{"numero_id": "ulb-durendal-1903-livraison05", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-001", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 261, "titre_corps": "Le Destin du Poète", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Lauzon", "ancre_debut": "Le Destin du Poète A FERNAND SÉVERIN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 308, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1278, "texte": "Le Destin du Poète\n\n                                          A FERNAND SÉVERIN.\n\n\n                          I\n\n\n             Irreparabile Tempus\nAu loin la mer sereine élève sa rumeur.\nRegarde. C'est le soir; l'heure est austère et tendre ;\nLe soleil s'est éteint dans les flots et sa cendre\nJette des feux rougis dans la clarté qui meurt.\n\nDevant tes yeux, la grève harmonieuse   ondule\nComme la ligne ambrée et pure d'un beau corps;\nEt tandis que la nuit sème aux horizons  morts\nSon ombre qui grandit au sein du crépuscule,\n\nEcoute le bruit lourd et solennel que font\nLes vagues aux flancs creux qui déferlent   ensemble,\nEt debout sur la plage immobile, qui semble\nLa barrière ou le temps brise son flot profond.\n\nSonge à tes jours passés; du fond de ta mémoire,\nDébordant ton cœur triste et ton esprit amer,\nIls accourront, prompts et fuyants, comme la mer\nOù l'onde poursuit l'onde et se cambre et se moire,\n\nEcume, accourt, grandit et heurte du poitrail\nLe rivage où s'abat le galop de la houle,\nQui renaît et revient, et se dresse et s'écroule,\nPour refaire sans fin son éternel     travail.\n\nEt tu compareras à leur course insensée\nL'inutile labeur de tes jours révolus,\nEt ton cœur taciturne où tu ne verras plus\nQue l'inquiet tourment qu'y laissa la pensée.\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1796, "texte": "258                          DURENDAL\n\n\n       Mais la mer éternelle et qui roule en ses plis\n       L'obscur tressaillement des formes ébauchées\n       N'a pas atteint encor les fins qu'elle a cherchées,\n       Et ne s'arrête pas aux travaux      accomplis;\n\n       A travers l'étendue immense et la durée,\n       Son chaos créateur s'essaie et se reprend,\n       Sans savoir son destin, ni le terme plus grand\n       Où le Seigneur conduit sa force mesurée.\n\n       Toi, qui savais le but promis à tes efforts,\n       Tu voulus asservir aux splendeurs de l'Idée\n       L'écheveau successif des strophes dévidées\n       Pour donner sa beauté multiple aux livres morts.\n\n      Mais la vie, indocile au joug étroit des formes,\n      A fui ton vain poème et tes labeurs    ingrats...\n      Ton cœur qui les a faits ne les reconnaît pas.\n      Aujourd'hui,   si ton âme, avant que tu ne dormes\n\n      Le sommeil sans pensée où l'on ne souffre plus,\n      Regrette encor le Rêve et l'Idée immortelle,\n      L'heure à venir viendra, sans rapporter en elle\n      Le pouvoir de revivre un seul des jours vécus.\n\n      La nuit qui meurt espère une aube qui renaisse;\n      Le passé mort saisit le présent épié,\n      Et nul n'a renoué la sandale à son pied\n      Pour reprendre la route où marcha sa jeunesse.\n\n      Et puisque l'heure est grave et que le vol du      temps,\n      Qui ramène la nuit sur la mer infinie,\n      Avec l'ombre des jours dissipa ton génie\n      Pleure ton œuvre vaine et la fuite des ans.\n\n\n\n\n                                II\n\n\n                           Le Désir\n      Tu voulus maîtriser le verbe et les pensers;\n      Mais ce fut vain : l'essor radieux de l'idée\n      Se cabre sous le frein des mots qui l'ont bridée\n      Et ton œuvre est rebelle à tes efforts lassés.\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "              LE DESTIN DU POÈTE                       259\n\n\nDélaisse le travail des hantises grandioses ;\nLes effets sont voilés du mystère des causes,\nUn éternel pourquoi sommeille au cœur des choses,\nLa douleur est au fond des désirs épuisés.\nQu'un autre, enfant crédule au leurre de la gloire,\nTrop faible pour souffrir et se taire, ait crié\nSa détresse et son âme, et qu'un sombre laurier\nAit alourdi son front de la couronne noire,\nQue t'importe? Vis seul, sache ton âme et sois\nCourbé sous le fardeau du destin, comme plie\nLe rameau que ses fruits accablent de leur poids.\nSi le siècle rieur et dédaigneux    t'oublie\nParce qu'un rire amer n'aiguise point ta voix,\nO fils trop douloureux d'une race vieillie.\nEnferme ta douleur dans l'ombre de ta vie\nComme sous un manteau qui la cache en ses plis;\nEcoute, dans la paix des voix     intérieures\nAu sablier du temps le sable lent des heures\nSe hâter vers le jour des labeurs     accomplis.\n\nCar l'instant viendra vite où la mort    attendue,\nPleine de la douceur clémente qui t'est due,\nFermera d'un doigt fort tes lèvres et tes yeux,\nPour qu'ayant regardé ton rêve soucieux\nAu miroir de ton âme, où son ombre s'éclaire\nEt s'agite et grandit et vit dans la lumière\nQue jette autour des morts la blancheur du linceul,\nTu puisses, dans ton être intérieur, toi seul\nEn garder plus longtemps l'image qui s'efface :\nLa mémoire de l'homme est une treille lasse\nQui laisse peu à peu tomber sur le sol clair\nSes fruits mûrs que l'automne abandonne à l'hiver.\n\n\n\n\n                        III\n\n\n              Les Jours heureux\nL'avenir qui sera ce que fut le passé\nLe suit dans le chemin que ses pas ont tracé\nMais il n'amène pas dans son cours monotone\nLe même été deux fois, deux fois le même    automne;\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "260                         DURENDAL\n\n\n      Et sans qu'au vol égal des jours rien ait changé\n      Ils viennent et s'en vont; chacun est étranger\n      A l'avenir qu'il fuit, au passé qui l'accueille ;\n      Le fruit se souvient-il de la fleur, et la feuille\n      Du bourgeon verdissant d'où son limbe est issu?\n\n      A l'écheveau du temps, ce sont des dieux, vois-tu,\n      Qui déroulent ta vie et la fuite de l'heure;\n      Mais ainsi qu'une épouse, assise en sa demeure\n      A filer dans le soir tombant, unit parfois\n      Et mêle sans le voir sous l'ombre de ses doigts\n      Au lin brun du rouet un autre lin plus tendre\n      Qu'elle laisse glisser dans son fil et s'étendre,\n      Ainsi le fil de tes ans, fatal, incertain\n      Et régulier qui court dans les doigts du destin\n      Unit souvent aux jours sombres qui se dévident\n      Le lin plus clair d'un jour fortuné, mais rapide...\n\n      Savoure sa douceur, comme dans le verger\n      On goûte aux soins d'automne un beau fruit passager\n      Dont le jus a mûri sous l'écorce qu'il dore\n      Et s'aigrirait d'attendre un autre soir encore;\n      Et songeant que pour toi s'épuise l'écheveau\n      D'où l'avenir accourt vers le présent nouveau\n      Tandis que tu descends vers le séjour des ombres\n      Accablé par le temps qui fait tes ans plus lourds,\n      Bénis les dieux qui, dans la trame de tes jours,\n      Mêlent des fils plus clairs au réseau des fils sombres.\n\n\n\n\n                                IV\n\n\n                            Conseil\n      Ne dis plus : « J'ai fini l'œuvre que fut ma vie ;\n      Que m'importe quel jour meilleur l'aura suivie\n      Si mon heure fut triste et mon cœur        soucieux.\n      L'âme dans le regard fait la beauté des yeux\n      La joie est la splendeur radieuse de l'heure;\n      Que me font, si je vis sans joie   intérieure,\n      L'ombre vaine des jours glissant sur ma demeure\n      Et la joie inconnue et la beauté des yeux? »\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "               LE DESTIN DU POÈTE                            261\n\n\n— Tu t'irrites du temps régulier qui t'apporte\nLe funeste présent du sort impérieux ;\nSais-tu quel étranger peut frapper à ta porte\nComme un hôte espéré que tu n'attendais      pas?\nSais-tu, jeune homme encor, quel vieillard tu seras\nSi ton printemps conduit tes jours à leur automne?\nLe sort, peut-être, a mis dans les ans qu'il te donne\nUn avenir heureux que ton cœur oublira\nTant le bonheur est prompt et trouve l'homme       ingrat.\nChacun est à son gré l'artisan de sa vie.\nTon passé pouvait-il n'être pas ce qu'il fut\nSi ton cœur attristé qui se voulait déçu\nN'y voit que la douleur que cherchait ton envie?\n\n                                            MAURICE LAUZON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-002", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 262, "page_fin": 271, "titre_corps": "Sur quelques Peintres de Sienne : V. Benvenuto di Giovanni", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "Sur quelques Peintres de Sienne (Suite) V. Benvenuto di Giovanni", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 313, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "Sur quelques Peintres de Sienne\n                                    (Suite)\n\n\n\n\n                      V. Benvenuto di Giovanni(I)\n\n\n\n               J'AI souvent eu recours à l'Art chrétien, de Rio.\n                  Il faut ne le consulter qu'avec discernement et\n                  prudence, car l'ouvrage est ancien déjà et les\n                 travaux des fureteurs d'archives et des critiques\n                 modernes l'ont fréquemment contredit ou com­\n                 plété. Il conserve, néanmoins, le grand mérite\n                 de l'enthousiasme et de la conviction, et fut un\n                  des premiers à réhabiliter d'intéressants artistes\ninjustement dédaignés. Il alla vers eux, il les glorifia, parce\nqu'ils étaient religieux; sa sensibilité esthétique ne fut qu'une\nforme de son ardeur à propager sa foi. Point de départ qui\n\n\n   (1) BENVENUTO DI GIOVANNI DEL GUASTA OU GUASTO, 1436-1518 (?).\n\n   Œ U V R E S . — Sienne. — MUSÉE, salle X : n° 37, Ascension, signé et daté :\n Opus. Denvenuti. Johannis. Pictoris. de. Senis. M CCCC.LXXXX.I.; n° 38, Prédelle\n du précédent; n° 39, Grande décoration d'autel : Madone et des saints, signé et\n daté : Opus Benvemiti Johannis de Senis. M.CCCC.LXX.V. — ARCHIVES, couver­\ntures de registres : Paix et guerre (1468); Liberté trônant (1474); Quatre ordres,\nréunis dans le dôme, recevant les clefs (1483). — PALAIS PALMIERI-NUTI : Quatre\nsaints. — CATHÉDRALE, pavement : Sibylle de Tibur (1483); L'expulsion d'Hérode\n(1484) (?); Le Sacrifice de Sephté (?) ; coupole, fresques (attribution douteuse).—\nEGLISE SAINT-DOMINIQUE, transept gauche, deuxième chapelle : Madone et saints\n(1483); Pieta, duns la lunette. — RICOVERO (Campansi), premier étage : Nolime\ntangere. — CONFRATERNITÉ DE LA MADONE-SOUS-L'HÔPITAL : Sainte Catherine et le\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "                       SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                                                263\n\n\ndevait mener à des confusions étranges ; il est trop évident\nqu'il ne suffit pas d'être pieux pour avoir du génie. Les écri­\nvains catholiques eux-mêmes, notamment M. l'abbé Broussole,\nont déjà réagi contre ce parti-pris fâcheux; s'il fallait encore en\nmontrer l'absurdité, je citerais de Rio le passage qu'il consacre\nà Benvenuto di Giovanni.\n   « L'Ecole siennoise, écrit-il, compte, à lafindu XVe siècle et\nau commencement duXVIe,quelques peintres restés stérilement\nfidèles à ces traditions et qu'on peut regarder comme les conti­\nnuateurs, à la vérité très médiocres, de la manière de Matteo di\nGiovanni. Leur médiocrité ne s'explique que trop bien par la\npart qu'ils prirent aux événements contemporains, et le plus\nconnu d'entre eux, Benvenuto di Giovanni, poussa cette partici­\n\n\npape Grégoire ( 1 5 0 1 ) . — ABBAYE S A I N T - E U G È N E (Monistero), chapelle, fresques\ndu mur d e gauche : Crucifixion; de droite : Résurrection. — ANCIENNE ÉGLISE\nSAINT-SÉBASTIEN IN VALLE PIATTA, aujourd'hui H ô p i t a l , sacristie : Madone avec\nsaint Jacques et saint Jérôme. — E G L I S E SAINT-JEAN (Baptistère), fresques :\nChrist à la colonne; Christ portant la croix; Anges (attribution douteuse, omise\np a r B e r e n s o n ) . — E G L I S E DE F O N T E G I U S T A : Assomption ( 1 5 1 5 ) . — H Ô P I T A L :\nP e i n t u r e s sur la civière (d'après B o d e ; attribution omise p a r Berenson).\nEscalier conduisant à la c h a m b r e mortuaire, fresque : Sainte Catherine stigma-\ntisée (attribution douteuse, omise p a r Berenson). — COMPAGNIE DE S A I N T E -\nCATHERINE-DE-LA-NUIT, sacristie : Christ mort; Résurrection (attribution dou­\nteuse,    omise     par Berenson).           —     ANCIEN       COUVENT         SAINTE-MARGUERITE,\naujourd'hui Institut d e s Sourds-Muets, réfectoire : Trois histoires du Christ,\nd a n s des lunettes (attribution d o u t e u s e , omise p a r Berenson).\n  V o t t e r r a . — PALAIS DES P R I E U R S : Annonciation, signée et datée : Opus\nBenvenuti Johannis de Senis. M.CCCC.LX.VI. — CATHÉDRALE : Nativité, avec\nprédelle c o n t e n a n t Quatre épisodes de la vie de la Vierge, signé et daté : Opus\nBenvenuti Johannis de Senis. M.CCCC.LX. VI.\n  A s c i a n o . — E G L I S E SAINT-SÉBASTIEN : Assomption, fresque.\n  M o n t e p u l c i a n o . — GALERIE COMMUNALE : Nativité (attribution douteuse,\nomise p a r Berenson).\n . P e r u g i a . — PINACOTHÈQUE, salle I V : n° 2 1 , Pieta (attribution douteuse,\nproposée p a r B e r e n s o n ) .\n  R o m e . — G A L E R I E CORSINI : Crucifiement (d'après B e r e n s o n ) . — VATICAN,\nmusée chrétien : case O , X I V , Franciscain subissant l'épreuve du feu; X V , Duel\net réconciliation ( i d. ).\n  F l o r e n c e . — COLLECTION BARDINI : Nativité; Saint Benoît. — COLLECTION\nDU MARQUIS P I O STROZZI : Scènes de la Passion, p o l y p t y q u e (id.).\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": " 264                                  DURENDAL\n\n\n pation jusqu'à se rendre instigateur et même instrument des\nfureurs démocratiques. Capitaine de compagnie en 1480, date\ndes premiers troubles qui ensanglantèrent les rues de Sienne,\nil devint, à plusieurs reprises, membre du gouvernement popu­\n laire, et il était en fonctions dans cette affreuse journée de 1483\n quand des forcenés, aggravant le meurtre par le sacrilège,\nallèrent, presque au sortir de la communion pascale, précipiter\n des fenêtres du Palais communal les détenus politiques qu'on\nn'osait juger. Sanctionner un pareil acte par son nom et l'absou­\ndre par son silence, était un mérite qui ne pouvait pas rester sans\nrécompense ; aussi la préférence lui fut-elle assurée sur tous ses\nrivaux pour plusieurs travaux qu'il s'agissait d'exécuter dans le\nDôme et pour quelques-uns desquels sa compétence était au\nmoins douteuse; car les miniatures dont il orna les livres de\nchœur ne se distinguent, ni par la suavité, ni par la correction,\net les trente-cinq figures en clair-obscur qu'il peignit dans l'inté­\nrieur de lacoupole sont aussi dépourvues d'élégance que de carac­\ntère. Or, leur date coïncide précisément avec celle de ses pré­\n\n\n   P a r i s . — COLLECTION CHABRIÈRES A R L È S : Madone ( I d . ) .\n   L o n d r e s . — NATIONAL GALLERY : n° 909, Madone avec l'Enfant et des anges,\nentre saint Pierre et saint Nicolas de Bari. — COLLECTION ASBURNHAM : Madone.\n— COLLECTION SALTING : Madone. (Ces deux œuvres signalées p a r Berenson.)\n   Liverpool. — W A L K E R ART GALLERY : n° 20, Prédication de saint Bernardin\n(attribution d o u t e u s e ; Francesco di Giorgio? Pesellino?). L'œuvre, q u e je n'ai\npu voir, figure au catalogue sous le nom de Pesellino et si vraiment elle\ncontient des portraits des Médicis, cela exclurait l'origine siennoise;\nn° 22, Naissance de saint Jean (attribution douteuse). L'œuvre figure au cata­\nlogue sous le n o m de F i l i p p i n o ; elle a aussi été attribuée à l'Angelico.\n   R i c h m o n d . — COLLECTION COOK : Quatre prédelles avec Scènes de la Pas-\nsion; Profil de femme (d'après Berenson).\n  N e w - H a v e n . — COLLECTION JARVES : n° 59, Vierges et deux anges (id.);\nn° 7 1 , Amour retenu par des jeunes filles (plateau) (id.).\n  B u d a - P e s t h . — GALERIE NATIONALE : n° 24, Nativité; n ° 4 2 , Madone (id.).\nCes tableaux provenant de la collection Ipolyi sont catalogués, le premier,\nécole siennoise, le second, manière de Francesco di Giorgio Martini.\n\n  B I B L I O G R A P H I E . — J e ne connais point d'étude consacrée spéciale­\nment à Benvenuto di Giovanni. Dans les Biografie degli artisti senesi, d'ETTORE\nROMAGNOLI, manuscrit d o n n é par l'auteur en 1835 à la Bibliothèque d e\nSienne, voir p o u r Benvenuto, le vol. V, p p . 153 à 184.\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "                 SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                               265\n\n\nmiers exploits démocratiques. C'est aussi celle de son tableau\nde Saint-Dominique, si remarquable par la vulgarité des types\ndans les personnages accessoires ; il y en a un surtout qu'on\ndirait avoir été tracé d'après un des bourreaux qui travaillaient\nsous ses ordres. Mais il y a un autre tableau qui porte encore\nplus visiblement l'empreinte de son imagination patibulaire,\nc'est celui où il a représenté l'Ascension de notre Seigneur avec\nune foule de spectateurs, parmi lesquels il a voulu placer sainte\nCatherine de Sienne. On peut affirmer hardiment que jamais\npeintre d'aucune école ne traita ce sujet d'une façon si repous­\nsante. Cette figure si douce de sainte Catherine devient ici une\nvéritable harengère, et le groupe des apôtres, témoins du\nmiracle, ressemble bien plutôt à une bande de malfaiteurs.\nQuant à la figure du Christ, elle est trop ignoble pour qu'on\ns'arrête à en signaler les défauts... »\n   Cette fureur est plaisante. Je n'ai point à discuter ici le rôle\npolitique qu'a pu jouer Benvenuto. Rio le rapporte avec la pas­\nsion — et, sans doute, l'injustice — que d'autres ont mises à\nreprocher à Danton les massacres de Septembre, et l'on sait à\nquelles controverses infinies peuvent donner lieu les apprécia­\ntions de semblables événements révolutionnaires. On ne voit,\nd'ailleurs, pas bien, même dans les récits de Rio, quels furent\nexactement les crimes de Benvenuto, et à parcourir la liste de\nses œuvres toutes de piété et exécutées, en grande partie, pour\ndes églises et des communautés religieuses, on comprend moins\nencore. Quant à l'appréciation de son talent par ce critique\naveuglé, il suffira au lecteur, pour en percevoir le ridicule mani­\nfeste, de se reporter à l'eau-forte que M. Aug. Danse a bien\nvoulu graver pour illustrer ces modestes notes (1).\n   Non, Benvenuto di Giovanni n'eut point cette imagination\n« patibulaire ». Ses Christs ne sont point ignobles; ses madones\nne sont point repoussantes et ses groupes de saints ne font point\npenser à des bandes de malfaiteurs ou de bourreaux. Il n'est\npoint exact, non plus, de dire qu'il continue médiocrement la\n\n\n  (1) Cette eau-forte paraîtra dans l'édition définitive de ces notes. Elle\nreproduit le volet dextre (saint Michel et sainte Catherine d'Alexandrie) de l'Ancône,\nde l'Académie des Beaux-Arts, dont nous donnons l'ensemble d'après une\nphotographie d'Alinari.\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "266                             DURENDAL\n\n\ntradition de Matteo di Giovanni. C'est plutôt de Vecchietta\n qu'il subit l'influence, et il apparaît comme l'aîné des élèves\n formés par celui-ci. Cecco di Giorgio et Neroccio di Bartolom­\n meo, qui, sans doute, travaillèrent dans le même atelier, avaient,\n l'un trois ans, l'autre neuf ans de moins que Benvenuto. Eux\nfurent à la fois, comme leur maître, adonnés aux diverses formes\n de l'art; Benvenuto fut exclusivement peintre.\n    Il peignit des fresques et des tableaux. Il peignit quelques\ncouvertures de registres de la gabelle (1) et des miniatures pour\nles livres de chœur de la cathédrale. Au dire de Bode, il décora\n même, avec son fils Girolamo, la civière de l'hôpital. Je n'ai pu\nvoir ces peintures, dont l'authenticité n'est pas admise par\n M. Berenson, mais je me plais à rapporter l'épisode, car il\nmontre encore à quel point, dans cette étrange cité de Sienne,\nl'art était intimement mêlé à toutes les activités publiques. Il\naccompagnait les citoyens dans toutes les circonstances de leur\nvie, même dans la maladie et la mort. Quel artiste en renom de\nnos jours ne considérerait, comme une excentricité déplacée, la\nproposition de décorer une civière d'hôpital?\n    Il fit des dessins pour les nielles du pavement de la cathé­\ndrale. Sa Sibylle Albunea ou Tiburtine ne manque pas d'une cer­\ntaine élégance majestueuse. Si l'Expulsion du roi Hérode est de\nlui, ce dont il est permis de douter, on peut lui faire honneur\nd'une curieuse évocation décorative de bataille chevaleresque;\nvilles moyen âgeuses, pêle-mêle de destriers, de seigneurs,\nd'armures, de lances et d'arbalètes...\n    Sa réputation dépassa les murs de sa cité. Les moines de\nl'abbaye de Saint-Eugène (près de Sienne), l'appelèrent pour\npeindre deux grandes fresques dans leur couvent; elles ont\ndepuis été transportées dans la chapelle, devenue propriété par­\nticulière; Asciano lui demanda de décorer l'église Saint-Sébas­\ntien, et Volterra lui fit exécuter divers ouvrages.\n    Dans ceux-là, et dans ceux assez nombreux qu'il laissa dans\nsa patrie, je découvre l'effort extrêmement intéressant d'un\nartiste dont l'imagination et les intentions sont supérieures aux\nfacultés d'exécution. C'est un pauvre peintre, si l'on veut; ses\n\n\n (1) Je suis ici l'autorité de M. Berenson, mais la question reste douteuse.\nMM. Lisini et Heywood n'admettent pas ces attributions.\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   267\n\n\ncolorations sont souvent crues, jaunâtres, saris harmonie; ses\npersonnages sont parfois laids et dénués d'accent personnel;\nil les dessine presque toujours de façon si âpre et si sèche que\nles muscles apparaissent saillants, tendus, comme ceux de gens\nravagés de famine. Cette absence de modelé, ces créatures\ndécharnées donnent l'impression d'une sculpture sur bois,\npénible et primitive.\n   Il est à mille lieues de la rêverie calme, idéalisée, délicate et\nsentimentale de Neroccio. Mais, tandis que celui-ci répète pen­\ndant toute sa vie, en modifiant à peine quelques détails, le\nmême sujet qui suffit à sa ferveur, Benvenuto cherche à varier\nses thèmes, à les vivifier par le mouvement, à y faire pénétrer\nun peu de la complexité infinie de la nature, à atteindre le pit­\ntoresque et le pathétique. Ce sont là des préoccupations nou­\nvelles dans l'école siennoise, qui ignora ces ressources longtemps\naprès que Florence en eut révélé l'importance. Il cherche et\nparfois trouve. Mais son pinceau, insuffisamment habile, n'est\npas toujours à la hauteur de cette bonne volonté. Très souvent,\net notamment dans les figures principales, Benvenuto est encore\nenlisé dans les conventions et est particulièrement faible: Mais;\nsi l'on se défend contre cette impression première, si l'on s'ar­\nrête aux accessoires et l'on scrute le détail, il devient aussitôt\nbien intéressant.\n   Quelle page impressionnante et tourmentée, par exemple,\nque la Crucifixion du Monistero! Un grand crucifix dressé avec\nun Christ barbare, basané, pareil à un écorché; des plaies des\nmains et du flanc tombent des gouttes de sang que des petits\nanges blancs aux ailes rouges, avec des gestes de stupéfaction\ndouloureuse, recueillent dans des calices d'or. Au pied de la\ncroix, de chaque côté assis, la Vierge et saint Jean, accablés, les\nyeux fixés vers la face du supplicié. I1 n'y a pas de beauté\nlà-dedans, mais il y a de la douleur. Toute cette partie est conr\nforme aux traditions de l'école; Benvenuto en a peut-être dimi­\nnué la noblesse et le charme, tandis qu'il en accroissait l'élo­\nquence. Mais regardez les arrière-plans : quel agréable paysage\nspacieux, avec la rivière calme au milieu des rochers, les col­\nlines ondulant à l'horizon, et, à senestre, les murs et les tours\nd'une ville rose. On pourrait presque faire abstraction de la\nscène religieuse, tant la vie anime le pays découvert : les deux\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "268                             DURENDAL\n\n\ncanards blancs s'ébattent sur l'eau; le troupeau roux, que garde\n un berger indolemment accoudé sur l'herbe ; les deux vieillards\n qui passent en devisant sur le chemin et semblent interpeller\n un valet qui s'éloigne avec une échelle, un cavalier qui se hâte\nvers la ville, un laboureur qui excite son cheval, tous ces détails\nattachants indiquent la volonté de substituer la nature au fond\nd'or ou d'azur clouté d'étoiles, par lequel les peintres antérieurs\néludaient la difficulté. Le contraste entre ce paysage indiffé­\nrent, presque joyeux d'être, et la scène tragique qu'il encadre,\nest extraordinaire.\n   De même, dans l'autre fresque, Résurrection, tous les derniers\nplans, sont vivants et pittoresques : un bateau voguant sur la\nrivière; un pêcheur à la ligne assis sur le bord; des hommes mis\ndans une barque, d'autres arrêtés sur un pont, un ânier stimu­\nlant un mulet chargé, un seigneur sur un cheval blanc après\nlequel jappe un petit chien. Enfin, si la figure du Christ, debout\nsur son tombeau ouvert, est presque banale, les trois soldats\nrenversés au premier plan, en un raccourci étonnant, révèlent la\nscience qu'avait Benvenuto des recherches florentines de son\ntemps.\n   J'apprécie aussi dans le tableau de Volterra : la Nativité, d'ana­\nlogues efforts pour concilier la tradition et la vie; voyez, par\nexemple, à senestre, l'amusant jeune chien, et, aux derniers\nplans, les bergers réveillés, près de leur troupeau et de leur\nmarmite en plein vent; voyez encore dans la prédelle de ce\ntableau, les jolies scènes où les costumes bibliques se mêlent\naux modes contemporaines (1).\n   A Asciano, dans l'église de Saint-Sébastien, Benvenuto\npeignit à fresque, sur le mur du fond, l'Assomption, sujet favori\nde l'école siennoise. Il reproduisit, sans la modifier beaucoup,\nl'ordonnance du merveilleux tableau de Vecchietta, à Pienza : la\nVierge toute blanche, mains jointes, s'élevant au milieu d'un\nchœur d'anges, vers un Christ bénissant entouré de patriarches\net d'apôtres. En bas, la tombe ouverte et trois saints age­\nnouillés. L'ensemble est plutôt médiocre, mais on trouvera du\nplaisir à contempler certaines têtes d'anges.\n   Car Benvenuto marque sa personnalité dans sa manière\n\n\n  (1) Cf. la prédelle de la triptyque du Musée de Sienne.\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                  269\n\n\n d'évoquer le mondeséraphique. Son type familier n'est point\n d'adolescence, mais d'enfance. Ses anges sont des fillettes d'une\n dizaine d'années, très blondes, parées et toujours coiffées avec\n un soin méticuleux. Cheveux longs et soyeux flottant sur les\n épaules, cheveux lisses, ramenés sur le front, du jeune gar­\n çonnet, cheveux frisés et bouclés en cascades, avec des cou­\n ronnes de roses, comme les petites filles qu'on voit aux proces­\n sion, blonds comme le lin au milieu de l'éclat des nimbes\n dorés... Ce sont ces blondins que nous retrouverons autour du\n Christ mort et derrière le trône de la Vierge à San Domenico,\net idéalisés encore, près de la madone du triptyque du Musée.\n    Le Christ au tombeau forme la partie supérieure d'une déco­\nration d'autel, dans une chapelle de San Domenico. C'est une\nœuvre notable. Le corps du Seigneur est un beau nu, âpre et sec\ncomme les fait souvent Benvenuto, mais ces défauts sont ici des\nqualités, puisqu'il s'agit d'un cadavre. Il est soutenu hors du\nsépulcre par quatre anges, dont les physionomies reflètent à des\ndegrés divers, l'émotion qu'ils éprouvent.\n   En dessous se trouve l'un des tableaux qui ont si fort indigné\nRio : la Vierge et le Bambino sur un trône de marbres fastueux\net multicolores, derrière elle quatre anges, de chaque côté, un\npetit garçon et une petite fille, d'une gravité délicieuse, portant\ndes lis, et quatre saints. On ne peut imaginer lequel évoqua pour\nRio un bourreau. Ce ne peut être le patriarche, à genoux, côté\nsenestre, qui a l'air fort vénérable; ni le Saint-Sébastien qui se\ntient debout, tout près de lui, nu, le corps cruellement percé de\nflèches; ce ne peut être non plus, le pèlerin à genoux, à dextre,\ndont le visage énergique exprime une si profonde dévotion et\nencore moins le respectable évêque, debout derrière lui, qui fait\npendant au Saint-Sébastien? Quoi qu'il en soit, les angelots sont\nexquis, exquis d'enfance candide, d'attention sérieuse, de fraî­\ncheur parée.\n   Ceux du triptyque sont encore plus beaux. Ce triptyque est\nune œuvre considérable, provenant de l'église Saint-Michel, à\nMontepertuso. Elle date de 1475. C'est la plus importante de\ntoutes. Si elle ne donne peut-être pas une idée rigoureuse de\nson originalité qui a les qualités et les défauts assez accentués\nque j'ai cherché à noter et dont on ne trouve pas trace ici, elle\ndonne de son talent une opinion très favorable et bien opposée\nà celle de Rio.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": " 270                             DURENDAL\n\n\n    Douceur! Candeur! Innocence! Splendeur! La Vierge\n  nimbée d'or est sur un trône de marbre. Son manteau de velours\n bleu pâle doublé de satin blanc, s'ouvre sur une robe de velours\n rouge broché de chardons d'or. De la main droite, fine et frêle,\n elle tient un livre ouvert, et de la gauche, sur son genou assis\n sur un cousin, le Bambino, vêtu d'une petite robe fastueuse,\n enfant grave auréolé levant la droite pour bénir (1). Les mar­\n ches de l'estrade sont cachées par un moelleux tapis vert mousse\n brodé de vermillon. Derrière, six anges : deux tout en haut éle­\n vant, au-dessus de Marie, sa couronne, et quatre près du trône,\n deux en prière et deux musiciens. Oh! les blondins adorables,\n enfance en fête sur fond d'or!\n    Telle est la partie centrale du triptyque. De chaque côté sont\n un saint et une sainte ; à senestre, un Évêque et sainte Lucie ;\n à dextre, saint Michel et sainte Catherine d'Alexandrie.\n L'évêque, vieillard à barbe blanche, est dans tout l'éclat de son\n vêtement sacerdotal ; sainte Lucie, exquise princesse blonde,\n baisse les yeux avec modestie; et l'entoure d'un lourd manteau\n de velours vert foncé, doublé de satin vieux-rose pâle et bordé\n de galons d'or. Sainte Catherine n'est pas moins opulente.\n Blonde aussi, nimbée et couronnée, elle relève, sur sa robe de\nvelours brun mordoré, son pesant manteau cramoisi doublé de\nblanc et bordé d'un galon où s'inscrustent, dans l'or, des\ngemmes. Le Saint-Michel est plus splendide encore. Son\narmure dorée, ciselée, qui s'orne, aux épaules et aux genoux,\nde têtes de chérubins, laisse voir au cou, aux manches, sous la\ncotte de métal, un vêtement de velours vert marais. Il a des\nailes soyeuses et rousses comme les plumes du faisan. Il est\npuéril et gracieux. Il écrase sous ses pieds le dragon noir. Le\ntout sur fond d'or.\n   L'œuvre se complète par une prédelle, avec des scènes de la\nvie de la Vierge, des figures de saints dans les médaillons, les\npilastres et les pinacles de l'encadrement. Elle est d'une tona­\nlité générale chaude, riche et claire. C'est assurément l'une des\nplus belles œuvres du Musée.\n   On s'étonnera, peut-être, de la différence considérable qui\nsépare cette Madone exquise et de couleur superbe, de la fresque\n\n\n (1) Dans la gauche, il a un rouleau où on lit : Ego Sum (Sa) lus mu (udi).\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                  271\n\n\nraide et tragique du Monistero. Je n'ai pu savoir la date de\ncette dernière, mais on peut supposer qu'elle est de la fin de la\ncarrière du maître. Ainsi s'expliquerait la dualité de ses expres­\nsions d'art et les deux œuvres que nous reproduisons indique­\nraient les points extrêmes d'une longue évolution.\n   Benvenuto de Giovanni se maria et eut une postérité assez\nnombreuse. Parmi ses fils, un seul intéresse l'histoire de l'art :\nGIROLAMO (1470-1524) qui fut peintre et aida son père en cer­\ntains travaux. Son œuvre principale est une Madone de la Neige,\nà Saint-Dominique (1508). D'autres sont conservées au Musée\nde Sienne, à l'Institut Staedel, à Francfort, etc.\n\n                                              JULES DESTRÉE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-003", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 272, "page_fin": 275, "titre_corps": "L’Annonciation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont", "ancre_debut": "L'Annonciation Une vierge sema des fleurs à l'orient", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 327, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "L'Annonciation\n\n Une vierge sema des fleurs à     l'orient.\n\nLe monde émerveillé s'éveillait en riant\nDu rire étincelant et frais de la rosée.\nL'herbe, — d'un frôlement de robes caressée\nA l'heure où dans ta clarté vaporeuse, ô nuit,\nLe bal des elfes blancs tourbillonne et s'enfuit, —\nTressaillait au baiser fugitif de la brise.\nDu fond des sous-bois clairs une musique        exquise\nFaite de la chanson limpide des       ruisseaux,\nMêlée aux gais couplets siffles par les oiseaux,\nMontait, s'élargissait et, comme une prière.\nS'élevait jusqu'au ciel d'où glissait la lumière...\nLe vent léger, là-bas, secouait des grelots.\nUn large étang rêveur baignait l'aube en ses flots.\n\nBeau matin! des rayons frappaient à ma fenêtre,\nUn grand apaisement descendait en mon être,\nLa chanson des oiseaux et la clarté des c i e u x\nAnimaient    tour à tour mes sens mystérieux ;\nA la fois caressant et doux comme un poème\nLe rire du printemps jaillissait de moi-même\nEt libre, n'adorant encor que son désir,\nLe meilleur de mon cœur se tendait pour s'offrir.\n\nDeux Anges enlacés, — étaient-ce bien des Anges?\nAu milieu d'un concert de musiques        étranges,\nPlus sveltes que les fleurs qui naissaient sous leurs pas\nSortirent lentement d'un bosquet de lilas.\nLa majesté des lis régnait sur leurs fronts pâles,\nAux bagues de leurs doigts se mouraient des opâles\nEt la pourpre et l'azur de leurs robes de lin\nTraînaient parmi les fleurs écloses du chemin.\nLes yeux de l'un avaient la douceur des prairies\nDe marguerites d'or et de neige fleuries,\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "                   L'ANNONCIATION                           273\n\n\n\nLes yeux de Vautre étaient sombres comme des c i e u x\nD'orage, réfléchis au sein d'un lac     brumeux.\nDe longs voiles drapaient leurs corps aux souples lignes,\nIls marchaient mollement comme glissent les cygnes;\nLeurs doigts frêles, parfois, sur leurs lèvres posés,\nS'en détachaient, légers, pour semer des baisers;\nParfois ils échangeaient de troublantes    paroles\nPlus douces que lés sons des luths et des violes\nOù la terre, attentive an rythme      harmonieux,\nReconnaissait   la voix printanière des dieux.\n\n\nJe les vis cheminer jusqu'à ma porte close;\nAux doigts de chacun d'eux fleurissait une rose...\nIls entrèrent avec le jour. L'un d'eux parla :\n\n\n« Frère aimé, libre encor d'aimer, que ne troubla\nLa volupté d'aucune chair, toi dont la flamme\nBrûle pour elle seule au temple de ton âme,\nVoici qu'entre mes mains je t'apporte      l'Amour.\nDe ton cœur libre et jeune ainsi qu'au premier jour,\nLis candides offrant l'éclat de leurs corolles,\nMonteront les aveux faits de tendres paroles;\nTu connaîtras le trouble indicible de voir\nDéfaillir et renaître et grandir ton espoir\nSelon que les rayons tombés des yeux de femme\nSe retirent ou bien descendent jusqu'à     l'âme.\nEt quand tu sentiras planer et s'abaisser\nVers tes lèvres le vol fugitif d'un baiser\nEt l'être désiré que ton étreinte enlace\nSur ton cœur, lentement, pencher sa tête lasse,\nDans ce rapide instant de bonheur éternel\nTu croiras t'abreuver aux fontaines du ciel!\nAfin que cette joie illumine ta vie,\nPrends la rose de neige ardente     épanouie,\nSans attendre que la flétrisse l'âpre Eté;\nRespire son arome et baise sa beauté! »\n\n\nAinsi parla l'ange adorable et sa main pâle\nAvec grâce tendit vers moi la fleur royale,\nEt ma lèvre effleura les doigts qui me l'offraient.\n— Des violons lointains dans la brise vibraient... —\nChair d'ange! à ton toucher de flamme une nouvelle\nAme s'épanouit, brûlant ma chair      mortelle,\nEt bondissant vers toi se perdit dans tes yeux...\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "274                          DURENDAL\n\n\n      O sphères ! astres clairs qui fleurissez les c i e u x ,\n      Mots divins dont le vol emporte les poèmes,\n      Molles plaintes des flots, vos rythmes sont les mêmes,\n      Car les mondes, les vers, les vagues, tour à tour,\n      Chantèrent dans mon cœur où s'éveillait          l'amour!\n\n\n      Mais l'Ange au lent regard d'automne, aux cheveux      d'ombre,\n      A ma joie étonnée apparut, morne et sombre.\n      Sur la couronne lourde à son front     pâlissant\n      Des rubis enchâssés brillaient en pleurs de sang;\n      Les mots profonds et doux de ses lèvres mi-closes\n      Tombaient languissamment      comme tombent des roses,\n      Si bien que la fleur pourpre avivant ses longs doigts\n      Me paraissait, dans l'aube, éclose de sa voix...\n\n\n      « Enfant que ton aurore éblouissante      enivre,\n      Mon frère t'apporta la volupté de vivre;\n      Le sévère destin veut qu'avec cette fleur,\n      Raillant ton bel espoir, je t'offre la Douleur!\n      Toi qui crois en l'Amour, voici que sur la route\n      Glisse déjà vers toi, comme un spectre, le Doute;\n      Dans son ombre ta foi, toi qui crois en l'Amour,\n      S'éteindra comme le soleil, mais sans retour!\n      Alors tu souffriras d'être seul à comprendre\n      Le secret de ton cœur impérieux et tendre\n      Et tu te cloîtreras au château de l'orgueil.\n      Mais l'austère Douleur viendra frapper au seuil\n      A l'heure où, délaissé d'une force éphémère,\n      Tu pleureras l'Aimée à jamais étrangère ;\n      Elle s'approchera, discrète en ses attraits,\n      Tendant ses bras berceurs pour l'amour toujours prêts,\n      Et tu l'accueilleras sans révolte; ses charmes\n      Te seront doux, puisqu'ils feront couler tes larmes ;\n      Son règne sur ton cœur brisé sera puissant,\n      Puisque tu verseras par elle tout ton sang,\n      Et déçu pour toujours de tes amours finies\n      Tu t'abandonneras entre ses mains bénies. »\n\n\n      Il dit et je sentis doucement  s'abaisser\n      Sa lèvre vers ma lèvre ardente et s'y poser,\n      Et je fus traversé d'une caresse étrange\n      Car au contact divin de ces deux lèvres d'ange,\n      Comme on aspire tout l'Avril dans une fleur,\n      Je goûtai, confondus, l'Amour et la Douleur.\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "                    L'ANNONCIATION                             275\n\n\n\nDans l'air limpide et clair glissent des formes    blanches,\nLa brise aux doigts calins joue à frôler les branches;\nL'Aube rit et triomphe au ciel, des chœurs légers\nJaillissent par instants des bouquets     d'orangers\nLa terre heureuse embaume et s'offre à la lumière,\nToute rumeur est voix et toute voix prière\nEt de mon cœur sonore, ensemble ou tour à tour,\nS'élèvent des sanglots et des aveux    d'amour\nSelon que je respire et sépare ou mélange\nLes fleurs aux frais parfums que m'offrirent les Anges.\n\n                                         CHARLES DE SPRIMONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-004", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 276, "page_fin": 280, "titre_corps": "Zola et Huysmans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "Zola et Huysmans Vérité d'Emile Zola", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "Zola et Huysmans\n\n   Vérité, d'Emile Zola, et l'Oblat, de J.-K. Huysmans, apparurent en même\ntemps aux devantures des librairies.\n   Cette coïncidence, suggestive de rapprochements, met en relief l'opposi­\ntion, au stade dernier de leur art, entre deux hommes qui eurent un identique\npoint de départ.\n   Commensal de Medan, assidu des Soirées, J.-K. Huysmans fut du bataillon\npeu sacré que Zola mena vers les modernes écuries d'Augias, non pour les\nnettoyer, mais pour « y ajouter », selon le mot pittoresque de Barbey. A\nl'œuvre commune, le disciple apporta une contribution qui réjouit et enthou­\nsiasma les instincts de faisandages du maître. Pourtant, lorsque Zola publia\nla Terre, même l'auteur des Sœurs Vatard se boucha le nez, au passage de cette\ncharretée de fumier concentré. La protestation d'alors fut, dans l'amitié des\ndeux écrivains, l'initiale fissure qui s'élargit d'année en année et de livre en\nlivre. Et, aujourd'hui, un abîme — l'abîme entre deux esthétiques radicale­\nment contradictoires — sépare Vérité et l'Oblat.\n   La carrière d'Emile Zola — quand on la juge à présent dans son ensemble\n— apparaît comme l'une des plus impérieusement logiques que compte l'his­\ntoire littéraire ; sans jamais une déviation ou une éclaircie, les principes de\nfatalisme pessimiste qui inspirèrent les premiers essais du chef du naturalisme\nprésidèrent à toutes ses œuvres; et ce puissant égoutier ne déchaussa pas une\nheure les lourdes et pesantes bottes desquelles il piétinait, avec une farouche\ncomplaisance, la pourriture contemporaine. De ce monument gigantesque,\nconstruit en défi à toute vertu humaine et à tout idéal divin, Vérité est le digne\net adéquat couronnement.\n   J'ai quelqu'embarras à résumer ce livre, dont le sujet touche à un événe­\nment qui n'a rien de commun avec l'art : l'affaire Dreyfus. Pour prévenir\ntoute équivoque, je tiens à dire tout de suite que, faisant à la mémoire de\nZola l'honneur d'admettre qu'il a cru sincèrement à l'innocence de ce capi­\ntaine français, j'aurais trouvé naturel et légitime qu'il essayât de condenser,\nen quelques sobres fresques, cette tragique page d'histoire moderne, dont il\navait vécu personnellement et de près les principales péripéties. Il faut penser\nque ce thème a semblé à Zola un peu banal et usé peut-être ; en tout cas,\na-t-il voulu le corser en entremêlant aux incidents de l'affaire Dreyfus les\nincidents d'un autre événement également notoire : l'affaire Flamidien.\n\n\n  (1) EMILE ZOLA, Vérité (Paris, Charpentier) — J.-K. HUYSMANS, L'Oblat (Paris, Stock).\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "                             ZOLA ET HUYSMANS                                277\n\n     Et voici alors, dans toute sa brutalité, le canevas de Vérité : l'instituteur\n  laïc Simon — derrière le masque duquel se reconnaît trait par trait Dreyfus\n  — est poursuivi et condamné pour un abominable crime moral commis et\n  finalement avoué par le frère de la Doctrine chrétienne Gorgias, sosie trans­\n  parent du frère Flamidien.\n     Les circonstances très précises, les « faits divers » connus de tous, dont\n  l'auteur entoure cette trame sommaire, les personnages secondaires, très\n reconnaissables aussi, qu'il met en scène, ne peuvent laisser aucun doute sur\n l'intention qui a dicté ce pamphlet odieux de 750 pages.\n     Encore que la passion obscurcisse souvent les élémentaires notions d'hon­\n nêteté, j'imagine que toute âme droite doit bondir au spectacle d'une telle\n gredinerie de plume.\n     Et j'excuse presque ceux qui, voyant Zola frappé mystérieusement par la\n mort, au moment où il venait de commettre cette action mauvaise, ont consi­\n déré, comme un châtiment visible de Dieu, la fin de l'écrivain, rendant le\n dernier soupir à même les vomissements d'un caniche.\n     Le châtiment est ailleurs, du reste. Il est dans l'œuvre elle-même, pitoyable\n de forme et lamentable d'idées.\n     Le style de Vérité se traîne lourd, monotone et quelconque, sans origina­\n lité, sans pittoresque, sans envolées; à peine, dans deux tableaux de la Cour\n d'assises, retrouve-t-on un souvenir de la puissance picturale éparse dans\n Germinal et la Debâcle.\n     Et les idées, ah! combien minablement banales. C'est un assemblage,\n lambeau par lambeau, de propos de commis-voyageurs anticléricaux, d'ar­\n ticles de gazettes radicales et de fragments de discours des députés du\n « bloc » français. Tous les Prudhommes de la libre-pensée se sont donnés\n rendez-vous dans ce livre. Ils vaticinent sur « la mortelle erreur catholique ».\nEt, après avoir découvert que « l'Eglise catholique, voilà l'ennemie », ils\nsuggèrent cette tactique extraordinairement neuve : « Avant la question\nsociale, avant la question politique, il y a la question religieuse... Commen­\nçons par abattre l'Eglise, la corruptrice, l'empoisonneuse, l'assassine! »... Et,\njoignant le geste à la parole, Prudhomme, maître d'école, décroche solennel­\nlement le crucifix pendu au mur de la classe, « affirmant par cet acte l'indé­\npendance confessionnelle de l'école laïque ». Et les injures contre l'idée reli­\ngieuse reprennent de plus belle. Par exemple, les dix-neuf siècles de civilisation\nchrétienne ne gênent point Prudhomme, qui proclame, en guise de leçon\nd'histoire, que « la saleté et la vermine se sont mises dans tous les pays où le\ncatholicisme a triomphé; partout il a passé comme un souffle de mort, frap­\npant de stérilité la terre, jetant les hommes à la paresse et à l'imbécillité\nmornes, car il est la négation même de la vie, il tue les nations modernes,\nainsi qu'un poison lent et sûr ».\n    Est-ce assez niais, assez grotesque, assez pompier — et assez triste aussi,\noui, infiniment triste de voir un homme, comme Zola, à qui son génie don­\nnait accès à la sphère des grandes idées générales, s'encanailler dans de stu­\npides potins de concierge de Loge maçonnique et laisser, en guise de testa-\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3007, "texte": "278                               DURENDAL\n\n\nment littéraire, une œuvre qui n'est, en plus d'une infamie contre un inno­\ncent, que les mémoires — considérablement augmentés — d'un Homais du\nXXe siècle ?\n\n                                      * *\n\n\n   Au sortir des bas-fonds de Vérité, c'est une claire et rafraîchissante impres­\nsion de sommet, de pénétrer dans l'Oblat.\n   On pouvait craindre qu'après la Cathédrale, cette synthèse religieuse si\nimposante, mais un peu compacte et serrée, trop revêche surtout à l'impres­\nsion personnelle, après aussi la mystique trop spéciale de Sainte Lydwine de\nSchiedam, J.-K. Huysmans n'eut épuisé son sujet.\n   Il n'en est rien, et l'Oblat nous renouvelle toutes les émotions esthétiques et\nmorales que nous donna En Route.\n   Comme dans En Route, dans l'Oblat, à côté de l'artiste épris du décor de la\nvie monastique et si apte à en déceler le sens, l'homme réapparaît — la pauvre\ncréature qui doute et qui espère, qui craint et qui s'exalte, qui souffre et qui se\n réjouit.\n   Entre tant d'éminentes qualités qui distinguent la partie chrétienne de\nl'œuvre de J.-K. Huysmans, il n'en est point qui s'avère davantage que\nl'absolue sincérité de l'auteur. Elle s'imposa au lecteur dès les premières pages\n d'En Route, et le reste du livre corroborra l'impression que l'on se trouvait bien\n en présence d'un « pénitent public » résolu, en rémission de ses erreurs et\n pour l'édification de ceux qui les avaient partagées, à mettre son âme, toute\n son âme, à nu. De cette même psychologie émouvante, parce que profondé­\n ment humaine, relève l'Oblat. Sans doute, les situations y sont d'un tragique\n moindre que dans En Route; le corps-à-corps de la passion et de la grâce ne\n revêt plus chez Durtal l'acuité du début ; mais les tiédeurs subsistent, les\n doutes demeurent, la dévotion languit, l'aridité d'âme survient, et dans la\n notation de ces crises, l'écrivain apporte ce scrupule d'humilité et presque\n de candeur qui lui appartient en propre comme une très personnelle origi­\n nalité.\n    Religieusement sincère avec lui-même, J.-K. Huysmans a le droit d'être\n franc avec les autres. L'observateur dont se double le mystique exerce sa\n vision autour de lui, dans ce cloître du Val-des-Saints en lequel se reconnaît\n si aisément le monastère de Ligugé, avec cette netteté d'images, cette variété\n de détails et ce pittoresque de rendu que l'ancien naturaliste, que fut des\n Esseintes, à légué a l'auteur catholique qu'est Durtal...\n    Et, Dieu soit loué, nous sommes ainsi redevables à J.-K. Huysmans d'une\n reproduction à la fois réelle et artistique de la vie d'une communauté reli­\n gieuse; dans l'Oblat, cette vie ne se déroule plus dans la solennelle monotonie\n d'un hiératisme impeccable; et les moines qui vont, viennent, prient, étudient\n et chantent autour de Durtal, tout en s'efforçant d'être des saints, n'oublient\n point d'être des hommes — des êtres de chair avec leurs faiblesses, leurs\n  manies et leurs ridicules, repoussoirs de leurs vertus.\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "                             ZOLA ET HUYSMANS                                    279\n\n   Il faut croire que le tableau brossé par J.-K. Huysmans et où une si intense\nvérité pourtant s'allie a une si vive sympathie, a déplu aux modèles : car le\nRévérend abbé de Ligugé a cru devoir faire paraître dans la presse des deux\nmondes une protestation contre l'Oblat !\n   L'attitude me paraît fort inopportune et déceler quelque ingratitude. On ne\nmanquera pas d'opposer la docilité vraiment évangélique avec laquelle l'abbé\nde Ligugé s'est soumis aux décrets de M. Combes à la belliqueuse suscep­\ntibilité dont soudain il fait preuve envers J.-K. Huysmans. Et puis, au\nmoment de rédiger ce désaveu, comment la plume n'est-elle pas tombée de la\nmain du révérend protestataire, au souvenir de tant de pages exaltantes des rites\net de la liturgie bénédictine, qu'elles évoquent les hosannas frémissants de la\nNativité ou les douloureuses lamentations de la Passion... A la gloire de la\nVierge — patronne de Ligugé — l'Oblat renferme un cantique de louanges,\nd'une beauté absolue, unique dans notre littérature moderne, et voici que cette\nfleur d'art, si rare et si précieus.e, qui a fleuri dans le sol de Ligugé et a l'om­\nbre de ses murs à présent abandonnés, les derniers habitants du cloître la\nrenient, la froissent et la piétinent!... Et surtout par quelle aberration d'op­\nportunisme a-t-on pu oublier, que grâce à Huysmans et grâce à l'Oblat,\nl'exode des moines — cette dramatique page des annales françaises du\nXXe siècle — aura désormais son historien qui, l'ayant vécue lui-même dans\nla plus communiante angoisse, l'a écrite — géniale et vengeresse — avec ses\nrévoltes et ses larmes !...\n   Et pourquoi ce désaveu ; et ces protestations pourquoi?           Hélas ! la lettre\ndu révérend abbé de Ligugé le laisse entendre avec une pitoyable ingénuité :\npour quelques blessures d'amour-propre contre lesquelles des moines devraient\nêtre cuirassés pourtant par le renoncement aux vanités terrestres... Et sur­\ntout songez donc, J.-K. Huysmans a osé croquer délicieusement, d'une\nplume insuffisamment trempée dans la vénération, certains parasites de la\nMystique — touchants parfois, toujours un peu risibles par l'importance qu'ils\ns'attribuent — qui vivent aux flancs des monastères.\n   Je crains que la lettre du Révérend abbé de Ligugé — qui ne saurait\ndiminuer ni la valeur-d'art, ni la valeur apologétique de l'Oblat — n'ait qu'un\nseul résultat : priver son vénérable auteur et ses frères en proscription, de la\njoie de goûter pleinement et en toute sécurité de conscience, ce qu'il y a pour\neux de réconfortant dans la dernière œuvre de J.-K. Huysmans, écrite à l'exal­\ntation de leur Ordre et au souvenir du cloître dont la persécution les chassa —\nun livre qui aurait dû être leur précieux et intangible viatique d'exil !\n                                                        FIRMIN VANDEN BOSCH.\n   P. S. Cet article était écrit quand j'ai reçu communication de l'interview\nd'un moine de Ligugé, parue dans le Temps de Paris.\n   Ce moine — on ne cite point son nom — commente et précise encore le\nsens de la protestation du Révérend abbé de Ligugé : les Bénédictins se\nplaignent de ce que leurs portraits épars dans l'Oblat ne soient pas assez fignolés\net surtout ils regrettent que J.-K. Huysmans ait été injuste « vis-à-vis de cer-\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "280                             DURENDAL\n\n\ntaines familles pieuses et honorables qui sont mises en cause dans le livre ».\nCela vise apparemment le baron des Atours et ses bêlements de musique\n profane !\n   Faut-il que ce hobereau cosmétique tienne à cœur à l'abbé et aux moines\nde Ligugé pour que, à la gloire de sa belle voix et de sa moustache cirée, ils\nen arrivent à la perfide insinuation que \" J.-K. Huysmans pourrait bien être\nun nouveau Léo Taxil, un Léo Taxil très supérieur sans doute, mais qui,\ncomme le premier, se retournera peut-être un jour contre nous ».\n   Après quoi, le bon moine — d'après le Temps — aurait ajouté « qu'il n'avait\nrien à apprendre dans les œuvres de J.-K. Huysmans et que sa culture spiri-\ntuelle n'avait rien à y gagner ».\n   Pour l'honneur des moines de Ligugé, je veux croire que cette déclaration\nest pure invention de reporter, tant paraît invraisemblable la fatuité qu'elle\nrévèle.\n   Sinon je finirais bien par croire que, dans l'Oblat, J.-K. Huysmans a trop\nflatté les moines du Val-des-Saints.\n                                                                     F . V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-005", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 281, "page_fin": 281, "titre_corps": "Poèmes : Tais-toi ; voici la nuit…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Poèmes Tais-toi voici la nuit Tais-toi voici la nuit avec sa molle brise", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "Poèmes\n\n     Tais=toi ; voici la nuit...\nTais-toi; voici la nuit avec sa molle brise\nQui sur les halliers bleus et les vallons rêveurs\nOuvre son tablier que des clartés irisent\nEt laisse choir partout des chansons et des fleurs.\n\nha lueur de la lune et le vibrant silence\nMariant leur mystère et leurs troublantes   voix\nInondent d'inconnu les frêles    apparences\nEt des nappes d'azur s'épandent sur les bois.\n\nL'heure approche où les dieux agrestes se libèrent\nEt, quittant la prison des arbres et des eaux,\nViennent comme autrefois pour enchanter la terre\nD'un souffle qui se plaint aux flûtes des roseaux.\n\nLes nymphes, les sylvains et les   hamadryades\nVeillent encor au plus profond de la forêt\nAnimant le ruisseau, la source et la cascade\nD'une présence obscure et d'un vivant secret.\n\nDans l'ombre qu'éblouit un vol de blanches fées\nOn entend un écho de baisers    chuchoteurs,\nOn devine partout des formes effacées\nVous frôlant au visage et vous grisant le cœur.\n\nLa rumeur de la mer qui bat la rive proche\nEt meurt en caressant les sables riverains\nApporte à qui l'écoute un persistant reproche\nPour avoir oublié les splendeurs du matin.\n\nLa nuit, la belle nuit descend sur toutes choses\nEt berce doucement les songes délicats\nDont le vol hésitant qui s'essaye et qui n'ose\nAttend l'ombre propice à leur timide ébat.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-006", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 282, "page_fin": 282, "titre_corps": "Poèmes : Les Jardins clos", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Les Jardins clos Ce sont les jardins clos où nous n'irons jamais", "ancre_fin": "dont nous gardons la nostalgie", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Bouquet", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "Les Jardins clos\n      Ce sont les jardins clos où nous n'irons jamais\n      Qui séduisent toujours avec le plus de grâce\n      Nos désirs en éveil de renaissants    attraits\n      Et que grise l'amour de l'air et de l'espace.\n\n      Les hauts murs ennemis gardent      jalousement\n      Du regard indiscret les antiques   domaines\n      Dont les décors nous paraissent plus    attachants\n      Quand ils sont égayés par le chant des fontaines.\n\n      Le murmure des eaux, pareil aux violons\n      Atténués d'un bal, la voix des tourterelles\n      Qui roucoulent dans les arbres du beau vallon\n      Nous semblent attendris de rêveuses voyelles.\n\n      Nous maudissons alors les chemins    interdits\n      Où n'iront point errer nos pâles rêveries\n      Et nous nous attardons ainsi que des proscrits\n      Devant ces lieux dont nous gardons la nostalgie.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-007", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 282, "page_fin": 283, "titre_corps": "Poèmes : Le Bouquet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Le Bouquet Tout le printemps revit dans ce bouquet de fleurs", "ancre_fin": "de tes beaux yeux battus", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Epithalame", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "Le Bouquet\n      Tout le printemps revit dans ce bouquet de fleurs\n      Que tu m'apportes en riant, ma bien-aimée,\n      Et ce joyeux parfum dans la chambre embaumée\n      Me repose l'esprit et me trouble le cœur.\n\n      En modelant ma strophe aux contours des pétales\n      Je fixerai le court frisson de la beauté\n      Qui tremble sur la tige aux reflets argentés\n      Et dans le calice odorant des roses pâles.\n\n      La courbe du haut vase où leur grâce fleurit\n      Inspire une cadence heureuse à mon poème\n      Et soudain rajeuni de ce lustral baptême\n      Mon vers plus langoureux prend des airs attendris.\n\n      Une captive abeille au bourdonnant murmure\n      Et dont le frêle corps est de pollen chargé\n      Butine encore ce parterre saccagé\n      Pour sceller d'un point d'or la chute des césures.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 289, "texte": "                     POÈMES                                283\n\n\nSi tu veux respirer les fleurs et l'impromptu\nTu pourras, crois le bien, trouver ce parfum        même\nQui te fait, au jardin, défaillir et que j'aime\nA l'égal du regard de tes beaux yeux      battus...\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-008", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 283, "titre_corps": "Poèmes : Épithalame", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Epithalame A C. H Nous élevons ce soir la coupe en ton honneur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 289, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "Epithalame\n                                                    A C . H...\nNous élevons ce soir la coupe en ton honneur,\nAmi, qui prends demain les routes de la vie\nEt part d'un pas sonore et sans un trouble au cœur\nVers un destin viril que tout bas on t'envie.\nTon clair regard a vu le bonheur qui passait ;\nUn bel ange aux yeux noirs qui marchait sur la terre\nEt dont l'aile captive a des envols secrets\nSous la chair frémissante et l'épaule légère\nA su fixer ton sort entre ses frêles mains\nEt d'un geste ébauché t'a doucement fait signe\nPour te dire l'élu des charmes     souverains\nEt t'admettre, féal, à cet honneur     insigne!\nQue les roses d'hymen ceignent vos fronts     jumeaux\nL'avenir vous sourit et tend vers vous des palmes\nPour bénir l'union de ces espoirs    nouveaux\nEt présager à vos deux cœurs un foyer calme.\n Vous allez rajeunir le vieux chant éternel\n Qu'avant vous ont redit tant de lèvres fanées\n Et vivre la belle heure au rythme   solennel\n Qu'un sang riche commande à l'artère       entraînée.\n Un merveilleux amour tout entiers vous emplit\n Il semble que vos corps plongés dans une extase\n Sentent passer sur eux un souffle   d'infini;\n Dans vos gorges parfois vient mourir une phrase.\n Vous saluez l'azur, les arbres et le vent;\n Vous prenez à témoin Dieu de votre allégresse\n Et rendez grâce au ciel avec vos voix d'amants\n Où tremblent les baisers et les douces ivresses.\n Que les jours à venir prolongent cette ardeur\n Et puissiez-vous la voir chez vos enfants  renaître,\n Quand, les sens apaisés mais l'esprit sans   langueur,\n Vous vous aimerez mieux encor si ce peut être!\n                                              P A U L MUSSCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-009", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 287, "titre_corps": "Vendredi saint à Bruges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "Vendredi saint à Bruges Bruges est la ville poétique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "Vendredi saint à Bruges\n\n                  BRUGES est    la ville poétique et religieuse par excellence.\n                      L'artiste qui chantera l'âme mystique de l'antique cité sous\n                      ce double aspect n'a pas encore paru. Notre poète Guido\n                      Gezelle a célébré la foi et la terre flamande. Il était Bru­\n                      geois, mais on le croirait né en pleine campagne, tant la\n                      saveur du terroir imprègne ses poèmes. Il naquit, il est\n                      vrai, aux confins de la ville, près des remparts, là où l'on\n                      ne sait trop si la ville envahit la campagne ou si celle-ci a\n                      débordé sur la ville. Quoi qu'il en soit, Gezelle est le\n chantre de la Flandre, mais non de Bruges.\n    Hannotiau a illustré Bruges en des tableaux d'un art pénétrant, mais fac­\n tice, s'inspirant plus du rêve que de la vue réelle. On peut en dire autant du\nroman de Rodenbach. Pour interpréter Bruges, il faudra allier le rêve à la\nréalité, chanter notre cité comme on la sent et on l'aime, mais aussi comme on\n la voit en chair et en os.\n    Soir du vendredi saint à Bruges! Les manifestations religieuses sont\n poétiques et Bruges en est le cadre naturel. On a vanté nos cortèges moyen\n âgeux et magnifiques de Charles le Bon, de Breydel et de Coninc, du bien­\nheureux Idesbald, notre annuelle procession du Saint-Sang. On n'a pas assez\nvanté le spectacle émouvant du grand ommegang du Saint-Sang (1), où —\naprès une messe dite en plein air — de longues files de confréries, congréga­\ntions, couvents, collèges, séminaires, paroisses, venant de 10 lieues à la\nronde, suivent le parcours traditionnel, priant le rosaire, chantant can­\ntiques et litanies, escortant la précieuse relique. Les étrangers ignorent cette\nmanifestation de caractère beaucoup plus beau et plus original que la célèbre\nprocession.\n    L'ommegang du vendredi saint est individuel ; mais des milliers de per­\nsonnes y prennent part. Le tableau est intime, silencieux, typique, surtout\nentre 8 et g heures du soir.\n    Cette année-ci, le bon vendredi (2), il y avait un splendide clair de lune.\nLa nature semblait réaliser l'enchantement printanier du jour de la rédemp­\ntion, comme l'a si bien compris Wagner.\n\n\n (1) Chaque année, le dimanche qui suit la procession du Saint-Sang.\n  (2) Goêvrijdag en flamand.\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "                        VENDREDI SAINT A BRUGES                                  285\n\n    Tout bon Brugeois, ce soir-là, fait son ommegang. On se rend à la cha­\npelle Saint-Basile, dite crypte du saint sang, point de départ et d'arrivée des\npèlerins. C'est une construction romane récemment restaurée, d'un cachet\ninoubliable. Les murs et les colonnes sont construits en pierre brute qui\ndonne une impression très primitive. Trois petites nefs basses prennent jour\npar d'étroites fenêtres trouées dans l'épaisseur incroyable des murs. A cette\nheure, le sanctuaire est éclairé par une lampe et par des centaines de\npetites chandelles que les pèlerins allument devant une antique Vierge. A\ndroite s'enfonce une galerie (on croit voir une grotte), où s'entassent des.\nfidèles devant un énorme Christ assis, lugubre, paré d'un morceau d'étoffe\nviolette.\n    Mettons-nous en route par la rue Breydel, puis, longeant les halles,\ngagnons la rue des Pierres vers la station. Ici, la foule est considérable, car\ncette partie du trajet est parcourue également par les pèlerins qui terminent\nl'ommegang en sens inverse. D'ailleurs, c'est la rue animée de Bruges. On y\ncroise les voyageurs venant de la gare, qui ouvrent des yeux stupéfaits\nsur cette foule muette en mouvement. Les étals des bouchers, brillamment\néclairés, projettent des lueurs vives et soudaines sur les groupes qui passent.\n Et, malgré tout, le bon pèlerin jette un regard gourmand sur ces splendeurs\n dégoûtantes, comme aussi sur les beaux œufs de Pâques entassés à la devan­\n ture des confiseurs, annonçant la fin du carême et la reprise des repas plan­\n tureux.\n     Voici la masse énorme de la cathédrale, à l'écart dans son jardin. La lune,\n qui se cache derrière l'église, en découpe les contours d'une manière fantas­\n tique sur le ciel serein.\n     Place de la Station, les beaux éclairages finissent. On tourne à droite pour\n enfiler la rue Nord-du-Sablon. On n'entend plus que le pas des pèlerins, le\n cliquetis des chapelets. Ci et là passent des flâneurs, le cigare au coin de la\n bouche; figures indifférentes, curieuses ou bêtement hostiles, ils dévisagent\n les fidèles. Mais la contagion du silence les a gagnés et ils ne causent qu'à\n  mi-voix.\n     Débouchons sur la Grand'Place. Ceci est admirable : la vieille tour des\n halles, cette couronne des Flandres, se dresse grandiose, dans le clair de\n  lune, à l'extrémité opposée de la place. Je songe toujours à l'impression que\n  doit ressentir l'étranger non prévenu qui, soudain, se trouve face à face avec\n  l'auguste ancêtre... Existe-t-il une tour de monument civil plus imposante\n  que la nôtre? J'en doute fort. Elle est aimée des Brugeois; debout au cœur\n  de la cité, dont elle a vécu l'histoire, elle semble être la mère-grand, celle qui\n  nous dispense les heures, chante nos joies ou nos douleurs, nous endort et\n  nous amuse. Religieuse, la grande aïeule fait taire sa voix (son carillon\n  célèbre) durant les jours saints. Son silence si inaccoutumé contribue pour\n  une large part à l'impression du soir de l'ommegang (1).\n\n\n\n   (1) Cette année-ci, le carillon, ayant besoin de réparation, s'est tu pendant environ\n deux mois. On en a profité pour changer enfin les airs. Comme Bruges se pique d'être\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3159, "texte": " 286                                   DURENDAL\n\n\n      Après la rue Haute, aux vastes maisons patriciennes, nous tournons à droite\n  sur un pont. Vue originale : près d'un croisement de canaux, on aperçoit de\n  biais un autre pont où semblent fuir des pèlerins fantômes. Nous y passerons\n  aussi tantôt. De l'autre côté de l'eau, le quai Vert, si riant pendant le jour,\n s'allonge lugubre et désert, à peine éclairé. Quelques cygnes dorment sur\n  l'eau.\n     Sur le reste du parcours de l'ommegang, nous verrons encore des vues bien\n  pittoresques par ce beau clair de lune : telle la colonnade du Marché au\n poisson, dominée par le fouillis des tourelles et pignons du Franc et de l'Hôtel\n de ville. Puis le quai du Rosaire, dont le tableau est vraiment unique. L'eau\n calme, argentée par la lune, est animée de quelques cygnes et canards. Les\n vieilles maisons qui s'y mirent, le jeu des toits et des clochetons dominés par\n les halles, tout cela est trop connu pour être décrit encore. Le Dyver, qui pro­\n longe le quai du Rosaire, bordé d'une triple rangée d'arbres au bord de l'eau\n et terminé par le jet énorme de la Tour de Notre-Dame, a aussi beaucoup\n de caractère. Retour à la place du Bourg par la rue Neuve et la rue des\n Pierres.\n     Devant la chapelle Saint-Basile, des centaines de personnes sont agenouil­\n lées sur le pavé, n'ayant pu trouver place à l'intérieur. Les femmes du\n peuple, vêtues du tradditionnel kapmantel brugeois, ouvrent les bras en croix\n et ressemblent à d'énormes chauves-souris. Après une dernière prière, chacun\n retourne chez soi.\n     Il n'est pas rare de voir parmi les ommegangers des familles entières. Le\n père et la mère se donnent le bras et cinq ou six enfants les suivent ; parfois\n les domestiques accompagnent. On y voit des prêtres, des paysans, des\nouvriers, des magistrats. La bourgeoisie comme l'aristocratie, tout le monde\nfait l'ommegang. Nous ne doutons pas que cette vénérable coutume n'attire\ndes bénédictions et ne soit une des sources du bonheur calme de notre cité.\n     Je retrouvai ces jours-ci un article de Drumont sur Bruges (Libre parole,\n 1895). Ce bouillant polémiste, échappé pour quelques jours â la fièvre pari­\nsienne, se repose à Bruges, dont il déguste voluptueusement le calme et la\npaix. Vous croyez qu'il va enfourcher le dada habituel de Bruges-la-morte ?...\nEcoutez, je le cite :\n     « Evidemment, les gens qui vivent dans ce décor, qui n'a pas changé\ndepuis leXVesiècle, ont une existence différente de celle des grands acteurs de\nla vie parisienne qui vivent au milieu des fièvres, des outrances, des ambi­\ntions, des conjurations, des intrigues, des colères et des effrois\n     » Ce qui ne se saurait supporter, c'est que ces agités troublent sans cesse\nle monde par le trouble de leur propre tempérament et viennent déclarer,\navec une outrecuidance odieuse, que c'est au milieu de ces incohérences et de\nces délires qu'une société doit vivre désormais et que ce sont eux qui repré­\nsentent le progrès       Beaucoup d'écrivains ne sont pas loin de croire que le\n\n\nartiste, on nous a gratifié de quelques airs aussi usés que banals !... Pauvre vieille tour\ndes halles 1\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "                        VENDREDI SAINT A BRUGES                            287\n\n\nbut de la vie est de danser le cancan sur la fête, sur l'air du quadrille\nd'Orphée; ils en arrivent à considérer comme des êtres exceptionnels ceux\nqui vivent tout simplement de la vie normale et naturelle. »\n   Drumont a raison : la vie fièvreuse est factice. La vie normale, c'est celle\nqui laisse le temps à l'homme de réfléchir à sa destinée éternelle dans une\ncité où le bruit des voitures et des trams ne couvre pas la voix grave des\ncloches.\n   Oh, ces cloches brugeoises ! Demain elles s'ébranleront par toute la ville au\nsignal de l'alleluia liturgique. Quelle allégresse que celle du Samedi saint, où\nl'Eglise, sûre de la joie du lendemain, ne peut se contenir et éclate en trans­\nports! Quelle élévation dans ces paroles de la messe qui résument toute la\nmystique de Pâques et peuvent servir de devise à l'art chrétien :\n   « Si vous êtes ressuscité avec le Christ, goûtez ce qui est en haut, non ce\nqui est sur la terre. »\n\n                                                          JOSEPH RYKLANDT.\n\n\n  Bruges, avril 1903.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-010", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 288, "page_fin": 295, "titre_corps": "L’Anneau du Nibelung au Théâtre royal de la Monnaie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "L'Anneau du Nibelung au Théâtre royal de la Monnaie On peut dire sans faux lyrisme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "L'Anneau du Nibelung\n                      au Théâtre royal de la Monnaie \",\n\n\n\n                  ON peut dire, sans faux lyrisme comme sans crainte d'errer,\n                    que jamais, même au beau temps de Joseph Dupont, le\n                    théâtre de la Monnaie ne traversa une ère aussi brillante\n                    que la période triennale qui vient de se terminer. Jamais\n                    le répertoire ne fut aussi intéressant dans son éclectisme\n                    et sa variété et si, au point de vue scénique, la ladrerie et\n                    les routineries d'arrière-province de Stoumon et Calabresi,\n                    faisaient la partie belle aux nouveaux directeurs, au point\n                    de vue musical lui-même, les exécutions dirigées par\nM. Sylvain Dupuis soutiennent la comparaison avec les meilleures de\nJoseph Dupont.\n   Quelque estime ou admiration que l'on eût pour l'activité intellectuelle et\nartistique antérieure de MM. Kufferath et Guidé, ce résultat dépasse les prévi­\nsions les plus optimistes. C'était leur début dans un domaine tout spécial, où\nla meilleure volonté ne supplée pas toujours à l'expérience, où ils succédaient\nà deux hommes qui, à défaut de tact artistique, apportaient dans la direction\nl'appoint d'une longue pratique et d'autres avantages, notamment un flair par­\nticulier dans le choix des artistes. Et ces débutants ne craignaient pas de s'en\nadjoindre un autre dans la personne de M. Dupuis, lequel; comme on sait,\nn'avait pas encore « fait du théâtre » et qui, avec son opiniâtreté indomptable\net sa fabuleuse capacité de travail, arriva rapidement à s'imposer, à assouplir\nses forces instrumentales, à donner à l'exécution musicale tout entière une\nvie et une homogénéité remarquables.\n   Tandis que la campagne de 1901-1902 faillit être compromise par des\ndéboires sans nombre, — indispositions d'artistes, troubles politiques, —\ncelle de cette saison a été des plus heureuse et fut dignement couronnée\npar ces deux représentations cycliques de l'Anneau du Nibelung, qui sont un\ncoup d'éclat.\n   Elles furent, certes, habilement préparées par les représentations, l'année\nprécédente, de la Walkyrie et du Crépuscule des Dieux, les reprises de Siegfried et\n\n\n  (1) 15, 17, 18, 20 — 22, 24, 25, 27 avril 1903.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3503, "texte": "                         L'ANNEAU DU NIBELUNG                                289\n\nde l'Or du Rhin, cette année, complétant le cycle. Mais il restait à tenir en\nhaleine le vaste personnel nécessité par le colossal ouvrage, à établir les mul­\ntiples points de contact dans la mise en scène, etc., des quatre journées, toutes\ndifficultés qui n'existent pas dans les représentations isolées. Enfin, si tout\ncela est plus ou moins aisé dans un théâtre machiné tout exprès et exclusive­\nment réservé à l'œuvre wagnérien, il en va tout autrement quand il s'agit de\npréparer en même temps d'autres nouveautés et de poursuivre les représenta­\ntions du répertoire courant, de fournir des Cendrillon à la clientèle en herbe\ndes matinées dominicales, d'exhumer des Dame blanche pour la lactation des\nvieux abonnés. Et quand on songe qu'en outre le théâtre de la Monnaie reste\nprivé des ressources énormes assurées à d'autres scènes, — l'Opéra de Paris,\nles théâtres impériaux ou royaux de Vienne, Berlin, Dresde ou Munich, — on\npeut considérer comme un sérieux honneur pour notre scène lyrique le fait\nd'avoir donné pour la première fois, en français, celte Tétralogie à laquelle\nParis n'a pas encore osé s'attaquer, dont la représentation intégrale passe\nencore, en Allemagne même, comme une entreprise malaisée et périlleuse.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n    Il y a quelques années, sous la précédente direction, ayant à rendre compte\nd'une première (c'était précisément, je crois, l'Or du Rhin), j'observais combien\nclairement se manifestait l'absence d'une pensée directrice embrassant les\ndivers éléments de l'interprétation, orchestre, voix, décoration, mise en scène,\net par cela même seule capable de cette « conscience artistique supérieure »\nque Bulow stipule si expressément pour l'exécution intégrale de l'œuvre d'art.\n C'est cette direction seule qui assure l'homogénéité d'une interprétation, en\nconfond tous les éléments de manière qu'on la conçoit en un seul tout, insou­\n cieux de quelques défaillances qui, dans le cas contraire, heurtent violem­\n ment et font méconnaître le reste. Or, dans les représentations wagnériennes\n de cette année, c'est cette cohésion qui frappait tout d'abord, se manifestant\n dans une foule de détails d'exécution, de mise en scène, etc.\n    Pour en venir au compte rendu proprement dit, c'est, me semble-t-il, Sieg-\nfried et le Crépuscule des Dieux qui ont reçu l'exécution la plus remarquable. La\n Walkyrie fut également très bien donnée, mais Siegfried et surtout cette œuvre\n titanique qui s'appelle le Crépuscule des Dieux m'ont paru près d'atteindre\n la somme de perfection accessible. L'Or du Rhin, tout en restant très au-dessus\n de la parodie scénique qui nous en fut donnée il y a quelques années (je ne\n parle pas de certains interprètes remarquables, comme MM. Dufranne et\n Seguin), l'Or du Rhin, dis-je, a moins bien marché, à divers points de vue et\n notamment à celui de l'orchestre, — dans le prélude par exemple.\n    Mais ce petit détail disparaît dans la perfection de l'ensemble, et n'empêche\n pas qu'au point de vue musical, le véritable triomphateur de ces soirées\n mémorables soit M. Sylvain Dupuis. Si secondé qu'il fût par la sollicitude\n intelligente des directeurs et l'application enthousiaste des interprètes vocaux,\n c'est lui qui portait, dans tout cela, le fardeau le plus lourd, et il s'est magni­\n fiquement acquitté de sa tâche. L'auditeur le moins averti n'a pas de peine à\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "290                               DTJRENDAL\n\n\n se rendre compte de l'excessive complication de ces partitions, dont la seule\n  « note » représente déjà une énorme difficulté. Et celle-ci vaincue, rien,\n semble-t-il, n'est encore fait, quand on songe à l'importance de la partie inter­\n prétative, l'allure à donner à l'ensemble, le melos thématique à dégager du\n somptueux tissu orchestral. Tout cela, M. Dupuis l'a réalisé de magistrale\n façon. Je ne discuterai pas certains mouvements : Nous avons entendu la\n Chevauchée des Walkyries dans un mouvement généralement plus appuyé,\n surtout le cortège funèbre de Siegfried dans un mouvement plus rapide. Mais\n c'est affaire d'interprétation personnelle; du moment que le résultat est\nesthétique, harmonique dans l'ensemble, celle-ci demeure indiscutable : et\n tous les mouvements de M. Dupuis « tiennent », comme toute son interpré­\n tation.\n    Parmi les interprètes vocaux, il faut naturellement citer en toute première\nligne Mme Félia Litvinne (Brunnhilde), qui fut simplement admirable. L'ar­\n tiste s'est singulièrement perfectionnée depuis la création de la Walhyrie à\n Bruxelles, qui réunissait sous la baguette de Joseph Dupont des éléments de\n tout premier ordre. L'organe n'a fait que se développer. Le jeu surtout a pris\nune extrême et impressionnante autorité. Par la solennité presque empha­\ntique de l'allure et de la pose, l'artiste se rapproche assez des traditions de la\nscène lyrique allemande, tempérées toutefois par le souci de la grâce propre\naux acteurs français. La réussite de Mme Litvinne est d'autant plus méritoire\nqu'elle se trouve plus dépourvue de la ressource des jeux de physionomie, la\nsienne, plutôt aimable et rieuse, se prêtant mal à l'expression tragique.\n    A côté de Mme Litvinne se place M. Dalmorès (Siegfried), dont le talent est\nd'autant plus séduisant qu'on y devine encore plus de spontanéité et d'instinct\nque d'acquis. Que chez lui l'instinct ait précédé l'expérience, le fait s'atteste\npar la rapidité avec laquelle le Siegfried d'il y a deux ans est devenu un\nartiste accompli. Lors de sa première apparition dans le redoutable rôle,\nM. Dalmorès se montra gauche et guindé. Pour tous ceux qui y avaient vu\nBurgstaller, ou même Lafarge — celui-ci à la création de l'œuvre à Bruxelles,\nsous la direction du pauvre Servais — il y eut une désillusion. Quels progrès\ndepuis lors! Aujourd'hui, M. Dalmorès nous apparaît comme le Siegfried\nidéal. Sa voix d'un si clair métal soutient sans défaillances le poids accablant\nde ces deux dernières journées de la tétralogie, auxquelles Burgstaller lui-\nmême, à Bayreuth, ne résistait qu'avec peine. Il est jeune, beau, superbe­\nment bâti, souple et léger. Son jeu est vif, constamment intéressant, et gra­\ncieux. Frappé par Hagen, il réalise superbement le difficile jeu de scène\nindiqué par Wagner, le bouclier lourdement soulevé et brandi pour en\nassommer l'agresseur, les bras se détendant et laissant échapper l'arme sur\nlaquelle le corps s'écroule de tout son poids. Il a constamment (comme dans\nla scène des Murmures de la Forêt) des trouvailles d'attitudes et de gestes\nabsolument exquises et d'autant plus, encore une fois, qu'elles sont marquées\nde ce caractère improvisé et instinctif qui disparaîtra nécessairement, vienne\nl'inéluctable routine.\n    M. Albers, très bon dans Wotan. Ce n'est pas mieux, ni plus mal que\nM. Seguin, qui donna à ce rôle l'empreinte de son magistral talent. C'est\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "                         L'ANNEAU DU NIBELUNG                               291\n\n autre chose, et c'est aussi plausible. M. Seguin accentuait plus le caractère\n douloureux, instinctif et passionné du vainqueur d'Albéric, M. Albers est\n plus hiératique, donne au rôle une majesté et une allure très impression­\n nantes, notamment dans la dernière scène de la Walkyrie.\n    Les deux rôles de Logue et de Siegmund conviennent à merveille à ce\n comédien éprouvé qu'est M. Imbart de la Tour. Toute son expérience n'était\n pas de trop dans ce personnage vétilleux du dieu du feu, que la moindre\n faute de goût rend irrémédiablement grotesque, dans lequel je me souviens\n avoir vu, à Bayreuth, le célèbre Vogl (alors sur son déclin, il est vrai) gam­\n bader et sautiller en diablotin de guignol. Dans Siegmund, M. Imbart n'est\n pas moins bon. C'est un fait remarquable combien les rôles héroïques et\n fabuleux, à cuirasses et à peaux de bête, s'accommodent des attitudes acadé­\n miques à la Cornelius et à la Kaulbach, que les rôles modernes réprouvent\n absolument. C'est ce qui permet à M. Imbart de la Tour, si dessus-de-pen­\n dule dans Jean Michel, de faire un excellent Siegmund, où il apporte en outre\n l'appoint de son agréable organe et de ses éminentes qualités musicales.\n    M lle Paquot (qui dans Siegfried joua il y a quelques semaines Brunnhilde\n de façon à rivaliser avec Mme Litvinne) nous a donné une Sieglinde fort\n honorable, mais, dans le premier acte, inexplicablement guindée, n'esquis­\n sant même pas un geste de surprise en trouvant un inconnu à son foyer. Il\n est assez curieux que, dans les diverses reprises de la Walkyrie, aucune\n artiste n'a encore égalé la Sieglinde de la création, Mlle Martiny, cette\n Israélite maigre et passionnée qui communiquait au rôle une si entraînante\n allure.\n    Mme Bastien (Fricka dans l'Or du Rhin et la Walkyrie, Erda dans Siegfried\n et Waltraute dans le Crépuscule) apporte dans ses divers rôles l'appoint de sa\nphysionomie, de sa stature et de son allure imposantes, de sa voix très\nprenante, sinon vigoureuse. Mais on dirait que la préoccupation plastique\nparalyse en elle le jeu, qui manque de spontanéité et d'accent. Faut-il voir\nlà l'influence de M. Bastien, l'éminent artiste peintre, naturellement porté à\nentretenir chez sa compagne le souci de la « ligne » ? Toujours est-il que, du\npersonnage de Waltraute (pour ne parler que de celui-là), MIle Dhasty nous\ndonna l'an dernier une création autrement impressionnante.\n    Un des grands triomphateurs de ces journées mémorables aura été\nM. Engel. Evidemment, le personnage de Mime prête au succès, pour\npeu qu'il soit interprété avec intelligence. Mais M. Engel en a tiré des effets\ninconnus, il y dépasse certainement Breuer, le célèbre Mime de Bayreuth.\nFavorisé d'ailleurs par sa petite taille, il nous a donné un gnome sinistre-\nment grotesque d'un réalisme incroyable, inoubliable. A signaler notam­\nment sa mimique lorsque Siegfried se met à refaire le glaive contre toutes les\nrègles du métier, sa façon de se jeter les quatre fers en l'air sur sa couche, en\nproie à une délirante gaieté; puis ses cocasses petits trépignements de fureur\ndans la dispute avec Albéric, et tant d'autres, détails délectables qui doivent\nfaire considérer cette création comme l'honneur d'une carrière artistique déjà\nsi pleine d'honneur.\n    Le Fafner, le Hunding, surlout le Hagen de M. Bourgeois, méritent\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "292                                  DURENDAL\n\n\n également une mention spéciale, autant pour la belle voix que pour le jeu\ndéplorable de l'artiste. Il est certain qu'aucun organe ne se prêterait mieux à\njeter l'appel aux armes des hommes de Guibich; il est certain aussi qu'on ne\nsaurait composer plus maladroitement un rôle que M. Bourgeois ne l'a fait\npour celui de Hagen, qui doit nous montrer comme une concentration, à\nl'état latent, de la haine et de la fureur qui chez Albéric éclatent avec tant de\nviolence. Dès son apparition, cet être ténébreux projette sur le personnage\nlumineux de Siegfried une ombre sinistre; avec la sombre fanfare de la Malé­\ndiction de l'Anneau, l'esprit d'Albéric accompagne tous ses pas. Au lieu de\nnous faire sentir tout cela, M. Bourgeois nous a montré un Hagen maussade\net lent, repentant et ennuyé, dirait-on, des malheurs, qu'il occasionne. Son\ngeste est dépourvu de cette plasticité qui, fût-elle même conventionnelle,\ns'impose — quoi qu'on en puisse penser — au théâtre, où l'on ne peut coiffer\nun chapeau, ramasser une arme comme cela se ferait dans la rue ou chez\nsoi. Le personnage en était notablement diminué; celui de Siegfried y perdait\nson antithèse nécessaire.\n   Albéric, dans l'Or du Rhin, c'était M. Dangès, excellent comme comédien et\nchanteur, sans peut-être faire oublier l'énergie farouche et l'organe éclatant\nde M. Dufranne, notamment dans la Malédiction de l'Anneau. Dans le Crépus-\ncule, M. Viaud s'acquitta honorablement du même rôle, tandis que M. Dangès\nremplissait très adroitement le personnage falot de Gunther, difficile à com­\nposer par son indécision même et où M. Albers, l'an passé, n'avait guère\nréussi. Le genre de Mlle Strasy convenait au personnage de Gutrune, dont\nle signalement thématique indique si bien la craintive douceur.\n    Les Nornes, c'étaient M1les Strasy, Rival et Maubourg. Sauf quelques\nintonations douteuses, Mlles Sylva, Maubourg et Tourjane (Sereno dans le\nCrépuscule) firent d'agréables et souples ondines ; Mlle Maubourg eût toutefois\ndû renoncer à sa coiffure favorite, assez inattendue ici, — et qu'elle sacrifia bien\nsous la perruque du Prince Charmant, dans Cendrillon. MM. Cotreuil\n (Donner), Colsaux (Froh), Mlles Strasy (Freia) et Rival (Erda dans l'Or du\nRhin) complétaient honorablement la cohorte des manitous Scandinaves;\nM. Bourgeois et Mlle Sylva se sont tirés avec honneur des rôles « zoologiques »\nde Siegfried, le dragon et l'oiseau, et les ensembles des Walkyries et des\n « hommes » de Gunther marchèrent à souhait.\n                                            *\n\n   Pour tout ce qui concerne l'ensemble, il n'y a pour ainsi dire que des éloges\nà formuler. Il n'a sans doute pas tenu aux directeurs d'éviter la version fran­\nçaise (?) d'Alfred Ernst, informe galimatias qui défie à la fois le sens,\nl'expression musicale, la technique vocale des interprètes et la finesse audi­\ntive des spectateurs, (1)\n\n  (1) On se demande de plus en plus comment une femme éclairée comme Mme Cosima\nWagner, des éditeurs tels que les Schott de Mayence se sont laissé imposer cette litté­\nrature. Notez qu'on a refait en son honneur l'édition entière, non seulement des Niielungen\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3615, "texte": "                             L'ANNEAU DU NIBELUNG                                    293\n\n    Pour la mise en scène, on avait poussé le scrupule jusqu'à faire brosser de\n nouveaux décors pour le deuxième acte de la Walkyrie. De toutes les condi­\n tions de l'interprétation, c'est la mise en scène qui trahit le plus vite l'inca­\n pacité, la ladrerie ou la négligence, comme elle affirme les qualités adverses;\n c'est en elle surtout que se manifeste la « conscience artistique supérieure ».\n Ici, elle se remarquait notamment dans la discrétion pleine de tact qui tempé­\n rait les « effets » trop faciles de cette préhistorique diablerie, exagérés naguère\n avec le plus mauvais goût. Abolis, l'Erda pailletée de givre,— comme les\n paysages de certaines cartes postales illustrées — barbouillée de lumière\n bleue; les rougeoiements de kermesse illuminant le haut du rocher de\n Brunnhilde, dès le début de la scène de Siegfried et du Voyageur; le brusque\n éclat de l'or au début du Rheingold, tel un réverbère allumé au fond du Rhin !\n Les éclairages, eux, étaient réglés comme ils ne le furent jamais au théâtre\n de la Monnaie. Quoi de plus délicieux, par exemple, que le lever du jour au\n deuxième acte du Crépuscule des Dieux? On ne saurait faire mieux. Les cos­\n tumes sont parfaits, supérieurs de goût à ceux de Bayreuth, où on exhibait\n notamment une Freya en vert pomme-pas-mûre à faire grincer des dents. Par\n exemple, je n'aime guère, ici, les coiffures de quelques-uns des « hommes »\n de Gunther, ces bois de cerf hauts de deux pieds, dont ne s'embarrassaient\n certainement pas les guerriers du temps et qui seraient mieux en place dans\n un conte d'Armand Sylvestre ou de Paul de Kock; Siegfried souffle dans un\njoli cor métallique semblable au cor de François I er , bien connu des pèlerins\n du British Museum, quand la corne animale était tout indiquée; le porte­\n manteau de Guibich-heim est aussi d'une archéologie improbable. Mais\nce sont là vétilles, disparaissant dans la magnificence de l'ensemble ; il faut\n bien, n'est-ce pas, montrer les taches du soleil?\n   Les déconcertants desiderata scéniques de Wagner : les ébats natatoires\ndes Nixes, le crapaud, le dragon, les géants, l'arc-en-ciel projetant son pont\nde lumière jusqu'au formidable Walhall, la mort de Siegmund, l'embrase­\nment final, ont reçu la réalisation qu'ils devaient, qu'ils pouvaient recevoir. Les\npossibilités matérielles ont leurs bornes. C'est peut-être l'accumulation du plus\ngrand nombre de ces fantaisies dans YOr du Rhin qui explique l'impression un\npeu plus hésitante produite par cet ouvrage, comparativement avec le succès\nsi décisif des trois autres. On a rappelé à ce sujet l'effet énorme produit par\nl'exécution intégrale de YOr du Rhin aux concerts du Conservatoire, il y a\nquelques années, et on en a inféré que tout cela était, en fin de compte, bien\nmieux à sa place au concert qu'au théâtre. Ce n'est évidemment qu'un para­\ndoxe, propre à faire bondir un wagnérien sincère; mais il est amusant, et il\nse défend. Qu'il y ait ici disparate entre la musique et la scènerie, le fait\n\n\n(livrets, partitions, etc.), mais encore des Maîtres-Chanteurs et de Parsifal, également\nsaccagés par Ernst. Les traductions de Victor Wilder n'étaient pas parfaites, tant s'en\nfaut, mais on les considérerait comme telles, rapprochées de celles de son rival, ne fût-ce\nqu'au point de rue de cette musicalité au nom de laquelle on leur a préféré les pénibles\nélucubrations de Ernst. On finira par en revenir à Wilder, auquel les artistes sont\nd'ailleurs obligés de faire de constants emprunts pour arriver au bout de leurs rôles.\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "294                                   DURENDAL\n\n\nest incontestable. Avec son art si merveilleusement évocateur, Wagner nous\nmontre un Rhin colossal, préhistorique, roulant pesamment ses eaux puis­\nsantes; et des géants, énormes comme des montagnes, traversent cela à gué\ncomme un ruisseau, emportant sur leur dos une déesse, gage d'un trésor\nfabuleux. Au concert, tout cela s'évoque en un spectacle idéal, dans la magie\ndes sons; (au théâtre, le fleuve de'vient fatalement un aquarium, les géants\ndes hommes quelconques érigés sur de périlleux talons, le trésor une dinan-\nderie quaternaire. Toutes les complaisances de l'illusion théâtrale restent\nimpuissantes à conjurer ces heurts.\n\n                                             *\n\n   Le succès, on le sait, a été considérable. Et il ne faut pas voir là que du\nsnobisme. Sans doute, dans l'empressement du public, surtout de celui des\n« gens du monde » — d'autant plus redoutables à l'art, dans leurs caprices et\nleurs toquades, que c'est d'eux en somme qu'il doit vivre, — il y avait de\ncela. Le fameux entr'acte gastronomique, à l'instar de Bayreuth, adroitement\nétendu du Crépuscule des Dieux aux deux journées précédentes, valut peut-être\naux malheurs de Brunnhilde un plus grand nombre de spectateurs compatis­\nsants. Des réflexions singulières s'échangeaient dans les couloirs des pre­\nmières; et le dilettantisme des messieurs feuilletant le Baedeker thématique\nde Wollzogen, une lanterne électrique à la main (1), m'a paru aussi suspect\nqu'encombrant.\n   Mais tous les cultes ont leurs faux dévots. Ce qui est certain, c'est que chez\nl'immense majorité des spectateurs, l'enthousiasme n'avait rien de simulé.\nDans la salle obscure, on sentait la tension d'une attention scrupuleuse; pas\nun symptôme de lassitude ne troubla, à aucun moment, la respectueuse piété\nde cette célébration artistique.\n   Si quelques doutes devaient encore subsister à ce sujet, on peut être certain\naujourd'hui que, chez nous, Wagner a vaincu, comme il a vaincu partout, là\nmême où l'esprit dé la race, les traditions protectionnistes et les passions poli­\ntiques rendaient sa victoire le plus improbable.\n\n                                             *\n                                            * *\n\n  D'où cet engouement irrésistible, qu'il devient puéril d'attribuer à un\ncaprice de la mode, à une modalité de l'esthétisme? La cause en paraît simple.\nWagner s'est imposé, parce qu'il était l'homme attendu, V « homme de notre\n\n\n   (1) Je me suis demandé jusqu'où allait la légitimité du procédé. Le principe de l'obscu­\nrité dans la salle — si agréable, quoiqu'en dise M. Edm. Cattier — ce principe une fois\nadmis, il ne devrait pas être plus toléré de rompre cette obscurité que d'obstruer le champ\nvisuel du voisin de derrière à l'aide des parterres dont les dames aiment à se couvrir le\nchef. Si la mode des lanternes de poche tendait à se généraliser, la salle ne tarderait pas à\noffrir le spectacle d'un palabre de vers luisants.\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "                         L'ANNEAU DU       NIBELUNG                         295\n\n temps ». De là aussi son influence sur toute la génération des musiciens con­\ntemporains. Il a créé un véritable formulaire d'expression musicale, arrivé\n aujourd'hui à s'imposer au point qu'un musicien éprouve quelque peine à\ns'exprimer sans emprunter à ce formulaire, dont les mots musicaux jaillissent\nspontanément de sa plume. Et pour nous-même, public, c'est l'expression la\n plus conforme à notre âme, à nos goûts, à nos tendances, c'est vraiment notre\n expression lyrique.\n   Il y a là quelque chose de merveilleux. — Mais ceci l'est encore bien plus.\n Reportons-nous à cinquante ans en arrière. Après une extraordinaire floraison\nde génies, l'art musical s'attardait dans les poncifs du post-classicisme. Men-\ndelssohn et Chopin étaient morts, Schumann disparaissait inaperçu, le\nromantisme s'affirmait à peine; au théâtre, le mauvais goût et la virtuosité\nimposaient d'immuables canons. Etc'est ce moment qu'un homme seul, pauvre\net sans appui choisit pour faire ce rêve : Créer de toutes pièces une formule\nd'art en contradiction parfaite avec toutes les traditions théâtrales du temps,\n dénuée par conséquent des moindres chances de succès et sans que rien\n permît, en somme, d'en espérer davantage de l'avenir; un art qui ne\n pouvait compter ni sur l'appui des artistes qu'il condamnait à un fabuleux\n labeur, auxquels il enlevait leurs plus chères prérogatives pour les asservir\nentièrement à l'intérêt de l'œuvre, — ni sur celui du public, non moins heurté\n dans ses goûts et soumis à un véritable travail d'assimilation, sous peine de\n ne comprendre rien.\n   Pour exprimer cette formule, emprunter aux sources les plus inattendues,\naux frustes mythologies du Nord, une série de fables barbares ou enfantines,\nsans cohésion et sans suite; les amalgamer à des épisodes tirés des plus\nanciens monuments littéraires de l'Allemagne et, de tout cela, construire une\nœuvre colossale, logique, émouvante comme pas une, faisant jaillir des vieux\nmythes grossiers les plus profonds symboles; une œuvre qui, frisant par\nmaint détail la puérilité, ne tolérerait qu'un auditoire acquis ou au moins sym­\npathique; une œuvre, enfin, dont la réalisation scénique, défiant l'ingénio­\nsité des plus habiles metteurs en scène et les ressources des directeurs les plus\nfastueux, n'exigerait rien moins, comme cadre, qu'un théâtre spécial et, pour\nimpresario, un roi!\n   En vérité, l'homme qui osa ce rêve était animé du souffle divin; son entre­\nprise apparaît comme la plus audacieuse qu'on ait jamais tentée dans le\ndomaine de la pensée, et sa rapide fortune comme une des phases les plus\nsurprenantes de l'évolution artistique.\n                                                           ERNEST CLOSSON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-011", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 298, "titre_corps": "Musique d’église", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Verhelst", "ancre_debut": "Musique d'église La vulgarisation des œuvres des anciens polyphonistes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 351, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "Musique d'église\n\n                   LA vulgarisation des œuvres des anciens polyphonistes, peu\n                      connues en dehors du monde des musiciens, a été l'objet\n                      d'un certain nombre de manifestations d'art, en Belgique,\n                      qu'il convient de signaler. Je ne m'arrêterai pas aux audi­\n                      tions données par les chanteurs de Saint-Gervais, à Bruxelles\n                      et à Bruges. Par leur éclat et leur caractère hautement\n                      artistique, elles se sont imposées à l'attention du public,\n                      même plus ou moins mondain. D'ailleurs, Durendal ne\n                      leur a pas ménagé les comptes rendus les plus flatteurs.\nJe me bornerai ici aux manifestations moins retentissantes, peut-être, mais\nnon moins méritoires, dont nos compatriotes ont pris l'initiative.\n    Ce sont d'abord les concerts organisés à Gand par la phalange chorale\nmixte A Capella, fondée et dirigée par M. Emile Hullebroeck. L'A Capella est\ncomposé d'artistes sortis des conservatoires de Bruxelles et de Gand, parmi\nlesquels plusieurs premiers prix de chant. C'est donc sans témérité que ces\nmusiciens abordent les périlleuses partitions de Palestrina, de Vittoria, de\nRoland de Lattre, etc., dont les groupes d'amateurs, réunis un peu au petit\nbonheur, ne réussissent souvent qu'à compromettre la réputation. Au reste,\nles concerts de l'A Capella gantois sont consciencieusement préparés par de\nlongues et sérieuses études. On peut donc s'attendre à des auditions irrépro­\nchables et révélatrices. Un tel travail contribuera à la gloire des primitifs de la\n musique mieux que tous les discours et tous les congrès.\n    En mars dernier, l'A Capella faisait entendre, à Gand, le Stabat Mater de\n Palestrina. Le 13 avril, dans un concert donné à Anvers, le même chef-\n d'œuvre fut interprété, en même temps que l'admirable Credo de la messe du\n Pape Marcel.\n     L'impression en fut prodigieuse. Cette polyphonie puissante, pleine de\n fougue contenue, à la fois pathétique, tendre, émue, forte et grandiose, donna\n l'impression d'une chose définitive et parfaite en son genre. Il fallait avoir l'es­\n prit bien prévenu, ou le goût bien perverti, pour n'être pas profondément\n remué par le charme mystique qui se dégage de cette forme musicale, et pour\n ne pas saisir son exquise convenance avec l'onction de la liturgie.\n     Il est désirable, pour l'instruction du public, que de pareilles auditions se\n multiplient. Les lettrés connaissent les noms de Palestrina, de Roland de\n  Lattre, de Vittoria, pour ne citer que les plus célèbres. Peu, même parmi les\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3448, "texte": "                             MUSIQUE D ' É G L I S E                         297\n\ndilettanti, ont entendu leurs œuvres. D'autre part, l'essence même de leur\nbeauté est de nature si délicate et si subtile, qu'elle ne se révèle que dans une\ninterprétation parfaite. Ainsi, pour beaucoup, le style palestrinien reste lettre\nmorte.\n    Ce discrédit dont souffre encore aujourd'hui l'œuvre des musiciens anté­\nrieurs à J.-S. Bach, est causé en partie par le courant qui entraîne la musique\nmoderne vers la forme dramatique. Or, le théâtre vit de conventions et\nd'exagérations. La grandeur y dégénère en pathos, la force en violence,\nl'émotion en sentimentalité douceâtre, la passion en spasmes nerveux, la dou­\nleur en convulsions. D'ailleurs, si cette enflure pathétique et ce choc tumul­\ntueux de passions humaines sont acceptables à la scène profane, tout cela est\nessentiellement incompatible avec l'accent de la prière. Et, malheureusement,\ndepuis un siècle, le style dramatique s'est infiltré dans les compositions reli­\ngieuses au point d'en faire d'étranges parodies. Quelques-uns s'en aperçoivent\n et s'en attristent; d'autres ont la naïveté de s'en réjouir. Reste, enfin, la caté­\n gorie des braves gens qui ignorent totalement le théâtre et qui prennent pour\n des modèles d'onction religieuse les prières en styles amoroso des Gounods et\n des Massenets. Dans l'innocente candeur de leur âme, tout leur est sujet\n d'édification; rien ne les effarouche. Il ne leur déplairait nullement d'en­\n tendre les paroles du Gloria adaptées à la musique de la bacchanale du\n Venusberg. Convenons que ces naïfs n'ont, dans la question, ni compétence,\n ni voix consultative. Tout au plus, voudrait-on les mettre en défiance contre\n leur amour de la mélodie soi-disant chantante, en leur donnant quelque\n soupçon de son origine et de son vrai sens.\n     Quoi qu'il en soit, il importe de remonter le courant désastreux de la mode,\n en nous rattachant fortement aux traditions anciennes. Mais cela veut-il dire\n que nos compositeurs modernes doivent s'imposer de n'écrire qu'en style\n palestrinien? Je ne le pense pas. La perfection même d'un style, arrivé à son\n apogée, devrait nous interdire de vouloir imiter des modèles inimitables.\n D'ailleurs, le répertoire, en ce genre, est si complet que c'est peine perdue de\n vouloir l'enrichir. Enfin, nos pastiches restent fatalement froids et sans âme,\n comme la littérature latine des humanisants de la Renaissance, comme la\n peinture des Nazaréens et la sculpture de Canova, comme les essais plus ou\n  moins habiles, plus ou moins curieux, de tous les archaïsants. Conservons\n  aux glorieux primitifs une place d'honneur au répertoire de nos maîtrises ou\n  de nos concerts, comme nous conservons pieusement les monuments des\n  époques disparues. Quant aux compositeurs, qu'ils s'imposent l'obligation de\n  suivre l'esprit, non la forme des anciens. Le sentiment, l'expression, le\n  lyrisme, l'âme même dé l'art musical, ne sont-ce pas choses indépendantes\n  des formules, de la technique et, en quelque sorte, d'un style déterminé? Et\n  pourquoi ne pourrions-nous trouver en la langue musicale moderne, si\n  souple, si riche en nuances, si fertile en ressources, l'accent qui convient à\n  l'hymne impérissable de la foi, de l'espérance, de l'amour chrétien ?\n\n  Un jeune musicien d'Anvers, M. Louis Ontrop, contribue, de son côté, au\n mouvement de retour admiratif vers la musique ancienne. Le deuxième jour\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3145, "texte": " 298                              DURENDAL\n\n\n  de Noël dernier, puis le 29 avril, un chœur mixte, recruté pour la circon­\n  stance, et des solistes de bonne volonté, firent entendre, sous la direction du\n jeune maître, des œuvres sacrées d'anciens et de modernes : Palestrina, Alle­\n  gri, J.-C. Bach, Haendel, Mendelssohn, Cherubini, Tinel, C. Franck,\n  Blockx, Ontrop, etc. Ces programmes, un peu composites, témoignent du\n désir de bien faire, sans trop froisser des goûts invétérés. Malheureusement,\n l'exécution ne fut pas toujours à la hauteur des œuvres, ce qui s'explique par\n l'organisation un peu hâtive de ces concerts.\n     Une mention absolument élogieuse convient au travail consciencieux de\n  M. Carpay et des chanteurs de Saint-Boniface, à Bruxelles. J'ai eu la bonne for­\n tune de les entendre le 21 avril, dans la Missabrevis, de Palestrina. Avec des\n ressources peut-être insuffisantes (j'entends le nombre des chanteurs), M. Car­\n pay réalise des merveilles de style, de finesse, d'homogénéité. Absence de\n tout accent personnel, de toute intention dramatique, admirable tenue de\n voix, qui ont réussi à se défendre de cet abominable chevrottement qui sévit\n partout ailleurs (M. Hullebroeck n'a pu jusqu'ici extirper ce défaut chez ses\n chanteurs), art exquis des nuances, telles sont les qualités qui placent la maî­\n trise de Saint-Boniface au-dessus de toutes les autres. L'œuvre entreprise par\n l'éminent maître de chapelle de Saint-Boniface est d'autant plus méritoire\n qu'il ne la soutient que par des prodiges de dévouement et d'abnégation. Or,\n le défaut de ressources pécuniaires menace, dit-on, la stabilité de cette\n œuvre. Espérons, toutefois, qu'il se rencontrera assez d'âmes généreuses,\n assez de convictions ardentes pour ne pas laisser péricliter cette admirable\n entreprise.\n    Nous ne pouvons oublier ici le travail entrepris depuis longtemps déjà, et\ntoujours soutenu, par les Associations de Saint-Grégoire, dont l'organe est la\n revue Musica Sacra, publiée à Gand. Il semble, toutefois, que le bon grain\nsemé par ces associations ait bien de la peine à germer dans les grandes villes.\nSi l'on excepte la calhédrale de Tournai et Saint-Boniface, à Bruxelles, je ne\nconnais guère de maîtrise de quelque importance qui marche dans la voie des\nréformes désirables. Sans doute, la pénurie d'argent est pour quelque chose\ndans cette triste situation, mais la cause profonde du mal est ailleurs. Elle gît\nsurtout dans le mauvais goût de la foule, dans l'ignorance des maîtres de\nchapelle, dans l'incurie ou la pusillanimité du clergé, dans cet odieux entête­\nment des personnages influents, marguillers et autres, à vouloir ériger en\ndoctrine absolue leur incapacité et leur bêtise.\n    Dans l'attente de meilleurs jours, saluons avec respect les initiateurs\ndévoués et convaincus qui luttent, contre vents et marée, à relever le prestige\nde la liturgie catholique, soit au grand soleil de la publicité, soit dans\nl'ombre des coins perdus. Célèbres ou obscurs, leur mérite est égal, et Dieu\nles récompensera de leur ingrat labeur.\n                                                              F.   VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-012", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 299, "page_fin": 300, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art M. Haan d'Anvers a exécuté un rétable", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 356, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "Chronique d'Art\n  M. Haan, d'Anvers, a exécuté un retable en bronze doré et\némaillé, enrichi de pierreries, destiné à la chapelle de l'hôpital de St-Camille de\nLellis d'Anvers. C'est une très belle œuvre conçue dans le style du XIIIe siècle,\néminemment décorative. Le travail de ciselure est poussé avec un soin\nextrême. L'emploi habile et judicieux des émaux cloisonnés, qui sortent du\nreste des ateliers de M. Haan, dénote un artiste auquel les belles formes du\nmoyen âge sont familières. L'œuvre de M. Haan n'est pas un vulgaire et mala­\ndroit pastiche de l'art ancien. C'est un beau travail, fait avec conscience,\npar un ouvrier maître de son métier, connaissant à fond le style dans lequel\nil a ordonné son œuvre.\n   Nous publions, dans le présent fascicule, une reproduction du beau retable\nde M. Haan. Elle ne donne naturellement qu'une idée très imparfaite de\nl'œuvre elle-même.\n                                                                          H . M.\n\n   L e o p o l d W a l l n e r , une figure bien connue de notre monde musical,\nvient de s'affirmer avec autorité lors de la dernière audition donnée par\nM. Engel et Mlle Bathori. Ces deux excellents interprètes ont fait entendre\nune suite des mélodies de ce compositeur trop peu connu et dont les œuvres,\npar leur distinction, leur inspiration et leur facture soignée et émue méritent\nde fixer l'attention de tous ceux qui aiment la bonne et saine musique.\n   Il serait trop long d'analyser les œuvres que le public, convié à les savou­\nrer, a accueillies avec une faveur marquée ; il nous suffira de les énumérer et\nde signaler qu'elles ont, pour la plupart, été inspirées par d'exquises poésies\ndues aux plus raffinés de nos poètes belges :\n            Le Silence .                            Giraud\n            Echo de valse .                         Le Roy\n            Désir                                   Séverin\n            Chère, voici des fleurs                 Valère Gille\n            Le lis qui file .                       Van Leerberghe\n            Celle qui t'aime                        Kalm\n            Clair de lune                           Valère Gille.\n            Renoncement                             Giraud\n   Ce qui caractérise les transpositions musicales de Léopold Wallner, c'est\nla souplesse avec laquelle elles se plient aux moindres méandres du texte,\nsans fausser jamais la prosodie et sans perdre rien pourtant de leur valeur\nmélodique. Il serait, d'autre part, aussi malaisé qu'injuste d'apparenter son\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "300                                DURENDAL\n\n\nstyle à celui de l'un ou l'autre de ses prédécesseurs ou de ses contemporains:\nson originalité est entière, et c'est là un fait trop rare à notre époque pour ne\npas le relever avec insistance.\n   Nous ne pouvons mieux terminer ces quelques lignes qu'en émettant le\nvœu de voir notre ami et collaborateur Léopold Wallner sortir de son porte­\nfeuille les nombreuses œuvres qui y dorment et que des éditeurs, quelque\npeu soucieux d'art, devraient se disputer.\n                                                                      H . L. F .\n   E x p o s i t i o n d e M i d d e l e e r . — L'ensemble de toiles qu'avait réuni\nle peintre Middeleer, rue Royale, nous a montré son talent en sa pleine\nefflorescence. Il y avait là, riche, sain et varié, le produit d'un travail sincère\net l'indéniable affirmation d'un tempérament pictural des plus intéressants.\nPortraits — en minorité — paysages, vues de petites villes curieuses, inté­\nrieurs d'églises, le peintre aborde ces genres avec un courage heureux et des\narmes bien trempées. De Middeleer est un « tempérament » porté amoureu­\nsement vers la belle couleur, spontanée, ample, le plein air vigoureux et\ndélicat. Il donne l'impression de la robustesse, de la sincérité dans l'impres­\nsion; ses recherches sont intéressantes et rien n'est mièvre dans sa facture;\nla vie palpite dans ses toiles éloignées de toute exagération, par exemple ses\nGenêts où se manifestent, peut-être avec le plus de justesse, la touche franche,\nsavoureuse, robuste du peintre.\n   Citons encore, son intérieur d'église de la Chapelle, pleine de recueillement\navec un groupe de prieuses d'un joli mouvement, une tête de paysan d'une\npsychologie rude et ferme. En résumé, une exposition remarquable et la\nmanifestation d'un talent hardi, entreprenant, généreux, qui nous réserve\nsans doute encore pour l'avenir des surprises heureuses qu'on attend avec\nune vive sympathie.\n   Exposition de Jenny Bernier-Hoppe et Géo Bernier.—\nSi le succès d'une exposition doit se mesurer par la vente qu'elle favorise,\ncelle-ci fut sans conteste le plus fêté des salonnets qui s'ouvrirent au Cercle arti-\nstique. M. Bernier est paysagiste et animalier de fort agréable manière. Il n'y\na pas à nier que ses chevaux et ses vaches aient de la vigueur, de l'allure et ne\nrévèlent un métier adroit. Il possède d'ailleurs le talent de les entourer de bons\npaysages et ses toiles fort étudiées et suffisamment sincères ne peuvent que\nplaire énormément. M. Bernier n'innove pas : il reste avec sécurité, avec\nhabileté en pleine et bonne tradition flamande, sa vision est claire, bien\nportante, joyeuse et forte, sa palette souple, élégante, avertie. Telles de ses\npetites toiles constituent des notations fort heureuses, très distinguées, d'heure\nmatinale au bois ou d'atmosphère crépusculaire. Le talent de M. Bernier est\nsavoureux, lyrique par moments — Sérénité — consciencieux et habile. Ces\nqualités ont été vivement appréciées.\n   Mme Bernier-Hoppe expose de jolis portraits, attirants et sans doute un\npeu trop posés, où la forme l'emporte visiblement encore sur le fond, et des\nfleurs heureusement réussies, d'une élégance et d'une composition agréables.\n                                                                          G. B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-013", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 303, "titre_corps": "Une Conférence de M. René Doumic sur le Féminisme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louise Van den Plas", "ancre_debut": "Une Conférence de M. René Doumic sur le Féminisme M. René Doumic a donné récemment", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 358, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "Une Conférence de M. René Doumic\n                            sur le Féminisme\n\n\n   M. René Doumic a donné récemment, au Cercle des Matinées littéraires, avec\nbeaucoup de talent, d'esprit et de conviction, une conférence à peu près aussi\nanti-féministe qu'il était possible de la faire. Nous disons à peu pris, parce\nque M. Doumic, suivant en cela l'exemple de la plupart de nos adversaires,\nvoue le féminisme aux gémonies tout en acceptant une partie de son pro­\ngramme.\n   M. Doumic reconnaît que la femme doit avoir la liberté du travail, c'est-\nà-dire le libre accès à toutes les professions, vu que le nombre des femmes qui\nne trouvent pas à se marier est considérable; il déclare juste et nécessaire\nque la femme, mariée ou non, ait le droit de disposer de son épargne et de son\nsalaire; mais pour lui, ces questions-là n'ont rien à voir avec le féminisme. Il y a\ndans cette assertion de quoi étonner un peu les féministes qui, depuis des\nannées, ont dépensé tant d'efforts pour obtenir la réalisation de ces deux\npoints très importants de leur programme. Mais passons.\n   Notons cependant que, si M. Doumic trouve désirable que les femmes aient\nun gagne-pain, il trouve fort mauvais qu on développe leur instruction, parce\nque l'amour excessif de la science détourne du mariage. En admettant que\nceci soit exact, nous n'y verrions pas grand inconvénient, puisque ce serait la\nsuppression des vieilles filles. En effet, la vieille fille est par définition une\npersonne qui a le caractère aigri parce qu'elle ne pardonne pas aux hommes de ne\nl'avoir pas épousée. Que la science ôte à quelques milliers de célibataires le désir\nou le regret du mariage, cela augmentera les chances du mariage des autres :\nnous aurons encore des femmes non mariées, mais le type classique de la\nvieillefille aura vécu !\n   M. Doumic nous apprend qu'il y a parmi les féministes, non seulement\ndes vieilles filles, mais aussi d'excellentes mères de famille et même des\nhommes; que les féministes se recrutent dans tous les rangs de la société et\nparmi les personnes de toutes les opinions, car il y a un féminisme chrétien, car il\ny a des féministes bien pensantes et dévotes comme à l'extrême-gauche il y en a de\ntendances — toutes contraires.\n   Ceci posé, le conférencier englobe les féministes de toutes couleurs dans\nune réprobation absolue, convaincue, presque haineuse, car toutes, ce sont\ndes révoltées, qui amèneraient, si elles pouvaient réussir, la ruine de la famille\net de la société !\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3350, "texte": " 302                                DURENDAL\n\n\n     Et voici comment M. Doumic définit le féminisme :\n     Les efforts des féministes tendent principalement à l'émancipation des\n  femmes mariées. Jusqu'à présent c'était le mari qui était chargé de diriger les\n  intérêts du ménage ; c'était lui qui était le chef de la famille : il devait protec­\n  tion à sa femme et celle-ci lui devait obéissance ; c'était le mari qui, dans\n  l'éducation des enfants, décidait en dernier ressort, et quand il était ques­\n  tion d'établissement pour ces enfants, c'était encore le consentement du père\n  qui était indispensable et qui suffisait.\n     Aujourd'hui, les féministes veulent bouleverser tout cela. Elles ne veulent\n  plus obéir, elles ne veulent même plus être protégées.\n     M. Doumic assure que les féministes, tous les féministes ne visent que\n l'élargissement du divorce pour arriver à l'union libre, et il décrit, de main de\n maître, le tableau devenu presque classique du malheur de la société et sur­\n tout de la femme quand l'état des mœurs aura encore empiré : aujourd'hui\n déjà, les divorces sont, en France, de plus en plus nombreux et l'union libre\n tend à devenir la règle. Le conférencier n'oublie qu'une chose, c'est que ces\n exemples tirés d'un pays dont la législation est très peu féministe, ne prouve\n guère contre le féminisme et il est permis de se demander si des lois moins\n barbares pour la femme ne diminueraient pas, au contraire, le nombre des\n unions libres et des divorces.\n     La vertueuse indignation de M. Doumic s'attaque à ces trois revendica­\n tions : remplacement de l'autorité paternelle par l'autorité parentale; suppres­\n sion de la puissance maritale; suppression de l'autorité maritale.\n     Nous ne voyons pas bien ce qu'il y a d'immoral à prétendre que la mère doit\n avoir quelque autorité sur les enfants qu'elle a mis au monde au péril de sa\n vie, qu'elle a nourris, dont elle a préservé la frêle existence et formé la jeune\nâme. Nous trouvons, au contraire, très peu conforme à l'idéal de la famille\nque le père seul ait le droit de décider de l'éducation et de l'établissement des\nenfants et qu'il ait le droit de les séparer de leur mère si bon lui semble. Nous\nsavons bien qu'on évoque, contre l'autorité parentale, le spectre de la justice\nobligée d'intervenir en cas de désaccord des parents; mais dans un cas simi­\nlaire ce spectre est depuis longtemps une réalité, puisque l'obéissance due\npar la femme au mari n'a d'autre sanction que celle prononcée par la\njustice.\n    Passons à la puissance maritale, c'est-à-dire au pouvoir que le mari exerce\nsur la personne de sa femme.\n    M. Doumic a tort de reprocher aux féministes, pris en bloc, de vouloir\ndétruire le mariage. Si quelques exaltés préconisent de pareilles théories, la\ngrande majorité des féministes ont le respect de la famille, et parmi ces der­\nniers il en est beaucoup — entre autres les féministes chrétiens — qui ne\ndemandent pas que la puissance maritale soit abolie, mais qu'on y apporte .\ncertaines restrictions pour empêcher les abus.\n    Mais, en vérité, quand bien même la France et la Belgique supprimeraient\nla puissance maritale, suivant l'exemple de l'Angleterre et de la Norwège\n(qui ne sont pas pour cela tombées en anarchie), nous ne croyons pas à l'exac­\ntitude des déductions que M. Doumic tire de cette hypothèse.\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "               UNE CONFÉRENCE DE M. RENÉ DOUMIC                              303\n\n\n   Il semble croire que ce seul fait changerait radicalement la nature de la\nfemme et la rendrait incapable de dévouement. Mais le dévouement et la\nsoumission sont choses absolument indépendantes; la mère qui se dévoue\npour ses enfants le fait-elle par soumission? Nous avions toujours cru, d'ail­\nleurs, que le dévouement par obéissance ne méritait pas ce nom ; la femme\nqui se dévoue réellement, est celle qui se sacrifie par amour pour son mari, par\namour pour ses enfants; et M. Doumic avoue lui-même que les ménages où,\nen dépit des lois, la femme commande ne sont pas les moins heureux.\n    Parlons, enfin, de l'autorité maritale, c'est-à-dire du pouvoir que le mari\nexerce sur les biens de la femme. Le conférencier a à. peine effleuré ce\npoint, peut-être parce qu'il sentait que c'était le moins défendable de sa thèse.\n    D'après le régime pécuniaire de droit commun en France et en Belgique,\ntous les biens de la femme (excepté les immeubles) tombent dans la commu­\nnauté, et c'est le mari qui est seul administrateur des biens de la communauté.\n« Il peut les vendre, aliéner et hypothéquer sans le concours de la femme »\n(art. 1421 du Code civil). C'est-à-dire que l'ouvrier est seul maître de l'avoir\nde sa femme; qu'il peut, pour aller boire, vendre les meubles apportés en\nménage par l'épouse ; c'est-à-dire que le débauché élégant peut entretenir ses\nmaîtresses avec la fortune de sa femme, sans que celle-ci puisse protester !\nPour considérer un pareil Code comme une arche sainte, il faut n'être pas\n difficile !\n    M. Doumic a raison en un point : oui, c'est surtout le sort de la femme\n mariée que nous voulons améliorer; oui, nous voulons qu'elle ait autorité sur\n ses enfants; nous voulons la protéger contre les abus de la puissance maritale ;\nj'ajouterai que notre but principal et immédiat est de faire supprimer complète-\n ment l'autorité maritale, comme en Italie, en Angleterre et en Russie. Mais nous\n avons la conviction absolue que nous accomplissons, non pas une œuvre\n néfaste, mais une œuvre juste, morale et civilisatrice. Nous croyons que le\n salut de la famille ne nécessite pas l'écrasement légal de celle qu'on nomme,\n par une poétique antithèse, la « reine du foyer », et nous trouvons étrange\n qu'on nous applique cette épithète de révoltées comme un blâme et presque\n une injure, alors que nous nous révoltons au nom de la morale contre\n une véritable iniquité législative, celle qui déclare le vol légitime du moment\n que le voleur est le mari et que la victime est l'épouse qu'il avait juré de\n protéger !\n                                                 LOUISE VAN DEN PLAS,\n                                         Secrétaire générale du Féminisme chrétien\n                                                         de Belgique.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-014", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 315, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LA POÉSIE Anthologie des poètes lyriques français", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 361, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "LES LIVRES\n\n\nLA POÉSIE :\nAnthologie des poètes lyriques français de France et de\n l'étranger, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours,\n   par I. FONSNY et J. VAN DOOREN. — (Verviers, Alb. Hermann).\n   Si la composition — on pourrait dire la fabrication — d'une Anthologie\napparaît chose difficile, compliquée, voire même périlleuse, il n'est guère aisé\nnon plus de parler de ces sortes d'ouvrages ni d'en donner une idée. Un\nvolume de vers, un roman, un drame, pour quiconque a l'œil un peu exercé,\nse jugent assez rapidement. Une Anthologie, au contraire, doit se lire comme\nelle fut élaborée : lentement, patiemment, et avec réflexion. Et ce travail une\nfois achevé, tout ce que l'on peut révéler au lecteur que l'ont s'est chargé de\nrenseigner, se résume en quelques vagues appréciations telles que celles-ci :\ncette Anthologie est complète, ou ne l'est pas; — elle peut-être mise, ou non,\nentre les mains des jeunes filles ; — elle me plaît, ou ne me plaît pas.\n   Je suis heureux de rassurer tout de suite les consciencieux auteurs de cet\nexcellent ouvrage : leur Anthologie est aussi complète que peut l'être un\nchoix de poésies lyriques en un volume; aucun des poèmes cités n'est de\nnature à blesser les plus chastes oreilles; enfin, ce recueil me plaît. Il me plaît\nmême vivement, et je n'hésite pas à le recommander à tous les amateurs de\npoésie. C'est un bouquet touffu, multicolore, et très diversement parfumé. On\ny trouve de tout, depuis les Chansons d'amour courtois et les tensons du XIIIe siècle,\njusqu'aux œuvres les plus bizarres des symbolistes d'aujourd'hui. Je n'en fini­\nrais pas, s'il me fallait énumérer les perles de ce gigantesque écrin : il n'y a\npas une pièce célèbrequi n'y figure. MM. Fonsny et Van Dooren, ayant assumé\nla tâche ardue de résumer en un volume les multiples manifestations de la\npoésie lyrique française au cours des siècles, ont pris le parti le plus sage :\nils ont, faisant abstraction sans doute de leurs préférences personnelles, inséré\ndans leur Anthologie les chefs-d'œuvre consacrés déjà par une longue admi­\nration : tels le Malade, la Jeune captive et la Jeune tarentine de Chénier ; le Vallon,\nl'Isolement, le Lac, le Crucifix, de Lamartine ; Napoléon II, à Villequier, Booz\nendormi, de Hugo. (Ces poètes, d'ailleurs, sont représentés par d'autres pièces\nencore : j'ai cité ces exemples pour indiquer l'esprit qui a présidé à la confec­\ntion de l'ouvrage.) Et je crois qu'en effet c'était là le plus sûr moyen de ne se\npoint fourvoyer: on a beau dire, les suffrages de la postérité ne se dispensent\npas si mal; et quand une œuvre a passé, de génération en génération, sans\nperdre de son prestige, il y a beaucoup de chances pour que cette œuvre soit\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "                                 LES LIVRES                                  3o5\n\n\nréellement un chef-d'œuvre. Nous devons louer les auteurs de ce florilège de\nl'avoir compris.\n   Oh 1 ce n'est pas qu'il n'y ait rien à redire à leur choix. Je leur reprocherai\nd'avoir fait la place trop large à certains rimeurs, comme Jean Rameau, Jac­\nques Normand, Grandmougin, d'autres encore. Et je me permettrai de leur\nsignaler, pour une seconde édition que je leur souhaite de tout cœur, quelques\npetites lacunes : Charles Cros et Edouard Dubus ont été oubliés; Raoul\nPonchon aussi, dont l'archaïque modernité a une saveur bien drôle; et puis\nil y a encore les sonnets de Jean Lorrain, et d'exquises œuvrettes de Paul\nArène. Par contre, les Ames du purgatoire d'un certain Paul Marrot feraient\nplaisir à maintes âmes catholiques d'ici-bas, en débarrassant de leur présence\ncette Anthologie du reste scrupuleusement honnête.\n   En appendice, la Belgique, la Suisse, le Canada, la Roumanie elle-même,\nsont représentés par leur meilleurs poètes. Sans être chauvin le moins du\nmonde, il faut convenir que notre pays l'emporte, et haut la main, dans cette\nlutte pacifique : il semble que les glaciers des Alpes et les déserts canadiens\nne soient guère propices à l'éclosion de cette fleur délicate et rare, et qui\npousse plus haut encore que l'edelweiss, qu'on nomme la Poésie.\n\nP è l e r i n a g e s , par LÉONCE DEPONT. — (Paris, Lemerre.)\n   Les lecteurs de cette Revue ont pu apprécier déjà le pur et probe talent de\nM. Léonce Depont. Artiste laborieux et persévérant, il a publié, dans l'espace\nde quelques années, une trilogie qui forme une œuvre considérable : Sérénités,\nDéclins, et ces Pèlerinages qui viennent de paraître. Ces trois recueils ont été\nsuccessivement couronnés par l'Académie française.\n   Et si jamais poète fut digne des suffrages académiques, c'est bien celui-ci.\nM. Depont, parmi les poètes qui se distinguèrent en France dans ces derniers\ntemps, se révèle sans conteste le plus impeccablement classique. Ses poèmes\nbrillent et plaisent par des qualités de mesure, de correction, de clarté et d'élé­\ngance, qui font de chacun d'eux un modèle d'Anthologie. Nulle recherche\nde bizarrerie, aucune prétention à la nouveauté; pas le moindre écart de lan­\ngage, pas la plus timide dérogation aux lois rigoureuses de la prosodie.\nL'auteur des Pèlerinages se soucie avant tout de l'ordonnance et du rythme, de\nla pureté des lignes, en un mot de la perfection. Ses suites de poèmes font\nsonger à ces majestueux jardins français, symétriques, élégants et soigneuse­\nment peignés, où disparaît le charme de l'imprévu, du caprice et de l'indé­\npendance, où les végétations folles sont impitoyablement sacrifiées. Ils sont\nun peu froids, ces jardins : mais ils abritent le geste impérissable des marbres\net la gloire immortelle des palais. Telle est l'œuvre de M. Léonce Depont.\n   L'inspiration en est diverse et multiforme, d'ailleurs, si le moule en est\nun peu monotone : elle embrasse à la fois la Fable et la Nature, l'Histoire et\nl'Amour, les plus lointains domaines de l'espace et du temps. Et d'autres\nqualités que celles dont j'ai parlé, recommandent ce livre aux fervents depoésie:\nles vers de M. Depont sont tantôt emportés par un souffle d'éloquence pro­\nfonde, tantôt pénétrés d'une émotion discrète qui n'en trouve que mieux le\nchemin du cœur, et le plus souvent touchés de ce rayon suprême de Beauté\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": " 306                               DURENDAL\n\n\n qui palpite au sommet d'une ode ou d'un sonnet, comme une claire lueur au\n faîte d'un temple harmonieux.\n                                                                   F. A.\n\n L e s P e t i t e s H e u r e s , par GEORGES CASELLA. — (Paris, Edition de la\n   Revue dorée. )\n   M. G. Casella prouve, tout au long de ce gracieux recueil, qu'il possède\nplusieurs des qualités dont l'ensemble contribue à former un aimable talent de\npoète. Il chante l'amour avec tendresse, en vers discrets et doux, auxquels je\nreproche seulement de manquer parfois de cette souplesse aisée qui est une\ncondition de l'harmonie. Sa forme gagnerait à être un peu plus surveillée. En\ndépit de ce défaut, nombre de ses strophes forcent l'attention, et exigent qu'on\nles relise, pour y réfléchir et s'y plaire encore.\n\nL e s S o u r c e s s e r e i n e s , poèmes en prose, par RENAUD STRIVAY. —\n   (Seraing, Georges Lecomte.)\n   Tableautins aux couleurs fraîches, légers croquis, méditations d'un instant,\nces petits poèmes en prose, souvent gracieux, seraient parfois fort bons, si\nl'auteur voulait en soigner un peu plus la forme.\n                                                                  C H . DE S.\n\nLE ROMAN :\nŒuvres complètes de Léon Tolstoï. — (Paris, Stock, éditeur.)\n   L'éditeur Stock a entrepris une publication complète des œuvres de\nTolstoï. Cinq volumes ont déjà paru : le premier renferme cette touchante et\nfraîche idylle qui s'intitule Enfonce et adolescence et qui est comme un portique\nde grâce et de candeur à un monument de grandeur parfois farouche. Puis\nviennent Sébastopol et les Cosaques, ces premiers récits de guerre du grand\nécrivain russe, d'une beauté si empoignante en leurs notations fiévreuses et\nhachées — belles comme la vie elle-même.\n   La traduction des œuvres de Tolstoï est faite par M. J.-W. Bierstock : elle\nest admirablement nette, concise, sans vaines fioritures et elle laisse à l'idée\ntoute sa force et toute sa saveur initiale.\n   Chaque volume est complété par un très artistique portrait de Léon\nTolstoï — à tous les âges de sa vie.\n   Ajoutons que la publication de la maison Stock est une œuvre de vulgari­\nsation littéraire qui mérite d'être d'autant plus approuvée que l'éditeur a mis le\nprix de cette intéressante collection à la portée de tous : chaque volume des\nœuvres de Tolstoï se vend fr. 2.50.\n   Pour donner à nos lecteurs une idée de l'importance capitale de cette\nnouvelle édition des œuvres complètes de Tolstoï, nous résumons ici la\ndéclaration de l'éditeur :\n   « En présentant au public français cette édition nouvelle et définitive des\nŒuvres complètes de Léon Tolstoï, nous croyons devoir en faire ressortir le\ncaractère, ainsi que les titres qui la désigneront à l'approbation des écrivains\net des penseurs.\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3243, "texte": "                                 LES LIVRES                                 307\n\n\n   » Notre édition peut être regardée comme inédite, et voici pourquoi. On\nsait que la censure, en Russie, supprime dans les ouvrages des écrivains russes,\ntous les passages qui lui déplaisent. L'acheteur de ces livres ne peut donc se\nformer de leur contenu qu'une idée tout à fait imparfaite. C'est ainsi que, comme\nl'explique M. Paul Birukov dans la préface placée en tête du premier volume,\non s'est longtemps mépris sur la signification des livres de Tolstoï, sur le\nsens et la portée qu'il exprimait. Depuis que des traductions, publiées un\npeu partout, ont aidé leur diffusion, quelques lacunes ont pu être comblées :\njamais ou presque jamais cependant un lecteur ou un critique n'a eu sous les\nyeux un texte qui fût véritablement sincère et conformée l'original, qui, en\nun mot, n'eût pas été tronqué en maint endroit.\n   » Il a paru en effet mainte édition française d'ouvrages de Tolstoï que les\ntraducteurs avaient remaniés à leur guise, retranchant et raturant d'impor­\ntants fragments des textes. Ces traductions ne sont donc pas sincères, soit\npar la faute de la censure, soit par la faute des traducteurs — mais non pas\nde tous les traducteurs.\n   » La publication que nous offrons au public français est complète à un\ndouble point de vue, d'abord parce que la pensée de l'auteur y est toujours\nrespectée, y apparaît avec son caractère propre, son entière personnalité, et\ndans les mêmes conditions que si elle n'avait jamais été déformée ou mutilée\npar les censeurs ou les traducteurs.\n   » Notre édition des Œuvres complètes de Léon Tolstoï comprendra quarante-trois\nvolumes d'environ quatre cents pages chacun. La traduction, aussi littérale\nque possible, sera faite d'après les textes revisés et comparés par M. Paul Birukov,\nsur les manuscrits originaux de Tolstoï.\n   » De telles garanties d'authenticité et de sincérité nous semblent assez méri­\ntoires et dignes de l'attention des lecteurs désireux de bien connaître et de\nsuivre, dans toutes les phases de sa puissante évolution, un écrivain de la valeur\nde Tolstoï, pour que nous n'insistions pas davantage sur le caractère d'inédit\net d'intégrité littéraire par où se distingue à nos yeux la présente publication.\n   » Nous réunirons dans cette édition, première en son genre, tout ce que\nTolstoï a écrit et dont il a autorisé la publication. En y joignant les variantes\net en corrigeant les fautes qui ont pu se glisser dans les manuscrits, nous\nespérons faire de cette édition complète des œuvres de Tolstoï un monument\ndéfinitif et, si possible, irréprochable.\n   » Nous continuerons de compléter chaque volume de notes bibliographi­\nques qui feront connaître au lecteur quelques circonstances intéressantes\nrelatives à l'apparition et à la composition de l'œuvre, ainsi que les indica­\ntions de bibliographie française.\n   » Nous avons aussi entrepris d'écrire une biographie de Tolstoï qui formera\nles deux derniers volumes de cette édition. »\n                                                                          F . V.\n\nL e P e t i t H o m m e d e D i e u , par CAMILLE LEMONNIER.— (Paris, Ollen­\n  dorff).\n  Chaque année, Ivo Mabbe représente, dans la célèbre procession de\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "308                                DURENDAL\n\n\n Furnes, notre doux Sauveur entrant à Jérusalem, sur le dos d'un âne, et la\nmain levée pour bénir et pour promettre le ciel. Ivo Mabbe garde l'empreinte\nde cette solennité. Il conforme sa vie aux enseignements divins; il se veut un\nexemple des plus rares vertus, et bientôt gagné par son propre zèle, il se\npersuade et persuade les autres qu'il est vraiment un nouveau Christus. Petit\nHomme de Dieu ! Petit Homme de Dieu !... Ainsi l'appellent les bonnes\ngens de la villette qu'émeuvent ses extraordinaires mérites. E t près d'Ivo\nMabbe vivent tous les acteurs processionnaires du drame sacré. C'est\nd'abord la belle Cordula. Dans le cortège, elle évoque les grâces de la Made­\nleine, et, discrètement, dans la vie réelle, elle entoure Ivo Mabbe d'une tiède\naffection. C'est Pilatus, au nez crochu, au visage évidé, qui redevient, après\nla cérémonie, un serrurier triste, chagrin, limant de la tôle et ayant les mains\ntoujours sales. Pour ce Pilatus, les sympathies ne sont pas bien vives. Le\nfaux bonhomme triche au jeu, lorsque Mabbe, par bonté d'âme, oubliant ce\nqu'il est dit dans les saintes Ecritures, s'en va à la tombée du jour faire avec\nlui une partie de smosejas. C'est encore le roi noir d'Arabie... Badilon, ancien\ndouanier pensionné... Badilon ouvre ses grosses lippes bleues, et les oiseaux\nrient dans les branches, croyant apercevoir des prunes... Badilon est crédule\net ingénu comme un vrai nègre.\n   Ceux-là et vingt autres personnages mènent leurs jours avec le souvenir du\nrôle qu'ils remplissent à la procession annuelle; aucun, cependant, n'égale\nen sincérité, en enthousiasme, le bon Ivo Mabbe. On respirera dans ce livre\nexquis les parfums mystiques de son âme. On compatira aux souffrances dont\nest abreuvé le Petit Homme de Dieu quand, à l'exemple du divin Maître, il\ns'avance vers ceux que les notables et les riches tiennent en mépris. Une sil­\nhouette traverse furtivement les droits chemins de Mabbe et laisse après elle\nun frisson inquiet parmi les calmes floraisons évangéliques qui bordent ces\nchemins : la figure d'une petite fille sauvage, d'un petit animal livré aux\ninstincts, — la fillette s'appelle si nerveusement « Iljel », — est, en quelque\nsorte, le lien qui rattache à la cruelle réalité toutes ces existences touchées\nd'une grâce candide.\n   Certaines peintures sont ici comme un rappel d'oeuvres de primitifs, cer­\ntaines couleurs semblent empruntées à de gothiques vitraux. Des expressions\npicturales y apparaissent neuves, inattendues, hardies, et pourtant elles\ns'apparentent merveilleusement à cet aspect d'une vie de Flandre, menue,\ndévotieuse, gourmande un peu..., dans l'attente du beau paradis bleu, où\nnous mangerons, en société d'angelets roses, du riz au lait sucré, avec des\ncuillères de vermeil !\n                                                             GEORGES VIRRÈS.\n\n\nL e M a r i a g e d e M i n u i t , par HENRI DE RÉGNIER. — (Paris, Mercure de\n   France.)\n   « Après avoir lu, il me dit d'un air irrité : « Je ne veux plus que tu fasses de\n» semblables riens, car les autres s'en tireront tout aussi bien que toi. » Nul ne\ncroira qu'une modestie sincère ait conduit M. de Régnier à épigraphier de\ncette phrase inattendue de Goethe son dernier roman. Un écrivain ne\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "                                  LES LIVRES                                  309\n\n s'ignore jamais à ce point. Le poète de la Cité des Eaux se doute bien un peu,\n puisque chacun le sait, que de ces riens délicieux personne, à cette heure,\n ne se tirerait mieux que lui. Au reste, je ne pense pas que l'on puisse, à lire\n ses contes vifs, piquants, nerveux et hardis, prendre plus de plaisir qu'il n'en\n goûte lui-même, visiblement, à les composer : le goûterait-il vraiment s'il\n en fallait faire si peu de cas ?\n    Ce sont des mœurs contemporaines que peint aujourd'hui l'auteur de la\n Double Maîtresse et du Bon Plaisir, et j'abandonne aux moralistes le soin de\n décider si elles sont plus édifiantes que celles du passé. Orpheline à vingt ans,\n de bonne maison, pure, fière et pauvre, Mlle Françoise de Cléré a été\n recueillie par sa tante, Mme Brignan, dont la conduite n'est pas selon Dieu.\n Les quarante ans de cette veuve, bonne, insouciante et facile, flambent encore\n d'une longue jeunesse de cœur. On est exposé toujours à partager malgré soi\n la réputation d'une personne dont on partage l'existence. Mme Brignan nuit à\nsa nièce. Qu'importe que Mlle de Cléré soit droite, franche et honnête? Elle est\n la nièce de Mme Brignan, dont l'existence ne peut avoir pour elle de mystères.\n De là, autour d'elle, une petite déconsidération sourde qu'elle sent, présente\n et imperceptible, qui l'environne d'une sorte de soupçon doucereux qu'elle\nest impuissante à dissiper et qu'elle perçoit distinctement dans un salut, une\npoignée de main, une allusion, un sourire, mille riens dont elle souffre, qui\nla blessent et l'humilient. Elle est de celles à qui les hommes croient pouvoir\nmanquer de respect. Devant elle, ils croient pouvoir oser, et ils osent, jusqu'au\njour où, sa pudeur révoltée l'ayant contrainte de fuir la maison trop hospita­\nlière de Mme Brignan, elle trouve un honnête homme, son ami dès longtemps,\nPhilippe Le Hardois, qui, confident de sa détresse, lui offre sa main.\n    Ici, comme dans ses précédents romans, M. de Régnier se révèle le plus\ndélicieux des conteurs. Tout un monde peu flatté, « le monde », s'évoque;\net ce sont des portraits merveilleux de finesse, de précision, de vérité. M. de\nRégnier a mieux que de l'esprit, de l'émotion. Si maints propos trop libres ou\nl'audace de quelques tableaux peuvent choquer, les scènes qui closent le\nroman sont d'un pathétique neuf et très haut, dignes d'un maître.\n                                                                         M.D.\nŒ u v r e s c o m p l è t e s de PAUL BOURGET. Tome cinquième. U N E I D Y L L E\n   TRAGIQUE, LA D U C H E S S E B L E U E . — (Paris, Plon.)\n   Ce nouveau volume de la collection, éditée par M. Plon, des œuvres com­\nplètes de Bourget, renferme deux études qui apparurent depuis le début, au\npoint de vue de la technique et du style, comme des meilleures de Bourget.\n   Elles datent du moment où l'écrivain, par son style ample et nuancé, et le\npsychologue, par sa compréhension et sa pénétration, atteignirent à la\nmaîtrise :\n   Au point de vue moral, si Idylle tragique et la Duchesse Bleue profèrent des\nsituations délicates et hardies, le souci de la responsabilité de l'artiste qui, dès\nlors déjà, hanta M. Bourget, aigrette ces deux romans de leçons bienfaisantes\net réparatrices pour ceux que l'auteur de Mensonges aurait pu entraîner vers le\ndilettantisme insouciant et jouisseur qui caractérisa sa première manière.\n                                                                            F . V.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": " 310                                DURENDAL\n\n\nL ' I m m o r a l i s t e , par ANDRÉ GIDE. — (Paris, Mercure de France.)\n   Il convient de louer l'art exquis de ce livre. Le style de M. Gide a\nla valeur, la couleur et le rythme. Qu'il se plaise à décrire les jardins\nombragés de palmiers où les petits Tunisiens s'ébattent en plein soleil,\nou bien les côtes de la Sicile, se déroulant avec mollesse dans l'inef­\nfable pureté du ciel et de la mer, ou bien encore les gras pâturages\narrosés de frais ruisseaux et les vergers de pommiers de la verte Normandie,\nil donne de ces beaux lieux au charme varié une impression complète qui\nravit tous les sens. On respire l'air de ses paysages, comme on goûte la\nsaveur des brises qui les caressent, comme on y hume avec volupté l'arome\ndes fruits et des fleurs. La phrase, délicieusement française, car M. Gide est\nl'un de ces puristes que l'on pourrait appeler classiques de demain, se con­\nforme harmonieusement aux détours les plus capricieux de la pensée. On se\nplaît à la lire, à la relire lentement, pour mieux en apprécier tous les charmes.\n   Mais M. André Gide est autre chose qu'un styliste, c'est aussi un ironiste,\nqui, dans le cas présent, tend à moraliser. Ici nous ne tombons plus d'accord\navec lui. Son Michel nous paraît un piètre sire, et notre sympathie s'en va de\nsuite à sa femme, cette gracieuse et douce Marceline, que son égoïsme\ntraîne à la mort. Que la maladie ait transformé l'intellectuel qu'il était en un\nimpulsif, vivant uniquement et voluptueusement la vie physique, dégagé des\nlois morales dont il finit par ne plus avoir notion, allant jusqu'à braconner\nsur ses propres terres, — ce qui paraît bien le comble de l'immoralisme, —\ncela n'atténue que légèrement la répulsion un peu agaçante qu'il nous inspire.\nAussi bien M. Gide ne l'approuve-t-il pas, sans toutefois le blâmer. Et l'on\ndevine, penché au-dessus de ses pages, l'indéchiffrable sourire de son ironie.\n\n S o u r i r e s p e r d u s , par le comte D'ARSCHOT. — (Bruxelles, Lacomblez.)\n    Un nom aimé des lecteurs de Durendal, qui se souviennent d'avoir goûté\nle charme des trop rares poèmes, d'impression subtile et distinguée, qu'il\nsigna ici-même. Le présent recueil réunit une douzaine de contes, nou­\nvelles et fantaisies, ou l'on a tôt fait de trouver l'unité de sentiment qui les syn­\nthétise et que l'on pourrait désigner à peu près en ces termes : l'inquiétude du\nbonheur. Les héros du comte d'Arschot sont tous, ou peu s'en faut, des dilet­\ntantes d'impression et de sentiment, en proie au mal bien moderne qui con­\nsiste à analyser sans répit ses joies et ses tristesses, à les comparer, à en peser\nla valeur, avec une minutie d'orfèvre maniant des métaux précieux. Il n'est\nguère de bonheur qui reste pur de tout alliage après un tel examen. La joie\ny apparaît vite une chose d'un instant, que la répétition des lendemains\npareils usera peu à peu. Aussi ne nous étonnons pas de voir certains héros\nde ces récits renoncer, en pleine possession d'eux-mêmes, à ce qui fait pour\neux le charme de la vie, afin de substituer à un avenir que le continuel retour\ndes mêmes joies ferait morne la douceur triste du souvenir et du regret.\nMais il arrive parfois que la vie se rie d'un pareil effort, car il est anormal de\nsoupeser ainsi son bonheur, au lieu de l'accepter simplement, et les rouages\nd'un cœur trop compliqué se dérangent au moindre heurt.\n  Compliqués, ils le sont certes, ces mondains se laissant vivre avec délica-\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "                                   LES   LIVRES                                311\n\n\n fesse, épris d'art et d'amour, dont M. d'Arschot esquisse adroitement les fines\n silhouettes, unies par un lien fait de volupté et de tendresse rêveuse à des\n femmes au charme étrange, mûries par l'âpre soleil de la passion. Les\n plus longs de ces récits : En plein bonheur, Un dilettante, Des ressemblances nous\n les montrent aux prises avec la vie, souffrant du mal d'être heureux en sachant\n leur bonheur précaire. D'autres, brefs et rapides, analysent simplement un\n état d'âme, un regret, un souvenir. D'autres enfin, tels la Vision du vieux Roi,\n que publia Durendal, sont des poèmes en prose, d'un symbolisme discret.\n Tous plaisent, à des degrés divers, par l'impression de lassitude spéciale qui\n en émane, et aussi par l'aisance harmonieuse de leur style. Le talent du comte\n d'Arschot s'attache aux demi-teintes, aux nuances délicates, aussi bien dans\n l'étude du cœur humain que dans la description des choses. Son charme est\n subtil autant que durable; la goutte d'essence de rose y parfume.\n\nV a r e n k a O l e s s o v a , par H. GORKI, traduit par S. KIKINA et\n   P.-G. LA CHESNAIS. — (Paris, Mercure de France.)\n   L'âpre et vigoureux talent de Gorki me paraît plus apte à tracer dans le\ncadre d'une rapide nouvelle un tableau palpitant de vie qu'à développer une\nintrigue romanesque. C'est dans la réalité de tous les jours, chez les paysans,\nles déclassés, les mendiants que son art a trouvé ses inspirations les meil­\nleures. Bien que sa Varenka Olessova, l'héroïne de ce roman, soit une\nexquise sauvagesse, bien que l'idylle dont elle fait le charme, se déroule en\nde merveilleux paysages, à l'ombre de forêts édéniques ou au bord de\nfraîches rivières, plus d'une fois, au courant de la lecture l'intérêt languit.\nEt l'on est heureux de retrouver, dans un des contes qui terminent le volume,\nVingt-six et une, le vrai Gorki, redoutable poète des humbles et de leurs souf­\nfrances ignorées.\n\nL o n g u e R o u t e , par FRANÇOIS GILETTE. — (Paris, Plon.)\n   Un caractère de jeune fille, Consuelo Galdos, ardente, aimante et volon­\ntaire, bien étudié et mis en lumière par l'auteur, contribue surtout à faire\nlire avec plaisir ce roman facilement écrit.\n\n M a r q u é e , par H. MAISONNEUVE (Paris, Plon).\n   Ce roman traite avec délicatesse un sujet difficile. Un médecin de cœur\nnoble et franc, aime une jeune religieuse de l'hôpital où il pratique, la mère\nSaint-Colomban. Celle-ci se laisse lentement gagner par cet amour, et,\ncomme elle n'a pas encore prononcé ses vœux, échange contre le voile noir\ndu couvent le voile blanc des fiancées. Mais elle est marquée pour les joies\nmystiques de l'au-delà; elle meurt après avoir effleuré seulement le bonheur\nrêvé.\n\nL e C o m t e d e P é r a z a n , par E. RESCLAUZE DE BERMONT (Paris, Plon).\n   Roman romanesque, plein de beaux caractères et de grandes passions, se\nlaissant lire; il n'est guère d'autre éloge à en faire, mais c'en est déjà un, par\nces temps où l'in-18 jaune se fait de plus en plus encombrant.\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3130, "texte": "3l2                               DURENDAL\n\n\nP a u l e t t e s e m a r i e , par A. NOËL. — (Paris, Plon.)\n   Cette petite Paulette raconte fort gentiment comment, après avoir failli\ns'éprendre d'un capitaine, puis d'un musicien, elle épousa un peintre, ami du\nsecond, et qui, durant son temps de service, avait fait le portrait du premier.\nTout un petit monde, nettement mis en scène, et très gai, anime ces pages,\nque nous recommandons vivement à nos jeunes lectrices.\n                                                                    C H . DE S.\n\nDIVERS :\nLa Religion dans la Société aux É t a t s - U n i s , par HENRY\n    BARGY. — (Paris, Colin.)\n    Voici un des livre les plus sérieux, les plus profonds et logiques, qui aient\nété écrits, sans doute depuis longtemps, en matière sociologique. Il traite à\nfond historiquement et critiquement la religion aux États-Unis. Conçu dans\nune forme presque géométrique du plan, écrit avec une sobriété de style\nd'une concision nerveuse et imagée, il m'apparaît comme une « solution\nélégante » du problème que s'est posé l'auteur et qu'il résout objectivement\navec une impartialité et une précision éminemment louables. Ce livre est un\nadmirable modèle d'exposition, de logique et d'enchaînement d'idées, il est\nun admirable modèle de méthode. L'auteur met en lumière l'évolution du\nsentiment religieux américain, depuis le départ de Leyde des Puritains\njusqu'à nos jours, cette évolution de l'instinct social et positif dans le christia­\nnisme colonial en esprit social et positif dans ses philosophies, en esprit\nsocial et positif, enfin, qui pénètre tout le christianisme contemporain aux\n États-Unis.\n    Religion américaine à base de solidarité, de civisme, antidogmatique;\nreligion faite pour l'homme, pour l'homme moral; religion avant tout mora­\n lité et enseignement de vie, voilà les caractéristiques que M. Bargy s'efforce\n de dégager. Ce livre peut être discuté dans ses détails et dans sa conclusion,\n il est indiscutable de force, de pénétration et de logique.\n\nL e L i b é r a l i s m e , par E M . FAGUET. — (Paris et Poitiers, Société fran­\n   çaise d'Imprimerie et de Librairie.)\n   Avec une bonhomie et une aisance singulières, Emile Faguet pose en une\nvingtaine de chapitres les principes les plus « libéraux » du libéralisme.\nSomme toute le livre entier est une critique de la politique intérieure de la\ndernière République française, spécialement en ces dernières années, con-\nstruite à la lumière des deux déclarations des Droits de l'Homme de 1789\net 1793 et basée sur ce principe, qui résume le credo libéral de l'auteur :\n L'Etat n'a que deux fonctions, l'ordre intérieur, c'est-à-dire la police et la\njusiice, et la défense extérieure, c'est-à-dire l'armée. En dehors de cela, toute\nson activité devient tyrannique. Ces pages sont à lire. Toutes pénétrées de\nsincérité, aucunement alourdies par quelque étalage d'érudition, parlant\nclairement le langage du bon sens le plus averti, elles constituent sous\n une forme presque familière, une étude forte et lumineuse du libéralisme\n pur, dégagé de toutes passions, de ce libéralisme qui paraît, aux yeux de\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "                                  LES LIVRES                                   313\n\nl'auteur comme aux nôtres, presque inconciliable avec la mentalité spéciale\ndu Français. Voyez le dernier chapitre : « Pourquoi les Français ne sont\npas libéraux ».\n                                                                   G. B.\n\nHistoire de la littérature française en Belgique avant\n   1850, par FRITZ MASOIN. — (Bruxelles, Hayez.)\n   M. Fritz Masoin a eu la louable idée de rechercher les parchemins de notre\nlittérature actuelle d'expression française.\n   Pour réussir cette tâche, il fallait de l'érudition — une érudition conscien­\ncieuse, minutieuse et sûre — en même temps qu'un goût délicat de lettré.\n   M. Masoin a fait preuve de cette double qualité : encore que les « ancêtres »\nqu'il exhume nous étaient des inconnus, il leur a refait une personnalité —\nqu'ils fussent poètes, prosateurs ou dramaturges — grâce à une habile et\nattrayante restitution du milieu intellectuel dans lequel ils vécurent, des\ninfluences qu'ils subirent et de l'idéal esthétique en vue duquel ils vécurent.\n   Le livre de M. Masoin est un document d'histoire déjà ancienne vivifié par\nune très moderne critique.\n                                                                        F. V.\nG u i d e to S i e n a , h i s t o r y a n d art, by WILLIAM HEYWOOD and LUCY\n   OLCOTT. — Siena, Torrini, 1903. Un volume de 384 pages avec un plan,\n   5 francs.\n   Ceux qui s'intéressent à la magnifique et pittoresque citéde Sienne, sur laquelle\nles études que M. Jules Destrée a données à Durendal auront rappelé l'attention\nde nos lecteurs, trouveront dans le volume que vient de publier l'éditeur\nTorrini à l'intention des nombreux visiteurs anglais, de multiples et précieux\nrenseignemenls. La publication réunit l'autorité de deux écrivains anglais\nétablis à Sienne, ayant tous les deux leur compétence spéciale ; M. HEYWOOD,\ns'est chargé de la partie historique; Mme L. OLCOTT, de la partie artistique.\nUne riche et précise documentation, un itinéraire bien compris, de façon à\nn'omettre aucune des curiosités de la cité, quelques renseignements pratiques\nfont de ce volume un excellent guide pour ceux qui voudront connaître\net aimer Sienne. Au point de vue artistique, celui qui nous intéresse particu­\nlièrement, nous apprécions fort le travail de Mme OLCOTT, qui paraît exacte­\nment informée et d'un goût délicat. C'est ainsi qu'elle rend pleine justice\naux maîtres méconnus du XVe siècle, notamment à ce délicieux Neroccio, et\nqu'elle inaugure une réaction justifiée contre l'engouement excessif des\ncritiques et des touristes pour le Sodoma.\n                                                      J. D.\nLe peintre céramiste Smikros — A propos d'un vase\n inédit du Musée de Bruxelles, par CAMILLE GASPAR. (Extrait des\n  Monuments et Mémoires publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles-\n  lettres). In-2°, deux planches eu couleurs hors texte en couleurs et dix\n  figures. — (Paris, Ernest Leroux.)\n  Le vase, auquel est consacré cette étude — un stamnos de belles propor-\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "314                                DURENDAL\n\n\ntions, au décor rouge sur fond noir, représentant des scènes de la vie journa­\nlière — bien qu'ayant été déjà signalé par divers savants, n'avait jamais,\njusqu'à présent, été l'objet d'une description et d'un examen approfondis et\nméthodiques. Le céramiste dont la signature se lit sur ce vase, Smikros,\nvivait, à en juger d'après le style de ses rares œuvres identifiées, vers la fin\ndu IVe et dans les premières années du Ve siècle avant Jésus-Christ. Outre le\nvase de Bruxelles et un vase du Musée britannique, sur lesquels il a inscrit\nson nom, on lui attribue un grand cratère conservé au Museo civico\nd'Arezzo. Cette dernière attribution, conjecturale jusqu'ici, est confirmée, de\nla façon la plus heureuse et la plus sûre, par le rapprochement qu'a fait\nM. Camille Gaspar du cratère d'Arezzo avec un vase du Louvre qui en imite\nles figures, et sur lequel l'artisan, joyeux de son habileté et de la perfection\navec laquelle il croit avoir égalé son modèle, a écrit : Il semble être de Smykros,\nc'est-à-dire : « Smykros ne ferait pas mieux ».\n   La publication du travail de notre collaborateur parmi les Mémoires de\nl'Académie des Inscriptions et Belles-lettres de France en constitue, à elle seule, un\nsuffisant éloge, et il est à peine besoin, après cela, que nous insistions sur ses\nremarquables qualités de précision, de clarté et sur sa valeur scientifique et\nartistique.\n                                                                           A. G.\n\nM a n u e l de la M e s s e et d e s Offices, extrait du paroissien romain\n   et des varia preces de Solesmes. — (Bruxelles, Société de Saint-Augustin.)\n   On sait dans quelles circonstances les Bénédictins de Solesmes, exilés de\nleur monastère, durent quitter la France. Après leur départ, l'imprimerie de\nSaint-Pierre, appartenant à la maison Desclée, fut saisie par le gouvernement,\net tout le matériel, y compris les livres de chant, déjà imprimés et sous presse,\nconfisqué.\n   Cependant, depuis le bref de Sa Sainteté Léon XIII au Révérendissime\nP.-D. Delatte, les demandes arrivaient à Solesmes réitérées et plus pressantes\nque jamais. C'est alors que la maison Desclée, en attendant que justice soit\nfaite à ses réclamations, décida d'entreprendre, sous la direction des Bénédic­\ntins, une édition nouvelle de leurs livres.\n   Nous présentons aujourd'hui aux lecteurs de Durendal le Manuel de la Messe\net des Offices, en notation grégorienne. Ce petit livre, d'aspect modeste, est le\nfruit de vingt années d'études ininterrompues des manuscrits, de réflexions et\nde travaux affermis tous les jours par la pratique du chant, comme aussi par\ndes conversations et correspondances nombreuses avec des connaisseurs de\ntous pays.\n   La notation suivie par les savants vulgarisateurs de Solesmes, est celle con­\nsacrée par l'usage. Toutefois, l'intelligence de la mélodie grégorienne est\nrendue plus facile à saisir dans ses lignes et divisions rythmiques, grâce à de\nlégères améliorations de l'écriture traditionnelle. L'une des plus importantes\net des plus utiles est l'indication des morœ vocis, arrêts momentanés de la voix\nsur une note, ou, plus exactement, durée un peu prolongée de certaines notes.\nC'est, en effet, ce prolongement qui donne le vrai caractère de la mélopée\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "                                  LES   LIVRES                                3l5\n\ngrégorienne, qui met en évidence sa structure et son rythme. Sans lui, il ne\nreste qu'une vaine succession de notes, précipitées ou pesantes, où la pensée\nmusicale est insaisissable. Or, savoir la place exacte des morte vocis est précisé­\nment le point délicat, qu'on ne peut résoudre qu'au moyen d'une étude appro­\nfondie des textes. Quand le petit livre que les moines de Solesmes viennent\nd'éditer, ne se recommanderait que par cette précieuse indication, le service\nrendu aux interprètes serait déjà immense.\n   Les éditeurs nous avertissent que leurs nouvelles éditions en notation gré­\ngorienne, tout en étant plus précises que les anciennes, ne contiennent pas\ntoutes les particularités rythmiques réclamées par les intéressés. En même\ntemps, ils annoncent la prochaine apparition d'éditions en notation musicale\nmoderne, qui ne laisseront rien à désirer sous le rapport de la clarté. Nous\nattendons ces nouveaux manuels avec impatience. Ils sont destinés, nous n'en\ndoutons pas, à produire une vraie révolution dans l'étude du plain-chant, livré\njusqu'ici aux interprétations individuelles, aux inspirations des tempéra­\nments variés, de l'instinct musical plus ou moins développé, ce qui veut dire\nlivré à tous les écarts et à toutes les erreurs. Dès ce moment, une tradition\ns'imposera. C'est l'entrée définitive de cet art dans une période classique,\naprès la première période de tâtonnements, dont nous sortons.\n                                                                    F. V. H .\n\nC o u r t e s p a g e s , par COSTA DE BEAUREGARD, (Paris, Plon).\n   Parmi ces récits écrits d'une plume élégante et fine, animés d'un ardent\nsouffle patriotique et chrétien, nous avons goûté surtout Epave et ces Souvenus\nd'il y a trente ans où l'auteur raconte avec une belle émotion les exploits\naccomplis dans l'est par les mobiles de la Gironde que commandait\nCarayon-Latour. D'autres : Sœur Angèle, La Terreur aux Champs, flétrissent\navec énergie l'odieuse guerre aux congrégations.\n\nR o m e , N o t e s d ' h i s t o i r e et d'art, par M. PALÉOLOGUE (Paris, Plon).\n  Ecrites par un artiste au grand sens du mot, ces belles pages décrivent et\nchantent les splendeurs de la ville éternelle, ses palais, ses églises, ses musées,\noù sont rassemblées les plus somptueuses merveilles que l'Art enfanta. Il\nsemble qu'on ne saurait trouver pour un voyage à Rome de guide meilleur\nque ce livre,— et c'est là le plus bel éloge que l'on puisse adresser à son\nauteur.\n                                                                       C H . DE S.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1903-livraison05-015", "volume": "ELB-AML-484382-1903-000-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1903-000-010_f.pdf", "ocr_sha256": "15c6b9abf3bed223b24d7c71a8c55fdd8589430d21a17e1d308ee7140ac39353", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 320, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Le prix Edmond Picard a été décerné", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 373, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "NOTULES\n\n\n    L e p r i x E d m o n d P i c a r d a été décerné cette année, p a r l'Académie\nlibre de Belgique, à un artiste musicien, M. VICTOR VREULS :\n    « M. Vreuls, né à Verviers le 4 février 1876, a fait son éducation musicale\nsous la direction de M. Vincent d'Indy, qui le tient en particulière estime et\nn'a pas hésité à lui confier, aussitôt après ses examens de sortie, la classe de\nsolfège de la Scola cantorum, où il a également rempli avec distinction, de façon\nintérimaire, les fonctions de professeur d'harmonie.\n    » L e lauréat est l'auteur d'une série de compositions qui attestent u n e\norganisation musicale puissante et personnelle, u n esprit réfléchi, distingué,\nde l'imagination et du goût. L'écriture est à la hauteur des dons n a t u r e l s . On\ny trouve comme un reflet, avec un tempérament différent, de l'art profond,\nsubtil et émouvant du regretté Guillaume Lekeu qui, mort à 24 a n s , a laissé\nl'impression du génie.\n    » La Sonate pour piano et violon jouée par Eugène Ysaye et Raoul P u g n o aux\nséances données à Paris par ces deux éminents virtuoses, le Trio pour piano,\nviolon et violoncelle exécuté à la Libre Esthétique le mois dernier, puis à P a r i s , à\nu n e audition de l'Edition mutuelle, révèlent l'une et l'autre une n a t u r e excep­\ntionnelle qu'il importe de mettre en lumière et dont le développement fera\ngrandement honneur à l'école belge » (Art moderne).\n\n\n\n\n  Œuvres de Victor Vreuls : 1892. Deux pièces pour piano :\nI . Pensée fugitive; I I . Impromptu. (Editées chez Muraille, à Liége). —\n1893. P o è m e symphonique pour orchestre ré majeur. (Manuscrit). —\n1894. Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle la bémol majeur. (Manus­\ncrit). — 1895. Adagio pour orchestre à cordes fa mineur. (Manuscrit). —\n1896. Trio pour piano, violon et violoncelle ré mineur. (Édition mutuelle). —\n1897. P o è m e pour chant et orchestre ( P . VERLAINE). (Manuscrit); devenu la\npremière partie du triptyque pour chant et orchestre composé en 1900. —\n1899. Sonate pour violon et piano si majeur. (Édition mutuelle). — 1900.\nP o è m e pour violoncelle et orchestre mi bémol majeur. (Manuscrit) ; T r i p t y q u e\np o u r chant et orchestre (P. VERLAINE). (Manuscrit). — 1901. S y m p h o n i e p o u r\norchestre et violon-solo obligé mi majeur. (Manuscrit). — 1902. Ouverture\npour orchestre. (Inachevée) ; Deux mélodies (STÜART MERRIL). (Inachevées).\n\n                                         ***\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "                                     NOTULES                                     317\n\n\n    M a u r i c e D e n i s « est évidemment un impeccable dessinateur et un\npeintre délicieux — quand il le veut. L'harmonie de ses lignes, de ses\ncourbes, de ses rapports évoque des harmonies musicales. La gamme de ses\ntons témoigne d'une virtuosité qui n'a d'égale que la vérité scrupuleuse de\nson observation. Tels de ses visages lilas sont surpris et rendus comme dans\nla vie, quand la pénombre d'un jour de grande lumière les isole et les oppose\nà la clarté des fonds. Ses corps nus ont une beauté d'Eden, d'une fraîcheur\net d'une grâce miraculeuse. Mais à côté d'un morceau parfait, trop souvent\ndétonne un détail d'un simplisme exagéré. On dirait parfois d'une gageure.\nOn ne s'explique pas que le même artiste ait pu concevoir et exécuter ce\ntorse, ces jambes, ce mouvement de nageur, puis jeter comme au hasard ces\ntaches informes, incolores, qui ont la prétention de représenter des têtes, des\nhommes et peut-être d'autres êtres ou objets que l'on ne parviendra jamais à\npréciser.\n   Toutefois, à cette critique il y a réponse. Maurice Denis, quand il brosse\nles petites toiles qui étaient à la Libre Esthétique, fait violence à son talent. C'est\nun peintre de fresque. Il est doué merveilleusement pour la décoration.\nMultipliez par dix les scènes représentées dans ses tableaux : les beautés\ndemeurent, les détails qui faisaient tache se fixent, se précisent et se fondent\ndans l'ensemble. Tels qu'ils sont, à cause de leurs dimensions restreintes,\nces tableaux doivent être vus de près. Et pourtant, Maurice Denis ne peut\npas être analysé. Il faut en subir le charme, brusquement, d'une haleine et\n d'un regard, comme on jouit d'un paysage tout à coup révélé. Espérons qu'il\n lui sera fourni l'occasion, quelque part, de montrer toute sa puissance. On\nreconnaîtra alors en lui l'héritier direct de Puvis de Chavannes. » (GEORGES\nRENCY. Art Moderne.)\n\n\n\n\n    L e R o m a n c o n t e m p o r a i n . — Nous faisons nôtre ce jugement\nporté par Henry Davray dans le fascicule de mars du Mercure de France :\n   « Presque tous les romans modernes sont composés d'après une formule\ngénérale dont tout le monde désire le renouvellement, ou tout au moins la\nmodification. Malgré les pornographies qui obtiennent si facilement la faveur\ndu public, certains ouvrages de fiction sont accueillis avec un empressement\nindiquant chez le lecteur une tendance à se lasser de l'éternelle histoire des\nrelations sexuelles. Lorsque des critiques maladroits protestèrent patriotique-\nment contre l'invasion des auteurs étrangers, ils ne se rendaient pas compte\nque le succès fait aux ouvrages de Kipling et de Wells, par exemple, prouve\nque le public de France, dont on médit tant, était capable de s'intéresser à\nautre chose qu'aux adultères, aux prostitutions, aux passions selon ou hors\nnature, sujets ordinaires de nos plus notoires romanciers. Il y a autre chose\nau monde que l'accouplement accidentel, légitime ou coupable, d'individus\nde sexe différent... ou du même sexe quelquefois. Au lieu de protester contre\nl'invasion d'une littérature s'adressant à l'intelligence et non à la grossière\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": " 318                               DURENDAL\n\n\n bestialité de l'homme, il convient de signaler et d'encourager les efforts de\n ceux qui tentent de l'imposer au goût du public. Sans défendre aux auteurs\n de s'intéresser au problème de l'union des sexes, on peut souhaiter les voir\n traiter cette question dans un autre but que celui d'étaler sans vergogne\n d'écœurantes et abjectes turpitudes. »\n\n\n\n   L a S o c i é t é des A m i s de la M é d a i l l e a fait exécuter et a distri­\n bué, cette année, à ses membres, une ravissante médaille d'un Hollandais,\n M. Faddegon, médaille commémorative du 300me anniversaire de la prise de\n possession des Indes. Cette médaille est exquise et admirablement exécutée.\n D'un côté, le lion néerlandais; au revers, une jolie et gracieuse silhouette de\njeune fille au milieu d'un paysage rustique. Ce côté, un peu trop chargé peut-\nêtre. A part cela, l'œuvre est parfaite.\n\n\n\n   L e s A m i s d u V i e u x - L i é g e ouvriront, en ce mois de mai, une\nexposition internationale de poupées, pour laquelle ils ont reçu de nombreuses\nadhésions. Parmi les personnes qui ont envoyé leurs collections à Liége, on\ncite : pour la France, MM. Arthur Maury, Léo Claretie, Dallemagne, Armand\nLandrin, conservateur du Musée d'ethnographie du Trocadéro; Hamy,\nmembre de l'Institut; Adrien de Mortillet, professeur à l'école d'anthropolo­\ngie; Paul Sébillot, directeur de la Revue des traditions populaires ; pour l'Italie,\nM. le D r Giuseppe Pitré, le folkloriste sicilien ; pour l'Allemagne, M. Gugler,\nprésident du Cercle français ; pour la Belgique, la duchesse de Croy-d'Aren­\nberg, la comtesse J. d'Oultremont, le chanoine Van Caster, M. Crozier, con­\nsul de France à Liége. L'exposition aura lieu du 21 mai au 14 juin, dans la\nsalle de l'Emulation, place de l'Université, à Liége.\n\n                                      ***\n\n  Société internationale d'études franciscaines. — La seconde\nassemblée générale annuelle de la société a eu lieu, à Assise, le 6 avril der­\nnier; elle comptait un grand nombre d'adhérents italiens et étrangers.\n   Dans le discours d'ouverture qu'il a prononcé, le président comte Antonio\n Fiumi Roncelli s'est félicité de l'abondance des concours précieux que la\nsociété s'est attirés tant dans la Péninsule que dans tout le monde civilisé. Il\na passé en revue les plus importants travaux franciscains publiés durant\nl'année et a annoncé l'apparition prochaine d'un catalogue scientifique des\nouvrages de la Bibliothèque franciscaine, par MM. Paul Sabatier et Fran­\ncesco Pennachi. La société fera paraître incessamment un bulletin trimes­\ntriel.\n                                                                      A. G.\n                                       ***\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "                                     NOTULES                                    319\n\n\n  L e b u s t e d e G u i d o G e z e l l e , notre génial poète flamand, a été inau­\nguré récemment à Courtrai, où il passa une grande partie de son existence\nhumble et austère. Ce buste, œuvre du sculpteur Jules Lagae, a été placé\nprès de l'église Notre-Dame,\n\n                                        ***\n\n  Les fresques de Maurice Denis, commandées à cet artiste pour\nl'église du Vésinet, en France, sont sur le point d'être terminées et seront\ninaugurées à la fin de ce mois.\n\n\n\n  Notre collaborateur Eugène Demolder fera paraître, à la\nlibrairie du Mercure de France, en octobre prochain, un nouveau roman : Le\nJardin de la Pompadour. La même maison d'édition publiera, en automne, des\nromans de deux autres de nos compatriotes : L'Autre vue, de G. EEKHOUD, et\nle Pain noir, de H . KRAINS.\n\n                                        ***\n\n   L e s r é d a c t e u r s d e D u r e n d a l offrent à leur ami et collaborateur,\nle charmant poète Georges Marlow, à l'occasion de son mariage, de cordiales\nfélicitations et les plus sincères souhaits de bonheur.\n\n                                        ***\n\n  T o u f f e d e G e n ê t s . — Sous ce titre, notre collaborateur EDGAR\nBONEHILL a publié un volume de charmantes poésies et de très beaux contes.\nLe dernier de ceux-ci surtout est absolument remarquable. Il est empoignant\net tragique comme un roman de Balzac. Nous rendrons compte de l'œuvre\nde notre ami au prochain fascicule. Le livre a été publié par la maison Surin,\nde Charleroi.\n\n\n\n   R e v u e s d A r t . — Le deuxième fascicule de The Burlington Magazine\n(éditeur Spineux, à Bruxelles) et le numéro de mai d'Onze Kunst (éditeur\nBuschmann, à Anvers) nous sont parvenus trop tard pour pouvoir en parler\ndans le présent fascicule. Compte rendu au prochain.\n\n                                        ***\n\n  A c c u s é d e r é c e p t i o n . — RUDYARD KIPLING : Stalky et Cie (Paris,\nMercure de France). — S.-C. LECONTE : La tentation de l'homme (ibid.) —\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "320                               DURENDAL\n\n\nE . DUCOTÉ : E n ce monde ou dans l'autre (Paris, Dujarric). — P . ADAM :\n L a ruse (Paris, Ollendorff). — J. Bois : Visions de l'Inde (ibid.). —\nP . L O T I : L ' I n d e (Paris, Calmann-Levy). — L . TOLSTOÏ : Au clergé (Paris,\nStock). — E . BAIE : L'épopée flamande (Bruxelles, L e b è g u e ) . — E . VA­\nCANDARD : Saint Victrice (Paris, Lecoffre). - P . FRANCHE : Sainte H I L D E ­\nGARDE (ibid.). — Ë . DE BROGLIE : La bienheureuse Marie de l'Incarnation\n(ibid.). — H . DE NOVILLE : Le trésor de Mirande (Paris, P l o n ) . —\nG. DE REYNOLD DE CRESSIER : Au pays des aïeux (Genève, E g g i m a n n ) . —\nP . SAINTENOY et H . VAES : Avant-projet d'une exposition à Bruxelles 1907\n(Bruxelles, Bruylant). — G. LEGRAND : Pourquoi nous devons être opti­\nmisles (Namur, Godenne). — J. P O T H I E R : Cantus Mariales (Paris, Poussiel­\ngue). — KLEIN : L e fait religieux (Paris, Lethielleux). — A. FRANCE :\nHistoire comique (Paris, Calmann-Levy). — R. BAZIN : Donatienne (idid.).\n— P . CLÉSIO : F e m m e de général (Paris, P l o n ) .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 304, "texte": ""}, {"page_pdf": 305, "texte": ""}, {"page_pdf": 306, "texte": ""}, {"page_pdf": 307, "texte": ""}, {"page_pdf": 308, "texte": "        Le Destin du Poète\n\n                                          A FERNAND SÉVERIN.\n\n\n                          I\n\n\n             Irreparabile Tempus\nAu loin la mer sereine élève sa rumeur.\nRegarde. C'est le soir; l'heure est austère et tendre ;\nLe soleil s'est éteint dans les flots et sa cendre\nJette des feux rougis dans la clarté qui meurt.\n\nDevant tes yeux, la grève harmonieuse   ondule\nComme la ligne ambrée et pure d'un beau corps;\nEt tandis que la nuit sème aux horizons  morts\nSon ombre qui grandit au sein du crépuscule,\n\nEcoute le bruit lourd et solennel que font\nLes vagues aux flancs creux qui déferlent   ensemble,\nEt debout sur la plage immobile, qui semble\nLa barrière ou le temps brise son flot profond.\n\nSonge à tes jours passés; du fond de ta mémoire,\nDébordant ton cœur triste et ton esprit amer,\nIls accourront, prompts et fuyants, comme la mer\nOù l'onde poursuit l'onde et se cambre et se moire,\n\nEcume, accourt, grandit et heurte du poitrail\nLe rivage où s'abat le galop de la houle,\nQui renaît et revient, et se dresse et s'écroule,\nPour refaire sans fin son éternel     travail.\n\nEt tu compareras à leur course insensée\nL'inutile labeur de tes jours révolus,\nEt ton cœur taciturne où tu ne verras plus\nQue l'inquiet tourment qu'y laissa la pensée.\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "258                          DURENDAL\n\n\n       Mais la mer éternelle et qui roule en ses plis\n       L'obscur tressaillement des formes ébauchées\n       N'a pas atteint encor les fins qu'elle a cherchées,\n       Et ne s'arrête pas aux travaux      accomplis;\n\n       A travers l'étendue immense et la durée,\n       Son chaos créateur s'essaie et se reprend,\n       Sans savoir son destin, ni le terme plus grand\n       Où le Seigneur conduit sa force mesurée.\n\n       Toi, qui savais le but promis à tes efforts,\n       Tu voulus asservir aux splendeurs de l'Idée\n       L'écheveau successif des strophes dévidées\n       Pour donner sa beauté multiple aux livres morts.\n\n      Mais la vie, indocile au joug étroit des formes,\n      A fui ton vain poème et tes labeurs    ingrats...\n      Ton cœur qui les a faits ne les reconnaît pas.\n      Aujourd'hui,   si ton âme, avant que tu ne dormes\n\n      Le sommeil sans pensée où l'on ne souffre plus,\n      Regrette encor le Rêve et l'Idée immortelle,\n      L'heure à venir viendra, sans rapporter en elle\n      Le pouvoir de revivre un seul des jours vécus.\n\n      La nuit qui meurt espère une aube qui renaisse;\n      Le passé mort saisit le présent épié,\n      Et nul n'a renoué la sandale à son pied\n      Pour reprendre la route où marcha sa jeunesse.\n\n      Et puisque l'heure est grave et que le vol du      temps,\n      Qui ramène la nuit sur la mer infinie,\n      Avec l'ombre des jours dissipa ton génie\n      Pleure ton œuvre vaine et la fuite des ans.\n\n\n\n\n                                II\n\n\n                           Le Désir\n      Tu voulus maîtriser le verbe et les pensers;\n      Mais ce fut vain : l'essor radieux de l'idée\n      Se cabre sous le frein des mots qui l'ont bridée\n      Et ton œuvre est rebelle à tes efforts lassés.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "              LE DESTIN DU POÈTE                       259\n\n\nDélaisse le travail des hantises grandioses ;\nLes effets sont voilés du mystère des causes,\nUn éternel pourquoi sommeille au cœur des choses,\nLa douleur est au fond des désirs épuisés.\nQu'un autre, enfant crédule au leurre de la gloire,\nTrop faible pour souffrir et se taire, ait crié\nSa détresse et son âme, et qu'un sombre laurier\nAit alourdi son front de la couronne noire,\nQue t'importe? Vis seul, sache ton âme et sois\nCourbé sous le fardeau du destin, comme plie\nLe rameau que ses fruits accablent de leur poids.\nSi le siècle rieur et dédaigneux    t'oublie\nParce qu'un rire amer n'aiguise point ta voix,\nO fils trop douloureux d'une race vieillie.\nEnferme ta douleur dans l'ombre de ta vie\nComme sous un manteau qui la cache en ses plis;\nEcoute, dans la paix des voix     intérieures\nAu sablier du temps le sable lent des heures\nSe hâter vers le jour des labeurs     accomplis.\n\nCar l'instant viendra vite où la mort    attendue,\nPleine de la douceur clémente qui t'est due,\nFermera d'un doigt fort tes lèvres et tes yeux,\nPour qu'ayant regardé ton rêve soucieux\nAu miroir de ton âme, où son ombre s'éclaire\nEt s'agite et grandit et vit dans la lumière\nQue jette autour des morts la blancheur du linceul,\nTu puisses, dans ton être intérieur, toi seul\nEn garder plus longtemps l'image qui s'efface :\nLa mémoire de l'homme est une treille lasse\nQui laisse peu à peu tomber sur le sol clair\nSes fruits mûrs que l'automne abandonne à l'hiver.\n\n\n\n\n                        III\n\n\n              Les Jours heureux\nL'avenir qui sera ce que fut le passé\nLe suit dans le chemin que ses pas ont tracé\nMais il n'amène pas dans son cours monotone\nLe même été deux fois, deux fois le même    automne;\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "260                         DURENDAL\n\n\n      Et sans qu'au vol égal des jours rien ait changé\n      Ils viennent et s'en vont; chacun est étranger\n      A l'avenir qu'il fuit, au passé qui l'accueille ;\n      Le fruit se souvient-il de la fleur, et la feuille\n      Du bourgeon verdissant d'où son limbe est issu?\n\n      A l'écheveau du temps, ce sont des dieux, vois-tu,\n      Qui déroulent ta vie et la fuite de l'heure;\n      Mais ainsi qu'une épouse, assise en sa demeure\n      A filer dans le soir tombant, unit parfois\n      Et mêle sans le voir sous l'ombre de ses doigts\n      Au lin brun du rouet un autre lin plus tendre\n      Qu'elle laisse glisser dans son fil et s'étendre,\n      Ainsi le fil de tes ans, fatal, incertain\n      Et régulier qui court dans les doigts du destin\n      Unit souvent aux jours sombres qui se dévident\n      Le lin plus clair d'un jour fortuné, mais rapide...\n\n      Savoure sa douceur, comme dans le verger\n      On goûte aux soins d'automne un beau fruit passager\n      Dont le jus a mûri sous l'écorce qu'il dore\n      Et s'aigrirait d'attendre un autre soir encore;\n      Et songeant que pour toi s'épuise l'écheveau\n      D'où l'avenir accourt vers le présent nouveau\n      Tandis que tu descends vers le séjour des ombres\n      Accablé par le temps qui fait tes ans plus lourds,\n      Bénis les dieux qui, dans la trame de tes jours,\n      Mêlent des fils plus clairs au réseau des fils sombres.\n\n\n\n\n                                IV\n\n\n                            Conseil\n      Ne dis plus : « J'ai fini l'œuvre que fut ma vie ;\n      Que m'importe quel jour meilleur l'aura suivie\n      Si mon heure fut triste et mon cœur        soucieux.\n      L'âme dans le regard fait la beauté des yeux\n      La joie est la splendeur radieuse de l'heure;\n      Que me font, si je vis sans joie   intérieure,\n      L'ombre vaine des jours glissant sur ma demeure\n      Et la joie inconnue et la beauté des yeux? »\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "               LE DESTIN DU POÈTE                            261\n\n\n— Tu t'irrites du temps régulier qui t'apporte\nLe funeste présent du sort impérieux ;\nSais-tu quel étranger peut frapper à ta porte\nComme un hôte espéré que tu n'attendais      pas?\nSais-tu, jeune homme encor, quel vieillard tu seras\nSi ton printemps conduit tes jours à leur automne?\nLe sort, peut-être, a mis dans les ans qu'il te donne\nUn avenir heureux que ton cœur oublira\nTant le bonheur est prompt et trouve l'homme       ingrat.\nChacun est à son gré l'artisan de sa vie.\nTon passé pouvait-il n'être pas ce qu'il fut\nSi ton cœur attristé qui se voulait déçu\nN'y voit que la douleur que cherchait ton envie?\n\n                                            MAURICE LAUZON.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "      Sur quelques Peintres de Sienne\n                                    (Suite)\n\n\n\n\n                      V. Benvenuto di Giovanni(I)\n\n\n\n               J'AI souvent eu recours à l'Art chrétien, de Rio.\n                  Il faut ne le consulter qu'avec discernement et\n                  prudence, car l'ouvrage est ancien déjà et les\n                 travaux des fureteurs d'archives et des critiques\n                 modernes l'ont fréquemment contredit ou com­\n                 plété. Il conserve, néanmoins, le grand mérite\n                 de l'enthousiasme et de la conviction, et fut un\n                  des premiers à réhabiliter d'intéressants artistes\ninjustement dédaignés. Il alla vers eux, il les glorifia, parce\nqu'ils étaient religieux; sa sensibilité esthétique ne fut qu'une\nforme de son ardeur à propager sa foi. Point de départ qui\n\n\n   (1) BENVENUTO DI GIOVANNI DEL GUASTA OU GUASTO, 1436-1518 (?).\n\n   Œ U V R E S . — Sienne. — MUSÉE, salle X : n° 37, Ascension, signé et daté :\n Opus. Denvenuti. Johannis. Pictoris. de. Senis. M CCCC.LXXXX.I.; n° 38, Prédelle\n du précédent; n° 39, Grande décoration d'autel : Madone et des saints, signé et\n daté : Opus Benvemiti Johannis de Senis. M.CCCC.LXX.V. — ARCHIVES, couver­\ntures de registres : Paix et guerre (1468); Liberté trônant (1474); Quatre ordres,\nréunis dans le dôme, recevant les clefs (1483). — PALAIS PALMIERI-NUTI : Quatre\nsaints. — CATHÉDRALE, pavement : Sibylle de Tibur (1483); L'expulsion d'Hérode\n(1484) (?); Le Sacrifice de Sephté (?) ; coupole, fresques (attribution douteuse).—\nEGLISE SAINT-DOMINIQUE, transept gauche, deuxième chapelle : Madone et saints\n(1483); Pieta, duns la lunette. — RICOVERO (Campansi), premier étage : Nolime\ntangere. — CONFRATERNITÉ DE LA MADONE-SOUS-L'HÔPITAL : Sainte Catherine et le\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                       SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                                                263\n\n\ndevait mener à des confusions étranges ; il est trop évident\nqu'il ne suffit pas d'être pieux pour avoir du génie. Les écri­\nvains catholiques eux-mêmes, notamment M. l'abbé Broussole,\nont déjà réagi contre ce parti-pris fâcheux; s'il fallait encore en\nmontrer l'absurdité, je citerais de Rio le passage qu'il consacre\nà Benvenuto di Giovanni.\n   « L'Ecole siennoise, écrit-il, compte, à lafindu XVe siècle et\nau commencement duXVIe,quelques peintres restés stérilement\nfidèles à ces traditions et qu'on peut regarder comme les conti­\nnuateurs, à la vérité très médiocres, de la manière de Matteo di\nGiovanni. Leur médiocrité ne s'explique que trop bien par la\npart qu'ils prirent aux événements contemporains, et le plus\nconnu d'entre eux, Benvenuto di Giovanni, poussa cette partici­\n\n\npape Grégoire ( 1 5 0 1 ) . — ABBAYE S A I N T - E U G È N E (Monistero), chapelle, fresques\ndu mur d e gauche : Crucifixion; de droite : Résurrection. — ANCIENNE ÉGLISE\nSAINT-SÉBASTIEN IN VALLE PIATTA, aujourd'hui H ô p i t a l , sacristie : Madone avec\nsaint Jacques et saint Jérôme. — E G L I S E SAINT-JEAN (Baptistère), fresques :\nChrist à la colonne; Christ portant la croix; Anges (attribution douteuse, omise\np a r B e r e n s o n ) . — E G L I S E DE F O N T E G I U S T A : Assomption ( 1 5 1 5 ) . — H Ô P I T A L :\nP e i n t u r e s sur la civière (d'après B o d e ; attribution omise p a r Berenson).\nEscalier conduisant à la c h a m b r e mortuaire, fresque : Sainte Catherine stigma-\ntisée (attribution douteuse, omise p a r Berenson). — COMPAGNIE DE S A I N T E -\nCATHERINE-DE-LA-NUIT, sacristie : Christ mort; Résurrection (attribution dou­\nteuse,    omise     par Berenson).           —     ANCIEN       COUVENT         SAINTE-MARGUERITE,\naujourd'hui Institut d e s Sourds-Muets, réfectoire : Trois histoires du Christ,\nd a n s des lunettes (attribution d o u t e u s e , omise p a r Berenson).\n  V o t t e r r a . — PALAIS DES P R I E U R S : Annonciation, signée et datée : Opus\nBenvenuti Johannis de Senis. M.CCCC.LX.VI. — CATHÉDRALE : Nativité, avec\nprédelle c o n t e n a n t Quatre épisodes de la vie de la Vierge, signé et daté : Opus\nBenvenuti Johannis de Senis. M.CCCC.LX. VI.\n  A s c i a n o . — E G L I S E SAINT-SÉBASTIEN : Assomption, fresque.\n  M o n t e p u l c i a n o . — GALERIE COMMUNALE : Nativité (attribution douteuse,\nomise p a r Berenson).\n . P e r u g i a . — PINACOTHÈQUE, salle I V : n° 2 1 , Pieta (attribution douteuse,\nproposée p a r B e r e n s o n ) .\n  R o m e . — G A L E R I E CORSINI : Crucifiement (d'après B e r e n s o n ) . — VATICAN,\nmusée chrétien : case O , X I V , Franciscain subissant l'épreuve du feu; X V , Duel\net réconciliation ( i d. ).\n  F l o r e n c e . — COLLECTION BARDINI : Nativité; Saint Benoît. — COLLECTION\nDU MARQUIS P I O STROZZI : Scènes de la Passion, p o l y p t y q u e (id.).\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": " 264                                  DURENDAL\n\n\n pation jusqu'à se rendre instigateur et même instrument des\nfureurs démocratiques. Capitaine de compagnie en 1480, date\ndes premiers troubles qui ensanglantèrent les rues de Sienne,\nil devint, à plusieurs reprises, membre du gouvernement popu­\n laire, et il était en fonctions dans cette affreuse journée de 1483\n quand des forcenés, aggravant le meurtre par le sacrilège,\nallèrent, presque au sortir de la communion pascale, précipiter\n des fenêtres du Palais communal les détenus politiques qu'on\nn'osait juger. Sanctionner un pareil acte par son nom et l'absou­\ndre par son silence, était un mérite qui ne pouvait pas rester sans\nrécompense ; aussi la préférence lui fut-elle assurée sur tous ses\nrivaux pour plusieurs travaux qu'il s'agissait d'exécuter dans le\nDôme et pour quelques-uns desquels sa compétence était au\nmoins douteuse; car les miniatures dont il orna les livres de\nchœur ne se distinguent, ni par la suavité, ni par la correction,\net les trente-cinq figures en clair-obscur qu'il peignit dans l'inté­\nrieur de lacoupole sont aussi dépourvues d'élégance que de carac­\ntère. Or, leur date coïncide précisément avec celle de ses pré­\n\n\n   P a r i s . — COLLECTION CHABRIÈRES A R L È S : Madone ( I d . ) .\n   L o n d r e s . — NATIONAL GALLERY : n° 909, Madone avec l'Enfant et des anges,\nentre saint Pierre et saint Nicolas de Bari. — COLLECTION ASBURNHAM : Madone.\n— COLLECTION SALTING : Madone. (Ces deux œuvres signalées p a r Berenson.)\n   Liverpool. — W A L K E R ART GALLERY : n° 20, Prédication de saint Bernardin\n(attribution d o u t e u s e ; Francesco di Giorgio? Pesellino?). L'œuvre, q u e je n'ai\npu voir, figure au catalogue sous le nom de Pesellino et si vraiment elle\ncontient des portraits des Médicis, cela exclurait l'origine siennoise;\nn° 22, Naissance de saint Jean (attribution douteuse). L'œuvre figure au cata­\nlogue sous le n o m de F i l i p p i n o ; elle a aussi été attribuée à l'Angelico.\n   R i c h m o n d . — COLLECTION COOK : Quatre prédelles avec Scènes de la Pas-\nsion; Profil de femme (d'après Berenson).\n  N e w - H a v e n . — COLLECTION JARVES : n° 59, Vierges et deux anges (id.);\nn° 7 1 , Amour retenu par des jeunes filles (plateau) (id.).\n  B u d a - P e s t h . — GALERIE NATIONALE : n° 24, Nativité; n ° 4 2 , Madone (id.).\nCes tableaux provenant de la collection Ipolyi sont catalogués, le premier,\nécole siennoise, le second, manière de Francesco di Giorgio Martini.\n\n  B I B L I O G R A P H I E . — J e ne connais point d'étude consacrée spéciale­\nment à Benvenuto di Giovanni. Dans les Biografie degli artisti senesi, d'ETTORE\nROMAGNOLI, manuscrit d o n n é par l'auteur en 1835 à la Bibliothèque d e\nSienne, voir p o u r Benvenuto, le vol. V, p p . 153 à 184.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                 SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                               265\n\n\nmiers exploits démocratiques. C'est aussi celle de son tableau\nde Saint-Dominique, si remarquable par la vulgarité des types\ndans les personnages accessoires ; il y en a un surtout qu'on\ndirait avoir été tracé d'après un des bourreaux qui travaillaient\nsous ses ordres. Mais il y a un autre tableau qui porte encore\nplus visiblement l'empreinte de son imagination patibulaire,\nc'est celui où il a représenté l'Ascension de notre Seigneur avec\nune foule de spectateurs, parmi lesquels il a voulu placer sainte\nCatherine de Sienne. On peut affirmer hardiment que jamais\npeintre d'aucune école ne traita ce sujet d'une façon si repous­\nsante. Cette figure si douce de sainte Catherine devient ici une\nvéritable harengère, et le groupe des apôtres, témoins du\nmiracle, ressemble bien plutôt à une bande de malfaiteurs.\nQuant à la figure du Christ, elle est trop ignoble pour qu'on\ns'arrête à en signaler les défauts... »\n   Cette fureur est plaisante. Je n'ai point à discuter ici le rôle\npolitique qu'a pu jouer Benvenuto. Rio le rapporte avec la pas­\nsion — et, sans doute, l'injustice — que d'autres ont mises à\nreprocher à Danton les massacres de Septembre, et l'on sait à\nquelles controverses infinies peuvent donner lieu les apprécia­\ntions de semblables événements révolutionnaires. On ne voit,\nd'ailleurs, pas bien, même dans les récits de Rio, quels furent\nexactement les crimes de Benvenuto, et à parcourir la liste de\nses œuvres toutes de piété et exécutées, en grande partie, pour\ndes églises et des communautés religieuses, on comprend moins\nencore. Quant à l'appréciation de son talent par ce critique\naveuglé, il suffira au lecteur, pour en percevoir le ridicule mani­\nfeste, de se reporter à l'eau-forte que M. Aug. Danse a bien\nvoulu graver pour illustrer ces modestes notes (1).\n   Non, Benvenuto di Giovanni n'eut point cette imagination\n« patibulaire ». Ses Christs ne sont point ignobles; ses madones\nne sont point repoussantes et ses groupes de saints ne font point\npenser à des bandes de malfaiteurs ou de bourreaux. Il n'est\npoint exact, non plus, de dire qu'il continue médiocrement la\n\n\n  (1) Cette eau-forte paraîtra dans l'édition définitive de ces notes. Elle\nreproduit le volet dextre (saint Michel et sainte Catherine d'Alexandrie) de l'Ancône,\nde l'Académie des Beaux-Arts, dont nous donnons l'ensemble d'après une\nphotographie d'Alinari.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "266                             DURENDAL\n\n\ntradition de Matteo di Giovanni. C'est plutôt de Vecchietta\n qu'il subit l'influence, et il apparaît comme l'aîné des élèves\n formés par celui-ci. Cecco di Giorgio et Neroccio di Bartolom­\n meo, qui, sans doute, travaillèrent dans le même atelier, avaient,\n l'un trois ans, l'autre neuf ans de moins que Benvenuto. Eux\nfurent à la fois, comme leur maître, adonnés aux diverses formes\n de l'art; Benvenuto fut exclusivement peintre.\n    Il peignit des fresques et des tableaux. Il peignit quelques\ncouvertures de registres de la gabelle (1) et des miniatures pour\nles livres de chœur de la cathédrale. Au dire de Bode, il décora\n même, avec son fils Girolamo, la civière de l'hôpital. Je n'ai pu\nvoir ces peintures, dont l'authenticité n'est pas admise par\n M. Berenson, mais je me plais à rapporter l'épisode, car il\nmontre encore à quel point, dans cette étrange cité de Sienne,\nl'art était intimement mêlé à toutes les activités publiques. Il\naccompagnait les citoyens dans toutes les circonstances de leur\nvie, même dans la maladie et la mort. Quel artiste en renom de\nnos jours ne considérerait, comme une excentricité déplacée, la\nproposition de décorer une civière d'hôpital?\n    Il fit des dessins pour les nielles du pavement de la cathé­\ndrale. Sa Sibylle Albunea ou Tiburtine ne manque pas d'une cer­\ntaine élégance majestueuse. Si l'Expulsion du roi Hérode est de\nlui, ce dont il est permis de douter, on peut lui faire honneur\nd'une curieuse évocation décorative de bataille chevaleresque;\nvilles moyen âgeuses, pêle-mêle de destriers, de seigneurs,\nd'armures, de lances et d'arbalètes...\n    Sa réputation dépassa les murs de sa cité. Les moines de\nl'abbaye de Saint-Eugène (près de Sienne), l'appelèrent pour\npeindre deux grandes fresques dans leur couvent; elles ont\ndepuis été transportées dans la chapelle, devenue propriété par­\nticulière; Asciano lui demanda de décorer l'église Saint-Sébas­\ntien, et Volterra lui fit exécuter divers ouvrages.\n    Dans ceux-là, et dans ceux assez nombreux qu'il laissa dans\nsa patrie, je découvre l'effort extrêmement intéressant d'un\nartiste dont l'imagination et les intentions sont supérieures aux\nfacultés d'exécution. C'est un pauvre peintre, si l'on veut; ses\n\n\n (1) Je suis ici l'autorité de M. Berenson, mais la question reste douteuse.\nMM. Lisini et Heywood n'admettent pas ces attributions.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": ""}, {"page_pdf": 319, "texte": "                               (Photo Lombardi de Sienne)\n\n\n   CRUCIFIXION\n(BENVENUTO   Dl   GIOVANNI )\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                   267\n\n\ncolorations sont souvent crues, jaunâtres, saris harmonie; ses\npersonnages sont parfois laids et dénués d'accent personnel;\nil les dessine presque toujours de façon si âpre et si sèche que\nles muscles apparaissent saillants, tendus, comme ceux de gens\nravagés de famine. Cette absence de modelé, ces créatures\ndécharnées donnent l'impression d'une sculpture sur bois,\npénible et primitive.\n   Il est à mille lieues de la rêverie calme, idéalisée, délicate et\nsentimentale de Neroccio. Mais, tandis que celui-ci répète pen­\ndant toute sa vie, en modifiant à peine quelques détails, le\nmême sujet qui suffit à sa ferveur, Benvenuto cherche à varier\nses thèmes, à les vivifier par le mouvement, à y faire pénétrer\nun peu de la complexité infinie de la nature, à atteindre le pit­\ntoresque et le pathétique. Ce sont là des préoccupations nou­\nvelles dans l'école siennoise, qui ignora ces ressources longtemps\naprès que Florence en eut révélé l'importance. Il cherche et\nparfois trouve. Mais son pinceau, insuffisamment habile, n'est\npas toujours à la hauteur de cette bonne volonté. Très souvent,\net notamment dans les figures principales, Benvenuto est encore\nenlisé dans les conventions et est particulièrement faible: Mais;\nsi l'on se défend contre cette impression première, si l'on s'ar­\nrête aux accessoires et l'on scrute le détail, il devient aussitôt\nbien intéressant.\n   Quelle page impressionnante et tourmentée, par exemple,\nque la Crucifixion du Monistero! Un grand crucifix dressé avec\nun Christ barbare, basané, pareil à un écorché; des plaies des\nmains et du flanc tombent des gouttes de sang que des petits\nanges blancs aux ailes rouges, avec des gestes de stupéfaction\ndouloureuse, recueillent dans des calices d'or. Au pied de la\ncroix, de chaque côté assis, la Vierge et saint Jean, accablés, les\nyeux fixés vers la face du supplicié. I1 n'y a pas de beauté\nlà-dedans, mais il y a de la douleur. Toute cette partie est conr\nforme aux traditions de l'école; Benvenuto en a peut-être dimi­\nnué la noblesse et le charme, tandis qu'il en accroissait l'élo­\nquence. Mais regardez les arrière-plans : quel agréable paysage\nspacieux, avec la rivière calme au milieu des rochers, les col­\nlines ondulant à l'horizon, et, à senestre, les murs et les tours\nd'une ville rose. On pourrait presque faire abstraction de la\nscène religieuse, tant la vie anime le pays découvert : les deux\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "268                             DURENDAL\n\n\ncanards blancs s'ébattent sur l'eau; le troupeau roux, que garde\n un berger indolemment accoudé sur l'herbe ; les deux vieillards\n qui passent en devisant sur le chemin et semblent interpeller\n un valet qui s'éloigne avec une échelle, un cavalier qui se hâte\nvers la ville, un laboureur qui excite son cheval, tous ces détails\nattachants indiquent la volonté de substituer la nature au fond\nd'or ou d'azur clouté d'étoiles, par lequel les peintres antérieurs\néludaient la difficulté. Le contraste entre ce paysage indiffé­\nrent, presque joyeux d'être, et la scène tragique qu'il encadre,\nest extraordinaire.\n   De même, dans l'autre fresque, Résurrection, tous les derniers\nplans, sont vivants et pittoresques : un bateau voguant sur la\nrivière; un pêcheur à la ligne assis sur le bord; des hommes mis\ndans une barque, d'autres arrêtés sur un pont, un ânier stimu­\nlant un mulet chargé, un seigneur sur un cheval blanc après\nlequel jappe un petit chien. Enfin, si la figure du Christ, debout\nsur son tombeau ouvert, est presque banale, les trois soldats\nrenversés au premier plan, en un raccourci étonnant, révèlent la\nscience qu'avait Benvenuto des recherches florentines de son\ntemps.\n   J'apprécie aussi dans le tableau de Volterra : la Nativité, d'ana­\nlogues efforts pour concilier la tradition et la vie; voyez, par\nexemple, à senestre, l'amusant jeune chien, et, aux derniers\nplans, les bergers réveillés, près de leur troupeau et de leur\nmarmite en plein vent; voyez encore dans la prédelle de ce\ntableau, les jolies scènes où les costumes bibliques se mêlent\naux modes contemporaines (1).\n   A Asciano, dans l'église de Saint-Sébastien, Benvenuto\npeignit à fresque, sur le mur du fond, l'Assomption, sujet favori\nde l'école siennoise. Il reproduisit, sans la modifier beaucoup,\nl'ordonnance du merveilleux tableau de Vecchietta, à Pienza : la\nVierge toute blanche, mains jointes, s'élevant au milieu d'un\nchœur d'anges, vers un Christ bénissant entouré de patriarches\net d'apôtres. En bas, la tombe ouverte et trois saints age­\nnouillés. L'ensemble est plutôt médiocre, mais on trouvera du\nplaisir à contempler certaines têtes d'anges.\n   Car Benvenuto marque sa personnalité dans sa manière\n\n\n  (1) Cf. la prédelle de la triptyque du Musée de Sienne.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                  269\n\n\n d'évoquer le mondeséraphique. Son type familier n'est point\n d'adolescence, mais d'enfance. Ses anges sont des fillettes d'une\n dizaine d'années, très blondes, parées et toujours coiffées avec\n un soin méticuleux. Cheveux longs et soyeux flottant sur les\n épaules, cheveux lisses, ramenés sur le front, du jeune gar­\n çonnet, cheveux frisés et bouclés en cascades, avec des cou­\n ronnes de roses, comme les petites filles qu'on voit aux proces­\n sion, blonds comme le lin au milieu de l'éclat des nimbes\n dorés... Ce sont ces blondins que nous retrouverons autour du\n Christ mort et derrière le trône de la Vierge à San Domenico,\net idéalisés encore, près de la madone du triptyque du Musée.\n    Le Christ au tombeau forme la partie supérieure d'une déco­\nration d'autel, dans une chapelle de San Domenico. C'est une\nœuvre notable. Le corps du Seigneur est un beau nu, âpre et sec\ncomme les fait souvent Benvenuto, mais ces défauts sont ici des\nqualités, puisqu'il s'agit d'un cadavre. Il est soutenu hors du\nsépulcre par quatre anges, dont les physionomies reflètent à des\ndegrés divers, l'émotion qu'ils éprouvent.\n   En dessous se trouve l'un des tableaux qui ont si fort indigné\nRio : la Vierge et le Bambino sur un trône de marbres fastueux\net multicolores, derrière elle quatre anges, de chaque côté, un\npetit garçon et une petite fille, d'une gravité délicieuse, portant\ndes lis, et quatre saints. On ne peut imaginer lequel évoqua pour\nRio un bourreau. Ce ne peut être le patriarche, à genoux, côté\nsenestre, qui a l'air fort vénérable; ni le Saint-Sébastien qui se\ntient debout, tout près de lui, nu, le corps cruellement percé de\nflèches; ce ne peut être non plus, le pèlerin à genoux, à dextre,\ndont le visage énergique exprime une si profonde dévotion et\nencore moins le respectable évêque, debout derrière lui, qui fait\npendant au Saint-Sébastien? Quoi qu'il en soit, les angelots sont\nexquis, exquis d'enfance candide, d'attention sérieuse, de fraî­\ncheur parée.\n   Ceux du triptyque sont encore plus beaux. Ce triptyque est\nune œuvre considérable, provenant de l'église Saint-Michel, à\nMontepertuso. Elle date de 1475. C'est la plus importante de\ntoutes. Si elle ne donne peut-être pas une idée rigoureuse de\nson originalité qui a les qualités et les défauts assez accentués\nque j'ai cherché à noter et dont on ne trouve pas trace ici, elle\ndonne de son talent une opinion très favorable et bien opposée\nà celle de Rio.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": " 270                             DURENDAL\n\n\n    Douceur! Candeur! Innocence! Splendeur! La Vierge\n  nimbée d'or est sur un trône de marbre. Son manteau de velours\n bleu pâle doublé de satin blanc, s'ouvre sur une robe de velours\n rouge broché de chardons d'or. De la main droite, fine et frêle,\n elle tient un livre ouvert, et de la gauche, sur son genou assis\n sur un cousin, le Bambino, vêtu d'une petite robe fastueuse,\n enfant grave auréolé levant la droite pour bénir (1). Les mar­\n ches de l'estrade sont cachées par un moelleux tapis vert mousse\n brodé de vermillon. Derrière, six anges : deux tout en haut éle­\n vant, au-dessus de Marie, sa couronne, et quatre près du trône,\n deux en prière et deux musiciens. Oh! les blondins adorables,\n enfance en fête sur fond d'or!\n    Telle est la partie centrale du triptyque. De chaque côté sont\n un saint et une sainte ; à senestre, un Évêque et sainte Lucie ;\n à dextre, saint Michel et sainte Catherine d'Alexandrie.\n L'évêque, vieillard à barbe blanche, est dans tout l'éclat de son\n vêtement sacerdotal ; sainte Lucie, exquise princesse blonde,\n baisse les yeux avec modestie; et l'entoure d'un lourd manteau\n de velours vert foncé, doublé de satin vieux-rose pâle et bordé\n de galons d'or. Sainte Catherine n'est pas moins opulente.\n Blonde aussi, nimbée et couronnée, elle relève, sur sa robe de\nvelours brun mordoré, son pesant manteau cramoisi doublé de\nblanc et bordé d'un galon où s'inscrustent, dans l'or, des\ngemmes. Le Saint-Michel est plus splendide encore. Son\narmure dorée, ciselée, qui s'orne, aux épaules et aux genoux,\nde têtes de chérubins, laisse voir au cou, aux manches, sous la\ncotte de métal, un vêtement de velours vert marais. Il a des\nailes soyeuses et rousses comme les plumes du faisan. Il est\npuéril et gracieux. Il écrase sous ses pieds le dragon noir. Le\ntout sur fond d'or.\n   L'œuvre se complète par une prédelle, avec des scènes de la\nvie de la Vierge, des figures de saints dans les médaillons, les\npilastres et les pinacles de l'encadrement. Elle est d'une tona­\nlité générale chaude, riche et claire. C'est assurément l'une des\nplus belles œuvres du Musée.\n   On s'étonnera, peut-être, de la différence considérable qui\nsépare cette Madone exquise et de couleur superbe, de la fresque\n\n\n (1) Dans la gauche, il a un rouleau où on lit : Ego Sum (Sa) lus mu (udi).\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                          (Photo A l i n a r i de Florence)\n\n\nMADONE ET SAINTS\n(BENVENUTO Dl GIOVANNI)\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": ""}, {"page_pdf": 326, "texte": "              SUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE                  271\n\n\nraide et tragique du Monistero. Je n'ai pu savoir la date de\ncette dernière, mais on peut supposer qu'elle est de la fin de la\ncarrière du maître. Ainsi s'expliquerait la dualité de ses expres­\nsions d'art et les deux œuvres que nous reproduisons indique­\nraient les points extrêmes d'une longue évolution.\n   Benvenuto de Giovanni se maria et eut une postérité assez\nnombreuse. Parmi ses fils, un seul intéresse l'histoire de l'art :\nGIROLAMO (1470-1524) qui fut peintre et aida son père en cer­\ntains travaux. Son œuvre principale est une Madone de la Neige,\nà Saint-Dominique (1508). D'autres sont conservées au Musée\nde Sienne, à l'Institut Staedel, à Francfort, etc.\n\n                                              JULES DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                L'Annonciation\n\n Une vierge sema des fleurs à     l'orient.\n\nLe monde émerveillé s'éveillait en riant\nDu rire étincelant et frais de la rosée.\nL'herbe, — d'un frôlement de robes caressée\nA l'heure où dans ta clarté vaporeuse, ô nuit,\nLe bal des elfes blancs tourbillonne et s'enfuit, —\nTressaillait au baiser fugitif de la brise.\nDu fond des sous-bois clairs une musique        exquise\nFaite de la chanson limpide des       ruisseaux,\nMêlée aux gais couplets siffles par les oiseaux,\nMontait, s'élargissait et, comme une prière.\nS'élevait jusqu'au ciel d'où glissait la lumière...\nLe vent léger, là-bas, secouait des grelots.\nUn large étang rêveur baignait l'aube en ses flots.\n\nBeau matin! des rayons frappaient à ma fenêtre,\nUn grand apaisement descendait en mon être,\nLa chanson des oiseaux et la clarté des c i e u x\nAnimaient    tour à tour mes sens mystérieux ;\nA la fois caressant et doux comme un poème\nLe rire du printemps jaillissait de moi-même\nEt libre, n'adorant encor que son désir,\nLe meilleur de mon cœur se tendait pour s'offrir.\n\nDeux Anges enlacés, — étaient-ce bien des Anges?\nAu milieu d'un concert de musiques        étranges,\nPlus sveltes que les fleurs qui naissaient sous leurs pas\nSortirent lentement d'un bosquet de lilas.\nLa majesté des lis régnait sur leurs fronts pâles,\nAux bagues de leurs doigts se mouraient des opâles\nEt la pourpre et l'azur de leurs robes de lin\nTraînaient parmi les fleurs écloses du chemin.\nLes yeux de l'un avaient la douceur des prairies\nDe marguerites d'or et de neige fleuries,\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                   L'ANNONCIATION                           273\n\n\n\nLes yeux de Vautre étaient sombres comme des c i e u x\nD'orage, réfléchis au sein d'un lac     brumeux.\nDe longs voiles drapaient leurs corps aux souples lignes,\nIls marchaient mollement comme glissent les cygnes;\nLeurs doigts frêles, parfois, sur leurs lèvres posés,\nS'en détachaient, légers, pour semer des baisers;\nParfois ils échangeaient de troublantes    paroles\nPlus douces que lés sons des luths et des violes\nOù la terre, attentive an rythme      harmonieux,\nReconnaissait   la voix printanière des dieux.\n\n\nJe les vis cheminer jusqu'à ma porte close;\nAux doigts de chacun d'eux fleurissait une rose...\nIls entrèrent avec le jour. L'un d'eux parla :\n\n\n« Frère aimé, libre encor d'aimer, que ne troubla\nLa volupté d'aucune chair, toi dont la flamme\nBrûle pour elle seule au temple de ton âme,\nVoici qu'entre mes mains je t'apporte      l'Amour.\nDe ton cœur libre et jeune ainsi qu'au premier jour,\nLis candides offrant l'éclat de leurs corolles,\nMonteront les aveux faits de tendres paroles;\nTu connaîtras le trouble indicible de voir\nDéfaillir et renaître et grandir ton espoir\nSelon que les rayons tombés des yeux de femme\nSe retirent ou bien descendent jusqu'à     l'âme.\nEt quand tu sentiras planer et s'abaisser\nVers tes lèvres le vol fugitif d'un baiser\nEt l'être désiré que ton étreinte enlace\nSur ton cœur, lentement, pencher sa tête lasse,\nDans ce rapide instant de bonheur éternel\nTu croiras t'abreuver aux fontaines du ciel!\nAfin que cette joie illumine ta vie,\nPrends la rose de neige ardente     épanouie,\nSans attendre que la flétrisse l'âpre Eté;\nRespire son arome et baise sa beauté! »\n\n\nAinsi parla l'ange adorable et sa main pâle\nAvec grâce tendit vers moi la fleur royale,\nEt ma lèvre effleura les doigts qui me l'offraient.\n— Des violons lointains dans la brise vibraient... —\nChair d'ange! à ton toucher de flamme une nouvelle\nAme s'épanouit, brûlant ma chair      mortelle,\nEt bondissant vers toi se perdit dans tes yeux...\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "274                          DURENDAL\n\n\n      O sphères ! astres clairs qui fleurissez les c i e u x ,\n      Mots divins dont le vol emporte les poèmes,\n      Molles plaintes des flots, vos rythmes sont les mêmes,\n      Car les mondes, les vers, les vagues, tour à tour,\n      Chantèrent dans mon cœur où s'éveillait          l'amour!\n\n\n      Mais l'Ange au lent regard d'automne, aux cheveux      d'ombre,\n      A ma joie étonnée apparut, morne et sombre.\n      Sur la couronne lourde à son front     pâlissant\n      Des rubis enchâssés brillaient en pleurs de sang;\n      Les mots profonds et doux de ses lèvres mi-closes\n      Tombaient languissamment      comme tombent des roses,\n      Si bien que la fleur pourpre avivant ses longs doigts\n      Me paraissait, dans l'aube, éclose de sa voix...\n\n\n      « Enfant que ton aurore éblouissante      enivre,\n      Mon frère t'apporta la volupté de vivre;\n      Le sévère destin veut qu'avec cette fleur,\n      Raillant ton bel espoir, je t'offre la Douleur!\n      Toi qui crois en l'Amour, voici que sur la route\n      Glisse déjà vers toi, comme un spectre, le Doute;\n      Dans son ombre ta foi, toi qui crois en l'Amour,\n      S'éteindra comme le soleil, mais sans retour!\n      Alors tu souffriras d'être seul à comprendre\n      Le secret de ton cœur impérieux et tendre\n      Et tu te cloîtreras au château de l'orgueil.\n      Mais l'austère Douleur viendra frapper au seuil\n      A l'heure où, délaissé d'une force éphémère,\n      Tu pleureras l'Aimée à jamais étrangère ;\n      Elle s'approchera, discrète en ses attraits,\n      Tendant ses bras berceurs pour l'amour toujours prêts,\n      Et tu l'accueilleras sans révolte; ses charmes\n      Te seront doux, puisqu'ils feront couler tes larmes ;\n      Son règne sur ton cœur brisé sera puissant,\n      Puisque tu verseras par elle tout ton sang,\n      Et déçu pour toujours de tes amours finies\n      Tu t'abandonneras entre ses mains bénies. »\n\n\n      Il dit et je sentis doucement  s'abaisser\n      Sa lèvre vers ma lèvre ardente et s'y poser,\n      Et je fus traversé d'une caresse étrange\n      Car au contact divin de ces deux lèvres d'ange,\n      Comme on aspire tout l'Avril dans une fleur,\n      Je goûtai, confondus, l'Amour et la Douleur.\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                    L'ANNONCIATION                             275\n\n\n\nDans l'air limpide et clair glissent des formes    blanches,\nLa brise aux doigts calins joue à frôler les branches;\nL'Aube rit et triomphe au ciel, des chœurs légers\nJaillissent par instants des bouquets     d'orangers\nLa terre heureuse embaume et s'offre à la lumière,\nToute rumeur est voix et toute voix prière\nEt de mon cœur sonore, ensemble ou tour à tour,\nS'élèvent des sanglots et des aveux    d'amour\nSelon que je respire et sépare ou mélange\nLes fleurs aux frais parfums que m'offrirent les Anges.\n\n                                         CHARLES DE SPRIMONT.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                                                 (1)\n                     Zola et Huysmans\n\n   Vérité, d'Emile Zola, et l'Oblat, de J.-K. Huysmans, apparurent en même\ntemps aux devantures des librairies.\n   Cette coïncidence, suggestive de rapprochements, met en relief l'opposi­\ntion, au stade dernier de leur art, entre deux hommes qui eurent un identique\npoint de départ.\n   Commensal de Medan, assidu des Soirées, J.-K. Huysmans fut du bataillon\npeu sacré que Zola mena vers les modernes écuries d'Augias, non pour les\nnettoyer, mais pour « y ajouter », selon le mot pittoresque de Barbey. A\nl'œuvre commune, le disciple apporta une contribution qui réjouit et enthou­\nsiasma les instincts de faisandages du maître. Pourtant, lorsque Zola publia\nla Terre, même l'auteur des Sœurs Vatard se boucha le nez, au passage de cette\ncharretée de fumier concentré. La protestation d'alors fut, dans l'amitié des\ndeux écrivains, l'initiale fissure qui s'élargit d'année en année et de livre en\nlivre. Et, aujourd'hui, un abîme — l'abîme entre deux esthétiques radicale­\nment contradictoires — sépare Vérité et l'Oblat.\n   La carrière d'Emile Zola — quand on la juge à présent dans son ensemble\n— apparaît comme l'une des plus impérieusement logiques que compte l'his­\ntoire littéraire ; sans jamais une déviation ou une éclaircie, les principes de\nfatalisme pessimiste qui inspirèrent les premiers essais du chef du naturalisme\nprésidèrent à toutes ses œuvres; et ce puissant égoutier ne déchaussa pas une\nheure les lourdes et pesantes bottes desquelles il piétinait, avec une farouche\ncomplaisance, la pourriture contemporaine. De ce monument gigantesque,\nconstruit en défi à toute vertu humaine et à tout idéal divin, Vérité est le digne\net adéquat couronnement.\n   J'ai quelqu'embarras à résumer ce livre, dont le sujet touche à un événe­\nment qui n'a rien de commun avec l'art : l'affaire Dreyfus. Pour prévenir\ntoute équivoque, je tiens à dire tout de suite que, faisant à la mémoire de\nZola l'honneur d'admettre qu'il a cru sincèrement à l'innocence de ce capi­\ntaine français, j'aurais trouvé naturel et légitime qu'il essayât de condenser,\nen quelques sobres fresques, cette tragique page d'histoire moderne, dont il\navait vécu personnellement et de près les principales péripéties. Il faut penser\nque ce thème a semblé à Zola un peu banal et usé peut-être ; en tout cas,\na-t-il voulu le corser en entremêlant aux incidents de l'affaire Dreyfus les\nincidents d'un autre événement également notoire : l'affaire Flamidien.\n\n\n  (1) EMILE ZOLA, Vérité (Paris, Charpentier) — J.-K. HUYSMANS, L'Oblat (Paris, Stock).\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                             ZOLA ET HUYSMANS                                277\n\n     Et voici alors, dans toute sa brutalité, le canevas de Vérité : l'instituteur\n  laïc Simon — derrière le masque duquel se reconnaît trait par trait Dreyfus\n  — est poursuivi et condamné pour un abominable crime moral commis et\n  finalement avoué par le frère de la Doctrine chrétienne Gorgias, sosie trans­\n  parent du frère Flamidien.\n     Les circonstances très précises, les « faits divers » connus de tous, dont\n  l'auteur entoure cette trame sommaire, les personnages secondaires, très\n reconnaissables aussi, qu'il met en scène, ne peuvent laisser aucun doute sur\n l'intention qui a dicté ce pamphlet odieux de 750 pages.\n     Encore que la passion obscurcisse souvent les élémentaires notions d'hon­\n nêteté, j'imagine que toute âme droite doit bondir au spectacle d'une telle\n gredinerie de plume.\n     Et j'excuse presque ceux qui, voyant Zola frappé mystérieusement par la\n mort, au moment où il venait de commettre cette action mauvaise, ont consi­\n déré, comme un châtiment visible de Dieu, la fin de l'écrivain, rendant le\n dernier soupir à même les vomissements d'un caniche.\n     Le châtiment est ailleurs, du reste. Il est dans l'œuvre elle-même, pitoyable\n de forme et lamentable d'idées.\n     Le style de Vérité se traîne lourd, monotone et quelconque, sans origina­\n lité, sans pittoresque, sans envolées; à peine, dans deux tableaux de la Cour\n d'assises, retrouve-t-on un souvenir de la puissance picturale éparse dans\n Germinal et la Debâcle.\n     Et les idées, ah! combien minablement banales. C'est un assemblage,\n lambeau par lambeau, de propos de commis-voyageurs anticléricaux, d'ar­\n ticles de gazettes radicales et de fragments de discours des députés du\n « bloc » français. Tous les Prudhommes de la libre-pensée se sont donnés\n rendez-vous dans ce livre. Ils vaticinent sur « la mortelle erreur catholique ».\nEt, après avoir découvert que « l'Eglise catholique, voilà l'ennemie », ils\nsuggèrent cette tactique extraordinairement neuve : « Avant la question\nsociale, avant la question politique, il y a la question religieuse... Commen­\nçons par abattre l'Eglise, la corruptrice, l'empoisonneuse, l'assassine! »... Et,\njoignant le geste à la parole, Prudhomme, maître d'école, décroche solennel­\nlement le crucifix pendu au mur de la classe, « affirmant par cet acte l'indé­\npendance confessionnelle de l'école laïque ». Et les injures contre l'idée reli­\ngieuse reprennent de plus belle. Par exemple, les dix-neuf siècles de civilisation\nchrétienne ne gênent point Prudhomme, qui proclame, en guise de leçon\nd'histoire, que « la saleté et la vermine se sont mises dans tous les pays où le\ncatholicisme a triomphé; partout il a passé comme un souffle de mort, frap­\npant de stérilité la terre, jetant les hommes à la paresse et à l'imbécillité\nmornes, car il est la négation même de la vie, il tue les nations modernes,\nainsi qu'un poison lent et sûr ».\n    Est-ce assez niais, assez grotesque, assez pompier — et assez triste aussi,\noui, infiniment triste de voir un homme, comme Zola, à qui son génie don­\nnait accès à la sphère des grandes idées générales, s'encanailler dans de stu­\npides potins de concierge de Loge maçonnique et laisser, en guise de testa-\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "278                               DURENDAL\n\n\nment littéraire, une œuvre qui n'est, en plus d'une infamie contre un inno­\ncent, que les mémoires — considérablement augmentés — d'un Homais du\nXXe siècle ?\n\n                                      * *\n\n\n   Au sortir des bas-fonds de Vérité, c'est une claire et rafraîchissante impres­\nsion de sommet, de pénétrer dans l'Oblat.\n   On pouvait craindre qu'après la Cathédrale, cette synthèse religieuse si\nimposante, mais un peu compacte et serrée, trop revêche surtout à l'impres­\nsion personnelle, après aussi la mystique trop spéciale de Sainte Lydwine de\nSchiedam, J.-K. Huysmans n'eut épuisé son sujet.\n   Il n'en est rien, et l'Oblat nous renouvelle toutes les émotions esthétiques et\nmorales que nous donna En Route.\n   Comme dans En Route, dans l'Oblat, à côté de l'artiste épris du décor de la\nvie monastique et si apte à en déceler le sens, l'homme réapparaît — la pauvre\ncréature qui doute et qui espère, qui craint et qui s'exalte, qui souffre et qui se\n réjouit.\n   Entre tant d'éminentes qualités qui distinguent la partie chrétienne de\nl'œuvre de J.-K. Huysmans, il n'en est point qui s'avère davantage que\nl'absolue sincérité de l'auteur. Elle s'imposa au lecteur dès les premières pages\n d'En Route, et le reste du livre corroborra l'impression que l'on se trouvait bien\n en présence d'un « pénitent public » résolu, en rémission de ses erreurs et\n pour l'édification de ceux qui les avaient partagées, à mettre son âme, toute\n son âme, à nu. De cette même psychologie émouvante, parce que profondé­\n ment humaine, relève l'Oblat. Sans doute, les situations y sont d'un tragique\n moindre que dans En Route; le corps-à-corps de la passion et de la grâce ne\n revêt plus chez Durtal l'acuité du début ; mais les tiédeurs subsistent, les\n doutes demeurent, la dévotion languit, l'aridité d'âme survient, et dans la\n notation de ces crises, l'écrivain apporte ce scrupule d'humilité et presque\n de candeur qui lui appartient en propre comme une très personnelle origi­\n nalité.\n    Religieusement sincère avec lui-même, J.-K. Huysmans a le droit d'être\n franc avec les autres. L'observateur dont se double le mystique exerce sa\n vision autour de lui, dans ce cloître du Val-des-Saints en lequel se reconnaît\n si aisément le monastère de Ligugé, avec cette netteté d'images, cette variété\n de détails et ce pittoresque de rendu que l'ancien naturaliste, que fut des\n Esseintes, à légué a l'auteur catholique qu'est Durtal...\n    Et, Dieu soit loué, nous sommes ainsi redevables à J.-K. Huysmans d'une\n reproduction à la fois réelle et artistique de la vie d'une communauté reli­\n gieuse; dans l'Oblat, cette vie ne se déroule plus dans la solennelle monotonie\n d'un hiératisme impeccable; et les moines qui vont, viennent, prient, étudient\n et chantent autour de Durtal, tout en s'efforçant d'être des saints, n'oublient\n point d'être des hommes — des êtres de chair avec leurs faiblesses, leurs\n  manies et leurs ridicules, repoussoirs de leurs vertus.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                             ZOLA ET HUYSMANS                                    279\n\n   Il faut croire que le tableau brossé par J.-K. Huysmans et où une si intense\nvérité pourtant s'allie a une si vive sympathie, a déplu aux modèles : car le\nRévérend abbé de Ligugé a cru devoir faire paraître dans la presse des deux\nmondes une protestation contre l'Oblat !\n   L'attitude me paraît fort inopportune et déceler quelque ingratitude. On ne\nmanquera pas d'opposer la docilité vraiment évangélique avec laquelle l'abbé\nde Ligugé s'est soumis aux décrets de M. Combes à la belliqueuse suscep­\ntibilité dont soudain il fait preuve envers J.-K. Huysmans. Et puis, au\nmoment de rédiger ce désaveu, comment la plume n'est-elle pas tombée de la\nmain du révérend protestataire, au souvenir de tant de pages exaltantes des rites\net de la liturgie bénédictine, qu'elles évoquent les hosannas frémissants de la\nNativité ou les douloureuses lamentations de la Passion... A la gloire de la\nVierge — patronne de Ligugé — l'Oblat renferme un cantique de louanges,\nd'une beauté absolue, unique dans notre littérature moderne, et voici que cette\nfleur d'art, si rare et si précieus.e, qui a fleuri dans le sol de Ligugé et a l'om­\nbre de ses murs à présent abandonnés, les derniers habitants du cloître la\nrenient, la froissent et la piétinent!... Et surtout par quelle aberration d'op­\nportunisme a-t-on pu oublier, que grâce à Huysmans et grâce à l'Oblat,\nl'exode des moines — cette dramatique page des annales françaises du\nXXe siècle — aura désormais son historien qui, l'ayant vécue lui-même dans\nla plus communiante angoisse, l'a écrite — géniale et vengeresse — avec ses\nrévoltes et ses larmes !...\n   Et pourquoi ce désaveu ; et ces protestations pourquoi?           Hélas ! la lettre\ndu révérend abbé de Ligugé le laisse entendre avec une pitoyable ingénuité :\npour quelques blessures d'amour-propre contre lesquelles des moines devraient\nêtre cuirassés pourtant par le renoncement aux vanités terrestres... Et sur­\ntout songez donc, J.-K. Huysmans a osé croquer délicieusement, d'une\nplume insuffisamment trempée dans la vénération, certains parasites de la\nMystique — touchants parfois, toujours un peu risibles par l'importance qu'ils\ns'attribuent — qui vivent aux flancs des monastères.\n   Je crains que la lettre du Révérend abbé de Ligugé — qui ne saurait\ndiminuer ni la valeur-d'art, ni la valeur apologétique de l'Oblat — n'ait qu'un\nseul résultat : priver son vénérable auteur et ses frères en proscription, de la\njoie de goûter pleinement et en toute sécurité de conscience, ce qu'il y a pour\neux de réconfortant dans la dernière œuvre de J.-K. Huysmans, écrite à l'exal­\ntation de leur Ordre et au souvenir du cloître dont la persécution les chassa —\nun livre qui aurait dû être leur précieux et intangible viatique d'exil !\n                                                        FIRMIN VANDEN BOSCH.\n   P. S. Cet article était écrit quand j'ai reçu communication de l'interview\nd'un moine de Ligugé, parue dans le Temps de Paris.\n   Ce moine — on ne cite point son nom — commente et précise encore le\nsens de la protestation du Révérend abbé de Ligugé : les Bénédictins se\nplaignent de ce que leurs portraits épars dans l'Oblat ne soient pas assez fignolés\net surtout ils regrettent que J.-K. Huysmans ait été injuste « vis-à-vis de cer-\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "280                             DURENDAL\n\n\ntaines familles pieuses et honorables qui sont mises en cause dans le livre ».\nCela vise apparemment le baron des Atours et ses bêlements de musique\n profane !\n   Faut-il que ce hobereau cosmétique tienne à cœur à l'abbé et aux moines\nde Ligugé pour que, à la gloire de sa belle voix et de sa moustache cirée, ils\nen arrivent à la perfide insinuation que \" J.-K. Huysmans pourrait bien être\nun nouveau Léo Taxil, un Léo Taxil très supérieur sans doute, mais qui,\ncomme le premier, se retournera peut-être un jour contre nous ».\n   Après quoi, le bon moine — d'après le Temps — aurait ajouté « qu'il n'avait\nrien à apprendre dans les œuvres de J.-K. Huysmans et que sa culture spiri-\ntuelle n'avait rien à y gagner ».\n   Pour l'honneur des moines de Ligugé, je veux croire que cette déclaration\nest pure invention de reporter, tant paraît invraisemblable la fatuité qu'elle\nrévèle.\n   Sinon je finirais bien par croire que, dans l'Oblat, J.-K. Huysmans a trop\nflatté les moines du Val-des-Saints.\n                                                                     F . V.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "               Poèmes\n\n     Tais=toi ; voici la nuit...\nTais-toi; voici la nuit avec sa molle brise\nQui sur les halliers bleus et les vallons rêveurs\nOuvre son tablier que des clartés irisent\nEt laisse choir partout des chansons et des fleurs.\n\nha lueur de la lune et le vibrant silence\nMariant leur mystère et leurs troublantes   voix\nInondent d'inconnu les frêles    apparences\nEt des nappes d'azur s'épandent sur les bois.\n\nL'heure approche où les dieux agrestes se libèrent\nEt, quittant la prison des arbres et des eaux,\nViennent comme autrefois pour enchanter la terre\nD'un souffle qui se plaint aux flûtes des roseaux.\n\nLes nymphes, les sylvains et les   hamadryades\nVeillent encor au plus profond de la forêt\nAnimant le ruisseau, la source et la cascade\nD'une présence obscure et d'un vivant secret.\n\nDans l'ombre qu'éblouit un vol de blanches fées\nOn entend un écho de baisers    chuchoteurs,\nOn devine partout des formes effacées\nVous frôlant au visage et vous grisant le cœur.\n\nLa rumeur de la mer qui bat la rive proche\nEt meurt en caressant les sables riverains\nApporte à qui l'écoute un persistant reproche\nPour avoir oublié les splendeurs du matin.\n\nLa nuit, la belle nuit descend sur toutes choses\nEt berce doucement les songes délicats\nDont le vol hésitant qui s'essaye et qui n'ose\nAttend l'ombre propice à leur timide ébat.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "282                     DURENDAL\n\n\n\n                    Les Jardins clos\n      Ce sont les jardins clos où nous n'irons jamais\n      Qui séduisent toujours avec le plus de grâce\n      Nos désirs en éveil de renaissants    attraits\n      Et que grise l'amour de l'air et de l'espace.\n\n      Les hauts murs ennemis gardent      jalousement\n      Du regard indiscret les antiques   domaines\n      Dont les décors nous paraissent plus    attachants\n      Quand ils sont égayés par le chant des fontaines.\n\n      Le murmure des eaux, pareil aux violons\n      Atténués d'un bal, la voix des tourterelles\n      Qui roucoulent dans les arbres du beau vallon\n      Nous semblent attendris de rêveuses voyelles.\n\n      Nous maudissons alors les chemins    interdits\n      Où n'iront point errer nos pâles rêveries\n      Et nous nous attardons ainsi que des proscrits\n      Devant ces lieux dont nous gardons la nostalgie.\n\n\n\n\n                       Le Bouquet\n      Tout le printemps revit dans ce bouquet de fleurs\n      Que tu m'apportes en riant, ma bien-aimée,\n      Et ce joyeux parfum dans la chambre embaumée\n      Me repose l'esprit et me trouble le cœur.\n\n      En modelant ma strophe aux contours des pétales\n      Je fixerai le court frisson de la beauté\n      Qui tremble sur la tige aux reflets argentés\n      Et dans le calice odorant des roses pâles.\n\n      La courbe du haut vase où leur grâce fleurit\n      Inspire une cadence heureuse à mon poème\n      Et soudain rajeuni de ce lustral baptême\n      Mon vers plus langoureux prend des airs attendris.\n\n      Une captive abeille au bourdonnant murmure\n      Et dont le frêle corps est de pollen chargé\n      Butine encore ce parterre saccagé\n      Pour sceller d'un point d'or la chute des césures.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                     POÈMES                                283\n\n\nSi tu veux respirer les fleurs et l'impromptu\nTu pourras, crois le bien, trouver ce parfum        même\nQui te fait, au jardin, défaillir et que j'aime\nA l'égal du regard de tes beaux yeux      battus...\n\n\n\n                  Epithalame\n                                                    A C . H...\nNous élevons ce soir la coupe en ton honneur,\nAmi, qui prends demain les routes de la vie\nEt part d'un pas sonore et sans un trouble au cœur\nVers un destin viril que tout bas on t'envie.\nTon clair regard a vu le bonheur qui passait ;\nUn bel ange aux yeux noirs qui marchait sur la terre\nEt dont l'aile captive a des envols secrets\nSous la chair frémissante et l'épaule légère\nA su fixer ton sort entre ses frêles mains\nEt d'un geste ébauché t'a doucement fait signe\nPour te dire l'élu des charmes     souverains\nEt t'admettre, féal, à cet honneur     insigne!\nQue les roses d'hymen ceignent vos fronts     jumeaux\nL'avenir vous sourit et tend vers vous des palmes\nPour bénir l'union de ces espoirs    nouveaux\nEt présager à vos deux cœurs un foyer calme.\n Vous allez rajeunir le vieux chant éternel\n Qu'avant vous ont redit tant de lèvres fanées\n Et vivre la belle heure au rythme   solennel\n Qu'un sang riche commande à l'artère       entraînée.\n Un merveilleux amour tout entiers vous emplit\n Il semble que vos corps plongés dans une extase\n Sentent passer sur eux un souffle   d'infini;\n Dans vos gorges parfois vient mourir une phrase.\n Vous saluez l'azur, les arbres et le vent;\n Vous prenez à témoin Dieu de votre allégresse\n Et rendez grâce au ciel avec vos voix d'amants\n Où tremblent les baisers et les douces ivresses.\n Que les jours à venir prolongent cette ardeur\n Et puissiez-vous la voir chez vos enfants  renaître,\n Quand, les sens apaisés mais l'esprit sans   langueur,\n Vous vous aimerez mieux encor si ce peut être!\n                                              P A U L MUSSCHE.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "               Vendredi saint à Bruges\n\n                  BRUGES est    la ville poétique et religieuse par excellence.\n                      L'artiste qui chantera l'âme mystique de l'antique cité sous\n                      ce double aspect n'a pas encore paru. Notre poète Guido\n                      Gezelle a célébré la foi et la terre flamande. Il était Bru­\n                      geois, mais on le croirait né en pleine campagne, tant la\n                      saveur du terroir imprègne ses poèmes. Il naquit, il est\n                      vrai, aux confins de la ville, près des remparts, là où l'on\n                      ne sait trop si la ville envahit la campagne ou si celle-ci a\n                      débordé sur la ville. Quoi qu'il en soit, Gezelle est le\n chantre de la Flandre, mais non de Bruges.\n    Hannotiau a illustré Bruges en des tableaux d'un art pénétrant, mais fac­\n tice, s'inspirant plus du rêve que de la vue réelle. On peut en dire autant du\nroman de Rodenbach. Pour interpréter Bruges, il faudra allier le rêve à la\nréalité, chanter notre cité comme on la sent et on l'aime, mais aussi comme on\n la voit en chair et en os.\n    Soir du vendredi saint à Bruges! Les manifestations religieuses sont\n poétiques et Bruges en est le cadre naturel. On a vanté nos cortèges moyen\n âgeux et magnifiques de Charles le Bon, de Breydel et de Coninc, du bien­\nheureux Idesbald, notre annuelle procession du Saint-Sang. On n'a pas assez\nvanté le spectacle émouvant du grand ommegang du Saint-Sang (1), où —\naprès une messe dite en plein air — de longues files de confréries, congréga­\ntions, couvents, collèges, séminaires, paroisses, venant de 10 lieues à la\nronde, suivent le parcours traditionnel, priant le rosaire, chantant can­\ntiques et litanies, escortant la précieuse relique. Les étrangers ignorent cette\nmanifestation de caractère beaucoup plus beau et plus original que la célèbre\nprocession.\n    L'ommegang du vendredi saint est individuel ; mais des milliers de per­\nsonnes y prennent part. Le tableau est intime, silencieux, typique, surtout\nentre 8 et g heures du soir.\n    Cette année-ci, le bon vendredi (2), il y avait un splendide clair de lune.\nLa nature semblait réaliser l'enchantement printanier du jour de la rédemp­\ntion, comme l'a si bien compris Wagner.\n\n\n (1) Chaque année, le dimanche qui suit la procession du Saint-Sang.\n  (2) Goêvrijdag en flamand.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                        VENDREDI SAINT A BRUGES                                  285\n\n    Tout bon Brugeois, ce soir-là, fait son ommegang. On se rend à la cha­\npelle Saint-Basile, dite crypte du saint sang, point de départ et d'arrivée des\npèlerins. C'est une construction romane récemment restaurée, d'un cachet\ninoubliable. Les murs et les colonnes sont construits en pierre brute qui\ndonne une impression très primitive. Trois petites nefs basses prennent jour\npar d'étroites fenêtres trouées dans l'épaisseur incroyable des murs. A cette\nheure, le sanctuaire est éclairé par une lampe et par des centaines de\npetites chandelles que les pèlerins allument devant une antique Vierge. A\ndroite s'enfonce une galerie (on croit voir une grotte), où s'entassent des.\nfidèles devant un énorme Christ assis, lugubre, paré d'un morceau d'étoffe\nviolette.\n    Mettons-nous en route par la rue Breydel, puis, longeant les halles,\ngagnons la rue des Pierres vers la station. Ici, la foule est considérable, car\ncette partie du trajet est parcourue également par les pèlerins qui terminent\nl'ommegang en sens inverse. D'ailleurs, c'est la rue animée de Bruges. On y\ncroise les voyageurs venant de la gare, qui ouvrent des yeux stupéfaits\nsur cette foule muette en mouvement. Les étals des bouchers, brillamment\néclairés, projettent des lueurs vives et soudaines sur les groupes qui passent.\n Et, malgré tout, le bon pèlerin jette un regard gourmand sur ces splendeurs\n dégoûtantes, comme aussi sur les beaux œufs de Pâques entassés à la devan­\n ture des confiseurs, annonçant la fin du carême et la reprise des repas plan­\n tureux.\n     Voici la masse énorme de la cathédrale, à l'écart dans son jardin. La lune,\n qui se cache derrière l'église, en découpe les contours d'une manière fantas­\n tique sur le ciel serein.\n     Place de la Station, les beaux éclairages finissent. On tourne à droite pour\n enfiler la rue Nord-du-Sablon. On n'entend plus que le pas des pèlerins, le\n cliquetis des chapelets. Ci et là passent des flâneurs, le cigare au coin de la\n bouche; figures indifférentes, curieuses ou bêtement hostiles, ils dévisagent\n les fidèles. Mais la contagion du silence les a gagnés et ils ne causent qu'à\n  mi-voix.\n     Débouchons sur la Grand'Place. Ceci est admirable : la vieille tour des\n halles, cette couronne des Flandres, se dresse grandiose, dans le clair de\n  lune, à l'extrémité opposée de la place. Je songe toujours à l'impression que\n  doit ressentir l'étranger non prévenu qui, soudain, se trouve face à face avec\n  l'auguste ancêtre... Existe-t-il une tour de monument civil plus imposante\n  que la nôtre? J'en doute fort. Elle est aimée des Brugeois; debout au cœur\n  de la cité, dont elle a vécu l'histoire, elle semble être la mère-grand, celle qui\n  nous dispense les heures, chante nos joies ou nos douleurs, nous endort et\n  nous amuse. Religieuse, la grande aïeule fait taire sa voix (son carillon\n  célèbre) durant les jours saints. Son silence si inaccoutumé contribue pour\n  une large part à l'impression du soir de l'ommegang (1).\n\n\n\n   (1) Cette année-ci, le carillon, ayant besoin de réparation, s'est tu pendant environ\n deux mois. On en a profité pour changer enfin les airs. Comme Bruges se pique d'être\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": " 286                                   DURENDAL\n\n\n      Après la rue Haute, aux vastes maisons patriciennes, nous tournons à droite\n  sur un pont. Vue originale : près d'un croisement de canaux, on aperçoit de\n  biais un autre pont où semblent fuir des pèlerins fantômes. Nous y passerons\n  aussi tantôt. De l'autre côté de l'eau, le quai Vert, si riant pendant le jour,\n s'allonge lugubre et désert, à peine éclairé. Quelques cygnes dorment sur\n  l'eau.\n     Sur le reste du parcours de l'ommegang, nous verrons encore des vues bien\n  pittoresques par ce beau clair de lune : telle la colonnade du Marché au\n poisson, dominée par le fouillis des tourelles et pignons du Franc et de l'Hôtel\n de ville. Puis le quai du Rosaire, dont le tableau est vraiment unique. L'eau\n calme, argentée par la lune, est animée de quelques cygnes et canards. Les\n vieilles maisons qui s'y mirent, le jeu des toits et des clochetons dominés par\n les halles, tout cela est trop connu pour être décrit encore. Le Dyver, qui pro­\n longe le quai du Rosaire, bordé d'une triple rangée d'arbres au bord de l'eau\n et terminé par le jet énorme de la Tour de Notre-Dame, a aussi beaucoup\n de caractère. Retour à la place du Bourg par la rue Neuve et la rue des\n Pierres.\n     Devant la chapelle Saint-Basile, des centaines de personnes sont agenouil­\n lées sur le pavé, n'ayant pu trouver place à l'intérieur. Les femmes du\n peuple, vêtues du tradditionnel kapmantel brugeois, ouvrent les bras en croix\n et ressemblent à d'énormes chauves-souris. Après une dernière prière, chacun\n retourne chez soi.\n     Il n'est pas rare de voir parmi les ommegangers des familles entières. Le\n père et la mère se donnent le bras et cinq ou six enfants les suivent ; parfois\n les domestiques accompagnent. On y voit des prêtres, des paysans, des\nouvriers, des magistrats. La bourgeoisie comme l'aristocratie, tout le monde\nfait l'ommegang. Nous ne doutons pas que cette vénérable coutume n'attire\ndes bénédictions et ne soit une des sources du bonheur calme de notre cité.\n     Je retrouvai ces jours-ci un article de Drumont sur Bruges (Libre parole,\n 1895). Ce bouillant polémiste, échappé pour quelques jours â la fièvre pari­\nsienne, se repose à Bruges, dont il déguste voluptueusement le calme et la\npaix. Vous croyez qu'il va enfourcher le dada habituel de Bruges-la-morte ?...\nEcoutez, je le cite :\n     « Evidemment, les gens qui vivent dans ce décor, qui n'a pas changé\ndepuis leXVesiècle, ont une existence différente de celle des grands acteurs de\nla vie parisienne qui vivent au milieu des fièvres, des outrances, des ambi­\ntions, des conjurations, des intrigues, des colères et des effrois\n     » Ce qui ne se saurait supporter, c'est que ces agités troublent sans cesse\nle monde par le trouble de leur propre tempérament et viennent déclarer,\navec une outrecuidance odieuse, que c'est au milieu de ces incohérences et de\nces délires qu'une société doit vivre désormais et que ce sont eux qui repré­\nsentent le progrès       Beaucoup d'écrivains ne sont pas loin de croire que le\n\n\nartiste, on nous a gratifié de quelques airs aussi usés que banals !... Pauvre vieille tour\ndes halles 1\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                        VENDREDI SAINT A BRUGES                            287\n\n\nbut de la vie est de danser le cancan sur la fête, sur l'air du quadrille\nd'Orphée; ils en arrivent à considérer comme des êtres exceptionnels ceux\nqui vivent tout simplement de la vie normale et naturelle. »\n   Drumont a raison : la vie fièvreuse est factice. La vie normale, c'est celle\nqui laisse le temps à l'homme de réfléchir à sa destinée éternelle dans une\ncité où le bruit des voitures et des trams ne couvre pas la voix grave des\ncloches.\n   Oh, ces cloches brugeoises ! Demain elles s'ébranleront par toute la ville au\nsignal de l'alleluia liturgique. Quelle allégresse que celle du Samedi saint, où\nl'Eglise, sûre de la joie du lendemain, ne peut se contenir et éclate en trans­\nports! Quelle élévation dans ces paroles de la messe qui résument toute la\nmystique de Pâques et peuvent servir de devise à l'art chrétien :\n   « Si vous êtes ressuscité avec le Christ, goûtez ce qui est en haut, non ce\nqui est sur la terre. »\n\n                                                          JOSEPH RYKLANDT.\n\n\n  Bruges, avril 1903.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                  L'Anneau du Nibelung\n                      au Théâtre royal de la Monnaie \",\n\n\n\n                  ON peut dire, sans faux lyrisme comme sans crainte d'errer,\n                    que jamais, même au beau temps de Joseph Dupont, le\n                    théâtre de la Monnaie ne traversa une ère aussi brillante\n                    que la période triennale qui vient de se terminer. Jamais\n                    le répertoire ne fut aussi intéressant dans son éclectisme\n                    et sa variété et si, au point de vue scénique, la ladrerie et\n                    les routineries d'arrière-province de Stoumon et Calabresi,\n                    faisaient la partie belle aux nouveaux directeurs, au point\n                    de vue musical lui-même, les exécutions dirigées par\nM. Sylvain Dupuis soutiennent la comparaison avec les meilleures de\nJoseph Dupont.\n   Quelque estime ou admiration que l'on eût pour l'activité intellectuelle et\nartistique antérieure de MM. Kufferath et Guidé, ce résultat dépasse les prévi­\nsions les plus optimistes. C'était leur début dans un domaine tout spécial, où\nla meilleure volonté ne supplée pas toujours à l'expérience, où ils succédaient\nà deux hommes qui, à défaut de tact artistique, apportaient dans la direction\nl'appoint d'une longue pratique et d'autres avantages, notamment un flair par­\nticulier dans le choix des artistes. Et ces débutants ne craignaient pas de s'en\nadjoindre un autre dans la personne de M. Dupuis, lequel; comme on sait,\nn'avait pas encore « fait du théâtre » et qui, avec son opiniâtreté indomptable\net sa fabuleuse capacité de travail, arriva rapidement à s'imposer, à assouplir\nses forces instrumentales, à donner à l'exécution musicale tout entière une\nvie et une homogénéité remarquables.\n   Tandis que la campagne de 1901-1902 faillit être compromise par des\ndéboires sans nombre, — indispositions d'artistes, troubles politiques, —\ncelle de cette saison a été des plus heureuse et fut dignement couronnée\npar ces deux représentations cycliques de l'Anneau du Nibelung, qui sont un\ncoup d'éclat.\n   Elles furent, certes, habilement préparées par les représentations, l'année\nprécédente, de la Walkyrie et du Crépuscule des Dieux, les reprises de Siegfried et\n\n\n  (1) 15, 17, 18, 20 — 22, 24, 25, 27 avril 1903.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                         L'ANNEAU DU NIBELUNG                                289\n\nde l'Or du Rhin, cette année, complétant le cycle. Mais il restait à tenir en\nhaleine le vaste personnel nécessité par le colossal ouvrage, à établir les mul­\ntiples points de contact dans la mise en scène, etc., des quatre journées, toutes\ndifficultés qui n'existent pas dans les représentations isolées. Enfin, si tout\ncela est plus ou moins aisé dans un théâtre machiné tout exprès et exclusive­\nment réservé à l'œuvre wagnérien, il en va tout autrement quand il s'agit de\npréparer en même temps d'autres nouveautés et de poursuivre les représenta­\ntions du répertoire courant, de fournir des Cendrillon à la clientèle en herbe\ndes matinées dominicales, d'exhumer des Dame blanche pour la lactation des\nvieux abonnés. Et quand on songe qu'en outre le théâtre de la Monnaie reste\nprivé des ressources énormes assurées à d'autres scènes, — l'Opéra de Paris,\nles théâtres impériaux ou royaux de Vienne, Berlin, Dresde ou Munich, — on\npeut considérer comme un sérieux honneur pour notre scène lyrique le fait\nd'avoir donné pour la première fois, en français, celte Tétralogie à laquelle\nParis n'a pas encore osé s'attaquer, dont la représentation intégrale passe\nencore, en Allemagne même, comme une entreprise malaisée et périlleuse.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n    Il y a quelques années, sous la précédente direction, ayant à rendre compte\nd'une première (c'était précisément, je crois, l'Or du Rhin), j'observais combien\nclairement se manifestait l'absence d'une pensée directrice embrassant les\ndivers éléments de l'interprétation, orchestre, voix, décoration, mise en scène,\net par cela même seule capable de cette « conscience artistique supérieure »\nque Bulow stipule si expressément pour l'exécution intégrale de l'œuvre d'art.\n C'est cette direction seule qui assure l'homogénéité d'une interprétation, en\nconfond tous les éléments de manière qu'on la conçoit en un seul tout, insou­\n cieux de quelques défaillances qui, dans le cas contraire, heurtent violem­\n ment et font méconnaître le reste. Or, dans les représentations wagnériennes\n de cette année, c'est cette cohésion qui frappait tout d'abord, se manifestant\n dans une foule de détails d'exécution, de mise en scène, etc.\n    Pour en venir au compte rendu proprement dit, c'est, me semble-t-il, Sieg-\nfried et le Crépuscule des Dieux qui ont reçu l'exécution la plus remarquable. La\n Walkyrie fut également très bien donnée, mais Siegfried et surtout cette œuvre\n titanique qui s'appelle le Crépuscule des Dieux m'ont paru près d'atteindre\n la somme de perfection accessible. L'Or du Rhin, tout en restant très au-dessus\n de la parodie scénique qui nous en fut donnée il y a quelques années (je ne\n parle pas de certains interprètes remarquables, comme MM. Dufranne et\n Seguin), l'Or du Rhin, dis-je, a moins bien marché, à divers points de vue et\n notamment à celui de l'orchestre, — dans le prélude par exemple.\n    Mais ce petit détail disparaît dans la perfection de l'ensemble, et n'empêche\n pas qu'au point de vue musical, le véritable triomphateur de ces soirées\n mémorables soit M. Sylvain Dupuis. Si secondé qu'il fût par la sollicitude\n intelligente des directeurs et l'application enthousiaste des interprètes vocaux,\n c'est lui qui portait, dans tout cela, le fardeau le plus lourd, et il s'est magni­\n fiquement acquitté de sa tâche. L'auditeur le moins averti n'a pas de peine à\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "290                               DTJRENDAL\n\n\n se rendre compte de l'excessive complication de ces partitions, dont la seule\n  « note » représente déjà une énorme difficulté. Et celle-ci vaincue, rien,\n semble-t-il, n'est encore fait, quand on songe à l'importance de la partie inter­\n prétative, l'allure à donner à l'ensemble, le melos thématique à dégager du\n somptueux tissu orchestral. Tout cela, M. Dupuis l'a réalisé de magistrale\n façon. Je ne discuterai pas certains mouvements : Nous avons entendu la\n Chevauchée des Walkyries dans un mouvement généralement plus appuyé,\n surtout le cortège funèbre de Siegfried dans un mouvement plus rapide. Mais\n c'est affaire d'interprétation personnelle; du moment que le résultat est\nesthétique, harmonique dans l'ensemble, celle-ci demeure indiscutable : et\n tous les mouvements de M. Dupuis « tiennent », comme toute son interpré­\n tation.\n    Parmi les interprètes vocaux, il faut naturellement citer en toute première\nligne Mme Félia Litvinne (Brunnhilde), qui fut simplement admirable. L'ar­\n tiste s'est singulièrement perfectionnée depuis la création de la Walhyrie à\n Bruxelles, qui réunissait sous la baguette de Joseph Dupont des éléments de\n tout premier ordre. L'organe n'a fait que se développer. Le jeu surtout a pris\nune extrême et impressionnante autorité. Par la solennité presque empha­\ntique de l'allure et de la pose, l'artiste se rapproche assez des traditions de la\nscène lyrique allemande, tempérées toutefois par le souci de la grâce propre\naux acteurs français. La réussite de Mme Litvinne est d'autant plus méritoire\nqu'elle se trouve plus dépourvue de la ressource des jeux de physionomie, la\nsienne, plutôt aimable et rieuse, se prêtant mal à l'expression tragique.\n    A côté de Mme Litvinne se place M. Dalmorès (Siegfried), dont le talent est\nd'autant plus séduisant qu'on y devine encore plus de spontanéité et d'instinct\nque d'acquis. Que chez lui l'instinct ait précédé l'expérience, le fait s'atteste\npar la rapidité avec laquelle le Siegfried d'il y a deux ans est devenu un\nartiste accompli. Lors de sa première apparition dans le redoutable rôle,\nM. Dalmorès se montra gauche et guindé. Pour tous ceux qui y avaient vu\nBurgstaller, ou même Lafarge — celui-ci à la création de l'œuvre à Bruxelles,\nsous la direction du pauvre Servais — il y eut une désillusion. Quels progrès\ndepuis lors! Aujourd'hui, M. Dalmorès nous apparaît comme le Siegfried\nidéal. Sa voix d'un si clair métal soutient sans défaillances le poids accablant\nde ces deux dernières journées de la tétralogie, auxquelles Burgstaller lui-\nmême, à Bayreuth, ne résistait qu'avec peine. Il est jeune, beau, superbe­\nment bâti, souple et léger. Son jeu est vif, constamment intéressant, et gra­\ncieux. Frappé par Hagen, il réalise superbement le difficile jeu de scène\nindiqué par Wagner, le bouclier lourdement soulevé et brandi pour en\nassommer l'agresseur, les bras se détendant et laissant échapper l'arme sur\nlaquelle le corps s'écroule de tout son poids. Il a constamment (comme dans\nla scène des Murmures de la Forêt) des trouvailles d'attitudes et de gestes\nabsolument exquises et d'autant plus, encore une fois, qu'elles sont marquées\nde ce caractère improvisé et instinctif qui disparaîtra nécessairement, vienne\nl'inéluctable routine.\n    M. Albers, très bon dans Wotan. Ce n'est pas mieux, ni plus mal que\nM. Seguin, qui donna à ce rôle l'empreinte de son magistral talent. C'est\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                         L'ANNEAU DU NIBELUNG                               291\n\n autre chose, et c'est aussi plausible. M. Seguin accentuait plus le caractère\n douloureux, instinctif et passionné du vainqueur d'Albéric, M. Albers est\n plus hiératique, donne au rôle une majesté et une allure très impression­\n nantes, notamment dans la dernière scène de la Walkyrie.\n    Les deux rôles de Logue et de Siegmund conviennent à merveille à ce\n comédien éprouvé qu'est M. Imbart de la Tour. Toute son expérience n'était\n pas de trop dans ce personnage vétilleux du dieu du feu, que la moindre\n faute de goût rend irrémédiablement grotesque, dans lequel je me souviens\n avoir vu, à Bayreuth, le célèbre Vogl (alors sur son déclin, il est vrai) gam­\n bader et sautiller en diablotin de guignol. Dans Siegmund, M. Imbart n'est\n pas moins bon. C'est un fait remarquable combien les rôles héroïques et\n fabuleux, à cuirasses et à peaux de bête, s'accommodent des attitudes acadé­\n miques à la Cornelius et à la Kaulbach, que les rôles modernes réprouvent\n absolument. C'est ce qui permet à M. Imbart de la Tour, si dessus-de-pen­\n dule dans Jean Michel, de faire un excellent Siegmund, où il apporte en outre\n l'appoint de son agréable organe et de ses éminentes qualités musicales.\n    M lle Paquot (qui dans Siegfried joua il y a quelques semaines Brunnhilde\n de façon à rivaliser avec Mme Litvinne) nous a donné une Sieglinde fort\n honorable, mais, dans le premier acte, inexplicablement guindée, n'esquis­\n sant même pas un geste de surprise en trouvant un inconnu à son foyer. Il\n est assez curieux que, dans les diverses reprises de la Walkyrie, aucune\n artiste n'a encore égalé la Sieglinde de la création, Mlle Martiny, cette\n Israélite maigre et passionnée qui communiquait au rôle une si entraînante\n allure.\n    Mme Bastien (Fricka dans l'Or du Rhin et la Walkyrie, Erda dans Siegfried\n et Waltraute dans le Crépuscule) apporte dans ses divers rôles l'appoint de sa\nphysionomie, de sa stature et de son allure imposantes, de sa voix très\nprenante, sinon vigoureuse. Mais on dirait que la préoccupation plastique\nparalyse en elle le jeu, qui manque de spontanéité et d'accent. Faut-il voir\nlà l'influence de M. Bastien, l'éminent artiste peintre, naturellement porté à\nentretenir chez sa compagne le souci de la « ligne » ? Toujours est-il que, du\npersonnage de Waltraute (pour ne parler que de celui-là), MIle Dhasty nous\ndonna l'an dernier une création autrement impressionnante.\n    Un des grands triomphateurs de ces journées mémorables aura été\nM. Engel. Evidemment, le personnage de Mime prête au succès, pour\npeu qu'il soit interprété avec intelligence. Mais M. Engel en a tiré des effets\ninconnus, il y dépasse certainement Breuer, le célèbre Mime de Bayreuth.\nFavorisé d'ailleurs par sa petite taille, il nous a donné un gnome sinistre-\nment grotesque d'un réalisme incroyable, inoubliable. A signaler notam­\nment sa mimique lorsque Siegfried se met à refaire le glaive contre toutes les\nrègles du métier, sa façon de se jeter les quatre fers en l'air sur sa couche, en\nproie à une délirante gaieté; puis ses cocasses petits trépignements de fureur\ndans la dispute avec Albéric, et tant d'autres, détails délectables qui doivent\nfaire considérer cette création comme l'honneur d'une carrière artistique déjà\nsi pleine d'honneur.\n    Le Fafner, le Hunding, surlout le Hagen de M. Bourgeois, méritent\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "292                                  DURENDAL\n\n\n également une mention spéciale, autant pour la belle voix que pour le jeu\ndéplorable de l'artiste. Il est certain qu'aucun organe ne se prêterait mieux à\njeter l'appel aux armes des hommes de Guibich; il est certain aussi qu'on ne\nsaurait composer plus maladroitement un rôle que M. Bourgeois ne l'a fait\npour celui de Hagen, qui doit nous montrer comme une concentration, à\nl'état latent, de la haine et de la fureur qui chez Albéric éclatent avec tant de\nviolence. Dès son apparition, cet être ténébreux projette sur le personnage\nlumineux de Siegfried une ombre sinistre; avec la sombre fanfare de la Malé­\ndiction de l'Anneau, l'esprit d'Albéric accompagne tous ses pas. Au lieu de\nnous faire sentir tout cela, M. Bourgeois nous a montré un Hagen maussade\net lent, repentant et ennuyé, dirait-on, des malheurs, qu'il occasionne. Son\ngeste est dépourvu de cette plasticité qui, fût-elle même conventionnelle,\ns'impose — quoi qu'on en puisse penser — au théâtre, où l'on ne peut coiffer\nun chapeau, ramasser une arme comme cela se ferait dans la rue ou chez\nsoi. Le personnage en était notablement diminué; celui de Siegfried y perdait\nson antithèse nécessaire.\n   Albéric, dans l'Or du Rhin, c'était M. Dangès, excellent comme comédien et\nchanteur, sans peut-être faire oublier l'énergie farouche et l'organe éclatant\nde M. Dufranne, notamment dans la Malédiction de l'Anneau. Dans le Crépus-\ncule, M. Viaud s'acquitta honorablement du même rôle, tandis que M. Dangès\nremplissait très adroitement le personnage falot de Gunther, difficile à com­\nposer par son indécision même et où M. Albers, l'an passé, n'avait guère\nréussi. Le genre de Mlle Strasy convenait au personnage de Gutrune, dont\nle signalement thématique indique si bien la craintive douceur.\n    Les Nornes, c'étaient M1les Strasy, Rival et Maubourg. Sauf quelques\nintonations douteuses, Mlles Sylva, Maubourg et Tourjane (Sereno dans le\nCrépuscule) firent d'agréables et souples ondines ; Mlle Maubourg eût toutefois\ndû renoncer à sa coiffure favorite, assez inattendue ici, — et qu'elle sacrifia bien\nsous la perruque du Prince Charmant, dans Cendrillon. MM. Cotreuil\n (Donner), Colsaux (Froh), Mlles Strasy (Freia) et Rival (Erda dans l'Or du\nRhin) complétaient honorablement la cohorte des manitous Scandinaves;\nM. Bourgeois et Mlle Sylva se sont tirés avec honneur des rôles « zoologiques »\nde Siegfried, le dragon et l'oiseau, et les ensembles des Walkyries et des\n « hommes » de Gunther marchèrent à souhait.\n                                            *\n\n   Pour tout ce qui concerne l'ensemble, il n'y a pour ainsi dire que des éloges\nà formuler. Il n'a sans doute pas tenu aux directeurs d'éviter la version fran­\nçaise (?) d'Alfred Ernst, informe galimatias qui défie à la fois le sens,\nl'expression musicale, la technique vocale des interprètes et la finesse audi­\ntive des spectateurs, (1)\n\n  (1) On se demande de plus en plus comment une femme éclairée comme Mme Cosima\nWagner, des éditeurs tels que les Schott de Mayence se sont laissé imposer cette litté­\nrature. Notez qu'on a refait en son honneur l'édition entière, non seulement des Niielungen\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                             L'ANNEAU DU NIBELUNG                                    293\n\n    Pour la mise en scène, on avait poussé le scrupule jusqu'à faire brosser de\n nouveaux décors pour le deuxième acte de la Walkyrie. De toutes les condi­\n tions de l'interprétation, c'est la mise en scène qui trahit le plus vite l'inca­\n pacité, la ladrerie ou la négligence, comme elle affirme les qualités adverses;\n c'est en elle surtout que se manifeste la « conscience artistique supérieure ».\n Ici, elle se remarquait notamment dans la discrétion pleine de tact qui tempé­\n rait les « effets » trop faciles de cette préhistorique diablerie, exagérés naguère\n avec le plus mauvais goût. Abolis, l'Erda pailletée de givre,— comme les\n paysages de certaines cartes postales illustrées — barbouillée de lumière\n bleue; les rougeoiements de kermesse illuminant le haut du rocher de\n Brunnhilde, dès le début de la scène de Siegfried et du Voyageur; le brusque\n éclat de l'or au début du Rheingold, tel un réverbère allumé au fond du Rhin !\n Les éclairages, eux, étaient réglés comme ils ne le furent jamais au théâtre\n de la Monnaie. Quoi de plus délicieux, par exemple, que le lever du jour au\n deuxième acte du Crépuscule des Dieux? On ne saurait faire mieux. Les cos­\n tumes sont parfaits, supérieurs de goût à ceux de Bayreuth, où on exhibait\n notamment une Freya en vert pomme-pas-mûre à faire grincer des dents. Par\n exemple, je n'aime guère, ici, les coiffures de quelques-uns des « hommes »\n de Gunther, ces bois de cerf hauts de deux pieds, dont ne s'embarrassaient\n certainement pas les guerriers du temps et qui seraient mieux en place dans\n un conte d'Armand Sylvestre ou de Paul de Kock; Siegfried souffle dans un\njoli cor métallique semblable au cor de François I er , bien connu des pèlerins\n du British Museum, quand la corne animale était tout indiquée; le porte­\n manteau de Guibich-heim est aussi d'une archéologie improbable. Mais\nce sont là vétilles, disparaissant dans la magnificence de l'ensemble ; il faut\n bien, n'est-ce pas, montrer les taches du soleil?\n   Les déconcertants desiderata scéniques de Wagner : les ébats natatoires\ndes Nixes, le crapaud, le dragon, les géants, l'arc-en-ciel projetant son pont\nde lumière jusqu'au formidable Walhall, la mort de Siegmund, l'embrase­\nment final, ont reçu la réalisation qu'ils devaient, qu'ils pouvaient recevoir. Les\npossibilités matérielles ont leurs bornes. C'est peut-être l'accumulation du plus\ngrand nombre de ces fantaisies dans YOr du Rhin qui explique l'impression un\npeu plus hésitante produite par cet ouvrage, comparativement avec le succès\nsi décisif des trois autres. On a rappelé à ce sujet l'effet énorme produit par\nl'exécution intégrale de YOr du Rhin aux concerts du Conservatoire, il y a\nquelques années, et on en a inféré que tout cela était, en fin de compte, bien\nmieux à sa place au concert qu'au théâtre. Ce n'est évidemment qu'un para­\ndoxe, propre à faire bondir un wagnérien sincère; mais il est amusant, et il\nse défend. Qu'il y ait ici disparate entre la musique et la scènerie, le fait\n\n\n(livrets, partitions, etc.), mais encore des Maîtres-Chanteurs et de Parsifal, également\nsaccagés par Ernst. Les traductions de Victor Wilder n'étaient pas parfaites, tant s'en\nfaut, mais on les considérerait comme telles, rapprochées de celles de son rival, ne fût-ce\nqu'au point de rue de cette musicalité au nom de laquelle on leur a préféré les pénibles\nélucubrations de Ernst. On finira par en revenir à Wilder, auquel les artistes sont\nd'ailleurs obligés de faire de constants emprunts pour arriver au bout de leurs rôles.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "294                                   DURENDAL\n\n\nest incontestable. Avec son art si merveilleusement évocateur, Wagner nous\nmontre un Rhin colossal, préhistorique, roulant pesamment ses eaux puis­\nsantes; et des géants, énormes comme des montagnes, traversent cela à gué\ncomme un ruisseau, emportant sur leur dos une déesse, gage d'un trésor\nfabuleux. Au concert, tout cela s'évoque en un spectacle idéal, dans la magie\ndes sons; (au théâtre, le fleuve de'vient fatalement un aquarium, les géants\ndes hommes quelconques érigés sur de périlleux talons, le trésor une dinan-\nderie quaternaire. Toutes les complaisances de l'illusion théâtrale restent\nimpuissantes à conjurer ces heurts.\n\n                                             *\n\n   Le succès, on le sait, a été considérable. Et il ne faut pas voir là que du\nsnobisme. Sans doute, dans l'empressement du public, surtout de celui des\n« gens du monde » — d'autant plus redoutables à l'art, dans leurs caprices et\nleurs toquades, que c'est d'eux en somme qu'il doit vivre, — il y avait de\ncela. Le fameux entr'acte gastronomique, à l'instar de Bayreuth, adroitement\nétendu du Crépuscule des Dieux aux deux journées précédentes, valut peut-être\naux malheurs de Brunnhilde un plus grand nombre de spectateurs compatis­\nsants. Des réflexions singulières s'échangeaient dans les couloirs des pre­\nmières; et le dilettantisme des messieurs feuilletant le Baedeker thématique\nde Wollzogen, une lanterne électrique à la main (1), m'a paru aussi suspect\nqu'encombrant.\n   Mais tous les cultes ont leurs faux dévots. Ce qui est certain, c'est que chez\nl'immense majorité des spectateurs, l'enthousiasme n'avait rien de simulé.\nDans la salle obscure, on sentait la tension d'une attention scrupuleuse; pas\nun symptôme de lassitude ne troubla, à aucun moment, la respectueuse piété\nde cette célébration artistique.\n   Si quelques doutes devaient encore subsister à ce sujet, on peut être certain\naujourd'hui que, chez nous, Wagner a vaincu, comme il a vaincu partout, là\nmême où l'esprit dé la race, les traditions protectionnistes et les passions poli­\ntiques rendaient sa victoire le plus improbable.\n\n                                             *\n                                            * *\n\n  D'où cet engouement irrésistible, qu'il devient puéril d'attribuer à un\ncaprice de la mode, à une modalité de l'esthétisme? La cause en paraît simple.\nWagner s'est imposé, parce qu'il était l'homme attendu, V « homme de notre\n\n\n   (1) Je me suis demandé jusqu'où allait la légitimité du procédé. Le principe de l'obscu­\nrité dans la salle — si agréable, quoiqu'en dise M. Edm. Cattier — ce principe une fois\nadmis, il ne devrait pas être plus toléré de rompre cette obscurité que d'obstruer le champ\nvisuel du voisin de derrière à l'aide des parterres dont les dames aiment à se couvrir le\nchef. Si la mode des lanternes de poche tendait à se généraliser, la salle ne tarderait pas à\noffrir le spectacle d'un palabre de vers luisants.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                         L'ANNEAU DU       NIBELUNG                         295\n\n temps ». De là aussi son influence sur toute la génération des musiciens con­\ntemporains. Il a créé un véritable formulaire d'expression musicale, arrivé\n aujourd'hui à s'imposer au point qu'un musicien éprouve quelque peine à\ns'exprimer sans emprunter à ce formulaire, dont les mots musicaux jaillissent\nspontanément de sa plume. Et pour nous-même, public, c'est l'expression la\n plus conforme à notre âme, à nos goûts, à nos tendances, c'est vraiment notre\n expression lyrique.\n   Il y a là quelque chose de merveilleux. — Mais ceci l'est encore bien plus.\n Reportons-nous à cinquante ans en arrière. Après une extraordinaire floraison\nde génies, l'art musical s'attardait dans les poncifs du post-classicisme. Men-\ndelssohn et Chopin étaient morts, Schumann disparaissait inaperçu, le\nromantisme s'affirmait à peine; au théâtre, le mauvais goût et la virtuosité\nimposaient d'immuables canons. Etc'est ce moment qu'un homme seul, pauvre\net sans appui choisit pour faire ce rêve : Créer de toutes pièces une formule\nd'art en contradiction parfaite avec toutes les traditions théâtrales du temps,\n dénuée par conséquent des moindres chances de succès et sans que rien\n permît, en somme, d'en espérer davantage de l'avenir; un art qui ne\n pouvait compter ni sur l'appui des artistes qu'il condamnait à un fabuleux\n labeur, auxquels il enlevait leurs plus chères prérogatives pour les asservir\nentièrement à l'intérêt de l'œuvre, — ni sur celui du public, non moins heurté\n dans ses goûts et soumis à un véritable travail d'assimilation, sous peine de\n ne comprendre rien.\n   Pour exprimer cette formule, emprunter aux sources les plus inattendues,\naux frustes mythologies du Nord, une série de fables barbares ou enfantines,\nsans cohésion et sans suite; les amalgamer à des épisodes tirés des plus\nanciens monuments littéraires de l'Allemagne et, de tout cela, construire une\nœuvre colossale, logique, émouvante comme pas une, faisant jaillir des vieux\nmythes grossiers les plus profonds symboles; une œuvre qui, frisant par\nmaint détail la puérilité, ne tolérerait qu'un auditoire acquis ou au moins sym­\npathique; une œuvre, enfin, dont la réalisation scénique, défiant l'ingénio­\nsité des plus habiles metteurs en scène et les ressources des directeurs les plus\nfastueux, n'exigerait rien moins, comme cadre, qu'un théâtre spécial et, pour\nimpresario, un roi!\n   En vérité, l'homme qui osa ce rêve était animé du souffle divin; son entre­\nprise apparaît comme la plus audacieuse qu'on ait jamais tentée dans le\ndomaine de la pensée, et sa rapide fortune comme une des phases les plus\nsurprenantes de l'évolution artistique.\n                                                           ERNEST CLOSSON.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                       Musique d'église\n\n                   LA vulgarisation des œuvres des anciens polyphonistes, peu\n                      connues en dehors du monde des musiciens, a été l'objet\n                      d'un certain nombre de manifestations d'art, en Belgique,\n                      qu'il convient de signaler. Je ne m'arrêterai pas aux audi­\n                      tions données par les chanteurs de Saint-Gervais, à Bruxelles\n                      et à Bruges. Par leur éclat et leur caractère hautement\n                      artistique, elles se sont imposées à l'attention du public,\n                      même plus ou moins mondain. D'ailleurs, Durendal ne\n                      leur a pas ménagé les comptes rendus les plus flatteurs.\nJe me bornerai ici aux manifestations moins retentissantes, peut-être, mais\nnon moins méritoires, dont nos compatriotes ont pris l'initiative.\n    Ce sont d'abord les concerts organisés à Gand par la phalange chorale\nmixte A Capella, fondée et dirigée par M. Emile Hullebroeck. L'A Capella est\ncomposé d'artistes sortis des conservatoires de Bruxelles et de Gand, parmi\nlesquels plusieurs premiers prix de chant. C'est donc sans témérité que ces\nmusiciens abordent les périlleuses partitions de Palestrina, de Vittoria, de\nRoland de Lattre, etc., dont les groupes d'amateurs, réunis un peu au petit\nbonheur, ne réussissent souvent qu'à compromettre la réputation. Au reste,\nles concerts de l'A Capella gantois sont consciencieusement préparés par de\nlongues et sérieuses études. On peut donc s'attendre à des auditions irrépro­\nchables et révélatrices. Un tel travail contribuera à la gloire des primitifs de la\n musique mieux que tous les discours et tous les congrès.\n    En mars dernier, l'A Capella faisait entendre, à Gand, le Stabat Mater de\n Palestrina. Le 13 avril, dans un concert donné à Anvers, le même chef-\n d'œuvre fut interprété, en même temps que l'admirable Credo de la messe du\n Pape Marcel.\n     L'impression en fut prodigieuse. Cette polyphonie puissante, pleine de\n fougue contenue, à la fois pathétique, tendre, émue, forte et grandiose, donna\n l'impression d'une chose définitive et parfaite en son genre. Il fallait avoir l'es­\n prit bien prévenu, ou le goût bien perverti, pour n'être pas profondément\n remué par le charme mystique qui se dégage de cette forme musicale, et pour\n ne pas saisir son exquise convenance avec l'onction de la liturgie.\n     Il est désirable, pour l'instruction du public, que de pareilles auditions se\n multiplient. Les lettrés connaissent les noms de Palestrina, de Roland de\n  Lattre, de Vittoria, pour ne citer que les plus célèbres. Peu, même parmi les\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                             MUSIQUE D ' É G L I S E                         297\n\ndilettanti, ont entendu leurs œuvres. D'autre part, l'essence même de leur\nbeauté est de nature si délicate et si subtile, qu'elle ne se révèle que dans une\ninterprétation parfaite. Ainsi, pour beaucoup, le style palestrinien reste lettre\nmorte.\n    Ce discrédit dont souffre encore aujourd'hui l'œuvre des musiciens anté­\nrieurs à J.-S. Bach, est causé en partie par le courant qui entraîne la musique\nmoderne vers la forme dramatique. Or, le théâtre vit de conventions et\nd'exagérations. La grandeur y dégénère en pathos, la force en violence,\nl'émotion en sentimentalité douceâtre, la passion en spasmes nerveux, la dou­\nleur en convulsions. D'ailleurs, si cette enflure pathétique et ce choc tumul­\ntueux de passions humaines sont acceptables à la scène profane, tout cela est\nessentiellement incompatible avec l'accent de la prière. Et, malheureusement,\ndepuis un siècle, le style dramatique s'est infiltré dans les compositions reli­\ngieuses au point d'en faire d'étranges parodies. Quelques-uns s'en aperçoivent\n et s'en attristent; d'autres ont la naïveté de s'en réjouir. Reste, enfin, la caté­\n gorie des braves gens qui ignorent totalement le théâtre et qui prennent pour\n des modèles d'onction religieuse les prières en styles amoroso des Gounods et\n des Massenets. Dans l'innocente candeur de leur âme, tout leur est sujet\n d'édification; rien ne les effarouche. Il ne leur déplairait nullement d'en­\n tendre les paroles du Gloria adaptées à la musique de la bacchanale du\n Venusberg. Convenons que ces naïfs n'ont, dans la question, ni compétence,\n ni voix consultative. Tout au plus, voudrait-on les mettre en défiance contre\n leur amour de la mélodie soi-disant chantante, en leur donnant quelque\n soupçon de son origine et de son vrai sens.\n     Quoi qu'il en soit, il importe de remonter le courant désastreux de la mode,\n en nous rattachant fortement aux traditions anciennes. Mais cela veut-il dire\n que nos compositeurs modernes doivent s'imposer de n'écrire qu'en style\n palestrinien? Je ne le pense pas. La perfection même d'un style, arrivé à son\n apogée, devrait nous interdire de vouloir imiter des modèles inimitables.\n D'ailleurs, le répertoire, en ce genre, est si complet que c'est peine perdue de\n vouloir l'enrichir. Enfin, nos pastiches restent fatalement froids et sans âme,\n comme la littérature latine des humanisants de la Renaissance, comme la\n peinture des Nazaréens et la sculpture de Canova, comme les essais plus ou\n  moins habiles, plus ou moins curieux, de tous les archaïsants. Conservons\n  aux glorieux primitifs une place d'honneur au répertoire de nos maîtrises ou\n  de nos concerts, comme nous conservons pieusement les monuments des\n  époques disparues. Quant aux compositeurs, qu'ils s'imposent l'obligation de\n  suivre l'esprit, non la forme des anciens. Le sentiment, l'expression, le\n  lyrisme, l'âme même dé l'art musical, ne sont-ce pas choses indépendantes\n  des formules, de la technique et, en quelque sorte, d'un style déterminé? Et\n  pourquoi ne pourrions-nous trouver en la langue musicale moderne, si\n  souple, si riche en nuances, si fertile en ressources, l'accent qui convient à\n  l'hymne impérissable de la foi, de l'espérance, de l'amour chrétien ?\n\n  Un jeune musicien d'Anvers, M. Louis Ontrop, contribue, de son côté, au\n mouvement de retour admiratif vers la musique ancienne. Le deuxième jour\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": " 298                              DURENDAL\n\n\n  de Noël dernier, puis le 29 avril, un chœur mixte, recruté pour la circon­\n  stance, et des solistes de bonne volonté, firent entendre, sous la direction du\n jeune maître, des œuvres sacrées d'anciens et de modernes : Palestrina, Alle­\n  gri, J.-C. Bach, Haendel, Mendelssohn, Cherubini, Tinel, C. Franck,\n  Blockx, Ontrop, etc. Ces programmes, un peu composites, témoignent du\n désir de bien faire, sans trop froisser des goûts invétérés. Malheureusement,\n l'exécution ne fut pas toujours à la hauteur des œuvres, ce qui s'explique par\n l'organisation un peu hâtive de ces concerts.\n     Une mention absolument élogieuse convient au travail consciencieux de\n  M. Carpay et des chanteurs de Saint-Boniface, à Bruxelles. J'ai eu la bonne for­\n tune de les entendre le 21 avril, dans la Missabrevis, de Palestrina. Avec des\n ressources peut-être insuffisantes (j'entends le nombre des chanteurs), M. Car­\n pay réalise des merveilles de style, de finesse, d'homogénéité. Absence de\n tout accent personnel, de toute intention dramatique, admirable tenue de\n voix, qui ont réussi à se défendre de cet abominable chevrottement qui sévit\n partout ailleurs (M. Hullebroeck n'a pu jusqu'ici extirper ce défaut chez ses\n chanteurs), art exquis des nuances, telles sont les qualités qui placent la maî­\n trise de Saint-Boniface au-dessus de toutes les autres. L'œuvre entreprise par\n l'éminent maître de chapelle de Saint-Boniface est d'autant plus méritoire\n qu'il ne la soutient que par des prodiges de dévouement et d'abnégation. Or,\n le défaut de ressources pécuniaires menace, dit-on, la stabilité de cette\n œuvre. Espérons, toutefois, qu'il se rencontrera assez d'âmes généreuses,\n assez de convictions ardentes pour ne pas laisser péricliter cette admirable\n entreprise.\n    Nous ne pouvons oublier ici le travail entrepris depuis longtemps déjà, et\ntoujours soutenu, par les Associations de Saint-Grégoire, dont l'organe est la\n revue Musica Sacra, publiée à Gand. Il semble, toutefois, que le bon grain\nsemé par ces associations ait bien de la peine à germer dans les grandes villes.\nSi l'on excepte la calhédrale de Tournai et Saint-Boniface, à Bruxelles, je ne\nconnais guère de maîtrise de quelque importance qui marche dans la voie des\nréformes désirables. Sans doute, la pénurie d'argent est pour quelque chose\ndans cette triste situation, mais la cause profonde du mal est ailleurs. Elle gît\nsurtout dans le mauvais goût de la foule, dans l'ignorance des maîtres de\nchapelle, dans l'incurie ou la pusillanimité du clergé, dans cet odieux entête­\nment des personnages influents, marguillers et autres, à vouloir ériger en\ndoctrine absolue leur incapacité et leur bêtise.\n    Dans l'attente de meilleurs jours, saluons avec respect les initiateurs\ndévoués et convaincus qui luttent, contre vents et marée, à relever le prestige\nde la liturgie catholique, soit au grand soleil de la publicité, soit dans\nl'ombre des coins perdus. Célèbres ou obscurs, leur mérite est égal, et Dieu\nles récompensera de leur ingrat labeur.\n                                                              F.   VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": ""}, {"page_pdf": 355, "texte": "RETABLE EN BRONZE DORÉ ET ÉMAILLÉ, ENRICHI DE PIERRERIES\n      destiné à la chapelle de l'hôpital Saint-Camille de Lellis, à Anvers\n                        (ŒUVRE DE M. HAAN, D'ANVERS)\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                        Chronique d'Art\n  M. Haan, d'Anvers, a exécuté un retable en bronze doré et\némaillé, enrichi de pierreries, destiné à la chapelle de l'hôpital de St-Camille de\nLellis d'Anvers. C'est une très belle œuvre conçue dans le style du XIIIe siècle,\néminemment décorative. Le travail de ciselure est poussé avec un soin\nextrême. L'emploi habile et judicieux des émaux cloisonnés, qui sortent du\nreste des ateliers de M. Haan, dénote un artiste auquel les belles formes du\nmoyen âge sont familières. L'œuvre de M. Haan n'est pas un vulgaire et mala­\ndroit pastiche de l'art ancien. C'est un beau travail, fait avec conscience,\npar un ouvrier maître de son métier, connaissant à fond le style dans lequel\nil a ordonné son œuvre.\n   Nous publions, dans le présent fascicule, une reproduction du beau retable\nde M. Haan. Elle ne donne naturellement qu'une idée très imparfaite de\nl'œuvre elle-même.\n                                                                          H . M.\n\n   L e o p o l d W a l l n e r , une figure bien connue de notre monde musical,\nvient de s'affirmer avec autorité lors de la dernière audition donnée par\nM. Engel et Mlle Bathori. Ces deux excellents interprètes ont fait entendre\nune suite des mélodies de ce compositeur trop peu connu et dont les œuvres,\npar leur distinction, leur inspiration et leur facture soignée et émue méritent\nde fixer l'attention de tous ceux qui aiment la bonne et saine musique.\n   Il serait trop long d'analyser les œuvres que le public, convié à les savou­\nrer, a accueillies avec une faveur marquée ; il nous suffira de les énumérer et\nde signaler qu'elles ont, pour la plupart, été inspirées par d'exquises poésies\ndues aux plus raffinés de nos poètes belges :\n            Le Silence .                            Giraud\n            Echo de valse .                         Le Roy\n            Désir                                   Séverin\n            Chère, voici des fleurs                 Valère Gille\n            Le lis qui file .                       Van Leerberghe\n            Celle qui t'aime                        Kalm\n            Clair de lune                           Valère Gille.\n            Renoncement                             Giraud\n   Ce qui caractérise les transpositions musicales de Léopold Wallner, c'est\nla souplesse avec laquelle elles se plient aux moindres méandres du texte,\nsans fausser jamais la prosodie et sans perdre rien pourtant de leur valeur\nmélodique. Il serait, d'autre part, aussi malaisé qu'injuste d'apparenter son\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "300                                DURENDAL\n\n\nstyle à celui de l'un ou l'autre de ses prédécesseurs ou de ses contemporains:\nson originalité est entière, et c'est là un fait trop rare à notre époque pour ne\npas le relever avec insistance.\n   Nous ne pouvons mieux terminer ces quelques lignes qu'en émettant le\nvœu de voir notre ami et collaborateur Léopold Wallner sortir de son porte­\nfeuille les nombreuses œuvres qui y dorment et que des éditeurs, quelque\npeu soucieux d'art, devraient se disputer.\n                                                                      H . L. F .\n   E x p o s i t i o n d e M i d d e l e e r . — L'ensemble de toiles qu'avait réuni\nle peintre Middeleer, rue Royale, nous a montré son talent en sa pleine\nefflorescence. Il y avait là, riche, sain et varié, le produit d'un travail sincère\net l'indéniable affirmation d'un tempérament pictural des plus intéressants.\nPortraits — en minorité — paysages, vues de petites villes curieuses, inté­\nrieurs d'églises, le peintre aborde ces genres avec un courage heureux et des\narmes bien trempées. De Middeleer est un « tempérament » porté amoureu­\nsement vers la belle couleur, spontanée, ample, le plein air vigoureux et\ndélicat. Il donne l'impression de la robustesse, de la sincérité dans l'impres­\nsion; ses recherches sont intéressantes et rien n'est mièvre dans sa facture;\nla vie palpite dans ses toiles éloignées de toute exagération, par exemple ses\nGenêts où se manifestent, peut-être avec le plus de justesse, la touche franche,\nsavoureuse, robuste du peintre.\n   Citons encore, son intérieur d'église de la Chapelle, pleine de recueillement\navec un groupe de prieuses d'un joli mouvement, une tête de paysan d'une\npsychologie rude et ferme. En résumé, une exposition remarquable et la\nmanifestation d'un talent hardi, entreprenant, généreux, qui nous réserve\nsans doute encore pour l'avenir des surprises heureuses qu'on attend avec\nune vive sympathie.\n   Exposition de Jenny Bernier-Hoppe et Géo Bernier.—\nSi le succès d'une exposition doit se mesurer par la vente qu'elle favorise,\ncelle-ci fut sans conteste le plus fêté des salonnets qui s'ouvrirent au Cercle arti-\nstique. M. Bernier est paysagiste et animalier de fort agréable manière. Il n'y\na pas à nier que ses chevaux et ses vaches aient de la vigueur, de l'allure et ne\nrévèlent un métier adroit. Il possède d'ailleurs le talent de les entourer de bons\npaysages et ses toiles fort étudiées et suffisamment sincères ne peuvent que\nplaire énormément. M. Bernier n'innove pas : il reste avec sécurité, avec\nhabileté en pleine et bonne tradition flamande, sa vision est claire, bien\nportante, joyeuse et forte, sa palette souple, élégante, avertie. Telles de ses\npetites toiles constituent des notations fort heureuses, très distinguées, d'heure\nmatinale au bois ou d'atmosphère crépusculaire. Le talent de M. Bernier est\nsavoureux, lyrique par moments — Sérénité — consciencieux et habile. Ces\nqualités ont été vivement appréciées.\n   Mme Bernier-Hoppe expose de jolis portraits, attirants et sans doute un\npeu trop posés, où la forme l'emporte visiblement encore sur le fond, et des\nfleurs heureusement réussies, d'une élégance et d'une composition agréables.\n                                                                          G. B.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "  Une Conférence de M. René Doumic\n                            sur le Féminisme\n\n\n   M. René Doumic a donné récemment, au Cercle des Matinées littéraires, avec\nbeaucoup de talent, d'esprit et de conviction, une conférence à peu près aussi\nanti-féministe qu'il était possible de la faire. Nous disons à peu pris, parce\nque M. Doumic, suivant en cela l'exemple de la plupart de nos adversaires,\nvoue le féminisme aux gémonies tout en acceptant une partie de son pro­\ngramme.\n   M. Doumic reconnaît que la femme doit avoir la liberté du travail, c'est-\nà-dire le libre accès à toutes les professions, vu que le nombre des femmes qui\nne trouvent pas à se marier est considérable; il déclare juste et nécessaire\nque la femme, mariée ou non, ait le droit de disposer de son épargne et de son\nsalaire; mais pour lui, ces questions-là n'ont rien à voir avec le féminisme. Il y a\ndans cette assertion de quoi étonner un peu les féministes qui, depuis des\nannées, ont dépensé tant d'efforts pour obtenir la réalisation de ces deux\npoints très importants de leur programme. Mais passons.\n   Notons cependant que, si M. Doumic trouve désirable que les femmes aient\nun gagne-pain, il trouve fort mauvais qu on développe leur instruction, parce\nque l'amour excessif de la science détourne du mariage. En admettant que\nceci soit exact, nous n'y verrions pas grand inconvénient, puisque ce serait la\nsuppression des vieilles filles. En effet, la vieille fille est par définition une\npersonne qui a le caractère aigri parce qu'elle ne pardonne pas aux hommes de ne\nl'avoir pas épousée. Que la science ôte à quelques milliers de célibataires le désir\nou le regret du mariage, cela augmentera les chances du mariage des autres :\nnous aurons encore des femmes non mariées, mais le type classique de la\nvieillefille aura vécu !\n   M. Doumic nous apprend qu'il y a parmi les féministes, non seulement\ndes vieilles filles, mais aussi d'excellentes mères de famille et même des\nhommes; que les féministes se recrutent dans tous les rangs de la société et\nparmi les personnes de toutes les opinions, car il y a un féminisme chrétien, car il\ny a des féministes bien pensantes et dévotes comme à l'extrême-gauche il y en a de\ntendances — toutes contraires.\n   Ceci posé, le conférencier englobe les féministes de toutes couleurs dans\nune réprobation absolue, convaincue, presque haineuse, car toutes, ce sont\ndes révoltées, qui amèneraient, si elles pouvaient réussir, la ruine de la famille\net de la société !\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": " 302                                DURENDAL\n\n\n     Et voici comment M. Doumic définit le féminisme :\n     Les efforts des féministes tendent principalement à l'émancipation des\n  femmes mariées. Jusqu'à présent c'était le mari qui était chargé de diriger les\n  intérêts du ménage ; c'était lui qui était le chef de la famille : il devait protec­\n  tion à sa femme et celle-ci lui devait obéissance ; c'était le mari qui, dans\n  l'éducation des enfants, décidait en dernier ressort, et quand il était ques­\n  tion d'établissement pour ces enfants, c'était encore le consentement du père\n  qui était indispensable et qui suffisait.\n     Aujourd'hui, les féministes veulent bouleverser tout cela. Elles ne veulent\n  plus obéir, elles ne veulent même plus être protégées.\n     M. Doumic assure que les féministes, tous les féministes ne visent que\n l'élargissement du divorce pour arriver à l'union libre, et il décrit, de main de\n maître, le tableau devenu presque classique du malheur de la société et sur­\n tout de la femme quand l'état des mœurs aura encore empiré : aujourd'hui\n déjà, les divorces sont, en France, de plus en plus nombreux et l'union libre\n tend à devenir la règle. Le conférencier n'oublie qu'une chose, c'est que ces\n exemples tirés d'un pays dont la législation est très peu féministe, ne prouve\n guère contre le féminisme et il est permis de se demander si des lois moins\n barbares pour la femme ne diminueraient pas, au contraire, le nombre des\n unions libres et des divorces.\n     La vertueuse indignation de M. Doumic s'attaque à ces trois revendica­\n tions : remplacement de l'autorité paternelle par l'autorité parentale; suppres­\n sion de la puissance maritale; suppression de l'autorité maritale.\n     Nous ne voyons pas bien ce qu'il y a d'immoral à prétendre que la mère doit\n avoir quelque autorité sur les enfants qu'elle a mis au monde au péril de sa\n vie, qu'elle a nourris, dont elle a préservé la frêle existence et formé la jeune\nâme. Nous trouvons, au contraire, très peu conforme à l'idéal de la famille\nque le père seul ait le droit de décider de l'éducation et de l'établissement des\nenfants et qu'il ait le droit de les séparer de leur mère si bon lui semble. Nous\nsavons bien qu'on évoque, contre l'autorité parentale, le spectre de la justice\nobligée d'intervenir en cas de désaccord des parents; mais dans un cas simi­\nlaire ce spectre est depuis longtemps une réalité, puisque l'obéissance due\npar la femme au mari n'a d'autre sanction que celle prononcée par la\njustice.\n    Passons à la puissance maritale, c'est-à-dire au pouvoir que le mari exerce\nsur la personne de sa femme.\n    M. Doumic a tort de reprocher aux féministes, pris en bloc, de vouloir\ndétruire le mariage. Si quelques exaltés préconisent de pareilles théories, la\ngrande majorité des féministes ont le respect de la famille, et parmi ces der­\nniers il en est beaucoup — entre autres les féministes chrétiens — qui ne\ndemandent pas que la puissance maritale soit abolie, mais qu'on y apporte .\ncertaines restrictions pour empêcher les abus.\n    Mais, en vérité, quand bien même la France et la Belgique supprimeraient\nla puissance maritale, suivant l'exemple de l'Angleterre et de la Norwège\n(qui ne sont pas pour cela tombées en anarchie), nous ne croyons pas à l'exac­\ntitude des déductions que M. Doumic tire de cette hypothèse.\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "               UNE CONFÉRENCE DE M. RENÉ DOUMIC                              303\n\n\n   Il semble croire que ce seul fait changerait radicalement la nature de la\nfemme et la rendrait incapable de dévouement. Mais le dévouement et la\nsoumission sont choses absolument indépendantes; la mère qui se dévoue\npour ses enfants le fait-elle par soumission? Nous avions toujours cru, d'ail­\nleurs, que le dévouement par obéissance ne méritait pas ce nom ; la femme\nqui se dévoue réellement, est celle qui se sacrifie par amour pour son mari, par\namour pour ses enfants; et M. Doumic avoue lui-même que les ménages où,\nen dépit des lois, la femme commande ne sont pas les moins heureux.\n    Parlons, enfin, de l'autorité maritale, c'est-à-dire du pouvoir que le mari\nexerce sur les biens de la femme. Le conférencier a à. peine effleuré ce\npoint, peut-être parce qu'il sentait que c'était le moins défendable de sa thèse.\n    D'après le régime pécuniaire de droit commun en France et en Belgique,\ntous les biens de la femme (excepté les immeubles) tombent dans la commu­\nnauté, et c'est le mari qui est seul administrateur des biens de la communauté.\n« Il peut les vendre, aliéner et hypothéquer sans le concours de la femme »\n(art. 1421 du Code civil). C'est-à-dire que l'ouvrier est seul maître de l'avoir\nde sa femme; qu'il peut, pour aller boire, vendre les meubles apportés en\nménage par l'épouse ; c'est-à-dire que le débauché élégant peut entretenir ses\nmaîtresses avec la fortune de sa femme, sans que celle-ci puisse protester !\nPour considérer un pareil Code comme une arche sainte, il faut n'être pas\n difficile !\n    M. Doumic a raison en un point : oui, c'est surtout le sort de la femme\n mariée que nous voulons améliorer; oui, nous voulons qu'elle ait autorité sur\n ses enfants; nous voulons la protéger contre les abus de la puissance maritale ;\nj'ajouterai que notre but principal et immédiat est de faire supprimer complète-\n ment l'autorité maritale, comme en Italie, en Angleterre et en Russie. Mais nous\n avons la conviction absolue que nous accomplissons, non pas une œuvre\n néfaste, mais une œuvre juste, morale et civilisatrice. Nous croyons que le\n salut de la famille ne nécessite pas l'écrasement légal de celle qu'on nomme,\n par une poétique antithèse, la « reine du foyer », et nous trouvons étrange\n qu'on nous applique cette épithète de révoltées comme un blâme et presque\n une injure, alors que nous nous révoltons au nom de la morale contre\n une véritable iniquité législative, celle qui déclare le vol légitime du moment\n que le voleur est le mari et que la victime est l'épouse qu'il avait juré de\n protéger !\n                                                 LOUISE VAN DEN PLAS,\n                                         Secrétaire générale du Féminisme chrétien\n                                                         de Belgique.\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                          LES LIVRES\n\n\nLA POÉSIE :\nAnthologie des poètes lyriques français de France et de\n l'étranger, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours,\n   par I. FONSNY et J. VAN DOOREN. — (Verviers, Alb. Hermann).\n   Si la composition — on pourrait dire la fabrication — d'une Anthologie\napparaît chose difficile, compliquée, voire même périlleuse, il n'est guère aisé\nnon plus de parler de ces sortes d'ouvrages ni d'en donner une idée. Un\nvolume de vers, un roman, un drame, pour quiconque a l'œil un peu exercé,\nse jugent assez rapidement. Une Anthologie, au contraire, doit se lire comme\nelle fut élaborée : lentement, patiemment, et avec réflexion. Et ce travail une\nfois achevé, tout ce que l'on peut révéler au lecteur que l'ont s'est chargé de\nrenseigner, se résume en quelques vagues appréciations telles que celles-ci :\ncette Anthologie est complète, ou ne l'est pas; — elle peut-être mise, ou non,\nentre les mains des jeunes filles ; — elle me plaît, ou ne me plaît pas.\n   Je suis heureux de rassurer tout de suite les consciencieux auteurs de cet\nexcellent ouvrage : leur Anthologie est aussi complète que peut l'être un\nchoix de poésies lyriques en un volume; aucun des poèmes cités n'est de\nnature à blesser les plus chastes oreilles; enfin, ce recueil me plaît. Il me plaît\nmême vivement, et je n'hésite pas à le recommander à tous les amateurs de\npoésie. C'est un bouquet touffu, multicolore, et très diversement parfumé. On\ny trouve de tout, depuis les Chansons d'amour courtois et les tensons du XIIIe siècle,\njusqu'aux œuvres les plus bizarres des symbolistes d'aujourd'hui. Je n'en fini­\nrais pas, s'il me fallait énumérer les perles de ce gigantesque écrin : il n'y a\npas une pièce célèbrequi n'y figure. MM. Fonsny et Van Dooren, ayant assumé\nla tâche ardue de résumer en un volume les multiples manifestations de la\npoésie lyrique française au cours des siècles, ont pris le parti le plus sage :\nils ont, faisant abstraction sans doute de leurs préférences personnelles, inséré\ndans leur Anthologie les chefs-d'œuvre consacrés déjà par une longue admi­\nration : tels le Malade, la Jeune captive et la Jeune tarentine de Chénier ; le Vallon,\nl'Isolement, le Lac, le Crucifix, de Lamartine ; Napoléon II, à Villequier, Booz\nendormi, de Hugo. (Ces poètes, d'ailleurs, sont représentés par d'autres pièces\nencore : j'ai cité ces exemples pour indiquer l'esprit qui a présidé à la confec­\ntion de l'ouvrage.) Et je crois qu'en effet c'était là le plus sûr moyen de ne se\npoint fourvoyer: on a beau dire, les suffrages de la postérité ne se dispensent\npas si mal; et quand une œuvre a passé, de génération en génération, sans\nperdre de son prestige, il y a beaucoup de chances pour que cette œuvre soit\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                 LES LIVRES                                  3o5\n\n\nréellement un chef-d'œuvre. Nous devons louer les auteurs de ce florilège de\nl'avoir compris.\n   Oh 1 ce n'est pas qu'il n'y ait rien à redire à leur choix. Je leur reprocherai\nd'avoir fait la place trop large à certains rimeurs, comme Jean Rameau, Jac­\nques Normand, Grandmougin, d'autres encore. Et je me permettrai de leur\nsignaler, pour une seconde édition que je leur souhaite de tout cœur, quelques\npetites lacunes : Charles Cros et Edouard Dubus ont été oubliés; Raoul\nPonchon aussi, dont l'archaïque modernité a une saveur bien drôle; et puis\nil y a encore les sonnets de Jean Lorrain, et d'exquises œuvrettes de Paul\nArène. Par contre, les Ames du purgatoire d'un certain Paul Marrot feraient\nplaisir à maintes âmes catholiques d'ici-bas, en débarrassant de leur présence\ncette Anthologie du reste scrupuleusement honnête.\n   En appendice, la Belgique, la Suisse, le Canada, la Roumanie elle-même,\nsont représentés par leur meilleurs poètes. Sans être chauvin le moins du\nmonde, il faut convenir que notre pays l'emporte, et haut la main, dans cette\nlutte pacifique : il semble que les glaciers des Alpes et les déserts canadiens\nne soient guère propices à l'éclosion de cette fleur délicate et rare, et qui\npousse plus haut encore que l'edelweiss, qu'on nomme la Poésie.\n\nP è l e r i n a g e s , par LÉONCE DEPONT. — (Paris, Lemerre.)\n   Les lecteurs de cette Revue ont pu apprécier déjà le pur et probe talent de\nM. Léonce Depont. Artiste laborieux et persévérant, il a publié, dans l'espace\nde quelques années, une trilogie qui forme une œuvre considérable : Sérénités,\nDéclins, et ces Pèlerinages qui viennent de paraître. Ces trois recueils ont été\nsuccessivement couronnés par l'Académie française.\n   Et si jamais poète fut digne des suffrages académiques, c'est bien celui-ci.\nM. Depont, parmi les poètes qui se distinguèrent en France dans ces derniers\ntemps, se révèle sans conteste le plus impeccablement classique. Ses poèmes\nbrillent et plaisent par des qualités de mesure, de correction, de clarté et d'élé­\ngance, qui font de chacun d'eux un modèle d'Anthologie. Nulle recherche\nde bizarrerie, aucune prétention à la nouveauté; pas le moindre écart de lan­\ngage, pas la plus timide dérogation aux lois rigoureuses de la prosodie.\nL'auteur des Pèlerinages se soucie avant tout de l'ordonnance et du rythme, de\nla pureté des lignes, en un mot de la perfection. Ses suites de poèmes font\nsonger à ces majestueux jardins français, symétriques, élégants et soigneuse­\nment peignés, où disparaît le charme de l'imprévu, du caprice et de l'indé­\npendance, où les végétations folles sont impitoyablement sacrifiées. Ils sont\nun peu froids, ces jardins : mais ils abritent le geste impérissable des marbres\net la gloire immortelle des palais. Telle est l'œuvre de M. Léonce Depont.\n   L'inspiration en est diverse et multiforme, d'ailleurs, si le moule en est\nun peu monotone : elle embrasse à la fois la Fable et la Nature, l'Histoire et\nl'Amour, les plus lointains domaines de l'espace et du temps. Et d'autres\nqualités que celles dont j'ai parlé, recommandent ce livre aux fervents depoésie:\nles vers de M. Depont sont tantôt emportés par un souffle d'éloquence pro­\nfonde, tantôt pénétrés d'une émotion discrète qui n'en trouve que mieux le\nchemin du cœur, et le plus souvent touchés de ce rayon suprême de Beauté\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": " 306                               DURENDAL\n\n\n qui palpite au sommet d'une ode ou d'un sonnet, comme une claire lueur au\n faîte d'un temple harmonieux.\n                                                                   F. A.\n\n L e s P e t i t e s H e u r e s , par GEORGES CASELLA. — (Paris, Edition de la\n   Revue dorée. )\n   M. G. Casella prouve, tout au long de ce gracieux recueil, qu'il possède\nplusieurs des qualités dont l'ensemble contribue à former un aimable talent de\npoète. Il chante l'amour avec tendresse, en vers discrets et doux, auxquels je\nreproche seulement de manquer parfois de cette souplesse aisée qui est une\ncondition de l'harmonie. Sa forme gagnerait à être un peu plus surveillée. En\ndépit de ce défaut, nombre de ses strophes forcent l'attention, et exigent qu'on\nles relise, pour y réfléchir et s'y plaire encore.\n\nL e s S o u r c e s s e r e i n e s , poèmes en prose, par RENAUD STRIVAY. —\n   (Seraing, Georges Lecomte.)\n   Tableautins aux couleurs fraîches, légers croquis, méditations d'un instant,\nces petits poèmes en prose, souvent gracieux, seraient parfois fort bons, si\nl'auteur voulait en soigner un peu plus la forme.\n                                                                  C H . DE S.\n\nLE ROMAN :\nŒuvres complètes de Léon Tolstoï. — (Paris, Stock, éditeur.)\n   L'éditeur Stock a entrepris une publication complète des œuvres de\nTolstoï. Cinq volumes ont déjà paru : le premier renferme cette touchante et\nfraîche idylle qui s'intitule Enfonce et adolescence et qui est comme un portique\nde grâce et de candeur à un monument de grandeur parfois farouche. Puis\nviennent Sébastopol et les Cosaques, ces premiers récits de guerre du grand\nécrivain russe, d'une beauté si empoignante en leurs notations fiévreuses et\nhachées — belles comme la vie elle-même.\n   La traduction des œuvres de Tolstoï est faite par M. J.-W. Bierstock : elle\nest admirablement nette, concise, sans vaines fioritures et elle laisse à l'idée\ntoute sa force et toute sa saveur initiale.\n   Chaque volume est complété par un très artistique portrait de Léon\nTolstoï — à tous les âges de sa vie.\n   Ajoutons que la publication de la maison Stock est une œuvre de vulgari­\nsation littéraire qui mérite d'être d'autant plus approuvée que l'éditeur a mis le\nprix de cette intéressante collection à la portée de tous : chaque volume des\nœuvres de Tolstoï se vend fr. 2.50.\n   Pour donner à nos lecteurs une idée de l'importance capitale de cette\nnouvelle édition des œuvres complètes de Tolstoï, nous résumons ici la\ndéclaration de l'éditeur :\n   « En présentant au public français cette édition nouvelle et définitive des\nŒuvres complètes de Léon Tolstoï, nous croyons devoir en faire ressortir le\ncaractère, ainsi que les titres qui la désigneront à l'approbation des écrivains\net des penseurs.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                 LES LIVRES                                 307\n\n\n   » Notre édition peut être regardée comme inédite, et voici pourquoi. On\nsait que la censure, en Russie, supprime dans les ouvrages des écrivains russes,\ntous les passages qui lui déplaisent. L'acheteur de ces livres ne peut donc se\nformer de leur contenu qu'une idée tout à fait imparfaite. C'est ainsi que, comme\nl'explique M. Paul Birukov dans la préface placée en tête du premier volume,\non s'est longtemps mépris sur la signification des livres de Tolstoï, sur le\nsens et la portée qu'il exprimait. Depuis que des traductions, publiées un\npeu partout, ont aidé leur diffusion, quelques lacunes ont pu être comblées :\njamais ou presque jamais cependant un lecteur ou un critique n'a eu sous les\nyeux un texte qui fût véritablement sincère et conformée l'original, qui, en\nun mot, n'eût pas été tronqué en maint endroit.\n   » Il a paru en effet mainte édition française d'ouvrages de Tolstoï que les\ntraducteurs avaient remaniés à leur guise, retranchant et raturant d'impor­\ntants fragments des textes. Ces traductions ne sont donc pas sincères, soit\npar la faute de la censure, soit par la faute des traducteurs — mais non pas\nde tous les traducteurs.\n   » La publication que nous offrons au public français est complète à un\ndouble point de vue, d'abord parce que la pensée de l'auteur y est toujours\nrespectée, y apparaît avec son caractère propre, son entière personnalité, et\ndans les mêmes conditions que si elle n'avait jamais été déformée ou mutilée\npar les censeurs ou les traducteurs.\n   » Notre édition des Œuvres complètes de Léon Tolstoï comprendra quarante-trois\nvolumes d'environ quatre cents pages chacun. La traduction, aussi littérale\nque possible, sera faite d'après les textes revisés et comparés par M. Paul Birukov,\nsur les manuscrits originaux de Tolstoï.\n   » De telles garanties d'authenticité et de sincérité nous semblent assez méri­\ntoires et dignes de l'attention des lecteurs désireux de bien connaître et de\nsuivre, dans toutes les phases de sa puissante évolution, un écrivain de la valeur\nde Tolstoï, pour que nous n'insistions pas davantage sur le caractère d'inédit\net d'intégrité littéraire par où se distingue à nos yeux la présente publication.\n   » Nous réunirons dans cette édition, première en son genre, tout ce que\nTolstoï a écrit et dont il a autorisé la publication. En y joignant les variantes\net en corrigeant les fautes qui ont pu se glisser dans les manuscrits, nous\nespérons faire de cette édition complète des œuvres de Tolstoï un monument\ndéfinitif et, si possible, irréprochable.\n   » Nous continuerons de compléter chaque volume de notes bibliographi­\nques qui feront connaître au lecteur quelques circonstances intéressantes\nrelatives à l'apparition et à la composition de l'œuvre, ainsi que les indica­\ntions de bibliographie française.\n   » Nous avons aussi entrepris d'écrire une biographie de Tolstoï qui formera\nles deux derniers volumes de cette édition. »\n                                                                          F . V.\n\nL e P e t i t H o m m e d e D i e u , par CAMILLE LEMONNIER.— (Paris, Ollen­\n  dorff).\n  Chaque année, Ivo Mabbe représente, dans la célèbre procession de\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "308                                DURENDAL\n\n\n Furnes, notre doux Sauveur entrant à Jérusalem, sur le dos d'un âne, et la\nmain levée pour bénir et pour promettre le ciel. Ivo Mabbe garde l'empreinte\nde cette solennité. Il conforme sa vie aux enseignements divins; il se veut un\nexemple des plus rares vertus, et bientôt gagné par son propre zèle, il se\npersuade et persuade les autres qu'il est vraiment un nouveau Christus. Petit\nHomme de Dieu ! Petit Homme de Dieu !... Ainsi l'appellent les bonnes\ngens de la villette qu'émeuvent ses extraordinaires mérites. E t près d'Ivo\nMabbe vivent tous les acteurs processionnaires du drame sacré. C'est\nd'abord la belle Cordula. Dans le cortège, elle évoque les grâces de la Made­\nleine, et, discrètement, dans la vie réelle, elle entoure Ivo Mabbe d'une tiède\naffection. C'est Pilatus, au nez crochu, au visage évidé, qui redevient, après\nla cérémonie, un serrurier triste, chagrin, limant de la tôle et ayant les mains\ntoujours sales. Pour ce Pilatus, les sympathies ne sont pas bien vives. Le\nfaux bonhomme triche au jeu, lorsque Mabbe, par bonté d'âme, oubliant ce\nqu'il est dit dans les saintes Ecritures, s'en va à la tombée du jour faire avec\nlui une partie de smosejas. C'est encore le roi noir d'Arabie... Badilon, ancien\ndouanier pensionné... Badilon ouvre ses grosses lippes bleues, et les oiseaux\nrient dans les branches, croyant apercevoir des prunes... Badilon est crédule\net ingénu comme un vrai nègre.\n   Ceux-là et vingt autres personnages mènent leurs jours avec le souvenir du\nrôle qu'ils remplissent à la procession annuelle; aucun, cependant, n'égale\nen sincérité, en enthousiasme, le bon Ivo Mabbe. On respirera dans ce livre\nexquis les parfums mystiques de son âme. On compatira aux souffrances dont\nest abreuvé le Petit Homme de Dieu quand, à l'exemple du divin Maître, il\ns'avance vers ceux que les notables et les riches tiennent en mépris. Une sil­\nhouette traverse furtivement les droits chemins de Mabbe et laisse après elle\nun frisson inquiet parmi les calmes floraisons évangéliques qui bordent ces\nchemins : la figure d'une petite fille sauvage, d'un petit animal livré aux\ninstincts, — la fillette s'appelle si nerveusement « Iljel », — est, en quelque\nsorte, le lien qui rattache à la cruelle réalité toutes ces existences touchées\nd'une grâce candide.\n   Certaines peintures sont ici comme un rappel d'oeuvres de primitifs, cer­\ntaines couleurs semblent empruntées à de gothiques vitraux. Des expressions\npicturales y apparaissent neuves, inattendues, hardies, et pourtant elles\ns'apparentent merveilleusement à cet aspect d'une vie de Flandre, menue,\ndévotieuse, gourmande un peu..., dans l'attente du beau paradis bleu, où\nnous mangerons, en société d'angelets roses, du riz au lait sucré, avec des\ncuillères de vermeil !\n                                                             GEORGES VIRRÈS.\n\n\nL e M a r i a g e d e M i n u i t , par HENRI DE RÉGNIER. — (Paris, Mercure de\n   France.)\n   « Après avoir lu, il me dit d'un air irrité : « Je ne veux plus que tu fasses de\n» semblables riens, car les autres s'en tireront tout aussi bien que toi. » Nul ne\ncroira qu'une modestie sincère ait conduit M. de Régnier à épigraphier de\ncette phrase inattendue de Goethe son dernier roman. Un écrivain ne\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                                  LES LIVRES                                  309\n\n s'ignore jamais à ce point. Le poète de la Cité des Eaux se doute bien un peu,\n puisque chacun le sait, que de ces riens délicieux personne, à cette heure,\n ne se tirerait mieux que lui. Au reste, je ne pense pas que l'on puisse, à lire\n ses contes vifs, piquants, nerveux et hardis, prendre plus de plaisir qu'il n'en\n goûte lui-même, visiblement, à les composer : le goûterait-il vraiment s'il\n en fallait faire si peu de cas ?\n    Ce sont des mœurs contemporaines que peint aujourd'hui l'auteur de la\n Double Maîtresse et du Bon Plaisir, et j'abandonne aux moralistes le soin de\n décider si elles sont plus édifiantes que celles du passé. Orpheline à vingt ans,\n de bonne maison, pure, fière et pauvre, Mlle Françoise de Cléré a été\n recueillie par sa tante, Mme Brignan, dont la conduite n'est pas selon Dieu.\n Les quarante ans de cette veuve, bonne, insouciante et facile, flambent encore\n d'une longue jeunesse de cœur. On est exposé toujours à partager malgré soi\n la réputation d'une personne dont on partage l'existence. Mme Brignan nuit à\nsa nièce. Qu'importe que Mlle de Cléré soit droite, franche et honnête? Elle est\n la nièce de Mme Brignan, dont l'existence ne peut avoir pour elle de mystères.\n De là, autour d'elle, une petite déconsidération sourde qu'elle sent, présente\n et imperceptible, qui l'environne d'une sorte de soupçon doucereux qu'elle\nest impuissante à dissiper et qu'elle perçoit distinctement dans un salut, une\npoignée de main, une allusion, un sourire, mille riens dont elle souffre, qui\nla blessent et l'humilient. Elle est de celles à qui les hommes croient pouvoir\nmanquer de respect. Devant elle, ils croient pouvoir oser, et ils osent, jusqu'au\njour où, sa pudeur révoltée l'ayant contrainte de fuir la maison trop hospita­\nlière de Mme Brignan, elle trouve un honnête homme, son ami dès longtemps,\nPhilippe Le Hardois, qui, confident de sa détresse, lui offre sa main.\n    Ici, comme dans ses précédents romans, M. de Régnier se révèle le plus\ndélicieux des conteurs. Tout un monde peu flatté, « le monde », s'évoque;\net ce sont des portraits merveilleux de finesse, de précision, de vérité. M. de\nRégnier a mieux que de l'esprit, de l'émotion. Si maints propos trop libres ou\nl'audace de quelques tableaux peuvent choquer, les scènes qui closent le\nroman sont d'un pathétique neuf et très haut, dignes d'un maître.\n                                                                         M.D.\nŒ u v r e s c o m p l è t e s de PAUL BOURGET. Tome cinquième. U N E I D Y L L E\n   TRAGIQUE, LA D U C H E S S E B L E U E . — (Paris, Plon.)\n   Ce nouveau volume de la collection, éditée par M. Plon, des œuvres com­\nplètes de Bourget, renferme deux études qui apparurent depuis le début, au\npoint de vue de la technique et du style, comme des meilleures de Bourget.\n   Elles datent du moment où l'écrivain, par son style ample et nuancé, et le\npsychologue, par sa compréhension et sa pénétration, atteignirent à la\nmaîtrise :\n   Au point de vue moral, si Idylle tragique et la Duchesse Bleue profèrent des\nsituations délicates et hardies, le souci de la responsabilité de l'artiste qui, dès\nlors déjà, hanta M. Bourget, aigrette ces deux romans de leçons bienfaisantes\net réparatrices pour ceux que l'auteur de Mensonges aurait pu entraîner vers le\ndilettantisme insouciant et jouisseur qui caractérisa sa première manière.\n                                                                            F . V.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": " 310                                DURENDAL\n\n\nL ' I m m o r a l i s t e , par ANDRÉ GIDE. — (Paris, Mercure de France.)\n   Il convient de louer l'art exquis de ce livre. Le style de M. Gide a\nla valeur, la couleur et le rythme. Qu'il se plaise à décrire les jardins\nombragés de palmiers où les petits Tunisiens s'ébattent en plein soleil,\nou bien les côtes de la Sicile, se déroulant avec mollesse dans l'inef­\nfable pureté du ciel et de la mer, ou bien encore les gras pâturages\narrosés de frais ruisseaux et les vergers de pommiers de la verte Normandie,\nil donne de ces beaux lieux au charme varié une impression complète qui\nravit tous les sens. On respire l'air de ses paysages, comme on goûte la\nsaveur des brises qui les caressent, comme on y hume avec volupté l'arome\ndes fruits et des fleurs. La phrase, délicieusement française, car M. Gide est\nl'un de ces puristes que l'on pourrait appeler classiques de demain, se con­\nforme harmonieusement aux détours les plus capricieux de la pensée. On se\nplaît à la lire, à la relire lentement, pour mieux en apprécier tous les charmes.\n   Mais M. André Gide est autre chose qu'un styliste, c'est aussi un ironiste,\nqui, dans le cas présent, tend à moraliser. Ici nous ne tombons plus d'accord\navec lui. Son Michel nous paraît un piètre sire, et notre sympathie s'en va de\nsuite à sa femme, cette gracieuse et douce Marceline, que son égoïsme\ntraîne à la mort. Que la maladie ait transformé l'intellectuel qu'il était en un\nimpulsif, vivant uniquement et voluptueusement la vie physique, dégagé des\nlois morales dont il finit par ne plus avoir notion, allant jusqu'à braconner\nsur ses propres terres, — ce qui paraît bien le comble de l'immoralisme, —\ncela n'atténue que légèrement la répulsion un peu agaçante qu'il nous inspire.\nAussi bien M. Gide ne l'approuve-t-il pas, sans toutefois le blâmer. Et l'on\ndevine, penché au-dessus de ses pages, l'indéchiffrable sourire de son ironie.\n\n S o u r i r e s p e r d u s , par le comte D'ARSCHOT. — (Bruxelles, Lacomblez.)\n    Un nom aimé des lecteurs de Durendal, qui se souviennent d'avoir goûté\nle charme des trop rares poèmes, d'impression subtile et distinguée, qu'il\nsigna ici-même. Le présent recueil réunit une douzaine de contes, nou­\nvelles et fantaisies, ou l'on a tôt fait de trouver l'unité de sentiment qui les syn­\nthétise et que l'on pourrait désigner à peu près en ces termes : l'inquiétude du\nbonheur. Les héros du comte d'Arschot sont tous, ou peu s'en faut, des dilet­\ntantes d'impression et de sentiment, en proie au mal bien moderne qui con­\nsiste à analyser sans répit ses joies et ses tristesses, à les comparer, à en peser\nla valeur, avec une minutie d'orfèvre maniant des métaux précieux. Il n'est\nguère de bonheur qui reste pur de tout alliage après un tel examen. La joie\ny apparaît vite une chose d'un instant, que la répétition des lendemains\npareils usera peu à peu. Aussi ne nous étonnons pas de voir certains héros\nde ces récits renoncer, en pleine possession d'eux-mêmes, à ce qui fait pour\neux le charme de la vie, afin de substituer à un avenir que le continuel retour\ndes mêmes joies ferait morne la douceur triste du souvenir et du regret.\nMais il arrive parfois que la vie se rie d'un pareil effort, car il est anormal de\nsoupeser ainsi son bonheur, au lieu de l'accepter simplement, et les rouages\nd'un cœur trop compliqué se dérangent au moindre heurt.\n  Compliqués, ils le sont certes, ces mondains se laissant vivre avec délica-\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                   LES   LIVRES                                311\n\n\n fesse, épris d'art et d'amour, dont M. d'Arschot esquisse adroitement les fines\n silhouettes, unies par un lien fait de volupté et de tendresse rêveuse à des\n femmes au charme étrange, mûries par l'âpre soleil de la passion. Les\n plus longs de ces récits : En plein bonheur, Un dilettante, Des ressemblances nous\n les montrent aux prises avec la vie, souffrant du mal d'être heureux en sachant\n leur bonheur précaire. D'autres, brefs et rapides, analysent simplement un\n état d'âme, un regret, un souvenir. D'autres enfin, tels la Vision du vieux Roi,\n que publia Durendal, sont des poèmes en prose, d'un symbolisme discret.\n Tous plaisent, à des degrés divers, par l'impression de lassitude spéciale qui\n en émane, et aussi par l'aisance harmonieuse de leur style. Le talent du comte\n d'Arschot s'attache aux demi-teintes, aux nuances délicates, aussi bien dans\n l'étude du cœur humain que dans la description des choses. Son charme est\n subtil autant que durable; la goutte d'essence de rose y parfume.\n\nV a r e n k a O l e s s o v a , par H. GORKI, traduit par S. KIKINA et\n   P.-G. LA CHESNAIS. — (Paris, Mercure de France.)\n   L'âpre et vigoureux talent de Gorki me paraît plus apte à tracer dans le\ncadre d'une rapide nouvelle un tableau palpitant de vie qu'à développer une\nintrigue romanesque. C'est dans la réalité de tous les jours, chez les paysans,\nles déclassés, les mendiants que son art a trouvé ses inspirations les meil­\nleures. Bien que sa Varenka Olessova, l'héroïne de ce roman, soit une\nexquise sauvagesse, bien que l'idylle dont elle fait le charme, se déroule en\nde merveilleux paysages, à l'ombre de forêts édéniques ou au bord de\nfraîches rivières, plus d'une fois, au courant de la lecture l'intérêt languit.\nEt l'on est heureux de retrouver, dans un des contes qui terminent le volume,\nVingt-six et une, le vrai Gorki, redoutable poète des humbles et de leurs souf­\nfrances ignorées.\n\nL o n g u e R o u t e , par FRANÇOIS GILETTE. — (Paris, Plon.)\n   Un caractère de jeune fille, Consuelo Galdos, ardente, aimante et volon­\ntaire, bien étudié et mis en lumière par l'auteur, contribue surtout à faire\nlire avec plaisir ce roman facilement écrit.\n\n M a r q u é e , par H. MAISONNEUVE (Paris, Plon).\n   Ce roman traite avec délicatesse un sujet difficile. Un médecin de cœur\nnoble et franc, aime une jeune religieuse de l'hôpital où il pratique, la mère\nSaint-Colomban. Celle-ci se laisse lentement gagner par cet amour, et,\ncomme elle n'a pas encore prononcé ses vœux, échange contre le voile noir\ndu couvent le voile blanc des fiancées. Mais elle est marquée pour les joies\nmystiques de l'au-delà; elle meurt après avoir effleuré seulement le bonheur\nrêvé.\n\nL e C o m t e d e P é r a z a n , par E. RESCLAUZE DE BERMONT (Paris, Plon).\n   Roman romanesque, plein de beaux caractères et de grandes passions, se\nlaissant lire; il n'est guère d'autre éloge à en faire, mais c'en est déjà un, par\nces temps où l'in-18 jaune se fait de plus en plus encombrant.\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "3l2                               DURENDAL\n\n\nP a u l e t t e s e m a r i e , par A. NOËL. — (Paris, Plon.)\n   Cette petite Paulette raconte fort gentiment comment, après avoir failli\ns'éprendre d'un capitaine, puis d'un musicien, elle épousa un peintre, ami du\nsecond, et qui, durant son temps de service, avait fait le portrait du premier.\nTout un petit monde, nettement mis en scène, et très gai, anime ces pages,\nque nous recommandons vivement à nos jeunes lectrices.\n                                                                    C H . DE S.\n\nDIVERS :\nLa Religion dans la Société aux É t a t s - U n i s , par HENRY\n    BARGY. — (Paris, Colin.)\n    Voici un des livre les plus sérieux, les plus profonds et logiques, qui aient\nété écrits, sans doute depuis longtemps, en matière sociologique. Il traite à\nfond historiquement et critiquement la religion aux États-Unis. Conçu dans\nune forme presque géométrique du plan, écrit avec une sobriété de style\nd'une concision nerveuse et imagée, il m'apparaît comme une « solution\nélégante » du problème que s'est posé l'auteur et qu'il résout objectivement\navec une impartialité et une précision éminemment louables. Ce livre est un\nadmirable modèle d'exposition, de logique et d'enchaînement d'idées, il est\nun admirable modèle de méthode. L'auteur met en lumière l'évolution du\nsentiment religieux américain, depuis le départ de Leyde des Puritains\njusqu'à nos jours, cette évolution de l'instinct social et positif dans le christia­\nnisme colonial en esprit social et positif dans ses philosophies, en esprit\nsocial et positif, enfin, qui pénètre tout le christianisme contemporain aux\n États-Unis.\n    Religion américaine à base de solidarité, de civisme, antidogmatique;\nreligion faite pour l'homme, pour l'homme moral; religion avant tout mora­\n lité et enseignement de vie, voilà les caractéristiques que M. Bargy s'efforce\n de dégager. Ce livre peut être discuté dans ses détails et dans sa conclusion,\n il est indiscutable de force, de pénétration et de logique.\n\nL e L i b é r a l i s m e , par E M . FAGUET. — (Paris et Poitiers, Société fran­\n   çaise d'Imprimerie et de Librairie.)\n   Avec une bonhomie et une aisance singulières, Emile Faguet pose en une\nvingtaine de chapitres les principes les plus « libéraux » du libéralisme.\nSomme toute le livre entier est une critique de la politique intérieure de la\ndernière République française, spécialement en ces dernières années, con-\nstruite à la lumière des deux déclarations des Droits de l'Homme de 1789\net 1793 et basée sur ce principe, qui résume le credo libéral de l'auteur :\n L'Etat n'a que deux fonctions, l'ordre intérieur, c'est-à-dire la police et la\njusiice, et la défense extérieure, c'est-à-dire l'armée. En dehors de cela, toute\nson activité devient tyrannique. Ces pages sont à lire. Toutes pénétrées de\nsincérité, aucunement alourdies par quelque étalage d'érudition, parlant\nclairement le langage du bon sens le plus averti, elles constituent sous\n une forme presque familière, une étude forte et lumineuse du libéralisme\n pur, dégagé de toutes passions, de ce libéralisme qui paraît, aux yeux de\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                                  LES LIVRES                                   313\n\nl'auteur comme aux nôtres, presque inconciliable avec la mentalité spéciale\ndu Français. Voyez le dernier chapitre : « Pourquoi les Français ne sont\npas libéraux ».\n                                                                   G. B.\n\nHistoire de la littérature française en Belgique avant\n   1850, par FRITZ MASOIN. — (Bruxelles, Hayez.)\n   M. Fritz Masoin a eu la louable idée de rechercher les parchemins de notre\nlittérature actuelle d'expression française.\n   Pour réussir cette tâche, il fallait de l'érudition — une érudition conscien­\ncieuse, minutieuse et sûre — en même temps qu'un goût délicat de lettré.\n   M. Masoin a fait preuve de cette double qualité : encore que les « ancêtres »\nqu'il exhume nous étaient des inconnus, il leur a refait une personnalité —\nqu'ils fussent poètes, prosateurs ou dramaturges — grâce à une habile et\nattrayante restitution du milieu intellectuel dans lequel ils vécurent, des\ninfluences qu'ils subirent et de l'idéal esthétique en vue duquel ils vécurent.\n   Le livre de M. Masoin est un document d'histoire déjà ancienne vivifié par\nune très moderne critique.\n                                                                        F. V.\nG u i d e to S i e n a , h i s t o r y a n d art, by WILLIAM HEYWOOD and LUCY\n   OLCOTT. — Siena, Torrini, 1903. Un volume de 384 pages avec un plan,\n   5 francs.\n   Ceux qui s'intéressent à la magnifique et pittoresque citéde Sienne, sur laquelle\nles études que M. Jules Destrée a données à Durendal auront rappelé l'attention\nde nos lecteurs, trouveront dans le volume que vient de publier l'éditeur\nTorrini à l'intention des nombreux visiteurs anglais, de multiples et précieux\nrenseignemenls. La publication réunit l'autorité de deux écrivains anglais\nétablis à Sienne, ayant tous les deux leur compétence spéciale ; M. HEYWOOD,\ns'est chargé de la partie historique; Mme L. OLCOTT, de la partie artistique.\nUne riche et précise documentation, un itinéraire bien compris, de façon à\nn'omettre aucune des curiosités de la cité, quelques renseignements pratiques\nfont de ce volume un excellent guide pour ceux qui voudront connaître\net aimer Sienne. Au point de vue artistique, celui qui nous intéresse particu­\nlièrement, nous apprécions fort le travail de Mme OLCOTT, qui paraît exacte­\nment informée et d'un goût délicat. C'est ainsi qu'elle rend pleine justice\naux maîtres méconnus du XVe siècle, notamment à ce délicieux Neroccio, et\nqu'elle inaugure une réaction justifiée contre l'engouement excessif des\ncritiques et des touristes pour le Sodoma.\n                                                      J. D.\nLe peintre céramiste Smikros — A propos d'un vase\n inédit du Musée de Bruxelles, par CAMILLE GASPAR. (Extrait des\n  Monuments et Mémoires publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles-\n  lettres). In-2°, deux planches eu couleurs hors texte en couleurs et dix\n  figures. — (Paris, Ernest Leroux.)\n  Le vase, auquel est consacré cette étude — un stamnos de belles propor-\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "314                                DURENDAL\n\n\ntions, au décor rouge sur fond noir, représentant des scènes de la vie journa­\nlière — bien qu'ayant été déjà signalé par divers savants, n'avait jamais,\njusqu'à présent, été l'objet d'une description et d'un examen approfondis et\nméthodiques. Le céramiste dont la signature se lit sur ce vase, Smikros,\nvivait, à en juger d'après le style de ses rares œuvres identifiées, vers la fin\ndu IVe et dans les premières années du Ve siècle avant Jésus-Christ. Outre le\nvase de Bruxelles et un vase du Musée britannique, sur lesquels il a inscrit\nson nom, on lui attribue un grand cratère conservé au Museo civico\nd'Arezzo. Cette dernière attribution, conjecturale jusqu'ici, est confirmée, de\nla façon la plus heureuse et la plus sûre, par le rapprochement qu'a fait\nM. Camille Gaspar du cratère d'Arezzo avec un vase du Louvre qui en imite\nles figures, et sur lequel l'artisan, joyeux de son habileté et de la perfection\navec laquelle il croit avoir égalé son modèle, a écrit : Il semble être de Smykros,\nc'est-à-dire : « Smykros ne ferait pas mieux ».\n   La publication du travail de notre collaborateur parmi les Mémoires de\nl'Académie des Inscriptions et Belles-lettres de France en constitue, à elle seule, un\nsuffisant éloge, et il est à peine besoin, après cela, que nous insistions sur ses\nremarquables qualités de précision, de clarté et sur sa valeur scientifique et\nartistique.\n                                                                           A. G.\n\nM a n u e l de la M e s s e et d e s Offices, extrait du paroissien romain\n   et des varia preces de Solesmes. — (Bruxelles, Société de Saint-Augustin.)\n   On sait dans quelles circonstances les Bénédictins de Solesmes, exilés de\nleur monastère, durent quitter la France. Après leur départ, l'imprimerie de\nSaint-Pierre, appartenant à la maison Desclée, fut saisie par le gouvernement,\net tout le matériel, y compris les livres de chant, déjà imprimés et sous presse,\nconfisqué.\n   Cependant, depuis le bref de Sa Sainteté Léon XIII au Révérendissime\nP.-D. Delatte, les demandes arrivaient à Solesmes réitérées et plus pressantes\nque jamais. C'est alors que la maison Desclée, en attendant que justice soit\nfaite à ses réclamations, décida d'entreprendre, sous la direction des Bénédic­\ntins, une édition nouvelle de leurs livres.\n   Nous présentons aujourd'hui aux lecteurs de Durendal le Manuel de la Messe\net des Offices, en notation grégorienne. Ce petit livre, d'aspect modeste, est le\nfruit de vingt années d'études ininterrompues des manuscrits, de réflexions et\nde travaux affermis tous les jours par la pratique du chant, comme aussi par\ndes conversations et correspondances nombreuses avec des connaisseurs de\ntous pays.\n   La notation suivie par les savants vulgarisateurs de Solesmes, est celle con­\nsacrée par l'usage. Toutefois, l'intelligence de la mélodie grégorienne est\nrendue plus facile à saisir dans ses lignes et divisions rythmiques, grâce à de\nlégères améliorations de l'écriture traditionnelle. L'une des plus importantes\net des plus utiles est l'indication des morœ vocis, arrêts momentanés de la voix\nsur une note, ou, plus exactement, durée un peu prolongée de certaines notes.\nC'est, en effet, ce prolongement qui donne le vrai caractère de la mélopée\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                  LES   LIVRES                                3l5\n\ngrégorienne, qui met en évidence sa structure et son rythme. Sans lui, il ne\nreste qu'une vaine succession de notes, précipitées ou pesantes, où la pensée\nmusicale est insaisissable. Or, savoir la place exacte des morte vocis est précisé­\nment le point délicat, qu'on ne peut résoudre qu'au moyen d'une étude appro­\nfondie des textes. Quand le petit livre que les moines de Solesmes viennent\nd'éditer, ne se recommanderait que par cette précieuse indication, le service\nrendu aux interprètes serait déjà immense.\n   Les éditeurs nous avertissent que leurs nouvelles éditions en notation gré­\ngorienne, tout en étant plus précises que les anciennes, ne contiennent pas\ntoutes les particularités rythmiques réclamées par les intéressés. En même\ntemps, ils annoncent la prochaine apparition d'éditions en notation musicale\nmoderne, qui ne laisseront rien à désirer sous le rapport de la clarté. Nous\nattendons ces nouveaux manuels avec impatience. Ils sont destinés, nous n'en\ndoutons pas, à produire une vraie révolution dans l'étude du plain-chant, livré\njusqu'ici aux interprétations individuelles, aux inspirations des tempéra­\nments variés, de l'instinct musical plus ou moins développé, ce qui veut dire\nlivré à tous les écarts et à toutes les erreurs. Dès ce moment, une tradition\ns'imposera. C'est l'entrée définitive de cet art dans une période classique,\naprès la première période de tâtonnements, dont nous sortons.\n                                                                    F. V. H .\n\nC o u r t e s p a g e s , par COSTA DE BEAUREGARD, (Paris, Plon).\n   Parmi ces récits écrits d'une plume élégante et fine, animés d'un ardent\nsouffle patriotique et chrétien, nous avons goûté surtout Epave et ces Souvenus\nd'il y a trente ans où l'auteur raconte avec une belle émotion les exploits\naccomplis dans l'est par les mobiles de la Gironde que commandait\nCarayon-Latour. D'autres : Sœur Angèle, La Terreur aux Champs, flétrissent\navec énergie l'odieuse guerre aux congrégations.\n\nR o m e , N o t e s d ' h i s t o i r e et d'art, par M. PALÉOLOGUE (Paris, Plon).\n  Ecrites par un artiste au grand sens du mot, ces belles pages décrivent et\nchantent les splendeurs de la ville éternelle, ses palais, ses églises, ses musées,\noù sont rassemblées les plus somptueuses merveilles que l'Art enfanta. Il\nsemble qu'on ne saurait trouver pour un voyage à Rome de guide meilleur\nque ce livre,— et c'est là le plus bel éloge que l'on puisse adresser à son\nauteur.\n                                                                       C H . DE S.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "                             NOTULES\n\n\n    L e p r i x E d m o n d P i c a r d a été décerné cette année, p a r l'Académie\nlibre de Belgique, à un artiste musicien, M. VICTOR VREULS :\n    « M. Vreuls, né à Verviers le 4 février 1876, a fait son éducation musicale\nsous la direction de M. Vincent d'Indy, qui le tient en particulière estime et\nn'a pas hésité à lui confier, aussitôt après ses examens de sortie, la classe de\nsolfège de la Scola cantorum, où il a également rempli avec distinction, de façon\nintérimaire, les fonctions de professeur d'harmonie.\n    » L e lauréat est l'auteur d'une série de compositions qui attestent u n e\norganisation musicale puissante et personnelle, u n esprit réfléchi, distingué,\nde l'imagination et du goût. L'écriture est à la hauteur des dons n a t u r e l s . On\ny trouve comme un reflet, avec un tempérament différent, de l'art profond,\nsubtil et émouvant du regretté Guillaume Lekeu qui, mort à 24 a n s , a laissé\nl'impression du génie.\n    » La Sonate pour piano et violon jouée par Eugène Ysaye et Raoul P u g n o aux\nséances données à Paris par ces deux éminents virtuoses, le Trio pour piano,\nviolon et violoncelle exécuté à la Libre Esthétique le mois dernier, puis à P a r i s , à\nu n e audition de l'Edition mutuelle, révèlent l'une et l'autre une n a t u r e excep­\ntionnelle qu'il importe de mettre en lumière et dont le développement fera\ngrandement honneur à l'école belge » (Art moderne).\n\n\n\n\n  Œuvres de Victor Vreuls : 1892. Deux pièces pour piano :\nI . Pensée fugitive; I I . Impromptu. (Editées chez Muraille, à Liége). —\n1893. P o è m e symphonique pour orchestre ré majeur. (Manuscrit). —\n1894. Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle la bémol majeur. (Manus­\ncrit). — 1895. Adagio pour orchestre à cordes fa mineur. (Manuscrit). —\n1896. Trio pour piano, violon et violoncelle ré mineur. (Édition mutuelle). —\n1897. P o è m e pour chant et orchestre ( P . VERLAINE). (Manuscrit); devenu la\npremière partie du triptyque pour chant et orchestre composé en 1900. —\n1899. Sonate pour violon et piano si majeur. (Édition mutuelle). — 1900.\nP o è m e pour violoncelle et orchestre mi bémol majeur. (Manuscrit) ; T r i p t y q u e\np o u r chant et orchestre (P. VERLAINE). (Manuscrit). — 1901. S y m p h o n i e p o u r\norchestre et violon-solo obligé mi majeur. (Manuscrit). — 1902. Ouverture\npour orchestre. (Inachevée) ; Deux mélodies (STÜART MERRIL). (Inachevées).\n\n                                         ***\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                                     NOTULES                                     317\n\n\n    M a u r i c e D e n i s « est évidemment un impeccable dessinateur et un\npeintre délicieux — quand il le veut. L'harmonie de ses lignes, de ses\ncourbes, de ses rapports évoque des harmonies musicales. La gamme de ses\ntons témoigne d'une virtuosité qui n'a d'égale que la vérité scrupuleuse de\nson observation. Tels de ses visages lilas sont surpris et rendus comme dans\nla vie, quand la pénombre d'un jour de grande lumière les isole et les oppose\nà la clarté des fonds. Ses corps nus ont une beauté d'Eden, d'une fraîcheur\net d'une grâce miraculeuse. Mais à côté d'un morceau parfait, trop souvent\ndétonne un détail d'un simplisme exagéré. On dirait parfois d'une gageure.\nOn ne s'explique pas que le même artiste ait pu concevoir et exécuter ce\ntorse, ces jambes, ce mouvement de nageur, puis jeter comme au hasard ces\ntaches informes, incolores, qui ont la prétention de représenter des têtes, des\nhommes et peut-être d'autres êtres ou objets que l'on ne parviendra jamais à\npréciser.\n   Toutefois, à cette critique il y a réponse. Maurice Denis, quand il brosse\nles petites toiles qui étaient à la Libre Esthétique, fait violence à son talent. C'est\nun peintre de fresque. Il est doué merveilleusement pour la décoration.\nMultipliez par dix les scènes représentées dans ses tableaux : les beautés\ndemeurent, les détails qui faisaient tache se fixent, se précisent et se fondent\ndans l'ensemble. Tels qu'ils sont, à cause de leurs dimensions restreintes,\nces tableaux doivent être vus de près. Et pourtant, Maurice Denis ne peut\npas être analysé. Il faut en subir le charme, brusquement, d'une haleine et\n d'un regard, comme on jouit d'un paysage tout à coup révélé. Espérons qu'il\n lui sera fourni l'occasion, quelque part, de montrer toute sa puissance. On\nreconnaîtra alors en lui l'héritier direct de Puvis de Chavannes. » (GEORGES\nRENCY. Art Moderne.)\n\n\n\n\n    L e R o m a n c o n t e m p o r a i n . — Nous faisons nôtre ce jugement\nporté par Henry Davray dans le fascicule de mars du Mercure de France :\n   « Presque tous les romans modernes sont composés d'après une formule\ngénérale dont tout le monde désire le renouvellement, ou tout au moins la\nmodification. Malgré les pornographies qui obtiennent si facilement la faveur\ndu public, certains ouvrages de fiction sont accueillis avec un empressement\nindiquant chez le lecteur une tendance à se lasser de l'éternelle histoire des\nrelations sexuelles. Lorsque des critiques maladroits protestèrent patriotique-\nment contre l'invasion des auteurs étrangers, ils ne se rendaient pas compte\nque le succès fait aux ouvrages de Kipling et de Wells, par exemple, prouve\nque le public de France, dont on médit tant, était capable de s'intéresser à\nautre chose qu'aux adultères, aux prostitutions, aux passions selon ou hors\nnature, sujets ordinaires de nos plus notoires romanciers. Il y a autre chose\nau monde que l'accouplement accidentel, légitime ou coupable, d'individus\nde sexe différent... ou du même sexe quelquefois. Au lieu de protester contre\nl'invasion d'une littérature s'adressant à l'intelligence et non à la grossière\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": " 318                               DURENDAL\n\n\n bestialité de l'homme, il convient de signaler et d'encourager les efforts de\n ceux qui tentent de l'imposer au goût du public. Sans défendre aux auteurs\n de s'intéresser au problème de l'union des sexes, on peut souhaiter les voir\n traiter cette question dans un autre but que celui d'étaler sans vergogne\n d'écœurantes et abjectes turpitudes. »\n\n\n\n   L a S o c i é t é des A m i s de la M é d a i l l e a fait exécuter et a distri­\n bué, cette année, à ses membres, une ravissante médaille d'un Hollandais,\n M. Faddegon, médaille commémorative du 300me anniversaire de la prise de\n possession des Indes. Cette médaille est exquise et admirablement exécutée.\n D'un côté, le lion néerlandais; au revers, une jolie et gracieuse silhouette de\njeune fille au milieu d'un paysage rustique. Ce côté, un peu trop chargé peut-\nêtre. A part cela, l'œuvre est parfaite.\n\n\n\n   L e s A m i s d u V i e u x - L i é g e ouvriront, en ce mois de mai, une\nexposition internationale de poupées, pour laquelle ils ont reçu de nombreuses\nadhésions. Parmi les personnes qui ont envoyé leurs collections à Liége, on\ncite : pour la France, MM. Arthur Maury, Léo Claretie, Dallemagne, Armand\nLandrin, conservateur du Musée d'ethnographie du Trocadéro; Hamy,\nmembre de l'Institut; Adrien de Mortillet, professeur à l'école d'anthropolo­\ngie; Paul Sébillot, directeur de la Revue des traditions populaires ; pour l'Italie,\nM. le D r Giuseppe Pitré, le folkloriste sicilien ; pour l'Allemagne, M. Gugler,\nprésident du Cercle français ; pour la Belgique, la duchesse de Croy-d'Aren­\nberg, la comtesse J. d'Oultremont, le chanoine Van Caster, M. Crozier, con­\nsul de France à Liége. L'exposition aura lieu du 21 mai au 14 juin, dans la\nsalle de l'Emulation, place de l'Université, à Liége.\n\n                                      ***\n\n  Société internationale d'études franciscaines. — La seconde\nassemblée générale annuelle de la société a eu lieu, à Assise, le 6 avril der­\nnier; elle comptait un grand nombre d'adhérents italiens et étrangers.\n   Dans le discours d'ouverture qu'il a prononcé, le président comte Antonio\n Fiumi Roncelli s'est félicité de l'abondance des concours précieux que la\nsociété s'est attirés tant dans la Péninsule que dans tout le monde civilisé. Il\na passé en revue les plus importants travaux franciscains publiés durant\nl'année et a annoncé l'apparition prochaine d'un catalogue scientifique des\nouvrages de la Bibliothèque franciscaine, par MM. Paul Sabatier et Fran­\ncesco Pennachi. La société fera paraître incessamment un bulletin trimes­\ntriel.\n                                                                      A. G.\n                                       ***\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                                     NOTULES                                    319\n\n\n  L e b u s t e d e G u i d o G e z e l l e , notre génial poète flamand, a été inau­\nguré récemment à Courtrai, où il passa une grande partie de son existence\nhumble et austère. Ce buste, œuvre du sculpteur Jules Lagae, a été placé\nprès de l'église Notre-Dame,\n\n                                        ***\n\n  Les fresques de Maurice Denis, commandées à cet artiste pour\nl'église du Vésinet, en France, sont sur le point d'être terminées et seront\ninaugurées à la fin de ce mois.\n\n\n\n  Notre collaborateur Eugène Demolder fera paraître, à la\nlibrairie du Mercure de France, en octobre prochain, un nouveau roman : Le\nJardin de la Pompadour. La même maison d'édition publiera, en automne, des\nromans de deux autres de nos compatriotes : L'Autre vue, de G. EEKHOUD, et\nle Pain noir, de H . KRAINS.\n\n                                        ***\n\n   L e s r é d a c t e u r s d e D u r e n d a l offrent à leur ami et collaborateur,\nle charmant poète Georges Marlow, à l'occasion de son mariage, de cordiales\nfélicitations et les plus sincères souhaits de bonheur.\n\n                                        ***\n\n  T o u f f e d e G e n ê t s . — Sous ce titre, notre collaborateur EDGAR\nBONEHILL a publié un volume de charmantes poésies et de très beaux contes.\nLe dernier de ceux-ci surtout est absolument remarquable. Il est empoignant\net tragique comme un roman de Balzac. Nous rendrons compte de l'œuvre\nde notre ami au prochain fascicule. Le livre a été publié par la maison Surin,\nde Charleroi.\n\n\n\n   R e v u e s d A r t . — Le deuxième fascicule de The Burlington Magazine\n(éditeur Spineux, à Bruxelles) et le numéro de mai d'Onze Kunst (éditeur\nBuschmann, à Anvers) nous sont parvenus trop tard pour pouvoir en parler\ndans le présent fascicule. Compte rendu au prochain.\n\n                                        ***\n\n  A c c u s é d e r é c e p t i o n . — RUDYARD KIPLING : Stalky et Cie (Paris,\nMercure de France). — S.-C. LECONTE : La tentation de l'homme (ibid.) —\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "320                               DURENDAL\n\n\nE . DUCOTÉ : E n ce monde ou dans l'autre (Paris, Dujarric). — P . ADAM :\n L a ruse (Paris, Ollendorff). — J. Bois : Visions de l'Inde (ibid.). —\nP . L O T I : L ' I n d e (Paris, Calmann-Levy). — L . TOLSTOÏ : Au clergé (Paris,\nStock). — E . BAIE : L'épopée flamande (Bruxelles, L e b è g u e ) . — E . VA­\nCANDARD : Saint Victrice (Paris, Lecoffre). - P . FRANCHE : Sainte H I L D E ­\nGARDE (ibid.). — Ë . DE BROGLIE : La bienheureuse Marie de l'Incarnation\n(ibid.). — H . DE NOVILLE : Le trésor de Mirande (Paris, P l o n ) . —\nG. DE REYNOLD DE CRESSIER : Au pays des aïeux (Genève, E g g i m a n n ) . —\nP . SAINTENOY et H . VAES : Avant-projet d'une exposition à Bruxelles 1907\n(Bruxelles, Bruylant). — G. LEGRAND : Pourquoi nous devons être opti­\nmisles (Namur, Godenne). — J. P O T H I E R : Cantus Mariales (Paris, Poussiel­\ngue). — KLEIN : L e fait religieux (Paris, Lethielleux). — A. FRANCE :\nHistoire comique (Paris, Calmann-Levy). — R. BAZIN : Donatienne (idid.).\n— P . CLÉSIO : F e m m e de général (Paris, P l o n ) .\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": ""}, {"page_pdf": 379, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1903-05", "signet_source": "Dixième année - N°5 - Mai 1903 (?)", "preuve": "Couvertures absentes (PDF 304-307 blancs). Livraison suivant les pages 257-320 ; Vendredi saint à Bruges est daté « Bruges, avril 1903 » ; L’Anneau du Nibelung évoque les représentations des 15-27 avril 1903 ; Musique d’église mentionne des concerts des 13, 21 et 29 avril ; les Notules annoncent une exposition des Amis du Vieux-Liège « en ce mois de mai » (21 mai-14 juin) et renvoient à l’article de Henry Davray du fascicule de mars du Mercure de France.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}