{"numero_id": "ulb-durendal-1903-livraison01", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-201", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Janvier igo3", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "Janvier igo3.                   io me Année.                           N° i.\n\n\n\n\n                1VUE CATHOLIQUE^\n                 OE LITTERATUR]\n\n\n\n\n B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, aa. — PARIS, rue de Boulainvilliers, 35\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-202", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VITRAUX", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "VITRAUX                                   JD'AIfcT\n            ENT\n       F                      DE F A S S E\nB R U X E L L E S - 3 et 5, Rue du Persil (Piacedes Martyrs) . B R U X E L L E S\n                           9 Diplômes d'Honneur et Médailles d'Or\n                 Bruxelles — Grand Concours International 1 8 9 8 : l« r PRIX\n\n\n\n     Pianos HENRI HERZ . Harmoniums ALEXANDRE\n           Seuls agents pour les orgues d'église J . MERKLIN et Cie\n\n\n       47, Boulevard Anspach (Entresol) • BRUXELLES\n\nCAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                  12, Marcké-au-Boia . BRUXELLES\n     Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à vue : 2 1/2 p. c. sans commission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 0 : 4 . 1 6 p. e.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n              Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n             Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n                                                        Le Westend' Hôtel est ouvert du a& mal\n                                                        au 28 septembre       Pension de 6 à 16 fa*\n                                                        par jour. Aux commencements et fins de\n                                                        saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                          tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                        prolongé à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                         ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n                                                           rage électrique. Chambres spacieuse*.\n                                                             Ameublement moderne esthétique et\n                                                                    confortable. Balcons et Ter-\n                                                                     rasses. Salle de musique.\n                                                                        Salle de billard. Salle de\n                                                                          récréations p* enfants.\n                                                                              Salons de lecture, de\n                                                                                    correspondan-\n                                                                                   ce. Cuisine soi-\n                                                                                    gnée. Caves re-\n                                                                                     commandées.\n                                                                                     Appartements\n                                                                                     avee salon.\n\n\nService d'omnibus de la station du tramway a l'hôtel. — Services postal et télégraphique régu-\nliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins.\n _           .       .   ,^       ) A. BRUXELLES, 1, rue des Quatre-Bras.\n Pour « o r n e m e n t s .adresser j ^ ^ S T E N r > E >   A d m i n i s t r a t l o n   d eU   plaffe\n                                                            Westend' Hôtel\n\n\n ïï^p pour la publicité dans cette Revue, s'adresser\n                                à la DIRECTION\n\n       2 2 , Rue du Grand-Cerf, 2 2 - BRUXELLES\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-001", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 15, "titre_corps": "L’Oblat", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J.-K. 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Cependant si'\nc'était un effet de votre bonté, mon diligent Seigneur, je voudrais bien ne pas\nme dépiter en de longues attentes; agissez donc, s'il vous plaît, vite.\n   — Et vous voilà.\n   — Dame, sauf erreur, c'est la réponse que j'ai cru entendre; mais ce n'est\npoint tout cela. Si je suis ici, auprès de vous, au Val-des-Saints, c'est pour\nm'occuper de votre ménage et vous servir ; causons donc un peu de ce pays,\nde la vie qu'on y mène, des ressources dont il dispose, pour organiser notre\ntrain-train et nous nourrir.\n   — Le village, vous l'avez vu, au sortir de la gare; il se compose d'une rue\net de quelques chemins bordés de chaumines; il contient environ deux cents\nfeux, possède une boutique de boucher, une de boulanger, une d'épicier\ndébitant du tabac et de la mercerie; telles sont les ressources; les denrées s'y\nprésentent, sinon onéreuses, au moins exécrables et il est nécessaire de se\nrendre, pour s'approvisionner, à Dijon, toutes les semaines. D'ailleurs, la\nmère Vergognat, qui a préparé jusqu'à ce jour ma popote, vous renseignera\nmieux que moi sur le choix et le prix des comestibles; elle viendra, ce soir,\net vous pourrez, à votre aise, l'interroger.\n   — La maison n'est pas mal, autant que je suis à même de la juger par un\npremier clin d'œil et le jardin est spacieux et planté de beaux vieux arbres,\nreprit Mme Bavoil, après un silence; tout est donc pour le mieux; et vos\n Bénédictins?\n   — Ils habitent là; tenez, regardez par la fenêtre la longue rangée des croi­\nsées du monastère et le clocher de l'église; vous ne tarderez point, au reste, à\nles connaître, car il est bien rare que l'un d'eux traverse le bourg sans passer\n\n\n  (1) Un chapitre inédit du prochain livre de notre ami J.-K. Huysmans : L'Oblat, que\npubliera sous peu la maison Stock, de Paris.\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "6                                 DURENDAL\n\n\npar ici, pour me serrer la main ; ce sont de pieuses gens dont la fréquentation\n est un réconfort.\n   — Ils sont nombreux?\n   — Une cinquantaine, y compris les novices et les convers.\n   — Eh, notre ami, c'est une grande abbaye que ce couvent du Val-des-\n Saints?\n   — Oui, c'est l'une des plus importantes fondations qu'ait autrefois créées\nSolesmes; c'est le grand cloître de la Bourgogne.\n   — Son origine est ancienne ?\n   — Oui, il y eut, en ce lieu, un prieuré dépendant de cette illustre abbaye\nde Saint-Seine, située à près de cinq lieues de Dijon et dont les bâtiments\nréparés,'ou plutôt changés de fond en comble, se sont mués en des usines\nd'hydrothérapie et des entrepôts de malades qu'on douche. Saint-Seine, qui\nfut instituée, en 534, par le saint de ce nom, a compté parmi ses religieux\nsaint Benoît d'Aniane, le réformateur de l'Ordre de saint Benoît, au IXe siècle;\nson prieuré du Val-des-Saints fut florissant; il subsistait encore à l'époque de\nla Révolution, mais il traînait une piété languissante et achevait d'égoutter\nune vie sans gloire. Il disparut dans la tourmente. Il a été exhumé il y a une\ntrentaine d'années seulement. Dom Guéranger, l'abbé de Solesmes, auquel\non donna ses ruines, le réédifia et le peupla de moines, et de minuscule prieuré\nqu'il était à ses débuts, il devint une puissante abbaye.\n   — Et l'ami de l'abbé Plomb, celui qui est venu nous voir à Chartres,\nDom... je ne sais quoi... ah! je n'ai pas la mémoire des noms !\n   — Dom Felletin.\n   — C'est cela même; est-il ici?\n   — Oui, il est le maître des novices.\n   — Je serai contente de le saluer.\n   — Vous le reverrez; je lui ai annoncé votre arrivée.\n   — Alors, comme société, vous avez celle des moines; et, en dehors d'eux?\n   — En dehors d'eux, dame, c'est plutôt court. Il y a, dans ce bourg, un\nvieux garçon très bizarre et un peu bourru, mais bonhomme, M. Lampre.\nIl habite une assez belle maison contiguë au monastère. Il daube sans arrêt\nsur les Bénédictins, qu'il adore; mais c'est une affaire de mots; lorsqu'il dit\nd'un père : c'est une pieuse brute, il faut traduire : c'est un religieux dont les\nidées ne concordent pas absolument avec les siennes; le tout est de\ns'entendre.\n   — Comment les moines le fréquentent-ils ?\n   — Ils le connaissent et savent que personne ne leur est plus dévoué ; il l'a\nprouvé et mainte fois, d'abord en les gratifiant de l'abbaye dont il était le\npossesseur, puis en s'allégeant, à leur profit, lorsqu'ils subissaient des\nmoments difficiles, d'imposantes sommes ; la vérité est qu'il rêve d'une per­\nfection idéale, qui ne peut exister, et le côté humain, que chaque cénobite\ngarde forcément l'irrite. Il n'en est pas moins, malgré ce travers, un\nchrétien et serviable et pieux; il est fort savant, d'ailleurs, sur les us et\ncoutumes monastiques, et il possède une bibliothèque spéciale de monogra­\nphies conventuelles et surtout une collection d'enluminures des plus rares.\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "                                      L'OBLAT                                       7\n\n    En dehors de ce laïque, le seul que l'on ait plaisir à visiter, il y a une\noblate, Mlle de Garambois, qui est bien la plus charitable des créatures et la\n plus indulgente des vieilles filles. Elle recèle, dans un corps de grosse dame\nun peu mûre, une âme toute jeune, une âme toute blanche, de petite enfant;\non rit un tantinet d'elle, dans le village et dans l'abbaye, à cause de sa manie\nde porter sur sa toilette les couleurs liturgiques du jour; elle est un ordo\nvivant, un calendrier qui marche ; elle est le fanion du régiment; on sait\nqu'on va célébrer la fête d'un martyr lorsqu'elle pavoise son chapeau de rouge\nou celle d'un confesseur lorsqu'elle arbore les rubans blancs; malheureuse­\nment, le nombre des teintes ecclésiales est restreint, et elle le déplore assez\npour qu'on la raille; mais tout le monde est d'accord pour admirer sa can­\ndide belle humeur et son infatigable bonté.\n    Vous la verrez et ne serez pas longue à discerner ses deux ardentes\ntoquades : la fine cuisine et les offices ; elle raffole des fastes liturgiques et des\npetits plats; sur ces matières, elle en remontrerait au plus érudit des maîtres-\nqueux et au plus studieux des moines.\n    — Dites donc, notre ami, elle n'est pas banale, votre oblate!\n    — Et ce qu'elle les aime, ses Bénédictins! Elle eut jadis la vocation d'une\nmoniale, et elle fit son noviciat à l'abbaye de Sainte-Cécile de Solesmes ; mais,\navant de le terminer, elle tomba malade et dut, sur l'ordre du médecin,\nl'abandonner; elle se console maintenant, en vivant dans les environs d'un\ncloître ; la moniale desséchée a reverdi l'oblate.\n    — Mais pour comprendre ainsi la liturgie, elle doit être savante ?\n    — Elle sait le latin; elle l'a appris pendant son noviciat à Solesmes et elle\nl'a, je crois, retravaillé depuis; mais, sortie des traités sur le plain-chant et\nl'office divin, rien ne l'intéresse; elle jubile pourtant, ainsi que je vous l'ai\nraconté, lorsqu'il s'agit d'une savoureuse cuisine; alors, elle est le Cordon bleu\nconventuel, la Mère de Blémur du fourneau; elle peut aussi bien réciter les\nrecettes de manuels culinaires que les antiennes du Psautier.\n    — Pourquoi ne réside-t-elle pas dans ce Solesmes où elle a commencé son\nnoviciat?\n    — Parce qu'elle n'a, ainsi que moi, déniché aucune location dans ce bourg;\net puis, elle est la nièce de M. Lampre, de ce vieil original dont je vous ai\nparlé; il est le seul parent qui lui reste et elle est venue se fixer auprès de lui\net du monastère.\n    — Et ils habitent la même maison?\n   — Non, ils ont beau se choyer, ils se dévoreraient s'ils vivaient constam­\nment côte à côte ; je vous laisse à penser, d'ailleurs, si elle échange des coups\nde bec et d'ongles avec lui, lorsqu'il médit de ses chers moines!\n    Excepté ces deux personnes, nul, je le répète, n'est à fréquenter dans ce\ntrou ; les paysans sont cupides et retors et quant aux gourdes armoriées, aux\nnoblaillons qui croupissent dans les châteaux des alentours, ils sont certaine­\nment, au point de vue intellectuel, encore inférieurs aux rustres; on se salue,\nlorsque l'on se rencontre et c'est tout.\n   — Et comment sont-ils avec le monastère ?\n    — Mal; ils l'exècrent pour des causes qui, si elles ne sont pas héroïques,\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "8                                 DURENDAL\n\n\nsont bien humaines; d'abord, les Bénédictins régissent, ici, la paroisse;\nautrement dit, le curé est un des religieux de l'abbaye; l'église du Val-des-\nSaints est à la fois abbatiale et paroissiale. Or, le père curé ne peut accepter\nles invitations des châtelains et parader dans leurs salons, comme le pourrait\nfaire un prêtre plus libre ; les hobereaux n'ont donc pas de desservant qui soit\nà eux, sur lequel leurs femmes puissent mettre la mainmise et diriger au\nmieux de leurs propres intérêts; premier grief; — ensuite, parmi les sei­\ngneurs du lieu, figure une impérieuse baderne, plus ou moins blasonnée, qui\naime à chanter les morceaux d'opéras ajustés par les scélérats de la piété, au\nculte; à diverses reprises, ce baron des Atours a tenté d'obtenir, au moment\ndu mois de Marie, la permission de roucouler ses falibourdes dans l'église;\nles moines l'ont, naturellement, rabroué, la musique des sous-Gounod et des\nsous-Massenet n'étant pas encore, Dieu merci, admise dans les cloîtres.\nAlors, ses amis ont pris fait et cause pour lui et ils ne pardonneront jamais à\nl'abbaye d'avoir empêché ladite baderne de souiller avec le filet saumâtre de\nsa voix les murs du sanctuaire; second grief; et celui-là n'est pas le moindre!\n   — Eh bien, ils sont de jolis cocos, vos nobles !\n   — Ce sont des coulis d'imbécillité, des sublimés de sottise; nous sommes\nen province, Madame Bavoil.\n   — Et les paysans sont-ils aussi mal disposés pour le couvent?\n   — Ils vivent de lui ; ils en reçoivent des bienfaits et, par conséquent, ils le\nhaïssent.\n   — Mais c'est un pays de brigands dans lequel vous m'avez amené !\n   — Non, répondit, en riant Durlal ; il n'y a pas-de brigands au Valdes-\nSaints, mais des parangons de vanité et des modèles de bêtise; après tout,\nc'est peut-être pis ; mais vous n'avez qu'à m'imiter, à refuser absolument de les\n connaître et vous aurez la paix.\n   — Qu'est-ce qui sonne-là? interrogea Mme Bavoil qui écoulait le tintement\n prolongé d'une cloche.\n   — Ce sont les premiers coups des vêpres. Il doit être 4 heures moins 10 —\n plus une minute — fit Durtal qui consulta sa montre.\n    — Nous allons aux Vêpres?\n   — Certainement, d'autant plus que ce sont celles de l'Exaltution de la sainte\n Croix, ce soir.\n    — Alors, je vais voir, pour mon début, un bel office?\n   — Voir, non; entendre, oui; cette fête est un double majeur et ne com­\n porte pas le luxe que vous pourrez admirer aux doubles de première classe, à\n Noël, par exemple; mais si vous n'assistez pas à une magnifique cérémonie\n se déroulant dans les méandres enflammés du chœur, vous écouterez au\n moins un office splendidement composé avec ses merveilleuses antiennes et\n son hymne brûlante, teinte de sang.\n    Ils étaient arrivés, en devisant, devant l'église.\n    — Oh mais, elle est antique ! s'exclama Mme Bavoil, en regardant le porche\n qui arborait le ton de la pierre-ponce et se fleurissait de mousses, couleur\n d'orpiment et de laque verte.\n    — Oui, lJe clocher et le porche sont du XVe siècle, mais tout le reste de\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "                                     L'OBLAT                                       9\n\n l'église est neuf. L'intérieur a été reconstitué, tant bien que mal, enlaidi par\n'un affreux chemin de croix, éclairé, sauf le fond, par des vitres blanches;\n l'église du Val-des-Saints n'est plus qu'un souvenir inexact de ce qu'elle fut\n dans sa jeunesse; cependant, l'abside avec ses anciennes stalles qui provien­\n nent d'une autre abbaye et son autel qui, bien que moderne, est habile, n'est\n pas trop offensante; jugez-en.\n    Ils entrèrent; la nef s'étendait, assez vaste, sans piliers, écartelée d'un tran­\n sept contenant, d'un côté, une chapelle de la sainte Vierge, de l'autre, une\n chapelle de saint Joseph; elle était mal éclairée, presque noire. Au bout,\n deux rangs de stalles s'allongeaient, à droite et à gauche du sanctuaire, allant\n à partir de la table de communion jusqu'à l'autel en pierre, de forme\ngothique, qui se détachait sur un mur peint, en trompe-l'œil, d'un rideau\n brun.\n    Des vitraux modernes dressaient, dans le haut de ce mur, leurs lames\n droites de verre, enduites de personnages dont les nuances étaient à la fois\n criardes et molles. L'on discernait, lorsque le temps n'était pas trop couvert,\n Notre Seigneur et sa Mère, habillés d'étoffes tubulaires d'un rouge acide de\ngroseille et d'un bleu de Prusse, dur, puis saint Bénigne de Dijon, coiffé d'un\npain de sucre couleur de potiron et affublé d'une chasuble oseille ; saint Ber­\nnard enveloppé dans un manteau d'un blanc sale d'eau de riz; saint Benoît,\nsaint Odilon de Cluny, sainte Scholastique et sainte Gertrude vêtus de coules\nd'un noir de raisiné sec\n    Cela avait été teint et cuit, il y avait une vingtaine d'années, par un\nLavergne quelconque.\n    Mme Bavoil que ces affronts de la vue ne suppliciaient point, s'agenouilla\nquand elle eut achevé son inspection, sur une chaise, tira d'un énorme porte-\nluneltes des bésicles rondes et se prit à lire dans un volume encombré\nd'images qu'elle baisa.\n    Les cloches tintèrent assez longtemps, puis se lurent; et, quelques minutes\naprès, 4 heures sonnèrent et elles retentirent encore. Un bruit martelé de pas\nse fit entendre sous les dernières volées des sons. Mme Bavoil tourna la tête;\npar une porte située au fond de l'église, les moines entraient, deux par deux,\nderrière l'Abbé, seul, reconnaissable à sa croix pectorale d'or; et ils mon­\ntaient les quelques marches du chœur, devant la barre de commnnion, s'age­\nnouillaient par couples devant l'autel, puis après s'être relevés, se saluaient et\ngagnaient leurs places, l'un, à gauche du côté de l'Evangile, l'autre, à droite,\ndu côté de l'Epître; et tous à genoux alors, se signaient le front et les lèvres,\nse redressaient à un petit coup frappé par le père Abbé sur son pupitre et,\ncourbés en deux, attendaient un nouveau coup pour commencer l'office.\n    None se déroula simplement psalmodié et lorsque les moines eurent ter­\nminé, ils restèrent debout, inclinés encore, en silence, jusqu'à ce que l'Abbé\neût donné le signal d'entonner Vêpres.\n    Les psaumes étaient ceux des dimanches, si fréquents dans la liturgie des\nautres jours que Durtal les savait forcément par cœur; l'intérêt reprenait sur­\ntout pour lui aux antiennes, au répons bref et à l'hymne; mais, ce soir-là, il\nrêvait non pas au loin de l'office, puisque l'office était la cause même de ses\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": " 10                                DURENDAL\n\n\n  songeries, mais dans ses alentours; il se répétait l'histoire de cette Exaltation\n  de la Croix qu'il avait l u e , le matin, dans les Légendaires du moyen âge.\n     Et c'était d'abord la confuse évocation d'une indécise Asie\", grimaçante et\n  quasi-folle; puis la vision\"se précisait, s'arrêtait sur le ravisseur du gibet\n  sacré, sur l'étonnant Khosroës qui, au VIIe siècle, envahit le territoire de la\n  Syrie, prit d'assaut Jérusalem, qu'il pilla, s'empara du grand prêtre Zacharie\n  et, triomphalement, ramena dans son royaume de Perse le bois de la vraie\n  croix laissé par sainte Hélène aux lieux mêmes où le Christ avait souffert.\n     Une fois rentré dans ses Etats, l'orgueil démesuré de cet homme fit explo­\n  sion; il voulut être adoré comme le Seigneur et il décréta tranquillement\n  qu'il n'était ni plus ni moins que Dieu le Père.\n     Pour s'appliquer tout entier à ce nouveau rôle, il abdiqua la souveraineté\n  entre les mains de son fils, construisit une tour dont les murailles extérieures\n furent revêtues de plaques d'or et il s'y enferma, au rez-de-chaussée, en une\n étrange salle cloisonnée de métaux précieux et incrustée de gemmes; puis il\n voulut, ainsi que le Tout-Puissant, avoir son firmament à lui et le plafond\n s'éleva à des hauteurs vertigineuses et s'éclaira le jour, par un soleil savam­\n ment exercé ; la nuit, par une habile lune autour de laquelle pétillèrent les\n feux colorés des étoiles feintes; ce ne fut pas assez; ce ciel immuable, machiné\n par des centaines d'esclaves, le lassa; il exigea les intempéries, les ondées,\n les orages des véritables saisons, et il installa, au sommet de la tour, des\n appareils hydrauliques qui purent à volonté distribuer la pluie fine des temps\n qui se gâtent, les rafales d'eau des trombes, les gouttes amicales des soirs\n d'été; il fit également apprêter des jets de foudre et de pesants chariots rou­\n lèrent dans les souterrains de la tour, sur des pavés métalliques et ébranlèrent\ndu bruit de leur tonnerre les murs.\n    Alors, il se crut l'indiscutable sosie du Père et, au fond de ce puits lamé\nd'or et ponctué de pierreries, fermé par la coupole d'un firmament de théâtre,\n il siégea, à demeure, sur un trône, à la droite duquel il planta la croix du\nSauveur, tandis qu'il huchait, à gauche, sur la pyramide d'un fumier en fili­\ngranes d'argent bruni, un coq.\n    Il entendait représenter de la sorte le Fils et le Saint-Esprit.\n    Et ses anciens sujets défilèrent devant cette idole peinte et tiarée, immo­\nbile dans son manteau d'or, dardant des étincelles de toutes les gemmes\nqu'embrasaient les rayons lumineux des faux astres, fulgurant, incombustible,\ndans ce brasier de murs et d'étoffes tout en lueurs.\n    On se figure, entre la croix et le coq, sous la mitre en flammes, la tête par­\ncheminée, crevassée de rides ravinant le front et les joues sous l'enduit des\npâtes, la barbe annelée et nattée, les yeux creux et déserts, vivant, seuls, en\ncette statue d'or, adulée par les prières qui montaient autour d'elle, dans les\nétourdissantes vapeurs des olibans, les prières qui invoquaient, au nom de\nJésus, Dieu le Père.\n    Cette mascarade dura combien de temps? Quatorze ans, dit la légende ;\ntoujours est-il qu'à un moment l'empereur Héraclius parvint à réunir une\nimmense armée et partit à la recherche de la sainte croix. Il rencontra près\ndu Danube les troupes du ravisseur, défit en combat singulier son fils et\nrejoignit, en Perse, le vieux monarque dans sa tour.\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "                                    L'OBLAT                                    11\n\n\n    Khosroës ignorait que son fils eût été vaincu, car tous le haïssaient et per­\n sonne n'osait lui annoncer cette nouvelle.\n    Il faillit trépasser de rage lorsqu'il vit entrer, suivi de sa cour, l'empereur\n Héraclius qui, l'épée à la main, lui dit :\n   — Roi, tu as, malgré tout, honoré à ta manière le bois du Christ; si donc\n tu consens à avouer que tu n'es qu'un homme et que tu n'es, par conséquent,\nque le très humble serviteur du Très-Haut, tu auras la vie sauve. Je repren­\ndrai simplement la croix de notre Rédempteur et te permettrai de régner sur\ntes peuples en paix. Par contre, si tu refuses ces conditions, mal t'écherra, car\naussitôt je te tuerai.\n    En l'écoutant, les yeux de Khosroës flambèrent, rouges, comme les pru­\nnelles nocturnes des vieux loups, et il se dressa pour maudire son adversaire\net rejeter avec mépris ses offres.\n   Alors, d'un revers de lame, l'empereur décolla le vieillard; et la tête vola\net rebondit sur les dalles, se balança un instant sur la nuque, hocha, ainsi\nque pour répondre encore non, et finalement s'inclina tout d'un côté et les\nyeux s'éteignirent, tandis que la momie d'or tombait, versant par le trou\nouvert du col, de même que par une bonde débouchée de tonne, des flots de\nsang.\n    Et Héraclius fit ensevelir le souverain et détruisit sa tour.\n   — Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto.\n   Tous les moines debout dans leurs stalles étaient courbés en deux, le front\ntouchant presque au pupitre placé devant eux; ils se relevèrent en répondant :\nSicut erat in principio, et se rassirent en terminant : et in soecula sœculorum,\nAmen.\n   Il est absurde de s'évaguer de la sorte, pensa Durtal; je ferais mieux de\nsuivre mes Vêpres que de courir ainsi la prétentaine à propos d'une fête dont\nla légende est d'ailleurs controuvée; l'histoire est plus simple.\n   En 611, le roi des Perses, Khosroës soumit Jérusalem, avec l'aide des\njuifs qui prétendaient reconstruire le temple; il égorgea les chrétiens, fit pri­\nsonnier le grand prêtre Zacharie et emporta le bois de la vraie croix. Ce fut\nalors une croisade des catholiques contre ce mécréant.\n   L'empereur Héraclius débarque en Cilicie, gagne la bataille d'Issus,\nretourne à Constantinople et, soutenu par les tribus du Caucase, se rue sur\nTrébizonde où pour venger le meurtre des prêtres de la Judée, il massacre les\nmages; puis, après s'être allié avec les hordes du Volga, il marche de nou­\nveau contre l'armée des Perses, la bat à Ninive et se replie sur Taurus. Là,\ndes propositions de paix lui sont présentées par Sisroës, le fils du roi, qui vient\nd'assassiner son père; elles sont acceptées; le prêtre Zacharie est délivré\net la Croix et les aigles romaines prises à Jérusalem par Khosroës sont\nrendues.\n   Khosroës aurait donc été trucidé par son fils et sans qu'il soit question d'une\ntour machinée et d'un coq. . .\n   Quant à Héraclius, il résolut de ramener le Signe du Salut au saint\nSépulcre; lorsqu'il fut arrivé à Jérusalem, il chargea la croix sur son épaule\net voulut commencer l'ascension du Golgotha ; mais lorsqu'il eut atteint la\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "12                                DURENDAL\n\n\n porte de la ville qui mène à la montagne, il lui fut impossible d'approcher\n d'un pas. Alors, le patriarche Zacharie lui fit observer que quand le Christ\n était entré par cette porte, il n'était point paré d'habits royaux, mais vêtu\n simplement et monté sur un âne, donnant ainsi un exemple d'humilité aux\n siens. -\n    L'empereur se dépouilla aussitôt de sa pourpre, ôta ses sandales et s'affu­\nbla de la défroque d'un pauvre; ce après quoi, il franchit sans difficulté\n la pente du Calvaire et replaça la croix au lieu même où Khosroës l'avait\n prise.\n    Cela n'empêche que ce brave Héraclius a mal fini, conclut Durtal, car il a\n propagé l'hérésie des monothélites, c'est-à-dire de ceux qui, tout en recon­\n naissant la nature divine et la nature humaine de Jésus, n'attribuaient à ces\n deux natures distinctes qu'une seule opération..,, qu'une seule volonté..., et il\n est mort, laissant des successeurs demeurés célèbres par leurs dévergondages\n et par leurs crimes.\n    Et en voilà assez; revenons à noire office. Il lui fut facile cette lois de se\n récupérer; le chœur chantait l'hymne de Fortunat, le « Vexilla Regis » et\n l'envolée superbe de cette séquence, le défilé de ces strophes charriant d'im­\npétueux trophées, le saisissaient aux moelles. Il écoutait, extasié, ces cris de\n triomphe : « l'étendart du Souverain s'avance, voici que resplendit le mystère\n de la croix » et ces apostrophes débellatoires, ces clameurs d'allégresse :\n « arbre éblouissant que rougit le sang d'un Dieu balance aux bras de\nlaquelle se suspend la rançon du monde, salut, ô croix, unique espoir ! »\n    Et ce fut la longue antienne du Magnificat, répétant les acclamations et les\nlouanges du poète : « ô croix, plus radieuse que les astres, doux bois, doux\nclous, soutenant un poids plus doux encore... » et le Magnificat, entonné sur\nle ton solennel et le Salve Regina ramenant la créature à la réalité du péché,\nimplorant, après les hourras liturgiques, sa grâce...\n    — Savez-vous qu'ils sont très attrayants vos offices, dit Mme Bavoil,\n lorsqu'ils furent sortis de l'église.\n    — N'est-ce pas; c'est autre chose que dans les cathédrales de Paris et de\n Chartres; ce qui manque toutefois à ces offices bénédictins, c'est la voix de\nl'enfant; mais on ne peut tout avoir; je devrais être blasé sur ces cérémonies\ndepuis le temps que je les pratique, mais non ; elles me semblent chaque\njour neuves... j'écoute encore avec plaisir ces quatre psaumes du dimanche\n dont nous sommes saturés, car ils se réitèrent éternellement à propos de\n presque toutes les fêtes.\n    — Pourquoi la liturgie attribue-t-elle une pareille importance à ces psau­\n mes? et, au fait, pourquoi en avez-vous quatre au lieu de cinq, comme nous?\n car enfin, il en manque un, le dernier.\n    — Oui, les Vêpres bénédictines ont le dernier psaume du romain en moins\n et en plus une leçon brève qui est généralement une merveille de mélodie\ndéférente et câline; pourquoi? je l'ignore; sans doute parce que l'office\n monastique a été gardé intact depuis son origine, tandis que le romain s'est\n amélioré avec les âges et ne s'est arrêté que quand il a eu atteint sa forme\n définitive, son apogée; quant aux causes qui ont motivé le choix des quatre\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3554, "texte": "                                    L'OBLAT                                    13\n\npremiers psaumes du dimanche de préférence aux autres pour empreindre\nde la parole du Psalmiste tant de festivités, elles sont expliquées d'une façon\nplus ou moins illucide par les manuels. Pour le psaume du début, le « Dixit\nDominus Domino meo, » cela se conçoit; Notre Seigneur l'a cité pour\ndémontrer sa divinité aux Pharisiens; il est donc naturel que Ce chant\nmessianique occupe dans les Vêpres la place d'honneur. Le troisième\n« Beatus vir qui timet Dominum » a été, de son côté, mentionné par saint\nPaul, dans son Epître aux Corinthiens, pour les inciter à pratiquer largement\nl'aumône; c'est encore une raison de précellence; moins clairs sont les\nmobiles à fournir pour les deux autres; cependant, le deuxième, le « Confi­\ntebor tibi, Domine, in todo corde meo » contient, en parlant de la manne que\nJehovah distribua aux Hébreux, dans le désert, une allusion à l'aliment\npascal; peut-être est-ce pour cela qu'il fut mis hors de pair; enfin, le qua­\ntrième, le « Laudate pueri Dominum » est un beau cantique de louanges qui\nclôt dignement la série.\n    Il n'en est pas moins vrai que les Vêpres n'ont point ce caractère bien\ntranché de la prière du soir, si particulier dans l'office, admirable celui-là, des\nComplies. Il est fort possible que Dom Cabrol ait raison lorsqu'il énonce dans\nson livre, « La Prière antique », que les psaumes des Vêpres dont les numéros\nse succèdent au Psautier, ont été pris, sans souci du sens et de l'application,\nà la suite. Ces interprétations ne paraissent pas vous satisfaire?\n    — Mais, notre ami, je n'en sais rien; il me semble au moins, selon ma petite\njugeote, que vous cherchez midi à quatorze heures. N'est-ce pas plus simple?\n Le premier psaume figure Notre Seigneur auquel plus personnellement il\ns'adresse; le \" Beatus vir \" s'applique au Juste, à saint Joseph qui est ainsi\nqualifié tout le long de son office; le « Laudate pueri » qui rappelle par ses\nexpressions mêmes le Magnificat à la sainte Vierge. Quant au second\npsaume, au « Confitebor », je n'avais pas deviné, mais puisque vous\nm'attestez qu'il a trait au saint Sacrement de l'autel, c'est pour le mieux; je\npuis avec ces psaumes prier plus spécialement Jésus en sa Personne et sous\nles Espèces Eucharistiques, sainte Marie et saint Joseph, je n'en demande\npas plus et ne m'inquiète point de savoir si cet office est plus ou moins bien\nadapté aux besoins des soirs. Autre chose maintenant; nous voici en plein\n village. Cette boutique d'assez vilaine apparence qui se détache là-bas au\nfond de la ruelle, c'est celle du boucher où vous achetez la viande ?\n    — Oui, je dois vous prévenir maintenant que l'on mange ainsi qu'au cloî­\n tre, ici. Le boucher tue, un jour, un bœuf, soyons plusexact, une vache, un\n autre jour un mouton ; un autre jour un veau ; la plus grosse part de ces ani­\n maux est naturellement réservée au monastère qui en dehors même des hôtes,\n a cinquante bouches à nourrir; nous devons donc emboîter la filière de la\n vache, du mouton et du veau, servie au cloître ; car vous pensez bien que l'on\n n'abattra pas une bête exprès pour vous, pour M. Lampre et Mlle de Garam­\n bois; nous nous repaissons donc tous, religieux et laïques, de la même pitance,\n le même jour; cela ne serait rien, malgré le manque de variété de ces mets,\n si ce boucher n'égorgeait son bétail, la veille au soir ou le matin même où il\n le débite; et dame alors, on mastique des choses innomables qui tiennent à la\n fois du caoutchouc et de la filoselle.\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "14                                DURENDAL\n\n\n\n    — La cuisine corrige jusqu'à un certain point les viandes trop fraîches, fit\n Mme Bavoil ; seulement, il convient, en ce cas, de dire adieu aux côtelettes\n grillées et aux biftecks saignants; il est, en effet, nécessaire de mettre à\n mijoter pendant des heures, dans une casserole ce que... comment appeliez-\n vous le gigot qui vous déplaisait à Chartres?\n    — De la carne ou de la bidoche, Madame Bavoil; ce sont les inélégants\n synonymes d'une irréductible viande.\n     Mme Bavoil sourit, puis se frappa le front.\n    — Voyons, fit-elle, si Mlle de Garambois est si gourmande, elle n'use pas de\n cette carne dont vous parlez. Alors, comment s'arrange-t-elle ?\n    — Oh ! elle et sa bonne sont constamment à Dijon d'où elles rapportent des\n provisions.\n     — Eh bien! l'on agira, au besoin, comme elles; combien de temps faut-il\n par le chemin de fer pour s'y rendre ?\n    — Une grande demi-heure; seulement les heures des trains sont incom­\n modes. L'horaire est celui-ci : 6 heures et demie, 10 heures du matin, et\n 2 heures de l'après-midi. Pour revenir, 6 et 11 heures du matin, 3 et 6 heures\n du soir, et c'est tout.\n    — Bien, et vous, vous allez souvent à Dijon?\n    — Quelquefois. Dijon est une ville charmante, très cordiale et très gaie;\n elle a un musée de Primitifs, un puits de Moïse fort enviable, des bouts de rues\nencore curieux, des églises, telles que je les aime; et puis elle possède aussi\n une très excellente Vierge noire.\n    — Ah! s'exclama Mme Bavoil qui tomba en arrêt, elle a une Vierge noire!\nmoi, qui hésitais un peu, je vous l'avoue, à quitter Chartres à cause de Notre-\nDame de Sous-Terre et du Pilier, je vais donc les retrouver ici ; mais ce n'est\npas une Madone moderne, au moins?\n    — Rassurez-vous; Notre-Dame de l'Apport ou de bon Espoir date du\nXIIe siècle, si je ne me trompe. En 1513, elle a sauvé la ville de Dijon que\ndéfendait alors Louis de La Trémouille, à la tête de quelques troupes, de\nl'assaut et du pillage des Suisses. En souvenir de cet événement l'on fit,\nchaque année, le 12 septembre, une procession en son honneur; il en fut\nainsi jusqu'au milieu duXVIIIesiècle; alors ellecessa, j'ignore pourquoi; ce qui\nest certain, en tout cas, c'est que Notre-Dame de bon Espoir est en grande\nvénération dans la Bourgogne; si son histoire détaillée vous intéresse, je vous\nprêterai un volume qui raconte ses miracles, volume un tantinet mucilagineux\nd'un abbé Gaudrillet qui signe prêtre mépartiste de la paroisse de Notre-\n Dame.\n    Ils étaient arrivés, en bavardant, à la maison. La mère Vergognat les y\nattendait. Durtal présenta, l'une à l'autre, les deux femmes, intérieurement\négayé de leur contraste. Mme Bavoil n'avait guère changé; ses cheveux\ns'étaient pourtant raréfiés, et ceux qui n'avaient point déserté étaient devenus\nplus blancs; la face était encore osseuse et chapelurée de son; le profil s'at­\ntestait plus coupant avec l'âge, mais l'œil noir était demeuré le même, fure­\nteur à la fois et placide; elle tenait toujours de la paysanne et de la vendeuse\nde cierges, dans une église, mais avec toujours aussi ce je ne sais quoi qui\nl'exhaussait quand l\"âme, phosphorée par les prières, prenait feu.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3178, "texte": "                                    L'OBLAT                                    15\n\n\n    L'autre s'avérait, redondante et mafflue, haute en couleur; elle avait l'œil\n porcin et des poils de brosse, poivre et sel, plantés sous un nez cuit; la\n bouche crénelée de dents couleur de rouille était hilare et, pourtant, lors­\n qu'elle se fermait, mince et pincée; elle était ensemble, une rempailleuse\n pocharde et une terrienne madrée ; on pouvait lui faire le tour de l'âme, en\n une seconde, à celle-là !\n    Mme Bavoil la vrilla de son œil noir, puis, après un soupir qui en disait\n long, elle lui déclara doucement qu'elle entendait entretenir d'amicales rela­\n tions avec elle et qu'elle comptait l'employer souvent pour les gros ouvrages ;\n et, sur cette assurance, la mine renfrognée de la mère Vergognat se détendit;\n mais elle ne crut pas moins devoir se montrer plus bête qu'elle n'était en\n réalité, pour ne point se compromettre dans ses réponses.\n    — Alors, voyons, insistait Mme Bavoil, vous m'affirmez que l'on vend ici,\n chez la femme Catherine, du fil et des aiguilles et tous les objets de mercerie?\n    — Mais ça dépend, ma bonne dame, il y a fil et fil ; la Catherine est bien\n empressée; pour ça, vous pouvez consulter; il n'y a qu'une voix.\n    Mme Bavoil chercha vainement à démêler le sens de cette réplique. N'y\nparvenant point, elle posa une autre question, relative au format du pain usité\ndans le village.\n    La mère Vergognat ne parut pas saisir la signification des mots et, pru­\ndemment, elle bafouilla : je ne saurais pas vous renseigner.\n    — Ce n'est pourtant pas sorcier ce que je vous demande, reprit Mme Bavoil.\nLe pain que fabrique votre boulanger est-il rond ou fendu, est-ce de la\nmiche ou du boulot? D'ailleurs, il doit bien en rester à la cuisine; apportez-le-\nmoi, afin que je l'examine.\n   La paysanne rapporta un croûton.\n   — C'est du pain fendu, c'est tout ce que je désirais savoir.\n   — Peut-être bien, opina Mme Vergognat.\n   — Ah ça ! s'écria Mme Bavoil, lorsqu'elle fut partie, est-ce qu'elles sont\ntoutes ainsi, au Val-des-Saints ?\n   — Non, les autres sont pis; celle-là est la mieux; vous voyez par cet\nexemple s'il est facile d'extirper un non ou un oui à ce monde-là !\n   — Eh vrai, notre ami, le confesseur doit avoir de l'agrément avec ce genre\nde paroissiennes; ce qu'elles doivent ruser avec lui et tourner autour du pot!\n   — Elles ne tournent autour de rien du tout, attendu qu'elles ne se confes­\nsent point.\n   — Comment, dans un pays monastique, les habitants ne pratiquent pas!\n   — Je suis un bon républicain, c'est pourquoi je ne vais pas à la messe, est\nune phrase que vous entendrez souvent prononcer ici; quant aux mœurs des\npaysans, elles sont tellement ignobles que mieux vaut n'en point parler. Ils\nont été pourris par les placiers en politique des villes, jusqu'aux os !\n   — Seigneur ! s'exclama Mme Bavoil en joignant les mains, où sommes-\nnous? Me voilà maintenant obligée de vivre au milieu des compagnons de\nmalheur de l'Enfant prodigue, car si ce que raconte notre'ami est exact, ce\nn'est pas autre chose que ces gens-là!\n                                                           J.-K.   HUYSMANS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 16, "page_fin": 16, "titre_corps": "Poèmes : Souvenir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Poèmes Souvenir Ce soir mélancolique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1362, "texte": "Poèmes\n\n                    Souvenir\nCe soir mélancolique et doux de fin d'automne\nM'obsède encor et le parfum de tes cheveux\nQue le soleil couchant ceignait d'une couronne\nExalte de nouveau mes sens      tumultueux.\n\nRappelle-toi; l'ardent crépuscule fauve\nDorait obliquement lesarbres du jardin;\nDéjà sous le couvert naissait une ombre mauve\nEt l'air était baigné de rayons   incertains.\n\nTu te taisais; j'étais à les côtés, la brise\nNous apportait l'écho de lointaines      chansons\nEt nos cœurs, que l'espoir du bonheur          paralyse,\nSentaient passer en eux de tragiques         frissons.\n\nTes yeux s'illimitaient dans l'ombre et le mystère\nEt sous tes cils d'ébène ouvraient leur porche noir\nPar où mes désirs fous et lassés de la terre\nDescendaient vers ton âme, — accueillant      reposoir!\n\nJ'écoutais en pleurant la parole divine\nEt je souffrais tout bas du mal poignant   d'aimer.\nTandis que tu nie consolais d'une voix fine\nOù de frais gazouillis d'oiseaux avaient  sombré...\n\nQu'un soir pareil à ce soir-là renaisse encore\nEt que le chaste amour qui nous liait tous deux\nRevienne du côté de la défunte aurore\nQue l'ombre lente emplit à coups     silencieux.\n\nUn décor identique ouvre ses avenues\nDevant le même banc où nous vil l'an dernier;\nRevivons si tu veux cette heure méconnue\nPour en goûter le charme amer et singulier.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 17, "page_fin": 17, "titre_corps": "Poèmes : Le Verger d’or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Le Verger d’or Ce verger somptueux", "ancre_fin": "Mais Hercule vengeur, approche, jamais las...", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’Héritier", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "Le Verger d'or\n    Ce verger somptueux, mordoré par       l'automne,\n    Est lourd des fruits incarnadins du bel été\n    Et les arbres noueux sous le poids ont courbé\n    Les fatigués rameaux qui déjà      s'abandonnent...\n\n    C'est là que tout le jour les enfants ont joué\n    Et l'herbe garde encor de leurs pas une empreinte ;\n    Ici, leurs cris joyeux ont sonné sans    contrainte\n    Et pour ce clair accueil, calme enclos, sois loué!\n\n    Maintenant le couchant te change en Hespéride;\n    L'éblouissant soleil qui lentement     s'éteint\n    Et projette sur toi des rayons     incertains\n    Tout à coup illumine un domaine         splendide.\n\n    La nuit tombe. Les trois filles du vieil Atlas\n    Vont surgir des taillis et nouer une ronde ;\n    On entend le dragon fantastique qui gronde,\n    Mais Hercule vengeur, approche, jamais      las...\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 17, "page_fin": 18, "titre_corps": "Poèmes : L’Héritier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "L’Héritier La rue herbue est triste", "ancre_fin": "Elle sent son flanc battre et gonfler de bonheur.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le vain reproche", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 970, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "L'Héritier\nLa rue herbue est triste et les passants sont rares.\nDu ciel en deuil où règne une lumière avare\nLe morne ennui descend et le ciel pluvieux\nPèse sur les canaux et les clochers p i e u x\nSonnant dans l'air muet les vêpres du dimanche ;\nSur le mur d'un jardin s'inclinent quelques      branches;\nUn pigeon bleu roucoule au bord d'un toit ancien.\nAux fenêtres d'un vieil hôtel patricien\nDerrière des géraniums aux couleurs vives\nUne femme, laissant flotter à la dérive\nSon regard, familier aux choses      d'alentour,\nSoupire, et ses grands yeux on meurt la fin du jour\nSuivent dans le lointain la fuite d'un beau rêve..\nSa joue est creuse et son front pâle. 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Veux-tu bien clore ces yeux      mouillés\n     Et ne vois-tu donc pas que c'est toi qui composes\n     Ces strophes et ces vers que parfument les roses ;\n     Ne sens-tu pas la ligne heureuse de ton corps\n     Imposer à mon chant d'harmonieux        accords\n     Et n'entends-tu sous le déroulement des phrases\n     S'enfler le même cri qui meurt dans nos extases?\n\n     Mon art est-il à ce point-là lourd et grossier\n     Qu'il faille, hélas, servilement te copier,\n     Parler brutalement pour se faire     comprendre\n     Ou naviguer toujours sur le fleuve du Tendre.\n     Le délicat labeur des mots serait-il vain\n     Qu'on ne puisse animer du beau frisson divin\n     L'indifférent  tissu des frêles apparences\n     Et faire entendre à l'âme un peu de ce qu'on pense ?\n\n     Non! quand mon vers décrit la courbe d'un coteau\n     Qui sur le ciel en fleurs met un contour    nouveau\n     J'y vois la respiration de ta poitrine\n     Qui sur un rythme égal et lent monte et décline\n     Et c'est ta voix où sonne un fin grelot d'argent\n     Qui dans le soir serein chantonne      doucement.\n     Un vaporeux brouillard voilant le paysage\n     Ce sont tes yeux rêveurs nuançant ton visage\n     Et le geste arrondi de tes bras bien-aimés\n     Façonne à son image un poème inspiré !\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "                        POÈMES                               19\n\nJamais, Dieu m'est témoin ! mon vers n'est infidèle\nA l'amour qui nous prit frissonnants   sous son aile\nEt si, parjure un jour au serinent que je fis,\nJe voulais chercher ailleurs mon paradis.\nJ'aurais à chaque pas de telles défaillances\nQue ce cœur ingénu, rebelle à la souffrance,\nReviendrait pantelant se faire aimer de toi\nAvant même qu'on n'ôte une bague à ton doigt !\n\n                                              P A U L MUSSCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-006", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 32, "titre_corps": "Sur quelques peintres de Sienne : Bibliographie générale. Introduction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "Sur quelques Peintres de Sienne Bibliographie générale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "Sur quelques Peintres de Sienne\n\n                           Bibliographie générale\n\n\nUGURGERI. — Le Pompe Senesi. Siena, 1649.\nBALDINUCCI. — L'Arte Senese. Siena.\nMANCINI, L U I L I O . — Breve raqquaqlio della rose di Siena, manuscrits à la Biblio­\n thèque de S i e n n e .\nP E C C I . — Ristrelto delle cose piu notevoli della Citta di Siena, 1761.\nP . DELLA VALLE. — Lettere Senesi di un Socio dell' accademia di Fossano sopra le\n     belle arti. In Venezia, Pasquali, 1782.\nROMAGNOLI. — Nuova Guida della Città di Siena. Siena, Mucci, 1822\nLASINIO, G . - P . — Raccolta delle piu celebre pitture esistenti nella citta di Siena.\n    Florence, 1825.\nRUMOHR. —Italienische Forschungen. Berlin, 1827-1831, 3 vol.\nLANZI. — Storia Pittorica della Italia. Florence, Marchini, 1834, 6 vol., quel­\n    ques pages dans le premier sur la Scuola Senese.\nETTORE ROMAGNOLI. — Biografia Cronologica degli astisti senesi, dal secolo XII\n    a tutto il XVIII. Manuscrit donné par l'auteur à la bibliothèque de Sienne,\n    en 1835.\nGAYE. — Carteggio inedito d'Artisti italiani dei Secoli XIV,XV,XVI.           Firenze 1839.\n\n\n   (1) Nos lecteurs connaissent les études publiées par M. Jules Destrée sur les Peintres\nPrimitifs Italiens du XVe siècle. Deux volumes déjà ont paru chez Dietrich et Alinari :\nSur quelques peintres de Toscane et Sur quelques peintres de Marches et de l'Ombrie, remar­\nquablement illustrés par Madame Jules Destrée et M. A. Danse. L'édition de ces deux\nouvrages est actuellement épuisée et ils sont fort recherchés par les amateurs d'art.\nNous espérons que la même faveur accueillera le troisième de la série : Sur quelques\nPeintres de Sienne. Nous en publions aujourd'hui la Bibliographie générale et l'Introduc­\ntion; notre prochain numéro contiendra les études sur TADDEO DI BARTOLO et SANO DI\nPIETRO.\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "                 SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                                 21\n\n\nCHAVIN DE MALAN. — Histoire de Sainte Catherine de Sienne (1347-1380). Paris,\n     Bray, 1846.\nROSINI. — Storia della Pittura Italiana. Pise, 1847, 7 vol.\nMILANESI. — Documenti per la Storia dell' arte Senese. Siena, Porri, 1854-1858,\n    3 vol.\n*** — Siena e il suo territoria. Siena, Lazzeri, 1862. Ouvrage encyclopédique\n    dû à la collaboration de plusieurs auteurs. Dans la seconde partie se\n    trouve un chapitre : Storia Artistica, de G. Milanesi, reproduit en 1873\n    dans ses Scritti Varii (v. plus loin).\nPERKINS. — La  Sculpture italienne, traduction française par Haussonllier.\n    Paris, Renouard, 1869.\nPANTANELLI, A. — Francesco di Giorgio Martini e dell' arte dei suoi tempi in Siena.\n    Siena, Gati, 1870.\nMILANESI, G. — Sulla Storia dell' arte toscana. Scritti varii pubblicati di nuovo\n    e corretti. Siena, typ. Sordi Muti, 1873.\nRio. — De l'art chrétien. Paris, Bray et Bretaux, 1874. Edition refondue et\n    augmentée. Spécialement le 1er volume, dont les chapitres I et II sont\n    consacrés à l'école siennoise.\nTAINE, H.    — Voyage en Italie. Paris, Hachette, 1874, 2 Vol.\nMUSSINI, L. — Le Tavole della Biccherna e della Gabella della Reppublica di Siena.\n    Lettura (Adunanza del di 17 Juglio 1877). Publié dans Atti e memorie della\n    Sezione letteraria e di Storia patria dell' accademia dei Rozzi di Siena. Une tra­\n    duction française, illustrée, a paru dans l'Art. Paris, 1877, tome IX,\n    p p . 225-232.\nDOLBERT, E. —Die Sienesicher Malerschule. Leipzig,1878, dans la collection\n    Kunst und Kunstler Italiens; ouvrage consacré à Duccio, S. Martini,\n    L. Memmi et aux Lorenzetti.\nVASARI (MILANESI). — Le vite de' piu eccellenti pittori, etc., avec annotations par\n    Milanesi. Florence, Sansoni, 1878 à 1885, 9 vol.\nWOLTMANN, A. et WOERMANN, C. — Geschichte der Malerei. Leipzig, Seeman,\n     1882, 4 vol. médiocrement illustrés, quelques mots dans le vol. II,\n    p p . 206 et 207.\nGEFFROY, A. — Tablettes inédites de la Biccherna et de la Gabella de Sienne, dans\n    Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'école française de Rome, 1882,\n    tome II, pp. 415-434.\n***. — Guida Artistica della citta e contorni di Siena, compilata da una societa\n     d'amici. Siena, Lazzeri, 1883.\nMORELLI, G.—Italian    Masters in German Galleries. London, Cassel, 1883.\n    Cet ouvrage a été publié en allemand sous le pseudonyme de Lermolieff.\nLAFENÊSTRE. — La Peinture Italienne, dans la Bibliothèque de l'enseignement\n    des beaux-arts. Paris, Quantin, 1885. Illustré.\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "22                                   DURENDAL\n\n\nMUNTZ, F. — Histoire de l'art pendant la Renaissance. Italie. Deux forts volumes\n   avec un grand nombre d'illustrations. T o m e I e r les Primitifs. T o m e I I ,\n   l'Age d'or. P a r i s , Hachette, 1889.\n***. — La Sala della mostra e il museo delle tavolette dipinte della gabella e della\n     bucherila nel R. archivio di Stato in Siena. Omaggio al IV Congresso ital.\n     istorico tenuto a F i r e n z e . Siena, Lazzeri, 1889.\nBOURGET, P . — Sensations d'Italie. (Toscane, Ombrie, Grande-Grèce). P a r i s ,\n    L e m e r r e , 1891.\nPAOLI C. — Le Tavolette dipinte della Biccherna e della Gabella nell' archivio di\n    Stato di Siena, discorso accademico del di 23 agosto 1891. Siena, tip.\n    Ancora, 1891.\nFRIZZONI. — A r t e Italiana nel rinascimento. Milano, 1891. Illustré.\nK U H N . — Algemein Kunstgeschichte. Einsiedeln, Benziger, éditeur. E n cours de\n      publication depuis 1891. Illustré. Quelques mots dans les livraisons\n      20 et 21.\nPASTOR. — Histoire des papes depuis la fin du moyen âge, traduction française de\n    F u r c y R a y n a u d . P a r i s , P l o n , 1892. Surtout le tome I I I .\nP E R A T É , A. — Etudes sur la peinture Siennoise. U n article sur Duccio d a n s la\n       Gazette des Beaux-Arts, février 1893.\nBURCHARDT (BODE). — Le Cicerone. Guide de l'art antique (tome I er ) et\n    moderne (tome II) en Italie. Complété par Bode. Traduction française\n    de Gérard. P a r i s , Didot, 1892.\n***. — Bullettino Senese di Storia Patria. E n cours de publication depuis 1894.\nE R I C H FRANZ. — Geschichte der Cristlichen Malerei. F r i b o u r g , Herder, 1895.\nTHUREAU-DANGIN. — Un prédicateur populaire dans l'Italie de la Renaissance :\n   Saint Bernardin de Sienne (1380-1444). P a r i s , P l o n , 1896.\nLOCATI, L . — Storia delle belle arti in Italia. T u r i n , 1897.\n BORGHESI, S. e BANCHI, L. — Nuovi documenti per la Storia dell' arte Senese.\n    Appendice alla raccolta dei documenti pubblicata dal Com. G. Milanesi.\n    Siena, Torrini, 1898.\n GOFFIN, A. — Les Peintres Siennois dans la Revue Générale de Bruxelles,\n     déc. 1897 et janvier 1898.\n BERENSON, B . — The Central Italia» Painters. L o n d r e s et New-York, P u t n a m ' s\n     sons, 2 e édition, 1899. Ouvrage particulièrement précieux par ses listes\n     précises des œuvres attribuées à chaque peintre.\n                                                                                   e\n GOSCHE, A G N È S . — Ein Beitrag zur geschichte der siene'sischer malerei in XIV       Iahr­\n      hundert. Leipzig, Seeman, 1899. Consacré surtout à Simone Martini.\n LISINI, A. — Nuovi Documenti per la Storia dell' arte Senese. Siena, T o r r i n i , 1899.\n SEI.WYN BRINTON. — The Renaissance in Italian Art. (Sculpture and painting) in\n      three parts. L o n d r e s , Simpkin, 1900.\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "                 SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                                  23\n\n\nLISINI, A — Le Tavolette dipinte di Bucherina e di Gabella del R. Archivio di Stato\n    in Siena. Siena, Torrini, 1901. Illustre.\nLISINI. — Il san Giovanni di Siena e i suoi restauri. Florence, Alimari, 1901.\nRICHTER, M m e L . — Siena. Leipzig et Berlin, Seeman, 1901. Illustré.\nHEYWOOD, W . — A Pictorial Ckronicle 0/ Siena. Siena, Torrini, 1902. Illustré.\n   Consacré aux couvertures de registres.\nCROWE, I.-A. et CALVALCASELLE, I . - B . — A New history of painting in Italy,\n   (from the second to the six tenth century). L o n d o n , J . Murray, 1864-\n   1866, 3 vol. — U n e édition italienne a paru depuis 1885, chez L e m o n ­\n   nier, à F l o r e n c e . L e neuvième volume, publié en 1902, avec notes de\n   M. Mazza, est particulièrement intéressant p o u r l'histoire de la peinture\n   Siennoise. A noter, toutefois, qu'il signale u n e collection E a m b o u x à\n   Cologne qui est dispersée depuis plus de trente ans.\nCalalogues des Musées — de Sienne (Galleria del R. Istituto provinciale di\n    belle arti, édition de 1895), — de Florence (Uffizi, édition de 1897), —\n    de L o n d r e s (national Gallery, édition de 1898), — de Liverpool (Walker\n    Art Gallery, Roscoë collection, édition de 1893, et le bel ouvrage illustré\n    de CONWAY : The Gallery of Art of the royal Institution, Liverpool, H o l d e n ,\n    1884), — de Berlin (Konigliche Museen, édition de 1898), — de F r a n c ­\n    fort (Städelschen Institut, édition de 1900), — d'Altenburg (Herzoglich\n    Sachsen Altenburgisches M u s e u m , édition de 1898), — de Budapesth,\n    — de P a r i s (Louvre), — de Chantilly (GRUYER : La Peinture au Château\n    de Chantilly, Ecoles étrangères, P a r i s , P l o n , 1896), e t c . .\n\n\n\n\n                                 Introduction\n\n\n\n   Je sais peu de choses au monde aussi noblement belles que\nFlorence, vue des hauteurs de San-Miniato, étendant ses mai­\nsons, ses jardins, ses palais et ses églises dans la vallée de\nl'Arno; — que Pérouse, tout noire dans la splendeur embrasée\ndu couchant, quand on y vient, comme j'y arrivai un soir, par\nla carriole d'Umbertide, — que Sienne, hérissant sur ses col­\nlines, sa cathédrale immense et les tours de ses palais comme\ndes forteresses, ainsi qu'on la voit au retour d'une excursion au\nMonistero.\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "24                          DURENDAL\n\n\n   Non seulement la nature y est merveilleuse, et dans la clarté\nd'Italie, les lignes du paysage sont à la fois ardentes et douces,\nnon seulement les silhouettes des édifices sont pittoresques et\nharmonieuses, mais il semble vraiment qu'on y sente encore\nles palpitations magnétiques de tant d'existences humaines, qui\npendant des siècles y vécurent une vie élégante et passionnée.\nDans l'air lumineux courent des mélodies d'amour, de gloire,\nd'orgueil et de tendresse, échos des drames magnifiques qui s'y\ndéroulèrent au Moyen Age et à la Renaissance.\n   De ces trois cités, Sienne fut peut-être la plus tumultueuse.\nSon histoire est une suite de constants paroxysmes, de détresses\net de triomphes, de convulsions révolutionnaires et d'aven­\ntures. Comme Florence et Pérouse, elle eut des artistes incom­\nparables.\n   Et tout d'abord, elle parut la plus favorisée. Ce fut quand\nDuccio, Simone di Martino, Lippo Memmi, les Lorenzetti,\nrivalisèrent avec Giotto et ses continuateurs. Mais auXVesiècle,\n— le seul dont nous ayons projeté de nous occuper, — les Tos­\ncans et les Ombriens s'affirmèrent avec une puissance souve­\nraine telle, que les artistes siennois, cultivant pieusement leurs\ntraditions locales, ont paru attardés et médiocres.\n   Tous les historiens d'art en ont parlé avec négligence et\ndédain. Les uns les ont condamnés en quelques phrases brèves;\nd'autres les ont accablés par la comparaison avec les Floren­\ntins; tous ont déploré leur fidélité à des formules stériles, leur\nattachement réactionnaire à un idéal épuisé. Ce sont là clichés\nauxquels on n'échappe point lorsqu'on étudie les peintres sien­\nnois du XVe siècle, sur lesquels on n'a, d'ailleurs, que bien peu\nde renseignements certains.\n   J'estime que ces appréciations sommaires sont sans justice.\nMa protestation sera suffisamment appuyée, je l'espère, par les\nmodestes notes qui suivent, dont l'ambition n'est point d'ap­\nporter sur ces artistes (à l'occasion desquels il y aurait encore\ntant d'intéressantes recherches à faire pourtant !) des révélations\ninattendues, mais simplement de les faire mieux connaître et\nmieux aimer. Je pense qu'on les a, en général, mal jugés par\nsuite d'un malentendu dans la position du débat. On leur a\ndemandé une expression d'art qu'ils n'avaient point cherchée;\net on ne s'est pas demandé s'ils n'avaient point réalisé l'expres­\nsion qu'ils avaient voulue.\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   25\n\n\n    Taine, dans son Voyage en Italie, nous révèle nettement l'équi­\n voque. De tous les chefs-d'œuvre dont Sienne est remplie, il n'a\n vu que la fresque de Lorenzetti, au Palais Public, et la Sainte\n Barbede Mateo. «J'en passe quantité d'autres,où le goût de la\n vie réelle, de l'histoire locale, de la science antique, toutes les\n approches de la Renaissance sont visibles, mais ils ont beau\n faire, ils n'y arrivent point; ils restent à la porte. Une Sainte\n Barbe par Mateo, de Sienne, en 1478, à l'église Saint-Domi­\n nique, suave et pure, mais sans relief et entourée d'or, n'est\n encore qu'une figure hiératique. Et Léonard de Vinci a déjà\n 26 ans! Comment comprendre un si long arrêt? D'où vient\n que depuis Giotto, parmi tant de tâtonnements, les peintres\n ne parviennent pas à mettre sur leur toile un corps solide et\n une chair vivante. Qui a pu les retenir à mi-chemin, après un\n élan aussi universel et aussi heureux? La question devient irré­\n sistible quand on regarde, dans ce même palais, à l'Institut des\n Beaux-Arts, à San Domenico, les fresques d'un peintre complet,\n Sodoma, un contemporain de Raphaël, le principal maître du\n pays. Son Christ flagellé est un superbe torse nu, vivant et souf­\n frant, de gladiateur antique ; sa Sainte Catherine en extase, sa\n Sainte entre deux saints, sous un portique clair, toute sa peinture\n rejette à l'instant l'autre dans la région indéterminée des êtres\ninachevés, insuffisants, non viables. Encore une fois, pourquoi\n les hommes, ayant trouvé la peinture, ont-ils passé cent cin­\n quante ans les yeux fermés sans apercevoir le corps? Il faut\n voir Florence et Pise. » Et, plus loin, il ajoute :« Je crois, enfin,\n toucher la cause qui, si longtemps en Italie, barra la voie à la\n peinture. Si, pendant cent cinquante ans, elle demeura, comme\n la littérature, immobile après le vif élan de ses premiers pas,\n c'est que l'esprit public s'était arrêté comme elle. Les senti­\n ments mystiques s'attiédissant, elle n'était plus assez soutenue\n pour exprimer la pure vie mystique. Les sentiments païens\n n'étant qu'ébauchés, elle n'était pas assez développée pour\n représenter la large vie païenne. Elle quittait son premier che­\n min et restait encore au seuil du second. Elle abandonnait les\nfigures idéales, les physionomies innocentes ou ravies, les glorieuses\npossessions d'âmes incorporelles rangées comme des ombres sur la splen-\n deur du jour divin. Elle descendait sur la terre, esquissait des\n portraits, des costumes contemporains, des scènes intéressantes,\n exprimait les sentiments dramatiques ou usuels. Elle parlait\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "26                          DURENDAL\n\n\n\nnon plus à des moines, mais à des laïques. Mais ces laïques\navaient encore un pied dans le cloître, et il fallait de longues\nannées pour que leurs admirations et leurs sympathies, suspen­\ndues autour du monde surnaturel, vinssent rallier autour du\nmonde naturel leur faisceau et leur effort. Il fallait que la vie\nterrestre s'ennoblit à leurs propres yeux jusqu'à leur sembler la\nseule importante et la seule véritable. Il fallait qu'une transforma­\ntion universelle et insensible les intéressât aux lois et aux pro­\nportions réelles des choses, à la structure anatomique des\ncorps, à la vitalité des membres nus, à l'épanouissement de la joie\nanimale, au triomphe de la force virile. Alors seulement ils pou­\nvaient comprendre, suggérer et réclamer la perspective exacte,\nle modelé solide, la couleur brillante et fondue, la forme har­\nmonieuse et hardie, toutes les parties de la peinture complète\net cette glorification de la beauté physique, qui a besoin d'âmes\nappropriées pour atteindre son achèvement et rencontrer son\nécho. »\n   Ces réflexions me semblent assez caractéristiques. Pour Taine\net pour l'enseignement des académies, la Renaissance, l'époque\nadmirable et définitive, c'est le moment où le sentiment chrétien\nayant faibli, les peintres célèbrent la joie animale et la beauté\nphysique. Tous les précurseurs sont des êtres inachevés, bar­\nbares, incomplets : des primitifs. Il en est spécialement ainsi\ndes maîtres de Pérouse ou de Sienne, pays de montagnes, où la\nfoi se conserva plus longtemps, où la peinture mystique fut\nplus longtemps en honneur.\n   Rio a violemment réagi dans son Art chrétien contre ces appré­\nciations et a poussé jusqu'au paradoxe la louange de la peinture\nreligieuse et le dédain des efforts naturalistes. Excès contraires,\nmais identiques. Il est aussi injuste de méconnaître l'apport\nconsidérable des maîtres du XVIe siècle, que de dédaigner\nl'oeuvre des maîtres duXVesiècle. Il conviendrait de juger les\nuns et les autres selon l'esthétique qui fut la leur, et non selon\nla nôtre; il est bien évident que si l'on ne recherche que la glo­\nrification de la beauté physique, comme Taine, les Siennois et\nles Ombriens paraîtront des attardés ; mais il serait équitable de\nreconnaître que ce ne fut point là le but de leur labeur, et qu'il\nest, dès lors, assez puéril de leur reprocher de ne pas l'avoir\natteint.\n   La Sainte Barbe, de l'église Saint-Dominique, que la corpora-\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   27\n\n\ntion des boulangers demanda à Mateo, de Sienne, n'est qu'une\nfigure hiératique, je le veux bien ; mais devait-elle être autre\nchose? S'agissait-il de représenter la pâtissière à son comptoir,\nqui vendait des petits pains au coin de la place de la Seigneurie,\nou une princesse de la suite du somptueux Pandolfe Petrucci?\nEvidemment non. Il fallait, pour la décoration d'un autel, une\nfigure calme et idéale dégagée de toute contingence immédiate,\nune sainte dans une gloire propre à ennoblir la ferveur des\nfidèles. Il fallait une image associée au culte, une figure hiéra­\ntique. Toute préoccupation naturaliste eut été une faute du goût\net d'harmonie. Le peintre ne pouvait s'y abandonner non seule­\nment sans froisser violemment les âmes de ses contemporains,\nmais même sans diminuer la signification esthétique de son\nœuvre. La destination religieuse de cette peinture lui imposait\ndes règles nécessaires ; elle ne pouvait pas ne pas être ce qu'elle\nest.\n   Et cette observation à propos de la Sainte Barbe, nous pou­\nvons la faire à propos de presque toute la peinture siennoise du\nXVe siècle. Elle est éminemment religieuse. On peut, si l'on est\nexclusivement féru de beauté païenne, reprocher à la peinture\nreligieuse de n'être que cela, mais c'est reprocher à la rose de\nn'être qu'une fleur, c'est vouloir qu'un moment de l'histoire soit\nun autre moment que celui qu'il est; c'est imposer aux œuvres\nd'art une règle de critique en dehors d'elles, c'est se refuser les\njoies et les enthousiasmes qu'elles procurent à qui essaye de les\ncomprendre.\n   Que ceux qui ne se sentent point la sympathie assez souple\npour aimer des expressions de beauté, diverses et même contra­\ndictoires, ne me lisent pas plus loin : ces vieux maîtres de\n Sienne les laisseront indifférents. Je ne m'y suis attaché qu'en\nm'appliquant consciencieusement à me placer à leur point de\nvue et je pourrais inscrire ici les paroles qu'Anatole France écrit\n dans la préface de ses Noces corinthiennes :\n   « Je touche en ce drame à des choses grandes et délicates:\n aux choses religieuses. J'ai refait le rêve des âges de foi ; je me\n suis donné l'illusion des vives croyances. C'eût été trop man­\n quer du sens de l'harmonie que de traiter sans piété ce qui est\n pieux. Je porte aux choses saintes un respect sincère »...\n   Des tableaux comme des prières, selon le mot heureux des Gon­\n court. Un musée dont chaque salle est comme un oratoire. Des\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "28                          DURENDAL\n\n\n images qui n'ont pas pour but de conter la nature, mais d'exalter\n les âmes. La peinture de Sienne au XVe siècle n'est sans doute\n point la plus belle de toutes les peintures, mais c'est la plus\n religieuse.\n    Et c'est bien là l'esprit du temps et du milieu. Parmi toutes\nles républiques italiennes, Sienne est la plus ardente en sa\npiété. Elle a l'amour farouche de la liberté et sa démocratie est\nombrageuse et passionnée. Elle a la plus haute idée de son\nexcellence et n'admet point qu'il soit en Italie ou au monde de\ncité supérieure. En 1461, dans sa bulle canonisant sainte Cathe­\nrine, Pie II dit : « Il était réservé à un Siennois assis sur le\nsiège de saint Pierre de proclamer la sainteté de cette Sien­\nnoise ». Et ce patriotisme aigu, cette fierté du citoyen pour sa\nville et ses libertés se confondent, s'expriment, se manifestent\nsous le vocable de la Vierge, à laquelle la république s'est\ndédiée.\n   Peindre la Vierge, c'était faire acte de foi catholique, mais\nc'était aussi faire acte de foi civique ; c'était, symboliquement\ncélébrer à la fois tous les grands sentiments moteurs de la vie\ncommune. Aussi, que d'Annonciations, de Couronnements,\nd'Assomptions et de Madones !\n   Notez encore que par deux fois, Sienne vit monter sur le trône\npontifical, un membre de la famille de Piccolomini, illustre\nparmi la «noblesse siennoise, que par deux fois au cours du\nXVe siècle, Sienne vit proclamer la sainteté de ses enfants : saint\nBernardin, mort en 1444, canonisé en 1450; sainte Catherine,\nmorte en 1380, canonisée en 1461.\n   La Vierge, saint Bernardin, sainte Catherine, voilà les sujets\npresque exclusifs de la majorité des tableaux siennois de ce\ntemps. Les autres, ce sont encore des sujets religieux. On y\nchercherait en vain un portrait, une allégorie, un tableau de\ngenre. Quelle pauvreté! diront les modernes. Et, malheureux\nqui ainsi parlez, faut-il vous rappeler que vous faites, depuis des\nannées, le même sous-bois, la même mer, le même soldat, ou le\nmême paysan, le même intérieur ou la même écrevisse, et que\nces « pauvres » artistes que vous prenez en pitié, étaient eux,\nnon seulement des peintres, mais des sculpteurs, des orfèvres et\ndes architectes!\n   Vecchietta mettait quelque coquetterie à signer ses tableaux :\nVecchietta sculpteur; et ses bronzes : Vecchietta peintre;\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                      29\n\n\n\n Neroccio peignit, cisela, bâtit. Francesco di Giorgio fut, comme\nlui, peintre, sculpteur, architecte, et encore le premier ingé­\nnieur militaire de son temps. Ah! nos pauvres petits modernes,\n à côté de ces artistes complets de la Renaissance ! Comme ceux-ci\nauraient ri à l'idée saugrenue de passer la vie à peindre des pay­\nsages, des animaux, des rieurs ou des natures mortes ! Rire,\nétonnement, indignation, s'ils avaient pu croire à la réalisation\npossible de ce projet bouffon. Car les peintres de Sienne, disent-\nils en tête de leurs statuts de leur corporation, dès 1355, sont\nceux « qui ont pour mission, par la grâce de Dieu, de manifester\naux gens ignorants et illettrés les choses merveilleuses opérées\npar la vertu et dans la vertu de la sainte foi. » Et ils disent\nencore : « Rien ne peut avoir commencement ni fin sans ces\ntrois choses, sans pouvoir, sans savoir et sans vouloir avec\namour » !\n   Tel est l'esprit de ces artistes. On peut trouver leur concep­\ntion esthétique étroite; on ne peut pas la trouver basse. Et son\nélévation est telle qu'on les voit descendre, « avec amour », jus­\nqu'aux besognes les plus infimes. Du moment que c'est pour\nmanifester la sainte foi, ils n'ont point de prétention ni de\nmorgue et acceptent toutes les tâches : Sano di Pietro peindra\nles fresques monumentales de la Porte Romaine et du Palais\nde la République, les miniatures des livres de Choeur du Dôme\net des bannières pour les processions; Vecchietta peindra l'As-\nsomption dans la cathédrale de Pienza et la civière de l'hôpital\nde Sienne; Mateo, Neroccio, d'autres peindront des madones\npour les églises et les couvertures des registres de la gabelle.\n   Leur concours sera réclamé pour les objets les plus divers ;\ncar un des traits charmants de cette démocratie tourmentée,\nc'est précisément de mêler l'art à toutes les manifestations de\nla vie publique. L'art est, peut-être, dans l'habitation de chacun,\nmoins répandu qu'aujourd'hui; mais, partout où les citoyens\ns'assemblent, dans les rues, les places, les palais et les églises,\nil est magnifiquement affirmé. On sent que la ferveur pour la\nbeauté est la même que la ferveur pour la cité et la ferveur pour\nla foi. La religion, le patriotisme, l'amour de l'art existent\nsimultanément dans les cœurs, non pas distincts, mais fondus\nen un seul sentiment. Tout Siennois vénère la cité, le culte et\nl'art; la foi y est artiste et civique; les artistes sont religieux et\nfiers de la gloire de leur république. Nous avons peine à com-\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "30                             DURENDAL\n\n\n\nprendre cela aujourd'hui, mais comme la signature de Duccio\nsur sa fameuse Madone l'exprime naïvement :\n\n                     Mater Sancta Dei\n                     Sis causa sienis Requiei\n                     Sis Duccio vita\n                     Te quia depinxit ita.\n\n\n    Ce fut une grande fête publique que l'installation de cette\nmadone, et, pendant les siècles suivants, les Siennois restent à\nla fois passionnés pour leur Ville, la Vierge et la Beauté. De\ncette identité de la sensibilité générale, la vie commune d u t\ntirer une intensité extraordinaire et l'art recevoir une impul­\nsion puissante. Aussi n'est-il point d'endroits sur la terre où les\nartistes furent davantage appelés à orner l'existence de tous.\n    Il y a, à Sienne, des fresques partout, à l'intérieur, à l'exté­\nrieur des édifices; le Palais communal en est r e m p l i ; les murs\nde l'hôpital en sont couverts; la plus petite chapelle a son autel\nparé, et rien ne montre mieux cette fureur de décoration que la\ntransformation du pavement de la cathédrale en cette nielle\ngigantesque, qui est une des plus étonnantes merveilles de\nS i e n n e ! — ou que la série délicieuse de ces couvertures de\nregistres de contributions, confiées chaque année à un artiste de\nmarque...\n    U n e dernière preuve que jamais les peintres siennois du\nXVe siècle n'ont pu penser que le but de leur art pouvait être la\nreproduction de la nature, c'est l'apparent paradoxe que pré­\nsente leur existence comparée à leur t e m p s . T o u t e cette pein­\nture du XVe siècle est calme et aucune époque ne fut plus trou­\nblée. A part les Massacres des Innocents, de Mateo, œuvres tout\nà fait exceptionnelles, on chercherait en vain, dans les figures\nreprésentées, un mouvement violent, un geste vif, une attitude\nimpétueuse. E t , pourtant, quel drame perpétuel que l'histoire\nde cette république agitée!\n    Voilà un peu précisées, les particulières ambitions esthé­\ntiques de ces peintres siennois du XVe siècle; voyons un peu,\nmaintenant, comment ils les réalisèrent. T a i n e et les a d m i r a ­\nteurs du XVIe siècle leur reprochent, entre autres, leur impuis­\nsance à peindre les corps, à caractériser les figures, à les situer\ndans un paysage exact et aéré. Ce sont ces griefs, et quelques\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   31\n\n\nautres dérivés de ceux-là, que nous retrouverons sous la plume\nde tous les critiques.\n    Qu'en faut-il croire? Je les trouve peu fondés, quant à moi.\nCar, n'oublions pas qu'il sagit de peintures religieuses. Dès\nlors, est-il besoin vraiment de savoir si bien peindre le corps?\nSans doute, il importe de le savoir suffisamment pour retracer\nune joie ou une douleur de l'âme, puisque la plus pure idéalité\ndoit nécessairement s'exprimer en peinture par une couleur et\nune forme, mais ces extases, ces ravissements, ces élans vers\nle mystère et l'infini, ne peuvent-ils se passer de la beauté com­\nplète des corps? N'en seraient-ils même point alourdis, plutôt?\nCe n'est que par une inclination à nous les figurer sous des\naspects analogues à ceux qui nous sont familiers, que nous nous\nreprésentons la Vierge, les anges avec des corps, des tuniques\net des manteaux ; mais encore est-il bon que ces matérialités ne\nprennent point d'importance prépondérante.\n   De même, je pense que ce ne fut pas par faiblesse, mais par\nune claire notion des conditions de la peinture religieuse, que\nles Siennois s'abstinrent de peupler leurs tableaux de portraits\net de types observés autour d'eux. Peindre la mère de Dieu\nsous les traits de la maîtresse du roi, comme Fouquet le fit\nd'Agnès Sorel, est peut-être d'un habile courtisan,'mais c'est\nd'un sentiment religieux médiocre. Garnir une Adoration des\nMages des portraits des Médicis, comme le fit Boticelli, ou une\nnaissance de la Vierge des portraits de Tomalrioni, comme le\nfit Ghirlandaio, c'est encore une fois mettre le pittoresque au-\ndessus de la piété. Toute caractérisation d'une figure lui enlève\nde sa généralité et de son absolu : telle est la raison essentielle\npour laquelle les peintres siennois, avant tout religieux, se per­\nmirent si peu de libertés personnelles...\n   J'appliquerai le même raisonnement à leurs fonds d'or. Il est\nvraisemblable, toutefois ici, qu'ils ne comprirent point la beauté\ndu paysage; c'est la compréhension esthétique qui s'éveille la\ndernière. Il est vraisemblable encore que l'eussent-ils comprise,\nils eussent été techniquement impuissants à la retracer. Mais à\nsupposer qu'ils eussent été aussi habiles qu'un paysagiste du\nXIXe siècle, encore peut-on se demander s'ils n'auraient point\nagi conformément aux nécessités de la peinture religieuse, en\ns'astreignant, quand même, à leurs fonds d'or. Qu'on y songe :\ntout paysage, quelque beau qu'il soit, situe la scène dans un\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "32                          DURENDAL\n\n\n endroit déterminé de l'espace et la diminue en diminuant son\n absolu et son mystère; tandis que le fond d'or, n'est-ce pas la\n gloire de la lumière et des rayons, la seule localisation logique\n pour une évocation céleste?\n    Bref, je pense que la peinture religieuse est un art différent\n de la peinture ordinaire. Son but n'est pas de raconter la vie et\n d'ennoblir les images extérieures que nous offre celle-ci, mais\n d'élever l'âme et de retracer les images extérieures dont la\n peuple la foi. C'est un art, non d'observateurs, mais de vision­\n naires.\n    Et il serait salutaire, peut-être, de s'habituer à la concevoir\n comme ayant des modalités propres de réalisation, ainsi que,\n par exemple, la mosaïque et la tapisserie desquelles il ne faut\n point attendre les effets de la peinture.\n    Nous aurions alors l'explication de ce fait, en apparence\n étrange; que tous les progrès de la Renaissance et des temps\n modernes, la science de l'anatomie et de la perspective, l'adresse\n de la main, l'étude de la nature complexe et changeante et tant\nd'autres conquêtes incontestables, n'ont point réussi à faire\navancer d'un pas la peinture chrétienne — bien plus, paraissent\n lui avoir nui.\n    Il est, en effet, assez caractéristique de constater que, dans\ntous les pays, les productions modernes de l'art religieux sont\nmanifestement inférieures aux œuvres des primitifs.\n   Si les peintres de Sienne se sont montrés indifférents aux\nrecherches et aux innovations florentines, c'est, peut-être, qu'ils\nperçurent confusément qu'elles leur apportaient la mort. Le\nSodoma, qui est le dernier grand artiste local et qui fait fruit,\navec habileté et souplesse, des enseignements de Léonard de\nVinci et de Raphaël, est à la fois une apogée et un déclin. Après\nlui, la déchéance est prompte et il n'y a plus d'école siennoise.\nEn sorte, que cette tradition, qui avait, pendant deux siècles,\nbrillé d'un si pur éclat, qui avait résisté à la peste, aux inva­\nsions ennemies, aux discordes civiles, ne sut point résister à une\ntransformation d'idéal.\n   (A continuer.)                               JULES DESTRÉE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-007", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 34, "titre_corps": "Au clair de la lampe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Au clair de la lampe I Au clair de la lampe allumée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "Au clair de la lampe\n\n                  I\n\n Au clair de la lampe allumée,\n Qui dore l'azur de tes yeux,\n Tu penches ton front    studieux\n Sur l'humble tâche    accoutumée.\n Grave et joyeuse tour à tour,\n Tu ne te reposes d'écrire\n Que pour me tendre en un sourire\n Ta bouche où palpite     l'amour.\n Et l'essor léger de ta plume,\n Sur la page où glisse un rayon,\n Ressemble au vol d'un papillon\n Dans un ciel que l'aurore, allume.\n\n                 II\n Moi, pour te louer d'être belle\n Et d'aimer l'ingrat que je suis,\n D'un pas inégal je poursuis\n Le vers qui fuit et se rebelle.\n Parfois, las d'attendre  l'Esprit,\n Je blottis ma tête chagrine\n Au tiède nid de ta poitrine,\n Où l'amour bat de l'aile et rit.\n Et quand ton âme s'est mêlée\n A la mienne en un lent baiser,\n Je sens sur mon front se poser\n Le frisson d'une flamme ailée!\n\n                III\n\n Je suis à tes genoux. La lampe\n T'auréole d'un nimbe ardent.\n Tu souris, un doigt sur la tempe,\n Et je rêve en te regardant.\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "34                DURENDAL\n\n\n     Comme, aux pieds d'une    Impératrice,\n     Un page au cœur gonflé d'émoi,\n     Je chante au gré de ton caprice\n     L'humble amour qui fleurit en moi.\n     Et cependant que     t'environne\n     Le tendre éclat de ta beauté,\n     La lampe ceint de sa couronne\n     Ton enfantine    royauté.\n\n                       IV\n\n     Tendrement rapprochés, nos fronts\n     S'inclinent tous deux sur le livre\n     Où le poète aimé fait vivre\n     Le mal divin dont nous    souffrons.\n     Puis, t'asseyant sur mes genoux,\n     Tu me racontes à l'oreille\n     Quelque idylle de dieux, pareille\n     A notre douce idylle à nous...\n     Et l'Amour, grave et radieux,\n     Nous sourit en disant ; « Vous êtes\n     Dignes de parler aux poètes\n     Et d'aimer comme aiment les dieux! »\n\n                     V\n\n     Comme une lune au blond halo,\n     La lampe illumine la chambre;\n     Et ton œil bien, pailleté  d'ambre,\n     Semble un ciel reflété dans l'eau.\n     O douceur de cet humble coin\n     Où notre amour se pelotonne!...\n     Mais parfois, dans la nuit    d'automne,\n     Un train siffle et halète au loin.\n     Et soudain, des rêves d'exils\n     Palpitent dans la chambre    étroite,\n     Et tout l'azur des mers miroite\n     Sous les franges d'or de tes cils!...\n                                             FRANZ A N S E L\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 43, "titre_corps": "Études sur le théâtre espagnol : Un drame de Guevara : « Reinar despues de morir »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. Fermaud", "ancre_debut": "Études sur le théâtre espagnol Un drame de Guevara Reinar despues de morir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "Etudes sur le théâtre espagnol\n\n    Un drame de Guevara : \" Reinar despues de morir „\n\n   Le Théâtre Espagnol a, cette année, inauguré la saison avec une pièce de\nl'ancien répertoire : Reinar despues de morir (Régner après la mort), de Luis\nVêlez de Guevara. Cet auteur, qui florissait au début duXVIIesiècle, est plus\nconnu à l'étranger par son Diable boiteux, qui a fourni à Lesage le titre et le\ncadre de son plus joli roman après Gil Blas. Mais il était, en outre, un dra­\nmaturge fécond, puisque Montalvan et Pellicer lui attribuent jusqu'à quatre\ncents pièces. On en connaît au plus quatre-vingts, publiées ou manuscrites,\nce qui est suffisant, car tout n'est pas bon dans ces quatre-vingts. Quoi qu'il\nen soit, le plus célèbre de ses drames est celui qu'on joue en ce moment, dis­\ncrètement retouché et mis au point par M. Villegas. Le titre bizarre dont il\nest orné fait allusion au tableau final, où l'on voit une morte couronnée solen­\nnellement par son royal époux. On devine qu'il s'agit de l'histoire de la mal­\nheureuse Inès de Castro, sujet attendrissant, s'il en fut, et qui, transporté en\nFrance, auXVIIIesiècle, par Lamotte-Houdard, fit verser de si douces larmes\naux belles dames des loges du Théâtre-Français. Mais la médiocre tragédie\nde Lamotte n'avait pour elle que le sujet, et le drame de Guevara reste, en\ndépit de ses défauts, une œuvre poétique et touchante, la plus touchante peut-\nêtre du théâtre espagnol. A vrai dire, ce dernier caractère est surtout celui\nqui doit nous intéresser, car il constitue un phénomène rare dans la littéra­\nture espagnole où, d'après M. Menendez y Pelayo, la note élégiaque et sen­\ntimentale n'existe pour ainsi dire pas. Mais, avant d'examiner les causes qui\nfont de la pièce de Guevara une œuvre à part, il convient d'en exposer briève­\nment le sujet.\n\n                                       I\n\n  Nous sommes auXIVesiècle, en Portugal, à la Cour du roi Alfonso IV, déjà\nvieux et miné par les chagrins. De ces chagrins, le plus poignant est celui\nque lui cause son fils et l'héritier de sa couronne, Don Pedro. Don Pedro est\nmarié secrètement à une dame noble de Castille, Inès de Castro, dont il a\ndeux jeunes enfants, Dionis et Alonso. Le roi ignore cette consécration d'un\namour, dont la violence persistante suffit, d'ailleurs, à lui inspirer les plus\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "    36                                DURENDAL\n)\n\n    vives inquiétudes. Il a, en effet, négocié le mariage de son fils avec une\n    infante de Navarre, Dona Blanca, et celle-ci vient d'arriver à la Cour, où elle\n    est traitée avec tous les honneurs dus à la future épouse du prince-héritier.\n    Seul, Don Pedro évite sa présence. La situation de Dona Blanca est donc des\n    plus fausses, et la jeune princesse, dont le caractère altier nous sera révélé\n    bientôt, s'en rend compte, plus qu'il ne conviendrait, aux atermoiements et à la\n    politique prudente du vieux roi. Il faut en finir, et le roi en personne vient\n    requérir son fils de tenir les engagements pris et de se disculper auprès de\n    l'infante. Le prince ne trouve d'autre raison à donner à celle-ci que son pro­\n    fond amour pour Inès; il va même jusqu'à lui avouer qu'elle est sa femme.\n    Blanche croit à un subterfuge; et, profondément blessée des déclarations et\n    des procédés du prince, elle coupe court et va se plaindre au roi. Le roi,\n    irrité, prend un parti énergique : il ira lui-même, suivi de l'infante, arracher\n    Don Pedro aux bras d'Inès et l'obliger à faire son devoir. Nous voici trans­\n    portés sur les délicieuses rives du Mondego, dans la maison de campagne,\n    aux environs de Coïmbre, où s'abritent nos imprudents amoureux. L'arrivée\n    en Portugal de l'infante de Navarre a porté l'épouvante dans le cœur d'Inès.\n    Dévorée d'inquiétude, agitée de tristes pressentiments, elle ne se reprend à\n    la joie et au désir de vivre que quand son époux est là, l'assurant de son\n    amour éternel. Mais des fanfares éclatent dans le mystère des bosquets\n    fleuris, et le roi fait son entrée, conduisant Dona Blanca par la main. La scène\n    est courte et se termine d'une façon aussi imprévue que désagréable pour\n    l'infante. Ebloui par l'angélique vision de Dona Inès à ses genoux et entourée\n    de ses enfants, Don Alfonso la relève et prodigue inconsidéremment ses\n    caresses aux petits Dionis et Alonso. Rappelé à la réalité par ses deux con­\n    seillers, Alvar Gonzalo et Egas Coello, partisans de l'infante et acharnés à la\n    perte d'Inès, le roi semble se réveiller d'un songe; et, confus, humilié, sans\n    trouver un mot d'excuse, il reprend le chemin de la Cour, suivi de l'infante\n    exaspérée.\n       On peut prévoir ce qui en résulte. L'infante, outragée, se dispose à retour­\n    ner en Navarre, et le roi, cherchant à lui donner au moins une ombre de\n    satisfaction, fait jeter son fils en prison. Dona Blanca, apaisée, suspend tous\n    préparatifs jusqu'à nouvel ordre; mais, sous prétexte d'une chasse, elle s'égare\n    du côté de Mondego, dans le but visible de se rencontrer avec sa rivale et de\n    l'humilier. Inès, traitée par elle avec le dernier mépris, se redresse en invo­\n    quant ses droits d'épouse, qui réduisent à néant les prétentions de Dona\n    Blanca. Le doute n'est plus possible, et, dès lors, la situation tendue à\n    l'extrême, ne comporte qu'une solution, si on tient à retenir l'infante et à ne\n    pas infliger à cette princesse et au roi de Navarre un affront, qui pourrait\n    avoir des conséquences. Cette solution, c'est la mort d'Inès. Le roi, bien que\n    pressé par Gonzalo et par Coello, ne peut s'y résoudre; maison sent bien\n    qu'à partir de ce moment, et, malgré la faible opposition de l'infante à ce\n    meurtre, Inès est irrévocablement condamnée. Et voici la scène capitale. Le\n    roi, de plus en plus tourmenté et affaibli, — peut-être malade, — s'est laissé\n    persuader que la mort d'Inès importait au salut de l'Etat, que le trône était\n    en péril et l'opinion du peuple contre le roi ; et il a signé la sentence fatale.\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "                  ÉTUDES SUR LE THEATRE ESPAGNOL                               37\n\n\n Seulement, il a voulu la notifier en personne à la malheureuse. Pourquoi?\n  Dans l'histoire, les choses se passent plus simplement, et Inès est morte\n poignardée par Coello et Gonzalo, sans ombre de cérémonial, et pour cause.\n  Mais passons. Le roi semble, en effet, avoir tenté cette démarche pour sauver\n  Inès : « Vous étiez ma parente, lui dit-il ; vous ne pouviez épouser mon fils\n sans une dispense; votre mariage est donc nul. — C'est vrai, répond Inès;\n mais la dispense a été demandée et obtenue avant le mariage. — Alors, c'est\n un malheur pour vous; car, si c'est bien légitimement que vous êtes mariée,\n il ne vous reste plus qu'à vous préparer à la mort. » Et la scène jaillit sur ce\n mot, cruelle, déchirante, entre ce vieillard moribond, qui maintient l'arrêt en\n pleurant, pendant qu'on arrache les enfants à leur mère, et cette mère, cette\n femme, épouse de son fils, qui demande en grâce la vie, non pour elle, mais\n pour son époux, mais pour ses enfants. C'en est trop pour les nerfs du spec­\n tateur, et c'est un véritable soulagement pour lui que de voir Inès sécher tout\n à coup ses larmes, et, forte de son innocence, au moment de paraître devant\n Dieu, assigner son juge au divin tribunal.\n    C'en est fait. Le sacrifice est consommé. Coello et Gonzalo ont accompli\n leur œuvre : Inès est morte. Dans la riante maison des champs, tout est désert,\nmorne et silencieux. Et le prince, libre, revenu aux lieux qu'embellit la pré­\nsence de sa bien-aimée, s'étonne de ce silence, lorsque paraît un grand digni­\ntaire, le connétable accompagné du noble Nuno de Almeida. Tous deux sont\nen grand deuil. Le roi est mort. Le roi? Pauvre père ! Et le prince pleure.\n Mais quoi? cet événement fait du prince un roi, et d'Inès une reine. Enfin!\n Faites venir Inès. Hélas! Et le connétable et Nuno se retirent sans oser lui\napprendre l'autre, la terrible nouvelle. Le prince a oublié son père. C'est\nd'aujourd'hui seulement qu'Inès est à lui, puisqu'il peut le proclamer enfin à\nla face de l'univers. Tout à coup, un chant triste s'élève du dehors et vient\nfrapper le prince en plein cœur : « Où vas-tu, le cavalier? Triste cavalier, où\nvas-tu? Ton épouse adorée est morte. Elle est morte, je l'ai vue... » Paraît\nl'infante, en grand deuil elle aussi. « Cet homme qui chante en pleurant sous\nta fenêtre t'a dit la vérité... Ta belle Inès est morte. » Ciel! dit le Prince. Et\nil tombe évanoui. Quand il revient à lui, la Cour entière est à ses pieds. Mais\nsa pensée ne va qu'à Inès. Inès! morte! qui a osé? Les assasins sont arrêtés.\nBien. Qu'on leur arrache le cœur à tous deux ! On tire un rideau, et Inès appa­\nraît morte et ensanglantée. La couronne! commande le prince. Il place la\ncouronne sur la tête de celle qui a exhalé son dernier souffle. Et maintenant,\nque tout le monde lui baise la main, comme si elle était vivante. Et la toile\ntombe. Tel est ce drame que j'ai analysé dans ses traits principaux, en négli­\ngeant beaucoup de remplissage, de répétitions et de scènes de mauvais\ngoût.\n    On prête à M. Le Bargy, dont la tournée à Madrid en octobre-novembre,\nen compagnie de Mlle Bartet, a coïncidé avec le succès du Reinar despues de\nmorir, l'intention de faire traduire le drame de Guevara tel que l'a refondu\nM. Villegas, et de le jouer lui-même au Théâtre-Français. J'ai peu de foi dans\nle succès de l'entreprise. Certes, M. Villegas a fait de son mieux, — et le\nmieux est ici l'ami du bien, — pour donner de la consistance à une pièce qui,\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "38                                DURENDAL\n\n\n\n à ne considérer que l'action, est décousue et invraisemblable. Il a retranché\n les passages de pure rhétorique, à la Sénèque, dont n'a jamais pu se débar­\n rasser entièrement le théâtre espagnol; et il a supprimé force redites, et des\nscènes faisant double emploi. En revanche, il a très sobrement et très heureu­\nsement développé des scènes capitales, ébauchées ou simplement indiquées\n par l'auteur : ainsi, la scène entre le prince et Egas Coello, chargé de le con­\nduire en prison, et surtout celle où Inès tient tête à l'infante et se perd irré­\nmissiblement en proclamant son hymen secret avec Don Pedro. De plus,\nM. Villegas a eu le scrupule de racheter quelques invraisemblances : On est\npréparé, avec lui, à la mort subite du vieux roi, grâce à une syncope qui le\nprend à un moment décisif. Guevara ne s'était nullement préoccupé de ce\nmenu détail, ni de bien d'autres dont nous ne pouvons plus nous passer\naujourd hui. Tout cela est excellent au point de-vue dramatique. Mais il était\nimpossible à M. Villegas, — sous peine de refaire la pièce en entier, — d'en\nsauver, en premier lieu, la donnée vraiment extraordinaire : Un héritier du\ntrône marié secrètement, et avec dispense du pape, sans que le roi, son père,\nen soit informé et en ait seulement le soupçon; une infante de Navarre,\nenvoyée en Portugal pour y épouser un héritier qu'on n'a pas consulté sur\ncette affaire de quelque intérêt pour lui, qui n'est pas même allé la recevoir\net qui lui témoigne la froideur la plus insultante. Et l'infante continue à rester\nà la Cour. Comment sauver enfin la scène capitale, celle où le roi, suivi de\ntoute sa cour, et bannières déployées, vient notifier solennellement à Inès,\ninnocente, et qu'aucun tribunal n'a entendue, un arrêt barbare, dicté par la\nseule raison d'Etat, et en vertu duquel il faut qu'elle meure, et meure immé­\ndiatement aux mains de deux grands seigneurs portugais, érigés en bourreaux\npour la circonstance? Et comment, en dépit du pathétique de la scène, faire\nadmettre ce tissu d'horreurs et d'invraisemblances par un public parisien ?\nPourtant, M. Villegas n'a pas jugé à propos de refaire la pièce. Et la pièce,\nétayée plutôt que rétablie sur de solides bases, a obtenu à Madrid un suc­\ncès grandiose. C'est qu'un public espagnol diffère essentiellement d'un public\nfrançais, et que, pour les lettrés plus exigents (M. Villegas est de ceux-là), le\ndrame de Guevara a un mérite supérieur qui l'absout, dans une large mesure,\nd'être une pièce assez mal charpentée; il a le mérite de la poésie.\n\n                                       II\n\n  Reinar despues de morir est une œuvre poétique, et cela nous dispense, entre\nautres choses, d'examiner si l'histoire n'est pas trop défigurée dans un drame\nqui roule entièrement sur un sujet historique. Si Guevara avait pu un\nseul moment se poser la question, il aurait été fort au-dessus des écrivains de\nson temps. A cette époque, le principe, quand il s'agit de pays étrangers ou\nde la Grèce et de Rome, consiste à retracer à peu près les faits, sans se pré­\noccuper le moins du monde des mœurs. Encore ceux-là sont-ils interprétés\ncomme pourrait le faire un Espagnol du temps. Ainsi, dans Roma abrasada\n(Rome brûlée), de Lope de Vega, Néron fait tuer sa mère parce qu'elle lui a\nproposé le plus abominable des incestes, ce qui n'était pas pour impressionner\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "                  ÉTUDES SUR LE THÉÂTRE ESPAGNOL                               39\n\n\n si fortement le Néron de Suétone. Toutefois, quand il s'agit d'histoire natio­\n nale, je veux bien que le principe varie peu, et qu'on fasse parler et penser\n les, gens du XIIIe siècle par exemple, comme ceux du XVIIe siècle; mais il faut\n compter ici avec un public qui, à défaut de notions historiques précises, con­\n naît fort bien ses légendes nationales, transmises de bouche en bouche ou par\n le moyen des romances, que beaucoup savent par cœur. Les auteurs tiennent\n grand compte de cette science populaire, et cela suffit à donner de la couleur\n à leurs sujets. La mort d'Inès de Castro est de ceux-là, et il importait de bien\n préciser ce, point. En effet, de quelle couleur, et par suite de quelle vie peu­\n vent bien être animés ces personnages moitié historiques, moitié légendaires,\nsinon de la vie spéciale qu'ils empruntent au sentiment national ou de race,\n dont ils deviennent l'incarnation; en un mot de la vie de héros d'épopée?\n Voilà, si je ne me trompe, une première source de poésie où a puisé certai­\nnement notre auteur. De fait, son drame est bien, comme tous les drames\n d'alors, un poème épique, coupé en tableaux au lieu de chants, avec le dia­\nlogue, au lieu du récit (ce qui n'exclut nullement les longs récits ou discours\ndes personnages) ; un poème enfin destiné à être représenté au lieu d'être lu.\n De même, ses personnages sont de complexion simple, comme il sied aux\nhéros d'épopée : ils n'ont guère qu'une note, toujours la même, qui suffit à les\ncaractériser. Et je conviens que cela n'est pas très dramatique, au moins au\npointde vue français, où l'action est tout; mais c'est très espagnol. Il faut, du\nreste, savoir-gré à Guevara d'avoir dégagé sa pièce de nombre de superfluités,\ndont regorge, celle-de son prédécesseur immédiat dans le même sujet, Mexia\nde la Cerda. Mexia, poussé par la logique du genre, accumule les épisodes\nsecondantes et joue même du merveilleux en faisant apparaître à Don Pedro\nl'ombre d'Inès fraîchement assassinée. Un autre prédécesseur, Jéronimo Ber­\nraudez n'hésite pas à mettre sur la scène le spectacle répugnant des assassins\nd'Inès, àqui on arrache le cœur, aussi tranquillement, du reste, que s'il écrivait\nsimplement pour être lu et non joué. Dans Guevara, nous n'avons relevé\nqu'une scène où les nerfs du spectateur sont trop malmenés; et encore les cris\nd'Inès réclamant ses enfants et se traînant aux pieds d'un moribond, inca­\npable d'agir comme de pardonner, sont-ils atténués par la conviction où est\nle public que la mort d'Inès ne termine rien, que le sujet de la pièce n'est pas\nla mort, mais le couronnement d'Inès, morte ou vive, et qu'Inès sera cou­\nronnée, et vengée. Et ne croyez-vous pas avec moi que le sujet d'Inès ainsi\nconçu emprunte à l'épopée un caractère de grandeur et la mâle poésie qui\npermettent de glisser sur les chicanes de métier?\n   Mais si Guevara s'était borné à faire ressortir le côté épique du sujet, son\nœuvre, style à part, ne vaudrait ni plus ni moins que celle de Mexia de la\nCerda. Or, nous avons vu que si, chez,lui, l'épopée se développe au détriment\ndu drame, c'est-à-dire de l'action, l'épopée àson tour est réduite, ou du moins\ndégagée d'épisodes inutiles et de la ressource qui s'offrait si naturellement de\nl'emploi du merveilleux. Ce n'est pas sans raison. Remarquez que l'ombre\nd'Inès venant annoncer elle-même sa mort à Don Pedro et le priant de cou­\nronner solennellement son cadavre, n'est pas, tellement déplacée dans une\npièce où le spectateur, pour être pleinement satisfait, a besoin de l'assurance\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "                                      DURENDAL\n40\nque cette âme désolée assistera à la réparation du crime dont elle a été victime.\nGuevara a négligé cette machine. C'est qu'il s'est trouvé obligé de faire place\nà un troisième élément, qui avait aussi ses exigences, le lyrisme. Plus qu'un\ndrame, plus qu'un poème, le Reinar despues de morir est une longue et doulou­\nreuse élégie. Et c'est précisément où je voulais en venir. Mais ici encore, il\nfaut faire une distinction. Le lyrisme, non plus que l'épopée, n'était une chose\nnouvelle dans le théâtre espagnol, où le poète s'est toujours réservé le droit\nd'intervenir, en parlant par la bouche de ses personnages, toutes les fois qu'il le\njugeait à propos. Dans Reinar despues de moririly ade ces morceaux lyriques que\n M. Villegas, obligé de compter avec un public contemporain, a écourtés ou sup­\nprimés, comme il avait fait pour les développements de pure rhétorique, les\ndeux choses, d'ailleurs, se confondant assez souvent. Mais il s'agit ici d'une\nautre espèce de lyrisme; lyrisme inconscient, ingénu, qui se dégage de l'œuvre,\nplutôt qu'il n'y apparaît vraiment, trahissant une conception particulière du\nsujet, et dont il faut, je crois, chercher l'origine dans la personne même de\n Guevara. On comprendra toutefois que, sur ce point, j'hésite un peu. Il s'est\ntrouvé des critiques comme Lista pour refuser à Guevara tout talent; de plus,\nles romances populaires, quand ils roulent sur des histoires aussi lamentables\nque celles d'Inès de Castro, ne se bornent pas à être de simples narrations\népiques; un très vif sentiment de pitié pour la victime joint à un inévitable\nretour sur soi-même et sur la triste condition des hommes, hausse parfois le\nton et le verbe des personnages jusqu'au véritable lyrisme (1). Tout cela est\nvrai, et Guevara a pu s'inspirer largement de cette poésie primitive. Mais\nenfin, si le classique Jéronimo Bermudez, grand imitateur de Sénèque, n'a\ntiré d'un pareil sujet qu'une ou plutôt deux tragédies assez froides; si Mexia\nde la Cerda n'y a vu qu'une histoire héroïque dont tout l'intérêt consiste à se\ndemander si Inès triomphera de ses ennemis et sera déclarée reine malgré eux,\nje suis bien obligé de reconnaître que Guevara, lui, y a mis quelque chose\n de 'plus que ses devanciers; et ce quelque chose, c'est... Inès, tout sim­\n plement.\n    Inès n'est-elle qu'une personne très malheureuse, victime de la raison\n d'Etat, qui la brise, et exaltée par une autre raison d'Etat, celle du lendemain,\n qui la couronne morte? Non. Elle est, avant tout, la plus adorée, la plus ido­\n lâtrée des femmes; et comme l'opinion publique prend toujours le parti, — je\n n'ai pas à rechercher pourquoi, — de l'amour contrarié contre ce qui le con­\n trarie, de là à proclamer Inès la plus digne d'être adorée, il n'y a qu'un pas.\n Inès incarnera donc tous les attributs de la femme adorable. Chaste, aimante,\n dévouée jusqu'au sacrifice de sa vie, épouse irréprochable, mère tendre et pas­\n sionnée, elle risquerait de ne vivre que d'une vie abstraite, si elle ne rachetait\n ses perfections par certaines faiblesses qui la rapprochent de nous, inquiétude\n en amour, jalousie ingénieuse, méfiance enfantine, sans oublier l'effroi\n instinctif de la mort, qu'elle affronte pourtant avec courage. Ce sont ces fai-\n\n\n  (1) Je ne parle pas seulement des romances relatifs à Inès de Castro, qui, entre paren­\nthèses, y est appelée Isabelle de Liar ; mais le caractère que je signale est visible dans bien\nd'autres cas, dans celui du comte Alarcos, par exemple.\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "                 ÉTUDES SUR LE THEATRE ESPAGNOL                               41\n\n\nblesses adorables, — je répète le mot, — qui chantent dans les vers délicieux\nqu'elle susurre à son amoureux époux, et que je ne traduis pas, de peur d'en\naltérer la grâce. Enfin, elle est malheureuse tout le temps. Son premier mot\nest : « Oui, je suis triste; Pedro ne vient pas. » Un nuage de mélancolie voile\nses traits, d'où le sourire semble désormais banni. Est-ce tout? Je n'ai pas\nparlé de sa beauté. Inès est idéalement belle, et je le regrette pour l'actrice\nqui jouerait ce rôle, et ne serait que médiocrement jolie ; mais il est impossible\nde se méprendre sur les intentions de l'auteur. Et il ne surfit pas de dire\nqu'Inès est belle : sa beauté efface jusqu'aux qualités de l'âme, ou plutôt, on\nn'imagine pas un défaut sous cette enveloppe parfaite. Aussi, voyez avec quel\namour ce chef-d'œuvre de la nature nous est présenté. Toujours dans un cadre\nde fleurs et de verdure, Inès peut littéralement être saisie à chaque instant par\nle peintre ou le sculpteur dans les attitudes les plus favorables : Inès en chas­\nseresse; Inès endormie auprès d'une fontaine; Inès, poétesse inspirée, réci­\ntant des vers composés par elle à la louange de son époux; Inès au balcon,\nInès irritée, tenant tête à l'infante, Inès éplorée aux genoux du roi, Inès\ndebout, Inès assise, Inès enfin morte et couronnée. Et l'hymne à la beauté\ns'élève sur ses pas, rendu douloureux par la pensée que la divinité à qui on\nl'adresse est destinée à périr. Son époux, le premier atteint (naturellement),\nbrûle d'un feu sans cesse avivé par l'image d'Inès qui ne le quitte plus : « Ta\nbeauté, lui dit-il, est indestructiblement gravée en mon cœur. » Les servi­\nteurs semblent avoir pour mot d'ordre de ne jamais parler d'Inès au prince\nsans s'étendre sur sa beauté souveraine, et cela est quelquefois long, mais\ncaractéristique ; donc, pas si oiseux qu'on serait porté à le croire. Le vieux roi\nest vaincu, dès sa première entrevue avec Inès : « Le ciel a-t-il créé une\nbeauté supérieure à celle-ci ? Tout mon être frémit à sa vue. » Même quand\nil vient lui annoncer la mort, il n'est pas maître de son émotion : « Oh !\nfemme! pourquoi es-tu venue en Portugal? » dit-il, en détournant les yeux.\n Même l'infante reconnaît le mérite de celle qu'elle hait : « Sa beauté ne peut\n égaler ma noblesse. » Assurément non'; et l'infante n'a qu'a s'expliquer pour\n gagner la partie dans le jugement des hommes, mais non dans leur cœur.\n Seuls, Egas Coello et Alvar Gonzalo sont implacables : ils le sont trop et en\n deviennent incompréhensibles. Guevara ne prend même pas la peine de les\nexpliquer; ce sont des êtres insensibles à la beauté, par conséquent laids, vils\n et méchants; ils accomplissent leur œuvre de destruction à la façon de la grêle\n et de la peste; cela suffit. M. Villegas, frappé de cette lacune, leur attribue\n un mobile sensé; ils redoutent une guerre impolitique avec la Navarre. Mais\n dans un drame, en général si peu vraisemblable, ce souci de la raison est\n presque superflu; et ce que l'œuvre y gagne en vérité dramatique, elle risque\n de le perdre en poésie. Et cette poésie, commencez-vous à en percevoir la\n saveur païenne, si naturelle chez l'incorrigible sensuel qu'était Guevara?\n L'âme d'Inès, c'est sa parole, et sa parole n'est plus que la musique qui\n charme l'oreille, non d'une autre manière que son visage charme les yeux.\n Enfin, commencez-vous à pénétrer le sens de l'élégie dont je parlais plus\n haut? Est-ce ma faute, si je pense involontairement au sacrifice d'Iphigénie,\n et aux larmes du chœur sur la destruction de l'être incarnant la beauté,\n l'amour et la jeunesse ?\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "42                                 DURENDAL\n\n\n    Car, il faut aller jusqu'au bout, et voir l'effet produit par la mort d'Inès.\n Déjà, ayant elle, le roi est mort de la commotion où l'a jeté une violence\n au-dessus de ses forces. Après la mort d'Inès, c'est l'infante, effrayée et\n repentie, qui prend sur elle d'en informer le prince; et elle se charge de ce\n soin, à titre d'expiation, parce que nul n'ose, désormais, se présenter devant\n le prince. Tous sont plongés dans la stupeur. Elle n'est plus! Qui, elle ? « Hélas!\ndit l'infante, j'ai trouvé la fleur fauchée, le lis sans éclat! J'ai vu s'échapper\nle sang en ruisseaux de corail de la blessure faite à une gorge si blanche,\nqu'elle résumait en elle toute blancheur et toute beauté... » Elle, c'est le chef-\nd'œuvre anéanti, la statue brisée dont les morceaux jonchent le sol; et, du\nmélange harmonieux des lignes où se jouait la vie, tel un rayon échappé\ndu ciel, il ne reste rien qu'un cadavre. Un beau cadavre : « Oh! mon Inès!\ntransformée en statue d'ivoire! » Mais le cadavre, demain, sera poussière..\n Demain! Et le prince, en quelques mots brefs, règle ce que devront être\ndemain les funérailles solennelles de la morte. Aujourd'hui, il couronnera\nInès, qu'on peut considérer comme endormie. Et Don Pedro, saisissant la\nbannière aux armes de Portugal : « C'est autrement qu'Inès aurait été cou­\nronnée si elle eût vécu; mais elle est morte, et je la couronne morte. Que cha­\ncun, ici présent, baise la main de l'ange qui n'est plus. C'est moi qui serai\nson roi d'armes. Silence! silence! Ecoutez ! .Voici Inès couronnée, voici la\nreine malheureuse qui a mérité en Portugal de régner après sa mort ! » Il ne\ns'agit plus ici d'humilier une Cour plus ou moins directement complice du\nmeurtre d'Inès. La douleur du jeune souverain est éprouvée par tout le\nmonde, et cela est tellement dans la logique de la situation, que M. Villegas\nfait participer l'infante au baise-main, allant ainsi plus loin que Guevara lui-\nmême. Et voyez la différence avec le poème épique .: un poème épique, en\ngénéral, finit bien, par le triomphe du héros national ou populaire. Pedro,\ncouronnant Inès dans la mort, parce qu'il a voulu et poursuivi ce but toute\nsa vie, et qu'il ne veut pas en avoir le démenti, voilà l'épopée. Pedro, écrasé\nde douleur, plus fou d'amour que jamais, se refusant à croire ce qu'il a sous\nles yeux, révolté contre la mort et couronnant Inès, malgré la mort, voilà\nl'élégie; et tel est bien le caractère du drame de Guevara. Je crois l'avoir\ndémontré.\n   Et maintenant, je n'étonnerai personne en déclarant que ce caractère n'est\npas tellement évident au premier abord, qu'on ne puisse discuter mes conclu­\nsions. Dans un drame, qui n'est pas classique, malgré les vestiges d'un huma­\nnisme relégué au dernier plan; où l'action ne court pas tellement au but\nqu'une large place à l'épopée ne puisse y être faite; où l'épopée, enfin, est\nécourtée au bénéfice d'un dernier élément, le lyrisme, — j'ai dû étudier la\nqualité de ce lyrisme et j'y ai découvert ou cru découvrir comme un épanche­\nment de la nature intime de Guevara à travers son œuvre. On m'objectera\nque j'avais là une occasion unique de faire connaître cette personnalité, qui\ns'offrait à moi si naturellement. Je ne l'ai pas fait, parce que cette personna­\nlité ne m'a pas paru se détacher avec précision sur le fond'de son époque, ni\ndifférer profondément de celle de plusieurs de ses contemporains (Lope de\nVega, par exemple, ou Guilles de Castro), si ce n'est par un certain goût de\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "                  ÉTUDES SUR LE THÉÂTRE ESPAGNOL                                    43\n\n\nla plasticité des formes et des attitudes, dont Guevara n'a pas non plus le\nmonopole. E t cette personnalité, dans le d r a m e qui nous occupe, reste, en fin\nde compte, indécise, parce que, comme je le disais plus haut, elle est incon-\nsciente, ou à p e u près, et agit, p a r conséquent, sans choix, sans discernement,\n(j'exagère à dessein), tranchons le mot, sans art. C'est justement cette absence\nd'art qui autorise u n peu de flottement dans l'appréciation de la pièce, parce\nqu'elle-même flotte entre le d r a m e , l'épopée et l'élégie. Q u e l'élégie, produit\nspontané d'une âme plus ou moins personnelle, mais fortement ébranlée au\ncours du triste récit, d o n n e la note caractéristique et, par suite, cette unité\nd'impression qui, à l'analyse, semble faire défaut, voilà qui n'offre aucun\ndoute p o u r moi. E t voilà ce qui fait du Reinar despues de morir, sinon un chef-\nd'œuvre, u n e œuvre intéressante, poétique et touchante. E t q u a n d cette étude\nn'aurait servi qu'à bien faire ressortir les principaux éléments qu'on retrouve,\nplus ou moins mélangés ou combinés dans le d r a m e espagnol du XVIIe siècle,\nnous n'aurions p a s , pour cela, perdu notre temps.\n\n                                                                    E.   FERMAUD.\n\n\n  Plasencia-Madrid, 27 novembre 1902.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 45, "titre_corps": "Le Cimetière au bord de la Mer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Olivaint", "ancre_debut": "Le Cimetière an bord de la Mer Dans la brume déjà", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1372, "texte": "Le Cimetière an bord de la Mer\n\nDans la brume déjà disparaissait      Marseille.\nVoyageur sans repos, je naviguais      encor\nVers les lointaines mers et vers l'Inde vermeille\nOù l'astre oriental répand ses rayons d'or.\n\nSuprême adieu de France au seuil d'exil, la Corse\nDressa, dans les vapeurs de l'horizon   tremblant,\nLes cimes de ses monts à la rugueuse  écorce,\nDont la base trempait au sable étincelant.\n\nLe vaisseau s'approcha de cette côte altière,\nAssez près pour qu'on pût distinguer sur le bord\nLes croix qui s'élevaient sur un grand    cimetière,\nSemblables à des mâts dépouillés, dans un port.\n\nImmobiles et nus, ces mâts, de leurs bras mornes\nMontrant les mâts voilés, alertes et vivants,\nMurmuraient   : « Beau vaisseau, par l'espace sans bornes\nVogue sous la caresse enivrante des vents.\n\nAccoudez votre rêve au long du bastingage ;\nLaissez errer vos yeux, marins et passagers,\nSur la lame propice au langoureux     tangage.\nEt sur les archipels parfumés   d'orangers.\n\nD'un regard éperdu scrutez la mer immense\nPour savoir, loin d'un monde hypocrite et berneur,\nCe que d'autres climats promettent de clémence,\nEt ce que d'autres lieux renferment de bonheur.\n\nLes planches du navire ailé qui vous emporte\nHeurteront quelque jour aux crêtes des écueils,\nEt leurs débris roulants, matière aveugle et morte,\nSe joindront au hasard pour former vos cercueils.\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "        LE CIMETIÈRE AU BORD DE LA MER                        45\n\n\nLes mâts, dont mollement la voilure se bombe\nSous la vergue fléchie au caprice des airs,\nSans toile, sans agrès, marqueront votre tombe,\nRigides et pensifs sur les sables déserts,\n\nIls seront, comme nous, les croix hautes et graves,\nLes mâts des sombres nefs en rade de la mort;\nEt vous, marins errants ainsi que des épaves,\nVous connaîtrez enfin les délices du port.\n\nVoguez; faites claquer au vent vos oriflammes ;\nPoursuivez la fortune et les plaisirs d'un jour;\nQuand vos corps seront las, ils laisseront vos âmes\nSe reposer au sein de l'éternel Amour. »\n\n                                          MAURICE OLIVAINT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 46, "page_fin": 50, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d’Art Un nouveau Chemin de la Croix", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "Chronique d'Art\n\n   Un nouveau Chemin de la Croix. — M. E. Wante,. l'artiste\nanversois, dont Durendal signalait les débuts voici trois ans, vient de terminer\nla première station d'un Chemin de la Croix pour l'église Saint-Joseph, de\nBruxelles. Cette peinture, d'une belle dimension (5m80 de largeur sur 3 mètres\nde hauteur), est traitée dans le style de la décoration monumentale. La fuite\ndes plans, indiquée par la perspective des lignes, est volontairement atténuée\npar l'absence de relief dans la couleur. La surface peinte ne troue ni ne sur­\ncharge fâcheusement les parois du monument, comme il arrive lorsque le\npeintre se préoccupe plus de faire un tableau que de décorer un mur. D'ail­\nleurs, les tons sont maintenus dans une gamme sobre, claire et harmonieuse,\nqui rappelle la tonalité mate de la fresque. Dans ces conditions, les quatorze\nstations, déroulant une frise continue au-dessous des verrières des nefs laté­\nrales, constitueront un ensemble de grande et belle allure.\n   Les stations du Chemin de la Croix fournissent à l'artiste moderne le sujet\ndu drame le plus élevé et le plus impressionnant que l'art puisse traiter. Ce\nsujet est presque neuf. Les artistes du moyen âge et de la Renaissance n'en\nont représenté que des épisodes. Depuis que s'est généralisée la pieuse pra­\ntique qui consiste à suivre en pensée la voie douloureuse, du prétoire de\nPilate à la grotte de l'ensevelissement, les quatorze stations font partie obligée\ndu mobilier des églises. Bas-reliefs plus ou moins polychromes ou vagues\npeintures, ces stations n'ont, le plus souvent, que des rapports lointains avec\nl'art. En quelques rares églises seulement, la piété et le goût esthétique\nreçoivent une égale satisfaction. Il convient de signaler, en toute première\nligne, les stations de M. Hendrickx, à Notre-Dame, d'Anvers, et à Saint-\nJoseph, en la même ville. Le peintre s'y est conformé au style des primi­\ntifs. On constate que M. Hendrickx sortait de l'école du baron Leys. Mais,\nsi le maître évoquait le moyen âge pittoresque, l'élève, chrétien fervent, rap­\npelait davantage les mystiques. Toutefois, l'œuvre de M. Hendrickx n'est\npas seulement un pastiche habile. Sa forme est celle des primitifs flamands,\nil est vrai, mais il est sincère comme eux, et surtout il croit et il prie comme\neux. Artiste au point de vue technique, c'est-à-dire rompu aux difficultés de la\nligne et de la couleur, il l'est encore bien davantage au sens élevé, par l'émo­\ntion communicative qui se dégage de ses toiles et par la conviction profonde\nqui les inspira.\n   M. Wante est d'une école plus moderne. 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La\nnoblesse de ce visage, pâli par une nuit de tortures, est d'un contraste frap­\npant avec l'air morne des soldats romains, consignés pour une besogne qui leur\nrépugne, et surtout avec les physionomies odieuses des pharisiens. Celles-ci,\ncurieusement fouillées, traduisent toutes les mauvaises passions humaines.\nL'orgueil et le mépris, la violence, la haine, la ruse sournoise, la dignité\nfeinte, la lassitude du vice blasé, lèvres closes dédaigneusement, bouches\nconvulsées et hurlantes, regards de fauves, rires cyniques, qui font tressauter\nles panses des pharisiens repus, mines chafouines des docteurs, qui sou­\nlignent de gestes insidieux leurs arguments de politiciens opportunistes, toute\nla psychologie du mal se trouve synthétisée en cette tragique page d'histoire\nancienne,... quelque peu aussi contemporaine.\n   A gauche du prétoire, le palais du proconsul profile, sur le ciel bleu, la\nsilhouette étrange de ses colonnades mi-grecques, mi-assyriennes. Plus loin\ns'étend la place publique couverte d'une foule ameutée, que les soldats ont\npeine-à contenir. Du milieu de cette cohue émerge la croix du supplice, déjà\nprête.\n   Telle est l'ordonnance générale de la première station du Chemin de la\ncroix qu'inaugure M. Wante. Cette œuvre s'impose à l'attention par le mérite\nde la conception, qui est neuve sans être étrange, et par l'art de l'exécution, le\ndessin consciencieux et ferme, la couleur adéquate à la destination du tableau.\n   Je signale d'autant plus cette manifestation d'art sincère, qu'elle n'a rien de\ncommun avec les nouveautés plus ou moins inédites des articles de mode.\n                                                                F.   VERHELST.\n\n  Le Salon des Aquarellistes. — De plus en plus, la tendance\ns'affirme dans cet art léger et fin — le Sourire de la Peinture — à se hausser\njusqu'à l'ampleur et la généralité de la toile et de l'huile.\n   L'aquarelle débuta, je l'imagine, par se contenter d'être ce qu'en littérature\non nomme un «bonheur d'expression ». De nature, elle était délicate, agréa­\nble, capricieuse et impromptue...\n   Arrêtez-vous devant La Touche ou Delaunois, c'est l'ait tout entier sérieux,\ntravaillé, résultant d'un patient effort, ambitieux de tout exprimer. Theo\nHannon ne change guère : il demeure passionné et luxuriant. Louis Titz\nest distingué et habile. Charlet travaille dans le flou et s'y perd trop; il y a\nautre chose que du brouillard dans la nature. Trois aquarelles du maître\nBartlett dont deux Sont naturellement très belles, c'est-à-dire démonstratives\nde cette vision triste et presque tragique de la nature. Composition impressive\nprofonde, où s'affirme une originalité puissante, une simplicité forte...\nAmédée Lynen est exquis et savoureux comme à son habitude. Cette Anti-\nchambre et ces Pauvres sont deux bijoux : dans ce genre net et fin, tout de\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "48                                 DURENDAL\n\n\n distinction et de justesse, il met énormément de talent... C'est d'une couleur et\n d'un dessin parfaits. Les deux Pudhurs, de Constant Meunier, ont le réalisme\n vigoureux que l'on connaît. De L. Simon, des études pour un tableau qui\n arrêtent par la vigueur du dessin et la maîtrise avec laquelle sont campés les\npersonnages. Fr. Van Leemputten demeure un des plus prenants virtuoses de\nl'aquarelle à laquelle il fait rendre si habilement et si diversement toute cette\n fraîcheur, cette légèreté de touche qu'elle comporte. Il me semble que l'art si\n chantant et clair de Stacquet s'est incliné vers une sorte d'austérité; l'artiste\n a changé son papier et aussi sa vision ; moins d'exquisité et plus de force sans\n doute dans ces intérieurs fort intéressants, très étudiés, dans cette marine\nfougeuse, mais non toute absence de sécheresse.\n    Verheyden continue sur le papier la franche robustesse qu'il met à peindre\n ses tableaux. L'envoi de Rink se distingue par la composition, le dessin et la\n couleur.\n    J. Smits reste imperturbablement lui-même. Rien de plus accentué que la\n vision de cet artiste, vision en quelque sorte essentielle de la couleur, d'une\nsomptuosité triste. L'intérieur est d'un relief et d'un mouvement de coloration\n très profonds. J. Smits a l'émotion de la couleur. Les marines de H . - W .\n Mesdag expriment avec une allure superbe la grande mélancolie des flots et\ndes cieux. Les Zélandaises de N. Van der Waay sont délicieuses, trop déli­\ncieuses, trop jolies et fraîches. A. Marcette expose des œuvres d'une largeur et\nd'un sentiment vraiment grandiose; nul mieux que lui, n'exprime le prestige\nde la mer, des cieux et des brouillards; ses éclairages sont des « moments de\nnature » de la poésie la plus fluide en même temps que d'un art prodigieux.\nHoeterick a le « sens de la rue » dont il rend le mouvement avec un pittoresque\net une vigueur surprenantes. Des aquarelles tendres et délicates de Themon\nnous passons à celles de V. Uytterschaut d'une observation si sincère, d'une\npâte, allais-je dire si solide, admirables de justesse, pleines, solides et sûres.\nCassiers enchante... sa vision a quelque chose de clair, d'exact, c'est franc, c'est\ndélicieusement attrappé, c'est éminemment « aquarellesque » puisque « pitto­\nresque » existe. Mme Gilsoul exacerbe peut-être un peu trop son tempérament\nde coloriste qui est puissant sans conteste; on aimerait une légère atténuation,\nune espèce de retenue du pinceau... ce talent très intéressant n'y perdrait rien.\nLuigini... quelque verve grouillante et forte et quelle intensité de couleur!\n    Les aquarelles de G. La Touche constituent des œuvres d'une originalité\nmerveilleuse... Il est, avec Besnard, le peintre le plus habile des éclairages\nfactices et artificiels. Il est l'amant des combinaisons rares, il baigne ses per­\nsonnages dans une atmosphère lumineusement intime où les tons se combi­\nnent étrangement et transfigurent tout de leurs reflets inattendus. C'est d'un\nrendu étonnant, d'un art cherché et difficile. C'est sans doute admirable et\ncertainement encore très froid.\n    F. Khnopff s'immobilise toujours en plein art ésotérique dont il s'est fait\nune maîtrise de valeur rare, immuable et exceptionnelle. Il y a sous le Secret\nun morceau de canal brugeois qui révèle finement et exquisement la possibi­\nlité d'une évasion hors de la Figure énigmatique vers le paysage ou la vieille\nville qui le tenteront quelque jour à fond, espérons-le. A. Delaunois expose\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                    49\n\ncinq aquarelles, dont trois certainement sont parmi les toutes plus belles\nchoses du salon. Exprimera-t-on jamais avec plus de sobre poésie, avec plus\nde réalisme et de profondeur que lui, l'athmosphère et la vie mystiques de\nl'Eglise?... Ces œuvres prennent leur valeur dans cette rencontre peu\ncommune de l'émotion la plus sincère et d'un talent à la fois très munitieux\net très large. La manière de Delaunois s'objective par de la sincérité et une\n« tenue » constante. Tel crépi d'un vieux mur est traité comme un portrait;\net comme un portrait il exprime la Vie, avec ce quelque chose de poignant,\nde poétique et d'ancien dont notre âme s'émeut à les prêter aux choses...\nRegrettons dans un de ces Intérieurs si sobres quelques dissonances rouges\nmalheureuses.\n                                                                     G. B.\n   O n z e K u n s t . — La livraison de décembre clôt dignement la première\nannée de cette splendide revue d'art.\n   M. Thom Prikker y salue, en Henri van Daalhoff,un lyrique du pinceau et un\nrénovateur dans l'Art plastique, dont les tendances nouvelles vers le lyrisme\nméritent l'attention. Des reproductions tirées d'un livre d'images pour enfants\nde van Daalhoff illustrent l'article. Ces images sont poétiques et suggestives.\nElles raviront aussi bien les grands que les petits enfants. M. Max Rooses\ncontinue son étude sur les maîtres flamands. Il traite cette fois de : Bernard\nvan Orley, Dirk Jacobs, Vellaert, Jan Cornelisz, Vermeyen et Pieter Coecke, d'Alost.\nM. Jan Veth nous explique pourquoi il ne continue pas encore l'étude si bien\ncommencée sur le grand peintre Jacob Maris. C'est parce qu'il vient, de paraître\nun livre volumineux de M. Th. de Bock sur cet artiste, livre que M. Veth veut\nlire et contrôler avant de continuer son étude. Une suite bien fournie de nou­\nvelles artistiques ferme cet intéressant numéro.\n                                                                         A. C.\n   Fascicule de janvier 1903. — La belle revue d'art Onze Kunst inaugure sa\ndeuxième année avec une traduction française du texte flamand et elle sera\ndésormais bilingue (1).\n   Le présent numéro comprend deux beaux articles, l'un sur CONSTANTIN\nMEUNIER, l'autre sur RUBENS. Le premier article expose toute la genèse de la\ncarrière du Maître sculpteur. Meunier commença par s'adonner à la sculp­\nture. Mais voyant d'une part cet art enlizé dans l'académisme et d'autre part\nles peintres s'affranchir de la routine, sa nature primesautière lui fit abandon­\nner, un instant, la sculpture pour la peinture. Un voyage au Borinage — il\napprochait alors de la cinquentaine — fut une révélation pour lui. Il y décou­\nvrit son domaine : le monde ouvrier, pour qui son âme s'éprit d'une pitié et\nd'une admiration profondes qui devaient pénétrer tout son art et le faire\naboutir à l'éclosion d'un des plus puissants chefs-d'œuvre de la sculpture\nmoderne : La Glorification du Travail. Sa vraie voie était la sculpture; c'est\ndans cet art qu'il nous a donné ce qu'il a de plus personnel.\n   Meunier a incarné dans son art la beauté spéciale du travail. Il l'a com-\n\n  (1) L'abonnement à l'édition spéciale, avec traduction française, est de 20 francs,\nS'adresser pour les abonnements à M. Buschmann, éditeur, à Anvers,\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3376, "texte": "50                                 DURENDAL\n\n\n prise et exprimée avec une simplicité admirable qui fait de son œuvre une\n image puissante et sincère de la vie moderne. C'est l'artiste qui a saisi de la\n façon la plus complète et la plus parfaite, la grandeur de l'ouvrier. Son\n œuvre est avant tout un art de force virile : beauté du corps qui travaille, de\nla volonté qui s'efforce et des muscles qui se raidissent ; orgueil de celui qui\n a conscience de sa puissance; joie hautaine de l'homme opiniâtre qui lutte\navec la nature; calme grandiose et serein, de celui qui connaît sa force et la\nbeauté de sa mission, en même temps que l'utilité sociale de l'œuvre qu'il\naccomplit. Son enthousiasme lui a fait concevoir et réaliser une forme nou­\nvelle de beauté : le mouvement rythmique du corps au travail; la beauté de\nl'homme dont tous les muscles sont tendus, à l'unisson de la volonté, potir\nl'exécution d'une lourde tâche, mais en même temps équilibrés par la régula­\nrité et la justesse du geste, par l'oscillation des hanches et des bras tendus et\nbalancés sur ce rythme qui facilite le travail. Ce qui nous frappe chez\n Meunier, c'est le mouvement vigoureux et sûr, harmonieux, puissant et facile\nà la fois de l'homme au travail.\n   Meunier voit en grand. Il ne fignole pas. L'expression forte de sa pensée lui\nsuffit. Il ne se préoccupe pas trop des détails. Il dresse ses statues d'un bloc :\nelles semblent sortir d'un jet de son esprit et de ses mains sans raffinement\nméticuleux.\n   Il a cherché la grandeur du travail manuel dans l'usine et la mine, dans le\nport, aux champs, la puissante beauté de ceux qui portent sur leurs larges\népaules tout l'édifice social, les créateurs de toutes richesses, les nourriciers de\nl'humanité.\n   Son sentiment même est monumental, de caractère général, directement\nexprimé, mais agrandi par sa simplicité même. Son œuvre incarne, sous une\nforme lyrique, tant de choses qui sommeillaient confusément dans l'âme de ce\ntemps : le désir de recréer toute vie jusqu'à la plus brutale dans la beauté\nd'une synthèse de vie plus large et puis la sympathie pour les déshérités.\n   Tel est le résumé du bel article de M. Vermeylen, qui sera poursuivi au\nprochain fascicule. Il est rehaussé par des reproductions magnifiques.\n   L'initiation à l'art de Rubens, de JAN VETH, est aussi une étude d'art remar­\nquable et digne d'être lue. Les notes de l'auteur sur le mode à la fois très\nfantaisiste et très personnel de Rubens de comprendre et d'exprimer l'idéal\nreligieux, sur la fougue géniale qu'il déploya dans l'art profane et sur la\nvie qu'il savait donner à ses paysages où l'on voit pour ainsi dire croître les\narbres, couler les ruisseaux, frissonner les blés et fuir les nuages, sont d'un\ncritique intelligent et averti. Cet article est accompagné de la reproduction\nde l'Adoration des mages (musée d'Anvers) et de Lâchasse d'Atalante et Méléagre\n(musée de Bruxelles), de Rubens.\n   Vient ensuite un intéressant article sur l'art industriel hollandais, de W. Vogel­\nsang, avec de nombreuses illustrations.\n   Le numéro se termine par des chroniques d'art de Belgique, de Hollande,\nde France et d'Allemagne.\n   Onze Kunst, on le voit, inaugure splendidement sa deuxième année. Nous\nsouhaitons à cette revue magnifique tout le succès qu'elle mérite.\n                                                                            H . M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 51, "page_fin": 52, "titre_corps": "Givre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Della Faille de Léverghem", "ancre_debut": "Givre A mon excellent ami l’Abbé F. 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VERHELST,\n                       respectueusement.\n\nBise aigre, clair soleil, fleurs de givre aux   carreaux...\nLes corbeaux ont grand? faim, car leurs cris gutturaux\nDéchirent l'air sonore; et, sur toutes les branches,\nCette nuit, ont poussé, translucides et blanches,\nDes frondaisons de glace aux merveilleux reflets.\nToujours joyeux, de-ci de-là, les roitelets\nExplorent en chantant ces beautés singulières;\nEt les mésanges vont se blottir dans les lierres,\nOù rêvent leurs yeux noirs parmi des diamants,\nPendant que les moineaux, pratiques et gourmands,\nAssiègent la volière au défaut d'une maille\nEt, pillards sans vergogne, y font grasse ripaille.\nVis-à-vis de ces gueux, les poulets goguenards\nEtalent un gésier rebondi. Les canards,\nPour se garder un coin d'eau libre, sous les aulnes,\nLa battent à qui mieux avec leurs pattes jaunes, -\nOu traînent par les champs leur boileux défilé...\nLes buissons, l'herbe, tout semble en verre filé :\nLes toiles d'araignée, où flotte un peu de brume,\nScintillent comme autant détoiles de cristal;\nAu bout du moindre brin se balance une plume,\nEt, sur le pâle azur du ciel occidental,\nLes bois nus, hérissant leur blancheur diaphane,\nDécoupent des profils d arbres en filigrane.\nSeul, ce que bâtit l'homme a gardé son aspect\nTerne et grossier, que rend encore plus abject\nLe contraste de cette éclatante féerie :\nLe plus svelte entrelacs d'une ferronnerie\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "52                         DURENDAL\n\n\n     Contourne gauchement sa noire opacité\n     Près de rameaux dardant leur éclair argenté.\n     Le chaume du bon Dieu pare mieux les bicoques,\n     Car la neige qui fond s'y gèle en pendeloques\n     Où le soleil se joue et glisse un arc-en-ciel.\n     Ni bijou, ni d'ailleurs rien d'artificiel\n     N'a grâce comparable à telle humble ciguë :\n     Sur l'ombelle changée en pavé de brillants,\n     Chaque style porte, au bout de sa lance aiguë,\n     Une perle de glace aux feux étincelants,\n     Suspendue on ne sait par quel jeu d'équilibre;\n     Une gaine irisée entoure chaque fibre;\n     A la tige floconne un duvet blanc qui luit,\n     Et nul art de verrier n'approche de- celui\n     Qui fila, si légers, si fins, si minuscules,\n     Les frimas ajourés de tous les pédoncules...\n     Et, si nos yeux n'avaient point vu plaine et forêt\n     S'éveiller, un matin d'hiver, ainsi parées,\n     Ces dentelles de rêve et ces lueurs nacrées,\n     Aucun génie humain ne les inventerait !\n                            GASTON DELLA F A I L L E DE L É V E R G H E M .\n     Décembre 1902.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-012", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 57, "titre_corps": "Gazette des Faits et des Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "Gazette des Faits et des Livres 1er janvier 1903 Douceur grave", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "Gazette des Faits et des Livres\n\n                                                                    1er janvier 1903.\n\n   Douceur grave et exaltante des longues soirées de décembre où, dans\nl'oubli des positives besognes du jour, on vit de la beauté des livres, en des\nNoëls reposants de la pensée, près d'un âtre clair, loin du vent cinglant et\nde cette glaciale petite pluie, qui refroidit jusque l'âme!...\n   Et cette joie est doublée quand, à l'esthétique de l'œuvre, s'ajoute une frater­\nnelle affection pour l'auteur.\n   Mon ami Georges Virrès, j'ai passé avec vous deux soirées délicieuses à\nTiest; vous m'avez conduit dans l'intérieur des Aubrie; j'ai su par vous la\npetite vie, les petites pensées, les petits désirs, les petites actions de ce trio de\ncélibataires rancis, soudain exhaussés à une vie large et supérieure par le\ndévouement pour un gosse très dans le train, très moderne, et dont le tempéra­\nment en éveil craque dans ce milieu si joliment vieillot et conventionnel.\n   Est-il tapé et amusant, cet enfant en mal de devenir un homme, et sur la\npuberté intellectuelle et morale de qui se penchent, craintifs et dévoués, des\nêtres que leur héroïsme simple sauve du ridicule... Et le ridicule, un ridicule\ndoux et touchant, c'est votre Monsieur Demans, le Roméo caduc de la Juliette\nsur le retour qu'est votre tante Rose, et qui lui aussi est sacrifié aux desti­\nnées du coquin de neveu; il s'en consolera vite, d'ailleurs, en reportant sur\nl'archéologie et les intrigues électorales une tendresse qu'il rêva trop peu\ncérébrale; mais il n'en restera pas moins vrai que quatre destinées humaines\nseront détournées de leur cours, parce qu'un galopin s'aéra l'esprit et le\ncœur en dehors des traditions de Tiest — la petite ville en grisaille, grisaille\ndes choses et grisaille des êtres — dont vous nous avez mené voir les gens.\n   Cette humble petite tragédie — faite du contraste entre une jeune exubé­\nrance et de vieux conservatismes d'amis — ne valait point, au sens de\nM. Georges Rency (2), la peine d'être contée... Cela manque, paraît-il, d'in­\ntrigue, de complications rares et corsées 1\n   Sans doute, les Gens de Tiest n'offrent aucune situation qui eut tenté la\nplume décadente d'un Jean Lorrain; on n'y célèbre ni les rites de Byzance\nni ceux de Lesbos; et les vaporisateurs au vitriol mis à la mode par M. Mau-\n\n\n  (1) GEORGES VIRRÈS, les Gens de Tiest, roman. Vromant, Paris et Bruxelles.\n  (2) A rt moderne.\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3045, "texte": "54                                DURENDAL\n\n\nrice de Waleffe, dans les Deux Robes, y sont encore inconnus; fâcheuses\nlacunes peut-être pour des chercheurs d'impressions rares, mais que voulez-\nvous que Georges Virrès y fasse ?\n    Situons, s'il vous plaît, les Gens de Tiest dans l'évolution rationnelle de\nl'œuvre de Virrès : historiographe artistique de sa Campine natale, après en\navoir évoqué les gloires anciennes dans la Glèbe héroïque et avoir analysé, dans\nla Bruyère ardente, la passion fruste et spontanée des paysans au milieu des­\nquels il vit, d'une vie de scrupuleuse et sympathique observation, Virrès fut\ntenté par la psychologie de la petite ville de Campine... Tiest, c'est Tongres,\nc'est Hasselt, c'est Maeseyck, ou plutôt, c'est à la fois toutes ces localités, par\nles traits les plus marquants de chacune d'elles, groupés en un tout, qui est\ncette chose anonyme et, pourtant, précise et caractéristique : la petite ville\ndu Limbourg.\n    Tel ayant été le but de l'écrivain, son livre ne pouvait être que ce qu'il est,\nsous peine de forfaire à la vérité et à la sincérité... Ceux-là qui ont grandi\ndans quelques-unes de ces Tiest où la civilisation, ses scepticismes et ses\nraffinements n'ont point pénétré, ceux-là même qui ont, parfois, promené\n seulement leur curiosité dans ces milieux d'une psychologie, tout proche\n encore de la nature, — et que le progrès imminent compliquera demain, —\n tous ceux-là conviendront que l'aventure contée par Virrès est en harmonisa­\n tion adéquate ave'c l'interprétation que doit donner à la vie et à ses manifes­\n tations multiples la menue humanité qui se meut, d'un mouvement lent,\n défiant et effacé, à l'ombre de la haute tour de Tiest, parmi des rues où croît\n l'herbe, dans des demeures où les vertus de jadis, froides et un peu farou­\n ches, se perpétuent dans le symbole de meubles séculaires.\n    Aux Gens de Tiest, on peut préférer la Bruyère ardente, comme une chose\n plus largement et plus intensement vivante et qui, par conséquent, s'apparie\n mieux au vigoureux talent de Georges Virrès; mais il serait injuste de repro­\n cher à ce laborieux notateur des mœurs de sa terre patriale une ambition qui\n est faite d'amour, de noblesse et de conscience : fixer, à côté de la vie\n impulsivement en dehors des rustres de Campine, l'existence tranquille et en\n sourdine des habitants de la petite ville...\n     Les Gens de Tiest complètent la Bruyère ardente.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   Encore un écrivain national, — M. Léopold Courouble, — que le sno­\nbisme méconnut et raillai Longtemps, de multiples esthètes chevelus et\npouilleux déclarèrent, entre deux bocks, que la Famille Kaekebroeck (1) ne\nrelevait pas de l'art. On revient de cette incompréhension, aujourd'hui que\nM. Courouble a terminé sa trilogie des mœurs bruxelloises — les Rougon-\nMacquart des Marolles ! — et on rend justice à un talent si fortement et si\nsavoureusement patrial...\n\n\n   (1) LÉOPOLD COUROUBLE, les Noces d'or. Bruxelles, Lacomblez.\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "                    GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                            55\n\n     M. Courouble s'est voué à l'observation de la menue vie des petits bour­\n  geois d'un coin de Bruxelles ; ce coin a gardé — parmi la banalisation recti-\n ligne des quartiers nouveaux — tout son pittoresque de ruelles tortillantes et\n  déhanchées; les existences aussi, sans péripéties rares, y coulent routinière­\n  ment à travers l'éternel cycle des naissances, des\n  mariages et des morts, ponctué de gras repas ; le\n français de l'Académie de France et le français de\n  l'Académie Picard n'ont point franchi le seuil de\n la maison Kaekebroeck : on y parle avec sérénité\n et spontanéité le marollien cher à Bazoef, et les\n meubles modem-style y sont inconnus.\n     C'est à la gloire de ce vieux Bruxelles que\n  M. Courouble a brossé un tryptique d'un coloris\n intense et d'un mouvement fou... Ah! ils ne rêvent\n point, les Kaekebroek, les Van Poppel, les Plat­\n brood ; ils vivent, ils vivent d'une vie surtout parlée\n en des dialogues, où les méandres des caractères se\n développent et se déduisent avec une psychologie\n admirablement logique... Et leur langage, où\n s'étale l'inconscience des idiotismes nationaux,\n leur langage baroque, heurté, plein de saillies,\n de drôleries et d'énormités, leur langage est le               LEOPOLD COUROUBLE\n trait qui souligne leur personnalité, la complète\n et la met en relief: c'est un certificat authentique d'état civil.\n    Reprocher à M. Courouble les barbarismes linguistiques des héros de ses\nlivres est pure bêtise, que peut dédaigner le fin et délicat et attique notateur\ndes croquis congolais 1\n    J'aime, quant à moi, et je goûte absolument l'œuvre de M. Léopold Cou­\nrouble; et si je recherche le motif principal d'une admiration qui est presque\naffectueuse, je la trouve dans le sain optimisme de l'auteur... Dieu merci,\nvoilà donc un réaliste qui ne croit point que la rosserie soit indispensable au\nsuccès de son art; ayant choisi les personnages de ses livres dans l'ambiance\nde sa vie, il les aime familialement, excuse leurs faiblesses, partage leurs souf­\nfrances, communie de leurs joies et est indulgent à leurs ridicules... La bonté,\nune bonté souriante, s'exhale de toutes ces pages... Même donnée en marol­\nlien, ne trouvez-vous pas qu'une leçon de bonté est toujours une bonne\naction?\n\n\n\n\n  On s'est demandé si Jéricho (1) était une bonne action.\n  J'ai toujours estimé que l'antisémitisme est une théorie qui manquait\nessentiellement de justice, parce qu'elle manque d'éclectisme : qui de nous ne\n\n\n (1) EDMOND PICARD, Jéricho, Bruxelles, Lacomblez.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "56                                bÜRENDAL\n\n\nconnaît des juifs qui sont de parfaits honnêtes hommes, bienfaisants et désin­\ntéressés, et qui n'a, d'autre part, rencontré des chrétiens — dûment baptisés\n— qui sont de fins gredins.\n   Le Christ était un juif et Judas aussi; si celui-ci peut être un argument\npour l'antisémitisme, celui-là reste une formidable objection.\n   Laissons cela : Jéricho — thèse à part — est une belle œuvre... Pas une\nœuvre dramatique. Le mouvement manque. Les personnages parlent trop et\nagissent trop peu. Dans ce drame, on ne vit que par tirades. Et la tirade est\nmortelle au théâtre.\n   Jéricho est une satire, une satire dialoguée, des Châtiments coupés par tran­\nches — avec des essais de répliques et de contre-parties.\n   Il y a là du Juvenal, du Hugo et du Veuillot — surtout du Picard, et du\nmeilleur. Jamais cet extraordinaire esprit, aux énergies toujours renouvelées,\nne déploya peut-être plus de vibrante fougue intellectuelle dans le dévelop­\npement de l'idée — et dans l'expression, une puissance verbale plus nerveuse,\nplus sonore et plus imagée.\n   Jéricho est une erreur de la pensée servie par la maîtrise du style.\n\n                                        *\n\n   Chaque année, une pieuse et admirable fidélité érige au souvenir de Barbey\nd'Aurevilly, le monument d'une œuvre nouvelle. Cette fois, c'est la réunion\nen un volume — le Roman contemporain (1) — des études jusqu'ici éparses du\ngrand écrivain sur les principaux romanciers contemporains.\n   D'entre les pages de ce livre, le Connétable des lettres françaises se lève en\nson même grand air de justicier intransigeant, frappant fort et tranchant net,\nayant des amours aussi absolues que ses haines.\n   Bien des appréciations émises dans ce volume et qui, au moment où elles\nfurent écrites, parurent paradoxales et provoquèrent des tumultes ou des\nrailleries, apparaissent aujourd'hui comme d'extraordinaires et lucides divi­\nnations d'avenir : Barbey prouva magnifiquement que le naturalisme portait\nen lui-même le germe de sa mort et prédit, dés 1873, la débâcle finale de\nM. Zola. Et, chose plus frappante, analysant en 1884 — et avec quelle péné­\ntrante sagacité — A Rebours, de Huysmans, le critique des Œuvres et des hommes\nannonçait la conversion future de l'écrivain d'En Route.\n   A côté de la critique de principes que pratiquait Barbey et qui avait grande\nallure jusque dans ses injustices, que paraissent donc lamentables et médiocres\nles papotages rageurs et les commérages vénimeux de M. Max Nordau (2)\nautour de la littérature française contemporaine.\n   Ce lourd docteur allemand, au cerveau enfumé de kantisme, a de l'acquis,\nde l'érudition et de la lecture ; mais le sens du génie français moderne, de ses\ndélicatesses, de ses nuances et de ses demi-teintes, lui fait entièrement\n\n\n  (1) J. BARBEY D'AUREVILLY, Le Roman contemporain, Paris, Lemerre.\n  (2) MAX NORDAU, VUS du dehors, Paris, Alcan.\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                              57\n\n\ndéfaut... Que voulez-vous répondre à un homme qui écrit que l'art des Gon-\ncourt n'est qu'une niaiserie qui fait de l'embarras, qui traite Verlaine de radoteur,\nqui considère comme une farce enfantine le mouvement contemporain en art et\nen poésie, et qui, chez Guy de Maupassant, ne s'intéresse qu'à l'aliénation\nmentale où sombra ce grand talent... J'en passe et de plus stupéfiantes.\n   M. Max Nordau proclame dans le titre de son livre qu'il n'a vu les maîtres\nfrançais que « du dehors ».\n   Vus du dehors?... Je ne sais ; en tout cas, il n'a pas dépassé la loge du con­\ncierge.\n\n                                                      FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-013", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 60, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES La Corbeille d’Octobre par Valère Gille", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "LES LIVRES\n\n\n L a C o r b e i l l e d ' O c t o b r e , par VALÈRE GILLE (Bruxelles, H . Lamertin).\n   L'influence de Fernand Séverin éclate manifestement dans cette œuvre\nnouvelle du poète de la Cithare et du Collier d'Opales. Et il faut bien dire que\nce duo d'amour, où la voix blessée de l'Amant alterne avec la voix consola­\ntrice et berceuse de l'Amante, n'atteint pas à la tendre et simple et majes­\ntueuse beauté des Poèmes ingénus. M. Valère Gille est plus habile à peindre\nles scènes de la nature qu'à raconter son propre cœur : son talent, fait de\ngrâce rieuse et de jolie fraîcheur, se plie mal à l'expression des drames inté­\nrieurs et des sentiments demi-teintés. Il lui sied davantage d'ouvrir les yeux\nau monde des apparences et aux fantasmagories changeantes des couleurs et\ndes lumières : il voit mieux au dehors qu'en lui-même. Sa Corbeille d'Octobre,\nsans doute, est pleine jusqu'au bord de nobles et fières pensées : mais elles\nne nous charment pas autant qu'elles le devraient, parce qu'elles apparaissent\ntrop souvent mal habillées, ou tout au moins vêtues de robes désuètes, et\nparées de joyaux vieillis. Je n'étonnerai personne, parmi ceux qui connaissent\nl'œuvre déjà considérable de cet excellent poète, en disant que les pièces où\nun coin de nature sert de fond aux confidences d'amour, sont les meilleures\ndu livre. On y retrouve le peintre délicat et puissant, lumineux et discret, qui\nnous a donné tant d'exquis tableautins et d'incomparables aquarelles.\n                                                                              F . A.\n\nL e s M è r e s S o c i a l e s , par CAMILLE MAUCLAIR (Paris, Paul Ollendorf).\n   On ne peut lire les romans qu'a écrits M. Camille Mauclair et les études\nqu'il publie un peu partout sans s'intéresser d'estime ou d'amitié, selon\nl'humeur, à cet esprit probe et chercheur, hardi et cultivé, dont le pessimisme\nhardi se double d'un optimisme incontestablement noble. M. Camille\nMauclair est une âme réfléchie et ardente, généreuse et méprisante, avertie et\nutopique par parties égales, tout ensemble socialiste et individualiste. Il est\nun « type » intellectuel parmi les lettres françaises d'à présent des plus atta­\nchant. M. C. Mauclair est un « intellectuel » intelligent.\n   Les mères sociales sont les mères d'une Société où l'ambition, l'égoïsme, le\nmanque de croyance, la logique ennemie du cœur ont tout envahi; les mères\nsociales s'écrient : « le légitime, l'admis, le convenable, c'est ma religion sur\nterre! », elles ont \" la croyance à leur droit de mainmise sur la conscience\ndes êtres coagulés dans leur chair par la volonté de l'infini \", elles sont celles\n« qui élèvent des êtres pour les fonctions, l'intérêt ou l'appât du mariage\nriche, jamais pour eux-mêmes ». Ces traits que je découpe dans le livre nous\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3302, "texte": "                                  LES LIVRES                                  59\n\npermettent de les juger avec une immédiate certitude : elles sont odieuses dans\nla mesure où ces sentiments s'affirment chez elles, comme le calcul d'un\négoïsme qui se prolonge, ridicules ou mieux imbéciles pour autant qu'ils ne\nsont qu'une forme aveugle, mais encore généreuse, de l'amour maternel.\nMadame Aurélie Becquey prend rang dans\" la première catégorie. L'auteur\nla caractérise avec une maîtrise et un soin merveilleux... Cette femme est\nexécrable à plaisir. A côté d'elle, il y a sa fille Henriette, enfant naturelle et\nnonobstant franche, claire, consciente et noble. Elle contracte, si l'on peut\ndire, une union libre avec Germain Bussère. Germain s'affirme la réplique\nmorale d'Henriette. Le moyen que cette union ne soit pas franche, claire,\nconsciente et noble !\n   Camille Mauclair paraît avoir raison « en fait ».\n   En droit, je veux dire à la lumière des principes, base de notre actuelle\nsociété, il demeure avoir tort. Il n'est nullement établi, n'est-ce pas? que\nl'union libre a un tel pouvoir régénérateur ni, Dieu merci, que la généralité\ndes mères soient « sociales » à ce point.\n   Nous abandonnerons donc le côté thèse du roman pour ne retenir de lui\nque l'effort intelligent et artiste pour établir, en un style nerveux, en un style\nparfois un peu tendu, des types nets, originaux, haïssables ou sympathiques,\nd'âmes modernes, comprises et décrites par un des talents modernes les plus\nprobes el les plus intelligents qui soient.\n                                                                         G. B.\nO p p o r t u n i t é , par Mgr SPALDING, évêque de Péora, aux Etats-Unis,\n   traduit de l'anglais par l'abbé KLEIN. — (Paris, Lethielleux.)\n   En moins de dix-huit mois, ce livre est arrivé à sa quatrième édition et son\nsuccès ne semble pas près de décroître : rien de plus actuel, de plus heureu­\nsement pensé, de plus élevant et de plus pratique à la fois que les pensées\nfortes qu'il contient! En une série de discours, qui n'ont rien de l'ordon­\nnance classique, mais dont l'enchaînement naturel des idées fournit le plan\ntrès libre et forme l'unité d'ensemble, Mgr Spalding aborde avec une par­\nfaite sûreté de coup d'œil, une connaissance très exacte du siècle, une foi\nsereine en Dieu et en l'homme, les grands problèmes qui sont le fonds de\nnotre existence et qui touchent à l'influence du catholicisme dans le monde,\nà l'heure présente. La vie et sa grandeur, son sens vrai, les « opportunités »\nde mieux-vivre et de nous élever, l'éducation, l'enseignement supérieur et\nl'action de la religion sur les esprits, la formation du clergé, tels sont les\nprincipaux sujets que tour à tour l'évêque américain éclaire d'une lumière\npénétrante et chaude. Du même coup, sans efforts, il nous décide à l'action.\nCar tout chez lui y pousse : Opportunité n'est pas seulement un livre rempli\nde fortes pensées et empreint d'une sérénité qui console et élève, c'est un\nlivre de vie.\n                                                                    V. M.\n\nO o k v e r z e n , par OM. K. D E LAEY. — (Chez V. Delille, à Maldeghem.)\n  Ce petit, tout petit volume de poésies — il ne contient qu'une soixantaine\nde pages — est un des plus joyeux qu'on puisse lire. C'est la première œuvre\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2811, "texte": "60                               DURENDAL\n\n\n d'un jeune poète flamand, M. l'avocat Om. K. De Laey, naguère encore\nétudiant à Louvain. Il témoigne d'une maîtrise de la langue qu'on est heureux\nde rencontrer chez un jeune poète, d'une originalité de bon aloi, bien person­\nnelle, originalité qui se manifeste principalement par un humour désopilant.\nJe vous défie d'interrompre la \"lecture de cette suite de piécettes joyeuses\net fines, commencée en un bon moment, alors qu'on se sent gai et dispos,\nou bien lorsqu'on veut chercher dans les choses de l'esprit une diversion\nreposante aux tracas journaliers de la vie. Les vers de M. De Laey sont\npleins de verve, de vérités exprimées dans une forme inattendue et neuve,\nd'un esprit latin qu'on trouve rarement chez un poète du Nord. A la fin du\npetit volume se trouvent quelques Vacancerimen op z'n westvlams (1), qui dénotent\nchez le poète une vision exacte de peintre, une sincérité de vrai artiste, un\ncœur capable de sentir autre chose encore que le côté comique des choses,\nles qualités de vrai poète enfin, qui nous promettent pour plus tard de la\npoésie digne du pays de G. Gezelle.\n   Voici, pour vous donner une idée du genre de M. De Laey, deux de\nses piécettes :\n                  Et multo nebulae circum dea fudit amictu.\n                                                                  VIRG. E N .\n\n   Je rêvai — car ce n'était qu'un rêve — que je couchais à Troie, cette nuit,\net que je voyais à côté de moi une nuée lumineuse.\n   Quand j'eus bien considéré cette épaisse nuée, je remarquai qu'un vieux\nrentier troyen s'y tenait caché.\n   Et le gaillard — que je reconnus immédiatement — le gaillard n'était autre\nque : Virgilii Maronis Eneas !\n   Saisi d'un respect profond, je voulus crier : O infelix pater ! ô! — mais il\nhurla : « Taisez-vous donc, je voyage incognito. »\n                           Légende de Charlemagne.\n   Le soir, s'il faut croire une légende allemande, le grand Charlemagne\nvient et se promène, au clair de lune, le long des bords du Rhin...\n   Cependant, nous avons attendu en vain, à Rüdesheim, jusque minuit, et\npleins de patience, son impériale arrivée. Entre-temps nous dégustions une\nbouteille d'excellent Berg-Auslese, un vin qui, je crois, ne serait pas dédaigné\nen Flandre. Et je comprends, qu'après une dégustation prolongée de ce vin,\nles dégustateurs peuvent voir très aisément, à la fin, entre autres choses, le\ngrand Charlemagne.\n   Quarante pages du recueil sont dans ce ton et font sur le lecteur l'impres­\nsion la plus joyeuse. N'est-il pas vrai que nous avons assez, oui, trop de\npoètes pleurnicheurs aujourd'hui? Pour moi, je suis ravi d'en trouver enfin\nun qui me force à rire...\n                                                                      A. C.\n\n\n  (1) Rimes de vacances à la West-Flamande.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-014", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 64, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nos Abonnés de l’étranger", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "NOTULES\n\n\n   Nos Abon n é s d e l ' é t r a n g e r seraient bien aimables, s'il voulaient\navoir l'extrême obligeance de nous envoyer le montant de leur abonnement,\nen adressant un mandat postal de douze francs à la Rédaction, rue du\nGrand-Cerf, 22, à Bruxelles. Nous les remercions d'avance.\n\n\n\n   L e v i e u x p e i n t r e L a n d e l l e , à qui l'on doit un portrait célèbre\nd'Alfred de Musset et qui fut lié avec Gérard de Nerval, a communiqué à\nM. Adolphe Brisson, l'épitaphe que le pauvre Gérard s'était composée, peu\navant sa fin lamentable, au cours d'un voyage en Angleterre. Ce sonnet ne\nfigure pas dans ses œuvres. Le voici :\n\n                Il a vécu, tantôt gai comme un sansonnet,\n                 Tour à tour amoureux,    insoucieux et tendre,\n                Tantôt sombre et rêveur, comme un triste      Clitandre;\n                Un jour, il entendit qu'à sa porte on sonnait :\n                C'était la mort. Alors, il la pria     d'attendre\n                Qu'il eût posé le point à son dernier      sonnet\n                Et puis, sans s'émouvoir,   il s'en alla s'étendre\n                Au fond du coffre froid où son corps          frissonnait.\n                Il était paresseux,   à ce que dit  l'histoire;\n                Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire ;\n                Il voulut tout savoir, mais il n'a rien connu...\n                Et, quand vint le moment où, las de cette vie,\n                Un soir d'hiver, enfin, l'âme lui fut ravie,\n                Il s'en alla, disant : « Pourquoi suis-je venu ? »\n\n\n\n\n   L'exécution de « Franciscus », de M. Edgar Tinel,\n« a eu lieu, le I e r décembre, à Milan, dans la grande salle Perosi,sous la direc­\ntion de l'auteur. C'était la première fois que la belle œuvre du maître de\nMalines était exécutée en Italie et c'est par les soins de la Société chorale\ninternationale, de la Société du Quartetto et de la Société de la salle Perosi\nque cette audition avait été organisée.\n   » De même que partout où elle a été donnée, en Belgique, en Allemagne,\nen Angleterre, aux Etats-Unis, l'œuvre de M. Tinel a produit à Milan une\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "62                                  DURENDAL\n\n\ntrès vive et profonde impression. L'exécution a été merveilleuse d'entrain et\nde précision : orchestre incomparable de souplesse, de puissance et de\ngrâce, chœurs bien stylés, solistes parfaits ; public enthousiaste. A plusieurs\nreprises, l'exécution a été interrompue par de frénétiques applaudissements,\net le concert s'est terminé par une manifestation grandiose et touchante à\nl'adresse du maître belge. Le Secolo, la Misore Alla, l'Osservatore Catolico, la\nLega Lombarda, la Gazetta Musicale rendent à son talent l'hommage le plus\nchaleureux. La Gazetta Musicale raconte la visite de l'auteur de San Francesco\nà la tombe de Verdi et à la « Maison de repos pour les musiciens », due à la\ngénérosité posthume de l'auteur d'Aïda.\n   » Trois exécutions consécutives du Franciscus ont encore eu lieu à la salle\nPerosi, les 3, 5 et 6 décembre, devant un public sensiblement différent de\ncelui de la première soirée, et le succès est allé crescendo. Avant son départ\npour la Belgique, M. Edgar Tinel a été nommé membre d'honneur de la\nSociété chorale internationale et il en a reçu le diplôme, qui est, dit-on, une\npièce de toute beauté, exécutée par un des plus célèbres peintres de l'Italie. »\n[Guide musical).\n                                        * *\n\n    M . J o s e p h R y e l a n d t , l'auteur de l'Idylle mystique qui fut exécutée\nl'hiver dernier aux Concerts populaires, a terminé la partition d'un drame\nmusical en trois actes et quatre tableaux, Sainte Cécile, dont le texte, dû à\nM. Charles Martens, retrace un épisode émouvant des persécutions romaines\ncontre les chrétiens à la fin du IIe siècle.\n\n\n\n   L'Association des Chanteurs de Saint-Boniface a inter­\nprété, le jeudi 25 décembre, à la messe de Noël, à l'église de Saint-Boniface :\nl'Introït : Puer natus est nobis, en plain-chant grégorien, la messe à 4 voix\nd'homme, avec accompagnement d'orgue, de Jos. Rheinberger. — Au gra­\nduale : le chant de l'Adeste fidèles. — A l'offertoire : Laetabundus, séquence. —\nA la sortie : Allegro, pour orgue, de C.-M. Widor.\n    Au salut de 4 heures : Allegro maestoso, de la sonate en ré min., pour orgne,\nd'Alph. Mailly. — Domine Deus, à 7 voix, sans accompagnement, de J.-G.\nStehle. — Le Cantilène et le Christmas-Musette, pour orgue, d'Alph. Mailly;\nl'Ave Maria, à 5 voix, sans accompagnement, de Viotta ; Haec est dies, chœur\navec orgue, d'Aug. De Boeck.\n                                        ***\n\n    L e Q u a t u o r VOCal b r u x e l l o i s « est arrivé à une fusion très artis­\ntique des éléments physiques du chant et des volontés expressives. Les\nquatre excellents artistes, Mme Fichefet, Mlle Fanny Collet et MM. Piton et\nFichefet, qui le composent ont obtenu un vif succès à la salle Le Roy, dans\nl'interprétation des œuvres anciennes du XVIe siècle. Les membres de l'A\ncapella bruxellois possèdent de bien précieuses qualités et la perfection\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "                                     NOTULES                                        63\n\nqu'ils atteignent est remarquable; les voix s'harmonisent avec une science\nparfaite et un sentiment exquis, et nous avons pu goûter le charme et\nl'émotion dont ces petites pièces sont empreintes dans leur saveur archaïque.\n   » Nous avons encore pu apprécier le talent de ces artistes dans les œuvres\nplus modernes : Chant élégiaque de Beethoven et Poèmes d'amour de Brahms\navec accompagnement de piano.\n   » M. E. Jacobs prêtait son concours à la séance. Il a exécuté des pièces\nanciennes et modernes avec un sentiment profond et ému. » (Guide musical).\n\n                                         ***\n\n   S o i r é e m u s i c a l e c h e z M l l e P . D e S m e t . — « Le sélect audi­\ntoire, réuni aux lundis musicaux deMlleP. De Smet, a vivement applaudi,\ndans une sonate de Beethoven pour violoncelle et piano, Mlle Hoeberechts,\nla distinguée pianiste, et M. E. Jacobs, professeur a» Conservatoire. L'inter­\nprétation de cette œuvre ainsi que des Fantaisie-Stuck de Schumann par ces\ndeux artistes, a été un véritable régal artistique.\n   Inutile d'insister sur les remarquables qualités de Mlle Hoeberechts, qui\ns'est fait encore chaleureusement applaudir dans des pièces pour piano de\nSchumann, qu'elle joue avec un sentiment exquis et une réelle compréhension.\n   M. Jacobs a magistralement enlevé le Moment musical de Schubert et l'Aria\nde Bach.\n   Mme F . Larcier et M lle Renson prêtaient leur talentueux concours à cette\npetite soirée intime.\n   La charmante cantatrice Mme Larcier, déjà fort connue, a chanté d'une voix\nfraîche et jeune, des œuvres de Hahn, C. Frank et Massenet; elle possède\ndes qualités vocales précieuses, un vif sentiment de la nuance; sa diction est\nexcellente; aussi les applaudissements ne lui ont pas été ménagés.\n   Sa sœur, la jeune Mlle Renson, fait honneur à son professeur, J. Risler.\n   C'est une harpiste au jeu délicat et raffiné, dont la virtuosité a pu se faire\nvaloir dans la Sérénade de Pierné et la Valse chromatique de Godard. » (Guide\n musical.)\n                                         »* *\n\n   C h a n t e r e l l e e t C h a n t e r i e ! — Jusqu'à ce jour, le quatuor d'archets\net le quatuor vocal n'avaient jamais été réunis. Ils le seront désormais dans\nles dix séances que le « Quatuor de la Chanterie » (Mmes Marie Mockel,\nGeorges Marty, MM. Victor Debay et Jan Reder) et le Quatuor Parent\n(MM. A. Parent, Loiseau, Vieux et Baretti) donneront à la salle AEolian,\n32, avenue de l'Opéra, à Paris, du 15 janvier au 29 mai 1903, à neuf heures\ndu soir.\n   Les œuvres les plus diverses et les plus rarement entendues y seront inter­\nprêtées, depuis Rolland de Lassus, Vivaldi, S. Bach, Haendel, Mauduit,\nClaude le jeune, Stradella, Monteverde, Provenzale jusqu'à Mozart, Beet­\nhoven, Schumann, Brahms, — sans parler des pages les plus remarquables\nde l'école française contemporaine.\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": " 64                               DURENDAL\n\n\n   La première séance aura lieu le jeudi 15 janvier 1903. Les autres séances\nse suivront ainsi : Vendredi 3o janvier. 13 et 27 février, 13 et 27 mars,\n17 avril, 1 er , 15 et 29 mai.\n\n\n\n   Il vient de se constituer à Bruges, par l'initiative du baron\nH. Kervyn de Lettenhove, une Société des « amis du musée », dont le but\nest d'obtenir la création d'un musée, digne des trésors que possède la vieille\ncité.\n   Tout le monde sait que nos inappréciables Van Eyck et G. David sont\nremisés dans une salle humide et mal éclairé, où il sent la moisissure et où\nl'incendie les menace. Les étrangers ne vont même pas les voir et cependant\nces tableaux ont une valeur au moins égale à ceux des Memlinc, de l'hôpital,\nconnus du monde entier. Tout le monde applaudira à l'idée excellente du\nbaron Kervyn, organisateur en chef de l'exposition des primitifs, dont ceci\nsera un digne corollaire.\n                                                                     J. R.\n\n                                       »**\n\n      L'Union des amis de l'Art belge, qui compte déjà trois cents\n  membres, distribuera prochainement la première eau-forte de ses primes\n. annuelles. M. Alfred Delaunois, dont le grand talent est connu, a été désigné\n  par le sort pour fournir cette première gravure. L'artiste intitule sa planche :\n  Le Capucin. Mme la comtesse de Flandre, qui s'intéresse vivement au déve­\n  loppement de l'Union, a promis gracieusement une de ses eaux-fortes comme\n  prime d'une des années suivantes. Après la distribution des primes, l'Union\n  des amis de l'Art belge procédera au tirage des œuvres d'art à répartir parmi ses\n  membres. On accepte les adhésions jusqu'au jour du tirage au siège social,\n  rue de Comines, 34.\n                                         ***\n\n  E u g è n e G i l b e r t a publié sous le titre : M. Paul Bourget et sa dernière\nœuvre, une étude très intéressante, remarquable et consciencieuse sur L'Etape.\nNous en recommandons vivement la lecture à tous.\n\n                                       ***\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n : PAUL BOURGET : Œuvres complètes. Romans:\nUne Idylle tragique. — La duchesse bleue (Paris, Plon). — A. GIDE : L'im­\nmoraliste (Paris, Mercure de France). — R. STRIVAY : Les sources sereines\n(Seraing, Lecomte). — FONSNY et VANDOREN : Anthologie des poêles lyriques\nfrançais (Verviers, Hermann). — L. DEPONT : Pèlerinages (Paris, Lemerre).\n— D. MEREIKOWSKY : Tolstoï et Dostoïewsky (Paris, Perrin). — E. PICARD :\nFatigue de vivre (Bruxelles, Lacomblez). — G. D'ARSCHOT : Sourires\nperdus (idem).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison01-204", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MANUFACTURE DE BRONZES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "MANUFACTURE DE BRONZES DART ET D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\n             ALPH.           VAN A E R S C H O D T\n                                     INGÉNIEUR   CIVIL\n      1 4 4 , Boulevard du Nord, 1 4 4 -                      BRUXELLES\n                                       ^»<«lw<^r^__                 T É L É P H O N E 1636\n\n      Fonderies et Ateliers : 2 8 8 , A V E N U E V A N V O L X E M , 2 8 8\n                  (Bruxelles-Midi)                       TÉLÉPHONE 3124\n\n\n     ENTREPRISE GÉNÉRALE D'ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE\nBOL.IPITÉ                              ÉLÉGANCE                         ÉCONOMIE\n\n                      CHAISES SUÉDOISES BREVETEES\n\n    i^vpf         suédoises brevetées, polies, en noyer, en citronnier,\n    |^J|\\         en acajOU et en vert. Elles sont les plus Solides, les\nI       \\ \\ \\     plus durables et les moins chères. SUPERBE CHOIX.\n'        1                           S'ADRESSER       A.TJ\n\nCOMPTOIR CENTRAL D'IMPORTATION DES PRODUITS DU NORD\n        Avenue Fonsny, 38, BRUXELLES\nDIPLOME D'HONNEUR ET MÉDAILLES D'OR AUX EXPOSITIONS INTERNATIONALES\n\n\n\n\n                                       Case à louer\n\n\n\n\n    Imprimerie Scientifique Char-\n    les B U L E N S , Editeur, rue\n    Terre-Neuve, 75, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 12, "texte": "Janvier igo3.                   io me Année.                           N° i.\n\n\n\n\n                1VUE CATHOLIQUE^\n                 OE LITTERATUR]\n\n\n\n\n B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, aa. — PARIS, rue de Boulainvilliers, 35\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "             VITRAUX                                   JD'AIfcT\n            ENT\n       F                      DE F A S S E\nB R U X E L L E S - 3 et 5, Rue du Persil (Piacedes Martyrs) . B R U X E L L E S\n                           9 Diplômes d'Honneur et Médailles d'Or\n                 Bruxelles — Grand Concours International 1 8 9 8 : l« r PRIX\n\n\n\n     Pianos HENRI HERZ . Harmoniums ALEXANDRE\n           Seuls agents pour les orgues d'église J . MERKLIN et Cie\n\n\n       47, Boulevard Anspach (Entresol) • BRUXELLES\n\nCAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                  12, Marcké-au-Boia . BRUXELLES\n     Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à vue : 2 1/2 p. c. sans commission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 0 : 4 . 1 6 p. e.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n              Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n             Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n                                                        Le Westend' Hôtel est ouvert du a& mal\n                                                        au 28 septembre       Pension de 6 à 16 fa*\n                                                        par jour. Aux commencements et fins de\n                                                        saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                          tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                        prolongé à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                         ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n                                                           rage électrique. Chambres spacieuse*.\n                                                             Ameublement moderne esthétique et\n                                                                    confortable. Balcons et Ter-\n                                                                     rasses. Salle de musique.\n                                                                        Salle de billard. Salle de\n                                                                          récréations p* enfants.\n                                                                              Salons de lecture, de\n                                                                                    correspondan-\n                                                                                   ce. Cuisine soi-\n                                                                                    gnée. Caves re-\n                                                                                     commandées.\n                                                                                     Appartements\n                                                                                     avee salon.\n\n\nService d'omnibus de la station du tramway a l'hôtel. — Services postal et télégraphique régu-\nliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins.\n _           .       .   ,^       ) A. BRUXELLES, 1, rue des Quatre-Bras.\n Pour « o r n e m e n t s .adresser j ^ ^ S T E N r > E >   A d m i n i s t r a t l o n   d eU   plaffe\n                                                            Westend' Hôtel\n\n\n ïï^p pour la publicité dans cette Revue, s'adresser\n                                à la DIRECTION\n\n       2 2 , Rue du Grand-Cerf, 2 2 - BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "Musée du Dresde.                    D'après une photographie d'Hanfstaengl de Munich.\n\n\n                   L'ADORATION DES MAGES\n\n                     (MEISTER D. TODES MARLE)\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": ""}, {"page_pdf": 16, "texte": "                                L'Oblat (1)\n\n   — Eh bien, Madame Bavoil, vous n'êtes pas étonnée de vous trouver assise,\nici, à deux pas d'un cloître, avec moi?\n   — Mais notre ami, pourquoi serais-je étonnée? Il y a longtemps que le lot\ndes surprisesrne se tire plus pour moi. Quand le cher abbé Gévresin est mort,\nj'ai dit à Dieu : fautil rester à Chartres, retourner à Paris ou aller rejoindre\nle brave Durtal qui m'offre un gîte? Que vous en semble? Puisque vous vous\nêtes constitué l'intendant des biens de ma pauvre âme, régissez-les à votre\nguise et dirigez-moi sur ma nouvelle route, sans trop d'à-coups. Cependant si'\nc'était un effet de votre bonté, mon diligent Seigneur, je voudrais bien ne pas\nme dépiter en de longues attentes; agissez donc, s'il vous plaît, vite.\n   — Et vous voilà.\n   — Dame, sauf erreur, c'est la réponse que j'ai cru entendre; mais ce n'est\npoint tout cela. Si je suis ici, auprès de vous, au Val-des-Saints, c'est pour\nm'occuper de votre ménage et vous servir ; causons donc un peu de ce pays,\nde la vie qu'on y mène, des ressources dont il dispose, pour organiser notre\ntrain-train et nous nourrir.\n   — Le village, vous l'avez vu, au sortir de la gare; il se compose d'une rue\net de quelques chemins bordés de chaumines; il contient environ deux cents\nfeux, possède une boutique de boucher, une de boulanger, une d'épicier\ndébitant du tabac et de la mercerie; telles sont les ressources; les denrées s'y\nprésentent, sinon onéreuses, au moins exécrables et il est nécessaire de se\nrendre, pour s'approvisionner, à Dijon, toutes les semaines. D'ailleurs, la\nmère Vergognat, qui a préparé jusqu'à ce jour ma popote, vous renseignera\nmieux que moi sur le choix et le prix des comestibles; elle viendra, ce soir,\net vous pourrez, à votre aise, l'interroger.\n   — La maison n'est pas mal, autant que je suis à même de la juger par un\npremier clin d'œil et le jardin est spacieux et planté de beaux vieux arbres,\nreprit Mme Bavoil, après un silence; tout est donc pour le mieux; et vos\n Bénédictins?\n   — Ils habitent là; tenez, regardez par la fenêtre la longue rangée des croi­\nsées du monastère et le clocher de l'église; vous ne tarderez point, au reste, à\nles connaître, car il est bien rare que l'un d'eux traverse le bourg sans passer\n\n\n  (1) Un chapitre inédit du prochain livre de notre ami J.-K. Huysmans : L'Oblat, que\npubliera sous peu la maison Stock, de Paris.\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "6                                 DURENDAL\n\n\npar ici, pour me serrer la main ; ce sont de pieuses gens dont la fréquentation\n est un réconfort.\n   — Ils sont nombreux?\n   — Une cinquantaine, y compris les novices et les convers.\n   — Eh, notre ami, c'est une grande abbaye que ce couvent du Val-des-\n Saints?\n   — Oui, c'est l'une des plus importantes fondations qu'ait autrefois créées\nSolesmes; c'est le grand cloître de la Bourgogne.\n   — Son origine est ancienne ?\n   — Oui, il y eut, en ce lieu, un prieuré dépendant de cette illustre abbaye\nde Saint-Seine, située à près de cinq lieues de Dijon et dont les bâtiments\nréparés,'ou plutôt changés de fond en comble, se sont mués en des usines\nd'hydrothérapie et des entrepôts de malades qu'on douche. Saint-Seine, qui\nfut instituée, en 534, par le saint de ce nom, a compté parmi ses religieux\nsaint Benoît d'Aniane, le réformateur de l'Ordre de saint Benoît, au IXe siècle;\nson prieuré du Val-des-Saints fut florissant; il subsistait encore à l'époque de\nla Révolution, mais il traînait une piété languissante et achevait d'égoutter\nune vie sans gloire. Il disparut dans la tourmente. Il a été exhumé il y a une\ntrentaine d'années seulement. Dom Guéranger, l'abbé de Solesmes, auquel\non donna ses ruines, le réédifia et le peupla de moines, et de minuscule prieuré\nqu'il était à ses débuts, il devint une puissante abbaye.\n   — Et l'ami de l'abbé Plomb, celui qui est venu nous voir à Chartres,\nDom... je ne sais quoi... ah! je n'ai pas la mémoire des noms !\n   — Dom Felletin.\n   — C'est cela même; est-il ici?\n   — Oui, il est le maître des novices.\n   — Je serai contente de le saluer.\n   — Vous le reverrez; je lui ai annoncé votre arrivée.\n   — Alors, comme société, vous avez celle des moines; et, en dehors d'eux?\n   — En dehors d'eux, dame, c'est plutôt court. Il y a, dans ce bourg, un\nvieux garçon très bizarre et un peu bourru, mais bonhomme, M. Lampre.\nIl habite une assez belle maison contiguë au monastère. Il daube sans arrêt\nsur les Bénédictins, qu'il adore; mais c'est une affaire de mots; lorsqu'il dit\nd'un père : c'est une pieuse brute, il faut traduire : c'est un religieux dont les\nidées ne concordent pas absolument avec les siennes; le tout est de\ns'entendre.\n   — Comment les moines le fréquentent-ils ?\n   — Ils le connaissent et savent que personne ne leur est plus dévoué ; il l'a\nprouvé et mainte fois, d'abord en les gratifiant de l'abbaye dont il était le\npossesseur, puis en s'allégeant, à leur profit, lorsqu'ils subissaient des\nmoments difficiles, d'imposantes sommes ; la vérité est qu'il rêve d'une per­\nfection idéale, qui ne peut exister, et le côté humain, que chaque cénobite\ngarde forcément l'irrite. Il n'en est pas moins, malgré ce travers, un\nchrétien et serviable et pieux; il est fort savant, d'ailleurs, sur les us et\ncoutumes monastiques, et il possède une bibliothèque spéciale de monogra­\nphies conventuelles et surtout une collection d'enluminures des plus rares.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                                      L'OBLAT                                       7\n\n    En dehors de ce laïque, le seul que l'on ait plaisir à visiter, il y a une\noblate, Mlle de Garambois, qui est bien la plus charitable des créatures et la\n plus indulgente des vieilles filles. Elle recèle, dans un corps de grosse dame\nun peu mûre, une âme toute jeune, une âme toute blanche, de petite enfant;\non rit un tantinet d'elle, dans le village et dans l'abbaye, à cause de sa manie\nde porter sur sa toilette les couleurs liturgiques du jour; elle est un ordo\nvivant, un calendrier qui marche ; elle est le fanion du régiment; on sait\nqu'on va célébrer la fête d'un martyr lorsqu'elle pavoise son chapeau de rouge\nou celle d'un confesseur lorsqu'elle arbore les rubans blancs; malheureuse­\nment, le nombre des teintes ecclésiales est restreint, et elle le déplore assez\npour qu'on la raille; mais tout le monde est d'accord pour admirer sa can­\ndide belle humeur et son infatigable bonté.\n    Vous la verrez et ne serez pas longue à discerner ses deux ardentes\ntoquades : la fine cuisine et les offices ; elle raffole des fastes liturgiques et des\npetits plats; sur ces matières, elle en remontrerait au plus érudit des maîtres-\nqueux et au plus studieux des moines.\n    — Dites donc, notre ami, elle n'est pas banale, votre oblate!\n    — Et ce qu'elle les aime, ses Bénédictins! Elle eut jadis la vocation d'une\nmoniale, et elle fit son noviciat à l'abbaye de Sainte-Cécile de Solesmes ; mais,\navant de le terminer, elle tomba malade et dut, sur l'ordre du médecin,\nl'abandonner; elle se console maintenant, en vivant dans les environs d'un\ncloître ; la moniale desséchée a reverdi l'oblate.\n    — Mais pour comprendre ainsi la liturgie, elle doit être savante ?\n    — Elle sait le latin; elle l'a appris pendant son noviciat à Solesmes et elle\nl'a, je crois, retravaillé depuis; mais, sortie des traités sur le plain-chant et\nl'office divin, rien ne l'intéresse; elle jubile pourtant, ainsi que je vous l'ai\nraconté, lorsqu'il s'agit d'une savoureuse cuisine; alors, elle est le Cordon bleu\nconventuel, la Mère de Blémur du fourneau; elle peut aussi bien réciter les\nrecettes de manuels culinaires que les antiennes du Psautier.\n    — Pourquoi ne réside-t-elle pas dans ce Solesmes où elle a commencé son\nnoviciat?\n    — Parce qu'elle n'a, ainsi que moi, déniché aucune location dans ce bourg;\net puis, elle est la nièce de M. Lampre, de ce vieil original dont je vous ai\nparlé; il est le seul parent qui lui reste et elle est venue se fixer auprès de lui\net du monastère.\n    — Et ils habitent la même maison?\n   — Non, ils ont beau se choyer, ils se dévoreraient s'ils vivaient constam­\nment côte à côte ; je vous laisse à penser, d'ailleurs, si elle échange des coups\nde bec et d'ongles avec lui, lorsqu'il médit de ses chers moines!\n    Excepté ces deux personnes, nul, je le répète, n'est à fréquenter dans ce\ntrou ; les paysans sont cupides et retors et quant aux gourdes armoriées, aux\nnoblaillons qui croupissent dans les châteaux des alentours, ils sont certaine­\nment, au point de vue intellectuel, encore inférieurs aux rustres; on se salue,\nlorsque l'on se rencontre et c'est tout.\n   — Et comment sont-ils avec le monastère ?\n    — Mal; ils l'exècrent pour des causes qui, si elles ne sont pas héroïques,\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "8                                 DURENDAL\n\n\nsont bien humaines; d'abord, les Bénédictins régissent, ici, la paroisse;\nautrement dit, le curé est un des religieux de l'abbaye; l'église du Val-des-\nSaints est à la fois abbatiale et paroissiale. Or, le père curé ne peut accepter\nles invitations des châtelains et parader dans leurs salons, comme le pourrait\nfaire un prêtre plus libre ; les hobereaux n'ont donc pas de desservant qui soit\nà eux, sur lequel leurs femmes puissent mettre la mainmise et diriger au\nmieux de leurs propres intérêts; premier grief; — ensuite, parmi les sei­\ngneurs du lieu, figure une impérieuse baderne, plus ou moins blasonnée, qui\naime à chanter les morceaux d'opéras ajustés par les scélérats de la piété, au\nculte; à diverses reprises, ce baron des Atours a tenté d'obtenir, au moment\ndu mois de Marie, la permission de roucouler ses falibourdes dans l'église;\nles moines l'ont, naturellement, rabroué, la musique des sous-Gounod et des\nsous-Massenet n'étant pas encore, Dieu merci, admise dans les cloîtres.\nAlors, ses amis ont pris fait et cause pour lui et ils ne pardonneront jamais à\nl'abbaye d'avoir empêché ladite baderne de souiller avec le filet saumâtre de\nsa voix les murs du sanctuaire; second grief; et celui-là n'est pas le moindre!\n   — Eh bien, ils sont de jolis cocos, vos nobles !\n   — Ce sont des coulis d'imbécillité, des sublimés de sottise; nous sommes\nen province, Madame Bavoil.\n   — Et les paysans sont-ils aussi mal disposés pour le couvent?\n   — Ils vivent de lui ; ils en reçoivent des bienfaits et, par conséquent, ils le\nhaïssent.\n   — Mais c'est un pays de brigands dans lequel vous m'avez amené !\n   — Non, répondit, en riant Durlal ; il n'y a pas-de brigands au Valdes-\nSaints, mais des parangons de vanité et des modèles de bêtise; après tout,\nc'est peut-être pis ; mais vous n'avez qu'à m'imiter, à refuser absolument de les\n connaître et vous aurez la paix.\n   — Qu'est-ce qui sonne-là? interrogea Mme Bavoil qui écoulait le tintement\n prolongé d'une cloche.\n   — Ce sont les premiers coups des vêpres. Il doit être 4 heures moins 10 —\n plus une minute — fit Durtal qui consulta sa montre.\n    — Nous allons aux Vêpres?\n   — Certainement, d'autant plus que ce sont celles de l'Exaltution de la sainte\n Croix, ce soir.\n    — Alors, je vais voir, pour mon début, un bel office?\n   — Voir, non; entendre, oui; cette fête est un double majeur et ne com­\n porte pas le luxe que vous pourrez admirer aux doubles de première classe, à\n Noël, par exemple; mais si vous n'assistez pas à une magnifique cérémonie\n se déroulant dans les méandres enflammés du chœur, vous écouterez au\n moins un office splendidement composé avec ses merveilleuses antiennes et\n son hymne brûlante, teinte de sang.\n    Ils étaient arrivés, en devisant, devant l'église.\n    — Oh mais, elle est antique ! s'exclama Mme Bavoil, en regardant le porche\n qui arborait le ton de la pierre-ponce et se fleurissait de mousses, couleur\n d'orpiment et de laque verte.\n    — Oui, lJe clocher et le porche sont du XVe siècle, mais tout le reste de\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                                     L'OBLAT                                       9\n\n l'église est neuf. L'intérieur a été reconstitué, tant bien que mal, enlaidi par\n'un affreux chemin de croix, éclairé, sauf le fond, par des vitres blanches;\n l'église du Val-des-Saints n'est plus qu'un souvenir inexact de ce qu'elle fut\n dans sa jeunesse; cependant, l'abside avec ses anciennes stalles qui provien­\n nent d'une autre abbaye et son autel qui, bien que moderne, est habile, n'est\n pas trop offensante; jugez-en.\n    Ils entrèrent; la nef s'étendait, assez vaste, sans piliers, écartelée d'un tran­\n sept contenant, d'un côté, une chapelle de la sainte Vierge, de l'autre, une\n chapelle de saint Joseph; elle était mal éclairée, presque noire. Au bout,\n deux rangs de stalles s'allongeaient, à droite et à gauche du sanctuaire, allant\n à partir de la table de communion jusqu'à l'autel en pierre, de forme\ngothique, qui se détachait sur un mur peint, en trompe-l'œil, d'un rideau\n brun.\n    Des vitraux modernes dressaient, dans le haut de ce mur, leurs lames\n droites de verre, enduites de personnages dont les nuances étaient à la fois\n criardes et molles. L'on discernait, lorsque le temps n'était pas trop couvert,\n Notre Seigneur et sa Mère, habillés d'étoffes tubulaires d'un rouge acide de\ngroseille et d'un bleu de Prusse, dur, puis saint Bénigne de Dijon, coiffé d'un\npain de sucre couleur de potiron et affublé d'une chasuble oseille ; saint Ber­\nnard enveloppé dans un manteau d'un blanc sale d'eau de riz; saint Benoît,\nsaint Odilon de Cluny, sainte Scholastique et sainte Gertrude vêtus de coules\nd'un noir de raisiné sec\n    Cela avait été teint et cuit, il y avait une vingtaine d'années, par un\nLavergne quelconque.\n    Mme Bavoil que ces affronts de la vue ne suppliciaient point, s'agenouilla\nquand elle eut achevé son inspection, sur une chaise, tira d'un énorme porte-\nluneltes des bésicles rondes et se prit à lire dans un volume encombré\nd'images qu'elle baisa.\n    Les cloches tintèrent assez longtemps, puis se lurent; et, quelques minutes\naprès, 4 heures sonnèrent et elles retentirent encore. Un bruit martelé de pas\nse fit entendre sous les dernières volées des sons. Mme Bavoil tourna la tête;\npar une porte située au fond de l'église, les moines entraient, deux par deux,\nderrière l'Abbé, seul, reconnaissable à sa croix pectorale d'or; et ils mon­\ntaient les quelques marches du chœur, devant la barre de commnnion, s'age­\nnouillaient par couples devant l'autel, puis après s'être relevés, se saluaient et\ngagnaient leurs places, l'un, à gauche du côté de l'Evangile, l'autre, à droite,\ndu côté de l'Epître; et tous à genoux alors, se signaient le front et les lèvres,\nse redressaient à un petit coup frappé par le père Abbé sur son pupitre et,\ncourbés en deux, attendaient un nouveau coup pour commencer l'office.\n    None se déroula simplement psalmodié et lorsque les moines eurent ter­\nminé, ils restèrent debout, inclinés encore, en silence, jusqu'à ce que l'Abbé\neût donné le signal d'entonner Vêpres.\n    Les psaumes étaient ceux des dimanches, si fréquents dans la liturgie des\nautres jours que Durtal les savait forcément par cœur; l'intérêt reprenait sur­\ntout pour lui aux antiennes, au répons bref et à l'hymne; mais, ce soir-là, il\nrêvait non pas au loin de l'office, puisque l'office était la cause même de ses\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": " 10                                DURENDAL\n\n\n  songeries, mais dans ses alentours; il se répétait l'histoire de cette Exaltation\n  de la Croix qu'il avait l u e , le matin, dans les Légendaires du moyen âge.\n     Et c'était d'abord la confuse évocation d'une indécise Asie\", grimaçante et\n  quasi-folle; puis la vision\"se précisait, s'arrêtait sur le ravisseur du gibet\n  sacré, sur l'étonnant Khosroës qui, au VIIe siècle, envahit le territoire de la\n  Syrie, prit d'assaut Jérusalem, qu'il pilla, s'empara du grand prêtre Zacharie\n  et, triomphalement, ramena dans son royaume de Perse le bois de la vraie\n  croix laissé par sainte Hélène aux lieux mêmes où le Christ avait souffert.\n     Une fois rentré dans ses Etats, l'orgueil démesuré de cet homme fit explo­\n  sion; il voulut être adoré comme le Seigneur et il décréta tranquillement\n  qu'il n'était ni plus ni moins que Dieu le Père.\n     Pour s'appliquer tout entier à ce nouveau rôle, il abdiqua la souveraineté\n  entre les mains de son fils, construisit une tour dont les murailles extérieures\n furent revêtues de plaques d'or et il s'y enferma, au rez-de-chaussée, en une\n étrange salle cloisonnée de métaux précieux et incrustée de gemmes; puis il\n voulut, ainsi que le Tout-Puissant, avoir son firmament à lui et le plafond\n s'éleva à des hauteurs vertigineuses et s'éclaira le jour, par un soleil savam­\n ment exercé ; la nuit, par une habile lune autour de laquelle pétillèrent les\n feux colorés des étoiles feintes; ce ne fut pas assez; ce ciel immuable, machiné\n par des centaines d'esclaves, le lassa; il exigea les intempéries, les ondées,\n les orages des véritables saisons, et il installa, au sommet de la tour, des\n appareils hydrauliques qui purent à volonté distribuer la pluie fine des temps\n qui se gâtent, les rafales d'eau des trombes, les gouttes amicales des soirs\n d'été; il fit également apprêter des jets de foudre et de pesants chariots rou­\n lèrent dans les souterrains de la tour, sur des pavés métalliques et ébranlèrent\ndu bruit de leur tonnerre les murs.\n    Alors, il se crut l'indiscutable sosie du Père et, au fond de ce puits lamé\nd'or et ponctué de pierreries, fermé par la coupole d'un firmament de théâtre,\n il siégea, à demeure, sur un trône, à la droite duquel il planta la croix du\nSauveur, tandis qu'il huchait, à gauche, sur la pyramide d'un fumier en fili­\ngranes d'argent bruni, un coq.\n    Il entendait représenter de la sorte le Fils et le Saint-Esprit.\n    Et ses anciens sujets défilèrent devant cette idole peinte et tiarée, immo­\nbile dans son manteau d'or, dardant des étincelles de toutes les gemmes\nqu'embrasaient les rayons lumineux des faux astres, fulgurant, incombustible,\ndans ce brasier de murs et d'étoffes tout en lueurs.\n    On se figure, entre la croix et le coq, sous la mitre en flammes, la tête par­\ncheminée, crevassée de rides ravinant le front et les joues sous l'enduit des\npâtes, la barbe annelée et nattée, les yeux creux et déserts, vivant, seuls, en\ncette statue d'or, adulée par les prières qui montaient autour d'elle, dans les\nétourdissantes vapeurs des olibans, les prières qui invoquaient, au nom de\nJésus, Dieu le Père.\n    Cette mascarade dura combien de temps? Quatorze ans, dit la légende ;\ntoujours est-il qu'à un moment l'empereur Héraclius parvint à réunir une\nimmense armée et partit à la recherche de la sainte croix. Il rencontra près\ndu Danube les troupes du ravisseur, défit en combat singulier son fils et\nrejoignit, en Perse, le vieux monarque dans sa tour.\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                                    L'OBLAT                                    11\n\n\n    Khosroës ignorait que son fils eût été vaincu, car tous le haïssaient et per­\n sonne n'osait lui annoncer cette nouvelle.\n    Il faillit trépasser de rage lorsqu'il vit entrer, suivi de sa cour, l'empereur\n Héraclius qui, l'épée à la main, lui dit :\n   — Roi, tu as, malgré tout, honoré à ta manière le bois du Christ; si donc\n tu consens à avouer que tu n'es qu'un homme et que tu n'es, par conséquent,\nque le très humble serviteur du Très-Haut, tu auras la vie sauve. Je repren­\ndrai simplement la croix de notre Rédempteur et te permettrai de régner sur\ntes peuples en paix. Par contre, si tu refuses ces conditions, mal t'écherra, car\naussitôt je te tuerai.\n    En l'écoutant, les yeux de Khosroës flambèrent, rouges, comme les pru­\nnelles nocturnes des vieux loups, et il se dressa pour maudire son adversaire\net rejeter avec mépris ses offres.\n   Alors, d'un revers de lame, l'empereur décolla le vieillard; et la tête vola\net rebondit sur les dalles, se balança un instant sur la nuque, hocha, ainsi\nque pour répondre encore non, et finalement s'inclina tout d'un côté et les\nyeux s'éteignirent, tandis que la momie d'or tombait, versant par le trou\nouvert du col, de même que par une bonde débouchée de tonne, des flots de\nsang.\n    Et Héraclius fit ensevelir le souverain et détruisit sa tour.\n   — Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto.\n   Tous les moines debout dans leurs stalles étaient courbés en deux, le front\ntouchant presque au pupitre placé devant eux; ils se relevèrent en répondant :\nSicut erat in principio, et se rassirent en terminant : et in soecula sœculorum,\nAmen.\n   Il est absurde de s'évaguer de la sorte, pensa Durtal; je ferais mieux de\nsuivre mes Vêpres que de courir ainsi la prétentaine à propos d'une fête dont\nla légende est d'ailleurs controuvée; l'histoire est plus simple.\n   En 611, le roi des Perses, Khosroës soumit Jérusalem, avec l'aide des\njuifs qui prétendaient reconstruire le temple; il égorgea les chrétiens, fit pri­\nsonnier le grand prêtre Zacharie et emporta le bois de la vraie croix. Ce fut\nalors une croisade des catholiques contre ce mécréant.\n   L'empereur Héraclius débarque en Cilicie, gagne la bataille d'Issus,\nretourne à Constantinople et, soutenu par les tribus du Caucase, se rue sur\nTrébizonde où pour venger le meurtre des prêtres de la Judée, il massacre les\nmages; puis, après s'être allié avec les hordes du Volga, il marche de nou­\nveau contre l'armée des Perses, la bat à Ninive et se replie sur Taurus. Là,\ndes propositions de paix lui sont présentées par Sisroës, le fils du roi, qui vient\nd'assassiner son père; elles sont acceptées; le prêtre Zacharie est délivré\net la Croix et les aigles romaines prises à Jérusalem par Khosroës sont\nrendues.\n   Khosroës aurait donc été trucidé par son fils et sans qu'il soit question d'une\ntour machinée et d'un coq. . .\n   Quant à Héraclius, il résolut de ramener le Signe du Salut au saint\nSépulcre; lorsqu'il fut arrivé à Jérusalem, il chargea la croix sur son épaule\net voulut commencer l'ascension du Golgotha ; mais lorsqu'il eut atteint la\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "12                                DURENDAL\n\n\n porte de la ville qui mène à la montagne, il lui fut impossible d'approcher\n d'un pas. Alors, le patriarche Zacharie lui fit observer que quand le Christ\n était entré par cette porte, il n'était point paré d'habits royaux, mais vêtu\n simplement et monté sur un âne, donnant ainsi un exemple d'humilité aux\n siens. -\n    L'empereur se dépouilla aussitôt de sa pourpre, ôta ses sandales et s'affu­\nbla de la défroque d'un pauvre; ce après quoi, il franchit sans difficulté\n la pente du Calvaire et replaça la croix au lieu même où Khosroës l'avait\n prise.\n    Cela n'empêche que ce brave Héraclius a mal fini, conclut Durtal, car il a\n propagé l'hérésie des monothélites, c'est-à-dire de ceux qui, tout en recon­\n naissant la nature divine et la nature humaine de Jésus, n'attribuaient à ces\n deux natures distinctes qu'une seule opération..,, qu'une seule volonté..., et il\n est mort, laissant des successeurs demeurés célèbres par leurs dévergondages\n et par leurs crimes.\n    Et en voilà assez; revenons à noire office. Il lui fut facile cette lois de se\n récupérer; le chœur chantait l'hymne de Fortunat, le « Vexilla Regis » et\n l'envolée superbe de cette séquence, le défilé de ces strophes charriant d'im­\npétueux trophées, le saisissaient aux moelles. Il écoutait, extasié, ces cris de\n triomphe : « l'étendart du Souverain s'avance, voici que resplendit le mystère\n de la croix » et ces apostrophes débellatoires, ces clameurs d'allégresse :\n « arbre éblouissant que rougit le sang d'un Dieu balance aux bras de\nlaquelle se suspend la rançon du monde, salut, ô croix, unique espoir ! »\n    Et ce fut la longue antienne du Magnificat, répétant les acclamations et les\nlouanges du poète : « ô croix, plus radieuse que les astres, doux bois, doux\nclous, soutenant un poids plus doux encore... » et le Magnificat, entonné sur\nle ton solennel et le Salve Regina ramenant la créature à la réalité du péché,\nimplorant, après les hourras liturgiques, sa grâce...\n    — Savez-vous qu'ils sont très attrayants vos offices, dit Mme Bavoil,\n lorsqu'ils furent sortis de l'église.\n    — N'est-ce pas; c'est autre chose que dans les cathédrales de Paris et de\n Chartres; ce qui manque toutefois à ces offices bénédictins, c'est la voix de\nl'enfant; mais on ne peut tout avoir; je devrais être blasé sur ces cérémonies\ndepuis le temps que je les pratique, mais non ; elles me semblent chaque\njour neuves... j'écoute encore avec plaisir ces quatre psaumes du dimanche\n dont nous sommes saturés, car ils se réitèrent éternellement à propos de\n presque toutes les fêtes.\n    — Pourquoi la liturgie attribue-t-elle une pareille importance à ces psau­\n mes? et, au fait, pourquoi en avez-vous quatre au lieu de cinq, comme nous?\n car enfin, il en manque un, le dernier.\n    — Oui, les Vêpres bénédictines ont le dernier psaume du romain en moins\n et en plus une leçon brève qui est généralement une merveille de mélodie\ndéférente et câline; pourquoi? je l'ignore; sans doute parce que l'office\n monastique a été gardé intact depuis son origine, tandis que le romain s'est\n amélioré avec les âges et ne s'est arrêté que quand il a eu atteint sa forme\n définitive, son apogée; quant aux causes qui ont motivé le choix des quatre\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                                    L'OBLAT                                    13\n\npremiers psaumes du dimanche de préférence aux autres pour empreindre\nde la parole du Psalmiste tant de festivités, elles sont expliquées d'une façon\nplus ou moins illucide par les manuels. Pour le psaume du début, le « Dixit\nDominus Domino meo, » cela se conçoit; Notre Seigneur l'a cité pour\ndémontrer sa divinité aux Pharisiens; il est donc naturel que Ce chant\nmessianique occupe dans les Vêpres la place d'honneur. Le troisième\n« Beatus vir qui timet Dominum » a été, de son côté, mentionné par saint\nPaul, dans son Epître aux Corinthiens, pour les inciter à pratiquer largement\nl'aumône; c'est encore une raison de précellence; moins clairs sont les\nmobiles à fournir pour les deux autres; cependant, le deuxième, le « Confi­\ntebor tibi, Domine, in todo corde meo » contient, en parlant de la manne que\nJehovah distribua aux Hébreux, dans le désert, une allusion à l'aliment\npascal; peut-être est-ce pour cela qu'il fut mis hors de pair; enfin, le qua­\ntrième, le « Laudate pueri Dominum » est un beau cantique de louanges qui\nclôt dignement la série.\n    Il n'en est pas moins vrai que les Vêpres n'ont point ce caractère bien\ntranché de la prière du soir, si particulier dans l'office, admirable celui-là, des\nComplies. Il est fort possible que Dom Cabrol ait raison lorsqu'il énonce dans\nson livre, « La Prière antique », que les psaumes des Vêpres dont les numéros\nse succèdent au Psautier, ont été pris, sans souci du sens et de l'application,\nà la suite. Ces interprétations ne paraissent pas vous satisfaire?\n    — Mais, notre ami, je n'en sais rien; il me semble au moins, selon ma petite\njugeote, que vous cherchez midi à quatorze heures. N'est-ce pas plus simple?\n Le premier psaume figure Notre Seigneur auquel plus personnellement il\ns'adresse; le \" Beatus vir \" s'applique au Juste, à saint Joseph qui est ainsi\nqualifié tout le long de son office; le « Laudate pueri » qui rappelle par ses\nexpressions mêmes le Magnificat à la sainte Vierge. Quant au second\npsaume, au « Confitebor », je n'avais pas deviné, mais puisque vous\nm'attestez qu'il a trait au saint Sacrement de l'autel, c'est pour le mieux; je\npuis avec ces psaumes prier plus spécialement Jésus en sa Personne et sous\nles Espèces Eucharistiques, sainte Marie et saint Joseph, je n'en demande\npas plus et ne m'inquiète point de savoir si cet office est plus ou moins bien\nadapté aux besoins des soirs. Autre chose maintenant; nous voici en plein\n village. Cette boutique d'assez vilaine apparence qui se détache là-bas au\nfond de la ruelle, c'est celle du boucher où vous achetez la viande ?\n    — Oui, je dois vous prévenir maintenant que l'on mange ainsi qu'au cloî­\n tre, ici. Le boucher tue, un jour, un bœuf, soyons plusexact, une vache, un\n autre jour un mouton ; un autre jour un veau ; la plus grosse part de ces ani­\n maux est naturellement réservée au monastère qui en dehors même des hôtes,\n a cinquante bouches à nourrir; nous devons donc emboîter la filière de la\n vache, du mouton et du veau, servie au cloître ; car vous pensez bien que l'on\n n'abattra pas une bête exprès pour vous, pour M. Lampre et Mlle de Garam­\n bois; nous nous repaissons donc tous, religieux et laïques, de la même pitance,\n le même jour; cela ne serait rien, malgré le manque de variété de ces mets,\n si ce boucher n'égorgeait son bétail, la veille au soir ou le matin même où il\n le débite; et dame alors, on mastique des choses innomables qui tiennent à la\n fois du caoutchouc et de la filoselle.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "14                                DURENDAL\n\n\n\n    — La cuisine corrige jusqu'à un certain point les viandes trop fraîches, fit\n Mme Bavoil ; seulement, il convient, en ce cas, de dire adieu aux côtelettes\n grillées et aux biftecks saignants; il est, en effet, nécessaire de mettre à\n mijoter pendant des heures, dans une casserole ce que... comment appeliez-\n vous le gigot qui vous déplaisait à Chartres?\n    — De la carne ou de la bidoche, Madame Bavoil; ce sont les inélégants\n synonymes d'une irréductible viande.\n     Mme Bavoil sourit, puis se frappa le front.\n    — Voyons, fit-elle, si Mlle de Garambois est si gourmande, elle n'use pas de\n cette carne dont vous parlez. Alors, comment s'arrange-t-elle ?\n    — Oh ! elle et sa bonne sont constamment à Dijon d'où elles rapportent des\n provisions.\n     — Eh bien! l'on agira, au besoin, comme elles; combien de temps faut-il\n par le chemin de fer pour s'y rendre ?\n    — Une grande demi-heure; seulement les heures des trains sont incom­\n modes. L'horaire est celui-ci : 6 heures et demie, 10 heures du matin, et\n 2 heures de l'après-midi. Pour revenir, 6 et 11 heures du matin, 3 et 6 heures\n du soir, et c'est tout.\n    — Bien, et vous, vous allez souvent à Dijon?\n    — Quelquefois. Dijon est une ville charmante, très cordiale et très gaie;\n elle a un musée de Primitifs, un puits de Moïse fort enviable, des bouts de rues\nencore curieux, des églises, telles que je les aime; et puis elle possède aussi\n une très excellente Vierge noire.\n    — Ah! s'exclama Mme Bavoil qui tomba en arrêt, elle a une Vierge noire!\nmoi, qui hésitais un peu, je vous l'avoue, à quitter Chartres à cause de Notre-\nDame de Sous-Terre et du Pilier, je vais donc les retrouver ici ; mais ce n'est\npas une Madone moderne, au moins?\n    — Rassurez-vous; Notre-Dame de l'Apport ou de bon Espoir date du\nXIIe siècle, si je ne me trompe. En 1513, elle a sauvé la ville de Dijon que\ndéfendait alors Louis de La Trémouille, à la tête de quelques troupes, de\nl'assaut et du pillage des Suisses. En souvenir de cet événement l'on fit,\nchaque année, le 12 septembre, une procession en son honneur; il en fut\nainsi jusqu'au milieu duXVIIIesiècle; alors ellecessa, j'ignore pourquoi; ce qui\nest certain, en tout cas, c'est que Notre-Dame de bon Espoir est en grande\nvénération dans la Bourgogne; si son histoire détaillée vous intéresse, je vous\nprêterai un volume qui raconte ses miracles, volume un tantinet mucilagineux\nd'un abbé Gaudrillet qui signe prêtre mépartiste de la paroisse de Notre-\n Dame.\n    Ils étaient arrivés, en bavardant, à la maison. La mère Vergognat les y\nattendait. Durtal présenta, l'une à l'autre, les deux femmes, intérieurement\négayé de leur contraste. Mme Bavoil n'avait guère changé; ses cheveux\ns'étaient pourtant raréfiés, et ceux qui n'avaient point déserté étaient devenus\nplus blancs; la face était encore osseuse et chapelurée de son; le profil s'at­\ntestait plus coupant avec l'âge, mais l'œil noir était demeuré le même, fure­\nteur à la fois et placide; elle tenait toujours de la paysanne et de la vendeuse\nde cierges, dans une église, mais avec toujours aussi ce je ne sais quoi qui\nl'exhaussait quand l\"âme, phosphorée par les prières, prenait feu.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                                    L'OBLAT                                    15\n\n\n    L'autre s'avérait, redondante et mafflue, haute en couleur; elle avait l'œil\n porcin et des poils de brosse, poivre et sel, plantés sous un nez cuit; la\n bouche crénelée de dents couleur de rouille était hilare et, pourtant, lors­\n qu'elle se fermait, mince et pincée; elle était ensemble, une rempailleuse\n pocharde et une terrienne madrée ; on pouvait lui faire le tour de l'âme, en\n une seconde, à celle-là !\n    Mme Bavoil la vrilla de son œil noir, puis, après un soupir qui en disait\n long, elle lui déclara doucement qu'elle entendait entretenir d'amicales rela­\n tions avec elle et qu'elle comptait l'employer souvent pour les gros ouvrages ;\n et, sur cette assurance, la mine renfrognée de la mère Vergognat se détendit;\n mais elle ne crut pas moins devoir se montrer plus bête qu'elle n'était en\n réalité, pour ne point se compromettre dans ses réponses.\n    — Alors, voyons, insistait Mme Bavoil, vous m'affirmez que l'on vend ici,\n chez la femme Catherine, du fil et des aiguilles et tous les objets de mercerie?\n    — Mais ça dépend, ma bonne dame, il y a fil et fil ; la Catherine est bien\n empressée; pour ça, vous pouvez consulter; il n'y a qu'une voix.\n    Mme Bavoil chercha vainement à démêler le sens de cette réplique. N'y\nparvenant point, elle posa une autre question, relative au format du pain usité\ndans le village.\n    La mère Vergognat ne parut pas saisir la signification des mots et, pru­\ndemment, elle bafouilla : je ne saurais pas vous renseigner.\n    — Ce n'est pourtant pas sorcier ce que je vous demande, reprit Mme Bavoil.\nLe pain que fabrique votre boulanger est-il rond ou fendu, est-ce de la\nmiche ou du boulot? D'ailleurs, il doit bien en rester à la cuisine; apportez-le-\nmoi, afin que je l'examine.\n   La paysanne rapporta un croûton.\n   — C'est du pain fendu, c'est tout ce que je désirais savoir.\n   — Peut-être bien, opina Mme Vergognat.\n   — Ah ça ! s'écria Mme Bavoil, lorsqu'elle fut partie, est-ce qu'elles sont\ntoutes ainsi, au Val-des-Saints ?\n   — Non, les autres sont pis; celle-là est la mieux; vous voyez par cet\nexemple s'il est facile d'extirper un non ou un oui à ce monde-là !\n   — Eh vrai, notre ami, le confesseur doit avoir de l'agrément avec ce genre\nde paroissiennes; ce qu'elles doivent ruser avec lui et tourner autour du pot!\n   — Elles ne tournent autour de rien du tout, attendu qu'elles ne se confes­\nsent point.\n   — Comment, dans un pays monastique, les habitants ne pratiquent pas!\n   — Je suis un bon républicain, c'est pourquoi je ne vais pas à la messe, est\nune phrase que vous entendrez souvent prononcer ici; quant aux mœurs des\npaysans, elles sont tellement ignobles que mieux vaut n'en point parler. Ils\nont été pourris par les placiers en politique des villes, jusqu'aux os !\n   — Seigneur ! s'exclama Mme Bavoil en joignant les mains, où sommes-\nnous? Me voilà maintenant obligée de vivre au milieu des compagnons de\nmalheur de l'Enfant prodigue, car si ce que raconte notre'ami est exact, ce\nn'est pas autre chose que ces gens-là!\n                                                           J.-K.   HUYSMANS.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "                  Poèmes\n\n                    Souvenir\nCe soir mélancolique et doux de fin d'automne\nM'obsède encor et le parfum de tes cheveux\nQue le soleil couchant ceignait d'une couronne\nExalte de nouveau mes sens      tumultueux.\n\nRappelle-toi; l'ardent crépuscule fauve\nDorait obliquement lesarbres du jardin;\nDéjà sous le couvert naissait une ombre mauve\nEt l'air était baigné de rayons   incertains.\n\nTu te taisais; j'étais à les côtés, la brise\nNous apportait l'écho de lointaines      chansons\nEt nos cœurs, que l'espoir du bonheur          paralyse,\nSentaient passer en eux de tragiques         frissons.\n\nTes yeux s'illimitaient dans l'ombre et le mystère\nEt sous tes cils d'ébène ouvraient leur porche noir\nPar où mes désirs fous et lassés de la terre\nDescendaient vers ton âme, — accueillant      reposoir!\n\nJ'écoutais en pleurant la parole divine\nEt je souffrais tout bas du mal poignant   d'aimer.\nTandis que tu nie consolais d'une voix fine\nOù de frais gazouillis d'oiseaux avaient  sombré...\n\nQu'un soir pareil à ce soir-là renaisse encore\nEt que le chaste amour qui nous liait tous deux\nRevienne du côté de la défunte aurore\nQue l'ombre lente emplit à coups     silencieux.\n\nUn décor identique ouvre ses avenues\nDevant le même banc où nous vil l'an dernier;\nRevivons si tu veux cette heure méconnue\nPour en goûter le charme amer et singulier.\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                         POÈMES                              17\n\n\n\n\n                    Le Verger d'or\n    Ce verger somptueux, mordoré par       l'automne,\n    Est lourd des fruits incarnadins du bel été\n    Et les arbres noueux sous le poids ont courbé\n    Les fatigués rameaux qui déjà      s'abandonnent...\n\n    C'est là que tout le jour les enfants ont joué\n    Et l'herbe garde encor de leurs pas une empreinte ;\n    Ici, leurs cris joyeux ont sonné sans    contrainte\n    Et pour ce clair accueil, calme enclos, sois loué!\n\n    Maintenant le couchant te change en Hespéride;\n    L'éblouissant soleil qui lentement     s'éteint\n    Et projette sur toi des rayons     incertains\n    Tout à coup illumine un domaine         splendide.\n\n    La nuit tombe. Les trois filles du vieil Atlas\n    Vont surgir des taillis et nouer une ronde ;\n    On entend le dragon fantastique qui gronde,\n    Mais Hercule vengeur, approche, jamais      las...\n\n\n\n\n                       L'Héritier\nLa rue herbue est triste et les passants sont rares.\nDu ciel en deuil où règne une lumière avare\nLe morne ennui descend et le ciel pluvieux\nPèse sur les canaux et les clochers p i e u x\nSonnant dans l'air muet les vêpres du dimanche ;\nSur le mur d'un jardin s'inclinent quelques      branches;\nUn pigeon bleu roucoule au bord d'un toit ancien.\nAux fenêtres d'un vieil hôtel patricien\nDerrière des géraniums aux couleurs vives\nUne femme, laissant flotter à la dérive\nSon regard, familier aux choses      d'alentour,\nSoupire, et ses grands yeux on meurt la fin du jour\nSuivent dans le lointain la fuite d'un beau rêve..\nSa joue est creuse et son front pâle. L'heure brève\nPose sur son visage une grise clarté\nEl la ville autour d'elle avec sérénité\nS'endort. Parfois, dans le salon qui s'enténèbre,\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "18                           DURENDAL\n\n\n     Une lueur s'allume à des cadres célèbres;\n     D'héraldiques portraits que fleuronne un blason\n     Interrogent tout bas l'espoir de la Maison\n     Et se sentant obscurement pâlir encore\n     La femme a des frissons pleins de nuit et d'aurore\n     Tandis qu'un long sanglot lui crève dans le cœur\n     Elle sent son flanc battre et gonfler de bonheur.\n\n\n\n\n                        Le vain reproche\n     Crois-tu que tu me sois moins chère, toi que       j'aime,\n     Quand ton doux nom ne fleurit point chaque         poème\n     Et que, l'esprit ailleurs, je parais t''oublier?\n\n     Méchante! Veux-tu bien clore ces yeux      mouillés\n     Et ne vois-tu donc pas que c'est toi qui composes\n     Ces strophes et ces vers que parfument les roses ;\n     Ne sens-tu pas la ligne heureuse de ton corps\n     Imposer à mon chant d'harmonieux        accords\n     Et n'entends-tu sous le déroulement des phrases\n     S'enfler le même cri qui meurt dans nos extases?\n\n     Mon art est-il à ce point-là lourd et grossier\n     Qu'il faille, hélas, servilement te copier,\n     Parler brutalement pour se faire     comprendre\n     Ou naviguer toujours sur le fleuve du Tendre.\n     Le délicat labeur des mots serait-il vain\n     Qu'on ne puisse animer du beau frisson divin\n     L'indifférent  tissu des frêles apparences\n     Et faire entendre à l'âme un peu de ce qu'on pense ?\n\n     Non! quand mon vers décrit la courbe d'un coteau\n     Qui sur le ciel en fleurs met un contour    nouveau\n     J'y vois la respiration de ta poitrine\n     Qui sur un rythme égal et lent monte et décline\n     Et c'est ta voix où sonne un fin grelot d'argent\n     Qui dans le soir serein chantonne      doucement.\n     Un vaporeux brouillard voilant le paysage\n     Ce sont tes yeux rêveurs nuançant ton visage\n     Et le geste arrondi de tes bras bien-aimés\n     Façonne à son image un poème inspiré !\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                        POÈMES                               19\n\nJamais, Dieu m'est témoin ! mon vers n'est infidèle\nA l'amour qui nous prit frissonnants   sous son aile\nEt si, parjure un jour au serinent que je fis,\nJe voulais chercher ailleurs mon paradis.\nJ'aurais à chaque pas de telles défaillances\nQue ce cœur ingénu, rebelle à la souffrance,\nReviendrait pantelant se faire aimer de toi\nAvant même qu'on n'ôte une bague à ton doigt !\n\n                                              P A U L MUSSCHE.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                                                                                     (1)\n     Sur quelques Peintres de Sienne\n\n                           Bibliographie générale\n\n\nUGURGERI. — Le Pompe Senesi. Siena, 1649.\nBALDINUCCI. — L'Arte Senese. Siena.\nMANCINI, L U I L I O . — Breve raqquaqlio della rose di Siena, manuscrits à la Biblio­\n thèque de S i e n n e .\nP E C C I . — Ristrelto delle cose piu notevoli della Citta di Siena, 1761.\nP . DELLA VALLE. — Lettere Senesi di un Socio dell' accademia di Fossano sopra le\n     belle arti. In Venezia, Pasquali, 1782.\nROMAGNOLI. — Nuova Guida della Città di Siena. Siena, Mucci, 1822\nLASINIO, G . - P . — Raccolta delle piu celebre pitture esistenti nella citta di Siena.\n    Florence, 1825.\nRUMOHR. —Italienische Forschungen. Berlin, 1827-1831, 3 vol.\nLANZI. — Storia Pittorica della Italia. Florence, Marchini, 1834, 6 vol., quel­\n    ques pages dans le premier sur la Scuola Senese.\nETTORE ROMAGNOLI. — Biografia Cronologica degli astisti senesi, dal secolo XII\n    a tutto il XVIII. Manuscrit donné par l'auteur à la bibliothèque de Sienne,\n    en 1835.\nGAYE. — Carteggio inedito d'Artisti italiani dei Secoli XIV,XV,XVI.           Firenze 1839.\n\n\n   (1) Nos lecteurs connaissent les études publiées par M. Jules Destrée sur les Peintres\nPrimitifs Italiens du XVe siècle. Deux volumes déjà ont paru chez Dietrich et Alinari :\nSur quelques peintres de Toscane et Sur quelques peintres de Marches et de l'Ombrie, remar­\nquablement illustrés par Madame Jules Destrée et M. A. Danse. L'édition de ces deux\nouvrages est actuellement épuisée et ils sont fort recherchés par les amateurs d'art.\nNous espérons que la même faveur accueillera le troisième de la série : Sur quelques\nPeintres de Sienne. Nous en publions aujourd'hui la Bibliographie générale et l'Introduc­\ntion; notre prochain numéro contiendra les études sur TADDEO DI BARTOLO et SANO DI\nPIETRO.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                 SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                                 21\n\n\nCHAVIN DE MALAN. — Histoire de Sainte Catherine de Sienne (1347-1380). Paris,\n     Bray, 1846.\nROSINI. — Storia della Pittura Italiana. Pise, 1847, 7 vol.\nMILANESI. — Documenti per la Storia dell' arte Senese. Siena, Porri, 1854-1858,\n    3 vol.\n*** — Siena e il suo territoria. Siena, Lazzeri, 1862. Ouvrage encyclopédique\n    dû à la collaboration de plusieurs auteurs. Dans la seconde partie se\n    trouve un chapitre : Storia Artistica, de G. Milanesi, reproduit en 1873\n    dans ses Scritti Varii (v. plus loin).\nPERKINS. — La  Sculpture italienne, traduction française par Haussonllier.\n    Paris, Renouard, 1869.\nPANTANELLI, A. — Francesco di Giorgio Martini e dell' arte dei suoi tempi in Siena.\n    Siena, Gati, 1870.\nMILANESI, G. — Sulla Storia dell' arte toscana. Scritti varii pubblicati di nuovo\n    e corretti. Siena, typ. Sordi Muti, 1873.\nRio. — De l'art chrétien. Paris, Bray et Bretaux, 1874. Edition refondue et\n    augmentée. Spécialement le 1er volume, dont les chapitres I et II sont\n    consacrés à l'école siennoise.\nTAINE, H.    — Voyage en Italie. Paris, Hachette, 1874, 2 Vol.\nMUSSINI, L. — Le Tavole della Biccherna e della Gabella della Reppublica di Siena.\n    Lettura (Adunanza del di 17 Juglio 1877). Publié dans Atti e memorie della\n    Sezione letteraria e di Storia patria dell' accademia dei Rozzi di Siena. Une tra­\n    duction française, illustrée, a paru dans l'Art. Paris, 1877, tome IX,\n    p p . 225-232.\nDOLBERT, E. —Die Sienesicher Malerschule. Leipzig,1878, dans la collection\n    Kunst und Kunstler Italiens; ouvrage consacré à Duccio, S. Martini,\n    L. Memmi et aux Lorenzetti.\nVASARI (MILANESI). — Le vite de' piu eccellenti pittori, etc., avec annotations par\n    Milanesi. Florence, Sansoni, 1878 à 1885, 9 vol.\nWOLTMANN, A. et WOERMANN, C. — Geschichte der Malerei. Leipzig, Seeman,\n     1882, 4 vol. médiocrement illustrés, quelques mots dans le vol. II,\n    p p . 206 et 207.\nGEFFROY, A. — Tablettes inédites de la Biccherna et de la Gabella de Sienne, dans\n    Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'école française de Rome, 1882,\n    tome II, pp. 415-434.\n***. — Guida Artistica della citta e contorni di Siena, compilata da una societa\n     d'amici. Siena, Lazzeri, 1883.\nMORELLI, G.—Italian    Masters in German Galleries. London, Cassel, 1883.\n    Cet ouvrage a été publié en allemand sous le pseudonyme de Lermolieff.\nLAFENÊSTRE. — La Peinture Italienne, dans la Bibliothèque de l'enseignement\n    des beaux-arts. Paris, Quantin, 1885. Illustré.\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "22                                   DURENDAL\n\n\nMUNTZ, F. — Histoire de l'art pendant la Renaissance. Italie. Deux forts volumes\n   avec un grand nombre d'illustrations. T o m e I e r les Primitifs. T o m e I I ,\n   l'Age d'or. P a r i s , Hachette, 1889.\n***. — La Sala della mostra e il museo delle tavolette dipinte della gabella e della\n     bucherila nel R. archivio di Stato in Siena. Omaggio al IV Congresso ital.\n     istorico tenuto a F i r e n z e . Siena, Lazzeri, 1889.\nBOURGET, P . — Sensations d'Italie. (Toscane, Ombrie, Grande-Grèce). P a r i s ,\n    L e m e r r e , 1891.\nPAOLI C. — Le Tavolette dipinte della Biccherna e della Gabella nell' archivio di\n    Stato di Siena, discorso accademico del di 23 agosto 1891. Siena, tip.\n    Ancora, 1891.\nFRIZZONI. — A r t e Italiana nel rinascimento. Milano, 1891. Illustré.\nK U H N . — Algemein Kunstgeschichte. Einsiedeln, Benziger, éditeur. E n cours de\n      publication depuis 1891. Illustré. Quelques mots dans les livraisons\n      20 et 21.\nPASTOR. — Histoire des papes depuis la fin du moyen âge, traduction française de\n    F u r c y R a y n a u d . P a r i s , P l o n , 1892. Surtout le tome I I I .\nP E R A T É , A. — Etudes sur la peinture Siennoise. U n article sur Duccio d a n s la\n       Gazette des Beaux-Arts, février 1893.\nBURCHARDT (BODE). — Le Cicerone. Guide de l'art antique (tome I er ) et\n    moderne (tome II) en Italie. Complété par Bode. Traduction française\n    de Gérard. P a r i s , Didot, 1892.\n***. — Bullettino Senese di Storia Patria. E n cours de publication depuis 1894.\nE R I C H FRANZ. — Geschichte der Cristlichen Malerei. F r i b o u r g , Herder, 1895.\nTHUREAU-DANGIN. — Un prédicateur populaire dans l'Italie de la Renaissance :\n   Saint Bernardin de Sienne (1380-1444). P a r i s , P l o n , 1896.\nLOCATI, L . — Storia delle belle arti in Italia. T u r i n , 1897.\n BORGHESI, S. e BANCHI, L. — Nuovi documenti per la Storia dell' arte Senese.\n    Appendice alla raccolta dei documenti pubblicata dal Com. G. Milanesi.\n    Siena, Torrini, 1898.\n GOFFIN, A. — Les Peintres Siennois dans la Revue Générale de Bruxelles,\n     déc. 1897 et janvier 1898.\n BERENSON, B . — The Central Italia» Painters. L o n d r e s et New-York, P u t n a m ' s\n     sons, 2 e édition, 1899. Ouvrage particulièrement précieux par ses listes\n     précises des œuvres attribuées à chaque peintre.\n                                                                                   e\n GOSCHE, A G N È S . — Ein Beitrag zur geschichte der siene'sischer malerei in XIV       Iahr­\n      hundert. Leipzig, Seeman, 1899. Consacré surtout à Simone Martini.\n LISINI, A. — Nuovi Documenti per la Storia dell' arte Senese. Siena, T o r r i n i , 1899.\n SEI.WYN BRINTON. — The Renaissance in Italian Art. (Sculpture and painting) in\n      three parts. L o n d r e s , Simpkin, 1900.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                 SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                                  23\n\n\nLISINI, A — Le Tavolette dipinte di Bucherina e di Gabella del R. Archivio di Stato\n    in Siena. Siena, Torrini, 1901. Illustre.\nLISINI. — Il san Giovanni di Siena e i suoi restauri. Florence, Alimari, 1901.\nRICHTER, M m e L . — Siena. Leipzig et Berlin, Seeman, 1901. Illustré.\nHEYWOOD, W . — A Pictorial Ckronicle 0/ Siena. Siena, Torrini, 1902. Illustré.\n   Consacré aux couvertures de registres.\nCROWE, I.-A. et CALVALCASELLE, I . - B . — A New history of painting in Italy,\n   (from the second to the six tenth century). L o n d o n , J . Murray, 1864-\n   1866, 3 vol. — U n e édition italienne a paru depuis 1885, chez L e m o n ­\n   nier, à F l o r e n c e . L e neuvième volume, publié en 1902, avec notes de\n   M. Mazza, est particulièrement intéressant p o u r l'histoire de la peinture\n   Siennoise. A noter, toutefois, qu'il signale u n e collection E a m b o u x à\n   Cologne qui est dispersée depuis plus de trente ans.\nCalalogues des Musées — de Sienne (Galleria del R. Istituto provinciale di\n    belle arti, édition de 1895), — de Florence (Uffizi, édition de 1897), —\n    de L o n d r e s (national Gallery, édition de 1898), — de Liverpool (Walker\n    Art Gallery, Roscoë collection, édition de 1893, et le bel ouvrage illustré\n    de CONWAY : The Gallery of Art of the royal Institution, Liverpool, H o l d e n ,\n    1884), — de Berlin (Konigliche Museen, édition de 1898), — de F r a n c ­\n    fort (Städelschen Institut, édition de 1900), — d'Altenburg (Herzoglich\n    Sachsen Altenburgisches M u s e u m , édition de 1898), — de Budapesth,\n    — de P a r i s (Louvre), — de Chantilly (GRUYER : La Peinture au Château\n    de Chantilly, Ecoles étrangères, P a r i s , P l o n , 1896), e t c . .\n\n\n\n\n                                 Introduction\n\n\n\n   Je sais peu de choses au monde aussi noblement belles que\nFlorence, vue des hauteurs de San-Miniato, étendant ses mai­\nsons, ses jardins, ses palais et ses églises dans la vallée de\nl'Arno; — que Pérouse, tout noire dans la splendeur embrasée\ndu couchant, quand on y vient, comme j'y arrivai un soir, par\nla carriole d'Umbertide, — que Sienne, hérissant sur ses col­\nlines, sa cathédrale immense et les tours de ses palais comme\ndes forteresses, ainsi qu'on la voit au retour d'une excursion au\nMonistero.\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "24                          DURENDAL\n\n\n   Non seulement la nature y est merveilleuse, et dans la clarté\nd'Italie, les lignes du paysage sont à la fois ardentes et douces,\nnon seulement les silhouettes des édifices sont pittoresques et\nharmonieuses, mais il semble vraiment qu'on y sente encore\nles palpitations magnétiques de tant d'existences humaines, qui\npendant des siècles y vécurent une vie élégante et passionnée.\nDans l'air lumineux courent des mélodies d'amour, de gloire,\nd'orgueil et de tendresse, échos des drames magnifiques qui s'y\ndéroulèrent au Moyen Age et à la Renaissance.\n   De ces trois cités, Sienne fut peut-être la plus tumultueuse.\nSon histoire est une suite de constants paroxysmes, de détresses\net de triomphes, de convulsions révolutionnaires et d'aven­\ntures. Comme Florence et Pérouse, elle eut des artistes incom­\nparables.\n   Et tout d'abord, elle parut la plus favorisée. Ce fut quand\nDuccio, Simone di Martino, Lippo Memmi, les Lorenzetti,\nrivalisèrent avec Giotto et ses continuateurs. Mais auXVesiècle,\n— le seul dont nous ayons projeté de nous occuper, — les Tos­\ncans et les Ombriens s'affirmèrent avec une puissance souve­\nraine telle, que les artistes siennois, cultivant pieusement leurs\ntraditions locales, ont paru attardés et médiocres.\n   Tous les historiens d'art en ont parlé avec négligence et\ndédain. Les uns les ont condamnés en quelques phrases brèves;\nd'autres les ont accablés par la comparaison avec les Floren­\ntins; tous ont déploré leur fidélité à des formules stériles, leur\nattachement réactionnaire à un idéal épuisé. Ce sont là clichés\nauxquels on n'échappe point lorsqu'on étudie les peintres sien­\nnois du XVe siècle, sur lesquels on n'a, d'ailleurs, que bien peu\nde renseignements certains.\n   J'estime que ces appréciations sommaires sont sans justice.\nMa protestation sera suffisamment appuyée, je l'espère, par les\nmodestes notes qui suivent, dont l'ambition n'est point d'ap­\nporter sur ces artistes (à l'occasion desquels il y aurait encore\ntant d'intéressantes recherches à faire pourtant !) des révélations\ninattendues, mais simplement de les faire mieux connaître et\nmieux aimer. Je pense qu'on les a, en général, mal jugés par\nsuite d'un malentendu dans la position du débat. On leur a\ndemandé une expression d'art qu'ils n'avaient point cherchée;\net on ne s'est pas demandé s'ils n'avaient point réalisé l'expres­\nsion qu'ils avaient voulue.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   25\n\n\n    Taine, dans son Voyage en Italie, nous révèle nettement l'équi­\n voque. De tous les chefs-d'œuvre dont Sienne est remplie, il n'a\n vu que la fresque de Lorenzetti, au Palais Public, et la Sainte\n Barbede Mateo. «J'en passe quantité d'autres,où le goût de la\n vie réelle, de l'histoire locale, de la science antique, toutes les\n approches de la Renaissance sont visibles, mais ils ont beau\n faire, ils n'y arrivent point; ils restent à la porte. Une Sainte\n Barbe par Mateo, de Sienne, en 1478, à l'église Saint-Domi­\n nique, suave et pure, mais sans relief et entourée d'or, n'est\n encore qu'une figure hiératique. Et Léonard de Vinci a déjà\n 26 ans! Comment comprendre un si long arrêt? D'où vient\n que depuis Giotto, parmi tant de tâtonnements, les peintres\n ne parviennent pas à mettre sur leur toile un corps solide et\n une chair vivante. Qui a pu les retenir à mi-chemin, après un\n élan aussi universel et aussi heureux? La question devient irré­\n sistible quand on regarde, dans ce même palais, à l'Institut des\n Beaux-Arts, à San Domenico, les fresques d'un peintre complet,\n Sodoma, un contemporain de Raphaël, le principal maître du\n pays. Son Christ flagellé est un superbe torse nu, vivant et souf­\n frant, de gladiateur antique ; sa Sainte Catherine en extase, sa\n Sainte entre deux saints, sous un portique clair, toute sa peinture\n rejette à l'instant l'autre dans la région indéterminée des êtres\ninachevés, insuffisants, non viables. Encore une fois, pourquoi\n les hommes, ayant trouvé la peinture, ont-ils passé cent cin­\n quante ans les yeux fermés sans apercevoir le corps? Il faut\n voir Florence et Pise. » Et, plus loin, il ajoute :« Je crois, enfin,\n toucher la cause qui, si longtemps en Italie, barra la voie à la\n peinture. Si, pendant cent cinquante ans, elle demeura, comme\n la littérature, immobile après le vif élan de ses premiers pas,\n c'est que l'esprit public s'était arrêté comme elle. Les senti­\n ments mystiques s'attiédissant, elle n'était plus assez soutenue\n pour exprimer la pure vie mystique. Les sentiments païens\n n'étant qu'ébauchés, elle n'était pas assez développée pour\n représenter la large vie païenne. Elle quittait son premier che­\n min et restait encore au seuil du second. Elle abandonnait les\nfigures idéales, les physionomies innocentes ou ravies, les glorieuses\npossessions d'âmes incorporelles rangées comme des ombres sur la splen-\n deur du jour divin. Elle descendait sur la terre, esquissait des\n portraits, des costumes contemporains, des scènes intéressantes,\n exprimait les sentiments dramatiques ou usuels. Elle parlait\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "26                          DURENDAL\n\n\n\nnon plus à des moines, mais à des laïques. Mais ces laïques\navaient encore un pied dans le cloître, et il fallait de longues\nannées pour que leurs admirations et leurs sympathies, suspen­\ndues autour du monde surnaturel, vinssent rallier autour du\nmonde naturel leur faisceau et leur effort. Il fallait que la vie\nterrestre s'ennoblit à leurs propres yeux jusqu'à leur sembler la\nseule importante et la seule véritable. Il fallait qu'une transforma­\ntion universelle et insensible les intéressât aux lois et aux pro­\nportions réelles des choses, à la structure anatomique des\ncorps, à la vitalité des membres nus, à l'épanouissement de la joie\nanimale, au triomphe de la force virile. Alors seulement ils pou­\nvaient comprendre, suggérer et réclamer la perspective exacte,\nle modelé solide, la couleur brillante et fondue, la forme har­\nmonieuse et hardie, toutes les parties de la peinture complète\net cette glorification de la beauté physique, qui a besoin d'âmes\nappropriées pour atteindre son achèvement et rencontrer son\nécho. »\n   Ces réflexions me semblent assez caractéristiques. Pour Taine\net pour l'enseignement des académies, la Renaissance, l'époque\nadmirable et définitive, c'est le moment où le sentiment chrétien\nayant faibli, les peintres célèbrent la joie animale et la beauté\nphysique. Tous les précurseurs sont des êtres inachevés, bar­\nbares, incomplets : des primitifs. Il en est spécialement ainsi\ndes maîtres de Pérouse ou de Sienne, pays de montagnes, où la\nfoi se conserva plus longtemps, où la peinture mystique fut\nplus longtemps en honneur.\n   Rio a violemment réagi dans son Art chrétien contre ces appré­\nciations et a poussé jusqu'au paradoxe la louange de la peinture\nreligieuse et le dédain des efforts naturalistes. Excès contraires,\nmais identiques. Il est aussi injuste de méconnaître l'apport\nconsidérable des maîtres du XVIe siècle, que de dédaigner\nl'oeuvre des maîtres duXVesiècle. Il conviendrait de juger les\nuns et les autres selon l'esthétique qui fut la leur, et non selon\nla nôtre; il est bien évident que si l'on ne recherche que la glo­\nrification de la beauté physique, comme Taine, les Siennois et\nles Ombriens paraîtront des attardés ; mais il serait équitable de\nreconnaître que ce ne fut point là le but de leur labeur, et qu'il\nest, dès lors, assez puéril de leur reprocher de ne pas l'avoir\natteint.\n   La Sainte Barbe, de l'église Saint-Dominique, que la corpora-\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   27\n\n\ntion des boulangers demanda à Mateo, de Sienne, n'est qu'une\nfigure hiératique, je le veux bien ; mais devait-elle être autre\nchose? S'agissait-il de représenter la pâtissière à son comptoir,\nqui vendait des petits pains au coin de la place de la Seigneurie,\nou une princesse de la suite du somptueux Pandolfe Petrucci?\nEvidemment non. Il fallait, pour la décoration d'un autel, une\nfigure calme et idéale dégagée de toute contingence immédiate,\nune sainte dans une gloire propre à ennoblir la ferveur des\nfidèles. Il fallait une image associée au culte, une figure hiéra­\ntique. Toute préoccupation naturaliste eut été une faute du goût\net d'harmonie. Le peintre ne pouvait s'y abandonner non seule­\nment sans froisser violemment les âmes de ses contemporains,\nmais même sans diminuer la signification esthétique de son\nœuvre. La destination religieuse de cette peinture lui imposait\ndes règles nécessaires ; elle ne pouvait pas ne pas être ce qu'elle\nest.\n   Et cette observation à propos de la Sainte Barbe, nous pou­\nvons la faire à propos de presque toute la peinture siennoise du\nXVe siècle. Elle est éminemment religieuse. On peut, si l'on est\nexclusivement féru de beauté païenne, reprocher à la peinture\nreligieuse de n'être que cela, mais c'est reprocher à la rose de\nn'être qu'une fleur, c'est vouloir qu'un moment de l'histoire soit\nun autre moment que celui qu'il est; c'est imposer aux œuvres\nd'art une règle de critique en dehors d'elles, c'est se refuser les\njoies et les enthousiasmes qu'elles procurent à qui essaye de les\ncomprendre.\n   Que ceux qui ne se sentent point la sympathie assez souple\npour aimer des expressions de beauté, diverses et même contra­\ndictoires, ne me lisent pas plus loin : ces vieux maîtres de\n Sienne les laisseront indifférents. Je ne m'y suis attaché qu'en\nm'appliquant consciencieusement à me placer à leur point de\nvue et je pourrais inscrire ici les paroles qu'Anatole France écrit\n dans la préface de ses Noces corinthiennes :\n   « Je touche en ce drame à des choses grandes et délicates:\n aux choses religieuses. J'ai refait le rêve des âges de foi ; je me\n suis donné l'illusion des vives croyances. C'eût été trop man­\n quer du sens de l'harmonie que de traiter sans piété ce qui est\n pieux. Je porte aux choses saintes un respect sincère »...\n   Des tableaux comme des prières, selon le mot heureux des Gon­\n court. Un musée dont chaque salle est comme un oratoire. Des\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "28                          DURENDAL\n\n\n images qui n'ont pas pour but de conter la nature, mais d'exalter\n les âmes. La peinture de Sienne au XVe siècle n'est sans doute\n point la plus belle de toutes les peintures, mais c'est la plus\n religieuse.\n    Et c'est bien là l'esprit du temps et du milieu. Parmi toutes\nles républiques italiennes, Sienne est la plus ardente en sa\npiété. Elle a l'amour farouche de la liberté et sa démocratie est\nombrageuse et passionnée. Elle a la plus haute idée de son\nexcellence et n'admet point qu'il soit en Italie ou au monde de\ncité supérieure. En 1461, dans sa bulle canonisant sainte Cathe­\nrine, Pie II dit : « Il était réservé à un Siennois assis sur le\nsiège de saint Pierre de proclamer la sainteté de cette Sien­\nnoise ». Et ce patriotisme aigu, cette fierté du citoyen pour sa\nville et ses libertés se confondent, s'expriment, se manifestent\nsous le vocable de la Vierge, à laquelle la république s'est\ndédiée.\n   Peindre la Vierge, c'était faire acte de foi catholique, mais\nc'était aussi faire acte de foi civique ; c'était, symboliquement\ncélébrer à la fois tous les grands sentiments moteurs de la vie\ncommune. Aussi, que d'Annonciations, de Couronnements,\nd'Assomptions et de Madones !\n   Notez encore que par deux fois, Sienne vit monter sur le trône\npontifical, un membre de la famille de Piccolomini, illustre\nparmi la «noblesse siennoise, que par deux fois au cours du\nXVe siècle, Sienne vit proclamer la sainteté de ses enfants : saint\nBernardin, mort en 1444, canonisé en 1450; sainte Catherine,\nmorte en 1380, canonisée en 1461.\n   La Vierge, saint Bernardin, sainte Catherine, voilà les sujets\npresque exclusifs de la majorité des tableaux siennois de ce\ntemps. Les autres, ce sont encore des sujets religieux. On y\nchercherait en vain un portrait, une allégorie, un tableau de\ngenre. Quelle pauvreté! diront les modernes. Et, malheureux\nqui ainsi parlez, faut-il vous rappeler que vous faites, depuis des\nannées, le même sous-bois, la même mer, le même soldat, ou le\nmême paysan, le même intérieur ou la même écrevisse, et que\nces « pauvres » artistes que vous prenez en pitié, étaient eux,\nnon seulement des peintres, mais des sculpteurs, des orfèvres et\ndes architectes!\n   Vecchietta mettait quelque coquetterie à signer ses tableaux :\nVecchietta sculpteur; et ses bronzes : Vecchietta peintre;\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                      29\n\n\n\n Neroccio peignit, cisela, bâtit. Francesco di Giorgio fut, comme\nlui, peintre, sculpteur, architecte, et encore le premier ingé­\nnieur militaire de son temps. Ah! nos pauvres petits modernes,\n à côté de ces artistes complets de la Renaissance ! Comme ceux-ci\nauraient ri à l'idée saugrenue de passer la vie à peindre des pay­\nsages, des animaux, des rieurs ou des natures mortes ! Rire,\nétonnement, indignation, s'ils avaient pu croire à la réalisation\npossible de ce projet bouffon. Car les peintres de Sienne, disent-\nils en tête de leurs statuts de leur corporation, dès 1355, sont\nceux « qui ont pour mission, par la grâce de Dieu, de manifester\naux gens ignorants et illettrés les choses merveilleuses opérées\npar la vertu et dans la vertu de la sainte foi. » Et ils disent\nencore : « Rien ne peut avoir commencement ni fin sans ces\ntrois choses, sans pouvoir, sans savoir et sans vouloir avec\namour » !\n   Tel est l'esprit de ces artistes. On peut trouver leur concep­\ntion esthétique étroite; on ne peut pas la trouver basse. Et son\nélévation est telle qu'on les voit descendre, « avec amour », jus­\nqu'aux besognes les plus infimes. Du moment que c'est pour\nmanifester la sainte foi, ils n'ont point de prétention ni de\nmorgue et acceptent toutes les tâches : Sano di Pietro peindra\nles fresques monumentales de la Porte Romaine et du Palais\nde la République, les miniatures des livres de Choeur du Dôme\net des bannières pour les processions; Vecchietta peindra l'As-\nsomption dans la cathédrale de Pienza et la civière de l'hôpital\nde Sienne; Mateo, Neroccio, d'autres peindront des madones\npour les églises et les couvertures des registres de la gabelle.\n   Leur concours sera réclamé pour les objets les plus divers ;\ncar un des traits charmants de cette démocratie tourmentée,\nc'est précisément de mêler l'art à toutes les manifestations de\nla vie publique. L'art est, peut-être, dans l'habitation de chacun,\nmoins répandu qu'aujourd'hui; mais, partout où les citoyens\ns'assemblent, dans les rues, les places, les palais et les églises,\nil est magnifiquement affirmé. On sent que la ferveur pour la\nbeauté est la même que la ferveur pour la cité et la ferveur pour\nla foi. La religion, le patriotisme, l'amour de l'art existent\nsimultanément dans les cœurs, non pas distincts, mais fondus\nen un seul sentiment. Tout Siennois vénère la cité, le culte et\nl'art; la foi y est artiste et civique; les artistes sont religieux et\nfiers de la gloire de leur république. Nous avons peine à com-\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "30                             DURENDAL\n\n\n\nprendre cela aujourd'hui, mais comme la signature de Duccio\nsur sa fameuse Madone l'exprime naïvement :\n\n                     Mater Sancta Dei\n                     Sis causa sienis Requiei\n                     Sis Duccio vita\n                     Te quia depinxit ita.\n\n\n    Ce fut une grande fête publique que l'installation de cette\nmadone, et, pendant les siècles suivants, les Siennois restent à\nla fois passionnés pour leur Ville, la Vierge et la Beauté. De\ncette identité de la sensibilité générale, la vie commune d u t\ntirer une intensité extraordinaire et l'art recevoir une impul­\nsion puissante. Aussi n'est-il point d'endroits sur la terre où les\nartistes furent davantage appelés à orner l'existence de tous.\n    Il y a, à Sienne, des fresques partout, à l'intérieur, à l'exté­\nrieur des édifices; le Palais communal en est r e m p l i ; les murs\nde l'hôpital en sont couverts; la plus petite chapelle a son autel\nparé, et rien ne montre mieux cette fureur de décoration que la\ntransformation du pavement de la cathédrale en cette nielle\ngigantesque, qui est une des plus étonnantes merveilles de\nS i e n n e ! — ou que la série délicieuse de ces couvertures de\nregistres de contributions, confiées chaque année à un artiste de\nmarque...\n    U n e dernière preuve que jamais les peintres siennois du\nXVe siècle n'ont pu penser que le but de leur art pouvait être la\nreproduction de la nature, c'est l'apparent paradoxe que pré­\nsente leur existence comparée à leur t e m p s . T o u t e cette pein­\nture du XVe siècle est calme et aucune époque ne fut plus trou­\nblée. A part les Massacres des Innocents, de Mateo, œuvres tout\nà fait exceptionnelles, on chercherait en vain, dans les figures\nreprésentées, un mouvement violent, un geste vif, une attitude\nimpétueuse. E t , pourtant, quel drame perpétuel que l'histoire\nde cette république agitée!\n    Voilà un peu précisées, les particulières ambitions esthé­\ntiques de ces peintres siennois du XVe siècle; voyons un peu,\nmaintenant, comment ils les réalisèrent. T a i n e et les a d m i r a ­\nteurs du XVIe siècle leur reprochent, entre autres, leur impuis­\nsance à peindre les corps, à caractériser les figures, à les situer\ndans un paysage exact et aéré. Ce sont ces griefs, et quelques\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   31\n\n\nautres dérivés de ceux-là, que nous retrouverons sous la plume\nde tous les critiques.\n    Qu'en faut-il croire? Je les trouve peu fondés, quant à moi.\nCar, n'oublions pas qu'il sagit de peintures religieuses. Dès\nlors, est-il besoin vraiment de savoir si bien peindre le corps?\nSans doute, il importe de le savoir suffisamment pour retracer\nune joie ou une douleur de l'âme, puisque la plus pure idéalité\ndoit nécessairement s'exprimer en peinture par une couleur et\nune forme, mais ces extases, ces ravissements, ces élans vers\nle mystère et l'infini, ne peuvent-ils se passer de la beauté com­\nplète des corps? N'en seraient-ils même point alourdis, plutôt?\nCe n'est que par une inclination à nous les figurer sous des\naspects analogues à ceux qui nous sont familiers, que nous nous\nreprésentons la Vierge, les anges avec des corps, des tuniques\net des manteaux ; mais encore est-il bon que ces matérialités ne\nprennent point d'importance prépondérante.\n   De même, je pense que ce ne fut pas par faiblesse, mais par\nune claire notion des conditions de la peinture religieuse, que\nles Siennois s'abstinrent de peupler leurs tableaux de portraits\net de types observés autour d'eux. Peindre la mère de Dieu\nsous les traits de la maîtresse du roi, comme Fouquet le fit\nd'Agnès Sorel, est peut-être d'un habile courtisan,'mais c'est\nd'un sentiment religieux médiocre. Garnir une Adoration des\nMages des portraits des Médicis, comme le fit Boticelli, ou une\nnaissance de la Vierge des portraits de Tomalrioni, comme le\nfit Ghirlandaio, c'est encore une fois mettre le pittoresque au-\ndessus de la piété. Toute caractérisation d'une figure lui enlève\nde sa généralité et de son absolu : telle est la raison essentielle\npour laquelle les peintres siennois, avant tout religieux, se per­\nmirent si peu de libertés personnelles...\n   J'appliquerai le même raisonnement à leurs fonds d'or. Il est\nvraisemblable, toutefois ici, qu'ils ne comprirent point la beauté\ndu paysage; c'est la compréhension esthétique qui s'éveille la\ndernière. Il est vraisemblable encore que l'eussent-ils comprise,\nils eussent été techniquement impuissants à la retracer. Mais à\nsupposer qu'ils eussent été aussi habiles qu'un paysagiste du\nXIXe siècle, encore peut-on se demander s'ils n'auraient point\nagi conformément aux nécessités de la peinture religieuse, en\ns'astreignant, quand même, à leurs fonds d'or. Qu'on y songe :\ntout paysage, quelque beau qu'il soit, situe la scène dans un\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "32                          DURENDAL\n\n\n endroit déterminé de l'espace et la diminue en diminuant son\n absolu et son mystère; tandis que le fond d'or, n'est-ce pas la\n gloire de la lumière et des rayons, la seule localisation logique\n pour une évocation céleste?\n    Bref, je pense que la peinture religieuse est un art différent\n de la peinture ordinaire. Son but n'est pas de raconter la vie et\n d'ennoblir les images extérieures que nous offre celle-ci, mais\n d'élever l'âme et de retracer les images extérieures dont la\n peuple la foi. C'est un art, non d'observateurs, mais de vision­\n naires.\n    Et il serait salutaire, peut-être, de s'habituer à la concevoir\n comme ayant des modalités propres de réalisation, ainsi que,\n par exemple, la mosaïque et la tapisserie desquelles il ne faut\n point attendre les effets de la peinture.\n    Nous aurions alors l'explication de ce fait, en apparence\n étrange; que tous les progrès de la Renaissance et des temps\n modernes, la science de l'anatomie et de la perspective, l'adresse\n de la main, l'étude de la nature complexe et changeante et tant\nd'autres conquêtes incontestables, n'ont point réussi à faire\navancer d'un pas la peinture chrétienne — bien plus, paraissent\n lui avoir nui.\n    Il est, en effet, assez caractéristique de constater que, dans\ntous les pays, les productions modernes de l'art religieux sont\nmanifestement inférieures aux œuvres des primitifs.\n   Si les peintres de Sienne se sont montrés indifférents aux\nrecherches et aux innovations florentines, c'est, peut-être, qu'ils\nperçurent confusément qu'elles leur apportaient la mort. Le\nSodoma, qui est le dernier grand artiste local et qui fait fruit,\navec habileté et souplesse, des enseignements de Léonard de\nVinci et de Raphaël, est à la fois une apogée et un déclin. Après\nlui, la déchéance est prompte et il n'y a plus d'école siennoise.\nEn sorte, que cette tradition, qui avait, pendant deux siècles,\nbrillé d'un si pur éclat, qui avait résisté à la peste, aux inva­\nsions ennemies, aux discordes civiles, ne sut point résister à une\ntransformation d'idéal.\n   (A continuer.)                               JULES DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "Au clair de la lampe\n\n                  I\n\n Au clair de la lampe allumée,\n Qui dore l'azur de tes yeux,\n Tu penches ton front    studieux\n Sur l'humble tâche    accoutumée.\n Grave et joyeuse tour à tour,\n Tu ne te reposes d'écrire\n Que pour me tendre en un sourire\n Ta bouche où palpite     l'amour.\n Et l'essor léger de ta plume,\n Sur la page où glisse un rayon,\n Ressemble au vol d'un papillon\n Dans un ciel que l'aurore, allume.\n\n                 II\n Moi, pour te louer d'être belle\n Et d'aimer l'ingrat que je suis,\n D'un pas inégal je poursuis\n Le vers qui fuit et se rebelle.\n Parfois, las d'attendre  l'Esprit,\n Je blottis ma tête chagrine\n Au tiède nid de ta poitrine,\n Où l'amour bat de l'aile et rit.\n Et quand ton âme s'est mêlée\n A la mienne en un lent baiser,\n Je sens sur mon front se poser\n Le frisson d'une flamme ailée!\n\n                III\n\n Je suis à tes genoux. La lampe\n T'auréole d'un nimbe ardent.\n Tu souris, un doigt sur la tempe,\n Et je rêve en te regardant.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "34                DURENDAL\n\n\n     Comme, aux pieds d'une    Impératrice,\n     Un page au cœur gonflé d'émoi,\n     Je chante au gré de ton caprice\n     L'humble amour qui fleurit en moi.\n     Et cependant que     t'environne\n     Le tendre éclat de ta beauté,\n     La lampe ceint de sa couronne\n     Ton enfantine    royauté.\n\n                       IV\n\n     Tendrement rapprochés, nos fronts\n     S'inclinent tous deux sur le livre\n     Où le poète aimé fait vivre\n     Le mal divin dont nous    souffrons.\n     Puis, t'asseyant sur mes genoux,\n     Tu me racontes à l'oreille\n     Quelque idylle de dieux, pareille\n     A notre douce idylle à nous...\n     Et l'Amour, grave et radieux,\n     Nous sourit en disant ; « Vous êtes\n     Dignes de parler aux poètes\n     Et d'aimer comme aiment les dieux! »\n\n                     V\n\n     Comme une lune au blond halo,\n     La lampe illumine la chambre;\n     Et ton œil bien, pailleté  d'ambre,\n     Semble un ciel reflété dans l'eau.\n     O douceur de cet humble coin\n     Où notre amour se pelotonne!...\n     Mais parfois, dans la nuit    d'automne,\n     Un train siffle et halète au loin.\n     Et soudain, des rêves d'exils\n     Palpitent dans la chambre    étroite,\n     Et tout l'azur des mers miroite\n     Sous les franges d'or de tes cils!...\n                                             FRANZ A N S E L\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "      Etudes sur le théâtre espagnol\n\n    Un drame de Guevara : \" Reinar despues de morir „\n\n   Le Théâtre Espagnol a, cette année, inauguré la saison avec une pièce de\nl'ancien répertoire : Reinar despues de morir (Régner après la mort), de Luis\nVêlez de Guevara. Cet auteur, qui florissait au début duXVIIesiècle, est plus\nconnu à l'étranger par son Diable boiteux, qui a fourni à Lesage le titre et le\ncadre de son plus joli roman après Gil Blas. Mais il était, en outre, un dra­\nmaturge fécond, puisque Montalvan et Pellicer lui attribuent jusqu'à quatre\ncents pièces. On en connaît au plus quatre-vingts, publiées ou manuscrites,\nce qui est suffisant, car tout n'est pas bon dans ces quatre-vingts. Quoi qu'il\nen soit, le plus célèbre de ses drames est celui qu'on joue en ce moment, dis­\ncrètement retouché et mis au point par M. Villegas. Le titre bizarre dont il\nest orné fait allusion au tableau final, où l'on voit une morte couronnée solen­\nnellement par son royal époux. On devine qu'il s'agit de l'histoire de la mal­\nheureuse Inès de Castro, sujet attendrissant, s'il en fut, et qui, transporté en\nFrance, auXVIIIesiècle, par Lamotte-Houdard, fit verser de si douces larmes\naux belles dames des loges du Théâtre-Français. Mais la médiocre tragédie\nde Lamotte n'avait pour elle que le sujet, et le drame de Guevara reste, en\ndépit de ses défauts, une œuvre poétique et touchante, la plus touchante peut-\nêtre du théâtre espagnol. A vrai dire, ce dernier caractère est surtout celui\nqui doit nous intéresser, car il constitue un phénomène rare dans la littéra­\nture espagnole où, d'après M. Menendez y Pelayo, la note élégiaque et sen­\ntimentale n'existe pour ainsi dire pas. Mais, avant d'examiner les causes qui\nfont de la pièce de Guevara une œuvre à part, il convient d'en exposer briève­\nment le sujet.\n\n                                       I\n\n  Nous sommes auXIVesiècle, en Portugal, à la Cour du roi Alfonso IV, déjà\nvieux et miné par les chagrins. De ces chagrins, le plus poignant est celui\nque lui cause son fils et l'héritier de sa couronne, Don Pedro. Don Pedro est\nmarié secrètement à une dame noble de Castille, Inès de Castro, dont il a\ndeux jeunes enfants, Dionis et Alonso. Le roi ignore cette consécration d'un\namour, dont la violence persistante suffit, d'ailleurs, à lui inspirer les plus\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "    36                                DURENDAL\n)\n\n    vives inquiétudes. Il a, en effet, négocié le mariage de son fils avec une\n    infante de Navarre, Dona Blanca, et celle-ci vient d'arriver à la Cour, où elle\n    est traitée avec tous les honneurs dus à la future épouse du prince-héritier.\n    Seul, Don Pedro évite sa présence. La situation de Dona Blanca est donc des\n    plus fausses, et la jeune princesse, dont le caractère altier nous sera révélé\n    bientôt, s'en rend compte, plus qu'il ne conviendrait, aux atermoiements et à la\n    politique prudente du vieux roi. Il faut en finir, et le roi en personne vient\n    requérir son fils de tenir les engagements pris et de se disculper auprès de\n    l'infante. Le prince ne trouve d'autre raison à donner à celle-ci que son pro­\n    fond amour pour Inès; il va même jusqu'à lui avouer qu'elle est sa femme.\n    Blanche croit à un subterfuge; et, profondément blessée des déclarations et\n    des procédés du prince, elle coupe court et va se plaindre au roi. Le roi,\n    irrité, prend un parti énergique : il ira lui-même, suivi de l'infante, arracher\n    Don Pedro aux bras d'Inès et l'obliger à faire son devoir. Nous voici trans­\n    portés sur les délicieuses rives du Mondego, dans la maison de campagne,\n    aux environs de Coïmbre, où s'abritent nos imprudents amoureux. L'arrivée\n    en Portugal de l'infante de Navarre a porté l'épouvante dans le cœur d'Inès.\n    Dévorée d'inquiétude, agitée de tristes pressentiments, elle ne se reprend à\n    la joie et au désir de vivre que quand son époux est là, l'assurant de son\n    amour éternel. Mais des fanfares éclatent dans le mystère des bosquets\n    fleuris, et le roi fait son entrée, conduisant Dona Blanca par la main. La scène\n    est courte et se termine d'une façon aussi imprévue que désagréable pour\n    l'infante. Ebloui par l'angélique vision de Dona Inès à ses genoux et entourée\n    de ses enfants, Don Alfonso la relève et prodigue inconsidéremment ses\n    caresses aux petits Dionis et Alonso. Rappelé à la réalité par ses deux con­\n    seillers, Alvar Gonzalo et Egas Coello, partisans de l'infante et acharnés à la\n    perte d'Inès, le roi semble se réveiller d'un songe; et, confus, humilié, sans\n    trouver un mot d'excuse, il reprend le chemin de la Cour, suivi de l'infante\n    exaspérée.\n       On peut prévoir ce qui en résulte. L'infante, outragée, se dispose à retour­\n    ner en Navarre, et le roi, cherchant à lui donner au moins une ombre de\n    satisfaction, fait jeter son fils en prison. Dona Blanca, apaisée, suspend tous\n    préparatifs jusqu'à nouvel ordre; mais, sous prétexte d'une chasse, elle s'égare\n    du côté de Mondego, dans le but visible de se rencontrer avec sa rivale et de\n    l'humilier. Inès, traitée par elle avec le dernier mépris, se redresse en invo­\n    quant ses droits d'épouse, qui réduisent à néant les prétentions de Dona\n    Blanca. Le doute n'est plus possible, et, dès lors, la situation tendue à\n    l'extrême, ne comporte qu'une solution, si on tient à retenir l'infante et à ne\n    pas infliger à cette princesse et au roi de Navarre un affront, qui pourrait\n    avoir des conséquences. Cette solution, c'est la mort d'Inès. Le roi, bien que\n    pressé par Gonzalo et par Coello, ne peut s'y résoudre; maison sent bien\n    qu'à partir de ce moment, et, malgré la faible opposition de l'infante à ce\n    meurtre, Inès est irrévocablement condamnée. Et voici la scène capitale. Le\n    roi, de plus en plus tourmenté et affaibli, — peut-être malade, — s'est laissé\n    persuader que la mort d'Inès importait au salut de l'Etat, que le trône était\n    en péril et l'opinion du peuple contre le roi ; et il a signé la sentence fatale.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                  ÉTUDES SUR LE THEATRE ESPAGNOL                               37\n\n\n Seulement, il a voulu la notifier en personne à la malheureuse. Pourquoi?\n  Dans l'histoire, les choses se passent plus simplement, et Inès est morte\n poignardée par Coello et Gonzalo, sans ombre de cérémonial, et pour cause.\n  Mais passons. Le roi semble, en effet, avoir tenté cette démarche pour sauver\n  Inès : « Vous étiez ma parente, lui dit-il ; vous ne pouviez épouser mon fils\n sans une dispense; votre mariage est donc nul. — C'est vrai, répond Inès;\n mais la dispense a été demandée et obtenue avant le mariage. — Alors, c'est\n un malheur pour vous; car, si c'est bien légitimement que vous êtes mariée,\n il ne vous reste plus qu'à vous préparer à la mort. » Et la scène jaillit sur ce\n mot, cruelle, déchirante, entre ce vieillard moribond, qui maintient l'arrêt en\n pleurant, pendant qu'on arrache les enfants à leur mère, et cette mère, cette\n femme, épouse de son fils, qui demande en grâce la vie, non pour elle, mais\n pour son époux, mais pour ses enfants. C'en est trop pour les nerfs du spec­\n tateur, et c'est un véritable soulagement pour lui que de voir Inès sécher tout\n à coup ses larmes, et, forte de son innocence, au moment de paraître devant\n Dieu, assigner son juge au divin tribunal.\n    C'en est fait. Le sacrifice est consommé. Coello et Gonzalo ont accompli\n leur œuvre : Inès est morte. Dans la riante maison des champs, tout est désert,\nmorne et silencieux. Et le prince, libre, revenu aux lieux qu'embellit la pré­\nsence de sa bien-aimée, s'étonne de ce silence, lorsque paraît un grand digni­\ntaire, le connétable accompagné du noble Nuno de Almeida. Tous deux sont\nen grand deuil. Le roi est mort. Le roi? Pauvre père ! Et le prince pleure.\n Mais quoi? cet événement fait du prince un roi, et d'Inès une reine. Enfin!\n Faites venir Inès. Hélas! Et le connétable et Nuno se retirent sans oser lui\napprendre l'autre, la terrible nouvelle. Le prince a oublié son père. C'est\nd'aujourd'hui seulement qu'Inès est à lui, puisqu'il peut le proclamer enfin à\nla face de l'univers. Tout à coup, un chant triste s'élève du dehors et vient\nfrapper le prince en plein cœur : « Où vas-tu, le cavalier? Triste cavalier, où\nvas-tu? Ton épouse adorée est morte. Elle est morte, je l'ai vue... » Paraît\nl'infante, en grand deuil elle aussi. « Cet homme qui chante en pleurant sous\nta fenêtre t'a dit la vérité... Ta belle Inès est morte. » Ciel! dit le Prince. Et\nil tombe évanoui. Quand il revient à lui, la Cour entière est à ses pieds. Mais\nsa pensée ne va qu'à Inès. Inès! morte! qui a osé? Les assasins sont arrêtés.\nBien. Qu'on leur arrache le cœur à tous deux ! On tire un rideau, et Inès appa­\nraît morte et ensanglantée. La couronne! commande le prince. Il place la\ncouronne sur la tête de celle qui a exhalé son dernier souffle. Et maintenant,\nque tout le monde lui baise la main, comme si elle était vivante. Et la toile\ntombe. Tel est ce drame que j'ai analysé dans ses traits principaux, en négli­\ngeant beaucoup de remplissage, de répétitions et de scènes de mauvais\ngoût.\n    On prête à M. Le Bargy, dont la tournée à Madrid en octobre-novembre,\nen compagnie de Mlle Bartet, a coïncidé avec le succès du Reinar despues de\nmorir, l'intention de faire traduire le drame de Guevara tel que l'a refondu\nM. Villegas, et de le jouer lui-même au Théâtre-Français. J'ai peu de foi dans\nle succès de l'entreprise. Certes, M. Villegas a fait de son mieux, — et le\nmieux est ici l'ami du bien, — pour donner de la consistance à une pièce qui,\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "38                                DURENDAL\n\n\n\n à ne considérer que l'action, est décousue et invraisemblable. Il a retranché\n les passages de pure rhétorique, à la Sénèque, dont n'a jamais pu se débar­\n rasser entièrement le théâtre espagnol; et il a supprimé force redites, et des\nscènes faisant double emploi. En revanche, il a très sobrement et très heureu­\nsement développé des scènes capitales, ébauchées ou simplement indiquées\n par l'auteur : ainsi, la scène entre le prince et Egas Coello, chargé de le con­\nduire en prison, et surtout celle où Inès tient tête à l'infante et se perd irré­\nmissiblement en proclamant son hymen secret avec Don Pedro. De plus,\nM. Villegas a eu le scrupule de racheter quelques invraisemblances : On est\npréparé, avec lui, à la mort subite du vieux roi, grâce à une syncope qui le\nprend à un moment décisif. Guevara ne s'était nullement préoccupé de ce\nmenu détail, ni de bien d'autres dont nous ne pouvons plus nous passer\naujourd hui. Tout cela est excellent au point de-vue dramatique. Mais il était\nimpossible à M. Villegas, — sous peine de refaire la pièce en entier, — d'en\nsauver, en premier lieu, la donnée vraiment extraordinaire : Un héritier du\ntrône marié secrètement, et avec dispense du pape, sans que le roi, son père,\nen soit informé et en ait seulement le soupçon; une infante de Navarre,\nenvoyée en Portugal pour y épouser un héritier qu'on n'a pas consulté sur\ncette affaire de quelque intérêt pour lui, qui n'est pas même allé la recevoir\net qui lui témoigne la froideur la plus insultante. Et l'infante continue à rester\nà la Cour. Comment sauver enfin la scène capitale, celle où le roi, suivi de\ntoute sa cour, et bannières déployées, vient notifier solennellement à Inès,\ninnocente, et qu'aucun tribunal n'a entendue, un arrêt barbare, dicté par la\nseule raison d'Etat, et en vertu duquel il faut qu'elle meure, et meure immé­\ndiatement aux mains de deux grands seigneurs portugais, érigés en bourreaux\npour la circonstance? Et comment, en dépit du pathétique de la scène, faire\nadmettre ce tissu d'horreurs et d'invraisemblances par un public parisien ?\nPourtant, M. Villegas n'a pas jugé à propos de refaire la pièce. Et la pièce,\nétayée plutôt que rétablie sur de solides bases, a obtenu à Madrid un suc­\ncès grandiose. C'est qu'un public espagnol diffère essentiellement d'un public\nfrançais, et que, pour les lettrés plus exigents (M. Villegas est de ceux-là), le\ndrame de Guevara a un mérite supérieur qui l'absout, dans une large mesure,\nd'être une pièce assez mal charpentée; il a le mérite de la poésie.\n\n                                       II\n\n  Reinar despues de morir est une œuvre poétique, et cela nous dispense, entre\nautres choses, d'examiner si l'histoire n'est pas trop défigurée dans un drame\nqui roule entièrement sur un sujet historique. Si Guevara avait pu un\nseul moment se poser la question, il aurait été fort au-dessus des écrivains de\nson temps. A cette époque, le principe, quand il s'agit de pays étrangers ou\nde la Grèce et de Rome, consiste à retracer à peu près les faits, sans se pré­\noccuper le moins du monde des mœurs. Encore ceux-là sont-ils interprétés\ncomme pourrait le faire un Espagnol du temps. Ainsi, dans Roma abrasada\n(Rome brûlée), de Lope de Vega, Néron fait tuer sa mère parce qu'elle lui a\nproposé le plus abominable des incestes, ce qui n'était pas pour impressionner\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                  ÉTUDES SUR LE THÉÂTRE ESPAGNOL                               39\n\n\n si fortement le Néron de Suétone. Toutefois, quand il s'agit d'histoire natio­\n nale, je veux bien que le principe varie peu, et qu'on fasse parler et penser\n les, gens du XIIIe siècle par exemple, comme ceux du XVIIe siècle; mais il faut\n compter ici avec un public qui, à défaut de notions historiques précises, con­\n naît fort bien ses légendes nationales, transmises de bouche en bouche ou par\n le moyen des romances, que beaucoup savent par cœur. Les auteurs tiennent\n grand compte de cette science populaire, et cela suffit à donner de la couleur\n à leurs sujets. La mort d'Inès de Castro est de ceux-là, et il importait de bien\n préciser ce, point. En effet, de quelle couleur, et par suite de quelle vie peu­\n vent bien être animés ces personnages moitié historiques, moitié légendaires,\nsinon de la vie spéciale qu'ils empruntent au sentiment national ou de race,\n dont ils deviennent l'incarnation; en un mot de la vie de héros d'épopée?\n Voilà, si je ne me trompe, une première source de poésie où a puisé certai­\nnement notre auteur. De fait, son drame est bien, comme tous les drames\n d'alors, un poème épique, coupé en tableaux au lieu de chants, avec le dia­\nlogue, au lieu du récit (ce qui n'exclut nullement les longs récits ou discours\ndes personnages) ; un poème enfin destiné à être représenté au lieu d'être lu.\n De même, ses personnages sont de complexion simple, comme il sied aux\nhéros d'épopée : ils n'ont guère qu'une note, toujours la même, qui suffit à les\ncaractériser. Et je conviens que cela n'est pas très dramatique, au moins au\npointde vue français, où l'action est tout; mais c'est très espagnol. Il faut, du\nreste, savoir-gré à Guevara d'avoir dégagé sa pièce de nombre de superfluités,\ndont regorge, celle-de son prédécesseur immédiat dans le même sujet, Mexia\nde la Cerda. Mexia, poussé par la logique du genre, accumule les épisodes\nsecondantes et joue même du merveilleux en faisant apparaître à Don Pedro\nl'ombre d'Inès fraîchement assassinée. Un autre prédécesseur, Jéronimo Ber­\nraudez n'hésite pas à mettre sur la scène le spectacle répugnant des assassins\nd'Inès, àqui on arrache le cœur, aussi tranquillement, du reste, que s'il écrivait\nsimplement pour être lu et non joué. Dans Guevara, nous n'avons relevé\nqu'une scène où les nerfs du spectateur sont trop malmenés; et encore les cris\nd'Inès réclamant ses enfants et se traînant aux pieds d'un moribond, inca­\npable d'agir comme de pardonner, sont-ils atténués par la conviction où est\nle public que la mort d'Inès ne termine rien, que le sujet de la pièce n'est pas\nla mort, mais le couronnement d'Inès, morte ou vive, et qu'Inès sera cou­\nronnée, et vengée. Et ne croyez-vous pas avec moi que le sujet d'Inès ainsi\nconçu emprunte à l'épopée un caractère de grandeur et la mâle poésie qui\npermettent de glisser sur les chicanes de métier?\n   Mais si Guevara s'était borné à faire ressortir le côté épique du sujet, son\nœuvre, style à part, ne vaudrait ni plus ni moins que celle de Mexia de la\nCerda. Or, nous avons vu que si, chez,lui, l'épopée se développe au détriment\ndu drame, c'est-à-dire de l'action, l'épopée àson tour est réduite, ou du moins\ndégagée d'épisodes inutiles et de la ressource qui s'offrait si naturellement de\nl'emploi du merveilleux. Ce n'est pas sans raison. Remarquez que l'ombre\nd'Inès venant annoncer elle-même sa mort à Don Pedro et le priant de cou­\nronner solennellement son cadavre, n'est pas, tellement déplacée dans une\npièce où le spectateur, pour être pleinement satisfait, a besoin de l'assurance\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                      DURENDAL\n40\nque cette âme désolée assistera à la réparation du crime dont elle a été victime.\nGuevara a négligé cette machine. C'est qu'il s'est trouvé obligé de faire place\nà un troisième élément, qui avait aussi ses exigences, le lyrisme. Plus qu'un\ndrame, plus qu'un poème, le Reinar despues de morir est une longue et doulou­\nreuse élégie. Et c'est précisément où je voulais en venir. Mais ici encore, il\nfaut faire une distinction. Le lyrisme, non plus que l'épopée, n'était une chose\nnouvelle dans le théâtre espagnol, où le poète s'est toujours réservé le droit\nd'intervenir, en parlant par la bouche de ses personnages, toutes les fois qu'il le\njugeait à propos. Dans Reinar despues de moririly ade ces morceaux lyriques que\n M. Villegas, obligé de compter avec un public contemporain, a écourtés ou sup­\nprimés, comme il avait fait pour les développements de pure rhétorique, les\ndeux choses, d'ailleurs, se confondant assez souvent. Mais il s'agit ici d'une\nautre espèce de lyrisme; lyrisme inconscient, ingénu, qui se dégage de l'œuvre,\nplutôt qu'il n'y apparaît vraiment, trahissant une conception particulière du\nsujet, et dont il faut, je crois, chercher l'origine dans la personne même de\n Guevara. On comprendra toutefois que, sur ce point, j'hésite un peu. Il s'est\ntrouvé des critiques comme Lista pour refuser à Guevara tout talent; de plus,\nles romances populaires, quand ils roulent sur des histoires aussi lamentables\nque celles d'Inès de Castro, ne se bornent pas à être de simples narrations\népiques; un très vif sentiment de pitié pour la victime joint à un inévitable\nretour sur soi-même et sur la triste condition des hommes, hausse parfois le\nton et le verbe des personnages jusqu'au véritable lyrisme (1). Tout cela est\nvrai, et Guevara a pu s'inspirer largement de cette poésie primitive. Mais\nenfin, si le classique Jéronimo Bermudez, grand imitateur de Sénèque, n'a\ntiré d'un pareil sujet qu'une ou plutôt deux tragédies assez froides; si Mexia\nde la Cerda n'y a vu qu'une histoire héroïque dont tout l'intérêt consiste à se\ndemander si Inès triomphera de ses ennemis et sera déclarée reine malgré eux,\nje suis bien obligé de reconnaître que Guevara, lui, y a mis quelque chose\n de 'plus que ses devanciers; et ce quelque chose, c'est... Inès, tout sim­\n plement.\n    Inès n'est-elle qu'une personne très malheureuse, victime de la raison\n d'Etat, qui la brise, et exaltée par une autre raison d'Etat, celle du lendemain,\n qui la couronne morte? Non. Elle est, avant tout, la plus adorée, la plus ido­\n lâtrée des femmes; et comme l'opinion publique prend toujours le parti, — je\n n'ai pas à rechercher pourquoi, — de l'amour contrarié contre ce qui le con­\n trarie, de là à proclamer Inès la plus digne d'être adorée, il n'y a qu'un pas.\n Inès incarnera donc tous les attributs de la femme adorable. Chaste, aimante,\n dévouée jusqu'au sacrifice de sa vie, épouse irréprochable, mère tendre et pas­\n sionnée, elle risquerait de ne vivre que d'une vie abstraite, si elle ne rachetait\n ses perfections par certaines faiblesses qui la rapprochent de nous, inquiétude\n en amour, jalousie ingénieuse, méfiance enfantine, sans oublier l'effroi\n instinctif de la mort, qu'elle affronte pourtant avec courage. Ce sont ces fai-\n\n\n  (1) Je ne parle pas seulement des romances relatifs à Inès de Castro, qui, entre paren­\nthèses, y est appelée Isabelle de Liar ; mais le caractère que je signale est visible dans bien\nd'autres cas, dans celui du comte Alarcos, par exemple.\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                 ÉTUDES SUR LE THEATRE ESPAGNOL                               41\n\n\nblesses adorables, — je répète le mot, — qui chantent dans les vers délicieux\nqu'elle susurre à son amoureux époux, et que je ne traduis pas, de peur d'en\naltérer la grâce. Enfin, elle est malheureuse tout le temps. Son premier mot\nest : « Oui, je suis triste; Pedro ne vient pas. » Un nuage de mélancolie voile\nses traits, d'où le sourire semble désormais banni. Est-ce tout? Je n'ai pas\nparlé de sa beauté. Inès est idéalement belle, et je le regrette pour l'actrice\nqui jouerait ce rôle, et ne serait que médiocrement jolie ; mais il est impossible\nde se méprendre sur les intentions de l'auteur. Et il ne surfit pas de dire\nqu'Inès est belle : sa beauté efface jusqu'aux qualités de l'âme, ou plutôt, on\nn'imagine pas un défaut sous cette enveloppe parfaite. Aussi, voyez avec quel\namour ce chef-d'œuvre de la nature nous est présenté. Toujours dans un cadre\nde fleurs et de verdure, Inès peut littéralement être saisie à chaque instant par\nle peintre ou le sculpteur dans les attitudes les plus favorables : Inès en chas­\nseresse; Inès endormie auprès d'une fontaine; Inès, poétesse inspirée, réci­\ntant des vers composés par elle à la louange de son époux; Inès au balcon,\nInès irritée, tenant tête à l'infante, Inès éplorée aux genoux du roi, Inès\ndebout, Inès assise, Inès enfin morte et couronnée. Et l'hymne à la beauté\ns'élève sur ses pas, rendu douloureux par la pensée que la divinité à qui on\nl'adresse est destinée à périr. Son époux, le premier atteint (naturellement),\nbrûle d'un feu sans cesse avivé par l'image d'Inès qui ne le quitte plus : « Ta\nbeauté, lui dit-il, est indestructiblement gravée en mon cœur. » Les servi­\nteurs semblent avoir pour mot d'ordre de ne jamais parler d'Inès au prince\nsans s'étendre sur sa beauté souveraine, et cela est quelquefois long, mais\ncaractéristique ; donc, pas si oiseux qu'on serait porté à le croire. Le vieux roi\nest vaincu, dès sa première entrevue avec Inès : « Le ciel a-t-il créé une\nbeauté supérieure à celle-ci ? Tout mon être frémit à sa vue. » Même quand\nil vient lui annoncer la mort, il n'est pas maître de son émotion : « Oh !\nfemme! pourquoi es-tu venue en Portugal? » dit-il, en détournant les yeux.\n Même l'infante reconnaît le mérite de celle qu'elle hait : « Sa beauté ne peut\n égaler ma noblesse. » Assurément non'; et l'infante n'a qu'a s'expliquer pour\n gagner la partie dans le jugement des hommes, mais non dans leur cœur.\n Seuls, Egas Coello et Alvar Gonzalo sont implacables : ils le sont trop et en\n deviennent incompréhensibles. Guevara ne prend même pas la peine de les\nexpliquer; ce sont des êtres insensibles à la beauté, par conséquent laids, vils\n et méchants; ils accomplissent leur œuvre de destruction à la façon de la grêle\n et de la peste; cela suffit. M. Villegas, frappé de cette lacune, leur attribue\n un mobile sensé; ils redoutent une guerre impolitique avec la Navarre. Mais\n dans un drame, en général si peu vraisemblable, ce souci de la raison est\n presque superflu; et ce que l'œuvre y gagne en vérité dramatique, elle risque\n de le perdre en poésie. Et cette poésie, commencez-vous à en percevoir la\n saveur païenne, si naturelle chez l'incorrigible sensuel qu'était Guevara?\n L'âme d'Inès, c'est sa parole, et sa parole n'est plus que la musique qui\n charme l'oreille, non d'une autre manière que son visage charme les yeux.\n Enfin, commencez-vous à pénétrer le sens de l'élégie dont je parlais plus\n haut? Est-ce ma faute, si je pense involontairement au sacrifice d'Iphigénie,\n et aux larmes du chœur sur la destruction de l'être incarnant la beauté,\n l'amour et la jeunesse ?\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "42                                 DURENDAL\n\n\n    Car, il faut aller jusqu'au bout, et voir l'effet produit par la mort d'Inès.\n Déjà, ayant elle, le roi est mort de la commotion où l'a jeté une violence\n au-dessus de ses forces. Après la mort d'Inès, c'est l'infante, effrayée et\n repentie, qui prend sur elle d'en informer le prince; et elle se charge de ce\n soin, à titre d'expiation, parce que nul n'ose, désormais, se présenter devant\n le prince. Tous sont plongés dans la stupeur. Elle n'est plus! Qui, elle ? « Hélas!\ndit l'infante, j'ai trouvé la fleur fauchée, le lis sans éclat! J'ai vu s'échapper\nle sang en ruisseaux de corail de la blessure faite à une gorge si blanche,\nqu'elle résumait en elle toute blancheur et toute beauté... » Elle, c'est le chef-\nd'œuvre anéanti, la statue brisée dont les morceaux jonchent le sol; et, du\nmélange harmonieux des lignes où se jouait la vie, tel un rayon échappé\ndu ciel, il ne reste rien qu'un cadavre. Un beau cadavre : « Oh! mon Inès!\ntransformée en statue d'ivoire! » Mais le cadavre, demain, sera poussière..\n Demain! Et le prince, en quelques mots brefs, règle ce que devront être\ndemain les funérailles solennelles de la morte. Aujourd'hui, il couronnera\nInès, qu'on peut considérer comme endormie. Et Don Pedro, saisissant la\nbannière aux armes de Portugal : « C'est autrement qu'Inès aurait été cou­\nronnée si elle eût vécu; mais elle est morte, et je la couronne morte. Que cha­\ncun, ici présent, baise la main de l'ange qui n'est plus. C'est moi qui serai\nson roi d'armes. Silence! silence! Ecoutez ! .Voici Inès couronnée, voici la\nreine malheureuse qui a mérité en Portugal de régner après sa mort ! » Il ne\ns'agit plus ici d'humilier une Cour plus ou moins directement complice du\nmeurtre d'Inès. La douleur du jeune souverain est éprouvée par tout le\nmonde, et cela est tellement dans la logique de la situation, que M. Villegas\nfait participer l'infante au baise-main, allant ainsi plus loin que Guevara lui-\nmême. Et voyez la différence avec le poème épique .: un poème épique, en\ngénéral, finit bien, par le triomphe du héros national ou populaire. Pedro,\ncouronnant Inès dans la mort, parce qu'il a voulu et poursuivi ce but toute\nsa vie, et qu'il ne veut pas en avoir le démenti, voilà l'épopée. Pedro, écrasé\nde douleur, plus fou d'amour que jamais, se refusant à croire ce qu'il a sous\nles yeux, révolté contre la mort et couronnant Inès, malgré la mort, voilà\nl'élégie; et tel est bien le caractère du drame de Guevara. Je crois l'avoir\ndémontré.\n   Et maintenant, je n'étonnerai personne en déclarant que ce caractère n'est\npas tellement évident au premier abord, qu'on ne puisse discuter mes conclu­\nsions. Dans un drame, qui n'est pas classique, malgré les vestiges d'un huma­\nnisme relégué au dernier plan; où l'action ne court pas tellement au but\nqu'une large place à l'épopée ne puisse y être faite; où l'épopée, enfin, est\nécourtée au bénéfice d'un dernier élément, le lyrisme, — j'ai dû étudier la\nqualité de ce lyrisme et j'y ai découvert ou cru découvrir comme un épanche­\nment de la nature intime de Guevara à travers son œuvre. On m'objectera\nque j'avais là une occasion unique de faire connaître cette personnalité, qui\ns'offrait à moi si naturellement. Je ne l'ai pas fait, parce que cette personna­\nlité ne m'a pas paru se détacher avec précision sur le fond'de son époque, ni\ndifférer profondément de celle de plusieurs de ses contemporains (Lope de\nVega, par exemple, ou Guilles de Castro), si ce n'est par un certain goût de\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                  ÉTUDES SUR LE THÉÂTRE ESPAGNOL                                    43\n\n\nla plasticité des formes et des attitudes, dont Guevara n'a pas non plus le\nmonopole. E t cette personnalité, dans le d r a m e qui nous occupe, reste, en fin\nde compte, indécise, parce que, comme je le disais plus haut, elle est incon-\nsciente, ou à p e u près, et agit, p a r conséquent, sans choix, sans discernement,\n(j'exagère à dessein), tranchons le mot, sans art. C'est justement cette absence\nd'art qui autorise u n peu de flottement dans l'appréciation de la pièce, parce\nqu'elle-même flotte entre le d r a m e , l'épopée et l'élégie. Q u e l'élégie, produit\nspontané d'une âme plus ou moins personnelle, mais fortement ébranlée au\ncours du triste récit, d o n n e la note caractéristique et, par suite, cette unité\nd'impression qui, à l'analyse, semble faire défaut, voilà qui n'offre aucun\ndoute p o u r moi. E t voilà ce qui fait du Reinar despues de morir, sinon un chef-\nd'œuvre, u n e œuvre intéressante, poétique et touchante. E t q u a n d cette étude\nn'aurait servi qu'à bien faire ressortir les principaux éléments qu'on retrouve,\nplus ou moins mélangés ou combinés dans le d r a m e espagnol du XVIIe siècle,\nnous n'aurions p a s , pour cela, perdu notre temps.\n\n                                                                    E.   FERMAUD.\n\n\n  Plasencia-Madrid, 27 novembre 1902.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "Le Cimetière an bord de la Mer\n\nDans la brume déjà disparaissait      Marseille.\nVoyageur sans repos, je naviguais      encor\nVers les lointaines mers et vers l'Inde vermeille\nOù l'astre oriental répand ses rayons d'or.\n\nSuprême adieu de France au seuil d'exil, la Corse\nDressa, dans les vapeurs de l'horizon   tremblant,\nLes cimes de ses monts à la rugueuse  écorce,\nDont la base trempait au sable étincelant.\n\nLe vaisseau s'approcha de cette côte altière,\nAssez près pour qu'on pût distinguer sur le bord\nLes croix qui s'élevaient sur un grand    cimetière,\nSemblables à des mâts dépouillés, dans un port.\n\nImmobiles et nus, ces mâts, de leurs bras mornes\nMontrant les mâts voilés, alertes et vivants,\nMurmuraient   : « Beau vaisseau, par l'espace sans bornes\nVogue sous la caresse enivrante des vents.\n\nAccoudez votre rêve au long du bastingage ;\nLaissez errer vos yeux, marins et passagers,\nSur la lame propice au langoureux     tangage.\nEt sur les archipels parfumés   d'orangers.\n\nD'un regard éperdu scrutez la mer immense\nPour savoir, loin d'un monde hypocrite et berneur,\nCe que d'autres climats promettent de clémence,\nEt ce que d'autres lieux renferment de bonheur.\n\nLes planches du navire ailé qui vous emporte\nHeurteront quelque jour aux crêtes des écueils,\nEt leurs débris roulants, matière aveugle et morte,\nSe joindront au hasard pour former vos cercueils.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "        LE CIMETIÈRE AU BORD DE LA MER                        45\n\n\nLes mâts, dont mollement la voilure se bombe\nSous la vergue fléchie au caprice des airs,\nSans toile, sans agrès, marqueront votre tombe,\nRigides et pensifs sur les sables déserts,\n\nIls seront, comme nous, les croix hautes et graves,\nLes mâts des sombres nefs en rade de la mort;\nEt vous, marins errants ainsi que des épaves,\nVous connaîtrez enfin les délices du port.\n\nVoguez; faites claquer au vent vos oriflammes ;\nPoursuivez la fortune et les plaisirs d'un jour;\nQuand vos corps seront las, ils laisseront vos âmes\nSe reposer au sein de l'éternel Amour. »\n\n                                          MAURICE OLIVAINT.\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                        Chronique d'Art\n\n   Un nouveau Chemin de la Croix. — M. E. Wante,. l'artiste\nanversois, dont Durendal signalait les débuts voici trois ans, vient de terminer\nla première station d'un Chemin de la Croix pour l'église Saint-Joseph, de\nBruxelles. Cette peinture, d'une belle dimension (5m80 de largeur sur 3 mètres\nde hauteur), est traitée dans le style de la décoration monumentale. La fuite\ndes plans, indiquée par la perspective des lignes, est volontairement atténuée\npar l'absence de relief dans la couleur. La surface peinte ne troue ni ne sur­\ncharge fâcheusement les parois du monument, comme il arrive lorsque le\npeintre se préoccupe plus de faire un tableau que de décorer un mur. D'ail­\nleurs, les tons sont maintenus dans une gamme sobre, claire et harmonieuse,\nqui rappelle la tonalité mate de la fresque. Dans ces conditions, les quatorze\nstations, déroulant une frise continue au-dessous des verrières des nefs laté­\nrales, constitueront un ensemble de grande et belle allure.\n   Les stations du Chemin de la Croix fournissent à l'artiste moderne le sujet\ndu drame le plus élevé et le plus impressionnant que l'art puisse traiter. Ce\nsujet est presque neuf. Les artistes du moyen âge et de la Renaissance n'en\nont représenté que des épisodes. Depuis que s'est généralisée la pieuse pra­\ntique qui consiste à suivre en pensée la voie douloureuse, du prétoire de\nPilate à la grotte de l'ensevelissement, les quatorze stations font partie obligée\ndu mobilier des églises. Bas-reliefs plus ou moins polychromes ou vagues\npeintures, ces stations n'ont, le plus souvent, que des rapports lointains avec\nl'art. En quelques rares églises seulement, la piété et le goût esthétique\nreçoivent une égale satisfaction. Il convient de signaler, en toute première\nligne, les stations de M. Hendrickx, à Notre-Dame, d'Anvers, et à Saint-\nJoseph, en la même ville. Le peintre s'y est conformé au style des primi­\ntifs. On constate que M. Hendrickx sortait de l'école du baron Leys. Mais,\nsi le maître évoquait le moyen âge pittoresque, l'élève, chrétien fervent, rap­\npelait davantage les mystiques. Toutefois, l'œuvre de M. Hendrickx n'est\npas seulement un pastiche habile. Sa forme est celle des primitifs flamands,\nil est vrai, mais il est sincère comme eux, et surtout il croit et il prie comme\neux. Artiste au point de vue technique, c'est-à-dire rompu aux difficultés de la\nligne et de la couleur, il l'est encore bien davantage au sens élevé, par l'émo­\ntion communicative qui se dégage de ses toiles et par la conviction profonde\nqui les inspira.\n   M. Wante est d'une école plus moderne. Il renonce à la peinture archaïque\net conventionnelle, pour reconstituer le drame tel que, vraisemblablement,\nil s'est passé, dans le décor, le costume, la psychologie du moment.\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                     Eglise Saint-Joseph, à Bruxelles.\n\n\n\nCHEMIN DE LA CROIX\n\n    (ERNST WANTE)\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": ""}, {"page_pdf": 60, "texte": "                             CHRONIQUE       D'ART                            47'\n\n   Nous sommes devant le prétoire de Pilate, sorte de cour à ciel ouvert,\navec, au- fond, un abside basilicale, où le magistrat, assis sur un siège de\nmarbre, écoute d'un air chagrin les discours arrogants ou insidieux, le débat\nvisiblement incohérent des membres du Sanhédrin. Debout à l'avant-plan,\nJésus, les mains liées, attend la fin du procès, l'inévitable condamnation.\nToute son attitude exprime la douceur résignée de la victime volontaire. La\nnoblesse de ce visage, pâli par une nuit de tortures, est d'un contraste frap­\npant avec l'air morne des soldats romains, consignés pour une besogne qui leur\nrépugne, et surtout avec les physionomies odieuses des pharisiens. Celles-ci,\ncurieusement fouillées, traduisent toutes les mauvaises passions humaines.\nL'orgueil et le mépris, la violence, la haine, la ruse sournoise, la dignité\nfeinte, la lassitude du vice blasé, lèvres closes dédaigneusement, bouches\nconvulsées et hurlantes, regards de fauves, rires cyniques, qui font tressauter\nles panses des pharisiens repus, mines chafouines des docteurs, qui sou­\nlignent de gestes insidieux leurs arguments de politiciens opportunistes, toute\nla psychologie du mal se trouve synthétisée en cette tragique page d'histoire\nancienne,... quelque peu aussi contemporaine.\n   A gauche du prétoire, le palais du proconsul profile, sur le ciel bleu, la\nsilhouette étrange de ses colonnades mi-grecques, mi-assyriennes. Plus loin\ns'étend la place publique couverte d'une foule ameutée, que les soldats ont\npeine-à contenir. Du milieu de cette cohue émerge la croix du supplice, déjà\nprête.\n   Telle est l'ordonnance générale de la première station du Chemin de la\ncroix qu'inaugure M. Wante. Cette œuvre s'impose à l'attention par le mérite\nde la conception, qui est neuve sans être étrange, et par l'art de l'exécution, le\ndessin consciencieux et ferme, la couleur adéquate à la destination du tableau.\n   Je signale d'autant plus cette manifestation d'art sincère, qu'elle n'a rien de\ncommun avec les nouveautés plus ou moins inédites des articles de mode.\n                                                                F.   VERHELST.\n\n  Le Salon des Aquarellistes. — De plus en plus, la tendance\ns'affirme dans cet art léger et fin — le Sourire de la Peinture — à se hausser\njusqu'à l'ampleur et la généralité de la toile et de l'huile.\n   L'aquarelle débuta, je l'imagine, par se contenter d'être ce qu'en littérature\non nomme un «bonheur d'expression ». De nature, elle était délicate, agréa­\nble, capricieuse et impromptue...\n   Arrêtez-vous devant La Touche ou Delaunois, c'est l'ait tout entier sérieux,\ntravaillé, résultant d'un patient effort, ambitieux de tout exprimer. Theo\nHannon ne change guère : il demeure passionné et luxuriant. Louis Titz\nest distingué et habile. Charlet travaille dans le flou et s'y perd trop; il y a\nautre chose que du brouillard dans la nature. Trois aquarelles du maître\nBartlett dont deux Sont naturellement très belles, c'est-à-dire démonstratives\nde cette vision triste et presque tragique de la nature. Composition impressive\nprofonde, où s'affirme une originalité puissante, une simplicité forte...\nAmédée Lynen est exquis et savoureux comme à son habitude. Cette Anti-\nchambre et ces Pauvres sont deux bijoux : dans ce genre net et fin, tout de\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "48                                 DURENDAL\n\n\n distinction et de justesse, il met énormément de talent... C'est d'une couleur et\n d'un dessin parfaits. Les deux Pudhurs, de Constant Meunier, ont le réalisme\n vigoureux que l'on connaît. De L. Simon, des études pour un tableau qui\n arrêtent par la vigueur du dessin et la maîtrise avec laquelle sont campés les\npersonnages. Fr. Van Leemputten demeure un des plus prenants virtuoses de\nl'aquarelle à laquelle il fait rendre si habilement et si diversement toute cette\n fraîcheur, cette légèreté de touche qu'elle comporte. Il me semble que l'art si\n chantant et clair de Stacquet s'est incliné vers une sorte d'austérité; l'artiste\n a changé son papier et aussi sa vision ; moins d'exquisité et plus de force sans\n doute dans ces intérieurs fort intéressants, très étudiés, dans cette marine\nfougeuse, mais non toute absence de sécheresse.\n    Verheyden continue sur le papier la franche robustesse qu'il met à peindre\n ses tableaux. L'envoi de Rink se distingue par la composition, le dessin et la\n couleur.\n    J. Smits reste imperturbablement lui-même. Rien de plus accentué que la\n vision de cet artiste, vision en quelque sorte essentielle de la couleur, d'une\nsomptuosité triste. L'intérieur est d'un relief et d'un mouvement de coloration\n très profonds. J. Smits a l'émotion de la couleur. Les marines de H . - W .\n Mesdag expriment avec une allure superbe la grande mélancolie des flots et\ndes cieux. Les Zélandaises de N. Van der Waay sont délicieuses, trop déli­\ncieuses, trop jolies et fraîches. A. Marcette expose des œuvres d'une largeur et\nd'un sentiment vraiment grandiose; nul mieux que lui, n'exprime le prestige\nde la mer, des cieux et des brouillards; ses éclairages sont des « moments de\nnature » de la poésie la plus fluide en même temps que d'un art prodigieux.\nHoeterick a le « sens de la rue » dont il rend le mouvement avec un pittoresque\net une vigueur surprenantes. Des aquarelles tendres et délicates de Themon\nnous passons à celles de V. Uytterschaut d'une observation si sincère, d'une\npâte, allais-je dire si solide, admirables de justesse, pleines, solides et sûres.\nCassiers enchante... sa vision a quelque chose de clair, d'exact, c'est franc, c'est\ndélicieusement attrappé, c'est éminemment « aquarellesque » puisque « pitto­\nresque » existe. Mme Gilsoul exacerbe peut-être un peu trop son tempérament\nde coloriste qui est puissant sans conteste; on aimerait une légère atténuation,\nune espèce de retenue du pinceau... ce talent très intéressant n'y perdrait rien.\nLuigini... quelque verve grouillante et forte et quelle intensité de couleur!\n    Les aquarelles de G. La Touche constituent des œuvres d'une originalité\nmerveilleuse... Il est, avec Besnard, le peintre le plus habile des éclairages\nfactices et artificiels. Il est l'amant des combinaisons rares, il baigne ses per­\nsonnages dans une atmosphère lumineusement intime où les tons se combi­\nnent étrangement et transfigurent tout de leurs reflets inattendus. C'est d'un\nrendu étonnant, d'un art cherché et difficile. C'est sans doute admirable et\ncertainement encore très froid.\n    F. Khnopff s'immobilise toujours en plein art ésotérique dont il s'est fait\nune maîtrise de valeur rare, immuable et exceptionnelle. Il y a sous le Secret\nun morceau de canal brugeois qui révèle finement et exquisement la possibi­\nlité d'une évasion hors de la Figure énigmatique vers le paysage ou la vieille\nville qui le tenteront quelque jour à fond, espérons-le. A. Delaunois expose\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                    49\n\ncinq aquarelles, dont trois certainement sont parmi les toutes plus belles\nchoses du salon. Exprimera-t-on jamais avec plus de sobre poésie, avec plus\nde réalisme et de profondeur que lui, l'athmosphère et la vie mystiques de\nl'Eglise?... Ces œuvres prennent leur valeur dans cette rencontre peu\ncommune de l'émotion la plus sincère et d'un talent à la fois très munitieux\net très large. La manière de Delaunois s'objective par de la sincérité et une\n« tenue » constante. Tel crépi d'un vieux mur est traité comme un portrait;\net comme un portrait il exprime la Vie, avec ce quelque chose de poignant,\nde poétique et d'ancien dont notre âme s'émeut à les prêter aux choses...\nRegrettons dans un de ces Intérieurs si sobres quelques dissonances rouges\nmalheureuses.\n                                                                     G. B.\n   O n z e K u n s t . — La livraison de décembre clôt dignement la première\nannée de cette splendide revue d'art.\n   M. Thom Prikker y salue, en Henri van Daalhoff,un lyrique du pinceau et un\nrénovateur dans l'Art plastique, dont les tendances nouvelles vers le lyrisme\nméritent l'attention. Des reproductions tirées d'un livre d'images pour enfants\nde van Daalhoff illustrent l'article. Ces images sont poétiques et suggestives.\nElles raviront aussi bien les grands que les petits enfants. M. Max Rooses\ncontinue son étude sur les maîtres flamands. Il traite cette fois de : Bernard\nvan Orley, Dirk Jacobs, Vellaert, Jan Cornelisz, Vermeyen et Pieter Coecke, d'Alost.\nM. Jan Veth nous explique pourquoi il ne continue pas encore l'étude si bien\ncommencée sur le grand peintre Jacob Maris. C'est parce qu'il vient, de paraître\nun livre volumineux de M. Th. de Bock sur cet artiste, livre que M. Veth veut\nlire et contrôler avant de continuer son étude. Une suite bien fournie de nou­\nvelles artistiques ferme cet intéressant numéro.\n                                                                         A. C.\n   Fascicule de janvier 1903. — La belle revue d'art Onze Kunst inaugure sa\ndeuxième année avec une traduction française du texte flamand et elle sera\ndésormais bilingue (1).\n   Le présent numéro comprend deux beaux articles, l'un sur CONSTANTIN\nMEUNIER, l'autre sur RUBENS. Le premier article expose toute la genèse de la\ncarrière du Maître sculpteur. Meunier commença par s'adonner à la sculp­\nture. Mais voyant d'une part cet art enlizé dans l'académisme et d'autre part\nles peintres s'affranchir de la routine, sa nature primesautière lui fit abandon­\nner, un instant, la sculpture pour la peinture. Un voyage au Borinage — il\napprochait alors de la cinquentaine — fut une révélation pour lui. Il y décou­\nvrit son domaine : le monde ouvrier, pour qui son âme s'éprit d'une pitié et\nd'une admiration profondes qui devaient pénétrer tout son art et le faire\naboutir à l'éclosion d'un des plus puissants chefs-d'œuvre de la sculpture\nmoderne : La Glorification du Travail. Sa vraie voie était la sculpture; c'est\ndans cet art qu'il nous a donné ce qu'il a de plus personnel.\n   Meunier a incarné dans son art la beauté spéciale du travail. Il l'a com-\n\n  (1) L'abonnement à l'édition spéciale, avec traduction française, est de 20 francs,\nS'adresser pour les abonnements à M. Buschmann, éditeur, à Anvers,\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "50                                 DURENDAL\n\n\n prise et exprimée avec une simplicité admirable qui fait de son œuvre une\n image puissante et sincère de la vie moderne. C'est l'artiste qui a saisi de la\n façon la plus complète et la plus parfaite, la grandeur de l'ouvrier. Son\n œuvre est avant tout un art de force virile : beauté du corps qui travaille, de\nla volonté qui s'efforce et des muscles qui se raidissent ; orgueil de celui qui\n a conscience de sa puissance; joie hautaine de l'homme opiniâtre qui lutte\navec la nature; calme grandiose et serein, de celui qui connaît sa force et la\nbeauté de sa mission, en même temps que l'utilité sociale de l'œuvre qu'il\naccomplit. Son enthousiasme lui a fait concevoir et réaliser une forme nou­\nvelle de beauté : le mouvement rythmique du corps au travail; la beauté de\nl'homme dont tous les muscles sont tendus, à l'unisson de la volonté, potir\nl'exécution d'une lourde tâche, mais en même temps équilibrés par la régula­\nrité et la justesse du geste, par l'oscillation des hanches et des bras tendus et\nbalancés sur ce rythme qui facilite le travail. Ce qui nous frappe chez\n Meunier, c'est le mouvement vigoureux et sûr, harmonieux, puissant et facile\nà la fois de l'homme au travail.\n   Meunier voit en grand. Il ne fignole pas. L'expression forte de sa pensée lui\nsuffit. Il ne se préoccupe pas trop des détails. Il dresse ses statues d'un bloc :\nelles semblent sortir d'un jet de son esprit et de ses mains sans raffinement\nméticuleux.\n   Il a cherché la grandeur du travail manuel dans l'usine et la mine, dans le\nport, aux champs, la puissante beauté de ceux qui portent sur leurs larges\népaules tout l'édifice social, les créateurs de toutes richesses, les nourriciers de\nl'humanité.\n   Son sentiment même est monumental, de caractère général, directement\nexprimé, mais agrandi par sa simplicité même. Son œuvre incarne, sous une\nforme lyrique, tant de choses qui sommeillaient confusément dans l'âme de ce\ntemps : le désir de recréer toute vie jusqu'à la plus brutale dans la beauté\nd'une synthèse de vie plus large et puis la sympathie pour les déshérités.\n   Tel est le résumé du bel article de M. Vermeylen, qui sera poursuivi au\nprochain fascicule. Il est rehaussé par des reproductions magnifiques.\n   L'initiation à l'art de Rubens, de JAN VETH, est aussi une étude d'art remar­\nquable et digne d'être lue. Les notes de l'auteur sur le mode à la fois très\nfantaisiste et très personnel de Rubens de comprendre et d'exprimer l'idéal\nreligieux, sur la fougue géniale qu'il déploya dans l'art profane et sur la\nvie qu'il savait donner à ses paysages où l'on voit pour ainsi dire croître les\narbres, couler les ruisseaux, frissonner les blés et fuir les nuages, sont d'un\ncritique intelligent et averti. Cet article est accompagné de la reproduction\nde l'Adoration des mages (musée d'Anvers) et de Lâchasse d'Atalante et Méléagre\n(musée de Bruxelles), de Rubens.\n   Vient ensuite un intéressant article sur l'art industriel hollandais, de W. Vogel­\nsang, avec de nombreuses illustrations.\n   Le numéro se termine par des chroniques d'art de Belgique, de Hollande,\nde France et d'Allemagne.\n   Onze Kunst, on le voit, inaugure splendidement sa deuxième année. Nous\nsouhaitons à cette revue magnifique tout le succès qu'elle mérite.\n                                                                            H . M.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                        Givre\n\n                     A mon excellent ami l'Abbé F . VERHELST,\n                       respectueusement.\n\nBise aigre, clair soleil, fleurs de givre aux   carreaux...\nLes corbeaux ont grand? faim, car leurs cris gutturaux\nDéchirent l'air sonore; et, sur toutes les branches,\nCette nuit, ont poussé, translucides et blanches,\nDes frondaisons de glace aux merveilleux reflets.\nToujours joyeux, de-ci de-là, les roitelets\nExplorent en chantant ces beautés singulières;\nEt les mésanges vont se blottir dans les lierres,\nOù rêvent leurs yeux noirs parmi des diamants,\nPendant que les moineaux, pratiques et gourmands,\nAssiègent la volière au défaut d'une maille\nEt, pillards sans vergogne, y font grasse ripaille.\nVis-à-vis de ces gueux, les poulets goguenards\nEtalent un gésier rebondi. Les canards,\nPour se garder un coin d'eau libre, sous les aulnes,\nLa battent à qui mieux avec leurs pattes jaunes, -\nOu traînent par les champs leur boileux défilé...\nLes buissons, l'herbe, tout semble en verre filé :\nLes toiles d'araignée, où flotte un peu de brume,\nScintillent comme autant détoiles de cristal;\nAu bout du moindre brin se balance une plume,\nEt, sur le pâle azur du ciel occidental,\nLes bois nus, hérissant leur blancheur diaphane,\nDécoupent des profils d arbres en filigrane.\nSeul, ce que bâtit l'homme a gardé son aspect\nTerne et grossier, que rend encore plus abject\nLe contraste de cette éclatante féerie :\nLe plus svelte entrelacs d'une ferronnerie\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "52                         DURENDAL\n\n\n     Contourne gauchement sa noire opacité\n     Près de rameaux dardant leur éclair argenté.\n     Le chaume du bon Dieu pare mieux les bicoques,\n     Car la neige qui fond s'y gèle en pendeloques\n     Où le soleil se joue et glisse un arc-en-ciel.\n     Ni bijou, ni d'ailleurs rien d'artificiel\n     N'a grâce comparable à telle humble ciguë :\n     Sur l'ombelle changée en pavé de brillants,\n     Chaque style porte, au bout de sa lance aiguë,\n     Une perle de glace aux feux étincelants,\n     Suspendue on ne sait par quel jeu d'équilibre;\n     Une gaine irisée entoure chaque fibre;\n     A la tige floconne un duvet blanc qui luit,\n     Et nul art de verrier n'approche de- celui\n     Qui fila, si légers, si fins, si minuscules,\n     Les frimas ajourés de tous les pédoncules...\n     Et, si nos yeux n'avaient point vu plaine et forêt\n     S'éveiller, un matin d'hiver, ainsi parées,\n     Ces dentelles de rêve et ces lueurs nacrées,\n     Aucun génie humain ne les inventerait !\n                            GASTON DELLA F A I L L E DE L É V E R G H E M .\n     Décembre 1902.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "       Gazette des Faits et des Livres\n\n                                                                    1er janvier 1903.\n\n   Douceur grave et exaltante des longues soirées de décembre où, dans\nl'oubli des positives besognes du jour, on vit de la beauté des livres, en des\nNoëls reposants de la pensée, près d'un âtre clair, loin du vent cinglant et\nde cette glaciale petite pluie, qui refroidit jusque l'âme!...\n   Et cette joie est doublée quand, à l'esthétique de l'œuvre, s'ajoute une frater­\nnelle affection pour l'auteur.\n   Mon ami Georges Virrès, j'ai passé avec vous deux soirées délicieuses à\nTiest; vous m'avez conduit dans l'intérieur des Aubrie; j'ai su par vous la\npetite vie, les petites pensées, les petits désirs, les petites actions de ce trio de\ncélibataires rancis, soudain exhaussés à une vie large et supérieure par le\ndévouement pour un gosse très dans le train, très moderne, et dont le tempéra­\nment en éveil craque dans ce milieu si joliment vieillot et conventionnel.\n   Est-il tapé et amusant, cet enfant en mal de devenir un homme, et sur la\npuberté intellectuelle et morale de qui se penchent, craintifs et dévoués, des\nêtres que leur héroïsme simple sauve du ridicule... Et le ridicule, un ridicule\ndoux et touchant, c'est votre Monsieur Demans, le Roméo caduc de la Juliette\nsur le retour qu'est votre tante Rose, et qui lui aussi est sacrifié aux desti­\nnées du coquin de neveu; il s'en consolera vite, d'ailleurs, en reportant sur\nl'archéologie et les intrigues électorales une tendresse qu'il rêva trop peu\ncérébrale; mais il n'en restera pas moins vrai que quatre destinées humaines\nseront détournées de leur cours, parce qu'un galopin s'aéra l'esprit et le\ncœur en dehors des traditions de Tiest — la petite ville en grisaille, grisaille\ndes choses et grisaille des êtres — dont vous nous avez mené voir les gens.\n   Cette humble petite tragédie — faite du contraste entre une jeune exubé­\nrance et de vieux conservatismes d'amis — ne valait point, au sens de\nM. Georges Rency (2), la peine d'être contée... Cela manque, paraît-il, d'in­\ntrigue, de complications rares et corsées 1\n   Sans doute, les Gens de Tiest n'offrent aucune situation qui eut tenté la\nplume décadente d'un Jean Lorrain; on n'y célèbre ni les rites de Byzance\nni ceux de Lesbos; et les vaporisateurs au vitriol mis à la mode par M. Mau-\n\n\n  (1) GEORGES VIRRÈS, les Gens de Tiest, roman. Vromant, Paris et Bruxelles.\n  (2) A rt moderne.\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "54                                DURENDAL\n\n\nrice de Waleffe, dans les Deux Robes, y sont encore inconnus; fâcheuses\nlacunes peut-être pour des chercheurs d'impressions rares, mais que voulez-\nvous que Georges Virrès y fasse ?\n    Situons, s'il vous plaît, les Gens de Tiest dans l'évolution rationnelle de\nl'œuvre de Virrès : historiographe artistique de sa Campine natale, après en\navoir évoqué les gloires anciennes dans la Glèbe héroïque et avoir analysé, dans\nla Bruyère ardente, la passion fruste et spontanée des paysans au milieu des­\nquels il vit, d'une vie de scrupuleuse et sympathique observation, Virrès fut\ntenté par la psychologie de la petite ville de Campine... Tiest, c'est Tongres,\nc'est Hasselt, c'est Maeseyck, ou plutôt, c'est à la fois toutes ces localités, par\nles traits les plus marquants de chacune d'elles, groupés en un tout, qui est\ncette chose anonyme et, pourtant, précise et caractéristique : la petite ville\ndu Limbourg.\n    Tel ayant été le but de l'écrivain, son livre ne pouvait être que ce qu'il est,\nsous peine de forfaire à la vérité et à la sincérité... Ceux-là qui ont grandi\ndans quelques-unes de ces Tiest où la civilisation, ses scepticismes et ses\nraffinements n'ont point pénétré, ceux-là même qui ont, parfois, promené\n seulement leur curiosité dans ces milieux d'une psychologie, tout proche\n encore de la nature, — et que le progrès imminent compliquera demain, —\n tous ceux-là conviendront que l'aventure contée par Virrès est en harmonisa­\n tion adéquate ave'c l'interprétation que doit donner à la vie et à ses manifes­\n tations multiples la menue humanité qui se meut, d'un mouvement lent,\n défiant et effacé, à l'ombre de la haute tour de Tiest, parmi des rues où croît\n l'herbe, dans des demeures où les vertus de jadis, froides et un peu farou­\n ches, se perpétuent dans le symbole de meubles séculaires.\n    Aux Gens de Tiest, on peut préférer la Bruyère ardente, comme une chose\n plus largement et plus intensement vivante et qui, par conséquent, s'apparie\n mieux au vigoureux talent de Georges Virrès; mais il serait injuste de repro­\n cher à ce laborieux notateur des mœurs de sa terre patriale une ambition qui\n est faite d'amour, de noblesse et de conscience : fixer, à côté de la vie\n impulsivement en dehors des rustres de Campine, l'existence tranquille et en\n sourdine des habitants de la petite ville...\n     Les Gens de Tiest complètent la Bruyère ardente.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   Encore un écrivain national, — M. Léopold Courouble, — que le sno­\nbisme méconnut et raillai Longtemps, de multiples esthètes chevelus et\npouilleux déclarèrent, entre deux bocks, que la Famille Kaekebroeck (1) ne\nrelevait pas de l'art. On revient de cette incompréhension, aujourd'hui que\nM. Courouble a terminé sa trilogie des mœurs bruxelloises — les Rougon-\nMacquart des Marolles ! — et on rend justice à un talent si fortement et si\nsavoureusement patrial...\n\n\n   (1) LÉOPOLD COUROUBLE, les Noces d'or. Bruxelles, Lacomblez.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                    GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                            55\n\n     M. Courouble s'est voué à l'observation de la menue vie des petits bour­\n  geois d'un coin de Bruxelles ; ce coin a gardé — parmi la banalisation recti-\n ligne des quartiers nouveaux — tout son pittoresque de ruelles tortillantes et\n  déhanchées; les existences aussi, sans péripéties rares, y coulent routinière­\n  ment à travers l'éternel cycle des naissances, des\n  mariages et des morts, ponctué de gras repas ; le\n français de l'Académie de France et le français de\n  l'Académie Picard n'ont point franchi le seuil de\n la maison Kaekebroeck : on y parle avec sérénité\n et spontanéité le marollien cher à Bazoef, et les\n meubles modem-style y sont inconnus.\n     C'est à la gloire de ce vieux Bruxelles que\n  M. Courouble a brossé un tryptique d'un coloris\n intense et d'un mouvement fou... Ah! ils ne rêvent\n point, les Kaekebroek, les Van Poppel, les Plat­\n brood ; ils vivent, ils vivent d'une vie surtout parlée\n en des dialogues, où les méandres des caractères se\n développent et se déduisent avec une psychologie\n admirablement logique... Et leur langage, où\n s'étale l'inconscience des idiotismes nationaux,\n leur langage baroque, heurté, plein de saillies,\n de drôleries et d'énormités, leur langage est le               LEOPOLD COUROUBLE\n trait qui souligne leur personnalité, la complète\n et la met en relief: c'est un certificat authentique d'état civil.\n    Reprocher à M. Courouble les barbarismes linguistiques des héros de ses\nlivres est pure bêtise, que peut dédaigner le fin et délicat et attique notateur\ndes croquis congolais 1\n    J'aime, quant à moi, et je goûte absolument l'œuvre de M. Léopold Cou­\nrouble; et si je recherche le motif principal d'une admiration qui est presque\naffectueuse, je la trouve dans le sain optimisme de l'auteur... Dieu merci,\nvoilà donc un réaliste qui ne croit point que la rosserie soit indispensable au\nsuccès de son art; ayant choisi les personnages de ses livres dans l'ambiance\nde sa vie, il les aime familialement, excuse leurs faiblesses, partage leurs souf­\nfrances, communie de leurs joies et est indulgent à leurs ridicules... La bonté,\nune bonté souriante, s'exhale de toutes ces pages... Même donnée en marol­\nlien, ne trouvez-vous pas qu'une leçon de bonté est toujours une bonne\naction?\n\n\n\n\n  On s'est demandé si Jéricho (1) était une bonne action.\n  J'ai toujours estimé que l'antisémitisme est une théorie qui manquait\nessentiellement de justice, parce qu'elle manque d'éclectisme : qui de nous ne\n\n\n (1) EDMOND PICARD, Jéricho, Bruxelles, Lacomblez.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "56                                bÜRENDAL\n\n\nconnaît des juifs qui sont de parfaits honnêtes hommes, bienfaisants et désin­\ntéressés, et qui n'a, d'autre part, rencontré des chrétiens — dûment baptisés\n— qui sont de fins gredins.\n   Le Christ était un juif et Judas aussi; si celui-ci peut être un argument\npour l'antisémitisme, celui-là reste une formidable objection.\n   Laissons cela : Jéricho — thèse à part — est une belle œuvre... Pas une\nœuvre dramatique. Le mouvement manque. Les personnages parlent trop et\nagissent trop peu. Dans ce drame, on ne vit que par tirades. Et la tirade est\nmortelle au théâtre.\n   Jéricho est une satire, une satire dialoguée, des Châtiments coupés par tran­\nches — avec des essais de répliques et de contre-parties.\n   Il y a là du Juvenal, du Hugo et du Veuillot — surtout du Picard, et du\nmeilleur. Jamais cet extraordinaire esprit, aux énergies toujours renouvelées,\nne déploya peut-être plus de vibrante fougue intellectuelle dans le dévelop­\npement de l'idée — et dans l'expression, une puissance verbale plus nerveuse,\nplus sonore et plus imagée.\n   Jéricho est une erreur de la pensée servie par la maîtrise du style.\n\n                                        *\n\n   Chaque année, une pieuse et admirable fidélité érige au souvenir de Barbey\nd'Aurevilly, le monument d'une œuvre nouvelle. Cette fois, c'est la réunion\nen un volume — le Roman contemporain (1) — des études jusqu'ici éparses du\ngrand écrivain sur les principaux romanciers contemporains.\n   D'entre les pages de ce livre, le Connétable des lettres françaises se lève en\nson même grand air de justicier intransigeant, frappant fort et tranchant net,\nayant des amours aussi absolues que ses haines.\n   Bien des appréciations émises dans ce volume et qui, au moment où elles\nfurent écrites, parurent paradoxales et provoquèrent des tumultes ou des\nrailleries, apparaissent aujourd'hui comme d'extraordinaires et lucides divi­\nnations d'avenir : Barbey prouva magnifiquement que le naturalisme portait\nen lui-même le germe de sa mort et prédit, dés 1873, la débâcle finale de\nM. Zola. Et, chose plus frappante, analysant en 1884 — et avec quelle péné­\ntrante sagacité — A Rebours, de Huysmans, le critique des Œuvres et des hommes\nannonçait la conversion future de l'écrivain d'En Route.\n   A côté de la critique de principes que pratiquait Barbey et qui avait grande\nallure jusque dans ses injustices, que paraissent donc lamentables et médiocres\nles papotages rageurs et les commérages vénimeux de M. Max Nordau (2)\nautour de la littérature française contemporaine.\n   Ce lourd docteur allemand, au cerveau enfumé de kantisme, a de l'acquis,\nde l'érudition et de la lecture ; mais le sens du génie français moderne, de ses\ndélicatesses, de ses nuances et de ses demi-teintes, lui fait entièrement\n\n\n  (1) J. BARBEY D'AUREVILLY, Le Roman contemporain, Paris, Lemerre.\n  (2) MAX NORDAU, VUS du dehors, Paris, Alcan.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                              57\n\n\ndéfaut... Que voulez-vous répondre à un homme qui écrit que l'art des Gon-\ncourt n'est qu'une niaiserie qui fait de l'embarras, qui traite Verlaine de radoteur,\nqui considère comme une farce enfantine le mouvement contemporain en art et\nen poésie, et qui, chez Guy de Maupassant, ne s'intéresse qu'à l'aliénation\nmentale où sombra ce grand talent... J'en passe et de plus stupéfiantes.\n   M. Max Nordau proclame dans le titre de son livre qu'il n'a vu les maîtres\nfrançais que « du dehors ».\n   Vus du dehors?... Je ne sais ; en tout cas, il n'a pas dépassé la loge du con­\ncierge.\n\n                                                      FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                          LES LIVRES\n\n\n L a C o r b e i l l e d ' O c t o b r e , par VALÈRE GILLE (Bruxelles, H . Lamertin).\n   L'influence de Fernand Séverin éclate manifestement dans cette œuvre\nnouvelle du poète de la Cithare et du Collier d'Opales. Et il faut bien dire que\nce duo d'amour, où la voix blessée de l'Amant alterne avec la voix consola­\ntrice et berceuse de l'Amante, n'atteint pas à la tendre et simple et majes­\ntueuse beauté des Poèmes ingénus. M. Valère Gille est plus habile à peindre\nles scènes de la nature qu'à raconter son propre cœur : son talent, fait de\ngrâce rieuse et de jolie fraîcheur, se plie mal à l'expression des drames inté­\nrieurs et des sentiments demi-teintés. Il lui sied davantage d'ouvrir les yeux\nau monde des apparences et aux fantasmagories changeantes des couleurs et\ndes lumières : il voit mieux au dehors qu'en lui-même. Sa Corbeille d'Octobre,\nsans doute, est pleine jusqu'au bord de nobles et fières pensées : mais elles\nne nous charment pas autant qu'elles le devraient, parce qu'elles apparaissent\ntrop souvent mal habillées, ou tout au moins vêtues de robes désuètes, et\nparées de joyaux vieillis. Je n'étonnerai personne, parmi ceux qui connaissent\nl'œuvre déjà considérable de cet excellent poète, en disant que les pièces où\nun coin de nature sert de fond aux confidences d'amour, sont les meilleures\ndu livre. On y retrouve le peintre délicat et puissant, lumineux et discret, qui\nnous a donné tant d'exquis tableautins et d'incomparables aquarelles.\n                                                                              F . A.\n\nL e s M è r e s S o c i a l e s , par CAMILLE MAUCLAIR (Paris, Paul Ollendorf).\n   On ne peut lire les romans qu'a écrits M. Camille Mauclair et les études\nqu'il publie un peu partout sans s'intéresser d'estime ou d'amitié, selon\nl'humeur, à cet esprit probe et chercheur, hardi et cultivé, dont le pessimisme\nhardi se double d'un optimisme incontestablement noble. M. Camille\nMauclair est une âme réfléchie et ardente, généreuse et méprisante, avertie et\nutopique par parties égales, tout ensemble socialiste et individualiste. Il est\nun « type » intellectuel parmi les lettres françaises d'à présent des plus atta­\nchant. M. C. Mauclair est un « intellectuel » intelligent.\n   Les mères sociales sont les mères d'une Société où l'ambition, l'égoïsme, le\nmanque de croyance, la logique ennemie du cœur ont tout envahi; les mères\nsociales s'écrient : « le légitime, l'admis, le convenable, c'est ma religion sur\nterre! », elles ont \" la croyance à leur droit de mainmise sur la conscience\ndes êtres coagulés dans leur chair par la volonté de l'infini \", elles sont celles\n« qui élèvent des êtres pour les fonctions, l'intérêt ou l'appât du mariage\nriche, jamais pour eux-mêmes ». Ces traits que je découpe dans le livre nous\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                  LES LIVRES                                  59\n\npermettent de les juger avec une immédiate certitude : elles sont odieuses dans\nla mesure où ces sentiments s'affirment chez elles, comme le calcul d'un\négoïsme qui se prolonge, ridicules ou mieux imbéciles pour autant qu'ils ne\nsont qu'une forme aveugle, mais encore généreuse, de l'amour maternel.\nMadame Aurélie Becquey prend rang dans\" la première catégorie. L'auteur\nla caractérise avec une maîtrise et un soin merveilleux... Cette femme est\nexécrable à plaisir. A côté d'elle, il y a sa fille Henriette, enfant naturelle et\nnonobstant franche, claire, consciente et noble. Elle contracte, si l'on peut\ndire, une union libre avec Germain Bussère. Germain s'affirme la réplique\nmorale d'Henriette. Le moyen que cette union ne soit pas franche, claire,\nconsciente et noble !\n   Camille Mauclair paraît avoir raison « en fait ».\n   En droit, je veux dire à la lumière des principes, base de notre actuelle\nsociété, il demeure avoir tort. Il n'est nullement établi, n'est-ce pas? que\nl'union libre a un tel pouvoir régénérateur ni, Dieu merci, que la généralité\ndes mères soient « sociales » à ce point.\n   Nous abandonnerons donc le côté thèse du roman pour ne retenir de lui\nque l'effort intelligent et artiste pour établir, en un style nerveux, en un style\nparfois un peu tendu, des types nets, originaux, haïssables ou sympathiques,\nd'âmes modernes, comprises et décrites par un des talents modernes les plus\nprobes el les plus intelligents qui soient.\n                                                                         G. B.\nO p p o r t u n i t é , par Mgr SPALDING, évêque de Péora, aux Etats-Unis,\n   traduit de l'anglais par l'abbé KLEIN. — (Paris, Lethielleux.)\n   En moins de dix-huit mois, ce livre est arrivé à sa quatrième édition et son\nsuccès ne semble pas près de décroître : rien de plus actuel, de plus heureu­\nsement pensé, de plus élevant et de plus pratique à la fois que les pensées\nfortes qu'il contient! En une série de discours, qui n'ont rien de l'ordon­\nnance classique, mais dont l'enchaînement naturel des idées fournit le plan\ntrès libre et forme l'unité d'ensemble, Mgr Spalding aborde avec une par­\nfaite sûreté de coup d'œil, une connaissance très exacte du siècle, une foi\nsereine en Dieu et en l'homme, les grands problèmes qui sont le fonds de\nnotre existence et qui touchent à l'influence du catholicisme dans le monde,\nà l'heure présente. La vie et sa grandeur, son sens vrai, les « opportunités »\nde mieux-vivre et de nous élever, l'éducation, l'enseignement supérieur et\nl'action de la religion sur les esprits, la formation du clergé, tels sont les\nprincipaux sujets que tour à tour l'évêque américain éclaire d'une lumière\npénétrante et chaude. Du même coup, sans efforts, il nous décide à l'action.\nCar tout chez lui y pousse : Opportunité n'est pas seulement un livre rempli\nde fortes pensées et empreint d'une sérénité qui console et élève, c'est un\nlivre de vie.\n                                                                    V. M.\n\nO o k v e r z e n , par OM. K. D E LAEY. — (Chez V. Delille, à Maldeghem.)\n  Ce petit, tout petit volume de poésies — il ne contient qu'une soixantaine\nde pages — est un des plus joyeux qu'on puisse lire. C'est la première œuvre\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "60                               DURENDAL\n\n\n d'un jeune poète flamand, M. l'avocat Om. K. De Laey, naguère encore\nétudiant à Louvain. Il témoigne d'une maîtrise de la langue qu'on est heureux\nde rencontrer chez un jeune poète, d'une originalité de bon aloi, bien person­\nnelle, originalité qui se manifeste principalement par un humour désopilant.\nJe vous défie d'interrompre la \"lecture de cette suite de piécettes joyeuses\net fines, commencée en un bon moment, alors qu'on se sent gai et dispos,\nou bien lorsqu'on veut chercher dans les choses de l'esprit une diversion\nreposante aux tracas journaliers de la vie. Les vers de M. De Laey sont\npleins de verve, de vérités exprimées dans une forme inattendue et neuve,\nd'un esprit latin qu'on trouve rarement chez un poète du Nord. A la fin du\npetit volume se trouvent quelques Vacancerimen op z'n westvlams (1), qui dénotent\nchez le poète une vision exacte de peintre, une sincérité de vrai artiste, un\ncœur capable de sentir autre chose encore que le côté comique des choses,\nles qualités de vrai poète enfin, qui nous promettent pour plus tard de la\npoésie digne du pays de G. Gezelle.\n   Voici, pour vous donner une idée du genre de M. De Laey, deux de\nses piécettes :\n                  Et multo nebulae circum dea fudit amictu.\n                                                                  VIRG. E N .\n\n   Je rêvai — car ce n'était qu'un rêve — que je couchais à Troie, cette nuit,\net que je voyais à côté de moi une nuée lumineuse.\n   Quand j'eus bien considéré cette épaisse nuée, je remarquai qu'un vieux\nrentier troyen s'y tenait caché.\n   Et le gaillard — que je reconnus immédiatement — le gaillard n'était autre\nque : Virgilii Maronis Eneas !\n   Saisi d'un respect profond, je voulus crier : O infelix pater ! ô! — mais il\nhurla : « Taisez-vous donc, je voyage incognito. »\n                           Légende de Charlemagne.\n   Le soir, s'il faut croire une légende allemande, le grand Charlemagne\nvient et se promène, au clair de lune, le long des bords du Rhin...\n   Cependant, nous avons attendu en vain, à Rüdesheim, jusque minuit, et\npleins de patience, son impériale arrivée. Entre-temps nous dégustions une\nbouteille d'excellent Berg-Auslese, un vin qui, je crois, ne serait pas dédaigné\nen Flandre. Et je comprends, qu'après une dégustation prolongée de ce vin,\nles dégustateurs peuvent voir très aisément, à la fin, entre autres choses, le\ngrand Charlemagne.\n   Quarante pages du recueil sont dans ce ton et font sur le lecteur l'impres­\nsion la plus joyeuse. N'est-il pas vrai que nous avons assez, oui, trop de\npoètes pleurnicheurs aujourd'hui? Pour moi, je suis ravi d'en trouver enfin\nun qui me force à rire...\n                                                                      A. C.\n\n\n  (1) Rimes de vacances à la West-Flamande.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                             NOTULES\n\n\n   Nos Abon n é s d e l ' é t r a n g e r seraient bien aimables, s'il voulaient\navoir l'extrême obligeance de nous envoyer le montant de leur abonnement,\nen adressant un mandat postal de douze francs à la Rédaction, rue du\nGrand-Cerf, 22, à Bruxelles. Nous les remercions d'avance.\n\n\n\n   L e v i e u x p e i n t r e L a n d e l l e , à qui l'on doit un portrait célèbre\nd'Alfred de Musset et qui fut lié avec Gérard de Nerval, a communiqué à\nM. Adolphe Brisson, l'épitaphe que le pauvre Gérard s'était composée, peu\navant sa fin lamentable, au cours d'un voyage en Angleterre. Ce sonnet ne\nfigure pas dans ses œuvres. Le voici :\n\n                Il a vécu, tantôt gai comme un sansonnet,\n                 Tour à tour amoureux,    insoucieux et tendre,\n                Tantôt sombre et rêveur, comme un triste      Clitandre;\n                Un jour, il entendit qu'à sa porte on sonnait :\n                C'était la mort. Alors, il la pria     d'attendre\n                Qu'il eût posé le point à son dernier      sonnet\n                Et puis, sans s'émouvoir,   il s'en alla s'étendre\n                Au fond du coffre froid où son corps          frissonnait.\n                Il était paresseux,   à ce que dit  l'histoire;\n                Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire ;\n                Il voulut tout savoir, mais il n'a rien connu...\n                Et, quand vint le moment où, las de cette vie,\n                Un soir d'hiver, enfin, l'âme lui fut ravie,\n                Il s'en alla, disant : « Pourquoi suis-je venu ? »\n\n\n\n\n   L'exécution de « Franciscus », de M. Edgar Tinel,\n« a eu lieu, le I e r décembre, à Milan, dans la grande salle Perosi,sous la direc­\ntion de l'auteur. C'était la première fois que la belle œuvre du maître de\nMalines était exécutée en Italie et c'est par les soins de la Société chorale\ninternationale, de la Société du Quartetto et de la Société de la salle Perosi\nque cette audition avait été organisée.\n   » De même que partout où elle a été donnée, en Belgique, en Allemagne,\nen Angleterre, aux Etats-Unis, l'œuvre de M. Tinel a produit à Milan une\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "62                                  DURENDAL\n\n\ntrès vive et profonde impression. L'exécution a été merveilleuse d'entrain et\nde précision : orchestre incomparable de souplesse, de puissance et de\ngrâce, chœurs bien stylés, solistes parfaits ; public enthousiaste. A plusieurs\nreprises, l'exécution a été interrompue par de frénétiques applaudissements,\net le concert s'est terminé par une manifestation grandiose et touchante à\nl'adresse du maître belge. Le Secolo, la Misore Alla, l'Osservatore Catolico, la\nLega Lombarda, la Gazetta Musicale rendent à son talent l'hommage le plus\nchaleureux. La Gazetta Musicale raconte la visite de l'auteur de San Francesco\nà la tombe de Verdi et à la « Maison de repos pour les musiciens », due à la\ngénérosité posthume de l'auteur d'Aïda.\n   » Trois exécutions consécutives du Franciscus ont encore eu lieu à la salle\nPerosi, les 3, 5 et 6 décembre, devant un public sensiblement différent de\ncelui de la première soirée, et le succès est allé crescendo. Avant son départ\npour la Belgique, M. Edgar Tinel a été nommé membre d'honneur de la\nSociété chorale internationale et il en a reçu le diplôme, qui est, dit-on, une\npièce de toute beauté, exécutée par un des plus célèbres peintres de l'Italie. »\n[Guide musical).\n                                        * *\n\n    M . J o s e p h R y e l a n d t , l'auteur de l'Idylle mystique qui fut exécutée\nl'hiver dernier aux Concerts populaires, a terminé la partition d'un drame\nmusical en trois actes et quatre tableaux, Sainte Cécile, dont le texte, dû à\nM. Charles Martens, retrace un épisode émouvant des persécutions romaines\ncontre les chrétiens à la fin du IIe siècle.\n\n\n\n   L'Association des Chanteurs de Saint-Boniface a inter­\nprété, le jeudi 25 décembre, à la messe de Noël, à l'église de Saint-Boniface :\nl'Introït : Puer natus est nobis, en plain-chant grégorien, la messe à 4 voix\nd'homme, avec accompagnement d'orgue, de Jos. Rheinberger. — Au gra­\nduale : le chant de l'Adeste fidèles. — A l'offertoire : Laetabundus, séquence. —\nA la sortie : Allegro, pour orgue, de C.-M. Widor.\n    Au salut de 4 heures : Allegro maestoso, de la sonate en ré min., pour orgne,\nd'Alph. Mailly. — Domine Deus, à 7 voix, sans accompagnement, de J.-G.\nStehle. — Le Cantilène et le Christmas-Musette, pour orgue, d'Alph. Mailly;\nl'Ave Maria, à 5 voix, sans accompagnement, de Viotta ; Haec est dies, chœur\navec orgue, d'Aug. De Boeck.\n                                        ***\n\n    L e Q u a t u o r VOCal b r u x e l l o i s « est arrivé à une fusion très artis­\ntique des éléments physiques du chant et des volontés expressives. Les\nquatre excellents artistes, Mme Fichefet, Mlle Fanny Collet et MM. Piton et\nFichefet, qui le composent ont obtenu un vif succès à la salle Le Roy, dans\nl'interprétation des œuvres anciennes du XVIe siècle. Les membres de l'A\ncapella bruxellois possèdent de bien précieuses qualités et la perfection\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                     NOTULES                                        63\n\nqu'ils atteignent est remarquable; les voix s'harmonisent avec une science\nparfaite et un sentiment exquis, et nous avons pu goûter le charme et\nl'émotion dont ces petites pièces sont empreintes dans leur saveur archaïque.\n   » Nous avons encore pu apprécier le talent de ces artistes dans les œuvres\nplus modernes : Chant élégiaque de Beethoven et Poèmes d'amour de Brahms\navec accompagnement de piano.\n   » M. E. Jacobs prêtait son concours à la séance. Il a exécuté des pièces\nanciennes et modernes avec un sentiment profond et ému. » (Guide musical).\n\n                                         ***\n\n   S o i r é e m u s i c a l e c h e z M l l e P . D e S m e t . — « Le sélect audi­\ntoire, réuni aux lundis musicaux deMlleP. De Smet, a vivement applaudi,\ndans une sonate de Beethoven pour violoncelle et piano, Mlle Hoeberechts,\nla distinguée pianiste, et M. E. Jacobs, professeur a» Conservatoire. L'inter­\nprétation de cette œuvre ainsi que des Fantaisie-Stuck de Schumann par ces\ndeux artistes, a été un véritable régal artistique.\n   Inutile d'insister sur les remarquables qualités de Mlle Hoeberechts, qui\ns'est fait encore chaleureusement applaudir dans des pièces pour piano de\nSchumann, qu'elle joue avec un sentiment exquis et une réelle compréhension.\n   M. Jacobs a magistralement enlevé le Moment musical de Schubert et l'Aria\nde Bach.\n   Mme F . Larcier et M lle Renson prêtaient leur talentueux concours à cette\npetite soirée intime.\n   La charmante cantatrice Mme Larcier, déjà fort connue, a chanté d'une voix\nfraîche et jeune, des œuvres de Hahn, C. Frank et Massenet; elle possède\ndes qualités vocales précieuses, un vif sentiment de la nuance; sa diction est\nexcellente; aussi les applaudissements ne lui ont pas été ménagés.\n   Sa sœur, la jeune Mlle Renson, fait honneur à son professeur, J. Risler.\n   C'est une harpiste au jeu délicat et raffiné, dont la virtuosité a pu se faire\nvaloir dans la Sérénade de Pierné et la Valse chromatique de Godard. » (Guide\n musical.)\n                                         »* *\n\n   C h a n t e r e l l e e t C h a n t e r i e ! — Jusqu'à ce jour, le quatuor d'archets\net le quatuor vocal n'avaient jamais été réunis. Ils le seront désormais dans\nles dix séances que le « Quatuor de la Chanterie » (Mmes Marie Mockel,\nGeorges Marty, MM. Victor Debay et Jan Reder) et le Quatuor Parent\n(MM. A. Parent, Loiseau, Vieux et Baretti) donneront à la salle AEolian,\n32, avenue de l'Opéra, à Paris, du 15 janvier au 29 mai 1903, à neuf heures\ndu soir.\n   Les œuvres les plus diverses et les plus rarement entendues y seront inter­\nprêtées, depuis Rolland de Lassus, Vivaldi, S. Bach, Haendel, Mauduit,\nClaude le jeune, Stradella, Monteverde, Provenzale jusqu'à Mozart, Beet­\nhoven, Schumann, Brahms, — sans parler des pages les plus remarquables\nde l'école française contemporaine.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": " 64                               DURENDAL\n\n\n   La première séance aura lieu le jeudi 15 janvier 1903. Les autres séances\nse suivront ainsi : Vendredi 3o janvier. 13 et 27 février, 13 et 27 mars,\n17 avril, 1 er , 15 et 29 mai.\n\n\n\n   Il vient de se constituer à Bruges, par l'initiative du baron\nH. Kervyn de Lettenhove, une Société des « amis du musée », dont le but\nest d'obtenir la création d'un musée, digne des trésors que possède la vieille\ncité.\n   Tout le monde sait que nos inappréciables Van Eyck et G. David sont\nremisés dans une salle humide et mal éclairé, où il sent la moisissure et où\nl'incendie les menace. Les étrangers ne vont même pas les voir et cependant\nces tableaux ont une valeur au moins égale à ceux des Memlinc, de l'hôpital,\nconnus du monde entier. Tout le monde applaudira à l'idée excellente du\nbaron Kervyn, organisateur en chef de l'exposition des primitifs, dont ceci\nsera un digne corollaire.\n                                                                     J. R.\n\n                                       »**\n\n      L'Union des amis de l'Art belge, qui compte déjà trois cents\n  membres, distribuera prochainement la première eau-forte de ses primes\n. annuelles. M. Alfred Delaunois, dont le grand talent est connu, a été désigné\n  par le sort pour fournir cette première gravure. L'artiste intitule sa planche :\n  Le Capucin. Mme la comtesse de Flandre, qui s'intéresse vivement au déve­\n  loppement de l'Union, a promis gracieusement une de ses eaux-fortes comme\n  prime d'une des années suivantes. Après la distribution des primes, l'Union\n  des amis de l'Art belge procédera au tirage des œuvres d'art à répartir parmi ses\n  membres. On accepte les adhésions jusqu'au jour du tirage au siège social,\n  rue de Comines, 34.\n                                         ***\n\n  E u g è n e G i l b e r t a publié sous le titre : M. Paul Bourget et sa dernière\nœuvre, une étude très intéressante, remarquable et consciencieuse sur L'Etape.\nNous en recommandons vivement la lecture à tous.\n\n                                       ***\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n : PAUL BOURGET : Œuvres complètes. Romans:\nUne Idylle tragique. — La duchesse bleue (Paris, Plon). — A. GIDE : L'im­\nmoraliste (Paris, Mercure de France). — R. STRIVAY : Les sources sereines\n(Seraing, Lecomte). — FONSNY et VANDOREN : Anthologie des poêles lyriques\nfrançais (Verviers, Hermann). — L. DEPONT : Pèlerinages (Paris, Lemerre).\n— D. MEREIKOWSKY : Tolstoï et Dostoïewsky (Paris, Perrin). — E. PICARD :\nFatigue de vivre (Bruxelles, Lacomblez). — G. D'ARSCHOT : Sourires\nperdus (idem).\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": ""}, {"page_pdf": 79, "texte": "MANUFACTURE DE BRONZES DART ET D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\n             ALPH.           VAN A E R S C H O D T\n                                     INGÉNIEUR   CIVIL\n      1 4 4 , Boulevard du Nord, 1 4 4 -                      BRUXELLES\n                                       ^»<«lw<^r^__                 T É L É P H O N E 1636\n\n      Fonderies et Ateliers : 2 8 8 , A V E N U E V A N V O L X E M , 2 8 8\n                  (Bruxelles-Midi)                       TÉLÉPHONE 3124\n\n\n     ENTREPRISE GÉNÉRALE D'ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE\nBOL.IPITÉ                              ÉLÉGANCE                         ÉCONOMIE\n\n                      CHAISES SUÉDOISES BREVETEES\n\n    i^vpf         suédoises brevetées, polies, en noyer, en citronnier,\n    |^J|\\         en acajOU et en vert. Elles sont les plus Solides, les\nI       \\ \\ \\     plus durables et les moins chères. SUPERBE CHOIX.\n'        1                           S'ADRESSER       A.TJ\n\nCOMPTOIR CENTRAL D'IMPORTATION DES PRODUITS DU NORD\n        Avenue Fonsny, 38, BRUXELLES\nDIPLOME D'HONNEUR ET MÉDAILLES D'OR AUX EXPOSITIONS INTERNATIONALES\n\n\n\n\n                                       Case à louer\n\n\n\n\n    Imprimerie Scientifique Char-\n    les B U L E N S , Editeur, rue\n    Terre-Neuve, 75, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1903-01", "signet_source": "Dixième année - N°1 - Janvier 1903", "preuve": "Couverture conservée (PDF 12) : « Janvier 1903 - 10me Année - N° 1 ». La Gazette est datée du 1er janvier 1903 ; Givre daté de décembre 1902 ; Notules : séances de Chanterelle et Chanterie à partir du 15 janvier 1903 ; Onze Kunst « fascicule de janvier 1903 ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}