{"numero_id": "ulb-durendal-1902-livraison10", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-001", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 585, "page_fin": 603, "titre_corps": "Bruges : Les Primitifs (Notes cursives)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Bruges Les Primitifs Notes cursives", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 692, "page_imprimee": 585, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 755, "texte": "Bruges. -- Les Primitifs\n                           Notes cursives\n\n\n\n\nN\n          OTRE curiosité  de l'histoire, des monuments et des\n            œuvres du passé est faite, moins du souci de nous\n            instruire, d'apprendre les chronologies et la succes-\n            sion des empires ou la technique et la variété des\nécoles, que de notre avidité de tout ce qui est de l'homme...\nC'est l'homme ou, pour mieux dire, nous-mêmes que nous\ncherchons partout — notre âme — son âme ondoyante et\nanxieuse : c'est lui que nous reconnaissons dans les lignes de la\ncharte, l'oraison enluminée du missel, les pages jaunies de\nl'incunable; dans les combinaisons de pierre de l'édifice, dans le\n"}, {"page_pdf": 693, "page_imprimee": 586, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "586                          DURENDAL\n\n\nfruste bas-relief et dans l'ex-voto colorié : Il a aimé, toujours, et\nsouffert, et prié — mais comment? de quelle âme? Et ses paroles\net ses ouvrages, ce qu'ils disent, et la façon dont ils le disent,\nleur substance et leur forme, tout nous y est poignant et signi-\nficatif.\n   Les mœurs et le langage des peuplades de l'Europe descen-\ndues des hauts plateaux de l'Asie aux jours sans annales des\nmigrations, ont conservé, dit-on, l'empreinte obscure des habi-\ntudes et des impressions de la route, forêts, montagnes ou\nplaines par où les ancêtres atteignirent l'actuel habitacle, de\nleurs descendants. De même, notre pensée est pleine de rêves,\nd'instincts, de préférences, dont les ferments préexistaient en\nnous.\n   Nous ne sommes pas isolés; chacun de nous est un aboutisse-\nment, le rejeton final où la vie de la plante se continue et se\nrafraîchit. Rien n'est en nous qui ne soit de notre sol; rien,\npresque, dont nous soyons plus que légataires. Etudier le passé,\nc'est donc explorer le chemin par où nous nous sommes venus à\nnous-mêmes ; c'est nous interroger, et notre tradition, et l'origine\nde nos idées directrices; c'est tenter d'évoquer la voix lointaine\ndont le murmure, répercuté dans notre cœur, le fait troublé et\nnostalgique...\n   Des expositions telles que celle qui a rassemblé à Bruges une\npartie, infime par la quantité, mais inestimable par la qualité,\nde l'œuvre de nos Primitifs, sont merveilleusement favorables à\nde semblables études. La confrontation de peintures conservées\ndans les musées du pays et de l'étranger ou en des collections\nparticulières et classées ici, de la façon la plus habile et la plus\nsuggestive, sous la direction d'une commission organisatrice\ninspirée par des hommes d'une compétence supérieure, comme\n MM. Wauters, Weale, Verlant et Cardon, sera certainement\nfructueuse en résultats propres à jeter des clartés nouvelles sur\nles points douteux de l'histoire de l'art dans les Pays-Bas. Elle\nservira, en tout cas, de démonstration à ce fait, de plus en plus\névident, que si, au XVe siècle, certaines cités, comme Bruges,\nfurent des centres d'attraction et de rayonnement pour les\nartistes, il n'y eut, à cette époque, dans toute la région qui\ns'étend du Rhin à la mer du Nord, qu'une seule grande tradi-\ntion d'art, une seule école, l'école néerlandaise, dont l'esprit et\n"}, {"page_pdf": 694, "page_imprimee": 587, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "                      BRUGES. — LES PRIMITIFS                      587\n\n les procédés se retrouvent presque identiques à Bruges, à Gand,\n à Harlem, à Bruxelles, à Cologne; chez des maîtres, pour le\n surplus aussi puissamment originaux que les Van Eyck, Mem-\n ling, Gérard David, Van der Weyden, Thierry Bouts, Schon-\n gauer, etc.\n    Mais nous laisserons à de plus experts que nous l'élucidation\n des questions multiples que soulèvent ces rapprochements. Le\n lecteur ne trouvera point ici un compte rendu méthodique; ces\n pages ne sont que des notes prises au cours de flâneries dans\n les salles de l'exposition ou dans les rues de la capitale de\n la West-Flandre.\n\n\n                                   I\n\n\n\n\nO\n            N a tout dit sur Bruges, sur ses canaux et leurs\n              cygnes; sur ses tours et la paix d'ombre et de silence\n              où ces choses s'embaument. Tout?... Trop, peut-\n              être ! Et la vieille cité célèbre en a pris cette consé-\n cration d'être passée à l'état de poncif.\n   Une ville aussi est une œuvre issue de la collaboration du\ntemps et des hommes, du travail ininterrompu des siècles et\n qui atteint sa perfection, se parachève et s'affine en se couron-\nnant de vétusté et de déclin, comme un paysage réalise sa plus\nhaute splendeur sous les soleils de l'automne.\n   Mais on aborde avec une sorte de défiance les lieux trop illus-\ntres et marqués, en quelque sorte, d'un préjugé stéréotypé de\nbeauté et de caractère : Venise, Naples, Bruges... Et l'on y\npasse, l'âme d'abord engourdie et qui se refuse à l'émotion sur\nle chemin de laquelle on risque de rencontrer les mots des\nautres !... Puis, cependant, l'on songe : « Certes, rien ici n'est\nnouveau, mais moi, peut-être; l'âme que j'apporte devant ces\nchoses, le passé du fond obscur duquel je les contemple?... »\n   Keats ne disait-il pas qu' « une chose de beauté est une joie\npour toujours »? — une joie, c'est-à-dire quelque chose d'éter-\nnellement vivace et jeune, susceptible de créer d'inépuisables\nmotifs d'enthousiasme et d'inspiration.\n  Rodenbach, avec son imagination précieuse et maniérée,\n"}, {"page_pdf": 695, "page_imprimee": 588, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "588                         DURENDÀL\n\n\néprise de pénombre, de fumées, de clair-obscur et qui semblait\nregarder la vie au travers d'une vitre couverte de buées,\nRodenbach a attaché au nom de Bruges cette épithète : la\nMorte.\n   La mort, pourtant, n'engendre rien et, si proche qu'elle nous\nsoit, et si présente, elle ne nous est même pas un efficace aver-\ntissement de sagesse.\n   A vrai dire, la mort nous paraît hanter plutôt les voies\nfroides et rectilignes, la pompe banale, les foules inexpressives\net vulgaires des capitales que les rues chaudes de rêve et de\ngloire des villes « mortes » de Flandre et d'Italie, si à l'écart\nqu'elles soient des routes usitées des trafics modernes. D'un\ncôté, l'égoïste et frivole multitude, plus nombreuse pour nous\nfaire sentir davantage son indifférence ; le stérile énervement\ndes jours; les logis impersonnels et transitoires, tentes de\nnomades hâtivement dépliées au milieu de l'agitation du cara-\nvansérail populeux. De l'autre, le silence gros de vie intime et\nprofonde; des lieux pénétrés d'âme, où les générations ont\nlaissé leurs traces éblouissantes ; d'immémoriales demeures\ndans lesquelles le passé s'est ajouté au passé pour faire plus\nintense la sensation d'aujourd'hui, et plus pure; plus chatoyant\nle ruissellement de la lumière dans leurs massifs d'arbres\nanciens, et plus éclatantes les fleurs de leurs pelouses... Le mal-\nheur même, ici, doit être moins lourd et tomber avec un bruit\nétouffé au milieu de l'harmonie de ce calme attiédi de siècles\net de beauté... La décrépitude des choses enseigne et radoucit;\n mais le renouveau périodique des verdures qui les parent\n n'est-il pas également un conseil? La vie ni le temps ne s'arrê-\n tent; ils effacent du pied l'épitaphe du tombeau sur lequel, en\n passant, ils laissent tomber des fleurs...\n   Certes, la vie est absente de ces lieux si nous la cherchons\nen des impressions rapides, hachées d'oubli, brûlantes comme\nl'alcool et qui, comme lui, ne font que nous altérer davantage;\nsi nous la poursuivons dans l'éphémère du plaisir et non dans\nle bonheur longuement, patiemment attendu, et cueilli ainsi\nqu'un beau fruit, épargné par le vent et que la pluie et le soleil\nont amené à la transparence de sa maturité...\n   La véritable vie est-elle dans la dissipation ou le recueille-\nment? Et à nous abstraire, parfois, dans le silence, pour la con-\n"}, {"page_pdf": 696, "page_imprimee": 589, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "                    BRUGES. — LES PRIMITIFS                    589\n\nfrontation avec la pensée peinte, sculptée ou écrite des hommes,\nne nous sera-t-il pas donné de mieux sentir la palpitation de la\nvie en nous, de compatir d'une âme plus attentive et plus claire\nà sa puissante et douloureuse gravité? Ou, sinon, si la vie, pour\nnous, s'abolit en même temps que le bruit du monde, n'est-ce\npas que la mort déjà nous habitait?\n\n\n\n   Le silence est de ce pays-ci, d'ailleurs : c'est la vertu excel-\nlente de la race. L'énergie de celle-ci ne se dilue point dans la\nvanité des discours et, lorsqu'elle parle, ses mots sont brefs et\ndécisifs : ce sont presque des actes. Elle est ombrageuse et,\ncomme l'étendue des plaines qu'elle cultive et les eaux lentes\nde leurs rivières, taciturne.\n   La pensée, de même que la volonté, est une force qu'elle\nlaisse s'accumuler en elle. Longuement elle chemine, occulte et\nméditée, dans ces âmes, avant d'arriver à l'expression, non point\npar lenteur de conception, mais par inclination naturelle au\nscrupule, à l'endurance, à la domination de soi-même.\n   Ce peuple subit longtemps l'oppression, muet, en apparence,\net résigné, dans la tranquillité réfléchie et frémissante de sa\npuissance : il attend que la mesure soit comble et, alors, se\nredresse, inattendu, frappe et détruit tout. C'est un foyer rempli\nd'éléments en sourde combustion, d'où des flammes quelquefois\ns'échappent, et des gerbes d'étincelles, et qui, lentement sur-\nchauffé, jaillit, à la fin, en une soudaine et brisante explosion.\n   Aussi, n'aurait-on qu'une vision superficielle et rhétorique, en\nquelque sorte, de Bruges, en ne l'imaginant, dans son exis-\ntence et dans son art, que sous l'aspect d'une agglomération de\ncloîtres et d'églises, cernée d'eaux stagnantes; dans la posture\nd'une cité qui s'éveille au chant des litanies pour s'en aller en\nprocessions somnolentes, piquées de cierges, puis s'endormir au\nmilieu des fumées, qui s'évaporent dans le soir, de l'encens.\n   Bruges n'a pas été constante que dans la prière ; elle ne s'est\npas élevée seulement par la ferveur de sa foi catholique, la mul-\ntiplicité de ses fondations pieuses, la munificente générosité de\nsa charité et de sa dévotion. Ces caractères, elle les a eus à un\ndegré éminent et les partage, au surplus, avec la plupart des\n"}, {"page_pdf": 697, "page_imprimee": 590, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2998, "texte": "590                                         DURENDAL\n\n\n\ngrandes communes du moyen âge; mais, ce ne sont ni les seuls,\nni même les principaux de ceux qui ont laissé leur marque\ndans ses monuments, dans son histoire et dans l'art qui s'est\népanoui chez elle.\n   Bruges, comme Gand, Florence, Sienne ou Pise, a été un\nadmirable réservoir d'énergie; un des points de l'Europe où\nl'homme, le citoyen, a commencé à prendre conscience de lui-\nmême, à émerger du chaos des servitudes; à délier, avec l'aide\net sous la tutelle de l'Eglise, les mailles dures de la féodalité;\nà conquérir, enfin, et à maintenir l'indépendance du pays,\ncontre l'Empire, en Italie; contre le suzerain français en\nFlandre.\n   A la faveur des confusions d'intérêt et d'ambitions qui divi-\nsèrent, à cette époque, les Flamands, on a discuté sur la nature\nréelle du conflit qui aboutit à la bataille des Eperons d'or; mais,\nen réalité, que les combattants en eussent conscience ou non,\nc'était bien la rivalité d'influence des deux races qui mettait en\nprésence hostile, dans les champs de Courtrai, la piétaille fla-\nmande et la chevalerie française; et l'enjeu, pour l'une, était la\nliberté; pour l'autre, la domination (1).\n   La victoire de l'élément germanique sur les Leliaerts, en\nFlandre, comme sa défaite, avec les Gibelins, en Italie, sont\ndeux actes du même drame; et l'élimination des principes\nétrangers qui dénaturaient ou gênaient le développement orga-\nnique de la race a permis, des deux côtés, à celle-ci d'atteindre\nsa parfaite et magnifique efflorescence.\n\n   (1) « Ceux de Bruges, raconte la Chronique de Saint-Denis, si comme on dit, cuidant\nmourir pour la justice, libéralité et franchise du pays, premièrement confessèrent leurs\npéchés humblement, et dévotement le corps de Notre-Seigneur reçurent, portant avec eux\nquelques reliques de saints, et à glaives, à lances, épées bonnes, haches et goudendoirs,\nserrément et épaissement ordonnés, vinrent au champ à pied. »\n   Qu'il y ait eu lutte de classes, c'est incontestable, mais on ne peut voir là qu'un des\naspects simultanés du conflit dont le résultat final, après dix-sept ans d'efforts vains de\nla France, fut que la Flandre échappa, « pour toujours, à l'absorption française ».\n(PIRENNE : Histoire de Belgique, I, 397.) \" En résumé, dit de son côté un récent histo-\nrien français ( E R N E S T LAVISSE : Histoire de France, t. III, 2, p. 311), le roi de France a\nessayé, à la fin du XIIIe et au commencement du XIVe siècle, de réduire les deux grands\nfiefs qui échappaient encore à son autorité directe : Guienne et Flandre. Il a échoué. » Si\nle caractère social du débat avait été prédominant, s'il s'était agi d'une insurrection du\npeuple contre l'aristocratie et le patriciat, on ne concevrait pas que, pour réaliser leurs\ndesseins de sujétion, les Capétiens se soient appuyés alternativement sur les deux partis\net aient essayé, par exemple, de gagner les « métiers, en les excitant contre les riches ».\n( L A V I S S E , loc. cit.,   p.   308.)\n"}, {"page_pdf": 698, "page_imprimee": 591, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "                     BRUGES. — LES PRIMITIFS                     591\n\n   La Flandre est venue rapidement à l'apogée de sa prospérité\ndès qu'elle s'est trouvée à l'abri de l'étreinte de la centralisation\nfrançaise qui l'aurait peu à peu assimilée comme les autres\ngrands fiefs, aurait fait subir à ses communes le sort des com-\nmunes françaises, aurait annihilé sa personnalité et étouffé dans\nson germe la noble et fière récolte de force et d'art que l'expan-\nsion orgueilleuse et affranchie de sa nationalité a produite.\n   L'art éclot alors, comme la manifestation suprême de l'indé-\npendance et de la sécurité conquises, car toute civilisation en\neffervescence achève de prendre connaissance d'elle-même, de sa\nsupériorité sur des rivales moins heureuses, dans l'art, qui est la\npreuve en même temps que la glorification du vouloir tenace et\nindomptable dont elle est issue.\n   La, rude maison dont il a si vaillamment défendu l'accès, le\nFlamand, maintenant qu'iï n'est plus menacé, veut l'orner, la\npavoiser, et puisqu'elle est toute sienne, à cette heure, en faire\nune chose grandiose et précieuse, somptueuse et délicate.\n\n\n\n                                 II\n\n\n\n\nL\n         'ART primitif de l'Italie est comme une floraison des\n            décombres dont les semences préservées, enfouies\n            dans les ruines accumulées du monde antique, se\n            sont mises à germer, se sont rouvertes pour reverdir,\nà la tiédeur d'un nouveau printemps.\n   L'art des Pays-Bas, lui, est purement indigène, autochthone;\nc'est une plante surgie du sol sauvage et inculte, et dont les\nmusculeuses racines, les ramures gonflées de sève ont fait passer\ndans les fruits généreux toute la substance de la terre qui les\nnourrit. Il apparaît, vraiment, comme l'expression immédiate,\nsans alliage ni mélange, de l'individualité de ces populations\npuissantes et opiniâtres qui se sont fait la patrie la plus riche\nde l'Europe et, par la richesse, la plus libre. Car leurs fran-\nchises, elles les ont achetées — ou prises, et, une fois acquises,\npersonne n'a plus réussi à les arracher de leurs mains, (1)\n"}, {"page_pdf": 699, "page_imprimee": 592, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "592                                    DURENDAL\n\n\n   La Flandre ne s'est pas suscité un héraut tel que l'Alighieri\npour commémorer le souvenir magnifique et sanglant de ses\nfastes. On a attribué à la diffusion et à l'usage de la langue\nfrançaise la relative pauvreté de la littérature flamande en des\nsiècles si féconds à tous les autres égards mais, au fond, le génie\nde la race n'est-il pas plastique plutôt que littéraire, pittoresque\nplutôt que verbal? Son âme concentrée, son esprit moins logique\net discursif que contemplatif sont plus accessibles aux sugges-\ntions d'un monument ou d'une œuvre d'art, d'une image con-\ncrète et totale qu'aux analyses et aux abstractions des lettres.\nLa pleine émotion retentira davantage en eux, qui est à la fois\néparse et résumée dans un paysage ou une figure, que si elle se\nprésentait, traduite par des mots, en un récit ou un poème.\n    L'effusion exaltée, la quintessence de sa vitalité et de ses\ncroyances est dans sa peinture ; l'exaltation de sa force et de sa\nliberté dans ses prodigieuses halles, dans les tours massives\nsolidement plantées sur les routes fructueuses de la mer, tout à\nla fois phares, beffrois et clochers, avec leurs feux élevés, sauve-\ngarde du navigateur, et leurs cloches qui sonnaient pour le\n culte ou pour la bataille.\n    Les édifices de Bruges sont non seulement de piété, mais de\n force et de triomphe. Ses églises sont des actions de grâces, mais\n aussi des affirmations de volonté ; et la tour audacieuse de Saint-\n Sauveur, comme la silhouette nerveuse du beffroi, s'érigent\n au-dessus de la ville, ainsi qu'un signe de ralliement et de pro-\n tection pour le paysan dans la campagne; de menace et d'inti-\n midation pour le châtelain trop arrogant derrière ses murailles\n fortifiées...\n\n   Au nord, donc, comme dans le midi, à Bruges comme à Flo-\n\n\n   ( 1 de la page précédente.) Lorsque, en 1385, les Gantois se décidèrent à faire la paix avec\nleur souverain, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, après avoir reçu de celui-ci des lettres\n«moult douces et moult aimables», des négociations eurent lieu à Tournai : « L'ambassade\nflamande, qui comptait cent cinquante personnes, déploya un tel luxe que les Français\nen furent choqués et jaloux. Après treize jours, on était d'accord, sauf sur un point :\nle duc voulait que les députés de Gand lui demandassent merci à genoux; ils s'y\nrefusaient. A leur place, la duchesse de Brabanl et la comtesse de Nevers s'agenouil-\nlèrent, et obtinrent de Philippe, à force de supplications, le pardon de sa bonne ville de\nGand; les députés « ne daignèrent oncques plier les genoux». (LAVISSE, Histoire\nde France, lV., p. 286).\n"}, {"page_pdf": 700, "page_imprimee": 593, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "                   BRUGES. — LES PRIMITIFS                   593\n\nrence, l'art suit la victoire, naît dans l'épanouissement parfait\nde cette civilisation communale, volontaire et hardie, avide de\nvie librement éployée,et de possessions et de savoir... De toutes\nparts, les industries de\nluxe se développent et\ns'accroissent ; les ou-\nvriers d'art, imagiers,\nenlumineurs, peintres,\ndoreurs, s'enrôlent dans\nces confréries de Saint-\nLuc, dont les statuts,\nà la fois rigoureux et\npaternels, se montrent\nsi admirablement sé-\nvères sur l'aptitude des\nmaîtres, le fini et la\nloyauté du travail.\n   Dans l'instauration\nde leurs corporations,\n— Gand et Tournai\nprécédèrent même Flo-\nrence (1349); Bruges,\nLouvain et, peut-être,\nYpres, Sienne (1355).\nAnvers suivit, en 1382.\n   En Italie, à cette\ndate, Cimabue déjà,\nétait venu, et Giotto,\net Orcagna, et nombre\nd'autres. Le sceptre de\nla p e i n t u r e , que le\nDante décernait à\nGiotto, devenait trop\nlourd pour les mains\ndébiles de ses derniers\n                                            LE BEFFROI DE BRUGES\nsuccesseurs; l'Angelico\net Gentile da Fabriano étaient nés, lorsque, dans le septentrion,\napparurent les précurseurs, les annonciateurs de l'art émerveil-\nlant du lendemain : Hugues Portier, qui travailla à l'abbaye de\nSaint-Bavon, à Gand; Jehan de Bruges, peintre du duc d'Anjou,\n"}, {"page_pdf": 701, "page_imprimee": 594, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "594                                  DURENDAL\n\n\nfrère du roi Charles V; André Beauneveu, de Valenciennes,\npeintre du duc de Berry ; Jehan de Hasselt, peintre de Louis de\nMaele, comte de Flandre, et de Philippe le Hardi, duc de Bour-\ngogne; Melchior Broederlam, d'Ypres, peintre et varlet de\nchambre de Jean sans Peur, de même que Jean Malouel, qui\nlui succéda dans cette charge; Jacques Cavael, peintre de la\ncommune d'Ypres (1); d'autres encore, dont les noms transmis\npar des documents ne peuvent, pour la plupart, être appliqués\navec quelque certitude sur aucune des œuvres gauches et tou-\nchantes, embryonnaires, que ce temps nous a laissées.\n   Broederlam, qui vivait dans la seconde moitié duXIVesiècle,\net les frères Van Eyck (Hubert, 1366? — 1426 ; Jean — ? —\n1440) sont à peu près contemporains. L'exposition contenait,\nsous le nom du premier, un triptyque quadrilobé, où se trouve\nfigurée la Très Sainte Trinité, entourée des Evangélistes, d'un\nfaire très rudimentaire et qui ne permet guère d'apprécier\nl'habileté de ce peintre. Le musée de Dijon possède de lui un\ntravail authentique, exécuté en 1398 : les volets d'un retable\nsur lesquels il a représenté l'Annonciation et la Visitation, la Pré-\nsentation au Temple et la Fuite en Egypte, et dont M. A.-J. Wau-\nters (2) parle en ces termes : « La composition s'écarte de la\nformule hiératique et devient pittoresque. Certaines têtes révè-\nlent un sentiment délicat du beau; les draperies sont simples\net gracieuses. L'or ne recouvre plus qu'une partie du fond ;\ndéjà, aux arrière-plans, le paysage développe sa perspective,\navec les rochers et les arbres ; enfin, l'étude de la nature se laisse\npressentir... »\n   En somme, il n'y a là que des indices, le pressentiment,\néloigné encore, d'une perfection que l'on suppose devoir\ndemander une longue évolution, un effort persévérant. Que de\ntâtonnements avant que l'outil barbare, qui gauchit dans la\nmain de l'artisan yprois, devienne un véritable instrument d'art?\n\n  (1) Jean Malouel est rattaché par certains critiques à l'école française ou bourgui-\ngnonne. Mais celte école n'est qu'une espèce d'être de raison; une dérivation\nimmédiate de l'école des Pays-Bas. Jean Malouel était Flamand, du reste, ainsi que Jehon-\nnet Clonet, qui vivait auXVesiècle Comme le constate J.-K. Huysmans, dans son récent\nrecueil De Tout, qui contient de précieuses pages sur les artistes flamands, « il faut\narriver auXVIIesiècle pour rencontrer (en France) une peinture qui devienne plus indé-\npendante et ne paraisse pas avoir été prêtée par des voisins ».\n  (2) Histoire de la peinture flamande, p. 32.\n"}, {"page_pdf": 702, "page_imprimee": 595, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2720, "texte": "                           BRUGES. — LES PRIMITIFS                                   595\n\n\n     C e p e n d a n t , à quelques pas plus loin, dans la même salle de\nl'exposition, resplendissait une série éblouissante de Van Eyck :\nd ' H u b e r t , les Trois Maries au sépulcre, une belle page pathé-\nt i q u e , dont la scène est située dans la majesté triste d'une\naurore qui se lève sur un paysage de rochers et sur les remparts\nd'une ville lointaine; de Jean, entre autres, une partie des\nvolets de 1''Adoration de l'Agneau, la Vierge du chanoine Van de\nPaele, le Portrait de la femme du peintre. E t ces chefs-d'œuvre de\nl'art le plus fier, le plus résolu et le plus conscient, ont été\nexécutés entre 1410 et 1439, quelques années à peine après\nl'achèvement du retable de Dijon par Broederlam.\n     J e a n Van Eyck, avec ses œuvres soudaines, d'un art tellement\n consommé qu'il semble avoir d'un coup atteint les limites de sa\n propre perfection, j o u a , . en F l a n d r e , à peu près le rôle de\n Masaccio à Florence : révélateurs, tous deux, génies créateurs,\n mais dont le plus grand, certes, est le maître flamand, car rien,\n dans les balbutiements de ses prédécesseurs, ne permettait\n d'augurer les accents de sa parole savante et profonde (1).\n     J e a n Van Eyck apparaît ainsi qu'un impassible transcripteur\n de réalité; son art est tout objectif; on croirait qu'il envisage\n les choses d'un œil imperturbable, aigu et froid, avec un souci\n presque scientifique d'exactitude littérale. Il n'a rien idéalisé;\n il a pris les modèles de ses personnages sacrés autour de lui et\n il les a représentés avec une fidélité cruelle, avec u n e clair-\n voyance qui finit par communiquer au spectateur on ne sait\n quel enivrement glacial. Mais une pensée vigoureuse et hau-\ntaine plane sur toute son œuvre, et elle donne de la grandeur\net u n e incroyable majesté à tout ce qu'elle touche. Ses Vierges\nsont, en général, laides et sans tendresse, mais où qu'il les\nplace, sur un trône, sous les arceaux d'une cathédrale, dans un\nj a r d i n ou à deux pas d'un donateur agenouillé, dans une\nchambre, ce sont des Reines — et non point de la terre.\n   L a Vierge maternelle, celle de la crèche et celle du Golgotha,\nil faut la chercher chez Van der W e y d e n , chez Memling, Gérard\n\n\n  (1) Nous ne saurions négliger de mentionner, pourtant, que l'école néerlandaise de\nsculpture atteignit son apogée un demi-siècle avant la peinture : c'est dans la seconde\nmoitié du XIVe siècle que ces « tailleurs d'images» robustes et délicats, Claus Sluter et\nson neveu et successeur Claus De Werve, exécutaient, à la Chartreuse de Champmol, les\nmerveilleux travaux dont s'inspira toute la statuaire française du siècle suivant.\n"}, {"page_pdf": 703, "page_imprimee": 596, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "596                          DURENDAL\n\n\n\nDavid ou les maîtres de Cologne, âmes plus simples, dont la\nsensibilité réchauffe la vision d'extase, de pitié et d'amour.\n   Et vigoureux ou suaves, ces maîtres répondaient également\naux aspirations de leurs concitoyens. Les sentiments contra-\ndictoires s'harmonisent dans les cœurs comme le prodigieux\néclat pur des couleurs dans les œuvres. Dans ces âmes graves,\nla force de croire n'était pas différente de celle de vouloir; leur\nfoi religieuse se mariait à leur énergie civile, parce que le sen-\ntiment de leurs devoirs n'avait pas une autre source que la\nvolonté de leurs droits : Les métiers suivaient en corps les pro-\ncessions, mais, au son de l'alarme, ils hérissaient les remparts\nou la Place des haies épaisses et ardues de leurs piques. .\n   La cité est riche, querelleuse, mercantile, insatiable de\nsuprématie; elle défie ses princes et se déchire elle-même, mais\nelle a les vertus de sa violence — et, si elle se bat bien, elle prie\nmieux... Elle s'appelle Florence — ou Bruges, mais, si trou-\nblants et si sublimes que soient leurs mots d'adoration, l'Ange-\nlico, là-bas, pas plus que Memling ici, n'y parlent un langage\nétranger.\n\n\n\n\n   Cette exposition, on se l'imaginerait comme un cortège de\nfaste et de gloire, on ne sait quel ommegang inouï où défileraient,\nenvironnés et suivis de leurs disciples proches et lointains,\ninconnus et célèbres, les Princes flamands de la couleur : Jean\nVan Eyck, Roger Van der Weyden, Memling et Gérard David ;\net Quentin Metsys, et Bruegel le Vieux... Et autour d'eux, voici,\nfoule illustre, Hugo Van der Goes, Pierre Christus, Thierry\nBouts, Patenir et ses paysages; Jérôme Bosch et ses imagina-\ntions ahurissantes; Mabuse, délicat, maniéré, qui italianise, et\nMostaert, fidèle à la tradition de sa terre. Et encore, Lancelot\nBlondeel et ses froids décors; l'habile Pourbus et le « Raphaël\nflamand », Van Orley. Puis encore, les anonymes, ceux que la\ncritique désigne par le sujet ou l'origine de la principale des\nœuvres sans attribution, où l'on a cru reconnaître la manière\nd'un même artiste; l'auteur, par exemple, de ce superbe Trip-\ntyque d'Oultremont (musée de Bruxelles), d'une tonalité vibrante\net claire, d'un art décis et élégant, et dont certains détails de\n"}, {"page_pdf": 706, "page_imprimee": 597, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "                          BRUGES. — LES PRIMITIFS                                597\n\nmise en scène et de physionomies auraient pu faire songer à\nJan Joest, artiste allemand de la fin du XVe siècle, qui peignit\nles nombreuses et remarquables scènes de la vie du Christ d'un\ngrand retable conservé à Kalkar (1).\n\n   Le génie de la couleur, la vision lumineuse et nuancée, tar-\ndifs et comme venus d'ailleurs chez les Italiens (hormis les pri-\nmitifs vénitiens et quelques giottesques milanais), se décèlent\nde très bonne heure chez les Flamands. Les Florentins, et, à\nun moindre degré, les Siennois, ne possèdent pas l'instinct\nessentiellement pictural de leurs émules du Nord; ils saisissent\nsurtout la ligne des choses, leur profil sculptural, le trait décisif\net fin qui délimite leur contour. De sorte que l'on croirait\nsouvent qu'ils enluminent, remplissent de couleur un dessin\npréalable.\n   Cependant, tandis que, au XIVe siècle, les Italiens sont déjà\nsavants dans l'art de situer l'action des scènes qu'ils représen-\ntent en un paysage ou un site de ville, à la vérité très som-\nmaires, les Flamands, pour la plupart, isolent encore leurs\nfigures sacrées dans l'or, au sein d'une atmosphère surnaturelle,\ncomme dans le rayonnement de leur auréole.\n   Après Van Eyck, avec le secret répandu de la peinture à\nl'huile et le magistral et sûr enseignement de l'œuvre de cet\nhomme de génie, qui inaugurait un art en en apportant, pour\nainsi dire, la forme et la substance, les principes organiques et\nles moyens d'expression, une révolution s'opérait. Son exemple\narrachait les ouvriers à leur établi de miniaturiste, à leur étroit\ntravail d'imagiers, pour élargir d'un coup l'horizon de leurs\nambitions, leur ouvrir les yeux sur la nature et sur la vie.\n   Et la nature entre dans l'art, charmante, ingénue, nouvelle.\nCe n'est qu'un décor aux scènes évangéliques, thème unique de\nla peinture; le cadre où elles se meuvent, le fond sur lequel\nelles apparaissent ; mais, il semble, qu'à surgir ainsi plus près,\nau milieu des aspects accoutumés du pays, de plain-pied, en\nquelque sorte, avec les fidèles, dans une espèce de familiarité\nde l'adoration, les figures du Christ et de la Vierge aient laissé\n\n  (1) La maison Kühlen, de M. Gladbach,a publié un album de 21 planches, qui constitue\nune reproduction excellente et complète de tous les panneaux de ce retable.\n"}, {"page_pdf": 707, "page_imprimee": 598, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": " 598                          DURENDAL\n\n\n de leur solennité hiératique, pour se faire infiniment tendres et\n accueillantes.\n    Les perspectives des tableaux se remplissent de détails\n exquis, de petites figures de gens et d'animaux domestiques ou\n sauvages. On aperçoit, par une fenêtre ou dans la convexité\n d'un miroir, des coins de rue; un canal dans l'eau duquel les\n maisons se reflètent; une place avec ses passants, ses marchands.\n Ou encore le paysage s'étend derrière les personnages, échelonne\ndes étages sinueux de montagnes sillonnées de chemins en\nlacis qui descendent vers le pont d'une rivière. Des voyageurs\nchevauchent par là ; une troupe armée ; des paysans ; et tout ce\nmonde s'achemine vers une ville fortifiée qui arbore ses tours\npavoisées d'oriflammes sur un sommet qui rougit dans les\nlueurs premières de l'aube.\n   Jésus, quoiqu'il ait l'air souvent vieillot, est un enfant, et qui\njoue : il s'amuse du chapelet de sa mère qu'elle lui abandonne,\nd'une pomme, d'une fleur. Le groupe divin apparaît au milieu\nd'une prairie semée de pâquerettes et de pissenlits, et dans\nl'herbe de laquelle des scarabées pérégrinent, et des insectes;\nou dans un jardin planté de lis, d'iris, de passiflores; non loin\nd'une fontaine et d'un mur dont la crête supporte quelque\nétrange et multicolore oiseau des îles ou quelque paon qui\nlisse, avec fatuité, son opulent plumage ocellé...\n\n   Le faste des Brugeois, le velours, le brocart, la soie, les plus\nsplendides tapisseries du Levant, étalés à profusion, l'éclat de\nleurs demeures et le riche et fier aspect de leur cité avec l'orgueil\nde ses tours ébahissaient les princes qui y faisaient leur joyeuse\nentrée. Les salles de l'exposition des Primitifs font aussi au\nvisiteur un accueil d'éblouissement, un salut de fête — la fête\némerveillée de la couleur...\n   Toutes ces œuvres sont d'une tenue admirable, d'une exécu-\ntion substantielle et étudiée avec la plus attentive et la plus\nprobe conscience, et l'on y sent comme l'allégresse de l'irrépro-\nchable ouvrier qui, à aucun prix, n'aurait laissé sortir de son ate-\nlier un travail insuffisant ou hâtif. Tellement que dans la tra-\nduction incolore de la photographie, leur beauté reste presque\nentière... Presque! mais la couleur est comme le sang divin qui\nanime ces peintures, les fait entrer en effusion, achève leur\n"}, {"page_pdf": 708, "page_imprimee": 599, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "                    BRUGES. — LES PRIMITIFS                     599\n\nsignification — car la pensée, l'émotion de l'artiste ont passé\nautant dans la couleur dont il a revêtu ses figures que dans l'ex-\npression qu'il leur a donnée,\n   Voyez les tonalités majestueuses de la couleur de Van Eyck ;\nl'harmonie somptueuse et vibrante des pourpres et des verts\nchez Memling; chez Metsys, la lumineuse caresse des jaunes\naigus et des violets pâles ou veloutés. Il semble que, chez le\npremier, la couleur soit une force ; une extase, chez le second et,\npour le dernier, une joie. Elle parle avec ampleur et gravité\nsous le pinceau de l'un; chante, dans l'enivrement de la suavité,\nsous, celui du second et sur la palette de Metsys, rayonne, trans-\nlucide.\n   Leurs récits toujours recommencés de la Nativité, de la Pas-\nsion; les épisodes d'exultation ou de douleur qu'ils retracent\nsur leurs panneaux, c'est par la couleur surtout que le peintre\nnous fait communier avec ce qu'il y a imprégné de son âme,\nvirile, songeuse ou tendre ; avec ce qu'il y a mis de plus personnel\net de plus intime : l'accent, pour ainsi dire, le timbre de la voix;\nles inanalysables inflexions qui, dans le langage, énoncent plus\nque les mots eux-mêmes...\n\n   Les qualités d'âme du Flamand se dissimulent sous une\nenveloppe un peu froide ; sa sensibilité embarrassée par une\nsorte de pudeur délicate et sa dévotion foncière s'épanchent\nrarement. Le sentiment est trop véhément chez lui pour se satis-\nfaire par l'approximation des paroles et, non plus, les paroles\nne déterminent en lui l'émotion parfaite, complexe et diffuse\nque la sensation seule peut lui communiquer.\n   Et, pour les êtres de cette complexion, il y aura toujours plus\nde rêve et un enchantement plus vif, plus poignant et plus\nprolongé dans l'aspect d'un paysage inattendu ou familier, dans\nune\" image de sainteté ou d'amour que dans les pages, si élo-\nquentes qu'elles soient, d'un livre.\n   Il se contemple et se reconnaît dans ces physionomies\nardentes et graves de donateurs, agenouillés aux volets d'un\ntriptyque, le mari d'un côté, la femme de l'autre, s'offrant en\nvivants ex-voto et associant à leur oblation personnelle tous\nleurs descendants, y compris les défunts marqués d'une croix\nfunéraire. Toute la profondeur sérieuse de ce peuple, la force\n"}, {"page_pdf": 709, "page_imprimee": 600, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "600                         DURENDAL\n\n\n mâle et équilibrée de sa vie, sa stabilité transparaissent dans\nces figures pleines de vaillance morale et physique.\n   C'est dans le portrait que les inclinations essentielles,\nl'humeur réfléchie du Flamand, son sens de l'intimité, cette\nintuition psychologique qui est faite, moins de vues précises\nque de divination sympathique, de l'accord secret de sentiments\ninexprimables, se décèlent avec le plus d'éclat. L'exposition\nabondait en portraits, au nombre desquels se trouvaient,certes,\nles chefs-d'œuvre du genre : de Jean Van Eyck;le portrait de sa\nfemme ; de Memling, ceux des Portunari et celui de Niccolô\ndi Forzore Spinelli ; la Sibylle Sambetha et le Martin Van\nNieuwenhove, de l'hôpital Saint-Jean ; de la collection Somzée\n(n° 148), une oeuvre d'un maître inconnu, figure de fièvre,\npersonnage protégé par un saint, dans la sombre irradiation\nd'un paysage accidenté et extasié des teintes brûlantes du\ncouchant.\n   Et, surtout, le portrait — attribué à Pierre Christus — d'un\njeune homme revêtu d'un costume aux tons chauds et fastueux,\nlie de vin, brun et rouge ; coiffé d'une toque écarlate et tendant,\ncomme un hommage ou comme un emblème, d'un geste pré-\ncieux de la main droite, entre deux doigts, un œillet rouge.\nMaigre figure patricienne, aux pommettes saillantes, au nez et\naux lèvres minces, à la carnation animée par la générosité du\nsang et dont la silhouette un peu aiguë évoque un profil d'éper-\nvier, d'oiseau de proie. Et toutefois, ce visage de volonté infle-\nxible et tranchante s'embrume d'on ne sait quel brouillard de\nsonge et de nostalgie par la vertu du regard voilé de ses yeux\nfixes dans les eaux troubles desquels semblent se réfléchir de\npensifs fantômes...\n\n   Nous avons essayé, à propos de la couleur, de définir les\ntendances divergentes de la peinture néerlandaise et de la pein-\nture italienne. Cet antagonisme n'est marqué nulle part davan-\ntage que dans leur conception respective du portrait.\n   Les plus célèbres effigies exécutées par les primitifs italiens,\ncelles, notamment, de Piero della Francesca, sont plutôt des\nimages de cérémonie et d'apparat, d'une haute allure et d'un\nart exquis, mais singulièrement superficielles si on les rap-\nproche des interprétations subtiles des maîtres des Pays-Bas.\n"}, {"page_pdf": 710, "page_imprimee": 601, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "                     BRUGES. — LES PRIMITIFS                      60\n\n\n     On pourrait dire que l'Italien voit plastique; le Flamand,\n  pittoresque : celui-ci est, du reste, préoccupé moins de faire\n  brillant que de faire exact; moins de mettre en relief le galbe\n  de son modèle, la grâce de son torse ou sa désinvolture que\n d'en transférer dans son cadre la vraie et significative physio-\n nomie.\n     Forcément, à ses yeux, la beauté est surtout expressive; et\n les motifs de cette prédilection sont assez apparents : appesantie\n par le climat plus rude, il semble que la matière soit plus maté-\n rielle encore dans nos régions; et la vivacité, le libre essor de\n l'esprit étant en raison inverse des exigences du corps, les sep-\n tentrionaux réalisent rarement cet équilibre où gît, peut-être, le\n secret de la véritable beauté, faite de tranquille énergie,\n d'alacrité, d'intelligence sereine, du concours harmonieux et\n habituel de tous nos organes physiques et de toutes nos facultés\nintellectuelles. Chez eux, généralement, il y a lutte entre les\ndeux éléments, prédominance excessive et, quelquefois, alter-\nnative, de l'un sur l'autre. De là, ces masques convulsés où la\nchair et l'esprit ont gravé leurs conflits; ces visages si étran-\ngement suggestifs et alliciants : laids, disgracieux, souvent,\nmais où le long effort a laissé ses traces, d'une existence souf-\nferte et combattue plutôt que vécue.\n    Placez à côté l'image de l'une de ces sveltes et élégantes créa-\ntures heureuses qui abondent dans les fresques de Gozzoli, de\nBotticelli, de Ghirlandaio ou de Mantegna : — Elle est là devant\nvous, comme une fleur, comme une plante épanouie : elle\nvit et la vie en elle est une beauté accomplie.\n\n    Quoi qu'il en soit des causes de cette supériorité, l'école\n flamande est sans rivale dans ce domaine : aucune autre n'a\narrêté sur l'homme un œil plus insistant et plus perspicace;\naucune n'a été stimulée par un souci plus intense et plus victo-\nrieux de saisir la personnalité du modèle dans son identité com-\nplète, apparente et invisible.\n    Ce don privilégié se dénonce dès l'origine, chez Jehan de\nBruges (1372), en un portrait du roi Charles V, tracé en tête\nd'une Bible ornée de miniatures, offerte à ce monarque. Tous\nles maîtres du XVe siècle l'ont partagé, et, physionomistes hors\nligne, ont laissé de merveilleuses effigies, effrayantes presque\n"}, {"page_pdf": 711, "page_imprimee": 602, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2190, "texte": "602                         DURENDAL\n\n\nde méticuleuse littéralité et où, cependant, ils ont su faire\npasser à la fois l'âme, la palpitation sourde et troublante de\nla vie.\n   Et cette science, dans laquelle les idéalistes tels que Mem-\nling, Van der Weyden et Gérard David excellèrent à l'égal des\ndisciples réalistes de Van Eyck et de Thierry Bouts, elle est si\nfoncière et organique de l'art flamand que la saine tradition ne\ns'en interrompit jamais, même chez les artistes qui, auXVIesiècle,\ncédèrent davantage, comme Frans Floris et Martin DeVos,aux\nprestiges de la seconde Renaissance : dans ces oeuvres de\nréalité, ils recouvrent la spontanéité de leur art, se dépouillent\nde leurs superstitions esthétiques étrangères, reprennent vrai-\nment contact avec le peuple et la terre ataviques de leur\npensée.\n   Les grands maîtres allemands, Dürer et Holbein, en appri-\nrent le secret de leurs prédécesseurs des Pays-Bas et, au siècle\nsuivant, les artistes géniaux d'Anvers le trouvèrent dans leur\nhéritage : Faut-il redire Van Dyck et le prodige, l'indicible\ngrâce nerveuse et fière de ses portraits?...\n\n\n\n\nP\n        EUT-ÊTRE     serait-il convenable de formuler une conclu-\n            sion? Mais quelle péroraison logique donner à des\n            notes dénuées de méthode? Sans doute, aurait-il fallu\n            pouvoir examiner les œuvres de l'œil investigateur et\nsagace du critique qui scrute décompose, analyse et, souriant\navec une modestie insidieuse, dit : « Voici un indubitable\nVander Goes!... Quant à cette autre attribution, elle me paraît\ncontestable et, pour autant qu'il me soit permis d'exprimer une\nopinion... »\n   A nos yeux, du reste incompétents, ces questions n'importaient\nguère. Au milieu des peintures d'auteurs inconnus ou contro-\nversés, il en était quelques-unes, et des principales,authentiques;\npoints de repère fixes, étoiles parmi les nébuleuses : cela suffi-\nsait. Et, dans cette réunion de chefs-d'œuvre, nous avons\ncherché surtout à entendre cette âme multiforme, toujours iden-\ntique et toujours nouvelle, pleine de dissonances tragiques et\nd'harmonies enivrantes; de chocs brisés d'armes et de vibrations\névanouies de cloches — l'âme de la patrie...\n"}, {"page_pdf": 712, "page_imprimee": 603, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "                           BRUGES. — LES PRIMITIFS                     603\n\n\n       Car c'est elle qui s'attestait en cette exposition ; c'est la patrie\n   qui, devant le visiteur méditatif de ces salles, se dressait tout\n   à coup, ainsi qu'une statue de joie et de clarté; elle, avec\n   l'insistance réfléchie de son regard, le sourire grave de sa vigueur\n  et de sa jeunesse éternelles.\n      Georges Eekhoud affirmait, dernièrement (1), avec l'habituelle\n  excellence cordiale de son verbe, un partial amour pour « ce\n  pays très beau, très bon, très intéressant » qui « à ses prestiges\n  actuels, joint celui d'un de ces passés tragiques et glorieux qui\n  font les véritables patries. »\n      Et c'est vrai. L'artiste qui revient d'avoir hanté l'Italie\n  connait bientôt, cependant, que les nostalgiques visions de\n grâce et de simplicité dont sa mémoire et son cœur sont remplis\n n'ont pas obscurci en lui l'orgueil de son terroir .. « Certes,\n pense-t-il, la beauté, là-bas, est autre, plus ancienne et pétrie\n dans une plus fine argile : et quelles images nous en sont par-\n venues, sans égales qu'aux âges les plus religieux de la Grèce!...\n Mais ne sommes-nous pas venus, nous aussi, et d'ailleurs, et\n plus tard, avec une beauté nouvelle et qui était bien nôtre?\n     « Pas plus que ces peuples nous n'avons fait épargne de notre\n sang; leurs combats, nous les avons aussi combattus; nous avons\n vaincu comme eux et, comme eux, érigé dans notre art l'effigie\ntriomphale de notre race.\n     » Après m'être assis, dans l'allégresse et le tremblant respect\nde l'admiration, à un foyer si noble, pourquoi, en reprenant\nplace au mien, ressentirais-je de l'humiliation ou de l'envie,\npuisqu'il n'est ni moins magnifique, ni illustré de moindres\ntrophées?... »\n\n                                                  ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n(1) Mercure de France, septembre 1902.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-002", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 604, "page_fin": 604, "titre_corps": "Crainte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ed. 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Ducoté", "ancre_debut": "L'Œuvre La route", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 714, "page_imprimee": 605, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "L'Œuvre\n\nLa route où je m'avance est enduite de sable.\nQui sait si je ferai mieux que de l'effleurer,\nsi j'y pourrai graver une marque durable ?\nQui sait si l'ouragan n'effacera la trace\nque mon pas méritant peut-être aura laissé ?\n\nAngoissant avenir ! ô voyageur lassé,\nque ne te couches-tu dans le creux du fossé!\nComme tu serais bien au lit des fraîches herbes,\nles yeux remplis de ciel et le coeur plein de rêves!\nComme tu serais bien hors du chemin poudreux\noù Von marche escorté de ces pauvres honteux,\ncouple jumeau, inquiétude et doute!\n\nMais, tandis qu'aux deux bords le fossé se déroule\noffrant à ma paresse un repos tentateur,\ntandis que je convoite un sort pire ou meilleur,\ntandis que j'interroge et moi-même et le sable,\ntoujours, droit devant moi, sans m'arrêter, je marche.\n\n                                                   E D . DUCOTÉ.\n(Branches   lourdes.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-004", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 606, "page_fin": 611, "titre_corps": "L’Éducation supérieure des femmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ctesse Ed. de Liedekerke", "ancre_debut": "L'Éducation Superieure des Femmes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 715, "page_imprimee": 606, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "L'Éducation Superieure des Femmes\n\n                MONSIEUR l'abbé  Félix Klein vient de traduire et\n                 de réunir en une brochure un discours et un\n                 extrait du livre de Mgr Spalding (1), sur l'éduca-\n                 tion de la femme. Tout ce qui touche à cette\n                 question présente un tel intérêt en ce moment\n                 que nous n'hésitons pas à parler de ce petit\n                 volume pour en recommander la lecture au\n                 public intelligent, toujours avide de ces études.\n   Le discours de l'évêque de Péoria a été prononcé lors de la\nfondation du Trinity College, maison destinée aux jeunes filles\nqui veulent participer à l'enseignement de l'Université catho-\nlique de Washington. Il débute par un magnifique tableau des\nprogrès accomplis au XIXe siècle, tant au point de vue scienti-\nfique et mécanique, qu'au point de vue de l'avancement des\nconnaissances théoriques, et des découvertes qui ont révolu-\ntionné presque toutes les lois reconnues jusqu'alors. Il complète\nce paragraphe par l'exposé du progrès en matière d'éducation.\nMgr Spalding parle de l'Amérique à des Américains. Mais nous\npouvons et devons tirer parti de son jugement. Ces ques-\ntions sont et doivent être partout à l'ordre du jour.\n   Après avoir dépeint ce que fut la femme à travers les âges,\ndans la vie sauvage, et dans le paganisme, il nous montre en\nMarie, Mère de Jésus, son type idéal dans le christianisme. De\nce tableau saisissant dans sa brièveté, jaillit cette conclusion :\n   Le grand renoncement, l'acte suprême par lequel on passe du moi super-\nficiel et animal au moi réel dont le domaine est invisible et impérissable, ce\nqui constitue, en somme, l'absolue condition à l'entrée dans le royaume du\nChrist, est plus accessible à la femme qu'à l'homme.\n\n\n (1) Né en 1840, évêque de Péoria depuis 1877.\n"}, {"page_pdf": 716, "page_imprimee": 607, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "                  L'ÉDUCATION SUPÉRIEURE DES FEMMES                            607\n\n\n    D e ce q u e : l'idéal chrétien est plutôt moral qu'intellectuel et que la\n recherche du bien et la crainte du mal sont le tout de la vie, n o u s s o m m e s\n amenés à comprendre pourquoi le monde chrétien a donné ses\n premières pensées et appliqué le meilleur de son énergie à la\n culture morale. L'éducation chrétienne est basée sur la raison,\nqui est la révélation directe de Dieu dans l'âme de chacun de nous, et q u i\nn'est nullement le privilège du petit nombre. Cette base\nse rencontre chez tous les enfants ; et, dans les écoles primaires\net secondaires, filles et garçons, sont formés avec un égal succès\npar la même éducation et les mêmes méthodes.\n   L'égalité physique de la femme n'est pas discutable, et il\nne semble pas rationnel qu'un être admis à partager la vie d'un\nhomme, à élever ses enfants, à le soutenir dans l'adversité, soit\ncréé avec une infériorité intellectuelle.\n   Mgr Spalding, qui n'admet pas cette infériorité, est d'avis\nq u une bonne culture intellectuelle ne saurait porter ni un homme ni une\nfemme à la grossièreté, à l'impertinence ou à l'effronterie. Rien, au contraire,\nqui soit plus favorable à la vraie distinction... Les relations humaines sont\nsurtout spirituelles; et plus une femme aura reçu une éducation forte,\nmieux elle saura remplir ses devoirs d'épouse et de mère.\n   Il condense ses pensées dans ces quelques lignes qui valent\nd e s v o l u m e s : Pour la créaiure humaine, se développer dans tous les sens\nest le moyen de ressembler à Dieu; il est donc bon que la femme développe\ntoutes ses facultés en harmonie et en plénitude.\n   La femme, en Amérique, a déjà pris position dans le monde\nintellectuel. Il y a plus d'un million de jeunes filles dans les\nécoles catholiques et l'on y cherche à augmenter la valeur de\nl'instruction et à préparer même des universitaires tout en\ninculquant des vertus très féminines, vertus sans lesquelles le plus\nhaut degré de culture intellectuelle ne lui donnerait ni bienveillance, ni\ncharme, la pureté, la modestie, la patience, la pitié, le respect, la douceur,\nl'amabilité, le dévouement. C'est là-dessus qu'il nous faut bâtir si nous vou-\nlons élever l'esprit de la femme jusqu'aux régions célestes de la vérité et de\nla lumière intellectuelles, sans risques pour son cœur, foyer de bonté et\nd'amour.\n  Cette citation nous paraît peindre, en peu de traits, le véri-\ntable féminisme chrétien.\n  Le discours de Mgr Spalding se termine par un exposé des\navantages de l'éducation de la femme. Bien qu'il s'adresse\nparticulièrement à sa patrie, nous pensons bien faire en repro-\nduisant ce passage intéressant :\n  Dans toute société, celui qui est plus bas tente de faire tomber celui qui est\n"}, {"page_pdf": 717, "page_imprimee": 608, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "608                                   DURENDAL\n\n\nplus haut, car descendre est aisé, monter est difficile. Une femme ignorante\nobscurcira l'esprit de son mari et de ses enfants, tandis qu'une femme intelli-\ngente stimulera vigoureusement leur activité personnelle. Un esprit éclairé\nrépand naturellement la lumière, une âme généreuse engendre l'amour, un\nnoble caractère en crée d'autres à son image. L'éducation américaine, qu'elle\nsoit donnée par l'Etat ou par les diverses sociétés religieuses, est de plus en\nplus entre les mains des femmes; si donc l'on tient au progrès, il faut que\nl'intelligence des femmes reçoive une culture plus complète. A ceux qui en\nsont encore à trouver absurde qu'on réclame pour les femmes l'éducation\nsupérieure, rappelons que, durant des siècles, on a trouvé inutile qu'elles en\nreçussent d'aucune sorte.\n   La seconde partie de la brochure de M. l'abbé F . Klein est\ntirée du livre : Means and ends of éducation (1). Les vues de\nMgr Spalding y sont développées d'après un plan plus général.\nNous signalerons ce qui a rapport à l'éducation de la femme.\n   L'éminent évêque est d'avis que les questions de philosophie,\nde sciences, d'art et de religion étant UNE, ne peuvent être\ndivisées et classifiées d'après le sexe de l'élève. Il ne peut y\navoir une éducation pour l'homme et une autre pour la femme.\n   Le domaine des âmes, des intelligences, des consciences, des cœurs ne\nconnaît pas de sexe. Quelle sera la meilleure éducation pour la femme? Celle\nqui fera d'elle au plus haut degré un être humain complet, sage, aimant et fort.\nQuel travail convient à la femme? Tout travail qui l'aidera à devenir elle-\nmême. Qu'est-ce qui est interdit à la femme? Tout ce qui pourrait la dégrader,\nla diminuer ou l'avilir, mais rien d'autre. Qu'a-t-elle le droit de faire? Tous les\nactes beaux, bons et utiles qui sont dans ses aptitudes et qui ne risquent\npoint de nuire à sa dignité ou de diminuer sa valeur en tant que créature\nhumaine.\n  Voici une page admirable qui témoigne de la profonde et\nintime connaissance que Mgr Spalding a de son sujet :\n   L'homme et la femme ont chacun leurs qualités plutôt que les mêmes qua-\nlités à des degrés différents. La chasteté est la grande vertu de la femme ; la\nsincérité, qui est la plus haute manifestation du courage, est la grande vertu\nde l'homme; toutefois, l'homme et la femme doivent, l'un comme l'autre, être\nchastes et sincères. La douceur et une raison aimable sont ce qui donne le\nplus de charme à la femme, l'homme plaît surtout par la sagesse et par la\nbravoure ; ce qui n'empêche pas que la femme doive être sage et brave.\nL'homme, raisonnable et doux. Les deux sexes ont reçu à peu près les mêmes\ndons de l'intelligence, mais ils sont portés à les appliquer à des objets diffé-\nrents : l'homme préfère la pensée; la femme, le sentiment; lui, arrive à ses\nconclusions par l'analyse et le raisonnement; elle, par l'intuition. Il sait\n\n\n  (1) Les moyens et les fins de l'éducation.\n"}, {"page_pdf": 718, "page_imprimee": 609, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "                  L'ÉDUCATION SUPÉRIEURE DES FEMMES\n\n\n mieux se maîtriser; elle sait mieux se sacrifier. Il se guide d'après la loi et les\nprincipes; elle, d'après le sens intime et d'après son tact; il demande la jus-\ntice; elle, l'équité. Lui, veut qu'on l'honore pour les richesses qu'il a, pour la\nposition qu'il occupe ; elle se refuse à ce qu'on l'honore pour autre chose\nqu'elle-même. L'homme ne voit dans ce qu'il possède qu'un moyen ; la femme,\nqu'une chose à laquelle elle tient et demeure attachée. Il recherche la puis-\nsance; elle, l'affection. L'idée du devoir, chez lui, vient de la raison; chez\nelle, de la foi et de l'amour. Il aime la science et la philosophie ; elle, la litté-\nrature et l'art. Sa religion, à lui, est un code de lois morales. Sa religion, à\nelle, est faite de foi et d'espérance, d'amour et d'imagination. Elle personnifie\nfacilement les objets, alors qu'il tend à traiter les personnes comme de simples\nchoses. Elle a plus de force que l'homme pour s'effacer, s'oublier toute lors-\nqu'elle aime : qu'elle se marie ou entre en religion, elle perd son nom, ce sym-\nbole de la personnalité, pour bien montrer qu'elle se voue à la race ou à Dieu.\nLes arguments des incrédules agissent moins sur elle que sur l'homme, parce\nqu'elle a un sens religieux plus pur ,une foi moins attaquable; les objections\npassent sur elle comme passent sur un esprit chaste les propos grossiers et\nimpurs, sans presque l'effleurer. Elle prend plus de complaisance en son exté-\nrieur et en son entourage, mais elle a moins d'orgueil et de vanité que\nl'homme. Elle a un plus vif sentiment de la reconnaissance, parce qu'elle aime\ndavantage, et que le cœur rend la mémoire fidèle...\n   Ces extraits nous permettent de saisir la pensée de l'auteur\nlorsqu'il d e m a n d e qu'on intéresse davantage la femme à la vie\nactive, aux affaires, au progrès. T o u s les êtres sont nés pour\nl'action et pour la souffrance. L a j e u n e fille ne doit donc pas\nêtre élevée dans le seul but de plaire, de s'amuser et de se\nmarier. P l u s nous avançons dans la vie des siècles, plus nous\ncomprenons que la femme ne doit pas songer u n i q u e m e n t au\nm a r i a g e . Que de pauvres créatures ont gémi, trop tard, de ce\npréjugé des t e m p s passés qui les a jetées dans les bras d'un\nm a r i indigne de leur affection et de leur estime !\n    L'espèce de mépris, dit Mgr Spalding, l'espèce de mépris que la foule pro-\nfesse pour les femmes quand elles atteignent un certain âge sans se marier,\nn'est qu'un dernier vestige du mépris général où sont tenues toutes les femmes\nchez les sauvages et les barbares.                                            ,\n    P l u s loin, l'évêque de Péoria traite une question qui ne pas-\nsionne pas encore l ' E u r o p e , mais qui ne tardera pas à le faire.\n L e s femmes doivent-elles avoir le droit de vote? E t il discute\ncette question avec la h a u t e sagesse qui le distingue. Au point\nde vue intellectuel la femme pourrait être égale à l'homme,\nmais des droits politiques amélioreront-ils son caractère? L a\np o l i t i q u e n'est-elle pas faite pour une grande part de chauvinisme, de pré-\ntention, de vénalité, etc., etc. ? Donc une participation active à la vie politique\n"}, {"page_pdf": 719, "page_imprimee": 610, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "610                              DURENDAL\n\n\n\nne saurait tendre à affiner, à ennoblir, à purifier. Peut-on désirer que cette\npartie de l'humanité, à qui l'on confie tout spécialement les intérêts du foyer,\ndu cœur, de l'éducation religieuse et morale des enfants, soit précipitée dans\nle gouffre des passions égoïstes et des excitations grossières?\n   Mais les femmes mêmes, celles du moins dont l'âme féminine, avec ses\naspirations supérieures, a vraiment donné toute sa mesure, désirent-elles\nqu'on leur accorde le droit de vote?\n   Dans les paragraphes suivants nous voyons que la femme a\nmontré sa valeur partout où elle a pu se mesurer avec l'homme\nce qui prouve la nécessité de développer chez elle par l'éduca-\ntion, tout ce qui s'y trouve de beauté, de savoir, d'amour,\nd'aptitudes physiques et morales.\n   Faire l'éducation d'un être humain c'est le diriger de manière à ce qu'il\ndéveloppe complètement tout ce qui est chez lui en puissance ; d'où il suit\nqu'on peut s'élever de bien des manières et en bien des sens. La finesse, la\ngrâce, la propreté même sont des buts, des fins, aussi bien que la vigueur, la\nsouplesse de l'esprit, la force, la pureté du cœur. Comme la lumière du soleil,\nles fleurs et les chants des oiseaux, ces qualités ajoutent à la douceur et à la\nbeauté de la vie; il faut les cultiver toutes...\n   L'auteur nous montre encore l'importance de l'énergie qui fait\nles Saints, de la sagesse, de la vertu, de l'aspiration vers un\nidéal. Il insiste sur la nécessité de la lutte, sur la victoire qui\ngrandit, sur l'utilité de l'opposition.\n Heureux le fils du pauvre, qui voit à chaque pas surgir un obstacle pour le\nmettre au défi de devenir un homme; malheureux l'enfant du riche que sa\nmaudite fortune porte sans cesse à la paresse et à l'orgueil.\n   Avec lui nous disons à toutes les éducatrices :\n   O mères, dont l'affection est le plus grand bien que nous ayons tous connu,\nendurcissez vos fils. Ne les engagez point dans la course à la fortune, mais\npoussez-les vers le sentier raide et étroit qui les mènera, par la victoire sur\neux-mêmes, à la possession de Dieu et de tous les vrais biens. L'éducation est\ntoujours le résultat d'une influence humaine... La vie procède de la vie, et la\nreligion, qui n'est que la plus haute puissance de la vie, ne peut procéder que\nde Dieu et des âmes religieuses. Ce n'est ni par les sermons ni par les\ndiscours, mais seulement par la vie vraie, que nous pouvons devenir des\ncentres d'influence morale.\n  Si Mgr Spalding blâme énergiquement l'égalité qui abaisse\nau lieu d'élever, il condamne également l'ambition qui se borne\nà la satisfaction des appétits vulgaires par la richesse et la puis-\nsance; l'absorption de l'esprit par la matière; l'égoïsme, vraie\nmaladie morale; la popularité qui se base sur la flatterie des\npassions et non sur l'admiration qu'excitent les grandes\nactions...\n"}, {"page_pdf": 720, "page_imprimee": 611, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "                  L'ÉDUCATION SUPÉRIEURE DES FEMMES                          611\n\n\n   Ainsi que nous l'avons dit, les dernières pages s'adressent\n moins directement à ceux que préoccupe l'éducation de la\n femme. Nous ne nous y attarderons pas. Mais, nous unissant\n au vœu si noblement exprimé par l'illustre évêque, nous dirons\n avec lui :\n   Soyons nous-mêmes avant tout; et accomplissons notre œuvre. Les jours\nne seront alors ni trop nombreux ni trop longs. Si cette œuvre et si notre per-\nsonne méritent d'être connus, la présentation à l'univers se fera toute seule et\nvite. Peu importe, d'ailleurs, qu'elle se fasse après notre mort.\n   Voici par quelles paroles admirables il relève le féminisme en\nmontrant combien il doit être inspiré par de nobles sentiments\net non par de mesquines rivalités ou de misérables intérêts :\n   A mesure que notre vue devient plus pénétrante, nous comprenons plus\nclairement que seuls les plus grands d'entre les hommes et les femmss\npeuvent donner l'éducation. Les autres ne sont que des répétiteurs, des\n« entraîneurs ».\n  Le succès ne trahit jamais celui qui se donne corps et âme à la tâche,\nquelle qu'elle soit, dont il se croit capable. Il y a beaucoup de gens affairés;\nmais il n'est pas facile de trouver un homme qui se propose vraimentun noble\nbut, et y consacre toutes ses énergies. Les grands caractères sont rares.\n   Nous croyons, en signalant l'intéressante brochure de\nM. l'abbé Klein, rendre un véritable service à tous ceux qui ne\nse contentent pas d'avoir une opinion toute faite sur la question\ndu féminisme, et qui veulent s'éclairer par l'exemple des pays\noù on peut déjà juger de ses résultats.\n\n                                          Ctesse   E D . DE   LIEDEKERKE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-005", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 612, "page_fin": 612, "titre_corps": "Nuit pastorale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "Nuit Pastorale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 721, "page_imprimee": 612, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "Nuit Pastorale\n\n                                               E t in Arcadia ego...\n\nVoici l'heure... Une nuit pacifique d'été,\nQue la lune bleuit de sa vague clarté,\nEnveloppe, un à un, les horizons       champêtres,\nEt le divin oubli ressaisit tous les êtres...\nTous ne sommeillent pas, cependant...         Ecoutez!...\nDe loin en loin, du fond des vallons      enchantés,\nUn chant s'élève, heureux et tendre, un chant de pâtre,\nQui parait onduler dans la brume bleuâtre\nComme un souffle exhalé des lèvres de la nuit...\nLe silence en palpite.' .. Un tel charme est en lui,\nQue toute chose, dans ce beau pays        tranquille.\nS'illumine, un instant, d'un doux rayon          d'idylle!...\nA peine l'entend-on, ce souffle harmonieux ;\nMais le passant, que l'ombre a surpris en ces lieux,\nEcoute, en tressaillant, le doux chant de mensonge,\nSi vague que, parfois, il croit l'entendre en songe...\nAu loin, les horizons sommeillent dans l'azur :\nLongtemps, il les contemple avec un trouble obscur\nEt se souvient, au son de l'humble     mélodie,\nDu beau rêve qu'il fit jadis, en Arcadie...\n\n                                              FERNAND SÉVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-006", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 613, "page_fin": 615, "titre_corps": "Venise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. d’Arschot", "ancre_debut": "Venise IL est de convention", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 722, "page_imprimee": 613, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1854, "texte": "Venise\n                IL est de convention de dire de Venise que c'est un\n                   endroit qu'il faut voir avec une femme qu'on\n                   aime. Il se peut, quand on regarde les choses à\n                   travers la passion comme à travers des verres\n                   merveilleux, que, dans la vieille cité, l'on sente\n                   renaître en soi quelque chose de tout l'amour qui\n                   soupira jadis sur ses canaux et des jalousies qui\n                   s'embusquèrent dans les coins sombres de ses\nruelles. Il se peut!... C'est une supposition, mais ce n'est que\ncela! Si Venise attire comme une Circé et si elle est séduisante,\ndrapée dans son histoire et voilée par la trame de ses poétiques\nlégendes, elle n'est pourtant plus aujourd'hui que du passé figé,\ndu passé arrêté et soutenu, et bien l'une des choses les plus\ndésespérantes du monde. L'amour jeune qui ne vit que de pré-\nsent et d'avenir ne peut se plaire en un tel lieu où l'on a tant\nvécu, et toujours il préférera la saine et simple nature qui ne\nvieillit pas, car, si les feuilles se fanent, elles se renouvellent\ntoujours pareilles à elles-mêmes.\n   Pourrait-on y aller pour y souffrir? Guère non plus! Bien\nqu'il y ait une volupté délicate à entretenir certains sentiments\nlà où l'habitude n'est pas de les transporter, cette étonnante\nville ne peut pas plus convenir à la douleur qu'à la passion. Si\nelle n'est plus, en effet, amoureuse que dans le passé, elle n'est\nplus non plus tragique et cruelle que dans la mémoire des\nhommes, et elle ne peut être un cadre approprié pour des\nangoisses immédiates.\n\n\n  En revanche, pour les porteurs de Baedeker et le tourisme\nindifférent, la « perle de l'Adriatique » est bien la cité curieuse\npar excellence.\n  Songez donc ! Elle a des palais restés orgueilleux, tout un\n"}, {"page_pdf": 723, "page_imprimee": 614, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": " 614                         DURENDAL\n\n\n réseau de canaux aux mailles compliquées, de petites rues\n bizarres et des ponts sans nombre ; elle garde des églises mer-\n veilleuses et parfois singulières, où les œuvres rares sont catalo-\n guées; elle montre des tableaux bien numérotés dans des\n musées affolants même pour des non-collectionneurs ; elle a des\n théâtres pour le soir et des hôtels confortables suffisamment.\n Des magasins, enfin, y étalent en abondance des objets d'art\n d'abord facile et des bibelots capables de contenter des désirs\n médiocres et des imaginations limitées. Comme ils seront pré-\n cieux au retour « pour avoir été achetés à Venise » !\n    Le voyageur pressé et badaud est ravi de tout ce qu'il voit\n d'une façon aussi commode et ses souvenirs de qualité ordinaire\ns'enrichissent à trop bon compte pour qu'il ne conserve pas une\nreconnaissance attendrie à un lieu si spécial en Europe et où\nl'on arrive aussi aisément.\n   Il repart enchanté. Pourquoi ne le serait-il pas? Il n'a pas\nremarqué, ou si peu! l'eau pernicieuse, les enseignes impu-\ndentes dont se souillent les façades des vieilles demeures, les\nboutiques qui se sont fait une spécialité, — presque une célé-\nbrité — en prostituant l'art, les antiquaires encombrés d'objets\ntruqués venus de France et d'Allemagne, la curiosité envahis-\nsant en brute les églises où le culte a pour se célébrer à peine la\nplace qu'il lui faut; il n'a pas vu Venise devenue exposition\npermanente et dépendance des agences de voyages.\n   Il repart enchanté, et comment ne le serait-il pas?\n\n                               *   *\n\n   Mais, demandera-t-on, est-ce là tout ce que peut être cette\nville qui fut si opulente et belle, et qui, malgré tout, reste si\nbelle, — une station sur un billet circulaire?\n   Qu'on s'imagine un homme arrivé à Venise sans le vouloir.\nAvant de s'y rendre, il n'a point dit : « J'ai décidé d'aller à\nVenise », mais, y étant, il s'est étonné d'y être; c'est le hasard\nqui l'a conduit. Le temps ne le presse pas et il ne se promène\nque selon la fantaisie de son cœur et de ses pensées.\n   Cet homme aura dans la vieille ville italienne des impres-\nsions délicieuses, surtout parce qu'il ne les a point désirées. La\nvolupté dans la vie se trouve bien moins dans la recherche de\nsensations rares ou effrénées que dans la dilection de ce qui\n"}, {"page_pdf": 724, "page_imprimee": 615, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "                               VENISE                            615\n\n\nrésulte des choses qui nous arrivent naturellement. Ce qui est\ntrop attendu et frappe trop fort dissout la vigueur de notre\nobservation et nos pensées dérangées ne se peuvent plus satis-\nfaire d a n s la contemplation d'elles-mêmes. Ce qu'on éprouve, au\ncontraire, comme le corollaire fatal des jours vécus et des actes\naccomplis donne des yeux sereins et un esprit recueilli pour\nsavourer toute la valeur de ce qui est extérieur et de ce que cet\nextérieur réflète en nous.\n    Cet h o m m e donc, arrivé là sans préparation et sans but, sera\nétonné, pour ne l'avoir pas souhaité, de tout ce qu'il rencontrera\net toute la volupté de Venise s'exhalera pour lui. Chaque chose\nlui sera l'occasion d'un ravissement nouveau. Ce sera les palais\npleins de mystère encore que les blondes chevelures qu'aimait\nT i t i e n n'apparaissent plus dans l'ogive de leurs fenêtres, les\npetits canaux déserts et capricieux, les ruelles calmes comme la\nmort et humides comme des tombeaux; l'eau qui mange comme\nun ver invisible les vieux pilotis, Santa Maria della Salute\npresque abandonnée et Saint-Marc. Des bouts de murailles, des\ndétails d'architecture le troubleront. Il frissonnera devant les\ncortèges funèbres glissant dans un silence d'éternité ; il aimera\ndans des jardins vides d'un amour que d'autres ressentirent; il\nfrémira devant le palais des Doges de terreurs très anciennes.\nE t toutes ses sensations seront accrues par la foule bariolée et\ntrop vivante qui augmentera sa solitude.\n    L'art imposteur qui s'étale sous les colonnades, il le verra,\nmais sans s'arrêter ; les enseignes qui tachent la face des' mai-\nsons patriciennes, il les remarquera, mais sans les lire; les anti-\nquaires fripons, il les évitera, mais non sans les avoir tous aper-\nçus. T o u t e s ces blessures même faites à un passé si beau le rem-\npliront de pitié jusqu'à l'attendrissement; il vivra un peu dans\nles vieilles pierres; dans les rues et les salles vides, il retrou-\nvera l'âme antique et passionnée des êtres et des choses; il sera\nlui-même un peu Venise; chaque hérésie moderne la lui rendra\nplus chère ; sa tristesse enivrée deviendra suprême devant tant\nde splendeur en train de disparaître complètement. Il recon-\nnaîtra que cet endroit, qui est parmi les plus désolés du monde,\nest aussi l'un de ceux qui contient le plus de volupté et, rare\nentre mille, il comprendra tout entière la beauté souffrante de\nVenise qui ne vit plus.\n                                                 G.   D'ARSCHOT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-007", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 616, "page_fin": 617, "titre_corps": "Le Départ de Lohengrin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont", "ancre_debut": "Le Départ de Lohengrin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 725, "page_imprimee": 616, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1110, "texte": "Le Départ de Lohengrin\n\n                             I\n\nMalgré l'ordre imposé par la loi de l'Amour,\nElsa t'a demandé ton nom et ta patrie;\nRemonte, ô Lohengrin,  dans la splendeur du jour.\n\nMais quel regret s'éveille en ton âme attendrie?\nPour la dernière fois tu serres sur ton cœur\nLa douce fiancée enfantine et chérie.\n\nDe l'ombre mensongère éblouissant    vainqueur,\nDes pays de clarté descendu vers la terre,\nTu partiras plus pur d'avoir vu sa douleur.\n\nAbaisse lentement tes lèvres de lumière\nSur ces yeux grands ouverts où se mirent les c i e u x ,\nHeureux d'y retrouver l'innocence    première,\n\nEt songe à tous les pleurs que verseront   ces   yeux!\n\n\n                            II\n\nSouviens-toi! Le soleil jouait avec le fleuve,\nLa terre radieuse offrait au jeune Avril\nLa promesse des fleurs et la verdure neuve.\n\nTu vins, accomplissant ton volontaire   exil;\nTu dévouas ton cœur, ta bravoure et ton glaive\nA déjouer le piège et dompter le péril.\n\nEt quand Elsa tremblante eut révélé son rêve,\nTon heaume et ta cuirasse, ô passant   glorieux,\nResplendirent soudain comme un jour qui se lève\n"}, {"page_pdf": 726, "page_imprimee": 617, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1639, "texte": "              LE DÉPART DE LOHENGRIN                       617\n\n\nL'allégresse des cœurs a chanté vers les cieux ;\nSous ton bras est tombé l'accusateur    indigne;\nEt l'aube de l'amour s'éveille dans tes yeux.\n\nC'est l'heure, ô Lohengrin   ! pleure : voici le cygne.\n\n                             III\n\nRemonte vers l'azur sublime où sont les Purs ;\nChevalier du Graal, retourne auprès des Anges,\nVas rajeunir ton cœur pour tes exploits   futurs.\n\nAu vin miraculeux    des célestes vendanges\nPuiseras-tu l'oubli de ton mortel amour?\nLe douloureux oubli de ces heures    étranges,\n\nOù ton âme connut la volupté du jour\nPour l'avoir vu sourire aux yeux d'Elsa charmée ?\nPleure : le cygne est là; c'est l'heure du retour.\n\nLe ciel rit tendrement à la terre embaumée,\nLes bois vibrent d'oiseaux, les rosiers vont fleurir,\nO Lohengrin!     et c'est en mai que ton aimée\n\nReste seule ici-bas, — loin de toi, — pour     souffrir!\n\n                             IV\n\nAh! quand tu rentreras dans l'absolu du songe,\nQu'au moins un souvenir en toi persiste encor,\nTendre et suprême écho du terrestre mensonge !\n\nSi rien n'est pur ici que l'Amour et la Mort,\nSonge qu'elle t'aima, jusqu'à mourir; son âme,\nInassouvie et prête à prendre son essor,\n\nVers l'infini déjà se tend comme une flamme!\nO toi qui respiras l'arome de ce cœur,\nBlanc paladin par qui l'enfant devint la femme,\n\nA jamais souviens-toi que ton Amour    vainqueur\nLa livra doucement quand tu l'eus délaissée\nAu baiser de la Mort, son éternelle sœur...\n\nC'est au ciel que t'attend Elsa, ta fiancée!\n                                       CHARLES DE SPRIMONT.\nChâteau de Béclers, août 1902.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-008", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 618, "page_fin": 619, "titre_corps": "Zola", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. 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V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-009", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 620, "page_fin": 620, "titre_corps": "Navires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar Bonehill", "ancre_debut": "Navires Sur la frange", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 729, "page_imprimee": 620, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "Navires\n\n Sur la frange des flots, géantes    hirondelles,\n Les grands navires font leurs courses éternelles.\n Ils sont par la tourmente, en la serre du vent,\n Faibles comme un hochet dans la main d'un enfant.\n\n Et chevauchent cabrés sur les farouches ailes\n Des vagues en courroux les grands navires frêles.\n\n Aux jours cléments ils ont de tranquilles     essors\nEn un ruissellement de lumières et d'ors.\nIls abordent parfois sous le feu des Tropiques\nOù, dans les palmiers verts chantent les oiseaux        bleus,\nOù leur mâture dort dans les soleils       magiques.\nIls s'éveillent parfois affolés et frileux\nEn l'implacable gel, parmi les mers glacées.\n\nIls poursuivent ainsi leurs routes inlassées\nJusqu'au jour où, blessés par les récifs ils vont\n— Vieux bohèmes, — dormir en l'abîme profond.\n\n                                 *\n                                * *\n\nLa vie est l'océan où comme des navires\nNous errons tous, tantôt bercés par les séphires,\nTantôt jetés de vague en vague par l'autan;\nParfois nos cœurs joyeux jettent l'ancre en chantant\nAux rives où l'amour éclôt ses fleurs de flammes;\nPuis, trop tôt s'évadant de l'extase, nos âmes\nDéplorent les frimats de la vieillesse; Enfin\nLuttant contre les chocs de l'infortune, en vain,\nBrisés par les écueils des ans et des souffrances\nNous sombrons en la mort, fiers, sans     désespérance.\n\n                                              EDGAR BONEHILL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-010", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 621, "page_fin": 625, "titre_corps": "De la Restauration des Monuments anciens", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. Abry", "ancre_debut": "De la Restauration des Monuments Anciens DANS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 730, "page_imprimee": 621, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "De la Restauration\n                               des Monuments Anciens\n\n                     DANS le numéro d'avril de Durendal, j'ai cru devoir analyser un\n                       article de M. Cloquet, paru dans la Revue de l'art chrétien,\n                       et qui m'avait frappé par l'audace de certaines affirma-\n                       tions, et aussi par des contradictions flagrantes qui ren-\n                       daient son raisonnement presque insaisissable.\n                           M. Cloquet vient de trouver en M. Pierre Verhaegen,\n                       l'un de ses admirateurs enthousiastes, un défenseur con-\n                        vaincu et habile. C'est en avocat que M. Verhaegen plaide\n                        sa cause, laissant soigneusement dans l'ombre tout ce qui\n peut affaiblir son argumentation ou faire tort à son client.\n    Certes, si M. Cloquet s'était contenté d'écrire les phrases citées en ce plai-\n doyer, il eut méiité nos éloges et nous nous serions ralliés à une bonne partie\n de sa théorie.\n    Mais, comme l'avoue très allègrement M. Verhaegen, M. Cloquet a surtout\n parlé en architecte, c'est-à-dire qu'épris de son art, il ne considère surtout en\n un édifice que le côté technique et abstrait, sans trop se soucier de l'archéo-\n logie, de l'histoire ou de l'art. Un monument ne se résume pas uniquement en\nses lignes architecturales. C'est diminuer son importance que de ne s'atta-\n cher qu'à ce point de vue.\n   Des éléments divers se sont accumulés en lui au cours des siècles; il faut\n en tenir compte.\n   L'architecte, le technicien, est, en raison de son exclusivisme, une sorte\nd'exécuteur des hautes œuvres. De ses mains le monument sort mutilé ou\ndiminué, dès qu'on a eu l'imprudence de le lui livrer.\n   Certains conseils de M. Cloquet sont pleins de sagesse et de prudence,\nmais chacun de ses conseils est immédiatement contrebalancé par une théorie\ntoute différente et de nature à permettre à tout restaurateur ou maçon en\nvieux-neuf, de violer les règles qu'il semblait d'abord vouloir établir.\n   Son raisonnement est donc ondoyant et subtil. Je l'ai dit. Après avoir soi-\ngneusement expurgé son texte, M. Verhaegen demande avec aplomb à ses\n« lecteurs » où peuvent bien se trouver ces fameuses contradictions !\n"}, {"page_pdf": 731, "page_imprimee": 622, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": " 622                               DURENDAL\n\n\n     Ceux que la question intéresse réellement auront pris la peine de relire\n l'étude de M. Cloquet et doivent être fixés à cet égard.\n     Il y avait déjà bien quelque motif à s'étonner de l'attitude prise par lui\n dans la question du Château des Comtes, alors qu'il venait précisément de le\n classer dans la catégorie des monuments morts, non susceptibles d'une appro-\n priation quelconque, ni d'une réédification. Je n'ai pas dit, comme m'en\n accuse M. Verhaegen, que M. Cloquet encourageait directement la recon-\n struction de la porte d'Ostende, et je constate aujourd'hui, avec plaisir, si j'en\n crois son défenseur, que M. Cloquet juge insensé ce projet de reconstruction.\n Mais les arguments de M. Cloquet ne viendraient-ils pas au besoin justifier\n eux-mêmes ce projet, et cet exemple ne prouve-t-il pas le danger de ses\n théories élastiques? Mon opposition de principe est donc utile, puisque\n l'architecte brugeois a su quand même obtenir gain de cause. Si M. Çloquet\n condamne ce projet, eh bien ! qu'il le combatte avec nous !\n     M. Verhaegen me demande ce que j'eus fait si j'avais été chargé des tra-\n vaux du Château des Comtes. Il est très imprudent de répondre à une telle\n question ainsi posée; mais ce serait dire que je soupçonne mon adversaire de\n chercher à faire dévier le débat, et d'essayer de me susciter une discussion\navec un tiers, que de refuser d'expliquer ma pensée. Il est vieux de dix\nans mon débat avec M. De Waele, et je n'ai pas l'intention de le reprendre\nici : ce que j'en dis est donc purement théorique :\n    Avant tout travail, j'aurais voulu provoquer les études les plus approfon-\ndies de la part des archéologues, l'occasion étant inespérée, d'une étude de\nce genre faite sur les restes d'une forteresse du haut moyen âge, en notre\npays, et j'aurais retardé les travaux jusqu'à ce que tous les problèmes, et ils\nétaient nombreux, eussent été élucidés. C'était peut-être l'affaire de cinquante\n ans, et il est peu probable, qu'architecte, j'eusse eu à intervenir autrement.\nJ'aurais considéré le château comme une rare « pièce de fouille » et j'aurais\nhésité à la convertir en une « pièce de panoplie » — les collectionneurs com-\nprendront ma pensée.\n    Je n'aurais jamais commencé la reconstruction de l'enceinte sans même\nsavoir si celle-ci était construite sur berme ou sur le fond du fossé, sans con-\nnaître les niveaux anciens de la Lieve et des terrains environnants. Je me\nserais, en tout cas, préoccupé de trouver dès le début un appareil conforme\nau type ancien, et je n'aurais pas accepté les pierres taillées à la carrière et\nfournies à pied d'oeuvre par les Ponts et chaussées. J'aurais respecté les frag-\nments anciens qui pouvaient soulever des controverses, puisque c'étaient des\ntémoins précieux : les merlons à talus qui ont existé sur le couronnement\ndes tours et courtines, certaines formes de niches ou de fenêtres formées\nde deux pierres jointes au sommet à angle aigu; la forme intérieure des\nmeurtrières, agrandie pour permettre le tir de l'arc, etc.\n    J'aurais aussi fait rechercher soigneusement l'emplacement de l'entrée du\ndonjon — qui ne peut être en face ou dans les environs du châtelet d'entrée,\nmais fort en arrière, et obligeant l'assaillant à défiler sous les murs\ndu donjon.\n    Les travaux entrepris ne pouvaient que compromettre ces recherches et\nabolir des documents précieux.\n"}, {"page_pdf": 732, "page_imprimee": 623, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "           DE LA RESTAURATION DES MONUMENTS ANCIENS                        623\n\n\n    Je n'aurais surtout pas eu la prétention de reconstituer la forteresse de\n Thierry d'Alsace, en en rebâtissant même très exactement les murailles, car\n les défenses accessoires devaient en être constituées par des boiseries qui\n ont disparu sans laisser de traces, et je ne serais certes pas allé chercher à\n l'étranger le type de ce château, ou les éléments de sa défense, puisque\n chaque contrée construisait différemment à une même époque, et que les pro-\n blèmes concernant les « trucs » de la défense sont restés obscurs pour nous.\n     Je le répète encore, je ne veux pas recommencer ici une vieille querelle,\n surtout que M. De Waele s'est montré depuis circonspect et scrupuleux, en\n dépit du désir dont on était hanté à Gand, de posséder au plus tôt le décor d'un\n château historique — ce dont je ne me serais guère soucié.\n    Dire, comme le fait M. Verhaegen, que le château n'a pas été réédifié, alors\n que nous avons vu en quel état il est sorti de la gangue où il était enserré,\n manque d'exactitude. Que l'on prenne la peine d'examiner le donjon dans\n l'état actuel, et qu'on le compare avec le donjon tel qu'il sera restitué dans\n quelques années. Cela évitera un débat sans issue. Si ces ruines étaient\n autrefois dépourvues de pittoresque, ce qui n'est que l'un des côtés de\n la question, c'est qu'on y a ajouté quelque chose depuis! Singulière manière\n de traiter un « monument mort » que de lui donner « une vie nouvelle » et\n artificielle !\n    Pour ce qui est des « monuments vivants », je persiste à croire que les tra-\n vaux qui viennent les compléter et qui comportent « les ouvrages nécessaires\n pour les approprier à leur emploi actuel, avec ses développements normaux »,\n doivent fatalement les défigurer en transformant leur proportion, et qu'ils\nseront essentiellement antiartistiques. C'est, pour un architecte, manquer à\n un monument de ce respect dont M. Cloquet est si imprégné, que de se prêter\n à l'exécution de tels travaux. Ne serait-il pas plus logique de se conformer au\nsystème suivi autrefois (peut-être parce' qu'alors l'on aurait dédaigné de con-\nstruire en un style ancien) et de ne rien changer aux proportions et à l'har-\nmonie voulue par le constructeur primitif? Ne vaut-il pas mieux construire à\ncôté dans un style différent — qui, logiquement, devrait pouvoir être celui de\nnotre époque, si nos architectes avaient su perpétuer la vie de leur art par\nson développement logique, — mais qui, en tout cas, peut être tel que les\nlignes d'ensemble puissent former un décor heureux avec le monument\nancien, et au besoin le mettre en valeur?\n    M. Cloquet le dit lui-même, du reste, un peu plus loin, lorsqu'il parle\nd'Arras et de Gand, et aussi d'églises anciennes devenues trop petites pour\nles besoins du culte. A son avis, il serait souvent possible de dédoubler la\nparoisse. L'a-t-on jamais fait? A-t-on seulement admis le binage pour les\néglises pauvres? Non, l'on a toujours trouvé un architecte, avec des plans\ntout préparés, qui a jeté bas l'église ancienne, caractéristique d'un endroit,\nd'une contrée, pour édifier quelque abominable, prétentieuse et banale église\nsans âge, quoique gothique. Il me semble que ces villages-là se sont rendus\ncoupables d'un manque de piété filiale et que le respect était dû à la pauvre\nchapelle qui, durant des siècles, a protégé la communauté, a résumé toute\nsa vie sociale et familiale.\n"}, {"page_pdf": 733, "page_imprimee": 624, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3407, "texte": "  624                               DURENDAL\n\n\n       Si le plan ancien existe encore, une restauration peut n'être qu'un demi-\n    mal, mais en combien de circonstances existe-t-il ce plan? L'ajoute moderne\n   ne peut avoir de valeur documentaire d'aucune sorte, si le travail même de\n   l'ouvrier d'aujourd'hui ne vient enlever déjà à la physionomie de l'édifice, au\n   lieu d'y ajouter. Je ne comprends pas que l'on puisse parler de page d'histoire\n   ajoutée à celles qui portent l'empreinte des siècles passés, alors que nous\n   n'avons pas de style propre à notre temps.\n       Je laisse pour compte à M. Verhaegen cette plaisanterie que je préconise\n   peut-être une sacristie en modem style à ajouter à Saint-Nicolas de Gand.\n   J'aurais préféré éviter un dégagement inutile.\n      J'ai dit précédemment ma pensée, pour ce qui est de l'unité de style. En\n  ceci encore, les intéressés trouveront dans les propres théories de M. Cloquet\n  le moyen de justifier leurs déprédations. Il laisse toute latitude à l'architecte,\n  en disant que c'est surtout affaire de tact, de bon sens et de sentiment artis-\n  tique, alors qu'il vient de déplorer tant de fautes commises. Je n'entrevois\n  donc pas l'utilité de son travail, mais j'en aperçois fort bien les dangers.\n      Est-ce parce que nous sommes à une époque de décadence architecturale,\n  sans style propre, sans foi et sans confiance dans cet art, dans un complet\n  désarroi d'idées, que nous pouvons espérer refaire ce que d'autres ont fait en\n  des conditions totalement différentes? « Nos architectes modernes ne réussis-\n  sent que lorsqu'ils s'inspirent des œuvres de leurs prédécesseurs et s'appro-\n  prient leur manière... ils sont incapables de produire autre chose. »\n      Voilà donc des hommes qui devraient être des artistes, les plus grands des\n  artistes, et qui deviennent de simples hommes de science froide, appliquant\n  des formules. Leur mission, avoue M. Verhaegen, est peu glorieuse, mais elle\n  n'a rien de déshonorant !\n     C'est plaider les circonstances atténuantes, c'est presque les avouer cou-\n  pables : je n'ai jamais été plus sévère.\n     L'architecte moderne, en dépit de cette infériorité, se croira toujours un\n  virtuose et un artiste impeccable : cette confiance en ses moyens, en fait, à\n nos yeux, un être dangereux lorsqu'il touche aux œuvres du passé. Il ne faut\n donc plus abandonner nos monuments à ses fantaisies. Il ne peut être que\n l'exécutant pour des travaux indispensables, non l'esprit directeur de ces tra-\n vaux. Le partage des attributions n'est-il pas admis dans toutes les branches\n de l'activité humaine ?\n     L'ouvrier moderne, comme l'architecte, apporte à son ouvrage une tech-\n nique inconsciemment marquée d'un autre esprit que celui qui animait\n l'ouvrier et le constructeur anciens, en dépit d'un apprentissage spécial, et son\n attouchement est dès lors une tare qu'il faut éviter au monument dans la\n mesure du possible.\n    Je n'admets pas le triste rôle auquel se résigne l'architecte actuel, au dire\n de M. Verhaegen, et je souhaite plutôt de le voir créer à son tour, et faire\nœuvre d'artiste.\n     Il est peu probable, à voir l'orientation de l'esprit moderne, que l'histoire\nconserve un souvenir reconnaissant à ceux qui, dans leurs travaux « auront\nessayé de se conformer à la pensée génératrice d'une œuvre d'art », pour en\nfaire les odieux retapages que nous connaissons.\n"}, {"page_pdf": 734, "page_imprimee": 625, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "            DE LA RESTAURATION DES MONUMENTS ANCIENS                         625\n\n\n    Dire que j'attaque personnellement M. Cloquet est une inexactitude. Je\n déplore l'esprit corporatif qui lui fait défendre « l'école restauratrice», mais\n je ne l'ai jamais accusé d'avoir recherché un bénéfice personnel quelconque.\n La poursuite d'intérêts d'ordre artistique ne peut être reprochée personnelle-\n ment à un homme convaincu, et M. Cloquet a essentiellement l'ardeur tra-\n vailleuse de l'architecte né. C'est cette ardeur que je considère comme dan-\n gereuse, et que j'ai combattue au point de vue théorique. Son admiration\n pour le passé ne va pas sans la pensée de le continuer selon la formule qui lui\n est chère. Sa confiance en cette formule ne lui permet pas de voir ce qu'il y a\n d'illogique à s'abstraire de son temps, ni l'impossibilité de refaire ce passé.\n L'art pour lui est devenu immuable, alors qu'en réalité il n'est que vie,\npensée et transformisme.\n    A l'œuvre on juge l'ouvrier : pour nous, la confiance de M. Cloquet en la\nscience contemporaine est mal placée.\n   Admirons et respectons ce passé de notre race et ne risquons pas de défi-\ngurer ses œuvres en les imprégnant de notre âme actuelle. C'est le fond de ma\nthèse.\n\n                                                                    L. ABRY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-011", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 626, "page_fin": 626, "titre_corps": "Pages d’Évangile : La Vierge à la fontaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edm. 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A travers le feuillage pliant,\nLe soleil empourpré dont le ciel se coloré\nCaresse les cheveux de Jésus et les dore.\nUn ruisseau près de là s'égare en     gazouillant.\n\nUne Vierge survient lentement : c'est la Mère.\nElle aussi, le couchant, l'auréole et l'éclairé;\nElle va se pencher au bord de l'eau sans bruit.\n\nEt tandis qu'à genoux elle lave des langes,\nL'homme regarde à l'horizon venir la nuit...\nAutour de ce tableau brillent des têtes d'anges.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-012", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 626, "page_fin": 627, "titre_corps": "Pages d’Évangile : Au Sanhédrin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edm. 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Il blasphème\n » Jéhovah, se disant fils de Dieu, Dieu lui-même :\n » Nous devons condamner à mort ce criminel. »\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-013", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 627, "page_fin": 627, "titre_corps": "Pages d’Évangile : IXe Station", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edm. Henvaux", "ancre_debut": "IXe Station", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 736, "page_imprimee": 627, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "IXe Station\nMarie, ayant appris qu'il passerait  par-là,\nEt Magdeleine et Jean, dont l'âme était fervente,\nAttendaient dans la foule implacable et mouvante :\nLe cortège, sous les clameurs, se déroula.\n\nAutour d'elle, on criait : « Le voilà ! le voilà! »\nMarie avait les yeux grandis par [épouvante :\nSanglant, pâle, courbé sous une croix pesante,\nC'était Lui. Devant eux, sa marche       chancela.\n\nPuis jetant un regard tendre sur ceux qu'il aime,\nIl repartit, un peu plus tremblant et plus blême,\nL'épaule fléchissant un peu plus sous le poids...\n\nLa mère alors, les bras tendus, pleure et s'élance ;\nMais un soldat brutal la pousse de sa lance...\nEt Jésus-Christ tomba pour la troisième fois.\n\n                                                E D M . HENVAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-014", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 628, "page_fin": 634, "titre_corps": "I Fioretti : Doctrines et dits notables de frère Égide (chapitres XII à XVIII)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "I FIORETTI (Fin)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 737, "page_imprimee": 628, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "I FIORETTI\n                                        (Fin)\n\n\n\n\n DOCTRINES ET DITS NOTABLES DE FRERE EGIDE\n\n\n        XII. —CHAPITRE DE LA SAINTE PRUDENCE SPIRITUELLE\n\n\n\n\nO\n                toi, serviteur du Roi céleste, qui veux apprendre les mystères\n                de la prudence utile et vertueuse de la sainte doctrine spirituelle,\n                ouvre bien les oreilles de l'intelligence de ton âme et reçois avec\n                désir cordial, et conserve soigneusement dans ta mémoire, le\n précieux trésor de ces doctrines, avis et conseils spirituels que je te donne.\n Et par lui tu seras illuminé et dirigé dans ton voyage, c'est-à-dire la vie\n spirituelle, et tu seras défendu des malicieux et subtils assauts de tes\n ennemis matériels et immatériels, et tu iras avec une humble audace, navi-\n gant en sûreté sur la mer tempétueuse de cette vie présente, jusqu'à\n ce que tu parviennes au port désiré du salut. Donc, mon frère, comprends\n bien et note ce que je te dis : Si tu veux bien voir, arrache-toi les yeux,\n et sois aveugle. Et si tu veux bien entendre, deviens sourd. Et si tu\n veux bien parler, deviens muet. Et si tu veux bien cheminer, reste tranquille\n et chemine en esprit. Si tu veux bien travailler, coupe-toi les mains et tra-\nvaille avec le cœur. Et si tu veux bien aimer, aie-toi en haine à toi-même. Et\nsi tu veux bien vivre, mortifie-toi toi-même. Si tu veux bien gagner et vivre,\nperds et sois pauvre. Et si tu veux bien te réjouir et être en repos, afflige-toi\ntoi-même et reste toujours dans la douleur. Et si tu veux bien rester en sécu-\nrité, reste toujours dans la crainte et aie-toi toi-même en défiance. Si tu veux\nêtre exalté et avoir grand honneur, humilie-toi et te méprise toi-même. Si tu\nveux être tenu en grand respect, méprise-toi toi-même et fais révérenceà ceux\nqui te dédaignent et te méprisent. Si tu veux avoir toujours le bien, supporte\ntoujours le mal. Si tu veux être béni, désire que tout le monde te maudisse et\nparle mal de toi. Et si tu veux avoir vraie quiétude, et éternelle, fatigue-toi et\nafflige-toi, et désire toute affliction temporelle. O quelle grande sagesse est de\nsavoir faire et opérer ces choses ! Mais parce que ce sont des choses très\ngrandes et très hautes, elles sont concédées par Dieu à peu de personnes; mais,\n"}, {"page_pdf": 738, "page_imprimee": 629, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "                                      I   FIORETTI                                    629\n\n\n vraiment, à qui étudierait bien toutes les prédites choses et les mettrait en\n pratique, je dis qu'il ne lui serait pas nécessaire d'aller à Bologne ni à P a r i s\n p o u r a p p r e n d r e une autre théologie, parce que, si l'homme vivait mille ans;\n et n'avait à faire aucune chose extérieure, et n'avait à dire a u c u n e chose,' je\n dis qu'il aurait assez à faire en s'exerçant dans son cœur et en travaillant inté-\n rieurement à la perfection, à la direction e t à la glorification de son esprit et\n d e son â m e . L'homme ne devrait vouloir, ni voir, ni entendre, ni parler\n d ' a u c u n e chose, q u ' a u t a n t qu'elle serait utile à son â m e .\n      L ' h o m m e qui ne se connaît pas soi-même n'est pas connu. E t , pour cela,\n malheur à n o u s q u a n d nous recevons les dons et les grâces du Seigneur, etjne\n savons les a p p r é c i e r ; mais davantage, malheur à ceux qui n e les reçoivent,\n ni ne les apprécient, ni ne se préoccupent de les acquérir ou de les posséder.\n     L ' h o m m e est à l'image de Dieu, et il se change comme il veut; mais, lui,\n D i e u , j a m a i s n e se change.\n\n\n           XIII. - CHAPITRE DE LA SCIENCE UTILE ET INUTILE\n\n\n\n\n L\n                 HOMME qui veut savoir beaucoup doit travailler beaucoup, et doit\n                 s'humilier beaucoup, s'abaissant soi-même et inclinant la tête\n                 tellement que son corps touche la terre, et alors le Seigneur l u i\n                 donnera abondante science et sagesse. L a suprême sagesse est de\n faire toujours bien, travaillant vertueusement et se gardant bien d e tout plaisir\n et d e toute occasion de faute et considérant toujours' les jugements de Dieu.-\n    F r è r e Egide dit, u n e fois, à quelqu'un qui voulait aller à l'école pour étudier\n la science : « Mon frère, pourquoi veux-tu aller à l'école? et je te donne à\n savoir que la somme de toute science est de craindre et d'aimer, et ces deux\n choses te suffisent; parce que la sagesse suffit à l'homme, dans la mesure où il\np e u t l'employer, et non davantage. Ne te préoccupe pas b e a u c o u p d'étudiet\np o u r l'utilité d'autrui, mais étudie toujours et préoccupe-toi de ces choses qui\ns o n t utiles à toi-même, car souvent il advient ceci que n o u s voulons acquérir\nb e a u c o u p de science pour aider autrui, et peu pour nous aider nous-mêmes.\n    » E t je dis que la parole de Dieu n'est pas de celui qui la lit, ni de celui qui\nl'écoute, mais est de celui qui la met vraiment en œuvre. Des hommes qui ne\nsavaient pas nager, entrèrent dans l'eau pour aider ceux qui se noyaient, et il\narriva qu'ils se noyèrent avec eux. Si tu ne p r e n d s pas soin du salut de ta\npropre âme, comment prendras-tu soin de celle du prochain? E t si tu ne fais\npas bien tes propres affaires, comment feras-tu bien les affaires des autres? Car\nil n'est pas à croire que tu aimes mieux l'âme d'autrui que la tienne.\n   » L e s prédications de la parole de Dieu doivent être la bannière, la lumière\net le miroir du peuple. Bienheureux cet h o m m e qui guide les autres par là.\nvoie du salut, de façon que lui-même ne cesse pas d'aller par cette voie du\nsalut. Bienheureux cet homme qui incite les autres à courir, de façon que lui-\nm ê m e ne laisse pas de courir. Bienheureux davantage celui qui aide les\nautres à gagner et à s'enrichir, de telle façon que lui-même n e laisse pas de\ns'enrichir.\n"}, {"page_pdf": 739, "page_imprimee": 630, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "  630                                      DURENDAL\n\n\n    » J e dis q u e l e b o n prédicateur s'exhorte et se prêche plus à lui-même, qu'il n e\n fait aux autres. Il me paraît que l'homme qui veut convertir et attirer les âmes\n des p é c h e u r s à la voie de Dieu, doit toujours craindre d'être mâlement per-\n verti par eux et entraîné d a n s la voie des vices et du d é m o n , et de l'enfer. »\n\n\n                 XIV. - CHAPITRE DU BIEN ET DU MAL PARLER\n\n\n\n\n  L\n                  'HOMME qui dit de bonnes paroles, et utiles aux âmes, est vrai-\n                    ment comme la bouche de l'Esprit-Saint ; et l'homme qui dit de\n                    mauvaises paroles, et inutiles, est certainement la b o u c h e du\n                   d é m o n . Q u a n d , parfois, les h o m m e s pieux et spirituels sont assem-\n blés à raisonner ensemble, ils devraient toujours parler de la beauté des vertus,\n afin que les vertus plaisent davantage et que plus de gens se délectent et\n s'exercent en elles, et ainsi leur portent plus g r a n d a m o u r ; et, par cet a m o u r\n et par l'exercice continuel, et par le goût des vertus, ils arriveraient à u n plus\n fervent a m o u r de Dieu et à u n état supérieur d e l'âme, et, p o u r cette raison,\n le Seigneur leur concéderait plus de dons et plus de grâces divines.\n     P l u s l'homme est vicieux, plus il faut lui parler des saintes vertus, car sou-\n vent, pour entendre parler des vices, l'homme tombe par légèreté d a n s les\n œuvres vicieuses. Souvent, par des raisonnements vertueux, l'homme est con-\n duit et disposé aux saintes œuvres des vertus. Mais que dirons-nous du bien\n qui procède des vertus? car il est si grand que nous ne pourrions d i g n e m e n t\nparler de sa g r a n d e excellence, admirable et infinie. E t aussi que d i r o n s - n o u s\nd u mal et de la peine éternelle qui procèdent des vices? Car c'est u n a b î m e si\nprofond qu'il n o u s est incompréhensible et qu'il n o u s est impossible de l'ima-\nginer ou d'en parler. J e n'estime pas qu'il y ait u n e moindre vertu à savoir\nb i e n se taire, qu'à savoir bien parler; et, p o u r cela, il me paraît qu'il faudrait\nq u e l'homme eût le cou long comme la grue, afin que, q u a n d l'homme vou-\ndrait parler, la parole passât par b e a u c o u p de n œ u d s avant d'arriver à la\nb o u c h e ; c'est-à-dire que, q u a n d l'homme voudrait parler, il faudrait qu'il\npensât et repensât, et examinât, et discernât très b i e n et le comment, et le\np o u r q u o i , et le temps et le m o d e , et la condition des a u d i t e u r s , et l'effet,\nl'intention e t le motif de ses paroles.\n\n\n                     XV. - CHAPITRE DE LA PERSÉVÉRANCE\n\n\n\n\nq               UE sert à l'homme de beaucoup jeûner, et prier, et faire l'aumône,\n                 et' de s'affliger lui-même, avec g r a n d e méditation des choses\n                 célestes, s'il ne parvient pas au b i e n h e u r e u x port désiré d u\n                 salut, c'est-à-dire de la b o n n e et ferme persévérance ?\n               Quelquefois, il advient qu'apparaît sur la m e r u n navire très beau et\ngrand, fort et neuf, et plein de richesses, et il arrive que, p a r quelque tempête ou\np a r la faute du timonier, ce navire périt et est s u b m e r g é , et est englouti miséra-\n"}, {"page_pdf": 740, "page_imprimee": 631, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "                                           I FIORETTI                            631\n\n  blement, et il ne parvient pas au port désiré; et à quoi lui sert toute sa beauté\n  et solidité et richesses, après qu'ainsi, misérablement, il s'est ruiné dans l'abîme\n  de la mer? Et, quelquefois, aussi, apparaît sur la mer quelque navire, petit et\n  vieux, et avec peu de marchandise, ayant un bon et prudent pilote; et il tra-\n  verse la tempête, échappe à l'abîme de la mer et parvient au port désiré :\n ainsi en advient-il aux hommes en cette mer tempétueuse du monde.\n     Et, pour cela, frère Egide disait : — « L'homme devrait toujours trembler,\n bien qu'étant en grande prospérité, en haute puissance, en grande dignité, ou\n en grand état de perfection ; s'il n'a un bon pilote, c'est-à-dire une règle pru-\n dente, il se peut misérablement ruiner dans l'abîme des vices. Et, pour cela,\n au bien-faire il faut surtout la persévérance, car, comme dit l'Apôtre : « Celui-\n là aura la couronne, non qui commence seulement, mais qui persévère jusqu'à\n la fin. »\n     « Quand un arbre naît, il n'est pas de suite grand; et dès qu'il est grand, il ne\ndonne pas de suite de fruit ; et quand il donne des fruits, ceux-ci ne parvien-\nnent pas tous à la bouche du maître de l'arbre, parce que beaucoup tombent à\nterre, se pourrissant et se gâtant, ou sont mangés par les animaux; mais, la\nsaison venue, le maître de l'arbre recueille la majeure partie des fruits. »\n    Le frère Egide dit encore : « Que me servirait de goûter pendant cent\nans le royaume du ciel, si, ne persévérant pas, je n'avais pas bonne fin ? » Et\nil dit encore : « J'estime que deux très grandes grâces et dons de Dieu\nsont, à qui les peut acquérir en cette vie, de persévérer avec amour dans le\nservice de Dieu, et de se garder toujours de tomber en péché. »\n\n\n                    XVI. — CHAPITRE DE LA VRAIE RELIGION\n\n\n\n\n F\n            RÈRE Egide disait, parlant de lui-même : « Je préférerais avoir peu\n              de grâces de Dieu, étant religieux dans la religion (i), plutôt que\n              d'avoir beaucoup de grâces de Dieu, étant séculier et vivant dans\n              le siècle ; parce que dans le siècle il y a beaucoup plus de périls et\nd'obstacles, moins de remèdes et moins de secours qu'il n'y en a dans la\nreligion. »\n   Frère Egide dit encore : — « Il me paraît que l'homme pécheur craint\nplus son b'ien, qu'il ne fait de son dommage et de son mal, car il craint d'entrer\nen religion et de faire pénitence, mais il ne craint pas d'offenser Dieu et son\nâme, en restant dans le siècle dur et obstiné et dans la fange dégoûtante de\nses péchés, en attendant son éternelle damnation finale. »\n   Un homme séculier demanda à frère Egide, disant : — « Père, que me\nconseilles-tu que je fasse, ou que j'entre en religion, ou que je reste dans le\nsiècle,faisant des bonnes œuvres? ». Auquel frère Egide répondit : — « Mon\nfrère, il est certain que si quelque homme besogneux savait un grand trésor\nêtre dans le champ commun, il ne demanderait conseil à personne pour\n\n\n  (1) La religion, c'est-à-dire l'ordre.\n"}, {"page_pdf": 741, "page_imprimee": 632, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3294, "texte": " 632                               DURENDAL\n\n\n  s'assurer qu'il serait bon de le déterrer et de le reporter dans sa maison; com-\n  bien plus l'homme devrait s'étudier et s'apprêter, avec soin et efficacité, à\n  déterrer ce trésor céleste qui se trouve dans les saintes religions et congréga-\n  tions spirituelles, sans demander de tels conseils. » Et ce séculier, entendant\n cette réponse, distribua immédiatement ce qu'il possédait aux pauvres et\n ainsi, dépouillé de toute chose, il entra de suite en religion.\n     Frère Egide disait: — a Beaucoup d'hommes entrent en religion et ne\n changent pas, pourtant, en effet et en œuvres, dans ces choses qui appartien-\n nent air parfait état de la sainte religion; et ceux-là sont semblables à ce\n bû'uvier qui revêt les armes de Roland et ne sait combattre ni joûter avec\n elles. Tout homme ne sait pas chevaucher un cheval rétif et malicieux, et si,\"\n pourtant, il le chevauche, peut-être ne saura-t-il s'empêcher de tomber quand ,\n le cheval courra et se cabrera. »\n     Frère Egide dit encore : « Je n'estime pas grand exploit que l'homme\n sache entrer à la cour du roi; et je n'estime pas non plus grand exploit que\nl'homme sache obtenir quelques grâces ou bienfaits du roi ; mais un grand\nexploit, c'est qu'il sache bien rester et habiter, et converser à la co'ur du roi,\ndiscrètement, selon qu'il convient. La cour du grand roi céleste, c'est la sainte\nreligion, dans laquelle ce n'est pas une peine de savoir entrer, pour recevoir\nles dons et grâces de Dieu; mais le grand exploit est que l'homme sache bien\ny yivre, y converser et y persévérer, discrètement, jusqu'à la mort. »\n    Frère Egide dit encore: « Je préférerais être dans l'état séculier, et\nespérer et désirer continuellement, avec dévotion, d'entrer en religion, plutôt\nque d'être vêtu de l'habit dans la sainte religion, persévérant en paresse et en\nnégligence, sans exercice d'oeuvres vertueuses. Et l'homme religieux devrait,\npour cela, s'efforcer toujours de vivre bien et vertueusement, sachant qu'il ne\npeut vivre dans un autre état que dans sa perfection ? »\n    Frère Egide dit, une fois : « Il me paraît que la religion des frères\nmineurs fut vraiment envoyée par Dieu pour l'utilité et grande édification du\npeuple; mais, malheur à nous, frères, si nous ne sommes pas des hommes tels\nque nous devons être. Il est certain qu'il ne se trouverait en cette vie homme\nplus heureux que nous, parce que celui-là est saint qui suit le saint ; et celui-\nlà est vraiment bon qui va par la voie du bon ; et celui-là est riche qui suit les\ntraces du riche; or, la religion des frères mineurs suit, plus qu'aucune autre\nreligion, les exemples et les traces du meilleur, du plus riche et du plus saint\nqui fut et qui sera, jamais, c'est-à-dire de Notre Seigneur Jésus-Christ. »\n\n\n             XVII. - CHAPITRE DE LA SAINTE OBÉISSANCE\n\n\n\n\nP\n          LUS le religieux reste courbé sous le joug de la sainte obéissance,\n           pour l'amour de Dieu, plus il donnera de fruits de lui-même à\n           Dieu. Et plus il sera assujetti à son supérieur, pour l'honneur de\n           Dieu, plus il sera libre et pur de péchés.\n  Le religieux, vrai obéissant, est semblable au cavalier bien armé et bien à\ncheval qui passe et rompt, sûrement et sans crainte, la troupe de ses ennemis,\n"}, {"page_pdf": 742, "page_imprimee": 633, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "                                   I FIORETTI                                  631\n\n\n parce qu'aucun d'eux ne peut l'atteindre. Mais celui qui obéit avec murmure\n et par violence est semblable au cavalier désarmé et mal à cheval, qui,\n entrant dans la bataille, sera jeté par terre par ses ennemis, blessé par eux,\n pris, emprisonné ou tué.\n    Le religieux qui veut vivre selon le caprice de sa propre volonté montre\n qu'il veut édifier habitation perpétuelle dans le profond de l'Enfer. Quand le\n bœuf met la tête sous le joug, alors il travaille bien la terre, de sorte qu'elle\n rende bonne récolte en son temps; mais, quand le bœuf se tourne, vagabon-\n dant, la terre reste inculte et sauvage et, à la saison, elle ne rend aucune\nrécolte. Et ainsi, le religieux qui plie la tête sous le joug de l'obéissance rend\n beaucoup de fruits au Seigneur Dieu, en son temps; mais celui qui n'est pas\n obéissant de bon cœ.ur à son prélat, reste stérile et sauvage, et sans fruits de\nsa profession. Les hommes sages et magnanimes baissent promptement, sans\ncrainte et sans doute, la tête sous le joug de la sainte obéissance ; mais les\nhommes insensés et pusillanimes s'étudient à tirer la tête de dessous le joug de\nl'obéissance sainte ; et après, ils ne veulent obéir à aucune créature.\n   Je répute plus grande perfection au serviteur de Dieu d'obéir simplement\nà son prélat, par respect et amour de Dieu, qu'il ne lui serait d'obéir directe-\nment, à Dieu, si Dieu lui commandait ; car celui qui est obéissant à un\nvicaire de Dieu, il est certain qu'il serait obéissant plus vite encore au\nSeigneur même, s'il lui commandait. Il me paraît encore que, si quelque\nhomme avait promis obéissance à un autre, et qu'il eût la grâce de parler avec\nles anges, et qu'il arrivât, qu'étant à causer avec les anges, celui auquel il\navait promis obéissance l'appelât, je dis que, immédiatement, il devrait laisser\nl'entretien avec les anges et courir, et faire l'obéissance, pour l'amour de Dieu.\nCelui qui a mis la tête sous le joug de l'obéissance sainte et puis veut tirer la\ntête de dessous cette obéissance, pour suivre une vie plus parfaite, je dis qu'il\nn'est pas parfait, d'abord, dans l'obéissance, ce qui est signe d'une grande\nsuperbe, qui gît cachée dans son âme.\n   L'obéissance est la voie pour parvenir à tout bien et à toute vertu ; et la\ndésobéissance est la voie de tout mal et de tout vice.\n\n\n\n             XVIII. — CHAPITRE DU SOUVENIR DE LA MORT\n\n\n\n\nS\n          i l'homme avait toujours devant les yeux de l'esprit le souvenir de sa\n            mort et de son dernier jugement éternel, des peines et des tour-\n            ments des âmes damnées, il est certain que jamais ne lui viendrait\n            désir de pécher ni d'offenser Dieu. Mais, s'il était possible que\nquelque homme ait vécu depuis l'origine du monde jusqu'à présent et, en\ntout ce temps, eût soutenu toutes adversités, tribulations, peines, afflictions\net douleurs ; et qu'il mourût et que son âme allât recevoir cet éternel bien\ncéleste : en quoi lui nuirait tout le mal qu'il aurait soutenu au temps passé?\nEt ainsi, semblablement, si l'homme avait eu tout le temps susdit, tout\nbien, délectations, plaisir et consolation du inonde et puis que, mourant,\n"}, {"page_pdf": 743, "page_imprimee": 634, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1246, "texte": "634                               DURENDAL\n\n\n son âme subit ces peines éternelles de l'Enfer, à quoi lui servirait tout le\n bien qu'il aurait reçu au temps passé?\n    Un homme vagabond dit à frère Egide : — « Je te dis que, volontiers, je\n voudrais vivre longtemps en ce monde, et avoir grandes richesses, et abon-\n dance de toutes choses, et je voudrais être très honoré. » Auquel frère Egide\n dit : — « Mon frère, si tu étais seigneur du monde entier et devais y vivre\n mille ans en toute délectation, délices, plaisirs et consolations temporelles,\n dis-moi quelle récompense ou quel mérite tu attendrais de cette tienne misé-\nrable chair, à laquelle tu voudrais réserver tant de plaisirs? Mais je te dis que\nl'homme qui vit bien selon Dieu, qui se garde d'offenser Dieu, recevra de lui\nle bien suprême, infinie récompense éternelle, et grande abondance, et grande\nrichesse, et grand honneur, et longue vie éternelle, dans cette perpétuelle\ngloire céleste, à laquelle nous conduit Notre Seigneur Jésus-Christ. A la\nlouange de Jésus-Christ et du petit pauvre François. Amen. Deo gratias.\n\n\n\n\nICI FINIT LA DOCTRINE ET LES DITS NOTABLES\n              DU FRÈRE ÉGIDE\n\n\n\n                                        Traduction littérale d'ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-015", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 635, "page_fin": 641, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LA POÉSIE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 744, "page_imprimee": 635, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "LES LIVRES\n\n\n LA POÉSIE :\n L e s E l é v a t i o n s , par JULIEN ROMAN. — (Bruxelles. O. Schepens.)\n    A lire ces poèmes, restes d'une vie qui s'est éteinte, impressions d'un cœur\nqui n e bat plus, et qu'une fidèle amitié, à laquelle il convient de rendre\nh o m m a g e , tint à réunir, je m e sens pénétré de mélancolie. Quel rêve, inter-\nr o m p u froidement, ici-bas, par la mort et continué à jamais par delà le\nt o m b e a u , sanctifie ces p a g e s ! L e s enthousiasmes, les désirs; les désillusions\net les sanglots d'un cœur sont ici, arrêtés dans le frémissement ailé du r y t h m e ,\nsincères, palpitants d'émoi, de tendresse et de souffrance. Ils révèlent u n e âme\naltérée d'amour, de bonté, de vérité, qui battit pour le beau et plus d'une fois\ndut pleurer de n e pouvoir l'exprimer a d é q u a t e m e n t à son rêve ; ils s'efforcent\nencore de t e n d r e vers le vaste ciel de l'idéal leur aile raidie; ils sont l'œuvre\nd'un poète mort à vingt-six ans, en pleine jeunesse, en pleine espérance.\n     Julien R o m a n . Les lecteurs de Durendal doivent se rappeler les poèmes\nq u e signa ce n o m . Quelques-uns de ses vers, d'une pensée élevée et forte,\nd'une forme que le travail eut rendue parfaite, ont certainement attiré jadis\nl'attention. Aujourd'hui, qu'importe la facture u n p e u hésitante, malhabile\nencore de ces strophes? Bien plus, ces imperfections n e les rendent-elles pas\np l u s poignantes, en m o n t r a n t comment la froide mort sait interrompre en\nplein essor des années de travail et d'espérance !\n   J u l i e n R o m a n fut un vrai cœur d e poète, épris de beauté p u r e et saine. Il\neut le culte de son art, qu'il considérait c o m m e u n sacerdoce destiné à guider\nles hommes vers le vrai par le chemin du b e a u . Les vers gravés sur sa tombe\net que je transcris ici, témoignent à la fois de ce noble désir et du talent de\ncelui qui les chanta.\n                Clair déploiement ailé vers le beau ciel natal,\n                L'âme est ressuscité à l'ardente lumière\n                Ayant conquis l'éclat de la splendeur première\n                Par l'accomplissement de son rêve idéal.\n                Elle plane, à l'abri des fantômes du mal\n                Et du joug terrassé de l'obscure matière,\n                Dans sa liberté forte et dans sa gloire entière\n                Avec son entité pour suprême fanal.\n                La durée abolie a détruit la limite,\n                Et tout à coup, parmi la vérité subite,\n                Largement s'est ouvert le portail glorieux.\n"}, {"page_pdf": 745, "page_imprimee": 636, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": " 636                                   DURENDAL\n\n\n                  Sourires, parfums, fleurs ! oh, l'éternelle enfance !\n                  Amour/ L'âme a plongé, de son vol radieux,\n                  Dans l'extase sans fin de la    Toute-Évidence.\n\n   Celui qui parla ainsi ne redoutait pas la mort. Son souvenir restera au cœur\n des jeunes poètes de son temps.\n\n P l a i s i r d ' A m o u r , par THÉODORE MAURER.— (Paris, Edition de la Maison\n   des poètes.)\n    M. Th. Maurer est un poète gracieux et tendre. Il est impossible de lire\n quelques-unes de ses strophes sans être séduit par leur allure souple et\n dégagée,, leur ton franc et de si bon aloi, la légèreté capricieuse de leur\n rythme. Son précédent recueil : les Femmes de Shakspeare, renfermait des\nsonnets d'un art achevé, sûr de soi, comparables presque, — est-il plus bel\n éloge?— aux merveilleux Trophées de J.-M. de Hérédia. Aujourd'hui, il nous\noffre une brassée de fleurs légères, frivoles, langoureuses, parées de toutes les\ncouleurs et exhalant tous les aromes du printemps d'amour. Romances,\nchansons, madrigaux, sonnets y voisinent et se passent vivement le thème sur\nlequel ils brodent tour à tour de délicates variations.\n   Parfois le poète touche les grandes cordes de la lyre et fait vibrer sous ses\ndoigts tremblants des notes plus profondes. Les poèmes dédiés à la plus chère\ntressaillent au frisson d'une âme sincèrement émue. Il s'y trouve de ces beaux\nvers qu'on aime à laisser longuement chanter dans sa pensée — de ceux-là\nqui prouvent que dans la poitrine de l'artiste épris des mots bat un cœur\nvibrant.\n\nL a v i e d é s e r t e , par JEAN DE FOVILLE. — (Paris, Plon.)\n   En des parcs aux allées estompées de brume, parmi les parterres de fleurs\nmourantes, sous la mélancolie des ciels d'automne, un poète chante ici la\nplainte antique et sans cesse renouvelée de l'espoir, du désir et de l'amour.\nSes strophes lentes, émues, un peu monotones se déroulent comme un cor-\ntège de pleureuses. On y admire de beaux vers, palpitants du frisson de\nl'âme, présentant comme des fleurs les mots adorables qui font rêver. Mal-\nheureusement tout cela est encore trop flou, d'une vision imprécise qui fatigue\nà la longue. Le rythme, manquant de netteté, n'étreint pas assez fortement\nla pensée. Mais M. de Foville est un poète, il acquerra les qualités de facture\nqui jusqu'à présent lui font défaut. Je ne serais guère étonné de trouver, d'ici\npeu, son nom sous d'excellents poèmes.\n\nL ' E p o p é e F l a m a n d e , 1 3 0 2 , par EMILE DESPRECHINS. — (Ypres,\n  Callewaert, de Meulenaere.)\n   De fortes strophes héroïques magnifiant avec emphase et solennité les héros\ndes Eperons d'or. Je leur reproche un ton par trop exaspéré et de nombreuses\ndéfaillances. Certes, cela vaut mieux que les cantates officielles, tout en étant\nassez loin de la perfection.\n                                                                     C H . DE S.\n"}, {"page_pdf": 746, "page_imprimee": 637, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3159, "texte": "                                    LES LIVRES                                637\n\n L'ART :\n      O n z e K u n s t . — M. H . de Marez continue dans le numéro de\n  septembre sa belle étude sur l'exposition des Primitifs flamands de Bruges.\n   Cette fois il traite surtout de Memlinc et de Geeraard David.\n      n Cette exposition est bien », dit-il, « la glorification de Memlinc; la plus\n  grande partie de ses œuvres et le maximum de ses chefs-d'œuvre s'y trouvent\n  réunis. »\n      Nous lisons dans le chapitre consacré à Geeraard David : « C'est à James\n   Weale que nous devons la découverte d'un peintre et d'une série de ses pan-\n  neaux authentiques, qui supporte la comparaison avec le grand maître\n  brugeois. Ce peintre s'appelle Geeraard David d'Oudewater. On peut étudier ce\n  maître à l'exposition des Primitifs flamands, dans les plus magnifiques de\n  ses œuvres. »\n     Toute l'étude de M. de Marez est à lire. M. Buschmann l'accompagne de\n  reproductions magnifiques des plus belles œuvres exposées à Bruges. Nous\n  trouvons dans ce numéro, entre autres belles reproductions, celle du maître-\n  tableau de David qui a concentré, je crois, l'admiration des visiteurs de\n  l'exposition, la Vierge avec l'Enfant, entourée d'anges et de vierges, tableau du\n  Musée de Rouen et qui est bien la merveille parmi toutes ces merveilles.\n     Dans l'article suivant, M.1 Ed. Thorn Prikker nous parle de la fabrique de\n  meubles de Zalt-Bommel, en Hollande, connue sous le nom de Onder Sint-\n Maarten (Sous la Tour Saint-Martin). Nous avons rarement lu un article\n aussi intéressant, aussi raisonnable et qui témoignât de tant de jugement\n artistique que le travail de M. Thorn Prikker. Nous en recommandons\n instamment la lecture à tous ceux qui voudraient trouver quelque part de\n vrais meubles artistiques. Ils seront reconnaissants à l'esthète hollandais de\n leur avoir fait connaître la fabrique Onder Sint-Maarten. Tout cet article serait\nà traduire; il dénote une rénovation artistique, du moins en Hollande, que\nles penseurs sérieux ont souhaité en vain depuis longtemps.\n     Dans le troisième article de ce numéro superbe, M. L. Simons s'indigne\ncontre les prétentions des Allemands qui voudraient faire de la Hollande une\nprovince artistique de Gross-Deutschland. M. Simons remercie, — et il a mille\nfois raison ! — pour « l'honneur ». Cet article me plaît énormement.\n    Je constate avec un plaisir croissant que la revue Onze Kunst devient, dans\nnos contrées des Pays-Bas, le labarum de toutes les idées et rénovations\nsaines et réellement artistiques. Dans les nouvelles artistiques, quelques\nparoles émues accompagnent les portraits de deux peintres, un Flamand et\nun Hollandais qui viennent de disparaître du monde, Gust. Van Aise et Taco\nMesdag.\n                                                                          A. C.\n\nE t u d e s e s t h é t i q u e s , par GEORGES LECHALAS. — (Paris, Alcan.)\n   Peu de traités d'esthétique m'ont intéressé autant que celui-ci. Avec une\nréelle compétence et une rare lucidité de pensée et d'expression, l'auteur y,\nétudie quelques-uns des problèmes fondamentaux de l'Art. Après avoir appro-\n"}, {"page_pdf": 747, "page_imprimee": 638, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": " 638                               DURENDAL\n\n\n  fondi la distinction du beau et du laid, il aborde résolument cette redoutable\n question, véritable crux philosophorum, de la définition de l'Art. Il recherche\n ensuite les rapports entre l'Art et la Nature, s'aidant des travaux de Fromentin\n et de Taine et cherchant dans les grands chefs-d'œuvre de la peinture la\n vérification de ses théories. Le chapitre : l'Art et les Mathématiques lui permet\n d'exposer et de discuter la très intéressante et originale théorie des coloris\n d'un prêtre belge, guère connu chez nous, l'abbé de Lescluze. Passant aux\n problèmes de la suggestion dans l'Art et des affinités et associations des divers\n arts, il expose avec beaucoup de clarté ces questions complexes, sur lesquelles\n tant de travaux signés de noms illustres ne sont point parvenus encore à\nrépandre la lumière complète. A propos de l'Art et la Curiosité, il écrit des\npages bien instructives sur la couleur locale au théâtre et en peinture. Enfin,\nil combat vivementl'opinion de Brunetière sur l'Art et la Morale et termine en\nindiquant de façon éloquente la grandeur de la mission de l'artiste qui suit la\nvoie du véritable idéal.\n    Philosophe spiritualiste au sens le plus pur du mot, M. Lechalas aime avec\npassion les grandes choses dont il parle. C'est là le secret du charme exercé\npar son livre, savant sans sécheresse, didactique sans monotonie, sincère et\nconvaincu avant tout.\n\nD u b e a u . — E s s a i sur le s e n t i m e n t de l'art, par LUCIEN BRAY.\n   — (Paris, Alcan.)\n    Cette étude intéressante offre une explication nouvelle et originale du\nsentiment de l'Art. Je lui reproche de vouloir trop souvent justifier, par des\narguments puisés dans l'ordre matériel des choses, une série de phénomènes\nqui, plus que tous les autres, révèlent l'existence de l'Ame indivisible et spiri-\ntuelle. L'impossibilité où la science se trouve acculée, devant l'écart formi-\ndable qui sépare le cri de la brute des sublimes harmonies d'un Wagner\n(l'exemple est fourni et bien mis en relief par l'auteur lui-même) provient de\nce qu'elle ignore ou feint d'ignorer l'esprit, forme suprême et décisive de la\nvie, qui ramène la création à sa source divine en la concevant.\n                                                                    CH. DE S.\n\nP r o m e n a d e m é t h o d i q u e d a n s le M u s é e d'Art m o n u m e n -\n   tal, par HENRY ROUSSEAU, conservateur-adjoint des Musées royaux du\n   Cinquantenaire. — (Victor Chevalier, Court-St-Etienne (Brabant.)\n   Plus de deux cents personnes ont pris part aux conférences-promenades\ndans les Musées royaux du Cinquantenaire, organisées par l'oeuvre de\nl'Extension universitaire de Belgique; nombre d'entre elles ont exprimé le\nregret de ne pouvoir en conserver que des notes trop succinctes, hâtivement\nprises au vol de la causerie.\n   En vue de répondre, au moins en partie, à leurs desiderata, M. Rousseau\nvient de publier la Promenade méthodique dans le Musée d'Art monumental.\n   N'ayant plus à se préoccuper de rester dans les limites de temps fixées ni\nd'éviter les salles trop petites pour contenir lès nombreux auditeurs, l'auteur\na pu donner plus d'extension à ce travail, le rendre quelque peu plus didac-\n"}, {"page_pdf": 748, "page_imprimee": 639, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "                                   LES LIVRES                                639\n\n tique en l'étendant à l'examen comparatif d'un plus grand nombre d'objets\n — sans toutefois dépasser le cadre d'une simple causerie.\n    Les personnes qui désirent compléter leurs notes — ou refaire à l'aise la\n visite de la Section d'art monumental trouveront au vestiaire des Musées la\n Promenade méthodique, avec un plan et deux gravures, au prix de 1 franc, ou,\n en s'adressant à l'éditeur, la recevront franco contre remboursement\n de fr. 1.25.\n                                                                       MOSCA.\n DIVERS :\n San Francesco d'Assisi oriundo dai Moriconi di Lucca,\n     par le R. P . MARCELLINO DA CIVEZZA, 1 vol. in-8°. — (Firenze, Arturo\n     Venturi.)\n     On connaît l'autorité qui s'attache au nom du R. P . Marcellino da Civezza\n  en tout ce qui. touche l'histoire franciscaine. Il appartient, de même que son\n  cher compagnon d'études, le R. P . Teofilo Domenichelli, à l'Ordre de saint\n  François, et l'un et l'autre ils consacrent tout leur fructueux labeur à la glori-\n  fication du Père Séraphique et à l'élucidation méthodique des points obscurs\n  de sa vie.\n     Ils nous ont donné ensemble, on se le rappelle, le texte restauré par leurs\n  soins de la Légende des trois compagnons; aujourd'hui, le R. P . Marcellino étudie\n  la question de l'ascendance paternelle de François et rassemble en un faisceau\n habile toutes les preuves que l'on peut alléguer pour attribuer à la famille du\n  saint une origine lucquoise.\n     Il serait issu de la famille noble des Moriconi qui, appartenant à ce patriciat\n dont les membres, ne considérant point le commerce comme une déchéance,\n allaient, comme le père de saint François, fonder des comptoirs en d'autres\n cités ou même à l'étranger.\n     Pour associer le fidèle collaborateur de ses travaux à ce volume qui ne porte\n que son nom, le R. P . Marcellino donne de longs extraits de la belle et pro-\n fonde étude que le R. P . Teofilo a écrite sur le fondateur de l'ordre mineur.\n     Le volume est complété enfin par un florilège franciscain où, à la suite des\n noms de l'Alighieri, de Jacopone de Todi et de Lopez de Vega, on rencontre\n celui d'un frère mineur, le R. P . Francesco Frediani. A l'exemple de Chavin\n de Malan, le R. P . Marcellino a essayé de dresser une liste des artistes qui ont\nconsacré leur génie à l'illustration de la vie du poverello. Elle est longue, mais\nforcément incomplète, et ne comprend que des artistes italiens et espagnols.\n    Un inventaire analogue pour les écoles du nord mentionnerait, sans aucun\ndoute, les noms des plus illustres de nos peintres. A l'exposition des Primi-\ntifs, à Bruges, il n'y avait pas moins de trois représentations de l'impression des\nstigmates, attribuées à Gérard David, Patenier et Henri Bles. Un très beau\npanneau qui y figurait également : Saint François renonçant au monde reproduit\ncette scène célèbre telle que l'a imaginée Giotto à S. Croce et dans l'église\nsupérieure d'Assise. L'œuvre flamande pleine de grâce et d'émotion est\nassignée à Mabuse, sans autre raison, peut-être, que le séjour de ce peintre en\nItalie. M. Hulin dans une étude publiée par Leven en Kunst veut en reporter\nl'honneur à Jean Provost.\n                                                                           A. G.\n"}, {"page_pdf": 749, "page_imprimee": 640, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3362, "texte": "  640                                DURENDAL\n\n\n\n  L e B o v a r y s m e , par JULES DE GAULTIER (Paris, Mercure de France.)\n      De tous les écrivains qui se plaisent encore à rechercher des solutions aux\n  délicats problèmes de la métaphysique et de la psychologie, il n'en est guère\n  de plus averti que M. Jules de Gaultier. Les deux ouvrages qu'il a publiés :\n  De Kant à Nietzche et le Bovarysme prouvent d'une façon péremptoire la science\n  et l'originalité de son esprit.\n     D.'une étude approfondie des personnages de l'œuvre de Flaubert, et en\n  particulier du caractère de Mme Bovary, l'héroïne d'un de ses plus-incontes-\n tables chefs-d'œuvre, M. de Gaultier a déduit que tous les types créés par le\n grand romancier souffrent d'une même maladie morale, que tous sont atteints\n d'une tare, — à première vue étrange — qui consiste en ce qu'ils ont la faculté\n de s'illusionner sur leur être personnel, de se croire d'autres aptitudes que les\n leurs propres, de s'imaginer différents de ce qu'ils sont en réalité. C'est cette\n faculté que M. de Gaultier a dénommée le Bovarysme.\n     Constaté dans une intuition d'art, et par conséquent conforme à la vérité,\n ce curieux pouvoir de déformation peut être étendu à l'homme en général,\n considéré en tant qu'individu ou collectivité. Ainsi universalisée, la faculté\n de se concevoir autre apparaît comme une maladie de la personnalité humaine.\n Mais ici, les théories particulières à l'auteur interviennent bien à propos pour\n changer le caractère, à première vue pathologique, du bovarysme. Si la vérité,\n comme il entend le prouver, n'est qu'un perpétuel devenir, la faculté de se\n concevoir autre est le mode par quoi ce devenir se manifeste chez l'homme.\n Elle est donc saine, utile, nécessaire.\n    Pour nous, qui croyons en la stabilité éternelle du vrai et la possibilité\npour l'intelligence de découvrir l'être réel des choses, la faculté de se conce-\nvoir autre apparaît sous un jour un tant soit peu différent. Nous y voyons, à\nla fois, l'indice certain de l'insatiabilité de notre désir de connaître et de nous\naffirmer à nous-mêmes, et la preuve que ce désir n'est pas vain et se réalisera\npeut-être un jour. Si tout homme s'illusionne sur sa personnalité, c'est parce\nqu'il la souhaite meilleure qu'elle n'est. Le désir du mieux est dans le sang de\nl'humanité. Il n'y a aucune faute dans le fait de s'y abandonner; seulement, il\nfaut agir avec sagesse, ne pas compromettre des aptitudes propres et invé-\ntérées en cultivant le vain espoir d'un but chimérique.\n    Il y a donc un bon et un mauvais bovarysme. Si nous n'admettons pas\ntoujours l'explication que l'auteur en donne, nous souscrivons entièrement à\nla distinction qu'il établit entre les deux, et nous recommandons vivement\nson livre aux lecteurs curieux d'études philosophiques.\n                                                                   C H . DE S.\n\nLe Journal d ' u n P e s t i f é r é ,par Léon HENNEBICQ. — (Bruxelles,\n   Larcier.)\n  Vous vous souvenez sans doute de la triste aventure du paquebot Sénégal\nqui, au mois de septembre de l'année dernière, devait conduire à Rhodes, et\nde là dans l'île de Chypre, en Syrie, en Palestine et en Egypte, la treizième\nexcursion organisée par la Revue générale des Sciences. Parti de Marseille, le\n14 septembre, le bateau, arrivé en vue des îles Lipari, virait de bord après\n"}, {"page_pdf": 750, "page_imprimee": 641, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "                                    LES LIVRES                                  64I\n\n\n  trois jours de mer, et les passagers stupéfaits apprenaient que la peste était à\n  bord et qu'au lieu des splendeurs de l'Orient, ils allaient goûter les douceurs\n  d'un séjour au lazaret du Frioul. Ils y restèrent, en effet, cloîtrés pendant\n toute une semaine, et ce n'est qu'à la suite de démarches multiples qu'ils\n purent s'évader, le 27 septembre, de leur prison sanitaire. La croisière avait\n pris fin !\n     M. Hennebicq, qui était l'un des seize « pestiférés n belges embarqués à\n bord du Sénégal, a raconté en un petit livre charmant d'intimité et de bon-\n homie les péripéties de ce fâcheux voyage. L'auteur qui aime à surprendre\n le secret des contrées lointaines, nous avait donné l'année dernière, après\n avoir parcouru la Grèce et la Sicile, un gros, volume documenté et plein de\n faits (1); je ne sais si je ne lui préfère pas ce Journal d'un Pestiféré écrit d'une\n plume alerte, spirituelle et sans pose aucune. Pas d'érudition cette fois, mais\n beaucoup de bonne humeur et de sincérité, — sincérité envers les autres,\nsincérité envers soi-même. Sur ses compagnons d'infortune, leurs qualités et\nleurs travers caractéristiques, sur les mille incidents d'une vie en commun\ndans une salle d'hôpital ou sur un pont de navire, M. Hennebicq a écrit des\npages de très fine psychologie ; mais l'existence monotone et cloîtrée du\nlazaret, au pied de la statue de Notre-Dame de la Garde, lui a inspiré des\npensées plus graves, qu'on ne peut lire sans émotion. Et c'est cet accent très\npersonnel qui fait le charme de ce petit livre et qui le différencie des habi-\ntuels journaux de voyage. J'espère que M. Hennebicq ne m'en voudra pas\ntrop d'avoir tant tardé à parler du Journal d'un Pestiféré : ces pages ont plus\nqu'un intérêt d'actualité, on peut les relire et les méditer.\n                                                                            C. G.\n\nHistoire des croyances, superstitions, mœurs, usages et\n   c o u t u m e s , par FERNAND NICOLAIJ, 3 vol. — (Paris, Retaux.)\n   Très documenté, écrit avec science et conviction, cet ouvrage renferme\nune multitude de détails sur les institutions religieuses, morales et judiciaires\nde toutes les époques. Rien n'a échappé à l'investigation de l'auteur, qui\nsait d'un ensemble de faits tirer des lois générales.\n   Les plus intéressants chapitres sont ceux consacrés à rechercher l'idée de\nDieu chez les peuples sauvages et dans les civilisations antiques, et à retracer\nla physionomie des institutions judiciaires. Les pages sur les cérémonies\nmatrimoniales sont pleines de curieux détails, comme aussi celles sur l'évo-\nlution du luxe.\n   Cet ouvrage rendra service aux lecteurs curieux d'études historiques et\nmorales.\n                                                                   CH. DE S.\n\n\n\n\n (I) Voir Durendal, 1901, p. 705.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1902-livraison10-016", "volume": "ELB-AML-484382-1902-000-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1902-000-009_f.pdf", "ocr_sha256": "052b99f2b2016d10fd5b0d65542fb09953c0476a0cf813e8c3a01dde08853aa8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 642, "page_fin": 648, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES La rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 751, "page_imprimee": 642, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "NOTULES\n\n\n       La rédaction de D U R E N DAL dépose un très\n    respectueux souvenir sur la tombe de MARIE-\n    H E N R I E T T E DE B E L G I Q U E , doublement\n    sacrée par la Royauté et par la Douleur.\n      Au milieu de sa vie toute de devoirs et\n    d'épreuves, la seconde R E I N E DES B E L G E S\n    pratiqua le culte des Arts et l'encouragea par une\n    protection aussi éclairée que délicate.\n      Elle suivait avec une vive attention le mouve-\n    ment littéraire belge et notre revue eut depuis\n    plusieurs années l'honneur de la compter parmi\n    ses abonnés.\n\n                                      ***\n    L ' A r t e t l e C l e r g é . — Sous ce titre André Hallays a publié dans le\nJournal des Débats un article qui, hélas ! pourrait s'appliquer à la Belgique\naussi. En voici un extrait :\n   « M. le curé de Saint-Gervais vient de chasser la Compagnie de chanteurs\nqui avaient donné à son église un grand renom artistique. Si c'était simple-\nment la fantaisie d'un ecclésiastique plus ami de Massenet que de Palestrina,\nil serait inutile de s'y arrêter. Mais il suffit d'ouvrir les yeux et les oreilles\npour reconnaître que l'esthétique de M. le curé de Saint-Gervais est en grand\nhonneur dans l'Eglise d'aujourd'hui. Cette mesure inconcevable est donc une\nbonne occasion de signaler à quelle misère le goût détestable du clergé a\nréduit l'art sacré.\n   » Je ne veux pas que l'on m'accuse de trop généraliser. Je sais que, soit\ndans l'épiscopat, soit dans le clergé, soit dans les congrégations, certains\nhommes voient avec une grande tristesse cet abaissement du goût et tâchent\nd'y porter remède; non seulement eux-mêmes sont choqués des choses sans\nnom qu'on leur fait voir ou écouter dans leurs églises, mais ils estiment\n"}, {"page_pdf": 752, "page_imprimee": 643, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "                                   NOTULES                                  643\n\n aussi que tant de vulgarités et de médiocrités dégradent la religion, que l'on\n fait ainsi du culte divin un scandaleux mélange de basse idolâtrie et de\n dégoûtante sensiblerie, et que, peu à peu, on incline les imaginations déli-\n cates à souhaiter des temples nus et silencieux. J'indiquerai les efforts de ces\n catholiques. Mais ils n'ont pour eux ni le nombre, ni l'influence; et pour le\n moment, le plus efficace moyen de les seconder est de dénoncer sans relâche\n l'abominable esprit qui règne autour d'eux.\n     » N'insistons pas sur l'architecture religieuse de notre temps; elle ne peut\n presque rien nous apprendre sur le goût du clergé français.\n     » Pour le connaître, il faut pénétrer dans une église, soit ancienne, soit\n moderne, où le culte est célébré. Ce que nous y rencontrons est significatif,\n déplorablement significatif. Peinture, sculpture, musique, tout y est de\n même ordre et de même valeur et tout y est au-dessous du pire.\n    » Les ecclésiastiques ont deux façons d'exercer leur malfaisance dans\n l'intérieur de l'église. D'ailleurs, le plus souvent ils usent tour à tour des\n deux procédés dont le premier consiste à détruire et le second à « embellir».\n    » Ils ont, pour détruire, des raisons très diverses. Tantôt ils enlèvent de\n l'église un objet d'art afin de le vendre et augmenter les ressources de la\n fabrique. Tantôt ils transforment une partie de l'église pour satisfaire leur\n propre fantaisie archéologique ou le caprice d'un paroissien.\n    » Cela, du reste, n'est point encore la pire et la plus coupable des bar-\n baries. Parfois, on peut trouver un prétexte à ces dégradations : les paroisses\n ne sont pas riches ; les hommes sont ignorants ; et pour se disculper de\n certaines restaurations téméraires, qu'ils ont exécutées dans leurs églises, de\n pauvres curés de campagne pourraient alléguer l'exemple que leur ont\ndonné ailleurs des architectes illustres. Mais l'inexcusable, c'est la statuaire\n et l'imagerie dont le clergé encombre ses églises.\n    » Pour être édifié sur ce chapitre, il suffit de s'arrêter aux devantures des\nboutiques du quartier Saint-Sulpice où sont exposé les types les plus hideux\nde ces sortes de productions. C'est là qu'on voit tous les Sacrés-Cœurs, tous\nles Christ blonds, fadasses, bonasses et bellâtres, offrant à la\" dévotion des\nfidèles l'image d'une pièce anatomique, d'un viscère imité avec le réalisme\nle plus inconvenant; toutes les Vierges aux yeux bleus démesurés, vêtues\nd'azur et éperdues de niaiserie; tous les anges aux visages roses, aux\nregards mouillés; toutes les gesticulations d'extase et de pathétique fami-\nlières aux acteurs d'un théâtre forain, toutes les laideurs du vérisme le plus\ngrossier et toutes les vulgarités du sentimentalisme le plus sot. Et les invrai-\nsemblables statues des saints à la mode! Saint Hubert botté de brodequins\nchamois, avec sa barbe bien taillée et ses moustaches en croc, pareil à un\nténorino d'opéra qui aurait posé pour l'enseigne d'un coiffeur! et, surtout,\nl'inévitable saint Antoine de Padoue, l'air d'un jeune sacristain benêt, qui\npresse des lis sur sa poitrine, tandis que, sur son livre de prière sautille un\nEnfant Jésus, monstre de difformité !\n    » Et n'allez pas dire que ces horreurs vont orner des églises lointaines et\nexotiques! On les retrouve dans toutes les églises de Paris. Elles pénètrent et\ns'installent partout. Quel est le curé qui a eu le courage d'exiler de son\néglise la statue coloriée de saint Antoine de Padoue?\n"}, {"page_pdf": 753, "page_imprimee": 644, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": " 644                               DURENDAL\n\n\n      » Le goût de cette misérable camelote (je n'ai rien dit des chemins de\n   croix néfastes, des orfèvreries de pacotille, des bouquets de fleurs artifi-\n   cielles, des grottes de Lourdes, etc.) et le mépris des œuvres d'art d'autre-\n   fois sont, du reste, les deux symptômes de la même aberration. Il faut\n   détester ceci pour aimer cela. Lorsqu'on sent le prix et la beauté d'un\n   chapiteau du moyen âge, d'une frise ornementale de la Renaissance ou d'une\n   boiserie sculptée du dix-huitième siècle, il est impossible que l'on ne sente\n  pas aussi toute l'infamie des produits de l'industrie moderne. L'essentiel est\n   donc d'éveiller dans le clergé, sinon le goût, du moins le respect des belles\n  choses.\n      » C'est là ce qu'ont très bien compris plusieurs des évêques de France.\n   Mais il faut reconnaître que leur bonne volonté a été mal récompensée.\n      » Quant à la musique que l'on entend dans les églises ainsi dévastées ou\n   « embellies », elle trahit la même passion de la vulgarité, le même dédain\n  des traditions, le même mépris de toutes les convenances,\n      » L'Eglise catholique possède un trésor de musique incomparable. C'est\n  d'abord son chant liturgique, à la fois la plus touchante et la plus expressive\n  des musiques, si l'on consent à l'exécuter dans toute sa pureté, et rien n'est\n  plus facile depuis les grands travaux des moines de Solesmes. C'est ensuite\n l'admirable répertoire des maîtres du seizième siècle. Et personne ne songe à\n  refuser à la musique moderne l'accès du sanctuaire, si, religieuse d'inspira-\n  tion, elle se soumet docilement aux lois de la liturgie, si elle laisse la\n  louange divine aux seules voix humaines et n'introduit pas sous les voûtes\n  du temple le scandale des virtuoses et le tumulte des orchestres.\n     » Or, aujourd'hui, presque partout, le chant grégorien est hurlé, braillé\n  ou bafouillé par des chantres ignorants. Les motets et les messes des Pales-\n trina et des Vittoria sont tenus en suspicion. La musique de théâtre est seule\n en honneur. On entend aux offices des virtuoses et des orchestres. Si\n quelqu'un s'avise de vouloir mettre un terme à ces abus, il est bien vite la\n victime de la coalition que forment contre lui les croque-notes de sacristie,\n les abbés violonistes, les abbés pianistes et les curés qui croient politique\n d'installer dans leur église une succursale de l'Opéra.\n     » La mésaventure des chanteurs de Saint-Gervais démontre combien le\n mal est profond et combien sont puissants les partisans de la messe en cava-\n tine. On a donné de leur expulsion de Saint-Gervais un prétexte qui —\n soyons courtois — manque de sincérité.\n     » La vraie raison, celle que l'on ne peut avouer, c'est qu'à l'art vraiment\nreligieux on préfère qu'il s'agisse de statuaire ou de musique, un je ne sais\nquoi innomable qui flatte à la fois la dévotion et la sensualité. La vraie\nraison, c'est celle qui a poussé le curé de la Trinité à mettre à la porte de\nson église M. Guilmant, le plus noble et le plus illustre des organistes\nfrançais ; c'est celle qui inspire le curé de la Madeleine, quand il exige de son\nmaître de chapelle l'exécution du Rtgina cœli du Père Lambillotte, cantique\nsaugrenu qui ressemble à une chanson de régiment et qu'il adresse ce\nreproche bouffon à son organiste : « Je vous prie de rétablir l'usage tradi-\ntionnel dans l'Eglise de France, qui est de faire le tonnerre et le vent à la\nmesse de la Pentecôte. »\n"}, {"page_pdf": 754, "page_imprimee": 645, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "                                        NOTULES                                        645\n\n   » C'est enfin la m ê m e raison qui décide tant de maîtres de chapelle à\naffubler les textes sacrés de mélodies incongrues, à faire chanter des motets\nsur des thèmes de Lohengrin, l'Hoec dies de P â q u e s sur l'air de la marche des\npèlerins d e Tannhâuser, YAgnus Dei sur un motif de l'Artésienne et à composer\nde pitoyables arrangements symphoniques comme celui que l'on jouait, il y\na trois j o u r s , dans u n e église de P a r i s : la marche funèbre de Chopin pour\norgue, h a r p e et clarinette. »\n\n\n   Extension universitaire pour les femmes à Anvers. —\nP r o g r a m m e des cours de la sixième année 1902-1903 :\n    E T H N O G R A P H I E . — Professeur : le R . P . VAN DEN GHEYN. I. L'anti-\nquité et l'état primitif de l'humanité. — I I . Les langues. — I I I . L'écriture.\n— I V . L a vie matérielle dans les anciennes civilisations. — V. Les religions\nprimitives. — V I . Origines et développements de la vie familiale.\n    L e s mercredis 5, 12, 19, 26 novembre, 3 et 10 décembre 1902, de 3 h. 1/2\nà 4 h . 1/2.\n    S C I E N C E S S O C I A L E S . — Professeur : M. BRANTS, de l'Université de\nL o u v a i n . Tableau des écoles sociales contemporaines : I. E t a t général de la contro-\nverse a u point de vue économique et social. — I I . L'école individualiste de\nla liberté. — I I I . L e socialisme. — IV. L e s historiens. — V. L e s groupes\ncatholiques. — V I . L e s tendances diverses dans les pays germaniques et\nen F r a n c e .\n    Les vendredis 7, 14, 2 1 , 28 novembre, 5 et 12 décembre 1902, de\n3 à 4 heures.\n    M U S I Q U E . — Professeur : M. WALLNER, de Bruxelles. I. Schubert.\n— I I . W e b e r et Mendelssohn.— I I I . S c h u m a n n . — IV. Chopin et Liszt. —\nV. B r a h m s et Robert F r a n z . — V I . Russes, Scandinaves, F r a n ç a i s , Belges.\n   L e s samedis 13 et 20 décembre 1902, 10, 17, 24, 31 janvier 1903, de\n3 heures à 4 h. 1/2.\n   L ' A L L E M A G N E D E P U I S 1870. — Professeur : M. VLIEBERGH. — Ce\ncours se d o n n e en flamand.\n   L e s 8, 15, 22, 29 janvier, 5 et 12 février 1903, de 3 à 4 heures.\n   P H I L O S O P H I E . — Professeur : M. F . DESCHAMPS, de Bruxelles. Le\nmouvement des idées en Angleterre et en France au dix-huitilme siècle. Introduction :\nL e scepticisme érudit, Pierre Bayle. — Angleterre : L a philosophie générale :\nL o c k e . Berckeley. H u m e . — Les controverses religieuses : L e déisme. L a\nreligion naturelle. L a morale naturelle. Les théories politiques. France :\nMontesquieu. Voltaire. L'Encyclopédie. — L e s physiocrates : Rousseau.\nL e s théories sensualistes.\n   L e s lundis 12, 19, 26 janvier, 2, 9 et 16 février 1903, de 3 h. 1/2 à 4 h. 1/2.\n   B O T A N I Q U E . — Professeur : M. BOUILLOT, directeur de l'Ecole de\nVilvorde.\n   Les samedis 7, 14, 2 1 , 28 février, 7, 14 mars 1903, de 3 à 4 heures.\n   L I T T E R A T U R E A N G L A I S E . — Professeur : M. A. W . POWELL,\nM. A . Cambridge. De quelques conséquences de la révolution française en Angleterre :\nNewman — Carlyle — Ruskin. — Ce cours se d o n n e en anglais.\n"}, {"page_pdf": 755, "page_imprimee": 646, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "  646                               DURENDAL\n\n\n    Les jeudis 19, 26 février, 5, 12, 19, 26 mars 1903, de 3 h. 1/2 à 4 h. 1/2.\n    L I T T É R A T U R E FRANÇAISE. — Professeur : M. le chanoine\n LECIGNE, des Facultés catholiques de Lille. Quelques femmes de lettres au\n dix-neuvième siècle : I. Mme de Staël. — II. Mme Swetchine. — III et IV. George\n Sand. — V. La mère d'un poète : Mme de Lamartine. — VI. Mme Séverine.\n    Les lundis 2, 9, 16, 23, 30 mars, 6 avril 1903, de 3 à 4 heures.\n    Les cours se donneront à la salle Anthonis, rue d'Arenberg, 27, où l'on\n prendra les inscriptions les vendredi 24, lundi 27, mercredi 29 octobre, de\n 2 à 4 heures.\n    Les droits sont : 15 francs pour un seul cours; 5o francs pour la totalité\n des cours; 60 francs pour une carte de famille.\n    Les personnes étrangères à la ville seront admises moyennant une carte\n d'entrée de 3 francs par conférence.\n                                        ***\n     A u T h é â t r e d e l a M o n n a i e r a eu lieu, lundi 29 septembre, la\n  reprise de Lohengrin. \" L'œuvre wagnérienne a bénéficié d'une interprétation\n  absolument captivante; dès le prélude, fort bien enlevé par l'orchestre, sous\n  la direction de M. Sylvain Dupuis, à qui une ovation a été faite, on s'était\n  aperçu d'une mise au point tout à fait soignée.\n     » Mlle Friche prêtait sa grâce séduisante et sa jolie voix au rôle d'Eisa. Elle\n  en a fait une réalisation intéressante, plus complète toutefois au point de vue\n vocal qu'au point de vue dramatique. Elle a mis un charme délicieux dans\n toute la première partie du deuxième acte, dans la scène avec Ortrude. Ce\n dernier rôle a été repris par M me Bas,tien, qui y a retrouvé son succès de l'an\n dernier. L'artiste possède merveilleusement la plastique de l'héroïne, et elle\n a joué d'une façon saisissante la grande scène avec Telramund. Lohengrin\n est un des meilleurs rôles de M. Dalmorès; il y est élégant à souhait et le\n compose en artiste. Son organe est bien adapté aux récits un peu aériens et\n séraphiques du Chevalier au cygne; il les a chantés avec une poésie émue et\n impressionante. M. Dangès a confirmé dans Telramund les excellentes\n qualités dont il a déjà donné de multiples preuves ; voix bien timbrée, jeu\n expressif, belle diction; bref, un artiste très adroit, que seconde une pres-\n tance très distinguée. M. Viaud, fort bien dans les appels du Héraut, et\n M. Bourgeois, en possession de ses moyens dans le rôle du roi Henri, com-\nplétaient la distribution. Les applaudissements n'ont manqué ni aux uns ni\naux autres.\n    » Les chœurs ont marché et évolué avec entrain et la mise en scène du\npremier acte a été complètement remaniée.\n    » Il y avait foule comme aux plus beaux soirs du Crépuscule.\n    » Vendredi 3 octobre, on a repris Hânsel et Gretel, débarrassé des lourdeurs\net des trivialités des exécutions antérieures. Sous la direction de Sylvain\nDupuis, l'orchestre, en particulier, a été exquis de légèreté et de\nsouplesse d'un bout à l'autre de cette partition extrêmement difficile et vétil-\nleuse. Les deux protagonistes de l'ouvrage : Haensel-Maubourg et Gretel-\nEyreams, ont, de leur côté, ravi l'auditoire par leur espièglerie, leur grâce\n"}, {"page_pdf": 756, "page_imprimee": 647, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "                                       NOTULES                                      647\n\njeune et a i m a b l e ; ils ont été très bien secondés p a r M m e Bastien et\n M. Dangès, u n couple paternel très réussi, et M l l e Rival, u n e fée Grignotte\nbien à son affaire et terrible à plaisir. Bref, ensemble extrêmement soigné à\ntous les points de vue. Quel joli spectacle q u e ce conte enfantin, naïf, plein\nd ' h u m o u r et tendrement poétique ! Comme il nous repose des banalités de\nl'éternel vaudeville, à quiproquos et à querelles jalouses, dont s'alimente\npresque exclusivement l'opéra-comique ! L e premier acte tout entier et\nl'exquise scène des enfants perdus dans le bois, auxquels apparaissent les\nanges gardiens, restent u n e des choses les plus originales et les plus char-\nmantes qu'ait produites le théâtre moderne.\n     » O n travaille activement à la Fiancée de la mer, qui passera vraisemblable-\nment vers le 15 de ce mois. M. Jan Blockx a présidé vendredi et samedi à la\nlecture de sa partition à l'orchestre, et il a été à cette occasion l'objet d'une\ntrès chaleureuse ovation de tous les exécutants. » (Guide musical.)\n                                           *\n                                          * *\n   L ' E t r a n g e r , de VINCENT D'INDY, sera prochainement représenté à\nBruxelles, a u théâtre de la Monnaie, dans le courant de novembre ou décem-\nbre. U n petit opéra comique, œuvre de jeunesse du même artiste : Attendez-\nmoi sous l'orme, sera joué également à cette occasion.\n                                           *\n                                          * *\n   Le rOI A r t h u r , drame lyrique d u jeune et regretté compositeur\nE R N E S T CHAUSSON, sera exécuté au théâtre de la Monnaie au mois de février.\n                                          ***\n   C h a r l e s B o r d e s , le directeur d e s Chanteurs de Saint-Gervais,   publiera\nprochainement un d r a m e lyrique intitulé : Les Trois Vagues.\n                                          ***\n  Ecole de musique et de déclamation d'Ixelles, 53, rue\nd'Orléans, Directeur-fondateur : H E N R I THIÉBAUT.\n   L a réouverture des cours a u r a lieu le jeudi 16 octobre.\n   L'enseignement comprend : le Solfège (tous les degrés), le Chant\nd'ensemble, le Chant individuel. l'Interprétation vocale, l'Harmonie et la composition,\nl'Histoire de la musique et haute théorie musicale, l'Histoire de la littérature, la\nDiction et la Déclamation, le Piano (tous les degrés), le Piano d'ensemble et la\nlecture à vue à 2, 4, 6 et 8 mains.\n   P o u r les inscriptions et renseignements, s'adresser a u local, à partir du\n21 septembre, le dimanche de 9 à 12 heures et le jeudi de 2 à 4 heures.\n                                           *\n                                          * *\n     M . C h o m é a choisi, cette année, pour sujets de ses conférences-lec-\ntures a u Conservatoire : les œuvres de L a m a r t i n e , de Vigny, Gautier, de\nBanville, Flaubert et Maeterlinck. Ces conférences auront lieu à partir du\n21 octobre, le mardi, à 4 h . 1/4, au Conservatoire. S'adresser pour les\na b o n n e m e n t s , rue de la R é g e n c e , 3 0 a .\n                                          * ••\n"}, {"page_pdf": 757, "page_imprimee": 648, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "648                                       DÜRÉNDAL\n\n\n    S a l o n d e G a n d . — L ' E t a t a acheté a u Salon de Gand : le Portrait de\nfemme, de A. Browrt et le Portrait de ma mire, d e R . Ménard. Q u a n t aux peintres\n belges, elle a acheté le Canal et Lever de lune, d e M. G. B u y s s e ; le Combat de\n chevaux, d e J . D e l v i n ; les Pêcheurs attendant la marée, d e F . W i l l a e r t ; le Por-\n trait de ma mère, d e A . B a s t i e n ; la Vague, d e M. B l i c k ; En Campine; Avril, d e\n P . Mathieu; Nature morte, de J . E n s o r ; Friperie, de D e B r u y c k e r ; le Dindon,\n de A . R o n n e r ; Azalées et violettes, de De B i è v r e . P o u r ce qui concerne la sculpture\n l'Etat a acheté : l'Hommage, d e Ch. Samuel et le Buste de Lequime, de L a g a e .\n    L a ville de G a n d a acheté les admirables Bustes du Roi et de la Reine, d o n t\n nous avons d o n n é u n e r e p r o d u c t i o n d a n s Durendal,              d e notre a m i\n T h . Vinçotte.\n                                               ***\n   L e L a b e u r a ouvert son cinquième salon, samedi 4 octobre, a u Musée\nm o d e r n e . Cette exposition est ouverte j u s q u ' a u 3o octobre. N o u s en r e n d r o n s\ncompte p r o c h a i n e m e n t .\n                                               ***\n  A u C e r c l e a r t i s t i q u e ; Quatrième salon d e l'exposition belge d e\nphotographie. Clôture le 19 octobre.\n\n\n   La bibliothèque française de Téhéran. — Notre collabora-\nteur José Hennebicq nous prie de signaler à nos collaborateurs et en géné-\nral à tous les écrivains belges qui désireraient voir leurs œuvres connues en\nP e r s e , la fondation, à T é h é r a n , d'une bibliothèque française annexée à l'Alliance\npour la propagation de la langue française.\n   On serait reconnaissant aux écrivains qui voudraient bien faire h o m m a g e\nde leurs livres. Prière d e les adresser à M . José H e n n e b i c q , avocat-con-\nseiller d u Ministre des affaires étrangères, à T é h é r a n (Perse).\n\n                                               ***\n   Valère Gille a composé une comédie féerique, ayant p o u r titre : Ce n'était\nqu'un rêve, et qui sera joué a u théâtre du P a r c , le mois prochain. Il publiera\naussi sous p e u u n nouveau volume de vers : La Corbeille d'octobre, qui sera\nédité chez L a m e r t i n (Bruxelles).\n\n                                               ***\n     A c c u s é d e r é c e p t i o n : O p u s c u l e d e critique historique : Fasci-\ncule I I I , 5 . Francisa Legenda veteris fragmenta quœdam edidit et notis illustravit,\nP A U L SABATIER. — Fascicule I V . L e s règles et le g o u v e r n e m e n t d e l'Ordo de\nPœnitentia a u treizième siècle par le R . P . MANDONNET, O . P . , professeur à\nl'Université de F r i b o u r g (Suisse). — A. ERLANDE : Jasmin (Paris, Edition\nde la Renaissance latine). — H . GRÉVILLE : L a Demoiselle d e P u y g a b r o u\n( P a r i s , P l o n ) . — E . PICARD : Jéricho (Bruxelles, L a c o m b l e z ) . — M. BATIL-\nLIAT : Versailles-aux-Fantômes (Paris, Mercure de France). — E . JAC : L e\nBx Grignion de Montfort (Paris, Lecoffre).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 686, "texte": ""}, {"page_pdf": 687, "texte": ""}, {"page_pdf": 688, "texte": ""}, {"page_pdf": 689, "texte": ""}, {"page_pdf": 690, "texte": ""}, {"page_pdf": 691, "texte": "ROGER VAN DER WEYDEN                Pinacothèque de Munich\n\n\n                   L'ANNONCIATION\n"}, {"page_pdf": 692, "texte": "                       VUE   GENERALE   DE BRUGES\n\n\n\n\n            Bruges. -- Les Primitifs\n                           Notes cursives\n\n\n\n\nN\n          OTRE curiosité  de l'histoire, des monuments et des\n            œuvres du passé est faite, moins du souci de nous\n            instruire, d'apprendre les chronologies et la succes-\n            sion des empires ou la technique et la variété des\nécoles, que de notre avidité de tout ce qui est de l'homme...\nC'est l'homme ou, pour mieux dire, nous-mêmes que nous\ncherchons partout — notre âme — son âme ondoyante et\nanxieuse : c'est lui que nous reconnaissons dans les lignes de la\ncharte, l'oraison enluminée du missel, les pages jaunies de\nl'incunable; dans les combinaisons de pierre de l'édifice, dans le\n"}, {"page_pdf": 693, "texte": "586                          DURENDAL\n\n\nfruste bas-relief et dans l'ex-voto colorié : Il a aimé, toujours, et\nsouffert, et prié — mais comment? de quelle âme? Et ses paroles\net ses ouvrages, ce qu'ils disent, et la façon dont ils le disent,\nleur substance et leur forme, tout nous y est poignant et signi-\nficatif.\n   Les mœurs et le langage des peuplades de l'Europe descen-\ndues des hauts plateaux de l'Asie aux jours sans annales des\nmigrations, ont conservé, dit-on, l'empreinte obscure des habi-\ntudes et des impressions de la route, forêts, montagnes ou\nplaines par où les ancêtres atteignirent l'actuel habitacle, de\nleurs descendants. De même, notre pensée est pleine de rêves,\nd'instincts, de préférences, dont les ferments préexistaient en\nnous.\n   Nous ne sommes pas isolés; chacun de nous est un aboutisse-\nment, le rejeton final où la vie de la plante se continue et se\nrafraîchit. Rien n'est en nous qui ne soit de notre sol; rien,\npresque, dont nous soyons plus que légataires. Etudier le passé,\nc'est donc explorer le chemin par où nous nous sommes venus à\nnous-mêmes ; c'est nous interroger, et notre tradition, et l'origine\nde nos idées directrices; c'est tenter d'évoquer la voix lointaine\ndont le murmure, répercuté dans notre cœur, le fait troublé et\nnostalgique...\n   Des expositions telles que celle qui a rassemblé à Bruges une\npartie, infime par la quantité, mais inestimable par la qualité,\nde l'œuvre de nos Primitifs, sont merveilleusement favorables à\nde semblables études. La confrontation de peintures conservées\ndans les musées du pays et de l'étranger ou en des collections\nparticulières et classées ici, de la façon la plus habile et la plus\nsuggestive, sous la direction d'une commission organisatrice\ninspirée par des hommes d'une compétence supérieure, comme\n MM. Wauters, Weale, Verlant et Cardon, sera certainement\nfructueuse en résultats propres à jeter des clartés nouvelles sur\nles points douteux de l'histoire de l'art dans les Pays-Bas. Elle\nservira, en tout cas, de démonstration à ce fait, de plus en plus\névident, que si, au XVe siècle, certaines cités, comme Bruges,\nfurent des centres d'attraction et de rayonnement pour les\nartistes, il n'y eut, à cette époque, dans toute la région qui\ns'étend du Rhin à la mer du Nord, qu'une seule grande tradi-\ntion d'art, une seule école, l'école néerlandaise, dont l'esprit et\n"}, {"page_pdf": 694, "texte": "                      BRUGES. — LES PRIMITIFS                      587\n\n les procédés se retrouvent presque identiques à Bruges, à Gand,\n à Harlem, à Bruxelles, à Cologne; chez des maîtres, pour le\n surplus aussi puissamment originaux que les Van Eyck, Mem-\n ling, Gérard David, Van der Weyden, Thierry Bouts, Schon-\n gauer, etc.\n    Mais nous laisserons à de plus experts que nous l'élucidation\n des questions multiples que soulèvent ces rapprochements. Le\n lecteur ne trouvera point ici un compte rendu méthodique; ces\n pages ne sont que des notes prises au cours de flâneries dans\n les salles de l'exposition ou dans les rues de la capitale de\n la West-Flandre.\n\n\n                                   I\n\n\n\n\nO\n            N a tout dit sur Bruges, sur ses canaux et leurs\n              cygnes; sur ses tours et la paix d'ombre et de silence\n              où ces choses s'embaument. Tout?... Trop, peut-\n              être ! Et la vieille cité célèbre en a pris cette consé-\n cration d'être passée à l'état de poncif.\n   Une ville aussi est une œuvre issue de la collaboration du\ntemps et des hommes, du travail ininterrompu des siècles et\n qui atteint sa perfection, se parachève et s'affine en se couron-\nnant de vétusté et de déclin, comme un paysage réalise sa plus\nhaute splendeur sous les soleils de l'automne.\n   Mais on aborde avec une sorte de défiance les lieux trop illus-\ntres et marqués, en quelque sorte, d'un préjugé stéréotypé de\nbeauté et de caractère : Venise, Naples, Bruges... Et l'on y\npasse, l'âme d'abord engourdie et qui se refuse à l'émotion sur\nle chemin de laquelle on risque de rencontrer les mots des\nautres !... Puis, cependant, l'on songe : « Certes, rien ici n'est\nnouveau, mais moi, peut-être; l'âme que j'apporte devant ces\nchoses, le passé du fond obscur duquel je les contemple?... »\n   Keats ne disait-il pas qu' « une chose de beauté est une joie\npour toujours »? — une joie, c'est-à-dire quelque chose d'éter-\nnellement vivace et jeune, susceptible de créer d'inépuisables\nmotifs d'enthousiasme et d'inspiration.\n  Rodenbach, avec son imagination précieuse et maniérée,\n"}, {"page_pdf": 695, "texte": "588                         DURENDÀL\n\n\néprise de pénombre, de fumées, de clair-obscur et qui semblait\nregarder la vie au travers d'une vitre couverte de buées,\nRodenbach a attaché au nom de Bruges cette épithète : la\nMorte.\n   La mort, pourtant, n'engendre rien et, si proche qu'elle nous\nsoit, et si présente, elle ne nous est même pas un efficace aver-\ntissement de sagesse.\n   A vrai dire, la mort nous paraît hanter plutôt les voies\nfroides et rectilignes, la pompe banale, les foules inexpressives\net vulgaires des capitales que les rues chaudes de rêve et de\ngloire des villes « mortes » de Flandre et d'Italie, si à l'écart\nqu'elles soient des routes usitées des trafics modernes. D'un\ncôté, l'égoïste et frivole multitude, plus nombreuse pour nous\nfaire sentir davantage son indifférence ; le stérile énervement\ndes jours; les logis impersonnels et transitoires, tentes de\nnomades hâtivement dépliées au milieu de l'agitation du cara-\nvansérail populeux. De l'autre, le silence gros de vie intime et\nprofonde; des lieux pénétrés d'âme, où les générations ont\nlaissé leurs traces éblouissantes ; d'immémoriales demeures\ndans lesquelles le passé s'est ajouté au passé pour faire plus\nintense la sensation d'aujourd'hui, et plus pure; plus chatoyant\nle ruissellement de la lumière dans leurs massifs d'arbres\nanciens, et plus éclatantes les fleurs de leurs pelouses... Le mal-\nheur même, ici, doit être moins lourd et tomber avec un bruit\nétouffé au milieu de l'harmonie de ce calme attiédi de siècles\net de beauté... La décrépitude des choses enseigne et radoucit;\n mais le renouveau périodique des verdures qui les parent\n n'est-il pas également un conseil? La vie ni le temps ne s'arrê-\n tent; ils effacent du pied l'épitaphe du tombeau sur lequel, en\n passant, ils laissent tomber des fleurs...\n   Certes, la vie est absente de ces lieux si nous la cherchons\nen des impressions rapides, hachées d'oubli, brûlantes comme\nl'alcool et qui, comme lui, ne font que nous altérer davantage;\nsi nous la poursuivons dans l'éphémère du plaisir et non dans\nle bonheur longuement, patiemment attendu, et cueilli ainsi\nqu'un beau fruit, épargné par le vent et que la pluie et le soleil\nont amené à la transparence de sa maturité...\n   La véritable vie est-elle dans la dissipation ou le recueille-\nment? Et à nous abstraire, parfois, dans le silence, pour la con-\n"}, {"page_pdf": 696, "texte": "                    BRUGES. — LES PRIMITIFS                    589\n\nfrontation avec la pensée peinte, sculptée ou écrite des hommes,\nne nous sera-t-il pas donné de mieux sentir la palpitation de la\nvie en nous, de compatir d'une âme plus attentive et plus claire\nà sa puissante et douloureuse gravité? Ou, sinon, si la vie, pour\nnous, s'abolit en même temps que le bruit du monde, n'est-ce\npas que la mort déjà nous habitait?\n\n\n\n   Le silence est de ce pays-ci, d'ailleurs : c'est la vertu excel-\nlente de la race. L'énergie de celle-ci ne se dilue point dans la\nvanité des discours et, lorsqu'elle parle, ses mots sont brefs et\ndécisifs : ce sont presque des actes. Elle est ombrageuse et,\ncomme l'étendue des plaines qu'elle cultive et les eaux lentes\nde leurs rivières, taciturne.\n   La pensée, de même que la volonté, est une force qu'elle\nlaisse s'accumuler en elle. Longuement elle chemine, occulte et\nméditée, dans ces âmes, avant d'arriver à l'expression, non point\npar lenteur de conception, mais par inclination naturelle au\nscrupule, à l'endurance, à la domination de soi-même.\n   Ce peuple subit longtemps l'oppression, muet, en apparence,\net résigné, dans la tranquillité réfléchie et frémissante de sa\npuissance : il attend que la mesure soit comble et, alors, se\nredresse, inattendu, frappe et détruit tout. C'est un foyer rempli\nd'éléments en sourde combustion, d'où des flammes quelquefois\ns'échappent, et des gerbes d'étincelles, et qui, lentement sur-\nchauffé, jaillit, à la fin, en une soudaine et brisante explosion.\n   Aussi, n'aurait-on qu'une vision superficielle et rhétorique, en\nquelque sorte, de Bruges, en ne l'imaginant, dans son exis-\ntence et dans son art, que sous l'aspect d'une agglomération de\ncloîtres et d'églises, cernée d'eaux stagnantes; dans la posture\nd'une cité qui s'éveille au chant des litanies pour s'en aller en\nprocessions somnolentes, piquées de cierges, puis s'endormir au\nmilieu des fumées, qui s'évaporent dans le soir, de l'encens.\n   Bruges n'a pas été constante que dans la prière ; elle ne s'est\npas élevée seulement par la ferveur de sa foi catholique, la mul-\ntiplicité de ses fondations pieuses, la munificente générosité de\nsa charité et de sa dévotion. Ces caractères, elle les a eus à un\ndegré éminent et les partage, au surplus, avec la plupart des\n"}, {"page_pdf": 697, "texte": "590                                         DURENDAL\n\n\n\ngrandes communes du moyen âge; mais, ce ne sont ni les seuls,\nni même les principaux de ceux qui ont laissé leur marque\ndans ses monuments, dans son histoire et dans l'art qui s'est\népanoui chez elle.\n   Bruges, comme Gand, Florence, Sienne ou Pise, a été un\nadmirable réservoir d'énergie; un des points de l'Europe où\nl'homme, le citoyen, a commencé à prendre conscience de lui-\nmême, à émerger du chaos des servitudes; à délier, avec l'aide\net sous la tutelle de l'Eglise, les mailles dures de la féodalité;\nà conquérir, enfin, et à maintenir l'indépendance du pays,\ncontre l'Empire, en Italie; contre le suzerain français en\nFlandre.\n   A la faveur des confusions d'intérêt et d'ambitions qui divi-\nsèrent, à cette époque, les Flamands, on a discuté sur la nature\nréelle du conflit qui aboutit à la bataille des Eperons d'or; mais,\nen réalité, que les combattants en eussent conscience ou non,\nc'était bien la rivalité d'influence des deux races qui mettait en\nprésence hostile, dans les champs de Courtrai, la piétaille fla-\nmande et la chevalerie française; et l'enjeu, pour l'une, était la\nliberté; pour l'autre, la domination (1).\n   La victoire de l'élément germanique sur les Leliaerts, en\nFlandre, comme sa défaite, avec les Gibelins, en Italie, sont\ndeux actes du même drame; et l'élimination des principes\nétrangers qui dénaturaient ou gênaient le développement orga-\nnique de la race a permis, des deux côtés, à celle-ci d'atteindre\nsa parfaite et magnifique efflorescence.\n\n   (1) « Ceux de Bruges, raconte la Chronique de Saint-Denis, si comme on dit, cuidant\nmourir pour la justice, libéralité et franchise du pays, premièrement confessèrent leurs\npéchés humblement, et dévotement le corps de Notre-Seigneur reçurent, portant avec eux\nquelques reliques de saints, et à glaives, à lances, épées bonnes, haches et goudendoirs,\nserrément et épaissement ordonnés, vinrent au champ à pied. »\n   Qu'il y ait eu lutte de classes, c'est incontestable, mais on ne peut voir là qu'un des\naspects simultanés du conflit dont le résultat final, après dix-sept ans d'efforts vains de\nla France, fut que la Flandre échappa, « pour toujours, à l'absorption française ».\n(PIRENNE : Histoire de Belgique, I, 397.) \" En résumé, dit de son côté un récent histo-\nrien français ( E R N E S T LAVISSE : Histoire de France, t. III, 2, p. 311), le roi de France a\nessayé, à la fin du XIIIe et au commencement du XIVe siècle, de réduire les deux grands\nfiefs qui échappaient encore à son autorité directe : Guienne et Flandre. Il a échoué. » Si\nle caractère social du débat avait été prédominant, s'il s'était agi d'une insurrection du\npeuple contre l'aristocratie et le patriciat, on ne concevrait pas que, pour réaliser leurs\ndesseins de sujétion, les Capétiens se soient appuyés alternativement sur les deux partis\net aient essayé, par exemple, de gagner les « métiers, en les excitant contre les riches ».\n( L A V I S S E , loc. cit.,   p.   308.)\n"}, {"page_pdf": 698, "texte": "                     BRUGES. — LES PRIMITIFS                     591\n\n   La Flandre est venue rapidement à l'apogée de sa prospérité\ndès qu'elle s'est trouvée à l'abri de l'étreinte de la centralisation\nfrançaise qui l'aurait peu à peu assimilée comme les autres\ngrands fiefs, aurait fait subir à ses communes le sort des com-\nmunes françaises, aurait annihilé sa personnalité et étouffé dans\nson germe la noble et fière récolte de force et d'art que l'expan-\nsion orgueilleuse et affranchie de sa nationalité a produite.\n   L'art éclot alors, comme la manifestation suprême de l'indé-\npendance et de la sécurité conquises, car toute civilisation en\neffervescence achève de prendre connaissance d'elle-même, de sa\nsupériorité sur des rivales moins heureuses, dans l'art, qui est la\npreuve en même temps que la glorification du vouloir tenace et\nindomptable dont elle est issue.\n   La, rude maison dont il a si vaillamment défendu l'accès, le\nFlamand, maintenant qu'iï n'est plus menacé, veut l'orner, la\npavoiser, et puisqu'elle est toute sienne, à cette heure, en faire\nune chose grandiose et précieuse, somptueuse et délicate.\n\n\n\n                                 II\n\n\n\n\nL\n         'ART primitif de l'Italie est comme une floraison des\n            décombres dont les semences préservées, enfouies\n            dans les ruines accumulées du monde antique, se\n            sont mises à germer, se sont rouvertes pour reverdir,\nà la tiédeur d'un nouveau printemps.\n   L'art des Pays-Bas, lui, est purement indigène, autochthone;\nc'est une plante surgie du sol sauvage et inculte, et dont les\nmusculeuses racines, les ramures gonflées de sève ont fait passer\ndans les fruits généreux toute la substance de la terre qui les\nnourrit. Il apparaît, vraiment, comme l'expression immédiate,\nsans alliage ni mélange, de l'individualité de ces populations\npuissantes et opiniâtres qui se sont fait la patrie la plus riche\nde l'Europe et, par la richesse, la plus libre. Car leurs fran-\nchises, elles les ont achetées — ou prises, et, une fois acquises,\npersonne n'a plus réussi à les arracher de leurs mains, (1)\n"}, {"page_pdf": 699, "texte": "592                                    DURENDAL\n\n\n   La Flandre ne s'est pas suscité un héraut tel que l'Alighieri\npour commémorer le souvenir magnifique et sanglant de ses\nfastes. On a attribué à la diffusion et à l'usage de la langue\nfrançaise la relative pauvreté de la littérature flamande en des\nsiècles si féconds à tous les autres égards mais, au fond, le génie\nde la race n'est-il pas plastique plutôt que littéraire, pittoresque\nplutôt que verbal? Son âme concentrée, son esprit moins logique\net discursif que contemplatif sont plus accessibles aux sugges-\ntions d'un monument ou d'une œuvre d'art, d'une image con-\ncrète et totale qu'aux analyses et aux abstractions des lettres.\nLa pleine émotion retentira davantage en eux, qui est à la fois\néparse et résumée dans un paysage ou une figure, que si elle se\nprésentait, traduite par des mots, en un récit ou un poème.\n    L'effusion exaltée, la quintessence de sa vitalité et de ses\ncroyances est dans sa peinture ; l'exaltation de sa force et de sa\nliberté dans ses prodigieuses halles, dans les tours massives\nsolidement plantées sur les routes fructueuses de la mer, tout à\nla fois phares, beffrois et clochers, avec leurs feux élevés, sauve-\ngarde du navigateur, et leurs cloches qui sonnaient pour le\n culte ou pour la bataille.\n    Les édifices de Bruges sont non seulement de piété, mais de\n force et de triomphe. Ses églises sont des actions de grâces, mais\n aussi des affirmations de volonté ; et la tour audacieuse de Saint-\n Sauveur, comme la silhouette nerveuse du beffroi, s'érigent\n au-dessus de la ville, ainsi qu'un signe de ralliement et de pro-\n tection pour le paysan dans la campagne; de menace et d'inti-\n midation pour le châtelain trop arrogant derrière ses murailles\n fortifiées...\n\n   Au nord, donc, comme dans le midi, à Bruges comme à Flo-\n\n\n   ( 1 de la page précédente.) Lorsque, en 1385, les Gantois se décidèrent à faire la paix avec\nleur souverain, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, après avoir reçu de celui-ci des lettres\n«moult douces et moult aimables», des négociations eurent lieu à Tournai : « L'ambassade\nflamande, qui comptait cent cinquante personnes, déploya un tel luxe que les Français\nen furent choqués et jaloux. Après treize jours, on était d'accord, sauf sur un point :\nle duc voulait que les députés de Gand lui demandassent merci à genoux; ils s'y\nrefusaient. A leur place, la duchesse de Brabanl et la comtesse de Nevers s'agenouil-\nlèrent, et obtinrent de Philippe, à force de supplications, le pardon de sa bonne ville de\nGand; les députés « ne daignèrent oncques plier les genoux». (LAVISSE, Histoire\nde France, lV., p. 286).\n"}, {"page_pdf": 700, "texte": "                   BRUGES. — LES PRIMITIFS                   593\n\nrence, l'art suit la victoire, naît dans l'épanouissement parfait\nde cette civilisation communale, volontaire et hardie, avide de\nvie librement éployée,et de possessions et de savoir... De toutes\nparts, les industries de\nluxe se développent et\ns'accroissent ; les ou-\nvriers d'art, imagiers,\nenlumineurs, peintres,\ndoreurs, s'enrôlent dans\nces confréries de Saint-\nLuc, dont les statuts,\nà la fois rigoureux et\npaternels, se montrent\nsi admirablement sé-\nvères sur l'aptitude des\nmaîtres, le fini et la\nloyauté du travail.\n   Dans l'instauration\nde leurs corporations,\n— Gand et Tournai\nprécédèrent même Flo-\nrence (1349); Bruges,\nLouvain et, peut-être,\nYpres, Sienne (1355).\nAnvers suivit, en 1382.\n   En Italie, à cette\ndate, Cimabue déjà,\nétait venu, et Giotto,\net Orcagna, et nombre\nd'autres. Le sceptre de\nla p e i n t u r e , que le\nDante décernait à\nGiotto, devenait trop\nlourd pour les mains\ndébiles de ses derniers\n                                            LE BEFFROI DE BRUGES\nsuccesseurs; l'Angelico\net Gentile da Fabriano étaient nés, lorsque, dans le septentrion,\napparurent les précurseurs, les annonciateurs de l'art émerveil-\nlant du lendemain : Hugues Portier, qui travailla à l'abbaye de\nSaint-Bavon, à Gand; Jehan de Bruges, peintre du duc d'Anjou,\n"}, {"page_pdf": 701, "texte": "594                                  DURENDAL\n\n\nfrère du roi Charles V; André Beauneveu, de Valenciennes,\npeintre du duc de Berry ; Jehan de Hasselt, peintre de Louis de\nMaele, comte de Flandre, et de Philippe le Hardi, duc de Bour-\ngogne; Melchior Broederlam, d'Ypres, peintre et varlet de\nchambre de Jean sans Peur, de même que Jean Malouel, qui\nlui succéda dans cette charge; Jacques Cavael, peintre de la\ncommune d'Ypres (1); d'autres encore, dont les noms transmis\npar des documents ne peuvent, pour la plupart, être appliqués\navec quelque certitude sur aucune des œuvres gauches et tou-\nchantes, embryonnaires, que ce temps nous a laissées.\n   Broederlam, qui vivait dans la seconde moitié duXIVesiècle,\net les frères Van Eyck (Hubert, 1366? — 1426 ; Jean — ? —\n1440) sont à peu près contemporains. L'exposition contenait,\nsous le nom du premier, un triptyque quadrilobé, où se trouve\nfigurée la Très Sainte Trinité, entourée des Evangélistes, d'un\nfaire très rudimentaire et qui ne permet guère d'apprécier\nl'habileté de ce peintre. Le musée de Dijon possède de lui un\ntravail authentique, exécuté en 1398 : les volets d'un retable\nsur lesquels il a représenté l'Annonciation et la Visitation, la Pré-\nsentation au Temple et la Fuite en Egypte, et dont M. A.-J. Wau-\nters (2) parle en ces termes : « La composition s'écarte de la\nformule hiératique et devient pittoresque. Certaines têtes révè-\nlent un sentiment délicat du beau; les draperies sont simples\net gracieuses. L'or ne recouvre plus qu'une partie du fond ;\ndéjà, aux arrière-plans, le paysage développe sa perspective,\navec les rochers et les arbres ; enfin, l'étude de la nature se laisse\npressentir... »\n   En somme, il n'y a là que des indices, le pressentiment,\néloigné encore, d'une perfection que l'on suppose devoir\ndemander une longue évolution, un effort persévérant. Que de\ntâtonnements avant que l'outil barbare, qui gauchit dans la\nmain de l'artisan yprois, devienne un véritable instrument d'art?\n\n  (1) Jean Malouel est rattaché par certains critiques à l'école française ou bourgui-\ngnonne. Mais celte école n'est qu'une espèce d'être de raison; une dérivation\nimmédiate de l'école des Pays-Bas. Jean Malouel était Flamand, du reste, ainsi que Jehon-\nnet Clonet, qui vivait auXVesiècle Comme le constate J.-K. Huysmans, dans son récent\nrecueil De Tout, qui contient de précieuses pages sur les artistes flamands, « il faut\narriver auXVIIesiècle pour rencontrer (en France) une peinture qui devienne plus indé-\npendante et ne paraisse pas avoir été prêtée par des voisins ».\n  (2) Histoire de la peinture flamande, p. 32.\n"}, {"page_pdf": 702, "texte": "                           BRUGES. — LES PRIMITIFS                                   595\n\n\n     C e p e n d a n t , à quelques pas plus loin, dans la même salle de\nl'exposition, resplendissait une série éblouissante de Van Eyck :\nd ' H u b e r t , les Trois Maries au sépulcre, une belle page pathé-\nt i q u e , dont la scène est située dans la majesté triste d'une\naurore qui se lève sur un paysage de rochers et sur les remparts\nd'une ville lointaine; de Jean, entre autres, une partie des\nvolets de 1''Adoration de l'Agneau, la Vierge du chanoine Van de\nPaele, le Portrait de la femme du peintre. E t ces chefs-d'œuvre de\nl'art le plus fier, le plus résolu et le plus conscient, ont été\nexécutés entre 1410 et 1439, quelques années à peine après\nl'achèvement du retable de Dijon par Broederlam.\n     J e a n Van Eyck, avec ses œuvres soudaines, d'un art tellement\n consommé qu'il semble avoir d'un coup atteint les limites de sa\n propre perfection, j o u a , . en F l a n d r e , à peu près le rôle de\n Masaccio à Florence : révélateurs, tous deux, génies créateurs,\n mais dont le plus grand, certes, est le maître flamand, car rien,\n dans les balbutiements de ses prédécesseurs, ne permettait\n d'augurer les accents de sa parole savante et profonde (1).\n     J e a n Van Eyck apparaît ainsi qu'un impassible transcripteur\n de réalité; son art est tout objectif; on croirait qu'il envisage\n les choses d'un œil imperturbable, aigu et froid, avec un souci\n presque scientifique d'exactitude littérale. Il n'a rien idéalisé;\n il a pris les modèles de ses personnages sacrés autour de lui et\n il les a représentés avec une fidélité cruelle, avec u n e clair-\n voyance qui finit par communiquer au spectateur on ne sait\n quel enivrement glacial. Mais une pensée vigoureuse et hau-\ntaine plane sur toute son œuvre, et elle donne de la grandeur\net u n e incroyable majesté à tout ce qu'elle touche. Ses Vierges\nsont, en général, laides et sans tendresse, mais où qu'il les\nplace, sur un trône, sous les arceaux d'une cathédrale, dans un\nj a r d i n ou à deux pas d'un donateur agenouillé, dans une\nchambre, ce sont des Reines — et non point de la terre.\n   L a Vierge maternelle, celle de la crèche et celle du Golgotha,\nil faut la chercher chez Van der W e y d e n , chez Memling, Gérard\n\n\n  (1) Nous ne saurions négliger de mentionner, pourtant, que l'école néerlandaise de\nsculpture atteignit son apogée un demi-siècle avant la peinture : c'est dans la seconde\nmoitié du XIVe siècle que ces « tailleurs d'images» robustes et délicats, Claus Sluter et\nson neveu et successeur Claus De Werve, exécutaient, à la Chartreuse de Champmol, les\nmerveilleux travaux dont s'inspira toute la statuaire française du siècle suivant.\n"}, {"page_pdf": 703, "texte": "596                          DURENDAL\n\n\n\nDavid ou les maîtres de Cologne, âmes plus simples, dont la\nsensibilité réchauffe la vision d'extase, de pitié et d'amour.\n   Et vigoureux ou suaves, ces maîtres répondaient également\naux aspirations de leurs concitoyens. Les sentiments contra-\ndictoires s'harmonisent dans les cœurs comme le prodigieux\néclat pur des couleurs dans les œuvres. Dans ces âmes graves,\nla force de croire n'était pas différente de celle de vouloir; leur\nfoi religieuse se mariait à leur énergie civile, parce que le sen-\ntiment de leurs devoirs n'avait pas une autre source que la\nvolonté de leurs droits : Les métiers suivaient en corps les pro-\ncessions, mais, au son de l'alarme, ils hérissaient les remparts\nou la Place des haies épaisses et ardues de leurs piques. .\n   La cité est riche, querelleuse, mercantile, insatiable de\nsuprématie; elle défie ses princes et se déchire elle-même, mais\nelle a les vertus de sa violence — et, si elle se bat bien, elle prie\nmieux... Elle s'appelle Florence — ou Bruges, mais, si trou-\nblants et si sublimes que soient leurs mots d'adoration, l'Ange-\nlico, là-bas, pas plus que Memling ici, n'y parlent un langage\nétranger.\n\n\n\n\n   Cette exposition, on se l'imaginerait comme un cortège de\nfaste et de gloire, on ne sait quel ommegang inouï où défileraient,\nenvironnés et suivis de leurs disciples proches et lointains,\ninconnus et célèbres, les Princes flamands de la couleur : Jean\nVan Eyck, Roger Van der Weyden, Memling et Gérard David ;\net Quentin Metsys, et Bruegel le Vieux... Et autour d'eux, voici,\nfoule illustre, Hugo Van der Goes, Pierre Christus, Thierry\nBouts, Patenir et ses paysages; Jérôme Bosch et ses imagina-\ntions ahurissantes; Mabuse, délicat, maniéré, qui italianise, et\nMostaert, fidèle à la tradition de sa terre. Et encore, Lancelot\nBlondeel et ses froids décors; l'habile Pourbus et le « Raphaël\nflamand », Van Orley. Puis encore, les anonymes, ceux que la\ncritique désigne par le sujet ou l'origine de la principale des\nœuvres sans attribution, où l'on a cru reconnaître la manière\nd'un même artiste; l'auteur, par exemple, de ce superbe Trip-\ntyque d'Oultremont (musée de Bruxelles), d'une tonalité vibrante\net claire, d'un art décis et élégant, et dont certains détails de\n"}, {"page_pdf": 704, "texte": "(Gérard   DAVID)                                                                                        Musée   de   Rouen\n\n\n\n                   LA S A I N T E V I E R G E AVEC L'ENFANT,E N T O U R É ED ' A N G E SET DE VIERGES\n"}, {"page_pdf": 705, "texte": ""}, {"page_pdf": 706, "texte": "                          BRUGES. — LES PRIMITIFS                                597\n\nmise en scène et de physionomies auraient pu faire songer à\nJan Joest, artiste allemand de la fin du XVe siècle, qui peignit\nles nombreuses et remarquables scènes de la vie du Christ d'un\ngrand retable conservé à Kalkar (1).\n\n   Le génie de la couleur, la vision lumineuse et nuancée, tar-\ndifs et comme venus d'ailleurs chez les Italiens (hormis les pri-\nmitifs vénitiens et quelques giottesques milanais), se décèlent\nde très bonne heure chez les Flamands. Les Florentins, et, à\nun moindre degré, les Siennois, ne possèdent pas l'instinct\nessentiellement pictural de leurs émules du Nord; ils saisissent\nsurtout la ligne des choses, leur profil sculptural, le trait décisif\net fin qui délimite leur contour. De sorte que l'on croirait\nsouvent qu'ils enluminent, remplissent de couleur un dessin\npréalable.\n   Cependant, tandis que, au XIVe siècle, les Italiens sont déjà\nsavants dans l'art de situer l'action des scènes qu'ils représen-\ntent en un paysage ou un site de ville, à la vérité très som-\nmaires, les Flamands, pour la plupart, isolent encore leurs\nfigures sacrées dans l'or, au sein d'une atmosphère surnaturelle,\ncomme dans le rayonnement de leur auréole.\n   Après Van Eyck, avec le secret répandu de la peinture à\nl'huile et le magistral et sûr enseignement de l'œuvre de cet\nhomme de génie, qui inaugurait un art en en apportant, pour\nainsi dire, la forme et la substance, les principes organiques et\nles moyens d'expression, une révolution s'opérait. Son exemple\narrachait les ouvriers à leur établi de miniaturiste, à leur étroit\ntravail d'imagiers, pour élargir d'un coup l'horizon de leurs\nambitions, leur ouvrir les yeux sur la nature et sur la vie.\n   Et la nature entre dans l'art, charmante, ingénue, nouvelle.\nCe n'est qu'un décor aux scènes évangéliques, thème unique de\nla peinture; le cadre où elles se meuvent, le fond sur lequel\nelles apparaissent ; mais, il semble, qu'à surgir ainsi plus près,\nau milieu des aspects accoutumés du pays, de plain-pied, en\nquelque sorte, avec les fidèles, dans une espèce de familiarité\nde l'adoration, les figures du Christ et de la Vierge aient laissé\n\n  (1) La maison Kühlen, de M. Gladbach,a publié un album de 21 planches, qui constitue\nune reproduction excellente et complète de tous les panneaux de ce retable.\n"}, {"page_pdf": 707, "texte": " 598                          DURENDAL\n\n\n de leur solennité hiératique, pour se faire infiniment tendres et\n accueillantes.\n    Les perspectives des tableaux se remplissent de détails\n exquis, de petites figures de gens et d'animaux domestiques ou\n sauvages. On aperçoit, par une fenêtre ou dans la convexité\n d'un miroir, des coins de rue; un canal dans l'eau duquel les\n maisons se reflètent; une place avec ses passants, ses marchands.\n Ou encore le paysage s'étend derrière les personnages, échelonne\ndes étages sinueux de montagnes sillonnées de chemins en\nlacis qui descendent vers le pont d'une rivière. Des voyageurs\nchevauchent par là ; une troupe armée ; des paysans ; et tout ce\nmonde s'achemine vers une ville fortifiée qui arbore ses tours\npavoisées d'oriflammes sur un sommet qui rougit dans les\nlueurs premières de l'aube.\n   Jésus, quoiqu'il ait l'air souvent vieillot, est un enfant, et qui\njoue : il s'amuse du chapelet de sa mère qu'elle lui abandonne,\nd'une pomme, d'une fleur. Le groupe divin apparaît au milieu\nd'une prairie semée de pâquerettes et de pissenlits, et dans\nl'herbe de laquelle des scarabées pérégrinent, et des insectes;\nou dans un jardin planté de lis, d'iris, de passiflores; non loin\nd'une fontaine et d'un mur dont la crête supporte quelque\nétrange et multicolore oiseau des îles ou quelque paon qui\nlisse, avec fatuité, son opulent plumage ocellé...\n\n   Le faste des Brugeois, le velours, le brocart, la soie, les plus\nsplendides tapisseries du Levant, étalés à profusion, l'éclat de\nleurs demeures et le riche et fier aspect de leur cité avec l'orgueil\nde ses tours ébahissaient les princes qui y faisaient leur joyeuse\nentrée. Les salles de l'exposition des Primitifs font aussi au\nvisiteur un accueil d'éblouissement, un salut de fête — la fête\némerveillée de la couleur...\n   Toutes ces œuvres sont d'une tenue admirable, d'une exécu-\ntion substantielle et étudiée avec la plus attentive et la plus\nprobe conscience, et l'on y sent comme l'allégresse de l'irrépro-\nchable ouvrier qui, à aucun prix, n'aurait laissé sortir de son ate-\nlier un travail insuffisant ou hâtif. Tellement que dans la tra-\nduction incolore de la photographie, leur beauté reste presque\nentière... Presque! mais la couleur est comme le sang divin qui\nanime ces peintures, les fait entrer en effusion, achève leur\n"}, {"page_pdf": 708, "texte": "                    BRUGES. — LES PRIMITIFS                     599\n\nsignification — car la pensée, l'émotion de l'artiste ont passé\nautant dans la couleur dont il a revêtu ses figures que dans l'ex-\npression qu'il leur a donnée,\n   Voyez les tonalités majestueuses de la couleur de Van Eyck ;\nl'harmonie somptueuse et vibrante des pourpres et des verts\nchez Memling; chez Metsys, la lumineuse caresse des jaunes\naigus et des violets pâles ou veloutés. Il semble que, chez le\npremier, la couleur soit une force ; une extase, chez le second et,\npour le dernier, une joie. Elle parle avec ampleur et gravité\nsous le pinceau de l'un; chante, dans l'enivrement de la suavité,\nsous, celui du second et sur la palette de Metsys, rayonne, trans-\nlucide.\n   Leurs récits toujours recommencés de la Nativité, de la Pas-\nsion; les épisodes d'exultation ou de douleur qu'ils retracent\nsur leurs panneaux, c'est par la couleur surtout que le peintre\nnous fait communier avec ce qu'il y a imprégné de son âme,\nvirile, songeuse ou tendre ; avec ce qu'il y a mis de plus personnel\net de plus intime : l'accent, pour ainsi dire, le timbre de la voix;\nles inanalysables inflexions qui, dans le langage, énoncent plus\nque les mots eux-mêmes...\n\n   Les qualités d'âme du Flamand se dissimulent sous une\nenveloppe un peu froide ; sa sensibilité embarrassée par une\nsorte de pudeur délicate et sa dévotion foncière s'épanchent\nrarement. Le sentiment est trop véhément chez lui pour se satis-\nfaire par l'approximation des paroles et, non plus, les paroles\nne déterminent en lui l'émotion parfaite, complexe et diffuse\nque la sensation seule peut lui communiquer.\n   Et, pour les êtres de cette complexion, il y aura toujours plus\nde rêve et un enchantement plus vif, plus poignant et plus\nprolongé dans l'aspect d'un paysage inattendu ou familier, dans\nune\" image de sainteté ou d'amour que dans les pages, si élo-\nquentes qu'elles soient, d'un livre.\n   Il se contemple et se reconnaît dans ces physionomies\nardentes et graves de donateurs, agenouillés aux volets d'un\ntriptyque, le mari d'un côté, la femme de l'autre, s'offrant en\nvivants ex-voto et associant à leur oblation personnelle tous\nleurs descendants, y compris les défunts marqués d'une croix\nfunéraire. Toute la profondeur sérieuse de ce peuple, la force\n"}, {"page_pdf": 709, "texte": "600                         DURENDAL\n\n\n mâle et équilibrée de sa vie, sa stabilité transparaissent dans\nces figures pleines de vaillance morale et physique.\n   C'est dans le portrait que les inclinations essentielles,\nl'humeur réfléchie du Flamand, son sens de l'intimité, cette\nintuition psychologique qui est faite, moins de vues précises\nque de divination sympathique, de l'accord secret de sentiments\ninexprimables, se décèlent avec le plus d'éclat. L'exposition\nabondait en portraits, au nombre desquels se trouvaient,certes,\nles chefs-d'œuvre du genre : de Jean Van Eyck;le portrait de sa\nfemme ; de Memling, ceux des Portunari et celui de Niccolô\ndi Forzore Spinelli ; la Sibylle Sambetha et le Martin Van\nNieuwenhove, de l'hôpital Saint-Jean ; de la collection Somzée\n(n° 148), une oeuvre d'un maître inconnu, figure de fièvre,\npersonnage protégé par un saint, dans la sombre irradiation\nd'un paysage accidenté et extasié des teintes brûlantes du\ncouchant.\n   Et, surtout, le portrait — attribué à Pierre Christus — d'un\njeune homme revêtu d'un costume aux tons chauds et fastueux,\nlie de vin, brun et rouge ; coiffé d'une toque écarlate et tendant,\ncomme un hommage ou comme un emblème, d'un geste pré-\ncieux de la main droite, entre deux doigts, un œillet rouge.\nMaigre figure patricienne, aux pommettes saillantes, au nez et\naux lèvres minces, à la carnation animée par la générosité du\nsang et dont la silhouette un peu aiguë évoque un profil d'éper-\nvier, d'oiseau de proie. Et toutefois, ce visage de volonté infle-\nxible et tranchante s'embrume d'on ne sait quel brouillard de\nsonge et de nostalgie par la vertu du regard voilé de ses yeux\nfixes dans les eaux troubles desquels semblent se réfléchir de\npensifs fantômes...\n\n   Nous avons essayé, à propos de la couleur, de définir les\ntendances divergentes de la peinture néerlandaise et de la pein-\nture italienne. Cet antagonisme n'est marqué nulle part davan-\ntage que dans leur conception respective du portrait.\n   Les plus célèbres effigies exécutées par les primitifs italiens,\ncelles, notamment, de Piero della Francesca, sont plutôt des\nimages de cérémonie et d'apparat, d'une haute allure et d'un\nart exquis, mais singulièrement superficielles si on les rap-\nproche des interprétations subtiles des maîtres des Pays-Bas.\n"}, {"page_pdf": 710, "texte": "                     BRUGES. — LES PRIMITIFS                      60\n\n\n     On pourrait dire que l'Italien voit plastique; le Flamand,\n  pittoresque : celui-ci est, du reste, préoccupé moins de faire\n  brillant que de faire exact; moins de mettre en relief le galbe\n  de son modèle, la grâce de son torse ou sa désinvolture que\n d'en transférer dans son cadre la vraie et significative physio-\n nomie.\n     Forcément, à ses yeux, la beauté est surtout expressive; et\n les motifs de cette prédilection sont assez apparents : appesantie\n par le climat plus rude, il semble que la matière soit plus maté-\n rielle encore dans nos régions; et la vivacité, le libre essor de\n l'esprit étant en raison inverse des exigences du corps, les sep-\n tentrionaux réalisent rarement cet équilibre où gît, peut-être, le\n secret de la véritable beauté, faite de tranquille énergie,\n d'alacrité, d'intelligence sereine, du concours harmonieux et\n habituel de tous nos organes physiques et de toutes nos facultés\nintellectuelles. Chez eux, généralement, il y a lutte entre les\ndeux éléments, prédominance excessive et, quelquefois, alter-\nnative, de l'un sur l'autre. De là, ces masques convulsés où la\nchair et l'esprit ont gravé leurs conflits; ces visages si étran-\ngement suggestifs et alliciants : laids, disgracieux, souvent,\nmais où le long effort a laissé ses traces, d'une existence souf-\nferte et combattue plutôt que vécue.\n    Placez à côté l'image de l'une de ces sveltes et élégantes créa-\ntures heureuses qui abondent dans les fresques de Gozzoli, de\nBotticelli, de Ghirlandaio ou de Mantegna : — Elle est là devant\nvous, comme une fleur, comme une plante épanouie : elle\nvit et la vie en elle est une beauté accomplie.\n\n    Quoi qu'il en soit des causes de cette supériorité, l'école\n flamande est sans rivale dans ce domaine : aucune autre n'a\narrêté sur l'homme un œil plus insistant et plus perspicace;\naucune n'a été stimulée par un souci plus intense et plus victo-\nrieux de saisir la personnalité du modèle dans son identité com-\nplète, apparente et invisible.\n    Ce don privilégié se dénonce dès l'origine, chez Jehan de\nBruges (1372), en un portrait du roi Charles V, tracé en tête\nd'une Bible ornée de miniatures, offerte à ce monarque. Tous\nles maîtres du XVe siècle l'ont partagé, et, physionomistes hors\nligne, ont laissé de merveilleuses effigies, effrayantes presque\n"}, {"page_pdf": 711, "texte": "602                         DURENDAL\n\n\nde méticuleuse littéralité et où, cependant, ils ont su faire\npasser à la fois l'âme, la palpitation sourde et troublante de\nla vie.\n   Et cette science, dans laquelle les idéalistes tels que Mem-\nling, Van der Weyden et Gérard David excellèrent à l'égal des\ndisciples réalistes de Van Eyck et de Thierry Bouts, elle est si\nfoncière et organique de l'art flamand que la saine tradition ne\ns'en interrompit jamais, même chez les artistes qui, auXVIesiècle,\ncédèrent davantage, comme Frans Floris et Martin DeVos,aux\nprestiges de la seconde Renaissance : dans ces oeuvres de\nréalité, ils recouvrent la spontanéité de leur art, se dépouillent\nde leurs superstitions esthétiques étrangères, reprennent vrai-\nment contact avec le peuple et la terre ataviques de leur\npensée.\n   Les grands maîtres allemands, Dürer et Holbein, en appri-\nrent le secret de leurs prédécesseurs des Pays-Bas et, au siècle\nsuivant, les artistes géniaux d'Anvers le trouvèrent dans leur\nhéritage : Faut-il redire Van Dyck et le prodige, l'indicible\ngrâce nerveuse et fière de ses portraits?...\n\n\n\n\nP\n        EUT-ÊTRE     serait-il convenable de formuler une conclu-\n            sion? Mais quelle péroraison logique donner à des\n            notes dénuées de méthode? Sans doute, aurait-il fallu\n            pouvoir examiner les œuvres de l'œil investigateur et\nsagace du critique qui scrute décompose, analyse et, souriant\navec une modestie insidieuse, dit : « Voici un indubitable\nVander Goes!... Quant à cette autre attribution, elle me paraît\ncontestable et, pour autant qu'il me soit permis d'exprimer une\nopinion... »\n   A nos yeux, du reste incompétents, ces questions n'importaient\nguère. Au milieu des peintures d'auteurs inconnus ou contro-\nversés, il en était quelques-unes, et des principales,authentiques;\npoints de repère fixes, étoiles parmi les nébuleuses : cela suffi-\nsait. Et, dans cette réunion de chefs-d'œuvre, nous avons\ncherché surtout à entendre cette âme multiforme, toujours iden-\ntique et toujours nouvelle, pleine de dissonances tragiques et\nd'harmonies enivrantes; de chocs brisés d'armes et de vibrations\névanouies de cloches — l'âme de la patrie...\n"}, {"page_pdf": 712, "texte": "                           BRUGES. — LES PRIMITIFS                     603\n\n\n       Car c'est elle qui s'attestait en cette exposition ; c'est la patrie\n   qui, devant le visiteur méditatif de ces salles, se dressait tout\n   à coup, ainsi qu'une statue de joie et de clarté; elle, avec\n   l'insistance réfléchie de son regard, le sourire grave de sa vigueur\n  et de sa jeunesse éternelles.\n      Georges Eekhoud affirmait, dernièrement (1), avec l'habituelle\n  excellence cordiale de son verbe, un partial amour pour « ce\n  pays très beau, très bon, très intéressant » qui « à ses prestiges\n  actuels, joint celui d'un de ces passés tragiques et glorieux qui\n  font les véritables patries. »\n      Et c'est vrai. L'artiste qui revient d'avoir hanté l'Italie\n  connait bientôt, cependant, que les nostalgiques visions de\n grâce et de simplicité dont sa mémoire et son cœur sont remplis\n n'ont pas obscurci en lui l'orgueil de son terroir .. « Certes,\n pense-t-il, la beauté, là-bas, est autre, plus ancienne et pétrie\n dans une plus fine argile : et quelles images nous en sont par-\n venues, sans égales qu'aux âges les plus religieux de la Grèce!...\n Mais ne sommes-nous pas venus, nous aussi, et d'ailleurs, et\n plus tard, avec une beauté nouvelle et qui était bien nôtre?\n     « Pas plus que ces peuples nous n'avons fait épargne de notre\n sang; leurs combats, nous les avons aussi combattus; nous avons\n vaincu comme eux et, comme eux, érigé dans notre art l'effigie\ntriomphale de notre race.\n     » Après m'être assis, dans l'allégresse et le tremblant respect\nde l'admiration, à un foyer si noble, pourquoi, en reprenant\nplace au mien, ressentirais-je de l'humiliation ou de l'envie,\npuisqu'il n'est ni moins magnifique, ni illustré de moindres\ntrophées?... »\n\n                                                  ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n(1) Mercure de France, septembre 1902.\n"}, {"page_pdf": 713, "texte": "                     Crainte\n\nEncore un jour de paix à tant d'autres pareil\nbroyé sur l'horizon par la roue du soleil.\nEncore un jour qui déjà clôt sa courte vie\nd'agréable' labeur et d'amour bien remplie.\nQue me réservera demain à mon réveil?\n\nNe me reprochez pas de soulever des plaintes\net d'écarter le rire insouciant et fier.\nVos yeux n'ont-ils pas vu — quelle leçon de crainte ! —\nles longs succès toujours suivis de longs revers.\n\nQuand la première flèche aura troué l'égide\nqui si longtemps m'a recouvert,\ns'envoleront de toutes-parts\ndes essaims vénéneux de dards\nqui ne manqueront pas leur cible.\n\nCar c''est une immuable loi\nque dans ce monde tout se paye\net que les pleurs sont la monnaie\ndont nous achetons notre joie.\n\nHeureux qui n'a pas eu de bonheurs trop durables!\nHeureux qui a reçu tour à tour à sa table\nle sort au front riant, le sort au triste front!\nLa peine dans son cœur ne creuse aucun sillon\nqu'une brise prochaine aussitôt ne referme.\nIl souffre, mais il sait que les larmes se sèchent.\n\nTandis qu'habitué à sa belle fortune\nl'homme, surpris soudain, succombe d'amertume,\net gisant sur le sol où lé vent l'a jétè\nne se relève plus quand l'orage a cessé.\n"}, {"page_pdf": 714, "texte": "                        L'Œuvre\n\nLa route où je m'avance est enduite de sable.\nQui sait si je ferai mieux que de l'effleurer,\nsi j'y pourrai graver une marque durable ?\nQui sait si l'ouragan n'effacera la trace\nque mon pas méritant peut-être aura laissé ?\n\nAngoissant avenir ! ô voyageur lassé,\nque ne te couches-tu dans le creux du fossé!\nComme tu serais bien au lit des fraîches herbes,\nles yeux remplis de ciel et le coeur plein de rêves!\nComme tu serais bien hors du chemin poudreux\noù Von marche escorté de ces pauvres honteux,\ncouple jumeau, inquiétude et doute!\n\nMais, tandis qu'aux deux bords le fossé se déroule\noffrant à ma paresse un repos tentateur,\ntandis que je convoite un sort pire ou meilleur,\ntandis que j'interroge et moi-même et le sable,\ntoujours, droit devant moi, sans m'arrêter, je marche.\n\n                                                   E D . DUCOTÉ.\n(Branches   lourdes.)\n"}, {"page_pdf": 715, "texte": "L'Éducation Superieure des Femmes\n\n                MONSIEUR l'abbé  Félix Klein vient de traduire et\n                 de réunir en une brochure un discours et un\n                 extrait du livre de Mgr Spalding (1), sur l'éduca-\n                 tion de la femme. Tout ce qui touche à cette\n                 question présente un tel intérêt en ce moment\n                 que nous n'hésitons pas à parler de ce petit\n                 volume pour en recommander la lecture au\n                 public intelligent, toujours avide de ces études.\n   Le discours de l'évêque de Péoria a été prononcé lors de la\nfondation du Trinity College, maison destinée aux jeunes filles\nqui veulent participer à l'enseignement de l'Université catho-\nlique de Washington. Il débute par un magnifique tableau des\nprogrès accomplis au XIXe siècle, tant au point de vue scienti-\nfique et mécanique, qu'au point de vue de l'avancement des\nconnaissances théoriques, et des découvertes qui ont révolu-\ntionné presque toutes les lois reconnues jusqu'alors. Il complète\nce paragraphe par l'exposé du progrès en matière d'éducation.\nMgr Spalding parle de l'Amérique à des Américains. Mais nous\npouvons et devons tirer parti de son jugement. Ces ques-\ntions sont et doivent être partout à l'ordre du jour.\n   Après avoir dépeint ce que fut la femme à travers les âges,\ndans la vie sauvage, et dans le paganisme, il nous montre en\nMarie, Mère de Jésus, son type idéal dans le christianisme. De\nce tableau saisissant dans sa brièveté, jaillit cette conclusion :\n   Le grand renoncement, l'acte suprême par lequel on passe du moi super-\nficiel et animal au moi réel dont le domaine est invisible et impérissable, ce\nqui constitue, en somme, l'absolue condition à l'entrée dans le royaume du\nChrist, est plus accessible à la femme qu'à l'homme.\n\n\n (1) Né en 1840, évêque de Péoria depuis 1877.\n"}, {"page_pdf": 716, "texte": "                  L'ÉDUCATION SUPÉRIEURE DES FEMMES                            607\n\n\n    D e ce q u e : l'idéal chrétien est plutôt moral qu'intellectuel et que la\n recherche du bien et la crainte du mal sont le tout de la vie, n o u s s o m m e s\n amenés à comprendre pourquoi le monde chrétien a donné ses\n premières pensées et appliqué le meilleur de son énergie à la\n culture morale. L'éducation chrétienne est basée sur la raison,\nqui est la révélation directe de Dieu dans l'âme de chacun de nous, et q u i\nn'est nullement le privilège du petit nombre. Cette base\nse rencontre chez tous les enfants ; et, dans les écoles primaires\net secondaires, filles et garçons, sont formés avec un égal succès\npar la même éducation et les mêmes méthodes.\n   L'égalité physique de la femme n'est pas discutable, et il\nne semble pas rationnel qu'un être admis à partager la vie d'un\nhomme, à élever ses enfants, à le soutenir dans l'adversité, soit\ncréé avec une infériorité intellectuelle.\n   Mgr Spalding, qui n'admet pas cette infériorité, est d'avis\nq u une bonne culture intellectuelle ne saurait porter ni un homme ni une\nfemme à la grossièreté, à l'impertinence ou à l'effronterie. Rien, au contraire,\nqui soit plus favorable à la vraie distinction... Les relations humaines sont\nsurtout spirituelles; et plus une femme aura reçu une éducation forte,\nmieux elle saura remplir ses devoirs d'épouse et de mère.\n   Il condense ses pensées dans ces quelques lignes qui valent\nd e s v o l u m e s : Pour la créaiure humaine, se développer dans tous les sens\nest le moyen de ressembler à Dieu; il est donc bon que la femme développe\ntoutes ses facultés en harmonie et en plénitude.\n   La femme, en Amérique, a déjà pris position dans le monde\nintellectuel. Il y a plus d'un million de jeunes filles dans les\nécoles catholiques et l'on y cherche à augmenter la valeur de\nl'instruction et à préparer même des universitaires tout en\ninculquant des vertus très féminines, vertus sans lesquelles le plus\nhaut degré de culture intellectuelle ne lui donnerait ni bienveillance, ni\ncharme, la pureté, la modestie, la patience, la pitié, le respect, la douceur,\nl'amabilité, le dévouement. C'est là-dessus qu'il nous faut bâtir si nous vou-\nlons élever l'esprit de la femme jusqu'aux régions célestes de la vérité et de\nla lumière intellectuelles, sans risques pour son cœur, foyer de bonté et\nd'amour.\n  Cette citation nous paraît peindre, en peu de traits, le véri-\ntable féminisme chrétien.\n  Le discours de Mgr Spalding se termine par un exposé des\navantages de l'éducation de la femme. Bien qu'il s'adresse\nparticulièrement à sa patrie, nous pensons bien faire en repro-\nduisant ce passage intéressant :\n  Dans toute société, celui qui est plus bas tente de faire tomber celui qui est\n"}, {"page_pdf": 717, "texte": "608                                   DURENDAL\n\n\nplus haut, car descendre est aisé, monter est difficile. Une femme ignorante\nobscurcira l'esprit de son mari et de ses enfants, tandis qu'une femme intelli-\ngente stimulera vigoureusement leur activité personnelle. Un esprit éclairé\nrépand naturellement la lumière, une âme généreuse engendre l'amour, un\nnoble caractère en crée d'autres à son image. L'éducation américaine, qu'elle\nsoit donnée par l'Etat ou par les diverses sociétés religieuses, est de plus en\nplus entre les mains des femmes; si donc l'on tient au progrès, il faut que\nl'intelligence des femmes reçoive une culture plus complète. A ceux qui en\nsont encore à trouver absurde qu'on réclame pour les femmes l'éducation\nsupérieure, rappelons que, durant des siècles, on a trouvé inutile qu'elles en\nreçussent d'aucune sorte.\n   La seconde partie de la brochure de M. l'abbé F . Klein est\ntirée du livre : Means and ends of éducation (1). Les vues de\nMgr Spalding y sont développées d'après un plan plus général.\nNous signalerons ce qui a rapport à l'éducation de la femme.\n   L'éminent évêque est d'avis que les questions de philosophie,\nde sciences, d'art et de religion étant UNE, ne peuvent être\ndivisées et classifiées d'après le sexe de l'élève. Il ne peut y\navoir une éducation pour l'homme et une autre pour la femme.\n   Le domaine des âmes, des intelligences, des consciences, des cœurs ne\nconnaît pas de sexe. Quelle sera la meilleure éducation pour la femme? Celle\nqui fera d'elle au plus haut degré un être humain complet, sage, aimant et fort.\nQuel travail convient à la femme? Tout travail qui l'aidera à devenir elle-\nmême. Qu'est-ce qui est interdit à la femme? Tout ce qui pourrait la dégrader,\nla diminuer ou l'avilir, mais rien d'autre. Qu'a-t-elle le droit de faire? Tous les\nactes beaux, bons et utiles qui sont dans ses aptitudes et qui ne risquent\npoint de nuire à sa dignité ou de diminuer sa valeur en tant que créature\nhumaine.\n  Voici une page admirable qui témoigne de la profonde et\nintime connaissance que Mgr Spalding a de son sujet :\n   L'homme et la femme ont chacun leurs qualités plutôt que les mêmes qua-\nlités à des degrés différents. La chasteté est la grande vertu de la femme ; la\nsincérité, qui est la plus haute manifestation du courage, est la grande vertu\nde l'homme; toutefois, l'homme et la femme doivent, l'un comme l'autre, être\nchastes et sincères. La douceur et une raison aimable sont ce qui donne le\nplus de charme à la femme, l'homme plaît surtout par la sagesse et par la\nbravoure ; ce qui n'empêche pas que la femme doive être sage et brave.\nL'homme, raisonnable et doux. Les deux sexes ont reçu à peu près les mêmes\ndons de l'intelligence, mais ils sont portés à les appliquer à des objets diffé-\nrents : l'homme préfère la pensée; la femme, le sentiment; lui, arrive à ses\nconclusions par l'analyse et le raisonnement; elle, par l'intuition. Il sait\n\n\n  (1) Les moyens et les fins de l'éducation.\n"}, {"page_pdf": 718, "texte": "                  L'ÉDUCATION SUPÉRIEURE DES FEMMES\n\n\n mieux se maîtriser; elle sait mieux se sacrifier. Il se guide d'après la loi et les\nprincipes; elle, d'après le sens intime et d'après son tact; il demande la jus-\ntice; elle, l'équité. Lui, veut qu'on l'honore pour les richesses qu'il a, pour la\nposition qu'il occupe ; elle se refuse à ce qu'on l'honore pour autre chose\nqu'elle-même. L'homme ne voit dans ce qu'il possède qu'un moyen ; la femme,\nqu'une chose à laquelle elle tient et demeure attachée. Il recherche la puis-\nsance; elle, l'affection. L'idée du devoir, chez lui, vient de la raison; chez\nelle, de la foi et de l'amour. Il aime la science et la philosophie ; elle, la litté-\nrature et l'art. Sa religion, à lui, est un code de lois morales. Sa religion, à\nelle, est faite de foi et d'espérance, d'amour et d'imagination. Elle personnifie\nfacilement les objets, alors qu'il tend à traiter les personnes comme de simples\nchoses. Elle a plus de force que l'homme pour s'effacer, s'oublier toute lors-\nqu'elle aime : qu'elle se marie ou entre en religion, elle perd son nom, ce sym-\nbole de la personnalité, pour bien montrer qu'elle se voue à la race ou à Dieu.\nLes arguments des incrédules agissent moins sur elle que sur l'homme, parce\nqu'elle a un sens religieux plus pur ,une foi moins attaquable; les objections\npassent sur elle comme passent sur un esprit chaste les propos grossiers et\nimpurs, sans presque l'effleurer. Elle prend plus de complaisance en son exté-\nrieur et en son entourage, mais elle a moins d'orgueil et de vanité que\nl'homme. Elle a un plus vif sentiment de la reconnaissance, parce qu'elle aime\ndavantage, et que le cœur rend la mémoire fidèle...\n   Ces extraits nous permettent de saisir la pensée de l'auteur\nlorsqu'il d e m a n d e qu'on intéresse davantage la femme à la vie\nactive, aux affaires, au progrès. T o u s les êtres sont nés pour\nl'action et pour la souffrance. L a j e u n e fille ne doit donc pas\nêtre élevée dans le seul but de plaire, de s'amuser et de se\nmarier. P l u s nous avançons dans la vie des siècles, plus nous\ncomprenons que la femme ne doit pas songer u n i q u e m e n t au\nm a r i a g e . Que de pauvres créatures ont gémi, trop tard, de ce\npréjugé des t e m p s passés qui les a jetées dans les bras d'un\nm a r i indigne de leur affection et de leur estime !\n    L'espèce de mépris, dit Mgr Spalding, l'espèce de mépris que la foule pro-\nfesse pour les femmes quand elles atteignent un certain âge sans se marier,\nn'est qu'un dernier vestige du mépris général où sont tenues toutes les femmes\nchez les sauvages et les barbares.                                            ,\n    P l u s loin, l'évêque de Péoria traite une question qui ne pas-\nsionne pas encore l ' E u r o p e , mais qui ne tardera pas à le faire.\n L e s femmes doivent-elles avoir le droit de vote? E t il discute\ncette question avec la h a u t e sagesse qui le distingue. Au point\nde vue intellectuel la femme pourrait être égale à l'homme,\nmais des droits politiques amélioreront-ils son caractère? L a\np o l i t i q u e n'est-elle pas faite pour une grande part de chauvinisme, de pré-\ntention, de vénalité, etc., etc. ? Donc une participation active à la vie politique\n"}, {"page_pdf": 719, "texte": "610                              DURENDAL\n\n\n\nne saurait tendre à affiner, à ennoblir, à purifier. Peut-on désirer que cette\npartie de l'humanité, à qui l'on confie tout spécialement les intérêts du foyer,\ndu cœur, de l'éducation religieuse et morale des enfants, soit précipitée dans\nle gouffre des passions égoïstes et des excitations grossières?\n   Mais les femmes mêmes, celles du moins dont l'âme féminine, avec ses\naspirations supérieures, a vraiment donné toute sa mesure, désirent-elles\nqu'on leur accorde le droit de vote?\n   Dans les paragraphes suivants nous voyons que la femme a\nmontré sa valeur partout où elle a pu se mesurer avec l'homme\nce qui prouve la nécessité de développer chez elle par l'éduca-\ntion, tout ce qui s'y trouve de beauté, de savoir, d'amour,\nd'aptitudes physiques et morales.\n   Faire l'éducation d'un être humain c'est le diriger de manière à ce qu'il\ndéveloppe complètement tout ce qui est chez lui en puissance ; d'où il suit\nqu'on peut s'élever de bien des manières et en bien des sens. La finesse, la\ngrâce, la propreté même sont des buts, des fins, aussi bien que la vigueur, la\nsouplesse de l'esprit, la force, la pureté du cœur. Comme la lumière du soleil,\nles fleurs et les chants des oiseaux, ces qualités ajoutent à la douceur et à la\nbeauté de la vie; il faut les cultiver toutes...\n   L'auteur nous montre encore l'importance de l'énergie qui fait\nles Saints, de la sagesse, de la vertu, de l'aspiration vers un\nidéal. Il insiste sur la nécessité de la lutte, sur la victoire qui\ngrandit, sur l'utilité de l'opposition.\n Heureux le fils du pauvre, qui voit à chaque pas surgir un obstacle pour le\nmettre au défi de devenir un homme; malheureux l'enfant du riche que sa\nmaudite fortune porte sans cesse à la paresse et à l'orgueil.\n   Avec lui nous disons à toutes les éducatrices :\n   O mères, dont l'affection est le plus grand bien que nous ayons tous connu,\nendurcissez vos fils. Ne les engagez point dans la course à la fortune, mais\npoussez-les vers le sentier raide et étroit qui les mènera, par la victoire sur\neux-mêmes, à la possession de Dieu et de tous les vrais biens. L'éducation est\ntoujours le résultat d'une influence humaine... La vie procède de la vie, et la\nreligion, qui n'est que la plus haute puissance de la vie, ne peut procéder que\nde Dieu et des âmes religieuses. Ce n'est ni par les sermons ni par les\ndiscours, mais seulement par la vie vraie, que nous pouvons devenir des\ncentres d'influence morale.\n  Si Mgr Spalding blâme énergiquement l'égalité qui abaisse\nau lieu d'élever, il condamne également l'ambition qui se borne\nà la satisfaction des appétits vulgaires par la richesse et la puis-\nsance; l'absorption de l'esprit par la matière; l'égoïsme, vraie\nmaladie morale; la popularité qui se base sur la flatterie des\npassions et non sur l'admiration qu'excitent les grandes\nactions...\n"}, {"page_pdf": 720, "texte": "                  L'ÉDUCATION SUPÉRIEURE DES FEMMES                          611\n\n\n   Ainsi que nous l'avons dit, les dernières pages s'adressent\n moins directement à ceux que préoccupe l'éducation de la\n femme. Nous ne nous y attarderons pas. Mais, nous unissant\n au vœu si noblement exprimé par l'illustre évêque, nous dirons\n avec lui :\n   Soyons nous-mêmes avant tout; et accomplissons notre œuvre. Les jours\nne seront alors ni trop nombreux ni trop longs. Si cette œuvre et si notre per-\nsonne méritent d'être connus, la présentation à l'univers se fera toute seule et\nvite. Peu importe, d'ailleurs, qu'elle se fasse après notre mort.\n   Voici par quelles paroles admirables il relève le féminisme en\nmontrant combien il doit être inspiré par de nobles sentiments\net non par de mesquines rivalités ou de misérables intérêts :\n   A mesure que notre vue devient plus pénétrante, nous comprenons plus\nclairement que seuls les plus grands d'entre les hommes et les femmss\npeuvent donner l'éducation. Les autres ne sont que des répétiteurs, des\n« entraîneurs ».\n  Le succès ne trahit jamais celui qui se donne corps et âme à la tâche,\nquelle qu'elle soit, dont il se croit capable. Il y a beaucoup de gens affairés;\nmais il n'est pas facile de trouver un homme qui se propose vraimentun noble\nbut, et y consacre toutes ses énergies. Les grands caractères sont rares.\n   Nous croyons, en signalant l'intéressante brochure de\nM. l'abbé Klein, rendre un véritable service à tous ceux qui ne\nse contentent pas d'avoir une opinion toute faite sur la question\ndu féminisme, et qui veulent s'éclairer par l'exemple des pays\noù on peut déjà juger de ses résultats.\n\n                                          Ctesse   E D . DE   LIEDEKERKE.\n"}, {"page_pdf": 721, "texte": "               Nuit Pastorale\n\n                                               E t in Arcadia ego...\n\nVoici l'heure... Une nuit pacifique d'été,\nQue la lune bleuit de sa vague clarté,\nEnveloppe, un à un, les horizons       champêtres,\nEt le divin oubli ressaisit tous les êtres...\nTous ne sommeillent pas, cependant...         Ecoutez!...\nDe loin en loin, du fond des vallons      enchantés,\nUn chant s'élève, heureux et tendre, un chant de pâtre,\nQui parait onduler dans la brume bleuâtre\nComme un souffle exhalé des lèvres de la nuit...\nLe silence en palpite.' .. Un tel charme est en lui,\nQue toute chose, dans ce beau pays        tranquille.\nS'illumine, un instant, d'un doux rayon          d'idylle!...\nA peine l'entend-on, ce souffle harmonieux ;\nMais le passant, que l'ombre a surpris en ces lieux,\nEcoute, en tressaillant, le doux chant de mensonge,\nSi vague que, parfois, il croit l'entendre en songe...\nAu loin, les horizons sommeillent dans l'azur :\nLongtemps, il les contemple avec un trouble obscur\nEt se souvient, au son de l'humble     mélodie,\nDu beau rêve qu'il fit jadis, en Arcadie...\n\n                                              FERNAND SÉVERIN.\n"}, {"page_pdf": 722, "texte": "                            Venise\n                IL est de convention de dire de Venise que c'est un\n                   endroit qu'il faut voir avec une femme qu'on\n                   aime. Il se peut, quand on regarde les choses à\n                   travers la passion comme à travers des verres\n                   merveilleux, que, dans la vieille cité, l'on sente\n                   renaître en soi quelque chose de tout l'amour qui\n                   soupira jadis sur ses canaux et des jalousies qui\n                   s'embusquèrent dans les coins sombres de ses\nruelles. Il se peut!... C'est une supposition, mais ce n'est que\ncela! Si Venise attire comme une Circé et si elle est séduisante,\ndrapée dans son histoire et voilée par la trame de ses poétiques\nlégendes, elle n'est pourtant plus aujourd'hui que du passé figé,\ndu passé arrêté et soutenu, et bien l'une des choses les plus\ndésespérantes du monde. L'amour jeune qui ne vit que de pré-\nsent et d'avenir ne peut se plaire en un tel lieu où l'on a tant\nvécu, et toujours il préférera la saine et simple nature qui ne\nvieillit pas, car, si les feuilles se fanent, elles se renouvellent\ntoujours pareilles à elles-mêmes.\n   Pourrait-on y aller pour y souffrir? Guère non plus! Bien\nqu'il y ait une volupté délicate à entretenir certains sentiments\nlà où l'habitude n'est pas de les transporter, cette étonnante\nville ne peut pas plus convenir à la douleur qu'à la passion. Si\nelle n'est plus, en effet, amoureuse que dans le passé, elle n'est\nplus non plus tragique et cruelle que dans la mémoire des\nhommes, et elle ne peut être un cadre approprié pour des\nangoisses immédiates.\n\n\n  En revanche, pour les porteurs de Baedeker et le tourisme\nindifférent, la « perle de l'Adriatique » est bien la cité curieuse\npar excellence.\n  Songez donc ! Elle a des palais restés orgueilleux, tout un\n"}, {"page_pdf": 723, "texte": " 614                         DURENDAL\n\n\n réseau de canaux aux mailles compliquées, de petites rues\n bizarres et des ponts sans nombre ; elle garde des églises mer-\n veilleuses et parfois singulières, où les œuvres rares sont catalo-\n guées; elle montre des tableaux bien numérotés dans des\n musées affolants même pour des non-collectionneurs ; elle a des\n théâtres pour le soir et des hôtels confortables suffisamment.\n Des magasins, enfin, y étalent en abondance des objets d'art\n d'abord facile et des bibelots capables de contenter des désirs\n médiocres et des imaginations limitées. Comme ils seront pré-\n cieux au retour « pour avoir été achetés à Venise » !\n    Le voyageur pressé et badaud est ravi de tout ce qu'il voit\n d'une façon aussi commode et ses souvenirs de qualité ordinaire\ns'enrichissent à trop bon compte pour qu'il ne conserve pas une\nreconnaissance attendrie à un lieu si spécial en Europe et où\nl'on arrive aussi aisément.\n   Il repart enchanté. Pourquoi ne le serait-il pas? Il n'a pas\nremarqué, ou si peu! l'eau pernicieuse, les enseignes impu-\ndentes dont se souillent les façades des vieilles demeures, les\nboutiques qui se sont fait une spécialité, — presque une célé-\nbrité — en prostituant l'art, les antiquaires encombrés d'objets\ntruqués venus de France et d'Allemagne, la curiosité envahis-\nsant en brute les églises où le culte a pour se célébrer à peine la\nplace qu'il lui faut; il n'a pas vu Venise devenue exposition\npermanente et dépendance des agences de voyages.\n   Il repart enchanté, et comment ne le serait-il pas?\n\n                               *   *\n\n   Mais, demandera-t-on, est-ce là tout ce que peut être cette\nville qui fut si opulente et belle, et qui, malgré tout, reste si\nbelle, — une station sur un billet circulaire?\n   Qu'on s'imagine un homme arrivé à Venise sans le vouloir.\nAvant de s'y rendre, il n'a point dit : « J'ai décidé d'aller à\nVenise », mais, y étant, il s'est étonné d'y être; c'est le hasard\nqui l'a conduit. Le temps ne le presse pas et il ne se promène\nque selon la fantaisie de son cœur et de ses pensées.\n   Cet homme aura dans la vieille ville italienne des impres-\nsions délicieuses, surtout parce qu'il ne les a point désirées. La\nvolupté dans la vie se trouve bien moins dans la recherche de\nsensations rares ou effrénées que dans la dilection de ce qui\n"}, {"page_pdf": 724, "texte": "                               VENISE                            615\n\n\nrésulte des choses qui nous arrivent naturellement. Ce qui est\ntrop attendu et frappe trop fort dissout la vigueur de notre\nobservation et nos pensées dérangées ne se peuvent plus satis-\nfaire d a n s la contemplation d'elles-mêmes. Ce qu'on éprouve, au\ncontraire, comme le corollaire fatal des jours vécus et des actes\naccomplis donne des yeux sereins et un esprit recueilli pour\nsavourer toute la valeur de ce qui est extérieur et de ce que cet\nextérieur réflète en nous.\n    Cet h o m m e donc, arrivé là sans préparation et sans but, sera\nétonné, pour ne l'avoir pas souhaité, de tout ce qu'il rencontrera\net toute la volupté de Venise s'exhalera pour lui. Chaque chose\nlui sera l'occasion d'un ravissement nouveau. Ce sera les palais\npleins de mystère encore que les blondes chevelures qu'aimait\nT i t i e n n'apparaissent plus dans l'ogive de leurs fenêtres, les\npetits canaux déserts et capricieux, les ruelles calmes comme la\nmort et humides comme des tombeaux; l'eau qui mange comme\nun ver invisible les vieux pilotis, Santa Maria della Salute\npresque abandonnée et Saint-Marc. Des bouts de murailles, des\ndétails d'architecture le troubleront. Il frissonnera devant les\ncortèges funèbres glissant dans un silence d'éternité ; il aimera\ndans des jardins vides d'un amour que d'autres ressentirent; il\nfrémira devant le palais des Doges de terreurs très anciennes.\nE t toutes ses sensations seront accrues par la foule bariolée et\ntrop vivante qui augmentera sa solitude.\n    L'art imposteur qui s'étale sous les colonnades, il le verra,\nmais sans s'arrêter ; les enseignes qui tachent la face des' mai-\nsons patriciennes, il les remarquera, mais sans les lire; les anti-\nquaires fripons, il les évitera, mais non sans les avoir tous aper-\nçus. T o u t e s ces blessures même faites à un passé si beau le rem-\npliront de pitié jusqu'à l'attendrissement; il vivra un peu dans\nles vieilles pierres; dans les rues et les salles vides, il retrou-\nvera l'âme antique et passionnée des êtres et des choses; il sera\nlui-même un peu Venise; chaque hérésie moderne la lui rendra\nplus chère ; sa tristesse enivrée deviendra suprême devant tant\nde splendeur en train de disparaître complètement. Il recon-\nnaîtra que cet endroit, qui est parmi les plus désolés du monde,\nest aussi l'un de ceux qui contient le plus de volupté et, rare\nentre mille, il comprendra tout entière la beauté souffrante de\nVenise qui ne vit plus.\n                                                 G.   D'ARSCHOT.\n"}, {"page_pdf": 725, "texte": "      Le Départ de Lohengrin\n\n                             I\n\nMalgré l'ordre imposé par la loi de l'Amour,\nElsa t'a demandé ton nom et ta patrie;\nRemonte, ô Lohengrin,  dans la splendeur du jour.\n\nMais quel regret s'éveille en ton âme attendrie?\nPour la dernière fois tu serres sur ton cœur\nLa douce fiancée enfantine et chérie.\n\nDe l'ombre mensongère éblouissant    vainqueur,\nDes pays de clarté descendu vers la terre,\nTu partiras plus pur d'avoir vu sa douleur.\n\nAbaisse lentement tes lèvres de lumière\nSur ces yeux grands ouverts où se mirent les c i e u x ,\nHeureux d'y retrouver l'innocence    première,\n\nEt songe à tous les pleurs que verseront   ces   yeux!\n\n\n                            II\n\nSouviens-toi! Le soleil jouait avec le fleuve,\nLa terre radieuse offrait au jeune Avril\nLa promesse des fleurs et la verdure neuve.\n\nTu vins, accomplissant ton volontaire   exil;\nTu dévouas ton cœur, ta bravoure et ton glaive\nA déjouer le piège et dompter le péril.\n\nEt quand Elsa tremblante eut révélé son rêve,\nTon heaume et ta cuirasse, ô passant   glorieux,\nResplendirent soudain comme un jour qui se lève\n"}, {"page_pdf": 726, "texte": "              LE DÉPART DE LOHENGRIN                       617\n\n\nL'allégresse des cœurs a chanté vers les cieux ;\nSous ton bras est tombé l'accusateur    indigne;\nEt l'aube de l'amour s'éveille dans tes yeux.\n\nC'est l'heure, ô Lohengrin   ! pleure : voici le cygne.\n\n                             III\n\nRemonte vers l'azur sublime où sont les Purs ;\nChevalier du Graal, retourne auprès des Anges,\nVas rajeunir ton cœur pour tes exploits   futurs.\n\nAu vin miraculeux    des célestes vendanges\nPuiseras-tu l'oubli de ton mortel amour?\nLe douloureux oubli de ces heures    étranges,\n\nOù ton âme connut la volupté du jour\nPour l'avoir vu sourire aux yeux d'Elsa charmée ?\nPleure : le cygne est là; c'est l'heure du retour.\n\nLe ciel rit tendrement à la terre embaumée,\nLes bois vibrent d'oiseaux, les rosiers vont fleurir,\nO Lohengrin!     et c'est en mai que ton aimée\n\nReste seule ici-bas, — loin de toi, — pour     souffrir!\n\n                             IV\n\nAh! quand tu rentreras dans l'absolu du songe,\nQu'au moins un souvenir en toi persiste encor,\nTendre et suprême écho du terrestre mensonge !\n\nSi rien n'est pur ici que l'Amour et la Mort,\nSonge qu'elle t'aima, jusqu'à mourir; son âme,\nInassouvie et prête à prendre son essor,\n\nVers l'infini déjà se tend comme une flamme!\nO toi qui respiras l'arome de ce cœur,\nBlanc paladin par qui l'enfant devint la femme,\n\nA jamais souviens-toi que ton Amour    vainqueur\nLa livra doucement quand tu l'eus délaissée\nAu baiser de la Mort, son éternelle sœur...\n\nC'est au ciel que t'attend Elsa, ta fiancée!\n                                       CHARLES DE SPRIMONT.\nChâteau de Béclers, août 1902.\n"}, {"page_pdf": 727, "texte": "                              Zola\n\n     La critique catholique serait infidèle à son haut idéal de\n  justice et d'éclectisme, en ne reconnaissant point que l'homme\n  qui vient de disparaître si tragiquement, fut, dans la race des\n  écrivains, un laborieux et un puissant.\n     Volonté âprement asservie au travail, imagination organisée\n  pour embrasser et mesurer toute la vie, et la rendre en grandes\n  visions harmoniques, Zola semblait doué des rares facultés qui\n  font un Dante, un Hugo ou un Balzac.\n     A certaines heures de sa destinée, dans telles pages de ses\n livres, — Germinal, la Bête humaine, la Débâcle, — il lui fut donné\n  d'interpréter la voix anonyme et confuse des foules modernes,\n aiguillonnées de souffrances, de rancunes et de désirs, et la pos-\n térité retiendra ces fragments d'œuvres qui sont d'un prosateur\n épique.\n     Mais trop rarement il fréquenta ces sommets de la pensée où\n l'humanité apparaît dans un panorama émouvant et grandiose ;\n voué par son pessimisme à la recherche et à l'exagération des\n tares sociales, prédisposé à la manie maladive du détail par la\n théorie étriquée du « document », Zola s'enlisa de plus en plus\n dans un « concrétisme » sans air, sans espace et sans horizon.\n    Il eût pu être l'historien social de la seconde moitié du\nXIXe siècle, il ne fut que l'historiographe de cette « Cour de\n miracles » morale qu'est la famille des Rougon-Macquart.\n    S'imaginant continuer Flaubert, il renouvelait Eugène Sue.\n    L'ordure — l'ordure sous tous ses aspects et dans toutes ses\nmanifestations — l'attira, le subjuga, l'hypnotisa, conquérant sa\npensée, atrophiant ses sentiments, avilissant son style.\n    Ce fut comme une hystérie polissonne dont chaque livre nou-\nveau était un témoignage plus complet et plus décisif: en pleine\nmaturité, Zola apparaît comme le « vieux marcheur » de la Lit-\ntérature contemporaine.\n"}, {"page_pdf": 728, "texte": "                               ZOLA                             619\n\n\n   A ce sensualisme effréné vint s'ajouter, ces temps derniers, —\ncomme un châtiment ou une consécration — le plus étroit et le\nplus malveillant anticléricalisme.\n   Que ceux qui connurent jadis les éloquentes protestations de\nZola en faveur de la tolérance, songent à ses dernières cam-\npagnes menées « sans justice et sans vérité. » contre un pauvre\nfrère de la Doctrine chrétienne, victime d'une erreur judiciaire\nreconnue, et contre de faibles et inoffensives religieuses, traquées\npar la goujaterie politique!\n   Voilà la débâcle, — la vraie Débâcle, selon le mot ancien\nd'Albert Giraud, — la débâcle dans la luxure intellectuelle et la\nmesquinerie fanatique d'un génie qui aurait pu planer aux plus\nhautes sphères d'une esthétique généreuse et désintéressée.\n   Et cette débâcle-là est irrémédiable : la Mort l'a consacrée de\nson sceau — en interrompant l'œuvre mauvaise.\n   Les artistes chrétiens auront une prière pour l'écrivain qui,\nmalgré l'absolue décadence morale de ses ultimes années, a\nenrichi les Lettres de quelques pages immortelles; l'Humanité\nne pardonnera point à l'homme qui la méconnut dans ses senti-\nments éternels de pudeur et de tolérance.\n\n                                                           F. V.\n"}, {"page_pdf": 729, "texte": "                        Navires\n\n Sur la frange des flots, géantes    hirondelles,\n Les grands navires font leurs courses éternelles.\n Ils sont par la tourmente, en la serre du vent,\n Faibles comme un hochet dans la main d'un enfant.\n\n Et chevauchent cabrés sur les farouches ailes\n Des vagues en courroux les grands navires frêles.\n\n Aux jours cléments ils ont de tranquilles     essors\nEn un ruissellement de lumières et d'ors.\nIls abordent parfois sous le feu des Tropiques\nOù, dans les palmiers verts chantent les oiseaux        bleus,\nOù leur mâture dort dans les soleils       magiques.\nIls s'éveillent parfois affolés et frileux\nEn l'implacable gel, parmi les mers glacées.\n\nIls poursuivent ainsi leurs routes inlassées\nJusqu'au jour où, blessés par les récifs ils vont\n— Vieux bohèmes, — dormir en l'abîme profond.\n\n                                 *\n                                * *\n\nLa vie est l'océan où comme des navires\nNous errons tous, tantôt bercés par les séphires,\nTantôt jetés de vague en vague par l'autan;\nParfois nos cœurs joyeux jettent l'ancre en chantant\nAux rives où l'amour éclôt ses fleurs de flammes;\nPuis, trop tôt s'évadant de l'extase, nos âmes\nDéplorent les frimats de la vieillesse; Enfin\nLuttant contre les chocs de l'infortune, en vain,\nBrisés par les écueils des ans et des souffrances\nNous sombrons en la mort, fiers, sans     désespérance.\n\n                                              EDGAR BONEHILL.\n"}, {"page_pdf": 730, "texte": " De la Restauration\n                               des Monuments Anciens\n\n                     DANS le numéro d'avril de Durendal, j'ai cru devoir analyser un\n                       article de M. Cloquet, paru dans la Revue de l'art chrétien,\n                       et qui m'avait frappé par l'audace de certaines affirma-\n                       tions, et aussi par des contradictions flagrantes qui ren-\n                       daient son raisonnement presque insaisissable.\n                           M. Cloquet vient de trouver en M. Pierre Verhaegen,\n                       l'un de ses admirateurs enthousiastes, un défenseur con-\n                        vaincu et habile. C'est en avocat que M. Verhaegen plaide\n                        sa cause, laissant soigneusement dans l'ombre tout ce qui\n peut affaiblir son argumentation ou faire tort à son client.\n    Certes, si M. Cloquet s'était contenté d'écrire les phrases citées en ce plai-\n doyer, il eut méiité nos éloges et nous nous serions ralliés à une bonne partie\n de sa théorie.\n    Mais, comme l'avoue très allègrement M. Verhaegen, M. Cloquet a surtout\n parlé en architecte, c'est-à-dire qu'épris de son art, il ne considère surtout en\n un édifice que le côté technique et abstrait, sans trop se soucier de l'archéo-\n logie, de l'histoire ou de l'art. Un monument ne se résume pas uniquement en\nses lignes architecturales. C'est diminuer son importance que de ne s'atta-\n cher qu'à ce point de vue.\n   Des éléments divers se sont accumulés en lui au cours des siècles; il faut\n en tenir compte.\n   L'architecte, le technicien, est, en raison de son exclusivisme, une sorte\nd'exécuteur des hautes œuvres. De ses mains le monument sort mutilé ou\ndiminué, dès qu'on a eu l'imprudence de le lui livrer.\n   Certains conseils de M. Cloquet sont pleins de sagesse et de prudence,\nmais chacun de ses conseils est immédiatement contrebalancé par une théorie\ntoute différente et de nature à permettre à tout restaurateur ou maçon en\nvieux-neuf, de violer les règles qu'il semblait d'abord vouloir établir.\n   Son raisonnement est donc ondoyant et subtil. Je l'ai dit. Après avoir soi-\ngneusement expurgé son texte, M. Verhaegen demande avec aplomb à ses\n« lecteurs » où peuvent bien se trouver ces fameuses contradictions !\n"}, {"page_pdf": 731, "texte": " 622                               DURENDAL\n\n\n     Ceux que la question intéresse réellement auront pris la peine de relire\n l'étude de M. Cloquet et doivent être fixés à cet égard.\n     Il y avait déjà bien quelque motif à s'étonner de l'attitude prise par lui\n dans la question du Château des Comtes, alors qu'il venait précisément de le\n classer dans la catégorie des monuments morts, non susceptibles d'une appro-\n priation quelconque, ni d'une réédification. Je n'ai pas dit, comme m'en\n accuse M. Verhaegen, que M. Cloquet encourageait directement la recon-\n struction de la porte d'Ostende, et je constate aujourd'hui, avec plaisir, si j'en\n crois son défenseur, que M. Cloquet juge insensé ce projet de reconstruction.\n Mais les arguments de M. Cloquet ne viendraient-ils pas au besoin justifier\n eux-mêmes ce projet, et cet exemple ne prouve-t-il pas le danger de ses\n théories élastiques? Mon opposition de principe est donc utile, puisque\n l'architecte brugeois a su quand même obtenir gain de cause. Si M. Çloquet\n condamne ce projet, eh bien ! qu'il le combatte avec nous !\n     M. Verhaegen me demande ce que j'eus fait si j'avais été chargé des tra-\n vaux du Château des Comtes. Il est très imprudent de répondre à une telle\n question ainsi posée; mais ce serait dire que je soupçonne mon adversaire de\n chercher à faire dévier le débat, et d'essayer de me susciter une discussion\navec un tiers, que de refuser d'expliquer ma pensée. Il est vieux de dix\nans mon débat avec M. De Waele, et je n'ai pas l'intention de le reprendre\nici : ce que j'en dis est donc purement théorique :\n    Avant tout travail, j'aurais voulu provoquer les études les plus approfon-\ndies de la part des archéologues, l'occasion étant inespérée, d'une étude de\nce genre faite sur les restes d'une forteresse du haut moyen âge, en notre\npays, et j'aurais retardé les travaux jusqu'à ce que tous les problèmes, et ils\nétaient nombreux, eussent été élucidés. C'était peut-être l'affaire de cinquante\n ans, et il est peu probable, qu'architecte, j'eusse eu à intervenir autrement.\nJ'aurais considéré le château comme une rare « pièce de fouille » et j'aurais\nhésité à la convertir en une « pièce de panoplie » — les collectionneurs com-\nprendront ma pensée.\n    Je n'aurais jamais commencé la reconstruction de l'enceinte sans même\nsavoir si celle-ci était construite sur berme ou sur le fond du fossé, sans con-\nnaître les niveaux anciens de la Lieve et des terrains environnants. Je me\nserais, en tout cas, préoccupé de trouver dès le début un appareil conforme\nau type ancien, et je n'aurais pas accepté les pierres taillées à la carrière et\nfournies à pied d'oeuvre par les Ponts et chaussées. J'aurais respecté les frag-\nments anciens qui pouvaient soulever des controverses, puisque c'étaient des\ntémoins précieux : les merlons à talus qui ont existé sur le couronnement\ndes tours et courtines, certaines formes de niches ou de fenêtres formées\nde deux pierres jointes au sommet à angle aigu; la forme intérieure des\nmeurtrières, agrandie pour permettre le tir de l'arc, etc.\n    J'aurais aussi fait rechercher soigneusement l'emplacement de l'entrée du\ndonjon — qui ne peut être en face ou dans les environs du châtelet d'entrée,\nmais fort en arrière, et obligeant l'assaillant à défiler sous les murs\ndu donjon.\n    Les travaux entrepris ne pouvaient que compromettre ces recherches et\nabolir des documents précieux.\n"}, {"page_pdf": 732, "texte": "           DE LA RESTAURATION DES MONUMENTS ANCIENS                        623\n\n\n    Je n'aurais surtout pas eu la prétention de reconstituer la forteresse de\n Thierry d'Alsace, en en rebâtissant même très exactement les murailles, car\n les défenses accessoires devaient en être constituées par des boiseries qui\n ont disparu sans laisser de traces, et je ne serais certes pas allé chercher à\n l'étranger le type de ce château, ou les éléments de sa défense, puisque\n chaque contrée construisait différemment à une même époque, et que les pro-\n blèmes concernant les « trucs » de la défense sont restés obscurs pour nous.\n     Je le répète encore, je ne veux pas recommencer ici une vieille querelle,\n surtout que M. De Waele s'est montré depuis circonspect et scrupuleux, en\n dépit du désir dont on était hanté à Gand, de posséder au plus tôt le décor d'un\n château historique — ce dont je ne me serais guère soucié.\n    Dire, comme le fait M. Verhaegen, que le château n'a pas été réédifié, alors\n que nous avons vu en quel état il est sorti de la gangue où il était enserré,\n manque d'exactitude. Que l'on prenne la peine d'examiner le donjon dans\n l'état actuel, et qu'on le compare avec le donjon tel qu'il sera restitué dans\n quelques années. Cela évitera un débat sans issue. Si ces ruines étaient\n autrefois dépourvues de pittoresque, ce qui n'est que l'un des côtés de\n la question, c'est qu'on y a ajouté quelque chose depuis! Singulière manière\n de traiter un « monument mort » que de lui donner « une vie nouvelle » et\n artificielle !\n    Pour ce qui est des « monuments vivants », je persiste à croire que les tra-\n vaux qui viennent les compléter et qui comportent « les ouvrages nécessaires\n pour les approprier à leur emploi actuel, avec ses développements normaux »,\n doivent fatalement les défigurer en transformant leur proportion, et qu'ils\nseront essentiellement antiartistiques. C'est, pour un architecte, manquer à\n un monument de ce respect dont M. Cloquet est si imprégné, que de se prêter\n à l'exécution de tels travaux. Ne serait-il pas plus logique de se conformer au\nsystème suivi autrefois (peut-être parce' qu'alors l'on aurait dédaigné de con-\nstruire en un style ancien) et de ne rien changer aux proportions et à l'har-\nmonie voulue par le constructeur primitif? Ne vaut-il pas mieux construire à\ncôté dans un style différent — qui, logiquement, devrait pouvoir être celui de\nnotre époque, si nos architectes avaient su perpétuer la vie de leur art par\nson développement logique, — mais qui, en tout cas, peut être tel que les\nlignes d'ensemble puissent former un décor heureux avec le monument\nancien, et au besoin le mettre en valeur?\n    M. Cloquet le dit lui-même, du reste, un peu plus loin, lorsqu'il parle\nd'Arras et de Gand, et aussi d'églises anciennes devenues trop petites pour\nles besoins du culte. A son avis, il serait souvent possible de dédoubler la\nparoisse. L'a-t-on jamais fait? A-t-on seulement admis le binage pour les\néglises pauvres? Non, l'on a toujours trouvé un architecte, avec des plans\ntout préparés, qui a jeté bas l'église ancienne, caractéristique d'un endroit,\nd'une contrée, pour édifier quelque abominable, prétentieuse et banale église\nsans âge, quoique gothique. Il me semble que ces villages-là se sont rendus\ncoupables d'un manque de piété filiale et que le respect était dû à la pauvre\nchapelle qui, durant des siècles, a protégé la communauté, a résumé toute\nsa vie sociale et familiale.\n"}, {"page_pdf": 733, "texte": "  624                               DURENDAL\n\n\n       Si le plan ancien existe encore, une restauration peut n'être qu'un demi-\n    mal, mais en combien de circonstances existe-t-il ce plan? L'ajoute moderne\n   ne peut avoir de valeur documentaire d'aucune sorte, si le travail même de\n   l'ouvrier d'aujourd'hui ne vient enlever déjà à la physionomie de l'édifice, au\n   lieu d'y ajouter. Je ne comprends pas que l'on puisse parler de page d'histoire\n   ajoutée à celles qui portent l'empreinte des siècles passés, alors que nous\n   n'avons pas de style propre à notre temps.\n       Je laisse pour compte à M. Verhaegen cette plaisanterie que je préconise\n   peut-être une sacristie en modem style à ajouter à Saint-Nicolas de Gand.\n   J'aurais préféré éviter un dégagement inutile.\n      J'ai dit précédemment ma pensée, pour ce qui est de l'unité de style. En\n  ceci encore, les intéressés trouveront dans les propres théories de M. Cloquet\n  le moyen de justifier leurs déprédations. Il laisse toute latitude à l'architecte,\n  en disant que c'est surtout affaire de tact, de bon sens et de sentiment artis-\n  tique, alors qu'il vient de déplorer tant de fautes commises. Je n'entrevois\n  donc pas l'utilité de son travail, mais j'en aperçois fort bien les dangers.\n      Est-ce parce que nous sommes à une époque de décadence architecturale,\n  sans style propre, sans foi et sans confiance dans cet art, dans un complet\n  désarroi d'idées, que nous pouvons espérer refaire ce que d'autres ont fait en\n  des conditions totalement différentes? « Nos architectes modernes ne réussis-\n  sent que lorsqu'ils s'inspirent des œuvres de leurs prédécesseurs et s'appro-\n  prient leur manière... ils sont incapables de produire autre chose. »\n      Voilà donc des hommes qui devraient être des artistes, les plus grands des\n  artistes, et qui deviennent de simples hommes de science froide, appliquant\n  des formules. Leur mission, avoue M. Verhaegen, est peu glorieuse, mais elle\n  n'a rien de déshonorant !\n     C'est plaider les circonstances atténuantes, c'est presque les avouer cou-\n  pables : je n'ai jamais été plus sévère.\n     L'architecte moderne, en dépit de cette infériorité, se croira toujours un\n  virtuose et un artiste impeccable : cette confiance en ses moyens, en fait, à\n nos yeux, un être dangereux lorsqu'il touche aux œuvres du passé. Il ne faut\n donc plus abandonner nos monuments à ses fantaisies. Il ne peut être que\n l'exécutant pour des travaux indispensables, non l'esprit directeur de ces tra-\n vaux. Le partage des attributions n'est-il pas admis dans toutes les branches\n de l'activité humaine ?\n     L'ouvrier moderne, comme l'architecte, apporte à son ouvrage une tech-\n nique inconsciemment marquée d'un autre esprit que celui qui animait\n l'ouvrier et le constructeur anciens, en dépit d'un apprentissage spécial, et son\n attouchement est dès lors une tare qu'il faut éviter au monument dans la\n mesure du possible.\n    Je n'admets pas le triste rôle auquel se résigne l'architecte actuel, au dire\n de M. Verhaegen, et je souhaite plutôt de le voir créer à son tour, et faire\nœuvre d'artiste.\n     Il est peu probable, à voir l'orientation de l'esprit moderne, que l'histoire\nconserve un souvenir reconnaissant à ceux qui, dans leurs travaux « auront\nessayé de se conformer à la pensée génératrice d'une œuvre d'art », pour en\nfaire les odieux retapages que nous connaissons.\n"}, {"page_pdf": 734, "texte": "            DE LA RESTAURATION DES MONUMENTS ANCIENS                         625\n\n\n    Dire que j'attaque personnellement M. Cloquet est une inexactitude. Je\n déplore l'esprit corporatif qui lui fait défendre « l'école restauratrice», mais\n je ne l'ai jamais accusé d'avoir recherché un bénéfice personnel quelconque.\n La poursuite d'intérêts d'ordre artistique ne peut être reprochée personnelle-\n ment à un homme convaincu, et M. Cloquet a essentiellement l'ardeur tra-\n vailleuse de l'architecte né. C'est cette ardeur que je considère comme dan-\n gereuse, et que j'ai combattue au point de vue théorique. Son admiration\n pour le passé ne va pas sans la pensée de le continuer selon la formule qui lui\n est chère. Sa confiance en cette formule ne lui permet pas de voir ce qu'il y a\n d'illogique à s'abstraire de son temps, ni l'impossibilité de refaire ce passé.\n L'art pour lui est devenu immuable, alors qu'en réalité il n'est que vie,\npensée et transformisme.\n    A l'œuvre on juge l'ouvrier : pour nous, la confiance de M. Cloquet en la\nscience contemporaine est mal placée.\n   Admirons et respectons ce passé de notre race et ne risquons pas de défi-\ngurer ses œuvres en les imprégnant de notre âme actuelle. C'est le fond de ma\nthèse.\n\n                                                                    L. ABRY.\n"}, {"page_pdf": 735, "texte": "             Pages d'Evangile\n\n              La Vierge à la Fontaine\nA Matarieh, village infime d'Orient,\nJoseph, qui s'est assis sous un haut sycomore,\nContemple d'un œil doux et dans son cœur adore\nUn enfant endormi sur ses bras, souriant.\n\nC'est le soir. A travers le feuillage pliant,\nLe soleil empourpré dont le ciel se coloré\nCaresse les cheveux de Jésus et les dore.\nUn ruisseau près de là s'égare en     gazouillant.\n\nUne Vierge survient lentement : c'est la Mère.\nElle aussi, le couchant, l'auréole et l'éclairé;\nElle va se pencher au bord de l'eau sans bruit.\n\nEt tandis qu'à genoux elle lave des langes,\nL'homme regarde à l'horizon venir la nuit...\nAutour de ce tableau brillent des têtes d'anges.\n\n\n\n\n                    Au Sanhédrin\nKaïphe, au Sanhédrin, parlait de Jésus-Christ :\n« Un homme contre nous répand la calomnie;\n» Il a ressuscité Lazare à Béthanie;\n» Le saint jour du Sabbat, devant tous il guérit.\n\n» Notre influence sur les foules s'amoindrit ;\n» Il brave nos docteurs et notre loi bénie ;\n» Le peuple aime cet homme et vante son génie ;\n\" Le temple est menacé : Jérusalem     périt.\n"}, {"page_pdf": 736, "texte": "                    PAGES D'ÉVANGILE                               627\n\n\n\n » Il parle en maître au ciel, à la mer, à la terre;\n » Il remet les péchés de la femme    adultère;\n » Il se proclame roi d'un royaume      éternel.\n\n » On l'appelle Jésus le prophète. Il blasphème\n » Jéhovah, se disant fils de Dieu, Dieu lui-même :\n » Nous devons condamner à mort ce criminel. »\n\n\n\n\n                       IXe Station\nMarie, ayant appris qu'il passerait  par-là,\nEt Magdeleine et Jean, dont l'âme était fervente,\nAttendaient dans la foule implacable et mouvante :\nLe cortège, sous les clameurs, se déroula.\n\nAutour d'elle, on criait : « Le voilà ! le voilà! »\nMarie avait les yeux grandis par [épouvante :\nSanglant, pâle, courbé sous une croix pesante,\nC'était Lui. Devant eux, sa marche       chancela.\n\nPuis jetant un regard tendre sur ceux qu'il aime,\nIl repartit, un peu plus tremblant et plus blême,\nL'épaule fléchissant un peu plus sous le poids...\n\nLa mère alors, les bras tendus, pleure et s'élance ;\nMais un soldat brutal la pousse de sa lance...\nEt Jésus-Christ tomba pour la troisième fois.\n\n                                                E D M . HENVAUX.\n"}, {"page_pdf": 737, "texte": "                  I FIORETTI\n                                        (Fin)\n\n\n\n\n DOCTRINES ET DITS NOTABLES DE FRERE EGIDE\n\n\n        XII. —CHAPITRE DE LA SAINTE PRUDENCE SPIRITUELLE\n\n\n\n\nO\n                toi, serviteur du Roi céleste, qui veux apprendre les mystères\n                de la prudence utile et vertueuse de la sainte doctrine spirituelle,\n                ouvre bien les oreilles de l'intelligence de ton âme et reçois avec\n                désir cordial, et conserve soigneusement dans ta mémoire, le\n précieux trésor de ces doctrines, avis et conseils spirituels que je te donne.\n Et par lui tu seras illuminé et dirigé dans ton voyage, c'est-à-dire la vie\n spirituelle, et tu seras défendu des malicieux et subtils assauts de tes\n ennemis matériels et immatériels, et tu iras avec une humble audace, navi-\n gant en sûreté sur la mer tempétueuse de cette vie présente, jusqu'à\n ce que tu parviennes au port désiré du salut. Donc, mon frère, comprends\n bien et note ce que je te dis : Si tu veux bien voir, arrache-toi les yeux,\n et sois aveugle. Et si tu veux bien entendre, deviens sourd. Et si tu\n veux bien parler, deviens muet. Et si tu veux bien cheminer, reste tranquille\n et chemine en esprit. Si tu veux bien travailler, coupe-toi les mains et tra-\nvaille avec le cœur. Et si tu veux bien aimer, aie-toi en haine à toi-même. Et\nsi tu veux bien vivre, mortifie-toi toi-même. Si tu veux bien gagner et vivre,\nperds et sois pauvre. Et si tu veux bien te réjouir et être en repos, afflige-toi\ntoi-même et reste toujours dans la douleur. Et si tu veux bien rester en sécu-\nrité, reste toujours dans la crainte et aie-toi toi-même en défiance. Si tu veux\nêtre exalté et avoir grand honneur, humilie-toi et te méprise toi-même. Si tu\nveux être tenu en grand respect, méprise-toi toi-même et fais révérenceà ceux\nqui te dédaignent et te méprisent. Si tu veux avoir toujours le bien, supporte\ntoujours le mal. Si tu veux être béni, désire que tout le monde te maudisse et\nparle mal de toi. Et si tu veux avoir vraie quiétude, et éternelle, fatigue-toi et\nafflige-toi, et désire toute affliction temporelle. O quelle grande sagesse est de\nsavoir faire et opérer ces choses ! Mais parce que ce sont des choses très\ngrandes et très hautes, elles sont concédées par Dieu à peu de personnes; mais,\n"}, {"page_pdf": 738, "texte": "                                      I   FIORETTI                                    629\n\n\n vraiment, à qui étudierait bien toutes les prédites choses et les mettrait en\n pratique, je dis qu'il ne lui serait pas nécessaire d'aller à Bologne ni à P a r i s\n p o u r a p p r e n d r e une autre théologie, parce que, si l'homme vivait mille ans;\n et n'avait à faire aucune chose extérieure, et n'avait à dire a u c u n e chose,' je\n dis qu'il aurait assez à faire en s'exerçant dans son cœur et en travaillant inté-\n rieurement à la perfection, à la direction e t à la glorification de son esprit et\n d e son â m e . L'homme ne devrait vouloir, ni voir, ni entendre, ni parler\n d ' a u c u n e chose, q u ' a u t a n t qu'elle serait utile à son â m e .\n      L ' h o m m e qui ne se connaît pas soi-même n'est pas connu. E t , pour cela,\n malheur à n o u s q u a n d nous recevons les dons et les grâces du Seigneur, etjne\n savons les a p p r é c i e r ; mais davantage, malheur à ceux qui n e les reçoivent,\n ni ne les apprécient, ni ne se préoccupent de les acquérir ou de les posséder.\n     L ' h o m m e est à l'image de Dieu, et il se change comme il veut; mais, lui,\n D i e u , j a m a i s n e se change.\n\n\n           XIII. - CHAPITRE DE LA SCIENCE UTILE ET INUTILE\n\n\n\n\n L\n                 HOMME qui veut savoir beaucoup doit travailler beaucoup, et doit\n                 s'humilier beaucoup, s'abaissant soi-même et inclinant la tête\n                 tellement que son corps touche la terre, et alors le Seigneur l u i\n                 donnera abondante science et sagesse. L a suprême sagesse est de\n faire toujours bien, travaillant vertueusement et se gardant bien d e tout plaisir\n et d e toute occasion de faute et considérant toujours' les jugements de Dieu.-\n    F r è r e Egide dit, u n e fois, à quelqu'un qui voulait aller à l'école pour étudier\n la science : « Mon frère, pourquoi veux-tu aller à l'école? et je te donne à\n savoir que la somme de toute science est de craindre et d'aimer, et ces deux\n choses te suffisent; parce que la sagesse suffit à l'homme, dans la mesure où il\np e u t l'employer, et non davantage. Ne te préoccupe pas b e a u c o u p d'étudiet\np o u r l'utilité d'autrui, mais étudie toujours et préoccupe-toi de ces choses qui\ns o n t utiles à toi-même, car souvent il advient ceci que n o u s voulons acquérir\nb e a u c o u p de science pour aider autrui, et peu pour nous aider nous-mêmes.\n    » E t je dis que la parole de Dieu n'est pas de celui qui la lit, ni de celui qui\nl'écoute, mais est de celui qui la met vraiment en œuvre. Des hommes qui ne\nsavaient pas nager, entrèrent dans l'eau pour aider ceux qui se noyaient, et il\narriva qu'ils se noyèrent avec eux. Si tu ne p r e n d s pas soin du salut de ta\npropre âme, comment prendras-tu soin de celle du prochain? E t si tu ne fais\npas bien tes propres affaires, comment feras-tu bien les affaires des autres? Car\nil n'est pas à croire que tu aimes mieux l'âme d'autrui que la tienne.\n   » L e s prédications de la parole de Dieu doivent être la bannière, la lumière\net le miroir du peuple. Bienheureux cet h o m m e qui guide les autres par là.\nvoie du salut, de façon que lui-même ne cesse pas d'aller par cette voie du\nsalut. Bienheureux cet homme qui incite les autres à courir, de façon que lui-\nm ê m e ne laisse pas de courir. Bienheureux davantage celui qui aide les\nautres à gagner et à s'enrichir, de telle façon que lui-même n e laisse pas de\ns'enrichir.\n"}, {"page_pdf": 739, "texte": "  630                                      DURENDAL\n\n\n    » J e dis q u e l e b o n prédicateur s'exhorte et se prêche plus à lui-même, qu'il n e\n fait aux autres. Il me paraît que l'homme qui veut convertir et attirer les âmes\n des p é c h e u r s à la voie de Dieu, doit toujours craindre d'être mâlement per-\n verti par eux et entraîné d a n s la voie des vices et du d é m o n , et de l'enfer. »\n\n\n                 XIV. - CHAPITRE DU BIEN ET DU MAL PARLER\n\n\n\n\n  L\n                  'HOMME qui dit de bonnes paroles, et utiles aux âmes, est vrai-\n                    ment comme la bouche de l'Esprit-Saint ; et l'homme qui dit de\n                    mauvaises paroles, et inutiles, est certainement la b o u c h e du\n                   d é m o n . Q u a n d , parfois, les h o m m e s pieux et spirituels sont assem-\n blés à raisonner ensemble, ils devraient toujours parler de la beauté des vertus,\n afin que les vertus plaisent davantage et que plus de gens se délectent et\n s'exercent en elles, et ainsi leur portent plus g r a n d a m o u r ; et, par cet a m o u r\n et par l'exercice continuel, et par le goût des vertus, ils arriveraient à u n plus\n fervent a m o u r de Dieu et à u n état supérieur d e l'âme, et, p o u r cette raison,\n le Seigneur leur concéderait plus de dons et plus de grâces divines.\n     P l u s l'homme est vicieux, plus il faut lui parler des saintes vertus, car sou-\n vent, pour entendre parler des vices, l'homme tombe par légèreté d a n s les\n œuvres vicieuses. Souvent, par des raisonnements vertueux, l'homme est con-\n duit et disposé aux saintes œuvres des vertus. Mais que dirons-nous du bien\n qui procède des vertus? car il est si grand que nous ne pourrions d i g n e m e n t\nparler de sa g r a n d e excellence, admirable et infinie. E t aussi que d i r o n s - n o u s\nd u mal et de la peine éternelle qui procèdent des vices? Car c'est u n a b î m e si\nprofond qu'il n o u s est incompréhensible et qu'il n o u s est impossible de l'ima-\nginer ou d'en parler. J e n'estime pas qu'il y ait u n e moindre vertu à savoir\nb i e n se taire, qu'à savoir bien parler; et, p o u r cela, il me paraît qu'il faudrait\nq u e l'homme eût le cou long comme la grue, afin que, q u a n d l'homme vou-\ndrait parler, la parole passât par b e a u c o u p de n œ u d s avant d'arriver à la\nb o u c h e ; c'est-à-dire que, q u a n d l'homme voudrait parler, il faudrait qu'il\npensât et repensât, et examinât, et discernât très b i e n et le comment, et le\np o u r q u o i , et le temps et le m o d e , et la condition des a u d i t e u r s , et l'effet,\nl'intention e t le motif de ses paroles.\n\n\n                     XV. - CHAPITRE DE LA PERSÉVÉRANCE\n\n\n\n\nq               UE sert à l'homme de beaucoup jeûner, et prier, et faire l'aumône,\n                 et' de s'affliger lui-même, avec g r a n d e méditation des choses\n                 célestes, s'il ne parvient pas au b i e n h e u r e u x port désiré d u\n                 salut, c'est-à-dire de la b o n n e et ferme persévérance ?\n               Quelquefois, il advient qu'apparaît sur la m e r u n navire très beau et\ngrand, fort et neuf, et plein de richesses, et il arrive que, p a r quelque tempête ou\np a r la faute du timonier, ce navire périt et est s u b m e r g é , et est englouti miséra-\n"}, {"page_pdf": 740, "texte": "                                           I FIORETTI                            631\n\n  blement, et il ne parvient pas au port désiré; et à quoi lui sert toute sa beauté\n  et solidité et richesses, après qu'ainsi, misérablement, il s'est ruiné dans l'abîme\n  de la mer? Et, quelquefois, aussi, apparaît sur la mer quelque navire, petit et\n  vieux, et avec peu de marchandise, ayant un bon et prudent pilote; et il tra-\n  verse la tempête, échappe à l'abîme de la mer et parvient au port désiré :\n ainsi en advient-il aux hommes en cette mer tempétueuse du monde.\n     Et, pour cela, frère Egide disait : — « L'homme devrait toujours trembler,\n bien qu'étant en grande prospérité, en haute puissance, en grande dignité, ou\n en grand état de perfection ; s'il n'a un bon pilote, c'est-à-dire une règle pru-\n dente, il se peut misérablement ruiner dans l'abîme des vices. Et, pour cela,\n au bien-faire il faut surtout la persévérance, car, comme dit l'Apôtre : « Celui-\n là aura la couronne, non qui commence seulement, mais qui persévère jusqu'à\n la fin. »\n     « Quand un arbre naît, il n'est pas de suite grand; et dès qu'il est grand, il ne\ndonne pas de suite de fruit ; et quand il donne des fruits, ceux-ci ne parvien-\nnent pas tous à la bouche du maître de l'arbre, parce que beaucoup tombent à\nterre, se pourrissant et se gâtant, ou sont mangés par les animaux; mais, la\nsaison venue, le maître de l'arbre recueille la majeure partie des fruits. »\n    Le frère Egide dit encore : « Que me servirait de goûter pendant cent\nans le royaume du ciel, si, ne persévérant pas, je n'avais pas bonne fin ? » Et\nil dit encore : « J'estime que deux très grandes grâces et dons de Dieu\nsont, à qui les peut acquérir en cette vie, de persévérer avec amour dans le\nservice de Dieu, et de se garder toujours de tomber en péché. »\n\n\n                    XVI. — CHAPITRE DE LA VRAIE RELIGION\n\n\n\n\n F\n            RÈRE Egide disait, parlant de lui-même : « Je préférerais avoir peu\n              de grâces de Dieu, étant religieux dans la religion (i), plutôt que\n              d'avoir beaucoup de grâces de Dieu, étant séculier et vivant dans\n              le siècle ; parce que dans le siècle il y a beaucoup plus de périls et\nd'obstacles, moins de remèdes et moins de secours qu'il n'y en a dans la\nreligion. »\n   Frère Egide dit encore : — « Il me paraît que l'homme pécheur craint\nplus son b'ien, qu'il ne fait de son dommage et de son mal, car il craint d'entrer\nen religion et de faire pénitence, mais il ne craint pas d'offenser Dieu et son\nâme, en restant dans le siècle dur et obstiné et dans la fange dégoûtante de\nses péchés, en attendant son éternelle damnation finale. »\n   Un homme séculier demanda à frère Egide, disant : — « Père, que me\nconseilles-tu que je fasse, ou que j'entre en religion, ou que je reste dans le\nsiècle,faisant des bonnes œuvres? ». Auquel frère Egide répondit : — « Mon\nfrère, il est certain que si quelque homme besogneux savait un grand trésor\nêtre dans le champ commun, il ne demanderait conseil à personne pour\n\n\n  (1) La religion, c'est-à-dire l'ordre.\n"}, {"page_pdf": 741, "texte": " 632                               DURENDAL\n\n\n  s'assurer qu'il serait bon de le déterrer et de le reporter dans sa maison; com-\n  bien plus l'homme devrait s'étudier et s'apprêter, avec soin et efficacité, à\n  déterrer ce trésor céleste qui se trouve dans les saintes religions et congréga-\n  tions spirituelles, sans demander de tels conseils. » Et ce séculier, entendant\n cette réponse, distribua immédiatement ce qu'il possédait aux pauvres et\n ainsi, dépouillé de toute chose, il entra de suite en religion.\n     Frère Egide disait: — a Beaucoup d'hommes entrent en religion et ne\n changent pas, pourtant, en effet et en œuvres, dans ces choses qui appartien-\n nent air parfait état de la sainte religion; et ceux-là sont semblables à ce\n bû'uvier qui revêt les armes de Roland et ne sait combattre ni joûter avec\n elles. Tout homme ne sait pas chevaucher un cheval rétif et malicieux, et si,\"\n pourtant, il le chevauche, peut-être ne saura-t-il s'empêcher de tomber quand ,\n le cheval courra et se cabrera. »\n     Frère Egide dit encore : « Je n'estime pas grand exploit que l'homme\n sache entrer à la cour du roi; et je n'estime pas non plus grand exploit que\nl'homme sache obtenir quelques grâces ou bienfaits du roi ; mais un grand\nexploit, c'est qu'il sache bien rester et habiter, et converser à la co'ur du roi,\ndiscrètement, selon qu'il convient. La cour du grand roi céleste, c'est la sainte\nreligion, dans laquelle ce n'est pas une peine de savoir entrer, pour recevoir\nles dons et grâces de Dieu; mais le grand exploit est que l'homme sache bien\ny yivre, y converser et y persévérer, discrètement, jusqu'à la mort. »\n    Frère Egide dit encore: « Je préférerais être dans l'état séculier, et\nespérer et désirer continuellement, avec dévotion, d'entrer en religion, plutôt\nque d'être vêtu de l'habit dans la sainte religion, persévérant en paresse et en\nnégligence, sans exercice d'oeuvres vertueuses. Et l'homme religieux devrait,\npour cela, s'efforcer toujours de vivre bien et vertueusement, sachant qu'il ne\npeut vivre dans un autre état que dans sa perfection ? »\n    Frère Egide dit, une fois : « Il me paraît que la religion des frères\nmineurs fut vraiment envoyée par Dieu pour l'utilité et grande édification du\npeuple; mais, malheur à nous, frères, si nous ne sommes pas des hommes tels\nque nous devons être. Il est certain qu'il ne se trouverait en cette vie homme\nplus heureux que nous, parce que celui-là est saint qui suit le saint ; et celui-\nlà est vraiment bon qui va par la voie du bon ; et celui-là est riche qui suit les\ntraces du riche; or, la religion des frères mineurs suit, plus qu'aucune autre\nreligion, les exemples et les traces du meilleur, du plus riche et du plus saint\nqui fut et qui sera, jamais, c'est-à-dire de Notre Seigneur Jésus-Christ. »\n\n\n             XVII. - CHAPITRE DE LA SAINTE OBÉISSANCE\n\n\n\n\nP\n          LUS le religieux reste courbé sous le joug de la sainte obéissance,\n           pour l'amour de Dieu, plus il donnera de fruits de lui-même à\n           Dieu. Et plus il sera assujetti à son supérieur, pour l'honneur de\n           Dieu, plus il sera libre et pur de péchés.\n  Le religieux, vrai obéissant, est semblable au cavalier bien armé et bien à\ncheval qui passe et rompt, sûrement et sans crainte, la troupe de ses ennemis,\n"}, {"page_pdf": 742, "texte": "                                   I FIORETTI                                  631\n\n\n parce qu'aucun d'eux ne peut l'atteindre. Mais celui qui obéit avec murmure\n et par violence est semblable au cavalier désarmé et mal à cheval, qui,\n entrant dans la bataille, sera jeté par terre par ses ennemis, blessé par eux,\n pris, emprisonné ou tué.\n    Le religieux qui veut vivre selon le caprice de sa propre volonté montre\n qu'il veut édifier habitation perpétuelle dans le profond de l'Enfer. Quand le\n bœuf met la tête sous le joug, alors il travaille bien la terre, de sorte qu'elle\n rende bonne récolte en son temps; mais, quand le bœuf se tourne, vagabon-\n dant, la terre reste inculte et sauvage et, à la saison, elle ne rend aucune\nrécolte. Et ainsi, le religieux qui plie la tête sous le joug de l'obéissance rend\n beaucoup de fruits au Seigneur Dieu, en son temps; mais celui qui n'est pas\n obéissant de bon cœ.ur à son prélat, reste stérile et sauvage, et sans fruits de\nsa profession. Les hommes sages et magnanimes baissent promptement, sans\ncrainte et sans doute, la tête sous le joug de la sainte obéissance ; mais les\nhommes insensés et pusillanimes s'étudient à tirer la tête de dessous le joug de\nl'obéissance sainte ; et après, ils ne veulent obéir à aucune créature.\n   Je répute plus grande perfection au serviteur de Dieu d'obéir simplement\nà son prélat, par respect et amour de Dieu, qu'il ne lui serait d'obéir directe-\nment, à Dieu, si Dieu lui commandait ; car celui qui est obéissant à un\nvicaire de Dieu, il est certain qu'il serait obéissant plus vite encore au\nSeigneur même, s'il lui commandait. Il me paraît encore que, si quelque\nhomme avait promis obéissance à un autre, et qu'il eût la grâce de parler avec\nles anges, et qu'il arrivât, qu'étant à causer avec les anges, celui auquel il\navait promis obéissance l'appelât, je dis que, immédiatement, il devrait laisser\nl'entretien avec les anges et courir, et faire l'obéissance, pour l'amour de Dieu.\nCelui qui a mis la tête sous le joug de l'obéissance sainte et puis veut tirer la\ntête de dessous cette obéissance, pour suivre une vie plus parfaite, je dis qu'il\nn'est pas parfait, d'abord, dans l'obéissance, ce qui est signe d'une grande\nsuperbe, qui gît cachée dans son âme.\n   L'obéissance est la voie pour parvenir à tout bien et à toute vertu ; et la\ndésobéissance est la voie de tout mal et de tout vice.\n\n\n\n             XVIII. — CHAPITRE DU SOUVENIR DE LA MORT\n\n\n\n\nS\n          i l'homme avait toujours devant les yeux de l'esprit le souvenir de sa\n            mort et de son dernier jugement éternel, des peines et des tour-\n            ments des âmes damnées, il est certain que jamais ne lui viendrait\n            désir de pécher ni d'offenser Dieu. Mais, s'il était possible que\nquelque homme ait vécu depuis l'origine du monde jusqu'à présent et, en\ntout ce temps, eût soutenu toutes adversités, tribulations, peines, afflictions\net douleurs ; et qu'il mourût et que son âme allât recevoir cet éternel bien\ncéleste : en quoi lui nuirait tout le mal qu'il aurait soutenu au temps passé?\nEt ainsi, semblablement, si l'homme avait eu tout le temps susdit, tout\nbien, délectations, plaisir et consolation du inonde et puis que, mourant,\n"}, {"page_pdf": 743, "texte": "634                               DURENDAL\n\n\n son âme subit ces peines éternelles de l'Enfer, à quoi lui servirait tout le\n bien qu'il aurait reçu au temps passé?\n    Un homme vagabond dit à frère Egide : — « Je te dis que, volontiers, je\n voudrais vivre longtemps en ce monde, et avoir grandes richesses, et abon-\n dance de toutes choses, et je voudrais être très honoré. » Auquel frère Egide\n dit : — « Mon frère, si tu étais seigneur du monde entier et devais y vivre\n mille ans en toute délectation, délices, plaisirs et consolations temporelles,\n dis-moi quelle récompense ou quel mérite tu attendrais de cette tienne misé-\nrable chair, à laquelle tu voudrais réserver tant de plaisirs? Mais je te dis que\nl'homme qui vit bien selon Dieu, qui se garde d'offenser Dieu, recevra de lui\nle bien suprême, infinie récompense éternelle, et grande abondance, et grande\nrichesse, et grand honneur, et longue vie éternelle, dans cette perpétuelle\ngloire céleste, à laquelle nous conduit Notre Seigneur Jésus-Christ. A la\nlouange de Jésus-Christ et du petit pauvre François. Amen. Deo gratias.\n\n\n\n\nICI FINIT LA DOCTRINE ET LES DITS NOTABLES\n              DU FRÈRE ÉGIDE\n\n\n\n                                        Traduction littérale d'ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 744, "texte": "                             LES LIVRES\n\n\n LA POÉSIE :\n L e s E l é v a t i o n s , par JULIEN ROMAN. — (Bruxelles. O. Schepens.)\n    A lire ces poèmes, restes d'une vie qui s'est éteinte, impressions d'un cœur\nqui n e bat plus, et qu'une fidèle amitié, à laquelle il convient de rendre\nh o m m a g e , tint à réunir, je m e sens pénétré de mélancolie. Quel rêve, inter-\nr o m p u froidement, ici-bas, par la mort et continué à jamais par delà le\nt o m b e a u , sanctifie ces p a g e s ! L e s enthousiasmes, les désirs; les désillusions\net les sanglots d'un cœur sont ici, arrêtés dans le frémissement ailé du r y t h m e ,\nsincères, palpitants d'émoi, de tendresse et de souffrance. Ils révèlent u n e âme\naltérée d'amour, de bonté, de vérité, qui battit pour le beau et plus d'une fois\ndut pleurer de n e pouvoir l'exprimer a d é q u a t e m e n t à son rêve ; ils s'efforcent\nencore de t e n d r e vers le vaste ciel de l'idéal leur aile raidie; ils sont l'œuvre\nd'un poète mort à vingt-six ans, en pleine jeunesse, en pleine espérance.\n     Julien R o m a n . Les lecteurs de Durendal doivent se rappeler les poèmes\nq u e signa ce n o m . Quelques-uns de ses vers, d'une pensée élevée et forte,\nd'une forme que le travail eut rendue parfaite, ont certainement attiré jadis\nl'attention. Aujourd'hui, qu'importe la facture u n p e u hésitante, malhabile\nencore de ces strophes? Bien plus, ces imperfections n e les rendent-elles pas\np l u s poignantes, en m o n t r a n t comment la froide mort sait interrompre en\nplein essor des années de travail et d'espérance !\n   J u l i e n R o m a n fut un vrai cœur d e poète, épris de beauté p u r e et saine. Il\neut le culte de son art, qu'il considérait c o m m e u n sacerdoce destiné à guider\nles hommes vers le vrai par le chemin du b e a u . Les vers gravés sur sa tombe\net que je transcris ici, témoignent à la fois de ce noble désir et du talent de\ncelui qui les chanta.\n                Clair déploiement ailé vers le beau ciel natal,\n                L'âme est ressuscité à l'ardente lumière\n                Ayant conquis l'éclat de la splendeur première\n                Par l'accomplissement de son rêve idéal.\n                Elle plane, à l'abri des fantômes du mal\n                Et du joug terrassé de l'obscure matière,\n                Dans sa liberté forte et dans sa gloire entière\n                Avec son entité pour suprême fanal.\n                La durée abolie a détruit la limite,\n                Et tout à coup, parmi la vérité subite,\n                Largement s'est ouvert le portail glorieux.\n"}, {"page_pdf": 745, "texte": " 636                                   DURENDAL\n\n\n                  Sourires, parfums, fleurs ! oh, l'éternelle enfance !\n                  Amour/ L'âme a plongé, de son vol radieux,\n                  Dans l'extase sans fin de la    Toute-Évidence.\n\n   Celui qui parla ainsi ne redoutait pas la mort. Son souvenir restera au cœur\n des jeunes poètes de son temps.\n\n P l a i s i r d ' A m o u r , par THÉODORE MAURER.— (Paris, Edition de la Maison\n   des poètes.)\n    M. Th. Maurer est un poète gracieux et tendre. Il est impossible de lire\n quelques-unes de ses strophes sans être séduit par leur allure souple et\n dégagée,, leur ton franc et de si bon aloi, la légèreté capricieuse de leur\n rythme. Son précédent recueil : les Femmes de Shakspeare, renfermait des\nsonnets d'un art achevé, sûr de soi, comparables presque, — est-il plus bel\n éloge?— aux merveilleux Trophées de J.-M. de Hérédia. Aujourd'hui, il nous\noffre une brassée de fleurs légères, frivoles, langoureuses, parées de toutes les\ncouleurs et exhalant tous les aromes du printemps d'amour. Romances,\nchansons, madrigaux, sonnets y voisinent et se passent vivement le thème sur\nlequel ils brodent tour à tour de délicates variations.\n   Parfois le poète touche les grandes cordes de la lyre et fait vibrer sous ses\ndoigts tremblants des notes plus profondes. Les poèmes dédiés à la plus chère\ntressaillent au frisson d'une âme sincèrement émue. Il s'y trouve de ces beaux\nvers qu'on aime à laisser longuement chanter dans sa pensée — de ceux-là\nqui prouvent que dans la poitrine de l'artiste épris des mots bat un cœur\nvibrant.\n\nL a v i e d é s e r t e , par JEAN DE FOVILLE. — (Paris, Plon.)\n   En des parcs aux allées estompées de brume, parmi les parterres de fleurs\nmourantes, sous la mélancolie des ciels d'automne, un poète chante ici la\nplainte antique et sans cesse renouvelée de l'espoir, du désir et de l'amour.\nSes strophes lentes, émues, un peu monotones se déroulent comme un cor-\ntège de pleureuses. On y admire de beaux vers, palpitants du frisson de\nl'âme, présentant comme des fleurs les mots adorables qui font rêver. Mal-\nheureusement tout cela est encore trop flou, d'une vision imprécise qui fatigue\nà la longue. Le rythme, manquant de netteté, n'étreint pas assez fortement\nla pensée. Mais M. de Foville est un poète, il acquerra les qualités de facture\nqui jusqu'à présent lui font défaut. Je ne serais guère étonné de trouver, d'ici\npeu, son nom sous d'excellents poèmes.\n\nL ' E p o p é e F l a m a n d e , 1 3 0 2 , par EMILE DESPRECHINS. — (Ypres,\n  Callewaert, de Meulenaere.)\n   De fortes strophes héroïques magnifiant avec emphase et solennité les héros\ndes Eperons d'or. Je leur reproche un ton par trop exaspéré et de nombreuses\ndéfaillances. Certes, cela vaut mieux que les cantates officielles, tout en étant\nassez loin de la perfection.\n                                                                     C H . DE S.\n"}, {"page_pdf": 746, "texte": "                                    LES LIVRES                                637\n\n L'ART :\n      O n z e K u n s t . — M. H . de Marez continue dans le numéro de\n  septembre sa belle étude sur l'exposition des Primitifs flamands de Bruges.\n   Cette fois il traite surtout de Memlinc et de Geeraard David.\n      n Cette exposition est bien », dit-il, « la glorification de Memlinc; la plus\n  grande partie de ses œuvres et le maximum de ses chefs-d'œuvre s'y trouvent\n  réunis. »\n      Nous lisons dans le chapitre consacré à Geeraard David : « C'est à James\n   Weale que nous devons la découverte d'un peintre et d'une série de ses pan-\n  neaux authentiques, qui supporte la comparaison avec le grand maître\n  brugeois. Ce peintre s'appelle Geeraard David d'Oudewater. On peut étudier ce\n  maître à l'exposition des Primitifs flamands, dans les plus magnifiques de\n  ses œuvres. »\n     Toute l'étude de M. de Marez est à lire. M. Buschmann l'accompagne de\n  reproductions magnifiques des plus belles œuvres exposées à Bruges. Nous\n  trouvons dans ce numéro, entre autres belles reproductions, celle du maître-\n  tableau de David qui a concentré, je crois, l'admiration des visiteurs de\n  l'exposition, la Vierge avec l'Enfant, entourée d'anges et de vierges, tableau du\n  Musée de Rouen et qui est bien la merveille parmi toutes ces merveilles.\n     Dans l'article suivant, M.1 Ed. Thorn Prikker nous parle de la fabrique de\n  meubles de Zalt-Bommel, en Hollande, connue sous le nom de Onder Sint-\n Maarten (Sous la Tour Saint-Martin). Nous avons rarement lu un article\n aussi intéressant, aussi raisonnable et qui témoignât de tant de jugement\n artistique que le travail de M. Thorn Prikker. Nous en recommandons\n instamment la lecture à tous ceux qui voudraient trouver quelque part de\n vrais meubles artistiques. Ils seront reconnaissants à l'esthète hollandais de\n leur avoir fait connaître la fabrique Onder Sint-Maarten. Tout cet article serait\nà traduire; il dénote une rénovation artistique, du moins en Hollande, que\nles penseurs sérieux ont souhaité en vain depuis longtemps.\n     Dans le troisième article de ce numéro superbe, M. L. Simons s'indigne\ncontre les prétentions des Allemands qui voudraient faire de la Hollande une\nprovince artistique de Gross-Deutschland. M. Simons remercie, — et il a mille\nfois raison ! — pour « l'honneur ». Cet article me plaît énormement.\n    Je constate avec un plaisir croissant que la revue Onze Kunst devient, dans\nnos contrées des Pays-Bas, le labarum de toutes les idées et rénovations\nsaines et réellement artistiques. Dans les nouvelles artistiques, quelques\nparoles émues accompagnent les portraits de deux peintres, un Flamand et\nun Hollandais qui viennent de disparaître du monde, Gust. Van Aise et Taco\nMesdag.\n                                                                          A. C.\n\nE t u d e s e s t h é t i q u e s , par GEORGES LECHALAS. — (Paris, Alcan.)\n   Peu de traités d'esthétique m'ont intéressé autant que celui-ci. Avec une\nréelle compétence et une rare lucidité de pensée et d'expression, l'auteur y,\nétudie quelques-uns des problèmes fondamentaux de l'Art. Après avoir appro-\n"}, {"page_pdf": 747, "texte": " 638                               DURENDAL\n\n\n  fondi la distinction du beau et du laid, il aborde résolument cette redoutable\n question, véritable crux philosophorum, de la définition de l'Art. Il recherche\n ensuite les rapports entre l'Art et la Nature, s'aidant des travaux de Fromentin\n et de Taine et cherchant dans les grands chefs-d'œuvre de la peinture la\n vérification de ses théories. Le chapitre : l'Art et les Mathématiques lui permet\n d'exposer et de discuter la très intéressante et originale théorie des coloris\n d'un prêtre belge, guère connu chez nous, l'abbé de Lescluze. Passant aux\n problèmes de la suggestion dans l'Art et des affinités et associations des divers\n arts, il expose avec beaucoup de clarté ces questions complexes, sur lesquelles\n tant de travaux signés de noms illustres ne sont point parvenus encore à\nrépandre la lumière complète. A propos de l'Art et la Curiosité, il écrit des\npages bien instructives sur la couleur locale au théâtre et en peinture. Enfin,\nil combat vivementl'opinion de Brunetière sur l'Art et la Morale et termine en\nindiquant de façon éloquente la grandeur de la mission de l'artiste qui suit la\nvoie du véritable idéal.\n    Philosophe spiritualiste au sens le plus pur du mot, M. Lechalas aime avec\npassion les grandes choses dont il parle. C'est là le secret du charme exercé\npar son livre, savant sans sécheresse, didactique sans monotonie, sincère et\nconvaincu avant tout.\n\nD u b e a u . — E s s a i sur le s e n t i m e n t de l'art, par LUCIEN BRAY.\n   — (Paris, Alcan.)\n    Cette étude intéressante offre une explication nouvelle et originale du\nsentiment de l'Art. Je lui reproche de vouloir trop souvent justifier, par des\narguments puisés dans l'ordre matériel des choses, une série de phénomènes\nqui, plus que tous les autres, révèlent l'existence de l'Ame indivisible et spiri-\ntuelle. L'impossibilité où la science se trouve acculée, devant l'écart formi-\ndable qui sépare le cri de la brute des sublimes harmonies d'un Wagner\n(l'exemple est fourni et bien mis en relief par l'auteur lui-même) provient de\nce qu'elle ignore ou feint d'ignorer l'esprit, forme suprême et décisive de la\nvie, qui ramène la création à sa source divine en la concevant.\n                                                                    CH. DE S.\n\nP r o m e n a d e m é t h o d i q u e d a n s le M u s é e d'Art m o n u m e n -\n   tal, par HENRY ROUSSEAU, conservateur-adjoint des Musées royaux du\n   Cinquantenaire. — (Victor Chevalier, Court-St-Etienne (Brabant.)\n   Plus de deux cents personnes ont pris part aux conférences-promenades\ndans les Musées royaux du Cinquantenaire, organisées par l'oeuvre de\nl'Extension universitaire de Belgique; nombre d'entre elles ont exprimé le\nregret de ne pouvoir en conserver que des notes trop succinctes, hâtivement\nprises au vol de la causerie.\n   En vue de répondre, au moins en partie, à leurs desiderata, M. Rousseau\nvient de publier la Promenade méthodique dans le Musée d'Art monumental.\n   N'ayant plus à se préoccuper de rester dans les limites de temps fixées ni\nd'éviter les salles trop petites pour contenir lès nombreux auditeurs, l'auteur\na pu donner plus d'extension à ce travail, le rendre quelque peu plus didac-\n"}, {"page_pdf": 748, "texte": "                                   LES LIVRES                                639\n\n tique en l'étendant à l'examen comparatif d'un plus grand nombre d'objets\n — sans toutefois dépasser le cadre d'une simple causerie.\n    Les personnes qui désirent compléter leurs notes — ou refaire à l'aise la\n visite de la Section d'art monumental trouveront au vestiaire des Musées la\n Promenade méthodique, avec un plan et deux gravures, au prix de 1 franc, ou,\n en s'adressant à l'éditeur, la recevront franco contre remboursement\n de fr. 1.25.\n                                                                       MOSCA.\n DIVERS :\n San Francesco d'Assisi oriundo dai Moriconi di Lucca,\n     par le R. P . MARCELLINO DA CIVEZZA, 1 vol. in-8°. — (Firenze, Arturo\n     Venturi.)\n     On connaît l'autorité qui s'attache au nom du R. P . Marcellino da Civezza\n  en tout ce qui. touche l'histoire franciscaine. Il appartient, de même que son\n  cher compagnon d'études, le R. P . Teofilo Domenichelli, à l'Ordre de saint\n  François, et l'un et l'autre ils consacrent tout leur fructueux labeur à la glori-\n  fication du Père Séraphique et à l'élucidation méthodique des points obscurs\n  de sa vie.\n     Ils nous ont donné ensemble, on se le rappelle, le texte restauré par leurs\n  soins de la Légende des trois compagnons; aujourd'hui, le R. P . Marcellino étudie\n  la question de l'ascendance paternelle de François et rassemble en un faisceau\n habile toutes les preuves que l'on peut alléguer pour attribuer à la famille du\n  saint une origine lucquoise.\n     Il serait issu de la famille noble des Moriconi qui, appartenant à ce patriciat\n dont les membres, ne considérant point le commerce comme une déchéance,\n allaient, comme le père de saint François, fonder des comptoirs en d'autres\n cités ou même à l'étranger.\n     Pour associer le fidèle collaborateur de ses travaux à ce volume qui ne porte\n que son nom, le R. P . Marcellino donne de longs extraits de la belle et pro-\n fonde étude que le R. P . Teofilo a écrite sur le fondateur de l'ordre mineur.\n     Le volume est complété enfin par un florilège franciscain où, à la suite des\n noms de l'Alighieri, de Jacopone de Todi et de Lopez de Vega, on rencontre\n celui d'un frère mineur, le R. P . Francesco Frediani. A l'exemple de Chavin\n de Malan, le R. P . Marcellino a essayé de dresser une liste des artistes qui ont\nconsacré leur génie à l'illustration de la vie du poverello. Elle est longue, mais\nforcément incomplète, et ne comprend que des artistes italiens et espagnols.\n    Un inventaire analogue pour les écoles du nord mentionnerait, sans aucun\ndoute, les noms des plus illustres de nos peintres. A l'exposition des Primi-\ntifs, à Bruges, il n'y avait pas moins de trois représentations de l'impression des\nstigmates, attribuées à Gérard David, Patenier et Henri Bles. Un très beau\npanneau qui y figurait également : Saint François renonçant au monde reproduit\ncette scène célèbre telle que l'a imaginée Giotto à S. Croce et dans l'église\nsupérieure d'Assise. L'œuvre flamande pleine de grâce et d'émotion est\nassignée à Mabuse, sans autre raison, peut-être, que le séjour de ce peintre en\nItalie. M. Hulin dans une étude publiée par Leven en Kunst veut en reporter\nl'honneur à Jean Provost.\n                                                                           A. G.\n"}, {"page_pdf": 749, "texte": "  640                                DURENDAL\n\n\n\n  L e B o v a r y s m e , par JULES DE GAULTIER (Paris, Mercure de France.)\n      De tous les écrivains qui se plaisent encore à rechercher des solutions aux\n  délicats problèmes de la métaphysique et de la psychologie, il n'en est guère\n  de plus averti que M. Jules de Gaultier. Les deux ouvrages qu'il a publiés :\n  De Kant à Nietzche et le Bovarysme prouvent d'une façon péremptoire la science\n  et l'originalité de son esprit.\n     D.'une étude approfondie des personnages de l'œuvre de Flaubert, et en\n  particulier du caractère de Mme Bovary, l'héroïne d'un de ses plus-incontes-\n tables chefs-d'œuvre, M. de Gaultier a déduit que tous les types créés par le\n grand romancier souffrent d'une même maladie morale, que tous sont atteints\n d'une tare, — à première vue étrange — qui consiste en ce qu'ils ont la faculté\n de s'illusionner sur leur être personnel, de se croire d'autres aptitudes que les\n leurs propres, de s'imaginer différents de ce qu'ils sont en réalité. C'est cette\n faculté que M. de Gaultier a dénommée le Bovarysme.\n     Constaté dans une intuition d'art, et par conséquent conforme à la vérité,\n ce curieux pouvoir de déformation peut être étendu à l'homme en général,\n considéré en tant qu'individu ou collectivité. Ainsi universalisée, la faculté\n de se concevoir autre apparaît comme une maladie de la personnalité humaine.\n Mais ici, les théories particulières à l'auteur interviennent bien à propos pour\n changer le caractère, à première vue pathologique, du bovarysme. Si la vérité,\n comme il entend le prouver, n'est qu'un perpétuel devenir, la faculté de se\n concevoir autre est le mode par quoi ce devenir se manifeste chez l'homme.\n Elle est donc saine, utile, nécessaire.\n    Pour nous, qui croyons en la stabilité éternelle du vrai et la possibilité\npour l'intelligence de découvrir l'être réel des choses, la faculté de se conce-\nvoir autre apparaît sous un jour un tant soit peu différent. Nous y voyons, à\nla fois, l'indice certain de l'insatiabilité de notre désir de connaître et de nous\naffirmer à nous-mêmes, et la preuve que ce désir n'est pas vain et se réalisera\npeut-être un jour. Si tout homme s'illusionne sur sa personnalité, c'est parce\nqu'il la souhaite meilleure qu'elle n'est. Le désir du mieux est dans le sang de\nl'humanité. Il n'y a aucune faute dans le fait de s'y abandonner; seulement, il\nfaut agir avec sagesse, ne pas compromettre des aptitudes propres et invé-\ntérées en cultivant le vain espoir d'un but chimérique.\n    Il y a donc un bon et un mauvais bovarysme. Si nous n'admettons pas\ntoujours l'explication que l'auteur en donne, nous souscrivons entièrement à\nla distinction qu'il établit entre les deux, et nous recommandons vivement\nson livre aux lecteurs curieux d'études philosophiques.\n                                                                   C H . DE S.\n\nLe Journal d ' u n P e s t i f é r é ,par Léon HENNEBICQ. — (Bruxelles,\n   Larcier.)\n  Vous vous souvenez sans doute de la triste aventure du paquebot Sénégal\nqui, au mois de septembre de l'année dernière, devait conduire à Rhodes, et\nde là dans l'île de Chypre, en Syrie, en Palestine et en Egypte, la treizième\nexcursion organisée par la Revue générale des Sciences. Parti de Marseille, le\n14 septembre, le bateau, arrivé en vue des îles Lipari, virait de bord après\n"}, {"page_pdf": 750, "texte": "                                    LES LIVRES                                  64I\n\n\n  trois jours de mer, et les passagers stupéfaits apprenaient que la peste était à\n  bord et qu'au lieu des splendeurs de l'Orient, ils allaient goûter les douceurs\n  d'un séjour au lazaret du Frioul. Ils y restèrent, en effet, cloîtrés pendant\n toute une semaine, et ce n'est qu'à la suite de démarches multiples qu'ils\n purent s'évader, le 27 septembre, de leur prison sanitaire. La croisière avait\n pris fin !\n     M. Hennebicq, qui était l'un des seize « pestiférés n belges embarqués à\n bord du Sénégal, a raconté en un petit livre charmant d'intimité et de bon-\n homie les péripéties de ce fâcheux voyage. L'auteur qui aime à surprendre\n le secret des contrées lointaines, nous avait donné l'année dernière, après\n avoir parcouru la Grèce et la Sicile, un gros, volume documenté et plein de\n faits (1); je ne sais si je ne lui préfère pas ce Journal d'un Pestiféré écrit d'une\n plume alerte, spirituelle et sans pose aucune. Pas d'érudition cette fois, mais\n beaucoup de bonne humeur et de sincérité, — sincérité envers les autres,\nsincérité envers soi-même. Sur ses compagnons d'infortune, leurs qualités et\nleurs travers caractéristiques, sur les mille incidents d'une vie en commun\ndans une salle d'hôpital ou sur un pont de navire, M. Hennebicq a écrit des\npages de très fine psychologie ; mais l'existence monotone et cloîtrée du\nlazaret, au pied de la statue de Notre-Dame de la Garde, lui a inspiré des\npensées plus graves, qu'on ne peut lire sans émotion. Et c'est cet accent très\npersonnel qui fait le charme de ce petit livre et qui le différencie des habi-\ntuels journaux de voyage. J'espère que M. Hennebicq ne m'en voudra pas\ntrop d'avoir tant tardé à parler du Journal d'un Pestiféré : ces pages ont plus\nqu'un intérêt d'actualité, on peut les relire et les méditer.\n                                                                            C. G.\n\nHistoire des croyances, superstitions, mœurs, usages et\n   c o u t u m e s , par FERNAND NICOLAIJ, 3 vol. — (Paris, Retaux.)\n   Très documenté, écrit avec science et conviction, cet ouvrage renferme\nune multitude de détails sur les institutions religieuses, morales et judiciaires\nde toutes les époques. Rien n'a échappé à l'investigation de l'auteur, qui\nsait d'un ensemble de faits tirer des lois générales.\n   Les plus intéressants chapitres sont ceux consacrés à rechercher l'idée de\nDieu chez les peuples sauvages et dans les civilisations antiques, et à retracer\nla physionomie des institutions judiciaires. Les pages sur les cérémonies\nmatrimoniales sont pleines de curieux détails, comme aussi celles sur l'évo-\nlution du luxe.\n   Cet ouvrage rendra service aux lecteurs curieux d'études historiques et\nmorales.\n                                                                   CH. DE S.\n\n\n\n\n (I) Voir Durendal, 1901, p. 705.\n"}, {"page_pdf": 751, "texte": "                           NOTULES\n\n\n       La rédaction de D U R E N DAL dépose un très\n    respectueux souvenir sur la tombe de MARIE-\n    H E N R I E T T E DE B E L G I Q U E , doublement\n    sacrée par la Royauté et par la Douleur.\n      Au milieu de sa vie toute de devoirs et\n    d'épreuves, la seconde R E I N E DES B E L G E S\n    pratiqua le culte des Arts et l'encouragea par une\n    protection aussi éclairée que délicate.\n      Elle suivait avec une vive attention le mouve-\n    ment littéraire belge et notre revue eut depuis\n    plusieurs années l'honneur de la compter parmi\n    ses abonnés.\n\n                                      ***\n    L ' A r t e t l e C l e r g é . — Sous ce titre André Hallays a publié dans le\nJournal des Débats un article qui, hélas ! pourrait s'appliquer à la Belgique\naussi. En voici un extrait :\n   « M. le curé de Saint-Gervais vient de chasser la Compagnie de chanteurs\nqui avaient donné à son église un grand renom artistique. Si c'était simple-\nment la fantaisie d'un ecclésiastique plus ami de Massenet que de Palestrina,\nil serait inutile de s'y arrêter. Mais il suffit d'ouvrir les yeux et les oreilles\npour reconnaître que l'esthétique de M. le curé de Saint-Gervais est en grand\nhonneur dans l'Eglise d'aujourd'hui. Cette mesure inconcevable est donc une\nbonne occasion de signaler à quelle misère le goût détestable du clergé a\nréduit l'art sacré.\n   » Je ne veux pas que l'on m'accuse de trop généraliser. Je sais que, soit\ndans l'épiscopat, soit dans le clergé, soit dans les congrégations, certains\nhommes voient avec une grande tristesse cet abaissement du goût et tâchent\nd'y porter remède; non seulement eux-mêmes sont choqués des choses sans\nnom qu'on leur fait voir ou écouter dans leurs églises, mais ils estiment\n"}, {"page_pdf": 752, "texte": "                                   NOTULES                                  643\n\n aussi que tant de vulgarités et de médiocrités dégradent la religion, que l'on\n fait ainsi du culte divin un scandaleux mélange de basse idolâtrie et de\n dégoûtante sensiblerie, et que, peu à peu, on incline les imaginations déli-\n cates à souhaiter des temples nus et silencieux. J'indiquerai les efforts de ces\n catholiques. Mais ils n'ont pour eux ni le nombre, ni l'influence; et pour le\n moment, le plus efficace moyen de les seconder est de dénoncer sans relâche\n l'abominable esprit qui règne autour d'eux.\n     » N'insistons pas sur l'architecture religieuse de notre temps; elle ne peut\n presque rien nous apprendre sur le goût du clergé français.\n     » Pour le connaître, il faut pénétrer dans une église, soit ancienne, soit\n moderne, où le culte est célébré. Ce que nous y rencontrons est significatif,\n déplorablement significatif. Peinture, sculpture, musique, tout y est de\n même ordre et de même valeur et tout y est au-dessous du pire.\n    » Les ecclésiastiques ont deux façons d'exercer leur malfaisance dans\n l'intérieur de l'église. D'ailleurs, le plus souvent ils usent tour à tour des\n deux procédés dont le premier consiste à détruire et le second à « embellir».\n    » Ils ont, pour détruire, des raisons très diverses. Tantôt ils enlèvent de\n l'église un objet d'art afin de le vendre et augmenter les ressources de la\n fabrique. Tantôt ils transforment une partie de l'église pour satisfaire leur\n propre fantaisie archéologique ou le caprice d'un paroissien.\n    » Cela, du reste, n'est point encore la pire et la plus coupable des bar-\n baries. Parfois, on peut trouver un prétexte à ces dégradations : les paroisses\n ne sont pas riches ; les hommes sont ignorants ; et pour se disculper de\n certaines restaurations téméraires, qu'ils ont exécutées dans leurs églises, de\n pauvres curés de campagne pourraient alléguer l'exemple que leur ont\ndonné ailleurs des architectes illustres. Mais l'inexcusable, c'est la statuaire\n et l'imagerie dont le clergé encombre ses églises.\n    » Pour être édifié sur ce chapitre, il suffit de s'arrêter aux devantures des\nboutiques du quartier Saint-Sulpice où sont exposé les types les plus hideux\nde ces sortes de productions. C'est là qu'on voit tous les Sacrés-Cœurs, tous\nles Christ blonds, fadasses, bonasses et bellâtres, offrant à la\" dévotion des\nfidèles l'image d'une pièce anatomique, d'un viscère imité avec le réalisme\nle plus inconvenant; toutes les Vierges aux yeux bleus démesurés, vêtues\nd'azur et éperdues de niaiserie; tous les anges aux visages roses, aux\nregards mouillés; toutes les gesticulations d'extase et de pathétique fami-\nlières aux acteurs d'un théâtre forain, toutes les laideurs du vérisme le plus\ngrossier et toutes les vulgarités du sentimentalisme le plus sot. Et les invrai-\nsemblables statues des saints à la mode! Saint Hubert botté de brodequins\nchamois, avec sa barbe bien taillée et ses moustaches en croc, pareil à un\nténorino d'opéra qui aurait posé pour l'enseigne d'un coiffeur! et, surtout,\nl'inévitable saint Antoine de Padoue, l'air d'un jeune sacristain benêt, qui\npresse des lis sur sa poitrine, tandis que, sur son livre de prière sautille un\nEnfant Jésus, monstre de difformité !\n    » Et n'allez pas dire que ces horreurs vont orner des églises lointaines et\nexotiques! On les retrouve dans toutes les églises de Paris. Elles pénètrent et\ns'installent partout. Quel est le curé qui a eu le courage d'exiler de son\néglise la statue coloriée de saint Antoine de Padoue?\n"}, {"page_pdf": 753, "texte": " 644                               DURENDAL\n\n\n      » Le goût de cette misérable camelote (je n'ai rien dit des chemins de\n   croix néfastes, des orfèvreries de pacotille, des bouquets de fleurs artifi-\n   cielles, des grottes de Lourdes, etc.) et le mépris des œuvres d'art d'autre-\n   fois sont, du reste, les deux symptômes de la même aberration. Il faut\n   détester ceci pour aimer cela. Lorsqu'on sent le prix et la beauté d'un\n   chapiteau du moyen âge, d'une frise ornementale de la Renaissance ou d'une\n   boiserie sculptée du dix-huitième siècle, il est impossible que l'on ne sente\n  pas aussi toute l'infamie des produits de l'industrie moderne. L'essentiel est\n   donc d'éveiller dans le clergé, sinon le goût, du moins le respect des belles\n  choses.\n      » C'est là ce qu'ont très bien compris plusieurs des évêques de France.\n   Mais il faut reconnaître que leur bonne volonté a été mal récompensée.\n      » Quant à la musique que l'on entend dans les églises ainsi dévastées ou\n   « embellies », elle trahit la même passion de la vulgarité, le même dédain\n  des traditions, le même mépris de toutes les convenances,\n      » L'Eglise catholique possède un trésor de musique incomparable. C'est\n  d'abord son chant liturgique, à la fois la plus touchante et la plus expressive\n  des musiques, si l'on consent à l'exécuter dans toute sa pureté, et rien n'est\n  plus facile depuis les grands travaux des moines de Solesmes. C'est ensuite\n l'admirable répertoire des maîtres du seizième siècle. Et personne ne songe à\n  refuser à la musique moderne l'accès du sanctuaire, si, religieuse d'inspira-\n  tion, elle se soumet docilement aux lois de la liturgie, si elle laisse la\n  louange divine aux seules voix humaines et n'introduit pas sous les voûtes\n  du temple le scandale des virtuoses et le tumulte des orchestres.\n     » Or, aujourd'hui, presque partout, le chant grégorien est hurlé, braillé\n  ou bafouillé par des chantres ignorants. Les motets et les messes des Pales-\n trina et des Vittoria sont tenus en suspicion. La musique de théâtre est seule\n en honneur. On entend aux offices des virtuoses et des orchestres. Si\n quelqu'un s'avise de vouloir mettre un terme à ces abus, il est bien vite la\n victime de la coalition que forment contre lui les croque-notes de sacristie,\n les abbés violonistes, les abbés pianistes et les curés qui croient politique\n d'installer dans leur église une succursale de l'Opéra.\n     » La mésaventure des chanteurs de Saint-Gervais démontre combien le\n mal est profond et combien sont puissants les partisans de la messe en cava-\n tine. On a donné de leur expulsion de Saint-Gervais un prétexte qui —\n soyons courtois — manque de sincérité.\n     » La vraie raison, celle que l'on ne peut avouer, c'est qu'à l'art vraiment\nreligieux on préfère qu'il s'agisse de statuaire ou de musique, un je ne sais\nquoi innomable qui flatte à la fois la dévotion et la sensualité. La vraie\nraison, c'est celle qui a poussé le curé de la Trinité à mettre à la porte de\nson église M. Guilmant, le plus noble et le plus illustre des organistes\nfrançais ; c'est celle qui inspire le curé de la Madeleine, quand il exige de son\nmaître de chapelle l'exécution du Rtgina cœli du Père Lambillotte, cantique\nsaugrenu qui ressemble à une chanson de régiment et qu'il adresse ce\nreproche bouffon à son organiste : « Je vous prie de rétablir l'usage tradi-\ntionnel dans l'Eglise de France, qui est de faire le tonnerre et le vent à la\nmesse de la Pentecôte. »\n"}, {"page_pdf": 754, "texte": "                                        NOTULES                                        645\n\n   » C'est enfin la m ê m e raison qui décide tant de maîtres de chapelle à\naffubler les textes sacrés de mélodies incongrues, à faire chanter des motets\nsur des thèmes de Lohengrin, l'Hoec dies de P â q u e s sur l'air de la marche des\npèlerins d e Tannhâuser, YAgnus Dei sur un motif de l'Artésienne et à composer\nde pitoyables arrangements symphoniques comme celui que l'on jouait, il y\na trois j o u r s , dans u n e église de P a r i s : la marche funèbre de Chopin pour\norgue, h a r p e et clarinette. »\n\n\n   Extension universitaire pour les femmes à Anvers. —\nP r o g r a m m e des cours de la sixième année 1902-1903 :\n    E T H N O G R A P H I E . — Professeur : le R . P . VAN DEN GHEYN. I. L'anti-\nquité et l'état primitif de l'humanité. — I I . Les langues. — I I I . L'écriture.\n— I V . L a vie matérielle dans les anciennes civilisations. — V. Les religions\nprimitives. — V I . Origines et développements de la vie familiale.\n    L e s mercredis 5, 12, 19, 26 novembre, 3 et 10 décembre 1902, de 3 h. 1/2\nà 4 h . 1/2.\n    S C I E N C E S S O C I A L E S . — Professeur : M. BRANTS, de l'Université de\nL o u v a i n . Tableau des écoles sociales contemporaines : I. E t a t général de la contro-\nverse a u point de vue économique et social. — I I . L'école individualiste de\nla liberté. — I I I . L e socialisme. — IV. L e s historiens. — V. L e s groupes\ncatholiques. — V I . L e s tendances diverses dans les pays germaniques et\nen F r a n c e .\n    Les vendredis 7, 14, 2 1 , 28 novembre, 5 et 12 décembre 1902, de\n3 à 4 heures.\n    M U S I Q U E . — Professeur : M. WALLNER, de Bruxelles. I. Schubert.\n— I I . W e b e r et Mendelssohn.— I I I . S c h u m a n n . — IV. Chopin et Liszt. —\nV. B r a h m s et Robert F r a n z . — V I . Russes, Scandinaves, F r a n ç a i s , Belges.\n   L e s samedis 13 et 20 décembre 1902, 10, 17, 24, 31 janvier 1903, de\n3 heures à 4 h. 1/2.\n   L ' A L L E M A G N E D E P U I S 1870. — Professeur : M. VLIEBERGH. — Ce\ncours se d o n n e en flamand.\n   L e s 8, 15, 22, 29 janvier, 5 et 12 février 1903, de 3 à 4 heures.\n   P H I L O S O P H I E . — Professeur : M. F . DESCHAMPS, de Bruxelles. Le\nmouvement des idées en Angleterre et en France au dix-huitilme siècle. Introduction :\nL e scepticisme érudit, Pierre Bayle. — Angleterre : L a philosophie générale :\nL o c k e . Berckeley. H u m e . — Les controverses religieuses : L e déisme. L a\nreligion naturelle. L a morale naturelle. Les théories politiques. France :\nMontesquieu. Voltaire. L'Encyclopédie. — L e s physiocrates : Rousseau.\nL e s théories sensualistes.\n   L e s lundis 12, 19, 26 janvier, 2, 9 et 16 février 1903, de 3 h. 1/2 à 4 h. 1/2.\n   B O T A N I Q U E . — Professeur : M. BOUILLOT, directeur de l'Ecole de\nVilvorde.\n   Les samedis 7, 14, 2 1 , 28 février, 7, 14 mars 1903, de 3 à 4 heures.\n   L I T T E R A T U R E A N G L A I S E . — Professeur : M. A. W . POWELL,\nM. A . Cambridge. De quelques conséquences de la révolution française en Angleterre :\nNewman — Carlyle — Ruskin. — Ce cours se d o n n e en anglais.\n"}, {"page_pdf": 755, "texte": "  646                               DURENDAL\n\n\n    Les jeudis 19, 26 février, 5, 12, 19, 26 mars 1903, de 3 h. 1/2 à 4 h. 1/2.\n    L I T T É R A T U R E FRANÇAISE. — Professeur : M. le chanoine\n LECIGNE, des Facultés catholiques de Lille. Quelques femmes de lettres au\n dix-neuvième siècle : I. Mme de Staël. — II. Mme Swetchine. — III et IV. George\n Sand. — V. La mère d'un poète : Mme de Lamartine. — VI. Mme Séverine.\n    Les lundis 2, 9, 16, 23, 30 mars, 6 avril 1903, de 3 à 4 heures.\n    Les cours se donneront à la salle Anthonis, rue d'Arenberg, 27, où l'on\n prendra les inscriptions les vendredi 24, lundi 27, mercredi 29 octobre, de\n 2 à 4 heures.\n    Les droits sont : 15 francs pour un seul cours; 5o francs pour la totalité\n des cours; 60 francs pour une carte de famille.\n    Les personnes étrangères à la ville seront admises moyennant une carte\n d'entrée de 3 francs par conférence.\n                                        ***\n     A u T h é â t r e d e l a M o n n a i e r a eu lieu, lundi 29 septembre, la\n  reprise de Lohengrin. \" L'œuvre wagnérienne a bénéficié d'une interprétation\n  absolument captivante; dès le prélude, fort bien enlevé par l'orchestre, sous\n  la direction de M. Sylvain Dupuis, à qui une ovation a été faite, on s'était\n  aperçu d'une mise au point tout à fait soignée.\n     » Mlle Friche prêtait sa grâce séduisante et sa jolie voix au rôle d'Eisa. Elle\n  en a fait une réalisation intéressante, plus complète toutefois au point de vue\n vocal qu'au point de vue dramatique. Elle a mis un charme délicieux dans\n toute la première partie du deuxième acte, dans la scène avec Ortrude. Ce\n dernier rôle a été repris par M me Bas,tien, qui y a retrouvé son succès de l'an\n dernier. L'artiste possède merveilleusement la plastique de l'héroïne, et elle\n a joué d'une façon saisissante la grande scène avec Telramund. Lohengrin\n est un des meilleurs rôles de M. Dalmorès; il y est élégant à souhait et le\n compose en artiste. Son organe est bien adapté aux récits un peu aériens et\n séraphiques du Chevalier au cygne; il les a chantés avec une poésie émue et\n impressionante. M. Dangès a confirmé dans Telramund les excellentes\n qualités dont il a déjà donné de multiples preuves ; voix bien timbrée, jeu\n expressif, belle diction; bref, un artiste très adroit, que seconde une pres-\n tance très distinguée. M. Viaud, fort bien dans les appels du Héraut, et\n M. Bourgeois, en possession de ses moyens dans le rôle du roi Henri, com-\nplétaient la distribution. Les applaudissements n'ont manqué ni aux uns ni\naux autres.\n    » Les chœurs ont marché et évolué avec entrain et la mise en scène du\npremier acte a été complètement remaniée.\n    » Il y avait foule comme aux plus beaux soirs du Crépuscule.\n    » Vendredi 3 octobre, on a repris Hânsel et Gretel, débarrassé des lourdeurs\net des trivialités des exécutions antérieures. Sous la direction de Sylvain\nDupuis, l'orchestre, en particulier, a été exquis de légèreté et de\nsouplesse d'un bout à l'autre de cette partition extrêmement difficile et vétil-\nleuse. Les deux protagonistes de l'ouvrage : Haensel-Maubourg et Gretel-\nEyreams, ont, de leur côté, ravi l'auditoire par leur espièglerie, leur grâce\n"}, {"page_pdf": 756, "texte": "                                       NOTULES                                      647\n\njeune et a i m a b l e ; ils ont été très bien secondés p a r M m e Bastien et\n M. Dangès, u n couple paternel très réussi, et M l l e Rival, u n e fée Grignotte\nbien à son affaire et terrible à plaisir. Bref, ensemble extrêmement soigné à\ntous les points de vue. Quel joli spectacle q u e ce conte enfantin, naïf, plein\nd ' h u m o u r et tendrement poétique ! Comme il nous repose des banalités de\nl'éternel vaudeville, à quiproquos et à querelles jalouses, dont s'alimente\npresque exclusivement l'opéra-comique ! L e premier acte tout entier et\nl'exquise scène des enfants perdus dans le bois, auxquels apparaissent les\nanges gardiens, restent u n e des choses les plus originales et les plus char-\nmantes qu'ait produites le théâtre moderne.\n     » O n travaille activement à la Fiancée de la mer, qui passera vraisemblable-\nment vers le 15 de ce mois. M. Jan Blockx a présidé vendredi et samedi à la\nlecture de sa partition à l'orchestre, et il a été à cette occasion l'objet d'une\ntrès chaleureuse ovation de tous les exécutants. » (Guide musical.)\n                                           *\n                                          * *\n   L ' E t r a n g e r , de VINCENT D'INDY, sera prochainement représenté à\nBruxelles, a u théâtre de la Monnaie, dans le courant de novembre ou décem-\nbre. U n petit opéra comique, œuvre de jeunesse du même artiste : Attendez-\nmoi sous l'orme, sera joué également à cette occasion.\n                                           *\n                                          * *\n   Le rOI A r t h u r , drame lyrique d u jeune et regretté compositeur\nE R N E S T CHAUSSON, sera exécuté au théâtre de la Monnaie au mois de février.\n                                          ***\n   C h a r l e s B o r d e s , le directeur d e s Chanteurs de Saint-Gervais,   publiera\nprochainement un d r a m e lyrique intitulé : Les Trois Vagues.\n                                          ***\n  Ecole de musique et de déclamation d'Ixelles, 53, rue\nd'Orléans, Directeur-fondateur : H E N R I THIÉBAUT.\n   L a réouverture des cours a u r a lieu le jeudi 16 octobre.\n   L'enseignement comprend : le Solfège (tous les degrés), le Chant\nd'ensemble, le Chant individuel. l'Interprétation vocale, l'Harmonie et la composition,\nl'Histoire de la musique et haute théorie musicale, l'Histoire de la littérature, la\nDiction et la Déclamation, le Piano (tous les degrés), le Piano d'ensemble et la\nlecture à vue à 2, 4, 6 et 8 mains.\n   P o u r les inscriptions et renseignements, s'adresser a u local, à partir du\n21 septembre, le dimanche de 9 à 12 heures et le jeudi de 2 à 4 heures.\n                                           *\n                                          * *\n     M . C h o m é a choisi, cette année, pour sujets de ses conférences-lec-\ntures a u Conservatoire : les œuvres de L a m a r t i n e , de Vigny, Gautier, de\nBanville, Flaubert et Maeterlinck. Ces conférences auront lieu à partir du\n21 octobre, le mardi, à 4 h . 1/4, au Conservatoire. S'adresser pour les\na b o n n e m e n t s , rue de la R é g e n c e , 3 0 a .\n                                          * ••\n"}, {"page_pdf": 757, "texte": "648                                       DÜRÉNDAL\n\n\n    S a l o n d e G a n d . — L ' E t a t a acheté a u Salon de Gand : le Portrait de\nfemme, de A. Browrt et le Portrait de ma mire, d e R . Ménard. Q u a n t aux peintres\n belges, elle a acheté le Canal et Lever de lune, d e M. G. B u y s s e ; le Combat de\n chevaux, d e J . D e l v i n ; les Pêcheurs attendant la marée, d e F . W i l l a e r t ; le Por-\n trait de ma mère, d e A . B a s t i e n ; la Vague, d e M. B l i c k ; En Campine; Avril, d e\n P . Mathieu; Nature morte, de J . E n s o r ; Friperie, de D e B r u y c k e r ; le Dindon,\n de A . R o n n e r ; Azalées et violettes, de De B i è v r e . P o u r ce qui concerne la sculpture\n l'Etat a acheté : l'Hommage, d e Ch. Samuel et le Buste de Lequime, de L a g a e .\n    L a ville de G a n d a acheté les admirables Bustes du Roi et de la Reine, d o n t\n nous avons d o n n é u n e r e p r o d u c t i o n d a n s Durendal,              d e notre a m i\n T h . Vinçotte.\n                                               ***\n   L e L a b e u r a ouvert son cinquième salon, samedi 4 octobre, a u Musée\nm o d e r n e . Cette exposition est ouverte j u s q u ' a u 3o octobre. N o u s en r e n d r o n s\ncompte p r o c h a i n e m e n t .\n                                               ***\n  A u C e r c l e a r t i s t i q u e ; Quatrième salon d e l'exposition belge d e\nphotographie. Clôture le 19 octobre.\n\n\n   La bibliothèque française de Téhéran. — Notre collabora-\nteur José Hennebicq nous prie de signaler à nos collaborateurs et en géné-\nral à tous les écrivains belges qui désireraient voir leurs œuvres connues en\nP e r s e , la fondation, à T é h é r a n , d'une bibliothèque française annexée à l'Alliance\npour la propagation de la langue française.\n   On serait reconnaissant aux écrivains qui voudraient bien faire h o m m a g e\nde leurs livres. Prière d e les adresser à M . José H e n n e b i c q , avocat-con-\nseiller d u Ministre des affaires étrangères, à T é h é r a n (Perse).\n\n                                               ***\n   Valère Gille a composé une comédie féerique, ayant p o u r titre : Ce n'était\nqu'un rêve, et qui sera joué a u théâtre du P a r c , le mois prochain. Il publiera\naussi sous p e u u n nouveau volume de vers : La Corbeille d'octobre, qui sera\nédité chez L a m e r t i n (Bruxelles).\n\n                                               ***\n     A c c u s é d e r é c e p t i o n : O p u s c u l e d e critique historique : Fasci-\ncule I I I , 5 . Francisa Legenda veteris fragmenta quœdam edidit et notis illustravit,\nP A U L SABATIER. — Fascicule I V . L e s règles et le g o u v e r n e m e n t d e l'Ordo de\nPœnitentia a u treizième siècle par le R . P . MANDONNET, O . P . , professeur à\nl'Université de F r i b o u r g (Suisse). — A. ERLANDE : Jasmin (Paris, Edition\nde la Renaissance latine). — H . GRÉVILLE : L a Demoiselle d e P u y g a b r o u\n( P a r i s , P l o n ) . — E . PICARD : Jéricho (Bruxelles, L a c o m b l e z ) . — M. BATIL-\nLIAT : Versailles-aux-Fantômes (Paris, Mercure de France). — E . JAC : L e\nBx Grignion de Montfort (Paris, Lecoffre).\n"}, {"page_pdf": 758, "texte": ""}, {"page_pdf": 759, "texte": ""}, {"page_pdf": 760, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 10, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1902-10", "signet_source": "Neuvième année - N°10 - Octobre 1902 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant septembre (pages 521-584), pages 585-648 ; poème daté « Château de Béclers, août 1902 », note renvoyant au Mercure de France de septembre 1902, hommage à la reine Marie-Henriette (morte le 19 septembre 1902) dans les Notules. Notules p. 642, dixième entrée de la rubrique dans la table annuelle.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec les rubriques Notules et Les Livres de la table annuelle (p. 774)."}}