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Les bains sont gratuite; le service de sauve\n                         tage est organise et place sous la surveillance com-\n                         munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                         aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                         tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n  Villas et Terrains     1 entes sur la plage. Communication* faciles. Télé          Villas et Cottages\n                         phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n       A VENDRE          d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la                       à\n    par annuités          digue, dos avenues, des villas et des cottages.                   LOUSR\n\n\n                                   HALLES WESTENDAISES\n                    Ce vaste magasin d'approvisionnements dessort les\n                  villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                  conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                  bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                  dans des conditions très avantageuseb et sont tou-\n                  jours de premier choix.\n                                                              Le WastencT Hôt»l est ouvert du a5 mal\n                                                             au 28 septembre         Pension de 6 il 16 fr,\n                                                             par jour Aux commencements et fins de]\n                                                             saison arrangements spéciaux très avauj\n          STEND' HOTEL                                       tageux pour ILS familles faisant un séjour)\n                                                             prolonge a 1 hôtel 73 chambres parfaite-}\n                                                              ,,le,,t\n             DE MER                             'ffètd*               aménagées Vie de famille. Eclai4\n                                                \" l l î - j S rage électrique. Chambres spacieused|\n                                                   hj, l\\           Ameublement moderne esthétique et\n         * n» 10                                            *.«*>       1 confortable. Balcons et Ter-\n^•«ESEAU                                                   <Jif'>^?^?W r a B S e s - Salle de musique\n\n«IDDELHËRKE                               ïïl             ~\\\\. U.\n                                                     M^TLL. ,) 0^*1$\n                                                                       iw\"v» Salla de billard - 6 » l l e ,,e>\n                                                      , J >-V1 * » V ^ l S P ^ ^recréations p' enfants\n                                                                                   Salonscorrespondait\n                                                                                           de locture, do\n    —         yj                      K-[i f l\\                                          ce. Cuisine soi-\n                                                                                         gnée. Caves re-i\n                                                                                          commandées.\n   «P                                •\"7ïJ4*\"» i % i l , «. H»             ,       ,\n                                                                          , sreïVj* <t]i Appartements\n                                                                                          a\\ ec salon\n\n     Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal     Services pos al et tel graphique réguliers\n          -nications téléphoniques avec tor la Belgiqu et les réseaux étrangers voisins\n                                     A. T     U X E L L E S , 5 3 ° , rue Capouillet;\n                       M'adresseï { A> \\     r S T E N D E , à l ' A d m i n i s t r a t i o n d e la.\n                                          F» g e o u a u W e s t e n d ! ! ^ ^ * * * -\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CA'IHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "DURENDAL\n        REVUE CA'IHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n                               1904 —   if^\n\n                   Sommaire du n° 1 {Janvier)\nGKORGKS DK GOI,KHCO.        Le « Roi A il fuis », cT Ernest Chausson    &\nGOS7.AGI h DK RhYNW.u. — Rêveries        de Suisse et de la Foret -\n                                 Soire :\n                               Solitude;\n                               Sehnsitvht;\n                               Le Couvent de la Maigrauge;\n                               L'ermitage de la Magdelaine;\n                               La route de la Chapelle Rouge ;\n                               Le bon»net des glaciers;\n                               Le beau paysage bleu ;\n                               Soleil                                  la\nHIBKRT KRAINH.— Heures de Flânerie            : Le Stockhorn   . . .   17\nEt «FNh Gii.Rt RI .     Le dernier livre de M. Camille Lemonnier :\n                          « Comme rnt le ruisseau »                    2i\nF R A N / ANNKI.      Les Poèmes                                       2y\nP. L.      Les Expositions de Décembre : Louis Combler.     Les\n             Aquarellistes.    Georges Ruysse.      Expositions\n             hebdomadaires    . . .     . . .                          38\n      Chronique musicale :\nGKOROKH I>R GOI.KSCO. — Premier Concert du Conservatoire. —\n                            Concert Populaire Berlioz.    Second\n                            Concert Populaire.     Concert Gay-\n                           Pugno.      (Concert Richter.  . . .        41\nI). L. — Concert de M '** Déliiez et Mollander. — Les Chanteurs\n            de Saint Boni face. — Concert de MM. Jaudoin et\n            G. Sadler                                                  48\n<î. i*v G. — Mélodie. Poésie et musique de G. Lekeu . . . .            49\n      Les conférences du mois :\nAKNOI.D GOFHN      — Conférence du R. P. Van den Gheyn sur\n                             VA rt de la miniaturedans les Pays-Ras . 5o\n<r. I>K G. Conférence de M. Fierens-Gevaert sur Gluck.                5i\nP. Ti. — Conférence de M. Ch. Ruts sur ta Corse                       5i\nLivres et Revues                                                      ^4\nNotules                                                               63\nIllustrations  : P o r t r a i t d'Ernes>t Chausson.\n                 Le Couronnement de la Vierge r'rancesco di Giorgio\n                    Martini .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 171, "texte": "REVUE\n                             DURENDAL\n                       CATHOLIQUE                          D'ART            ET DE                       LITTERATURE\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Cnmilé de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 171, "fin_caractere_exclue": 450, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 fiancs pai a n ; ETRANGEI : 1 2 fiancs po t compn*\n        (pour tabonnemtnt s'adresser à la Rédaction, rue du Grand Cirf. 22, a Brune les\n                                         P R I X D ' U N NUMÉRO           : FR.       1.60\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Cnmilé de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 1011, "texte": "Cnmilé de rédaction de D u REND AL :\n                                 MM.          H E N R Y CARTON DU W I A R T .\n                                              L'abbé H E N R Y                 MŒLLER.\n                                              F I R M I N VANDEN                 BOSCH.\n\n                        Secrétaire de la Rédactimr ; G E O R G E S VIRRKS\n                                      Correspondant         de la tedaction à Paris :\n                     M.      HENRI           MA/IL,            avenue Niel, 32, P a i i s .\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1011, "fin_caractere_exclue": 4606, "texte": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      1 KANZ A N S E L .                                                           ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERI.                                                             JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                                             L'abbe H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                                             J . K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE B R A U N .                                                       JOSEPH JANSSENS\n      THOMAS B K A U N .                                                          EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                                            VICTOR K I N O N .\n      MARIE CLOSSET.                                                              GODEFROID K U R I H\n      L'abbe A u c CUPPENS.                                                       M . DK I A L A U R E N C I E\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                                     GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e c o m t e G . D'ARSCHOT.                                                S E B . C H . LECONTK\n      L e bai o n J O S É D E C O P P I N .                                       GEORGES MARLOW.\n      GEORGES D E GOLESCO.                                                        CHARLES MARTENS\n      GEORGES DELAUNOY.                                                           PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E u DE LIEDKKFRKE.                                              EDOUARD N E D .\n                                                                                  MAURICE OLIVAINI\n      L e bai o n G . D E L L A F A I L L E .\n                                                                                  ERNEST PERIER.\n      E U G È N E DEMOLDER.\n                                                                                  G E O R G E S RAMAEKERS\n      OLIVIER GEORGES D E S T R E E .\n                                                                                  GEORGES KENCY.\n      JULES DÉSIRÉE.\n                                                                                  BLANCHE ROUSSEAU\n      Vicomte D'HENNEZBL\n                                                                                  JOSEPH RYELANDT:\n      EDOUARD DUCOTE.\n      MAURICE DULLAERT.                                                            F E R N A N D SbVEKIN.\n      J.ESQUIROL.                                                                  L'abbé ARMAND THIERY\n      EMILE FERMAUD.                                                              HENRY VAES\n      LAURENT FIERENS.                                                            R O B I - R I VAN D E R E L S T .\n      H . FIERENS GEVAERT                                                         CHARLES V A N LERBER ,HE\n      CAMILLE GASPAR.                                                             E M I L E \\ CRHAEREN.\n      IWAN G I I K I N .                                                           L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                                   I P< POI D W A I LNhR. et , e t c\n\n                  L e s c o l l a b o i a t e u i s s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u i s articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURESDA               L de t< ut ouvrage dont un exemp aire sera emo e à la Aeja tt n\n\n      1 es-manuscrits et correspondances concernant la Rédaction, l'Admimstratioi et les demano*»\nd'abonnement doivent être adresses au siège de la Revue, 22, rue du Grand-Cerf, a Hruxel es\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 11, "titre_corps": "Le « Roi Arthus » d’Ernest Chausson", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Le Roi Arthus d'Ernest Chausson APRÈS l'Etranger", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "Le \" Roi Arthus „ d'Ernest Chausson\n\n                APRÈSL'Etranger,la très noble partition        de Vincent\n                  d ' I n d y , l'intelligente et artistique direction de\n                  la Monnaie a tenu à nous faire connaître le Roi\n                  Arthus, d r a m e lyrique en trois actes d'Ernest\n                  Chausson. Depuis quelque temps déjà le nom\n                  de Chausson était célèbre à Bruxelles, grâce à\n                  l'inlassable activité d'OctaveMaus, son personnel\n                  et intime ami, inscrivant presque chaque année\n au programme des auditions de la Libre Esthétique quelque œuvre\n nouvelle du maître français, luttant sans relâche pour initier un\n public quelque peu réfractaire aux beautés profondes de l'école\nfranckiste enténébrées trop souvent cependant, il faut le recon­\nnaître, par l'ultra-raffinement des procédés de style. C'est ainsi\nque nous avons entendu le quatuor de Chausson, dont nous\nsignalions récemment les puissantes qualités lyriques, des\npoèmes impressionnants et d'un tragique intense, tels que la\nChanson perpétuelle, le Poème de l'Amour et de la Mer. Toutes ces\nœuvres nous avaient révélé en Chausson un créateur et un poète.\nMais jamais l'ampleur et la trempe vigoureuse de son génie ne\ns'étaient affirmées avec plus d'éclat, de majesté et d'équilibre\nharmonieux que dans ce drame, le Roi Arthus, qu'il nous lègue.\n   A première vue et après simple lecture du livret, il semble\nque Chausson n'ait pas infusé aux matériaux que lui offrait le\nFolklore celtique ce souffle victorieux et transfigurateur qui\nanime les drames wagnériens et les exhausse à de larges, pro­\nfondes et symboliques significations. Mais au théâtre, q u a n d\nl'expression musicale vient commenter le drame, des perspec­\ntives inattendues et rayonnantes surgissent soudain ainsi que\nquelque cité lointaine, inconnue et miraculeuse voilée par un\nrideau d'arbres et que tout à coup percevrait vaguement le\nregard à travers les interstices du feuillage. E t si la musique\ndépasse la portée du d r a m e écrit, si elle est l'esprit qui anime,\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "                             DURENDAL\n\n\n vivifie et informe la lettre du poème, si elle le compénètre et le\n parfume d'une chaude atmosphère de poésie et d'émotion où il\n baigne tout entier, ne laissant qu'alors, alors seulement, transpa­\n raître ses côtés lumineux et affirmatifs, aurions-nous vraiment\n le droit de nous en plaindre?\n    On a beaucoup agité, dans la presse artistique, la question de\n la moralité du Roi Arthus, en le comparant, sous ce rapport, avec\n Tristan et Yseult. E t d'abord, aucun esprit large et intuitif n'ac­\n cueillera la pensée que Tristan et Yseult soit un drame entaché\n d'immoralité. Voyons-y, sans doute, un cantique triomphal à\n l'omnipotence de l'amour traversant toute barrière, même celle,\n apparente, que dresse devant lui la Mort. Mais, outre que\ndiverses circonstances essentielles du drame, l'antériorité de\nl'amour de Tristan, le philtre atténuent si elles ne justifient la\nfaute de Tristan, il faut ajouter que la hauteur et la puissance\ndu Symbolisme crée au chef-d'œuvre wagnérien une atmosphère\ntoute spéciale d'élévation infinie, où se déroule et se couronne\nle drame d'amour, surplombant toute contingence, côtoyant\npresque constamment les sublimités et les abîmes de la Mort.\nDe là, la physionomie particulière du poème, qui est l'expres­\nsion dramatique la plus définitive de cette immense et mysté­\nrieuse force régissant les âmes qui s'appelle l'amour de l'homme\net de la femme, poème trônant sur des cimes immaculées, bien\nloin au-dessus et hors d'atteinte des interprétations mesquines\nqui voudraient y voir une apologie de la félonie ou des\ndroits imprescriptibles de l'amour venant fracasser les conven­\ntions sociales.\n\n   Dans le Roi Arthus, la moralité découle peut-être plus direc­\ntement du drame. En effet, Lancelot et Guinèvre, traîtres à la\nfoi jurée, sont châtiés, tandis qu'Arthus est glorifié dans une\napothéose. Mais c'est la moralité banale du dénouement qui n'a\nqu'une importance secondaire. Ce qu'il faudrait avant tout\nexaminer, c est cette moralité intime, latente qui découle de\n  œuvre artistique tout entière, l'œuvre d'art reflétant comme un\nlimpide miroir l'âme et les tendances du poète, les trahissant\nmême a son insu et alors qu'il énoncerait expressément des idées\ncontraires A ce point de vue, le Rot Arthus est une œuvre morale\ncomme cela résultera des quelques impressions que nous allons\nconsigner en ces pages. Notre intention n'est pas de suivre cette\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "                           LE ROI ARTHUS                              7\n\npartition pas à pas et d'en faire l'analyse complète, mais plu­\ntôt d'en marquer les points culminants, d'en dégager aussi\nl'esprit essentiel, ainsi que la qualité de l'inspiration où elle\npuise sa vie.\n   L e premier tableau du premier acte, d'impression plutôt\nextérieure, réunit en un ensemble grandiose tous les protago­\nnistes du drame, chante l'apothéose de Lancelot, vainqueur des\nSaxons, et se termine par le cri de haine et de fureur jalouse\nque pousse Mordred, enveloppant dans sa malédiction Guinèvre\net Lancelot. U n interlude relie cette scène au second tableau où\nnous signalerons tout d'abord le superbe et impressionnant\nmonologue de L y o n n e l , dont la musique traduit si parfaitement\nles inquiétudes et l'indignation douloureuse. Dans la scène qui\nsuit entre Lancelot et Guinèvre, voyez combien la musique\ncontient de vérité psychologique et morale. Lancelot n'est pas\nsemblable à l'Œdipe de Sophocle, Guinèvre ne ressemble pas\ndavantage à la Phèdre d ' E u r i p i d e ou de Racine, esclaves et vic­\ntimes de cette divinité terrible, monstre aveugle et gigantesque,\nque les anciens appelaient la Fatalité. Entraînés par leur pas­\nsion, Guinèvre et Lancelot trahissent librement et mentent\nsciemment. Voyez aussi comme leurs poignantes voluptés se\ntraduisent en d'âpres et lancinantes harmonies, comme les tona­\nlités hésitantes ne s'éclaircissent un moment que pour s'assom­\nbrir de suite après, accentuant ainsi éloquemment l'atmosphère\nde larmes et de désespoir où va prendre naissance leur amer\nbonheur.\n  Certes, les stances extatiques à la nuit de Tristan et Yseult,\nne dégagent pas cette impression de trouble, il semble bien\nplutôt qu'on perçoive là quelque vague et lointain écho des sym­\nphonies du ciel.\n   Mais, nous l'avons dit, il ne iaut pas rapprocher les deux\ndrames d'amour dont les similitudes ne sont qu'apparentes et de\nnature à frapper seulement les esprits superficiels. Dans le\ndrame wagnérien, Tristan et Yseult sont les incontestables pro­\ntagonistes de l'action, le roi Marke restant au second plan.\nDans le drame de Chausson, au contraire, le roi Arthus est\ncomme l'âme essentielle du poème, bien au-dessus de Guinèvre\net de Lancelot.\n   Au début du second acte, une symphonie caressante, tissée\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "8                          DURENDAL\n\n\nd'accords aux sonorités veloutées, raconte le prestige du mys­\ntère des bois, et le chant du laboureur, venant de bien loin,\npuis se rapprochant et s'enflant peu à peu, pour expirer enfin\ndans l'éloignement, exprime à merveille l'âme grave et triste qui\nplane sur la campagne pensive. L a scène du second acte entre\nLancelot et Guinèvre est animée d'un bout à l'autre du mouve­\nment le plus dramatique. L'orchestre, tout frémissant de fougue\norageuse, traduit avec une éloquence suggestive et une infinie\nvariété d'aspects les affres du combat suprême, et si la passion\ntriomphe à la fin, toute cette musique n'en laisse transparaître\nque la flamme grisante et empoisonnée torturant deux âmes\nravagées de honte.\n   Nous voici arrivé à un des sommets du drame, le monologue\ndu roi Arthus et la fantastique apparition de Merlin. L e style\ndevient grave et hiératique. L'architecture de l'orchestration se\nclarifie et s'allège. Seuls, quelques accords lourds de rêve s'al­\nlongent et se superposent comme dans de mystérieuses et gigan­\ntesques pénombres. Ces pages, à notre sens, sont très supérieures\nà tout ce qui précède et constituent une étape caractéristique de\ncette gradation merveilleuse par laquelle le drame s'élève peu à\npeu et d'une façon continue jusqu'aux plus sereines beautés. Il\nnous plaît de signaler cette ingénieuse remarque d'un des plus\navisés et des plus perspicaces critiques de la presse artistique\nbruxelloise observant l'emprise formidable des hantises wag­\nnériennes sur l'imagination musicale du poète et la vaillance\navec laquelle Chausson s'en défend, sortant de la lutte presque\ntoujours victorieux. Eh bien! cette victoire s'affirme toujours\nplus éclatante à mesure qu'on avance dans l'œuvre. Plus on\napproche du dénouement, plus l'esthétique du maître s'asseoit\n nettement, mieux aussi elle se dégage de l'enivrante et incoer­\ncible influence, et c'est évidemment dans la scène finale que\n le style et l'accent se personnalisent de la façon la plus com­\n plète.\n\n   Au troisième acte, la dernière scène entre Lancelot et Gui­\nnèvre, les adieux navrés de Lancelot se couronnant de repentir\nefficace et rédempteur en cette parole finale : « Ma vie désormais\nn'appartient qu'à mon roi, » le monologue de Guinèvre au moment\noù elle va se donner la mort, enfin le dialogue entre Lancelot\net Arthus, effleurant tous deux l'Infini, car l'un comme l'autre\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "                           LE ROI ARTHUS                                9\n\nils vont mourir, sont des beautés d'ordre tout à fait supé­\nrieur.\n   « Fais-toi justice », crie Lancelot, « tue-moi et venge ton honneur».\n« Mon honneur », réplique fièrement le roi, « crois-tu donc qu'il\ndépende d'un autre que moi-même ? »\n   Elle est bien en rapport avec la hauteur morale du person­\nnage d'Arthus, cette réponse définitive, ce défi cornélien pulvé­\nrisant de son cinglant mépris le puéril code mondain relatif au\ndéshonneur qui s'attache à l'époux outragé. L'honneur del'homme\nprobe et confiant fait partie de sa personnalité même, dont il est\ncomme le lustre et la splendeur, et ce ne sont certes pas les\ncaprices insolents d'un misérable qui pourraient y porter\natteinte. Cette saine notion de l'honneur puisée aux essentielles\net divines sources de la plus élémentaire morale naturelle ren­\ncontrera probablement dans les foules peu d'écho sympathique,\nse heurtant à l'énervement de la société contemporaine malade,\nà la platitude et à la veulerie de l'esprit public régnant. Mais\nChausson n'avait pas à se préoccuper de ce côté de la ques­\ntion. L'idéal qu'il poursuit vaut mieux que celui des masses\nstupides.\n   P u i s Arthus continue : « Le souffle de la mort a déjà pâli mon\nvisage. Les choses de la terre comme à travers un suaire apparaissent\nà mes yeux. Au seuil de l'insondable nuit, mon regard s'arrête sans\ncolère, résigné et douloureux... Ah ! j'ai cru à la puissance de l'effort,\nà l'énergie de la volonté, sans relâche j'ai lutté. Et maintenant, que\nreste-t-il de toute ma vie ? Espérances déçues ! Inutiles, inutiles\nefforts! »\n   E h quoi ! la vertu serait-elle donc comme un nouveau rochel­\nde Sisyphe et l'homme, s'efforçant sur les pentes abruptes de\nl'existence vers les cimes vermeilles de l'héroïsme moral,\ndevrait-il s'attendre, près d'atteindre son but sublime, à être\nprécipité sans cesse, ainsi que le d a m n é de Virgile, au plus pro­\nfond de l'abîme? Serait-ce donc là la synthèse philosophique de\nl'œuvre?\n    Ecoutez la réponse de Lancelot transfiguré par le repentir :\n « Qui peut connaître la force des pensées et la durée des choses? A tra-\nvers les âges, ton nom peut-être périra, mais plus durable que son éclat\nsonore, ta pensée, Arthus, est immortelle». L'amour dont ton cœur\ns'enivra jaillit de la flamme éternelle. Tu vivras! tu vivras! Pour\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "10                          DURENDAL\n\n\n\nd'autres, la mort est l'éternel oubli. Ils disparaissent pour jamais\nhélas! comme moi. » (Il meurt.) Et Arthus, s'approchant de L a n ­\ncelot, laisse tomber la parole parfumée du pardon, de ce pardon,\nla plus riche prérogative de l'humanité, qui semble faire trôner\nla majesté divine en l'âme de celui qui pardonne. E t il dit sim­\nplement : « Repose en paix, pauvre âme. » Il est une expression\nqualificative dont la banalisation à outrance a énervé la suprême\nénergie et que nous n'hésiterons cependant pas à employer\nici en son sens essentiel et précis, toute cette scène est\nsublime.\n   Prêtez maintenant l'oreille aux cinquante dernières pages de\nla partition et vous serez absolument fixé sur la portée morale\ndu drame, car c'est la musique qui en embaumera les hautes et\ndéfinitives conclusions du parfum de ses fleurs sensibles et\néternelles. Laissez s'entraîner votre âme au charme exquis et\nsubtil de cette apothéose d'Arthus que synthétisent les dernières\nparoles du poème : « Sur ton front royal qu'a dédaigné la victoire,\nplane la suprême gloire d'avoir cru dans l'Idéal, »\n   Des voix d'anges scintillent aux confins de l'Infini, d'où, bien­\nfaisante rosée de paradis, elles tombent comme de symboliques\ngouttes de lumière rose sur la sombre trame orchestrale qu'elles\nilluminent. Certes, l'infortune d'Arthus semble en ce moment\nsingulièrement réduite et s'efface progressivement dans la brume\ndes contingences et voici que l'Absolu s'approche, Vengeur,\ndrapé dans le manteau d'or des clartés éternelles, symbolisé en\ncette nacelle lumineuse que berce amoureusement l'azur infini\nde la mer. Sont-ce des femmes divines, des fées ou des anges qui\nchantent le cantique de l'Idéal vainqueur, de la Vertu généra­\ntrice de Force, de Bonheur et d'Immortalité? Voyez, à ce\nmoment, Arthus sur le rocher surplombant la mer. Il a grandi\nsoudain d'une façon terrifiante et surnaturelle, prenant les pro­\nportions épiques d'un dieu... Et elle l'emporte, la nacelle paci­\nfique que pousse le souffle du ciel emplissant les ailes d'ange\nqui lui servent de voile, elle s'enfonce dans les lointains inno­\nmés, aux rives bleues des félicités sans fin, bercée dans le cha­\ntoiement frémissant de sonorités enchantées qui s'amplifient et\nflamboient tout à coup en majeur dans quelques accords symbo­\nliquesrappelant quelque peu l'inoubliable conclusion de ce\npoème tombé du ciel qu'on appelle Parsifal.\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "                          LE ROI ARTHUS                            11\n\n\n\n   Telle nous apparaît cette œuvre, absolument belle tant au\npoint de vue dramatique et musical qu'au point de vue symbo­\nlique, psychologique et moral.\n   Nous ne nous attarderons pas à parler de l'interprétation du\nRoi Arthus à la Monnaie, et résumerons en quelques mots tout\nce que nous avons à en dire. Cette interprétation a été absolu­\nment supérieure, digne du théâtre de la Monnaie qui est sans\ndoute en ce moment une des premières scènes lyriques du\nmonde. H o n n e u r au trio idéal Albers, Dalmorès, P a q u o t !\nH o n n e u r à ces trois nobles et vaillants artistes dont le profond\nsens dramatique, l'ampleur d'interprétation, la plénitude et la\npuissance de vie qu'ils infusent à leurs personnages ne sauraient\nêtre assez hautement loués. M M . Forgeur, Danlée, Cotreuil,\nFrançois, H e n n e r ont rempli leurs rôles avec une compréhen­\nsion parfaite, un art consciencieux et perspicace. L'orchestre\nD u p u i s a été comme toujours vivant et coloré. Signalons, enfin,\nles ravissants décors de M. Dubosq, chefs-d'œuvre d'imagina­\ntion poétique et de réalisation artistique, et les costumes des­\nsinés par l'exquis poète qu'est F e r n a n d Khnopff, admirables\ntant au point de vue esthétique absolu qu'au point de vue\névocatif.\n   U n e seule chose est à déplorer et le cœur se serre à la pensée\nque le maître éternellement absent, brusquement arraché à la\ntendresse des siens par une mort aussi cruelle qu'inopinée,\nn'ait pu sentir son âme tressaillir en assistant à la consécration\ndéfinitive de son œuvre chérie.\n\n                                          GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 12, "page_fin": 12, "titre_corps": "Rêveries de Suisse et de la Forêt-Noire : Solitude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gonzague de Reynold", "ancre_debut": "Solitude Ein Fichtelbaum steht einsam", "ancre_fin": "va sortir", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Sehnsucht", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 858, "texte": "Solitude\n                                          Ein Fichtelbaum steht einsam.\n                                                 Intermezzo de HEINE.\n\n    Pin solitaire et nu, frémis au vent du Nord.\n    Dans le ciel chaviré, sur les genêts des plaines,\n    vers l'Orient brumeux aux clartés incertaines,\n    quel songe fait pleurer tes branches et les tord?\n    Tu voudrais transplanter tes souffrances     hautaines\n    et vibrantes dans un désert d'azur et d'or :\n    tu rêves d'un palmier au feuillage qui dort\n    sur l'immobilité bleuâtre des fontaines.\n    Frère. Dieu sans l'espoir t'a donné le désir,\n    le désir qui féconde et soulève ta sève :\n    rêve, ta vie est là! ton âme est dans ton rêve,\n    ton rêve est le bourgeon qui pousse et va sortir.\n\n\n\n                       „ "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 12, "page_fin": 13, "titre_corps": "Rêveries de Suisse et de la Forêt-Noire : Sehnsucht", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gonzague de Reynold", "ancre_debut": "Sehnsucht Kennst du das Land", "ancre_fin": "12 décembre au soir", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Couvent de la Maigrange", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "Sehnsucht ''\n                                 « Kennst du das Land? »\n                                        GŒTIIE, la romance de Mignon.\n                                 \" Ich weiss nicht was soll es bedeuten\n                                 » Dass icli so traurig bin;\n                                 » Ein Marchen aus alten Zeiten\n                                 » Das kommt mir nicht aus dem Sinn! »\n                                                        HEINE, Lorelei.\n\n    Connais-tu le pays où coulent les grands fleuves\n    emportant le passé vers l'océan du Nord,\n    où l'image est plus douce aux ondes toujours neuves,\n    — où la vie est plus lente et plus loin de la mort?\n\n    Connais-tu la maison, brune en la Forêt-Noire,\n    où la lampe, le soir, annonce le Retour?\n    le cor de la légende a pleuré dans l'ivoire,\n    et la voix des yeux bleus a chanté dans l'amour.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "             RÊVERIES DE SUISSE ET DE LA FORÊT-NOIRE               l3\n\n\n        Connais-tu la montagne où la ruine verte,\n        par son même lierre et ses oiseaux  pareils,\n        est la sœur du vieux chêne aux branches      découvertes\n        qui rêve d'un palmier aux pays du soleil?\n        Sais-tu ce qu'ils m'ont fait pour me rendre si triste?\n        C'est là que je voudrais aimer j)our aimer    mieux...\n        ... Un conte du passé dans mon rêve persiste :\n        où le pêcheur est mort d'avoir levé les yeux.\nFreiburg im Breisgau, 12 décembre au soir.\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 13, "page_fin": 14, "titre_corps": "Rêveries de Suisse et de la Forêt-Noire : Le Couvent de la Maigrauge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gonzague de Reynold", "ancre_debut": "Le Couvent de la Maigrange Mon cœur est un grand paysage", "ancre_fin": "14 octobre, Maigrauge", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L'ermitage de la Magdelaiue", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 591, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "Le Couvent de la Maigrange\n                  Mon cœur est un grand     paysage\n                  avec des monts et des torrents,\n                  — et des rochers si hauts, si grands,\n                  que la peur vous prend au passage !\n                  Tout au fond, sur de gros       cailloux,\n                  très large, coule une rivière :\n                  elle coule, et laisse en arrière\n                  un pont qui brise ses remous.\n                  Mais, oublié, presque    invisible,\n                  derrière les arbres du bord,\n                  il est un couvent où tout dort,\n                  — de mon cœur seul endroit paisible :\n                  C'est un béguinage si vieux\n                  que je n'en sais plus l'origine :\n                  je la cherche et je la devine\n                  dans mes beaux jours d'enfant     pieux.\n                  Les murs sont grands et lézardés ;\n                  les fenêtres, toutes petites,\n                  s'ouvrent à peine, closes vite\n                  par les rideaux bien ravaudés !\n\n                  Le petit clocher, quand il sonne\n                  les offices au chœur secret,\n                  sonne si bas que l'on dirait\n                  un vol de mouches qui bourdonne!\n\n                  Les bonnes sœurs qu'on ne voit pas\n                  ont la robe blanche et le voile,\n                  et vont, sous leurs coiffes de toile,\n                  discrètement, à petits pas :\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "14                             DURENDAL\n\n\n               Elles ont eu de gros chagrins\n               par ma faute, — qu'elles pardonnent !\n               alors, sans rien dire à personne,\n               essuyant leurs yeux plus sereins,\n               l'une après l'autre, dans ce cloître,\n               elles sont venues s'enfermer :\n               et Dieu les a guéries d'aimer,\n               et leur peine a cessé de croître.\n               Et moi, pendant ce temps, j'allais,\n               dispersant ma jeunesse folle\n               à plein cœur, à pleines paroles,\n               à droite, à gauche, où je voulais!\n               ignorant leurs bonnes prières,\n               — les bonnes prières des morts ! —\n               et les inutiles efforts\n               des pénitences     journalières.\n               Et lorsque, par hasard, j'ai su\n               le mal de mes prouesses vaines,\n               et combien j'avais fait de peines\n               à leur amour inaperçu,\n              je me suis senti quelque honte!\n               Et je me sens quelques remords\n               quand je me promène, au dehors,\n               le long des clôtures qui montent ;\n               Aussi promptement que je peux,\n              je passe et regarde autre chose,\n               en détournant longtemps les yeux\n              pour ne point voir les portes closes.\n     Fribourg en Suisse, le 14 octobre, Maigrauge.\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 14, "titre_corps": "Rêveries de Suisse et de la Forêt-Noire : L’ermitage de la Magdelaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gonzague de Reynold", "ancre_debut": "L'ermitage de la Magdelaiue Perdu dans la forêt hautaine", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 27, 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des chars des paysans     passent,\n         hommes, femmes, les jours de foire,\n         avec des chants et des menaces,\n         tout le temps, jusqu'à la nuit noire ;\n         les carrioles vont et roulent\n         de travers, de gauche, de droite;\n         on se croise ; c'est une foule\n         prise de vin et     maladroite...\n         Et, seule, à l'écart, délaissée,\n         c'est une petite chapelle\n         qui les regarde,     courroucée,\n         dans sa solitude     éternelle.\nFribourg eu Suisse.\n\n\n            „ "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 15, "page_fin": 15, "titre_corps": "Rêveries de Suisse et de la Forêt-Noire : Le bosquet des glaciers", 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1903.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 16, "page_fin": 16, "titre_corps": "Rêveries de Suisse et de la Forêt-Noire : Le beau paysage bleu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gonzague de Reynold", "ancre_debut": "Le beau paysage bleu Les montagnes pendant des lieues", "ancre_fin": "Le 16 juillet", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Soleil", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 665, "texte": "Le beau paysage bleu\n           Les montagnes pendant des lieues\n           se reflètent dans le lac pur;\n           un beau sommet de glace bleue\n           semble se fondre dans l'azur ;\n\n           il passe un nuage bleu pâle,\n           très haut, très lent, bientôt perdu ;\n           seul, l'écho d'un ranz entendu,\n           et, seul, le bruit d'une cigale.\n\n           L'oiseau bleu, chante dans le cœur,\n           l'âme est nouvelle et comme vierge;\n           et l'œil poursuit le vol en fleur\n           d'un papillon bleu sur la berge.\nLe 16 juillet.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 16, "page_fin": 16, "titre_corps": "Rêveries de Suisse et de la Forêt-Noire : Soleil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", 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!\nCressier, le 17 juillet 1903.\n\n                                           GONZAGUE DE    REYNOLD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 17, "page_fin": 20, "titre_corps": "Heures de flânerie : Le Stockhorn", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "Heures de flânerie Le Stockhorn E Stockhorn est", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "Heures de flânerie\n                                   Le Stockhorn\n                  E Stockhorn est u n e des montagnes les plus pittoresques des\n                     environs de T h u n et la cime principale d'une chaîne qui\n                     va finir dans le canton de F r i b o u r g . Q u a n d le soleil frappe\n                     ses parois de calcaire, il ressemble à u n e colossale capsule\n                     de fer chauffée à blanc. Lorsque le ciel est couvert, il se\n                     profile sur les n u a g e s comme u n e tour géante et fantasti­\n                     que. On peut le gravir par différents côtés, mais le chemin\n                     le plus agréable est celui qui passe par le petit village de\n                     Blumenstein.\n   C'est de cette localité que je suis parti u n j o u r de septembre, à 4 heures du\nmatin.\n   A ce moment, l'obscurité est encore g r a n d e . Devant moi, les chemins\ns'entre-croisent et s'embrouillent, et je n'ai pour me guider que le grondement\ncontinu d'une cascade qui descend des flancs du Stockhorn.\n   Mais l'aube pointe insensiblement. Les étoiles pâlissent. U n e forme bla­\nfarde se dessine bientôt devant moi, entre les arbres, comme un grand fan­\ntôme. C'est l'église de Blumenstein. Elle est toute petite et rustique à souhait.\nU n cimetière large de quelques pieds fait une ceinture verte à ses murailles\nblanches. D e u x ou trois roses s'épanouissent au-dessus de ses tombes. Il\nsemble que de la route on pourrait, en étendant la main, caresser la cloche\nde bronze qu'on aperçoit par u n e lucarne de la tourelle. E n face, de l'autre\ncôté du chemin, se trouve le presbytère. L u i aussi est rustique à souhait. Les\nextrémités de son grand toit brun se recourbent légèrement comme dans les\npagodes; ses murailles blanches sont traversées de lambourdes goudron­\nnées; u n e vigne, qui court tout autour, le cache presque complètement sous\nses larges feuilles vertes. Ses persiennes sont fermées et une paix, aussi\nsereine que l'aube qui s'éveille, l'enveloppe tout entier. Cette m ê m e paix se\nretrouve dans le j a r d i n ; elle plane sur les dahlias et les œillets, sur les con­\ncombres, les salades et les choux.\n   U n chat est accroupi sur le petit mur qui sépare le j a r d i n de la route, u n\nchat gros et grave, un vrai R a m i n a g r o b i s , qui porte sa robe blanche et noire\ncomme une douillette. A peine daigne-t-il me faire l'aumône d'un regard de\nses yeux verts. Il s'intéresse visiblement à peu de choses, bien qu'il lève de\ntemps en temps le nez vers Vénus, la brillante étoile du matin, dont la\ngrande flamme j a u n e palpite à l'orient comme u n e lampe qui va s'éteindre.\nCe chat doit être un auditeur attentif du pasteur, lorsque celui-ci commente\nla bible, le soir, au milieu de sa famille, inspiré par le g r o n d e m e n t du tor-\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3398, "texte": "18                               DURENDAL\n\n\n\nrent en hiver, par le bruissement de la cascade en été. Dissimulé derrière le\npoêle de porcelaine, il rumine les sages paroles qui tombent des lèvres de son\nmaître et il s'efforce de les mettre à profit, plus raisonnable en cela que les\nhommes, qui accordent si rarement leurs actes avec leurs principes. Il sait\nque la vie, avec tout le bonheur qu'elle contient, peut parfaitement tenir entre\ncette petite maison blanche et ce petit cimetière fleuri. Il sait aussi qu'il n'y\na qu'un pas de l'une à l'autre. Alors à quoi bon se créer d'inutiles soucis?\nPourquoi vouloir courir au pôle Nord ou au pôle Sud, sur l'Himalaya, le\nMont-Blanc ou même simplement sur le Stockhorn ?...\n   Ainsi raisonne le chat. Je l'admire; mais, comme je suis un homme, je ne\nl'écoute pas. Je franchis le lit rocailleux du torrent, je me glisse sous des\nbroussailles et je commence à monter par u n sentier imperceptible et tout\nhumide de rosée.\n   Beaucoup de braves gens — proches parents du chat pastoral de Blumen­\nstein — s'imaginent que les ascensions de montagnes ne se font que pour\ndeux raisons : parce qu'on est fou lorsque la montagne est très élevée et d'un\naccès difficile; pour jouir d'un vaste panorama quand la montagne est d'un\naccès relativement aisé. Il existe, cependant, une troisième raison que les\nchats ne soupçonnent point. Les chats, après tout, ne pensent peut être pas\nplus loin que leur nez et ils ont le nez court. Il y a un plaisir tout spécial et\ninfiniment poétique à gravir pédestrement une montagne. Les personnes qui\nmontent au Righi par le chemin de fer l'ignorent. U n e montagne pourvue\nd'un chemin de fer est l'équivalent d'une pyramide ou d'une tour. En suppri­\nmant les fatigues de la montée, on ne supprime pas u n e corvée, mais le\nplaisir le plus vif et le plus savoureux que puisse donner une montagne. Nulle\npart, on ne se sent plus près de la nature, plus intimement en communion\navec elle, que lorsqu'on gravit, le front en sueur et la poitrine haletante, u n\nde ces petits sentiers capricieux qui filent sous bois, se glissent dans les\nherbes, franchissent des rocs, se perdent dans le voisinage d'un chalet, réap­\nparaissent un peu plus loin et finissent par s'évanouir tout à fait, pour\nvous laisser escalader comme vous pourrez la cime dont vous avez fait\nvotre but.\n   L a nature se déploie ici dans toute sa force et dans toute sa grandiose sau­\nvagerie. Les sapins, très verts et très touffus au pied des montagnes, s'éclair-\ncissent petit à petit, diminuent insensiblement de vigueur, deviennent, à\n15 ou 1600 mètres, des buissons rabougris. A cette altitude, ils s'arrêtent\ngénéralement. Seul, le gazon continue, là où il peut pousser, à déployer\nson tapis vert et parfumé, qu'égaient, en été, des milliers de fleurs sauvages.\n   A cette époque, il n'y a plus guère de fleurs. Quelques œillets seulement\ndressent, par-ci par-là, leurs petites étoiles mauves, à côté de quelques gen­\ntianes bleues. La vie commence à disparaître des pâturages élevés. U n mou­\nton noir montre toutefois encore sa tête ahurie au-dessus de moi, entre deux\nrocs; un berger, debout sur un contre-fort qui s'avance en éperon vers la\nvallée, profile sa silhouette sévère sur le ciel limpide.\n   La cime du Stockhorn, qu'une sommité plus basse m'a cachée p e n d a n t\nquelque temps, reparaît dès que j'ai franchi cette sommité, mais sous u n\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3455, "texte": "                           HEURES DE FLANERIE                                  19\n\n\nautre aspect. Ce n'est plus un bloc de pierre quelconque, mais la tête à moitié\nrongée d'un énorme sphinx, dont le corps immense s'allonge sous mes pieds.\nQuelques choucas, qui voltigent au-dessus, s'écartent à mon arrivée pour me\nlaisser jouir en paix du panorama féerique qui se déroule autour de moi.\nD'ici, le regard, passant par-dessus le lac de Thun, embrasse toute la plaine\nnord-ouest de la Suisse, suit la ligne noire du Jura, distingue les Vosges, les\nmontagnes de la Forêt Noire, puis vient se poser, de l'est au midi, sur toute\nla chaîne des hautes Alpes, depuis le Wetterhorn jusqu'au Mont-Blanc.\nImmédiatement à mes pieds — du côté des hautes Alpes — se trouve un\nentonnoir gigantesque formé par un cirque de rochers pointus, d'un gris\nsombre et tout déchirés. Le soleil, qui les éclaire obliquement, ne les égaye\npoint. Des avalanches de pierres, détachées de leurs parois, ont glissé sur\nl'herbe et s'étalent en éventail au fond de la cuve, où un petit lac scintille\ncomme une émeraude. Seulement, je sais que ce n'est pas une émeraude...\nC'est même un assez vilain lac. Je l'ai côtoyé l'an dernier. Des roseaux\nmaigres font le tour de ses bords, son eau immobile est glauque et comme\nmorte, et l'œil ne peut en sonder le fond.\n    C'est le lac sournois des romans de Walter Scott et des nouvelles d'Edgar\nPoë ; c'est le voisin habituel des châteaux ténébreux. Une petite barque noire,\namarrée dans une crique sombre, doit être une barque de sorcières, car c'est\ndans des endroits comme ceci qu'elles tiennent leur sabbat. Voilà même le\nlieu où elles doivent danser : un lit d'ancien glacier, une grande surface de\npierre polie qui dévale en gradins, propre, luisante et striée de crevasses sin­\ngulières, qui ne peuvent avoir été creusées que par les ongles du diable quand\nil frappe le sol de son pied fourchu pour marquer la mesure.\n    « Explique-moi, ou je te dévore », disent les sphinx. Celui sur la tête\n duquel je me trouve apostrophe sans doute le temps de cette manière depuis\n des siècles et des siècles. Depuis des siècles et des siècles, le temps sourit de\npitié, hausse les épaules et répond au sphinx : « Je ne t'expliquerai pas et c'est\n moi qui te dévorerai ». Car ces colosses de pierre, si terribles, si superbes et\n si forts, n'échappent pas à l'éternelle lutte entre ce qui est et ce qui'veut être.\n Ils sont, ils existent dans leur forme définitive, et c'est une raison pour qu'ils\n soient détruits. Cette vie qui monte du fond de la vallée, incarnée dans une\n verdure luxuriante et parfumée, est la mort des rocs. Joyeuse et gaie dans le\n bas, où les feuillages de ses châtaigniers, de ses érables et de ses hêtres sont\n pleins de sourires, de clartés et de chansons, elle devient insensiblement\n sérieuse, concentre tous ses efforts dans ses sapins noirs et dans son herbe\n verte, pousse cette herbe seule quand les sapins ne peuvent plus avancer,\n puis, lorsque l'herbe, à son tour, est vaincue, elle lutte encore avec ses brins\n de mousse. Et la pierre se fendille, se déchire, éclate, roule dans la vallée, où\n la terre la recouvre, l'effrite, la décompose et se l'assimile petit à petit.\n    Et maintenant, hommes pacifiques, venez prendre des leçons auprès de la\n nature! Elle vous répondra qu'elle est :\n\n                                 l'impassible théâtre\n                      Que ne peut remuer le pied de ses acteurs.\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "20                                 DURENDAL\n\n\n   Elle vous répondra qu'il faut ici-bas qu'on se batte, qu'on s'égorge et qu'on\nse massacre. Elle absoudra les Anglais qui ont détruit les Boers, les Turcs qui\nont assassiné les Arméniens. Elle vous montrera un petit papillon bleu qui\nvient justement de s'abattre auprès de moi et qui fait des bonds désespérés\npour échapper à une vilaine araignée qui l'étreint dans ses pattes. Mais elle\nvous montrera aussi l'œillet sauvage qui brille dans l'herbe, la gracieuse gen­\ntiane qui regarde amoureusement l'œillet et le soleil qui laisse tomber des\ngouttes d'or sur le lac morose au fond du ravin... Elle vous dira que ces\nbatailles, ces souffrances, ces deuils, ces espoirs, ces sourires, cet a m o u r et\nces jeux de soleil — elle vous dira que tout cela, c'est la vie. Si vous lui en\ndemandez davantage, elle mettra un doigt sur sa bouche !\n\n   Quelques heures plus tard — comme le crépuscule tombait et que les choses\nchatoyaient dans une poussière de pierres précieuses — j'étais assis dans la\ntonnelle d'un café d'Erlenbach.\n   Erlenbach est un des villages les plus cossus de l'Oberland bernois. Ses\nchalets sont vastes et construits avec goût. Des sculptures naïves décorent\nleurs lambourdes; les extrémités de leurs poutres, qui font saillie au dehors,\nsont taillées en mascarons; les portes ont des serrures ouvragées; par-ci par-\nlà, des écussons sont peints sous les auvents des toits. Erlenbach doit son\nopulence au commerce de bétail. L a vallée de la Simme — le Simmenthal —\noù il se trouve, donne son nom à la race de vaches la plus réputée de la Suisse.\nCes vaches sont grandes et grosses, elles ont le poil blanc et fauve et elles\nportent une sonnette au cou comme toutes leurs sœurs du pays.\n   En ce moment, ces sonnettes ne tintent point. C'est dimanche. L e s\n« Senner » fument leurs pipes de porcelaine sur le seuil des étables; leurs\nmaîtres sont au café où ils boivent des « litres » et s'entretiennent du prochain\nreferendum; deux amoureux se promènent bras dessus bras dessous; u n e\njeune fille tapote sur un piano, en chantant d'une voix grêle et criarde; u n e\npetite vieille, vêtue de noir et courbée par les ans, passe avec une c o u r o n n e\nde houx, qu'elle porte sans doute au cimetière; u n ivrogne titube au milieu de\n la route...\n   Chacun — obéissant à son tempérament et à son caractère — jouit ainsi\n comme il peut des derniers beaux jours de l'année.\n\n                                                              HUBERT     KHAINS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 28, "titre_corps": "Le dernier Livre de M. Camille Lemonnier : « Comme va le ruisseau »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Gilbert", "ancre_debut": "Le dernier Livre de M. Camille Lemonnier Comme va le ruisseau CELUI qui", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "Le dernier Livre\n           de M. Camille Lemonnier :\n                       Comme va le ruisseau\n\n                  CELUIqui — délaissant l'ardente mélancolie ou l'apaisante\n                    et monotone sérénité des campagnes flamandes — s'est\n                    attardé durant quelques longs jours dans l'un de ces\n                    coins montagneux et boisés au fond desquels la Meuse,\n                    ou telle de nos délicieuses rivières condruziennes, pro­\n                    mène la nonchalante bonhomie de ses eaux, celui-là jouira\n                    avec intensité du dernier livre de M. Camille Lemonnier...\n                       Avant d'essayer de noter ici avec quel sens direct et\n                    perspicace de la réalité poétisée, avec quelle compréhen­\nsion de l'âme même du terroir et des gens évoqués, le romancier a réussi\nl'œuvre délicate de traduire en quelques pages ensoleillées l'impression que\ncette réalité et que les élans de cette âme doivent provoquer en nous, je\nvoudrais, tout au moins, indiquer l'atmosphère pure et originale où se\nmeuvent les héros de ce récit rafraîchissant.\n   C'est une trouvaille déjà que ce titre, à la fois empreint d'une philosophie\nrésignée, doucement fataliste, et relevé d'intime poésie : « Comme va le ruis­\nseau... » Et l'auteur de plus de cinquante volumes, où s'est dépensé le talent\nle plus souple, le plus renouvelé, tantôt emporté jusqu'aux erreurs d'un réa­\nlisme brutal, tantôt rompu aux caressantes blandices des contes enfantins,\ns'affirme, dans ce dernier né de son cerveau, éternellement jeune et poète, et\nplus que jamais épris de la vie...\n   Mais, il faut le dire sans tarder, c'est aux meilleurs de ses livres anciens,\nc'est aux plus tendres, aux plus religieusement pétris d'amour universel et de\nferveur patriale que s'apparente « Comme va le ruisseau... » Certaines pages\nde C'était l'été ou du Vent dans les moulins pouvaient le faire pressentir déjà,\nmais surtout la miséricordieuse et fervente humanité du Petit homme de\nDieu.\n   Cette tendresse, pourtant, n'est point si nouvelle chez l'auteur, et nous\npourrions, si nous voulions retrouver dans le patrimoine littéraire de\nM. Lemonnier une œuvre qui nous donnât des sensations analogues à celles\nque nous suggère son dernier roman, nous reporter jusqu'à l'Arche, «Journal\nd'une maman », cette grisaille attendrie et mélancolique, où, parmi les\nefforts victorieux d'une volonté persévérante et virile, tant de sollicitude et\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "22                                DURENDAL\n\n\n\nde pitié, tant de compréhension véritable du sens de la Bonté et de la Vie\napparaissent déjà.\n  E n parlant de l'Arche, c'est M. Camille Lemonnier lui-même qui a pu\ndire :\n    « De livre en livre, j'ai expulsé le vieil homme, l'humanité qui me fut trans­\nmise et me rattache à la pluralité des hommes de ces temps troublés. Comme\nje pense m'être graduellement affranchi, j'ai préparé la venue de l ' E s p r i t\ndans la maison de la Bête. De cette façon aussi, j'espère m'acheminer à ces\nlivres de demain, qui seront, après mes crépuscules, pleins de lumière, après\nles geôles, la délivrance de l'homme, sinon tout à fait libéré, du moins plus\nprès déjà de la vérité des buts de la vie.\n    » Je considère l'Arche comme une tendance déterminée en moi vers cet art\ndifférent que je voudrais réaliser. Ce n'est plus la vie, ni en rose ni en noir,\nmais en demi-teintes, moins immédiate, sensibilisée d'autre chose. C'est sur­\ntout l'effort de la bonne conscience, l'aspiration vers le mieux de l'esprit et\nde la vie... »\n    Tous ceux qui sauront lire « Comme va le ruisseau » dans l'état d'esprit que\nmérite une telle lecture, comprendront, combien l'auteur, en dépit des stades\net des reculs qui séparent l'Arche de ce dernier roman, s'est approché de la\nréalisation de son ultime désir.\n    Qu'est-ce pourtant que le sujet de ce roman? C'est un rien, c'est un furtif\n mouvement de la conscience dans un petit cœur de fillette, mouvement qui\n change et fixe à jamais, dans le sens du dévouement et du sacrifice, l'aiguille\n aimantée d'une destinée.\n     La jeune Noémie Larciel, un peu anémiée par le souffle malsain d'une\n grande ville, est envoyée, pour se refaire du sang, dans un petit village wal­\n lon, endormi au bord du fleuve, et qu'anime d'une vie ténue et pourtant revi­\n gorante et vivace, un minuscule port de bâtelets, « la marine ». Elle y ren­\n contre Jean F a u c h e , un grand diable de garçon silencieux et gauche, vivant\n là-bas d'une existence assez mystérieuse d'homme riche et oisif, pêcheur,\n museur, occupant ses heures inactives soit à peindre des coins d'ombre ou d e\n soleil, soit à prendre moult ablettes, brochets, chevènes, qu'il s'en va porter\n à la ville, à certains intervalles trop réguliers pour ne point donner à penser\n au populaire malicieux... E t comme Noémie est espiègle, jeune et fraîche,\n pure comme cristal, ignorante tout à fait de l'amour, il était indiqué que cet\n escogriffe timide et musclé tomberait amoureux de cette enfant fragile : il\n était indiqué aussi que la gaucherie et la maladresse un peu ridicule de ce gars\n au cœur d'or séduiraient le cœur de l'innocente rieuse... Mais le jour où J e a n\n  F a u c h e lui demande sa main, le jour où le géant parle en tremblant à la\n gamine, il se réveille dans le cœur de celle-ci, où l'amour déjà s'était victo­\n rieusement installé, un étrange sentiment d'inquiétude et de remords : c'est\n qu'elle a laissé là-bas, dans la grande ville tapageuse, tout une r e m u a n t e\n famille de fillettes qu'elle instruisait et dont elle s'attachait à pétrir de purs\n sentiments les petits cœurs frémissants... Institutrice?... N o n , vraiment,\n petite mère plutôt, inquiète et active, car son cœur a pour ces enfants des\n mouvements impérieux et instinctifs qu'elle démêle mal parfois, mais dont\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "             LE DERNIER LIVRE DE M. CAMILLE LEMONNIER                                 23\n\n\n elle ne peut se dissimuler l'exigeant despotisme. Elle est créée, comme le\n ruisseau qui va vers une destinée inconnue, pour s'en aller, elle aussi, en\n façonnant des âmes et des coeurs qui ne seront point sortis de sa chair. Bien\n souvent, depuis qu'elle est au village et qu'elle parle aux petits d'ici, le sou­\n venir poignant lui est revenu des orphelines qu'elle a quittées :\n     « Noémie s'était prise de bonne amitié pour ces petites pauvres qui sen­\n taient la bruyère et la fumée des àtres. C'étaient aussi de petites pauvres\n que se composait sa classe à la ville; mais elles n'avaient pas, comme celles ci,\n l'air libre de la montagne : elles inclinaient sur l'épaule de pâles visages de\n souffrance. Elles lui en étaient d'autant plus chères. Il avait vraiment fallu\n l'ordre des médecins pour qu'elle se décidât à les quitter. E t elle se rappelait\n le jour où elle leur annonça qu'elle allait être momentanément remplacée par\n une autre maîtresse. Elles se pendaient à sa robe, lui baisaient voracement\n les mains en pleurant et criant comme si jamais elle n'eût d û revenir. Ah! la\n b o n n e et tendre h u m a n i t é que celle qui, pour avoir le courage de vivre, ne\n possède que son cœur! »\n     Maintenant que l'Amour, impérieux et doux, cogne à la porte entr'ouverte,\n sacrifiera-t-elle cette destinée d'oubli de soi et d'amour universel, au b o n h e u r\n u n peu égoïste, mais si chaud et si caresseur que lui offre Jean F a u c h e ? . . .\n Débat cruel d a n s cette âme printanière et dont l'issue, peut-être, semblera\n invraisemblable à quelques lectrices. Avouez d'ailleurs que cette voix mysté­\n rieuse retentit' un peu à l'improviste et que M. Camille Lemonnier nous a\ninitiés avec trop d'adresse et de minutie au lent et profond envahissement\nde ce cœur par la passion chaste et dominatrice, pour que, p e n d a n t u n\nmoment, cette décision ne n o u s s u r p r e n n e . . .\n    Mais admirons aussi, dans les dernières pages du récit, avec quelle vigueur\ndélicate et avec quelle pénétration souple l'auteur nous rend cette issue vrai­\nsemblable :\n    « Noémie contemplait le miracle éternel de la petite source: on l'avait tou­\njours c o n n u e , descendant du plateau et sans jamais s'arrêter, continuant à\nverser son petit flot. L e lieu était religieux c o m m e un baptistère dans u n e\néglise : les anciens hommes étaient venus là avec les vases sacrés comme les\nfemmes allaient encore là remplir leurs seaux. C'était simple et inexplicable\nà l'égal d'un mystère. L e bon Dieu des campagnes regardait à travers les\nhauts croisillons des rameaux. L e ciel avait l'air d'un vitrail entre le vert\nlumineux des feuilles. E t à petites fois, sans trêve, avec un bruit r y t h m é\ncomme la musique m ê m e du sang de la terre, coulait le filet d'eau.\n    » L e s racines de l'être frémirent en N o é m i e ; la vie des âges passa, la\ntransmission indéfinie des puissances h u m a i n e s . Comme la petite o n d e , elle\nvenait, elle aussi, d'un lointain obscur où des j e u n e s filles, des fiancées, des\namoureuses s'étaient penchées sur les sources profondes, tâchant de conjec­\nturer leur destin. Rien n'avait pu arrêter la vie des races; rien n'avait pu avoir\nraison de la petite onde intérieure...\n    » Noémie trembla. Elle sentit que, par u n e pente naturelle, sa pensée\nl'entraînait. Elle se rappela le mot de J e a n F a u c h e : « Comme va le ruisseau... »\nElle compléta mentalement : « Comme vont les ondes de la vie, comme va\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "24                                DURENDAL\n\n\nl'élan des âmes... » Une seconde, sa vie s'arrêta : elle souffrait une peine\nvive. La vérité fut plus forte... Et si, par exemple, c'est le flot des charités\nfraternelles qui jaillit du cœur de l'homme, existe-t-il quelqu'un au monde qui\npuisse dire qu'il en fera dévier le cours?\n    » Jean Fauche, pourtant, lui avait dit si doucement :\n    » — Voulez-vous être ma femme ?\n    » Mais, en disant cela, c'était comme s'il avait dit :\n    » — Noémie, vous et moi seront seuls ensemble sur la terre désormais avec\nle petit enfant que j'ai déjà et ceux que nous aurons l'un de l'autre.\n    » Sa gorge frémissante entre ses mains, elle sentait que sa vie était restée\nlà-bas où il y avait d'autres vies auxquelles elle était nécessaire. La source\nprofonde dans son cœur grésilla, sanglota. Il sembla que Juliette, Adèle,\nConstance et les autres venaient à la fontaine et pleuraient de grosses larmes.\nEt elle aussi maintenant savait qu'il n'y aurait jamais personne, ni Jean\nFauche ni un autre, pour avoir raison de cette force incompressible de la\npetite onde éternelle.\n    » Elle n'était pas triste et elle n'était plus seule. Une humanité l'entourait,\nsa vraie famille à elle qui avait été mise au monde pour aimer maternellement\ncelles qui n'avaient pas connu l'amour. Encore une fois, Jean Fauche aurait\npu dire : « Comme va le ruisseau... » L'eau suivait sa pente : elle descendait\nde la montagne et courait se perdre dans la vallée.\n    » Elle fut soudain décidée. Elle rentra à l'hôtel, appela la grosse hôtelière :\n    » — Ecoutez, marne Moya, il ne faut le dire à personne, mais je m'en vais\ndemain; je dois m'en aller. Gardez-moi le secret jusque-là, faites cela pour\nmoi.\n    » La bonne femme avait les yeux humides.\n    » — Allez, dit Noémie, je pleurerai bien plus que vous, mais je dois partir,\n il le faut... »\n    M. Camille Lemonnier, bien aisément, eût pu rendre le sacrifice de Noémie\n plus excusable aux yeux des gens sensibles... et sensés. Que ne donnait-il\n plutôt à cette petite exaltée toute une ribambelle de frères et de sœurs orphe­\n lins auxquels ses 20 ans d'aînée auraient été indispensables et qui eussent fait\n obstacle absolu à son mariage avec Jean Fauche? Mais, précisément, c'est\n une subtile âme de missionnaire et d'apôtre qu'il a voulu mettre sous l'ensor­\n celante enveloppe de cette Noémie aux chansons, dont le grand chapeau\n fleuri et les mousselines roses égaient toute la contrée... Elle est là pour\n aspirer l'air du bon Dieu, mais aussi pour aimer jusqu'à ses sœurs les bêtes, et\n pour faire le bien. Elle soigne les vieilles oubliées et les mignons enfants\n qu'on abandonne. Elle s'installe au chevet de tous ceux dont le chevet, sans\n elle, fût resté solitaire. Son cœur est comme une vaste fleur dont elle éparpille\n les pétales parfumés sur l'humanité souffrante qui l'entoure. Et c'est ainsi que,\n peu à peu, elle avait senti grandir en elle de tendres et solitaires impressions.\n Ses pas la ramenaient sans cesse vers le vieux cimetière du village qui lui\n donnait d'austères leçons. Dans la solitude de son cœur, avec sa vie en elle\n qui, elle aussi, était faite de souvenirs comme un petit cimetière de roses et\n de soucis, elle se sentait si vieille déjà!\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "            LE DERNIER LIVRE DE M. CAMILLE LEMONNIER                                    25\n\n\n    — Oui, se disait-elle, vivre ici dans la vallée, au pied de la m o n t a g n e , et,\nle jour venu, fermer tranquillement les y e u x . . . Ah! ce serait bon !\n     « Passant ensuite devant la pierre murée au chevet de l'église, elle saluait\nd ' u n signe de tête la mémoire du vieux curé qui, p e n d a n t u n demi-siècle,\navait paît ses ouailles dans les chemins de l'Évangile. C'était comme si elle\nl'eût connu en vie, comme si, à la bénédiction, elle se fût courbée sous le geste\nde ses mains vénérables.\n\n    » Elle s'en allait raffermie pour avoir communié avec cette simple h u m a ­\nnité qui avait trouvé la vie b o n n e , malgré ses misères, et ne l'avait quittée\nqu'à regret, le plus tard qu'elle avait pu. P a r delà le cimetière, derrière les\npetites clôtures en pierre, les choux, les carottes, les pois sur leurs ramettes\nétaient c o m m e un symbole des fructifications h u m a i n e s , sorties des jardins de\nvie. Toute l'affaire était d'aimer : il fallait b e a u c o u p aimer autour de soi pour\nmériter de vivre. C'étaient ceux qui avaient le plus aimé qui avaient le mieux\nvécu.\n    » — Voilà, oui, se répétait-elle longuement, il faut beaucoup aimer... »\n    Ce qui fait le charme irrésistible et l'originalité de cette délicieuse création\nde M. L e m o n n i e r , c'est qu'il a su, lui d o n n a n t une essence de sœur de charité\net d'apôtre, éviter de la rendre prédicante et hiératique, la laisser femme et\nvierge, exquisement féminineet virginale. Toutes les rencontres e n t r e N o é m i e\net J e a n , toutes ces entrevues embarrassées d'abord, et puis fraternelles,\njusqu'à l'heure ardente et chaste de la tendresse déclarée, sont nuancées de\nfaçon magistrale. Les détails en apparaissent d'une invention charmante, d'une\ntouche moelleuse et légère qui ravit. Les premiers pas de l'enfant sur la voie\nd'une coquetterie gracieuse 'qui s'ignore sont décrits avec un charme d'idylle sur\nlequel je regrette de devoir passer avec rapidité. Mais, de la première à la\ndernière page, toutes les évocations de cette tendresse innocente sont dignes\nde ce que M. Camille Lemonnier a pu écrire de plus captivant.\n    N u l , par exemple, ne dira plus exactement, en phrases plus discrètes et\nplus intuitives, plus enlaçantes aussi, ce sentiment victorieux et puissant de\n la joie de vivre qui, mêlé à la p u d e u r de sa virginale jeunesse, s'empare des\n 20 ans de Noémie :\n    « N o é m i e , comme les autres, était montée faire les foins: les Moya avaient\nu n verger à mi-pente dans la m o n t a g n e . L e faucheur allait devant : les\n faneuses suivaient, râtelant, étendant la fauchée blonde. A midi, l'hôtelier\n avait envoyé le café, les tartines et u n e terrine de riz au lait. Elles s'étaient\n assises en rond sous un pommier. Noémie avait p e n d u sa robe à une des\n branches, vive et souple dans son j u p o n de p a y s a n n e . C'était comme au\n temps de la jeunesse du m o n d e : la lumière était tendre, haute, vitale;\n l'ombre sur la terre rose balançait u n e résille lilas. L e s champs fumaient au\n soleil. U n léger vent agitait des cassolettes d'odeurs tièdes qui sentaient la\n vanille et le merisier. L e coucou, dans le bois, très loin jetait trois fois ses\n deux notes graves comme une horloge. E t m a i n t e n a n t un grand silence pla­\n nait dans la c a m p a g n e . Dans les fermes, le chien dormait : tous les hommes\n étaient couchés derrière les haies.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3211, "texte": "26                                DURENDAL\n\n\n\n   » Noémie, la bouche ouverte, de chaleur et de lassitude soufflait à petites\nhaleines. Sa gorge se gonflait comme le pain au fcur. Elle tenait ses mains à\nplat contre la terre, là où roulait un palet d'ombre. L a brise lui courait en\ncaresses fraîches clans le cou.\n   » Les yeux plissés, toute molle et grisée, elle regarda au bas de la pente\npar delà les touffes rondes des pommiers, les toits des maisons des rutiles. Le\nclocher de l'église effilait sa pointe d'ardoise sous un coq d'or. Elle voyait\ndistinctement la maison du curé, toute blanche comme une terrine de lait,\nune vraie maison pascale au temps des cerisiers en fleurs. P u i s les toits\ns'abaissaient v o s la marine et elle reconnaissait !a maison de Jean F a u c h e .\nTout cela si doux dans le brouillard de soleil que c'était comme l'image\npeinte du bonheur.\n   » U n e vie chaude battait à ses tempes : son coeur faisait un bruit d'eau\nvive, comme le ruisseau qui, à bouillons légers, descendait de la m o n t a g n e .\n   » C'était une joie vierge, extasiée, d'être, dans le tourbillon du monde,\nl'humble petits chose frémissante où passe le grand courant éternel. Elle\nappuyait sa main sur sa gorge, les yeux fermés, immobile, toute concentrée\ndans le sentiment profond de sa vitalité. 11 lui semblait qu'il n'y avait pas\nune papille de sa chair qui, à elle seule, ne vécut autant que toute la vie\nentière de son corps...\n\n    » L'air était nuptial, tout chargé d'amour. Elle eut aux lèvres le baiser\nchaud du vent; de la pointe de sa langue, elle mouillait les coins de sa\nbouche. Et un peu plus sa gorge palpitait. C'était bon comme de manger de\nla glace à petites cuillerées dans la chaleur du plein été. Oui, cela, et encore\nautre chose qui, parfois, la faisait toute froide délicieusement.\n    » Elle regarda courir sa vie humide sous le tissu fin de ses mains comme le\njus d'un fruit, le sang fluide et pourpré d'une grosse rose. Douceur de se\nsentir vivre dans l'heure divine, avec le poids léger du ciel, de l'éternité bleue\nsur soi, comme une eau qui monte et submerge! Ses doigts jouaient au\nsoleil, ils avaient la grâce et la beauté des fleurs animées. L'ombre\nleur passait aux phalanges des bagues vives comme de souples et glissants\nlézards.\n    » Elle remonta, lui enlaça tout le corps de l'enroulement d'une liane, d'une\nguirlande de mains autour du frisson de sa peau. Sur cette Noémie si sage\nsoufflait maintenant un petit vent de folie, le vrai petit vent qu'il faisait dans\nsa chanson. Elle se laissa tomber dans les foins, ivre d'air, d'odeur et\nd'espace. Sous sa vie frémissante, la terre aussi, d'une longue palpitation\ns'émouvait. E t voilà que tout à coup elle pensait à l'amour...\n   — E h bien... E h bien, mademoiselle...\n    » Et c'était comme à l'école quand, pour une faute vénielle, elle reprenait,\nd'une voix sévère, une des élèves de sa petite classe. Elle fut droite sous le\npommier, dans la clarté haute, et à pleines mains elle secouait son j u p o n ,\ncomme si du même mouvement elle en faisait tomber la petite défaillance.\nD J S roses de sang lui brûlaient la j o u e . . . »\n   Evidemment, M. Camille Lemonnier a doué Noémie d'une âme d'élite d'es-\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "            LE DERNIER LIVRE DE M. CAMILLE LEMONNIER                                 27\n\n\nsence parfois mystérieuse et rare. C'est aussi un brave cœur peu banal sous sa\nrude et quelque peu énigmatique écorce que celui de Jean F a u c h e , et je me\nreproche de m'être si peu attardé auprès de lui. Mais ce que l'auteur a su\npuissamment nous faire saisir, pas à pas, c'est le travail irrésistible et secret\nde la N a t u r e sur cette âme éperdue de dévouement d'une simple fille du\npeuple. Qu'il a bien observé le coin de terre honnête et bon, tout fleuri de\nmalice innocente et de joie calme, où se déroule l'idylle chnste ! Jamais\nM. Camille L e m o n n i e r qui, pour le Vent dans les moulins, dessina des fusains\nsi précis, si vigoureusement observés de la terre flamande, n'a mêlé sur sa\npalette des couleurs plus fluides et plus prismatiques que cette fois, où il\nvoulut évoquer à nos yeux u n coin de la terre insouciante et primesautière\ndu pays mosan. Ce ne sont pas seulement les paysages qui se succèdent ici\ncomme a u t a n t de toiles où palpite et papillote le souffle et la lumière de la\nvie, exactes d a n s leurs aspects, poétisées dans leur a t m o s p h è r e ; ce ne sont\npas seulement les descriptions du cadre de ce récit qui sont d'une tonalité\nétrangement juste, relevée d'images picturales et de petits traits de mœurs\npittoresques. Q u e de surprenants instantanés p o u r t a n t !\n    o Quatre heures du matin. U n brouillard bleu finement fume sur le fleuve.\nL e jour vient regarder au-dessus des monts si les gens du village sont déjà\néveillés. Il voit là, dans la barque, deux hommes debout, aux plis lourds des\ncabans. Jean F a u c h e a tiré son feutre sur les yeux et Bellaire, l'homme qui\na été en Chine, s'est entouré la tête d'un quatre-nœuds : Bellaire est sujet\naux r h u m e s de cerveau. L e jour rit d o u c e m e n t de les voir déjà à cette heure\nsur le fleuve q u a n d tout le m o n d e dort encore. Même le coq du clocher\ndemeure immobile : la c a m p a n e ne sonnera la diane des âmes que quand une\npetite spirale de fumée aura tire-bouchonné du toit de la cure. E t c'est très\nb o n , ce grand paysage bleu qui tremble a u fond du brouillard, si léger qu'on\nn'aperçoit devant soi que de l'air et de l'eau...\n    » De petits nuages nacre de perle boursouflent le ciel, à la crête des monts\nd'en face. Le matin descend dans la vallée par u n chemin de roses, comme\nun roi. U n e rougeur se reflète au loin sur les maisons, de l'autre côté du\nfleuve. Et, à présent, de légers ballons de fumée commencent à rouler sur\nl'eau comme de la nuit qui s'en va à la dérive. U n petit vent frais fait des\ntrous clairs en h a u t . . . »\n    Mais les habitants aussi de ce village a n o n y m e sont compris et dessinés avec\nu n e vérité captivante. Le romancier a pénétré la vie des h u m b l e s et des sim­\nples dont il a projeté les piquantes silhouettes, le vieux F r é D'siré, le vieux\nT a n l i n , l'un piquant ses salades ou promenant ses arrosoirs, l'autre radoubant\net peinturlurant une vieille barque, ou la bonne servante du curé, ou la médi­\nsante Halleméchette au chef branlant.,. Il a su rendre à la fois la bonhomie\ncandide et la noblesse secrète de ces êtres droits et intègres, il s'est p e n c h é\nsur ces infiniment petits qui perpétuent l'âme d'une race et il a su m o n t r e r q u e\nleurs mouvements les plus i n g é n u s ont une signification attendrissante et\nmystérieuse.\n    Q u i c o n q u e a passé sur cette terre parfumée, parmi ces heureux de vivre '\nretrouvera, au cours du roman de M. L e m o n n i e r , mille impressions ressen-\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "28                                 DURENDAL\n\n\nties, sans que peut-être elles eussent jusqu'ici été analysées et formulées. Aux\nlignes grandioses ou intimes des paysages se mêlent mille petits tableaux de\nmœurs, où s'avèrent la joviale observation et la fine pénétration d'un maître\nflamand.\n   Que direz-vous de celui-ci :\n   « Le soir violet noya le haut de la montagne. Des îlots de petits nuages\nroses descendaient le fleuve à la dérive. On entendait des voix très loin dans\nles hameaux d'en face. Près de l'église, devant la porte, Tricot, le maçon,\nqui était aussi cabaretier et barbier, avait installé sa chaise. L'une après\nl'autre, les barbes du samedi arrivaient s'y asseoir. Tricot n'épargnait pas la\nsavonnée : il la faisait mousser comme un blanc d'oeuf, puis du dos de la\nmain en frictionnait énergiquement le poil dur comme du crin de bête. E t ,\nensuite, quand la tête du patient finissait par ressembler à u n e meringue, il\ndéployait son rasoir, une vraie lame de sabre, en passait très vite le fil sur sa\npaume et, finalement, le dos en boule, les coudes écartés comme un vol\nd'ailes, tirant de toute sa force sur la peau, se mettait à gratter. Le client\nfaisait le mort, la nuque cassée en arrière, la pomme d'Adam saillante, les\nyeux clos.\n   » Tricot, pour les 2 centimes qu'il faisait payer par barbe, ne donnait pas\nla serviette. Son rasoir raclait, râpait, pelait d'une telle force que le saint qui,\nà l'église, figurait dans un très vieux retable d'autel, entendant le bruit hor­\nrible de la lame, se souvenait qu'il avait été écorché vif et priait pour celui\nque le barbier torturait. On en était quitte généralement pour deux ou trois\nestafilades, mais les cuirs étaient rudes et patients. Si le sang gouttait un peu\nlongtemps, Tricot appelait sa femme, qui apportait une pincée de sel : c'était\ncompris dans le prix... »\n   En regard de ce croquis plein d'humour, qu'on dirait une sanguine de\n Madou, je pourrais rappeler les pages nombreuses où M. Camille Lemonnier\na transcrit poétiquement le charme, envahisseur de tout l'être, que revêtent,\nà certaines heures d'été, ces sites incomparables de calme et de sérénité douce.\n Mais j'en ai dit assez, ce me semble, pour qu'il soit saisi par tous mes lecteurs\nbénévoles qu'il faut voir dans « Comme va le ruisseau. . » l'une des meil­\nleures œuvres du maître, parce que c'est l'une de celles où le. coloriste s'est le\nplus intimement uni au philosophe apitoyé et au moraliste ému, l'une de\ncelles aussi où, délaissant les fureurs rouges de l'instinct ou les impérieuses\nfolies de la passion, il aura le plus ardemment et le plus tendrement célébré,\ndans l'immortelle splendeur de l'amour, sa véritable puissance qui jaillit de\nla Bonté.\n                                                             EUGÈNE GILBERT.\n 31 décembre 1903.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-012", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 37, "titre_corps": "Les Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Les Poèmes Lueurs et Flammes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "Les Poèmes\n\nLueurs et Flammes, par H É L È N E VACARESCO (Paris, P l o n ) . — Novembre, par\n  GABRIEL NIGOND (Paris, Stock), — Poèmes des Temples et des Tombeaux, par\n  JEAN SCHLUMBERGER ( Paris, Mercure de France). — La Gaule blanche, par JEAN\n  DOMINIQUE (Paris, Mercure de France). — Les Jardins clos, par P A U L MUSSCHE\n  (Paris, Société française d'imprimerie et de librairie). — La Vallée heureuse,\n  par Isi COLLIN (Paris, édition de l'Ermitage ; Liège, B é n a r d ) . — La Légende\n  de SaiutGuirec, par ALBERT CLOUART (Paris, bibliothèque de l'Occident). —\n  Poètes du Nord, morceaux choisis, par A . - N . GOSSEZ (Paris, Société d'éditions\n  littéraires et artistiques, Ollendorff).\n\n   L e s livres des poètes s'amoncellent sur ma table, apportés par les dernières\nbrises d'automne, juste à point pour charmer les longues soirées de ce maus­\nsade hiver; il y en a même, parmi eux, deux ou trois qui m'arrivèrent l'été\ndernier : que leurs auteurs excusent mon retard à parler d'eux, et s'en con­\nsolent en songeant que j'ai eu, depuis l'apparition de leurs volumes, tout loisir\nde les relire et de les mieux c o m p r e n d r e .\n   L'occasion s'est offerte à moi, dans l'espace de ces deux dernières années,\nde présenter aux lecteurs de Durendal la plupart des poètes français qui, ou\nbien continuaient une œuvre déjà notoire, ou bien commençaient de se\nrévéler. Les plus marquants d'entre eux furent M a d a m e la comtesse de\nNoailles, le tant regretté Albert Samain, Charles Guérin et Louis Mercier,\nauxquels il convient encore d'ajouter nos collaborateurs Léonce Depont et\nSéb.-Ch. L e c o n t e . L ' A c a d é m i e a, tour à tour, c o u r o n n é tous ces excellents\nécrivains, sans en excepter u n seul : cette ratification de mes humbles suf­\nfrages n'a pas laissé de vivement me réjouir.\n    Mais il me plaît de dégager, des nombreuses lectures que me valut cette\nchronique des poèmes, une constatation que je crois essentielle et salutaire :\nles poètes d'aujourd'hui semblent revenir peu à peu à plus de sincérité, de\nvérité, de vie; leur pensée ne s'enveloppe plus de voiles impénétrables, leur\nlangue et leur prosodie m ê m e s'épurent de jour en jour. Il y en a qui vont\njusqu'à cette suprême audace de pousser des cris de passion, capables de\nremuer les âmes les plus simples. Vive Dieu! voilà qui me fait plaisir! L a\ndécadence se m e u r t , la décadence est m o r t e ! De beaux et nobles vers parais­\nsent, que l'on c o m p r e n d du premier coup, et l'Olympe se débarrasse des\nlourds nuages qui longtemps l'obscurcirent. L a poésie française se réveille\nd ' u n absurde songe qui, heureusement, n'a pas d u r é cent a n s . U n très grand\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3086, "texte": "30                                   DURENDAL\n\n\nlyrique naîtrait demain, que je n'en serais pas plus étonné que cela. E t en\nattendant ce soleil, combien d'étoiles déjà percent les brumes anciennes et lui­\nsent d'un tendre ou vif éclat I\n\n  H é l è n e Vacaresco dédie L u e u r s et F l a m m e s à la mémoire de son aïeul, le\npoète J e a n Vacaresco, « qui sut exalter, par le rythme et le verbe, l'éclat d'un\nnom antique et trois fois illustre avant lui » ; et ce livre semble tenir, par de\nprofondes racines, à la terre patriale : sa pénétrante mélancolie est faite de\ntous les regrets et de toutes les tristesses d'une amante exilée, d'une femme qui\naima sur le sol natal et qui perdit à la fois son bonheur et son pays.\n                Seule près du foyer de l'auguste tribu,\n                Une femme est debout et l'ombre est autour d'elle;\n                Le vent dur du destin l'entoure et la flagelle;\n                Le calice est de cendre et de fiel qu'elle a bu.\n   Les sites familiers de l'enfance revivent en strophes colorées, d'une chaleur\net d'une grâce tout orientales, et qui confèrent à ce livre une saveur très per­\nsonnelle. Mais la Roumanie n'est pas loin de la G r è c e ; des vers c o m m e\nceux-ci en témoignent :\n                Eros est moins cruel au chanteur qui l'exalte\n                En dédaignant ses traits pour y mieux applaudir...\n  Ailleurs, c'est toute l'étrange subtilité de l'âme contemporaine :\n                Le désir de l'amour vaut mieux que son ardeur...\n\n                Consentez, ma douleur, à n'avoir d'autre cause\n                Qu'un désir qui se dresse en défaillant toujours...\n   E t puis d'admirables images, vastes comme la mer sous u n clair ciel\nd'été :\n               Mon âme crée un monde et cherche à le connaître\n               Ainsi que le soleil respire les champs mûrs...\n    Mais ce qui éclate surtout dans Lueurs et Flammes, c'est l'invincible et dou­\nloureuse puissance de l'amour, qui survit à tout et se survit à lui-même\nmalgré tout. D'un bout à l'autre du livre, ce sont des aveux, des soupirs, des\ncris, des râles d'amour. C'est brillant comme une lueur et brûlant comme une\nflamme. J e ne sais rien de plus passionné, de plus ardent, de plus triste non\np l u s , que ces hymnes éperdus d'un cœur où l'oubli ne saurait entrer, qui\nentretient sa souffrance et son angoisse et qui, du jour où l'amour l'a quitté,\naprès l'avoir dévasté tout entier, ne renferme plus que des cendres, mais des\ncendres chaudes encore d'amour, d'amour quand même !... Ces poèmes sont\nparfumés, frémissants et lourds de chaleur, comme doivent l'être les nuits\nd'orage aux bords du Danube roumain. E t les vers en sont harmonieusement\ncadencés, ciselés avec une habileté consommée qui surprend et ravit davan­\ntage encore lorsque l'on songe que leur auteur est une jeune fille, et une jeune\nfille étrangère. Le charme d'un art très sûr s'y joint à toute l'éloquence d'une\nâme sincère et vibrante : c'est plus qu'il n'en faut pour faire de Lueurs et\nFlammes un noble livre, de Mlle Hélène Vacaresco, un poète digne du premier\nrang.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3492, "texte": "                                   LES POÈMES                                     31\n\n\n    Connaissiez-vous ce nom : Gabriel Nigond ? P o u r moi, j'avoue que je\nl'ignorais complètement. E h bien I ayez soin de le retenir : c'est celui d'un\npoète, d'un vrai, d'un pur poète. E t allez tout de suite, chez votre libraire,\nacheter ce livre : N o v e m b r e . C'est u n e surprise exquise, — u n e révéla:ion.\n De la couleur, de la lumière, de l'éloquence et de l'émotion, oh ! dé l'émo­\ntion à pleins bords ! à faire pleurer ! Un vers limpide, mélodieux et souple,\nfrançais à souhait, jamais banal, heureux presque toujours; une strophe\naisée, qui se déroule et se replie avec des ondulations caressantes; une\nlangue sonore, riche, et claire, et vivante; et par-dessus tout, u n e vision\npersonnelle, u n e pensée caractéristique et qui s'empreint fortement dans le\nsouvenir, un merveilleux m é l a n g e de joie de vivre et de mélancolie,\nd'orgueil et de pitié, de tendresse et d'amertume              je vous dis que c'est\nadmirable I\n    Sans doute, tout n'est point parfait, tout n'est point original dans ce\ncopieux recueil. J e ne sais rien de M. Gabriel Nigond, ni s'il est jeune ou\nn o n . Mais certains de ses poèmes dénotent u n esprit accessible encore aux\ninfluences : çà et là, une strophe impose le souvenir de Baudelaire, plus\nsouvent celui de Samain ; Banlieue se ressent évidemment de Jules Lafor­\ng u e ; et le livre eût gagné, dans son ensemble, si l'auteur avait sacrifié quel­\nques piécettes dont l'allure familière détonne avec la grave harmonie du\nreste, entre autres : Mademoiselle la Mort, le Chat, et même Nuit tendre. J e\ns o u p ç o n n e M. Nigond de nous avoir livré pêle-mêle des essais de début et\ndes réalisations définitives.\n    J e me hâte d'ajouter que celles-ci sont b e a u c o u p plus nombreuses que\nceux-là. L'Asile, le Portrait, Musique, le Chariot, le Vœu suprême, l'humble Couple,\nle Cimetière, l'Accouchée, Juin, l'Amour des Choses, d'autres encore, sont des\nchefs-d'œuvre de poésie délicate et puissante tout ensemble. Il s'y décèle une\nâme fine, sensible à outrance, et profondément blessée par la vie : u n e âme\nque l'on se prend à aimer tout de suite. E t comme ceux qui souffrent sont\nplus enclins que les autres à plaindre les peines d'autrui, le poète de\nNovembre se p e n c h s volontiers sur toutes les misères qu'il rencontre, et il\ntrouve pour les peindre et p o u r les déplorer de sombres couleurs et de\npoignants accents : les petites orphelines, les pauvres gens que la faim réduit\nà l'asphyxie, les vieux de l'hôpital, l'aveugle, la servante au dévouement\nobscur et dédaigné, il parle de toutes ces infortunes avec la même émotion\ncommunicative, irrésistible; et sa pitié débordante s'épand jusque sur les\ncrapauds, les singes dont le frileux exil grelotte et se meurt sous les ciels du\nN o r d , les veaux immolés à l'abattoir. — Mais qu'il nous entretienne des\nautres ou qu'il épanche son propre cœur, c'est avec la même intensité de vie,\nla même vérité d'accent, la même profondeur d'émotion. L'émotion ! qualité\nrare chez les poètes d'aujourd'hui, plus rare encore alliée au grand art. Celle\nde M. N i g o n d est discrète, jamais triviale ni outrancière : le long poème de\nSœur Elise, dédié « à M lle Moréno, admirable sœur Gudule », suffirait à en\ntémoigner.\n    Novembre : ce titre, où il y a des feuilles mortes, des glas dans la b r u m e ,\n 'effroi de l'hiver approchant, ce titre convient à merveille à celte œuvre d e\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "32                                        DURENDAL\n\n\nmélancolie, d'émotion et de pitié. Je salue en M. Gabriel N i g o n d l'un des\nplus admirables poètes des temps présents.\n    Autant la poésie de M. N i g o n d est palpitante, vivante et passionnée,\nautant celle de M. J e a n Schlumberger est solennelle, hiératique et impas­\nsible; du moins ne vibre-t-elle qu'aux souffles des cimes, et ne connaît-elle\nde frissons que ceux qu'inspirent les grands sentiments religieux ou héroï­\nq u e s . Les P o è m e s d e s T e m p l e s e t d e s T o m b e a u x , eux aussi, r é p o n d e n t\nbien à leur titre : ils offrent l'austère et majestueuse h a r m o n i e des demeures\nmarmoréennes des dieux, et la froide gravité des mausolées. Ils font penser,\nd a n s leurs attitudes m o r n e s et roides, au « M o n u m e n t aux morts » de\nB a r t h o l o m é . Les peu nombreuses pièces du recueil de M. Schlumberger\nsont, sans exception, écrites en alexandrins sonores, durs à l'oreille, inflexi­\nbles et droits comme des glaives antiques, beaux, malgré leurs défauts, de\ncette beauté sévère qui est propre au Leconte de Lisle de Caïn et au Goethe\nd'Iphigénie. C'est assez, me semble-t-il, pour ne les point mépriser.\n    Je cherche en vain les mots nuancés, menus, fugitifs, les phrases\nondoyantes et comme silencieuses, qu'il faudrait employer pour rendre le\nc h a r m e exquis et frêle de L a G a u l e B l a u c h e . L e s frêles poèmes de J e a n\nD o m i n i q u e sont tels qu'on ne saurait ni les analyser, ni en d o n n e r la plus\nlointaine idée, à moins d'appeler à son secours Madame Blanche R o u s s e a u ,\nmagicienne des syllables ténues et des frissons à fleur d'âme. Ah ! que je\nc o m p r e n d s la fervente admiration que l'auteur du présent livre semble\néprouver pour l'inimitable écrivain qui nous offrit cette joie non pareille :\nl'Ombre et le Vent ! R a r e m e n t plus étroite parenté unit deux âmes d'artistes :\nl'une paraît n'être que l'écho de sa sœur, son prolongement tout involontaire\net naturel et s p o n t a n é . C'est à peine si l'on oserait les différencier entre elles\nen disant que M a d a m e Blanche Rousseau est un prosateur, et J e a n\nD o m i n i q u e . . . u n e poétesse; car rien n'est plus dégagé, rien n e sent moins\n« l'art poétique » que les vers de la Gaule Blanche: s'ils ont douze syllabes et une\nrime à leur sommet, il semble que ce soit p u r h a s a r d . L'appellation qui leur\nsiérait le mieux, serait peut-être celle-ci : une prose cadencée et assonancée.\nIls évoquent en moi le souvenir de certains poètes anglais, dénués de toute\nartifice et dédaigneux de toute habileté.\n    J e le répète : je me sens incapable de vous traduire le c h a r m e , si personnel,\nsi tendre et si p r e n a n t , de ce bouquet aux douces teintes effacées; on ne\ndécrit pas u n parfum qui flotte, l'ombre qui se fait, le vent qui passe ; on se\ncontente de les n o m m e r , et leur nom seul suffit, d'anciennes impressions se\nlevant d a n s notre mémoire, à nous les rendre présents. Telle est\n                        Cette chanson de l'eau, de la lune et des fleurs,\noù se trouvent célébrées, avec une émotion toute neuve et des paroles n o n\nencore e n t e n d u e s\n                        La clarté, la chaleur et l'ombre du bon Dieu.\nAme de songe et de pénombre, âme de sensitive farouche,\n                        Blottie et toute pâle et close comme un cœur !\nY vouloir pénétrer trop avant serait u n e profanation : mieux vaut la\nrespirer longuement et en silence, sans la cueillir.\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3543, "texte": "                                         LES POÈMES                                               33\n\n    L e m o n d e des a p p a r e n c e s , sous la p l u m e d e J e a n D o m i n i q u e , revêt u n\nvoile de mystère qui en fait u n e sorte de. C h a m p s - E l y s é e s , où voguent sans\nbruit les souvenirs tristes, les vains regrets, les espoirs inutiles. L e m o n d e\ni n c o n n u , qui vit d'une vie latente « au delà d e nous-mêmes », s'y décèle par\ncontre et s'y affirme c o m m e une réalité, palpable et s o u v e r a i n e . . . Soirs dans\nla chambre paisible, où des rayons m o u r a n t s entrent lentement avec les\n « brises m e n u e s » ; rêveries auprès d u foyer, où le c œ u r peu à p e u se réduit\nen cendres en m ê m e temps que la bûche qui b r û l e ; p r i n t e m p s à peine éclos\nsur la douceur des c h a m p s a c c o u t u m é s : tels sont les plus fréquents motifs,\nles plus heureux aussi, de ces broderies a é r i e n n e s , qui volent a u gré d u vent\n comme les fils de la Vierge.\n     Mais parfois, u n sanglot longtemps contenu sort de cette âme refermée sur\n elle-même, et ce sont alors de poignantes paroles d e tendresse et de mélan­\n colie; écoutez ces strophes du Départ :\n\n                   Je pars... Voyez ! le ciel et les arbres dolents\n                   Peignent déjà les mers, les mâts et le voyage,\n                   Et se bercent avec de longs gestes planants,\n                   Ainsi que les mouettes des pluvieux parages\n                   Où je m'en vais portant mon cœur pour tout bagage.\n\n                    La maison sera-t-elle exactement la même\n                    Dès que j'aurai franchi le seuil, et tourné court,\n                    Et gagné le navire et perdu l'ombre même\n                    De votre toit, de vous, de cet instant du jour\n                    Où, la dernière fois, j'aurai touché qui j'aime ?\n\n    Les lecteurs de cette R e v u e connaissent depuis longtemps le talent délicat,\n sûr et probe de l'excellent poète qu'est M. P a u l Mussche. Voici qu'il réunit\n enfin, pour la joie d e ceux qui le suivirent avec intérêt dès ses premiers\n essais, les n o m b r e u x poèmes éparpillés par lui d a n s les périodiques litté­\n raires. J e veux dire tout de suite que ce recueil assigne à son auteur u n e\n place en vue p a r m i la pléiade des écrivains belges ; et j e suis h e u r e u x de l'en\n féliciter amicalement.\n    P o u r énoncer d'abord les quelques réserves nécessaires, et faire sentir à\n mon sympathique « frère en Apollon » la p i q û r e des épines avant la caresse\n des roses, — la lecture des J a r d i n s Clos, (le joli titre !) atteste q u e\n M. P a u l Mussche commença d'écrire à u n e époque où le Symbolisme était\n encore prospère et florissant. Dieu me préserve d u mépris des symboles !\n T o u s les grands poètes en ont usé, et Victor H u g o en regorge. Mais il fut un\n temps où l'on en abusait vraiment, et... l'excès en tout est un défaut. J e\n souhaiterais d o n c aux œuvres de M. Mussche, — qui sont d'ailleurs d'une si\n noble et si haute tenue, — un peu plus de cette vie qui circule, se répand et\n bat à coups pressés, — c o m m e u n sang riche dans les veines d'un jeune\n corps robuste, — dans les œuvres des meilleurs poètes de F r a n c e d'aujour­\n d'hui. Q u e les n o u v e a u x poètes de Belgique y p r e n n e n t garde ! un j o u r\n viendra où ils reconnaîtront, eux aussi, que là est la vérité; mais ce jour-là,\n peut-être sera-t-il déjà trop tard, peut être s o u r i r a - t o n de leurs efforts et de\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3428, "texte": "34                                  DURENDAL\n\n\nleurs prétendues découvertes, en les a p p e l a n t des « suiveurs ». Qu'ils aillent\ndonc de l'avant, spontanément, audacieusement, et sans attendre que d'autres\nleur aient frayé la voie et donné le mot d'ordre !\n    D u reste, parmi les poèmes des Jardins clos, que l'on devine les plus\nrécents — tels l'Offrande, lu Chambre, Crépuscules d automne, l'Héritier, le Pays\nnalal —, ces qualités de simplicité, d'émotion et de sincérité que je réclame\nde nos poètes, s'affirment en toute plénitude. Sans doute, les pièces p u r e ­\nment symboliques du recueil n'en sont pas entièrement dépourvues : de-ci,\nde là, u n cri éclate, u n e larme tremble, u n sourire se fait jour, qui sont tou­\nchants parce qu'ils partent du c œ u r ; mais l'ensemble de ces pièces conserve\nune grâce un peu p o m p e u s e qui n'est pas sans monotonie, et qui sied mal à ces\népanchements intimes.\n    M. Mussche est le poète des nuances et des demi-teintes mélancoliques ; il\npréfère l'aube au grand jour, et le crépuscule à la n u i t ; le p r i n t e m p s et\nl'automne sont ses saisons d e prédilection. Ce qui n'empêche pas que l'été\nlui inspire des choses c h a r m a n t e s , et aussi « Madame la N u i t en robe de\nvelours ». C'est un a m a n t fervent, et très averti, de la belle N a t u r e . L e s\ncouleurs changeantes du ciel, les fantasmagories des nuages, les frissons\n mélangés des feuillus et de l'eau, la frêle douceur des fleurs, les musiques\n des campagnes et les rires des enfants, n'ont pas de secrets pour lui. E t lui-\n même erre ainsi qu'un n u a g e léger, frissonne à la façon d'un arbre profond,\n s'épanouit comme u n e fleur et révèle une âme ingénue d'enfant, — u n e âme\n si heureuse de la vie du bon Dieu, encore que souvent mélancolique ! Car le\n poète c o m m u n i e avec l'âme universelle, et ne fait qu'un avec les choses :\n c'est là le grand c h a r m e des Jardins clos, leur mérite et leur prestige.\n    La strophe de M. P a u l Mussche se déroule, la plupart du temps, avec u n e\n ampleur fastueuse qui ne laisse pas de fatiguer u n p e u ; son vers, n o m b r e u x ,\n fleuri, gracieusement cadencé, pourrait gagner encore par u n souci plus\n sérieux de la rime. Combien de poètes, qui jadis avaient délaissé cette\n « esclave », sont revenus à elle aujourd'hui ! Que M. Mussche songe à\n Moréas, à de Régnier, à Charles Guérin. Le rythme insuffisant de notre\n langue fait, de la rime, u n des éléments essentiels de la prosodie française :\n on l'a trop oublié.\n     Mais ce sont là d t s peccadiles, dont l'auteur des Jardins clos, s'il prend la\n  peine de s'en repentir, se corrigera aisément : l'habile et souple talent qu'il\n déploie en ce recueil en fait foi à lui seul. E t pour vous faire partager, d a n s\n une faible mesure, le vif plaisir que sa lecture m'a procuré, je veux vous\n citer cet éloquent appel à la Beauté, par quoi se clôt le volume :\n\n                 Malgré notre impuissance et notre infirmité,\n                 Nous élevons vers toi nos âmes impavides,\n                 O Reine, et célébrons l'immortelle beauté\n                 Dont nos sens, nos esprits et nos cœurs sont avides.\n                 Nous avons laissé là notre appareil guerrier,\n                 Nous avons dépouillé nos casques et nos armes,\n                 Nous voulons ignorer le fer et l'acier,\n                 Car nous n'espérons plus, ô Reines, qu'en nos larmes.\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3301, "texte": "                                      LES POÈMES                                           35\n\n                 Prends donc pitié de nos malheurs et verse-nous\n                 Le radieux oubli des désirs périssables;\n                 Nous nous précipitons à tes sacrés genoux,\n                 Nous sommes devant toi petits et misérables.\n                 A pparais au-dessus des murs de la cité,\n                 Surgis sur les remparts pavoises d'oriflammes,\n                 Que tombe enfin sur nous un peu de la clarté.\n                 Dont resplendit ton front de déesse et de femme !\n\n\n   U n livre qui contient de tels vers, et il y en a b e a u c o u p d'autres qui sont\ntout aussi louables que ceux-ci, est mieux qu'une simple promesse : c'est u n e\ntriomphante réalisation.\n\n   C'est aussi plus et mieux qu'une promesse que L a V a l l é e H e u r e u s e de\nM. Isi Collin. L ' œ u v r e du jeune poète de Wallonie n'est pas encore un de ces\nfruits brillants et savoureux de l'opulent S e p t e m b r e , où semblent s'être con­\ndensés les glorieux rayons et les fécondes chaleurs de l'été : c'est u n e fleur de\nprintemps, une précieuse fleur de grâce fragile et de parfum léger, éclose, en\nun matin de rêve, au sourire d'une fée qui passait d'aventure.\n   Car la poésie J e M. Collin évoque invinciblement des images légendaires :\nsa Vallée heureuse est un domaine irréel, pareil aux jardins merveilleux où nous\nmenaient les songes de notre enfance, un domaine\n                  Où le soir qui descend est bleu comme un matin.\n\n   Des coteaux aux lignes simples et douces encerclent l'horizon v a p o r e u x ;\nune flore étrange et puérile s'épanouit à l'ombre des bois et sur le gazon ] des\nprairies ; le m u r m u r e d'un ruisseau chimérique se mêle à « la double voix des\nflûtes d'Arcadie », et les rayons e u x - m ê m e s c h a n t e n t dans l'air paisible ;\ntandis que, chastement voilées et leurs paupières baissées sur les rêves\nqu'elles enclosent, d'impalpables figures défilent le long des sentiers, ceintes\nde lys qui s'étiolent ou de roses qui se m e u r e n t . E t si, parfois, u n e parole\nd'amour h u m a i n trouble le pur silence, elle est si brève et si faible qu'elle ne\nbrise pas le c h a r m e .\n   M. Isi Collin, est le poète des Fleurs : il en parsème à profusion à travers\ntout le livre ; on en voit s'ériger partout, droites et frêles, au bord des strophes\nà l'onduleux contour et au galbe délicat. E t ses vers fluides, transparents, ne\nfont guère plus de bruit que des pétales qui se détachent et t o m b e n t ; ils\nglissent, planent et descendent sans que l'on s'aperçoive que la rime a sonné.\nCe poète est un maître du r y t h m e , et u n magicien de la grâce. Oh ! il n'émeut\nni n'ébranle ; s'il trouble, c'est à la façon d'un parfum : il ensorcèle; pour u n\npeu, il e n d o r m i r a i t ! . . . H a r m o n i e u x et fragile, fragile et harmonieux : on\nchercherait en vain, pour le mieux définir, épithètes plus convenables.\n• Vous dirai-je, après cela, que ses poèmes m a n q u e n t d'accent, que l'Artifi­\nciel y triomphe, et que tout cela n'est pas très vivant ? Vous le pressentez du\nreste. E t M. Collin est trop intelligent pour ne pas le sentir lui-même. Mais\nqu'importe ? Telle quelle, u n e personnalité s'accuse dans ces traits imprécis,\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3204, "texte": "36                                       DURENDAL\n\n\nu n e personnalité qu'on ne saurait nier ; plaisante ou non, elle est. E t je crois,\npour ma part, y découvrir quelque affinité avec les excellents dessinateurs de\nWallonie, et particulièrement avec les pensives et nobles figures d'Auguste\nD o n n a y , dont les attitudes reposées animent à peine des sites aux lignes\nsimples et belles.\n   Parfois, sur la trame précieuse et maniérée de ses candides symboles, il\narrive que M. Collin laisse courir, c o m m e u n rayon de vrai soleil, une palpi­\ntation de vie et de passion : tel est le cas pour le poème qu'il intitule Du Rivage.\nE t je regrette que ce cas ne se présente pas plus fréquemment, et que la Vallée\nheureuse n'offre pas en plus grand n o m b r e des strophes comme celles-ci :\n\n                  Par ma maison d'exil, au gré de ton regard,\n                  Laisse errer ta pensée, emplis-la de ton âme ;\n                  Que j'y retrouve un peu, même après ton départ,\n                  Et tes désirs d'enfant et tes rêves de femme.\n\n                  Reste afin que j'entende —ainsi qu'un moissonneur\n                  Ecouterait aux champs parmi la solitude\n                  Germer les blés nouveaux — dans l'Avril de ton cœur\n                  Eclore doucement la douce inquiélude.\n\n\n   Mais M. Isi Collin n o u s donnera mieux encore que ceci, qui déjà n'est pas\nnégligeable.\n   L a Vallée heureuse s'orne d'un superbe frontispice du maître aquafortiste lié­\ngeois, M. Armand Rassenfosse; et l'impression du volume, confiée aux soins\nd e M. A u g . B e n a r d , est u n e merveille de goût et d e sobre élégance.\n\n   M. Albert Clouart, en ce langage ingénu d o n t il partage le secret avec\nM. F r a n c i s J a m m e s , M. Adrien Mithouard et nos excellents amis T h o m a s\nB r a u n et Victor Kinon, n o u s conte L a L é g e n d e de Saint-Guirec, qui fut\npitoyable aux p a u v r e s pêcheurs de Bretagne, et même à ses pécheurs, qu'il\nabsolvait d'un compatissant p a r d o n . Ce poème, rocailleux, bizarre et r u d i ­\nmentaire, a la rude naïveté, mais aussi la profonde ferveur, de ces vieilles\nstatues de saints que les artistes du moyen âge sculptaient si grossièrement, et\nsi amoureusement, p o u r les églises de leur pays.\n\n   P a r m i les P o è t e s du N o r d que nous présente la consciencieuse et j u d i ­\ncieuse Anthologie d e M. A.-M. Gossez, plusieurs sont arrivés à la réputation,\nquelques-uns m ê m e à la gloire : tels Samain et D u b u s , si étroitement parents;\nSébastien-Charles L e c o n t e et H e n r i P o t e z ; Jules Breton, Auguste D o r c h a i n\net le vicomte de G u e r n e , ce dernier impeccable et impersonnel comme une\ncolonne de m a r b r e ; E d o u a r d Ducôté, si simple, si p u r et si m é l o d i e u x ; et,\nenfin, J e h a n Kichus et R e n é Ghil. Les autres ont des charmes divers, et cer­\ntains valent q u ' o n s'y arrête. L a plupart, il est vrai, subissent fortement l'in­\nfluence du subtil poète d'Au jardin de l'Infante : Ainsi, M. L é o n Bocquet,\ndont je préfère les notations grises et discrètes des F l a n d r e s à ses sonnets hel­\nléniques ; M . H o u b r o n , et surtout M. Jules Mouquet, dont l'imitation est\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "                                    LES POÈMES                                         37\n\nvraiment trop a p p a r e n t e . D'autres sont les fils révoltés des grandes cités\nindustrielles : ainsi le grandiloquent M. L a c u z o n , et M. Roinard. A citer\naussi M. Clerfeyt ; M. Delattre, dont la jeunesse indécise balbutie encore;\nM. Dagniaux, dont les vers antiques sont parfaits; M. Lebesgue, timide et\nsincère en d'humbles chants d ' a m o u r ; M. Angellier, rocailleux et p u i s s a n t ;\net surtout M. L a n t o i n e , qui a des évocations splendides.\n\n\n                                                                   FRANZ A N S E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-013", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 38, "page_fin": 40, "titre_corps": "Les Expositions de Décembre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. L.", "ancre_debut": "Les Expositions de Décembre M. Louis Cambier Galerie Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "Les Expositions de Décembre\n\nM. L o u i s CAMBIER (Galerie Royale). — L e Salon des Aquarellistes. —\n  M. GEORGES BUYSSE (Cercle Artistique de Gand). — Expositions h e b d o ­\n  madaires.\n   La chronique mensuelle des exhibitions d'art plastique est toujours\nchargée de mille détails. Quelle b o n n e fortune q u a n d , parmi tant d'éphé­\nmères salonnels, il s'en trouve un où rayonne u n e œuvre décisive, u n e œuvre\nfaite de pensée et de rêve, réalisée dans une perfection de b e a u t é !\n   L e s chefs-d'œuvre ont toujours été infiniment rares. C'est u n e constatation\nqui, pour être banale, n'est pas inutile.\n   L e s Musées témoignent de cette rareté pour le p a s s é ; je crois que, de nos\njours, il n'apparaît pas moins de chefs-d'œuvre qu'au bon vieux temps. Mais\non n'en peut signaler un tous les jours ni tous les ans. E t parmi cette effrénée\nproduction contemporaine, la proportion en paraît d'autant plus décevante.\nL e chef-d'œuvre n'est jamais improvisé. Il se mûrit lentement dans le cerveau\ncréateur et se concrète a loisir. Je ne crois pas en avoir vu ce mois-ci, — au\nsens indiscutable du mot, — même j ' e n suis sûr, mais j'ai remarqué des\nouvrages attestant chez leurs auteurs des talents respectables ou attrayants.\nE t je m'en tiens pour satisfait.\n                                          *\n                                         * *\n   L'ordre chronologique des ouvertures d'expositions a m è n e tout d'abord\nsous ma plume le nom de M. Louis Cambier. Les études peintes en Palestine\nsont hautement intéressantes. Elles ont u n e valeur documentaire et des\nmérites esthétiques. L'Orient qu'elles retracent n'est pas l'Orient traditionnel\ndes lumières éclatantes, — ciels de lapis, m u r s de craie, terrains brûlants,\nombres reflétant les bleus du zénith. M. Cambier a observé d'autres effets,\nu n e saison moins clémente. Il a vu des nuages épais, des vapeurs grises, des\naspects froids.\n   Consciencieusement, il a fixé sur la toile les sites immortalisés par les évan-\ngélistes. Aucun personnage ne les anime. C'est le silence, la solitude. T é m o i n s\nmuets d ' u n drame s u r h u m a i n , les choses sont restées figées dans l'horreur et\nl'épouvante. M. Cambier a ressenti leur éloquence et a su l'exprimer. Il a des\naspects de g r a n d e u r saisissante.\n    Après avoir loué cette ferveur, cette émotion, je ne chicanerai pas l'artiste\npour qaelques opacités de matière, certains noirs dépourvus d'atmosphère,\ndes exagérations de détails. Les précédents paysages de M. Cambier, observés\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "                    LES EXPOSITIONS DE DÉCEMBRE                              39\n\nen pays mosan, avaient d'analogues lourdeurs. Mais non pas cet instinct\navisé de la mise en page, cette entente des effets, ces indications rationnelles\nde la substance qui affirment des conquêtes nouvelles. M. Cambier a dépassé\nnotre attente.\n\n   Le Salon des Aquarellistes est fatalement monotone. C'est une constatation\nannuelle. Les spécialistes assidus dont il s'honore sont pleins de talent. Ils ne\nsont pas imprévus. Des participations éminentes, inédites, y sont excep­\ntionnelles.\n   Depuis quelques années, la technique des aquarellistes a prodigieusement\ndéveloppé ses moyens matériels. Les lavis habiles, en tons transparents, de\njadis, ont fait place à des peintures solides, affirmées, de dimensions impor­\ntantes et d'effets puissants. La gouache facilite des vigueurs, voire des empâ­\ntements autrefois insoupçonnés. Des inventions nouvelles de papiers et de\ncartons, l'emploi judicieux de cadres plus somptueux ont donné aux aqua­\nrelles une importance, un relief séduisants. Elles rivalisent avec les peintures\nà l'huile et les pastels, aucun domaine ne leur est inaccessible.\n   Quelques intransigeants présentent encore leurs œuvres au centre d'un\n « passe-partout » de papier immaculé et froid qu'une moulure sertit. Un peu\nmince et d'allure désuète, l'aquarelle à l'ancienne mode y sourit,fine, discrète,\nmais si écrasée par des voisines d'autre allure et d'autre portée!\n   Le catalogue, cette fois, se pare des noms de MM. les sociétaires et invités\nles plus réputés.\n   M. Stacquet se dépasse lui-même dans un Intérieur inspiré d'un petit\nmaître hollandais; M. Fernand Khnoff, quintescencie avec charme les plus\nabstraites et raffinées subtilités de dessin et de coloris ; M. Marcette réalise\ndans ses marines des variations exquises de tons délicats et obtient d'amples\neffets; M. Cassiers est toujours séduisant dans ses pittoresques coins de Hol­\nlande; M. Hagemans est habile, M. Uytterschaut aussi, M. Thémon non\nmoins; M. Alfred Delaunois est un rare artiste, éloquent à exprimer l'âme des\nchoses; Mme Gilsoul, une virtuose de la fleur éclatante; M. Amédée Lynen,\nle plus ingénieux et inventif des illustrateurs; M. Frantz Charlet, l'adroit et\nfin metteur en scène d'anecdotes familiales zélandaises ; M. Jacob Smits, le\nfruste et impressionnant commentateur d'épisodes grandioses transposés\ndans la vie des humbles; enfin, M. Constantin Meunier, pathétique, sobre,\nrudimentaire avec style, rude avec émotion.\n   Parmi les étrangers, Charles Bartlett nous revient sans s'être amoindri. Le\nPetit vacher est un morceau achevé de finesse précise, de couleur discrète,\nde technique savante. M. Gaston Latouche fut parfois mieux inspiré;\nMM. Luigini et Suréda sont intéressants, M. Hanicotte aussi. Feu Paul\nRink, Van der Waay, Gerkes et quelques Hollandais complètent ce contin­\ngent sympathique.\n                                        *\n                                      * *\n   M. Georges Buysse a débuté à un âge où beaucoup d'artistes ont déjà\n assé le public de trop fréquentes et monotones expositions d'œuvres toujours\nanalogues entre elles. M. Buysse n'a point mis les curieux dans le secret de\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3107, "texte": "40                               DURENDAL\n\n\nses études, de ses essais, de ses tâtonnements. Il ne s'est révélé qu'en posses­\nsion d'une vision personnelle, d'une technique sûre, capable de réaliser des\nœuvres mûries. Il s'est imposé de prime abord à l'attention et rangé immé­\ndiatement parmi nos meilleurs paysagistes.\n   Dans la famille artistique, il s'apparente à Claus et à Baertsoen, sans leur\nrien devoir; il recherche l'éclat frais et lumineux de la nature baignée d'atmos­\nphère, il a horreur des formules d'atelier, des recettes, des « jus » de toute la\n« cuisine » qui fait ressembler beaucoup de peintures récentes à des tableaux\nanciens patines par des séjours dans les musées. Les notations de la calme\ncampagne flamande sont justes et intenses par l'observation fervente du\ntemps, du jour, de l'heure; elles tirent leur charme indéniable des effets lumi­\nneux bien plus que du pittoresque des motifs. M. Buysse peut ainsi observer\nsuccessivement les mêmes coins de nature en des saisons diverses, à des\nheures différentes et réaliser des tableaux absolument autres entre eux. Il est\npeintre d'instinct, il équilibre des valeurs avec une finesse native, et semble\nexprimer tout ce qu'il veut avec une facilité adéquate à ses désirs. Il est déli­\ncieusement doué! Son Salon, au Cercle artistique de Gand, en achevant\nd'affirmer sa personnalité éminente, l'a classé tout à fait au premier plan. Il y\navait groupé des ouvrages du plus vif attrait...\n\n                                           *\n                                        * *\n   Mlle Aline Perrignon a formé un Salonnet modeste dans les salles de\nmusique de Mlle De Smet. Cette artiste méritante aborde résolument les tra­\nvaux décoratifs; dans l'imitation de tapisseries d'Aubusson peintes sur grosse\ntoile, elle obtient des effets excellents. Elle pourrait entreprendre avec succès\nl'ornementation de salons de style.\n\n                                      * *\n   Au Cercle artistique, les Salonnets se succèdent vertigineusement.\n   Ce furent MM. Huib-Luns, Ludwig et W. Delsaux, puis MM. Merckaert\net Melsen, ensuite MM. Hagemans et Thémon, aquarellistes, déjà MM. Cla­\nrys, Léon Huygens et Carl-F. Werlemann leur ont succédé.\n   M. Luns avait été remarqué au Salon triennal par sa curieuse Vénus fâchée\net le portrait d'une violoniste. Son dessin châtié et expressif, sa couleur\nbilieuse ont de l'originalité et de la saveur. M. Melsen a quelque chose de la\nverve d'Adrien Brouwer et de sa puissance coloriste chaude et haut montée.\nIl verse un peu dans la caricature, mais il n'est pas indifférent. MM. Merckaert\nen est encore aux heureuses promesses, Hagemans et Thémon sont en pos­\nsession de la vogue méritée par leur adresse et leur désir de plaire.\n   A la Galerie royale, le quatuor d'artistes liégeois est d'intérêt médiocre.\nOuvrages cursifs faits avec la préoccupation de la vente. Mme Mottart-Van\nMarcke a de la fraîcheur dans ses tableaux de fleurs enlevées d'une brosse\nbrutale, M. Würth quelques mérites dans des paysages agréables.\n\n                                                                        P . L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-014", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 49, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Musicale Premier concert du Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "Chronique Musicale\n\n    Premier concert du Conservatoire. — il a été u n e émou­\nvante fête d'art. On a entendu, d'abord, le quinzième p s a u m e de Marcello,\nh y m n e lumineux bien italien par son efficacité et sa puissance mélodique au\nsens élevé du mot, intéressant à mettre en parallèle avec la facture plus serrée\net architecturale de l'œuvre contemporaine de B a c h . Accompagnée tour à\ntour par M. W o t q u e n n e à l'orgue et par M . G e v a e r t au clavecin, Mlle Flament,\nadmirablement secondée par le violoncelle de M. Jacobs, a chanté le P s a u m e\nde Marcello avec l'accent simple et profond que l'on sait.\n    U n e sélection de petites pièces instrumentales de B a c h et de H a e n d e l ,\nintermède entre le P s a u m e de Marcello et l'oratorio de Bach, nous a offert\nu n régal exquis avec d'importants soli où n o u s avons savouré les si poétiques\ninterprétations de Guidé et de J a c o b s , la fine et délicate virtuosité d'Anthoni,\nla sûreté et la clarté sonore de Mahy et Dela'tte.\n    N o u s arrivons maintenant à l'œuvre adorable, à cet oratorio de Noël d o n t\nM. Gevaert a fait entendre les plus beaux fragments. L e Weihnachts-Oratorium\navait déjà été exécuté au Conservatoire. Mais il faut savoir gré à M. Gevaert\nde nous la faire réentendre, car à c h a q u e nouvelle audition, les intuitifs y\ndécouvrent de nouvelles et inépuisables beautés. Après Bach, de puissants\ngénies musicaux ont chanté avec u n e g r a n d e u r épique les orages du cœur et\nles aspirations éperdues de l ' H u m a n i l é vers u n b o n h e u r inconnu de l a T e r r e .\n N o u s avons eu Beethoven et W a g n e r . Mais après avoir entendu ces choses\n incomparables qui s'appellent la Symphonie avec chœurs, la Missa Solemnis et la\n Tétralogie wagnérienne, l'âme h u m a i n e goûte une joie encore plus profonde et\n comme une volupté sublime à se réfugier d a n s u n e œuvre telle que le\n  Weihnachts-Oratorium, à s'abreuver de paix délicieuse et d'espoir en Dieu en\n communiant à cette source e n c h a n t é e qu'est la musique de B a c h . Si B a c h est\n u n poète de la ligne, gardons-nous d'interpréter strictement cette épithète\n d a n s le sens de beauté exclusivement m a r m o r é e n n e et plastique. Admirez,\n au contraire, quel souffle sacré, quel r a y o n n e m e n t d'amour, quelle émotion\n divine parcourent l'œuvre tout entière !\n  Avec celle de Parsifal et celle des anciens maîtres italiens de polyphonie\nvocale, la musique de B a c h est la seule qu'on ne puisse entendre sans être\ntenté de se mettre à genoux. M lles H o l l a n d , F l a m e n t et Latinis, M M . H e n n e r\net Van d e n Bergh, l'orchestre du Conservatoire et, avant eux tous, leur\nvénéré chef, M. Gevaert, ont largement contribué, chacun pour leur part, à\nnous faire pénétrer dans les recoins les plus sacrés du T e m p l e merveilleux.\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "42                                  DURENDAL\n\n\n    Concert Populaire Berlioz. — Une classification transposée de\nl'art pictural dans la littérature distingue les poètes de la ligne et les poètes\nde la couleur. D a n s l'art musical, ce mode de classification est également\nsusceptible d'efficaces applications, à la condition toutefois de ne point les\nfaire d'une façon trop stricte ou étroite, car la ligne n'exclut pas essentielle­\nment la couleur, pas plus que la couleur n'exclut essentiellement la ligne.\n   Les artistes amoureux de la ligne sont ordonnés et harmonieux, cette\ndéduction va de soi et constitue presque une r e d o n d a n c e . C'est le trait\ndistinctif de l'esthétique grecque, de la tragédie racinienne, du néo-classi­\ncisme parnassien. Mais il ne découle nullement de la nature des choses que\nl'art coloriste doive nécessairement manquer d'ordre et d'harmonie. T o u t e ­\nfois, en fait, ce qui caractérisera presque toujours les artistes coloristes, ce\nsera la fougue et, partant, la liberté, l'indépendance, l'affranchissement de\ntoute n o r m e , de toute entrave. Tel est Berlioz.\n   Si l'on prétendait comparer (je me trompe, comparer est impossible), mais\nseulement rapprocher deux natures aussi dissemblables que celles de Berlioz\net de W a g n e r , l'opposition, par exemple, entre la mort de Didon et la mort\nd'Yseult, entre la scène d ' a m o u r de Tristan et la scène d'amour de Roméo suffi­\nrait pour nous instruire de l'abîme immense qui les sépare. Berlioz se ratta­\n cherait-il plutôt à Beethoven?\n   Il est u n terrain c o m m u n sur lequel on aimerait à rapprocher les trois\npoètes, ce terrain commun c'est le sentiment de la nature, ei ce r a p p r o c h e ­\nment est trop curieux et séduisant pour que nous ne nous y arrêtions pas u n\nmoment. P r e n o n s pour exemple la scène aux c h a m p s de la Symphonie fantas­\ntique, l'idylle du ruisseau de la Symphoniepastorale, les « Murmures de la F o r ê t »\nde Siegfried. D ' a b o r d , Beethoven et W a g n e r voient la nature d'un regard\nserein, Berlioz la découvre au travers d'un voile de tristesse.\n   Si nous comparons Beethoven et W a g n e r , il nous semble que l'œuvre de\nBeethoven contient plus d'humanité, tandis que celle de W a g n e r frôle de plus\nprès les régions de l'inconnaissable divin. D a n s sa méditation intitulée Am\nBache, Beethoven, pendant de longs moments, restera prêter l'oreille au can­\ntique ingénu du ruisseau qui roule, avec des sonorités de h a r p e , tout le sym­\nbole de l'existence de l'homme s'écoulant peu à peu le long des rives du temps\npour plonger ensuite dans la mer de l'Éternité.\n   E c o u t e z maintenant les « Murmures de la Forêt» de Wagner et vous aurez\ndes sensations divines au sens propre du mot. N'est-ce pas le souffle de Dieu\nqui passe et ébranle doucement le feuillage de la forêt émue? N'est-ce pas\nl'oiseau vainqueur de l'azur et de l'espace infini qui convie Siegfried aux\nrégions de la gloire, de la lumière et de l'amour? L a façon dont Berlioz sent\net voit la nature en cette belle page de la Symphonie fantastique trahit à chaque\ninstant un malaise, u n e inquiétude, u n e sorte de terreur secrète et sans Cause\ndéterminée qui est bien le caractère propre de cette époque romantique dont,\navec L a m a r t i n e , de Vigny, Delacroix, Liszt et tant d'autres, il subit pleine­\nm e n t l'influence. Ainsi l'œuvre de Berlioz se dérobe souvent masquée d'une\npénombre et ne s'illumine presque jamais de ces lueurs triomphantes dont\nresplendit celle de Beethoven et de W a g n e r .\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3756, "texte": "                                CHRONIQUE MUSICALE                                            43\n\n\n   Or, c'est bien la sérénité qui sacre de son sceau les œuvres suprêmes, non\ncette sérénité béate et banale, heureuse de tout ce que lui offre la vie (qu'on\nne voie pas ici u n e allusion à Mozart, adorable musicien, mais génie et poète\nnaturellement inférieur à Beethoven et à W a g n e r ) , mais cette sérénité qui\nsuccède aux âpres ouragans de l'existence et qui est comme l'ombre de Dieu\nqui passe après les profonds m a l h e u r s , cette sérénité venant imbiber et panser\nde ses chauds rayons les âmes qu'a labouré le frisson glacial des grandes\ndouleurs innomées, et c'est ici qu'éclate la supériorité d e Beethoven.\n   D a n s un ordre d'idées à peu près semblable, on pourrait r a p p r o c h e r le lied\nde Lekeu, intitulé Sur une Tombe, du huitième p o è m e de l'Amour d'une Femme,\net du treizième p o è m e de l'Amour du Poète de S c h u m a n n . Q u a n d S c h u m a n n\nchante la mort, cette impression de mort reste toute pénétrée d'une vie\nsecrète et latente, Lekeu ne nous en laisse voir que le masque atroce et trom­\npeur, et nous fait ressentir u n e impression de cimetière, de dissolution. P o u r\nS c h u m a n n , la mort est u n e g r a n d e et mystérieuse porte noire s'ouvrant sur\nd'éblouissants c h a m p s de lumière intarissable, pour L e k e u u n e muraille\nimpénétrable et définitive contre laquelle viennent se briser pour jamais nos\nmisérables et frêles existences.\n   Mais nous voilà loin de Berlioz et, p u i s q u e n o u s avons c o m m e n c é cet\narticle en procédant par comparaison, ce qui est peut-être un tort, nous conti­\nnuerons par dire que les symphonies de Beethoven sont de larges fresques\nimprégnées d'un sentiment u n i q u e et d o m i n a t e u r d'où une féconde sponta­\nnéité d'inspiration, Berlioz, au contraire, se trouve enchaîné par d'innom­\nbrables entraves, parce qu'il verse trop souvent d a n s la forme périlleuse du\npoème s y m p h o n i q u e qui, p r é t e n d a n t tout p e i n d r e , se perd par là même dans\nle vague et dans l'imprécision. Voici ce que n o u s disions à p r o p o s de Berlioz,\nen u n e étude p a r u e il y a quelques années d a n s Durendal :\n    « Berlioz n o u s a toujours semblé u n très noble esprit, aspirant à u n Idéal\ntrônant sur des cimes sourcilleuses, mais n e parvenant jamais à traduire\na d é q u a t e m e n t cette aspiration et cet Idéal en u n e langue suffisamment pré­\ncise, cherchant douloureusement et vainement les moyens d'expression ayant\nla vertu de faire vivre, de fixer l'œuvre d'art à la h a u t e u r sublime de son\nrêve, en sorte qu'éveillant presque toujours l'idée de quelque chose de grand,\nil se dégage de cette musique une impression qui d e m e u r e vague, approxi­\nmative, d é p o u r v u e d'efficacité et de puissance. » Ce j u g e m e n t est formulé en\ntermes p r o b a b l e m e n t trop absolus, mais l'audition du Concert Populaire n'a pas\nmodifié en ses lignes essentiellesnotre m a n i è r e de voir d'alors.\n   Il y a toutefois u n e source d'inspiration qui est particulièrement favorable\nà Berlioz, c'est le fantastique, c'est-à-dire l'ensemble des visions douces ou\nterribles suggérées de tout temps à l'imagination de l'homme essayant de\ncombler l'abîme qui le sépare de Dieu et croyant ainsi, à tort, avancer de\nquelques pas sur cette route sans fin A ce point de vue, Berlioz est un maître.\nLe scherzetlo vocal du prologue et surtout le scherzo instrumental de la Fée\ndes Songes peuvent être considérés c o m m e des chefs-d'œuvre du genre, à côté\ndes meilleures pages similaires de Mendelssohn, de César F r a n c k , de Saint-\nSaëns. Mais au-dessus de cela encore, ce qui place Berlioz parmi les plus\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "44                                    DURENDAL\n\n\nintéressantes figures musicales du siècle dernier, c'est tout le côté Gluck, le\ncôté proprement lyrique de son génie. T o u t e la fin de la symphonie de Roméo\net Juliette, depuis le cœur des Capulets : Jetez des fleurs sur la vierge expirée,\nconstitue u n e suite de pages émouvantes où éclatent tous les dons éminents\nde l'auteur d'Iphigénie, la grandeur, la gravité noble, la vérité du sentiment\nd r a m a t i q u e , la justesse de l'expression et de l'accent. N'oublions pas n o n\nplus que Berlioz fut un brillant écrivain qui sema dans ses polémiques d'art\nmaintes idées neuves et fécondes, mais fut vaincu en cette lutte par la terrible\npuissance de la médiocrité. Certainement, ni Beethoven ni W a g n e r ne furent\nm a l h e u r e u x , m é c o n n u s et bafoués de leur vivant au point où le fut Berlioz au\ncours de son orageuse existence, et le lustre de son infortune a peut-être con­\ntribué à le grandir encore.\n    L'exécution des œuvres du maître français au Populaire a été remarquable\nen tout point. U n beau souffle d'enthousiasme parcourait l'orchestre et les\nc h œ u r s . M m e Gerville-Réache a mis en toutes ses interprétations u n accent\nparticulièrement dramatique et émouvant. D a n s le rôle du P è r e L a u r e n c e , la\nbelle voix de M. Vallier a sonné avec vigueur, énergie et fierté. E t nous tenons\nsurtout à hautement féliciter M. Sylvain D u p u i s qui, au lendemain du Roi\nArthus et du travail énorme nécessité par la mise au point de cette partition,\na encore trouvé le moyen et le temps de nous donner, sous son intelligente et\nartistique direction, vraiment puissante en sa calme fermeté, ces précieuses et\n instructives auditions d'œuvres choisies de Berlioz.\n\n   S e c o n d C o n c e r t P o p u l a i r e . — L e concert débutait par l'ouver­\nture de la Fiancée vendue de Smetana et par Stenka Razine, poème s y m p h o n i q u e\nde Glazounoff, deux œuvres, l'une comme l'autre, d'un intérêt captivant, bien\nqu'inspiré par des beautés d'ordre fort opposé : l'ouverture de Smetana pri-\nmesautière, écrite d'un jet, sinon de style, du moins de coupe assez mendels-\nsohnienne, irrésistible de fougue et de verve, avec ses ravissants babillages\ndessinés par les violons jaseurs ; le poème de Glazounoff, d'orchestration plus\nraffinée et chatoyante, translucide néanmoins en son apparente complexité,\net qui, tant par la richesse de la substance h a r m o n i q u e et mélodique que par\nl'intérêt des développements, la grâce et la poésie des épisodes présentés,\npeut être mise de pair avec les meilleures productions similaires de\nStrauss et de S w e n d s e n . L a compréhension en aurait été plus complète\net plus parfaite après lecture du poème, guide et inspirateur de l'illustration\nmusicale.\n    L e concerto de Mendelssohn pour violon a été souvent entendu et réen­\nt e n d u à Bruxelles. N o u s ne sommes point de ceux qui se plaisent à rabaisser\nMendelssohn et reconnaissons en lui un maître. N e cherchez pas, assurément,\nen ce concerto l'envolée puissante et les profondes significations. Vous vous\nefforceriez vainement de les y découvrir. L e Concerto de Mendelssohn p o u r\nviolon, c'est la fleur du romantisme dans tout ce que cette conception spéciale\nde l'art comporte de sincérité et d'émotion vraie, et en tant que débarrassée\nd e l à grandiloquence et de la boursouflure qui la déparent trop souvent. C'est\nle romantisme de L a m a r t i n e , de Musset, des Voix Intérieures ou des Odes et\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                   45\n\nBallades, non celui qui caractérise les drames de Hugo ou les romanciers à\nsuccès retentissant de la monarchie de Juillet. Mendelssohn est un frère, mais\nun tout petit frère de Chopin. Nous ne connaissons rien de plus suave que\nla cantilène (second mouvement du concerto), si ce n'est cependant la façon\nsupérieure dont Kreisler l'a rendu. Kreisler joue avec simplicité et émotion\n(deux dons bien précieux et bien rares chez nos virtuoses actuels), et, chose\nnon moins rare et non moins précieuse, le parfait virtuose qui est en lui ne\nfait aucun tort à l'artiste. Impossible, en effet, de dessiner plus clairement, de\nmieux perler les traits de violon, et impossible, d'autre part, de mieux faire\nsentir la portée émotionnelle de la phrase mélodieuse. Aurions-nous tort de\ndire que ce jeu si pur, si pondéré, si classique, nous a semblé parfois assez\nmou, en regard des interprétations vibrantes, enflammées et pathétiques du\nmaître Ysaye? Mais c'est là une impression et non de la critique, qui ne\ndevrait jamais procéder par comparaison. Le Choral varié pour saxophone\navec accompagnement d'orchestre de Vincent d'Indy (félicitons le soliste,\nM. Kuhn), est une œuvre de forme assez complexe et savamment édifiée,\ndont nous n'avons point pénétré l'esprit et la portée esthétique, vis-à-vis de\nlaquelle nous suspendons, en conséquence, notre jugement, car, en présence\nd'une personnalité artistique aussi haute et intéressante que l'est celle de\nVincent d'Indy, il serait téméraire de prétendre caractériser et qualifier une\nœuvre que l'on n'a pas comprise. Quant aux variations de Paganini, il serait\nplus décent de n'en point parler ici, car ces incongruités ne relèvent aucune­\nment de l'art et leur examen serait bien mieux à sa place dans une revue de\npathologie. Si nous les mentionnons toutefois, c'est qu'un artiste comme\n Kreisler a jugé opportun de nous les imposer, et c'est, qu'en outre, elles ont\nété saluées d'une ovation tonitruante, qui jette un jour assez inquiétant sur\nles capacités artistiques du public bruxellois, réputé si intelligent. Heureuse­\n ment que des fragments du Crépuscule des Dieux sont venus apporter un adou­\ncissement précieux, mais nécessaire et bien mérité, aux longues et cruelles\nsouffrances que nous a infligées ce pauvre funambule de la chanterelle appelé\n Paganini, bien plus digne de figurer dans une galerie des clowns célèbres\n que dans les annales sacrées de l'art, où ce nom s'est fourvoyé on ne sait\n vraiment à quel titre.\n   Rendons hommage, en finissant, à la direction si intelligente, si nuancée\net vécue de notre jeune capellmeister Rasse, remplaçant Sylvain Dupuis indis­\nposé, et qui, sans nul doute, a été l'agent essentiel de la belle interprétation\ndes œuvres exécutées.\n\n   A u C e r c l e a r t i s t i q u e . — Le Cercle artistique nous a conviés, pen­\ndant le mois de décembre, à des soirées d'un intérêt exceptionnel. S. A. R.\nMadame la comtesse de Flandre avait daigné rehausser de son auguste pré­\nsence la séance GAY-PUGNO.\n   Mme Gay est une artiste qui a la juste compréhension des œuvres qu'elle\ninterprète, sa voix a de l'accent et possède un grand fonds de richesses expres­\nsives. Son programme était composé de pièces de chant glanées avec soin\ndans la littérature musicale des deux derniers siècles. Nous avons surtout\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3661, "texte": " 46                                      DURENDAL\n\n\n  goûté son interprétation de l'admirable cantique de Beethoven : Dieu loué par\n  la Nature, du non moins admirable air d'Armide de Haendel et, dans la seconde\n  partie, des Berceaux de F a u r é et de l'Erlkönig de S c h u b e r t . M m e Gay était accom­\n  pagnée p a r le pianiste R a o u l P u g n o , dont nous avons résumé, en la der­\n  nière livraison de Durendal, les qualités éminentes. Il a d o n n é là un bel et\n  précieux exemple à suivre par messieurs les lions du clavier, généralement\n  aussi prétentieux qu'est longue leur crinière, et qui considèrent l'accompagne­\n  ment d'un interprète du chant comme trop en dessous de leurs talents trans­\n  cendants. L'art de l'accompagnateur est un des plus difficiles et des plus déli­\n  cats qui existent, c'est la vraie pierre de touche des dons compréhensifs et\n  interprétatifs de l'artiste pianiste.\n     L e maître P u g n o a joué le Concerto italien de Bach avec une clarté souve­\n  raine et une incomparable plasticité, faisant ressortir ce côté architectural\n  que dans l'œuvre de Jean Sébastien il importe surtout de mettre en relief.\n  P u i s il a dit le Soir de S c h u m a n n de la façon la plus pénétrante, et d a n s\n  Grillen, Ende vom Lied, il a eu de féeriques subtilités de doigts bien en har­\n  monie avec le caractère fantastique de ces poèmes.\n     Il en coûte à la critique d'apporter des restrictions à l'éloge par rapport à\n u n artiste aussi sincère et original que P u g n o . Cette considération n e saurait\n cependant l'arrêter, le degré de sincérité de la critique constituant véritable­\n ment l'étiage d'après lequel se doit mesurer la valeur des éloges qu'elle dis­\n tribue. Sous le titre assez trompeur et énigmatique de Scherzos, toutes les\n pièces de Chopin qui portent ce n o m sont, a u m ê m e titre que les autres p r o ­\n ductions du maître, des cris jaillis du plus profond de son âme impétueuse,\n des œuvres aux aspects byroniens, débordantes de vie et de passion, que par­\n sèment les éclairs d'une ironie grave et douloureuse, en un mot des poèmes\n qui doivent être vécus, et c'est en altérer le sens poétique, n'en laisser subsister\n que la scintillante écorce que de leur donner u n e allure ultra-rapide c o m m e\n celle que leur imprime le grand pianiste français, l'oreille de l'auditeur ne\n percevant plus ainsi en ces traits enlevés de maîtresse façon qu'une cascade\n éblouissante d'arabesques s'évanouissant comme u n songe dans la magie d'un\n kaléidoscope.\n    L'interprétation de la Berceuse soulève de plus graves objections. L e d o g m e\n de l'absolue liberté d'interprétation de Chopin semble revêtir quelque a p p a ­\nrence de légitimité chez des pianistes de la trempe de P u g n o en pleine pos­\n session de leur individualité. C e p e n d a n t , la valeur de ce prétendu axiome\n artistique tend heureusement à se discréditer de jour en jour. E n tout cas,\nl'esprit du poème ne peut, sous a u c u n prétexte, être s u b o r d o n n é et sacrifié\nà la préoccupation du trait. L e trait chez P u g n o se pare de souplesses et de\nsonorités exquises. D'accord. Mais que peuvent figuier ces traits en pianissimo\nde la Berceuse, sinon les rêveries enchantées d'une mère auprès du berceau de\nson enfant, l'épanouissement de son b o n h e u r d a n s les roses visions de l'ave­\nnir? L'essence d e la Berceuse, c'est le calme et la sérénité. « Q u e la m a i n\ngauche, disait Chopin, soit votre maitre de chapelle. » Ce conseil trouva-t-il\njamais plus juste application qu'ici? L'accompagnement de la Berceuse doit\nse dessiner à la basse estompé dans le rêve, en conservant toujours le mouve-\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3655, "texte": "                              CHRONIQUE MUSICALE                                         47\n\nment initial, sans aucune accélération ni ralentissement, sans aucune de ces\ncapricieuses oscillations de r y t h m e qui, suivant le mot h e u r e u x de Brassin,\npourraient éveiller l'enfant. Telle était aussi l'interprétation de Rubinstein, le\nplus compréhensif et le plus puissant des pianistes.\n   P a s s o n s m a i n t e n a n t à la soirée SCHOERG-KLEEBERG. Rarement avons-nous\nassisté à soirée musicale plus exquise, plus fertile en profondes et complètes\njouissances d'art. Au p r o g r a m m e , trois choses merveilleuses : D'abord, le\nQuintette en fa mineur de B r a h m s , œuvre noble, s'il en fut j a m a i s , aussi riche\nd'idées que pure et ferme de style, et que caractérise surtout la passion con­\ntenue, l'austérité de la ligne et u n e certaine gravité cornélienne ayant sa plus\néloquente expression dans l'étonnant F i n a l e . P u i s , le Quatuor en sol majeur de\nMozart, tout paré de grâce ailée et fleurie, i n o n d a n t de ses ruisseaux de miel\nl'âme h e u r e u s e . Enfin, l'incomparable Quintette en mi bémol de S c h u m a n n , avec\nses a m o u r e u x élans de tendresse infinie, ses ruissellements dorés de vie lumi­\nneuse, traduisant l'essor d'une âme qui secoue le voile d o n t elle s'est un\nmoment endeuillée pour p l a n e r sans entraves sur des hauteurs ensoleillées,\ngrisée de printemps, de lumière et de jeunesse. L e quatuor Schoerg réunit\nau suprême degré les qualités requises p o u r la g r a n d e interprétation de la\nmusique de c h a m b r e , plénitude et ampleur de la sonorité, finesse et fondu\n des n u a n c e s , précision et vigueur du r y t h m e , et surtout cette parfaite concor­\n dance de compréhension, cette intime c o m m u n i o n d'art, qui semble faire\njaillir comme d'une â m e unique l'interprétation de l'œuvre. U n e b o n n e p a r t\n de notre reconnaissance pour ces pures jouissances d'art doit aller à\n M m e Kleeberg-Samuel, cette gracieuse, intelligente et modeste artiste, qu'on\n souhaiterait entendre plus fréquemment à Bruxelles.\n\n   Concert Richter. — Riclue r est venu diriger, à Bruxelles, un\nconcert dont le produit était destiné à l'œuvre de l'Avenir Artistique, œuvre\néminemment sympathique, sous le haut patronage de S. A. R . M m e la com­\ntesse de F l a n d r e , qui honorait la solennité de son auguste présence. Le pro­\ngramme était le suivant : Harold eu Italie de Berlioz, la Suite en ré de Bach, la\nSymphonie héroïque de Beethoven, l'ouverture des Maîtres Chanteurs de W a g n e r .\nNous venons de dire, en u n article spécial, notre sentiment sur Berlioz. C'est\nsans doute une pensée on ne peut plus louable d'avoir ainsi fêté le centième\nanniversaire de ce vaillant, mais il ne faudrait pas c e p e n d a n t exposer son\nœuvre a u discrédit en s'efforçant vainement de l'exhausser d a n s des voisinages\ntrop redoutables et trop écrasants. L a s y m p h o n i e descriptive, Harold en Italie,\noù nous avons surtout a d m i r é le jeu pur et expressif de Van H o u t , a paru\nbien pâle, bien frêle et bien diffuse à côté de ces vigoureuses et colossales\ncréations qui s'appellent : la Suite en ré, la Symphonie héroïque, l'ouverture des\nMaures Chanteurs.\n   La prodigieuse clarté d'exposé, unie à l'implacable fermeté de rythme et au\nsens le plus j u s t e et le plus exquis des nuances, nous semble la triple carac­\ntéristique fondamentale de cette interprétation de Richter, à coup sûr la plus\nparfaite, sinon la plus saisissante qui existe, celle qui justifie le mieux celte\n définition que la véritable interprétation d'une œuvre d'art en est comme u n e\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "48                                     DURENDAL\n\n\n\nseconde création. La Symphonie héroïque, l'ouverture des Maures Chanteurs ont\napparu à leur véritable place, c'est-à-dire comme deux des plus hautes et des\nplus puissantes expressions de la Beauté absolue dans l'art : réunissant, en\neffet, l'une comme l'autre ces deux éléments essentiels que reflètent les\nœuvres éternelles, d'abord la continuité de l'inspiration, de ce souffle du ciel\nd'où jaillissent les h y m n e s ardents q u ' e n t o n n e n t sur la lyre de Dieu ces deux\nBardes-Titans, Beethoven et W a g n e r , et en second lieu la force et l'unité de\nconception, cette puissance consciente et synthétique de coordination et de\ncondensation harmonieuse qui est comme le moule où l'inspiration doit venir\nse fixer pour être véritablement et complètement efficace.\n   Après le grand capellmeister allemand, félicitons notre orchestre si bien p r é ­\nparé par ses chefs et dont la cohésion superbe et la rare souplesse de nuances\nont été en cette occasion si remarquées et si justement a d m i r é e s .\n\n                                                              GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n   Concert deMllesE. Delhez et A. Mollander. — La soirée\nmusicale donnée, le 22 décembre, en la salle E r a r d , par les demoiselles\nE . Delhez et A. Mollander, avait attiré beaucoup de m o n d e , un m o n d e choisi.\nL e s deux partenaires ont obtenu un succès franc et légitime. Mlle Delhez,\nu n e cantatrice bruxelloise, retour d'Amérique, — ce qui ne gâte rien — est\nu n e artiste très connue parmi n o u s . Elle est très en progrès au point de\nvue du style, de la diction et de la m é t h o d e . S o n mezzo soprano au timbre\nclair, cristallin, porte et fait plaisir sans le vibrato cher aux gosiers fatigués.\nM l l e Delhez nous a chanté avec charme des mélodies de W a g n e r , de\nStrauss, de Grieg, de F a u r é , de D u p a r c , de Chabrier, de A. De Greef, de\nH u b e r t i , de Gilson, de L . Wallner, de Peterson Berger. C o m m e on voit, ce\nfut un p r o g r a m m e en quelque sorte international et bien choisi.\n    M lle Mollander est une élève d'Arthur D e Greef; elle lui fut r e c o m m a n d é e\npar E d . Grieg, le c h a r m a n t maître norwégien, car Mlle Mollander est sa\ncompatriote. Hâtons-nous de dire qu'elle fait h o n n e u r à son maître, l'éminent\nprofesseur de notre Conservatoire. C'était p o u r ainsi dire son tnaiden speech, et\nce speech musical était de nature à bien augurer de son avenir artistique. U n\ntoucher ferme et sain, u n e expression sobre et sans miévrerie, de la tenue ici,\nde l'entrain là, n o t a m m e n t d a n s la valse de Chopin (en la bémol, o p . 34, n°1),\ntoutes ces qualités unies à u n e jeunesse florissante lui ont valu applaudisse­\nments et rappels. N o u s espérons rencontrer souvent son n o m dans l'avenir\net lui souhaitons b o n n e c h a n c e .\n   Jolie soirée, d'une durée raisonnable, n ' e n g e n d r a n t pas la fatigue.\n\n   Les Chanteurs de Saint-Boniface. — A l'église Saint-Boniface,\nles offices d e Noël ont revêtu, cette a n n é e , u n attrait tout particulier. L e\nmatin, on a chanté la messe Exultate Deo, pour quatre voix et orgue de Stehle.\nAu salut de 4 heures, l'artistique phalange que dirige M. Carpay a fait\nentendre des motets d'Orlando di Lasso, Piel, Grazio Vechi et le Benedictus\nde la célèbre messe du p a p e Marcel, réputée le chef-d'œuvre de P a l e s t r i n a .\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "                         CHRONIQUE MUSICALE                                 49\n\nM. De Boeck a interprété en maître des œuvres de Bach, Haendel, Widor et\nGuilmant. Il est du devoir de Durendal de rendre hommage à de si nobles et\nsi efficaces initiatives. S. A. R. Madame la comtesse de Flandre, soucieuse\nde marquer la sympathie qu'elle porte à ces belles manifestations\nd'art et de foi, avait tenu à rehausser la solennité de sa présence.\n\n  Concert de M M . J a u d o i n et G. S a d l e r . — A signaler le con­\ncert donné, le 28 décembre, à la salle Erard, par M. Gabriel Jaudoin, pia­\nniste, premier prix du Conservatoire de Paris, et M. Georges Sadler,\nvioloniste.\n  M. Jaudoin est un tempérament; il a déployé beaucoup de puissance et de\nsolides qualités de technique dans l'exéciition de différentes œuvres. Citons,\nnotamment, deux pièces capitales de la littérature musicale, la Toccata et fugue\nde Bach-Tausig, et les Etudes symphoniques de Schumann, celle-là présentée,\nnéanmoins, avec trop de précipitation, celles-ci avec trop d'extériorité.\nM. Sadler a été particulièrement heureux dans la Sonate (piano et violon) de\nC. Franck, jouée avec une verve enflammée et entraînante, où il a fait\npreuve aussi d'un sentiment sincère et profond, d'un sens intelligent de la\ncoloration, qualités essentielles qui, lorsqu'elles sont développées et mûries,\nconstituent la caractéristique des maîtres du violon.\n                                                                       D. L.\n\nM é l o d i e . — Poésie et musique de GUILLAUME LEKEU. Œuvre posthume.—\n   (Liége, Muraille, éditeur.)\n   Cette œuvre ne nous apprend rien de nouveau sur l'esthétique du jeune\nmaître verviétois moissonné dans sa fleur, esthétique que nous avons qualifié\ndans cette livraison même de Durendal en une réflexion subsidiaire à propos\nde Berlioz, conception d'art très sincère et personnelle, et à ce titre intéres­\nsante, mais dérivant d'un impressionnisme maladif et désemparé, qui symbo­\nlise l'existence humaine en un désert aride et glacé n'ayant d'autre frontière\nque le néant.\n                                                                    G. 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VAN DEN\nGHEYN sur l'Apogée de l'art de la miniature dans les Pays-Bas durant la période bour-\nguignonne.\n\n    La période d'art, dont le savant conservateur des manuscrits de la Biblio­\nthèque royale a entretenu son auditoire, est comprise, à peu près tout entière,\ndans le XVe siècle. Nos provinces connurent alors, sous l'égide des puissants\nducs de Bourgogne, et plus particulièrement de Philippe le Bon, une pros­\npérité et une grandeur merveilleuses, la cohésion territoriale et l'hégémonie\npolitique qui, malheureusement, fuient abattues dans les champs de Nancy,\nen même temps que l'orgueilleux et obstiné Charles le Téméraire. Mais, sans\ndoute, le caractère de ce prince accéléra-til seulement la chute d'une domi­\nnation dont l'éclat et la menaçante prépondérance ne pouvaient pas ne point\ndéterminer la France à conjurer la ruine ?\n    Dans l'efflorescence de toutes les énergies vives du pays, l'art, hésitant\nencore et tâtonnant du XIVe siècle, prit conscience de lui-même et, presque\nsans transition appréciable, sans que l'on puisse clairement marquer les étapes\naccélérées qu'il a parcourues, il révéla la perfection technique et expressive\ndont les œuvres innombrables, apparues depuis, n'ont pas diminué l'étonne­\n ment. On sait le miracle des Van Eyck...\n    La miniature avait précédé, à la cour de France comme à celle de Bour­\n gogne, mais de bien peu à ce qu'il semble, au moins pour les œuvres réelle­\n ment caractérisées. Dans l'abondance des doutes et des questions irrésolues\n que soulève l'examen des manuscrits qui subsistent, il serait assez difficile,\n pensons-nous, d'affirmer péremptoirement que la peinture a procédé de la\n miniature alors que l'on pourrait croire également que l'art majeur, la pein­\n ture, et le mineur, la miniature, ont progressé à peu près parallèlement\n jusqu'au moment où le second a été délaissé par les artistes les plus doués,\n à cause de son importance inférieure, encore amoindrie par la diffusion de\n l'imprimerie.\n     L'on a cru reconnaître la main de Roger Van der Weyden ou celle de\n Jean Van Eyck dans certaines miniatures particulièrement remarquables;\n mais, ce n'est que par exception que le nom d'un peintre attitré se rencontre\n au nombre des miniaturistes. Il est vrai que les pièces d'archives dont les\n r\n   enseignements permettraient d'identifier la personnalité des auteurs de\n  'ravaux, la plupart du temps non signés, sont rares.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "                       LES CONFÉRENCES DU MOIS                                5l\n\n    Les découvertes dues aux études persévérantes des comtes de Laborde\n et Durrieu, de MM. James Weale et Joseph Destrée ont fait la lumière pour­\ntant sur un grand nombre de points controversés.\n    Dans sa conférence très nourrie et documentée, et dont il a illustré les\nexposés à l'aide de projections fort bien choisies, le R. P . Van den Gheyn a cité\nles publications de ces érudits et rendu hommage à leurs contributions nota­\nbles à l'histoire de la miniature : chacun ajoutait mentalement le nom du con­\nférencier lui-même à cette énumération, en jouissant du plaisir d'entendre sa\nparole diserte et les commentaires pleins de sens critique et du sentiment vif\net délicat de l'art dont il accompagnait l'évocation des principaux miniatu­\nristes du XVe siècle : Van der Moere, de Gand; Jaequemart Pilaveine, expert\nsurtout dans la représentation des batailles; Jean leTavernier, d'Audenarde, qui\nexcellait dans les miniatures en camaïeu; Simon Marmion, de Valenciennes,\npeintre également, et que le pompeux Jean Le Maire de Belges qualifie de\n« prince d'enluminure », et Alexandre Bening, dont le coloris fin et blond\nfait songer à Metsys; puis Loyset Liédet, qui exécuta plus de quatre cents\nminiatures sur les sujets les plus variés; Guillaume Vrelant, dont Memling\nnous conserva la physionomie et, enfin, Philippe de Mazerolles, enlumineur\nde Charles le Téméraire, qui serait le plus éminent de ces artistes si l'on pou­\nvait se montrer plus affirmalif sur l'attribution des ouvrages où l'on croit\nreconnaître sa manière.\n   Le public nombreux et choisi des Cours d'art a écouté avec le plus grand\nintérêt et chaleureusement applaudi la conférence remplie de charme et de\nprécision du R. P . Van den Gheyn.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n   Conférence de M. Fierens-Gevaert                        sur    Gluck. —\nAu cours d'art et d'archéologie, belle conférence synthétique et condensée\n de M. Fierens-Gevaert sur Gluck et son œuvre. Il a énoncé, dès l'aboid, le\nbut de sa causerie : nous montrer la sûreté, la continuité du développement\ndu génie de Gluck en même temps que la profonde harmonie morale de son\nexistence. Après nous avoir raconté l'enfance de Gluck vagabondant dans les\nbois surveillés par son père, qui était garde forestier, et parcourant les\nvillages de la Bohême le violon sous le bras, M. Fierens-Gevaert signale\nl'arrivée de Gluck à Paris comme une date mémorable dans son existence.\n Les opéras de Rameau, l'émule de Jean Sébastien, apparaissent au jeune\nGluck des types accomplis de déclamation pathétique. Il cherchera désor­\nmais à amplifier encore l'œuvre de Rameau. De 47 à 55 ans, Gluck écrit\nOrphée, symbolique incarnation du pouvoir de la musique inspirée à la fois\nde la muse virgilienne et de la muse dantesque; Alceste accentuant encore la\nréforme; Pâris et Hélène, aboutissement de sa manière italienne et premier\naboutissement de sa manière définitive. A 60 ans et malgré les entraves d'une\nsanté précaire, il s'obstine sur le douloureux chemin de la beauté et donne sa\npremière tragédie musicale française, Iphigénie en Aulide, accueillie par un\nsuccès unanime. A propos de la querelle des Gluckistes et des Piccinistes,\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "52                               DURENDAL\n\n\nM. Fierens-Gevaert fait justement remarquer les excès où versèrent les deux\npartis en présence, les Gluckistes raillant les logogriphes de Rameau ou les\npsalmodies de Lulli, les Piccinistes reprochant à Gluck le cosmopolitisme (!)\nde son art. A 63 ans, Gluck donne son quatrième chef-d'œuvre, Armide,\npartition enchanteresse que caractérise la puissante et profonde humanité du\npersonnage principal.\n   Puis Gluck prend Paris en horreur, regagne Vienne et là, une adaptation\nfaite par Guillard d'un poème de Guimond de la Touche, d'après la tragédie\nd'Euripide, lui offre le plus beau livret qu'il ait eu à mettre en musique, le\nlivret à'Iphigénie en Tauride.\n   Iphigénie en Tauride consacra la gloire de Gluck. Jamais chef-d'œuvre ne fut\nplus spontanément compris et admiré. Gluck reproduisait dans les chœurs les\nrythmes d'Euripide, il retrouvait en son instinct les ressources des poètes\nmusiciens de la Grèce.\n   Ce qui résume la carrière de Gluck, conclut M. Fierens-Gevaert, c'est\nl'unité de sa vie et de son œuvre, l'énergie tenace avec laquelle il s'est conti­\nnuellement surpassé. A chaque victoire il éprouvait le désir de faire mieux.\nIl a suscité autour de lui des amitiés fanatiques et d'admirables coopé­\nrations. Gluck fut une volonté, ce que le philosophe Nietzche appelle un\n Ubermensch.\n   Cette belle conférence fut suivie d'une audition d'œuvres de Gluck, à\nlaquelle Mlle Flament, M. Demest et M. Seguin avaient bien voulu prêter\nleur précieux et artistique concours, mis encore en lumière par les si fins\naccompagnements de M. Georges Systermans.\n                                                                   G. DE G.\n\n\n\n     Conférence de M. Charles Buls au Cercle artistique. —\n« L a C o r s e ». — Les récits de voyage ont un charme toujours vivace.\nIllustrés de projections photographiques, ils réalisent un type de causerie\ngoûtée par les auditeurs les plus disparates. Chez ceux qui n'ont pas visité les\ncontrées commentées par le conférencier, un intérêt latent — et comme en\npuissance d'une possibilité de les parcourir à leur tour — fait naître une\nattention très éveillée. Chez ceux, moins nombreux, ayant exploré déjà ces\npays, la joie du souvenir et la fierté d'y avoir été excitent une sympathie com­\npréhensible.\n   Les souvenirs sont la meilleure partie des voyages. M. Buls se plaît à les\névoquer; il est accoutumé de bénéficier d'une curiosité sympathique lorsqu'il\nretrace en public les épisodes de ses fréquentes promenades mondiales.\n   On connaît sa manière nette de développer le plan de ses conférences.\nIl débute par l'explication d'une carte géographique, insistant sur la configu­\nration physique des légions qu'il se propose de décrire. Il jette ainsi les bases\nd'un système d'itinéraire et retrace ensuite, successivement, les divers sites\nqui lui ont paru marquants, avec les variantes obligées d'épisodes et d'anec­\ndotes caractéristiques.\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1192, "texte": "                      LES CONFÉRENCES DU MOIS                               53\n\n   La Corse, pour n'être point lointaine et difficilement accessible, reste\ncependant à l'écart des routes du tourisme international. Comme toutes les\nîles, elle s'enveloppe d'un prestige et se pare d'une séduction un peu mysté­\nrieuse. La Sicile, Malte, Corfou, Majorque, ne sont-elles pas plus attirantes\nque l'Italie, l'Espagne ou la Grèce, qu'elles résument en quelque sorte?\n   La Corse, peu commode au voyageur soucieux de ses aises, ami des hôtels\nconfortables, des routes entretenues et des promenades préparées, lui offre la\nsauvage beauté de ses côtes, la rudesse de ses forêts et de ses maquis.\nM. Buls nous a fait voir des villes, des villages, des aspects de nature. Il a\nfait défiler sous nos yeux des types d'insulaires et nous a dépeint leur carac­\ntère à la fois apathique et violent.\n   Un tableau piquant de mœurs électorales, une histoire bien narrée de bri­\ngand retraité, ont amusé l'auditoire, qui s'est retiré en rêvant d'hivernages\nensoleillés à Ajaccio et d'excursions printanières dans les forêts odorantes.\n\n                                                                      P. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-016", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 54, "page_fin": 62, "titre_corps": "Livres et Revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES Le Chiese di Firenze", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\n\nL e Chiese di F i r e n z e del secolo IV al secolo XX, par\n  ARNALDO COCCHI. — Vol. I : Quartier e di S. Giovanni; un vol. in-4° illustré.\n  — (Firenze, Stabilimento Pellas; Cocchi e Chiti, success.)\n\nD e g l i a n t i c h i r e l i q u i a r i di S . M a r i a d e l F i o r e e d i S . G i o -\n  v a n n i d i F i r e n z e , seconda édiz. ; un vol. in-4° illustré. — (Firenze,\n  mêmes éditeurs.)\n\n   Toute l'histoire de Florence est écrite dans ses édifices religieux, et il n'est\npeut être pas un moment marquant de ses destinées politiques, pas une des\ngloires de sa pensée ou de son art dont on ne puisse y retrouver la trace.\nC'est que le culte était associé étroitement à toute l'activité de la cité et que\nc'était à lui que l'on recourait d'instinct et tout d'abord aux heures de joie et\nd'exaltation comme à celles de désastre ou de péril.\n   La République mettait son honneur à ne se laisser dépasser par aucune\ncité rivale dans la splendeur et l'abondance de ses églises, de ses monastères\net de ses établissements charitables et hospitaliers; et elle trouvait toujours\nparmi ses citoyens les grands artistes propres à réaliser, avec majesté, les\ndesseins magnifiques de sa dévotion. Et, imitant l'exemple des pouvoirs\npublics, les grandes familles florentines, les corporations, les arts majeurs et\nmineurs consacraient des sommes considérables à l'érection de monuments\npieux, funéraires ou commémoratifs, à l'ornementation de chapelles dont les\nautels, les reliquaires et les fresques perpétuent de nos jours le souvenir\nadmirable de la Foi, de la volonté d'art et de l'intelligente munificence des\n siècles les plus illustres de la Cité de la fleur.\n    Le XVIe siècle et les suivants virent disparaître, soit lors du siège de\n Florence, par les Espagnols, en 1530, soit grâce à la furie de nouveauté ou,\n plutôt, d'imitation de l'antiquité qui signala la seconde Renaissance, un\n grand nombre des églises et des sanctuaires de Florence, et là comme chez\n nous, on essaya de toutes les façons de défigurer et d'enjoliver les édifices\n « barbares et gothiques » que l'on voulut bien épargner : on noya, par exem­\n ple, sous le badigeon les plus beaux titres de gloire de l'art florentin, les\n fresques de Giotto et de ses disciples, à S. Croce; celles d'Orcagna et de\n Ghirlandaio, à S. Maria Novella, et notre temps, plus respectueux de la\n pensée des ancêtres, ou plus curieux, n'est pas parvenu encore à restituer\n toutes les œuvres des vieux maîtres dont l'existence est certifiée par des docu-\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                55\n\nments. Il est vrai que, trop souvent, elles ne sont débarrassées du crépi des\nvandales classiques, ne sont tirées des ténèbres que pour reparaître au jour\nsous le travestissement de trop soigneuses restaurations!...\n   M. Arnaldo Cocchi a entrepris de dresser l'inventaire des églises de Flo­\nrence et de leurs richesses; mais un inventaire attrayant et animé, qui\nconstitue pour chacun des monuments qu'il passe en revue, un précis histo­\nrique et artistique complet et substantiel, où rien n'est négligé ou laissé dans\nl'ombre. Le premier volume, orné de belles reproductions de tableaux et de\nminiatures rares, est consacré au quartier du Baptistère (S. Giovanni); il sera\ncomplété par quatre volumes qui traiteront, le deuxième, des églises situées\ndans le quartier de S. Maria Novella; le troisième, de celles du quartier de\nS. Croce; le quatrième, de celles d'Oltrarno (S. Spirito) et de celles, aujour­\nd'hui détruites, qui s'élevaient sur les ponts du fleuve; le cinquième, enfin,\ns'occupera des églises suburbaines.\n   C'est un grand et précieux travail de science et de brillante érudition que\nl'auteur a entrepris; mais il suffit de lire les notices, remplies de goût et d'un\nsens critique excellent, de ce volume, et, particulièrement, les pages où il est\nparlé de S. Maria del Fiore, d'Or S. Michele et de S. Lorenzo pour se con­\nvaincre qu'il mènera à bonne fin cette oeuvre difficile et méritoire. Nous\naurons occasion d'en reparler à nos lecteurs.\n\n\nIl D u o m o d i S a n G i o v a n n i , par A.NARDINI DESPOTTI MOSPIGNOTTI.\n  Un vol. in-4 0 illustré. — (Firenze, Fratelli Alinari.)\n   Le Dante parle, quelque part, de sa patrie, en la nommant: « . . . la città\nche nel Battista — Cangiè 'l primo padrone... » Ce premier patron avait été, à\nl'époque de sa fondation, le dieu Mars, et on aurait pu inférer des paroles du\npoète, de même que de la tradition recueillie par le chroniqueur Villani, que\nle Baptistère de Saint-Jean-Baptiste avait abrité, tour à tour, le culte du dieu\nromain et celui du Précurseur.\n   Cette hypothèse semblait confirmée par l'examen du monument lui-même,\nconçu sur le plan du Panthéon, et dont la structure, les profils et un grand\nnombre de détails ornementaux appartiennent au plus pur style classique.\nCependant, d'autre part, l'édifice porte, dans sa décoration extérieure, les\ntraces de trois styles, classique, roman et ogival, et l'on sait ou l'on présume\nqu'il a subi des remaniements importants postérieurement à sa construction,\npuisque, à l'origine, avant l'édification de S. Reparata, Florence n'avait pas\nd'autre église cathédrale.\n   En somme, la question, capitale pour l'histoire de l'architecture chrétienne,\nde l'époque de l'érection du Baptistère de Florence, restait controversable —\nles uns, s'obstinaient à tenir cette délicieuse construction pour un temple\nantique, dont la divinité païenne, élégante et policée, aurait été expropriée\npar le rude et ascétique annonciateur de la Rédemption; les autres, préten­\ndaient y découvrir la preuve d'une première Renaissance classique, qui se\nserait produite, en Italie, avant la diffusion de l'architecture ogivale importée\ndu Nord.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "56                                DURENDAL\n\n\n   Le magnifique travail de M. Despotti Mospignotti réduit ces conjectures\nà néant : il constitue une étude complète, analytique, conduite avec une\nméthode et une sûreté impeccable, du Baptistère; c'est un véritable modèle\nde critique objective et sagace, aboutissant à des conclusions d'une netteté et\nd'une logique indiscutables.\n    L'auteur a, naturellement, cherché à établir la chronologie des monu­\nments, analogues de style et d'inspiration, qui subsistent dans la Péninsule,\net notamment en Toscane, et l'examen minutieux et comparé auquel il a\nsoumis, par exemple, la Badia de Fiesole et S. Miniato al Monte, lui ont\nfourni de nouvelles preuves de l'antériorité du Dôme de S. Giovanni.\n   En somme, M. Despotti Mospignotti considère celui-ci comme une con­\nstruction des premiers siècles du christianisme, élevée entre les dernières\nannées du IVe et les premières du ve siècle, et dont la décoration de marbres\npolychromes, tant intérieure qu'extérieure, appartient à la conception origi­\nnelle. Lorsque, vers le milieu du xi e siècle, le Dôme de Saint-Jean céda son\ntitre d'église cathédrale à S. Reparata et fut transformé en Baptistère, son\nancienne abside circulaire fit place à la tribune actuelle et il reçut les fonts\nbaptismaux qui s'y voient à présent. C'est à raison de ces modifications que,\nle 6 novembre 1059, le pape Nicolas II sanctifia l'église d'une nouvelle con­\nsécration, dont on célèbre encore l'anniversaire de nos jours.\n    Il est rare qu'en matière d'archéologie on puisse parler d'oeuvre « défini­\ntive », et il faut généralement accepter les conclusions des spécialistes en cette\nscience, sous réserve de démonstration contraire ou de découvertes suscep­\ntibles d'infirmer leur opinion ; on peut affirmer, pensons-nous, que le travail\nde M. Despotti Mospignotti — élaboré, d'ailleurs, en 1873 et dont les preuves\nont été contrôlées depuis et acceptées par d'autres archéologues — échappera\n à une semblable fortune. Et il faut louer MM. Alinari d'avoir voulu nous\n donner de cet important ouvrage une jolie édition, enrichie de belles illustra­\n tions, en tout digne de la réputation de leur excellente maison.\n\n\nL'art au point de vue sociologique, par M. GUYAU; 6e édition, un\n   vol. in-8°. — (Paris, F. Alcan, Bibliothèque de philosophie contem­\n   poraine.)\n   Cet ouvrage est l'un des derniers que nous devons au jeune et brillant phi­\nlosophe enlevé si prématurément aux lettres. Il y étudie l'art considéré comme\nforce sociale, dans ses origines, son but et son influence. Guyau pensait, en\neffet, que, tandis que les idées religieuses et métaphysiques tendent à réaliser\ndans la société humaine la communauté des conceptions directrices de l'intel­\nligence; — la morale, Tunion des volontés et, par conséquent, « la conver­\ngence des actions vers un même but », — la mission de l'art est d'y établir,\nen faisant sympathiser les âmes dans l'admiration et l'enthousiasme esthé­\ntiques, la communion des sentiments et des sensations... Mais, nécessaire­\nment, pour assumer ce noble rôle de guide et de pasteur intellectuel, pour\nfomenter l'exaltation unanime, propre à grandir la mentalité sociale et à\nl'élever, l'art doit tendre lui-même, de toute sa volonté et de toutes ses inspi-\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                   57\n\nrations, vers les sommets, entraîner l'adhésion des hommes en stimulant\nleurs facultés généreuses et sublimes et non point en flattant « les côtés infé­\nrieurs de leur être », en leur souillant l'imagination par l'inutile bestialité\nd'un réalisme mensonger. Pour devenir un instrument de progrès et de régé­\nnération sociale, il faut donc que l'art soit pur; et il faut aussi qu'il soit acces­\nsible à tous : « qu'il renferme en lui assez de simplicité et de sincérité pour\némouvoir tous les hommes intelligents et, aussi, assez de profondeur pour\nfournir matière aux réflexions d'une élite ». En somme, qu'il ne soit pas\nintelligible seulement pour les adeptes ou les initiés d'un cénacle, enivrés de\nl'énigme et de l'obscurité...\n   Le lecteur aura songé déjà peut-être que, jusqu'à présent, l'art n'a satisfait\nparfaitement à ces diverses conditions, c'est-à-dire n'a atteint l'apogée de sa\nperfection et de son éclat, n'a été à la fois pleinement splendide et pleinement\npopulaire qu'à deux moments de l'histoire : aux jours héroïques de la Grèce\net durant l'ère moderne, du XIIIe au XVe siècle. Et on ne peut laisser de\nremarquer que l'art, d'un côté comme de l'autre, était tout nourri de religion.\nDe cette religion de la Hellade, qui fit de Delphes, puis d'Olympie, comme\nles foyers de la Grèce : l'une, avec son amphictyonie; l'autre, avec ses jeux\net ses représentations sacrées, dont l'influence et le rayonnement agirent si\nlongtemps et si victorieusement pour maintenir l'unité morale du pays. De\ncette religion, ouverte, celle-là, à toute l'humanité, qui suscita, dans l'Europe\ndu moyen âge, ces concours merveilleux de tous les peuples, aux croisades\net, plus tard, l'admirable floraison simultanée, sur tous les points du conti­\nnent, d'innombrables édifices religieux qui, aujourd'hui encore, sont le prin­\ncipal de la parure de ses villes.\n   Le petit monde hellénique et la catholicité connurent alors cette union des\nforces de laquelle dérivent ces phénomènes de synergie sociale, que Guyau\ns'attend à voir susciter en partie désormais par l'art.\n   Cependant, quelle que soit l'opinion que l'on professe sur la question de\nsavoir si celui-ci est simplement l'expression magnifiée de l'époque contempo­\nraine ou si, au contraire, il devance le temps de son apparition et répand dans\nle monde les idées et les sentiments à l'image desquels la société future se\n façonnera, que l'art réfléchisse ou qu'il éclaire, on a peine à percevoir, grâce\n à quel miracle subit, à quel invraisemblable et foudroyant prestige il pourrait\n tout à coup résoudre toutes les contradictions et les anarchies où il se débat\n actuellement, et se trouver investi des vertus susceptibles de rallier tous les\n esprits dans la communion féconde rêvée par le philosophe français.\n    La thèse développée, avec le talent qu'on lui connaît, par l'auteur de l'Irré­\n hgion de l'avenir, a toute la séduction de l'utopie, d'un de ces mirages dont\n se leurrent les esprits élevés et perspicaces, qui, ayant perdu ?a puissance de\n la foi, sont convaincus que rien ne pourra conjurer la ruine de la religion, et\n sentent, en même temps, l'horreur et le vide des temps qui suivraient l'accom­\n plissement de cette ruine.\n    Quoi qu'il en soit, l'œuvre est symptomatique et de haute valeur : elle\n marque, une fois de plus, s'il était nécessaire, l'inquiétude de la pensée\n devant l'avenir moral de la civilisation si les destinées de celles-ci devaient\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "58                                    DURENDAL\n\n\nêtre confiées u n jour aux mains impitoyables des théoriciens d'une science\nmécanique et bornée.\n   G u y a u a négligé, malheureusement, d a n s les développements de son livre,\nles arts autres que la littérature, — il a dégagé, fort nettement, la valeur phi­\nlosophique ou sociologique des g r a n d s poètes du siècle passé, — a consacré\nu n chapitre bien superflu à démontrer l'inanité et à démolir la rhétorique\npostiche des Blasphèmes, fort oubliés, de M. Richepin, — et a formulé sur\nBaudelaire des jugements dont on pourrait, à bon droit, s'étonner, — mais\nil ne dit mot de l'importance sociologique des arts plastiques. Il est vrai qu'il\naurait pu faire, à leur propos, cette constatation que, très vraisemblablement,\nil ne leur sera plus jamais donné d'exercer sur l'éducation populaire l'in­\nfluence qui, en des siècles moins éclairés, émanait des œuvres sculptées et\n peintes dont les m o n u m e n t s sacrés et profanes, les rues et les places\n publiques étaient r e m p l i s ! . . .\n\n\n\nL ' i d é a l e s t h é t i q u e , par F R . ROUSSEL-DESPIERRES. U n vol. in-12. —\n   (Paris, Félix Alcan; Bibliothèque de philosophie contemporaine.)\n\n   a La conscience h u m a i n e , libérée par l'irrémédiable décadence des dogmes\nimposés, est désormais i n d é p e n d a n t e . Ê t r e pensant, être moral, l'individu\nn'obéit plus à a u c u n e contrainte surnaturelle; il a acquis u n e définitive a u t o ­\nnomie : il cherche d a n s son expérience personnelle le principe de ses\nopinions et d a n s sa volonté propre du bien la loi de sa conduite. »\n   Ainsi débute la préface de ce livre dont le b u t est de désigner à la\nconscience, « délivrée des contraintes », l'idéal dont elle doit éprouver le\nbesoin et qui n'est autre que la beauté. M. Roussel nous expose u n e éthique\nissue de l'esthétique, u n e doctrine de morale pure, étayée n o n sur la concep­\ntion empirique de la nature h u m a i n e et destinée à l'usage d'êtres réels, mais\n élaborée en vue d'un h o m m e , idéal, lui aussi, a p p a r u en ce m o n d e avec la\n notion innée du b e a u et du bien, et qui, librement, en dehors de toute\n obligation et de tout espoir de récompense, obéit au devoir dicté par cette\n notion !\n    On pourrait objecter, d'abord, à la p r é t e n d u e i n d é p e n d a n c e de l'homme,\n agissant u n i q u e m e n t sous l'impulsion intime et lucide de sa conscience affran­\n chie, que cet h o m m e , s'il existe jamais, sera encore longtemps h y p o t h é t i q u e ;\n car nous sommes citoyens d'une civilisation telle quelle, dont, quoique n o u s\n en ayons, nous respirons l'atmosphère intellectuelle et morale, dont nous\n subissons les lois, les m œ u r s , les c o u t u m e s ; de m a n i è r e , qu'assiégés\n d'influences formelles ou occultes, nous pouvons bien rarement affirmer que\n nous nous soyions déterminés uniquement selon des inspirations « a u t o ­\nnomes », à l'abri de toute influence actuelle ou atavique. Notre i n d é p e n d a n c e\n est b o r n é e , ou même illusoire, de ce côté-là, mais combien davantage si l'on\n songe q u e l'on p e u t dire, sans témérité, que la plupart des idées morales\n directrices de l'ère m o d e r n e , même celles des ennemis et des détracteurs d u\n christianisme» émanent de celui-ci ou en dérivent. E t , sans doute, le seul\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                         59\n\n\nmoyen de s e d o n n e r au moins l'apparence de l ' i n d é p e n d a n c e est de marcher\ndans la voie tracée par Nietzche, l'universel négateur, qui sape sa p r o p r e\npensée et ne reconnaît pour son disciple que celui-là qui le raille et le\ncontredit !\n   E n effet, vis-à-vis des autres et du m o n d e p a r m i lequel nous vivons, nous\nne pouvons n o u s donner l'illusion de la liberté que m o y e n n a n t u n e révolte\nirréductible et a b s o l u e ; mais cette illusion, c o m m e n t la créerons-nous vis-\nà-vis de n o u s - m ê m e s , de nos passions, de nos vices, de nos faiblesses? de ce\nvigilant égoïsme, qui, alors m ê m e que, prodiges, n o u s naîtrions avec le senti­\nment du b e a u et du bien, et la capacité de faire l'application pratique de ces\nnotions d a n s notre existence, est assez artificieux et assez habile pour trouver,\nd'instinct, l'interprétation de la règle morale, la plus avantageuse et la plus\nfavorable à nos désirs ou à nos volontés !\n   Avant d'entrer d a n s la démonstration de sa philosophie de la beauté,\nl'auteur fait le procès des religions et des philosophies, fondées sur u n\nsystème optimiste ou pessimiste du m o n d e , mais qui ne satisfont plus les\nactuels besoins de « moralité supérieure » de l'esprit h u m a i n .\n   M. Roussel-Despierres conçoit nettement, c e p e n d a n t , à l'exemple d'Herbert\nSpencer, l'inanité effective, la caducité de toute morale sans autre appui que\ndes métaphysiques et des idées abstraites et obscures, inaccessibles à\nl'immense majorité des h o m m e s . Il établit m ê m e , avec beaucoup de préci­\nsion, que la morale actuelle, avec ses obligations élémentaires, devoirs de\njustice; et ses obligations actives, devoirs de charité, « constitue u n système\ntrès cohérent, et qui serait de tout point suffisant, S'IL ÉTAIT PRATIQUÉ ». M Sa\nsolidité, ajoute-t-il, trouve u n e confirmation puissante dans ce fait que\nl'évolution historique des institutions et des idées sociales l'a A PEINE\nEFFLEURÉ... »\n   On ne conçoit pas fort bien que cette morale éprouvée, adaptée à la n a t u r e\nde la société, créée par l'expérience de celle-ci et, d'ailleurs, intacte, doive\nêtre c o n d a m n é e parce q u e , malgré les défauts et l'infériorité qu'on lui attribue,\nle principal reproche qui lui soit fait, en s o m m e , c'est de n'être pas assez\nobéie! E t encore moins, qu'à ce système insuffisamment pratiqué, on veuille\nen substituer un a u t r e , impraticable! Car M. Roussel a u n e confiance,\nplutôt naïve, d a n s la logique persuasive de sa p r o p r e doctrine qui présuppose\nl'adhésion intelligente et enthousiaste à u n certain n o m b r e de principes, dont\nun simple c o u p d'œil sur les réalités de la vie suffit p o u r démontrer l'in­\ncroyable utopie. Il est vrai que, c o m m e il le dit, «la morale p u r e n ' e m p r u n t e\nrien à la métaphysique ni à la psychologie, demeure étrangère aussi bien\n à l'idée d'une finalité rationnelle qu'à celle de sanction ; elle ne se demande pas\nsi elle sera réalisée, si elle peut l'être; elle est, en quelque sorte, pour la noblesse\n d'exister ».\n    Chimères, en s o m m e ; chartes pour des peuples fabuleux, mais intéres­\n santes et généreuses par leur réaction contre la grossièreté des théories maté­\n rialistes en vogue.\n\n                                                                      ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "6o                                       DURENDAL\n\n\nS o u v e n i r s d'un petit v i l l a g e o i s lorrain, par JEAN MANONVILLIER.\n   — ( P a r i s , Lethielleux.)\n   C'est l'histoire de l'invasion de 1870, vue par des yeux d'enfant. Il était\ndifficile de rénover un sujet tant de fois traité et par de maîtres écrivains.\nQuelques tableautins de la vie de c a m p a g n e fixent u n instant l'intérêt, tandis\nqu'on t o u r n e rapidement les pages que n'anime pas le souffle de la b e a u t é .\n\n\nC o u s i n e ma m i e , par G E O R G E S MARESCHAL DE B I È V R E . — (Paris, P l o n . )\n    Mareschal de Bièvre, avec Tante Bébé, Reine-Bicyclette et d'autres œuvres\nsemblables, s'est rangé parmi les écrivains honnêtes, qui s'adressent surtout\naux j e u n e s pensionnaires. Ils ont u n style alerte, léger, parfois un petit\nfrisson d'une douce é m o t i o n . L e u r psychologie, sans être fouillée, i n d i q u e\nc e p e n d a n t des personnages intéressants.\n    Ce nouveau roman a les défauts et les qualités de ses aînés. Il est bien écrit\net agréable à lire. C'est déjà quelque chose.\n\n\nT r o i s d o t s , par G. D'AZAMBUJA. — ( P a r i s , P l o n . )\n   T r o i s j e u n e s filles. L ' u n e n'a pas de dot, la seconde apportera c i n q u a n t e\nmille francs, la troisième cent trente mille. Vous devinez bien, n'est-ce p a s ,\nque la première trouvera sans la chercher, la perle des m a r i s ; la seconde\ntombera de désillusion en désillusion jusqu'à accepter l'amour prosaïque d'un\ngros bourgeois, parfait h o n n ê t e h o m m e , mais déjà vieux; la troisième m o u r r a\nd a n s son orgueil, sans avoir atteint son rêve. Cela n'est pas très neuf, ni\nd'ailleurs très vrai. Qu'importe? L e livre se lit sans effort et certains croquis\nde j e u n e s gens dernier cri,ne sont pas sans c h a r m e .\n\n\nPortraits d'aïeul          es, par ANDRÉ LICHTENBERGER. —(Paris, Pl\n    « L e cœur d'une grand'mère est le foyer réconfortant où tous, petits et\ng r a n d s , viennent se réchauffer. » Après la lumière blonde des Portraits de\njeunes filles, la lumière grise des Portraits d'aïeules. P r i n t e m p s clairs et douceurs\ndes automnes féminins, qui mieux que l'historien de la Sœur de T r o t t\npouvait les dépeindre? M. Lichtenberger est un observateur habile et un\npsychologuejpénétrant. Il est descendu d a n s les âmes des vieilles, dans ces\npetites âmes grises et recueillies, comme des nefs d'église. Il y est resté\nlongtemps agenouillé devant les miracles de bonté, de dévouement, de\ntendresse qu'il y a découverts. Il en est revenu frissonnant d'une émotion très\npure.\n    E t cette émotion délicieuse anime ses lettres, ses silhouettes, ses dialogues\net ses nouvelles. E t cela fait un livre vraiment h u m a i n , très p r e n a n t et bien\nécrit, qu'il fait bon lire d a n s la paix du soir à la clarté douce de la l a m p e .\n\n\nZ e t t e , ^ p a r P A U L et VICTOR MARGUERITTE. — (Paris, P l o n . )\n  Ceci est l'histoire d'une petite fille. Les auteurs suivent le lumineux éveil\nde l'être, de la petite âme blonde c o m m e u n e rose du matin. Ils analysent\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3503, "texte": "                                 LIVRES ET REVUES                                         61\n\n\nses sentiments, notent ses émerveillements devant le m o n d e , découvrent en\ngermes d a n s l'enfant toutes les énergies mystérieuses de la femme. Livre\nd'une psychologie peu profonde, écrit parfois trop vite, mais si a m u s a n t !\n\n                                                                                   E. D.\n\n\nO n z e K u n s t (Anvers B u s c h m a n n ) . — L e n u m é r o de décembre contient la\n    suite de la remarquable étude de MAX ROOSES sur : Les dessins des maures\n   flamands. D a n s cet article, l'auteur n o u s parle de Jordaens et autres peintres\n    d'histoire du XVIIe siècle.\n    N o u s reproduisons u n passage c o n c e r n a n t J o r d a e n s qui est particulière­\nment intéressant.\n    « JACQUES JORDAENS (1593-1678) domine toujours tous ceux-ci de très\nhaut, par son originalité. L u i aussi descend de R u b e n s , par le coloris\nopulent et la vie l u x u r i a n t e ; mais comme peintre, il conserve assez d'origi­\nnalité pour que ses tableaux se distinguent à première vue de ceux de son grand\nprédécesseur, et qu'une étude plus approfondie de ces œuvres nous inspire\nune admiration de plus en plus sérieuse par sa conception personelle des\nsujets et par sa prestigieuse exécution. C o m m e dessinateur aussi, il est\nremarquable et il mérite que nous n o u s y arrêtions\n    » J o r d a e n s fut admis en 1615 comme maître d a n s la gilde d e S a i n t - L u c ,\net c\"est c o m m e « waterschilder » (aquarelliste) qu'il est inscrit d a n s les\nregistres. Il n'est pas le seul qui soit désigné de cette façon d a n s les livres de\nla vieille confrérie anversoise. P a r waterschilder ou waterverfschilder on enten­\ndait q u e l q u ' u n qui peignait des tapisseries à l'aquarelle. Certaines de ces\npeintures étaient exécutées sur des toiles. Les contours ou les silhouettes des\nfigures étaient ébauchées a u préalable sur ces toiles. 11 est assez curieux\nq n ' a u c u n e d e ces peintures à l'aquarelle ne soient parvenues jusqu'à nous\nou du moins q u ' a u c u n e ne n o u s en soit c o n n u e . J o r d a e n s exécuta de nom­\nbreux modèles pour tapis; ou bien ces modèles furent bel et bien tissés en\ntapis ; ou bien ils furent simplement peints à l'aquarelle sur des toiles. D a n s\nl'inventaire de feu signor Michiel W a u t e r s , négociant en tapis, dressé le\n 16 octobre 1679, l'année après le décès du peintre, sont renseignés u n e\ntrentaine de morceaux c o m m e étant les p a t r o n s achetés par le susdit défunt\nà la mortuaire de feu signor J o r d a e n s , de son vivant peintre en cette ville\nd'Anvers.\n     » Si nous ne connaissons plus les p a t r o n s m ê m e s , cet inventaire nous\nrenseigne du moins sur quelques-uns des sujets que J o r d a e n s peignit à cet\neffet sur papier. E n véritable aquarelliste, il exécutait directement à l'aquarelle\nles esquisses destinées à ces p a t r o n s et si ses dessins diffèrent de ceux des\nautres artistes par ce que le plus souvent ils étaient coloriés, cela résulte de\nl'habitude qu'il avait prise les premières a n n é e s d'exécuter en toute couleur\nsur le papier ses études pour tapisseries. L e s esquisses de ce genre parvenues\njusqu'à n o u s acquièrent une importance réelle pour l'histoire de l'art parce\nqu'elles témoignent d'une particularité originale, et cela sans préjudice de\nleur valeur artistique. D a n s ces projets J o r d a e n s s'affirme coloriste de race;\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "62                                   DURENDAL\n\n\non en a d m i r e le ton intense et relevé, la couleur brillanre, les teintes affinées,\nla puissance hamonieuse.\n   » Diverses collections possèdent de ses dessins à la couleur destinés à servir\nde modèles à des patrons pour tapis ».\n   Cet article est illustré par de magnifiques reproductions des œuvres de\nJordaens.\n   A partir de 1904, Onze Kunst paraîtra en u n e édition française spéciale,\nsans le texte flamand.\n                                                                           H . M.\n\n\nT h e Burlington Magazine. —                    (Bruxelles,    Spineux.)     N° 9     du\n  volume I I I , décembre 1903.\n   M. JAMES W E A L E continue et termine ses remarquables articles sur l'expo­\nsition des Primitifs flamands, à Bruges. Il parle, cette fois, de Patenier, Gos­\nsart, Van Orley, Mostaert et de ces quelques maîtres c h a r m a n t s et divers,\ndont l'influence italienne, au début du XVIe siècle, vint si fortement troubler\nles qualités et les traditions picturales du génie flamand. — M. LANGTON\nDOUGLAS complète ses notes antérieures sur le Sassetta, ce délicieux maître\nsiennois remis en honneur par la récente critique. — M. PETRUCCI décrit et\nétudie u n e acquisition récente des Musées du Cinquantenaire, à Bruxelles,\nla Croix de Scheldewindeke, produit, croit-on, du XIIe siècle et d a n s laquelle\nil a retrouvé de n o m b r e u x fragments de cristal, ce qui lui p e r m e t quelques\nsuppositions intéressantes sur la conservation des industries d'art au moyen\nâge.\n   L a fin d'un article de M. R . NEVILL sur Fragonard et u n compte r e n d u de\nde M. M. R O L D I T d'une visite à la collection N o r m a n t o n (surtout des portrai­\ntistes anglais) sont l'occasion de quelques belles reproductions. — U n e étude\nsur des Tarais italiens (comte E . DI PARRAVICINO), une autre sur des Miniatures\nmusulmanes (BLOCHET), la suite des articles sur les Briquets et les Tapis\nd'Orient, des notes biographiques, et voilà, encore une fois, u n bel et copieux\nnuméro.\n                                                                                J. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-017", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 64, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nos abonnés de l'Etranger", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2091, "texte": "NOTULES\n\n   Nos a b o n n é s d e l ' E t r a n g e r sont instamment priés de nous faire\nparvenir le montant de leur abonnement par l'envoi d'un mandat postal de\n12 francs ou d'un chèque sur une banque de Bruxelles.\n\n\n\n  L e prix q u i n q u e n n a l de littérature vient d'être décerné à\nl'admirable poète EMILE VERHAEREN, pour son beau livre : Les Visages de la Vie.\nNous apprenons, d'autre part, que la Société des Gens de lettres de France\nvient d'accorder le prix Chauchard, d'une valeur de 3,000 francs, à CAMILLE\nLEMONNIER, à qui, on se le rappelle, le prix quinquennal fut donné jadis\npour son chef-d'œuvre : La Belgique, que la maison Castaigne réédite en ce\nmoment.\n                                       ***\n\n    L ' U n i o n d e s A m i s d e l ' A r t b e l g e distribuera, dans le courant\n de ce mois, à ses membres, une épreuve originale, signée par l'artiste, de\n l'eau-forte : Le chenal d'Ostende, grande planche par OMER COPPENS, qui fut\n'exposée et admirée au Salon triennal des Beaux-Arts, à Bruxelles.\n    Les adhésions pour l'exercice en cours, donnant droit à cette prime et à la\n participation au tirage au sort des œuvres d'art, doivent être adressées au\n siège social, rue de Comines, 34, à Bruxelles.\n\n                                        ***\n\n  C l a u d e D e b u s s y , en nous remerciant pour l'article que notre ami et\ncollaborateur, le vicomte de la Laurencie, lui a consacré, dans notre fascicule\nd'octobre, sous le titre : Un moment musical; notes sur l'art de Claude Debussy,\nnous écrit :\n   « Croyez-moi très sensible à votre sympathie artistique et combien je vous\nsuis redevable du bel article qu'écrivit votre ami de la Laurencie, dans votre\nrevue. Malgré ce que cela comporte de personnalité, il me faut avouer\nqu'on n'a rien écrit de plus clair sur ce que je tente. »\n   Le Guide Musical de Bruxelles et le Courrier Musical de Paris ont également\nsignalé à leurs lecteurs l'intéressant et remarquable article de M. de la Lau­\nrencie sur le célèbre compositeur français.\n\n                                        ***\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 850, "texte": "64                                  DURENDAL\n\n\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n : P . MOLMENTI et G. LUDWIG : Vittore Car-\npaccio et la Confrérie de Sainte-Ursule à Venise, avec u n album de huit plan­\nches (Florence, R. B e m p o r a d et fils). — L . ROSENTHAL : La peinture r o m a n ­\ntique ( P a r i s , Fontemoing) — FIERENS-GEVAERT : Van Dyck (Paris, L a u r e n s ) .\n— H . W E L L S : La merveilleuse visite (Paris, Mercure de France). — A . - M . Gos-\nSEZ : L e Saint-Julien de F l a u b e r t . — D o c u m e n t s , avec illustrations de\nE d . Van Offel, V. P r o u v é , J. Viatte, etc. (Lille, É d i t i o n du Beffroi). —\nT . BRAUN : L e centenaire du code Napoléon (Bruxelles, Larcier). —\nG. H U B E R T I : L a routine (Bruxelles, H a y e z , éditeur de l'Académie). —\nT . BRAUN : L a main de l'ouvrier (Bruxelles, Van Gompel).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CAISSE GÉNÉRALE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE: DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                    4 a, Mard&é-an-Boi» - BRUXELLES\n                              .          ,        _ _         t\n    Dépota de fonda en Comptes-Chèques, disponibles à> TUS : 1 1/2 p. e. i\n       Dépots e s Comptes de Quinzaine t intérêt variable; moyenne 1 9 0 9 S 9 7 p e.\n                        Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                       ORDRS8 D E BOURSE\n               Service spécial de l e t t r e s de Crédit e t Chèques sur tous p a y s\n              Prêts sur Titres — Garde de Titres.             Location de Coffres-Forts\n\n\n\nFABETQUE DE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille l'Or i l'Exposition Internationale de inueiies 1817\n\n                     BERVOETÏTwÎELEMÀNS\n                                    FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi <HK BRUXELLES\nUsine à vapeuf, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                   Maison Félix MOMMEN & C°f Brevetés\n                                                 FABRIQUE ET ATELIERS i\n                              J7, B u t de l a Charité - BRUXELLES\n                                                   TELEPHONE 1947\n                                  Fabrique de Gouleui-s, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                             Spécialité de tous les artic es c ncern nt la peinture, a sculpt re,\n                                            1 gra ure, ' rchitecture et le dessin\n                             RENTOILAGB. NSTTOTAOK ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                       Vente et location de modèles pour ta      peinture\n\nPremières médailles t u Expositions runstemam., Paris, tlverpool, Le lavre, truelles, Cnjeage, ete.\n\n   PIANOS S T E I H W A Y                                                 & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES                            HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d Allemagne, d Autriche et de Russie des rois d Angleterre, de Saxe\n  de Suède et d Italie, du Sultan de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, ete., ete\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie-dé Bach parait mai\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification qne jouée sur les Steinway R Wagner « Le Ste n\nw»y est un superbe ehef-d e»uwo de forée, de sonorité, de qualités chantantes d effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liait) » Vos\nbosuz instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . • Depuis dix ans que je les joue, ie me fortifie dans a conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici (F Busoni        « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J Paderewski). « Il y a JO OU I5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vous\nfait des progrès T Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous eas lia sont maintenant, à mon\navis, le produit Idéal- du siècle Kug. d Albert      Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu an\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter) »\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MlSCfl, 224, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENNENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "VIENNENT                         3DS! F-A.K,-A.ni^Hî :\nL A L E G E N D E D E S A I N T F R A N Ç O I S D'ASSISE f É C R I T E P A R T R O I S D E S E S\nC O M P A G N O N S . — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nR R . P P . MARCBLLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMBNICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — U n vol. in-12                                                    fr. S 5 0\n       (LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.\nI F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S D E LA V I E D U P E T I T P A U V R E D E JESUS-\nC H R I S T S A I N T F R A N Ç O I S D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— U n vol. in-8°                                                                             fr. 3 0 0\nI FIORETTI f APPENDICES : CONSIDERATIONS S U R LES STIGMATES f VIE D E\nF R È R E J U N I P È R E f V I E E T D O C T R I N E D E F R È R E É G I D E . — Traduction.littérale\navec notes. — U n vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'après les fresques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                         fr. 2 5 0\nS A I N T F R A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8% illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                             fr. 1 2 5\nB R U G E S . — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                 fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). ->- U n vol. in-12                                fr. 3 5 0\nC H E R C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J.ESQUIROL (Paris, Stock). — U n vol.in-i?       »    3 50\nL E S G E N S D E T I E S T , p a r GEORGES VFRRÈS (Bruxelles, Vromant). — U n vol. in-12      »    3 50\nQ U I N Z E MOIS D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8», superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles.\nCharles Bulens, éditeur)                                                              fr. 5 0 0\nLA R O S E E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.J    » 3 50\nS U R Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRFE.     Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M™ Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires 'Editeurs :\nBruxelles, Dietrich^Florence. Alinari)                              ,                fr. 1 5 0 0\nL E S J A R D I N S CLOS, poèmes, par PAI'L MUSSCHB. — (Pans, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                  fr. 3 5 0\n       On peut M procurer ces ouvrages eu s adressant à notre éditeur CH. B U L E N S , 7 5 , r u e Terre-\n    Neuve, a Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison01-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "90L.LDITÉ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 882, "texte": "90L.LDITÉ                          ÉLÉGANCE                        ÉCONOMIE\n\n                 CHAISES SUEDOISES BREVETEES\n                N'achetez que les véritables chaises et tables\n              suédoises brevetées, polies, en noyer, en citronnier,\n              en acajou et en vert. Elles sont les plus Solides, les\n              plus durables et les moins chères. SUPERBE CHOIX.\n                                  S'ADRESSER    AU\n\nCOMPTOIR CENTRAL D'IMPORTATION DES PRODUITS DU NORD\n             Avenue Fonsny, 3 8 , B R U X E L L E S\nDIPLOME D'HONNEUR ET MÉDAILLES D'OR AUX EXPOSITIONS INTERNATIONALES\n\n\n\ns^r      Pour la publicité dans cette Revue, s'adresser\n                            à la D I R E C T I O N\n\n      2 2 , Rue du Grand-Cerf, 2 2 -                    BRUXELLES\n\n\n\n\n  Imprimerie Scientifique Char-\n  les BU L EN S, Editeur, rue\n  Terre-Neuve, 75, Bruxellec\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 12, "texte": "Janvier 1904.                                   iime Année.\n\n\n\n                                                                            ©\n\n\n\n          REVUE CATHOLIQUE©}\n             <o: LITTERATUR]\n\n\n\n\n                                                         • • •\n                                                            • •\n                                                                      • •\n                                                                  • •\n                                                                    • •\n\n\n\n\n                        •       •       •\n    • •\n                                            •        •\n            •   •\n                    •       •       •\n\n                                                 •       •\n\n\n\n\n   B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. —\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "                               Domaine de la Société \" LU WESTEflDfllSE\n\n                                      LH PLAGE DE WESTEHDE\n                               est située aux bords de la mer du Nord,\n                         entre Ostendo et Nieuport; elle est de sable fin.\n                         Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                         attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                         d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                         le confort à la simplicité dans des conditions très\n                         avantageuses Une chapelle est érigée à la plage ou\n                         le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                         saison. Les bains sont gratuite; le service de sauve\n                         tage est organise et place sous la surveillance com-\n                         munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                         aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                         tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n  Villas et Terrains     1 entes sur la plage. Communication* faciles. Télé          Villas et Cottages\n                         phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n       A VENDRE          d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la                       à\n    par annuités          digue, dos avenues, des villas et des cottages.                   LOUSR\n\n\n                                   HALLES WESTENDAISES\n                    Ce vaste magasin d'approvisionnements dessort les\n                  villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                  conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                  bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                  dans des conditions très avantageuseb et sont tou-\n                  jours de premier choix.\n                                                              Le WastencT Hôt»l est ouvert du a5 mal\n                                                             au 28 septembre         Pension de 6 il 16 fr,\n                                                             par jour Aux commencements et fins de]\n                                                             saison arrangements spéciaux très avauj\n          STEND' HOTEL                                       tageux pour ILS familles faisant un séjour)\n                                                             prolonge a 1 hôtel 73 chambres parfaite-}\n                                                              ,,le,,t\n             DE MER                             'ffètd*               aménagées Vie de famille. Eclai4\n                                                \" l l î - j S rage électrique. Chambres spacieused|\n                                                   hj, l\\           Ameublement moderne esthétique et\n         * n» 10                                            *.«*>       1 confortable. Balcons et Ter-\n^•«ESEAU                                                   <Jif'>^?^?W r a B S e s - Salle de musique\n\n«IDDELHËRKE                               ïïl             ~\\\\. U.\n                                                     M^TLL. ,) 0^*1$\n                                                                       iw\"v» Salla de billard - 6 » l l e ,,e>\n                                                      , J >-V1 * » V ^ l S P ^ ^recréations p' enfants\n                                                                                   Salonscorrespondait\n                                                                                           de locture, do\n    —         yj                      K-[i f l\\                                          ce. Cuisine soi-\n                                                                                         gnée. Caves re-i\n                                                                                          commandées.\n   «P                                •\"7ïJ4*\"» i % i l , «. H»             ,       ,\n                                                                          , sreïVj* <t]i Appartements\n                                                                                          a\\ ec salon\n\n     Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal     Services pos al et tel graphique réguliers\n          -nications téléphoniques avec tor la Belgiqu et les réseaux étrangers voisins\n                                     A. T     U X E L L E S , 5 3 ° , rue Capouillet;\n                       M'adresseï { A> \\     r S T E N D E , à l ' A d m i n i s t r a t i o n d e la.\n                                          F» g e o u a u W e s t e n d ! ! ^ ^ * * * -\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                          DURENDAL\n        REVUE CA'IHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n                               1904 —   if^\n\n                   Sommaire du n° 1 {Janvier)\nGKORGKS DK GOI,KHCO.        Le « Roi A il fuis », cT Ernest Chausson    &\nGOS7.AGI h DK RhYNW.u. — Rêveries        de Suisse et de la Foret -\n                                 Soire :\n                               Solitude;\n                               Sehnsitvht;\n                               Le Couvent de la Maigrauge;\n                               L'ermitage de la Magdelaine;\n                               La route de la Chapelle Rouge ;\n                               Le bon»net des glaciers;\n                               Le beau paysage bleu ;\n                               Soleil                                  la\nHIBKRT KRAINH.— Heures de Flânerie            : Le Stockhorn   . . .   17\nEt «FNh Gii.Rt RI .     Le dernier livre de M. Camille Lemonnier :\n                          « Comme rnt le ruisseau »                    2i\nF R A N / ANNKI.      Les Poèmes                                       2y\nP. L.      Les Expositions de Décembre : Louis Combler.     Les\n             Aquarellistes.    Georges Ruysse.      Expositions\n             hebdomadaires    . . .     . . .                          38\n      Chronique musicale :\nGKOROKH I>R GOI.KSCO. — Premier Concert du Conservatoire. —\n                            Concert Populaire Berlioz.    Second\n                            Concert Populaire.     Concert Gay-\n                           Pugno.      (Concert Richter.  . . .        41\nI). L. — Concert de M '** Déliiez et Mollander. — Les Chanteurs\n            de Saint Boni face. — Concert de MM. Jaudoin et\n            G. Sadler                                                  48\n<î. i*v G. — Mélodie. Poésie et musique de G. Lekeu . . . .            49\n      Les conférences du mois :\nAKNOI.D GOFHN      — Conférence du R. P. Van den Gheyn sur\n                             VA rt de la miniaturedans les Pays-Ras . 5o\n<r. I>K G. Conférence de M. Fierens-Gevaert sur Gluck.                5i\nP. Ti. — Conférence de M. Ch. Ruts sur ta Corse                       5i\nLivres et Revues                                                      ^4\nNotules                                                               63\nIllustrations  : P o r t r a i t d'Ernes>t Chausson.\n                 Le Couronnement de la Vierge r'rancesco di Giorgio\n                    Martini .\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "      REVUE\n                             DURENDAL\n                       CATHOLIQUE                          D'ART            ET DE                       LITTERATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 fiancs pai a n ; ETRANGEI : 1 2 fiancs po t compn*\n        (pour tabonnemtnt s'adresser à la Rédaction, rue du Grand Cirf. 22, a Brune les\n                                         P R I X D ' U N NUMÉRO           : FR.       1.60\n\n\n\n\n                   Cnmilé de rédaction de D u REND AL :\n                                 MM.          H E N R Y CARTON DU W I A R T .\n                                              L'abbé H E N R Y                 MŒLLER.\n                                              F I R M I N VANDEN                 BOSCH.\n\n                        Secrétaire de la Rédactimr ; G E O R G E S VIRRKS\n                                      Correspondant         de la tedaction à Paris :\n                     M.      HENRI           MA/IL,            avenue Niel, 32, P a i i s .\n\n                 PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      1 KANZ A N S E L .                                                           ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERI.                                                             JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                                             L'abbe H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                                             J . K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE B R A U N .                                                       JOSEPH JANSSENS\n      THOMAS B K A U N .                                                          EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                                            VICTOR K I N O N .\n      MARIE CLOSSET.                                                              GODEFROID K U R I H\n      L'abbe A u c CUPPENS.                                                       M . DK I A L A U R E N C I E\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                                     GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e c o m t e G . D'ARSCHOT.                                                S E B . C H . LECONTK\n      L e bai o n J O S É D E C O P P I N .                                       GEORGES MARLOW.\n      GEORGES D E GOLESCO.                                                        CHARLES MARTENS\n      GEORGES DELAUNOY.                                                           PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E u DE LIEDKKFRKE.                                              EDOUARD N E D .\n                                                                                  MAURICE OLIVAINI\n      L e bai o n G . D E L L A F A I L L E .\n                                                                                  ERNEST PERIER.\n      E U G È N E DEMOLDER.\n                                                                                  G E O R G E S RAMAEKERS\n      OLIVIER GEORGES D E S T R E E .\n                                                                                  GEORGES KENCY.\n      JULES DÉSIRÉE.\n                                                                                  BLANCHE ROUSSEAU\n      Vicomte D'HENNEZBL\n                                                                                  JOSEPH RYELANDT:\n      EDOUARD DUCOTE.\n      MAURICE DULLAERT.                                                            F E R N A N D SbVEKIN.\n      J.ESQUIROL.                                                                  L'abbé ARMAND THIERY\n      EMILE FERMAUD.                                                              HENRY VAES\n      LAURENT FIERENS.                                                            R O B I - R I VAN D E R E L S T .\n      H . FIERENS GEVAERT                                                         CHARLES V A N LERBER ,HE\n      CAMILLE GASPAR.                                                             E M I L E \\ CRHAEREN.\n      IWAN G I I K I N .                                                           L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                                   I P< POI D W A I LNhR. et , e t c\n\n                  L e s c o l l a b o i a t e u i s s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u i s articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURESDA               L de t< ut ouvrage dont un exemp aire sera emo e à la Aeja tt n\n\n      1 es-manuscrits et correspondances concernant la Rédaction, l'Admimstratioi et les demano*»\nd'abonnement doivent être adresses au siège de la Revue, 22, rue du Grand-Cerf, a Hruxel es\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": ""}, {"page_pdf": 17, "texte": "                  (Photo   Alinari   Florence)\n\n\nERNEST CHAUSSON\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "  Le \" Roi Arthus „ d'Ernest Chausson\n\n                APRÈSL'Etranger,la très noble partition        de Vincent\n                  d ' I n d y , l'intelligente et artistique direction de\n                  la Monnaie a tenu à nous faire connaître le Roi\n                  Arthus, d r a m e lyrique en trois actes d'Ernest\n                  Chausson. Depuis quelque temps déjà le nom\n                  de Chausson était célèbre à Bruxelles, grâce à\n                  l'inlassable activité d'OctaveMaus, son personnel\n                  et intime ami, inscrivant presque chaque année\n au programme des auditions de la Libre Esthétique quelque œuvre\n nouvelle du maître français, luttant sans relâche pour initier un\n public quelque peu réfractaire aux beautés profondes de l'école\nfranckiste enténébrées trop souvent cependant, il faut le recon­\nnaître, par l'ultra-raffinement des procédés de style. C'est ainsi\nque nous avons entendu le quatuor de Chausson, dont nous\nsignalions récemment les puissantes qualités lyriques, des\npoèmes impressionnants et d'un tragique intense, tels que la\nChanson perpétuelle, le Poème de l'Amour et de la Mer. Toutes ces\nœuvres nous avaient révélé en Chausson un créateur et un poète.\nMais jamais l'ampleur et la trempe vigoureuse de son génie ne\ns'étaient affirmées avec plus d'éclat, de majesté et d'équilibre\nharmonieux que dans ce drame, le Roi Arthus, qu'il nous lègue.\n   A première vue et après simple lecture du livret, il semble\nque Chausson n'ait pas infusé aux matériaux que lui offrait le\nFolklore celtique ce souffle victorieux et transfigurateur qui\nanime les drames wagnériens et les exhausse à de larges, pro­\nfondes et symboliques significations. Mais au théâtre, q u a n d\nl'expression musicale vient commenter le drame, des perspec­\ntives inattendues et rayonnantes surgissent soudain ainsi que\nquelque cité lointaine, inconnue et miraculeuse voilée par un\nrideau d'arbres et que tout à coup percevrait vaguement le\nregard à travers les interstices du feuillage. E t si la musique\ndépasse la portée du d r a m e écrit, si elle est l'esprit qui anime,\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                             DURENDAL\n\n\n vivifie et informe la lettre du poème, si elle le compénètre et le\n parfume d'une chaude atmosphère de poésie et d'émotion où il\n baigne tout entier, ne laissant qu'alors, alors seulement, transpa­\n raître ses côtés lumineux et affirmatifs, aurions-nous vraiment\n le droit de nous en plaindre?\n    On a beaucoup agité, dans la presse artistique, la question de\n la moralité du Roi Arthus, en le comparant, sous ce rapport, avec\n Tristan et Yseult. E t d'abord, aucun esprit large et intuitif n'ac­\n cueillera la pensée que Tristan et Yseult soit un drame entaché\n d'immoralité. Voyons-y, sans doute, un cantique triomphal à\n l'omnipotence de l'amour traversant toute barrière, même celle,\n apparente, que dresse devant lui la Mort. Mais, outre que\ndiverses circonstances essentielles du drame, l'antériorité de\nl'amour de Tristan, le philtre atténuent si elles ne justifient la\nfaute de Tristan, il faut ajouter que la hauteur et la puissance\ndu Symbolisme crée au chef-d'œuvre wagnérien une atmosphère\ntoute spéciale d'élévation infinie, où se déroule et se couronne\nle drame d'amour, surplombant toute contingence, côtoyant\npresque constamment les sublimités et les abîmes de la Mort.\nDe là, la physionomie particulière du poème, qui est l'expres­\nsion dramatique la plus définitive de cette immense et mysté­\nrieuse force régissant les âmes qui s'appelle l'amour de l'homme\net de la femme, poème trônant sur des cimes immaculées, bien\nloin au-dessus et hors d'atteinte des interprétations mesquines\nqui voudraient y voir une apologie de la félonie ou des\ndroits imprescriptibles de l'amour venant fracasser les conven­\ntions sociales.\n\n   Dans le Roi Arthus, la moralité découle peut-être plus direc­\ntement du drame. En effet, Lancelot et Guinèvre, traîtres à la\nfoi jurée, sont châtiés, tandis qu'Arthus est glorifié dans une\napothéose. Mais c'est la moralité banale du dénouement qui n'a\nqu'une importance secondaire. Ce qu'il faudrait avant tout\nexaminer, c est cette moralité intime, latente qui découle de\n  œuvre artistique tout entière, l'œuvre d'art reflétant comme un\nlimpide miroir l'âme et les tendances du poète, les trahissant\nmême a son insu et alors qu'il énoncerait expressément des idées\ncontraires A ce point de vue, le Rot Arthus est une œuvre morale\ncomme cela résultera des quelques impressions que nous allons\nconsigner en ces pages. Notre intention n'est pas de suivre cette\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                           LE ROI ARTHUS                              7\n\npartition pas à pas et d'en faire l'analyse complète, mais plu­\ntôt d'en marquer les points culminants, d'en dégager aussi\nl'esprit essentiel, ainsi que la qualité de l'inspiration où elle\npuise sa vie.\n   L e premier tableau du premier acte, d'impression plutôt\nextérieure, réunit en un ensemble grandiose tous les protago­\nnistes du drame, chante l'apothéose de Lancelot, vainqueur des\nSaxons, et se termine par le cri de haine et de fureur jalouse\nque pousse Mordred, enveloppant dans sa malédiction Guinèvre\net Lancelot. U n interlude relie cette scène au second tableau où\nnous signalerons tout d'abord le superbe et impressionnant\nmonologue de L y o n n e l , dont la musique traduit si parfaitement\nles inquiétudes et l'indignation douloureuse. Dans la scène qui\nsuit entre Lancelot et Guinèvre, voyez combien la musique\ncontient de vérité psychologique et morale. Lancelot n'est pas\nsemblable à l'Œdipe de Sophocle, Guinèvre ne ressemble pas\ndavantage à la Phèdre d ' E u r i p i d e ou de Racine, esclaves et vic­\ntimes de cette divinité terrible, monstre aveugle et gigantesque,\nque les anciens appelaient la Fatalité. Entraînés par leur pas­\nsion, Guinèvre et Lancelot trahissent librement et mentent\nsciemment. Voyez aussi comme leurs poignantes voluptés se\ntraduisent en d'âpres et lancinantes harmonies, comme les tona­\nlités hésitantes ne s'éclaircissent un moment que pour s'assom­\nbrir de suite après, accentuant ainsi éloquemment l'atmosphère\nde larmes et de désespoir où va prendre naissance leur amer\nbonheur.\n  Certes, les stances extatiques à la nuit de Tristan et Yseult,\nne dégagent pas cette impression de trouble, il semble bien\nplutôt qu'on perçoive là quelque vague et lointain écho des sym­\nphonies du ciel.\n   Mais, nous l'avons dit, il ne iaut pas rapprocher les deux\ndrames d'amour dont les similitudes ne sont qu'apparentes et de\nnature à frapper seulement les esprits superficiels. Dans le\ndrame wagnérien, Tristan et Yseult sont les incontestables pro­\ntagonistes de l'action, le roi Marke restant au second plan.\nDans le drame de Chausson, au contraire, le roi Arthus est\ncomme l'âme essentielle du poème, bien au-dessus de Guinèvre\net de Lancelot.\n   Au début du second acte, une symphonie caressante, tissée\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "8                          DURENDAL\n\n\nd'accords aux sonorités veloutées, raconte le prestige du mys­\ntère des bois, et le chant du laboureur, venant de bien loin,\npuis se rapprochant et s'enflant peu à peu, pour expirer enfin\ndans l'éloignement, exprime à merveille l'âme grave et triste qui\nplane sur la campagne pensive. L a scène du second acte entre\nLancelot et Guinèvre est animée d'un bout à l'autre du mouve­\nment le plus dramatique. L'orchestre, tout frémissant de fougue\norageuse, traduit avec une éloquence suggestive et une infinie\nvariété d'aspects les affres du combat suprême, et si la passion\ntriomphe à la fin, toute cette musique n'en laisse transparaître\nque la flamme grisante et empoisonnée torturant deux âmes\nravagées de honte.\n   Nous voici arrivé à un des sommets du drame, le monologue\ndu roi Arthus et la fantastique apparition de Merlin. L e style\ndevient grave et hiératique. L'architecture de l'orchestration se\nclarifie et s'allège. Seuls, quelques accords lourds de rêve s'al­\nlongent et se superposent comme dans de mystérieuses et gigan­\ntesques pénombres. Ces pages, à notre sens, sont très supérieures\nà tout ce qui précède et constituent une étape caractéristique de\ncette gradation merveilleuse par laquelle le drame s'élève peu à\npeu et d'une façon continue jusqu'aux plus sereines beautés. Il\nnous plaît de signaler cette ingénieuse remarque d'un des plus\navisés et des plus perspicaces critiques de la presse artistique\nbruxelloise observant l'emprise formidable des hantises wag­\nnériennes sur l'imagination musicale du poète et la vaillance\navec laquelle Chausson s'en défend, sortant de la lutte presque\ntoujours victorieux. Eh bien! cette victoire s'affirme toujours\nplus éclatante à mesure qu'on avance dans l'œuvre. Plus on\napproche du dénouement, plus l'esthétique du maître s'asseoit\n nettement, mieux aussi elle se dégage de l'enivrante et incoer­\ncible influence, et c'est évidemment dans la scène finale que\n le style et l'accent se personnalisent de la façon la plus com­\n plète.\n\n   Au troisième acte, la dernière scène entre Lancelot et Gui­\nnèvre, les adieux navrés de Lancelot se couronnant de repentir\nefficace et rédempteur en cette parole finale : « Ma vie désormais\nn'appartient qu'à mon roi, » le monologue de Guinèvre au moment\noù elle va se donner la mort, enfin le dialogue entre Lancelot\net Arthus, effleurant tous deux l'Infini, car l'un comme l'autre\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                           LE ROI ARTHUS                                9\n\nils vont mourir, sont des beautés d'ordre tout à fait supé­\nrieur.\n   « Fais-toi justice », crie Lancelot, « tue-moi et venge ton honneur».\n« Mon honneur », réplique fièrement le roi, « crois-tu donc qu'il\ndépende d'un autre que moi-même ? »\n   Elle est bien en rapport avec la hauteur morale du person­\nnage d'Arthus, cette réponse définitive, ce défi cornélien pulvé­\nrisant de son cinglant mépris le puéril code mondain relatif au\ndéshonneur qui s'attache à l'époux outragé. L'honneur del'homme\nprobe et confiant fait partie de sa personnalité même, dont il est\ncomme le lustre et la splendeur, et ce ne sont certes pas les\ncaprices insolents d'un misérable qui pourraient y porter\natteinte. Cette saine notion de l'honneur puisée aux essentielles\net divines sources de la plus élémentaire morale naturelle ren­\ncontrera probablement dans les foules peu d'écho sympathique,\nse heurtant à l'énervement de la société contemporaine malade,\nà la platitude et à la veulerie de l'esprit public régnant. Mais\nChausson n'avait pas à se préoccuper de ce côté de la ques­\ntion. L'idéal qu'il poursuit vaut mieux que celui des masses\nstupides.\n   P u i s Arthus continue : « Le souffle de la mort a déjà pâli mon\nvisage. Les choses de la terre comme à travers un suaire apparaissent\nà mes yeux. Au seuil de l'insondable nuit, mon regard s'arrête sans\ncolère, résigné et douloureux... Ah ! j'ai cru à la puissance de l'effort,\nà l'énergie de la volonté, sans relâche j'ai lutté. Et maintenant, que\nreste-t-il de toute ma vie ? Espérances déçues ! Inutiles, inutiles\nefforts! »\n   E h quoi ! la vertu serait-elle donc comme un nouveau rochel­\nde Sisyphe et l'homme, s'efforçant sur les pentes abruptes de\nl'existence vers les cimes vermeilles de l'héroïsme moral,\ndevrait-il s'attendre, près d'atteindre son but sublime, à être\nprécipité sans cesse, ainsi que le d a m n é de Virgile, au plus pro­\nfond de l'abîme? Serait-ce donc là la synthèse philosophique de\nl'œuvre?\n    Ecoutez la réponse de Lancelot transfiguré par le repentir :\n « Qui peut connaître la force des pensées et la durée des choses? A tra-\nvers les âges, ton nom peut-être périra, mais plus durable que son éclat\nsonore, ta pensée, Arthus, est immortelle». L'amour dont ton cœur\ns'enivra jaillit de la flamme éternelle. Tu vivras! tu vivras! Pour\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "10                          DURENDAL\n\n\n\nd'autres, la mort est l'éternel oubli. Ils disparaissent pour jamais\nhélas! comme moi. » (Il meurt.) Et Arthus, s'approchant de L a n ­\ncelot, laisse tomber la parole parfumée du pardon, de ce pardon,\nla plus riche prérogative de l'humanité, qui semble faire trôner\nla majesté divine en l'âme de celui qui pardonne. E t il dit sim­\nplement : « Repose en paix, pauvre âme. » Il est une expression\nqualificative dont la banalisation à outrance a énervé la suprême\nénergie et que nous n'hésiterons cependant pas à employer\nici en son sens essentiel et précis, toute cette scène est\nsublime.\n   Prêtez maintenant l'oreille aux cinquante dernières pages de\nla partition et vous serez absolument fixé sur la portée morale\ndu drame, car c'est la musique qui en embaumera les hautes et\ndéfinitives conclusions du parfum de ses fleurs sensibles et\néternelles. Laissez s'entraîner votre âme au charme exquis et\nsubtil de cette apothéose d'Arthus que synthétisent les dernières\nparoles du poème : « Sur ton front royal qu'a dédaigné la victoire,\nplane la suprême gloire d'avoir cru dans l'Idéal, »\n   Des voix d'anges scintillent aux confins de l'Infini, d'où, bien­\nfaisante rosée de paradis, elles tombent comme de symboliques\ngouttes de lumière rose sur la sombre trame orchestrale qu'elles\nilluminent. Certes, l'infortune d'Arthus semble en ce moment\nsingulièrement réduite et s'efface progressivement dans la brume\ndes contingences et voici que l'Absolu s'approche, Vengeur,\ndrapé dans le manteau d'or des clartés éternelles, symbolisé en\ncette nacelle lumineuse que berce amoureusement l'azur infini\nde la mer. Sont-ce des femmes divines, des fées ou des anges qui\nchantent le cantique de l'Idéal vainqueur, de la Vertu généra­\ntrice de Force, de Bonheur et d'Immortalité? Voyez, à ce\nmoment, Arthus sur le rocher surplombant la mer. Il a grandi\nsoudain d'une façon terrifiante et surnaturelle, prenant les pro­\nportions épiques d'un dieu... Et elle l'emporte, la nacelle paci­\nfique que pousse le souffle du ciel emplissant les ailes d'ange\nqui lui servent de voile, elle s'enfonce dans les lointains inno­\nmés, aux rives bleues des félicités sans fin, bercée dans le cha­\ntoiement frémissant de sonorités enchantées qui s'amplifient et\nflamboient tout à coup en majeur dans quelques accords symbo­\nliquesrappelant quelque peu l'inoubliable conclusion de ce\npoème tombé du ciel qu'on appelle Parsifal.\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                          LE ROI ARTHUS                            11\n\n\n\n   Telle nous apparaît cette œuvre, absolument belle tant au\npoint de vue dramatique et musical qu'au point de vue symbo­\nlique, psychologique et moral.\n   Nous ne nous attarderons pas à parler de l'interprétation du\nRoi Arthus à la Monnaie, et résumerons en quelques mots tout\nce que nous avons à en dire. Cette interprétation a été absolu­\nment supérieure, digne du théâtre de la Monnaie qui est sans\ndoute en ce moment une des premières scènes lyriques du\nmonde. H o n n e u r au trio idéal Albers, Dalmorès, P a q u o t !\nH o n n e u r à ces trois nobles et vaillants artistes dont le profond\nsens dramatique, l'ampleur d'interprétation, la plénitude et la\npuissance de vie qu'ils infusent à leurs personnages ne sauraient\nêtre assez hautement loués. M M . Forgeur, Danlée, Cotreuil,\nFrançois, H e n n e r ont rempli leurs rôles avec une compréhen­\nsion parfaite, un art consciencieux et perspicace. L'orchestre\nD u p u i s a été comme toujours vivant et coloré. Signalons, enfin,\nles ravissants décors de M. Dubosq, chefs-d'œuvre d'imagina­\ntion poétique et de réalisation artistique, et les costumes des­\nsinés par l'exquis poète qu'est F e r n a n d Khnopff, admirables\ntant au point de vue esthétique absolu qu'au point de vue\névocatif.\n   U n e seule chose est à déplorer et le cœur se serre à la pensée\nque le maître éternellement absent, brusquement arraché à la\ntendresse des siens par une mort aussi cruelle qu'inopinée,\nn'ait pu sentir son âme tressaillir en assistant à la consécration\ndéfinitive de son œuvre chérie.\n\n                                          GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "Rêveries de Suisse et de la Forêt=Noire\n                           Solitude\n                                          Ein Fichtelbaum steht einsam.\n                                                 Intermezzo de HEINE.\n\n    Pin solitaire et nu, frémis au vent du Nord.\n    Dans le ciel chaviré, sur les genêts des plaines,\n    vers l'Orient brumeux aux clartés incertaines,\n    quel songe fait pleurer tes branches et les tord?\n    Tu voudrais transplanter tes souffrances     hautaines\n    et vibrantes dans un désert d'azur et d'or :\n    tu rêves d'un palmier au feuillage qui dort\n    sur l'immobilité bleuâtre des fontaines.\n    Frère. Dieu sans l'espoir t'a donné le désir,\n    le désir qui féconde et soulève ta sève :\n    rêve, ta vie est là! ton âme est dans ton rêve,\n    ton rêve est le bourgeon qui pousse et va sortir.\n\n\n\n                       „ Sehnsucht ''\n                                 « Kennst du das Land? »\n                                        GŒTIIE, la romance de Mignon.\n                                 \" Ich weiss nicht was soll es bedeuten\n                                 » Dass icli so traurig bin;\n                                 » Ein Marchen aus alten Zeiten\n                                 » Das kommt mir nicht aus dem Sinn! »\n                                                        HEINE, Lorelei.\n\n    Connais-tu le pays où coulent les grands fleuves\n    emportant le passé vers l'océan du Nord,\n    où l'image est plus douce aux ondes toujours neuves,\n    — où la vie est plus lente et plus loin de la mort?\n\n    Connais-tu la maison, brune en la Forêt-Noire,\n    où la lampe, le soir, annonce le Retour?\n    le cor de la légende a pleuré dans l'ivoire,\n    et la voix des yeux bleus a chanté dans l'amour.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "             RÊVERIES DE SUISSE ET DE LA FORÊT-NOIRE               l3\n\n\n        Connais-tu la montagne où la ruine verte,\n        par son même lierre et ses oiseaux  pareils,\n        est la sœur du vieux chêne aux branches      découvertes\n        qui rêve d'un palmier aux pays du soleil?\n        Sais-tu ce qu'ils m'ont fait pour me rendre si triste?\n        C'est là que je voudrais aimer j)our aimer    mieux...\n        ... Un conte du passé dans mon rêve persiste :\n        où le pêcheur est mort d'avoir levé les yeux.\nFreiburg im Breisgau, 12 décembre au soir.\n\n\n\n                    Le Couvent de la Maigrange\n                  Mon cœur est un grand     paysage\n                  avec des monts et des torrents,\n                  — et des rochers si hauts, si grands,\n                  que la peur vous prend au passage !\n                  Tout au fond, sur de gros       cailloux,\n                  très large, coule une rivière :\n                  elle coule, et laisse en arrière\n                  un pont qui brise ses remous.\n                  Mais, oublié, presque    invisible,\n                  derrière les arbres du bord,\n                  il est un couvent où tout dort,\n                  — de mon cœur seul endroit paisible :\n                  C'est un béguinage si vieux\n                  que je n'en sais plus l'origine :\n                  je la cherche et je la devine\n                  dans mes beaux jours d'enfant     pieux.\n                  Les murs sont grands et lézardés ;\n                  les fenêtres, toutes petites,\n                  s'ouvrent à peine, closes vite\n                  par les rideaux bien ravaudés !\n\n                  Le petit clocher, quand il sonne\n                  les offices au chœur secret,\n                  sonne si bas que l'on dirait\n                  un vol de mouches qui bourdonne!\n\n                  Les bonnes sœurs qu'on ne voit pas\n                  ont la robe blanche et le voile,\n                  et vont, sous leurs coiffes de toile,\n                  discrètement, à petits pas :\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "14                             DURENDAL\n\n\n               Elles ont eu de gros chagrins\n               par ma faute, — qu'elles pardonnent !\n               alors, sans rien dire à personne,\n               essuyant leurs yeux plus sereins,\n               l'une après l'autre, dans ce cloître,\n               elles sont venues s'enfermer :\n               et Dieu les a guéries d'aimer,\n               et leur peine a cessé de croître.\n               Et moi, pendant ce temps, j'allais,\n               dispersant ma jeunesse folle\n               à plein cœur, à pleines paroles,\n               à droite, à gauche, où je voulais!\n               ignorant leurs bonnes prières,\n               — les bonnes prières des morts ! —\n               et les inutiles efforts\n               des pénitences     journalières.\n               Et lorsque, par hasard, j'ai su\n               le mal de mes prouesses vaines,\n               et combien j'avais fait de peines\n               à leur amour inaperçu,\n              je me suis senti quelque honte!\n               Et je me sens quelques remords\n               quand je me promène, au dehors,\n               le long des clôtures qui montent ;\n               Aussi promptement que je peux,\n              je passe et regarde autre chose,\n               en détournant longtemps les yeux\n              pour ne point voir les portes closes.\n     Fribourg en Suisse, le 14 octobre, Maigrauge.\n\n\n\n                 L'ermitage de la Magdelaiue\n              Perdu dans la forêt hautaine,\n              loin de la ville et du village,\n              mon cœur est comme un ermitage\n              avec un grand prie-Dieu de chêne.\n              Quelquefois, — au matin, le soir, —\n              si fort quelle peut, claire et nette,\n              sonne sa petite clochette\n              qui me rappelle à mon devoir.\n     Fribourg en Suisse.\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "    RÊVERIES DE SUISSE ET DE LA FORÊT-NOIRE          l5\n\n\n\n          La route de la Chapelle=Rouge\n         Mon cœur est parfois une route,\n         — la route qui vient de la ville, —\n         par des carrefours qu'on redoute,\n         droite, sans détour  inutile!\n         Comme on lui sait beaucoup    d'histoires\n         de brigands et de précipices,\n         le passant de bonne mémoire\n         se hâte aux endroits  impropices.\n         La route va vers des villages\n         où mainte auberge bien ouverte\n         offre ses bancs, sa treille verte,\n         et ses servantes peu     sauvages.\n         Sur des chars des paysans     passent,\n         hommes, femmes, les jours de foire,\n         avec des chants et des menaces,\n         tout le temps, jusqu'à la nuit noire ;\n         les carrioles vont et roulent\n         de travers, de gauche, de droite;\n         on se croise ; c'est une foule\n         prise de vin et     maladroite...\n         Et, seule, à l'écart, délaissée,\n         c'est une petite chapelle\n         qui les regarde,     courroucée,\n         dans sa solitude     éternelle.\nFribourg eu Suisse.\n\n\n            „ Le bosquet des glaciers \"\n         Au-dessus des buissons vert tendre,\n         entre deux arbres : hêtre blanc,\n         sapin lourd de pivots     tremblants,\n         on voit tout le pays s'étendre ;\n          Toits rouges et bruns, noyers verts,\n          un champ qui monte et qui domine,\n          un léger brouillard ; au travers,\n          le contour bleu d'une colline;\n         et, remplissant l'horizon pur,\n         masses blanches et pointes roses,\n         immenses dans l'immense       azur,\n         ce sont trois glaciers grandioses !\nCressier,11juillet 1903.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                DURENDAL\n\n\n\n\n                  Le beau paysage bleu\n           Les montagnes pendant des lieues\n           se reflètent dans le lac pur;\n           un beau sommet de glace bleue\n           semble se fondre dans l'azur ;\n\n           il passe un nuage bleu pâle,\n           très haut, très lent, bientôt perdu ;\n           seul, l'écho d'un ranz entendu,\n           et, seul, le bruit d'une cigale.\n\n           L'oiseau bleu, chante dans le cœur,\n           l'âme est nouvelle et comme vierge;\n           et l'œil poursuit le vol en fleur\n           d'un papillon bleu sur la berge.\nLe 16 juillet.\n\n\n\n\n                                 Soleil\n                    Le soleil tout là-haut     rayonne,\n                           si clair, si clair!\n                   Quel beau paysage, où rayonne\n                           Le plateau vert!\n\n                 Là-bas, des glaciers, des montagnes,\n                           tout blancs, tout bleus;\n                   des nuages sur les montagnes,\n                           tout bleus, tout blancs;\n\n                   et de l'azur sur les nuages,\n                             tout blancs, tout bleus!\n                      c'est mon pays, ce paysage :\n                             — ce sont les cieux !\nCressier, le 17 juillet 1903.\n\n                                           GONZAGUE DE    REYNOLD.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                       Heures de flânerie\n                                   Le Stockhorn\n                  E Stockhorn est u n e des montagnes les plus pittoresques des\n                     environs de T h u n et la cime principale d'une chaîne qui\n                     va finir dans le canton de F r i b o u r g . Q u a n d le soleil frappe\n                     ses parois de calcaire, il ressemble à u n e colossale capsule\n                     de fer chauffée à blanc. Lorsque le ciel est couvert, il se\n                     profile sur les n u a g e s comme u n e tour géante et fantasti­\n                     que. On peut le gravir par différents côtés, mais le chemin\n                     le plus agréable est celui qui passe par le petit village de\n                     Blumenstein.\n   C'est de cette localité que je suis parti u n j o u r de septembre, à 4 heures du\nmatin.\n   A ce moment, l'obscurité est encore g r a n d e . Devant moi, les chemins\ns'entre-croisent et s'embrouillent, et je n'ai pour me guider que le grondement\ncontinu d'une cascade qui descend des flancs du Stockhorn.\n   Mais l'aube pointe insensiblement. Les étoiles pâlissent. U n e forme bla­\nfarde se dessine bientôt devant moi, entre les arbres, comme un grand fan­\ntôme. C'est l'église de Blumenstein. Elle est toute petite et rustique à souhait.\nU n cimetière large de quelques pieds fait une ceinture verte à ses murailles\nblanches. D e u x ou trois roses s'épanouissent au-dessus de ses tombes. Il\nsemble que de la route on pourrait, en étendant la main, caresser la cloche\nde bronze qu'on aperçoit par u n e lucarne de la tourelle. E n face, de l'autre\ncôté du chemin, se trouve le presbytère. L u i aussi est rustique à souhait. Les\nextrémités de son grand toit brun se recourbent légèrement comme dans les\npagodes; ses murailles blanches sont traversées de lambourdes goudron­\nnées; u n e vigne, qui court tout autour, le cache presque complètement sous\nses larges feuilles vertes. Ses persiennes sont fermées et une paix, aussi\nsereine que l'aube qui s'éveille, l'enveloppe tout entier. Cette m ê m e paix se\nretrouve dans le j a r d i n ; elle plane sur les dahlias et les œillets, sur les con­\ncombres, les salades et les choux.\n   U n chat est accroupi sur le petit mur qui sépare le j a r d i n de la route, u n\nchat gros et grave, un vrai R a m i n a g r o b i s , qui porte sa robe blanche et noire\ncomme une douillette. A peine daigne-t-il me faire l'aumône d'un regard de\nses yeux verts. Il s'intéresse visiblement à peu de choses, bien qu'il lève de\ntemps en temps le nez vers Vénus, la brillante étoile du matin, dont la\ngrande flamme j a u n e palpite à l'orient comme u n e lampe qui va s'éteindre.\nCe chat doit être un auditeur attentif du pasteur, lorsque celui-ci commente\nla bible, le soir, au milieu de sa famille, inspiré par le g r o n d e m e n t du tor-\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "18                               DURENDAL\n\n\n\nrent en hiver, par le bruissement de la cascade en été. Dissimulé derrière le\npoêle de porcelaine, il rumine les sages paroles qui tombent des lèvres de son\nmaître et il s'efforce de les mettre à profit, plus raisonnable en cela que les\nhommes, qui accordent si rarement leurs actes avec leurs principes. Il sait\nque la vie, avec tout le bonheur qu'elle contient, peut parfaitement tenir entre\ncette petite maison blanche et ce petit cimetière fleuri. Il sait aussi qu'il n'y\na qu'un pas de l'une à l'autre. Alors à quoi bon se créer d'inutiles soucis?\nPourquoi vouloir courir au pôle Nord ou au pôle Sud, sur l'Himalaya, le\nMont-Blanc ou même simplement sur le Stockhorn ?...\n   Ainsi raisonne le chat. Je l'admire; mais, comme je suis un homme, je ne\nl'écoute pas. Je franchis le lit rocailleux du torrent, je me glisse sous des\nbroussailles et je commence à monter par u n sentier imperceptible et tout\nhumide de rosée.\n   Beaucoup de braves gens — proches parents du chat pastoral de Blumen­\nstein — s'imaginent que les ascensions de montagnes ne se font que pour\ndeux raisons : parce qu'on est fou lorsque la montagne est très élevée et d'un\naccès difficile; pour jouir d'un vaste panorama quand la montagne est d'un\naccès relativement aisé. Il existe, cependant, une troisième raison que les\nchats ne soupçonnent point. Les chats, après tout, ne pensent peut être pas\nplus loin que leur nez et ils ont le nez court. Il y a un plaisir tout spécial et\ninfiniment poétique à gravir pédestrement une montagne. Les personnes qui\nmontent au Righi par le chemin de fer l'ignorent. U n e montagne pourvue\nd'un chemin de fer est l'équivalent d'une pyramide ou d'une tour. En suppri­\nmant les fatigues de la montée, on ne supprime pas u n e corvée, mais le\nplaisir le plus vif et le plus savoureux que puisse donner une montagne. Nulle\npart, on ne se sent plus près de la nature, plus intimement en communion\navec elle, que lorsqu'on gravit, le front en sueur et la poitrine haletante, u n\nde ces petits sentiers capricieux qui filent sous bois, se glissent dans les\nherbes, franchissent des rocs, se perdent dans le voisinage d'un chalet, réap­\nparaissent un peu plus loin et finissent par s'évanouir tout à fait, pour\nvous laisser escalader comme vous pourrez la cime dont vous avez fait\nvotre but.\n   L a nature se déploie ici dans toute sa force et dans toute sa grandiose sau­\nvagerie. Les sapins, très verts et très touffus au pied des montagnes, s'éclair-\ncissent petit à petit, diminuent insensiblement de vigueur, deviennent, à\n15 ou 1600 mètres, des buissons rabougris. A cette altitude, ils s'arrêtent\ngénéralement. Seul, le gazon continue, là où il peut pousser, à déployer\nson tapis vert et parfumé, qu'égaient, en été, des milliers de fleurs sauvages.\n   A cette époque, il n'y a plus guère de fleurs. Quelques œillets seulement\ndressent, par-ci par-là, leurs petites étoiles mauves, à côté de quelques gen­\ntianes bleues. La vie commence à disparaître des pâturages élevés. U n mou­\nton noir montre toutefois encore sa tête ahurie au-dessus de moi, entre deux\nrocs; un berger, debout sur un contre-fort qui s'avance en éperon vers la\nvallée, profile sa silhouette sévère sur le ciel limpide.\n   La cime du Stockhorn, qu'une sommité plus basse m'a cachée p e n d a n t\nquelque temps, reparaît dès que j'ai franchi cette sommité, mais sous u n\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                           HEURES DE FLANERIE                                  19\n\n\nautre aspect. Ce n'est plus un bloc de pierre quelconque, mais la tête à moitié\nrongée d'un énorme sphinx, dont le corps immense s'allonge sous mes pieds.\nQuelques choucas, qui voltigent au-dessus, s'écartent à mon arrivée pour me\nlaisser jouir en paix du panorama féerique qui se déroule autour de moi.\nD'ici, le regard, passant par-dessus le lac de Thun, embrasse toute la plaine\nnord-ouest de la Suisse, suit la ligne noire du Jura, distingue les Vosges, les\nmontagnes de la Forêt Noire, puis vient se poser, de l'est au midi, sur toute\nla chaîne des hautes Alpes, depuis le Wetterhorn jusqu'au Mont-Blanc.\nImmédiatement à mes pieds — du côté des hautes Alpes — se trouve un\nentonnoir gigantesque formé par un cirque de rochers pointus, d'un gris\nsombre et tout déchirés. Le soleil, qui les éclaire obliquement, ne les égaye\npoint. Des avalanches de pierres, détachées de leurs parois, ont glissé sur\nl'herbe et s'étalent en éventail au fond de la cuve, où un petit lac scintille\ncomme une émeraude. Seulement, je sais que ce n'est pas une émeraude...\nC'est même un assez vilain lac. Je l'ai côtoyé l'an dernier. Des roseaux\nmaigres font le tour de ses bords, son eau immobile est glauque et comme\nmorte, et l'œil ne peut en sonder le fond.\n    C'est le lac sournois des romans de Walter Scott et des nouvelles d'Edgar\nPoë ; c'est le voisin habituel des châteaux ténébreux. Une petite barque noire,\namarrée dans une crique sombre, doit être une barque de sorcières, car c'est\ndans des endroits comme ceci qu'elles tiennent leur sabbat. Voilà même le\nlieu où elles doivent danser : un lit d'ancien glacier, une grande surface de\npierre polie qui dévale en gradins, propre, luisante et striée de crevasses sin­\ngulières, qui ne peuvent avoir été creusées que par les ongles du diable quand\nil frappe le sol de son pied fourchu pour marquer la mesure.\n    « Explique-moi, ou je te dévore », disent les sphinx. Celui sur la tête\n duquel je me trouve apostrophe sans doute le temps de cette manière depuis\n des siècles et des siècles. Depuis des siècles et des siècles, le temps sourit de\npitié, hausse les épaules et répond au sphinx : « Je ne t'expliquerai pas et c'est\n moi qui te dévorerai ». Car ces colosses de pierre, si terribles, si superbes et\n si forts, n'échappent pas à l'éternelle lutte entre ce qui est et ce qui'veut être.\n Ils sont, ils existent dans leur forme définitive, et c'est une raison pour qu'ils\n soient détruits. Cette vie qui monte du fond de la vallée, incarnée dans une\n verdure luxuriante et parfumée, est la mort des rocs. Joyeuse et gaie dans le\n bas, où les feuillages de ses châtaigniers, de ses érables et de ses hêtres sont\n pleins de sourires, de clartés et de chansons, elle devient insensiblement\n sérieuse, concentre tous ses efforts dans ses sapins noirs et dans son herbe\n verte, pousse cette herbe seule quand les sapins ne peuvent plus avancer,\n puis, lorsque l'herbe, à son tour, est vaincue, elle lutte encore avec ses brins\n de mousse. Et la pierre se fendille, se déchire, éclate, roule dans la vallée, où\n la terre la recouvre, l'effrite, la décompose et se l'assimile petit à petit.\n    Et maintenant, hommes pacifiques, venez prendre des leçons auprès de la\n nature! Elle vous répondra qu'elle est :\n\n                                 l'impassible théâtre\n                      Que ne peut remuer le pied de ses acteurs.\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "20                                 DURENDAL\n\n\n   Elle vous répondra qu'il faut ici-bas qu'on se batte, qu'on s'égorge et qu'on\nse massacre. Elle absoudra les Anglais qui ont détruit les Boers, les Turcs qui\nont assassiné les Arméniens. Elle vous montrera un petit papillon bleu qui\nvient justement de s'abattre auprès de moi et qui fait des bonds désespérés\npour échapper à une vilaine araignée qui l'étreint dans ses pattes. Mais elle\nvous montrera aussi l'œillet sauvage qui brille dans l'herbe, la gracieuse gen­\ntiane qui regarde amoureusement l'œillet et le soleil qui laisse tomber des\ngouttes d'or sur le lac morose au fond du ravin... Elle vous dira que ces\nbatailles, ces souffrances, ces deuils, ces espoirs, ces sourires, cet a m o u r et\nces jeux de soleil — elle vous dira que tout cela, c'est la vie. Si vous lui en\ndemandez davantage, elle mettra un doigt sur sa bouche !\n\n   Quelques heures plus tard — comme le crépuscule tombait et que les choses\nchatoyaient dans une poussière de pierres précieuses — j'étais assis dans la\ntonnelle d'un café d'Erlenbach.\n   Erlenbach est un des villages les plus cossus de l'Oberland bernois. Ses\nchalets sont vastes et construits avec goût. Des sculptures naïves décorent\nleurs lambourdes; les extrémités de leurs poutres, qui font saillie au dehors,\nsont taillées en mascarons; les portes ont des serrures ouvragées; par-ci par-\nlà, des écussons sont peints sous les auvents des toits. Erlenbach doit son\nopulence au commerce de bétail. L a vallée de la Simme — le Simmenthal —\noù il se trouve, donne son nom à la race de vaches la plus réputée de la Suisse.\nCes vaches sont grandes et grosses, elles ont le poil blanc et fauve et elles\nportent une sonnette au cou comme toutes leurs sœurs du pays.\n   En ce moment, ces sonnettes ne tintent point. C'est dimanche. L e s\n« Senner » fument leurs pipes de porcelaine sur le seuil des étables; leurs\nmaîtres sont au café où ils boivent des « litres » et s'entretiennent du prochain\nreferendum; deux amoureux se promènent bras dessus bras dessous; u n e\njeune fille tapote sur un piano, en chantant d'une voix grêle et criarde; u n e\npetite vieille, vêtue de noir et courbée par les ans, passe avec une c o u r o n n e\nde houx, qu'elle porte sans doute au cimetière; u n ivrogne titube au milieu de\n la route...\n   Chacun — obéissant à son tempérament et à son caractère — jouit ainsi\n comme il peut des derniers beaux jours de l'année.\n\n                                                              HUBERT     KHAINS.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "Le dernier Livre\n           de M. Camille Lemonnier :\n                       Comme va le ruisseau\n\n                  CELUIqui — délaissant l'ardente mélancolie ou l'apaisante\n                    et monotone sérénité des campagnes flamandes — s'est\n                    attardé durant quelques longs jours dans l'un de ces\n                    coins montagneux et boisés au fond desquels la Meuse,\n                    ou telle de nos délicieuses rivières condruziennes, pro­\n                    mène la nonchalante bonhomie de ses eaux, celui-là jouira\n                    avec intensité du dernier livre de M. Camille Lemonnier...\n                       Avant d'essayer de noter ici avec quel sens direct et\n                    perspicace de la réalité poétisée, avec quelle compréhen­\nsion de l'âme même du terroir et des gens évoqués, le romancier a réussi\nl'œuvre délicate de traduire en quelques pages ensoleillées l'impression que\ncette réalité et que les élans de cette âme doivent provoquer en nous, je\nvoudrais, tout au moins, indiquer l'atmosphère pure et originale où se\nmeuvent les héros de ce récit rafraîchissant.\n   C'est une trouvaille déjà que ce titre, à la fois empreint d'une philosophie\nrésignée, doucement fataliste, et relevé d'intime poésie : « Comme va le ruis­\nseau... » Et l'auteur de plus de cinquante volumes, où s'est dépensé le talent\nle plus souple, le plus renouvelé, tantôt emporté jusqu'aux erreurs d'un réa­\nlisme brutal, tantôt rompu aux caressantes blandices des contes enfantins,\ns'affirme, dans ce dernier né de son cerveau, éternellement jeune et poète, et\nplus que jamais épris de la vie...\n   Mais, il faut le dire sans tarder, c'est aux meilleurs de ses livres anciens,\nc'est aux plus tendres, aux plus religieusement pétris d'amour universel et de\nferveur patriale que s'apparente « Comme va le ruisseau... » Certaines pages\nde C'était l'été ou du Vent dans les moulins pouvaient le faire pressentir déjà,\nmais surtout la miséricordieuse et fervente humanité du Petit homme de\nDieu.\n   Cette tendresse, pourtant, n'est point si nouvelle chez l'auteur, et nous\npourrions, si nous voulions retrouver dans le patrimoine littéraire de\nM. Lemonnier une œuvre qui nous donnât des sensations analogues à celles\nque nous suggère son dernier roman, nous reporter jusqu'à l'Arche, «Journal\nd'une maman », cette grisaille attendrie et mélancolique, où, parmi les\nefforts victorieux d'une volonté persévérante et virile, tant de sollicitude et\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "22                                DURENDAL\n\n\n\nde pitié, tant de compréhension véritable du sens de la Bonté et de la Vie\napparaissent déjà.\n  E n parlant de l'Arche, c'est M. Camille Lemonnier lui-même qui a pu\ndire :\n    « De livre en livre, j'ai expulsé le vieil homme, l'humanité qui me fut trans­\nmise et me rattache à la pluralité des hommes de ces temps troublés. Comme\nje pense m'être graduellement affranchi, j'ai préparé la venue de l ' E s p r i t\ndans la maison de la Bête. De cette façon aussi, j'espère m'acheminer à ces\nlivres de demain, qui seront, après mes crépuscules, pleins de lumière, après\nles geôles, la délivrance de l'homme, sinon tout à fait libéré, du moins plus\nprès déjà de la vérité des buts de la vie.\n    » Je considère l'Arche comme une tendance déterminée en moi vers cet art\ndifférent que je voudrais réaliser. Ce n'est plus la vie, ni en rose ni en noir,\nmais en demi-teintes, moins immédiate, sensibilisée d'autre chose. C'est sur­\ntout l'effort de la bonne conscience, l'aspiration vers le mieux de l'esprit et\nde la vie... »\n    Tous ceux qui sauront lire « Comme va le ruisseau » dans l'état d'esprit que\nmérite une telle lecture, comprendront, combien l'auteur, en dépit des stades\net des reculs qui séparent l'Arche de ce dernier roman, s'est approché de la\nréalisation de son ultime désir.\n    Qu'est-ce pourtant que le sujet de ce roman? C'est un rien, c'est un furtif\n mouvement de la conscience dans un petit cœur de fillette, mouvement qui\n change et fixe à jamais, dans le sens du dévouement et du sacrifice, l'aiguille\n aimantée d'une destinée.\n     La jeune Noémie Larciel, un peu anémiée par le souffle malsain d'une\n grande ville, est envoyée, pour se refaire du sang, dans un petit village wal­\n lon, endormi au bord du fleuve, et qu'anime d'une vie ténue et pourtant revi­\n gorante et vivace, un minuscule port de bâtelets, « la marine ». Elle y ren­\n contre Jean F a u c h e , un grand diable de garçon silencieux et gauche, vivant\n là-bas d'une existence assez mystérieuse d'homme riche et oisif, pêcheur,\n museur, occupant ses heures inactives soit à peindre des coins d'ombre ou d e\n soleil, soit à prendre moult ablettes, brochets, chevènes, qu'il s'en va porter\n à la ville, à certains intervalles trop réguliers pour ne point donner à penser\n au populaire malicieux... E t comme Noémie est espiègle, jeune et fraîche,\n pure comme cristal, ignorante tout à fait de l'amour, il était indiqué que cet\n escogriffe timide et musclé tomberait amoureux de cette enfant fragile : il\n était indiqué aussi que la gaucherie et la maladresse un peu ridicule de ce gars\n au cœur d'or séduiraient le cœur de l'innocente rieuse... Mais le jour où J e a n\n  F a u c h e lui demande sa main, le jour où le géant parle en tremblant à la\n gamine, il se réveille dans le cœur de celle-ci, où l'amour déjà s'était victo­\n rieusement installé, un étrange sentiment d'inquiétude et de remords : c'est\n qu'elle a laissé là-bas, dans la grande ville tapageuse, tout une r e m u a n t e\n famille de fillettes qu'elle instruisait et dont elle s'attachait à pétrir de purs\n sentiments les petits cœurs frémissants... Institutrice?... N o n , vraiment,\n petite mère plutôt, inquiète et active, car son cœur a pour ces enfants des\n mouvements impérieux et instinctifs qu'elle démêle mal parfois, mais dont\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "             LE DERNIER LIVRE DE M. CAMILLE LEMONNIER                                 23\n\n\n elle ne peut se dissimuler l'exigeant despotisme. Elle est créée, comme le\n ruisseau qui va vers une destinée inconnue, pour s'en aller, elle aussi, en\n façonnant des âmes et des coeurs qui ne seront point sortis de sa chair. Bien\n souvent, depuis qu'elle est au village et qu'elle parle aux petits d'ici, le sou­\n venir poignant lui est revenu des orphelines qu'elle a quittées :\n     « Noémie s'était prise de bonne amitié pour ces petites pauvres qui sen­\n taient la bruyère et la fumée des àtres. C'étaient aussi de petites pauvres\n que se composait sa classe à la ville; mais elles n'avaient pas, comme celles ci,\n l'air libre de la montagne : elles inclinaient sur l'épaule de pâles visages de\n souffrance. Elles lui en étaient d'autant plus chères. Il avait vraiment fallu\n l'ordre des médecins pour qu'elle se décidât à les quitter. E t elle se rappelait\n le jour où elle leur annonça qu'elle allait être momentanément remplacée par\n une autre maîtresse. Elles se pendaient à sa robe, lui baisaient voracement\n les mains en pleurant et criant comme si jamais elle n'eût d û revenir. Ah! la\n b o n n e et tendre h u m a n i t é que celle qui, pour avoir le courage de vivre, ne\n possède que son cœur! »\n     Maintenant que l'Amour, impérieux et doux, cogne à la porte entr'ouverte,\n sacrifiera-t-elle cette destinée d'oubli de soi et d'amour universel, au b o n h e u r\n u n peu égoïste, mais si chaud et si caresseur que lui offre Jean F a u c h e ? . . .\n Débat cruel d a n s cette âme printanière et dont l'issue, peut-être, semblera\n invraisemblable à quelques lectrices. Avouez d'ailleurs que cette voix mysté­\n rieuse retentit' un peu à l'improviste et que M. Camille Lemonnier nous a\ninitiés avec trop d'adresse et de minutie au lent et profond envahissement\nde ce cœur par la passion chaste et dominatrice, pour que, p e n d a n t u n\nmoment, cette décision ne n o u s s u r p r e n n e . . .\n    Mais admirons aussi, dans les dernières pages du récit, avec quelle vigueur\ndélicate et avec quelle pénétration souple l'auteur nous rend cette issue vrai­\nsemblable :\n    « Noémie contemplait le miracle éternel de la petite source: on l'avait tou­\njours c o n n u e , descendant du plateau et sans jamais s'arrêter, continuant à\nverser son petit flot. L e lieu était religieux c o m m e un baptistère dans u n e\néglise : les anciens hommes étaient venus là avec les vases sacrés comme les\nfemmes allaient encore là remplir leurs seaux. C'était simple et inexplicable\nà l'égal d'un mystère. L e bon Dieu des campagnes regardait à travers les\nhauts croisillons des rameaux. L e ciel avait l'air d'un vitrail entre le vert\nlumineux des feuilles. E t à petites fois, sans trêve, avec un bruit r y t h m é\ncomme la musique m ê m e du sang de la terre, coulait le filet d'eau.\n    » L e s racines de l'être frémirent en N o é m i e ; la vie des âges passa, la\ntransmission indéfinie des puissances h u m a i n e s . Comme la petite o n d e , elle\nvenait, elle aussi, d'un lointain obscur où des j e u n e s filles, des fiancées, des\namoureuses s'étaient penchées sur les sources profondes, tâchant de conjec­\nturer leur destin. Rien n'avait pu arrêter la vie des races; rien n'avait pu avoir\nraison de la petite onde intérieure...\n    » Noémie trembla. Elle sentit que, par u n e pente naturelle, sa pensée\nl'entraînait. Elle se rappela le mot de J e a n F a u c h e : « Comme va le ruisseau... »\nElle compléta mentalement : « Comme vont les ondes de la vie, comme va\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "24                                DURENDAL\n\n\nl'élan des âmes... » Une seconde, sa vie s'arrêta : elle souffrait une peine\nvive. La vérité fut plus forte... Et si, par exemple, c'est le flot des charités\nfraternelles qui jaillit du cœur de l'homme, existe-t-il quelqu'un au monde qui\npuisse dire qu'il en fera dévier le cours?\n    » Jean Fauche, pourtant, lui avait dit si doucement :\n    » — Voulez-vous être ma femme ?\n    » Mais, en disant cela, c'était comme s'il avait dit :\n    » — Noémie, vous et moi seront seuls ensemble sur la terre désormais avec\nle petit enfant que j'ai déjà et ceux que nous aurons l'un de l'autre.\n    » Sa gorge frémissante entre ses mains, elle sentait que sa vie était restée\nlà-bas où il y avait d'autres vies auxquelles elle était nécessaire. La source\nprofonde dans son cœur grésilla, sanglota. Il sembla que Juliette, Adèle,\nConstance et les autres venaient à la fontaine et pleuraient de grosses larmes.\nEt elle aussi maintenant savait qu'il n'y aurait jamais personne, ni Jean\nFauche ni un autre, pour avoir raison de cette force incompressible de la\npetite onde éternelle.\n    » Elle n'était pas triste et elle n'était plus seule. Une humanité l'entourait,\nsa vraie famille à elle qui avait été mise au monde pour aimer maternellement\ncelles qui n'avaient pas connu l'amour. Encore une fois, Jean Fauche aurait\npu dire : « Comme va le ruisseau... » L'eau suivait sa pente : elle descendait\nde la montagne et courait se perdre dans la vallée.\n    » Elle fut soudain décidée. Elle rentra à l'hôtel, appela la grosse hôtelière :\n    » — Ecoutez, marne Moya, il ne faut le dire à personne, mais je m'en vais\ndemain; je dois m'en aller. Gardez-moi le secret jusque-là, faites cela pour\nmoi.\n    » La bonne femme avait les yeux humides.\n    » — Allez, dit Noémie, je pleurerai bien plus que vous, mais je dois partir,\n il le faut... »\n    M. Camille Lemonnier, bien aisément, eût pu rendre le sacrifice de Noémie\n plus excusable aux yeux des gens sensibles... et sensés. Que ne donnait-il\n plutôt à cette petite exaltée toute une ribambelle de frères et de sœurs orphe­\n lins auxquels ses 20 ans d'aînée auraient été indispensables et qui eussent fait\n obstacle absolu à son mariage avec Jean Fauche? Mais, précisément, c'est\n une subtile âme de missionnaire et d'apôtre qu'il a voulu mettre sous l'ensor­\n celante enveloppe de cette Noémie aux chansons, dont le grand chapeau\n fleuri et les mousselines roses égaient toute la contrée... Elle est là pour\n aspirer l'air du bon Dieu, mais aussi pour aimer jusqu'à ses sœurs les bêtes, et\n pour faire le bien. Elle soigne les vieilles oubliées et les mignons enfants\n qu'on abandonne. Elle s'installe au chevet de tous ceux dont le chevet, sans\n elle, fût resté solitaire. Son cœur est comme une vaste fleur dont elle éparpille\n les pétales parfumés sur l'humanité souffrante qui l'entoure. Et c'est ainsi que,\n peu à peu, elle avait senti grandir en elle de tendres et solitaires impressions.\n Ses pas la ramenaient sans cesse vers le vieux cimetière du village qui lui\n donnait d'austères leçons. Dans la solitude de son cœur, avec sa vie en elle\n qui, elle aussi, était faite de souvenirs comme un petit cimetière de roses et\n de soucis, elle se sentait si vieille déjà!\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "            LE DERNIER LIVRE DE M. CAMILLE LEMONNIER                                    25\n\n\n    — Oui, se disait-elle, vivre ici dans la vallée, au pied de la m o n t a g n e , et,\nle jour venu, fermer tranquillement les y e u x . . . Ah! ce serait bon !\n     « Passant ensuite devant la pierre murée au chevet de l'église, elle saluait\nd ' u n signe de tête la mémoire du vieux curé qui, p e n d a n t u n demi-siècle,\navait paît ses ouailles dans les chemins de l'Évangile. C'était comme si elle\nl'eût connu en vie, comme si, à la bénédiction, elle se fût courbée sous le geste\nde ses mains vénérables.\n\n    » Elle s'en allait raffermie pour avoir communié avec cette simple h u m a ­\nnité qui avait trouvé la vie b o n n e , malgré ses misères, et ne l'avait quittée\nqu'à regret, le plus tard qu'elle avait pu. P a r delà le cimetière, derrière les\npetites clôtures en pierre, les choux, les carottes, les pois sur leurs ramettes\nétaient c o m m e un symbole des fructifications h u m a i n e s , sorties des jardins de\nvie. Toute l'affaire était d'aimer : il fallait b e a u c o u p aimer autour de soi pour\nmériter de vivre. C'étaient ceux qui avaient le plus aimé qui avaient le mieux\nvécu.\n    » — Voilà, oui, se répétait-elle longuement, il faut beaucoup aimer... »\n    Ce qui fait le charme irrésistible et l'originalité de cette délicieuse création\nde M. L e m o n n i e r , c'est qu'il a su, lui d o n n a n t une essence de sœur de charité\net d'apôtre, éviter de la rendre prédicante et hiératique, la laisser femme et\nvierge, exquisement féminineet virginale. Toutes les rencontres e n t r e N o é m i e\net J e a n , toutes ces entrevues embarrassées d'abord, et puis fraternelles,\njusqu'à l'heure ardente et chaste de la tendresse déclarée, sont nuancées de\nfaçon magistrale. Les détails en apparaissent d'une invention charmante, d'une\ntouche moelleuse et légère qui ravit. Les premiers pas de l'enfant sur la voie\nd'une coquetterie gracieuse 'qui s'ignore sont décrits avec un charme d'idylle sur\nlequel je regrette de devoir passer avec rapidité. Mais, de la première à la\ndernière page, toutes les évocations de cette tendresse innocente sont dignes\nde ce que M. Camille Lemonnier a pu écrire de plus captivant.\n    N u l , par exemple, ne dira plus exactement, en phrases plus discrètes et\nplus intuitives, plus enlaçantes aussi, ce sentiment victorieux et puissant de\n la joie de vivre qui, mêlé à la p u d e u r de sa virginale jeunesse, s'empare des\n 20 ans de Noémie :\n    « N o é m i e , comme les autres, était montée faire les foins: les Moya avaient\nu n verger à mi-pente dans la m o n t a g n e . L e faucheur allait devant : les\n faneuses suivaient, râtelant, étendant la fauchée blonde. A midi, l'hôtelier\n avait envoyé le café, les tartines et u n e terrine de riz au lait. Elles s'étaient\n assises en rond sous un pommier. Noémie avait p e n d u sa robe à une des\n branches, vive et souple dans son j u p o n de p a y s a n n e . C'était comme au\n temps de la jeunesse du m o n d e : la lumière était tendre, haute, vitale;\n l'ombre sur la terre rose balançait u n e résille lilas. L e s champs fumaient au\n soleil. U n léger vent agitait des cassolettes d'odeurs tièdes qui sentaient la\n vanille et le merisier. L e coucou, dans le bois, très loin jetait trois fois ses\n deux notes graves comme une horloge. E t m a i n t e n a n t un grand silence pla­\n nait dans la c a m p a g n e . Dans les fermes, le chien dormait : tous les hommes\n étaient couchés derrière les haies.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "26                                DURENDAL\n\n\n\n   » Noémie, la bouche ouverte, de chaleur et de lassitude soufflait à petites\nhaleines. Sa gorge se gonflait comme le pain au fcur. Elle tenait ses mains à\nplat contre la terre, là où roulait un palet d'ombre. L a brise lui courait en\ncaresses fraîches clans le cou.\n   » Les yeux plissés, toute molle et grisée, elle regarda au bas de la pente\npar delà les touffes rondes des pommiers, les toits des maisons des rutiles. Le\nclocher de l'église effilait sa pointe d'ardoise sous un coq d'or. Elle voyait\ndistinctement la maison du curé, toute blanche comme une terrine de lait,\nune vraie maison pascale au temps des cerisiers en fleurs. P u i s les toits\ns'abaissaient v o s la marine et elle reconnaissait !a maison de Jean F a u c h e .\nTout cela si doux dans le brouillard de soleil que c'était comme l'image\npeinte du bonheur.\n   » U n e vie chaude battait à ses tempes : son coeur faisait un bruit d'eau\nvive, comme le ruisseau qui, à bouillons légers, descendait de la m o n t a g n e .\n   » C'était une joie vierge, extasiée, d'être, dans le tourbillon du monde,\nl'humble petits chose frémissante où passe le grand courant éternel. Elle\nappuyait sa main sur sa gorge, les yeux fermés, immobile, toute concentrée\ndans le sentiment profond de sa vitalité. 11 lui semblait qu'il n'y avait pas\nune papille de sa chair qui, à elle seule, ne vécut autant que toute la vie\nentière de son corps...\n\n    » L'air était nuptial, tout chargé d'amour. Elle eut aux lèvres le baiser\nchaud du vent; de la pointe de sa langue, elle mouillait les coins de sa\nbouche. Et un peu plus sa gorge palpitait. C'était bon comme de manger de\nla glace à petites cuillerées dans la chaleur du plein été. Oui, cela, et encore\nautre chose qui, parfois, la faisait toute froide délicieusement.\n    » Elle regarda courir sa vie humide sous le tissu fin de ses mains comme le\njus d'un fruit, le sang fluide et pourpré d'une grosse rose. Douceur de se\nsentir vivre dans l'heure divine, avec le poids léger du ciel, de l'éternité bleue\nsur soi, comme une eau qui monte et submerge! Ses doigts jouaient au\nsoleil, ils avaient la grâce et la beauté des fleurs animées. L'ombre\nleur passait aux phalanges des bagues vives comme de souples et glissants\nlézards.\n    » Elle remonta, lui enlaça tout le corps de l'enroulement d'une liane, d'une\nguirlande de mains autour du frisson de sa peau. Sur cette Noémie si sage\nsoufflait maintenant un petit vent de folie, le vrai petit vent qu'il faisait dans\nsa chanson. Elle se laissa tomber dans les foins, ivre d'air, d'odeur et\nd'espace. Sous sa vie frémissante, la terre aussi, d'une longue palpitation\ns'émouvait. E t voilà que tout à coup elle pensait à l'amour...\n   — E h bien... E h bien, mademoiselle...\n    » Et c'était comme à l'école quand, pour une faute vénielle, elle reprenait,\nd'une voix sévère, une des élèves de sa petite classe. Elle fut droite sous le\npommier, dans la clarté haute, et à pleines mains elle secouait son j u p o n ,\ncomme si du même mouvement elle en faisait tomber la petite défaillance.\nD J S roses de sang lui brûlaient la j o u e . . . »\n   Evidemment, M. Camille Lemonnier a doué Noémie d'une âme d'élite d'es-\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "            LE DERNIER LIVRE DE M. CAMILLE LEMONNIER                                 27\n\n\nsence parfois mystérieuse et rare. C'est aussi un brave cœur peu banal sous sa\nrude et quelque peu énigmatique écorce que celui de Jean F a u c h e , et je me\nreproche de m'être si peu attardé auprès de lui. Mais ce que l'auteur a su\npuissamment nous faire saisir, pas à pas, c'est le travail irrésistible et secret\nde la N a t u r e sur cette âme éperdue de dévouement d'une simple fille du\npeuple. Qu'il a bien observé le coin de terre honnête et bon, tout fleuri de\nmalice innocente et de joie calme, où se déroule l'idylle chnste ! Jamais\nM. Camille L e m o n n i e r qui, pour le Vent dans les moulins, dessina des fusains\nsi précis, si vigoureusement observés de la terre flamande, n'a mêlé sur sa\npalette des couleurs plus fluides et plus prismatiques que cette fois, où il\nvoulut évoquer à nos yeux u n coin de la terre insouciante et primesautière\ndu pays mosan. Ce ne sont pas seulement les paysages qui se succèdent ici\ncomme a u t a n t de toiles où palpite et papillote le souffle et la lumière de la\nvie, exactes d a n s leurs aspects, poétisées dans leur a t m o s p h è r e ; ce ne sont\npas seulement les descriptions du cadre de ce récit qui sont d'une tonalité\nétrangement juste, relevée d'images picturales et de petits traits de mœurs\npittoresques. Q u e de surprenants instantanés p o u r t a n t !\n    o Quatre heures du matin. U n brouillard bleu finement fume sur le fleuve.\nL e jour vient regarder au-dessus des monts si les gens du village sont déjà\néveillés. Il voit là, dans la barque, deux hommes debout, aux plis lourds des\ncabans. Jean F a u c h e a tiré son feutre sur les yeux et Bellaire, l'homme qui\na été en Chine, s'est entouré la tête d'un quatre-nœuds : Bellaire est sujet\naux r h u m e s de cerveau. L e jour rit d o u c e m e n t de les voir déjà à cette heure\nsur le fleuve q u a n d tout le m o n d e dort encore. Même le coq du clocher\ndemeure immobile : la c a m p a n e ne sonnera la diane des âmes que quand une\npetite spirale de fumée aura tire-bouchonné du toit de la cure. E t c'est très\nb o n , ce grand paysage bleu qui tremble a u fond du brouillard, si léger qu'on\nn'aperçoit devant soi que de l'air et de l'eau...\n    » De petits nuages nacre de perle boursouflent le ciel, à la crête des monts\nd'en face. Le matin descend dans la vallée par u n chemin de roses, comme\nun roi. U n e rougeur se reflète au loin sur les maisons, de l'autre côté du\nfleuve. Et, à présent, de légers ballons de fumée commencent à rouler sur\nl'eau comme de la nuit qui s'en va à la dérive. U n petit vent frais fait des\ntrous clairs en h a u t . . . »\n    Mais les habitants aussi de ce village a n o n y m e sont compris et dessinés avec\nu n e vérité captivante. Le romancier a pénétré la vie des h u m b l e s et des sim­\nples dont il a projeté les piquantes silhouettes, le vieux F r é D'siré, le vieux\nT a n l i n , l'un piquant ses salades ou promenant ses arrosoirs, l'autre radoubant\net peinturlurant une vieille barque, ou la bonne servante du curé, ou la médi­\nsante Halleméchette au chef branlant.,. Il a su rendre à la fois la bonhomie\ncandide et la noblesse secrète de ces êtres droits et intègres, il s'est p e n c h é\nsur ces infiniment petits qui perpétuent l'âme d'une race et il a su m o n t r e r q u e\nleurs mouvements les plus i n g é n u s ont une signification attendrissante et\nmystérieuse.\n    Q u i c o n q u e a passé sur cette terre parfumée, parmi ces heureux de vivre '\nretrouvera, au cours du roman de M. L e m o n n i e r , mille impressions ressen-\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "28                                 DURENDAL\n\n\nties, sans que peut-être elles eussent jusqu'ici été analysées et formulées. Aux\nlignes grandioses ou intimes des paysages se mêlent mille petits tableaux de\nmœurs, où s'avèrent la joviale observation et la fine pénétration d'un maître\nflamand.\n   Que direz-vous de celui-ci :\n   « Le soir violet noya le haut de la montagne. Des îlots de petits nuages\nroses descendaient le fleuve à la dérive. On entendait des voix très loin dans\nles hameaux d'en face. Près de l'église, devant la porte, Tricot, le maçon,\nqui était aussi cabaretier et barbier, avait installé sa chaise. L'une après\nl'autre, les barbes du samedi arrivaient s'y asseoir. Tricot n'épargnait pas la\nsavonnée : il la faisait mousser comme un blanc d'oeuf, puis du dos de la\nmain en frictionnait énergiquement le poil dur comme du crin de bête. E t ,\nensuite, quand la tête du patient finissait par ressembler à u n e meringue, il\ndéployait son rasoir, une vraie lame de sabre, en passait très vite le fil sur sa\npaume et, finalement, le dos en boule, les coudes écartés comme un vol\nd'ailes, tirant de toute sa force sur la peau, se mettait à gratter. Le client\nfaisait le mort, la nuque cassée en arrière, la pomme d'Adam saillante, les\nyeux clos.\n   » Tricot, pour les 2 centimes qu'il faisait payer par barbe, ne donnait pas\nla serviette. Son rasoir raclait, râpait, pelait d'une telle force que le saint qui,\nà l'église, figurait dans un très vieux retable d'autel, entendant le bruit hor­\nrible de la lame, se souvenait qu'il avait été écorché vif et priait pour celui\nque le barbier torturait. On en était quitte généralement pour deux ou trois\nestafilades, mais les cuirs étaient rudes et patients. Si le sang gouttait un peu\nlongtemps, Tricot appelait sa femme, qui apportait une pincée de sel : c'était\ncompris dans le prix... »\n   En regard de ce croquis plein d'humour, qu'on dirait une sanguine de\n Madou, je pourrais rappeler les pages nombreuses où M. Camille Lemonnier\na transcrit poétiquement le charme, envahisseur de tout l'être, que revêtent,\nà certaines heures d'été, ces sites incomparables de calme et de sérénité douce.\n Mais j'en ai dit assez, ce me semble, pour qu'il soit saisi par tous mes lecteurs\nbénévoles qu'il faut voir dans « Comme va le ruisseau. . » l'une des meil­\nleures œuvres du maître, parce que c'est l'une de celles où le. coloriste s'est le\nplus intimement uni au philosophe apitoyé et au moraliste ému, l'une de\ncelles aussi où, délaissant les fureurs rouges de l'instinct ou les impérieuses\nfolies de la passion, il aura le plus ardemment et le plus tendrement célébré,\ndans l'immortelle splendeur de l'amour, sa véritable puissance qui jaillit de\nla Bonté.\n                                                             EUGÈNE GILBERT.\n 31 décembre 1903.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                Les Poèmes\n\nLueurs et Flammes, par H É L È N E VACARESCO (Paris, P l o n ) . — Novembre, par\n  GABRIEL NIGOND (Paris, Stock), — Poèmes des Temples et des Tombeaux, par\n  JEAN SCHLUMBERGER ( Paris, Mercure de France). — La Gaule blanche, par JEAN\n  DOMINIQUE (Paris, Mercure de France). — Les Jardins clos, par P A U L MUSSCHE\n  (Paris, Société française d'imprimerie et de librairie). — La Vallée heureuse,\n  par Isi COLLIN (Paris, édition de l'Ermitage ; Liège, B é n a r d ) . — La Légende\n  de SaiutGuirec, par ALBERT CLOUART (Paris, bibliothèque de l'Occident). —\n  Poètes du Nord, morceaux choisis, par A . - N . GOSSEZ (Paris, Société d'éditions\n  littéraires et artistiques, Ollendorff).\n\n   L e s livres des poètes s'amoncellent sur ma table, apportés par les dernières\nbrises d'automne, juste à point pour charmer les longues soirées de ce maus­\nsade hiver; il y en a même, parmi eux, deux ou trois qui m'arrivèrent l'été\ndernier : que leurs auteurs excusent mon retard à parler d'eux, et s'en con­\nsolent en songeant que j'ai eu, depuis l'apparition de leurs volumes, tout loisir\nde les relire et de les mieux c o m p r e n d r e .\n   L'occasion s'est offerte à moi, dans l'espace de ces deux dernières années,\nde présenter aux lecteurs de Durendal la plupart des poètes français qui, ou\nbien continuaient une œuvre déjà notoire, ou bien commençaient de se\nrévéler. Les plus marquants d'entre eux furent M a d a m e la comtesse de\nNoailles, le tant regretté Albert Samain, Charles Guérin et Louis Mercier,\nauxquels il convient encore d'ajouter nos collaborateurs Léonce Depont et\nSéb.-Ch. L e c o n t e . L ' A c a d é m i e a, tour à tour, c o u r o n n é tous ces excellents\nécrivains, sans en excepter u n seul : cette ratification de mes humbles suf­\nfrages n'a pas laissé de vivement me réjouir.\n    Mais il me plaît de dégager, des nombreuses lectures que me valut cette\nchronique des poèmes, une constatation que je crois essentielle et salutaire :\nles poètes d'aujourd'hui semblent revenir peu à peu à plus de sincérité, de\nvérité, de vie; leur pensée ne s'enveloppe plus de voiles impénétrables, leur\nlangue et leur prosodie m ê m e s'épurent de jour en jour. Il y en a qui vont\njusqu'à cette suprême audace de pousser des cris de passion, capables de\nremuer les âmes les plus simples. Vive Dieu! voilà qui me fait plaisir! L a\ndécadence se m e u r t , la décadence est m o r t e ! De beaux et nobles vers parais­\nsent, que l'on c o m p r e n d du premier coup, et l'Olympe se débarrasse des\nlourds nuages qui longtemps l'obscurcirent. L a poésie française se réveille\nd ' u n absurde songe qui, heureusement, n'a pas d u r é cent a n s . U n très grand\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "30                                   DURENDAL\n\n\nlyrique naîtrait demain, que je n'en serais pas plus étonné que cela. E t en\nattendant ce soleil, combien d'étoiles déjà percent les brumes anciennes et lui­\nsent d'un tendre ou vif éclat I\n\n  H é l è n e Vacaresco dédie L u e u r s et F l a m m e s à la mémoire de son aïeul, le\npoète J e a n Vacaresco, « qui sut exalter, par le rythme et le verbe, l'éclat d'un\nnom antique et trois fois illustre avant lui » ; et ce livre semble tenir, par de\nprofondes racines, à la terre patriale : sa pénétrante mélancolie est faite de\ntous les regrets et de toutes les tristesses d'une amante exilée, d'une femme qui\naima sur le sol natal et qui perdit à la fois son bonheur et son pays.\n                Seule près du foyer de l'auguste tribu,\n                Une femme est debout et l'ombre est autour d'elle;\n                Le vent dur du destin l'entoure et la flagelle;\n                Le calice est de cendre et de fiel qu'elle a bu.\n   Les sites familiers de l'enfance revivent en strophes colorées, d'une chaleur\net d'une grâce tout orientales, et qui confèrent à ce livre une saveur très per­\nsonnelle. Mais la Roumanie n'est pas loin de la G r è c e ; des vers c o m m e\nceux-ci en témoignent :\n                Eros est moins cruel au chanteur qui l'exalte\n                En dédaignant ses traits pour y mieux applaudir...\n  Ailleurs, c'est toute l'étrange subtilité de l'âme contemporaine :\n                Le désir de l'amour vaut mieux que son ardeur...\n\n                Consentez, ma douleur, à n'avoir d'autre cause\n                Qu'un désir qui se dresse en défaillant toujours...\n   E t puis d'admirables images, vastes comme la mer sous u n clair ciel\nd'été :\n               Mon âme crée un monde et cherche à le connaître\n               Ainsi que le soleil respire les champs mûrs...\n    Mais ce qui éclate surtout dans Lueurs et Flammes, c'est l'invincible et dou­\nloureuse puissance de l'amour, qui survit à tout et se survit à lui-même\nmalgré tout. D'un bout à l'autre du livre, ce sont des aveux, des soupirs, des\ncris, des râles d'amour. C'est brillant comme une lueur et brûlant comme une\nflamme. J e ne sais rien de plus passionné, de plus ardent, de plus triste non\np l u s , que ces hymnes éperdus d'un cœur où l'oubli ne saurait entrer, qui\nentretient sa souffrance et son angoisse et qui, du jour où l'amour l'a quitté,\naprès l'avoir dévasté tout entier, ne renferme plus que des cendres, mais des\ncendres chaudes encore d'amour, d'amour quand même !... Ces poèmes sont\nparfumés, frémissants et lourds de chaleur, comme doivent l'être les nuits\nd'orage aux bords du Danube roumain. E t les vers en sont harmonieusement\ncadencés, ciselés avec une habileté consommée qui surprend et ravit davan­\ntage encore lorsque l'on songe que leur auteur est une jeune fille, et une jeune\nfille étrangère. Le charme d'un art très sûr s'y joint à toute l'éloquence d'une\nâme sincère et vibrante : c'est plus qu'il n'en faut pour faire de Lueurs et\nFlammes un noble livre, de Mlle Hélène Vacaresco, un poète digne du premier\nrang.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                   LES POÈMES                                     31\n\n\n    Connaissiez-vous ce nom : Gabriel Nigond ? P o u r moi, j'avoue que je\nl'ignorais complètement. E h bien I ayez soin de le retenir : c'est celui d'un\npoète, d'un vrai, d'un pur poète. E t allez tout de suite, chez votre libraire,\nacheter ce livre : N o v e m b r e . C'est u n e surprise exquise, — u n e révéla:ion.\n De la couleur, de la lumière, de l'éloquence et de l'émotion, oh ! dé l'émo­\ntion à pleins bords ! à faire pleurer ! Un vers limpide, mélodieux et souple,\nfrançais à souhait, jamais banal, heureux presque toujours; une strophe\naisée, qui se déroule et se replie avec des ondulations caressantes; une\nlangue sonore, riche, et claire, et vivante; et par-dessus tout, u n e vision\npersonnelle, u n e pensée caractéristique et qui s'empreint fortement dans le\nsouvenir, un merveilleux m é l a n g e de joie de vivre et de mélancolie,\nd'orgueil et de pitié, de tendresse et d'amertume              je vous dis que c'est\nadmirable I\n    Sans doute, tout n'est point parfait, tout n'est point original dans ce\ncopieux recueil. J e ne sais rien de M. Gabriel Nigond, ni s'il est jeune ou\nn o n . Mais certains de ses poèmes dénotent u n esprit accessible encore aux\ninfluences : çà et là, une strophe impose le souvenir de Baudelaire, plus\nsouvent celui de Samain ; Banlieue se ressent évidemment de Jules Lafor­\ng u e ; et le livre eût gagné, dans son ensemble, si l'auteur avait sacrifié quel­\nques piécettes dont l'allure familière détonne avec la grave harmonie du\nreste, entre autres : Mademoiselle la Mort, le Chat, et même Nuit tendre. J e\ns o u p ç o n n e M. Nigond de nous avoir livré pêle-mêle des essais de début et\ndes réalisations définitives.\n    J e me hâte d'ajouter que celles-ci sont b e a u c o u p plus nombreuses que\nceux-là. L'Asile, le Portrait, Musique, le Chariot, le Vœu suprême, l'humble Couple,\nle Cimetière, l'Accouchée, Juin, l'Amour des Choses, d'autres encore, sont des\nchefs-d'œuvre de poésie délicate et puissante tout ensemble. Il s'y décèle une\nâme fine, sensible à outrance, et profondément blessée par la vie : u n e âme\nque l'on se prend à aimer tout de suite. E t comme ceux qui souffrent sont\nplus enclins que les autres à plaindre les peines d'autrui, le poète de\nNovembre se p e n c h s volontiers sur toutes les misères qu'il rencontre, et il\ntrouve pour les peindre et p o u r les déplorer de sombres couleurs et de\npoignants accents : les petites orphelines, les pauvres gens que la faim réduit\nà l'asphyxie, les vieux de l'hôpital, l'aveugle, la servante au dévouement\nobscur et dédaigné, il parle de toutes ces infortunes avec la même émotion\ncommunicative, irrésistible; et sa pitié débordante s'épand jusque sur les\ncrapauds, les singes dont le frileux exil grelotte et se meurt sous les ciels du\nN o r d , les veaux immolés à l'abattoir. — Mais qu'il nous entretienne des\nautres ou qu'il épanche son propre cœur, c'est avec la même intensité de vie,\nla même vérité d'accent, la même profondeur d'émotion. L'émotion ! qualité\nrare chez les poètes d'aujourd'hui, plus rare encore alliée au grand art. Celle\nde M. N i g o n d est discrète, jamais triviale ni outrancière : le long poème de\nSœur Elise, dédié « à M lle Moréno, admirable sœur Gudule », suffirait à en\ntémoigner.\n    Novembre : ce titre, où il y a des feuilles mortes, des glas dans la b r u m e ,\n 'effroi de l'hiver approchant, ce titre convient à merveille à celte œuvre d e\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "32                                        DURENDAL\n\n\nmélancolie, d'émotion et de pitié. Je salue en M. Gabriel N i g o n d l'un des\nplus admirables poètes des temps présents.\n    Autant la poésie de M. N i g o n d est palpitante, vivante et passionnée,\nautant celle de M. J e a n Schlumberger est solennelle, hiératique et impas­\nsible; du moins ne vibre-t-elle qu'aux souffles des cimes, et ne connaît-elle\nde frissons que ceux qu'inspirent les grands sentiments religieux ou héroï­\nq u e s . Les P o è m e s d e s T e m p l e s e t d e s T o m b e a u x , eux aussi, r é p o n d e n t\nbien à leur titre : ils offrent l'austère et majestueuse h a r m o n i e des demeures\nmarmoréennes des dieux, et la froide gravité des mausolées. Ils font penser,\nd a n s leurs attitudes m o r n e s et roides, au « M o n u m e n t aux morts » de\nB a r t h o l o m é . Les peu nombreuses pièces du recueil de M. Schlumberger\nsont, sans exception, écrites en alexandrins sonores, durs à l'oreille, inflexi­\nbles et droits comme des glaives antiques, beaux, malgré leurs défauts, de\ncette beauté sévère qui est propre au Leconte de Lisle de Caïn et au Goethe\nd'Iphigénie. C'est assez, me semble-t-il, pour ne les point mépriser.\n    Je cherche en vain les mots nuancés, menus, fugitifs, les phrases\nondoyantes et comme silencieuses, qu'il faudrait employer pour rendre le\nc h a r m e exquis et frêle de L a G a u l e B l a u c h e . L e s frêles poèmes de J e a n\nD o m i n i q u e sont tels qu'on ne saurait ni les analyser, ni en d o n n e r la plus\nlointaine idée, à moins d'appeler à son secours Madame Blanche R o u s s e a u ,\nmagicienne des syllables ténues et des frissons à fleur d'âme. Ah ! que je\nc o m p r e n d s la fervente admiration que l'auteur du présent livre semble\néprouver pour l'inimitable écrivain qui nous offrit cette joie non pareille :\nl'Ombre et le Vent ! R a r e m e n t plus étroite parenté unit deux âmes d'artistes :\nl'une paraît n'être que l'écho de sa sœur, son prolongement tout involontaire\net naturel et s p o n t a n é . C'est à peine si l'on oserait les différencier entre elles\nen disant que M a d a m e Blanche Rousseau est un prosateur, et J e a n\nD o m i n i q u e . . . u n e poétesse; car rien n'est plus dégagé, rien n e sent moins\n« l'art poétique » que les vers de la Gaule Blanche: s'ils ont douze syllabes et une\nrime à leur sommet, il semble que ce soit p u r h a s a r d . L'appellation qui leur\nsiérait le mieux, serait peut-être celle-ci : une prose cadencée et assonancée.\nIls évoquent en moi le souvenir de certains poètes anglais, dénués de toute\nartifice et dédaigneux de toute habileté.\n    J e le répète : je me sens incapable de vous traduire le c h a r m e , si personnel,\nsi tendre et si p r e n a n t , de ce bouquet aux douces teintes effacées; on ne\ndécrit pas u n parfum qui flotte, l'ombre qui se fait, le vent qui passe ; on se\ncontente de les n o m m e r , et leur nom seul suffit, d'anciennes impressions se\nlevant d a n s notre mémoire, à nous les rendre présents. Telle est\n                        Cette chanson de l'eau, de la lune et des fleurs,\noù se trouvent célébrées, avec une émotion toute neuve et des paroles n o n\nencore e n t e n d u e s\n                        La clarté, la chaleur et l'ombre du bon Dieu.\nAme de songe et de pénombre, âme de sensitive farouche,\n                        Blottie et toute pâle et close comme un cœur !\nY vouloir pénétrer trop avant serait u n e profanation : mieux vaut la\nrespirer longuement et en silence, sans la cueillir.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                         LES POÈMES                                               33\n\n    L e m o n d e des a p p a r e n c e s , sous la p l u m e d e J e a n D o m i n i q u e , revêt u n\nvoile de mystère qui en fait u n e sorte de. C h a m p s - E l y s é e s , où voguent sans\nbruit les souvenirs tristes, les vains regrets, les espoirs inutiles. L e m o n d e\ni n c o n n u , qui vit d'une vie latente « au delà d e nous-mêmes », s'y décèle par\ncontre et s'y affirme c o m m e une réalité, palpable et s o u v e r a i n e . . . Soirs dans\nla chambre paisible, où des rayons m o u r a n t s entrent lentement avec les\n « brises m e n u e s » ; rêveries auprès d u foyer, où le c œ u r peu à p e u se réduit\nen cendres en m ê m e temps que la bûche qui b r û l e ; p r i n t e m p s à peine éclos\nsur la douceur des c h a m p s a c c o u t u m é s : tels sont les plus fréquents motifs,\nles plus heureux aussi, de ces broderies a é r i e n n e s , qui volent a u gré d u vent\n comme les fils de la Vierge.\n     Mais parfois, u n sanglot longtemps contenu sort de cette âme refermée sur\n elle-même, et ce sont alors de poignantes paroles d e tendresse et de mélan­\n colie; écoutez ces strophes du Départ :\n\n                   Je pars... Voyez ! le ciel et les arbres dolents\n                   Peignent déjà les mers, les mâts et le voyage,\n                   Et se bercent avec de longs gestes planants,\n                   Ainsi que les mouettes des pluvieux parages\n                   Où je m'en vais portant mon cœur pour tout bagage.\n\n                    La maison sera-t-elle exactement la même\n                    Dès que j'aurai franchi le seuil, et tourné court,\n                    Et gagné le navire et perdu l'ombre même\n                    De votre toit, de vous, de cet instant du jour\n                    Où, la dernière fois, j'aurai touché qui j'aime ?\n\n    Les lecteurs de cette R e v u e connaissent depuis longtemps le talent délicat,\n sûr et probe de l'excellent poète qu'est M. P a u l Mussche. Voici qu'il réunit\n enfin, pour la joie d e ceux qui le suivirent avec intérêt dès ses premiers\n essais, les n o m b r e u x poèmes éparpillés par lui d a n s les périodiques litté­\n raires. J e veux dire tout de suite que ce recueil assigne à son auteur u n e\n place en vue p a r m i la pléiade des écrivains belges ; et j e suis h e u r e u x de l'en\n féliciter amicalement.\n    P o u r énoncer d'abord les quelques réserves nécessaires, et faire sentir à\n mon sympathique « frère en Apollon » la p i q û r e des épines avant la caresse\n des roses, — la lecture des J a r d i n s Clos, (le joli titre !) atteste q u e\n M. P a u l Mussche commença d'écrire à u n e époque où le Symbolisme était\n encore prospère et florissant. Dieu me préserve d u mépris des symboles !\n T o u s les grands poètes en ont usé, et Victor H u g o en regorge. Mais il fut un\n temps où l'on en abusait vraiment, et... l'excès en tout est un défaut. J e\n souhaiterais d o n c aux œuvres de M. Mussche, — qui sont d'ailleurs d'une si\n noble et si haute tenue, — un peu plus de cette vie qui circule, se répand et\n bat à coups pressés, — c o m m e u n sang riche dans les veines d'un jeune\n corps robuste, — dans les œuvres des meilleurs poètes de F r a n c e d'aujour­\n d'hui. Q u e les n o u v e a u x poètes de Belgique y p r e n n e n t garde ! un j o u r\n viendra où ils reconnaîtront, eux aussi, que là est la vérité; mais ce jour-là,\n peut-être sera-t-il déjà trop tard, peut être s o u r i r a - t o n de leurs efforts et de\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "34                                  DURENDAL\n\n\nleurs prétendues découvertes, en les a p p e l a n t des « suiveurs ». Qu'ils aillent\ndonc de l'avant, spontanément, audacieusement, et sans attendre que d'autres\nleur aient frayé la voie et donné le mot d'ordre !\n    D u reste, parmi les poèmes des Jardins clos, que l'on devine les plus\nrécents — tels l'Offrande, lu Chambre, Crépuscules d automne, l'Héritier, le Pays\nnalal —, ces qualités de simplicité, d'émotion et de sincérité que je réclame\nde nos poètes, s'affirment en toute plénitude. Sans doute, les pièces p u r e ­\nment symboliques du recueil n'en sont pas entièrement dépourvues : de-ci,\nde là, u n cri éclate, u n e larme tremble, u n sourire se fait jour, qui sont tou­\nchants parce qu'ils partent du c œ u r ; mais l'ensemble de ces pièces conserve\nune grâce un peu p o m p e u s e qui n'est pas sans monotonie, et qui sied mal à ces\népanchements intimes.\n    M. Mussche est le poète des nuances et des demi-teintes mélancoliques ; il\npréfère l'aube au grand jour, et le crépuscule à la n u i t ; le p r i n t e m p s et\nl'automne sont ses saisons d e prédilection. Ce qui n'empêche pas que l'été\nlui inspire des choses c h a r m a n t e s , et aussi « Madame la N u i t en robe de\nvelours ». C'est un a m a n t fervent, et très averti, de la belle N a t u r e . L e s\ncouleurs changeantes du ciel, les fantasmagories des nuages, les frissons\n mélangés des feuillus et de l'eau, la frêle douceur des fleurs, les musiques\n des campagnes et les rires des enfants, n'ont pas de secrets pour lui. E t lui-\n même erre ainsi qu'un n u a g e léger, frissonne à la façon d'un arbre profond,\n s'épanouit comme u n e fleur et révèle une âme ingénue d'enfant, — u n e âme\n si heureuse de la vie du bon Dieu, encore que souvent mélancolique ! Car le\n poète c o m m u n i e avec l'âme universelle, et ne fait qu'un avec les choses :\n c'est là le grand c h a r m e des Jardins clos, leur mérite et leur prestige.\n    La strophe de M. P a u l Mussche se déroule, la plupart du temps, avec u n e\n ampleur fastueuse qui ne laisse pas de fatiguer u n p e u ; son vers, n o m b r e u x ,\n fleuri, gracieusement cadencé, pourrait gagner encore par u n souci plus\n sérieux de la rime. Combien de poètes, qui jadis avaient délaissé cette\n « esclave », sont revenus à elle aujourd'hui ! Que M. Mussche songe à\n Moréas, à de Régnier, à Charles Guérin. Le rythme insuffisant de notre\n langue fait, de la rime, u n des éléments essentiels de la prosodie française :\n on l'a trop oublié.\n     Mais ce sont là d t s peccadiles, dont l'auteur des Jardins clos, s'il prend la\n  peine de s'en repentir, se corrigera aisément : l'habile et souple talent qu'il\n déploie en ce recueil en fait foi à lui seul. E t pour vous faire partager, d a n s\n une faible mesure, le vif plaisir que sa lecture m'a procuré, je veux vous\n citer cet éloquent appel à la Beauté, par quoi se clôt le volume :\n\n                 Malgré notre impuissance et notre infirmité,\n                 Nous élevons vers toi nos âmes impavides,\n                 O Reine, et célébrons l'immortelle beauté\n                 Dont nos sens, nos esprits et nos cœurs sont avides.\n                 Nous avons laissé là notre appareil guerrier,\n                 Nous avons dépouillé nos casques et nos armes,\n                 Nous voulons ignorer le fer et l'acier,\n                 Car nous n'espérons plus, ô Reines, qu'en nos larmes.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                      LES POÈMES                                           35\n\n                 Prends donc pitié de nos malheurs et verse-nous\n                 Le radieux oubli des désirs périssables;\n                 Nous nous précipitons à tes sacrés genoux,\n                 Nous sommes devant toi petits et misérables.\n                 A pparais au-dessus des murs de la cité,\n                 Surgis sur les remparts pavoises d'oriflammes,\n                 Que tombe enfin sur nous un peu de la clarté.\n                 Dont resplendit ton front de déesse et de femme !\n\n\n   U n livre qui contient de tels vers, et il y en a b e a u c o u p d'autres qui sont\ntout aussi louables que ceux-ci, est mieux qu'une simple promesse : c'est u n e\ntriomphante réalisation.\n\n   C'est aussi plus et mieux qu'une promesse que L a V a l l é e H e u r e u s e de\nM. Isi Collin. L ' œ u v r e du jeune poète de Wallonie n'est pas encore un de ces\nfruits brillants et savoureux de l'opulent S e p t e m b r e , où semblent s'être con­\ndensés les glorieux rayons et les fécondes chaleurs de l'été : c'est u n e fleur de\nprintemps, une précieuse fleur de grâce fragile et de parfum léger, éclose, en\nun matin de rêve, au sourire d'une fée qui passait d'aventure.\n   Car la poésie J e M. Collin évoque invinciblement des images légendaires :\nsa Vallée heureuse est un domaine irréel, pareil aux jardins merveilleux où nous\nmenaient les songes de notre enfance, un domaine\n                  Où le soir qui descend est bleu comme un matin.\n\n   Des coteaux aux lignes simples et douces encerclent l'horizon v a p o r e u x ;\nune flore étrange et puérile s'épanouit à l'ombre des bois et sur le gazon ] des\nprairies ; le m u r m u r e d'un ruisseau chimérique se mêle à « la double voix des\nflûtes d'Arcadie », et les rayons e u x - m ê m e s c h a n t e n t dans l'air paisible ;\ntandis que, chastement voilées et leurs paupières baissées sur les rêves\nqu'elles enclosent, d'impalpables figures défilent le long des sentiers, ceintes\nde lys qui s'étiolent ou de roses qui se m e u r e n t . E t si, parfois, u n e parole\nd'amour h u m a i n trouble le pur silence, elle est si brève et si faible qu'elle ne\nbrise pas le c h a r m e .\n   M. Isi Collin, est le poète des Fleurs : il en parsème à profusion à travers\ntout le livre ; on en voit s'ériger partout, droites et frêles, au bord des strophes\nà l'onduleux contour et au galbe délicat. E t ses vers fluides, transparents, ne\nfont guère plus de bruit que des pétales qui se détachent et t o m b e n t ; ils\nglissent, planent et descendent sans que l'on s'aperçoive que la rime a sonné.\nCe poète est un maître du r y t h m e , et u n magicien de la grâce. Oh ! il n'émeut\nni n'ébranle ; s'il trouble, c'est à la façon d'un parfum : il ensorcèle; pour u n\npeu, il e n d o r m i r a i t ! . . . H a r m o n i e u x et fragile, fragile et harmonieux : on\nchercherait en vain, pour le mieux définir, épithètes plus convenables.\n• Vous dirai-je, après cela, que ses poèmes m a n q u e n t d'accent, que l'Artifi­\nciel y triomphe, et que tout cela n'est pas très vivant ? Vous le pressentez du\nreste. E t M. Collin est trop intelligent pour ne pas le sentir lui-même. Mais\nqu'importe ? Telle quelle, u n e personnalité s'accuse dans ces traits imprécis,\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "36                                       DURENDAL\n\n\nu n e personnalité qu'on ne saurait nier ; plaisante ou non, elle est. E t je crois,\npour ma part, y découvrir quelque affinité avec les excellents dessinateurs de\nWallonie, et particulièrement avec les pensives et nobles figures d'Auguste\nD o n n a y , dont les attitudes reposées animent à peine des sites aux lignes\nsimples et belles.\n   Parfois, sur la trame précieuse et maniérée de ses candides symboles, il\narrive que M. Collin laisse courir, c o m m e u n rayon de vrai soleil, une palpi­\ntation de vie et de passion : tel est le cas pour le poème qu'il intitule Du Rivage.\nE t je regrette que ce cas ne se présente pas plus fréquemment, et que la Vallée\nheureuse n'offre pas en plus grand n o m b r e des strophes comme celles-ci :\n\n                  Par ma maison d'exil, au gré de ton regard,\n                  Laisse errer ta pensée, emplis-la de ton âme ;\n                  Que j'y retrouve un peu, même après ton départ,\n                  Et tes désirs d'enfant et tes rêves de femme.\n\n                  Reste afin que j'entende —ainsi qu'un moissonneur\n                  Ecouterait aux champs parmi la solitude\n                  Germer les blés nouveaux — dans l'Avril de ton cœur\n                  Eclore doucement la douce inquiélude.\n\n\n   Mais M. Isi Collin n o u s donnera mieux encore que ceci, qui déjà n'est pas\nnégligeable.\n   L a Vallée heureuse s'orne d'un superbe frontispice du maître aquafortiste lié­\ngeois, M. Armand Rassenfosse; et l'impression du volume, confiée aux soins\nd e M. A u g . B e n a r d , est u n e merveille de goût et d e sobre élégance.\n\n   M. Albert Clouart, en ce langage ingénu d o n t il partage le secret avec\nM. F r a n c i s J a m m e s , M. Adrien Mithouard et nos excellents amis T h o m a s\nB r a u n et Victor Kinon, n o u s conte L a L é g e n d e de Saint-Guirec, qui fut\npitoyable aux p a u v r e s pêcheurs de Bretagne, et même à ses pécheurs, qu'il\nabsolvait d'un compatissant p a r d o n . Ce poème, rocailleux, bizarre et r u d i ­\nmentaire, a la rude naïveté, mais aussi la profonde ferveur, de ces vieilles\nstatues de saints que les artistes du moyen âge sculptaient si grossièrement, et\nsi amoureusement, p o u r les églises de leur pays.\n\n   P a r m i les P o è t e s du N o r d que nous présente la consciencieuse et j u d i ­\ncieuse Anthologie d e M. A.-M. Gossez, plusieurs sont arrivés à la réputation,\nquelques-uns m ê m e à la gloire : tels Samain et D u b u s , si étroitement parents;\nSébastien-Charles L e c o n t e et H e n r i P o t e z ; Jules Breton, Auguste D o r c h a i n\net le vicomte de G u e r n e , ce dernier impeccable et impersonnel comme une\ncolonne de m a r b r e ; E d o u a r d Ducôté, si simple, si p u r et si m é l o d i e u x ; et,\nenfin, J e h a n Kichus et R e n é Ghil. Les autres ont des charmes divers, et cer­\ntains valent q u ' o n s'y arrête. L a plupart, il est vrai, subissent fortement l'in­\nfluence du subtil poète d'Au jardin de l'Infante : Ainsi, M. L é o n Bocquet,\ndont je préfère les notations grises et discrètes des F l a n d r e s à ses sonnets hel­\nléniques ; M . H o u b r o n , et surtout M. Jules Mouquet, dont l'imitation est\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                    LES POÈMES                                         37\n\nvraiment trop a p p a r e n t e . D'autres sont les fils révoltés des grandes cités\nindustrielles : ainsi le grandiloquent M. L a c u z o n , et M. Roinard. A citer\naussi M. Clerfeyt ; M. Delattre, dont la jeunesse indécise balbutie encore;\nM. Dagniaux, dont les vers antiques sont parfaits; M. Lebesgue, timide et\nsincère en d'humbles chants d ' a m o u r ; M. Angellier, rocailleux et p u i s s a n t ;\net surtout M. L a n t o i n e , qui a des évocations splendides.\n\n\n                                                                   FRANZ A N S E L .\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "       Les Expositions de Décembre\n\nM. L o u i s CAMBIER (Galerie Royale). — L e Salon des Aquarellistes. —\n  M. GEORGES BUYSSE (Cercle Artistique de Gand). — Expositions h e b d o ­\n  madaires.\n   La chronique mensuelle des exhibitions d'art plastique est toujours\nchargée de mille détails. Quelle b o n n e fortune q u a n d , parmi tant d'éphé­\nmères salonnels, il s'en trouve un où rayonne u n e œuvre décisive, u n e œuvre\nfaite de pensée et de rêve, réalisée dans une perfection de b e a u t é !\n   L e s chefs-d'œuvre ont toujours été infiniment rares. C'est u n e constatation\nqui, pour être banale, n'est pas inutile.\n   L e s Musées témoignent de cette rareté pour le p a s s é ; je crois que, de nos\njours, il n'apparaît pas moins de chefs-d'œuvre qu'au bon vieux temps. Mais\non n'en peut signaler un tous les jours ni tous les ans. E t parmi cette effrénée\nproduction contemporaine, la proportion en paraît d'autant plus décevante.\nL e chef-d'œuvre n'est jamais improvisé. Il se mûrit lentement dans le cerveau\ncréateur et se concrète a loisir. Je ne crois pas en avoir vu ce mois-ci, — au\nsens indiscutable du mot, — même j ' e n suis sûr, mais j'ai remarqué des\nouvrages attestant chez leurs auteurs des talents respectables ou attrayants.\nE t je m'en tiens pour satisfait.\n                                          *\n                                         * *\n   L'ordre chronologique des ouvertures d'expositions a m è n e tout d'abord\nsous ma plume le nom de M. Louis Cambier. Les études peintes en Palestine\nsont hautement intéressantes. Elles ont u n e valeur documentaire et des\nmérites esthétiques. L'Orient qu'elles retracent n'est pas l'Orient traditionnel\ndes lumières éclatantes, — ciels de lapis, m u r s de craie, terrains brûlants,\nombres reflétant les bleus du zénith. M. Cambier a observé d'autres effets,\nu n e saison moins clémente. Il a vu des nuages épais, des vapeurs grises, des\naspects froids.\n   Consciencieusement, il a fixé sur la toile les sites immortalisés par les évan-\ngélistes. Aucun personnage ne les anime. C'est le silence, la solitude. T é m o i n s\nmuets d ' u n drame s u r h u m a i n , les choses sont restées figées dans l'horreur et\nl'épouvante. M. Cambier a ressenti leur éloquence et a su l'exprimer. Il a des\naspects de g r a n d e u r saisissante.\n    Après avoir loué cette ferveur, cette émotion, je ne chicanerai pas l'artiste\npour qaelques opacités de matière, certains noirs dépourvus d'atmosphère,\ndes exagérations de détails. Les précédents paysages de M. Cambier, observés\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                    LES EXPOSITIONS DE DÉCEMBRE                              39\n\nen pays mosan, avaient d'analogues lourdeurs. Mais non pas cet instinct\navisé de la mise en page, cette entente des effets, ces indications rationnelles\nde la substance qui affirment des conquêtes nouvelles. M. Cambier a dépassé\nnotre attente.\n\n   Le Salon des Aquarellistes est fatalement monotone. C'est une constatation\nannuelle. Les spécialistes assidus dont il s'honore sont pleins de talent. Ils ne\nsont pas imprévus. Des participations éminentes, inédites, y sont excep­\ntionnelles.\n   Depuis quelques années, la technique des aquarellistes a prodigieusement\ndéveloppé ses moyens matériels. Les lavis habiles, en tons transparents, de\njadis, ont fait place à des peintures solides, affirmées, de dimensions impor­\ntantes et d'effets puissants. La gouache facilite des vigueurs, voire des empâ­\ntements autrefois insoupçonnés. Des inventions nouvelles de papiers et de\ncartons, l'emploi judicieux de cadres plus somptueux ont donné aux aqua­\nrelles une importance, un relief séduisants. Elles rivalisent avec les peintures\nà l'huile et les pastels, aucun domaine ne leur est inaccessible.\n   Quelques intransigeants présentent encore leurs œuvres au centre d'un\n « passe-partout » de papier immaculé et froid qu'une moulure sertit. Un peu\nmince et d'allure désuète, l'aquarelle à l'ancienne mode y sourit,fine, discrète,\nmais si écrasée par des voisines d'autre allure et d'autre portée!\n   Le catalogue, cette fois, se pare des noms de MM. les sociétaires et invités\nles plus réputés.\n   M. Stacquet se dépasse lui-même dans un Intérieur inspiré d'un petit\nmaître hollandais; M. Fernand Khnoff, quintescencie avec charme les plus\nabstraites et raffinées subtilités de dessin et de coloris ; M. Marcette réalise\ndans ses marines des variations exquises de tons délicats et obtient d'amples\neffets; M. Cassiers est toujours séduisant dans ses pittoresques coins de Hol­\nlande; M. Hagemans est habile, M. Uytterschaut aussi, M. Thémon non\nmoins; M. Alfred Delaunois est un rare artiste, éloquent à exprimer l'âme des\nchoses; Mme Gilsoul, une virtuose de la fleur éclatante; M. Amédée Lynen,\nle plus ingénieux et inventif des illustrateurs; M. Frantz Charlet, l'adroit et\nfin metteur en scène d'anecdotes familiales zélandaises ; M. Jacob Smits, le\nfruste et impressionnant commentateur d'épisodes grandioses transposés\ndans la vie des humbles; enfin, M. Constantin Meunier, pathétique, sobre,\nrudimentaire avec style, rude avec émotion.\n   Parmi les étrangers, Charles Bartlett nous revient sans s'être amoindri. Le\nPetit vacher est un morceau achevé de finesse précise, de couleur discrète,\nde technique savante. M. Gaston Latouche fut parfois mieux inspiré;\nMM. Luigini et Suréda sont intéressants, M. Hanicotte aussi. Feu Paul\nRink, Van der Waay, Gerkes et quelques Hollandais complètent ce contin­\ngent sympathique.\n                                        *\n                                      * *\n   M. Georges Buysse a débuté à un âge où beaucoup d'artistes ont déjà\n assé le public de trop fréquentes et monotones expositions d'œuvres toujours\nanalogues entre elles. M. Buysse n'a point mis les curieux dans le secret de\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "40                               DURENDAL\n\n\nses études, de ses essais, de ses tâtonnements. Il ne s'est révélé qu'en posses­\nsion d'une vision personnelle, d'une technique sûre, capable de réaliser des\nœuvres mûries. Il s'est imposé de prime abord à l'attention et rangé immé­\ndiatement parmi nos meilleurs paysagistes.\n   Dans la famille artistique, il s'apparente à Claus et à Baertsoen, sans leur\nrien devoir; il recherche l'éclat frais et lumineux de la nature baignée d'atmos­\nphère, il a horreur des formules d'atelier, des recettes, des « jus » de toute la\n« cuisine » qui fait ressembler beaucoup de peintures récentes à des tableaux\nanciens patines par des séjours dans les musées. Les notations de la calme\ncampagne flamande sont justes et intenses par l'observation fervente du\ntemps, du jour, de l'heure; elles tirent leur charme indéniable des effets lumi­\nneux bien plus que du pittoresque des motifs. M. Buysse peut ainsi observer\nsuccessivement les mêmes coins de nature en des saisons diverses, à des\nheures différentes et réaliser des tableaux absolument autres entre eux. Il est\npeintre d'instinct, il équilibre des valeurs avec une finesse native, et semble\nexprimer tout ce qu'il veut avec une facilité adéquate à ses désirs. Il est déli­\ncieusement doué! Son Salon, au Cercle artistique de Gand, en achevant\nd'affirmer sa personnalité éminente, l'a classé tout à fait au premier plan. Il y\navait groupé des ouvrages du plus vif attrait...\n\n                                           *\n                                        * *\n   Mlle Aline Perrignon a formé un Salonnet modeste dans les salles de\nmusique de Mlle De Smet. Cette artiste méritante aborde résolument les tra­\nvaux décoratifs; dans l'imitation de tapisseries d'Aubusson peintes sur grosse\ntoile, elle obtient des effets excellents. Elle pourrait entreprendre avec succès\nl'ornementation de salons de style.\n\n                                      * *\n   Au Cercle artistique, les Salonnets se succèdent vertigineusement.\n   Ce furent MM. Huib-Luns, Ludwig et W. Delsaux, puis MM. Merckaert\net Melsen, ensuite MM. Hagemans et Thémon, aquarellistes, déjà MM. Cla­\nrys, Léon Huygens et Carl-F. Werlemann leur ont succédé.\n   M. Luns avait été remarqué au Salon triennal par sa curieuse Vénus fâchée\net le portrait d'une violoniste. Son dessin châtié et expressif, sa couleur\nbilieuse ont de l'originalité et de la saveur. M. Melsen a quelque chose de la\nverve d'Adrien Brouwer et de sa puissance coloriste chaude et haut montée.\nIl verse un peu dans la caricature, mais il n'est pas indifférent. MM. Merckaert\nen est encore aux heureuses promesses, Hagemans et Thémon sont en pos­\nsession de la vogue méritée par leur adresse et leur désir de plaire.\n   A la Galerie royale, le quatuor d'artistes liégeois est d'intérêt médiocre.\nOuvrages cursifs faits avec la préoccupation de la vente. Mme Mottart-Van\nMarcke a de la fraîcheur dans ses tableaux de fleurs enlevées d'une brosse\nbrutale, M. Würth quelques mérites dans des paysages agréables.\n\n                                                                        P . L.\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                     Chronique Musicale\n\n    Premier concert du Conservatoire. — il a été u n e émou­\nvante fête d'art. On a entendu, d'abord, le quinzième p s a u m e de Marcello,\nh y m n e lumineux bien italien par son efficacité et sa puissance mélodique au\nsens élevé du mot, intéressant à mettre en parallèle avec la facture plus serrée\net architecturale de l'œuvre contemporaine de B a c h . Accompagnée tour à\ntour par M. W o t q u e n n e à l'orgue et par M . G e v a e r t au clavecin, Mlle Flament,\nadmirablement secondée par le violoncelle de M. Jacobs, a chanté le P s a u m e\nde Marcello avec l'accent simple et profond que l'on sait.\n    U n e sélection de petites pièces instrumentales de B a c h et de H a e n d e l ,\nintermède entre le P s a u m e de Marcello et l'oratorio de Bach, nous a offert\nu n régal exquis avec d'importants soli où n o u s avons savouré les si poétiques\ninterprétations de Guidé et de J a c o b s , la fine et délicate virtuosité d'Anthoni,\nla sûreté et la clarté sonore de Mahy et Dela'tte.\n    N o u s arrivons maintenant à l'œuvre adorable, à cet oratorio de Noël d o n t\nM. Gevaert a fait entendre les plus beaux fragments. L e Weihnachts-Oratorium\navait déjà été exécuté au Conservatoire. Mais il faut savoir gré à M. Gevaert\nde nous la faire réentendre, car à c h a q u e nouvelle audition, les intuitifs y\ndécouvrent de nouvelles et inépuisables beautés. Après Bach, de puissants\ngénies musicaux ont chanté avec u n e g r a n d e u r épique les orages du cœur et\nles aspirations éperdues de l ' H u m a n i l é vers u n b o n h e u r inconnu de l a T e r r e .\n N o u s avons eu Beethoven et W a g n e r . Mais après avoir entendu ces choses\n incomparables qui s'appellent la Symphonie avec chœurs, la Missa Solemnis et la\n Tétralogie wagnérienne, l'âme h u m a i n e goûte une joie encore plus profonde et\n comme une volupté sublime à se réfugier d a n s u n e œuvre telle que le\n  Weihnachts-Oratorium, à s'abreuver de paix délicieuse et d'espoir en Dieu en\n communiant à cette source e n c h a n t é e qu'est la musique de B a c h . Si B a c h est\n u n poète de la ligne, gardons-nous d'interpréter strictement cette épithète\n d a n s le sens de beauté exclusivement m a r m o r é e n n e et plastique. Admirez,\n au contraire, quel souffle sacré, quel r a y o n n e m e n t d'amour, quelle émotion\n divine parcourent l'œuvre tout entière !\n  Avec celle de Parsifal et celle des anciens maîtres italiens de polyphonie\nvocale, la musique de B a c h est la seule qu'on ne puisse entendre sans être\ntenté de se mettre à genoux. M lles H o l l a n d , F l a m e n t et Latinis, M M . H e n n e r\net Van d e n Bergh, l'orchestre du Conservatoire et, avant eux tous, leur\nvénéré chef, M. Gevaert, ont largement contribué, chacun pour leur part, à\nnous faire pénétrer dans les recoins les plus sacrés du T e m p l e merveilleux.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "42                                  DURENDAL\n\n\n    Concert Populaire Berlioz. — Une classification transposée de\nl'art pictural dans la littérature distingue les poètes de la ligne et les poètes\nde la couleur. D a n s l'art musical, ce mode de classification est également\nsusceptible d'efficaces applications, à la condition toutefois de ne point les\nfaire d'une façon trop stricte ou étroite, car la ligne n'exclut pas essentielle­\nment la couleur, pas plus que la couleur n'exclut essentiellement la ligne.\n   Les artistes amoureux de la ligne sont ordonnés et harmonieux, cette\ndéduction va de soi et constitue presque une r e d o n d a n c e . C'est le trait\ndistinctif de l'esthétique grecque, de la tragédie racinienne, du néo-classi­\ncisme parnassien. Mais il ne découle nullement de la nature des choses que\nl'art coloriste doive nécessairement manquer d'ordre et d'harmonie. T o u t e ­\nfois, en fait, ce qui caractérisera presque toujours les artistes coloristes, ce\nsera la fougue et, partant, la liberté, l'indépendance, l'affranchissement de\ntoute n o r m e , de toute entrave. Tel est Berlioz.\n   Si l'on prétendait comparer (je me trompe, comparer est impossible), mais\nseulement rapprocher deux natures aussi dissemblables que celles de Berlioz\net de W a g n e r , l'opposition, par exemple, entre la mort de Didon et la mort\nd'Yseult, entre la scène d ' a m o u r de Tristan et la scène d'amour de Roméo suffi­\nrait pour nous instruire de l'abîme immense qui les sépare. Berlioz se ratta­\n cherait-il plutôt à Beethoven?\n   Il est u n terrain c o m m u n sur lequel on aimerait à rapprocher les trois\npoètes, ce terrain commun c'est le sentiment de la nature, ei ce r a p p r o c h e ­\nment est trop curieux et séduisant pour que nous ne nous y arrêtions pas u n\nmoment. P r e n o n s pour exemple la scène aux c h a m p s de la Symphonie fantas­\ntique, l'idylle du ruisseau de la Symphoniepastorale, les « Murmures de la F o r ê t »\nde Siegfried. D ' a b o r d , Beethoven et W a g n e r voient la nature d'un regard\nserein, Berlioz la découvre au travers d'un voile de tristesse.\n   Si nous comparons Beethoven et W a g n e r , il nous semble que l'œuvre de\nBeethoven contient plus d'humanité, tandis que celle de W a g n e r frôle de plus\nprès les régions de l'inconnaissable divin. D a n s sa méditation intitulée Am\nBache, Beethoven, pendant de longs moments, restera prêter l'oreille au can­\ntique ingénu du ruisseau qui roule, avec des sonorités de h a r p e , tout le sym­\nbole de l'existence de l'homme s'écoulant peu à peu le long des rives du temps\npour plonger ensuite dans la mer de l'Éternité.\n   E c o u t e z maintenant les « Murmures de la Forêt» de Wagner et vous aurez\ndes sensations divines au sens propre du mot. N'est-ce pas le souffle de Dieu\nqui passe et ébranle doucement le feuillage de la forêt émue? N'est-ce pas\nl'oiseau vainqueur de l'azur et de l'espace infini qui convie Siegfried aux\nrégions de la gloire, de la lumière et de l'amour? L a façon dont Berlioz sent\net voit la nature en cette belle page de la Symphonie fantastique trahit à chaque\ninstant un malaise, u n e inquiétude, u n e sorte de terreur secrète et sans Cause\ndéterminée qui est bien le caractère propre de cette époque romantique dont,\navec L a m a r t i n e , de Vigny, Delacroix, Liszt et tant d'autres, il subit pleine­\nm e n t l'influence. Ainsi l'œuvre de Berlioz se dérobe souvent masquée d'une\npénombre et ne s'illumine presque jamais de ces lueurs triomphantes dont\nresplendit celle de Beethoven et de W a g n e r .\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                                CHRONIQUE MUSICALE                                            43\n\n\n   Or, c'est bien la sérénité qui sacre de son sceau les œuvres suprêmes, non\ncette sérénité béate et banale, heureuse de tout ce que lui offre la vie (qu'on\nne voie pas ici u n e allusion à Mozart, adorable musicien, mais génie et poète\nnaturellement inférieur à Beethoven et à W a g n e r ) , mais cette sérénité qui\nsuccède aux âpres ouragans de l'existence et qui est comme l'ombre de Dieu\nqui passe après les profonds m a l h e u r s , cette sérénité venant imbiber et panser\nde ses chauds rayons les âmes qu'a labouré le frisson glacial des grandes\ndouleurs innomées, et c'est ici qu'éclate la supériorité d e Beethoven.\n   D a n s un ordre d'idées à peu près semblable, on pourrait r a p p r o c h e r le lied\nde Lekeu, intitulé Sur une Tombe, du huitième p o è m e de l'Amour d'une Femme,\net du treizième p o è m e de l'Amour du Poète de S c h u m a n n . Q u a n d S c h u m a n n\nchante la mort, cette impression de mort reste toute pénétrée d'une vie\nsecrète et latente, Lekeu ne nous en laisse voir que le masque atroce et trom­\npeur, et nous fait ressentir u n e impression de cimetière, de dissolution. P o u r\nS c h u m a n n , la mort est u n e g r a n d e et mystérieuse porte noire s'ouvrant sur\nd'éblouissants c h a m p s de lumière intarissable, pour L e k e u u n e muraille\nimpénétrable et définitive contre laquelle viennent se briser pour jamais nos\nmisérables et frêles existences.\n   Mais nous voilà loin de Berlioz et, p u i s q u e n o u s avons c o m m e n c é cet\narticle en procédant par comparaison, ce qui est peut-être un tort, nous conti­\nnuerons par dire que les symphonies de Beethoven sont de larges fresques\nimprégnées d'un sentiment u n i q u e et d o m i n a t e u r d'où une féconde sponta­\nnéité d'inspiration, Berlioz, au contraire, se trouve enchaîné par d'innom­\nbrables entraves, parce qu'il verse trop souvent d a n s la forme périlleuse du\npoème s y m p h o n i q u e qui, p r é t e n d a n t tout p e i n d r e , se perd par là même dans\nle vague et dans l'imprécision. Voici ce que n o u s disions à p r o p o s de Berlioz,\nen u n e étude p a r u e il y a quelques années d a n s Durendal :\n    « Berlioz n o u s a toujours semblé u n très noble esprit, aspirant à u n Idéal\ntrônant sur des cimes sourcilleuses, mais n e parvenant jamais à traduire\na d é q u a t e m e n t cette aspiration et cet Idéal en u n e langue suffisamment pré­\ncise, cherchant douloureusement et vainement les moyens d'expression ayant\nla vertu de faire vivre, de fixer l'œuvre d'art à la h a u t e u r sublime de son\nrêve, en sorte qu'éveillant presque toujours l'idée de quelque chose de grand,\nil se dégage de cette musique une impression qui d e m e u r e vague, approxi­\nmative, d é p o u r v u e d'efficacité et de puissance. » Ce j u g e m e n t est formulé en\ntermes p r o b a b l e m e n t trop absolus, mais l'audition du Concert Populaire n'a pas\nmodifié en ses lignes essentiellesnotre m a n i è r e de voir d'alors.\n   Il y a toutefois u n e source d'inspiration qui est particulièrement favorable\nà Berlioz, c'est le fantastique, c'est-à-dire l'ensemble des visions douces ou\nterribles suggérées de tout temps à l'imagination de l'homme essayant de\ncombler l'abîme qui le sépare de Dieu et croyant ainsi, à tort, avancer de\nquelques pas sur cette route sans fin A ce point de vue, Berlioz est un maître.\nLe scherzetlo vocal du prologue et surtout le scherzo instrumental de la Fée\ndes Songes peuvent être considérés c o m m e des chefs-d'œuvre du genre, à côté\ndes meilleures pages similaires de Mendelssohn, de César F r a n c k , de Saint-\nSaëns. Mais au-dessus de cela encore, ce qui place Berlioz parmi les plus\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "44                                    DURENDAL\n\n\nintéressantes figures musicales du siècle dernier, c'est tout le côté Gluck, le\ncôté proprement lyrique de son génie. T o u t e la fin de la symphonie de Roméo\net Juliette, depuis le cœur des Capulets : Jetez des fleurs sur la vierge expirée,\nconstitue u n e suite de pages émouvantes où éclatent tous les dons éminents\nde l'auteur d'Iphigénie, la grandeur, la gravité noble, la vérité du sentiment\nd r a m a t i q u e , la justesse de l'expression et de l'accent. N'oublions pas n o n\nplus que Berlioz fut un brillant écrivain qui sema dans ses polémiques d'art\nmaintes idées neuves et fécondes, mais fut vaincu en cette lutte par la terrible\npuissance de la médiocrité. Certainement, ni Beethoven ni W a g n e r ne furent\nm a l h e u r e u x , m é c o n n u s et bafoués de leur vivant au point où le fut Berlioz au\ncours de son orageuse existence, et le lustre de son infortune a peut-être con­\ntribué à le grandir encore.\n    L'exécution des œuvres du maître français au Populaire a été remarquable\nen tout point. U n beau souffle d'enthousiasme parcourait l'orchestre et les\nc h œ u r s . M m e Gerville-Réache a mis en toutes ses interprétations u n accent\nparticulièrement dramatique et émouvant. D a n s le rôle du P è r e L a u r e n c e , la\nbelle voix de M. Vallier a sonné avec vigueur, énergie et fierté. E t nous tenons\nsurtout à hautement féliciter M. Sylvain D u p u i s qui, au lendemain du Roi\nArthus et du travail énorme nécessité par la mise au point de cette partition,\na encore trouvé le moyen et le temps de nous donner, sous son intelligente et\nartistique direction, vraiment puissante en sa calme fermeté, ces précieuses et\n instructives auditions d'œuvres choisies de Berlioz.\n\n   S e c o n d C o n c e r t P o p u l a i r e . — L e concert débutait par l'ouver­\nture de la Fiancée vendue de Smetana et par Stenka Razine, poème s y m p h o n i q u e\nde Glazounoff, deux œuvres, l'une comme l'autre, d'un intérêt captivant, bien\nqu'inspiré par des beautés d'ordre fort opposé : l'ouverture de Smetana pri-\nmesautière, écrite d'un jet, sinon de style, du moins de coupe assez mendels-\nsohnienne, irrésistible de fougue et de verve, avec ses ravissants babillages\ndessinés par les violons jaseurs ; le poème de Glazounoff, d'orchestration plus\nraffinée et chatoyante, translucide néanmoins en son apparente complexité,\net qui, tant par la richesse de la substance h a r m o n i q u e et mélodique que par\nl'intérêt des développements, la grâce et la poésie des épisodes présentés,\npeut être mise de pair avec les meilleures productions similaires de\nStrauss et de S w e n d s e n . L a compréhension en aurait été plus complète\net plus parfaite après lecture du poème, guide et inspirateur de l'illustration\nmusicale.\n    L e concerto de Mendelssohn pour violon a été souvent entendu et réen­\nt e n d u à Bruxelles. N o u s ne sommes point de ceux qui se plaisent à rabaisser\nMendelssohn et reconnaissons en lui un maître. N e cherchez pas, assurément,\nen ce concerto l'envolée puissante et les profondes significations. Vous vous\nefforceriez vainement de les y découvrir. L e Concerto de Mendelssohn p o u r\nviolon, c'est la fleur du romantisme dans tout ce que cette conception spéciale\nde l'art comporte de sincérité et d'émotion vraie, et en tant que débarrassée\nd e l à grandiloquence et de la boursouflure qui la déparent trop souvent. C'est\nle romantisme de L a m a r t i n e , de Musset, des Voix Intérieures ou des Odes et\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                   45\n\nBallades, non celui qui caractérise les drames de Hugo ou les romanciers à\nsuccès retentissant de la monarchie de Juillet. Mendelssohn est un frère, mais\nun tout petit frère de Chopin. Nous ne connaissons rien de plus suave que\nla cantilène (second mouvement du concerto), si ce n'est cependant la façon\nsupérieure dont Kreisler l'a rendu. Kreisler joue avec simplicité et émotion\n(deux dons bien précieux et bien rares chez nos virtuoses actuels), et, chose\nnon moins rare et non moins précieuse, le parfait virtuose qui est en lui ne\nfait aucun tort à l'artiste. Impossible, en effet, de dessiner plus clairement, de\nmieux perler les traits de violon, et impossible, d'autre part, de mieux faire\nsentir la portée émotionnelle de la phrase mélodieuse. Aurions-nous tort de\ndire que ce jeu si pur, si pondéré, si classique, nous a semblé parfois assez\nmou, en regard des interprétations vibrantes, enflammées et pathétiques du\nmaître Ysaye? Mais c'est là une impression et non de la critique, qui ne\ndevrait jamais procéder par comparaison. Le Choral varié pour saxophone\navec accompagnement d'orchestre de Vincent d'Indy (félicitons le soliste,\nM. Kuhn), est une œuvre de forme assez complexe et savamment édifiée,\ndont nous n'avons point pénétré l'esprit et la portée esthétique, vis-à-vis de\nlaquelle nous suspendons, en conséquence, notre jugement, car, en présence\nd'une personnalité artistique aussi haute et intéressante que l'est celle de\nVincent d'Indy, il serait téméraire de prétendre caractériser et qualifier une\nœuvre que l'on n'a pas comprise. Quant aux variations de Paganini, il serait\nplus décent de n'en point parler ici, car ces incongruités ne relèvent aucune­\nment de l'art et leur examen serait bien mieux à sa place dans une revue de\npathologie. Si nous les mentionnons toutefois, c'est qu'un artiste comme\n Kreisler a jugé opportun de nous les imposer, et c'est, qu'en outre, elles ont\nété saluées d'une ovation tonitruante, qui jette un jour assez inquiétant sur\nles capacités artistiques du public bruxellois, réputé si intelligent. Heureuse­\n ment que des fragments du Crépuscule des Dieux sont venus apporter un adou­\ncissement précieux, mais nécessaire et bien mérité, aux longues et cruelles\nsouffrances que nous a infligées ce pauvre funambule de la chanterelle appelé\n Paganini, bien plus digne de figurer dans une galerie des clowns célèbres\n que dans les annales sacrées de l'art, où ce nom s'est fourvoyé on ne sait\n vraiment à quel titre.\n   Rendons hommage, en finissant, à la direction si intelligente, si nuancée\net vécue de notre jeune capellmeister Rasse, remplaçant Sylvain Dupuis indis­\nposé, et qui, sans nul doute, a été l'agent essentiel de la belle interprétation\ndes œuvres exécutées.\n\n   A u C e r c l e a r t i s t i q u e . — Le Cercle artistique nous a conviés, pen­\ndant le mois de décembre, à des soirées d'un intérêt exceptionnel. S. A. R.\nMadame la comtesse de Flandre avait daigné rehausser de son auguste pré­\nsence la séance GAY-PUGNO.\n   Mme Gay est une artiste qui a la juste compréhension des œuvres qu'elle\ninterprète, sa voix a de l'accent et possède un grand fonds de richesses expres­\nsives. Son programme était composé de pièces de chant glanées avec soin\ndans la littérature musicale des deux derniers siècles. Nous avons surtout\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": " 46                                      DURENDAL\n\n\n  goûté son interprétation de l'admirable cantique de Beethoven : Dieu loué par\n  la Nature, du non moins admirable air d'Armide de Haendel et, dans la seconde\n  partie, des Berceaux de F a u r é et de l'Erlkönig de S c h u b e r t . M m e Gay était accom­\n  pagnée p a r le pianiste R a o u l P u g n o , dont nous avons résumé, en la der­\n  nière livraison de Durendal, les qualités éminentes. Il a d o n n é là un bel et\n  précieux exemple à suivre par messieurs les lions du clavier, généralement\n  aussi prétentieux qu'est longue leur crinière, et qui considèrent l'accompagne­\n  ment d'un interprète du chant comme trop en dessous de leurs talents trans­\n  cendants. L'art de l'accompagnateur est un des plus difficiles et des plus déli­\n  cats qui existent, c'est la vraie pierre de touche des dons compréhensifs et\n  interprétatifs de l'artiste pianiste.\n     L e maître P u g n o a joué le Concerto italien de Bach avec une clarté souve­\n  raine et une incomparable plasticité, faisant ressortir ce côté architectural\n  que dans l'œuvre de Jean Sébastien il importe surtout de mettre en relief.\n  P u i s il a dit le Soir de S c h u m a n n de la façon la plus pénétrante, et d a n s\n  Grillen, Ende vom Lied, il a eu de féeriques subtilités de doigts bien en har­\n  monie avec le caractère fantastique de ces poèmes.\n     Il en coûte à la critique d'apporter des restrictions à l'éloge par rapport à\n u n artiste aussi sincère et original que P u g n o . Cette considération n e saurait\n cependant l'arrêter, le degré de sincérité de la critique constituant véritable­\n ment l'étiage d'après lequel se doit mesurer la valeur des éloges qu'elle dis­\n tribue. Sous le titre assez trompeur et énigmatique de Scherzos, toutes les\n pièces de Chopin qui portent ce n o m sont, a u m ê m e titre que les autres p r o ­\n ductions du maître, des cris jaillis du plus profond de son âme impétueuse,\n des œuvres aux aspects byroniens, débordantes de vie et de passion, que par­\n sèment les éclairs d'une ironie grave et douloureuse, en un mot des poèmes\n qui doivent être vécus, et c'est en altérer le sens poétique, n'en laisser subsister\n que la scintillante écorce que de leur donner u n e allure ultra-rapide c o m m e\n celle que leur imprime le grand pianiste français, l'oreille de l'auditeur ne\n percevant plus ainsi en ces traits enlevés de maîtresse façon qu'une cascade\n éblouissante d'arabesques s'évanouissant comme u n songe dans la magie d'un\n kaléidoscope.\n    L'interprétation de la Berceuse soulève de plus graves objections. L e d o g m e\n de l'absolue liberté d'interprétation de Chopin semble revêtir quelque a p p a ­\nrence de légitimité chez des pianistes de la trempe de P u g n o en pleine pos­\n session de leur individualité. C e p e n d a n t , la valeur de ce prétendu axiome\n artistique tend heureusement à se discréditer de jour en jour. E n tout cas,\nl'esprit du poème ne peut, sous a u c u n prétexte, être s u b o r d o n n é et sacrifié\nà la préoccupation du trait. L e trait chez P u g n o se pare de souplesses et de\nsonorités exquises. D'accord. Mais que peuvent figuier ces traits en pianissimo\nde la Berceuse, sinon les rêveries enchantées d'une mère auprès du berceau de\nson enfant, l'épanouissement de son b o n h e u r d a n s les roses visions de l'ave­\nnir? L'essence d e la Berceuse, c'est le calme et la sérénité. « Q u e la m a i n\ngauche, disait Chopin, soit votre maitre de chapelle. » Ce conseil trouva-t-il\njamais plus juste application qu'ici? L'accompagnement de la Berceuse doit\nse dessiner à la basse estompé dans le rêve, en conservant toujours le mouve-\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                              CHRONIQUE MUSICALE                                         47\n\nment initial, sans aucune accélération ni ralentissement, sans aucune de ces\ncapricieuses oscillations de r y t h m e qui, suivant le mot h e u r e u x de Brassin,\npourraient éveiller l'enfant. Telle était aussi l'interprétation de Rubinstein, le\nplus compréhensif et le plus puissant des pianistes.\n   P a s s o n s m a i n t e n a n t à la soirée SCHOERG-KLEEBERG. Rarement avons-nous\nassisté à soirée musicale plus exquise, plus fertile en profondes et complètes\njouissances d'art. Au p r o g r a m m e , trois choses merveilleuses : D'abord, le\nQuintette en fa mineur de B r a h m s , œuvre noble, s'il en fut j a m a i s , aussi riche\nd'idées que pure et ferme de style, et que caractérise surtout la passion con­\ntenue, l'austérité de la ligne et u n e certaine gravité cornélienne ayant sa plus\néloquente expression dans l'étonnant F i n a l e . P u i s , le Quatuor en sol majeur de\nMozart, tout paré de grâce ailée et fleurie, i n o n d a n t de ses ruisseaux de miel\nl'âme h e u r e u s e . Enfin, l'incomparable Quintette en mi bémol de S c h u m a n n , avec\nses a m o u r e u x élans de tendresse infinie, ses ruissellements dorés de vie lumi­\nneuse, traduisant l'essor d'une âme qui secoue le voile d o n t elle s'est un\nmoment endeuillée pour p l a n e r sans entraves sur des hauteurs ensoleillées,\ngrisée de printemps, de lumière et de jeunesse. L e quatuor Schoerg réunit\nau suprême degré les qualités requises p o u r la g r a n d e interprétation de la\nmusique de c h a m b r e , plénitude et ampleur de la sonorité, finesse et fondu\n des n u a n c e s , précision et vigueur du r y t h m e , et surtout cette parfaite concor­\n dance de compréhension, cette intime c o m m u n i o n d'art, qui semble faire\njaillir comme d'une â m e unique l'interprétation de l'œuvre. U n e b o n n e p a r t\n de notre reconnaissance pour ces pures jouissances d'art doit aller à\n M m e Kleeberg-Samuel, cette gracieuse, intelligente et modeste artiste, qu'on\n souhaiterait entendre plus fréquemment à Bruxelles.\n\n   Concert Richter. — Riclue r est venu diriger, à Bruxelles, un\nconcert dont le produit était destiné à l'œuvre de l'Avenir Artistique, œuvre\néminemment sympathique, sous le haut patronage de S. A. R . M m e la com­\ntesse de F l a n d r e , qui honorait la solennité de son auguste présence. Le pro­\ngramme était le suivant : Harold eu Italie de Berlioz, la Suite en ré de Bach, la\nSymphonie héroïque de Beethoven, l'ouverture des Maîtres Chanteurs de W a g n e r .\nNous venons de dire, en u n article spécial, notre sentiment sur Berlioz. C'est\nsans doute une pensée on ne peut plus louable d'avoir ainsi fêté le centième\nanniversaire de ce vaillant, mais il ne faudrait pas c e p e n d a n t exposer son\nœuvre a u discrédit en s'efforçant vainement de l'exhausser d a n s des voisinages\ntrop redoutables et trop écrasants. L a s y m p h o n i e descriptive, Harold en Italie,\noù nous avons surtout a d m i r é le jeu pur et expressif de Van H o u t , a paru\nbien pâle, bien frêle et bien diffuse à côté de ces vigoureuses et colossales\ncréations qui s'appellent : la Suite en ré, la Symphonie héroïque, l'ouverture des\nMaures Chanteurs.\n   La prodigieuse clarté d'exposé, unie à l'implacable fermeté de rythme et au\nsens le plus j u s t e et le plus exquis des nuances, nous semble la triple carac­\ntéristique fondamentale de cette interprétation de Richter, à coup sûr la plus\nparfaite, sinon la plus saisissante qui existe, celle qui justifie le mieux celte\n définition que la véritable interprétation d'une œuvre d'art en est comme u n e\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "48                                     DURENDAL\n\n\n\nseconde création. La Symphonie héroïque, l'ouverture des Maures Chanteurs ont\napparu à leur véritable place, c'est-à-dire comme deux des plus hautes et des\nplus puissantes expressions de la Beauté absolue dans l'art : réunissant, en\neffet, l'une comme l'autre ces deux éléments essentiels que reflètent les\nœuvres éternelles, d'abord la continuité de l'inspiration, de ce souffle du ciel\nd'où jaillissent les h y m n e s ardents q u ' e n t o n n e n t sur la lyre de Dieu ces deux\nBardes-Titans, Beethoven et W a g n e r , et en second lieu la force et l'unité de\nconception, cette puissance consciente et synthétique de coordination et de\ncondensation harmonieuse qui est comme le moule où l'inspiration doit venir\nse fixer pour être véritablement et complètement efficace.\n   Après le grand capellmeister allemand, félicitons notre orchestre si bien p r é ­\nparé par ses chefs et dont la cohésion superbe et la rare souplesse de nuances\nont été en cette occasion si remarquées et si justement a d m i r é e s .\n\n                                                              GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n   Concert deMllesE. Delhez et A. Mollander. — La soirée\nmusicale donnée, le 22 décembre, en la salle E r a r d , par les demoiselles\nE . Delhez et A. Mollander, avait attiré beaucoup de m o n d e , un m o n d e choisi.\nL e s deux partenaires ont obtenu un succès franc et légitime. Mlle Delhez,\nu n e cantatrice bruxelloise, retour d'Amérique, — ce qui ne gâte rien — est\nu n e artiste très connue parmi n o u s . Elle est très en progrès au point de\nvue du style, de la diction et de la m é t h o d e . S o n mezzo soprano au timbre\nclair, cristallin, porte et fait plaisir sans le vibrato cher aux gosiers fatigués.\nM l l e Delhez nous a chanté avec charme des mélodies de W a g n e r , de\nStrauss, de Grieg, de F a u r é , de D u p a r c , de Chabrier, de A. De Greef, de\nH u b e r t i , de Gilson, de L . Wallner, de Peterson Berger. C o m m e on voit, ce\nfut un p r o g r a m m e en quelque sorte international et bien choisi.\n    M lle Mollander est une élève d'Arthur D e Greef; elle lui fut r e c o m m a n d é e\npar E d . Grieg, le c h a r m a n t maître norwégien, car Mlle Mollander est sa\ncompatriote. Hâtons-nous de dire qu'elle fait h o n n e u r à son maître, l'éminent\nprofesseur de notre Conservatoire. C'était p o u r ainsi dire son tnaiden speech, et\nce speech musical était de nature à bien augurer de son avenir artistique. U n\ntoucher ferme et sain, u n e expression sobre et sans miévrerie, de la tenue ici,\nde l'entrain là, n o t a m m e n t d a n s la valse de Chopin (en la bémol, o p . 34, n°1),\ntoutes ces qualités unies à u n e jeunesse florissante lui ont valu applaudisse­\nments et rappels. N o u s espérons rencontrer souvent son n o m dans l'avenir\net lui souhaitons b o n n e c h a n c e .\n   Jolie soirée, d'une durée raisonnable, n ' e n g e n d r a n t pas la fatigue.\n\n   Les Chanteurs de Saint-Boniface. — A l'église Saint-Boniface,\nles offices d e Noël ont revêtu, cette a n n é e , u n attrait tout particulier. L e\nmatin, on a chanté la messe Exultate Deo, pour quatre voix et orgue de Stehle.\nAu salut de 4 heures, l'artistique phalange que dirige M. Carpay a fait\nentendre des motets d'Orlando di Lasso, Piel, Grazio Vechi et le Benedictus\nde la célèbre messe du p a p e Marcel, réputée le chef-d'œuvre de P a l e s t r i n a .\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                         CHRONIQUE MUSICALE                                 49\n\nM. De Boeck a interprété en maître des œuvres de Bach, Haendel, Widor et\nGuilmant. Il est du devoir de Durendal de rendre hommage à de si nobles et\nsi efficaces initiatives. S. A. R. Madame la comtesse de Flandre, soucieuse\nde marquer la sympathie qu'elle porte à ces belles manifestations\nd'art et de foi, avait tenu à rehausser la solennité de sa présence.\n\n  Concert de M M . J a u d o i n et G. S a d l e r . — A signaler le con­\ncert donné, le 28 décembre, à la salle Erard, par M. Gabriel Jaudoin, pia­\nniste, premier prix du Conservatoire de Paris, et M. Georges Sadler,\nvioloniste.\n  M. Jaudoin est un tempérament; il a déployé beaucoup de puissance et de\nsolides qualités de technique dans l'exéciition de différentes œuvres. Citons,\nnotamment, deux pièces capitales de la littérature musicale, la Toccata et fugue\nde Bach-Tausig, et les Etudes symphoniques de Schumann, celle-là présentée,\nnéanmoins, avec trop de précipitation, celles-ci avec trop d'extériorité.\nM. Sadler a été particulièrement heureux dans la Sonate (piano et violon) de\nC. Franck, jouée avec une verve enflammée et entraînante, où il a fait\npreuve aussi d'un sentiment sincère et profond, d'un sens intelligent de la\ncoloration, qualités essentielles qui, lorsqu'elles sont développées et mûries,\nconstituent la caractéristique des maîtres du violon.\n                                                                       D. L.\n\nM é l o d i e . — Poésie et musique de GUILLAUME LEKEU. Œuvre posthume.—\n   (Liége, Muraille, éditeur.)\n   Cette œuvre ne nous apprend rien de nouveau sur l'esthétique du jeune\nmaître verviétois moissonné dans sa fleur, esthétique que nous avons qualifié\ndans cette livraison même de Durendal en une réflexion subsidiaire à propos\nde Berlioz, conception d'art très sincère et personnelle, et à ce titre intéres­\nsante, mais dérivant d'un impressionnisme maladif et désemparé, qui symbo­\nlise l'existence humaine en un désert aride et glacé n'ayant d'autre frontière\nque le néant.\n                                                                    G. DE G.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "             Les Conférences du Mois\n\n   C o u r s d'art e t d ' a r c h é o l o g i e . — Conférence du R. P . VAN DEN\nGHEYN sur l'Apogée de l'art de la miniature dans les Pays-Bas durant la période bour-\nguignonne.\n\n    La période d'art, dont le savant conservateur des manuscrits de la Biblio­\nthèque royale a entretenu son auditoire, est comprise, à peu près tout entière,\ndans le XVe siècle. Nos provinces connurent alors, sous l'égide des puissants\nducs de Bourgogne, et plus particulièrement de Philippe le Bon, une pros­\npérité et une grandeur merveilleuses, la cohésion territoriale et l'hégémonie\npolitique qui, malheureusement, fuient abattues dans les champs de Nancy,\nen même temps que l'orgueilleux et obstiné Charles le Téméraire. Mais, sans\ndoute, le caractère de ce prince accéléra-til seulement la chute d'une domi­\nnation dont l'éclat et la menaçante prépondérance ne pouvaient pas ne point\ndéterminer la France à conjurer la ruine ?\n    Dans l'efflorescence de toutes les énergies vives du pays, l'art, hésitant\nencore et tâtonnant du XIVe siècle, prit conscience de lui-même et, presque\nsans transition appréciable, sans que l'on puisse clairement marquer les étapes\naccélérées qu'il a parcourues, il révéla la perfection technique et expressive\ndont les œuvres innombrables, apparues depuis, n'ont pas diminué l'étonne­\n ment. On sait le miracle des Van Eyck...\n    La miniature avait précédé, à la cour de France comme à celle de Bour­\n gogne, mais de bien peu à ce qu'il semble, au moins pour les œuvres réelle­\n ment caractérisées. Dans l'abondance des doutes et des questions irrésolues\n que soulève l'examen des manuscrits qui subsistent, il serait assez difficile,\n pensons-nous, d'affirmer péremptoirement que la peinture a procédé de la\n miniature alors que l'on pourrait croire également que l'art majeur, la pein­\n ture, et le mineur, la miniature, ont progressé à peu près parallèlement\n jusqu'au moment où le second a été délaissé par les artistes les plus doués,\n à cause de son importance inférieure, encore amoindrie par la diffusion de\n l'imprimerie.\n     L'on a cru reconnaître la main de Roger Van der Weyden ou celle de\n Jean Van Eyck dans certaines miniatures particulièrement remarquables;\n mais, ce n'est que par exception que le nom d'un peintre attitré se rencontre\n au nombre des miniaturistes. Il est vrai que les pièces d'archives dont les\n r\n   enseignements permettraient d'identifier la personnalité des auteurs de\n  'ravaux, la plupart du temps non signés, sont rares.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                       LES CONFÉRENCES DU MOIS                                5l\n\n    Les découvertes dues aux études persévérantes des comtes de Laborde\n et Durrieu, de MM. James Weale et Joseph Destrée ont fait la lumière pour­\ntant sur un grand nombre de points controversés.\n    Dans sa conférence très nourrie et documentée, et dont il a illustré les\nexposés à l'aide de projections fort bien choisies, le R. P . Van den Gheyn a cité\nles publications de ces érudits et rendu hommage à leurs contributions nota­\nbles à l'histoire de la miniature : chacun ajoutait mentalement le nom du con­\nférencier lui-même à cette énumération, en jouissant du plaisir d'entendre sa\nparole diserte et les commentaires pleins de sens critique et du sentiment vif\net délicat de l'art dont il accompagnait l'évocation des principaux miniatu­\nristes du XVe siècle : Van der Moere, de Gand; Jaequemart Pilaveine, expert\nsurtout dans la représentation des batailles; Jean leTavernier, d'Audenarde, qui\nexcellait dans les miniatures en camaïeu; Simon Marmion, de Valenciennes,\npeintre également, et que le pompeux Jean Le Maire de Belges qualifie de\n« prince d'enluminure », et Alexandre Bening, dont le coloris fin et blond\nfait songer à Metsys; puis Loyset Liédet, qui exécuta plus de quatre cents\nminiatures sur les sujets les plus variés; Guillaume Vrelant, dont Memling\nnous conserva la physionomie et, enfin, Philippe de Mazerolles, enlumineur\nde Charles le Téméraire, qui serait le plus éminent de ces artistes si l'on pou­\nvait se montrer plus affirmalif sur l'attribution des ouvrages où l'on croit\nreconnaître sa manière.\n   Le public nombreux et choisi des Cours d'art a écouté avec le plus grand\nintérêt et chaleureusement applaudi la conférence remplie de charme et de\nprécision du R. P . Van den Gheyn.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n   Conférence de M. Fierens-Gevaert                        sur    Gluck. —\nAu cours d'art et d'archéologie, belle conférence synthétique et condensée\n de M. Fierens-Gevaert sur Gluck et son œuvre. Il a énoncé, dès l'aboid, le\nbut de sa causerie : nous montrer la sûreté, la continuité du développement\ndu génie de Gluck en même temps que la profonde harmonie morale de son\nexistence. Après nous avoir raconté l'enfance de Gluck vagabondant dans les\nbois surveillés par son père, qui était garde forestier, et parcourant les\nvillages de la Bohême le violon sous le bras, M. Fierens-Gevaert signale\nl'arrivée de Gluck à Paris comme une date mémorable dans son existence.\n Les opéras de Rameau, l'émule de Jean Sébastien, apparaissent au jeune\nGluck des types accomplis de déclamation pathétique. Il cherchera désor­\nmais à amplifier encore l'œuvre de Rameau. De 47 à 55 ans, Gluck écrit\nOrphée, symbolique incarnation du pouvoir de la musique inspirée à la fois\nde la muse virgilienne et de la muse dantesque; Alceste accentuant encore la\nréforme; Pâris et Hélène, aboutissement de sa manière italienne et premier\naboutissement de sa manière définitive. A 60 ans et malgré les entraves d'une\nsanté précaire, il s'obstine sur le douloureux chemin de la beauté et donne sa\npremière tragédie musicale française, Iphigénie en Aulide, accueillie par un\nsuccès unanime. A propos de la querelle des Gluckistes et des Piccinistes,\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "52                               DURENDAL\n\n\nM. Fierens-Gevaert fait justement remarquer les excès où versèrent les deux\npartis en présence, les Gluckistes raillant les logogriphes de Rameau ou les\npsalmodies de Lulli, les Piccinistes reprochant à Gluck le cosmopolitisme (!)\nde son art. A 63 ans, Gluck donne son quatrième chef-d'œuvre, Armide,\npartition enchanteresse que caractérise la puissante et profonde humanité du\npersonnage principal.\n   Puis Gluck prend Paris en horreur, regagne Vienne et là, une adaptation\nfaite par Guillard d'un poème de Guimond de la Touche, d'après la tragédie\nd'Euripide, lui offre le plus beau livret qu'il ait eu à mettre en musique, le\nlivret à'Iphigénie en Tauride.\n   Iphigénie en Tauride consacra la gloire de Gluck. Jamais chef-d'œuvre ne fut\nplus spontanément compris et admiré. Gluck reproduisait dans les chœurs les\nrythmes d'Euripide, il retrouvait en son instinct les ressources des poètes\nmusiciens de la Grèce.\n   Ce qui résume la carrière de Gluck, conclut M. Fierens-Gevaert, c'est\nl'unité de sa vie et de son œuvre, l'énergie tenace avec laquelle il s'est conti­\nnuellement surpassé. A chaque victoire il éprouvait le désir de faire mieux.\nIl a suscité autour de lui des amitiés fanatiques et d'admirables coopé­\nrations. Gluck fut une volonté, ce que le philosophe Nietzche appelle un\n Ubermensch.\n   Cette belle conférence fut suivie d'une audition d'œuvres de Gluck, à\nlaquelle Mlle Flament, M. Demest et M. Seguin avaient bien voulu prêter\nleur précieux et artistique concours, mis encore en lumière par les si fins\naccompagnements de M. Georges Systermans.\n                                                                   G. DE G.\n\n\n\n     Conférence de M. Charles Buls au Cercle artistique. —\n« L a C o r s e ». — Les récits de voyage ont un charme toujours vivace.\nIllustrés de projections photographiques, ils réalisent un type de causerie\ngoûtée par les auditeurs les plus disparates. Chez ceux qui n'ont pas visité les\ncontrées commentées par le conférencier, un intérêt latent — et comme en\npuissance d'une possibilité de les parcourir à leur tour — fait naître une\nattention très éveillée. Chez ceux, moins nombreux, ayant exploré déjà ces\npays, la joie du souvenir et la fierté d'y avoir été excitent une sympathie com­\npréhensible.\n   Les souvenirs sont la meilleure partie des voyages. M. Buls se plaît à les\névoquer; il est accoutumé de bénéficier d'une curiosité sympathique lorsqu'il\nretrace en public les épisodes de ses fréquentes promenades mondiales.\n   On connaît sa manière nette de développer le plan de ses conférences.\nIl débute par l'explication d'une carte géographique, insistant sur la configu­\nration physique des légions qu'il se propose de décrire. Il jette ainsi les bases\nd'un système d'itinéraire et retrace ensuite, successivement, les divers sites\nqui lui ont paru marquants, avec les variantes obligées d'épisodes et d'anec­\ndotes caractéristiques.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                      LES CONFÉRENCES DU MOIS                               53\n\n   La Corse, pour n'être point lointaine et difficilement accessible, reste\ncependant à l'écart des routes du tourisme international. Comme toutes les\nîles, elle s'enveloppe d'un prestige et se pare d'une séduction un peu mysté­\nrieuse. La Sicile, Malte, Corfou, Majorque, ne sont-elles pas plus attirantes\nque l'Italie, l'Espagne ou la Grèce, qu'elles résument en quelque sorte?\n   La Corse, peu commode au voyageur soucieux de ses aises, ami des hôtels\nconfortables, des routes entretenues et des promenades préparées, lui offre la\nsauvage beauté de ses côtes, la rudesse de ses forêts et de ses maquis.\nM. Buls nous a fait voir des villes, des villages, des aspects de nature. Il a\nfait défiler sous nos yeux des types d'insulaires et nous a dépeint leur carac­\ntère à la fois apathique et violent.\n   Un tableau piquant de mœurs électorales, une histoire bien narrée de bri­\ngand retraité, ont amusé l'auditoire, qui s'est retiré en rêvant d'hivernages\nensoleillés à Ajaccio et d'excursions printanières dans les forêts odorantes.\n\n                                                                      P. L.\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "                LIVRES ET REVUES\n\n\nL e Chiese di F i r e n z e del secolo IV al secolo XX, par\n  ARNALDO COCCHI. — Vol. I : Quartier e di S. Giovanni; un vol. in-4° illustré.\n  — (Firenze, Stabilimento Pellas; Cocchi e Chiti, success.)\n\nD e g l i a n t i c h i r e l i q u i a r i di S . M a r i a d e l F i o r e e d i S . G i o -\n  v a n n i d i F i r e n z e , seconda édiz. ; un vol. in-4° illustré. — (Firenze,\n  mêmes éditeurs.)\n\n   Toute l'histoire de Florence est écrite dans ses édifices religieux, et il n'est\npeut être pas un moment marquant de ses destinées politiques, pas une des\ngloires de sa pensée ou de son art dont on ne puisse y retrouver la trace.\nC'est que le culte était associé étroitement à toute l'activité de la cité et que\nc'était à lui que l'on recourait d'instinct et tout d'abord aux heures de joie et\nd'exaltation comme à celles de désastre ou de péril.\n   La République mettait son honneur à ne se laisser dépasser par aucune\ncité rivale dans la splendeur et l'abondance de ses églises, de ses monastères\net de ses établissements charitables et hospitaliers; et elle trouvait toujours\nparmi ses citoyens les grands artistes propres à réaliser, avec majesté, les\ndesseins magnifiques de sa dévotion. Et, imitant l'exemple des pouvoirs\npublics, les grandes familles florentines, les corporations, les arts majeurs et\nmineurs consacraient des sommes considérables à l'érection de monuments\npieux, funéraires ou commémoratifs, à l'ornementation de chapelles dont les\nautels, les reliquaires et les fresques perpétuent de nos jours le souvenir\nadmirable de la Foi, de la volonté d'art et de l'intelligente munificence des\n siècles les plus illustres de la Cité de la fleur.\n    Le XVIe siècle et les suivants virent disparaître, soit lors du siège de\n Florence, par les Espagnols, en 1530, soit grâce à la furie de nouveauté ou,\n plutôt, d'imitation de l'antiquité qui signala la seconde Renaissance, un\n grand nombre des églises et des sanctuaires de Florence, et là comme chez\n nous, on essaya de toutes les façons de défigurer et d'enjoliver les édifices\n « barbares et gothiques » que l'on voulut bien épargner : on noya, par exem­\n ple, sous le badigeon les plus beaux titres de gloire de l'art florentin, les\n fresques de Giotto et de ses disciples, à S. Croce; celles d'Orcagna et de\n Ghirlandaio, à S. Maria Novella, et notre temps, plus respectueux de la\n pensée des ancêtres, ou plus curieux, n'est pas parvenu encore à restituer\n toutes les œuvres des vieux maîtres dont l'existence est certifiée par des docu-\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                55\n\nments. Il est vrai que, trop souvent, elles ne sont débarrassées du crépi des\nvandales classiques, ne sont tirées des ténèbres que pour reparaître au jour\nsous le travestissement de trop soigneuses restaurations!...\n   M. Arnaldo Cocchi a entrepris de dresser l'inventaire des églises de Flo­\nrence et de leurs richesses; mais un inventaire attrayant et animé, qui\nconstitue pour chacun des monuments qu'il passe en revue, un précis histo­\nrique et artistique complet et substantiel, où rien n'est négligé ou laissé dans\nl'ombre. Le premier volume, orné de belles reproductions de tableaux et de\nminiatures rares, est consacré au quartier du Baptistère (S. Giovanni); il sera\ncomplété par quatre volumes qui traiteront, le deuxième, des églises situées\ndans le quartier de S. Maria Novella; le troisième, de celles du quartier de\nS. Croce; le quatrième, de celles d'Oltrarno (S. Spirito) et de celles, aujour­\nd'hui détruites, qui s'élevaient sur les ponts du fleuve; le cinquième, enfin,\ns'occupera des églises suburbaines.\n   C'est un grand et précieux travail de science et de brillante érudition que\nl'auteur a entrepris; mais il suffit de lire les notices, remplies de goût et d'un\nsens critique excellent, de ce volume, et, particulièrement, les pages où il est\nparlé de S. Maria del Fiore, d'Or S. Michele et de S. Lorenzo pour se con­\nvaincre qu'il mènera à bonne fin cette oeuvre difficile et méritoire. Nous\naurons occasion d'en reparler à nos lecteurs.\n\n\nIl D u o m o d i S a n G i o v a n n i , par A.NARDINI DESPOTTI MOSPIGNOTTI.\n  Un vol. in-4 0 illustré. — (Firenze, Fratelli Alinari.)\n   Le Dante parle, quelque part, de sa patrie, en la nommant: « . . . la città\nche nel Battista — Cangiè 'l primo padrone... » Ce premier patron avait été, à\nl'époque de sa fondation, le dieu Mars, et on aurait pu inférer des paroles du\npoète, de même que de la tradition recueillie par le chroniqueur Villani, que\nle Baptistère de Saint-Jean-Baptiste avait abrité, tour à tour, le culte du dieu\nromain et celui du Précurseur.\n   Cette hypothèse semblait confirmée par l'examen du monument lui-même,\nconçu sur le plan du Panthéon, et dont la structure, les profils et un grand\nnombre de détails ornementaux appartiennent au plus pur style classique.\nCependant, d'autre part, l'édifice porte, dans sa décoration extérieure, les\ntraces de trois styles, classique, roman et ogival, et l'on sait ou l'on présume\nqu'il a subi des remaniements importants postérieurement à sa construction,\npuisque, à l'origine, avant l'édification de S. Reparata, Florence n'avait pas\nd'autre église cathédrale.\n   En somme, la question, capitale pour l'histoire de l'architecture chrétienne,\nde l'époque de l'érection du Baptistère de Florence, restait controversable —\nles uns, s'obstinaient à tenir cette délicieuse construction pour un temple\nantique, dont la divinité païenne, élégante et policée, aurait été expropriée\npar le rude et ascétique annonciateur de la Rédemption; les autres, préten­\ndaient y découvrir la preuve d'une première Renaissance classique, qui se\nserait produite, en Italie, avant la diffusion de l'architecture ogivale importée\ndu Nord.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "56                                DURENDAL\n\n\n   Le magnifique travail de M. Despotti Mospignotti réduit ces conjectures\nà néant : il constitue une étude complète, analytique, conduite avec une\nméthode et une sûreté impeccable, du Baptistère; c'est un véritable modèle\nde critique objective et sagace, aboutissant à des conclusions d'une netteté et\nd'une logique indiscutables.\n    L'auteur a, naturellement, cherché à établir la chronologie des monu­\nments, analogues de style et d'inspiration, qui subsistent dans la Péninsule,\net notamment en Toscane, et l'examen minutieux et comparé auquel il a\nsoumis, par exemple, la Badia de Fiesole et S. Miniato al Monte, lui ont\nfourni de nouvelles preuves de l'antériorité du Dôme de S. Giovanni.\n   En somme, M. Despotti Mospignotti considère celui-ci comme une con­\nstruction des premiers siècles du christianisme, élevée entre les dernières\nannées du IVe et les premières du ve siècle, et dont la décoration de marbres\npolychromes, tant intérieure qu'extérieure, appartient à la conception origi­\nnelle. Lorsque, vers le milieu du xi e siècle, le Dôme de Saint-Jean céda son\ntitre d'église cathédrale à S. Reparata et fut transformé en Baptistère, son\nancienne abside circulaire fit place à la tribune actuelle et il reçut les fonts\nbaptismaux qui s'y voient à présent. C'est à raison de ces modifications que,\nle 6 novembre 1059, le pape Nicolas II sanctifia l'église d'une nouvelle con­\nsécration, dont on célèbre encore l'anniversaire de nos jours.\n    Il est rare qu'en matière d'archéologie on puisse parler d'oeuvre « défini­\ntive », et il faut généralement accepter les conclusions des spécialistes en cette\nscience, sous réserve de démonstration contraire ou de découvertes suscep­\ntibles d'infirmer leur opinion ; on peut affirmer, pensons-nous, que le travail\nde M. Despotti Mospignotti — élaboré, d'ailleurs, en 1873 et dont les preuves\nont été contrôlées depuis et acceptées par d'autres archéologues — échappera\n à une semblable fortune. Et il faut louer MM. Alinari d'avoir voulu nous\n donner de cet important ouvrage une jolie édition, enrichie de belles illustra­\n tions, en tout digne de la réputation de leur excellente maison.\n\n\nL'art au point de vue sociologique, par M. GUYAU; 6e édition, un\n   vol. in-8°. — (Paris, F. Alcan, Bibliothèque de philosophie contem­\n   poraine.)\n   Cet ouvrage est l'un des derniers que nous devons au jeune et brillant phi­\nlosophe enlevé si prématurément aux lettres. Il y étudie l'art considéré comme\nforce sociale, dans ses origines, son but et son influence. Guyau pensait, en\neffet, que, tandis que les idées religieuses et métaphysiques tendent à réaliser\ndans la société humaine la communauté des conceptions directrices de l'intel­\nligence; — la morale, Tunion des volontés et, par conséquent, « la conver­\ngence des actions vers un même but », — la mission de l'art est d'y établir,\nen faisant sympathiser les âmes dans l'admiration et l'enthousiasme esthé­\ntiques, la communion des sentiments et des sensations... Mais, nécessaire­\nment, pour assumer ce noble rôle de guide et de pasteur intellectuel, pour\nfomenter l'exaltation unanime, propre à grandir la mentalité sociale et à\nl'élever, l'art doit tendre lui-même, de toute sa volonté et de toutes ses inspi-\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                   57\n\nrations, vers les sommets, entraîner l'adhésion des hommes en stimulant\nleurs facultés généreuses et sublimes et non point en flattant « les côtés infé­\nrieurs de leur être », en leur souillant l'imagination par l'inutile bestialité\nd'un réalisme mensonger. Pour devenir un instrument de progrès et de régé­\nnération sociale, il faut donc que l'art soit pur; et il faut aussi qu'il soit acces­\nsible à tous : « qu'il renferme en lui assez de simplicité et de sincérité pour\némouvoir tous les hommes intelligents et, aussi, assez de profondeur pour\nfournir matière aux réflexions d'une élite ». En somme, qu'il ne soit pas\nintelligible seulement pour les adeptes ou les initiés d'un cénacle, enivrés de\nl'énigme et de l'obscurité...\n   Le lecteur aura songé déjà peut-être que, jusqu'à présent, l'art n'a satisfait\nparfaitement à ces diverses conditions, c'est-à-dire n'a atteint l'apogée de sa\nperfection et de son éclat, n'a été à la fois pleinement splendide et pleinement\npopulaire qu'à deux moments de l'histoire : aux jours héroïques de la Grèce\net durant l'ère moderne, du XIIIe au XVe siècle. Et on ne peut laisser de\nremarquer que l'art, d'un côté comme de l'autre, était tout nourri de religion.\nDe cette religion de la Hellade, qui fit de Delphes, puis d'Olympie, comme\nles foyers de la Grèce : l'une, avec son amphictyonie; l'autre, avec ses jeux\net ses représentations sacrées, dont l'influence et le rayonnement agirent si\nlongtemps et si victorieusement pour maintenir l'unité morale du pays. De\ncette religion, ouverte, celle-là, à toute l'humanité, qui suscita, dans l'Europe\ndu moyen âge, ces concours merveilleux de tous les peuples, aux croisades\net, plus tard, l'admirable floraison simultanée, sur tous les points du conti­\nnent, d'innombrables édifices religieux qui, aujourd'hui encore, sont le prin­\ncipal de la parure de ses villes.\n   Le petit monde hellénique et la catholicité connurent alors cette union des\nforces de laquelle dérivent ces phénomènes de synergie sociale, que Guyau\ns'attend à voir susciter en partie désormais par l'art.\n   Cependant, quelle que soit l'opinion que l'on professe sur la question de\nsavoir si celui-ci est simplement l'expression magnifiée de l'époque contempo­\nraine ou si, au contraire, il devance le temps de son apparition et répand dans\nle monde les idées et les sentiments à l'image desquels la société future se\n façonnera, que l'art réfléchisse ou qu'il éclaire, on a peine à percevoir, grâce\n à quel miracle subit, à quel invraisemblable et foudroyant prestige il pourrait\n tout à coup résoudre toutes les contradictions et les anarchies où il se débat\n actuellement, et se trouver investi des vertus susceptibles de rallier tous les\n esprits dans la communion féconde rêvée par le philosophe français.\n    La thèse développée, avec le talent qu'on lui connaît, par l'auteur de l'Irré­\n hgion de l'avenir, a toute la séduction de l'utopie, d'un de ces mirages dont\n se leurrent les esprits élevés et perspicaces, qui, ayant perdu ?a puissance de\n la foi, sont convaincus que rien ne pourra conjurer la ruine de la religion, et\n sentent, en même temps, l'horreur et le vide des temps qui suivraient l'accom­\n plissement de cette ruine.\n    Quoi qu'il en soit, l'œuvre est symptomatique et de haute valeur : elle\n marque, une fois de plus, s'il était nécessaire, l'inquiétude de la pensée\n devant l'avenir moral de la civilisation si les destinées de celles-ci devaient\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "58                                    DURENDAL\n\n\nêtre confiées u n jour aux mains impitoyables des théoriciens d'une science\nmécanique et bornée.\n   G u y a u a négligé, malheureusement, d a n s les développements de son livre,\nles arts autres que la littérature, — il a dégagé, fort nettement, la valeur phi­\nlosophique ou sociologique des g r a n d s poètes du siècle passé, — a consacré\nu n chapitre bien superflu à démontrer l'inanité et à démolir la rhétorique\npostiche des Blasphèmes, fort oubliés, de M. Richepin, — et a formulé sur\nBaudelaire des jugements dont on pourrait, à bon droit, s'étonner, — mais\nil ne dit mot de l'importance sociologique des arts plastiques. Il est vrai qu'il\naurait pu faire, à leur propos, cette constatation que, très vraisemblablement,\nil ne leur sera plus jamais donné d'exercer sur l'éducation populaire l'in­\nfluence qui, en des siècles moins éclairés, émanait des œuvres sculptées et\n peintes dont les m o n u m e n t s sacrés et profanes, les rues et les places\n publiques étaient r e m p l i s ! . . .\n\n\n\nL ' i d é a l e s t h é t i q u e , par F R . ROUSSEL-DESPIERRES. U n vol. in-12. —\n   (Paris, Félix Alcan; Bibliothèque de philosophie contemporaine.)\n\n   a La conscience h u m a i n e , libérée par l'irrémédiable décadence des dogmes\nimposés, est désormais i n d é p e n d a n t e . Ê t r e pensant, être moral, l'individu\nn'obéit plus à a u c u n e contrainte surnaturelle; il a acquis u n e définitive a u t o ­\nnomie : il cherche d a n s son expérience personnelle le principe de ses\nopinions et d a n s sa volonté propre du bien la loi de sa conduite. »\n   Ainsi débute la préface de ce livre dont le b u t est de désigner à la\nconscience, « délivrée des contraintes », l'idéal dont elle doit éprouver le\nbesoin et qui n'est autre que la beauté. M. Roussel nous expose u n e éthique\nissue de l'esthétique, u n e doctrine de morale pure, étayée n o n sur la concep­\ntion empirique de la nature h u m a i n e et destinée à l'usage d'êtres réels, mais\n élaborée en vue d'un h o m m e , idéal, lui aussi, a p p a r u en ce m o n d e avec la\n notion innée du b e a u et du bien, et qui, librement, en dehors de toute\n obligation et de tout espoir de récompense, obéit au devoir dicté par cette\n notion !\n    On pourrait objecter, d'abord, à la p r é t e n d u e i n d é p e n d a n c e de l'homme,\n agissant u n i q u e m e n t sous l'impulsion intime et lucide de sa conscience affran­\n chie, que cet h o m m e , s'il existe jamais, sera encore longtemps h y p o t h é t i q u e ;\n car nous sommes citoyens d'une civilisation telle quelle, dont, quoique n o u s\n en ayons, nous respirons l'atmosphère intellectuelle et morale, dont nous\n subissons les lois, les m œ u r s , les c o u t u m e s ; de m a n i è r e , qu'assiégés\n d'influences formelles ou occultes, nous pouvons bien rarement affirmer que\n nous nous soyions déterminés uniquement selon des inspirations « a u t o ­\nnomes », à l'abri de toute influence actuelle ou atavique. Notre i n d é p e n d a n c e\n est b o r n é e , ou même illusoire, de ce côté-là, mais combien davantage si l'on\n songe q u e l'on p e u t dire, sans témérité, que la plupart des idées morales\n directrices de l'ère m o d e r n e , même celles des ennemis et des détracteurs d u\n christianisme» émanent de celui-ci ou en dérivent. E t , sans doute, le seul\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                         59\n\n\nmoyen de s e d o n n e r au moins l'apparence de l ' i n d é p e n d a n c e est de marcher\ndans la voie tracée par Nietzche, l'universel négateur, qui sape sa p r o p r e\npensée et ne reconnaît pour son disciple que celui-là qui le raille et le\ncontredit !\n   E n effet, vis-à-vis des autres et du m o n d e p a r m i lequel nous vivons, nous\nne pouvons n o u s donner l'illusion de la liberté que m o y e n n a n t u n e révolte\nirréductible et a b s o l u e ; mais cette illusion, c o m m e n t la créerons-nous vis-\nà-vis de n o u s - m ê m e s , de nos passions, de nos vices, de nos faiblesses? de ce\nvigilant égoïsme, qui, alors m ê m e que, prodiges, n o u s naîtrions avec le senti­\nment du b e a u et du bien, et la capacité de faire l'application pratique de ces\nnotions d a n s notre existence, est assez artificieux et assez habile pour trouver,\nd'instinct, l'interprétation de la règle morale, la plus avantageuse et la plus\nfavorable à nos désirs ou à nos volontés !\n   Avant d'entrer d a n s la démonstration de sa philosophie de la beauté,\nl'auteur fait le procès des religions et des philosophies, fondées sur u n\nsystème optimiste ou pessimiste du m o n d e , mais qui ne satisfont plus les\nactuels besoins de « moralité supérieure » de l'esprit h u m a i n .\n   M. Roussel-Despierres conçoit nettement, c e p e n d a n t , à l'exemple d'Herbert\nSpencer, l'inanité effective, la caducité de toute morale sans autre appui que\ndes métaphysiques et des idées abstraites et obscures, inaccessibles à\nl'immense majorité des h o m m e s . Il établit m ê m e , avec beaucoup de préci­\nsion, que la morale actuelle, avec ses obligations élémentaires, devoirs de\njustice; et ses obligations actives, devoirs de charité, « constitue u n système\ntrès cohérent, et qui serait de tout point suffisant, S'IL ÉTAIT PRATIQUÉ ». M Sa\nsolidité, ajoute-t-il, trouve u n e confirmation puissante dans ce fait que\nl'évolution historique des institutions et des idées sociales l'a A PEINE\nEFFLEURÉ... »\n   On ne conçoit pas fort bien que cette morale éprouvée, adaptée à la n a t u r e\nde la société, créée par l'expérience de celle-ci et, d'ailleurs, intacte, doive\nêtre c o n d a m n é e parce q u e , malgré les défauts et l'infériorité qu'on lui attribue,\nle principal reproche qui lui soit fait, en s o m m e , c'est de n'être pas assez\nobéie! E t encore moins, qu'à ce système insuffisamment pratiqué, on veuille\nen substituer un a u t r e , impraticable! Car M. Roussel a u n e confiance,\nplutôt naïve, d a n s la logique persuasive de sa p r o p r e doctrine qui présuppose\nl'adhésion intelligente et enthousiaste à u n certain n o m b r e de principes, dont\nun simple c o u p d'œil sur les réalités de la vie suffit p o u r démontrer l'in­\ncroyable utopie. Il est vrai que, c o m m e il le dit, «la morale p u r e n ' e m p r u n t e\nrien à la métaphysique ni à la psychologie, demeure étrangère aussi bien\n à l'idée d'une finalité rationnelle qu'à celle de sanction ; elle ne se demande pas\nsi elle sera réalisée, si elle peut l'être; elle est, en quelque sorte, pour la noblesse\n d'exister ».\n    Chimères, en s o m m e ; chartes pour des peuples fabuleux, mais intéres­\n santes et généreuses par leur réaction contre la grossièreté des théories maté­\n rialistes en vogue.\n\n                                                                      ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "6o                                       DURENDAL\n\n\nS o u v e n i r s d'un petit v i l l a g e o i s lorrain, par JEAN MANONVILLIER.\n   — ( P a r i s , Lethielleux.)\n   C'est l'histoire de l'invasion de 1870, vue par des yeux d'enfant. Il était\ndifficile de rénover un sujet tant de fois traité et par de maîtres écrivains.\nQuelques tableautins de la vie de c a m p a g n e fixent u n instant l'intérêt, tandis\nqu'on t o u r n e rapidement les pages que n'anime pas le souffle de la b e a u t é .\n\n\nC o u s i n e ma m i e , par G E O R G E S MARESCHAL DE B I È V R E . — (Paris, P l o n . )\n    Mareschal de Bièvre, avec Tante Bébé, Reine-Bicyclette et d'autres œuvres\nsemblables, s'est rangé parmi les écrivains honnêtes, qui s'adressent surtout\naux j e u n e s pensionnaires. Ils ont u n style alerte, léger, parfois un petit\nfrisson d'une douce é m o t i o n . L e u r psychologie, sans être fouillée, i n d i q u e\nc e p e n d a n t des personnages intéressants.\n    Ce nouveau roman a les défauts et les qualités de ses aînés. Il est bien écrit\net agréable à lire. C'est déjà quelque chose.\n\n\nT r o i s d o t s , par G. D'AZAMBUJA. — ( P a r i s , P l o n . )\n   T r o i s j e u n e s filles. L ' u n e n'a pas de dot, la seconde apportera c i n q u a n t e\nmille francs, la troisième cent trente mille. Vous devinez bien, n'est-ce p a s ,\nque la première trouvera sans la chercher, la perle des m a r i s ; la seconde\ntombera de désillusion en désillusion jusqu'à accepter l'amour prosaïque d'un\ngros bourgeois, parfait h o n n ê t e h o m m e , mais déjà vieux; la troisième m o u r r a\nd a n s son orgueil, sans avoir atteint son rêve. Cela n'est pas très neuf, ni\nd'ailleurs très vrai. Qu'importe? L e livre se lit sans effort et certains croquis\nde j e u n e s gens dernier cri,ne sont pas sans c h a r m e .\n\n\nPortraits d'aïeul          es, par ANDRÉ LICHTENBERGER. —(Paris, Pl\n    « L e cœur d'une grand'mère est le foyer réconfortant où tous, petits et\ng r a n d s , viennent se réchauffer. » Après la lumière blonde des Portraits de\njeunes filles, la lumière grise des Portraits d'aïeules. P r i n t e m p s clairs et douceurs\ndes automnes féminins, qui mieux que l'historien de la Sœur de T r o t t\npouvait les dépeindre? M. Lichtenberger est un observateur habile et un\npsychologuejpénétrant. Il est descendu d a n s les âmes des vieilles, dans ces\npetites âmes grises et recueillies, comme des nefs d'église. Il y est resté\nlongtemps agenouillé devant les miracles de bonté, de dévouement, de\ntendresse qu'il y a découverts. Il en est revenu frissonnant d'une émotion très\npure.\n    E t cette émotion délicieuse anime ses lettres, ses silhouettes, ses dialogues\net ses nouvelles. E t cela fait un livre vraiment h u m a i n , très p r e n a n t et bien\nécrit, qu'il fait bon lire d a n s la paix du soir à la clarté douce de la l a m p e .\n\n\nZ e t t e , ^ p a r P A U L et VICTOR MARGUERITTE. — (Paris, P l o n . )\n  Ceci est l'histoire d'une petite fille. Les auteurs suivent le lumineux éveil\nde l'être, de la petite âme blonde c o m m e u n e rose du matin. Ils analysent\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                 LIVRES ET REVUES                                         61\n\n\nses sentiments, notent ses émerveillements devant le m o n d e , découvrent en\ngermes d a n s l'enfant toutes les énergies mystérieuses de la femme. Livre\nd'une psychologie peu profonde, écrit parfois trop vite, mais si a m u s a n t !\n\n                                                                                   E. D.\n\n\nO n z e K u n s t (Anvers B u s c h m a n n ) . — L e n u m é r o de décembre contient la\n    suite de la remarquable étude de MAX ROOSES sur : Les dessins des maures\n   flamands. D a n s cet article, l'auteur n o u s parle de Jordaens et autres peintres\n    d'histoire du XVIIe siècle.\n    N o u s reproduisons u n passage c o n c e r n a n t J o r d a e n s qui est particulière­\nment intéressant.\n    « JACQUES JORDAENS (1593-1678) domine toujours tous ceux-ci de très\nhaut, par son originalité. L u i aussi descend de R u b e n s , par le coloris\nopulent et la vie l u x u r i a n t e ; mais comme peintre, il conserve assez d'origi­\nnalité pour que ses tableaux se distinguent à première vue de ceux de son grand\nprédécesseur, et qu'une étude plus approfondie de ces œuvres nous inspire\nune admiration de plus en plus sérieuse par sa conception personelle des\nsujets et par sa prestigieuse exécution. C o m m e dessinateur aussi, il est\nremarquable et il mérite que nous n o u s y arrêtions\n    » J o r d a e n s fut admis en 1615 comme maître d a n s la gilde d e S a i n t - L u c ,\net c\"est c o m m e « waterschilder » (aquarelliste) qu'il est inscrit d a n s les\nregistres. Il n'est pas le seul qui soit désigné de cette façon d a n s les livres de\nla vieille confrérie anversoise. P a r waterschilder ou waterverfschilder on enten­\ndait q u e l q u ' u n qui peignait des tapisseries à l'aquarelle. Certaines de ces\npeintures étaient exécutées sur des toiles. Les contours ou les silhouettes des\nfigures étaient ébauchées a u préalable sur ces toiles. 11 est assez curieux\nq n ' a u c u n e d e ces peintures à l'aquarelle ne soient parvenues jusqu'à nous\nou du moins q u ' a u c u n e ne n o u s en soit c o n n u e . J o r d a e n s exécuta de nom­\nbreux modèles pour tapis; ou bien ces modèles furent bel et bien tissés en\ntapis ; ou bien ils furent simplement peints à l'aquarelle sur des toiles. D a n s\nl'inventaire de feu signor Michiel W a u t e r s , négociant en tapis, dressé le\n 16 octobre 1679, l'année après le décès du peintre, sont renseignés u n e\ntrentaine de morceaux c o m m e étant les p a t r o n s achetés par le susdit défunt\nà la mortuaire de feu signor J o r d a e n s , de son vivant peintre en cette ville\nd'Anvers.\n     » Si nous ne connaissons plus les p a t r o n s m ê m e s , cet inventaire nous\nrenseigne du moins sur quelques-uns des sujets que J o r d a e n s peignit à cet\neffet sur papier. E n véritable aquarelliste, il exécutait directement à l'aquarelle\nles esquisses destinées à ces p a t r o n s et si ses dessins diffèrent de ceux des\nautres artistes par ce que le plus souvent ils étaient coloriés, cela résulte de\nl'habitude qu'il avait prise les premières a n n é e s d'exécuter en toute couleur\nsur le papier ses études pour tapisseries. L e s esquisses de ce genre parvenues\njusqu'à n o u s acquièrent une importance réelle pour l'histoire de l'art parce\nqu'elles témoignent d'une particularité originale, et cela sans préjudice de\nleur valeur artistique. D a n s ces projets J o r d a e n s s'affirme coloriste de race;\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "62                                   DURENDAL\n\n\non en a d m i r e le ton intense et relevé, la couleur brillanre, les teintes affinées,\nla puissance hamonieuse.\n   » Diverses collections possèdent de ses dessins à la couleur destinés à servir\nde modèles à des patrons pour tapis ».\n   Cet article est illustré par de magnifiques reproductions des œuvres de\nJordaens.\n   A partir de 1904, Onze Kunst paraîtra en u n e édition française spéciale,\nsans le texte flamand.\n                                                                           H . M.\n\n\nT h e Burlington Magazine. —                    (Bruxelles,    Spineux.)     N° 9     du\n  volume I I I , décembre 1903.\n   M. JAMES W E A L E continue et termine ses remarquables articles sur l'expo­\nsition des Primitifs flamands, à Bruges. Il parle, cette fois, de Patenier, Gos­\nsart, Van Orley, Mostaert et de ces quelques maîtres c h a r m a n t s et divers,\ndont l'influence italienne, au début du XVIe siècle, vint si fortement troubler\nles qualités et les traditions picturales du génie flamand. — M. LANGTON\nDOUGLAS complète ses notes antérieures sur le Sassetta, ce délicieux maître\nsiennois remis en honneur par la récente critique. — M. PETRUCCI décrit et\nétudie u n e acquisition récente des Musées du Cinquantenaire, à Bruxelles,\nla Croix de Scheldewindeke, produit, croit-on, du XIIe siècle et d a n s laquelle\nil a retrouvé de n o m b r e u x fragments de cristal, ce qui lui p e r m e t quelques\nsuppositions intéressantes sur la conservation des industries d'art au moyen\nâge.\n   L a fin d'un article de M. R . NEVILL sur Fragonard et u n compte r e n d u de\nde M. M. R O L D I T d'une visite à la collection N o r m a n t o n (surtout des portrai­\ntistes anglais) sont l'occasion de quelques belles reproductions. — U n e étude\nsur des Tarais italiens (comte E . DI PARRAVICINO), une autre sur des Miniatures\nmusulmanes (BLOCHET), la suite des articles sur les Briquets et les Tapis\nd'Orient, des notes biographiques, et voilà, encore une fois, u n bel et copieux\nnuméro.\n                                                                                J. D.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                          NOTULES\n\n   Nos a b o n n é s d e l ' E t r a n g e r sont instamment priés de nous faire\nparvenir le montant de leur abonnement par l'envoi d'un mandat postal de\n12 francs ou d'un chèque sur une banque de Bruxelles.\n\n\n\n  L e prix q u i n q u e n n a l de littérature vient d'être décerné à\nl'admirable poète EMILE VERHAEREN, pour son beau livre : Les Visages de la Vie.\nNous apprenons, d'autre part, que la Société des Gens de lettres de France\nvient d'accorder le prix Chauchard, d'une valeur de 3,000 francs, à CAMILLE\nLEMONNIER, à qui, on se le rappelle, le prix quinquennal fut donné jadis\npour son chef-d'œuvre : La Belgique, que la maison Castaigne réédite en ce\nmoment.\n                                       ***\n\n    L ' U n i o n d e s A m i s d e l ' A r t b e l g e distribuera, dans le courant\n de ce mois, à ses membres, une épreuve originale, signée par l'artiste, de\n l'eau-forte : Le chenal d'Ostende, grande planche par OMER COPPENS, qui fut\n'exposée et admirée au Salon triennal des Beaux-Arts, à Bruxelles.\n    Les adhésions pour l'exercice en cours, donnant droit à cette prime et à la\n participation au tirage au sort des œuvres d'art, doivent être adressées au\n siège social, rue de Comines, 34, à Bruxelles.\n\n                                        ***\n\n  C l a u d e D e b u s s y , en nous remerciant pour l'article que notre ami et\ncollaborateur, le vicomte de la Laurencie, lui a consacré, dans notre fascicule\nd'octobre, sous le titre : Un moment musical; notes sur l'art de Claude Debussy,\nnous écrit :\n   « Croyez-moi très sensible à votre sympathie artistique et combien je vous\nsuis redevable du bel article qu'écrivit votre ami de la Laurencie, dans votre\nrevue. Malgré ce que cela comporte de personnalité, il me faut avouer\nqu'on n'a rien écrit de plus clair sur ce que je tente. »\n   Le Guide Musical de Bruxelles et le Courrier Musical de Paris ont également\nsignalé à leurs lecteurs l'intéressant et remarquable article de M. de la Lau­\nrencie sur le célèbre compositeur français.\n\n                                        ***\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "64                                  DURENDAL\n\n\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n : P . MOLMENTI et G. LUDWIG : Vittore Car-\npaccio et la Confrérie de Sainte-Ursule à Venise, avec u n album de huit plan­\nches (Florence, R. B e m p o r a d et fils). — L . ROSENTHAL : La peinture r o m a n ­\ntique ( P a r i s , Fontemoing) — FIERENS-GEVAERT : Van Dyck (Paris, L a u r e n s ) .\n— H . W E L L S : La merveilleuse visite (Paris, Mercure de France). — A . - M . Gos-\nSEZ : L e Saint-Julien de F l a u b e r t . — D o c u m e n t s , avec illustrations de\nE d . Van Offel, V. P r o u v é , J. Viatte, etc. (Lille, É d i t i o n du Beffroi). —\nT . BRAUN : L e centenaire du code Napoléon (Bruxelles, Larcier). —\nG. H U B E R T I : L a routine (Bruxelles, H a y e z , éditeur de l'Académie). —\nT . BRAUN : L a main de l'ouvrier (Bruxelles, Van Gompel).\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": " CAISSE GÉNÉRALE: DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                    4 a, Mard&é-an-Boi» - BRUXELLES\n                              .          ,        _ _         t\n    Dépota de fonda en Comptes-Chèques, disponibles à> TUS : 1 1/2 p. e. i\n       Dépots e s Comptes de Quinzaine t intérêt variable; moyenne 1 9 0 9 S 9 7 p e.\n                        Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                       ORDRS8 D E BOURSE\n               Service spécial de l e t t r e s de Crédit e t Chèques sur tous p a y s\n              Prêts sur Titres — Garde de Titres.             Location de Coffres-Forts\n\n\n\nFABETQUE DE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille l'Or i l'Exposition Internationale de inueiies 1817\n\n                     BERVOETÏTwÎELEMÀNS\n                                    FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi <HK BRUXELLES\nUsine à vapeuf, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                   Maison Félix MOMMEN & C°f Brevetés\n                                                 FABRIQUE ET ATELIERS i\n                              J7, B u t de l a Charité - BRUXELLES\n                                                   TELEPHONE 1947\n                                  Fabrique de Gouleui-s, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                             Spécialité de tous les artic es c ncern nt la peinture, a sculpt re,\n                                            1 gra ure, ' rchitecture et le dessin\n                             RENTOILAGB. NSTTOTAOK ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                       Vente et location de modèles pour ta      peinture\n\nPremières médailles t u Expositions runstemam., Paris, tlverpool, Le lavre, truelles, Cnjeage, ete.\n\n   PIANOS S T E I H W A Y                                                 & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES                            HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d Allemagne, d Autriche et de Russie des rois d Angleterre, de Saxe\n  de Suède et d Italie, du Sultan de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, ete., ete\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie-dé Bach parait mai\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification qne jouée sur les Steinway R Wagner « Le Ste n\nw»y est un superbe ehef-d e»uwo de forée, de sonorité, de qualités chantantes d effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liait) » Vos\nbosuz instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . • Depuis dix ans que je les joue, ie me fortifie dans a conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici (F Busoni        « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J Paderewski). « Il y a JO OU I5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vous\nfait des progrès T Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous eas lia sont maintenant, à mon\navis, le produit Idéal- du siècle Kug. d Albert      Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu an\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter) »\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MlSCfl, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "               VIENNENT                         3DS! F-A.K,-A.ni^Hî :\nL A L E G E N D E D E S A I N T F R A N Ç O I S D'ASSISE f É C R I T E P A R T R O I S D E S E S\nC O M P A G N O N S . — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nR R . P P . MARCBLLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMBNICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — U n vol. in-12                                                    fr. S 5 0\n       (LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.\nI F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S D E LA V I E D U P E T I T P A U V R E D E JESUS-\nC H R I S T S A I N T F R A N Ç O I S D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— U n vol. in-8°                                                                             fr. 3 0 0\nI FIORETTI f APPENDICES : CONSIDERATIONS S U R LES STIGMATES f VIE D E\nF R È R E J U N I P È R E f V I E E T D O C T R I N E D E F R È R E É G I D E . — Traduction.littérale\navec notes. — U n vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'après les fresques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                         fr. 2 5 0\nS A I N T F R A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8% illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                             fr. 1 2 5\nB R U G E S . — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                 fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). ->- U n vol. in-12                                fr. 3 5 0\nC H E R C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J.ESQUIROL (Paris, Stock). — U n vol.in-i?       »    3 50\nL E S G E N S D E T I E S T , p a r GEORGES VFRRÈS (Bruxelles, Vromant). — U n vol. in-12      »    3 50\nQ U I N Z E MOIS D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8», superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles.\nCharles Bulens, éditeur)                                                              fr. 5 0 0\nLA R O S E E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.J    » 3 50\nS U R Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRFE.     Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M™ Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires 'Editeurs :\nBruxelles, Dietrich^Florence. Alinari)                              ,                fr. 1 5 0 0\nL E S J A R D I N S CLOS, poèmes, par PAI'L MUSSCHB. — (Pans, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                  fr. 3 5 0\n       On peut M procurer ces ouvrages eu s adressant à notre éditeur CH. B U L E N S , 7 5 , r u e Terre-\n    Neuve, a Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": ""}, {"page_pdf": 81, "texte": "90L.LDITÉ                          ÉLÉGANCE                        ÉCONOMIE\n\n                 CHAISES SUEDOISES BREVETEES\n                N'achetez que les véritables chaises et tables\n              suédoises brevetées, polies, en noyer, en citronnier,\n              en acajou et en vert. Elles sont les plus Solides, les\n              plus durables et les moins chères. SUPERBE CHOIX.\n                                  S'ADRESSER    AU\n\nCOMPTOIR CENTRAL D'IMPORTATION DES PRODUITS DU NORD\n             Avenue Fonsny, 3 8 , B R U X E L L E S\nDIPLOME D'HONNEUR ET MÉDAILLES D'OR AUX EXPOSITIONS INTERNATIONALES\n\n\n\ns^r      Pour la publicité dans cette Revue, s'adresser\n                            à la D I R E C T I O N\n\n      2 2 , Rue du Grand-Cerf, 2 2 -                    BRUXELLES\n\n\n\n\n  Imprimerie Scientifique Char-\n  les BU L EN S, Editeur, rue\n  Terre-Neuve, 75, Bruxellec\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1904-01", "signet_source": "Onzième année - N°1 - Janvier 1904", "preuve": "Couverture conservée (PDF 12) imprimée « Janvier 1904. 11me Année. N° 1 » ; sommaire imprimé « 1904 — 11e Année. Sommaire du n° 1 (Janvier) » ; textes datés de décembre 1903 (Freiburg im Breisgau, 12 décembre ; Eugène Gilbert, 31 décembre 1903) ; Les Expositions de Décembre, concerts du 22 et du 28 décembre.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}