{"numero_id": "ulb-durendal-1902-livraison07", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison07-001", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 393, "page_fin": 395, "titre_corps": "Les Assises de musique religieuse données par la Scola Cantorum de Paris, à Bruges, les 7, 8, 9 et 10 août 1902", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Les Assises de Musique Religieuse", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 468, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "Les Assises de Musique Religieuse\n     données par la Scola Cantorum de Paris, à Bruges\n                  les 7, 8, 9 et 10 août 1902\n\n\n\n               TOUT le monde connaît la célèbre Scola, société de\n                   musique religieuse, fondée à Paris par trois\n                   artistes incomparables, Vincent d'Indy, Guil-\n                   mant et Charles Bordes. Les Belges auront, au\n                   mois d'août, une occasion unique d'entendre\n                  cette admirable école de musique vraiment\n                  artistique et vraiment religieuse. Ils viendront\n                  pendant quatre jours à Bruges donner des audi-\n tions splendides entremêlées de conférences du plus haut intérêt\n et du plus nécessaire et vivant enseignement sur la vraie musique\n religieuse, le chant grégorien, la musique figurée à l'église, etc.\n    Nous ne saurions assez vivement engager nos lecteurs à\n prendre part à ces assises solennelles et à s'inscrire dès mainte-\n nant comme membres honoraires ou, tout au moins, comme\n congressistes. Que ceux qui en ont les moyens s'inscrivent\n comme membres honoraires, afin d'encourager cette entreprise,\nmagnifique en la soutenant par une souscription plus large, ce\ndont les organisateurs ont besoin, car ils n'ont demandé aucun\nsubside ni au gouvernement, ni à la ville, confiant dans la géné-\nrosité traditionnelle des catholiques belges.\n   On sait combien il est urgent de relever enfin l'art musical\nreligieux, tombé dans les bas-fonds de la plus lamentable\nmédiocrité et profané odieusement par l'intrusion d'une musique\nthéâtrale révoltante, qui n'a plus rien de religieux et est tout\nce que l'on veut, excepté de l'art. Le mal sévit avec autant de\nrigueur et d'horreur en Belgique qu'ailleurs. Nulle part, une\nmanifestation comme celle-ci, qui sera grandiose et digne des\ngrands artistes de la Scola, de Paris, n'est plus opportune.\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "394                        DURENDAL\n\n\n   Nous sommes débordés par la musique profane, une musique\nqui ne ressemble plus à rien du tout, qui n'a plus de nom dans\naucune langue, une musique à mettre en fuite quiconque à un\npeu de piété dans le cœur et un peu d'art dans l'âme. Pour moi,\nj'avoue que le plus grand supplice que l'on puisse m'infliger,\nc'est celui de me forcer à assister à une grand'messe ou à un\nsalut solennel dans une de nos églises. Cette musique est horri-\npilante au premier chef. Elle tarit du coup toute aspiration vers\nDieu. Elle vous déchire le tympan. Elle vous crispe les nerfs.\nElle vous exaspère. Elle vous dégoûte et vous révolte, pour peu\nque vous aimiez un peu le recueillement et l'art, deux choses qui\ndevraient s'accorder si naturellement.\n  Et cette musique atroce a pénétré partout, même dans les\ncouvents. Aucune église n'y échappe. La plus petite chapelle de\ncouvent en est infectée. On en est réduit, quand on veut entendre\nde la musique vraiment religieuse, à aller à l'abbaye de Mared-\nsous ou dans une de nos cathédrales, dont deux surtout, celle\nde Malines, grâces au grand artiste Edgar Tinel, et celle de\nTournai, grâces à feu le chanoine Maton, se distinguent, entre\ntoutes, pour la bonne tenue de la maîtrise.\n  A Bruxelles, nous avons, de temps en temps, de magnifiques\nsolennités musicales religieuses à l'église de Saint-Boniface,\noù sont installés les Chanteurs de Saint-Boniface, noblement pro-\ntégés par le digne curé, M. Hallaux, un artiste dans l'âme, un\nesprit de la plus fine culture et aux sentiments si élevés. Sous\nla direction supérieure de M. Carpay, on exécute dans cette\néglise aux grandes fêtes des messes et des saluts de toute beauté,\noù une large part est faite aux plus grands maîtres anciens,\ncomme Palestrina, et aux vrais maîtres modernes, commeTinel.\nMais cette œuvre est si peu soutenue et si peu protégée, les\ncatholiques sont si avares de leurs deniers envers elle, qu'avec\nla meilleure volonté du monde la société des Chanteurs de Saint-\nBoniface en est réduite à ne donner que très rarement des audi-\ntions pareilles.\n   Voici une occasion unique de commencer une campagne\nsérieuse — puisse-t-elle être définitive! — contre les abomina-\ntions musicales auxquelles nous assistons en Belgique, et qui\nsont, en même temps qu'un scandale au point de vue de la\npiété, une calamité au point de vue de l'art religieux.\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "               LES ASSISES DE MUSIQUE RELIGIEUSE                  395\n\n\n     Souscrivons tous en grand nombre et largement à l'entreprise\n  de Bruges. La souscription de membres honoraires, donnant\n  droit à deux places à tous les exercices, à la réception du tirage\n  à part des conférences et à l'inscription de son nom sur les pro-\n grammes, est de 20 francs (celle de simple congressiste, donnant\n  droit simplement à une place, n'est que de 6 francs). Mais que les\n âmes généreuses, qui désirent avec nous le relèvement de l'art\n musical religieux en Belgique, assistent largement les organi-\n sateurs en donnant même quelque chose en plus que ce qui est\n exigé pour les cartes de membre honoraire.\n     Puissent ces magnifiques assises de Bruges être enfin l'aurore\n attendue depuis si longtemps, et souhaitée si ardemment par\n nous, de la résurrection en Belgique du grand et véritable art\n chrétien, le plus hautain et le plus sublime des arts. Ah ! si on\n pouvait une bonne fois désinfecter les jubés, brûler toutes les\n partitions de musique idiote, grotesque et baroque, qui consti-\n tuent le répertoire habituel de nos églises! Un simple psaume\n liturgique, exécuté en chant grégorien d'une façon pieuse et\n digne, est aussi empoignant, que la cacophonie profane que l'on\n doit subir actuellement dans les églises est exaspérante en ce\n qui concerne l'art et déprimante en ce qui regarde la piété.\n    J'avoue, pour ma part, avoir été souvent impressionné d'une\nfaçon inexprimable par une simple messe exécutée en Plain-\n Chant, d'une façon fruste et gauche par nos paysans dans une\néglise de village, alors qu'il m'est impossible d'être deux minutes\nà une grand'messe dans une église de nos grandes villes, sans\nsentir le plus impérieux besoin de prendre immédiatement\nmon chapeau et de m'enfuir en me bouchant les oreilles aussitôt\nque les chantres du jubé ouvrent le bec pour brailler leurs\natroces musiques.\n    Je souhaite ardemment que les grandes assises de Bruges\nréussissent en tous points. Je remercie avec toute mon\nâme les grands artistes Tinel, Charles Bordes, le Révérendis-\nsime abbé Pothier et toute la vaillante Scola de Paris pour\nl'œuvre magnifique qu'ils ont entreprise et je leur souhaite, avec\ntout mon coeur, le plus brillant succès, un succès tel qu'il laisse\ndes traces ineffaçables et qu'il ait des résultats définitifs pour le\nrelèvement de l'art musical religieux dans notre chère Belgique\ncatholique.\n                                              HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison07-002", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 396, "page_fin": 398, "titre_corps": "In Memoriam", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "In Memoriam A Jean Lahor", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 471, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1433, "texte": "In Memoriam\n\n                                          A Jean     Lahor.\n\nToi que je n'aime pas et qui pourtant m'es chère\nPour le stérile amour dont lentement tu meurs,\nPanure Ame si connue et toujours      étrangère,\nJ'apporte ma détresse en offrande à tes pleurs.\n\nPâle Sœur dédaignée, ô Vierge     taciturne\nLivrée au culte amer des vœux     inaccomplis,\nJ'ai souvent évoqué sous la voûte    nocturne,\nTa jeunesse drapée en sa robe à longs plis.\n\nPitoyable au chagrin qui rongeait ma pensée,\nTu rougis de ton sang mes chemins     ténébreux,\nConsacrant sans regret ta tendresse offensée\nA la rédemption de mon cœur      malheureux.\n\n« Regarde, disais-tu : Je t'aime et je suis belle,\nMa vie est une rose éclose sous tes pas...\nAh, laisse-moi t'aimer, mon cher enfant rebelle..! »\nMais je baissais la tête et ne répondais pas.\n\nDes pleurs nuançaient d'or tes grands yeux    d'améthyste\nEt bien que te sachant pour toujours loin de moi,\nTu chantais, exhalant ta céleste âme triste,\nDans un hymne d'espoir qui cachait ton émoi.\n\n « Je t'aime... je suis belle!... » Hélas! ces mots suprêmes\n Sur ta lèvre d'enfant me semblaient        étrangers\n Et je te rejetais, plaintive Sœur qui m'aimes,\n Avec un geste las, tes rêves outragés.\n\n Que m'importait le don d'un ineffable songe\n Dont la pure clarté grandissait chaque jour\n Quand mon inquiétude éprise de mensonge\n Se plaisait aux tourments d'un dérisoire  amour!\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "                       IN   MEMORIAM                           397\n\nSi tes yeux ont pleuré sur moi qui t'ai      meurtrie,\nSi ton âme a gémi sous mes doigts       criminels,\nSi j'ai semé d'effroi ta jeunesse fleurie,\nSi j'ai marqué ton front de mes baisers cruels,\n\nSi j'ai fui la douceur de ta lèvre bénie,\nSi j'ai brisé ton cœur, si je l'ai blasphémé,\nComme toi, j'ai connu celte grâce infinie\nEt ce martyre affreux d'aimer sans être aimé.\n\nMes rêves les plus chers, ma force, mon ivresse,\nLes merveilleux espoirs qui s'éveillaient en moi,\nTout mon être exultant d'immortelle      jeunesse,\nMes chants doux et pieux comme un acte de foi,\n\nLes roses de ma vie et les lys de ma gloire,\nMon amour noble et pur comme un Ephèbe Roi,\nJ'avais tout abdiqué sur l'autel   illusoire\nD'une Enfant dont l'orgueil brûlait le front étroit.\n\nElle a tout déchiré de sa fine main pâle,\nSe riant de mes fleurs et narguant ma chanson,\nFière de se sentir la Dalila fatale\nQui raille en l'enchantant le désir de Samson.\n\nPrès d'elle, j'ai filé la laine fatidique\nDont elle recueillait les grêles     écheveaux,\nPour m'étrangler à l'heure où mon cœur           nostalgique\nL'aurait voulu mener vers des destins         nouveaux.\n\nO volupté de vivre au milieu des larmes!\nA ses pieds, bafoué, vilipendé,  meurtri,\nJ'ai bien longtemps chanté sans regretter mes        armes,\nHeureux de la servir dès qu'elle avait souri.\n\nMais un soir, mon amour la fatigant sans doute,\nSans un mot, dans la nuit qui tombait peu à peu.\nElle m'abandonna sur le bord de la route\nOù tristement neigeait un clair de lune bleu.\n\nAi-je souffert loin d'elle? Hélas! le sais-je encore?\nPourquoi j'ai survécu? Je l'ignore      toujours.\nComment après tant d'ombre une nouvelle aurore\nDoucement vint fleurir le linceul de mes jours?\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "398                         DURENDAL\n\n\n      O ma Sainte Gardienne effacée et si pure\n      Je ne puis te répondre, ayant tout oublié;\n      Déjà le souvenir de l'ancienne  blessure\n      Ne vient plus effleurer mon cœur pacifié.\n\n      Comme autrefois je chante et je bénis la vie,\n      Mais ma voix est plus grave et parfois l'on dirait\n      Qu'aux bénédictions de mon âme ravie\n      Comme un parfum vieilli, se mêle un long regret.\n\n      Tu souffres, chère Enfant : J'ai souffert : Nos pensées,\n      Par delà cet amour qui nous brisa tous deux.\n      Silencieusement  et les mains enlacées\n      Rêvent d'un clair pays où l'on serait    heureux.\n\n      A quoi bon nous leurrer d'un mensonge      fragile?\n      Tu m'aimes... Puis-je encor aimer, quand     lentement\n      S'effrite dans mon cœur l'Idole aux pieds d'argile\n      Que tu crois noble, pure, éternelle et qui ment.'\n\n      Poursuivons nos destins : Toi, ma Sœur, fuis les charmes\n      De l'amour embusqué sous ton bel avenir :\n      Prends mon pâle sourire et laisse-moi tes larmes,\n      Mon sourire — ô néant! — tes pleurs — ô souvenir!\n\n                                               GEORGES   MARLOW.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison07-003", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 399, "page_fin": 440, "titre_corps": "L’Imposteur magnanime : Perkin Warbeck", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "L'Imposteur Magnanime Perkin Warbeck", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 474, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "L'Imposteur Magnanime\n                              Perkin Warbeck\n                          Drame en quatre actes\n\n                                      (Suite)\n\n\n\n\n                             TROISIÈME ACTE\n\n  Une salle dans le palais de Westminster. Ameublement de style sévère. Table recou-\nverte d'un tapis. Fauteuils gothiques.\n\n\n\n                                   SCÈNE I re\n\n              LE COMTE D'OXFORD, L'ÉVÊQUE DE DURHAM\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Mylord, faut-il croire la nouvelle qui circule dans les galeries de Saint-Paul,\net sur les quais de la Tamise? Le pseudo Richard IV aurait été pris non loin\ndes côtes de la Cornouailles ?\n\n                                    OXFORD\n\n  Rien n'est plus exact, mylord.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  Je vous félicite de tout cœur.\n\n                                    OXFORD\n\n  Des courriers arrivés à l'instant me donnent le détail de l'affaire. Ce n'est\nqu'en brûlant les étapes que je suis arrivé ici quelques heures avant notre\nhomme, le temps de lui retenir son logement dans la Tour !...\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "400                              DURENDAL\n\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n  Ce larron dans la prison des criminels de qualité !\n\n                                   OXFORD\n\n   Oui, par une longanimité excessive notre roi n'a pu se résoudre à l'incar-\ncérer dans la Flotte avec les malandrins ordinaires... Comme vous le savez,\nj'étais allé là-bas négocier la capture du duc Perkin avec son ministre Frion.\nCe transfuge de Marguerite d'York m'a fort bien servi. Toutefois la chose nous\na coûté plus de trente deniers et ne s'est pas accomplie sans peine. Tandis\nque par une attaque feinte nos hommes occupaient d'un côté le gros de l'armée\ndu prétendant, Frion attirait Warbeck et ses fidèles à l'autre bout du champ\nde bataille par un grand hourvari de cavalerie, de fanfares et d'armes entre-\nchoquées... L'étourneau est allé donner tête baissée dans l'embuscade !...\n Mais la nouvelle de sa prise n'a pas suffi, comme nous nous en flattions pour\ndisperser ses rustauds de Cornouailles et ses pirates flamands qui se sont battus\nen désespérés et qui se sont fait occire presque jusqu'au dernier après nous\n avoir pas mal tué de monde... Perkin, acculé et convaincu pourtant de la\nvanité de sa résistance, s'était débattu comme un vrai diable...\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n   Qu'il n'est pas seulement au figuré !...\n\n                                    OXFORD\n\n  Comme l'ordre du roi était de nous en emparer vivant, ainsi que de son\ncomplice Frans de Bruxelles, je vous laisse à penser si nos soldats ont eu du\nmal à se saisir des deux drôles! Enfin, voilà qui est fini!... Mais il était\ntemps. Ici même, à Londres, la sédition commençait à fermenter... Vous ne\nvous imaginez pas ce que ce jeune maraud a fait de dupes et de prosélytes...\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  Avec l'aide de Belzébuth et Dieu sait par quelles machinations sacrilèges !\nAussi j'espère bien le voir traité comme nous servîmes autrefois son aïeule en\nsorcellerie, la fameuse pucelle d'Orléans...\n\n                                    OXFORD\n\n   Malheureusement, il faudrait pour cela, que le roi consentît à nous le livrer.\nMais vous connaissez notre maître. Plus que jamais il se pique de magnani-\nmité. Et maintenant qu'il tient ce félon, vous verrez qu'il mettra de la coquet-\nterie avant de lui allouer le salaire de son imposture... Aussi, à la rigueur,\nj'entretiendrai l'humeur factieuse de nos apprentis de Blackheath et je mena-\ncerai le roi d'une nouvelle révolte de Jack Cade.\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "                         L'IMPOSTEUR      MAGNANIME                         401\n\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Bon expédient, en effet... Mais à propos de Warbeck, je n'avais pas attendu\nl'événement de son arrestation pour solliciter l'intervention du Saint Père.\nLe prêtre que j'envoyai à Rome nous rapportera bientôt l'annulation du\nmariage de Catherine Gordon, annulation soumise à une condition formelle\nainsi que je vous en ai prévenu. Le divorce n'est canoniquement valable que\nsi l'un au moins des deux époux a réclamé la séparation...\n\n                                    OXFORD\n\n   Soyez tranquille, mylord. D'ici au retour de votre courrier, la princesse\nGordon aura sollicité l'intervention du vicaire de Dieu. Aussitôt que la basse\nextraction de Warbeck aura été démontrée à la princesse, elle se réjouira de\nla délivrance que nous lui ménageons.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  En effet il est inadmissible qu'elle eût consenti à épouser un vilain. Mais\nque devient, cette princesse ?\n\n                                   OXFORD\n\n  Elle, aussi, est arrivée à Londres. Le roi la retient prisonnière ou mieux\nen ôtage, dans son propre palais. Le prétendant l'avait confiée à Lord Dalyell ?\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  A ce poursuivant évincé de la dame?\n\n                                   OXFORD\n\n    Parfaitement. Dalyell était chargé de la reconduire en Ecosse en attendant\nl'issue de la campagne. Averti par un émissaire de Frion, je leur ai fait donner\nla chasse. Mes hommes sont parvenus à les rejoindre au moment où ils s'em-\nbarquaient. Ce Dalyell s'est battu, lui aussi, comme un lion... Il n'aurait pas\nprotégé sa propre femme avec plus de vaillance !\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n  Et cependant il se trouvait dans la situation de ce chien d'un antique apo-\nlogue. ..\n\n                                   OXFORD\n\n  Vous voulez dire qu'il ne défendait que le dîner de son maître. Mais ce\nqu'il a pris son rôle au sérieux! A lui seul il a fait presque autant de ravages\nparmi nos soldats que les rustres de la Cornouailles et ces écumeurs de\n"}, {"page_pdf": 477, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "402                                  DURENDAL\n\n\nl'Escaut. E t comme ce Dalyell est u n des favoris de Jacques d'Ecosse, notre\nnouvel allié, la consigne interdisait à nos h o m m e s de lui endommager la\npeau. Ils l'ont amené ici avec sa protégée.\n\n                                     L'ÉVÊQUE\n\n  Avez-vous déjà revu la princesse ?\n\n                                       OXFORD\n\n  N o n , mais je me suis ménagé une entrevue avec elle, ici-même où le roi\nvient de la faire m a n d e r . . .\n\n                                      L'ÉVÊQUE\n\n  Puissiez-vous la prévenir contre l'imposteur!... Vous savez si je suis\ndévoué à vos projets.\n\n                                       OXFORD\n\n   Aussi, combien je vous dois de reconnaissance...\n\n                                      L'ÉVÊQUE\n\n   C'est plutôt moi qui suis votre obligé, car, en déjouant les complots de la\n duchesse de Bourgogne vous me fournissez l'occasion de c o n s o m m e r la\n déchéance de cette odieuse maison d'York et de venger la rose rouge de L a n -\n castre, le saint roi martyr H e n r i V I , m o n premier maître. P e n d a n t que vous\n parlerez à la princesse, je cours complimenter notre seigneur au sujet de la\n capture de W a r b e c k ; puis nous vous rejoindrons ici pour préparer la confu-\n sion et le supplice de ce drôle...\n                                                                                (Il sort )\n\n\n\n\n                                       S C È N E II\n\n                                        OXFORD\n\n    Ah, Catherine! Altière et méprisante Catherine que tu le veuilles ou non,\n tu seras enfin ma femme! (Il fait jouer un timbre. A l'estafier qui se présente:) Faites\n entrer la princesse Catherine et mylord Dalyell !\n"}, {"page_pdf": 478, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "                                   L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                              403\n\n                                               SCENE          III\n\n                              OXFORD, CATHERINE, DALYELL\n\n             DALYELL (se porte impétueusement dès son entrée vers Oxford)\n\n   Mylord, m'expliquerez-vous cette agression ? Est-ce par votre ordre qu'on\nnous a attaqués et q u ' o n n o u s retient captifs ? De quel droit é l o i g n e - t o n la\nprincesse G o r d o n de l'époux qu'elle s'est choisie par le Saint Sacrement du\nmariage ?\n\n                                                  OXFORD\n\n    T o u t doux, m y l o r d ! . . . Réfrénez ce zèle pour les intérêts du malencontreux\né p o u x d e m a d a m e . . . E t sachez que tous deux vous fûtes conduits ici par\no r d r e de m o n royal maître.\n\n                                               CATHERINE\n\n N o n , Oxford ! T u calomnies, R i c h m o n d . P o u r q u o i m'aurait-il séparé de\nmon é p o u x ?\n\n                                                  OXFORD\n\n  C'est vous qui vous sépariez de lui! On n'a fait que vous amener à L o n d r e s\noù cet h o m m e se trouve en ce m o m e n t .\n\n                                               CATHERINE\n\n   Richard est ici ! à L o n d r e s ! B a t t u ! . . . P r i s o n n i e r ! . . . mais il vit...\n\n                                                 OXFORD\n\n   P a s u n cheveu n'est encore tombé de sa tête.\n\n                                              CATHERINE\n\n  J e d e m a n d e à lui être r e n d u e .\n\n                                                 OXFORD\n\n     N o n , vous n e devez plus le revoir, celui qu'on vous donna p o u r époux en un\nj o u r à jamais néfaste.\n\n                                              CATHERINE\n\n  U n jour néfaste!... Ah, je bénirai jusqu'à m o n dernier soupir, le jour où je\nsuis devenue la femme de Richard d'York!... Allons, vite, qu'on me montre le\nchemin de sa prison !\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "404                                DURENDAL\n\n\n                                    OXFORD\n\n  E n c o r e une fois, madame... P l u s jamais sa présence ne souillera l'air que\nvous respirez.\n                                  CATHERINE\n\n  E t si je veux, moi, me parfumer de sa douce haleine, m ' é p a n o u i r sous ses\nchers y e u x , de quel droit m'en empêchera-t-on ?\n\n                                     OXFORD\n\n    D u droit qui vient de Dieu même. E n attendant que notre Saint P è r e le\np a p e ait prononcé votre divorce, c'est par ordre du roi q u e vous êtes\nséparée pour toujours d'un indigne é p o u x . . .\n\n                                  CATHERINE\n\n  N o n , non, rien ne m'arrachera au duc d'York... Oxford, tu l'exaltes jus-\nqu'aux nues en t'efforçant de l'outrager.\n\n                                     OXFORD\n\n  Oubliez au plus tôt cet... aventurier. Son véritable nom souillerait vos\nlèvres.\n                                   CATHERINE\n\n  Il n'est point de musique qui s'exhale avec tant d e douceur, de fruit qui\nfonde plus délicieusement dans la bouche, que les syllabes de ce n o m vénéré :\nRichard, mon beau duc d'York...\n\n                                     OXFORD\n\n  Ce n'est pas sous ce nom que les valets du b o u r r e a u afficheront bientôt cet\nimposteur au poteau d'infamie.\n\n                                    DALYELL\n\n   Ah fi, m y l o r d ; il est indigne d'un gentilhomme d'insulter au malheur d'un\n ennemi vaincu ou plutôt... vendu.\n\n                                     OXFORD\n\n   Mylord, il ne s'agissait que d'un traître, d'un ennemi de mon roi.\n\n                                     DALYELL\n\n   P a r saint Georges, mylord, quel p r u d e n t serviteur vous faites! Vous vous\n abriterez donc toujours sous le couvert de votre maître ?\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "                          L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                  405\n\n                                      OXFORD\n  Et vous-même, estimez-vous heureux de vous trouver en ce moment sous\nson toit, car sinon...\n                                     DALYELL\n\n   Tant pis!... L'un de ses roquets abuse terriblement de notre patience! Et\nil me démange de le corriger.\n                                         (Il s'est porté vers Oxford et, la main levée,\n                                      il va le souffleter, mais avant qu'il en ait eu\n                                      le temps, sur un signe du comte les gardes,\n                                      qui ont amené Catherine et Dalyell se saisis-\n                                      sent de celui-ci.)\n\n               CATHERINE (qui s'était jetée entre Oxford et Dalyell)\n  Dalyell!\n                                      OXFORD\n\n  Quant aux dogues furieux, on les enferme!... Reconduisez, mylord Dalyell,\ndans ses appartements... Veillez à ce qn'il ne manque de rien! Mon gracieux\nmaître le tient en une estime toute particulière... Et mon zèle pour le service\ndu roi m'empêche même de ressentir en ce moment l'injure que ce gentil-\nhomme se flatte de m'infliger... Au revoir, mylord, nous réglerons ce petit\ncompte en un moment et en un lieu plus opportuns.\n                                          (Les gardes entraînent Dalyell; Catherine\n                                       fait un mouvement pour le suivre.)\n\n\n\n                                    SCENE IV\n                              OXFORD, CATHERINE\n\n                                      OXFORD\n\n  De grâce, demeurez, princesse... J\"ai à vous entretenir d'un objet qui vous\ntouche de très près; il s'agit de votre rang, de votre avenir,\n\n                                   CATHERINE\n\n  Non, trêve de conversations... Laissez-moi me retirer...\n\n                                      OXFORD\n\n   Je vous inspire donc tant d'horreur, Catherine... Voyons, est-ce ma faute,\nsi les circonstances ont pris cette fâcheuse tournure pour vous, si l'on vous fit\ncontracter une affreuse mésalliance et si... vous vous êtes prêtée avec trop\nde complaisance à cette union?\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "406                                       DURENDAL\n\n\n                                         CATHERINE\n\n  J ' e n ai déjà trop e n t e n d u . . . Laissez...\n                                                             (Elle va vers la porte.)\n\n                                   OXFORD (la ramenant)\n\n    Vous m'entendrez jusqu'au b o u t . . . Est-ce de ma faute, encore, dites, si\nc e . . . damoiseau s'avisa pour mieux mériter vos b o n n e s grâces de vouloir\nsupplanter le roi légitime de ce pays? Qu'en puis-je, s'il s'est fait battre et\np r e n d r e au piège? Mon rôle à moi se b o r n e à vous épargner les conséquences\nde l'équipée de ce... petit F l a m a n d . L e roi lui-même m'a fait l'honneur de me\ncommettre à votre sécurité. N e me suis-je pas acquitté loyalement de cette\nmission? Vous ai-je m a n q u é d'égards? Qu'avez-vous à me reprocher?\n\n                                          CATHERINE\n\n   E n c o r e u n e fois, épargnez-moi ces sarcasmes. Ou bien est-ce pour me\ntorturer à votre aise que vous venez de m'enlever m o n dernier protecteur. E n\nce cas, continuez!... C'est beau, c'est courageux, c'est bien digne de vous, et\ncela vous achève comme une signature au bas d'un t a b l e a u . . . A ces procé-\ndés chevaleresques je reconnais ce comte d'Oxford q u e je commençai à\napprécier naguère à E d i m b o u r g .\n\n                                             OXFORD\n   M a d a m e . . . Prenez garde !\n\n                                          CATHERINE\n\n    E h bien, q u o i ? . . . O n ne ricane plus? E n finirions-nous déjà?... Quelque\n volupté qu'il goûte à prolonger les affres de sa victime, il arrive u n moment\n où le tigre lui accorde le coup de g r â c e . . . Vous ne serez pas plus cruel que\n le tigre... Faites diligence et rappelez vos satellites...\n\n                                             OXFORD\n\n    Catherine Gordon, ne me tentez p o i n t ! . . . A l'instant je m'adressais à votre\n raison, je vous parlais respectueusement, je me faisais l'interprète des désirs\n du roi, je vous préparais à un divorce que Sa Majesté elle-même a voulu...\n\n                                           CATHERINE\n\n   T u mens, Oxford... H e n r i T u d o r n'a aucun intérêt à ce divorce...\n\n                                              OXFORD\n\n   A la rigueur         ce divorce n'est pas indispensable, puisque bientôt vous\n serez veuve.\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "                         L'IMPOSTEUR      MAGNANIME                         407\n\n                                 CATHERINE\n   Veuve !\n                                    OXFORD\n\n   Mais oui... Par égard pour vous, le roi tenait à vous fournir l'occasion\nde prendre vous-même les devants d'une séparation, et de répudier le misé-\nrable Warbeck avant qu'une mort violente vous eût débarrassée de lui !\n\n                                 CATHERINE\n\n  Henri attenterait à la vie d'un prince de la maison d'York!...\n\n                                    OXFORD\n\n  Tarare!... Il n'y a plus que vous, femme simple et crédule, pour croire en\nce faux Plantagenêt.\n                                 CATHERINE\n\n  Oui, je crois en lui, je crois en sa naissance, en son droit, en sa mission,\ncomme en la divinité du Très Haut!...\n\n                                   OXFORD\n\n  Si, cependant, on vous prouvait son imposture !\n\n                                CATHERINE\n  Impossible!\n                                  OXFORD\n\n  Si lui-même avouait son crime ?\n\n                                CATHERINE\n\n Tel que je le connais, la torture même ne le contraindrait à cette apostasie...\n\n                                  OXFORD\n\n Mais encore, s'il s'était trompé, si on le lui prouvait à lui-même ?\n\n                                CATHERINE\n\n N'importe, je l'aime, je continuerais à l'aimer...\n\n                                  OXFORD\n\n Tu veux donc qu'il meure ? C'est toi qui le perds !\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "4o8                                    DURENDAL\n\n\n                               CATHERINE (agenouillée)\n\n  Miséricorde de D i e u ! . . . E t vous,'son frère assassiné, son bon ange gar-\ndien, âme bienheureuse du petit roi E d o u a r d V, veillez sur lui !\n\n                                         OXFORD\n\n  A toi plutôt d'avoir merci ; toi seule peux le sauver !\n\n                              CATHERINE (elle se relève)\n\n  Moi?... N o n , l'espoir que tu me fais luire est u n e cruauté de p l u s .\n\n                                         OXFORD\n\n   A toi de le sauver, te dis-je... Malgré le r o i . . . , malgré la politique, malgré\nla raison d'Etat qui nous ordonne sa mort, ce F l a m a n d vivra...\n\n                                  CATHERINE (égarée)\n\n  Il v i v r a i . . . Les corbeaux ont cessé de croasser autour du gibet; l'hyène ne\nréclame plus de c a d a v r e s ; le hibou a salué le soleil !... Oxford je ne te\nconnais plus.\n\n                                             OXFORD\n\n  Toujours des outrages !... E t p o u r t a n t tu as tort... C'est mal, c'est i m p r u -\ndent, n e crois-tu pas en cette heure critique ? Car plus tu mets d'exaspération\nà me haïr, plus il te sera pénible tout à l'heure de feindre de la complaisance\npour m o i . . .\n\n                           CATHERINE (n'osant comprendre)\n\n   Ah!\n\n                                          OXFORD\n\n    E h o u i ! De te montrer gentille, de faire au moins semblant de m'aimer...\n A h ! il le faudra, C a t h e r i n e ; de b o n n e ou de mauvaise g r â c e . . . mais il le\n faudra...\n\n                                        CATHERINE\n\n   Tue-moi !\n\n                                          OXFORD\n\n   J e n'en aurai g a r d e . . . Je t'aime trop pour cela!\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "                                       L'IMPOSTEUR. MAGNANIME                                    409\n\n\n                                               CATHERINE\n\n    Il m'aime !\n\n                                                 OXFORD\n\n  T u te laisseras fléchir si tu veux qu'à mon tour j e consente à épargner t o n . . .\n mignon.\n\n                                               CATHERINE\n\n    Mon Dieu !... m o n D i e u ! . . . mon Dieu !...\n\n                                                OXFORD\n\n   M'aimer u n r i e n . . . T e d o n n e r , n o n , te prêter u n peu à ma fièvre. Quelques\n baisers de tes lèvres !... Q u e l q u e s minutes de ta vie !\n\n                                               CATHERINE\n\n    Jamais!... Jamais!\n\n                                                OXFORD\n\n    Ce n'est pas ton dernier m o t . . . E c o u t e , je n'exige m ê m e plus le divorce...\nJ e suis bon p r i n c e . . . C'est u n marché onéreux pour moi ! T u m'aimeras un\ninstant... pour toute u n e vie que je lui laisse... J e fais mieux encore : je te\nle rends, je vous réunis p o u r toujours... O u i , vous vous aimerez désormais\nsans un obstacle... Ah, cruelle, songes-y b i e n ! A moi une promesse de féli-\ncité... u n simple l e u r r e . . . u n avant-goût d u Ciel... p u i s l'enfer!... A lui\nl'éternité et l'infini d e ton a m o u r ! E t tu hésites?\n\n                                               CATHERINE\n\n   O u i . . . o u i . . . qu'il m e u r e !\n\n                                                OXFORD\n\n   E n ce cas, je vous désespérerai tous les d e u x . . .\n\n                                               CATHERINE\n\n   Bravo ! T e voilà toi -même !... T u es plus ressemblant ainsi !\n\n         OXFORD (éperdu, regardant autour de lui, la traînant par les poignets,\n                               presque par terre)\n\n  Si le roi n'allait v e n i r ! . , . Mais a u j o u r d ' h u i m ê m e , ce soir, chez toi... dans\nce p a l a i s ! . . . J'éloignerai tout le m o n d e . . .\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "410                                   DURENDAL\n\n\n\n                                      CATHERINE\n\n  Monstre!... O mon R i c h a r d !\n\n                                       OXFORD\n\n   T u peux l'appeler, ton Richard ... J'y songe. P o u r que m a vengeance soit\ncomplète, je veux qu'il te mau lisse en e x p i r a n t . . . Si je lui racontais que je\nt'ai possédée, il lui resterait la consolation de ton a m o u r . T u n'aurais cédé\nqu'à la violence... N o n , non ! T u seras infidèle, parjure, tu l'auras t r a h i !\nC'est toi qui as d e m a n d é le divorce, c'est toi qui le renies...\n\n                               CATHERINE (sarcastique)\n\n   P o u r t'épouser ! Ah! a h !\n\n                                       OXFORD\n\n   N o n , pour épouser ton premier adorateur, ce platonique Dalyell!\n\n                          CATHERINE (terrifiée, désespérée)\n\n  T u n e feras point cela, Oxford?... N o n ! . . . . D'ailleurs il n e te croirait\npoint!\n\n                                       OXFORD\n\n  Dalyell est beau, j e u n e , bien en cour... Il ne vous aurait rejoint en Cor-\nnouailles qi;e pour devenir le paladin de son rival?\n\n                                      CATHERINE\n\n   L o r d Dalyell est le plus noble des caractères!...\n\n                                       OXFORD\n\n  Aussi la princesse Catherine at-elle raison de l'aimer. Pitoyable W a r b e c k\nvoilà de quoi attiser tes affres dernières !\n\n                         CATHERINE (à genoux, suppliante)\n\n  Oxford!... P r e n d s moi !... P u i s tu me tueras; ce sera bien fait... Mais\ngrâce pour lui, ou du moins gtâce pour son amour, grâce pour sa foi... O u i ,\nqu'il meure aussi... mais je t'en supplie... Oxford... qu'il meure en m'aimant...\nen me croyant toujours digne de lui ! Ah ! J'étouffe... A moi !. . De l'air!\n                                                       (Elle défaille.) (Bruit de pas.)\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "                                L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                              411\n\n\n                                    OXFORD (tendant lcreille)\n\n   Ori vient !... (Il relève Catherine et lui serre les poignets) Silence ! P a s un mot\nde ce qui s'est passé entre nous ou c'est aujourd'hui m ê m e que votre époux\nsera supplicié mais après avoir appris d'abord votre t r a h i s o n !\n\n                    DEUX PAGES (soulevant et écartant les portières)\n\n   L e roi !\n\n\n\n\n                                             SCÈNE V\n\n  CATHERINE, OXFORD, LE ROI HENRI VII, L'ÉVÊQUE DE DURHAM\n\n                                                     (Catherine se dirige en chancelant vers\n                                                       Henri VII. Elle va parler; Oxford passe\n                                                       par un moment d'angoisse ; mais il se ras-\n                                                       sure peu à peu, Catherine s'étant ravisée )\n\n                       CATHERINE (elle s'est jetée aux pieds du roi)\n\n  A h . . . L e roi... R i c h m o n d !... P i t i é , Eire!\n\n                                                HENRI\n\n   P o u r q u o i cet émoi, princesse? (Il la fait se relever avec bonté en la prenant par\nla main et il la conduit doucement jusqu'à un fauteuil). Mon apparition vous trouble\nà ce point? E n ce cas j ' e n serais bien confus, car nul n e compatit plus que\nmoi à vos infortunes!... Malheur à celui qui vous m a n q u e r a i t ! . . . Seul le\nsouci de votre réputation et de votre rang m'a contraint de vous retenir\nprovisoirement a L o n d r e s , . . Mais c'est mon palais que je vous assignais pour\nretraite et c'est aux plus galants seigneurs de ma cour que j'accordais l'hon-\nneur de vous garder, en m'estimant moi-même le plus h u m b l e et le plus\nempressé de vos servants.\n\n                                                           (Il lui baise la main et la fait asseoir.)\n\n                                            CATHERINE\n\n  Merci, généreux R i c h m o n d . . . vous aurez pitié... vous ferez grâce...\n                                                              (Elle éclate en sanglots.)\n                                                HENRI\n\n   Madame, consolez-vous! L e tout premier je déplore la fatalité qui vous\nprit, vous si noble et si touchante, pour le jouet de cette exécrable aventure...\nEt j ' e n veux presque autant à ce félon d'avoir capté votre main que d'avoir\nconvoité ma couronne !:..\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "412                                    DURENDAL\n\n\n                                       CATHERINE\n\n    E t pourtant, sire, je vous implore pour cet infortuné, pour mon époux,\nR i c h a r d duc d'York.\n\n                                          HENRI\n\n  Quoi, m a d a m e !... Vous osez intercéder en faveur de ce rebelle et le parer\ndu n o m d'un des saints Innocents du P a r a d i s égorgés par un nouvel H é r o d e !\nOubliez-vous que cette démarche vous rend presque complice de ce W a r b e c k ?\n\n                                       CATHERINE\n\n   N o n p a s . . . S'il est coupable je le suis a u t a n t et même plus que l u i . . . L e\nsoir m ê m e où je le vis pour la dernière fois, .il aspirait à u n e existence\no b s c u r e . C'est moi, hélas, qui lui imposai d'être roi!\n\n                                          HENRI\n\n   Il avait abusé de votre amour et de votre c a n d e u r . . . Et c'est encore à\nvotre égarement que je veux imputer votre outrageante intercession... T o u t e -\nfois, qu'il ne soit plus jamais question du contrat qui vous attachait à ce\nmisérable...\n\n                                        L'ÉVÊQUE\n\n   Hâtez-vous d e renier un pacte diabolique et de demander au Ciel l'annu-\nlation d'un vœu dont vous ignoriez l'exécrable n a t u r e . . .\n\n                                          HENRI\n\n     N o u s sommes décidés à vous affranchir malgré vous de cet odieux vasse-\nl a g e . . . d'accord avec lord H u n t l e y , votre père, qui vient d'arriver...\n\n                                       CATHERINE\n\n   Mon père, ici?\n\n                                     OXFORD (à part)\n\n   P o u r contrarier mes projets !\n\n                                           HENRI\n\n   C'est notre royal cousin d'Ecosse qui n o u s l'envoie et qui le charge\nd'épouser en son nom notre bien aimée fille Marguerite. Vous le verrez à\nl'instant, car il lui tarde de vous prodiguer ses consolations... P l u s tard q u a n d\nvous aurez repris possession de vous-même et que le Souverain Pontife vous\naura dégagée d'un lien infâme, nous vous proposerons de choisir entre deux\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "                                  L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                       413\n\n partis dignes de vous : l'un est le comte Dalyell, particulièrement cher à lord\n H u n t l e y , et l'autre, ce noble comte d'Oxford que je vous recommande moi-\n même...\n\n                                             CATHERINE\n\n  Dieu m'est témoin .que je n'aime et n'aimerai jamais que mon R i c h a r d . . .\nDailleurs lord Dalyell est trop fier et trop généreux pour se conquérir une\népouse en profitant du m a l h e u r d'un rival.\n\n                                                 HENRI\n\n   E t que diriez-vous de mylord d'Oxford ?\n\n                            CATHERINE (hésitante, puis avec défi)\n\n • P o u r se rèndF'e digne de votre patronage, sire, le comte d'Oxford ne sera\npas moins fier q u e lord Dalyell...\n\n                                          OXFORD (à part)\n\n   Bien j o u é !... Mais j ' a u r a i ma r e v a n c h e .\n\n                                    L'ÉVÊQUE (bas à Oxford)\n\n   H e u ! Elle m'a l'air de chérir ce W a r b e c k plus t e n d r e m e n t q u e jamais.\n\n                                       OXFORD (à l'évêque)\n\n  Parce qu'elle croit encore en son illustre naissance. Attendez qu'il soit\ndémasqué...\n\n                                                HENRI\n\n  Brisons-là, m a d a m e . . . L e moment, n'étant pas venu d'insister sur les\nmérites de ces deux g e n t i l h o m m e s . . . Puisse la solitude, la méditation, les\nsages avis de votre p è r e et aussi le pieux ministère d e monseigneur de Durham\nvous dessiller les yeux et vous guérir d'un amour que le Ciel même aura\nréprouvé... Adieu.\n                                              (Le roi baise respectueusement la main n Cathe-\n                                          rine et la confie à l'un des pages. Un combat se\n                                          livre en Catherine. Dénoncera-t-elle Oxford? A\n                                          la porte elle se retourne vers le roi, lui tend les\n                                          mains jointes, mais un geste et un regard du\n                                          comte qui se tient derrière Henri l'ont matée et\n                                          elle se résigne à sortir, échevelée.)\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "414                                    DURENDAL\n\n\n                                        S C È N E VI\n\n                         LES PRÉCÉDENTS MOINS CATHERINE\n\n\n                                           HENRI\n\n  Infortunée princesse! Comment ce baladin a-t-il pu l'affoler à ce point I\n\n                                         L'ÉVÊQUE\n\n  Le mal est plus profond que je le croyais. P o u r la délivrer je crains bien\nqu'il nous faille recourir à des exorcismes.\n\n                                           HENRI\n\n    P o u r t a n t je ne puis croire aux artifices d u d é m o n . L a grâce, la b e a u t é et\nl'intelligence de la princesse repoussent cette conjecture... Il m e tarde de voir\nPerkin W a r b e c k ?\n\n                                          OXFORD\n\n  J'ai donné ordre de le traîner jusqu'ici avec son principal complice...\n\n                                           HENRI\n\n   Je suis prêt à les confondre.\n\n\n\n\n                                       S C È N E VII\n\n                    LES PRÉCÉDENTS, PERKIN WARBECK, FRANS\n\n      (Les deux prisonniers sont amenés par les gardes qui se tiennent derrière eux.)\n\n                                          OXFORD\n\n   Q u o i ! Vous demeurez debout! E t sans crier merci. A genoux, traîtres.\n\n                                         WARBECK\n\n   Les rois ne s'agenouillent que devant Dieu !\n\n                                            HENRI\n   L e s rois dis-iu?\n                                          WARBECK\n    Mes pareils.\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "                         L'IMPOSTEUR     MAGNANIME                      415\n\n                                   OXFORD\n\n  A genoux si tu ne veux que l'on te tranche les jarrets !\n\n                                    HENRI\n\n   Non, Oxford. Ne le brusque pas. Approche, malheureux jeune homme.\nAbandonne cet air de bravade et cette attitude farouche. Cette mine rogne ne\nte sied pas. Humilie-toi. Le roi d'Angleterre est disposé à t'entendre avec\npatience, à t'excuser, à te pardonner peut-être.\n\n                                  WARBECK\n\n  Le roi d'Angleterre? Non pas!... Vous êtes Henri Tudor, dit le Gallois,\ncomte de Richmond...\n                                   OXFORD\n  L'effronté pendard !\n                                    HENRI\n\n  Silence, Oxford!... Il me plaît d'éprouver jusqu'à quel point ce pauvre\ngarçon a le cerveau écorné... Tu disais, jeune homme?\n\n                                  WARBECK\n\n  Puisqu'il faut te le répéter, tu n'es autre que cet Henri Tudor qui vécut\nlongtemps en paix à la cour du duc de Bretagne, aux frais de mon royal père\nEdouard IV, jusqu'au jour où mon oncle Gloucester...\n\n                             L'ÉVÊQUE (ricanant)\n\n  Son royal père Edouard ! Son oncle Gloucester !...\n\n                                    HENRI\n\n  Ne l'interrompons point.\n\n                                  WARBECK\n\n   Oui, jusqu'au jour où Gloucester, notre oncle dénaturé, l'assassin de mon\nauguste frère, le roi Edouard V, eût ravi la couronne à ses neveux, et où,\nl'ambition s'éveillant en ton âme, tu débarquas à Milford, pour y défaire et\nimmoler l'usurpateur dans les champs de Bosworth.\n\n                                    HENRI\n\n  Convenez avec moi qu'il récite admirablement sa leçon. Mais dis-moi,\npetit, me reprocherais-tu cette journée de Bosworth?\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "416                               DURENDÀL\n\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  Suscité par la Providence le comte de Richmond, vengeait les deux-enfants\nroyaux et tant d'autres victimes de Richard I I I . Dieu même avait armé le\nbras du justicier.\n\n                                   WARBECK\n\n  En effet, à Bosworth, Richmond était le bras, l'élu de Dieu !\n\n                                        HENRI\n\n  Aurait-il cessé de l'être?\n\n                                   WARBECK\n\n  Oui, depuis le jour où, tenté peut-être par l'ombre infernale de Gloucester, il\nosa parer son front de la couronne des Plantagenêts...\n\n                                        HENRI\n\n  N'étàis-je pas l'héritier légitime?\n\n                                   WARBECK\n\n  Jamais     L'épée du lord Protecteur aurait dû vous suffire, en. attendant\nde restituer son royaume au fils d'Edouard... Tu ne détrônas l'usurpateur que\npour commettre une spoliation encore plus odieuse.\n\n                                    OXFORD\n\n  Chaque parole de ce faussaire-est un attentat. Il eut fallu déjà lui arracher\ncent fois la langue comme on fait aux blasphémateurs...\n\n                                        HENRI\n\n   Laisse donc, Oxford. Ne vois-tu pas que je me donne la comédie... Ma foi,\nce jeune histrion n'est pas le premier venu. On l'a fort bien stylé à la cour de\nBruxelles et il joue son rôle à nous faire illusion... Mais en voilà assez,\npetit!... Il n'est si bonne comédie qui ne doive finir. En insistant tu perdrais\nle bénéfice de ta gaie science ; tu lasserais la longanimité du spectateur le plus\nindulgent et cette sotie assez inoffensive jusqu'à présent pourrait entraîner un\ndénouement tragique pour son méchant auteur. Allons avoue de bonne\ngrâce. N'est-ce pas que ce masque et ce déguisement royaux cachaient un\njeune drôle flamand nommé Perkin Warbeck que subornèrent de malicieuses\ngens et qui abusa, sans penser à mal, de la candeur des francs tenanciersde\nce royaume ?...\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "                         L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                417\n\n\n                                   WARBECK\n\n  Je n'ai trompé personne. Je ne prétends qu!à,ce qui me revient. Ce peuple\neut raison de m'acclamer. Dieu même emportait vers moi l'élan de tous ces\ncœurs fidèles au sang de l'antique dynastie. Non, je ne suis point Perkin\nWarbeck, je m'appelle Richard d'York et le roi Edouard IV était mon propre\npère...\n\n                                     HENRI\n\n   Voyons, mon enfant, pour la dernière fois : il y va de ta vie. Je t'adjure de\nrie point t'entêter dans cette grossière supercherie; ta jeunesse me touché\nd'autant plus que tu n'as pas l'air d'un coquin endurci. Cesse de faire le jeu\ndes méchants qui exploitèrent ta jolie mine. Ouvre-moi ton cœur, Perkin\ntu ne crois pas un mot de ce que tu racontes. Madame Marguerite t'a tourné\nla tête en te faisant mille fables absurdes. Dis-moi, tu n'es que le fils d'un\nartisan?\n\n                                    OXFORD\n\n  Mais oui, Perkin, inutile de nier, Frion, ton premier ministre, nous a livré\ntous les fils de la conjuration. Assez mentir !\n\n                                   WARBECK\n\n  Oxford, c'est en reniant mon illustre origine que je mentirais. De tout\ntemps la trahison a guetté les rois. La félonie de Frion et ma capture ne prou-\nvent rien contre la justice de ma cause. La mort, même ne prévaudrait point\ncontre mon droit. La fortune continue à persécuter la race d'York en ma\npersonne. Hélas la malédiction de Marguerite d'Anjou pèse sur la rose blan-\nche !... Voilà comment la Providence a semblé te favoriser, Richmond... Tu\npeux disposer de mes jours, mais non de mon honneur. Jamais je n'abdique-\nrai...\n\n                                     HENRI\n\n   Piteux sansonnet, tu m'auras assez souvent rabâché ta chanson !... Hâte-toi\nd'abjurer ta majesté interlope, de descendre de tes tréteaux, de rejeter loin de\ntoi cette marotte que tu pris pour un sceptre! A bas cette couronne de carton\nsi tu ne veux que je la fasse river à ton front par des pointés de fer rougies au\nfeu!...\n\n                                  WARBECK\n\n  Richmond, jusqu'à présent les rois de notre race se contentaient de frapper\nleurs victimes. Ils ne les foulaient pas aux pieds. On voit bien que le sang des\nYork ne coule point dans tes veines. Que ne cèdes-tu la place à tes exécu-\nteurs ?\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1587, "texte": "418                                     DURENDAL\n\n\n\n                                             HENRI\n\n  Misérable enfant, tu m'engages à te livrer aux bourreaux !\n\n                                         WARBECK\n\n   J e les attends de pied ferme... Ceux de ma famille n'éludèrent jamais le\nsupplice... A l'exemple de mon infortuné fière je serai deux fois roi, car le\nmartyre est le plus éclatant des sacres. Mais s'il y a place d a n s votre cœur pour\nu n reste de pitié, je l'implorerai en faveur de ce pauvre garçon qui partagea\nma mauvaise fortune, et qui, convaincu de mon b o n droit, crut aussi en ma\nb o n n e étoile. P u i s q u e vous me tenez pour u n imposteur, ayez égard à\nl'influence que j'exerçai sur mon entourage, épargnez ceux q u e j'entraînai\ndans ma mésaventure...\n\n                                              FRANS\n\n  O mon maître, j e veux mourir avec vous !\n\n                                              HENRI\n\n  J'y consens...       Les deux bateleurs exécuteront ensemble leur s u p r ê m e\nvoltige...\n\n                                              FRANS\n\n   Merci, comte de R i c h m o n d ! . . .\n\n                                             WARBECK\n\n   U n e toute dernière prière...\n\n                                              HENRI\n\n   Parle.\n\n                                             WARBECK\n\n   Qu'est devenue ma b i e n a i m é e femme?\n\n                                              HENRI\n\n   L a princesse Gordon a été rendue à son père.\n\n                                             WARBECK\n\n   Me sera-t-il accordé de lui dire adieu?\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "                           L'IMPOSTEUR MAGNANIME                           419\n\n\n\n                                       HENRI\n\n  N o n , affranchie d'un n œ u d abominable, la princesse désabusée a cessé\nd exister pour toi !\n\n                                      OXFORD\n\n  Et dans quelques jours elle sera la femme d'un autre !\n\n                                     WARBECK\n\n  Catherine !\n\n                                       HENRI\n\n  Elle épousera un gentilhomme digne de son r a n g . . .\n\n                                      OXFORD\n\n  L o r d Dalyell.                                               '          '\n\n                                  HENRI (à oxford)\n\n  T u te désistes?\n\n                                OXFORD (même jeu)\n\n  N o n ! . . . J'essaie de lui arracher son secret.\n\n                                     WARBECK\n\n  L o r d Dalyell!... C'est impossible.\n\n                                      OXFORD\n\n  L a d y Gordon a honte de toi !\n\n                                     WARBECK\n\n  Catherine me répudie! J e valais d o n c mieux qu'elle!\n\n                                        FRANS\n\n  Courage, m a î t r e ! . . . Le malheur t'élève au-dessus des rois.\n\n                     WARBECK (essayant de se roidir, mais égaré)\n\n  Sois tranquille, je ne plierai p a s . . . J e mourrai plus droit que jamais!\nN'est-ce pas que la voix du coq sonna ferme après le reniement de saint\nPierre ?\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "429                                  DURENDAL\n\n\n                                         HENRI\n\n  Allons !.:. Q u ' o n les ramène à la T o u r !...\n\n                 WARBECK (au comble de l'exaltation, hors de lui)\n\n    L e véritable palais des Y o r k ! L e billot et la h a c h e y sont les reliques de\nma famille et il me tarde de mêler le mien à tant de sang auguste, qui les a\nr o u g i s ! . . . A moi ce billot sacré, prie-Dieu des martyrs, préférable au marche-\npied d'un trône, car il représente le seuil d e l'éternité!...\n\n                                        OXFORD\n\n  Alors, renonce à cet espoir, Perkin W a r b e c k ; c'est la corde qui t'attend, la\ncorde des vagabonds et des m a l a n d r i n s .\n\n                                      WARBECK\n\n  Qu'elle soit la b i e n v e n u e ! Depuis que notre divin Maître a réhabilité le\ngibet de la croix, ce n'est plus déchoir, même pour un prince, que d'être\npendu!\n                                             (Les gardes entraînent Warbeck et Frans..)\n\n\n\n\n                                     SCÈNE VIII\n\n                           HENRI, OXFORD, L'ÉVÊQUE\n                                             (Henri VII demeure plongé dans une sombre\n                                               méditation Ses deux ministres respectent\n                                               d'abord son silence, puis le comte d'Oxford\n                                                se décide à interpeller le royal songeur.)\n\n                                       OXFORD\n\n   Que décidez-vous, sire?\n\n                HENRI (sortant de sa rêverie, un peu somnambulique)\n\n   Vous l'avez vu et e n t e n d u ? . . . Quelle chaleur d a n s ses discours, quelle\nnoblesse d a n s l'allure. F u i s , cette ressemblance avec Edouard..... Vous ne la\nnierez pas? Comment le mensonge aurait-il pu s'incarner en une aussi\ngracieuse enveloppe? Tandis qu'il proclamait ses titres e t ses droits, je fus\nsur le point de le croire, tant l'accent de sa voix, le feu de ses regards, le pli\nhautain de ses lèvres m'allaient à l'âme... Avec quelle émotion.il me priait\npour son ami et combien fut sublime sa douleur en a p p r e n a n t la p r é t e n d u e\ntrahison de sa femme. C'est au point que je faillis m'écrier            « Console-toi;\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "                           L'IMPOSTEUR MAGNANIME                             421\n\n\n  malheureux! Ils mentent! Une chose au moins te reste : l'amour de Cathe-\n  rine Gordon! » Et maintenant encore je doute, oui, je doute, et j'incline\n  même à le reconnaître pour un Plantagenet... Ah, mes amis, si nous nous\n  trompions, si nous avions affaire au véritable duc d'York!...\n\n                                     OXFORD\n\n   Sire, revenez à vous!... Chassez de votre esprit une supposition aussi\n absurde. Moi je liens au contraire ce Warbeck pour un coquin d'autant plus\n perfide qu'il se dissimule sous des apparences séduisantes...\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n    Oui, sire, il n'a pas seulement conspiré avec Marguerite contre le roi, mais\n il a pactisé avec le diable, contre le souverain du Ciel ? Comment expli-\n quer autrement que par des sortilèges le prestige inouï qu'il exerce sur tous\n ceux qu'il approche, nobles ou vilains; l'assotement qui s'empara de\n Jacques d'Ecosse et lui fit jeter d'emblée sa cousine dans les bras de cet\n intrus, et comment admettre sinon le coup de foudre amoureux grâce 'auquel\n la superbe Catherine Gordon consentit sur le champ à une inqualifiable\n mésalliance ! Tout à l'heure encore, vous avez vu avec quelle passion cette\n malheureuse exaltait son commerce diabolique?\n\n                                     HENRI\n\n   La beauté du prétendant, ses malheurs, la popularité de son père, n'au-\nraient-ils pas été des incantations suffisantes?\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Comment, sire ! La popularité de son père ! Le drôle vous aurait-il ensor-\ncelé vous-même !... Hâtez-vous d'étouffer cette admiration qui confine presque\nà de la sympathie... Marguerite d'York est experte en kabbale. La prodi-\ngieuse ressemblance de ce mignon de l'enfer avec Edouard atteste précisé-\nment l'exécrable science de la magicienne. Si vous m'en croyiez ce ne serait\npas seulement de haute trahison que je convaincrais ce sinistre damoiseau\net ce n'est point par la corde que je le ferais périr, mais bien par le feu !\n\n                                    HENRI\n\n   Votre zèle pour les intérêts du Ciel vous égare mon saint homme. Les\nmauvais anges ne peuvent revêtir si touchante enveloppe, à moins que par\ncontre les séraphins consentent à prendre la forme des démons... Dans sa\nblanche cuirasse d'acier poli sur laquelle éclatait l'or de ses boucles blondes,\navec ses traits illuminés par une exaltation prophétique, où la douceur se\nmêlait à l'héroïsme, il m'évoquait ce vitrail de notre chapelle abbatiale\nreprésentant le grand saint Georges, protecteur de ce royaume.\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "422                               DURËNÙAL\n\n\n                            L'ÉVÊQUE (en se signant)\n\n  Oh, sire!\n\n                                    OXFORD\n\n   H o m m e ou démon, c'est un imposteur et, pourvu qu'on nous en débar-\nrasse, peu importe que ce soit en l'exorcisant comme un possédé ou en le\npendant comme u n gueux !\n\n                                     HENRI\n\n  Jusqu'à présent s'il n'a pas été formellement attesté que c'est lui la rose\nblanche d'York, on n'est point parvenu à établir par u n signe irrécusable\nqu'il est le fils d'un vil tisserand des F l a n d r e s .\n\n                                    OXFORD\n\n  Vous régnez, sire... Cela suffit pour que nous le traitions en rebelle et en\nrégicide. Il faut le supprimer.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  C'est aussi mon avis...\n\n                                     HENRI\n\n  Quoi! Vous le feriez mourir, à supposer qu'il fût R i c h a r d d'York.\n\n                                    OXFORD\n\n   C'est justement en ce cas que je me montrerais implacable. Votre trône, la\nraison d ' E t a t , tout l'exige : l'un des deux est de trop sur cette terre. Ou\nRichard IV ou H e n r i V I I .\n\n                                     HENRI\n\n  Mais c'est un crime que tu me conseillerais, Oxford !\n\n                                    OXFORD\n\n   N o n , une mesure dictée pour votre propre conservation, c'est-à-dire pour\nla paix de ce royaume et pour le bien public.\n\n                                     HENRI\n\n  Ainsi, je consommerais le crime pour lequel j'immolai dans les plaines de\nBosworth, l'assassin des enfants d ' E d o u a r d . J e deviendrais son complice,\nson sicaire en achevant la besogne que Tyrell ne parvint à exécuter qu'à\n"}, {"page_pdf": 500, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "                          L'IMPOSTEUR     MAGNANIME                        423\n\n\n  moitié. Que dis-je ? Je serais plus abominable encore que le monstrueux\n  Gloucester; car je serais un hypocrite. Vous exigez le châtiment de l'im-\n posteur? Mais il n'y aurait point d'imposture comparable à la mienne! Je\n serais le pire des prévaricateurs... Songez qu'après Bosworth, ce peuple\n m'acclama comme un vengeur envoyé par le Ciel pour frapper le bourreau\n du prince de Galles et du duc d'York. Et si je fus applé au trône, c'est en\n récompense de ces équitables représailles. Or, c'est ce roi providentiel, ce\n paladin céleste, exalté comme tel par la population de ce royaume, qui\n trahirait sa vocation divine, en égorgeant le prince arraché une première fois\n à la mort par un miracle! Et c'est là ce que tu attendrais de moi, Oxford!\n Non, non, tu ne le veux pas.\n\n                                   OXFORD\n\n    Il le faut cependant... Car c'est du véritable duc d'York que vous auriez\n tout à craindre...\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n    Le comte de Richmond servit autrefois les desseins de Dieu en remportant\n la victoire de Bosworth. Appelé par la volonté du même Dieu sur le trône\n d'Angleterre, il est du devoir du roi Henri VII de s'y maintenir.\n\n                                    HENRI\n\n   Même au prix d'un assassinat ?...\n\n                                   OXFORD\n\n  En politique cela s'appelle autrement. Les rois n'assassinent pas! ils\nsacrifient, ils éliminent; ils ne sont pas plus responsables que la guerre.\n\n                                   HENRI\n\n  Autant confondre les assassins avec les héros, les chevaliers avec les ban-\ndits. Non, ces arguties ne me réconcilient point avec ton atroce expédient.\n\n                                  OXFORD\n\n   En ce cas, sire, il ne vous reste qu'à abdiquer. A moins que vous ne con-\nsentiez à partager le trône avec l'héritier légitime. Car épargner Warbeck,\nc'est reconnaître Richard IV... Allons, sire, pas de demi-mesures. Assez\nd'atermoiements. Achevez votre œuvre magnanime. Cédez la place ou du\nmoins la moitié de la place. Restituez son héritage au jeune Richard d'York\net n'attendez que de sa gratitude, pour les services que vous lui avez rendus,\nl'autorisation d'occuper à ses côtés le trône des Plantagenêts...\n"}, {"page_pdf": 501, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "424                               DURENDAL. .\n\n\n                                     HENRI\n\n  Oxford, tu railles ;' tu oublies à qui s'adresse ce discoure.\n\n                                    OXFORD\n\n   Pardonnez-moi, sire!... C'est mon dévouement à Votre Majesté qui me\nfait parler ainsi... Il n'y a qu'un trône en Angleterre. A vous d'agir, si vous\nvoulez continuer à l'occuper.' Epargner Perkin Warbeck, c'est reconnaître\nRichard IV. Aux yeux de votre peuple, c'est vous, Sire, qui serez l'intrus et\nl'usurpateur. Songez combien Edouard était cher à ceux de cette nation.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Au point qu'ils lui pardonnèrent ses débordements. Le paillard supplanta\ndans le cœur de ses sujets, la sainte et pure image du roi martyr Henri VI!\nIls souriaient avec une aveugle mansuétude au scandale de ses adultères; ils\nlui permettaient d'afficher ses maîtresses et de choyer ses bâtards! Quel père\nmontra plus d'indulgence pour les frasques d'un enfant prodigue !\n\n                                    OXFORD ,\n\n  En effet, si vous avez hérité de son prestige, c'est parce que vous avez\npuni l'égorgeur de ses enfants.\n\n                                     HENRI\n\n  Et c'est alors que tu me conseilles d'achever un de ses enfants I\n\n                                    OXFORD\n\n   Pour l'histoire, ces enfants furent étouffés tous deux comme deux oisillons\nau nid, sous l'oreiller fraternel. Vous avez bien mérité du peuple en faisant\npérir l'oiseleur féroce; vous le servirez mieux encore en tordant le cou au\nvil passereau qui veut se faire passer pour une des alouettes. du bon; Dieu.\nSous le chaume, les bonnes gens évoquent sans cesse les deux tendres roses\nblanches d'York, broyées, à peine écloses, dans les doigts velus du mauvais\njardinier. Que de larmes leur destin a déjà fait répandre ! Comme une tiède\nrosée, ces pleurs ne cessent même d'aviver la blancheur séraphique de ces\nvictimes ! N'a-t-il pas suffi de la nouvelle que l'une des deux victimes avait\nsurvécu pour soulever une grande partie de vos sujets ? Une seule victoire du\nprétendant entraînait la défection de vos troupes. Et vous encourageriez les\nespérances de ces masses sentimentales? Non, non, prenez les devants, sire,\nfrappez un grand coup. Eh, oui, dussiez-vous même achever la besogne que\nGloucester n'aurait exécutée qu'à moitié !\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "                           L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                425\n\n\n                                       HENRI\n\n   Ah ! ce n'est pas vous, monseigneur de Durham, qui me donneriez ce\n conseil ? Faire périr le duc d'York !\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n   Le duc d'York, jamais; quoique toute sa race me soit odieuse. Mais ce\n Warbeck, ce suppôt de Satan, je le ferais passer par les flammes du bûcher\n pour lui épargner celles de l'enfer,\n\n                                      HENRI\n\n   Si j'étais certain de son imposture !\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n   La preuve de son crime ne vous fut-elle pas fournie depuis longtemps?\n\n                                      HENRI\n\n   Que voulez-vous dire ?\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n   Auriez-vous oublié ce qui se passa sous votre tente la veille de votre victoire\n sur Gloucester?\n\n                                      HENRI\n   Ah, ce rêve...\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n   Non, cette vision !\n\n                                     HENRI\n\n    Si je m'en souviens!... Ce soir-là, avant de me livrer au repos j'avais invo-\n qué le Tout-Puissant en le suppliant d'accorder la victoire à celui qui com-\n battait l'infanticidel Or, lorsque je me fus couché, voici que s'amassèrent à mon\n chevet de ces vapeurs que nos prairies de la Tamise dégagent à la chute du\njour, et tandis que ces brouillards commençaient à me suffoquer, j'en vis sur-\ngir, soudain, deux enfants radieux comme des anges et pourtant tristes comme\ndes orphelins. Ils se tenaient tendrement enlacés, le plus grand le bras passé\nautour du cou de l'autre, et sans que je les eusse jamais vus je devinai que\nc'étaient là des frères, des princes, les deux héritiers d'Edouard. Pendant que\nje les considérais, l'âme envahie par un attendrissement voisin de l'adoration,\nl'aîné des garçonnets prononça les paroles suivantes, d'une voix à côté de\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "426                               DURENDAL\n\n\nlaquelle la plainte nocturne du rossignol ou l'hymne matinal de l'alouette\naurait semblé des imprécations : \" Dors, mon Richmond, dors en paix, et\nréveille-toi pour ta prospérité. Tes gardiens célestes te protègent contre les\natteintes du solitaire. A toi de fonder une illustre dynastie de rois! Les enfants\nd'Edouard te prodiguent leurs bénédictions et se font les prophètes de ta\ngloire! \" Et comme je m'agenouillais, cherchant à toucher leurs mains pour les\nbaiser ils disparurent, tel s'évanouit un nuage dans l'azur de juillet ou plutôt\nainsi que se déroberaient deux étoiles.\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n  Et vous doutez encore, sire! N'est-ce pas des jardins du Paradis que les\npauvres petits princes se firent entendre à vous? Leur prédiction ne s'est-elle\npas accomplie? Quelle autre preuve vous faudrait-il du sacrilège de ce War-\nbeck? Ah, craignez par une fausse grandeur d'âme d'aller à l'encontre des\ndécrets éternels !\n                                     HENRI\n\n   Une voix secrète m'exhorte à repousser les conseils de ce qui ne fut peut-\nêtre qu'une hallucination...\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n  Oh, sire!\n                                     HENRI\n\n   Quoique vous me prêchiez, je ne serai pas tranquille avant que ce misérable\njeune homme ait lui-même avoué sa fraude.\n\n                                    OXFORD\n\n  Que ne nous autorisez-vous à le mettre à la question...\n\n                                     HENRI\n\n  Mutiler cette merveille de la nature!\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  N o n , détruire l'œuvre du démon...\n\n                                     HENRI\n  Jamais I\n                                    OXFORD\n\n   En ce cas vous attendrez longtemps la confession de sa félonie. Il est gail-\nlard à s'obstiner jusqu'au bout... Mais s'il parlait? L'enverriez-vous au sup-\nplice?\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "                          L'IMPOSTEUR MAGNANIME                          427\n\n                                       HENRI\n\n   A moins qu'il ne se repentît. N'ai-je pas fait grâce à Lambert Simnel ? Le\nfaux duc de Clarence ne figure-t-il point comme fauconnier parmi les officiers\nde ma maison ?\n\n                                      OXFORD\n\n  Sire, il me vient une idée... Proposons-lui sa grâce par Lambert Simnel, à\ncondition qu'il convienne de son imposture?\n\n                                     L'ÉVÈQUE\n\n   Faisons mieux. Autorisez-nous à mettre le prisonnier au pilori. L'exposi-\ntion l'édifiera sur le sort qui l'attend s'il persiste dans son impénitence.\n\n                                       HENRI\n\n  Soit. Mais s'il se retracte, il est quitle.\n\n                                      OXFORD\n\n  Non, sire, ce n'est pas ainsi que je l'entends !\n\n                                       HENRI\n  Que te faut-il?\n\n                                      OXFORD\n  Sa mort!\n\n                                       HENRI\n\n   Quoi! Tu me conseilles de nouveau une action indigne d'un roi. Je lui\narracherais un aveu par une promesse que je ne tiendrais pas. Ah, fi !\n\n                                      OXFORD\n\n   Sire, je me suis tu jusqu'à présent pour ne point vous alarmer.. Mais déjà\nla révolte gronde parmi les apprentis de Londres. C'est là le fruit de vos\nscrupules trop chrétiens. Voilà comment la populace reconnaît votre modéra-\ntion. Nous courrons risque d'assister à l'explosion d'une nouvelle guerre des\ndeux roses plus meurtrière encore que celle à laquelle vous mîtes un terme.\nEt quand il y va du sang de tout un peuple vous hésiteriez à étrangler cet\nimposteur ! Sire, au nom de votre couronne, au nom de l'Angleterre encore\nsaignante de ses blessures, je réclame la tête de ce Warbeck, je m'attache à\nvos pas, je ne sors d'ici avant de l'avoir obtenue...\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "428                                          DURENDAL\n\n\n                                                 HENRI\n\n  Il le faut donc?... Il m o u r r a . . . s'il a v o u e . . . Mais je ne veux pas q u e L a m -\nbert Simnel lui offre sa g r â c e . . .\n\n                                                OXFORD\n\n   C'est e n t e n d u , W a r b e c k n e périra que s'il a v o u e . . .\n\n                                                 HENRI\n\n   A toi de préparer l'ordre d'exécution...\n\n                           OXFORD (retirant une pièce de sa poche)\n\n   La pièce est p r ê t e et elle n'attendait plus que votre s i g n a t u r e . . .\n\n                                 HENRI (parcourt la pièce et lit)\n\n   «... O r d o n n e que P e r k i n W a r b e c k , tisserand de T o u r n a i , qui s'est reconnu\ncoupable de lèse-majesté et de haute trahison en se faisant passer pour feu\nmonseigneur le duc Richard d'York, soit p e n d u h a u t et court au gibet de\nT y b u r n . . . » Allons !... (Il signe en soupirant...) P a u v r e jeune h o m m e !... J e ne\npourrais m'empêcher de déplorer ta mort !... Mais n o n , tu vivras, malheureux\négaré, car t u n'es ni u n imposteur ni u n d é m o n ! . . . C'est de bonne foi, q u e\ntu te proclames enfant de roi !... E t plus d'une fois, encore, j e te croirai digne\nde ma couronne !\n                                                                 (Il se retire, songeur et accablé.)\n\n\n\n\n                                              S C È N E IX\n\n                                       OXFORD, L'ÉVÊQUE\n\n                                                OXFORD\n                                                         (Dès que le roi a franchi le seuil de la porte\n                                                       du fond et que ses pages ont laissé retomber\n                                                       la tenture derrière lui, Oxford s'empare avec\n                                                       une joie cruelle de la pièce abandonnée sur la\n                                                       table.)\n\n  P a r saint Georges, mylord, il n'aura pas été facile d'arracher cet arrêt à\nnotre gracieux maître... Mais à présent, quoi qu'en pense Sa Majesté, P e r k i n\nW a r b e c k est irrévocablement p e r d u . . . Il ne sera détaché du pilori que p o u r\nmonter à l'échelle...\n"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "                                  L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                     429\n\n\n                                                 L'ÉVÊQUE\n\n   Il serait piquant que la potence eût c o n s o m m é le divorce des époux avant\nl'arrivée du bref pontifical. Mais ne craignez vous pas que la mort de son\nincube ne jette notre belle possédée dans les b r a s d e lord Dalyell ?\n\n                                                  OXFORD\n\n   Il n'est pas possible de faire p r e n d r e le même c h e m i n à celui-ci. D'ailleurs\nen le s u p p r i m a n t je le rendrais peut-être cher à Catherine et c'est contre le\nsouvenir de deux a m a n t s que j ' a u r a i s à lutter. N o n , tant qu'il vivra, ce noble\nDalyell ne sera pas d a n g e r e u x . . . P o u r le moment courons au plus pressé, in-\nformons-nous de L a m b e r t Simnel, apprenons-lui sa leçon. P u i s , bonsoir,\nP e r k i n . E t à nous d e u x , la veuve W a r b e c k . . .\n\n\n                                                   (RIDEAU)\n\n\n\n\n                                        QUATRIÈME             ACTE\n\n   Le carrefour de Tower Hill à Londres. Le pilori auquel on monte par plusieurs degrés.\n Une foule de curieux, femmes, apprentis, marins, précède le cortlge du shériff, des con-\nstables et des bourreaux. Les massiers,les sergents d'armes et les estafiers du shériff écar-\ntent la cohue. Bousculades et huées.\n\n\n\n\n                                                 S C È N E 1re\n\n      PERKIN WARBECK, OXFORD, LAMBERT SIMNEL, LE SHÉRIFF,\n                  LES EXÉCUTEURS, LA FOULE\n\n                                              LES MASSIERS\n\n   P l a c e ! P l a c e ! Arrière m a r a u d s . . .\n                                                                                         (Huées.)\n\n                                                LE SHÉRIFF\n\n   Çà, bonnes gens, que l'on s'écarte! Laissez passer la justice du Roi\nH e n r i V I I . . . E t m a i n t e n a n t qu'on amène le c o n d a m n é . (Warbeck paraît, les\nmains liées ; il est vêtu d'un costume de tisserand, et par dérision on porte devant lui un\ncartel où figurent les attributs de son métier. Les huées après avoirredoublé à son approche\ns'éteignent bientôt en un murmure de compassion etde sympathie provoqué par la bonne\nmine du prétendant.) Allons, vous autres ! (aux exécuteurs) faites votre office!\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "430                                     DURENDAL\n\n\n                                L'EXÉCUTEUR (à Perkin)\n\n  Bien des regrets, mon gaçon, mais il nous faut passer p a r là ! (à ses aides :)\nOuvrez le carcan!... L à ! . . . Au tour de la ceinture. Cerclez-lui les cuisses avec\nces a n n e a u x . . . Bien ! A présent entravez les p i e d s ! . . . Voilà qui est fait!\n                                                  (Warbeck a été mis au pilori par le bour-\n                                               reau et ses aides. Il est adossé à un poteau\n                                               surmonté d'un écriteau d'infamie; il a le cou\n                                               pris dans une sorte de garrot, la ceinture les\n                                               jambes et les chevilles également serrées dans\n                                               des demi-cercles de fer. La tête est plus belle\n                                               que jamais, extatique, transfigurée: le soleil\n                                               l'éclairé. Silence solennel. Entrent Lambert\n                                               Simnel et le comte d'Oxford. Le premier\n                                               après avoir reçu sa consigne du second s'ap-\n                                               proche du pilori dont il fait le tour en nar-\n                                               guant et toisant le supplicié; Oxford se mêle\n                                               à la foule, mais de façon à ne rien perdre de\n                                               ce qui va se passer.)\n\n                                   LAMBERT SIMNEL\n\n   Voilà donc, Perkinet, mon bel ami, en quelle posture t'a réduit ton équipée\nencore plus sotte qu'exécrable. C'est le moment de t'amender. Dépêche- toi si\ntu ne veux encourir un traitement plus cruel. A quoi b o n t'obstiner? T o n\nidentité est désormais établie, ton illustre lignage a été proclamé, ton impos-\nture éclate à tous les yeux. Exploitant la religion des b o n n e s âmes, toi qui te\ndonnais effrontément pour l'infortuné prince R i c h a r d d'York, tu t'appelles\nPerkin W a r b e c k et tu n'es q u e le fils d'un artisan, d'un juif, d'un r e n é g a t . . .\nSonge, Perkinet, à la mort amère que tu feras si tu prolonges ton i m p é n i -\ntence... T u es j e u n e , la nature t'a traité en favori, une série de jours radieux\ns'ouvrait pour t o i . . . D a n s ces conditions tu dois tenir à la vie. Il serait d u r de\nt'en aller déjà! Et par quel chemin? T e représentes-tu l'horrible contact du\nchanvre, qui va serrer encore plus fort que le carcan ton cou potelé c o m m e ce-\nlui d'une fille, etqui te ferapresque cracher ta langue menteuse et félone! Cette\nseule perspective me fait frissonner pour ta p r o p r e chair, ta chair encore si fraî-\nche et si friande, ton corps, le bien voulu des ribaudes et qui semblait voué p o u r\nlongtemps à d'autres étreintes que celles de la corde d'infamie!... J e t'adjure\nu n e dernière fois, P e r k i n . Avoue ton crime, renie ton passé!... Vois, moi qui\nte parle, je t'avais précédé dans la voie scélérate. Autrefois je me fis aussi\npasser pour u n prince royal, moi dont les veines roulaient un sang aussi vil\nque le tien! Mais, pas plus que toi je ne parvins à tenirtête au roi légitime et je\nfinis par tomber en son pouvoir. Or vois jusqu'à quel point ce prince a poussé\nla magnanimité. T o u c h é par mon repentir, au lieu de me livrer au gibet, non\nseulement il m'accorda la vie mais il m'attacha à sa personne et me combla de\nbiens et de faveurs! Voilà c o m m e n t se venge le noble H e n r i , le puissant roi\ncontre lequel tu t'es soulevé. Puisse m o n exemple t'édifier complètement sur\nce qu'il te reste à faire. N'est-ce pas que tu n'es qu'un misérable serf des\n Flandres?\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "                             L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                         431\n\n\n                                         WARBECK\n\n   Me prends-tu p o u r u n d e tes semblables? T u te prélasses parmi les valets\nde l'usurpateur I Moi je préfère mourir en p u b l i a n t à la face de tout l'univers,\nm o n nom, m o n titre et mes droits, moi R i c h a r d IV, roi d'Angleterre.\n                                           (Mouvement favorable à Wacbeck dans la\n                                         foule.)\n\n                                        APPRENTIS\n\n   Il a raison !\n\n                             LAMBERT SIMNEL (à Oxford)\n\n  Vous le voyez, monseigneur, il n'y a rien à tirer de notre homme, et, vu les\ndispositions du populaire, il serait peut-être d a n g e r e u x de prolonger le débat.\n\n                                   OXFORD (avec dépit)\n\n   Aurait-il vent d u piège q u e nous lui t e n d o n s ! . . . Allons, partie r e m i s e ! Il\ns'agit de trouver a u t r e chose (au shériff :) E n attendant qu'il plaise a u roi très\nchrétien d'envoyer ce prisonnier à T y b u r n , o r d o n n e z qu'on le r a m è n e à la\nTour.\n                                                 (Tandis que sur les instructions du shériff\n                                               les exécuteurs se sont mis en devoir de déta-\n                                               cher Warbeck du pilori et qu'il est libéré de\n                                               ses entraves, Catherine Gordon se fraye un\n                                               passage à travers la cohueet suivie de Dalyell\n                                               qui essaye de la retenir, elle se précipite sur\n                                               le pilori avec un grand cri où la douleur se\n                                               mêle à la joie.)\n\n\n\n\n                                        S C È N E II\n\n                      LES PRÉCÉDENTS, CATHERINE, DALYELL\n\n                                        CATHERINE\n\n   O mon é p o u x . . . ô mon roi, je te retrouve enfin!\n\n                                         WARBECK\n\n  Catherine !... tu m'aime e n c o r e !\n\n                                        CATHERINE\n\n   E n c o r e ! Il me semble seulement que je commence à t'aimer!\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1282, "texte": "432                                      DURENDAL\n\n\n                                         WARBECK\n\n T u m'es restée fidèle !\n\n                                     CATHERINE\n\n J e n'ai cessé de vivre pour toi !\n\n                                         WARBECK\n\n      e faudra-t-il regretter la vie !\n\n                        OXFORD (qui s'interpose pour les séparer)\n\n Madame !... La honte de ce gueux va vous éclabousser !\n\n                                         DALYELL\n\n Oui, chère d a m e , éloignez-vous       . Pareil spectacle outrage vos sentiments..\n\n                   CATHERINE (n'ayant de regards que pour Warbeck,\n                       et se détournant à peine vers les autres)\n\n Laissez-moi! N u l ne m'empêchera d'embrasser mon é p o u x . . .\n\n                                 LA FOULE (apitoyée)\n\n Son époux.\n\n                                   D'AUTRES VOIX\n\n L a princesse Catherine !\n\n       CATHERINE (avec force, en promenant un regard superbe autour d'elle)\n\nL a reine Catherine ! L a femme de R i c h a r d IV, roi d'Angleterre !\n\n                             APPRENTIS ET FEMMES\n\nVive Richard IVI\n\n                            LAMBERT SIMNEL (à Oxford)\n\nVoilà ce que je craignais.\n\n                                     APPRENTIS\n\nAux g o u r d i n s !\n"}, {"page_pdf": 512, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "                               L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                           433\n\n                                         CATHERINE\n\n   O h , m o n b i e n a i m é seigneur, j e viens réclamer ma part de tes supplices !\n(à la foule :) A moi, braves g e n s ! V o u s nous réunirez, n'est-ce pas?\n\n                                              VOIX\n\n   Oui !... Oui !... Aux g o u r d i n s !\n                                                                                   (Bousculades.)\n                                CATHERINE (aux bourreaux)\n\n  V o u s voudrez bien m'attacher auprès de lui? (à Warbeck) Cher é p o u x . . . Par-\ndonne-moi ma longue absence... Ils me retenaient loin de toi!\n\n                                             WARBECK\n\n    Catherine, sois b é n i e !... L ' o p p r o b r e m'accablait, tu me r e n d s l'orgueil. J e\nm e glorifie de la honte q u e R i c h m o n d prétendait m'infliger I puisqu'elle fut\nl'occasion de cette suprême preuve d'amour que tu me d o n n e s , ô femme\ns u b l i m e ! . . . Mon Dieu, n e pourrai-je verser des larmes ou me faudra-t-il étouf-\nfer de gratitude et d e joie !... Allez, valets (s'adressant à Oxford et à Simnel, qui se\ntiennent à l'écart) m a n d e z à votre maître que le geste de cette noble femme le\ndépouille de tout le fruit de son triomphe. Dites-lui bien que je le brave et\nque c'est moi qui le s o mme d'abdiquer...\n\n                                             OXFORD\n\n   T e tairas-tu, v e r m i n e ! . . . Holà, vous a u t r e s ! (aux bourreaux et aux estafiers stu-\npéfiés et ayant peine à contenir la foule houleuse et agressive) Qu'attendez-vous p o u r\nle r a m e n e r en prison ? (à Catherine : ) M a d a m e , a u n o m de votre père, arrêtez\nces déplorables é p a n c h e m e n t s ! Oubliez-vous qui vous êtes?\n\n                                          CATHERINE\n\n   Qui je suis, Oxford? N e te l'ai-je pas dit tout à l'heure? Catherine Gordon,\nla femme de R i c h a r d IV, p a r la grâce de D i e u , roi d'Angleterre!\n\n                                          APPRENTIS\n\n   Oui ! Oui ! Vive le roi R i c h a r d ! Sus aux b o u r r e a u x ! (Les bourreaux ont toutes\nles peines à maintenir Warbeck, que les mutins menacent de leur arracher. Echauffourée.\nDalyell s'efforce d'entraîner Catherine. Tout à coup survient un moine en costume de\npèlerin, avec une forte escorte. Cette arrivée impose aux apprentis. Oxford se porte rapi-\ndement vers le moine.)\n\n                                          APPRENTIS\n\n   R a n g e o n s - n o u s , c'est la livrée de monseigneur de D u r h a m !\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": "434          '                           DURENDAL\n\n\n                                        SCÈNE        III\n\n                               LES PRÉCÉDENTS, LE MOINE\n\n\n                                           OXFORD\n\n  Vous venez d e la part de monseigneur? E t la nouvelle?\n\n                                          LE MOINE\n\n   Telle que vous l'espériez... J'arrive à l'instant de la Ville Eternelle et voici\nla réponse que Notre Saint P è r e le P a p e fait à la d e m a n d e de la p r i n c e s s e . . .\n\n                     OXFORD (arrachant la bulle des mains du moine)\n\n  Assez! D o n n e ! Peuple, le Ciel se déclare contre P e r k i n W a r b e c k ! Réjouis-\nsez-vous, m a d a m e (montrant Warbeck) P a r ordre de Sa Sainteté cet h o m m e ne\nvous est plus rien !\n\n                                         CATHERINE\n\n   T u mens, Oxford!... Il est tout pour moi, au contraire...\n\n                                           OXFORD\n\n   Malgré les foudres de l'Eglise ?\n\n                                         CATHERINE\n\n   Rien ne me détachera de lui!\n\n                                           OXFORD\n\n   Mais tu n'es plus sa femme...\n\n                                         CATHERINE\n\n   J e le d e m e u r e par la vertu indélébile du S a c r e m e n t !\n\n                                           LE MOINE\n\n   N'avez-vous pas réclamé le divorce auprès du Saint P è r e ?\n\n                                         CATHERINE\n\n  L e divorce? Moi? Mais s'il existait une loi pour me séparer de lui, ne\npouvant plus être sa femme, je me contenterais d'être sa concubine à la face\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "                               L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                           435\n\nde la terre et du Ciel!... Mais non, jamais Dieu ne tranchera le lien qu'il a\nn o u é lui-même! E t c'est à Dieu que j ' e n appellerais, de l'arbitraire du chef de\nla chrétienté !\n                                           LE MOINE\n\n   Malheureuse femme! Elle b l a s p h è m e !\n                                      (Murmures en sens divers dans lafoule partagée\n                                   entre sa terreur religieuse et ses sympathies.)\n\n   CATHERINE (ne s'occupant que de Warbeck qu'elle a rejoint et dont elle a saisi\n                                  les mains)\n\n    N u l n e nous séparera désormais. J e veux ma place sur ton banc d'infamie,\nc o m m e j ' a u r a i s partagé ton t r ô n e , mon noble roi martyr et comme je parta-\ngeai ta couche, mon b e a u seigneur, mon doux R i c h a r d . . . Etreignons-nous\ndans la mort, c o m m e d a n s la vie !...\n\n                                           WARBECK\n\n   Ah, trop bienfaisante Catherine !... T u m'accables de félicité !...\n\n                                           LE MOINE\n\n   M a d a m e . . . Répudiez cet imposteur sacrilège...\n\n                                            OXFORD\n\n   Obéissez au vicaire de Dieu !\n\n                                          CATHERINE\n\n   J a m a i s l . . . Vois, comme je le r é p u d i e !\n                                                      (Elle s'est jetée au cou de Perlrin et lui fait\n                                                         un collier de ses bras.)\n\n                         WARBECK (avec une émotion croissante)\n\n   N o n ! . . . C'en est t r o p . . . J e n'ai p a s mérité tant de gloire et de délices!...\nC a t h e r i n e ! . . . M a d a m e ! . . . Ecoutez ce courtisan et ce prêtre.. Ils ont raison ...\nDétournez-vous d'un misérable... V i v e z ! . . . Soyez longtemps encore l'orne-\nm e n t et la consolation de ce pauvre m o n d e !... Vous m'avez ouvert le Ciel et\nje n'attends plus rien ici-bas... J e m e u r s h e u r e u x , béatifié... L o r d Dalyell,\néloignez-là !...\n                              CATHERINE (s'attachant à lui)\n\n   Quoi, i n g r a t ! . . . T u te ligues avec e u x ! Moi, je veux rester tienne, entends-\ntu ! E t au besoin malgré t o i - m ê m e ! Qui parle encore de nous s é p a r e r ? . . .\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "436                                     DURENDAL\n\n\nDites, en faut-il davantage pour vous convaincre? E t toi, méchant, son-\ngeais-tu sérieusement à t'en aller s a n s moi? E c o u t e plutôt, mon a i m é , u n e\ndernière prière de ta c o m p a g n e . . . T u ne me refuseras pas un suprême gage\nd'amour!... J e te d e m a n d e , j'exige u n dernier baiser... T e s lèvres, ô m o n\nRichard !...\n\n                    WARBECK (cédant et l'embrassant avec frénésie)\n\n   A h . . . chère... chère femme!. . Qu'il m'eut été doux d'expirer sur ta\nb o u c h e ! . . . Mais l'empreinte de tes lèvres sera m o n onction, m o n viatique...\n\n                                        CATHERINE\n\n   P a r ce baiser sacré, que n o u s venons d'échanger, je j u r e de te d e m e u r e r\nfidèle sur cette terre, à travers la mort et d a n s l'éternité!\n\n                                          OXFORD\n\n   Songez que la corde attend ce malandrin !\n\n                                         LE MOINE\n\n   E t que l'enfer guette cet a n a t h è m e !\n\n                                          DALYELL\n\n   N o n ! Dieu ne damnerait u n tel amour !\n\n                                        CATHERINE\n\n   U n m a l a n d r i n ! . . . U n a n a t h è m e ! Oxford, tu outrages la majesté royale, et\ntoi, prêtre, tu interdis un saint! Ah, je suis fière de lui, je me réjouis de\nporter son nom ! N o u s nous suivrons de près, ô mon maître... oh, m o n r o i !\n\n       WARBECK (en proie à un grand trouble, sa crise morale va se résoudre)\n\n  T o n roi, dis-tu Catherine... seulement ton roi?...\n\n                                       CATHERINE\n\n  Mon Richard adoré ! Mon royal é p o u x ! . . .\n\n                            WARBECK (solennel, pantelant)\n\n  Catherine G o r d o n . . . princesse de sang... cousine d'un roi tu ne pleurerais\npoint la couronne que je me flattais de poser sur ton front ?...\n"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1520, "texte": "                                L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                      437\n\nCATHERINE (avec exaltation, commençant à comprendre ce qui se passe en Warbeck)\n\n  Q u e me fait la couronne? J e ne tiens qu'à toi, je n e pleurerais que toi\ndurant les quelques instants qu'il me faudrait te survivre !\n\n                                             WARBECK\n\n  E t tu ne pleurerais p a s le roi ?\n\n                                            CATHERINE\n\n   N e nous inquiétons plus d'une vaine majesté, R i c h a r d , m o n beau prince,\ntu m e suffis !\n\n                                             WARBECK\n\n  C'est donc que tu m'aurais c h é r i . . . p a u v r e , . . . obscur?...\n\n                                            CATHERINE\n\n  J e t'aime.\n\n                                             WARBECK\n\n  I n d i g n e . . . coupable ?...\n\n                                            CATHERINE\n\n  J e t'aime!\n\n                                             WARBECK\n\n  Si je n'étais pas celui qu'on a dit... si je n'étais pas le fils d ' E d o u a r d ?\n                                                                   (Sensation.)\n\n                                      OXFORD (tendant l'oreille)\n\n  Va-t-il se passer lui-même la corde au cou?\n\n                                              DALYELL\n\n  Où veut-il en venir?\n\n                                                             (Profonde anxiété dans la foule.)\n\n                                          LES APPRENTIS\n\n  Ecoutez !... Ecoutez !\n"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2104, "texte": "  438                                    DURENDAL\n\n\n                                         SCÈNE V\n\n                       LES PRÉCÉDENTS, L'ÉVÊQUE DE DURHAM\n\n        L'ÉVÊQUE DE DURHAM (qui est entré et qui, se tenant à l'écart, a assisté\n                             à une partie de la scène qui précède)\n\n    Se peut-il? Il se trouble. Vat-il se confesser?\n\n                                         WARBECK\n\n    H é l a s ! U n mystère pesa jusqu'à présent sur ma naissance... Catherine,\n je doutais toujours, je doute encore de moi-même... Peut-être ces grossiers\n habits sont-ils ceux de ma caste et ne suis-je, à ce que ces seigneurs pré-\n tendent, que le fils d'un infime artisan, comme vous autres, mes amis ? (aux\n apprentis).\n\n                                    LES APPRENTIS\n\n    T a n t mieux ! Voilà notre h o m m e !\n\n                                       CATHERINE\n\n    E t q u a n d tu le s e r a i s ! . . . Encore une fois qui que tu sois, je t'aime. M'en-\n tendras-tu enfin ? J'aime Perkin Warbeck !\n\n                                        WARBECK\n\n   L'imposteur! L e faux Richard IV !\n\n                                       CATHERINE\n\n   Qui le criminel... l'imposteur ! (Elle tombe dans ses bras.)\n\n                                   WARBECK (exalté)\n\n     M i r a c l e l . . . J e vois clair! Ma mère ne maudira plus son enfant!... L'équi-\nvoque s'est dissipée!... L ' a m o u r de ma Catherine sera m o n salut. J e vis, je\nrespire, je suis réconcilié. Catherine m'aime tel que j e suis, moi le pauvre\nouvrier, le prince pour rire... Oh tout éclat pâlirait à côté de cette apothéose...\nAussi j ' a b d i q u e ma royauté, j'abjure mon erreur! Catherine aime le fils d'un\ntisserand!... Oui, peuple, écoutez tous, je ne suis point votre roi, je suis plus\ng r a n d , bien mieux. J e suis l'élu de la meilleure des femmes!\n\n                           L'ÉVÊQUE (se portant en avant)\n\n  Dieu m'éclaire à mon tour et m'apprend m o n devoir. Cet h o m m e n e fut\nque l'instrument loyal d e la perfide duchesse d e B o u r g o g n e . Il se repent. L e\nCiel lui p a r d o n n e !\n"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "                                  L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                     439\n\n                                            OXFORD\n\n  Vous, M o n s e i g n e u r ! . . .\n\n\n                                           L'ÉVÊQUE\n\n  J e suis venu à t e m p s p o u r absoudre un pécheur; non, p o u r bénir u n juste.\n\n                                            OXFORD\n\n  A votre a i s e ! J e vous laisse son âme, mais à nous sa carcasse. Il a v o u e !\nN o u s le t e n o n s ! . . . P e u p l e , vous avez bien e n t e n d u ! (murmures de pitié).\nMonsieur le shériff, voici l'ordre du roi. Inutile de surseoir à l'exécution.\n                                                (Il déplie l'arrêt de mort et le remet au\n                                                  shériff qui le reçoit en s'inclinant; Perkin\n                                                  et Catherine se tiennent embrassés, indiffé-\n                                                  rents à tout ce qui les entoure, déjà ravis\n                                                  au ciel.)\n\n                                   LE SHÉRIFF (aux exécuteurs)\n\n  E t à présent, mes compères, au gros oeuvre !\n\nL'EXÉCUTEUR (mettant la main sur l'épaule de Warbeck qu'il arrache à son extase)\n\n  L'ami, si vous le voulez bien, nous n o u s mettrons en route pour arriver\navant le coucher d u soleil (à ses aides :) Ceci nous épargne u n second\nvoyage !...\n\n                                            DALYELL\n\n  Infortuné W a r b e c k ! . . . T u t'es p e r d u ! . . . Mais je t'estime sans réserve à\nprésent. T u t'es t r o m p é , tu fus de bonne foi. T a main ! E t bon courage !\n\n\n\n\n                                           S C E N E VI\n\n                               LES PRÉCÉDENTS, LORD HUNTLEY\n\n                                        LORD HUNTLEY\n\n  E t moi je te p a r d o n n e , P e r k i n !... Catherine, tu sais combien je répugnais\nà ton union avec cet h o m m e . Sa loyauté vient de l'anoblir. D a n s mes bras\nm o n fils... (Il donne l'accolade au patient.) Ma fille, sois fidèle à Perkin W a r b e c k . . .\nSes derniers m o m e n t s l'ont r e n d u digne de toi !\n"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "440                                     DURENDAL\n\n\n\n                                 CATHERINE (éperdue)\n\n    Digne de moi, mon p è r e ! Ah, c'est à peine si je suis digne de l u i ! Oui,\nP e r k i n , tu as bien fait, ta Catherine... Catherine W a r b e c k est plus fière de toi\nq u e j a m a i s ! (Les aides du bourreau entourent Perkin et l'entraînent sur un geste\nimpérieux du comte d'Oxford. La foule, redevenue houleuse et menaçante, est refoulée\net maintenue.) Mon P e r k i n . . . mon é p o u x . . . je te rejoins, je m'évade à ta suite !\n                                                 (Elle défaille dans les bras de Huntley et de\n                                                     Dalyell qui l'ont retenue.)\n\n                                    LES APPRENTIS\n\n   C'est le moment! A sa rescousse!\n                                                 (Ils se précipitent sur les pas du cortège.)\n\n\n\n\n                                 SCÈNE       DERNIÈRE\n\n  L E S PRÉCÉDENTS; MOINS PERKIN. LES BOURREAUX, LES ESTAFIERS ET LES APPRENTIS\n\n\n                                         OXFORD\n\n   Elle est à moi! (à Dalyell et Huntley :) Mylords, le roi attend m a d a m e Cathe-\nrine au palais...\n\n      DALYELL et HUNTLEY (après avoir interrogé la pâleur et la rigidité\n                        de la jeune femme)\n\n   N o n !... L e Roi des Rois!\n\n                                          OXFORD\n\n   Morte !\n\n  L'ÉVÊQUE (imposant une main au-dessus de la morte et l'autre tendue vers Tyburn,\n              où se rend le condamné)\n\n   Perkin et Catherine W a r b e c k , soyez unis d a n s le Ciel c o m m e sur la terre!\n\n                                         (RIDEAU)\n\n                                                                   GEORGES      EEKHOUD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison07-004", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 441, "page_fin": 454, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LA POÉSIE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 520, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "LES LIVRES\n\nLA POÉSIE :\n\nLe Songe d'une Nuit de doute, par E. DUCOTÉ. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n   Ce volume, gracieusement édité sous couverture de Ch. Doudelet, réunit\nun long poème, au symbolisme aisé et clair, et une série de lieds, d'impres-\nsions, de rapides instants de sentiment, tour à tour légers ou subtils, déter-\n minés ou indécis.\n   Un soir, le poète, songeant à la vanité de l'effort, a rencontré sur une\nlande désolée, grise, monotone, les différents visages portant le reflet des\nmultiples phases de sa vie. Ambition, désir, orgueil, tout lui crie, lui mur-\nmure ou lui pleure le néant de vivre et d'agir. N'importe, il ne s'abandon-\nnera pas, car l'Amour qui facilite l'existence interrompra son rêve, lui\nconseillant d'imiter l'arbre qui porte ses fruits joyeusement, sans souci du\nlendemain ni de la veille, en dépit des intempéries et des rafales. Tel est ce\nsonge d'une nuit de doute.\n   Comme dans sa gracieuse comédie, le Barbier de Midas, dont j'eus le plaisir\nde rendre compte ici-même, M. Ducoté use en ce poème d'un vers complè-\ntement émancipé. La rime, voire l'assonance, ne le préoccupent guère. Mais\nil a l'oreille délicate et le souci de la musique. Aussi, à l'encontre de maint\nvers libriste, il n'est pas induit à pêcher contre le rythme. Sa période lyrique\nou descriptive se déroule très naturellement, s'amplifie, s'amincit en des vers\ninégaux, longs ou brefs suivant les arabesques de la pensée.\n   Le charme varié de ce procédé apparaît mieux encore dans les courts\npoèmes où l'auteur a enclos des rêveries sentimentales ou philosophiques\nd'un instant. M. Ducoté est un auteur clair, qui puise sou inspiration aux\npures sources du génie latin. Aussi aime-t-il à pimenter ses songeries de\nquelque maxime et se plaît-il à exprimer, en finissant, le suc de son poème\ndans une sentence concise.\n   Quelques citations rendraient ces qualités tangibles. On goûtera la grâce\nfleurissant des piécettes telles que celle-ci, prise au hasard !\n\n               A travers les bouleaux    d'argent\n               J'ai ou, baignées de brume matinale,\n               Des Nymphes danser au bord de l'étang.\n               Quelqu'un m'a dit : — Ce sont les laveuses\n               Qui vont ù leur tâche et se hâtent\n               Sous le poids pesant des paniers de linge. —\n               Moi, j'ai vu les   Nymphes.\n"}, {"page_pdf": 521, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "442                               DURENDAL\n\n\n               J'ai vu dans la forêt ombreuse\n               Un chœur de Dryades épars sous les chênes.\n               Quelqu'un m'a dit : — Ce sont de pauvres femmes\n               Qui font des fagots avec des branches sèches. —\n               J'ai vu les Dryades.\n               Or, je ne mens pas et l'autre non plus,\n               Et chacun raconte ainsi qu'il a vu.\n\nL e T r i o m p h e d e l a V i e , poèmes, par FRANCIS JAMMES. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n   M. Francis Jammes a écrit deux petits romans: Clara d'Ellébeuse et Almaïde\nd'Etremont, deux choses vraiment délicieuses, d'un charme prenant, qui me\nsemblent bien être la meilleure partie de son œuvre. Son Deuil des Primevères\ncontient des élégies d'une poésie toute virgilienne, fleurant l'odeur des\nherbes et des plantes, et des prières empreintes d'une sentimentalité religieuse,\nrare et primesautière. Du volume que j'ai sous les yeux, le premier poème,\nJean de Noarrieu, réunit ces précieuses qualités. Il s'y trouve nombre de\nstrophes ravissantes auxquelles' je ne reproche que leur rythme trop\nsouvent hésitant. Le vers de M. Jammes est par trop dégingandé. Ce n'est\npas le vers parnassien assoupli et détendu de H . de Regnier, ni le vers libre\noù excelle Verhaeren. Ses laisses monorimes me font parfois l'effet de tra-\nductions d'une langue étrangère, s'efforçant vers un rythme stable et asso-\nnancées.\n   Ces réserves faites, j'avoue que l'histoire de Jean de Noarrieu, ce gentle-\nman farmer qui a fait son droit, chasse, pêche, lit Jean Jacques, surveille\nles travaux agricoles, aime sa servante, s'aperçoit qu'elle ne l'aime pas, en\npleure un peu, puis, avec une bonne grâce parfaite, la fiance au berger de\nson choix, — me plaît par sa poésie naturelle et simple.\n   Dans le second poème, Existences, M. Jammes a voulu peindre la vie véri-\ntable. Pour cela, il a choisi une petite ville quelconque, y a placé un poète\nqui lui ressemble fort et l'a mêlé à une série d'épisodes touchants, graves,\nplaisants, grotesques ou stupides, tout comme la vie elle-même. Ce second\npoème ne vaut guère le précédent.\n                                                                    C H . DE S.\n\nLE ROMAN :\nLeurs     figures,   1   vol. in-12, par    MAURICE BARRÈS.—(Paris,      FÉLIX\n  JUVEN, éditeur.)\n   C'est une bien curieuse page d'histoire contemporaine que Leurs figures, ce\nrécit de la tragi-comédie panamiste que M. Maurice Barrès vient de livrer à la\npublicité. Et c'est une bien singulière « figure » que celle de M. Maurice\nBarrès lui-même.\n  Parmi les jeunes gens lettrés qui atteignirent l'âge d'homme vers 1890, il\nen est peu qui résistèrent à la séduction dts premiers livres de M. Maurice\nBarrès. La psychologie aiguë et ingénieuse de ses livres : Sous l'œil des Bar'\n"}, {"page_pdf": 522, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3307, "texte": "                                 LES LIVRES                                 443\n\n\nbares, et Un homme libre, que le Jardin de Bérénice devait bientôt suivre, révélait,\nen quelque sorte cette jeunesse à elle-même. Dans les personnages de ces\nromans auto-biographiques, elle se reconnaissait avec l'infinie complexité de\nses ennuis et de ses velléités. Mais l'auteur — et ceci assura son succès — ne\nse bornait pas à présenter le miroir à ses contemporains i l leur proposait une\nphilosophie. Il conseillait à chacun d'embrasser son miroir, ou, sur son\nmiroir, son reflet. La sagesse antique disait : « Connais-toi toi-même. »\nM.Maurice Barrès disait: «Apprécie-toi toi-même. Prends plaisir à les\npropres actions, sans trop te soucier de leurs résultats. »\"Que chacun cultive\nson Moi, répétait il avec insistance. Que chacun conquière et protège son\n Moi sous toute l'écume dont l'éducation l'a recouvert et qu'y rejette la vie à\nchaque heure. » La culture du Moi, telle était la synthèse de ces trois traités\nd'idéologie passionnée, — pour leur donner la qualification que leur décer-\nnait l'auteur. Et j'ai souvenir d'une caricature assez drôle de Cazals, qui fut\npubliée vers ce temps-là, et qui représentait un Maurice Barrès décapité, arro-\nsant pieusement sa propre tête plantée dans le sol parmi des fleurs rares et\nbizarres...\n    Philosophie un peu mince. Soit. Mais telle quelle, elle devait plaire à des\njeunes gens à peine échappés de l'école, tout gavés de cette éducation verbale\n qui fait le fond de la nourriture classique, — encore assez infatués d'eux-mêmes\n et déjà assez dégoûtés des autres pour dresser volontiers à leur petite person-\nnalité un piédestal, — voire un autel, — d'où se donner la comédie du\n monde.\n    Mais M. Barrès, non plus que ces adolescents, dont il était un type si\n remarquable, ne pouvait se contenter longtemps du rôle de « stylite ». Pour\n peu qu'on ait des nerfs et du sang, on se fatigue bientôt de cette posture, —\n et du dilettantisme contemplatif. Déjà, dès le troisième roman de M. Barrès,\n le Jardin de Bérénice, Philippe, son héros, s'évade vers l'action. Il ne se borne\n plus à cultiver son Moi par l'étude, par le voyage, par le spectacle des\n êtres et des choses. Il consent à se mêler aux Barbares..., sauf à vouloir les\n conduire.\n    Faut-il voir dans cette évolution psychologique le contrecoup de cette\n revanche de l'action qui succéda, il y a quelques années, à l'ignavie des\n  « décadents» et des jeunes « fin-de-siècle » ? Disons plutôt que M. Maurice\n Barrès n'a suivi personne que lui-même, et qu'il s'est laissé entraîner à\n l'Action par la logique d'un tempérament auquel la culture du Moine pou-\n vait servir que de préparation et de veillée d'armes.\n    La seconde manière de M. Maurice Barrès, c'est la manière de l'Énergie\n nationale, qui s'est affirmée d'abord dans les Déracinés, — plaidoyer en faveur\n  de la Décentralisation, — puis dans l'Appel au soldat, — justification du Bou-\n  langisme, — et aujourd'hui dans Leurs figures, réquisitoire contre les Pana-\n  mistes.\n     Après la culture du Moi, c'est l'utilisation du Moi. Le dilettante est devenu\n  un polémiste.\n     Quelle verve et quelle combativité dans le récit de ces journées de 1892-93,\n  où s'avéra, par les scandales du Panama, la décomposition de l'opportunisme!\n"}, {"page_pdf": 523, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "444                              DURENDAL\n\n\n Quelle couleur dans ces tableaux à la Salluste : la mort de Reinach, — l'in-\nterpellation Delahaye, la Première charrette !\n   A vrai dire, ce livre n'est un roman que par l'intervention de quelques per-\nsonnages imaginaires, les Sturel, les Nelle, les Suret-Lefort, les Boutelier,\nqui servent surtout à commenter les événements, à la façon du chœur\n antique.\n   La vraie moelle du livre, c'est la véridique histoire du Panama. On la suit\ndepuis son début : L'affaire du Panama, écrasée sous un déficit énorme, est\nmise en liquidation. L'expert Flory vérifie les comptes. Le dossier formé par\nle juge d'instruction Prinet est remis au Procureur général Quesnay de Beau-\nrepaire, qui conclut à des poursuites contre les administrateurs. Les pre-\nmières rumeurs circulent. Où sont allés tant de millions, à quelles pressions\nles administrateurs ont-ils du céder, puis céder encore, allongeant cinq cent\nmille francs à celui-ci, deux ou trois millions à celui-là ?\n   Le Gouvernement prévoit la tourmente. Il s'en effraye. Mais la crainte le\nparalyse. Il n'ose la conjurer Le procureur général réclame un ordre formel\nde poursuivre. Tandis que, dans les hautes sphères, on tergiverse, peu à peu\nle po -aux roses se découvre: chantages, extorsions, concussions. M. Andrieux,\nauquel Cornélius Herz, a remis la liste des chéquards, la livre à la publicité.\nTout le monde tremble. Les dénonciations se multiplient. Quelques « boucs\nd'Israel » payent pour les autres. Un ancien ministre, Baïhaut, est condamné\npar la Cour d'assises en même temps que quelques autres « chéquards ». La\ntroisième République semble menacée dans tout son personnel politique.\nMais les maladresses des partis d'opposition, la mollesse de la conscience\npublique. étou die de tant de tapages, fatiguée de tant de « faux départs »,\net trop habituée à l'infamie pour s'en indigner virilement et jusqu'au bout,\nsauvent un grand nombre de coupables. Puis, comme après le coup de pied\ndans la fourmilière, le calme va renaître, et les brèches se réparent... jus-\nqu'au prochain scandale. Cependant que les Etats-Unis rachètent pour\n40 millions de dollars une entreprise qui aurait pu assurer les destinées\néconomiques de la France au XXe siècle!\n   De tout ce drame, dont il se fait l'historien passionnant et passionné,\nM. Maurice Barrès conclut, une fois de plus, à la thèse qui est comme le leit-\nmotif de sa deuxième manière : la décentralisation. « Faisons-nous de plus\nen plus la Province. Soyons la Province pour qu'elle traverse intacte cette\npériode où la France décélébrée et dissociée semble faire de la paralysie\ngénérale. »\n   L'idée est bonne. Mais il me semble que la leçon pourrait être plus haute et\nplus complète.\n   Livrés par le déchaînement de leurs appétits et leur absence de scrupules\naux entreprises d'un Reinach et d'un Cornélius Herz, les chéquards que\nM. Maurice Barrès met en scène démontrent surtout la nécessité d'un idéal\npolitique plus élevé que la a vertu laïque » ou la a défense républicaine ».\n   On a vu déjà de petits Panama se jouer sur des théâtres provinciaux ou\nmême communaux.\n  Ce n'est pas seulement d'être centralisées à l'excès que souffrent certaines\n"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "                                          LES LIVRES                                           445\n\n\nsociétés civiles. C'est aussi — et c'est surtout, croyons-nous, — d'être désorbi-\ntées du seul principe d'ordre et d'autorité qui exalte les dévoûments et pré-\nvient les défaillances.\n    N o u s voilà loin de la « p u r e littérature ». Sans d o u t e . Mais je dirai, pour\nmon excuse, q u e M. Barrès a cessé, dans ses r o m a n s de l'Energie nationale,\nd'être u n « pur littérateur.», encore que ses opinions « rationalistes » conti-\nn u e n t à s'envelopper d'une forme impeccable... q u ' o n ne rencontre pas préci-\nsément tous les jours dans le m o n d e de la politique.\n                                                                               H . C. W .\n\nL e b o n p l a i s i r , p a r H E N R I DE RÉGNIER. — ( P a r i s , Mercure de France.)\n    Antoine de P o c a n c y se préparait à servir sous M. le maréchal de Manissart,\nlorsque le roi, rejoignant l'armée sur la Meuse, traversa de nuit, à la clarté\nrougeâtre des torches, Vircourt, b r u s q u e m e n t éveillée et pleine d'acclama-\ntions D u fond de son carrosse doré, Sa Majesté leva les yeux, en passant,\nvers le balcon où se penchait à mi-corps, auprès du jeune h o m m e , grasse et\nfraîche en son désordre nocture, la belle M m e Dalanzières. Q u a n d le profil\nsouverain eut disparu au tournant de la place, comment Antoine de Pocancy\nse fût-il douté qu'il venait de faire un jaloux et de manquer à tout jamais sa\nfortune?\n     Il n'oublia plus cette vision. La vue du roi avait suscité en lui une ardeur\ngénéreuse et un violent désir d'en être distingué. Aucun prix ne lui semblait\ntrop cher p o u r u n e faveur si précieuse. Le royal soleil l'avait échauffé d'un\nde ses rayons e t il devait toute sa vie en ressentir le feu intérieur. Son désir\ns'accrut lorsque l'abbé de Chamissy, qu'il interrogea sur les camps et sur la\nCour, lui eut appris que plaire au roi était le seul échelon de la fortune, que\nle roi était la source u n i q u e de tout honneur et de toute grâce, que tout\nd é p e n d a i t de son bon plaisir. Il fallait plaire!\n     E t Antoine s'en fut à D o r t m ü d e , qu'assiégeait le maréchal, en attendant\n qu'il y fût lui-même assiégé. Il y risqua sa vie aux balles des mousquets et\n aux boulets des c a n o n s , mangea du pain dur et de la viande de cheval, avala\n la poussière des charges, sua sous le soleil, courut, galopa, peina à de conti-\n nuelles fatigues. L e désir d'être distingué l'aventura à mille traverses. Peines\n perdues : le roi ne le r e m a r q u a point.\n     Après la c a m p a g n e , il accourut à Versailles. L'heureux M. de Collarceaux,\n qui l'y m e n a , lui répéta, chemin faisant, qu'à la Cour tous n'ont qu'un but\n et q u ' u n objet : se faire distinguer. « U n e loi y régit tout, qui est suprême :\n  il faut plaire. Ah ! le b o n plaisir, monsieur, le bon plaisir ! Rien ne vaut que\n cela. C'est l'artifice u n i q u e . » S'il ne méritait p a s , un jour, le regard royal, il\n n e resterait a u pauvre P o c a n c y q u ' à s'en retourner aux c h a m p s . E t P o c a n c y fit\n tout p o u r le mériter. E n c o r e que maints plaisaient qui n e le valaient guère,\n  il y échoua. L e roi ne le remarqua point. L e roi n e voulut point le remar-\n  quer, car il avait déplu : u n e auguste et muette rancune punissait l'ami de la\n  belle i n c o n n u e d u balcon de Vircourt.\n      C'est le grand siècle qui revit, mondain, guerrier, courtisan, peu flatté,\n  mais combien vrai, dans ce savoureux r o m a n , pastiche exquis des Mémoires\n"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3154, "texte": "446                              DURENDAL\n\n\ndu temps. Beaucoup de personnages, étonnamment vivants et curieux, le\ntraversent, depuis M. le maréchal de Manissart, charmant d'humeur hardie,\nde galanterie bien portante et de philosophie naturelle, et la terrible maré-\nchale de Manissart, acariâtre, impérieuse et jalouse, jusqu'à ce mécréant abbé\nde Chamissy, ce Corvisot, empirique cynique et bouffon, jusqu'au Roi lui-\nmême. Ces portraits, et dix autres, sont de maître. Leurs aventures ne sont\npas toujours, tant s'en faut, édifiantes, car, comme le disait justement leur\ncontemporaine, Mme de Maintenon, dont la phrase épigraphie le Bon Plaisir,\n   un peu de crapule se pardonne en ce temps-ci ». A l'exemple du vieil Anaxi-\ndomène, papillon brillant et fané, délicieux en sa robe à fleurs et avec ses\npommettes fraîches, M. de Régnier va loin parfois en ses propos. Ce n'est\nqu'à force d'esprit qu'il sauve presque de trop gaillardes anecdotes. Ce que\nvaut le conteur, net, vif, alerte, piquant, si ingénieux dans sa fantaisie, si\n exact dans son observation, d'un art si sûr et si affiné, on le sait de long-\n temps : M. de Régnier, poète ou prosateur, est de ceux qu'on ne se lasse\n point d'applaudir.\n                                                                      M. D.\n\nL e s D e u x C o n s c i e n c e s , par CAMILLE LEMONNIER. (Paris, Ollendorf.)\n   Les Deux Consciences... L'une est la conscience du panthéiste, l'autre est la\nconscience traditionnelle. La première appartient à M. Camille Lemonnier...\nqui, naturellement, n'aime guère la seconde et qui le lui dit avec lyrisme et\navec l'appoint d'arguments très faux. On trouvera dans ce livre des qualités\nlittéraires, surtout un excellent portrait de wildman, frère des « boschkerels »,\net des hommes sauvages de sa race, frère plus encore de M. Camille\nLemonnier.\n                                                                        L. N.\n\nM e s s i r e W o l o d o w s k i , roman héroïque, par HENRYK SIENKJEWICZ;\n traduction du comte WODZINSKI et de B. KOZAKIEWICZ. — (Paris, Éditions\n de la Revue Blanche.)\n   Ce roman clôt la trilogie qu'avait ouverte Par le fer et par le feu, continuée\nle Déluge. Son héros est familier déjà aux lecteurs des deux premières parties\nde cette épopée polonaise, où l'invincible dragon accomplit maintes\nprouesses. Au tableau de la guerre contre le Turc, Messire Wolodowski mêle les\naventures amoureuses du célèbre guerrier. Ellessont nombreuses: Michel aime\nsuccessivement Annette Krasienska, qui meurt; Christine Drojowska, qui'\népouse un autre, et Basia Jeziorska, qu'il épouse, qu'un Tatar passionné lui en-\nlève qu'il retrouve et qu'il laisse inconsolable, étant mort glorieusement, premier\nsoldat de la République, sur les remparts de Kamiéniec. Il va sans dire que\nle facétieux Zagloba, qui promène sa faconde et sa vantardise à travers toute\nl'œuvre, survit, ici encore, — est-ce prudence ou bonheur ? — à tous les\n massacres. De loin en loin, apparaît la grande figure de Messire Sobieski, lej\n futur vainqueur de Vienne. Ainsi « finit cette trilogie écrite en un labeur\nopiniâtre et non sans angoisse pour le réconfort des cœurs ».\n"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "                                 LES LIVRES                                 447\n\nL a T e r r e d u P a s s é , par ANATOLE    LE   BRAZ.   — (Paris, Calmann-\n  Lévy.)\n   La Bretagne n'a point de fils plus pieux que M. Le Braz; elle n'en a pas\nqui la fasse aimer davantage. Prose ou vers, son œuvre chante, toute, le\nmystère et la poésie de la terre d'Armor. Une fois de plus, ici, ce pèlerin\npassionné de sa patrie nous invite à accomplir avec lui le tour de Bretagne.\nIl nous conduit successivement en Trégor, en Léon, en Cornouailles, en\nVannes, en Haute-Bretagne, voire au pays de Galles, d'où fuirent, jadis,\ndevant la tempête saxonne, les ancêtres lointains. Et tout du long de la route\nnous émeuvent de nobles et mélancoliques légendes, nous enchantent de\nmerveilleux et sauvages décors : landes, forêts, et la mer tumultueuse ou très\ndouce. Tout y parle à l'imagination, les hommes et les choses; et c'est une\njoie de vivre quelques heures parmi la race forte et simple, héroïque et son-\ngeuse, gardienne à jamais fidèle du rêve et de la foi des aïeux.\n                                                                     M. D.\n\nL ' H é r i t a g e , par J. H . ROSNY. — (Paris, Félix Juven, éditeur.)\n   L'activité des Rosny est étonnante. Leurs romans se succèdent, et cepen-\ndant aucune lassitude, aucun laisser-aller, ne se manifeste dans cette suite\nd'oeuvres si rapide. Chaque livre nouveau dénote la même tenue littéraire\nparfaite, le même travail aigu de psychologie. La sensibilité de ces écrivains\nest toujours aussi profonde, leur vision du paysage reste fastueuse, pleine\nde mystérieuse souveraineté. Au fond des personnages se débattent, sous les\ndehors de l'empreinte moderne des classes, tous les grands instincts primi-\ntifs, qui, telle la mer éternelle dans ses ressacs impétueux, déterminent\nencore les grands mouvements humains. L'amour est le théme du livre. Et\nla grâce très pure et les ardeurs de la passion y sont célébrées en une langue\nlyrique, dont les transports exaltent souvent des fièvres que la morale\nchrétienne doit condamner.\n                                                                       G. V.\n\n L e s C o n t e s d u V a m p i r e , par A.   FERDINAND HÉROLD.      — (Paris,\n   Mercure de France. )\n    Les vingt-cinq contes que le Vampire conta au roi Vikramasena, lui\n posant une question sur le sens de chacun jusqu'à ce que, vaincu malgré sa\n sagesse dans cette lutte étrange, il s'avouât incapable de répondre, forment\n une sorte de livre des Mille et une Nuits en raccourci. L'amour en est le thème\n principal, l'amour poétique et paresseux des orientaux, qui s'exprime avec\n des madrigaux et des fleurs, parfois aussi des sentences de mort et du sang.\n Tout charme dans ce recueil varié, et l'on ne sait vraiment ce qui l'emporte,\n des sujets amusants dont se dégage une morale parfois déconcertante, ou du\n style parfumé des essences de l'Orient. Je ne sais ce que M. Hérold à traduit\n de l'Hindou, ni ce qu'il a tiré de son propre fonds. Mais je gagerais bien que\n ce qui lui est personnel est le meilleur, car les contes « originaux » qui\n  suivent, surtout l'Amour d'Urvaci et la Lépreuse et le Mulet valent par les mêmes\n"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "448                               DURENDAL\n\n\nqualités précieuses. M. Hérold a le don du style, sa phrase se déroule avec\nélégance et chante; elle porte les mots comme des oiseaux ou des fleurs.\n\nL ' A n g o i s s e , par MAXIME GORKY. — (Paris, Mercure de France.)\n   Gorky rend avec une force évocatrice et descriptive puissante le mysti-\ncisme rude et craintif du paysan russe. Il est le peintre de la steppe im-\nmense, absorbant les horizons et se développant à l'infini, coupée de temps\nà autre par de larges fleuves tranquilles, au bord desquels des villes et des\nvillages vivent leur vie monotone et néanmoins enfièvrée. Les laboureurs,\nles meuniers et les pâtres de la plaine, les hâleurs et les bateliers du fleuve,\nles petits marchands, les employés subalternes et les mendiants des villes,\nles vagabonds de partout, peuplent ses récits de leurs multiples figures,\nmarquées en quelques traits incisifs, âpres comme des eaux-foi tes.\n   La première nouvelle de ce recueil, l'Angoisse, analyse un curieux état\npsychique, ce mal à l'âme inexplicable, fait d'anciens remords, d'appréhen-\nsions, d'ennuis qui saisit parfois les cœurs simples et les étreint dans un étau\nde terreur vague. Le meunier Tikhone Pavlovitch est sujet à ce mal, qui\nl'enfièvre, le tourmente, le pousse vers la ville où il s'efforce de s'étourdir et\nd'oublier. Par ennui évoque la vie monorhrome des employés d'une petite\ngare isolée, perdue dans la steppe, et dont le seul délassement est de voir\npasser deux trains chaque jour. Mais un des contes les plus étranges et les\nplus saisissants qu'ait jamais écrit Gorky, est le Lecteur. Par une nuit\nneigeuse, sous un ciel d'étoiles attentives, l'écrivain discute sur les devoirs de\nla littérature avec un personnage mystérieux qui gronde et raille et s'éloigne\nà l'aurore, — la conscience peut-être.\n                                                                     C H . de S.\n\nLA CRITIQUE :\nHuysmans et la Mystique traditionnelle, par le R. P. Dom\n  BESSE. — (Paris, H . Oudin, éditeur.)\n   Voici une étude fortement pensée et d'expression éloquente. Le R. P . Dom\nBesse, moine bénédictin de cette abbaye de Ligugé, à l'ombre de laquelle\nJoris-Karl Huysmans composa son admirable Lydwine de Schiedam, pouvait,\nmieux que tout autre, apprécier la tendance et les ardentes sincérités du\nmaître écrivain. Dom Besse fait valoir les motifs qui attirèrent l'artiste indé-\npendant vers les Enfants de Saint-Benoît. Il nous montre leur commun\namour dans la tradition médiévale et la part que l'écrivain s'assimile dans ce\ngrand passé. Ce sera la Mystique entendue par rapport à nos actes intérieurs\net à la manifestation de ces actes : un ensemble qui veut constituer notre\nunion avec Dieu. Et Dom Besse observe les caractères de la mystique indi-\nviduelle et de la mystique des sociétés. 11 établit la nécessité de leur accord.\nLa source des communications sacrées se retrouve dans la Liturgie. Les\npremiers envoyés de l'Église romaine l'apportèrent. Elle se développa avec le\nChristianisme, s'élargit et devint une institution vivante, d'une merveilleuse\n"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3602, "texte": "                                 LES LIVRES                               449\n\n fécondité. Le culte se revêtit d'Art. Autour de l'autel s'associèrent les âmes :\n la fraternité chrétienne a prévu l'organisation des économistes. Le culte est\n le grand lien social des hommes. Quand le Protestantisme rompit ce lien, il\n fit une œuvre antinationale. La substitution de la prière privée aux pompes\n liturgiques devait avoir pour effet d'altérer la notion d'une Église « grande\n société visible, patrie des peuples ». Même des catholiques, restés fidèles,\n subirent cette action du Protestantisme. Mais une renaissance littéraire\n ramène des admirations, et réunit, dans la glorieuse tradition, des fois\n éparses. C'est Victor Hugo et sa Notre-Dame de Paris, c'est Montalembert et sa\n Sainte Elisabeth de Hongrie et ses Moines d'Occident, ce sont Ozanam, Léon Gau-\n thier, d'autres encore... Ils firent le geste indicateur qui a été compris et\n suivi. « Huysmans le répète sous nos yeux. Avec quelle puissante originalité\n ne nous indique-t-il pas la route royale qui mène du présent au passé et du\n passé à l'avenir! Sa personne contribue tout entière à accroître l'intérêt du\n geste. C'est une personne taillée pour être discutée ; tant mieux. Ses idées ne\n provoquent pas moins la discussion. Il faut s'en féliciter. Ah! les hommes\n qu'on ne peut discuter ! les hommes, comme tout le monde! ils ne peuvent\n pas grand'chose. » Nous devrions reproduire ici l'analyse, pénétrante et\n sagace, que Dom Besse consacre aux caractéristiques de l'esprit, aux moda-\n lités de style d'un exceptionnel artiste. Voilà des pages pleines de saveur,\n lucides, entraînantes, vigoureuses.\n    Ah ! combien vraies ces remarques : « L'auteur d'En route et de la Cathé-\n drale veut montrer, non une piété raccornie et raccourcie, qui ne saurait\n attirer, mais le catholicisme vivant, qui vibre dans son culte; une mystique\n chrétienne et française, éblouissante dans l'éclat de ses manifestations litur-\ngiques. Cela va mieux au cœur qu'un christianisme à petites dévotions, sans\nla moindre portée sociale. Il a réussi auprès de plusieurs. Ce n'est pas en\nédulcorant trop la religion et ses pratiques vraies que l'on peut gagner les\nâmes qui comptent. » Et Dom Besse réaffirme : Notre vieux culte national,\nla liturgie, a été le grand trait d'union dans notre société. Cette liturgie est\nbelle. Les chrétiens, d'esprit ouvert, y puiseront de profondes jouissances\nartistiques. « Le beau, même en théologie, même dans les moyens pratiques\nd'aller à Dieu, reste la splendeur du vrai. Le catholicisme étroit, qui garde\nl'empreinte glaciale du rigoureux et flétrissant jansénisme et déclare la piété\nincompatible avec le beau, se condamne lui-même à l'impuissance. Jamais il\nne rayonnera sur la société. Voulez-vous un catholicisme qui empoigne le\npeuple? Failes-le artistique, ruisselant de beauté, parce qu'il contient le vrai\ndans sa plénitude. » Plus loin, l'auteur, en exaltant « la mystique du vieux\ntemps », rejettera toute ce réaction imbécile ». Il veut « une tradition vivante,\nune tradition déchargée d'un apport inutile qui lui vient de chaque siècle et\nde chaque circonstance; tradition qui sait s'approprier tout ce que les hommes\net les événements lui fournissent de juste et de bon ; tradition toujours fidèle\nà elle-même, actuelle, parce qu'elle est de tous les temps. » Enfin, que l'en-\nthousiasme d'un Huysmans nous emporte aussi ! Et que ces paroles de Dom\nBesse soient écoutées; elles précisent admirablement le sens de l'œuvre chré-\ntienne de Huysmans, elles résument sa portée : « Sortons des petites cha-\n"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "450                               DTJRENDAL\n\n\n\npelles et des cryptes obscures et humides où se plaît la religion sentimentale\ndes individualisés. Etalons sous les voûtes de nos cathédrales séculaires et\nde nos vastes églises les manifestations traditionnelles de nos convictions et\nde nos espérances religieuses, envers et contre tout, devant les fidèles dont\nle nombre grossira forcément. La foule attire, quand elle se compose d'une\nélite et lorsqu'elle se réunit dans des sanctuaires splendides pour assister à\ndes actes pleins d'idées et de grâce. La présence de Dieu, qui croît avec\nl'assistance, a des attraits mystérieux et irrésistibles... »\n                                                             GEORGES VIRRÈS.\n\nF r a F i l i p p o L i p p i , par EDWARD C. STRUTT; un vol. illustré. — (Lon-\n  don, Bell and Sons.)\n   Fra Filippo Lippi appartient à cette pléiade dont le XVe siècle florentin a\npris un si vif et si pénétrant éclat. Venu après Masaccio, dont il fut l'élève ;\ncontemporain de Fra Angelico, dont son art, sinon sa vie, s'inspira souvent;\nd'Uccello, de Gozzoli, il exerça une profonde influence sur les débuts du\njeune Botticelli, qui devait représenter, dans l'apogée exquis de son efflores-\ncence juvénile, cette admirable école florentine dont les tendances réalistes et\nidéalistes, confondues, trouvèrent leur maturité en Léonard de Vinci.\n   Le beau livre que M. Strutt consacre au peintre des fresques de Prato n'est\npas de ces ouvrages critiques consacrés à la longue et fastidieuse discussion\ndé l'authenticité de peintures vouées à un éternel anonymat ou à une sèche\nénumération d'oeuvres et de dates. L'auteur a cherché à faire revivre devant\nnous la physionomie du bon peintre et du médiocre moine que fut Fra Filippo\n Lippi, et il y a parfaitement réussi.\n    Les grandes œuvres de l'art, de quelque époque qu'elles soient, ne sont,\n pourrait-on dire, jamais finies : elles continuent de se développer, de s'ac-\n croître de nouvelles significations dans l'esprit et dans l'âme, de ceux qui\n savent les aborder avec assez de respect pour qu'elles leur parlent. Et toute\n interprétation, tout commentaire devient légitime, du moment que, de cette\n beauté, qui semblait fixée et immuable, ils savent faire jaillir une beauté\n nouvelle.\n    La critique a cessé d'être idéologique et abstraite; elle s'appuie sur le ter-\n rain stable de la science, mais tous les faits qu'elle a recueillis et notés, tous\n les détails certains dont elle s'est montrée curieuse et avide ont servi à des\n reconstitutions, telle que le Fra Filippo Lippi, de M. Strutt, pleines de perspi-\n cacité et, parfois, de divination heureuse.\n    Le volume, richement édité, à l'ordinaire de la maison Bell and Sons, est\n enrichi d'un grand nombre d'illustrations excellentes, d'après les œuvres du\n maître.\n                                                               ARNOLD GOFFIN.\n\n Le Prêtre dans le Roman français, par PAUL FRANCHE. —\n   (Paris, Perrin.)\n   L'auteur de cette étude, dont le sujet méritait vraiment de tenter un his-\ntorien des lettres, n'est pas loin de croire que c'est abaisser le caractère sacré\n"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3248, "texte": "                                 LES LIVRES                                 451\n\ndu prêtre que d'en faire un personnage de roman. Maintes fois il déplore\nl'initiative hasardeuse de Chateaubriand, qui livra le sanctuaire à la discus-\nsion de certains esprits, aux fantaisies malsaines de certaines imaginations.\nC'est à la faveur de cet acte imprudent, affirme-t-il, que beaucoup de\nméchants livres, sous couleur d'études cléricales, ont envahi la littérature\nromanesque.\n    M. Franche en est-il bien sûr? En un temps où, comme il le constate lui-\nmême, tout le monde passe sur le pont d'Avignon de la critique et de l'obser-\nvation, comment douter que, même sans le père Aubry des Martyrs, le prêtre\ny eût passé? Et l'exemple vient-il vraiment de Chateaubriand?\n    Au surplus, la question de savoir si le prêtre appartient au romancier,\noiseuse et quelque peu puérile pour les non croyants, est tranchée affirma-\ntivement par quiconque estime — et nous en sommes — que l'art ne profane\npas nécessairement ce qu'il touche.\n    Parmi les nombreux prêtres, sublimes ou non, qu'ont tenté de peindre les\nmaîtres du roman moderne, M. Franche n'a rencontré nulle part, « puissam-\nment repoussée en heurt d'ombres et de lumières, la figure vraie, le portrait\nauthentique du prêtre ». Il l'a cherché vainement chez Lamartine et chez\n Hugo, chez Balzac — à qui nous devons cependant l'admirable abbé\nBonnet — et chez Ferdinand Fabre, chez Zola, chez Anatole France, chez\n Halévy chez Huysmans, chez nombre de romanciers plus ou moins notoires;\nil eût pu le chercher ailleurs encore, par exemple, chez Barbey d'Aurevilly,\n où il eût rencontré l'abbé Méautis, et chez M. Dimier, dont la Souricière\n récente révèle plusieurs intéressantes figures sacerdotales. A son sens, peu\n ont lu dans la nature double du prêtre; aucun n'a rendu, dans sa complexité,\n la personne du prêtre. Les uns ne montrent en lui qu'un homme ; les autres\nsuppriment en lui l'homme ; tous passent à côté de la vérité totale. Il y aurait\nbeaucoup à dire là-dessus, et peut-être ne serions-nous pas toujours de l'avis\nde M. Franche. Cela ne nous empêchera point de reconnaître ici, dans son\nlivre, une étude consciencieuse, bien écrite, noblement pensée, digne d'inté-\nresser les chrétiens et les lettrés.\n                                                                       M. D.\nDIVERS :\nL e T e m p l e e n s e v e l i , par MAURICE MAETERLINCK. —(Paris, Fasquelle.)\n   Maurice Maeterlinck est non seulement un admirable artiste, un exquis\npoète, un dramatique incomparable, mais encore un profond penseur. Et c'est\npeut-être ce qui fait la force et la beauté de ses œuvres même purement\nlittéraires. Sans doute, elles fascinent par la forme d'art fastueuse qui en\nenrobe les idées, mais celles-ci, par leur vigueur et leur unité, donnent à\nces œuvres toute leur puissance. On ne peut être un vrai artiste qu'à condi-\ntion d'être un penseur. Pour que l'œuvre d'art soit belle et soit en somme\nune œuvre d'art, il faut que la pensée qu'elle incarne soit remarquable. C'est\nl'originalité de la pensée qui fait l'originalité de l'œuvre. L'artiste n'est pas\nautre chose qu'un penseur doublé d'un poète. Sous ce rapport M. Maeterlinck\na atteint l'idéal et c'est un prestigieux artiste.\n"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3496, "texte": " 452                               DURENDAL\n\n\n     Voici de lui une nouvelle œuvre philosophique. Il ne lui manque, pour\n  être belle comme le livre de l'Imitaiion avec l'auteur duquel Maeterlinck se ren-\n  contre bien souvent, que d'être transfiguré par les rayons de la Foi. La philo-\n  sophie exposée dans ce livre est, après la chrétienne, la plus haute et la plus\n  élevante qu'il soit possible de concevoir. Et à une âme qui n'a point la Foi, on\n  ne pourrait indiquer un plus noble code de moral. C'est une philosophie forte,\n  large, pénétrante, généreuse, qui ouvre toutes les fenêtres de l'âme et\n  agrandit son horizon d'une façon étonnante. On ne peut que s'améliorer à\n  son contact. Il offre à l'homme une idée splendide de sa nature, de cette\n  nature qui n'est si grandiose que parce qu'elle est le portrait de Pieu. Il va\n  de soi que la philosophie de Maeterlinck n'est pas entièrement la nôtre.\n  Nous aussi, nous prétendons puiser la nôtre dans la raison humaine. La Foi,\n  en prenant possession de notre Temple intérieur, loin d'en amoindrir les\n proportions, n'a fait qu'en élancer les colonnes, qu'en exhausser les voûtes\n et qu'en dilater les nefs. Abandonnée à elle seule, la raison est un temple\n inachevé. La Foi est la lampe du sanctuaire. Elle comble les lacunes que la\n raison, abandonnée à ses propres forces, a laissé dans la construction du\n Temple. Elle répare les brèches qu'y ont fait et y font sans cesse les faiblesses\n d'une nature amoindrie par la faute. Il manquait à ce temple un dôme. La\n Foi le lui a donnée. Elle est le couronnement de l'édifice. La Foi ne détruit\n pas la raison. Elle l'aide à atteindre son plein épanouissement en la purifiant\n et en l'élevant. Puisse la belle et puissante philosophie de Maurice Maeter-\n linck se compléter aussi un jour par la Foi. Elle lui donnerait une autre\n ampleur encore que celle qu'elle a déjà par elle-même. Une âme loyale\n comme la sienne ne peut qu'arriver un jour à la vérité totale qu'elle cherche\n si sincèrement. Je voudrais, si je ne craignais d'allonger trop ce compte\n rendu, faire quelques citations. Mais il y a tellement et de si radieuses fleurs\n à glaner dans ce merveilleux jardin que je serais fort embarrassé pour tresser\n mon bouquet. Toutes sont belles. Tant d'elles dégagent un si enivrant parfum\nde poésie et de pensées que je serais tenté de les cueillir toutes. Que le lecteur\nouvre lui-même le livre et récolte dans ce champ de blés d'or, épingles de\ncoquelicots rouges-feu dégageant de la lumière comme de petits soleils et de\nbleuets azurés comme le ciel dont ils envoient à l'âme tant de gracieux\nsourires, la nourriture qui lui convienne et qui la réconforte. J'attire l'atten-\ntion du lecteur surtout sur les beaux chapitres : le Règne de la Mature et le\nPassé, qui contiennent de si hautes leçons. Ce dernier chapitre surtout est bien\npropre à relever le courage des abattus par de tristes souvenirs et à doubler\ncelui de ceux que le passé, quel qu'il ait été, brillant ou effacé, triste ou\njoyeux, serein ou troublé, n'a point entamé dans les racines de la vie intime.\n\nLes derniers j o u r s d e P é k i n , par PIERRE LOTI. — (Paris, Calmann-\n  Lévy.)\n  C'est le récit intéressant du voyage que fit l'auteur, avec l'expédition fran-\nçaise, au pays mystérieux de la Chine. D'abord, l'arrivée dans la mer Jaune.\nPuis, l'excursion à Pékin. Enfin, le séjour dans la ville impériale, dont l'au-\nteur nous fait connaître les sanctuaires et les palais mystérieux, inviolés jus-\n"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "                                  LES LIVRES                                 453\n\nqu'alors, et dont l'invasion jadis eut paru presqu'un sacrilège aux Chinois,\nmais dont les lois de la guerre avaient ouvert les portes au large aux chefs\ndes armées étrangères. Pierre Loti pénétra en curieux et en artiste dans tous\nles secrets de la ville impériale. Il nous en décrit, en artiste aussi, toutes les\ncuriosités et toutes les richesses. Enfin, il nous conduit aux fameux et célè-\nbres tombeaux des empereurs. Tout le monde connaît le talent descriptif\nincomparable de l'auteur. Le présent livre, merveilleusement écrit, nous\ndonne une preuve de plus de son habileté à décrire les charmes et les mys-\ntères d'un pays dont nous ne connaissions que les dehors, et encore si super-\nficiellement. Ce livre est excessivement curieux et du plus haut intérêt.\n                                                                         H . M.\n\nLe Livre d'or de la révélation chrétienne. — Deuxième volume :\n  Nouveau Testament, par le R. P. DIDON, un vol. in-folio, orné de\n   nombreuses reproductions chromo-lithographiques, d'après les œuvres des\n   grands maîtres. (Paris, H . Le Soudier.)\n   « Tandis que les livres du temps passionnent et absorbent la foule curieuse,\navide, distraite, semant en elle la déception, le scepticisme et l'énervement,\nle Livre d'Eternité est délaissé, méconnu, incompris.\n   » Je voudrais le faire lire.\n\n\n   » Que les curieux, les friands de nouveau, comme les Athéniens d'antan,\ntoujours en quête de frivoles nouveautés, n'ouvrent même pas ce livre. Je n'y\nai mis que l'Evangile, le vieil Evangile, l'Evangile éternel, celui qui a nourri\nquatre-vingts générations avant nous, celui dont l'esprit critique ne veut plus,\nmais qu'il ne remplace pas avec ses mesquines, sèches et stériles exigences,\ndans les âmes affamées de Dieu.\n   » Et toi, critique, emmuré dans ta raison, n'as-tu pas besoin d'espérance,\nde consolation et de vie? Ecoute comme les simples; oublie un instant ta\nsagesse et ouvre ton cœur. Pourquoi te raidir contre Dieu? On dirait qu'il\nt'épouvante. Et pourquoi te tournes-tu toujours vers la matière et vers toi?\nDieu n'est pas ton ennemi : il représente tout ce qui est au-dessus de tes\nmisères. Ce n'est pas lui qu'il faut rejeter et craindre, c'est la matière, c'est\ntoi. La matière est le poids lourd qui nous abaisse ; et toi, avec toute ta raison\net la misérable vertu, ne sens-tu pas que tu n'es que cendre et poussière, une\nlueur vacillante dans les ténèbres des choses, une aspiration essoufflée vers le\nBien et le Parfait? »\n   Ainsi parle le R. P . Didon, dans l'introduction de son livre, pour en définir\nle but; et il n'y a rien, presque, à ajouter à ces mots éloquents.\n   L'éminent dominicain, en suivant pas à pas, les textes évangéliques, retrace\ntoute la carrière de gloire et de douleur du Christ; il le suit dans toutes les\nétapes de sa vie mortelle, depuis l'enfance jusqu'à la croix. Il nous le montre\ndans les belles années heureuses de la prédication populaire, passant parmi\nles hommes, dans un sillon d'ineffable et pure douceur; au milieu des ténè-\nbres et de l'angoisse du supplice; dans les éblouissements de la résurrection...\n"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": " 454                                   DURENDAL\n\n\n Il nous le montre encore, dans ses disciples, dans les apôtres ; dans la simpli-\n cité sublime et la force de Pierre; dans la grâce convaincante de Jean; dans\n l'esprit plein de flammes et de lueurs de Paul...\n    La physionomie si originale et si volontaire de l'Apôtre des gentils, la\n magnétique âme passionnée de ce chétif artisan qui, errant de ville en ville,\n en travaillant pour vivre, portait partout sa parole comme une torche enflam-\n mée, un brandon incendiaire qui devait ruiner l'édifice vermoulu des\ncroyances antiques ; l'ardent auteur des Epîtres, qui sont devenues la moelle\n de la théologie, a inspiré au R. P . Didon des pages magistrales et qui sont\ncomme un résumé plein de vigueur et de substance de la doctrine chrétienne.\n    L'ouvrage se termine par un commentaire large et compréhensif de\nl'Apocalypse.\n    Les éditeurs du Livre de la révélation chrétienne ont voulu lui donner le carac-\ntère d'une publication de grand luxe, mais d'un luxe intelligent et artistique.\n    Les belles illustrations, finement mises en couleur, qui accompagnent le\ntexte du R. P . Didon, empruntées pour la plupart à l'oeuvre des grands maî-\ntres italiens et flamands, Raphaël, Véronèse, Vinci, Titien, Michel-Ange,\nRubens, Rembrandt, etc., constituent, en quelque sorte, un second commen-\ntaire des Ecritures, dont l'attrait complète et souligne celui du savant et reli-\ngieux prédicateur.\n                                                                        A. G.\n\nL e t t r e s d e d i r e c t i o n s p i r i t u e l l e , 1re série, de la Correspondance de\n  Monseigneur Gay. — (Paris, Oudin.)\n    Les lettres, qui composent ce volume, sont adressées à trois personnes, qui\n présentent des types très différents.\n    La première est une convertie; mais, jusque dans les jours d'égarement,\n elle avait su garder, avec la dignité, une grande élévation d'âme.\n    La seconde est une femme du monde pleine de bonne volonté et d'élan,\nmais dont les belles qualités sont un peu amoindries par une certaine mol-\nlesse qui lui fait plus difficile le travail de la sanctification.\n    Enfin, la troisième eut souhaité se consacrer à Dieu dans l'état religieux.\nLa délicatesse de sa santé ayant mis obstacle à ses désirs, elle vécut dans le\nmonde de la vie mystique du Carmel.\n   Avant tout, ce qui caractérise la Correspondance de Monseigneur Gay, c'est la\nvie. Rien de mécanique, de convenu, de compassé: c'est l'élan, l'équilibre\nharmonieux, la plénitude de la vie. Et quelle vie! La pensée de Mgr Gay se\nreportait toujours vers le mystère de Jésus-Christ, de sa vie en nous et de la\nnôtre en Lui. A ce mystère, qui est le centre vivant, la substance même de\nnotre religion, il ramenait tout; et c'est ce qui fait qu'il a, de la vie chrétienne\net intérieure, une conception si haute et si féconde.\n                                                                      C. DE PASCAL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison07-005", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 455, "page_fin": 456, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nos illustrations", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 534, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3262, "texte": "NOTULES\n\n   N o s i l l u s t r a t i o n s . — Nous donnons dans ce fascicule la reproduc-\ntion de la dernière œuvre de notre grand sculpteur Th. Vinçotte : les bustes\ndu Roi et de la Reine sculptés dans le marbre. Ils ont fait l'admiration de\ntous les visiteurs du dernier salon de la Société des Beaux-Arts. Ce sont deux\nchefs-d'œuvre incomparables. L'artiste a rendu avec un art admirable et une\npuissance étonnante la physionomie caractéristique, volontaire, décidée de\ncet homme de génie qu'est notre Roi. Et c'est avec un art consommé aussi\nqu'il a incarné dans le marbre les traits aristocratiques de la physionomie si\nfine et si distinguée de notre souveraine. Nous constatons avec joie que le\ntalent supérieur de Th. Vinçotte ne fait que se développer et se perfectionner.\nIl a vraiment atteint dans la sculpture de ces deux bustes merveilleux l'idéal\nle plus hautain. Il serait impossible de le dépasser. Nous lui offrons nos\nbien vives et sympathiques félicitations.\n\n\n   O n z e K u n s t . — Le numéro de juin s'ouvre par une étude, signée\nB.-P. VAN YSSELSTEIN, sur les œuvres de l'aquafortiste et graveur hollandais\nNieuwenkamp. Des reproductions des principales œuvres de cet artiste\n« sérieux et sincère », dont les gravures sur bois ont un caractère archaïque\ndélicieux et les eaux-fortes une puissance évocatrice remarquable, accom-\npagnent l'étude, un peu sommaire, nous semblet il, de M. P . Van Ysselstein.\nLe critique résume le caractère du fier artiste qu'est Nieuwenkamp, comme\nsuit : « Nieuwenkamp est un de ceux qui ne se soucient pas de la popularité ou\ndu succès facile ; il va son propre chemin, en dehors du monde, cherchant sans\ncesse une meilleure compréhension des choses, un rendu plus pur, une vision\nexacte... Sans être l'esclave de petites habitudes, qui finissent par tuer\nl'enthousiasme, il poursuit son œuvre pleine de fraîcheur et de sponta-\nnéité. » M. Max Rooses, le critique d'art qui a peut-être le plus d'autorité\ndans notre pays, continue dans cette livraison son étude si fouillée sur\nles dessins des maîtres flamands. Il traite, cette fois, de Breughel le Vieux.\nL'article est accompagné de plusieurs reproductions des dessins de ce grand\nmaître flamand. Voici le passage principal de ce bel article. Après avoir\nnoté qu'en 1553 Breughel se trouvait à Rome, M. Max Rooses continue:\n « Breughel ne rapporta du Sud que des images d'une nature étrangère.\nAprès, comme avant son voyage, c'était un Flamand, l'artiste flamand par\nexcellence. Il ne faisait pas, il est vrai, un tableau flatteur de ses compa-\ntriotes, mais les paysans de son pays avaient plus de charme pour lui que les\nseigneurs et princes étrangers. Leur vie simple et leurs mœurs rudes lui\nparaissaient un sujet plus attrayant que toutes les magnificences du monde\nd'en bas et du monde surnaturel, et nos contrées plates et rustiques lui sem-\nblaient plus agréables et plus pittoresques que les formes extraordinaires,\ngrandioses ou capricieuses de la nature du Midi. Il était à l'antipode de\npresque tous ses contemporains et compatriotes artistes, leur contradicteur,\nnon pas modeste et mesuré, mais violent, et quelquefois extravagant et gros-\nsier... Sa facture est essentiellement différente des autres Flamands. Van\n"}, {"page_pdf": 535, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "                                  DURENDAL\n\n\n\nEyck, Memling et tous les maîtres primitifs font de leur dessin une œuvre\nd'art en elle-même; ils achèvent soigneusement, amoureusement chaque par-\ntie, même la moindre, de leur œuvre, crayonnant leurs petites lignes et leurs\ntraits fins avec une précision de miniaturiste. Breughel dans ses études\nde figures ne vise qu'à donner une image juste de ce qu'il a vu. Ses dessins\npour la gravure rendent le sujet avec un certain soin, mais ils n'ont jamais\ncette minutie, cette finesse des primitifs. Il tient, comme dessinateur, le\nmilieu entre les miniaturistes duXVeet les coloristes duXVIIesiècles. »\n                                                                      A. C.\n                                    «**\n  M m e A . - M . d e G o e i j , qui s'est fait connaître par une intéressante\ncollaboration littéraire à divers magazines, consacre depuis quelque temps\nson talent à la peinture. Elle s'est fait apprécier déjà, dans cette nouvelle\ncarrière, notamment par de délicates interprétations de paysages marins,\nentre autres une Baie du Conquérant, d'une jolie grâce poétique.\n\n\n   V i e n n e n t d e p a r a î t r e , chez l'éditeur LAMERTIN, Marché-au-Bois :\n   La deuxième édition revue des Mystères de Mithra, par M. F . CUMONT, dont\nla première édition, accueillie avec une faveur marquée dans le monde savant,\na été rapidement épuisée.\n   La Légende des Trois Compagnons de saint François d'Assise, dans le texte inté-\ngral restitué par les R.R. P . P . Marcellino da Civezza et Teofilo Domenichelli,\ntraduit, accompagné de nombreuses notes et d'une introduction critique et\nhistorique, par notre collaborateur ARNOLD GOFFIN.\n   Nous rendrons compte prochainement de ces ouvrages.\n\n   H e i i r i T h i é b a u t . — Sous le titre : La Musique à Paris, Octave Maus.\nécrivait dernièrement dans l'Art moderne : « Parmi les séances assez nom-\nbreuses de ces dernières semaines, signalons l'audition donnée à la salle\nPleyel, avec le concours d'artistes de choix; des œuvres de_M. HENRI T H I É -\nBAUT et dont le succès pourrait bien valoir au directeur de l'École de musique\nd'Ixelles la publication prochaine, par un éditeur parisien, des Noëls flamands\nqu'il a si joliment harmonisés et dont la plupart ont une saveur locale très\nappréciée. »\n                                          ***\n  L'Union des Amis de l'Art belge. — Les adhésions à cette\nassociation arrivent nombreuses, même de l'étranger. Parmi les artistes,\nnommons les sculpteurs Lagae, Rousseau, Devreese, Des Enfants, Char-\nlier, etc., les peintres Courtens, Jan Stobbarts, Wytsman, Hagemans, Jakob\nSmits, etc., le bijoutier d'art Ph. Wolfers; M. Kufferath, directeur du théâtre\nroyal de la Monnaie. Les adhésions sont reçues, rue de Comines, 34, à\nBruxelles.\n                                       ***\n   NOUS s i g n a l o n s l'apparition, à la Maison des poètes, 42, rue Mathurin\nRégnier, à Paris, dans les belles éditions de luxe sobre et intelligent publiées\npar les soins de l'ouvrier d'art Edmond Girard, d'un volume de beaux vers\npleins de sève forte et de grâce profonde : Isle de France, par Pierre Gauthiez,\ndont on se rappelle les vigoureuses et délicates études italiennes.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 464, "texte": ""}, {"page_pdf": 465, "texte": ""}, {"page_pdf": 466, "texte": ""}, {"page_pdf": 467, "texte": ""}, {"page_pdf": 468, "texte": "    Les Assises de Musique Religieuse\n     données par la Scola Cantorum de Paris, à Bruges\n                  les 7, 8, 9 et 10 août 1902\n\n\n\n               TOUT le monde connaît la célèbre Scola, société de\n                   musique religieuse, fondée à Paris par trois\n                   artistes incomparables, Vincent d'Indy, Guil-\n                   mant et Charles Bordes. Les Belges auront, au\n                   mois d'août, une occasion unique d'entendre\n                  cette admirable école de musique vraiment\n                  artistique et vraiment religieuse. Ils viendront\n                  pendant quatre jours à Bruges donner des audi-\n tions splendides entremêlées de conférences du plus haut intérêt\n et du plus nécessaire et vivant enseignement sur la vraie musique\n religieuse, le chant grégorien, la musique figurée à l'église, etc.\n    Nous ne saurions assez vivement engager nos lecteurs à\n prendre part à ces assises solennelles et à s'inscrire dès mainte-\n nant comme membres honoraires ou, tout au moins, comme\n congressistes. Que ceux qui en ont les moyens s'inscrivent\n comme membres honoraires, afin d'encourager cette entreprise,\nmagnifique en la soutenant par une souscription plus large, ce\ndont les organisateurs ont besoin, car ils n'ont demandé aucun\nsubside ni au gouvernement, ni à la ville, confiant dans la géné-\nrosité traditionnelle des catholiques belges.\n   On sait combien il est urgent de relever enfin l'art musical\nreligieux, tombé dans les bas-fonds de la plus lamentable\nmédiocrité et profané odieusement par l'intrusion d'une musique\nthéâtrale révoltante, qui n'a plus rien de religieux et est tout\nce que l'on veut, excepté de l'art. Le mal sévit avec autant de\nrigueur et d'horreur en Belgique qu'ailleurs. Nulle part, une\nmanifestation comme celle-ci, qui sera grandiose et digne des\ngrands artistes de la Scola, de Paris, n'est plus opportune.\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "394                        DURENDAL\n\n\n   Nous sommes débordés par la musique profane, une musique\nqui ne ressemble plus à rien du tout, qui n'a plus de nom dans\naucune langue, une musique à mettre en fuite quiconque à un\npeu de piété dans le cœur et un peu d'art dans l'âme. Pour moi,\nj'avoue que le plus grand supplice que l'on puisse m'infliger,\nc'est celui de me forcer à assister à une grand'messe ou à un\nsalut solennel dans une de nos églises. Cette musique est horri-\npilante au premier chef. Elle tarit du coup toute aspiration vers\nDieu. Elle vous déchire le tympan. Elle vous crispe les nerfs.\nElle vous exaspère. Elle vous dégoûte et vous révolte, pour peu\nque vous aimiez un peu le recueillement et l'art, deux choses qui\ndevraient s'accorder si naturellement.\n  Et cette musique atroce a pénétré partout, même dans les\ncouvents. Aucune église n'y échappe. La plus petite chapelle de\ncouvent en est infectée. On en est réduit, quand on veut entendre\nde la musique vraiment religieuse, à aller à l'abbaye de Mared-\nsous ou dans une de nos cathédrales, dont deux surtout, celle\nde Malines, grâces au grand artiste Edgar Tinel, et celle de\nTournai, grâces à feu le chanoine Maton, se distinguent, entre\ntoutes, pour la bonne tenue de la maîtrise.\n  A Bruxelles, nous avons, de temps en temps, de magnifiques\nsolennités musicales religieuses à l'église de Saint-Boniface,\noù sont installés les Chanteurs de Saint-Boniface, noblement pro-\ntégés par le digne curé, M. Hallaux, un artiste dans l'âme, un\nesprit de la plus fine culture et aux sentiments si élevés. Sous\nla direction supérieure de M. Carpay, on exécute dans cette\néglise aux grandes fêtes des messes et des saluts de toute beauté,\noù une large part est faite aux plus grands maîtres anciens,\ncomme Palestrina, et aux vrais maîtres modernes, commeTinel.\nMais cette œuvre est si peu soutenue et si peu protégée, les\ncatholiques sont si avares de leurs deniers envers elle, qu'avec\nla meilleure volonté du monde la société des Chanteurs de Saint-\nBoniface en est réduite à ne donner que très rarement des audi-\ntions pareilles.\n   Voici une occasion unique de commencer une campagne\nsérieuse — puisse-t-elle être définitive! — contre les abomina-\ntions musicales auxquelles nous assistons en Belgique, et qui\nsont, en même temps qu'un scandale au point de vue de la\npiété, une calamité au point de vue de l'art religieux.\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "               LES ASSISES DE MUSIQUE RELIGIEUSE                  395\n\n\n     Souscrivons tous en grand nombre et largement à l'entreprise\n  de Bruges. La souscription de membres honoraires, donnant\n  droit à deux places à tous les exercices, à la réception du tirage\n  à part des conférences et à l'inscription de son nom sur les pro-\n grammes, est de 20 francs (celle de simple congressiste, donnant\n  droit simplement à une place, n'est que de 6 francs). Mais que les\n âmes généreuses, qui désirent avec nous le relèvement de l'art\n musical religieux en Belgique, assistent largement les organi-\n sateurs en donnant même quelque chose en plus que ce qui est\n exigé pour les cartes de membre honoraire.\n     Puissent ces magnifiques assises de Bruges être enfin l'aurore\n attendue depuis si longtemps, et souhaitée si ardemment par\n nous, de la résurrection en Belgique du grand et véritable art\n chrétien, le plus hautain et le plus sublime des arts. Ah ! si on\n pouvait une bonne fois désinfecter les jubés, brûler toutes les\n partitions de musique idiote, grotesque et baroque, qui consti-\n tuent le répertoire habituel de nos églises! Un simple psaume\n liturgique, exécuté en chant grégorien d'une façon pieuse et\n digne, est aussi empoignant, que la cacophonie profane que l'on\n doit subir actuellement dans les églises est exaspérante en ce\n qui concerne l'art et déprimante en ce qui regarde la piété.\n    J'avoue, pour ma part, avoir été souvent impressionné d'une\nfaçon inexprimable par une simple messe exécutée en Plain-\n Chant, d'une façon fruste et gauche par nos paysans dans une\néglise de village, alors qu'il m'est impossible d'être deux minutes\nà une grand'messe dans une église de nos grandes villes, sans\nsentir le plus impérieux besoin de prendre immédiatement\nmon chapeau et de m'enfuir en me bouchant les oreilles aussitôt\nque les chantres du jubé ouvrent le bec pour brailler leurs\natroces musiques.\n    Je souhaite ardemment que les grandes assises de Bruges\nréussissent en tous points. Je remercie avec toute mon\nâme les grands artistes Tinel, Charles Bordes, le Révérendis-\nsime abbé Pothier et toute la vaillante Scola de Paris pour\nl'œuvre magnifique qu'ils ont entreprise et je leur souhaite, avec\ntout mon coeur, le plus brillant succès, un succès tel qu'il laisse\ndes traces ineffaçables et qu'il ait des résultats définitifs pour le\nrelèvement de l'art musical religieux dans notre chère Belgique\ncatholique.\n                                              HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "                   In Memoriam\n\n                                          A Jean     Lahor.\n\nToi que je n'aime pas et qui pourtant m'es chère\nPour le stérile amour dont lentement tu meurs,\nPanure Ame si connue et toujours      étrangère,\nJ'apporte ma détresse en offrande à tes pleurs.\n\nPâle Sœur dédaignée, ô Vierge     taciturne\nLivrée au culte amer des vœux     inaccomplis,\nJ'ai souvent évoqué sous la voûte    nocturne,\nTa jeunesse drapée en sa robe à longs plis.\n\nPitoyable au chagrin qui rongeait ma pensée,\nTu rougis de ton sang mes chemins     ténébreux,\nConsacrant sans regret ta tendresse offensée\nA la rédemption de mon cœur      malheureux.\n\n« Regarde, disais-tu : Je t'aime et je suis belle,\nMa vie est une rose éclose sous tes pas...\nAh, laisse-moi t'aimer, mon cher enfant rebelle..! »\nMais je baissais la tête et ne répondais pas.\n\nDes pleurs nuançaient d'or tes grands yeux    d'améthyste\nEt bien que te sachant pour toujours loin de moi,\nTu chantais, exhalant ta céleste âme triste,\nDans un hymne d'espoir qui cachait ton émoi.\n\n « Je t'aime... je suis belle!... » Hélas! ces mots suprêmes\n Sur ta lèvre d'enfant me semblaient        étrangers\n Et je te rejetais, plaintive Sœur qui m'aimes,\n Avec un geste las, tes rêves outragés.\n\n Que m'importait le don d'un ineffable songe\n Dont la pure clarté grandissait chaque jour\n Quand mon inquiétude éprise de mensonge\n Se plaisait aux tourments d'un dérisoire  amour!\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                       IN   MEMORIAM                           397\n\nSi tes yeux ont pleuré sur moi qui t'ai      meurtrie,\nSi ton âme a gémi sous mes doigts       criminels,\nSi j'ai semé d'effroi ta jeunesse fleurie,\nSi j'ai marqué ton front de mes baisers cruels,\n\nSi j'ai fui la douceur de ta lèvre bénie,\nSi j'ai brisé ton cœur, si je l'ai blasphémé,\nComme toi, j'ai connu celte grâce infinie\nEt ce martyre affreux d'aimer sans être aimé.\n\nMes rêves les plus chers, ma force, mon ivresse,\nLes merveilleux espoirs qui s'éveillaient en moi,\nTout mon être exultant d'immortelle      jeunesse,\nMes chants doux et pieux comme un acte de foi,\n\nLes roses de ma vie et les lys de ma gloire,\nMon amour noble et pur comme un Ephèbe Roi,\nJ'avais tout abdiqué sur l'autel   illusoire\nD'une Enfant dont l'orgueil brûlait le front étroit.\n\nElle a tout déchiré de sa fine main pâle,\nSe riant de mes fleurs et narguant ma chanson,\nFière de se sentir la Dalila fatale\nQui raille en l'enchantant le désir de Samson.\n\nPrès d'elle, j'ai filé la laine fatidique\nDont elle recueillait les grêles     écheveaux,\nPour m'étrangler à l'heure où mon cœur           nostalgique\nL'aurait voulu mener vers des destins         nouveaux.\n\nO volupté de vivre au milieu des larmes!\nA ses pieds, bafoué, vilipendé,  meurtri,\nJ'ai bien longtemps chanté sans regretter mes        armes,\nHeureux de la servir dès qu'elle avait souri.\n\nMais un soir, mon amour la fatigant sans doute,\nSans un mot, dans la nuit qui tombait peu à peu.\nElle m'abandonna sur le bord de la route\nOù tristement neigeait un clair de lune bleu.\n\nAi-je souffert loin d'elle? Hélas! le sais-je encore?\nPourquoi j'ai survécu? Je l'ignore      toujours.\nComment après tant d'ombre une nouvelle aurore\nDoucement vint fleurir le linceul de mes jours?\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "398                         DURENDAL\n\n\n      O ma Sainte Gardienne effacée et si pure\n      Je ne puis te répondre, ayant tout oublié;\n      Déjà le souvenir de l'ancienne  blessure\n      Ne vient plus effleurer mon cœur pacifié.\n\n      Comme autrefois je chante et je bénis la vie,\n      Mais ma voix est plus grave et parfois l'on dirait\n      Qu'aux bénédictions de mon âme ravie\n      Comme un parfum vieilli, se mêle un long regret.\n\n      Tu souffres, chère Enfant : J'ai souffert : Nos pensées,\n      Par delà cet amour qui nous brisa tous deux.\n      Silencieusement  et les mains enlacées\n      Rêvent d'un clair pays où l'on serait    heureux.\n\n      A quoi bon nous leurrer d'un mensonge      fragile?\n      Tu m'aimes... Puis-je encor aimer, quand     lentement\n      S'effrite dans mon cœur l'Idole aux pieds d'argile\n      Que tu crois noble, pure, éternelle et qui ment.'\n\n      Poursuivons nos destins : Toi, ma Sœur, fuis les charmes\n      De l'amour embusqué sous ton bel avenir :\n      Prends mon pâle sourire et laisse-moi tes larmes,\n      Mon sourire — ô néant! — tes pleurs — ô souvenir!\n\n                                               GEORGES   MARLOW.\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "               L'Imposteur Magnanime\n                              Perkin Warbeck\n                          Drame en quatre actes\n\n                                      (Suite)\n\n\n\n\n                             TROISIÈME ACTE\n\n  Une salle dans le palais de Westminster. Ameublement de style sévère. Table recou-\nverte d'un tapis. Fauteuils gothiques.\n\n\n\n                                   SCÈNE I re\n\n              LE COMTE D'OXFORD, L'ÉVÊQUE DE DURHAM\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Mylord, faut-il croire la nouvelle qui circule dans les galeries de Saint-Paul,\net sur les quais de la Tamise? Le pseudo Richard IV aurait été pris non loin\ndes côtes de la Cornouailles ?\n\n                                    OXFORD\n\n  Rien n'est plus exact, mylord.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  Je vous félicite de tout cœur.\n\n                                    OXFORD\n\n  Des courriers arrivés à l'instant me donnent le détail de l'affaire. Ce n'est\nqu'en brûlant les étapes que je suis arrivé ici quelques heures avant notre\nhomme, le temps de lui retenir son logement dans la Tour !...\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "400                              DURENDAL\n\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n  Ce larron dans la prison des criminels de qualité !\n\n                                   OXFORD\n\n   Oui, par une longanimité excessive notre roi n'a pu se résoudre à l'incar-\ncérer dans la Flotte avec les malandrins ordinaires... Comme vous le savez,\nj'étais allé là-bas négocier la capture du duc Perkin avec son ministre Frion.\nCe transfuge de Marguerite d'York m'a fort bien servi. Toutefois la chose nous\na coûté plus de trente deniers et ne s'est pas accomplie sans peine. Tandis\nque par une attaque feinte nos hommes occupaient d'un côté le gros de l'armée\ndu prétendant, Frion attirait Warbeck et ses fidèles à l'autre bout du champ\nde bataille par un grand hourvari de cavalerie, de fanfares et d'armes entre-\nchoquées... L'étourneau est allé donner tête baissée dans l'embuscade !...\n Mais la nouvelle de sa prise n'a pas suffi, comme nous nous en flattions pour\ndisperser ses rustauds de Cornouailles et ses pirates flamands qui se sont battus\nen désespérés et qui se sont fait occire presque jusqu'au dernier après nous\n avoir pas mal tué de monde... Perkin, acculé et convaincu pourtant de la\nvanité de sa résistance, s'était débattu comme un vrai diable...\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n   Qu'il n'est pas seulement au figuré !...\n\n                                    OXFORD\n\n  Comme l'ordre du roi était de nous en emparer vivant, ainsi que de son\ncomplice Frans de Bruxelles, je vous laisse à penser si nos soldats ont eu du\nmal à se saisir des deux drôles! Enfin, voilà qui est fini!... Mais il était\ntemps. Ici même, à Londres, la sédition commençait à fermenter... Vous ne\nvous imaginez pas ce que ce jeune maraud a fait de dupes et de prosélytes...\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  Avec l'aide de Belzébuth et Dieu sait par quelles machinations sacrilèges !\nAussi j'espère bien le voir traité comme nous servîmes autrefois son aïeule en\nsorcellerie, la fameuse pucelle d'Orléans...\n\n                                    OXFORD\n\n   Malheureusement, il faudrait pour cela, que le roi consentît à nous le livrer.\nMais vous connaissez notre maître. Plus que jamais il se pique de magnani-\nmité. Et maintenant qu'il tient ce félon, vous verrez qu'il mettra de la coquet-\nterie avant de lui allouer le salaire de son imposture... Aussi, à la rigueur,\nj'entretiendrai l'humeur factieuse de nos apprentis de Blackheath et je mena-\ncerai le roi d'une nouvelle révolte de Jack Cade.\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                         L'IMPOSTEUR      MAGNANIME                         401\n\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Bon expédient, en effet... Mais à propos de Warbeck, je n'avais pas attendu\nl'événement de son arrestation pour solliciter l'intervention du Saint Père.\nLe prêtre que j'envoyai à Rome nous rapportera bientôt l'annulation du\nmariage de Catherine Gordon, annulation soumise à une condition formelle\nainsi que je vous en ai prévenu. Le divorce n'est canoniquement valable que\nsi l'un au moins des deux époux a réclamé la séparation...\n\n                                    OXFORD\n\n   Soyez tranquille, mylord. D'ici au retour de votre courrier, la princesse\nGordon aura sollicité l'intervention du vicaire de Dieu. Aussitôt que la basse\nextraction de Warbeck aura été démontrée à la princesse, elle se réjouira de\nla délivrance que nous lui ménageons.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  En effet il est inadmissible qu'elle eût consenti à épouser un vilain. Mais\nque devient, cette princesse ?\n\n                                   OXFORD\n\n  Elle, aussi, est arrivée à Londres. Le roi la retient prisonnière ou mieux\nen ôtage, dans son propre palais. Le prétendant l'avait confiée à Lord Dalyell ?\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  A ce poursuivant évincé de la dame?\n\n                                   OXFORD\n\n    Parfaitement. Dalyell était chargé de la reconduire en Ecosse en attendant\nl'issue de la campagne. Averti par un émissaire de Frion, je leur ai fait donner\nla chasse. Mes hommes sont parvenus à les rejoindre au moment où ils s'em-\nbarquaient. Ce Dalyell s'est battu, lui aussi, comme un lion... Il n'aurait pas\nprotégé sa propre femme avec plus de vaillance !\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n  Et cependant il se trouvait dans la situation de ce chien d'un antique apo-\nlogue. ..\n\n                                   OXFORD\n\n  Vous voulez dire qu'il ne défendait que le dîner de son maître. Mais ce\nqu'il a pris son rôle au sérieux! A lui seul il a fait presque autant de ravages\nparmi nos soldats que les rustres de la Cornouailles et ces écumeurs de\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "402                                  DURENDAL\n\n\nl'Escaut. E t comme ce Dalyell est u n des favoris de Jacques d'Ecosse, notre\nnouvel allié, la consigne interdisait à nos h o m m e s de lui endommager la\npeau. Ils l'ont amené ici avec sa protégée.\n\n                                     L'ÉVÊQUE\n\n  Avez-vous déjà revu la princesse ?\n\n                                       OXFORD\n\n  N o n , mais je me suis ménagé une entrevue avec elle, ici-même où le roi\nvient de la faire m a n d e r . . .\n\n                                      L'ÉVÊQUE\n\n  Puissiez-vous la prévenir contre l'imposteur!... Vous savez si je suis\ndévoué à vos projets.\n\n                                       OXFORD\n\n   Aussi, combien je vous dois de reconnaissance...\n\n                                      L'ÉVÊQUE\n\n   C'est plutôt moi qui suis votre obligé, car, en déjouant les complots de la\n duchesse de Bourgogne vous me fournissez l'occasion de c o n s o m m e r la\n déchéance de cette odieuse maison d'York et de venger la rose rouge de L a n -\n castre, le saint roi martyr H e n r i V I , m o n premier maître. P e n d a n t que vous\n parlerez à la princesse, je cours complimenter notre seigneur au sujet de la\n capture de W a r b e c k ; puis nous vous rejoindrons ici pour préparer la confu-\n sion et le supplice de ce drôle...\n                                                                                (Il sort )\n\n\n\n\n                                       S C È N E II\n\n                                        OXFORD\n\n    Ah, Catherine! Altière et méprisante Catherine que tu le veuilles ou non,\n tu seras enfin ma femme! (Il fait jouer un timbre. A l'estafier qui se présente:) Faites\n entrer la princesse Catherine et mylord Dalyell !\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                                   L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                              403\n\n                                               SCENE          III\n\n                              OXFORD, CATHERINE, DALYELL\n\n             DALYELL (se porte impétueusement dès son entrée vers Oxford)\n\n   Mylord, m'expliquerez-vous cette agression ? Est-ce par votre ordre qu'on\nnous a attaqués et q u ' o n n o u s retient captifs ? De quel droit é l o i g n e - t o n la\nprincesse G o r d o n de l'époux qu'elle s'est choisie par le Saint Sacrement du\nmariage ?\n\n                                                  OXFORD\n\n    T o u t doux, m y l o r d ! . . . Réfrénez ce zèle pour les intérêts du malencontreux\né p o u x d e m a d a m e . . . E t sachez que tous deux vous fûtes conduits ici par\no r d r e de m o n royal maître.\n\n                                               CATHERINE\n\n N o n , Oxford ! T u calomnies, R i c h m o n d . P o u r q u o i m'aurait-il séparé de\nmon é p o u x ?\n\n                                                  OXFORD\n\n  C'est vous qui vous sépariez de lui! On n'a fait que vous amener à L o n d r e s\noù cet h o m m e se trouve en ce m o m e n t .\n\n                                               CATHERINE\n\n   Richard est ici ! à L o n d r e s ! B a t t u ! . . . P r i s o n n i e r ! . . . mais il vit...\n\n                                                 OXFORD\n\n   P a s u n cheveu n'est encore tombé de sa tête.\n\n                                              CATHERINE\n\n  J e d e m a n d e à lui être r e n d u e .\n\n                                                 OXFORD\n\n     N o n , vous n e devez plus le revoir, celui qu'on vous donna p o u r époux en un\nj o u r à jamais néfaste.\n\n                                              CATHERINE\n\n  U n jour néfaste!... Ah, je bénirai jusqu'à m o n dernier soupir, le jour où je\nsuis devenue la femme de Richard d'York!... Allons, vite, qu'on me montre le\nchemin de sa prison !\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "404                                DURENDAL\n\n\n                                    OXFORD\n\n  E n c o r e une fois, madame... P l u s jamais sa présence ne souillera l'air que\nvous respirez.\n                                  CATHERINE\n\n  E t si je veux, moi, me parfumer de sa douce haleine, m ' é p a n o u i r sous ses\nchers y e u x , de quel droit m'en empêchera-t-on ?\n\n                                     OXFORD\n\n    D u droit qui vient de Dieu même. E n attendant que notre Saint P è r e le\np a p e ait prononcé votre divorce, c'est par ordre du roi q u e vous êtes\nséparée pour toujours d'un indigne é p o u x . . .\n\n                                  CATHERINE\n\n  N o n , non, rien ne m'arrachera au duc d'York... Oxford, tu l'exaltes jus-\nqu'aux nues en t'efforçant de l'outrager.\n\n                                     OXFORD\n\n  Oubliez au plus tôt cet... aventurier. Son véritable nom souillerait vos\nlèvres.\n                                   CATHERINE\n\n  Il n'est point de musique qui s'exhale avec tant d e douceur, de fruit qui\nfonde plus délicieusement dans la bouche, que les syllabes de ce n o m vénéré :\nRichard, mon beau duc d'York...\n\n                                     OXFORD\n\n  Ce n'est pas sous ce nom que les valets du b o u r r e a u afficheront bientôt cet\nimposteur au poteau d'infamie.\n\n                                    DALYELL\n\n   Ah fi, m y l o r d ; il est indigne d'un gentilhomme d'insulter au malheur d'un\n ennemi vaincu ou plutôt... vendu.\n\n                                     OXFORD\n\n   Mylord, il ne s'agissait que d'un traître, d'un ennemi de mon roi.\n\n                                     DALYELL\n\n   P a r saint Georges, mylord, quel p r u d e n t serviteur vous faites! Vous vous\n abriterez donc toujours sous le couvert de votre maître ?\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                          L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                  405\n\n                                      OXFORD\n  Et vous-même, estimez-vous heureux de vous trouver en ce moment sous\nson toit, car sinon...\n                                     DALYELL\n\n   Tant pis!... L'un de ses roquets abuse terriblement de notre patience! Et\nil me démange de le corriger.\n                                         (Il s'est porté vers Oxford et, la main levée,\n                                      il va le souffleter, mais avant qu'il en ait eu\n                                      le temps, sur un signe du comte les gardes,\n                                      qui ont amené Catherine et Dalyell se saisis-\n                                      sent de celui-ci.)\n\n               CATHERINE (qui s'était jetée entre Oxford et Dalyell)\n  Dalyell!\n                                      OXFORD\n\n  Quant aux dogues furieux, on les enferme!... Reconduisez, mylord Dalyell,\ndans ses appartements... Veillez à ce qn'il ne manque de rien! Mon gracieux\nmaître le tient en une estime toute particulière... Et mon zèle pour le service\ndu roi m'empêche même de ressentir en ce moment l'injure que ce gentil-\nhomme se flatte de m'infliger... Au revoir, mylord, nous réglerons ce petit\ncompte en un moment et en un lieu plus opportuns.\n                                          (Les gardes entraînent Dalyell; Catherine\n                                       fait un mouvement pour le suivre.)\n\n\n\n                                    SCENE IV\n                              OXFORD, CATHERINE\n\n                                      OXFORD\n\n  De grâce, demeurez, princesse... J\"ai à vous entretenir d'un objet qui vous\ntouche de très près; il s'agit de votre rang, de votre avenir,\n\n                                   CATHERINE\n\n  Non, trêve de conversations... Laissez-moi me retirer...\n\n                                      OXFORD\n\n   Je vous inspire donc tant d'horreur, Catherine... Voyons, est-ce ma faute,\nsi les circonstances ont pris cette fâcheuse tournure pour vous, si l'on vous fit\ncontracter une affreuse mésalliance et si... vous vous êtes prêtée avec trop\nde complaisance à cette union?\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "406                                       DURENDAL\n\n\n                                         CATHERINE\n\n  J ' e n ai déjà trop e n t e n d u . . . Laissez...\n                                                             (Elle va vers la porte.)\n\n                                   OXFORD (la ramenant)\n\n    Vous m'entendrez jusqu'au b o u t . . . Est-ce de ma faute, encore, dites, si\nc e . . . damoiseau s'avisa pour mieux mériter vos b o n n e s grâces de vouloir\nsupplanter le roi légitime de ce pays? Qu'en puis-je, s'il s'est fait battre et\np r e n d r e au piège? Mon rôle à moi se b o r n e à vous épargner les conséquences\nde l'équipée de ce... petit F l a m a n d . L e roi lui-même m'a fait l'honneur de me\ncommettre à votre sécurité. N e me suis-je pas acquitté loyalement de cette\nmission? Vous ai-je m a n q u é d'égards? Qu'avez-vous à me reprocher?\n\n                                          CATHERINE\n\n   E n c o r e u n e fois, épargnez-moi ces sarcasmes. Ou bien est-ce pour me\ntorturer à votre aise que vous venez de m'enlever m o n dernier protecteur. E n\nce cas, continuez!... C'est beau, c'est courageux, c'est bien digne de vous, et\ncela vous achève comme une signature au bas d'un t a b l e a u . . . A ces procé-\ndés chevaleresques je reconnais ce comte d'Oxford q u e je commençai à\napprécier naguère à E d i m b o u r g .\n\n                                             OXFORD\n   M a d a m e . . . Prenez garde !\n\n                                          CATHERINE\n\n    E h bien, q u o i ? . . . O n ne ricane plus? E n finirions-nous déjà?... Quelque\n volupté qu'il goûte à prolonger les affres de sa victime, il arrive u n moment\n où le tigre lui accorde le coup de g r â c e . . . Vous ne serez pas plus cruel que\n le tigre... Faites diligence et rappelez vos satellites...\n\n                                             OXFORD\n\n    Catherine Gordon, ne me tentez p o i n t ! . . . A l'instant je m'adressais à votre\n raison, je vous parlais respectueusement, je me faisais l'interprète des désirs\n du roi, je vous préparais à un divorce que Sa Majesté elle-même a voulu...\n\n                                           CATHERINE\n\n   T u mens, Oxford... H e n r i T u d o r n'a aucun intérêt à ce divorce...\n\n                                              OXFORD\n\n   A la rigueur         ce divorce n'est pas indispensable, puisque bientôt vous\n serez veuve.\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                         L'IMPOSTEUR      MAGNANIME                         407\n\n                                 CATHERINE\n   Veuve !\n                                    OXFORD\n\n   Mais oui... Par égard pour vous, le roi tenait à vous fournir l'occasion\nde prendre vous-même les devants d'une séparation, et de répudier le misé-\nrable Warbeck avant qu'une mort violente vous eût débarrassée de lui !\n\n                                 CATHERINE\n\n  Henri attenterait à la vie d'un prince de la maison d'York!...\n\n                                    OXFORD\n\n  Tarare!... Il n'y a plus que vous, femme simple et crédule, pour croire en\nce faux Plantagenêt.\n                                 CATHERINE\n\n  Oui, je crois en lui, je crois en sa naissance, en son droit, en sa mission,\ncomme en la divinité du Très Haut!...\n\n                                   OXFORD\n\n  Si, cependant, on vous prouvait son imposture !\n\n                                CATHERINE\n  Impossible!\n                                  OXFORD\n\n  Si lui-même avouait son crime ?\n\n                                CATHERINE\n\n Tel que je le connais, la torture même ne le contraindrait à cette apostasie...\n\n                                  OXFORD\n\n Mais encore, s'il s'était trompé, si on le lui prouvait à lui-même ?\n\n                                CATHERINE\n\n N'importe, je l'aime, je continuerais à l'aimer...\n\n                                  OXFORD\n\n Tu veux donc qu'il meure ? C'est toi qui le perds !\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "4o8                                    DURENDAL\n\n\n                               CATHERINE (agenouillée)\n\n  Miséricorde de D i e u ! . . . E t vous,'son frère assassiné, son bon ange gar-\ndien, âme bienheureuse du petit roi E d o u a r d V, veillez sur lui !\n\n                                         OXFORD\n\n  A toi plutôt d'avoir merci ; toi seule peux le sauver !\n\n                              CATHERINE (elle se relève)\n\n  Moi?... N o n , l'espoir que tu me fais luire est u n e cruauté de p l u s .\n\n                                         OXFORD\n\n   A toi de le sauver, te dis-je... Malgré le r o i . . . , malgré la politique, malgré\nla raison d'Etat qui nous ordonne sa mort, ce F l a m a n d vivra...\n\n                                  CATHERINE (égarée)\n\n  Il v i v r a i . . . Les corbeaux ont cessé de croasser autour du gibet; l'hyène ne\nréclame plus de c a d a v r e s ; le hibou a salué le soleil !... Oxford je ne te\nconnais plus.\n\n                                             OXFORD\n\n  Toujours des outrages !... E t p o u r t a n t tu as tort... C'est mal, c'est i m p r u -\ndent, n e crois-tu pas en cette heure critique ? Car plus tu mets d'exaspération\nà me haïr, plus il te sera pénible tout à l'heure de feindre de la complaisance\npour m o i . . .\n\n                           CATHERINE (n'osant comprendre)\n\n   Ah!\n\n                                          OXFORD\n\n    E h o u i ! De te montrer gentille, de faire au moins semblant de m'aimer...\n A h ! il le faudra, C a t h e r i n e ; de b o n n e ou de mauvaise g r â c e . . . mais il le\n faudra...\n\n                                        CATHERINE\n\n   Tue-moi !\n\n                                          OXFORD\n\n   J e n'en aurai g a r d e . . . Je t'aime trop pour cela!\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "BUSTE DE S. M. LE ROI L E O P O L D II\n\n           (THOMAS VINÇOTTE)\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": ""}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                       L'IMPOSTEUR. MAGNANIME                                    409\n\n\n                                               CATHERINE\n\n    Il m'aime !\n\n                                                 OXFORD\n\n  T u te laisseras fléchir si tu veux qu'à mon tour j e consente à épargner t o n . . .\n mignon.\n\n                                               CATHERINE\n\n    Mon Dieu !... m o n D i e u ! . . . mon Dieu !...\n\n                                                OXFORD\n\n   M'aimer u n r i e n . . . T e d o n n e r , n o n , te prêter u n peu à ma fièvre. Quelques\n baisers de tes lèvres !... Q u e l q u e s minutes de ta vie !\n\n                                               CATHERINE\n\n    Jamais!... Jamais!\n\n                                                OXFORD\n\n    Ce n'est pas ton dernier m o t . . . E c o u t e , je n'exige m ê m e plus le divorce...\nJ e suis bon p r i n c e . . . C'est u n marché onéreux pour moi ! T u m'aimeras un\ninstant... pour toute u n e vie que je lui laisse... J e fais mieux encore : je te\nle rends, je vous réunis p o u r toujours... O u i , vous vous aimerez désormais\nsans un obstacle... Ah, cruelle, songes-y b i e n ! A moi une promesse de féli-\ncité... u n simple l e u r r e . . . u n avant-goût d u Ciel... p u i s l'enfer!... A lui\nl'éternité et l'infini d e ton a m o u r ! E t tu hésites?\n\n                                               CATHERINE\n\n   O u i . . . o u i . . . qu'il m e u r e !\n\n                                                OXFORD\n\n   E n ce cas, je vous désespérerai tous les d e u x . . .\n\n                                               CATHERINE\n\n   Bravo ! T e voilà toi -même !... T u es plus ressemblant ainsi !\n\n         OXFORD (éperdu, regardant autour de lui, la traînant par les poignets,\n                               presque par terre)\n\n  Si le roi n'allait v e n i r ! . , . Mais a u j o u r d ' h u i m ê m e , ce soir, chez toi... dans\nce p a l a i s ! . . . J'éloignerai tout le m o n d e . . .\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "410                                   DURENDAL\n\n\n\n                                      CATHERINE\n\n  Monstre!... O mon R i c h a r d !\n\n                                       OXFORD\n\n   T u peux l'appeler, ton Richard ... J'y songe. P o u r que m a vengeance soit\ncomplète, je veux qu'il te mau lisse en e x p i r a n t . . . Si je lui racontais que je\nt'ai possédée, il lui resterait la consolation de ton a m o u r . T u n'aurais cédé\nqu'à la violence... N o n , non ! T u seras infidèle, parjure, tu l'auras t r a h i !\nC'est toi qui as d e m a n d é le divorce, c'est toi qui le renies...\n\n                               CATHERINE (sarcastique)\n\n   P o u r t'épouser ! Ah! a h !\n\n                                       OXFORD\n\n   N o n , pour épouser ton premier adorateur, ce platonique Dalyell!\n\n                          CATHERINE (terrifiée, désespérée)\n\n  T u n e feras point cela, Oxford?... N o n ! . . . . D'ailleurs il n e te croirait\npoint!\n\n                                       OXFORD\n\n  Dalyell est beau, j e u n e , bien en cour... Il ne vous aurait rejoint en Cor-\nnouailles qi;e pour devenir le paladin de son rival?\n\n                                      CATHERINE\n\n   L o r d Dalyell est le plus noble des caractères!...\n\n                                       OXFORD\n\n  Aussi la princesse Catherine at-elle raison de l'aimer. Pitoyable W a r b e c k\nvoilà de quoi attiser tes affres dernières !\n\n                         CATHERINE (à genoux, suppliante)\n\n  Oxford!... P r e n d s moi !... P u i s tu me tueras; ce sera bien fait... Mais\ngrâce pour lui, ou du moins gtâce pour son amour, grâce pour sa foi... O u i ,\nqu'il meure aussi... mais je t'en supplie... Oxford... qu'il meure en m'aimant...\nen me croyant toujours digne de lui ! Ah ! J'étouffe... A moi !. . De l'air!\n                                                       (Elle défaille.) (Bruit de pas.)\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                              411\n\n\n                                    OXFORD (tendant lcreille)\n\n   Ori vient !... (Il relève Catherine et lui serre les poignets) Silence ! P a s un mot\nde ce qui s'est passé entre nous ou c'est aujourd'hui m ê m e que votre époux\nsera supplicié mais après avoir appris d'abord votre t r a h i s o n !\n\n                    DEUX PAGES (soulevant et écartant les portières)\n\n   L e roi !\n\n\n\n\n                                             SCÈNE V\n\n  CATHERINE, OXFORD, LE ROI HENRI VII, L'ÉVÊQUE DE DURHAM\n\n                                                     (Catherine se dirige en chancelant vers\n                                                       Henri VII. Elle va parler; Oxford passe\n                                                       par un moment d'angoisse ; mais il se ras-\n                                                       sure peu à peu, Catherine s'étant ravisée )\n\n                       CATHERINE (elle s'est jetée aux pieds du roi)\n\n  A h . . . L e roi... R i c h m o n d !... P i t i é , Eire!\n\n                                                HENRI\n\n   P o u r q u o i cet émoi, princesse? (Il la fait se relever avec bonté en la prenant par\nla main et il la conduit doucement jusqu'à un fauteuil). Mon apparition vous trouble\nà ce point? E n ce cas j ' e n serais bien confus, car nul n e compatit plus que\nmoi à vos infortunes!... Malheur à celui qui vous m a n q u e r a i t ! . . . Seul le\nsouci de votre réputation et de votre rang m'a contraint de vous retenir\nprovisoirement a L o n d r e s , . . Mais c'est mon palais que je vous assignais pour\nretraite et c'est aux plus galants seigneurs de ma cour que j'accordais l'hon-\nneur de vous garder, en m'estimant moi-même le plus h u m b l e et le plus\nempressé de vos servants.\n\n                                                           (Il lui baise la main et la fait asseoir.)\n\n                                            CATHERINE\n\n  Merci, généreux R i c h m o n d . . . vous aurez pitié... vous ferez grâce...\n                                                              (Elle éclate en sanglots.)\n                                                HENRI\n\n   Madame, consolez-vous! L e tout premier je déplore la fatalité qui vous\nprit, vous si noble et si touchante, pour le jouet de cette exécrable aventure...\nEt j ' e n veux presque autant à ce félon d'avoir capté votre main que d'avoir\nconvoité ma couronne !:..\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "412                                    DURENDAL\n\n\n                                       CATHERINE\n\n    E t pourtant, sire, je vous implore pour cet infortuné, pour mon époux,\nR i c h a r d duc d'York.\n\n                                          HENRI\n\n  Quoi, m a d a m e !... Vous osez intercéder en faveur de ce rebelle et le parer\ndu n o m d'un des saints Innocents du P a r a d i s égorgés par un nouvel H é r o d e !\nOubliez-vous que cette démarche vous rend presque complice de ce W a r b e c k ?\n\n                                       CATHERINE\n\n   N o n p a s . . . S'il est coupable je le suis a u t a n t et même plus que l u i . . . L e\nsoir m ê m e où je le vis pour la dernière fois, .il aspirait à u n e existence\no b s c u r e . C'est moi, hélas, qui lui imposai d'être roi!\n\n                                          HENRI\n\n   Il avait abusé de votre amour et de votre c a n d e u r . . . Et c'est encore à\nvotre égarement que je veux imputer votre outrageante intercession... T o u t e -\nfois, qu'il ne soit plus jamais question du contrat qui vous attachait à ce\nmisérable...\n\n                                        L'ÉVÊQUE\n\n   Hâtez-vous d e renier un pacte diabolique et de demander au Ciel l'annu-\nlation d'un vœu dont vous ignoriez l'exécrable n a t u r e . . .\n\n                                          HENRI\n\n     N o u s sommes décidés à vous affranchir malgré vous de cet odieux vasse-\nl a g e . . . d'accord avec lord H u n t l e y , votre père, qui vient d'arriver...\n\n                                       CATHERINE\n\n   Mon père, ici?\n\n                                     OXFORD (à part)\n\n   P o u r contrarier mes projets !\n\n                                           HENRI\n\n   C'est notre royal cousin d'Ecosse qui n o u s l'envoie et qui le charge\nd'épouser en son nom notre bien aimée fille Marguerite. Vous le verrez à\nl'instant, car il lui tarde de vous prodiguer ses consolations... P l u s tard q u a n d\nvous aurez repris possession de vous-même et que le Souverain Pontife vous\naura dégagée d'un lien infâme, nous vous proposerons de choisir entre deux\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                                  L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                       413\n\n partis dignes de vous : l'un est le comte Dalyell, particulièrement cher à lord\n H u n t l e y , et l'autre, ce noble comte d'Oxford que je vous recommande moi-\n même...\n\n                                             CATHERINE\n\n  Dieu m'est témoin .que je n'aime et n'aimerai jamais que mon R i c h a r d . . .\nDailleurs lord Dalyell est trop fier et trop généreux pour se conquérir une\népouse en profitant du m a l h e u r d'un rival.\n\n                                                 HENRI\n\n   E t que diriez-vous de mylord d'Oxford ?\n\n                            CATHERINE (hésitante, puis avec défi)\n\n • P o u r se rèndF'e digne de votre patronage, sire, le comte d'Oxford ne sera\npas moins fier q u e lord Dalyell...\n\n                                          OXFORD (à part)\n\n   Bien j o u é !... Mais j ' a u r a i ma r e v a n c h e .\n\n                                    L'ÉVÊQUE (bas à Oxford)\n\n   H e u ! Elle m'a l'air de chérir ce W a r b e c k plus t e n d r e m e n t q u e jamais.\n\n                                       OXFORD (à l'évêque)\n\n  Parce qu'elle croit encore en son illustre naissance. Attendez qu'il soit\ndémasqué...\n\n                                                HENRI\n\n  Brisons-là, m a d a m e . . . L e moment, n'étant pas venu d'insister sur les\nmérites de ces deux g e n t i l h o m m e s . . . Puisse la solitude, la méditation, les\nsages avis de votre p è r e et aussi le pieux ministère d e monseigneur de Durham\nvous dessiller les yeux et vous guérir d'un amour que le Ciel même aura\nréprouvé... Adieu.\n                                              (Le roi baise respectueusement la main n Cathe-\n                                          rine et la confie à l'un des pages. Un combat se\n                                          livre en Catherine. Dénoncera-t-elle Oxford? A\n                                          la porte elle se retourne vers le roi, lui tend les\n                                          mains jointes, mais un geste et un regard du\n                                          comte qui se tient derrière Henri l'ont matée et\n                                          elle se résigne à sortir, échevelée.)\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "414                                    DURENDAL\n\n\n                                        S C È N E VI\n\n                         LES PRÉCÉDENTS MOINS CATHERINE\n\n\n                                           HENRI\n\n  Infortunée princesse! Comment ce baladin a-t-il pu l'affoler à ce point I\n\n                                         L'ÉVÊQUE\n\n  Le mal est plus profond que je le croyais. P o u r la délivrer je crains bien\nqu'il nous faille recourir à des exorcismes.\n\n                                           HENRI\n\n    P o u r t a n t je ne puis croire aux artifices d u d é m o n . L a grâce, la b e a u t é et\nl'intelligence de la princesse repoussent cette conjecture... Il m e tarde de voir\nPerkin W a r b e c k ?\n\n                                          OXFORD\n\n  J'ai donné ordre de le traîner jusqu'ici avec son principal complice...\n\n                                           HENRI\n\n   Je suis prêt à les confondre.\n\n\n\n\n                                       S C È N E VII\n\n                    LES PRÉCÉDENTS, PERKIN WARBECK, FRANS\n\n      (Les deux prisonniers sont amenés par les gardes qui se tiennent derrière eux.)\n\n                                          OXFORD\n\n   Q u o i ! Vous demeurez debout! E t sans crier merci. A genoux, traîtres.\n\n                                         WARBECK\n\n   Les rois ne s'agenouillent que devant Dieu !\n\n                                            HENRI\n   L e s rois dis-iu?\n                                          WARBECK\n    Mes pareils.\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                         L'IMPOSTEUR     MAGNANIME                      415\n\n                                   OXFORD\n\n  A genoux si tu ne veux que l'on te tranche les jarrets !\n\n                                    HENRI\n\n   Non, Oxford. Ne le brusque pas. Approche, malheureux jeune homme.\nAbandonne cet air de bravade et cette attitude farouche. Cette mine rogne ne\nte sied pas. Humilie-toi. Le roi d'Angleterre est disposé à t'entendre avec\npatience, à t'excuser, à te pardonner peut-être.\n\n                                  WARBECK\n\n  Le roi d'Angleterre? Non pas!... Vous êtes Henri Tudor, dit le Gallois,\ncomte de Richmond...\n                                   OXFORD\n  L'effronté pendard !\n                                    HENRI\n\n  Silence, Oxford!... Il me plaît d'éprouver jusqu'à quel point ce pauvre\ngarçon a le cerveau écorné... Tu disais, jeune homme?\n\n                                  WARBECK\n\n  Puisqu'il faut te le répéter, tu n'es autre que cet Henri Tudor qui vécut\nlongtemps en paix à la cour du duc de Bretagne, aux frais de mon royal père\nEdouard IV, jusqu'au jour où mon oncle Gloucester...\n\n                             L'ÉVÊQUE (ricanant)\n\n  Son royal père Edouard ! Son oncle Gloucester !...\n\n                                    HENRI\n\n  Ne l'interrompons point.\n\n                                  WARBECK\n\n   Oui, jusqu'au jour où Gloucester, notre oncle dénaturé, l'assassin de mon\nauguste frère, le roi Edouard V, eût ravi la couronne à ses neveux, et où,\nl'ambition s'éveillant en ton âme, tu débarquas à Milford, pour y défaire et\nimmoler l'usurpateur dans les champs de Bosworth.\n\n                                    HENRI\n\n  Convenez avec moi qu'il récite admirablement sa leçon. Mais dis-moi,\npetit, me reprocherais-tu cette journée de Bosworth?\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "416                               DURENDÀL\n\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  Suscité par la Providence le comte de Richmond, vengeait les deux-enfants\nroyaux et tant d'autres victimes de Richard I I I . Dieu même avait armé le\nbras du justicier.\n\n                                   WARBECK\n\n  En effet, à Bosworth, Richmond était le bras, l'élu de Dieu !\n\n                                        HENRI\n\n  Aurait-il cessé de l'être?\n\n                                   WARBECK\n\n  Oui, depuis le jour où, tenté peut-être par l'ombre infernale de Gloucester, il\nosa parer son front de la couronne des Plantagenêts...\n\n                                        HENRI\n\n  N'étàis-je pas l'héritier légitime?\n\n                                   WARBECK\n\n  Jamais     L'épée du lord Protecteur aurait dû vous suffire, en. attendant\nde restituer son royaume au fils d'Edouard... Tu ne détrônas l'usurpateur que\npour commettre une spoliation encore plus odieuse.\n\n                                    OXFORD\n\n  Chaque parole de ce faussaire-est un attentat. Il eut fallu déjà lui arracher\ncent fois la langue comme on fait aux blasphémateurs...\n\n                                        HENRI\n\n   Laisse donc, Oxford. Ne vois-tu pas que je me donne la comédie... Ma foi,\nce jeune histrion n'est pas le premier venu. On l'a fort bien stylé à la cour de\nBruxelles et il joue son rôle à nous faire illusion... Mais en voilà assez,\npetit!... Il n'est si bonne comédie qui ne doive finir. En insistant tu perdrais\nle bénéfice de ta gaie science ; tu lasserais la longanimité du spectateur le plus\nindulgent et cette sotie assez inoffensive jusqu'à présent pourrait entraîner un\ndénouement tragique pour son méchant auteur. Allons avoue de bonne\ngrâce. N'est-ce pas que ce masque et ce déguisement royaux cachaient un\njeune drôle flamand nommé Perkin Warbeck que subornèrent de malicieuses\ngens et qui abusa, sans penser à mal, de la candeur des francs tenanciersde\nce royaume ?...\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                         L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                417\n\n\n                                   WARBECK\n\n  Je n'ai trompé personne. Je ne prétends qu!à,ce qui me revient. Ce peuple\neut raison de m'acclamer. Dieu même emportait vers moi l'élan de tous ces\ncœurs fidèles au sang de l'antique dynastie. Non, je ne suis point Perkin\nWarbeck, je m'appelle Richard d'York et le roi Edouard IV était mon propre\npère...\n\n                                     HENRI\n\n   Voyons, mon enfant, pour la dernière fois : il y va de ta vie. Je t'adjure de\nrie point t'entêter dans cette grossière supercherie; ta jeunesse me touché\nd'autant plus que tu n'as pas l'air d'un coquin endurci. Cesse de faire le jeu\ndes méchants qui exploitèrent ta jolie mine. Ouvre-moi ton cœur, Perkin\ntu ne crois pas un mot de ce que tu racontes. Madame Marguerite t'a tourné\nla tête en te faisant mille fables absurdes. Dis-moi, tu n'es que le fils d'un\nartisan?\n\n                                    OXFORD\n\n  Mais oui, Perkin, inutile de nier, Frion, ton premier ministre, nous a livré\ntous les fils de la conjuration. Assez mentir !\n\n                                   WARBECK\n\n  Oxford, c'est en reniant mon illustre origine que je mentirais. De tout\ntemps la trahison a guetté les rois. La félonie de Frion et ma capture ne prou-\nvent rien contre la justice de ma cause. La mort, même ne prévaudrait point\ncontre mon droit. La fortune continue à persécuter la race d'York en ma\npersonne. Hélas la malédiction de Marguerite d'Anjou pèse sur la rose blan-\nche !... Voilà comment la Providence a semblé te favoriser, Richmond... Tu\npeux disposer de mes jours, mais non de mon honneur. Jamais je n'abdique-\nrai...\n\n                                     HENRI\n\n   Piteux sansonnet, tu m'auras assez souvent rabâché ta chanson !... Hâte-toi\nd'abjurer ta majesté interlope, de descendre de tes tréteaux, de rejeter loin de\ntoi cette marotte que tu pris pour un sceptre! A bas cette couronne de carton\nsi tu ne veux que je la fasse river à ton front par des pointés de fer rougies au\nfeu!...\n\n                                  WARBECK\n\n  Richmond, jusqu'à présent les rois de notre race se contentaient de frapper\nleurs victimes. Ils ne les foulaient pas aux pieds. On voit bien que le sang des\nYork ne coule point dans tes veines. Que ne cèdes-tu la place à tes exécu-\nteurs ?\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "418                                     DURENDAL\n\n\n\n                                             HENRI\n\n  Misérable enfant, tu m'engages à te livrer aux bourreaux !\n\n                                         WARBECK\n\n   J e les attends de pied ferme... Ceux de ma famille n'éludèrent jamais le\nsupplice... A l'exemple de mon infortuné fière je serai deux fois roi, car le\nmartyre est le plus éclatant des sacres. Mais s'il y a place d a n s votre cœur pour\nu n reste de pitié, je l'implorerai en faveur de ce pauvre garçon qui partagea\nma mauvaise fortune, et qui, convaincu de mon b o n droit, crut aussi en ma\nb o n n e étoile. P u i s q u e vous me tenez pour u n imposteur, ayez égard à\nl'influence que j'exerçai sur mon entourage, épargnez ceux q u e j'entraînai\ndans ma mésaventure...\n\n                                              FRANS\n\n  O mon maître, j e veux mourir avec vous !\n\n                                              HENRI\n\n  J'y consens...       Les deux bateleurs exécuteront ensemble leur s u p r ê m e\nvoltige...\n\n                                              FRANS\n\n   Merci, comte de R i c h m o n d ! . . .\n\n                                             WARBECK\n\n   U n e toute dernière prière...\n\n                                              HENRI\n\n   Parle.\n\n                                             WARBECK\n\n   Qu'est devenue ma b i e n a i m é e femme?\n\n                                              HENRI\n\n   L a princesse Gordon a été rendue à son père.\n\n                                             WARBECK\n\n   Me sera-t-il accordé de lui dire adieu?\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                           L'IMPOSTEUR MAGNANIME                           419\n\n\n\n                                       HENRI\n\n  N o n , affranchie d'un n œ u d abominable, la princesse désabusée a cessé\nd exister pour toi !\n\n                                      OXFORD\n\n  Et dans quelques jours elle sera la femme d'un autre !\n\n                                     WARBECK\n\n  Catherine !\n\n                                       HENRI\n\n  Elle épousera un gentilhomme digne de son r a n g . . .\n\n                                      OXFORD\n\n  L o r d Dalyell.                                               '          '\n\n                                  HENRI (à oxford)\n\n  T u te désistes?\n\n                                OXFORD (même jeu)\n\n  N o n ! . . . J'essaie de lui arracher son secret.\n\n                                     WARBECK\n\n  L o r d Dalyell!... C'est impossible.\n\n                                      OXFORD\n\n  L a d y Gordon a honte de toi !\n\n                                     WARBECK\n\n  Catherine me répudie! J e valais d o n c mieux qu'elle!\n\n                                        FRANS\n\n  Courage, m a î t r e ! . . . Le malheur t'élève au-dessus des rois.\n\n                     WARBECK (essayant de se roidir, mais égaré)\n\n  Sois tranquille, je ne plierai p a s . . . J e mourrai plus droit que jamais!\nN'est-ce pas que la voix du coq sonna ferme après le reniement de saint\nPierre ?\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "429                                  DURENDAL\n\n\n                                         HENRI\n\n  Allons !.:. Q u ' o n les ramène à la T o u r !...\n\n                 WARBECK (au comble de l'exaltation, hors de lui)\n\n    L e véritable palais des Y o r k ! L e billot et la h a c h e y sont les reliques de\nma famille et il me tarde de mêler le mien à tant de sang auguste, qui les a\nr o u g i s ! . . . A moi ce billot sacré, prie-Dieu des martyrs, préférable au marche-\npied d'un trône, car il représente le seuil d e l'éternité!...\n\n                                        OXFORD\n\n  Alors, renonce à cet espoir, Perkin W a r b e c k ; c'est la corde qui t'attend, la\ncorde des vagabonds et des m a l a n d r i n s .\n\n                                      WARBECK\n\n  Qu'elle soit la b i e n v e n u e ! Depuis que notre divin Maître a réhabilité le\ngibet de la croix, ce n'est plus déchoir, même pour un prince, que d'être\npendu!\n                                             (Les gardes entraînent Warbeck et Frans..)\n\n\n\n\n                                     SCÈNE VIII\n\n                           HENRI, OXFORD, L'ÉVÊQUE\n                                             (Henri VII demeure plongé dans une sombre\n                                               méditation Ses deux ministres respectent\n                                               d'abord son silence, puis le comte d'Oxford\n                                                se décide à interpeller le royal songeur.)\n\n                                       OXFORD\n\n   Que décidez-vous, sire?\n\n                HENRI (sortant de sa rêverie, un peu somnambulique)\n\n   Vous l'avez vu et e n t e n d u ? . . . Quelle chaleur d a n s ses discours, quelle\nnoblesse d a n s l'allure. F u i s , cette ressemblance avec Edouard..... Vous ne la\nnierez pas? Comment le mensonge aurait-il pu s'incarner en une aussi\ngracieuse enveloppe? Tandis qu'il proclamait ses titres e t ses droits, je fus\nsur le point de le croire, tant l'accent de sa voix, le feu de ses regards, le pli\nhautain de ses lèvres m'allaient à l'âme... Avec quelle émotion.il me priait\npour son ami et combien fut sublime sa douleur en a p p r e n a n t la p r é t e n d u e\ntrahison de sa femme. C'est au point que je faillis m'écrier            « Console-toi;\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                           L'IMPOSTEUR MAGNANIME                             421\n\n\n  malheureux! Ils mentent! Une chose au moins te reste : l'amour de Cathe-\n  rine Gordon! » Et maintenant encore je doute, oui, je doute, et j'incline\n  même à le reconnaître pour un Plantagenet... Ah, mes amis, si nous nous\n  trompions, si nous avions affaire au véritable duc d'York!...\n\n                                     OXFORD\n\n   Sire, revenez à vous!... Chassez de votre esprit une supposition aussi\n absurde. Moi je liens au contraire ce Warbeck pour un coquin d'autant plus\n perfide qu'il se dissimule sous des apparences séduisantes...\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n    Oui, sire, il n'a pas seulement conspiré avec Marguerite contre le roi, mais\n il a pactisé avec le diable, contre le souverain du Ciel ? Comment expli-\n quer autrement que par des sortilèges le prestige inouï qu'il exerce sur tous\n ceux qu'il approche, nobles ou vilains; l'assotement qui s'empara de\n Jacques d'Ecosse et lui fit jeter d'emblée sa cousine dans les bras de cet\n intrus, et comment admettre sinon le coup de foudre amoureux grâce 'auquel\n la superbe Catherine Gordon consentit sur le champ à une inqualifiable\n mésalliance ! Tout à l'heure encore, vous avez vu avec quelle passion cette\n malheureuse exaltait son commerce diabolique?\n\n                                     HENRI\n\n   La beauté du prétendant, ses malheurs, la popularité de son père, n'au-\nraient-ils pas été des incantations suffisantes?\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Comment, sire ! La popularité de son père ! Le drôle vous aurait-il ensor-\ncelé vous-même !... Hâtez-vous d'étouffer cette admiration qui confine presque\nà de la sympathie... Marguerite d'York est experte en kabbale. La prodi-\ngieuse ressemblance de ce mignon de l'enfer avec Edouard atteste précisé-\nment l'exécrable science de la magicienne. Si vous m'en croyiez ce ne serait\npas seulement de haute trahison que je convaincrais ce sinistre damoiseau\net ce n'est point par la corde que je le ferais périr, mais bien par le feu !\n\n                                    HENRI\n\n   Votre zèle pour les intérêts du Ciel vous égare mon saint homme. Les\nmauvais anges ne peuvent revêtir si touchante enveloppe, à moins que par\ncontre les séraphins consentent à prendre la forme des démons... Dans sa\nblanche cuirasse d'acier poli sur laquelle éclatait l'or de ses boucles blondes,\navec ses traits illuminés par une exaltation prophétique, où la douceur se\nmêlait à l'héroïsme, il m'évoquait ce vitrail de notre chapelle abbatiale\nreprésentant le grand saint Georges, protecteur de ce royaume.\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "422                               DURËNÙAL\n\n\n                            L'ÉVÊQUE (en se signant)\n\n  Oh, sire!\n\n                                    OXFORD\n\n   H o m m e ou démon, c'est un imposteur et, pourvu qu'on nous en débar-\nrasse, peu importe que ce soit en l'exorcisant comme un possédé ou en le\npendant comme u n gueux !\n\n                                     HENRI\n\n  Jusqu'à présent s'il n'a pas été formellement attesté que c'est lui la rose\nblanche d'York, on n'est point parvenu à établir par u n signe irrécusable\nqu'il est le fils d'un vil tisserand des F l a n d r e s .\n\n                                    OXFORD\n\n  Vous régnez, sire... Cela suffit pour que nous le traitions en rebelle et en\nrégicide. Il faut le supprimer.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  C'est aussi mon avis...\n\n                                     HENRI\n\n  Quoi! Vous le feriez mourir, à supposer qu'il fût R i c h a r d d'York.\n\n                                    OXFORD\n\n   C'est justement en ce cas que je me montrerais implacable. Votre trône, la\nraison d ' E t a t , tout l'exige : l'un des deux est de trop sur cette terre. Ou\nRichard IV ou H e n r i V I I .\n\n                                     HENRI\n\n  Mais c'est un crime que tu me conseillerais, Oxford !\n\n                                    OXFORD\n\n   N o n , une mesure dictée pour votre propre conservation, c'est-à-dire pour\nla paix de ce royaume et pour le bien public.\n\n                                     HENRI\n\n  Ainsi, je consommerais le crime pour lequel j'immolai dans les plaines de\nBosworth, l'assassin des enfants d ' E d o u a r d . J e deviendrais son complice,\nson sicaire en achevant la besogne que Tyrell ne parvint à exécuter qu'à\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                          L'IMPOSTEUR     MAGNANIME                        423\n\n\n  moitié. Que dis-je ? Je serais plus abominable encore que le monstrueux\n  Gloucester; car je serais un hypocrite. Vous exigez le châtiment de l'im-\n posteur? Mais il n'y aurait point d'imposture comparable à la mienne! Je\n serais le pire des prévaricateurs... Songez qu'après Bosworth, ce peuple\n m'acclama comme un vengeur envoyé par le Ciel pour frapper le bourreau\n du prince de Galles et du duc d'York. Et si je fus applé au trône, c'est en\n récompense de ces équitables représailles. Or, c'est ce roi providentiel, ce\n paladin céleste, exalté comme tel par la population de ce royaume, qui\n trahirait sa vocation divine, en égorgeant le prince arraché une première fois\n à la mort par un miracle! Et c'est là ce que tu attendrais de moi, Oxford!\n Non, non, tu ne le veux pas.\n\n                                   OXFORD\n\n    Il le faut cependant... Car c'est du véritable duc d'York que vous auriez\n tout à craindre...\n\n                                  L'ÉVÊQUE\n\n    Le comte de Richmond servit autrefois les desseins de Dieu en remportant\n la victoire de Bosworth. Appelé par la volonté du même Dieu sur le trône\n d'Angleterre, il est du devoir du roi Henri VII de s'y maintenir.\n\n                                    HENRI\n\n   Même au prix d'un assassinat ?...\n\n                                   OXFORD\n\n  En politique cela s'appelle autrement. Les rois n'assassinent pas! ils\nsacrifient, ils éliminent; ils ne sont pas plus responsables que la guerre.\n\n                                   HENRI\n\n  Autant confondre les assassins avec les héros, les chevaliers avec les ban-\ndits. Non, ces arguties ne me réconcilient point avec ton atroce expédient.\n\n                                  OXFORD\n\n   En ce cas, sire, il ne vous reste qu'à abdiquer. A moins que vous ne con-\nsentiez à partager le trône avec l'héritier légitime. Car épargner Warbeck,\nc'est reconnaître Richard IV... Allons, sire, pas de demi-mesures. Assez\nd'atermoiements. Achevez votre œuvre magnanime. Cédez la place ou du\nmoins la moitié de la place. Restituez son héritage au jeune Richard d'York\net n'attendez que de sa gratitude, pour les services que vous lui avez rendus,\nl'autorisation d'occuper à ses côtés le trône des Plantagenêts...\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "424                               DURENDAL. .\n\n\n                                     HENRI\n\n  Oxford, tu railles ;' tu oublies à qui s'adresse ce discoure.\n\n                                    OXFORD\n\n   Pardonnez-moi, sire!... C'est mon dévouement à Votre Majesté qui me\nfait parler ainsi... Il n'y a qu'un trône en Angleterre. A vous d'agir, si vous\nvoulez continuer à l'occuper.' Epargner Perkin Warbeck, c'est reconnaître\nRichard IV. Aux yeux de votre peuple, c'est vous, Sire, qui serez l'intrus et\nl'usurpateur. Songez combien Edouard était cher à ceux de cette nation.\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n   Au point qu'ils lui pardonnèrent ses débordements. Le paillard supplanta\ndans le cœur de ses sujets, la sainte et pure image du roi martyr Henri VI!\nIls souriaient avec une aveugle mansuétude au scandale de ses adultères; ils\nlui permettaient d'afficher ses maîtresses et de choyer ses bâtards! Quel père\nmontra plus d'indulgence pour les frasques d'un enfant prodigue !\n\n                                    OXFORD ,\n\n  En effet, si vous avez hérité de son prestige, c'est parce que vous avez\npuni l'égorgeur de ses enfants.\n\n                                     HENRI\n\n  Et c'est alors que tu me conseilles d'achever un de ses enfants I\n\n                                    OXFORD\n\n   Pour l'histoire, ces enfants furent étouffés tous deux comme deux oisillons\nau nid, sous l'oreiller fraternel. Vous avez bien mérité du peuple en faisant\npérir l'oiseleur féroce; vous le servirez mieux encore en tordant le cou au\nvil passereau qui veut se faire passer pour une des alouettes. du bon; Dieu.\nSous le chaume, les bonnes gens évoquent sans cesse les deux tendres roses\nblanches d'York, broyées, à peine écloses, dans les doigts velus du mauvais\njardinier. Que de larmes leur destin a déjà fait répandre ! Comme une tiède\nrosée, ces pleurs ne cessent même d'aviver la blancheur séraphique de ces\nvictimes ! N'a-t-il pas suffi de la nouvelle que l'une des deux victimes avait\nsurvécu pour soulever une grande partie de vos sujets ? Une seule victoire du\nprétendant entraînait la défection de vos troupes. Et vous encourageriez les\nespérances de ces masses sentimentales? Non, non, prenez les devants, sire,\nfrappez un grand coup. Eh, oui, dussiez-vous même achever la besogne que\nGloucester n'aurait exécutée qu'à moitié !\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "BUSTE DE S. M. LA R E I N E   MARIE-HENRIETTE\n                (THOMAS VINCOTTE)\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": ""}, {"page_pdf": 504, "texte": "                           L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                425\n\n\n                                       HENRI\n\n   Ah ! ce n'est pas vous, monseigneur de Durham, qui me donneriez ce\n conseil ? Faire périr le duc d'York !\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n   Le duc d'York, jamais; quoique toute sa race me soit odieuse. Mais ce\n Warbeck, ce suppôt de Satan, je le ferais passer par les flammes du bûcher\n pour lui épargner celles de l'enfer,\n\n                                      HENRI\n\n   Si j'étais certain de son imposture !\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n   La preuve de son crime ne vous fut-elle pas fournie depuis longtemps?\n\n                                      HENRI\n\n   Que voulez-vous dire ?\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n   Auriez-vous oublié ce qui se passa sous votre tente la veille de votre victoire\n sur Gloucester?\n\n                                      HENRI\n   Ah, ce rêve...\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n   Non, cette vision !\n\n                                     HENRI\n\n    Si je m'en souviens!... Ce soir-là, avant de me livrer au repos j'avais invo-\n qué le Tout-Puissant en le suppliant d'accorder la victoire à celui qui com-\n battait l'infanticidel Or, lorsque je me fus couché, voici que s'amassèrent à mon\n chevet de ces vapeurs que nos prairies de la Tamise dégagent à la chute du\njour, et tandis que ces brouillards commençaient à me suffoquer, j'en vis sur-\ngir, soudain, deux enfants radieux comme des anges et pourtant tristes comme\ndes orphelins. Ils se tenaient tendrement enlacés, le plus grand le bras passé\nautour du cou de l'autre, et sans que je les eusse jamais vus je devinai que\nc'étaient là des frères, des princes, les deux héritiers d'Edouard. Pendant que\nje les considérais, l'âme envahie par un attendrissement voisin de l'adoration,\nl'aîné des garçonnets prononça les paroles suivantes, d'une voix à côté de\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "426                               DURENDAL\n\n\nlaquelle la plainte nocturne du rossignol ou l'hymne matinal de l'alouette\naurait semblé des imprécations : \" Dors, mon Richmond, dors en paix, et\nréveille-toi pour ta prospérité. Tes gardiens célestes te protègent contre les\natteintes du solitaire. A toi de fonder une illustre dynastie de rois! Les enfants\nd'Edouard te prodiguent leurs bénédictions et se font les prophètes de ta\ngloire! \" Et comme je m'agenouillais, cherchant à toucher leurs mains pour les\nbaiser ils disparurent, tel s'évanouit un nuage dans l'azur de juillet ou plutôt\nainsi que se déroberaient deux étoiles.\n\n                                    L'ÉVÊQUE\n\n  Et vous doutez encore, sire! N'est-ce pas des jardins du Paradis que les\npauvres petits princes se firent entendre à vous? Leur prédiction ne s'est-elle\npas accomplie? Quelle autre preuve vous faudrait-il du sacrilège de ce War-\nbeck? Ah, craignez par une fausse grandeur d'âme d'aller à l'encontre des\ndécrets éternels !\n                                     HENRI\n\n   Une voix secrète m'exhorte à repousser les conseils de ce qui ne fut peut-\nêtre qu'une hallucination...\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n  Oh, sire!\n                                     HENRI\n\n   Quoique vous me prêchiez, je ne serai pas tranquille avant que ce misérable\njeune homme ait lui-même avoué sa fraude.\n\n                                    OXFORD\n\n  Que ne nous autorisez-vous à le mettre à la question...\n\n                                     HENRI\n\n  Mutiler cette merveille de la nature!\n\n                                   L'ÉVÊQUE\n\n  N o n , détruire l'œuvre du démon...\n\n                                     HENRI\n  Jamais I\n                                    OXFORD\n\n   En ce cas vous attendrez longtemps la confession de sa félonie. Il est gail-\nlard à s'obstiner jusqu'au bout... Mais s'il parlait? L'enverriez-vous au sup-\nplice?\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                          L'IMPOSTEUR MAGNANIME                          427\n\n                                       HENRI\n\n   A moins qu'il ne se repentît. N'ai-je pas fait grâce à Lambert Simnel ? Le\nfaux duc de Clarence ne figure-t-il point comme fauconnier parmi les officiers\nde ma maison ?\n\n                                      OXFORD\n\n  Sire, il me vient une idée... Proposons-lui sa grâce par Lambert Simnel, à\ncondition qu'il convienne de son imposture?\n\n                                     L'ÉVÈQUE\n\n   Faisons mieux. Autorisez-nous à mettre le prisonnier au pilori. L'exposi-\ntion l'édifiera sur le sort qui l'attend s'il persiste dans son impénitence.\n\n                                       HENRI\n\n  Soit. Mais s'il se retracte, il est quitle.\n\n                                      OXFORD\n\n  Non, sire, ce n'est pas ainsi que je l'entends !\n\n                                       HENRI\n  Que te faut-il?\n\n                                      OXFORD\n  Sa mort!\n\n                                       HENRI\n\n   Quoi! Tu me conseilles de nouveau une action indigne d'un roi. Je lui\narracherais un aveu par une promesse que je ne tiendrais pas. Ah, fi !\n\n                                      OXFORD\n\n   Sire, je me suis tu jusqu'à présent pour ne point vous alarmer.. Mais déjà\nla révolte gronde parmi les apprentis de Londres. C'est là le fruit de vos\nscrupules trop chrétiens. Voilà comment la populace reconnaît votre modéra-\ntion. Nous courrons risque d'assister à l'explosion d'une nouvelle guerre des\ndeux roses plus meurtrière encore que celle à laquelle vous mîtes un terme.\nEt quand il y va du sang de tout un peuple vous hésiteriez à étrangler cet\nimposteur ! Sire, au nom de votre couronne, au nom de l'Angleterre encore\nsaignante de ses blessures, je réclame la tête de ce Warbeck, je m'attache à\nvos pas, je ne sors d'ici avant de l'avoir obtenue...\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "428                                          DURENDAL\n\n\n                                                 HENRI\n\n  Il le faut donc?... Il m o u r r a . . . s'il a v o u e . . . Mais je ne veux pas q u e L a m -\nbert Simnel lui offre sa g r â c e . . .\n\n                                                OXFORD\n\n   C'est e n t e n d u , W a r b e c k n e périra que s'il a v o u e . . .\n\n                                                 HENRI\n\n   A toi de préparer l'ordre d'exécution...\n\n                           OXFORD (retirant une pièce de sa poche)\n\n   La pièce est p r ê t e et elle n'attendait plus que votre s i g n a t u r e . . .\n\n                                 HENRI (parcourt la pièce et lit)\n\n   «... O r d o n n e que P e r k i n W a r b e c k , tisserand de T o u r n a i , qui s'est reconnu\ncoupable de lèse-majesté et de haute trahison en se faisant passer pour feu\nmonseigneur le duc Richard d'York, soit p e n d u h a u t et court au gibet de\nT y b u r n . . . » Allons !... (Il signe en soupirant...) P a u v r e jeune h o m m e !... J e ne\npourrais m'empêcher de déplorer ta mort !... Mais n o n , tu vivras, malheureux\négaré, car t u n'es ni u n imposteur ni u n d é m o n ! . . . C'est de bonne foi, q u e\ntu te proclames enfant de roi !... E t plus d'une fois, encore, j e te croirai digne\nde ma couronne !\n                                                                 (Il se retire, songeur et accablé.)\n\n\n\n\n                                              S C È N E IX\n\n                                       OXFORD, L'ÉVÊQUE\n\n                                                OXFORD\n                                                         (Dès que le roi a franchi le seuil de la porte\n                                                       du fond et que ses pages ont laissé retomber\n                                                       la tenture derrière lui, Oxford s'empare avec\n                                                       une joie cruelle de la pièce abandonnée sur la\n                                                       table.)\n\n  P a r saint Georges, mylord, il n'aura pas été facile d'arracher cet arrêt à\nnotre gracieux maître... Mais à présent, quoi qu'en pense Sa Majesté, P e r k i n\nW a r b e c k est irrévocablement p e r d u . . . Il ne sera détaché du pilori que p o u r\nmonter à l'échelle...\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                                  L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                     429\n\n\n                                                 L'ÉVÊQUE\n\n   Il serait piquant que la potence eût c o n s o m m é le divorce des époux avant\nl'arrivée du bref pontifical. Mais ne craignez vous pas que la mort de son\nincube ne jette notre belle possédée dans les b r a s d e lord Dalyell ?\n\n                                                  OXFORD\n\n   Il n'est pas possible de faire p r e n d r e le même c h e m i n à celui-ci. D'ailleurs\nen le s u p p r i m a n t je le rendrais peut-être cher à Catherine et c'est contre le\nsouvenir de deux a m a n t s que j ' a u r a i s à lutter. N o n , tant qu'il vivra, ce noble\nDalyell ne sera pas d a n g e r e u x . . . P o u r le moment courons au plus pressé, in-\nformons-nous de L a m b e r t Simnel, apprenons-lui sa leçon. P u i s , bonsoir,\nP e r k i n . E t à nous d e u x , la veuve W a r b e c k . . .\n\n\n                                                   (RIDEAU)\n\n\n\n\n                                        QUATRIÈME             ACTE\n\n   Le carrefour de Tower Hill à Londres. Le pilori auquel on monte par plusieurs degrés.\n Une foule de curieux, femmes, apprentis, marins, précède le cortlge du shériff, des con-\nstables et des bourreaux. Les massiers,les sergents d'armes et les estafiers du shériff écar-\ntent la cohue. Bousculades et huées.\n\n\n\n\n                                                 S C È N E 1re\n\n      PERKIN WARBECK, OXFORD, LAMBERT SIMNEL, LE SHÉRIFF,\n                  LES EXÉCUTEURS, LA FOULE\n\n                                              LES MASSIERS\n\n   P l a c e ! P l a c e ! Arrière m a r a u d s . . .\n                                                                                         (Huées.)\n\n                                                LE SHÉRIFF\n\n   Çà, bonnes gens, que l'on s'écarte! Laissez passer la justice du Roi\nH e n r i V I I . . . E t m a i n t e n a n t qu'on amène le c o n d a m n é . (Warbeck paraît, les\nmains liées ; il est vêtu d'un costume de tisserand, et par dérision on porte devant lui un\ncartel où figurent les attributs de son métier. Les huées après avoirredoublé à son approche\ns'éteignent bientôt en un murmure de compassion etde sympathie provoqué par la bonne\nmine du prétendant.) Allons, vous autres ! (aux exécuteurs) faites votre office!\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "430                                     DURENDAL\n\n\n                                L'EXÉCUTEUR (à Perkin)\n\n  Bien des regrets, mon gaçon, mais il nous faut passer p a r là ! (à ses aides :)\nOuvrez le carcan!... L à ! . . . Au tour de la ceinture. Cerclez-lui les cuisses avec\nces a n n e a u x . . . Bien ! A présent entravez les p i e d s ! . . . Voilà qui est fait!\n                                                  (Warbeck a été mis au pilori par le bour-\n                                               reau et ses aides. Il est adossé à un poteau\n                                               surmonté d'un écriteau d'infamie; il a le cou\n                                               pris dans une sorte de garrot, la ceinture les\n                                               jambes et les chevilles également serrées dans\n                                               des demi-cercles de fer. La tête est plus belle\n                                               que jamais, extatique, transfigurée: le soleil\n                                               l'éclairé. Silence solennel. Entrent Lambert\n                                               Simnel et le comte d'Oxford. Le premier\n                                               après avoir reçu sa consigne du second s'ap-\n                                               proche du pilori dont il fait le tour en nar-\n                                               guant et toisant le supplicié; Oxford se mêle\n                                               à la foule, mais de façon à ne rien perdre de\n                                               ce qui va se passer.)\n\n                                   LAMBERT SIMNEL\n\n   Voilà donc, Perkinet, mon bel ami, en quelle posture t'a réduit ton équipée\nencore plus sotte qu'exécrable. C'est le moment de t'amender. Dépêche- toi si\ntu ne veux encourir un traitement plus cruel. A quoi b o n t'obstiner? T o n\nidentité est désormais établie, ton illustre lignage a été proclamé, ton impos-\nture éclate à tous les yeux. Exploitant la religion des b o n n e s âmes, toi qui te\ndonnais effrontément pour l'infortuné prince R i c h a r d d'York, tu t'appelles\nPerkin W a r b e c k et tu n'es q u e le fils d'un artisan, d'un juif, d'un r e n é g a t . . .\nSonge, Perkinet, à la mort amère que tu feras si tu prolonges ton i m p é n i -\ntence... T u es j e u n e , la nature t'a traité en favori, une série de jours radieux\ns'ouvrait pour t o i . . . D a n s ces conditions tu dois tenir à la vie. Il serait d u r de\nt'en aller déjà! Et par quel chemin? T e représentes-tu l'horrible contact du\nchanvre, qui va serrer encore plus fort que le carcan ton cou potelé c o m m e ce-\nlui d'une fille, etqui te ferapresque cracher ta langue menteuse et félone! Cette\nseule perspective me fait frissonner pour ta p r o p r e chair, ta chair encore si fraî-\nche et si friande, ton corps, le bien voulu des ribaudes et qui semblait voué p o u r\nlongtemps à d'autres étreintes que celles de la corde d'infamie!... J e t'adjure\nu n e dernière fois, P e r k i n . Avoue ton crime, renie ton passé!... Vois, moi qui\nte parle, je t'avais précédé dans la voie scélérate. Autrefois je me fis aussi\npasser pour u n prince royal, moi dont les veines roulaient un sang aussi vil\nque le tien! Mais, pas plus que toi je ne parvins à tenirtête au roi légitime et je\nfinis par tomber en son pouvoir. Or vois jusqu'à quel point ce prince a poussé\nla magnanimité. T o u c h é par mon repentir, au lieu de me livrer au gibet, non\nseulement il m'accorda la vie mais il m'attacha à sa personne et me combla de\nbiens et de faveurs! Voilà c o m m e n t se venge le noble H e n r i , le puissant roi\ncontre lequel tu t'es soulevé. Puisse m o n exemple t'édifier complètement sur\nce qu'il te reste à faire. N'est-ce pas que tu n'es qu'un misérable serf des\n Flandres?\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                             L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                         431\n\n\n                                         WARBECK\n\n   Me prends-tu p o u r u n d e tes semblables? T u te prélasses parmi les valets\nde l'usurpateur I Moi je préfère mourir en p u b l i a n t à la face de tout l'univers,\nm o n nom, m o n titre et mes droits, moi R i c h a r d IV, roi d'Angleterre.\n                                           (Mouvement favorable à Wacbeck dans la\n                                         foule.)\n\n                                        APPRENTIS\n\n   Il a raison !\n\n                             LAMBERT SIMNEL (à Oxford)\n\n  Vous le voyez, monseigneur, il n'y a rien à tirer de notre homme, et, vu les\ndispositions du populaire, il serait peut-être d a n g e r e u x de prolonger le débat.\n\n                                   OXFORD (avec dépit)\n\n   Aurait-il vent d u piège q u e nous lui t e n d o n s ! . . . Allons, partie r e m i s e ! Il\ns'agit de trouver a u t r e chose (au shériff :) E n attendant qu'il plaise a u roi très\nchrétien d'envoyer ce prisonnier à T y b u r n , o r d o n n e z qu'on le r a m è n e à la\nTour.\n                                                 (Tandis que sur les instructions du shériff\n                                               les exécuteurs se sont mis en devoir de déta-\n                                               cher Warbeck du pilori et qu'il est libéré de\n                                               ses entraves, Catherine Gordon se fraye un\n                                               passage à travers la cohueet suivie de Dalyell\n                                               qui essaye de la retenir, elle se précipite sur\n                                               le pilori avec un grand cri où la douleur se\n                                               mêle à la joie.)\n\n\n\n\n                                        S C È N E II\n\n                      LES PRÉCÉDENTS, CATHERINE, DALYELL\n\n                                        CATHERINE\n\n   O mon é p o u x . . . ô mon roi, je te retrouve enfin!\n\n                                         WARBECK\n\n  Catherine !... tu m'aime e n c o r e !\n\n                                        CATHERINE\n\n   E n c o r e ! Il me semble seulement que je commence à t'aimer!\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "432                                      DURENDAL\n\n\n                                         WARBECK\n\n T u m'es restée fidèle !\n\n                                     CATHERINE\n\n J e n'ai cessé de vivre pour toi !\n\n                                         WARBECK\n\n      e faudra-t-il regretter la vie !\n\n                        OXFORD (qui s'interpose pour les séparer)\n\n Madame !... La honte de ce gueux va vous éclabousser !\n\n                                         DALYELL\n\n Oui, chère d a m e , éloignez-vous       . Pareil spectacle outrage vos sentiments..\n\n                   CATHERINE (n'ayant de regards que pour Warbeck,\n                       et se détournant à peine vers les autres)\n\n Laissez-moi! N u l ne m'empêchera d'embrasser mon é p o u x . . .\n\n                                 LA FOULE (apitoyée)\n\n Son époux.\n\n                                   D'AUTRES VOIX\n\n L a princesse Catherine !\n\n       CATHERINE (avec force, en promenant un regard superbe autour d'elle)\n\nL a reine Catherine ! L a femme de R i c h a r d IV, roi d'Angleterre !\n\n                             APPRENTIS ET FEMMES\n\nVive Richard IVI\n\n                            LAMBERT SIMNEL (à Oxford)\n\nVoilà ce que je craignais.\n\n                                     APPRENTIS\n\nAux g o u r d i n s !\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                               L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                           433\n\n                                         CATHERINE\n\n   O h , m o n b i e n a i m é seigneur, j e viens réclamer ma part de tes supplices !\n(à la foule :) A moi, braves g e n s ! V o u s nous réunirez, n'est-ce pas?\n\n                                              VOIX\n\n   Oui !... Oui !... Aux g o u r d i n s !\n                                                                                   (Bousculades.)\n                                CATHERINE (aux bourreaux)\n\n  V o u s voudrez bien m'attacher auprès de lui? (à Warbeck) Cher é p o u x . . . Par-\ndonne-moi ma longue absence... Ils me retenaient loin de toi!\n\n                                             WARBECK\n\n    Catherine, sois b é n i e !... L ' o p p r o b r e m'accablait, tu me r e n d s l'orgueil. J e\nm e glorifie de la honte q u e R i c h m o n d prétendait m'infliger I puisqu'elle fut\nl'occasion de cette suprême preuve d'amour que tu me d o n n e s , ô femme\ns u b l i m e ! . . . Mon Dieu, n e pourrai-je verser des larmes ou me faudra-t-il étouf-\nfer de gratitude et d e joie !... Allez, valets (s'adressant à Oxford et à Simnel, qui se\ntiennent à l'écart) m a n d e z à votre maître que le geste de cette noble femme le\ndépouille de tout le fruit de son triomphe. Dites-lui bien que je le brave et\nque c'est moi qui le s o mme d'abdiquer...\n\n                                             OXFORD\n\n   T e tairas-tu, v e r m i n e ! . . . Holà, vous a u t r e s ! (aux bourreaux et aux estafiers stu-\npéfiés et ayant peine à contenir la foule houleuse et agressive) Qu'attendez-vous p o u r\nle r a m e n e r en prison ? (à Catherine : ) M a d a m e , a u n o m de votre père, arrêtez\nces déplorables é p a n c h e m e n t s ! Oubliez-vous qui vous êtes?\n\n                                          CATHERINE\n\n   Qui je suis, Oxford? N e te l'ai-je pas dit tout à l'heure? Catherine Gordon,\nla femme de R i c h a r d IV, p a r la grâce de D i e u , roi d'Angleterre!\n\n                                          APPRENTIS\n\n   Oui ! Oui ! Vive le roi R i c h a r d ! Sus aux b o u r r e a u x ! (Les bourreaux ont toutes\nles peines à maintenir Warbeck, que les mutins menacent de leur arracher. Echauffourée.\nDalyell s'efforce d'entraîner Catherine. Tout à coup survient un moine en costume de\npèlerin, avec une forte escorte. Cette arrivée impose aux apprentis. Oxford se porte rapi-\ndement vers le moine.)\n\n                                          APPRENTIS\n\n   R a n g e o n s - n o u s , c'est la livrée de monseigneur de D u r h a m !\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "434          '                           DURENDAL\n\n\n                                        SCÈNE        III\n\n                               LES PRÉCÉDENTS, LE MOINE\n\n\n                                           OXFORD\n\n  Vous venez d e la part de monseigneur? E t la nouvelle?\n\n                                          LE MOINE\n\n   Telle que vous l'espériez... J'arrive à l'instant de la Ville Eternelle et voici\nla réponse que Notre Saint P è r e le P a p e fait à la d e m a n d e de la p r i n c e s s e . . .\n\n                     OXFORD (arrachant la bulle des mains du moine)\n\n  Assez! D o n n e ! Peuple, le Ciel se déclare contre P e r k i n W a r b e c k ! Réjouis-\nsez-vous, m a d a m e (montrant Warbeck) P a r ordre de Sa Sainteté cet h o m m e ne\nvous est plus rien !\n\n                                         CATHERINE\n\n   T u mens, Oxford!... Il est tout pour moi, au contraire...\n\n                                           OXFORD\n\n   Malgré les foudres de l'Eglise ?\n\n                                         CATHERINE\n\n   Rien ne me détachera de lui!\n\n                                           OXFORD\n\n   Mais tu n'es plus sa femme...\n\n                                         CATHERINE\n\n   J e le d e m e u r e par la vertu indélébile du S a c r e m e n t !\n\n                                           LE MOINE\n\n   N'avez-vous pas réclamé le divorce auprès du Saint P è r e ?\n\n                                         CATHERINE\n\n  L e divorce? Moi? Mais s'il existait une loi pour me séparer de lui, ne\npouvant plus être sa femme, je me contenterais d'être sa concubine à la face\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                               L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                           435\n\nde la terre et du Ciel!... Mais non, jamais Dieu ne tranchera le lien qu'il a\nn o u é lui-même! E t c'est à Dieu que j ' e n appellerais, de l'arbitraire du chef de\nla chrétienté !\n                                           LE MOINE\n\n   Malheureuse femme! Elle b l a s p h è m e !\n                                      (Murmures en sens divers dans lafoule partagée\n                                   entre sa terreur religieuse et ses sympathies.)\n\n   CATHERINE (ne s'occupant que de Warbeck qu'elle a rejoint et dont elle a saisi\n                                  les mains)\n\n    N u l n e nous séparera désormais. J e veux ma place sur ton banc d'infamie,\nc o m m e j ' a u r a i s partagé ton t r ô n e , mon noble roi martyr et comme je parta-\ngeai ta couche, mon b e a u seigneur, mon doux R i c h a r d . . . Etreignons-nous\ndans la mort, c o m m e d a n s la vie !...\n\n                                           WARBECK\n\n   Ah, trop bienfaisante Catherine !... T u m'accables de félicité !...\n\n                                           LE MOINE\n\n   M a d a m e . . . Répudiez cet imposteur sacrilège...\n\n                                            OXFORD\n\n   Obéissez au vicaire de Dieu !\n\n                                          CATHERINE\n\n   J a m a i s l . . . Vois, comme je le r é p u d i e !\n                                                      (Elle s'est jetée au cou de Perlrin et lui fait\n                                                         un collier de ses bras.)\n\n                         WARBECK (avec une émotion croissante)\n\n   N o n ! . . . C'en est t r o p . . . J e n'ai p a s mérité tant de gloire et de délices!...\nC a t h e r i n e ! . . . M a d a m e ! . . . Ecoutez ce courtisan et ce prêtre.. Ils ont raison ...\nDétournez-vous d'un misérable... V i v e z ! . . . Soyez longtemps encore l'orne-\nm e n t et la consolation de ce pauvre m o n d e !... Vous m'avez ouvert le Ciel et\nje n'attends plus rien ici-bas... J e m e u r s h e u r e u x , béatifié... L o r d Dalyell,\néloignez-là !...\n                              CATHERINE (s'attachant à lui)\n\n   Quoi, i n g r a t ! . . . T u te ligues avec e u x ! Moi, je veux rester tienne, entends-\ntu ! E t au besoin malgré t o i - m ê m e ! Qui parle encore de nous s é p a r e r ? . . .\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "436                                     DURENDAL\n\n\nDites, en faut-il davantage pour vous convaincre? E t toi, méchant, son-\ngeais-tu sérieusement à t'en aller s a n s moi? E c o u t e plutôt, mon a i m é , u n e\ndernière prière de ta c o m p a g n e . . . T u ne me refuseras pas un suprême gage\nd'amour!... J e te d e m a n d e , j'exige u n dernier baiser... T e s lèvres, ô m o n\nRichard !...\n\n                    WARBECK (cédant et l'embrassant avec frénésie)\n\n   A h . . . chère... chère femme!. . Qu'il m'eut été doux d'expirer sur ta\nb o u c h e ! . . . Mais l'empreinte de tes lèvres sera m o n onction, m o n viatique...\n\n                                        CATHERINE\n\n   P a r ce baiser sacré, que n o u s venons d'échanger, je j u r e de te d e m e u r e r\nfidèle sur cette terre, à travers la mort et d a n s l'éternité!\n\n                                          OXFORD\n\n   Songez que la corde attend ce malandrin !\n\n                                         LE MOINE\n\n   E t que l'enfer guette cet a n a t h è m e !\n\n                                          DALYELL\n\n   N o n ! Dieu ne damnerait u n tel amour !\n\n                                        CATHERINE\n\n   U n m a l a n d r i n ! . . . U n a n a t h è m e ! Oxford, tu outrages la majesté royale, et\ntoi, prêtre, tu interdis un saint! Ah, je suis fière de lui, je me réjouis de\nporter son nom ! N o u s nous suivrons de près, ô mon maître... oh, m o n r o i !\n\n       WARBECK (en proie à un grand trouble, sa crise morale va se résoudre)\n\n  T o n roi, dis-tu Catherine... seulement ton roi?...\n\n                                       CATHERINE\n\n  Mon Richard adoré ! Mon royal é p o u x ! . . .\n\n                            WARBECK (solennel, pantelant)\n\n  Catherine G o r d o n . . . princesse de sang... cousine d'un roi tu ne pleurerais\npoint la couronne que je me flattais de poser sur ton front ?...\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                                L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                      437\n\nCATHERINE (avec exaltation, commençant à comprendre ce qui se passe en Warbeck)\n\n  Q u e me fait la couronne? J e ne tiens qu'à toi, je n e pleurerais que toi\ndurant les quelques instants qu'il me faudrait te survivre !\n\n                                             WARBECK\n\n  E t tu ne pleurerais p a s le roi ?\n\n                                            CATHERINE\n\n   N e nous inquiétons plus d'une vaine majesté, R i c h a r d , m o n beau prince,\ntu m e suffis !\n\n                                             WARBECK\n\n  C'est donc que tu m'aurais c h é r i . . . p a u v r e , . . . obscur?...\n\n                                            CATHERINE\n\n  J e t'aime.\n\n                                             WARBECK\n\n  I n d i g n e . . . coupable ?...\n\n                                            CATHERINE\n\n  J e t'aime!\n\n                                             WARBECK\n\n  Si je n'étais pas celui qu'on a dit... si je n'étais pas le fils d ' E d o u a r d ?\n                                                                   (Sensation.)\n\n                                      OXFORD (tendant l'oreille)\n\n  Va-t-il se passer lui-même la corde au cou?\n\n                                              DALYELL\n\n  Où veut-il en venir?\n\n                                                             (Profonde anxiété dans la foule.)\n\n                                          LES APPRENTIS\n\n  Ecoutez !... Ecoutez !\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "  438                                    DURENDAL\n\n\n                                         SCÈNE V\n\n                       LES PRÉCÉDENTS, L'ÉVÊQUE DE DURHAM\n\n        L'ÉVÊQUE DE DURHAM (qui est entré et qui, se tenant à l'écart, a assisté\n                             à une partie de la scène qui précède)\n\n    Se peut-il? Il se trouble. Vat-il se confesser?\n\n                                         WARBECK\n\n    H é l a s ! U n mystère pesa jusqu'à présent sur ma naissance... Catherine,\n je doutais toujours, je doute encore de moi-même... Peut-être ces grossiers\n habits sont-ils ceux de ma caste et ne suis-je, à ce que ces seigneurs pré-\n tendent, que le fils d'un infime artisan, comme vous autres, mes amis ? (aux\n apprentis).\n\n                                    LES APPRENTIS\n\n    T a n t mieux ! Voilà notre h o m m e !\n\n                                       CATHERINE\n\n    E t q u a n d tu le s e r a i s ! . . . Encore une fois qui que tu sois, je t'aime. M'en-\n tendras-tu enfin ? J'aime Perkin Warbeck !\n\n                                        WARBECK\n\n   L'imposteur! L e faux Richard IV !\n\n                                       CATHERINE\n\n   Qui le criminel... l'imposteur ! (Elle tombe dans ses bras.)\n\n                                   WARBECK (exalté)\n\n     M i r a c l e l . . . J e vois clair! Ma mère ne maudira plus son enfant!... L'équi-\nvoque s'est dissipée!... L ' a m o u r de ma Catherine sera m o n salut. J e vis, je\nrespire, je suis réconcilié. Catherine m'aime tel que j e suis, moi le pauvre\nouvrier, le prince pour rire... Oh tout éclat pâlirait à côté de cette apothéose...\nAussi j ' a b d i q u e ma royauté, j'abjure mon erreur! Catherine aime le fils d'un\ntisserand!... Oui, peuple, écoutez tous, je ne suis point votre roi, je suis plus\ng r a n d , bien mieux. J e suis l'élu de la meilleure des femmes!\n\n                           L'ÉVÊQUE (se portant en avant)\n\n  Dieu m'éclaire à mon tour et m'apprend m o n devoir. Cet h o m m e n e fut\nque l'instrument loyal d e la perfide duchesse d e B o u r g o g n e . Il se repent. L e\nCiel lui p a r d o n n e !\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                                  L'IMPOSTEUR MAGNANIME                                     439\n\n                                            OXFORD\n\n  Vous, M o n s e i g n e u r ! . . .\n\n\n                                           L'ÉVÊQUE\n\n  J e suis venu à t e m p s p o u r absoudre un pécheur; non, p o u r bénir u n juste.\n\n                                            OXFORD\n\n  A votre a i s e ! J e vous laisse son âme, mais à nous sa carcasse. Il a v o u e !\nN o u s le t e n o n s ! . . . P e u p l e , vous avez bien e n t e n d u ! (murmures de pitié).\nMonsieur le shériff, voici l'ordre du roi. Inutile de surseoir à l'exécution.\n                                                (Il déplie l'arrêt de mort et le remet au\n                                                  shériff qui le reçoit en s'inclinant; Perkin\n                                                  et Catherine se tiennent embrassés, indiffé-\n                                                  rents à tout ce qui les entoure, déjà ravis\n                                                  au ciel.)\n\n                                   LE SHÉRIFF (aux exécuteurs)\n\n  E t à présent, mes compères, au gros oeuvre !\n\nL'EXÉCUTEUR (mettant la main sur l'épaule de Warbeck qu'il arrache à son extase)\n\n  L'ami, si vous le voulez bien, nous n o u s mettrons en route pour arriver\navant le coucher d u soleil (à ses aides :) Ceci nous épargne u n second\nvoyage !...\n\n                                            DALYELL\n\n  Infortuné W a r b e c k ! . . . T u t'es p e r d u ! . . . Mais je t'estime sans réserve à\nprésent. T u t'es t r o m p é , tu fus de bonne foi. T a main ! E t bon courage !\n\n\n\n\n                                           S C E N E VI\n\n                               LES PRÉCÉDENTS, LORD HUNTLEY\n\n                                        LORD HUNTLEY\n\n  E t moi je te p a r d o n n e , P e r k i n !... Catherine, tu sais combien je répugnais\nà ton union avec cet h o m m e . Sa loyauté vient de l'anoblir. D a n s mes bras\nm o n fils... (Il donne l'accolade au patient.) Ma fille, sois fidèle à Perkin W a r b e c k . . .\nSes derniers m o m e n t s l'ont r e n d u digne de toi !\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "440                                     DURENDAL\n\n\n\n                                 CATHERINE (éperdue)\n\n    Digne de moi, mon p è r e ! Ah, c'est à peine si je suis digne de l u i ! Oui,\nP e r k i n , tu as bien fait, ta Catherine... Catherine W a r b e c k est plus fière de toi\nq u e j a m a i s ! (Les aides du bourreau entourent Perkin et l'entraînent sur un geste\nimpérieux du comte d'Oxford. La foule, redevenue houleuse et menaçante, est refoulée\net maintenue.) Mon P e r k i n . . . mon é p o u x . . . je te rejoins, je m'évade à ta suite !\n                                                 (Elle défaille dans les bras de Huntley et de\n                                                     Dalyell qui l'ont retenue.)\n\n                                    LES APPRENTIS\n\n   C'est le moment! A sa rescousse!\n                                                 (Ils se précipitent sur les pas du cortège.)\n\n\n\n\n                                 SCÈNE       DERNIÈRE\n\n  L E S PRÉCÉDENTS; MOINS PERKIN. LES BOURREAUX, LES ESTAFIERS ET LES APPRENTIS\n\n\n                                         OXFORD\n\n   Elle est à moi! (à Dalyell et Huntley :) Mylords, le roi attend m a d a m e Cathe-\nrine au palais...\n\n      DALYELL et HUNTLEY (après avoir interrogé la pâleur et la rigidité\n                        de la jeune femme)\n\n   N o n !... L e Roi des Rois!\n\n                                          OXFORD\n\n   Morte !\n\n  L'ÉVÊQUE (imposant une main au-dessus de la morte et l'autre tendue vers Tyburn,\n              où se rend le condamné)\n\n   Perkin et Catherine W a r b e c k , soyez unis d a n s le Ciel c o m m e sur la terre!\n\n                                         (RIDEAU)\n\n                                                                   GEORGES      EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 520, "texte": "                          LES LIVRES\n\nLA POÉSIE :\n\nLe Songe d'une Nuit de doute, par E. DUCOTÉ. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n   Ce volume, gracieusement édité sous couverture de Ch. Doudelet, réunit\nun long poème, au symbolisme aisé et clair, et une série de lieds, d'impres-\nsions, de rapides instants de sentiment, tour à tour légers ou subtils, déter-\n minés ou indécis.\n   Un soir, le poète, songeant à la vanité de l'effort, a rencontré sur une\nlande désolée, grise, monotone, les différents visages portant le reflet des\nmultiples phases de sa vie. Ambition, désir, orgueil, tout lui crie, lui mur-\nmure ou lui pleure le néant de vivre et d'agir. N'importe, il ne s'abandon-\nnera pas, car l'Amour qui facilite l'existence interrompra son rêve, lui\nconseillant d'imiter l'arbre qui porte ses fruits joyeusement, sans souci du\nlendemain ni de la veille, en dépit des intempéries et des rafales. Tel est ce\nsonge d'une nuit de doute.\n   Comme dans sa gracieuse comédie, le Barbier de Midas, dont j'eus le plaisir\nde rendre compte ici-même, M. Ducoté use en ce poème d'un vers complè-\ntement émancipé. La rime, voire l'assonance, ne le préoccupent guère. Mais\nil a l'oreille délicate et le souci de la musique. Aussi, à l'encontre de maint\nvers libriste, il n'est pas induit à pêcher contre le rythme. Sa période lyrique\nou descriptive se déroule très naturellement, s'amplifie, s'amincit en des vers\ninégaux, longs ou brefs suivant les arabesques de la pensée.\n   Le charme varié de ce procédé apparaît mieux encore dans les courts\npoèmes où l'auteur a enclos des rêveries sentimentales ou philosophiques\nd'un instant. M. Ducoté est un auteur clair, qui puise sou inspiration aux\npures sources du génie latin. Aussi aime-t-il à pimenter ses songeries de\nquelque maxime et se plaît-il à exprimer, en finissant, le suc de son poème\ndans une sentence concise.\n   Quelques citations rendraient ces qualités tangibles. On goûtera la grâce\nfleurissant des piécettes telles que celle-ci, prise au hasard !\n\n               A travers les bouleaux    d'argent\n               J'ai ou, baignées de brume matinale,\n               Des Nymphes danser au bord de l'étang.\n               Quelqu'un m'a dit : — Ce sont les laveuses\n               Qui vont ù leur tâche et se hâtent\n               Sous le poids pesant des paniers de linge. —\n               Moi, j'ai vu les   Nymphes.\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": "442                               DURENDAL\n\n\n               J'ai vu dans la forêt ombreuse\n               Un chœur de Dryades épars sous les chênes.\n               Quelqu'un m'a dit : — Ce sont de pauvres femmes\n               Qui font des fagots avec des branches sèches. —\n               J'ai vu les Dryades.\n               Or, je ne mens pas et l'autre non plus,\n               Et chacun raconte ainsi qu'il a vu.\n\nL e T r i o m p h e d e l a V i e , poèmes, par FRANCIS JAMMES. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n   M. Francis Jammes a écrit deux petits romans: Clara d'Ellébeuse et Almaïde\nd'Etremont, deux choses vraiment délicieuses, d'un charme prenant, qui me\nsemblent bien être la meilleure partie de son œuvre. Son Deuil des Primevères\ncontient des élégies d'une poésie toute virgilienne, fleurant l'odeur des\nherbes et des plantes, et des prières empreintes d'une sentimentalité religieuse,\nrare et primesautière. Du volume que j'ai sous les yeux, le premier poème,\nJean de Noarrieu, réunit ces précieuses qualités. Il s'y trouve nombre de\nstrophes ravissantes auxquelles' je ne reproche que leur rythme trop\nsouvent hésitant. Le vers de M. Jammes est par trop dégingandé. Ce n'est\npas le vers parnassien assoupli et détendu de H . de Regnier, ni le vers libre\noù excelle Verhaeren. Ses laisses monorimes me font parfois l'effet de tra-\nductions d'une langue étrangère, s'efforçant vers un rythme stable et asso-\nnancées.\n   Ces réserves faites, j'avoue que l'histoire de Jean de Noarrieu, ce gentle-\nman farmer qui a fait son droit, chasse, pêche, lit Jean Jacques, surveille\nles travaux agricoles, aime sa servante, s'aperçoit qu'elle ne l'aime pas, en\npleure un peu, puis, avec une bonne grâce parfaite, la fiance au berger de\nson choix, — me plaît par sa poésie naturelle et simple.\n   Dans le second poème, Existences, M. Jammes a voulu peindre la vie véri-\ntable. Pour cela, il a choisi une petite ville quelconque, y a placé un poète\nqui lui ressemble fort et l'a mêlé à une série d'épisodes touchants, graves,\nplaisants, grotesques ou stupides, tout comme la vie elle-même. Ce second\npoème ne vaut guère le précédent.\n                                                                    C H . DE S.\n\nLE ROMAN :\nLeurs     figures,   1   vol. in-12, par    MAURICE BARRÈS.—(Paris,      FÉLIX\n  JUVEN, éditeur.)\n   C'est une bien curieuse page d'histoire contemporaine que Leurs figures, ce\nrécit de la tragi-comédie panamiste que M. Maurice Barrès vient de livrer à la\npublicité. Et c'est une bien singulière « figure » que celle de M. Maurice\nBarrès lui-même.\n  Parmi les jeunes gens lettrés qui atteignirent l'âge d'homme vers 1890, il\nen est peu qui résistèrent à la séduction dts premiers livres de M. Maurice\nBarrès. La psychologie aiguë et ingénieuse de ses livres : Sous l'œil des Bar'\n"}, {"page_pdf": 522, "texte": "                                 LES LIVRES                                 443\n\n\nbares, et Un homme libre, que le Jardin de Bérénice devait bientôt suivre, révélait,\nen quelque sorte cette jeunesse à elle-même. Dans les personnages de ces\nromans auto-biographiques, elle se reconnaissait avec l'infinie complexité de\nses ennuis et de ses velléités. Mais l'auteur — et ceci assura son succès — ne\nse bornait pas à présenter le miroir à ses contemporains i l leur proposait une\nphilosophie. Il conseillait à chacun d'embrasser son miroir, ou, sur son\nmiroir, son reflet. La sagesse antique disait : « Connais-toi toi-même. »\nM.Maurice Barrès disait: «Apprécie-toi toi-même. Prends plaisir à les\npropres actions, sans trop te soucier de leurs résultats. »\"Que chacun cultive\nson Moi, répétait il avec insistance. Que chacun conquière et protège son\n Moi sous toute l'écume dont l'éducation l'a recouvert et qu'y rejette la vie à\nchaque heure. » La culture du Moi, telle était la synthèse de ces trois traités\nd'idéologie passionnée, — pour leur donner la qualification que leur décer-\nnait l'auteur. Et j'ai souvenir d'une caricature assez drôle de Cazals, qui fut\npubliée vers ce temps-là, et qui représentait un Maurice Barrès décapité, arro-\nsant pieusement sa propre tête plantée dans le sol parmi des fleurs rares et\nbizarres...\n    Philosophie un peu mince. Soit. Mais telle quelle, elle devait plaire à des\njeunes gens à peine échappés de l'école, tout gavés de cette éducation verbale\n qui fait le fond de la nourriture classique, — encore assez infatués d'eux-mêmes\n et déjà assez dégoûtés des autres pour dresser volontiers à leur petite person-\nnalité un piédestal, — voire un autel, — d'où se donner la comédie du\n monde.\n    Mais M. Barrès, non plus que ces adolescents, dont il était un type si\n remarquable, ne pouvait se contenter longtemps du rôle de « stylite ». Pour\n peu qu'on ait des nerfs et du sang, on se fatigue bientôt de cette posture, —\n et du dilettantisme contemplatif. Déjà, dès le troisième roman de M. Barrès,\n le Jardin de Bérénice, Philippe, son héros, s'évade vers l'action. Il ne se borne\n plus à cultiver son Moi par l'étude, par le voyage, par le spectacle des\n êtres et des choses. Il consent à se mêler aux Barbares..., sauf à vouloir les\n conduire.\n    Faut-il voir dans cette évolution psychologique le contrecoup de cette\n revanche de l'action qui succéda, il y a quelques années, à l'ignavie des\n  « décadents» et des jeunes « fin-de-siècle » ? Disons plutôt que M. Maurice\n Barrès n'a suivi personne que lui-même, et qu'il s'est laissé entraîner à\n l'Action par la logique d'un tempérament auquel la culture du Moine pou-\n vait servir que de préparation et de veillée d'armes.\n    La seconde manière de M. Maurice Barrès, c'est la manière de l'Énergie\n nationale, qui s'est affirmée d'abord dans les Déracinés, — plaidoyer en faveur\n  de la Décentralisation, — puis dans l'Appel au soldat, — justification du Bou-\n  langisme, — et aujourd'hui dans Leurs figures, réquisitoire contre les Pana-\n  mistes.\n     Après la culture du Moi, c'est l'utilisation du Moi. Le dilettante est devenu\n  un polémiste.\n     Quelle verve et quelle combativité dans le récit de ces journées de 1892-93,\n  où s'avéra, par les scandales du Panama, la décomposition de l'opportunisme!\n"}, {"page_pdf": 523, "texte": "444                              DURENDAL\n\n\n Quelle couleur dans ces tableaux à la Salluste : la mort de Reinach, — l'in-\nterpellation Delahaye, la Première charrette !\n   A vrai dire, ce livre n'est un roman que par l'intervention de quelques per-\nsonnages imaginaires, les Sturel, les Nelle, les Suret-Lefort, les Boutelier,\nqui servent surtout à commenter les événements, à la façon du chœur\n antique.\n   La vraie moelle du livre, c'est la véridique histoire du Panama. On la suit\ndepuis son début : L'affaire du Panama, écrasée sous un déficit énorme, est\nmise en liquidation. L'expert Flory vérifie les comptes. Le dossier formé par\nle juge d'instruction Prinet est remis au Procureur général Quesnay de Beau-\nrepaire, qui conclut à des poursuites contre les administrateurs. Les pre-\nmières rumeurs circulent. Où sont allés tant de millions, à quelles pressions\nles administrateurs ont-ils du céder, puis céder encore, allongeant cinq cent\nmille francs à celui-ci, deux ou trois millions à celui-là ?\n   Le Gouvernement prévoit la tourmente. Il s'en effraye. Mais la crainte le\nparalyse. Il n'ose la conjurer Le procureur général réclame un ordre formel\nde poursuivre. Tandis que, dans les hautes sphères, on tergiverse, peu à peu\nle po -aux roses se découvre: chantages, extorsions, concussions. M. Andrieux,\nauquel Cornélius Herz, a remis la liste des chéquards, la livre à la publicité.\nTout le monde tremble. Les dénonciations se multiplient. Quelques « boucs\nd'Israel » payent pour les autres. Un ancien ministre, Baïhaut, est condamné\npar la Cour d'assises en même temps que quelques autres « chéquards ». La\ntroisième République semble menacée dans tout son personnel politique.\nMais les maladresses des partis d'opposition, la mollesse de la conscience\npublique. étou die de tant de tapages, fatiguée de tant de « faux départs »,\net trop habituée à l'infamie pour s'en indigner virilement et jusqu'au bout,\nsauvent un grand nombre de coupables. Puis, comme après le coup de pied\ndans la fourmilière, le calme va renaître, et les brèches se réparent... jus-\nqu'au prochain scandale. Cependant que les Etats-Unis rachètent pour\n40 millions de dollars une entreprise qui aurait pu assurer les destinées\néconomiques de la France au XXe siècle!\n   De tout ce drame, dont il se fait l'historien passionnant et passionné,\nM. Maurice Barrès conclut, une fois de plus, à la thèse qui est comme le leit-\nmotif de sa deuxième manière : la décentralisation. « Faisons-nous de plus\nen plus la Province. Soyons la Province pour qu'elle traverse intacte cette\npériode où la France décélébrée et dissociée semble faire de la paralysie\ngénérale. »\n   L'idée est bonne. Mais il me semble que la leçon pourrait être plus haute et\nplus complète.\n   Livrés par le déchaînement de leurs appétits et leur absence de scrupules\naux entreprises d'un Reinach et d'un Cornélius Herz, les chéquards que\nM. Maurice Barrès met en scène démontrent surtout la nécessité d'un idéal\npolitique plus élevé que la a vertu laïque » ou la a défense républicaine ».\n   On a vu déjà de petits Panama se jouer sur des théâtres provinciaux ou\nmême communaux.\n  Ce n'est pas seulement d'être centralisées à l'excès que souffrent certaines\n"}, {"page_pdf": 524, "texte": "                                          LES LIVRES                                           445\n\n\nsociétés civiles. C'est aussi — et c'est surtout, croyons-nous, — d'être désorbi-\ntées du seul principe d'ordre et d'autorité qui exalte les dévoûments et pré-\nvient les défaillances.\n    N o u s voilà loin de la « p u r e littérature ». Sans d o u t e . Mais je dirai, pour\nmon excuse, q u e M. Barrès a cessé, dans ses r o m a n s de l'Energie nationale,\nd'être u n « pur littérateur.», encore que ses opinions « rationalistes » conti-\nn u e n t à s'envelopper d'une forme impeccable... q u ' o n ne rencontre pas préci-\nsément tous les jours dans le m o n d e de la politique.\n                                                                               H . C. W .\n\nL e b o n p l a i s i r , p a r H E N R I DE RÉGNIER. — ( P a r i s , Mercure de France.)\n    Antoine de P o c a n c y se préparait à servir sous M. le maréchal de Manissart,\nlorsque le roi, rejoignant l'armée sur la Meuse, traversa de nuit, à la clarté\nrougeâtre des torches, Vircourt, b r u s q u e m e n t éveillée et pleine d'acclama-\ntions D u fond de son carrosse doré, Sa Majesté leva les yeux, en passant,\nvers le balcon où se penchait à mi-corps, auprès du jeune h o m m e , grasse et\nfraîche en son désordre nocture, la belle M m e Dalanzières. Q u a n d le profil\nsouverain eut disparu au tournant de la place, comment Antoine de Pocancy\nse fût-il douté qu'il venait de faire un jaloux et de manquer à tout jamais sa\nfortune?\n     Il n'oublia plus cette vision. La vue du roi avait suscité en lui une ardeur\ngénéreuse et un violent désir d'en être distingué. Aucun prix ne lui semblait\ntrop cher p o u r u n e faveur si précieuse. Le royal soleil l'avait échauffé d'un\nde ses rayons e t il devait toute sa vie en ressentir le feu intérieur. Son désir\ns'accrut lorsque l'abbé de Chamissy, qu'il interrogea sur les camps et sur la\nCour, lui eut appris que plaire au roi était le seul échelon de la fortune, que\nle roi était la source u n i q u e de tout honneur et de toute grâce, que tout\nd é p e n d a i t de son bon plaisir. Il fallait plaire!\n     E t Antoine s'en fut à D o r t m ü d e , qu'assiégeait le maréchal, en attendant\n qu'il y fût lui-même assiégé. Il y risqua sa vie aux balles des mousquets et\n aux boulets des c a n o n s , mangea du pain dur et de la viande de cheval, avala\n la poussière des charges, sua sous le soleil, courut, galopa, peina à de conti-\n nuelles fatigues. L e désir d'être distingué l'aventura à mille traverses. Peines\n perdues : le roi ne le r e m a r q u a point.\n     Après la c a m p a g n e , il accourut à Versailles. L'heureux M. de Collarceaux,\n qui l'y m e n a , lui répéta, chemin faisant, qu'à la Cour tous n'ont qu'un but\n et q u ' u n objet : se faire distinguer. « U n e loi y régit tout, qui est suprême :\n  il faut plaire. Ah ! le b o n plaisir, monsieur, le bon plaisir ! Rien ne vaut que\n cela. C'est l'artifice u n i q u e . » S'il ne méritait p a s , un jour, le regard royal, il\n n e resterait a u pauvre P o c a n c y q u ' à s'en retourner aux c h a m p s . E t P o c a n c y fit\n tout p o u r le mériter. E n c o r e que maints plaisaient qui n e le valaient guère,\n  il y échoua. L e roi ne le remarqua point. L e roi n e voulut point le remar-\n  quer, car il avait déplu : u n e auguste et muette rancune punissait l'ami de la\n  belle i n c o n n u e d u balcon de Vircourt.\n      C'est le grand siècle qui revit, mondain, guerrier, courtisan, peu flatté,\n  mais combien vrai, dans ce savoureux r o m a n , pastiche exquis des Mémoires\n"}, {"page_pdf": 525, "texte": "446                              DURENDAL\n\n\ndu temps. Beaucoup de personnages, étonnamment vivants et curieux, le\ntraversent, depuis M. le maréchal de Manissart, charmant d'humeur hardie,\nde galanterie bien portante et de philosophie naturelle, et la terrible maré-\nchale de Manissart, acariâtre, impérieuse et jalouse, jusqu'à ce mécréant abbé\nde Chamissy, ce Corvisot, empirique cynique et bouffon, jusqu'au Roi lui-\nmême. Ces portraits, et dix autres, sont de maître. Leurs aventures ne sont\npas toujours, tant s'en faut, édifiantes, car, comme le disait justement leur\ncontemporaine, Mme de Maintenon, dont la phrase épigraphie le Bon Plaisir,\n   un peu de crapule se pardonne en ce temps-ci ». A l'exemple du vieil Anaxi-\ndomène, papillon brillant et fané, délicieux en sa robe à fleurs et avec ses\npommettes fraîches, M. de Régnier va loin parfois en ses propos. Ce n'est\nqu'à force d'esprit qu'il sauve presque de trop gaillardes anecdotes. Ce que\nvaut le conteur, net, vif, alerte, piquant, si ingénieux dans sa fantaisie, si\n exact dans son observation, d'un art si sûr et si affiné, on le sait de long-\n temps : M. de Régnier, poète ou prosateur, est de ceux qu'on ne se lasse\n point d'applaudir.\n                                                                      M. D.\n\nL e s D e u x C o n s c i e n c e s , par CAMILLE LEMONNIER. (Paris, Ollendorf.)\n   Les Deux Consciences... L'une est la conscience du panthéiste, l'autre est la\nconscience traditionnelle. La première appartient à M. Camille Lemonnier...\nqui, naturellement, n'aime guère la seconde et qui le lui dit avec lyrisme et\navec l'appoint d'arguments très faux. On trouvera dans ce livre des qualités\nlittéraires, surtout un excellent portrait de wildman, frère des « boschkerels »,\net des hommes sauvages de sa race, frère plus encore de M. Camille\nLemonnier.\n                                                                        L. N.\n\nM e s s i r e W o l o d o w s k i , roman héroïque, par HENRYK SIENKJEWICZ;\n traduction du comte WODZINSKI et de B. KOZAKIEWICZ. — (Paris, Éditions\n de la Revue Blanche.)\n   Ce roman clôt la trilogie qu'avait ouverte Par le fer et par le feu, continuée\nle Déluge. Son héros est familier déjà aux lecteurs des deux premières parties\nde cette épopée polonaise, où l'invincible dragon accomplit maintes\nprouesses. Au tableau de la guerre contre le Turc, Messire Wolodowski mêle les\naventures amoureuses du célèbre guerrier. Ellessont nombreuses: Michel aime\nsuccessivement Annette Krasienska, qui meurt; Christine Drojowska, qui'\népouse un autre, et Basia Jeziorska, qu'il épouse, qu'un Tatar passionné lui en-\nlève qu'il retrouve et qu'il laisse inconsolable, étant mort glorieusement, premier\nsoldat de la République, sur les remparts de Kamiéniec. Il va sans dire que\nle facétieux Zagloba, qui promène sa faconde et sa vantardise à travers toute\nl'œuvre, survit, ici encore, — est-ce prudence ou bonheur ? — à tous les\n massacres. De loin en loin, apparaît la grande figure de Messire Sobieski, lej\n futur vainqueur de Vienne. Ainsi « finit cette trilogie écrite en un labeur\nopiniâtre et non sans angoisse pour le réconfort des cœurs ».\n"}, {"page_pdf": 526, "texte": "                                 LES LIVRES                                 447\n\nL a T e r r e d u P a s s é , par ANATOLE    LE   BRAZ.   — (Paris, Calmann-\n  Lévy.)\n   La Bretagne n'a point de fils plus pieux que M. Le Braz; elle n'en a pas\nqui la fasse aimer davantage. Prose ou vers, son œuvre chante, toute, le\nmystère et la poésie de la terre d'Armor. Une fois de plus, ici, ce pèlerin\npassionné de sa patrie nous invite à accomplir avec lui le tour de Bretagne.\nIl nous conduit successivement en Trégor, en Léon, en Cornouailles, en\nVannes, en Haute-Bretagne, voire au pays de Galles, d'où fuirent, jadis,\ndevant la tempête saxonne, les ancêtres lointains. Et tout du long de la route\nnous émeuvent de nobles et mélancoliques légendes, nous enchantent de\nmerveilleux et sauvages décors : landes, forêts, et la mer tumultueuse ou très\ndouce. Tout y parle à l'imagination, les hommes et les choses; et c'est une\njoie de vivre quelques heures parmi la race forte et simple, héroïque et son-\ngeuse, gardienne à jamais fidèle du rêve et de la foi des aïeux.\n                                                                     M. D.\n\nL ' H é r i t a g e , par J. H . ROSNY. — (Paris, Félix Juven, éditeur.)\n   L'activité des Rosny est étonnante. Leurs romans se succèdent, et cepen-\ndant aucune lassitude, aucun laisser-aller, ne se manifeste dans cette suite\nd'oeuvres si rapide. Chaque livre nouveau dénote la même tenue littéraire\nparfaite, le même travail aigu de psychologie. La sensibilité de ces écrivains\nest toujours aussi profonde, leur vision du paysage reste fastueuse, pleine\nde mystérieuse souveraineté. Au fond des personnages se débattent, sous les\ndehors de l'empreinte moderne des classes, tous les grands instincts primi-\ntifs, qui, telle la mer éternelle dans ses ressacs impétueux, déterminent\nencore les grands mouvements humains. L'amour est le théme du livre. Et\nla grâce très pure et les ardeurs de la passion y sont célébrées en une langue\nlyrique, dont les transports exaltent souvent des fièvres que la morale\nchrétienne doit condamner.\n                                                                       G. V.\n\n L e s C o n t e s d u V a m p i r e , par A.   FERDINAND HÉROLD.      — (Paris,\n   Mercure de France. )\n    Les vingt-cinq contes que le Vampire conta au roi Vikramasena, lui\n posant une question sur le sens de chacun jusqu'à ce que, vaincu malgré sa\n sagesse dans cette lutte étrange, il s'avouât incapable de répondre, forment\n une sorte de livre des Mille et une Nuits en raccourci. L'amour en est le thème\n principal, l'amour poétique et paresseux des orientaux, qui s'exprime avec\n des madrigaux et des fleurs, parfois aussi des sentences de mort et du sang.\n Tout charme dans ce recueil varié, et l'on ne sait vraiment ce qui l'emporte,\n des sujets amusants dont se dégage une morale parfois déconcertante, ou du\n style parfumé des essences de l'Orient. Je ne sais ce que M. Hérold à traduit\n de l'Hindou, ni ce qu'il a tiré de son propre fonds. Mais je gagerais bien que\n ce qui lui est personnel est le meilleur, car les contes « originaux » qui\n  suivent, surtout l'Amour d'Urvaci et la Lépreuse et le Mulet valent par les mêmes\n"}, {"page_pdf": 527, "texte": "448                               DURENDAL\n\n\nqualités précieuses. M. Hérold a le don du style, sa phrase se déroule avec\nélégance et chante; elle porte les mots comme des oiseaux ou des fleurs.\n\nL ' A n g o i s s e , par MAXIME GORKY. — (Paris, Mercure de France.)\n   Gorky rend avec une force évocatrice et descriptive puissante le mysti-\ncisme rude et craintif du paysan russe. Il est le peintre de la steppe im-\nmense, absorbant les horizons et se développant à l'infini, coupée de temps\nà autre par de larges fleuves tranquilles, au bord desquels des villes et des\nvillages vivent leur vie monotone et néanmoins enfièvrée. Les laboureurs,\nles meuniers et les pâtres de la plaine, les hâleurs et les bateliers du fleuve,\nles petits marchands, les employés subalternes et les mendiants des villes,\nles vagabonds de partout, peuplent ses récits de leurs multiples figures,\nmarquées en quelques traits incisifs, âpres comme des eaux-foi tes.\n   La première nouvelle de ce recueil, l'Angoisse, analyse un curieux état\npsychique, ce mal à l'âme inexplicable, fait d'anciens remords, d'appréhen-\nsions, d'ennuis qui saisit parfois les cœurs simples et les étreint dans un étau\nde terreur vague. Le meunier Tikhone Pavlovitch est sujet à ce mal, qui\nl'enfièvre, le tourmente, le pousse vers la ville où il s'efforce de s'étourdir et\nd'oublier. Par ennui évoque la vie monorhrome des employés d'une petite\ngare isolée, perdue dans la steppe, et dont le seul délassement est de voir\npasser deux trains chaque jour. Mais un des contes les plus étranges et les\nplus saisissants qu'ait jamais écrit Gorky, est le Lecteur. Par une nuit\nneigeuse, sous un ciel d'étoiles attentives, l'écrivain discute sur les devoirs de\nla littérature avec un personnage mystérieux qui gronde et raille et s'éloigne\nà l'aurore, — la conscience peut-être.\n                                                                     C H . de S.\n\nLA CRITIQUE :\nHuysmans et la Mystique traditionnelle, par le R. P. Dom\n  BESSE. — (Paris, H . Oudin, éditeur.)\n   Voici une étude fortement pensée et d'expression éloquente. Le R. P . Dom\nBesse, moine bénédictin de cette abbaye de Ligugé, à l'ombre de laquelle\nJoris-Karl Huysmans composa son admirable Lydwine de Schiedam, pouvait,\nmieux que tout autre, apprécier la tendance et les ardentes sincérités du\nmaître écrivain. Dom Besse fait valoir les motifs qui attirèrent l'artiste indé-\npendant vers les Enfants de Saint-Benoît. Il nous montre leur commun\namour dans la tradition médiévale et la part que l'écrivain s'assimile dans ce\ngrand passé. Ce sera la Mystique entendue par rapport à nos actes intérieurs\net à la manifestation de ces actes : un ensemble qui veut constituer notre\nunion avec Dieu. Et Dom Besse observe les caractères de la mystique indi-\nviduelle et de la mystique des sociétés. 11 établit la nécessité de leur accord.\nLa source des communications sacrées se retrouve dans la Liturgie. Les\npremiers envoyés de l'Église romaine l'apportèrent. Elle se développa avec le\nChristianisme, s'élargit et devint une institution vivante, d'une merveilleuse\n"}, {"page_pdf": 528, "texte": "                                 LES LIVRES                               449\n\n fécondité. Le culte se revêtit d'Art. Autour de l'autel s'associèrent les âmes :\n la fraternité chrétienne a prévu l'organisation des économistes. Le culte est\n le grand lien social des hommes. Quand le Protestantisme rompit ce lien, il\n fit une œuvre antinationale. La substitution de la prière privée aux pompes\n liturgiques devait avoir pour effet d'altérer la notion d'une Église « grande\n société visible, patrie des peuples ». Même des catholiques, restés fidèles,\n subirent cette action du Protestantisme. Mais une renaissance littéraire\n ramène des admirations, et réunit, dans la glorieuse tradition, des fois\n éparses. C'est Victor Hugo et sa Notre-Dame de Paris, c'est Montalembert et sa\n Sainte Elisabeth de Hongrie et ses Moines d'Occident, ce sont Ozanam, Léon Gau-\n thier, d'autres encore... Ils firent le geste indicateur qui a été compris et\n suivi. « Huysmans le répète sous nos yeux. Avec quelle puissante originalité\n ne nous indique-t-il pas la route royale qui mène du présent au passé et du\n passé à l'avenir! Sa personne contribue tout entière à accroître l'intérêt du\n geste. C'est une personne taillée pour être discutée ; tant mieux. Ses idées ne\n provoquent pas moins la discussion. Il faut s'en féliciter. Ah! les hommes\n qu'on ne peut discuter ! les hommes, comme tout le monde! ils ne peuvent\n pas grand'chose. » Nous devrions reproduire ici l'analyse, pénétrante et\n sagace, que Dom Besse consacre aux caractéristiques de l'esprit, aux moda-\n lités de style d'un exceptionnel artiste. Voilà des pages pleines de saveur,\n lucides, entraînantes, vigoureuses.\n    Ah ! combien vraies ces remarques : « L'auteur d'En route et de la Cathé-\n drale veut montrer, non une piété raccornie et raccourcie, qui ne saurait\n attirer, mais le catholicisme vivant, qui vibre dans son culte; une mystique\n chrétienne et française, éblouissante dans l'éclat de ses manifestations litur-\ngiques. Cela va mieux au cœur qu'un christianisme à petites dévotions, sans\nla moindre portée sociale. Il a réussi auprès de plusieurs. Ce n'est pas en\nédulcorant trop la religion et ses pratiques vraies que l'on peut gagner les\nâmes qui comptent. » Et Dom Besse réaffirme : Notre vieux culte national,\nla liturgie, a été le grand trait d'union dans notre société. Cette liturgie est\nbelle. Les chrétiens, d'esprit ouvert, y puiseront de profondes jouissances\nartistiques. « Le beau, même en théologie, même dans les moyens pratiques\nd'aller à Dieu, reste la splendeur du vrai. Le catholicisme étroit, qui garde\nl'empreinte glaciale du rigoureux et flétrissant jansénisme et déclare la piété\nincompatible avec le beau, se condamne lui-même à l'impuissance. Jamais il\nne rayonnera sur la société. Voulez-vous un catholicisme qui empoigne le\npeuple? Failes-le artistique, ruisselant de beauté, parce qu'il contient le vrai\ndans sa plénitude. » Plus loin, l'auteur, en exaltant « la mystique du vieux\ntemps », rejettera toute ce réaction imbécile ». Il veut « une tradition vivante,\nune tradition déchargée d'un apport inutile qui lui vient de chaque siècle et\nde chaque circonstance; tradition qui sait s'approprier tout ce que les hommes\net les événements lui fournissent de juste et de bon ; tradition toujours fidèle\nà elle-même, actuelle, parce qu'elle est de tous les temps. » Enfin, que l'en-\nthousiasme d'un Huysmans nous emporte aussi ! Et que ces paroles de Dom\nBesse soient écoutées; elles précisent admirablement le sens de l'œuvre chré-\ntienne de Huysmans, elles résument sa portée : « Sortons des petites cha-\n"}, {"page_pdf": 529, "texte": "450                               DTJRENDAL\n\n\n\npelles et des cryptes obscures et humides où se plaît la religion sentimentale\ndes individualisés. Etalons sous les voûtes de nos cathédrales séculaires et\nde nos vastes églises les manifestations traditionnelles de nos convictions et\nde nos espérances religieuses, envers et contre tout, devant les fidèles dont\nle nombre grossira forcément. La foule attire, quand elle se compose d'une\nélite et lorsqu'elle se réunit dans des sanctuaires splendides pour assister à\ndes actes pleins d'idées et de grâce. La présence de Dieu, qui croît avec\nl'assistance, a des attraits mystérieux et irrésistibles... »\n                                                             GEORGES VIRRÈS.\n\nF r a F i l i p p o L i p p i , par EDWARD C. STRUTT; un vol. illustré. — (Lon-\n  don, Bell and Sons.)\n   Fra Filippo Lippi appartient à cette pléiade dont le XVe siècle florentin a\npris un si vif et si pénétrant éclat. Venu après Masaccio, dont il fut l'élève ;\ncontemporain de Fra Angelico, dont son art, sinon sa vie, s'inspira souvent;\nd'Uccello, de Gozzoli, il exerça une profonde influence sur les débuts du\njeune Botticelli, qui devait représenter, dans l'apogée exquis de son efflores-\ncence juvénile, cette admirable école florentine dont les tendances réalistes et\nidéalistes, confondues, trouvèrent leur maturité en Léonard de Vinci.\n   Le beau livre que M. Strutt consacre au peintre des fresques de Prato n'est\npas de ces ouvrages critiques consacrés à la longue et fastidieuse discussion\ndé l'authenticité de peintures vouées à un éternel anonymat ou à une sèche\nénumération d'oeuvres et de dates. L'auteur a cherché à faire revivre devant\nnous la physionomie du bon peintre et du médiocre moine que fut Fra Filippo\n Lippi, et il y a parfaitement réussi.\n    Les grandes œuvres de l'art, de quelque époque qu'elles soient, ne sont,\n pourrait-on dire, jamais finies : elles continuent de se développer, de s'ac-\n croître de nouvelles significations dans l'esprit et dans l'âme, de ceux qui\n savent les aborder avec assez de respect pour qu'elles leur parlent. Et toute\n interprétation, tout commentaire devient légitime, du moment que, de cette\n beauté, qui semblait fixée et immuable, ils savent faire jaillir une beauté\n nouvelle.\n    La critique a cessé d'être idéologique et abstraite; elle s'appuie sur le ter-\n rain stable de la science, mais tous les faits qu'elle a recueillis et notés, tous\n les détails certains dont elle s'est montrée curieuse et avide ont servi à des\n reconstitutions, telle que le Fra Filippo Lippi, de M. Strutt, pleines de perspi-\n cacité et, parfois, de divination heureuse.\n    Le volume, richement édité, à l'ordinaire de la maison Bell and Sons, est\n enrichi d'un grand nombre d'illustrations excellentes, d'après les œuvres du\n maître.\n                                                               ARNOLD GOFFIN.\n\n Le Prêtre dans le Roman français, par PAUL FRANCHE. —\n   (Paris, Perrin.)\n   L'auteur de cette étude, dont le sujet méritait vraiment de tenter un his-\ntorien des lettres, n'est pas loin de croire que c'est abaisser le caractère sacré\n"}, {"page_pdf": 530, "texte": "                                 LES LIVRES                                 451\n\ndu prêtre que d'en faire un personnage de roman. Maintes fois il déplore\nl'initiative hasardeuse de Chateaubriand, qui livra le sanctuaire à la discus-\nsion de certains esprits, aux fantaisies malsaines de certaines imaginations.\nC'est à la faveur de cet acte imprudent, affirme-t-il, que beaucoup de\nméchants livres, sous couleur d'études cléricales, ont envahi la littérature\nromanesque.\n    M. Franche en est-il bien sûr? En un temps où, comme il le constate lui-\nmême, tout le monde passe sur le pont d'Avignon de la critique et de l'obser-\nvation, comment douter que, même sans le père Aubry des Martyrs, le prêtre\ny eût passé? Et l'exemple vient-il vraiment de Chateaubriand?\n    Au surplus, la question de savoir si le prêtre appartient au romancier,\noiseuse et quelque peu puérile pour les non croyants, est tranchée affirma-\ntivement par quiconque estime — et nous en sommes — que l'art ne profane\npas nécessairement ce qu'il touche.\n    Parmi les nombreux prêtres, sublimes ou non, qu'ont tenté de peindre les\nmaîtres du roman moderne, M. Franche n'a rencontré nulle part, « puissam-\nment repoussée en heurt d'ombres et de lumières, la figure vraie, le portrait\nauthentique du prêtre ». Il l'a cherché vainement chez Lamartine et chez\n Hugo, chez Balzac — à qui nous devons cependant l'admirable abbé\nBonnet — et chez Ferdinand Fabre, chez Zola, chez Anatole France, chez\n Halévy chez Huysmans, chez nombre de romanciers plus ou moins notoires;\nil eût pu le chercher ailleurs encore, par exemple, chez Barbey d'Aurevilly,\n où il eût rencontré l'abbé Méautis, et chez M. Dimier, dont la Souricière\n récente révèle plusieurs intéressantes figures sacerdotales. A son sens, peu\n ont lu dans la nature double du prêtre; aucun n'a rendu, dans sa complexité,\n la personne du prêtre. Les uns ne montrent en lui qu'un homme ; les autres\nsuppriment en lui l'homme ; tous passent à côté de la vérité totale. Il y aurait\nbeaucoup à dire là-dessus, et peut-être ne serions-nous pas toujours de l'avis\nde M. Franche. Cela ne nous empêchera point de reconnaître ici, dans son\nlivre, une étude consciencieuse, bien écrite, noblement pensée, digne d'inté-\nresser les chrétiens et les lettrés.\n                                                                       M. D.\nDIVERS :\nL e T e m p l e e n s e v e l i , par MAURICE MAETERLINCK. —(Paris, Fasquelle.)\n   Maurice Maeterlinck est non seulement un admirable artiste, un exquis\npoète, un dramatique incomparable, mais encore un profond penseur. Et c'est\npeut-être ce qui fait la force et la beauté de ses œuvres même purement\nlittéraires. Sans doute, elles fascinent par la forme d'art fastueuse qui en\nenrobe les idées, mais celles-ci, par leur vigueur et leur unité, donnent à\nces œuvres toute leur puissance. On ne peut être un vrai artiste qu'à condi-\ntion d'être un penseur. Pour que l'œuvre d'art soit belle et soit en somme\nune œuvre d'art, il faut que la pensée qu'elle incarne soit remarquable. C'est\nl'originalité de la pensée qui fait l'originalité de l'œuvre. L'artiste n'est pas\nautre chose qu'un penseur doublé d'un poète. Sous ce rapport M. Maeterlinck\na atteint l'idéal et c'est un prestigieux artiste.\n"}, {"page_pdf": 531, "texte": " 452                               DURENDAL\n\n\n     Voici de lui une nouvelle œuvre philosophique. Il ne lui manque, pour\n  être belle comme le livre de l'Imitaiion avec l'auteur duquel Maeterlinck se ren-\n  contre bien souvent, que d'être transfiguré par les rayons de la Foi. La philo-\n  sophie exposée dans ce livre est, après la chrétienne, la plus haute et la plus\n  élevante qu'il soit possible de concevoir. Et à une âme qui n'a point la Foi, on\n  ne pourrait indiquer un plus noble code de moral. C'est une philosophie forte,\n  large, pénétrante, généreuse, qui ouvre toutes les fenêtres de l'âme et\n  agrandit son horizon d'une façon étonnante. On ne peut que s'améliorer à\n  son contact. Il offre à l'homme une idée splendide de sa nature, de cette\n  nature qui n'est si grandiose que parce qu'elle est le portrait de Pieu. Il va\n  de soi que la philosophie de Maeterlinck n'est pas entièrement la nôtre.\n  Nous aussi, nous prétendons puiser la nôtre dans la raison humaine. La Foi,\n  en prenant possession de notre Temple intérieur, loin d'en amoindrir les\n proportions, n'a fait qu'en élancer les colonnes, qu'en exhausser les voûtes\n et qu'en dilater les nefs. Abandonnée à elle seule, la raison est un temple\n inachevé. La Foi est la lampe du sanctuaire. Elle comble les lacunes que la\n raison, abandonnée à ses propres forces, a laissé dans la construction du\n Temple. Elle répare les brèches qu'y ont fait et y font sans cesse les faiblesses\n d'une nature amoindrie par la faute. Il manquait à ce temple un dôme. La\n Foi le lui a donnée. Elle est le couronnement de l'édifice. La Foi ne détruit\n pas la raison. Elle l'aide à atteindre son plein épanouissement en la purifiant\n et en l'élevant. Puisse la belle et puissante philosophie de Maurice Maeter-\n linck se compléter aussi un jour par la Foi. Elle lui donnerait une autre\n ampleur encore que celle qu'elle a déjà par elle-même. Une âme loyale\n comme la sienne ne peut qu'arriver un jour à la vérité totale qu'elle cherche\n si sincèrement. Je voudrais, si je ne craignais d'allonger trop ce compte\n rendu, faire quelques citations. Mais il y a tellement et de si radieuses fleurs\n à glaner dans ce merveilleux jardin que je serais fort embarrassé pour tresser\n mon bouquet. Toutes sont belles. Tant d'elles dégagent un si enivrant parfum\nde poésie et de pensées que je serais tenté de les cueillir toutes. Que le lecteur\nouvre lui-même le livre et récolte dans ce champ de blés d'or, épingles de\ncoquelicots rouges-feu dégageant de la lumière comme de petits soleils et de\nbleuets azurés comme le ciel dont ils envoient à l'âme tant de gracieux\nsourires, la nourriture qui lui convienne et qui la réconforte. J'attire l'atten-\ntion du lecteur surtout sur les beaux chapitres : le Règne de la Mature et le\nPassé, qui contiennent de si hautes leçons. Ce dernier chapitre surtout est bien\npropre à relever le courage des abattus par de tristes souvenirs et à doubler\ncelui de ceux que le passé, quel qu'il ait été, brillant ou effacé, triste ou\njoyeux, serein ou troublé, n'a point entamé dans les racines de la vie intime.\n\nLes derniers j o u r s d e P é k i n , par PIERRE LOTI. — (Paris, Calmann-\n  Lévy.)\n  C'est le récit intéressant du voyage que fit l'auteur, avec l'expédition fran-\nçaise, au pays mystérieux de la Chine. D'abord, l'arrivée dans la mer Jaune.\nPuis, l'excursion à Pékin. Enfin, le séjour dans la ville impériale, dont l'au-\nteur nous fait connaître les sanctuaires et les palais mystérieux, inviolés jus-\n"}, {"page_pdf": 532, "texte": "                                  LES LIVRES                                 453\n\nqu'alors, et dont l'invasion jadis eut paru presqu'un sacrilège aux Chinois,\nmais dont les lois de la guerre avaient ouvert les portes au large aux chefs\ndes armées étrangères. Pierre Loti pénétra en curieux et en artiste dans tous\nles secrets de la ville impériale. Il nous en décrit, en artiste aussi, toutes les\ncuriosités et toutes les richesses. Enfin, il nous conduit aux fameux et célè-\nbres tombeaux des empereurs. Tout le monde connaît le talent descriptif\nincomparable de l'auteur. Le présent livre, merveilleusement écrit, nous\ndonne une preuve de plus de son habileté à décrire les charmes et les mys-\ntères d'un pays dont nous ne connaissions que les dehors, et encore si super-\nficiellement. Ce livre est excessivement curieux et du plus haut intérêt.\n                                                                         H . M.\n\nLe Livre d'or de la révélation chrétienne. — Deuxième volume :\n  Nouveau Testament, par le R. P. DIDON, un vol. in-folio, orné de\n   nombreuses reproductions chromo-lithographiques, d'après les œuvres des\n   grands maîtres. (Paris, H . Le Soudier.)\n   « Tandis que les livres du temps passionnent et absorbent la foule curieuse,\navide, distraite, semant en elle la déception, le scepticisme et l'énervement,\nle Livre d'Eternité est délaissé, méconnu, incompris.\n   » Je voudrais le faire lire.\n\n\n   » Que les curieux, les friands de nouveau, comme les Athéniens d'antan,\ntoujours en quête de frivoles nouveautés, n'ouvrent même pas ce livre. Je n'y\nai mis que l'Evangile, le vieil Evangile, l'Evangile éternel, celui qui a nourri\nquatre-vingts générations avant nous, celui dont l'esprit critique ne veut plus,\nmais qu'il ne remplace pas avec ses mesquines, sèches et stériles exigences,\ndans les âmes affamées de Dieu.\n   » Et toi, critique, emmuré dans ta raison, n'as-tu pas besoin d'espérance,\nde consolation et de vie? Ecoute comme les simples; oublie un instant ta\nsagesse et ouvre ton cœur. Pourquoi te raidir contre Dieu? On dirait qu'il\nt'épouvante. Et pourquoi te tournes-tu toujours vers la matière et vers toi?\nDieu n'est pas ton ennemi : il représente tout ce qui est au-dessus de tes\nmisères. Ce n'est pas lui qu'il faut rejeter et craindre, c'est la matière, c'est\ntoi. La matière est le poids lourd qui nous abaisse ; et toi, avec toute ta raison\net la misérable vertu, ne sens-tu pas que tu n'es que cendre et poussière, une\nlueur vacillante dans les ténèbres des choses, une aspiration essoufflée vers le\nBien et le Parfait? »\n   Ainsi parle le R. P . Didon, dans l'introduction de son livre, pour en définir\nle but; et il n'y a rien, presque, à ajouter à ces mots éloquents.\n   L'éminent dominicain, en suivant pas à pas, les textes évangéliques, retrace\ntoute la carrière de gloire et de douleur du Christ; il le suit dans toutes les\nétapes de sa vie mortelle, depuis l'enfance jusqu'à la croix. Il nous le montre\ndans les belles années heureuses de la prédication populaire, passant parmi\nles hommes, dans un sillon d'ineffable et pure douceur; au milieu des ténè-\nbres et de l'angoisse du supplice; dans les éblouissements de la résurrection...\n"}, {"page_pdf": 533, "texte": " 454                                   DURENDAL\n\n\n Il nous le montre encore, dans ses disciples, dans les apôtres ; dans la simpli-\n cité sublime et la force de Pierre; dans la grâce convaincante de Jean; dans\n l'esprit plein de flammes et de lueurs de Paul...\n    La physionomie si originale et si volontaire de l'Apôtre des gentils, la\n magnétique âme passionnée de ce chétif artisan qui, errant de ville en ville,\n en travaillant pour vivre, portait partout sa parole comme une torche enflam-\n mée, un brandon incendiaire qui devait ruiner l'édifice vermoulu des\ncroyances antiques ; l'ardent auteur des Epîtres, qui sont devenues la moelle\n de la théologie, a inspiré au R. P . Didon des pages magistrales et qui sont\ncomme un résumé plein de vigueur et de substance de la doctrine chrétienne.\n    L'ouvrage se termine par un commentaire large et compréhensif de\nl'Apocalypse.\n    Les éditeurs du Livre de la révélation chrétienne ont voulu lui donner le carac-\ntère d'une publication de grand luxe, mais d'un luxe intelligent et artistique.\n    Les belles illustrations, finement mises en couleur, qui accompagnent le\ntexte du R. P . Didon, empruntées pour la plupart à l'oeuvre des grands maî-\ntres italiens et flamands, Raphaël, Véronèse, Vinci, Titien, Michel-Ange,\nRubens, Rembrandt, etc., constituent, en quelque sorte, un second commen-\ntaire des Ecritures, dont l'attrait complète et souligne celui du savant et reli-\ngieux prédicateur.\n                                                                        A. G.\n\nL e t t r e s d e d i r e c t i o n s p i r i t u e l l e , 1re série, de la Correspondance de\n  Monseigneur Gay. — (Paris, Oudin.)\n    Les lettres, qui composent ce volume, sont adressées à trois personnes, qui\n présentent des types très différents.\n    La première est une convertie; mais, jusque dans les jours d'égarement,\n elle avait su garder, avec la dignité, une grande élévation d'âme.\n    La seconde est une femme du monde pleine de bonne volonté et d'élan,\nmais dont les belles qualités sont un peu amoindries par une certaine mol-\nlesse qui lui fait plus difficile le travail de la sanctification.\n    Enfin, la troisième eut souhaité se consacrer à Dieu dans l'état religieux.\nLa délicatesse de sa santé ayant mis obstacle à ses désirs, elle vécut dans le\nmonde de la vie mystique du Carmel.\n   Avant tout, ce qui caractérise la Correspondance de Monseigneur Gay, c'est la\nvie. Rien de mécanique, de convenu, de compassé: c'est l'élan, l'équilibre\nharmonieux, la plénitude de la vie. Et quelle vie! La pensée de Mgr Gay se\nreportait toujours vers le mystère de Jésus-Christ, de sa vie en nous et de la\nnôtre en Lui. A ce mystère, qui est le centre vivant, la substance même de\nnotre religion, il ramenait tout; et c'est ce qui fait qu'il a, de la vie chrétienne\net intérieure, une conception si haute et si féconde.\n                                                                      C. DE PASCAL.\n"}, {"page_pdf": 534, "texte": "                          NOTULES\n\n   N o s i l l u s t r a t i o n s . — Nous donnons dans ce fascicule la reproduc-\ntion de la dernière œuvre de notre grand sculpteur Th. Vinçotte : les bustes\ndu Roi et de la Reine sculptés dans le marbre. Ils ont fait l'admiration de\ntous les visiteurs du dernier salon de la Société des Beaux-Arts. Ce sont deux\nchefs-d'œuvre incomparables. L'artiste a rendu avec un art admirable et une\npuissance étonnante la physionomie caractéristique, volontaire, décidée de\ncet homme de génie qu'est notre Roi. Et c'est avec un art consommé aussi\nqu'il a incarné dans le marbre les traits aristocratiques de la physionomie si\nfine et si distinguée de notre souveraine. Nous constatons avec joie que le\ntalent supérieur de Th. Vinçotte ne fait que se développer et se perfectionner.\nIl a vraiment atteint dans la sculpture de ces deux bustes merveilleux l'idéal\nle plus hautain. Il serait impossible de le dépasser. Nous lui offrons nos\nbien vives et sympathiques félicitations.\n\n\n   O n z e K u n s t . — Le numéro de juin s'ouvre par une étude, signée\nB.-P. VAN YSSELSTEIN, sur les œuvres de l'aquafortiste et graveur hollandais\nNieuwenkamp. Des reproductions des principales œuvres de cet artiste\n« sérieux et sincère », dont les gravures sur bois ont un caractère archaïque\ndélicieux et les eaux-fortes une puissance évocatrice remarquable, accom-\npagnent l'étude, un peu sommaire, nous semblet il, de M. P . Van Ysselstein.\nLe critique résume le caractère du fier artiste qu'est Nieuwenkamp, comme\nsuit : « Nieuwenkamp est un de ceux qui ne se soucient pas de la popularité ou\ndu succès facile ; il va son propre chemin, en dehors du monde, cherchant sans\ncesse une meilleure compréhension des choses, un rendu plus pur, une vision\nexacte... Sans être l'esclave de petites habitudes, qui finissent par tuer\nl'enthousiasme, il poursuit son œuvre pleine de fraîcheur et de sponta-\nnéité. » M. Max Rooses, le critique d'art qui a peut-être le plus d'autorité\ndans notre pays, continue dans cette livraison son étude si fouillée sur\nles dessins des maîtres flamands. Il traite, cette fois, de Breughel le Vieux.\nL'article est accompagné de plusieurs reproductions des dessins de ce grand\nmaître flamand. Voici le passage principal de ce bel article. Après avoir\nnoté qu'en 1553 Breughel se trouvait à Rome, M. Max Rooses continue:\n « Breughel ne rapporta du Sud que des images d'une nature étrangère.\nAprès, comme avant son voyage, c'était un Flamand, l'artiste flamand par\nexcellence. Il ne faisait pas, il est vrai, un tableau flatteur de ses compa-\ntriotes, mais les paysans de son pays avaient plus de charme pour lui que les\nseigneurs et princes étrangers. Leur vie simple et leurs mœurs rudes lui\nparaissaient un sujet plus attrayant que toutes les magnificences du monde\nd'en bas et du monde surnaturel, et nos contrées plates et rustiques lui sem-\nblaient plus agréables et plus pittoresques que les formes extraordinaires,\ngrandioses ou capricieuses de la nature du Midi. Il était à l'antipode de\npresque tous ses contemporains et compatriotes artistes, leur contradicteur,\nnon pas modeste et mesuré, mais violent, et quelquefois extravagant et gros-\nsier... Sa facture est essentiellement différente des autres Flamands. Van\n"}, {"page_pdf": 535, "texte": "                                  DURENDAL\n\n\n\nEyck, Memling et tous les maîtres primitifs font de leur dessin une œuvre\nd'art en elle-même; ils achèvent soigneusement, amoureusement chaque par-\ntie, même la moindre, de leur œuvre, crayonnant leurs petites lignes et leurs\ntraits fins avec une précision de miniaturiste. Breughel dans ses études\nde figures ne vise qu'à donner une image juste de ce qu'il a vu. Ses dessins\npour la gravure rendent le sujet avec un certain soin, mais ils n'ont jamais\ncette minutie, cette finesse des primitifs. Il tient, comme dessinateur, le\nmilieu entre les miniaturistes duXVeet les coloristes duXVIIesiècles. »\n                                                                      A. C.\n                                    «**\n  M m e A . - M . d e G o e i j , qui s'est fait connaître par une intéressante\ncollaboration littéraire à divers magazines, consacre depuis quelque temps\nson talent à la peinture. Elle s'est fait apprécier déjà, dans cette nouvelle\ncarrière, notamment par de délicates interprétations de paysages marins,\nentre autres une Baie du Conquérant, d'une jolie grâce poétique.\n\n\n   V i e n n e n t d e p a r a î t r e , chez l'éditeur LAMERTIN, Marché-au-Bois :\n   La deuxième édition revue des Mystères de Mithra, par M. F . CUMONT, dont\nla première édition, accueillie avec une faveur marquée dans le monde savant,\na été rapidement épuisée.\n   La Légende des Trois Compagnons de saint François d'Assise, dans le texte inté-\ngral restitué par les R.R. P . P . Marcellino da Civezza et Teofilo Domenichelli,\ntraduit, accompagné de nombreuses notes et d'une introduction critique et\nhistorique, par notre collaborateur ARNOLD GOFFIN.\n   Nous rendrons compte prochainement de ces ouvrages.\n\n   H e i i r i T h i é b a u t . — Sous le titre : La Musique à Paris, Octave Maus.\nécrivait dernièrement dans l'Art moderne : « Parmi les séances assez nom-\nbreuses de ces dernières semaines, signalons l'audition donnée à la salle\nPleyel, avec le concours d'artistes de choix; des œuvres de_M. HENRI T H I É -\nBAUT et dont le succès pourrait bien valoir au directeur de l'École de musique\nd'Ixelles la publication prochaine, par un éditeur parisien, des Noëls flamands\nqu'il a si joliment harmonisés et dont la plupart ont une saveur locale très\nappréciée. »\n                                          ***\n  L'Union des Amis de l'Art belge. — Les adhésions à cette\nassociation arrivent nombreuses, même de l'étranger. Parmi les artistes,\nnommons les sculpteurs Lagae, Rousseau, Devreese, Des Enfants, Char-\nlier, etc., les peintres Courtens, Jan Stobbarts, Wytsman, Hagemans, Jakob\nSmits, etc., le bijoutier d'art Ph. Wolfers; M. Kufferath, directeur du théâtre\nroyal de la Monnaie. Les adhésions sont reçues, rue de Comines, 34, à\nBruxelles.\n                                       ***\n   NOUS s i g n a l o n s l'apparition, à la Maison des poètes, 42, rue Mathurin\nRégnier, à Paris, dans les belles éditions de luxe sobre et intelligent publiées\npar les soins de l'ouvrier d'art Edmond Girard, d'un volume de beaux vers\npleins de sève forte et de grâce profonde : Isle de France, par Pierre Gauthiez,\ndont on se rappelle les vigoureuses et délicates études italiennes.\n"}, {"page_pdf": 536, "texte": ""}, {"page_pdf": 537, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 7, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1902-07", "signet_source": "Neuvième année - N°7 - Juillet 1902 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant juin (pages 321-392), pages 393-456 ; annonce des assises de musique religieuse de Bruges des 7-10 août 1902 ; suite (actes III et IV) du drame d’Eekhoud commencé en juin. Notules p. 455, septième entrée de la rubrique dans la table annuelle.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec les rubriques Notules et Les Livres de la table annuelle (p. 774)."}}