devrait être\n» de créer à la femme une individualité, un caractère; de lui\n» apprendre de bonne heure de penser par elle-même, sans\n» avoir besoin de recourir sans cesse à ces personnalités d'em-\n  prunt qui, changeant avec les circonstances, la dispensent tou-\n  jours de vouloir. Aujourd'hui c'est la mère, demain une maî-\n  tresse quelconque, après une amie, puis un mari avec ses\n» imperfections, ses défauts, quelquefois même ses vices. Nous\n» ne prêchons la désobéissance ni contre les parents, ni contre\n» le mari, nous prêchons la liberté morale, l'autonomie des\n» âmes. L'être dont la liberté est habituellement asservie perd\n» la conscience de sa responsabilité, et le jour où il use de sa\n» liberté, on peut s'attendre à toutes les surprises de l'inconnu...\n» Nous voudrions qu'elle (la femme) se créât son moi moral,\n» bien à elle, afin d'avoir son for intérieur, sanctuaire intime\n» où, à l'heure de l'épreuve, on se retire pour souffrir sous le\n» regard de Dieu. »\n   Pour que la femme, en se retirant dans ce for intérieur que\nlui souhaite Madame Marie du Sacré-Cœur, se sente con-\nsolée et fortifiée, il faut qu'elle y trouve les souvenirs et les prin-\ncipes d'une éducation morale très énergique « appuyée sur un\ntriple fondement : la Force, la Fierté et la Foi ».\n   La Force, telle que la définit l'ouvrage dont nous parlons,\nn'est pas seulement cette force d'âme, don du Saint-Esprit, qui\nfait la base de toute vertu chrétienne. Il s'y joint la force phy-\nsique, l'équilibre de la santé si nécessaire à l'épanouissement\ndes qualités morales et intellectuelles. L'homme malade est\nrarement capable d'action et, chez les jeunes filles, les nerfs, la\nfaiblesse, l'anémie jouent un rôle déplorable sur le caractère et\nsur l'imagination. Il semble donc tout naturel de chercher à\nperfectionner le régime, la nourriture; de soigner avec intelli-\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "46                          DURENDAL\n\n\ngence ces enfants qui porteraient toute leur vie l'empreinte que\nleur laisserait la souffrance. Les mères, éclairées par leur cœur,\nsavent toutes combien il est délicat de manier les jeunes filles\nlorsqu'elles sont souffrantes et elles prennent mille ménagements\npour éviter la prépondérance du système nerveux en ces heures\nd'épreuve. Nous indiquerons la sagesse et la prudence qui doi-\nvent régner en toute éducation par un nouvel emprunt fait à\nl'auteur : « Le corps ne doit pas se développer au détriment de\n» l'âme, pas plus que l'âme au détriment du corps; et c'est, au\n » contraire, de leur équilibre parfait que résulte l'homme com-\n    plet, la dégénérescence de la race amenant trop facilement la\n « dégénérescence des caractères ».\n    La force physique, la santé du corps sont donc en quelque\n sorte un moyen d'assurer le fonctionnement de la force morale.\n Et dans le paragraphe qui traite de cette question, Madame Marie\n du Sacré-Cœur semble, dans le temps où nous sommes, redouter\n plus la lâcheté que l'orgueil. La faiblesse est en effet ce qui\n enraye le plus les âmes sur la voie du devoir et de la vertu. Le\n père Lacordaire craignait aussi la faiblesse et nous oserions\n ajouter que l'orgueuil est le péché des forts. Il faut donc, par\n l'éducation, non encourager ce péché, mais détruire l'autre,\n dût-on même employer parfois l'amour-propre pour y arriver.\n    Si la force physique peut être augmentée par l'exercice, les\n jeux, l'hygiène, la mère doit se dire que la force morale peut\n aussi produire des fruits plus ou moins abondants selon la cul-\n ture qu'elle recevra. Ici je me permettrai d'insister plus particu-\n lièrement sur une chose que Madame Marie du Sacré-Cœur\n écrit, sans y attacher toute l'importance qu'elle y mettrait, si son\n livre était destiné aux femmes du monde : les gâteries. Il semble\n si doux de gâter son enfant, et on le fait sans penser à mal. Si\n  on réfléchissait aux conséquences de cette faiblesse, que de\n  larmes on éviterait aux jeunes filles en laissant un peu plus\n  couler celles des babies! Cette déplorable habitude qui consiste\n  à céder aux instances, aux pleurs, aux cris est la cause d'ennuis\n  d'abord et ensuite de crises, où les parents n'ont pas toujours le\n  bon côté. Si on commençait dès l'âge le plus tendre à refuser\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                     47\n\n\nabsolument ce qui est demandé par caprice, après un premier\nrefus, si l'enfant savait une fois pour toutes que non est non et\nqu'un ordre n'est pas donné au hasard, qu'un refus n'est pas une\naffaire de taquinerie, que de difficultés on s'éviterait. Lorsque\nj'entends dire : « Il est si petit, il ne comprend pas », j'ai toujours\nenvie de répondre : Qu'en savez-vous? et quel mal y a-t-il à ce que\ncet enfant pleure aujourd'hui inutilement si cela peut lui éviter,\ndemain ou dans un mois, des scènes continuelles qui seront\nd'autant plus graves qu'il sera plus grand. Si vous l'aimez, n'en\nfaites pas un joujou. Soyez ferme, douce, inflexible. Vous\naurez rendu un service immense à ce petit être aimé. Vous\naurez préparé son bonheur en développant sa raison.\n   « La femme devrait avoir une vigueur de volonté qui, la gar-\n» dant elle-même, put lui permettre de remplir vaillamment ses\n» devoirs sacrés d'épouse et de mère. «Ces paroles résument bien\nce que Madame Marie du Sacré-Cœur veut obtenir. Cette\nvigueur de volonté s'obtient difficilement si l'éducation n'y a pas\npréparé l'âme. C'est ici peut-être que la méthode d'enseignement\nde l'éminente religieuse s'écarte des traditions du passé. Elle\nconsidère l'obéissance comme essentielle à l'ordre de toute\néducation, mais elle n'en fait pas la base principale de son sys-\ntème. Désirant développer chez la jeune fille des qualités qui\nlui permettront d'élever et de former des chrétiens, des lutteurs,\nelle comprend et prévoit qu'il y aura parfois une tendance à\nl'indépendance et elle dit : « Créons des volontaires qui sachent\n» dire oui, qui sachent dire non, et qui surtout sachent pourquoi\n   elles disent oui, pourquoi elles disent non. Mettons la force\n» en honneur dans nos pensionnats... Soyons sévères pour les\n» lâches plus encore que pour les indisciplinées. Une infraction\n» au règlement peut être sans gravité, mais une mollesse habi-\n   tuelle donne à toute une existence une direction fausse et la\n» prépare soit à des chutes terribles, soit à une désolante stéri-\n   lité. »\n  « Cette force de volonté que nous voudrions donner à nos\n» enfants, tâchons de l'avoir nous-mêmes, afin de leur en offrir\n» le persévérant exemple. L'enfant peut faiblir, quelle sache que\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "48                          DURENDAL\n\n\n» nous ne faiblirons jamais. L'exemple de la force est le plus\n» salutaire que l'on puisse donner, comme aussi l'un de ceux\n» qui attirent le plus l'admiration, disait Lacordaire. »\n   Cette faiblesse de caractère, contre laquelle il est si important\nde lutter, engendre le grand mal de ce siècle : l'ennui.\n   L'ennui! J'avoue que ce mot me produit un effet pénible.\nIl me trouble. Il me donne une impression de cette pitié et de ce\ndégoût qu'inspirent certaines maladies peu graves d'abord, mais\nqui deviennent incurables. Chez la jeunesse, l'ennui est la cause\nde presque toutes les crises morales. Il est dangereux pour le\njeune homme, néfaste pour la jeune fille. La femme est peut-être\nplus disposée à subir ce mal. Elle y est encline par sa constitu-\ntion, par son genre de vie et surtout par l'insuffisance des intérêts\nqui la remplissent. Il faut aller au devant de cette crise physique\naussi bien que morale, en éveillant dans ce cœur agité et dans\ncet esprit inquiet des sentiments de confiance, de piété et de\ndévouement. C'est l'heure où la parole semée produit des fruits\nau centuple. C'est l'heure où une bonne ou mauvaise influence\ndécide de tout l'avenir. Il faut un tact parfait, un esprit éclairé\npar la connaissance des âmes, et l'amour desintéressé de ces\nâmes en Dieu, pour remplir avec honneur cette mission\nvraiment maternelle. Ici encore une citation nous aidera à ré-\nsumer notre pensée.\n   « Faisons accepter à la jeune fille la raison comme grand\n» régulateur de ses sentiments et de ses actes : efforçons-nous\n   de la passionner pour les grandes questions d'honneur, de\n» dévouement, d'héroïsme même, ne lui présentons pas la reli-\n   gion sous la seule forme d'une médaille ou d'un scapulaire,\n   mais sous son aspect vraiment grand et élevé, dans son action\n » sur les familles, les peuples, les sociétés; faisons-lui voir com-\n   bien, dans le cours d'une existence saintement et virilement\n » menée, elle peut semer de bien, faire éclore de joie; à quel\n » point, dans son milieu, elle peut réagir contre le matérialisme\n » et le bien-être, quasi animal, dont vit notre siècle, pour mettre\n » à leur place l'amour du vrai, du beau, du bien, c'est-à-dire,\n » au fond, l'amour de Dieu. Enfin, poussons les jeunes filles au\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "    LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                 49\n\n\n    » sacrifice : c'est le remède souverain des maladies de l'âme. »\n      Mais la force n'exclue pas la bonté. Dans la nature, les êtres\n   forts sont habituellement bons. La femme devra donc trouver\n   dans ceux qui l'élèvent les caractères de la bonté ferme et coura-\n   geuse, bonté, qui en lui inspirant le respect, lui semblera une\n   vertu nécessaire à pratiquer pour être obéie et aimée.\n      « La fierté. La fierté est une dignité simple, une noblesse\n   » d'âme, une grandeur de sentiments, soutenue par une puis-\n     sante force morale qui maintient l'âme et le cœur dans une\n   » atmosphère spéciale où ils se saturent de vérité et de beauté et\n  » d'où ils repoussent le mal, d'instinct comme une incompati-\n      bilité. »\n     Cette belle définition de la fierté répond bien à ce qu'une mère\n  chrétienne doit souhaiter à sa fille. Mais cette fierté doit avant\n  tout être basée sur le christianisme et élever l'âme à Dieu, afin\n  qu'elle ne connaisse ni le mépris ni l'orgueil. Que de fois on\n  confond la fierté avec l'orgueil, la vertu avec le vice.\n     En traitant de cette question, Madame Marie du Sacré-Cœur\n fait remarquer qu'il ne faut pas blesser les susceptibilités des\n jeunes filles.\n     C'est un système dangereux qui produit plus de mal que de\n bien. Nous aimons beaucoup, la trouvant très juste, la réflexion\n suivante : « Que l'enfant redoute davantage le mépris attaché à\n » la faute que les conséquences disciplinaires; après une faute,\n » relevons la toujours à ses propres yeux; apprenons-lui, non à\n » se préoccuper de l'estime banale d'autrui, mais, après examen\n » sévère, à pouvoir toujours s'estimer elle-même; qu'elle ait\n » honte de faire, de penser ce qui pourrait l'abaisser à ses pro-\n    pres yeux. »\n    Ce chapitre nous entraînerait loin sur les punitions que l'on\nchoisit pour corriger les enfants. Elles sont souvent inventées\ncomme à plaisir pour les rendre gourmants, vaniteux et pares-\nseux. Je crois, heureusement, que l'on a déjà souvent et utile-\nment parlé sur ce sujet et nous n'appuierons pas sur ce que\nremarque Madame Marie du Sacré Cœur, en demandant qu'on\névite ces froissements, qui abaissent le caractère au lieu de\n\n                                                           •f\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "50                          DURENDAL\n\n\n\nl'élever. Bossuet a dit un mot « sur l'humanité que Dieu a cru\npouvoir, sans se rabaisser, venir chercher du ciel sur la terre »\nqui nous permet de sentir notre dignité, de la respecter et, par\nconséquent, de lutter contre tout ce qui peut l'avilir.\n   Citons encore Madame Marie du Sacré-Cœur : « Pour en\n» faire une chrétienne, faisons en un être raisonnable, une\n» femme forte et honnête, type encore plus rare que celui de la\n» femme pieuse. Donnons-lui cette foi en elle-même qui la sau-\n   vera des vulgaires influences et soutiendra son énergie morale.\n» Donnons-lui ce regard vers les sommets, cette attraction pour\n» les grandes vertus, qui caractérisent les grandes âmes. A cela,\n» les fortes études conduites avec intelligence, entretenant dans\n» l'âme l'habitude de la réflexion, peuplant l'esprit et l'imagi-\n   nation de pensées élevées, nous aideront puissamment. Un être\n» qui raisonne peut régler sa conduite, une intelligence qui\n» goûte le beau, le découvre en elle comme un reflet de l'éter-\n   nelle beauté, dont elle se sent l'image. Cette image qu'elle\n» respecte plus que les fils de roi ne respectent l'honneur de\n» leurs ancêtres, elle veut la garder intacte comme un blason\n» sacré, gravé par Dieu même en son âme, tandis que le res-\n   pect profond de cette dignité intime s'impose à son entourage et\n» produit un admirable rayonnement d'estime et d'honneur. Là\n» est la fierté chrétienne ! »\n   La Foi. La foi, principe du sens religieux, de l'esprit chrétien,\ndevrait être le pivot naturel de toute éducation, le fond de\ntoute vie humaine. L'âme de l'enfant doit être pétrie de foi,\nvertu fondamentale, théologale, qui ramène de tous les écarts et\nqui peut supporter tous les assauts. Suivant la belle expression\ndu concile de Trente : « La foi est le commencement et la racine\ndu salut. »\n    La foi, telle qu'il nous faut la demander à Dieu, dans les\ntemps troubles, doit être trempée comme celle qui faisait les\nmartyrs Elle doit av. ir la force d'une conviction absolue, con-\nviction à la fois énergique et surnaturelle. « Cette action combi-\n   née de la grâce et de la volonté implique l'adhésion totale de\n   toutes les facultés à ce Credo, si riche en conséquences, que les\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "  LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                    5l\n\n\n   » pêcheurs de Galilée — organes du Saint-Esprit — jetèrent au\n   » monde comme le phare avancé de l'éternelle patrie, la syn-\n     thèse des éternelles vérités. Le juste, dit saint Paul, vit de la\n   » foi. »\n     Arrivée à ces pages, je suis tentée de reproduire tout ce qu'ex-\n  prime Madame Marie du Sacré-Cœur. Elle fait admirablement\n  comprendre le mystère qui s'accomplit dans l'intelligence\n  humaine alors qu'elle pose un premier acte de foi; la part donnée\n  à la volonté et à la grâce ; le travail de l'âme cédant et partici-\n  pant en quelque sorte à l'action de Dieu; la grandeur ineffable\n  de l'esprit humain divinisé par l'acte raisonné de sa soumission à\n  la lumière surnaturelle. Tout est dit en quelques pages rendues\n  vibrantes par la conscience de la possession de cette foi qui fait\n  vivre.\n     Nous ne ferons qu'une citation qui éclaire d'une lueur sereine\n  et haute ce don désiré de la foi : « D'ailleurs, la concordance\n  » s'établit : Dieu commence par donner une lumière; cette\n  » lumière, l'intelligence l'accepte. Puis, travaillant à la clarté\n  » divine, combinée avec les clartés humaines — grâces et aussi\n  » dons divins — elle arrive à une conviction lumineuse que la\n  » raison sanctionne, et à laquelle, par un acte final, l'homme\n » adhère et s'attache pour y modeler sa vie. C'est l'historique\n » d'un acte de foi. »\n     Ces lignes, résumé de pages qu'il faut lire pour en goûter la\n beauté, nous amènent à comprendre la nécessité de faciliter dans\n les jeunes esprits le développement de la foi. Le germe divin,\n que le baptême y a mis, doit être fécondé et activé. Par la foi,\nnotre vie dégagera ce rayonnement surnaturel qui fait la vraie\ngrandeur du chrétien.\n    Bien des causes ébranlent la foi. Les jeunes femmes sont expo-\nsées à rencontrer souvent dans les conversations et les lectures\nun scepticisme moqueur assez dangereux. II est nécessaire de\nleur donner des principes solides et une instruction profonde. Ce\nn'est pas seulement pour la lutte qu'il faut tremper les caractères.\n    Dans toute vie il y a des difficultés et des tristesses, des tenta-\ntions et des heures sombres où le cœur et l'âme ont besoin de\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "52                           DURENDAL\n\n\nquitter la terre et de chercher leur appui au ciel. La femme doit\nêtre le charme et la douceur du foyer.\n   J'ajouterai, avec Madame Marie du Sacré-Cœur, que le chré-\ntien — et à plus forte raison la chrétienne — « qui ne répand\n» pas autour de lui un rayonnement de paix, de joie, de mutuel\n » amour, n'est pas de vraie race; il lui manque le principal\n » caractère de l'esprit de Jésus-Christ !\n    » Et n'est-ce pas la foi qui peut, seule, donner cette sérénité au\n » milieu des préoccupations, des angoisses et des douleurs? »\n    La piété que nous inspirons à nos enfants doit donc être une\n piété basée sur l'intelligence, la raison et le savoir. Le terrain\n ainsi préparé recevra plus solidement, plus dignement le don\n divin et le fera fructifier en lui. Envisagée à ce point de vue, la\n religion devient une force, une puissance, une arme, ce qui ne\n doit pas l'empêcher d'être une source de consolations et de douces\n  méditations. Elle inspire à la femme des pensées élevées, utiles,\n  sérieuses. A l'heure de la mort, ce ne sera pas les mains vides\n  qu'elle se présentera devant Dieu.\n     En touchant au chapitre consacré à la prière, je ne sais quelle\n  page choisir. C'est là qu'on trouve l'âme ardente, aimante, apos-\n  tolique de l'auteur. Je m'effacerai donc le plus possible devant\n  elle. Mes citations ne paraîtront longues à personne.\n     « Prier, c'est travailler, c'est élever, c'est gravir un sommet\n   » abrupt, se maintenir haut, loin de la terre, de nos intérêts, de\n   » nos soucis, de nos affaires, pour jeter à Dieu les clameurs de\n   » notre âme. Et Dieu n'a point changé! Etre sensible à l'appel\n   » de sa créature comme au jour où il répondait à Moïse : Tais-\n   » toi, parce que si tu me pries, je céderai, Dieu toujours s'incline\n   » et répond. La réponse est souvent un mystère : nous attendons\n   » la joie et il donne à l'âme courageuse la sanctifiante douleur\n   » qui fécondera sa vie. Mais Dieu répond toujours et sa réponse\n   » est une visite, et la visite de Dieu ne peut être qu'une grâce.\n      » Prier, c'est se tenir appliqué à Dieu; c'est demander et c'est\n   » obtenir ; c'est découvrir Dieu et c'est se fixer en lui par l'ardent\n   » effort de la volonté et du sacrifice. C'est l'œuvre chrétienne.\n   » Prier, c'est exercer sa vie surnaturelle...\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                 53\n\n\n   » Arrivons à donner à nos enfants l'amour de la prière et\n» nous les aurons armés d'une arme bien puissante ; car la prière\n» communique, non seulement à l'âme, mais au corps, une force\n» mystérieuse, une force chaude, vive, énergique, souvent\n« joyeuse, qui allège bien des fardeaux. »\n   Madame Marie du Sacré-Cœur engage à choisir, pour les\nenfants surtout, les prières liturgiques, si belles, si grandes, si\nfermes dans leur simplicité et leur noblesse. Nous sommes entiè-\nrement de son avis. Il y a des livres de prières qui ne con-\nviennent pas à la jeunesse, qui développent plutôt la sensiblerie\nque la piété, qui parlent un langage trop humain pour ces cœurs\ninnocents. Je voudrais qu'on fit naître dans ces âmes pures le\ngoût de la prière, en leur apprenant à parler à leur Père céleste,\nà Lui confier leurs préoccupations, leurs désirs, leurs joies. Il\nme semble que beaucoup de personnes ne savent pas prier, parce\nqu'elles n'ont pas compris qu'en dehors du Pater, de l'Ave\nMaria, du Credo, des admirables prières de la Sainte-Messe,\ntoute parole sortant du cœur, tout cri d'amour, de détresse, de\nsoumission, est aussi bien entendu de Dieu que les plus élo-\nquentes oraisons des livres. Si, dès l'enfance, on avait l'habitude\nde parler tout simplement de ses peines, de ses misères et de sa\nreconnaissance, la prière ne serait ni un ennui, ni une fatigue.\n   A la piété doit s'unir le sentiment de la crainte de Dieu. Ce\ndon de l'Esprit Saint est mal compris, en général. Il est juste\nde compter sur l'infinie bonté de notre Père, mais nécessaire\nde se rappeler sa justice et son incompatibilité avec le mal.\nLa jeunesse se laisse facilement entraîner. Il faut qu'elle se sou-\nvienne de la gravité de toute offense faite au Tout-Puissant.\nAime-t-on moins son père parce qu'on sait qu'il y a des choses\nqu'il défend et d'autres qu'il punit? On entend dire souvent\ndans le monde (qui est rempli d'indulgence pour les fautes qui\nle touchent) : « Dieu ne voit pas les choses comme nous; il est\nbien au-dessus de tous ces détails, il juge les intentions, etc.\netc., etc. » Il y a une apparence de vérité dans ces paroles,\nmais elles oblitèrent le sentiment de la crainte de Dieu, de la\ncrainte de l'offenser. On ne pourrait les excuser que si elles\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "54                          DURENDAL\n\n\nnous apprenaient à analyser plus sérieusement nos intentions et\nétudier nos responsabilités.\n   Que la crainte d'offenser Dieu soit donc un principe de\nl'éducation. Bossuet a dit : « La crainte est un frein nécessaire\naux hommes, à cause de leur orgueil et de leur indocilité\nnaturelle. »\n   Ici, je citerai encore Madame Marie du Sacré. Cœur : « Nous\n» inculquerons donc la crainte à l'enfant ; non la crainte servile\n» de l'esclave, mais la crainte filiale de la créature, de l'enfant,\n» qui, adorateur tremblant de l'éternelle et infinie puissance\n» créatrice, chérit aussi la tendre bonté du père, dont il\n» découvre partout la débordante libéralité. La crainte chré-\n   tienne, ainsi que le prouve Mgr Gay, dans un de ses plus\n» beaux chapitres, arrive, par son extension naturelle, à\n» l'amour le plus pur, le plus parfait, le plus élevé : celui\n» qui animait le cœur des saints, celui qui a nom sacrifice,\n» celui qui est une joie, parce qu'il est une force.\n   » L'amour de Dieu chez nos enfants est trop souvent une\n» affaire de sentimentalisme, qui se déversera peut être demain\n» sur une créature, ce n'est pas de l'amour vrai. L'amour — la\n» charité chrétienne — a sa racine dans la foi, son soutien dans\n» la crainte, son exercice dans l'accomplissement de la loi, son\n» aliment dans le sacrifice... L'amour vrai ne peut rester\n» théorique. Saint-Jean répétait à ses disciples : les petits\n» enfants n'aiment pas simplement en paroles et du bout des\n» lèvres, mais en actions et en vérité. Il dit encore : Si\n» quelqu'un dit qu'il a de l'amour pour Dieu et qu'il a de la\n» haine pour son frère, celui-là est un menteur... C'est le\n» commandement que Dieu a fait : celui qui aime Dieu doit\n» pareillement aimer son frère. (Saint-Jean III, 18-IV, 20 et 21.)\n   » Ce sont les fondements de cette vie chrétienne, d'une éton-\n» nante et presque surhumaine beauté, à laquelle le monde ne\n» croit plus, parce que les hommes, qui se réclament du nom\n» de chrétien, oublient de reproduire en eux les principes les\n» plus élémentaires de l'Evangile. Bossuet, sondant avec son\n» génie, les fécondes ressources de la foi chrétienne, et compa-\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": " LA FORMATION CHRÉTIENNE D'UNE FEMME CATHOLIQUE                 55\n\n\n\n» rant ses fondements admirables, si riches de promesses, et\n» la vie pratique des chrétiens, s'écrie : « Est-il rien de plus\n«opposé et de plus discordant que ce que vous êtes? Voyez la\n» bizarrerie ! Un fondement d'or et de pierres précieuses : un bâ-\n». timent de bois et de paille ». Ce bâtiment de bois et de paille,\n» c'est l'édifice de notre vie surnaturelle qui, reposant sur les\n» fondements d'une incroyable richesse, arrosé du sang divin\n» du Christ, devait s'élever avec toute la splendide beauté :\n» ornement de l'âme des saints.\n    » Pourquoi ces anomalies? Le christianisme n'est pas assez\n» compris.\n   » Donc, cultivons tout ensemble : la crainte de Dieu et\n» l'amour de Dieu, ne permettons pas que sur nos lèvres cette\n» invitation si souvent répétée : mon enfant, obéissez pour\n» faire plaisir au bon Dieu, devienne fade et banale. Faisons\n» comprendre à l'enfant que l'amour de Dieu est le plus pré-\n» cieux mobile pour l'observation des vertus. Et, en même\n» temps, pour un certain nombre de natures moins orientées\n» vers la piété parfaite, il conviendra de développer cet autre\n» argument, qui leur paraîtra plus puissant, plus frappant, plus\n» décisif : prenez garde, vous allez manquer à votre devoir et\n   Dieu vous en demandera compte, car il demande compte de\n» tous les instants de notre existence, même des paroles inu-\n» tiles... Le temps vous est prêté pour gagner le ciel, non pour\n» satisfaire votre mollesse ou vos caprices, vous rendrez compte\n» à Dieu de vos journées qui se perdent, de votre intelligence\n» qui croupit, de vos facultés que vous profanez... Dieu est\n» juste, il vous doit moins d'égards que vous n'en devez à un\n» serviteur. »\n ' En terminant l'analyse de la première partie du livre de\nMadame Marie du Sacré-Cœur, je vois se dérouler sous mes\nyeux comme un plan très net, très simple, d'une contrée aimée\net cependant peu connue. 11 paraît facile d'y diriger ses pas.\nLes routes sont bien tracées. Que manque-t-il donc pour y aller\nsouvent, pour y demeurer? Nous l'avait-on représenté sous de\nfaux aspects? Nous l'avait-on décrite comme dangereuse ou\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "56                         DURENDAL\n\n\n\ninabordable ? N'est-ce pas plutôt parce qu'on l'avait entourée\nd'obscurité? Que les mères qui liront ces extraits y puisent le\ndésir de faire plus ample connaissance avec le pays où nous\nguide l'auteur. Je ne doute pas qu'elles n'y trouvent le désir d'y\nvivre et, en même temps, d'y acclimater l'âme si délicate et si\npure de leurs enfants.\n                             Comtesse ED. DE LIEDEKERKE.\n\n  (A continuer.)\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "            U n poète chrétien du moyen âge (l)\n\n\n\n\n                 N'EN déplaise à M. Brunetière, les siècles chrétiens du\n                   moyen âge n'ont pas été dépourvus, quoiqu'il le pré-\n                   tende, d'un grand souci d'art en littérature. Je n'en\n                   veux pour garants que les chants religieux, les hymnes\n                   de l'Eglise et ces merveilleuses productions, auxquelles\n                   on donna le nom de Proses, dans lesquelles on retrouve\n                   les cris sublimes de la Bible et ces pensées éternelles\n                   qui font de la poésie chrétienne d'alors la sœur égale\n                   en beauté de l'architecture, de la sculpture, de la pein-\nture et de la musique de cette époque primitive.\n   Les traditions des livres juifs unies aux nouvelles conceptions théolo-\ngiques en furent la semence féconde. Elle germa et le germe grandit\npour s'épanouir en une floraison splendide que M. Brunetière veut igno-\nrer complètement, encore que ce soit des mêmes germes que sortit peu\nà peu, après des és'olutions nécessaires, non seulement la langue dont se\nsert M. Brunetière pour calomnier le moyen âge, mais encore la grande\npoésie française des plus beaux siècles littéraires.\n  Et voilà qu'on vient de découvrir un nouveau poète chrétien, un grand\nlyrique que l'on ne craint pas de comparer au poète de Tibur, un pauvre\nmoine du XIIe siècle, Adam de Saint-Victor. Quand je dis qu'il vient d'être\n\n\n  (1) LEGKAIN (Abbé), docteur en philosophie et lettres. — Les Proses d'Adam de Saint-Vic­\ntor à l'usage de la seconde. Bruges, Société de Saint-Augustin, 1 vol. in-12 de 187 pages. Relié\nen percaline. Prix: fr. 1.25.\n  (Collection de classiques chrétiens et païens comparés, publiée sous la direction de M. l'abbé\nGuillaume.)\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "58                               DURENDAL\n\n\ndécouvert, j'exagère, sans doute. M. l'abbé Misset tenta de le faire con-\nnaître, Dom Guéranger le remit en lumière et Léon Gautier donna une\npremière édition de ses œuvres il y a quelque quarante ans. Cependant,\nil était resté un inconnu pour la majeure partie des lettrés, même catho-\nliques. Il a fallu qu'il nous fût présenté à nouveau d'une manière\nattrayante et intelligente. C'est ce que vient de faire M. l'abbé Guillaume,\n le célèbre défenseur des auteurs de la latinité chrétienne, aidé en cela et\nexcellemment par un de ses collaborateurs, M. l'abbé Legrain, dont des\n notes historiques, philologiques, littéraires et théologiques fort heu-\n reuses commentent ces purs joyaux de la littérature chrétienne.\n     Qui ne connaît l'œuvre entreprise par l'ancien doyen de Beauraing?\n  Emu du peu de fruits produits par l'enseignement du latin, préoccupé du\n relèvement des études humanitaires, cherchant à rendre ces études plus\n  rationnelles, plus agréables en même temps que plus chrétiennes,\n  M. l'abbé Guillaume veut étendre l'étude du latin aux siècles du moyen\n  âge, rechercher dans les auteurs les beautés de l'idée avant les beautés\n  de la forme et intéresser les élèves par une comparaison continuelle des\n  auteurs païens et des écrivains chrétiens. Selon lui, et c'est l'avis de beau-\n  coup, on évitera par cette méthode l'éducation purement formelle et vide\n  dont le résultat, hélas ! est trop souvent d'une parfaite nullité.\n     Malgré les obstacles et les luttes, malgré les ironies des uns et les pré-\n  jugés des autres, l'idée, peu à peu, fait son chemin. Des hommes émi-\n  nents comme M. Kurth, professeur à l'Université de Liége, des philo-\n  logues distingués comme M. Waltzing, de l'Université de Liége, et\n  M. Dwelshauvers, de l'Université de Bruxelles, n'ont pas ménagé les\n   éloges à l'œuvre de M. l'abbé Guillaume. Celui-ci continue à lutter, fort\n   de son énergie et de sa science littéraire. Déjà plusieurs volumes de clas-\n   siques comparés ont paru et sont entre les mains des jeunes gens dans\n   plusieurs de nos collèges. Le succès, certes, ira s'accentuant avec la nou-\n   velle œuvre qui nous est offerte aujourd'hui.\n      Adam de Saint-Victor, en effet, n'est pas de ceux qu'abattent les coups\n   de la critique. Les proses de ce moine du XIIe siècle sont d'un lyrisme si\n   élevé et d'une inspiration tellement soutenue, que M. l'abbé Guillaume,\n   dans la préface qu'il écrivit pour ce livre, n'a pas craint de les proclamer\n   supérieures aux odes d'Horace, le plus parfait des Uniques païens.\n      Horace nous apparaît avant tout un poète personnel ou, pour mieux\n   dire, particulariste. Ce n'est pas l'humanité qui parle dans ses vers, il s'en\n   défend bien : Odi profanum vulgus et arceo. Sa poésie est factice, toute de\n   tète et d'imagination. Son style est synthétique, complexe, compréhen-\n   sible seulement pour les académiciens de son temps, les Brunetière\n   d'alors. Sa métrique, empruntée à la Grèce, est savante et convention-\n   nelle, ne convenant pas plus à l'oreille romaine qu'à la nôtre.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                 UN POÈTE CHRÉTIEN DU MOYEN AGE                              59\n\n\n      Adam de Saint-Victor, au contraire, puise sa force dans la plus sincère\n   croyance et s'élève à des sentiments réellement humanitaires : « Ce ne\n   sont point des pensées ou des sentiments particuliers, mais les pensées\n   ou les sentiments de tous qu'il exprime dans ses chants. Ce n'est pas lui,\n   c'est tout un peuple qui avec lui adore, prie, se réjouit, pleure, aime, se\n  repent. Quand il décrit ou symbolise, ce ne sont ni les visions ni les\n  figures enfantées par son imagination, c'est toute la poésie de l'Eglise\n  elle-même qu'il étale à nos regards, ce sont les splendeurs éblouissantes,\n  incomparables de la Liturgie-catholique, c'est toute la théorie des sym-\n  boles sacrés, vivants, dont l'Ecriture est pleine. » Il est lyrique sincère-\n  ment. Son style simple et précis est d'une grande pureté et d'une\n  élégance qui va parfois jusqu'au raffinement. Sa métrique, basée sur\n  l'accent réel du mot, est d'une richesse incomparable dans une infinie\n  variété de strophes harmonieuses parmi lesquelles se jouent les rythmes\n  les plus originaux et que termine la belle sonorité de ses rimes ailées.\n  Tel est le portrait que nous fait de son poète, M. l'abbé Guillaume.\n     Est-il flatté ? Pour moi, non. C'est un véritable poète, c'est un grand\n artiste qui a écrit ces proses admirables sur Noël, sur Pâques, sur la\n Vierge. Avec un art parfait, il a revêtu du riche manteau d'un verbe écla-\n tant les grandes vérités de la Foi et les mystérieux symboles des Ëcri-\n tures. Il les a ornés comme de rares pierreries de l'étincellement magique\n de ses phrases. Et les grandes images bibliques qu'il a transposées n'ont\n rien perdu sous sa plume de leur belle sublimité.\n     Or, comme le dit M. l'abbé Guillaume à la fin de sa préface, « la poésie\n réside avant tout dans la pensée; comme la vérité, elle est de tous les\n temps et de tous les pays ; la forme, elle, varie; elle varie avec les siècles,\n avec les peuples et les civilisations, et il n'y a pas de forme absolue, défi-\n nitive, au nom de laquelle on doive condamner les autres, cette forme\n fut-elle la forme d'un Homère ou d'un Virgile, d'un Pindare ou d'un\n Horace.\n     » La vraie poésie n'est point celle qui se borne à caresser l'oreille, à\n charmer l'imagination, à remuer le cœur, à mettre en jeu les passions,\nmais c'est celle qui, s'adressant à tout l'homme, s'empare de ses puis-\nsances, non pour les intéresser seulement, mais pour les élever : pour\nélever l'intelligence aux grandes pensées, le cœur aux nobles émotions,\nl'imagination aux purs enthousiasmes, la volonté aux héroïques résolu-\ntions.\n    » En résumé, la poésie n'est ni un mensonge ni un rêve : c'est une réa-\nlité, réalité mystérieuse, je le veux bien, mais réalité vivante et divine,\ndont la forme n'est que le vêtement destiné à la faire resplendir, ou plu-\ntôt, c'est une âme, c'est une pensée: et plus cette âme, plus cette pensée\na d'élévation, plus elle contient de vérité, de moralité et d'éclat, plus, en\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "60                              DURENDAL\n\n\n\nun mot, elle réfléchit en elle cette Trinité qui s'appelle le Vrai, le Bon, le\nBeau, et plus elle est sublime, plus elle est digne de notre admiration et\nde notre amour. »\n   Que dirai-je après cette éloquente citation? Sans doute, comme moi,\nvous voudrez vous rendre compte, vous obéirez à la voix qui vous crie :\n Toile et lege, et vous serez convaincus comme moi, — que M. Brunetière\npardonne à ce pauvre moine de l'avoir fait mentir! — que le moyen âge\neut en littérature une grande préoccupation d'art. Et vous direz avec\n Léon Gautier : « Toute grande idée, toute œuvre d'art véritablement\n digne de ce nom, je les veux faire connaître à mes enfants, quel que soit\n le siècle où elles aient pu se produire à la lumière du jour. »\n\n                                                            EDOUARD NED.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "CATHÉDRALE DE CHARTRES\n   PORTAIL ROYAL (DÉTAIL)\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": ""}, {"page_pdf": 82, "texte": "                 ÉLÉVATION\n\n                          (Suite.)\n\n\n\n                            IX\n  Attirés on ne sait par quel enchantement,\n  Nous avons pris un jour ce sentier solitaire.\n  Ceux, du chemin commun, que ce destin atterre\n  Nous insultent et nous lapident durement.\n\n  — « Insensés, vous allez au désastre béant;\n  Vous ne trouverez là nul trésor de la terre,\n  Nul mets pour votre faim, nul vin qui désaltère ;\n  Cette voie est aride et conduit au néant. » —\n\n  Frères, laissons-les dire et suivons notre route.\n  Leurs erreurs ne feront naître en nous aucun doute;\n  Ils ne connaissent pas tout ce que nous voyons : —\n\n  Les yeux mystérieux : hymnes, fleurs et lumières,\n  Les cœurs purs, les esprits d'où sortent des rayons\n  Et l'amour simple et doux comme celui des mères.\n\n                            X\n\nLes yeux se sont fermés et l'esprit se déploie...\nIl n'est plus de douleur comme il n'est plus de joie,\nNul désir, nul vouloir. C'est la neutralité\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "62                          DURENDAL\n\n\n\n     De l'âme libre entrant dans la réalité :\n     Transport involontaire, élan inévitable\n     Qui nous fait entrevoir le monde véritable\n     Où dans la calme ardeur des contemplations\n     Surgit l'enchantement des blanches visions !\n     Plus pures que le ciel, plus claires que les astres,\n     Devant elles, nos cœurs ne sont que des désastres,\n     Et notre âme, timide à toutes ces splendeurs,\n     N'ayant pu concevoir leurs terribles grandeurs,\n     Regagnerait son antre où couve le délire,\n     Si ces clartés n'étaient un immense sourire !\n     Mais elle plane et sait l'espace lumineux\n     Dans sa sublimité de flots vertigineux ;\n     C'est l'étendue ignée aux sens inaccessible ;\n     Et l'œil de notre esprit, pour qui tout est visible\n     Sinon Dieu, scrute et voit qu'il n'est pas d'horizon ;\n     Et c'est la profondeur insondable et sans fond ;\n      Et devant ce miracle où l'extase s'abime,\n     Il cherche la hauteur et ne voit point de cime !\n      Oh ! l'éblouissement ! L'âme vibre et repart,\n      Et se voyant partout loin du charnel rempart,\n      Pressentant Dieu dans cet infini de lumière,\n      Religieusement se projette en prière.\n\n                                            JULIEN   ROMAN.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "               André Van Hasselt\n\n\n\n\n              L'EST presque  une loi naturelle, chez nous, que la\n                 méconnaissance, durant leur vie, de ces hommes\n                 simples et exceptionnels qui surent s'élever au-\n                 dessus de la vulgarité de leur époque. Aux yeux\n                 émerveillés de quelques initiés (car, dans ce cas,\n                 l'art semble un mystère), qui les ont découverts,\n                 ils apparaissent dans une splendeur pareille à\n                 celle des solitaires contemplatifs se confinant\ndans la vie unitive. Suivant, sans doute, cet exemple auguste\nselon leurs possibilités extrêmes, solitaires aussi par leur con-\ntraste d'avec le monde obscurément insoucieux, ces poètes\ns'abîmèrent dans les rêves splendides, où leur furent dispensées\nles visions lumineuses. Et, lorsque, par la vertu du pouvoir\névocateur de la pensée, on vit avec eux dans le passé, par la\nméditation de leur œuvre, ont les aperçoit dans une atmosphère\ntoute particulière et subtile qui, certes, devait être invisible à\nl'âme balourde de leurs contemporains.\n   Mais, pour n'avoir pas goûté la joie indicible de la sympathie\ngénérale, la méconnaissance ne fut pas une douleur ; il y eut\nplus. Sans doute, dans le temps où ils vécurent, certaines intel-\nligences pénétrèrent dans le sanctuaire de leurs réalisations.\nQuelques-uns de ces êtres, capables de s'émouvoir, furent de\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "64                         DURENDAL\n\n\nvrais fidèles. L'élite rare des cœurs droits, spontanée dans\nl'expansion de ses sentiments, sans arrière-pensée, acceptant\npleinement dans son admiration ce qui est en effet admirable,\nremarqua ces supériorités et l'affirma par l'enthousiasme et la\nvénération.\n    Mais d'autre part, et c'était fatal, les nullités qui avaient\nl'audace de tenir une plume s'en servirent, piquées par le reptile\nde la jalousie, pour critiquer bassement les grandeurs qui les\noffusquaient. — Les fils de l'obscurité lançaient des flèches aux\nétoiles, et les ténèbres ne reçurent point la lumière lors de sa\nvenue : — c'est l'histoire.\n    Et, dans nos communions avec les purs artistes qui planèrent\ndans le ciel serein de la beauté et qui vécurent de la vie sublime,\n nous les voyons cloués, par l'envie et la haine, sur une croix\n infâme. Ce martyre les entoure d'une magnifique auréole.\n    Parmi ces consciences hautes, méconnues par les gens à vue\n courte et blasphémées par les âmes mesquines, se trouve\n l'homme distingué que, publiquement, l'on glorifie aujourd'hui :\nANDRÉ VAN HASSELT.\n   Naître à une époque absolument défavorable aux floraisons\nartistiques, dans un pays aussi peu littéraire que possible, voué\nà l'infection de prosateurs mous, fades, sans nerfs, de poètes (il\nfaut bien employer ce mot, au risque de le profaner!) secs comme\nla poussière, dépourvus de sève et de vigueur, féconds seulement\nen avortements, ne donnant le jour qu'à des fœtus ; vivre parmi\ntoute cette tourbe de la basse littérature ; ne pouvoir puiser dans\nle milieu le stimulant nécessaire et y raviver la flamme sacrée de\nl'enthousiasme ; échapper à l'influence de cette détestable\nambiance intellectuelle et écrire quand même des vers, de vrais\net beaux vers, voilà ce qu'on peut appeler un phénomène peu\ncommun. Car n'est-il pas vrai que le courant de sympathie qui\nunit, même inconsciemment, les artistes, contribue à alimenter\nen eux l'ardeur, la certitude surtout et l'indispensable foi en soi-\nmême ? A Van Hasselt, qui dut rire sans doute de la stupidité de\nses critiques vipérins, s'il n'en a souffert un peu, cette communi-\ncation électrisante, que nous recevons des âmes congénères, man-\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                       ANDRE VAN HASSELT                            65\n\n\n quait totalement. A part la sympathie de quelques amis, la vie, dU\n haut de sa conception et de sa compréhension, devait lui paraître\n déserte. Non seulement la force occulte circulant dans la sphère\n des humaines entités pensantes lui manqua, mais un mauvais\n génie, incarné dans la personne de chaque Van Bemmel et\n Baron de l'époque, le traquait sans cesse.\n    Nous le voyons donc à l'écart. Il travaille tranquillement,\ncomme les forts. Si l'encouragement lui est refusé, à lui qui seul\n le méritait, si tous les efforts extérieurs tendent à éteindre sa\nferveur, à comprimer sa fougue, il ne semble pas s'en inquiéter.\nA peine se laisse-t-il aller à la satyre qu'il manie de terrible\nfaçon. — Il poursuit sa route et continue son œuvre. Il a peut-\nêtre senti que celui-ci doit fatalement éclore pour que les des-\ntinées s'accomplissent, qu'il est indispensable pour le surgisse-\nment des événements futurs. Portant en lui le pressentiment de\nsa gloire et entrevoyant le rôle providentiel, il a conscience de\nson influence sur l'avenir littéraire qui, par elle, fructifiera.\nCertes, que fut-il?\n    C'était la nuit, quand il vint, et il apparaît comme un soleil\nlevant.\n    Précurseur des poètes qui fleurirent il y a vingt ans, Pierre\nl'Ermite de la croisade littéraire, on pourrait dire qu'il fut notre\ninitiateur à un art vivant, rompant avec tout ce qu'avaient produit\nles esprit plats.\n   On peut affirmer sans témérité que Van Hasselt, dans ses\nœuvres, fut, en quelque façon, notre éducateur.\n    La Jeune Belgique, par sa manifestation de 1884, se plaça\navec amour filial et reconnaissance sous son patronage vénéré.\n    Et cela n'étonnera point ceux qui connaissent l'œuvre du\npoète. C'est de la poésie éclatante et sonore. Comme chez Hugo,\nqu'il dévore, d'ailleurs, et par qui il est dévoré, le vers symbo-\nlique, l'expression imagée, la couleur vive, la faculté de synthèse\nse rencontrent partout dans son œuvre. Il a la vision large, pro-\nmène son regard sur les étendues; le ciel l'attire et il aime y\nplaner. Son œuvre est inégale, sans doute, mais Van Hasselt,\nrejetant le moule inharmonieux employé servilement par les\n\n                                                                )\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\nécrivains contrebandiers, les Hymans et les Potvin, affirme, au\ngrand scandale de ces cerveaux calcinés, son originalité, par des\ntrouvailles heureuses, des accouplements de mots nouveaux, des\nfigures de style inusitées, des métaphores et des hyperboles im-\nprévues. Il est de la race des visionnaires. Il vivra dans la piété\nadmirative qu'il sut faire éclore, dans le culte de tous ceux qui\nl'ont compris, et dans la renommée du pays où il occupe une\nplace d'honneur.\n   Après quinze années de silence sur ce nom plus illustre qu'on\nne le croit généralement, se reproduit une manifestation à la gloire\nd'André Van Hasselt. Ce nom retentira encore une fois pendant\nun peu de temps. La foule ne s'en émouvra pas plus que jadis.\nMais le poète restera, comme auparavant, dans le souvenir de\nceux-là qui, en somme, à cause de sa pureté et de son élévation,\nsont seuls dignes de l'aimer.\n   Nous, qui avons le respect des aînés, nous avons tenu, par ces\nquelques lignes, à exprimer notre gratitude envers le père de\nnotre littérature, — à proclamer notre vénération pour le noble\nécrivain, — et à rendre à sa mémoire l'hommage qui lui est dû.\n\n                                               JULIEN ROMAN.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                 Mystiques contemporains\n\n\n\n                       EDOUARD            SCHURÊ\n\n\n\n    « Cette génération sera plus radicalement idéaliste que celle de 1830.\n parce qu'elle aura conquis sa foi dans la souffrance acceptée, dans la lutte\n réfléchie et voulue. » C'est en 1895 que M. Edouard Schuré portait ce\n jugement sur notre génération, et chaque jour l'évolution morale et\n littéraire tend à réaliser la prophétie de celui qui fut l'un des premiers\n initiateurs de la réaction spiritualiste contre le naturalisme souverain et\ntriomphant, il y a une vingtaine d'années.\n    Une part revient à M. Schuré dans le mouvement idéaliste, beaucoup\nplus grande peut-être que le public ne le soupçonne, car son œuvre s'est\ndéveloppée depuis trente ans, dédaigneuse de la réclame, et elle a agi\nsur les esprits sans que la masse des lecteurs en fut bien consciente.\n    Cette œuvre s'offre à nous sous des formes très diverses, mais elle est\n une au fond. L'Histoire du Lied, cet essai de jeunesse qui est déjà un\nbeau livre, expose l'idée de la révélation par la poésie et de la religion\nde la beauté. L'œuvre entière de M. Schuré y est en germe. Depuis, elle\ns'est richement déployée en différents genres littéraires: mais comme\nl'arbre se déploie, portant tour à tour des fleurs et des fruits, étendant\nses branches dans tous les sens, néanmoins toujours lui-même, animé\nde la même force vitale qui faisait jaillir du sol l'arbrisseau naissant.\n    Chez M. Edouard Schuré, la religion de l'Ame se relie étroitement à\ncelle de la Deauté: toutes deux se pénètrent et se confondent. Et s'il me\nfallait définir le principe essentiel de son œuvre, celui sur lequel reposent\ntoutes les doctrines religieuses et esthétiques, je dirais que l'idée fonda-\nmentale de cette œuvre une, c'est la notion de l'unité.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "68                              DURENDAL\n\n\n   Suivre le déploiement de l'art théâtral sous sa triple forme de poésie,\nde musique et de danse sacrée, depuis les temps antiques, tel est l'objet\ndu Drame musical, cet admirable ouvrage dont le second volume est\nconsacré à Wagner. A l'heure actuelle, si tout le monde n'est pas encore,\nassez musicien pour comprendre entièrement Richard Wagner, nul au\nmoins n'ose nier la géniale puissance de sa conception de l'art dramatique,\nrapproché par l'harmonieuse fusion des éléments de l'unité primordiale,\nni l'immense influence rénovatrice de ses doctrines.\n   De même que les récentes découvertes de la science tendent à affirmer\nde plus en plus l'unité de la matière, nous sommes de plus en plus\nconscients de l'unité de l'art. Ce que nous appelons la nature, tout ce qui\nimpressionne nos sens, n'est pas un assemblage de substances différentes;\n ce sont les manifestations multiples d'une même énergie. Et quand nous\n disons : « les arts », cette expression ne désigne point un ensemble de\n choses diverses et indépendantes. I1 n'y a, au fond, qu'un art, que notre\n esprit perçoit sous des formes variées ; c'est en se reflétant dans les caté-\n gories de notre intelligence que se fragmente en rayons distincts la\n lumière émanée d'un unique foyer. Conception éminemment spiritua-\n liste, puisqu'elle ramène-le principe de toute beauté au Beau absolu,\n à Dieu.\n   L'oeuvre maîtresse de M. Edouard Schuré, celle qui condense ses doc-\ntrines religieuses ou philosophiques, les Grands Initiés demanderait à\nelle seule une étude spéciale. Si le Drame musical, est un merveilleux\nmonument d'esthétique, les Grands Initiés sont un magnifique édifice de\npensée, profond comme ces pagodes hindoues, dont un autre grand\npoète, Michelet. a évoqué si puissamment la majesté souterraine. Fondé\n sur la croyance à la révélation universelle, cet ouvrage, qui résume tant\n de lectures et de méditations, plonge dans les origines de toutes les\n croyances et tente de pénétrer, sous le voile des mythologues et, parfois,\n la matérialité des rites, les abîmes sacres des mystères. Quoiqu'il révèle\n une érudition très étendue, ce n'est pas un livre de science. Si l'érudit\n y apporte le résultat de ses longues études, c'est le poète qui 1'expose.\n Son œuvre échappe aux règles d'une rigoureuse -critique scientifique\n et ne peut satisfaire pleinement les esprits mathématiques, qui ont besoin\n  de tout ramener à d'exactes formules. La part de l'intuition y est aussi\n  grande que celle de la science. Il ne faut pas non plus juger cette œuvre\n  au point de vue de l'orthodoxie chrétienne; néanmoins, elle est inten-\n  sément religieuse. C'est l'évocation de ce qu'il y a eu de plus pur, de\n  plus grand-, de plus-sacré dans l'âme humaine, ressuscité de tous les\n  sépulcres du passé par la divination du génie.\n    Si la-révélation s'est accomplie par toute la terre, soit directement\n  religieuse dans la conscience des élus de Dieu, soit poétique dans l'ifna-\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                      MYSTIQUES- CONTEMPORAINS                             6*\n\n gination des hardes. nous, devons la retrouver non seulement parmi les.\n dogmes, mais aussi dans toutes les manifestations du génie instinctif.\n    Chercheur de l'âme des peuples disparus, M. Edouard Schuré parcourt\n le cycle des légendes, depuis celle de Krichna et de Bouddha jusqu'à\n celles des druidesses, dont nous voyons dans le Mont Saint-Michel, une\n tradition exposée en quelques pages comme un poème d'amour et. de\n mort. Mais ce ne sont pas là des excursions capricieuses au hasard d'une,\n fantaisie poétique. C'est toujours la « Psyché au cœur de l'homme »_ que\n M. Edouard Schuré cherche dans la « Légende au cœur du peuple » ; en\n ce voyage de découverte, il marche les yeux tournés vers la lumière\n lointaine de l'éternclle.Vérité. Dans la visite à la Grande Chartreuse, formu-\n lant de nouveau sa doctrine fondamentale, l'unité intérieure d.es religions,\nil y voit « la promesse d'une, synthèse possible de la science devenue\nreligieuse et de la religion devenue scientifique ». Et cette évocation\nproférée devant la croix blanche du Grand Som, au lever du soleil,\nn'est-elle pas vraiment le cri d'espérance de la jeune génération mys-\ntique ?.\n    « Puisse l'antique et toujours nouvelle vérité de l'esprit vainqueur de\nla matière remonter sur les sommets intellectuels de notre époque.\n Puisse-t-elle faire rayonner sur les jeunes générations sa rose de lumière\net de beauté ! Puisse-t-elle éveiller cette charité qui naît de l'intelligence\nprofonde des choses et cette intelligence sublime qui naît de la vraie\ncharité! Puisse-t-elle proclamer au-dessus de nos dissentions, avec une\ncertitude grandissante, la foi de l'âme immortelle consciente d'elle-même\net l'unité spirituelle du genre humain! »\n   Les Sanctuaires d'Orient font suite aux Grands Initiés. Pèlerinage de\npoète et de philosophe aux terres consacrées p a r d'antiques symboles\net d'augustes présences. Ici se manifestent diversement les facultés artis-\ntiques de l'auteur et le musicien s'affirme peintre. Tour à tour, il fait,\nvivre à nos yeux le chatoiement de la vie orientale, l'ardente coloration\ndu.désert et, l'attendrissement de la Palestine, ressentis avec une émotion\ntout évangélique, de compassion et d'amour. Peut-être s'est-il plu davan-\ntage encore à nous peindre la grâce lumineuse de la Grèce, comme, en\ncette suite exquise de tableaux qui est l'excursion au Pentélique, où si\nvite « le.charme subtil du paysage, attique s'insinue à, nos yeux » : comme\nen. ce panorama contemplé du péristyle. du Parthénon où. « se révèle\nl'harmonie, d'un pays qui semble modelé par les dieux ». —. Mais sous\ncette Grèce, de lumière suave et d'eurythmie, s'abrite, une autre Grèce..\nLa première. est le beau visage, le beau corps, enveloppe de l'âme ; la\nseconde.est l'âme elle-même, l'âme des vieux mythes symbolisant la vie,\nCelle-ci l'auteur l'évoque, pour nous sous la forme d'un mystère orphique :\nDémèter et Perséphone, et je ne. crois pas qu'aucune oeuvre moderne m'ait\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                DURENDAL\n70\n\ndonné si intense l'impression majestueuse, ample et sereine de l'antiquité\nsacrée.\n   En cette revue rapide et forcément superficielle d'une œuvre si consi-\ndérable, à peine pourrai-je dire un mot des poésies de M. Edouard Schuré.\nJe voudrais pourtant nommer au moins le vigoureux drame de Vercin-\ngétorix et la Vie Mystique, ce poème de pensée et d'amour, puisé aux\nsources les plus intimes de la vie du cœur et qui s'élève vers les plus\nhautes régions de l'âme. Quoique la forme, parfois, trahisse trop de hâte\nen la composition, il serait très intéressant d'en étudier les rythmes si\nvariés, tantôt calmes, tantôt d'un élan fougueux de vie tumultueuse, ou\nencore berceurs comme Mariage Mystique, dont les petites strophes de\nsix vers produisent une inexprimable sensation blanchâtre et de clair de\nlune, ont je ne sais quel assourdissement de nuit voilée, nous font flotter\nl'esprit dans un voyage de rêve.\n   Mais quel que soit le mérite du poète, je lui préfère le prosateur. Il n'y\na nulle exagération à dire que M. Schuré est un des premiers écrivains\nde notre temps et l'on peut même affirmer simplement qu'il est, dans\ntoute la force du terme. « un écrivain ».\n   La prose est une musique aussi bien que les vers; moins sonore, moins\nmélodieuse, avec des rythmes moins précis et d'une variété illimitée,\npar là même indéfinissable; échappant aux règles de la métrique, mais\ngouvernée par des lois d'harmonie dont un petit nombre d'élus ont reçu\nl'inestimable don.\n   M. Edouard Schuré est un de ces privilégiés. Les qualités, qui font si\nbelle la langue de ses ouvrages, se condensent avec une rare perfection\ndans l'Ange et la Sphinge, récit symbolique où subsiste la doctrine plato-\nnicienne et théosophique de la succession des vies et dont la conception\nmorale est celle de Tannhauser : l'antagonisme des deux amours, de la\npassion sensuelle et de la chaste tendresse.\n   Ce thème revit dans le récent roman de M. Schuré, le Double, placé en\nun milieu parisien, moins favorable peut-être que le paysage allemand,\nreculé dans le lointain des siècles au développement poétique d'un sym-\nbole: mais d'une inspiration très élevée, évoluante travers les péripéties\nde la passion vers la noble idée de l'amour qui renonce et celle surtout\nqui est la formule essentielle du livre : l'art sauveur de la vie.\n   Un des caractères du mysticisme de M. Edouard Schuré, c'est qu'il ne\ns'amollit jamais en sensualisme languide. Si la passion vibre ça et là\nd a n s s o n œuvre, c'est comme un de ces passages d'éclair qui, par les\nnuits chaudes, éblouissent un instant le regard sans obscurcir d'aucun\nnuage la limpidité du ciel étoilé. Sa conception de l'amour, même de\nl'amour-passion. est si haute qu'il ne s'en dégage nul trouble. Ses pages\nsur le breuvage d'amour et de mort (Tristan et Iseult) sont une des plus\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                     MYSTIQUES CONTEMPORAINS                            71\n\n\nmerveilleuses analyses qui aient jamais exprimé par des mots ce qui.\nsuivant l'auteur, n'est possible que par le concours du drame et de la\nmusique, la « genèse même de l'amour ». Et cette analyse est pure\ncomme le plus pur cristal, car elle pénètre l'amour dans son essence et le\nconçoit dans son suprême accomplissement : la fusion absolue des âmes,\nla mort.\n   C'est souvent chose malaisée de juger nos contemporains. Un recul\nest nécessaire pour assigner à une œuvre ses véritables proportions.\nNous savons toutefois, dès aujourd'hui, que celle de M. Schuré, vaste et\nprofonde, occupera une place durable dans l'histoire intellectuelle du\nXIXe siècle. Il a. lui aussi, plongé dans la région des Mères, afin de\ncontempler les types primordiaux et de ramener des abîmes du passé\nl'immortelle Hélène, pour célébrer les noces mystiqucs de l'antique\nBeauté avec le Faust contemporain, chercheur d'idéal parmi le doute\net la douleur.\n\n                                                        GEORGES HÉRY.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "            PAGES CATHOLIQUES (1)\n\n\n\n\n               LES dernières œuvres d'Huysmans ont été accueil-\n                 lies avec une certaine méfiance dans les milieux\n                 catholiques : le langage, insolite pour la plupart,\n                 qu'elles parlent, le pittoresque et la familiarité\n                 de leurs images, la hardiesse de certaines confes-\n                 sions trop explicites étaient, sans contredit, pour\n                 effaroucher les âmes timorées qui, tout en recon-\n                  naissant la véritable effusion, la piété profonde,\nl'authentique conversion dont témoignaient ces livres, ne se\nhasardaient guère à en conseiller la lecture.\n   Mais, chose caractéristique, ces sentiments craintifs se firent\njour, moins dans les ordres monastiques, que dans le clergé\nséculier. Ce dernier, mêlé au monde, exposé à toutes les suspi-\ncions, à toutes les avanies que la robe sacerdotale suscite dans\nune société pétrie de tolérance maçonnique, redoute naturelle-\nment les initiatives périlleuses, devient prudent et timide, et, par\nle fait même, est peu enclin, en général, à faire paraître ces\ngénérosités et ces témérités de la foi, cette hauteur de vues que\nla vie conventuelle nourrit et développe.\n   L'admiration exclusive de Huysmans pour le moyen âge, non\n\n (1) J.-K. HUYSMANS, Pages catholiques, préface de M. l'abbé A. MUGNIER (Paris, P.-V. Stock).\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                        PAGES CATHOLIQUES                           73.\n\n\n\n moins que l'écriture originale de ses ouvrages, suffisaient pour\n en écarter les Jésuites, fidèles à la tradition de la seconde Renais-\n sance, contemporaine de la fondation de leur institut, et tout\n férus de culture classique, comme aussi la majorité des prêtres,\n médiocrement soucieux de l'art dont, seuls, dans l'Eglise, quel-\n ques ordres, les Bénédictins, entre autres, ont continué à com-\n prendre le rôle et l'importance liturgiques.\n    Le moine, au reste, exerçant son ministère de contemplation\n et de prière dans la solitude et le silence, retiré des préoccupations\n éphémères des hommes, soustrait à l'atteinte de leurs sarcasmes,\n à la contagion de leurs opinions et, il faut le dire aussi, chargé\n d'une moins immédiate responsabilité sur la direction des fidèles,\n était plus capable de saisir l'essence de ces œuvres, de pénétrer\n dans l'âme d'un pénitent tel que Durtal, de suivre avec anxiété\n et sympathie les phases de son retour à la vérité, de compatir aux\n affres et aux transes qu'elle endure, — d'apercevoir, enfin, sous\n le verbe subtil et singulier de ces récits, leur poignante véracité,\n l'étonnante abnégation d'esprit et de vain orgueil dont ils\n débordent.\n    Sans même connaître les ouvrages antérieurs de Huysmans,\nsi passionnément personnels et qui constituent, en somme, une\nautobiographie incisive et lucide de sa pensée, il est manifeste\nque les péripéties de cette passion d'un converti : En Route, ne\nsont pas de celles que l'on invente. La révolution spirituelle\nnarrée par ce livre, les combats intimes et les rechutes de son\nhéros, ses tentations alourdies de remords, ses élans mystiques\nentrecoupés de langueurs et de distractions, toute cette peinture\nsi vive et si précise, sans déguisement ni exagération, des étapes\nparcourues par Durtal porte la mordante empreinte de la vie\nvécue et soufferte.\n    Et le style conservé d'A Rebours ou d'En Rade, avec ses adjec-\ntifs colorés, ses tours caustiques, les réflexions quelquefois\nétranges, les allures peu ordinaires de ce pénitent, n'était-ce\npoint là un gage de plus de la sincérité de l'artiste, cette sincé-\nrité qui, pour user d'une heureuse expression de M. l'abbé\nMugnier, « est la forme même de son talent » ?\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                            DURENDAL\n74\n\n     Mais cela n'est plus en question, à présent, et la retraite de\nl'écrivain à Ligugé a dû convaincre les plus obstinés des incrê-\ndulés. Il reste, cependant, que cet En Route, si apte à éveiller'\nau scrupule et à l'angoisse religieuse des âmes jusque là égarées\ndans l'indifférence, ne convient, précisément à cause de la fran-\nchise humble de son perpétuel et implacable examen mental,\nqu'à une catégorie restreinte de lecteurs.\n     Mû par la pensée de donner accès à cette œuvre dans des\n milieux nouveaux, M. l'abbé Mugnier vient de publier, avec\n l'assentiment d'Huysmans, une excellente sélection, précédée\n d'une remarquable introduction, d'En Route et de la Cathédrale.\n C'est comme une nouvelle édition abrégée et dont on a élagué\n tout ce qui serait de nature à froisser quelque susceptibilité. En\n somme, le choix a été dirigé par l'intention de retracer toutes les\n périodes de la réconciliation de Durtal avec l'Eglise, mais en\n faisant la place très large aux savoureux chapitres consacrés à\n la liturgie et à la symbolique sous toutes leurs formes.\n     On trouvera dans ce recueil, à côté des pages capitales d'En\n  Route, de ce pénétrant récit du séjour à Notre-Dame de l'A'tre,\n  les principaux chapitres de la Cathédrale, le commentaire ingé-\n  nieux à la fois et savant, l'étude illuminée par le tendre et\n  reconnaissant amour de l'auteur pour Notre-Dame, de cette\n  prestigieuse basilique de Chartres.\n      Car il a analysé avec une patiente et subtile vénération la\n  structure, la décoration sculptée et peinte de cet édifice; a\n  déchiffré, un à un, les étonnants feuillets de cette Bible de\n  pierre, dont l'enseignement, compris sans peine par les foules du\n   moyen âge, est devenu hermétique pour les intelligences affran-\n   chies d'aujourd'hui.\n      L'artiste, chez Durtal, même au temps où il vivait, non peut-\n   être dans le scepticisme, mais dans l'insouciance, avait toujours\n   témoigné d'une extrême dilection pour le plain-chant, l'architec-\n   ture, la peinture et la sculpture gothiques, expressions d'un art\n   radieux et souple, extraordiriairerrient probe et personnel,\n    réaliste tout ensemble et hautement idéaliste et, par dessus tout,\n   d'une vivacité ingénue, sans habiletés et sans mensonges.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                       PAGES CATHOLIQUES                         75\n\n   Mais tout le travail de cet âge, énorme et multiplié, dont les\nmonuments peuplent nos villes et nos musées, orienté tout entier\nvers un seul objet : la glorification du Christ, de la Vierge et des\ndogmes catholiques, pouvait-il avoir été accompli en vain? Des\nparoles, répétées par des générations de peuples, pendant des\nsiècles, seraient vides et mortes, ne recèleraient aucun sens récon-\nfortant, aucune vertu efficace? Toute une création d'œuvres scrip-\nturales et plastiques aurait surgi dans le monde moderne, conçues\navec une logique, une splendeur organique incomparables, et\nengendrées, cependant, par un leurre, par des croyances pure-\nment imaginaires et fabuleuses?\n   Cette question avec toutes ses conséquences avait hanté l'esprit\nblasé de Des Esseintes, désabusé de la vie et, plus encore, de lui-\nmême; mais il devrait être donné à Durtal, doué de la même\nâme anxieuse et irrésolue, de la même conscience désorbitée qui\nse cherche un équilibre, une raison stable d'exister, d'en trouver\nla solution.\n   Il la portait en son âme, cette solution obscure, trouble encore,\njetant des lueurs intermittentes; mais la grâce qui cheminait par\nla voie de ses prédilections devait achever de l'éclairer et l'aider\nà découvrir dans les objets de son admiration les signes magni-\nfiques et fugitifs de la vérité éternelle.\n                                               ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                      Guido Gezelle\n\n    Je ne le connus qu'au soir de sa vie, et me souviendrai de lui,\ntel que le sculpteur Lagae le fixa en un buste magistral, masque\nsocratien que le travail de la pensée et l'expérience de la vie sou-\n lignaient de souffrance, de quelqu'amertume, d'un peu de\n défiance peut-être.\n    Dans les relations quotidiennes, Gezelle ne dépassait guère la\nlimite des conversations banales; et rares furent ceux à qui il\ndécouvrit le tréfonds de son être, braises de sensibilité et d'en-\nthousiasme restées rouges et vivaces pourtant sous la cendre des\nannées; et à le voir ainsi et à l'entendre, craintif, réservé, pres-\nqu'ombrageux, il était malaisé, à ceux qui ne le connaissaient\npas, de s'imaginer que ce vieillard timide et taciturne fut, au\ntemps de sa jeunesse, un éducateur imcomparable, un merveil-\nleux éveilleur de personnalités, un éloquent semeur d'idées et\nde formes nouvelles; que non seulement il conquit toute une\ngénération à un idéal où les fortes traditions chrétiennes s'allient\nà un sens jaloux, particulariste et indépendant de la province\nnatale, mais que, pour l'expression de cet idéal, il ressuscita et\ncréa en partie une langue spéciale, si caractéristique et si savou-\nreuse; et qu'en un mot il fut, pensée et forme, le chef d'une école\nlittéraire.\n    Pour juger combien l'influence de Gezelle fut grande en\nWest-Flandre et combien elle demeure vivace, il faut avoir\npénétré dans l'intimité de quelques-uns de ses élèves et de ses\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                          Gl'IDO GEZELLE                          77\n\n\n disciples, prêtres ou laïcs — tel par exemple Hugo Verriest,cet\n:exquis et vibrant tempérament d'artiste; écoutez leurs confi-\ndences : le souvenir des leçons de Gezelle parfume leur exis-\ntence; son nom leur rappelle ce moment inoubliable d'adoles-\n cense, où dans un geste de poète, il leur découvrit les horizons\n de la Beauté; leur intellectualité fut comme pétrie et façonnée\n sous la direction de ce maître qui leur infusa, non de froides et\n plastiques formules, mais de la vraie vie ardente et spontanée ;\n et surtout par lui, par son enseignement, par son dialecte, par ses\n poèmes, leur advint cet amour passionné, exclusif et farouche de\n leur Flandre et cette faculté distinctive et privilégiée de commu-\nnier, par toutes les forces vives de leur être, avec la nature qui\n les entoure et avec l'âme croyante, virile, brutale parfois des\n ancêtres.\n    Les philologues passent volontiers au crible d'une sévère éru-\n dition la linguistique particulière forgée par Gezelle; d'autre\npart, des critiques se sont demandés si pour la diffusion et la\npérennité des œuvres du poète, il n'eût point été préférable que\n celui-ci ancrât ses livres dans la pure langue néerlandaise d'un\nplus large rayonnement; ce sont là questions à discuter et à propos\n desquelles cette seule remarque s'impose : on ne peut point\n reprocher davantage à Gezelle d'écrire en west-flamand, qu'à\n Mistral d'écrire en provençal; l'une et l'autre restauration lin-\n guistique sont dans la logique même du but que les initiateurs\n s'étaient proposé; au surplus, la tentative de décentralisation lit-\n téraire, amorcée par Gezelle, il y a plus de vingt-cinq ans, ne\n reçoit-elle pas, à l'heure actuelle, une éclatante confirmation en\n France, où un mouvement général et analogue se produit, dont\n Maurice Barrès semble devoir prendre la direction, et dont les\n Déracinés formulent si éloquemment le programme?\n\n                                    *\n                                *       *\n\n  Quand on n'est point accoutumé à l'idiome west-flamand, la\npremière rencontre avec les œuvres de Guido Gezelle est assez\ningrate; mais cette difficulté initiale vaincue, quel panorama se\ndécouvre de large, profonde et originale poésie !\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "78                          DURENDAL\n\n\n    S'il est, dans le royaume de Dieu, un séjour particulier réservé\naux poètes, certes, au seuil de ce Paradis de l'art, l'âme de\nGezelle aura été accueillie, l'autre jour, par les âmes fraternelles\nde Lamartine et de Paul Verlaine.\n   Car, pour celui qui veut faire de la féconde critique compara-\ntive, ces deux noms — Lamartine, Verlaine — s'évoquent d'eux-\nmêmes, spontanément et successivement, à la lecture des poèmes\ndu maître flamand ; et selon que Gezelle interprète la nature ou\nglorifie la religion, ce sont les enchantements des Méditations\net des Harmonies que nous revivons dans un cadre proche et\nconnu, ou ce sont les émotions intimes de Bonheur et de Sagesse!\n    Et ainsi, par de là le temps et les distances, malgré des péripé-\nties d'existences différentes jusqu'au contraste, gravitent, dans\nl'orbite d'un même génie, le grand et somptueux seigneur de\n Lettres que fut Lamartine, la pauvre loque de misère, de péché\n et de repentir que fut Verlaine, — et le pauvre prêtre de Flandre\n dont la vie toute entière, après quelques années de combativité\n exubérante, fut asservie aux obscurs mais glorieux devoirs d'une\n desservance d'église !\n    Je l'écris avec une conviction entière : il faut remonter à\n Lamartine pour avoir un point de rapprochement avec Gezelle\n et trouver un poète qui ait proféré une vision de la nature d'une\n aussi belle simplicité de lignes et d'une aussi grande intensité de\n sentiments.\n    L'incomparable peintre! — et comme il a su saisir et réverbé-\n rer ces campagnes de la West-Flandre que son pas rêveur par-\n courut en tous sens et qui, dès l'enfance, étaient entrés dans ses\n yeux et dans son âme; et cette terre natale si passionnément aimée,\n comme son vers à la fois harmonieux et énergique, riche et sobre,\n grave et joyeux l'enveloppe, la baigne, l'idéalise et la suit amou-\n reusement dans ses transfigurations périodiques — reflétant avec\n une maîtrise égale les verts tendres des printemps, les ors clairs\n des étés, la pourpre des automnes et les blancheurs des hivers !\n     Et quel incomparable interprète aussi, j'allais dire quel incom-\n parable confesseur ! En récompense de sa tendresse filiale, la\n nature livra à Gezelle ses mystères souverains, et le poète entendit\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                            GUIDO   GEZELLE                          79\n\n\n  des voix que seul entendit avant lui — avec une puissance\n  pareille— Lamartine... Oui, encore une fois, il faut songer au\n  chantre du Vallon, de la Prière, de la Foi et de tant de cantiques\n  immortels au Créateur, pour reconquérir un commentaire aussi\n  émouvant et aussi grandiose de la création : c'est réellement,\n  sous le verbe enflammé du poète, le rideau de la nature qui se\n  lève — et Dieu qui apparaît dans son œuvre.\n     A cet égard, Guido Gezelle — comme Lamartine — fut un\n  grand apologiste — de cette apologétique du sentiment qui vaut\n  peut-être bien l'autre.\n     A côté de cette partie, la plus puissante, de l'oeuvre de Gezelle\n  et où il apparaît comme un grand « naturiste » lyrique, il en est\n une autre plus intime, plus personnelle, plus directement sincère\n et peut-être plus originale, et par laquelle Gezelle s'affirme comme\n un des rares poètes religieux qui puissent prétendre à vivre dans\n le souvenir des hommes.\n     La poésie religieuse ! — temple redoutable d'inspiration simple\n à la fois et sublime, et qui ne s'entr'ouvre plus, depuis les chantres\n inspirés des Hymmes, que d'intervalles, de génération en géné-\n ration, à quelqu'être de choix, ayant gardé à travers les vicissi-\n tudes déflorantes de la vie, sa blanche candeur d'âme — tel\n Gezelle — ou l'ayant retrouvée dans les feux purifiants du\n repentir — tel Verlaine. .\n    Si j'ajoute à leurs noms (avec le souci du reste des distances\nhiérarchiques) le nom de notre cher ami disparu, Jean Casier, dont\nla noble virginité d'âme se réverbéra trop rarement en une forme\nréellement artistique, je ne sais parmi toute la littérature mo-\nderne que Verlaine et Gezelle qui aient pu capturer dans un\nrythme, un vers et un verbe adéquats l'immatérielle essence du\nsentiment religieux; seuls, ils surent être des poètes qui prient,\net la claire et pure simplicité de l'acte de foi et de l'acte de charité\nque de préférence récite Gezelle, comme aussi de l'acte de\ncontrition et de l'acte d'espérance que sanglote surtout Verlaine,\nn'est jamais obscurcie par les brumes du rêve ou les prestiges\ntrop ardents de l'imagination.\n    Que si l'on veut juger de la supériorité absolue de Verlaine et\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "80                           DURENDAL\n\n\n\nde Gezelle sur tous les autres poètes prétendument religieux, il\nsuffit de lire à côté des admirables prières éparses dans Kerkhof-\nbloemen ou dans le Tijdkrans telles autres variations mystiques,\nlussent-elles prises dans Bilderdyck, comme il suffit de placer en\nparallèle des émouvantes plaintes de Sagesse les périphrases\népoumonnantes d'un Louis Racine — si ce n'est trop demander —\nou les divagations ampoulées et nébuleuses d'un Jean-Baptiste\nRousseau ou autres Le Franc de Pompignan.\n   ;\n     Les dénigreurs de notre temps en doivent prendre leur parti :\nce sera l'honneur du XIXe siècle devant la postérité, et devant\n Dieu, le rachat de bien des erreurs, d'avoir retrouvé cette veine\n cristalline de la poésie religieuse, perdue depuis le Grand Hym-\n naire — et que la vraie tradition mystique rompue ait été renouée\n par deux hommes aux vies les plus dissemblables mais au\n génie égal : en France, par un lamentable vagabond de lettres\n que la vie et ses pires péripéties meurtrirent et rédimèrent; en\n Flandre, par un vieux prêtre blanchi et voûté sous le harnais du\n service de Dieu.\n\n\n\n   Les funérailles de Gezelle, à Bruges, furent pompeuses, —\n escortées de troupes, chamarées d'uniformes officiels, enruban-\n nées d'un éloge funèbre qui est du reste une belle page littéraire,\n honorées même du deuil des réverbères!\n   Si du haut du ciel, le poète a pu s'accouder un instant vers ce\n cortège triomphal, j'imagine qu'un sourire a dû effleurer son\n beau et noble visage de rêve et de souffrance...\n   Sourire d'étonnement et de raillerie un peu : tant de recon-\n naissance, après tant de méconnaissance !\n   Car à la gloire de l'artiste souverain que fut Gezelle, ce signe\n dernier de prédestination n'aura pas fait défaut : longuement et\n largement, il but à la coupe de la persécution ouverte ou sour-\n noise; poète il subit, et prêtre il accepta les multiples petites sus-\n picions et les mille et une petites vilenies dont la Médiocrité\n a coutume de saluer le Génie !\n    Ah! pour maître Guido Gezelle, j'eusse voulu d'autres funé-\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                         GUIDO GEZELLE                             8l\n\n\n\nrailles : que parmi les diaphanéités d'opale d'un matin d'hiver,\nil eût quitté, sur les épaules de quatre robustes campagnards fla-\nmands, sa modeste petite maison courtraisienne, abritée à l'ombre\ndes tours historiques du Broel et d'où ses plus beaux rêves pri-\nrent leur envol; et que, l'office religieux fini, et suivi des quel-\nques rares amis qui ont été réellement secourables à son génie et\nà sa mélancolie, et de quelques pauvres vieilles en mantes à capu-\nchon, ses pénitentes de prédilection, il se fût acheminé là-haut vers\nla colline qui domine toute la vallée de la Lys; Hugo Verriest,\nson fils par l'art, et son frère par le sacerdoce, eût sangloté sur la\ntombe les suprêmes prières liturgiques — et Guido Gezelle atten-\ndrait le grand réveil, couché près du cœur même de la Mère\nFlandre et la tête tournée vers ces champs tragiques de Groenin-\ngue, d'où vinrent à son œuvre sa force, sa tendresse et son immor-\ntalité.\n                                        FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                           LES LIVRES\n\n\n\nLA POÉSIE :\nE n a i m a n t , poèmes, par LÉON WAUTHY (Charleroi).\n   Quelques banales variations sur les thèmes éternels du plaisir de\nl'amour, suivi de l'inévitable dégoût après la séparation : des strophes\nsensuelles que n'excuse pas même la beauté de la forme ; de temps à\nautre un vers passable s'il était vraiment original; tels sont ces poèmes\nqui s'en iront rejoindre, si ce n'est fait déjà, la multitude de plaquettes\nanalogues dans le profond oubli des nécropoles littéraires. De plus,\ndéfaut que nous ne pouvons passer sous silence, des incorrections gram-\nmaticales impardonnables. Que diable, messieurs les versificateurs,\napprenez donc votre langue avant d'écrire; donnez au moins à vos\npoèmes, à défaut d'autres qualités, celle de la correction !\n\nS o n n e t s é v a n g é l i q u e s , par E D . HENVAUX (Bruxelles, O. SCHEPENS).\n  Nous avons vainement cherché, dans ce recueil, l'impression pro-\nfonde que doit dégager l'Art religieux véritable. Par instants, néanmoins,\nla foi sincère de l'auteur communique quelque chaleur à sa poésie.\nSans doute, l'intention du poète doit être louée, mais en considération\nmême de la grandeur du sujet, on ne peut lui pardonner l'imperfection\nde la forme.\n                                                             CH. DE S.\n\n LE ROMAN :\nLa Loi de péché, par Louis DELATTRE (Edition du Mercure de France).\n  M. Louis Delattre est un de nos bons conteurs belges d'expression fran-\nçaise ; il sait joindre la saveur originale du terroir à de fines et nuancées\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                 LES LIVRES                                    83\n\n\ndélicatesses d'observation; c'est un réaliste que l'extérieur des choses\nn'absorbe point et qui sait être un psychologue des rêves intimes et rares\nde l'être humain.\n   La Loi de péché — son dernier volume — s'intitulerait mieux la « loi\nd'amour », histoire à la trame presque banale de deux êtres que l'adoles-\ncente poussée de sensibilité fait marcher côte à côte, sur le chemin dû\ndésir, et qui se séparent sur u n malentendu de cœur.\n   Le quelconque de cette aventure « cousinière » est sauvé par de la\ngrâce, de la poésie, de la fraîcheur et toute l'attachante et exquise beauté\nd'un style où chante une âme émue et frissonnante d'artiste.\n\nL'Irrémissible, par E D . MARTIN-VIDEAU (Paris, PLON).\n  Adultère, inceste, suicide : toute la banale et écœurante lyre. Vieux\njeu, vieux style. Livre malsain — et ennuyeux.\n\nF e m m e s n o u v e l l e s , par PAUL et VICTOR MARGUERITE (Paris, PLON).\n   Le roman du féminisme — plaidoyer chaleureux, un peu trop encom-\nbré d'argumentation, mais souligné et éclairé par une série « d'exemples »,\nles uns fortement burinés, les autres gracieusement esquissés, tous très\nnouvellement présentés.\n   En somme, une réincarnation intéressante et souvent puissante d'une\nthèse rendue suspecte par des minauderies de bas-bleus et des indigna-\ntions de Clergyman !\nAmours rustiques,         par   HUBERT    KRAINS   (Edition   du Mer cure de\n France).\n  Voici une œuvre bien originale et un écrivain qui ne doit rien à per-\nsonne! Les Amours rustiques de M. Krains, qui ont pour encadrement des\npaysages wallons fortement et largement dessinés, sont à la fois une œuvre\nde plasticité et une œuvre d'émotion ; la tendresse y corrige le réalisme:\nla pitié y atténue l'ironie; la délicatesse voile la brutalité, et de cet\nensemble complexe et nuancé se dégage une vision de l'âme campa-\ngnarde que l'on souhaite très juste parce qu'elle est souverainement\nsympathique.\nLa P a i x u n i v e r s e l l e , par Louis COUPERUS (Paris, PLON).\n   Nous avons dit jadis tout le bien que nous pensions de Majesté, dont\nla Paix universelle forme la suite.\n   Ce second livre du romancier hollandais semble bien (quoique l'auteur\ns'en défende) la satire anticipée du Congrès de La Haye; si Nicolas II\ndaignait le lire, peut-être regretterait-il un peu sa noble et vaine initiative\ndont la réussite eut pu lui attirer tous les déboires et toutes les catastrophes\nqui s'abattent sur Othomar.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "84                              DURENDAL\n\n\n\n  Comme Majesté, Paix universelle renferme des tableaux d'une beauté\nélevée et tragique ; d'autre part, les intrigues diplomatiques qui enguir-\nlandent les événements sont analysés avec une fine et amusante ironie ;\nmais Couperus ne s'est point dégagé encore de ces sortes de déséquilibres\nde composition qui déjà encombraient l'action et entravaient l'intérêt de\nMajesté: l'auteur, les éléments de son sujet réunis, semble ne pouvoir se\nrésoudre aux élagages nécessaires.\n\nLe peintre Gabriel, par A. DE POISEUX (Bruxelles, SCHEPENS).\n   Comme dans Monsieur Perrichon du bon père Labiche, le peintre\nGabriel part pour la Suisse, et, simple coïncidence, Cécile de Warmelle\nprend le même train et la même destination. Béni soit le hasard qui leur\nfournit une rencontre ! Fatalement une rivale intervient ! Et en avant la\n« lutte psychologique » ! Cécile ou Nelly, les paris sont ouverts ! Et voici\nune troisième laronne, la Mystique, représentée par une vieille sorcière :\nGabriel se fait moine. Rideau.\n   Ce livre vaut mieux pourtant que sa très banale intrigue; et il est\nvraiment criminel que M. de Poiseux ait accroché à une si négligeable\npatère tant de vues personnelles, sobrement et fortement esquissées, sur\nl'art en Italie, sur la vie romaine et sur certains coins privilégiés de\nSuisse.\n   M. de Poiseux n'est point né pour le roman, mais il écrira, quand cela\nlui plaira, un livre d'art d'un très vivant impressionnisme.\n\nL'Aiguille d'or, par J.-H. Rosny (Paris, COLIN).\n   Je crains bien que l'Aiguille d'or n'apparaisse, à ceux qui ont lu les\nsuperbes livres antérieurs des Rosny, d'une si profonde, si large et si\ninquiétante humanité, comme une œuvre hâtive, baclée, sacrifiant à la\nfringale du tirage nombreux et rapide.\n   L''Aiguille d'or me semble bien appartenir au genre feuilleton scienti-\nfique et être comme une sorte de Télémaque pour Transvaaliens, qui\naurait toutes les puérilités de « l'autre » sans avoir l'excuse de servir de\nmanuel d'éducation à quelque dauphin du président Krüger.\n   Pour la gloire et l'honneur de ces deux maîtres écrivains, il est temps\nqu'ils reviennent à des œuvres plus difficiles.\n                                                                 F. V.\n\nJ.-H. ROSNY. Le R o m a n d'un Cycliste (Paris, librairie PLON).\n   Au lieu du titre synthétisant l'action elle-même en un mot, ou appli-\nquant au héros le qualificatif qui, d'avance, le classe dans l'esprit du\nlecteur parmi les êtres devinés dès lors, voici cette épithète : « Cycliste ! -»\nsur la couverture d'un livre signé J.-H. Rosny. S'il y a surprise, elle ne.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                     LES LIVRES                                        85\n\n\nsera pas longue. Comme ses devanciers, ce roman perpétue les mêmes\nmorale et expression des écrivains. Peut-être se sont-ils surpassés.\nL'histoire est une histoire d'amour. Que Philippe Granvyl hésite d'abord\nentre le frais et clair paysage que suscite Mlle d'Hauteroche et la splen-\ndeur profonde, comme l'abîme constellé des nuits, émanant de Noëlle,\npour jeter enfin à celle-ci son âme passionnée, — c'est là seulement le\nrécit. Les psychologues actuels sont aptes aux développements céré-\n braux des attitudes, à l'ordonnance logique des faits. J.-H. Rosny ne\nleur envie rien. Mais que le drame s'élargisse avec le cri même de\nl'humanité, que la terre vive la vie millénaire scrutée dans les gouffres\ndu Passé, que le poème embrasse les gestes des peuples, ressuscite les\ncommencements, enchaîne aux premiers types de l'espèce l'homme\nd'aujourd'hui, l'enchaîne aux mêmes actes simples, dont l'apparence\n seule a changé, — ceci c'est Rosny (1). Et le lyrisme, d'une richesse\n d'images et de couleurs aveuglantes, c'est aussi Rosny.\n    Le Roman d'un « Cycliste » ! Le titre, cette fois encore, est le miroir\ndu livre. Les crises de l'esprit, les affres du cœur, tenaillent, sous le\nplastron de sa chemise, sous l'ordonnance de sa chevelure, Philippe\nGranvyl ; mais, sur la machine d'acier, au travers du soir, au bord du\nprécipice, dans la course, libre, folle, tragique à l'égal de sa conscience,\nil se retrouve en regard des primitifs. L'être physique s'évade de la\ncontrainte, et le corps se dégage des entraves pour ne plus tressaillir\nque de la vie des muscles, du sang,— volonté se réalisant dans l'action —\nau milieu des existences sur la terre, en le sol, dans le ciel, au-delà des\nconfins du visible.\n   Il y a, près du héros et de l'héroïne, d'autres personnages. Tous sont\nsentis avec leurs nuances mentales, vus dans leurs extériorités, et restent\nen nous avec la certitude de les rencontrer ou de les avoir rencontrés\ndéjà, et un coin merveilleux de France est fixé dans les sites qui les\nentourent.\n.. Des artistes, parmi les tout premiers, se manifestent complètement\ndans ce livre, et ce livre est chaste. Ainsi beaucoup pourront reconnaître\nla saveur du fruit que je leur vante !\n                                                                  G. V.\n\nLA CRITIQUE :\nLe T h é â t r e et l'Éloquence, par FERDINAND LOISE (Bruxelles, CASTAIGNE,)..\n  Ce volume fait suite aux autres ouvrages de M. Ferdinand Loise,\n\n\n  (1) On sait que leur conception scientifique de la vie se rattache au système de Darwin.\nSpécification nécessaire ici, dans une revue catholique.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "86                             DURENDAL\n\n\ndestinés à renouveler ces vieilles choses routinières, démodées, dépour-\nvues de critique et d'éclectisme que furent les Anthologies à l'usage de\nl'enseignement moyen.\n   On doit savoir gré à M. Ferdinand Loise de s'être attelé avec une belle\nvaillance à cette nécessaire et ingrate besogne, et une fois de plus, son\nnouveau volume parcouru, il faut le féliciter d'enthousiasme.\n    Car le choix d'extraits fait, par le judicieux auteur, dans l'Éloquence au\nXIXe siècle, forme un tout très harmonique et très complet : de Monta-\nlembert à Charles Woeste, l'élève aura sous les yeux des fragments de\n discours qui l'initieront d'une façon vivante à la transformation de l'art\n oratoire de notre temps.\n    Peut-être la partie consacrée au théâtre est-elle moins exemplaire et\n moins bien présentée : les maîtres du genre, certes, y ont leur place,\n j'entends les maîtres devenus classiques : Hugo, Augier, Dumas!...\n    Mais sont-ils vraiment tout l'art théâtral moderner ? Et Becque, et\n Lavedan, et Sardou et Meilhac, et surtout le délicieux et exquis et délicat\n Musset !\n    Ah ! cette fois voilà une lacune, mettons une distraction, que ne peuvent\n pardonner à M. Loise ceux qui ont lu ces choses impertinentes et émou-\n vantes qui s'appellent les Marrons du Feu, Il ne faut jurer de rien, A quoi\n rêvent les jeunes filles.\n     Je ne vois aucun inconvénient à ce que M. Loise donne le père Van\n  Tricht comme un « modèle » d'éloquence, mais à condition que dans\n  une prochaine édition, il veuille bien admettre Alfred de Musset comme\n  un « modèle » d'art dramatique.\n\n Louis Veuillot, par EUGÈNE VEUILLOT (Paris, VICTOR RETAUX).\n     En ce premier volume de la vie de Louis Veuillot, qui comprend\n l'enfance, la jeunesse, la conversion et les débuts de presse du puissant\n polémiste, M. Eugène Veuillot relate, avec une méritoire et un peu\n minutieuse exactitude, les péripéties successives d'existence de son\n glorieux frère; nul n'était plus préparé et mieux documenté pour pareille\n tâche; aussi aucun détail n'est-il omis, aucune circonstance n'est-elle\n négligée, aucun événement si minime soit-il n'est passé sous silence.\n  C'est de l'histoire, encombrée d'anecdotes.\n     Le livre de M. Eugène Veuillot deviendra plus intéressant, quand\n  l'auteur abordera la partie active et culminante de la carrière du rédac-\n  teur en chef de l'Univers. Mais à en juger par certaines attitudes prises\n  dès ce premier volume et certaines interprétations inscrites au bas\n  des événements, on peut prévoir que l'ouvrage de M. Eugène Veuillot\n  sera plus un « hommage au grand frère » qu'une œuvre d'impartiale et\n  indépendante critique : dès aujourd'hui, il n'y en a plus que pour Louis\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                                  LES LIVRES                                   87\n\nVeuillot dans l'histoire du catholicisme en France pendant la première\nmoitié de ce siècle, et quand on entend M. Eugène Veuillot commémorer\nles luttes en faveur de la liberté d'enseignement, par exemple, on finirait\np a r c r o i r e que cette inoubliable initiative ne fut due en rien, ni à la\ndivination d'un Lamenais, ni à l'éloquence d'un Montalembert et d'un\nLacordaire.\n   Le prestige de Louis Veuillot devant la postérité est assez grand par\nlui-même: il n'y faut point ajouter des rayons dérobés à la gloire de ses\némules.\n   Chez M. Eugène Veuillot. l'amour fraternel vaut mieux que le sens\ncritique.\n\nL'Élite, par GEORGES RODENBACH (Paris, CHARPENTIER).\n    Ce livre peut être considéré comme le testament artistique du délicat\net pensif poète de Bruges-la-Morte. Et il y a quelque chose de touchant\ndans cet hommage d'outre-tombe à ceux qui, aux heures de jeunesse\ncomme aux heures de maturité, furent, par leurs œuvres ou par leur\namitié, les plus proches de l'imagination et de la sensibilité du cher\nécrivain disparu : Baudelaire, Villiers, Verlaine, les Goncourt Rosny, e t c . .\n   La révélation posthume d'un Rodenbach, critique — et critique péné-\ntrant et tout vibrant d'impressionnisme, rend plus douloureuse la dispa-\nrition prématurée de ce beau, complet et original talent.\n\nPAUL BOURGET     : Œ u v r e s c o m p l è t e s . —(Critique), 1er volume (Paris,\n   librairie PLON. 1899).\n    L'éditeur Plon entreprend une réédition des œuvres complètes de Paul\n Bourget; le premier volume, qui vient de paraître, comprend les Essais\n de psychologie contemporaine.\n    M. Bourget, on se le rappelle, réunit jadis sous ce titre une série d'études\n sur les plus importants écrivains français contemporains ; et c'étaient non\n seulement de sagaces et fouillées analyses de leurs œuvres, mais aussi,\n à-propos de ces œuvres, des hitoriques intéressants et parfois éloquents\n des courants littéraires dont les maîtres choisis par Bourget furent les\n initiateurs : c'est ainsi que l'école réaliste est jugée à propos de Flaubert\n et que les pages — les admirables pages — consacrées à Leconte de Lisle\n commentent adéquatement la poétique de l'école Parnassienne.\n   Naturellement et par ce motif que l'on fait bien surtout ce que l'on aime\n'de faire, les parties les meilleures de l'œuvre critique de M. Bourget sont\n celles où il scrute l'œuvre, examine les tendances, dissèque la méthode\n'des personnalités qui eurent barre sur sa propre pensée ou déterminèrent\n de leurs influences l'orientation de son esprit : à cet égard, le chapitre\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "88                                  DURENDAL\n\n\nconsacré à Baudelaire et celui dédié à Renan sont des fragments criti-\nques de premier ordre.\n                                                             F. V,\nUNIVERSITÉ DE LOUVAIN. B i b l i o g r a p h i e ,   1834-1900 (Louvain, CH. P E E -\n  TERS).\n\n   Par deux fois déjà, en 1880 et en 1887, notre Alma Mater s'est plu à\ndresser le bilan de ses travaux relevant de la bibliographie. Combien la\nproduction scientifique y a été féconde durant ces quinze dernières\nannées, on peut le calculer rien qu'au chiffre des pages, qui a crû d'une\nbonne centaine dans ce nouveau volume, bien que d'une impression plus\ncompacte, et il était superflu de le grossir encore en y cataloguant des\ninstruments de physique et de chirurgie, une série de constructions\ngothiques, voire même un pont, qui doivent se sentir fort dépaysés dans\nce déballage de livres.\n   On n'y cherchera pas toutefois un simple catalogue à l'usage des\nlibraires et des bibliothécaires. C'est une contribution intéressante à\nl'histoire littéraire de notre temps, qui fait honneur au pays autant qu'à\nla cause que l'Université représente. Sans doute, il y a un triage à faire.\nUne bibliographie digne de ce nom ne nous fait grâce d'aucune réédition\nou traduction d'un même ouvrage, non plus que des réimpressions d'ou-\nvrages étrangers ou plus anciens qui n'ont coûté d'autre peine le plus\nsouvent qu'une revision d'épreuves. L'historien littéraire se gardera\nd'assimiler à celles-ci la publication de textes inédits qui ont demandé\ndes recherches pénibles dans les dépôts de MSS de l'étranger et exigé le\nconcours de toutes les ressources de la critique et de la paléographie.\n   Déduction faite de ce poids mort, il reste un ensemble de productions\noriginales qui, en l'absence d'un classement systématique, présentent ici\nl'aspect d'une macédoine littéraire. Car il y a de tout dans cette littérature\nprofessorale : j'y ai découvert, entre autres, une comédie (Schollaert), un\ndrame (chevalier Descamps), des sonnets (M. Ponthière), sans parler des\nvers latins, qui restent davantage dans le ton de la maison.\n    En regard de ces délassements intellectuels, vient se ranger une pha-\nlange compacte de traités didactiques et méthodiques de omni re scibili.\nI1 y en a pour toutes les branches du savoir humain et divin, et un collec-\ntionneur pourrait aisément se monter une encyclopédie à peu près com-\nplète rien qu'avec les manuels de Louvain.\n    Après la science faite, dont ces manuels font la synthèse, il y a la science\nà faire, représentée ici par la masse des travaux spéciaux d'analyse et de\nrecherches, qui sont disséminés clans une multitude de recueils pério-\ndiques. La Bibliographie ne renseigne pas moins d'une trentaine de\nrecueils spéciaux ayant paru ou paraissant sous les auspices de l'Univer-\n sité.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                               LES LIVRES                                 89\n\n\n   Mais c'est surtout aux Académies qu'est réservée l'élaboration lente et\nprogressive de la science. Leur rôle ne se borne pas à accroître de\nquelques volumes par an l'encombrement de nos bibliothèques. Mais\nc'est à elles qu'il appartient de provoquer les découvertes, de les con-\ntrôler, de les répandre dans le monde savant, de susciter les discussions\nfécondes et de présider ainsi à l'accroissement de notre patrimoine\nscientifique. Et elles sont excellemment placées pour cela. La faveur des\npouvoirs publics dont elles jouissent, les fondations et les subsides qui\nalimentent leur budget, la faculté qu'elles ont de se recruter dans tout le\npays, leur permettent de concentrer en un faisceau la grosse part de la\nproduction scientifique. A cette élaboration collective, l'Université\ncontribue largement, comme on peut le constater par un simple relevé\ndes travaux de ses membres couronnés par les Académies ou publiés\ndans leurs recueils.\n   Ce répertoire a encore d'autres aspects intéressants. On y constatera\nque l'Université n'a pas failli à la mission apologétique qui lui incombe.\nCar si sa création est un hommage rendu à la science par la religion, la\nreligion, à son tour, attend d'elle qu'elle ne soit pas laissée sans défense\nen présence des attaques incessantes auxquelles elle est en butte de la\npart d'une science fausse ou incomplète. Sur le terrain théologique, il a\nfallu tenir tête au rationalisme régnant et maintenir haut et ferme le\nprincipe du surnaturel, qu'il se soit agi de la divinité du Christ, du carac-\ntère inspiré des Livres-Saints ou de la stigmatisée du Bois-d'Haine. Sur\nle terrain philosophique, il s'agissait de rencontrer les négations auda-\ncieuses du panthéisme, du matérialisme, du positivisme. Sur le terrain de\nl'histoire, il n'y avait pas moins à faire pour la débarrasser d'une masse\nde calomnies ou de préjugés en circulation contre le clergé, la papauté\nou l'Eglise. Dans cette littérature apologétique, bornons-nous à relever\nune œuvre dont le titre seul était déjà tout un programme : Les dogmes\ncatholiques exposés, prouvés et vengés, que faisait paraître, en 1855,\nJ.-N. Laforêt, le second recteur de l'Université. Cet ouvrage considérable,\nen quatre volumes, a vieilli sans doute après un demi-siècle, qui a vu se\ndéplacer le terrain de la lutte. Mais il venait à son heure et fit alors une\nlégitime sensation.\n   Après ces controverses du dehors, non moins intéressantes pour l'his-\ntorien sont celles du dedans, en matière philosophique surtout. Car, avant\nd'avoir trouvé une philosophie de tout repos, les fondateurs de cet ensei-\ngnement ont dû chercher leur voie, au milieu des écoles et des théories\ncontradictoires qui pullulaient dans la première moitié de ce siècle. Ça\nn'a pas été sans tâtonnements, ni tiraillements, qui ont mis aux prises une\nfoule de bons esprits et provoqué l'éclosion de nombreux livres, articles\nou brochures sur ce qui s'appelait alors la question de Louvain, contro-\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                               DURENDAL\n90\n\nverses d'autant plus importantes qu'elles eurent leur répercussion dans\ntout le monde religieux, au sein même des congrégations romaines et\njusqu'au seuil du Concile du Vatican.\n   Nous n'achèverons pas cette énumcration qui suffit à montrer de quel\nintérêt serait une histoire littéraire complète de l'Université de Louvain.\nC'est déjà quelque chose que d'en avoir recueilli les premiers matériaux,\nqui se présentent ici à l'état brut et qui sont à l'histoire à faire ce que\nsont les plantes desséchées d'un herbier à la vie et au coloris des florai-\nsons d'été. Pour mettre ces matériaux en œuvre, pas n'est besoin de génie;\nmais ce qu'il y faudrait, c'est l'application tenace d'un Foppens ou d'un\n Paquot, l'esprit d'abnégation que suppose toute entreprise de longue\nhaleine et, par dessus, cet amour de son sujet, le con amore des artistes,\n qui seul peut enfanter des ouvrages durables.\n                                                                      X...\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                           NOTULES\n\n\n\n   M. Léon Deschamps, qui créa et dirigea la revue La Plume, vient de\nmourir à Paris, âgé de 36 ans. Il était plutôt manager qu'écrivain. Ce fut\nlui qui eut l'idée de dîners mensuels présidés, à tour de rôle, par quelque\nnotabilité du monde des arts ou des lettres, et aussi des réunions hebdo-\nmadaires tenues dans quelque cave du Quartier Latin (ce fut longtemps\nau Soleil d'Or, au coin du Quai Saint-Michel), où s'affirmèrent maints\npoètes, prosateurs, chansonniers et humoristes, devenus depuis lors\nfameux.\n   «Il fallait voir, écrit M. H. Carton de Wiartdans une étude sur la Basoche\nde Paris, publiée en 1893 par le Palais, il fallait voir, aux soirs des réu-\nnions plénières de la Plume, cette cave du Soleil d'Or, — si basse qu'on\nn'y pouvait manger que des soles, disait le chansonnier Trimouillat — et\noù s'écrasait en haut et en large la plus invraisemblable collection\nd'esthètes et de bas bleus qu'on pût rêver. Quelques vrais et sincères\nartistes, — quelques-uns déjà célèbres. Mais combien d'indécrottables\nratés, d'éternels débutants, bavant sur tous les succès, réduits à exploiter\ndes effets de cravate et de vocabulaire pour s'épater eux-mêmes, donnant\nà l'observateur l'impression d'une cohue de vibrions s'agitant dans la\nfiente, essayant de sortir de là leurs petits tentacules pour les dresser\nplus haut que les tentacules des voisins. Oh ! l'admirable bouillon de cul-\nture intensive pour tous les microbes de l'envie et de la médiocrité !...\n   » Toute cette jeunesse littéraire se distingue surtout par l'individua-\nlisme et l'intolérance. Etat moral : Un je m'en fichisme absolu, déguisé\nparfois sous des affectations de spiritualisme; l'originalité sans les condi-\ntions de patience et de travail qui la fécondent. D'ailleurs, malgré une\n diversité de tendances indéfinie, plus de tension nerveuse que de tension\n intellectuelle, plus d'esprit assimilateur que de force productive. Le sys-\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "92                              DURENDAL\n\n\n\ntème sensitif apparaît multiple et délicat, la faculté d'exprimer de menues\nsouffrances, des blessures d'amour-propre, des corruptions intimes, des\nlassitudes extrêmes, est développée à un degré qu'elle n'atteignit à aucune\nautre époque. « Mais, ainsi que le dit Rosny, le vocabulaire est incertain\n» et mal digéré, les idées plates, les parties peu nobles et peu profondes du\n» cerveau mises en jeu plutôt que les autres; l'intelligence est pour ainsi\n« dire une intelligence de cervelet et de moelle épinière. les notions de\n » durée, inséparables de la création de grandes choses, sont fugitives et\n » rares. »\n    M. Léon Deschamps avait très bien compris l'art de grouper tous ces\n éléments et de les utiliser pour l'alimentation d'une revue dont il était le\nmaître absolu et qui faillit un instant occuper la place conquise depuis par\n le Mercure de France. Auteur lui-même de deux romans rustiques, «épuisés»\n et oubliés, il s'était ensuite fait éditeur, avait ouvert, en des expositions\n presque incessantes, une galerie changeante de tableaux curieux et d'es-\n tampes diverses. Sa mort imprévue est plus qu'un fait-divers, c'est\n presque une époque qui disparaît.\n\n\n\n    A l'Académie française. — Le dernier jeudi de 1899, M. Henri Lavedan,\n auteur du Nouveau Jeu, du Vieux Marcheur et autres «rosseries» spirituelles,\n a pris séance sous la coupole Mazarin. Le vénérable M. Thureau-Dangin\n s'était dérobé à l'obligation, que lui imposait le sort, de répondre au réci-\n piendaire. 11 invoqua, comme excuse, son ignorance absolue des œuvres\n de M. Henri Lavedan et des œuvres de Meilhac, dont il s'agissait de faire\n l'éloge. Le marquis Costa de Beauregard, l'auteur de plusieurs beaux et\n bons livres, parmi lesquels un presque chef-d'œuvre : Un homme d'autre-\nfois, se résigna à la corvée non sans l'arrière-pensée de profiter de cette\n occasion pour dire son fait à toute cette littératurctte singulièrement fai-\n sandée, puant la poudre de riz, la sanie et l'éther, dont M. Lavedan, après\n Meilhac, tient aujourd'hui boutique ouverte. Ce fut, entre le tenant du\n vieux jeu et le parangon du Nouveau Jeu, une passe d'armes très curieuse\n et il ne nous paraît pas, quoi qu'en disent les journaux boulevardiers, que\n tous les rieurs aient été du côté de M. Lavedan. Celui-ci a troussé,, il est\n vrai, quelques jolis couplets. D'abord sur son prédécesseur :\n    « Bien qu'il se soit écoulé déjà plus de deux ans que vous l'avez perdu,\n vous avez toujours présente à l'esprit son image. Vous n'avez pas oublié\n l'aspect extérieur de l'homme, sa forte taille, le poids de sa lente démarche,\n la discrétion courte et parfois ecclésiastique de son geste, la prudence de\n ses propos, la bonne grâce un peu gauche de sa politesse, tout ce qu'il y\n avait à la fois et par opposition de méfiant, de tranquille et de secrète-\n ment narquois sur ce masque engourdi dans je ne sais quelle puissance\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                                 NOTULES                                   93\n\nsomnolente, et barré d'une grosse moustache tartare, mais débonnaire,\nqui n'arrivait pourtant pas à voiler en entier le franc sourire, tout comme\nla paupière mi-close n'interrompait qu'un instant et pour la faire mieux\nvaloir la malice aiguisée du regard.\n    » Vous entendez encore aussi ce petit rire, hésitant et gêné, cette voix\ntimide et grêle qui ne laissait tomber par intervalles le mot et la saillie\nque comme à regret, avec un ton de modestie touchante et qui semblait\ndemander pardon d'avoir tant de finesse. Vous vous rappelez enfin l'avoir\nvu passer dans son coupé, par ces rues et ces boulevards qui étaient le\nthéâtre même, le terrain de manœuvres et le champ de bataille de son\ntalent. On l'apercevait, la tête à la portière de la voiture, massif et doux,\nplacide et réfléchi, tel qu'un Bouddha baigné d'indulgence, promenant sur\nles hommes et les choses de l'heure, au sage petit trot du cheval acadé-\nmique, son éternel coup d'œil inquiet, furtif et captivé. »\n    Voici un second couplet sur le Paris du second empire.\n    « Paris avait vu défiler, sous une mitraille de roses, nos soldats amaigris\net la joue brûlée par ce divin soleil d'Italie qui venait de leur donner une\nfois de plus la patine de la gloire. On se reposait donc sur leurs lauriers.\nLe présent était lumineux. L'avenir promettait une récolte au moins\négale à celle du passé...\n    « Bondissant aussitôt du trou du souffleur à la façon d'un diable d'Hoff-\nmann, apparaît, le violon au bout des doigts, une espèce de Paganini de\nbal d'opéra, aux yeux de braise, au ricanement de sorcier, qui lève aussi-\ntôt son archet magique, et sur un rythme enchanté de velours et de\nflamme ravit toutes ces marionnettes éperdues dans une boulangère de\n rires et de baisers. Et sur le champ, brunes polkas délurées, blondes valses\n allemandes, quadrilles pour la jambe en l'air des Mogador, tendres mélo-\ndies, rondeaux soupires, brindisi fougueux, strophes bachiques, évohés\n triomphants, couplets du Sabre ou lettre de la Périchole, voilà que vous\n vous égrenez, sans interruption ni trêve, emportant sur vos ailes de cristal,\n au-delà des mers, des déserts, jusqu'aux extrémités opposées du monde,\n le nom de ce charmeur parisien, du démon de génie qui s'appelait Jacques\n Offenbach. »\n    Après cela, un dernier couplet, un peu plus leste, sur « la petite femme\n de Paris », « jolie petite bête ravissante et supérieure » dont il faut « rire\n et sourire avec la plénitude de l'égoïsme affectueux, qui est la forme la\n plus belle et la plus ronde du véritable amour ». (?)\n    Quand M. Henri Lavedan eut fini de « mousser », M. Costa de Beaure-\n gard lui fit la leçon :\n    « Vous avez trop d'esprit. Il vous gène jusqu'à vous troubler ! Non con-\n tent de le dépenser, de le prodiguer, devrais-je dire, en fusées, en pluies\n d'étincelles, il vous plaît encore de l'envoyer parfois se promener en feu\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "94                               DURENDAL\n\n\nfollet sur les pires marécages. Depuis cette scandaleuse Reine d'Espagne\ndu chevalier de La Touche, si tragiquement sifflée en 1831, on n'a pas\ngardé le souvenir, à Paris, d'une fantaisie aussi débridée que votre Vieux\nMarcheur.\n    » Vous poursuivez la réhabilitation de cet irréductible survivant. Il n'a\ntrahi, dites-vous, avec votre indulgence accoutumée, que ses cheveux\nblancs et le sens commun. Mais encore, Monsieur, pour les trahir de\ncette sorte, aurait-il bien fait de mettre entre nous et lui ce mur, vous\nsavez, ce fameux mur derrière lequel il se passe quelque chose.\n   » L'habileté qu'avait Meilhac à tourner court, à ne pas aller, comme\n vous le disiez si bien, jusqu'à l'extrême élan, vous charmait tout à l'heure.\nL'éphémère tristesse que vous causait cette déception vous semblait tout\nce qu'il y a de plus pénétrant, de plus raffiné, de plus artistique. Pour-\nquoi donc ne vous avoir pas laissés, nous aussi... sur une déception?\nNon, le mot trahirait ma pensée, mais au moins sur une illusion, si com-\n promise fût-elle !\n    » Vous en coûterait-il beaucoup d'avouer que les ébrouements de\n Labrosse, toujours en quête de mots graveleux et de situations...comment\n dirais-je, inextricables, si vous voulez, ont fini par faire pleurer, chez\n vous, le bon petit enfant dont je parlais tout à l'heure et qui fut l'élève\n de Mgr Dupanloup.\n    » La théologie nous envahit au théâtre, vous avez essayé d'exorciser le\n vieux pécheur. Vous y êtes-vous mal pris, Monsieur? Dans tous les cas,\n vous n'avez su faire de lui qu'un érotique chrétien. La variété est assez\ninattendue pour vous donner l'effet comique que vous cherchiez peut-\n être.\n    » Excusez cette trop hâtive préoccupation: mais quand on vieillit et\n qu'on ne peut plus guère donner autre chose, on se fait donneur de bons\n conseils. Le mien, d'ailleurs, sera pour vous plaire. Tâchez, Monsieur,\n tâchez à tout hasard de vivre longuement, et alors qui sait si, dans quel-\n que cinquante ans, on ne dira pas de vous, — car l'esprit a aussi sa beauté\n du diable, — qui sait si on ne dira pas de vous comme d'un autre mora-\n liste... La Rochefoucauld : « Les sonnets de sa jeunesse lui sont revenus\n en maximes. »\n    Et ce fut tout. M. Henri Lavedan avait pris séance.\n\n  En même temps que les travaux d'architecture de Van Ysendyck, le\nCercle artistique nous a permis de voir quelques œuvres du peintre\nVanaise et de constater que l'auteur de Pierre l'Hermite prêchant la Croi­\nsade demeure peintre consciencieux et savant. Quelques sculptures de\nDillens méritent les éloges coutumiers pour leur ligne souple, gracieuse\net souvent noble.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                 NOTULES                                  95\n\n    Dans le m ê m e salonnet furent exposées ensuite les fleurs de M1Ie Geor-\ngette Meunier. La peinture de fleurs n'est pas ce qu'un vain peuple pense.\n On n'y voit d'ordinaire qu'un art léger, un peu futile, fait pour les ama-\nteurs et les novices. Cependant, nulle part ne se trouve plus puissante\nharmonie de couleurs, plus savantes architectures de formes. Pour tra-\nduire celles-ci, il faut évidemment une maîtrise plus complète que pour\ntout autre genre. On sait le talent de Mlle Georgette Meunier, sa science\ndes tons fondus, des modulations nacrées et irisées, sa sûreté d'oeil dans\nles notations les plus éclatantes. Cette fois encore, elle a su conquérir\nl'âme inquiétante des orchidées, l'âme simple et radieuse des fleurs cham-\npêtres, l'âme aristocratique des iris et des tournesols.\n   Un mariniste déjà connu, Romain Steppe, exposait en même temps\nune série de toiles heureusement consciencieuses ; l'une d'elles : Un effet\nde nuit sur la plage, montre un effort de rendre vibrant tout à fait d'excep-\ntion. Des aquarelles et dessins de Nestor Outer imposent d'être plus atten-\ntifs que jamais à un travail subtil et ému, capricieusement. Rue Royale,\nau Rubens Club, Henri Arden et Mme Arden rassemblèrent des toiles\nagréablement diverses. A noter, pour exactitude d'inventaire, un délicat\ninstinct poétique chez Mlle Léo Arden et une sérieuse entente des sites\nmarins chez Henri Arden.\n\n\n   Jeudi 28 décembre, à 4 heures, au Théâtre royal du Parc, matinée lit-\ntéraire consacrée à Musset.\n   Comme entrée de jeu, quelques lectures : Namouna, Stances à Ninon.\nContes à une Parisienne, Sur trois marches de marbre rose.\n   M. Maurice Chomé, l'intelligent organisateur de ces matinées, et\nMlle Laurent se sont distingués. Puis, une conférence de M. Maurice de\nWaleffe. D'un esprit très pétillant, parfois plus qu'impertinent, — de jolis\naperçus, parfois trop tarabiscotés. — de jolis mots, gâtés par une pro-\nnonciation fâcheuse. M. de Waleffe a exalté Musset aux dépens de\nLamartine et surtout de Victor Hugo. I1 l'a sacré le plus grand poète du\nsiècle. Et nous ne sommes pas loin de nous ranger à l'avis de M. de\nWaleffe, qui est aussi celui qu'exprimait, il y a quelques jours, un de nos\nbons critiques, M. Edmond Cattier :\n   « On commence à voir clair dans le cas du prodigieux ouvrier de lettres\nque fut Victor Hugo, à débrouiller la disproportion de son gigantesque\ntalent d'expression avec le pauvre fonds de ses idées, à ne plus se fâcher\ndes définitions, malicieusement rappelées par M. de Waleffe et qui lui\nfurent appliquées : garde national en délire, lieu commun dans un trom-\nbone, sans oublier celle de Proudhon : littérateur sans emploi! Le temps\nfinit toujours par remettre les choses au point. Le souvenir de Lamartine\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "96                              DURENDAL\n\n\nest loin. Baudelaire appartient plutôt au domaine de la psychiatrie. Les\nautres se sont plus ou moins laborieusement ingéniés à réinventer tout\nce qui avait été trouvé par Clément Marot. Les symbolistes sont déjà une\ncollection de vieux fœtus dans des bocaux d'esprit-de-vin.\n   » Musset fut le vrai poète parce que le vers fut l'expression naturelle et\njaillissante de sa pensée ; parce que sous des dehors en apparence négligés,\ntoutes les ingéniosités, tous les raffinements de la prosodie lui étaient\nfamiliers, qu'il écrivait — sans presque y songer — la langue la plus har-\nmonieuse et la plus souple. »\n   La conférence de M. de Waleffe fut suivie d'une représentation des\n Marrons du feu. Tout le monde a lu cette petite comédie, toute exubé-\n rante de jeunesse et de romantisme. Personne ne l'avait vue à la scène.\n              Surtout, considérez, illustres Seigneuries,\n              Comme l'auteur est jeune et c'est son premier pas...\n\n  De l'amour, du sang, de la mort : — une cantatrice italienne ardente et\ndélaissée, — un aventurier plein de fantaisie et d'audace, — un petit collet\nd'abbé qui manque à tous ses devoirs, le tout s'agïtant dans un joli décor\ndu XVIIIe siècle, avec, à la cantonnade, un délicieux orchestre (violons,\npiano et harpe), dirigé par M. Emile Agniez.\n   Ce fut un vrai régal, auquel contribua le talent de Mlle Van Doren (la\nCamargo), de M. Rouhier (Garneci) et de M. Beaulieu (l'abbé).\n\n\n\n    Un jeune peintre belge vient de mourir, en qui revivaient, sous la forme\n d'un talent primesautier et sincère, les plus belles traditions de notre\n école. Henri Evenepoel était né en 1872; après avoir suivi les cours de\n l'atelier Blan-Garin à Bruxelles, il fut à Paris l'élève du grand Gustave\n Moreau, puis voyagea en Algérie, d'où il rapporta quelques paysages\n d'une notation très juste.\n    Le mois dernier, l'exposition de ses œuvres au Cercle artistique permit\n de juger de la variété de ses aptitudes. Parmi les œuvres d'Henri Evene-\n poel qui méritent de lui survivre, il faut signaler les Ouvriers revenant du\n travail, son Café d'Harcourt. son Moulin rouge et l'Espagnol à Paris, acquis\n par le Musée de Gand.\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": ""}, {"page_pdf": 119, "texte": "       )\n\n\n\n\n                                       \\\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char\nles BULENS, Éditeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles\n\n\n\n\n                               _^_^^_^^__^^_^^_\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": ""}, {"page_pdf": 121, "texte": ""}]}