{"numero_id": "ulb-durendal-1901-livraison11", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-001", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 649, "page_fin": 650, "titre_corps": "Poèmes : Un Fleuve au Couchant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Poèmes Un Fleuve au Couchant", "ancre_fin": "Des quais ramène un peu d amour dans ses filets", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Dame d Automne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 760, "page_imprimee": 649, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "Poèmes\n\n         Un Fleuve au Couchant\n\nCe fleuve obscur et sans renom est plein de gloire\nTant ses flots opulents roulent de pourpre et d'or\nSous un ciel écarlate où de grands blocs d'ivoire,\nD'ébène et de paros s'effondrent dans la Mort.\n\nLe couchant somptueux, l'heure     crépusculaire\nTeintent diversement de moire et d'argent clair\nLes eaux lentes portant leur beauté passagère\nVers un horizon pathétique et vers la mer.\n\nDes branches et des fleurs que le courant    entraîne,\nDes plantes et des fruits à ses bords arrachés\nL'emplissent tout entier d'odorantes  haleines\nOù passent en sifflant des oiseaux enivrés.\n\nDe vieux saules tordus mêlent leur chevelure\nAu premier poudroiement des astres reflétés\nTandis qu'au flanc du ciel se ferme la blessure\nQue le soleil marqua d'un sceau de royauté.\n\nC'est l'heure où les cités au levant   s'assombrissent\nEt se peuplent d'amants qui viennent se pencher\nFrissonnants et rêveurs sur le fleuve complice\nMurmurant     à mi voix un chant     inachevé.\n"}, {"page_pdf": 761, "page_imprimee": 650, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "650                      DURENDAL\n\n\n      Le flot obscur battant les piliers et les arches\n      Emporte dans ses plis l'écho des doux secrets\n      Et le pêcheur amarrant sa barque à la marche\n      Des quais ramène un peu d'amour dans ses filets...\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-002", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 650, "page_fin": 651, "titre_corps": "Poèmes : La Dame d’Automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Dame d Automne", "ancre_fin": "Je franchis le seuil noir pour oublier la vie", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Statue Dans le parc", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 761, "page_imprimee": 650, "debut_caractere": 272, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "La Dame d'Automne\n\n      Votre robe effacée et vos yeux alanguis\n      Aux tendresses du soir d'automne se marient,\n      Dame en mauve, qui promenez sous les taillis\n      Le regret douloureux d'une absente patrie.\n\n      On n'entend plus la voix des oiseaux bocagers,\n      Les arbres d'or sentent venir le crépuscule,\n      La feuille morte danse et choit d'un vol léger\n      Sur les prés adoucis où le brouillard ondule.\n\n      Vous prenez les chemins vers l'ombre et vers la nuit\n      Et détournez les yeux des somptueux nuages\n      Éclairant vaguement l'horizon qui reluit\n      Comme un bouclier lourd de sang et de carnage.\n\n      Du haut de ce perron où me glaça l'adieu\n      Je vous vois disparaître au pays des ténèbres\n      Et comme une âme errante aux rivages fameux\n      Vous hésitez devant votre destin funèbre.\n\n      Quel départ plus poignant, quels baisers plus amers !\n      Une odeur d'herbe humide et de foin qui se gâte\n      Précipite le temps et présage l'hiver;\n      Un vol de grands oiseaux sous les cieux gris se hâte.\n\n      Un noir pressentiment étreint le cœur gonflé\n      Devant tant de beauté qui meurt et qui s'efface\n      Et votre robe que, là-bas, rien n'a frôlé\n      N'a plus le bruit soyeux des abeilles qui passent.\n"}, {"page_pdf": 762, "page_imprimee": 651, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 620, "texte": "                     POÈMES                          651\n\n\nVous me laissez inconsolable et désolé\nQuand tournant à demi votre tête charmante\nVous fixez pour jamais dans mes yeux éplorés\nL'image du bonheur et d'une douce amante.\n\nLe vent fraîchit, la nuit s'aggrave et la forêt\nQui vous accueille avec son ombre et son silence\nFerme sur vous son impénétrable secret\nSans connaître les clairs rayons de la présence...\n\nLa maison blanche où nous coulâmes d'heureux jours\nEst vide et morne et pleine de mélancolie\nEt refrénant en moi les élans de l'amour\nJe franchis le seuil noir pour oublier la vie!\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-003", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 651, "page_fin": 653, "titre_corps": "Poèmes : La Statue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "La Statue Dans le parc", "ancre_fin": "PAUL MUSSCHE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 762, "page_imprimee": 651, "debut_caractere": 620, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "La Statue\n\nDans le parc oublié se dresse la statue\nQue dégrossit jadis un habile ciseau\nDe sculpteur inconnu; au bout de l'avenue\nElle élève son bras tendu comme un flambeau.\n\nLe marbre est noble et pur et les saisons diverses\nL'ont verdi de la nuque au beau talon divin\nQui cambre encor sous le soleil et sous l'averse\nSa forme irréprochable et son ferme dessin.\n\nLe temps attaque mal la pierre inaltérable,\nLa mousse a beau ronger le poli des contours\nElle ne masque point les formes admirables\nQui subissent en vain l'assaut des mauvais jours.\n\nL'âme d'un dieu palpite au cœur de la statue\nEt protège du feu de la grêle et du vent\nLes jardins délaissés où pousse l'herbe drue\nEt rôde le regret d'un souvenir troublant.\n"}, {"page_pdf": 763, "page_imprimee": 652, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "652                      DURENDAL\n\n\n       Le passé tout entier revit dans ses yeux vides\n       En évoquant d'harmonieux et clairs décors\n       Qu'emplissait la chanson des fontaines limpides\n       Et la voix de la mer battant la côte d'or.\n\n                                  *\n                                 * *\n\n\n      Tu n'es pas insensible à la beauté des choses\n      0 marbre frémissant, né d'un génie obscur,\n      Et sur ton piédestal enguirlandé de ruses\n      Le geste de ta main indique le futur.\n\n      Tu prends part à la vie innombrable et terrestre\n      Qui naît, grandit et meurt partout autour de toi\n      Sur les monts verdoyants, sous les halliers sylvestres,\n      Et gonfle de vibrations le sol des bois.\n\n      Quand l'aurore adorable en souriant s'éveille\n      Et laisse choir sur l'horizon les rayons d'or\n      De ses cheveux plus doux que le miel des abeilles;\n      Quand le jour finissant s'assoupit et s'endort\n\n      Bercé par les langueurs du soir long et paisible\n      Dont la voix assourdie est pleine de baisers,\n      Sur ton socle d'airain tu n'es pas impassible\n      Et tu tends tes bras blancs vers les lointains sacrés.\n\n      Le mirage éclatant de l'antique patrie\n      Fait affluer le sang à ton front blême et pur\n      Et ton corps orgueilleux de la superbe vie\n      Dresse comme autrefois son torse sur l'azur.\n\n\n\n\n      Pour le rêveur élu qui passe et l'interroge\n      La statue a disjoint ses lèvres de granit\n      Et, toute heure immobile à l'éternelle horloge\n      Du temps, elle a parlé du fond de l'infini.\n"}, {"page_pdf": 764, "page_imprimee": 653, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 841, "texte": "                    POÈMES                              653\n\nLe sens était profond et la parole grave;\nSous l'aspect sybillin des lents mots prononcés\nLe poète a compris la nature suave\nDe ce qui vit et meurt dans l'éternel été.\n\nLe printemps nouveau-né, le déclinant     automne\nRouillant la forêt d'ambre et les gazons   jaunis,\nLe triste hiver, avec les neiges en couronne,\nQui dans les arbres noirs disloque les vieux nids;\n\nLe successif enchantement des heures brèves\nSe nuançant selon la lumière du jour,\nJoyeuses sous le ciel et grises sous la drève,\nLe repos accueillant de ces calmes séjours,\n\nTout parle par sa bouche hautaine et prophétique\nQue la douleur marqua d'un pli désenchanté\nEt révèle au passant de ce domaine antique\nUn monde occulte et sourd à soi-même  étranger.\n\n                                        PAUL MUSSCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-004", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 654, "page_fin": 655, "titre_corps": "Petits Poèmes en Prose : Brahms", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Petits Poèmes en Prose", "ancre_fin": "quand son souffle voluptueux traverse le jardin du cœur", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Schumann Mon âme", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 765, "page_imprimee": 654, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 897, "texte": "Petits Poèmes en Prose\n\n\n                                          A   Mlle M A R I E   POIRSON.\n\n\n\n\n                            Brahms\n\n              LE la terre jeune et du soleil clair, des roses, à\n                l'aurore, sont nées.\n                   La terre heureuse les fit éclore parmi des\n                tapis de mousse et les caressa de l'haleine\n                musicale des brises.\n                    Le soleil, comme un roi veillant près d'un\n                 berceau, sourit de son plus doux rayon.\n                    Et les roses s'épanouirent entre ces deux ten­\ndresses durant toute une matinée de printemps.\n  Mais, à midi, les ardeurs de la terre enfiévrèrent le cœur\ndes roses;\n   Et la chaleur du soleil brûla leurs frais calices;\n   Et ceux qui s'endormirent auprès du ruisseau dont elles\nembaumaient la fraîcheur, ne se réveillèrent plus, grisés\nd'amour...\n"}, {"page_pdf": 766, "page_imprimee": 655, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "                    PETITS POÈMES EN PROSE                     655\n\n\n   Au crépuscule, les adieux du soleil à la terre teignirent d'un\nsang divin leurs frêles tuniques.\n   Et la brise tiède venue des forêts essaima leurs pétales par les\nallées du parc solitaire.\n   — Des roses sont en nous, nées de nous-mêmes, avant nos\npensées, au premier des jours :\n   Des roses souriantes d'amour, enfiévrées de passion, empour­\nprées de douleur.\n   Et la musique de Brahms les caresse, les berce et les\nemporte, quand son souffle voluptueux traverse le jardin du\ncœur.\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-005", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 655, "page_fin": 655, "titre_corps": "Petits Poèmes en Prose : Schumann", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Schumann Mon âme", "ancre_fin": "comme la résonnance infinie du dernier accord", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 766, "page_imprimee": 655, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "Schumann\n\n   Mon âme désirerait quitter cette chair, qui souvent lui parut\nsi lourde, par un beau crépuscule...\n   Un beau crépuscule d'automne, tout chargé de rêve et de\nmystère, de voix éteintes et de parfums expirants; un beau\ncrépuscule d'automne, devant la mer...\n   Devant la mer semblable à ma douleur, puisqu'elle aussi\ns'efforce de s'étourdir au bruit de sa propre plainte...\n   Sa plainte chantante, sonore, lamentable, qui tour à tour\ngémit et râle, sanglote et rugit vers les étoiles...\n   Les étoiles — ô mon Ame, les étoiles! — dont les vallons\nfleuris d'éternelle lumière t'abriteront, peut-être, un jour...\n   Au jour de la renaissance promise! Mourir par un beau cré­\npuscule d'automne, devant la mer et sous les étoiles, en écoutant\nun doux lied de Schumann...\n   Un doux lied de Schumann, venu d'on ne sait où, de l'infini\nstellaire ou du fond de moi-même, et qui me raconterait mon\nenfance lointaine, mon amour, mes larmes : tout le passé...\n   Tout le passé de songe qui ne fut jamais, jamais, hélas! tout\nle passé qui n'est rien qu'un vain mensonge...\n   Un vain mensonge murmuré par le doux lied de Schumann,\ndevant la mer, sous les étoiles, par un beau crépuscule d'automne,\n— et qui s'évanouirait lentement, avec mon âme et le dernier\naccord; et qui survivrait, peut-être, comme mon âme éternelle,\ncomme la résonnance infinie du dernier accord !\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-006", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 656, "page_fin": 656, "titre_corps": "Petits Poèmes en Prose : Wagner", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont", "ancre_debut": "Wagner", "ancre_fin": "CHARLES DE SPRIMONT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 767, "page_imprimee": 656, "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 1419, "texte": "Wagner\n\n   Une claire sonnerie de trompettes, élargissant son thème de\nvolée en volée, s'unit au grave chant des cloches claustrales; des\nblancheurs d'étole m'environnèrent; des anges vêtus de lin et\ncuirassés d'argent balancèrent dans l'air un rythme d'encensoirs.\n   Et je vis Parsifal élevant vers le ciel, traversé d'un vol de\ncolombes, le Graal où le sang de la terre flamboyait dans l'or\ndu soleil.\n   Une plainte de douleur infinie monta d'un cœur brisé; un fré­\nmissement de violons, pareil au battement d'ailes des séraphins,\nlui répondit des hauteurs inaccessibles et, s'unissant à elle, la\ntranforma en une prière d'ineffable espoir.\n   Et je vis Lohengrin, penchant vers les lèvres ravies d'Elsa,\nson front marqué du chrême et son baiser d'archange.\n   Un chant fiévreux, secoué d'une volupté tour à tour cuisante\net glaciale, où l'on distinguait deux voix qui semblaient sortir\nd'une même bouche, s'éleva de moi-même et fit, en les caressant,\npâlir, se flétrir et mourir les fleurs.\n   Et je vis Tristan et Yseult étreignant leur amour entre leurs\nlèvres à jamais unies...\n   Les frêles images ont disparu, mais quand de longs accords\npréludent, quand une voix musicale monte dans la paix du soir,\nje tressaille et je comprends qu'elles sont pour toujours fixées\ndans mon âme.\n\n                                       CHARLES DE SPRIMONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-007", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 657, "page_fin": 657, "titre_corps": "Poèmes : Nocturne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Poèmes Nocturne", "ancre_fin": "La transpiration des arbres et des fleurs", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 768, "page_imprimee": 657, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "Poèmes\n\n\n                     Nocturne\n\nLa terre est noire avec des arbres de velours,\nSous un ciel bas, chargé de nuages d'orage,\nEt les gnomes de nuit hantent le paysage.\nIl fait un temps voilé, voluptueux et sourd.\nDans la ténèbre tiède on éprouve un malaise\nEt telle est la chaleur qu'un drap de lit nous pèse,\nEt qu'à la fin, trempé de sueur, on se lève\nEt qu'on marche à travers la chambre, comme en rêve.\nOn ouvre doucement la fenêtre. O minuit!\nOn dirait que le vent craint de faire du bruit.\nTelle est la sainteté profonde du mystère\nQui s'accomplit dans les entrailles de la terre.\nOn s'arrête, éperdu, grave, écoutant son cœur\nBattre comme une horloge aux pulsations sourdes.\nPuis, plus calme, on s'assied; on s'accoude, rêveur,\nRegardant les nuées immobiles et lourdes\nEt les jardins d'où monte en puissantes odeurs\nLa transpiration des arbres et des fleurs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-008", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 658, "page_fin": 658, "titre_corps": "Poèmes : Aurore", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Aurore De grand matin", "ancre_fin": "Le soleil éclatant s enflamme dans les cieux", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Elégie Qu il fait bon", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 769, "page_imprimee": 658, "debut_caractere": 76, "fin_caractere_exclue": 1146, "texte": "Aurore\n             De grand matin les tourterelles\n             Roucoulent dans les bois d'aunelles...\n      Lorsque le crépuscule en fraîche   pâmoison\n      D'une barre d'argent souligne    l'horizon;\n      Lorsque la terre est grise et blonde de rosée\n      Et semble défaillir d'un émoi d'épousée;\n\n      Lorsque l'odeur sauvage et fauve des forêts\n      Se mêle au virginal arôme des muguets:\n\n      Lorsqu'au profond azur les étoiles divines\n      Expirent dans la paix des lueurs opalines ;\n\n      Lorsque la brise a des caresses de satin\n      Et les oiseaux des voix de rosée et de thym ;\n\n      Lorsqu'on perçoit au loin des rumeurs    étouffées\n      Et que dans les vallons flotte un peuple de fées ;\n\n      Lorsqu'on devine en l'air, parfumé comme un miel,\n      L'amoureuse  union de la terre et du ciel;\n\n             Eperdument    les tourterelles\n             Roucoulent   dans les bois d'aunelles...\n      Et soudain, orbe d'or aux cent millions      d'yeux,\n      Le soleil éclatant s'enflamme dans les c i e u x !\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-009", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 658, "page_fin": 659, "titre_corps": "Poèmes : Élégie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Elégie Qu il fait bon", "ancre_fin": "VICTOR KINON", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 769, "page_imprimee": 658, "debut_caractere": 1146, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "Élégie\n      Qu'il fait bon reposer sous les chênes touffus,\n      Au bord de la prairie en fleurs, où midi brûle,\n      Cependant qu'alentour le paysage      ondule\n      Dans la lumière et les bourdonnements       confus...\n\n      Mon cœur a retrouvé des battements plus calmes,\n      Enfin!... La douce paix m'est dévolue un peu;\n      Des ramiers roucoulants traversent le ciel bleu,\n      Des arbres verdoyants entrelacent leurs   palmes...\n"}, {"page_pdf": 770, "page_imprimee": 659, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "                          POÈMES                                659\n\nSeigneur, j'eus tort! j'ai trop rêvé, j'ai trop pensé,\nJ'ai voulu, dans ma fougue insensée et ravie,\nSupprimer la laideur brutale de la vie,\nEt voici que mon cœur est un oiseau blessé.\n\nLes tristesses, de jour en jour accumulées,\nSe lèvent, emplissant mon âme d'un émoi\nPresque voluptueux, et je sens sourdre en moi\nLa folle explosion des larmes refoulées.\n\nOh! puisqu'on a proscrit les belles passions,\nPuisque les hommes sont trafiquants jusqu'aux        moelles,\nPuisqu'ils osent jeter de la boue aux étoiles\nEt l'anathème au chœur des exaltations;\n\nPuisqu'un vil intérêt fait cligner les paupières,\nPuisque là main tendue est un calcul obscur,\nPuisqu'un éclair de chair luit dans les yeux    d'azur,\nPuisque tout est boueux dans nos villes de pierre,\n\nO Seigneur, laissez-moi communier un peu\nDe l'intime bonté des choses naturelles,\nDes rayons, des parfums et des battements d'ailes\nEt du ravissement immense du ciel bleu !\n\nLaissez-moi reposer dans l'ombre      parfumée,\nQue l'herbe ait une voix et la source des yeux,\nQue tout arbre me soit un ami sérieux,\nQue toute fleur me soit une sœur bien-aimée...\n\nLaissez-moi reposer, suivant de l'œil au loin\nLa ligne sinueuse, à travers la lumière,\nDes saules bleus et blancs qui bordent la rivière,\nEt humant l'air chargé de l'arome du foin...\n\nJe suis las ;j'ai souffert du cœur et de la tête ;\nLa vie âpre a broyé la moelle de mes os ;\nO Seigneur, permettez cette heure de repos,\nEt que la terre soit maternelle au poète !\n                                                VICTOR KINON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-010", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 660, "page_fin": 674, "titre_corps": "Restaurateurs et Restaurations", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Léon Cloquet dans une lettre adressée à Durendal (août 1901) en réponse\n à mon article sur les restaurations de nos ruines et monuments illustres,\n déclare que je me vante en prétendant que « tous les artistes qui sont la gloire\nprésente de la Belgique » approuvent ma campagne contre nos maquilleurs\n de vieux édifices. J'apporte à M. Cloquet une réponse péemptoire. Sponta­\nnément les premiers architectes, peintres et sculpteurs belges m'ont engagé à\npoursuivre la lutte. La plupart des lettres que je publie ci-dessous me sont\nparvenues sans que j'eusse besoin de les solliciter. Ce referendum offre en\noutre ceci de particulier, c'est qu'au lieu d'obscurcir la question par la variété\ncontradictoire des avis exprimés (remarquez que ces sortes d'interviews\ncycliques ne créent en général que de la confusion), il éclaire un très grave\nproblème par la conformité essentielle et unanime des opinions recueillies.\n   M. Cloquet défend sa restauration de l'abbaye d'Aulne et répète qu'il a\nbien fait de « remettre en ordre de vieilles et belles pierres détériorées. »\nM. Cloquet est un homme d'ordre, c'est entendu et nous le félicitons d'être resté\nfidèle à l'une des plus précieuses qualités de notre race. Mais hélas ! les\nruines ne sont belles que par leur désordre. Désignez-moi l'artiste, l'homme de\n"}, {"page_pdf": 772, "page_imprimee": 661, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "                  RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                            661\n\n\nbon sens, le bourgeois le plus endurci qui prétendrait le contraire ? Le méthodi­\nque M. Cloquet ne pousse-t-il pas un peu loin le respect des vertus ancestrales?\nNotre cher directeur, M. l'abbé Mœller, dans un article sur l'architecte Van\nYsendyck, a pleinement approuvé mes idées sur les restaurations de ruines.\nIl a fait des réserves en ce qui concerne mon opinion sur les réfections de\nmonuments encore en usage. Il prétend qu'il est possible « de reproduire les\nsculptures anciennes, de les reconstituer identiquement telles qu'elles étaient\nau temps où elles furent faites ». Aucun de mes correspondants ne partage là-\ndessus l'avis de mon ami M. Mœller. Je leur abandonne volontiers le soin de\nme défendre sur ce point. — En parlant de la restauration intégrale du\nSablon, œuvre de feu Van Ysendyck, M. Mœller relève quelques-unes de mes\nassertions concernant cette besogne déplorable. J'y veux répondre rapide­\nment. Mon ami s'est d'ailleurs contenté d'interpréter le très louable éloge que\nM. Van Ysendyck fils est venu lui faire de l'œuvre paternelle.\n   M. Van Ysendyck, dit-il, «voulait reconstituer le monument tel que l'archi­\ntecte créateur l'avait exécuté. Il n'a point muni les niches de statues pour le\nbon motif qu'il n'y en a jamais eu ». Cet argument filial sème l'équivoque.\nRestaurer le monument tel que le créateur l'avait exécuté, cela ne veut pas\ndire suivant M. Van Ysendyck fils, le restaurer d'après la conception primitive\ndu créateur, sinon son père n'aurait plus eu les mêmes scrupules à l'endroit\ndes statues, puisque dans l'esprit du maître gothique les niches devaient évi­\ndemment servir à quelque chose. Comment se fait-il dès lors que cette déli­\ncatesse professionnelle n'ait pas empêché le restaurateur de créer de toutes\npièces les deux tourelles ajourées qui flanquent le pignon donnant sur la rue\ndu Sablon ? Van Ysendyck fils peut-il nous prouver que ces tourelles avaient\nété exécutées par l'architecte médiéval ?\n   M. Mœller, toujours d'après le fils du restaurateur, dit que l'ensemble des\ntravaux de réfections ne dépassera pas la somme d'un million. Or, je lis dans\nla Revue de l'Art Chrétien, moniteur des restaurateurs belges (XLIVe volume,\ncinquième série, tome XII, Ire livraison, janvier 1901, p. 86), le renseigne­\nment suivant : « Des restaurations nombreuses sont en voie de réalisation à\nBruxelles. Celle de l'église du Sablon suspendue durant quelques mois vient\nd'être reprise. Les travaux du Sablon coûteront 1,800,000 francs, dont la\nmoitié est supportée par la ville de Bruxelles et l'autre moitié par l'Etat et la\nprovince. » Comme toujours, ce budget sera dépassé et vous verrez que l'on\natteindra les deux millions dont j'ai parlé. Quel essor on donnerait à l'art\ncréateur avec ce bel argent I\n   Je n'insiste pas sur l'extraordinaire démolition du portail de la rue de la\nRégence entreprise non point par M. Van Ysendyck, mais par un fou que la\npolice a, dit-on colloque, — sans toutefois nous révéler son nom.\n   M. Mœller n'a pas vu la restauration du Steen de Gérard le Diable, à Gand,\nmais un de ses amis lui écrit qu'elle est très artistique!/ Cet ami admire-t-il\naussi les abominables et sottes constructions que le restaurateur « dépose »\nen ce moment le long du pauvre Steen?\n   Maintenant que mes petites affaires personnelles sont réglées, je laisse la\nparole aux artistes par ordre alphabétique.\n"}, {"page_pdf": 773, "page_imprimee": 662, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": " 662                                DURENDAL\n\n\n   L. Abry '.\n\n\n     Durendal accueille votre argumentation et contribue à détruire le prestige\n dusaint-lucquismesinéfaste. N'est-ce pas là la preuve d'un revirement, le pré­\n sage d'une victoire prochaine pour nous qui voulons le respect du monument\n historique et le prestige de l'église, écrin précieux de joyaux d'art, comme\n aux belles époques de foi ?\n     Vos idées si justes et si carrément exprimées s'imposent déjà; mais il faut,\n je vous l'ai dit, les répandre dans tous les journaux, combattre chaque jour, ne\n remettre l'épée au fourreau qu'après la victoire complète; car nous nous atta­\n quons à des intérêts professionnels : la restauration des édifices anciens est\n devenu un métier lucratif.\n     Mais votre cartouchière n'est pas vide et nous vous passerons des muni­\n tions.\n     Ce qu'il faudrait avant tout, c'est introduire d'autres éléments dans la Com­\n mission des Monuments. Vous parlez de l'église du Sablon ; et Sainte-Wau­\n dru, à Mons? Les iconoclastes n'ont pas agi autrement.\n    J'ai trouvé dans l'église de Lisseweghe un pavement de chœur de la\n fabrique de Boch, digne d'un corridor d'hôtel moderne.\n    Vous ai-je signalé les projets de ces gens qui couvent de l'œil Saint-Nicolas\n à Gand? L'un de ces jours l'on commencera la démolition des maisons qui\n l'entourent (I), et alors apparaîtront des murailles lépreuses qu'il faudra refaire\n comme cela a été le cas pour le château des Comtes : « Nous ne pouvons\n cependant conserver une ruine au milieu de notre ville », disaient les Gantois\nil y a dix ans. Vous savez ce qu'on leur a fabriqué... sous prétexte d'enceinte\nd'un château de Philippe d'Alsace — rebâti en pierres taillées mécanique­\nment selon les procédés modernes.\n    Ce qui vous édifierait à ce sujet serait de lire les articles publiés en 1896,\ndans l'Art Moderne où j'ai soutenu une polémique avec le restaurateur ou\nplutôt le reconstructeur du château.\n    Je crois y avoir démontré que la reconstitution arbitraire de cette enceinte\na été faite sans études préalables et en se basant sur des données générales,\nétrangères, sans rapport avec le Steen gantois. J'ai posé dans le n° 47 de l'Art\nModerne, du 22 novembre 1896, diverses questions auxquelles il n'a jamais été\nrépondu.\n    Mais les travaux ont continué malgré tout, effaçant le document ancien,\nempêchant à l'avenir toute étude de ces problèmes !\n    J'appelle aujourd'hui votre attention sur les projets de la ville d'Anvers, qui\nayant racheté cette pittoresque halle des Bouchers, enfouie dans un dédale\nsavoureux de ruelles espagnoles non encore disparues de la vieille ville, va\nen commencer la « restauration ». L'architecte chargé des travaux promet\nque ce sera sérieux, que les matériaux seront « choisis ». C'est rassurant !\n    Mais mieux encore : on médite un dégagement de l'édifice ! D'abord on a\n\n\n\n  (1) Ces travaux sont commencés.\n"}, {"page_pdf": 774, "page_imprimee": 663, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "                     RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                                   663\n\npensé a u n j a r d i n — la verdure fait si bien autour des vieilles pierres! Main­\ntenant l'on veut u n e place publique ou une rue nouvelle reliant la Boucherie\nau Steen qui fait l'orgueil de l'administration depuis son retapage fantaisiste\n— et cette rue sera bâtie en « style flamand » évidemment : d u vieil-Anvers\npostiche — encore u n e fois !\n  , Mais pour effectuer ce beau travail il faut détruire la plus étonnante suc­\ncession de cours et de couloirs que je connaisse, quelque chose qui serait u n e\nattraction si c'était plus connu : je parle de la cour dite « le Gans », rue d u\nSac.\n   Si vous venez à Anvers, ne manquez pas de m e prévenir, j e vous y con­\nduirai (1).\n   J'espère q u e vous nous aiderez à défendre ce coin historique de la ville.\n\n\n  A. Baertsoen                                                                            '.\n\n\n  Faut-il vous dire q u e j'approuve, sans réserves, la campagne que vous menez\ncontre les retapeurs de m o n u m e n t s anciens ? Vous connaissez depuis long­\ntemps m o n avis à ce sujet : j'ai véritablement la haine de ces gens-là. Vous\nn'en direz j a m a i s t r o p de mal !\n   A bas le « t r u q u é », le « vieux neuf » !\n\n\n  Emile Claus :\n\n\n   J'applaudis à votre admirable plaidoirie dans Durendal, « Restaurations\net Restaurateurs ».\n   J e tiens à vous dire sans retard et simplement ce que je vois ici dans les\nchamps à l'entour d e moi. Ce qui se passe dans mon petit coin est vraimeut\nnavrant; les églises qui reçoivent tous les ans leur badigeonnage étaient pro­\nprettes, et cette blancheur immaculée donnait à nos églises villageoises u n e\nimpression douce et consolatrice. C'est fini tout cela, le démon tentateur\ntriomphe. T r o p souvent, hélas! les modestes temples deviennent des salles de\ncafé concert! les milliers de petite-; lignes, de fioritures, de tons criards,\nhurlant l'un à côté de l'autre, tiennent le campagnard avec la b o u c h e ouverte\nd'admiration devant ces horreurs. Adieu, dans pareil milieu, le recueillement\ndes fidèles.\n   Que dire des tableaux que ces messieurs osent peindre sur les m u r s . Car,\ntoute toile, b o n n e ou mauvaise, doit disparaître. J e crois même, fût-ce\n\n\n\n  (1) Je me suis rendu récemment à Anvers. J'ai visité le Gansencompagnie de M. Abry.\nIl serait criminel de faire disparaître ce coin pittoresque. Je soutiendrai de toutes mes\nforces la protestation de M. Abry. Je profite de l'occasion qui m'est offerte ici pour féli­\nciter l'excellent peintre militaire, de l'énergique combat qu'il soutient contre les restau­\nrateurs, dans les journaux d'Anvers, dans 1''Art Moderne, la Fédération Artistique, etc.\n"}, {"page_pdf": 775, "page_imprimee": 664, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "664                                DURENDAL\n\n\nun Jordaens. La place d'honneur aux travaux de ces messieurs, et quelle\nabomination pour les yeux des paysans ; voilà une plaie comme éducation\nartistique; et le Gouvernement envoie la jeunesse en Italie admirer les chefs-\nd'œuvre et, ici, pour les naïfs on cultive la négation de l'art I\n   Les restaurations?... Je pense toujours à ces vieilles fermes.\n   Remarquez qu'un locataire harcèle continuellement le propriétaire pour\navoir une nouvelle grange, une étable et, finalement une maison, car il plonge\ndans la caisse du propriétaire (pour le restaurateur lisez gouvernement) : ce\nmême locataire devient propriétaire d'une vieille bicoque, la soigne avec mille\nprécautions et, à peu de frais; cette vieille bicoque qu'on a vu dans cet état\nétant enfant, à l'âge mûr on la retrouve toujours vieille bicoque.\n   Je conclus qu'on peut consolider modestement : mais aujourd'hui, il me\nsemble que le restaurateur a surtout soin qu'on apprécie son propre travail.\nVous le dites avec raison, la bourse du Gouvernement est trop largement\nouverte pour ces sortes de choses.\n   Voilà le mal.\n\n  A. Crespin :\n\n\n   E n matière de restauration de monuments anciens, il faut partir de cette\nvérité qu'il est impossible, matériellement, de copier exactement une œuvre\nd'un art aboli, même intacte, a fortiori de la reproduire si elle est fortement\nendommagée et surtout si elle est détruite. L'auteur même d'un tableau\nne saurait en donner une réplique absolument semblable à l'original. Toute\ncopie implique changement de caractère. Voyez les gravures des meilleurs\nartistes et comparez-les aux originaux, elles peuvent leur être supérieures ou\ninférieures, jamais elles ne donneront autant d'exactitude qu'une photogra­\nphie, et celle-ci encore est inexacte dans un certain sens, les valeurs étant\nmodifiées mécaniquement dans le procédé lui-même.\n   La technique des arts change avec les époques, l'œil exercé de l'artiste\narchéologue reconnaît l'âge et l'origine d'un fragment, au caractère particulier\nqui en fait en grande partie le charme. De même on retrouve l'époque à\nlaquelle a été effectuée une restauration architecturale à ce que les manou-\nvriers y ont mis de contemporain, à leur insu. Ceci est fait pour condamner\nles restaurations qui s'étendent jusqu'à la reconstruction.\n   Il fut un temps où on envisageait comme possible et hautement désirable\nde remettre des bras à la Vénus de Milo Onen est heureusement revenu, non\nseulement pour ce qui regarde ce chef-d'œuvre, mais aussi pour tout ce que\nnous a légué l'antiquité. Les monuments d'Athènes et ceux du Forum romain\nne sont pas reconstruits; on s'est heureusement borné à les consolider et à\nles empêcher de se ruiner davantage (1). Nous n'avons pas à faire le procès\n\n\n  (1) Avec un ciment-colle et des ancrages — système excellent que nos restaurateurs\nferaient bien d'étudier, dans une communication qu'Herman Van Duysse fit naguère au\nCercle archéologique de Gand.\n"}, {"page_pdf": 776, "page_imprimee": 665, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "                  RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                           665\n\ndes architectes qui, dans toute l'Europe ont copié le temple antique en l'affec­\ntant à toutes espèces de destinations les plus disparates : Bourses de com­\nmerce, églises, palais nationaux, etc. Le respect qu'on a pour les antiques\ndevrait s'étendre aux œuvres de toutes les époques; toutes, au point de vue de\nl'humanité, offrent un intérêt égal sinon au point de vue de l'art pur et sim­\nple. Et pour nous celles du moyen âge devraient être doublement sacrées. Ne\nsont-elles pas les plus sublimes créations du génie occidental dégagé de toute\nservitude, ne caractérisent-elles pas la pensée puissante d'une race à l'aurore\nd'aspirations nouvelles?\n     Et c'est précisément à ces œuvres que le vandalisme des mauvais ouvriers\ns'attaque avec le plus d'acharnement. Chacun se croit capable de faire\ngothique! Il y a même, suprême aberration, une école où on l'enseigne;\nméconnaissant l'esprit des artistes du moyen âge qui tirèrent leur art des\nmathématiques et de l'observation de la nature ; cette école ne se préoccupe\n plus des sources, elle copie froidement, à jet continu, les motifs architecto­\n niques et décoratifs créés par d'autres, et, sans payer de droits d'auteurs, elle\n copie, comme feraient des châtrés ayant abandonné toute espérance en leurs\n propres forces.\n     Qui nous débarrassera de ces marchands du temple?\n     Respect aux morts ! II est temps qu'on ait pour les œuvres plastiques des\n prédécesseurs la vénération qu'ont les gouvernements pour les documents\n écrits ou imprimés gardés dans les archives. Les pierres sculptées sont des\n archives vivantes, nul ne devrait pouvoir y porter une main sacrilège. Cette\n déférence devrait être enseignée sur les bancs des écoles. On devrait faire\n comprendre à tous qu'il suffit de quelques vestiges retrouvés de l'Art d'un\n Peuple disparu, pour que le penseur puisse lui assigner sa place dans l'His­\n toire et le degré de sa civilisation, et il devrait être interdit d'en altérer la\n signification. Les pouvoirs publics ayant en leur possession ou sous leur\n tutelle la plupart des monuments anciens, ont assumé la responsabilité de\n leur entretien et de leur conservation. Ils doivent, lorsqu'un édifice est en\n ruine, faire le strict nécessaire pour en assurer le statu quo. Prendre les\n mesures nécessaires pour en empêcher la destruction complète, relever les\n détails intéressants par voie de moulages, photographies, dessins et en enrichir\n  les musées.\n  --, Si un monument est en état d'être affecté à un service public qu'on en\n surveille attentivement la structure, les fondations et les toitures, qu'on\n  l'entretienne avec un soin jaloux sans en changer le caractère consacré par le\n  temps, cet admirable collaborateur des artistes. Qu'on retienne les pierres\n  par des agrafes, qu'on consolide les murs par des ancrages, qu'on enlève les\n  superfétations qui n'offrent aucun intérêt d'art, qu'on refasse des détails de\n  sculptures ou des moulures dont des témoins subsistent, mais avec la plus\n  stricte probité artistique; mais qu'on ne repeigne pas d'anciennes fresques,\n  qu'on ne resculpte pas de figures ou de motifs importants et qu'on laisse\n  dormir dans la paix des temps ces témoins de la vie des peuples, expression\n   de leur âme et de leur intellectualité, et, partant de cette vérité qu'on ne\n   recrée pas ce qui est mort, pas plus un art qu'un individu, qu'on abandonne\n"}, {"page_pdf": 777, "page_imprimee": 666, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "666                               DURENDAL\n\n\ncette sotte prétention de refaire des monuments dans un style donné. Res­\npectez, admirez les artistes du passé, mais n'essayez pas de vous mettre à leur\nplace. On ne recommence pas Phidias, Robert de Luzarches et Rembrandt,\net plus tard on ne recommencera pas Puvis de Chavannes et Wagner. Si on\nconsacrait à encourager l'Art individuel, qui est celui de notre époque, une\nfaible partie des sommes qu'on dépense avec profusion aux pasticheurs de\ntous genres, quel élan cela ne donnerait-il pas aux arts, à en juger par ce\nqu'a déjà créé en ces derniers temps la volonté de quelques esprits d'élite, et\nce malgré l'indifférence des masses et la sourde hostilité de ceux que la for­\ntune ou la puissance favorise et dont le devoir devrait être d'aider les nova­\nteurs et les chercheurs au lieu de s'entourer d'imitations plus ou moins réussies\ndes styles finis.\n\n  Jean Delville :\n\n\n   J'approuve d'une manière absolue vos légitimes protestations contre les\nméfaits d'art de cette espèce nouvelle de vandales que l'on est convenu\nd'appeler de nos jours les restaurateurs. De trop tristes exemples, de trop\ngrands flagrants délits sont là pour démontrer l'indubitable bien fondé des\narguments que vous invoquez. Le savant Viollet-le-Duc, qui était, lui, un\narchéologue de génie, ne parvint jamais qu'à réaliser, sous prétexte de res­\ntaurations ou de restitutions, d'intéressants mais déplorables pastiches. Que\ndire, dès lors, du menu fretin de l'Architecture, les restaurateurs officiels, les\nCommissions des Monuments, etc., qui suivent aveuglément, en les exagé­\nrant souvent et en les appliquant d'une façon profanatrice, les érudites\nerreurs du Maître?\n   Les œuvres d'art, qu'elles soient architecturales, sculpturales, picturales,\nmusicales ou littéraires, sont des manifestations sacrées du génie humain, per­\nsonnel ou collectif. Un monument, a dit quelque part Peladan, appartient, devant\nDieu et devant les hommes, à celui qui l'a construit. Les œuvres d'art, quand elles\nvivent de la vie du passé, n'appartiennent plus qu'à elles-mêmes, ajoutons-nous.\n   Nul n'a le droit d'y toucher ou de les retoucher. L'on a seulement le devoir\nde les préserver pieusement autant que possible d'une destruction immédiate,\naccidentelle.\n   Il y a abîme entre conserver, préserver et restaurer ou restituer! Les res­\ntaurations et les restitutions n'ont été le plus souvent que des sortes d'attentats\nesthétiques, des œuvres artificielles ou mortes, des profanations. Quel est\nl'artiste lucide qui n'a pas souffert devant le Cenacolo, la fresque de Léonard\nde Vinci, à Milan, fresque qui a été retouchée, restaurée, reconstituée, tripotée par\nd'innombrables et innomables sots. Comme si un seul fragment, une tête,une\nmain, une jambe, un bras, un torse, un pied, une draperie, resté, çà et là,\nintact et de la seule et divine main du Maître, n'eut point suffit pour faire\nvibrer l'imagination du spectateur conscient, au point de reconstituer intuiti­\nvement l'œuvre originale, au lieu de devoir être obsédé par le froid fantôme\nde ce criminel pastiche !\n   Il en est de même du monument que d'une peinture, n'est ce pas ? Les\n"}, {"page_pdf": 778, "page_imprimee": 667, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "                   RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                            667\n\n\nmonuments ont une âme. Ils ont aussi une personnalité. Ils sont l'aspect\nmatériel et synthétique d'une pensée, d'une sensibilité. Les idées et lesformes\nont entre eux un lien mystérieux, harmonique, à la fois puissant et délicat et\nqui ne supporte pas le moindre contact maladroit ou brutal. C'est cette âme\net cette sensibilité que la plupart des restaurateurs souillent de leurs vanda­\nlismes. Il me paraît aussi absurde et aussi illogique de restaurer un monument\nque de vouloir restaurer une forêt. Or, un monument, cathédrale ou autre,\nest une forêt de pierres et de formes. L'un procède de l'autre, on le sait.\n   L'âme des choses seule importe. Et c'est cette âme que les pratiques maté­\nrialistes, les entrepreneurs de squelettes, les déterreurs de pierres mortes,\nfabricants de contrefaçon, maçonneurs de copies, détruisent avec l'implaca­\nbilité de l'inconscience. Je sais que les constructeurs qui se décorent encore\nde nos jours du grand nom d'architectes et de celui de restaurateurs, dédai­\ngneusement taxeront nos dires de « poésie ». Mais à cela, je répondrai que les\narchitectes qui ne sont point poètes ne sont jamais que de stériles et grotes­\nques manouvriers !\n   Je me résume en disant que là où l'artiste ou le génie d'une époque ont fixé\nleur inspiration, le restaurateur n'a rien à voir, n'a rien à faire, parce que\ncette inspiration est inséparable de la pierre, de la forme, quelque soient les\nharmonieux ravages du temps, et parce que cette œuvre est la cristallisation\ndu génie qui l'a créé. On peut retrouver une œuvre, mutilée, après des mil­\nliers d'années qu'elle est sortie du cerveau ou de la main de son créateur, mais\nla restaurer, la copier, la compléter, jamais, jamais! Toute œuvre suit le pro­\ncessus de la loi d'évolution : naître, grandir, s'embellir, se détériorer et dis­\nparaître.\n\n  Paul Dubois :\n\n\n   Mes félicitations, cher ami, pour votre beau courage. J'ai lu avec joie votre\narticle sur les restaurations de nos pauvres monuments.\n   Combien vous avez raison et combien je suis d'accord avec vous : malheu­\nreusement, nos adversaires sont nombreux et la lutte n'est pas facile.\n   Que cela ne vous décourage pas.\n   Je suis malheureusement trop occupé pour vous seconder très activement\ndans ce beau mouvement.\n   Mais si, toutefois, mon approbation pouvait vous être utile, croyez, cher\nami, que bien sincèrement elle vous est entièrement acquise.\n\n  Armand Helns :\n\n\n   M. Armand Heins, après le regretté H. Van Duysse (le premier et l'un des\nplus rudes adversaires des restaurateurs en Belgique), peut être appelé l'ami\ndes monuments de Gand. L'excellent peintre-écrivain a commenté notre article\nde Durendal dans la Petite Revue illustrée de l'art et de l'archéologie en Flandre,\nqu'il dirige avec une vaillance et un dévouement dignes d'admiration. Sa note\nest trop élogieuse pour que je la reproduise. Je me réjouis de trouver un tel\n"}, {"page_pdf": 779, "page_imprimee": 668, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "668                                DURENDAL\n\n\nappui à Gand, dans l'une des villes les plus menacées par nos embaumeurs de\nruines et de constructions séculaires. M. Armand Heins, dans le dernier nu­\n méro de la même Petite Revue signale un article que j'ai publié dans la Revue\n Universelle Larousse, sous ce titre : Restaurations monumentales ( 14 septembre 1901).\n M. Heins écrit que ma campagne porte ses fruits à Gand même. Ici je ne\nrésiste pas à la satisfaction de citer : « On peut admirer, dit-il, le beau zèle\n » que met l'auteur de ces lignes à essayer de sauver le peu qui reste encore\n » chez nous de monuments authentiques. Et l'on peut aussi se demander si c'est\n » son ardeur à faire valoir le point de vue nouveau auquel se placent les vrais\n » amis des monuments qui fait triompher nos efforts locaux en vue de la conser­\n » vation de la Maison des Bateliers. »\n   Si vraiment j'ai pu contribuer à préserver la Maison des Bateliers, j'en suis\nprofondément heureux et toute la rédaction de Durendal se réjouira avec moi.\nM. L. Cloquet, disons-le à son honneur — il est bon et consolant parfois de\nféliciter un adversaire — refuse d'entreprendre la restauration du célèbre\nhôtel corporatif. Son collaborateur aux travaux de la nouvelle poste de Gand\n(où la Maison des Bateliers doit être enclavée), après avoir voulu la réfection\ncomplète de l'édifice recule à présent devant l'attentat. Mais il paraît qu'en\n« haut lieu » on s'obstine à désirer la restauration intégrale de l'illustre façade.\nEst-ce possible? Non! Non! Nous apprendrons bientôt que ce joyau d'archi­\ntecture est définitivement sauvé.\n   J'aurais voulu reproduire à cette place, du moins en partie, cet article de la\nRevue Larousse. Il répond au reproche qui m'a été adressé par M. Helbig,\nd'ignorer les restaurations françaises. Peut-être pourrait-il éclairer M. Cloquet,\nqui, dans sa lettre du I er août 1901, assure qu'il est incapable « de dégager ce\nque veut M. Fiérens. » Mais je craindrais d'abuser...\n\n\n  Léon Frédéric '.\n\n\n   J'ai lu l'article que vous consacrez dans Durendal à la soi-disant restauration\ndes monuments. Je suis tout à fait de votre avis. Je ne sais si vous avez visité\nles ruines de Pompéi et d'Herculanum. Il me semble que là on s'est montré\nplus intelligent et plus artiste : on consolide les murs, mais on ne les recon­\nstruit pas, et malgré qu'aucun monument ne soit complet, en se promenant\ndans ces admirables ruines, on est bien plus dans l'illusion que si on avait sot­\ntement reconstruit les temples et les maisons.\n\n\n  F. Khnopff :\n\n\n   En lisant dans Durendal votre énergique protestation contre les odieux ou\nstupides travaux de restauration, exécutés de toutes parts en Belgique, j'ai\nsongé à ce mot de Jules de Goncourt :\n   « L'antiquité a peut-être été faite pour être le pain des professeurs. »\n   En effet, n'est-il pas plus facile pour plus d'un pédant de l'encrier d'expli­\nquer par le menu la confection du parfait poème épique, que de rédiger un\n"}, {"page_pdf": 780, "page_imprimee": 669, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "                   RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                               669\n\n\nsimple télégramme et n'y a-t-il pas plus d'un cuistre de l'équerre prêt à com­\nmencer immédiatement - avec, cependant, les crédits nécessaires — la\nreconstitution de la Tour de Babel, qui ne pourrait construire une maison\n« bourgeoise » vraiment moderne, c'est-à-dire, confortable dans le profond et\nbeau sens du mot?\n  Vos attaques, vous le savez, d'ailleurs, menacent non seulement des prin­\ncipes, mais surtout des professionnels qui résisteront d'autant plus qu'à pré­\nsent, le pain de ces professeurs est devenu de la bonne galette.\n   Enfin, bon succès, je l'espère; bon courage, je le sais.\n\n  X. Mellery :\n\n  Je crois fermement que l'on ne refait plus un art du passé qui est né fatale­\nment de l'esprit de l'époque ; mais les édifices que nous a laissé le passé,\nnous les approprions encore au même usage pour lequel ils ont été créés; ils ne\npeuvent donc devenir des ruines, il faut les entretenir, les restaurer.\n   J'aime les ruines au delà de toute expression, mais si j'y trouve encore un\ncoin d'architecture resté intact, comme je me souviens à Villers autrefois, ce\nn'est plus la ruine que j'admirais, c'était l'œuvre d'art, et si je me dirigeais vers\nd'autres coins envahis par les plantes grimpantes ou parasites, j'admirais en\nartiste la façon dont la nature se tire d'affaire pour couvrir ou appliquer\nune ornementation sur une surface plane : quelle riche et abondante source\nd'inspirations et d'études pour l'ornemaniste et l'architecte; il me restait alors\ndéjà très peu de gens autour de moi pour admirer, et quand en sortant de la\nruine je m'arrêtais au coin de la route pour contempler ce beau chêne, ces\nbelles plantes, que la nature avait librement guidés, je restais tout seul dans\nmon admiration, admiration bien grande, peut-être plus belle et plus légitime\nencore pour l'artiste et pour l'avenir de l'art.\n   Je crois qu'on restaurera bien ou mal, mais qu'on restaurera toujours ; car\nles grandes époques d'art ne se renouvellent pas à chaque génération d'hommes\net forcément hélas nous verrons par la ruine ou par la restauration, diminuer\nla pureté et l'existence des belles œuvres d'architecture du passé.\n   Nous devons donc avoir le souci de l'entretien du passé, avec celui d'assu­\nrer un avenir digne de le remplacer.\n   On doit pouvoir restaurer, et un artiste qui comprend et sent l'âme de l'art\ngothique ou d'un autre doit pouvoir le faire.\n   L'art gothique par exemple monte comme la plante dans une même et belle\nharmonie vers le ciel; chaque degré plus élevé est réglé par celui qui le suit\net l'autre qui le précède, en tenant compte de son point d'attache à la terre et\nde son élévation dans le ciel. Cette harmonie dans cette charpente architec­\ntonique règle le caprice et la fantaisie des détails; et elle est tellement bien\néprouvée que tout en faisant un ensemble homogène elle peut varier indé­\nfiniment ses détails sans nuire à l'ensemble.\n   C'est cette pondération que les architectes gothiques possédaient si bien\ndans la conception de leurs monuments ; ce point est celui sur lequel viennent\nse heurter les difficultés de la restauration ; car il faut un artiste, et un artiste\n"}, {"page_pdf": 781, "page_imprimee": 670, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "670                                DURENDAL\n\n\nému pour faire une bonne restauration, et encore préfère-t-il créer lui-même\net poursuivre ses efforts dans ce but.\n   Cette harmonie, nous la retrouvons d'ailleurs dans tout ce que nous montre\nla nature, et la froideur de la correction avec toute sa science ne sera jamais\nqu'un mauvais instrument mis au service de la restauration.\n   Avez-vous vu les somptueux hôtels de la rue Leys, à Anvers (1), et ne les\ntrouvez-vous pas une dérision plus grande encore pour notre art moderne?\n   Notre avenir, certes, est surtout dans la création, l'originalité et nos efforts\ndans ce sens devraient être plus grands, plus sains et plus vrais, sans cher­\ncher d'autre apparence que celle de l'art ; car tout est faux excepté l'art ; aussi\nrien n'est moins aléatoire que l'art et on ne nous y trompera jamais.\n   La postérité recueillera et admirera toutes les œuvres d'art des différents\nsiècles du passé et elle pourra encore, comme si rien n'avait été fait, trouver\ndans l'admiration pour elles, dans ce qui en restera, et dans le langage de la\nnature, des forces nouvelles et neuves propres à résister à la fatalité de la\nruine et de la restauration.\n   Je vous félicite pour l'active et belle mission d'art que vous poursuivez,\nc'est si beau et si bon de pouvoir s'exprimer en art et d'avoir quelque chose\n à dire, parce qu'on l'a éprouvé.\n   P.-S. — En somme je n'aime pas les restaurations, on en fait trop et sou­\nvent trop mal. Ne pourrait-on par des enduits chimiques souvent renouvelés,\narrêter les désastres de la ruine dans nos monuments et éviter ainsi les\n restaurations.\n   Ah ! si l'on pouvait figer, fixer et la forme et la patine de ces détails usés\npar l'intempérie des saisons ; ils sont si beaux et si renseignants ainsi, nous ne\ndemanderions pas à savoir comment ils étaient étant neufs et nous garderions\nainsi de beaux spécimens d'art à servir d'exemple et à opposer à notre archi­\n tecture moderne.\n\n\n   Constantin M e u n i e r '.\n\n\n   Une ruine est belle parce que ruine et il faudrait le génie de ceux qui ont\nfait l'œuvre pour oser y toucher de même un tableau de même une sculpture.\n\n\n   G. M o r r e n '.\n\n\n  J'admire le courage et la persévérance que vous avez à mener votre cam­\npagne contre les restaurateurs. Est-il possible qu'il vous faille tant de mal\npour lutter contre ces destructeurs de la Beauté, alors qu'il semble que vous\ndevriez être soutenu par tout le monde, puisque tout le monde devrait être\nsoucieux des richesses architecturales de son pays. Mais vous luttez, mal­\nheureusement, contre une muraille immense, tellement forte et solide, qu'elle\n\n\n   (1) Hélas! si je les ai vus !\n"}, {"page_pdf": 782, "page_imprimee": 671, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3098, "texte": "                           RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                     671\n\n\n  n'aura jamais, celle-là, besoin d'une retouche, celle de la « Bêtise et des Inté­\n  rêts personnels ». Les gaffes commises par les architectes paraissent parfois\n  faites à plaisir, exprès. Ce qui est ailleurs est également à Anvers; vous savez\n  combien, vers 1880. lors de la rectification des quais, combien de ruelles\n  curieuses, de maisons de bois, de chapelles ont été détruites, — on a tenu à\n  conserver le vieux burg : le Steen, mais on ne l'a pas respecté et vous con­\n  naissez, certes, l'aspect baroque qu'il a, avec ses 'tourelles octogonales à\n  pignons pointus, alors que l'exemple des tours rondes et massives à créneaux,\n' dans la partie ancienne, existant encore, n'était qu'à suivre. Pourquoi ces\n  désaccords? Maintenant le tout est bon à faire sauter. En ce moment on est en\n  train de gratter au canif, de poncer, de racler Notre-Dame : la cathédrale;\n  on a commencé par le porche orné récemment de statuettes hideuses. Le ton\n  neuf de la pierre blanche est affreux, anémique, on dirait d'un gâteau de bis­\n  cuit; — adieu à jamais les belles patines, amenées par les temps. La jouis­\n  sance des harmonies riches, des tons chauds doit être, sans doute, un don\n  spécial et rare; mais si le plaisir des yeux n'existe pas pour tout le monde, il\n   est certain que la sottise est générale\n     La restauration des monuments anciens devrait se borner à soutenir, à\n  étayer les affaissements et les crevasses, amenés forcément par les intempéries;\n  mais on devrait mener au bagne quiconque y ajoute ou en enlève inutilement\n  une seule pierre.\n\n\n    C h . S a m u e l '.\n\n\n     Il y a peu de jours, de passage à Reims, arrêté devant sa merveilleuse\n cathédrale, anxieusement, je me demandais ce qui se passait derrière les\n vastes échafaudages la couvrant en grande partie, quels forfaits se commet­\n taient à l'abri de ces planches, de ces madriers, par quelles pierres, par quelles\n sculptures médiocres et banales seraient remplacées ces moulures, ces orne­\n mentations, ces figures admirables, naïves, mystiques, si habilement usées\n et patinées par le temps, expressions d'une foi ardente et sincère...\n     Faisant escale à Paris, avant de rentier au pays, j'y trouve votre excellent\n et judicieux article de Durendal \" Restaurations et Restaurateurs.\" Puis-je\n en faire éloge plus sincère, puis-je y donner approbation plus complète qu'en\n vous disant que votre étude est, comme l'écho — si bien exprimé par vous —\n des réflexions qui me hantaient devant le vieil édifice rémois, livré lui aussi,\n comme tant de monuments de notre pays, aux mains des implacables restau­\n  rateurs !\n   . Quelques jours auparavant, « de sombres pensées » m'étaient venues à\n  Heidelberg devant les réfections plutôt maladroites du vieux château !\n     Nous sommes donc, hélas ! « logés à la même enseigne » que nos grands\n  voisins 1\n     Marchez donc de l'avant, cher ami, pour la défense de notre patrimoine\n  artistique, je joins de grand cœur, ma faible voix à vos énergiques cris\n  d'alarmes !\n"}, {"page_pdf": 783, "page_imprimee": 672, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "672                              DURENDAL\n\n\n  Jacob Smits '.\n\n   Tâchez d'organiser une vaste association artistique (membre, 10 francs\npar an).\n   Société pour la restauration des monuments et pour la propagande de l'art moderne\nreligieux.\n   Opposez une force vitale, visible, existante à l'ennemi. Une campagne sans\nrelâche, c'est très bien, mais il faut donner signe DE VIE. On n'a peur que\nd'argent ou de force.\n   A Anvers, un architecte a mis des volets en chêne à l'ancien hôpital, rue de\nl'Hôpital, construction très belle duXVIesiècle, quoique cette construction\nne soit pas faite pour recevoir des volets. Le caractère s'y oppose, puis la\nplace manque. De sorte que, lorsque les volets sont ouverts, ils se contrarient\nen se superposant. C'est peu de chose, mais cela dit TOUT.\n   Contre la cathédrale, on a placé des urinoirs gothiques. La piscine du puits\nde Quentin Metsys a été améliorée par ces brigands.\n   A Hoogstraeten, l'école Saint-Luc a complètement badigeonné et naturel­\nlement gâté la belle église; et à Moll, la même chose : des autels gothiques\n Saint-Luc. C'est décidément une excellente affaire.\n   A Anvers, dans un concours d'architecture, on a posé le problème suivant :\nC O M P L É T E Z les tours d'une église gothique, (je ne sais plus laquelle). Sen­\ntez-vous où est le mal???? Il n'est pas facile à déraciner.\n\n  Alexandre Struijs :\n\n   A cause de la reconstruction d'un monument de Malines, à côté des Halles,\nlongeant la rue Beffer, je voudrais justement entamer une correspondance\nouverte de protestations contre la disparition des œuvres architecturales de\nnos plus éminents maîtres des siècles passés, et quoique les travaux soient\nconfiés à des architectes de talent, je crains fort que, encore une fois, ces\nsuperbes restes ne tombent sous les marteaux des maçons, sous prétexte\nqu'ils ne peuvent supporter le poids de leur maçonnerie. Depuis de longues\nannées, je sens en moi une révolte grandissante. Je m'indigne, et je souffre\nintérieurement de voir disparaître, morceau par morceau, nos plus beaux\nmonuments. Dire qu'il ne reste presque plus rien de l'ancienne église Saint-\n Rombaut, de ses belles sculptures dans lesquelles vibrait un incomparable\n souffle d'art, de toute cette gigantesque création qui avait grandi sous la\n direction d'un architecte de génie ; je ne puis vous dire ma tristesse en\n voyant enlever ces beaux morceaux qui parlaient un langage si persuasif?\n   Ce colosse, qui vous impose encore par la silhouette, ne vous parle plus au\n cœur ; ce n'est plus qu'une froide reproduction. Cela s'appelle restaurer.\n Moi, j'appelle cela une vache à lait.\n    La Commission des Monuments ne fait pas son devoir, elle protège ce\n vandalisme, et sera cause que bientôt nous posséderons, en place de ces\n monuments merveilleux, des mauvaises copies qui donneront à la future\n génération une bien faible idée de la création d'antan.\n"}, {"page_pdf": 784, "page_imprimee": 673, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "                  RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                         673\n\n\n   A l'intérieur des églises, même barbarie ; le mot est trouvé : unification de\nstyles ! Donc, tout ce qui n'est pas de l'époque de l'église doit s'en aller;\ncombien de belles choses, tombées dans les mains des brocanteurs, sont\nallées à l'étranger enrichir les musées! N'est-ce pas d'un coup détruire l'his­\ntoire de l'église.\n   Il y a quelques semaines, je passais devant une petite et des plus vieilles\néglises de Malines, en restauration. Au-dessus de l'entrée est percée une\ngrande fenêtre; on était occupé à enlever les vitraux. Le lendemain, tout\navait disparu, plus rien qu'un trou béant !\n   Votre pensée, cher ami, est la mienne; chaque mot tracé par vous, pour\nentreprendre cette noble lutte contre ces barbares, vibre en moi comme un\nécho familier et tous ceux qui ne craignent de se prononcer ouvertement,\nne peuvent qu'applaudir à votre initiative.\n   J'ai été voir dans l'église Saint-Jean, à Gouda, les superbes vitraux peints\npar les célèbres frères Coobeth. Je vous conseille d'aller voir ces merveilles,\nj'ai pu apprécier là une belle restauration faite avec le plus grand respect.\nSur la Grand'place se trouve l'hôtel de ville ; il y a un escalier soutenu par des\ncariatides ; nos restaurateurs pourraient aller là-bas étudier ce que c'est que\nla restauration.\n   Je pourrais continuer à l'infini sur ce sujet, sur les congrès archéolo­\ngiques, etc. Mais je veux finir avec les sages paroles prononcées par M. le\nministre Beernaert, au Congrès archéologique de Malines, en 1897 :\n    « Défiez-vous de certains médecins ; il y a des gens et parfois d'ha­\n biles gens qui, sous prétexte de restaurer, démolissent et reconstruisent —\n reconstruisent en perfectionnant, comme pour montrer qu'ils en savent plus\n long que leurs aînés.\n    »Pour les vieux monuments, voilà des amis aussi dangereux que des enne­\n mis, et je souhaite que M. le Ministre de l'Intérieur les protège contre les,\n uns comme contre les autres. (Applaudissements:)\n    » Buvons donc, Mesdames et Messieurs, à nos pauvres et chers malades,\n aux impotents, à ceux qui, dans la bataille des armées, ont perdu un bras ou\n une jambe. Puissions-nous toujours garder respectueusement ce qui reste et inspi­\n rons-nous de leurs modèles. »\n\n  Je voudrais rapporter ici mes longues et édifiantes conversations avec\nMM. Victor Horta, Van der Stappen, L. Govaerts. Mais il faut se borner.\nM. Van der Stappen, très renseigné sur la question, m'a promis une longue\ncontribution personnelle que je publierai quelque jour. M. L. Govaerts, pré­\nsident de la Société centrale d'architecture belge, m'a annoncé que son\nCercle discuterait prochainement, en séance publique et contradictoire, les\nravages de nos retapeurs officiels. Un rapport sera rédigé. Qu'on ne dise donc\nplus que les poètes, les peintres et les sculpteurs — ceux qu'avec un hautain\nmépris on appelle les pittoresques — condamnent seuls les restaurations. La\njeune architecture tout entière s'insurge. Lesjeunes constructeurs, et à leur\ntête M. V. Horta, réclament leur droit à la vie et à la libre création. Ils pré-\ntendentrompre avec les misérables copistes et pasticheurs qui, trop longtemps,\n"}, {"page_pdf": 785, "page_imprimee": 674, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "674                               DURENDAL\n\n\nont déshonoré leur art. Le restaurateur mourra bientôt, tué par l'architecte.\nEn attendant, nous lutterons de toutes nos forces. Les encouragements,\nd'ailleurs, viennent à présent de toutes parts. Un député, M. Carton de\nWiart, s'est courageusement rallié à nous. Les truqueurs sont traqués : à\nGand, par MM. Heins, Baertsoen et d'autres; à Anvers, par MM. Abry,\nMorren et J . S m i t s ; à Malines, par M. Struijs; dans nos campagnes fla­\nmandes, par MM. E. Claus et G. Minne; dans le pays wallon, par de jeunes\nartistes — M. G. Lebrun, entre autres — qui m'ont envoyé également la\nchaude expression de leur sympathie. C'est le devoir des hommes de lettres\nde faire triompher cette œuvre d'assainissement artistique, car de notre succès\ndépend la revivification de l'art architectural et la réinstallation légitime des\npeintres et sculpteurs originaux dans nos grands édifices publics. Nous aussi\nnous avons notre Delenda Carthago.\n   Du Restaurateur, délivrez-nous, Seigneur!\n\n                                                       H. FIÉRENS-GEVAERT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-201", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Planche : Saint François ressuscite un enfant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(Photo Alinari, de Florence)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 787, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "Photo Alinari, de Florence)\n\nSAINT FRANÇOIS RESSUSCITE U N ENFANT\n                  GHIRLANDAIO\n\n    (Eglise de la Sainte-Trinité, à Florence)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-011", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 675, "page_fin": 677, "titre_corps": "La Restauration de l’Église du Sablon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "La Restauration de l Eglise du Sablon", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 788, "page_imprimee": 675, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "La Restauration de l'Église du Sablon\n\n\n                  LES quelques mots d'introduction dont mon ami Fiérens-\n                     Gevaert fait précéder son interview de divers artistes,\n                     que j'aime et estime comme lui, et dont le sentiment est\n                     d'un grand poids à mes yeux comme aux siens, contient\n                     encore quelques inexactitudes involontaires, qui veulent\n                     être relevées. Et tout d'abord ce n'est point du fils de\n                     M. Van Ysendyck que je tenais tous les détails en question.\n                     Ce n'est point lui, par exemple, qui m'avait dit que la\n                     restauration de l'église du Sablon ne coûterait qu'un\nmillion. Lui-même m'avait fait remarquer mon erreur à ce sujet, dans une\ncauserie, alors qu'il était trop tard pour la relever, ayant déjà donné le bon\nà tirer pour mon article. Comme le dit très exactement la revue citée par\nM. Fiérens-Gevaert, la somme allouée à la restauration susdite est de\n1,800,000 francs. Et c'est précisément ce qui M. Van Ysendyck fils m'avait\ndit. Mais M. Fiérens-Gevaert semble oublier qu'il avait prétendu qu'on avait\ndéjà dépassé la somme de 2 millions à l'heure actuelle. Ce qui est erroné.\nEt c'est à quoi j'ai répondu.\n   C'est là, du reste, une question secondaire.\n   La question principale est de savoir si on a bien fait ou mal fait d'entre­\nprendre la restauration de l'église du Sablon.\n   Et d'abord, une restauration était-elle nécessaire , A cette question je réponds\ncatégoriquement oui. Tout le monde sait que la dite église était dans un état\nlamentable, voisin de la ruine, pour ne pas dire que c'était déjà une vraie\nruine. Les pierres s'en détachaient par pièces et morceaux, au point de\ndevenir un danger public. 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J'ai cité l'Art Moderne, dont j'ai toujours consi­\ndéré l'avis comme de la plus haute importance, vu la compétence remarqua­\nble de la rédaction en tout domaine de l'art. Il est vrai que cet éloge visait\nseulement la restauration du transept nord, seul achevé au moment où cet\narticle parut.\n   Mais la restauration de la façade principale a été exécutée absolument\nd'après la même méthode. Il y a, il est vrai, deux tourelles qui sont l'œuvre\npersonnelle du restaurateur. Elles offusquent visiblement M. Fiérens-\nGevaert, et, à dire vrai, elles ne me gênent pas moins. Je les trouve\nabsolument déplaisantes. Je voudrais même les voir disparaître. Elles\nsont lourdes et disgracieuses. Elles jurent avec la sveltesse du reste de\nla façade. J'avoue qu'ici l'art du restaurateur s'est trouvé en défaut. Et\nj'eus préféré qu'il laissât plutôt inachevé ce qui l'était avant la restauration. Il\na bien laissé les niches sans statues et M. Fiérens-Gevaert lui en fait un\nreproche qu'il base sur le fait d'avoir commis les deux tourelles. C'est une\ninconséquence, d'après mon ami. Soit! Sans doute, comme le dit M. Fiérens-\nGevaert, une statue est une sculpture aussi. Seulement, un architecte n'est pas\nnécessairement un statuaire. Je me demande même s'il i'est jamais. Voyez\nla Belgique. Nos architectes ne sont pas des statuaires et nos statuaires ne\nsont pas des architectes. Et on a mainte fois reproché, et avec combien de\nraison, à une certaine école, de ne pas s'être cantonnée exclusivement dans\nl'architecture, où elle a réussi souvent, et d'avoir abordé la statuaire où elle\na lamentablement échoué. Si, d'après M. Fiérens-Gevaert, il est impossible de\nrefaire l'architecture ingénue et si savoureuse dans son ingénuité du naïf\nmoyen âge, que dirons-nous de la statuaire de cette époque? A s'efforcer\nde reproduire celle-ci, on n'a jusqu'ici abouti qu'à des caricatures grotesques,\net on se demande s'il ne faut pas renoncer à tout jamais à refaire les statues\nmoyenâgeuses. M. Van Ysendyck père a avoué lui-même son impuissance et\na d'autant moins osé meubler les niches de saints qu'il n'avait pas même de\nmodèles à copier, l'architecte primitif ayant laissé les niches vides. Il faut le\n louer, me semble-t-il, de sa discrétion.\n   Une idée me vient Nous avons, en Belgique, un groupe de sculpteurs de\nla plus haute envergure, d'une puissante originalité, dont la personnalité\nartistique est reconnue par le monde entier. Qu'il me suffise de nommer\n Meunier, Samuel, Van der Stappen, De Vreese, Vinçotte, Lagaë, de\n Lalaing, etc., etc. Pourquoi ne s'adresserait-on pas à ces maîtres et ne leur\n confierait-on pas le soin de meubler les niches du Sablon de saints. Ils en\n"}, {"page_pdf": 790, "page_imprimee": 677, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "              LA RESTAURATION DE L'ÉGLISE DU SABLON                        677\n\n\nferaient de merveilleux. Sans doute, ces statues ne seraient-elles pas dans\nle style de l'époque et, par conséquent, du monument. Mais qu'importe! si\nelles sont belles, si ce sont de vraies œuvres d'art.\n    De même que j'ai en haine tous les restaurateurs qui bannissent impitoya­\nblement des églises qu'ils restaurent tout ce que l'art des siècles suivants y a\nintroduit peu à peu, sous prétexte que c'est étranger au style de l'édifice, et\nquand même ce seraient de purs chefs-d'œuvre, de même je trouve absurde la\nthèse qui soutient qu'on ne peut orner une église construite dans un style\ndéterminé, en y plaçant des œuvres d'art d'un autre style. Il y a plusieurs\nstyles dans la cathédrale de Tournai, et cependant ce monument n'est-il pas\n admirable ?\n    En tous cas, ce à quoi il faut s'opposer avec la dernière énergie, c'est à\n confier ce travail aux pasticheurs de style gothique que l'on connaît et dont\n les statues sont horribles.\n    Pour conclure, je répète encore une fois, qu'en général je partage la\n manière de voir de mon ami, M. Fiérens-Gevaert. Et d'abord je trouve\n odieux toute restauration de ruines. En ce point nous sommes absolument\n d'accord. Mais quant aux monuments qui sont encore en usage, je crois\n qu'une restauration s'impose lorsque le monument menace ruine. Aucun des\n artistes interviewés par mon ami, pas plus que M. Fiérens-Gevaert lui-même,\n ne m'a donné un argument péremptoire de l'impossibilité absolue d'une\n  restauration, que je n'admets, je le répète, que dans des cas exceptionnels.\n  Le grand et prestigieux artiste, X. MELLERY, partage mon sentiment puis­\n  qu'il dit : On doit pouvoir restaurer, et un artiste qui comprend et\n  sent l'âme de l'art gothique ou d'un autre doit pouvoir le faire. Je n'ai\n  pas dit autre chose et ce sera mon idée jusqu'au moment où on m'en démon\n  trera la fausseté.\n\n                                                            HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-012", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 678, "page_fin": 680, "titre_corps": "La Forêt des Fées (Fragment)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Forêt des Fées", "ancre_fin": "Renaissez fleurissez et croissez dans l Amour", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Fontanalia", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 791, "page_imprimee": 678, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "La Forêt des Fées\n\n\n                        Fragment\n\n                                             U N BARDE CHANTE\n\n\nBrocéliande! l'aube a doré tes grands    chênes,\nLa chanson du matin s'éveille en tes fontaines,\nLe jour qui t'éblouit de ses vives couleurs\nVient doucement rouvrir les lèvres de tes fleurs\nPleines encor des diamants de la rosée ;\n0 forêt! tu souris, ainsi qu'une épousée,\nAu radieux soleil dont l'embrassement     pur\nTe revêt des clartés éparses dans l'azur\nComme d'un voile immense, 6 forêt qui       frissonne,\nEt ton joyeux printemps attriste notre automne !\n\nSol foulé des héros, les Paladins sont morts!\nTu ne vibreras plus au mâle appel des cors ;\nLes grands cerfs roux qui viennent boire aux sources claires\nN'entendront plus des voix parler dans tes clairières;\nLe lierre drapera les créneaux des manoirs\nLourdement endormis dans le sommeil des soirs\nEt, seul, le grave écho de tes profondeurs  mornes\nÉcoutera hennir la harde des licornes!\n"}, {"page_pdf": 792, "page_imprimee": 679, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "                   LA FORÊT DES FÉES                     679\n\nToi qui vis tant de gloire éclater au soleil\nEt dont le chant sonore, au bruit des mers pareil,\nGarde à jamais le rythme immortel de l'Épée;\nToi dont chaque sentier vit passer l'équipée\nDes chevaliers fleuris de sang clair et d'amour.\nOuvre-moi les chemins qui mènent au séjour\nOù les preux d'autrefois reposent, loin du monde!\nLancelot, Galahad, Tristan, la Table-Ronde!\nDans ses jardins riants d'un éternel avril,\nQuel royaume de rêve abrite votre exil?\n\nO Forêt! tu connais l'ineffable    mystère!\nTu sais où. resplendit l'honneur    héréditaire\nDes pères et des fils que réunit la Mort.\nLes comtes de Cambrie et les barons d'Armor\nReviennent-ils le soir, quand la lune songeuse\nRevêt de pâle argent ta robe somptueuse,\nErrant par la prairie où sommeillent les fleurs,\nOuïr les virelais des antiques   jongleurs\nOu s'enivrer, au son des chansons      étouffées,\nDu cher déduit d'amour, sur les lèvres des fées?\n\nJ'évoque les secrets de ton royaume      vert,\nForêt où, par amour, les braves ont souffert!\nSous ton riche manteau de lierre et de liane,\nManoir mystérieux qu'enchante         Viviane,\nSurgis dans la lumière éclatante du jour!\nParmi les frondaisons, grandis et montre, ô tour,\nMélusine, tordant sa chevelure brune\nSous les longs baisers verts qui glissent de la lune !\nEt toi, clairière, si ton ombrage sacré\nVit, dans l'aurore en fleurs, le jongleur     inspiré\nRythmer des lais troublants, d'une grâce nouvelle,\nAu rire harmonieux de la rêveuse Urgèle,\nApparais moi! 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Urgèle! ô fées!\nCœurs orageux et doux, profonds comme la mer!\nCorps caressés par les étoiles, — lys de chair!\n"}, {"page_pdf": 793, "page_imprimee": 680, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 295, "texte": "680                          DURENDAL\n\n\n      Sous la hêtraie, où le soleil pleut par les branches,\n      Offrez à la clarté vos belles formes blanches\n      Et vous, preux d'autrefois dont je suis le retour,\n      Renaissez, fleurissez et croissez dans    l'Amour!\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-013", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 680, "page_fin": 680, "titre_corps": "Fontanalia : III. 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FONTAINE FLEURIE\n\n\n      Les flots sont parsemés des pétales de roses\n      Dont la brise de mai joncha leur pur cristal;\n      Ame aimante, revois le paradis natal\n      Où tu grandis parmi la nouveauté des choses !\n\n      Le merveilleux pays de joie et de douceur\n      Offre aux feux du soleil ses lacs bordés de vignes\n      Où la flottille errante et glissante des cygnes\n      Caresse mollement le flot souple et jaseur.\n\n      L'angélique clarté languissamment    s'épanche\n      Et sa chute amoureuse est douce au cœur lassé\n      Plus qu'à la lèvre chaude un chaste et frais baiser.\n\n      Ton enfance vers toi s'approche en robe blanche,\n      Elle a cueilli des fleurs et des feuilles aux branches\n      Pour vêtir de printemps l'image du Passé.\n\n\n\n                                          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-014", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 680, "page_fin": 681, "titre_corps": "Fontanalia : IV. 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Fontaine d’Oubli", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont", "ancre_debut": "FONTAINE D OUBLI", "ancre_fin": "CHARLES DE SPRIMONT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 795, "page_imprimee": 682, "debut_caractere": 637, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "FONTAINE D'OUBLI\n\n      Mon enfance crédule aux nymphes des fontaines\n      Consacrait chaque jour les prémices des fleurs,\n      Mes lèvres ignorant l'amertume des pleurs\n      Buvaient dans les parfums l'âme errante des plaines.\n\n      Sur l'herbe épaisse et chaude où riaient les verveines,\n      Au bois dont le soleil caressait les oiseaux,\n      J'écoutais se mêler la voix frêle des eaux\n      Avec cette autre voix qui chantait dans mes veines.\n\n      Le roi des rêves las, l'Automne au règne d'or\n      Vient jeter aujourd'hui son aumône au parc mort\n      Où les dieux d'autrefois ont cessé de sourire...\n\n      Et grisé des senteurs mourantes du verger,\n      Au bassin de la source où mon ennui se mire,\n      Je m'apparais songeur, à moi-même étranger !\n\n                                           CHARLES DE SPRIMONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-018", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 683, "page_fin": 685, "titre_corps": "Souvenir d’enfance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Mad.", "ancre_debut": "Souvenir d enfance", "ancre_fin": "M AD", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 796, "page_imprimee": 683, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "Souvenir d'enfance\n                             Affectueusement à M. l'abbé H. Mœller.\n\n\n             C'ÉTAIT un dimanche de printemps.\n                    Le verger était en fête. Cerisiers et pommiers\n                 fleurissaient en immenses bouquets d'innocence\n                 au soleil, éblouissant de blancheur dans un ciel\n                 pâle et très pur.\n                    Il avait l'air nouveau, ce ciel tout bleu; et\n                 tout rajeuni, ce soleil, qui follement dansait\n                  entre les branches, au-dessus de l'herbe haute.\nOn eut dit, qu'en une nuit étoilée, des anges aux blanches\nailes étaient venus poudrer les arbres, avec une neige rosée\nrecueillie au paradis.\n   Les fauvettes gazouillaient dans les buissons. Les merles\nsifflaient dans les peupliers. Un léger zéphyr embaumait l'air du\nparfum tendre des lilas.\n   Et tout était si doux, si limpide et si joyeux que nos petits\ncœurs d'enfants tressaillaient d'aise et semblaient chanter, au\ndedans de nous-mêmes, un hymne au renouveau. Pour témoi­\ngner notre joie, nous sautions gaiement dans l'herbe molle du\nverger. De temps à autre, un pétale rosé tombait d'un arbre, tel\nun papillon clair enrobé d'un rayon de soleil.\n\n                               * *\n\n  On nous les amena toutes trois. Elles avaient des robes\nblanches et des petites figures sages auréolées de cheveux fins.\nOn nous dit :\n  « Ce sont des cousines. Jouez gentiment. »\n"}, {"page_pdf": 797, "page_imprimee": 684, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "684                          DURENDAL\n\n\n    Et on nous laissa les unes en face des autres, intimidées sou­\ndain et nous regardant curieusement. Personne n'osait parler la\npremière. On se contentait de sourire. Une alouette invisible\nchantait de toute son âme, perdue dans l'azur. Un gros bour­\ndon — pareil à une petite balle d'or — passait et repassait en\nzonzonnant sourdement. Le silence bruissait dans la campagne\n par toutes les cymbales des cri-cri.\n    Un papillon bleu nous tira d'embarras. Il arrivait titubant,\ncomme enivré de rosée printanière, joli comme un amour, beau\ncomme une parcelle de ciel. La plus petite fille le désigna du\ndoigt : « oh! », et s'écria :\n    « Courons après !»\n   Nous nous prîmes les mains et nous mîmes à la poursuite de\nl'insecte qui semblait s'amuser à nous lasser. Vingt fois nous\ncrûmes le tenir; vingt fois — tout bleu — il échappa à nos six\npaires de menottes tendues. On se bousculait. Les plus jeunes\nroulaient par terre en riant. On courait en tous sens sous les\nbranches fleuries, les yeux fixant un point papillotant dans l'es­\npace; enfin il disparut, s'évanouit dans la brise, et nous tom­\nbâmes au pied d'un vieux pommier dont les rameaux touchaient\nterre.\n   Très vite alors, on fit connaissance. On disait les noms :\n   — « Moi, c'est Marie.\n   — Moi, Madeleine et puis Nelly.\n   — Ici, Marguerite, et ça, Yvonne... »\n   La petite, celle qui était la plus blonde, demanda :\n   — « Si on jouait? »\n   De suite les jeux s'organisèrent. Jeux très simples et très\ncompliqués à la fois. Jeux d'enfants qui ont soif de remuer,\nd'user la belle santé qui les rend si roses, de cabrioler dans la\nprairie, d'y glaner de gros bouquets de pâquerettes et de\nreprendre sans cesse des courses folles et sans but, rien que\npour le plaisir de se sentir vivre, de se baigner dans le soleil, et\nd'aspirer à pleins poumons le parfum délicat des muguets nou­\nveaux et d'encore timides violettes.\n   Le jardin nous paraissait si grand, que nous n'osions pas nous\naventurer dans les allées pleines d'ombre silencieuse, et, tout\nle jour, nous restâmes dans le verger blanc où tremblait la\nlumière d'un jour radieux.\n"}, {"page_pdf": 798, "page_imprimee": 685, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "                       SOUVENIR D'ENFANCE                      685\n\n   Ce verger, grâce à la magie du souvenir des choses mortes,\nme semble aujourd'hui quelque verger de rêve, quelque chose\nimmatérielle et vague, comme un coin d'une contrée bénie et à\njamais disparue, hélas!\n   Nous avions toutes des robes fraîches, nous étions gaies\net sourions au ciel de printemps et aux fleurs nouvelles. Nos\nâmes, ainsi que nos petites robes, étaient virginales, et les\nfleurs de bleuets nous envoyaient comme des sourires leur\nregard d'enfant.\n   Avant que la nuit ne s'annonçât, les mamans étaient venues\nnous chercher pour rentrer.\n   Et en des baisers et des câlineries un peu brusques, nous\ndisions combien nous nous étions amusées, combien c'était\ntrès bon de gambader sous les arbres fleuris et parés comme des\nfiancées, combien c'était très doux de retrouver sa maman\nquand il commence à se faire tard.\n   Nous embrassâmes les petites cousines, en disant : « à\ndemain » et leur trois robes claires disparurent au tournant du\nchemin déjà assombri\n\n\n                                 *\n                                * *\n   Il y a longtemps, longtemps. En disant un confiant « à de­\nmain », nous ne savions pas que ce « demain » n'arriverait\njamais. O le bon souvenir d'une douce journée toute d'innocence\net de francs rires! Le temps marche à grands pas. Il n'est plus\nrevenu, jamais, le jour de printemps candide, où nous avions\ncouru après un papillon bleu dans un verger en fleurs.\n   Mais parfois j'y songe dans le jardin assoupi et silencieux,\nlorsque le vent d'automne fait bruire les feuilles mortes, comme\nsi quelqu'un passait dans les allées envahies par la nuit.\n   Et, là-haut, dans l'immensité bleue qui pâlit insensiblement\net s'éclaire d'une lueur d'aurore à mesure que l'ombre noie la\nterre, là-bas du côté où s'endort le soleil, là où tout est gloire,\nespoir et paix, il m'a semblé souvent voir glisser, dans un pré\nde rêve, des robes mignonnes, toutes blanches, qui s'en allaient\nlentement, côte à côte, vers Dieu sait quelle lointaine contrée\nd'éternel bonheur.\n                                                           M AD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-019", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 686, "page_fin": 687, "titre_corps": "Le Bonheur Ingénu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Armel", "ancre_debut": "Le Bonheur Ingénu", "ancre_fin": "GEORGES ARMEL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 799, "page_imprimee": 686, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "Le Bonheur Ingénu\n\n\nMon âme, tu n'es plus cette enfant délaissée,\nCette pâle orpheline aux yeux mouillés de pleurs\nQui suivait le fantôme obscur de sa pensée\nSous un ciel sans clarté, dans un jardin sans fleurs.\n\nTu n'es plus la pensive amante du silence\nQui fuyait le spectacle enchanté du matin\nPour regarder mourir au fond de son enfance\nLe vague souvenir d'un bonheur incertain.\n\nLes soirs tristes et froids, les mornes soirs d'automne\nOù tu venais errer dans les bois dépouillés,\nLes soirs où s'éplorait ta plainte monotone\nComme en songe, se sont un à un effeuillés.\n\nIl ne te restera de ces heures moroses\nDont la Mort offensait le cadran de tes jours,\nQu'un plus fervent désir de récolter des roses\nPour Celle qui t'invite à de saintes amours.\n\nLève-toi ! tes chagrins sont finis, ô mon âme,\nLes temps où tu pleurais se sont évanouis...\nRegarde : Au seul baiser de l'Orient en flamme\nTes grands lys ignorés se sont épanouis.\n"}, {"page_pdf": 800, "page_imprimee": 687, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "                 LE BONHEUR INGÉNU                            687\n\nBrise ton vain sommeil et, comme la jeune Eve,\nDans l'éblouissement du monde à son éveil,\nAccueille en souriant la fleur du premier rêve\nQui tend son urne d'or aux lèvres du soleil.\n\nLes brumes de la nuit ont fait place aux féeries\nDe l'aube qui t'attend comme une blanche sœur\nSur le seuil d'un beau temple, où ses gerbes fleuries\nMiraculeusement     se dressent vers ton cœur.\n\nDéjà l'hymne joyeux des lyres et des harpes\nPour fêter ta venue éclate dans les bois\nOù des rayons vermeils s'enlacent aux écharpes\nDes Nymphes dont l'amour fait tressaillir la voix.\n\nTu vas pouvoir enfin saluer la lumière\nPuisée au clair foyer d'un doux sourire ailé,\nO toi, qui trop longtemps as traîné ta misère\nDans les déserts sans fin d'un pays désolé.\n\nMon âme, les beaux jours vont naître sous l'égide\nDe cette simple Enfant aux vœux immaculés :\nTu suivras désormais ce noble et chaste Guide\nQui porte ton bonheur dans ses yeux étoiles.\n\nChante et recueille-toi : te voici fiancée\nA cet être ingénu qui recueillit tes pleurs\nEt fit se réveiller doucement ta pensée\nSous un ciel lumineux, dans un jardin en fleurs.\n\n                                              GEORGES A R M E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-020", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 688, "page_fin": 691, "titre_corps": "Le Roman chrétien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Ned", "ancre_debut": "Le Roman chrétien", "ancre_fin": "EDOUARD NED", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 801, "page_imprimee": 688, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "Le Roman chrétien\n\n                  ON ne peut nier que le roman ne tienne, à notre époque, la\n                    plus large place dans notre littérature. Il est l'objet des\n                    préoccupations de la critique contemporaine. Grâce à la\n                    variété infinie des formes auxquelles il se prête, il embrasse\n                    toutes les questions, étudie tous les problèmes de la vie,\n                    scrute les cœurs et les reins des individus et des peuples, et\n                    pénètre dans tous les milieux, est lu et commenté par toutes\n                    les classes de la société, qu'il guide vers un idéal de bien ou\n                    vers un excès de mal, suivant la ligne de sa philosophie.\n   Le roman n'est plus, comme au temps de Vitet, une œuvre d'imagination\nqui doive nous amuser sans fatigue, qui doive nous donner tout simplement\ndans un miroir légèrement moqueur, mais lucide et fidèle, le spectacle de la\nvie humaine. L'unique souci du romancier était alors de distraire, d'émouvoir\nson lecteur par tous les moyens que lui suggérait son imagination dégagée de\ntoute entrave.\n   Aujourd'hui, l'art doit être, selon la belle définition de M. Paul Adam, le\nfécond écrivain de « La Force », l'œuvre d'inscrire un dogme dans un symbole et le\nroman d'art, qui a pour objet de nous procurer l'émotion de pensée, doit se\ndéfinir « la métaphore d'une philosophie ».\n   Le romantisme est mort, après avoir détrôné le classicisme. Le natura­\nlisme, qui vint ensuite, prit comme suprême but de l'art la peinture exacte\nde la nature, la photographie fidèle de l'individu, de ses actes, de ses gestes,\nde ses pensées. Il étala sans pudeur les difformités des hommes, les corrup­\ntions morales et physiques des familles, les affaissements graduels ou subits\ndes peuples. On connaît les tristes spécimens d'humanité qui grouillent abjec­\ntement dans les livres de Zola, de Maupassant et tant d'autres. Et l'on ne peut\ns'empêcher de comparer, dans son esprit, ces êtres laids, vicieux, analysés\navec amour par ces écrivains réalistes, avec ces autres individus que l'on a\nsoi-même étudiés, pris sur le vif, et qui cachent sous une écorce précieuse ou\nrude des âmes de beauté, de véritable amour et de vertu.\n   Aujourd'hui, le naturalisme porte les signes évidents de cette décrépitude,\nqui fait prévoir une ruine prochaine. Déjà on s'est tourné vers un autre idéal.\nLes Ibsen et les Tolstoï ont mis en honneur, en France, des religions vagues,\ndes évangiles nouveaux, où passent, comme des oiseaux de lumière sur une\nmer sombre, les grandes idées de pitié et de justice. De lumineux symboles\n"}, {"page_pdf": 802, "page_imprimee": 689, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3597, "texte": "                            L E ROMAN CHRÉTIEN                              689\n\n s'érigent bien au-dessus des réalités malsaines où l'on était plongé. Dans la\n lutte entre l'Esprit et la matière, celle-ci semble épuiser ses dernières res­\n sources, et brûler dans la nuit qu'éclaire une nouvelle aurore les dernières\n flammes de ses bûchers.\n    Dumas fils l'avouait déjà : « La génération qui va venir, ceux qui jouent\n aux barres à l'heure où j'écris ces lignes vont donner une telle poussée au\nspiritualisme qu'on n'aura peut-être vu jamais la pareille... » Marcel Prévost\n n'est pas moins explicite : « La doctrine matérialiste s'abolit, car la philoso­\nphie d'où elle est née, — celle de Taine — frère de l'école naturaliste comme\nde l'école psychologique, est déjà tombée dans un discrédit profond... La\njeunesse scientifique s'est aperçue que la doctrine positiviste reposait, comme\nles autres, sur un postulat de métaphysique, qu'elle laissait systématiquement\nsans réponse les plus cruels problèmes de la vie sentimentale. Inquiète,\ndésenchantée du ciel qui ne livre point son secret, incroyante aux démonstra­\ntions, la jeunesse contemporaine demande à l'avenir, en même temps qu'une\nphilosophie mieux informée, une littérature moins dédaigneuse de les refléter ».\n    Cette philosophie vers laquelleonaspire, sera-t-elle subordonnée aux dogmes\net à la morale de l'Eglise catholique? Le roman évoluera-t-il vers le christia­\nnisme? Il semble qu'on peut dès à présent répondre à ces questions par une\naffirmation catégorique. Il semble que déjà dans le vaste domaine de l'art,\naussi bien dans les jardins clos des poètes que dans les larges champs des\nromanciers, s'élèvent, sous la féconde poussée d'une sève mystérieuse et\nchrétienne, de splendides et odorantes fleurs de foi, d'espérance et d'amour.\n    Le catholique ose relever la tête et étudier les problèmes de la vie à la\nlumière de sa philosophie. Un instant, il s'est incliné sous l'esprit de scepti­\ncisme et d'erreur qui lui déniait, non seulement le droit, mais le pouvoir de\nfaire une œuvre chrétienne qui fût une œuvre d'art. Autrefois, Julien l'Apostat\ninterdisait aux chrétiens d'étudier les auteurs de l'antiquité, d'écrire et\nd'occuper des chaires de littérature ou de philosophie. Les auteurs chrétiens\nde l'époque n'en écrivirent pas moins des poèmes, des tragédies et des comé­\ndies qui, au dire de Sozomène qui les avaient lus, égalaient les œuvres des\nantiques. Boileau, le législateur du Parnasse au XVIIe siècle, écartait des\nmachines poétiques les dogmes chrétiens et les mystères de notre religion.\nCela n'a pas empêché que les œuvres de Milton, du Dante et de Klopstock\nfussent de purs chefs-d'œuvre. On nous a fait entendre les mêmes gammes et\nles mêmes aphorismes. On nous a dit que le roman ne peut être que nuisible à\nla religion et la religion nuisible au roman, que notre morale nous défend\nl'étude des passions du cœur humain et en particulier de la passion primor­\ndiale : l'Amour. Pauvres esprits, qui ne savent point que l'Amour est la base\nde la religion chrétienne, que c'est là seulement que se retrouve le véritable\nAmour, le seul Amour ! Mais je ferai tout à l'heure justice de cette gratuite et\nfolle affirmation.\n   Cependant, de retentissantes conversions de grands écrivains à la religion\ncatholique ont été comme les premiers coups de tonnerre de ces orages qui,\nparfois, en avril, bouleversent l'atmosphère et annoncent le renouveau de la\nnature. L'attention s'est éveillée à ces prodromes d'une nouvelle ère.\nM. Paul Bourget voit le christianisme plus que jamais conciliable avec tout\n"}, {"page_pdf": 803, "page_imprimee": 690, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3407, "texte": "690                                   DURENDAL\n\n\n\nle monde moderne, il affirme Dieu et sa Providence gouvernant toutes\nchoses, il revient à l'idéal catholique, le seul qui puisse guider l'Humanité et\nlui procurer le bonheur.\n    M. J.-K. Huysmans, parti de Là-Bas, a noté dans En Route les phases de\nsa conversion, les souffrances du calvaire où son âme s'est complue pour\nascendre, malgré les chutes et les rechutes, vers le Dieu de miséricorde et de\npaix. Arrivé là, Durtal eût, par l'effet de la divine grâce, la vision du refuge\nmystique, du port d'attente aux ondes calmes et sereines, aux ondes lumi­\nneuses et parfumées comme des claires Méditerranées. Dans La Cathédrale, il\na entendu la voix de Dieu, il a écouté les voix de dix-neuf siècles de christia­\nnisme, il a compris le chant mystérieux des ogives et des verrières, il a saisi\nle sens profond et caché des pierres et des gemmes, des musiques et des cou­\nleurs, il a vu surgir devant ses yeux émerveillés les innombrables symboles\nchrétiens que le mystique moyen âge a créés et dont nous avons, pour un\ngrand nombre, perdu la clef. Du naturaliste qu'il fut autrefois, il a gardé la\nminutie des détails, le fouillé de l'observation, la phrase artiste. Mais un\nnouveau souffle anime les œuvres de l'écrivain, une âme nouvelle frissonne\net s'émeut dans ses livres, et guide le lecteur, par les routes claires des émo­\ntions pures et réconfortantes, vers des sommets majestueux de sérénité et\nd'amour. Tel, ce dernier et admirable livre où il retrace la vie mystique de\nSainte Lydwine de Schiedam, douce figure victimale de l'Eglise souffrante en\nHollande, au XIVe siècle.\n    Pendant que M. J.-K. Huysmans, à l'ombre du cloître de Ligugé,\nprépare, dans le recueillement et la prière, de nouvelles œuvres, les jeunes (1),\nde leur côté, ont commencé à produire des romans remarquables de con­\nscience littéraire et de sincérité chrétienne.\n    Voici d'abord J. Esquirol, avec A mi-côte, le roman d'un jeune homme qui\nse croit appelé à la vie religieuse, entre au séminaire de Saint-Sulpice, dont\nil flagelle avec verve le formalisme ridicule et dont il sort pour aller retrouver,\nà Lyon, la vie paisible et le charme mystique des églises qu'il aime à visiter\nau crépuscule. Sans doute, M. J. Esquirol est encore inexpérimenté dans ce\ndébut, on aperçoit trop qu'il procède du maître Huysmans, à qui fut dédié le\nlivre; mais que sa personnalité se dégage, que son talent se fortifie, que sa\nplume s'exerce, il produira des œuvres saines, fortes et belles qui seront,\nauprès des intellectuels inquiets, égarés à la recherche de la vérité, des\nœuvres d'apologétique et d'apostolat, — et cela d'autant plus que ces écrivains\ndont je parle auront un extrême souci d'art et n'exagéreront point la préoccu­\npation utilitaire et moralisatrice du roman au point de nuire à sa beauté.\n   Telle me semble avoir été la pensée de M. Louis Dimier, en écrivant\nLa Souricière (2), heureux et vaillant début d'un jeune romancier catholique,\n\n   (1) Le cadre restreint de cette étude ne me permet pas de m'arrêter, comme il convien­\ndrait et comme je me réserve de le faire, aux œuvres d'autres écrivains catholiques\ncomme Bazin, de Vogué, Bloy, Clésio, Poictevin et d'autres, ni aux œuvres des poètes,\ntels que Verlaine, des philosophes comme Brunetière, qui aident ou ont aidé au retour\nvers l'Idéal chrétien.\n   (2) Librairie académique Perrin, Paris, fr. 3.50.\n"}, {"page_pdf": 804, "page_imprimee": 691, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "                            LE ROMAN CHRÉTIEN                                 691\n\n\nqui paraît appelé à prendre dans les lettres une très belle place. C'est l'histoire\nd'un jeune homme qui, dès le collège, se bute au pionisme de ses profes­\nseurs ; dans la vie, se prend de dégoût pour la religion que servent mal les\nidiotes mesquineries, s'écarte du devoir et de Dieu pour tomber dans la\nsouricière des plaisirs faux et des voluptés malsaines, d'où le retire la main\nsecourable d'un vrai prêtre selon le cœur de Dieu et selon l'Evangile.\n   S'il y a dans ce livre des pages satiriques et sûrement flagellantes, il y en a\nde douces, d'infiniment reposantes et délicieuses comme cette page d'amour\nhumain où, dans le vert décor d'une grotte sur les bords de la Marne, le héros\ndu roman, Alexandre Hannequin, avoue à celle qu'il aime son affection pure\net chaste. Et c'est un dialogue idyllique à l'antique, une conversation naïve de\ndeux âmes simples et sûres d'elles-mêmes, comme une chanson d'amour des\ntemps bibliques. Que ceux-là lisent cette page, qui croient que le romancier\ncatholique ne peut peindre l'amour !\n    Louis Veuillot, s'adressant aux écrivains chrétiens, disait : « Que la belle\nlittérature nous parle du bel amour ; que l'écrivain en répande le charme sur\ntout ce qu'il conçoit. Je ne demande pas que tous les personnages de romans\net d'histoires poétiques soient des saints, que la peinture ne peigne que des\nsaints, que la musique ne chante que des hymnes. Je sais qu'il y a une hiérar­\nchie dans les arts comme dans la vie humaine. Je demande seulement que l'art\nne se traîne pas misérablement dans la poussière, à travers toutes les misères\nde la vie réelle, et ne sorte pas de là pour se précipiter au hasard et en trébu­\n chant dans un idéal insensé; mais qu'il s'élève par des actes du divin amour\njusqu'à cette sphère privilégiée, surnaturelle, où l'on apprend à dire sans retour\n et sans effort : « Seigneur, je vous aime! »... Poètes, osez aimer Dieu... »\n    M. Louis Dimier, après avoir peint le bel amour humain, a osé aimer\n Dieu. Dans les scènes finales où Alexandre, aux paroles du chanoine Planté,\n revient à la religion, il a placé d'admirables considérations sur l'amour de\n Jésus-Christ. Il a montré les trésors de miséricorde et de pitié que renferme le\n cœur de Jésus, notre ami, comme dit l'Evangile. Il s'est élevé jusqu'à la joie\n suave de vivre pour Dieu, uniquement pour Dieu.\n    C'est un bon livre, un livre sincère, et c'est un beau livre, un livre d'art.\n    La voie est ouverte. Il reste aux jeunes écrivains catholiques de la suivre,\n d'aller puiser aux sources vives du christianisme l'inspiration qui fera vibrer\n leurs œuvres plus divinement et plus humainement aussi, d'utiliser le cadre\n merveilleux que leur donne le catholicisme en même temps que les trésors de\n bonté, de miséricorde et de charité que l'Eglise conserve précieusement dans\n sa coupe d'or pur. Aux catholiques le devoir d'encourager leurs écrivains\n et de rejeter enfin loin d'eux, comme une défroque d'un autre siècle,\n cette croyance que le roman ne peut être en même temps catholique et\n œuvre d'art.\n                                                                EDOUARD N E D .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-021", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 692, "page_fin": 692, "titre_corps": "À Psyché", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "A Psyché", "ancre_fin": "GEORGES MARLOW", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 805, "page_imprimee": 692, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "A Psyché\n\n\nLe ciel est une fleur songeuse qui se fane\nSous les doigts caressants des brumes diaphanes.\n\nRéveille-toi, Psyché! Ta beauté solitaire\nFleurira doucement le sommeil de la terre.\n\nNul ne reconnaîtra dans ta forme voilée\nL'âme exquise du monde, ô Divine Exilée!\n\nTu te perdras parmi les foules sans qu'une âme\nSente jaillir en elle une nouvelle flamme :\n\nLes hommes ont l'horreur native des beaux rêves\nEt leur orgueil a peur des regards qui s'élèvent.\nTout est bien mort, Psyché : Sauf l'Idole éternelle,\nRien ne resplendit plus dans la nuit solennelle.\n\nTu peux me suivre : Au fond d'un grave et pur asile\nNous nous reposerons de nos luttes stériles.\n\nEt sous le tiède abri de la nuit étoilée\nTu sécheras tes yeux, ô Vierge désolée.\nCar tes pleurs, las d'avoir coulé sur nos désastres,\nFleuriront l'horizon d'un diadème d'astres.\n\nLe ciel est une fleur songeuse qui se fane\nSous les doigts caressants des brumes diaphanes.\n\n                                           GEORGES MARLOW.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-202", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Planche : Le Couronnement de la Vierge (école de Beuron)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE COURONNEMENT DE LA VIERGE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 806, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 55, "texte": "LE COURONNEMENT DE LA VIERGE\n        (Ecole de Beuron)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-022", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 693, "page_fin": 695, "titre_corps": "Deux Albums d’Art Religieux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Deux Albums d Art Religieux", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 808, "page_imprimee": 693, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "Deux Albums d'Art Religieux (1)\n\nA V E M A R I A ! Sechzehn blätter nach darstellungen\n  eines spätgothischen westphalischen liebfrau enalta-\n  res. Un album, B. Kühlen, M. Gladbach. — A U S D E M\n  L E B E N U N S E R E R L I E B E N F R A U . Siebzehn\n  Kunstblàtter nach den originalcartons der malerschule\n  von Beuron. Un album oblong, B. Kühlen, M. Gladbach.\n\n\n\n\n             LES plus précieuses, les plus pures œuvres de l'art\n                chrétien ont jailli sous l'inspiration de la Vierge,\n                et n'ont été qu'une libre offrande à sa grâce et\n                à sa souveraine candeur. Toutes les cathé­\n                drales, érigées par les pieux et vaillants ouvriers\n                du moyen âge, furent placées sous son invoca­\n                tion, et les tailleurs d'images, les sculpteurs\n                naïfs et fins du bois et de la pierre, comme les\npeintres excellents de l'Italie, de la Flandre et de l'Allemagne\nne se lassèrent point de célébrer sur le parchemin des missels,\nles panneaux des retables et les murailles des églises la gloire\ninnocente de l'Immaculée.\n\n   (1) N . B . — Les deux reproductions qui ornent cet article sont des réductions faites\nd'après des clichés de catalogue. Elle ne donnent qu'une idée très imparfaite des illustra­\ntions originales de l'album de l'école de Beuron.\n"}, {"page_pdf": 809, "page_imprimee": 694, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "694                         DURENDAL\n\n\n   Voici deux albums qui reproduisent dans la perfection de\nleurs gravures deux séries d'œuvres consacrées également à\nillustrer la vie de Marie : l'une qui date de la fin du XVe siècle,\net se trouve dans l'église de Hohenbudberg, près de Uerdingen ;\nl'autre, moderne, exécutée par l'école bénédictine de Beuron,\ndans l'église conventuelle d'Emaüs, à Prague.\n   On sent dans le travail du vieux peintre westphalien,\nl'influence de l'école flamande et de celle de Cologne, avec des\ndétails d'une naïveté particulière et charmante. Visiblement, le\nbrave artiste s'est appliqué à faire de son mieux, à rendre\nexpressive la placide physionomie germanique de ses person­\nnages, à les environner de belles architectures et de paysages\naccidentés : et il en est résulté une œuvre pleine d'une gau­\ncherie grave et exquise.\n    L'école de Beuron, venue en un siècle dont l'art, ou, pour\nmieux dire, les artistes sont devenus inaptes à l'interprétation\nreligieuse, a voulu tenter de restaurer l'esthétique chrétienne,\nde substituer aux affligeantes imageries pieuses en vogue, des\n                                œuvres éloquentes et simples. Il\n                                fallait éviter également l'imitation\n                                servile des gothiques et l'introduc­\n                                tion dans ces œuvres d'éléments\n                                plastiques qui eussent nui à leur\n                                caractère.\n                                   Et ce sont de belles images,\n                                graves et simples, d'un style à la\n                                fois sévère et tendre, qui n'a pas\n                                oublié les enseignements d'harmo­\n                                nie de la Grèce, et où la noblesse\n                                des attitudes et la suavité de l'ex­\n                                pression s'unissent en un rythme\n                                pur... Certes l'art tourmenté, ner­\n                                veux d'aujourd'hui, anxieux de\n    LA FUITE EN EGYPTE\n                                formules nouvelles, avide d'inso­\n     (Ecole de Beuron)\n                                lite plutôt que de beauté ; — les\n inquiets, les épileptiques et les irrésolus, incapables de sentir\n des musiques qui ne soient pas excessives; de s'émouvoir de\n paroles qui ne fassent pas émeute dans l'anarchie blasée de\n leur intelligence, feuilleteront avec dédain cet album et n'y\n découvriront que poncifs raides et sans vie.\n"}, {"page_pdf": 810, "page_imprimee": 695, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1341, "texte": "                 DEUX ALBUMS D'ART RELIGIEUX                     695\n\n\n   Poncifs, si l'on veut! Tous les grands artistes ont créé un\nponcif, une figure, une expression où leur âme, pétrie de joie,\nde douleur et d'enthousiasme s'est, pour ainsi dire, extravasée ;\nune figure créée à leur ressemblance, l'être idéal et cher que la\ndestruction de la vie et l'horreur de la réalité ne sauraient\natteindre ni amoindrir.\n   L'artiste ici est un moine, sa vie est fixée, et son but : il pos­\nsède toutes les allégresses et les fiertés de la certitude — il sait\noù il va; son chemin est tracé, large et magnifique, parfois;\nparfois, dur et difficile, mais sûr. Son temps se divise entre le\ntravail et la prière — se divise? à peine, car pour lui, l'inspira­\ntion, aussi, est une oraison. La majesté impérieuse et douce des\nrécits de l'évangile qu'il écoute, chaque jour, au chœur; les\npsaumes qu'il y chante font à sa vie une atmosphère, pleine de\nl'éclosion incessante des prières...\n   Son œuvre est comme le symbole de la quiétude et de\nl'équilibre heureux de ses jours, entretenus par l'ardeur égale\nd'une dévotion intelligente. La ligne et la couleur s'y conjuguent\nen une harmonie ample, solennelle, persuasive, et dont la\nmonotonie même est éloquente comme un chant grégorien.\n\n                                                ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-023", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 696, "page_fin": 702, "titre_corps": "I Fioretti : Doctrines et dits notables de frère Égide", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "I FIORETTI", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 811, "page_imprimee": 696, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "I FIORETTI\n                                     (Suite)\n\n\n\n\nDOCTRINES ET DITS NOTABLES DE FRÈRE ÉGIDE\n\n\n                 V. - CHAPITRE DE LA SAINTE PATIENCE\n\n\n\n\nC\n          ELUI     qui, avec ferme humilité et patience, souffre et soutient les\n             tribulations, pour le fervent amour de Dieu, bientôt viendra en\n             grandes grâces et vertus, et sera seigneur de ce monde, et de\n             l'autre, glorieux, recevra le gage. Chaque chose que l'homme fait,\nou bien, ou mal, il la fait à lui-même; et pour cela, tu ne dois pas te scanda­\nliser contre celui qui te fait injure, mais avoir beaucoup de patience et,\nseulement, avoir la douleur de son péché, l'ayant en compassion et priant\nefficacement Dieu pour lui. Plus l'homme est fort à soutenir et à souffrir\npatiemment les injures et les tribulations, pour l'amour de Dieu, plus il est\ngrand auprès de Dieu; et plus l'homme est faible à soutenir les douleurs\net les adversités, pour l'amour de Dieu, plus il est petit auprès de Dieu.\nSi quelque homme te loue, disant du bien de toi, rend ces louanges à Dieu\nseul; et si quelqu'un dit du mal de toi, ou te méprise, aide-le, disant de\ntoi-même aussi mal, ou pis. Si tu veux faire ta part bonne, étudie-toi\ntoujours à la faire mauvaise et celle du compagnon bonne, toujours\nt'accusant toi-même et toujours louant ou excusant vraiment le prochain.\nQuand quelqu'un veut contester ou discuter avec toi, si tu veux vaincre, perds,\net tu vaincras, parce que, si tu voulais discuter pour vaincre, quand tu croi­\nrais avoir vaincu, alors tu te trouverais avoir perdu grandement. Et, pour\ncela, frère, crois pour certain que la voie directe du salut est la voie de la\nperte. Mais, quand nous ne portons pas bien les tribulations, nous ne pouvons\nprétendre aux éternelles consolations. C'est une beaucoup plus grande con­\nsolation et une chose beaucoup plus méritoire de soutenir les injures et les\n"}, {"page_pdf": 812, "page_imprimee": 697, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "                                  I FIORETTI                                 697\n\nreproches, patiemment et sans murmure, pour l'amour de Dieu, que de\nnourrir cent pauvres et de jeûner chaque jour, continuellement.\n   Mais de quelle utilité est à l'homme, ou que lui sert de se mépriser lui-\nmême et de donner beaucoup de tribulations à son corps, avec grands jeûnes\net vigiles et disciplines, s'il ne peut soutenir une petite injure de son pro­\nchain ? De laquelle chose l'homme retirera beaucoup plus grande récompense\net plus grand mérite, que de toutes les afflictions qu'il se peut infliger\nde sa propre volonté, parce que, à soutenir les reproches et les injures de son\nprochain avec une humble patience et sans murmure; il se purifiera beau­\ncoup plus vite de ses péchés qu'il ne le pourrait faire par une fontaine de\nlarmes.\n    Bienheureux cet homme qui, toujours, tient devant les yeux de son\nesprit la mémoire de ses péchés et des bienfaits de Dieu; parce qu'il sou­\ntiendra avec patience toute tribulation et adversité, desquelles choses il attend\ngrandes consolations. L'homme qui est vraiment humble n'attend de Dieu\nni recompense, ni mérite, mais s'étudie seulement toujours à savoir comment\nil peut le satisfaire en toutes choses, connaissant être son débiteur; et tout bien\nqu'il possède, il reconnaît l'avoir seulement par la bonté de Dieu, et non par\nquelqu'un de ses mérites ; et toute adversité qui lui survient, il reconnaît vrai­\nment la subir pour ses péchés.\n    Un frère demande à frère Egide, disant: — «Père, si dans nos temps survenait\nquelque grande adversité ou tribulation, que devrions-nous faire?» — « Mon\nfrère, je veux que tu sachts que, si le Seigneur faisait pleuvoir du ciel des\npierres et des flèches, elles ne pourraient nous nuire, ni nous faire aucun\ndommage, si nous étions des hommes tels que nous devrions être; parce que\nl'homme étant celui qu'il devrait être, tout mal et toute tribulation se conver­\ntiraient, pour lui, en bien; car nous savons que l'Apôtre dit que, à ceux qui\naiment Dieu, toute chose se convertit en bien; et ainsi, semblablement, à\nl'homme qui a la volonté mauvaise tous les biens se convertissent pour lui en\nmal et en jugement. Si tu veux te sauver et aller à la gloire céleste, il ne te\nfaut jamais désirer vengeance ni justice d'aucune créature; parce que le par­\ntage des saints est de faire toujours bien et de recevoir toujours mal. Si tu\nconnaissais, en vérité, comment et combien gravement tu as offensé ton\n Créateur, tu connaîtrais que c'est une chose convenable et juste que toutes les\n créatures devraient te persécuter et te donner peine et tribulation; afin que ces\n créatures tirent vengeance des offenses que tu fis à leur Créateur. C'est une\n très grande vertu à l'homme que de se vaincre lui-même, parce que celui qui\n se vainc lui-même, vaincra ses ennemis et parviendra à tout bien. Plus\n grande vertu serait encore, si l'homme se laissait vaincre par tous les hommes,\n car il serait seigneur de tous les ennemis, c'est-à-dire des vices et des démons,\n et du monde, et de sa propre chair. Si tu veux te sauver, renonce et méprise\n toute consolation que te peuvent donner toutes les choses du monde et toutes\n les créatures mortelles ; car plus grandes et plus fréquentes sont les chutes\n qui viennent par la prospérité et les consolations, que ne sont celles qui vien­\n nent par les adversités et les tribulations.\n    Un religieux murmurait, une fois, en présence de frère Egide, à cause\n"}, {"page_pdf": 813, "page_imprimee": 698, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3062, "texte": "698                               DURENDAL\n\n\nd'une âpre obéissance que lui avait commandée son prélat. Frère Egide lui\ndit : — \" Très cher, plus tu murmureras, plus tu appesantiras ton fardeau, et\nplus lourd il te sera à porter ; et d'autant plus humblement et dévotement tu\nte soumettras au joug de l'obéissance sainte, plus léger et plus suave te sera\nà porter cette obéissance. Mais, il me paraît que tu ne veux pas être méprisé\nen ce monde pour l'amour du Christ, et que tu veux être honoré dans l'autre,\navec Christ; tu ne veux pas être persécuté en ce monde, ni maudit, pour\nChrist ; et, dans l'autre monde, tu veux être béni et reçu par Christ ; tu ne\nveux pas te fatiguer dans ce monde et, dans l'autre, tu voudrais être dans la\nquiétude et reposer. Je te dis, frère, que tu es mâlement trompé, car, par la\nvoie de l'avilissement et des hontes, et des injures, l'homme parvient au\nvéritable honneur céleste ; et, en soutenant patiemment les dérisions et les\nmalédictions, pour l'amour du Christ, l'homme parvient à la gloire du Christ;\net pour cela dit vrai un proverbe mondain, qui dit : — « Celui qui ne donne\npas de ce qui lui coûte, ne reçoit pas de ce qu'il désire. » C'est une bonne\nnature que celle du cheval, parce que, bien que le cheval aille courant rapi­\ndement, il se laisse pourtant conduire, guider et tourner de droite et de\ngauche, en avant ou en arrière, selon la volonté du cavalier ; et ainsi doit faire\nJe serviteur de Dieu, c'est-à-dire qu'il doit se laisser diriger, guider, tourner\net plier, selon la volonté de son supérieur, et aussi par tout autre, pour l'amour\ndu Christ. Si tu veux être parfait, étudie-toi très soigneusement à être agréable\net vertueux et combats vaillamment contre les vices, soutenant patiemment\ntoute adversité pour l'amour de ton Seigneur, tourmenté, affligé, injurié,\nbattu, crucifié et mort pour ton amour, et non pour sa faute, ni pour sa\ngloire, ni pour son utilité, mais seulement pour ton salut. Et pour faire ce que\nje t'ai dit, il faut enfin que tu te vainques toi-même, car peu vaut à l'homme\nd'induire et d'attirer les âmes à Dieu, s'il ne se vainc et ne s'y attire d'abord\n lui-même. »\n\n\n\n                       VI. - CHAPITRE DE L'OISIVETÉ\n\n\n\n\n L\n            'HOMME qui reste oisif  perd ce monde et l'autre, parce qu'il n'est\n             d'aucun fruit à lui-même et d'aucune utilité aux autres. Il est\n             impossible que l'homme puisse acquérir les vertus sans application\n             et sans grand'peine.\n    Quand tu peux rester en lieu sûr, ne reste pas en lieu douteux ; celui-là reste\n en lieu sûr qui s'applique, et travaille et se fatigue, selon la volonté de Dieu\n et pour Dieu, et non par crainte du châtiment, ni pour la récompense, mais\n pour Dieu.\n    L'homme qui récuse les afflictions et les fatigues pour Christ, récuse vraiment\n la gloire de Christ ; et de même que l'application nous est utile et nous sert, la\n négligence nous est toujours contraire. Une oisiveté vicieuse est le chemin\n pour aller en Enfer. L'homme devrait être très soigneux d'acquérir et de\n"}, {"page_pdf": 816, "page_imprimee": 699, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3600, "texte": "                                   I FIORETTI                                  699\n\n\nconserver les vertus et la grâce de Dieu, travaillant toujours fidèlement, avec\ngrande vertu ; car, souvent, il advient à l'homme qui ne travaille pas fidèle­\nment qu'il perd le fruit par les feuilles, ou le grain par la paille. A l'un, Dieu\nconcède gracieusement le bon fruit avec peu de feuilles, et à l'autre il donne\nà la fois le fruit avec les feuilles; et il y en a d'autres qui n'ont ni fruits, ni\nfeuilles.\n    Plus grande chose me paraît de bien garder et conserver secrètement les\nbiens et les grâces donnés par le Seigneur, que de savoir les acquérir;\nparce que, bien que l'homme sache bien gagner, s'il ne sait pas bien épargner\net conserver, il ne sera jamais riche; mais d'aucuns gagnent peu à peu et s'en­\nrichissent, parce qu'ils conservent bien leur gain et leur trésor. — Oh! quelle\nquantité d'eau aurait recueilli le Tibre, si elle ne s'échappait d'aucun côté !\n    L'homme demande à Dieu un don infini qui est sans mesure et sans fin,\n et il ne veut pas aimer Dieu, sinon avec mesure et avec fin. Qui veut être\n aimé de Dieu et recevoir de lui mérite infini, excessif et sans mesure, doit\n aimer Dieu extraordinairement et outre mesure, et le servir toujours infini­\n ment. Bienheureux celui qui, de tout son cœur et de toute sa pensée, aime\n Dieu, et toujours afflige son corps et son esprit, pour l'amour de Dieu; et ne\n cherche aucune récompense sous le ciel, mais se reconnaît toujours son débi­\n teur! Si un homme était très pauvre et besogneux, et qu'un autre homme lui\n disait : — « Je te veux prêter une chose très précieuse pour un espace de\n trois jours, et sache que, si tu emploies bien cette chose, en ce terme de trois\n jours tu gagneras un trésor infini qui te fera riche pour toujours. * Il est cer­\n tain que ce pauvre homme serait bien soigneux d'employer bien et diligem­\n ment cette chose si précieuse, et il s'étudierait beaucoup à la faire bien fructi­\n fier; et je dis que, semblablement, la chose à nous prêtée de la main de Dieu\n est notre corps, lequel Dieu nous a prêté pour trois jours, car tout notre\n temps et nos années ne sont pas davantage. Donc, si tu veux être riche et\n jouir éternellement de la divine douceur, étudie-toi à bien travailler et à bien\n faire fructifier cette chose prêtée de la main de Dieu, c'est-à-dire ton corps, en\n cet espace de trois jours, c'est-à-dire le terme bref de ta vie; parce que, si tu\n ne t'appliques pas à gagner dans la vie présente, tant que tu en as le temps, tu\n ne pourras plus jouir de cette éternelle richesse, ni ne pourras te reposer sain­\n tement en cette quiétude céleste, éternellement.\n     Si toutes les possessions du monde étaient à une seule personne, qui ne les\n travaillerait pas et ne les ferait pas travailler aux autres, quel fruit et quelle\n utilité aurait-elle de ces choses? Il est certain qu'elle n'en aurait ni utilité, ni\n  fruit, mais il pourrait se faire que quelque homme ayant peu de possessions\n  et les travaillant bien, en aurait beaucoup d'utilité pour lui-même, et abon­\n  damment de fruit pour les autres. Un proverbe mondain dit : « Ne jamais\n  mettre une marmite vide au feu, en comptant sur le voisin.. » Et ainsi,\n  semblablement. Dieu ne veut pas qu'aucune grâce reste inutile; car lui,\n  bon Dieu, ne donne jamais de grâces à l'homme pour qu'il les tienne oisives,\n  mais il les donne pour que l'homme les rende effectives par de bonnes œuvres;\n  car la bonne volonté ne le satisfait pas, si l'homme ne s'étudie point à la\n  suivre, ni à l'employer, en effet, à de saintes œuvres.\n"}, {"page_pdf": 817, "page_imprimee": 700, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3275, "texte": "700                                DURENDAL\n\n\n   Une fois, un vagabond dit à frère Egide : — « Père, je te prie que tu me\ndonnes quelque consolation », auquel frère Egide répondit : — « Mon frère,\nétudie-toi à rester bien avec Dieu, et tu auras incontinent la consolation dont\ntu as besoin; parce que, si l'homme n'apprête dans son âme une habitation\npropre dans laquelle puisse habiter et reposer Dieu, il ne trouvera jamais ni\nlieu, ni repos, ni consolation vraie chez les créatures. Quand un homme veut\nfaire mal, il ne demande jamais beaucoup de conseils pour le faire ; mais,\npour faire le bien, beaucoup cherchent conseil et font longue réflexion. »\n   Une fois, frère Egide dit à ses compagnons : — « Mes frères, il me paraît,\nqu'au jour d'aujourd'hui, personne ne se trouve qui veuille faire les choses\nqui lui seraient les plus avantageuses, non seulement à l'âme, mais encore au\ncorps. Croyez-moi, mes frères, je pourrais jurer, en vérité, que plus l'homme\nfuit et esquive le poids et le joug de Christ, plus il se le rend lourd à lui-même\net le sent plus puissant et de plus grand poids; et plus l'homme l'assume ardem­\nment, plus il y ajoute volontairement, plus il le sent léger et suave à porter.\n   \" Plût à Dieu que l'homme, en ce monde, travaille dans l'intérêt de son\ncorps, et, en même temps, dans celui de son âme; car, sans aucun doute, le\ncorps et l'âme doivent, ou toujours souffrir, ou toujours jouir, unis, c'est-à-dire\nou souffrir éternellement des peines et des tourments inimaginables dans\nl'Enfer, ou jouir avec les saints et avec les anges des joies et des consolations\ninestimables et inénarrables, perpétuellement, en Paradis, par les mérites des\nbonnes œuvres. Que l'homme fasse le bien ou pardonne, sans l'humilité cela\nmême se convertirait en mal; car il y en a beaucoup qui ont fait beaucoup\nd'oeuvres qui paraissaient bonnes et louables, mais parce qu'ils n'avaient pas\nl'humilité, il s'est découvert et connu qu'elles étaient faites par orgueil ; et les\nœuvres l'ont démontré, parce que les choses faites avec humilité, jamais ne se\ncorrompen.\"\n   Un frère dit à frère Egide : — « Père, il me paraît que nous ne sachions\nencore connaître nos intérêts », auquel frère Egide répondit : — « Mon frère,\nune chose certaine est que chacun exerce l'art qu'il a appris, parce que per­\nsonne ne peut bien travailler si, d'abord, il n'apprend; d'où je veux que tu\nsaches, mon frère, que l'art le plus noble qui soit dans le monde est de bien\ntravailler, et qui pourrait le savoir si, d'abord, il ne l'apprend? Bienheureux\ncet homme auquel aucune chose créée ne peut donner mauvaise édification !\n mais plus bienheureux encore est celui qui, de toute chose qu'il voit et\n entend, reçoit pour lui-même bonne édification. »\n\n\n       VII. — CHAPITRE DU DÉGOÛT DES CHOSES TEMPORELLES\n\n\n\n\n B\n          EAUCOUP    de douleurs et beaucoup de malheurs aura l'homme\n            misérable qui met son désir, et son cœur, et son espérance dans\n            les choses terrestres, pour lesquelles il perd et abandonne les\n            choses célestes, et finalement, pourtant, il perdra encore les\nterrestres. L'aigle vole très haut, mais, s'il avait lié un poids à ses ailes, il ne\npourrait voler si haut; et ainsi, l'homme, par le poids des choses terrestres,\n"}, {"page_pdf": 818, "page_imprimee": 701, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": "                                  I FIORETTI                                701\n\n\n ne peut voler en haut, c'est-à-dire qn'il ne peut arriver à la perfection ;\nmais l'homme sage qui lie le poids du souvenir de la mort et du jugement\naux ailes de son cœur, ne pourrait, à cause de la grande crainte, courir\nni voler pour les vanités, ni pour les richesses de ce monde, qui sont des\nraisons de damnation. Nous voyons chaque jour les hommes du monde\ntravailler et se fatiguer, et se mettre en grands périls corporels, pour\nacquérir ces richesses fallacieuses; et, après qu'ils auront beaucoup travaillé\net acquis, en un instant ils mourront et laisseront ce qu'ils auront acquis\npendant leur vie; et pour cela, il ne faut pas se fier à ce monde fallacieux,\nqui trompe tout homme qui le croit, parce qu'il est mauvais. Mais celui qui\ndésire et veut être vraiment grand et riche, cherche et aime les richesses et\nles biens éternels qui toujours rassasient et jamais ne dégoûtent, et jamais ne\ndiminuent.\n   Si nous ne voulons errer, prenons exemple des bêtes et des oiseaux qui,\nquand ils sont rassasiés, sont contents et ne cherchent rien que leur\nsubsistance d'heure en heure, lorsqu'elle leur est nécessaire; et, de même,\nl'homme devrait être content seulement de ce qui lui est nécessaire, avec\ntempérance et non inutilement.\n   Frère Egide dit que les fourmis ne plaisaient pas à saint François comme les\nautres animaux, par le grand soin qu'elles ont de réunir et cacher une abondance\n de grains au temps de l'été, pour l'hiver; mais il disait que les oiseaux lui\nplaisaient beaucoup plus, parce qu'ils n'assemblaient rien un jour pour,\nl'autre. Mais la fourmi nous donne cet exemple que nous ne devons pas rester\noisifs au temps de l'été de cette vie présente, afin que nous ne soyions\ndépourvus et sans fruit dans l'hiver du jugement dernier.\n\n\n\n               VIII. — CHAPITRE DE LA SAINTE CHASTETÉ\n\n\n\n\n N\n             OTRE misérable et fragile chair humaine est semblable au porc,\n              qui, toujours, se délecte à se vautrer et à se salir dans la fange,\n              réputant la fange pour sa grande délectation. Notre chair est le\n              chevalier du démon, parce qu'elle combat et résiste à toutes ces\nchoses qui sont selon Dieu et selon notre salut.\n   Un frère demanda à frère Egide, lui disant : — « Père, enseigne-moi de\nquelle manière nous pouvons nous garder du vice charnel ? » auquel frère\nEgide répondit : — « Mon frère, à celui qui veut remuer un grand poids ou\nquelque grande pierre, et la changer de place, il convient qu'il s'étudie à la\nmouvoir plutôt par adresse que par force. Et nous, ainsi, semblablement, si\nnous voulons vaincre les vices charnels et acquérir les vertus de la chasteté,\nplutôt les pourrons-nous acquérir par l'humilité et par une bonne et discrète\nrègle spirituelle que par notre présomptueuse austérité et force de pénitence.\nChaque vice trouble et obscurcit la sainte et resplendissante chasteté, parce\nque la chasteté est semblable au miroir clair, qui s'obscurcit et se trouble,\n"}, {"page_pdf": 819, "page_imprimee": 702, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2027, "texte": "702                               DURENDAL\n\n\nnon seulement par le contact des choses malpropres, mais aussi par l'haleine\nde l'homme.\n    » C'est une chose impossible que l'homme puisse parvenir à aucune grâce\nspirituelle tant qu'il a inclination aux concupiscences charnelles. Et, pour\ncela, tourne-toi et retourne-toi comme il te plaira, tu ne trouveras pourtant\naucun moyen de parvenir à la grâce spirituelle, si tu ne domptes tout vice\ncharnel. Combats vaillamment contre la chair fragile et sensuelle, laquelle est\nproprement ton ennemie, et te veut contredire de jour et de nuit; et qui la\nvaincra sera certain qu'il a vaincu et déconfit tous ses ennemis, et bientôt il\nparviendra à la grâce spirituelle et à tout bon état de vertu et de\nperfection. »\n    Frère Egide disait : — « Entre'toutes les autres vertus, je citerai plutôt la\nvertu de chasteté, parce que la très suave chasteté par elle-même a en soi\ntoute perfection; mais il n'est aucune autre vertu qui puisse être parfaite sans\n la chasteté. »\n    Un frère demanda à frère Egide, disant : — « Père, la vertu de la charité\n n'est-elle pas plus grande et plus excellente que n'est celle de la chasteté? »\n — Et frère Egide dit : — « Dis-moi, frère, quelle chose se trouve en ce\n monde, plus chaste que la sainte charité? »\n    Frère Egide chantait souvent ce sonnet : « O sainte chasteté, combien tu\n es excellente ! Vraiment tu es précieuse, et ton odeur est telle et si suave,\n que qui ne te goûte ne sait combien tu vaux ; car les insensés ne connaissent\n pas ta valeur. »\n    Un frère demanda à frère Egide, disant : — « Père, toi qui recommande\n tant la vertu de chasteté, je te prie que tu m'expliques quelle chose est la\n chasteté » ; auquel frère Egide répondit : — « Mon frère, je te dis que juste­\n ment est appelée chasteté la gardienne soigneuse et continuelle des sens\n corporels et spirituels qui les conserve, pour Dieu seul, purs et immaculés. »\n\n                                         Traduction littérale d'ARNOLD GOFFIN.\n\n   (A continuer).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-024", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 703, "page_fin": 709, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 820, "page_imprimee": 703, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "LES LIVRES\n\n\nLE ROMAN :\nL e s b r a v e s G e n s , par PAUL et VICTOR MARGUERITTE. —(Paris, Plon-\n   Nourrit.)\n   Voici le troisième volume d'Une Epoque, cette œuvre de patriotisme viril que\nles frères Margueritte ont entreprise. J'y admire surtout la Chevauchéeau Gouffre\noù, en des pages émues, ils ont évoqué le désastre de Sedan et la mort glo­\nrieuse du général Margueritte, frappé au moment où sa division allait s'abîmer\ndans le sacrifice pour l'honneur des armes et du drapeau.\n   Ce qui anime ce récit et lui donne sa formidable intensité de vie, ce n'est\npas le chauvinisme exalté de certains, mais le sincère et pur amour du sol\nnatal et de la race, qui depuis des siècles y est attachée par les liens indestruc­\ntibles du sang et de la mort. Et c'est là un sentiment que les soi-disant huma­\nnitaires n'arracheront pas du cœur des peuples aussi longtemps que de tels\nlivres en seront les sûrs garants.\n   Faut-il parler de littérature, quand il s'agit d'œuvres où le cœur fut l'inspi­\nrateur fécond, et louer des qualités de style, si précieuses soient-elles, quand\non devrait surtout proclamer des qualités d'âme? Que les auteurs dépeignent\nles galops tumultueux des charges, rythmés au cliquetis des sabres, au heurt\nsec des sabots sur le sol, au cri strident des cuivres; qu'ils évoquent les régi­\nments croulant sous la tempête des obus et des balles ; qu'ils montrent Stras­\nbourg luttant jusqu'à ce que ses édifices incendiés s'effondrent sur les cada­\nvres de ses défenseurs et Belfort résistant quand même; il se dégage de leurs\nrécits une émotion virile qui élève et assainit.\n   Disons-le bien ouvertement, ce livre, pensé avec le cœur, est écrit de même,\net c'est pourquoi il atteint aux cimes de l'art véritable. Ses auteurs sont de\nceux dont tout un peuple, sans distinction de partis ou de croyances, a le\ndevoir d'être fier, à moins de se condamner à déchoir.\nU n e R e i n e , par J.-H. ROSNY. — (Paris, Plon-Nourrit).\n  Depuis tantôt vingt ans, les romanciers aiment à s'occuper des rois. Il sem­\nble que la triste destinée de races autrefois triomphales, la chute lente de\ndynasties courbées sous le poids d'un passé de gloire, leur lutte contre le flot\n"}, {"page_pdf": 821, "page_imprimee": 704, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "704                                DURENDAL\n\n\ngrondant des démocraties éveillent dans les cœurs épris de beauté cette\nmélancolique émotion que l'on éprouve en face des prestigieux couchants\nd'automne.\n  Cette émotion, que Daudet ressentit sans doute quand il écrivait les Rois en\nExil, empreint les Rois de Jules Lemaître, le Crépuscule des Dieux d'Elémir\nBourges et la gracieuse idylle, tragiquement dénouée, qui est la raison d'être\nde ces lignes. En esquissant la touchante figure d'Hélène-Marie, reine du\nWeissberg, les Rosny ont prouvé une fois de plus leurs dons si riches d'évo­\ncateurs de beauté. Hélène-Marie, la princesse de songe, épouse d'un roi\nglacial et triste, lentement, irrésistiblement, glisse vers l'amour jeune et libre\nqui l'attire. Mais sa fierté héréditaire ne pouvant accepter les hontes de la\nchute, elle mourra d'une mort de douceur et de rêve, sur un lac enchanté.\n                                                                      C H . DE S.\nLE T H E A T R E :\nL e V o i t u r i e r H e n s c h e l , par GERHARDT HAUPTMANN, pièce en cinq\n    actes, traduite de l'allemand par JEAN THOREL. — (Paris, Édition de la\n    Revue Blanche.)\n    A dire vrai, je ne vois pas l'utilité qu'il y avait, pour le lecteur français et la\ngloire de l'auteur, à traduire la dernière œuvre du célèbre dramaturge alle­\nmand.; certes, elle n'a pu apporter à la scène d'autre nouveauté que la nou­\nveauté de sa parution ; ce qui, à la rigueur, n'est pas suffisant. Ceci dit, je me\nvois fort embarrassé de continuer mon compte-rendu. La pièce, en effet, est\nde celles qui vous incitent doucement à n'en rien dire. Non pas qu'elle n'ait\ndu mérite, mais ce\" mérite est d'une nature si moyenne qu'on se sent pour le\nvanter sans forces sincères. Au reste, voici de quoi il s'agit : Henschel perd\nsa femme au premier acte ; il lui a juré, à son lit de mort, de ne point épouser\n Hanné, leur servante,... — et maintenant, continue, ami lecteur, car je crois\nt'avoir mis en main un de ces petits os à la Cuvier dont la réputation reconsti­\n tutive n'est plus à faire... Allons, allons... — « Monsieur, je devine que\n Henschel est un brave homme, puisqu'il rassérène les derniers moments de\n sa femme par une promesse consolante; je lui devine aussi un caractère\n simple et honnête, puisqu'il fait ce serment tout bonnement, sans trop en\n prévoir l'importance ; je devine enfin que Mlle Hanné est une de ces Gothons\n intrigantes et rusées, au surplus coquette, de vertu indécise et qui a tou­\n jours deux pensées : celle de devant et celle de derrière. Est-ce bien ainsi? »\n  — Parfaitement Tu es perspicace, ami lecteur. D'ailleurs, tu ne m'étonnes\n  pas. Continue donc... — « Heu, heu... Etant donné ces prémisses, je ne vois\n  d'autre moyen pour en tirer une pièce que de faire s'épouser la servante et le\n  mattre ?!... » — Admirable, admirable!... tu as tout deviné, ou du moins\n  l'essentiel. Mais, dis-moi, je te prie, ta vive intelligence mise de côté, com­\n  ment as-tu pu si aisément découvrir le ressort principal du drame qui nous\n  occupe? — \" Mon Dieu, c'est bien simple. Question de mémoire : j'ai lu au\n   moins dix romans et vu cinq pièces qui roulaient sur le même thème... \"\n   — Comme tu as raison! je dois reconnaître avec toi que cette affabulation est\n   terriblement banale. Or donc, pour ne point te fournir la suite d'un jeu trop\n"}, {"page_pdf": 822, "page_imprimee": 705, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3267, "texte": "                                  LES LIVRES                                 705\n\n\nfacile et sans gloire, permets qu'en deux mots je te narre le reste. — Henschel,\ndepuis son mariage, voit peu à peu la sympathie, la considération du village\nl'abandonner. Hanné, avaricieuse, dure et d'une infidélité très généreuse, en\nest naturellement cause. Pourtant, l'excellent homme, tout à son voiturage,\nne s'aperçoit pas beaucoup de cet air hostile qu'il respire. Une scène au\ncabaret, avec son ex-beau-frère et quelques autres, lui désille le cœur. Natuie\nsimple et crédule, il sent d'un coup tout son malheur. La tristesse l'entoure,\nle bat en brèche, le mine. Et peu à peu, il sombre dans le remords de son\nserment trahi. Henschel honnête, en somme, mais mou, Henschel, dont la\nraison s'en va à vau les cauchemars, les obsessions et les hantises, au lieu de\ntuer sa misérable femme, se suicide lui-même au dernier acte.\n   Un grand dramaturge comme Hauptmann a le droit d'écrire une\npièce sur une donnée aussi rudimentaire que celle du voiturier Henschel,\nmais à une condition : d'y mettre des caractères d'une frappe, d'une nou­\nveauté, d'une profondeur ou d'un fouillé qui révèlent le génie et soient origi­\nnaux par eux-mêmes. Or, c'est ce qui manque ici. Rien n'est saillant, ni\ntranché; rien ne donne l'impression de ce « neuf » spécial au talent qui con­\nsiste à rajeunir, à différentier un fonds, souvent le même chez tous et tou­\njours, par la forme, ou mieux la manière. Pièce au demeurant agréable à\nlire, bien traduite, et même habilement, me semble-t-il, en français campa­\ngnard par M. Jean Thorel, mais qu'il est absolument inutile de lire quand on\nconnaît le beau, le fort théâtre de Brieux.                                   ,.\n                                                                        G. B.\nL e B a r b i e r d e M i d a s , comédie en trois actes en vers, par E D . DUCOTÉ.\n   — (Paris, Collection de l'Ermitage.)\n   On connaît l'aventure de Midas. Ce roi de Phrygie, ayant préféré la flûte\nde Pan à la lyre d'Apollon et s'étant permis de le dire, le dieu des poètes'\nirrité lui fit don d'une paire d'oreilles d'âne. Voulant cacher sa honte, Midas\nadopta pour coiffure perpétuelle un bonnet phrygien. Seul, un barbier con­\nnaissait l'infirmité royale. Bien qu'il eut juré par le Styx de n'en jamais rien\ndire, il crut pouvoir confier aux roseaux du Pactole le secret qui lui brûlait\nles lèvres. Et voici que les roseaux ayant poussé se mirent à chuchoter dans\nla brise : a Le roi Midas a des oreilles d'âne! »\n   Sur ce thème gracieux, M. Edouard Ducoté a brodé une ingénieuse\ncomédie dont les trois actes fleuris de bons mots nouent et dénouent l'intrigue\nfrêle, mais fine.\n   Nos lecteurs apprécient depuis longtemps déjà le talent de celui qui\npublia, ici même, des contes aussi aimablement écrits que spirituellement\npensés. Ils trouveront dans le Barbier de Midas la même grâce pimentée du\nmeilleur esprit latin qu'ils savent être propre à M. Ducoté.\n                                                                      CH. DE S.\nDIVERS :\nL ' O R I E N T G R E C : Grèce et S i c i l e , par LÉON HENNEBICQ. —\n   (Paris, Editions de l'Humanité Nouvelle).\n   Ce livre n'est pas, comme ses premières pages pourraient le faire supposer,\n"}, {"page_pdf": 823, "page_imprimee": 706, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "706                                DURENDAL\n\n\nun simple récit de voyage. M. Hennebicq ne se contente pas de raconter et\nde décrire les choses qu'il a vues en parcourant l'Hellade, l'Asie Mineure et\nla Sicile : il les interprète, il en dégage le sens profond, il cherche à en tirer\nun enseignement et une morale, — et c'est cette interprétation tout à la fois\nhistorique et sentimentale, qui fait le charme et l'intérêt de son livre. \" En\n» face du déroulement immense du paysage, il me semble, dit-il, que je ne\n» pourrais l'honorer plus dignement qu'en associant à sa vaste amplitude la\n» vaste ambition des visions mentales où processionnent, au milieu des popu­\n   lations européennes, les nobles fantômes du peuple grec. »\n    En réalité, les impressions de voyage tiennent ici fort peu de place : elles\nne sont guère que le lien parfois un peu mince, un peu artificiel, qui\nrattache entre elles des pages d'érudition et de philosophie, savantes\névocations du passé nées du souvenir de telle ruine ou de telle paysage\nantique, et dans lesquelles l'auteur se plaît à affirmer les idées et les thèses\nqui lui sont chères. C'est l'une de ces thèses, qui, réapparaissant tel un leit­\nmotiv, à travers tout le livre, en caractérise en quelque sorte l'unité de\npensée. M. Hennebicq la formule ainsi dans sa préface : « L'Histoire est\n » un vaste et perpétuel combat. Ceux qui négligent leur veille un seul instant\n » ne sont bientôt plus qu'un gibier esclave. Européens du Nord, nous\n » possédons un patrimoine héréditaire. Il y a deux mille ans, le même vertige\n » cupide qui nous menace ruina la splendeur de l'Orient grec. Aujourd'hui les\n » mêmes infiltrations nous entament. La Fatalité veut que notre tour soit\n » venu... Voilà ce que m'ont murmuré les Ruines parsemées et branlantes,\n » l'air fluide et bleu, les ondes de la Mer. Voilà la foi que je me suis trouvée ».\n C'est, en d'autres termes, la thèse nationaliste de M. Maurice Barrès:\n M. Hennebicq l'applique à l'histoire de la race grecque avec une très remar­\n quable virtuosité.\n    Suivant le fil de ses rêveries et de ses souvenirs, il nous guide au beau\n pays d'Hellas, parmi les paysages et les hommes de jadis et d'aujourd'hui...\n Au milieu des ruines de « Delphes la brûlante », centre principal du culte\n de Phoibos-Apollon, il évoque la grandeur du dieu Pythien, «Symbole de\n la race et Portrait de sa moralité », du dieu de Lumière, de Force et\n d'Harmonie, dont le sanctuaire delphien eut sur l'hellénisme tout entier\n une influence si considérable. M. Hennebicq excelle à indiquer la parenté\n des idées et des sites, l'intime relation du mythe au sol où il s'est développé\n et à la race qui l'a formulé. Olympie est la demeure fastueuse de « l'empereur\n du ciel ». C'est là que tous les quatre ans, battait, pendant quelques jours,\n le cœur même du peuple grec. C'est là que la force d'un même culte\n acheminait vers les solennités splendides des jeux les peuples de l'Hellade\n entière. Quelques fûts de colonne semés dans l'herbe, un musée où\n s'entassent et s'étouffent des chefs-d'œuvre mutilés témoignent seuls aujour­\n d'hui de ce phénomène unique et colossal.\n    L'un des chapitres les plus intéressants du livre est celui qui est consacré\n à Athènes. M. Hennebicq s'attache à montrer surtout l'évolution sociale et\n économique de la capitale de l'Attique, et comment, peu à peu pénétrée par\n l'esprit mercantile de l'étranger, elle finit, comme telle autre capitale contem-\n"}, {"page_pdf": 824, "page_imprimee": 707, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "                                  LES LIVRES                                 707\n\nporaine, par être submergée par le flot cosmopolite des banquiers et des\nsophistes. Ces pages fortement documentées nous font entrevoir une Athènes\n« toute frémissante de vie », dépouillée de l'appareil souvent trop décoratif\net trop pompeux de la grande histoire.\n    Mais ce n'est pas toujours l'antiquité classique qui retient l'attention\nde M. Hennebicq. Une visite aux monastères célèbres du mont Athos\nlui remet en mémoire l'histoire tourmentée de la fin de l'empire grec de\nByzance. Sur le fond un peu confus de trop de détails des figures très inté­\nressantes se détachent avec vigueur : Saint Athanase, Nicéphore Phocas,\nl'impératrice Théophane...\n   En parcourant la Sicile, ce champ de bataille de tant de civilisalitions\ndiverses, les occasions ne lui manquent pas de tonner contre Cosmopolis et\nses richesses énervantes.\n   Je ne puis indiquer que fort brièvement l'intérêt multiple de ce livre\nextrêmement touffu. En général, l'auteur est fort bien renseigné, fort bien\ndocumenté. La bibliographie très complète qui accompagne chaque chapitre\nsuffit à montrer sur quelles bases solides le livre est construit. On pourrait\ntoutefois critiquer de nombreux points de détail. Je ne vois pas aussi bien\nque M. Hennebicq la parenté qui existe entre la figure du Christ et celle\nd'Apollon : cette parenté me paraît toute extérieure et superficielle. — Je ne\npuis guère admettre non plus que ce qui intéressait le public grec au\nthéâtre, c'était moins les péripéties du drame qui se déroulait devant lui,\nque l'harmonie du paysage ambiant et des évolutions scéniques. Le lyrisme\nde M. Hennebicq l'entraîne souvent un peu loin : il manie le paradoxe avec\nune maîtrise incontestable.\n   Plus loin, reprenant une idée de Freeman, qui compare la colonisation\nhellénique en Sicile à celle des Anglo-Saxons en Amérique, M. Hennebicq\najoute que la Sicile n'a pas eu elle non plus d'art véritable. Il oublie que c'est\nen Sicile que la comédie grecque s'est condensée et a assumé pour la première\nfois une forme littéraire avec Phormos et Epicharme, et que c'est là que le\nmime est né et que Sophron et Xénarque l'ont porté à son plus haut point de\nperfection. Et Stésichore d'Himèra, qu'en fait-il ? Quant à l'art proprement\ndit, il ne devrait pas ignorer que c'est en Sicile qu'ont été élevés quelques-\nuns des premiers temples grecs en pierre, et qu'une branche particulière,\nl'art du graveur en médailles y a atteint un point de perfection qu'il n'a\natteint nulle part ailleurs, pas même à Athènes et à Corinthe.\n   Je crois que M. Hennebicq se trompe quand il dit que l'Orestie, d'Eschyle,\na été représentée à Syracuse, en 458. Il est vrai qu'après que sa trilogie eut,\ncette même année, remporté le prix à Athènes, le grand tragique se rendit\npour la seconde fois en Sicile, où il mourut en 456; mais c'est à Géla et non\nà Syracuse qu'il séjourna à cette époque. Hiéron était mort depuis longtemps\n(en 466), et son successeur n'avait pas tardé à être renversé par un gouverne­\nment démocratique. Ce sont les Perses et les Etnéennes et non l'Orestie qui ont\nété représentés à la cour de Hiéron, entre les années 472 et 470 av. J.-C.\n   Une autre erreur : La formule dont les Grecs d'aujourd'hui se saluent le\njour de Pâques, n'est pasΧρισθόςένεστι,ce qui ne signifie rien,, mais Χριστός\n"}, {"page_pdf": 825, "page_imprimee": 708, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "708                                DURENDAL\n\n\nάνέστη (Christ est ressuscité)... Mais ne soyons pas pédant. M. Hennebicq\ndéteste les érudits et les archéologues, et il ne se fait pas faute de le leur dire I\nC'est peut-être un peu ingrat, quand on a, comme lui, lu et consulté avec\nprofit tous les « bouquins A que renseignent ses notes bibliographiques.\n   M. Hennebicq devait visiter cette année Rhodes, Chypre, la Palestine; il\nnous aurait sans doute rapporté de là-bas des pages pleines d'intérêt. Mais\nvous savez la triste aventure du Sénégal. Nous ne pardonnerons jamais\naux Messageries maritimes de nous avoir privés indirectement d'un beau\nlivre. Espérons que nous ne perdrons rien pour attendre.\n                                                                            C. G.\n\nOpuscules de critique historique, FASCICULE I. Régula\n antiqua fratrum et sororum de paenitentia seu tertii\n    O r d i n i s s a n c t i F r a n c i s c i . — Nunc primum edidit PAUL SABATIER\n   (Paris, Fischbacher).\n   On fixe généralement à 1221 la date de la fondation du Tiers-Ordre fran­\nciscain, mais, à vrai dire, il existait probablement depuis des années, sans\navoir pris la forme ordonnée et régulière qu'il reçut lorsque, par la nécessité\ninterne de leur constitution aussi bien que par l'influence réfléchie du Saint\nSiège, les trois branches de l'association de Pénitence créée par saint François\nse divisèrent.\n   Nous ne connaissions jusqu'à présent que la Règle du Tiers-Ordre confirmée\npar Nicolas IV, le 12 août 1289. M. Sabatier publie aujourd'hui, d'après un\nmanuscrit conservé au couvent franciscain de Capistran, dans les Abruzzes,\nle texte inédit d'une règle antérieure qui, d'après ses conjectures, se place\nentre les années 1228 et 1234. Il est curieux de conférer les prescriptions de\ncette Règle avec celles de la Règle sanctionnée par le Siège Apostolique, plus\ntard; on aperçoit fort clairement l'action persévérante de celui-ci pour donner\n à l'association une cohésion plus étroite, pour en former un faisceau qui,\n entre les mains du Pape, deviendrait un formidable instrument de puissance\n et prosélytisme.\n    Cette publication forme le premier fascicule d'une série d'opuscules qui\n paraîtront à intervalles irréguliers, et contiendront des documents inédits, des\n descriptions de manuscrits, voire des pièces déjà publiées, mais devenues\n très rares ; le troisième fascicule, par exemple, nous donnera une légende\n inédite de saint François, d'après un manuscrit ombrien de la première\n moitié du XIII' siècle ( 1 ).\n\n B e n v e n u t O C e l l i n i , par I.-B. SUPINO, un vol. illustré. — (Firenze,\n   Alinari).\n   Les amusants et verveux mémoires de Cellini, sa bonne humeur, ses\n rodomontades, sa vanité extravagante et naïve; le tableau animé et vivant\n\n\n  (1) On peut s'abonner à la première série, au prix de 10 francs, en s'adressant à\n Mme Veuve A. Dueros, 4.1, rue du Tunnel, Valence (Drôme) Frauce.\n"}, {"page_pdf": 826, "page_imprimee": 709, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "                                 LES LIVRES                                709\n\nqu'en se racontant et se célébrant lui-même, il a laissé de son temps, ont plus\nfait pour sa gloire que son œuvre même de sculpteur et d'orfèvre.\n   De cette dernière, il ne reste pas grand'chose ; de l'autre, on connaît,\nsurtout, la Nymphe, plutôt disgracieuse, de Fontainebleau, et le Persée, de\nFlorence.\n   Il suffit d'examiner, au musée du Palazzo Vecchio, les esquisses charmantes,\nsveltes du Persée pour connaître que Benvenuto, excellent dans les œuvres\nde petite dimension, échouait lorsqu'il voulait se hausser jusqu'à la grande\nsculpture. La figure agrandie et définitive du vainqueur de Méduse est bien\nloin de réaliser en beauté ce que le maître avait su mettre dans ses projets ; le\ncorps a perdu son bel élan, sa grâce adolescente : il est trapu, lourd, semble,\non l'a dit, composé de deux fragments mal agencés. Et, cependant, avec le\ngeste héroïque de son glaive, la tête brandie, sanglante et triste de Méduse,\nplacé là, sous les arcades de la loggia, dans l'agora illustre de la cité du Lys,\nce bronze est inoubliable et splendide : tout le prestige du lieu et des siècles\nl'auréole et on en conserve l'image, dans le souvenir, comme un symbole\n   M. Supino s'est attaché, surtout, à remettre Benvenuto à sa véritable place\ndans l'évolution de la sculpture et de l'orfèvrerie florentine, à montrer que le\nrôle du bouillant et présomptueux artiste, et son influence, furent singuliè­\nment inférieurs à ceux qu'on lui a prêtés. Au fond, si ses Mémoires n'avaient\npoint signalé son nom à la mémoire de la postérité, il serait à peu près\nconfondu avec ceux de ses émules florentins, Ammanati, Bandinelli, des\népigones maladroits de Michel-Ange.\n   L'ouvrage est illustré avec le soin habituel à la maison Alinari et accom­\npagné d'un intéressant extrait de l'inver taire du trésor du grand duc de\nFlorence, François Ier, dressé en 1587, après la mort de ce prince.\n\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1901-livraison11-025", "volume": "ELB-AML-484382-1901-000-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1901-000-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7e36518ba425ff0691d2d517e4e74b8e66b5a2dd994081864212d0ec0bdf6a35", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 710, "page_fin": 712, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "Bruxelles Hayez", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 827, "page_imprimee": 710, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "NOTULES\n\n  Avis important aux abonnés de « D U R E N D A L ». —\nNous nous permettrons, pour éviter l'encombrement postal de fin d'année,\nd'envoyer nos quittances postales dès le commencement du mois de DÉCEM­\nBRE. Nous prions insiamment nos abonnés d'en prévenir leur personnel et de\nle charger au besoin de payer, en leur place, en cas d'absence, pour nous\népargner la corvée d'un nouvel envoi de quittances. Nous leur serions recon­\nnaissants aussi s'ils voulaient bien faire un peu de propagande autour d'eux,\npour notre chère revue. Si chacun d'eux nous amenait ne fût-ce qu'un abonné\nen plus, le nombre en étant doublé du coup, nous permettrait de rendre la\nrevue doublement intéressante. Le luxe avec lequel la revue est éditée coûte\ncher. Nous désirons vivement perfectionner encore davantage le côté artis­\ntique de la revue. Nous ne reculerons devant aucun sacrifice pour atteindre\nce but. Mais il est nécessaire pour cela que nos abonnés nous aident, comme\nplusieurs du reste, le font chaque année, en nous amenant de nouveaux adhé­\nrents.\n                                        ***\n   Nous commencerons la publication d'un ROMAN\nau numéro de Décembre. Notre collaborateur GEORGES VIRRÈS a bien voulu\nréserver à nos abonnés la primeur de son prochain roman : Bonnes gens dans\nleur petite ville. Cette publication sera continuée dans nos fascicule de janvier,\nfévrier et mars de l'an prochain.\n   Un second roman nous est déjà promis et annoncé par un autre collabora­\nteur pour l'an prochain.\n                                         »**\n   Une Exposition d'art moderne, à Turin, en 1902. —\nVoici, sur cette prochaine Exposition, quelques détails intéressants donnés\npar notre ami Paul Mussche dans l'Art Moderne :\n   « C'est sur le sol d'une terre illustre entre toutes et que la gloire artistique\nconsacre au tournant de chaque chemin que tous ctux qui s'intéressent à la\nrénovation de l'art décoratif pourront voir, pour la première fois, assemblées\nau même lieu, les productions des écoles et des artistes qui, las des formules\nanciennes, travaillent dans le silence des ateliers à nous doter d'un style nou­\nveau et sèment les futures moissons de Beauté.\n   » C'est l'Italie qui prépare pour le prochain printemps cette fête interna­\ntionale en l'honneur de ce M modern-style » tant décrié par des critiques\n"}, {"page_pdf": 828, "page_imprimee": 711, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3163, "texte": "                                    NOTULES                                   711\n\n\nmaladroits, le jugeant sur les copies malhabiles et déformées d'industriels à\nl'affût de l'exploitation du snobisme et qui auraient pu compromettre, sans la\nvie qui l'anime, sa merveilleuse efflorescence.\n    » L'Exposition s'annonce comme un gros succès. La France, l'Angleterre,\nl'Allemagne, l'Autriche, la Suède, la Norwège, les Etats-Unis, le Japon y\ndélèguent leurs meilleurs artistes épris de modernité : architectes, décorateurs,\norfèvres, ferronniers, sculpteurs, relieurs, brodeurs, artisans experts qui illu­\nminent des reflets de l'art les objets usuels et tous les jours maniés.\n    » La Belgique se devait à elle-même de prendre part à ce rendez-vous\ninternational, elle qui figure avec honneur au premier rang des nations\nqu'inquiète la recherche des formes nouvelles.\n    » Nous disposerons d'un vaste hall dont MM. Horta et Goovaert sont dis­\ntribué le plan général en divers compartiments que nous allons, si vous voulez\nbien, passer en revue.\n    » Cette arcade historiée, là, devant vous, ouvre sa baie sur un double\nescalier aux parois duquel M. Crespin dispose une sélection de nos meilleures\naffiches et fait l'histoire de nos écoles. d'Art. Cet escalier mène au salon du\nLivre dont M. Octave Maus a bien voulu assumer l'organisation. L'ameuble­\nment de cette salle est de MM. Goovaerts et Crespin, qui ont confié l'exécu­\ntion des fauteuils, sièges, table, bibliothèques et vitrine à MM. Dewaele.\n    » D'ici, le visiteur jouit d'une vue panoramique de l'exposition et découvre\nen enfilade les divers compartiments.\n    » Voici d'abord de M. Horta, le maître de notre école d'architecture\nmoderne', un salon blanc auquel fait suite une salle à manger conçue dans\nune note tout à fait originale.\n   » Plus loin, deux chambres d'Hobé se faisant face et dans lesquelles des\npanneaux décoratifs de M. R. Wytsman synthétisent des sites flamands et\nwallons. Puis un «studio» Hankar, où MM. Sneyers et Crespin retracent,\npar ses œuvres, la carrière trop tôt interrompue de cet admirable précurseur.\nVis-à-vis, un salonnet photographique où l'on admirera des reproductions de\nnos édifices et monuments modernes.\n    » MM. Limbosch-Desneux meublent cet intérieur charmant, tandis que\nM. Baertsoen groupe dans cet autre une collectivité gantoise qui révélera un\nmouvement tout à fait intéressant. MM. Morren et Rassenfosse groupent res­\npectivement des collectivités anversoise et liégeoise dans les chambres atte­\nnantes.\n    » Enfin, voici dans la grande salle du fond le salon des objets d'art.\nM. Paul Du Boisa été chargé de recueillir ici les adhésions; elles sont des\nplus précieuses : Meunier, Van der Stappen, De Rudder, Lemmen, Wolfers,\nHoosemans, F.Dubois, Van Strydonck, etc., etc. »\n\n                                       * *\n\n    L a C o m m i s s i o n d e s M o n u m e n t s a rejeté le projet grotesque qui\nlui avaitété soumis, par nous ne savonsquelfumiste,depolychromer, c'est-à-dire\nd'abîmer la belle église du Sablon. C'eût été un véritable crime. Cette bonne nou­\nvelle réjouira tous les artistes en même temps que tous les gens intelligents.\n"}, {"page_pdf": 829, "page_imprimee": 712, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "712                              DURENDAL\n\n\nNous félicitons vivement la Commission des'monuments de sa décision. Et\nnous espérons bien qu'elle s'opposera énergiquement dans l'avenir à toute\nentreprise de ce genre. On n'a déjà gâté que trop d'églises en Belgique par\nces odieux peinturlurages. Il est grand temps de mettre fin à ce vandalisme\ninjustifiable, qui est un véritable attentat à la Beauté. Tous les vrais artistes\napprouveront l'attitude de la Commission des Monuments. Le jour où elle se\nlaissera corrompre ou bien se sentira impuissante à résister à l'invasion des\nbarbares qui voudraient s'emparer de nos Monuments religieux, pour les\nabîmer odieusement, elle n'aura plus qu'à disparaître. Car, au lieu d'être une\ninstitution bienfaisante, elle ne sera p'us qu'inutile et néfaste.\n\n                                        *\n\n   Sous le titre « De Tout », J.-K. Huysmans a réuni une série\nde pages d'art du plus haut intérêt. Nous recommandons vivement ce nou­\nveau livre du célèbre écrivain catholique à nos abonnés. Nous en rendrons\ncompte prochainement.\n                                     ***\n   L ' é d i t e u r E . D e m a n vient de faire paraître en superbes plaquettes\ndeux belles études d'art de notre collaborateur EUGÈNE DEMOLDER :\n  Trois contemporains : H. de Braeckeleer, C. Meunier et F. Rops. Un volume in-4°,\navec les portraits des trois artistes. Tirage à 300 exemplaires numérotés.\n  Constantin Meunier. Un volume in-4°, renfermant un portrait et. douze\nreproductions des œuvres capitales de C. Meunier. Tirage à 500 exemplaires\nnumérotés.\n                                         ***\n     AcCUSé d e r é c e p t i o n : A. LICHTENBERGER : Père (Paris, Plon). —\n F . NICOLAY : Histoire des croyances, 3 vol. (Paris, Retaux). — P -G. LON­\n GHAYE : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et morales, 2 e vol. (Ibid.).\n — R. BAZIN : Les Oberlé (Paris, Calmann-Lévy). — A. VAN BEVER et\n                                                   e\n LEAUTAUD : Poètes d'aujourd'hui 1880-1900, 6 édition (Paris, Edition du\n Mercure de France). — H . DE RÉGNIER : Les amants singuliers (Ibid.). —\n A. DELACOUR : Le pape rouge (Ibid.). — A. MITHOUARD : Le tourment de\n l'unité (Ibid.). — E. LECOMTE : Vers une aube (Bruxelles, Lacomblez).\n J. MORGAN : Thérèse Heurtot (Paris, Plon). — LEROUX-CESBRON : L'étran­\n gère (Ibid ). — G. GARNIR : La ferme aux grives (Paris, Sec. d'édit. littér. et\n artistiq., libr. Ollendorf) — E. GROSSE : Les débuts de l'art (Paris, Alcan).\n  — J.-K. HUYSMANS : De tout (Paris, Stock). — L. DESCAVES : La colonne\n  (Ibid.). — E. DEMOLDER : Trois contemporains : de Braeckeleer, Meunier\n  et Rops (Bruxelles, Deman). — E. DEMOLDER ; Constantin Meunier (Ibid.).\n  — A. VAN HASSELT : Poésies choisies (Paris, Fischbacher). — H . JOLY :\n  Sainte Thérèse (Paris, Lecoffre). — A. HATZFELD, A. DARMESTETER et\n. A. THOMAS : Dictionnaire général de la langue française, précédé d'un traité\n  de la formation de la langue, 2 vol. in-4° (Paris, Delagrave; Bruxelles,\n- Schepens). — R. VAN BASTELAER : La rivalité de la gravure et de la photo­\n  graphie (Bruxelles, Hayez).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 756, "texte": ""}, {"page_pdf": 757, "texte": ""}, {"page_pdf": 758, "texte": ""}, {"page_pdf": 759, "texte": ""}, {"page_pdf": 760, "texte": "                  Poèmes\n\n         Un Fleuve au Couchant\n\nCe fleuve obscur et sans renom est plein de gloire\nTant ses flots opulents roulent de pourpre et d'or\nSous un ciel écarlate où de grands blocs d'ivoire,\nD'ébène et de paros s'effondrent dans la Mort.\n\nLe couchant somptueux, l'heure     crépusculaire\nTeintent diversement de moire et d'argent clair\nLes eaux lentes portant leur beauté passagère\nVers un horizon pathétique et vers la mer.\n\nDes branches et des fleurs que le courant    entraîne,\nDes plantes et des fruits à ses bords arrachés\nL'emplissent tout entier d'odorantes  haleines\nOù passent en sifflant des oiseaux enivrés.\n\nDe vieux saules tordus mêlent leur chevelure\nAu premier poudroiement des astres reflétés\nTandis qu'au flanc du ciel se ferme la blessure\nQue le soleil marqua d'un sceau de royauté.\n\nC'est l'heure où les cités au levant   s'assombrissent\nEt se peuplent d'amants qui viennent se pencher\nFrissonnants et rêveurs sur le fleuve complice\nMurmurant     à mi voix un chant     inachevé.\n"}, {"page_pdf": 761, "texte": "650                      DURENDAL\n\n\n      Le flot obscur battant les piliers et les arches\n      Emporte dans ses plis l'écho des doux secrets\n      Et le pêcheur amarrant sa barque à la marche\n      Des quais ramène un peu d'amour dans ses filets...\n\n\n\n\n                 La Dame d'Automne\n\n      Votre robe effacée et vos yeux alanguis\n      Aux tendresses du soir d'automne se marient,\n      Dame en mauve, qui promenez sous les taillis\n      Le regret douloureux d'une absente patrie.\n\n      On n'entend plus la voix des oiseaux bocagers,\n      Les arbres d'or sentent venir le crépuscule,\n      La feuille morte danse et choit d'un vol léger\n      Sur les prés adoucis où le brouillard ondule.\n\n      Vous prenez les chemins vers l'ombre et vers la nuit\n      Et détournez les yeux des somptueux nuages\n      Éclairant vaguement l'horizon qui reluit\n      Comme un bouclier lourd de sang et de carnage.\n\n      Du haut de ce perron où me glaça l'adieu\n      Je vous vois disparaître au pays des ténèbres\n      Et comme une âme errante aux rivages fameux\n      Vous hésitez devant votre destin funèbre.\n\n      Quel départ plus poignant, quels baisers plus amers !\n      Une odeur d'herbe humide et de foin qui se gâte\n      Précipite le temps et présage l'hiver;\n      Un vol de grands oiseaux sous les cieux gris se hâte.\n\n      Un noir pressentiment étreint le cœur gonflé\n      Devant tant de beauté qui meurt et qui s'efface\n      Et votre robe que, là-bas, rien n'a frôlé\n      N'a plus le bruit soyeux des abeilles qui passent.\n"}, {"page_pdf": 762, "texte": "                     POÈMES                          651\n\n\nVous me laissez inconsolable et désolé\nQuand tournant à demi votre tête charmante\nVous fixez pour jamais dans mes yeux éplorés\nL'image du bonheur et d'une douce amante.\n\nLe vent fraîchit, la nuit s'aggrave et la forêt\nQui vous accueille avec son ombre et son silence\nFerme sur vous son impénétrable secret\nSans connaître les clairs rayons de la présence...\n\nLa maison blanche où nous coulâmes d'heureux jours\nEst vide et morne et pleine de mélancolie\nEt refrénant en moi les élans de l'amour\nJe franchis le seuil noir pour oublier la vie!\n\n\n\n\n                  La Statue\n\nDans le parc oublié se dresse la statue\nQue dégrossit jadis un habile ciseau\nDe sculpteur inconnu; au bout de l'avenue\nElle élève son bras tendu comme un flambeau.\n\nLe marbre est noble et pur et les saisons diverses\nL'ont verdi de la nuque au beau talon divin\nQui cambre encor sous le soleil et sous l'averse\nSa forme irréprochable et son ferme dessin.\n\nLe temps attaque mal la pierre inaltérable,\nLa mousse a beau ronger le poli des contours\nElle ne masque point les formes admirables\nQui subissent en vain l'assaut des mauvais jours.\n\nL'âme d'un dieu palpite au cœur de la statue\nEt protège du feu de la grêle et du vent\nLes jardins délaissés où pousse l'herbe drue\nEt rôde le regret d'un souvenir troublant.\n"}, {"page_pdf": 763, "texte": "652                      DURENDAL\n\n\n       Le passé tout entier revit dans ses yeux vides\n       En évoquant d'harmonieux et clairs décors\n       Qu'emplissait la chanson des fontaines limpides\n       Et la voix de la mer battant la côte d'or.\n\n                                  *\n                                 * *\n\n\n      Tu n'es pas insensible à la beauté des choses\n      0 marbre frémissant, né d'un génie obscur,\n      Et sur ton piédestal enguirlandé de ruses\n      Le geste de ta main indique le futur.\n\n      Tu prends part à la vie innombrable et terrestre\n      Qui naît, grandit et meurt partout autour de toi\n      Sur les monts verdoyants, sous les halliers sylvestres,\n      Et gonfle de vibrations le sol des bois.\n\n      Quand l'aurore adorable en souriant s'éveille\n      Et laisse choir sur l'horizon les rayons d'or\n      De ses cheveux plus doux que le miel des abeilles;\n      Quand le jour finissant s'assoupit et s'endort\n\n      Bercé par les langueurs du soir long et paisible\n      Dont la voix assourdie est pleine de baisers,\n      Sur ton socle d'airain tu n'es pas impassible\n      Et tu tends tes bras blancs vers les lointains sacrés.\n\n      Le mirage éclatant de l'antique patrie\n      Fait affluer le sang à ton front blême et pur\n      Et ton corps orgueilleux de la superbe vie\n      Dresse comme autrefois son torse sur l'azur.\n\n\n\n\n      Pour le rêveur élu qui passe et l'interroge\n      La statue a disjoint ses lèvres de granit\n      Et, toute heure immobile à l'éternelle horloge\n      Du temps, elle a parlé du fond de l'infini.\n"}, {"page_pdf": 764, "texte": "                    POÈMES                              653\n\nLe sens était profond et la parole grave;\nSous l'aspect sybillin des lents mots prononcés\nLe poète a compris la nature suave\nDe ce qui vit et meurt dans l'éternel été.\n\nLe printemps nouveau-né, le déclinant     automne\nRouillant la forêt d'ambre et les gazons   jaunis,\nLe triste hiver, avec les neiges en couronne,\nQui dans les arbres noirs disloque les vieux nids;\n\nLe successif enchantement des heures brèves\nSe nuançant selon la lumière du jour,\nJoyeuses sous le ciel et grises sous la drève,\nLe repos accueillant de ces calmes séjours,\n\nTout parle par sa bouche hautaine et prophétique\nQue la douleur marqua d'un pli désenchanté\nEt révèle au passant de ce domaine antique\nUn monde occulte et sourd à soi-même  étranger.\n\n                                        PAUL MUSSCHE.\n"}, {"page_pdf": 765, "texte": "           Petits Poèmes en Prose\n\n\n                                          A   Mlle M A R I E   POIRSON.\n\n\n\n\n                            Brahms\n\n              LE la terre jeune et du soleil clair, des roses, à\n                l'aurore, sont nées.\n                   La terre heureuse les fit éclore parmi des\n                tapis de mousse et les caressa de l'haleine\n                musicale des brises.\n                    Le soleil, comme un roi veillant près d'un\n                 berceau, sourit de son plus doux rayon.\n                    Et les roses s'épanouirent entre ces deux ten­\ndresses durant toute une matinée de printemps.\n  Mais, à midi, les ardeurs de la terre enfiévrèrent le cœur\ndes roses;\n   Et la chaleur du soleil brûla leurs frais calices;\n   Et ceux qui s'endormirent auprès du ruisseau dont elles\nembaumaient la fraîcheur, ne se réveillèrent plus, grisés\nd'amour...\n"}, {"page_pdf": 766, "texte": "                    PETITS POÈMES EN PROSE                     655\n\n\n   Au crépuscule, les adieux du soleil à la terre teignirent d'un\nsang divin leurs frêles tuniques.\n   Et la brise tiède venue des forêts essaima leurs pétales par les\nallées du parc solitaire.\n   — Des roses sont en nous, nées de nous-mêmes, avant nos\npensées, au premier des jours :\n   Des roses souriantes d'amour, enfiévrées de passion, empour­\nprées de douleur.\n   Et la musique de Brahms les caresse, les berce et les\nemporte, quand son souffle voluptueux traverse le jardin du\ncœur.\n\n\n                           Schumann\n\n   Mon âme désirerait quitter cette chair, qui souvent lui parut\nsi lourde, par un beau crépuscule...\n   Un beau crépuscule d'automne, tout chargé de rêve et de\nmystère, de voix éteintes et de parfums expirants; un beau\ncrépuscule d'automne, devant la mer...\n   Devant la mer semblable à ma douleur, puisqu'elle aussi\ns'efforce de s'étourdir au bruit de sa propre plainte...\n   Sa plainte chantante, sonore, lamentable, qui tour à tour\ngémit et râle, sanglote et rugit vers les étoiles...\n   Les étoiles — ô mon Ame, les étoiles! — dont les vallons\nfleuris d'éternelle lumière t'abriteront, peut-être, un jour...\n   Au jour de la renaissance promise! Mourir par un beau cré­\npuscule d'automne, devant la mer et sous les étoiles, en écoutant\nun doux lied de Schumann...\n   Un doux lied de Schumann, venu d'on ne sait où, de l'infini\nstellaire ou du fond de moi-même, et qui me raconterait mon\nenfance lointaine, mon amour, mes larmes : tout le passé...\n   Tout le passé de songe qui ne fut jamais, jamais, hélas! tout\nle passé qui n'est rien qu'un vain mensonge...\n   Un vain mensonge murmuré par le doux lied de Schumann,\ndevant la mer, sous les étoiles, par un beau crépuscule d'automne,\n— et qui s'évanouirait lentement, avec mon âme et le dernier\naccord; et qui survivrait, peut-être, comme mon âme éternelle,\ncomme la résonnance infinie du dernier accord !\n"}, {"page_pdf": 767, "texte": "656                        DURENDAL\n\n\n\n\n                            Wagner\n\n   Une claire sonnerie de trompettes, élargissant son thème de\nvolée en volée, s'unit au grave chant des cloches claustrales; des\nblancheurs d'étole m'environnèrent; des anges vêtus de lin et\ncuirassés d'argent balancèrent dans l'air un rythme d'encensoirs.\n   Et je vis Parsifal élevant vers le ciel, traversé d'un vol de\ncolombes, le Graal où le sang de la terre flamboyait dans l'or\ndu soleil.\n   Une plainte de douleur infinie monta d'un cœur brisé; un fré­\nmissement de violons, pareil au battement d'ailes des séraphins,\nlui répondit des hauteurs inaccessibles et, s'unissant à elle, la\ntranforma en une prière d'ineffable espoir.\n   Et je vis Lohengrin, penchant vers les lèvres ravies d'Elsa,\nson front marqué du chrême et son baiser d'archange.\n   Un chant fiévreux, secoué d'une volupté tour à tour cuisante\net glaciale, où l'on distinguait deux voix qui semblaient sortir\nd'une même bouche, s'éleva de moi-même et fit, en les caressant,\npâlir, se flétrir et mourir les fleurs.\n   Et je vis Tristan et Yseult étreignant leur amour entre leurs\nlèvres à jamais unies...\n   Les frêles images ont disparu, mais quand de longs accords\npréludent, quand une voix musicale monte dans la paix du soir,\nje tressaille et je comprends qu'elles sont pour toujours fixées\ndans mon âme.\n\n                                       CHARLES DE SPRIMONT.\n"}, {"page_pdf": 768, "texte": "                    Poèmes\n\n\n                     Nocturne\n\nLa terre est noire avec des arbres de velours,\nSous un ciel bas, chargé de nuages d'orage,\nEt les gnomes de nuit hantent le paysage.\nIl fait un temps voilé, voluptueux et sourd.\nDans la ténèbre tiède on éprouve un malaise\nEt telle est la chaleur qu'un drap de lit nous pèse,\nEt qu'à la fin, trempé de sueur, on se lève\nEt qu'on marche à travers la chambre, comme en rêve.\nOn ouvre doucement la fenêtre. O minuit!\nOn dirait que le vent craint de faire du bruit.\nTelle est la sainteté profonde du mystère\nQui s'accomplit dans les entrailles de la terre.\nOn s'arrête, éperdu, grave, écoutant son cœur\nBattre comme une horloge aux pulsations sourdes.\nPuis, plus calme, on s'assied; on s'accoude, rêveur,\nRegardant les nuées immobiles et lourdes\nEt les jardins d'où monte en puissantes odeurs\nLa transpiration des arbres et des fleurs.\n"}, {"page_pdf": 769, "texte": "658                            DURENDAL\n\n\n\n\n                                Aurore\n             De grand matin les tourterelles\n             Roucoulent dans les bois d'aunelles...\n      Lorsque le crépuscule en fraîche   pâmoison\n      D'une barre d'argent souligne    l'horizon;\n      Lorsque la terre est grise et blonde de rosée\n      Et semble défaillir d'un émoi d'épousée;\n\n      Lorsque l'odeur sauvage et fauve des forêts\n      Se mêle au virginal arôme des muguets:\n\n      Lorsqu'au profond azur les étoiles divines\n      Expirent dans la paix des lueurs opalines ;\n\n      Lorsque la brise a des caresses de satin\n      Et les oiseaux des voix de rosée et de thym ;\n\n      Lorsqu'on perçoit au loin des rumeurs    étouffées\n      Et que dans les vallons flotte un peuple de fées ;\n\n      Lorsqu'on devine en l'air, parfumé comme un miel,\n      L'amoureuse  union de la terre et du ciel;\n\n             Eperdument    les tourterelles\n             Roucoulent   dans les bois d'aunelles...\n      Et soudain, orbe d'or aux cent millions      d'yeux,\n      Le soleil éclatant s'enflamme dans les c i e u x !\n\n\n\n                                Élégie\n      Qu'il fait bon reposer sous les chênes touffus,\n      Au bord de la prairie en fleurs, où midi brûle,\n      Cependant qu'alentour le paysage      ondule\n      Dans la lumière et les bourdonnements       confus...\n\n      Mon cœur a retrouvé des battements plus calmes,\n      Enfin!... La douce paix m'est dévolue un peu;\n      Des ramiers roucoulants traversent le ciel bleu,\n      Des arbres verdoyants entrelacent leurs   palmes...\n"}, {"page_pdf": 770, "texte": "                          POÈMES                                659\n\nSeigneur, j'eus tort! j'ai trop rêvé, j'ai trop pensé,\nJ'ai voulu, dans ma fougue insensée et ravie,\nSupprimer la laideur brutale de la vie,\nEt voici que mon cœur est un oiseau blessé.\n\nLes tristesses, de jour en jour accumulées,\nSe lèvent, emplissant mon âme d'un émoi\nPresque voluptueux, et je sens sourdre en moi\nLa folle explosion des larmes refoulées.\n\nOh! puisqu'on a proscrit les belles passions,\nPuisque les hommes sont trafiquants jusqu'aux        moelles,\nPuisqu'ils osent jeter de la boue aux étoiles\nEt l'anathème au chœur des exaltations;\n\nPuisqu'un vil intérêt fait cligner les paupières,\nPuisque là main tendue est un calcul obscur,\nPuisqu'un éclair de chair luit dans les yeux    d'azur,\nPuisque tout est boueux dans nos villes de pierre,\n\nO Seigneur, laissez-moi communier un peu\nDe l'intime bonté des choses naturelles,\nDes rayons, des parfums et des battements d'ailes\nEt du ravissement immense du ciel bleu !\n\nLaissez-moi reposer dans l'ombre      parfumée,\nQue l'herbe ait une voix et la source des yeux,\nQue tout arbre me soit un ami sérieux,\nQue toute fleur me soit une sœur bien-aimée...\n\nLaissez-moi reposer, suivant de l'œil au loin\nLa ligne sinueuse, à travers la lumière,\nDes saules bleus et blancs qui bordent la rivière,\nEt humant l'air chargé de l'arome du foin...\n\nJe suis las ;j'ai souffert du cœur et de la tête ;\nLa vie âpre a broyé la moelle de mes os ;\nO Seigneur, permettez cette heure de repos,\nEt que la terre soit maternelle au poète !\n                                                VICTOR KINON.\n"}, {"page_pdf": 771, "texte": "        Restaurateurs et Restaurations\n\n\nLettres et opinions de MM. Léon Abry, À. Baertsoen, E. Claus, A. Crespin, Jean\n  Delville, Paul Dubois, L. Govaerts, Victor Horta, A. Heins, Léon Fréderic,\n  F. Khnopff, Xavier Mellery, Constantin Meunier, G. Minne, G. Morren, Ch. Samuel,\n  Jacob Smits, A. Struys, Van der Stappen.\n\n\n\n\n   M. Léon Cloquet dans une lettre adressée à Durendal (août 1901) en réponse\n à mon article sur les restaurations de nos ruines et monuments illustres,\n déclare que je me vante en prétendant que « tous les artistes qui sont la gloire\nprésente de la Belgique » approuvent ma campagne contre nos maquilleurs\n de vieux édifices. J'apporte à M. Cloquet une réponse péemptoire. Sponta­\nnément les premiers architectes, peintres et sculpteurs belges m'ont engagé à\npoursuivre la lutte. La plupart des lettres que je publie ci-dessous me sont\nparvenues sans que j'eusse besoin de les solliciter. Ce referendum offre en\noutre ceci de particulier, c'est qu'au lieu d'obscurcir la question par la variété\ncontradictoire des avis exprimés (remarquez que ces sortes d'interviews\ncycliques ne créent en général que de la confusion), il éclaire un très grave\nproblème par la conformité essentielle et unanime des opinions recueillies.\n   M. Cloquet défend sa restauration de l'abbaye d'Aulne et répète qu'il a\nbien fait de « remettre en ordre de vieilles et belles pierres détériorées. »\nM. Cloquet est un homme d'ordre, c'est entendu et nous le félicitons d'être resté\nfidèle à l'une des plus précieuses qualités de notre race. Mais hélas ! les\nruines ne sont belles que par leur désordre. Désignez-moi l'artiste, l'homme de\n"}, {"page_pdf": 772, "texte": "                  RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                            661\n\n\nbon sens, le bourgeois le plus endurci qui prétendrait le contraire ? Le méthodi­\nque M. Cloquet ne pousse-t-il pas un peu loin le respect des vertus ancestrales?\nNotre cher directeur, M. l'abbé Mœller, dans un article sur l'architecte Van\nYsendyck, a pleinement approuvé mes idées sur les restaurations de ruines.\nIl a fait des réserves en ce qui concerne mon opinion sur les réfections de\nmonuments encore en usage. Il prétend qu'il est possible « de reproduire les\nsculptures anciennes, de les reconstituer identiquement telles qu'elles étaient\nau temps où elles furent faites ». Aucun de mes correspondants ne partage là-\ndessus l'avis de mon ami M. Mœller. Je leur abandonne volontiers le soin de\nme défendre sur ce point. — En parlant de la restauration intégrale du\nSablon, œuvre de feu Van Ysendyck, M. Mœller relève quelques-unes de mes\nassertions concernant cette besogne déplorable. J'y veux répondre rapide­\nment. Mon ami s'est d'ailleurs contenté d'interpréter le très louable éloge que\nM. Van Ysendyck fils est venu lui faire de l'œuvre paternelle.\n   M. Van Ysendyck, dit-il, «voulait reconstituer le monument tel que l'archi­\ntecte créateur l'avait exécuté. Il n'a point muni les niches de statues pour le\nbon motif qu'il n'y en a jamais eu ». Cet argument filial sème l'équivoque.\nRestaurer le monument tel que le créateur l'avait exécuté, cela ne veut pas\ndire suivant M. Van Ysendyck fils, le restaurer d'après la conception primitive\ndu créateur, sinon son père n'aurait plus eu les mêmes scrupules à l'endroit\ndes statues, puisque dans l'esprit du maître gothique les niches devaient évi­\ndemment servir à quelque chose. Comment se fait-il dès lors que cette déli­\ncatesse professionnelle n'ait pas empêché le restaurateur de créer de toutes\npièces les deux tourelles ajourées qui flanquent le pignon donnant sur la rue\ndu Sablon ? Van Ysendyck fils peut-il nous prouver que ces tourelles avaient\nété exécutées par l'architecte médiéval ?\n   M. Mœller, toujours d'après le fils du restaurateur, dit que l'ensemble des\ntravaux de réfections ne dépassera pas la somme d'un million. Or, je lis dans\nla Revue de l'Art Chrétien, moniteur des restaurateurs belges (XLIVe volume,\ncinquième série, tome XII, Ire livraison, janvier 1901, p. 86), le renseigne­\nment suivant : « Des restaurations nombreuses sont en voie de réalisation à\nBruxelles. Celle de l'église du Sablon suspendue durant quelques mois vient\nd'être reprise. Les travaux du Sablon coûteront 1,800,000 francs, dont la\nmoitié est supportée par la ville de Bruxelles et l'autre moitié par l'Etat et la\nprovince. » Comme toujours, ce budget sera dépassé et vous verrez que l'on\natteindra les deux millions dont j'ai parlé. Quel essor on donnerait à l'art\ncréateur avec ce bel argent I\n   Je n'insiste pas sur l'extraordinaire démolition du portail de la rue de la\nRégence entreprise non point par M. Van Ysendyck, mais par un fou que la\npolice a, dit-on colloque, — sans toutefois nous révéler son nom.\n   M. Mœller n'a pas vu la restauration du Steen de Gérard le Diable, à Gand,\nmais un de ses amis lui écrit qu'elle est très artistique!/ Cet ami admire-t-il\naussi les abominables et sottes constructions que le restaurateur « dépose »\nen ce moment le long du pauvre Steen?\n   Maintenant que mes petites affaires personnelles sont réglées, je laisse la\nparole aux artistes par ordre alphabétique.\n"}, {"page_pdf": 773, "texte": " 662                                DURENDAL\n\n\n   L. Abry '.\n\n\n     Durendal accueille votre argumentation et contribue à détruire le prestige\n dusaint-lucquismesinéfaste. N'est-ce pas là la preuve d'un revirement, le pré­\n sage d'une victoire prochaine pour nous qui voulons le respect du monument\n historique et le prestige de l'église, écrin précieux de joyaux d'art, comme\n aux belles époques de foi ?\n     Vos idées si justes et si carrément exprimées s'imposent déjà; mais il faut,\n je vous l'ai dit, les répandre dans tous les journaux, combattre chaque jour, ne\n remettre l'épée au fourreau qu'après la victoire complète; car nous nous atta­\n quons à des intérêts professionnels : la restauration des édifices anciens est\n devenu un métier lucratif.\n     Mais votre cartouchière n'est pas vide et nous vous passerons des muni­\n tions.\n     Ce qu'il faudrait avant tout, c'est introduire d'autres éléments dans la Com­\n mission des Monuments. Vous parlez de l'église du Sablon ; et Sainte-Wau­\n dru, à Mons? Les iconoclastes n'ont pas agi autrement.\n    J'ai trouvé dans l'église de Lisseweghe un pavement de chœur de la\n fabrique de Boch, digne d'un corridor d'hôtel moderne.\n    Vous ai-je signalé les projets de ces gens qui couvent de l'œil Saint-Nicolas\n à Gand? L'un de ces jours l'on commencera la démolition des maisons qui\n l'entourent (I), et alors apparaîtront des murailles lépreuses qu'il faudra refaire\n comme cela a été le cas pour le château des Comtes : « Nous ne pouvons\n cependant conserver une ruine au milieu de notre ville », disaient les Gantois\nil y a dix ans. Vous savez ce qu'on leur a fabriqué... sous prétexte d'enceinte\nd'un château de Philippe d'Alsace — rebâti en pierres taillées mécanique­\nment selon les procédés modernes.\n    Ce qui vous édifierait à ce sujet serait de lire les articles publiés en 1896,\ndans l'Art Moderne où j'ai soutenu une polémique avec le restaurateur ou\nplutôt le reconstructeur du château.\n    Je crois y avoir démontré que la reconstitution arbitraire de cette enceinte\na été faite sans études préalables et en se basant sur des données générales,\nétrangères, sans rapport avec le Steen gantois. J'ai posé dans le n° 47 de l'Art\nModerne, du 22 novembre 1896, diverses questions auxquelles il n'a jamais été\nrépondu.\n    Mais les travaux ont continué malgré tout, effaçant le document ancien,\nempêchant à l'avenir toute étude de ces problèmes !\n    J'appelle aujourd'hui votre attention sur les projets de la ville d'Anvers, qui\nayant racheté cette pittoresque halle des Bouchers, enfouie dans un dédale\nsavoureux de ruelles espagnoles non encore disparues de la vieille ville, va\nen commencer la « restauration ». L'architecte chargé des travaux promet\nque ce sera sérieux, que les matériaux seront « choisis ». C'est rassurant !\n    Mais mieux encore : on médite un dégagement de l'édifice ! D'abord on a\n\n\n\n  (1) Ces travaux sont commencés.\n"}, {"page_pdf": 774, "texte": "                     RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                                   663\n\npensé a u n j a r d i n — la verdure fait si bien autour des vieilles pierres! Main­\ntenant l'on veut u n e place publique ou une rue nouvelle reliant la Boucherie\nau Steen qui fait l'orgueil de l'administration depuis son retapage fantaisiste\n— et cette rue sera bâtie en « style flamand » évidemment : d u vieil-Anvers\npostiche — encore u n e fois !\n  , Mais pour effectuer ce beau travail il faut détruire la plus étonnante suc­\ncession de cours et de couloirs que je connaisse, quelque chose qui serait u n e\nattraction si c'était plus connu : je parle de la cour dite « le Gans », rue d u\nSac.\n   Si vous venez à Anvers, ne manquez pas de m e prévenir, j e vous y con­\nduirai (1).\n   J'espère q u e vous nous aiderez à défendre ce coin historique de la ville.\n\n\n  A. Baertsoen                                                                            '.\n\n\n  Faut-il vous dire q u e j'approuve, sans réserves, la campagne que vous menez\ncontre les retapeurs de m o n u m e n t s anciens ? Vous connaissez depuis long­\ntemps m o n avis à ce sujet : j'ai véritablement la haine de ces gens-là. Vous\nn'en direz j a m a i s t r o p de mal !\n   A bas le « t r u q u é », le « vieux neuf » !\n\n\n  Emile Claus :\n\n\n   J'applaudis à votre admirable plaidoirie dans Durendal, « Restaurations\net Restaurateurs ».\n   J e tiens à vous dire sans retard et simplement ce que je vois ici dans les\nchamps à l'entour d e moi. Ce qui se passe dans mon petit coin est vraimeut\nnavrant; les églises qui reçoivent tous les ans leur badigeonnage étaient pro­\nprettes, et cette blancheur immaculée donnait à nos églises villageoises u n e\nimpression douce et consolatrice. C'est fini tout cela, le démon tentateur\ntriomphe. T r o p souvent, hélas! les modestes temples deviennent des salles de\ncafé concert! les milliers de petite-; lignes, de fioritures, de tons criards,\nhurlant l'un à côté de l'autre, tiennent le campagnard avec la b o u c h e ouverte\nd'admiration devant ces horreurs. Adieu, dans pareil milieu, le recueillement\ndes fidèles.\n   Que dire des tableaux que ces messieurs osent peindre sur les m u r s . Car,\ntoute toile, b o n n e ou mauvaise, doit disparaître. J e crois même, fût-ce\n\n\n\n  (1) Je me suis rendu récemment à Anvers. J'ai visité le Gansencompagnie de M. Abry.\nIl serait criminel de faire disparaître ce coin pittoresque. Je soutiendrai de toutes mes\nforces la protestation de M. Abry. Je profite de l'occasion qui m'est offerte ici pour féli­\nciter l'excellent peintre militaire, de l'énergique combat qu'il soutient contre les restau­\nrateurs, dans les journaux d'Anvers, dans 1''Art Moderne, la Fédération Artistique, etc.\n"}, {"page_pdf": 775, "texte": "664                                DURENDAL\n\n\nun Jordaens. La place d'honneur aux travaux de ces messieurs, et quelle\nabomination pour les yeux des paysans ; voilà une plaie comme éducation\nartistique; et le Gouvernement envoie la jeunesse en Italie admirer les chefs-\nd'œuvre et, ici, pour les naïfs on cultive la négation de l'art I\n   Les restaurations?... Je pense toujours à ces vieilles fermes.\n   Remarquez qu'un locataire harcèle continuellement le propriétaire pour\navoir une nouvelle grange, une étable et, finalement une maison, car il plonge\ndans la caisse du propriétaire (pour le restaurateur lisez gouvernement) : ce\nmême locataire devient propriétaire d'une vieille bicoque, la soigne avec mille\nprécautions et, à peu de frais; cette vieille bicoque qu'on a vu dans cet état\nétant enfant, à l'âge mûr on la retrouve toujours vieille bicoque.\n   Je conclus qu'on peut consolider modestement : mais aujourd'hui, il me\nsemble que le restaurateur a surtout soin qu'on apprécie son propre travail.\nVous le dites avec raison, la bourse du Gouvernement est trop largement\nouverte pour ces sortes de choses.\n   Voilà le mal.\n\n  A. Crespin :\n\n\n   E n matière de restauration de monuments anciens, il faut partir de cette\nvérité qu'il est impossible, matériellement, de copier exactement une œuvre\nd'un art aboli, même intacte, a fortiori de la reproduire si elle est fortement\nendommagée et surtout si elle est détruite. L'auteur même d'un tableau\nne saurait en donner une réplique absolument semblable à l'original. Toute\ncopie implique changement de caractère. Voyez les gravures des meilleurs\nartistes et comparez-les aux originaux, elles peuvent leur être supérieures ou\ninférieures, jamais elles ne donneront autant d'exactitude qu'une photogra­\nphie, et celle-ci encore est inexacte dans un certain sens, les valeurs étant\nmodifiées mécaniquement dans le procédé lui-même.\n   La technique des arts change avec les époques, l'œil exercé de l'artiste\narchéologue reconnaît l'âge et l'origine d'un fragment, au caractère particulier\nqui en fait en grande partie le charme. De même on retrouve l'époque à\nlaquelle a été effectuée une restauration architecturale à ce que les manou-\nvriers y ont mis de contemporain, à leur insu. Ceci est fait pour condamner\nles restaurations qui s'étendent jusqu'à la reconstruction.\n   Il fut un temps où on envisageait comme possible et hautement désirable\nde remettre des bras à la Vénus de Milo Onen est heureusement revenu, non\nseulement pour ce qui regarde ce chef-d'œuvre, mais aussi pour tout ce que\nnous a légué l'antiquité. Les monuments d'Athènes et ceux du Forum romain\nne sont pas reconstruits; on s'est heureusement borné à les consolider et à\nles empêcher de se ruiner davantage (1). Nous n'avons pas à faire le procès\n\n\n  (1) Avec un ciment-colle et des ancrages — système excellent que nos restaurateurs\nferaient bien d'étudier, dans une communication qu'Herman Van Duysse fit naguère au\nCercle archéologique de Gand.\n"}, {"page_pdf": 776, "texte": "                  RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                           665\n\ndes architectes qui, dans toute l'Europe ont copié le temple antique en l'affec­\ntant à toutes espèces de destinations les plus disparates : Bourses de com­\nmerce, églises, palais nationaux, etc. Le respect qu'on a pour les antiques\ndevrait s'étendre aux œuvres de toutes les époques; toutes, au point de vue de\nl'humanité, offrent un intérêt égal sinon au point de vue de l'art pur et sim­\nple. Et pour nous celles du moyen âge devraient être doublement sacrées. Ne\nsont-elles pas les plus sublimes créations du génie occidental dégagé de toute\nservitude, ne caractérisent-elles pas la pensée puissante d'une race à l'aurore\nd'aspirations nouvelles?\n     Et c'est précisément à ces œuvres que le vandalisme des mauvais ouvriers\ns'attaque avec le plus d'acharnement. Chacun se croit capable de faire\ngothique! Il y a même, suprême aberration, une école où on l'enseigne;\nméconnaissant l'esprit des artistes du moyen âge qui tirèrent leur art des\nmathématiques et de l'observation de la nature ; cette école ne se préoccupe\n plus des sources, elle copie froidement, à jet continu, les motifs architecto­\n niques et décoratifs créés par d'autres, et, sans payer de droits d'auteurs, elle\n copie, comme feraient des châtrés ayant abandonné toute espérance en leurs\n propres forces.\n     Qui nous débarrassera de ces marchands du temple?\n     Respect aux morts ! II est temps qu'on ait pour les œuvres plastiques des\n prédécesseurs la vénération qu'ont les gouvernements pour les documents\n écrits ou imprimés gardés dans les archives. Les pierres sculptées sont des\n archives vivantes, nul ne devrait pouvoir y porter une main sacrilège. Cette\n déférence devrait être enseignée sur les bancs des écoles. On devrait faire\n comprendre à tous qu'il suffit de quelques vestiges retrouvés de l'Art d'un\n Peuple disparu, pour que le penseur puisse lui assigner sa place dans l'His­\n toire et le degré de sa civilisation, et il devrait être interdit d'en altérer la\n signification. Les pouvoirs publics ayant en leur possession ou sous leur\n tutelle la plupart des monuments anciens, ont assumé la responsabilité de\n leur entretien et de leur conservation. Ils doivent, lorsqu'un édifice est en\n ruine, faire le strict nécessaire pour en assurer le statu quo. Prendre les\n mesures nécessaires pour en empêcher la destruction complète, relever les\n détails intéressants par voie de moulages, photographies, dessins et en enrichir\n  les musées.\n  --, Si un monument est en état d'être affecté à un service public qu'on en\n surveille attentivement la structure, les fondations et les toitures, qu'on\n  l'entretienne avec un soin jaloux sans en changer le caractère consacré par le\n  temps, cet admirable collaborateur des artistes. Qu'on retienne les pierres\n  par des agrafes, qu'on consolide les murs par des ancrages, qu'on enlève les\n  superfétations qui n'offrent aucun intérêt d'art, qu'on refasse des détails de\n  sculptures ou des moulures dont des témoins subsistent, mais avec la plus\n  stricte probité artistique; mais qu'on ne repeigne pas d'anciennes fresques,\n  qu'on ne resculpte pas de figures ou de motifs importants et qu'on laisse\n  dormir dans la paix des temps ces témoins de la vie des peuples, expression\n   de leur âme et de leur intellectualité, et, partant de cette vérité qu'on ne\n   recrée pas ce qui est mort, pas plus un art qu'un individu, qu'on abandonne\n"}, {"page_pdf": 777, "texte": "666                               DURENDAL\n\n\ncette sotte prétention de refaire des monuments dans un style donné. Res­\npectez, admirez les artistes du passé, mais n'essayez pas de vous mettre à leur\nplace. On ne recommence pas Phidias, Robert de Luzarches et Rembrandt,\net plus tard on ne recommencera pas Puvis de Chavannes et Wagner. Si on\nconsacrait à encourager l'Art individuel, qui est celui de notre époque, une\nfaible partie des sommes qu'on dépense avec profusion aux pasticheurs de\ntous genres, quel élan cela ne donnerait-il pas aux arts, à en juger par ce\nqu'a déjà créé en ces derniers temps la volonté de quelques esprits d'élite, et\nce malgré l'indifférence des masses et la sourde hostilité de ceux que la for­\ntune ou la puissance favorise et dont le devoir devrait être d'aider les nova­\nteurs et les chercheurs au lieu de s'entourer d'imitations plus ou moins réussies\ndes styles finis.\n\n  Jean Delville :\n\n\n   J'approuve d'une manière absolue vos légitimes protestations contre les\nméfaits d'art de cette espèce nouvelle de vandales que l'on est convenu\nd'appeler de nos jours les restaurateurs. De trop tristes exemples, de trop\ngrands flagrants délits sont là pour démontrer l'indubitable bien fondé des\narguments que vous invoquez. Le savant Viollet-le-Duc, qui était, lui, un\narchéologue de génie, ne parvint jamais qu'à réaliser, sous prétexte de res­\ntaurations ou de restitutions, d'intéressants mais déplorables pastiches. Que\ndire, dès lors, du menu fretin de l'Architecture, les restaurateurs officiels, les\nCommissions des Monuments, etc., qui suivent aveuglément, en les exagé­\nrant souvent et en les appliquant d'une façon profanatrice, les érudites\nerreurs du Maître?\n   Les œuvres d'art, qu'elles soient architecturales, sculpturales, picturales,\nmusicales ou littéraires, sont des manifestations sacrées du génie humain, per­\nsonnel ou collectif. Un monument, a dit quelque part Peladan, appartient, devant\nDieu et devant les hommes, à celui qui l'a construit. Les œuvres d'art, quand elles\nvivent de la vie du passé, n'appartiennent plus qu'à elles-mêmes, ajoutons-nous.\n   Nul n'a le droit d'y toucher ou de les retoucher. L'on a seulement le devoir\nde les préserver pieusement autant que possible d'une destruction immédiate,\naccidentelle.\n   Il y a abîme entre conserver, préserver et restaurer ou restituer! Les res­\ntaurations et les restitutions n'ont été le plus souvent que des sortes d'attentats\nesthétiques, des œuvres artificielles ou mortes, des profanations. Quel est\nl'artiste lucide qui n'a pas souffert devant le Cenacolo, la fresque de Léonard\nde Vinci, à Milan, fresque qui a été retouchée, restaurée, reconstituée, tripotée par\nd'innombrables et innomables sots. Comme si un seul fragment, une tête,une\nmain, une jambe, un bras, un torse, un pied, une draperie, resté, çà et là,\nintact et de la seule et divine main du Maître, n'eut point suffit pour faire\nvibrer l'imagination du spectateur conscient, au point de reconstituer intuiti­\nvement l'œuvre originale, au lieu de devoir être obsédé par le froid fantôme\nde ce criminel pastiche !\n   Il en est de même du monument que d'une peinture, n'est ce pas ? Les\n"}, {"page_pdf": 778, "texte": "                   RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                            667\n\n\nmonuments ont une âme. Ils ont aussi une personnalité. Ils sont l'aspect\nmatériel et synthétique d'une pensée, d'une sensibilité. Les idées et lesformes\nont entre eux un lien mystérieux, harmonique, à la fois puissant et délicat et\nqui ne supporte pas le moindre contact maladroit ou brutal. C'est cette âme\net cette sensibilité que la plupart des restaurateurs souillent de leurs vanda­\nlismes. Il me paraît aussi absurde et aussi illogique de restaurer un monument\nque de vouloir restaurer une forêt. Or, un monument, cathédrale ou autre,\nest une forêt de pierres et de formes. L'un procède de l'autre, on le sait.\n   L'âme des choses seule importe. Et c'est cette âme que les pratiques maté­\nrialistes, les entrepreneurs de squelettes, les déterreurs de pierres mortes,\nfabricants de contrefaçon, maçonneurs de copies, détruisent avec l'implaca­\nbilité de l'inconscience. Je sais que les constructeurs qui se décorent encore\nde nos jours du grand nom d'architectes et de celui de restaurateurs, dédai­\ngneusement taxeront nos dires de « poésie ». Mais à cela, je répondrai que les\narchitectes qui ne sont point poètes ne sont jamais que de stériles et grotes­\nques manouvriers !\n   Je me résume en disant que là où l'artiste ou le génie d'une époque ont fixé\nleur inspiration, le restaurateur n'a rien à voir, n'a rien à faire, parce que\ncette inspiration est inséparable de la pierre, de la forme, quelque soient les\nharmonieux ravages du temps, et parce que cette œuvre est la cristallisation\ndu génie qui l'a créé. On peut retrouver une œuvre, mutilée, après des mil­\nliers d'années qu'elle est sortie du cerveau ou de la main de son créateur, mais\nla restaurer, la copier, la compléter, jamais, jamais! Toute œuvre suit le pro­\ncessus de la loi d'évolution : naître, grandir, s'embellir, se détériorer et dis­\nparaître.\n\n  Paul Dubois :\n\n\n   Mes félicitations, cher ami, pour votre beau courage. J'ai lu avec joie votre\narticle sur les restaurations de nos pauvres monuments.\n   Combien vous avez raison et combien je suis d'accord avec vous : malheu­\nreusement, nos adversaires sont nombreux et la lutte n'est pas facile.\n   Que cela ne vous décourage pas.\n   Je suis malheureusement trop occupé pour vous seconder très activement\ndans ce beau mouvement.\n   Mais si, toutefois, mon approbation pouvait vous être utile, croyez, cher\nami, que bien sincèrement elle vous est entièrement acquise.\n\n  Armand Helns :\n\n\n   M. Armand Heins, après le regretté H. Van Duysse (le premier et l'un des\nplus rudes adversaires des restaurateurs en Belgique), peut être appelé l'ami\ndes monuments de Gand. L'excellent peintre-écrivain a commenté notre article\nde Durendal dans la Petite Revue illustrée de l'art et de l'archéologie en Flandre,\nqu'il dirige avec une vaillance et un dévouement dignes d'admiration. Sa note\nest trop élogieuse pour que je la reproduise. Je me réjouis de trouver un tel\n"}, {"page_pdf": 779, "texte": "668                                DURENDAL\n\n\nappui à Gand, dans l'une des villes les plus menacées par nos embaumeurs de\nruines et de constructions séculaires. M. Armand Heins, dans le dernier nu­\n méro de la même Petite Revue signale un article que j'ai publié dans la Revue\n Universelle Larousse, sous ce titre : Restaurations monumentales ( 14 septembre 1901).\n M. Heins écrit que ma campagne porte ses fruits à Gand même. Ici je ne\nrésiste pas à la satisfaction de citer : « On peut admirer, dit-il, le beau zèle\n » que met l'auteur de ces lignes à essayer de sauver le peu qui reste encore\n » chez nous de monuments authentiques. Et l'on peut aussi se demander si c'est\n » son ardeur à faire valoir le point de vue nouveau auquel se placent les vrais\n » amis des monuments qui fait triompher nos efforts locaux en vue de la conser­\n » vation de la Maison des Bateliers. »\n   Si vraiment j'ai pu contribuer à préserver la Maison des Bateliers, j'en suis\nprofondément heureux et toute la rédaction de Durendal se réjouira avec moi.\nM. L. Cloquet, disons-le à son honneur — il est bon et consolant parfois de\nféliciter un adversaire — refuse d'entreprendre la restauration du célèbre\nhôtel corporatif. Son collaborateur aux travaux de la nouvelle poste de Gand\n(où la Maison des Bateliers doit être enclavée), après avoir voulu la réfection\ncomplète de l'édifice recule à présent devant l'attentat. Mais il paraît qu'en\n« haut lieu » on s'obstine à désirer la restauration intégrale de l'illustre façade.\nEst-ce possible? Non! Non! Nous apprendrons bientôt que ce joyau d'archi­\ntecture est définitivement sauvé.\n   J'aurais voulu reproduire à cette place, du moins en partie, cet article de la\nRevue Larousse. Il répond au reproche qui m'a été adressé par M. Helbig,\nd'ignorer les restaurations françaises. Peut-être pourrait-il éclairer M. Cloquet,\nqui, dans sa lettre du I er août 1901, assure qu'il est incapable « de dégager ce\nque veut M. Fiérens. » Mais je craindrais d'abuser...\n\n\n  Léon Frédéric '.\n\n\n   J'ai lu l'article que vous consacrez dans Durendal à la soi-disant restauration\ndes monuments. Je suis tout à fait de votre avis. Je ne sais si vous avez visité\nles ruines de Pompéi et d'Herculanum. Il me semble que là on s'est montré\nplus intelligent et plus artiste : on consolide les murs, mais on ne les recon­\nstruit pas, et malgré qu'aucun monument ne soit complet, en se promenant\ndans ces admirables ruines, on est bien plus dans l'illusion que si on avait sot­\ntement reconstruit les temples et les maisons.\n\n\n  F. Khnopff :\n\n\n   En lisant dans Durendal votre énergique protestation contre les odieux ou\nstupides travaux de restauration, exécutés de toutes parts en Belgique, j'ai\nsongé à ce mot de Jules de Goncourt :\n   « L'antiquité a peut-être été faite pour être le pain des professeurs. »\n   En effet, n'est-il pas plus facile pour plus d'un pédant de l'encrier d'expli­\nquer par le menu la confection du parfait poème épique, que de rédiger un\n"}, {"page_pdf": 780, "texte": "                   RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                               669\n\n\nsimple télégramme et n'y a-t-il pas plus d'un cuistre de l'équerre prêt à com­\nmencer immédiatement - avec, cependant, les crédits nécessaires — la\nreconstitution de la Tour de Babel, qui ne pourrait construire une maison\n« bourgeoise » vraiment moderne, c'est-à-dire, confortable dans le profond et\nbeau sens du mot?\n  Vos attaques, vous le savez, d'ailleurs, menacent non seulement des prin­\ncipes, mais surtout des professionnels qui résisteront d'autant plus qu'à pré­\nsent, le pain de ces professeurs est devenu de la bonne galette.\n   Enfin, bon succès, je l'espère; bon courage, je le sais.\n\n  X. Mellery :\n\n  Je crois fermement que l'on ne refait plus un art du passé qui est né fatale­\nment de l'esprit de l'époque ; mais les édifices que nous a laissé le passé,\nnous les approprions encore au même usage pour lequel ils ont été créés; ils ne\npeuvent donc devenir des ruines, il faut les entretenir, les restaurer.\n   J'aime les ruines au delà de toute expression, mais si j'y trouve encore un\ncoin d'architecture resté intact, comme je me souviens à Villers autrefois, ce\nn'est plus la ruine que j'admirais, c'était l'œuvre d'art, et si je me dirigeais vers\nd'autres coins envahis par les plantes grimpantes ou parasites, j'admirais en\nartiste la façon dont la nature se tire d'affaire pour couvrir ou appliquer\nune ornementation sur une surface plane : quelle riche et abondante source\nd'inspirations et d'études pour l'ornemaniste et l'architecte; il me restait alors\ndéjà très peu de gens autour de moi pour admirer, et quand en sortant de la\nruine je m'arrêtais au coin de la route pour contempler ce beau chêne, ces\nbelles plantes, que la nature avait librement guidés, je restais tout seul dans\nmon admiration, admiration bien grande, peut-être plus belle et plus légitime\nencore pour l'artiste et pour l'avenir de l'art.\n   Je crois qu'on restaurera bien ou mal, mais qu'on restaurera toujours ; car\nles grandes époques d'art ne se renouvellent pas à chaque génération d'hommes\net forcément hélas nous verrons par la ruine ou par la restauration, diminuer\nla pureté et l'existence des belles œuvres d'architecture du passé.\n   Nous devons donc avoir le souci de l'entretien du passé, avec celui d'assu­\nrer un avenir digne de le remplacer.\n   On doit pouvoir restaurer, et un artiste qui comprend et sent l'âme de l'art\ngothique ou d'un autre doit pouvoir le faire.\n   L'art gothique par exemple monte comme la plante dans une même et belle\nharmonie vers le ciel; chaque degré plus élevé est réglé par celui qui le suit\net l'autre qui le précède, en tenant compte de son point d'attache à la terre et\nde son élévation dans le ciel. Cette harmonie dans cette charpente architec­\ntonique règle le caprice et la fantaisie des détails; et elle est tellement bien\néprouvée que tout en faisant un ensemble homogène elle peut varier indé­\nfiniment ses détails sans nuire à l'ensemble.\n   C'est cette pondération que les architectes gothiques possédaient si bien\ndans la conception de leurs monuments ; ce point est celui sur lequel viennent\nse heurter les difficultés de la restauration ; car il faut un artiste, et un artiste\n"}, {"page_pdf": 781, "texte": "670                                DURENDAL\n\n\nému pour faire une bonne restauration, et encore préfère-t-il créer lui-même\net poursuivre ses efforts dans ce but.\n   Cette harmonie, nous la retrouvons d'ailleurs dans tout ce que nous montre\nla nature, et la froideur de la correction avec toute sa science ne sera jamais\nqu'un mauvais instrument mis au service de la restauration.\n   Avez-vous vu les somptueux hôtels de la rue Leys, à Anvers (1), et ne les\ntrouvez-vous pas une dérision plus grande encore pour notre art moderne?\n   Notre avenir, certes, est surtout dans la création, l'originalité et nos efforts\ndans ce sens devraient être plus grands, plus sains et plus vrais, sans cher­\ncher d'autre apparence que celle de l'art ; car tout est faux excepté l'art ; aussi\nrien n'est moins aléatoire que l'art et on ne nous y trompera jamais.\n   La postérité recueillera et admirera toutes les œuvres d'art des différents\nsiècles du passé et elle pourra encore, comme si rien n'avait été fait, trouver\ndans l'admiration pour elles, dans ce qui en restera, et dans le langage de la\nnature, des forces nouvelles et neuves propres à résister à la fatalité de la\nruine et de la restauration.\n   Je vous félicite pour l'active et belle mission d'art que vous poursuivez,\nc'est si beau et si bon de pouvoir s'exprimer en art et d'avoir quelque chose\n à dire, parce qu'on l'a éprouvé.\n   P.-S. — En somme je n'aime pas les restaurations, on en fait trop et sou­\nvent trop mal. Ne pourrait-on par des enduits chimiques souvent renouvelés,\narrêter les désastres de la ruine dans nos monuments et éviter ainsi les\n restaurations.\n   Ah ! si l'on pouvait figer, fixer et la forme et la patine de ces détails usés\npar l'intempérie des saisons ; ils sont si beaux et si renseignants ainsi, nous ne\ndemanderions pas à savoir comment ils étaient étant neufs et nous garderions\nainsi de beaux spécimens d'art à servir d'exemple et à opposer à notre archi­\n tecture moderne.\n\n\n   Constantin M e u n i e r '.\n\n\n   Une ruine est belle parce que ruine et il faudrait le génie de ceux qui ont\nfait l'œuvre pour oser y toucher de même un tableau de même une sculpture.\n\n\n   G. M o r r e n '.\n\n\n  J'admire le courage et la persévérance que vous avez à mener votre cam­\npagne contre les restaurateurs. Est-il possible qu'il vous faille tant de mal\npour lutter contre ces destructeurs de la Beauté, alors qu'il semble que vous\ndevriez être soutenu par tout le monde, puisque tout le monde devrait être\nsoucieux des richesses architecturales de son pays. Mais vous luttez, mal­\nheureusement, contre une muraille immense, tellement forte et solide, qu'elle\n\n\n   (1) Hélas! si je les ai vus !\n"}, {"page_pdf": 782, "texte": "                           RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                     671\n\n\n  n'aura jamais, celle-là, besoin d'une retouche, celle de la « Bêtise et des Inté­\n  rêts personnels ». Les gaffes commises par les architectes paraissent parfois\n  faites à plaisir, exprès. Ce qui est ailleurs est également à Anvers; vous savez\n  combien, vers 1880. lors de la rectification des quais, combien de ruelles\n  curieuses, de maisons de bois, de chapelles ont été détruites, — on a tenu à\n  conserver le vieux burg : le Steen, mais on ne l'a pas respecté et vous con­\n  naissez, certes, l'aspect baroque qu'il a, avec ses 'tourelles octogonales à\n  pignons pointus, alors que l'exemple des tours rondes et massives à créneaux,\n' dans la partie ancienne, existant encore, n'était qu'à suivre. Pourquoi ces\n  désaccords? Maintenant le tout est bon à faire sauter. En ce moment on est en\n  train de gratter au canif, de poncer, de racler Notre-Dame : la cathédrale;\n  on a commencé par le porche orné récemment de statuettes hideuses. Le ton\n  neuf de la pierre blanche est affreux, anémique, on dirait d'un gâteau de bis­\n  cuit; — adieu à jamais les belles patines, amenées par les temps. La jouis­\n  sance des harmonies riches, des tons chauds doit être, sans doute, un don\n  spécial et rare; mais si le plaisir des yeux n'existe pas pour tout le monde, il\n   est certain que la sottise est générale\n     La restauration des monuments anciens devrait se borner à soutenir, à\n  étayer les affaissements et les crevasses, amenés forcément par les intempéries;\n  mais on devrait mener au bagne quiconque y ajoute ou en enlève inutilement\n  une seule pierre.\n\n\n    C h . S a m u e l '.\n\n\n     Il y a peu de jours, de passage à Reims, arrêté devant sa merveilleuse\n cathédrale, anxieusement, je me demandais ce qui se passait derrière les\n vastes échafaudages la couvrant en grande partie, quels forfaits se commet­\n taient à l'abri de ces planches, de ces madriers, par quelles pierres, par quelles\n sculptures médiocres et banales seraient remplacées ces moulures, ces orne­\n mentations, ces figures admirables, naïves, mystiques, si habilement usées\n et patinées par le temps, expressions d'une foi ardente et sincère...\n     Faisant escale à Paris, avant de rentier au pays, j'y trouve votre excellent\n et judicieux article de Durendal \" Restaurations et Restaurateurs.\" Puis-je\n en faire éloge plus sincère, puis-je y donner approbation plus complète qu'en\n vous disant que votre étude est, comme l'écho — si bien exprimé par vous —\n des réflexions qui me hantaient devant le vieil édifice rémois, livré lui aussi,\n comme tant de monuments de notre pays, aux mains des implacables restau­\n  rateurs !\n   . Quelques jours auparavant, « de sombres pensées » m'étaient venues à\n  Heidelberg devant les réfections plutôt maladroites du vieux château !\n     Nous sommes donc, hélas ! « logés à la même enseigne » que nos grands\n  voisins 1\n     Marchez donc de l'avant, cher ami, pour la défense de notre patrimoine\n  artistique, je joins de grand cœur, ma faible voix à vos énergiques cris\n  d'alarmes !\n"}, {"page_pdf": 783, "texte": "672                              DURENDAL\n\n\n  Jacob Smits '.\n\n   Tâchez d'organiser une vaste association artistique (membre, 10 francs\npar an).\n   Société pour la restauration des monuments et pour la propagande de l'art moderne\nreligieux.\n   Opposez une force vitale, visible, existante à l'ennemi. Une campagne sans\nrelâche, c'est très bien, mais il faut donner signe DE VIE. On n'a peur que\nd'argent ou de force.\n   A Anvers, un architecte a mis des volets en chêne à l'ancien hôpital, rue de\nl'Hôpital, construction très belle duXVIesiècle, quoique cette construction\nne soit pas faite pour recevoir des volets. Le caractère s'y oppose, puis la\nplace manque. De sorte que, lorsque les volets sont ouverts, ils se contrarient\nen se superposant. C'est peu de chose, mais cela dit TOUT.\n   Contre la cathédrale, on a placé des urinoirs gothiques. La piscine du puits\nde Quentin Metsys a été améliorée par ces brigands.\n   A Hoogstraeten, l'école Saint-Luc a complètement badigeonné et naturel­\nlement gâté la belle église; et à Moll, la même chose : des autels gothiques\n Saint-Luc. C'est décidément une excellente affaire.\n   A Anvers, dans un concours d'architecture, on a posé le problème suivant :\nC O M P L É T E Z les tours d'une église gothique, (je ne sais plus laquelle). Sen­\ntez-vous où est le mal???? Il n'est pas facile à déraciner.\n\n  Alexandre Struijs :\n\n   A cause de la reconstruction d'un monument de Malines, à côté des Halles,\nlongeant la rue Beffer, je voudrais justement entamer une correspondance\nouverte de protestations contre la disparition des œuvres architecturales de\nnos plus éminents maîtres des siècles passés, et quoique les travaux soient\nconfiés à des architectes de talent, je crains fort que, encore une fois, ces\nsuperbes restes ne tombent sous les marteaux des maçons, sous prétexte\nqu'ils ne peuvent supporter le poids de leur maçonnerie. Depuis de longues\nannées, je sens en moi une révolte grandissante. Je m'indigne, et je souffre\nintérieurement de voir disparaître, morceau par morceau, nos plus beaux\nmonuments. Dire qu'il ne reste presque plus rien de l'ancienne église Saint-\n Rombaut, de ses belles sculptures dans lesquelles vibrait un incomparable\n souffle d'art, de toute cette gigantesque création qui avait grandi sous la\n direction d'un architecte de génie ; je ne puis vous dire ma tristesse en\n voyant enlever ces beaux morceaux qui parlaient un langage si persuasif?\n   Ce colosse, qui vous impose encore par la silhouette, ne vous parle plus au\n cœur ; ce n'est plus qu'une froide reproduction. Cela s'appelle restaurer.\n Moi, j'appelle cela une vache à lait.\n    La Commission des Monuments ne fait pas son devoir, elle protège ce\n vandalisme, et sera cause que bientôt nous posséderons, en place de ces\n monuments merveilleux, des mauvaises copies qui donneront à la future\n génération une bien faible idée de la création d'antan.\n"}, {"page_pdf": 784, "texte": "                  RESTAURATEURS ET RESTAURATIONS                         673\n\n\n   A l'intérieur des églises, même barbarie ; le mot est trouvé : unification de\nstyles ! Donc, tout ce qui n'est pas de l'époque de l'église doit s'en aller;\ncombien de belles choses, tombées dans les mains des brocanteurs, sont\nallées à l'étranger enrichir les musées! N'est-ce pas d'un coup détruire l'his­\ntoire de l'église.\n   Il y a quelques semaines, je passais devant une petite et des plus vieilles\néglises de Malines, en restauration. Au-dessus de l'entrée est percée une\ngrande fenêtre; on était occupé à enlever les vitraux. Le lendemain, tout\navait disparu, plus rien qu'un trou béant !\n   Votre pensée, cher ami, est la mienne; chaque mot tracé par vous, pour\nentreprendre cette noble lutte contre ces barbares, vibre en moi comme un\nécho familier et tous ceux qui ne craignent de se prononcer ouvertement,\nne peuvent qu'applaudir à votre initiative.\n   J'ai été voir dans l'église Saint-Jean, à Gouda, les superbes vitraux peints\npar les célèbres frères Coobeth. Je vous conseille d'aller voir ces merveilles,\nj'ai pu apprécier là une belle restauration faite avec le plus grand respect.\nSur la Grand'place se trouve l'hôtel de ville ; il y a un escalier soutenu par des\ncariatides ; nos restaurateurs pourraient aller là-bas étudier ce que c'est que\nla restauration.\n   Je pourrais continuer à l'infini sur ce sujet, sur les congrès archéolo­\ngiques, etc. Mais je veux finir avec les sages paroles prononcées par M. le\nministre Beernaert, au Congrès archéologique de Malines, en 1897 :\n    « Défiez-vous de certains médecins ; il y a des gens et parfois d'ha­\n biles gens qui, sous prétexte de restaurer, démolissent et reconstruisent —\n reconstruisent en perfectionnant, comme pour montrer qu'ils en savent plus\n long que leurs aînés.\n    »Pour les vieux monuments, voilà des amis aussi dangereux que des enne­\n mis, et je souhaite que M. le Ministre de l'Intérieur les protège contre les,\n uns comme contre les autres. (Applaudissements:)\n    » Buvons donc, Mesdames et Messieurs, à nos pauvres et chers malades,\n aux impotents, à ceux qui, dans la bataille des armées, ont perdu un bras ou\n une jambe. Puissions-nous toujours garder respectueusement ce qui reste et inspi­\n rons-nous de leurs modèles. »\n\n  Je voudrais rapporter ici mes longues et édifiantes conversations avec\nMM. Victor Horta, Van der Stappen, L. Govaerts. Mais il faut se borner.\nM. Van der Stappen, très renseigné sur la question, m'a promis une longue\ncontribution personnelle que je publierai quelque jour. M. L. Govaerts, pré­\nsident de la Société centrale d'architecture belge, m'a annoncé que son\nCercle discuterait prochainement, en séance publique et contradictoire, les\nravages de nos retapeurs officiels. Un rapport sera rédigé. Qu'on ne dise donc\nplus que les poètes, les peintres et les sculpteurs — ceux qu'avec un hautain\nmépris on appelle les pittoresques — condamnent seuls les restaurations. La\njeune architecture tout entière s'insurge. Lesjeunes constructeurs, et à leur\ntête M. V. Horta, réclament leur droit à la vie et à la libre création. Ils pré-\ntendentrompre avec les misérables copistes et pasticheurs qui, trop longtemps,\n"}, {"page_pdf": 785, "texte": "674                               DURENDAL\n\n\nont déshonoré leur art. Le restaurateur mourra bientôt, tué par l'architecte.\nEn attendant, nous lutterons de toutes nos forces. Les encouragements,\nd'ailleurs, viennent à présent de toutes parts. Un député, M. Carton de\nWiart, s'est courageusement rallié à nous. Les truqueurs sont traqués : à\nGand, par MM. Heins, Baertsoen et d'autres; à Anvers, par MM. Abry,\nMorren et J . S m i t s ; à Malines, par M. Struijs; dans nos campagnes fla­\nmandes, par MM. E. Claus et G. Minne; dans le pays wallon, par de jeunes\nartistes — M. G. Lebrun, entre autres — qui m'ont envoyé également la\nchaude expression de leur sympathie. C'est le devoir des hommes de lettres\nde faire triompher cette œuvre d'assainissement artistique, car de notre succès\ndépend la revivification de l'art architectural et la réinstallation légitime des\npeintres et sculpteurs originaux dans nos grands édifices publics. Nous aussi\nnous avons notre Delenda Carthago.\n   Du Restaurateur, délivrez-nous, Seigneur!\n\n                                                       H. FIÉRENS-GEVAERT.\n"}, {"page_pdf": 786, "texte": ""}, {"page_pdf": 787, "texte": "                                                (Photo Alinari, de Florence)\n\nSAINT FRANÇOIS RESSUSCITE U N ENFANT\n                  GHIRLANDAIO\n\n    (Eglise de la Sainte-Trinité, à Florence)\n"}, {"page_pdf": 788, "texte": "La Restauration de l'Église du Sablon\n\n\n                  LES quelques mots d'introduction dont mon ami Fiérens-\n                     Gevaert fait précéder son interview de divers artistes,\n                     que j'aime et estime comme lui, et dont le sentiment est\n                     d'un grand poids à mes yeux comme aux siens, contient\n                     encore quelques inexactitudes involontaires, qui veulent\n                     être relevées. Et tout d'abord ce n'est point du fils de\n                     M. Van Ysendyck que je tenais tous les détails en question.\n                     Ce n'est point lui, par exemple, qui m'avait dit que la\n                     restauration de l'église du Sablon ne coûterait qu'un\nmillion. Lui-même m'avait fait remarquer mon erreur à ce sujet, dans une\ncauserie, alors qu'il était trop tard pour la relever, ayant déjà donné le bon\nà tirer pour mon article. Comme le dit très exactement la revue citée par\nM. Fiérens-Gevaert, la somme allouée à la restauration susdite est de\n1,800,000 francs. Et c'est précisément ce qui M. Van Ysendyck fils m'avait\ndit. Mais M. Fiérens-Gevaert semble oublier qu'il avait prétendu qu'on avait\ndéjà dépassé la somme de 2 millions à l'heure actuelle. Ce qui est erroné.\nEt c'est à quoi j'ai répondu.\n   C'est là, du reste, une question secondaire.\n   La question principale est de savoir si on a bien fait ou mal fait d'entre­\nprendre la restauration de l'église du Sablon.\n   Et d'abord, une restauration était-elle nécessaire , A cette question je réponds\ncatégoriquement oui. Tout le monde sait que la dite église était dans un état\nlamentable, voisin de la ruine, pour ne pas dire que c'était déjà une vraie\nruine. Les pierres s'en détachaient par pièces et morceaux, au point de\ndevenir un danger public. Récemment encore on a été obligé, par ordre de\npolice, d'enlever des pierres qui menaçaient la'sécurité des passants.\n"}, {"page_pdf": 789, "texte": "676                                DURENDAL\n\n\n   La façade s'effritait à tel point que, dans certains endroits, les sculptures\nétaient devenues méconnaissables; dans d'autres, elles n'existaient en réalité\nplus du tout. Pour peu qu'on eût attendu encore, il ne fut plus resté l'ombre\nmême d'une sculpture.\n   Il me semble que, dans ces conditions, une restauration s'imposait\nd'urgence.\n   Celle qui a été entreprise par l'architecte Van Ysendyck est-elle satisfai­\nsante? On se souvient que je n'ai pas voulu me prononcer. Je m'en suis rap­\nporté à des juges que je considère comme compétents et qui affirment que la\nrestauration a été bien faite. J'ai cité l'Art Moderne, dont j'ai toujours consi­\ndéré l'avis comme de la plus haute importance, vu la compétence remarqua­\nble de la rédaction en tout domaine de l'art. Il est vrai que cet éloge visait\nseulement la restauration du transept nord, seul achevé au moment où cet\narticle parut.\n   Mais la restauration de la façade principale a été exécutée absolument\nd'après la même méthode. Il y a, il est vrai, deux tourelles qui sont l'œuvre\npersonnelle du restaurateur. Elles offusquent visiblement M. Fiérens-\nGevaert, et, à dire vrai, elles ne me gênent pas moins. Je les trouve\nabsolument déplaisantes. Je voudrais même les voir disparaître. Elles\nsont lourdes et disgracieuses. Elles jurent avec la sveltesse du reste de\nla façade. J'avoue qu'ici l'art du restaurateur s'est trouvé en défaut. Et\nj'eus préféré qu'il laissât plutôt inachevé ce qui l'était avant la restauration. Il\na bien laissé les niches sans statues et M. Fiérens-Gevaert lui en fait un\nreproche qu'il base sur le fait d'avoir commis les deux tourelles. C'est une\ninconséquence, d'après mon ami. Soit! Sans doute, comme le dit M. Fiérens-\nGevaert, une statue est une sculpture aussi. Seulement, un architecte n'est pas\nnécessairement un statuaire. Je me demande même s'il i'est jamais. Voyez\nla Belgique. Nos architectes ne sont pas des statuaires et nos statuaires ne\nsont pas des architectes. Et on a mainte fois reproché, et avec combien de\nraison, à une certaine école, de ne pas s'être cantonnée exclusivement dans\nl'architecture, où elle a réussi souvent, et d'avoir abordé la statuaire où elle\na lamentablement échoué. Si, d'après M. Fiérens-Gevaert, il est impossible de\nrefaire l'architecture ingénue et si savoureuse dans son ingénuité du naïf\nmoyen âge, que dirons-nous de la statuaire de cette époque? A s'efforcer\nde reproduire celle-ci, on n'a jusqu'ici abouti qu'à des caricatures grotesques,\net on se demande s'il ne faut pas renoncer à tout jamais à refaire les statues\nmoyenâgeuses. M. Van Ysendyck père a avoué lui-même son impuissance et\na d'autant moins osé meubler les niches de saints qu'il n'avait pas même de\nmodèles à copier, l'architecte primitif ayant laissé les niches vides. Il faut le\n louer, me semble-t-il, de sa discrétion.\n   Une idée me vient Nous avons, en Belgique, un groupe de sculpteurs de\nla plus haute envergure, d'une puissante originalité, dont la personnalité\nartistique est reconnue par le monde entier. Qu'il me suffise de nommer\n Meunier, Samuel, Van der Stappen, De Vreese, Vinçotte, Lagaë, de\n Lalaing, etc., etc. Pourquoi ne s'adresserait-on pas à ces maîtres et ne leur\n confierait-on pas le soin de meubler les niches du Sablon de saints. Ils en\n"}, {"page_pdf": 790, "texte": "              LA RESTAURATION DE L'ÉGLISE DU SABLON                        677\n\n\nferaient de merveilleux. Sans doute, ces statues ne seraient-elles pas dans\nle style de l'époque et, par conséquent, du monument. Mais qu'importe! si\nelles sont belles, si ce sont de vraies œuvres d'art.\n    De même que j'ai en haine tous les restaurateurs qui bannissent impitoya­\nblement des églises qu'ils restaurent tout ce que l'art des siècles suivants y a\nintroduit peu à peu, sous prétexte que c'est étranger au style de l'édifice, et\nquand même ce seraient de purs chefs-d'œuvre, de même je trouve absurde la\nthèse qui soutient qu'on ne peut orner une église construite dans un style\ndéterminé, en y plaçant des œuvres d'art d'un autre style. Il y a plusieurs\nstyles dans la cathédrale de Tournai, et cependant ce monument n'est-il pas\n admirable ?\n    En tous cas, ce à quoi il faut s'opposer avec la dernière énergie, c'est à\n confier ce travail aux pasticheurs de style gothique que l'on connaît et dont\n les statues sont horribles.\n    Pour conclure, je répète encore une fois, qu'en général je partage la\n manière de voir de mon ami, M. Fiérens-Gevaert. Et d'abord je trouve\n odieux toute restauration de ruines. En ce point nous sommes absolument\n d'accord. Mais quant aux monuments qui sont encore en usage, je crois\n qu'une restauration s'impose lorsque le monument menace ruine. Aucun des\n artistes interviewés par mon ami, pas plus que M. Fiérens-Gevaert lui-même,\n ne m'a donné un argument péremptoire de l'impossibilité absolue d'une\n  restauration, que je n'admets, je le répète, que dans des cas exceptionnels.\n  Le grand et prestigieux artiste, X. MELLERY, partage mon sentiment puis­\n  qu'il dit : On doit pouvoir restaurer, et un artiste qui comprend et\n  sent l'âme de l'art gothique ou d'un autre doit pouvoir le faire. Je n'ai\n  pas dit autre chose et ce sera mon idée jusqu'au moment où on m'en démon\n  trera la fausseté.\n\n                                                            HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 791, "texte": "           La Forêt des Fées\n\n\n                        Fragment\n\n                                             U N BARDE CHANTE\n\n\nBrocéliande! l'aube a doré tes grands    chênes,\nLa chanson du matin s'éveille en tes fontaines,\nLe jour qui t'éblouit de ses vives couleurs\nVient doucement rouvrir les lèvres de tes fleurs\nPleines encor des diamants de la rosée ;\n0 forêt! tu souris, ainsi qu'une épousée,\nAu radieux soleil dont l'embrassement     pur\nTe revêt des clartés éparses dans l'azur\nComme d'un voile immense, 6 forêt qui       frissonne,\nEt ton joyeux printemps attriste notre automne !\n\nSol foulé des héros, les Paladins sont morts!\nTu ne vibreras plus au mâle appel des cors ;\nLes grands cerfs roux qui viennent boire aux sources claires\nN'entendront plus des voix parler dans tes clairières;\nLe lierre drapera les créneaux des manoirs\nLourdement endormis dans le sommeil des soirs\nEt, seul, le grave écho de tes profondeurs  mornes\nÉcoutera hennir la harde des licornes!\n"}, {"page_pdf": 792, "texte": "                   LA FORÊT DES FÉES                     679\n\nToi qui vis tant de gloire éclater au soleil\nEt dont le chant sonore, au bruit des mers pareil,\nGarde à jamais le rythme immortel de l'Épée;\nToi dont chaque sentier vit passer l'équipée\nDes chevaliers fleuris de sang clair et d'amour.\nOuvre-moi les chemins qui mènent au séjour\nOù les preux d'autrefois reposent, loin du monde!\nLancelot, Galahad, Tristan, la Table-Ronde!\nDans ses jardins riants d'un éternel avril,\nQuel royaume de rêve abrite votre exil?\n\nO Forêt! tu connais l'ineffable    mystère!\nTu sais où. resplendit l'honneur    héréditaire\nDes pères et des fils que réunit la Mort.\nLes comtes de Cambrie et les barons d'Armor\nReviennent-ils le soir, quand la lune songeuse\nRevêt de pâle argent ta robe somptueuse,\nErrant par la prairie où sommeillent les fleurs,\nOuïr les virelais des antiques   jongleurs\nOu s'enivrer, au son des chansons      étouffées,\nDu cher déduit d'amour, sur les lèvres des fées?\n\nJ'évoque les secrets de ton royaume      vert,\nForêt où, par amour, les braves ont souffert!\nSous ton riche manteau de lierre et de liane,\nManoir mystérieux qu'enchante         Viviane,\nSurgis dans la lumière éclatante du jour!\nParmi les frondaisons, grandis et montre, ô tour,\nMélusine, tordant sa chevelure brune\nSous les longs baisers verts qui glissent de la lune !\nEt toi, clairière, si ton ombrage sacré\nVit, dans l'aurore en fleurs, le jongleur     inspiré\nRythmer des lais troublants, d'une grâce nouvelle,\nAu rire harmonieux de la rêveuse Urgèle,\nApparais moi! Le chant des harpes vibre encor\nDans la flore d'azur, de pourpre chaude et d'or\nEt dans la brise où passe une odeur de trophées.\nO Mélusine.' Viviane! Urgèle! ô fées!\nCœurs orageux et doux, profonds comme la mer!\nCorps caressés par les étoiles, — lys de chair!\n"}, {"page_pdf": 793, "texte": "680                          DURENDAL\n\n\n      Sous la hêtraie, où le soleil pleut par les branches,\n      Offrez à la clarté vos belles formes blanches\n      Et vous, preux d'autrefois dont je suis le retour,\n      Renaissez, fleurissez et croissez dans    l'Amour!\n\n\n\n\n                         Fontanalia\n                               (SUITE)\n\n\n\n                                                m.   FONTAINE FLEURIE\n\n\n      Les flots sont parsemés des pétales de roses\n      Dont la brise de mai joncha leur pur cristal;\n      Ame aimante, revois le paradis natal\n      Où tu grandis parmi la nouveauté des choses !\n\n      Le merveilleux pays de joie et de douceur\n      Offre aux feux du soleil ses lacs bordés de vignes\n      Où la flottille errante et glissante des cygnes\n      Caresse mollement le flot souple et jaseur.\n\n      L'angélique clarté languissamment    s'épanche\n      Et sa chute amoureuse est douce au cœur lassé\n      Plus qu'à la lèvre chaude un chaste et frais baiser.\n\n      Ton enfance vers toi s'approche en robe blanche,\n      Elle a cueilli des fleurs et des feuilles aux branches\n      Pour vêtir de printemps l'image du Passé.\n\n\n\n                                          IV.   FONTAINE AUX P L E U R S\n\n\n      Ariane, vos pleurs, par ce long soir    d'automne,\n      Coulent plus doucement de vos yeux étoiles;\n      La source, — dont les flots, à vos larmes mêlés,\n      Bercent votre douleur de leur chant monotone —\n"}, {"page_pdf": 794, "texte": "                        FONTANALIA                          681\n\n\nMire en son frais bassin, que ride un souffle ailé,\nVotre grâce de fleur qui plie et s'abandonne,\nEt toute Vamertune éparse de l'Automne\nEmplit l'ombre sacrée où les dieux ont parlé.\n\nMais voici que la nuit lente et grave s'élève;\nLes flûtes des pasteurs rappellent, comme en rêve,\nLes amours tout à tour bienheureux ou déçus...\n\nLe ciel plein d'astres clairs dans l'onde se dévoile;\n— Douce Ariane au front pâli, ne pleurez plus :\nVos larmes troubleraient l'image des étoiles!\n\n\n                                          v. FONTAINE MORTELLE\n\n\nAu tintement lointain d'argentines clarines\nUn beau soir mauve et bleu glisse sur le gazon\nEt le jour qui s'efface et saigne à l'horizon\nDore encor d'un rayon le front vert des collines.\n\nC'est l'heure où l'adorable adoré de soi-même\nDont la chair des lys purs déroba les pâleurs\nConfie au clair miroir d'une source aux longs pleurs\nSa troublante beauté qui se contemple et s'aime.\n\nDélicieux de grâce et fleuri d'un sourire\nLe bel émerveillé se regarde dans l'eau :\nIl s'approche, il se penche, il effleure le flot\n\nDont la bouche fluide en un baiser l'aspire\nEt dans les souples bras qui se sont refermés\nIl meurt divinement d'avoir voulu s'aimer!\n\n\n                                      VI. L'AMOUR ET LA MORT\n\n\nLa nuit ombre le ciel de son aile légère...\nParmi les saules bas du vallon endormi\nS'élève doucement et tendrement gémit\nL'obscure voix des eaux qui sourdent de la terre.\n"}, {"page_pdf": 795, "texte": "682                         DURENDAL\n\n\n      Deux anges enlacés et les lèvres unies\n      En un long- baiser chaste où vit l'âme des soirs,\n      L'un dont les yeux sont bleus et l'autre aux cheveux noirs,\n      Ecoutent s'égrener les lentes harmonies.\n\n      Ah! je te reconnais, ô toi qui, l'autre jour,\n      Te penchant vers ma source y miras ton front lourd,\n      Enfant pâle, enfant grave et doux, enfant Amour!\n\n      Mais toi, frère ignoré qui ne vins pas encor,\n      Qui donc es-tu? pour qui chantera ta voix d'or?\n      O plus pâle ! ô plus grave ! et doux comme la Mort !\n\n\n                                             VII. FONTAINE D'OUBLI\n\n      Mon enfance crédule aux nymphes des fontaines\n      Consacrait chaque jour les prémices des fleurs,\n      Mes lèvres ignorant l'amertume des pleurs\n      Buvaient dans les parfums l'âme errante des plaines.\n\n      Sur l'herbe épaisse et chaude où riaient les verveines,\n      Au bois dont le soleil caressait les oiseaux,\n      J'écoutais se mêler la voix frêle des eaux\n      Avec cette autre voix qui chantait dans mes veines.\n\n      Le roi des rêves las, l'Automne au règne d'or\n      Vient jeter aujourd'hui son aumône au parc mort\n      Où les dieux d'autrefois ont cessé de sourire...\n\n      Et grisé des senteurs mourantes du verger,\n      Au bassin de la source où mon ennui se mire,\n      Je m'apparais songeur, à moi-même étranger !\n\n                                           CHARLES DE SPRIMONT.\n"}, {"page_pdf": 796, "texte": "               Souvenir d'enfance\n                             Affectueusement à M. l'abbé H. Mœller.\n\n\n             C'ÉTAIT un dimanche de printemps.\n                    Le verger était en fête. Cerisiers et pommiers\n                 fleurissaient en immenses bouquets d'innocence\n                 au soleil, éblouissant de blancheur dans un ciel\n                 pâle et très pur.\n                    Il avait l'air nouveau, ce ciel tout bleu; et\n                 tout rajeuni, ce soleil, qui follement dansait\n                  entre les branches, au-dessus de l'herbe haute.\nOn eut dit, qu'en une nuit étoilée, des anges aux blanches\nailes étaient venus poudrer les arbres, avec une neige rosée\nrecueillie au paradis.\n   Les fauvettes gazouillaient dans les buissons. Les merles\nsifflaient dans les peupliers. Un léger zéphyr embaumait l'air du\nparfum tendre des lilas.\n   Et tout était si doux, si limpide et si joyeux que nos petits\ncœurs d'enfants tressaillaient d'aise et semblaient chanter, au\ndedans de nous-mêmes, un hymne au renouveau. Pour témoi­\ngner notre joie, nous sautions gaiement dans l'herbe molle du\nverger. De temps à autre, un pétale rosé tombait d'un arbre, tel\nun papillon clair enrobé d'un rayon de soleil.\n\n                               * *\n\n  On nous les amena toutes trois. Elles avaient des robes\nblanches et des petites figures sages auréolées de cheveux fins.\nOn nous dit :\n  « Ce sont des cousines. Jouez gentiment. »\n"}, {"page_pdf": 797, "texte": "684                          DURENDAL\n\n\n    Et on nous laissa les unes en face des autres, intimidées sou­\ndain et nous regardant curieusement. Personne n'osait parler la\npremière. On se contentait de sourire. Une alouette invisible\nchantait de toute son âme, perdue dans l'azur. Un gros bour­\ndon — pareil à une petite balle d'or — passait et repassait en\nzonzonnant sourdement. Le silence bruissait dans la campagne\n par toutes les cymbales des cri-cri.\n    Un papillon bleu nous tira d'embarras. Il arrivait titubant,\ncomme enivré de rosée printanière, joli comme un amour, beau\ncomme une parcelle de ciel. La plus petite fille le désigna du\ndoigt : « oh! », et s'écria :\n    « Courons après !»\n   Nous nous prîmes les mains et nous mîmes à la poursuite de\nl'insecte qui semblait s'amuser à nous lasser. Vingt fois nous\ncrûmes le tenir; vingt fois — tout bleu — il échappa à nos six\npaires de menottes tendues. On se bousculait. Les plus jeunes\nroulaient par terre en riant. On courait en tous sens sous les\nbranches fleuries, les yeux fixant un point papillotant dans l'es­\npace; enfin il disparut, s'évanouit dans la brise, et nous tom­\nbâmes au pied d'un vieux pommier dont les rameaux touchaient\nterre.\n   Très vite alors, on fit connaissance. On disait les noms :\n   — « Moi, c'est Marie.\n   — Moi, Madeleine et puis Nelly.\n   — Ici, Marguerite, et ça, Yvonne... »\n   La petite, celle qui était la plus blonde, demanda :\n   — « Si on jouait? »\n   De suite les jeux s'organisèrent. Jeux très simples et très\ncompliqués à la fois. Jeux d'enfants qui ont soif de remuer,\nd'user la belle santé qui les rend si roses, de cabrioler dans la\nprairie, d'y glaner de gros bouquets de pâquerettes et de\nreprendre sans cesse des courses folles et sans but, rien que\npour le plaisir de se sentir vivre, de se baigner dans le soleil, et\nd'aspirer à pleins poumons le parfum délicat des muguets nou­\nveaux et d'encore timides violettes.\n   Le jardin nous paraissait si grand, que nous n'osions pas nous\naventurer dans les allées pleines d'ombre silencieuse, et, tout\nle jour, nous restâmes dans le verger blanc où tremblait la\nlumière d'un jour radieux.\n"}, {"page_pdf": 798, "texte": "                       SOUVENIR D'ENFANCE                      685\n\n   Ce verger, grâce à la magie du souvenir des choses mortes,\nme semble aujourd'hui quelque verger de rêve, quelque chose\nimmatérielle et vague, comme un coin d'une contrée bénie et à\njamais disparue, hélas!\n   Nous avions toutes des robes fraîches, nous étions gaies\net sourions au ciel de printemps et aux fleurs nouvelles. Nos\nâmes, ainsi que nos petites robes, étaient virginales, et les\nfleurs de bleuets nous envoyaient comme des sourires leur\nregard d'enfant.\n   Avant que la nuit ne s'annonçât, les mamans étaient venues\nnous chercher pour rentrer.\n   Et en des baisers et des câlineries un peu brusques, nous\ndisions combien nous nous étions amusées, combien c'était\ntrès bon de gambader sous les arbres fleuris et parés comme des\nfiancées, combien c'était très doux de retrouver sa maman\nquand il commence à se faire tard.\n   Nous embrassâmes les petites cousines, en disant : « à\ndemain » et leur trois robes claires disparurent au tournant du\nchemin déjà assombri\n\n\n                                 *\n                                * *\n   Il y a longtemps, longtemps. En disant un confiant « à de­\nmain », nous ne savions pas que ce « demain » n'arriverait\njamais. O le bon souvenir d'une douce journée toute d'innocence\net de francs rires! Le temps marche à grands pas. Il n'est plus\nrevenu, jamais, le jour de printemps candide, où nous avions\ncouru après un papillon bleu dans un verger en fleurs.\n   Mais parfois j'y songe dans le jardin assoupi et silencieux,\nlorsque le vent d'automne fait bruire les feuilles mortes, comme\nsi quelqu'un passait dans les allées envahies par la nuit.\n   Et, là-haut, dans l'immensité bleue qui pâlit insensiblement\net s'éclaire d'une lueur d'aurore à mesure que l'ombre noie la\nterre, là-bas du côté où s'endort le soleil, là où tout est gloire,\nespoir et paix, il m'a semblé souvent voir glisser, dans un pré\nde rêve, des robes mignonnes, toutes blanches, qui s'en allaient\nlentement, côte à côte, vers Dieu sait quelle lointaine contrée\nd'éternel bonheur.\n                                                           M AD.\n"}, {"page_pdf": 799, "texte": "         Le Bonheur Ingénu\n\n\nMon âme, tu n'es plus cette enfant délaissée,\nCette pâle orpheline aux yeux mouillés de pleurs\nQui suivait le fantôme obscur de sa pensée\nSous un ciel sans clarté, dans un jardin sans fleurs.\n\nTu n'es plus la pensive amante du silence\nQui fuyait le spectacle enchanté du matin\nPour regarder mourir au fond de son enfance\nLe vague souvenir d'un bonheur incertain.\n\nLes soirs tristes et froids, les mornes soirs d'automne\nOù tu venais errer dans les bois dépouillés,\nLes soirs où s'éplorait ta plainte monotone\nComme en songe, se sont un à un effeuillés.\n\nIl ne te restera de ces heures moroses\nDont la Mort offensait le cadran de tes jours,\nQu'un plus fervent désir de récolter des roses\nPour Celle qui t'invite à de saintes amours.\n\nLève-toi ! tes chagrins sont finis, ô mon âme,\nLes temps où tu pleurais se sont évanouis...\nRegarde : Au seul baiser de l'Orient en flamme\nTes grands lys ignorés se sont épanouis.\n"}, {"page_pdf": 800, "texte": "                 LE BONHEUR INGÉNU                            687\n\nBrise ton vain sommeil et, comme la jeune Eve,\nDans l'éblouissement du monde à son éveil,\nAccueille en souriant la fleur du premier rêve\nQui tend son urne d'or aux lèvres du soleil.\n\nLes brumes de la nuit ont fait place aux féeries\nDe l'aube qui t'attend comme une blanche sœur\nSur le seuil d'un beau temple, où ses gerbes fleuries\nMiraculeusement     se dressent vers ton cœur.\n\nDéjà l'hymne joyeux des lyres et des harpes\nPour fêter ta venue éclate dans les bois\nOù des rayons vermeils s'enlacent aux écharpes\nDes Nymphes dont l'amour fait tressaillir la voix.\n\nTu vas pouvoir enfin saluer la lumière\nPuisée au clair foyer d'un doux sourire ailé,\nO toi, qui trop longtemps as traîné ta misère\nDans les déserts sans fin d'un pays désolé.\n\nMon âme, les beaux jours vont naître sous l'égide\nDe cette simple Enfant aux vœux immaculés :\nTu suivras désormais ce noble et chaste Guide\nQui porte ton bonheur dans ses yeux étoiles.\n\nChante et recueille-toi : te voici fiancée\nA cet être ingénu qui recueillit tes pleurs\nEt fit se réveiller doucement ta pensée\nSous un ciel lumineux, dans un jardin en fleurs.\n\n                                              GEORGES A R M E L .\n"}, {"page_pdf": 801, "texte": "                   Le Roman chrétien\n\n                  ON ne peut nier que le roman ne tienne, à notre époque, la\n                    plus large place dans notre littérature. Il est l'objet des\n                    préoccupations de la critique contemporaine. Grâce à la\n                    variété infinie des formes auxquelles il se prête, il embrasse\n                    toutes les questions, étudie tous les problèmes de la vie,\n                    scrute les cœurs et les reins des individus et des peuples, et\n                    pénètre dans tous les milieux, est lu et commenté par toutes\n                    les classes de la société, qu'il guide vers un idéal de bien ou\n                    vers un excès de mal, suivant la ligne de sa philosophie.\n   Le roman n'est plus, comme au temps de Vitet, une œuvre d'imagination\nqui doive nous amuser sans fatigue, qui doive nous donner tout simplement\ndans un miroir légèrement moqueur, mais lucide et fidèle, le spectacle de la\nvie humaine. L'unique souci du romancier était alors de distraire, d'émouvoir\nson lecteur par tous les moyens que lui suggérait son imagination dégagée de\ntoute entrave.\n   Aujourd'hui, l'art doit être, selon la belle définition de M. Paul Adam, le\nfécond écrivain de « La Force », l'œuvre d'inscrire un dogme dans un symbole et le\nroman d'art, qui a pour objet de nous procurer l'émotion de pensée, doit se\ndéfinir « la métaphore d'une philosophie ».\n   Le romantisme est mort, après avoir détrôné le classicisme. Le natura­\nlisme, qui vint ensuite, prit comme suprême but de l'art la peinture exacte\nde la nature, la photographie fidèle de l'individu, de ses actes, de ses gestes,\nde ses pensées. Il étala sans pudeur les difformités des hommes, les corrup­\ntions morales et physiques des familles, les affaissements graduels ou subits\ndes peuples. On connaît les tristes spécimens d'humanité qui grouillent abjec­\ntement dans les livres de Zola, de Maupassant et tant d'autres. Et l'on ne peut\ns'empêcher de comparer, dans son esprit, ces êtres laids, vicieux, analysés\navec amour par ces écrivains réalistes, avec ces autres individus que l'on a\nsoi-même étudiés, pris sur le vif, et qui cachent sous une écorce précieuse ou\nrude des âmes de beauté, de véritable amour et de vertu.\n   Aujourd'hui, le naturalisme porte les signes évidents de cette décrépitude,\nqui fait prévoir une ruine prochaine. Déjà on s'est tourné vers un autre idéal.\nLes Ibsen et les Tolstoï ont mis en honneur, en France, des religions vagues,\ndes évangiles nouveaux, où passent, comme des oiseaux de lumière sur une\nmer sombre, les grandes idées de pitié et de justice. De lumineux symboles\n"}, {"page_pdf": 802, "texte": "                            L E ROMAN CHRÉTIEN                              689\n\n s'érigent bien au-dessus des réalités malsaines où l'on était plongé. Dans la\n lutte entre l'Esprit et la matière, celle-ci semble épuiser ses dernières res­\n sources, et brûler dans la nuit qu'éclaire une nouvelle aurore les dernières\n flammes de ses bûchers.\n    Dumas fils l'avouait déjà : « La génération qui va venir, ceux qui jouent\n aux barres à l'heure où j'écris ces lignes vont donner une telle poussée au\nspiritualisme qu'on n'aura peut-être vu jamais la pareille... » Marcel Prévost\n n'est pas moins explicite : « La doctrine matérialiste s'abolit, car la philoso­\nphie d'où elle est née, — celle de Taine — frère de l'école naturaliste comme\nde l'école psychologique, est déjà tombée dans un discrédit profond... La\njeunesse scientifique s'est aperçue que la doctrine positiviste reposait, comme\nles autres, sur un postulat de métaphysique, qu'elle laissait systématiquement\nsans réponse les plus cruels problèmes de la vie sentimentale. Inquiète,\ndésenchantée du ciel qui ne livre point son secret, incroyante aux démonstra­\ntions, la jeunesse contemporaine demande à l'avenir, en même temps qu'une\nphilosophie mieux informée, une littérature moins dédaigneuse de les refléter ».\n    Cette philosophie vers laquelleonaspire, sera-t-elle subordonnée aux dogmes\net à la morale de l'Eglise catholique? Le roman évoluera-t-il vers le christia­\nnisme? Il semble qu'on peut dès à présent répondre à ces questions par une\naffirmation catégorique. Il semble que déjà dans le vaste domaine de l'art,\naussi bien dans les jardins clos des poètes que dans les larges champs des\nromanciers, s'élèvent, sous la féconde poussée d'une sève mystérieuse et\nchrétienne, de splendides et odorantes fleurs de foi, d'espérance et d'amour.\n    Le catholique ose relever la tête et étudier les problèmes de la vie à la\nlumière de sa philosophie. Un instant, il s'est incliné sous l'esprit de scepti­\ncisme et d'erreur qui lui déniait, non seulement le droit, mais le pouvoir de\nfaire une œuvre chrétienne qui fût une œuvre d'art. Autrefois, Julien l'Apostat\ninterdisait aux chrétiens d'étudier les auteurs de l'antiquité, d'écrire et\nd'occuper des chaires de littérature ou de philosophie. Les auteurs chrétiens\nde l'époque n'en écrivirent pas moins des poèmes, des tragédies et des comé­\ndies qui, au dire de Sozomène qui les avaient lus, égalaient les œuvres des\nantiques. Boileau, le législateur du Parnasse au XVIIe siècle, écartait des\nmachines poétiques les dogmes chrétiens et les mystères de notre religion.\nCela n'a pas empêché que les œuvres de Milton, du Dante et de Klopstock\nfussent de purs chefs-d'œuvre. On nous a fait entendre les mêmes gammes et\nles mêmes aphorismes. On nous a dit que le roman ne peut être que nuisible à\nla religion et la religion nuisible au roman, que notre morale nous défend\nl'étude des passions du cœur humain et en particulier de la passion primor­\ndiale : l'Amour. Pauvres esprits, qui ne savent point que l'Amour est la base\nde la religion chrétienne, que c'est là seulement que se retrouve le véritable\nAmour, le seul Amour ! Mais je ferai tout à l'heure justice de cette gratuite et\nfolle affirmation.\n   Cependant, de retentissantes conversions de grands écrivains à la religion\ncatholique ont été comme les premiers coups de tonnerre de ces orages qui,\nparfois, en avril, bouleversent l'atmosphère et annoncent le renouveau de la\nnature. L'attention s'est éveillée à ces prodromes d'une nouvelle ère.\nM. Paul Bourget voit le christianisme plus que jamais conciliable avec tout\n"}, {"page_pdf": 803, "texte": "690                                   DURENDAL\n\n\n\nle monde moderne, il affirme Dieu et sa Providence gouvernant toutes\nchoses, il revient à l'idéal catholique, le seul qui puisse guider l'Humanité et\nlui procurer le bonheur.\n    M. J.-K. Huysmans, parti de Là-Bas, a noté dans En Route les phases de\nsa conversion, les souffrances du calvaire où son âme s'est complue pour\nascendre, malgré les chutes et les rechutes, vers le Dieu de miséricorde et de\npaix. Arrivé là, Durtal eût, par l'effet de la divine grâce, la vision du refuge\nmystique, du port d'attente aux ondes calmes et sereines, aux ondes lumi­\nneuses et parfumées comme des claires Méditerranées. Dans La Cathédrale, il\na entendu la voix de Dieu, il a écouté les voix de dix-neuf siècles de christia­\nnisme, il a compris le chant mystérieux des ogives et des verrières, il a saisi\nle sens profond et caché des pierres et des gemmes, des musiques et des cou­\nleurs, il a vu surgir devant ses yeux émerveillés les innombrables symboles\nchrétiens que le mystique moyen âge a créés et dont nous avons, pour un\ngrand nombre, perdu la clef. Du naturaliste qu'il fut autrefois, il a gardé la\nminutie des détails, le fouillé de l'observation, la phrase artiste. Mais un\nnouveau souffle anime les œuvres de l'écrivain, une âme nouvelle frissonne\net s'émeut dans ses livres, et guide le lecteur, par les routes claires des émo­\ntions pures et réconfortantes, vers des sommets majestueux de sérénité et\nd'amour. Tel, ce dernier et admirable livre où il retrace la vie mystique de\nSainte Lydwine de Schiedam, douce figure victimale de l'Eglise souffrante en\nHollande, au XIVe siècle.\n    Pendant que M. J.-K. Huysmans, à l'ombre du cloître de Ligugé,\nprépare, dans le recueillement et la prière, de nouvelles œuvres, les jeunes (1),\nde leur côté, ont commencé à produire des romans remarquables de con­\nscience littéraire et de sincérité chrétienne.\n    Voici d'abord J. Esquirol, avec A mi-côte, le roman d'un jeune homme qui\nse croit appelé à la vie religieuse, entre au séminaire de Saint-Sulpice, dont\nil flagelle avec verve le formalisme ridicule et dont il sort pour aller retrouver,\nà Lyon, la vie paisible et le charme mystique des églises qu'il aime à visiter\nau crépuscule. Sans doute, M. J. Esquirol est encore inexpérimenté dans ce\ndébut, on aperçoit trop qu'il procède du maître Huysmans, à qui fut dédié le\nlivre; mais que sa personnalité se dégage, que son talent se fortifie, que sa\nplume s'exerce, il produira des œuvres saines, fortes et belles qui seront,\nauprès des intellectuels inquiets, égarés à la recherche de la vérité, des\nœuvres d'apologétique et d'apostolat, — et cela d'autant plus que ces écrivains\ndont je parle auront un extrême souci d'art et n'exagéreront point la préoccu­\npation utilitaire et moralisatrice du roman au point de nuire à sa beauté.\n   Telle me semble avoir été la pensée de M. Louis Dimier, en écrivant\nLa Souricière (2), heureux et vaillant début d'un jeune romancier catholique,\n\n   (1) Le cadre restreint de cette étude ne me permet pas de m'arrêter, comme il convien­\ndrait et comme je me réserve de le faire, aux œuvres d'autres écrivains catholiques\ncomme Bazin, de Vogué, Bloy, Clésio, Poictevin et d'autres, ni aux œuvres des poètes,\ntels que Verlaine, des philosophes comme Brunetière, qui aident ou ont aidé au retour\nvers l'Idéal chrétien.\n   (2) Librairie académique Perrin, Paris, fr. 3.50.\n"}, {"page_pdf": 804, "texte": "                            LE ROMAN CHRÉTIEN                                 691\n\n\nqui paraît appelé à prendre dans les lettres une très belle place. C'est l'histoire\nd'un jeune homme qui, dès le collège, se bute au pionisme de ses profes­\nseurs ; dans la vie, se prend de dégoût pour la religion que servent mal les\nidiotes mesquineries, s'écarte du devoir et de Dieu pour tomber dans la\nsouricière des plaisirs faux et des voluptés malsaines, d'où le retire la main\nsecourable d'un vrai prêtre selon le cœur de Dieu et selon l'Evangile.\n   S'il y a dans ce livre des pages satiriques et sûrement flagellantes, il y en a\nde douces, d'infiniment reposantes et délicieuses comme cette page d'amour\nhumain où, dans le vert décor d'une grotte sur les bords de la Marne, le héros\ndu roman, Alexandre Hannequin, avoue à celle qu'il aime son affection pure\net chaste. Et c'est un dialogue idyllique à l'antique, une conversation naïve de\ndeux âmes simples et sûres d'elles-mêmes, comme une chanson d'amour des\ntemps bibliques. Que ceux-là lisent cette page, qui croient que le romancier\ncatholique ne peut peindre l'amour !\n    Louis Veuillot, s'adressant aux écrivains chrétiens, disait : « Que la belle\nlittérature nous parle du bel amour ; que l'écrivain en répande le charme sur\ntout ce qu'il conçoit. Je ne demande pas que tous les personnages de romans\net d'histoires poétiques soient des saints, que la peinture ne peigne que des\nsaints, que la musique ne chante que des hymnes. Je sais qu'il y a une hiérar­\nchie dans les arts comme dans la vie humaine. Je demande seulement que l'art\nne se traîne pas misérablement dans la poussière, à travers toutes les misères\nde la vie réelle, et ne sorte pas de là pour se précipiter au hasard et en trébu­\n chant dans un idéal insensé; mais qu'il s'élève par des actes du divin amour\njusqu'à cette sphère privilégiée, surnaturelle, où l'on apprend à dire sans retour\n et sans effort : « Seigneur, je vous aime! »... Poètes, osez aimer Dieu... »\n    M. Louis Dimier, après avoir peint le bel amour humain, a osé aimer\n Dieu. Dans les scènes finales où Alexandre, aux paroles du chanoine Planté,\n revient à la religion, il a placé d'admirables considérations sur l'amour de\n Jésus-Christ. Il a montré les trésors de miséricorde et de pitié que renferme le\n cœur de Jésus, notre ami, comme dit l'Evangile. Il s'est élevé jusqu'à la joie\n suave de vivre pour Dieu, uniquement pour Dieu.\n    C'est un bon livre, un livre sincère, et c'est un beau livre, un livre d'art.\n    La voie est ouverte. Il reste aux jeunes écrivains catholiques de la suivre,\n d'aller puiser aux sources vives du christianisme l'inspiration qui fera vibrer\n leurs œuvres plus divinement et plus humainement aussi, d'utiliser le cadre\n merveilleux que leur donne le catholicisme en même temps que les trésors de\n bonté, de miséricorde et de charité que l'Eglise conserve précieusement dans\n sa coupe d'or pur. Aux catholiques le devoir d'encourager leurs écrivains\n et de rejeter enfin loin d'eux, comme une défroque d'un autre siècle,\n cette croyance que le roman ne peut être en même temps catholique et\n œuvre d'art.\n                                                                EDOUARD N E D .\n"}, {"page_pdf": 805, "texte": "                   A Psyché\n\n\nLe ciel est une fleur songeuse qui se fane\nSous les doigts caressants des brumes diaphanes.\n\nRéveille-toi, Psyché! Ta beauté solitaire\nFleurira doucement le sommeil de la terre.\n\nNul ne reconnaîtra dans ta forme voilée\nL'âme exquise du monde, ô Divine Exilée!\n\nTu te perdras parmi les foules sans qu'une âme\nSente jaillir en elle une nouvelle flamme :\n\nLes hommes ont l'horreur native des beaux rêves\nEt leur orgueil a peur des regards qui s'élèvent.\nTout est bien mort, Psyché : Sauf l'Idole éternelle,\nRien ne resplendit plus dans la nuit solennelle.\n\nTu peux me suivre : Au fond d'un grave et pur asile\nNous nous reposerons de nos luttes stériles.\n\nEt sous le tiède abri de la nuit étoilée\nTu sécheras tes yeux, ô Vierge désolée.\nCar tes pleurs, las d'avoir coulé sur nos désastres,\nFleuriront l'horizon d'un diadème d'astres.\n\nLe ciel est une fleur songeuse qui se fane\nSous les doigts caressants des brumes diaphanes.\n\n                                           GEORGES MARLOW.\n"}, {"page_pdf": 806, "texte": "LE COURONNEMENT DE LA VIERGE\n        (Ecole de Beuron)\n"}, {"page_pdf": 807, "texte": ""}, {"page_pdf": 808, "texte": "        Deux Albums d'Art Religieux (1)\n\nA V E M A R I A ! Sechzehn blätter nach darstellungen\n  eines spätgothischen westphalischen liebfrau enalta-\n  res. Un album, B. Kühlen, M. Gladbach. — A U S D E M\n  L E B E N U N S E R E R L I E B E N F R A U . Siebzehn\n  Kunstblàtter nach den originalcartons der malerschule\n  von Beuron. Un album oblong, B. Kühlen, M. Gladbach.\n\n\n\n\n             LES plus précieuses, les plus pures œuvres de l'art\n                chrétien ont jailli sous l'inspiration de la Vierge,\n                et n'ont été qu'une libre offrande à sa grâce et\n                à sa souveraine candeur. Toutes les cathé­\n                drales, érigées par les pieux et vaillants ouvriers\n                du moyen âge, furent placées sous son invoca­\n                tion, et les tailleurs d'images, les sculpteurs\n                naïfs et fins du bois et de la pierre, comme les\npeintres excellents de l'Italie, de la Flandre et de l'Allemagne\nne se lassèrent point de célébrer sur le parchemin des missels,\nles panneaux des retables et les murailles des églises la gloire\ninnocente de l'Immaculée.\n\n   (1) N . B . — Les deux reproductions qui ornent cet article sont des réductions faites\nd'après des clichés de catalogue. Elle ne donnent qu'une idée très imparfaite des illustra­\ntions originales de l'album de l'école de Beuron.\n"}, {"page_pdf": 809, "texte": "694                         DURENDAL\n\n\n   Voici deux albums qui reproduisent dans la perfection de\nleurs gravures deux séries d'œuvres consacrées également à\nillustrer la vie de Marie : l'une qui date de la fin du XVe siècle,\net se trouve dans l'église de Hohenbudberg, près de Uerdingen ;\nl'autre, moderne, exécutée par l'école bénédictine de Beuron,\ndans l'église conventuelle d'Emaüs, à Prague.\n   On sent dans le travail du vieux peintre westphalien,\nl'influence de l'école flamande et de celle de Cologne, avec des\ndétails d'une naïveté particulière et charmante. Visiblement, le\nbrave artiste s'est appliqué à faire de son mieux, à rendre\nexpressive la placide physionomie germanique de ses person­\nnages, à les environner de belles architectures et de paysages\naccidentés : et il en est résulté une œuvre pleine d'une gau­\ncherie grave et exquise.\n    L'école de Beuron, venue en un siècle dont l'art, ou, pour\nmieux dire, les artistes sont devenus inaptes à l'interprétation\nreligieuse, a voulu tenter de restaurer l'esthétique chrétienne,\nde substituer aux affligeantes imageries pieuses en vogue, des\n                                œuvres éloquentes et simples. Il\n                                fallait éviter également l'imitation\n                                servile des gothiques et l'introduc­\n                                tion dans ces œuvres d'éléments\n                                plastiques qui eussent nui à leur\n                                caractère.\n                                   Et ce sont de belles images,\n                                graves et simples, d'un style à la\n                                fois sévère et tendre, qui n'a pas\n                                oublié les enseignements d'harmo­\n                                nie de la Grèce, et où la noblesse\n                                des attitudes et la suavité de l'ex­\n                                pression s'unissent en un rythme\n                                pur... Certes l'art tourmenté, ner­\n                                veux d'aujourd'hui, anxieux de\n    LA FUITE EN EGYPTE\n                                formules nouvelles, avide d'inso­\n     (Ecole de Beuron)\n                                lite plutôt que de beauté ; — les\n inquiets, les épileptiques et les irrésolus, incapables de sentir\n des musiques qui ne soient pas excessives; de s'émouvoir de\n paroles qui ne fassent pas émeute dans l'anarchie blasée de\n leur intelligence, feuilleteront avec dédain cet album et n'y\n découvriront que poncifs raides et sans vie.\n"}, {"page_pdf": 810, "texte": "                 DEUX ALBUMS D'ART RELIGIEUX                     695\n\n\n   Poncifs, si l'on veut! Tous les grands artistes ont créé un\nponcif, une figure, une expression où leur âme, pétrie de joie,\nde douleur et d'enthousiasme s'est, pour ainsi dire, extravasée ;\nune figure créée à leur ressemblance, l'être idéal et cher que la\ndestruction de la vie et l'horreur de la réalité ne sauraient\natteindre ni amoindrir.\n   L'artiste ici est un moine, sa vie est fixée, et son but : il pos­\nsède toutes les allégresses et les fiertés de la certitude — il sait\noù il va; son chemin est tracé, large et magnifique, parfois;\nparfois, dur et difficile, mais sûr. Son temps se divise entre le\ntravail et la prière — se divise? à peine, car pour lui, l'inspira­\ntion, aussi, est une oraison. La majesté impérieuse et douce des\nrécits de l'évangile qu'il écoute, chaque jour, au chœur; les\npsaumes qu'il y chante font à sa vie une atmosphère, pleine de\nl'éclosion incessante des prières...\n   Son œuvre est comme le symbole de la quiétude et de\nl'équilibre heureux de ses jours, entretenus par l'ardeur égale\nd'une dévotion intelligente. La ligne et la couleur s'y conjuguent\nen une harmonie ample, solennelle, persuasive, et dont la\nmonotonie même est éloquente comme un chant grégorien.\n\n                                                ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 811, "texte": "                 I FIORETTI\n                                     (Suite)\n\n\n\n\nDOCTRINES ET DITS NOTABLES DE FRÈRE ÉGIDE\n\n\n                 V. - CHAPITRE DE LA SAINTE PATIENCE\n\n\n\n\nC\n          ELUI     qui, avec ferme humilité et patience, souffre et soutient les\n             tribulations, pour le fervent amour de Dieu, bientôt viendra en\n             grandes grâces et vertus, et sera seigneur de ce monde, et de\n             l'autre, glorieux, recevra le gage. Chaque chose que l'homme fait,\nou bien, ou mal, il la fait à lui-même; et pour cela, tu ne dois pas te scanda­\nliser contre celui qui te fait injure, mais avoir beaucoup de patience et,\nseulement, avoir la douleur de son péché, l'ayant en compassion et priant\nefficacement Dieu pour lui. Plus l'homme est fort à soutenir et à souffrir\npatiemment les injures et les tribulations, pour l'amour de Dieu, plus il est\ngrand auprès de Dieu; et plus l'homme est faible à soutenir les douleurs\net les adversités, pour l'amour de Dieu, plus il est petit auprès de Dieu.\nSi quelque homme te loue, disant du bien de toi, rend ces louanges à Dieu\nseul; et si quelqu'un dit du mal de toi, ou te méprise, aide-le, disant de\ntoi-même aussi mal, ou pis. Si tu veux faire ta part bonne, étudie-toi\ntoujours à la faire mauvaise et celle du compagnon bonne, toujours\nt'accusant toi-même et toujours louant ou excusant vraiment le prochain.\nQuand quelqu'un veut contester ou discuter avec toi, si tu veux vaincre, perds,\net tu vaincras, parce que, si tu voulais discuter pour vaincre, quand tu croi­\nrais avoir vaincu, alors tu te trouverais avoir perdu grandement. Et, pour\ncela, frère, crois pour certain que la voie directe du salut est la voie de la\nperte. Mais, quand nous ne portons pas bien les tribulations, nous ne pouvons\nprétendre aux éternelles consolations. C'est une beaucoup plus grande con­\nsolation et une chose beaucoup plus méritoire de soutenir les injures et les\n"}, {"page_pdf": 812, "texte": "                                  I FIORETTI                                 697\n\nreproches, patiemment et sans murmure, pour l'amour de Dieu, que de\nnourrir cent pauvres et de jeûner chaque jour, continuellement.\n   Mais de quelle utilité est à l'homme, ou que lui sert de se mépriser lui-\nmême et de donner beaucoup de tribulations à son corps, avec grands jeûnes\net vigiles et disciplines, s'il ne peut soutenir une petite injure de son pro­\nchain ? De laquelle chose l'homme retirera beaucoup plus grande récompense\net plus grand mérite, que de toutes les afflictions qu'il se peut infliger\nde sa propre volonté, parce que, à soutenir les reproches et les injures de son\nprochain avec une humble patience et sans murmure; il se purifiera beau­\ncoup plus vite de ses péchés qu'il ne le pourrait faire par une fontaine de\nlarmes.\n    Bienheureux cet homme qui, toujours, tient devant les yeux de son\nesprit la mémoire de ses péchés et des bienfaits de Dieu; parce qu'il sou­\ntiendra avec patience toute tribulation et adversité, desquelles choses il attend\ngrandes consolations. L'homme qui est vraiment humble n'attend de Dieu\nni recompense, ni mérite, mais s'étudie seulement toujours à savoir comment\nil peut le satisfaire en toutes choses, connaissant être son débiteur; et tout bien\nqu'il possède, il reconnaît l'avoir seulement par la bonté de Dieu, et non par\nquelqu'un de ses mérites ; et toute adversité qui lui survient, il reconnaît vrai­\nment la subir pour ses péchés.\n    Un frère demande à frère Egide, disant: — «Père, si dans nos temps survenait\nquelque grande adversité ou tribulation, que devrions-nous faire?» — « Mon\nfrère, je veux que tu sachts que, si le Seigneur faisait pleuvoir du ciel des\npierres et des flèches, elles ne pourraient nous nuire, ni nous faire aucun\ndommage, si nous étions des hommes tels que nous devrions être; parce que\nl'homme étant celui qu'il devrait être, tout mal et toute tribulation se conver­\ntiraient, pour lui, en bien; car nous savons que l'Apôtre dit que, à ceux qui\naiment Dieu, toute chose se convertit en bien; et ainsi, semblablement, à\nl'homme qui a la volonté mauvaise tous les biens se convertissent pour lui en\nmal et en jugement. Si tu veux te sauver et aller à la gloire céleste, il ne te\nfaut jamais désirer vengeance ni justice d'aucune créature; parce que le par­\ntage des saints est de faire toujours bien et de recevoir toujours mal. Si tu\nconnaissais, en vérité, comment et combien gravement tu as offensé ton\n Créateur, tu connaîtrais que c'est une chose convenable et juste que toutes les\n créatures devraient te persécuter et te donner peine et tribulation; afin que ces\n créatures tirent vengeance des offenses que tu fis à leur Créateur. C'est une\n très grande vertu à l'homme que de se vaincre lui-même, parce que celui qui\n se vainc lui-même, vaincra ses ennemis et parviendra à tout bien. Plus\n grande vertu serait encore, si l'homme se laissait vaincre par tous les hommes,\n car il serait seigneur de tous les ennemis, c'est-à-dire des vices et des démons,\n et du monde, et de sa propre chair. Si tu veux te sauver, renonce et méprise\n toute consolation que te peuvent donner toutes les choses du monde et toutes\n les créatures mortelles ; car plus grandes et plus fréquentes sont les chutes\n qui viennent par la prospérité et les consolations, que ne sont celles qui vien­\n nent par les adversités et les tribulations.\n    Un religieux murmurait, une fois, en présence de frère Egide, à cause\n"}, {"page_pdf": 813, "texte": "698                               DURENDAL\n\n\nd'une âpre obéissance que lui avait commandée son prélat. Frère Egide lui\ndit : — \" Très cher, plus tu murmureras, plus tu appesantiras ton fardeau, et\nplus lourd il te sera à porter ; et d'autant plus humblement et dévotement tu\nte soumettras au joug de l'obéissance sainte, plus léger et plus suave te sera\nà porter cette obéissance. Mais, il me paraît que tu ne veux pas être méprisé\nen ce monde pour l'amour du Christ, et que tu veux être honoré dans l'autre,\navec Christ; tu ne veux pas être persécuté en ce monde, ni maudit, pour\nChrist ; et, dans l'autre monde, tu veux être béni et reçu par Christ ; tu ne\nveux pas te fatiguer dans ce monde et, dans l'autre, tu voudrais être dans la\nquiétude et reposer. Je te dis, frère, que tu es mâlement trompé, car, par la\nvoie de l'avilissement et des hontes, et des injures, l'homme parvient au\nvéritable honneur céleste ; et, en soutenant patiemment les dérisions et les\nmalédictions, pour l'amour du Christ, l'homme parvient à la gloire du Christ;\net pour cela dit vrai un proverbe mondain, qui dit : — « Celui qui ne donne\npas de ce qui lui coûte, ne reçoit pas de ce qu'il désire. » C'est une bonne\nnature que celle du cheval, parce que, bien que le cheval aille courant rapi­\ndement, il se laisse pourtant conduire, guider et tourner de droite et de\ngauche, en avant ou en arrière, selon la volonté du cavalier ; et ainsi doit faire\nJe serviteur de Dieu, c'est-à-dire qu'il doit se laisser diriger, guider, tourner\net plier, selon la volonté de son supérieur, et aussi par tout autre, pour l'amour\ndu Christ. Si tu veux être parfait, étudie-toi très soigneusement à être agréable\net vertueux et combats vaillamment contre les vices, soutenant patiemment\ntoute adversité pour l'amour de ton Seigneur, tourmenté, affligé, injurié,\nbattu, crucifié et mort pour ton amour, et non pour sa faute, ni pour sa\ngloire, ni pour son utilité, mais seulement pour ton salut. Et pour faire ce que\nje t'ai dit, il faut enfin que tu te vainques toi-même, car peu vaut à l'homme\nd'induire et d'attirer les âmes à Dieu, s'il ne se vainc et ne s'y attire d'abord\n lui-même. »\n\n\n\n                       VI. - CHAPITRE DE L'OISIVETÉ\n\n\n\n\n L\n            'HOMME qui reste oisif  perd ce monde et l'autre, parce qu'il n'est\n             d'aucun fruit à lui-même et d'aucune utilité aux autres. Il est\n             impossible que l'homme puisse acquérir les vertus sans application\n             et sans grand'peine.\n    Quand tu peux rester en lieu sûr, ne reste pas en lieu douteux ; celui-là reste\n en lieu sûr qui s'applique, et travaille et se fatigue, selon la volonté de Dieu\n et pour Dieu, et non par crainte du châtiment, ni pour la récompense, mais\n pour Dieu.\n    L'homme qui récuse les afflictions et les fatigues pour Christ, récuse vraiment\n la gloire de Christ ; et de même que l'application nous est utile et nous sert, la\n négligence nous est toujours contraire. Une oisiveté vicieuse est le chemin\n pour aller en Enfer. L'homme devrait être très soigneux d'acquérir et de\n"}, {"page_pdf": 814, "texte": "MARIAGE MYSTIQUE DE SAINT FRANÇOIS ET DE LA PAUVRETÉ\n                              GIOTTO\n           (Eglise inférieure de Saint-François, à Assise)\n"}, {"page_pdf": 815, "texte": ""}, {"page_pdf": 816, "texte": "                                   I FIORETTI                                  699\n\n\nconserver les vertus et la grâce de Dieu, travaillant toujours fidèlement, avec\ngrande vertu ; car, souvent, il advient à l'homme qui ne travaille pas fidèle­\nment qu'il perd le fruit par les feuilles, ou le grain par la paille. A l'un, Dieu\nconcède gracieusement le bon fruit avec peu de feuilles, et à l'autre il donne\nà la fois le fruit avec les feuilles; et il y en a d'autres qui n'ont ni fruits, ni\nfeuilles.\n    Plus grande chose me paraît de bien garder et conserver secrètement les\nbiens et les grâces donnés par le Seigneur, que de savoir les acquérir;\nparce que, bien que l'homme sache bien gagner, s'il ne sait pas bien épargner\net conserver, il ne sera jamais riche; mais d'aucuns gagnent peu à peu et s'en­\nrichissent, parce qu'ils conservent bien leur gain et leur trésor. — Oh! quelle\nquantité d'eau aurait recueilli le Tibre, si elle ne s'échappait d'aucun côté !\n    L'homme demande à Dieu un don infini qui est sans mesure et sans fin,\n et il ne veut pas aimer Dieu, sinon avec mesure et avec fin. Qui veut être\n aimé de Dieu et recevoir de lui mérite infini, excessif et sans mesure, doit\n aimer Dieu extraordinairement et outre mesure, et le servir toujours infini­\n ment. Bienheureux celui qui, de tout son cœur et de toute sa pensée, aime\n Dieu, et toujours afflige son corps et son esprit, pour l'amour de Dieu; et ne\n cherche aucune récompense sous le ciel, mais se reconnaît toujours son débi­\n teur! Si un homme était très pauvre et besogneux, et qu'un autre homme lui\n disait : — « Je te veux prêter une chose très précieuse pour un espace de\n trois jours, et sache que, si tu emploies bien cette chose, en ce terme de trois\n jours tu gagneras un trésor infini qui te fera riche pour toujours. * Il est cer­\n tain que ce pauvre homme serait bien soigneux d'employer bien et diligem­\n ment cette chose si précieuse, et il s'étudierait beaucoup à la faire bien fructi­\n fier; et je dis que, semblablement, la chose à nous prêtée de la main de Dieu\n est notre corps, lequel Dieu nous a prêté pour trois jours, car tout notre\n temps et nos années ne sont pas davantage. Donc, si tu veux être riche et\n jouir éternellement de la divine douceur, étudie-toi à bien travailler et à bien\n faire fructifier cette chose prêtée de la main de Dieu, c'est-à-dire ton corps, en\n cet espace de trois jours, c'est-à-dire le terme bref de ta vie; parce que, si tu\n ne t'appliques pas à gagner dans la vie présente, tant que tu en as le temps, tu\n ne pourras plus jouir de cette éternelle richesse, ni ne pourras te reposer sain­\n tement en cette quiétude céleste, éternellement.\n     Si toutes les possessions du monde étaient à une seule personne, qui ne les\n travaillerait pas et ne les ferait pas travailler aux autres, quel fruit et quelle\n utilité aurait-elle de ces choses? Il est certain qu'elle n'en aurait ni utilité, ni\n  fruit, mais il pourrait se faire que quelque homme ayant peu de possessions\n  et les travaillant bien, en aurait beaucoup d'utilité pour lui-même, et abon­\n  damment de fruit pour les autres. Un proverbe mondain dit : « Ne jamais\n  mettre une marmite vide au feu, en comptant sur le voisin.. » Et ainsi,\n  semblablement. Dieu ne veut pas qu'aucune grâce reste inutile; car lui,\n  bon Dieu, ne donne jamais de grâces à l'homme pour qu'il les tienne oisives,\n  mais il les donne pour que l'homme les rende effectives par de bonnes œuvres;\n  car la bonne volonté ne le satisfait pas, si l'homme ne s'étudie point à la\n  suivre, ni à l'employer, en effet, à de saintes œuvres.\n"}, {"page_pdf": 817, "texte": "700                                DURENDAL\n\n\n   Une fois, un vagabond dit à frère Egide : — « Père, je te prie que tu me\ndonnes quelque consolation », auquel frère Egide répondit : — « Mon frère,\nétudie-toi à rester bien avec Dieu, et tu auras incontinent la consolation dont\ntu as besoin; parce que, si l'homme n'apprête dans son âme une habitation\npropre dans laquelle puisse habiter et reposer Dieu, il ne trouvera jamais ni\nlieu, ni repos, ni consolation vraie chez les créatures. Quand un homme veut\nfaire mal, il ne demande jamais beaucoup de conseils pour le faire ; mais,\npour faire le bien, beaucoup cherchent conseil et font longue réflexion. »\n   Une fois, frère Egide dit à ses compagnons : — « Mes frères, il me paraît,\nqu'au jour d'aujourd'hui, personne ne se trouve qui veuille faire les choses\nqui lui seraient les plus avantageuses, non seulement à l'âme, mais encore au\ncorps. Croyez-moi, mes frères, je pourrais jurer, en vérité, que plus l'homme\nfuit et esquive le poids et le joug de Christ, plus il se le rend lourd à lui-même\net le sent plus puissant et de plus grand poids; et plus l'homme l'assume ardem­\nment, plus il y ajoute volontairement, plus il le sent léger et suave à porter.\n   \" Plût à Dieu que l'homme, en ce monde, travaille dans l'intérêt de son\ncorps, et, en même temps, dans celui de son âme; car, sans aucun doute, le\ncorps et l'âme doivent, ou toujours souffrir, ou toujours jouir, unis, c'est-à-dire\nou souffrir éternellement des peines et des tourments inimaginables dans\nl'Enfer, ou jouir avec les saints et avec les anges des joies et des consolations\ninestimables et inénarrables, perpétuellement, en Paradis, par les mérites des\nbonnes œuvres. Que l'homme fasse le bien ou pardonne, sans l'humilité cela\nmême se convertirait en mal; car il y en a beaucoup qui ont fait beaucoup\nd'oeuvres qui paraissaient bonnes et louables, mais parce qu'ils n'avaient pas\nl'humilité, il s'est découvert et connu qu'elles étaient faites par orgueil ; et les\nœuvres l'ont démontré, parce que les choses faites avec humilité, jamais ne se\ncorrompen.\"\n   Un frère dit à frère Egide : — « Père, il me paraît que nous ne sachions\nencore connaître nos intérêts », auquel frère Egide répondit : — « Mon frère,\nune chose certaine est que chacun exerce l'art qu'il a appris, parce que per­\nsonne ne peut bien travailler si, d'abord, il n'apprend; d'où je veux que tu\nsaches, mon frère, que l'art le plus noble qui soit dans le monde est de bien\ntravailler, et qui pourrait le savoir si, d'abord, il ne l'apprend? Bienheureux\ncet homme auquel aucune chose créée ne peut donner mauvaise édification !\n mais plus bienheureux encore est celui qui, de toute chose qu'il voit et\n entend, reçoit pour lui-même bonne édification. »\n\n\n       VII. — CHAPITRE DU DÉGOÛT DES CHOSES TEMPORELLES\n\n\n\n\n B\n          EAUCOUP    de douleurs et beaucoup de malheurs aura l'homme\n            misérable qui met son désir, et son cœur, et son espérance dans\n            les choses terrestres, pour lesquelles il perd et abandonne les\n            choses célestes, et finalement, pourtant, il perdra encore les\nterrestres. L'aigle vole très haut, mais, s'il avait lié un poids à ses ailes, il ne\npourrait voler si haut; et ainsi, l'homme, par le poids des choses terrestres,\n"}, {"page_pdf": 818, "texte": "                                  I FIORETTI                                701\n\n\n ne peut voler en haut, c'est-à-dire qn'il ne peut arriver à la perfection ;\nmais l'homme sage qui lie le poids du souvenir de la mort et du jugement\naux ailes de son cœur, ne pourrait, à cause de la grande crainte, courir\nni voler pour les vanités, ni pour les richesses de ce monde, qui sont des\nraisons de damnation. Nous voyons chaque jour les hommes du monde\ntravailler et se fatiguer, et se mettre en grands périls corporels, pour\nacquérir ces richesses fallacieuses; et, après qu'ils auront beaucoup travaillé\net acquis, en un instant ils mourront et laisseront ce qu'ils auront acquis\npendant leur vie; et pour cela, il ne faut pas se fier à ce monde fallacieux,\nqui trompe tout homme qui le croit, parce qu'il est mauvais. Mais celui qui\ndésire et veut être vraiment grand et riche, cherche et aime les richesses et\nles biens éternels qui toujours rassasient et jamais ne dégoûtent, et jamais ne\ndiminuent.\n   Si nous ne voulons errer, prenons exemple des bêtes et des oiseaux qui,\nquand ils sont rassasiés, sont contents et ne cherchent rien que leur\nsubsistance d'heure en heure, lorsqu'elle leur est nécessaire; et, de même,\nl'homme devrait être content seulement de ce qui lui est nécessaire, avec\ntempérance et non inutilement.\n   Frère Egide dit que les fourmis ne plaisaient pas à saint François comme les\nautres animaux, par le grand soin qu'elles ont de réunir et cacher une abondance\n de grains au temps de l'été, pour l'hiver; mais il disait que les oiseaux lui\nplaisaient beaucoup plus, parce qu'ils n'assemblaient rien un jour pour,\nl'autre. Mais la fourmi nous donne cet exemple que nous ne devons pas rester\noisifs au temps de l'été de cette vie présente, afin que nous ne soyions\ndépourvus et sans fruit dans l'hiver du jugement dernier.\n\n\n\n               VIII. — CHAPITRE DE LA SAINTE CHASTETÉ\n\n\n\n\n N\n             OTRE misérable et fragile chair humaine est semblable au porc,\n              qui, toujours, se délecte à se vautrer et à se salir dans la fange,\n              réputant la fange pour sa grande délectation. Notre chair est le\n              chevalier du démon, parce qu'elle combat et résiste à toutes ces\nchoses qui sont selon Dieu et selon notre salut.\n   Un frère demanda à frère Egide, lui disant : — « Père, enseigne-moi de\nquelle manière nous pouvons nous garder du vice charnel ? » auquel frère\nEgide répondit : — « Mon frère, à celui qui veut remuer un grand poids ou\nquelque grande pierre, et la changer de place, il convient qu'il s'étudie à la\nmouvoir plutôt par adresse que par force. Et nous, ainsi, semblablement, si\nnous voulons vaincre les vices charnels et acquérir les vertus de la chasteté,\nplutôt les pourrons-nous acquérir par l'humilité et par une bonne et discrète\nrègle spirituelle que par notre présomptueuse austérité et force de pénitence.\nChaque vice trouble et obscurcit la sainte et resplendissante chasteté, parce\nque la chasteté est semblable au miroir clair, qui s'obscurcit et se trouble,\n"}, {"page_pdf": 819, "texte": "702                               DURENDAL\n\n\nnon seulement par le contact des choses malpropres, mais aussi par l'haleine\nde l'homme.\n    » C'est une chose impossible que l'homme puisse parvenir à aucune grâce\nspirituelle tant qu'il a inclination aux concupiscences charnelles. Et, pour\ncela, tourne-toi et retourne-toi comme il te plaira, tu ne trouveras pourtant\naucun moyen de parvenir à la grâce spirituelle, si tu ne domptes tout vice\ncharnel. Combats vaillamment contre la chair fragile et sensuelle, laquelle est\nproprement ton ennemie, et te veut contredire de jour et de nuit; et qui la\nvaincra sera certain qu'il a vaincu et déconfit tous ses ennemis, et bientôt il\nparviendra à la grâce spirituelle et à tout bon état de vertu et de\nperfection. »\n    Frère Egide disait : — « Entre'toutes les autres vertus, je citerai plutôt la\nvertu de chasteté, parce que la très suave chasteté par elle-même a en soi\ntoute perfection; mais il n'est aucune autre vertu qui puisse être parfaite sans\n la chasteté. »\n    Un frère demanda à frère Egide, disant : — « Père, la vertu de la charité\n n'est-elle pas plus grande et plus excellente que n'est celle de la chasteté? »\n — Et frère Egide dit : — « Dis-moi, frère, quelle chose se trouve en ce\n monde, plus chaste que la sainte charité? »\n    Frère Egide chantait souvent ce sonnet : « O sainte chasteté, combien tu\n es excellente ! Vraiment tu es précieuse, et ton odeur est telle et si suave,\n que qui ne te goûte ne sait combien tu vaux ; car les insensés ne connaissent\n pas ta valeur. »\n    Un frère demanda à frère Egide, disant : — « Père, toi qui recommande\n tant la vertu de chasteté, je te prie que tu m'expliques quelle chose est la\n chasteté » ; auquel frère Egide répondit : — « Mon frère, je te dis que juste­\n ment est appelée chasteté la gardienne soigneuse et continuelle des sens\n corporels et spirituels qui les conserve, pour Dieu seul, purs et immaculés. »\n\n                                         Traduction littérale d'ARNOLD GOFFIN.\n\n   (A continuer).\n"}, {"page_pdf": 820, "texte": "                         LES LIVRES\n\n\nLE ROMAN :\nL e s b r a v e s G e n s , par PAUL et VICTOR MARGUERITTE. —(Paris, Plon-\n   Nourrit.)\n   Voici le troisième volume d'Une Epoque, cette œuvre de patriotisme viril que\nles frères Margueritte ont entreprise. J'y admire surtout la Chevauchéeau Gouffre\noù, en des pages émues, ils ont évoqué le désastre de Sedan et la mort glo­\nrieuse du général Margueritte, frappé au moment où sa division allait s'abîmer\ndans le sacrifice pour l'honneur des armes et du drapeau.\n   Ce qui anime ce récit et lui donne sa formidable intensité de vie, ce n'est\npas le chauvinisme exalté de certains, mais le sincère et pur amour du sol\nnatal et de la race, qui depuis des siècles y est attachée par les liens indestruc­\ntibles du sang et de la mort. Et c'est là un sentiment que les soi-disant huma­\nnitaires n'arracheront pas du cœur des peuples aussi longtemps que de tels\nlivres en seront les sûrs garants.\n   Faut-il parler de littérature, quand il s'agit d'œuvres où le cœur fut l'inspi­\nrateur fécond, et louer des qualités de style, si précieuses soient-elles, quand\non devrait surtout proclamer des qualités d'âme? Que les auteurs dépeignent\nles galops tumultueux des charges, rythmés au cliquetis des sabres, au heurt\nsec des sabots sur le sol, au cri strident des cuivres; qu'ils évoquent les régi­\nments croulant sous la tempête des obus et des balles ; qu'ils montrent Stras­\nbourg luttant jusqu'à ce que ses édifices incendiés s'effondrent sur les cada­\nvres de ses défenseurs et Belfort résistant quand même; il se dégage de leurs\nrécits une émotion virile qui élève et assainit.\n   Disons-le bien ouvertement, ce livre, pensé avec le cœur, est écrit de même,\net c'est pourquoi il atteint aux cimes de l'art véritable. Ses auteurs sont de\nceux dont tout un peuple, sans distinction de partis ou de croyances, a le\ndevoir d'être fier, à moins de se condamner à déchoir.\nU n e R e i n e , par J.-H. ROSNY. — (Paris, Plon-Nourrit).\n  Depuis tantôt vingt ans, les romanciers aiment à s'occuper des rois. Il sem­\nble que la triste destinée de races autrefois triomphales, la chute lente de\ndynasties courbées sous le poids d'un passé de gloire, leur lutte contre le flot\n"}, {"page_pdf": 821, "texte": "704                                DURENDAL\n\n\ngrondant des démocraties éveillent dans les cœurs épris de beauté cette\nmélancolique émotion que l'on éprouve en face des prestigieux couchants\nd'automne.\n  Cette émotion, que Daudet ressentit sans doute quand il écrivait les Rois en\nExil, empreint les Rois de Jules Lemaître, le Crépuscule des Dieux d'Elémir\nBourges et la gracieuse idylle, tragiquement dénouée, qui est la raison d'être\nde ces lignes. En esquissant la touchante figure d'Hélène-Marie, reine du\nWeissberg, les Rosny ont prouvé une fois de plus leurs dons si riches d'évo­\ncateurs de beauté. Hélène-Marie, la princesse de songe, épouse d'un roi\nglacial et triste, lentement, irrésistiblement, glisse vers l'amour jeune et libre\nqui l'attire. Mais sa fierté héréditaire ne pouvant accepter les hontes de la\nchute, elle mourra d'une mort de douceur et de rêve, sur un lac enchanté.\n                                                                      C H . DE S.\nLE T H E A T R E :\nL e V o i t u r i e r H e n s c h e l , par GERHARDT HAUPTMANN, pièce en cinq\n    actes, traduite de l'allemand par JEAN THOREL. — (Paris, Édition de la\n    Revue Blanche.)\n    A dire vrai, je ne vois pas l'utilité qu'il y avait, pour le lecteur français et la\ngloire de l'auteur, à traduire la dernière œuvre du célèbre dramaturge alle­\nmand.; certes, elle n'a pu apporter à la scène d'autre nouveauté que la nou­\nveauté de sa parution ; ce qui, à la rigueur, n'est pas suffisant. Ceci dit, je me\nvois fort embarrassé de continuer mon compte-rendu. La pièce, en effet, est\nde celles qui vous incitent doucement à n'en rien dire. Non pas qu'elle n'ait\ndu mérite, mais ce\" mérite est d'une nature si moyenne qu'on se sent pour le\nvanter sans forces sincères. Au reste, voici de quoi il s'agit : Henschel perd\nsa femme au premier acte ; il lui a juré, à son lit de mort, de ne point épouser\n Hanné, leur servante,... — et maintenant, continue, ami lecteur, car je crois\nt'avoir mis en main un de ces petits os à la Cuvier dont la réputation reconsti­\n tutive n'est plus à faire... Allons, allons... — « Monsieur, je devine que\n Henschel est un brave homme, puisqu'il rassérène les derniers moments de\n sa femme par une promesse consolante; je lui devine aussi un caractère\n simple et honnête, puisqu'il fait ce serment tout bonnement, sans trop en\n prévoir l'importance ; je devine enfin que Mlle Hanné est une de ces Gothons\n intrigantes et rusées, au surplus coquette, de vertu indécise et qui a tou­\n jours deux pensées : celle de devant et celle de derrière. Est-ce bien ainsi? »\n  — Parfaitement Tu es perspicace, ami lecteur. D'ailleurs, tu ne m'étonnes\n  pas. Continue donc... — « Heu, heu... Etant donné ces prémisses, je ne vois\n  d'autre moyen pour en tirer une pièce que de faire s'épouser la servante et le\n  mattre ?!... » — Admirable, admirable!... tu as tout deviné, ou du moins\n  l'essentiel. Mais, dis-moi, je te prie, ta vive intelligence mise de côté, com­\n  ment as-tu pu si aisément découvrir le ressort principal du drame qui nous\n  occupe? — \" Mon Dieu, c'est bien simple. Question de mémoire : j'ai lu au\n   moins dix romans et vu cinq pièces qui roulaient sur le même thème... \"\n   — Comme tu as raison! je dois reconnaître avec toi que cette affabulation est\n   terriblement banale. Or donc, pour ne point te fournir la suite d'un jeu trop\n"}, {"page_pdf": 822, "texte": "                                  LES LIVRES                                 705\n\n\nfacile et sans gloire, permets qu'en deux mots je te narre le reste. — Henschel,\ndepuis son mariage, voit peu à peu la sympathie, la considération du village\nl'abandonner. Hanné, avaricieuse, dure et d'une infidélité très généreuse, en\nest naturellement cause. Pourtant, l'excellent homme, tout à son voiturage,\nne s'aperçoit pas beaucoup de cet air hostile qu'il respire. Une scène au\ncabaret, avec son ex-beau-frère et quelques autres, lui désille le cœur. Natuie\nsimple et crédule, il sent d'un coup tout son malheur. La tristesse l'entoure,\nle bat en brèche, le mine. Et peu à peu, il sombre dans le remords de son\nserment trahi. Henschel honnête, en somme, mais mou, Henschel, dont la\nraison s'en va à vau les cauchemars, les obsessions et les hantises, au lieu de\ntuer sa misérable femme, se suicide lui-même au dernier acte.\n   Un grand dramaturge comme Hauptmann a le droit d'écrire une\npièce sur une donnée aussi rudimentaire que celle du voiturier Henschel,\nmais à une condition : d'y mettre des caractères d'une frappe, d'une nou­\nveauté, d'une profondeur ou d'un fouillé qui révèlent le génie et soient origi­\nnaux par eux-mêmes. Or, c'est ce qui manque ici. Rien n'est saillant, ni\ntranché; rien ne donne l'impression de ce « neuf » spécial au talent qui con­\nsiste à rajeunir, à différentier un fonds, souvent le même chez tous et tou­\njours, par la forme, ou mieux la manière. Pièce au demeurant agréable à\nlire, bien traduite, et même habilement, me semble-t-il, en français campa­\ngnard par M. Jean Thorel, mais qu'il est absolument inutile de lire quand on\nconnaît le beau, le fort théâtre de Brieux.                                   ,.\n                                                                        G. B.\nL e B a r b i e r d e M i d a s , comédie en trois actes en vers, par E D . DUCOTÉ.\n   — (Paris, Collection de l'Ermitage.)\n   On connaît l'aventure de Midas. Ce roi de Phrygie, ayant préféré la flûte\nde Pan à la lyre d'Apollon et s'étant permis de le dire, le dieu des poètes'\nirrité lui fit don d'une paire d'oreilles d'âne. Voulant cacher sa honte, Midas\nadopta pour coiffure perpétuelle un bonnet phrygien. Seul, un barbier con­\nnaissait l'infirmité royale. Bien qu'il eut juré par le Styx de n'en jamais rien\ndire, il crut pouvoir confier aux roseaux du Pactole le secret qui lui brûlait\nles lèvres. Et voici que les roseaux ayant poussé se mirent à chuchoter dans\nla brise : a Le roi Midas a des oreilles d'âne! »\n   Sur ce thème gracieux, M. Edouard Ducoté a brodé une ingénieuse\ncomédie dont les trois actes fleuris de bons mots nouent et dénouent l'intrigue\nfrêle, mais fine.\n   Nos lecteurs apprécient depuis longtemps déjà le talent de celui qui\npublia, ici même, des contes aussi aimablement écrits que spirituellement\npensés. Ils trouveront dans le Barbier de Midas la même grâce pimentée du\nmeilleur esprit latin qu'ils savent être propre à M. Ducoté.\n                                                                      CH. DE S.\nDIVERS :\nL ' O R I E N T G R E C : Grèce et S i c i l e , par LÉON HENNEBICQ. —\n   (Paris, Editions de l'Humanité Nouvelle).\n   Ce livre n'est pas, comme ses premières pages pourraient le faire supposer,\n"}, {"page_pdf": 823, "texte": "706                                DURENDAL\n\n\nun simple récit de voyage. M. Hennebicq ne se contente pas de raconter et\nde décrire les choses qu'il a vues en parcourant l'Hellade, l'Asie Mineure et\nla Sicile : il les interprète, il en dégage le sens profond, il cherche à en tirer\nun enseignement et une morale, — et c'est cette interprétation tout à la fois\nhistorique et sentimentale, qui fait le charme et l'intérêt de son livre. \" En\n» face du déroulement immense du paysage, il me semble, dit-il, que je ne\n» pourrais l'honorer plus dignement qu'en associant à sa vaste amplitude la\n» vaste ambition des visions mentales où processionnent, au milieu des popu­\n   lations européennes, les nobles fantômes du peuple grec. »\n    En réalité, les impressions de voyage tiennent ici fort peu de place : elles\nne sont guère que le lien parfois un peu mince, un peu artificiel, qui\nrattache entre elles des pages d'érudition et de philosophie, savantes\névocations du passé nées du souvenir de telle ruine ou de telle paysage\nantique, et dans lesquelles l'auteur se plaît à affirmer les idées et les thèses\nqui lui sont chères. C'est l'une de ces thèses, qui, réapparaissant tel un leit­\nmotiv, à travers tout le livre, en caractérise en quelque sorte l'unité de\npensée. M. Hennebicq la formule ainsi dans sa préface : « L'Histoire est\n » un vaste et perpétuel combat. Ceux qui négligent leur veille un seul instant\n » ne sont bientôt plus qu'un gibier esclave. Européens du Nord, nous\n » possédons un patrimoine héréditaire. Il y a deux mille ans, le même vertige\n » cupide qui nous menace ruina la splendeur de l'Orient grec. Aujourd'hui les\n » mêmes infiltrations nous entament. La Fatalité veut que notre tour soit\n » venu... Voilà ce que m'ont murmuré les Ruines parsemées et branlantes,\n » l'air fluide et bleu, les ondes de la Mer. Voilà la foi que je me suis trouvée ».\n C'est, en d'autres termes, la thèse nationaliste de M. Maurice Barrès:\n M. Hennebicq l'applique à l'histoire de la race grecque avec une très remar­\n quable virtuosité.\n    Suivant le fil de ses rêveries et de ses souvenirs, il nous guide au beau\n pays d'Hellas, parmi les paysages et les hommes de jadis et d'aujourd'hui...\n Au milieu des ruines de « Delphes la brûlante », centre principal du culte\n de Phoibos-Apollon, il évoque la grandeur du dieu Pythien, «Symbole de\n la race et Portrait de sa moralité », du dieu de Lumière, de Force et\n d'Harmonie, dont le sanctuaire delphien eut sur l'hellénisme tout entier\n une influence si considérable. M. Hennebicq excelle à indiquer la parenté\n des idées et des sites, l'intime relation du mythe au sol où il s'est développé\n et à la race qui l'a formulé. Olympie est la demeure fastueuse de « l'empereur\n du ciel ». C'est là que tous les quatre ans, battait, pendant quelques jours,\n le cœur même du peuple grec. C'est là que la force d'un même culte\n acheminait vers les solennités splendides des jeux les peuples de l'Hellade\n entière. Quelques fûts de colonne semés dans l'herbe, un musée où\n s'entassent et s'étouffent des chefs-d'œuvre mutilés témoignent seuls aujour­\n d'hui de ce phénomène unique et colossal.\n    L'un des chapitres les plus intéressants du livre est celui qui est consacré\n à Athènes. M. Hennebicq s'attache à montrer surtout l'évolution sociale et\n économique de la capitale de l'Attique, et comment, peu à peu pénétrée par\n l'esprit mercantile de l'étranger, elle finit, comme telle autre capitale contem-\n"}, {"page_pdf": 824, "texte": "                                  LES LIVRES                                 707\n\nporaine, par être submergée par le flot cosmopolite des banquiers et des\nsophistes. Ces pages fortement documentées nous font entrevoir une Athènes\n« toute frémissante de vie », dépouillée de l'appareil souvent trop décoratif\net trop pompeux de la grande histoire.\n    Mais ce n'est pas toujours l'antiquité classique qui retient l'attention\nde M. Hennebicq. Une visite aux monastères célèbres du mont Athos\nlui remet en mémoire l'histoire tourmentée de la fin de l'empire grec de\nByzance. Sur le fond un peu confus de trop de détails des figures très inté­\nressantes se détachent avec vigueur : Saint Athanase, Nicéphore Phocas,\nl'impératrice Théophane...\n   En parcourant la Sicile, ce champ de bataille de tant de civilisalitions\ndiverses, les occasions ne lui manquent pas de tonner contre Cosmopolis et\nses richesses énervantes.\n   Je ne puis indiquer que fort brièvement l'intérêt multiple de ce livre\nextrêmement touffu. En général, l'auteur est fort bien renseigné, fort bien\ndocumenté. La bibliographie très complète qui accompagne chaque chapitre\nsuffit à montrer sur quelles bases solides le livre est construit. On pourrait\ntoutefois critiquer de nombreux points de détail. Je ne vois pas aussi bien\nque M. Hennebicq la parenté qui existe entre la figure du Christ et celle\nd'Apollon : cette parenté me paraît toute extérieure et superficielle. — Je ne\npuis guère admettre non plus que ce qui intéressait le public grec au\nthéâtre, c'était moins les péripéties du drame qui se déroulait devant lui,\nque l'harmonie du paysage ambiant et des évolutions scéniques. Le lyrisme\nde M. Hennebicq l'entraîne souvent un peu loin : il manie le paradoxe avec\nune maîtrise incontestable.\n   Plus loin, reprenant une idée de Freeman, qui compare la colonisation\nhellénique en Sicile à celle des Anglo-Saxons en Amérique, M. Hennebicq\najoute que la Sicile n'a pas eu elle non plus d'art véritable. Il oublie que c'est\nen Sicile que la comédie grecque s'est condensée et a assumé pour la première\nfois une forme littéraire avec Phormos et Epicharme, et que c'est là que le\nmime est né et que Sophron et Xénarque l'ont porté à son plus haut point de\nperfection. Et Stésichore d'Himèra, qu'en fait-il ? Quant à l'art proprement\ndit, il ne devrait pas ignorer que c'est en Sicile qu'ont été élevés quelques-\nuns des premiers temples grecs en pierre, et qu'une branche particulière,\nl'art du graveur en médailles y a atteint un point de perfection qu'il n'a\natteint nulle part ailleurs, pas même à Athènes et à Corinthe.\n   Je crois que M. Hennebicq se trompe quand il dit que l'Orestie, d'Eschyle,\na été représentée à Syracuse, en 458. Il est vrai qu'après que sa trilogie eut,\ncette même année, remporté le prix à Athènes, le grand tragique se rendit\npour la seconde fois en Sicile, où il mourut en 456; mais c'est à Géla et non\nà Syracuse qu'il séjourna à cette époque. Hiéron était mort depuis longtemps\n(en 466), et son successeur n'avait pas tardé à être renversé par un gouverne­\nment démocratique. Ce sont les Perses et les Etnéennes et non l'Orestie qui ont\nété représentés à la cour de Hiéron, entre les années 472 et 470 av. J.-C.\n   Une autre erreur : La formule dont les Grecs d'aujourd'hui se saluent le\njour de Pâques, n'est pasΧρισθόςένεστι,ce qui ne signifie rien,, mais Χριστός\n"}, {"page_pdf": 825, "texte": "708                                DURENDAL\n\n\nάνέστη (Christ est ressuscité)... Mais ne soyons pas pédant. M. Hennebicq\ndéteste les érudits et les archéologues, et il ne se fait pas faute de le leur dire I\nC'est peut-être un peu ingrat, quand on a, comme lui, lu et consulté avec\nprofit tous les « bouquins A que renseignent ses notes bibliographiques.\n   M. Hennebicq devait visiter cette année Rhodes, Chypre, la Palestine; il\nnous aurait sans doute rapporté de là-bas des pages pleines d'intérêt. Mais\nvous savez la triste aventure du Sénégal. Nous ne pardonnerons jamais\naux Messageries maritimes de nous avoir privés indirectement d'un beau\nlivre. Espérons que nous ne perdrons rien pour attendre.\n                                                                            C. G.\n\nOpuscules de critique historique, FASCICULE I. Régula\n antiqua fratrum et sororum de paenitentia seu tertii\n    O r d i n i s s a n c t i F r a n c i s c i . — Nunc primum edidit PAUL SABATIER\n   (Paris, Fischbacher).\n   On fixe généralement à 1221 la date de la fondation du Tiers-Ordre fran­\nciscain, mais, à vrai dire, il existait probablement depuis des années, sans\navoir pris la forme ordonnée et régulière qu'il reçut lorsque, par la nécessité\ninterne de leur constitution aussi bien que par l'influence réfléchie du Saint\nSiège, les trois branches de l'association de Pénitence créée par saint François\nse divisèrent.\n   Nous ne connaissions jusqu'à présent que la Règle du Tiers-Ordre confirmée\npar Nicolas IV, le 12 août 1289. M. Sabatier publie aujourd'hui, d'après un\nmanuscrit conservé au couvent franciscain de Capistran, dans les Abruzzes,\nle texte inédit d'une règle antérieure qui, d'après ses conjectures, se place\nentre les années 1228 et 1234. Il est curieux de conférer les prescriptions de\ncette Règle avec celles de la Règle sanctionnée par le Siège Apostolique, plus\ntard; on aperçoit fort clairement l'action persévérante de celui-ci pour donner\n à l'association une cohésion plus étroite, pour en former un faisceau qui,\n entre les mains du Pape, deviendrait un formidable instrument de puissance\n et prosélytisme.\n    Cette publication forme le premier fascicule d'une série d'opuscules qui\n paraîtront à intervalles irréguliers, et contiendront des documents inédits, des\n descriptions de manuscrits, voire des pièces déjà publiées, mais devenues\n très rares ; le troisième fascicule, par exemple, nous donnera une légende\n inédite de saint François, d'après un manuscrit ombrien de la première\n moitié du XIII' siècle ( 1 ).\n\n B e n v e n u t O C e l l i n i , par I.-B. SUPINO, un vol. illustré. — (Firenze,\n   Alinari).\n   Les amusants et verveux mémoires de Cellini, sa bonne humeur, ses\n rodomontades, sa vanité extravagante et naïve; le tableau animé et vivant\n\n\n  (1) On peut s'abonner à la première série, au prix de 10 francs, en s'adressant à\n Mme Veuve A. Dueros, 4.1, rue du Tunnel, Valence (Drôme) Frauce.\n"}, {"page_pdf": 826, "texte": "                                 LES LIVRES                                709\n\nqu'en se racontant et se célébrant lui-même, il a laissé de son temps, ont plus\nfait pour sa gloire que son œuvre même de sculpteur et d'orfèvre.\n   De cette dernière, il ne reste pas grand'chose ; de l'autre, on connaît,\nsurtout, la Nymphe, plutôt disgracieuse, de Fontainebleau, et le Persée, de\nFlorence.\n   Il suffit d'examiner, au musée du Palazzo Vecchio, les esquisses charmantes,\nsveltes du Persée pour connaître que Benvenuto, excellent dans les œuvres\nde petite dimension, échouait lorsqu'il voulait se hausser jusqu'à la grande\nsculpture. La figure agrandie et définitive du vainqueur de Méduse est bien\nloin de réaliser en beauté ce que le maître avait su mettre dans ses projets ; le\ncorps a perdu son bel élan, sa grâce adolescente : il est trapu, lourd, semble,\non l'a dit, composé de deux fragments mal agencés. Et, cependant, avec le\ngeste héroïque de son glaive, la tête brandie, sanglante et triste de Méduse,\nplacé là, sous les arcades de la loggia, dans l'agora illustre de la cité du Lys,\nce bronze est inoubliable et splendide : tout le prestige du lieu et des siècles\nl'auréole et on en conserve l'image, dans le souvenir, comme un symbole\n   M. Supino s'est attaché, surtout, à remettre Benvenuto à sa véritable place\ndans l'évolution de la sculpture et de l'orfèvrerie florentine, à montrer que le\nrôle du bouillant et présomptueux artiste, et son influence, furent singuliè­\nment inférieurs à ceux qu'on lui a prêtés. Au fond, si ses Mémoires n'avaient\npoint signalé son nom à la mémoire de la postérité, il serait à peu près\nconfondu avec ceux de ses émules florentins, Ammanati, Bandinelli, des\népigones maladroits de Michel-Ange.\n   L'ouvrage est illustré avec le soin habituel à la maison Alinari et accom­\npagné d'un intéressant extrait de l'inver taire du trésor du grand duc de\nFlorence, François Ier, dressé en 1587, après la mort de ce prince.\n\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 827, "texte": "                          NOTULES\n\n  Avis important aux abonnés de « D U R E N D A L ». —\nNous nous permettrons, pour éviter l'encombrement postal de fin d'année,\nd'envoyer nos quittances postales dès le commencement du mois de DÉCEM­\nBRE. Nous prions insiamment nos abonnés d'en prévenir leur personnel et de\nle charger au besoin de payer, en leur place, en cas d'absence, pour nous\népargner la corvée d'un nouvel envoi de quittances. Nous leur serions recon­\nnaissants aussi s'ils voulaient bien faire un peu de propagande autour d'eux,\npour notre chère revue. Si chacun d'eux nous amenait ne fût-ce qu'un abonné\nen plus, le nombre en étant doublé du coup, nous permettrait de rendre la\nrevue doublement intéressante. Le luxe avec lequel la revue est éditée coûte\ncher. Nous désirons vivement perfectionner encore davantage le côté artis­\ntique de la revue. Nous ne reculerons devant aucun sacrifice pour atteindre\nce but. Mais il est nécessaire pour cela que nos abonnés nous aident, comme\nplusieurs du reste, le font chaque année, en nous amenant de nouveaux adhé­\nrents.\n                                        ***\n   Nous commencerons la publication d'un ROMAN\nau numéro de Décembre. Notre collaborateur GEORGES VIRRÈS a bien voulu\nréserver à nos abonnés la primeur de son prochain roman : Bonnes gens dans\nleur petite ville. Cette publication sera continuée dans nos fascicule de janvier,\nfévrier et mars de l'an prochain.\n   Un second roman nous est déjà promis et annoncé par un autre collabora­\nteur pour l'an prochain.\n                                         »**\n   Une Exposition d'art moderne, à Turin, en 1902. —\nVoici, sur cette prochaine Exposition, quelques détails intéressants donnés\npar notre ami Paul Mussche dans l'Art Moderne :\n   « C'est sur le sol d'une terre illustre entre toutes et que la gloire artistique\nconsacre au tournant de chaque chemin que tous ctux qui s'intéressent à la\nrénovation de l'art décoratif pourront voir, pour la première fois, assemblées\nau même lieu, les productions des écoles et des artistes qui, las des formules\nanciennes, travaillent dans le silence des ateliers à nous doter d'un style nou­\nveau et sèment les futures moissons de Beauté.\n   » C'est l'Italie qui prépare pour le prochain printemps cette fête interna­\ntionale en l'honneur de ce M modern-style » tant décrié par des critiques\n"}, {"page_pdf": 828, "texte": "                                    NOTULES                                   711\n\n\nmaladroits, le jugeant sur les copies malhabiles et déformées d'industriels à\nl'affût de l'exploitation du snobisme et qui auraient pu compromettre, sans la\nvie qui l'anime, sa merveilleuse efflorescence.\n    » L'Exposition s'annonce comme un gros succès. La France, l'Angleterre,\nl'Allemagne, l'Autriche, la Suède, la Norwège, les Etats-Unis, le Japon y\ndélèguent leurs meilleurs artistes épris de modernité : architectes, décorateurs,\norfèvres, ferronniers, sculpteurs, relieurs, brodeurs, artisans experts qui illu­\nminent des reflets de l'art les objets usuels et tous les jours maniés.\n    » La Belgique se devait à elle-même de prendre part à ce rendez-vous\ninternational, elle qui figure avec honneur au premier rang des nations\nqu'inquiète la recherche des formes nouvelles.\n    » Nous disposerons d'un vaste hall dont MM. Horta et Goovaert sont dis­\ntribué le plan général en divers compartiments que nous allons, si vous voulez\nbien, passer en revue.\n    » Cette arcade historiée, là, devant vous, ouvre sa baie sur un double\nescalier aux parois duquel M. Crespin dispose une sélection de nos meilleures\naffiches et fait l'histoire de nos écoles. d'Art. Cet escalier mène au salon du\nLivre dont M. Octave Maus a bien voulu assumer l'organisation. L'ameuble­\nment de cette salle est de MM. Goovaerts et Crespin, qui ont confié l'exécu­\ntion des fauteuils, sièges, table, bibliothèques et vitrine à MM. Dewaele.\n    » D'ici, le visiteur jouit d'une vue panoramique de l'exposition et découvre\nen enfilade les divers compartiments.\n    » Voici d'abord de M. Horta, le maître de notre école d'architecture\nmoderne', un salon blanc auquel fait suite une salle à manger conçue dans\nune note tout à fait originale.\n   » Plus loin, deux chambres d'Hobé se faisant face et dans lesquelles des\npanneaux décoratifs de M. R. Wytsman synthétisent des sites flamands et\nwallons. Puis un «studio» Hankar, où MM. Sneyers et Crespin retracent,\npar ses œuvres, la carrière trop tôt interrompue de cet admirable précurseur.\nVis-à-vis, un salonnet photographique où l'on admirera des reproductions de\nnos édifices et monuments modernes.\n    » MM. Limbosch-Desneux meublent cet intérieur charmant, tandis que\nM. Baertsoen groupe dans cet autre une collectivité gantoise qui révélera un\nmouvement tout à fait intéressant. MM. Morren et Rassenfosse groupent res­\npectivement des collectivités anversoise et liégeoise dans les chambres atte­\nnantes.\n    » Enfin, voici dans la grande salle du fond le salon des objets d'art.\nM. Paul Du Boisa été chargé de recueillir ici les adhésions; elles sont des\nplus précieuses : Meunier, Van der Stappen, De Rudder, Lemmen, Wolfers,\nHoosemans, F.Dubois, Van Strydonck, etc., etc. »\n\n                                       * *\n\n    L a C o m m i s s i o n d e s M o n u m e n t s a rejeté le projet grotesque qui\nlui avaitété soumis, par nous ne savonsquelfumiste,depolychromer, c'est-à-dire\nd'abîmer la belle église du Sablon. C'eût été un véritable crime. Cette bonne nou­\nvelle réjouira tous les artistes en même temps que tous les gens intelligents.\n"}, {"page_pdf": 829, "texte": "712                              DURENDAL\n\n\nNous félicitons vivement la Commission des'monuments de sa décision. Et\nnous espérons bien qu'elle s'opposera énergiquement dans l'avenir à toute\nentreprise de ce genre. On n'a déjà gâté que trop d'églises en Belgique par\nces odieux peinturlurages. Il est grand temps de mettre fin à ce vandalisme\ninjustifiable, qui est un véritable attentat à la Beauté. Tous les vrais artistes\napprouveront l'attitude de la Commission des Monuments. Le jour où elle se\nlaissera corrompre ou bien se sentira impuissante à résister à l'invasion des\nbarbares qui voudraient s'emparer de nos Monuments religieux, pour les\nabîmer odieusement, elle n'aura plus qu'à disparaître. Car, au lieu d'être une\ninstitution bienfaisante, elle ne sera p'us qu'inutile et néfaste.\n\n                                        *\n\n   Sous le titre « De Tout », J.-K. Huysmans a réuni une série\nde pages d'art du plus haut intérêt. Nous recommandons vivement ce nou­\nveau livre du célèbre écrivain catholique à nos abonnés. Nous en rendrons\ncompte prochainement.\n                                     ***\n   L ' é d i t e u r E . D e m a n vient de faire paraître en superbes plaquettes\ndeux belles études d'art de notre collaborateur EUGÈNE DEMOLDER :\n  Trois contemporains : H. de Braeckeleer, C. Meunier et F. Rops. Un volume in-4°,\navec les portraits des trois artistes. Tirage à 300 exemplaires numérotés.\n  Constantin Meunier. Un volume in-4°, renfermant un portrait et. douze\nreproductions des œuvres capitales de C. Meunier. Tirage à 500 exemplaires\nnumérotés.\n                                         ***\n     AcCUSé d e r é c e p t i o n : A. LICHTENBERGER : Père (Paris, Plon). —\n F . NICOLAY : Histoire des croyances, 3 vol. (Paris, Retaux). — P -G. LON­\n GHAYE : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et morales, 2 e vol. (Ibid.).\n — R. BAZIN : Les Oberlé (Paris, Calmann-Lévy). — A. VAN BEVER et\n                                                   e\n LEAUTAUD : Poètes d'aujourd'hui 1880-1900, 6 édition (Paris, Edition du\n Mercure de France). — H . DE RÉGNIER : Les amants singuliers (Ibid.). —\n A. DELACOUR : Le pape rouge (Ibid.). — A. MITHOUARD : Le tourment de\n l'unité (Ibid.). — E. LECOMTE : Vers une aube (Bruxelles, Lacomblez).\n J. MORGAN : Thérèse Heurtot (Paris, Plon). — LEROUX-CESBRON : L'étran­\n gère (Ibid ). — G. GARNIR : La ferme aux grives (Paris, Sec. d'édit. littér. et\n artistiq., libr. Ollendorf) — E. GROSSE : Les débuts de l'art (Paris, Alcan).\n  — J.-K. HUYSMANS : De tout (Paris, Stock). — L. DESCAVES : La colonne\n  (Ibid.). — E. DEMOLDER : Trois contemporains : de Braeckeleer, Meunier\n  et Rops (Bruxelles, Deman). — E. DEMOLDER ; Constantin Meunier (Ibid.).\n  — A. VAN HASSELT : Poésies choisies (Paris, Fischbacher). — H . JOLY :\n  Sainte Thérèse (Paris, Lecoffre). — A. HATZFELD, A. DARMESTETER et\n. A. THOMAS : Dictionnaire général de la langue française, précédé d'un traité\n  de la formation de la langue, 2 vol. in-4° (Paris, Delagrave; Bruxelles,\n- Schepens). — R. VAN BASTELAER : La rivalité de la gravure et de la photo­\n  graphie (Bruxelles, Hayez).\n"}, {"page_pdf": 830, "texte": ""}, {"page_pdf": 831, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "ordre_dans_volume": 11, "signet_source": "Huitième année - N°11 - Novembre 1901 (?)", "preuve": "Couvertures absentes ; année attestée par le volume ; signet mensuel non confirmé.", "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1901-11", "methode_reconstitution": "Ordre des douze livraisons mensuelles dans le volume ; pagination continue ; concordance avec les mois attestés par couvertures et renvois internes. Le numéro est reconstitué par la position dans cette série."}}