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N° 2.\n\n\n\n                                                                          <S\n\n\n\nAl        REVUE CATHOLIQUE ©'ART\n                LITTERATURE^\n\n\n\n\n                                       .••    ••\n                                                             •    •\n\n                                                           • •-\n\n\n\n                         •   •\n\n                • _ •\n\n\n\n\n                                 •     •   a • m.   *\n                                                                      •    • •\n\n\n\n\n     B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine ne la société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4411, "texte": "Domaine ne la société \" LA WESTEHMISE\n\n                                   Lfl PLAGE DE WESÏÏHDE\n                            est située aux bords de la mer du Nord,\n                      entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fin.\n                      Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                      attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                      d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                      le confort à la simplicité dans des conditions très\n                      avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                      le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                      tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                      munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A VENDRE        d'Ostende a Westende. Eclairage électrique de la                    à\n    par annuités      digue, des avenues, des villas et des cottages.                  LOUER\n\n\n                               HALLES WESTENDAISES\n                         \"Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                       villas et cottages Toutes les marchandises: épiceries,\n                       conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                       bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                       dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                       jours de premier choix.\n                                                             Le Westend' Hdtol est ouvert du a5 mat\n                                                             au 38 septembre        Pension de 6 a 16 fr\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                            saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND* HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                             prolongé & l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE DE                                                   rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                  Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone a* 1 0                                                        confortable. Balcons et Ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n RftSEAU                                                                    Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréations p» enfants.\neiOOELKERKC\n                                                                                   Salons de lecture, de\n                                                                                         correspondan-\n                                                                                  *4- | ee. Cuisine soi-\n                                                                                         gnée. Caves re-\n                                                                                          commandées.\n                                                                                          Appartement*\n                                                                                          avec salon-\n\n     Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique régulière\n    Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n                                  | A. B R U X E L L E S , 5 3 » , r u e C a p o u i l l e t ;\nrt«r renseignements, s'adresseï < Ji. W E S T E N D E , à l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                  (       Plage ou au Westepd'Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL R t V U E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "DURENDAL\n      R t V U E CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n                           1904 — I I « A n n é e\n\n\n                Sommaire du n° 2 {Février)\nSur la restauration de la musique sacrée. — Lettre de Pie X au\n  cardinal Respighi, vicaire général de Rome                       65\nL'abbé HENRY M Œ M E K .    Le professeur Alberding Thijm . .      77\nFERNAND SLVERIN. — L a joie suprême                                78\nGEORGES REVCY.      Le séminariste    ..                     .     80\nMAI RU E LAU/ON. — La voie                                   .     90\n\n    Les Expositions :\nP. L. — La XIIe exposition de Pour l'Art                           92\n         Exposition de l'art du XVIII siècle français. — Les\n           sculpteurs et les ciseleurs du XVIII'siècle M. Thie-\n           bault-Sisson . — La danse au XVIIIe siècle M. G.\n           Boyer .      La musique au XVIIIe siècle M. A.\n           Pougin                                          . .     93\n           Les salonnets éphémères                                 97\nExposition de M \" M.-A. Tibbaut                                    98\nLa Libre Esthétique                                                98\nGEORGES MARLO^. — Les jets    d'eau du jardin                     100\n\n    Chronique musicale :\nGEORGES DE GOI.FSI O : Deuxième concert du Conservatoire. —\n  LKOPOLD \"\\\\ AI.I.NER : Deuxième concert Ysaye. — GEORGES\n  DE GOLESCO : Troisième concert populaire.   D. L. : Concert\n de Marc Hamburg.         GEORGES DE GOLESCO : Soirée   Ysaye\n  au -Cercle Artistique.   L. W. : Séance hngel-Bathori. —\n  L'Association   des Chanteurs  de Saint-Roniface    (Grand\n  concert du 11 mars . .                                   •      101\n\n    Les Conférences :\nAux Cours d'art et d'archéologie. — D. L. : L'art du vitrail\n   M. A. Verhaegen . — G. DE G. : La Cathédrale M. E. Joly .\n     ARNOLD GOFFIN : L'art dans la vie privée des anciens\n Egyptiens   M. L. Bénédite . — Le rôle et l'influence des\n humanistes flamands dans la Renaissance du XIX' siècle\n  M. Roersch). — Aux Matinées littéraires. — G. B. : Le sen-\n timent du beau dans la nature M. H. Carton de W iart. —\n Au Cercle Artistique. — G. DE G. : La cour de Napoléon Vr\n  M. Dubleu\"                                                      110\nLivres et Revues                                                  116\nNotules                                                           ia3\nIllustrations : Le retour des champs        j\n                La prière des humbles       |       \"\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "REVUE\n                        DURENDAL\n                    CATHOLIQUE               D'ART      ET DE               LITTERATURE\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 fiancs              port compris)\n          (f> ur tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à    Bruxelles)\n\n                                P R I X D'UN NUMÉRO : PR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "Comité de rédaction de DuRENDAL :\n                           MM.      H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                    L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n                                    F I R M I N VANDEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                              Correspondant de la rédaction à Paris :\n                   M.   HENRI       MAZEL,     avenue Niel, 32, Paris.\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 885, "fin_caractere_exclue": 3562, "texte": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n       FRANZ ANSEL.                                         ARNOLD GOFFIN.\n       MAURICE BEKAEKT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n       EDGAR BONEHILL.                                       L'abbe H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.                                      J. K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                         EDMOND TOLY.\n      GEORGES BRIGODB.                                      VICTOR KINON.\n      MARIE CLOSSET.                                        G O D B F R O I D KURTH.\n      L'abbe A U G . CUPPENS.                               M. DE LA LAURENCIE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                               GEORGES'LE CARDONNBL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                               S É B . - C H . LECONTK\n      L e baion JOSÉ DE COPPIN.                             GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES MARTBNS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                     PAUL MUSSCHB.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                      EDOUARD N E D .\n      Le baron G. DBLLA FAILLE.                             MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDBR.                                      ERNEST PBRIBR.\n      OLIVIER-GEORGES DESTRÉE.                              GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTRÉE.                                        GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                    BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ                                        JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                     FERNAND SRVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                          L'abbe ARMAND THIÉRY.\n      EMILE FERMAUD.                                        HENRY VAES\n      LAURENT FIERENS.                                      ROBERT VAN DER E L S T .\n      H . FIERENS-GEVAERT.                                  CHARLES VAN LBRBERGHE.\n      CAMILLE GASPAR.                                       EMILE VBRHABREN.\n      IWAN GlLKIN.                                          L'abbé F R . VBRHBLST.\n                                                            LÉOPOLD WALLNER.etC, etC\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\nIl sera rendu compte dans DURENDA    L de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé è la Rédaction\n\n\n      Les manuscrits et correspondances concernant la Rédaction, l'Administration et les demandes\nd'abonnement doirent être adresses au siège de la R e n i e , 22, rue du Grand-Cerf, k Bruxelles\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 76, "titre_corps": "Sur la restauration de la musique sacrée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pius P. P. 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N o u s\n                           nourrissons la confiance q u e tous N o u s seconderont d a n s\n                           cette restauration désirée, non point seulement avec cette\n                           soumission aveugle, pourtant toujours louable, elle aussi,\n                           qui nous détermine à accepter par pur esprit d'obéissance\nles ordres désagréables et contraires à notre manière personnelle de penser\net de c o m p r e n d r e , mais aussi avec cette p r o m p t i t u d e de volonté qui naît de\nl'intime persuasion de la nécessité d'agir de la sorte par des raisons d û m e n t\nexposées, claires, évidentes, i n a t t a q u a b l e s .                  ,\n   P o u r peu, en effet, que l'on réfléchisse à la fin très sainte pour laquelle l'art\nest admis au service d u culte et à la haute convenance de n'offrir au Seigneur\nque des choses b o n n e s en elles-mêmes et, où cela est possible, excellentes,\non reconnaîtra de suite que les prescriptions de l'Eglise touchant la musique\nsacrée ne sont que l'immédiate application de ces deux principes fondamen­\ntaux. Q u a n d le clergé et les maîtres de chapelle en sont pénétrés, la b o n n e\nmusique sacrée refleurit s p o n t a n é m e n t , c o m m e on l'a observé et comme on\nne cesse pas de l'observer en u n grand nombre de lieux; q u a n d , au con­\ntraire, ces principes sont négligés, ni prières, ni a d m o n i t i o n s , ni ordres\nsévères et répélés, ni menaces de peines canoniques ne suffisent à faire que\nrien soit c h a n g é : tellement la passion ou, à son défaut, une honteuse et\ninexcusable ignorance trouve moyen d'éluder la volonté de l'Eglise et de pro­\nlonger d'année en année le m ê m e b l â m a b l e état de choses.\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3832, "texte": "66                                     DÜRENDAL\n\n\n    N o u s N o u s promettons, d'une façon très particulière, une telle promptitude\nde volonté du clergé et des fidèles de Notre chère Ville de R o m e , centre du\nchristianisme et siège de la S u p r ê m e Autorité de l'Eglise. Il semble, en vérité,\nque personne ne devrait subir mieux l'influence de Notre parole que ceux\nqui l'entendent directement de Notre b o u c h e , et que l'exemple d'affectueuse\net filiale soumission à N o s invitations paternelles ne devrait être d o n n é par\npersonne d'autre avec u n empressement plus g r a n d que par la première et la\nplus noble partie du troupeau du Christ, qui est l'Eglise de R o m e , spéciale­\nment commise à Notre soin pastoral d'évêque. E t cela d'autant davantage que\ncet exemple doit être d o n n é devant le m o n d e entier. De tous côtés, en effet,\nviennent c o n s t a m m e n t des évêques et des fidèles pour vénérer le Vicaire du\nChrist et pour se retremper l'esprit en visitant nos vénérables basiliques et les\ntombes des Martyrs, et en assistant avec u n e ferveur redoublée aux solen­\nnités qui se célèbrent, avec p o m p e et splendeur, à toute époque de l'année.\n« Optamus, ne moribus nostris offensi recedant, « disait Benoît X I V , N o t r e P r é d é ­\ncesseur, dans sa Lettre encyclique Annus qui, en parlant précisément de la\nmusique sacrée : « Souhaitons qu'ils ne retournent point dans leur patrie scandalisés\nde nos usages. » E t , p a r l a n t plus avant de l'abus des instruments qui s'était\nintroduit alors, le m ê m e Pontife disait : « Quelle opinion se formera de nous celui\nqui, venant de contrées où les instruments ne s'emploient pas à l'église, les entendra dans\nnos églises ni plus ni moins que l'on ne fait habituellement dans les théâtres et les attires\nlieux profanes ? Mais, alors même qu'ils viendraient de lieux et de pays où l'on chante et où\nl'on fait de la musique dans les églises comme on le fait dans les nôtres, s'ils sont hommes de\nbon sens, ils s'affligeraient de ne pas trouver dans notre musique le remède au mal de\nleurs églises, qu'ils étaient venus chercher ici. » E n d'autres temps, on prenait beau­\ncoup moins garde à la non-conformité des musiques exécutées d'ordinaire\nd a n s l'église avec les lois et les prescriptions ecclésiastiques, et le scandale\n était plus restreint, justement parce que les habitudes messéantes étaient plus\n r é p a n d u e s et plus générales. Mais, à p r é s e n t , depuis que des h o m m e s savants\n ont consacré tant d'études à éclaircir l'intelligence d e la liturgie et celle de\n l'art au service du culte; depuis que, en de si nombreuses églises du m o n d e ,\n nonobstant les difficultés très graves qui s'y opposaient et qui furent h e u r e u ­\n sement surmontées, d'aussi consolants et souvent d'aussi splendides résultats\n ont été obtenus dans la restauration de la musique sacrée; depuis, enfin, que\n la nécessité d'un complet changement de l'état des choses est entré univer­\n sellement dans les esprits, tout abus en cette matière est devenu intolérable\n et doit être écarté.\n      C'est pourquoi, N o u s en sommes certain, Monsieur le cardinal, vous agirez\n dans votre haute charge de Notre Vicaire à R o m e pour les choses spirituelles,\n avec la douceur qui vous est naturelle, mais avec u n e non moindre fermeté,\n pour que la musique qui s'exécute dans les églises et chapelles, tant du clergé\n séculier que du clergé régulier, de cette ville, réponde pleinement à N o s Instruc­\n tions. Beaucoup de choses devront être, ou supprimées, ou corrigées d a n s les\n chants des messes, des litanies de la Vierge, de l'hymne eucharistique ; mais ce\n qui réclame un complet renouvellement, c'est le chant des vêpres d a n s les fêtes\n  célébrées par les diverses églises et basiliques. Les prescriptions liturgiques du\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3697, "texte": "           SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                                   67\n\n\nCaeremoniale Episcoporum et les belles traditions musicales de l'école classique\nromaine ne s'y retrouvent plus. A la pieuse psalmodie du clergé, à laquelle\nparticipait aussi le peuple, se sont substituées d'interminabli s compositions\nmusicales sur les paroles des p s a u m e s , composées toutes à la manière des\nvieilles œuvres théâtrales et, pour la p l u p a r t , d'une si mince valeur d'art,\nqu'on ne les tolérerait pas d a n s les concerts profanes de la moindre impor­\ntance. La dévotion et la piété chrétiennes n'en sont certainement pas accrues;\non repaît la curiosité de quelques-uns, moins intelligents, mais le grand\nnombre en reçoit du dégoût et du s c a n d a l e e t s'étonne qu'un tel a b u s perdure\nencore. N o u s voulons d o n c qu'il soit entièrement s u p p r i m é et que la solennité\ndes vêpres soit célébrée partout selon les règles liturgiques indiquées par\nNous. L e s basiliques patriarcales montreront l'exemple par le soin diligent\net le zèle éclairé des cardinaux titulaires, et avec elles concourront les basi­\nliques mineures, les églises collégiales et paroissiales, comme aussi les églises\net chapelles des ordres religieux. E t vous n'userez pas d'indulgence, Monsieur\nle cardinal, vous n'accorderez pas de délais. E n différant, la difficulté ne dimi­\n nuera pas, mais augmentera, et, puisqu'il faut tailler, qu'on le fasse immédia­\n tement, résolument. Q u e tous aient confiance en N o u s et en N o t r e parole\n qu'accompagnent la grâce et la bénédiction céleste. Au premier abord, la\n nouveauté produira quelque étonnement chez certains; il s'en trouvera peut-\n être de peu préparés parmi les maîtres de chapelle et parmi les directeurs\n de c h œ u r ; mais, peu à peu, la chose reprendra d'elle-même et, dans la\n parfaite correspondance de la musique aux règles liturgiques et à la nature\n de la psalmodie, tous reconnaîtront u n e beauté et u n e perfection qui jamais\n peut-être n'avaient été remarquées a u p a r a v a n t . La solennité des vêpres sera,\nil est vrai, notablement raccourcie ainsi ; mais si les recteurs des églises\n voulaient, en quelque circonstance, prolonger un peu les fonctions, afin\n d'occuper le peuple qui, si louablement, a c o u t u m e de se rendre à vêpres à\n l'église où se célèbre la fête, rien ne s'oppose, et même ce sera a u t a n t de\n gagné pour la piété et l'édification des fidèles, à ce qu'aux vêpres succède\n un sermon a p p r o p r i é et que l'on termine ensuite par une bénédiction solen­\n nelle du Saint S a c r e m e n t .\n   Nous désirons, enfin, que la musique' sacrée soit cultivée avec un soin spé­\ncial et dans les limites convenables d a n s tous les séminaires et collèges\necclésiastiques de R o m e , où u n e phalange si nombreuse et si choisie de jeunes\nclercs de toutes les parties du m o n d e s'instruit aux sciences sacrées et au\nvéritable esprit ecclésiastique.\n   Nous savons, et cela N o u s encourage g r a n d e m e n t , que, en plusieurs insti­\ntuts, la musique sacrée est florissante, de sorte qu'ils peuvent servir d'exemple\naux autres. Mais certains séminaires et certains collèges, soit par l'insouciance\ndes supérieurs, soit p a r la médiocre capacité et par le goût peu sûr des per­\nsonnes auxquelles l'enseignement du chant et la direction de la musique sacrée\nsont confiés,laissent b e a u c o u p à désirer. Monsieur le cardinal, vous voudrez\négalement pourvoir avec sollicitude à cela, en insistant par-dessus tout pour\nque le chant grégorien soit, selon les prescriptions du concile de T r e n t e et\nd'autres innombrables conciles provinciaux et diocésains de toutes les parties\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "68                                    DURENDAL\n\n\ndu m o n d e , étudié avec u n e particulière diligence et préféré d'habitude dans les\nfonctions publiques et privées de l'institut. A vrai dire, la plupart ne connais­\nsaient auparavant le chant grégorien que par des livres incorrects, altérés,\ntronqués, mais l'étude exacte et prolongée que lui ont consacré des h o m m e s\néminents et g r a n d e m e n t bien mérilants de l'art sacré a c h a n g é la face des cho­\nses. Le chant grégorien, rendu d'une façon si satisfaisante à sa pureté première,\ntel qu'il nous fut transmis par les Pères et qu'il se trouve dans les manuscrits\nde diverses églises, est doux, suave, très facile à a p p r e n d r e et d'une beauté si\nneuve et si inattendue que, où il fut introduit, il ne tarda pas à exciter un\nvéritable enthousiasme chez les jeunes chanteurs. Or, tout s'opère avec la\np l u s grande vivacité et avec u n fruit plus durable, lorsque le plaisir se mêle\nà l'accomplissement du devoir. N o u s voulons donc que d a n s tous les sémi­\nnaires et collèges de cette admirable Ville soit réintroduit l'ancien chant\nr o m a i n qui, jadis, retentissait dans nos églises et nos basiliques et fai­\nsait les délices des générations passées dans les plus beaux temps de la piété\nchrétienne. E t , de même qu'autrefois ce chant s'était r é p a n d u de l'Eglise de\nR o m e dans les autres églises d'Occident, ainsi souhaitons-Nous que les jeunes\nélèves, instruits sous Nos yeux, le transportent et le répandent de nouveau\ndans leurs diocèses quand, ordonnés, ils y retourneront pour y travailler à la\ngloire de Dieu. N o u s N o u s réjouissons de donner ces dispositions, tandis que\n N o u s sommes sur le point de célébrer le treizième centenaire de la mort d u\nglorieux et incomparable Pontife, saint Grégoire le Grand, auquel une tradi­\n tion ecclésiastique de b e a u c o u p de siècles a attribué la composition de ces\nsaintes mélodies et dont celles-ci ont tiré leur nom Q u e Nos très chers jeunes\ngens s'exercent diligemment à les a p p r e n d r e , car il n o u s sera précieux de les\n entendre si, comme il N o u s a été annoncé, ils se réunissent, aux prochaines\n fêtes centenaires, auprès de la tombe du saint Pontife, d a n s la Basilique\n Vaticane, afin d'exécuter les mélodies grégoriennes pendant la sacrée Liturgie\n qui, s'il plaît à Dieu, sera célébrée par Nous en cette heureuse occasion.\n     E n gage de Notre particulière bienveillance, recevez, Monsieur le cardinal,\n la Bénédiction Apostolique que, du plus profond du cœur, N o u s vous\n envoyons, ainsi qu'au clergé et à tout Notre très cher peuple.\n\n   Du Vatican, en la fête de l'Immaculée, 1903.\n                                                                     P I U S , P . P . X.\n\n\n\n\n                  Motu proprio sur la musique sacrée\n                                      PIO P. P. X\n\n    P a r m i les soins de l'office pastoral, non seulement de ce Siège suprême, que\n par une disposition impénétrable de la Providence, N o u s occupons, bien\n qu'indigne, mais de toute église, le principal est, sans a u c u n doute, de main­\n tenir et de préserver la dignité de la maison de Dieu, où les augustes mys-\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3797, "texte": "            SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                                    69\n\n\n tères de la religion se célèbrent, où le peuple chrétien se réunit, afin d'y rece­\n voir la grâce des Sacrements, d'y assister au saint Sacrifice de l'Autel, d'y\n adorer le très auguste Sacrement du Corps du S e i g n e u r ; de s'y unir, enfin,\n à la prière d e l'Eglise d a n s son culte liturgique public et solennel.\n    Rien donc ne doit se rencontrer d a n s le temple qui puisse troubler ou m ê m e\n seulement diminuer la piété et la dévotion des fidèles, rien qui puisse donner\n raisonnable motif de dégoût ou de s c a n d a l e ; rien surtout qui puisse directe­\n ment offusquer la dignité et la sainteté des fonctions sacrées et qui soit indigne\n de la maison de prière et de la majesté de Dieu.\n    Nous ne parlerons pas en détail de tous les a b u s qui peuvent se présenter\n en cette matière. Notre attention, aujourd'hui, se tourne vers u n des plus\n communs, des plus difficiles à déraciner et que, parfois, on doit déplorer là\n même où toutes les autres choses sont dignes du plus grand éloge p o u r la\n beauté et la somptuosité du temple, pour la splendeur et l'ordre soigneux des\n cérémonies, p o u r l'affluence du clergé, la gravité et la piété des ministres qui\n officient. Tel est l'abus en ce qui touche le chant et la musique sacrés. E t ,\n en vérité, soit par la n a t u r e , en elle-même flottante et variable, de cet a r t ;\nsoit par la progressive altération du goût et des h a b i t u d e s d a n s la suite des\n temps; soit à cause de la funeste influence exercée sur l'art religieux par l'art\n profane et théâtral; soit à raison du plaisir que la m u s i q u e produit directe­\n ment et qu'il n'est pas toujours facile de contenir dans les justes limites; soit,\nenfin, par l'action des n o m b r e u x préjugés qui, en u n e telle matière, s'insinuent\nfacilement et se maintiennent ensuite avec ténacité, m ê m e chez des p e r s o n n e s\nd'autorité et de piété, il y a une incessante t e n d a n c e à dévier de la règle\nfondée sur le but dans lequel l'art est admis au service du culte et énoncée\ntrès clairement d a n s les c a n o n s ecclésiastiques, dans les o r d o n n a n c e s des\nconciles généraux et provinciaux et dans les prescriptions émanées, à plu­\nsieurs reprises, de la Sacrée-Congrégation r o m a i n e et des Souverains Pon­\ntifes, Nos P r é d é c e s s e u r s .\n   Il N o u s est agréable de reconnaître, avec u n e véritable satisfaction, le\ngrand bien qui, en cette partie, a été fait dans les dernières années, à la fois\nen Notre chère ville de R o m e et en b e a u c o u p d'églises de N o t r e patrie, mais\nd'une façon plus particulière chez quelques nations, où des h o m m e s savants\net zélés pour le culte de Dieu s'unirent en florissantes sociétés et, avec l'appro­\nbation du Saint-Siège et sous la direction des E v ê q u e s , remirent en complet\nhonneur la musique sacrée à peu près dans toutes leurs églises et chapelles.\nCe bien toutefois est encore bien loin d'être c o m m u n à tous, et si N o u s con­\nsultons notre expérience personnelle et tenons compte des nombreuses plaintes\nqui, de toutes parts, N o u s parvinrent d u r a n t le peu d e temps qui s'est écoulé\ndepuis qu'il plut au Seigneur d'élever Notre h u m b l e p e r s o n n e au faîte\nsuprême du Pontificat R o m a i n , N o u s croyons que, sans différer plus long­\ntemps, Notre premier devoir est d'élever de suite la voix p o u r réprouver et\ncondamner tout ce qui, d a n s les fonctions du culte et les offices ecclésias­\ntiques, se découvre de non conforme à la correction de la règle indiquée.\nNotre très vif désir étant, en effet, que le véritable esprit chrétien refleurisse\nde toute manière et se maintienne chez tous les fidèles, il est nécessaire de\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "70                                   DURENDAL\n\n\npourvoir, avant tout, à la sainteté et à la dignité du temple, où précisément\nles fidèles se réunissent pour puiser cet esprit à sa première et indispensable\nsource, qui est la participation active aux sacro-saints mystères et à la prière\npublique et solennelle de l'Eglise. E t il est vain d'espérer que la bénédiction\ndu Ciel descende a b o n d a m m e n t sur nous lorsque nos hommages a u T r è s ­\nH a u t , au lieu de monter en odeur de suavité, remettent, au contraire, dans\nla main du Seigneur les fouets avec lesquels autrefois le Divin R é d e m p t e u r\nchassa les indignes profanateurs du temple.\n    C'est p o u r q u o i , afin que nul ne puisse dorénavant recourir à l'excuse de\nne pas connaître clairement son devoir et que toute incertitude disparaisse\nd a n s l'interprétation des choses déjà o r d o n n é e s , N o u s avons estimé expé­\ndient d'exposer brièvement les principes qui règlent la musique sacrée dans\nles fonctions du culte et de réunir dans u n tableau général les principales pres­\ncriptions de l'Eglise contre les abus les plus fréquents en la matière. E n con­\nséquence, de notre propre mouvement et science certaine, N o u s publions\nNotre présente instruction, à laquelle, comme à un Code juridique de la musique\nsacrée, Nous voulons, en vertu de la plénitude de Notre Autorité Aposto­\nlique, que soit donnée force de loi et en imposons à tous, par Notre pré­\nsent écrit autographe, la plus scrupuleuse observance.\n\n\n\n\n                   Instruction sur la musique sacrée\n                                            I\n\n                                PRINCIPES       GÉNÉRAUX\n\n\n   I. La musique sacrée, comme partie intégrante des solennités liturgiques,\ncoopère au b u t général de celles-ci, qui est la gloire de Dieu, la sanctification\net l'édification des fidèles. Elle concourt à accroître la dignité et la splendeur\ndes cérémonies ecclésiastiques, et son rôle principal étant de revêtir d'une\nmélodie appropriée le texte liturgique, qui est proposé à l'intelligence des\nfidèles, elle est destinée à conférer une plus grande efficacité à ce texte même,\nafin que, par ce moyen, les fidèles soient plus facilement excités à la dévotion\net se disposent mieux à accueillir en eux les fruits de la grâce qui sont propres\nà la célébration des sacro-saints mystères.\n   2. La musique sacrée doit, par conséquent, posséder, dans un degré émi­\nnent, les qualités qui sont p r o p r e s à la liturgie et, particulièrement, la saintete\net la beauté (bontà) des formes, d'où jaillit spontanément son autre caractère,\nqui est l'universalité.\n   Elle doit être sainte et, pour cela, exclure tout caractère m o n d a i n , non\nseulement en elle-même, mais encore dans la façon dont elle est présentée\npar les exécutants.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "           SUR    LA R E S T A U R A T I O N    D E LA M U S I Q U E   SACRÉE           71\n\n\n\n   Elle doit avoir u n e véritable valeur d'art (essere arte vera), car il est i m p o s ­\nsible autrement qu'elle agisse sur l'esprit de ceux qui l'écoutent avec cette\nefficacité que l'Eglise entend obtenir en accueillant l'art musical dans sa\nliturgie.\n   Mais elle devra, de plus, être universelle, en ce sens que, tout en admettant\ndans les compositions religieuses ces formes particulières qui constituent, en\nquelque sorte, le caractère spécifique de la musique de chaque nation, ces\nformes doivent pourtant être subordonnées d'une telle manière aux caractères\ngénéraux de la musique sacrée, qu'à entendre celle-ci personne d ' u n e autre\nnation n'en reçoive u n e impression qui ne soit pas b o n n e .\n\n\n                                               II\n\n                            GENRES DE MUSIQUE SACRÉE\n\n\n   3. Ces qualités se rencontrent a u plus h a u t degré dans le chant grégorien,\nqui est, par conséquent, le chant p r o p r e de l'Eglise romaine, le seul chant\ndont elle ait hérité des anciens P è r e s ; qu'elle a gardé jalousement à travers\nles siècles dans ses livres liturgiques ; q u e , c o m m e sien, elle présente directe­\nment aux fidèles; le seul c h a n t , enfin, dont, en certaines parties de la liturgie,\nelle prescrit l'emploi exclusif et que les études récentes ont si h e u r e u s e m e n t\nrestitué à son intégrité et à sa p u r e t é .\n   P o u r ces motifs, le chant grégorien fut toujours considéré comme le\nmodèle suprême d e la musique sacrée et, en conséquence, l'on peut établir\navec toute raison la loi générale suivante : Une composition pour l'église est d'au-\ntant plus sacrée et liturgique que, dans la marche, dans l'inspiration et dans le goût, elle\nse rapproche de la mélodie grégorienne, et d'autant moins digne du temple quelle s'écarte\nde ce modèle suprême.\n   L'ancien chant grégorien traditionnel devra donc être largement rétabli\ndans les fonctions du culte, chacun tenant pour certain qu'une fonction ecclé­\nsiastique ne perd rien de sa solennité q u a n d elle n'est a c c o m p a g n é e d'aucune\nautre musique q u e celle-là.\n   On doit s'efforcer particulièrement de remettre le c h a n t grégorien dans\nl'usage du peuple, afin que les fidèles p r e n n e n t de nouveau, c o m m e ils fai­\nsaient naguère, u n e part plus active aux offices ecclésiastiques.\n   4. Les qualités susdites existent pourtant à un haut degré dans la poly­\nphonie classique de l'Ecole romaine, qui atteignit, au XVIc siècle, l'apogée\nde sa perfection par l'œuvre de Pierluigi de Palestrina, et continua ensuite\nà produire des compositions d'une g r a n d e excellence liturgique et musicale.\n La polyphonie classique s'accorde très bien avec le suprême modèle de toute\nmusique sacrée, qui est le chant grégorien, et, pour cette raison, mérite d'être\nassociée à lui dans les fonctions les plus solennelles de l'Eglise, c'est-à-dire\ncelles de la Chapelle Pontificale. Elle devra d o n c , elle aussi, être largement\nréintroduite dans les fonctions ecclésiastiques, spécialement dans les plus\nillustres basiliques, dans les églises cathédrales, dans celles des séminaires\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3065, "texte": "72                                   DURENDAL\n\n\net des autres instituts ecclésiastiques, où les moyens nécessaires ne feront pas\ndéfaut.\n   5. L ' E g l i s e a toujours reconnu et favorisé le progrès des arts, en admettant\nau service d u culte, d a n s les limites des règles liturgiques, tout ce que le génie\na su trouver de bon et de beau dans le cours des siècles. P a r conséquent, la\nmusique plus moderne est admise également à l'église, offrant, elle aussi, des\ncompositions belles, graves et imposantes, qui ne sont d ' a u c u n e façon indi­\ngnes des fonctions liturgiques.\n    N é a n m o i n s , c o m m e la musique moderne a été consacrée principalement au\nservice profane, on devra veiller avec le plus grand soin à ce que les composi­\ntions musicales de style moderne que l'on admet dans l'église, ne comportent\nrien de profane, ne contiennent point de réminiscences de motifs employés\nau théâtre, et ne soient pas conçues non plus, clans leurs formes extérieures,\nsur le modèle des pièces profanes.\n   6. P a r m i les divers genres de musique m o d e r n e , celui qui paraît le moins\nconvenable pour a c c o m p a g n e r les fonctions du culte est le style théâtral qui,\nd u r a n t le dernier siècle, fut en grande vogue, particulièrement en Italie. P a r\nsa nature, il présente la plus grande opposition au chant grégorien et à la\npolyphonie classique et, ainsi, aux lois les plus importantes de toute b o n n e\nmusique sacrée. E n outre, la structure intime, le rythme et le conventionnalisme\nde ce style ne se plient que malaisément aux exigences de la véritable musique\nliturgique.\n                                         III\n\n                                 TEXTE   LITURGIQUE\n\n\n    7. La langue propre de l'Eglise romaine est la langue latine. C'est p o u r ­\nquoi il est interdit, dans les fonctions liturgiques solennelles, de chanter\nquoique ce soit en langue vulgaire; et, encore davantage, de chanter en\nlangue vulgaire les parties variables et communes de la messe et de\nl'office.\n    8. Les textes qui peuvent se mettre en musique et l'ordre d a n s lequel ils\ndoivent se succéder étant déterminés pour chaque fonction liturgique, il n'est\npermis ni de confondre cet ordre, ni de changer les textes prescrits en\nd'autres de son choix personnel, ni de les omettre entièrement ou même seule­\nment en partie, si les rubriques liturgiques n'admettent pas que l'orgue rem­\nplace quelques versets du texte, tandis que ceux-ci sont simplement récités\nd a n s le chœur. Il est seulement permis, selon l'usage de l'Eglise romaine, de\nchanter u n mottet au saint Sacrement, après le Benedictus de la messe solen­\nnelle. Après avoir chanté l'Offertoire prescrit de la messe, on peut aussi exé­\ncuter d u r a n t le temps qui reste un bref mottet sur des paroles approuvées par\nl'Eglise.\n    9. L e texte liturgique doit être chanté tel qu'il figure d a n s les livres, sans\nen altérer ou en postposer les paroles, sans répétitions indues, sans en déta­\ncher les syllabes, et toujours d'une façon intelligible pour les fidèles qui\nécoutent.\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2948, "texte": "            SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                                    73\n\n\n\n                                            IV\n\n                  FORME E X T É R I E U R E DES COMPOSITIONS SACRÉES\n\n\n    10. Chaque partie de la messe et des offices doit conserver musicalement\n aussi la conception et la forme q u e la tradition ecclésiastique lui a donnée et\n qui se trouve très bien exprimée dans le chant grégorien. Le mode de compo­\n sition est donc différent, selon qu'il s'agit de l'Introït, du Graduel, d'une antienne,\n d'un psaume, d'un hymne, du Gloria in excelsis, etc.\n    11. Il y a lieu particulièrement d'observer les règles suivantes :\n    a) Le Kyrie, le Gloria, le Credo, etc., de la messe, doivent conserver l'unité\n de composition, p r o p r e â leur texte. Il n'est d o n c pas permis de les composer\nen morceaux séparés, de sorte q u e c h a c u n de ces morceaux forme u n e compo­\nsition musicale complète, telle qu'elle puisse être détachée du reste et rem­\n placée par u n e a u t r e .\n    b) Dans l'office des vêpres, on doit ordinairement suivre la règle du Caere­\nmoniale Episcoporum qui prescrit le chant grégorien pour la psalmodie et permet\nla musique figurée (chromatique) pour les versets du Gloria Patri et pour\nl'hymne.\n    Il sera n é a n m o i n s permis dans les g r a n d e s solennités d'alterner le chant\ngrégorien d u c h œ u r avec ce qu'on appelle faux-bourdon ou avec des airs de la\nmême sorte convenablement composés.\n    On pourra aussi concéder quelquefois que les psaumes soient présentés\nentièrement en musique, p o u r v u que, en ces compositions, soit conservée la\nforme propre de la p s a l m o d i e ; c'est-à-dire pourvu que les chanteurs psalmo­\ndient réellement entre eux, soit sur des motifs nouveaux, soit sur ceux\nempruntés au chant grégorien ou imités de celui-ci.\n    Restent d o n c exclus pour toujours et interdits les psaumes dits de concert.\n   c) D a n s les h y m n e s de l'Eglise, on conservera la forme traditionnelle de\nl'hymne. E n conséquence, il n'est pas licite, par exemple, de composer le\nTantum ergo, de manière q u e la première strophe soit u n e romance, u n e cava-\ntine ou un adagio, et le Genitori un allegro.\n   d) Les antiennes des vêpres doivent être exécutées d'ordinaire avec la\nmélodie grégorienne qui leur est propre. Si, pourtant, en quelque cas particu­\nlier, elles se c h a n t e n t en m u s i q u e , elles ne devront jamais avoir ni la forme\nd'une mélodie de concert, ni l'ampleur d'un mottet ou d'une cantate.\n\n\n                                            V\n\n                                       CHANTEURS\n\n\n   12. Excepté les chants propres du célébrant à l'autel et des ministres, qui\ndoivent toujours être en plain-chant, sans aucun a c c o m p a g n e m e n t d'orgue,\ntout le reste du chant liturgique appartient au c h œ u r des lévites, et,\nà cause d e cela, les chanteurs d'église, m ê m e s'ils sont des laïques, tiennent\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2993, "texte": "74                                   DURENDAL\n\n\nréellement la place du c h œ u r ecclésiastique. P a r conséquent, la musique\nqu'ils font doit, au moins dans sa plus g r a n d e partie, conserver le caractère\nde la musique de c h œ u r .\n    Il n e suit pas de là que le solo soit tout à fait exclu. Mais il ne doit jamais\np r é d o m i n e r d a n s la fonction au point que la plus grande partie du texte\nliturgique soit exécutée de cette façon; plutôt, il doit avoir le caractère\nd'une simple esquisse mélodique et être étroitement lié au reste de la c o m p o ­\nsition chorale.\n    13. Il résulte du même principe que les chanteurs remplissent dans l'église\nu n véritable office liturgique et que les femmes, étant inhabiles à cet office, ne\npeuvent être admises à faire partie du chœur ou de la chapelle musicale. Si\nd o n c l'on veut utiliser les voix aiguës des soprani et des contralti, on recourra\naux enfants, conformément à l'usage très ancien de l'Eglise.\n    14. Ne doivent être, enfin, admis à faire partie de la chapelle de l'église\nque des hommes d'une piété connue et d'une vie honnête, qui, par leur conte­\nnance modeste et pieuse durant les fonctions liturgiques, se m o n t r e n t dignes\nde l'office sacré qu'ils exercent. Il conviendra, cependant, que les c h a n t e u r s ,\ntandis qu'ils chantent dans l'église, revêtent le costume ecclésiastique et le\nsurplis et, si les tribunes d a n s lesquelles ils se trouvent sont trop exposées aux\nyeux du public, qu'elles soient garnies de grilles.\n\n\n                                          VI\n\n                             ORGUES E T    INSTRUMENTS\n\n\n    15. Bien que la musique p r o p r e de l'Eglise soit la musique purement\nvocale, la musique avec accompagnement d'orgue est n é a n m o i n s permise\négalement. E n quelques circonstances particulières, dans les limites et avec\nles égards convenables, on pourra admettre aussi d'autres instruments, mais\njamais sans permission spéciale de l'Ordinaire, conformément à la prescrip­\ntion du Caeremoniale Episcoporum.\n    16. L e chant doit toujours prédominer, et, par conséquent, l'orgue et les\n instruments doivent simplement le soutenir et jamais l'étouffer.\n   17. Il n'est pas permis de faire précéder le chant de longs préludes ou de\nl'interrompre par des intermèdes.\n    18. L e jeu de l'orgue dans les accompagnements du chant, d a n s les\npréludes, interludes et morceaux semblables, doit non seulement être con­\nduit conformément à la nature propre de cet instrument, mais participer\nde toutes les qualités que possède la véritable musique sacrée et qui ont été\nprécédemment énumérées.\n   19. L'usage du piano, comme aussi celui des instruments b r u y a n t s ou\nlégers, tels que sont le tambour, la grosse caisse, les cymbales, les clochettes\net a u t r e s similaires, est interdit d a n s l'église.\n   20. Il est rigoureusement interdit aux sociétés musicales de jouer dans\nl'église, et seulement, en quelque circonstance spéciale, m o y e n n a n t le con-\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "          SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                            75\n\n\nsentement de l'Ordinaire, il sera permis d'admettre un choix limité, judicieux\net proportionné à l'étendue de l'église, d'instruments à vent, pourvu que la\ncomposition et l'accompagnement à exécuter soit écrit dans un style grave,\nconvenable et semblable en tout à celui de l'orgue.\n   21. Dans les processions hors de l'église, la participation de sociétés musi­\ncales peut être permise par l'Ordinaire, pourvu qu'elles n'exécutent d'aucune\nfaçon des morceaux profanes. Il serait à désirer, en ces occasions, que la\npartie musicale se restreigne à accompagner quelque cantique spirituel en\nlangue latine ou vulgaire, chanté par les chanteurs (de l'église) ou par les con­\ngrégations pieuses qui prennent part à la procession.\n\n                                      VII\n\n                     É T E N D U E DE LA MUSIQUE   LITURGIQUE\n\n\n   22. Il n'est pas permis de faire attendre le prêtre à l'autel, à cause du chant\nou de la musique, plus que ne le comporte la cérémonie liturgique. En vertu\ndes prescriptions ecclésiastiques, le Sanctus de la messe doit être achevé avant\nl'élévation, et le célébrant doit, sur ce point, prendre garde aux chanteurs. Le\nGloria et le Credo, selon la tradition grégorienne, doivent être relativement\nbrefs.\n   23. En général, il faut condamner, ainsi qu'un abus très grave, que, dans\nles fonctions ecclésiastiques, la liturgie paraisse secondaire et, en quelque\nsorte, au service de la musique, tandis que la musique est simplement une\npartie de la liturgie et son humble servante.\n\n                                      VIII\n\n                       MOYENS PRINCIPAUX      D'EXÉCUTION\n\n\n   24. Pour l'exacte exécution de ce qui vient d'être établi, les Évèques, s'ils\nne l'ont déjà fait, institueront dans leur diocèse une commission spéciale de\npersonnes vraiment compétentes en matière de musique sacrée, à laquelle, de\nla façon qu'ils jugeront opportune, sera confiée la charge de veiller sur la\nmusique qui est exécutée dans les églises. Il ne suffit pas que la musique soit\nbonne en elle-même, mais encore qu'elle réponde aux forces des chanteurs et\nqu'elle soit toujours bien exécutée.\n   25. Dans les séminaires de clercs et dans les instituts ecclésiastiques que\ntous, selon les prescriptions du Concile de Trente, étudient avec diligence et\namour le chant grégorien traditionnel et que les supérieurs soient, en cette\nbranche, prodigues d'encouragements et d'éloges envers leurs jeunes sujets. De\nla même façon, que l'on provoque, où cela sera possible, la fondation, parmi\nles clercs, d'une Schola Cantorum pour l'exécution de la polyphonie sacrée et de\nla bonne musique liturgique.\n   26. Au cours des leçons ordinaires de liturgie, de morale, de droit canonique\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "76                                    DURENDAL\n\n\nque l'on d o n n e aux étudiants en théologie, que l'on ne néglige pas de toucher\nles points qui regariient plus particulièrement les principes et les lois de la\nmusique sacrée, et que l'on cherche à en compléter la doctrine par quelque\ninstruction spéciale sur l'esthétique de l'art sacré, afin que les clercs ne sortent\npas du séminaire dépourvus de toutes ces notions, nécessaires, pourtant, à la\npleine culture ecclésiastique.\n   27. Q u e l'on ait soin de rétablir, au moins près des églises principales, les\nanciennes Scholae Caniorum, c o m m e déjà on l'a fait, avec les meilleurs fruits,\nen bon nombre de lieux. Il n'est pas difficile au clergé zélé d'instituer des\nScholae j u s q u e dans les églises moins importantes ou de c a m p a g n e , et il trou­\nvera en elles un moyen très facile de réunir autour de lui les enfants et les\nadultes, au profit personnel de ceux-ci et à l'édification du peuple.\n   28. Q u e l'on s'efforce de soutenir et de protéger de toutes façons les Écoles\nsupérieures de musique sacrée où elles existent déjà et de concourir à en fon­\nder où l'on n'en possède pas encore. Il est très important que l'Église même\npourvoie à l'instruction de ses maîtres, organistes et chanteurs, selon les vrais\nprincipes de l'art sacré.\n\n                                           IX\n\n                                     CONCLUSION\n\n\n  29. P o u r terminer, il est recommandé aux maîtres de chapelle, aux chan­\nteurs, aux membres du clergé, aux supérieurs des séminaires, des instituts\necclésiastiques et des c o m m u n a u t é s religieuses, aux cuiés et recteurs des\néglises, aux chanoines des collégiales et des cathédrales et,surtout, aux Ordi­\nnaires diocésains de favoriser de tout leur zèle ces pages réformes, depuis\nlongtemps désirées et u n a n i m e m e n t réclamées par tous, afin que ne tombe pas\nen mépris l'autorité même de l'Église, qui, à maintes reprises, les a mises en\navant et à présent les répète encore.\n\n\n Donné de Notre Palais Apostolique, au Vatican, en la fête de Sainte-Cécile, Vierge et\nMartyre, 22 novembre 1903, la première année de Notre Pontificat.\n\n\n                                                                   P I U S P . P . X.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 77, "titre_corps": "Le professeur Alberdingk Thijm", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Le professeur Alberdingk Thijm Nous venons d’apprendre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "Le professeur Alberdingk Thijm\n   Nous venons d'apprendre avec la peine la plus vive la\ndouloureuse nouvelle de la mort d'un de nos plus chers\namis, le professeur Alberdingk Thijm, de l'Université de\nLouvain, qu'il illustra si longtemps par sa vaste science\net par ses doctes leçons. Il était le frère du célèbre poète\nhollandais du même nom qui fut un des plus grands et\ndes plus éminents écrivains de son temps. L u i - m ê m e fut\nun littérateur de valeur. Il était membre de l'Académie\nflamande et directeur de la revue littéraire Dietsche Wa-\nrande. L e professeur Alberdingk T h i j m était une âme\nardente, enthousiaste, juvénile, éprise d'art au plus haut\ndegré. Il professait un culte ardent pour la Beauté. Ce\nfut un des amis de la première heure de notre revue\nDurendal, pour laquelle il me manifesta plusieurs fois,\nen des lettres exquises et charmantes — notamment lors\nde notre Salon d'art religieux — l'admiration et la sympa­\nthie la plus enthousiaste. A une intelligence élevée et\nouverte s'unissait en lui un cœur aimant et noble qui\nresta jeune jusqu'à la fin de sa vie. Nous perdons en lui\nnon seulement un esprit distingué et de la plus haute\nculture, mais encore un ami. sincère et véritable de notre\nœuvre qu'il aima et dont il suivit toute sa vie les progrès\net le développement avec le plus vif intérêt.\n   Que de fois il m'écrivit pour me soutenir dans le labeur\ningrat de la direction d'une revue d'art, dont il compre­\nnait si bien toutes les difficultés dans un pays où le\npublic est en général indifférent, si pas hostile à tout ce\nqui est artistique. Je lui conserve une reconnaissance\ninfinie pour ses encouragements si fraternels.\n   Nous tenons à lui rendre ici, à l'occasion de sa mort,\nce témoignage public de notre admiration et de notre\nprofonde amitié. Nous garderons éternellement le sou­\nvenir de cette belle et grande âme dans nos esprits et\ndans nos cœurs.\n                                        HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 79, "titre_corps": "La Joie suprême", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "La Joie suprême Carissimae", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "La Joie suprême\n                                              Carissimae\n\nNe m'interroge pas. Tu ne sauras     jamais,\nToi dont les yeux profonds sont un miroir de paix.\nQuel tumulte orageux ma vie était     naguère.\nInconstant et fougueux, frivole et solitaire,\nLes vœux les plus confus emportaient tour à tour\nMon cœur, à qui manquait le frein d'or de l'amour;\nEt mille songes vains se disputaient mon âme.\n\nPourtant il a suffi que tu vinsses, ô femme,\nPour que tout s'inclinât, dompté par ta douceur.\n\nMaintenant, tel qu'un homme ivre de son bonheur,\nJe vais, en chancelant, par les bois et la plaine.\nMais quel égarement me trouble? C'est à peine\nSi je les reconnais, ces beaux lieux préférés,\nTant mon ravissement les a       transfigurés.\nLe sol vibre, le vent chaule, le ciel flamboie!\n0 délices'. Le Ilot radieux de la joie\nDéborde, éperdûment, de mon cœur ébloui.\nDans l'univers entier, qui palpite avec lui !\nJe le sens exulter comme mon cœur lui-même !\nTout ce qui m'environne est heureux, puisque       j'aime!\nDes échos fraternels traversent le printemps :\nIl semble que le cri de ma joie, par instants,\nMe revient, répété par des bouches sans nombre;\nTandis que l'avenir, hier encor si sombre,\nSe dore d'un rayon ineffablement       doux,\nComme s'il convenait de fêter entre tous,\nChère âme, le grand jour qui commença ton règne.\n\nJ'ai déposé ma oie entre tes mains... Ah! daigne\nRecevoir, à jamais, de ce cœur révolté\nQu'ont soumis ta douceur, ta grâce et ta clarté,\nUn don que chaque instant rendra plus digne d'elles.\nA peine as-tu paru; déjà tu le révèles.\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 624, "texte": "                   LA J O I E   SUPRÊME                            79\n\nIl n'est rien qui ne cède à l'ascendant divin :\nHaine aveugle, regret insensé, désir vain,\nTous les amers transports qui troublent l'âme       humaine\nSubissent un à un ton sceptre, ô souveraine !\nL'ombre qui couronnait mon front        s'évanouit.\nJe pressens, à la joie immense qui m'emplit,\nJe ne sais quel accord merveilleux qui va naître;\nTout ce qui combattait naguère dans mon être\nSe range, en exultant, sous l'adorable loi :\nMon être tout entier n'est qu'un élan vers toi'.\n\n                                             FERNAND S É V E R I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 89, "titre_corps": "Le Séminariste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "Le Séminariste Il y a, dans les villages", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "Le Séminariste\n\n               IL y a, dans les villages, de doux enfants qui\n                 semblent nés pour être enfants de chœur. T o u t\n                 petits, on les distingue parmi les autres, le\n                 dimanche, sur le banc de bois, à l'entrée du\n                 chœur, où vont s'asseoir les petiots. Ils sont plus\n                 sages et mieux vêtus. Ils suivent avec plus\n                 d'attention les gestes du prêtre à l'autel. Plus\n                 tard, l'instituteur les signale avec éloge au curé.\nIls sont appelés à l'honneur de servir la messe.\n   Dès lors, on dirait qu'un signe spécial les a marqués. Leurs\nheures de jeu se passent à la sacristie, où le curé leur réserve de\npetites besognes. Ils sont déjà un peu d'église. Sur le chemin,\nils marchent d'un pas habitué au flottement de la robe. L e u r s\nmains, machinalement, reproduisent les gestes sacerdotaux.\nComme ils se sont peu à peu désaccoutumés des camaraderies\nbruyantes, ils demeurent volontiers au logis, la tête dans un\nlivre. Ils deviennent si savants que l'instituteur déclare, un beau\njour, qu'il n'a plus rien à leur apprendre. Alors le curé, qui\nguettait ce moment, vient faire, comme par hasard, une visite\nà leurs père et mère. C'est le dimanche, avant les vêpres. Il fait\nchaud. L e père, gonflé de soupe, s'est endormi dans son fau­\nteuil. L a mère, les lunettes sur le bout du nez, suit pénible­\nment, d'un doigt noir et tremblant, les lignes du journal domi­\nnical. L e gamin, très sage, écoute le balancier de l'horloge\nrythmer son bruit monotone dans le grand silence. E t , soudain,\nla porte s'ouvre, le curé entre. L e père s'éveille, la mère se lève,\nle journal tombe et le gamin fait une révérence qui ressemble\nà une génuflexion. On va chercher la bouteille de cassis, dont\nM. le curé acceptera bien une goutte, oh ! rien q u ' u n e . E t\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "                           LE SÉMINARISTE                               81\n\n\nquand les verres sont pleins de la liqueur vermeille, l'ecclésias­\ntique commence.\n   « Qu'est-ce que ces braves gens comptent faire de ce grand\ngarçon? Il a fini son école primaire. L'instituteur lui prédit le\nplus bel avenir. Ce serait dommage, vraiment, de laisser cette\nbelle intelligence se perdre dans les humbles travaux de la terre.\nQue diraient-ils s'il leur proposait d'en faire un prêtre? O h ! ils\nn'auraient à s'occuper de rien. On le prendrait gratuitement au\npetit séminaire. S'il y témoignait toujours des mêmes disposi­\ntions, il suivrait la route habituelle. E t peut-être, qui sait? ses\nparents le verraient un jour curé de son village n a t a l ! . . . »\n   L e curé sort, en emmenant le gamin, sans demander de\nréponse immédiate. E t les deux vieux oublient l'heure des\nvêpres, tant cette proposition inattendue les inquiète et les sur­\nprend. Que décider? L a mère, elle, souriant à une vision inté­\nrieure, accepterait tout de suite. Mon Dieu ! Ce bonheur serait-il\npossible? Son fils, un jour, parlerait du h a u t de la chaire parois­\nsiale? E t elle serait là, perdue dans la foule, à l'écouter avec\namour? Mais le père, plus pratique, songe à ses champs, qui\ndemandent un héritier robuste, un paysan comme lui. Prêtre,\nsans doute, c'est une belle vocation. Mais, après lui, qui cultivera\nla terre des ancêtres, cette terre qui est depuis des siècles dans\nla famille et qui a bu la sueur de toute une race? L o n g t e m p s , on\nvoit la petite lampe, le soir, veiller derrière les carreaux de\nl'unique fenêtre. Lorsque les pauvres gens ont un tracas, il les\nempêche de dormir. L e père fume sa pipe au coin de l'âtre,\ncomme en hiver. L a mère tricote devant la table. D e rares\nparoles s'échangent, toujours les mêmes. L a mère dit oui. L e\npère hésite. L e gamin, lui, fera ce qu'on voudra. Il est docile,\nil n'a pas de volonté. Enfin, un beau matin, le père passe sa\nblouse neuve, prend son fils par la main et se rend au presby­\ntère. Voilà, oui, monsieur le curé. Il vous amène le gamin. Ça\nn'a pas été sans peine, allez ! Rapport à la terre qu'il faudra\nvendre à des étrangers. Mais l'intérêt du petit avant tout, n'est-ce\npas? Qu'il soit donc prêtre, si Dieu le veut!\n\n                                     * *\n  C'était l'histoire de J e a n - D o m i n i q u e Chauvin, de Sart-Saint-\nRoch, en N a m u r . Sart-Saint-Roch, sachez-le bien, est le plus\nbeau de tous les villages. U n e route blanche, quelque part, sort\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "82                              DURENDAL\n\n\n\ndu bois, traverse la plaine, grimpe une colline, descend dans\nun vallon charmant où court un ruisseau et va se perdre au loin\nsous les futaies du bois, qui recommence. U n e cinquantaine de\nmaisons blanches à toits de tuiles, avec les yeux naïfs de leurs\npetites fenêtres, sont plantées au bord du chemin comme des\ngens qui attendent le passage d'une procession. L e clocher de\nl'église regarde par-dessus le feuillage des vergers. Au fond,\nprès de l'eau qui m u r m u r e , le château se confie au charme d'un\njardin de buis taillé et de charmilles centenaires. T o u t est sou­\nriant et paisible. Les gens sont, là, simples et bons comme le\nblé de leurs champs. A l'horizon, de toute part, ondule sur le\nciel la ceinture sombre de la forêt.\n   L e père de J e a n - D o m i n i q u e était laboureur en été et cordon­\nnier en hiver. Il habitait une douce maison blanche, toute\nhumble, toute basse, toute enfouie sous un vieux lierre qui l'em­\nbrassait de toute part. U n grand verger lui faisait suite j u s q u ' à\nla pleine campagne. Devant la porte, un sentier courait entre\ndes haies d'aubépines qui fleuraient bon au printemps.\n   L e gamin avait grandi là, fils unique, un peu triste comme\nles enfants qui vivent trop seuls. Ses amis, c'étaient les arbres\ndu verger, les meubles branlants de la maison, tous les objets et\ntous les êtres qui lui semblaient silencieux et bons comme lui-\nmême. T i m i d e et réservé, il avait de grands élans d'amour pour\ntous ceux qui lui faisaient du bien, ses parents, son maître, le\ncuré, mais il les retenait dans son cœur avec une passion jalouse\net obstinée. Il était de la race de ces paysans nerveux qui\ncachent, sous une apparence fruste et sauvage, une âme déli­\ncate, éprise du rêve, avide d'idéal, et qui, par une contradiction\nféconde en souffrances morales, aspirent à échapper aux labeurs\nmesquins d'une vie qu'ils ne peuvent, pourtant, s'empêcher\nd'aimer. L e jour où le curé lui offrit d'entrer au petit séminaire,\nJean-Dominique accepta sans arrière-pensée. L'école lui plai­\nsait. E n hiver, quand il fait très froid dehors et que le poêle\nronfle dans un coin, il se trouvait bien, assis devant un livre,\n dans la classe un peu sombre, silencieuse et tiède, où il fait bon\ns'isoler de la vie. L'existence au petit séminaire, ce serait cela\ntout le temps.\n    Il partit. Sa mère, porteuse d'une lettre du curé de chez eux,\n alla elle-même le confier au directeur. J e a n - D o m i n i q u e était\n attendu. On lui fit un accueil s y m p a t h i q u e qui calma ses pre-\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           83\n\n\nmières craintes. T o u t alla bien jusqu'à l'heure du coucher, mais\nquand il se trouva, dans les ténèbres du dortoir immense, si\nloin de sa maison natale, si loin du sommeil de ses parents, si\nloin d'une chose vague, qu'il ne pouvait préciser et qui était son\nenfance, il sentit tout à coup s'éveiller en lui un regret inconnu\net son âme se gonfla d'étranges sanglots. Il les contint pourtant\net, dès le lendemain, il se mit à l'étude avec courage. Comme il\navait étudié chez son curé les rudiments du latin, il entra en\ncinquième. Ses progrès furent rapides. On le signalait parmi les\nmeilleurs élèves du collège. Sa piété était réelle, sans mysti­\ncisme, sans exagération. Dans ses devoirs de style, il commen­\nçait à laisser parler ses vrais sentiments. Son professeur prédi­\nsait qu'il aurait un talent remarquable de prédicateur. Les\nannées passèrent. T o u t restait dans le même état. Aux vacances,\nil retournait chez lui et se promenait dans le bois avec un livré.\n Il visitait le curé, lui servait une messe de temps en temps. Il\navait un aspect sage et sérieux, déjà presque ecclésiastique. Les\ngens qui l'avaient connu tout petit n'osaient plus le tutoyer. 11\nfut même invité au château, après sa troisième. Il s'habillait\ncomme à la ville et ne touchait à rien chez lui. Son père était\ngêné en sa présence. Sa mère le regardait avec un respect et un\nbonheur profonds. E t tout le monde, dans le village, disait :\n « En a-t-il du bonheur, le fils Chauvin! C'est à croire qu'il est\nné coiffé ! »\n   Il acheva ses études avec le même succès. Il fut admis à\nentrer au grand séminaire. Ses dernières vacances se passèrent\ncomme les autres. On le voyait, dès le matin, traverser le vil­\nlage et prendre le chemin du bois. Il saluait avec affabilité les\ngens qu'il rencontrait. Il avait un air un peu fier qu'on lui par­\ndonnait à cause de ses hautes destinées. Quand il arrivait à la\nlisière de la forêt, il s'enfonçait tout de suite sous les taillis. Il\ns'écartait des chemins et semblait rechercher toujours une soli­\ntude plus grande et des ombres plus épaisses. « C'est pour\nméditer mieux à son aise! » disaient les gens. Ah! s'ils l'avaient\npu suivre! Comme ils auraient été surpris de l'entendre, dans\nsa retraite de feuillage, pleurer et se lamenter, la tête entre les\npoings, vautré à plat ventre sur la mousse! Ah ! oui, il méditait,\nle pauvre garçon, il méditait de toute son âme. Il voyait tout son\navenir devant lui et il en avait peur. Il pleurait sur soi-même\ncomme sur un mort aimé. Il se regrettait à travers le temps et\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "84                              DURENDAL\n\n\nl'espace comme si bientôt allait se fermer sur son cœur la dalle\ninexorable d'un tombeau. Et, pourtant, il persistait dans sa\nrésolution. Il serait prêtre. Il ne voudrait pas, au moment\nsuprême, renier ses engagements, affliger ses parents et le curé,\nattrister ses protecteurs, scandaliser le village. Il serait prêtre. Il\nporterait définitivement cette robe noire à laquelle ses pas\nétaient habitués depuis son enfance. D ' u n cœur sincère quoique\ndésespéré, il accepterait cette destinée qui pesait sur lui dès les\npremières années de sa vie. Mais, au moins, qu'il lui fût permis\nde pleurer! E t les larmes coulaient de ses yeux, intarissables,\nbrûlantes comme des gouttes de flamme. L'angélus sonnait au\nloin. Il se secouait, s'essuyait et reprenait le chemin du\nvillage.\n   « T i e n s ! tu as les yeux rouges, lui disait sa mère en le\nrevoyant.\n   — Oui, répondait-il, j ' a i lu trop longtemps... »\n\n                                     *\n                                    * *\n\n    T o u t était consommé. Jean-Dominique portait la robe et,\n bien qu'il n'eût pas encore prononcé ses vœux, il avait dit adieu\n au monde dans son cœur. Les âmes simples et fortes de cette\ntrempe peuvent souffrir des résolutions qu'elles prennent, mais,\n dussent-elles en mourir, elles savent y rester inébranlablement\n fidèles. Elevé autrement, par des gens habiles à découvrir les\nvirtualités des enfants, le jeune homme, sans doute, se fût dirigé\nvers un autre destin. Il sentait obscurément qu'il n'était pas né\n pour le sacerdoce. S'il en était venu au point où il se trouvait,\n c'était par un concours de circonstances où sa volonté timide\n n'avait pris aucune part. Q u a n d il interrogeait autour de lui les\nautres séminaristes, il apprenait que tous s'estimaient heureux. Ils\nseraient de bons prêtres, attachés à leurs devoirs, et ne connais­\nsant ni nostalgie, ni regret. Pourquoi, lui, était-il différent des\nautres? Pourquoi, m ê m e à l ' h e u r e d e la prière, une chaîne invisible\ntirait-elle sur son cœur? Il songeait à son village et se surpre­\nnait à l'aimer d'un amour qu'il ne soupçonnait pas. Son rêve le\nparcourait tout entier et s'arrêtait aux stations douloureuses où,\njadis, il avait inconsciemment laissé des morceaux de soi-même.\nIl revoyait des paysages précis, si nettement représentés devant\nles yeux de son âme, qu'il lui semblait pouvoir toucher les\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           85\n\n\narbres et étreindre la terre sacrée. Ses camarades d'antan, dont\nil croyait avoir oublié les noms et les physionomies, ressusci­\ntaient en lui l'un après l'autre. Il était hanté par la figure brune,\naux cheveux crépus, d'un petit pauvre, qui était son voisin, et\nqui passait son temps à dénicher des oiseaux. Que faisait-il main­\ntenant? Il braconnait, sans doute. D a n s l'ivresse tiède de la\nforêt, couché sur une litière de feuilles mortes, dont le parfum\ngrise la cervelle, il attendait le passage du gibier, le doigt à la\ndétente, l'œil fixe, la respiration suspendue. E t cette petite\nvachère, aux yeux de porcelaine, aux joues rouges comme celles\nd'une poupée de carton, qui faisait paître ses trois vaches dans\nla prairie touchant au verger paternel? Q u e de fois, par-dessus\nla haie, il l'avait longuement regardée, sans qu'elle s'en doutât,\npendant les mois de vacances qu'il passait à la maison! Elle\nétait restée en lui. Il n'avait q u ' à fermer les yeux et il évoquait\ntoute la scène : au loin la forêt bleuâtre se massait contre un ciel\nplein de soleil. Les champs ouvraient partout leurs tabliers de\ncouleur. L a prairie frissonnait d'une herbe savoureuse, où la\nbrise jouait doucement. E t la vachère tricotait, debout, près de\nses bêtes, toute baignée dans la clarté vermeille.\n   Et puis, c'étaient ses parents qui apparaissaient dans le décor\nfamilier où ils vivaient, après tant d'ancêtres qui y avaient vécu.\nLe père, les narines largement ouvertes au-dessus d'une épaisse\nmoustache grise, tapait sur le cuir devant la fenêtre. L a mère,\navec son nez un peu rouge, son ventre déformé par le travail,\nlessivait devant la porte du j a r d i n . Ils étaient vieux, mais ils\nétaient pauvres. A l'âge du repos, ils devaient travailler encore.\nMon Dieu ! est-ce que sa place n'était pas là-bas, près d'eux,\npour les aider, pour prendre le marteau aux mains du père et\npour donner à la m a m a n une bru active et solide qui la rempla­\ncerait? U n e sueur étrange lui perlait au front. N'était-ce pas\nune tentation mauvaise qui lui suggérait toutes ces pensées?\nIl les chassait en vain. L e sommeil seul lui rendait la\nsérénité.\n   Alors il résolut de ne pas retourner au village avant la fin de\nses études. On l'appelait pourtant. L e curé voulait le voir sous\nla robe ecclésiastique. L a m a m a n souhaitait le montrer à tous\net s'en glorifier tendrement. Il n'irait pas. Il fuirait le danger\ndélicieux de raviver ses peines. Il s'efforcerait, par la distance\net par le temps, de couvrir d'une couche impénétrable d'oubli\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "86                             DURENDAL\n\n\nles souvenirs trop chers qui ne voulaient pas s'endormir dans\nson cœur.\n                                    *\n                                   * *\n\n   U n mardi, jour de congé au séminaire, J e a n - D o m i n i q u e s'ap­\nprêtait à suivre ses camarades dans une longue course à travers\nla campagne, quand on le d e m a n d a au parloir. L a salle claire\nétait pleine de soleil. Sur une chaise, près de la porte, à côté\nd'un grand panier de campagnarde, sa mère était assise. Est-ce\nqu'elle pouvait se passer de voir son gars? Comme il ne venait\nplus, elle était venue, elle : bien sûr qu'il ne la chasserait\npas?\n   « Ah! mon Dieu ! m a m a n ! . . . »\n   E t il ne trouvait que ces mots, qu'il répétait cent fois en\nétreignant la vieille femme.\n    « Allons, c'est bien! dit-elle enfin. Je vois que tu m'aimes\nencore un peu ! Mais pourquoi n'es-tu pas venu te montrer chez\nnous, avec ta belle robe neuve? »\n    Il prétexta des études plus difficiles, une retraite, mille empê­\nchements. Sa mère, d'ailleurs, l'écoutait à peine, tant elle met­\ntait de soin à le regarder.\n    « Es-tu b e a u ! murmurait-elle. Ça te va bien, ce costume.\nVois-tu, je me l'étais toujours dit : quand je te voyais, dans le\ntemps, servir la messe, j'étais bien sûr que tu ferais un joli\ncuré... »\n    Elle divaguait tendrement, l'éloignant, le rapprochant et\nfinissant par lui planter de gros baisers sur les joues.\n    « Ce n'est pas tout, ça! Il faut me montrer la ville. Va mettre\nton chapeau. On m'a dit que tu étais libre jusqu'à quatre\nheures... »\n    Ils s'en allèrent côte à côte, à petits pas, le grand garçon flot­\n tant dans sa robe trop large, un peu gêné de ses mains, et la\n vieille paysanne en bonnet à fleurs, drapée dans un châle à l'an­\n cienne mode. L a rue où ils étaient longeait l'évêché. L'herbe\n poussait entre les pierres. On n'entendait, dans l'air calme\n et pur, qu'une petite cloche, au loin, qui sonnait pour un\n baptême.\n    T o u t d'abord, la m a m a n voulut voir les bazars. Quels yeux\n elle ouvrait! T a n t d'objets rassemblés passaient son entende­\n ment. Etait-ce possible? On y vendait de la porcelaine et à côté\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           87\n\ndes jouets! Des gens souriaient autour d'elle de son ravisse­\nment. Des gamins secouaient son panier. Ensuite, elle voulut\nvoir les églises. Les hauts jubés l'effrayèrent. Elle préféra la\nvieille église de son village, où elle était mieux pour prier. Les\nboutiques l'arrêtèrent longtemps. Enfin, ses vieilles jambes\nréclamèrent du repos et, comme il restait une heure avant le\nmoment du départ, ils allèrent s'asseoir sur un banc, dans le\nParc.\n    Jean-Dominique, durant tout l'après-midi, avait peu parlé,\nétant taciturne de son naturel. Maintenant que l'instant appro­\nchait de quitter sa mère, il lui naissait une fièvre de questions\nqu'il ne parvenait plus à dominer. Il écoutait avec une sorte\nd'impatience la vieille femme, qui lui affirmait pour la centième\nfois son bonheur.\n     « Si tu savais, mon fieu! J e suis fière comme une reine de\nmarcher à côté de toi dans la rue. Il me semble que tout le\nmonde sait que je suis ta mère. O h ! dis, tu viendras bientôt\nchez nous? Promets-moi de venir te montrer, qu'ils sachent\nlà-bas combien tu es beau et crâne, quel joli petit curé tu\nfais !... »\n     Il promit, il promit tout ce qu'elle voulut et tremblant, rou­\ngissant, comme un coupable, il se mit à l'interroger sur les gens\nde chez eux. L e petit voisin, le dénicheur, qu'était-il devenu?\n Et la vachère de la grande prairie ? E t le cantonnier sans che­\nveux qui cassait des cailloux devant leur porte? T o u t le village\ny passait. Il n'oublia pas Marie, la vieille servante du curé, et\n Fine du jardinier qui remontait la route, chaque soir, avec son\ntroupeau. Est-ce qu'il y avait eu beaucoup de mariages dans ces\nderniers temps? Vraiment, le fils du garde avait pris femme? Ils\nétaient du même âge, ils avaient fait ensemble leur première\ncommunion. A la pensée que lui aussi, s'il était resté là-bas,\naurait pu se marier un jour, un long soupir l'émut tout entier.\n Mais il interrogeait toujours. Il s'intéressait à tous les détails,\n aux misères de gens qu'il connaissait à peine, à toutes les faces,\n même les plus humbles, de cette vie qu'il avait fuie et dont il\n n'avait pu s'arracher du cœur les racines profondes. Sa mère\n n'en revenait pas. C o m m e n t ! Il n'avait pas oublié les noms de\n tous ces gens-là! Ils se rappelait leurs histoires! Et elle qui le\n croyait si étranger à l'existence du village depuis qu'il n'y habi­\nt a i t plus! Est-ce qu'il pensait donc si souvent à ses vieux, à tous\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "88                           DURENDAL\n\n\nceux de là-bas qui l'avaient aimé? U n e mère a des pressenti­\nments subtils. Les regards de la vieille cherchaient ceux de son\nfils. Est-ce qu'elle n'allait pas y lire, peut-être, un regret, une\namertume?\n    Mais Jean-Dominique rêvait. Son âme était là-bas, dans la\nforêt natale, vautrée sur la mousse, ivre de parfums et de\nliberté. O mon Dieu! Pourquoi n'était-il pas le plus humble, le\nplus ignorant des paysans de son village, délivré de cette\nscience maudite, de cette supériorité mentale qui avaient créé\nson destin? Et il se désolait, oubliant sa mère, q u a n d celle-ci lui\ntoucha doucement le bras :\n    « Mon fieu, dit-elle, je t'ai cuit des galettes. J e sais combien\ntu les aimes. Regarde, comme elles sont bien dorées! »\n    E t du panier immense elle retira un paquet mal ficelé. U n e\ngalette s'en échappa, blonde comme la terre au soleil, parfumée\ncomme un rayon de miel. C'en était trop. Jean-Dominique la\nsaisit et l'écrasa sur ses lèvres. Il croyait respirer tout un jour\nentier du printemps de chez lui. T o u s les vergers en fleur, toutes\nles haies d'aubépine, toutes les odeurs des champs et des bois\nrevivaient sous sa narine dans ce chaud baiser qu'il imprimait\nsur la pâte dorée. O galette semblable à celles de son enfance!\nL a maison paternelle s'évoquait à son tour avec des souvenirs\ntroublants. Jean-Dominique, dans sa belle robe neuve, eut beau\nfaire appel à son cœur vaillant : les larmes furent plus fortes que\nson courage. Il se mit tout bonnement à pleurer.\n     « T u pleures! s'écria la mère. Mon Dieu, mon petit, est-ce\nque tu ne serais pas heureux? »\n     E t la pauvre vieille lui serrait les mains en interrogeant ses\nyeux. L e séminariste laissa tomber sur elle ses regards et lut\n dans son visage une telle détresse, une inquiétude si mortelle\n que ses larmes, brusquement, tarirent et qu'il reprit sa physio­\n nomie normale. Qu'avait-il fait? Quelle folie! Est-ce qu'il allait\n renvoyer là-bas sa vieille mère avec ce souci qui ne la quitterait\n p l u s ' Alors il fit le brave et se contraignit à sourire. P a s heu­\n reux? Avait-il l'air d'être malheureux? Il pleurait? E h bien, oui-\n da, il pleurait de souvenance, voilà tout!\n     P o u r tranquilliser tout à fait la vieille femme, il affecta une\n grosse gaieté j u s q u ' à l'heure du train. Il acheta une pipe pour\n son père. Il força sa mère à accepter pour elle une boîte de\n pastilles pour la toux. Si, si! elle toussait! Il l'avait bien\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           89\n\nentendu. Ne devait-elle pas se conserver bien portante pour le\njour où il dirait sa première messe?\n   La vieille partit radieuse. Tant qu'elle put le voir, elle lui\nenvoya des baisers par la portière. Debout, au bord du quai,\nJean-Dominique suivit des yeux, longtemps, la fumée du train\nqui retournait là-bas. Lorsque tout eut disparu, sa pensée cou­\nrut le long des rails. Et il restait là, le cou tendu, dans l'attitude\nd'un homme attendant quelque chose qui ne viendra jamais.\nL'heure sonna. Il était en retard. L'instinct de la règle surgit\nde son désarroi. Il se mit à courir par les rues, le chapeau dans\nla nuque, son paquet de galettes à la main. Et les gens regar­\ndaient avec étonnement passer cette robe noire gesticulante\nd'où s'échappaient confusément des bouts de prière et des\nsanglots.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   Jean-Dominique ne devait pas aller jusqu'au bout du sacri­\nfice. La crise avait été trop forte. Le lendemain, une fièvre\ncérébrale se déclara et son délire le trahit. Ses supérieurs\ns'interposèrent. Quand il ouvrit les yeux, ses vieux parents\nétaient à son chevet. Avec des mots prudents et tendres, sa\nmère lui dit qu'il avait parlé dans la fièvre. C'était fini : il\nne serait pas prêtre. D'ailleurs, ils avaient besoin de lui au\nvillage. Le curé était prévenu. Tout le monde approuvait qu'il\nrevînt auprès de ses vieux.\n   Alors Jean-Dominique ressuscita à la vie. Sa guérison fut\nrapide. Il devint ce paysan robuste et gai que l'on voit, à Sar-\nSaint-Roch, courbé, de l'aube au soir, d'un bout de l'an à\nl'autre, sur la vieille terre du père Chauvin. Parfois, maman\nChauvin cuit encore des galettes. La première qui sort du\nmoule, chaude et vermeille, est pour Jean-Dominique. La\nvieille femme est un peu mélancolique en la lui apportant.\n   — « C'est pourtant à cause d'une galette!... » a-t-elle l'air\nde penser.\n   Mais elle se déride bientôt en voyant le large sourire heureux\nde son fils, avec la galette d'or entre les dents.\n\n                                                 GEORGES RENCY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 90, "page_fin": 91, "titre_corps": "La Voie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Lauzon", "ancre_debut": "La Voie A Maurice Duwez", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1560, "texte": "La Voie\n                                               A Maurice Duwez,\n\nComme ils sont sans tourments dans leurs urnes bornées,\nD'autres vont aux travaux pour qui leurs mains sont nées,\nEt leur âme est docile an geste de leurs mains;\nCar leur cœur, desséché comme un bois sans       fontaine,\nNe s'abreuve jamais à la pensée     hautaine\nEt leurs paisibles jours seront sans    lendemains.\n\nMais toi, si ion esprit est anxieux et doute,\nAu carrefour muet, du terme et de la route.\nSi les hommes, venus aux seuils où tu frappas,\nNe te comprennent pas et raillent ta jeunesse,\nOu, lisant dans tes yeux un effroi qu'ils    connaissent,\nInclinent leur front grave et ne répondent pas,\n\nEcoute. Moi qui viens de l'aube,allègre    et ferme,\nEt m'arrête ce soir, près de marquer mon ternie\nOù tu commenceras, en toi j'éveillerai\nLe désir et l'espoir, aux ivresses   puissantes,\nAfin que, confiant en toi-même, tu sentes\nGrandir dans ton cœur pur leur vertige sacré.\n\n0 jeune homme'. Entre ainsi dans la vie incertaine     :\nLe front levé, le cœur fervent et l'âme pleine\nD'enthousiasme     ardent et d'espoir indompté;\nExalte en toi l'orgueil juvénile de croire\nQue le flot renaîtra soudain, si tu veux boire\nA la source tarie o \" lu t'es arrêté.\n\nLa volonté des forts s'impose aux destinées.\nLeur cœur vierge est mûri dès leurs jeunes années\nEt la beauté du monde émerveille leurs yeux.\nLa douceur de ta vie en passera le songe,\nEt, que ton sort s'abrège — hélas ! — ou se prolonge,\nLes dieux te l'envieront comme un don plus grand     qu'eux.\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "                       LA VOIE                              91\n\n\nEntends-tu fuir les jours au pas des heures brèves?\nTu dormiras bientôt le long sommeil sans rêves\nAu pays ténébreux que la mort       t'ouvrira;\nDescends-y sans e/J'roi, magnanime et tranquille :\nPour qui l'a mérité, la mort est un asile\nOù, loin du corps tombé, l'esprit seul régnera.\n\nJe l'ai montré la roule et tu connais son terme;\nLes chemins sont ardus. Gravis-les d'un pied ferme;\nOn découvre aux sommets des horizons plus beaux,\nOffre au bonheur jaloux une âme sans faiblesse,\nEt garde des jours vains que le passé nous laisse\nL'image qu'un vivant emporte des tombeaux.\n\n                                           MAURICE    LAUZON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 99, "titre_corps": "Les Expositions", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Expositions La XIIe exposition de Pour l’Art", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "Les Expositions\n\n   L a X I I e exposition de « P o u r l'Art ». — Les salons Pour\nl'Art offrent chaque a n n é e u n intérêt renouvelé. Quelques artistes éminents\nleur sont fidèles et y montrent régulièrement le meilleur de leur p r o d u c t i o n .\nP o u r s u i v a n t nettement le développement de carrières h a r m o n i e u s e s , ces\nartistes ne s'arrêtent point à des redites et leurs recherches sont fécondes en\ntrouvailles ingénieuses.\n    L a participation du statuaire VICTOR ROUSSEAU est particulièrement m a r ­\nquante à ces expositions et, depuis plusieurs années, l'apparition de ses\nœuvres magistrales constitue un événement du cycle esthétique. C'est a u\ncercle Pour l'Art q u e nous vîmes d'abord et la Demeter, et les Sœurs de l'Illu­\nsion, et le portrait du Frère et de la S œ u r , et ces groupes, ces figurines con­\ncentrant tant de pensée et de beauté plastique en des formats exigus. Cette\nfois, M. Rousseau expose u n e série de bustes et quelques petites œ u v r e s . J e\ncrois qu'il se dépasse lui-même dans le portrait de notre grand et cher\nConstantin Meunier. L a bonté puissante, le rêve douloureux de ce m a s q u e\nsouffrant y sont miraculeusement exprimés. Ces yeux, qu'aucun artifice n e\ncolore, gardent dans la forme intacte et blanche de leurs prunelles u n\nmystère de vie profonde; le front sillonné par le travail de l'idée, la b o u c h e\nindulgente et apitoyée respirent la force créatrice, la compréhension géné­\nreuse de la vie. U n e telle œuvre est illimitée de puissance émotive, de sensi­\nbilité forte.\n    L e s bustes de M M . Leyniers, d'un garçonnet et de M. L . . . — dont la\ncécité est si curieusement évidente — montrent u n e analogue intelligence du\ncaractère essentiel des modèles. Le premier pourrait synthétiser ce qu'on est\nconvenu d'appeler la profession libérale, le deuxième l'éphèbe m o d e r n e plus\na d o n n é aux travaux de l'esprit qu'aux exercices du corps, le troisième res­\nplendit d'une résignation douloureuse infiniment touchante. Quel art plas­\ntique peut aller au delà d'une telle pénétration psychologique? Les autres\nsculptures de M. Rousseau, qu'il intitule Émus, Les Ingénues, Homme au Chien,\nÉtude pour une figure de l'Été, offrent de nouvelles interprétations de ces types\nde jeunesse svelte, élégante en sa m i n c e u r nerveuse, qui sont caractéristiques\nde son art. U n e technique parfaite rend de tous points précieuses ces œuvres\n raffinées. Elles ont la grâce h a r m o n i e u s e de la silhouette, la continuité suivie\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                93\n\n\ndu galbe, la proportion, la mesure, elles reflètent une invention réfléchie et\nne se bornent pas à la saveur d'un magistral morceau. Peut-être sont-elles\nplus proches de la beauté nette des ouvrages de la Renaissance florentine que\ndes matérialités puissantes de certains maîtres flamands. Mais si elles peu­\nvent évoquer l'art d'une époque, elles sont cependant très dépourvues de\ntoute trace d'influence ou d'imitation. Elles sont toujours modernes complète­\nment, d'une inquiétude frémissante qui n'est que de notre temps. Même dans\nce buste décoratif — buste d'une jeune fille faisant partie d'un ensemble de\nstyle Renaissance — l'adaptation est ingénieuse, l'aspect rationnel, mais le nom\nd'aucun statuaire italien ou fiançais ne s'évoque à son aspect. Sans doute,\nBotticelli, Pilippino Lippi ou Piero della Francesca eussent goûté ce visage\nau front bombé, ce nez délicat, cette bouche mystérieuse, ces contours\narrondis, l'énigme fermée de ces linéaments jeunes ; ils eussent peint un por­\ntrait définitif d'après cette jeune fille. M. Rousseau s'est replacé dans l'atmo­\nsphère de leur époque, mais il a fait œuvre originale et personnelle avec infi­\nniment d'intelligence et de goût. On ne saurait assez le louer de cette série de\nmorceaux qui résument son labeur d'une année.\n    M. LAERMANS, peintre, poursuit, avec des moyens moins variés et moins\ncomplets, la réalisation d'une suite continue et logique de tableaux. La vie\nrurale des pauvres lui fournit ses thèmes ordinaires, non pas la calme existence\nquotidienne, mais tous les émois imprévus qui la dramatisent. Il est le\n peintre des scènes violentes, des heures d'exception. C'est l'accident, la\ngrève, le chômage, un départ d'émigrants, ou bien des types particulièrement\n pitoyables ou inquiétants, infirmes, vagabonds, rôdeurs, révoltés. Il les met\n en scène simplement et asservit à leurs formes gourdes, à leur neutre livrée\n de misère, les lignes et les tonalités du paysage ambiant. Ses arrangements\n ne sont pas très variés, son coloris puissant à une monotonie caractéristique.\n Sa manière est évidente. Il a une personnalité curieuse et restreinte.\n    M. Laermans ne redoute pas certaines répétitions partielles. Il réem­\n ploie des modèles et des études. Vous reconnaîtrez une femme minable, au\n visage abruti de misère, une fillette souffreteuse et mal d'aplomb, un gueux\n en sabots, au crâne pyriforme, aux traits grossièrement taillés. Vous con­\n naissez déjà certain sentier filant entre un mur blanc ensoleillé et un ruisseau\n où se mire un ciel nuageux. Vous devinez au-dessus du mur un clocher, de\n sombres verdures. A travers le chemin, au premier plan, un oblique rayon\n de soleil. De la mise en œuvre de ces éléments, le peintre compose des\n drames simples et poignants. Voici un cortège tragique, deux femmes, un\n homme emportant un jeune ouvrier qui s'est tué en tombant de quelque\n bâtisse. Une loque humaine cassée en deux. Le groupe tient tout d'une pièce\n  en une arabesque ramassée. La couleur est digne du vieux Breughei. Il y a\n  des valeurs sourdes en gris puissants qui ont des sonorités uniques. Cette\n  pochade rapide est un chef-d'œuvre de pathétique populaire, elle est angois­\n  sante. Voici un convoi d'enterrement dans un paysage lugubre. La nature est\n  sinistre à l'unisson de la douleur humaine. Voici un simple aspect d'une\n  contrée vespérale. Un froid humide y circule. Les chaumières se rencoignent\n  frileusement sous le chaume. Le ciel est plein d'eau, la rivière presque sta-\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "94                                   DURENDAL\n\n\ngnante sinue à pleins bords, le sol est imbibé comme u n e éponge. Ce pays est\ntriste et malsain. Son portrait est éloquent comme celui d'une personnalité\ncaractéristique. L a g r a n d e toile Les Paysans a plus de sérénité. H o m m e s et\nfemmes, outils à l'épaule, rentrent des champs. Déformés, déjetés, mais non\nestropiés ou hideux, ces Êtres h u m a i n s ne sont point traqués p a r le besoin.\nIls jouissent d'un calme las. Ils sont assurés ce soir d u souper et du gîte. U n\ntel art a u n e portée sociale. Il donne à penser.\n   M. ALFRED VERHAEREN n'a point de telles visées. Il est satifait d'être un\nbeau peintre, de vision saine et de métier accompli. Intérieurs, natures\nmortes, études en plein air lui sont prétexte à couleur rare, s o m p t u e u s e ,\nà magies de virtuose. Ses harmonies colorées sont savamment « cui­\nsinées », il est savoureux, juteux, recuit. O h ! le bel œil de magicien et\nl'habile patte !\n   M. AMÉDÉE LYNEN est un imaginatif naïf et chimérique. L a vétusté et fan­\ntaisiste bourgade d'Yperdamme. qu'il inventa de toutes pièces, continue à four­\nmiller des plus véridiques scènes parmi les aspects urbains les plus pitto­\nresques. Q u e penser de ces malintentionnés guettant au passage le bourgeois\nopulent, du retrait m ê m e où s'ouvre le geste sublime du Crucifié. Justesse\ndes attitudes, variété des m o u v e m e n t s et des types, invention fertile et iné­\npuisable des architectures, exécution spirituelle et alerte, ces rares mérites\nd'illustrateur mettent Amédée L y n e n en vedette dans u n e spécialité d'art très\namusante.\n   D a n s un autre d o m a i n e , M M . CIAMBERLANI et E M I L E FABRY sont des excep­\ntions bien méritoires. Notre école actuelle ne compte guère de décorateurs.\n M. Ciamberlani est à peine représenté cette année à ce Salon, mais M. F a b r y\ny complète cet envoi de grand style et de noble allure qui l'avait tant mis en\nvedette déjà au dernier Salon triennal. U n e g r a n d e pureté ,de dessin, u n e\nentente rare de la couleur — arbitraire — que peuvent revêtir ces sortes de\nmodernes tapisseries d o n n e n t à son Orphée charmant les animaux et aux Pan-\nneaux pour la villa de M. Wolfers u n e exceptionnelle valeur d'art. Il serait bien\nheureux qu'un grand ensemble décoratif fut confié à un maître si d o u é . Notre\npatrimoine national en serait a u g m e n t é .\n   M. R E N É JANSSENS creuse sa veine avec patience, ses intérieurs précis sont\nexacts et intelligents.\n   M. OMER COPPENS, u n peu plus étoffé, mérite d'analogues éloges. L e s pay­\nsages de M. DEHASPE, inspirés — un peu — par H a n s T h o m a et Léon F r é ­\ndéric, sont d'une belle a m p l e u r savante; M. EMMANUEL VIERIN, d a n s la\nmanière de Claus, a des notations intéressantes; M. FIRMIN BAES expose des\ndessins excellents. Son Printemps et le Portrait de Mme P. W... ont des duretés\net des aigreurs rebutantes, ils témoignent néanmoins d'un indéniable talent\net d'une volonté tenace respectable.\n   M. H U I B . L U N S doit être loué pour l'audace et la vaillance — encore mal\nrécompensées — dont il fait preuve.\n   Les p a n n e a u x de M. OTTEVAERE, de tenue distinguée, et les sculptures de\nM M . P I E R R E BRAECKE et SPRIMONT confèrent, enfin, à cette exposition un\nintérêt point négligeable.\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3660, "texte": "                                   LES EXPOSITIONS                                           95\n\n\n   Exposition de l'art du XVIII e siècle français. — Les objets\nd'art du XVIIIe siècle fiançais, réunis par la Société de bienfaisance, compo­\nsent un ensemble exquis. Avant tout examen de détail, le visiteur est séduit\npar la tenue de ton raffiné, l'arrangement plein de goût de cette exposition,\nqui remplit, sans l'encombrer, u n e galerie p r o p o r t i o n n é e à son importance.\n    Tableaux, sculptures, tapisseries, meubles, bibelots de tous genres con­\ncourent à u n e évocation discrète des grâces charmantes et frivoles d'une\népoque brillante, superficielle et blasée.\n    U n e société m o n d a i n e très c o r r o m p u e , très cultivée, très sceptique, goûtait\nun art plus épris de joliesse raffinée que de beauté grave. L a noblesse pathé­\ntique des g r a n d e s œuvres classiques fatigue les roués. Il leur faul des formes\ncompliquées et nouvelles, des recherches précieuses, des inventions galantes.\nLa jouissance a tué l'idéal, le scepticisme a rapetissé les idées, l'état d'âme\ndu m o m e n t se reflète d a n s le cadre où se meût la vie élégante.\n    L e souci de plaire domine les artistes et les ouvriers d'art. La perfection\ndu travail matériel est indispensable, c o m m e la beauté des matières et la com­\nplication des décors. U n e science traditionnelle, u n e habileté prodigieuse,\nune éducation de l'œil et de la main, l'ingéniosité du goût français le plus\naffiné, enrichissent les m o i n d r e s ouvrages du temps. La culture des mondains\nleur rend compréhensibles, familiers, les raffinements les plus ténus d'un\nmoment de civilisation trop avancée et comme pourrie d'art. De nos jours,\nune rudesse truste ferme à b e a u c o u p d'esprits, d'ailleurs éminents par d'au­\ntres côtés, l'intelligence des subtilités de cet o r d r e ; u n e brutalité due à l'abus\ndes sports, aux luttes pour l'existence, à l'avènement des couches sociales\ndépourvues de passé et de traditions, fait reléguer parmi les préoccupations\nnégligeables les jouissances qui enivraient la société d'avant la révolution.\n    On sait quelle réaction fit méconnaître, p e n d a n t toute la première moitié\ndu XIXe siècle, les formes esthétiques qui l'avaient immédiatement précédé.\n U n e négligence aveugle et ignare laissa se perdre des trésors que la mode\nensuite devait rechercher et — par u n e n g o u e m e n t sans mesure comme le\ndédain qu'il remplaçait — remettre en vogue follement. L'influence de la\n littérature, les commentaires des Goncourt, rapprirent à d'aucuns ce que tous\nsentaient d'instinct cent ans plus tôt. On vit les peintures d'un Watteau ou\nles meubles d'un Riesener reconquérir les suffrages d'une élite et,\n le snobisme s'en mêlant, monter dans les grandes ventes, à des taux\n imprévus.\n    L'exposition actuelle ne contient pas b e a u c o u p de chefs-d'œuvre indiscu­\n tables. La participation du garde-meubles de l'Etat et de collectionneurs\n émérites lui assure un niveau général très satisfaisant. Mais il serait oiseux\n de vouloir comparer les tableaux réunis par le comité organisateur avec les\n trésors que Guillaume I I , dépouillant les.châteaux royaux de P r u s s e , avait\n exhibé à l'admiration un peu jalouse de Paris et du m o n d e d a n s le Pavillon\n impérial allemand de l'Exposition universelle de 1900. Ces Antoine W a t t e a u ,\n ces Chardin, ces Boucher, ces L a n c r e t , c e s P a t e r , ces Natoire, ces L e m o y n e ,\n ces F r a g o n a r d , les portraits de Largillière, d ' H y a c i n t h e Rigaud, de Nattier,\n de Drouais, d'Aved, de Vestier, de M m e Vigée, réunis rue Royale, sont\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "96                                     DURENDAL\n\n\npresque tous authentiques, sans être de premier o r d r e ; les noms des g r a n d s\nstatuaires, des grands ébénistes, des grands ciseleurs, des grands o r n e m a ­\nnistes n e s o n t p a s tous représentés, mais tel quel, en attendant la publication\nd'un catalogue ordonné et le n u m é r o t a g e obligé des objets actuellement\nconfondus dans l'anonymat le plus confus, le Salon XVIIIe siècle est déli­\ncieux et mérite d'être longtemps encore le rendez-vous des élégantes et\ndes lettrés.'\n   A citer, hors pair, le superbe Lancret prêté par la comtesse de Pourtalès,\navec son décor de parc aux bleus lointains savoureux et précieux, u n Bou­\ncher égrillard, mais combien élégant de dessin souple, de métier habile, de\ncouleur fine, un petit Chardin robuste et intime, u n e jolie étude-pochade de\nW a t t e a u , u n portrait de femme sans attribution (collection Lazzaroni) et\nquelques tapisseries doucement fanées.\n   Les terres cuites, les petits bronzes (voir le F a u n e de Pajon, d'une patine\nravissante), les boîtes émaillées, les éventails; quelques dentelles concentrent\nl'attention des spécialistes et justifient de fréquents pèlerinages à ce local\nrempli d'aimables choses. Des conférences et des musiques en maintiennent\net en varient l'attrait.\n\n\n   Les sculpteurs et les ciseleurs du XVIII e siècle. — Dans\nle cadre élégant du Salon d'art français duXVIIIesiècle, M . T H I E B A U L D - S I S S O N ,\ndes Débats, a conférencié avec érudition et avec charme. Sujet : Les sculpteurs\net les ciseleurs du XVIIIe siècle, illustré de projections lumineuses. P u b l i c n o m ­\nbreux avec, au premier rang, le prince et la princesse Albert, très attentifs.\n M. Thiebault, p a r l a n t des ciseleurs qui ont enrichi d'appliques de bronze si\ndélicatement ouvré les meubles de style, a démontré la supériorité des com­\npositions du temps de la Régence et de Louis XV, tellement plus logiques\nque les ouvrages exécutés sous le règne de Louis X V I .\n    Toujours à travers le caprice a b o n d a n t de l'ornementation riante, un galbe\nrationnel, des a p l o m b s judicieux, un sens de l'adaptation du décor à l'effet\nh a r m o n i e u x de l'ensemble, demeurent manifestes. P l u s tard, l'invention\nmoins généreuse et plus froide admet des allures trop grêles, des dispropor­\ntions mièvres, l'emploi de matériaux absurdes d a n s leur joliesse, médaillons\nde porcelaine ou de biscuit sertis de métal, panneaux de verre peint et autres\nfantaisies discutables.\n    S a n s médire de la réelle élégance et de la sobriété des chefs-d'œuvre du\nstyle Louis X V I , l'orateur s'est attaché à mettre en lumière les mérites de\nl'époque précédente, opposant Crescant à Riesener et finissant par la critique\ndes modèles \" Premier E m p i r e \", dus à Percier et F o n t a i n e .\n    L e s statuaires français contemporains de ces ciseleurs et de ces ébénistes\nont fourni à M. Thiebault Sisson matière à d'intéressants développements.\nL'écran tendu derrière lui a reflété successivement des intérieurs célèbres, des\npeintures c o n n u e s , des statues caractéristiques, commentés avec goût, d ' u n e\nphrase alerte et joliment tournée. Cette causerie instructive a été très\ngoûtée.\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                 97\n\n    L a d a n s e a u X V I I I e s i è c l e . — La conférence donnée, samedi\n6 février, par M.GEORGES BOYER, secrétaire général de l'Opéra de Paris, sur\nla danse au XVIIIe siècle, fut frivole et aimable à souhait. Quelques idées\ngénérales sur l'évolution du costume et du style dans le ballet pendant cette\npériode brillante ont fourni prétexte à beaucoup d'anecdotes, à des traits\ntypiques, à des portraits de ballerines célèbres. Si même beaucoup de ces\nhistoriettes piquantes n'avaient pas la saveur de l'inédit, elles ont amusé\nl'auditoire par leur ton pittoresque et narquois.\n   Une heure de musique ancienne — sous forme de trios de chambre — a\nsuccédé à cette causerie. On a goûté une « suite » de Rameau et des morceaux\ncaractéristiques de divers petits maîtres, dont les cadences un peu prévues\nn'allaient point sans quelque monotonie. Exécution soignée et nette.\n   Le même soir, — au Concert Noble, — la vaillante Société française de\nbienfaisance avait organisé une audition musicale d'œuvres du XVIIIe siècle,\nagrémentée de deux épisodes chorégraphiques. Chambrée élégante et mon­\ndaine favorablement disposée et applaudissant courtoisement un programme\ncoupé, sorte d'intermède prolongé, auquel manquait l'appoint de quelque\npièce de résistance. Des indispositions avaient, au dernier moment, désorga­\nnisé ce concert. M. Albers a fait apprécier, une fois de plus, son goût et son\n style musical ; Mlle Hatto et Cortez, leur beauté et leur adresse de cantatrices\n appréciées; M lles Zambelli et Salle, la grâce souple et alerte de leur danse,\n un peu resserrée sur un théâtre minuscule et, partant, manquant de rythme\n et de liberté.\n    Un orchestre, sous la direction de M. Crickboom, un clavecin et un piano,\n fournissaient les accompagnements et ont exécuté quelques œuvres musicales\n bien choisies.\n\n   La    m u s i q u e a u X V I I I e s i è c l e . Conférence de M. ARTHUR\nPOUGIN, critique d'art parisien. 13 février. — Un aperçu de l'évolution musi­\ncale, la naissance de l'opéra comique, des détails sur les grands musiciens\ndu temps et surtout infiniment d'anecdotes, d'énumérations de noms oubliés,\nune documentation minutieuse et stérile, non sauvée par des vues larges,\nune compréhension nouvelle, une diction animée. Cette courte causerie a\nparu longuette...\n\n   L e s s a l o n n e t s é p h é m è r e s . — C'est une marée montante de\n peinture rapide que trop d'exposants hâtifs font déferler dans les locaux du\n Cercle, de la Galerie royale et même des cercles provinciaux. Presque rien\n de tout cela n'est à retenir. Les Artan composaient une salle agréable de\n notes fines et blondes, jolis « Artan » du commerce, sans le coup d'aile et la\n magie des plus belles pages du maître. — A Anvers, les deux exhibitions\n successives de Jan Van Beers, Petites femmes et Paysages, ont affirmé la\n décadence radicale d'un peintre qui fut jadis un artiste et s'égara dans un\n genre mercantile et malsain, à la poursuite de succès de mauvais aloi. — Au\n Cercle, Mlle Montigny a fait preuve de vision fraîche et claire, de recherche\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "98                                DURENDAL\n\n\nluministe intéressante. M. Cauchie s'est montré décorateur adroit et exécu­\ntant élégant. MM. De Biemme, Armand Laureys, Paul Sterpin, Edmond\nVerstraeten, ont obtenu les suffrages de leurs amis par des envois honorables\nun peu impersonnels. — A Gand, M. Rodolphe De Saegher a montré des\npastels délicats, de limpide harmonie. M. Maurice Pirenne n'a pas paru en\nprogrès. Mmes Voortman, De Weert et Robyns sont des « amateurs » intel­\nligentes et adroites; enfin, rue Royale, M. V. Abeloos a paru vraiment très\njeune et inexpérimenté dans un ensemble varié d'oeuvres médiocres, qui peu­\nvent promettre mieux pour l'avenir, avec beaucoup de travail...\n                                                                         P . L.\n\n    Exposition de Mlle M.-A. Tibbaut.— Nous reproduisons avec\njoie l'éloge de cette artiste remarquable, dont nous apprécions la haute\nvaleur et dont nous admirons les œuvres, qu'en fait l'Art Moderne, à l'occa­\nsion de l'exposition de ses aquarelles au Cercle Artistique de Gand :\n   \" On admire avec raison les aquarelles de Mlle M.-A. Tibbaut. Les\nrécentes expositions triennales nous avaient déjà donné l'occasion d'applaudir\nà son art consciencieux, aisé et marqué d'une grâce féminine qui en achève\nle charme captivant. Ces œuvres semblent conçues dans le calme d'une âme\ntrès amoureuse de la nature. Matin d'été, la Chaumière bleue, Ruelle ensoleillée et\ntant d'autres pages reposantes chantent la lumière baignant la glèbe au\nrenouveau, les vieilles demeures assoupies, les sables hérissés d'oyas, et ces\nintérieurs de béguinages dont l'artiste excelle à décrire la mystique\natmosphère. Tout est reposé, pacifique et taciturne. On cherche en vain une\nnote discordante; l'impression est néanmoins pleine d'inattendus, tant il y a\n d'analyse fine dans ces paysages que Mlle Tibbaut semble avoir peints d'une\n main pieuse et recueillie. Certains détails un peu poussés révèlent une\n tendance à la minutie dont l'artiste ne perdrait rien à se défaire. Il faut citer\n encore la Cour des Prébendiers, d'un effet très orginal, et des faïences portant\ndes scènes de béguinages; enfin, une Tête de fantaisie de facture remarquable ».\n\n    L a L i b r e E s t h é t i q u e inaugurera cette année (25 février- 29 mars)\nun nouveau cycle d'expositions. Pour résumer l'effort accompli par les pein­\ntres qui, sous le nom d'impressionnistes et de néo-impressionnistes, ont donné\nà l'art une orientation nouvelle, elle groupera, en un salon rétrospectif, un\nensemble méthodique d'œuvres caractéristiques empruntées pour la plupart à\ndes collections particulières. Le public y pourra suivre, étape par étape, l'évo­\nlution de la peinture moderne en France depuis Edouard Manet et Claude\nMonet jusqu'à ceux qui marchent aujourd'hui dans la voie qu'ils ont ouverte.\n   Cette exposition sera pour l'histoire de l'art un document précieux. Elle\nconstituera une initiative qui, tentée à diverses reprises, n'aura jamais été\nréalisée jusqu'ici d'une façon aussi complète.\n   Elle aura une importance exceptionnelle. Plus de trente collectionneurs\nparisiens ont mis les plus belles toiles de leurs galeries à la disposition de la\ndirection. Manet sera représenté par une quinzaine d'œuvres, parmi lesquelles\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "                                 LES EXPOSITIONS                                        99\n\nle Linge, la Dame aux éventails, le Portrait d'Antouin Proust, etc.; Renoir, par une\ndouzaine de tableaux, a u nombre desquels la Loge à l'Opéra (Exposition cen­\ntenale de 1900), les deux Danses, les Baigneuses, les portraits de M m e Charpen­\ntier, A. Mithouard, J . S a m a r y , etc.; Claude Monet, par vingt paysages résu­\nmant l'ensemble de sa production depuis 1875; Degas, par u n e quinzaine de\npeintures à l'huile et de pastels; Pissarro, Guillaumin, Sisley, Berthe Mo­\nrisot, Mary Cassatt, Cézanne, G a u g u i n , Van Gogh, L a u t r e c , par u n choix\nméthodique de leurs œuvres principales.\n   Les toiles des peintres néo-impressionnistes Seurat, S i g n a c , Van Ryssel­\nberghe, Cross, L u c e , et celles de M M . Maurice Denis, Vuillard, Roussel,\nBonnard, d ' E s p a g n a t , A n d r é , Valtat et Guérin compléteront l'historique en\ndi vulgant l'orientation actuelle de l'art issu des initiateurs de l'impressionnisme.\n   Au cours de l'exposition, la Libre Esthétique résumera, en quatre concerts,\nl'histoire de la m u s i q u e de c h a m b r e qui se développa en F r a n c e , depuis u n\nquart de siècle, parallèlement à l'art impressionniste.\n   Ces auditions, qui a u r o n t lieu tous les m a r d i s de mars, à 2 1/2 heures pré­\ncises, auront pour principaux interprètes M. Vincent d ' I n d y , Mlles Blanche\nSelva et Marthe Devos, M M . S. Austin, E . Bosquet, E . C h a u m o n t , M. Crick­\nboom, R. Vinès, etc. Des œuvres de G. Bizet, A. de Castillon, C. F r a n c k ,\n H. Duparc, V. d ' I n d y , E . Chabrier, E . Chausson. P . de Bréville, G. F a u r é ,\nCh. Bordes et G. L e k e u composeront avec celles de MM. Debussy, Magnard,\nRopartz, Coindreau, Ravel, Février, S a i n t - R e q u i e r , de Séverac, etc., des\nprogrammes chronologiques et h o m o g è n e s .\n   Tous les vendredis, à la m ê m e h e u r e , des conférenciers analyseront respec­\ntivement l'évolution actuelle de la peinture, de la poésie, de la musique et du\n théâtre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 100, "titre_corps": "Les Jets d’Eau du Jardin…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "Les Jets d’Eau du Jardin Les jets d’eau du jardin se meurent", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 123, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "Les Jets d'Eau du Jardin...\n\nLes jets d'eau du jardin se meurent      doucement\nPour avoir offensé de leur rire charmant\nLe blanc silence épars dans les mornes allées\nOù passent, dérobant leurs faces désolées\nSous des voiles brodés de signes     ténébreux,\nLes Princesses que hante un souvenir        heureux\nEt qu'un obscur destin naguère a condamnées\nA vivre désormais entre les fleurs fanées\nEt les marbres brisés de ce parc dévasté. .\nLes grands jets d'eau si purs sous la lune d'été\nEt si graves parmi les frondaisons       d'automne,\nExpirent lentement sous le ciel monotone\nQu'attriste encor l'effroi d'une éternelle nuit.\nTout est détresse, tout est deuil, tout est ennui\nDans ce jardin pensif où passent en silence\nDe grands fantômes las qui pleurent leur enfance.\n\n                                      GEORGES MARLOW.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 109, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Musicale Deuxième concert du Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "Chronique Musicale\n\n    Deuxième concert du Conservatoire. — Le programme du\n deuxième concert du Conservatoire réunissait, à côté l'une de l'autre, trois\n œuvres à peu près contemporaines, mais combien différentes : l'ouverture de\n Guillaume Tell (1829) de Rossini, la huitième Symphonie (1812) de Beethoven,\n le deuxième acte de la Vestale (1807) de Spontini. L'intérêt artistique de cette\n audition se complétait donc d'un intérêt historique.\n    L'ouverture de Guillaume Tell est proscrite depuis assez longtemps déjà des\n programmes de nos concerts classiques, et l'on se demande s'il ne faut pas\n chercher un des principaux motifs de ce discrédit dans la banalisation à\noutrance de cette symphonie, dans les approximatives et déflorantes versions\nqu'en ont donné les orchestres militaires et civils ayant la mission de réjouir\nles jardins et jardinets publics des deux mondes. On peut donc dire que\nl'audition du Conservatoire nous l'a fait connaître. Réserves faites relative­\nment à la naïveté de sa facture assez rudimentaire, l'orage de l'introduction\nconstitue une jolie page descriptive, qui ne manque pas d'élévation, mais\nplutôt de développement. Le Ranz des Vachf s respire je ne sais quel nostal­\n gique parfum des montagnes et des solitudes persives de l'Helvétie. Seule, la\nmarche finale reste sans appel possible classée dans le style de l'opérette\nbouffe, ce qui découronne l'œuvre de sa poésie.\n   Il est assez intéressant de remarquer que la partition du Barbier de Sèville,\ndans son entièreté, et l'ouverture de Guillaume Tell sont les seules épaves qui\nont échappé au naufrage d'oubli où a sombré tout le reste de l'immense pro­\nduction du maître italien. Et cependant, l'on ne saurait, sans injustice, con­\ntester à l'auteur du Barbier des dons éminents de mélodiste. Mais ce qui a\ncondamné son œuvre à mort, c'est la déplorable facilité avec laquelle elle a\nété écrite, c'est le manque de pensée et, surtout, d'effort artistique qui la carac­\ntérise. Sans vouloir faire nôtre cette définition de Buffon, que le génie n'est\nqu'une longue patience, il est incontestable qu'une œuvre d'art, si elle veut\nvivre, doit être disposée, méditée, édifiée et non bâclée en deux semaines,\ncomme tant de partitionnettes de Rossini, ou écrite entre le potage et le rôti,\nainsi que ces nombreuses cavatines à l'eau de rose, qui rendirent célèbres les\nnoms de Pasta, de Malibran et de Pizzaroni. Meyerbeer travaillait ses opéras\npendant dix ans avant de leur laisser voir le feu de la rampe, et c'est la véri-\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": " 102                               DURENDAL\n\n\n\n table raison pour laquelle son œuvre, bien plus sérieusement et solidement\n construite, mais dont l'esthétique ne diffère pas essentiellement de celle de\n Rossini, a définitivement survécu à cette dernière.\n    La huitième Symphonie de Beethoven est évidemment inférieure à ses sœurs,\n tant au point de vue de l'élévation de l'inspiration qu'à celui de la portée\n philosophique et symbolique de l'œuvre. Elle intéresse néanmoins vivement\n par je ne sais quel charme lumineux de jeunesse et de printemps embaumé,\n qu'elle distille d'un bout à l'autre. N'apparaît-elle point comme un dernier\n regard en arrière, comme un suprême hommage rendu par Beethoven à son\n maître Mozart avant de fonder dans la Neuvième les définitives assises de\nl'art nouveau ? L'orchestre du Conservatoire a parfaitement rendu cette œuvre\n de lumière et de joie.\n   L'audition du deuxième acte de la Vestale de Spontini a été intéressante et\ninstructive. Cet art est sans doute loin d'atteindre à la gravité d'inspiration,\nà la puissance et à la vérité d'accent de la langue musicale d'un Gluck. L'on\nne peut toutefois méconnaître que, par la tenue générale du style, la Vestale\nde Spontini ne soit en avance sur les autres opéras italiens de cette époque,\net qu'elle ne constitue un essai loinlainement avant-coureur des initiatives\nrénovatrices et des conceptions d'art de l'avenir. Elle intéresse donc, par\nsa valeur documentaire, au moins autant que par sa valeur d'art. Le rôle de\nla Vestale (Julia) est plus particulièrement captivant, et Mme Dratz-Barat, à\nqui était confié le soin de nous en traduire les beautés, l'a fait d'une façon\nremarquable, avec une sincérité de sentiment tout à fait éloquente, ne se\ncontentant pas de chanter, mais voulant encore interpréter et vivre son rôle,\nsecondée à merveille dans sa mission par MM. Demest, Cotreuil, Van den\nBergh, Mlle Latinis, l'orchestre et les chœurs du Conservatoire.\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n    D e u x i è m e c o n c e r t Y s a y e . — Salle comble, programme intéressant\net varié. La première partie a été consacrée (à part une œuvre symphonique\nde Duizings, un jeune compositeur belge) aux maîtres de l'époque classique.\nTout d'abord, la symphonie de Mozart, en mi bémol, chef-d'œuvre de grâce et\nd'émotion. Le ravissant menuet de cette symphonie a été rendu populaire\npar une transcription pour piano de Jules Schulhoff, transcription médiocre,\nen somme. L'exécution de cette symphonie a marché à ravir, notamment dans\nles deux dernières parties — le menuet et le finale. Celui-ci, une petite mer­\nveille d'enjouement et d'esprit fin et délicat, a été absolument mis au point\npar notre éminent chef d'orchestre.\n   Mme Gay, la seule soliste du concert, est une cantatrice d'origine espa­\ngnole. C'est un contralto. Le timbre de voix est étrange, le volume\nremarquable, mais non exempt des défauts communs à ce genre de\nvoix. Registre grave fort beau, médium qui accuse des faiblesses, registre\nélevé assez bien étoffé.MmeGay a chanté un air d'Alceste : « divinités du Styx »\net un air de Haendel. Nous préférons, et de beaucoup, son interprétation de\nl'air de Haendel à celle de l'air d'Alceste de Gluck. Dans la deuxième partie de\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                103\n\nce concert, Mme Gay, dont le succès auprès du public s'affirmait de plus en\nplus, a chanté une mélodie de Caldara, un vieux maître italien trop oublié,\ncar il ne le méritait guère; des mélodies de Brahms et une mélodie de Richard\nWagner, enfin deux chansons populaires espagnoles.\n    Dans la deuxième partie du programme, Eugène Ysaye a fait entendre\ntrois pièces symphoniques de Debussy, l'auteur de Péléas et Mélissande. Ces\npièces sont intitulées : Nuages, Fêtes, Sirènes— celles-ci avec choeur de femmes.\nDebussy n'est évidemment pas le premier venu. De ses compositions se\ndégage une personnalité bien tranchée, une âme en quête d'horizons nous\n veaux. L'orchestration de ses pièces est sui generis aussi. Ce sont des impres­\n sions, des paysages rappelant Corot, ce peintre au pinceau en quelque sorte\n immatériel, car Debussy est plutôt un coloriste. A la première impression,\n le dessin semble un peu flou, presque nul. Mais, en examinant de plus près\n la facture de ces compositions, on s'aperçoit vite que l'artiste est en posses­\n sion de son métier. Nous ne croyons pas nous avancer trop en constatant\n que les éléments constitutifs de son art à lui sont en nombre assez restreint.\n  Il est certain, d'une part, qu'il a su formuler son art. Mais on se demande,\n d'autre part, si les éléments dont le compositeur dispose seront suffisants pour\n  permettre un développement ultérieur de son très réel talent. Le danger\n  pour Debussy, c'est de tomber, tôt ou tard, dans le maniéré et pour les jeunes\n  celui de l'imiter. Car, quoi qu'on dise, l'art de Debussy est une impasse —\n  pour les autres.\n     Le concert s'est terminé par l'exécution d'une fantaisie espagnole d'Albe­\n niz (un ancien lauréat du Conservatoire de Bruxelles). Cette trucculente com­\n position, où les deux styles — le moderne et le classique — se battent à coups\n de poing, est amusante comme un « signe du temps », comme un fait qui\n  permet de constater l'état d'âme d'un musicien contemporain, sans origina­\n  lité : c'est, si vous voulez, du Chabrier modernisé. Nous préférons humble­\n  ment l'ancien quand même.\n     Il ne serait pas juste que nous passions sous silence le fragment sympho­\n  nique de M. Duizings. Cette composition ne manque pas de mérite ni au\n   point de vue de l'orchestration, ni au point de vue de la facture.\n      Nous nous plaisons à rendre ici un éclatant hommage aux généreux efforts\n   d'Eugène Ysaye. Il ne se contente pas d'être un des plus grands violonistes\n   de notre époque, un interprète inspiré de Bach et de Beethoven. C'est, en\n   même temps, un initiateur de tout mouvement musical nouveau et un vail­\n   lant protecteur des jeunes compositeurs. Par son activité de virtuose, de\n   chef d'orchestre, de professeur et d'initiateur, il nous rappelle la haute figure\n   de Franz Liszt, que des pygmées ont l'air de traiter par-dessous la jambe.\n   Ce n'est pas d'aujourd'hui que Franz Liszt est en but aux attaques de tout\n   genre, les unes drôles, les autres stupides. Autant en emporte le vent. Le\n   vrai mérite, c'est comme de l'huile sur l'eau : ça surnage toujours et ça con­\n   jure les tempêtes.\n      Si nous parlons ici de Liszt, c'est parce que Ysaye a fait exécuter la Faust-\n    symphonie du maître hongrois, au sujet de laquelle nous avons entendu et lu\n    des jugements curieux et contradictoires, les uns drôles, les autres insensés.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": " 104                                 DURENDAI,\n\n\n P a r m i ceux qui en parlèrent en se donnant des airs de supériorité vraiment\n c o m i q u e s , il y en a qui ne connaissent le Faust de Goethe q u e d'ouï-dire...\n Quelle belle chose que la critique d'art en général et la critique musicale en\n particulier!\n                                                             LÉOPOLD WALLNER.\n\n\n    T r o i s i è m e C o n c e r t p o p u l a i r e . — Encore un beau concert à\n  l'actif de M. Sylvain D u p u i s et de son orchestre.\n      L e s variations écrites pour orchestre par Brahms sur u n thème de Haydn\n  ouvraient ce concert. Le mode de la variation est une forme de développe­\n  ment musical qu'affectionne et où excelle d'ailleurs l'auteur du Requiem alle-\n  mand. L a moitié de son oeuvre pour piano (qui occupe actuellement le pre­\n  mier rang dans la littérature de cet instrument) se compose de variations\n  remarquablement écrites sur des thèmes souvent dénués d'intérêt. Tel n'est\n  point le cas du thème de Haydn, empreint d'une saveur naïve, sur lequel Brahms\n a construit son œuvre, édifice qui se dresse harmonieusement, malgré la diver­\n  sité des détails de son architecture. Il est intéressant de voir le parti qu'en\n tire le grand symphoniste, les aspects toujours variés et inattendus\n sous lesquels il le présente, l'expression tour à tour gracieuse, puissante,\n spirituelle, qu'il arrive à lui communiquer, et cela sans jamais empri­\n sonner la pensée du maître dans u n voile tellement o p a q u e , qu'elle vienne\n à disparaître, étouffée sous son riche vêtement.\n     L a Mort et Transfiguration de Strauss a déjà été entendue à Bruxelles. Il se\n peut que d'autres poèmes de Strauss soient encore plus remarquables par\n les raffinements du style et de l'orchestration (bien qu'à cet égard le\n souvenir que nous avons conservé des oeuvres s y m p h o n i q u e s de Strauss,\n exécutées toutes ou à peu près toutes à Bruxelles, n e soit pas suffisamment\n précis pour nous autoriser à formuler ici u n e impression définitive).\n E n tout cas, Tod und Verklärung nous semble plus largement conçu et\np l u s immédiatement accessible de compréhension q u e les autres. C'est\nqu'en effet, pour être logique avec l'objet qu'il se propose et pour susciter\nd a n s l'âme de l'auditeur des impressions vivaces, le poème symphonique\ndoit réaliser l'expression musicale la plus adéquate possible des idées et des\nsentiments qu'il représente. Or, le concept de la mort et de la vie sublime\nqui lui succède, s'associe naturellement dans l'esprit de celui qui pense avec\nu n ensemble de certains sentiments simples, généraux, peu complexes, la\nterreur, la joie, l'espérance, la sérénité, l'élan religieux, l'ascension vers\nl'Infini, sentiments très puissants, très nettement caractérisés que la musique\nest merveilleusement apte à traduire. Si nous avions toutefois u n e réserve à\nfaire au point de vue de l'impression générale de l'oeuvre, nous dirions que\nStrauss a mieux rendu le côté dramatique de son sujet que le côté philoso­\np h i q u e . Il peint avec une haute éloquence l'émotion formidable qui étreint\nl'être humain au moment suprême; il exprime, d'une façon relativement trop\nbrève et sommaire, en tout cas avec moins de puissance et de netteté, les cer­\ntitudes lumineuses et bienfaisantes qui pénètrent l'âme sitôt qu'elle est entrée\nen contact avec le demi-jour qui enveloppe de ses rayons sacrés le seuil du\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                      105\n\n\nMystère auguste et insondable. Cela n ' e m p ê c h e pas qu'au point de vue\nmusical pur, le Tod und Verklärung n'occupe u n r a n g des plus éminents dans la\nproduction s y m p h o n i q u e c o n t e m p o r a i n e .\n   La virtuosité était représentée d a n s ce concert p a r M. A r t h u r de Greef qui\na d'abord j o u é le concerto en mi bémol de Mozart avec toute la grâce émue\nqui lui est coutumière, avec aussi u n e discrétion et une sobriété d'effets juste­\nment remarquées.\n   Le cinquième Concerto de Saint-Saëns est u n e œuvre toute en couleur, où\nla ligne fait défaut, où la pensée est également absente, mais où l'on ne peut\ns'empêcher de reconnaître et d'admirer u n des côtés les plus séduisants du\ngénie de Saint-Saëns, la verve pittoresque. Il ne faudrait, d'ailleurs, pas cher­\ncher en ce concerto autre chose et plus que ce que l'auteur a prétendu y\nmettre. C'est un caprice d'imagination quelque peu analogue à ceux qui\némaillent l'œuvre dramatique de Shakspeare et de Musset, c'est une fantaisie\nailée, un songe fuyant aux colorations imprécises. E n v i s a g é sous cet angle\nde vision, c'est é v i d e m m e n t le second m o u v e m e n t du concerto qui intéresse\ndavantage. M. de Greef s'est a b s o l u m e n t assimilé cette œuvre assez extérieure\ndont il fait vraiment u n e création à lui, la situant dans u n e atmosphère de\nmystère et de phantasma très adéquate à l'esprit du p o è m e , la semant de fleurs\nde grâce relevées par la poésie des sonorités et couronnées par la verve\néblouissante qu'il a déployée d a n s le finale triomphalement enlevé. Nous\nsignalerons c o m m e une caractéristique spéciale de la virtuosité de M. de\nGreef, les perlés exquis qu'il arrive à réaliser d a n s l'extrême douceur. L e\ngrand pianiste belge a été salué d'une ovation chaleureuse et à coup sûr bien\nméritée.\n   Le concert s'est terminé par une transcription orchestrale de la quator­\nzième Rhapsodie de Liszt, u n e des plus substantielles du maître hongrois,\navec ses trois parties nettement tranchées, la marche d'un accent fier et\nhéroïque qu'il a reprise et développée d a n s sa Fantaisie hongroise pour piano,\nsuivie d'un Zingarese pétulant et sauvage, et se concluant par une danse hon­\ngroise aux rythmes bondissants.\n                                                            GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n    C o n c e r t d e M a r c H a m b u r g . — Au p r o g r a m m e , le concerto de\n Tchaykowsky, u n e Toccata de Bach (arrangée par Tausig), la sonate en\nfa mineur de Beethoven, intitulée l'Apassionata, le concerto en ut mineur de\n Saint-Saëns.\n   Dès les premiers accords dans le concerto de T c h a y k o w s k y , le public parut\n surpris. La force de l'attaque, la puissance du son lui rappelait le Rubinstein\n des inoubliables séances données jadis par lui en ce même local de la G r a n d e -\n Harmonie. Le public s'est emballé dès le début. N o u s avouons avoir été\n non moins emballé que lui.\n   Mais dans l'œuvre de Bach, arrangée par Tausig, d a n s l'Apassionata de\n Beethoven, la force p h y s i q u e , le prestige de virtuose ne parvinrent pas à\n nous donner le c h a n g e . Ce n'est pas la force matérielle qui constitue la gran­\n deur, encore moins la profondeur de l'interprétation. N o u s entendîmes jadis\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3520, "texte": " 106                               DURENDAL\n\n\n cette même sonate exécutée tour à tour par Rubinstein et Hans de Bulow. Le\n premier nous la montrait sous l'angle de la grandeur; le deuxième sous celui\n de la profondeur, preuve irrécusable que cette œuvre contient en soi ces deux\n éléments du sublime, et que ces deux grands artistes virtuoses ont su la rendre\n intégralement quand même, c'est-à-dire sans altérer la pensée fondamentale\n et intime du plus grand des symphonistes. M. Marc Hamburg doit, nous\n semble-t-il, connaître l'édition des sonates de Beethoven, par Hans de Bulow,\n édition impeccable, très utile aux pianistes qui veulent les interpréter. Nous\n avouons avoir ressenti une véritable désillusion en écoutant M. Hamburg\n jouer la Toccata de S. Bach et ladite sonate de Beethoven.\n    A propos des arrangements d'oeuvres anciennes, nous ne pouvons assez\n exprimer notre indignation en face de pareils crimes de lèze-génie. Un\n homme d'esprit a un jour écrit sur une partition de Wagner : « Il est défendu\n de déposer des arrangements le long de ce chef-d'œuvre ». Avec la même\n raison on devrait appliquer cette défense à toutes les œuvres des maîtres\n anciens. Tausig et Bulow, ces deux excellents musiciens, ont commis pas\n mal de ces crimes-là. Détestables exemples, d'autant plus dangereux\n qu'ils venaient de si haut ! Un grave musicologue allemand, après avoir parlé\n des sonates de Beethoven avec plus ou moins de compétence, ajoute, en\n guise de post-scriptum, « qu'on a essayé de les moderniser, mais que cette ten­\n tative est restée infructueuse ». Point à la ligne. L'auteur n'a pas l'air d'être\n indigné. La tentative n'a pas réussi. Voilà tout! Mais elle pourrait réussir un\njour et nous aurions alors du vrai Beethoven, cher aux Grützmacher et à tous\n les dérangeurs des chefs-d'œuvre, vrais malfaiteurs musicaux!\n    Pour revenir à notre concert, celui ci s'est terminé par l'exécution du con­\n certo en ut mineur de Saint-Saëns. Beaucoup de fougue et d'éclat. Les pas­\n sages qui veulent de la force étaient étonnants. Ceux qui demandent de la vir­\n tuosité ont été enlevés avec une verve étourdissante, un brio sans pareil. Nous\n croyons cependant devoir remarquer que ceux qui exigeaient de la douceur\n et de la délicatesse ont été passablement sacrifiés à l'effet à produire sur le\n public.\n    Il est téméraire de juger, ex cathedra, un artiste d'après une seule audition.\nAussi nous bornerons-nous à dire que, jusqu'à preuves du contraire, M. Marc\n Hamburg nous apparaît en ce moment comme un virtuose possédant toutes\nles qualités extérieures : puissance énorme de son, agilité supérieure, égalité\nd'articulation, fougue. Il semble négliger ou mettre au second plan\nle coloris pianistique et le charme du pianissimo. Le point faible de son\ntalent, c'est l'interprétation. Au son à la Rubinstein, qui est le sien, on aime­\nrait entendre s'allier une conception analogue dans l'ordre idéal. Mais voilà,\nles artistes complets sont très rares; et puis, il faut dire que M. Hamburg n'a\nque 24 ans. Tout dépend de la direction qu'il saura donner aux facultés\nconsidérables dont la nature l'a doué. Si, grisé par ses immenses succès tant\nen Amérique qu'en Europe, il se contente de poursuivre sa carrière actuelle\nsans viser à un idéal plus élevé, son procès est, dès maintenant, jugé\ndevant la postérité. Son nom ne sera jamais placé à côté des noms si glorieux\nde Liszt, de Rubinstein et de Hans de Bulow.\n                                                                         D. L.\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3401, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                  107\n\n\n\n  Soirée Ysaye au Cercle Artistique. — Elle a été d'un intérêt\nsupérieur, autant par le programme des œuvres exécutées que par leur inter­\nprétation.\n   Eugène Ysaye, Mathieu Crickboom et Théo Ysaye ont remarquablement\nmis en lumière les beautés tour à tour délicates et profondes de la sonate pour\ndeux violons et piano de Haendel, dont l'œuvre en général, à côté de celle\nde Gluck et après celle de Bach, est la plus haute et la plus significative du\nXVIIIe siècle. Nous disons après celle de Bach, et cela non seulement à cause\nde l'influence unique exercée par Jean-Sébastien sur le développement ulté­\nrieur de son art, non seulement à cause des splendeurs de son style incompa­\nrable, mais surtout pour les trésors d'émotion divine que cette musique recèle\net qu'une interprétation supérieure seule peut faire briller de tout leur éclat.\nImagine-t-on page plus lumineuse et fervente que le Largo du concerto de\nBach pour deux violons, cet hymne à deux voix, et est-il possible de le\nchanter avec plus de majesté, de simplicité, de sereine eurythmie que ne l'a\nfait Ysaye, secondé de Jean Ten Have? Comme le grand violoniste a victo­\nrieusement écarté ce soir-là l'objection souvent formulée, assez oiseuse, d'ail­\nleurs, si on voulait la creuser jusqu'au fond, que son interprétation des clas­\nsiques pèche par excès de romantisme et de fantaisie. Le concerto de Bach a été\nnaturellement l'impression maîtresse de la soirée. On a aussi goûté pleinement\nle charme si frais et pénétrant du Concerto de Vivaldi pour trois violons et\npiano, pages toutes parfumées de jeunesse et d'amour, interprétées avec\nautant de style que de verve par les frères Ysaye, Crickboom et Deru,\n   L'Octuor de Svendsen était exécuté pour la première foi s à Bruxelles. N ous con­\nsidérons Svendsen comme un des plus nobles musiciens de notre époque. Son art\nest marqué au coin d'une originalité tout aussi réelle, peut-être plus profonde,\nmais moins apparente que celui de Grieg. Il serait impossible après une seule\naudition d'analyser en détail une œuvre aussi importante et d'aussi longue\nhaleine que l'Octuor. S'il fallait formuler une impression générale, nous dirions\nque ce qui le caractérise, c'est d'abord l'abondance et la haute distinction des\nidées musicales mises encore en relief par la saveur piquante des rythmes, c'est\n aussi l'imprévu de la fantaisie qui y règne en souveraine maîtresse, nous fai­\nsant parcourir en imagination des contrées de rêve toutes parsemées de sur­\nprises. L'interprétation a été nette, vivante, créatrice de puissantes impres­\n sions. Nous n'avons point le loisir de caractériser ici le talent de chacun des\n élèves d'Ysaye et nous nous bornerons à associer leurs noms dans un hom­\n mage collectif et mérité.\n                                                       GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n   Séance Engel-Bathori du 27 janvier consacrée aux œuvres de\nS. Bach et de Beethoven, avec le concours d'Eugène Ysaye. Audition fort\nbelle, qui témoigne, encore une fois de plus, de la souplesse et de la variété\nd'aspects des talents respectifs de ces deux valeureux artistes.\n   Dans la partie du programme consacrée à S. Bach, les numéros étaient\ncomposés des fragments de la Passion selon saint Mathieu et des cantates du\nvieux cantor de Leipzig, interprétés tour à tour ou ensemble par Mme Bathori\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": " io8                               DURENDAL\n\n\net M. Engel avec une compréhension remarquable. La première partie se\nterminait par l'exécution de la sonate en fa mineur pour violon et piano.\nEugène Ysaye, secondé par Mme Bathori, son distingué partenaire, l'a joué\ndivinement. Quel style et quelle compréhension!\n   La deuxième partie a été consacrée à Beethoven. Au programme : Adélaïde,\nchantée par M me Bathori avec une réelle émotion; le piano et la voix se fon­\ndaient en un tout parfait. Ode à la bien-aimée absente [An die ferne Geliebte) chanté\nmagistralement par M. Emile Engel. Qui ne connaît cette œuvre admirable\net de longue haleine, cette pierre de touche du chanteur des lieders. L'audi­\ntion s'est terminée par l'exécution de la sonate en fa majeur pour violon et\npiano de Beethoven, une œuvre gracieuse et l'une des plus connues du maître\nde Bonn. Avec Ysaye et Mme Bathori, cette exécution ne pouvait être que\ncharmante, et notamment dans l'adagio, qui a été chanté par l'archet magique\nde notre grand maître violoniste.\n   Bref, ceux qui n'ont pas assisté à cette séance se sont privés d'une belle\njouissance d'art.\n                                                                       L . W.\n\n     L'Association des Chanteurs de Saint-Boniface a été\n constituée en 1896 dans le but de contribuer au relèvement de la musique\n sacrée par la remise en honneur du plain-chant, des œuvres des grands\n compositeurs du XVIe et du XVIIe siècle, et par la formation d'un répertoire\n moderne en parfaite harmonie avec la liturgie. Pendant ses huit années\n d'existence, l'Association a témoigné d'une activité remarquable, surtout\n si l'on considère la grande modicité de ses ressources : elle a fait connaître\n des œuvres capitales de Palestrina, de Vittoria, Nanini, Roland de Lattre,\n Josquin des Près, Lotti; des contemporains Tinel, Stehle, Piel, etc., en\n même temps qu'elle initiait les fidèles aux beautés du plain-chant normale­\n ment interprété.\n    En un mot, elle a mis par avance en pratique les instructions que\n Sa Sainteté Pie X vient de formuler dans le Motu Proprio relatif à la musique\nsacrée.\n    Il importe que l'action salutaire et si profondément artistique de l'Associa-\ntion des Chanteurs de Saint-Boniface puisse s'exercer désormais d'une manière\nplus efficace par des auditions régulières et fréquentes ; et pour réaliser ce but,\n un notable accroissement des ressources financières est indispensable.\n    C'est pourquoi le Comité administratif de l'Association a décidé d'orga­\nniser un grand concert, où se feront entendre les Chanteurs de Saint-Boniface\net les éminents artistes qui ont généreusement accepté de collaborer à cette\nœuvre : Mme Doria, cantatrice; MM. Désiré Demest et Edouard Jacobs, pro­\nfesseurs au Conservatoire royal; l'organiste M. Auguste De Boeck.\n   Voici le programme du Concert des Chanteurs de Saint-Boniface.\n\n                               PREMIÈRE PARTIE\n\ni.   A) Exultate Deo, chœur (Palestrina); B) O Vos omnes, chœur (Vittoria);\n        c) Ave Maria, chœur (J. Des Près).\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "                         CHRONIQUE MUSICALE                               109\n\n\n2. Air de la Cantate de la Pentecôte (J.-S. Bach). — Mme DORIA.\n3. Sixième sonate de Boccherini : A) Adagio; B) Allegro con spiriio. —\n       M. JACOBS.\n4. A) Alléluia, plain-chant ; B) Hodie Christus natus est, plain-chant.\n5. Air avec chœur de la Cantate Jonas (Carissimi), première audition. —\n       M. DEMEST.\n6.   Recordare, chœur (Capocci).\n                              DEUXIÈME   PARTIE\n\n1. Deux chansons néerlandaises (Van Duyse).\n2. Panis angelicus (César Franck). — M. DEMEST, avec accompagnement\n       par MM. JACOBS et D E BOECK.\n3. Chœur à 4 voix (Edgard Tinel).\n4. A) Larghetto (Mozart); B) Moment musical « All'ungarese » (Schubert). —\n       M. JACOBS.\n5.   Lieder religieux : A) Litanei (Schubert); B) Weihnachlslieder (Cornélius);\n       c) Alleluia (H. Schiitz). — Mme DORIA.\n6.   Deux chansons populaires françaises, chœur (***).\n  Ce concert aura lieu le vendredi 11 mars, à 8 h. 1/2 du soir, dans la salle\nde la Grande-Harmonie. On peut se procurer des cartes d'entrée à 10, à 5 et\nà 3 francs (cartes de famille donnant droit à 5 places réservées, 40 francs),\nen s'adressant à M. l'abbé Hallaux, curé de Saint-Boniface, 21, rue de la\nPaix, ou à M. Carpay, directeur des Chanteurs de Saint-Boniface, 123, chaussée\nde Wavre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 110, "page_fin": 115, "titre_corps": "Les Conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Conférences Aux Cours d’art et d’archéologie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "Les Conférences\n\nAUX COURS D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE :\n    L ' a r t d u V i t r a i l (Conférence de M. ARTHUR VERHAEGEN). — Le\nconférencier a fait l'historique de l'art du vitrail au triple point de vue\nde la technique, des caractères archéologiques et des caractères décoratifs,\ndans la suite des siècles.\n   Il a montré d'abord les étapes de la fabrication du vitrail, depuis les\norigines, puis a comparé la technique moderne à la technique ancienne,\ndémontrant que ce qu'il y a de meilleur dans celle-là, est emprunté à celle-ci.\nM. Verhaegen qui, pendant plusieurs années, s'adonna à la pratique de l'art\ndu vitrail, initia ses auditeurs à la fabrication des verreries.\n   Il parcourut ensuite dans ses grandes lignes l'évolution archéologique et\nartistique du vitrail, dont les premières manifestations connues remontent\nau XIIe siècle. Le conférencier place l'apogée de l'art du vitrail au XIIIe siècle.\nAvec une admiration profonde pour les « vitrailleurs » du passé, il a montré\nsur quelles bases solides reposait leur supériorité : « la science des harmonies,\nla connaissance consommée des rayonnements et des juxtapositions; notion\nexacte de la mission du vitrail comme auxiliaire de l'architecture, destiné à\nmettre en valeur l'ensemble du monument. »\n  Après avoir caractérisé sa décadence, parfois brillante encore aux XVIe et\nXVIIe siècles, et son extinction au XVIIIe, M. Verhaegen a parlé du renouveau\nde cet art auXIXesiècle.\n                                                                          D. L.\n\n   L a C a t h é d r a l e (Conférence de M. EDMOND JOLY). — Cette remar­\nquable conférence avait pour objet de préciser les précellences esthétiques\net symboliques de la cathédrale sur les temples païens, hindous ou maho­\nmétans. C'est la basilique romaine qui est la base de notre cathédrale avec\nles merveilleuses transformations de deux mille ans de christianisme.\nPassant en revue les divers types des temples chrétiens depuis Sainte\nSophie de Constantinople, M. Joly s'arrête à la cathédrale, et par là il\nentend l'église gothique, comme à l'expression la plus complète et la plus\nadéquate du sentiment religieux dans l'art architectural, prenant sa\nsource dans cet admirable instinct d'intuition propre au XIIIe siècle, le\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "                            LES   CONFÉRENCES                             111\n\n\n\nplus moderne des siècles passés, l'âme du Nord recherchant d'ailleurs et se\ncomplaisant tout particulièrement à surmonter les difficultés de réalisation.\n   L'érudit conférencier retrace l'historique de l'ogive qui n'est pas le carac­\ntère essentiel du style gothique, car il existe d'admirables monuments\ngothiques sans ogive. Si l'esthétique des temples grecs symbolise l'exquise\nharmonie du corps humain, l'art gothique est comme la transcription archi­\ntecturale de l'âme humaine avec ses grandeurs et ses ombres secrètes. La\ncathédrale est la forme la plus vivante et la plus tangible de l'Essentiel. Hugo\ndans son roman célèbre n'en a guère eu la véritable compréhension, car les\npersonnages qu'il met en scène n'ont avec la cathédrale qu'un lien factice et\nextérieur. Hugo ne souffle d'ailleurs mot de la Vierge Marie qui est cependant\nla vie essentielle et comme la raison d'être de la cathédrale.\n   La cathédrale qui applique sur le sol l'image d'une croix énorme symbolise\ndeux sommets de la pensée humaine, l'Idée divine et l'Idée maternelle. Voici,\nenfin, une considération dont on ne saurait trop apprécier la profondeur et la\npoésie : En dégageant, pour le pseudo-embellissement des cités modernes, les\ncathédrales maternelles des modestes demeures qui se serrent autour d'elles,\nles architectes ont altéré le sens esthétique et symbolique de la cathédrale.\nA la différence des temples païens qui, comme les palais d'insolents par­\nvenus, s'isolent orgueilleusement loin des habitations du vulgaire, la cathé­\ndrale, bien que d'une essence différente, sort du milieu même des maisons\npopulaires, reflétant ainsi l'esprit essentiel du christianisme, d'où dérive\nd'ailleurs sa formidable puissance et qui consiste à rapprocher le Dieu\nimmense et éternel tout près et encore plus près de nos âmes avides d'amour.\nLa place nous manque malheureusement, car il y aurait encore bon nombre\nde considérations neuves illustrées de symboles suggestifs à signaler en cette\nbelle conférence qui fut, d'ailleurs, vivement goûtée d'un public choisi et\ncompétent.\n                                                                     G. DE G.\n\n   L'art dans la vie privée des anciens Egyptiens (Conférence\nde M. LÉON BÉNÉDITE).— Après avoir caractérisé à grands traits la civilisation\néclose, presque aux confins des temps historiques, sur les bords du Nil;\nrappelé les destinées et l'influence de la race fine, industrieuse et élégante\nqui, depuis les jours de l'ancien Empire jusqu'à ceux de Cléopâtre, florit\ndans la Haute et la Basse-Egypte, avec ses pyramides, son sphinx, ses\ntemples et son art presque tout consacré à la mort et qui remplissait les\ntombeaux de chefs d'oeuvre, le savant conservateur du Louvre a dit l'étonnante\nmerveille de ce monde exhumé tout entier, des fouilles qui ont fait resurgir\ndu sable incorruptible l'œuvre prodigieuse et complexe, la pensée même des\ncontemporains des Pharaons, des habitants des royaumes du Lotus et du\nPapyrus : inscriptions gravées ou peintes, bandelettes couvertes d'hiéro­\nglyphes, bas-reliefs, statues et mosaïques, objets de pierre, de métal et de\nterre sans nombre, et qu'un enfouissement de six mille ans ou davantage n'a\npas altérés.\n   M. Bénédite s'était donné pour tâche spéciale de montrer l'art égyptien\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "112                                  DURENDAL\n\n\ndans l'habitation, l'ameublement, la parure, etc. En même temps qu'il faisait\npasser sous les yeux de ses auditeurs, à l'aide de projections lumineuses, des\nreprésentations captivantes de maisons égyptiennes, d'objets, de vases, de\nmeubles, etc., il donnait à cette revue rapide un commentaire, nourri d'ingé­\n nieuse et sagace érudition, émaillé de précieux aperçus sur l'art égyptien,\nles évolutions qu'il a subies, et la répercussion que ses créations ont trouvée\n dans l'art des autres peuples méditerranéens.\n\n\n      Le rôle et l'influence des humanistes flamands dans la\n    R e n a i s s a n c e d u X I X e s i è c l e (Conférence de M. ROERSCH). — On\n    pourrait dire que chaque moment de la vie est comme u n confluent, un\n    mélange dp passé et d'avenir. De sorte que ces évolutions, que l'on a appelées\n    «les tournants de l'histoire», ne sont jamais brusques, et que l'œuvre d'aujour­\n    d'hui, quelle qu'elle soit, ne saurait être toute originale, ni davantage toute\n    définitive : elle est à la fois un résultat et une préparation.\n      C'est pourquoi la signification d'un terme comme celui de Renaissance,\n    dans son application usuelle, est purement conventionnelle et mnémotech­\n    nique. Rien, en réalité, n'est plus voisin de la décadence et plus atteint déjà\n    des symptômes de celle-ci que la période apogée de la Renaissance, et rien\n    aussi n'est plus logique et plus naturel, puisque, à certains égards, on peut\n    dire que l'art et la pensée du XVIe siècle ne sont que l'expression la plus\n     haute des efforts et des aspirations qui se sont peu à peu dégagés au cours\n     des trois siècles précédents.\n         E n somme, il semblerait que, dans toute la partie de l'Europe qui a\n     appartenu à la domination romaine, — et, comme il va de soi, plus particu­\n     lièrement en Italie, — la tradition et le respect de la sagesse et de l'art\n     antiques n'ont jamais été complètement perdus; qu'ils soient restés au foyer\n     renouvelé de la civilisation comme des dieux lares, dont l'identité à la lon­\n      gue était devenue obscure et anonyme, ou même s'était défigurée à peu près\n      comme la philosophie d'Aristote dans les enseignements de la scolas-\n      tique... Il est certain, en effet, que si, à un moment, l'Italie a exercé une\n      influence prépondérante sur les progrès de l'humanisme, celui-ci avait eu des\n      précurseurs également dans le nord de l'Europe et, notamment, dans les Pays-\n       Bas.\n          M. Alphonse Roersch s'était proposé de montrer dans sa conférence le\n       rôle considérable que les savants et les érudits originaires de nos provinces\n       assumèrent dans les évolutions intellectuelles qui préparèrent la Renaissance.\n,       Il a rempli cette tâche avec beaucoup de bonheur et de précision.\n       Après avoir délimité le cadre de son étude, il s'est attaché surtout à mar­\n        quer les traits décisifs et caractéristiques de la carrière de quelques hommes,\n        dont les travaux et les entreprises pleins d'énergie, de hardiesse et d'initia­\n        tive, eurent vraiment une importance européenne : Gérard De Groote, par\n        exemple, et son institut des Frères de la vie commune, copistes émériles de\n         manuscrits, fondateurs infatigables de collèges dans les Pays-Bas et en Alle­\n         magne, auXIVesiècle; et, plus tard, parmi un grand nombre d'autres, Stein-\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3652, "texte": "                                    LES CONFÉRENCES                                            113\n\n\nwerk, d'Arlon; D e s p a n t e r e , dont le n o m a été illustre d u r a n t des siècles\nparmi les écoliers; J u s t e L i p s e ; Martin Desmedt, le fondateur de l'épigra-\nphie; Jean Second (Everts), dont certains poèmes latins ont été paraphrasés\npar Ronsard, etc.\n  La causerie substantielle de M. R o e r s c h a o b t e n u u n grand succès auprès\ndu public des Cours d'art.\n                                                                            ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\nAUX MATINÉES LITTÉRAIRES :\n\n  L e s e n t i m e n t d u b e a u d a n s l a n a t u r e . — Notre ami et colla­\nborateur HENRY CARTON DE W I A R T , d o n t nos lecteurs apprécient trop rare­\nment certes les proses n e r v e u s e s et les poésies délicates, a d o n n é le 27 j a n ­\nvier dernier, aux Matinées littéraires, une conférence qui mêla à l'aimable\ndidactisme du genre toute la finesse d ' u n e causerie. L e sujet que l'orateur avait\nassumé n'était rien m o i n s q u e Le sentiment du beau dans la nature; sa méconnais-\n sance par l'homme. Si titre oblige, en voilà un qui n'y m a n q u e point. Il requé­\nrait cette justesse de la p e n s é e , cette sobriété élégante de l'expression qui for­\nment les c o m p o s a n t e s du t a l e n t d e conférencier et déterminent, par leur fusion\nadroite, en m ê m e t e m p s q u e sa portée, son intérêt et son plaisir. Ce furent de\ntelles qualités qui fixèrent le succès de notre a m i . Ce litre d o n c , judicieux et\nnon sans hardiesse, e m p o r t a i t p a r lui m ê m e la g r a n d e division logique du dis­\ncours. Il convenait qu'à p r o p o s du sentiment d u b e a u dans la n a t u r e , notre\norateur en parlât h i s t o r i q u e m e n t d ' a b o r d , n o u s en m o n t r â t la teneur et les\nmodalités chez les classiques, au XVIIIe siècle, à l'époque du R o m a n t i s m e , de\nnos jours. C'est ce qu'il fit fort j u s t e m e n t en q u e l q u e s traits d'une sûre rapi­\ndité, depuis J e a n - J a c q u e s , p a r e x e m p l e , qui, d a n s son naturalisme, utilitaire,\ndirais-je, concevait l'immortelle Maïa plutôt sous les espèces d'une excellente\ninstitutrice, enseignant la b o n t é originelle de l'homme, que comme u n e jolie\nfemme, jusqu'à n o t r e m o d e r n e conception où se retrouve l'amour philoso­\nphique du g r a n d Genévois et la passion colorée extérieure, et s o m p t u e u s e d u\nRomantisme. Il c o n v e n a i t e n c o r e que le conférencier considérât son sujet\nsous l'angle plus a r i d e de la science et s'essayât à définir ce sentiment d u\nbeau si particulier, semblerait-il, à l'homme que biologiquement il le carac­\ntérise. Tentative point aisée a s s u r é m e n t ! Après avoir expliqué l'inefficace de\nla Raison et de l'Intelligence p u r e s d a n s l'opération m ê m e de ce sentiment,\nnotre ami en a établi le siège, l'origine et l'activité d a n s notre cœur.\nC'est avec tact qu'il n e s'arrêta pas plus que d'utilité d a n s cette région psy­\nchologique et a r d u e de sa causerie p o u r passer à la seconde partie qui fut pro­\nprement sociale, actuelle et m ê m e politique. U n e description attendrie,\nperspicace et fort littéraire d e n o t r e c h è r e Belgique, u n e démonstration ingé­\nnieuse que le P a t r i o t i s m e , c'est en g r a n d e partie l'amour des paysages\npatriaux, la t r a n s m u t a t i o n affective d e l'admiration qu'ils n o u s d o n n e n t ;\nla persuasive indication de l'importance patriotique de leur respectueuse\nconservation d a n s les limites m ê m e s d'autres g r a n d e s utilités sociales\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3314, "texte": "114                               DURENDAL\n\n\nconduisirent le conférencier à nous entretenir de la méconnaissance trop\ngénérale qu'en a le Belge tant au particulier qu'au général. Surtout au\ngénéral, c'est-à-dire en tant qu'administration communale provinciale et en\ntant qu'État. Quand l'utilisation d'une partie du sol patrial est en question,\nquelle pitié de voir l'État oublier ou mépriser cette utilité plus haute encore\nque plus éloignée de la conservation de sa beauté! Équarrissant les monts,\nô carrières éventreuses, rectilignant les cours d'eau, ô Meuse corsetée de\nberges mesquines, et vous, belles routes anciennes qui courriez dans la\nplaine, par les vaux, sur la colline, traçant votre double voie de roulage et de\nverdure qui deviennent vos arbres dispensateurs d'ombre?! Une administra­\ntion de domaines trop intéressée les coupe en pleine maturité, sous prétexte de\nvieillesse, et nos belles routes flamandes ou wallonnes s'en vont en planches!...\nVallées de la Lesse de la Moliguée, un lacet d'acier sans circonspection\ndégrada votre grâce farouche, et vos paysages gracieux sont comme des\n oiseaux morts enfilés à une parcelle d'inflexible acier... L'opinion publique\n a protesté, sous forme de lignes ou de sociétés, naturellement, puisque nous\nsommes en Belgique terre classique d'union..., mais le mal est grand... Notre\nami nous l'a rendu présent. Il nous a invité à réagir contre lui de toutes nos\nforces individuelles. Et, devant son auditoire spécialement féminin et élé­\ngant, il a terminé sa conférence de manière aussi spirituelle que galante, par\nun appel direct à la Femme, élevée par lui, en termes choisis, au rang de\nconservatrice naturelle du sentiment du Beau. Péroraison gracieuse et vraie,\nqui se fondit dans un délicat brouhaha d'applaudissements parfumés !\n                                                                          G. B.\n\nAU C E R C L E A R T I S T I Q U E :\n   L a COUr d e N a p o l é o n I e r . — Au Cercle Artistique, intéressante\nconférence anecdotique donnée par M. DUBLED, de la Revue des Deux-Mondes,\nsur la cour de Napoléon I e r .\n   M. Dubled a passé en revue l'histoire de l'étiquette à la cour de France,\nd'abord sous Henri IV où cette cour garde le reflet de la rudesse des camps et\nreste empreinte d'une sorte de familiarité féodale, puis sous Louis XIII dont\nle règne tolère celui des favoris, mais qui, loin d'être le souverain terne et falot\nqu'on s'est trop souvent complu à y voir, a été, au contraire, l'énergique col­\nlaborateur de Richelieu. Le règne de Louis XIV a été par excellence celui de\nl'étiquette. La régularité qu'on découvre dans les monuments et la littérature\nde cette époque est également le trait dominant et constitutif de cette cour\nharmonieusement ordonnée. Le prestige de la cour décline sous Louis XV et\nLouis XVI. « Si tu continues à te mal conduire, dit un seigneur à son fils, je\nte mènerai souper chez le roi Louis XVI. »\n   La révolution marque l'interrègne de l'étiquette et Napoléon trouvant\ndevant lui table rase va s'empresser de reconstruire. Il fallait avant tout que\nl'étiquette n'entravât pas un homme qui travaillait onze heures par jour. S'il\nvoulait une cour, c'était parce que les Césars et Charlemagne en avaient une.\nDans ce but, il ralliera tout ce qu'il pourra de l'ancienne noblesse, émigrés,\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "                            LES   CONFÉRENCES                               115\n\n\ncadets de famille, et à côté d'elle, il créera sa noblesse à lui, la noblesse dts\nlabeurs héroïques, celle à propos de laquelle Junot disait : « Les nobles\nféodaux sont des descendants, et moi je suis un ancêtre. » Napoléon fut le\nplus éclatant, le plus extraordinaire professeur d'énergie qui fut jamais.\n    Cependant, l'ennui règne dans cette cour constituée d'éléments aussi dispa\nraies qu'hétérogènes, qui aurait certainement perdu à être vue de trop près,\net Napoléon s'en étonnait assez naïvement. C'est que Louis XIV quittait rare­\nment ses châteaux et sa cour dont il était le centre et l'âme; Napoléon, au\ncontraire, est général en chef au moins autant qu'empereur.\n    M. Dubled signale aussi deux points à noter dans l'organisation de cette\n cour, c'est d'abord que la maison ecclésiastique n'y exerce aucune action, la\n tournure théiste de son esprit teintée même de fatalisme poussant Napoléon\n à se préoccuper bien plus de l'immortalité de son nom que de l'immortalité\n de son âme.\n    En second lieu, les femmes n'ont aucune influence dans l'état. Napoléon\n s'imaginait qu'en France les femmes ont plus d'esprit que les hommes, raison\n  péremptoire pour les écarter soigneusement de toute immixtion politique.\n  Dans cet ordre d'idées, M. Dubled nous a raconté plusieurs traits caractéri­\n  sant les rapports du grand empereur avec l'impératrice Joséphine, avec\n  Mme de Staël, Mme Walewska, Mlle Georges, etc.\n    Subsidiairement et pour terminer, le conférencier nous a parlé du salon de\n  la princesse Mathilde, rapportant à ce sujet maintes anecdotes piquantes\n  attestant la finesse d'esprit et la bonté de cœur de cette princesse.\n                                                                    G. DE G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 122, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Livres et Revues Discours de Combat", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 141, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\n D i s c o u r s d e C o m b a t , nouvelle série, par FERDINAND BRUNETIÈRE. —\n    (Paris, Perrin.)\n    E n voici les titres : Les raisons actuelles de croire, L'idée de solidarité, L'action\ncatholique, L'œuvre de Calvin, Les motifs d'espérer, L'œuvre critique de Taine, Le pro-\ngrès religieux. Au total, sept discours, dont chacun est u n e merveille de plan,\nd'exposition, de contexture serrée dans l'ordonnance même — M. Brunetière\nest un des rares écrivains modernes qui ait conservé cette qualité propre au\nsiècle qu'il chérit : l'ordonnance — et de subtilité d a n s les idées. C'est une\ndélectation spirituelle rare que de lire M. Brunetière, encore que je ne sache\ntrop pour qui précisément il fait l'effort prodigieux de concevoir et d'écrire\nses discours. Serait-ce pour les « personnes qui vivent dans le monde »\net chez qui généralement la culture des idées n'est point tellement avancée\nqu'elle ne trouve u n profit sérieux et distingué à s'étançonner d e la vigou­\nreuse, de la subtile érudition de l'auteur?... Mais alors, M. Brunetière\nne doit se faire que médiocrement comprendre q u a n d il écrit au milieu de son\ndiscours sur le Progrès religieux dans le catholicisme, à propos d'évolution et de\ndogme, qu' « évoluer n'est pas changer », qu' « on n e c h a n g e pas quand on\ncontinue d'être soi », qu'une chose peut se développer, sans pour cela varier,\nà condition, bien entendu, qu'elle demeure identique à elle-même. Se fait-il\ncomprendre?... Je redoute assezque non. E t j'en suis attristé, c a r i e plaisir n'est\npas médiocre qui s'élève de la compréhension studieuse et fructueuse de ces\npropositions, de ces propositions courtes, substantielles, éloignées scrupuleu­\nsement de toute logomachie, lapidaires, sommaires et pourtant logiques, cer­\ntainement aussi véritables que véridiques, et certainement encore aptes, cha­\ncune, à susciter une ardente discussion, en fin desquelles chaque com­\nbattant se retrouverait inébranlé dans « sa » compréhension du terme qui fut\n le terrain même du combat. C'est de pratique constante, d'ailleurs, en\n matières philosophiques. M. Brunetière destine peut-être ses discours aux\n <; personnes qui vivent dans le monde », mais point tous, ou tout entiers, ni\n pour toutes. Écrirait-il pour les savants?... Écrit-il plus simplement pour les\n gens sérieux, de l'une ou l'autre opinion, je veux dire la sienne et celle qui\n ne l'est pas, pour les gens sérieux prenant intérêt à la spéculation, à la\n critique des idées générales, pour ceux qui, éclairés, sont soucieux de se\n fortifier, ou qui sans lumière aspirent à la rencontrer?... Mais alors pourquoi\n M. Brunetière énonce-t-il des apophtegmes aussi dérisoires, aussi peu dignes\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                        117\n\n\nde son intelligence é t o n n a m m e n t perspicace, que ceci « tous les agnostiques\ns'accordent en un point, qui est l'affirmation de l'Inconnaissable; et cette affir­\nmation, c'est l'affirmation qu'il y a du divin d a n s le m o n d e » ?... Écrirait-il\ntout simplement pour lui-même?... Mais alors !...\n   Un doute subsiste donc, tapi en u n coin de mon esprit, sur la véritable et\nintime destination des discours de M. Brunetière. C'est là un léger malaise\nque leur lecture m ê m e , lente, précautionneuse et prudente a vite fait dispa­\nraître pour ne plus laisser debout q u ' u n e admiration vive p o u r le talent de\nl'auteur.\n   Je souscris presque sans restrictions à ce que disait de lui E m i l e F a g u e t ,\ndans un livre récent à propos de la manière dont il posait certaine question :\n « Il y a, dans tout ce qu'écrit M. Brunetière, autant d'idées, et d'idées impor­\n » tantes, que de lignes d a n s cette position de la question. » E t cette citation\noù, à son tour, Emile F a g u e t insère autant de louanges que de mots, m'amène\nau plus court à reconnaître que M. Brunetière est un remarquable « poseur de\n questions », que les positions qu'il leur d o n n e sont irréprochables, et leur\n importance l'évidence m ê m e . L a question étant posée, c'est une vraie jouis­\n sance intellectuelle q u e de distinguer i m m é d i a t e m e n t le plan rigide et\n solide dressé en quelques mots par l'écrivain, et cette jouissance s'accroît, de\n page en page, à c o m p r e n d r e , parfois u n p e u laborieusement, convenons-en\n avec humilité, la pensée de l'apologiste. Mais on en a d m i r e invinciblement la\n mordante justesse, la déduction stricte et cette habileté où il excelle de n e\n retenir, dans certaines vérités, que la portion efficace à sa thèse, et parfois\n même aussi cette décence élégante qu'il met à n e se contredire, pour ne point\n affliger le lecteur, que de la manière la moins a p p a r e n t e . Si le Discours est\n un art, M. Brunetière y est maître. Cependant l'art et la science, de M. Brune­\n tière, exigent u n e attention rigoureuse, et l'on sort de son œuvre u n peu\n comme d'un d r a m e de W a g n e r , fatigué mais content tout de m ê m e .\n   J'aurais eu plaisir à exposer compendieusement le mécanisme logique de\nchacun de ces instruments de combat par la projection de leurs traits i m p o r ­\ntants, si ce simple travail n'eût dû m'entraîner trop loin. J'aurais signalé par\nexemple la justesse de cette distinction, d a n s le discours que j ' a i cité\nplus haut, entre le « progrès de la religion » et le « progrès religieux », ceci\nétant un progrès intime, intrinsèque, u n perfectionnement, et cela u n progrès\ngéographique, extérieur, u n e diffusion. J e veux en retenir u n p o u r t a n t ,\net quelle sûreté notre auteur justifie le titre qu'il d o n n e a u premier de ses\ndiscours : les Raisons actuelles de croire. Car il ne faut pas se dissimuler que\nmêler l'actualité aux questions de foi emporte quelque audace, alors qu'on\nétait tellement persuadé qu'il ne pouvait exister d'autres raisons de croire que\n d' « éternelles ». E t p o u r t a n t M. Brunetière en établit de fortes et de p é r e m p ­\ntoires, encore ou parce qu'actuelles. C'est de l'apologétique évolutive.\n   Il m'aurait fallu de la sorte rencontrer chacun de ces sept discours tout\n imprégnés des plus excellentes qualités de forme et de fond; et j ' a u r a i s\n indiqué ainsi de plus près l'élégance sévère de leur style, leur force et leur\n pénétration, ce qui est bien d i r e : leur utilité. J e veux en retenir u n pourtant,\n L'Œuvre de Calvin, p o u r louer en plus je ne sais quel spirituel dédain dans la\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3486, "texte": " 118                                   DURENDAL\n\n\n\nlouange, quel tact délicat de railler un homme illustre, de le démolir en\ns o m m e d e fond en comble avec u n art c h a r m a n t d'en d o n n e r le change.\nM. Brunetière démontra donc en trois points, à Genève, — notez : à Genève,\nau cœur même du Calvinisme — q u e l'œuvre d u philosophe pouvait se\nrésumer en ce qu'il avait « intellectualisé », « aristocratisé » et « indivi­\ndualisé » la religion. J e passe sur la valeur démonstrative de la conférence,\ntrès intéressante, l'une des plus limpides et ingénieuses qu'ait prononcées\nM. Brunetière. Mais n'est-il pas véritablement exquis d e malice, de malice\npolie, si poliment méprisante, de ne pas prononcer u n mot q u i ne puisse\ns'entendre à la louange de Calvin intime, j'allais dire simple particulier, et qui\nne soit en même temps la réfutation implicite, implacable d e sa fondation\ntout entière?... Car de quelle efficacité, de quelle emprise est o u continuera\nd'être u n e religion « purement intellectuelle », qui se considère comme une\n« chose aristocratique » et se pratique à titre d e « croyance individuelle ?...\n   C'est là, non u n aspect nouveau à vrai dire, d u talent de M. Brunetière,\nmais un exemple particulier du profit qu'il y a à tirer de la lecture de ses écrits.\n    Lisez donc la nouvelle série de ses Discours de Combat. Dépêchons-nous\nde les lire...                                                               G. B.\n\n L ' I n d é c i s , par ANDRÉ FONTAINAS. — (Paris, Mercure de France.)\n   Q u a n d Etienne Béjarric, le moins héroïque des héros, revint d u régiment,\nson père, qui avait hâte de se débarrasser de lui, lui d e m a n d a ce qu'il comptait\nfaire, car il était grand temps d e penser à son avenir. L e jeune homme avait\nrêvé jadis la gloire d u peintre, mais à présent il n e savait q u e faire, ni où\naller. Maître de lui et de sa vie, il était indécis, sans désir, sans projet. Son\npère lui proposa naturellement le rond-de-cuirisme, q u ' E t i e n n e accepta :\ncela ou autre chose lui était égal. L a sujétion administrative l'écœure vite;\nmais, tout en rêvant romantiquement u n destin supérieur, l'indécis se\ntrouve incapable d'une révolte. Est-on libre q u a n d on n e possède rien?\nLorsqu'un parent généreux s'offre à lui faciliter l'évasion, la veulerie d'Etienne\nne lui permet pas de s'y décider. Il se décide pourtant à la fin : c'est le jour\noù, amoureux d'une femme qui ne l'enrichirait p a s , il l'abandonne pour\nMiss Deborah Eggerton, aimable et belle de dix mille livres sterling de rente.\n   C'est un sujet ingrat qu'a choisi M. F o n t a i n a s . O n s'intéresse malaisément\nà u n Béjarric. Il nous paraît, au surplus, q u e le caractère p r o p r e de l'indécis\neût p u être mis en lumière par des épisodes mieux appropriés. Ce qui ne se\npeut contester, c'est l'art très fin avec lequel l'auteur décrit l'insipide milieu\nbourgeois où évolue son ondoyant héros ; c'est la grâce charmante et délicate\ndes descriptions et la qualité du style fleuri d'images fraîches qui dénoncent\nle poète.                                                                      M. D.\n\nL'Amour et M. Lewisham; Histoire d'un très jeune\n   C o u p l e , par H . - G . W E L L S , traduit par H E N R Y - D . DAVRAY et B . KOZA­\n  KIEWICZ. — (Paris, Mercure de France.)\n   Il faut considérer Wells comme une des personnalités littéraires de l'An­\ngleterre actuelle les plus intéressante. Car c'est justice, n'aurait-on à constater\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                 119\n\n\ndans son talent que sa seule souplesse à s'adapter à des genres différents, et\nsa variété même. Peut-être, cependant, situe-t-il spécialement son originalité\ndans la réalisation du roman scientifique bâti scrupuleusement sur des don­\nnées étranges ou merveilleuses dont il poursuit les résultats avec une logique\nrigoureuse et un génie d'imagination merveilleux. Il est un romancier\nd'aventures sans égal, je pense, à raison même de la nouveauté de celles-ci et\nde leur point de départ. Mais voici que dans l'exquise biographie de\nM. Lewisham ! il s'essaye et triomphe dans le roman psychologique intime et\nréaliste. Avec quel humour attendrissant nous est narrée l'épopée savoureuse\net ironique de ce très jeune maître adjoint à la Worthley School ! Le délicieux\nlype que Lewisham. Ah ! par exemple, pas un de ces Anglo-Saxons d'expor­\ntation, comme nous les décrit et vante Demolins et tous les anglophiles\nactuels... De grandes vues, un schéma de vie épingle dans sa modeste cham­\nbiette le devait faire monter, par degrés exacts, de ses fonctions infimes\nà celle de premier ministre... En somme un honnête timide et naïf\nambitieux qui rencontre l'amour et voit insensiblement tout son programme\nfaussé par lui. Ce roman, à la manière de Dickens un peu, est une des choses\nles plus exquises, m'a-t-il paru, qui se puisse lire. La traduction doit être\nexcellente, à raison de ce qu'elle conserve à l'œuvre tout l'humour, c'est-à-\ndire cette ironie bienveillante et exacte sur les choses et les gens, qui est une\ncatégorie de sensibilité et d'intelligence bien anglaise.\n\n\nL a m e r v e i l l e u s e v i s i t e , par H.-G. WELLS, traduit de l'anglais par\n   L. BARROW. — (Paris, Mercure de France.)\n   C'est un roman d'une délicieuse ironie! une idée charmante conçue et\nréalisée par ce prodigieux imaginateur d'inédit qu'est Wells. La merveilleuse\nvisite est celle d'un ange authentique égaré des sphères et voletant curieuse­\nment un beau jour au-dessus du gros bourg de Siddermorton, où le coup de\nfusil du vicaire de l'endroit, le Révérend K. Hilger, ornithologiste passionné\net excellent homme, lui fausse une aile et lui confère du coup le titre et la\ndignité d' « humain » — par nécessité d'ailleurs. L'excellent vicaire le\nrecueille, le choie, essaye de le former à nos us et coutumes sublunaires et\ntente timidement de l'introduire dans la « bonne société » de sa paroisse.\nD'où aventures, étonnements, froissements, méfiances dans le landernau\nsiddermortonnien... Tout le livre est en scènes charmantes, où abondent des\ntypes exacts et intéressants croqués avec un humour réaliste, une vérité nar­\nquoise de tous points exquises. Et de l'ensemble des aventures particulières\noù se débat avec une infinie bienveillance le pauvre ange, s'élève la constatation\nde son tort initial, celui d'être un ange, un être « non conforme » en but aux\nsuspicions de cette société moyenne de gros bourg anglais, conservatrice, un\npeu bigote, timorée avec confortable et malveillante avec infiniment de respec-\ntability. Pour ses qualités très fines, d'observation de style, par sa leçon nar­\nquoise de l'infériorité des êtres supérieurs, ce roman est vraiment ironique et\ndélicieux, d'une délicieuse ironie...\n                                                                        G. B.\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3338, "texte": "120                                  DURENDAL\n\n\n    L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s . — Tel est le titre sous lequel l'infa­\ntigable éditeur Buschmann, d'Anvers, publie l'édition française spéciale de sa\nrevue flamande Onze Kunst, que nous avons annoncé dans notre numéro de\ndécembre. Nous ne pouvons que louer la belle activité artistique de M. Busch­\nm a n n . L e voilà arrivé, à force de travail, à publier de front — et cela dans\nnotre petite Belgique— une triple édition de sa splendide revue d'art. Elle\nparaîtra désormais chaque mois à la fois en flamand, en français et en\nanglais.\n   L e premier numéro de cette édition française est u n beau début. Comme\ntexte il nous donne, outre une chronique d'art intéressante sur la Belgique\net la Hollande, un article très judicieux de Zac. Menil : Sur les rapports entre la\npeinture italienne et la peinture néerlandaise à l'époque de la Renaissance. Cet article\nest rehaussé par de merveilleuses reproductions de plusieurs des chefs-d'œuvre\nitaliens et flamands de l'époque, dont l'auteur de l'article nous donne une si\nintéressante étude comparative.\n   Nous souhaitons à cette édition française de la revue de M. Buschmann\ntout le succès dont une initiative aussi louable et aussi méritante est digne au\nplus haut point.\n   Cette édition française illustrée paraîtra, comme jadis l'édition bilingue,\ntous les mois. Le prix d'abonnement est de 16 francs pour la Belgique,\n20 francs pour l'étranger. (S'adresser pour les abonnements à M. Buschmann,\n15, Rijnpoortvest, à Anvers.)                                                 H . M.\n\nT h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e . — Janvier 1904 (Bruxelles, Spineux).\n   Dans ce numéro, M. James W e a l e apporte, à la question toujours contro­\nversée de la collaboration des frères Van Eyck, une contribution intéres­\nsante. Il ne déguise point sa préférence pour H u b e r t qui, selon lui, serait\nl'auteur à peu près unique du grand retable de Gand : 1''Adoration de l'Agneau.\nIl dresse une liste de ses œuvres, et montre que l'opinion courante, qui voit\ndans u n des cortèges de l'Adoration le portrait des deux peintres, est une\nlégende littéraire sans fondement historique ni vraisemblable. Certains se\nsouviennent peut-être que, lors de l'exposition de Bruges, un correspondant\ningénieux du Times voulut retrouver, dans les œuvres d ' H u b e r t Van Eyck,\nles étapes d'un voyage qui l'eût conduit jusque Jérusalem, cité qui, selon ce\ncorrespondant, se trouvait exactement reproduite dans le fameux tableau\nappartenant à Sir Cook : Les Femmes au Sépulcre. Cela fut généralement consi­\ndéré comme une aimable fantaisie. Voici que M. James Weale apporte à\ncette thèse l'appui de son autorité. Il ne se prononce pas toutefois pour le\nvoyage en Terre Sainte, mais il note que dans la plupart des tableaux de\nH . Van Eyck, figurent des paysages et des flores sinon orientales, tout au\nmoins méridionales. Il note la connaissance des antiques et des italiens. Les\ndétails qu'il relève démontrent incontestablement que H u b e r t Van Eyck dut\nvoyager par toute l'Europe civilisée d'alors.\n   L e dernier article de MAX ROLDIT sur la Collection Normanton, un remar­\nquable article de LAURENCE BINYON sur Une Peinture chinoise du IVe siècle, une\nétude de Mr. NEVILL JACKSON sur les Dentelles religieuses anciennes et modernes,\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2989, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                 121\n\n\ndes notes d'HERBERT COOK sur Butinone et Zenah, ces deux primitifs milanais\npeu connus, une copieuse bibliographie, complètent ce numéro. Parmi les\nillustrations, tirons hors pair un sunerbe dessin de Pisanello, un portrait\nde la fille de Charles I er , de Van Dyck, et une Madone de Butinone.\n                                                                      j . D.\n\nA u p a y s d e J é s u s , par MATHILDE SERAO. — (Paris, Plon.)\n    « Je jurai, dit Mathilde Serao, en terminant ses souvenirs d'un voyage en\nPalestine, je jurai d'écrire, au nom de Jésus et de la foi, en faveur des pays\nqu'il a bénis, un livre, sinon le meilleur et le plus artistique, du moins le plus\nhumain et le plus sincère de mon œuvre. Je promis de le faire avec toute\nl'humilité d'une vraie chrétienne, qui doit être lue par des chrétiens humbles\naussi et pleins d'espoir. »\n    Mme Serao a tenu sa promesse et plus que sa promesse en écrivant Au pays\nde Jésus. C'est un beau livre très sincère et très artistique aussi, dans lequel\nvibre une âme pieuse et noble, lumineuse de foi et d'idéal.\n    Combien de fois, en tournant les pages, ne m'est-il pas arrivé, dans un\nmoment de douce rêverie, de me reporter à la Jérusalem de Loti! Le pessi­\nmiste amant des Nirvanahs orientaux m'avait laissé, de son triste pèlerinage,\nune impression de lassitude et de néant. Et pourtant que de belles pages il a\nécrites sur Jésus, que de nobles paroles auxquelles ne manquait que l'esprit\nde la foi !\n    Le livre de Mathilde Serao esc vivifié par cet esprit. Il en acquiert une émo­\n tion plus vraie et réconfortante pour tous ceux qui ont gardé l'espoir, pour\ntous ceux qui, dans les détresses morales auxquelles nul n'échappe, dirigent\n encore des regards suppliants vers cette Palestine, pays d'élection et de\n grâce.\n    Elle revit dans ce livre, la divine Histoire, dans le cadre merveilleux des\n cieux orientaux, des collines fleuries d'oliviers et de figuiers, des plaines\n désolées du Jourdain, des paysages rêveurs et tristes que le vivant pinceau de\n Mme Serao ressuscite admirablement. Livre de foi, livre d'art. Mme Serao a\n tenu plus que sa promesse.\n\n\n   M y r i a m d e M a g d a l a , par T H . CHÈZE. — (Paris, Plon.)\n    M. Th. Chèze suppose que Marie Madeleine a écrit le journal de sa vie, au\njour le jour, notant ses rêves, ses espoirs, ses souffrances, ses joies et les pen­\nsées qui lui venaient au spectacle des événements et en la compagnie des\nhommes.\n   C'est une sorte d'autobiographie vivante et passionnée de la pécheresse. La\ndouce figure du Christ y apparaît illuminée de bonté. Et ce ne fut pas une\nfaible difficulté pour l'auteur que de faire revivre sans l'amoindrir, l'idéale\n apparition de l'Homme-Dieu dans la société corrompue d'alors. Peut-être on\n lui reprochera le tableau des mœurs des courtisanes.\n    Mais le livre est écrit avec art et harmonie, dans un style lyrique d'une\n belle émotion.\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "  122                               DURENDAL\n\n\n   S u r l e s h a u t s p l a t e a u x , par D E VANDELBOURG. — (Paris, Plon.)\n   C'est sur les hauts plateaux d'Algérie que se déroule le d r a m e de ces deux\nfrères, premiers pionniers de la colonisation africaine. E n lutte avec la\nnature, avec les indigènes, avec l'administration elle-même qui, p o u r rester\nfrançaise en Afrique, reste tracassière et mesquine, ils succombent à la tâche.\nL a seule pensée qui les réconforte est que l'avenir profitera de leur expérience\net de leurs malheurs.\n   Livre vivant, avec quelques descriptions émues et des tableaux de mœurs\nqui n e m a n q u e n t pas de saveur.\n\n\n   L a v i e r g e de N u r e m b e r g , par le comte A. DE SAINT-AULAIRE.\n— (Paris, Perrin.)\n   C'est, dans la forme du roman historique, l'évocation de la curieuse ville de\nN u r e m b e r g , au temps jadis, avec la société qui l'animait et lui donnait au\nm o y e n âge une si intéressante physionomie. Notes d'esthétique et de pitto­\nresque. Etudes d'art mêlées à des études de m œ u r s , et, greffée sur le tout,\nune délicieuse histoire d'amour qui se dénoue dans les supplices, dans les\nbras de cette Vierge, instrument de tortures inventé p a r u n seigneur féroce.\n\n\n   P o u r ê t r e a d o r é e , par M. A. MONNET. — (Paris, Plon.)\n   U n roman, comme il en paraît b e a u c o u p , un peu terne, avec des notations\nd'une psychologie facile. Histoire d'une jeune fille lancée dans le théâtre, et\nqui en sort par un mariage d'amour.\n                                                                          E. N.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 128, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Mlle Blanche Selva et Bach à la Schola", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "NOTULES\n\n\n  Mlle Blanche Selva et Bach à la Schola. — Sous ce titre,\nun des plus sagaces et des plus avertis critiques musicaux que je connaisse,\nJEAN MARNOLD, publie, au Mercure de France, l'intéressant article qui suit :\n    « Il se passe en ce moment et depuis presque deux mois à la Schola une\nchose, je crois, sans exemple à beaucoup d'égards. Une jeune fille, tout juste\nmajeure selon la loi, a entrepris la tâche écrasante d'y faire entendre l'œuvre\nde piano complet de J.-S. Bach. N'en cherchez point la nouvelle ou les échos\ndans les journaux à six pages : il ne s'agit pas d'un virtuose exotique,\nroublard et chevelu. L'événement fut résolu sans réclame, sans « prière\nd'insérer », avec la noble simplicité habituelle en ce sanctuaire de l'art pur\nqu'est devenue la petite salle de la rue Saint-Jacques, et il s'accomplit peu à\npeu, pour la joie et la stupéfaction émerveillée des auditeurs. Tous les mardis\nsoir, l'audacieuse tourne quelques pages de l'in-folio cabalistique, où Wagner\navait lu « le secret de la nature et du monde », et dévoile un invrai­\nsemblable mystère d'inépuisable beauté. Mlle Blanche Selva est bien\nprobablement la première qui ait réussi à faire bisser une fugue par\nun public parisien, mais ce résultat peu banal apparaît, en somme, surtout\nà l'éloge du dit public, et il serait presque ridicule de mesurer un tel art à\nson succès. Il n'y a pas très longtemps qu'on sait le nom de Mlle Selva. Ses\ndébuts furent sensationnels. Elle s'est révélée depuis une grande artiste,\n autant pour les aspirations que dénoncent ses programmes que par une\n interprétation où son extrême jeunesse induit à reconnaître l'effet d'une\n génialité naturelle et rare. Après avoir entendu Mlle Selva jouer Prélude, Aria\n et Finale de Franck à là Nationale, on ne peut pas plus l'oublier qu'imaginer\n la possibilité d'un autre ou plus absolu idéal. Ces petites mains de femme\n possèdent et dispensent à la fois la suprême délicatesse et la force irrésistible;\n en leur maîtrise, s'exprime une âme qui vibre et qui comprend. C'est un capti­\n vant spectacle que celui de l'artiste aux prises avec Bach. Le jeune visage est\n devenu sérieux; les sourcils froncés sous le front volontaire semblent tendre\n  l'arc de la pensée; le regard accuse l'effort qui dompte et gouverne la sensi­\n bilité exaspérée. En décidant de parcourir jusqu'au bout la route jalonnée par\n  un prodigieux génie, Mlle Selva n'a pas trop présumé de soi-même. Elle\n fouille sans embarras l'organique complexité de cette polyphonie lointaine,\n  en pénètre la profondeur, ou découvre la grâce inopinée de ses savantes\n  arabesques. C'est un guide enthousiaste et sûr. En la suivant, on croit\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3485, "texte": "                                  DURENDAL\n124\n\n  marcher vers l'horizon dans une allée bordée de chefs-d'œuvre; et toujours\n l'horizon se recule tandis que de nouveaux chefs-d'œuvre surgissent,\n déroulant sans fin leur chemin de gloire. C'est une belle promenade. A la\n faire avec Mlle Selva, si bien qu'on connaisse Bach, on se figure en avoir à\n peine, jusque-là, soupçonné la grandeur. On assiste à la successive et gigan­\n tesque genèse d'un univers organisé. Ce fut un rude génie, cet Allemand\n ardent, bourru, loyal, irascible et bon, qui fit vingt enfanls à deux femmes\n et assez de musique pour remplir quarante-quatre volumes. Il y avait, sous\n sa perruque, un cerveau de créateur de mondes. L'insouciant démiurge les\n baptisait sans prétention : il appela l'un d'eux le Clavecin bien tempéré. Ne\n nous fions pas à la couverture. C'est bien un monde qu'elle recouvre ; un\n monde où l'innombrable voix des êtres et des choses chante dans les pré­\n ludes, où toute une Iliade déploie, dans les fugues, ses cortèges et ses\n combats. La puissance évocatrice des sons est singulière et volontiers favo­\n rable aux divagations. Mais il est curieux que celte œuvre quasi-didactique\n demeure émouvante entre toutes. Dans la fugue en do dièse mineur, que\n Mlle Selva dut répéter, la mêlée sonore est saisissante, à l'image de la vie.\n Un thème de mélancolique gravité est lentement exposé, puis s'enchevêtre et\n s'étale en enlacements harmonieux. Un tressaillement bientôt vient troubler\n la sereine quiétude, et soudain, fantaisie d'Olympien humoriste, éclate en\n fanfare un appel ironique ou joyeux. Alors le drame s'engage : la poursuite\n haletante, éperdue comme la course de Pan après la nymphe Syrinx,\n l'alternante et plus proche clameur, le terrain gagné c haque fois jusqu'à la\n lutte corps à corps et l'étreinte victorieuse. C'est grandiose et poignant. Et\n les protagonistes de cette tragédie sont deux motifs de quelques notes, et ils\n n'ont pas besoin d'être autre chose. De l'essentielle et seule conflagration\n de la matière sonore organisée naît une émotion purement esthétique et\nincoercible. Tout symbole surajouté ou travesti arbitraire en corromprait la\nbeauté sans augmenter sa force. Une quelconque humanisation risquerait\n d'y mêler cet excitant « pathologique », dont Gœte discerna et redoutait\nl'attrait grossier. Le Clavecin bien tempéré suffirait à immortaliser un homme et\nillustrerait à soi seul l'art de toute une époque. Cependant, rien que dans ce\nque le piano peut traduire de l'œuvre colossal, parmi les Inventions les Partitas,\nSuites et Toccates, il y a encore l'Arie avec 30 variations, l'Offrande musicale et\nl'Art de la fugue. Et si M. Guilmant, à son tour, voulait nous réciter le livre\nd'orgue entier de Bach! On a comme un vertige en songeant à tout le reste :\ninstrumental ou vocal, c'est le pain quotidien de la Schola, qu'on ne sait\nplus comment louer et remercier des hautes jouissances artistiques à nous\nassurées depuis qu'elle existe. Aujourd'hui, un public toujours plus nombreux\net ravi se presse à ces concerts, foyer constamment renouvelé de culture\nmusicale. En célébrant l'admirable exploit de Mlle Selva, il convient de\nrappeler que c'est la Schola qui en rendit possibles la réalisation et le succès,\net, remémorant ses commencements difficiles, les obstacles surmontés par\nla persévérance et le dévouement à un but désintéressé et noble, de l'associer\nà l'honneur après la peine. »\n                                          *\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "                                   NOTULES                                 125\n\n\n   L'Institut International de Bibliographie prépare en ce\nmoment le complément de la Bibliographie nationale pour toute la partie\nqui concerne les auteurs belges contemporains. Il fait appel à ceux-ci et les\nprie de bien vouloir lui envoyer, dans le plus bref délai, la liste complète de\nleurs écrits, livres, brochures, articles de revues, communications aux\nsociétés savantes, traductions, éditions, préfaces. Pour faciliter le travail de\nl'Institut, il est désirable de lui adresser ces renseignements sur fiches du\nformat type (0.125 X 0.075), portant chacune la notice bibliographique d'un\nseul écrit. Les éléments de chaque notice sont : le nom de l'auteur, son\nprénom, l'année de publication, le titre de l'ouvrage, le sous-titre, le lieu\nd'édition, le nom de l'éditeur, le format (en centimètres), le nombre de pages,\nle prix, le numéro d'ordre de l'édition. S'il s'agit d'un article paru dans un\nrecueil périodique, on indiquera le titre du périodique, le lieu où il a été\nimprimé, la date de publication et la page. Exemple :\n\n\n\n   Durand (Paul).\n    1 8 9 1 . Monographie de Notre-Dame de Courtrai : Explication des\n       planches par M. Paul Durand, membre correspondant de\n       l'Académie de Belgique.\n   Bruges, Walravens, 1891, in-8° (218X280), XII-178 p., 3 fr.\n\n\n\n\n   L'Institut International de Bibliographie rappelle aux auteurs qu'il a\nentrepris la préparation d'un Répertoire Bibliographique Universel, qui\ndoit comprendre les notices de tous les livres et articles de revues publiés\ndans tous les pays. Ce répertoire est établi sur fiches en deux parties, dont\nl'une est classée par noms d'auteurs, l'autre par matières.\n   Le classement répond ainsi à ces deux questions : « Quels sont les\nouvrages à consulter sur tel sujet? » « Quels sont les écrits de tel auteur? »\n   Le Répe'toire est encyclopédique et embrasse l'ensemble des connais­\nsances humaines : Bibliographie et Bibliothéconomie, Journalisme, Philo­\nsophie, Religion, Sciences économiques et sociales, Droit, Enseignement,\nFolklore, Philologie et étude des Langues, Sciences mathématiques, physi­\nques et naturelles, Médecine, Sciences de l'Ingénieur et Sciences Industrielles,\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3255, "texte": "126                                  DURENDAL\n\n\n\nAgriculture, Construction et Architecture, Beaux-Arts, Littérature, Géo­\ngraphie, Biographie, Histoire.\n   Ces répertoires peuvent être consultés gratuitement dans les locaux de\nl'Institut. L'Institut envoie, en outre, par correspondance, les renseignements\nqui lui sont demandés par lettre, moyennant le remboursement des frais,\nsoit fr. 0.05 par fiche. Ses répertoires contiennent actuellement environ sept\nmillions de renseignements classés-, établis sur fiches du modèle ci-dessus.\n                                             *\n                                         *       *\n   L e s a m i s d e l a m é d a i l l e d ' a r t . — L a section belge de la Société\nhollandaise-belge des amis de la médaille d'ait a tenu sa séance annuelle le\ndimanche 24 janvier, à 11 heures, au Palais des Académies, sous la présidence\nde M. le vicomte B . de Jonghe, directeur de la section. L'assemblée était\nassez nombreuse. De la lecture des rapports du secrétaire, M. Ch. L e Grelle,\net du trésorier, M. E d . Laloire, il résulte que la situation de la Société s'amé­\nliore chaque année et que son influence s'étend. Lorsqu'elle fut créée, il y a\ntrois ans, la Société comptait 100 membres : 60 Belges, 40 Hollandais;\naujourd'hui, le nombre en est de 180 dont 113 appartiennent à la section\nbelge. Parmi ces membres, tant Belges que Hollandais, nous citerons S. M. la\nReine-Mère des Pays-Bas, L L . AA. R R . le prince Albert de Belgique,\nle prince des Pays-Bas, duc de Mecklembourg, le prince P h i l i p p e de Saxe-\nCobourg et Gotha; MM. Beernaert, ministre d ' E t a t ; le comte de Smet de\nNaeyer, ministre des finances de Belgique; le baron S u r m o n t de Volsberghe,\nancien ministre de l'industrie et du travail ; Harte van T e c k l e n b u r g , ministre\ndes finances des P a y s - B a s ; Pierson, ancien ministre des finances ; Cremer,\nancien ministre des colonies ; etc., etc.\n   Après que l'assemblée eut procédé aux élections de son Comité directeur,\nM. A. de Witte, président de la Société, a fait circuler de nombreuses\nmédailles frappées en Belgique, en Hollande et en F r a n c e , au cours de\nl'année 1903 ; puis il a annoncé que, sur la proposition du Comité directeur\nde la section hollandaise, la Société avait chargé le graveur néerlandais\nWienecke de modeler une médaille à l'effigie de S. M. la Reine-Mère des\nPays-Bas, ayant pour objet de commémorer le vingt-cinquième anniversaire\nde son entrée en Hollande.\n   Il est probable que, si le nombre des membres s'accroît encore quelque peu,\nla Société sera en état-de leur distribuer chaque année deux médailles, spécia­\nlement et uniquement frappées pour eux et dues, l'une à un artiste belge,\nl'autre à un artiste néerlandais.\n                                          **\n    L e t h é â t r e d u P a r c a joué, le mois passé, deux pièces d'auteurs\nbelges, qui fuient données en répétition solennelle et de gala à l'occasion de\nla fête annuelle du jeune barreau. La première est signée E r n e s t Hallo, nom\nde guerre qui cache un avocat de Bruxelles, bien connu comme humoriste et\nqui n'en est plus à ses débuts. L'Article 246, vaudeville franc et entraî­\nnant, a pleinement réussi. L'auteur n'avait évidemment pas l'intention de\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3305, "texte": "                                    NOTULES                                   I27\n\n\nrenouveler le genre. Il s'est contenté d'écrire sur des données connues et en\nutilisant des effets scéniques tombés depuis longtemps dans le domaine\npublic, une pièce pleine de mouvement, amusante sans grossièreté et dis­\ntrayante avec honnêteté. Le dialogue, piqué de mots parfois excellents, tou­\njours drôles, a réjoui le public, qui a fait un vif succès, aussi vif que mérité, à\ncette pièce en trois actes, dont les deux premiers surtout parurent bien venus.\n   La soirée commençait par un lever de rideau dû à la plume mondaine et\nfine d'un jeune avocat, également du barreau de Bruxelles, qui se dissimule\nderrière le speudonyme ornithologique de Chantemerle. Un acte en prose,\nen une prose pleine de réelles qualités, aimable, madrigalisant et non sans\nlongueur. Son sentimentalisme élégant eut certes gagné à se condenser un\npeu, à prendre davantage du mordant, à éviter une certaine préciosité de\nstyle, où l'on distinguait, à vrai dire, plus de recherche que de trouvailles.\n                                       ***\n  Représentation de Comédies au Cercle Artistique. — Le\n Cercle a offert à ses membres la représentation de trois comédies en un acte,\n interprétées par des acteurs du Théâtre-Français et de quelques scènes classées.\n   On sait les difficultés de pareille entreprise. Difficultés pour le recrutement\nde la troupe, difficultés matérielles pour l'installation d'un théâtre sur une\nscène minuscule et point du tout machinée. Il s'agit de trouver des saynettes\njouables successivement dans le même décor, sues par des acteurs ayant tous\nobtenu de leurs directeurs parisiens un soir de congé, et susceptibles de plaire\nau public très spécial du Cercle.\n   On ne saurait donc se montrer exigeant et se plaindre de ce que la fête\ndu 18 ne valut point certaines soirées d'antan où nous entendîmes, grâce à\nd'heureuses circonstances, des comédies d'autre saveur jouées par des comé­\ndiens plus éminents. Ce n'est pas chaque hiver qu'on peut obtenir de\nMmes Bartet, Réjane ou Brandès, de MM. Le Bargy, Guitry ou Coquelin\nqu'ils viennent nous offrir la Maison de Poupée d'Ibsen ou Au Petit Bonheur\nd'Anatole France.\n   Des trois « levers de rideau « joués cette fois, le seul qui présentât quelque\nvaleur littéraire fut ce curieux Plaisir de Rompre de Jules Renard. La donnée\nen est banale, — épisode sans intérêt mettant aux prises deux âmes veules,\nde médiocrité morale sans élégance, — mais un ragoût de style adroit et\nd'esprit moderne y fait sentir la manière de l'auteur du Pain de Ménage.\nM. Dessones, jeune premier d'avenir, a joliment rendu un rôle périlleux.\nMlle Liceney est délicieusement jolie, non sans adresse et possède un timbre\nde voix séduisant.\n   Le Bonheur qui passe et La Peur sont de ces petits actes dont raffolent les\nacteurs amateurs. Cela peut se jouer entre deux paravents et n'est pas\nennuyeux. Mlle Delvair, de la Comédie-Française, remplaçant une camarade\nindisposée, a paru un peu excessive pour le cadre étroit du Cercle et l'insigni­\nfiance de ces piécettes. Mlle Delvair a le physique et les allures d'une tragé­\ndienne. Mlle Liceney, MM. Saillard et Maraval l'ont adroitement secondée.\n                                                                          P . L.\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": " 128                                DURENDAL\n\n\n\n    A N a m u r . — On nous prie d'annoncer qu'un concert de musique\n classique sera donné au théâtre de cette ville le 15 mars, par M. J. Delvaux-\n Voué, qui dirigera l'orchestre, et M m e J. Delvaux V o u é , pianiste, avec le con­\n cours de M. Lœwensohn, violoncelliste. En voici le p r o g r a m m e : I r e partie :\n Ouverture des Maîtres Chanteurs de W a g n e r ; concerto en ut mineur n° 3 de\n Beethoven (piano et orchestre); concerto en ut majeur de H a y d n (violoncelle\n et orchestre); symphonie en ré mineur n° 4 de S c h u m a n n . — I I e partie : Pré­\n lude d'Haensel et Gretel de Humperdinck ; concerto en sol mineur n° 2 d e Saint-\n Saëns (piano et orchestre); sonate de Locatelli et Czardas de Fischer (violon­\n celle); et, pour terminer, l'ouverture du Prince Igor de B o r o d i n e .\n\n                                         ***\n  A u C o n s e r v a t o i r e . — U n e suite de conférences, consacrées exclusi­\nvement aux poètes et prosateurs belges, sera donnée au Conservatoire, les\ndimanches 21 février, 6 mars, 10 et 24 avril, 1er et 15 mai, à 3 heures.\nM M . Albert Giraud, Jules Destrée, Valère Gille, Iwan Gilkin, Fernand\nSéverin et Fierens-Gevaert parleront de Max Waller, V t r h a e r e n , Giraud,\nMaeterlinck, Louis Delattre et Ch. De Coster. Les lauréats des classes de\ndéclamation diront des fragments en prose et en vers. A b o n n e m e n t s : 30a, rue\nde la Régence.\n                                          * *\n   R y t h m e s d e D o u c e u r . — Sous ce titre paraîtra prochainement, à\nl'Edition Artistique de Liége, un recueil de poèmes de M. Emile D a n t i n n e .\n\n                                        ***\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n . — F . MASSON : Napoléon et son fils (Paris,\n Ollendorff). — G. VICAIRE : E m a u x Bressans (Paris, Leclerc). — H . BOR­\n DEAUX : L e lac noir (Paris, Fontemoing). — H . KRAINS : L e pain noir\n (Paris, Mercure de France). — A. GODARD : Les routes d'Arles (Paris, Perrin).\nE n H a u t ! ! Lettre de la comtesse de Saint-Martial (Paris, Plon). — SERGE\nD'IVRY : Çhristiane (Paris, Halier). — Chan. VAN DEN GHEYN : L e chapiteau\nbyzantin. Les sarcophages byzantins de Ravenne (Anvers, De Backer). —\nL . BOCQUET : L'imagier André des Gachons (Lille, édition du Beffroi). —\nAu comte L . Tolstoï. Lettre ouverte (Paris, Plon). — E . VEKHAEREN :\nLes villes tentaculaires (Paris, Mercure de France). — E . MÉLOT : Figures\nflorentines, ouvrage illustré de 63 phototypies (Bruxelles, Charles Bulens)\n— J . - H . ROSNY : Le docteur Haremburg (Paris, P l o n ) . — G. NIGOND : Les\ncontes de la Limousin (Paris, Stock). — J. CHANTAVOINE : Correspondance\nde Beethoven (Paris, Calmann-Lévy). — P . ANDRÉ : L e prestige (Bruxelles,\nLibre Critique). — L. BOURDEAU : Histoire de l'habitation et de la parure\nParis, Alcan). — T. MAURER : Princesse Avril (Paris, Maison des Poètes).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CAISSE GÉNÉRALE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 154, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n         *a, Marché-au-Bois - B R U X E L L E S\n     Dépots de fonds en Comptes Chèques, disponibles à, vue : 1 1 2 p. e. sans commission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 9 7 p e\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effet», etc.\n                                       ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tons pays\n               Prêts snr Titres — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n  FABRIQUE DE-MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Comertures, Duvets\n                        médaille d'Or i l'Exposition Internationale de irnxeiies 1897\n\n                     BERVOETÏTwiELEMANS\n                                   FOURNISSEUR DE LA COUR\n      6, 8, 10,12, Rue du Midi * I K BRUXELLES\n Usine à vapeufi, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                 Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                  FABRIQUE ET ATELIERS :\n                             37, Rue de l a Charité - BRUXELLES\n                                                    TÉLtolOTŒ              1947\n                               Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                             S | écialilé de tous les articles co cernant la peu ture, la sculpture,\n                                              la gra\\ure, l'architecture et le dessin\n                             RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                    Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aox Expositions d'imsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cnjcago, etc.\n\n  PIANOS S T E I N W A Y                                                   & SONS\n                   NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie des rois d Angleterre, de Saxe,\n  de Suède et d Italie, du 8ultan, de la reine régenta d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « I n e Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R W agner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du cla\\ier (Irans Lisxt). » Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Kubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, îe me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . » m I a plénitude, la puis-\nsance I idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski) « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vous\nfait des progrès* Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût* En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert • Ils sont tellement au dessus de toute critique qu ua\n•loge mime paraîtrait ridicule Sofia Monter\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ml SOI, 224, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison02-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENNENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 155, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "VIENNENT IDE F-A.Pt-A-ITPtE :\nLA L É G E N D E D E SAINT FRANÇOIS D'ASSISE f É C R I T E PAR TROIS DE SES\nCOMPAGNONS. — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nRR. P P . MARCELLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMENICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — Un vol. in-12                                    fr. 3 5 0\n       (LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.\nI F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S DE LÀ VIE DU P E T I T PAUVRE DE JÉSUS-\nCHRIST SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— Un vol. in-8<>                                                                        fr. 3 0 0\nI F I O R E T T I f APPENDICES : CONSIDÉRATIONS SUR L E S STIGMATES f VIE DE\nF R È R E J U N I P È R E f V I E ET DOCTRINE D E F R È R E ÉGIDE. — Traduction littérale\navec notes. — Un vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'après les fresques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                    fr. 2 5 0\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8\", illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                      fr. 1 2 5\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                           fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock).— Un vol. in-12 . . .                 . . fr. 3 5 0\nCHERCHONS L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-i?         » 3 50\nL E S GENS DE TIEST,par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant . — Unvol.in-12               » 3 50\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                                fr. 5 0 0\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 5 0\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M\"\" Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires .Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                                                fr. 1 5 0 0\nLES JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                 . . fr. 3 5 0\n       On peut se procurer ces ouvrages tn s'adressant à notre éditeur CH. 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Elles sont les plus solides, les\n              plus durables et les moins chères. SUPERBE CHOIX.\n                                 S'ADRESSER     AU\nCOMPTOIR CENTRAL D'IMPORTATION DES PRODUITS DU NORD\n             Avenue Fonsny, 3 8 , B R U X E L L E S\nDIPLOME D'HONNEUR ET MÉDAILLES D'OR AUX EXPOSITIONS INTERNATIONALES\n\n\n\nS^\"     Pour la publicité dans cette Revue, s'adresser\n                            à la D I R E C T I O N\n\n   2 2 , Rue du Grand-Cerf, 2 2 -                       BRUXELLES\n\n\n\n\n Imprimerie Scientifique Char-\n les BU L EN S, Editeur, rue\n Terre - Neuve, 75, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 82, "texte": "Février 1904.                        xi** Année.                           N° 2.\n\n\n\n                                                                          <S\n\n\n\nAl        REVUE CATHOLIQUE ©'ART\n                LITTERATURE^\n\n\n\n\n                                       .••    ••\n                                                             •    •\n\n                                                           • •-\n\n\n\n                         •   •\n\n                • _ •\n\n\n\n\n                                 •     •   a • m.   *\n                                                                      •    • •\n\n\n\n\n     B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                            Domaine ne la société \" LA WESTEHMISE\n\n                                   Lfl PLAGE DE WESÏÏHDE\n                            est située aux bords de la mer du Nord,\n                      entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fin.\n                      Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                      attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                      d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                      le confort à la simplicité dans des conditions très\n                      avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                      le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                      tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                      munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A VENDRE        d'Ostende a Westende. Eclairage électrique de la                    à\n    par annuités      digue, des avenues, des villas et des cottages.                  LOUER\n\n\n                               HALLES WESTENDAISES\n                         \"Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                       villas et cottages Toutes les marchandises: épiceries,\n                       conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                       bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                       dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                       jours de premier choix.\n                                                             Le Westend' Hdtol est ouvert du a5 mat\n                                                             au 38 septembre        Pension de 6 a 16 fr\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                            saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND* HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                             prolongé & l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE DE                                                   rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                  Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone a* 1 0                                                        confortable. Balcons et Ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n RftSEAU                                                                    Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréations p» enfants.\neiOOELKERKC\n                                                                                   Salons de lecture, de\n                                                                                         correspondan-\n                                                                                  *4- | ee. Cuisine soi-\n                                                                                         gnée. 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W E S T E N D E , à l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                  (       Plage ou au Westepd'Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                        DURENDAL\n      R t V U E CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n                           1904 — I I « A n n é e\n\n\n                Sommaire du n° 2 {Février)\nSur la restauration de la musique sacrée. — Lettre de Pie X au\n  cardinal Respighi, vicaire général de Rome                       65\nL'abbé HENRY M Œ M E K .    Le professeur Alberding Thijm . .      77\nFERNAND SLVERIN. — L a joie suprême                                78\nGEORGES REVCY.      Le séminariste    ..                     .     80\nMAI RU E LAU/ON. — La voie                                   .     90\n\n    Les Expositions :\nP. L. — La XIIe exposition de Pour l'Art                           92\n         Exposition de l'art du XVIII siècle français. — Les\n           sculpteurs et les ciseleurs du XVIII'siècle M. Thie-\n           bault-Sisson . — La danse au XVIIIe siècle M. G.\n           Boyer .      La musique au XVIIIe siècle M. A.\n           Pougin                                          . .     93\n           Les salonnets éphémères                                 97\nExposition de M \" M.-A. Tibbaut                                    98\nLa Libre Esthétique                                                98\nGEORGES MARLO^. — Les jets    d'eau du jardin                     100\n\n    Chronique musicale :\nGEORGES DE GOI.FSI O : Deuxième concert du Conservatoire. —\n  LKOPOLD \"\\\\ AI.I.NER : Deuxième concert Ysaye. — GEORGES\n  DE GOLESCO : Troisième concert populaire.   D. L. : Concert\n de Marc Hamburg.         GEORGES DE GOLESCO : Soirée   Ysaye\n  au -Cercle Artistique.   L. W. : Séance hngel-Bathori. —\n  L'Association   des Chanteurs  de Saint-Roniface    (Grand\n  concert du 11 mars . .                                   •      101\n\n    Les Conférences :\nAux Cours d'art et d'archéologie. — D. L. : L'art du vitrail\n   M. A. Verhaegen . — G. DE G. : La Cathédrale M. E. Joly .\n     ARNOLD GOFFIN : L'art dans la vie privée des anciens\n Egyptiens   M. L. Bénédite . — Le rôle et l'influence des\n humanistes flamands dans la Renaissance du XIX' siècle\n  M. Roersch). — Aux Matinées littéraires. — G. B. : Le sen-\n timent du beau dans la nature M. H. Carton de W iart. —\n Au Cercle Artistique. — G. DE G. : La cour de Napoléon Vr\n  M. Dubleu\"                                                      110\nLivres et Revues                                                  116\nNotules                                                           ia3\nIllustrations : Le retour des champs        j\n                La prière des humbles       |       \"\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "       REVUE\n                        DURENDAL\n                    CATHOLIQUE               D'ART      ET DE               LITTERATURE\n\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 fiancs              port compris)\n          (f> ur tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à    Bruxelles)\n\n                                P R I X D'UN NUMÉRO : PR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                 Comité de rédaction de DuRENDAL :\n                           MM.      H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                    L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n                                    F I R M I N VANDEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                              Correspondant de la rédaction à Paris :\n                   M.   HENRI       MAZEL,     avenue Niel, 32, Paris.\n\n               PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n       FRANZ ANSEL.                                         ARNOLD GOFFIN.\n       MAURICE BEKAEKT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n       EDGAR BONEHILL.                                       L'abbe H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.                                      J. K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                         EDMOND TOLY.\n      GEORGES BRIGODB.                                      VICTOR KINON.\n      MARIE CLOSSET.                                        G O D B F R O I D KURTH.\n      L'abbe A U G . CUPPENS.                               M. DE LA LAURENCIE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                               GEORGES'LE CARDONNBL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                               S É B . - C H . LECONTK\n      L e baion JOSÉ DE COPPIN.                             GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES MARTBNS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                     PAUL MUSSCHB.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                      EDOUARD N E D .\n      Le baron G. DBLLA FAILLE.                             MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDBR.                                      ERNEST PBRIBR.\n      OLIVIER-GEORGES DESTRÉE.                              GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTRÉE.                                        GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                    BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ                                        JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                     FERNAND SRVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                          L'abbe ARMAND THIÉRY.\n      EMILE FERMAUD.                                        HENRY VAES\n      LAURENT FIERENS.                                      ROBERT VAN DER E L S T .\n      H . FIERENS-GEVAERT.                                  CHARLES VAN LBRBERGHE.\n      CAMILLE GASPAR.                                       EMILE VBRHABREN.\n      IWAN GlLKIN.                                          L'abbé F R . VBRHBLST.\n                                                            LÉOPOLD WALLNER.etC, etC\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\nIl sera rendu compte dans DURENDA    L de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé è la Rédaction\n\n\n      Les manuscrits et correspondances concernant la Rédaction, l'Administration et les demandes\nd'abonnement doirent être adresses au siège de la R e n i e , 22, rue du Grand-Cerf, k Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "SurlaRestauration delaMusique Sacrée\n\n             Lettre de Pie X an cardinal Respighi\n                         vicaire général de Rome\n\n\n                      MONSIEUR LE CARDINAL,\n\n\n                       LE désir de voir refleurir en tout lieu la bienséance, la\n                           dignité et la sainteté des fonctions liturgiques, N o u s a\n                           d é t e r m i n é à faire connaître par un écrit de notre main\n                           quelle est Notre volonté au sujet de la musique sacrée, qui\n                           tient u n e si grande place d a n s le service du culte. N o u s\n                           nourrissons la confiance q u e tous N o u s seconderont d a n s\n                           cette restauration désirée, non point seulement avec cette\n                           soumission aveugle, pourtant toujours louable, elle aussi,\n                           qui nous détermine à accepter par pur esprit d'obéissance\nles ordres désagréables et contraires à notre manière personnelle de penser\net de c o m p r e n d r e , mais aussi avec cette p r o m p t i t u d e de volonté qui naît de\nl'intime persuasion de la nécessité d'agir de la sorte par des raisons d û m e n t\nexposées, claires, évidentes, i n a t t a q u a b l e s .                  ,\n   P o u r peu, en effet, que l'on réfléchisse à la fin très sainte pour laquelle l'art\nest admis au service d u culte et à la haute convenance de n'offrir au Seigneur\nque des choses b o n n e s en elles-mêmes et, où cela est possible, excellentes,\non reconnaîtra de suite que les prescriptions de l'Eglise touchant la musique\nsacrée ne sont que l'immédiate application de ces deux principes fondamen­\ntaux. Q u a n d le clergé et les maîtres de chapelle en sont pénétrés, la b o n n e\nmusique sacrée refleurit s p o n t a n é m e n t , c o m m e on l'a observé et comme on\nne cesse pas de l'observer en u n grand nombre de lieux; q u a n d , au con­\ntraire, ces principes sont négligés, ni prières, ni a d m o n i t i o n s , ni ordres\nsévères et répélés, ni menaces de peines canoniques ne suffisent à faire que\nrien soit c h a n g é : tellement la passion ou, à son défaut, une honteuse et\ninexcusable ignorance trouve moyen d'éluder la volonté de l'Eglise et de pro­\nlonger d'année en année le m ê m e b l â m a b l e état de choses.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "66                                     DÜRENDAL\n\n\n    N o u s N o u s promettons, d'une façon très particulière, une telle promptitude\nde volonté du clergé et des fidèles de Notre chère Ville de R o m e , centre du\nchristianisme et siège de la S u p r ê m e Autorité de l'Eglise. Il semble, en vérité,\nque personne ne devrait subir mieux l'influence de Notre parole que ceux\nqui l'entendent directement de Notre b o u c h e , et que l'exemple d'affectueuse\net filiale soumission à N o s invitations paternelles ne devrait être d o n n é par\npersonne d'autre avec u n empressement plus g r a n d que par la première et la\nplus noble partie du troupeau du Christ, qui est l'Eglise de R o m e , spéciale­\nment commise à Notre soin pastoral d'évêque. E t cela d'autant davantage que\ncet exemple doit être d o n n é devant le m o n d e entier. De tous côtés, en effet,\nviennent c o n s t a m m e n t des évêques et des fidèles pour vénérer le Vicaire du\nChrist et pour se retremper l'esprit en visitant nos vénérables basiliques et les\ntombes des Martyrs, et en assistant avec u n e ferveur redoublée aux solen­\nnités qui se célèbrent, avec p o m p e et splendeur, à toute époque de l'année.\n« Optamus, ne moribus nostris offensi recedant, « disait Benoît X I V , N o t r e P r é d é ­\ncesseur, dans sa Lettre encyclique Annus qui, en parlant précisément de la\nmusique sacrée : « Souhaitons qu'ils ne retournent point dans leur patrie scandalisés\nde nos usages. » E t , p a r l a n t plus avant de l'abus des instruments qui s'était\nintroduit alors, le m ê m e Pontife disait : « Quelle opinion se formera de nous celui\nqui, venant de contrées où les instruments ne s'emploient pas à l'église, les entendra dans\nnos églises ni plus ni moins que l'on ne fait habituellement dans les théâtres et les attires\nlieux profanes ? Mais, alors même qu'ils viendraient de lieux et de pays où l'on chante et où\nl'on fait de la musique dans les églises comme on le fait dans les nôtres, s'ils sont hommes de\nbon sens, ils s'affligeraient de ne pas trouver dans notre musique le remède au mal de\nleurs églises, qu'ils étaient venus chercher ici. » E n d'autres temps, on prenait beau­\ncoup moins garde à la non-conformité des musiques exécutées d'ordinaire\nd a n s l'église avec les lois et les prescriptions ecclésiastiques, et le scandale\n était plus restreint, justement parce que les habitudes messéantes étaient plus\n r é p a n d u e s et plus générales. Mais, à p r é s e n t , depuis que des h o m m e s savants\n ont consacré tant d'études à éclaircir l'intelligence d e la liturgie et celle de\n l'art au service du culte; depuis que, en de si nombreuses églises du m o n d e ,\n nonobstant les difficultés très graves qui s'y opposaient et qui furent h e u r e u ­\n sement surmontées, d'aussi consolants et souvent d'aussi splendides résultats\n ont été obtenus dans la restauration de la musique sacrée; depuis, enfin, que\n la nécessité d'un complet changement de l'état des choses est entré univer­\n sellement dans les esprits, tout abus en cette matière est devenu intolérable\n et doit être écarté.\n      C'est pourquoi, N o u s en sommes certain, Monsieur le cardinal, vous agirez\n dans votre haute charge de Notre Vicaire à R o m e pour les choses spirituelles,\n avec la douceur qui vous est naturelle, mais avec u n e non moindre fermeté,\n pour que la musique qui s'exécute dans les églises et chapelles, tant du clergé\n séculier que du clergé régulier, de cette ville, réponde pleinement à N o s Instruc­\n tions. Beaucoup de choses devront être, ou supprimées, ou corrigées d a n s les\n chants des messes, des litanies de la Vierge, de l'hymne eucharistique ; mais ce\n qui réclame un complet renouvellement, c'est le chant des vêpres d a n s les fêtes\n  célébrées par les diverses églises et basiliques. Les prescriptions liturgiques du\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "           SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                                   67\n\n\nCaeremoniale Episcoporum et les belles traditions musicales de l'école classique\nromaine ne s'y retrouvent plus. A la pieuse psalmodie du clergé, à laquelle\nparticipait aussi le peuple, se sont substituées d'interminabli s compositions\nmusicales sur les paroles des p s a u m e s , composées toutes à la manière des\nvieilles œuvres théâtrales et, pour la p l u p a r t , d'une si mince valeur d'art,\nqu'on ne les tolérerait pas d a n s les concerts profanes de la moindre impor­\ntance. La dévotion et la piété chrétiennes n'en sont certainement pas accrues;\non repaît la curiosité de quelques-uns, moins intelligents, mais le grand\nnombre en reçoit du dégoût et du s c a n d a l e e t s'étonne qu'un tel a b u s perdure\nencore. N o u s voulons d o n c qu'il soit entièrement s u p p r i m é et que la solennité\ndes vêpres soit célébrée partout selon les règles liturgiques indiquées par\nNous. L e s basiliques patriarcales montreront l'exemple par le soin diligent\net le zèle éclairé des cardinaux titulaires, et avec elles concourront les basi­\nliques mineures, les églises collégiales et paroissiales, comme aussi les églises\net chapelles des ordres religieux. E t vous n'userez pas d'indulgence, Monsieur\nle cardinal, vous n'accorderez pas de délais. E n différant, la difficulté ne dimi­\n nuera pas, mais augmentera, et, puisqu'il faut tailler, qu'on le fasse immédia­\n tement, résolument. Q u e tous aient confiance en N o u s et en N o t r e parole\n qu'accompagnent la grâce et la bénédiction céleste. Au premier abord, la\n nouveauté produira quelque étonnement chez certains; il s'en trouvera peut-\n être de peu préparés parmi les maîtres de chapelle et parmi les directeurs\n de c h œ u r ; mais, peu à peu, la chose reprendra d'elle-même et, dans la\n parfaite correspondance de la musique aux règles liturgiques et à la nature\n de la psalmodie, tous reconnaîtront u n e beauté et u n e perfection qui jamais\n peut-être n'avaient été remarquées a u p a r a v a n t . La solennité des vêpres sera,\nil est vrai, notablement raccourcie ainsi ; mais si les recteurs des églises\n voulaient, en quelque circonstance, prolonger un peu les fonctions, afin\n d'occuper le peuple qui, si louablement, a c o u t u m e de se rendre à vêpres à\n l'église où se célèbre la fête, rien ne s'oppose, et même ce sera a u t a n t de\n gagné pour la piété et l'édification des fidèles, à ce qu'aux vêpres succède\n un sermon a p p r o p r i é et que l'on termine ensuite par une bénédiction solen­\n nelle du Saint S a c r e m e n t .\n   Nous désirons, enfin, que la musique' sacrée soit cultivée avec un soin spé­\ncial et dans les limites convenables d a n s tous les séminaires et collèges\necclésiastiques de R o m e , où u n e phalange si nombreuse et si choisie de jeunes\nclercs de toutes les parties du m o n d e s'instruit aux sciences sacrées et au\nvéritable esprit ecclésiastique.\n   Nous savons, et cela N o u s encourage g r a n d e m e n t , que, en plusieurs insti­\ntuts, la musique sacrée est florissante, de sorte qu'ils peuvent servir d'exemple\naux autres. Mais certains séminaires et certains collèges, soit par l'insouciance\ndes supérieurs, soit p a r la médiocre capacité et par le goût peu sûr des per­\nsonnes auxquelles l'enseignement du chant et la direction de la musique sacrée\nsont confiés,laissent b e a u c o u p à désirer. Monsieur le cardinal, vous voudrez\négalement pourvoir avec sollicitude à cela, en insistant par-dessus tout pour\nque le chant grégorien soit, selon les prescriptions du concile de T r e n t e et\nd'autres innombrables conciles provinciaux et diocésains de toutes les parties\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "68                                    DURENDAL\n\n\ndu m o n d e , étudié avec u n e particulière diligence et préféré d'habitude dans les\nfonctions publiques et privées de l'institut. A vrai dire, la plupart ne connais­\nsaient auparavant le chant grégorien que par des livres incorrects, altérés,\ntronqués, mais l'étude exacte et prolongée que lui ont consacré des h o m m e s\néminents et g r a n d e m e n t bien mérilants de l'art sacré a c h a n g é la face des cho­\nses. Le chant grégorien, rendu d'une façon si satisfaisante à sa pureté première,\ntel qu'il nous fut transmis par les Pères et qu'il se trouve dans les manuscrits\nde diverses églises, est doux, suave, très facile à a p p r e n d r e et d'une beauté si\nneuve et si inattendue que, où il fut introduit, il ne tarda pas à exciter un\nvéritable enthousiasme chez les jeunes chanteurs. Or, tout s'opère avec la\np l u s grande vivacité et avec u n fruit plus durable, lorsque le plaisir se mêle\nà l'accomplissement du devoir. N o u s voulons donc que d a n s tous les sémi­\nnaires et collèges de cette admirable Ville soit réintroduit l'ancien chant\nr o m a i n qui, jadis, retentissait dans nos églises et nos basiliques et fai­\nsait les délices des générations passées dans les plus beaux temps de la piété\nchrétienne. E t , de même qu'autrefois ce chant s'était r é p a n d u de l'Eglise de\nR o m e dans les autres églises d'Occident, ainsi souhaitons-Nous que les jeunes\nélèves, instruits sous Nos yeux, le transportent et le répandent de nouveau\ndans leurs diocèses quand, ordonnés, ils y retourneront pour y travailler à la\ngloire de Dieu. N o u s N o u s réjouissons de donner ces dispositions, tandis que\n N o u s sommes sur le point de célébrer le treizième centenaire de la mort d u\nglorieux et incomparable Pontife, saint Grégoire le Grand, auquel une tradi­\n tion ecclésiastique de b e a u c o u p de siècles a attribué la composition de ces\nsaintes mélodies et dont celles-ci ont tiré leur nom Q u e Nos très chers jeunes\ngens s'exercent diligemment à les a p p r e n d r e , car il n o u s sera précieux de les\n entendre si, comme il N o u s a été annoncé, ils se réunissent, aux prochaines\n fêtes centenaires, auprès de la tombe du saint Pontife, d a n s la Basilique\n Vaticane, afin d'exécuter les mélodies grégoriennes pendant la sacrée Liturgie\n qui, s'il plaît à Dieu, sera célébrée par Nous en cette heureuse occasion.\n     E n gage de Notre particulière bienveillance, recevez, Monsieur le cardinal,\n la Bénédiction Apostolique que, du plus profond du cœur, N o u s vous\n envoyons, ainsi qu'au clergé et à tout Notre très cher peuple.\n\n   Du Vatican, en la fête de l'Immaculée, 1903.\n                                                                     P I U S , P . P . X.\n\n\n\n\n                  Motu proprio sur la musique sacrée\n                                      PIO P. P. X\n\n    P a r m i les soins de l'office pastoral, non seulement de ce Siège suprême, que\n par une disposition impénétrable de la Providence, N o u s occupons, bien\n qu'indigne, mais de toute église, le principal est, sans a u c u n doute, de main­\n tenir et de préserver la dignité de la maison de Dieu, où les augustes mys-\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "            SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                                    69\n\n\n tères de la religion se célèbrent, où le peuple chrétien se réunit, afin d'y rece­\n voir la grâce des Sacrements, d'y assister au saint Sacrifice de l'Autel, d'y\n adorer le très auguste Sacrement du Corps du S e i g n e u r ; de s'y unir, enfin,\n à la prière d e l'Eglise d a n s son culte liturgique public et solennel.\n    Rien donc ne doit se rencontrer d a n s le temple qui puisse troubler ou m ê m e\n seulement diminuer la piété et la dévotion des fidèles, rien qui puisse donner\n raisonnable motif de dégoût ou de s c a n d a l e ; rien surtout qui puisse directe­\n ment offusquer la dignité et la sainteté des fonctions sacrées et qui soit indigne\n de la maison de prière et de la majesté de Dieu.\n    Nous ne parlerons pas en détail de tous les a b u s qui peuvent se présenter\n en cette matière. Notre attention, aujourd'hui, se tourne vers u n des plus\n communs, des plus difficiles à déraciner et que, parfois, on doit déplorer là\n même où toutes les autres choses sont dignes du plus grand éloge p o u r la\n beauté et la somptuosité du temple, pour la splendeur et l'ordre soigneux des\n cérémonies, p o u r l'affluence du clergé, la gravité et la piété des ministres qui\n officient. Tel est l'abus en ce qui touche le chant et la musique sacrés. E t ,\n en vérité, soit par la n a t u r e , en elle-même flottante et variable, de cet a r t ;\nsoit par la progressive altération du goût et des h a b i t u d e s d a n s la suite des\n temps; soit à cause de la funeste influence exercée sur l'art religieux par l'art\n profane et théâtral; soit à raison du plaisir que la m u s i q u e produit directe­\n ment et qu'il n'est pas toujours facile de contenir dans les justes limites; soit,\nenfin, par l'action des n o m b r e u x préjugés qui, en u n e telle matière, s'insinuent\nfacilement et se maintiennent ensuite avec ténacité, m ê m e chez des p e r s o n n e s\nd'autorité et de piété, il y a une incessante t e n d a n c e à dévier de la règle\nfondée sur le but dans lequel l'art est admis au service du culte et énoncée\ntrès clairement d a n s les c a n o n s ecclésiastiques, dans les o r d o n n a n c e s des\nconciles généraux et provinciaux et dans les prescriptions émanées, à plu­\nsieurs reprises, de la Sacrée-Congrégation r o m a i n e et des Souverains Pon­\ntifes, Nos P r é d é c e s s e u r s .\n   Il N o u s est agréable de reconnaître, avec u n e véritable satisfaction, le\ngrand bien qui, en cette partie, a été fait dans les dernières années, à la fois\nen Notre chère ville de R o m e et en b e a u c o u p d'églises de N o t r e patrie, mais\nd'une façon plus particulière chez quelques nations, où des h o m m e s savants\net zélés pour le culte de Dieu s'unirent en florissantes sociétés et, avec l'appro­\nbation du Saint-Siège et sous la direction des E v ê q u e s , remirent en complet\nhonneur la musique sacrée à peu près dans toutes leurs églises et chapelles.\nCe bien toutefois est encore bien loin d'être c o m m u n à tous, et si N o u s con­\nsultons notre expérience personnelle et tenons compte des nombreuses plaintes\nqui, de toutes parts, N o u s parvinrent d u r a n t le peu d e temps qui s'est écoulé\ndepuis qu'il plut au Seigneur d'élever Notre h u m b l e p e r s o n n e au faîte\nsuprême du Pontificat R o m a i n , N o u s croyons que, sans différer plus long­\ntemps, Notre premier devoir est d'élever de suite la voix p o u r réprouver et\ncondamner tout ce qui, d a n s les fonctions du culte et les offices ecclésias­\ntiques, se découvre de non conforme à la correction de la règle indiquée.\nNotre très vif désir étant, en effet, que le véritable esprit chrétien refleurisse\nde toute manière et se maintienne chez tous les fidèles, il est nécessaire de\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "70                                   DURENDAL\n\n\npourvoir, avant tout, à la sainteté et à la dignité du temple, où précisément\nles fidèles se réunissent pour puiser cet esprit à sa première et indispensable\nsource, qui est la participation active aux sacro-saints mystères et à la prière\npublique et solennelle de l'Eglise. E t il est vain d'espérer que la bénédiction\ndu Ciel descende a b o n d a m m e n t sur nous lorsque nos hommages a u T r è s ­\nH a u t , au lieu de monter en odeur de suavité, remettent, au contraire, dans\nla main du Seigneur les fouets avec lesquels autrefois le Divin R é d e m p t e u r\nchassa les indignes profanateurs du temple.\n    C'est p o u r q u o i , afin que nul ne puisse dorénavant recourir à l'excuse de\nne pas connaître clairement son devoir et que toute incertitude disparaisse\nd a n s l'interprétation des choses déjà o r d o n n é e s , N o u s avons estimé expé­\ndient d'exposer brièvement les principes qui règlent la musique sacrée dans\nles fonctions du culte et de réunir dans u n tableau général les principales pres­\ncriptions de l'Eglise contre les abus les plus fréquents en la matière. E n con­\nséquence, de notre propre mouvement et science certaine, N o u s publions\nNotre présente instruction, à laquelle, comme à un Code juridique de la musique\nsacrée, Nous voulons, en vertu de la plénitude de Notre Autorité Aposto­\nlique, que soit donnée force de loi et en imposons à tous, par Notre pré­\nsent écrit autographe, la plus scrupuleuse observance.\n\n\n\n\n                   Instruction sur la musique sacrée\n                                            I\n\n                                PRINCIPES       GÉNÉRAUX\n\n\n   I. La musique sacrée, comme partie intégrante des solennités liturgiques,\ncoopère au b u t général de celles-ci, qui est la gloire de Dieu, la sanctification\net l'édification des fidèles. Elle concourt à accroître la dignité et la splendeur\ndes cérémonies ecclésiastiques, et son rôle principal étant de revêtir d'une\nmélodie appropriée le texte liturgique, qui est proposé à l'intelligence des\nfidèles, elle est destinée à conférer une plus grande efficacité à ce texte même,\nafin que, par ce moyen, les fidèles soient plus facilement excités à la dévotion\net se disposent mieux à accueillir en eux les fruits de la grâce qui sont propres\nà la célébration des sacro-saints mystères.\n   2. La musique sacrée doit, par conséquent, posséder, dans un degré émi­\nnent, les qualités qui sont p r o p r e s à la liturgie et, particulièrement, la saintete\net la beauté (bontà) des formes, d'où jaillit spontanément son autre caractère,\nqui est l'universalité.\n   Elle doit être sainte et, pour cela, exclure tout caractère m o n d a i n , non\nseulement en elle-même, mais encore dans la façon dont elle est présentée\npar les exécutants.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "           SUR    LA R E S T A U R A T I O N    D E LA M U S I Q U E   SACRÉE           71\n\n\n\n   Elle doit avoir u n e véritable valeur d'art (essere arte vera), car il est i m p o s ­\nsible autrement qu'elle agisse sur l'esprit de ceux qui l'écoutent avec cette\nefficacité que l'Eglise entend obtenir en accueillant l'art musical dans sa\nliturgie.\n   Mais elle devra, de plus, être universelle, en ce sens que, tout en admettant\ndans les compositions religieuses ces formes particulières qui constituent, en\nquelque sorte, le caractère spécifique de la musique de chaque nation, ces\nformes doivent pourtant être subordonnées d'une telle manière aux caractères\ngénéraux de la musique sacrée, qu'à entendre celle-ci personne d ' u n e autre\nnation n'en reçoive u n e impression qui ne soit pas b o n n e .\n\n\n                                               II\n\n                            GENRES DE MUSIQUE SACRÉE\n\n\n   3. Ces qualités se rencontrent a u plus h a u t degré dans le chant grégorien,\nqui est, par conséquent, le chant p r o p r e de l'Eglise romaine, le seul chant\ndont elle ait hérité des anciens P è r e s ; qu'elle a gardé jalousement à travers\nles siècles dans ses livres liturgiques ; q u e , c o m m e sien, elle présente directe­\nment aux fidèles; le seul c h a n t , enfin, dont, en certaines parties de la liturgie,\nelle prescrit l'emploi exclusif et que les études récentes ont si h e u r e u s e m e n t\nrestitué à son intégrité et à sa p u r e t é .\n   P o u r ces motifs, le chant grégorien fut toujours considéré comme le\nmodèle suprême d e la musique sacrée et, en conséquence, l'on peut établir\navec toute raison la loi générale suivante : Une composition pour l'église est d'au-\ntant plus sacrée et liturgique que, dans la marche, dans l'inspiration et dans le goût, elle\nse rapproche de la mélodie grégorienne, et d'autant moins digne du temple quelle s'écarte\nde ce modèle suprême.\n   L'ancien chant grégorien traditionnel devra donc être largement rétabli\ndans les fonctions du culte, chacun tenant pour certain qu'une fonction ecclé­\nsiastique ne perd rien de sa solennité q u a n d elle n'est a c c o m p a g n é e d'aucune\nautre musique q u e celle-là.\n   On doit s'efforcer particulièrement de remettre le c h a n t grégorien dans\nl'usage du peuple, afin que les fidèles p r e n n e n t de nouveau, c o m m e ils fai­\nsaient naguère, u n e part plus active aux offices ecclésiastiques.\n   4. Les qualités susdites existent pourtant à un haut degré dans la poly­\nphonie classique de l'Ecole romaine, qui atteignit, au XVIc siècle, l'apogée\nde sa perfection par l'œuvre de Pierluigi de Palestrina, et continua ensuite\nà produire des compositions d'une g r a n d e excellence liturgique et musicale.\n La polyphonie classique s'accorde très bien avec le suprême modèle de toute\nmusique sacrée, qui est le chant grégorien, et, pour cette raison, mérite d'être\nassociée à lui dans les fonctions les plus solennelles de l'Eglise, c'est-à-dire\ncelles de la Chapelle Pontificale. Elle devra d o n c , elle aussi, être largement\nréintroduite dans les fonctions ecclésiastiques, spécialement dans les plus\nillustres basiliques, dans les églises cathédrales, dans celles des séminaires\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "72                                   DURENDAL\n\n\net des autres instituts ecclésiastiques, où les moyens nécessaires ne feront pas\ndéfaut.\n   5. L ' E g l i s e a toujours reconnu et favorisé le progrès des arts, en admettant\nau service d u culte, d a n s les limites des règles liturgiques, tout ce que le génie\na su trouver de bon et de beau dans le cours des siècles. P a r conséquent, la\nmusique plus moderne est admise également à l'église, offrant, elle aussi, des\ncompositions belles, graves et imposantes, qui ne sont d ' a u c u n e façon indi­\ngnes des fonctions liturgiques.\n    N é a n m o i n s , c o m m e la musique moderne a été consacrée principalement au\nservice profane, on devra veiller avec le plus grand soin à ce que les composi­\ntions musicales de style moderne que l'on admet dans l'église, ne comportent\nrien de profane, ne contiennent point de réminiscences de motifs employés\nau théâtre, et ne soient pas conçues non plus, clans leurs formes extérieures,\nsur le modèle des pièces profanes.\n   6. P a r m i les divers genres de musique m o d e r n e , celui qui paraît le moins\nconvenable pour a c c o m p a g n e r les fonctions du culte est le style théâtral qui,\nd u r a n t le dernier siècle, fut en grande vogue, particulièrement en Italie. P a r\nsa nature, il présente la plus grande opposition au chant grégorien et à la\npolyphonie classique et, ainsi, aux lois les plus importantes de toute b o n n e\nmusique sacrée. E n outre, la structure intime, le rythme et le conventionnalisme\nde ce style ne se plient que malaisément aux exigences de la véritable musique\nliturgique.\n                                         III\n\n                                 TEXTE   LITURGIQUE\n\n\n    7. La langue propre de l'Eglise romaine est la langue latine. C'est p o u r ­\nquoi il est interdit, dans les fonctions liturgiques solennelles, de chanter\nquoique ce soit en langue vulgaire; et, encore davantage, de chanter en\nlangue vulgaire les parties variables et communes de la messe et de\nl'office.\n    8. Les textes qui peuvent se mettre en musique et l'ordre d a n s lequel ils\ndoivent se succéder étant déterminés pour chaque fonction liturgique, il n'est\npermis ni de confondre cet ordre, ni de changer les textes prescrits en\nd'autres de son choix personnel, ni de les omettre entièrement ou même seule­\nment en partie, si les rubriques liturgiques n'admettent pas que l'orgue rem­\nplace quelques versets du texte, tandis que ceux-ci sont simplement récités\nd a n s le chœur. Il est seulement permis, selon l'usage de l'Eglise romaine, de\nchanter u n mottet au saint Sacrement, après le Benedictus de la messe solen­\nnelle. Après avoir chanté l'Offertoire prescrit de la messe, on peut aussi exé­\ncuter d u r a n t le temps qui reste un bref mottet sur des paroles approuvées par\nl'Eglise.\n    9. L e texte liturgique doit être chanté tel qu'il figure d a n s les livres, sans\nen altérer ou en postposer les paroles, sans répétitions indues, sans en déta­\ncher les syllabes, et toujours d'une façon intelligible pour les fidèles qui\nécoutent.\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "            SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                                    73\n\n\n\n                                            IV\n\n                  FORME E X T É R I E U R E DES COMPOSITIONS SACRÉES\n\n\n    10. Chaque partie de la messe et des offices doit conserver musicalement\n aussi la conception et la forme q u e la tradition ecclésiastique lui a donnée et\n qui se trouve très bien exprimée dans le chant grégorien. Le mode de compo­\n sition est donc différent, selon qu'il s'agit de l'Introït, du Graduel, d'une antienne,\n d'un psaume, d'un hymne, du Gloria in excelsis, etc.\n    11. Il y a lieu particulièrement d'observer les règles suivantes :\n    a) Le Kyrie, le Gloria, le Credo, etc., de la messe, doivent conserver l'unité\n de composition, p r o p r e â leur texte. Il n'est d o n c pas permis de les composer\nen morceaux séparés, de sorte q u e c h a c u n de ces morceaux forme u n e compo­\nsition musicale complète, telle qu'elle puisse être détachée du reste et rem­\n placée par u n e a u t r e .\n    b) Dans l'office des vêpres, on doit ordinairement suivre la règle du Caere­\nmoniale Episcoporum qui prescrit le chant grégorien pour la psalmodie et permet\nla musique figurée (chromatique) pour les versets du Gloria Patri et pour\nl'hymne.\n    Il sera n é a n m o i n s permis dans les g r a n d e s solennités d'alterner le chant\ngrégorien d u c h œ u r avec ce qu'on appelle faux-bourdon ou avec des airs de la\nmême sorte convenablement composés.\n    On pourra aussi concéder quelquefois que les psaumes soient présentés\nentièrement en musique, p o u r v u que, en ces compositions, soit conservée la\nforme propre de la p s a l m o d i e ; c'est-à-dire pourvu que les chanteurs psalmo­\ndient réellement entre eux, soit sur des motifs nouveaux, soit sur ceux\nempruntés au chant grégorien ou imités de celui-ci.\n    Restent d o n c exclus pour toujours et interdits les psaumes dits de concert.\n   c) D a n s les h y m n e s de l'Eglise, on conservera la forme traditionnelle de\nl'hymne. E n conséquence, il n'est pas licite, par exemple, de composer le\nTantum ergo, de manière q u e la première strophe soit u n e romance, u n e cava-\ntine ou un adagio, et le Genitori un allegro.\n   d) Les antiennes des vêpres doivent être exécutées d'ordinaire avec la\nmélodie grégorienne qui leur est propre. Si, pourtant, en quelque cas particu­\nlier, elles se c h a n t e n t en m u s i q u e , elles ne devront jamais avoir ni la forme\nd'une mélodie de concert, ni l'ampleur d'un mottet ou d'une cantate.\n\n\n                                            V\n\n                                       CHANTEURS\n\n\n   12. Excepté les chants propres du célébrant à l'autel et des ministres, qui\ndoivent toujours être en plain-chant, sans aucun a c c o m p a g n e m e n t d'orgue,\ntout le reste du chant liturgique appartient au c h œ u r des lévites, et,\nà cause d e cela, les chanteurs d'église, m ê m e s'ils sont des laïques, tiennent\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "74                                   DURENDAL\n\n\nréellement la place du c h œ u r ecclésiastique. P a r conséquent, la musique\nqu'ils font doit, au moins dans sa plus g r a n d e partie, conserver le caractère\nde la musique de c h œ u r .\n    Il n e suit pas de là que le solo soit tout à fait exclu. Mais il ne doit jamais\np r é d o m i n e r d a n s la fonction au point que la plus grande partie du texte\nliturgique soit exécutée de cette façon; plutôt, il doit avoir le caractère\nd'une simple esquisse mélodique et être étroitement lié au reste de la c o m p o ­\nsition chorale.\n    13. Il résulte du même principe que les chanteurs remplissent dans l'église\nu n véritable office liturgique et que les femmes, étant inhabiles à cet office, ne\npeuvent être admises à faire partie du chœur ou de la chapelle musicale. Si\nd o n c l'on veut utiliser les voix aiguës des soprani et des contralti, on recourra\naux enfants, conformément à l'usage très ancien de l'Eglise.\n    14. Ne doivent être, enfin, admis à faire partie de la chapelle de l'église\nque des hommes d'une piété connue et d'une vie honnête, qui, par leur conte­\nnance modeste et pieuse durant les fonctions liturgiques, se m o n t r e n t dignes\nde l'office sacré qu'ils exercent. Il conviendra, cependant, que les c h a n t e u r s ,\ntandis qu'ils chantent dans l'église, revêtent le costume ecclésiastique et le\nsurplis et, si les tribunes d a n s lesquelles ils se trouvent sont trop exposées aux\nyeux du public, qu'elles soient garnies de grilles.\n\n\n                                          VI\n\n                             ORGUES E T    INSTRUMENTS\n\n\n    15. Bien que la musique p r o p r e de l'Eglise soit la musique purement\nvocale, la musique avec accompagnement d'orgue est n é a n m o i n s permise\négalement. E n quelques circonstances particulières, dans les limites et avec\nles égards convenables, on pourra admettre aussi d'autres instruments, mais\njamais sans permission spéciale de l'Ordinaire, conformément à la prescrip­\ntion du Caeremoniale Episcoporum.\n    16. L e chant doit toujours prédominer, et, par conséquent, l'orgue et les\n instruments doivent simplement le soutenir et jamais l'étouffer.\n   17. Il n'est pas permis de faire précéder le chant de longs préludes ou de\nl'interrompre par des intermèdes.\n    18. L e jeu de l'orgue dans les accompagnements du chant, d a n s les\npréludes, interludes et morceaux semblables, doit non seulement être con­\nduit conformément à la nature propre de cet instrument, mais participer\nde toutes les qualités que possède la véritable musique sacrée et qui ont été\nprécédemment énumérées.\n   19. L'usage du piano, comme aussi celui des instruments b r u y a n t s ou\nlégers, tels que sont le tambour, la grosse caisse, les cymbales, les clochettes\net a u t r e s similaires, est interdit d a n s l'église.\n   20. Il est rigoureusement interdit aux sociétés musicales de jouer dans\nl'église, et seulement, en quelque circonstance spéciale, m o y e n n a n t le con-\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "          SUR LA RESTAURATION DE LA MUSIQUE SACRÉE                            75\n\n\nsentement de l'Ordinaire, il sera permis d'admettre un choix limité, judicieux\net proportionné à l'étendue de l'église, d'instruments à vent, pourvu que la\ncomposition et l'accompagnement à exécuter soit écrit dans un style grave,\nconvenable et semblable en tout à celui de l'orgue.\n   21. Dans les processions hors de l'église, la participation de sociétés musi­\ncales peut être permise par l'Ordinaire, pourvu qu'elles n'exécutent d'aucune\nfaçon des morceaux profanes. Il serait à désirer, en ces occasions, que la\npartie musicale se restreigne à accompagner quelque cantique spirituel en\nlangue latine ou vulgaire, chanté par les chanteurs (de l'église) ou par les con­\ngrégations pieuses qui prennent part à la procession.\n\n                                      VII\n\n                     É T E N D U E DE LA MUSIQUE   LITURGIQUE\n\n\n   22. Il n'est pas permis de faire attendre le prêtre à l'autel, à cause du chant\nou de la musique, plus que ne le comporte la cérémonie liturgique. En vertu\ndes prescriptions ecclésiastiques, le Sanctus de la messe doit être achevé avant\nl'élévation, et le célébrant doit, sur ce point, prendre garde aux chanteurs. Le\nGloria et le Credo, selon la tradition grégorienne, doivent être relativement\nbrefs.\n   23. En général, il faut condamner, ainsi qu'un abus très grave, que, dans\nles fonctions ecclésiastiques, la liturgie paraisse secondaire et, en quelque\nsorte, au service de la musique, tandis que la musique est simplement une\npartie de la liturgie et son humble servante.\n\n                                      VIII\n\n                       MOYENS PRINCIPAUX      D'EXÉCUTION\n\n\n   24. Pour l'exacte exécution de ce qui vient d'être établi, les Évèques, s'ils\nne l'ont déjà fait, institueront dans leur diocèse une commission spéciale de\npersonnes vraiment compétentes en matière de musique sacrée, à laquelle, de\nla façon qu'ils jugeront opportune, sera confiée la charge de veiller sur la\nmusique qui est exécutée dans les églises. Il ne suffit pas que la musique soit\nbonne en elle-même, mais encore qu'elle réponde aux forces des chanteurs et\nqu'elle soit toujours bien exécutée.\n   25. Dans les séminaires de clercs et dans les instituts ecclésiastiques que\ntous, selon les prescriptions du Concile de Trente, étudient avec diligence et\namour le chant grégorien traditionnel et que les supérieurs soient, en cette\nbranche, prodigues d'encouragements et d'éloges envers leurs jeunes sujets. De\nla même façon, que l'on provoque, où cela sera possible, la fondation, parmi\nles clercs, d'une Schola Cantorum pour l'exécution de la polyphonie sacrée et de\nla bonne musique liturgique.\n   26. Au cours des leçons ordinaires de liturgie, de morale, de droit canonique\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "76                                    DURENDAL\n\n\nque l'on d o n n e aux étudiants en théologie, que l'on ne néglige pas de toucher\nles points qui regariient plus particulièrement les principes et les lois de la\nmusique sacrée, et que l'on cherche à en compléter la doctrine par quelque\ninstruction spéciale sur l'esthétique de l'art sacré, afin que les clercs ne sortent\npas du séminaire dépourvus de toutes ces notions, nécessaires, pourtant, à la\npleine culture ecclésiastique.\n   27. Q u e l'on ait soin de rétablir, au moins près des églises principales, les\nanciennes Scholae Caniorum, c o m m e déjà on l'a fait, avec les meilleurs fruits,\nen bon nombre de lieux. Il n'est pas difficile au clergé zélé d'instituer des\nScholae j u s q u e dans les églises moins importantes ou de c a m p a g n e , et il trou­\nvera en elles un moyen très facile de réunir autour de lui les enfants et les\nadultes, au profit personnel de ceux-ci et à l'édification du peuple.\n   28. Q u e l'on s'efforce de soutenir et de protéger de toutes façons les Écoles\nsupérieures de musique sacrée où elles existent déjà et de concourir à en fon­\nder où l'on n'en possède pas encore. Il est très important que l'Église même\npourvoie à l'instruction de ses maîtres, organistes et chanteurs, selon les vrais\nprincipes de l'art sacré.\n\n                                           IX\n\n                                     CONCLUSION\n\n\n  29. P o u r terminer, il est recommandé aux maîtres de chapelle, aux chan­\nteurs, aux membres du clergé, aux supérieurs des séminaires, des instituts\necclésiastiques et des c o m m u n a u t é s religieuses, aux cuiés et recteurs des\néglises, aux chanoines des collégiales et des cathédrales et,surtout, aux Ordi­\nnaires diocésains de favoriser de tout leur zèle ces pages réformes, depuis\nlongtemps désirées et u n a n i m e m e n t réclamées par tous, afin que ne tombe pas\nen mépris l'autorité même de l'Église, qui, à maintes reprises, les a mises en\navant et à présent les répète encore.\n\n\n Donné de Notre Palais Apostolique, au Vatican, en la fête de Sainte-Cécile, Vierge et\nMartyre, 22 novembre 1903, la première année de Notre Pontificat.\n\n\n                                                                   P I U S P . P . X.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": " Le professeur Alberdingk Thijm\n   Nous venons d'apprendre avec la peine la plus vive la\ndouloureuse nouvelle de la mort d'un de nos plus chers\namis, le professeur Alberdingk Thijm, de l'Université de\nLouvain, qu'il illustra si longtemps par sa vaste science\net par ses doctes leçons. Il était le frère du célèbre poète\nhollandais du même nom qui fut un des plus grands et\ndes plus éminents écrivains de son temps. L u i - m ê m e fut\nun littérateur de valeur. Il était membre de l'Académie\nflamande et directeur de la revue littéraire Dietsche Wa-\nrande. L e professeur Alberdingk T h i j m était une âme\nardente, enthousiaste, juvénile, éprise d'art au plus haut\ndegré. Il professait un culte ardent pour la Beauté. Ce\nfut un des amis de la première heure de notre revue\nDurendal, pour laquelle il me manifesta plusieurs fois,\nen des lettres exquises et charmantes — notamment lors\nde notre Salon d'art religieux — l'admiration et la sympa­\nthie la plus enthousiaste. A une intelligence élevée et\nouverte s'unissait en lui un cœur aimant et noble qui\nresta jeune jusqu'à la fin de sa vie. Nous perdons en lui\nnon seulement un esprit distingué et de la plus haute\nculture, mais encore un ami. sincère et véritable de notre\nœuvre qu'il aima et dont il suivit toute sa vie les progrès\net le développement avec le plus vif intérêt.\n   Que de fois il m'écrivit pour me soutenir dans le labeur\ningrat de la direction d'une revue d'art, dont il compre­\nnait si bien toutes les difficultés dans un pays où le\npublic est en général indifférent, si pas hostile à tout ce\nqui est artistique. Je lui conserve une reconnaissance\ninfinie pour ses encouragements si fraternels.\n   Nous tenons à lui rendre ici, à l'occasion de sa mort,\nce témoignage public de notre admiration et de notre\nprofonde amitié. Nous garderons éternellement le sou­\nvenir de cette belle et grande âme dans nos esprits et\ndans nos cœurs.\n                                        HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "           La Joie suprême\n                                              Carissimae\n\nNe m'interroge pas. Tu ne sauras     jamais,\nToi dont les yeux profonds sont un miroir de paix.\nQuel tumulte orageux ma vie était     naguère.\nInconstant et fougueux, frivole et solitaire,\nLes vœux les plus confus emportaient tour à tour\nMon cœur, à qui manquait le frein d'or de l'amour;\nEt mille songes vains se disputaient mon âme.\n\nPourtant il a suffi que tu vinsses, ô femme,\nPour que tout s'inclinât, dompté par ta douceur.\n\nMaintenant, tel qu'un homme ivre de son bonheur,\nJe vais, en chancelant, par les bois et la plaine.\nMais quel égarement me trouble? C'est à peine\nSi je les reconnais, ces beaux lieux préférés,\nTant mon ravissement les a       transfigurés.\nLe sol vibre, le vent chaule, le ciel flamboie!\n0 délices'. Le Ilot radieux de la joie\nDéborde, éperdûment, de mon cœur ébloui.\nDans l'univers entier, qui palpite avec lui !\nJe le sens exulter comme mon cœur lui-même !\nTout ce qui m'environne est heureux, puisque       j'aime!\nDes échos fraternels traversent le printemps :\nIl semble que le cri de ma joie, par instants,\nMe revient, répété par des bouches sans nombre;\nTandis que l'avenir, hier encor si sombre,\nSe dore d'un rayon ineffablement       doux,\nComme s'il convenait de fêter entre tous,\nChère âme, le grand jour qui commença ton règne.\n\nJ'ai déposé ma oie entre tes mains... Ah! daigne\nRecevoir, à jamais, de ce cœur révolté\nQu'ont soumis ta douceur, ta grâce et ta clarté,\nUn don que chaque instant rendra plus digne d'elles.\nA peine as-tu paru; déjà tu le révèles.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                   LA J O I E   SUPRÊME                            79\n\nIl n'est rien qui ne cède à l'ascendant divin :\nHaine aveugle, regret insensé, désir vain,\nTous les amers transports qui troublent l'âme       humaine\nSubissent un à un ton sceptre, ô souveraine !\nL'ombre qui couronnait mon front        s'évanouit.\nJe pressens, à la joie immense qui m'emplit,\nJe ne sais quel accord merveilleux qui va naître;\nTout ce qui combattait naguère dans mon être\nSe range, en exultant, sous l'adorable loi :\nMon être tout entier n'est qu'un élan vers toi'.\n\n                                             FERNAND S É V E R I N .\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                    Le Séminariste\n\n               IL y a, dans les villages, de doux enfants qui\n                 semblent nés pour être enfants de chœur. T o u t\n                 petits, on les distingue parmi les autres, le\n                 dimanche, sur le banc de bois, à l'entrée du\n                 chœur, où vont s'asseoir les petiots. Ils sont plus\n                 sages et mieux vêtus. Ils suivent avec plus\n                 d'attention les gestes du prêtre à l'autel. Plus\n                 tard, l'instituteur les signale avec éloge au curé.\nIls sont appelés à l'honneur de servir la messe.\n   Dès lors, on dirait qu'un signe spécial les a marqués. Leurs\nheures de jeu se passent à la sacristie, où le curé leur réserve de\npetites besognes. Ils sont déjà un peu d'église. Sur le chemin,\nils marchent d'un pas habitué au flottement de la robe. L e u r s\nmains, machinalement, reproduisent les gestes sacerdotaux.\nComme ils se sont peu à peu désaccoutumés des camaraderies\nbruyantes, ils demeurent volontiers au logis, la tête dans un\nlivre. Ils deviennent si savants que l'instituteur déclare, un beau\njour, qu'il n'a plus rien à leur apprendre. Alors le curé, qui\nguettait ce moment, vient faire, comme par hasard, une visite\nà leurs père et mère. C'est le dimanche, avant les vêpres. Il fait\nchaud. L e père, gonflé de soupe, s'est endormi dans son fau­\nteuil. L a mère, les lunettes sur le bout du nez, suit pénible­\nment, d'un doigt noir et tremblant, les lignes du journal domi­\nnical. L e gamin, très sage, écoute le balancier de l'horloge\nrythmer son bruit monotone dans le grand silence. E t , soudain,\nla porte s'ouvre, le curé entre. L e père s'éveille, la mère se lève,\nle journal tombe et le gamin fait une révérence qui ressemble\nà une génuflexion. On va chercher la bouteille de cassis, dont\nM. le curé acceptera bien une goutte, oh ! rien q u ' u n e . E t\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                           LE SÉMINARISTE                               81\n\n\nquand les verres sont pleins de la liqueur vermeille, l'ecclésias­\ntique commence.\n   « Qu'est-ce que ces braves gens comptent faire de ce grand\ngarçon? Il a fini son école primaire. L'instituteur lui prédit le\nplus bel avenir. Ce serait dommage, vraiment, de laisser cette\nbelle intelligence se perdre dans les humbles travaux de la terre.\nQue diraient-ils s'il leur proposait d'en faire un prêtre? O h ! ils\nn'auraient à s'occuper de rien. On le prendrait gratuitement au\npetit séminaire. S'il y témoignait toujours des mêmes disposi­\ntions, il suivrait la route habituelle. E t peut-être, qui sait? ses\nparents le verraient un jour curé de son village n a t a l ! . . . »\n   L e curé sort, en emmenant le gamin, sans demander de\nréponse immédiate. E t les deux vieux oublient l'heure des\nvêpres, tant cette proposition inattendue les inquiète et les sur­\nprend. Que décider? L a mère, elle, souriant à une vision inté­\nrieure, accepterait tout de suite. Mon Dieu ! Ce bonheur serait-il\npossible? Son fils, un jour, parlerait du h a u t de la chaire parois­\nsiale? E t elle serait là, perdue dans la foule, à l'écouter avec\namour? Mais le père, plus pratique, songe à ses champs, qui\ndemandent un héritier robuste, un paysan comme lui. Prêtre,\nsans doute, c'est une belle vocation. Mais, après lui, qui cultivera\nla terre des ancêtres, cette terre qui est depuis des siècles dans\nla famille et qui a bu la sueur de toute une race? L o n g t e m p s , on\nvoit la petite lampe, le soir, veiller derrière les carreaux de\nl'unique fenêtre. Lorsque les pauvres gens ont un tracas, il les\nempêche de dormir. L e père fume sa pipe au coin de l'âtre,\ncomme en hiver. L a mère tricote devant la table. D e rares\nparoles s'échangent, toujours les mêmes. L a mère dit oui. L e\npère hésite. L e gamin, lui, fera ce qu'on voudra. Il est docile,\nil n'a pas de volonté. Enfin, un beau matin, le père passe sa\nblouse neuve, prend son fils par la main et se rend au presby­\ntère. Voilà, oui, monsieur le curé. Il vous amène le gamin. Ça\nn'a pas été sans peine, allez ! Rapport à la terre qu'il faudra\nvendre à des étrangers. Mais l'intérêt du petit avant tout, n'est-ce\npas? Qu'il soit donc prêtre, si Dieu le veut!\n\n                                     * *\n  C'était l'histoire de J e a n - D o m i n i q u e Chauvin, de Sart-Saint-\nRoch, en N a m u r . Sart-Saint-Roch, sachez-le bien, est le plus\nbeau de tous les villages. U n e route blanche, quelque part, sort\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "82                              DURENDAL\n\n\n\ndu bois, traverse la plaine, grimpe une colline, descend dans\nun vallon charmant où court un ruisseau et va se perdre au loin\nsous les futaies du bois, qui recommence. U n e cinquantaine de\nmaisons blanches à toits de tuiles, avec les yeux naïfs de leurs\npetites fenêtres, sont plantées au bord du chemin comme des\ngens qui attendent le passage d'une procession. L e clocher de\nl'église regarde par-dessus le feuillage des vergers. Au fond,\nprès de l'eau qui m u r m u r e , le château se confie au charme d'un\njardin de buis taillé et de charmilles centenaires. T o u t est sou­\nriant et paisible. Les gens sont, là, simples et bons comme le\nblé de leurs champs. A l'horizon, de toute part, ondule sur le\nciel la ceinture sombre de la forêt.\n   L e père de J e a n - D o m i n i q u e était laboureur en été et cordon­\nnier en hiver. Il habitait une douce maison blanche, toute\nhumble, toute basse, toute enfouie sous un vieux lierre qui l'em­\nbrassait de toute part. U n grand verger lui faisait suite j u s q u ' à\nla pleine campagne. Devant la porte, un sentier courait entre\ndes haies d'aubépines qui fleuraient bon au printemps.\n   L e gamin avait grandi là, fils unique, un peu triste comme\nles enfants qui vivent trop seuls. Ses amis, c'étaient les arbres\ndu verger, les meubles branlants de la maison, tous les objets et\ntous les êtres qui lui semblaient silencieux et bons comme lui-\nmême. T i m i d e et réservé, il avait de grands élans d'amour pour\ntous ceux qui lui faisaient du bien, ses parents, son maître, le\ncuré, mais il les retenait dans son cœur avec une passion jalouse\net obstinée. Il était de la race de ces paysans nerveux qui\ncachent, sous une apparence fruste et sauvage, une âme déli­\ncate, éprise du rêve, avide d'idéal, et qui, par une contradiction\nféconde en souffrances morales, aspirent à échapper aux labeurs\nmesquins d'une vie qu'ils ne peuvent, pourtant, s'empêcher\nd'aimer. L e jour où le curé lui offrit d'entrer au petit séminaire,\nJean-Dominique accepta sans arrière-pensée. L'école lui plai­\nsait. E n hiver, quand il fait très froid dehors et que le poêle\nronfle dans un coin, il se trouvait bien, assis devant un livre,\n dans la classe un peu sombre, silencieuse et tiède, où il fait bon\ns'isoler de la vie. L'existence au petit séminaire, ce serait cela\ntout le temps.\n    Il partit. Sa mère, porteuse d'une lettre du curé de chez eux,\n alla elle-même le confier au directeur. J e a n - D o m i n i q u e était\n attendu. On lui fit un accueil s y m p a t h i q u e qui calma ses pre-\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           83\n\n\nmières craintes. T o u t alla bien jusqu'à l'heure du coucher, mais\nquand il se trouva, dans les ténèbres du dortoir immense, si\nloin de sa maison natale, si loin du sommeil de ses parents, si\nloin d'une chose vague, qu'il ne pouvait préciser et qui était son\nenfance, il sentit tout à coup s'éveiller en lui un regret inconnu\net son âme se gonfla d'étranges sanglots. Il les contint pourtant\net, dès le lendemain, il se mit à l'étude avec courage. Comme il\navait étudié chez son curé les rudiments du latin, il entra en\ncinquième. Ses progrès furent rapides. On le signalait parmi les\nmeilleurs élèves du collège. Sa piété était réelle, sans mysti­\ncisme, sans exagération. Dans ses devoirs de style, il commen­\nçait à laisser parler ses vrais sentiments. Son professeur prédi­\nsait qu'il aurait un talent remarquable de prédicateur. Les\nannées passèrent. T o u t restait dans le même état. Aux vacances,\nil retournait chez lui et se promenait dans le bois avec un livré.\n Il visitait le curé, lui servait une messe de temps en temps. Il\navait un aspect sage et sérieux, déjà presque ecclésiastique. Les\ngens qui l'avaient connu tout petit n'osaient plus le tutoyer. 11\nfut même invité au château, après sa troisième. Il s'habillait\ncomme à la ville et ne touchait à rien chez lui. Son père était\ngêné en sa présence. Sa mère le regardait avec un respect et un\nbonheur profonds. E t tout le monde, dans le village, disait :\n « En a-t-il du bonheur, le fils Chauvin! C'est à croire qu'il est\nné coiffé ! »\n   Il acheva ses études avec le même succès. Il fut admis à\nentrer au grand séminaire. Ses dernières vacances se passèrent\ncomme les autres. On le voyait, dès le matin, traverser le vil­\nlage et prendre le chemin du bois. Il saluait avec affabilité les\ngens qu'il rencontrait. Il avait un air un peu fier qu'on lui par­\ndonnait à cause de ses hautes destinées. Quand il arrivait à la\nlisière de la forêt, il s'enfonçait tout de suite sous les taillis. Il\ns'écartait des chemins et semblait rechercher toujours une soli­\ntude plus grande et des ombres plus épaisses. « C'est pour\nméditer mieux à son aise! » disaient les gens. Ah! s'ils l'avaient\npu suivre! Comme ils auraient été surpris de l'entendre, dans\nsa retraite de feuillage, pleurer et se lamenter, la tête entre les\npoings, vautré à plat ventre sur la mousse! Ah ! oui, il méditait,\nle pauvre garçon, il méditait de toute son âme. Il voyait tout son\navenir devant lui et il en avait peur. Il pleurait sur soi-même\ncomme sur un mort aimé. Il se regrettait à travers le temps et\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "84                              DURENDAL\n\n\nl'espace comme si bientôt allait se fermer sur son cœur la dalle\ninexorable d'un tombeau. Et, pourtant, il persistait dans sa\nrésolution. Il serait prêtre. Il ne voudrait pas, au moment\nsuprême, renier ses engagements, affliger ses parents et le curé,\nattrister ses protecteurs, scandaliser le village. Il serait prêtre. Il\nporterait définitivement cette robe noire à laquelle ses pas\nétaient habitués depuis son enfance. D ' u n cœur sincère quoique\ndésespéré, il accepterait cette destinée qui pesait sur lui dès les\npremières années de sa vie. Mais, au moins, qu'il lui fût permis\nde pleurer! E t les larmes coulaient de ses yeux, intarissables,\nbrûlantes comme des gouttes de flamme. L'angélus sonnait au\nloin. Il se secouait, s'essuyait et reprenait le chemin du\nvillage.\n   « T i e n s ! tu as les yeux rouges, lui disait sa mère en le\nrevoyant.\n   — Oui, répondait-il, j ' a i lu trop longtemps... »\n\n                                     *\n                                    * *\n\n    T o u t était consommé. Jean-Dominique portait la robe et,\n bien qu'il n'eût pas encore prononcé ses vœux, il avait dit adieu\n au monde dans son cœur. Les âmes simples et fortes de cette\ntrempe peuvent souffrir des résolutions qu'elles prennent, mais,\n dussent-elles en mourir, elles savent y rester inébranlablement\n fidèles. Elevé autrement, par des gens habiles à découvrir les\nvirtualités des enfants, le jeune homme, sans doute, se fût dirigé\nvers un autre destin. Il sentait obscurément qu'il n'était pas né\n pour le sacerdoce. S'il en était venu au point où il se trouvait,\n c'était par un concours de circonstances où sa volonté timide\n n'avait pris aucune part. Q u a n d il interrogeait autour de lui les\nautres séminaristes, il apprenait que tous s'estimaient heureux. Ils\nseraient de bons prêtres, attachés à leurs devoirs, et ne connais­\nsant ni nostalgie, ni regret. Pourquoi, lui, était-il différent des\nautres? Pourquoi, m ê m e à l ' h e u r e d e la prière, une chaîne invisible\ntirait-elle sur son cœur? Il songeait à son village et se surpre­\nnait à l'aimer d'un amour qu'il ne soupçonnait pas. Son rêve le\nparcourait tout entier et s'arrêtait aux stations douloureuses où,\njadis, il avait inconsciemment laissé des morceaux de soi-même.\nIl revoyait des paysages précis, si nettement représentés devant\nles yeux de son âme, qu'il lui semblait pouvoir toucher les\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           85\n\n\narbres et étreindre la terre sacrée. Ses camarades d'antan, dont\nil croyait avoir oublié les noms et les physionomies, ressusci­\ntaient en lui l'un après l'autre. Il était hanté par la figure brune,\naux cheveux crépus, d'un petit pauvre, qui était son voisin, et\nqui passait son temps à dénicher des oiseaux. Que faisait-il main­\ntenant? Il braconnait, sans doute. D a n s l'ivresse tiède de la\nforêt, couché sur une litière de feuilles mortes, dont le parfum\ngrise la cervelle, il attendait le passage du gibier, le doigt à la\ndétente, l'œil fixe, la respiration suspendue. E t cette petite\nvachère, aux yeux de porcelaine, aux joues rouges comme celles\nd'une poupée de carton, qui faisait paître ses trois vaches dans\nla prairie touchant au verger paternel? Q u e de fois, par-dessus\nla haie, il l'avait longuement regardée, sans qu'elle s'en doutât,\npendant les mois de vacances qu'il passait à la maison! Elle\nétait restée en lui. Il n'avait q u ' à fermer les yeux et il évoquait\ntoute la scène : au loin la forêt bleuâtre se massait contre un ciel\nplein de soleil. Les champs ouvraient partout leurs tabliers de\ncouleur. L a prairie frissonnait d'une herbe savoureuse, où la\nbrise jouait doucement. E t la vachère tricotait, debout, près de\nses bêtes, toute baignée dans la clarté vermeille.\n   Et puis, c'étaient ses parents qui apparaissaient dans le décor\nfamilier où ils vivaient, après tant d'ancêtres qui y avaient vécu.\nLe père, les narines largement ouvertes au-dessus d'une épaisse\nmoustache grise, tapait sur le cuir devant la fenêtre. L a mère,\navec son nez un peu rouge, son ventre déformé par le travail,\nlessivait devant la porte du j a r d i n . Ils étaient vieux, mais ils\nétaient pauvres. A l'âge du repos, ils devaient travailler encore.\nMon Dieu ! est-ce que sa place n'était pas là-bas, près d'eux,\npour les aider, pour prendre le marteau aux mains du père et\npour donner à la m a m a n une bru active et solide qui la rempla­\ncerait? U n e sueur étrange lui perlait au front. N'était-ce pas\nune tentation mauvaise qui lui suggérait toutes ces pensées?\nIl les chassait en vain. L e sommeil seul lui rendait la\nsérénité.\n   Alors il résolut de ne pas retourner au village avant la fin de\nses études. On l'appelait pourtant. L e curé voulait le voir sous\nla robe ecclésiastique. L a m a m a n souhaitait le montrer à tous\net s'en glorifier tendrement. Il n'irait pas. Il fuirait le danger\ndélicieux de raviver ses peines. Il s'efforcerait, par la distance\net par le temps, de couvrir d'une couche impénétrable d'oubli\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "86                             DURENDAL\n\n\nles souvenirs trop chers qui ne voulaient pas s'endormir dans\nson cœur.\n                                    *\n                                   * *\n\n   U n mardi, jour de congé au séminaire, J e a n - D o m i n i q u e s'ap­\nprêtait à suivre ses camarades dans une longue course à travers\nla campagne, quand on le d e m a n d a au parloir. L a salle claire\nétait pleine de soleil. Sur une chaise, près de la porte, à côté\nd'un grand panier de campagnarde, sa mère était assise. Est-ce\nqu'elle pouvait se passer de voir son gars? Comme il ne venait\nplus, elle était venue, elle : bien sûr qu'il ne la chasserait\npas?\n   « Ah! mon Dieu ! m a m a n ! . . . »\n   E t il ne trouvait que ces mots, qu'il répétait cent fois en\nétreignant la vieille femme.\n    « Allons, c'est bien! dit-elle enfin. Je vois que tu m'aimes\nencore un peu ! Mais pourquoi n'es-tu pas venu te montrer chez\nnous, avec ta belle robe neuve? »\n    Il prétexta des études plus difficiles, une retraite, mille empê­\nchements. Sa mère, d'ailleurs, l'écoutait à peine, tant elle met­\ntait de soin à le regarder.\n    « Es-tu b e a u ! murmurait-elle. Ça te va bien, ce costume.\nVois-tu, je me l'étais toujours dit : quand je te voyais, dans le\ntemps, servir la messe, j'étais bien sûr que tu ferais un joli\ncuré... »\n    Elle divaguait tendrement, l'éloignant, le rapprochant et\nfinissant par lui planter de gros baisers sur les joues.\n    « Ce n'est pas tout, ça! Il faut me montrer la ville. Va mettre\nton chapeau. On m'a dit que tu étais libre jusqu'à quatre\nheures... »\n    Ils s'en allèrent côte à côte, à petits pas, le grand garçon flot­\n tant dans sa robe trop large, un peu gêné de ses mains, et la\n vieille paysanne en bonnet à fleurs, drapée dans un châle à l'an­\n cienne mode. L a rue où ils étaient longeait l'évêché. L'herbe\n poussait entre les pierres. On n'entendait, dans l'air calme\n et pur, qu'une petite cloche, au loin, qui sonnait pour un\n baptême.\n    T o u t d'abord, la m a m a n voulut voir les bazars. Quels yeux\n elle ouvrait! T a n t d'objets rassemblés passaient son entende­\n ment. Etait-ce possible? On y vendait de la porcelaine et à côté\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           87\n\ndes jouets! Des gens souriaient autour d'elle de son ravisse­\nment. Des gamins secouaient son panier. Ensuite, elle voulut\nvoir les églises. Les hauts jubés l'effrayèrent. Elle préféra la\nvieille église de son village, où elle était mieux pour prier. Les\nboutiques l'arrêtèrent longtemps. Enfin, ses vieilles jambes\nréclamèrent du repos et, comme il restait une heure avant le\nmoment du départ, ils allèrent s'asseoir sur un banc, dans le\nParc.\n    Jean-Dominique, durant tout l'après-midi, avait peu parlé,\nétant taciturne de son naturel. Maintenant que l'instant appro­\nchait de quitter sa mère, il lui naissait une fièvre de questions\nqu'il ne parvenait plus à dominer. Il écoutait avec une sorte\nd'impatience la vieille femme, qui lui affirmait pour la centième\nfois son bonheur.\n     « Si tu savais, mon fieu! J e suis fière comme une reine de\nmarcher à côté de toi dans la rue. Il me semble que tout le\nmonde sait que je suis ta mère. O h ! dis, tu viendras bientôt\nchez nous? Promets-moi de venir te montrer, qu'ils sachent\nlà-bas combien tu es beau et crâne, quel joli petit curé tu\nfais !... »\n     Il promit, il promit tout ce qu'elle voulut et tremblant, rou­\ngissant, comme un coupable, il se mit à l'interroger sur les gens\nde chez eux. L e petit voisin, le dénicheur, qu'était-il devenu?\n Et la vachère de la grande prairie ? E t le cantonnier sans che­\nveux qui cassait des cailloux devant leur porte? T o u t le village\ny passait. Il n'oublia pas Marie, la vieille servante du curé, et\n Fine du jardinier qui remontait la route, chaque soir, avec son\ntroupeau. Est-ce qu'il y avait eu beaucoup de mariages dans ces\nderniers temps? Vraiment, le fils du garde avait pris femme? Ils\nétaient du même âge, ils avaient fait ensemble leur première\ncommunion. A la pensée que lui aussi, s'il était resté là-bas,\naurait pu se marier un jour, un long soupir l'émut tout entier.\n Mais il interrogeait toujours. Il s'intéressait à tous les détails,\n aux misères de gens qu'il connaissait à peine, à toutes les faces,\n même les plus humbles, de cette vie qu'il avait fuie et dont il\n n'avait pu s'arracher du cœur les racines profondes. Sa mère\n n'en revenait pas. C o m m e n t ! Il n'avait pas oublié les noms de\n tous ces gens-là! Ils se rappelait leurs histoires! Et elle qui le\n croyait si étranger à l'existence du village depuis qu'il n'y habi­\nt a i t plus! Est-ce qu'il pensait donc si souvent à ses vieux, à tous\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "88                           DURENDAL\n\n\nceux de là-bas qui l'avaient aimé? U n e mère a des pressenti­\nments subtils. Les regards de la vieille cherchaient ceux de son\nfils. Est-ce qu'elle n'allait pas y lire, peut-être, un regret, une\namertume?\n    Mais Jean-Dominique rêvait. Son âme était là-bas, dans la\nforêt natale, vautrée sur la mousse, ivre de parfums et de\nliberté. O mon Dieu! Pourquoi n'était-il pas le plus humble, le\nplus ignorant des paysans de son village, délivré de cette\nscience maudite, de cette supériorité mentale qui avaient créé\nson destin? Et il se désolait, oubliant sa mère, q u a n d celle-ci lui\ntoucha doucement le bras :\n    « Mon fieu, dit-elle, je t'ai cuit des galettes. J e sais combien\ntu les aimes. Regarde, comme elles sont bien dorées! »\n    E t du panier immense elle retira un paquet mal ficelé. U n e\ngalette s'en échappa, blonde comme la terre au soleil, parfumée\ncomme un rayon de miel. C'en était trop. Jean-Dominique la\nsaisit et l'écrasa sur ses lèvres. Il croyait respirer tout un jour\nentier du printemps de chez lui. T o u s les vergers en fleur, toutes\nles haies d'aubépine, toutes les odeurs des champs et des bois\nrevivaient sous sa narine dans ce chaud baiser qu'il imprimait\nsur la pâte dorée. O galette semblable à celles de son enfance!\nL a maison paternelle s'évoquait à son tour avec des souvenirs\ntroublants. Jean-Dominique, dans sa belle robe neuve, eut beau\nfaire appel à son cœur vaillant : les larmes furent plus fortes que\nson courage. Il se mit tout bonnement à pleurer.\n     « T u pleures! s'écria la mère. Mon Dieu, mon petit, est-ce\nque tu ne serais pas heureux? »\n     E t la pauvre vieille lui serrait les mains en interrogeant ses\nyeux. L e séminariste laissa tomber sur elle ses regards et lut\n dans son visage une telle détresse, une inquiétude si mortelle\n que ses larmes, brusquement, tarirent et qu'il reprit sa physio­\n nomie normale. Qu'avait-il fait? Quelle folie! Est-ce qu'il allait\n renvoyer là-bas sa vieille mère avec ce souci qui ne la quitterait\n p l u s ' Alors il fit le brave et se contraignit à sourire. P a s heu­\n reux? Avait-il l'air d'être malheureux? Il pleurait? E h bien, oui-\n da, il pleurait de souvenance, voilà tout!\n     P o u r tranquilliser tout à fait la vieille femme, il affecta une\n grosse gaieté j u s q u ' à l'heure du train. Il acheta une pipe pour\n son père. Il força sa mère à accepter pour elle une boîte de\n pastilles pour la toux. Si, si! elle toussait! Il l'avait bien\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                          LE SÉMINARISTE                           89\n\nentendu. Ne devait-elle pas se conserver bien portante pour le\njour où il dirait sa première messe?\n   La vieille partit radieuse. Tant qu'elle put le voir, elle lui\nenvoya des baisers par la portière. Debout, au bord du quai,\nJean-Dominique suivit des yeux, longtemps, la fumée du train\nqui retournait là-bas. Lorsque tout eut disparu, sa pensée cou­\nrut le long des rails. Et il restait là, le cou tendu, dans l'attitude\nd'un homme attendant quelque chose qui ne viendra jamais.\nL'heure sonna. Il était en retard. L'instinct de la règle surgit\nde son désarroi. Il se mit à courir par les rues, le chapeau dans\nla nuque, son paquet de galettes à la main. Et les gens regar­\ndaient avec étonnement passer cette robe noire gesticulante\nd'où s'échappaient confusément des bouts de prière et des\nsanglots.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   Jean-Dominique ne devait pas aller jusqu'au bout du sacri­\nfice. La crise avait été trop forte. Le lendemain, une fièvre\ncérébrale se déclara et son délire le trahit. Ses supérieurs\ns'interposèrent. Quand il ouvrit les yeux, ses vieux parents\nétaient à son chevet. Avec des mots prudents et tendres, sa\nmère lui dit qu'il avait parlé dans la fièvre. C'était fini : il\nne serait pas prêtre. D'ailleurs, ils avaient besoin de lui au\nvillage. Le curé était prévenu. Tout le monde approuvait qu'il\nrevînt auprès de ses vieux.\n   Alors Jean-Dominique ressuscita à la vie. Sa guérison fut\nrapide. Il devint ce paysan robuste et gai que l'on voit, à Sar-\nSaint-Roch, courbé, de l'aube au soir, d'un bout de l'an à\nl'autre, sur la vieille terre du père Chauvin. Parfois, maman\nChauvin cuit encore des galettes. La première qui sort du\nmoule, chaude et vermeille, est pour Jean-Dominique. La\nvieille femme est un peu mélancolique en la lui apportant.\n   — « C'est pourtant à cause d'une galette!... » a-t-elle l'air\nde penser.\n   Mais elle se déride bientôt en voyant le large sourire heureux\nde son fils, avec la galette d'or entre les dents.\n\n                                                 GEORGES RENCY.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                     La Voie\n                                               A Maurice Duwez,\n\nComme ils sont sans tourments dans leurs urnes bornées,\nD'autres vont aux travaux pour qui leurs mains sont nées,\nEt leur âme est docile an geste de leurs mains;\nCar leur cœur, desséché comme un bois sans       fontaine,\nNe s'abreuve jamais à la pensée     hautaine\nEt leurs paisibles jours seront sans    lendemains.\n\nMais toi, si ion esprit est anxieux et doute,\nAu carrefour muet, du terme et de la route.\nSi les hommes, venus aux seuils où tu frappas,\nNe te comprennent pas et raillent ta jeunesse,\nOu, lisant dans tes yeux un effroi qu'ils    connaissent,\nInclinent leur front grave et ne répondent pas,\n\nEcoute. Moi qui viens de l'aube,allègre    et ferme,\nEt m'arrête ce soir, près de marquer mon ternie\nOù tu commenceras, en toi j'éveillerai\nLe désir et l'espoir, aux ivresses   puissantes,\nAfin que, confiant en toi-même, tu sentes\nGrandir dans ton cœur pur leur vertige sacré.\n\n0 jeune homme'. Entre ainsi dans la vie incertaine     :\nLe front levé, le cœur fervent et l'âme pleine\nD'enthousiasme     ardent et d'espoir indompté;\nExalte en toi l'orgueil juvénile de croire\nQue le flot renaîtra soudain, si tu veux boire\nA la source tarie o \" lu t'es arrêté.\n\nLa volonté des forts s'impose aux destinées.\nLeur cœur vierge est mûri dès leurs jeunes années\nEt la beauté du monde émerveille leurs yeux.\nLa douceur de ta vie en passera le songe,\nEt, que ton sort s'abrège — hélas ! — ou se prolonge,\nLes dieux te l'envieront comme un don plus grand     qu'eux.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                       LA VOIE                              91\n\n\nEntends-tu fuir les jours au pas des heures brèves?\nTu dormiras bientôt le long sommeil sans rêves\nAu pays ténébreux que la mort       t'ouvrira;\nDescends-y sans e/J'roi, magnanime et tranquille :\nPour qui l'a mérité, la mort est un asile\nOù, loin du corps tombé, l'esprit seul régnera.\n\nJe l'ai montré la roule et tu connais son terme;\nLes chemins sont ardus. Gravis-les d'un pied ferme;\nOn découvre aux sommets des horizons plus beaux,\nOffre au bonheur jaloux une âme sans faiblesse,\nEt garde des jours vains que le passé nous laisse\nL'image qu'un vivant emporte des tombeaux.\n\n                                           MAURICE    LAUZON.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "                          Les Expositions\n\n   L a X I I e exposition de « P o u r l'Art ». — Les salons Pour\nl'Art offrent chaque a n n é e u n intérêt renouvelé. Quelques artistes éminents\nleur sont fidèles et y montrent régulièrement le meilleur de leur p r o d u c t i o n .\nP o u r s u i v a n t nettement le développement de carrières h a r m o n i e u s e s , ces\nartistes ne s'arrêtent point à des redites et leurs recherches sont fécondes en\ntrouvailles ingénieuses.\n    L a participation du statuaire VICTOR ROUSSEAU est particulièrement m a r ­\nquante à ces expositions et, depuis plusieurs années, l'apparition de ses\nœuvres magistrales constitue un événement du cycle esthétique. C'est a u\ncercle Pour l'Art q u e nous vîmes d'abord et la Demeter, et les Sœurs de l'Illu­\nsion, et le portrait du Frère et de la S œ u r , et ces groupes, ces figurines con­\ncentrant tant de pensée et de beauté plastique en des formats exigus. Cette\nfois, M. Rousseau expose u n e série de bustes et quelques petites œ u v r e s . J e\ncrois qu'il se dépasse lui-même dans le portrait de notre grand et cher\nConstantin Meunier. L a bonté puissante, le rêve douloureux de ce m a s q u e\nsouffrant y sont miraculeusement exprimés. Ces yeux, qu'aucun artifice n e\ncolore, gardent dans la forme intacte et blanche de leurs prunelles u n\nmystère de vie profonde; le front sillonné par le travail de l'idée, la b o u c h e\nindulgente et apitoyée respirent la force créatrice, la compréhension géné­\nreuse de la vie. U n e telle œuvre est illimitée de puissance émotive, de sensi­\nbilité forte.\n    L e s bustes de M M . Leyniers, d'un garçonnet et de M. L . . . — dont la\ncécité est si curieusement évidente — montrent u n e analogue intelligence du\ncaractère essentiel des modèles. Le premier pourrait synthétiser ce qu'on est\nconvenu d'appeler la profession libérale, le deuxième l'éphèbe m o d e r n e plus\na d o n n é aux travaux de l'esprit qu'aux exercices du corps, le troisième res­\nplendit d'une résignation douloureuse infiniment touchante. Quel art plas­\ntique peut aller au delà d'une telle pénétration psychologique? Les autres\nsculptures de M. Rousseau, qu'il intitule Émus, Les Ingénues, Homme au Chien,\nÉtude pour une figure de l'Été, offrent de nouvelles interprétations de ces types\nde jeunesse svelte, élégante en sa m i n c e u r nerveuse, qui sont caractéristiques\nde son art. U n e technique parfaite rend de tous points précieuses ces œuvres\n raffinées. Elles ont la grâce h a r m o n i e u s e de la silhouette, la continuité suivie\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                93\n\n\ndu galbe, la proportion, la mesure, elles reflètent une invention réfléchie et\nne se bornent pas à la saveur d'un magistral morceau. Peut-être sont-elles\nplus proches de la beauté nette des ouvrages de la Renaissance florentine que\ndes matérialités puissantes de certains maîtres flamands. Mais si elles peu­\nvent évoquer l'art d'une époque, elles sont cependant très dépourvues de\ntoute trace d'influence ou d'imitation. Elles sont toujours modernes complète­\nment, d'une inquiétude frémissante qui n'est que de notre temps. Même dans\nce buste décoratif — buste d'une jeune fille faisant partie d'un ensemble de\nstyle Renaissance — l'adaptation est ingénieuse, l'aspect rationnel, mais le nom\nd'aucun statuaire italien ou fiançais ne s'évoque à son aspect. Sans doute,\nBotticelli, Pilippino Lippi ou Piero della Francesca eussent goûté ce visage\nau front bombé, ce nez délicat, cette bouche mystérieuse, ces contours\narrondis, l'énigme fermée de ces linéaments jeunes ; ils eussent peint un por­\ntrait définitif d'après cette jeune fille. M. Rousseau s'est replacé dans l'atmo­\nsphère de leur époque, mais il a fait œuvre originale et personnelle avec infi­\nniment d'intelligence et de goût. On ne saurait assez le louer de cette série de\nmorceaux qui résument son labeur d'une année.\n    M. LAERMANS, peintre, poursuit, avec des moyens moins variés et moins\ncomplets, la réalisation d'une suite continue et logique de tableaux. La vie\nrurale des pauvres lui fournit ses thèmes ordinaires, non pas la calme existence\nquotidienne, mais tous les émois imprévus qui la dramatisent. Il est le\n peintre des scènes violentes, des heures d'exception. C'est l'accident, la\ngrève, le chômage, un départ d'émigrants, ou bien des types particulièrement\n pitoyables ou inquiétants, infirmes, vagabonds, rôdeurs, révoltés. Il les met\n en scène simplement et asservit à leurs formes gourdes, à leur neutre livrée\n de misère, les lignes et les tonalités du paysage ambiant. Ses arrangements\n ne sont pas très variés, son coloris puissant à une monotonie caractéristique.\n Sa manière est évidente. Il a une personnalité curieuse et restreinte.\n    M. Laermans ne redoute pas certaines répétitions partielles. Il réem­\n ploie des modèles et des études. Vous reconnaîtrez une femme minable, au\n visage abruti de misère, une fillette souffreteuse et mal d'aplomb, un gueux\n en sabots, au crâne pyriforme, aux traits grossièrement taillés. Vous con­\n naissez déjà certain sentier filant entre un mur blanc ensoleillé et un ruisseau\n où se mire un ciel nuageux. Vous devinez au-dessus du mur un clocher, de\n sombres verdures. A travers le chemin, au premier plan, un oblique rayon\n de soleil. De la mise en œuvre de ces éléments, le peintre compose des\n drames simples et poignants. Voici un cortège tragique, deux femmes, un\n homme emportant un jeune ouvrier qui s'est tué en tombant de quelque\n bâtisse. Une loque humaine cassée en deux. Le groupe tient tout d'une pièce\n  en une arabesque ramassée. La couleur est digne du vieux Breughei. Il y a\n  des valeurs sourdes en gris puissants qui ont des sonorités uniques. Cette\n  pochade rapide est un chef-d'œuvre de pathétique populaire, elle est angois­\n  sante. Voici un convoi d'enterrement dans un paysage lugubre. La nature est\n  sinistre à l'unisson de la douleur humaine. Voici un simple aspect d'une\n  contrée vespérale. Un froid humide y circule. Les chaumières se rencoignent\n  frileusement sous le chaume. Le ciel est plein d'eau, la rivière presque sta-\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "94                                   DURENDAL\n\n\ngnante sinue à pleins bords, le sol est imbibé comme u n e éponge. Ce pays est\ntriste et malsain. Son portrait est éloquent comme celui d'une personnalité\ncaractéristique. L a g r a n d e toile Les Paysans a plus de sérénité. H o m m e s et\nfemmes, outils à l'épaule, rentrent des champs. Déformés, déjetés, mais non\nestropiés ou hideux, ces Êtres h u m a i n s ne sont point traqués p a r le besoin.\nIls jouissent d'un calme las. Ils sont assurés ce soir d u souper et du gîte. U n\ntel art a u n e portée sociale. Il donne à penser.\n   M. ALFRED VERHAEREN n'a point de telles visées. Il est satifait d'être un\nbeau peintre, de vision saine et de métier accompli. Intérieurs, natures\nmortes, études en plein air lui sont prétexte à couleur rare, s o m p t u e u s e ,\nà magies de virtuose. Ses harmonies colorées sont savamment « cui­\nsinées », il est savoureux, juteux, recuit. O h ! le bel œil de magicien et\nl'habile patte !\n   M. AMÉDÉE LYNEN est un imaginatif naïf et chimérique. L a vétusté et fan­\ntaisiste bourgade d'Yperdamme. qu'il inventa de toutes pièces, continue à four­\nmiller des plus véridiques scènes parmi les aspects urbains les plus pitto­\nresques. Q u e penser de ces malintentionnés guettant au passage le bourgeois\nopulent, du retrait m ê m e où s'ouvre le geste sublime du Crucifié. Justesse\ndes attitudes, variété des m o u v e m e n t s et des types, invention fertile et iné­\npuisable des architectures, exécution spirituelle et alerte, ces rares mérites\nd'illustrateur mettent Amédée L y n e n en vedette dans u n e spécialité d'art très\namusante.\n   D a n s un autre d o m a i n e , M M . CIAMBERLANI et E M I L E FABRY sont des excep­\ntions bien méritoires. Notre école actuelle ne compte guère de décorateurs.\n M. Ciamberlani est à peine représenté cette année à ce Salon, mais M. F a b r y\ny complète cet envoi de grand style et de noble allure qui l'avait tant mis en\nvedette déjà au dernier Salon triennal. U n e g r a n d e pureté ,de dessin, u n e\nentente rare de la couleur — arbitraire — que peuvent revêtir ces sortes de\nmodernes tapisseries d o n n e n t à son Orphée charmant les animaux et aux Pan-\nneaux pour la villa de M. Wolfers u n e exceptionnelle valeur d'art. Il serait bien\nheureux qu'un grand ensemble décoratif fut confié à un maître si d o u é . Notre\npatrimoine national en serait a u g m e n t é .\n   M. R E N É JANSSENS creuse sa veine avec patience, ses intérieurs précis sont\nexacts et intelligents.\n   M. OMER COPPENS, u n peu plus étoffé, mérite d'analogues éloges. L e s pay­\nsages de M. DEHASPE, inspirés — un peu — par H a n s T h o m a et Léon F r é ­\ndéric, sont d'une belle a m p l e u r savante; M. EMMANUEL VIERIN, d a n s la\nmanière de Claus, a des notations intéressantes; M. FIRMIN BAES expose des\ndessins excellents. Son Printemps et le Portrait de Mme P. W... ont des duretés\net des aigreurs rebutantes, ils témoignent néanmoins d'un indéniable talent\net d'une volonté tenace respectable.\n   M. H U I B . L U N S doit être loué pour l'audace et la vaillance — encore mal\nrécompensées — dont il fait preuve.\n   Les p a n n e a u x de M. OTTEVAERE, de tenue distinguée, et les sculptures de\nM M . P I E R R E BRAECKE et SPRIMONT confèrent, enfin, à cette exposition un\nintérêt point négligeable.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": ""}, {"page_pdf": 117, "texte": "L E R E T O U R DES CHAMPS\n        (LAERMANS)\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                   LES EXPOSITIONS                                           95\n\n\n   Exposition de l'art du XVIII e siècle français. — Les objets\nd'art du XVIIIe siècle fiançais, réunis par la Société de bienfaisance, compo­\nsent un ensemble exquis. Avant tout examen de détail, le visiteur est séduit\npar la tenue de ton raffiné, l'arrangement plein de goût de cette exposition,\nqui remplit, sans l'encombrer, u n e galerie p r o p o r t i o n n é e à son importance.\n    Tableaux, sculptures, tapisseries, meubles, bibelots de tous genres con­\ncourent à u n e évocation discrète des grâces charmantes et frivoles d'une\népoque brillante, superficielle et blasée.\n    U n e société m o n d a i n e très c o r r o m p u e , très cultivée, très sceptique, goûtait\nun art plus épris de joliesse raffinée que de beauté grave. L a noblesse pathé­\ntique des g r a n d e s œuvres classiques fatigue les roués. Il leur faul des formes\ncompliquées et nouvelles, des recherches précieuses, des inventions galantes.\nLa jouissance a tué l'idéal, le scepticisme a rapetissé les idées, l'état d'âme\ndu m o m e n t se reflète d a n s le cadre où se meût la vie élégante.\n    L e souci de plaire domine les artistes et les ouvriers d'art. La perfection\ndu travail matériel est indispensable, c o m m e la beauté des matières et la com­\nplication des décors. U n e science traditionnelle, u n e habileté prodigieuse,\nune éducation de l'œil et de la main, l'ingéniosité du goût français le plus\naffiné, enrichissent les m o i n d r e s ouvrages du temps. La culture des mondains\nleur rend compréhensibles, familiers, les raffinements les plus ténus d'un\nmoment de civilisation trop avancée et comme pourrie d'art. De nos jours,\nune rudesse truste ferme à b e a u c o u p d'esprits, d'ailleurs éminents par d'au­\ntres côtés, l'intelligence des subtilités de cet o r d r e ; u n e brutalité due à l'abus\ndes sports, aux luttes pour l'existence, à l'avènement des couches sociales\ndépourvues de passé et de traditions, fait reléguer parmi les préoccupations\nnégligeables les jouissances qui enivraient la société d'avant la révolution.\n    On sait quelle réaction fit méconnaître, p e n d a n t toute la première moitié\ndu XIXe siècle, les formes esthétiques qui l'avaient immédiatement précédé.\n U n e négligence aveugle et ignare laissa se perdre des trésors que la mode\nensuite devait rechercher et — par u n e n g o u e m e n t sans mesure comme le\ndédain qu'il remplaçait — remettre en vogue follement. L'influence de la\n littérature, les commentaires des Goncourt, rapprirent à d'aucuns ce que tous\nsentaient d'instinct cent ans plus tôt. On vit les peintures d'un Watteau ou\nles meubles d'un Riesener reconquérir les suffrages d'une élite et,\n le snobisme s'en mêlant, monter dans les grandes ventes, à des taux\n imprévus.\n    L'exposition actuelle ne contient pas b e a u c o u p de chefs-d'œuvre indiscu­\n tables. La participation du garde-meubles de l'Etat et de collectionneurs\n émérites lui assure un niveau général très satisfaisant. Mais il serait oiseux\n de vouloir comparer les tableaux réunis par le comité organisateur avec les\n trésors que Guillaume I I , dépouillant les.châteaux royaux de P r u s s e , avait\n exhibé à l'admiration un peu jalouse de Paris et du m o n d e d a n s le Pavillon\n impérial allemand de l'Exposition universelle de 1900. Ces Antoine W a t t e a u ,\n ces Chardin, ces Boucher, ces L a n c r e t , c e s P a t e r , ces Natoire, ces L e m o y n e ,\n ces F r a g o n a r d , les portraits de Largillière, d ' H y a c i n t h e Rigaud, de Nattier,\n de Drouais, d'Aved, de Vestier, de M m e Vigée, réunis rue Royale, sont\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "96                                     DURENDAL\n\n\npresque tous authentiques, sans être de premier o r d r e ; les noms des g r a n d s\nstatuaires, des grands ébénistes, des grands ciseleurs, des grands o r n e m a ­\nnistes n e s o n t p a s tous représentés, mais tel quel, en attendant la publication\nd'un catalogue ordonné et le n u m é r o t a g e obligé des objets actuellement\nconfondus dans l'anonymat le plus confus, le Salon XVIIIe siècle est déli­\ncieux et mérite d'être longtemps encore le rendez-vous des élégantes et\ndes lettrés.'\n   A citer, hors pair, le superbe Lancret prêté par la comtesse de Pourtalès,\navec son décor de parc aux bleus lointains savoureux et précieux, u n Bou­\ncher égrillard, mais combien élégant de dessin souple, de métier habile, de\ncouleur fine, un petit Chardin robuste et intime, u n e jolie étude-pochade de\nW a t t e a u , u n portrait de femme sans attribution (collection Lazzaroni) et\nquelques tapisseries doucement fanées.\n   Les terres cuites, les petits bronzes (voir le F a u n e de Pajon, d'une patine\nravissante), les boîtes émaillées, les éventails; quelques dentelles concentrent\nl'attention des spécialistes et justifient de fréquents pèlerinages à ce local\nrempli d'aimables choses. Des conférences et des musiques en maintiennent\net en varient l'attrait.\n\n\n   Les sculpteurs et les ciseleurs du XVIII e siècle. — Dans\nle cadre élégant du Salon d'art français duXVIIIesiècle, M . T H I E B A U L D - S I S S O N ,\ndes Débats, a conférencié avec érudition et avec charme. Sujet : Les sculpteurs\net les ciseleurs du XVIIIe siècle, illustré de projections lumineuses. P u b l i c n o m ­\nbreux avec, au premier rang, le prince et la princesse Albert, très attentifs.\n M. Thiebault, p a r l a n t des ciseleurs qui ont enrichi d'appliques de bronze si\ndélicatement ouvré les meubles de style, a démontré la supériorité des com­\npositions du temps de la Régence et de Louis XV, tellement plus logiques\nque les ouvrages exécutés sous le règne de Louis X V I .\n    Toujours à travers le caprice a b o n d a n t de l'ornementation riante, un galbe\nrationnel, des a p l o m b s judicieux, un sens de l'adaptation du décor à l'effet\nh a r m o n i e u x de l'ensemble, demeurent manifestes. P l u s tard, l'invention\nmoins généreuse et plus froide admet des allures trop grêles, des dispropor­\ntions mièvres, l'emploi de matériaux absurdes d a n s leur joliesse, médaillons\nde porcelaine ou de biscuit sertis de métal, panneaux de verre peint et autres\nfantaisies discutables.\n    S a n s médire de la réelle élégance et de la sobriété des chefs-d'œuvre du\nstyle Louis X V I , l'orateur s'est attaché à mettre en lumière les mérites de\nl'époque précédente, opposant Crescant à Riesener et finissant par la critique\ndes modèles \" Premier E m p i r e \", dus à Percier et F o n t a i n e .\n    L e s statuaires français contemporains de ces ciseleurs et de ces ébénistes\nont fourni à M. Thiebault Sisson matière à d'intéressants développements.\nL'écran tendu derrière lui a reflété successivement des intérieurs célèbres, des\npeintures c o n n u e s , des statues caractéristiques, commentés avec goût, d ' u n e\nphrase alerte et joliment tournée. Cette causerie instructive a été très\ngoûtée.\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                 97\n\n    L a d a n s e a u X V I I I e s i è c l e . — La conférence donnée, samedi\n6 février, par M.GEORGES BOYER, secrétaire général de l'Opéra de Paris, sur\nla danse au XVIIIe siècle, fut frivole et aimable à souhait. Quelques idées\ngénérales sur l'évolution du costume et du style dans le ballet pendant cette\npériode brillante ont fourni prétexte à beaucoup d'anecdotes, à des traits\ntypiques, à des portraits de ballerines célèbres. Si même beaucoup de ces\nhistoriettes piquantes n'avaient pas la saveur de l'inédit, elles ont amusé\nl'auditoire par leur ton pittoresque et narquois.\n   Une heure de musique ancienne — sous forme de trios de chambre — a\nsuccédé à cette causerie. On a goûté une « suite » de Rameau et des morceaux\ncaractéristiques de divers petits maîtres, dont les cadences un peu prévues\nn'allaient point sans quelque monotonie. Exécution soignée et nette.\n   Le même soir, — au Concert Noble, — la vaillante Société française de\nbienfaisance avait organisé une audition musicale d'œuvres du XVIIIe siècle,\nagrémentée de deux épisodes chorégraphiques. Chambrée élégante et mon­\ndaine favorablement disposée et applaudissant courtoisement un programme\ncoupé, sorte d'intermède prolongé, auquel manquait l'appoint de quelque\npièce de résistance. Des indispositions avaient, au dernier moment, désorga­\nnisé ce concert. M. Albers a fait apprécier, une fois de plus, son goût et son\n style musical ; Mlle Hatto et Cortez, leur beauté et leur adresse de cantatrices\n appréciées; M lles Zambelli et Salle, la grâce souple et alerte de leur danse,\n un peu resserrée sur un théâtre minuscule et, partant, manquant de rythme\n et de liberté.\n    Un orchestre, sous la direction de M. Crickboom, un clavecin et un piano,\n fournissaient les accompagnements et ont exécuté quelques œuvres musicales\n bien choisies.\n\n   La    m u s i q u e a u X V I I I e s i è c l e . Conférence de M. ARTHUR\nPOUGIN, critique d'art parisien. 13 février. — Un aperçu de l'évolution musi­\ncale, la naissance de l'opéra comique, des détails sur les grands musiciens\ndu temps et surtout infiniment d'anecdotes, d'énumérations de noms oubliés,\nune documentation minutieuse et stérile, non sauvée par des vues larges,\nune compréhension nouvelle, une diction animée. Cette courte causerie a\nparu longuette...\n\n   L e s s a l o n n e t s é p h é m è r e s . — C'est une marée montante de\n peinture rapide que trop d'exposants hâtifs font déferler dans les locaux du\n Cercle, de la Galerie royale et même des cercles provinciaux. Presque rien\n de tout cela n'est à retenir. Les Artan composaient une salle agréable de\n notes fines et blondes, jolis « Artan » du commerce, sans le coup d'aile et la\n magie des plus belles pages du maître. — A Anvers, les deux exhibitions\n successives de Jan Van Beers, Petites femmes et Paysages, ont affirmé la\n décadence radicale d'un peintre qui fut jadis un artiste et s'égara dans un\n genre mercantile et malsain, à la poursuite de succès de mauvais aloi. — Au\n Cercle, Mlle Montigny a fait preuve de vision fraîche et claire, de recherche\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "98                                DURENDAL\n\n\nluministe intéressante. M. Cauchie s'est montré décorateur adroit et exécu­\ntant élégant. MM. De Biemme, Armand Laureys, Paul Sterpin, Edmond\nVerstraeten, ont obtenu les suffrages de leurs amis par des envois honorables\nun peu impersonnels. — A Gand, M. Rodolphe De Saegher a montré des\npastels délicats, de limpide harmonie. M. Maurice Pirenne n'a pas paru en\nprogrès. Mmes Voortman, De Weert et Robyns sont des « amateurs » intel­\nligentes et adroites; enfin, rue Royale, M. V. Abeloos a paru vraiment très\njeune et inexpérimenté dans un ensemble varié d'oeuvres médiocres, qui peu­\nvent promettre mieux pour l'avenir, avec beaucoup de travail...\n                                                                         P . L.\n\n    Exposition de Mlle M.-A. Tibbaut.— Nous reproduisons avec\njoie l'éloge de cette artiste remarquable, dont nous apprécions la haute\nvaleur et dont nous admirons les œuvres, qu'en fait l'Art Moderne, à l'occa­\nsion de l'exposition de ses aquarelles au Cercle Artistique de Gand :\n   \" On admire avec raison les aquarelles de Mlle M.-A. Tibbaut. Les\nrécentes expositions triennales nous avaient déjà donné l'occasion d'applaudir\nà son art consciencieux, aisé et marqué d'une grâce féminine qui en achève\nle charme captivant. Ces œuvres semblent conçues dans le calme d'une âme\ntrès amoureuse de la nature. Matin d'été, la Chaumière bleue, Ruelle ensoleillée et\ntant d'autres pages reposantes chantent la lumière baignant la glèbe au\nrenouveau, les vieilles demeures assoupies, les sables hérissés d'oyas, et ces\nintérieurs de béguinages dont l'artiste excelle à décrire la mystique\natmosphère. Tout est reposé, pacifique et taciturne. On cherche en vain une\nnote discordante; l'impression est néanmoins pleine d'inattendus, tant il y a\n d'analyse fine dans ces paysages que Mlle Tibbaut semble avoir peints d'une\n main pieuse et recueillie. Certains détails un peu poussés révèlent une\n tendance à la minutie dont l'artiste ne perdrait rien à se défaire. Il faut citer\n encore la Cour des Prébendiers, d'un effet très orginal, et des faïences portant\ndes scènes de béguinages; enfin, une Tête de fantaisie de facture remarquable ».\n\n    L a L i b r e E s t h é t i q u e inaugurera cette année (25 février- 29 mars)\nun nouveau cycle d'expositions. Pour résumer l'effort accompli par les pein­\ntres qui, sous le nom d'impressionnistes et de néo-impressionnistes, ont donné\nà l'art une orientation nouvelle, elle groupera, en un salon rétrospectif, un\nensemble méthodique d'œuvres caractéristiques empruntées pour la plupart à\ndes collections particulières. Le public y pourra suivre, étape par étape, l'évo­\nlution de la peinture moderne en France depuis Edouard Manet et Claude\nMonet jusqu'à ceux qui marchent aujourd'hui dans la voie qu'ils ont ouverte.\n   Cette exposition sera pour l'histoire de l'art un document précieux. Elle\nconstituera une initiative qui, tentée à diverses reprises, n'aura jamais été\nréalisée jusqu'ici d'une façon aussi complète.\n   Elle aura une importance exceptionnelle. Plus de trente collectionneurs\nparisiens ont mis les plus belles toiles de leurs galeries à la disposition de la\ndirection. Manet sera représenté par une quinzaine d'œuvres, parmi lesquelles\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                 LES EXPOSITIONS                                        99\n\nle Linge, la Dame aux éventails, le Portrait d'Antouin Proust, etc.; Renoir, par une\ndouzaine de tableaux, a u nombre desquels la Loge à l'Opéra (Exposition cen­\ntenale de 1900), les deux Danses, les Baigneuses, les portraits de M m e Charpen­\ntier, A. Mithouard, J . S a m a r y , etc.; Claude Monet, par vingt paysages résu­\nmant l'ensemble de sa production depuis 1875; Degas, par u n e quinzaine de\npeintures à l'huile et de pastels; Pissarro, Guillaumin, Sisley, Berthe Mo­\nrisot, Mary Cassatt, Cézanne, G a u g u i n , Van Gogh, L a u t r e c , par u n choix\nméthodique de leurs œuvres principales.\n   Les toiles des peintres néo-impressionnistes Seurat, S i g n a c , Van Ryssel­\nberghe, Cross, L u c e , et celles de M M . Maurice Denis, Vuillard, Roussel,\nBonnard, d ' E s p a g n a t , A n d r é , Valtat et Guérin compléteront l'historique en\ndi vulgant l'orientation actuelle de l'art issu des initiateurs de l'impressionnisme.\n   Au cours de l'exposition, la Libre Esthétique résumera, en quatre concerts,\nl'histoire de la m u s i q u e de c h a m b r e qui se développa en F r a n c e , depuis u n\nquart de siècle, parallèlement à l'art impressionniste.\n   Ces auditions, qui a u r o n t lieu tous les m a r d i s de mars, à 2 1/2 heures pré­\ncises, auront pour principaux interprètes M. Vincent d ' I n d y , Mlles Blanche\nSelva et Marthe Devos, M M . S. Austin, E . Bosquet, E . C h a u m o n t , M. Crick­\nboom, R. Vinès, etc. Des œuvres de G. Bizet, A. de Castillon, C. F r a n c k ,\n H. Duparc, V. d ' I n d y , E . Chabrier, E . Chausson. P . de Bréville, G. F a u r é ,\nCh. Bordes et G. L e k e u composeront avec celles de MM. Debussy, Magnard,\nRopartz, Coindreau, Ravel, Février, S a i n t - R e q u i e r , de Séverac, etc., des\nprogrammes chronologiques et h o m o g è n e s .\n   Tous les vendredis, à la m ê m e h e u r e , des conférenciers analyseront respec­\ntivement l'évolution actuelle de la peinture, de la poésie, de la musique et du\n théâtre.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "Les Jets d'Eau du Jardin...\n\nLes jets d'eau du jardin se meurent      doucement\nPour avoir offensé de leur rire charmant\nLe blanc silence épars dans les mornes allées\nOù passent, dérobant leurs faces désolées\nSous des voiles brodés de signes     ténébreux,\nLes Princesses que hante un souvenir        heureux\nEt qu'un obscur destin naguère a condamnées\nA vivre désormais entre les fleurs fanées\nEt les marbres brisés de ce parc dévasté. .\nLes grands jets d'eau si purs sous la lune d'été\nEt si graves parmi les frondaisons       d'automne,\nExpirent lentement sous le ciel monotone\nQu'attriste encor l'effroi d'une éternelle nuit.\nTout est détresse, tout est deuil, tout est ennui\nDans ce jardin pensif où passent en silence\nDe grands fantômes las qui pleurent leur enfance.\n\n                                      GEORGES MARLOW.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": ""}, {"page_pdf": 125, "texte": "LA PRIÈRE DES H U M B L E S\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                    Chronique Musicale\n\n    Deuxième concert du Conservatoire. — Le programme du\n deuxième concert du Conservatoire réunissait, à côté l'une de l'autre, trois\n œuvres à peu près contemporaines, mais combien différentes : l'ouverture de\n Guillaume Tell (1829) de Rossini, la huitième Symphonie (1812) de Beethoven,\n le deuxième acte de la Vestale (1807) de Spontini. L'intérêt artistique de cette\n audition se complétait donc d'un intérêt historique.\n    L'ouverture de Guillaume Tell est proscrite depuis assez longtemps déjà des\n programmes de nos concerts classiques, et l'on se demande s'il ne faut pas\n chercher un des principaux motifs de ce discrédit dans la banalisation à\noutrance de cette symphonie, dans les approximatives et déflorantes versions\nqu'en ont donné les orchestres militaires et civils ayant la mission de réjouir\nles jardins et jardinets publics des deux mondes. On peut donc dire que\nl'audition du Conservatoire nous l'a fait connaître. Réserves faites relative­\nment à la naïveté de sa facture assez rudimentaire, l'orage de l'introduction\nconstitue une jolie page descriptive, qui ne manque pas d'élévation, mais\nplutôt de développement. Le Ranz des Vachf s respire je ne sais quel nostal­\n gique parfum des montagnes et des solitudes persives de l'Helvétie. Seule, la\nmarche finale reste sans appel possible classée dans le style de l'opérette\nbouffe, ce qui découronne l'œuvre de sa poésie.\n   Il est assez intéressant de remarquer que la partition du Barbier de Sèville,\ndans son entièreté, et l'ouverture de Guillaume Tell sont les seules épaves qui\nont échappé au naufrage d'oubli où a sombré tout le reste de l'immense pro­\nduction du maître italien. Et cependant, l'on ne saurait, sans injustice, con­\ntester à l'auteur du Barbier des dons éminents de mélodiste. Mais ce qui a\ncondamné son œuvre à mort, c'est la déplorable facilité avec laquelle elle a\nété écrite, c'est le manque de pensée et, surtout, d'effort artistique qui la carac­\ntérise. Sans vouloir faire nôtre cette définition de Buffon, que le génie n'est\nqu'une longue patience, il est incontestable qu'une œuvre d'art, si elle veut\nvivre, doit être disposée, méditée, édifiée et non bâclée en deux semaines,\ncomme tant de partitionnettes de Rossini, ou écrite entre le potage et le rôti,\nainsi que ces nombreuses cavatines à l'eau de rose, qui rendirent célèbres les\nnoms de Pasta, de Malibran et de Pizzaroni. Meyerbeer travaillait ses opéras\npendant dix ans avant de leur laisser voir le feu de la rampe, et c'est la véri-\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": " 102                               DURENDAL\n\n\n\n table raison pour laquelle son œuvre, bien plus sérieusement et solidement\n construite, mais dont l'esthétique ne diffère pas essentiellement de celle de\n Rossini, a définitivement survécu à cette dernière.\n    La huitième Symphonie de Beethoven est évidemment inférieure à ses sœurs,\n tant au point de vue de l'élévation de l'inspiration qu'à celui de la portée\n philosophique et symbolique de l'œuvre. Elle intéresse néanmoins vivement\n par je ne sais quel charme lumineux de jeunesse et de printemps embaumé,\n qu'elle distille d'un bout à l'autre. N'apparaît-elle point comme un dernier\n regard en arrière, comme un suprême hommage rendu par Beethoven à son\n maître Mozart avant de fonder dans la Neuvième les définitives assises de\nl'art nouveau ? L'orchestre du Conservatoire a parfaitement rendu cette œuvre\n de lumière et de joie.\n   L'audition du deuxième acte de la Vestale de Spontini a été intéressante et\ninstructive. Cet art est sans doute loin d'atteindre à la gravité d'inspiration,\nà la puissance et à la vérité d'accent de la langue musicale d'un Gluck. L'on\nne peut toutefois méconnaître que, par la tenue générale du style, la Vestale\nde Spontini ne soit en avance sur les autres opéras italiens de cette époque,\net qu'elle ne constitue un essai loinlainement avant-coureur des initiatives\nrénovatrices et des conceptions d'art de l'avenir. Elle intéresse donc, par\nsa valeur documentaire, au moins autant que par sa valeur d'art. Le rôle de\nla Vestale (Julia) est plus particulièrement captivant, et Mme Dratz-Barat, à\nqui était confié le soin de nous en traduire les beautés, l'a fait d'une façon\nremarquable, avec une sincérité de sentiment tout à fait éloquente, ne se\ncontentant pas de chanter, mais voulant encore interpréter et vivre son rôle,\nsecondée à merveille dans sa mission par MM. Demest, Cotreuil, Van den\nBergh, Mlle Latinis, l'orchestre et les chœurs du Conservatoire.\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n    D e u x i è m e c o n c e r t Y s a y e . — Salle comble, programme intéressant\net varié. La première partie a été consacrée (à part une œuvre symphonique\nde Duizings, un jeune compositeur belge) aux maîtres de l'époque classique.\nTout d'abord, la symphonie de Mozart, en mi bémol, chef-d'œuvre de grâce et\nd'émotion. Le ravissant menuet de cette symphonie a été rendu populaire\npar une transcription pour piano de Jules Schulhoff, transcription médiocre,\nen somme. L'exécution de cette symphonie a marché à ravir, notamment dans\nles deux dernières parties — le menuet et le finale. Celui-ci, une petite mer­\nveille d'enjouement et d'esprit fin et délicat, a été absolument mis au point\npar notre éminent chef d'orchestre.\n   Mme Gay, la seule soliste du concert, est une cantatrice d'origine espa­\ngnole. C'est un contralto. Le timbre de voix est étrange, le volume\nremarquable, mais non exempt des défauts communs à ce genre de\nvoix. Registre grave fort beau, médium qui accuse des faiblesses, registre\nélevé assez bien étoffé.MmeGay a chanté un air d'Alceste : « divinités du Styx »\net un air de Haendel. Nous préférons, et de beaucoup, son interprétation de\nl'air de Haendel à celle de l'air d'Alceste de Gluck. Dans la deuxième partie de\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                103\n\nce concert, Mme Gay, dont le succès auprès du public s'affirmait de plus en\nplus, a chanté une mélodie de Caldara, un vieux maître italien trop oublié,\ncar il ne le méritait guère; des mélodies de Brahms et une mélodie de Richard\nWagner, enfin deux chansons populaires espagnoles.\n    Dans la deuxième partie du programme, Eugène Ysaye a fait entendre\ntrois pièces symphoniques de Debussy, l'auteur de Péléas et Mélissande. Ces\npièces sont intitulées : Nuages, Fêtes, Sirènes— celles-ci avec choeur de femmes.\nDebussy n'est évidemment pas le premier venu. De ses compositions se\ndégage une personnalité bien tranchée, une âme en quête d'horizons nous\n veaux. L'orchestration de ses pièces est sui generis aussi. Ce sont des impres­\n sions, des paysages rappelant Corot, ce peintre au pinceau en quelque sorte\n immatériel, car Debussy est plutôt un coloriste. A la première impression,\n le dessin semble un peu flou, presque nul. Mais, en examinant de plus près\n la facture de ces compositions, on s'aperçoit vite que l'artiste est en posses­\n sion de son métier. Nous ne croyons pas nous avancer trop en constatant\n que les éléments constitutifs de son art à lui sont en nombre assez restreint.\n  Il est certain, d'une part, qu'il a su formuler son art. Mais on se demande,\n d'autre part, si les éléments dont le compositeur dispose seront suffisants pour\n  permettre un développement ultérieur de son très réel talent. Le danger\n  pour Debussy, c'est de tomber, tôt ou tard, dans le maniéré et pour les jeunes\n  celui de l'imiter. Car, quoi qu'on dise, l'art de Debussy est une impasse —\n  pour les autres.\n     Le concert s'est terminé par l'exécution d'une fantaisie espagnole d'Albe­\n niz (un ancien lauréat du Conservatoire de Bruxelles). Cette trucculente com­\n position, où les deux styles — le moderne et le classique — se battent à coups\n de poing, est amusante comme un « signe du temps », comme un fait qui\n  permet de constater l'état d'âme d'un musicien contemporain, sans origina­\n  lité : c'est, si vous voulez, du Chabrier modernisé. Nous préférons humble­\n  ment l'ancien quand même.\n     Il ne serait pas juste que nous passions sous silence le fragment sympho­\n  nique de M. Duizings. Cette composition ne manque pas de mérite ni au\n   point de vue de l'orchestration, ni au point de vue de la facture.\n      Nous nous plaisons à rendre ici un éclatant hommage aux généreux efforts\n   d'Eugène Ysaye. Il ne se contente pas d'être un des plus grands violonistes\n   de notre époque, un interprète inspiré de Bach et de Beethoven. C'est, en\n   même temps, un initiateur de tout mouvement musical nouveau et un vail­\n   lant protecteur des jeunes compositeurs. Par son activité de virtuose, de\n   chef d'orchestre, de professeur et d'initiateur, il nous rappelle la haute figure\n   de Franz Liszt, que des pygmées ont l'air de traiter par-dessous la jambe.\n   Ce n'est pas d'aujourd'hui que Franz Liszt est en but aux attaques de tout\n   genre, les unes drôles, les autres stupides. Autant en emporte le vent. Le\n   vrai mérite, c'est comme de l'huile sur l'eau : ça surnage toujours et ça con­\n   jure les tempêtes.\n      Si nous parlons ici de Liszt, c'est parce que Ysaye a fait exécuter la Faust-\n    symphonie du maître hongrois, au sujet de laquelle nous avons entendu et lu\n    des jugements curieux et contradictoires, les uns drôles, les autres insensés.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": " 104                                 DURENDAI,\n\n\n P a r m i ceux qui en parlèrent en se donnant des airs de supériorité vraiment\n c o m i q u e s , il y en a qui ne connaissent le Faust de Goethe q u e d'ouï-dire...\n Quelle belle chose que la critique d'art en général et la critique musicale en\n particulier!\n                                                             LÉOPOLD WALLNER.\n\n\n    T r o i s i è m e C o n c e r t p o p u l a i r e . — Encore un beau concert à\n  l'actif de M. Sylvain D u p u i s et de son orchestre.\n      L e s variations écrites pour orchestre par Brahms sur u n thème de Haydn\n  ouvraient ce concert. Le mode de la variation est une forme de développe­\n  ment musical qu'affectionne et où excelle d'ailleurs l'auteur du Requiem alle-\n  mand. L a moitié de son oeuvre pour piano (qui occupe actuellement le pre­\n  mier rang dans la littérature de cet instrument) se compose de variations\n  remarquablement écrites sur des thèmes souvent dénués d'intérêt. Tel n'est\n  point le cas du thème de Haydn, empreint d'une saveur naïve, sur lequel Brahms\n a construit son œuvre, édifice qui se dresse harmonieusement, malgré la diver­\n  sité des détails de son architecture. Il est intéressant de voir le parti qu'en\n tire le grand symphoniste, les aspects toujours variés et inattendus\n sous lesquels il le présente, l'expression tour à tour gracieuse, puissante,\n spirituelle, qu'il arrive à lui communiquer, et cela sans jamais empri­\n sonner la pensée du maître dans u n voile tellement o p a q u e , qu'elle vienne\n à disparaître, étouffée sous son riche vêtement.\n     L a Mort et Transfiguration de Strauss a déjà été entendue à Bruxelles. Il se\n peut que d'autres poèmes de Strauss soient encore plus remarquables par\n les raffinements du style et de l'orchestration (bien qu'à cet égard le\n souvenir que nous avons conservé des oeuvres s y m p h o n i q u e s de Strauss,\n exécutées toutes ou à peu près toutes à Bruxelles, n e soit pas suffisamment\n précis pour nous autoriser à formuler ici u n e impression définitive).\n E n tout cas, Tod und Verklärung nous semble plus largement conçu et\np l u s immédiatement accessible de compréhension q u e les autres. C'est\nqu'en effet, pour être logique avec l'objet qu'il se propose et pour susciter\nd a n s l'âme de l'auditeur des impressions vivaces, le poème symphonique\ndoit réaliser l'expression musicale la plus adéquate possible des idées et des\nsentiments qu'il représente. Or, le concept de la mort et de la vie sublime\nqui lui succède, s'associe naturellement dans l'esprit de celui qui pense avec\nu n ensemble de certains sentiments simples, généraux, peu complexes, la\nterreur, la joie, l'espérance, la sérénité, l'élan religieux, l'ascension vers\nl'Infini, sentiments très puissants, très nettement caractérisés que la musique\nest merveilleusement apte à traduire. Si nous avions toutefois u n e réserve à\nfaire au point de vue de l'impression générale de l'oeuvre, nous dirions que\nStrauss a mieux rendu le côté dramatique de son sujet que le côté philoso­\np h i q u e . Il peint avec une haute éloquence l'émotion formidable qui étreint\nl'être humain au moment suprême; il exprime, d'une façon relativement trop\nbrève et sommaire, en tout cas avec moins de puissance et de netteté, les cer­\ntitudes lumineuses et bienfaisantes qui pénètrent l'âme sitôt qu'elle est entrée\nen contact avec le demi-jour qui enveloppe de ses rayons sacrés le seuil du\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                      105\n\n\nMystère auguste et insondable. Cela n ' e m p ê c h e pas qu'au point de vue\nmusical pur, le Tod und Verklärung n'occupe u n r a n g des plus éminents dans la\nproduction s y m p h o n i q u e c o n t e m p o r a i n e .\n   La virtuosité était représentée d a n s ce concert p a r M. A r t h u r de Greef qui\na d'abord j o u é le concerto en mi bémol de Mozart avec toute la grâce émue\nqui lui est coutumière, avec aussi u n e discrétion et une sobriété d'effets juste­\nment remarquées.\n   Le cinquième Concerto de Saint-Saëns est u n e œuvre toute en couleur, où\nla ligne fait défaut, où la pensée est également absente, mais où l'on ne peut\ns'empêcher de reconnaître et d'admirer u n des côtés les plus séduisants du\ngénie de Saint-Saëns, la verve pittoresque. Il ne faudrait, d'ailleurs, pas cher­\ncher en ce concerto autre chose et plus que ce que l'auteur a prétendu y\nmettre. C'est un caprice d'imagination quelque peu analogue à ceux qui\némaillent l'œuvre dramatique de Shakspeare et de Musset, c'est une fantaisie\nailée, un songe fuyant aux colorations imprécises. E n v i s a g é sous cet angle\nde vision, c'est é v i d e m m e n t le second m o u v e m e n t du concerto qui intéresse\ndavantage. M. de Greef s'est a b s o l u m e n t assimilé cette œuvre assez extérieure\ndont il fait vraiment u n e création à lui, la situant dans u n e atmosphère de\nmystère et de phantasma très adéquate à l'esprit du p o è m e , la semant de fleurs\nde grâce relevées par la poésie des sonorités et couronnées par la verve\néblouissante qu'il a déployée d a n s le finale triomphalement enlevé. Nous\nsignalerons c o m m e une caractéristique spéciale de la virtuosité de M. de\nGreef, les perlés exquis qu'il arrive à réaliser d a n s l'extrême douceur. L e\ngrand pianiste belge a été salué d'une ovation chaleureuse et à coup sûr bien\nméritée.\n   Le concert s'est terminé par une transcription orchestrale de la quator­\nzième Rhapsodie de Liszt, u n e des plus substantielles du maître hongrois,\navec ses trois parties nettement tranchées, la marche d'un accent fier et\nhéroïque qu'il a reprise et développée d a n s sa Fantaisie hongroise pour piano,\nsuivie d'un Zingarese pétulant et sauvage, et se concluant par une danse hon­\ngroise aux rythmes bondissants.\n                                                            GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n    C o n c e r t d e M a r c H a m b u r g . — Au p r o g r a m m e , le concerto de\n Tchaykowsky, u n e Toccata de Bach (arrangée par Tausig), la sonate en\nfa mineur de Beethoven, intitulée l'Apassionata, le concerto en ut mineur de\n Saint-Saëns.\n   Dès les premiers accords dans le concerto de T c h a y k o w s k y , le public parut\n surpris. La force de l'attaque, la puissance du son lui rappelait le Rubinstein\n des inoubliables séances données jadis par lui en ce même local de la G r a n d e -\n Harmonie. Le public s'est emballé dès le début. N o u s avouons avoir été\n non moins emballé que lui.\n   Mais dans l'œuvre de Bach, arrangée par Tausig, d a n s l'Apassionata de\n Beethoven, la force p h y s i q u e , le prestige de virtuose ne parvinrent pas à\n nous donner le c h a n g e . Ce n'est pas la force matérielle qui constitue la gran­\n deur, encore moins la profondeur de l'interprétation. N o u s entendîmes jadis\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": " 106                               DURENDAL\n\n\n cette même sonate exécutée tour à tour par Rubinstein et Hans de Bulow. Le\n premier nous la montrait sous l'angle de la grandeur; le deuxième sous celui\n de la profondeur, preuve irrécusable que cette œuvre contient en soi ces deux\n éléments du sublime, et que ces deux grands artistes virtuoses ont su la rendre\n intégralement quand même, c'est-à-dire sans altérer la pensée fondamentale\n et intime du plus grand des symphonistes. M. Marc Hamburg doit, nous\n semble-t-il, connaître l'édition des sonates de Beethoven, par Hans de Bulow,\n édition impeccable, très utile aux pianistes qui veulent les interpréter. Nous\n avouons avoir ressenti une véritable désillusion en écoutant M. Hamburg\n jouer la Toccata de S. Bach et ladite sonate de Beethoven.\n    A propos des arrangements d'oeuvres anciennes, nous ne pouvons assez\n exprimer notre indignation en face de pareils crimes de lèze-génie. Un\n homme d'esprit a un jour écrit sur une partition de Wagner : « Il est défendu\n de déposer des arrangements le long de ce chef-d'œuvre ». Avec la même\n raison on devrait appliquer cette défense à toutes les œuvres des maîtres\n anciens. Tausig et Bulow, ces deux excellents musiciens, ont commis pas\n mal de ces crimes-là. Détestables exemples, d'autant plus dangereux\n qu'ils venaient de si haut ! Un grave musicologue allemand, après avoir parlé\n des sonates de Beethoven avec plus ou moins de compétence, ajoute, en\n guise de post-scriptum, « qu'on a essayé de les moderniser, mais que cette ten­\n tative est restée infructueuse ». Point à la ligne. L'auteur n'a pas l'air d'être\n indigné. La tentative n'a pas réussi. Voilà tout! Mais elle pourrait réussir un\njour et nous aurions alors du vrai Beethoven, cher aux Grützmacher et à tous\n les dérangeurs des chefs-d'œuvre, vrais malfaiteurs musicaux!\n    Pour revenir à notre concert, celui ci s'est terminé par l'exécution du con­\n certo en ut mineur de Saint-Saëns. Beaucoup de fougue et d'éclat. Les pas­\n sages qui veulent de la force étaient étonnants. Ceux qui demandent de la vir­\n tuosité ont été enlevés avec une verve étourdissante, un brio sans pareil. Nous\n croyons cependant devoir remarquer que ceux qui exigeaient de la douceur\n et de la délicatesse ont été passablement sacrifiés à l'effet à produire sur le\n public.\n    Il est téméraire de juger, ex cathedra, un artiste d'après une seule audition.\nAussi nous bornerons-nous à dire que, jusqu'à preuves du contraire, M. Marc\n Hamburg nous apparaît en ce moment comme un virtuose possédant toutes\nles qualités extérieures : puissance énorme de son, agilité supérieure, égalité\nd'articulation, fougue. Il semble négliger ou mettre au second plan\nle coloris pianistique et le charme du pianissimo. Le point faible de son\ntalent, c'est l'interprétation. Au son à la Rubinstein, qui est le sien, on aime­\nrait entendre s'allier une conception analogue dans l'ordre idéal. Mais voilà,\nles artistes complets sont très rares; et puis, il faut dire que M. Hamburg n'a\nque 24 ans. Tout dépend de la direction qu'il saura donner aux facultés\nconsidérables dont la nature l'a doué. Si, grisé par ses immenses succès tant\nen Amérique qu'en Europe, il se contente de poursuivre sa carrière actuelle\nsans viser à un idéal plus élevé, son procès est, dès maintenant, jugé\ndevant la postérité. Son nom ne sera jamais placé à côté des noms si glorieux\nde Liszt, de Rubinstein et de Hans de Bulow.\n                                                                         D. L.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                  107\n\n\n\n  Soirée Ysaye au Cercle Artistique. — Elle a été d'un intérêt\nsupérieur, autant par le programme des œuvres exécutées que par leur inter­\nprétation.\n   Eugène Ysaye, Mathieu Crickboom et Théo Ysaye ont remarquablement\nmis en lumière les beautés tour à tour délicates et profondes de la sonate pour\ndeux violons et piano de Haendel, dont l'œuvre en général, à côté de celle\nde Gluck et après celle de Bach, est la plus haute et la plus significative du\nXVIIIe siècle. Nous disons après celle de Bach, et cela non seulement à cause\nde l'influence unique exercée par Jean-Sébastien sur le développement ulté­\nrieur de son art, non seulement à cause des splendeurs de son style incompa­\nrable, mais surtout pour les trésors d'émotion divine que cette musique recèle\net qu'une interprétation supérieure seule peut faire briller de tout leur éclat.\nImagine-t-on page plus lumineuse et fervente que le Largo du concerto de\nBach pour deux violons, cet hymne à deux voix, et est-il possible de le\nchanter avec plus de majesté, de simplicité, de sereine eurythmie que ne l'a\nfait Ysaye, secondé de Jean Ten Have? Comme le grand violoniste a victo­\nrieusement écarté ce soir-là l'objection souvent formulée, assez oiseuse, d'ail­\nleurs, si on voulait la creuser jusqu'au fond, que son interprétation des clas­\nsiques pèche par excès de romantisme et de fantaisie. Le concerto de Bach a été\nnaturellement l'impression maîtresse de la soirée. On a aussi goûté pleinement\nle charme si frais et pénétrant du Concerto de Vivaldi pour trois violons et\npiano, pages toutes parfumées de jeunesse et d'amour, interprétées avec\nautant de style que de verve par les frères Ysaye, Crickboom et Deru,\n   L'Octuor de Svendsen était exécuté pour la première foi s à Bruxelles. N ous con­\nsidérons Svendsen comme un des plus nobles musiciens de notre époque. Son art\nest marqué au coin d'une originalité tout aussi réelle, peut-être plus profonde,\nmais moins apparente que celui de Grieg. Il serait impossible après une seule\naudition d'analyser en détail une œuvre aussi importante et d'aussi longue\nhaleine que l'Octuor. S'il fallait formuler une impression générale, nous dirions\nque ce qui le caractérise, c'est d'abord l'abondance et la haute distinction des\nidées musicales mises encore en relief par la saveur piquante des rythmes, c'est\n aussi l'imprévu de la fantaisie qui y règne en souveraine maîtresse, nous fai­\nsant parcourir en imagination des contrées de rêve toutes parsemées de sur­\nprises. L'interprétation a été nette, vivante, créatrice de puissantes impres­\n sions. Nous n'avons point le loisir de caractériser ici le talent de chacun des\n élèves d'Ysaye et nous nous bornerons à associer leurs noms dans un hom­\n mage collectif et mérité.\n                                                       GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n   Séance Engel-Bathori du 27 janvier consacrée aux œuvres de\nS. Bach et de Beethoven, avec le concours d'Eugène Ysaye. Audition fort\nbelle, qui témoigne, encore une fois de plus, de la souplesse et de la variété\nd'aspects des talents respectifs de ces deux valeureux artistes.\n   Dans la partie du programme consacrée à S. Bach, les numéros étaient\ncomposés des fragments de la Passion selon saint Mathieu et des cantates du\nvieux cantor de Leipzig, interprétés tour à tour ou ensemble par Mme Bathori\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": " io8                               DURENDAL\n\n\net M. Engel avec une compréhension remarquable. La première partie se\nterminait par l'exécution de la sonate en fa mineur pour violon et piano.\nEugène Ysaye, secondé par Mme Bathori, son distingué partenaire, l'a joué\ndivinement. Quel style et quelle compréhension!\n   La deuxième partie a été consacrée à Beethoven. Au programme : Adélaïde,\nchantée par M me Bathori avec une réelle émotion; le piano et la voix se fon­\ndaient en un tout parfait. Ode à la bien-aimée absente [An die ferne Geliebte) chanté\nmagistralement par M. Emile Engel. Qui ne connaît cette œuvre admirable\net de longue haleine, cette pierre de touche du chanteur des lieders. L'audi­\ntion s'est terminée par l'exécution de la sonate en fa majeur pour violon et\npiano de Beethoven, une œuvre gracieuse et l'une des plus connues du maître\nde Bonn. Avec Ysaye et Mme Bathori, cette exécution ne pouvait être que\ncharmante, et notamment dans l'adagio, qui a été chanté par l'archet magique\nde notre grand maître violoniste.\n   Bref, ceux qui n'ont pas assisté à cette séance se sont privés d'une belle\njouissance d'art.\n                                                                       L . W.\n\n     L'Association des Chanteurs de Saint-Boniface a été\n constituée en 1896 dans le but de contribuer au relèvement de la musique\n sacrée par la remise en honneur du plain-chant, des œuvres des grands\n compositeurs du XVIe et du XVIIe siècle, et par la formation d'un répertoire\n moderne en parfaite harmonie avec la liturgie. Pendant ses huit années\n d'existence, l'Association a témoigné d'une activité remarquable, surtout\n si l'on considère la grande modicité de ses ressources : elle a fait connaître\n des œuvres capitales de Palestrina, de Vittoria, Nanini, Roland de Lattre,\n Josquin des Près, Lotti; des contemporains Tinel, Stehle, Piel, etc., en\n même temps qu'elle initiait les fidèles aux beautés du plain-chant normale­\n ment interprété.\n    En un mot, elle a mis par avance en pratique les instructions que\n Sa Sainteté Pie X vient de formuler dans le Motu Proprio relatif à la musique\nsacrée.\n    Il importe que l'action salutaire et si profondément artistique de l'Associa-\ntion des Chanteurs de Saint-Boniface puisse s'exercer désormais d'une manière\nplus efficace par des auditions régulières et fréquentes ; et pour réaliser ce but,\n un notable accroissement des ressources financières est indispensable.\n    C'est pourquoi le Comité administratif de l'Association a décidé d'orga­\nniser un grand concert, où se feront entendre les Chanteurs de Saint-Boniface\net les éminents artistes qui ont généreusement accepté de collaborer à cette\nœuvre : Mme Doria, cantatrice; MM. Désiré Demest et Edouard Jacobs, pro­\nfesseurs au Conservatoire royal; l'organiste M. Auguste De Boeck.\n   Voici le programme du Concert des Chanteurs de Saint-Boniface.\n\n                               PREMIÈRE PARTIE\n\ni.   A) Exultate Deo, chœur (Palestrina); B) O Vos omnes, chœur (Vittoria);\n        c) Ave Maria, chœur (J. Des Près).\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                         CHRONIQUE MUSICALE                               109\n\n\n2. Air de la Cantate de la Pentecôte (J.-S. Bach). — Mme DORIA.\n3. Sixième sonate de Boccherini : A) Adagio; B) Allegro con spiriio. —\n       M. JACOBS.\n4. A) Alléluia, plain-chant ; B) Hodie Christus natus est, plain-chant.\n5. Air avec chœur de la Cantate Jonas (Carissimi), première audition. —\n       M. DEMEST.\n6.   Recordare, chœur (Capocci).\n                              DEUXIÈME   PARTIE\n\n1. Deux chansons néerlandaises (Van Duyse).\n2. Panis angelicus (César Franck). — M. DEMEST, avec accompagnement\n       par MM. JACOBS et D E BOECK.\n3. Chœur à 4 voix (Edgard Tinel).\n4. A) Larghetto (Mozart); B) Moment musical « All'ungarese » (Schubert). —\n       M. JACOBS.\n5.   Lieder religieux : A) Litanei (Schubert); B) Weihnachlslieder (Cornélius);\n       c) Alleluia (H. Schiitz). — Mme DORIA.\n6.   Deux chansons populaires françaises, chœur (***).\n  Ce concert aura lieu le vendredi 11 mars, à 8 h. 1/2 du soir, dans la salle\nde la Grande-Harmonie. On peut se procurer des cartes d'entrée à 10, à 5 et\nà 3 francs (cartes de famille donnant droit à 5 places réservées, 40 francs),\nen s'adressant à M. l'abbé Hallaux, curé de Saint-Boniface, 21, rue de la\nPaix, ou à M. Carpay, directeur des Chanteurs de Saint-Boniface, 123, chaussée\nde Wavre.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                       Les Conférences\n\nAUX COURS D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE :\n    L ' a r t d u V i t r a i l (Conférence de M. ARTHUR VERHAEGEN). — Le\nconférencier a fait l'historique de l'art du vitrail au triple point de vue\nde la technique, des caractères archéologiques et des caractères décoratifs,\ndans la suite des siècles.\n   Il a montré d'abord les étapes de la fabrication du vitrail, depuis les\norigines, puis a comparé la technique moderne à la technique ancienne,\ndémontrant que ce qu'il y a de meilleur dans celle-là, est emprunté à celle-ci.\nM. Verhaegen qui, pendant plusieurs années, s'adonna à la pratique de l'art\ndu vitrail, initia ses auditeurs à la fabrication des verreries.\n   Il parcourut ensuite dans ses grandes lignes l'évolution archéologique et\nartistique du vitrail, dont les premières manifestations connues remontent\nau XIIe siècle. Le conférencier place l'apogée de l'art du vitrail au XIIIe siècle.\nAvec une admiration profonde pour les « vitrailleurs » du passé, il a montré\nsur quelles bases solides reposait leur supériorité : « la science des harmonies,\nla connaissance consommée des rayonnements et des juxtapositions; notion\nexacte de la mission du vitrail comme auxiliaire de l'architecture, destiné à\nmettre en valeur l'ensemble du monument. »\n  Après avoir caractérisé sa décadence, parfois brillante encore aux XVIe et\nXVIIe siècles, et son extinction au XVIIIe, M. Verhaegen a parlé du renouveau\nde cet art auXIXesiècle.\n                                                                          D. L.\n\n   L a C a t h é d r a l e (Conférence de M. EDMOND JOLY). — Cette remar­\nquable conférence avait pour objet de préciser les précellences esthétiques\net symboliques de la cathédrale sur les temples païens, hindous ou maho­\nmétans. C'est la basilique romaine qui est la base de notre cathédrale avec\nles merveilleuses transformations de deux mille ans de christianisme.\nPassant en revue les divers types des temples chrétiens depuis Sainte\nSophie de Constantinople, M. Joly s'arrête à la cathédrale, et par là il\nentend l'église gothique, comme à l'expression la plus complète et la plus\nadéquate du sentiment religieux dans l'art architectural, prenant sa\nsource dans cet admirable instinct d'intuition propre au XIIIe siècle, le\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                            LES   CONFÉRENCES                             111\n\n\n\nplus moderne des siècles passés, l'âme du Nord recherchant d'ailleurs et se\ncomplaisant tout particulièrement à surmonter les difficultés de réalisation.\n   L'érudit conférencier retrace l'historique de l'ogive qui n'est pas le carac­\ntère essentiel du style gothique, car il existe d'admirables monuments\ngothiques sans ogive. Si l'esthétique des temples grecs symbolise l'exquise\nharmonie du corps humain, l'art gothique est comme la transcription archi­\ntecturale de l'âme humaine avec ses grandeurs et ses ombres secrètes. La\ncathédrale est la forme la plus vivante et la plus tangible de l'Essentiel. Hugo\ndans son roman célèbre n'en a guère eu la véritable compréhension, car les\npersonnages qu'il met en scène n'ont avec la cathédrale qu'un lien factice et\nextérieur. Hugo ne souffle d'ailleurs mot de la Vierge Marie qui est cependant\nla vie essentielle et comme la raison d'être de la cathédrale.\n   La cathédrale qui applique sur le sol l'image d'une croix énorme symbolise\ndeux sommets de la pensée humaine, l'Idée divine et l'Idée maternelle. Voici,\nenfin, une considération dont on ne saurait trop apprécier la profondeur et la\npoésie : En dégageant, pour le pseudo-embellissement des cités modernes, les\ncathédrales maternelles des modestes demeures qui se serrent autour d'elles,\nles architectes ont altéré le sens esthétique et symbolique de la cathédrale.\nA la différence des temples païens qui, comme les palais d'insolents par­\nvenus, s'isolent orgueilleusement loin des habitations du vulgaire, la cathé­\ndrale, bien que d'une essence différente, sort du milieu même des maisons\npopulaires, reflétant ainsi l'esprit essentiel du christianisme, d'où dérive\nd'ailleurs sa formidable puissance et qui consiste à rapprocher le Dieu\nimmense et éternel tout près et encore plus près de nos âmes avides d'amour.\nLa place nous manque malheureusement, car il y aurait encore bon nombre\nde considérations neuves illustrées de symboles suggestifs à signaler en cette\nbelle conférence qui fut, d'ailleurs, vivement goûtée d'un public choisi et\ncompétent.\n                                                                     G. DE G.\n\n   L'art dans la vie privée des anciens Egyptiens (Conférence\nde M. LÉON BÉNÉDITE).— Après avoir caractérisé à grands traits la civilisation\néclose, presque aux confins des temps historiques, sur les bords du Nil;\nrappelé les destinées et l'influence de la race fine, industrieuse et élégante\nqui, depuis les jours de l'ancien Empire jusqu'à ceux de Cléopâtre, florit\ndans la Haute et la Basse-Egypte, avec ses pyramides, son sphinx, ses\ntemples et son art presque tout consacré à la mort et qui remplissait les\ntombeaux de chefs d'oeuvre, le savant conservateur du Louvre a dit l'étonnante\nmerveille de ce monde exhumé tout entier, des fouilles qui ont fait resurgir\ndu sable incorruptible l'œuvre prodigieuse et complexe, la pensée même des\ncontemporains des Pharaons, des habitants des royaumes du Lotus et du\nPapyrus : inscriptions gravées ou peintes, bandelettes couvertes d'hiéro­\nglyphes, bas-reliefs, statues et mosaïques, objets de pierre, de métal et de\nterre sans nombre, et qu'un enfouissement de six mille ans ou davantage n'a\npas altérés.\n   M. Bénédite s'était donné pour tâche spéciale de montrer l'art égyptien\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "112                                  DURENDAL\n\n\ndans l'habitation, l'ameublement, la parure, etc. En même temps qu'il faisait\npasser sous les yeux de ses auditeurs, à l'aide de projections lumineuses, des\nreprésentations captivantes de maisons égyptiennes, d'objets, de vases, de\nmeubles, etc., il donnait à cette revue rapide un commentaire, nourri d'ingé­\n nieuse et sagace érudition, émaillé de précieux aperçus sur l'art égyptien,\nles évolutions qu'il a subies, et la répercussion que ses créations ont trouvée\n dans l'art des autres peuples méditerranéens.\n\n\n      Le rôle et l'influence des humanistes flamands dans la\n    R e n a i s s a n c e d u X I X e s i è c l e (Conférence de M. ROERSCH). — On\n    pourrait dire que chaque moment de la vie est comme u n confluent, un\n    mélange dp passé et d'avenir. De sorte que ces évolutions, que l'on a appelées\n    «les tournants de l'histoire», ne sont jamais brusques, et que l'œuvre d'aujour­\n    d'hui, quelle qu'elle soit, ne saurait être toute originale, ni davantage toute\n    définitive : elle est à la fois un résultat et une préparation.\n      C'est pourquoi la signification d'un terme comme celui de Renaissance,\n    dans son application usuelle, est purement conventionnelle et mnémotech­\n    nique. Rien, en réalité, n'est plus voisin de la décadence et plus atteint déjà\n    des symptômes de celle-ci que la période apogée de la Renaissance, et rien\n    aussi n'est plus logique et plus naturel, puisque, à certains égards, on peut\n    dire que l'art et la pensée du XVIe siècle ne sont que l'expression la plus\n     haute des efforts et des aspirations qui se sont peu à peu dégagés au cours\n     des trois siècles précédents.\n         E n somme, il semblerait que, dans toute la partie de l'Europe qui a\n     appartenu à la domination romaine, — et, comme il va de soi, plus particu­\n     lièrement en Italie, — la tradition et le respect de la sagesse et de l'art\n     antiques n'ont jamais été complètement perdus; qu'ils soient restés au foyer\n     renouvelé de la civilisation comme des dieux lares, dont l'identité à la lon­\n      gue était devenue obscure et anonyme, ou même s'était défigurée à peu près\n      comme la philosophie d'Aristote dans les enseignements de la scolas-\n      tique... Il est certain, en effet, que si, à un moment, l'Italie a exercé une\n      influence prépondérante sur les progrès de l'humanisme, celui-ci avait eu des\n      précurseurs également dans le nord de l'Europe et, notamment, dans les Pays-\n       Bas.\n          M. Alphonse Roersch s'était proposé de montrer dans sa conférence le\n       rôle considérable que les savants et les érudits originaires de nos provinces\n       assumèrent dans les évolutions intellectuelles qui préparèrent la Renaissance.\n,       Il a rempli cette tâche avec beaucoup de bonheur et de précision.\n       Après avoir délimité le cadre de son étude, il s'est attaché surtout à mar­\n        quer les traits décisifs et caractéristiques de la carrière de quelques hommes,\n        dont les travaux et les entreprises pleins d'énergie, de hardiesse et d'initia­\n        tive, eurent vraiment une importance européenne : Gérard De Groote, par\n        exemple, et son institut des Frères de la vie commune, copistes émériles de\n         manuscrits, fondateurs infatigables de collèges dans les Pays-Bas et en Alle­\n         magne, auXIVesiècle; et, plus tard, parmi un grand nombre d'autres, Stein-\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                    LES CONFÉRENCES                                            113\n\n\nwerk, d'Arlon; D e s p a n t e r e , dont le n o m a été illustre d u r a n t des siècles\nparmi les écoliers; J u s t e L i p s e ; Martin Desmedt, le fondateur de l'épigra-\nphie; Jean Second (Everts), dont certains poèmes latins ont été paraphrasés\npar Ronsard, etc.\n  La causerie substantielle de M. R o e r s c h a o b t e n u u n grand succès auprès\ndu public des Cours d'art.\n                                                                            ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\nAUX MATINÉES LITTÉRAIRES :\n\n  L e s e n t i m e n t d u b e a u d a n s l a n a t u r e . — Notre ami et colla­\nborateur HENRY CARTON DE W I A R T , d o n t nos lecteurs apprécient trop rare­\nment certes les proses n e r v e u s e s et les poésies délicates, a d o n n é le 27 j a n ­\nvier dernier, aux Matinées littéraires, une conférence qui mêla à l'aimable\ndidactisme du genre toute la finesse d ' u n e causerie. L e sujet que l'orateur avait\nassumé n'était rien m o i n s q u e Le sentiment du beau dans la nature; sa méconnais-\n sance par l'homme. Si titre oblige, en voilà un qui n'y m a n q u e point. Il requé­\nrait cette justesse de la p e n s é e , cette sobriété élégante de l'expression qui for­\nment les c o m p o s a n t e s du t a l e n t d e conférencier et déterminent, par leur fusion\nadroite, en m ê m e t e m p s q u e sa portée, son intérêt et son plaisir. Ce furent de\ntelles qualités qui fixèrent le succès de notre a m i . Ce litre d o n c , judicieux et\nnon sans hardiesse, e m p o r t a i t p a r lui m ê m e la g r a n d e division logique du dis­\ncours. Il convenait qu'à p r o p o s du sentiment d u b e a u dans la n a t u r e , notre\norateur en parlât h i s t o r i q u e m e n t d ' a b o r d , n o u s en m o n t r â t la teneur et les\nmodalités chez les classiques, au XVIIIe siècle, à l'époque du R o m a n t i s m e , de\nnos jours. C'est ce qu'il fit fort j u s t e m e n t en q u e l q u e s traits d'une sûre rapi­\ndité, depuis J e a n - J a c q u e s , p a r e x e m p l e , qui, d a n s son naturalisme, utilitaire,\ndirais-je, concevait l'immortelle Maïa plutôt sous les espèces d'une excellente\ninstitutrice, enseignant la b o n t é originelle de l'homme, que comme u n e jolie\nfemme, jusqu'à n o t r e m o d e r n e conception où se retrouve l'amour philoso­\nphique du g r a n d Genévois et la passion colorée extérieure, et s o m p t u e u s e d u\nRomantisme. Il c o n v e n a i t e n c o r e que le conférencier considérât son sujet\nsous l'angle plus a r i d e de la science et s'essayât à définir ce sentiment d u\nbeau si particulier, semblerait-il, à l'homme que biologiquement il le carac­\ntérise. Tentative point aisée a s s u r é m e n t ! Après avoir expliqué l'inefficace de\nla Raison et de l'Intelligence p u r e s d a n s l'opération m ê m e de ce sentiment,\nnotre ami en a établi le siège, l'origine et l'activité d a n s notre cœur.\nC'est avec tact qu'il n e s'arrêta pas plus que d'utilité d a n s cette région psy­\nchologique et a r d u e de sa causerie p o u r passer à la seconde partie qui fut pro­\nprement sociale, actuelle et m ê m e politique. U n e description attendrie,\nperspicace et fort littéraire d e n o t r e c h è r e Belgique, u n e démonstration ingé­\nnieuse que le P a t r i o t i s m e , c'est en g r a n d e partie l'amour des paysages\npatriaux, la t r a n s m u t a t i o n affective d e l'admiration qu'ils n o u s d o n n e n t ;\nla persuasive indication de l'importance patriotique de leur respectueuse\nconservation d a n s les limites m ê m e s d'autres g r a n d e s utilités sociales\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "114                               DURENDAL\n\n\nconduisirent le conférencier à nous entretenir de la méconnaissance trop\ngénérale qu'en a le Belge tant au particulier qu'au général. Surtout au\ngénéral, c'est-à-dire en tant qu'administration communale provinciale et en\ntant qu'État. Quand l'utilisation d'une partie du sol patrial est en question,\nquelle pitié de voir l'État oublier ou mépriser cette utilité plus haute encore\nque plus éloignée de la conservation de sa beauté! Équarrissant les monts,\nô carrières éventreuses, rectilignant les cours d'eau, ô Meuse corsetée de\nberges mesquines, et vous, belles routes anciennes qui courriez dans la\nplaine, par les vaux, sur la colline, traçant votre double voie de roulage et de\nverdure qui deviennent vos arbres dispensateurs d'ombre?! Une administra­\ntion de domaines trop intéressée les coupe en pleine maturité, sous prétexte de\nvieillesse, et nos belles routes flamandes ou wallonnes s'en vont en planches!...\nVallées de la Lesse de la Moliguée, un lacet d'acier sans circonspection\ndégrada votre grâce farouche, et vos paysages gracieux sont comme des\n oiseaux morts enfilés à une parcelle d'inflexible acier... L'opinion publique\n a protesté, sous forme de lignes ou de sociétés, naturellement, puisque nous\nsommes en Belgique terre classique d'union..., mais le mal est grand... Notre\nami nous l'a rendu présent. Il nous a invité à réagir contre lui de toutes nos\nforces individuelles. Et, devant son auditoire spécialement féminin et élé­\ngant, il a terminé sa conférence de manière aussi spirituelle que galante, par\nun appel direct à la Femme, élevée par lui, en termes choisis, au rang de\nconservatrice naturelle du sentiment du Beau. Péroraison gracieuse et vraie,\nqui se fondit dans un délicat brouhaha d'applaudissements parfumés !\n                                                                          G. B.\n\nAU C E R C L E A R T I S T I Q U E :\n   L a COUr d e N a p o l é o n I e r . — Au Cercle Artistique, intéressante\nconférence anecdotique donnée par M. DUBLED, de la Revue des Deux-Mondes,\nsur la cour de Napoléon I e r .\n   M. Dubled a passé en revue l'histoire de l'étiquette à la cour de France,\nd'abord sous Henri IV où cette cour garde le reflet de la rudesse des camps et\nreste empreinte d'une sorte de familiarité féodale, puis sous Louis XIII dont\nle règne tolère celui des favoris, mais qui, loin d'être le souverain terne et falot\nqu'on s'est trop souvent complu à y voir, a été, au contraire, l'énergique col­\nlaborateur de Richelieu. Le règne de Louis XIV a été par excellence celui de\nl'étiquette. La régularité qu'on découvre dans les monuments et la littérature\nde cette époque est également le trait dominant et constitutif de cette cour\nharmonieusement ordonnée. Le prestige de la cour décline sous Louis XV et\nLouis XVI. « Si tu continues à te mal conduire, dit un seigneur à son fils, je\nte mènerai souper chez le roi Louis XVI. »\n   La révolution marque l'interrègne de l'étiquette et Napoléon trouvant\ndevant lui table rase va s'empresser de reconstruire. Il fallait avant tout que\nl'étiquette n'entravât pas un homme qui travaillait onze heures par jour. S'il\nvoulait une cour, c'était parce que les Césars et Charlemagne en avaient une.\nDans ce but, il ralliera tout ce qu'il pourra de l'ancienne noblesse, émigrés,\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                            LES   CONFÉRENCES                               115\n\n\ncadets de famille, et à côté d'elle, il créera sa noblesse à lui, la noblesse dts\nlabeurs héroïques, celle à propos de laquelle Junot disait : « Les nobles\nféodaux sont des descendants, et moi je suis un ancêtre. » Napoléon fut le\nplus éclatant, le plus extraordinaire professeur d'énergie qui fut jamais.\n    Cependant, l'ennui règne dans cette cour constituée d'éléments aussi dispa\nraies qu'hétérogènes, qui aurait certainement perdu à être vue de trop près,\net Napoléon s'en étonnait assez naïvement. C'est que Louis XIV quittait rare­\nment ses châteaux et sa cour dont il était le centre et l'âme; Napoléon, au\ncontraire, est général en chef au moins autant qu'empereur.\n    M. Dubled signale aussi deux points à noter dans l'organisation de cette\n cour, c'est d'abord que la maison ecclésiastique n'y exerce aucune action, la\n tournure théiste de son esprit teintée même de fatalisme poussant Napoléon\n à se préoccuper bien plus de l'immortalité de son nom que de l'immortalité\n de son âme.\n    En second lieu, les femmes n'ont aucune influence dans l'état. Napoléon\n s'imaginait qu'en France les femmes ont plus d'esprit que les hommes, raison\n  péremptoire pour les écarter soigneusement de toute immixtion politique.\n  Dans cet ordre d'idées, M. Dubled nous a raconté plusieurs traits caractéri­\n  sant les rapports du grand empereur avec l'impératrice Joséphine, avec\n  Mme de Staël, Mme Walewska, Mlle Georges, etc.\n    Subsidiairement et pour terminer, le conférencier nous a parlé du salon de\n  la princesse Mathilde, rapportant à ce sujet maintes anecdotes piquantes\n  attestant la finesse d'esprit et la bonté de cœur de cette princesse.\n                                                                    G. DE G.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "                LIVRES ET REVUES\n\n D i s c o u r s d e C o m b a t , nouvelle série, par FERDINAND BRUNETIÈRE. —\n    (Paris, Perrin.)\n    E n voici les titres : Les raisons actuelles de croire, L'idée de solidarité, L'action\ncatholique, L'œuvre de Calvin, Les motifs d'espérer, L'œuvre critique de Taine, Le pro-\ngrès religieux. Au total, sept discours, dont chacun est u n e merveille de plan,\nd'exposition, de contexture serrée dans l'ordonnance même — M. Brunetière\nest un des rares écrivains modernes qui ait conservé cette qualité propre au\nsiècle qu'il chérit : l'ordonnance — et de subtilité d a n s les idées. C'est une\ndélectation spirituelle rare que de lire M. Brunetière, encore que je ne sache\ntrop pour qui précisément il fait l'effort prodigieux de concevoir et d'écrire\nses discours. Serait-ce pour les « personnes qui vivent dans le monde »\net chez qui généralement la culture des idées n'est point tellement avancée\nqu'elle ne trouve u n profit sérieux et distingué à s'étançonner d e la vigou­\nreuse, de la subtile érudition de l'auteur?... Mais alors, M. Brunetière\nne doit se faire que médiocrement comprendre q u a n d il écrit au milieu de son\ndiscours sur le Progrès religieux dans le catholicisme, à propos d'évolution et de\ndogme, qu' « évoluer n'est pas changer », qu' « on n e c h a n g e pas quand on\ncontinue d'être soi », qu'une chose peut se développer, sans pour cela varier,\nà condition, bien entendu, qu'elle demeure identique à elle-même. Se fait-il\ncomprendre?... Je redoute assezque non. E t j'en suis attristé, c a r i e plaisir n'est\npas médiocre qui s'élève de la compréhension studieuse et fructueuse de ces\npropositions, de ces propositions courtes, substantielles, éloignées scrupuleu­\nsement de toute logomachie, lapidaires, sommaires et pourtant logiques, cer­\ntainement aussi véritables que véridiques, et certainement encore aptes, cha­\ncune, à susciter une ardente discussion, en fin desquelles chaque com­\nbattant se retrouverait inébranlé dans « sa » compréhension du terme qui fut\n le terrain même du combat. C'est de pratique constante, d'ailleurs, en\n matières philosophiques. M. Brunetière destine peut-être ses discours aux\n <; personnes qui vivent dans le monde », mais point tous, ou tout entiers, ni\n pour toutes. Écrirait-il pour les savants?... Écrit-il plus simplement pour les\n gens sérieux, de l'une ou l'autre opinion, je veux dire la sienne et celle qui\n ne l'est pas, pour les gens sérieux prenant intérêt à la spéculation, à la\n critique des idées générales, pour ceux qui, éclairés, sont soucieux de se\n fortifier, ou qui sans lumière aspirent à la rencontrer?... Mais alors pourquoi\n M. Brunetière énonce-t-il des apophtegmes aussi dérisoires, aussi peu dignes\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                        117\n\n\nde son intelligence é t o n n a m m e n t perspicace, que ceci « tous les agnostiques\ns'accordent en un point, qui est l'affirmation de l'Inconnaissable; et cette affir­\nmation, c'est l'affirmation qu'il y a du divin d a n s le m o n d e » ?... Écrirait-il\ntout simplement pour lui-même?... Mais alors !...\n   Un doute subsiste donc, tapi en u n coin de mon esprit, sur la véritable et\nintime destination des discours de M. Brunetière. C'est là un léger malaise\nque leur lecture m ê m e , lente, précautionneuse et prudente a vite fait dispa­\nraître pour ne plus laisser debout q u ' u n e admiration vive p o u r le talent de\nl'auteur.\n   Je souscris presque sans restrictions à ce que disait de lui E m i l e F a g u e t ,\ndans un livre récent à propos de la manière dont il posait certaine question :\n « Il y a, dans tout ce qu'écrit M. Brunetière, autant d'idées, et d'idées impor­\n » tantes, que de lignes d a n s cette position de la question. » E t cette citation\noù, à son tour, Emile F a g u e t insère autant de louanges que de mots, m'amène\nau plus court à reconnaître que M. Brunetière est un remarquable « poseur de\n questions », que les positions qu'il leur d o n n e sont irréprochables, et leur\n importance l'évidence m ê m e . L a question étant posée, c'est une vraie jouis­\n sance intellectuelle q u e de distinguer i m m é d i a t e m e n t le plan rigide et\n solide dressé en quelques mots par l'écrivain, et cette jouissance s'accroît, de\n page en page, à c o m p r e n d r e , parfois u n p e u laborieusement, convenons-en\n avec humilité, la pensée de l'apologiste. Mais on en a d m i r e invinciblement la\n mordante justesse, la déduction stricte et cette habileté où il excelle de n e\n retenir, dans certaines vérités, que la portion efficace à sa thèse, et parfois\n même aussi cette décence élégante qu'il met à n e se contredire, pour ne point\n affliger le lecteur, que de la manière la moins a p p a r e n t e . Si le Discours est\n un art, M. Brunetière y est maître. Cependant l'art et la science, de M. Brune­\n tière, exigent u n e attention rigoureuse, et l'on sort de son œuvre u n peu\n comme d'un d r a m e de W a g n e r , fatigué mais content tout de m ê m e .\n   J'aurais eu plaisir à exposer compendieusement le mécanisme logique de\nchacun de ces instruments de combat par la projection de leurs traits i m p o r ­\ntants, si ce simple travail n'eût dû m'entraîner trop loin. J'aurais signalé par\nexemple la justesse de cette distinction, d a n s le discours que j ' a i cité\nplus haut, entre le « progrès de la religion » et le « progrès religieux », ceci\nétant un progrès intime, intrinsèque, u n perfectionnement, et cela u n progrès\ngéographique, extérieur, u n e diffusion. J e veux en retenir u n p o u r t a n t ,\net quelle sûreté notre auteur justifie le titre qu'il d o n n e a u premier de ses\ndiscours : les Raisons actuelles de croire. Car il ne faut pas se dissimuler que\nmêler l'actualité aux questions de foi emporte quelque audace, alors qu'on\nétait tellement persuadé qu'il ne pouvait exister d'autres raisons de croire que\n d' « éternelles ». E t p o u r t a n t M. Brunetière en établit de fortes et de p é r e m p ­\ntoires, encore ou parce qu'actuelles. C'est de l'apologétique évolutive.\n   Il m'aurait fallu de la sorte rencontrer chacun de ces sept discours tout\n imprégnés des plus excellentes qualités de forme et de fond; et j ' a u r a i s\n indiqué ainsi de plus près l'élégance sévère de leur style, leur force et leur\n pénétration, ce qui est bien d i r e : leur utilité. J e veux en retenir u n pourtant,\n L'Œuvre de Calvin, p o u r louer en plus je ne sais quel spirituel dédain dans la\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": " 118                                   DURENDAL\n\n\n\nlouange, quel tact délicat de railler un homme illustre, de le démolir en\ns o m m e d e fond en comble avec u n art c h a r m a n t d'en d o n n e r le change.\nM. Brunetière démontra donc en trois points, à Genève, — notez : à Genève,\nau cœur même du Calvinisme — q u e l'œuvre d u philosophe pouvait se\nrésumer en ce qu'il avait « intellectualisé », « aristocratisé » et « indivi­\ndualisé » la religion. J e passe sur la valeur démonstrative de la conférence,\ntrès intéressante, l'une des plus limpides et ingénieuses qu'ait prononcées\nM. Brunetière. Mais n'est-il pas véritablement exquis d e malice, de malice\npolie, si poliment méprisante, de ne pas prononcer u n mot q u i ne puisse\ns'entendre à la louange de Calvin intime, j'allais dire simple particulier, et qui\nne soit en même temps la réfutation implicite, implacable d e sa fondation\ntout entière?... Car de quelle efficacité, de quelle emprise est o u continuera\nd'être u n e religion « purement intellectuelle », qui se considère comme une\n« chose aristocratique » et se pratique à titre d e « croyance individuelle ?...\n   C'est là, non u n aspect nouveau à vrai dire, d u talent de M. Brunetière,\nmais un exemple particulier du profit qu'il y a à tirer de la lecture de ses écrits.\n    Lisez donc la nouvelle série de ses Discours de Combat. Dépêchons-nous\nde les lire...                                                               G. B.\n\n L ' I n d é c i s , par ANDRÉ FONTAINAS. — (Paris, Mercure de France.)\n   Q u a n d Etienne Béjarric, le moins héroïque des héros, revint d u régiment,\nson père, qui avait hâte de se débarrasser de lui, lui d e m a n d a ce qu'il comptait\nfaire, car il était grand temps d e penser à son avenir. L e jeune homme avait\nrêvé jadis la gloire d u peintre, mais à présent il n e savait q u e faire, ni où\naller. Maître de lui et de sa vie, il était indécis, sans désir, sans projet. Son\npère lui proposa naturellement le rond-de-cuirisme, q u ' E t i e n n e accepta :\ncela ou autre chose lui était égal. L a sujétion administrative l'écœure vite;\nmais, tout en rêvant romantiquement u n destin supérieur, l'indécis se\ntrouve incapable d'une révolte. Est-on libre q u a n d on n e possède rien?\nLorsqu'un parent généreux s'offre à lui faciliter l'évasion, la veulerie d'Etienne\nne lui permet pas de s'y décider. Il se décide pourtant à la fin : c'est le jour\noù, amoureux d'une femme qui ne l'enrichirait p a s , il l'abandonne pour\nMiss Deborah Eggerton, aimable et belle de dix mille livres sterling de rente.\n   C'est un sujet ingrat qu'a choisi M. F o n t a i n a s . O n s'intéresse malaisément\nà u n Béjarric. Il nous paraît, au surplus, q u e le caractère p r o p r e de l'indécis\neût p u être mis en lumière par des épisodes mieux appropriés. Ce qui ne se\npeut contester, c'est l'art très fin avec lequel l'auteur décrit l'insipide milieu\nbourgeois où évolue son ondoyant héros ; c'est la grâce charmante et délicate\ndes descriptions et la qualité du style fleuri d'images fraîches qui dénoncent\nle poète.                                                                      M. D.\n\nL'Amour et M. Lewisham; Histoire d'un très jeune\n   C o u p l e , par H . - G . W E L L S , traduit par H E N R Y - D . DAVRAY et B . KOZA­\n  KIEWICZ. — (Paris, Mercure de France.)\n   Il faut considérer Wells comme une des personnalités littéraires de l'An­\ngleterre actuelle les plus intéressante. Car c'est justice, n'aurait-on à constater\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                 119\n\n\ndans son talent que sa seule souplesse à s'adapter à des genres différents, et\nsa variété même. Peut-être, cependant, situe-t-il spécialement son originalité\ndans la réalisation du roman scientifique bâti scrupuleusement sur des don­\nnées étranges ou merveilleuses dont il poursuit les résultats avec une logique\nrigoureuse et un génie d'imagination merveilleux. Il est un romancier\nd'aventures sans égal, je pense, à raison même de la nouveauté de celles-ci et\nde leur point de départ. Mais voici que dans l'exquise biographie de\nM. Lewisham ! il s'essaye et triomphe dans le roman psychologique intime et\nréaliste. Avec quel humour attendrissant nous est narrée l'épopée savoureuse\net ironique de ce très jeune maître adjoint à la Worthley School ! Le délicieux\nlype que Lewisham. Ah ! par exemple, pas un de ces Anglo-Saxons d'expor­\ntation, comme nous les décrit et vante Demolins et tous les anglophiles\nactuels... De grandes vues, un schéma de vie épingle dans sa modeste cham­\nbiette le devait faire monter, par degrés exacts, de ses fonctions infimes\nà celle de premier ministre... En somme un honnête timide et naïf\nambitieux qui rencontre l'amour et voit insensiblement tout son programme\nfaussé par lui. Ce roman, à la manière de Dickens un peu, est une des choses\nles plus exquises, m'a-t-il paru, qui se puisse lire. La traduction doit être\nexcellente, à raison de ce qu'elle conserve à l'œuvre tout l'humour, c'est-à-\ndire cette ironie bienveillante et exacte sur les choses et les gens, qui est une\ncatégorie de sensibilité et d'intelligence bien anglaise.\n\n\nL a m e r v e i l l e u s e v i s i t e , par H.-G. WELLS, traduit de l'anglais par\n   L. BARROW. — (Paris, Mercure de France.)\n   C'est un roman d'une délicieuse ironie! une idée charmante conçue et\nréalisée par ce prodigieux imaginateur d'inédit qu'est Wells. La merveilleuse\nvisite est celle d'un ange authentique égaré des sphères et voletant curieuse­\nment un beau jour au-dessus du gros bourg de Siddermorton, où le coup de\nfusil du vicaire de l'endroit, le Révérend K. Hilger, ornithologiste passionné\net excellent homme, lui fausse une aile et lui confère du coup le titre et la\ndignité d' « humain » — par nécessité d'ailleurs. L'excellent vicaire le\nrecueille, le choie, essaye de le former à nos us et coutumes sublunaires et\ntente timidement de l'introduire dans la « bonne société » de sa paroisse.\nD'où aventures, étonnements, froissements, méfiances dans le landernau\nsiddermortonnien... Tout le livre est en scènes charmantes, où abondent des\ntypes exacts et intéressants croqués avec un humour réaliste, une vérité nar­\nquoise de tous points exquises. Et de l'ensemble des aventures particulières\noù se débat avec une infinie bienveillance le pauvre ange, s'élève la constatation\nde son tort initial, celui d'être un ange, un être « non conforme » en but aux\nsuspicions de cette société moyenne de gros bourg anglais, conservatrice, un\npeu bigote, timorée avec confortable et malveillante avec infiniment de respec-\ntability. Pour ses qualités très fines, d'observation de style, par sa leçon nar­\nquoise de l'infériorité des êtres supérieurs, ce roman est vraiment ironique et\ndélicieux, d'une délicieuse ironie...\n                                                                        G. B.\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "120                                  DURENDAL\n\n\n    L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s . — Tel est le titre sous lequel l'infa­\ntigable éditeur Buschmann, d'Anvers, publie l'édition française spéciale de sa\nrevue flamande Onze Kunst, que nous avons annoncé dans notre numéro de\ndécembre. Nous ne pouvons que louer la belle activité artistique de M. Busch­\nm a n n . L e voilà arrivé, à force de travail, à publier de front — et cela dans\nnotre petite Belgique— une triple édition de sa splendide revue d'art. Elle\nparaîtra désormais chaque mois à la fois en flamand, en français et en\nanglais.\n   L e premier numéro de cette édition française est u n beau début. Comme\ntexte il nous donne, outre une chronique d'art intéressante sur la Belgique\net la Hollande, un article très judicieux de Zac. Menil : Sur les rapports entre la\npeinture italienne et la peinture néerlandaise à l'époque de la Renaissance. Cet article\nest rehaussé par de merveilleuses reproductions de plusieurs des chefs-d'œuvre\nitaliens et flamands de l'époque, dont l'auteur de l'article nous donne une si\nintéressante étude comparative.\n   Nous souhaitons à cette édition française de la revue de M. Buschmann\ntout le succès dont une initiative aussi louable et aussi méritante est digne au\nplus haut point.\n   Cette édition française illustrée paraîtra, comme jadis l'édition bilingue,\ntous les mois. Le prix d'abonnement est de 16 francs pour la Belgique,\n20 francs pour l'étranger. (S'adresser pour les abonnements à M. Buschmann,\n15, Rijnpoortvest, à Anvers.)                                                 H . M.\n\nT h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e . — Janvier 1904 (Bruxelles, Spineux).\n   Dans ce numéro, M. James W e a l e apporte, à la question toujours contro­\nversée de la collaboration des frères Van Eyck, une contribution intéres­\nsante. Il ne déguise point sa préférence pour H u b e r t qui, selon lui, serait\nl'auteur à peu près unique du grand retable de Gand : 1''Adoration de l'Agneau.\nIl dresse une liste de ses œuvres, et montre que l'opinion courante, qui voit\ndans u n des cortèges de l'Adoration le portrait des deux peintres, est une\nlégende littéraire sans fondement historique ni vraisemblable. Certains se\nsouviennent peut-être que, lors de l'exposition de Bruges, un correspondant\ningénieux du Times voulut retrouver, dans les œuvres d ' H u b e r t Van Eyck,\nles étapes d'un voyage qui l'eût conduit jusque Jérusalem, cité qui, selon ce\ncorrespondant, se trouvait exactement reproduite dans le fameux tableau\nappartenant à Sir Cook : Les Femmes au Sépulcre. Cela fut généralement consi­\ndéré comme une aimable fantaisie. Voici que M. James Weale apporte à\ncette thèse l'appui de son autorité. Il ne se prononce pas toutefois pour le\nvoyage en Terre Sainte, mais il note que dans la plupart des tableaux de\nH . Van Eyck, figurent des paysages et des flores sinon orientales, tout au\nmoins méridionales. Il note la connaissance des antiques et des italiens. Les\ndétails qu'il relève démontrent incontestablement que H u b e r t Van Eyck dut\nvoyager par toute l'Europe civilisée d'alors.\n   L e dernier article de MAX ROLDIT sur la Collection Normanton, un remar­\nquable article de LAURENCE BINYON sur Une Peinture chinoise du IVe siècle, une\nétude de Mr. NEVILL JACKSON sur les Dentelles religieuses anciennes et modernes,\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                 121\n\n\ndes notes d'HERBERT COOK sur Butinone et Zenah, ces deux primitifs milanais\npeu connus, une copieuse bibliographie, complètent ce numéro. Parmi les\nillustrations, tirons hors pair un sunerbe dessin de Pisanello, un portrait\nde la fille de Charles I er , de Van Dyck, et une Madone de Butinone.\n                                                                      j . D.\n\nA u p a y s d e J é s u s , par MATHILDE SERAO. — (Paris, Plon.)\n    « Je jurai, dit Mathilde Serao, en terminant ses souvenirs d'un voyage en\nPalestine, je jurai d'écrire, au nom de Jésus et de la foi, en faveur des pays\nqu'il a bénis, un livre, sinon le meilleur et le plus artistique, du moins le plus\nhumain et le plus sincère de mon œuvre. Je promis de le faire avec toute\nl'humilité d'une vraie chrétienne, qui doit être lue par des chrétiens humbles\naussi et pleins d'espoir. »\n    Mme Serao a tenu sa promesse et plus que sa promesse en écrivant Au pays\nde Jésus. C'est un beau livre très sincère et très artistique aussi, dans lequel\nvibre une âme pieuse et noble, lumineuse de foi et d'idéal.\n    Combien de fois, en tournant les pages, ne m'est-il pas arrivé, dans un\nmoment de douce rêverie, de me reporter à la Jérusalem de Loti! Le pessi­\nmiste amant des Nirvanahs orientaux m'avait laissé, de son triste pèlerinage,\nune impression de lassitude et de néant. Et pourtant que de belles pages il a\nécrites sur Jésus, que de nobles paroles auxquelles ne manquait que l'esprit\nde la foi !\n    Le livre de Mathilde Serao esc vivifié par cet esprit. Il en acquiert une émo­\n tion plus vraie et réconfortante pour tous ceux qui ont gardé l'espoir, pour\ntous ceux qui, dans les détresses morales auxquelles nul n'échappe, dirigent\n encore des regards suppliants vers cette Palestine, pays d'élection et de\n grâce.\n    Elle revit dans ce livre, la divine Histoire, dans le cadre merveilleux des\n cieux orientaux, des collines fleuries d'oliviers et de figuiers, des plaines\n désolées du Jourdain, des paysages rêveurs et tristes que le vivant pinceau de\n Mme Serao ressuscite admirablement. Livre de foi, livre d'art. Mme Serao a\n tenu plus que sa promesse.\n\n\n   M y r i a m d e M a g d a l a , par T H . CHÈZE. — (Paris, Plon.)\n    M. Th. Chèze suppose que Marie Madeleine a écrit le journal de sa vie, au\njour le jour, notant ses rêves, ses espoirs, ses souffrances, ses joies et les pen­\nsées qui lui venaient au spectacle des événements et en la compagnie des\nhommes.\n   C'est une sorte d'autobiographie vivante et passionnée de la pécheresse. La\ndouce figure du Christ y apparaît illuminée de bonté. Et ce ne fut pas une\nfaible difficulté pour l'auteur que de faire revivre sans l'amoindrir, l'idéale\n apparition de l'Homme-Dieu dans la société corrompue d'alors. Peut-être on\n lui reprochera le tableau des mœurs des courtisanes.\n    Mais le livre est écrit avec art et harmonie, dans un style lyrique d'une\n belle émotion.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "  122                               DURENDAL\n\n\n   S u r l e s h a u t s p l a t e a u x , par D E VANDELBOURG. — (Paris, Plon.)\n   C'est sur les hauts plateaux d'Algérie que se déroule le d r a m e de ces deux\nfrères, premiers pionniers de la colonisation africaine. E n lutte avec la\nnature, avec les indigènes, avec l'administration elle-même qui, p o u r rester\nfrançaise en Afrique, reste tracassière et mesquine, ils succombent à la tâche.\nL a seule pensée qui les réconforte est que l'avenir profitera de leur expérience\net de leurs malheurs.\n   Livre vivant, avec quelques descriptions émues et des tableaux de mœurs\nqui n e m a n q u e n t pas de saveur.\n\n\n   L a v i e r g e de N u r e m b e r g , par le comte A. DE SAINT-AULAIRE.\n— (Paris, Perrin.)\n   C'est, dans la forme du roman historique, l'évocation de la curieuse ville de\nN u r e m b e r g , au temps jadis, avec la société qui l'animait et lui donnait au\nm o y e n âge une si intéressante physionomie. Notes d'esthétique et de pitto­\nresque. Etudes d'art mêlées à des études de m œ u r s , et, greffée sur le tout,\nune délicieuse histoire d'amour qui se dénoue dans les supplices, dans les\nbras de cette Vierge, instrument de tortures inventé p a r u n seigneur féroce.\n\n\n   P o u r ê t r e a d o r é e , par M. A. MONNET. — (Paris, Plon.)\n   U n roman, comme il en paraît b e a u c o u p , un peu terne, avec des notations\nd'une psychologie facile. Histoire d'une jeune fille lancée dans le théâtre, et\nqui en sort par un mariage d'amour.\n                                                                          E. N.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                          NOTULES\n\n\n  Mlle Blanche Selva et Bach à la Schola. — Sous ce titre,\nun des plus sagaces et des plus avertis critiques musicaux que je connaisse,\nJEAN MARNOLD, publie, au Mercure de France, l'intéressant article qui suit :\n    « Il se passe en ce moment et depuis presque deux mois à la Schola une\nchose, je crois, sans exemple à beaucoup d'égards. Une jeune fille, tout juste\nmajeure selon la loi, a entrepris la tâche écrasante d'y faire entendre l'œuvre\nde piano complet de J.-S. Bach. N'en cherchez point la nouvelle ou les échos\ndans les journaux à six pages : il ne s'agit pas d'un virtuose exotique,\nroublard et chevelu. L'événement fut résolu sans réclame, sans « prière\nd'insérer », avec la noble simplicité habituelle en ce sanctuaire de l'art pur\nqu'est devenue la petite salle de la rue Saint-Jacques, et il s'accomplit peu à\npeu, pour la joie et la stupéfaction émerveillée des auditeurs. Tous les mardis\nsoir, l'audacieuse tourne quelques pages de l'in-folio cabalistique, où Wagner\navait lu « le secret de la nature et du monde », et dévoile un invrai­\nsemblable mystère d'inépuisable beauté. Mlle Blanche Selva est bien\nprobablement la première qui ait réussi à faire bisser une fugue par\nun public parisien, mais ce résultat peu banal apparaît, en somme, surtout\nà l'éloge du dit public, et il serait presque ridicule de mesurer un tel art à\nson succès. Il n'y a pas très longtemps qu'on sait le nom de Mlle Selva. Ses\ndébuts furent sensationnels. Elle s'est révélée depuis une grande artiste,\n autant pour les aspirations que dénoncent ses programmes que par une\n interprétation où son extrême jeunesse induit à reconnaître l'effet d'une\n génialité naturelle et rare. Après avoir entendu Mlle Selva jouer Prélude, Aria\n et Finale de Franck à là Nationale, on ne peut pas plus l'oublier qu'imaginer\n la possibilité d'un autre ou plus absolu idéal. Ces petites mains de femme\n possèdent et dispensent à la fois la suprême délicatesse et la force irrésistible;\n en leur maîtrise, s'exprime une âme qui vibre et qui comprend. C'est un capti­\n vant spectacle que celui de l'artiste aux prises avec Bach. Le jeune visage est\n devenu sérieux; les sourcils froncés sous le front volontaire semblent tendre\n  l'arc de la pensée; le regard accuse l'effort qui dompte et gouverne la sensi­\n bilité exaspérée. En décidant de parcourir jusqu'au bout la route jalonnée par\n  un prodigieux génie, Mlle Selva n'a pas trop présumé de soi-même. Elle\n fouille sans embarras l'organique complexité de cette polyphonie lointaine,\n  en pénètre la profondeur, ou découvre la grâce inopinée de ses savantes\n  arabesques. C'est un guide enthousiaste et sûr. En la suivant, on croit\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                  DURENDAL\n124\n\n  marcher vers l'horizon dans une allée bordée de chefs-d'œuvre; et toujours\n l'horizon se recule tandis que de nouveaux chefs-d'œuvre surgissent,\n déroulant sans fin leur chemin de gloire. C'est une belle promenade. A la\n faire avec Mlle Selva, si bien qu'on connaisse Bach, on se figure en avoir à\n peine, jusque-là, soupçonné la grandeur. On assiste à la successive et gigan­\n tesque genèse d'un univers organisé. Ce fut un rude génie, cet Allemand\n ardent, bourru, loyal, irascible et bon, qui fit vingt enfanls à deux femmes\n et assez de musique pour remplir quarante-quatre volumes. Il y avait, sous\n sa perruque, un cerveau de créateur de mondes. L'insouciant démiurge les\n baptisait sans prétention : il appela l'un d'eux le Clavecin bien tempéré. Ne\n nous fions pas à la couverture. C'est bien un monde qu'elle recouvre ; un\n monde où l'innombrable voix des êtres et des choses chante dans les pré­\n ludes, où toute une Iliade déploie, dans les fugues, ses cortèges et ses\n combats. La puissance évocatrice des sons est singulière et volontiers favo­\n rable aux divagations. Mais il est curieux que celte œuvre quasi-didactique\n demeure émouvante entre toutes. Dans la fugue en do dièse mineur, que\n Mlle Selva dut répéter, la mêlée sonore est saisissante, à l'image de la vie.\n Un thème de mélancolique gravité est lentement exposé, puis s'enchevêtre et\n s'étale en enlacements harmonieux. Un tressaillement bientôt vient troubler\n la sereine quiétude, et soudain, fantaisie d'Olympien humoriste, éclate en\n fanfare un appel ironique ou joyeux. Alors le drame s'engage : la poursuite\n haletante, éperdue comme la course de Pan après la nymphe Syrinx,\n l'alternante et plus proche clameur, le terrain gagné c haque fois jusqu'à la\n lutte corps à corps et l'étreinte victorieuse. C'est grandiose et poignant. Et\n les protagonistes de cette tragédie sont deux motifs de quelques notes, et ils\n n'ont pas besoin d'être autre chose. De l'essentielle et seule conflagration\n de la matière sonore organisée naît une émotion purement esthétique et\nincoercible. Tout symbole surajouté ou travesti arbitraire en corromprait la\nbeauté sans augmenter sa force. Une quelconque humanisation risquerait\n d'y mêler cet excitant « pathologique », dont Gœte discerna et redoutait\nl'attrait grossier. Le Clavecin bien tempéré suffirait à immortaliser un homme et\nillustrerait à soi seul l'art de toute une époque. Cependant, rien que dans ce\nque le piano peut traduire de l'œuvre colossal, parmi les Inventions les Partitas,\nSuites et Toccates, il y a encore l'Arie avec 30 variations, l'Offrande musicale et\nl'Art de la fugue. Et si M. Guilmant, à son tour, voulait nous réciter le livre\nd'orgue entier de Bach! On a comme un vertige en songeant à tout le reste :\ninstrumental ou vocal, c'est le pain quotidien de la Schola, qu'on ne sait\nplus comment louer et remercier des hautes jouissances artistiques à nous\nassurées depuis qu'elle existe. Aujourd'hui, un public toujours plus nombreux\net ravi se presse à ces concerts, foyer constamment renouvelé de culture\nmusicale. En célébrant l'admirable exploit de Mlle Selva, il convient de\nrappeler que c'est la Schola qui en rendit possibles la réalisation et le succès,\net, remémorant ses commencements difficiles, les obstacles surmontés par\nla persévérance et le dévouement à un but désintéressé et noble, de l'associer\nà l'honneur après la peine. »\n                                          *\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                   NOTULES                                 125\n\n\n   L'Institut International de Bibliographie prépare en ce\nmoment le complément de la Bibliographie nationale pour toute la partie\nqui concerne les auteurs belges contemporains. Il fait appel à ceux-ci et les\nprie de bien vouloir lui envoyer, dans le plus bref délai, la liste complète de\nleurs écrits, livres, brochures, articles de revues, communications aux\nsociétés savantes, traductions, éditions, préfaces. Pour faciliter le travail de\nl'Institut, il est désirable de lui adresser ces renseignements sur fiches du\nformat type (0.125 X 0.075), portant chacune la notice bibliographique d'un\nseul écrit. Les éléments de chaque notice sont : le nom de l'auteur, son\nprénom, l'année de publication, le titre de l'ouvrage, le sous-titre, le lieu\nd'édition, le nom de l'éditeur, le format (en centimètres), le nombre de pages,\nle prix, le numéro d'ordre de l'édition. S'il s'agit d'un article paru dans un\nrecueil périodique, on indiquera le titre du périodique, le lieu où il a été\nimprimé, la date de publication et la page. Exemple :\n\n\n\n   Durand (Paul).\n    1 8 9 1 . Monographie de Notre-Dame de Courtrai : Explication des\n       planches par M. Paul Durand, membre correspondant de\n       l'Académie de Belgique.\n   Bruges, Walravens, 1891, in-8° (218X280), XII-178 p., 3 fr.\n\n\n\n\n   L'Institut International de Bibliographie rappelle aux auteurs qu'il a\nentrepris la préparation d'un Répertoire Bibliographique Universel, qui\ndoit comprendre les notices de tous les livres et articles de revues publiés\ndans tous les pays. Ce répertoire est établi sur fiches en deux parties, dont\nl'une est classée par noms d'auteurs, l'autre par matières.\n   Le classement répond ainsi à ces deux questions : « Quels sont les\nouvrages à consulter sur tel sujet? » « Quels sont les écrits de tel auteur? »\n   Le Répe'toire est encyclopédique et embrasse l'ensemble des connais­\nsances humaines : Bibliographie et Bibliothéconomie, Journalisme, Philo­\nsophie, Religion, Sciences économiques et sociales, Droit, Enseignement,\nFolklore, Philologie et étude des Langues, Sciences mathématiques, physi­\nques et naturelles, Médecine, Sciences de l'Ingénieur et Sciences Industrielles,\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "126                                  DURENDAL\n\n\n\nAgriculture, Construction et Architecture, Beaux-Arts, Littérature, Géo­\ngraphie, Biographie, Histoire.\n   Ces répertoires peuvent être consultés gratuitement dans les locaux de\nl'Institut. L'Institut envoie, en outre, par correspondance, les renseignements\nqui lui sont demandés par lettre, moyennant le remboursement des frais,\nsoit fr. 0.05 par fiche. Ses répertoires contiennent actuellement environ sept\nmillions de renseignements classés-, établis sur fiches du modèle ci-dessus.\n                                             *\n                                         *       *\n   L e s a m i s d e l a m é d a i l l e d ' a r t . — L a section belge de la Société\nhollandaise-belge des amis de la médaille d'ait a tenu sa séance annuelle le\ndimanche 24 janvier, à 11 heures, au Palais des Académies, sous la présidence\nde M. le vicomte B . de Jonghe, directeur de la section. L'assemblée était\nassez nombreuse. De la lecture des rapports du secrétaire, M. Ch. L e Grelle,\net du trésorier, M. E d . Laloire, il résulte que la situation de la Société s'amé­\nliore chaque année et que son influence s'étend. Lorsqu'elle fut créée, il y a\ntrois ans, la Société comptait 100 membres : 60 Belges, 40 Hollandais;\naujourd'hui, le nombre en est de 180 dont 113 appartiennent à la section\nbelge. Parmi ces membres, tant Belges que Hollandais, nous citerons S. M. la\nReine-Mère des Pays-Bas, L L . AA. R R . le prince Albert de Belgique,\nle prince des Pays-Bas, duc de Mecklembourg, le prince P h i l i p p e de Saxe-\nCobourg et Gotha; MM. Beernaert, ministre d ' E t a t ; le comte de Smet de\nNaeyer, ministre des finances de Belgique; le baron S u r m o n t de Volsberghe,\nancien ministre de l'industrie et du travail ; Harte van T e c k l e n b u r g , ministre\ndes finances des P a y s - B a s ; Pierson, ancien ministre des finances ; Cremer,\nancien ministre des colonies ; etc., etc.\n   Après que l'assemblée eut procédé aux élections de son Comité directeur,\nM. A. de Witte, président de la Société, a fait circuler de nombreuses\nmédailles frappées en Belgique, en Hollande et en F r a n c e , au cours de\nl'année 1903 ; puis il a annoncé que, sur la proposition du Comité directeur\nde la section hollandaise, la Société avait chargé le graveur néerlandais\nWienecke de modeler une médaille à l'effigie de S. M. la Reine-Mère des\nPays-Bas, ayant pour objet de commémorer le vingt-cinquième anniversaire\nde son entrée en Hollande.\n   Il est probable que, si le nombre des membres s'accroît encore quelque peu,\nla Société sera en état-de leur distribuer chaque année deux médailles, spécia­\nlement et uniquement frappées pour eux et dues, l'une à un artiste belge,\nl'autre à un artiste néerlandais.\n                                          **\n    L e t h é â t r e d u P a r c a joué, le mois passé, deux pièces d'auteurs\nbelges, qui fuient données en répétition solennelle et de gala à l'occasion de\nla fête annuelle du jeune barreau. La première est signée E r n e s t Hallo, nom\nde guerre qui cache un avocat de Bruxelles, bien connu comme humoriste et\nqui n'en est plus à ses débuts. L'Article 246, vaudeville franc et entraî­\nnant, a pleinement réussi. L'auteur n'avait évidemment pas l'intention de\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                    NOTULES                                   I27\n\n\nrenouveler le genre. Il s'est contenté d'écrire sur des données connues et en\nutilisant des effets scéniques tombés depuis longtemps dans le domaine\npublic, une pièce pleine de mouvement, amusante sans grossièreté et dis­\ntrayante avec honnêteté. Le dialogue, piqué de mots parfois excellents, tou­\njours drôles, a réjoui le public, qui a fait un vif succès, aussi vif que mérité, à\ncette pièce en trois actes, dont les deux premiers surtout parurent bien venus.\n   La soirée commençait par un lever de rideau dû à la plume mondaine et\nfine d'un jeune avocat, également du barreau de Bruxelles, qui se dissimule\nderrière le speudonyme ornithologique de Chantemerle. Un acte en prose,\nen une prose pleine de réelles qualités, aimable, madrigalisant et non sans\nlongueur. Son sentimentalisme élégant eut certes gagné à se condenser un\npeu, à prendre davantage du mordant, à éviter une certaine préciosité de\nstyle, où l'on distinguait, à vrai dire, plus de recherche que de trouvailles.\n                                       ***\n  Représentation de Comédies au Cercle Artistique. — Le\n Cercle a offert à ses membres la représentation de trois comédies en un acte,\n interprétées par des acteurs du Théâtre-Français et de quelques scènes classées.\n   On sait les difficultés de pareille entreprise. Difficultés pour le recrutement\nde la troupe, difficultés matérielles pour l'installation d'un théâtre sur une\nscène minuscule et point du tout machinée. Il s'agit de trouver des saynettes\njouables successivement dans le même décor, sues par des acteurs ayant tous\nobtenu de leurs directeurs parisiens un soir de congé, et susceptibles de plaire\nau public très spécial du Cercle.\n   On ne saurait donc se montrer exigeant et se plaindre de ce que la fête\ndu 18 ne valut point certaines soirées d'antan où nous entendîmes, grâce à\nd'heureuses circonstances, des comédies d'autre saveur jouées par des comé­\ndiens plus éminents. Ce n'est pas chaque hiver qu'on peut obtenir de\nMmes Bartet, Réjane ou Brandès, de MM. Le Bargy, Guitry ou Coquelin\nqu'ils viennent nous offrir la Maison de Poupée d'Ibsen ou Au Petit Bonheur\nd'Anatole France.\n   Des trois « levers de rideau « joués cette fois, le seul qui présentât quelque\nvaleur littéraire fut ce curieux Plaisir de Rompre de Jules Renard. La donnée\nen est banale, — épisode sans intérêt mettant aux prises deux âmes veules,\nde médiocrité morale sans élégance, — mais un ragoût de style adroit et\nd'esprit moderne y fait sentir la manière de l'auteur du Pain de Ménage.\nM. Dessones, jeune premier d'avenir, a joliment rendu un rôle périlleux.\nMlle Liceney est délicieusement jolie, non sans adresse et possède un timbre\nde voix séduisant.\n   Le Bonheur qui passe et La Peur sont de ces petits actes dont raffolent les\nacteurs amateurs. Cela peut se jouer entre deux paravents et n'est pas\nennuyeux. Mlle Delvair, de la Comédie-Française, remplaçant une camarade\nindisposée, a paru un peu excessive pour le cadre étroit du Cercle et l'insigni­\nfiance de ces piécettes. Mlle Delvair a le physique et les allures d'une tragé­\ndienne. Mlle Liceney, MM. Saillard et Maraval l'ont adroitement secondée.\n                                                                          P . L.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": " 128                                DURENDAL\n\n\n\n    A N a m u r . — On nous prie d'annoncer qu'un concert de musique\n classique sera donné au théâtre de cette ville le 15 mars, par M. J. Delvaux-\n Voué, qui dirigera l'orchestre, et M m e J. Delvaux V o u é , pianiste, avec le con­\n cours de M. Lœwensohn, violoncelliste. En voici le p r o g r a m m e : I r e partie :\n Ouverture des Maîtres Chanteurs de W a g n e r ; concerto en ut mineur n° 3 de\n Beethoven (piano et orchestre); concerto en ut majeur de H a y d n (violoncelle\n et orchestre); symphonie en ré mineur n° 4 de S c h u m a n n . — I I e partie : Pré­\n lude d'Haensel et Gretel de Humperdinck ; concerto en sol mineur n° 2 d e Saint-\n Saëns (piano et orchestre); sonate de Locatelli et Czardas de Fischer (violon­\n celle); et, pour terminer, l'ouverture du Prince Igor de B o r o d i n e .\n\n                                         ***\n  A u C o n s e r v a t o i r e . — U n e suite de conférences, consacrées exclusi­\nvement aux poètes et prosateurs belges, sera donnée au Conservatoire, les\ndimanches 21 février, 6 mars, 10 et 24 avril, 1er et 15 mai, à 3 heures.\nM M . Albert Giraud, Jules Destrée, Valère Gille, Iwan Gilkin, Fernand\nSéverin et Fierens-Gevaert parleront de Max Waller, V t r h a e r e n , Giraud,\nMaeterlinck, Louis Delattre et Ch. De Coster. Les lauréats des classes de\ndéclamation diront des fragments en prose et en vers. A b o n n e m e n t s : 30a, rue\nde la Régence.\n                                          * *\n   R y t h m e s d e D o u c e u r . — Sous ce titre paraîtra prochainement, à\nl'Edition Artistique de Liége, un recueil de poèmes de M. Emile D a n t i n n e .\n\n                                        ***\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n . — F . MASSON : Napoléon et son fils (Paris,\n Ollendorff). — G. VICAIRE : E m a u x Bressans (Paris, Leclerc). — H . BOR­\n DEAUX : L e lac noir (Paris, Fontemoing). — H . KRAINS : L e pain noir\n (Paris, Mercure de France). — A. GODARD : Les routes d'Arles (Paris, Perrin).\nE n H a u t ! ! Lettre de la comtesse de Saint-Martial (Paris, Plon). — SERGE\nD'IVRY : Çhristiane (Paris, Halier). — Chan. VAN DEN GHEYN : L e chapiteau\nbyzantin. Les sarcophages byzantins de Ravenne (Anvers, De Backer). —\nL . BOCQUET : L'imagier André des Gachons (Lille, édition du Beffroi). —\nAu comte L . Tolstoï. Lettre ouverte (Paris, Plon). — E . VEKHAEREN :\nLes villes tentaculaires (Paris, Mercure de France). — E . MÉLOT : Figures\nflorentines, ouvrage illustré de 63 phototypies (Bruxelles, Charles Bulens)\n— J . - H . ROSNY : Le docteur Haremburg (Paris, P l o n ) . — G. NIGOND : Les\ncontes de la Limousin (Paris, Stock). — J. CHANTAVOINE : Correspondance\nde Beethoven (Paris, Calmann-Lévy). — P . ANDRÉ : L e prestige (Bruxelles,\nLibre Critique). — L. BOURDEAU : Histoire de l'habitation et de la parure\nParis, Alcan). — T. MAURER : Princesse Avril (Paris, Maison des Poètes).\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": " CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n         *a, Marché-au-Bois - B R U X E L L E S\n     Dépots de fonds en Comptes Chèques, disponibles à, vue : 1 1 2 p. e. sans commission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 9 7 p e\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effet», etc.\n                                       ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tons pays\n               Prêts snr Titres — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n  FABRIQUE DE-MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Comertures, Duvets\n                        médaille d'Or i l'Exposition Internationale de irnxeiies 1897\n\n                     BERVOETÏTwiELEMANS\n                                   FOURNISSEUR DE LA COUR\n      6, 8, 10,12, Rue du Midi * I K BRUXELLES\n Usine à vapeufi, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                 Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                  FABRIQUE ET ATELIERS :\n                             37, Rue de l a Charité - BRUXELLES\n                                                    TÉLtolOTŒ              1947\n                               Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                             S | écialilé de tous les articles co cernant la peu ture, la sculpture,\n                                              la gra\\ure, l'architecture et le dessin\n                             RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                    Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aox Expositions d'imsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cnjcago, etc.\n\n  PIANOS S T E I N W A Y                                                   & SONS\n                   NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie des rois d Angleterre, de Saxe,\n  de Suède et d Italie, du 8ultan, de la reine régenta d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « I n e Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R W agner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du cla\\ier (Irans Lisxt). » Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Kubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, îe me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . » m I a plénitude, la puis-\nsance I idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski) « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vous\nfait des progrès* Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût* En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert • Ils sont tellement au dessus de toute critique qu ua\n•loge mime paraîtrait ridicule Sofia Monter\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ml SOI, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "              \"VIENNENT IDE F-A.Pt-A-ITPtE :\nLA L É G E N D E D E SAINT FRANÇOIS D'ASSISE f É C R I T E PAR TROIS DE SES\nCOMPAGNONS. — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nRR. P P . MARCELLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMENICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — Un vol. in-12                                    fr. 3 5 0\n       (LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.\nI F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S DE LÀ VIE DU P E T I T PAUVRE DE JÉSUS-\nCHRIST SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— Un vol. in-8<>                                                                        fr. 3 0 0\nI F I O R E T T I f APPENDICES : CONSIDÉRATIONS SUR L E S STIGMATES f VIE DE\nF R È R E J U N I P È R E f V I E ET DOCTRINE D E F R È R E ÉGIDE. — Traduction littérale\navec notes. — Un vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'après les fresques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                    fr. 2 5 0\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8\", illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                      fr. 1 2 5\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                           fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock).— Un vol. in-12 . . .                 . . fr. 3 5 0\nCHERCHONS L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-i?         » 3 50\nL E S GENS DE TIEST,par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant . — Unvol.in-12               » 3 50\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                                fr. 5 0 0\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 5 0\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M\"\" Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires .Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                                                fr. 1 5 0 0\nLES JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                 . . fr. 3 5 0\n       On peut se procurer ces ouvrages tn s'adressant à notre éditeur CH. B U L E N S , 7 5 , r u e Terre-\n    Neuve, & Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": ""}, {"page_pdf": 157, "texte": "SOLIDITÉ                          ÉLÉGANCE                         ECONOMIE\n\n                 CHAISES SUEDOISES BREVETEES\n                N'achetez que les véritables chaises et tables\n              suédoises brevetées, polies, en noyer, en citronnier,\n              en acajou et en vert. Elles sont les plus solides, les\n              plus durables et les moins chères. 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Boyer du samedi 6 février, conférence de Pougin du 13 février, Libre Esthétique « 25 février-29 mars », séance de l’Association des Chanteurs de Saint-Boniface annoncée pour le 11 mars, séance de l’Amicale de la médaille d’art du 24 janvier.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}