{"numero_id": "ulb-durendal-1901-livraison07", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-201", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Portrait d'Edgar Tinel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(Photo Maucourt", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 467, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 60, "texte": "Photo Maucourt, de Bruxelles)\n\n\n\nEDGAR T I N E L\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-001", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 393, "page_fin": 399, "titre_corps": "Sainte Godelive, d’Edgar Tinel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Sainte Godelive d Edgar Tinel", "ancre_fin": "GEORGES DE GOLESCO", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 468, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "Sainte Godelive, d'Edgar Tinel\n\n               LA Sainte Godelive, de Tinel, vient d'être exécutée\n                  à Louvain dans des conditions de perfection\n                  notablement supérieures à l'interprétation qui\n                   en fut donnée à Bruxelles il y a quatre ans.\n                      Cette solennité musicale fait le plus grand\n                   honneur à la ville de Louvain, à la Société\n                   Davidsfonds, à tous les organisateurs de l'audition\n                   et spécialement à M. Alberdingk Thym qui a été\nla cheville ouvrière et l'âme de l'entreprise. Il s'était assuré des\néléments d'interprétation de tout premier ordre : le superbe\norchestre des Concerts Populaires, le Choral mixte, si admirablement\ndiscipliné, sous la très artistique direction de M. Soubre; puis,\ncomme solistes, trois remarquables artistes hollandais, M me Noor­\ndewier-Reddingius (Godelive) qui possède une voix d'un timbre\nmoelleux, délicieusement expressive, et nous a apparu la Gode­\nlive idéale, M lle Tilly Koenen qui a su imprimer aux deux rôles\nd'Iselinde et de Riprim un accent profondément dramatique,\nM. Orelio (Bertholf) (de l'Opéra d'Amsterdam) un chanteur\nd'élite qui peut être mis de pair avec les plus célèbres inter­\nprêtes allemands. Citons encore M me Feltesse-Ocsombre, du\nthéâtre de la Monnaie, charmante dans le rôle d'Eisa, M. Bicquet\n(de Louvain) et M. De Jonghe (de Bruges.) excellents dans les\nrôles secondaires de Heinfried, Radbod, Eustache. Le succès a\nété grand, l'œuvre acclamée par un public électrisé, où l'on\nremarquait des sommités artistiques venues de tous les coins du\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": " 394                         DURENDAL\n\n\n pays. Saisissons ici l'occasion de rendre hommage au Gouver­\n nement belge qui a favorisé d'un important subside cette belle\n manifestation de notre art national.\n    C'est là un événement musical de la plus haute portée et\n d'où le nom si aimé, si respecté de Tinel sort encore grandi.\n Par la sévère pureté de la forme, la splendeur et l'opulence des\n mélodies qui y fleurissent, par la continuité, la sincérité pro­\nfonde et émue de l'inspiration, par l'art tour à tour délicat et\npuissant d'une orchestration merveilleuse de souplesse et de\ntransparence, où chaque instrument sonne distinctement, fait\nclairement entendre sa voix douce ou irritée dans l'ensemble\nsymphonique, par la vie intense qui circule, bouillonne dans le\npoème et le fait palpiter ainsi qu'une âme, Sainte Godelive nous\napparaît une œuvre magistrale, d'une simplicité et d'une gran­\ndeur émouvantes, où la science de la facture qu'il ne faut point\nconfondre avec le savoir-faire, est d'autant plus appréciable\nqu'elle ne masque pas le vide de l'idée, qu'elle, sert, suit, illustre\net couronne l'inspiration sans jamais la dominer, l'asservir ou\nl'étouffer.\n   Si Tinel a nourri sa pensée de l'œuvre des plus beaux génies\nqui l'ont précédé, il ne s'en est assimilé que l'esprit et a su se\ncréer un style éminemment personnel, assez souple, mobile et\nprotéiforme, où la gravité et la profondeur de l'art classique\ns'allient souvent à une grâce exquise et enveloppante, et que pare\nla poussée généreuse d'une flore mélodique aussi luxuriante et\nsomptueuse que nette et précise en son contour. Et ces divers\néléments de beauté s'enchaînent, se fondent sans effort en\nune harmonieuse ordonnance, constituant l'œuvre d'art telle\nqu'on la rêve, une en son inépuisable variété, fier monument où\nla multiple diversité des détails ne nuit pas à l'impression\nd'ensemble, parce que l'art souverain de l'architecte a su mettre\nchacun de ces détails en sa place.\n   Il n'entre point dans notre intention de donner ici une analyse\nmusicale complète de Godelive, mais de noter certaines impres­\nsions maîtresses de l'œuvre, parmi celles qui nous ont paru plus\nparticulièrement pénétrantes. A ceux qui voudraient pousser\nplus avant l'étude du drame de Tinel, nous ne saurions trop\nrecommander l'analyse thématique si claire, si parachevée de\nM. Ernest Closson. Elle suit fidèlement la pensée du musicien\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "               SAINTE GODELIVE, D'EDGAR TINEL                395\n\n\nen tous ses développements, marque et justifie l'apparition des\ndifférents thèmes, ainsi que leurs transformations au cours de\nl'œuvre, constitue de la sorte un précieux auxiliaire pour la\ncompréhension parfaite de la partition.\n   Signalons tout d'abord l'ouverture qui, écrite dans un style\nlarge et épique, synthétise l'esprit du poème.\n   Le premier acte, dans lequel dominent les scènes gracieuses et\ncharmantes, apparaît tout enguirlandé de chœurs délicieux\nexprimant la joie naïve du peuple deLondefort, et il est bon de\nle remarquer, si elle a toujours un accent profond et sincère,\ncette joie garde néammoins en ses manifestations une certaine\nréserve en rapport avec la noblesse du poème, elle ruisselle, elle\ndéborde, mais n'est jamais populacière. L'apparition de Gode­\nlive et le chant d'amour de Bertholf soutenu par le chœur, est\nune merveille de grâce et de séduction mélodiques. La phrase\nondule, se déroule amoureusement, chante dans la lumière,\nmodulant à l'infini. Pour suggérer les mauves reflets du clair\nde lune, elle s'embrume un instant dans des tonalités assom­\nbries et inattendues, puis reparaît dépouillée de ce nuage,\ngonflée de passion et vient expirer en une impression de sérénité\nqui est comme l'auréole de l'œuvre tout entière. Citons encore\nles ensembles : Gezegend Godelieve, Heil den machtigen Graaf Eus­\ntaas, la chanson de table si profondément caractéristique, puis\nle chœur des pauvres avec l'admirable réponse de Godelive.\n   Il nous est impossible de ne pas attirer l'attention tout spé­\ncialement sur les parties d'ensemble, à cause de leur extrême\nimportance dans la partition. Mais que le dialogue, lui aussi,\nest absolument beau, d'un intérêt constant, écrit en une langue\nmusicale aussi suggestive qu'expressive des caractères! Les\nthèmes que M. Closson appelle typiques, par opposition aux\nthèmes conducteurs de Wagner, apparaissent dans les situations\nproprement dramatiques, mais ont un rôle beaucoup plus acces­\nsoire et plus restreint que dans l'œuvre du poète de Bayreuth.\n   « Le motif typique », dit excellemment M. Closson, « n'a\npas le caractère obsédant et tyrannique du thème conducteur.\nSes apparitions sont moins fréquentes, ses transformations plus\nsobres. Ils n'absorbent jamais l'intérêt musical aux dépens de\nla voix humaine, et c'est à celle-ci surtout que la mélodie est\nconfiée. Qu'on n'en conclue pas à un manque d'intérêt dans la\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "396                        DURENDAL\n\n\npartie orchestrale. Celle-ci est au contraire d'une variété con­\nstante et d'une rare force d'expression; c'est un accompagne­\nment, si l'on veut, mais un accompagnement polyphonique\ntoujours intéressant, faisant corps avec l'action. »\n   Le second tableau met en relief la patience angélique et\ninlassable de la sainte en présence de la monstrueuse brutalité\nde Bertholf et de sa mère. Le dialogue a un accent merveilleux,\nles thèmes de Bertholf et d'Iselinde éclatent aigus dans toute\nleur diabolique férocité et le thème de la sainte plane radieux\nau-dessus des orages de l'orchestre dont la partie est en cet\nendroit très nourrie et fouillée. La rage des bourreaux se heurte,\nimpuissante, contre un roc inébranlable d'infinie douceur. Il\nest incontestable que l'impression de ce tableau est pénible.\nTinel a beau nous dire que les caractères de Bertholf et d'Ise­\nlinde sont modelés d'après d'irréfutables documents historiques,\nl'âme frémit, le cœur bondit devant ces atroces démons. Gode­\nlive en paraîtrait presque diminuée si nous ne tâchions de\nréagir contre cette impression en nous disant que nous\nsommes au-dessus de la terre, en ce domaine de la Sainteté\ndont les profondeurs insoupçonnées ne sauraient être jaugées\navec nos misérables mesures humaines.\n   Au troisième tableau, après les accents joyeux de la chasse et\nle charmant épisode de l'oiselet dont Elsa suit mélancolique­\nment du regard le vol vers la patrie perdue, rappelons l'admi­\nrable dialogue entre Godelive et les pauvres étonnés d'entendre\nla voix d'un ange compatissant en ce palais maudit dont jus­\nqu'alors l'accès leur avait été rigoureusement fermé. Avez-vous\nremarqué combien, en ce choral d'une éloquence si simple,\net qu'un chrétien seul a pu écrire, transparaît le caractère\nA U G U S T E de la pauvreté, notion exclusivement propre à\nnotre divine religion? C'est la grande voix de Dieu qui parle par\nla bouche de ses pauvres et la voix émue de la sainte leur\nrépond avec tendresse et respect.\n   La scène entre Godelive et Riprim, la malheureuse que Ber­\ntholf a séduite, est d'une grande beauté tragique et l'orchestre\ncommente admirablement par le rappel des thèmes fondamen­\ntaux, les sentiments de Riprim et le sublime travail d'âme de la\nsainte, de cette âme oubliant l'injure, se parfumant de pardon\net d'amour au contact de l'infortune de Riprim.\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "                 SAINTE GODELIVE, D'EDGAR TINEL                397\n\n\n     Signalons enfin l'émouvante scène entre Bertholf et Godelive,\n  illuminée d'un éclair de bonheur au moment où le barbare se\n sent reconquis par son épouse. La cantilène passionnée du pre­\n mier tableau renaît alors, s'épanouit embaumée comme une\n fleur d'amour, au milieu des frissonnements de l'orchestre, qui\n module délicieusement en sourdine jusqu'au moment de l'appa­\n rition diabolique d'Iselinde. Désormais, l'heure du martyre de\n Godelive est définitivement marquée et le drame s'assombrit\n jusqu'au dénouement.\n     Au troisième acte, la scène où l'évêque Radbod profère\n contre Bertholf des menaces d'excommunication respire une\n grandeur divine, et nous mentionnerons aussi la si belle implo­\n ration de Godelive, répondant au repentir simulé de Bartholf :\n « Pardonne-moi..., reprends ta femme, accueille sa prière. »\n     La scène du meurtre est traitée avec discrétion, d'une façon\n brève et rapide, et c'est ici que le poème, baigné d'une lumière\n d'apothéose, atteint sa plus significative hauteur d'expression.\n Un lointain appel d'êtres célestes retentit. D'exquises voix\népandent en l'azur de Dieu leurs moelleuses sonorités. Les\néternelles portes d'or de la patrie se sont ébranlées devant la\nsainte, laissant échapper du ciel entr'ouvert des effluves de bon­\nheur suaves comme des baisers d'anges. Tout l'orchestre\nrayonne, une paix immense enveloppe l'âme de son manteau de\nmiel. Et le cantique berceur se renforce, s'amplifie peu à peu.\nC'est le ciel qui s'approche. Des splendeurs roses, faisant pres­\nsentir l'Infini, commencent à errer devant le regard ébloui. Et,\nau milieu de la symphonie pacifique célébrant l'apothéose de la\nBonté, écoutez... voici l'orgue qui tonne et le thème géant de la\nVoix de l'Eglise pénétrant le tissu orchestral, dominant les\nmasses chorales, trône vainqueur de la terre et de la mort. Tout\nce tableau est irrésistible de grandeur, de puissance, de majesté.\nLa scène de la conversion de Bertholf paraît quelque peu\nlongue et terne après ces éminentes impressions d'art.\n   L'esthétique musicale de Tinel n'a aucune espèce d'affinité,\nni d'analogie même lointaine avec celle de Wagner. Elles n'ont\nrien de commun, si ce n'est la hauteur d'inspiration dont elles\nrayonnent l'une et l'autre. Et pour cette indépendance vraiment\nrare, nous devons féliciter l'auteur de Franciscus. Wagner qui,\npar son influence sur l'évolution générale de l'art, reste la plus\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "398                        DURENDAL\n\n\ngrande figure du XIXe siècle, a hanté l'imagination de nos plus\néminents musiciens. Souvent, une œuvre musicale n'apparaît\nhaute à la critique que lorsque, de près ou de loin, elle s'inspire\ndes procédés et de l'esthétique du dieu. Sans vouloir accuser\nde tendances au pastiche les œuvres très nobles qui, en France\net en Allemagne, s'y rattachent plus ou moins directement, il\nfaut, nous semble-t-il, estimer encore davantage des poèmes\nqui, comme ceux de Tinel, s'affranchissent de cette chaîne d'or,\natteignant le summum de l'expression musicale sans que leur\nauteur se souvienne même, en une œuvre profondément reli­\ngieuse, que Parsifal a été écrit un jour.\n   Si Wagner a renouvelé les sources de la poésie, s'il a fait du\ndrame lyrique l'expression musicale la plus complète, si son\nidéalisme hautain, son sens profond de l'art et de la vie, ses dons\nd'incomparable poète unis à ceux d'incomparable musicien,\nmarquent son œuvre du sceau de l'éternité, n'oublions pas\n cependant qu'avant Wagner, Bach et Beethoven ont aussi\n existé. N'oublions pas, au point de vue musical pur, que si la\n langue où s'exprime le génie de Bayreuth est plus pénétrante\n qu'aucune autre, elle paraît aussi et souvent (sauf dans Lohen­\ngrin, les Maîtres Chanteurs et Parsifal, le chef-d'œuvre des chefs-\n d'œuvre) distiller une sorte de sensualité âpre et morbide à\n laquelle vient se mêler je ne sais quel relent d'amertume scho­\n penhauerienne dont sont exemptes les œuvres lumineuses de\n vérité et de santé conçues par les musiciens que je viens de\n  nommer et qui, eux aussi, dédièrent à l'Immortelle Beauté des\n  monuments d'art non surpassé.\n    Ceci soit dit non pour diminuer en quoi que ce soit le colosse\n de Bayreuth, mais pour rappeler que l'admiration profonde\n due au Génie ne doit jamais dégénérer en fétichisme. Hello a\n moulé cette pensée en une phrase lapidaire : « Quand l'idolâ­\n trie s'attaque à un homme, la critique a un grand devoir, c'est\n de venir au secours de cet homme et de prendre sa défense, car\n l'idolâtrie diminue tout ce qu'elle touche, c'est une agression, un\n manque de respect. »\n    Sachons donc nous départir, quand il le faut, d'un point de\n  comparaison qui pourrait devenir tyrannique, sachons oublier\n  un instant Wagner. Et venons saluer avec enthousiasme cette\n belle et douce Godelive, une des gloires historiques de la patrie.\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "                SAINTE GODELIVE, D'EDGAR TINEL                399\n\n\nOui, saluons-la, cette œuvre éclose dans l'amour, poursuivie et\nachevée dans toute la sincérité d'un sentiment profond, le plus\ngrand et le plus respectable de tous pour quiconque ayant le\nregard ouvert sur la vie, ne peut méconnaître dans la religion\nchrétienne la plus haute force humaine et sociale. Sachons nous\naffranchir de toute prévention mesquine et admirer de tout\nnotre cœur une œuvre acclamée partout en Allemagne, cette\nterre promise du grand art.\n   La Belgique est en ce moment le foyer d'une radieuse efflo­\nrescence de poètes, de penseurs, de peintres, de musiciens. Nous\nen préoccupons-nous assez? Les Belges, principalement dans les\nclasses dirigeantes, remplissent-ils, vis-à-vis de l'art national,\ntout leur devoir? Hello l'a encore dit : « L'indifférence et la\nmort sont deux synonymes. »\n  Souhaitons que Godelive soit montée à Bruxelles l'hiver pro­\nchain, dans les conditions de perfection absolument indispen­\nsables à la compréhension de la véritable portée de l'œuvre. Et\nnous pourrons ainsi saluer de nouveau en Tinel un des plus\nmerveilleux musiciens de notre époque, une des plus pures\ngloires de la Belgique contemporaine.\n\n                                       GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-002", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 400, "page_fin": 400, "titre_corps": "Le Soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Soir", "ancre_fin": "une étoile inconnue", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 475, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "Le Soir\n\n0 pèlerin tardif! tu ne l'atteindras pas\nCe gîte que l'espoir montre à ceux qui sont las;\nLe jour baisse, et déjà voici le crépuscule. ...\n\nQue te faut-il de plus, pauvre âme trop crédule?\nSonge, ah! songe aux instants vainement       dépensés!\nTant d'erreurs, tant d'oublis ont dû l'apprendre assez\nQue ton courage est lâche et ta force débile...\n\nCeux-là seuls sont entrés dans l'angélique        asyle,\nQui, partis avec toi, sous la garde de Dieu,\nOnt su tenir leur âme au niveau de leur vœu.\nIls ont pris, comme toi, la morne et l'âpre route;\nComme toi, tour à tour, le regret et le doute\nLes a surpris, à l'heure où les vents attiédis\nApportaient le parfum des jardins       interdits...\nLorsque la nuit tombait, lourde de lassitude,\nIls s'asseyaient sans force au bord du sentier rude\n Où leurs pieds, si longtemps, s'étaient meurtris en vain,\n Et pleuraient, comme toi, dans leur soif et leur faim.\n\nMais la foi, l'humble foi qui guide et qui redresse,\n0 pécheur, consolait jusque dans leur détresse\nCeux que n'égarait point ton frivole savoir ;\nEt leurs yeux, clairvoyants d'un ineffable espoir,\nSondaient éperdûment la muette étendue\nOù brillait, prophétique, une étoile inconnue\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-003", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 401, "page_fin": 401, "titre_corps": "L’Humble Espoir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "L Humble Espoir Le temps passe", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 476, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "L'Humble Espoir\n\nLe temps passe, pauvre âme, et tes vœux sont stériles.\nMalgré nos longs travaux et nos veilles fébriles,\nQue savons-nous, sinon que nous ne savons rien?\n\nComme l'enfant distrait par l'insecte qui vole.\nJe me suis égaré dans maint sentier frivole,\nEt me voici tremblant devant le soir qui vient.\n\nEt pourtant je n'ai pas désespéré du Maître;\nTout faible que je suis, il bénira peut-être\nLa bonne volonté d'un effort vers le bien...\n\n                                           FERNAND SÉVERIN\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-004", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 402, "page_fin": 407, "titre_corps": "Fidéline", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "Fidéline", "ancre_fin": "GEORGES RENCY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 477, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "Fidéline\n\n\n                 J'AI connu cette enfant à l'époque où elle devint\n                   orpheline. Elle n'était pas jolie, ah! Dieu, non!\n                    Mais elle avait de fort beaux yeux qui don­\n                   naient à son visage une expression inoubliable.\n                   C'étaient des yeux de chien, des yeux profonds\n                   et armants, qui se fixaient sur vous avec une\n                   attention émue et qui vous caressaient douce­\n                   ment, de loin. Ces yeux-là faisaient oublier\n la disgrâce de sa petite personne malingre. Il existe un mot en\n Wallonie pour caractériser de tels yeux : on dit qu'ils sont\nfidèles. Et voyez comme il y a de singuliers hasards dans la vie :\n l'enfant ne s'appelait-elle pas Fidéline?\n    Six mois après son père, quand on eut enterré sa maman,\n Fidéline demeura seule au monde. Elle ne possédait rien, que\n ses dix ans affamés. Mon oncle, alors, la recueillit et la destina\n aux menus travaux de la maison. Je me souviens encore des\n ennuis que lui causa au début cette adoption. La petite, chaque\n soir, s'échappait et retournait, à. son ancienne maison. On la\n trouvait, couchée sur le seuil, les yeux secs, la bouche tordue,\n les mains crispées. Ma tante l'emportait dans ses bras, la bai­\n sait, la consolait de son mieux. Mais la petite ne se plaignait\n pas, ne disait pas une parole et, le lendemain, quand l'ombre\n\n  (1) Les Ames Blanches, volume de contes à paraître.\n"}, {"page_pdf": 478, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "                             FIDÉLINE                           403\n\n\ns'était faite, elle disparaissait de nouveau et fuyait vers la chau­\nmière. Avec le temps, ce désespoir muet s'apaisa et elle devint\nune active et silencieuse servante mignonne. Toutefois, elle ne\nperdait pas son caractère farouche, et mon oncle disait parfois,\nen riant :\n   « Ce n'est pas une enfant, cela, c'est un chien de garde ! »\n   Il ne croyait pas si bien dire.\n\n\n                                * *\n\n\n   Mon oncle occupait, en dehors du village, une vaste maison\nblanche au milieu d'un jardin potager. C'était le domaine de\nFidéline. Tout le jour, elle errait de salle en salle, époussetant\nici, balayant là, rangeant les meubles, nettoyant la vaisselle,\nprétendant tout faire et ne se reposant jamais. On la voyait\ncirculer avec des seaux d'eau plus lourds qu'elle-même, tout un\nfaisceau de brosses serré contre sa poitrine, la jupe relevée, les\npieds dans des sabots, s'arrêtant parfois pour rejeter d'une main\nrapide ses cheveux embroussaillés qui lui tombaient dans les\nyeux. Lorsque son nettoyage était fini, elle passait au jardin,\nenlevait les mauvaises herbes, arrosait les plantes, ratissait les\nchemins, échenillait les arbres. Puis elle préparait le manger\n des bêtes : la caboulée du porc, l'herbe de la vache, le grain des\n poules. A peine prenait-elle le temps, à midi, d'avaler toute\n brûlante une assiettée de soupe épaisse. C'était le génie du tra­\n vail, cette enfant. Et, pourtant, ses protecteurs ne parvenaient\n pas à l'aimer\n    Que se passait-il dans cette petite tête sauvage? Quelles\n pensées roulaient derrière ce front étroit, jonché de taches de\n rousseur? Personne ne pouvait le deviner, car elle ne parlait à\n personne. Maintes fois, ma tante avait voulu forcer sa confiance,\n pénétrer dans son âme mystérieuse. Mais les discours les plus\n doux ne l'attendrissaient pas. Elle les écoutait, impassible, les\n  mains jointes, le visage baissé, toute sa vie réfugiée dans ses\n  grands yeux sombres qui regardaient le vide, fixement.\n    — « Parle au mur! criait alors mon oncle avec colère. T u\n  auras une meilleure réponse! »\n    Ma tante soupirait, mon oncle s'en allait : et ni l'un ni l'autre\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "404                          DURENDAL\n\n\nne voyait le bon regard animal, un peu triste mais chargé\nd'amour, dont la petite les enveloppait tous deux avant de\nretourner à son travail.\n\n\n\n\n    Il n'y a pas d'âme muette sur la terre. Les plus insensibles\nont des désirs d'expansion et des besoins de confidences. On\ncroyait Fidéline brutale et sèche. Elle n'était que timide. Elle\navait peur de mon oncle et de ma tante,, ces gens trop riches,\nqui parlaient trop bien. Certes, elle eut bien voulu répondre à\nleurs caresses, mais elle n'osait point dire tout haut ce qu'elle\nsentait tout bas. Alors, elle se dédommageait, la nuit, de son\nsilence et elle allait chanter aux étoiles, ce qu'elle ne pouvait pas\nexprimer aux hommes.\n   Bizarre enfant! Quand la maison était endormie, elle descen­\ndait doucement l'escalier, soulevait le loquet de la porte et allait\nse promener dans le jardin. Les ténèbres les plus denses ne\nl'effrayaient pas. Elle connaissait toutes les allées et rôdait long­\ntemps sous les arbres. Les fleurs nocturnes ont des parfums\ndivins que peut-être elle respirait avec délice. Des voisins\nracontèrent dans la suite qu'ils l'avaient vue souvent, par les\nnuits de lune, se pencher sur les parterres et baiser les roses en\npleurant. Parmi ces ombres lourdes et ces senteurs capiteuses,\nson âme se délivrait peu à peu du silence et enfin, débordant\nsans doute de bonheur intime, livrée peut-être au souvenir\nmélancolique de sa maman, de son papa, elle renversait sa\ntête, regardait le ciel et chantait.\n   Mon Dieu, elle chantait très bas, très bas, elle murmurait\nplutôt ses cantilènes. Les voisins qui l'entendirent, ne purent\ncomprendre les paroles qu'elle fredonnait. Mais où allait-elle\nchercher les airs délicieux qu'elle adressait aux étoiles ? A la\ngrand'messe, pendant l'élévation, assuraient ces gens simples,\nl'orgue ne fait pas de plus douce musique.\n   Fidéline chantait comme chante l'oiseau et comme la fleur\nparfume. Allez donc demander au rossignol le secret de ses\nharmonies! Fidéline chantait parce que son âme était pleine\nd'amour pour cette maison où on l'avait recueillie, pour ces\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "                             FIDÉLINE                           405\n\nmurs, pour ces plantes, pour ses maîtres endormis, et aussi\npour la belle nuit immense, ruisselante d'étoiles, qui reposait\nautour d'elle sur le feuillage et sur les fleurs.\n\n\n                                * *\n\n\n   Une nuit d'été, obscure et orageuse, l'enfant descendit au\njardin vers 11 heures. Dans le village, au loin, toutes les lumières\nétaient éteintes. Il faisait très sombre et la température, chargée\nd'électricité, était énervante à l'excès.\n   Fidéline, avant de s'engager dans les allées, demeura un\ninstant sur la terrasse.. Le ciel l'épouvantait, cette nuit-là.\nJamais elle ne l'avait vu si noir, si bas, si couvert. Des nuages\nd'encre paraissaient s'abaisser toujours comme s'ils eussent\nvoulu envelopper la terre.\n   Les enfants ont des terreurs profondes dont ils jouissent avec\nun plaisir aiguisé de douleur. Ils se sentent mourir de peur et,\nmalgré cela, les moins courageux ne fuient pas. Le danger a\npour eux des attraits irrésistibles. Ils tremblent de tous leurs\nmembres, leur cœur bat à se décrocher et, au milieu de cette\ncrainte affreuse, ils s'amusent comme des dieux.\n   Vaillamment, Fidéline s'aventura dans le jardin. Elle mar­\nchait plus lentement que de coutume et ses mains, devant elle,\ntâtonnaient dans l'ombre affreuse. Elle n'avait pas de pensée.\nTout entière, elle se livrait au charme angoissant de cette prome­\nnade dans le néant. Soudain, un éclair immense, terrible,\néblouissant balafra l'espace et là, à deux pas, sur le chemin,\nFidéline vit un homme inconnu qui s'avançait. Déjà les ténèbres\nétaient retombées plus épaisses. L'enfant fit un pas en arrière,\nmais l'homme Pavait vue et, d'un bond, l'avait saisie et lui tenait\nles poignets.\n   — « Tais-toi, siffla une voix étouffée,tais-toi où tu es morte! »\n   En même temps, la petite sentit l'étreinte se desserrer et une\nlame froide toucher sa gorge.\n   Elle n'hésita pas, Fidéline aux yeux fidèles!\n   De toutes ses forces, dans la nuit profonde, elle poussa un\ngrand cri d'appel.\n   — « Ne crie plus, dit la voix, où je te tue ! »\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "406                        DURENDAL\n\n\n\n   Et Fidéline, qui voulait être entendue, cria une seconde fois,\nlança une clameur prolongée qui éveilla tout le village. Des\nfenêtres s'ouvrirent partout. On entendit des voix s'interroger.\nEt mon oncle parut presque aussitôt sur le seuil de la maison\navec une lumière.\n   — « Qu'y a-t-il? Quoi? Qu'est-ce qui se passe? » demanda-t-il\ntrès haut.\n   Personne ne répondit. Là-bas, une ombre franchissait la\nmuraille. Un second éclair la montra distinctement aux paysans\nqui accouraient sur la route. Alors, à la lueur des éclairs, une\npoursuite ardente commença dont le tumulte bientôt emplit\ntout le village.\n   Dans le jardin régnait un silence de mort. Ma tante était\ndescendue. Qui avait crié? Où était Fidéline? Mon oncle fit\ndeux pas dans l'allée centrale et toucha du pied quelque chose.\nOn se pencha : c'était l'enfant. Elle avait tout le poignard dans\nla gorge et sa blessure ne saignait pas. On la releva, on la porta\ndans son lit. Personne n'osait toucher à l'arme meurtrière, on\nattendait le médecin. La petite ne disait rien. Elle regardait ses\nmaîtres. Et, enfin, ceux-ci comprenaient ce regard, ce regard\nplus ardent que des caresses, qui murmurait à sa façon :\n   — « Voilà, vous m'aviez recueillie et je vous aimais beaucoup.\nJe vous ai donné la seule chose que je possédais, ma pauvre\npetite vie. Maintenant, je vais m'en aller chez mon vrai papa et\nma vraie maman, qui sont dans la terre... »\n   Oui, oui, le regard disait tout cela! Ma tante sanglotait au\nchevet du lit. Mon oncle allait et venaitj désespéré, s'irritant\ncontre ce médecin qui n'arrivait pas. Il apportait aussi des nou­\nvelles du dehors. L'assassin était arrêté. C'était un chemineau\nqui était venu pour voler. Il avait frappé l'enfant, expliquait-il,\npour qu'elle ne pût pas donner son signalement.\n   — « Elle nous a sauvés, vois-tu! disait mon oncle. Sans elle,\nnous aurions été massacrés dans notre lit ! »\n   — « Mon Dieu, mon Dieu! suppliait ma tante, faites qu'elle\nguérisse, faites qu'elle ne meure pas! »\n   Puis elle se penchait sur l'enfant :\n   — « As-tu mal? Pauvre amour, le médecin va venir. Aie encore\nun peu de patience ; il te soulagera... »\n   Le médecin arriva à l'aube. Délicatement, il-enleva Parme,\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "                             FIDÉLINE                           407\n\nlava la plaie et la pansa. Mais il ne donna aucun espoir. Au soir\nde cette journée, sans souffrances apparentes, l'enfant ferma ses\nbeaux yeux aimants et mourut. On lui fit des funérailles\nblanches. Des fleurs, de l'encens, des prières et des larmes glo­\nrifièrent son âme héroïque. Mais personne ne lui adressa un plus\nbel éloge que mon oncle, quand il rentra désolé du cimetière et\ndit à ma tante en soupirant :\n   — « Il n'y a pas à dire, c'était un chien de garde, cette enfant!\nUn chien de garde fidèle jusqu'à la mort! »\n   Eh bien, mon oncle, n'était-ce pas sa destinée, à celle qui, sur\nla terre, s'appelait Fidéline?\n\n                                            GEORGES RENCY.\n\n  Namur, le 10 mai 1901.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-005", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 408, "page_fin": 408, "titre_corps": "Sonnets : Élie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Sonnets Elie", "ancre_fin": "Qu à l appel de ce nom répondait la Clémence", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Printemps Avril", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 483, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "Sonnets\n\n                            Elie\nElevant son courroux vers le Dieu d'Israël,\nElle entend gronder, comme une voix vivante,\nUne tempête aux flancs de l'Horeb qu'elle évente,\nMais dans l'ouragan noir n'était point   l'Eternel.\n\nQuand disparut l'orage, un feu    surnaturel\nIllumina l'espace, et sa pourpre  mouvante\nEnveloppa le mont d'un manteau d'épouvante :\nLe Seigneur n'était point dans la flamme du ciel.\n\nVoici qu'une ineffable et sereine   harmonie\nVerse parmi l'effroi sa douceur   infinie,\nEt l'Homme de Thesbé sentit passer       l'Esprit;\nEt l'âme du Voyant; dont la sombre démence\nS'armait au nom vengeur de Jéhovah,    comprit\nQu'à l'appel de ce nom répondait la Clémence.\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-006", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 408, "page_fin": 409, "titre_corps": "Sonnets : Printemps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Printemps Avril", "ancre_fin": "Qui viennent doux hérauts proclamer le Printemps", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Suivant Catulle", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 483, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 743, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "Printemps\nAvril! Le carillon des heures    fortunées\nTinte dans notre cœur dès que rit le matin ;\nLe cristal du ruisseau paraît plus      argentin,\nPlus brillante la perle au front des graminées.\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "                        SONNETS                        409\n\n\nLa vierge que déjà troublent les hyménées\nPrécipite ses vœux au devant du destin,\nEt, tournant ses regrets vers un passé lointain,\nLa vieillesse fait signe à ses jeunes années.\n\nLes chênes hauts et durs ainsi que des donjons\nTressaillent de tendresse à sentir leurs bourgeons ;\nLe rejeton frissonne au travail de la sève;\n\nEt de molles vapeurs, dans les cieux éclatants,\nVêtent de pourpre et d'or le Désir et le Rêve\nQui viennent, doux hérauts, proclamer le Printemps.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-007", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 409, "page_fin": 409, "titre_corps": "Sonnets : Suivant Catulle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Suivant Catulle", "ancre_fin": "Le cœur des envieux qui nous guettent dans l ombre", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 484, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "Suivant Catulle\nVivons, ô Lesbia! Moquons-nous des sermons\nQu'inflige à nos plaisirs la vieillesse morose;\nAimons-nous, car le Temps, maître de toute chose,\nEmportera bientôt celte heure où nous aimons.\n\nLe soleil disparu, le soir, aux flancs des monts,\nRenaît à chaque aurore en sa jeunesse rose;\nQuand sur nos yeux éteints le doigt fatal se pose,\nQuelle nuit éternelle et noire nous dormons!\n\nJe veux plus de baisers qu'aux déserts de Cyrène\nNe peut couler de sable en la main qui l'égrène;\nQu'il n'est d'astres au ciel éclairant nos amours;\n\nMais nous en cacherons jalousement le nombre,\nPour ne point accabler sous des regrets trop lourds\nLe cœur des envieux qui nous guettent dans l'ombre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-008", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 410, "page_fin": 410, "titre_corps": "Sonnets : Le Soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Olivaint", "ancre_debut": "Le Soir", "ancre_fin": "MAURICE OLIVAINT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 485, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "Le Soir\n                           (D'après un pastel de Marie-Joseph Iwil)\n\n      Sous un dais de feuillage embaumé qui se mire\n      Dans le golfe, où la lune au visage blêmi\n      Epanche la clarté de son regard ami,\n      La vierge se recueille en effleurant sa lyre.\n\n      Elle égrène des chants que ses yeux semblent    lire\n      Au beau livre du ciel entr'ouvert, et parmi\n      Les lames, bleus feuillets déroulés à demi\n      Par le doigt invisible et léger du zéphyre.\n\n      Le rêve voilé d'ombre, et qui sommeille encor,\n      Tressaille aux sons glissant le long des cordes d'or;\n      Du silence s'élève une lente harmonie ;\n\n      Et des fleurs, dont un souffle agite l'encensoir,\n      Juqu'aux astres épars dans la sphère infinie,\n      S'exhale avec douceur l'âme errante du soir\n\n                                                 MAURICE OLIVAINT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-009", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 411, "page_fin": 434, "titre_corps": "Saint François d’Assise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Saint François d Assise", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 486, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": "Saint François d'Assise\n\n                                I\n\n\n\n               LA vie du fondateur de l'Ordre mineur, l'histoire\n                 des temps originels de ce dernier sont, depuis\n                 quelques années, en Italie, en Allemagne et en\n                 France, l'objet de nombreux et brillants tra­\n                 vaux, grâce auxquels elles nous apparaissent\n                 claires, de plus en plus, et vivantes. Sans négli­\n                 ger ce qu'il y a de vérité significative dans la\n                 légende, la réalité s'est dégagée, peu à peu, de\ncelle-ci, plus rayonnante encore. La simple beauté des faits\nauthentiques a été débarrassée des redondances lourdement\nmerveilleuses, de tout l'artificiel dont la dévotion ignorante et\nla crédulité séculaire l'avaient défigurée.\n   On aurait dit d'un bas-relief aux arêtes vives, aux lignes élo­\nquentes, tout frissonnant d'inspiration heureuse; une de ces\nimages de sainteté, à la fois rudes et délicates, taillées sous le\nporche d'une cathédrale par quelque artisan laborieux et génial\ndu moyen âge, et noyée, depuis, sous le badigeon stupide de la\npropreté ou sous le plâtre insolent des restaurations. Mais voici\nque des mains adroites et respectueuses ont nettoyé l'œuvre\noriginale des surcharges qui en travestissaient le caractère et\nelle nous est révélée dans tout l'éclat puissant et naïf de sa\nrobustesse primitive.\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "412                                    DURENDAL\n\n\n   Le temps est passé où les vies de saints n'étaient que des ana\nde miracles apocryphes, des compilations de récits fantastiques\nnarrés dans un style hideusement douceâtre. L'influence des\nméthodes sûres et sévères des Bollandistes a transformé l'hagio­\ngraphie, et l'application à l'histoire religieuse des principes cri­\ntiques modernes a produit nombre d'ouvrages de premier ordre,\nentre autres l'Histoire de Saint François, de l'abbé LeMonnier (I) ;\nl'Histoire de Sainte Jeanne Frémyot de Chantal, de l'abbé Bou­\ngaud (2), un des modèles les plus accomplis du genre, sans\nparler de la série d'excellentes monographies publiée sous le\ntitre : Les Saints, par la librairie Lecoffre.\n   Le principal honneur de la rénovation de l'histoire francis­\ncaine appartient sans conteste, à M. Paul Sabatier, dont la Vie\nde Saint François (3), parue il y a une dizaine d'années, est\ndevenue le point de départ, la cause stimulante de la plupart\ndes travaux et des recherches effectués depuis.\n   L'oeuvre de M. Sabatier est savoureuse et forte, mais en trop\nd'endroits on pourrait la soupçonner de tendance, bien que la\nscrupuleuse sincérité de l'écrivain soit évidente. En effet, à cer­\ntaines pages, le Poverello prend un peu, sous la plume de son\nbiographe, l'allure d'un insurgé contre la discipline, la hiérar­\nchie et même la liturgie de l'Église; l'accent d'un apôtre d'on\nne sait quelle religion personnelle, contrarié par la Papauté et\nduquel celle-ci se serait servi, en mutilant sa pensée. La façon\ndont l'auteur commentait les explicables hésitations de l'évêque\nd'Assise et d'Innocent I I I , aux débuts de l'Ordre, aurait donné\nà croire, comme nous l'écrivions ailleurs (4), que son admiration\npour saint François était plutôt faite d'aversion pour le catho­\nlicisme.\n   Cette impression était inexacte, à en juger d'après ce que\n M. Sabatier écrivait récemment :\n\n  « Vivre en c o m m u n i o n d'idées avec l'âme de l'Église fut la préoccupation\nconstante de F r a n ç o i s ; il fut aussi simplement q u ' a r d e m m e n t soumis a u Siège\napostolique, mais cette fidélité était si profonde et si naturelle à son c œ u r\n\n\n\n  (1) 2 vol. in-8°. Paris, Lecoffre.\n  (2) 2 vol. in-18°. Paris, Poussielgue.\n  (3) 1 vol. in-8°. Paris, Fischbacher.\n  (4) Revue générale, janvier 1901 : Assise.\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                4l3\n\nqu'il ne sentait aucun besoin de la voir attester par des pièces et des\nparchemins.\n   » Y eut-il, dans son horreur pour les bulles, une sorte de protestation\ntacite contre les abus dont il était le témoin, contre tous ces Ordres plus experts\nà se procurer les menues faveurs de la curie qu'à pratiquer l'Évangile? Je ne\nle pense même pas...\n   » Ce qui est bien sûr, c'est qu'Innocent III approuva la Règle, mais qu'il\nne fut fait aucune bulle pour attester cette approbation. Est-ce le Pape qui\nne voulut pas la donner, ou est-ce François qui en déclina l'offre? Dans le\nsilence des documents, il est bien difficile de se prononcer. Mais la seconde\nhypothèse a au moins autant de chances que la première de correspondre à la\nvérité des faits. L'impression dominante d'Innocent III recevant François\nsemble avoir été celle de l'étonnement (1). »\n\n   Il est incontestable que le clergé, surtout l'épiscopat, dont les\nsièges étaient devenus, en quelque sorte, des fiefs de la noblesse,\net turbulent et belliqueux à l'égal de celle-ci, perdit trop\nsouvent, au XIIIe siècle, le sentiment de sa véritable mission. Le\n Pape et le Sacré-Collège se préoccupaient, autant que saint\n François, des conséquences néfastes de cette situation et nous\nvoyons le cardinal d'Ostie, le futur Grégoire IX, demander au\nPetit Pauvre et à saint Dominique de lui donner de bons\nfrères pour les investir de prélatures ou d'évêchés, « afin que\npar leurs oeuvres et leur exemple » ils servent de modèle aux\nautres (2).\n   François, comme tous les fondateurs d'Ordres, avait tenté une\nsorte de rajeunissement de la foi par des voies singulières et\nnouvelles... Quoi d'étonnant à ce que des hommes de gouverne­\nment, des esprits prudents, inquiets, déjà, des hérésies multi­\nformes qui infestaient l'Europe, aient craint une approbation\ntrop précipitée et dénuée de garanties? Les saints sont dans\nl'Église, comme les hommes de génie dans le siècle leurs idées\nsont controversées ; leur action entravée, parce que l'on en aper­\nçoit d'abord plutôt les dangers immédiats que les conséquences\nfructueuses.\n   L'idéal de saint François était très haut et ne pouvait sou­\nlever dans le cœur des hommes que la risée — ou le plus\n\n\n (1) De l'authenticité de la Légende des trois compagnons, par P. Sabatier. Paris, 1901.\nExtrait de la Revue historique (horscommerce), p 25.\n (2) Leggenda di S. F. scrilta da tre suoi compagni, c. 53 ; Spéculum perfectionis, 43.\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "414                                DURENDAL\n\n\nardent enthousiasme. Son entreprise, M. Sabatier le constate\n en excellents termes, fut « une des tentatives les plus éner­\ngiques accomplies par l'humanité pour conquérir sa virilité\nspirituelle (r) ». François savait bien que l'intransigeance était\nune condition essentielle du succès. I1 avait une foi, et allait\njusqu'au bout de sa foi : force ou faiblesse? Il avait des convic­\ntions, et qui ne tourbillonnaient pas en lui, à tous les vents,\ncomme les sables stériles du désert : pourquoi ne pas l'avouer?\nc'était ce que nous appellerions aujourd'hui un fanatique!\n   Cependant, de son vivant même, l'intégrité de sa pensée fut\nméconnue et trahie par frère Elie, plus tard vicaire général, et\nses adhérents. François, « vraiment humble », se retira, alors,\net, plutôt que d'user de rigueur et de châtiments, abdiqua le\ngouvernement de l'Ordre (septembre 1220), demandant qu'on lui\ndonnât un gardien auquel il obéirait. Plus d'une fois, ensuite,\ndans les confidences qu'il fait à ses compagnons, une involon­\ntaire amertume transparait :\n\n   « Pendant tout le temps que je retins l'office de prélat sur les frères, et qu'ils\nse maintinrent dans leur vocation et profession, et bien que, depuis le début\nde ma conversion, je rencontrai toujours des contrariétés, disait-il à un frère\nqui l'interrogeait; toutefois, sans grand'peine, je les satisfaisais par l'exemple\net par la prédication ; mais, depuis que je considérai que Dieu augmentait le\nnombre des frères et que, eux, par froideur et manque de piété, se détour­\nnaient de la voie droite et sûre, par laquelle nous étions accoutumés de che­\nminer; et que, se dirigeant par une voie plus large qui mène à la mort, ils\nétaient oublieux de leur vocation et profession et du bon exemple, et ne vou­\nlaient se retirer de la voie périlleuse et mortelle qu'ils avaient prise, malgré\nmes prédications et admonitions, et l'exemple que, sans cesse, je leur montrais,\nalors je résignai au Seigneur et aux Ministres la prélation et le soin de la\nReligion, bien que, depuis le temps où je refusai l'office de la prélation des\nfrères, m'excusant en leur présence, au chapitre général, parce que, à cause\nde mes infirmités, je ne pouvais avoir soin d'eux, néanmoins si les frères\n avaient voulu cheminer selon ma volonté, jamais je n'aurais voulu, pour leur\n consolation et utilité, qu'ils eussent d'autre Ministre que moi, jusqu'au jour de\n ma mort... Puisque je ne suis pas capable de les corriger et amender par la\nprédication, admonitions et bon exemple, je ne veux pas devenir bourreau,\n avec la punition et le châtiment, comme les puissances de ce monde...\n   » Mon frère, ajouta-t-il, j'aime les frères autant que je le puis; mais, s'ils\navaient marché sur mes traces, certes je les aurais aimés d'un plus grand\n\n\n\n  (1) Spec. perf.Introduction, CXXXI.\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "                             SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                  4l5\n\namour, et ne me rendrais pas étranger à eux... Il n'y a dans le monde aucun\nsupérieur qui soit autant craint de ses sujets que Dieu ferait que je sois craint\nde mes frères, si je le voulais, mais Dieu m'a fait cette grâce de demeurer\ncontent de tous, comme le plus humble qui soit dans l'Ordre (1).\n\n   En attendant, l'apparition annoncée et curieusement attendue\n de sa. Vie revisée de saint François, M. Sabatier publie une\ncollection de documents franciscains dont les textes scientifique­\n ment établis sont éclairés de notes et d'introductions du plus vif\net du plus saisissant intérêt.\n   En 1898, il nous donnait d'abord le Spéculum perfectionis (2),\nécrit par le frèreLéon,àSainte-Marie de la Portiuncule, en 1227,\nau lendemain de la mort de saint François, dans le but de faire\néchouer la candidature de l'ambitieux frère Elie au généralat.\nLe patriarche séraphique, à peine disparu, la lutte éclatait avec\nviolence entre les partisans de la règle stricte, à la tête desquels\nse trouvaient les premiers disciples du Petit Pauvre, Ange,\nRufin, Egide, Léon, et les relâchés, ceux qui voulaient faire\nl'Ordre puissant et riche, conduits par frère Elie. L'œuvre du\nfrère Léon n'est point polémique, cependant, au moins dans la\nforme, et on concevrait mal, d'ailleurs, des paroles d'invective\nsous la plume du compagnon préféré du Stigmatisé, de « frère\npetite brebis du bon Dieu! » Cependant, de quelle indignation\ndouloureuse et véhémente dut être remplie cette âme évangé­\nlique, en voyant déjà désobéi et méprisé l'enseignement du\nmaître qu'elle avait tant aimé! Ce seul fait suffit à témoigner\nde l'intensité du désespoir de frère Léon, qu'il se laissa aller à\nbriser le tronc de marbre installé sur une des places d'Assise,\npour recueillir les offrandes destinées à l'érection du somptueux\ncouvent et de la basilique de saint François ; mais les pages de\nson livre sont douces, tout imprégnées de l'esprit de François;\nc'est son exemple même, ses paroles, ses actes, dans toute la\nvivacité ingénue de leur grâce religieuse. Le blâme contre les\ntendances nouvelles n'est pas personnel, mais implicite; les faits\nexpriment d'eux-mêmes, et réprouvent... C'est un portrait\nmoral, d'une singulière perfection, dont chaque trait accentue et\n\n\n  (1) Spec. perf., 71 et 46; v. aussi 41 et 81.\n  (2) Spéculum perfectionis seu S. Francisci assisiensis legenda antiqvissima auctore fratre\nLeone, nunc primum edidit PAVI. SABATIER Un vol. in-8. Paris, Fischbacher, 1898.\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "416                                  DURENDAL\n\n\nprécise la suave et virile physionomie de l'apôtre de la pauvreté\net de l'humilité (1).\n\n   La Légende (2) dite des trois compagnons, écrite au couvent\nde Greccio, en 1246, par les frères Léon, Rufin et Ange, « com­\npagnons, bien qu'indignes, du bienheureux frère François »,\ndépositaires et, en quelque sorte, témoins de la pensée de\ncelui-ci, et qui, comme l'exprime le titre de leur travail,\n« vivaient toujours avec lui », constitue une biographie à peu\nprès complète du saint. Un grand nombre des épisodes narrés\ndans le Speculum se retrouvent dans la Légende, mais celle-ci\ncomme celui-là ne font mention, pour des raisons d'opportunité\nassez obscures, ni des stigmates, ni de la canonisation.\n   Le texte de la Légende, tel qu'il nous est parvenu, ne comporte\nque dix-huit chapitres. Dans l'étude critique des sources, préli­\nminaire à sa Vie de Saint François, M.Sabatier avait demontré,\nd'une façon irréfutable, que ce n'étaient là que les débris de\nl'ouvrage complet, détruit par ordre du chapitre général tenu à\nParis, en 1266, sous le généralat de saint Bonaventure, qui avait\nreçu mission de rédiger une Légende officielle, conçue de façon\nà satisfaire également les tièdes et les zélés, les conventuels et\nles spirituels. Heureusement, les écrivains du moyen âge, moins\npointilleux que nous sur la propriété littéraire, s'empruntaient\nfraternellement et sans vergogne des chapitres entiers: M. Saba­\n tier désignait, spécialement, la seconde Vie de saint François,\n par Thomas de Celano, comme devant recéler la plus grande\n partie des pages disparues de la Légende des trois compagnons.\n Ces inductions se sont pleinement vérifiées, grâce aux\n R R . P P . Marcellino da Civezza et Teofilo Domenichelli O. M.,\n qui, avec une science, une sagacité et un goût parfaits, sont\n  parvenus à reconstituer la Lêgende dans son intégrité (3). L'œuvre\n\n\n   (1) Une édition italienne du Speculum perfectionis a été publiée par M. Francesco\n Pennacchi, d'après le texte établi par M. Sabatier : Lo Specchio di perfezione. Un vol petit\n in-8°. Assisi. Tip. Matastasio, 1899.\n    (2) On appelait Légende, au moyen âge, le récit complet de la vie et des miracles d'un\n saint.\n    (3) La Leggenda di S. F. scritada tre suoi compagni pubblicata per la prima volta nella\n vera sua integrità dai Padri MARCELLINO DA CIVEZZA e TEOFILO DOMENICHELLI, dei\n  Minori. Un vol. in-8°. Roma. Tip. Sallustiana, 1899.\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                    4I7\n\n\nrestituée des très humbles compagnons du Poverello, accompa­\ngnée d'une substantielle préface et suivie d'un éloquent et ner­\nveux discours du R. P. Teofilo sur la caractéristique de saint\nFrançois, est un beau monument élevé par les deux éminents\nfranciscains au Patriarche d'Assise. Et tous les admirateurs de\ncelui-ci leur voueront une cordiale reconnaissance (1).\n   La comparaison du récit des mêmes faits dans le Speculum, la\nLégende des trois compagnons, les Fioretti, et, bien davantage,\ndans les compilations postérieures, permet de suivre le lent et\npresque inconscient travail grâce auquel toute l'existence d'un\nsaint est absorbée, pour ainsi dire, par le miracle; chacune de\nses démarches nimbée de merveilleux; la moindre de ses\nparoles transformée en prophétie. La progression est déjà\nnotable des Trois compagnons aux Fioretti, et il suffit pour s'en\nconvaincre de mettre en parallèle la façon dont, à un demi-\nsiècle, peut-être, d'intervalle, le même événement est rap­\nporté : la conversion, par exemple, de Bernard, de Sylvestre et\nd'Egide.\n   Les Fiofetti, cependant, dans leur grâce inimitable, la naïveté\ndélicate de leurs nuances, leurs colorations et leur dessin\nsimples et éclatants, le charme de fraîcheur et d'impromptu des\ntableaux qu'ils évoquent, nous restituent vraiment une image,\nvéridique dans l'ensemble, des origines franciscaines. L'habile\nécrivain qui a assemblé cette gerbe exquise l'a arrangée un peu\npour le plaisir des yeux, avec un art qui se dissimule, un goût\ninstinctif très fin qui corse, quelquefois, la nudité des faits, mais,\naussi, en atténue ou en émousse la vigueur expressive. Ce livre\nadorable symbolise surtout l'idéal d'imperfectible douceur et\nd'humilité de saint François, en laissant trop dans l'ombre\nl'héroïsme de sa vocation, les qualités viriles de cette âme intré­\npide : il nous y apparaît plus passif qu'actif, prêt à tout sup­\nporter plutôt qu'à tout entreprendre pour faire prévaloir sa\npensée.\n   La physionomie du Poverello conserve un bien autre relief\ndans le souvenir des trois compagnons, ses disciples les plus\n\n\n  (l) Nous nous permettrons d'exprimer ici notre gratitude particulière aux RR PP. Mar­\ncellino et Teofilo qui ont bien voulu, et de la façon la plus gracieuse, nous autoriser à\npublier une traduction française de la Légende restaurée par leurs soins diligents et pieux.\n  La maison Oudin, de Paris, en donnera prochainement une édition illustrée.\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "418                               DURENDAL\n\n\nfamiliers et les plus aimés; on sent, chez eux, la volonté d'une\nexactitude scrupuleuse et, aussi, l'accent d'émotion et de nos­\ntalgie d'hommes qui racontent les heures les plus enchantées\nd'une vie, à présent contrariée ou diminuée.\n   Il semble que ces récits, d'un caractère et d'un style parfaite­\nment homogènes, portent les indices implicites de l'authenticité.\nLe R. P. Van Ortroy, bollandiste, a cependant contesté celle-ci\net voulu ne voir dans la Légende des trois compagnons qu'un très\nhabile pastiche de la fin duXIIIesiècle. Dans une dissertation (1)\nd'une argumentation serrée et probante, M. Sabatier a démontré,\npéremptoirement, que nous tenions bien en ce document\nl'œuvre originale de frère Léon et de ses compagnons.\n\n\n   L'indulgence plénière du 2 août, accordée par le Pape Hono­\nrius I I I , à saint François, en juillet 1216, pour tous ceux qui\nvisiteraient la Portiuncule, contrits, confessés et absous, a été\nun sujet de longues controverses entre les deux branches de\nl'Ordre franciscain.\n   La tradition rapportait qu'après avoir obtenu verbalement\ndu Saint-Père cette faveur exceptionnelle, malgré l'opposition\ndes cardinaux, « le bienheureux François, ayant incliné la tête,\nsortit du palais. Et messer le Pape, voyant qu'il s'en allait,\nl'appela, disant : « O très simple! où vas-tu et qu'emportes-tu\nde cette indulgence? » Et le bienheureux François répondit :\n« Votre parole suffit, et, si l'œuvre est de Dieu, il la mani­\nfestera. »\n   Les chroniqueurs primitifs de l'Ordre et, notamment, les Trois\ncompagnons, dans leur texte mutilé, ne faisant aucune mention\nde l'Indulgence, M. Sabatier avait exprimé d'abord l'opinion\nque les récits qui la concernaient, et qui dataient, d'ailleurs, du\nXIVe siècle, étaient supposés ou apocryphes. Depuis, l'éminent\nhistorien a repris l'étude de la question, exhumé le manuscrit\nd'un traité sur l'Indulgence, écrit par un frère mineur d'Assise,\nauXIVesiècle, recherché toutes les preuves et les témoignages,\npour conclure enfin à la véracité de la version traditionnelle.\n\n\n  (1) De l'authenticité Je la Légende... des trois compagnons. Une brochure in-8°.\nParis, 1901.\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                 419\n\n   L'œuvre de frère François Bartholi della Rossa (1), mise au\njour par M. Sabatier, est une compilation où l'on retrouve, à\ncôté d'une fastidieuse énumération de faits miraculeux advenus\nà la Portiuncule, des fragments des ouvrages de Thomas de\nCelano, de la Légende des trois compagnons et du Spéculum perfec­\ntionis. Le bon moine, préoccupé surtout de grossir son pané­\ngyrique de l'Indulgence, a entassé, sans critique ni vérification,\ntout ce que la crédulité d'un siècle avait pu ajouter de fables à\nla réalité. Celle-ci a germé dans les imaginations; chaque détail\ns'est amplifié, magnifié de merveilleux; c'est le travail naturel et\npresque instinctif de la tradition qui tend mécaniquement à\néliminer la substance précise des faits pour y substituer le vague\net le surprenant. Les Trois compagnons rapportent qu'il fut\nrévélé, une nuit, « au bienheureux François, qu'il devait se\nrendre à Pérouse, où résidait le Pape, pour solliciter l'indul­\ngence de la part de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Ce récit\nsimple et nu a passé de bouche en bouche, de l'origine à Bar­\ntholi, et il est arrivé à celui-ci, qui l'enregistre, chargé de détails\nparasites, de particularités nouvelles, de circonstances qui ne\nsont que le développement des indications nettes et brèves don­\nnées par les contemporains. Bartholi narre deux visites de\nFrançois à Honorius, l'une à Pérouse; l'autre à Rome, cette\ndernière à la suite d'une nouvelle Visitation du Sauveur, de sa\nMère et d'une « multitude d'anges » à la Portiuncule, afin de\ndéterminer la date à laquelle les fidèles devront accomplir leur\npèlerinage afin de bénéficier du Pardon... Et saint François se\nprésente à cette seconde audience porteur de six des roses, trois\nblanches, trois rouges, qui ont jailli des ronces et des épines\ncouvertes de neige sur lesquelles il s'était roulé, pour chasser une\ntentation du Malin... L'épisode — que les incorruptibles Bollan­\ndistes n'ont pas voulu consacrer de leur autorité — est ravissant.\nEt n'est-ce pas ainsi que l'on aime à se représenter le petit Pauvre\ndu Christ, transfiguré dans la gloire de son humiliation; d'autant\nplus simple qu'il est victorieux; les mains, ces mains que la\n Passion devait percer, pleines des douces roses incandescentes\ndu miracle, escorté des âmes dont il a réchauffé la froideur,\nconsolé les détresses et fait tout à coup fructifier l'aridité ?...\n\n   (1) Fratris Francisci Bartho i de Assisio Tractalus de Indulgentia S. Mariœ de Por­\ntiun. nia nunc primum integre edidit PAUL SABATIER. Un vol.in-8. Paris, Fischbacher, 1900.\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2228, "texte": "420                         DURENDAL\n\n\n\n\n                                 II\n\n\n    Des hommes paraissent, d'âge en âge, dont les gestes et les\nparoles sont marqués du sceau du divin — interprètes, provi­\ndentiellement suscités, d'une volonté supérieure à la leur, et qui\nse lèvent tout à coup, au milieu du banquet de la matière, pour\nrefaire le signe oublié — ou méprisé — de l'esprit.\n    Les paroles qu'ils apportent ne sont pas nouvelles : la Galilée,\njadis, les rives du lac de Génézareth, le jardin des oliviers, les\nont entendues. L'humanité les a recueillies et emportées dans\nson cœur, mais elles s'y sont assoupies, à la longue, étouffées\nsous les fleurs éphémères et brûlantes des plaisirs et des convoi­\ntises de la terre. Et la mission de ces hommes est de les ressus­\nciter, de les tirer de la mémoire obscurcie du passé, pour les\nreplacer dans la pleine et vibrante lumière de la vie.\n    Les apôtres ainsi sont de tous les temps : ils vaquent à leur\nlabeur quotidien, gagnent le pain de leur subsistance, pécheurs\nou publicains — l'éternel Christ passe devant eux, s'arrête, les\nregarde et leur dit : « Suis-moi ! » — et ils le suivent.\n    L'Eglise existe, cependant, héritière du suprême pontificat,\n mais quelque effort qu'elle fasse pour maintenir la société dans\n les voies de l'idéal évangélique, son influence, pour être accou­\n tumée et régulière, tend à s'amoindrir; hiérarchisée, trop sou­\n vent confondue avec les autres organes dirigeants de notre civi­\n lisation, elle apparaît plutôt aux peuples sous l'aspect de\n l'autorité. Et son crédit s'affaiblit encore lorsque, comme au\n moyen âge, grâce à la confiscation des dignités ecclésiastiques\n par les nobles et les souverains, le haut clergé participe des vices\n et des abus du régime politique.\n    La persévérante lutte du Saint-Siège contre l'Empire eut\n pour but initial d'émanciper le sacerdoce de l'intrusion d'élé­\n ments nuisibles qui paralysaient et stérilisaient son action.\n  Celle-ci s'exerçait, pourtant, mais ses résultats étaient lents et\n ordinaires; pour en obtenir de rapides et d'extraordinaires,\n pour tracer dans le monde, oscillant entre les passions et la\n  prière, des sillons profonds et durables, pour soulever en lui les\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "                           SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                421\n\n\n révolutions de la pénitence et du repentir, il fallait la presti­\ngieuse apparition d'hommes semblables aux prophètes de l'an­\n cienne Loi — nouveaux, inconnus, dénués, d'abord, de tout\ncaractère consacré, surgis, soudain, d'entre la foule, pour se\nvouer généreusement à une vie d'autant plus joyeuse qu'elle était\npauvre et humiliée, d'hommes exorbitants qui, pour user de\nl'emportement sublime des expressions de saint François lui-\n même, forcent le Royaume de Dieu « par la violence de leur\nhumilité et de leur simplicité, de leurs oraisons et de leurs\nlarmes (1) » :\n   « Ou ils se sont réunis à Dieu pour la plus haute perfection,\ndisait les gens à la vue des premiers frères mineurs courant le\npays, misérablement vêtus, les pieds déchaux, — ou ils sont\ninsensés et fous, car leur existence paraît désespérée (2). »\n   Mais le secret de l'influence de ces indigents missionnaires\ngisait précisément dans leur parfait dénûment. Ils dominaient\nles puissances du sang et de l'argent parce qu'ils n'avaient point\nbesoin d'elles. L'absolu de leur abnégation, l'absence radicale\nen eux de toute visée égoïste, de toute ambition pour les\nobjets accoutumés des espérances humaines, saisissaient les\nâmes du sentiment d'une grandeur insolite, donnaient à leurs\nactes et à leurs propos une irrésistible énergie persuasive. Saint\nFrançois avait la claire et perspicace conscience des nécessités\nde son œuvre et des ressorts de son succès, lorsqu'il refusait\nabsolument d'accéder aux vœux du cardinal d'Ostie qui dési­\nrait placer des frères sur les sièges épiscopaux : « Messer, lui\ndisait-il, mes frères sont nommés mineurs afin qu'ils n'aient\njamais la présomption de vouloir se taire grands; leur vocation\nleur enseigne à rester dans les lieux bas et à suivre les traces de\nl'humilité du Christ... Si vous voulez qu'ils fassent fruit dans\nl'Eglise du Christ, maintenez-les et conservez-les dans l'état de\nleur vocation. »\n\n Saint François apparaît au milieu d'une époque de véhé­\nmence et de sang, de vie encolérée et frénétique. Tous les pou-\n\n\n  (1) Spec. perf., 78.\n  (2) Tous les passages cités, sans indication de source, appartiennent à la Légende des\ntrois compagnons (texte reconstitué par les RR. PP. Marcellino da Civezza et Teofîlo\nDomenichelli).\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "422                         DURENDAL\n\n\nvoirs sont debouts, menaçants, bardés de fer, toujours prêts à\ns'assaillir : Empereur, rois; feudataires ; petits seigneurs\npillards, retranchés dans leurs repaires, veillant sur les rem­\nparts de leurs châteaux hérissés de l'hostilité tranchante des\narmes. La multitude est foulée aux pieds sous le galop féodal\ndes chevaliers; l'existence de quiconque est hors d'état de se\ndéfendre, son honneur, son patrimoine sont en aventure. Les\ngrandes communes commencent seulement de s'organiser,\nd'imposer leur vouloir démocratique au patriciat qui les\nsubjugue. La guerre, la peste, la lèpre et la famine sévissent à\nla fois parmi les populations, comme l'ouragan, et le vent, et la\ngrêle sur les moissons bouleversées et saccagées. Les âmes,\ndésorbitées par la perpétuelle instabilité et la transe du péril\ntoujours imminent, soulevées en tourbillons comme du sable\nou des feuilles mortes, sont toutes en alternatives immodérées,\naffolées de crime et de luxure ou précipitées, soudain, conta­\ngieusement, en expiations unanimes, poussées en masses hale­\ntantes et paniques sur les chemins des pèlerinages célèbres ou\nsur les routes de l'Orient, aux croisades.\n   Au milieu de ce tumulte, un homme, citoyen d'une petite\nville perdue dans les montagnes d'une province reculée, un\njeune marchand dont la puérilité avait rêvé la fortune et la\ngloire, les prouesses lointaines, l'éclat des aventures et avait\nmis sa vanité dans le luxe des vêtements et des festins; un\nhomme apparaît, presque un enfant, traversé de la subite intui­\ntion des causes du malheur du monde, mu par une étrange, une\nimmense volonté de perfection et de liberté.\n   Les Romains de l'Empire, traqués dans leur existence, dans\nleur fortune et leurs sentiments, dans leurs paroles et jusque\ndans leur silence par les Césars, ne connaissaient plus d'autre\nliberté que celle de la mort : « Vois-tu ce précipice? s'écriait\nSénèque ; c'est par-là que' l'on descend à la liberté. Vois-tu cette\nmer, ce fleuve, ce puits? Au fond de leurs eaux se cache la\nliberté! »\n   Ce n'était pas ce remède, assez fier mais désespéré, que\nFrançois venait enseigner : « Par la grâce de Dieu, je suis\ndevenu libre », répondit-il, aux premiers jours de sa conver­\nsion, au messager par lequel les consuls d'Assise le citaient à\ncomparaître pour se justifier des accusations portées contre lui\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "                           SAINT FRANÇOIS D'ASSISE               423\n\n\npar son père. Le Christ, son maître, n'avait-il pas dit : « Vous\nconnaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre (1) ? »\n    Toute souffrance naît du désir; toute douleur et tout regret\nde la possession, et nous sommes d'autant moins libres, indé­\npendants devant nous-mêmes que nos désirs sont exaucés et\nnos possessions étendues.\n    François connaît cela; il fait mieux que de le connaître, il le\nsent, et ce ne sont point en lui des théories spéculatives, d'uto­\npiques : conceptions formulées pour le vague usage d'autrui:\nc'est la règle vivante et effective de sa vie. Elle est inscrite dans\nl'Evangile, mais l'idéal qu'elle dicte a bientôt semblé ou trop\nhumble ou trop hautain pour les hommes, et digne seulement\nd'un Dieu.\n     « Si tu veux être parfait, va et vends ce que tu as, donne-le\n aux pauvres et suis-moi. » Le précepte est précis, sans équivoque\n et il ne se peut pas qu'il soit inapplicable, étant sorti de la\n bouche miséricordieuse de Celui qui a le mieux aimé et com­\n pris l'humanité. Et le fils de Bernardone obéit, abandonne ses\n parents, son héritage, sa maison, l'estime du monde et ses pré­\n jugés; s'enfuit enfin de la présence des siens comme un autre\n enfant prodigue, non pour la sensualité et la dissipation, mais\n pour se prodiguer lui-même, et son exemple et son amour.\n     Car c'est par l'exemple uniquement qu'il prêche et veut\n convertir; et son existence sera, désormais, ainsi qu'une vivante\n parabole de la Pauvreté. Indigent et dénué, il va, annonçant\n  la paix, la grande paix profonde du renoncement; et toute son\n  éloquence est dans l'affabilité de son sourire et de ses yeux,\n  dans les paroles exaltées et chantantes de prière et d'extase que\n  la joie lui inspire : « L'homme de Dieu ne prêchait pas alors\n  au peuple; pourtant, quand il passait par les villes et les\n  villages, il priait chacun qu'il aimât et craignît Dieu, et fît\n  pénitence de ses péchés. Et frère Egide exhortait les assistants\n  à ce qu'ils crussent en lui, parce que parfaitement il les\n  conseillait. »\n      Ses discours, comme ses écrits, sont « de peu de paroles\n  simples », et cette simplicité pleine de relief, de substance et\n   d'émotion restera sienne jusqu'à la fin ; et la gloire efflorescente\n\n\n   (1) Saint-Jean, VIII, 32.\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "424                              DURENDAL\n\n\nde son nom et de son ordre n'enfleront ni son cœur, ni son lan­\ngage : « A tous les gardiens des frères mineurs, auxquels ces\nlettres parviendront, le frère François, leur serviteur et leur tout\npetit dans le Seigneur, envoie son salut... (1) ». Ainsi débute\nune de ces belles lettres-circulaires, au sujet desquelles M. Paul\nSabatier dit éloquemment : « Les mêmes idées, les mêmes\nphrases reviennent sans cesse ; mais, sous la plume de François,\nle mot n'est rien, il n'est jamais là pour lui. Celui qui le voit, le\nremarque, fait une erreur, il commet presque une faute : le mot\nn'est ici que le porteur d'une idée ou plutôt d'une force (2). »\nIl dit peu de chose, mais précisément ce qu'il fallait dire, les\nmots décisifs et limpides que beaucoup d'âmes troublées atten­\ndaient; les mots d'abnégation et d'innocence, à l'accent surna­\nturel, où ne s'évoquent ni l'éclair des armes, ni le tintement de\nl'or, ni la séduction de la chair, mais l'amour, le seul amour,\npuissant et ingénu... Il aime ; et c'est sa vertu, toute, et son pou­\nvoir, et son triomphe... Il aime de son humilité; il aime de sa\npauvreté; et plus il se diminue lui-même, plus son amour\ngrandit.: Rien ne l'entrave; rien ne crée en lui l'hésitation ou la\nperplexité; rien ne le détourne ou ne le tire en arrière, ne brise\nles élans de sa foi ou de son ardeur, car son amour est désinté­\nressement et sacrifice et, s'il se mêle au monde, c'est pour\nl'aimer et le sauver, et non pour en jouir.\n    L'amour rayonne de lui et, déjà, il est auréolé; les prudents,\nles formalistes et les timorés cèdent devant la communicative\nchaleur de sa conviction et de son enthousiasme : la voie qu'il a\nchoisie est ardue et insolite, trop dure, peut-être, pour la fai­\nblesse invétérée des hommes ; cependant l'évêque d'Assise et le\n Pape approuvent la Règle qu'ils considéraient d'abord comme\nexcessive; la curie romaine pallie, en sa faveur, des principes\n dont elle ne se départit jamais.\n    Cet amour lui concilie même et lui rend dociles et familières\n les bêtes effarouchées par la cruauté coutumière des hommes.\n La simplicité de son cœur fait qu'il est, pour ainsi dire, de plain-\n pied avec la nature : il ne laisse rien échapper de sa beauté et\n goûte avec ravissement la saveur des choses les plus humbles et\n\n\n  (1) P. SABATIER : Tractatus, p. 135.\n  (2) Tractatus, p. 120.\n"}, {"page_pdf": 502, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "                     SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                   425\n\n\n les plus usuelles. Tout est beauté à la joie pénétrante de ses\nyeux ; tout est richesse pour sa pauvreté, tout splendeur, don\ngratuit et inattendu : les morceaux de pain de froment noir de\nl'aumône ; l'eau pétillante et « chaste » de la source ou de la\n fontaine; le chant des oiseaux; l'immobile azur sur les roches\nétincelantes de la Vernia; les modestes fleurs sauvages qui our­\nlent les chemins où il erre, vagabond du bon Dieu, avec frère\n Léon — frate pecorella — frère petite brebis.\n   La Pauvreté est sa Dame; le Sauveur la lui a fiancée en ces\nparoles : « Ne portez aucune chose par la route, ni bâton, ni\nbesace, ni chaussures, ni argent. » Et quelle pénurie serait\njamais assez parfaite pour nous, alors que le Fils de Dieu a\nsouffert la faim? : « Étant un jour assis à manger, un frère lui\ndit que la Bienheureuse Vierge Marie, à l'heure du repas, avait\nété si pauvre qu'elle n'avait eu de quoi donner à manger à son\nfils. Et, entendant cela, l'homme de Dieu soupira avec grande\ndouleur et, abandonnant la table, mangea son pain par terre. »\n   Toutes les choses à l'usage des frères, habitations, vaisselle,\naliments, il veut qu'elles « chantent le pèlerinage et l'exil ». Il\ns'effarouche parce que l'on a parlé devant lui de la « cellule du\nfrère François ». Il trouve toujours sa pauvreté insuffisante et\nencombrée de trop de superfluités. Rencontrant un mendiant,\nil dit à son compagnon : « Grande honte nous a donnée la pau­\nvreté de cet homme et elle reprend fortement notre pauvreté.\nCar ce m'est une très grande honte quand je trouve quelqu'un\nde plus pauvre que moi, qui a choisi la sainte Pauvreté pour\nfemme, et pour mes délicatesses et mes richesses corporelles et\nspirituelles ; et cette renommée est allée par le monde entier, à\nsavoir que j'ai fait profession de la sainte Pauvreté devant Dieu\net devant les hommes. »\n   Si dépourvu qu'il soit, d'ailleurs, et parce que Jésus a dit :\n« A quiconque te demande, toi, donné », il ne repousse jamais\nune sollicitation et, plutôt que de refuser, se dépouille de ses\npropres vêtements; à ses yeux, ce n'est qu'une restitution : le\nmanteau qui le couvre ne l'a-t-il pas seulement reçu en prêt,\njusqu'à ce qu'il rencontre un plus besogneux que lui?\n   Un jour, à la Portiuncule, n'ayant rien de quoi faire aumône\nà une vieille femme, il veut lui donner l'unique Evangile du\ncouvent. Son vicaire-général, Pierre de Catane, lui objectant\n"}, {"page_pdf": 503, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "426                                  DURENDAL\n\n\n que ce Nouveau-Testament est indispensable aux offices :\n « Donne-le, répond saint François, cela plaira davantage à\n Dieu que si nous y lisions. »\n    Il voit, avec raison, dans l'aumône humblement reçue ou dis­\n tribuée, un grand moyen de perfection, une école de constance\n et de virilité.\n    Que de répugnances il avait dû détruire en lui-même avant\n d'affronter allègrement la risée et l'incompréhension du monde!\n La première fois qu'il essaya de se nourrir des restes d'aliments\nqu'il avait recueillis, en mendiant, dans son écuelle, il fut saisi\nd'un haut-le-coeur, mais « finalement, se vainquant lui-même, il\ncommença à manger et il lui parut que, s'il mangeait un élec­\ntuaire, il ne serait pas aussi délicat ».\n    Un jour, au début, qu'il allait, de porte en porte, à Assise,\ndemandant de l'huile pour les lampes de Saint-Damien, «venant\nprès d'une maison et voyant là les hommes réunis à jouer, il\nprit honte de demander l'aumône devant eux et s'en alla. Puis,\nse parlant à lui-même, il se reprit d'avoir péché; et, courant à\nl'endroit où se faisait le jeu, il dit sa faute devant tous ceux qui\nétaient là et qu'il avait pris honte de demander l'aumône à\ncause d'eux ».\n    Mais son intention n'est point que les frères vivent, oisifs, de\nla mendicité, de la « table de Jésus-Christ »; il faut qu'ils tra­\nvaillent : « Va, dit-il avec son innocente ironie à ce frère « qui\nne priait, ni ne travaillait, mais mangeait bien», va ton chemin,\nfrère mouche — frate mosca — car tu veux manger la fatigue de\ntes frères, et être oisif dans l'œuvre de Dieu, comme le frelon\nqui ne fait aucun gain et mange d'abord la fatigue des autres. »\n« Souvent, pour ne pas rester oisifs, les frères aidaient les\npauvres gens dans leurs champs, et ceux-ci ensuite les subve­\nnaient de pain, pour l'amour de Dieu (1). »\n   La Pauvreté est la dignité essentielle des frères mineurs, et\ntous les actes de saint François témoignent de la vénération où\nil la tient : Il va à la rencontre du frère qui, ayant été mendier à\nAssise, redescend à Sainte-Marie de la Portiuncule, en chan­\ntant et en louant Dieu à haute voix ; il baise la besace qu'il\nporte, l'en débarrasse et, rentré au couvent, dit devant tous les\n\n\n (1) Spéculum perfectionis, C. 55.\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "                         SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                           427\n\nfrères : « Béni soit mon frère qui va et cherche, et revient,\njoyeux, avec l'aumône. »\n   Il sait qu'il n'est que d'embrasser la croix, étroitement; que\nle dévouement absolu, l'immolation complète, sans restriction,\nseule, rendront son œuvre de rédemption significative, lui con­\nféreront toute son efficace puissance, toute sa convaincante\nvertu : « Tenez pour certain, dit-il aux frères qui l'accompa­\ngnaient à la Vernia (1), que plus nous fuirons la pauvreté, plus le\nmonde nous fuira. »\n   Il maintient l'inflexible rigueur de la Règle sur ce point avec\nune presque farouche énergie, la fait prévaloir longtemps,\nmalgré les sourdes oppositions qu'il rencontre, les menées sour­\nnoises de frère Elie; en dépit des conseils du cardinal Hugolin,\npréoccupé de la tempérer pour la rendre supportable aux\nhommes qui, vraisemblablement, devaient succéder aux saints\nde la première génération franciscaine.\n   Il souffre de tout ce qui porte atteinte à son idéal et cette âme\nde douceur et de suavité en prend presque de la violence et de\nla dureté : il veut détruire de ses propres mains une maison\nconstruite, par la municipalité d'Assise, pour abriter le chapitre\ngénéral; il ordonne aux mineurs de Bologne, et même aux\nmalades, d'abandonner sur le champ un couvent trop confor­\ntable qui leur avait été donné à son insu.\n   Il ne craignait pas, du reste, de faire asseoir la Pauvreté avec\nlui chez les prélats et les nobles; de l'amener ainsi qu'une com­\nmensale inattendue et un peu rude parmi les convives élégants\net mondains des princes de l'Eglise : Se trouvant un jour, chez\nle protecteur de l'Ordre, le cardinal Hugolin, il s'échappa\n« presque furtivement pour aller à l'aumône et, revenant, il\nposa sur la table les morceaux de pain noir » qu'il avait\nrécoltés :\n\n   « Le bienheureux François prenait de ses aumônes et en donnait à chacun\ndes chevaliers et chapelains de Messer le Cardinal, avec un visage joyeux;\net les uns les mangeaient, et les autres les conservaient par dévotion. Après le\nrepas, le cardinal embrassa le bienheureux François avec beaucoup d'allé­\ngresse et de plaisir, lui disant : « Pourquoi m'as-tu fait aujourd'hui un tel\n\n\n\n (1) I FIORETTI : Deuxième considération sur les stigmates.\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "428                               DURENDAL\n\n\naffront que, venant dans ma maison, qui est la maison de tes frères, tu sois\nallé à l'aumône? » Le bienheureux François répondit : « Messer, je vous ai\nencore fait plus d'honneur en honorant mon Seigneur, auquel plaît la pau­\nvreté, et, surtout, celle qui est volontaire. Et je veux avoir et tenir pour très\ngrande noblesse et dignité royale de suivre le Seigneur qui, étant riche, voulut\nse faire pauvre. »\n\n\n   Tout ce que l'homme acquiert, et que ne possèdent point les\nautres, richesses, pouvoirs, science, engendre en lui la concep­\ntion de sa supériorité, alimente son orgueil, offusque les libres\nmouvements de cet amour dont, seule, la pure et inextinguible\nardeur entraînera le monde et le sauvera. Ce n'est pas par le\nsavoir et l'éloquence que François a rassemblé autour de lui\ncette multitude de disciples, mais bien par la secrète et rayon­\nnante vertu de sa pauvreté volontaire et de sa simplicité. Il a\nrécolté d'autant plus qu'il s'est donné davantage ; non point des\nparoles apprises dans les livres, habiles ou élégantes, mais lui-\nmême, lui-même...\n   Le religieux qui s'efforce pour acquérir une science superflue,\naux dépens de sa vraie vocation, enfreint, à ses yeux, son ser­\nment de pauvreté, puisque cette science étant stérile et impropre\nà émouvoir et à rallier les âmes, il ne la convoite que pour sa\npropre satisfaction, pour l'ornement vaniteux de son esprit. La\nvictoire n'appartient qu'à l'amour; l'amour est la seule arme\ndont il veut que soient munis ses frères, en vrais «chevaliers de\nla Table-Ronde» (1). Mais, parmi les hommes qui l'ont suivi\nou qui le conseillent, si pieux et zélés qu'ils soient, il en est\ntrop qui sont du temps et du moment, et cessent bientôt de le\ncomprendre, lui qui est de toujours; leur pensée est fondée\nselon la raison, judicieuse dans l'espace circonscrit qu'elle\nenvisage; la sienne s'enlève d'un coup d'aile et plane dans une\nlumière trop éblouissante qui les aveugle. Ils prêchent, argu­\nmentent, citent, discutent — lui, il aime. Cependant, si l'amour\nest sainteté chez lui, il est génie aussi, et intelligence : la science\npeut séduire, amuser, l'amour seul convainc; et, d'ailleurs,\nest-ce celui-ci ou celle-là que le Sauveur a apporté à la Terre?\nAussi avec quelle véhémence il défend, là également, l'intégrité\n\n\n\n (1) Spec.perf.,   72.\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                 429\n\n de son œuvre lorsqu'elle lui semble en péril ! Et son inquiétude\n donne à sa voix une âpreté bien inattendue :\n\n   De quelle manière il reprit les frères qui aspiraient à aller par la voie de la science, et\n non plus par la voie de l'humilité, et leur prédit comment l'Ordre serait réformé et remis\n dans son état primitif.\n\n    Le bienheureux François se trouvant au chapitre général de Sainte-Marie\n dé la Portiuncule, qui fut appelé le chapitre des nattes, parce qu'il n'y avait\n là d'autres habitations que de nattes, et s'y rassemblèrent bien cinq mille\n frères; beaucoup de frères lettrés et savants allèrent à Monseigneur d'Ostie,\n qui s'y trouvait, et lui dirent : « Monseigneur, notre désir est que vous per­\n suadiez au bienheureux François de suivre le conseil des frères plus savants\n et qu'il promette de s'en tenir quelquefois à leur conseil. » Et ils alléguaient la\n Règle de saint Benoît, de saint Augustin et de saint Bernard, qui enseignent\n à vivre de telle et telle façon. Le cardinal, ayant rapporté toutes ces choses\n au bienheureux François, par manière d'admonition, le bienheureux François,\n ne lui répondant rien, le prit par la main et ainsi le mena en présence des\nfrères réunis en chapitre. Et il parla aux frères en ferveur et vertu de l'Esprit-\nSaint, de cette façon : « Mes frères, mes frères, le Seigneur m'appela par la\nvoie de la simplicité et de l'humilité, et il me montra une telle voie, en vérité,\npour mon salut et le salut de ceux qui veulent me croire et m'imiter. Pourtant,\nje vous enjoins de ne rien me dire d'aucune Règle, ni de saint Benoît, ni de saint\nAugustin, ni de saint Bernard, ni d'une autre voie et forme de vie, en dehors\nde celle qui, par Dieu, me fut montrée et, par. sa miséricorde, me fut donnée.\nEt ainsi nie dit Dieu être son intention que je sois comme un nouveau pacte\nen ce monde, et il ne voulut point nous conduire par une autre voie que celle\nde cette science-là. Mais, par votre doctrine et sagesse, Dieu vous confondra,\net ainsi je me fie aux intendants du Seigneur, par lesquels Dieu vous punira,\net il vous réduira ainsi à votre état, à votre grande confusion, que vous le\nvouliez ou non. »\n   Alors, le cardinal eut grande stupeur et ne répondit rien, et tous les frères\nfurent pris d'une grande crainte (1).\n\n   Son âme est comme un admirable équilibre de forces, forces,\nd'énergie, forces de douceur; et son humilité s'allie très bien\navec une parfaite plénitude de sécurité sur la destinée de son\nœuvre : il sait bien qu'elle ne peut être que folie aux yeux des\nhommes, qu'ils la contrarieront et que la réussite ne leur en\nappartiendra pas.\n\n  (1)Spec.perf.68. M. Sabatier (Spe; perf. LXXX.VIII) présume que cette scène se passa au\nChapitre général de la Pentecôte, 3 juin 1218, où se trouvait également saint Dominique\n(v. Fioretti, 18). Le docteur Lempp (Frère Elie, p. 47), lui assigne la date de 1221.\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "430                             DURENDAL\n\n\n   A l'origine, alors qu'il n'avait que trois compagnons, frère\nBernard, frère Sylvestre et frère Egide, il était parti avec ce\ndernier et avait envoyé les deux autres, pour convertir le pays à\npénitence. Ils allaient, comme les ménestrels ou les troubadours,\nde ville en village, de château en château, en « jongleurs du bon\nDieu », plus pauvres que les pauvres, et plus humbles, aventu­\nriers de l'Evangile, vêtus comme des pèlerins, soulevant des\nsentiments contradictoires : là, l'enthousiasme de la dévotion;\nici, la défiance; rebutés plus souvent qu'accueillis; pris pour\ndes voleurs ou des hommes sauvages ; si étranges qu'ils épou­\nvantaient les femmes et les petits enfants. E t ainsi, en dépit des\ninjures et des avanies isolés dans l'hostilité du monde qui\nparaissait conjuré contre eux, saint François émerveillait son\ncompagnon en lui prédisant, avec la confiance la plus exaltée\ndans l'avenir, que l'Ordre se propagerait par toute la terre. Et,\nrempli de joie, il chantait...\n    Les biographes primitifs nous le représentent presque tou­\njours avec un visage joyeux. Ses moines doivent, du reste, être\ntels; ils ne peuvent se montrer avec «une face troublée». Il\naurait trouvé de belles et candides paroles de louange pour\ncette mère Anne-Eugénie Arnauld, de Port-Royal des Champs,\n qui racontait si joliment : « Depuis ma profession, je demeurai\n dans une si grande joie d'être religieuse, qu'une fois je dansai\n étant seule ; et quand je voyais une religieuse triste, je pensais\n qu'elle n'avait qu'à regarder son voile noir pour ne l'être plus...\n il me souvient, ajoutait-elle — et ces émotions n'ont-elles pas\n une saveur toute franciscaine? — il me souvient qu'ayant une\n fois l'esprit fort abattu, je fus toute ravie en voyant seulement\n les étoiles et, une autre fois, en entendant sonner nos trois\n cloches qui faisaient une douce harmonie (1). »\n    La tristesse nous affaiblit, pensait le Poverello, nous livre en\n proie désarmée aux suggestions du Malin qui en profite pour\njeter des poignées de poussière par les ouvertures d'une âme\n mal défendue, afin d'en troubler la pureté et la quiétude (2).\n « Que les frères se gardent, dit la première Règle, de montrer\n un extérieur mélancolique, sombre ou hypocrite, mais qu'ils se\n montrent joyeux dans le Seigneur, souriants et aimables.»\n\n  (1) SAINTE-BEUVE : Port-Royal.\n  (2) THOMAS DE CELANO. Seconde légende.\n"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                 431\n\n\n    Le frère mineur doit être fidèle et joyeux, et simple; ne pas\n s'enorgueillir de sa vocation ni mépriser, du haut de sa pauvreté,\n les gens du monde livrés aux futilités du luxe et de l'apparat. Il\n ne faut pas les reprendre avec amertume et blâme, mais, au con­\n traire, leur être aimable et courtois : «Sache, frère très cher, que\n la courtoisie est un des attributs de Dieu, qui donne son soleil et\n sa pluie aux justes comme aux injustes, par courtoisie, et la\n courtoisie est la sœur de la charité et, par elle, s'éteint la haine\n et se conserve l'amour (1). »\n    Lorsque, au printemps de l'Ordre, il parcourait avec frère\nEgide la marche d'Ancône, cette belle province entre la mon­\ntagne et la mer, les régions ardues de l'Apennin central, le pays\nde Nocera, sauvage et boisé, les pentes de la chaîne d'où l'on\naperçoit la plaine fertile, entrecoupée de rivières, et les rivages,\nhantés de troupeaux de moutons, que l'Adriatique festonne\nde l'ondulation glauque de ses eaux argentées, saint François\nchantait...\n   Il chantait des hymnes et des psaumes où son âme s'expri­\nmait elle-même, lui dictait des paroles pénétrantes comme la\nflamme, pures comme la lumière :\n\n  Laudaio sia, mio Signore, per suor luna et per le stelle, il quale in cielo le hai for­\nmate chiare e belle.\n  « Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur la Lune et pour les étoiles, que,\ndans le ciel, tu as formées claires et belles... »\n\n   Il ne fait presque que nommer les choses, mais il leur com­\nmunique son âme passionnée et candide. Chorège de la créa­\ntion, d'un geste ample et simple, il agenouille autour de lui,\ndans l'infini radieux de l'adoration, le soleil, la lune et les\nétoiles, et l'eau, et le feu — et la mort... Fleurs ardentes et\nfraîches, liées en gerbe par l'amour et que l'on dirait présentées\nen offrande mystique par la main d'un enfant, d'un poète et\nd'un saint...\n   La jubilation spirituelle, parfois, lui remplissait l'âme de\nmélodies divines ; les foudroiements et les visitations célestes\nsuscitaient en lui une telle et si excessive félicité qu'ils se\n\n\n (l)FlORETTI.\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "432                                 DURENDAL\n\n\nmarquaient par des actes mêlés de gravité et d'enfance, par de\npoignantes effusions où la joie s'unissait aux larmes :\n\n   Quelquefois, il cueillait une baguette, et la soutenant sur le bras gauche, il\nposait dessus une autre baguette à la façon d'un arc et, avec la main droite,\ntirait sur celui-ci, presque comme sur (les cordes d') une viole ou d'un autre\ninstrument; et prenant une attitude appropriée, il chantait en français du\nSeigneur Jésus-Christ. Et tous ces chants et danses se terminaient ensuite en\nlarmes et compassion du Christ, pour se résoudre enfin en allégresse où,\ndistrait des objets qu'il tenait en main, il était ravi au ciel.\n\n   Lorsque, un soir de sa jeunesse, livrée encore à l'étourdisse­\nment du siècle, après un repas avec ses compagnons de plaisir\nqui allaient en chantant par les rues d'Assise, il se sentit tout à\ncoup envahi par la suavité douloureuse et brûlante de la grâce,\n« il ne chantait pas, mais songeait diligemment...» Le soir,\nmaintenant, descendait de nouveau; sa journée était à son\ndéclin, elle était presque passée de l'aube de candeur au cré­\npuscule de sacrifice : Il avait accompli son œuvre, mendié,\nprié, souffert, reçu les stigmates, la certitude de la rémission de\nses péchés et de la béatitude du Paradis : « Et, depuis que j'eus\ncette révélation, disait-il à frère Elie, je suis si plein d'allé­\ngresse que je ne puis plus pleurer; et pour cela, je chante et\nchanterai à Dieu... (1) »\n   La foi chantait, en lui, et la jubilation, et l'amour. Et il\nchante, et fait chanter, en effet, jusqu'à la fin...\n   Deux ans avant sa mort, alors qu'il se trouvait au couvent de\nSaint-Damien, malade des yeux, logé dans une hutte de nattes,\nhantée par des souris qui l'incommodaient fort, il fut secouru\nd'une Visitation divine, dans la jubilation de laquelle il com­\nposa le cantique de frère Soleil et apprit à ses compagnons à le\nréciter et à le chanter. Laissons frère Léon nous en raconter\n la merveilleuse histoire (2) :\n\n   Son esprit était alors en une telle consolation et douceur qu'il voulait\n envoyer chercher frère Pacifique qui, dans le siècle, avait été couronné roi\n des vers et fut très noble conteur ; et il entendait lui donner comme compa-\n\n\n\n   (1) FIORETTI. Quatrième considération sur les stigmates.\n   (2) Spec. perf. C. 100, 101, 123.\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3004, "texte": "                           SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                              433\n\ngnons quelques frères afin qu'ils allassent avec lui par le monde, prêchant et\nchantant les louanges du Seigneur. Et il disait être son intention que celui\nqui, parmi eux, saurait le mieux prêcher, prêchât d'abord au peuple, et fini\nle sermon, que tous ensemble chantassent les louanges du Seigneur, comme\nles jongleurs du Seigneur...\n\n\n\n   Il advint qu'une grande discorde naquît entre l'évêque et le podestat de là\ncité d'Assise, tellement que l'évêque excommunia le podestat et que le\npodestat manda un édit pour que personne ne vendît rien à l'évêque, ni ne lui\nachetât, ni ne fît aucun contrat avec lui.\n   Lorsqu'il eut appris cela, le bienheureux François, qui était malade et\ngardait le lit, fut ému de pitié pour eux, particulièrement parce que personne\nne se faisait médiateur de la paix ; et il dit à ses compagnons: « Grande honte\nest pour nous, serviteurs de Dieu, que l'évêque et le podestat se portent une\ntelle haine réciproque et que personne ne se fasse médiateur de leur paix. »\nEt alors, il fit vite ces vers des Laudes susdites, à l'occasion de cette paix,\net dit :\n\n        Loué sois-tu, Seigneur, pour ceux qui pardonnent pour ton amour...\n\n   Il appela ensuite un de ses compagnons et lui dit ainsi : « Va au podestat,\net prie-le de ma part qu'avec les principaux de la cité et les autres qu'il peut\nconduire avec lui, il aille à l'évêché; » Et après que ce frère s'en fût allé, il dit\nà deux autres de ses compagnons : « Allez devant l'évêque et le podestat et les\nautres qui sont avec eux, et chantez le cantique du frère Soleil, et j'ai con­\nfiance que Dieu voudra humilier leurs cœurs et les rétablir dans leur primi­\ntive alliance et amitié. » Et quand tous furent réunis sur la place du cloître de\nl'évêché, ces deux frères se levèrent et l'un d'eux dit : « Le bienheureux Fran­\nçois a fait, dans sa maladie, les Laudes du Seigneur pour ses créatures, à la\nlouange du Seigneur et pour l'édification du prochain; et pour cela je vous prie\naffectueusement que vous les écoutiez en grande dévotion. » Et ils se mirent à\nles réciter et à les chanter.\n   Alors le podestat immédiatement se leva, et les bras et les mains joints, les\nécouta attentivement, à très grande dévotion, et avec grande effusion de\nlarmes, comme s'il entendait l'Evangile du Seigneur; car il avait grande foi\net dévotion au bienheureux François.\n   Comme ils eurent fini de chanter les Laudes du Seigneur, le podestat parla\nainsi en présence de tous : « En vérité, je vous dis que j'accorderais mon\npardon, non seulement à Monseigneur l'évêque, que je veux et ai l'intention\nd'avoir toujours pour mon seigneur, mais aussi à celui qui aurait tué mon\nfrère ou mon fils. I1 Parlant ainsi, il se jeta aux pieds de l'évêque et lui dit :\n« Me voici, je suis prêt à vous donner en toute chose la satisfaction qui vous\nplaira davantage, pour l'amour de notre Seigneur Jésus-Christ et du bienheu­\nreux François, son serviteur ».\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "434                                 DURENDAL\n\n\n  Alors l'évêque l'embrassant, le releva de ses mains et lui dit ainsi : « A cause\nde mon office, il me conviendrait d'avoir de l'humilité, et puisque par incli­\nnation naturelle, je suis prompt à la colère, je te prie que tu m'accordes ton\npardon... »\n\n\n\n    Apprenant d'un frère que sœur Mort était pour lui venir bientôt, le bien­\nheureux François, toutefois, reçut de ces paroles une nouvelle joie spirituelle,\net, avec grande ferveur d'esprit, il loua le Seigneur, disant à ce frère : « Allons,\ns'il plaît à mon Seigneur que je meure bientôt, fais venir à moi frère Ange et\nfrère Léon qu'ils me chantent notre sœur, la Mort. »\n    Lorsque ces deux frères furent devant lui, ils chantèrent, avec grande\namertume et douleur, le cantique de frère Soleil et des autres créatures, que le\nsaint lui-même avait fait. Et alors, avant le dernier vers de ce chant, il ajouta\nquelques vers sur notre sœur, la Mort, disant :\n\n            Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur, la mort corporelle...\n\n\n    Il avait chanté la splendeur des choses; il avait chanté pour\n le salut et pour la paix; il chante à présent, et d'une âme plus\n que jamais joyeuse et libre, pour la mort...\n    Il avait coutume de recommander au frère jardinier de réser­\n ver une partie du potager, un beau petit jardin, où planter des\n herbes balsamiques, des plantes verdoyantes qui, en leur temps,\n porteraient des fleurs, pour l'amour de Celui qui est appelé\nfleur des champs et lys des vallées (1)... Et ce jardin de légumes\n et de fleurs, très humble, très utile et très beau, n'est-il point\n comme un emblème de l'œuvre puissante et admirable du séra­\n phique Poverello; — de cette terre violente et riche, et sauvage,\n du moyen âge qu'il a labourée pour en faire jaillir des fruits\n de miséricorde et de liberté, en même temps qu'il y parsemait\n les fleurs de sa vie, qu'il y faisait épanouir, en parfums d'extase\n et de souffrance, les fleurs de ses actes, de ses paroles, de ses\n chants — les fleurs miraculeuses et sanglantes de ses stigmates?\n\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n  (1) Spec. perf. C. 118.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-010", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 435, "page_fin": 435, "titre_corps": "Poèmes : La Mer Phosphorescente", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Poèmes La Mer Phosphorescente", "ancre_fin": "Qui roulent des soleils dans leur ardente houle", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Jeune Fille au Miroir", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 512, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 711, "texte": "Poèmes\n\n             La Mer Phosphorescente\n                                       A EDMOND GLESENER.\n\n\nLa mer, ce soir d'été, sanglote doucement.\nDans un mystérieux et pâle embrasement,\nSes vagues, maintenant libres de toutes voiles,\nRoulent à l'infini leur poussière d'étoiles.\nD'heure en heure on entend la voix des flots grandir,\nEt d'heure en heure on voit la mer mieux resplendir\nComme une plaine en feu qu'un long râle traverse...\nMoi, penché sur ta houle où mon rêve se berce,\nJ'écoute seul, ô mer! tes nocturnes sanglots :\nEt devant l'incendie immense de tes flots,\nJe songe à ces grands cœurs ignorés de la foule\nQui roulent des soleils dans leur ardente houle !\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-011", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 435, "page_fin": 436, "titre_corps": "Poèmes : La Jeune Fille au Miroir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Jeune Fille au Miroir", "ancre_fin": "Semblent de blancs oiseaux dans la blondeur des blés", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Baisers d Automne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 512, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 711, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "La Jeune Fille au Miroir\nC'est l'aube. A son miroir, la blonde enfant déroule\nSes tresses, dont la masse opulente s'écroule\nEt ruisselle à longs flots sur son torse cambré.\nLa voici qui se coiffe : un éclair d'or ambré,\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "436                         DURENDAL\n\n\n\n      Dans la lumière pure et chaude qui la baigne,\n      S'allume à chaque boucle au passage du peigne...\n      0 charme merveilleux! sa chevelure a l'air,\n      En ondulant dans la splendeur du soleil clair,\n      D'une moisson d'été frissonnant sous l'aurore ;\n      Et ses petites mains, qui voltigent encore\n      A travers les cheveux qu'elles ont rassemblés,\n      Semblent de blancs oiseaux dans la blondeur des blés.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-012", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 436, "page_fin": 436, "titre_corps": "Poèmes : Baisers d’Automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Baisers d Automne", "ancre_fin": "Les feuilles mortes de l automne", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Crépuscule d Adieux", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 513, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 1068, "texte": "Baisers d'Automne\n              Ainsi qu'un suprême beau jour\n              Sur un triste et doux paysage,\n              Ton languissant, ton pâle amour\n              Eclaire à peine ton visage.\n\n              Tes baisers graves et pensifs\n              Ont le parfum plein de mystère\n              Des fleurs qui meurent sous les ifs\n              D'un cimetière solitaire.\n\n              Et ta parole se confond,\n              Lente, berceuse et monotone,\n              Avec le bruit plaintif que font\n              Les feuilles mortes de l'automne.\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-013", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 436, "page_fin": 437, "titre_corps": "Poèmes : Crépuscule d’Adieux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Crépuscule d Adieux", "ancre_fin": "Comme une larme de rosée", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Maison Close", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 513, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 1068, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "Crépuscule d'Adieux\n              Le soir de nos derniers baisers,\n              Toute triste en ta robe noire,\n              Tu promenais tes doigts rosés\n              Sur les touches de pâle ivoire.\n\n              Ton lamènto mélodieux\n              Accompagnait notre souffrance,\n              Chantant l'angoisse des adieux\n              Qui nous serrait le coeur d'avance.\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 565, "texte": "                  POÈMES                                437\n\n L'âme ardente du piano\n Sanglotait sous tes mains   errantes,\n Et la perle de ton anneau\n S'allumait aux clartés    mourantes...\n\nL'ombre chère aux cœurs affligés\nVint, lente comme une agonie,\nEtouffer sous tes doigts légers\nLa toute suprême     harmonie.\n\nA mesure que le jour bleu\nSe fondait en nuit  diaphane,\nTa main pâlissait peu à peu\nComme une rose qui se fane. .,\n\nMais la perle de l'anneau    d'or,\nDouloureusement      irisée,\nLa perle scintillait encor\nComme une larme de rosée\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-014", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 437, "page_fin": 438, "titre_corps": "Poèmes : La Maison Close", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Maison Close", "ancre_fin": "La fidèle horloge de cuivre", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Avril Comme un enfant", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 514, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "La Maison Close\n\n                                    Âo   COMTE D'ARSCHOT.\n\n\nPour que rien du passé ne meure\nDans la maison de notre   amour,\nJ'ai fermé la chère demeure\nJusqu'à l'heure de ton retour.\n\nLa voici donc silencieuse                ......\nEt sourde à tout ce qui n'est pas\nLe bruit de ta voix, de tes pas\nOu de ta jupe    harmonieuse.\n\nNul ne s'assied sur le fauteuil\nOù rêvait ta grâce fluette;\nLe salon garde un air de deuil,\nEt la vieille horloge est muette.\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "438                 DURENDAL\n\n\n      Ainsi, les volets clos au jour,\n      Un linceul de lierre à la porte,\n      La demeure semble une morte,\n      Une pauvre morte d'amour!...\n\n      Mais ton retour fera renaître,\n      Douce enfant, la chère maison :\n      Le regard clair de la fenêtre\n      Se rouvrira sur l'horizon;\n\n      Tandis qu'on entendra revivre\n      Dans le salon ensoleillé,\n      Comme un cœur soudain réveillé,\n      La fidèle horloge de cuivre.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-015", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 438, "page_fin": 439, "titre_corps": "Poèmes : Avril", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Avril Comme un enfant", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 515, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "Avril\n      Comme un enfant dont le réveil\n      N'est qu'un sourire d'allégresse,\n      Avril renaît dans le soleil\n      Qui l'auréole et le carresse.\n\n      Un soufflle amoureux vient lécher\n      Le seuil qu'un flot de pourpre arrose,\n      Et les fleurs tendres du pêcher\n      Font la muraille toute rose.\n\n      0 délice ineffable et pur\n      De la fenêtre enfin rouverte\n      Entre le ciel baigné d'azur\n      Et le jardin plein d'ombre verte !\n\n\n\n      Voici de nouveau qu'on entend,\n      Dans le vent tiède et la lumière,\n      Frémir le feuillage chantant\n      De la tonnelle familière.\n"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "                 POÈMES                                    439\n\n\nEt voici qu'une fois encor,\nLe bois dont nous aimons les sentes\nQuitte son manteau de vieil or\nPour se parer de fleurs naissantes ;\n\nTandis qu'au fond du parc         ombreux\nOù sont les colombes      plaintives,\nOn revoit, glissant deux à deux,\nDes silhouettes    fugitives.\n\n\n\n\nL'Avril, sans cesse renaissant\nDans l'immortalité des choses,\nEst l'éternel adolescent\nCouronné d'éternelles roses.\n\nTous, prompts à se désagréger,\nLes hommes et les peuples meurent :\nIls passent comme un vent léger,\nEt les fleurs fragiles  demeurent...\n\nNous mourrons avec nos amours :\nMais les roses et les colombes\nReviendront, toujours et toujours,\nFleurir et chanter sur nos tombes!\n\n                                            FRANZ A N S E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-016", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 440, "page_fin": 444, "titre_corps": "Rouge-Cloître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Cuylits", "ancre_debut": "Rouge Cloitre", "ancre_fin": "PAUL CUYLITS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 517, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "Rouge=Cloitre\n\n                                         I\n\n\n\n                  EN1366,maître Gilles Oliviers vivait seul comme un dévot\n                     ermite, dans la petite espinette qu'il s'était construite en\n                     paille, bois, torchis et argile, dans les fonds marécageux\n                     d'un val solitaire. L'endroit était malsain, sans doute, et\n                     propre à engendrer les rhumatismes, — locus insanus et\n                     reumaticus, dira plus tard le moine-historien de Rouge-\n                     Cloître — mais il était sûr et merveilleusement propre à\n                     doucement entraîner l'âme de la contemplation des beautés\n                     de la nature à celle des splendeurs du Créateur.\n    Ces ermites, ces fondateurs de monastères avaient le sens de la nature.\nComme Villers, Orval, Groenendael, Aulne, Sept-Fontaines, ainsi Rouge-\nCloître.\n    Avec ses glauques étangs qui sommeillent à l'orée du bois profond, avec les\nmolles ondulations d'une terre plissée comme une robe de brocard, plutôt\nblotti, comme une frileuse fille, entre les collines boisées qui le préservent\ndu nord que caché sous les épaisses frondaisons, l'emplacement du futur\nprieuré a quelque chose qui traduit en lignes et couleurs l'âme des cénobites\nqui viendront l'habiter. Le paysage est gracieux, délicat, doux, suffisamment\nascétique.\n    Cependant, pour être exact, je dois dire que les moines des XVe et XVI e siècles\nn'envisageaient pas ces choses comme nous. Ce qu'ils admiraient dans l'em­\nplacement choisi c'est, comme le leur disait un moine de Windesheim qui\nvenait les visiter, « homme très sensé », remarque le chroniqueur, c'est, dis-je,\nqu'on y rencontrait au summum les quatre éléments. Il n'y manquait que le\nsel, ajoutait un chanoine de Sainte-Gudule, et le bon chroniqueur continue :\n « Mais cela on pouvait se le procurer pas loin et à bon marché. »\n"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "                               ROUGE-CLOITRE                                  441\n\n\n   Telle était donc la « Bruxkens-Cluse » et tel le paysage avoisinant quand\n Messire Guillaume Danneels de Boendale, prêtre, chapelain de Sainte-Gudule\net fils de Henri Danneels, riche négociant bruxellois, vint frapper à la porte\ndu calybite et obtint de partager sa vie. Après Danneels, ce fut Gautier\nVan der Meulen et Henri Van der Hornecke et Henri Wisse, et des\nautres et des autres, tant et si bien qu'il faillit demander et obtenir de la\nbonne duchesse Jeanne, celle qui fut la femme de Wenceslas, grande aumô­\nnière de Nonnains, le terrain et les prairies, et les champs et les viviers, et les\narbres idoines à construire et entretenir tout un prieuré d'ermites de Saint-\nAugustin.\n   Ce premier monastère tout en bois et pisé, avec sa petite chapelle et sa\ncloche, qui, d'après le mandement de Monseigneur l'Evêque de Cambrai, ne\npouvait peser plus de 16 livres, et son enceinte palissadée et frottée d'un\nenduit rouge — d'où le nom de Rouge-Cloître — était fort pauvre et partant\nfort édifiant.\n   Les neuf cellules abritaient neuf ermites très saints et très mortifiés, qui ne\nsongeaient qu'à se faire oublier du monde et à mourir en Dieu. Aussi les dons\ndes personnes dévotes affluèrent-ils de toutes parts et à Bruxelles l'on ne par­\nlait que des pieux hommes de la rouge vallée. C'est ainsi que bientôt l'on\nsongea à remplacer le bois par la pierre et à développer les bâtiments ajuste­\nment Guillaume Bracke venait de découvrir dans les terres du couvent une\ncarrière de pierres à chaux et dé pierres de construction.\n  Survinrent alors les troubles qui désolèrent le Brabant en cette fin de moyen\nâge et lors du transfert de la couronne ducale de Brabant en la maison de\nBourgogne. Comme si les passions humaines ne suffisaient pas à remplir le\ncalice d'amertume des pauvres gens, la grande peste, la peste noire, celle qui\nenleva à Bruxelles trente-trois mille hommes, vint mettre le comble à la\nmisère « des mauvais temps ».\n   Ophuys, le continuateur du bon Gielemans, en son œuvre d'historiographe\ndu monastère, a, contrairement à son habitude de mauvais pédant frotté de\nlatin et de biblisme, quelques paroles éloquentes pour décrire ce qu'il voyait :\na En ce temps-là, sous notre vénérable prieur, le Père Corneille de Rycke,\nsurgit, en ce duché de Brabant, une guerre très amère. Ce n'était plus seule­\nment entre les princes à qui aurait la couronne, mais même entre les villes :\nAnvers et Malines contre Louvain et Bruxelles. Tout cela se fit sous prétexte\nd'acquérir la paix. Les villes réclamaient contre les garnisons. Ces soudards,\ndans les bourgs, faisaient des exactions; et dans la campagne, ils rongeaient\nle pauvre homme jusqu'aux os. Ces voleurs et ces brigands, qui devaient nous\nfaire une paix, faisaient de tout une proie et un butin. Pas un endroit qui ne\nfut pillé !... Quand le peuple du Brabant fut écorché et appauvri, l'on songea\nà faire la paix: parce qu'il n'y avait plus rien à prendre, parce que Tirlemont\nétait complètement détruite et parce que la peste éclata. Les soudards avaient\npeur de ne point jouir de leur butin !... »\n   Les religieux se réfugièrent à Bruxelles, à Windesheim ou ailleurs. Quand\nla tourmente fut apaisée, les fourmis se remirent à construire leur fourmilière ;\n"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "442                               DURENDAL\n\n\nles bâtiments surgirent dans le style charmant de la transition gothico-clas­\nsique. Ce fut l'âge d'or de la pierre, mais les âmes n'étaient plus celles des\nmoines anciens; pour elles c'était l'âge d'argent.\n    Avec les troubles du XVIe siècle, nouvel exode vers Bruxelles; temps diffi­\nciles, destruction partielle, traits de courage et traits de défection. Enfin\nl'horizon se rassérène et les ermites vagabonds réintègrent le domicile\nmonacal.\n    C'est en ce moment que nous pouvons, à l'exemple de Sanderus dans sa\nTopographia sacra Brabantia, décrire le prieuré de Rouge-Cloître. Désormais on\nn'en remuera plus une pierre que pour le démolir. L'hiveraura tué les abeilles;\net la ruche, lamentablement, s'effondrera en un paquet de bâtiments déformés\net ruinés, sans significations ni couleurs 1...\n    Au centre il y a l'église, surmontée d'une gracieuse flèche et ornée à l'inté­\nrieur d'un maître-autel tout en marbre, dans le style emphatique de la Renais­\nsance, qui a coûté 8,000 florins. Le tableau, qui représente la décollation de\nsaint Paul, est de Rubens et a coûté 15 florins du Rhin. D'admirables pein­\ntures de Hugo Van der Goes, qui mourut en ce prieuré, et de Van Artois, qui\naimait à y vivre et à pourtrairé les sites environnants, décoraient les murs\nélevés par Antoine Van Baedeghem et Gilles de Tervueren ; cependant, que de\nsuperbes verrières, don des derniers grands-ducs de Bourgogne, tamisent déli­\ncatement une discrète lumière.\n    A côté de l'église, la cour d'honneur qu'environnaient quatre bâtiments : la\nbibliothèque, le réfectoire des Pères, la maison des hôtes masculins, l'infir­\nmerie et la maison de Savoie réservée aux hôtes de distinction; puis une\nseconde cour avec les écuries, la brasserie, le moulin, la ferme et la maison\naffectée aux hôtes féminins ; partout des fontaines; et autour, des jardins à la\nmode d'antan; enfin le mur de clôture, haut et solide. Tout cela, à part\nquelques remaniements, faits en suite des troubles religieux, dans le style\nclassique lourd, prétentieux et froid, avait ce joli aspect de grâce légère et\nd'élégante fantaisie qui signalent les œuvres flamandes intermédiaires entre\nle gothique et le néo-grec.\n    Une quarantaine de personnes mangeaient là un revenu de près de\n8,000 francs, plus les produits de la ferme. Celle-ci renfermait 80 vaches, 200\nmoutons, 60 porcs, 1 verrat, 1 taureau, une douzaine de chevaux, sans comp­\nter un nombre incalculable de poules, dindes et paons qui picoraient dans\nles cours et un nombre non moins incalculable de carpes qui sautillaient après\nles mouches dans les trois superbes viviers du monastère.\n    On vivait sans trop de mysticisme et sans trop de relâchement, quand\nJoseph II, en 1784, vint brutalement mettre les moines à la porte, fit transpor­\nter la riche bibliothèque à Bruxelles, conserva les œuvres d'art qui, en ce\ntemps d'imbéciles, semblaient valoir la peine et fit vendre les autres. Un\n superbe H . Van der Goes fut vendu à un fripier d'Anvers pour la somme de\n 2 florins ! Le monastère lui-même fut vendu pour 24,000 florins à un parti­\nculier qui le transforma en une fabrique d'objets en osier. Chose piquante,\n c'était par la fabrication et la vente d'objets en osier que le premier habitant\n de Rouge-Cloître, Gilles Oliviers, gagnait sa vie, et c'est en une-oseraie que\n"}, {"page_pdf": 520, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3239, "texte": "                                     ROUGErCLOITRE                                           443\n\n\nvint piteusement échouer le séjour favori des peintres bruxellois. P a r la R é v o ­\nlution b r a b a n ç o n n e et la Restauration le prieuré eut u n dernier spasme avant\nson ultime et définitif soupir : L e s moines rentrèrent d a n s le monastère\nd é n u d é aux bruits des salves tirées par les p a y s a n s d ' A u d e r g h e m et les volon­\ntaires bruxellois»\n    Mais le bruit d e ces p é t a r a d e s s'était à p e i n e éteint q u e l'on entendit une\nautre et plus puissante voix d u canon : c'était Valmy, c'était F l e u r u s , c'était\nJ e m m a p e s , c'était l'incorporation d e la Belgique à la F r a n c e républicaine\n  P l e u r e z , fontaines, qui sanglotiez n u i t et j o u r d a n s les vasques moussues,\nRouge-Cloître n e sera plus qu'un mélancolique souvenir.\n   Certes les avatars d'une construction, surtout si celle-ci est œuvre d'art,\nsont intéressants à connaître, mais ce qui est infiniment plus intéressant, c'est\nd e connaître ceux qui ont élevé ces constructions, ceux qui ont laissé à ces\nm u r s familiers quelque chose d'eux-mêmes, qui vécurent là, qui y prièrent, qui\ny m o u r u r e n t et d o n t les âmes semblent encore p l a n e r au milieu de ces choses\nmortes qu'ils vivifièrent et qu'ils aimèrent d'un si puissant amour. C'est cela\nqui attire les rêveurs, et les poètes dans les cloîtres éventrés. L e u r imagination\nrevit les époques lointaines, restaure les arceaux tremblants et remplace toute\ncette folle et cruelle végétation des ruines p a r les coules blanches qui se p r o ­\nfilent silencieusement sur les m u r s assombris des longs et sonores promenoirs.\nE t tous répètent u n peu les beaux vers de Musset :\n\n\n                   c Cloîtres silencieux, voûtes des monastères,\n                   C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer!\n                   Ce sont vos froides nefs, vos pavés et vos pierres,\n                   Que jamais lèvre en feu n'a baisés sans pâmer.\n                   Oh! venez donc rouvrir vos profondes entrailles...\n                   Frappez-leur donc le cœur sur vos saintes murailles,\n                   Que la haire sanglante y fasse entrer ses clous.\n                   Trempez-leur donc le front dans les eaux baptismales,\n                   Dites-leur donc un peu ce qu'avec leurs genoux\n                   Il leur faudrait user de pierres sépulcrales\n                   Avant de soupçonner qu'on aime comme vous !\n                   Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices,\n                   Vous buviez à pleins cœurs, moines mystérieux !\n                   La tête du Sauveur errait sur vos calices\n                   Lorsque le doux sommeil avait fermé vos yeux,\n                   Et quand l'orgue\" chantait aux rayons de l'aurore,\n                   Dans vos vitraux dorés vOUS la cherchiez encore.\n                   Vous aimiez ardemment! Oh I Vous étiez heureux! »\n\n\n   Cette imprécision poétique m a n q u e aux visiteurs de Rouge-Cloître. Grâce\nà J e h a n Gielemans et à Gaspard Ofhuys n o u s connaissons et d e près l'âme des\nmoines qui peuplaient le monastère. Si la rêverie solitaire a p e r d u de cette\n"}, {"page_pdf": 521, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "444                              DURENDAL\n\n\n\nestampe qui fait le charme des paysages lointains, en revanche nous possé­\ndons là un précieux document sur l'esprit qui animait et l'ermitage de Saint-\nPaul en la forêt de Soignes et les ermitages nombreux qui lui étaient unis par\nles liens d'une règle commune et les multiples abbayes que cachaient dans\ntous les coins de la Belgique quelque val pittoresque et solitaire.\n   Or, le résultat est à égale distance et de ceux qui imaginent les moines du\nXVeetXVIesiècles semblables à ceux qu'apostrophe Musset et de ceux qui se\nforgent toute abbaye ruinée comme une espèce de Thélème, un réceptacle de\nvices énormes et hideux sur lequel aurait plu la colère du Ciel.\n   Ni trop haut, ni trop bas, dans cet honnête train-train de la vie quotidienne\nqui ne permet ni les ascensions sublimes d'une ascèse supérieure, ni les chutes\nirrémédiables du relâchement absolu. Rouge-Cloître ne connaîtra pas les\njours de saintelé, de haute mystique, de vie surnaturelle qui signalèrent les\n commencements de Groenendael,mais il ignorera ces décadences lamentables\n qui font crier le prophète : quomodo sedet sola civitas plena populorum ? mutatus est\n color optimus...\n\n\n\n   Entrons.\n\n   (A continuer.)                                              PAUL CUYLITS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-017", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 445, "page_fin": 449, "titre_corps": "Jules-Jacques Van Ysendyck", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "JulesJacques Van Ysendyck", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 522, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "JulesJacques Van Ysendyck\n\n                   JULES Van Ysendyck,      l'architecte distingué que nous avons\n                     perdu récemment et qui disparaît avant d'avoir pu\n                     terminer une entreprise qui lui était chère, la restauration\n                     de la belle église du Sablon, à Bruxelles, était né à Paris,\n                     le 17 octobre 1836. Il était fils d'un peintre anversois,\n                     qui fut de son vivant directeur de l'Académie de Mons.\n                        Jules, qui se destina de bonne heure à l'architecture, fit\n                     ses études à l'Académie des Beaux-Arts, à Bruxelles, où il\n                     se fit remarquer de suite en remportant le prix de compo­\nsition monumentale. Il fut nommé un des premiers élèves architectes atta­\nchés à la Commission des Monuments. Dès l'aube de sa carrière, il s'adonna\nd'une façon spéciale à l'étude approfondie de l'architecture médiévale.\n   A peine âgé de 22 ans, il fut chargé de la construction des églises de Jem­\nmapes et d'Anthée.\n   Aussitôt ses études terminées à Bruxelles, il alla les compléter et les parfaire\nà Paris, où il fréquenta les cours de l'école impériale des Beaux-Arts, sous la\ndirection des professeurs Lesueur, Lebas et Viollet-le-Duc.\n   De retour en Belgique, il commença une carrière des plus actives et cons­\ntruisit nombre de villas, châteaux, écoles, presbytères.\n   Il entreprit bientôt aussi la restauration de plusieurs monuments religieux,\ntels que les églises de Saint-Quentin, à Tournai; la merveilleuse église de\nNotre-Dame d'Alsemberg, à laquelle il rendit avec un talent hors de pair sa\nsplendeur primitive; les églises de Sainte-Gertrude, à Ternath; de Saint-\nBertin et de Saint-Jacques, à Poperingue; la collégiale de Saint-Martin, à\nYpres. C'est à lui aussi que fut confiée la restauration des incomparables\nHalles de cette dernière ville. Il reconstruisit également la flèche de l'église\nde Loo et le dôme de Grimberghen. Ces reconstructions furent faites avec\nun art si consommé qu'il est difficile de distinguer la partie nouvelle, œuvre\npersonnelle de l'architecte, de l'ancienne.\n"}, {"page_pdf": 523, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "446                               DURENDAL\n\n\n   Il fut chargé encore de la restauration de la splendide église d'Anderlecht,\nun de nos plus beaux joyaux d'architecture religieuse, qu'il couronna d'une\nflèche si svelte, si élancée et si élégante.\n   Enfin, outre la restauration de l'église de Saint-Martin, à Hal, il entreprit\ncelle de la gracieuse église du Sablon. Il laisse inachevé ce dernier travail, qui\ndevait être le couronnement de sa belle carrière d'artiste, mais dont il a\nlaissé le projet d'ensemble à celui qui reprendra son outil.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n    J'ouvre ici une parenthèse pour dire que je ne suis pas du tout d'accord\navec mon ami Fiérens-Gevaert quant au sujet de la restauration de l'église du\nSablon, qu'il critique dans notre dernier numéro.\n    Et d'abord, si je partage absolument son aversion bien légitime pour la\nrestauration des ruines, que je trouve absurde, je ne partage pas tous ses\nprincipes de restauration. Il est de toute évidence qu'il faut empêcher un\nmonument non encore en ruines de le devenir. Mais il y a manière et manière\nde le faire. Evidemment, on peut abîmer un monument en le restaurant. C'est\nle cas quand le travail est confié à un homme inexpérimenté, maladroit,\ndépourvu de toute science archéologique et architecturale et n'ayant — car la\nscience ne suffit pas — aucune valeur personnelle. C'est une œuvre des plus\nardues et des plus délicates que la restauration d'un monument.\n    Je. prétends qu'elle est possible, qu'elle peut être faite et que, dans certains\ncas même, elle s'impose. Et ce dernier cas se présente quand il s'agit d'un\nmonument qui est encore en usage, mais qui menace d'être réduit à l'état de\nruines si on ne le restaure pas.\n   - C'était, ou jamais, le cas pour l'église du Sablon, au moins pour l'extérieur\ndu monument, dont il ne restait presque plus rien du tout. Sans doute, l'église\nprésentait dans cet état de ruines un certain pittoresque. Mais le pittoresque,\nà mon avis, est l'accessoire ici; le pittoresque eut, du reste, disparu avec le\ntemps, car les sculptures, déjà à peu près détruites, n'auraient fait que\ns'effriter davantage et il serait venu un moment où il n'en serait plus rien\n re.sté du tout, plus même de quoi servir de point de départ au restaurateur.\n     Il était absolument temps de restaurer l'église du Sablon. Mais la restaura­\n tion à l'état primitif était-elle possible? M. Fiérens-Gevaert le nie, moi je le\n prétends. Je ne puis admettre sa thèse, à savoir qu'à priori il est impossible de\n reproduire les sculptures anciennes, de les reconstituer identiquement telles\n qu'elles étaient au temps où elles furent faites. Pourquoi un artiste habile et\n adroit n'y parviendrait-il, pas? Sans doute, ce n'est pas l'affaire du premier,\n venu. Mais un sculpteur parfaitement maître de son métier, muni d'une con­\n naissance approfondie des anciens styles, doublé d'un vrai talent personnel,\n peut aussi bien, à mon avis, restaurer une ancienne sculpture qu'en créer une\n  originale. J'ai beau me creuser la tête pour trouver une impossibilité en cela.\n  Et M. Fiérens-Gevaert ne m'en a pas convaincu.\n      M. Van Ysendyck ;a-t-il réussi? C'est une autre question. Je n'ai pas suffi­\n  samment étudié le siècle où l'église du Sablon a été construite, au point de\n"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3546, "texte": "                          JULES-JACQUES VAN YSENDYCK                                  447\n\n  vue de l'architecture, pour la résoudre. Mais des juges compétents y ont\n  répondu affirmativement et je me range à leur avis. L'Art Moderne s'est pro­\n  noncé dans ce sens. On y a approuvé hautement la restauration de cette\n  église et la façon dont M. Van Ysendyck l'a comprise et exécutée.\n     Voici ce que nous lisons à ce sujet dans l'Art Moderne (année 1896) : « On\n  met en ce moment, sous la savante et artistique direction de M. l'architecte\n  Van Ysendyck, la dernière main à la restauration du transept nord de l'église\n  du Sablon. Demain les échafaudages auront disparus et le public pourra se\n  rendre compte de l'importance et de l'intérêt des travaux, entièrement achevés pour\n  la partie supérieure de l'édifice. Le travail qu'on vient d'exécuter comporte\n  une dépense de 130,000 francs (1). Ainsi qu'on peut en juger, le travail\n  accompli a été fait avec un goût et un souci d'art irréprochables. Pour conserver au\n  monument toute son homogénité, M. Van Ysendyck a eu l'idée d'utiliser, en\n  grande partie, les matériaux de l'église elle-même. Les contreforts, les fonds\n plats sont reconstruits avec les anciennes pierres. Pour les moulures et les\n sculptures, dont les anciens types ont été rigoureusement reproduits, l'architecte s'est\n servi d'une pierre dont la tonalité est en harmonie avec celle de l'ensemble.\n  L'aspect métallique et grêle de la fenêtre édifiée il y a vingt ans, et qu'il a\n nécessairement fallu respecter, révèle, au surplus, à quel point une restaura-\n tion banale s'écarte d'un travail artistique, tel que celui qui vient d'être si heureusement\n effectué. »\n    Il y a au sujet de la restauration de l'église du Sablon, dans l'article de\n M. Fiérens-Gevaert, des inexactitudes qui veulent être relevées.\n    Ainsi, il reproche au restaurateur d'avoir reconstitué des niches sans y avoir\n installé des statues, ce que M. Fiérens-Gevaert appelle un non-sens. Or, c'est\n par excès de scrupule que M. Van Ysendyck n'a point muni les niches de\nstatues, pour le bon motif qu'il n'y en a jamais eu et qu'il voulait reconstituer\nle monument tel que l'architecte créateur l'avait exécuté. Il suffit de voir les\nanciennes gravures, représentant le monument à l'état primitif, pour s'en con­\nvaincre. Je tiens ces détails du fils même du restaurateur.\n    M. Fiérens-Gevaert dit encore, dans son article, que M. Van Ysendyck a\ndémoli de gaîté de cœur une partie du portail faisant face à la rue de la\nRégence et a substitué aux parties démolies un amas de briques. C'est là du\nvandalisme, sans doute, je suis d'accord avec mon contradicteur d'un instant\nen ce point, mais il se trompe du tout au tout quand il en attribue la pater­\nnité à ce restaurateur. Ça été l'œuvre d'un entrepreneur devenu fou, qui,\ns'étant mis dans la tête qu'il avait été chargé de la restauration de l'église du\nSablon, s'en est allé quérir une horde d'ouvriers et les a chargé de démolir ce\nportail. On s'empressa d'aller en prévenir M. Van Ysendyck en lui demandant\ns'il avait donné des ordres dans ce sens. Il fut ahuri d'apprendre ce que l'on\navait fait et il consigna immédiatement la police qui fit arrêter et colloquer\n\n\n   (1) En ajoutant cette somme à celle qui a été dépensée pour la continuation de la\nrestauration, on est arrivé à la somme de 2-10,000 francs, et non pas de 2 millions ! comme\nl'affirme très inexactement M. Fiérens-Gevaert. Tout l'ensemble de la restauration ne\ndépassera du reste pas la somme d'un million!\n"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "448                               DURENDAL\n\n\n l'halluciné, Ce que M. Fiérens-Geyaert raconte à ce sujet est une pure\n légende, inventée de toute, pièce par les ennemis du restaurateur et en vue de\n lui nuire.\n    Enfin, il n'est pas exact non plus que M. Van Ysendyck n'aurait pas relevé\nles dessins des sculptures existantes encore pour les étudier à fond et en\nreproduire les merveilleuses lignes. Il a fait tout l'opposé! Il a pris soigneu­\nsement le moule des sculptures trop endommagées pour pouvoir être conser­\n vées; chaque fois que la chose était possible, il a laissé les anciennes pierres\nqui n'étaient pas trop détériorées et quand il n'y avait qu'un petit éclat, il a\ntout simplement complété la sculpture à l'aide d'un ciment spécial très dur,\nplutôt que de l'enlever. Il s'est, en un mot, donné des peines inouïes pour\nreproduire les lignes de l'ancienne architecture dans tous ses détails et d'au­\ncuns affirment qu'il a réussi au delà de tout ce qu'on pouvait espérer à ressus­\nciter l'ancien style dans toute sa splendeur primitive.\n    Si je regrette de devoir contredire mon ami en ce point, je lui tends les deux\nmains pour le soutenir dans son indignation à l'idée qu'on livrerait l'admi­\nrable église du Sablon aux mains de polychromeurs qui saliraient le merveil­\nleux sanctuaire par un peinturlurage odieux et grotesque. On a déjà abîmé\ntrop de belles églises anciennes, en Belgique, de cette façon, en les coloriant\n— je n'ose dire en les peignant — d'une façon absolument grotesque, qui a\nenlevé à ces admirables monuments toute grandeur, les a dépouillés de tout\ncachet artistique et les a transformés en salles de théâtre ou de concert.\n    Je ne discuterai pas ici la restauration des autres monuments anciens\ncritiquée par M. Fiérens-Gevaert, parce que ce n'est pas le lieu ici. Toutefois,\nun de mes amis m'affirme qu'il se trompe encore en critiquant la restauration,\ndu Steen, de Gérard-le-Diable, qui, à son avis, aurait été très artistiquement\nrestauré. Le contraire m'eut étonné, car ce travail a été fait par un artiste dont\nj'admire hautement le talent et la compétence, M. Arthur Verhaegen.\n\n                                          *\n                                      *       *\n               I '\n   En fait de monuments civils, Jules Van Ysendyck s'est distingué d'une façon\ntout à fait étonnante par la construction des Maisons communales d'Ander­\nlecht et de Schaerbeek. Dans cette dernière œuvre surtout, il fit preuve d'un\ntalent absolument personnel et tout à fait original. C'est un des plus beaux\nhôtels de ville en style moderne que nous ayons en Belgique.\n   On lui doit aussi le Marché de Saint-Josse et la façade de l'église de cette\ncommune.\n   Il construisit, en collaboration avec l'architecte Léon Gérard, les trois\ncoquets instituts scientifiques du Parc Léopold.\n   Nous n'en finirions pas si nous devions citer tous les travaux de cet artiste\ninfatigable.\n   Outre les nombreux travaux publics qui l'ont rendu célèbre et auxquels son\nsouvenir est attaché pour toujours, il entreprit des constructions privées et,\nentre autres, celles de charmantes villas auxquelles il imprima un cachet très\npersonnel et où il tira merveilleusement parti des modes de constructions\n"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "                      JULES-JACQUES VAN YSENDYCK                           449\n\n  usitées jadis en les adaptant avec un art conrommé aux exigences du confort\n  moderne. Il faut citer notamment les villas : de M. Van den Corput, au Bois\n  de la Cambre; du baron Lieds, à Audenaerde; de M. de Laveleye, à\n  Boitsfort.\n    Non content de faire des œuvres, et au milieu de tous ces travaux qui\n eussent suffi pour absorber tout le temps et occuper toute la vie d'un homme,\n il publia un ouvrage superbe, intitulé : Documents classés de l'art des Pays-Bas,\n ouvrage remarquable auquel il travailla pendant dix ans et où il a reproduit\n tout ce que les anciens Pays-Bas nous ont légué de plus beau et de plus\n délicat dans tous les domaines de l'art.\n    On est vraiment stupéfait quand on songe à l'activité prodigieuse de cet\n artiste aussi distingué que modeste et qui a disparu dans toute sa vigueur,\n laissant inachevées tant d'œuvres qu'il eut voulu et pu couronner, ayant\n conservé jusqu'au dernier jour toute la virilité et la verdeur de son beau\n talent.\n    Comme tous les vrais artistes, Van Ysendyck était sans prétention. Il ne\n rechercha jamais la gloire. Mais les distinctions honorifiques lui vinrent\nspontanément et il serait trop long de les énumérer toutes. Bien que cela\nn'ajoute rien à la gloire d'un artiste dont toute la valeur vient de lui-même\net jaillit de sa haute personnalité, nous ajouterons, pour être complet, que\nVan Ysendyck fut membre de l'Académie royale de Belgique et de la\nCommission royale des Monuments, et membre correspondant de l'Institut\nimpérial des architectes britanniques.\n    Enfin, il reçut de nombreuses décorations, entre autres celles d'Officier de\nl'Ordre de Léopold et de la Couronne de chêne des Pays-Bas.\n    M. Van Ysendyck laisse un fils, architecte comme lui. Il a été à bonne\nécole. Nous espérons qu'il reprendra et continuera les traditions paternelles,\net que l'activité et le talent du père revivront avec la même intensité et le\nmême élan dans le fils, si bien préparé à reprendre une aussi glorieuse et\nlourde succession.\n\n                                                          HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-018", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 450, "page_fin": 453, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "H M", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 527, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2042, "texte": "LES LIVRES\n\n\nLA POÉSIE :\n\nL e S e m e u r d e C e n d r e s , par CHARLES GUÉRIN. — (Paris, Société du\n  Mercure de France.)\n    Je n'avais lu jusqu'ici, de M. Charles Guérin, que quelques pièces déta­\nchées, qui m'avaient charmé par quelque chose de frais, de robuste et de\nsavoureux. L'occasion que j'attendais de lier avec lui plus ample connais­\nsance, voici que son nouveau livre : Le Semeur de Cendres, me l'apporte à\nsouhait.\n    Et je veux vous dire tout de suite que ceci est un beau, un tendre, un\nnoble recueil de vers. Depuis l'apparition du Jardin de l'Infante, du regretté\nAlbert Samain, je doute qu'il se soit révélé en France rien d'aussi pur et\nd'aussi harmonieux. Encore préféré-je, à la mélancolie un peu mièvre et\nartificielle du Jardin de l'Infante, la mélancolie profonde, éloquente et bien\nhumaine du Semeur de Cendres. Je le répète, ce livre m'est à la fois une révéla­\ntion et un soulagement : quelque chose comme l'aurore après la longue nuit.\n Mon Dieu I je ne m'en cache pas : l'obscurité, d'heure en heure plus épaisse,\nqui enténébrait le nouveau Parnasse fiançais, en écartait mes dévotions; on\ny vénérait, à mon sens, trop d'idoles creuses. M. Charles Guérin m'y ramène :\n il est solide, simple et clair. Oh ! quant à la simplicité, je sais bien que nous\n avons MM. Jammes et Ghéon ; mais, — n'en déplaise à mon ami Thomas\n Braun, — ces messieurs mettent, à être simples, une affectation trop évidente.\n La simplicité qui ne s'ignore pas n'en est plus une. M. Guérin est simple,\n lui, à la façon d'un rosier qui fleurit et embaume sans le savoir, mais dont la\n simplicité ne va pas sans opulence.\n    Je me suis laissé dire que l'auteur du Semeur de Cendres appartenait au\n groupe des « naturistes ». Qu'il se rattache ou non à une école quelconque,\n voilà qui m'importe peu : l'étiquette ne fait rien à la chose. Mais ce qui est\n sûr, c'est qu'il comprend la Nature, qu'il communie avec elle de toute sa\n ferveur, qu'il s'émeut à ses frissons, vibre à ses bruits comme un écho sonore,\n"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "                                     LES LIVRES                                       451\n\nlui r e n d sa lumière en reflets de gloire, s'imprègne l'âme de ses parfums, et\nparticipe d'un cœur sympathique à ses métamorphoses, à ses joies et à ses\ndeuils. E c o u t e z les accents qu'il t r o u v a pour la célébrer :\n\n                 Les fenêtres qu'on ouvre échangent des éclairs...\n\n                 Le vent secoue un arbre encor chargé de pluie...\n\n                 Vivre est doux aux rayons du soir, le long des murs,\n                 Quand un air tiède émeut la treille jaune et mêle\n                 L'odeur de l'Océan aux parfums des fruits mûrs...\n\n                 Ainsi qu'un lierre obscur ceint le bord d'une coupe,\n                 La montagne en traits noirs sur le ciel se découpe...\n\n                 Le ciel gris où le vent creuse des puits   d'azur...\n\n                          Goûter la douceur des soirées\n                          Où l'automne, le long des murs,\n                          Racle avec ses jupes dorées\n                          Le sable jonché de fruits mûrs...\n\n    Est-ce p a s , que tout cela fleure b o n ?\n    Mais si M. Guérin ouvre sa fenêtre a u soleil, à la brise, aux parfums des\nprés, aux chansons des bois, il ne dédaigne point d e descendre en son âme\net d'y creuser les g r a n d s problèmes de l ' h u m a i n e destinée. C'est un inquiet;\nil n e se contente p a s , comme les voyageurs vulgaires, de regarder autour d e\nlui les arbres et la m e r ; mais, avec tous les h a u t s poètes de tous les temps,\nil se d e m a n d e si son pèlerinage s'achèvera au gouffre d'Ombre ou au seuil de\nL u m i è r e . C'est aussi u n orgueilleux, que son orgueil empêche longtemps de\ns'agenouiller devant le Dieu de son enfance. Mais c'est, malgré tout, u n\nc r o y a n t ; et quand il a semé, « dans les cœurs large ouverts », ses dernières\npoignées de cendres, il se prosterne et confesse son erreur. E t alors, il pousse\ndes cris d'espoir, de repentir et d ' a m o u r , qui sont parmi les plus sincères et\nles plus éloquents de la poésie chrétienne.\n    Vous voyez que M. Charles Guérin sait faire vibrer plus d'une c o r d e ; et il\nsuffit de l'entendre préluder, p o u r se convaincre q u e son jeu est tout ensemble\ndélicat et puissant. Sa langue u n i t la limpidité à la richesse, la sobriété à la\nc o u l e u r ; sa phrase est souple et n o m b r e u s e . E t quant à son vers, il est\npresque toujours, quoique é n e r g i q u e m e n t martelé, t e n d r e m e n t mélodieux :\n bruit d'enclume et soupir de feuilles. On dirait d ' u n e médaille de bronze où\nse dégagé u n suave bas-relief. Des images s'y accusent partout, empreintes\nd'harmonieuse noblesse et de vie expressive :\n\n                 Bientôt, comme un joyau candide, va paraître\n                 A l'occident la belle étoile de l'amour\n                 Qui fiance en tremblant la nuit avec le jour...\n                                                       La ville\n                 Assoupit sa profonde et confuse rumeur,\n                 Et, d'étoile en étoile agitant ses fumées,\n                 Semble offrir à son Dieu l'encens de son labeur. .\n"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "452                                   DURENDAL\n\n\n                 Il ouvre son cœur vide à la gloire; il attend\n                 Comme une église où va tonner l'orgue éclatant. .\n                 Et mon cœur se répand comme un fruit éclaté...\n                          Et je vois mon ombre s'étendre\n                          Comme un chien fidèle a mes pieds...\n\n                 Adieu, reçois encor mon âme, pays clair\n                 Dont les rivages d'or se creusent en faucilles\n                 Pour trancher les moissons houleuses de la mer.\n\n   L a pensée d u poète se répand ainsi, à chaque page, en ampleurs fastueuses.\nP e u t être m ê m e pourrait-on lui reprocher, çà et là, u n e exubérance exces­\nsive. Le Semeur de Cendres fait penser à ces j a r d i n s d'automne, magnifiques et\ndorés, q u e les chaleurs et les pluies de l'été o n t fécondés, et qui débordent\nde fruits.\n   A l'en croire, le poète d u Semeur de Cendres est un laborieux; il est de la\nrace des artistes patients et lents, qui conçoivent d a n s les souffrances,\n\n                          Et qui se tordent sur le lit\n                          Des maternités douloureuses.\n\n   Il met une complaisance particulière à n o u s dire les longues soirées d e\ntravail, au feu m o u r a n t de l'âtre, tandis q u e l'on écoute\n\n                 La lampe gazouiller dans son nid transparent.\n\n    E t il se d e m a n d e si, au soir de sa vie, la récolte ne sera pas indigne d e son\nd u r et probe labeur... Mais son livre se ferme s u r u n élan d'espérance :\n\n                 Alors, et me ceignant l'immortel laurier vert, etc..\n\n  Puisse-t-il ne point se t r o m p e r ; puisse-t-il n'être point\n\n                 Châtié par l'oubli d'avoir tenté la gloire;\n\net puisse le souffle fougueux, salubre et vivifiant de ses poèmes, ouvrir\nun j o u r\n\n                 Un sillon frissonnant dans les peuples      troublés!...\n\n   P o u r moi, je le lui souhaite d u fond du cœur. Du reste, malgré le siècle\ningrat, sa h a u t a i n e confiance n e me paraît point démesurée. Le Semeur de\nCendres affirme u n noble talent, et qu'il faut mettre hors de pair. Si M. Charles\nGuérin n'est pas encore le R é d e m p t e u r si longtemps attendu du P a r n a s s e\nfrançais, au moins en est-il u n des P r é c u r s e u r s . C'est l'aube avant le g r a n d\njour... E t je ne saurais mieux couronner ce sincère h o m m a g e d'admiration\nqu'en m'appropriant, à peu près, la conclusion de Jules Lemaître à son étude\nsur Lamartine : je dirai d o n c de M. Charles Guérin « non pas qu'il est —\ncar on n'est jamais sûr de ces choses-là; — mais que j e le sens, à l'heure\nactuelle », le meilleur des j e u n e s poètes de F r a n c e .\n                                                                            FRANZ A N S E L .\n"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "                                    LES LIVRES                                     453\n\nLE ROMAN :\nC o n t e s d e p o u p é e s , par AD. VAN BEVER. — (Paris, Bibliothèque de\n  l'Association.)\n    En furetant dans mes rayons je trouve ce petit bouquin de contes, et bien\n qu'il ait paru il y a déjà quelque temps, je crois utile de le signaler à l'attention\n de ceux qui aiment les jolis contes. Les aimez-vous? Moi je les adore.\n J'aime les contes comme un enfant, mais à condition qu'ils soient bien\n écrits. Ceux-ci le sont d'une façon charmante. Il y en a un surtout : A force de\n le dire, qui m'a ravi et je remercie l'auteur des douces et poétiques émotions\n que sa lecture m'a procurées. C'est l'histoire d'un poète mendiant, qui enjole\n par la douceur de ses chansons, le cœur d'une princesse au point qu'elle ne\nveut d'autre époux que lui. Mais il avait déjà fiancée son âme à l'Idéal. Et le\nsoir même des royales noces il mourut en chantant son hymne aux étoiles,\nparce qu'il était de ceux qui ne peuvent vivre des voluptés d'ici-bas.\n    M. Van. Bever est, je pense, l'auteur d'un recueil de poésies françaises,\npublié l'an passé grâce à ses soins, par le Mercure de France, recueil qui a été\ncomposé avec beaucoup de sagacité. On ne peut toujours comme on le vou­\ndrait acheter tous les volumes de poésies qui paraissent. Et sous ce rapport\ndes recueils de ce genre, donnant les plus jolies compositions de nos poètes\nsont d'une grande utilité, à condition d'être faits par un homme de goût et de\njugement. C'est le cas, ou jamais, pour le recueil dont nous parlons.\n\nContes      e x t r a o r d i n a i r e s , par ERNEST HELLO. — (Paris, Perrin.)\n    On réédite peu à peu, et avec raison, toutes les œuvres d'Ernest Hello, le\ngrand penseur chrétien. Ces œuvres sont très inégales sans doute. En somme\n Hello n'a fait qu'un livre qui restera : L'Homme, livre qui devrait se trouver\ndans toute bibliothèque, surtout dans celle d'un catholique. Hello est et\nrestera un de nos plus étonnants et remarquables écrivains catholiques. Duren­\ndal s'est fait un devoir de rendre hommage à sa mémoire plus d'une fois.\n Dès le principe nous lui avons même consacré un numéro spécial. Bien\nque les autres livres d'Hello ne soient pas d'une portée aussi haute que\nL'Homme, ils sont tous intéressants. Tous renferment de belles et fortes pages.\nDans tous s'affirme l'acuité philosophique de ce fastueux penseur chrétien.\nA chaque instant on rencontre une de ces puissantes idées qui arrêtent\nle lecteur et qui sont comme des éclairs de génie. Les contes d'Hello qu'on\nvient de rééditer sont à lire sous ce rapport aussi et ils intéresseront tous ceux\nqui aiment l'écrivain. Ils ne sont pas aussi extraordinaires que le titre semble\nl'insinuer. Soit. Mais ils renferment tous des perles, des joyaux, des fleurs de\npensée et de poésie. Un de ces contes :l'Avare, est superbe à notre avis et\nvaut à lui seul qu'on achète le volume.\n                                                                          H . M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison07-019", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 454, "page_fin": 456, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "Editions du Mercure de France", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 531, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "NOTULES\n\n\n  Le Roman en France pendant le XIX e siècle (1), de notre\nami EUGÈNE GILBERT, a été couronné par l'Académie française. Distinction\nhautement méritée et dont nous félicitons de tout cœur l'auteur. Son livre est\nune histoire admirablement condensée, impeccablemant écrite, dénotant une\nsagacité de crilique peu commune, du roman au siècle qui vient de mourir.\nC'est le résumé le plus complet que l'on puisse souhaiter de l'histoire du\nroman. Tous les romanciers du siècle y sont cités. Les principaux y sont\nscrupuleusement étudiés et finement analysés. Quiconque veut se renseigner\nsur le roman français, y trouvera absolument toutes les indications désirées.\nEn outre, il sera tout le temps de sa lecture sous le charme du style pimpant\nde l'auteur. Son livre n'est pas une sèche nomenclature. Il est riche en hautes\net fortes pensées, en jugements nets et précis, en sentiments de la plus exquise\ndélicatesse. Enfin, ce qui rend le livre infiniment précieux pour nous autres\ncatholiques, c'est que l'auteur, selon sa louable habitude et je dirais même\nson programme, a envisagé et étudié l'histoire du roman en se plaçant tou­\njours au point de vue chrétien. Nous sommes heureux d'avoir une nouvelle\noccasion de rendre hommage à la fois au talent primesautier de notre ami et\nà son beau caractère. Il est le digne héritier des hautes qualités intellectuelles\net morales de son regretté Père, qui a laissé à l'Université de Louvain, dont\nil fut un des plus remarquables et des plus aimés professeurs, un souvenir\nimpérissable. Tous ceux qui ont connu cet homme éminent et vertueux ne\ns'en rappellent jamais qu'avec amour, avec émotion et avec vénération.\nC'était un homme d'une rare distinction, d'une élévation d'esprit incompa­\nrable, d'une intelligence vaste, puissamment cultivée, ornée d'une foule de\nconnaissances. Il avait un cœur chaud et enthousiaste. Il était adoré à\nLouvain de ses collègues et de ses disciples. J'ai rarement vu une nature\naussi complète que celle-là. C'était, dans toute la beauté de l'expression, une\nâme d'élite, une âme rare, une âme vraiment royale, sanctuaire de toutes les\nqualités naturelles en même temps que de toutes les vertus chrétiennes,\naimant avec passion la science et toutes les choses élevées. Sa vocation avait\n\n\n  (1) Plon, éditeur, Paris, 1896.\n"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "                                   NOTULES                                    455\n\norienté son esprit vers la culture austère de la science. Mais il ne la concevait\nqu'enrobée d'art. C'était en effet un parfait lettré. Il avait le souci le plus\ngrand de l'écriture. Ses travaux scientifiques en font foi. Ils sont supérieu­\nrement écrits dans une langue forte et nerveuse, imagée et poétique. Que de\nfois je me suis plu à les lire uniquement pour en savourer le style délicat.\nPeu de savants catholiques ont fait autant d'honneur à Dieu et à son Eglise,\ndont il fut le fils fervent et pieux, en même temps qu'à la science catholique\net à l'Université dont il fut une des gloires:\n                                                              HENRY MŒLLER.\n\n\n\n   S a i n t e - L y d w i n e , le merveilleux chef-d'œuvre de notre ami et colla­\nborateur J.-K. HUYSMANS, fera l'objet d'une étude approfondie, comme il le\nmérite, dans notre prochain fascicule. L'abondance des matières, ne nous a\npas permis d'en insérer le compte rendu dans le présent numéro. Nous enga­\ngeons vivement dès maintenant nos lecteurs à faire l'acquisition de cet admi­\nrable livre. Jamais nous n'avons lu une vie de Saint plus étonnante et plus\nintéressante. Et au point de vue de la pensée et de l'écriture, c'est une des\nplus magistrales pages d'art catholique et de mysticisme chrétien qu'on ait\njamais écrites.\n   On peut se procurer le livre en écrivant à M. Edgar Lyon, avenue Brug­\nman, 45.1, à Uccle (Bruxelles) Prix de l'édition ordinaire : fr.. 3.50; de l'édi­\ntion de luxe : 10 fr. Cette dernière est superbe. Elle a été imprimée à Ham­\nbourg. Les caractères employés ont été dessinés par le graveur impérial,\n M. G. Schiller; ces caractères ont été spécialement fondu pour cette édition\navec les matrices fournies par l'imprimerie impériale.\n\n\n\n   L e C œ u r d e s p a u v r e s , tel est le titre de la dernière œuvre de notre\ncollaborateur EUGÈNE DEMOLDER. Un sujet pareil, traité par un tel écrivain,\nne peut être que délicieux, on le devinera sans peine. Nous n'en ferons pas\nl'analyse aujourd'hui, notre co rédacteur Firmin Van den Bosch seproposant\nde publier très prochainement, ici, une étude d'ensemble sur l'œuvre de\nM. Demolder. Qu'il nous suffise dédire que c'est une analyse exquise du\ncœur du pauvre, incarnée en des contes écrits avec un art consommé. Il n'y\nà pas que les enfants, pour qui l'auteur les a écrits, qui les liront avec joie. Ils\nintéresseront tous ceux qui aiment l'art. Nous le recommandons instamment\nà l'attention de nos lecteurs. Deux de ces contes ont paru dans Durendal et\nnous ont valu des' lettres de félicitations enthousiastes de plusieurs de nos\nabonnés . Nous' ne saurions assez engager nos lecteurs à faire l'acquisition de\nce livre, illustré par Couturier. Il est en vente chez lés principaux libraires\nde Bruxelles, mais il suffit de le demander par carte postale à M. Vallette,\ndirecteur du Mercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Saint-Germain (Paris);\npour le recevoir franco contre remboursement de fr. 3.50.\n\n                                         *\n"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "456                                 DURENDAL\n\n\n   M . C a m i l l e G a s p a r , un de nos nouveaux collaborateurs, vient\nd'obtenir, à l'unanimité du jury, le premier prix au concours universitaire de\nBelgique pour sa thèse: La chronologie pindarique, qui, au dire des hommes\ncompétents, est un des plus intéressants et des plus savants travaux de philo­\nlogie qui aient été jamais présentés aux concours universitaires. Nous félici­\ntons chaleureusement notre jeune et distingué collaborateur, dont nos abonnés\nauront sous peu l'occasion d'apprécier le talent. Nous publierons incessam­\nment de lui une belle étude sur l'art grec.\n\n                                          *   ■\n\n\n\n\n   L ' a b b é H . H o o m a e r t a été décoré de l'Ordre de Charles d'Espagne\npour la publication de son livre, Les Maîtres Espagnols, que nous avons fait\nconnaître en son temps à nos lecteurs en en publiant les bonnes pages. Nous\noffrons à notre ami nos plus affectueuses félicitations.\n\n\n                                         **\n\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n : PAUL BOURGET : Œuvres complètes. Romans.\nII. Mensonges; Physiologie de l'amour moderne (Paris, Plon). — E . H E L L O :\nContes extraordinaires (Paris, Perrin). — P . LAPEYRE : Le: catholicisme\nsocial, 3 vol. (Paris, Lethielleux). — R. PLANEIX : Constitution de l'Église\n(id.). — H . SIENKIEWICZ : Allons à Lui (id.). — SPALDING : Opportunité, tra­\nduit par P . KLEIN (id.).— AZAR DU MAREST : A travers l'idéal (Paris, Perrin).\nH.WELSCHLINGER : Sainte Odile (Paris, Lecoffre). — A. L E BRAZ : Le sang\nde la sirène (Paris, Calmann-Lévy). — M. GRIVEAU : La sphère de la beauté\n(Paris, Alcan).— A. DE MARGERIE : Dante. La divine comédie, 2 vol. (Paris,\nRetaux). — E. VEUILLOT : Louis Veuillot, 2e vol.. (id.). — P . DELAPORTE : A\ntravers les âges ; Patria ; Genovefa (id.). — J. SERRE : Les deux ailes de l'âme\n(id). — P . LECLERCQ : Jouets de Paris (Paris, Librairie de la Madeleine). —\nA. SAMAIN : Le chariot d'or (Paris, Éditions du Mercure de France). — SAINT-\nPOL-ROUX : La rose et les épines du chemin (id.). — L. DUMONT-WILDEN :\nVisages de décadence (Bruxelles, Lamertin). — L. HENNEBICQ : L'Orient\ngrec ; Grèce et Sicile (Paris, Éditions de L'Humanité nouvelle). — A . W I L L E T T E :\nŒuvres choisies (Paris, Simonis-Empis). — A.GUILLAUME : Mon sursis (id.).\nH . AIMÉ : Les fragments de la vie radieuse (Paris, Éditions du Mercure de\nFrance). — A. COUVREUR : La source fatale (Paris, Plon). — H . GRÉVILLE :\nLe cœur de Louise (Paris, Plon). — P . CLAUDEL : L'arbre (Paris, Mercure\nde France). — G. HAUPTMANN : Le voiturier Henschel, traduction de J. THOREL\n(Paris, Éditions de la Revue Blanche). — J. PRAVIEUX : Un vieux célibataire\n(Paris, Plon). — H. DUMONT : Idylle bourgeoise (Bruxelles, Lamertin). —\nH . DRUON, Michel Roschine (Paris, Lethielleux). — C. LEMONNIER : Le vent\ndans les moulins (Paris, Ollendorf). — A. FONTAINAS : Le jardin des îles\nclaires (Paris, Editions du Mercure de France).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 462, "texte": ""}, {"page_pdf": 463, "texte": ""}, {"page_pdf": 464, "texte": ""}, {"page_pdf": 465, "texte": ""}, {"page_pdf": 466, "texte": ""}, {"page_pdf": 467, "texte": "          (Photo Maucourt, de Bruxelles)\n\n\n\nEDGAR T I N E L\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "     Sainte Godelive, d'Edgar Tinel\n\n               LA Sainte Godelive, de Tinel, vient d'être exécutée\n                  à Louvain dans des conditions de perfection\n                  notablement supérieures à l'interprétation qui\n                   en fut donnée à Bruxelles il y a quatre ans.\n                      Cette solennité musicale fait le plus grand\n                   honneur à la ville de Louvain, à la Société\n                   Davidsfonds, à tous les organisateurs de l'audition\n                   et spécialement à M. Alberdingk Thym qui a été\nla cheville ouvrière et l'âme de l'entreprise. Il s'était assuré des\néléments d'interprétation de tout premier ordre : le superbe\norchestre des Concerts Populaires, le Choral mixte, si admirablement\ndiscipliné, sous la très artistique direction de M. Soubre; puis,\ncomme solistes, trois remarquables artistes hollandais, M me Noor­\ndewier-Reddingius (Godelive) qui possède une voix d'un timbre\nmoelleux, délicieusement expressive, et nous a apparu la Gode­\nlive idéale, M lle Tilly Koenen qui a su imprimer aux deux rôles\nd'Iselinde et de Riprim un accent profondément dramatique,\nM. Orelio (Bertholf) (de l'Opéra d'Amsterdam) un chanteur\nd'élite qui peut être mis de pair avec les plus célèbres inter­\nprêtes allemands. Citons encore M me Feltesse-Ocsombre, du\nthéâtre de la Monnaie, charmante dans le rôle d'Eisa, M. Bicquet\n(de Louvain) et M. De Jonghe (de Bruges.) excellents dans les\nrôles secondaires de Heinfried, Radbod, Eustache. Le succès a\nété grand, l'œuvre acclamée par un public électrisé, où l'on\nremarquait des sommités artistiques venues de tous les coins du\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": " 394                         DURENDAL\n\n\n pays. Saisissons ici l'occasion de rendre hommage au Gouver­\n nement belge qui a favorisé d'un important subside cette belle\n manifestation de notre art national.\n    C'est là un événement musical de la plus haute portée et\n d'où le nom si aimé, si respecté de Tinel sort encore grandi.\n Par la sévère pureté de la forme, la splendeur et l'opulence des\n mélodies qui y fleurissent, par la continuité, la sincérité pro­\nfonde et émue de l'inspiration, par l'art tour à tour délicat et\npuissant d'une orchestration merveilleuse de souplesse et de\ntransparence, où chaque instrument sonne distinctement, fait\nclairement entendre sa voix douce ou irritée dans l'ensemble\nsymphonique, par la vie intense qui circule, bouillonne dans le\npoème et le fait palpiter ainsi qu'une âme, Sainte Godelive nous\napparaît une œuvre magistrale, d'une simplicité et d'une gran­\ndeur émouvantes, où la science de la facture qu'il ne faut point\nconfondre avec le savoir-faire, est d'autant plus appréciable\nqu'elle ne masque pas le vide de l'idée, qu'elle, sert, suit, illustre\net couronne l'inspiration sans jamais la dominer, l'asservir ou\nl'étouffer.\n   Si Tinel a nourri sa pensée de l'œuvre des plus beaux génies\nqui l'ont précédé, il ne s'en est assimilé que l'esprit et a su se\ncréer un style éminemment personnel, assez souple, mobile et\nprotéiforme, où la gravité et la profondeur de l'art classique\ns'allient souvent à une grâce exquise et enveloppante, et que pare\nla poussée généreuse d'une flore mélodique aussi luxuriante et\nsomptueuse que nette et précise en son contour. Et ces divers\néléments de beauté s'enchaînent, se fondent sans effort en\nune harmonieuse ordonnance, constituant l'œuvre d'art telle\nqu'on la rêve, une en son inépuisable variété, fier monument où\nla multiple diversité des détails ne nuit pas à l'impression\nd'ensemble, parce que l'art souverain de l'architecte a su mettre\nchacun de ces détails en sa place.\n   Il n'entre point dans notre intention de donner ici une analyse\nmusicale complète de Godelive, mais de noter certaines impres­\nsions maîtresses de l'œuvre, parmi celles qui nous ont paru plus\nparticulièrement pénétrantes. A ceux qui voudraient pousser\nplus avant l'étude du drame de Tinel, nous ne saurions trop\nrecommander l'analyse thématique si claire, si parachevée de\nM. Ernest Closson. Elle suit fidèlement la pensée du musicien\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "               SAINTE GODELIVE, D'EDGAR TINEL                395\n\n\nen tous ses développements, marque et justifie l'apparition des\ndifférents thèmes, ainsi que leurs transformations au cours de\nl'œuvre, constitue de la sorte un précieux auxiliaire pour la\ncompréhension parfaite de la partition.\n   Signalons tout d'abord l'ouverture qui, écrite dans un style\nlarge et épique, synthétise l'esprit du poème.\n   Le premier acte, dans lequel dominent les scènes gracieuses et\ncharmantes, apparaît tout enguirlandé de chœurs délicieux\nexprimant la joie naïve du peuple deLondefort, et il est bon de\nle remarquer, si elle a toujours un accent profond et sincère,\ncette joie garde néammoins en ses manifestations une certaine\nréserve en rapport avec la noblesse du poème, elle ruisselle, elle\ndéborde, mais n'est jamais populacière. L'apparition de Gode­\nlive et le chant d'amour de Bertholf soutenu par le chœur, est\nune merveille de grâce et de séduction mélodiques. La phrase\nondule, se déroule amoureusement, chante dans la lumière,\nmodulant à l'infini. Pour suggérer les mauves reflets du clair\nde lune, elle s'embrume un instant dans des tonalités assom­\nbries et inattendues, puis reparaît dépouillée de ce nuage,\ngonflée de passion et vient expirer en une impression de sérénité\nqui est comme l'auréole de l'œuvre tout entière. Citons encore\nles ensembles : Gezegend Godelieve, Heil den machtigen Graaf Eus­\ntaas, la chanson de table si profondément caractéristique, puis\nle chœur des pauvres avec l'admirable réponse de Godelive.\n   Il nous est impossible de ne pas attirer l'attention tout spé­\ncialement sur les parties d'ensemble, à cause de leur extrême\nimportance dans la partition. Mais que le dialogue, lui aussi,\nest absolument beau, d'un intérêt constant, écrit en une langue\nmusicale aussi suggestive qu'expressive des caractères! Les\nthèmes que M. Closson appelle typiques, par opposition aux\nthèmes conducteurs de Wagner, apparaissent dans les situations\nproprement dramatiques, mais ont un rôle beaucoup plus acces­\nsoire et plus restreint que dans l'œuvre du poète de Bayreuth.\n   « Le motif typique », dit excellemment M. Closson, « n'a\npas le caractère obsédant et tyrannique du thème conducteur.\nSes apparitions sont moins fréquentes, ses transformations plus\nsobres. Ils n'absorbent jamais l'intérêt musical aux dépens de\nla voix humaine, et c'est à celle-ci surtout que la mélodie est\nconfiée. Qu'on n'en conclue pas à un manque d'intérêt dans la\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "396                        DURENDAL\n\n\npartie orchestrale. Celle-ci est au contraire d'une variété con­\nstante et d'une rare force d'expression; c'est un accompagne­\nment, si l'on veut, mais un accompagnement polyphonique\ntoujours intéressant, faisant corps avec l'action. »\n   Le second tableau met en relief la patience angélique et\ninlassable de la sainte en présence de la monstrueuse brutalité\nde Bertholf et de sa mère. Le dialogue a un accent merveilleux,\nles thèmes de Bertholf et d'Iselinde éclatent aigus dans toute\nleur diabolique férocité et le thème de la sainte plane radieux\nau-dessus des orages de l'orchestre dont la partie est en cet\nendroit très nourrie et fouillée. La rage des bourreaux se heurte,\nimpuissante, contre un roc inébranlable d'infinie douceur. Il\nest incontestable que l'impression de ce tableau est pénible.\nTinel a beau nous dire que les caractères de Bertholf et d'Ise­\nlinde sont modelés d'après d'irréfutables documents historiques,\nl'âme frémit, le cœur bondit devant ces atroces démons. Gode­\nlive en paraîtrait presque diminuée si nous ne tâchions de\nréagir contre cette impression en nous disant que nous\nsommes au-dessus de la terre, en ce domaine de la Sainteté\ndont les profondeurs insoupçonnées ne sauraient être jaugées\navec nos misérables mesures humaines.\n   Au troisième tableau, après les accents joyeux de la chasse et\nle charmant épisode de l'oiselet dont Elsa suit mélancolique­\nment du regard le vol vers la patrie perdue, rappelons l'admi­\nrable dialogue entre Godelive et les pauvres étonnés d'entendre\nla voix d'un ange compatissant en ce palais maudit dont jus­\nqu'alors l'accès leur avait été rigoureusement fermé. Avez-vous\nremarqué combien, en ce choral d'une éloquence si simple,\net qu'un chrétien seul a pu écrire, transparaît le caractère\nA U G U S T E de la pauvreté, notion exclusivement propre à\nnotre divine religion? C'est la grande voix de Dieu qui parle par\nla bouche de ses pauvres et la voix émue de la sainte leur\nrépond avec tendresse et respect.\n   La scène entre Godelive et Riprim, la malheureuse que Ber­\ntholf a séduite, est d'une grande beauté tragique et l'orchestre\ncommente admirablement par le rappel des thèmes fondamen­\ntaux, les sentiments de Riprim et le sublime travail d'âme de la\nsainte, de cette âme oubliant l'injure, se parfumant de pardon\net d'amour au contact de l'infortune de Riprim.\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                 SAINTE GODELIVE, D'EDGAR TINEL                397\n\n\n     Signalons enfin l'émouvante scène entre Bertholf et Godelive,\n  illuminée d'un éclair de bonheur au moment où le barbare se\n sent reconquis par son épouse. La cantilène passionnée du pre­\n mier tableau renaît alors, s'épanouit embaumée comme une\n fleur d'amour, au milieu des frissonnements de l'orchestre, qui\n module délicieusement en sourdine jusqu'au moment de l'appa­\n rition diabolique d'Iselinde. Désormais, l'heure du martyre de\n Godelive est définitivement marquée et le drame s'assombrit\n jusqu'au dénouement.\n     Au troisième acte, la scène où l'évêque Radbod profère\n contre Bertholf des menaces d'excommunication respire une\n grandeur divine, et nous mentionnerons aussi la si belle implo­\n ration de Godelive, répondant au repentir simulé de Bartholf :\n « Pardonne-moi..., reprends ta femme, accueille sa prière. »\n     La scène du meurtre est traitée avec discrétion, d'une façon\n brève et rapide, et c'est ici que le poème, baigné d'une lumière\n d'apothéose, atteint sa plus significative hauteur d'expression.\n Un lointain appel d'êtres célestes retentit. D'exquises voix\népandent en l'azur de Dieu leurs moelleuses sonorités. Les\néternelles portes d'or de la patrie se sont ébranlées devant la\nsainte, laissant échapper du ciel entr'ouvert des effluves de bon­\nheur suaves comme des baisers d'anges. Tout l'orchestre\nrayonne, une paix immense enveloppe l'âme de son manteau de\nmiel. Et le cantique berceur se renforce, s'amplifie peu à peu.\nC'est le ciel qui s'approche. Des splendeurs roses, faisant pres­\nsentir l'Infini, commencent à errer devant le regard ébloui. Et,\nau milieu de la symphonie pacifique célébrant l'apothéose de la\nBonté, écoutez... voici l'orgue qui tonne et le thème géant de la\nVoix de l'Eglise pénétrant le tissu orchestral, dominant les\nmasses chorales, trône vainqueur de la terre et de la mort. Tout\nce tableau est irrésistible de grandeur, de puissance, de majesté.\nLa scène de la conversion de Bertholf paraît quelque peu\nlongue et terne après ces éminentes impressions d'art.\n   L'esthétique musicale de Tinel n'a aucune espèce d'affinité,\nni d'analogie même lointaine avec celle de Wagner. Elles n'ont\nrien de commun, si ce n'est la hauteur d'inspiration dont elles\nrayonnent l'une et l'autre. Et pour cette indépendance vraiment\nrare, nous devons féliciter l'auteur de Franciscus. Wagner qui,\npar son influence sur l'évolution générale de l'art, reste la plus\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "398                        DURENDAL\n\n\ngrande figure du XIXe siècle, a hanté l'imagination de nos plus\néminents musiciens. Souvent, une œuvre musicale n'apparaît\nhaute à la critique que lorsque, de près ou de loin, elle s'inspire\ndes procédés et de l'esthétique du dieu. Sans vouloir accuser\nde tendances au pastiche les œuvres très nobles qui, en France\net en Allemagne, s'y rattachent plus ou moins directement, il\nfaut, nous semble-t-il, estimer encore davantage des poèmes\nqui, comme ceux de Tinel, s'affranchissent de cette chaîne d'or,\natteignant le summum de l'expression musicale sans que leur\nauteur se souvienne même, en une œuvre profondément reli­\ngieuse, que Parsifal a été écrit un jour.\n   Si Wagner a renouvelé les sources de la poésie, s'il a fait du\ndrame lyrique l'expression musicale la plus complète, si son\nidéalisme hautain, son sens profond de l'art et de la vie, ses dons\nd'incomparable poète unis à ceux d'incomparable musicien,\nmarquent son œuvre du sceau de l'éternité, n'oublions pas\n cependant qu'avant Wagner, Bach et Beethoven ont aussi\n existé. N'oublions pas, au point de vue musical pur, que si la\n langue où s'exprime le génie de Bayreuth est plus pénétrante\n qu'aucune autre, elle paraît aussi et souvent (sauf dans Lohen­\ngrin, les Maîtres Chanteurs et Parsifal, le chef-d'œuvre des chefs-\n d'œuvre) distiller une sorte de sensualité âpre et morbide à\n laquelle vient se mêler je ne sais quel relent d'amertume scho­\n penhauerienne dont sont exemptes les œuvres lumineuses de\n vérité et de santé conçues par les musiciens que je viens de\n  nommer et qui, eux aussi, dédièrent à l'Immortelle Beauté des\n  monuments d'art non surpassé.\n    Ceci soit dit non pour diminuer en quoi que ce soit le colosse\n de Bayreuth, mais pour rappeler que l'admiration profonde\n due au Génie ne doit jamais dégénérer en fétichisme. Hello a\n moulé cette pensée en une phrase lapidaire : « Quand l'idolâ­\n trie s'attaque à un homme, la critique a un grand devoir, c'est\n de venir au secours de cet homme et de prendre sa défense, car\n l'idolâtrie diminue tout ce qu'elle touche, c'est une agression, un\n manque de respect. »\n    Sachons donc nous départir, quand il le faut, d'un point de\n  comparaison qui pourrait devenir tyrannique, sachons oublier\n  un instant Wagner. Et venons saluer avec enthousiasme cette\n belle et douce Godelive, une des gloires historiques de la patrie.\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                SAINTE GODELIVE, D'EDGAR TINEL                399\n\n\nOui, saluons-la, cette œuvre éclose dans l'amour, poursuivie et\nachevée dans toute la sincérité d'un sentiment profond, le plus\ngrand et le plus respectable de tous pour quiconque ayant le\nregard ouvert sur la vie, ne peut méconnaître dans la religion\nchrétienne la plus haute force humaine et sociale. Sachons nous\naffranchir de toute prévention mesquine et admirer de tout\nnotre cœur une œuvre acclamée partout en Allemagne, cette\nterre promise du grand art.\n   La Belgique est en ce moment le foyer d'une radieuse efflo­\nrescence de poètes, de penseurs, de peintres, de musiciens. Nous\nen préoccupons-nous assez? Les Belges, principalement dans les\nclasses dirigeantes, remplissent-ils, vis-à-vis de l'art national,\ntout leur devoir? Hello l'a encore dit : « L'indifférence et la\nmort sont deux synonymes. »\n  Souhaitons que Godelive soit montée à Bruxelles l'hiver pro­\nchain, dans les conditions de perfection absolument indispen­\nsables à la compréhension de la véritable portée de l'œuvre. Et\nnous pourrons ainsi saluer de nouveau en Tinel un des plus\nmerveilleux musiciens de notre époque, une des plus pures\ngloires de la Belgique contemporaine.\n\n                                       GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "                     Le Soir\n\n0 pèlerin tardif! tu ne l'atteindras pas\nCe gîte que l'espoir montre à ceux qui sont las;\nLe jour baisse, et déjà voici le crépuscule. ...\n\nQue te faut-il de plus, pauvre âme trop crédule?\nSonge, ah! songe aux instants vainement       dépensés!\nTant d'erreurs, tant d'oublis ont dû l'apprendre assez\nQue ton courage est lâche et ta force débile...\n\nCeux-là seuls sont entrés dans l'angélique        asyle,\nQui, partis avec toi, sous la garde de Dieu,\nOnt su tenir leur âme au niveau de leur vœu.\nIls ont pris, comme toi, la morne et l'âpre route;\nComme toi, tour à tour, le regret et le doute\nLes a surpris, à l'heure où les vents attiédis\nApportaient le parfum des jardins       interdits...\nLorsque la nuit tombait, lourde de lassitude,\nIls s'asseyaient sans force au bord du sentier rude\n Où leurs pieds, si longtemps, s'étaient meurtris en vain,\n Et pleuraient, comme toi, dans leur soif et leur faim.\n\nMais la foi, l'humble foi qui guide et qui redresse,\n0 pécheur, consolait jusque dans leur détresse\nCeux que n'égarait point ton frivole savoir ;\nEt leurs yeux, clairvoyants d'un ineffable espoir,\nSondaient éperdûment la muette étendue\nOù brillait, prophétique, une étoile inconnue\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                   L'HUMBLE ESPOIR                       401\n\n\n\n\n             L'Humble Espoir\n\nLe temps passe, pauvre âme, et tes vœux sont stériles.\nMalgré nos longs travaux et nos veilles fébriles,\nQue savons-nous, sinon que nous ne savons rien?\n\nComme l'enfant distrait par l'insecte qui vole.\nJe me suis égaré dans maint sentier frivole,\nEt me voici tremblant devant le soir qui vient.\n\nEt pourtant je n'ai pas désespéré du Maître;\nTout faible que je suis, il bénira peut-être\nLa bonne volonté d'un effort vers le bien...\n\n                                           FERNAND SÉVERIN\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "                               Fidéline\n\n\n                 J'AI connu cette enfant à l'époque où elle devint\n                   orpheline. Elle n'était pas jolie, ah! Dieu, non!\n                    Mais elle avait de fort beaux yeux qui don­\n                   naient à son visage une expression inoubliable.\n                   C'étaient des yeux de chien, des yeux profonds\n                   et armants, qui se fixaient sur vous avec une\n                   attention émue et qui vous caressaient douce­\n                   ment, de loin. Ces yeux-là faisaient oublier\n la disgrâce de sa petite personne malingre. Il existe un mot en\n Wallonie pour caractériser de tels yeux : on dit qu'ils sont\nfidèles. Et voyez comme il y a de singuliers hasards dans la vie :\n l'enfant ne s'appelait-elle pas Fidéline?\n    Six mois après son père, quand on eut enterré sa maman,\n Fidéline demeura seule au monde. Elle ne possédait rien, que\n ses dix ans affamés. Mon oncle, alors, la recueillit et la destina\n aux menus travaux de la maison. Je me souviens encore des\n ennuis que lui causa au début cette adoption. La petite, chaque\n soir, s'échappait et retournait, à. son ancienne maison. On la\n trouvait, couchée sur le seuil, les yeux secs, la bouche tordue,\n les mains crispées. Ma tante l'emportait dans ses bras, la bai­\n sait, la consolait de son mieux. Mais la petite ne se plaignait\n pas, ne disait pas une parole et, le lendemain, quand l'ombre\n\n  (1) Les Ames Blanches, volume de contes à paraître.\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                             FIDÉLINE                           403\n\n\ns'était faite, elle disparaissait de nouveau et fuyait vers la chau­\nmière. Avec le temps, ce désespoir muet s'apaisa et elle devint\nune active et silencieuse servante mignonne. Toutefois, elle ne\nperdait pas son caractère farouche, et mon oncle disait parfois,\nen riant :\n   « Ce n'est pas une enfant, cela, c'est un chien de garde ! »\n   Il ne croyait pas si bien dire.\n\n\n                                * *\n\n\n   Mon oncle occupait, en dehors du village, une vaste maison\nblanche au milieu d'un jardin potager. C'était le domaine de\nFidéline. Tout le jour, elle errait de salle en salle, époussetant\nici, balayant là, rangeant les meubles, nettoyant la vaisselle,\nprétendant tout faire et ne se reposant jamais. On la voyait\ncirculer avec des seaux d'eau plus lourds qu'elle-même, tout un\nfaisceau de brosses serré contre sa poitrine, la jupe relevée, les\npieds dans des sabots, s'arrêtant parfois pour rejeter d'une main\nrapide ses cheveux embroussaillés qui lui tombaient dans les\nyeux. Lorsque son nettoyage était fini, elle passait au jardin,\nenlevait les mauvaises herbes, arrosait les plantes, ratissait les\nchemins, échenillait les arbres. Puis elle préparait le manger\n des bêtes : la caboulée du porc, l'herbe de la vache, le grain des\n poules. A peine prenait-elle le temps, à midi, d'avaler toute\n brûlante une assiettée de soupe épaisse. C'était le génie du tra­\n vail, cette enfant. Et, pourtant, ses protecteurs ne parvenaient\n pas à l'aimer\n    Que se passait-il dans cette petite tête sauvage? Quelles\n pensées roulaient derrière ce front étroit, jonché de taches de\n rousseur? Personne ne pouvait le deviner, car elle ne parlait à\n personne. Maintes fois, ma tante avait voulu forcer sa confiance,\n pénétrer dans son âme mystérieuse. Mais les discours les plus\n doux ne l'attendrissaient pas. Elle les écoutait, impassible, les\n  mains jointes, le visage baissé, toute sa vie réfugiée dans ses\n  grands yeux sombres qui regardaient le vide, fixement.\n    — « Parle au mur! criait alors mon oncle avec colère. T u\n  auras une meilleure réponse! »\n    Ma tante soupirait, mon oncle s'en allait : et ni l'un ni l'autre\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "404                          DURENDAL\n\n\nne voyait le bon regard animal, un peu triste mais chargé\nd'amour, dont la petite les enveloppait tous deux avant de\nretourner à son travail.\n\n\n\n\n    Il n'y a pas d'âme muette sur la terre. Les plus insensibles\nont des désirs d'expansion et des besoins de confidences. On\ncroyait Fidéline brutale et sèche. Elle n'était que timide. Elle\navait peur de mon oncle et de ma tante,, ces gens trop riches,\nqui parlaient trop bien. Certes, elle eut bien voulu répondre à\nleurs caresses, mais elle n'osait point dire tout haut ce qu'elle\nsentait tout bas. Alors, elle se dédommageait, la nuit, de son\nsilence et elle allait chanter aux étoiles, ce qu'elle ne pouvait pas\nexprimer aux hommes.\n   Bizarre enfant! Quand la maison était endormie, elle descen­\ndait doucement l'escalier, soulevait le loquet de la porte et allait\nse promener dans le jardin. Les ténèbres les plus denses ne\nl'effrayaient pas. Elle connaissait toutes les allées et rôdait long­\ntemps sous les arbres. Les fleurs nocturnes ont des parfums\ndivins que peut-être elle respirait avec délice. Des voisins\nracontèrent dans la suite qu'ils l'avaient vue souvent, par les\nnuits de lune, se pencher sur les parterres et baiser les roses en\npleurant. Parmi ces ombres lourdes et ces senteurs capiteuses,\nson âme se délivrait peu à peu du silence et enfin, débordant\nsans doute de bonheur intime, livrée peut-être au souvenir\nmélancolique de sa maman, de son papa, elle renversait sa\ntête, regardait le ciel et chantait.\n   Mon Dieu, elle chantait très bas, très bas, elle murmurait\nplutôt ses cantilènes. Les voisins qui l'entendirent, ne purent\ncomprendre les paroles qu'elle fredonnait. Mais où allait-elle\nchercher les airs délicieux qu'elle adressait aux étoiles ? A la\ngrand'messe, pendant l'élévation, assuraient ces gens simples,\nl'orgue ne fait pas de plus douce musique.\n   Fidéline chantait comme chante l'oiseau et comme la fleur\nparfume. Allez donc demander au rossignol le secret de ses\nharmonies! Fidéline chantait parce que son âme était pleine\nd'amour pour cette maison où on l'avait recueillie, pour ces\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                             FIDÉLINE                           405\n\nmurs, pour ces plantes, pour ses maîtres endormis, et aussi\npour la belle nuit immense, ruisselante d'étoiles, qui reposait\nautour d'elle sur le feuillage et sur les fleurs.\n\n\n                                * *\n\n\n   Une nuit d'été, obscure et orageuse, l'enfant descendit au\njardin vers 11 heures. Dans le village, au loin, toutes les lumières\nétaient éteintes. Il faisait très sombre et la température, chargée\nd'électricité, était énervante à l'excès.\n   Fidéline, avant de s'engager dans les allées, demeura un\ninstant sur la terrasse.. Le ciel l'épouvantait, cette nuit-là.\nJamais elle ne l'avait vu si noir, si bas, si couvert. Des nuages\nd'encre paraissaient s'abaisser toujours comme s'ils eussent\nvoulu envelopper la terre.\n   Les enfants ont des terreurs profondes dont ils jouissent avec\nun plaisir aiguisé de douleur. Ils se sentent mourir de peur et,\nmalgré cela, les moins courageux ne fuient pas. Le danger a\npour eux des attraits irrésistibles. Ils tremblent de tous leurs\nmembres, leur cœur bat à se décrocher et, au milieu de cette\ncrainte affreuse, ils s'amusent comme des dieux.\n   Vaillamment, Fidéline s'aventura dans le jardin. Elle mar­\nchait plus lentement que de coutume et ses mains, devant elle,\ntâtonnaient dans l'ombre affreuse. Elle n'avait pas de pensée.\nTout entière, elle se livrait au charme angoissant de cette prome­\nnade dans le néant. Soudain, un éclair immense, terrible,\néblouissant balafra l'espace et là, à deux pas, sur le chemin,\nFidéline vit un homme inconnu qui s'avançait. Déjà les ténèbres\nétaient retombées plus épaisses. L'enfant fit un pas en arrière,\nmais l'homme Pavait vue et, d'un bond, l'avait saisie et lui tenait\nles poignets.\n   — « Tais-toi, siffla une voix étouffée,tais-toi où tu es morte! »\n   En même temps, la petite sentit l'étreinte se desserrer et une\nlame froide toucher sa gorge.\n   Elle n'hésita pas, Fidéline aux yeux fidèles!\n   De toutes ses forces, dans la nuit profonde, elle poussa un\ngrand cri d'appel.\n   — « Ne crie plus, dit la voix, où je te tue ! »\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "406                        DURENDAL\n\n\n\n   Et Fidéline, qui voulait être entendue, cria une seconde fois,\nlança une clameur prolongée qui éveilla tout le village. Des\nfenêtres s'ouvrirent partout. On entendit des voix s'interroger.\nEt mon oncle parut presque aussitôt sur le seuil de la maison\navec une lumière.\n   — « Qu'y a-t-il? Quoi? Qu'est-ce qui se passe? » demanda-t-il\ntrès haut.\n   Personne ne répondit. Là-bas, une ombre franchissait la\nmuraille. Un second éclair la montra distinctement aux paysans\nqui accouraient sur la route. Alors, à la lueur des éclairs, une\npoursuite ardente commença dont le tumulte bientôt emplit\ntout le village.\n   Dans le jardin régnait un silence de mort. Ma tante était\ndescendue. Qui avait crié? Où était Fidéline? Mon oncle fit\ndeux pas dans l'allée centrale et toucha du pied quelque chose.\nOn se pencha : c'était l'enfant. Elle avait tout le poignard dans\nla gorge et sa blessure ne saignait pas. On la releva, on la porta\ndans son lit. Personne n'osait toucher à l'arme meurtrière, on\nattendait le médecin. La petite ne disait rien. Elle regardait ses\nmaîtres. Et, enfin, ceux-ci comprenaient ce regard, ce regard\nplus ardent que des caresses, qui murmurait à sa façon :\n   — « Voilà, vous m'aviez recueillie et je vous aimais beaucoup.\nJe vous ai donné la seule chose que je possédais, ma pauvre\npetite vie. Maintenant, je vais m'en aller chez mon vrai papa et\nma vraie maman, qui sont dans la terre... »\n   Oui, oui, le regard disait tout cela! Ma tante sanglotait au\nchevet du lit. Mon oncle allait et venaitj désespéré, s'irritant\ncontre ce médecin qui n'arrivait pas. Il apportait aussi des nou­\nvelles du dehors. L'assassin était arrêté. C'était un chemineau\nqui était venu pour voler. Il avait frappé l'enfant, expliquait-il,\npour qu'elle ne pût pas donner son signalement.\n   — « Elle nous a sauvés, vois-tu! disait mon oncle. Sans elle,\nnous aurions été massacrés dans notre lit ! »\n   — « Mon Dieu, mon Dieu! suppliait ma tante, faites qu'elle\nguérisse, faites qu'elle ne meure pas! »\n   Puis elle se penchait sur l'enfant :\n   — « As-tu mal? Pauvre amour, le médecin va venir. Aie encore\nun peu de patience ; il te soulagera... »\n   Le médecin arriva à l'aube. Délicatement, il-enleva Parme,\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                             FIDÉLINE                           407\n\nlava la plaie et la pansa. Mais il ne donna aucun espoir. Au soir\nde cette journée, sans souffrances apparentes, l'enfant ferma ses\nbeaux yeux aimants et mourut. On lui fit des funérailles\nblanches. Des fleurs, de l'encens, des prières et des larmes glo­\nrifièrent son âme héroïque. Mais personne ne lui adressa un plus\nbel éloge que mon oncle, quand il rentra désolé du cimetière et\ndit à ma tante en soupirant :\n   — « Il n'y a pas à dire, c'était un chien de garde, cette enfant!\nUn chien de garde fidèle jusqu'à la mort! »\n   Eh bien, mon oncle, n'était-ce pas sa destinée, à celle qui, sur\nla terre, s'appelait Fidéline?\n\n                                            GEORGES RENCY.\n\n  Namur, le 10 mai 1901.\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "                       Sonnets\n\n                            Elie\nElevant son courroux vers le Dieu d'Israël,\nElle entend gronder, comme une voix vivante,\nUne tempête aux flancs de l'Horeb qu'elle évente,\nMais dans l'ouragan noir n'était point   l'Eternel.\n\nQuand disparut l'orage, un feu    surnaturel\nIllumina l'espace, et sa pourpre  mouvante\nEnveloppa le mont d'un manteau d'épouvante :\nLe Seigneur n'était point dans la flamme du ciel.\n\nVoici qu'une ineffable et sereine   harmonie\nVerse parmi l'effroi sa douceur   infinie,\nEt l'Homme de Thesbé sentit passer       l'Esprit;\nEt l'âme du Voyant; dont la sombre démence\nS'armait au nom vengeur de Jéhovah,    comprit\nQu'à l'appel de ce nom répondait la Clémence.\n\n\n\n                        Printemps\nAvril! Le carillon des heures    fortunées\nTinte dans notre cœur dès que rit le matin ;\nLe cristal du ruisseau paraît plus      argentin,\nPlus brillante la perle au front des graminées.\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                        SONNETS                        409\n\n\nLa vierge que déjà troublent les hyménées\nPrécipite ses vœux au devant du destin,\nEt, tournant ses regrets vers un passé lointain,\nLa vieillesse fait signe à ses jeunes années.\n\nLes chênes hauts et durs ainsi que des donjons\nTressaillent de tendresse à sentir leurs bourgeons ;\nLe rejeton frissonne au travail de la sève;\n\nEt de molles vapeurs, dans les cieux éclatants,\nVêtent de pourpre et d'or le Désir et le Rêve\nQui viennent, doux hérauts, proclamer le Printemps.\n\n\n\n\n                  Suivant Catulle\nVivons, ô Lesbia! Moquons-nous des sermons\nQu'inflige à nos plaisirs la vieillesse morose;\nAimons-nous, car le Temps, maître de toute chose,\nEmportera bientôt celte heure où nous aimons.\n\nLe soleil disparu, le soir, aux flancs des monts,\nRenaît à chaque aurore en sa jeunesse rose;\nQuand sur nos yeux éteints le doigt fatal se pose,\nQuelle nuit éternelle et noire nous dormons!\n\nJe veux plus de baisers qu'aux déserts de Cyrène\nNe peut couler de sable en la main qui l'égrène;\nQu'il n'est d'astres au ciel éclairant nos amours;\n\nMais nous en cacherons jalousement le nombre,\nPour ne point accabler sous des regrets trop lourds\nLe cœur des envieux qui nous guettent dans l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "410                         DURENDAL\n\n\n\n\n                             Le Soir\n                           (D'après un pastel de Marie-Joseph Iwil)\n\n      Sous un dais de feuillage embaumé qui se mire\n      Dans le golfe, où la lune au visage blêmi\n      Epanche la clarté de son regard ami,\n      La vierge se recueille en effleurant sa lyre.\n\n      Elle égrène des chants que ses yeux semblent    lire\n      Au beau livre du ciel entr'ouvert, et parmi\n      Les lames, bleus feuillets déroulés à demi\n      Par le doigt invisible et léger du zéphyre.\n\n      Le rêve voilé d'ombre, et qui sommeille encor,\n      Tressaille aux sons glissant le long des cordes d'or;\n      Du silence s'élève une lente harmonie ;\n\n      Et des fleurs, dont un souffle agite l'encensoir,\n      Juqu'aux astres épars dans la sphère infinie,\n      S'exhale avec douceur l'âme errante du soir\n\n                                                 MAURICE OLIVAINT.\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "            Saint François d'Assise\n\n                                I\n\n\n\n               LA vie du fondateur de l'Ordre mineur, l'histoire\n                 des temps originels de ce dernier sont, depuis\n                 quelques années, en Italie, en Allemagne et en\n                 France, l'objet de nombreux et brillants tra­\n                 vaux, grâce auxquels elles nous apparaissent\n                 claires, de plus en plus, et vivantes. Sans négli­\n                 ger ce qu'il y a de vérité significative dans la\n                 légende, la réalité s'est dégagée, peu à peu, de\ncelle-ci, plus rayonnante encore. La simple beauté des faits\nauthentiques a été débarrassée des redondances lourdement\nmerveilleuses, de tout l'artificiel dont la dévotion ignorante et\nla crédulité séculaire l'avaient défigurée.\n   On aurait dit d'un bas-relief aux arêtes vives, aux lignes élo­\nquentes, tout frissonnant d'inspiration heureuse; une de ces\nimages de sainteté, à la fois rudes et délicates, taillées sous le\nporche d'une cathédrale par quelque artisan laborieux et génial\ndu moyen âge, et noyée, depuis, sous le badigeon stupide de la\npropreté ou sous le plâtre insolent des restaurations. Mais voici\nque des mains adroites et respectueuses ont nettoyé l'œuvre\noriginale des surcharges qui en travestissaient le caractère et\nelle nous est révélée dans tout l'éclat puissant et naïf de sa\nrobustesse primitive.\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "412                                    DURENDAL\n\n\n   Le temps est passé où les vies de saints n'étaient que des ana\nde miracles apocryphes, des compilations de récits fantastiques\nnarrés dans un style hideusement douceâtre. L'influence des\nméthodes sûres et sévères des Bollandistes a transformé l'hagio­\ngraphie, et l'application à l'histoire religieuse des principes cri­\ntiques modernes a produit nombre d'ouvrages de premier ordre,\nentre autres l'Histoire de Saint François, de l'abbé LeMonnier (I) ;\nl'Histoire de Sainte Jeanne Frémyot de Chantal, de l'abbé Bou­\ngaud (2), un des modèles les plus accomplis du genre, sans\nparler de la série d'excellentes monographies publiée sous le\ntitre : Les Saints, par la librairie Lecoffre.\n   Le principal honneur de la rénovation de l'histoire francis­\ncaine appartient sans conteste, à M. Paul Sabatier, dont la Vie\nde Saint François (3), parue il y a une dizaine d'années, est\ndevenue le point de départ, la cause stimulante de la plupart\ndes travaux et des recherches effectués depuis.\n   L'oeuvre de M. Sabatier est savoureuse et forte, mais en trop\nd'endroits on pourrait la soupçonner de tendance, bien que la\nscrupuleuse sincérité de l'écrivain soit évidente. En effet, à cer­\ntaines pages, le Poverello prend un peu, sous la plume de son\nbiographe, l'allure d'un insurgé contre la discipline, la hiérar­\nchie et même la liturgie de l'Église; l'accent d'un apôtre d'on\nne sait quelle religion personnelle, contrarié par la Papauté et\nduquel celle-ci se serait servi, en mutilant sa pensée. La façon\ndont l'auteur commentait les explicables hésitations de l'évêque\nd'Assise et d'Innocent I I I , aux débuts de l'Ordre, aurait donné\nà croire, comme nous l'écrivions ailleurs (4), que son admiration\npour saint François était plutôt faite d'aversion pour le catho­\nlicisme.\n   Cette impression était inexacte, à en juger d'après ce que\n M. Sabatier écrivait récemment :\n\n  « Vivre en c o m m u n i o n d'idées avec l'âme de l'Église fut la préoccupation\nconstante de F r a n ç o i s ; il fut aussi simplement q u ' a r d e m m e n t soumis a u Siège\napostolique, mais cette fidélité était si profonde et si naturelle à son c œ u r\n\n\n\n  (1) 2 vol. in-8°. Paris, Lecoffre.\n  (2) 2 vol. in-18°. Paris, Poussielgue.\n  (3) 1 vol. in-8°. Paris, Fischbacher.\n  (4) Revue générale, janvier 1901 : Assise.\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                4l3\n\nqu'il ne sentait aucun besoin de la voir attester par des pièces et des\nparchemins.\n   » Y eut-il, dans son horreur pour les bulles, une sorte de protestation\ntacite contre les abus dont il était le témoin, contre tous ces Ordres plus experts\nà se procurer les menues faveurs de la curie qu'à pratiquer l'Évangile? Je ne\nle pense même pas...\n   » Ce qui est bien sûr, c'est qu'Innocent III approuva la Règle, mais qu'il\nne fut fait aucune bulle pour attester cette approbation. Est-ce le Pape qui\nne voulut pas la donner, ou est-ce François qui en déclina l'offre? Dans le\nsilence des documents, il est bien difficile de se prononcer. Mais la seconde\nhypothèse a au moins autant de chances que la première de correspondre à la\nvérité des faits. L'impression dominante d'Innocent III recevant François\nsemble avoir été celle de l'étonnement (1). »\n\n   Il est incontestable que le clergé, surtout l'épiscopat, dont les\nsièges étaient devenus, en quelque sorte, des fiefs de la noblesse,\net turbulent et belliqueux à l'égal de celle-ci, perdit trop\nsouvent, au XIIIe siècle, le sentiment de sa véritable mission. Le\n Pape et le Sacré-Collège se préoccupaient, autant que saint\n François, des conséquences néfastes de cette situation et nous\nvoyons le cardinal d'Ostie, le futur Grégoire IX, demander au\nPetit Pauvre et à saint Dominique de lui donner de bons\nfrères pour les investir de prélatures ou d'évêchés, « afin que\npar leurs oeuvres et leur exemple » ils servent de modèle aux\nautres (2).\n   François, comme tous les fondateurs d'Ordres, avait tenté une\nsorte de rajeunissement de la foi par des voies singulières et\nnouvelles... Quoi d'étonnant à ce que des hommes de gouverne­\nment, des esprits prudents, inquiets, déjà, des hérésies multi­\nformes qui infestaient l'Europe, aient craint une approbation\ntrop précipitée et dénuée de garanties? Les saints sont dans\nl'Église, comme les hommes de génie dans le siècle leurs idées\nsont controversées ; leur action entravée, parce que l'on en aper­\nçoit d'abord plutôt les dangers immédiats que les conséquences\nfructueuses.\n   L'idéal de saint François était très haut et ne pouvait sou­\nlever dans le cœur des hommes que la risée — ou le plus\n\n\n (1) De l'authenticité de la Légende des trois compagnons, par P. Sabatier. Paris, 1901.\nExtrait de la Revue historique (horscommerce), p 25.\n (2) Leggenda di S. F. scrilta da tre suoi compagni, c. 53 ; Spéculum perfectionis, 43.\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "414                                DURENDAL\n\n\nardent enthousiasme. Son entreprise, M. Sabatier le constate\n en excellents termes, fut « une des tentatives les plus éner­\ngiques accomplies par l'humanité pour conquérir sa virilité\nspirituelle (r) ». François savait bien que l'intransigeance était\nune condition essentielle du succès. I1 avait une foi, et allait\njusqu'au bout de sa foi : force ou faiblesse? Il avait des convic­\ntions, et qui ne tourbillonnaient pas en lui, à tous les vents,\ncomme les sables stériles du désert : pourquoi ne pas l'avouer?\nc'était ce que nous appellerions aujourd'hui un fanatique!\n   Cependant, de son vivant même, l'intégrité de sa pensée fut\nméconnue et trahie par frère Elie, plus tard vicaire général, et\nses adhérents. François, « vraiment humble », se retira, alors,\net, plutôt que d'user de rigueur et de châtiments, abdiqua le\ngouvernement de l'Ordre (septembre 1220), demandant qu'on lui\ndonnât un gardien auquel il obéirait. Plus d'une fois, ensuite,\ndans les confidences qu'il fait à ses compagnons, une involon­\ntaire amertume transparait :\n\n   « Pendant tout le temps que je retins l'office de prélat sur les frères, et qu'ils\nse maintinrent dans leur vocation et profession, et bien que, depuis le début\nde ma conversion, je rencontrai toujours des contrariétés, disait-il à un frère\nqui l'interrogeait; toutefois, sans grand'peine, je les satisfaisais par l'exemple\net par la prédication ; mais, depuis que je considérai que Dieu augmentait le\nnombre des frères et que, eux, par froideur et manque de piété, se détour­\nnaient de la voie droite et sûre, par laquelle nous étions accoutumés de che­\nminer; et que, se dirigeant par une voie plus large qui mène à la mort, ils\nétaient oublieux de leur vocation et profession et du bon exemple, et ne vou­\nlaient se retirer de la voie périlleuse et mortelle qu'ils avaient prise, malgré\nmes prédications et admonitions, et l'exemple que, sans cesse, je leur montrais,\nalors je résignai au Seigneur et aux Ministres la prélation et le soin de la\nReligion, bien que, depuis le temps où je refusai l'office de la prélation des\nfrères, m'excusant en leur présence, au chapitre général, parce que, à cause\nde mes infirmités, je ne pouvais avoir soin d'eux, néanmoins si les frères\n avaient voulu cheminer selon ma volonté, jamais je n'aurais voulu, pour leur\n consolation et utilité, qu'ils eussent d'autre Ministre que moi, jusqu'au jour de\n ma mort... Puisque je ne suis pas capable de les corriger et amender par la\nprédication, admonitions et bon exemple, je ne veux pas devenir bourreau,\n avec la punition et le châtiment, comme les puissances de ce monde...\n   » Mon frère, ajouta-t-il, j'aime les frères autant que je le puis; mais, s'ils\navaient marché sur mes traces, certes je les aurais aimés d'un plus grand\n\n\n\n  (1) Spec. perf.Introduction, CXXXI.\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                             SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                  4l5\n\namour, et ne me rendrais pas étranger à eux... Il n'y a dans le monde aucun\nsupérieur qui soit autant craint de ses sujets que Dieu ferait que je sois craint\nde mes frères, si je le voulais, mais Dieu m'a fait cette grâce de demeurer\ncontent de tous, comme le plus humble qui soit dans l'Ordre (1).\n\n   En attendant, l'apparition annoncée et curieusement attendue\n de sa. Vie revisée de saint François, M. Sabatier publie une\ncollection de documents franciscains dont les textes scientifique­\n ment établis sont éclairés de notes et d'introductions du plus vif\net du plus saisissant intérêt.\n   En 1898, il nous donnait d'abord le Spéculum perfectionis (2),\nécrit par le frèreLéon,àSainte-Marie de la Portiuncule, en 1227,\nau lendemain de la mort de saint François, dans le but de faire\néchouer la candidature de l'ambitieux frère Elie au généralat.\nLe patriarche séraphique, à peine disparu, la lutte éclatait avec\nviolence entre les partisans de la règle stricte, à la tête desquels\nse trouvaient les premiers disciples du Petit Pauvre, Ange,\nRufin, Egide, Léon, et les relâchés, ceux qui voulaient faire\nl'Ordre puissant et riche, conduits par frère Elie. L'œuvre du\nfrère Léon n'est point polémique, cependant, au moins dans la\nforme, et on concevrait mal, d'ailleurs, des paroles d'invective\nsous la plume du compagnon préféré du Stigmatisé, de « frère\npetite brebis du bon Dieu! » Cependant, de quelle indignation\ndouloureuse et véhémente dut être remplie cette âme évangé­\nlique, en voyant déjà désobéi et méprisé l'enseignement du\nmaître qu'elle avait tant aimé! Ce seul fait suffit à témoigner\nde l'intensité du désespoir de frère Léon, qu'il se laissa aller à\nbriser le tronc de marbre installé sur une des places d'Assise,\npour recueillir les offrandes destinées à l'érection du somptueux\ncouvent et de la basilique de saint François ; mais les pages de\nson livre sont douces, tout imprégnées de l'esprit de François;\nc'est son exemple même, ses paroles, ses actes, dans toute la\nvivacité ingénue de leur grâce religieuse. Le blâme contre les\ntendances nouvelles n'est pas personnel, mais implicite; les faits\nexpriment d'eux-mêmes, et réprouvent... C'est un portrait\nmoral, d'une singulière perfection, dont chaque trait accentue et\n\n\n  (1) Spec. perf., 71 et 46; v. aussi 41 et 81.\n  (2) Spéculum perfectionis seu S. Francisci assisiensis legenda antiqvissima auctore fratre\nLeone, nunc primum edidit PAVI. SABATIER Un vol. in-8. Paris, Fischbacher, 1898.\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "416                                  DURENDAL\n\n\nprécise la suave et virile physionomie de l'apôtre de la pauvreté\net de l'humilité (1).\n\n   La Légende (2) dite des trois compagnons, écrite au couvent\nde Greccio, en 1246, par les frères Léon, Rufin et Ange, « com­\npagnons, bien qu'indignes, du bienheureux frère François »,\ndépositaires et, en quelque sorte, témoins de la pensée de\ncelui-ci, et qui, comme l'exprime le titre de leur travail,\n« vivaient toujours avec lui », constitue une biographie à peu\nprès complète du saint. Un grand nombre des épisodes narrés\ndans le Speculum se retrouvent dans la Légende, mais celle-ci\ncomme celui-là ne font mention, pour des raisons d'opportunité\nassez obscures, ni des stigmates, ni de la canonisation.\n   Le texte de la Légende, tel qu'il nous est parvenu, ne comporte\nque dix-huit chapitres. Dans l'étude critique des sources, préli­\nminaire à sa Vie de Saint François, M.Sabatier avait demontré,\nd'une façon irréfutable, que ce n'étaient là que les débris de\nl'ouvrage complet, détruit par ordre du chapitre général tenu à\nParis, en 1266, sous le généralat de saint Bonaventure, qui avait\nreçu mission de rédiger une Légende officielle, conçue de façon\nà satisfaire également les tièdes et les zélés, les conventuels et\nles spirituels. Heureusement, les écrivains du moyen âge, moins\npointilleux que nous sur la propriété littéraire, s'empruntaient\nfraternellement et sans vergogne des chapitres entiers: M. Saba­\n tier désignait, spécialement, la seconde Vie de saint François,\n par Thomas de Celano, comme devant recéler la plus grande\n partie des pages disparues de la Légende des trois compagnons.\n Ces inductions se sont pleinement vérifiées, grâce aux\n R R . P P . Marcellino da Civezza et Teofilo Domenichelli O. M.,\n qui, avec une science, une sagacité et un goût parfaits, sont\n  parvenus à reconstituer la Lêgende dans son intégrité (3). L'œuvre\n\n\n   (1) Une édition italienne du Speculum perfectionis a été publiée par M. Francesco\n Pennacchi, d'après le texte établi par M. Sabatier : Lo Specchio di perfezione. Un vol petit\n in-8°. Assisi. Tip. Matastasio, 1899.\n    (2) On appelait Légende, au moyen âge, le récit complet de la vie et des miracles d'un\n saint.\n    (3) La Leggenda di S. F. scritada tre suoi compagni pubblicata per la prima volta nella\n vera sua integrità dai Padri MARCELLINO DA CIVEZZA e TEOFILO DOMENICHELLI, dei\n  Minori. Un vol. in-8°. Roma. Tip. Sallustiana, 1899.\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                    4I7\n\n\nrestituée des très humbles compagnons du Poverello, accompa­\ngnée d'une substantielle préface et suivie d'un éloquent et ner­\nveux discours du R. P. Teofilo sur la caractéristique de saint\nFrançois, est un beau monument élevé par les deux éminents\nfranciscains au Patriarche d'Assise. Et tous les admirateurs de\ncelui-ci leur voueront une cordiale reconnaissance (1).\n   La comparaison du récit des mêmes faits dans le Speculum, la\nLégende des trois compagnons, les Fioretti, et, bien davantage,\ndans les compilations postérieures, permet de suivre le lent et\npresque inconscient travail grâce auquel toute l'existence d'un\nsaint est absorbée, pour ainsi dire, par le miracle; chacune de\nses démarches nimbée de merveilleux; la moindre de ses\nparoles transformée en prophétie. La progression est déjà\nnotable des Trois compagnons aux Fioretti, et il suffit pour s'en\nconvaincre de mettre en parallèle la façon dont, à un demi-\nsiècle, peut-être, d'intervalle, le même événement est rap­\nporté : la conversion, par exemple, de Bernard, de Sylvestre et\nd'Egide.\n   Les Fiofetti, cependant, dans leur grâce inimitable, la naïveté\ndélicate de leurs nuances, leurs colorations et leur dessin\nsimples et éclatants, le charme de fraîcheur et d'impromptu des\ntableaux qu'ils évoquent, nous restituent vraiment une image,\nvéridique dans l'ensemble, des origines franciscaines. L'habile\nécrivain qui a assemblé cette gerbe exquise l'a arrangée un peu\npour le plaisir des yeux, avec un art qui se dissimule, un goût\ninstinctif très fin qui corse, quelquefois, la nudité des faits, mais,\naussi, en atténue ou en émousse la vigueur expressive. Ce livre\nadorable symbolise surtout l'idéal d'imperfectible douceur et\nd'humilité de saint François, en laissant trop dans l'ombre\nl'héroïsme de sa vocation, les qualités viriles de cette âme intré­\npide : il nous y apparaît plus passif qu'actif, prêt à tout sup­\nporter plutôt qu'à tout entreprendre pour faire prévaloir sa\npensée.\n   La physionomie du Poverello conserve un bien autre relief\ndans le souvenir des trois compagnons, ses disciples les plus\n\n\n  (l) Nous nous permettrons d'exprimer ici notre gratitude particulière aux RR PP. Mar­\ncellino et Teofilo qui ont bien voulu, et de la façon la plus gracieuse, nous autoriser à\npublier une traduction française de la Légende restaurée par leurs soins diligents et pieux.\n  La maison Oudin, de Paris, en donnera prochainement une édition illustrée.\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "418                               DURENDAL\n\n\nfamiliers et les plus aimés; on sent, chez eux, la volonté d'une\nexactitude scrupuleuse et, aussi, l'accent d'émotion et de nos­\ntalgie d'hommes qui racontent les heures les plus enchantées\nd'une vie, à présent contrariée ou diminuée.\n   Il semble que ces récits, d'un caractère et d'un style parfaite­\nment homogènes, portent les indices implicites de l'authenticité.\nLe R. P. Van Ortroy, bollandiste, a cependant contesté celle-ci\net voulu ne voir dans la Légende des trois compagnons qu'un très\nhabile pastiche de la fin duXIIIesiècle. Dans une dissertation (1)\nd'une argumentation serrée et probante, M. Sabatier a démontré,\npéremptoirement, que nous tenions bien en ce document\nl'œuvre originale de frère Léon et de ses compagnons.\n\n\n   L'indulgence plénière du 2 août, accordée par le Pape Hono­\nrius I I I , à saint François, en juillet 1216, pour tous ceux qui\nvisiteraient la Portiuncule, contrits, confessés et absous, a été\nun sujet de longues controverses entre les deux branches de\nl'Ordre franciscain.\n   La tradition rapportait qu'après avoir obtenu verbalement\ndu Saint-Père cette faveur exceptionnelle, malgré l'opposition\ndes cardinaux, « le bienheureux François, ayant incliné la tête,\nsortit du palais. Et messer le Pape, voyant qu'il s'en allait,\nl'appela, disant : « O très simple! où vas-tu et qu'emportes-tu\nde cette indulgence? » Et le bienheureux François répondit :\n« Votre parole suffit, et, si l'œuvre est de Dieu, il la mani­\nfestera. »\n   Les chroniqueurs primitifs de l'Ordre et, notamment, les Trois\ncompagnons, dans leur texte mutilé, ne faisant aucune mention\nde l'Indulgence, M. Sabatier avait exprimé d'abord l'opinion\nque les récits qui la concernaient, et qui dataient, d'ailleurs, du\nXIVe siècle, étaient supposés ou apocryphes. Depuis, l'éminent\nhistorien a repris l'étude de la question, exhumé le manuscrit\nd'un traité sur l'Indulgence, écrit par un frère mineur d'Assise,\nauXIVesiècle, recherché toutes les preuves et les témoignages,\npour conclure enfin à la véracité de la version traditionnelle.\n\n\n  (1) De l'authenticité Je la Légende... des trois compagnons. Une brochure in-8°.\nParis, 1901.\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                 419\n\n   L'œuvre de frère François Bartholi della Rossa (1), mise au\njour par M. Sabatier, est une compilation où l'on retrouve, à\ncôté d'une fastidieuse énumération de faits miraculeux advenus\nà la Portiuncule, des fragments des ouvrages de Thomas de\nCelano, de la Légende des trois compagnons et du Spéculum perfec­\ntionis. Le bon moine, préoccupé surtout de grossir son pané­\ngyrique de l'Indulgence, a entassé, sans critique ni vérification,\ntout ce que la crédulité d'un siècle avait pu ajouter de fables à\nla réalité. Celle-ci a germé dans les imaginations; chaque détail\ns'est amplifié, magnifié de merveilleux; c'est le travail naturel et\npresque instinctif de la tradition qui tend mécaniquement à\néliminer la substance précise des faits pour y substituer le vague\net le surprenant. Les Trois compagnons rapportent qu'il fut\nrévélé, une nuit, « au bienheureux François, qu'il devait se\nrendre à Pérouse, où résidait le Pape, pour solliciter l'indul­\ngence de la part de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Ce récit\nsimple et nu a passé de bouche en bouche, de l'origine à Bar­\ntholi, et il est arrivé à celui-ci, qui l'enregistre, chargé de détails\nparasites, de particularités nouvelles, de circonstances qui ne\nsont que le développement des indications nettes et brèves don­\nnées par les contemporains. Bartholi narre deux visites de\nFrançois à Honorius, l'une à Pérouse; l'autre à Rome, cette\ndernière à la suite d'une nouvelle Visitation du Sauveur, de sa\nMère et d'une « multitude d'anges » à la Portiuncule, afin de\ndéterminer la date à laquelle les fidèles devront accomplir leur\npèlerinage afin de bénéficier du Pardon... Et saint François se\nprésente à cette seconde audience porteur de six des roses, trois\nblanches, trois rouges, qui ont jailli des ronces et des épines\ncouvertes de neige sur lesquelles il s'était roulé, pour chasser une\ntentation du Malin... L'épisode — que les incorruptibles Bollan­\ndistes n'ont pas voulu consacrer de leur autorité — est ravissant.\nEt n'est-ce pas ainsi que l'on aime à se représenter le petit Pauvre\ndu Christ, transfiguré dans la gloire de son humiliation; d'autant\nplus simple qu'il est victorieux; les mains, ces mains que la\n Passion devait percer, pleines des douces roses incandescentes\ndu miracle, escorté des âmes dont il a réchauffé la froideur,\nconsolé les détresses et fait tout à coup fructifier l'aridité ?...\n\n   (1) Fratris Francisci Bartho i de Assisio Tractalus de Indulgentia S. Mariœ de Por­\ntiun. nia nunc primum integre edidit PAUL SABATIER. Un vol.in-8. Paris, Fischbacher, 1900.\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "420                         DURENDAL\n\n\n\n\n                                 II\n\n\n    Des hommes paraissent, d'âge en âge, dont les gestes et les\nparoles sont marqués du sceau du divin — interprètes, provi­\ndentiellement suscités, d'une volonté supérieure à la leur, et qui\nse lèvent tout à coup, au milieu du banquet de la matière, pour\nrefaire le signe oublié — ou méprisé — de l'esprit.\n    Les paroles qu'ils apportent ne sont pas nouvelles : la Galilée,\njadis, les rives du lac de Génézareth, le jardin des oliviers, les\nont entendues. L'humanité les a recueillies et emportées dans\nson cœur, mais elles s'y sont assoupies, à la longue, étouffées\nsous les fleurs éphémères et brûlantes des plaisirs et des convoi­\ntises de la terre. Et la mission de ces hommes est de les ressus­\nciter, de les tirer de la mémoire obscurcie du passé, pour les\nreplacer dans la pleine et vibrante lumière de la vie.\n    Les apôtres ainsi sont de tous les temps : ils vaquent à leur\nlabeur quotidien, gagnent le pain de leur subsistance, pécheurs\nou publicains — l'éternel Christ passe devant eux, s'arrête, les\nregarde et leur dit : « Suis-moi ! » — et ils le suivent.\n    L'Eglise existe, cependant, héritière du suprême pontificat,\n mais quelque effort qu'elle fasse pour maintenir la société dans\n les voies de l'idéal évangélique, son influence, pour être accou­\n tumée et régulière, tend à s'amoindrir; hiérarchisée, trop sou­\n vent confondue avec les autres organes dirigeants de notre civi­\n lisation, elle apparaît plutôt aux peuples sous l'aspect de\n l'autorité. Et son crédit s'affaiblit encore lorsque, comme au\n moyen âge, grâce à la confiscation des dignités ecclésiastiques\n par les nobles et les souverains, le haut clergé participe des vices\n et des abus du régime politique.\n    La persévérante lutte du Saint-Siège contre l'Empire eut\n pour but initial d'émanciper le sacerdoce de l'intrusion d'élé­\n ments nuisibles qui paralysaient et stérilisaient son action.\n  Celle-ci s'exerçait, pourtant, mais ses résultats étaient lents et\n ordinaires; pour en obtenir de rapides et d'extraordinaires,\n pour tracer dans le monde, oscillant entre les passions et la\n  prière, des sillons profonds et durables, pour soulever en lui les\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                           SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                421\n\n\n révolutions de la pénitence et du repentir, il fallait la presti­\ngieuse apparition d'hommes semblables aux prophètes de l'an­\n cienne Loi — nouveaux, inconnus, dénués, d'abord, de tout\ncaractère consacré, surgis, soudain, d'entre la foule, pour se\nvouer généreusement à une vie d'autant plus joyeuse qu'elle était\npauvre et humiliée, d'hommes exorbitants qui, pour user de\nl'emportement sublime des expressions de saint François lui-\n même, forcent le Royaume de Dieu « par la violence de leur\nhumilité et de leur simplicité, de leurs oraisons et de leurs\nlarmes (1) » :\n   « Ou ils se sont réunis à Dieu pour la plus haute perfection,\ndisait les gens à la vue des premiers frères mineurs courant le\npays, misérablement vêtus, les pieds déchaux, — ou ils sont\ninsensés et fous, car leur existence paraît désespérée (2). »\n   Mais le secret de l'influence de ces indigents missionnaires\ngisait précisément dans leur parfait dénûment. Ils dominaient\nles puissances du sang et de l'argent parce qu'ils n'avaient point\nbesoin d'elles. L'absolu de leur abnégation, l'absence radicale\nen eux de toute visée égoïste, de toute ambition pour les\nobjets accoutumés des espérances humaines, saisissaient les\nâmes du sentiment d'une grandeur insolite, donnaient à leurs\nactes et à leurs propos une irrésistible énergie persuasive. Saint\nFrançois avait la claire et perspicace conscience des nécessités\nde son œuvre et des ressorts de son succès, lorsqu'il refusait\nabsolument d'accéder aux vœux du cardinal d'Ostie qui dési­\nrait placer des frères sur les sièges épiscopaux : « Messer, lui\ndisait-il, mes frères sont nommés mineurs afin qu'ils n'aient\njamais la présomption de vouloir se taire grands; leur vocation\nleur enseigne à rester dans les lieux bas et à suivre les traces de\nl'humilité du Christ... Si vous voulez qu'ils fassent fruit dans\nl'Eglise du Christ, maintenez-les et conservez-les dans l'état de\nleur vocation. »\n\n Saint François apparaît au milieu d'une époque de véhé­\nmence et de sang, de vie encolérée et frénétique. Tous les pou-\n\n\n  (1) Spec. perf., 78.\n  (2) Tous les passages cités, sans indication de source, appartiennent à la Légende des\ntrois compagnons (texte reconstitué par les RR. PP. Marcellino da Civezza et Teofîlo\nDomenichelli).\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "422                         DURENDAL\n\n\nvoirs sont debouts, menaçants, bardés de fer, toujours prêts à\ns'assaillir : Empereur, rois; feudataires ; petits seigneurs\npillards, retranchés dans leurs repaires, veillant sur les rem­\nparts de leurs châteaux hérissés de l'hostilité tranchante des\narmes. La multitude est foulée aux pieds sous le galop féodal\ndes chevaliers; l'existence de quiconque est hors d'état de se\ndéfendre, son honneur, son patrimoine sont en aventure. Les\ngrandes communes commencent seulement de s'organiser,\nd'imposer leur vouloir démocratique au patriciat qui les\nsubjugue. La guerre, la peste, la lèpre et la famine sévissent à\nla fois parmi les populations, comme l'ouragan, et le vent, et la\ngrêle sur les moissons bouleversées et saccagées. Les âmes,\ndésorbitées par la perpétuelle instabilité et la transe du péril\ntoujours imminent, soulevées en tourbillons comme du sable\nou des feuilles mortes, sont toutes en alternatives immodérées,\naffolées de crime et de luxure ou précipitées, soudain, conta­\ngieusement, en expiations unanimes, poussées en masses hale­\ntantes et paniques sur les chemins des pèlerinages célèbres ou\nsur les routes de l'Orient, aux croisades.\n   Au milieu de ce tumulte, un homme, citoyen d'une petite\nville perdue dans les montagnes d'une province reculée, un\njeune marchand dont la puérilité avait rêvé la fortune et la\ngloire, les prouesses lointaines, l'éclat des aventures et avait\nmis sa vanité dans le luxe des vêtements et des festins; un\nhomme apparaît, presque un enfant, traversé de la subite intui­\ntion des causes du malheur du monde, mu par une étrange, une\nimmense volonté de perfection et de liberté.\n   Les Romains de l'Empire, traqués dans leur existence, dans\nleur fortune et leurs sentiments, dans leurs paroles et jusque\ndans leur silence par les Césars, ne connaissaient plus d'autre\nliberté que celle de la mort : « Vois-tu ce précipice? s'écriait\nSénèque ; c'est par-là que' l'on descend à la liberté. Vois-tu cette\nmer, ce fleuve, ce puits? Au fond de leurs eaux se cache la\nliberté! »\n   Ce n'était pas ce remède, assez fier mais désespéré, que\nFrançois venait enseigner : « Par la grâce de Dieu, je suis\ndevenu libre », répondit-il, aux premiers jours de sa conver­\nsion, au messager par lequel les consuls d'Assise le citaient à\ncomparaître pour se justifier des accusations portées contre lui\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                           SAINT FRANÇOIS D'ASSISE               423\n\n\npar son père. Le Christ, son maître, n'avait-il pas dit : « Vous\nconnaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre (1) ? »\n    Toute souffrance naît du désir; toute douleur et tout regret\nde la possession, et nous sommes d'autant moins libres, indé­\npendants devant nous-mêmes que nos désirs sont exaucés et\nnos possessions étendues.\n    François connaît cela; il fait mieux que de le connaître, il le\nsent, et ce ne sont point en lui des théories spéculatives, d'uto­\npiques : conceptions formulées pour le vague usage d'autrui:\nc'est la règle vivante et effective de sa vie. Elle est inscrite dans\nl'Evangile, mais l'idéal qu'elle dicte a bientôt semblé ou trop\nhumble ou trop hautain pour les hommes, et digne seulement\nd'un Dieu.\n     « Si tu veux être parfait, va et vends ce que tu as, donne-le\n aux pauvres et suis-moi. » Le précepte est précis, sans équivoque\n et il ne se peut pas qu'il soit inapplicable, étant sorti de la\n bouche miséricordieuse de Celui qui a le mieux aimé et com­\n pris l'humanité. Et le fils de Bernardone obéit, abandonne ses\n parents, son héritage, sa maison, l'estime du monde et ses pré­\n jugés; s'enfuit enfin de la présence des siens comme un autre\n enfant prodigue, non pour la sensualité et la dissipation, mais\n pour se prodiguer lui-même, et son exemple et son amour.\n     Car c'est par l'exemple uniquement qu'il prêche et veut\n convertir; et son existence sera, désormais, ainsi qu'une vivante\n parabole de la Pauvreté. Indigent et dénué, il va, annonçant\n  la paix, la grande paix profonde du renoncement; et toute son\n  éloquence est dans l'affabilité de son sourire et de ses yeux,\n  dans les paroles exaltées et chantantes de prière et d'extase que\n  la joie lui inspire : « L'homme de Dieu ne prêchait pas alors\n  au peuple; pourtant, quand il passait par les villes et les\n  villages, il priait chacun qu'il aimât et craignît Dieu, et fît\n  pénitence de ses péchés. Et frère Egide exhortait les assistants\n  à ce qu'ils crussent en lui, parce que parfaitement il les\n  conseillait. »\n      Ses discours, comme ses écrits, sont « de peu de paroles\n  simples », et cette simplicité pleine de relief, de substance et\n   d'émotion restera sienne jusqu'à la fin ; et la gloire efflorescente\n\n\n   (1) Saint-Jean, VIII, 32.\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "424                              DURENDAL\n\n\nde son nom et de son ordre n'enfleront ni son cœur, ni son lan­\ngage : « A tous les gardiens des frères mineurs, auxquels ces\nlettres parviendront, le frère François, leur serviteur et leur tout\npetit dans le Seigneur, envoie son salut... (1) ». Ainsi débute\nune de ces belles lettres-circulaires, au sujet desquelles M. Paul\nSabatier dit éloquemment : « Les mêmes idées, les mêmes\nphrases reviennent sans cesse ; mais, sous la plume de François,\nle mot n'est rien, il n'est jamais là pour lui. Celui qui le voit, le\nremarque, fait une erreur, il commet presque une faute : le mot\nn'est ici que le porteur d'une idée ou plutôt d'une force (2). »\nIl dit peu de chose, mais précisément ce qu'il fallait dire, les\nmots décisifs et limpides que beaucoup d'âmes troublées atten­\ndaient; les mots d'abnégation et d'innocence, à l'accent surna­\nturel, où ne s'évoquent ni l'éclair des armes, ni le tintement de\nl'or, ni la séduction de la chair, mais l'amour, le seul amour,\npuissant et ingénu... Il aime ; et c'est sa vertu, toute, et son pou­\nvoir, et son triomphe... Il aime de son humilité; il aime de sa\npauvreté; et plus il se diminue lui-même, plus son amour\ngrandit.: Rien ne l'entrave; rien ne crée en lui l'hésitation ou la\nperplexité; rien ne le détourne ou ne le tire en arrière, ne brise\nles élans de sa foi ou de son ardeur, car son amour est désinté­\nressement et sacrifice et, s'il se mêle au monde, c'est pour\nl'aimer et le sauver, et non pour en jouir.\n    L'amour rayonne de lui et, déjà, il est auréolé; les prudents,\nles formalistes et les timorés cèdent devant la communicative\nchaleur de sa conviction et de son enthousiasme : la voie qu'il a\nchoisie est ardue et insolite, trop dure, peut-être, pour la fai­\nblesse invétérée des hommes ; cependant l'évêque d'Assise et le\n Pape approuvent la Règle qu'ils considéraient d'abord comme\nexcessive; la curie romaine pallie, en sa faveur, des principes\n dont elle ne se départit jamais.\n    Cet amour lui concilie même et lui rend dociles et familières\n les bêtes effarouchées par la cruauté coutumière des hommes.\n La simplicité de son cœur fait qu'il est, pour ainsi dire, de plain-\n pied avec la nature : il ne laisse rien échapper de sa beauté et\n goûte avec ravissement la saveur des choses les plus humbles et\n\n\n  (1) P. SABATIER : Tractatus, p. 135.\n  (2) Tractatus, p. 120.\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                                                      (Photo Alinari, de Florence)\nSAINT FRANÇOIS PRÊCHANT A U X H O M M E S ET AUX OISEAUX\n                            GOZZOLI\n             Eglise de Saint-François, à Montefalco\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": ""}, {"page_pdf": 502, "texte": "                     SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                   425\n\n\n les plus usuelles. Tout est beauté à la joie pénétrante de ses\nyeux ; tout est richesse pour sa pauvreté, tout splendeur, don\ngratuit et inattendu : les morceaux de pain de froment noir de\nl'aumône ; l'eau pétillante et « chaste » de la source ou de la\n fontaine; le chant des oiseaux; l'immobile azur sur les roches\nétincelantes de la Vernia; les modestes fleurs sauvages qui our­\nlent les chemins où il erre, vagabond du bon Dieu, avec frère\n Léon — frate pecorella — frère petite brebis.\n   La Pauvreté est sa Dame; le Sauveur la lui a fiancée en ces\nparoles : « Ne portez aucune chose par la route, ni bâton, ni\nbesace, ni chaussures, ni argent. » Et quelle pénurie serait\njamais assez parfaite pour nous, alors que le Fils de Dieu a\nsouffert la faim? : « Étant un jour assis à manger, un frère lui\ndit que la Bienheureuse Vierge Marie, à l'heure du repas, avait\nété si pauvre qu'elle n'avait eu de quoi donner à manger à son\nfils. Et, entendant cela, l'homme de Dieu soupira avec grande\ndouleur et, abandonnant la table, mangea son pain par terre. »\n   Toutes les choses à l'usage des frères, habitations, vaisselle,\naliments, il veut qu'elles « chantent le pèlerinage et l'exil ». Il\ns'effarouche parce que l'on a parlé devant lui de la « cellule du\nfrère François ». Il trouve toujours sa pauvreté insuffisante et\nencombrée de trop de superfluités. Rencontrant un mendiant,\nil dit à son compagnon : « Grande honte nous a donnée la pau­\nvreté de cet homme et elle reprend fortement notre pauvreté.\nCar ce m'est une très grande honte quand je trouve quelqu'un\nde plus pauvre que moi, qui a choisi la sainte Pauvreté pour\nfemme, et pour mes délicatesses et mes richesses corporelles et\nspirituelles ; et cette renommée est allée par le monde entier, à\nsavoir que j'ai fait profession de la sainte Pauvreté devant Dieu\net devant les hommes. »\n   Si dépourvu qu'il soit, d'ailleurs, et parce que Jésus a dit :\n« A quiconque te demande, toi, donné », il ne repousse jamais\nune sollicitation et, plutôt que de refuser, se dépouille de ses\npropres vêtements; à ses yeux, ce n'est qu'une restitution : le\nmanteau qui le couvre ne l'a-t-il pas seulement reçu en prêt,\njusqu'à ce qu'il rencontre un plus besogneux que lui?\n   Un jour, à la Portiuncule, n'ayant rien de quoi faire aumône\nà une vieille femme, il veut lui donner l'unique Evangile du\ncouvent. Son vicaire-général, Pierre de Catane, lui objectant\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "426                                  DURENDAL\n\n\n que ce Nouveau-Testament est indispensable aux offices :\n « Donne-le, répond saint François, cela plaira davantage à\n Dieu que si nous y lisions. »\n    Il voit, avec raison, dans l'aumône humblement reçue ou dis­\n tribuée, un grand moyen de perfection, une école de constance\n et de virilité.\n    Que de répugnances il avait dû détruire en lui-même avant\n d'affronter allègrement la risée et l'incompréhension du monde!\n La première fois qu'il essaya de se nourrir des restes d'aliments\nqu'il avait recueillis, en mendiant, dans son écuelle, il fut saisi\nd'un haut-le-coeur, mais « finalement, se vainquant lui-même, il\ncommença à manger et il lui parut que, s'il mangeait un élec­\ntuaire, il ne serait pas aussi délicat ».\n    Un jour, au début, qu'il allait, de porte en porte, à Assise,\ndemandant de l'huile pour les lampes de Saint-Damien, «venant\nprès d'une maison et voyant là les hommes réunis à jouer, il\nprit honte de demander l'aumône devant eux et s'en alla. Puis,\nse parlant à lui-même, il se reprit d'avoir péché; et, courant à\nl'endroit où se faisait le jeu, il dit sa faute devant tous ceux qui\nétaient là et qu'il avait pris honte de demander l'aumône à\ncause d'eux ».\n    Mais son intention n'est point que les frères vivent, oisifs, de\nla mendicité, de la « table de Jésus-Christ »; il faut qu'ils tra­\nvaillent : « Va, dit-il avec son innocente ironie à ce frère « qui\nne priait, ni ne travaillait, mais mangeait bien», va ton chemin,\nfrère mouche — frate mosca — car tu veux manger la fatigue de\ntes frères, et être oisif dans l'œuvre de Dieu, comme le frelon\nqui ne fait aucun gain et mange d'abord la fatigue des autres. »\n« Souvent, pour ne pas rester oisifs, les frères aidaient les\npauvres gens dans leurs champs, et ceux-ci ensuite les subve­\nnaient de pain, pour l'amour de Dieu (1). »\n   La Pauvreté est la dignité essentielle des frères mineurs, et\ntous les actes de saint François témoignent de la vénération où\nil la tient : Il va à la rencontre du frère qui, ayant été mendier à\nAssise, redescend à Sainte-Marie de la Portiuncule, en chan­\ntant et en louant Dieu à haute voix ; il baise la besace qu'il\nporte, l'en débarrasse et, rentré au couvent, dit devant tous les\n\n\n (1) Spéculum perfectionis, C. 55.\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                         SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                           427\n\nfrères : « Béni soit mon frère qui va et cherche, et revient,\njoyeux, avec l'aumône. »\n   Il sait qu'il n'est que d'embrasser la croix, étroitement; que\nle dévouement absolu, l'immolation complète, sans restriction,\nseule, rendront son œuvre de rédemption significative, lui con­\nféreront toute son efficace puissance, toute sa convaincante\nvertu : « Tenez pour certain, dit-il aux frères qui l'accompa­\ngnaient à la Vernia (1), que plus nous fuirons la pauvreté, plus le\nmonde nous fuira. »\n   Il maintient l'inflexible rigueur de la Règle sur ce point avec\nune presque farouche énergie, la fait prévaloir longtemps,\nmalgré les sourdes oppositions qu'il rencontre, les menées sour­\nnoises de frère Elie; en dépit des conseils du cardinal Hugolin,\npréoccupé de la tempérer pour la rendre supportable aux\nhommes qui, vraisemblablement, devaient succéder aux saints\nde la première génération franciscaine.\n   Il souffre de tout ce qui porte atteinte à son idéal et cette âme\nde douceur et de suavité en prend presque de la violence et de\nla dureté : il veut détruire de ses propres mains une maison\nconstruite, par la municipalité d'Assise, pour abriter le chapitre\ngénéral; il ordonne aux mineurs de Bologne, et même aux\nmalades, d'abandonner sur le champ un couvent trop confor­\ntable qui leur avait été donné à son insu.\n   Il ne craignait pas, du reste, de faire asseoir la Pauvreté avec\nlui chez les prélats et les nobles; de l'amener ainsi qu'une com­\nmensale inattendue et un peu rude parmi les convives élégants\net mondains des princes de l'Eglise : Se trouvant un jour, chez\nle protecteur de l'Ordre, le cardinal Hugolin, il s'échappa\n« presque furtivement pour aller à l'aumône et, revenant, il\nposa sur la table les morceaux de pain noir » qu'il avait\nrécoltés :\n\n   « Le bienheureux François prenait de ses aumônes et en donnait à chacun\ndes chevaliers et chapelains de Messer le Cardinal, avec un visage joyeux;\net les uns les mangeaient, et les autres les conservaient par dévotion. Après le\nrepas, le cardinal embrassa le bienheureux François avec beaucoup d'allé­\ngresse et de plaisir, lui disant : « Pourquoi m'as-tu fait aujourd'hui un tel\n\n\n\n (1) I FIORETTI : Deuxième considération sur les stigmates.\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "428                               DURENDAL\n\n\naffront que, venant dans ma maison, qui est la maison de tes frères, tu sois\nallé à l'aumône? » Le bienheureux François répondit : « Messer, je vous ai\nencore fait plus d'honneur en honorant mon Seigneur, auquel plaît la pau­\nvreté, et, surtout, celle qui est volontaire. Et je veux avoir et tenir pour très\ngrande noblesse et dignité royale de suivre le Seigneur qui, étant riche, voulut\nse faire pauvre. »\n\n\n   Tout ce que l'homme acquiert, et que ne possèdent point les\nautres, richesses, pouvoirs, science, engendre en lui la concep­\ntion de sa supériorité, alimente son orgueil, offusque les libres\nmouvements de cet amour dont, seule, la pure et inextinguible\nardeur entraînera le monde et le sauvera. Ce n'est pas par le\nsavoir et l'éloquence que François a rassemblé autour de lui\ncette multitude de disciples, mais bien par la secrète et rayon­\nnante vertu de sa pauvreté volontaire et de sa simplicité. Il a\nrécolté d'autant plus qu'il s'est donné davantage ; non point des\nparoles apprises dans les livres, habiles ou élégantes, mais lui-\nmême, lui-même...\n   Le religieux qui s'efforce pour acquérir une science superflue,\naux dépens de sa vraie vocation, enfreint, à ses yeux, son ser­\nment de pauvreté, puisque cette science étant stérile et impropre\nà émouvoir et à rallier les âmes, il ne la convoite que pour sa\npropre satisfaction, pour l'ornement vaniteux de son esprit. La\nvictoire n'appartient qu'à l'amour; l'amour est la seule arme\ndont il veut que soient munis ses frères, en vrais «chevaliers de\nla Table-Ronde» (1). Mais, parmi les hommes qui l'ont suivi\nou qui le conseillent, si pieux et zélés qu'ils soient, il en est\ntrop qui sont du temps et du moment, et cessent bientôt de le\ncomprendre, lui qui est de toujours; leur pensée est fondée\nselon la raison, judicieuse dans l'espace circonscrit qu'elle\nenvisage; la sienne s'enlève d'un coup d'aile et plane dans une\nlumière trop éblouissante qui les aveugle. Ils prêchent, argu­\nmentent, citent, discutent — lui, il aime. Cependant, si l'amour\nest sainteté chez lui, il est génie aussi, et intelligence : la science\npeut séduire, amuser, l'amour seul convainc; et, d'ailleurs,\nest-ce celui-ci ou celle-là que le Sauveur a apporté à la Terre?\nAussi avec quelle véhémence il défend, là également, l'intégrité\n\n\n\n (1) Spec.perf.,   72.\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                 429\n\n de son œuvre lorsqu'elle lui semble en péril ! Et son inquiétude\n donne à sa voix une âpreté bien inattendue :\n\n   De quelle manière il reprit les frères qui aspiraient à aller par la voie de la science, et\n non plus par la voie de l'humilité, et leur prédit comment l'Ordre serait réformé et remis\n dans son état primitif.\n\n    Le bienheureux François se trouvant au chapitre général de Sainte-Marie\n dé la Portiuncule, qui fut appelé le chapitre des nattes, parce qu'il n'y avait\n là d'autres habitations que de nattes, et s'y rassemblèrent bien cinq mille\n frères; beaucoup de frères lettrés et savants allèrent à Monseigneur d'Ostie,\n qui s'y trouvait, et lui dirent : « Monseigneur, notre désir est que vous per­\n suadiez au bienheureux François de suivre le conseil des frères plus savants\n et qu'il promette de s'en tenir quelquefois à leur conseil. » Et ils alléguaient la\n Règle de saint Benoît, de saint Augustin et de saint Bernard, qui enseignent\n à vivre de telle et telle façon. Le cardinal, ayant rapporté toutes ces choses\n au bienheureux François, par manière d'admonition, le bienheureux François,\n ne lui répondant rien, le prit par la main et ainsi le mena en présence des\nfrères réunis en chapitre. Et il parla aux frères en ferveur et vertu de l'Esprit-\nSaint, de cette façon : « Mes frères, mes frères, le Seigneur m'appela par la\nvoie de la simplicité et de l'humilité, et il me montra une telle voie, en vérité,\npour mon salut et le salut de ceux qui veulent me croire et m'imiter. Pourtant,\nje vous enjoins de ne rien me dire d'aucune Règle, ni de saint Benoît, ni de saint\nAugustin, ni de saint Bernard, ni d'une autre voie et forme de vie, en dehors\nde celle qui, par Dieu, me fut montrée et, par. sa miséricorde, me fut donnée.\nEt ainsi nie dit Dieu être son intention que je sois comme un nouveau pacte\nen ce monde, et il ne voulut point nous conduire par une autre voie que celle\nde cette science-là. Mais, par votre doctrine et sagesse, Dieu vous confondra,\net ainsi je me fie aux intendants du Seigneur, par lesquels Dieu vous punira,\net il vous réduira ainsi à votre état, à votre grande confusion, que vous le\nvouliez ou non. »\n   Alors, le cardinal eut grande stupeur et ne répondit rien, et tous les frères\nfurent pris d'une grande crainte (1).\n\n   Son âme est comme un admirable équilibre de forces, forces,\nd'énergie, forces de douceur; et son humilité s'allie très bien\navec une parfaite plénitude de sécurité sur la destinée de son\nœuvre : il sait bien qu'elle ne peut être que folie aux yeux des\nhommes, qu'ils la contrarieront et que la réussite ne leur en\nappartiendra pas.\n\n  (1)Spec.perf.68. M. Sabatier (Spe; perf. LXXX.VIII) présume que cette scène se passa au\nChapitre général de la Pentecôte, 3 juin 1218, où se trouvait également saint Dominique\n(v. Fioretti, 18). Le docteur Lempp (Frère Elie, p. 47), lui assigne la date de 1221.\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "430                             DURENDAL\n\n\n   A l'origine, alors qu'il n'avait que trois compagnons, frère\nBernard, frère Sylvestre et frère Egide, il était parti avec ce\ndernier et avait envoyé les deux autres, pour convertir le pays à\npénitence. Ils allaient, comme les ménestrels ou les troubadours,\nde ville en village, de château en château, en « jongleurs du bon\nDieu », plus pauvres que les pauvres, et plus humbles, aventu­\nriers de l'Evangile, vêtus comme des pèlerins, soulevant des\nsentiments contradictoires : là, l'enthousiasme de la dévotion;\nici, la défiance; rebutés plus souvent qu'accueillis; pris pour\ndes voleurs ou des hommes sauvages ; si étranges qu'ils épou­\nvantaient les femmes et les petits enfants. E t ainsi, en dépit des\ninjures et des avanies isolés dans l'hostilité du monde qui\nparaissait conjuré contre eux, saint François émerveillait son\ncompagnon en lui prédisant, avec la confiance la plus exaltée\ndans l'avenir, que l'Ordre se propagerait par toute la terre. Et,\nrempli de joie, il chantait...\n    Les biographes primitifs nous le représentent presque tou­\njours avec un visage joyeux. Ses moines doivent, du reste, être\ntels; ils ne peuvent se montrer avec «une face troublée». Il\naurait trouvé de belles et candides paroles de louange pour\ncette mère Anne-Eugénie Arnauld, de Port-Royal des Champs,\n qui racontait si joliment : « Depuis ma profession, je demeurai\n dans une si grande joie d'être religieuse, qu'une fois je dansai\n étant seule ; et quand je voyais une religieuse triste, je pensais\n qu'elle n'avait qu'à regarder son voile noir pour ne l'être plus...\n il me souvient, ajoutait-elle — et ces émotions n'ont-elles pas\n une saveur toute franciscaine? — il me souvient qu'ayant une\n fois l'esprit fort abattu, je fus toute ravie en voyant seulement\n les étoiles et, une autre fois, en entendant sonner nos trois\n cloches qui faisaient une douce harmonie (1). »\n    La tristesse nous affaiblit, pensait le Poverello, nous livre en\n proie désarmée aux suggestions du Malin qui en profite pour\njeter des poignées de poussière par les ouvertures d'une âme\n mal défendue, afin d'en troubler la pureté et la quiétude (2).\n « Que les frères se gardent, dit la première Règle, de montrer\n un extérieur mélancolique, sombre ou hypocrite, mais qu'ils se\n montrent joyeux dans le Seigneur, souriants et aimables.»\n\n  (1) SAINTE-BEUVE : Port-Royal.\n  (2) THOMAS DE CELANO. Seconde légende.\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                                 431\n\n\n    Le frère mineur doit être fidèle et joyeux, et simple; ne pas\n s'enorgueillir de sa vocation ni mépriser, du haut de sa pauvreté,\n les gens du monde livrés aux futilités du luxe et de l'apparat. Il\n ne faut pas les reprendre avec amertume et blâme, mais, au con­\n traire, leur être aimable et courtois : «Sache, frère très cher, que\n la courtoisie est un des attributs de Dieu, qui donne son soleil et\n sa pluie aux justes comme aux injustes, par courtoisie, et la\n courtoisie est la sœur de la charité et, par elle, s'éteint la haine\n et se conserve l'amour (1). »\n    Lorsque, au printemps de l'Ordre, il parcourait avec frère\nEgide la marche d'Ancône, cette belle province entre la mon­\ntagne et la mer, les régions ardues de l'Apennin central, le pays\nde Nocera, sauvage et boisé, les pentes de la chaîne d'où l'on\naperçoit la plaine fertile, entrecoupée de rivières, et les rivages,\nhantés de troupeaux de moutons, que l'Adriatique festonne\nde l'ondulation glauque de ses eaux argentées, saint François\nchantait...\n   Il chantait des hymnes et des psaumes où son âme s'expri­\nmait elle-même, lui dictait des paroles pénétrantes comme la\nflamme, pures comme la lumière :\n\n  Laudaio sia, mio Signore, per suor luna et per le stelle, il quale in cielo le hai for­\nmate chiare e belle.\n  « Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur la Lune et pour les étoiles, que,\ndans le ciel, tu as formées claires et belles... »\n\n   Il ne fait presque que nommer les choses, mais il leur com­\nmunique son âme passionnée et candide. Chorège de la créa­\ntion, d'un geste ample et simple, il agenouille autour de lui,\ndans l'infini radieux de l'adoration, le soleil, la lune et les\nétoiles, et l'eau, et le feu — et la mort... Fleurs ardentes et\nfraîches, liées en gerbe par l'amour et que l'on dirait présentées\nen offrande mystique par la main d'un enfant, d'un poète et\nd'un saint...\n   La jubilation spirituelle, parfois, lui remplissait l'âme de\nmélodies divines ; les foudroiements et les visitations célestes\nsuscitaient en lui une telle et si excessive félicité qu'ils se\n\n\n (l)FlORETTI.\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "432                                 DURENDAL\n\n\nmarquaient par des actes mêlés de gravité et d'enfance, par de\npoignantes effusions où la joie s'unissait aux larmes :\n\n   Quelquefois, il cueillait une baguette, et la soutenant sur le bras gauche, il\nposait dessus une autre baguette à la façon d'un arc et, avec la main droite,\ntirait sur celui-ci, presque comme sur (les cordes d') une viole ou d'un autre\ninstrument; et prenant une attitude appropriée, il chantait en français du\nSeigneur Jésus-Christ. Et tous ces chants et danses se terminaient ensuite en\nlarmes et compassion du Christ, pour se résoudre enfin en allégresse où,\ndistrait des objets qu'il tenait en main, il était ravi au ciel.\n\n   Lorsque, un soir de sa jeunesse, livrée encore à l'étourdisse­\nment du siècle, après un repas avec ses compagnons de plaisir\nqui allaient en chantant par les rues d'Assise, il se sentit tout à\ncoup envahi par la suavité douloureuse et brûlante de la grâce,\n« il ne chantait pas, mais songeait diligemment...» Le soir,\nmaintenant, descendait de nouveau; sa journée était à son\ndéclin, elle était presque passée de l'aube de candeur au cré­\npuscule de sacrifice : Il avait accompli son œuvre, mendié,\nprié, souffert, reçu les stigmates, la certitude de la rémission de\nses péchés et de la béatitude du Paradis : « Et, depuis que j'eus\ncette révélation, disait-il à frère Elie, je suis si plein d'allé­\ngresse que je ne puis plus pleurer; et pour cela, je chante et\nchanterai à Dieu... (1) »\n   La foi chantait, en lui, et la jubilation, et l'amour. Et il\nchante, et fait chanter, en effet, jusqu'à la fin...\n   Deux ans avant sa mort, alors qu'il se trouvait au couvent de\nSaint-Damien, malade des yeux, logé dans une hutte de nattes,\nhantée par des souris qui l'incommodaient fort, il fut secouru\nd'une Visitation divine, dans la jubilation de laquelle il com­\nposa le cantique de frère Soleil et apprit à ses compagnons à le\nréciter et à le chanter. Laissons frère Léon nous en raconter\n la merveilleuse histoire (2) :\n\n   Son esprit était alors en une telle consolation et douceur qu'il voulait\n envoyer chercher frère Pacifique qui, dans le siècle, avait été couronné roi\n des vers et fut très noble conteur ; et il entendait lui donner comme compa-\n\n\n\n   (1) FIORETTI. Quatrième considération sur les stigmates.\n   (2) Spec. perf. C. 100, 101, 123.\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                           SAINT FRANÇOIS D'ASSISE                              433\n\ngnons quelques frères afin qu'ils allassent avec lui par le monde, prêchant et\nchantant les louanges du Seigneur. Et il disait être son intention que celui\nqui, parmi eux, saurait le mieux prêcher, prêchât d'abord au peuple, et fini\nle sermon, que tous ensemble chantassent les louanges du Seigneur, comme\nles jongleurs du Seigneur...\n\n\n\n   Il advint qu'une grande discorde naquît entre l'évêque et le podestat de là\ncité d'Assise, tellement que l'évêque excommunia le podestat et que le\npodestat manda un édit pour que personne ne vendît rien à l'évêque, ni ne lui\nachetât, ni ne fît aucun contrat avec lui.\n   Lorsqu'il eut appris cela, le bienheureux François, qui était malade et\ngardait le lit, fut ému de pitié pour eux, particulièrement parce que personne\nne se faisait médiateur de la paix ; et il dit à ses compagnons: « Grande honte\nest pour nous, serviteurs de Dieu, que l'évêque et le podestat se portent une\ntelle haine réciproque et que personne ne se fasse médiateur de leur paix. »\nEt alors, il fit vite ces vers des Laudes susdites, à l'occasion de cette paix,\net dit :\n\n        Loué sois-tu, Seigneur, pour ceux qui pardonnent pour ton amour...\n\n   Il appela ensuite un de ses compagnons et lui dit ainsi : « Va au podestat,\net prie-le de ma part qu'avec les principaux de la cité et les autres qu'il peut\nconduire avec lui, il aille à l'évêché; » Et après que ce frère s'en fût allé, il dit\nà deux autres de ses compagnons : « Allez devant l'évêque et le podestat et les\nautres qui sont avec eux, et chantez le cantique du frère Soleil, et j'ai con­\nfiance que Dieu voudra humilier leurs cœurs et les rétablir dans leur primi­\ntive alliance et amitié. » Et quand tous furent réunis sur la place du cloître de\nl'évêché, ces deux frères se levèrent et l'un d'eux dit : « Le bienheureux Fran­\nçois a fait, dans sa maladie, les Laudes du Seigneur pour ses créatures, à la\nlouange du Seigneur et pour l'édification du prochain; et pour cela je vous prie\naffectueusement que vous les écoutiez en grande dévotion. » Et ils se mirent à\nles réciter et à les chanter.\n   Alors le podestat immédiatement se leva, et les bras et les mains joints, les\nécouta attentivement, à très grande dévotion, et avec grande effusion de\nlarmes, comme s'il entendait l'Evangile du Seigneur; car il avait grande foi\net dévotion au bienheureux François.\n   Comme ils eurent fini de chanter les Laudes du Seigneur, le podestat parla\nainsi en présence de tous : « En vérité, je vous dis que j'accorderais mon\npardon, non seulement à Monseigneur l'évêque, que je veux et ai l'intention\nd'avoir toujours pour mon seigneur, mais aussi à celui qui aurait tué mon\nfrère ou mon fils. I1 Parlant ainsi, il se jeta aux pieds de l'évêque et lui dit :\n« Me voici, je suis prêt à vous donner en toute chose la satisfaction qui vous\nplaira davantage, pour l'amour de notre Seigneur Jésus-Christ et du bienheu­\nreux François, son serviteur ».\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "434                                 DURENDAL\n\n\n  Alors l'évêque l'embrassant, le releva de ses mains et lui dit ainsi : « A cause\nde mon office, il me conviendrait d'avoir de l'humilité, et puisque par incli­\nnation naturelle, je suis prompt à la colère, je te prie que tu m'accordes ton\npardon... »\n\n\n\n    Apprenant d'un frère que sœur Mort était pour lui venir bientôt, le bien­\nheureux François, toutefois, reçut de ces paroles une nouvelle joie spirituelle,\net, avec grande ferveur d'esprit, il loua le Seigneur, disant à ce frère : « Allons,\ns'il plaît à mon Seigneur que je meure bientôt, fais venir à moi frère Ange et\nfrère Léon qu'ils me chantent notre sœur, la Mort. »\n    Lorsque ces deux frères furent devant lui, ils chantèrent, avec grande\namertume et douleur, le cantique de frère Soleil et des autres créatures, que le\nsaint lui-même avait fait. Et alors, avant le dernier vers de ce chant, il ajouta\nquelques vers sur notre sœur, la Mort, disant :\n\n            Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur, la mort corporelle...\n\n\n    Il avait chanté la splendeur des choses; il avait chanté pour\n le salut et pour la paix; il chante à présent, et d'une âme plus\n que jamais joyeuse et libre, pour la mort...\n    Il avait coutume de recommander au frère jardinier de réser­\n ver une partie du potager, un beau petit jardin, où planter des\n herbes balsamiques, des plantes verdoyantes qui, en leur temps,\n porteraient des fleurs, pour l'amour de Celui qui est appelé\nfleur des champs et lys des vallées (1)... Et ce jardin de légumes\n et de fleurs, très humble, très utile et très beau, n'est-il point\n comme un emblème de l'œuvre puissante et admirable du séra­\n phique Poverello; — de cette terre violente et riche, et sauvage,\n du moyen âge qu'il a labourée pour en faire jaillir des fruits\n de miséricorde et de liberté, en même temps qu'il y parsemait\n les fleurs de sa vie, qu'il y faisait épanouir, en parfums d'extase\n et de souffrance, les fleurs de ses actes, de ses paroles, de ses\n chants — les fleurs miraculeuses et sanglantes de ses stigmates?\n\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n  (1) Spec. perf. C. 118.\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                     Poèmes\n\n             La Mer Phosphorescente\n                                       A EDMOND GLESENER.\n\n\nLa mer, ce soir d'été, sanglote doucement.\nDans un mystérieux et pâle embrasement,\nSes vagues, maintenant libres de toutes voiles,\nRoulent à l'infini leur poussière d'étoiles.\nD'heure en heure on entend la voix des flots grandir,\nEt d'heure en heure on voit la mer mieux resplendir\nComme une plaine en feu qu'un long râle traverse...\nMoi, penché sur ta houle où mon rêve se berce,\nJ'écoute seul, ô mer! tes nocturnes sanglots :\nEt devant l'incendie immense de tes flots,\nJe songe à ces grands cœurs ignorés de la foule\nQui roulent des soleils dans leur ardente houle !\n\n\n\n\n             La Jeune Fille au Miroir\nC'est l'aube. A son miroir, la blonde enfant déroule\nSes tresses, dont la masse opulente s'écroule\nEt ruisselle à longs flots sur son torse cambré.\nLa voici qui se coiffe : un éclair d'or ambré,\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "436                         DURENDAL\n\n\n\n      Dans la lumière pure et chaude qui la baigne,\n      S'allume à chaque boucle au passage du peigne...\n      0 charme merveilleux! sa chevelure a l'air,\n      En ondulant dans la splendeur du soleil clair,\n      D'une moisson d'été frissonnant sous l'aurore ;\n      Et ses petites mains, qui voltigent encore\n      A travers les cheveux qu'elles ont rassemblés,\n      Semblent de blancs oiseaux dans la blondeur des blés.\n\n\n\n\n                      Baisers d'Automne\n              Ainsi qu'un suprême beau jour\n              Sur un triste et doux paysage,\n              Ton languissant, ton pâle amour\n              Eclaire à peine ton visage.\n\n              Tes baisers graves et pensifs\n              Ont le parfum plein de mystère\n              Des fleurs qui meurent sous les ifs\n              D'un cimetière solitaire.\n\n              Et ta parole se confond,\n              Lente, berceuse et monotone,\n              Avec le bruit plaintif que font\n              Les feuilles mortes de l'automne.\n\n\n\n                     Crépuscule d'Adieux\n              Le soir de nos derniers baisers,\n              Toute triste en ta robe noire,\n              Tu promenais tes doigts rosés\n              Sur les touches de pâle ivoire.\n\n              Ton lamènto mélodieux\n              Accompagnait notre souffrance,\n              Chantant l'angoisse des adieux\n              Qui nous serrait le coeur d'avance.\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                  POÈMES                                437\n\n L'âme ardente du piano\n Sanglotait sous tes mains   errantes,\n Et la perle de ton anneau\n S'allumait aux clartés    mourantes...\n\nL'ombre chère aux cœurs affligés\nVint, lente comme une agonie,\nEtouffer sous tes doigts légers\nLa toute suprême     harmonie.\n\nA mesure que le jour bleu\nSe fondait en nuit  diaphane,\nTa main pâlissait peu à peu\nComme une rose qui se fane. .,\n\nMais la perle de l'anneau    d'or,\nDouloureusement      irisée,\nLa perle scintillait encor\nComme une larme de rosée\n\n\n\n\n          La Maison Close\n\n                                    Âo   COMTE D'ARSCHOT.\n\n\nPour que rien du passé ne meure\nDans la maison de notre   amour,\nJ'ai fermé la chère demeure\nJusqu'à l'heure de ton retour.\n\nLa voici donc silencieuse                ......\nEt sourde à tout ce qui n'est pas\nLe bruit de ta voix, de tes pas\nOu de ta jupe    harmonieuse.\n\nNul ne s'assied sur le fauteuil\nOù rêvait ta grâce fluette;\nLe salon garde un air de deuil,\nEt la vieille horloge est muette.\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "438                 DURENDAL\n\n\n      Ainsi, les volets clos au jour,\n      Un linceul de lierre à la porte,\n      La demeure semble une morte,\n      Une pauvre morte d'amour!...\n\n      Mais ton retour fera renaître,\n      Douce enfant, la chère maison :\n      Le regard clair de la fenêtre\n      Se rouvrira sur l'horizon;\n\n      Tandis qu'on entendra revivre\n      Dans le salon ensoleillé,\n      Comme un cœur soudain réveillé,\n      La fidèle horloge de cuivre.\n\n\n\n\n                       Avril\n      Comme un enfant dont le réveil\n      N'est qu'un sourire d'allégresse,\n      Avril renaît dans le soleil\n      Qui l'auréole et le carresse.\n\n      Un soufflle amoureux vient lécher\n      Le seuil qu'un flot de pourpre arrose,\n      Et les fleurs tendres du pêcher\n      Font la muraille toute rose.\n\n      0 délice ineffable et pur\n      De la fenêtre enfin rouverte\n      Entre le ciel baigné d'azur\n      Et le jardin plein d'ombre verte !\n\n\n\n      Voici de nouveau qu'on entend,\n      Dans le vent tiède et la lumière,\n      Frémir le feuillage chantant\n      De la tonnelle familière.\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                 POÈMES                                    439\n\n\nEt voici qu'une fois encor,\nLe bois dont nous aimons les sentes\nQuitte son manteau de vieil or\nPour se parer de fleurs naissantes ;\n\nTandis qu'au fond du parc         ombreux\nOù sont les colombes      plaintives,\nOn revoit, glissant deux à deux,\nDes silhouettes    fugitives.\n\n\n\n\nL'Avril, sans cesse renaissant\nDans l'immortalité des choses,\nEst l'éternel adolescent\nCouronné d'éternelles roses.\n\nTous, prompts à se désagréger,\nLes hommes et les peuples meurent :\nIls passent comme un vent léger,\nEt les fleurs fragiles  demeurent...\n\nNous mourrons avec nos amours :\nMais les roses et les colombes\nReviendront, toujours et toujours,\nFleurir et chanter sur nos tombes!\n\n                                            FRANZ A N S E L .\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "                           Rouge=Cloitre\n\n                                         I\n\n\n\n                  EN1366,maître Gilles Oliviers vivait seul comme un dévot\n                     ermite, dans la petite espinette qu'il s'était construite en\n                     paille, bois, torchis et argile, dans les fonds marécageux\n                     d'un val solitaire. L'endroit était malsain, sans doute, et\n                     propre à engendrer les rhumatismes, — locus insanus et\n                     reumaticus, dira plus tard le moine-historien de Rouge-\n                     Cloître — mais il était sûr et merveilleusement propre à\n                     doucement entraîner l'âme de la contemplation des beautés\n                     de la nature à celle des splendeurs du Créateur.\n    Ces ermites, ces fondateurs de monastères avaient le sens de la nature.\nComme Villers, Orval, Groenendael, Aulne, Sept-Fontaines, ainsi Rouge-\nCloître.\n    Avec ses glauques étangs qui sommeillent à l'orée du bois profond, avec les\nmolles ondulations d'une terre plissée comme une robe de brocard, plutôt\nblotti, comme une frileuse fille, entre les collines boisées qui le préservent\ndu nord que caché sous les épaisses frondaisons, l'emplacement du futur\nprieuré a quelque chose qui traduit en lignes et couleurs l'âme des cénobites\nqui viendront l'habiter. Le paysage est gracieux, délicat, doux, suffisamment\nascétique.\n    Cependant, pour être exact, je dois dire que les moines des XVe et XVI e siècles\nn'envisageaient pas ces choses comme nous. Ce qu'ils admiraient dans l'em­\nplacement choisi c'est, comme le leur disait un moine de Windesheim qui\nvenait les visiter, « homme très sensé », remarque le chroniqueur, c'est, dis-je,\nqu'on y rencontrait au summum les quatre éléments. Il n'y manquait que le\nsel, ajoutait un chanoine de Sainte-Gudule, et le bon chroniqueur continue :\n « Mais cela on pouvait se le procurer pas loin et à bon marché. »\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                               ROUGE-CLOITRE                                  441\n\n\n   Telle était donc la « Bruxkens-Cluse » et tel le paysage avoisinant quand\n Messire Guillaume Danneels de Boendale, prêtre, chapelain de Sainte-Gudule\net fils de Henri Danneels, riche négociant bruxellois, vint frapper à la porte\ndu calybite et obtint de partager sa vie. Après Danneels, ce fut Gautier\nVan der Meulen et Henri Van der Hornecke et Henri Wisse, et des\nautres et des autres, tant et si bien qu'il faillit demander et obtenir de la\nbonne duchesse Jeanne, celle qui fut la femme de Wenceslas, grande aumô­\nnière de Nonnains, le terrain et les prairies, et les champs et les viviers, et les\narbres idoines à construire et entretenir tout un prieuré d'ermites de Saint-\nAugustin.\n   Ce premier monastère tout en bois et pisé, avec sa petite chapelle et sa\ncloche, qui, d'après le mandement de Monseigneur l'Evêque de Cambrai, ne\npouvait peser plus de 16 livres, et son enceinte palissadée et frottée d'un\nenduit rouge — d'où le nom de Rouge-Cloître — était fort pauvre et partant\nfort édifiant.\n   Les neuf cellules abritaient neuf ermites très saints et très mortifiés, qui ne\nsongeaient qu'à se faire oublier du monde et à mourir en Dieu. Aussi les dons\ndes personnes dévotes affluèrent-ils de toutes parts et à Bruxelles l'on ne par­\nlait que des pieux hommes de la rouge vallée. C'est ainsi que bientôt l'on\nsongea à remplacer le bois par la pierre et à développer les bâtiments ajuste­\nment Guillaume Bracke venait de découvrir dans les terres du couvent une\ncarrière de pierres à chaux et dé pierres de construction.\n  Survinrent alors les troubles qui désolèrent le Brabant en cette fin de moyen\nâge et lors du transfert de la couronne ducale de Brabant en la maison de\nBourgogne. Comme si les passions humaines ne suffisaient pas à remplir le\ncalice d'amertume des pauvres gens, la grande peste, la peste noire, celle qui\nenleva à Bruxelles trente-trois mille hommes, vint mettre le comble à la\nmisère « des mauvais temps ».\n   Ophuys, le continuateur du bon Gielemans, en son œuvre d'historiographe\ndu monastère, a, contrairement à son habitude de mauvais pédant frotté de\nlatin et de biblisme, quelques paroles éloquentes pour décrire ce qu'il voyait :\na En ce temps-là, sous notre vénérable prieur, le Père Corneille de Rycke,\nsurgit, en ce duché de Brabant, une guerre très amère. Ce n'était plus seule­\nment entre les princes à qui aurait la couronne, mais même entre les villes :\nAnvers et Malines contre Louvain et Bruxelles. Tout cela se fit sous prétexte\nd'acquérir la paix. Les villes réclamaient contre les garnisons. Ces soudards,\ndans les bourgs, faisaient des exactions; et dans la campagne, ils rongeaient\nle pauvre homme jusqu'aux os. Ces voleurs et ces brigands, qui devaient nous\nfaire une paix, faisaient de tout une proie et un butin. Pas un endroit qui ne\nfut pillé !... Quand le peuple du Brabant fut écorché et appauvri, l'on songea\nà faire la paix: parce qu'il n'y avait plus rien à prendre, parce que Tirlemont\nétait complètement détruite et parce que la peste éclata. Les soudards avaient\npeur de ne point jouir de leur butin !... »\n   Les religieux se réfugièrent à Bruxelles, à Windesheim ou ailleurs. Quand\nla tourmente fut apaisée, les fourmis se remirent à construire leur fourmilière ;\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "442                               DURENDAL\n\n\nles bâtiments surgirent dans le style charmant de la transition gothico-clas­\nsique. Ce fut l'âge d'or de la pierre, mais les âmes n'étaient plus celles des\nmoines anciens; pour elles c'était l'âge d'argent.\n    Avec les troubles du XVIe siècle, nouvel exode vers Bruxelles; temps diffi­\nciles, destruction partielle, traits de courage et traits de défection. Enfin\nl'horizon se rassérène et les ermites vagabonds réintègrent le domicile\nmonacal.\n    C'est en ce moment que nous pouvons, à l'exemple de Sanderus dans sa\nTopographia sacra Brabantia, décrire le prieuré de Rouge-Cloître. Désormais on\nn'en remuera plus une pierre que pour le démolir. L'hiveraura tué les abeilles;\net la ruche, lamentablement, s'effondrera en un paquet de bâtiments déformés\net ruinés, sans significations ni couleurs 1...\n    Au centre il y a l'église, surmontée d'une gracieuse flèche et ornée à l'inté­\nrieur d'un maître-autel tout en marbre, dans le style emphatique de la Renais­\nsance, qui a coûté 8,000 florins. Le tableau, qui représente la décollation de\nsaint Paul, est de Rubens et a coûté 15 florins du Rhin. D'admirables pein­\ntures de Hugo Van der Goes, qui mourut en ce prieuré, et de Van Artois, qui\naimait à y vivre et à pourtrairé les sites environnants, décoraient les murs\nélevés par Antoine Van Baedeghem et Gilles de Tervueren ; cependant, que de\nsuperbes verrières, don des derniers grands-ducs de Bourgogne, tamisent déli­\ncatement une discrète lumière.\n    A côté de l'église, la cour d'honneur qu'environnaient quatre bâtiments : la\nbibliothèque, le réfectoire des Pères, la maison des hôtes masculins, l'infir­\nmerie et la maison de Savoie réservée aux hôtes de distinction; puis une\nseconde cour avec les écuries, la brasserie, le moulin, la ferme et la maison\naffectée aux hôtes féminins ; partout des fontaines; et autour, des jardins à la\nmode d'antan; enfin le mur de clôture, haut et solide. Tout cela, à part\nquelques remaniements, faits en suite des troubles religieux, dans le style\nclassique lourd, prétentieux et froid, avait ce joli aspect de grâce légère et\nd'élégante fantaisie qui signalent les œuvres flamandes intermédiaires entre\nle gothique et le néo-grec.\n    Une quarantaine de personnes mangeaient là un revenu de près de\n8,000 francs, plus les produits de la ferme. Celle-ci renfermait 80 vaches, 200\nmoutons, 60 porcs, 1 verrat, 1 taureau, une douzaine de chevaux, sans comp­\nter un nombre incalculable de poules, dindes et paons qui picoraient dans\nles cours et un nombre non moins incalculable de carpes qui sautillaient après\nles mouches dans les trois superbes viviers du monastère.\n    On vivait sans trop de mysticisme et sans trop de relâchement, quand\nJoseph II, en 1784, vint brutalement mettre les moines à la porte, fit transpor­\nter la riche bibliothèque à Bruxelles, conserva les œuvres d'art qui, en ce\ntemps d'imbéciles, semblaient valoir la peine et fit vendre les autres. Un\n superbe H . Van der Goes fut vendu à un fripier d'Anvers pour la somme de\n 2 florins ! Le monastère lui-même fut vendu pour 24,000 florins à un parti­\nculier qui le transforma en une fabrique d'objets en osier. Chose piquante,\n c'était par la fabrication et la vente d'objets en osier que le premier habitant\n de Rouge-Cloître, Gilles Oliviers, gagnait sa vie, et c'est en une-oseraie que\n"}, {"page_pdf": 520, "texte": "                                     ROUGErCLOITRE                                           443\n\n\nvint piteusement échouer le séjour favori des peintres bruxellois. P a r la R é v o ­\nlution b r a b a n ç o n n e et la Restauration le prieuré eut u n dernier spasme avant\nson ultime et définitif soupir : L e s moines rentrèrent d a n s le monastère\nd é n u d é aux bruits des salves tirées par les p a y s a n s d ' A u d e r g h e m et les volon­\ntaires bruxellois»\n    Mais le bruit d e ces p é t a r a d e s s'était à p e i n e éteint q u e l'on entendit une\nautre et plus puissante voix d u canon : c'était Valmy, c'était F l e u r u s , c'était\nJ e m m a p e s , c'était l'incorporation d e la Belgique à la F r a n c e républicaine\n  P l e u r e z , fontaines, qui sanglotiez n u i t et j o u r d a n s les vasques moussues,\nRouge-Cloître n e sera plus qu'un mélancolique souvenir.\n   Certes les avatars d'une construction, surtout si celle-ci est œuvre d'art,\nsont intéressants à connaître, mais ce qui est infiniment plus intéressant, c'est\nd e connaître ceux qui ont élevé ces constructions, ceux qui ont laissé à ces\nm u r s familiers quelque chose d'eux-mêmes, qui vécurent là, qui y prièrent, qui\ny m o u r u r e n t et d o n t les âmes semblent encore p l a n e r au milieu de ces choses\nmortes qu'ils vivifièrent et qu'ils aimèrent d'un si puissant amour. C'est cela\nqui attire les rêveurs, et les poètes dans les cloîtres éventrés. L e u r imagination\nrevit les époques lointaines, restaure les arceaux tremblants et remplace toute\ncette folle et cruelle végétation des ruines p a r les coules blanches qui se p r o ­\nfilent silencieusement sur les m u r s assombris des longs et sonores promenoirs.\nE t tous répètent u n peu les beaux vers de Musset :\n\n\n                   c Cloîtres silencieux, voûtes des monastères,\n                   C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer!\n                   Ce sont vos froides nefs, vos pavés et vos pierres,\n                   Que jamais lèvre en feu n'a baisés sans pâmer.\n                   Oh! venez donc rouvrir vos profondes entrailles...\n                   Frappez-leur donc le cœur sur vos saintes murailles,\n                   Que la haire sanglante y fasse entrer ses clous.\n                   Trempez-leur donc le front dans les eaux baptismales,\n                   Dites-leur donc un peu ce qu'avec leurs genoux\n                   Il leur faudrait user de pierres sépulcrales\n                   Avant de soupçonner qu'on aime comme vous !\n                   Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices,\n                   Vous buviez à pleins cœurs, moines mystérieux !\n                   La tête du Sauveur errait sur vos calices\n                   Lorsque le doux sommeil avait fermé vos yeux,\n                   Et quand l'orgue\" chantait aux rayons de l'aurore,\n                   Dans vos vitraux dorés vOUS la cherchiez encore.\n                   Vous aimiez ardemment! Oh I Vous étiez heureux! »\n\n\n   Cette imprécision poétique m a n q u e aux visiteurs de Rouge-Cloître. Grâce\nà J e h a n Gielemans et à Gaspard Ofhuys n o u s connaissons et d e près l'âme des\nmoines qui peuplaient le monastère. Si la rêverie solitaire a p e r d u de cette\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": "444                              DURENDAL\n\n\n\nestampe qui fait le charme des paysages lointains, en revanche nous possé­\ndons là un précieux document sur l'esprit qui animait et l'ermitage de Saint-\nPaul en la forêt de Soignes et les ermitages nombreux qui lui étaient unis par\nles liens d'une règle commune et les multiples abbayes que cachaient dans\ntous les coins de la Belgique quelque val pittoresque et solitaire.\n   Or, le résultat est à égale distance et de ceux qui imaginent les moines du\nXVeetXVIesiècles semblables à ceux qu'apostrophe Musset et de ceux qui se\nforgent toute abbaye ruinée comme une espèce de Thélème, un réceptacle de\nvices énormes et hideux sur lequel aurait plu la colère du Ciel.\n   Ni trop haut, ni trop bas, dans cet honnête train-train de la vie quotidienne\nqui ne permet ni les ascensions sublimes d'une ascèse supérieure, ni les chutes\nirrémédiables du relâchement absolu. Rouge-Cloître ne connaîtra pas les\njours de saintelé, de haute mystique, de vie surnaturelle qui signalèrent les\n commencements de Groenendael,mais il ignorera ces décadences lamentables\n qui font crier le prophète : quomodo sedet sola civitas plena populorum ? mutatus est\n color optimus...\n\n\n\n   Entrons.\n\n   (A continuer.)                                              PAUL CUYLITS.\n"}, {"page_pdf": 522, "texte": "          JulesJacques Van Ysendyck\n\n                   JULES Van Ysendyck,      l'architecte distingué que nous avons\n                     perdu récemment et qui disparaît avant d'avoir pu\n                     terminer une entreprise qui lui était chère, la restauration\n                     de la belle église du Sablon, à Bruxelles, était né à Paris,\n                     le 17 octobre 1836. Il était fils d'un peintre anversois,\n                     qui fut de son vivant directeur de l'Académie de Mons.\n                        Jules, qui se destina de bonne heure à l'architecture, fit\n                     ses études à l'Académie des Beaux-Arts, à Bruxelles, où il\n                     se fit remarquer de suite en remportant le prix de compo­\nsition monumentale. Il fut nommé un des premiers élèves architectes atta­\nchés à la Commission des Monuments. Dès l'aube de sa carrière, il s'adonna\nd'une façon spéciale à l'étude approfondie de l'architecture médiévale.\n   A peine âgé de 22 ans, il fut chargé de la construction des églises de Jem­\nmapes et d'Anthée.\n   Aussitôt ses études terminées à Bruxelles, il alla les compléter et les parfaire\nà Paris, où il fréquenta les cours de l'école impériale des Beaux-Arts, sous la\ndirection des professeurs Lesueur, Lebas et Viollet-le-Duc.\n   De retour en Belgique, il commença une carrière des plus actives et cons­\ntruisit nombre de villas, châteaux, écoles, presbytères.\n   Il entreprit bientôt aussi la restauration de plusieurs monuments religieux,\ntels que les églises de Saint-Quentin, à Tournai; la merveilleuse église de\nNotre-Dame d'Alsemberg, à laquelle il rendit avec un talent hors de pair sa\nsplendeur primitive; les églises de Sainte-Gertrude, à Ternath; de Saint-\nBertin et de Saint-Jacques, à Poperingue; la collégiale de Saint-Martin, à\nYpres. C'est à lui aussi que fut confiée la restauration des incomparables\nHalles de cette dernière ville. Il reconstruisit également la flèche de l'église\nde Loo et le dôme de Grimberghen. Ces reconstructions furent faites avec\nun art si consommé qu'il est difficile de distinguer la partie nouvelle, œuvre\npersonnelle de l'architecte, de l'ancienne.\n"}, {"page_pdf": 523, "texte": "446                               DURENDAL\n\n\n   Il fut chargé encore de la restauration de la splendide église d'Anderlecht,\nun de nos plus beaux joyaux d'architecture religieuse, qu'il couronna d'une\nflèche si svelte, si élancée et si élégante.\n   Enfin, outre la restauration de l'église de Saint-Martin, à Hal, il entreprit\ncelle de la gracieuse église du Sablon. Il laisse inachevé ce dernier travail, qui\ndevait être le couronnement de sa belle carrière d'artiste, mais dont il a\nlaissé le projet d'ensemble à celui qui reprendra son outil.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n    J'ouvre ici une parenthèse pour dire que je ne suis pas du tout d'accord\navec mon ami Fiérens-Gevaert quant au sujet de la restauration de l'église du\nSablon, qu'il critique dans notre dernier numéro.\n    Et d'abord, si je partage absolument son aversion bien légitime pour la\nrestauration des ruines, que je trouve absurde, je ne partage pas tous ses\nprincipes de restauration. Il est de toute évidence qu'il faut empêcher un\nmonument non encore en ruines de le devenir. Mais il y a manière et manière\nde le faire. Evidemment, on peut abîmer un monument en le restaurant. C'est\nle cas quand le travail est confié à un homme inexpérimenté, maladroit,\ndépourvu de toute science archéologique et architecturale et n'ayant — car la\nscience ne suffit pas — aucune valeur personnelle. C'est une œuvre des plus\nardues et des plus délicates que la restauration d'un monument.\n    Je. prétends qu'elle est possible, qu'elle peut être faite et que, dans certains\ncas même, elle s'impose. Et ce dernier cas se présente quand il s'agit d'un\nmonument qui est encore en usage, mais qui menace d'être réduit à l'état de\nruines si on ne le restaure pas.\n   - C'était, ou jamais, le cas pour l'église du Sablon, au moins pour l'extérieur\ndu monument, dont il ne restait presque plus rien du tout. Sans doute, l'église\nprésentait dans cet état de ruines un certain pittoresque. Mais le pittoresque,\nà mon avis, est l'accessoire ici; le pittoresque eut, du reste, disparu avec le\ntemps, car les sculptures, déjà à peu près détruites, n'auraient fait que\ns'effriter davantage et il serait venu un moment où il n'en serait plus rien\n re.sté du tout, plus même de quoi servir de point de départ au restaurateur.\n     Il était absolument temps de restaurer l'église du Sablon. Mais la restaura­\n tion à l'état primitif était-elle possible? M. Fiérens-Gevaert le nie, moi je le\n prétends. Je ne puis admettre sa thèse, à savoir qu'à priori il est impossible de\n reproduire les sculptures anciennes, de les reconstituer identiquement telles\n qu'elles étaient au temps où elles furent faites. Pourquoi un artiste habile et\n adroit n'y parviendrait-il, pas? Sans doute, ce n'est pas l'affaire du premier,\n venu. Mais un sculpteur parfaitement maître de son métier, muni d'une con­\n naissance approfondie des anciens styles, doublé d'un vrai talent personnel,\n peut aussi bien, à mon avis, restaurer une ancienne sculpture qu'en créer une\n  originale. J'ai beau me creuser la tête pour trouver une impossibilité en cela.\n  Et M. Fiérens-Gevaert ne m'en a pas convaincu.\n      M. Van Ysendyck ;a-t-il réussi? C'est une autre question. Je n'ai pas suffi­\n  samment étudié le siècle où l'église du Sablon a été construite, au point de\n"}, {"page_pdf": 524, "texte": "                          JULES-JACQUES VAN YSENDYCK                                  447\n\n  vue de l'architecture, pour la résoudre. Mais des juges compétents y ont\n  répondu affirmativement et je me range à leur avis. L'Art Moderne s'est pro­\n  noncé dans ce sens. On y a approuvé hautement la restauration de cette\n  église et la façon dont M. Van Ysendyck l'a comprise et exécutée.\n     Voici ce que nous lisons à ce sujet dans l'Art Moderne (année 1896) : « On\n  met en ce moment, sous la savante et artistique direction de M. l'architecte\n  Van Ysendyck, la dernière main à la restauration du transept nord de l'église\n  du Sablon. Demain les échafaudages auront disparus et le public pourra se\n  rendre compte de l'importance et de l'intérêt des travaux, entièrement achevés pour\n  la partie supérieure de l'édifice. Le travail qu'on vient d'exécuter comporte\n  une dépense de 130,000 francs (1). Ainsi qu'on peut en juger, le travail\n  accompli a été fait avec un goût et un souci d'art irréprochables. Pour conserver au\n  monument toute son homogénité, M. Van Ysendyck a eu l'idée d'utiliser, en\n  grande partie, les matériaux de l'église elle-même. Les contreforts, les fonds\n plats sont reconstruits avec les anciennes pierres. Pour les moulures et les\n sculptures, dont les anciens types ont été rigoureusement reproduits, l'architecte s'est\n servi d'une pierre dont la tonalité est en harmonie avec celle de l'ensemble.\n  L'aspect métallique et grêle de la fenêtre édifiée il y a vingt ans, et qu'il a\n nécessairement fallu respecter, révèle, au surplus, à quel point une restaura-\n tion banale s'écarte d'un travail artistique, tel que celui qui vient d'être si heureusement\n effectué. »\n    Il y a au sujet de la restauration de l'église du Sablon, dans l'article de\n M. Fiérens-Gevaert, des inexactitudes qui veulent être relevées.\n    Ainsi, il reproche au restaurateur d'avoir reconstitué des niches sans y avoir\n installé des statues, ce que M. Fiérens-Gevaert appelle un non-sens. Or, c'est\n par excès de scrupule que M. Van Ysendyck n'a point muni les niches de\nstatues, pour le bon motif qu'il n'y en a jamais eu et qu'il voulait reconstituer\nle monument tel que l'architecte créateur l'avait exécuté. Il suffit de voir les\nanciennes gravures, représentant le monument à l'état primitif, pour s'en con­\nvaincre. Je tiens ces détails du fils même du restaurateur.\n    M. Fiérens-Gevaert dit encore, dans son article, que M. Van Ysendyck a\ndémoli de gaîté de cœur une partie du portail faisant face à la rue de la\nRégence et a substitué aux parties démolies un amas de briques. C'est là du\nvandalisme, sans doute, je suis d'accord avec mon contradicteur d'un instant\nen ce point, mais il se trompe du tout au tout quand il en attribue la pater­\nnité à ce restaurateur. Ça été l'œuvre d'un entrepreneur devenu fou, qui,\ns'étant mis dans la tête qu'il avait été chargé de la restauration de l'église du\nSablon, s'en est allé quérir une horde d'ouvriers et les a chargé de démolir ce\nportail. On s'empressa d'aller en prévenir M. Van Ysendyck en lui demandant\ns'il avait donné des ordres dans ce sens. Il fut ahuri d'apprendre ce que l'on\navait fait et il consigna immédiatement la police qui fit arrêter et colloquer\n\n\n   (1) En ajoutant cette somme à celle qui a été dépensée pour la continuation de la\nrestauration, on est arrivé à la somme de 2-10,000 francs, et non pas de 2 millions ! comme\nl'affirme très inexactement M. Fiérens-Gevaert. Tout l'ensemble de la restauration ne\ndépassera du reste pas la somme d'un million!\n"}, {"page_pdf": 525, "texte": "448                               DURENDAL\n\n\n l'halluciné, Ce que M. Fiérens-Geyaert raconte à ce sujet est une pure\n légende, inventée de toute, pièce par les ennemis du restaurateur et en vue de\n lui nuire.\n    Enfin, il n'est pas exact non plus que M. Van Ysendyck n'aurait pas relevé\nles dessins des sculptures existantes encore pour les étudier à fond et en\nreproduire les merveilleuses lignes. Il a fait tout l'opposé! Il a pris soigneu­\nsement le moule des sculptures trop endommagées pour pouvoir être conser­\n vées; chaque fois que la chose était possible, il a laissé les anciennes pierres\nqui n'étaient pas trop détériorées et quand il n'y avait qu'un petit éclat, il a\ntout simplement complété la sculpture à l'aide d'un ciment spécial très dur,\nplutôt que de l'enlever. Il s'est, en un mot, donné des peines inouïes pour\nreproduire les lignes de l'ancienne architecture dans tous ses détails et d'au­\ncuns affirment qu'il a réussi au delà de tout ce qu'on pouvait espérer à ressus­\nciter l'ancien style dans toute sa splendeur primitive.\n    Si je regrette de devoir contredire mon ami en ce point, je lui tends les deux\nmains pour le soutenir dans son indignation à l'idée qu'on livrerait l'admi­\nrable église du Sablon aux mains de polychromeurs qui saliraient le merveil­\nleux sanctuaire par un peinturlurage odieux et grotesque. On a déjà abîmé\ntrop de belles églises anciennes, en Belgique, de cette façon, en les coloriant\n— je n'ose dire en les peignant — d'une façon absolument grotesque, qui a\nenlevé à ces admirables monuments toute grandeur, les a dépouillés de tout\ncachet artistique et les a transformés en salles de théâtre ou de concert.\n    Je ne discuterai pas ici la restauration des autres monuments anciens\ncritiquée par M. Fiérens-Gevaert, parce que ce n'est pas le lieu ici. Toutefois,\nun de mes amis m'affirme qu'il se trompe encore en critiquant la restauration,\ndu Steen, de Gérard-le-Diable, qui, à son avis, aurait été très artistiquement\nrestauré. Le contraire m'eut étonné, car ce travail a été fait par un artiste dont\nj'admire hautement le talent et la compétence, M. Arthur Verhaegen.\n\n                                          *\n                                      *       *\n               I '\n   En fait de monuments civils, Jules Van Ysendyck s'est distingué d'une façon\ntout à fait étonnante par la construction des Maisons communales d'Ander­\nlecht et de Schaerbeek. Dans cette dernière œuvre surtout, il fit preuve d'un\ntalent absolument personnel et tout à fait original. C'est un des plus beaux\nhôtels de ville en style moderne que nous ayons en Belgique.\n   On lui doit aussi le Marché de Saint-Josse et la façade de l'église de cette\ncommune.\n   Il construisit, en collaboration avec l'architecte Léon Gérard, les trois\ncoquets instituts scientifiques du Parc Léopold.\n   Nous n'en finirions pas si nous devions citer tous les travaux de cet artiste\ninfatigable.\n   Outre les nombreux travaux publics qui l'ont rendu célèbre et auxquels son\nsouvenir est attaché pour toujours, il entreprit des constructions privées et,\nentre autres, celles de charmantes villas auxquelles il imprima un cachet très\npersonnel et où il tira merveilleusement parti des modes de constructions\n"}, {"page_pdf": 526, "texte": "                      JULES-JACQUES VAN YSENDYCK                           449\n\n  usitées jadis en les adaptant avec un art conrommé aux exigences du confort\n  moderne. Il faut citer notamment les villas : de M. Van den Corput, au Bois\n  de la Cambre; du baron Lieds, à Audenaerde; de M. de Laveleye, à\n  Boitsfort.\n    Non content de faire des œuvres, et au milieu de tous ces travaux qui\n eussent suffi pour absorber tout le temps et occuper toute la vie d'un homme,\n il publia un ouvrage superbe, intitulé : Documents classés de l'art des Pays-Bas,\n ouvrage remarquable auquel il travailla pendant dix ans et où il a reproduit\n tout ce que les anciens Pays-Bas nous ont légué de plus beau et de plus\n délicat dans tous les domaines de l'art.\n    On est vraiment stupéfait quand on songe à l'activité prodigieuse de cet\n artiste aussi distingué que modeste et qui a disparu dans toute sa vigueur,\n laissant inachevées tant d'œuvres qu'il eut voulu et pu couronner, ayant\n conservé jusqu'au dernier jour toute la virilité et la verdeur de son beau\n talent.\n    Comme tous les vrais artistes, Van Ysendyck était sans prétention. Il ne\n rechercha jamais la gloire. Mais les distinctions honorifiques lui vinrent\nspontanément et il serait trop long de les énumérer toutes. Bien que cela\nn'ajoute rien à la gloire d'un artiste dont toute la valeur vient de lui-même\net jaillit de sa haute personnalité, nous ajouterons, pour être complet, que\nVan Ysendyck fut membre de l'Académie royale de Belgique et de la\nCommission royale des Monuments, et membre correspondant de l'Institut\nimpérial des architectes britanniques.\n    Enfin, il reçut de nombreuses décorations, entre autres celles d'Officier de\nl'Ordre de Léopold et de la Couronne de chêne des Pays-Bas.\n    M. Van Ysendyck laisse un fils, architecte comme lui. Il a été à bonne\nécole. Nous espérons qu'il reprendra et continuera les traditions paternelles,\net que l'activité et le talent du père revivront avec la même intensité et le\nmême élan dans le fils, si bien préparé à reprendre une aussi glorieuse et\nlourde succession.\n\n                                                          HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 527, "texte": "                         LES LIVRES\n\n\nLA POÉSIE :\n\nL e S e m e u r d e C e n d r e s , par CHARLES GUÉRIN. — (Paris, Société du\n  Mercure de France.)\n    Je n'avais lu jusqu'ici, de M. Charles Guérin, que quelques pièces déta­\nchées, qui m'avaient charmé par quelque chose de frais, de robuste et de\nsavoureux. L'occasion que j'attendais de lier avec lui plus ample connais­\nsance, voici que son nouveau livre : Le Semeur de Cendres, me l'apporte à\nsouhait.\n    Et je veux vous dire tout de suite que ceci est un beau, un tendre, un\nnoble recueil de vers. Depuis l'apparition du Jardin de l'Infante, du regretté\nAlbert Samain, je doute qu'il se soit révélé en France rien d'aussi pur et\nd'aussi harmonieux. Encore préféré-je, à la mélancolie un peu mièvre et\nartificielle du Jardin de l'Infante, la mélancolie profonde, éloquente et bien\nhumaine du Semeur de Cendres. Je le répète, ce livre m'est à la fois une révéla­\ntion et un soulagement : quelque chose comme l'aurore après la longue nuit.\n Mon Dieu I je ne m'en cache pas : l'obscurité, d'heure en heure plus épaisse,\nqui enténébrait le nouveau Parnasse fiançais, en écartait mes dévotions; on\ny vénérait, à mon sens, trop d'idoles creuses. M. Charles Guérin m'y ramène :\n il est solide, simple et clair. Oh ! quant à la simplicité, je sais bien que nous\n avons MM. Jammes et Ghéon ; mais, — n'en déplaise à mon ami Thomas\n Braun, — ces messieurs mettent, à être simples, une affectation trop évidente.\n La simplicité qui ne s'ignore pas n'en est plus une. M. Guérin est simple,\n lui, à la façon d'un rosier qui fleurit et embaume sans le savoir, mais dont la\n simplicité ne va pas sans opulence.\n    Je me suis laissé dire que l'auteur du Semeur de Cendres appartenait au\n groupe des « naturistes ». Qu'il se rattache ou non à une école quelconque,\n voilà qui m'importe peu : l'étiquette ne fait rien à la chose. Mais ce qui est\n sûr, c'est qu'il comprend la Nature, qu'il communie avec elle de toute sa\n ferveur, qu'il s'émeut à ses frissons, vibre à ses bruits comme un écho sonore,\n"}, {"page_pdf": 528, "texte": "                                     LES LIVRES                                       451\n\nlui r e n d sa lumière en reflets de gloire, s'imprègne l'âme de ses parfums, et\nparticipe d'un cœur sympathique à ses métamorphoses, à ses joies et à ses\ndeuils. E c o u t e z les accents qu'il t r o u v a pour la célébrer :\n\n                 Les fenêtres qu'on ouvre échangent des éclairs...\n\n                 Le vent secoue un arbre encor chargé de pluie...\n\n                 Vivre est doux aux rayons du soir, le long des murs,\n                 Quand un air tiède émeut la treille jaune et mêle\n                 L'odeur de l'Océan aux parfums des fruits mûrs...\n\n                 Ainsi qu'un lierre obscur ceint le bord d'une coupe,\n                 La montagne en traits noirs sur le ciel se découpe...\n\n                 Le ciel gris où le vent creuse des puits   d'azur...\n\n                          Goûter la douceur des soirées\n                          Où l'automne, le long des murs,\n                          Racle avec ses jupes dorées\n                          Le sable jonché de fruits mûrs...\n\n    Est-ce p a s , que tout cela fleure b o n ?\n    Mais si M. Guérin ouvre sa fenêtre a u soleil, à la brise, aux parfums des\nprés, aux chansons des bois, il ne dédaigne point d e descendre en son âme\net d'y creuser les g r a n d s problèmes de l ' h u m a i n e destinée. C'est un inquiet;\nil n e se contente p a s , comme les voyageurs vulgaires, de regarder autour d e\nlui les arbres et la m e r ; mais, avec tous les h a u t s poètes de tous les temps,\nil se d e m a n d e si son pèlerinage s'achèvera au gouffre d'Ombre ou au seuil de\nL u m i è r e . C'est aussi u n orgueilleux, que son orgueil empêche longtemps de\ns'agenouiller devant le Dieu de son enfance. Mais c'est, malgré tout, u n\nc r o y a n t ; et quand il a semé, « dans les cœurs large ouverts », ses dernières\npoignées de cendres, il se prosterne et confesse son erreur. E t alors, il pousse\ndes cris d'espoir, de repentir et d ' a m o u r , qui sont parmi les plus sincères et\nles plus éloquents de la poésie chrétienne.\n    Vous voyez que M. Charles Guérin sait faire vibrer plus d'une c o r d e ; et il\nsuffit de l'entendre préluder, p o u r se convaincre q u e son jeu est tout ensemble\ndélicat et puissant. Sa langue u n i t la limpidité à la richesse, la sobriété à la\nc o u l e u r ; sa phrase est souple et n o m b r e u s e . E t quant à son vers, il est\npresque toujours, quoique é n e r g i q u e m e n t martelé, t e n d r e m e n t mélodieux :\n bruit d'enclume et soupir de feuilles. On dirait d ' u n e médaille de bronze où\nse dégagé u n suave bas-relief. Des images s'y accusent partout, empreintes\nd'harmonieuse noblesse et de vie expressive :\n\n                 Bientôt, comme un joyau candide, va paraître\n                 A l'occident la belle étoile de l'amour\n                 Qui fiance en tremblant la nuit avec le jour...\n                                                       La ville\n                 Assoupit sa profonde et confuse rumeur,\n                 Et, d'étoile en étoile agitant ses fumées,\n                 Semble offrir à son Dieu l'encens de son labeur. .\n"}, {"page_pdf": 529, "texte": "452                                   DURENDAL\n\n\n                 Il ouvre son cœur vide à la gloire; il attend\n                 Comme une église où va tonner l'orgue éclatant. .\n                 Et mon cœur se répand comme un fruit éclaté...\n                          Et je vois mon ombre s'étendre\n                          Comme un chien fidèle a mes pieds...\n\n                 Adieu, reçois encor mon âme, pays clair\n                 Dont les rivages d'or se creusent en faucilles\n                 Pour trancher les moissons houleuses de la mer.\n\n   L a pensée d u poète se répand ainsi, à chaque page, en ampleurs fastueuses.\nP e u t être m ê m e pourrait-on lui reprocher, çà et là, u n e exubérance exces­\nsive. Le Semeur de Cendres fait penser à ces j a r d i n s d'automne, magnifiques et\ndorés, q u e les chaleurs et les pluies de l'été o n t fécondés, et qui débordent\nde fruits.\n   A l'en croire, le poète d u Semeur de Cendres est un laborieux; il est de la\nrace des artistes patients et lents, qui conçoivent d a n s les souffrances,\n\n                          Et qui se tordent sur le lit\n                          Des maternités douloureuses.\n\n   Il met une complaisance particulière à n o u s dire les longues soirées d e\ntravail, au feu m o u r a n t de l'âtre, tandis q u e l'on écoute\n\n                 La lampe gazouiller dans son nid transparent.\n\n    E t il se d e m a n d e si, au soir de sa vie, la récolte ne sera pas indigne d e son\nd u r et probe labeur... Mais son livre se ferme s u r u n élan d'espérance :\n\n                 Alors, et me ceignant l'immortel laurier vert, etc..\n\n  Puisse-t-il ne point se t r o m p e r ; puisse-t-il n'être point\n\n                 Châtié par l'oubli d'avoir tenté la gloire;\n\net puisse le souffle fougueux, salubre et vivifiant de ses poèmes, ouvrir\nun j o u r\n\n                 Un sillon frissonnant dans les peuples      troublés!...\n\n   P o u r moi, je le lui souhaite d u fond du cœur. Du reste, malgré le siècle\ningrat, sa h a u t a i n e confiance n e me paraît point démesurée. Le Semeur de\nCendres affirme u n noble talent, et qu'il faut mettre hors de pair. Si M. Charles\nGuérin n'est pas encore le R é d e m p t e u r si longtemps attendu du P a r n a s s e\nfrançais, au moins en est-il u n des P r é c u r s e u r s . C'est l'aube avant le g r a n d\njour... E t je ne saurais mieux couronner ce sincère h o m m a g e d'admiration\nqu'en m'appropriant, à peu près, la conclusion de Jules Lemaître à son étude\nsur Lamartine : je dirai d o n c de M. Charles Guérin « non pas qu'il est —\ncar on n'est jamais sûr de ces choses-là; — mais que j e le sens, à l'heure\nactuelle », le meilleur des j e u n e s poètes de F r a n c e .\n                                                                            FRANZ A N S E L .\n"}, {"page_pdf": 530, "texte": "                                    LES LIVRES                                     453\n\nLE ROMAN :\nC o n t e s d e p o u p é e s , par AD. VAN BEVER. — (Paris, Bibliothèque de\n  l'Association.)\n    En furetant dans mes rayons je trouve ce petit bouquin de contes, et bien\n qu'il ait paru il y a déjà quelque temps, je crois utile de le signaler à l'attention\n de ceux qui aiment les jolis contes. Les aimez-vous? Moi je les adore.\n J'aime les contes comme un enfant, mais à condition qu'ils soient bien\n écrits. Ceux-ci le sont d'une façon charmante. Il y en a un surtout : A force de\n le dire, qui m'a ravi et je remercie l'auteur des douces et poétiques émotions\n que sa lecture m'a procurées. C'est l'histoire d'un poète mendiant, qui enjole\n par la douceur de ses chansons, le cœur d'une princesse au point qu'elle ne\nveut d'autre époux que lui. Mais il avait déjà fiancée son âme à l'Idéal. Et le\nsoir même des royales noces il mourut en chantant son hymne aux étoiles,\nparce qu'il était de ceux qui ne peuvent vivre des voluptés d'ici-bas.\n    M. Van. Bever est, je pense, l'auteur d'un recueil de poésies françaises,\npublié l'an passé grâce à ses soins, par le Mercure de France, recueil qui a été\ncomposé avec beaucoup de sagacité. On ne peut toujours comme on le vou­\ndrait acheter tous les volumes de poésies qui paraissent. Et sous ce rapport\ndes recueils de ce genre, donnant les plus jolies compositions de nos poètes\nsont d'une grande utilité, à condition d'être faits par un homme de goût et de\njugement. C'est le cas, ou jamais, pour le recueil dont nous parlons.\n\nContes      e x t r a o r d i n a i r e s , par ERNEST HELLO. — (Paris, Perrin.)\n    On réédite peu à peu, et avec raison, toutes les œuvres d'Ernest Hello, le\ngrand penseur chrétien. Ces œuvres sont très inégales sans doute. En somme\n Hello n'a fait qu'un livre qui restera : L'Homme, livre qui devrait se trouver\ndans toute bibliothèque, surtout dans celle d'un catholique. Hello est et\nrestera un de nos plus étonnants et remarquables écrivains catholiques. Duren­\ndal s'est fait un devoir de rendre hommage à sa mémoire plus d'une fois.\n Dès le principe nous lui avons même consacré un numéro spécial. Bien\nque les autres livres d'Hello ne soient pas d'une portée aussi haute que\nL'Homme, ils sont tous intéressants. Tous renferment de belles et fortes pages.\nDans tous s'affirme l'acuité philosophique de ce fastueux penseur chrétien.\nA chaque instant on rencontre une de ces puissantes idées qui arrêtent\nle lecteur et qui sont comme des éclairs de génie. Les contes d'Hello qu'on\nvient de rééditer sont à lire sous ce rapport aussi et ils intéresseront tous ceux\nqui aiment l'écrivain. Ils ne sont pas aussi extraordinaires que le titre semble\nl'insinuer. Soit. Mais ils renferment tous des perles, des joyaux, des fleurs de\npensée et de poésie. Un de ces contes :l'Avare, est superbe à notre avis et\nvaut à lui seul qu'on achète le volume.\n                                                                          H . M.\n"}, {"page_pdf": 531, "texte": "                             NOTULES\n\n\n  Le Roman en France pendant le XIX e siècle (1), de notre\nami EUGÈNE GILBERT, a été couronné par l'Académie française. Distinction\nhautement méritée et dont nous félicitons de tout cœur l'auteur. Son livre est\nune histoire admirablement condensée, impeccablemant écrite, dénotant une\nsagacité de crilique peu commune, du roman au siècle qui vient de mourir.\nC'est le résumé le plus complet que l'on puisse souhaiter de l'histoire du\nroman. Tous les romanciers du siècle y sont cités. Les principaux y sont\nscrupuleusement étudiés et finement analysés. Quiconque veut se renseigner\nsur le roman français, y trouvera absolument toutes les indications désirées.\nEn outre, il sera tout le temps de sa lecture sous le charme du style pimpant\nde l'auteur. Son livre n'est pas une sèche nomenclature. Il est riche en hautes\net fortes pensées, en jugements nets et précis, en sentiments de la plus exquise\ndélicatesse. Enfin, ce qui rend le livre infiniment précieux pour nous autres\ncatholiques, c'est que l'auteur, selon sa louable habitude et je dirais même\nson programme, a envisagé et étudié l'histoire du roman en se plaçant tou­\njours au point de vue chrétien. Nous sommes heureux d'avoir une nouvelle\noccasion de rendre hommage à la fois au talent primesautier de notre ami et\nà son beau caractère. Il est le digne héritier des hautes qualités intellectuelles\net morales de son regretté Père, qui a laissé à l'Université de Louvain, dont\nil fut un des plus remarquables et des plus aimés professeurs, un souvenir\nimpérissable. Tous ceux qui ont connu cet homme éminent et vertueux ne\ns'en rappellent jamais qu'avec amour, avec émotion et avec vénération.\nC'était un homme d'une rare distinction, d'une élévation d'esprit incompa­\nrable, d'une intelligence vaste, puissamment cultivée, ornée d'une foule de\nconnaissances. Il avait un cœur chaud et enthousiaste. Il était adoré à\nLouvain de ses collègues et de ses disciples. J'ai rarement vu une nature\naussi complète que celle-là. C'était, dans toute la beauté de l'expression, une\nâme d'élite, une âme rare, une âme vraiment royale, sanctuaire de toutes les\nqualités naturelles en même temps que de toutes les vertus chrétiennes,\naimant avec passion la science et toutes les choses élevées. Sa vocation avait\n\n\n  (1) Plon, éditeur, Paris, 1896.\n"}, {"page_pdf": 532, "texte": "                                   NOTULES                                    455\n\norienté son esprit vers la culture austère de la science. Mais il ne la concevait\nqu'enrobée d'art. C'était en effet un parfait lettré. Il avait le souci le plus\ngrand de l'écriture. Ses travaux scientifiques en font foi. Ils sont supérieu­\nrement écrits dans une langue forte et nerveuse, imagée et poétique. Que de\nfois je me suis plu à les lire uniquement pour en savourer le style délicat.\nPeu de savants catholiques ont fait autant d'honneur à Dieu et à son Eglise,\ndont il fut le fils fervent et pieux, en même temps qu'à la science catholique\net à l'Université dont il fut une des gloires:\n                                                              HENRY MŒLLER.\n\n\n\n   S a i n t e - L y d w i n e , le merveilleux chef-d'œuvre de notre ami et colla­\nborateur J.-K. HUYSMANS, fera l'objet d'une étude approfondie, comme il le\nmérite, dans notre prochain fascicule. L'abondance des matières, ne nous a\npas permis d'en insérer le compte rendu dans le présent numéro. Nous enga­\ngeons vivement dès maintenant nos lecteurs à faire l'acquisition de cet admi­\nrable livre. Jamais nous n'avons lu une vie de Saint plus étonnante et plus\nintéressante. Et au point de vue de la pensée et de l'écriture, c'est une des\nplus magistrales pages d'art catholique et de mysticisme chrétien qu'on ait\njamais écrites.\n   On peut se procurer le livre en écrivant à M. Edgar Lyon, avenue Brug­\nman, 45.1, à Uccle (Bruxelles) Prix de l'édition ordinaire : fr.. 3.50; de l'édi­\ntion de luxe : 10 fr. Cette dernière est superbe. Elle a été imprimée à Ham­\nbourg. Les caractères employés ont été dessinés par le graveur impérial,\n M. G. Schiller; ces caractères ont été spécialement fondu pour cette édition\navec les matrices fournies par l'imprimerie impériale.\n\n\n\n   L e C œ u r d e s p a u v r e s , tel est le titre de la dernière œuvre de notre\ncollaborateur EUGÈNE DEMOLDER. Un sujet pareil, traité par un tel écrivain,\nne peut être que délicieux, on le devinera sans peine. Nous n'en ferons pas\nl'analyse aujourd'hui, notre co rédacteur Firmin Van den Bosch seproposant\nde publier très prochainement, ici, une étude d'ensemble sur l'œuvre de\nM. Demolder. Qu'il nous suffise dédire que c'est une analyse exquise du\ncœur du pauvre, incarnée en des contes écrits avec un art consommé. Il n'y\nà pas que les enfants, pour qui l'auteur les a écrits, qui les liront avec joie. Ils\nintéresseront tous ceux qui aiment l'art. Nous le recommandons instamment\nà l'attention de nos lecteurs. Deux de ces contes ont paru dans Durendal et\nnous ont valu des' lettres de félicitations enthousiastes de plusieurs de nos\nabonnés . Nous' ne saurions assez engager nos lecteurs à faire l'acquisition de\nce livre, illustré par Couturier. Il est en vente chez lés principaux libraires\nde Bruxelles, mais il suffit de le demander par carte postale à M. Vallette,\ndirecteur du Mercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Saint-Germain (Paris);\npour le recevoir franco contre remboursement de fr. 3.50.\n\n                                         *\n"}, {"page_pdf": 533, "texte": "456                                 DURENDAL\n\n\n   M . C a m i l l e G a s p a r , un de nos nouveaux collaborateurs, vient\nd'obtenir, à l'unanimité du jury, le premier prix au concours universitaire de\nBelgique pour sa thèse: La chronologie pindarique, qui, au dire des hommes\ncompétents, est un des plus intéressants et des plus savants travaux de philo­\nlogie qui aient été jamais présentés aux concours universitaires. Nous félici­\ntons chaleureusement notre jeune et distingué collaborateur, dont nos abonnés\nauront sous peu l'occasion d'apprécier le talent. Nous publierons incessam­\nment de lui une belle étude sur l'art grec.\n\n                                          *   ■\n\n\n\n\n   L ' a b b é H . H o o m a e r t a été décoré de l'Ordre de Charles d'Espagne\npour la publication de son livre, Les Maîtres Espagnols, que nous avons fait\nconnaître en son temps à nos lecteurs en en publiant les bonnes pages. Nous\noffrons à notre ami nos plus affectueuses félicitations.\n\n\n                                         **\n\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n : PAUL BOURGET : Œuvres complètes. Romans.\nII. Mensonges; Physiologie de l'amour moderne (Paris, Plon). — E . H E L L O :\nContes extraordinaires (Paris, Perrin). — P . LAPEYRE : Le: catholicisme\nsocial, 3 vol. (Paris, Lethielleux). — R. PLANEIX : Constitution de l'Église\n(id.). — H . SIENKIEWICZ : Allons à Lui (id.). — SPALDING : Opportunité, tra­\nduit par P . KLEIN (id.).— AZAR DU MAREST : A travers l'idéal (Paris, Perrin).\nH.WELSCHLINGER : Sainte Odile (Paris, Lecoffre). — A. L E BRAZ : Le sang\nde la sirène (Paris, Calmann-Lévy). — M. GRIVEAU : La sphère de la beauté\n(Paris, Alcan).— A. DE MARGERIE : Dante. La divine comédie, 2 vol. (Paris,\nRetaux). — E. VEUILLOT : Louis Veuillot, 2e vol.. (id.). — P . DELAPORTE : A\ntravers les âges ; Patria ; Genovefa (id.). — J. SERRE : Les deux ailes de l'âme\n(id). — P . LECLERCQ : Jouets de Paris (Paris, Librairie de la Madeleine). —\nA. SAMAIN : Le chariot d'or (Paris, Éditions du Mercure de France). — SAINT-\nPOL-ROUX : La rose et les épines du chemin (id.). — L. DUMONT-WILDEN :\nVisages de décadence (Bruxelles, Lamertin). — L. HENNEBICQ : L'Orient\ngrec ; Grèce et Sicile (Paris, Éditions de L'Humanité nouvelle). — A . W I L L E T T E :\nŒuvres choisies (Paris, Simonis-Empis). — A.GUILLAUME : Mon sursis (id.).\nH . AIMÉ : Les fragments de la vie radieuse (Paris, Éditions du Mercure de\nFrance). — A. COUVREUR : La source fatale (Paris, Plon). — H . GRÉVILLE :\nLe cœur de Louise (Paris, Plon). — P . CLAUDEL : L'arbre (Paris, Mercure\nde France). — G. HAUPTMANN : Le voiturier Henschel, traduction de J. THOREL\n(Paris, Éditions de la Revue Blanche). — J. PRAVIEUX : Un vieux célibataire\n(Paris, Plon). — H. DUMONT : Idylle bourgeoise (Bruxelles, Lamertin). —\nH . DRUON, Michel Roschine (Paris, Lethielleux). — C. LEMONNIER : Le vent\ndans les moulins (Paris, Ollendorf). — A. FONTAINAS : Le jardin des îles\nclaires (Paris, Editions du Mercure de France).\n"}, {"page_pdf": 534, "texte": ""}, {"page_pdf": 535, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "ordre_dans_volume": 7, "signet_source": "Huitième année - N°7 - Juillet 1901 (?)", "preuve": "Couvertures absentes ; année attestée par le volume ; signet mensuel non confirmé.", "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1901-07", "methode_reconstitution": "Ordre des douze livraisons mensuelles dans le volume ; pagination continue ; concordance avec les mois attestés par couvertures et renvois internes. Le numéro est reconstitué par la position dans cette série."}}