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N« 3.\n\n\n                                                                            <a\n\n\n          REVUE CATHOLIQUE' •ART\n                LITTERATU\n\n\n\n«B\n                                       >••:\n                                              • •\n\n                                                                 •%\n\n\n\n\n                             •   •\n                •   •\n\n\n                                                    • • •\n                                                                      • .. • •\n\n\n                                                            AU\n\n   B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine de la Société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 159, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 4252, "texte": "Domaine de la Société \" Lfl WESTENDfllSE \"\n\n                                   Lfl PLAGE DE WE5TEPE\n                             est située aux bords de la mer du Nord,\n                       entre Ostende et Nieuport; elle est de sable Un.\n                       Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                       attirer l'attention des familles désireuses de Jouir\n                       d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                       le confort a la simplicité dans des conditions très\n                       avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                       le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                       saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                       tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                       munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                       aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                       tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas et Terrains    Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-      Villas et Cottages\n                       phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A TENDRE         d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n    par annuités       digue, des avenues, des villas et des oottages.\n                                          •   ^é   w i\n\n\n                                HALLES WESTENDAISES\n                   Ce vaste magasin d'approvisionnements desserties\n                 villas et cottages Toutes les marchandises: épiceries,\n                 conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                 bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                 dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                 jours de premier choix.\n                                                      Le Wsstand' HAtoi est ouvert du ao mat\n                                                      au s8 septembre         Pension de 6 à 18 fr.\n                                                      par jour. Aux commencements et fins de\n                                                      saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                        tageux pour 1rs familles faisant un séjour\n                                                      prolonge à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                       ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n     DIGUE DE MER                                        rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                            Ameublement moderne esthétique et\nTéléphona n* 1 0                                                  confortable. Balcons et Ter-\n                                                                    rasses. Salle de musique\n   BiSKAU                                                              Salle de billard. Salle de\n                                                                         récréations p' enfanta.\n                                                                             Salons do lecture, do\nfllDKLKERKE\n                                                                                   corrnspondan-\n                                                                       l\n                                                                     li M\\'&    I ce Cuisine soi\n\n                                                                     B U t ^ T i i C T I commandées.\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avee saloa.\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n\n\n                                   SA. B R U X E L L E S , 5 3 ° , r u e C a p o u i l l e t ;\n                                    A W E S T E N D E , a l'Administration de la\n                                         Plage ou au Westend'HôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 160, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                 1904 — i l » A n n é e\n\n\n                   Sommaire du n° 3 (Mars)\nFIRMIN VAN DEN B O S C H . — M a x Waller                                        129\nVICTOR K I N O N . — Six poèmes d'automne                                        i35\nJOSEPH RYELANDT.       — Le$ dernières             sonates pour piano de\n  Beethoven                                                                     144\nFRANZ A N S E L . — Les poèmes                                                  154\nARNOLD G O F F I N . — Le temple                                                i5g\nP. L. — Les expositions de février : Le Salon de la Libre\n          Esthétique. — Les expositions éphémères. — Les\n          œuvres d'art destinées à l'hôtel de ville de St-Gilles                162\n\n     Chronique musicale :\nGEORGES DE GOLESCO : Le troisième   concert du Conservatoire.\n  — LÉOPOLD WALLNBR : Le troisième concert Ysaye. — G. DE\n  G. : M'\"* Matja von Niessen-Stone au Cercle Artistique. —\n  P. L. : Les élèves de M. Demest. — D . L. : Audition chez\n  M\"* P. De Smet. — L'A Capella gantois. — M1\" Delhez à\n  Paris. — Audition de musique religieuse à Anvers . . . .                      166\n\n     Les Conférences :\nARNOLD GOFFIN : Les primitifs français (Paul Vitry). — E . E . :\n  Les variations musicales (Léopold Wallner). — P. L . : La\n  peinture française an XVIII' siècle (Virgile Josz). — La\n  poésie française (Catulle Mendès). — G. DE G. : Charles de\n  Sprimont (Paul Mussche)                                                       177\n\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. — La gazette               des faits et des livres.   .   180\nLivres et Revues                                                                186\nNotules                                                                         190\nIllustrations : P o r t r a i t de MAX WALLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 170, "texte": "REVUE\n                             DURENDAL\n                        CATHOLIQUE                         D'ART           ET DE                       LITTÉRATURE\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 170, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 francs (port c o m p r i s )\n        (pour Façonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles\n                                          P R I X D ' U N NUMÉRO          : FR.     1.50\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                                  MM.         H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                              L'abbé H E N R Y                MŒLLER.\n                                              F I R M I N VANDEN                BOSCH.\n\n                         Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                                      Correspondant de la rédaction Ji Paris ;\n                      M.      HENRI          MAZEL,           avenue Niel, 32, Paris.\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 4411, "texte": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.                                                                ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                                            JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                                             L'abbe H . HOORNAERT.\n      H E N R Y BORDEAUX.                                                        J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE B R A U N .                                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS B I AUN.                                                            E D M O N D JOLY.\n      GEORGES BKIGODE.                                                           VICTOR K I N O N .\n      MARIE CLOSSET.                                                             GODEFROID K U R T H\n      L'abbe A U G . CUPPENS.                                                    IW D E I A L A U R E N C I E .\n      L'< b b é P A U L C U Y L I T S .                                          G t RGES L E C A K D O N N E L .\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                                    S u . C H . LECONTB,\n      L e baion JOSÉ D E COPPIN.                                                 GEORGES MARLOW.\n      G E O R G E S D E G O I ESCO.                                              CHARLES MARTENS.\n      GEORGES        DELAUNOY.                                                   PAUL MUSSCHE.\n      L a comtesse E D DE LIEDEKFRKE.                                            E D O I ARD N E D .\n      L e baron G. DELLA F A I L L E .                                           M A L RICE O I IVAINT.\n      E U G È N E DEMOLDER.                                                      LRNEST PFRIER.\n      OLIVIER GEORGES D E S T R É E .                                            GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DLSTREL.                                                             GEOR ES K E N \\ .\n      Vicomte D'HENNEZEL                                                         BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                                            JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                                          FERNAND SEVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                                               L'abbe ARMAND THIFRY.\n      EMILE FERMAUD.                                                             HENRY VAES.\n      LAURENT FIERENS.                                                           R O B E R T VAN D E R E L S T .\n      H . FIERENS GEVAERT.                                                       CHARI E S V A N LERBERGHE.\n      CAMILLE GASPAR.                                                            EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GILKIN.                                                                L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                                  LÉOPOLD WALLNER.etc, etc.\n\n                   L e s c o l l a b o i a t e u r s sont s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\nIl sera rendu compte dans DURENDAL                  de t ut ouvrage dont un exemp aire sera enroye à Ut R dactum\n\n      Les manu crits et correspondances concernant la Rédaction, l'Adn in trati n et les demandes\nd'abonnement d îvent être adresses au siège de la Revue, 22, rue du Grand-Cerf, à Bruxelles\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 134, "titre_corps": "Max Waller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Max Waller Quelques souvenirs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "Max Waller\n                                                    Quelques souvenirs...\nAu docteur Warlomont.\n\n\n               'IMAGE      de Max W a l l e r est associée au souvenir\n                    des heures les plus claires et les plus ardentes\n                   de ma jeunesse...\n                       Notre première rencontre s'encadre — en ma\n                   mémoire — entre les hauts murs blancs, aux\n                   fenêtres symétriques, de la cour du Collège de\n                    la Paix de N a m u r ; W a l l e r venait de fonder la\n                   Jeune Belgique; malgré une attentive surveil­\nlance, quelques « brûlots » étaient venus j u s q u ' à nous, allumant\ndans nos jeunes cervelles une délicieuse fièvre; dès qu'il nous\napparut, nos confuses révoltes et nos vagues aspirations s'incar­\nnèrent en cet aîné qui était à la fois toute séduction et toute\nvaillance, sorte de jeune dieu r o m a n t i q u e dont le masque de\ncandeur t e n d r e était démenti par des gestes d'une tranchante\net impérative d o u c e u r . . . J'ai devant moi le portrait de Max\nWaller — tel qu'il était alors — et à le revoir en l'impeccable\net pittoresque d a n d y s m e de son attitude, de son costume et de\nson allure, je comprends qu'il nous ait fait rêver à la « préface\nde Cromwell », à la « bataille d ' H e r n a n i » et au « gilet rouge\nde T h é o Gautier »... Mon Dieu, certes, nous ne savions guère\nvers quel but précis il marchait et quelles idées il semait de ses\nmains frémissantes, si fines et si énergiques, mais rien que de\npressentir en lui l'initiateur qui apporterait quelque chose de\nneuf et d'autre en nos intelligences comprimées d'archaïsmes,\nnous le faisait aimer et admirer un peu comme un Messie\nintellectuel.\n   Souvent W a l l e r ainsi nous arrivait à l'improviste, en coup de\nvent... Tel après-midi d'été, le long du ruban argenté de la\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "130                          DURENDAL\n\n\n Meuse, nous le conduisîmes, Léon X...et moi (Léon X..., aujour­\nd'hui attaché d'ambassade, essaye, quelque part au loin, de dé­\nbrouiller les écheveaux de la question d'Orient), à une guinguette\nà La Plante... Là, autour d'un brock de stout, le jeune chef de la\nJeune Belgique nous expliquait son œuvre... Que ces heures mè\nsont restées dans la mémoire, et jusqu'aux intonations de voix,\ntantôt nuancées comme une musique, tantôt cassantes comme\nun coup d'épée, avec lesquelles Waller chantait ses espoirs ou\nclamait ses haines... Toute son œuvre, pour lui, était dans le\ntitre : la Jeune Belgique — œuvre de jeunesse, renouveau d'art\ntendant à se rattacher aux merveilleuses floraisons anciennes, par\ndelà les « cinquante années de paix et de prospérité » — oh !\nle mépris gamin avec lequel il lançait ce mot ! — et aussi œuvre\npatriale aspirant à restituer à la Belgique une personnalité\nesthétique... Il eut alors un joli couplet — que du reste je lui\nentendis redire souvent depuis — sur cette idée que s'il est\nbeaucoup de moyens de rendre un pays prospère, l'art seul le\nfait durable... Puis, nous parlant de ses compagnons de lutte,\nil nous révéla les Moines de Verhaeren par quelques granitiques\nstrophes, détailla de doux vers mièvres de Rodenbach, et donna\nl'essor aux somptueux alexandrins de Hors du Siècle, d'Albert\nGiraud... La façon enthousiaste et fraternelle dont Waller\njugeait déjà alors ceux qui formaient avec lui le « petit bataillon\nsacré » atteste qu'il ne connut ni ne pratiqua jamais les déplo­\nrables mœurs de requins qui ont trop cours, hélas ! parmi les\nLettrés... Conscient de la maîtrise future de ses frères d'armes,\nil ne revendiquait pour lui que l'orgueil d'avoir rallié leurs éner­\ngies et leurs talents autour d'une devise, qui, disait-il spirituelle­\nment, valait bien un drapeau... Cette ambition suffisait à Waller :\navoir été le clairon d'avant-garde, dont le nom un jour serait\ninscrit dans un coin des bulletins de victoire.\n   Ce soir-là, comme nous rentrions en ville, par la Grand'-\n Place, encombrée de baraques foraines, Léon X... nous entraîna\nchez une somnambule — antique sorcière ridée à la Goya —\nmanipulant de graisseuses cartes derrière un comptoir de velours\ngrenat râpé... Waller tendit sa main à la mégère qui, après\n quelques préalables fantasmagories, vaticana qu'il « vivrait\ntrès vieux ». Celui qu'on a si bien surnommé « Son Imperti­\n nence le page Siebel » regarda la prophétesse dans les yeux et,\n avec une fausse galanterie, soulignant ses mots d'un geste en\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "                               MAX. W A L L E R                          131\n\n\nchiquenaude, il répondit : « Vivre très vieux? A vous voir,\nMadame, pour ce que cela me promet, merci! »... E t , pirouet­\ntant sur ses talons, il sortit parmi les grognements de la sybille\nfroissée...\n\n   Plus t a r d , je revis parfois W a l l e r à L o u v a i n . J'ai gardé le\nsouvenir surtout d'un dîner — auquel assistait aussi, je crois,\nEugène Gilbert — et où le chef de la Jeune Belgique se trouva\nface à face avec un des plus redoutables et plus résolus adver­\nsaires de ses idées : L é o n de Monge. Bien qu'il le griffât par­\nfois dans le Memento de sa revue, W a l l e r estimait hautement\nde Monge, qui était son ancien maître : « C'est le seul profes­\nseur de littérature, disait-il, qui connaisse son métier propre­\nment et se t r o m p e de bonne foi. » Ce soir-là, d e Monge avait\npiqué W a l l e r au vif en déclarant que le mouvement de la Jeune\nBelgique n'était q u ' u n « mauvais pastiche français »; c'était là\nviser au cœur même de l'œuvre, dont l'initiateur s'entraîna alors\nen une fougueuse riposte. L a belle joute, et si a m u s a n t e de con­\ntrastes : autour de de Monge froid, un peu hautain, très maître\nde lui, Waller, souple et nerveux bretteur, tournait de toutes\nparts, cherchant les défauts de la cuirasse où enfoncer les\npointes de son ironie... Après s'être défendu, il attaqua, bous­\ncula un peu H u g o — qu'il appela un génie tout en cerveau— glo­\nrifia par défi Musset, que de Monge avait qualifié de « mauvais\nsujet », et fonça droit sur les a d m i r a t i o n s primordiales de son\ninterlocuteur, qui furent les Maîtres du XVIIe siècle; le vieux\nprofesseur écouta sans sourciller ces iconoclasmes verbaux et,\nquand W a l l e r se tut, de Monge, avec une politesse un peu rail­\nleuse, lui fit cette seule réplique :\n\n               J'ai mon Dieu que je sers ; vous adorez le vôtre.\n                    Ce sont deux puissants dieux.\n\n   Puis il ajouta : « Vous m'excusez, n'est-ce pas, Monsieur,\nd'oser encore citer Racine? »\n   E t Waller fut désarmé — un mot d'esprit seul pouvant désar­\nmer ce spirituel garçon.\n   Le soir, à la Table ronde, Waller nous dit :\n   « De Monge? Un magnifique anachronisme. Il eut été à sa\nplace et eut fait bonne figure sous L o u i s X I V . . . Malheureuse­\nment, il est né trop vieux dans un siècle trop jeune. »\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "132                         DURENDAL\n\n\n\n   Août 1886. Je venais de publier, dans le Magasin littéraire,\nquelques menus essais de critique. Waller, que je rencontrais au\nbord de la mer, m'interpella de haut : « Pourquoi ne pas avoir\nenvoyé à la Jeune ces articles pas trop mal torchés, au lieu de les\nlivrer comme papier à sachet à ce comptoir d'épicerie qu'est le\nMagasin littéraire? » — « T r o p d'honneur! » lui répondis-je. Et\nje lui expliquais, j'essayais de lui expliquer, parmi ses hausse­\nments impatients d'épaules, que si, lettré, je communiai d'en­\nthousiasme avec les neuves et libres idées artistiques qu'il pro­\nmouvait, je ne pouvais admettre, catholique, l'humiliante subor­\ndination dans laquelle la théorie de l'art pour l'art reléguait la\nReligion et la Morale... Waller ne me laissa pas achever : «. Avec\nces notions-là, s'écria-t-il, on peut être un intelligent sacristain,\nnon un artiste... » Et se fâchant presque : « Mais, sacrebleu,\ns'écria-t-il, soyez, dans votre vie privée, catholique, mahométan,\nprotestant, si vous voulez, mais à l'heure de l'inspiration, assis\ndevant votre table de travail, soyez artiste, rien qu'artiste,\nartiste sans adjectif! » Puis, radouci, il ajouta avec une moro­\nsité comique : « Misère de nous après M. Picard et son art qui\nprêche, voilà qu'on nous annonce l'art qui sauve! »\n   A ce moment, Max Waller ne se doutait point que cet « art\nqui sauve », si gentiment blagué par lui, et devenu depuis le\n« modernisme catholique », allait se développer en un mouve­\nment esthétique puissant et fécond qui s'affirmant dans des\nrevues vivantes et combatives, réalisé dans de beaux livres,\nunirait l'éternité de l'idée à la jeunesse des formes !\n   Je ne me fais pas illusion ; s'il avait vécu assez longtemps\n pour assister à l'éclosion du « modernisme catholique », Max\nWaller l'eût tout d'abord combattu avec une spirituelle féro­\n cité, et comme M. Iwan Gilkin, dans un manifeste qui fit\n quelque tapage, il nous eût accusés de « relever de tristes\n drapeaux»... Mais je ne sais si les désenchantements qui ombrè­\n rent de mélancolie la fin de l'existence du fondateur de la\n Jeune Belgique ne l'eussent point amené, vis-à-vis des lettrés\n chrétiens, à un sentiment plus indulgent et plus juste.\n    Je touche ici à un point délicat : les convictions religieuses\n de Waller. Sans vouloir accaparer cette chère mémoire au\n profit des idées pour lesquelles mes amis et moi avons si pas­\n sionnément lutté, il me sera permis de déclarer que jamais\n Max Waller ne fut un incrédule. Il se découvre, dans son\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "                        MAX   WALLER                            133\n\n\nœuvre, des hardiesses vis-à-vis de la Morale; on y chercherait\nvainement, je ne dis pas un blasphème, mais même une irré­\nvérence contre la Religion. La volupté et l'orgueil de vivre,\nl'ivresse de tous les succès purent troubler chez Waller la foi\nde son enfance. Mais quand sonna l'heure de l'épreuve — la\nmort de son frère Charles, des trahisons d'amour noblement\nréparées du reste, et enfin une maladie sournoise, tatilonne et\nimpitoyable — Max Waller, au contact de la désillusion et de\nla douleur, se ressaisit avec cette spontanéité sincère qui fut\nune des caractéristiques de son tempérament — et du cottage\nanglais où commença sa lente agonie, il écrivit — quelques\nmois déjà avant sa fin — que rien ne survivait plus en lui que\n« le fils de sa petite maman ».\n   A cette mère d'élite, au chrétien vaillant qu'est le frère de\nMax Waller, je dois d'ajouter que la mort de cet amant impé­\ntueux de la vie, fut d'une simple et émouvante résignation; en\nprésence du prêtre qui l'assista en ses derniers moments, de\ncette même voix tranchante qui tant clama une fière confiance\ndans la destinée, Max offrit à Dieu le sacrifice de sa jeunesse et\nde son art — et il s'endormit très doucement.\n   Je le revis — le lendemain — sur sa couche suprême, dans\nune chambre claire, parmi du soleil et des fleurs, portant sur\nson masque amaigri, le souvenir des énergies vaillantes dont\nfut armé sa vie et le reflet des immortels espoirs qui auréo­\nlèrent sa mort.\n    Depuis lors, quinze années ont passé, pendant lesquelles le\nsouvenir de Max Waller a sommeillé dans de la méconnais­\nsance. Il appartenait à des « jeunes » de soulever ce linceul\nd'oubli et d'injustice. Nos confrères du Thyrse ont assumé cette\ntâche filiale et, pour la mener à bien, ils ont placé à leur tête le\nnoble poète Albert Giraud, le frère d'armes de Max Waller,\nl'artiste qu'il prisa le plus et l'homme qu'il aima le mieux.\nGrâce à eux, le souvenir du fondateur de la Jeune Belgique sera\ncommémoré bientôt par le marbre, sur une des places publiques\nde ce Bruxelles où Waller mena ses hardies et impertinentes\ncroisades d'art. Et la génération d'hier se rappellera et la géné­\n ration de demain apprendra que vers 1880 apparut au centre\nde la Belgique Béotienne, un adolescent, presque un enfant\nencore, qui, mettant sa témérité juvénile au service de l'art,\n culbuta les routines, vainquit les indifférences, groupa les ini-\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "134                               DURENDAL\n\n\ntiatives et qui, artisan de beauté et d'enthousiasme, fit don à\nson pays d'une littérature originale.\n                                              FIRMIN VAN DEN BOSCH\n   Mars 1904.\n\n\n   P.-S.  — Cet article était terminé, quand nous avons reçu\ncommunication d'un document inédit qui, dans sa touchante et\nfiliale simplicité, confirme péremptoirement les appréciations\nque nous avons émises sur les sentiments religieux de Max\nWaller :\n\nPrière composée par Max Waller (mars 1888) pour sa\n  mère désolée, à l'occasion de la mort de son frère\n  Charles, décédé au Congo (2 février 1888).\n\n\n     Mon Dieu! là-bas, loin de nous, mais près de Vous, il est tombé, celui\nqui était Votre fils et le nôtre! A sa dernière heure, il a levé les yeux vers le\n Ciel, et sa pensée suprême a précédé son âme dans l'envolement de\n l'Eternité.\n    Vous qui, connaissiez son cœur, mon Seigneur bien-aimé, Vous qui savez\nqu'il était bon, aimant et doux, Vous savez qu'il a expié ses fautes dans les\ndures privations de l'exil, qu'il a souffert, qu'il a pleuré, que sa voix s'est\nélevée douloureusement dans le silence de l'agonie.\n     Prenez-le près de vous, Seigneur, caressez son front, dites à vos anges\n d'éventer son sommeil de leurs ailes blanches, afin qu'un jour, si vous\ndaignez me recevoir dans votre divine Lumière, j'y retrouve l'enfant que\nj'ai perdu, mais que votre divine Bonté me rendra!\n                                   Ainsi soit-il.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 137, "titre_corps": "Six poèmes d’automne : Matin de Septembre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Six Poèmes d'Automne I Matin de Septembre Maintenant", "ancre_fin": "Accueille le parfum des fleurs qui vont mourir", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II Les jours qui passent", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 170, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "Six Poèmes d'Automne\n                            I\n\n               Matin de Septembre\nMaintenant qu'un matin d'automne calme et clair\nSe soulève au-dessus des brumes violettes\nE t qu'une fade odeur d'herbe et de poires blettes\nTraîne languissamment dans la tiédeur de l'air ;\n\nMaintenant que, parmi les treillages. Septembre\nOffre aux frelons fiévreux ses grappes d'encre et d'ambre\nE t que, sous la rosée et le soleil, les fleurs\nOnt un air de sourire en essuyant leurs pleurs ;\n\nO mon âme, oublions les choses de la vie,\nE t même, s'il se peut, bénissons le passé\nQui nous a fait souffrir, mais qui nous a laissé\nLa candeur et la noble faim, — inassouvie!\n\nLa Tristesse adorable est là qui tend les bras\n— La Tristesse très belle et qui ne trompe pas ! —\nCelle qui pleure au fond de la langueur des choses\nE t qui descend du ciel en effeuillant des roses...\n\nO mon âme, sois triste et ne te souviens plus!\nVois les convolvulus et les aristoloches\nBaigner dans la rosée... Ecoute au loin les cloches\nArgentines mouiller de pleurs les angelus...\n\nO mon âme, sois triste et, t'apaisant, adore\nLa Main qui t'a menée en cette bonne aurore,\nA travers la souffrance et les sombres émois,\nA travers les frissons et les fièvres parfois,\n\nPour qu'ayant bu ce fiel et mangé cette cendre,\nTu puisses mieux goûter la tristesse des bois\nEt, tel un pur jet d'eau, sur les âmes répandre\nUn chant mélodieux, mélancolique et tendre.\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "136                            DURENDAL\n\n\n      Oh! sois t r i s t e ! — Vois-tu, si tu n'avais souffert,\n      Tu ne connaîtrais point la bonté de cette heure,\n      Ni d'être appariée à l'automne qui pleure,\n      Ni de languir dans le feuillage jaune et vert.\n\n      E t sois bonne ! — Comment rester dans l'amertume\n      Devant cet horizon qui bleuit et qui fume?\n      Comment garder rancune et ne point pardonner\n      Devant ce pur soleil que Dieu fait rayonner?\n\n      E t comment sans tendresse et sans bonnes paroles\n      Voir les roses pleurer des larmes de rubis\n      E t Septembre gagner ces premiers cheveux gris\n      Que les fils de la Vierge accrochent aux corolles?\n\n      Oh! tu n'espérais plus un semblable matin,\n      Tissu de soleil tiède et de frileux satin,\n      E t tu n'attendais plus cette caresse exquise\n      Des arbres, du soleil, du ciel et de la brise...\n\n      Tu n'aurais point ta part du poème azuré\n      Sans l'ancienne souffrance et sa mélancolie.\n      Va, n'envions point ceux que la souffrance oublie\n      E t plaignons les yeux durs qui n'ont jamais pleuré ! ..\n\n      Telle est la vieille loi, que les âmes s'affinent\n      Sous les coups du Destin qui s'érige en bourreau\n      E t que les cœurs saignants sont le rouge terreau\n      Où poussent les beaux vers et les strophes divines!\n\n      Car souvent c'est d'angoisse et de sanglots coupés,\n      E t c'est de pleurs brûlants, et c'est de poings crispés,\n      E t c'est de rage au fond des sourdes nuits qu'est faite\n      La chanson qui jaillit des lèvres du poète!\n\n      Mais à présent, sois calme, oubliant le passé...\n      Compatis doucement au ciel violacé,\n      Sois la garde-malade aux gestes de mystère,\n      E t t'assieds au chevet de ta mère, la Terre...\n\n      L'heure est d'un rythme égal et calme sous l'azur;\n      La brise, ayant fermé les ailes, se recueille:\n      La T e r r e resplendit; le silence est si pur\n      Q,u\"on entend le soleil glisser de feuille en feuille...\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 285, "texte": "               SIX POÈMES D'AUTOMNE                         137\n\n\nVa donc, mon âme, et sois attentive au soupir\nLointain des peupliers, et tendrement accueille,\nPuisque te voilà bonne à force de souffrir,\nAccueille le parfum des fleurs qui vont mourir...\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 137, "page_fin": 138, "titre_corps": "Six poèmes d’automne : Les jours qui passent", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Les jours qui passent Les jours", "ancre_fin": "ont tout à coup bougé", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III Le coup de vent", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "Les jours qui passent\nLes jours, tantôt brumeux et tantôt violets,\nLes jours tièdes, les jours mornes, les jours voilés\nDe mousseline blanche et de taffetas mauve,\nCeux qui luisent du blême éclat d'un crâne chauve\nSous l'averse qui claque et sous le soleil blanc,\nCeux qui baignent dans un brouillard étincelanl,\nCeux qui grelottent dans la bruine et qui pleurent,\nCeux qui sommeillent doucement et dont les heures\nS'effeuillent comme des corolles de velours,\nLes jours navrés, les jours nostalgiques, les jours\nSe traînent, dans l'effroi des vastes crépuscules,\nVers l'horizon qui fume et les nuées qui brûlent.\nParfois il en est un qui se soulève encor\nVoluptueusement, dans un poudroiement d'or,\nE t qui, s'illuminant d'un sourire suprême,\nFleurit sous le ciel bleu comme un lourd chrysanthème.\nMais sitôt que le soir, dans les lointains laiteux,\nA fait beugler les bœufs qui r e n t r e n t deux à deux,\nLe jour découragé s'affaisse sur la plaine\nE t se laisse mourir en sanglotant à peine...\nOh ! qui dira l'angoisse et le sourd désespoir\nDes jours désabusés qui saignent dans le soir!\n\nE n ville, on les plaint moins, — bien que toujours, en somme,\nUn peu du jour qui meurt sanglote au cœur de l'homme, —\nE t l'on va et l'on vient comme par le passé.\nP o u r t a n t , d'un air vieillot, lamentable et cassé,\nVers six heures du soir, quand les cheminées fument\nE t quand les vitres l'une après l'autre s'allument,\nLa ville, sous la pluie d'argent des carillons,\nTasse frileusement ses toits et ses pignons\nAutour du vieux clocher qui coupe de sa flèche\nLes nuages saignants qu'un dragon fauve lèche...\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "138                             DURENDAL\n\n\n      Mais, aux champs, le chagrin des jours étreint le cœur,\n      E t s'il arrive que, le soir, un promeneur\n      Attarde ses pas lents le long d'un pré qui fume;\n      S'il hume le parfum végétal de la brume,\n      S'il entend les perdreaux crisser leurs cris de sang,\n      Si d'un pied anxieux il écrase en passant\n      Un de ces champignons énormes et putrides\n      Qui paraissent pétris d'or et de cantharides,\n      S'il contemple tantôt les vallons violets\n      Des prés marécageux, hantés des feux follets,\n      E t tantôt l'horizon des collines où plane\n      E n longues bandes la fumée des feux de fane,\n      Tu verrais tout à coup cet homme tressaillir\n      Devant le ciel zébré de flammes, et pâlir\n      A cause du silence immense de la T e r r e\n      E t parce qu'à t r a v e r s le tragique mystère\n      De l'ombre incandescente et du soleil couché,\n      Les hauts peupliers noirs ont tout à coup bougé ! ...\n\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 139, "titre_corps": "Six poèmes d’automne : Le coup de vent", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Le coup de vent Je fermai ma fenêtre", "ancre_fin": "un vol de feuilles mortes", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IV Les litanies des fleurs", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "Le coup de vent\n      J e fermai ma fenêtre et j'allumai ma lampe.\n      Triste, je réfléchis, une main à la tempe :\n      « J e ferais bien de lire et de rêver un peu...\n      Mais j'ai le cœur si lourd de larmes, ô mon Dieu!\n      P o u r t a n t , lisons. » — J'ouvris un livre de voyages.\n\n      Il est doux de voguer sur des fleuves sauvages,\n      Le long des baobabs et des palétuviers,\n      P a r m i le gazouillis des oiseaux singuliers,\n      Tandis que, par instants, on heurte à coups de rame\n      Le dos d'un crocodile ou d'un hippopotame\n      E t que, front incliné, œil cligné, loupe au poing,\n      Un entomologiste examine avec soin\n      Un scarabée aux étincelantes élytres...\n\n      Soudain un coup de vent claqua contre les vitres,\n      Suivi d'un hurlement lointain et continu.\n\n      Alors, ayant rouvert la fenêtre, j ' a i vu\n      L a Mort, —j'ai vu la Mort à la claire denture,\n      Dont le rire incisif insulte la nature,\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "                 SIX POÈMES D'AUTOMNE                       139\n\n\nSur un cheval aux dents jaunes, au crin bouffant,\nPasser, bride abattue et le suaire au vent,\nRoide, piquant des deux de ses talons de marbre,\nJ'ai vu la Mort, parmi les hurlements des arbres,\nSur le fond des nuées aux tons fauves et faux,\nGaloper dans l'espace en b r a n d i s s a n t sa faulx !\nAu loin, les peupliers d'Italie aux troncs frêles\nSifflaient et se courbaient en courbes parallèles,\nUn saule échevelé dans l'ombre se tordait,\nE t la T e r r e , ayant vu le Monstre, haletait...\n\nIl disparut enfin dans la rafale rauque.\nJ e demeurai longtemps devant la houle glauque\nDes feuillages, brisés p a r un sanglot profond,\nQuand tout à coup le vent, sournois et sourd, d'un bond,\n— O lugubre présent que la Faucheuse apporte! —\nEngouffra dans ma chambre un vol de feuilles mortes.\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 140, "titre_corps": "Six poèmes d’automne : Les litanies des fleurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Les litanies des fleurs O fleurs en demi-deuil", "ancre_fin": "à celle de l’azur", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "V Nocturne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 174, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 907, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "Les litanies des fleurs\nO fleurs en demi-deuil de mauve et d'amarante,\nF l e u r s où fleurit le sang de la T e r r e mourante,\nO fleurs d'octobre, fleurs dont les calices las\nTremblent dans les brouillards violets et lilas ;\n\nO fleurs, dans la rosée et l'aurore baignées,\nSous le réseau frileux des toiles d'araignées,\nO fleurs où s'alanguit eu un frisson vermeil\nLe resplendissement suprême du soleil;\n\nO fleurs, mourantes fleurs, belles entre les belles,\nO fleurs qui dans le bleu matin étincelez,\nO sanglotantes fleurs dont les larmes ruissellent\nE n diamants fondants et rubis étoilés ;\n\nBégonias, béants comme des plaies qui saignent,\nDahlias, dont les fleurs de bruine s'imprègnent,\nPétunias meurtris, lassés, violacés,\nT r a î n a n t péniblement vos rameaux enlacés;\n\nE t vous, belles-de-jour, ô frileuses lianes,\nDont les feuilles en cœur et les fleurs diaphanes,\nDans lé ruissellement lumineux du matin,\nP a r a i s s e n t implorer la grâce du Destin;\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "140                           DURENDAL\n\n\n      E t vous, prestigieux et mornes chrysanthèmes,\n      Qui, résumant le ciel automnal, empruntez\n      Au Levant le sang rose et les opales blêmes.\n      Au Couchant le sang noir et les ors veloutés;\n\n      E t vous, lobélias, bleuissant les corbeilles,\n      Vous, asters violets, qui bourdonnez d'abeilles,\n      Vous, tournesols, où l'or du soleil resplendit,\n      Vous, sauges, où son sang écarlate jaillit;\n\n      O frêles fleurs en pleurs, ô vierges et martyres,\n      O fleurs dont les regards adorables expirent,\n      O fleurs d'amour, ô fleurs de calme et de clarté,\n      O fleurs de bonne mort et de suavité;\n\n      O fleurs dont la douceur intime et sympathique\n      Caresse les fronts las et les cœurs oppressés,\n      O fleurs dont la langueur est comme une musique,\n      O fleurs qui consolez, ô fleurs qui guérissez;\n\n      O fleurs que je distingue à peine de mes rêves,\n      O douces fleurs en qui mes tristesses s'achèvent,\n      Fleurs qui portez mon âme en vos calices purs\n      E t l'offrez sanglotante aux baisers de l'azur;\n\n      O fleurs, je vous bénis pour la sollicitude\n      Dont vous avez enveloppé ma solitude,\n      J e vous bénis, ô belles fleurs, ô bonnes fleurs,\n      P o u r vos baisers, pour vos sourires, pour vos pleurs;\n\n      E t je vous loue, ô fleurs miséricordieuses,\n      P a r c e que vous avez, devant le soleil pur,\n      Du geste frêle de vos corolles pieuses\n      Fiancé ma tristesse à celle de l'azur!\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 140, "page_fin": 142, "titre_corps": "Six poèmes d’automne : Nocturne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Nocturne Il fait trop tiède", "ancre_fin": "Il recommence à pleuvoir doucement", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VI Les arbres", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 175, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1579, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "Nocturne\n      Il fait trop tiède pour la saison. On dort mal\n      P a r ce temps lourd, sucré d'un parfum tropical\n      Le vent, que le grelot de la pluie accompagne,\n      Tambourine à ma vitre une danse d'Espagne.\n      Comme il pleut! Comme il pleut! I1 y aura demain\n      De grands étangs, pareils à des miroirs d'airain,\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "                SIX POÈMES D'AUTOMNE\n\n\nE t sûrement, dans l'herbe, au pied des noirs mélèzes,\nD'énormes champignons couleur de terre glaise...\nC'est drôle à quoi l'on songe en glissant peu à peu\nAu sommeil!... — A présent, Unissons, s'il se peut.\nE t dormons. — Mais d'où vient qu'en l'absence de lampe,\nLa nuit ait des clartés de grisaille et d'estampe ?...\nL a s ! On dort mal, les yeux ouverts. Cela suffit.\nIl est sot de muser et d'écouter au lit\nL'horloge de la mort qui bat dans la muraille...\n\nTumulte. Des chevaux piaffent. On ferraille.\nDe la lumière. Cris. Un tremblement blafard.\nEst-ce qu'on assassine un homme quelque p a r t ? . . .\nNon. C'est une voiture. Ecoute... Elle est passée.\nElle a dû cahoter longtemps sur la chaussée\nOù son œil rouge était seul à luire à travers\nLa solitude de la pluie et des bois verts...\n(I1 y a cependant des chats maigres qui rôdent.\nIl font beaucoup de t o r t au gibier. Ces maraudes\nFélines font saigner les perdreaux grelottants.\nIl y avait aussi des voleurs, dans le temps...)\n\nIl ne pleut plus. — C'est stupéfiant, le silence!\nIl ne se tait jamais tout à fait, quoi qu'on pense.\nIl chuchote... On entend quelque chose toujours.\nL'espace est une mer de bruits profonds et sourds,\nE t quand les bruits qui sout à la surface meurent,\nOn dirait que Dieu parle et que les anges pleurent...\nJadis, lady Macbeth entendit cette voix,\nChacun de nous l'entend dans l'ombre quelquefois,\nEt notre orgueil subtil reste court d'arguties\nDevant les mots confus qu'elle nous balbutie.\nHeureux le sage qui, dans un calme profond,\nEcoute le silence en se voilant le front!\n\nLa nuit doit être bien avancée, — et je veille !\nJ e dormirais, n'était ce tintement d'oreilles...\nMais non, ce sont les cris des oiseaux, dans le vent...\nO ces oiseaux lointains!... J'y ai pensé souvent.\nIls vivent dans le Nord, par delà la Hollande,\nE n un pays de brume et presque de légende\nOù des saules légers tremblent le long de l'eau...\nIls vivent à travers des blancheurs de halo...\nParfois, de l'eau qui dort en des vapeurs de rêve,\nLeur bec jaune, d'un geste allègre et sec, enlève\nUne anguille au museau cauteleux et méchant,\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "142                           DURENDAL\n\n\n      Un gardon dont le ventre est écaillé d'argent,\n      Une tanche olivâtre aux visqueuses nageoires...\n      Le soir, ils vont dormir sous les racines noires.\n      Ils vivent tout l'été dans ce décor frileux,\n      P a r m i les nénuphars blancs et les iris bleus.\n      Mais tous les ans ils nous reviennent à l'automne,\n      Avec un gargouillis de flûtes monotones\n      Gouttant de leurs becs plats qui mâchent le brouillard... .\n      Ils dardent, on ne sait vers où, leur vol hagard.\n      Sont-ce des échassiers ou bien des palmipèdes?\n      On ne sait pas au juste... Ah! comme ils nous obsèdent,\n      Ces oiseaux fabuleux que l'on n'a jamais vus\n      E t qui fendent la nue avec leurs cous tendus !...\n      — Il fait trop chaud. L a nuit pèse sur les feuillages...\n      La T e r r e au loin s'étend sous les fauves nuages...\n      — Au nom du Ciel, tâchons de fermer un moment\n      Les yeux! — Il recommence à pleuvoir doucement.\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 143, "titre_corps": "Six poèmes d’automne : Les arbres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Les arbres Songe aux arbres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 177, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 1060, "fin_caractere_exclue": 1946, "texte": "Les arbres\n      Songe aux arbres, mon cœur, songe aux géants tordus\n      Silencieusement dans la brume, mordus\n      Du froid, voués la nuit aux ténèbres de suie,\n      Souffletés par le vent et fouettés par la pluie,\n      Songe, songe à ces grands frères dans la Douleur,\n      Songe aux arbres, songe aux sombres arbres, mon cœur...\n\n      Aux chênes monstrueux qui sourdement s'efforcent\n      D'écarteler la nue entre leurs branches torses ;\n\n      Aux ormes qui, bombant leur masse glauque et brune,\n      Laissent choir doucement leurs feuilles une à une ;\n\n      Aux tilleuls d'or, gorgés de soleil, qui se fanent\n      Mollement en feuillets tièdes et diaphanes;\n\n      Aux platanes ombreux dont les feuilles palmées\n      Tombent, en tournoyant ainsi que des aimées;\n\n      Aux frênes convulsifs dont les rameaux se tordent\n      Avec un sifflement de verges et de cordes ;\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "                 SIX POÈMES D'AUTOMNE                             143\n\n\nAux marronniers dont les dômes sombres et graves\nGrondent comme la mer sous les nuées qui bavent;\n\nAux trembles qui, dans le silence de la plaine,\nGrelottent d'une fièvre éternelle et lointaine;\n\nAux maigres peupliers qui bordent les usines\nE t qu'insulte le rire obscène des machines;\n\nAux bouleaux qui, perdus dans les brumes glacées,\nElèvent en pleurant leurs branches enlacées ;\n\nAux saules qui, le long des rivières, sanglotent\nE t dont les cheveux verts dans l'eau j a u n â t r e flottent;\n\nAux hêtres qui, de leurs g r a n d s bras de marbre, étalent\nUn feuillage d'airain, plein de sang et de r â l e s ;\n\nAux sapins qui, figés dans leur verdure sombre,\nSifflent comme les mâts d'un navire qui sombre;\n\nSonge, songe, ô mon cœur, à ces T i t a n s qui sont\nFiancés au vertige et rivés à l'affront;\nSonge aux géants feuillus, premiers-nés de la Terre,\nQui, sous le poids d'un sourd et tragique mystère,\nRêvent obscurément en grelottant de peur;\nSonge qu'ils vivent dans une morne stupeur,\nQue jamais leur ennui lugubre n'appareille\nVers un destin nouveau, que leur souffrance veille\nQuand la tienne en la paix des douces nuits s'endort,\nQu'ils ont connu cent fois les affres de la Mort,\nE t que, quand on croirait leurs misères finies,\nIls renaissent pour de nouvelles agonies;\nSonge qu'ils sont là-bas, sans nombre, dans les bois,\nE t que, tordus, hagards, ils clament, d'une voix\nDont le sanglot ressemble au tonnerre qui gronde,\nL'immortelle Douleur qui saigne au cœur du monde!\n\n                                                     VICTOR KINON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 144, "page_fin": 153, "titre_corps": "Les dernières sonates pour piano de Beethoven", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "Les dernières Sonates pour piano de Beethoven", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "Les dernières Sonates\n            pour piano de Beethoven\n\n                   PREMIÈRE          PARTIE\n\n\n\n\n                ON peut étudier l'évolution complète du génie de\n                  Beethoven, non seulement dans l'ensemble de\n                  son œuvre, mais spécialement à travers les neuf\n                  symphonies, les seize quatuors à cordes et les\n                  trente-deux sonates pour piano. Je me hasarde\n                  à écrire quelques mots sur les cinq sonates\n                  dites « de la dernière manière » du maître.\n                  Mes remarques n'ont rien d'un érudit; elles\nsont à la portée de tout amateur sérieux.\n   N'est-il pas inutile de disserter sur des œuvres archi-connues ?\nm'objectera-t-on. A cela je répondrai que les dernières sonates\nsont loin d'être connues. Elles sont entre toutes les mains, mais\nnul ne les joue à cause de leur difficulté d'exécution et surtout\nde compréhension.\n   On a peu écrit en français sur Beethoven. M. Romain Roland\na publié récemment un petit livre d'une réelle noblesse de\npensée et de style, où il insiste surtout sur la physionomie\nmorale du grand musicien. L'intéressant et presqu'introuvable\nlivre du Russe de Lenz, Beethoven et ses trois styles, est plein de\ndocuments précieux; mais l'auteur semble avoir peu compris les\ndernières sonates. Victor Wilder a écrit la biographie extérieure\nde l'artiste. Signalons comme ouvrages étrangers assez récents\nla brochure instructive de Ernst von Elterlein : Beethovens\nclavier-sonaten, qui mériterait une traduction, et surtout l'inesti-\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                             I45\n\n\nmable livre de Grove : Beethoven and his nine symphonies. Quant\naux commentaires sur les sonates par H a n s de Biilovv, s'ils n'ont\ntrait le plus souvent q u ' à l'exécution, ils renferment néanmoins\nune foule d'aperçus neufs et de remarques profondes et ori­\nginales.\n   Somme toute, il ne me paraissait pas inutile d'entreprendre\nune petite analyse de quelques sonates qui passent encore pour\napocalyptiques et dont on peut éclairer le sens et l'interpréta­\ntion. Et puis, je sais par expérience q u ' u n commentaire, même\nmédiocre, écrit à propos d'une belle œuvre par un amoureux\nd'art, ravive l'admiration et peut procurer de nouvelles et pro­\nfondes jouissances au lecteur.\n   D'ailleurs, il est toujours bon d'entretenir le culte de l'art\nélevé : rien n'ennoblit davantage l'âme; et, après celui de la\nsainteté, il n'est pas de plus beau spectacle que celui du génie.\nIl est bon aussi de répéter de temps en temps que l'humanité a\ndes gloires plus hautes et plus innocentes que celles des guer­\nriers et des politiciens. Beethoven fut contemporain de Bona­\nparte : sa gloire est peut-être moins universelle que celle du con­\nquérant; mais combien plus pure et plus enviable.\n    Ecrivant pour les amateurs, nous laisserons de côté les ques­\ntions purement techniques, excepté celles qui sont indispen­\nsables à la compréhension de ces sonates.\n   D'abord qu'est-ce q u ' u n e sonate?\n   D'après la conception moderne (1), c'est un ensemble de deux,\ntrois ou quatre morceaux dont le premier ordinairement est écrit\ndans la forme sonate proprement dite. Cette forme, moins con­\nventionnelle qu'on ne le croit, se compose de trois divisions\n essentielles : l'exposition, les développements et le retour des thèmes.\n L'exposition, comme le mot l'indique, expose les thèmes, éta­\n blit la tonalité principale et finit dans une autre tonalité, le plus\n souvent celle de la dominante du premier ton. Ici se place une\n reprise depuis le commencement destinée à bien fixer les thèmes\n dans l'esprit. Suivent les développements d'un ou de plusieurs\n des thèmes exposés, à travers des modulations libres. Pour éta­\n blir l'unité du morceau, on reprend l'exposition dans le ton pri-\n\n\n   (1) Le mot sonate, à l'origine, était s y n o n y m e de suite. C'est à partir de\nP h i l . - E r n . Bach que ce mot désigna u n e forme musicale déterminée.\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "146                          DURENDAL\n\n\nmitif, mais en la variant et en terminant souvent par un appen­\ndice ou coda plus ou moins développé. Ce sont là tout au moins\nles grandes lignes de la sonate.\n   Les autres mouvements peuvent adopter la même forme ou\nbien celles de variations, rondos, danses, fugues, fantai­\nsies, etc.\n   On voit donc que le mot sonate s'applique soit génériquement\nà la suite des trois ou quatre morceaux qui la composent, soit\nspécifiquement à l'une des parties, surtout au premier allegro.\nDisons en passant que les morceaux de musique de chambre\ndésignés sous les noms de trios, quatuors, quintettes, etc., ne\nsont autres que des sonates pour trois, quatre, cinq instruments.\nL a symphonie est une sonate d'orchestre.\n   Beethoven a élargi considérablement le cadre de la sonate\nsurtout en ses dernières œuvres, où l'ordre traditionnel des\nmorceaux n'est plus guère respecté. Classiquement, le premier\nallegro doit être suivi d'un mouvement lent; ensuite, avant l'al­\nlégro final, s'intercale le menuet ou scherzo. Que Beethoven ait\nrompu avec cette tradition en ses dernières sonates, il n'y faut\npas voir un parti pris, car, parmi celles-ci, plusieurs présentent\nencore la suite classique des mouvements, tandis que cette\nrègle n'est pas observée en bien des œuvres précédentes.\n   Malgré les nouveautés de forme, c'est surtout par l'originalité\net la profondeur de la pensée que les cinq dernières sonates\ndépassent la plupart de leurs aînées.\n   On parle souvent des trois styles ou des trois manières de\nBeethoven.\n   Chez tous les grands artistes, il y a évolution : ils ne piétinent\njamais sur place et chaque nouvelle œuvre apporte un renou­\nveau d'intérêt. Mais il en est parmi eux dont l'évolution se fait,\npour ainsi dire, en terrain plan ? Ainsi, Brahms et Schumann,\naprès quelques tâtonnements, sont arrivés très vite à leur pleine\nmaîtrise; et, quelque variété qu'offrent leurs œuvres, on ne pour­\nrait soutenir que les dernières soient artistement supérieures\nà celles de leur maturité. Schumann a-t-il jamais dépassé la\nhauteur d'inspiration des études symphoniques pour piano\n(op. 13)?\n   P l u s rares sont les artistes dont l'évolution est en même temps\n une ascension : tels, Beethoven et Wagner. Pour Beethoven,\n cette ascension est si grandiose et si continue que nul artiste n'a\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "       LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                             I47\n\n\nproduit tant d'œuvres se ressemblant si peu entre elles. Si l'on\ntenait à les classer, il faudrait compter, dans ses sonates seules,\nnon pas trois manières, mais au moins une dizaine. Je préfère\ndonc ne voir en son œuvre que l'évobition ascendante d'une même\npersonnalité.\n   Beethoven se montre plus penseur en ses dernières œuvres\nqu'en ses premières; cela ne veut pas dire qu'il ne l'ait été —\nquoiqu'à un moindre degré — dès ses débuts. Les œuvres de sa\npleine maturité ont une expression plus émouvante, plus humaine\nque les œuvres de sa jeunesse; c'est tout naturel, et je n'y vois\npas une raison pour proclamer que l'artiste, en sa première\nmanière, est musicien, qu'en sa deuxième il est homme, et qu'en\nsa troisième période il est penseur. L'accent h u m a i n se manifeste\ndès ses premières œuvres, et plusieurs de celles-ci décèlent le\npenseur. Partager l'évolution d'un artiste en subdivisions strictes\nme semble aussi inutile que dangereux, à moins de pouvoir\nindiquer des limites précises à un changement de style. II est\nindubitable que le Hollandais de W a g n e r est un opéra tradi­\ntionnel ; que, d'autre part, Lohengrin est d'un système drama­\ntique si différent, qu'on peut y voir le commencement d'une\nnouvelle manière. Lohengrin m a r q u e une révolution dans le con­\ncept du drame musical. Mais, quelle que soit la distance qui\nsépare Tristan de ce dernier drame, Tristan n'est que le sommet\nde l'évolution inaugurée par Lohengrin. On peut donc dire que\nWagner a eu deux manières bien distinctes.\n   Dans l'œuvre de Beethoven, on chercherait en vain des caté­\ngories aussi nettes (1). Aussi, sans plus nous inquiéter de\nces théories, feuilletons rapidement les vingt-sept premières\nsonates avant d'aborder celles qui feront l'objet d'une étude\nspéciale.\n   I, I I , I I I , Trois sonates op. 2. L a première, en fa mineur,\nd'expression touchante et plaintive. L a seconde, en la, pétil­\nlante de gaîté, offrant le contraste d'un largo, fervente et pro­\nfonde adoration. L e rondo final est, certes, moins remarquable.\nLa troisième sonate, en ut, est déjà, par ses dimensions et son\nstyle, tout un monument. Mais de Lenz y trouve, avec raison,\n\n\n  (1) Fétis et de L e n z ont r é p a n d u la théorie des trois styles de Beethoven.\nVon Elterlein l'admet aussi, quoiqu'avec des restrictions et des subtilités.\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "148                          DURENDAL\n\n\nune certaine recherche de l'effet pianistique, sauf dans le bel\nadagio.\n   IV. Plus que cette dernière, la « grande sonate », op. 7,\nm a r q u e la maturité d'un génie, qui n'a plus qu'à se laisser aller\npour atteindre tous les sommets.\n   V, VI, V I I . Suivent les trois sonates, op. 10. L a première\n(ut min.) débute par un morceau où vibrent ces accents profon­\ndément humains propres à Beethoven. L'adagio est plein d'une\nradieuse majesté, et le finale de fougueux emportement. L a\npetite sonate en fa est vive et entraînante, coupée d'un impres­\nsionnant et mystérieux allegretto. Elle est plus légère de style\nque la précédente et surtout que la suivante, la sonate en ré\nd'allure triomphale dans le premier allegro, d'une mélancolie\nsublime en son largo. L e menuet est un petit chef-d'œuvre, un\nbouquet d'exquises fleurs mélodiques. Quant au finale, il n'est\npas à la hauteur des parties précédentes.\n   V I I I . Nous voilà à la fameuse sonate pathétique, la sonate\ndes pensionnats de jeunes filles. Pourtant, cette œuvre n'a rien\nde féminin et c'est une étude encore à faire que celle du succès\nmondain de la pathétique. L e style de l'introduction et du pre­\nmier allegro est d'une grandeur sombre et passionnée. L'adagio\noffre une belle mélodie pleine de noblesse, suivie d'un rondo\nfinal expressif. C'est beau; mais, en dépit de la célébrité de\ncelle-ci, les sonates 14 et 27 ont des accents bien autrement\npathétiques.\n   IX, X. Deux petites sonates réunies sous le chiffre d'op. 14.\nCe sont deux œuvres plus légères. L a première, en mi, est abso­\nlument charmante. L'allegro de l'autre (sol) est très séduisant\naussi. Il est suivi d'un andante avec variations qui n'ont guère\nd'intérêt que d'être notre première rencontre avec une forme qui\nprendra de plus en plus d'importance dans la suite.\n   X I . U n e création pleine d'héroïsme, la sonate en si bémol,\nop. 22. Rien de plus fier que l'allegro, rêve de conquérant dont\nles accents font pressentir l'op. 106. L'adagio est un chef-\nd'œuvre d'expression tranquille. L e menuet nous reporte au\nstyle martial, et un rondo aimable et printanier clôt dignement\n cette belle œuvre.\n   X I I . L a sonate en la bémol (op. 26) débute par un andante,\n mélodie pleine d'onction, suivie de cinq belles variations, vrai\n modèle du genre. L e scherzo est absolument original. Suit la\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                   149\n\n\n célèbre marche funèbre « pour la mort d'un héros ». C'est la\n première fois que nous trouvons une indication poétique dans\n une sonate. A cette marche très émouvante succède un rondo\n gracieux qui semble vouloir chasser toute idée triste. Cette\n œuvre mériterait aussi bien que les deux suivantes le nom de\n quasi una fantasia, car aucune de ses parties n'est écrite dans la\n pure forme sonate.\n    X I I I , XIV. Des deux belles sonates (op. 27) qui portent le\n sous-titre mentionné ci-dessus, la première, en mi bémol, est\n surtout remarquable par son adagio (très court) et par un bril­\n lant finale. Quant à la seconde, en ut # mineur, c'est, de toutes les\n sonates parcourues jusqu'ici, la plus importante. Elle débute\n par un adagio qui porte le titre romantique de Clair de hune,\n titre ajouté après coup et sur lequel courent de jolies légendes.\n C'est une page géniale. U n chant sublime et très simple plane\n sur un accompagnement en triolets a p p u y é sur des basses pro­\n fondes. Comme un rayon de lune qui percerait d'opaques nuées,\n voilà l'allegretto qui vient nous consoler avec ce langage du\n cœur que Beethoven saura si éloquemment faire entendre désor­\n mais pour apaiser les pires désespérances. Liszt appelle cet alle­\n gretto « une fleur entre deux abîmes ». L e finale, d'une fougue\n passionnée, t u m u l t u e u x comme la mer démontée, laisse dans\n l'âme un sentiment de désolation immense. Rapprochez-le des\n finales de la sonate en ré mineur (17e) et surtout de celle en\nfa mineur (23 e ). Il faut les ranger parmi les rares œuvres impor­\n tantes de Beethoven qui ne finissent pas sur une impression de\njoie, d'apaisement ou d'espérance. Pourtant, elles n'ont rien de\n démoralisant. L e u r pessimisme pousse plutôt l'âme à la lutte, à\n la résistance opiniâtre. L'énergie de la volonté se maintient\n toujours, même quand ne luit pas le rayon d'en haut.\n   XV. Cornmc le soleil après l'orage, voici la « sonate pasto­\nrale », op. 28 (1), exquis tableau champêtre où tout est aimant\net paisible, sauf quelques accents pathétiques de l'andante\n   XVI, X V I I , X V I I I . Trois sonates, op. 29 ou 31 (il y a doute),\ntoutes trois très remarquables et bien dissemblables de style.\nCelle en sol est toute joie et jeunesse avec la délicieuse\n\n\n  (1) Ce nom lui a été donné — heureusement d'ailleurs — par l'éditeur\nCranz, de Hambourg. Idem pour l'appassionata.\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "150                         DURENDAL\n\n\nidylle de son adagio. Celle en ré mineur est un des chefs-\nd'œuvre du maître. L e premier morceau est d'une passion\nhaletante et douloureuse, très dramatique, entrecoupé de\nrécitatifs, sublimes monologues ou interrogations mystérieuses.\nComme compensation à tant de douleur, l'adagio chante les\nplus graves mais aussi les plus douces espérances. Le finale\nest une poursuite fiévreuse et plaintive après un insaisis­\nsable objet, poème de l'éternelle illusion. T o u t autre est\nla sonate en mi bémol : le sentiment en est d'abord d'une\njoyeuse confiance, malgré que de lourds accords en ritardando\nl'entrecoupent de questions angoissantes. Suit un scherzo\noriginal, conte moitié fantastique, moitié humoristique.\nAprès un beau menuet, calme et fort, le finale, d'une gaîté\npresque sauvage, couronne cette belle sonate.\n    XIX, XX, op. 49. Deux jolies sonatines, comme un\nsouvenir de ce bon H a y d n . Voilà qui a sa place marquée\ndans les pensionnats.\n    X X I . Sonate en vt, op. 53. Sous-titre: l'Aurore! Pourquoi?...\n C'est une vaste et imposante symphonie pour piano, qui\ndemande une exécution brillante, surtout dans le finale, où\nla mélodie, si belle et comme cristalline, est toute enguir­\nlandée de traits rapides. Les dernières pages sont vertigi­\n neuses.\n    X X I I . N'insistons pas sur l'op. 54, que — à tort peut-\nêtre — nous n'avons jamais pu apprécier; pourtant la coda\ndu premier mouvement est bien jolie. L e finale, mouvement\nperpétuel, offre un certain charme.\n    X X I I I . Arrivons à l'impérissable chef-d'œuvre, la sonate\nen fa mineur, op. 57, dite appassionata. Cette composition\n est digne de figurer à côté des plus beaux monuments de\n l'art par la hauteur de la pensée et l'originalité de la forme.\n L e premier allegro offre de saisissants contrastes de senti­\n ment contenu et d'explosions de passion : paysage sombre\n où naissent des volcans sous les pas. Les variations (andante)\n sont traitées à la manière géniale dont nous verrons encore\n deux exemples dans les dernières sonates. L e t h è m e semble\n s'élever de sphère en sphère pour reparaître à la fin dans\n toute sa simplicité. L e finale éclate ensuite avec une furia\n inouïe, terminé par un presto, vraie danse de démons.\n    Après cette œuvre fulgurante, on pourrait croire que Bee-\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                    l5l\n\n\n thoven a dit son dernier mot en ce genre. Mais l'allegro de\n l'op. III nous a t t e n d !\n    XXIV. L ' o p . 78 est d'une radieuse noblesse d'expression au\n moins dans la première partie. L e finale n'offre pas le même\n intérêt.\n    XXV. O p . 79, une aimable sonatine.\n    XXVI. L ' o p . 81 est intitulé : « Les adieux, l'absence et le\n retour ». Si cette sonate n'atteint pas à la génialité de celle en\nfa mineur, elle n'en est pas moins une création de toute beauté.\n Quoi de plus touchant que l'andante?... Remarquons en passant\n que cette sonate est seule, avec la pathétique et la 32 e , à avoir\n une introduction développée (1).\n    XXVII. L ' o p . 80, en mi mineur, offre une antithèse frappante\n entre ses deux parties : la première nerveuse, passionnée (admi­\n rable inspiration), suivie sans arrêt d'un finale, sorte de romance\n qui redit sans cesse sa mélodie si douce, si affectueuse. Désor­\n mais, l'artiste aura toujours les yeux fixés en haut et saura noyer\n ses plus cruelles détresses dans un océan de joie et d'amour.\n    Faisons observer la terminologie allemande adoptée ici par\n  Beethoven pour l'indication des mouvements ; terminologie\n qu'il abandonna bientôt pour reprendre l'italienne, « plus pré­\n cise, dit de Lenz, parce que conventionnelle ».\n                                    *\n   Avant d'aborder les cinq dernières sonates, il nous faut\nencore faire quelques considérations.\n   11 est incontestable que beaucoup d'oeuvres de Beethoven (2)\nsont nées d'une idée que l'auteur, d'ordinaire, n'a pas divulguée.\nIl a bien fait, car il eût souvent amoindri la portée de sa concep­\ntion. E n effet, une idée assez ordinaire peut faire jaillir un chef-\nd'œuvre d'expression. Cette idée n'aura été que l'étincelle.\n   C'est le cas pour la fameuse sonate « les adieux, l'absence et\nle retour », composée à l'occasion d'un voyage de l'archiduc\n\n\n  (1) Voir mes observations au sujet de cette sonate plus loin.\n  (2) Certainement pas toutes; car, contrairement à ce qu'on croirait, des\nœuvres géniales ut profondément expressives peuvent avoir u n point de\ndépart dont l'auteur lui-même ne se rend pas compte et qui est du domaine\npurement sentimental, plus élevé que toute idée précise, domaine propre de\nla musique.\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "152                          DURENDAL\n\n\nRodolphe, protecteur de Beethoven. Celui-ci exprima la mélan­\ncolie des adieux, les tristesses de l'absence et la joie du retour\navec une émotion admirable hors de proportion avec l'événe­\nment en question. L e voyage de Rodolphe n'est ici q u ' u n e\ncause infime. Il a été l'idée première qui a provoqué ce magni­\nfique poème de sentiments. Celui-ci seul nous intéresse.\n    Dans la symphonie pastorale, Beethoven divulgua également\nson p r o g r a m m e ; mais il eut soin d'y joindre cet avis des plus\nsignificatifs : « Plus l'expression du sentiment q u ' u n e pein­\nture. » Car ici encore la peinture, évoquée indirectement, peut\ndifférer chez chaque auditeur.                ,\n    Citons encore cet aveu magnifique de Beethoven lui-même :\n« T o u t e véritable production artiste est indépendante : elle est\nplus puissante que l'artiste qui la crée. Elle retourne à sa source, à\nla divinité, et n'a d'autre rapport avec l'homme que de témoi­\ngner de l'intervention divine en lui. »\n    Plus puissante que l'artiste qui la crée! Oui, car l'œuvre de\ngrand art a une portée et une application presque infinies dont\nl'auteur lui-même ne peut se rendre compte. C'est la grandeur et\nla débilité du génie de créer des mondes que sa raison ne peut\ncomprendre. Ainsi les variations de la dernière sonate expri­\nment des sentiments d'une telle idéalité qu'on peut dire que\nl'auteur (inconsciemment peut-être) y touche aux confins du pro­\nblème de nos destinées.\n    Rien de plus puéril donc que d'accrocher des interprétations\n postiches au seuil du temple de la musique instrumentale. Si\nl'on veut préciser un programme, que ce programme soit d'une\nextrême sobriété et de telle nature que l'auditeur puisse s'atta­\ncher à « l'expression des sentiments » qui feront naître en lui\n plus d'idées qu'un galimatias philosophique (50 sprach Zara­\nthustra!) ou une représentation qui aurait lieu derrière le rideau\n (Thyl Uilenspiegel, etc. !) Ceci soit dit sans méconnaître les qua­\n lités géniales de Richard Strauss. C'est au principe de certaines\n musiques à programme que je m'attaque, principe archi-faux,\n qui ne tend à rien moins qu'à restreindre le domaine infini de la\n musique, et à faire passer pour seule expressive une musique\n qui ne peut rien exprimer sans le concours d'un livret laborieu­\n sement explicatif.\n    L e critique doit-il donc rejeter toute interprétation concrète\n en commentant une œuvre musicale? Non : Car si la musique\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "       LES DERNIÈRES SONATES POUR     PIANO DE BEETHOVEN        l53\n\n\nnous plonge dans les abîmes du sentiment, elle évoque aussi\nindirectement des idées ou des images, variables de l'un à\nl'autre. Mais il est naturel que le critique se serve des analogies\névoquées en lui pour tâcher d'éclairer un peu ce domaine si\nmystérieux de l'âme, où la musique règne en maîtresse. Allu­\nmons donc ces faibles lampes, les comparaisons habituelles, mais\nsans vouloir les imposer, puisqu'elles sont si incertaines. D'ail­\nleurs il arrive qu'on se sent incapable d'exprimer en idées\nprécises l'impression causée par un morceau de musique. C'est\nmême le cas le plus ordinaire et il corrobore cette parole sur\nla nature de l'expression musicale : L a musique commence où\nla parole s'arrête.\n                                            JOSEPH   RYELANDT.\n  (A    continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 158, "titre_corps": "Les poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Les Poèmes Emaux bressans", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "Les Poèmes\n\nEmaux bressans, par GABRIEL VICAIRE (Paris, H e n r i Leclerc). — Les Contes de\n  la Limousine, par GABRIEL NIGOND ( P a r i s , Stock). — L'ame essentielle, par\n  R E N É ARCOS (Paris. Maison des Poètes). — Au gré du vent, par\n  L . - L . R É G N I E R (ibid.). — Princesse Avril,   par THÉODORE MAURER (ibid.).\n  — Cent Femmes de Lettres : Madame G. de Montgomery (Bruxelles, D e c h e n n e\n  et C ie ). — Victor Hugo, par LÉONCE DEPONT (Surgères, Imprimerie\n  Nouvelle).\n\n    Les héritiers de GABRIEL VICAIRE entourent d'un culte pieux sa douce et\nc h a r m a n t e mémoire : après deux volumes posthumes qui m'ont fourni\nl'occasion de dire la grâce exquise de ce pur poète, qui fut un modeste, voici\nqu'ils nous rendent les E m a u x b r e s s a n s , en une très coquette édition dont\nl'élégance naïve sied à merveille à ces vers naïvement élégants. C'est un\npaysan qui parle, en effet, mais quel adorable langage tout fleuri d'images\nclaires et de mots c h a t o y a n t s ! L e s calmes paysages de la Bresse aux lentes\nrivières, aux bois jolis, peuplés d'oiseaux et d'amoureux, les joies simples et\nles rêves tranquilles de la c a m p a g n e , — telle est la trame banale sur laquelle\nVicaire brode ses strophes ingénieuses et ses pensées riantes. N ' y cherchez\npoint les mélancolies noires : celui-ci est un h e u r e u x , et qui ne rougit pas\nd'avouer son b o n h e u r . U n e b o n n e fée a présidé à sa naissance ; il voit tout en\nrose, et son regard enfantin pare la terre natale de tous les charmes de l ' E d e n .\nD'ambition, il n'en a pas : content de son humble sort en son petit coin, il\nlui suffit de voir, sur le sol qu'il aime, tourner au long des jours l'ombre\nde son clocher. Il vit dans u n e béate nonchalance, en rêvant parfois, sous sa\ntreille, qu'il est\n                                  Un petit Chinois ventru.\n\n    Mais il ne fait que le rêver, et il n'a garde, amoureux comme il l'est de sa\nbonne Bresse, d'aller voir si la Chine est u n p a y s c h a r m a n t ! C'est un\nsage, qui lient son b o n h e u r dans le creux de sa main et qui ne le laisse pas\ns'envoler.\n    L e s Emaux bressans sont le chef-d'œuvre de Gabriel Vicaire, le livre où sa\npersonnalité apparaît le mieux en lumière, avec ses contradictions si\nh u m a i n e s , son mélange d'azur et de matière. Il célèbre tour à tour, avec la\nmême tendresse et le même lyrisme bon enfant, les clairs de lune féeriques et\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "                                  LES POÈMES                                    l55\n\nles carillons évocateurs des cloches de son village, ou bien les longues\nbeuveries et les copieuses et succulentes « beurdifailles ».\n   Il en convient l u i - m ê m e avec u n e b o n h o m i e qui désarme le blâme :\n               Deux hommes sont en moi qui se livrent bataille.\n               C'est un pauvre amoureux contre un rabelaisien.\n\n   La bonhomie : voilà le caractère essentiel de ce gentil poète qui, sans\nrisquer de se casser le cou à vouloir monter trop h a u t , s'est contenté de flâner\nà mi-côte en écoutant les rossignols, en regardant passer les belles filles, et\nen cueilllant de-ci de-là des fleurs qui ne devaient pas mourir. Est-il\nmeilleur destin?\n   Gabriel Vicaire continue glorieusement la lignée des poètes gaulois :\nVillon, L a F o n t a i n e , Mussel, Verlaine, qui fuient comme lui de francs\nbuveurs et d'incorrigibles b o h è m e s . E t ses petits vices lui furent prétexte\nâ de si gracieux poèmes, qu'on ne saurait vraiment les lui reprocher. Les\nEmaux bressans sont dignes du nom qu'il leur d o n n a : bijoux rustiques et\nnaïfs, mais ciselés avec la patience et l'amour d'un artiste, d'un grand\nartiste. C'est la perfection m ê m e .\n\n    Voici un autre poète paysan, d'ont l'œuvre présente u n aspect très différent.\nTandis que Gabriel Vicaire fait songer à u n petit marquis égaré en pleins\nchamps, on ne sait trop par quelle aventure, et qui esquisse des révérences\ndevant les buissons, récite des madrigaux aux roses, dédie des sonnets aux\npoulardes truffées,— M. GABRIEL NIGOND, lui, est un vrai « pésan » du Berry,\nqui parle sans aucun fard la langue rude, savoureuse et u n peu grossière de ses\ncampagnes. L e s Contes de l a L i m o u s i n e sont écrits en patois berrichon ;\nvous savez, par ce que je vous ai dit de Novembre, que si M. Nigond a patoisé\nnaguères, ce n'était pas faute de «savoir son français ». Ce petit livre est\nantérieur à Novembre, et. l'auteur me l'envoie pour me prouver, sans doute, que\nj'étais inexcusable d'avoir ignoré son n o m jusqu'à l'apparition de son a d m i ­\nrable recueil de vers. J'en conviens de bonne grâce : car les Contes de la\nLimousine sont u n e œuvre originale et puissante, où l'on trouve à la fois\nde l'esprit et de l'émotion, de g r a n d s frissons et des larmes discrètes. E t ces\nvers patoisants ont une grâce, une éloquence, une vérité d'accent qui en font\nquelque chose de très h u m a i n , de très beau : les mêmes qualités se rencontrent\ndans ces contes champêtres et dans les épanchements si sincères, si tendres,\n si prenants de Novembre.\n    Le « pésan » du Berry y apparaît d a n s sa rocailleuse simplesse, qui ne va\n pas sans délicatesse, avec ses sentiments entiers, son entêtement, son esprit\n volontiers n a r q u o i s , son caractère frondeur, son a m o u r des bêtes et des\n plantes, ses tendresses ingénues. Jean-François j'veux ben, Mords-le au pied,\n l'Houme de la Terre, sont des morceaux de vie intense et de poésie profonde.\n Mais ce qu'on ne saurait rendre, c'est la vérité singulière de cette langue\npaysanne, la sensation qu'elle vous procure d'entendre, malgré tout l'art d o n t\n elle se vêt, un authentique « pésan » du Berry vous entretenant de ses peines\n et de sas joies. George Sand elle-même, d a n s la Petite Fadette, est bien loin\n de cette vérité.\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "156                                    DURENDAL\n\n\n   U n e très jolei préface de Séverine présente l'œuvre au lecteur et la\ncaractérise en termes justes; elle m'apprend que M. Gabriel Nigond est j e u n e ,\net j'en suis ravi.\n\n   L ' â m e e s s e n t i e l l e , de M. R E N É ARCOS, est u n e œuvre assez confuse et qui\nvous laisse u n e impression que l'on a peine à démêler. L'auteur possède\nsans doute le don du lyrisme, u n e copieuse a b o n d a n c e d'idées et u n e\nrichesse d'images qui dépasse la c o m m u n e imagination; par exemple, en\ncélébrant les divers charmes de la femme aimée, il b r o d e sur le Cantique des\nCantiques des variations à l'infini, et qui finissent par vous lasser. Il a des\nstrophes heureuses, des élans vigoureux qui le portent h a u t et loin, u n e\nlangue n o m b r e u s e qui sert fidèlement sa pensée.\n   Mais il arrive trop souvent que ses vers soient déparés par une préciosité\nquelque peu vieillotte, des afféteries désuètes, et qu'on y sente l'artifice; ils\nm a n q u e n t de mesure, cette qualité du génie latin; je n'aime guères ceci :\n\n                 Ta lèvre, dont la mûre est un vil plagiat...\n\nni ce vers... de verrier :\n\n                  Et son rire éclabousse en sa cristallerie..\n\n  J e préfère ceci, encore qu'un p e u maniéré tout de même :\n\n                 Sa voix a remué des cloches dans mon âme,\n                 Et ses gestes y ont balancé des encens...\n\n    Ces poèmes offrent, çà et là, des incorrections de langue ou de prosodie\nqui ne sont p a s sans s a v e u r ; et l'œuvre elle-même, dans son ensemble, est\nintéressante malgré ses défauts, ou peut-être à cause d'eux. Vous en jugerez\np a r u n e citation; voici les multiples aspects sous lesquels M. René Arcos\no se plut à identifier » les lèvres d'une femme :                *\n\n                          ... Deux ailes bruissantes de mouche:\n                 Le clavier où ton âme appesantit sa touche:\n                 L'encensoir balançant le parfum des aveux\n                 Et le scel apposant tes baisers sur nos vœux .\n                 Du chemin de ton cœur les frêles portes roses;\n                 Un peu de fraise mûre où rêve un peu de rose...\n                 Les lignes de corail où mes baisers s'impriment,\n                 Les claquettes d'un rubis tendre qui les rythment;\n                 Le philtre pur, qui fait de ton souffle un encens...\n                 Le sillon d'écarlate où s'enlisent mes sens...\n                 L'urne frêle où mon cœur dépose ses offrandes.\n                 Tendre écorce, elle font de ta langue une amande.\n                 Les soulignant de rose enrichissent tes mots...\n\n  E t ce n'est pas tout! Allons! quoi qu'en disent les jeunes des derniers\nbateaux, C y r a n o n'est pas si m a l a d e !\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3252, "texte": "                                      LES POÈMES                                         157\n\n     La mesure ni la correction ne m a n q u e n t aux vers de M. L . - L . R É G N I E R .\nSon recueil : A u g r é du v e n t , se r e c o m m a n d e a u contraire par toutes les\nsages qualités q u e l'on trouve réunies chez les poètes d'anthologies. Ceci est-il\n u n compliment à l'adresse de l'auteur? Oui et n o n . U n peu d e hardiesse, de\n liberté, voire m ê m e de licence, n'est pas p o u r d é p l a i r e dans une œuvre en vers ;\net quand on a cette audace de rimer (par le temps qui court!), on peut bien\nen avoir d'autres, et casser en passant quelques carreaux. M. Régnier est u n\nécrivain bien élevé, et qui ne brise rien. Mais, ma foi! on nous a servi, ces\ndernières a n n é e s , tant de poèmes échevelés, disloqués, furibonds et incompré­\nhensibles, qu'on éprouve une certaine satisfaction, un évident soulagement,\nà se reposer d a n s u n e poésie plus calme, plus sobre et mieux o r d o n n é e .\nJ'ajoute, à cet éloge, que Augrédu vent peut être lu, d'un bout à l'autre, par les\njeunes filles; et il n'en pleut pas, aujourd'hui, des livres qui puissent, tout\nentiers, entrer d a n s ces â m e s d'hermines s a n s en effaroucher l'immaculée\n blancheur !\n    J'ai goûté surtout, dans ce volume, les R o n d e l s des Mois, où il y a des\nnotations très fines et très j u s t e s ; l'ode à Victor H u g o , qui n'est pas sans\nampleur ; et les méditations de la Grande-Chartreuse, où j'ai retrouvé u n peu\ndes impressions si pures, si grandioses et si douces, naguères éprouvées à\nl'Abbaye de Maredsous. Vous en souvient-il, Georges Virrès?...\n\n   P r i n c e s s e A v r i l : u n n o m exquis; c'était, paraît-il, celui que l'on donnait\nà une petite fille c h a r m a n t e , et qui est morte. Les courts poèmes q u e\nM. Théodore Maurer écrivit à la mémoire de cette enfant sont gracieux, frêles\net jolis comme elle devait l'être elle-même ; ils sont, aussi, trempés de larmes,\net bien touchants dans leur simple tristesse.\n   U n p e u de gloire vivra, par eux, sur cette tombe ignorée de fillette ; el\nle sommeil d e la petite morte en sera meilleur :\n\n                  L'ombre tombant des fleurs semble alléger la terre,\n                  Que l'on croit voir peser au corps endolori.\n                  Puis, vous la sentirez, Elle, moins solitaire,\n                  A dormir dans ce frais voisinage fleuri...\n\n   U n e collection anthologique qui nous p r o m e t les œuvres choisies de\n« cent femmes de lettres » (rien que ça!) s'inaugure par quelques poèmes\nde M a d a m e de M o n t g o m e r y . D'une inspiration élevée et large, comme\nceux de S u l l y - P r u d h o m m e dont l'auteur se réclame d'ailleurs, ces poèmes\nphilosophiques m a n q u e n t de cette délicatesse indéfinissable que l'on aime à\ntrouver avant tout d a n s les œuvres des femmes. Décidément, Molière\navait r a i s o n ! . . .\n\n   M. LÉONCE D E P O N T publie l'ode à V i c t o r H u g o , qui lui valut le grand\nprix de poésie de l'Académie française. T o u t e s les qualités de l'excellent\nécrivain s'y rencontrent : distinction, ampleur, éclat, h a r m o n i e . Mais elle a\naussi les défauts du genre : en concurrent consciencieux, M. Léonce Depont\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 514, "texte": "l58                                DURENDAL\n\n\ny a dépeint et caractérisé tour à tour les multiples aspects du P o è t e protéi-\nforme; son habileté l'a sauvé de b e a u c o u p d'écueils, elle n'aurait pu\nl'empêcher d'égratigner à quelques-uns la coque de sa nef audacieuse. E t je\npréfère, à ce grand morceau de littérature, les é p a n c h e m e n t s intimes des\nPèlerinages, dont je vous ai jadis signalé la beauté très pure.\n\n                                                                 FRANZ A N S E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 159, "page_fin": 161, "titre_corps": "Le temple", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Le Temple Le bonheur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1703, "texte": "Le Temple\n\n                LE bonheur! prononça Maxime de sa voix d'indif-\n                   lércnce et de douleur glacée...\n                      Ils étaient assis l'un en face de l'autre, dans\n                   le cercle étroit de la lampe, sans se regarder;\n                   et la chambre, au delà, faisait autour d'eux une\n                   grande ombre livide, habitée par des choses\n                   confuses.\n                      L a physionomie de Maxime était toute de\ndéfi obstiné, de lassitude et d'ironique dégoût, et ses yeux\nétaient semblables à un feu mourant dont le vent encore,\nparfois, fait jaillir des étincelles. Delzire était pâle et fiévreux,\net dans ses yeux une grande lueur triste brûlait, comme la\nflamme basse, dardante, mélangée de ténèbres et de fumée,\nd'une torche funèbre...\n   Ils se ressemblaient étrangement, cependant, ainsi que la\nmort ressemble à l'agonie. De ses inflexibles mains, violentes\net délicates, la vie avait modelé ces visages — celui de Maxime\ndans un dur marbre sans éclat, impassible, avec les orbites\nfixes et vides d'une statue — celui de Delzire, précisé lente­\nment, dans une terre plastique et tendre, avec des contours\ncaressés et des lignes pures : masque sculpté par la dou­\nleur où, de la pression prolongée de ses doigts énervés et\nextatiques, elle avait mis l'empreinte de la souffrance, le signe\nde l'esprit, toute l'ardeur et toute la mélancolie, tout l'espoir et\ntout le désespoir. E t , son œuvre terminée, elle avait soufflé\ndoucement sur ses yeux, pour y allumer la taciturne lueur d'un\nrêve plus opiniâtre à mesure qu'il serait plus démenti...\n   Contemplant son ami avec toute la tendresse forte et\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "160                          DURENDAL\n\n\nprofonde qu'il savait ne devoir point manifester, Delzire\npensait :\n   — Deviendrai-je, un jour, pareil à lui, et cette âme trop fré­\nmissante se figera-t-elle dans l'orgueil conscient de l'anéantis­\nsement? Saura-t-elle mépriser tout, et soi-même, et comprendre\nque le rire ment, et les larmes et, même, notre propre indif­\nférence?... A force de blessures inavouées, le voici comme cui­\nrassé de cicatrices. Des idées affluent constamment en lui qu'il\ndéfend, également, ou détruit, avec insouciance... Il ne croit\nplus à rien et, moins qu'à n'importe quoi, à lui-même. Il\nm'aime de lui ressembler, de souffrir encore des maux auxquels\nil s'est endurci ; d'être devant lui comme une phase posthume\nde son existence — et, en même temps, il ne peut s'empêcher\nde m'en railler...\n   — L e bonheur ! reprit Maxime, et sa voix avait une inflexion\nde gravité presque caressante. Il me semble, quelquefois, que\nvotre amour et votre foi soient comme des flambeaux consumés\nen vain et dont la douloureuse flamme, rabattue par le vent,\nbrûle au seuil fermé d'un temple vide.\n   — Qu'importe!... Le temple ne sera jamais vide, que j'ai\nérigé d'une main pieuse et tremblante, sous la bénédiction\n et la joie du soleil, vis-à-vis de la mer... L e soleil a\ndisparu de l'horizon de ce promontoire; et il n'y a plus\nde la mer qu'un murmure confus et brisé, dans les ténè­\n bres; mais le temple ne subsiste-t-il pas, et moi, qui l'ai\n construit?... Car, vous le savez, c'est moi qui en ai fait surgir les\n colonnes, les ai dressées dans cet ordre et, par mon art, ai fait\n qu'elles chantent comme les strophes d'une ode... Les unes sont\n nues et fortes, selon le mode dorique ; d'autres, parées de la\n grâce ionienne ou du charme et de la langueur corinthiens; et\n des chapiteaux les surmontent, simples, fleuris de nobles\n acanthes ou de volutes... J'ai tenu chacune de ces pierres entre\n mes mains et je les reconnais toutes : le passé de mes jours fris­\n sonne dans leurs lignes immobiles et ce temple est bâti, non de\n marbre, mais de souvenirs... Cependant, voici, je ne relève plus\n la tête, puisque le fronton altier, les acrotères éblouissantes, les\n masques d'enivrement, d'effroi et d'auguste douleur que j'ai\n suspendus au faîte des murailles sont là-haut invisibles, dans\n la nuit ; et, aussi, les statues que mon génie passionné avait\n dégagées, rayonnantes, de la gangue de la matière... Hélas!\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 596, "texte": "                           LE   TEMPLE                        161\n\n\nil me semblait que mon âme, avec elles, se délivrait, mais,\nsans doute, fallait-il seulement que cette œuvre fût accomplie :\net j'ai donné aux pierres une vie qu'elles ne m'ont plus rendue...\nEnfin, quand m ê m e ! qu'elle reste emprisonnée dans ces figures\npétries de mon sang et de ma chair, et dont le geste de volonté\net d'espérance ne s'adresse plus qu'aux étoiles incertaines!...\n   — Ces paroles, dit Maxime, n'ont que de la b e a u t é ! . . .\n\n Mars 1901.\n                                             ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 162, "page_fin": 165, "titre_corps": "Les expositions de février", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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Ces groupements fragmentaires ne révé­\nlèrent que peu de chose de la tendance et de l'apport effectué au bagage expé­\n rimental de la peinture contemporaine parce groupe d'artistes très différents\nentre eux. Le choix judicieux de toiles réuni par M. Octave Maus est d'une\nsouveraine éloquence. En remontant à cette exposition de 1874, où quelques\npeintres novateurs se firent un titre et un drapeau du sarcasme d'un critique\nrétrograde, et constituèrent le groupe des « Impressionnistes », M. Maus a su\nréunir et classer des jalons marquant jusqu'à nos jours les étapes de l'affran­\nchissement de la vision, de la transformation de la technique. La recherche\ninquiète de la lumière vibrante amenant la division du ton local, — l'appli­\ncation de traits de couleur pure juxtaposés formant le ton définitif par un\namalgame qui se réalise, sans danger pour la fraîcheur et la solidité de la pein­\n ture, — dans l'œil même du spectateur, constituent des conquêtes ayant\n enrichi l'arsenal des moyens conventionnels d'expression de l'art moderne.\n    Cela est nettement démontré au Salon de la Libre Esthétique. Si les der­\n niers venus nous déconcertent par des audaces et des innovations, n'oublions\n pas que l'éducation de notre œil n'est qu'empirique et que nous eûmes, jadis,\n les mêmes effarements devant les plus beaux Claude Monet actuellement\n indiscutés. Conçoit-on encore que la Dame aux Éventails, de Manet, ou le\n  Village de Vétheuil, de Claude Monet, aient pu paraître révolutionnaires,\n informes, insuffisants et que leur apparition suscita un toile presque sans dis­\n cordances... ? Un Seurat fut admis à la Centennale et s'y trouva très à sa place.\n Qui l'eût osé pronostiquer il y a vingt ans. Peut-être les Signac, les d'Espa-\n gnat, les Guérin même, sont-ils des échantillons plus complets que nous le\n croyons à cette heure d'une interprétation nouvelle où nous finirons — en\n  nous habituant à leur aspect — par découvrir, en outre de mérites déjà évi-\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "                     LES EXPOSITIONS DE FÉVRIER                             163\n\ndents, des indications complexes et complètes encore mal comprises. Le lan­\ngage de l'art est conventionnel, il évolue, il s'enrichit de signes nouveaux,\nparfois il ressuscite des indications dont le sens s'était perdu. L'indéchiffrable\ndevient clair, la langue d'abord inintelligible et inharmonique nous paraît\nfamilière et souple peu à peu.\n   Les Impressionnistes nous ont donné le goût des colorations raffinées, la\nsaveur de l'atmosphère et celle de l'ambiance. Les reflets, les réactions des\nvaleurs sont leur domaine.\n    Il est déconcertant que l'ambition de peindre des tableaux résumant une\nimpression de nature ait pu paraître à n'importe qui ridicule ou insensée. Le\npaysage — pour quiconque ouvre des yeux sensibles — n'est-il pas unique­\nment fait d'impressions lumineuses? Qu'importe le Motif? Tout motif — le\nplus élémentaire est le meilleur — ne se transmue-t-il pas indéfiniment en\nmille tableaux, selon la magie changeante de l'heure et de la saison? L'œil\nsubtil et réceptif d'un peintre qui sut le premier résumer ces instantanés, sa\nmain qui les fixa sur la toile par des procédés neufs et adéquats à son vouloir,\nson intelligence qui en perçut la nouveauté et la signification n'eussent-ils pas\n dû émerveiller tous les hommes ayant le sens des choses de l'Art?\n    Ces éternels malentendus de l'évolution esthétique n'apprennent rien à la\nfoule. Wagner ne fut-il pas traité comme Gluck à un siècle de distance?\n Corot fut incompris d'abord. Quand justice lui fut rendue plus tard, on ne fut\npas plus clairvoyant à l'égard de successifs apporteurs de neuf.\n   J'examinerai en détail, le mois prochain, les contingents divers qui con-\nèrent au Salon de la Libre Esthétique un si réel attrait. Sans doute, à côté\n de chefs-d'œuvre, ils comportent des œuvres d'un intérêt documentaire. Cer­\n tains peintres furent plutôt des initiateurs que des maîtres bien complets.\n Mais leurs découvertes et les ouvrages par lesquels ils les ont affirmées font\n partie de l'histoire de l'Art. Elles sont à leur place à cette exposition.\n    Quelques lacunes — inévitables — se peuvent constater. Le groupe des\nImpressionnistes est d'ailleurs si éclectique de tendances et si varié que cette\nappellation vague n'indique rien de bien défini. Des peintres très divers,\ncombattant en tirailleurs pour un idéal personnel, ont revendiqué d'y être\nenrégimentés. Claude Monet et Degas, Renoir et Pissaro n'ont guère d'ana­\nlogies entre eux, sauf l'affirmation de personnalités affranchies de routine et\nvolontairement novatrices.\n   Je n'examinerai pas si les peintures des « Indépendants » actuels dérivent\nlogiquement du mouvement créé par les Impressionnistes. Les Indépendants\nont remplacé la volonté d'exprimer l'aspect réel de la nature par la volonté\nde transposer cet aspect au moyen de signes conventionnels, en se réclamant\nde la science et non de l'observation. Ils ont résisté aux affirmations de\nleurs yeux pour se fier aux suggestions de leur intelligence. Leur conscience\nest indéniable et leur bonne foi respectable. Mais le plus grand nombre des\nadmirateurs d'un Claude Monet ou d'un Degas se refusent à admettre\n MM. Cross, Luce ou Guérin comme héritiers de ces maîtres. Besnard,\n Thaulow ou Claus, à la bonne heure, mais les pointillistes, malgré tout le\ntalent de certains d'entre eux, jamais de la viel\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "164                                 DURENDAL\n\n\n\n   M. Maus, selon l'opinion très documentée de M. Durand-Ruel, n'a pas\ntenu compte de cette controverse passionnée ou du moins il l'a résolue dans\nle sens le plus discutable. Ceux qui ont l'habitude des préparations d'exposi­\ntion et qui savent les précédents et les mobiles, et les camaraderies, et les\ninsurmontables difficultés diverses, ne prendront pas le souci de s'y arrêter.\nIls applaudiront au résultat obtenu et en féliciteront l'auteur.\n   Je reparlerai à loisir des divers envois composant cette instructive exhibi­\ntion.\n\n   L e s E x p o s i t i o n s é p h é m è r e s . — Au Cercle Artistique de Bruxelles,\nM. CHARLES MICHEL a exposé une série de ses œuvrettes fines et habiles,\ncroquis féminins de ligne décisive, de silhouette souple, de modernité\npiquante, montrant, dans une note conventionnelle, des résumés amusants\net pleins de goût. Le genre personnel de M. Michel est aimable, mais il\nn'appartient pas à 1' « art facile », qu'on ne s'y trompe pas; il requiert une vraie\nscience de dessinateur, une mesure charmante qui le tient éloigné de la gra­\nvure de modes et de l'illustration. Ces documents, pas prétentieux et pas\nencombrants, pourraient fort bien « durer » mieux que beaucoup de grandes\nmachines plus ambitieuses.\n   Son coexposant, M. LUCIEN FRANK, a de vrais bonheurs de coloris, un raf­\nfinement séduisant de notes crépusculaires aux bleus veloutés et profonds,\npalpitants de clartés diffuses et de vapeurs opalisées. L'artiste applique les\nressources de sa remarquable palette à l'interprétation d'effets malheureuse­\nment déjà révélés et connus.\n   Avant eux, MM. NICOLAS VAN DEN EEDEN et ADOLPHE HAMESSE ont été\nmoins heureux. La volonté tenace de M. Van den Eeden commande le res­\npect, mais son dessin sec, son coloris froid, un manque de charme et d'aban­\ndon déparent ses meilleures toiles. M. Hamesse se répète faiblement. Les\npaysages conventionnels sont lourds et monotones. On lui voudrait plus de\nferveur devant la nature.\n   MM. PAUL HERMANUS et ADRIEN COLLEYE achèvent la série des salonnets\ndu Cercle en ce février 1904.\n   M. Colleye, bon élève de Baron, ne tente point de renouveler la vision du\nmaître. Son interprétation, tenue en lisières par une respectueuse ferveur à la\nmémoire de l'initialeur, nous rappelle, avec quelque mollesse, l'art du peintre\nnamurois. Mêmes prédilections pour certains aspects de nature, mêmes\nmises en page, mêmes tonalités, même technique, avec toute la différence\nd'une personnalité et de son reflet...\n   M. Paul Hermanus, élève, semble-t-il, de l'excellent aquarelliste Stacquet,\nréalise au moyen de la peinture à l'huile des paysages et des intérieurs dans\nla manière de son professeur. Une ampleur superficielle, assez décorative\nrend sympathiques ces faciles ouvrages.\n   M. THÉO HANNON, l'excellent critique d'art, a exposé à la galerie royale\nune série de sérieuses aquarelles. Un critique tend le dos aux verges de ses\nconfrères en descendant ainsi dans l'arène et en soumettant ses œuvres, tout\ncomme un simple artiste, à l'appréciation des moins indulgents. M. Hannon\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3338, "texte": "                      LES EXPOSITIONS DE FÉVRIER                              165\n\n\nn'a pas à regretter son audace. Une presse unanimement bienveillante asignalé\ncette jolie exposition et rendu justice aux qualités dont témoignent ces paysa­\nges, ces fleurs, cette tête d'étude. Tout cela est alerte, consciencieux et habile.\n  En même temps, MM. REDING et VALKENAERE ont fait voir leurs récentes\npeintures. M. Reding, s'il se confinait dans le genre exclusif de la nature\nmorte réaliserait de jolis morceaux. Les envois le prouvent à l'évidence.\n\n   L'administration communale de Saint-Gilles a exposé les\nmodèles et esquisses des œuvres d'art destinées à la décoration extérieure et\nintérieure de son nouvel hôtel de ville.\n    La partie sculpturale a été confiée à vingt et un statuaires. Il est oiseux\nd'ajouter qu'elle est inégale et manque un peu d'ensemble. Mais les nécessités\npolitiques et un sentiment plus équitable qu'esthétique des droits des artistes\njustifient le morcellement de cette grosse commande. L'excellent Julien\n Dillens a bien voulu régir l'exécution de ces ouvrages, prodiguer des conseils\naux jeunes et tâcher d'insuffler à leurs conceptions un peu du style architecto-\nnique dont ses deux propres statues offrent un si frappant exemple. Les\n figures du Travail et du Droit ont un galbe de cariatides, elles épousent les\n lignes du monument et s'inscrivent dans le schéma d'un fût de colonne avec\n une parfaite entente de leur subordination à l'effet d'ensemble du monument.\n Cela est largement compris et exprimé dans une allure large et décorative à\n souhait.\n    Les têtes des deux statues confiées à Jacques de Lalaing, Instruction et Jus-\n tice, sont nettement typées et d'un beau caractère. La maquette d'ensemble\n n'a pu en être exposée. Parmi les autres participants, il faut louer Paul Dubois,\n Ch. Samuel, P . Braecke, G. Devreese, H. Boucquet, qui ont réalisé des sil­\n houettes intelligemment ornementales.\n    Le groupe de M. Rousseau, destiné à une corniche très élevée, évapore\n dans la distance ses rares qualités de précision expressive et montre des mou­\n vements incertains, des proportions déconcertantes.\n    Il est impossible de se prononcer sur le modèle réduit et grossier de la fon­\n taine commandée à Jef Lambeaux. L'impression n'est pas bonne, mais le\n document est trop insuffisant pour valoir qu'on le discute-\n    La décoration intérieure comporte des peintures confiées à MM. Jacques\n de Lalaing, André Cluysenaer, Fernand Khnopff, Orner Dierickx, et des\n grands panneaux brodés par Mme Hélène De Rudder. Les esquisses de ces\n travaux promettent des œuvres de valeur.\n    MM. de Lalaing et André Cluysenaer réaliseront une composition plafon­\n nante de feu Alfred Cluysenaer, énergique et de coloration soutenue. Le projet\n de M. Fernand Khnopff est, au contraire, résumé en clartés pâles et en\n nuances indécises. Certaines figures rappellent — un peu trop — les anges\n des Jours de la création de Sir Edward Burne-Jones. Sans doute, l'exécution\n en grand de ce carton fera disparaître cette réminiscence involontaire.\n  M. Orner Dierickx annonce des gesticulations un peu excessives dans une\n  harmonie plutôt vulgaire.\n    Les broderies de Mme De Rudder seront évidemment infiniment précieuses\n  par l'éclat des nuances et la perfection de la technique.                P . L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-012", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 176, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Musicale Troisième Concert du Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 201, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "Chronique Musicale\n\n   Troisième Concert du Conservatoire. — Comme au second\nconcert, M. Gevaert nous y a fait entendre trois œuvres, sinon de significa­\ntion, du moins de style fort différent et fertiles l'une c o m m e l'autre en écla­\ntantes beautés ; la Symphonie en ut, de S c h u m a n n ; le concerto pour clavecin, flûte\net violon, de B a c h ; enfin, le Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn.\n     L e grand nom de Beethoven occupe d a n s le domaine de la s y m p h o n i e une\nplace si p r é p o n d é r a n t e que, pour cette expression de l'art musical, on est\ninconsciemment et invinciblement tenté de p r e n d r e pour point de compa­\nraison les chefs-d'œuvre que ce puissant génie n o u s a légués. Il suit de là que\nles symphonies écrites postérieurement par les maîtres du XIXe siècle, qui ont\nrecueilli son redoutable héritage, apparaissent souvent comme dénuées d'en­\nvergure et de profondeur. On éprouve une impression analogue vis-à-vis des\ndrames lyriques musicaux qui ont suivi la somptueuse floraison de l'épopée\nw a g n é r i e n n e . Ainsi, après avoir défié du regard l'astre-roi, l'œil ébloui où\n ruisselle l'or de l'image sublime, croit voir tous les objets qui l'environnent se\n maculer de petits êtres noirs, informes et r a m p a n t s . Il importe assurément de\n s'affranchir de la tyrannie de ces points de comparaison d a n g e r e u x , en ce\n sens qu'ils peuvent nous induire à des appréciations erronées et à mécon­\n naître des œuvres absolument dignes d'admiration. L a Symphonie en ut, de\n S c h u m a n n , est fort claire en ses significations, elle chante avec plus d'exubé­\n rance que de majesté la joie qui inonde le cœur du grand artiste, se range au\n n o m b r e de ces poèmes lumineux et pacifiques, expressifs de bonheur profond,\n si nombreux dans l'œuvre du maître de Zwickau, et qui peuvent être légiti­\n mement considérés c o m m e les perles les plus précieuses constellant l'écrin du\n poète. L e scherzo, d'une coupe si gracieuse, d'une ciselure si délicate, nous\n apparaît la partie la plus caractéristique de cette symphonie qui a été inter­\n prétée par l'orchestre du Conservatoire avec toute la verve et la fougue dési­\n rables, en concordance avec l'esprit intime du poème qui n'est d'un bout à\n  l'autre qu'un long tressaillement d'allégresse.\n      L e concerto de B a c h a continué de nous promener d a n s des régions\n  sereines et heureuses. Il n o u s introduit dans l'empire du B o n h e u r , de ce\n  bonheur grave et auguste qui, pour s'exprimer au dehors, chercherait des\n  accents plus calmes et plus majestueux que ceux de la symphonie de Schu­\n  m a n n , et ce fut u n régal exquis d'impressions douces, fines et enivrantes dont\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "                            CHRONIQUE MUSICALE                                     167\n\n\nnous sommes redevables à ces véritables artistes qui s'appellent de Greef,\nAnthoni, T h o m s o n . M. de Greef a interprété sa partie de piano (qui rempla­\nçait le clavecin en l'occurrence) avec cette précision colorée, ces magistrales\ngradations expressives dans le crescendo et le decrescendo qui rangent M. de Greef\nparmi les pianistes les plus parachevés de notre époque.\n   Le Songe d'une nuit d'été n o u s fait aborder au royaume enchanté où règne\nShakspeare, ce sublime visionnaire; il nous ouvre la porte de ces paradis\nbleus qu'illuminent éternellement des lueurs mystiques et vermeilles et\nqu'embaume le parfum des baisers donnés par les sylphes a m o u r e u x aux fées\nse réfugiant d a n s le calice soyeux de fleurs merveilleuses. Il y aurait un\nchapitre intéressant à écrire sur le Fantastique en musique. Mendelssohn y\noccuperait u n e place d'honneur à côté de W e b e r , de Berlioz, de Liszt, de\nWagner.\n   L'ouverture du Songe est u n chatoyant tissu de sonorités scintillantes dont\nla caresse vole ainsi q u ' u n léger bruissement d'ailes roses dans les profon­\ndeurs d'un inaltérable azur. Si l'art de Mendelssohn m a n q u e de puissance et\nde grandeur, il possède, en revanche, les qualités de ses défauts, se caracté­\nrise par je ne sais quelle grâce souple, exquise, féminine et presque volup­\ntueuse, dirions-nous (si cette épithète ne se prenait trop souvent dans u n e\nacception confinant au sens de morbide, ce que nous ne voulons assurément\npas dire). Au point de vue formel, p a r l'élégance et la suavité de la ligne\nmélodique, par la préoccupation d'éviter les constrastes violents et les impres­\nsions trop puissantes, cet art nous semble assez apparenté à l'esthétique de\nRacine et à celle de L a m a r t i n e qui ne sont assurément pas à dédaigner. Il\nétait intéressant d'entendre le scherzo de Mendelssohn après celui de Schu­\nmann, mais il n'entre certainement point en notre pensée de vouloir établir\noiseusement un ordre de prééminence entre ces deux pièces exquises qui bril­\nlent chacune de leur beauté propre. Il est, enfin, curieux de noter en cette\nœuvre de Mendelssohn certaines harmonies, certaines successions d'accords\nqui ressortissent essentiellement de l'art wagnérien.Bref, l'exécution du Songe\nd'une nuit d'été au Conservatoire nous a ravi et n o u s croyons que tous ceux\nqui ont assisté à cette audition souscriront pleinement à notre manière de\nvoir.\n                                                          G E O R G E S DE   GOLESCO.\n\n\n  Le troisième Concert Ysaye était consacré à l'école musicale russe.\n   Les Russes sont entrés très tard d a n s le m o u v e m e n t général de la musique\noccidentale, au d é b u t du XIXe siècle seulement. Ce court espace de temps\nleur a suffi pour p r e n d r e u n e place honorable parmi les compositeurs les\nplus en vue. L'histoire de la m u s i q u e artistique (1) russe ne compte encore\nque trois générations de compositeurs. A la première appartiennent tout\nd'abord Verstowsky, puis Glinka et Dargomijsky ; à la deuxième Balakirew,\nCésar Cui, Borodine, Moussorgsky, Rimsky-Korsakow, Sérow, Rubinstein,\n\n\n  (1) Par opposition à la musique populaire de ce pays.\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "168                                DURENDAL\n\n\nTchaïkowsky, et quelques autres ; à la troisième Glazounow, Liadow,\nTanéiew, Arensky, Rachmaninow, Scriabine, etc.\n    Bien que précédé de Vertowsky, qui écrivit quelques opéras sur des sujets\ntirés de l'histoire russe (1), Michel Glinka (1804-1857) est considéré comme\nle créateur de l'opéra russe. Il n'a composé que deux opéras : La vie pour le\n Tsar et Rousslan et Ludmila. Le premier est le plus populaire. Cette popularité\nest due au sujet, emprunté à l'histoire russe de l'époque de la domination\npolonaise. Les connaisseurs en Russie considèrent le second opéra Rousslan\net Ludmila comme supérieur. Glinka a écrit en outre des mélodies, des\n morceaux pour piano et quelques œuvres de concert pour orchestre.\n    Dargomijsky (1813-1869) est le digne continuateur de l'activité créatrice\nmusicale de Michel Glinka. Il est célèbre surtout à cause de ses deux\nderniers opéras : Les Roussalkas (ondines) et Le Convive de pierre (Don Juan).\n Dans ce dernier opéra, le compositeur a rompu avec la routine. Aux\n prises avec un sujet contenant de puissants éléments dramatiques, il s'est\n exclusivement attaché au récitatif mélodique.\n    En 1856, deux musiciens, très jeunes alors, et passionnés pour leur art, se\n rencontrèrent à Saint-Pétersbourg, Balakirew (né en 1835) et César Cui\n (1835). Quelques temps après, Rimsky Korsakoff (1844), Borodine (1834-\n 1887) et Moussorgsky (1839-1886) se joignirent à eux et il se forma un petit\n cercle qui fut le berceau de l'évolution musicale néo-russe. Au point de vue\n historique national, ils se rattachaient à Glinka et Dargomijsky. Au point de\n vue de l'influence étrangère, ils prenaient comme guides Beethoven, Schu­\n mann, Berlioz et Liszt. Ils furent, sinon hostiles, du moins réfractaires\n au mouvement Wagnérien, peut-être à cause de leur tempéramment slave,\n sentimental et peu spéculatif. En outre, très épris des beautés de la flore\n musicale de leur pays, ils sentaient qu'il y avait là une mine peu exploitée\n encore, une source d'inspiration ethnique pleine d'originalité, de grandeur\n et de morbidesse, d'entrain et de mélancolie, de grâce et de tristesse\n navrante, vivante encore partout dans leur patrie. Les légendes de l'époque\n mythique et préhistorique et les motifs qu'offre l'histoire documentaire\n russe leur fournissaient une quantité de sujets pour opéras et poèmes musi­\n caux. Il en va de même du monde oriental, si proche de la Russie et déjà en\n partie annexé.\n    Les résultats artistiques de ce mouvement si intéressant sont connus en\n  Europe, tout au moins partiellement, à l'exception toutefois des œuvres lyri­\n ques russes qui n'ont pas encore été représentées sur les scènes de langue\n française. C'est dommage, car cela nous prive de la connaissance des œuvres\n  dramatiques qui, par leur physionomie, tranchent sur ce que nous enten­\n  dons d'ordinaire.\n     Rubinstein, Séroff, Tchaïkowsky et plusieurs autres, bien que contempo­\n  rains de la pléiade des compositeurs précités, forment un groupe à part,\n  international en quelque sorte.\n\n\n   (1) La tombe d'Ascolde, par exemple, son meilleur opéra et le plus populaire.\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3197, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 l69\n\n\n   En réalité, il y a deux écoles en Russie : celle de Moscou, représentée par\nTchaïkowsky et les deux Rubinstein, Nicolas et Antoine, et celle de\nSaint-Pétersbourg, fondée par Balakirew et César Cui. L'une est plus\néclectique, l'autre plus nationaliste. L'antagonisme entre ces deux écoles,\nmalgré les froissements inévitables, a produit au point de vue artistique\nd'excellents résultats.\n   En ce qui concerne les œuvres de la récente génération des musiciens\nrusses, nous n'avons pas assez de recul pour les juger. Il faudrait d'abord\nles entendre souvent et ensuite les étudier sans parti pris.\n   Parlons maintenant du concert. En voici le programme :\n   I. Michel Glinka. — Ouverture de Rousslan et Ludmila.\n   Le sujet de ce deuxième opéra de l'ancêtre de la musique russe est\nemprunté à l'un des premiers poèmes d'Alexandre Pouchkine, le plus grand\npoète de la Russie. C'est un conte fantastique où figurent des princes, des prin­\ncesses, des héros, des fées et des magiciens avec leurs charmes et sortilèges.\n   Ludmila, fille du prince Swétosar, est courtisée par un preux, Rousslan, un\nprince d'Orient, Ratmir et un fanfaron, Farlaff (rôle comique). Elle arrête\nson choix sur Rousslan. L'opéra débute par un festin nuptial. La bénédiction\ndes jeunes mariés est interrompue par un formidable coup de tonnerre. Des\nténèbres opaques envahissent subitement le palais, à la faveur desquelles\nl'héroïne est enlevée par le méchant magicien Tchernornor. Le reste de la\npièce c'est l'odyssée des trois prétendants cherchant à retrouver et recon­\nquérir la beauté ravie d'une façon si inattendue à leur affection. Fées et\nsorciers secondent et contrecarrent les équipées aventureuses des trois\nchevaliers. Après mille obstacles Rousslan parvient jusqu'au château de Tcher-\nnornor où se morfondait la belle princesse captive et amoureuse. Le héros,\naprès une lutte homérique, punit de mort l'infâme ravisseur. Malheureuse­\nment, Ludmila a été plongée par Tchernornor, avant sa lutte suprême avec\nRousslan, dans un sommeil magique que rien ne semble pouvoir dissiper.\nLa princesse endormie est transportée au palais de son père, aussi désolé\nque l'époux et les deux prétendants sont évincés. Finalement, le charme du\nsommeil léthargique de Ludmila est rompu par le bon sorcier Finit, et la fête,\ninterrompue brusquement au premier acte, s'achève brillamment au cinquième.\n   L'ouverture de cet opéra est intéressante. Elle est fort bien orchestrée.\nElle rappelle par la facture et l'allure les ouvertures de Weber dont elle est\ncontemporaine ou à peu près.\n   2. S. Rachmaninow. — 2me concerto op. 18 pour piano et orchestre, exécuté\npar M. Alex. Siloti.\n   Rachmaninow est l'un des plus en vue parmi les jeunes compositeurs\nrusses. Il est né en 1873. Elève de Siloti et d'Arensky. A composé un\nopéra, les Bohémiens, et un grand nombre de morceaux pour piano et pour\ninstruments divers.\n   Ce 2me concerto est de beaucoup supérieur au premier. C'est une œuvre\nsavoureuse, remplie de thèmes séduisants. Celui de l'Adagio sostenuto dégage\nun charme intime et pénétrant.\n   3. A. Glazounow. — Suite Moyen Age, op. 79.\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3053, "texte": "170                             DURENDAL\n\n\n   Cette suite, ultra romantique, pour orchestre a 4 parties : a) Prélude,\nb) Scherzo, c) Sérénade du Troubadour, d) Les Croisés. Cette suite n'est rien\nmoins que russe. Un compositeur français ou allemand eut pu la signer.\n   A. Glazounow est né en 1865. C'est un compositeur très fécond. Son\nbagage musical est énorme : opéras, symphonies, poèmes symphoniques,\nœuvres de musique de chambre, compositions pour piano, mélodies, etc.\nGlazounow est considéré comme le coryphée de la pléiade des jeunes compo­\nsiteurs de son pays.\n   Les musiciens russes possèdent vraiment le sens du coloris orchestral.\nTous ceux que nous entendîmes à Bruxelles, les pères et les fils, orchestrent\nfort bien. Leur palette est intéressante et variée. En cela ils ne cèdent, en\nrien aux compositeurs français actuels. Cependant il serait impossible de\ndire aujourd'hui quelle est la valeur intrinsèque de leurs compositions musi­\ncales, ni de prédire ce qui en restera.\n   4. a) A. Arensky.— Basso ortinato, op. 5, pour piano seul, composition dont\nla forme est indiquée par le titre.\n   A. Arensky est né à Saint-Pétersbourg en 1861. Il est élève de Rimsky-\nKorsakow. Il fut professeur au Conservatoire de Moscou de 1881 à 1891, et\ncette année il fut nommé chef des chœurs de la chapelle impériale. A com­\nposé des opéras, deux quatuors, un trio, des symphonies et des œuvres de\npiano.\n   La petite composition qui porte le titre de Basso ortinato, ne peut pas\ndonner une idée du talent dArensky qui jouit en Russie d'une réelle\nréputation.\n   b) Liadow. — Élude, op. 37, pour piano.\n   A. Liadow est né en 1863. Il est élève de Rimsky. Actuellement profes­\nseur au conservatoire de Saint-Pétersbourg. A composé un quatuor à cordes\net un grand nombre d'oeuvres pour piano.\n   c) Rubinstein-Siloti. — Les ghinka. C'est une transcription brillante d'une\ndanse caucasienne de A. Rubinstein.\n   M. Siloti, le virtuose-pianiste de ce concert, est un élève de Nicolas\nRubinstein et de Franz Liszt. Il est en possession d'une belle technique\npianistique. Son jeu est plutôt fait de charme que de puissance. C'est incon­\ntestablement une âme d'artiste au goût raffiné et sûr. Rappelé plusieurs fois\naprès l'exécution de ces quatre morceaux, il nous a joué en outre deux\néludes de Chopin.\n   En entendant son interprétation de l'étude en la bémol majeur (du deuxième\ncahier), il me semblait que M. Siloti devait être en possession directe de la\ntradition chopinienne, telle que nous l'a transmise Robert Schumann dans un\nde ses écrits. Durant son unique entrevue avec Chopin à Leipzig, Schumann\neut l'heur d'entendre exécuter cette étude par son auteur. L'impression qu'il\nen avait ressentie s'était gravée à tout jamais dans sa mémoire. M. Siloti m'a\navoué n'avoir pas connaissance de cet écrit, mais il tient cette tradition\nd'une source non moins directe, de Franz Liszt, le grand ami de Chopin et\nle non moins grand interprète des œuvres de ce Polonais de génie.\n   5. S. Tanéiew. — Ouverture d'Orestie, Les thèmes de cette ouverture\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3566, "texte": "                              CHRONIQUE MUSICALE                                        171\n\n\nsont e m p r u n t é s à la trilogie de S. T a n é i e w , Orestie, dont le livret est tiré du\ndrame d'Eschyle.\n   Cette ouverture est certes l'oeuvre la plus importante de toutes celles qui\nfurent exécutées d a n s ce concert. Sans doute la g r a n d e u r tragique du sujet\nd'Eschyle a inspiré T a n é i e w , à en juger d'après l'ouverture. C'est profondé­\nment senti et largement exposé. T a n é i e w est un Constructeur remarquable\net semble appartenir à la lignée des maîtres. Mais il serait téméraire\nd'affirmer que chez lui la conception, la forme et l'orchestration sont supé­\nrieures à l'invention de la trame musicale. Des œuvres pareilles doivent être\nentendues plusieurs fois avant que l'on puisse s'en faire une idée tant soit peu\néquitable.\n   6. Rimsky-Korsakow.— Ouverture de La grande Paque Russe pour orchestre.\nCe n'est pas tant u n e ouverture q u ' u n poème s y m p h o n i q u e . Il est précédé\nd'un texte explicatif tiré de la Bible. La d o n n é e poétique en est fort belle.\nNous n'en dirons pas autant de l'œuvre musicale. R i m s k y - K o r s a k o w ,\nl'auteur de tant de compositions remarquables, nous p a r d o n n e r a de ne pas\ntrouver celle-ci à la hauteur de certaines autres, de son Antar, par exemple ?\n   J e termine ce compte r e n d u , trop long, en exprimant le désir d'en\ntendre souvent, à Bruxelles, les œuvres de l'Ecole russe afin de pouvoir\nen suivre l'évolution dont sortira peut-être un jour l'Élu en qui culminera le\nmouvement musical de ce p a y s , le musicien synthétique qui résumera en\nlui toute cette évolution musicale en l'exprimant d ' u n e façon géniale.\n   Nous devons à E u g è n e Ysaye les plus vifs remerciements pour nous avoir\nfait c o n n a î t r e un art, si éloigné du n ô t r e par la distance kilométrique qui\n nous sépare de la Russie, quoique si proche, par ses t e n d a n c e s générales.\n                                                                  LÉOPOLD      WALLNER.\n\n\n    L e C o n c e r t L e k e u . — Sous les auspices de la zélée présidente de\nl'Association pour l'amélioration du sort de la femme, Mme B e e c k m a n , une\nmanifestation avait été organisée à la salle E r a r d en l'honneur du regretté\nLekeu. D ' a b o r d u n e conférence de M. Léon H e n n e b i c q , ayant pour objet\nde faire voir en l'œuvre de Lekeu u n e expression de l'âme collective contem­\nporaine et plus spécialement de l'âme Wallonne, de montrer aussi comment\ncette œuvre m a r q u e une étape caractéristique et u n renouveau d a n s l'art\nmusical belge. D e jeunes artistes, en vue dans le m o n d e musical bruxellois,\navaient rehaussé de leur concours le concert qui a suivi. M. C h a u m o n t a\njoué avec u n profond sentiment la pénétrante rêverie qui constitue le second\nmouvement de la sonate de Lekeu pour piano et violon. Cette sonate a\nd'ailleurs été d a n s son ensemble interprétée avec autant d'autorité que de\ncompréhension par M. C h a u m o n t et M. Geeraert. Les trois poèmes de\n Lekeu ont été interprétés avec u n art parfait par M m e Bathori. D'abord Sur\nune tombe, qui chante de façon si tragique les poignantes tristesses de la mort\nsans a u c u n e issue vers l'espoir et la lumière, puis la Ronde, au vol fantastique\n et de coupe si originale; enfin le Nocturne, d'une beauté moins caractérisée\n que les précédents. Le d r a m a t i q u e quatuor inachevé a couronné le concert,\n brillamment rendu par M M . Van H o u t , C h a u m o n t , Geeraert et Mlle Kuffe-\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "172                                 DURENDAL\n\n\nrath. On a goûté particulièrement le sens interprétatif et la science musicale\nqui ont présidé à toutes les exécutions de M. Geeraert, u n pianiste très en\nprogrès depuis deux a n s .\n\n\n    M m e M a t j a V o n N i e s s e n - S t o n e a donné au Cercle Artistique\nu n récital de lieder allemands. M m e von Niessen sent profondément les\nœuvres qu'elle chante, c'est là u n e qualité essentielle de l'interprète, que chez\nelle on ne saurait assez louer. Toutefois, ce constant souci de l'accent, de\nl'expression dont elle cherche à revêtir presque chaque mot du poème est\nsouvent poussé trop loin. A force de les creuser, elle dépasse les intentions\ndes maîtres, d'où une interprétation un peu forcée et voulue. Il ne faudrait\ncependant point trop insister sur cette critique, car le temps calmera et assa­\ngira sûrement ce que ce très louable zèle pourrait avoir d'excessif. D a n s\nl'Amour et la Vie d'une femme de S c h u m a n n , certains mouvements ont été pris\nd'une façon absolument trop lente, n o t a m m e n t le second poème (Er, der\nHerrlichste), h y m n e d'amour qui doit s'envoler à tire d'aile, librement et joyeu­\nsement, vers le ciel. Il faut aussi avouer que M. Charlier, à qui avait été con­\nfiée la mission d'accompagner la cantatrice, s'en est acquitté d'une façon bien\nmolle et effacée.\n   Les accompagnateurs versent souvent dans cette erreur péchant par trop de\ndiscrétion. Au début du récital, la voix de M me von Niessen a paru insuffi­\nsante, en particulier dans le Roi des Aulnes de Schubert, mais on en trouverait\npeut-être l'explication dans l'émotion ressentie par l'intéressante et s y m p a ­\nthique artiste encore à ses débuts, car elle a été fort supérieure en ses der­\nnières interprétations, y attestant des qualités d'ampleur qui d a n s les\npremières avaient fait défaut. Nous faisons allusion aux deux exquis poèmes\nde Richard Strauss, Traum durch die Dämmerung et Staendcheu, et à différentes\npièces de S c h u m a n n , Tosti, etc., qu'elle a chantées au rappel. M m e Matja\nvon Niessen-Stone a obtenu au Cercle Artistique un franc et légitime succès.\n                                                                     G. DE G.\n\n   A u d i t i o n d e s é l è v e s d e M . D e m e s t (vendredi 14 février). —\nD a n s l'atelier de Mlle Anna Boch, obligeamment prêté par l'intelligente\nartiste, M. Demest a organisé une audition de ses élèves. Ce fut u n e jolie\nfête mondaine dans un cadre délicieux. Les cantatrices et le c h a n t e u r pré­\nsentés par M. Demest ont démontré l'excellence d'un enseignement vocal\nqui tient compte des dispositions personnelles et sait respecter l'individualité\nde l'interprète.\n   Guidées par ce sagace professeur, les jeunes femmes dont les noms figu­\nraient au p r o g r a m m e ont fait entendre des œuvres sérieuses, sans fadeur,\nappropriées à la tessiture diverse des voix. T o u t e s réunissent des qualités\nd'école qui les mettent au-dessus de l'amateurisme : netteté de la diction,\nintelligence du style, pureté de l'émission. L a difficulté parfois extrême de\ncertains morceaux n'a point arrêté ces cantatrices, non plus que le « trac »,\nsi perfide souvent en ces premiers contacts avec le 'public.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 173\n\n\n   Mme Demest est l'étoile de cette école d'art. Le timbre cristallin de l'organe,\nla virtuosité tranquille de l'exécution ont fait merveille. Il est certain que\nnous réentendrons cette jeune femme en d'autres circonstances et qu'elle est\nvouée à de futurs succès. Une jolie carrière musicale attend évidemment, au\nthéâtre ou au concert, la sympathique artiste.\n   Mme Vandervelde a fait ses preuves de bonne musicienne, la voix est jolie,\nle phrasé intelligent, avec un commencement d'autorité.\n   On a goûté le timbre séduisant, l'assurance de Mme Cluytens, l'expressive\net sympathique interprétation de Mme Jouret, la vivacité et la verve de la\njolie Mme Jeslein.\n   M. Van der Borght possède un organe puissant et net dont il use avec\ngoût et méthode.\n   Les auditeurs de la répétition générale ont applaudi le charme et la limpi­\ndité vocale de Mme Isaye, qu'une indisposition a empêchée, le soir du con­\ncert, de chanter ses soli. Les jeunes élèves, encore trop novices pour se\nrisquer à exécuter des morceaux de virtuosité, ont chanté deux chœurs de\nfaçon à affirmer le parfait enseignement qu'elles reçoivent, et la manière dont\nfurent conduits des duos de chambre et le délicieux trio des « Rheintochters »\nacheva de révéler toute l'autorité professorale de M. Demest.\n                                                                       P . L.\n\n  Audition chez Mlle Pauline D e S m e t . — L e 19 février, eut lieu,\ndans les salons si hospitaliers de Mlle Pauline De Smet, une audition donnée\npar deux jeunes artistes, deux frères, MM. LUCIEN et EMILE MAWET, l'un\ncompositeur, pianiste et organiste, et l'autre violoncelliste.\n   M. L. Mawet a fait, entendre une fugue de sa composition et neuf de ses\nmélodies sur des textes de Verlaine. La fugue est un bon travail. Il fait\npreuve d'études solides. Les mélodies renferment des qualités incontestables.\nElles sont bien faites au point de vue musical. La conception procède du\nsouci de serrer le texte poétique aussi près que possible. Nous eussions désiré\nplus de jeunesse et d'élan. A ce prix, nous eussions supporté quelques mala­\ndresses, quelques accrocs, toutes choses qui se corrigent avec le temps et\nl'expérience.\n   On trouve en proportion à peu près égale, dans le jeu de M. Mawet, les\nmêmes dons que chez son frère, le compositeur, et, nous ne dirons pas les\nmêmes défauts, mais la même absence de qualités. L'exécution des\ncompositions de Bach, Boëlmann, César Cui, Schumann et Max Bruch, qu'il\nnous a fait entendre, affirmaient un mécanisme solide et le souci des moindres\ndétails, mais sans le brio que l'on aimerait à trouver chez de très jeunes gens.\n   Cette critique n'a pas pour but de les décourager. Pour chaque nature\nd'artiste, les points de départ sont différents. Rappelons-nous les débuts de la\ncarrière pianistique de Francis Planté. Ils neprédisaient rien de remarquable.\nLa faculté d'expression est parfois enfouie pour quelque temps au fond d'une\nâme. Chez une autre, elle est saillante et impérative dès le début. Certains\nfruits sont précoces. D'autres ne mûrissent que lentement. Qu'importe s'ils\nfinissent par arriver à maturité.\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "174                                   DURENDAL\n\n\n   Nous n'avons que des éloges à adresser à M lle GABRIELLE WYBAUW. Elle\na chanté les mélodies d e M. L . Mawet avec u n e fort jolie voix et u n e excel­\nlente expression. Il serait injuste d e ne p a s mentionner le nom de M. A. Collet,\nélève d'Engel, baryton, le second interprète des lieders de M. Mawet.\n                                                                                  D. L .\n\n    L'A Capella Gantois, sous la direction d e son éminent directeur,\nE M I L E HULLEBROECK, a consacré sa deuxième audition a u x œuvres de Lulli,\nR a m e a u et Grétry. On y a applaudi l'exécution parfaite des jolis et gracieux\nm e n u e t s de Dardanus et de Castor et Pollux, pages exubérantes de vie pasto­\nrale exquises, qui inspirèrent maint artiste d'aujourd'hui. Ce q u i fait la\nbeauté et le mérite des œuvres de R a m e a u , c'est qu'il a cherché son inspi­\nration dans la nature m ê m e . L a c h a c o n n e du Cadmus de Lulli contient u n\ndessin de flûte sur fond orchestré d'une adorable naïveté. L e public des\nauditions gantoises put apprécier dans la Rosière de Salency la verve d e Grétry\ndont la franchise et la saine inspiration font oublier le p e u d e profondeur.\nEnfin, M. Hullebroeck fit entendre d e délicieuses chansons d u XVIe et d u\nXVIIe siècle : Rose inhumaine de Campra, l'Amour au mois de Mai d e Lefèvre, et\nRomanesca d'un auteur inconnu. Musique d'inspiration primesautière, sans\npréciosité, chantant la jeunesse, les fleurs et les ébats a m o u r e u x .\n                                                                            F . V.\n\n   MLLE Elisabeth Delhez à la Schola de Paris. — Un\ndes derniers concerts de la Schola Cantorum finissait p a r la première audition\nd'une œuvre importante, la cantate pour u n e voix de soprano Ich bin vergniigt\nde Bach. C'est une j e u n e cantatrice bruxelloise, M lle ELISABETH D E L H E Z , qui\navait assumé la lourde tâche de nous révéler cette belle œ u v r e ; il faut dire\nqu'elle s'en est acquittée avec u n e aisance qui a tout de suite mis le public en\nconfiance; au fur et à mesure d u développement de la cantate, les auditeurs\ntémoignaient leur enthousiasme p o u r l'œuvre et aussi pour sa remarquable\ninterprète, qui dirigeait sa belle voix de soprano a u timbre p u r et velouté, en\nparfaite musicienne. C'est après le premier récitatif, à la fois tendre et simple,\net surtout après le deuxième air, où la voix est si exquisement enguirlandée\ndes dessins du violon et d u hautbois qui se détachent d e l'orchestre en soli,\nque M l l e E . Delhez a été particulièrement a p p l a u d i e .\n\n\n  Auditions de Musique Religieuse à Anvers, sous le patro­\nnage de S. E. le Cardinal GOOSSENS et sous la présidence d'honneur d'EDGAR\nTINEL.\n   N o u s recevons d'Anvers le c o m m u n i q u é suivant q u e nous reproduisons\navec le plus vif plaisir. N o u s applaudissons avec joie à cette noble entreprise\net lui souhaitons le plus g r a n d succès. T o u s les amis de l'art musical religieux\nvéritable, tous ceux qui désirent sa restauration dans l'Eglise auront à cœur\nde contribuer généreusement a u succès de cette belle et louable initiative :\n   « D a n s son motu proprio s u r la restauration de la m u s i q u e sacrée, Notre Saint-\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3436, "texte": "                               CHRONIQUE MUSICALE                                         175\n\n\nPère le P a p e P i e X désigne c o m m e particulièrement digne du culte, et en\nsecond rang après le chant grégorien, la polyphonie de l'ancienne école\nromaine, personnifiée en son plus illustre représentant : Pierluigi da\nPalestrina.\n   » Bien q u e les tendances profanes de la m u s i q u e m o d e r n e aient contribué à\ndiscréditer auprès de la multitude cet art si pur et si élevé, l'élite des musi­\nciens lui garde cependant une admiration sans réserve, reconnaissant surtout\nsa parfaite convenance avec la sainteté de la liturgie.\n   » Il nous paraît d o n c o p p o r t u n , après l'appel pressant que le Souverain\nPontife adressait r é c e m m e n t à l'univers catholique, d'aider à faire connaître\net apprécier l'antique polyphonie religieuse, dont une interprétation vraiment\nartistique ne p e u t m a n q u e r de révéler l'incomparable beauté.\n   » Trois sociétés chorales se chargeront de remplir ce p r o g r a m m e . C'est\nd'abord le g r o u p e que dirige M. L . ONTROP à Anvers, et qui nous a fait\nentendre ici-même des œuvres anciennes et modernes exécutées avec u n\ngoût parfait. Ce sont ensuite les Chanteurs de Saint-Boniface, sous la direction\nde M. CARPAY. Ceux-ci sont constitués en association depuis 1896, au\nservice de la maîtrise de Saint-Boniface à Bruxelles. On sait avec quel\nempressement les fidèles viennent écouter les œuvres de Palestrina,\nVittoria, Josquin des P r é s , R o l a n d de Lattre, N a n i n i , etc., dont la très\nartistique interprétation fait des offices solennels de Saint-Boniface les plus\nbeaux de la capitale.\n   » N o u s a u r o n s enfin le b o n h e u r d'applaudir 1' « A capella Gantois » fondé et\ndirigé par M. E . HULLEBROECK, qui se dévoue depuis de nombreuses années\nà faire connaître l'art musical ancien, et qui nous a d o n n é , l'an dernier, à\nAnvers, celte inoubliable exécution de deux chefs-d'œuvre de Palestrina : le\nStabat Mater et le Credo de la messe du P a p e Marcel.\n   » Mais pour ne pas nous borner à faire e n t e n d r e d a n s une salle de concert\ndes œuvres é m i n e m m e n t propres à l'atmosphère pieuse de l'Eglise, n o u s con­\nvions les auditeurs de nos concerts à une messe solennelle, avec assistance\n pontificale de S. E . le Cardinal Goossens, en la chapelle du collège archi­\n épiscopal de S a i n t - J e a n B e r c h m a n s .\n    » L e s Chanteurs de Saint-Boniface y exécuteront la Messe brève de P a l e s l r i n a ;\n un groupe de séminaristes, m e m b r e s de la Schola de Malines, y chantera le\n propre du j o u r en chant grégorien.\n    » L e s auditions auront lieu d u r a n t la semaine de P â q u e s , les 9, 10 et\n 11 avril, en la salle des fêtes du Cercle Catholique, longue rue de l'Hôpital ;\n le 9 à 8 heures du soir, les 10 et 11 à 3 h e u r e s .\n    » Le p r o g r a m m e en sera publié prochainement.\n    » La messe solennelle sera célébrée en la chapelle du Collège archiépis­\n copal de S a i n t - J e a n B e r c h m a n s (entrée : place de Meir, 36), le lundi 11 avril,\n à 10 heures du m a t i n .\n    » L e s personnes qui voudront d o n n e r u n témoignage de sympathie et\n d encouragement à notre entreprise, en souscrivant pour la somme d'au moins\n quinze francs, recevront une carte de m e m b r e prolecteur d o n n a n t droit à u n e\n place réservée aux trois concerts et à la messe solennelle.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 629, "texte": "176                               DURENDAL\n\n\n  \" Moyennant la somme de sept francs, on se procure u n e carte pour les trois\nconcerts (place de second rang) et pour la messe solennelle.\n  » Le prix d'une carte pour chaque concert séparé est de cinq francs aux\nplaces réservées, et de trois francs aux places de second r a n g . \"\n\n                         P o u r le Comité d'organisation :\n\n  J. BOELAERTS, secrétaire,                          F . V E R H E L S T , président,\nRue de l'Empereur, 42, Anvers.                   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P A U L VITRY aux\nCours d'Art et d'Archéologie — Depuis quelques a n n é e s , la critique française se\nconsacre avec u n e grande et intelligente ardeur à l'étude des origines de la\npeinture française : longtemps, on a cru, et u n g r a n d n o m b r e d'érudits ont\nconservé cette opinion, que ces origines se confondaient avec celles de l'art\npictural dans les régions flamande et mosane, et que, même, les artistes\noriginaires de celles-ci avaient j o u é u n rôle p r é p o n d é r a n t à cette époque.\nSelon cette hypothèse, conforme, d'ailleurs, à la tradition, il n'aurait pas\nexisté d'école de peinture vraiment française antérieurement au XVe siècle, si\nétrange que ce p h é n o m è n e p û t paraître dans u n pays dont les enfants avaient\ncrié la merveilleuse architecture et la fière et expressive sculpture des XIIe et\nXIIIe siècles et manifesté leur activité et leur génie artistiques d a n s tous les\nautres domaines : le vitrail, la tapisserie, la miniature, etc.\n   On est toujours d'accord pour reconnaître que l'initiative de la grande\npeinture, du retable, de la « peinture mobile », selon l'expression de\nM. Vitry, appartient à la F l a n d r e ; mais les investigations méthodiques\npoursuivies par la critique française, l'étude attentive et comparée des m o n u ­\nments d'art à laquelle l'exposition de Bruges a fourni de nouveaux éléments,\nl'identification, parfois conjecturale, parfois sûre, d'un grand nombre d'ar­\ntistes natifs de F r a n c e et qui travaillèrent, concurremment avec des F l a m a n d s\net des Italiens, pour les Valois, permettent de reconnaître que les artistes\nfrançais prirent u n e grande part à l'éclosion et au développement de la pein­\nture septentrionale qui trouva sa finale et magnifique expression d a n s l'œuvre\n des Van Eyck, d e Memling, de Gérard David, chez n o u s ; dans celle de\n Fouquet et de Clonet, en F r a n c e .\n    M. Paul Vitry a exposé l'état de cette question passionnante avec une verve\n charmante, une extrême habileté d'argumentation et u n e abondance de\n preuves bien susceptibles d ' e m p o r t e r la conviction. Sa conférence, illustrée\n de nombreuses projections d'œuvres dont il a fait ressortir avec b o n h e u r les\n qualités distinctives, les caractères spécifiques nettement français, a obtenu\n le plus vif succès.\n                                                                   ARNOLD G O F F I N .\n\n\n   La variation musicale à travers les âges. — M. LÉOPOLD\n WALLNER a fait, à la Société d'Archéologie de Bruxelles, l'historique de la\n Variation musicale à travers les âges. Causerie plutôt q u e conférence, avec cette\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "178                                  DURENDAL\n\n\n\nabondante érudition, cette facilité de mémoire et l ' h u m o u r familier qui carac­\ntérisent l'éminent professeur. M. Wallner a commencé par définir les divers\naspects de la variation, tantôt rhytmique, tantôt mélodique ou harmonique.\nIl a cherché à en préciser l'origine dans la suite de l'évolution musicale et il\na cité les Anglais Tallis, Bird, etc., comme étant les véritables créateurs d'une\nforme de la musique instrumentale qui devait, en se développant, produire\ndes chefs-d'œuvre. E n effet, les maîtres les plus illustres, Bach, Haendel,\nRameau, H a y d n , Mozart, Beethoven, Mendelssohn, S c h u m a n n et Brahms,\nloin de dédaigner les variations, leur ont donné u n e prépondérance mar­\nquée, par la beauté et l'élévation dont ils surent parer leurs multiples avatars.\n   Le sujet était vaste et M. Wallner n'a pu l'épuiser tout entier en cette\nheure d'improvisation succincte. Il n'a pourtant point dissimulé son mépris\npour ce genre de compositions variées dont le but n'est autre que la virtuo­\nsité poussée jusqu'à l'acrobatie. S'il avait eu plus de temps à lui, il aurait,\nsans doute, pu nous raconter l'histoire de ces variations sur le Carnaval de\nVenise qui mirent en branle, durant une partie du XIXe siècle, archets, claviers,\nanches et embouchures de tout calibre. Le récit en vaudrait la peine et pour­\nrait tenter la curiosité des musicologues.\n   A l'appui de ses dires, M. Wallner avait organisé u n e audition de quelques\nexemples bien choisis dans le vaste répertoire des variations pianistiques.\nM. Henri La Fontaine et M. Vowles ont exécuté, à tour de rôle, avec un\nart parfait, des œuvres de Tallis, Bird, R a m e a u , H a y d n , Beethoven, et\nensemble les variations à quatre mains de Mozart, ainsi que l'Andante et\nVariations pour deux pianos de S c h u m a n n .\n   L'auditoire a très vivement apprécié le charme de cette exécution d'un\nstyle irréprochable et il a confondu dans u n m ê m e élan de satisfaction\nl'aimable conférencier et ses excellents interprètes.\n                                                                          E . E.\n\n   La peinture française au XVIII e siècle. — Conférence de\nM. VIRGILE Josz au Salon d'art français du X V I I I e siècle. — W a t t e a u , Frago­\nnard, quel sujet plus attrayant pouvait tenter la parole d'un critique aussi\nérudit et disert que M. VIRGILE Josz. Encore que C h a r d i n , Lancret, Pater,\nBoucher, Greuze,les portraitistes, Nattier, Largillière, R i g a u d , Drouais, méri­\ntassent peut-être, après Watteau et à côté de F r a g o n a r d , les commentaires du\ncauseur. Mais son exclusivisme ne fut point du dédain. Limité par la brièveté\nobligée du genre, M. Josz a préféré approfondir le minutieux examen de\nl'œuvre de deux maîtres exquis. Il l'a fait en une langue précieuse, un peu\ntrop écrite et compliquée, avec des effets de littérature appuyés, une diction\ninégale.\n   La Femme rêvée et réalisée par Watteau, la Femme typée par Fragonard,\nvoilà le vif du sujet traité, et M. Josz l'a exprimé en traits heureux, avec ani­\nmation. Il a retracé en de piquants tableautins la vie bourgeoise des provin­\nciales de Valenciennes, la vie brillante de la petite cour de Sceaux, évoluant\nautour de la châtelaine, cette trépidante duchesse du Maine, et aussi la vie\nmondaine des beautés parisiennes.\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "                                LES CONFÉRENCES                                       179\n\n   L'indication de l'influence des peintres flamands sur W a t t e a u , le rappel de\nla \"lande ombre de R u b e n s , enfin la description de quelques pages célèbres\nont fourni au conférencier un couplet final — très a p p l a u d i — célébrant la\nportée poétique et le charme vainqueur des Fêtes galantes.\n\n  La poésie française au XVIII e siècle. — Tel était le sujet\nannoncé de la conférence de CATULLE MENDES, au Salon d'art français du\nXVIII e siècle. Mais, après en avoir dressé u n sommaire procès-verbal de\ncarence, M. Mendes a lâché les versificateurs du XVIIIe siècle et s'est com­\nplaisamment étendu sur les mérites plus apparents et plus variés des poètes\ncontemporains. P e u t - ê t r e quelques-uns des défauts reprochés par le brillant\nconférencier aux littérateurs du XVIIIe siècle ont-ils été exagérément soulignés,\net sans doute beaucoup des objets exhibés autour de lui auraient pu être\nappréciés par lui aussi sévèrement, car son point de vue était étroit et son\nparti pris injuste...\n   Néanmoins, il a obtenu un gros succès de très bon aloi. Il y avait foule et\nla parole brillante, la manière désinvolte du causeur ont eu leur action accou­\ntumée.                                                                    P. L.\n\n    C h a r l e s d e S p r i m o n t . — N o t r e collaborateur, P A U L MUSSCHE, a\ndonné, au local Patria, une causerie sur la vie et l'œuvre d e Charles de Spri­\nmont, notre regretté collaborateur, le poète inspiré dont les lettrés français et\nbelges ont été u n a n i m e s à déplorer la mort p r é m a t u r é e . De fines et substan­\ntielles études critiques sur l'œuvre du poète ont été publiées d a n s Durendal,\nainsi que dans d'autres revues et j o u r n a u x , études critiques au premier rang\ndesquelles il convient de signaler celles de Maurice Dullaert, de F e r n a n d\nSéverin, d ' E u g è n e Gilbert. Mais la conférence de P a u l Mussche (qui n'était\nd'ailleurs pas une étude critique) avait en plus u n attrait tout spécial. L e con­\nférencier a été, en effet, associé de tout près à la vie intime de Charles de\nSprimont dont il était l'ami et le confident. Aussi, est-ce avec u n e réelle élo­\nquence, cette éloquence irrésistible qui p r e n d sa source en un sentiment sin­\ncère et profond, qu'il a fait revivre la figure c h a r m a n t e du cher disparu. C'est\nd'une voix émue (et cette émotion n'a pas tardé à gagner l'auditoire attentif\net recueilli qui l'écoutait) qu'il a retracé cette jeunesse laborieuse, hostile à\ntoute frivolité comme à toute petitesse, exclusivement vouée à l'étude, à l'art,\nà la conquête de l'Idéal, à la méditation des essentiels problèmes de la des­\ntinée humaine, puis cette mort a d m i r a b l e , acceptée avec u n calme auguste,\nqui a inspiré au directeur aimé de la revue Durendal, M. l'abbé Mœller, des\npages si chrétiennement éloquentes. P a u l Mussche nous a raconté l'âme de\nCharles de Sprimont, âme à la fois si naïve, si g r a n d e et si profonde. Il a émis\nensuite des vues ingénieuses sur l'œuvre laissée, le faisant toutefois moins en\ncritique qu'en véritable poète parlant d'un autre poète dans un langage tout\nfleuri d'images ravissantes. Après la conférence, M lles W e r l e m a n et Derboven\n ont dit avec intelligence et un incontestable talent quelques œuvres de\n Charles de Sprimont, entre autres ce poème exquis qui s'appelle l'Ombre du\n soir tombant.                                                                  G. 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Q u e mon éminent ami m e permette donc\n                      de le traiter comme Musset la Malibran, à cette différence\n                      près que l'oraison, Dieu merci, n'est pas funèbre et qu'elle\n                      ne sera pas en vers.\n                         Guillaume Verspeyen ne cultiva j a m a i s le vers, qu'il\n                      doit juger besogne de m a n d a r i n a y a n t le temps de ne\n                      pas écrire en prose. C'est en prose qu'il fit ses Châti-\nments à lui — frémissantes lanières verbales dont tant de croupes mécréantes\nportent encore les marques. Il n'a pas un livre à son actif. Pourquoi?\nL e loisir lui manqua — et j'imagine aussi l'envie. P a r vocation, il est\nu n journaliste, le plus grand et le plus complet après Veuillot. Même ses dis­\ncours, même ses conférences sont des articles — des articles parlés. Nul\nhomme, plus et mieux que Verspeyen, ne fut exclusivement, passionnément\net fièrement l'homme de son métier. E t de cette obstinée fidélité, le métier le\nrécompensa en lui donnant la maîtrise. Maîtrise de l'idée et maîtrise du verbe.\nE n cette forme instantanée de l'apologétique chrétienne, qu'est le journa­\nlisme — chose si souvent veule, grise et somnifère — Verspeyen insuffla une\nvie nouvelle faite à la fois d'ardente éloquence apostolique et de pittoresque\nh u m o u r — la vaillance du Croisé et l'esprit de F i g a r o . E t cet original et\nsavoureux mélange d'idées trouva d'instinct son expression d a n s u n style qui,\nselon les occurrences, s'éploie en belles périodes harmonieuses ou se concentre\nen traits vifs, alertes et corrosifs — pastilles de picrate concentré !\n   J'avoue craindre u n peu le sourire gouailleur du modèle en appliquant à\nGuillaume Verspeyen la séculaire définition latine : « Vir bonus dicendi peri­\ntus ». Pourtant, peut-on mieux concrétiser l'impression q u e laisse la lecture\nde ces discours, rapports, conférences, si fièrement épigraphés : Par la parole\net par la plume? Qu'importe que ces « fragments » écrits ou dits à des inter­\nvalles éloignés n'aient entre eux aucun lien visible — puisque la foi traverse\n\n\n  (1) GUILLAUME VERSPEYEN : Par la parole et par la plume (Gand, Siffer).\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "                    GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   181\n\n\nle volume d'un b o u t à l'autre, soude les diverses parties et donne à l'œuvre\nune unité idéale et souveraine. E t ainsi, c'est tout d'abord comme u n grand\nacte de foi que le livre de Guillaume Verspeyen sera bienfaisant. Car la F o i\nest à toutes les pages; guerroyante contre le scepticisme, communicative aux\nindifférences, elle aigrette les phrases de combat, se mire au prisme des\nimages, s'exhale — c o m m e u n parfum — des évocations poétiques. P o u r q u o i\nne pas le dire : voilà véritablement des « Paroles d'un croyant » !\n   Et si, après avoir salué le « vir bonus », on se place au point de vue « art »,\non est presque confondu par les merveilleuses ressources toujours renouve­\nlées de cet esprit d'élite. P e n d a n t un quart de siècle, Guillaume Verspeyen\nassuma la charge annuelle du rapport sur le Denier de S a i n t - P i e r r e . Vingt-\ncinq rapports! E t sur u n fond essentiellement intangible, l'orateur ne se\nrépéta point, ne fut jamais à court d'aperçus inédits et, puisant avec u n e\naisance de millionnaire d a n s les réserves de son originalité, il fit vingt-cinq\nchefs-d'œuvre, où il se montra chaque fois autre, tout en restant lui-même.\nCombien de chères causes, encore traitées, du reste, dans le présent volume,\net notamment la question sociale, que successivement Verspeyen servit des\nexpressions diverses, mais également heureuses, de son éloquence, de son\némotion ou de son ironie!\n   Le rédacteur en chef du Bien Public est le jardinier du perpétuel\nrenouveau.\n                                          *   *\n   J'imagine que M. l'abbé Klein, en présence de l'anarchie intellectuelle et\nmorale où se débat la F r a n c e , doit savourer a m è r e m e n t la satisfaction d'avoir\nété trop bon p r o p h è t e . Si les catholiques français, au lieu de s'annihiler tout\nd'abord dans une préhistorique guerre d'étiquettes, à laquelle ils n'ont mis\ntrêve que parce qu'ils considéraient que l'affaire Dreyfus requérait impérieu­\nsement leur intervention comme un des Gesta Dei per Francos, si les catho­\nliques français avaient écouté les avis de M. l'abbé Klein et avaient pris dans\nla République la place qui leur fut u n m o m e n t loyalement ouverte,\nM. Combes n'eut point été possible, l'enseignement religieux n'eut point été\ndétruit et nous n'assisterions point au spectacle s y m p t o m a t i q u e d'une grève\nde séminaristes !\n  Mais les « réfractaires » — cumulant l'orgueil et l'imprévoyance — accu­\nsèrent M. l'abbé Klein de témérité, comme ils avaient taxé S. S. Léon X I I I\nde servilité.\n  Même en Belgique, on s'en souvient, il se trouva l'un ou l'autre esprit fort...\nen sciences orientales pour infliger des pensums à M. l'abbé Klein.\n  Le crime de celui-ci fut d e convier les catholiques à être les premiers p a r ­\ntout — en défendant la tradition d a n s ce qu'elle a de nécessaire et en mar­\nchant à la tête du progrès dans ce qu'il a de légitime et d'ailleurs d'inéluc­\ntable.\n  Comme Mgr Ireland, son illustre modèle, M. l'abbé Klein se refusait\nà « s'asseoir à la porte des cimetières et à pleurer sur des tombes qui n e se\nrouvriront plus ».\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "182                                 DURENDAL\n\n\n\n    C'est une fois de plus la leçon qui se dégage des études diverses que\nM. l'abbé Klein vient de réunir sous ce titre qui est un p r o g r a m m e : De quel-\nques motifs d'espérer ( 1).\n    Ce volume, préfacé d'un cri frémissant d'apostolat, touche à toutes les\nquestions vitales pour la pensée française : apologétique, économie sociale,\npolilique, enseignement, art, et sur ces divers problèmes émet des conceptions\net, ce qui vaut mieux encore, conclut à des actes en conformité avec les redou­\ntables nécessités du moment.\n    C'est vers la jeunesse surtout — prêtres et citoyens de demain — que\nM. l'abbé Klein se retourne, comme vers la réserve des espérances chré­\ntiennes; il lui dicte une méthode de formation intellectuelle indispensable à\nu n e action sûre et fructueuse, et il donne à cette action u n objectif nei et\nimmédiat; cet objectif s'élève bien, est-il besoin de le dire, au-dessus de l'uti­\nlitarisme politique, mais vise à la régénération des idées et à la réforme des\nm œ u r s . M. l'abbé Klein l'a admirablement compris; avant de faire des con­\nversions, il faut créer des apôtres. La France souffre, mais c'est autant par la\ntiédeur indifférente des chrétiens que par la haine sectaire des incrédules. Et\nsi l'avenir peut être sauvé, il le sera par des messagers de lumière et de pro­\ngrès, ayant rallumé à la flamme juvénile de leurs vingt ans le flambeau d'une\nfoi enthousiaste et prosélytique.\n    C'est à la création de cette légion vaillante de croisés modernes, que\ntravaille M. l'abbé Klein.\n    E t bien que son œuvre s'adresse spécialement à la jeunesse française, la\njeunesse belge aussi la lirait avec fruit — comme un sûr préservatif contre\n l'esprit de routine, l'esprit de scepticisme et l'esprit de calcul.\n\n                                         *\n                                        * *\n   P a r M. Adolphe Eelté, le symbolisme vient d'entrer dans l'histoire (2)...\nLes discussions de jadis — vitupérations et dithyrambes — sont remplacées\npar des anecdotes. Goncourt eut aimé le livre de M. Retté — le « journal » du\nsymbolisme! — où passent et repassent, gesticulent, parlottent et posent les\ninitiateurs du mouvement suivis de nombreux caudataires. Cette cinémato­\ngraphie de grands écrivains et de petits lettrés est réellement amusante; elle\nle serait davantage encore si M. Retté ne projetait trop souvent sur la toile\nl'ombre de sa propre personnalité. L'encombrement du « moi » sera donc le\ntrait commun des Romantiques, des Naturalistes et des Symbolistes! Plus\nl'art change, plus l'artiste reste le même.\n   Ce n'est pas que le livre de M. Retté nous éclaire b e a u c o u p sur les origines\ndu symbolisme, comme théorie esthétique, ni sur ses rapports avec les écoles\nd'art précédentes. Tout au plus les banquets de la Plume appellent-ils un rap­\nprochement avec la « première » d'Hernani, et la mort d ' E d o u a r d Dubus\n\n\n  (1) ABBÉ FÉLIX KLEIN : De quelques motifs d'espérer (Paris, Lecoffre).\n  (2) ADOLPHE RETTÉ : Le Symbolisme (Paris, Vanier).\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   183\n\n\nrappelle-t-elle approximativement celle de Gérard de N e r v a l . Oserai-je\najouter que le symbolisme, comme le naturalisme, a eu son converti et\nque M. Georges L e Cardonnel, aujourd'hui prêtre, fait p e n d a n t à J.-K. H u y s ­\nmans oblat.\n   En faveur de l'impression très vivante que m'ont laissé les Mémoires d e\nM. Retté e t d e ses amis, j ' a v o u e me consoler aisément que l'auteur se soit dis­\npensé de nous faire la critique du symbolisme.\n   La défense rétrospective d'une Ecole d'art est vaine et inutile q u a n d cette\nécole a produit des poètes comme H e n r i de Regnier et E m i l e Verhaeren.\n\n                                            *\n                                           * *\n   M. Désiré H o r r e n t — u n nouveau venu d a n s les lettres — publie u n e série\nde monographies des Ecrivains belgss (1), soigneusement stylées, analysant les\nlivres avec netteté, mais insuffisamment empreintes de cet esprit de synthèse\nindispensable au critique et grâce auquel il groupe, en u n raccourci frappant,\nles caractéristiques d'une œuvre et les tendances d'un artiste.\n   De la, dans les conclusions de M. H o r r e n t , de déconcertantes affirmations.\n   Exemples :\n   « Rodenbach fit quelques essais de vers libres, mais adopta presque géné­\nralement l'alexandrin traditionnel. » J e crois bien que depuis la Jeunesse Blanche\n— son second volume — si R o d e n b a c h suivit u n e tradition, ce fut celle du\nvers libre.\n   Sur Emile Verhaeren : « Sa psychologie, émouvante et profonde, q u a n d\nelle évoque l'universelle vie h u m a i n e , devient maladroite et faible, en se consa­\ncrant aux créatures h u m b l e m e n t ordinaires. \" J'engage M. H o r r e n t à lire\n— ou à relire — les Petites Légendes et tels pages des Visages de la Vie.\n   A propos de F e r n a n d Séverin, M. H o r r e n t écrit : « Séverin n'est pas un poète\npaysagiste, » et je proteste en songeant à tant de merveilleux et émouvants\npaysages d'Ombrie, épais dans les Poèmes ingénus. D u reste, M. H o r r e n t ,\nquelques lignes plus haut, me d o n n e raison en déclarant que « la n a t u r e se\nrévélera à M. Séverin parée de beautés inconnues »...\n   Ces contradictions, disons mieux ces imprécisions, ne peuvent empêcher\nque la plaquette de M. H o r r e n t révèle du talent et soit un heureux début ;\nquand l'écrivain saura mieux définir et préciser les impressions très justes et\nsuffisamment personnelles que lui d o n n e n t les œuvres, il fera, sachant sentir\net sachant écrire, u n livre de critique attachant et original.\n\n                                              *\n                                          *       *\n  Liquidons quelques romans — lectures des soirées d'hiver.\n   M. Jean Schlumberger, qui a d a n s le style une élégante pénétration, a\ntenté une vraie gageure psychologique. Son roman est aussi simple de per­\nsonnages que compliqué d'idées : deux époux qui, pour vivre heureux, n'au-\n\n\n  (1) DÉSIRÉ HORRENT : Ecrivains belges (Bruxelles, Lacomblez).\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3338, "texte": "184                                 DURENDAL\n\n\n\nraient qu'à le vouloir, cultivent entre eux le malentendu, mais un malentendu\nde société, u n malentendu sans éclats et tout en nuances, le « chic » d u mal­\ne n t e n d u . . . L a femme surtout excelle en ce sport sentimental ; véritable décou­\npeuse d'émotions en quatre, elle cesse vite d'intéresser... E t la lecture finit\ndans de l'énervement agacé : que voilà bien du talent perdu à habiller une\nmarionnette névrosée! L e livre s'appelle le Mur deverre (1). M. J e a n Schlum­\nberger ferait bien de casser cette vitre, à travers laquelle il considère l'être\nh u m a i n comme u n e plante précieuse de serre chaude — incapable de vivre\nau grand air sain !\n    M. R e n é Boylesve, vraiment, fut mieux inspiré dans son Enfant à la Balus-\ntrade (2), cet exquis petit neveu de Mademoiselle Cloque... J e ne crois point que\njamais auteur, même Loti, dans son émouvant Roman d'un enfant, ne tendit\nplus clair miroir à u n e jeune âme s'ouvrant à la vie et c a n d i d e m e n t réceptive\nde l'ambiance... L'ambiance ici, c'est la petite ville, avec ses petites idées, ses\npetits sentiments, ses médiocrités, ses jalousies et ses r a n c u n e s . Des menues\nvilenies qui l'entourent, l'enfant ne voit que les gestes extérieurs, et ces gestes,\nil les traduit et les interprète avec sa simple et spontanée candeur, en une\nnotation sans complications et sans recherches, avec des phrases et des mots\nqui font directement écho à la vie... L e grand artiste que R e n é Boylesve, si\nprès de la nature et de l'humanité, qu'en nous rappelant ses œuvres, il semble\nque nous tisonnions nos propres souvenirs !\n     M. H e n r y Bordeaux a fait mieux que le Lac noir (3). L ' œ u v r e a quelque\nchose de hâtif, de déhanché et d'inachevé, et tels truquages d'intrigue éton­\nnent et affligent de la part de ce probe écrivain. L e Lac noir est un roman\njudiciaire. Il y a là, naturellement, u n innocent à la veille d'être condamné et\nu n coupable sur le point d'être absous. L e coupable, ici, — que l'âme de\n Barbey e n frémisse d'aise! — est u n sorcier. U n vrai sorcier! C'est la seule\nexcuse à la légèreté du juge d'instruction qui, n'en déplaise à M. Bordeaux,\net, malgré l'ultime geste héroïque, m e paraît u n p e u benêt. J'eusse mieux\naimé que ce magistrat fût plus clairvoyant au début, dût-il être moins Tartarin\n à la fin. Il est vrai qu'alors il n'y avait plus d'erreur judiciaire, partant plus\n de roman. E t nous aurions été privés aussi — il est juste d e l'ajouter — de\nquelques croquis de prétoire savoureusement enlevés et de quelques paysages\nde Savoie, magistralement brossés. T o u t de m ê m e , le Lac noir ne fera pas\noublier la Peur de vivre. M. H e n r y Bordeaux a u n e revanche à prendre.\n    Q u e pour écrire u n beau roman, il ne faille pas s'ingénier à trouver des situa­\ntions exceptionnelles et des épisodes entortillés, le Pain noir (4) de M. Hubert\n Krains en est la preuve. P a r m i les notateurs d e n o s m œ u r s nationales,\n M. H u b e r t Krains s'est fait u n e place en vue, grâce à l'honnêteté de ses\n\n\n\n  (1) JEAN SCHLUMBERGER : Le Mur deverre (Paris, Ollendorf).\n  (2) RENÉ BOYLESVE : L'Enfanta    la Balustrade (Paris, Calmann-Lévy).\n  (3) H. BORDEAUX : Le Lac noir (Paris, Fontemoing).\n  (4) H. KRAINS : Le Pain noir (Paris, Mercure de France).\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                  185\n\n\nobservations et à la netteté de lignes de son écriture. Il n'a ni le romantisme\npassionnel de L e m o n n i e r , ni l'inquiétante fougue d ' E e k h o u d . Déjà, dans\nles Bons Parents et d a n s les Amours rustiques, les préférences de M. H u b e r t\nKrains s'affirmèrent vers l'analyse des existences en grisaille, évoluant d a n s\nle cycle de la coutumière banalité. Et l'écrivain assuma la mission d'aigretter\nd'un peu de poésie les h u m b l e s vies d e sa W a l l o n n i e natale. Le Pain noir\nrelève du m ê m e concept filial et artistique. L ' œ u v r e pourrait porter en sous-\ntitre : « G r a n d e u r et décadence d'une famille d'aubergistes »; car, après avoir\nmangé le pain blanc d'une m o y e n n e aisance, la famille L e d u c , de par les\nvicissitudes mauvaises de la destinée, est réduite au pain noir de la misère.\nSur cette trame simpliste, sur ce morceau de médiocre vie h u m a i n e , M . H u b e r t\n Krains a bâti un livre qui peint et qui émeut, u n livre plein de force concen­\ntrée et de sobre poésie, u n livre derrière lequel on sent un brave cœur et un\n probe artiste.\n\n                                                          FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-015", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 186, "page_fin": 189, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES Pour la femme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\n P o u r l a f e m m e , études féministes, par l'abbé N A U D E T . — (Paris, Fonte­\n    moing.)\n    Cet éloquent plaidoyer en faveur des droits féminins est u n précieux\nappoint pour les bibliothèques féministes; c'est un ouvrage très documenté,\n écrit en belle langue claire et harmonieuse et conçu dans le plus pur esprit\n chrétien.\n    L'abbé Naudet définit le féminisme : une doctrine qui revendique pour la\nfemme, dans le code, certains droits méconnus par les lois et dans la société,\n une place juste et légitime refusée par les m œ u r s . Il décrit les causes de ce\n mouvement, son organisation actuelle en F r a n c e avec son centre, sa gauche\n et sa droite; il en prédit les progrès inévitables et insiste sur la nécessité poul­\n ies catholiques de s'en occuper et de le diriger. P u i s , envisageant la question\nau point de vue religieux, il établit — contrairement à ce qu'avait cru démon­\n trer naguère certain Rédemptoriste belge — que l'Église n'est nullement\nhostile à la femme. Il rappelle tout ce que la femme a fait pour l'Évangile et\n tout ce que l'Évangile a fait pour la femme et il nous d o n n e u n e peinture très\n belle du mariage chrétien.\n    L'auteur traite assez longuement la question du travail féminin qu'il juge\n normal pour la célibataire, mais déplorable pour la femme mariée et cepen­\ndant parfois inévitable. T r o p de femmes n'ont d'autre remède contre la faim\net la prostitution que le travail hors du foyer.\n    L'abbé Naudet tendrait à interdire aux femmes — non pas les métiers lucra­\ntifs ou faciles, suivant le rêve de certains antiféministes, mais — les métiers\ninsalubres ou dangereux, et il voudrait, par contre, interdire aux hommes cer­\ntaines professions notoirement féminines, comme de chiffonner des étoffes et\nd'essayer des robes. Il défend le grand principe d'équité : à travail égal,\nsalaire égal, et demande que les femmes industrielles ou commerçantes aient,\nau point de vue professionnel, les mêmes droits d'électorat et d'éligibilité que\nleurs confrères masculins.\n    Dans l'ordre civil, l'auteur réclame la protection de la jeune fille contre la\nséduction, la recherche de la paternité et l'égalité des époux devant la répres­\nsion de l'adultère. Il consacre un chapitre très étudié à la question si impor­\ntante du régime légal des biens dans le mariage. P r e s q u e tout le monde est\nd'accord pour reconnaître que le régime de la p r é t e n d u e communauté qui\nnous régit est un leurre pour la femme et une prime à l'inconduite pour le\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "                                 LIVRES ET REVUES                                         187\n\n\nmari; mais les avis diffèrent quant au régime par lequel il convient de le rem­\nplacer. L ' a b b é N a u d e t nous montre le système de l'Italie, de l'Angleterre (il\neût pu y ajouter la Russie), qui ont adopté la séparation de biens et qui ont\nreconnu à la femme sa pleine capacité civile (sauf q u e l q u e s restrictions pour\nl'Italie).\n    Le P o r t u g a l , la Norwège, le canton de Neufchâtel sont dotés d'une « com­\nmunauté universelle » plus rationnelle, plus favorable à la femme que la\nnôtre Enfin, le régime légal du nouveau Code civil allemand reconnaît deux\nsortes de biens : 1° les biens dotaux, stipulés c o m m e tels et confiés au mari,\nqui en a l'administration; 2° les biens p a r a p h e r n a u x , qui c o m p r e n n e n t tous\nles autres biens de la femme et sur lesquels elle a a u t a n t de droits que si elle\nn'était pas mariée. L'incapacité de la femme mariée est, en Allemagne, beau­\ncoup moins absolue q u ' e n F r a n c e et en Belgique et « résulte non pas de\n » l'état même du mariage, mais du régime matrimonial que les conjoints\n » auront adopté, système qui nous paraît très supérieur à celui de notre\n » Code civil ».\n    L'auteur n o u s rappelle que, d a n s l'ordre politique, la femme était, au\n moyen âge, électeur et éligible pour la c o m m u n e et la province et même pour\n les Etats G é n é r a u x . L'Eglise, loin de se montrer hostile à cette \" émancipa­\ntion \", qui indigne t a n t de gens aujourd'hui, a toujours admis et « admet les\nfemmes à l'administration et au gouvernement des c o m m u n a u t é s religieuses,\n donnant aussi aux moniales le droit de vote pour l'élection des supérieures ».\nL'Eglise a canonisé sainte H é l è n e , sainte Pulchérie, sainte Clotilde, qui\nétaient, il faut bien le dire, des femmes politiques. Elle a canonisé aussi\nsainte Catherine d'Alexandrie et sainte Thérèse, que nos antiféministes pour­\nraient appeler des « émancipées intellectuelles »...\n    L'abbé N a u d e t préconise le développement intellectuel de la femme et\ndemande q u ' a u point de vue moral son éducation soit plus saine, plus forte;\nqu'elle nous prépare des femmes capables de mieux remplir tous leurs devoirs\nreligieux, familiaux et sociaux...\n    En résumé, Pour la Femme est un livre excellent, qui plaira aux féministes\nchrétiens, parce qu'il défend admirablement leur p r o g r a m m e et qui plaira aux\ncatholiques non-féministes par son inspiration profondément chrétienne et\n par sa perception très juste des devoirs de la femme envers la famille, la\n société et la race.\n                                                               LOUISE VAN DEN PLAS.\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, B u s c h m a n n ) . — L e numéro\nde Février contient une très intéressante et très complète étude de W . Steen­\nhoff sur le plus grand peintre de la H o l l a n d e , Joseph Israëls, âgé actuellement\nde 80 ans, mais dont l'âge n'a émoussé ni le talent ni l'ardeur. C'est le peintre\npar excellence des pêcheurs hollandais. Son art est l'expression d'une âme\npoétique, qui a observé avec a m o u r la vie d'une classe infime de la société\nAu début, Joseph Israëls peignit des sujets historiques, mais la probité de sa\nnature lui découvrit bientôt q u ' u n art pareil m a n q u e d'humanité et que la\npeinture de la vie réelle l'emporte de beaucoup sur l'autre. Il entreprit alors\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": " 188                                    DURENDAL\n\n\n\n de peindre les événements de la vie tragique des pêcheurs, tels qu'ils se présen­\n tent d'eux-mêmes, en les interprétant familièrement sans les dramatiser.\n Ses tableaux nous émeuvent, parce qu'ils sont l'expression d'un cœur ému.\n Cette émotion résulte d'un regard plein de sympathie que le peintre jette sur\n une vie dans ses contingences les plus intimes, et elle ne se dégage pas seule\n ment des gestes, mais elle vibre jusque dans les objets.\n    C'est avec raison qu'on place Joseph Israëls à la tête de l'école hollandaise.\n Aucun peintre n'a mieux compris que lui cette vérité essentielle que la nature\n n'est jamais immobile et que le relief des choses ne se rend pas avec des lignes,\n mais par les oppositions résultant du contact de la lumière. N u l n'a mieux\n que lui non plus exprimé le mystère des campagnes hollandaises s'élendanl\n à perte de vue, sillonnées de chemins déserts, interrompues de loin en loin\n par u n mélancolique rideau d'arbres. L a puissance picturale d'Israëls n'est\n pas moins surprenante dans ses portraits. Il y est m ê m e déconcertant, telle­\n ment il arrive à donner directement la sensation de la vie, dont il note les\n accents à coups de crayon et de pinceau frustes et non raisonnes, tellement\n vigoureux qu'ils expriment la vibration même, le fluide de la vie. Cette étude\n est rehaussée de splendides et nombreuses reproductions des belles œuvres du\n grand artiste hollandais.\n                                                                         H . M.\n\n     L ' A r t M o d e r n e . — Nous lisons dans le numéro du 31 janvier de cette\n revue d'avant-garde, si intelligemment dirigée par notre ami Octave Maus,\n u n e note au sujet de l'art de CLAUDE DEBUSSY, trop suggestive et trop inté­\n ressante pour que nous ne la reproduisions pas en entier :\n     « L'intérêt symphonique du second concert Ysaye allait surtout aux trois\n Nocturnes de Debussy, inconnus à Bruxelles. Sensiblement, ils ont dérouté le\n public. L a critique leur fut généralement sympathique.\n     » D a n s les cercles mondains, cette musique neuve a rencontré l'opposition\n la plus passionnée. Que de cris, dédains et r e p r o c h e s !\n    » Voici, à ce propos, le récit d'une petite mystification qui s'est récemment\n perpétrée dans u n de ces salons « misonéistes ». L a grande majorité des\n assistants, et spécialement des assistantes, s'était montrée fort acharnée contre\n la « p r é t e n d u e » jeune école française et contre l'auteur de Pelléas en particu­\n lier. Q u e l q u ' u n d e m a n d a la permission de lire un projet d'article critique qui,\n croyait-il, résumerait le sentiment c o m m u n . Voici ce que l'on entendit : « I1\n est incontestable que M. Debussy suit une route qu'il s'est forgée lui-même;\nmais quel chemin rempli de ronces et d'épines! De la science! encore de la\nscience ! toujours de la science! et pas l'ombre de naturel ou de mélodie.\nE n c o r e cette science dont on fait parade est-elle un véritable chaos où les\nclartés de la méthode n'ont pu glisser u n rayon de lumière. C'est un effort\nperpétuel, auquel on ne peut s'intéresser, une recherche incessante de modu­\nlations bizarres, une aversion systématique pour les transitions naturelles, et\nun si formidable entassement de difficultés qu'il faut, bon gré, mal gré, perdre\npatience et renoncer à la lutte. »\n   » L e salon tout entier retentit d'exclamations approbatives : « C'est bien\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3610, "texte": "                                    LIVRES ET REVUES                                           189\n\n cela ! On ne peut mieux dire ! J u g e m e n t inébranlable ! L a juste révolte d u bon\n sens et d u b o n goût ! »\n    » L e lecteur savoura quelques instants la s y m p a t h i q u e satisfaction de l'as­\n semblée; puis il ajouta : « J e vous d e m a n d e pardon de vous avoir trompé.\n L'article q u e je viens de lire a p a r u vers 1799 d a n s la Gazette musicale de L e i p ­\n zig. Il s'appliquait a u x trois sonates p o u r piano et violon (op. 12) d'un génie\n alors à son aurore, et au lieu d u nom de M. D e b u s s y , il faut entendre\n M. B e e t h o v e n . »\n    » Certes, il n'entrerait dans l'esprit de personne d e p r é t e n d r e que ce que\nl'on connaît des œ u v r e s de M. D e b u s s y autorise à espérer en lui u n nouveau\nBeethoven. Mais il est v r a i m e n t i n s u p p o r t a b l e , alors q u e sa musique fait\nnaître chez des auditeurs musiciens des sensations et des émotions, de sou­\ntenir qu'elle est toute de forme et que l'idée en est absente. Discussion déjà\n vieille, et qu'il serait d é p l a c é de r e p r e n d r e d a n s ce j o u r n a l . Ces harmonies\nétranges, n o n e n t e n d u e s , toujours séduisantes, sont bien contemporaines de\n la peinture impressionniste m o d e r n e , qui méprise les spectacles banals pour\n interpréter d e s aspects rares ou fugaces. Ces Nuages : U n e étendue vaste d u\n ciel lunaire sur la terre noire. Devant l'aslre insensible glissent les nuées rous-\nsâtres. Vapeurs sans contours ni v o l u m e ; p o u r t a n t , o n croit reconnaître, en\n leurs formes fondantes, des a n i m a u x de féerie qui s'allongent et s'évanouis­\n sent dans le firmament de velours; sur terre, la nuit rêve et soupire.\n    n Ce sont d e s interprétations ; d u moins, à notre sens, faut-il les c o m p r e n d r e\n telles. L e m o u v e m e n t n° I I : Ressauts de rigaudons de folie, qui zèbrent,\n énormes bouffées de sons, la trame en zigzags d'une nuit de carnaval. Mou­\n vement, couleurs hurlantes, bousculades d'harmonies ! L e m o u v e m e n t n° I I I\n nous a paru d'une moins facile v e n u e ; ou en avons-nous mal discerné l'inten­\n tion dominante, l'unité de sensation. N é a n m o i n s , quels moyens d'expression\n extraordinaires et toujours h e u r e u x ! Quels fréquents ravissements d a n s ces\n combinaisons s u r p r e n a n t e s de timbres, ces contrepoints qui o n d u l e n t au\n rebours de toutes règles et continuent à flatter l'ouïe dont les surprises restent\n toujours charmées ! »\n\nThe Burlington Magazine. — Numéro de février.                            (Bruxelles,\n   Spineux.)\n   Ce n u m é r o est un peu moins intéressant que les précédents. N é a n m o i n s ,\nles collectionneurs y trouveront des études et des documents graphiques\ndignes d'attention sur les Tapis d'Orient, les Verres anglais (M. C . - H . W Y L D E ) ,\nles Armes (M. W . - A . BAILLIE-GROHMAN), les Dentelles (MRS H E A D ) .\n  Ceux q u e requiert plus spécialement la peinture y liront la suite des\nnotes de M . H . COOK sur Butinone et Zenale, les peintres milanais primitifs,\nune étude de L a d y ANTROBUS sur un b e a u Portrait de Romney, enfin un article\nsur des m i n i a t u r e s de Drouais, p a r M. FITZHENRY.\n  M. CLAUDE P H I L L I P S décrit u n Bronze italien de la collection Wallace.\n  Et, comme toujours, des illustrations très soignées et nombreuses, diverses\ncorrespondances sur les événements d'art et de curiosité, des indications\nbibliographiques, etc.                                                       J. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-016", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 192, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Théâtre du Parc", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 225, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "NOTULES\n\n    T h é â t r e d u P a r c . Représentation de : Les affaires sont les affaires,\nd'OcTAVE MIRBEAU. — L e talent de M. Octave Mirbeau n'est pas précisé­\nment fait de mesure. Il est un excessif, presque un e m p o r t é ; son observation\nréaliste a quelque chose d'âpre, sa conception d'un type le pousse à accu­\nmuler dans celui-ci tous les traits que la vie met en relief, épars de çà et là\njoints à ceux que son imagination lui suggère pour atteindre à une synthèse\ncurieuse et puissante certes, mais qui apparaît irréelle tant elle est synthétique.\n    E n écrivant ces mots je songe au héros de sa comédie, à Isidore Lechat,\nl'homme d'affaires. Il est incontestable que l'auteur a créé en lui un type sin­\ngulièrement vivant, d'une physionomie vigoureuse, construit en pleine\nlumière réaliste, abondant en traits d'une exacte observation et néanmoins,\nà cause de cette faculté grossissante, de cette inclination à faire fort, donnant\nau total comme une sensation éloignée de caricature, ou mieux, paraissant, si\nje puis dire, un peu romanesque à force de réalisme. Ce p e n c h a n t de l'auteur\nl'a conduit même à quelque invraisemblance : nous e n t e n d o n s au 3 e acte\nL e c h a t prononcer un véritable discours, admirable, d'ailleurs, de verve\nautant que curieux par les idées, sur le besoin qu'a l'Église de posséder dans\nses rangs des hommes, des financiers de sa t r e m p e . . . Or, L e c h a t nous a été\ndépeint plutôt comme u n inculte, comme l'opposé d'un penseur ou comme un\npenseur qui n'a d'autres pensées que des combinaisons d'argent et ce n'est\npas sans étonnement qu'on l'entend tout à coup soutenir avec éclat une thèse\nbrillante sur un sujet sociologico-religieux des plus a r d u s ! Mais la pièce de\nMirbeau est avant tout une comédie de caractère : Isidore Lechat, le finan­\ncier, parvenu moderne, sans scrupules, grossier, vaniteux et dur, hardi, plus\nmalin qu'intelligent, pas tout à fait une fripouille sans être d'aucune façon un\nhonnête h o m m e , grotesque et redoutable; en face de lui, sa fille honnête et\nrévoltée. E t voici encore un excès de la pièce... L a fille de L e c h a t suffoque\ndans ce milieu opulent et louche ; la droiture de son â m e n o u s fait com­\np r e n d r e sa révolte. Mais nous comprenons moins la forme protestataire\nqu'elle donne à sa révolte en prenant, jeune fille, u n a m a n t . De même, s'il\nparaissait naturel qu'elle ne put avoir pour son père assez d'aveuglement\npour l'adorer sans réserves, pour l'aimer même tout simplement, nous la\ntrouvons moins acceptable quand on nous la m o n t r e toute soulevée de\ndégoût, la bouche injurieuse et haineuse ; il y avait là un pas que l'auteur eut\nbien fait, sans doute, de ne point sauter si délibérément. D u choc de ces deux\nâmes s'élève la partie dramatique de la comédie, qui se termine au 3 e acte par\nle départ de la jeune fille après une scène violente d'une grande allure\nd'ailleurs. Voilà dans ses deux aspects principaux cette pièce où, malgré\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "                                        NOTULES                                       191\n\n\nquelques défauts et invraisemblances, u n je ne sais quoi d'outré et de tenden-\nciel, et u n mélange singulier de réalisme et d'imagination débridée parfois,\nbeaucoup de talent, u n art c o n s o m m é de la scène, u n e intelligence d r a m a ­\ntique remarquable servie par la science d u dialogue et u n e verve mordante se\ndonnent fougueusement carrière. L a comédie de Mirbeau rappelle par ses mots\nles melllieurs coups de fouet de F o r a i n , par sa conception du type au théâtre,\nla manière grotesque et puissante, transposée sur u n mode plus sérieux,\nde Courteline, du Courteline de B o u b o u r o c h e par exemple. M. de F e r a n d y\na joué le rôle difficile de L e c h a t avec u n e vie, une r o n d e u r et u n e perspi­\ncacité qui n'ont pas médiocrement contribué au succès de l'œuvre. Celui-ci\na été grand et, somme, toute mérité.                                              G. B .\n\n    M l l e M a r i e - A n n e T i b b a u t , p a r l'exposition qu'elle a faite de ses\nœuvres a u Cercle Artistique de Gand, a prouvé que son talent, p o u r se disperser\nsur des sujets très différents, n'a rien perdu de sa pénétrante originalité.\n   Ce qui caractérise l'art de M l l e T i b b a u t et le différencie d'un art d'amateur,\nc'est u n rare mélange de haute probité esthétique qui ne veut rien présenter\nde hâtif et d'inachevé et d'intense personnalité, m a r q u a n t les œuvres d'une\nempreinte qui est bien à elle — et à elle seule.\n   Que de peintres ont été tentés par les Béguinages et leurs calmes am­\nbiances!... M lle T i b b a u t , à son tour, a p r o m e n é sa vision dans le Béguinage\nde Bruges et aussi d a n s le Béguinage de Courtrai, m o i n s connu celui-ci, et\npourtant si caractéristique de ce que j'appellerai la joie mystique de ses habi­\ntantes... C'est cet aspect particulier du Béguinage de Courtrai, aspect plutôt\nen blancheur qu'en grisaille, que l'artiste a rendu, d a n s deux toiles, avec un\nrare bonheur de coloris... P a r là, on peut dire qu'elle a essayé et réussi à\nrenouveler en de discrètes teintes plus souriantes, u n genre qui risqua\nd'échouer dans le poncif mélancolique. Q u e l'art de M lle Marie-Anne T i b b a u t\névite cet écueil du r o m a n t i s m e dolent, ses « paysages » en sont la preuve, car\nelle tend à la nature u n si clair miroir... Soit qu'elle ait étalé son chevalet\ndans le pittoresque pays de Chaudfontaine, soit qu'elle l'ait transporté en\nFlandre, le « plein air » dont l'artiste a le culte enthousiaste et scrupuleux\nl'a récompensée en la dotant d'une vision à la fois nette et vibrante et d'une\nfaculté de r e n d u qui va vers la maîtrise.\n   C'est avec les mêmes regards soucieux de clarté que Mlle T i b b a u t a vu la\nmer et les dunes, et ceux qui connaissent L a P a n n e aimeront telles de ses\npages comme d'adéquats reflets de la lumineuse sauvagerie de ce coin de\nplage non encore violé par le désastreux transformisme balnéaire.\n   Ce qui distingue M lle T i b b a u t de tant de femmes peintres, dont la tendance\nest de se confiner dans un genre, c'est qu'elle varie toujours ses sujets et que\nchacune de ses expositions n o u s révèle, de la part de l'artiste, une tentative\nnouvelle : à cet égard il faut admirer « Les premières c o m m u n i a n t e s à Saint-\nMichel , une toile qui, en m ê m e temps qu'une technique des plus sûres,\ndémontre chez son auteur u n e puissance de groupement et une harmonie de\ncolons qu'on n e lui soupçonnait p a s .\n   Des artistes c o m m e M lle T i b b a u t , arrivées, par leur seul et propre effort, à\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "192                                DURENDAL\n\n\nla personnalité artistique, méritent qu'on les considère autrement que comme\nde « gracieux amateurs » ; les fades compliments et les galanteries sucrées ne\nsont pas un salaire suffisant de leur vaillance et de leur talent : elles méritent—\nen dépit du préjugé féministe — qu'on les salue, à l'égal de leurs émules mascu­\nlins, comme de précieuses réserves de notre art national et des collaboratrices\nde son progrès.\n\n   L a M é d a i l l e c o m m é m o r a t i v e de la première exécution inté­\ngrale en français de l'Anneau du Nibelung, au théâtre de la Monnaie, sera pro­\nchainement frappée. L'œuvre du sculpteur Pierre Braecke est d'une belle\nenvolée et rappellera dignement le souvenir de ces mémorables soirées de la\nTétralogie. La médaille grand module sera offerte à tous ceux : directeurs,\nartistes et musiciens, qui collaborèrent à la réalisation de cette solennité\nartistique, ainsi qu'aux souscripteurs. La liste de souscription sera clôturée\nfin mars. Les personnes désireuses de souscrire peuvent s'adresser soit chez\nM. Bosquet, trésorier, 212, rue de la Poste, soit chez les marchands\nde musique. Il sera frappé pour les souscripteurs d'une somme de 100 francs\ndes médailles numérotées de 1 à 20, fleur de coin en argent. Les souscripteurs\nde 60 francs recevront un exemplaire non numéroté en argent. Tout sous­\ncripteur de 10 francs aura droit à un exemplaire de l'œuvre en bronze.\n\n   L'Union des Amis de l'Art belge a procédé, au siège social de\nla société, rue de Comines, 34, à Bruxelles, au tirage réglementaire des\nnoms d'artistes dont des œuvres seront réparties à la fin du second exercice\nqui sera clôturé au commencement du mois d'avril. Sont sortis de l'urne les\nnoms des peintres Vandermeulen, Em. Van den Bussche, Jules Potvin,\nVan Hove (Gand), du dessinateur André Vanderstraeten et du sculpteur\nA. Matton. M. F . Patte a été désigné comme artiste suppléant. La distri­\nbution de la superbe prime Le Chenal d'Ostende d'Orner Coppens se poursuit\nà la grande satisfaction de tous les membres qui ont déjà reçu cette admi­\nrable eau-forte.\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n : W. RITTER : Leurs lys et leurs roses (Paris,\n Mercure de France). — W. RITTER : Fillette Slovaque (ibid.). — PÉLADAN :\n Supplique à S. S. Pie X sur le divorce (ibid.). — I.-A. NAU : Force ennemie\n (Paris, Ed. de La Plume). — B. WALISZEWSKI : Ivan le Terrible (Paris,\n Plon). — A. NOËL : Le bonheur des autres (ibid.). — G. FONSEGRIVE :\n Mariage et union libre (ibid.). — A. PRAVIEL : La tragédie du soir (Paris,\n Lemerre). — M. DES OMBIAUX : Mihien d'Avène (Paris, Juven). — I.DES\n GACHONS : La maison des dames Renoir (Paris, Fontemoingy. — MARIE\n P H I L I P P E : Poésies pittoresques (Bruxelles, Lacomblez).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CAISSE GÉNÉRALE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 228, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3679, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DEPOTS\n                    ta, Mardié-au-Boi» - BRUZ3BXXE9\n                              1111\n                                     >   u^' u   L» i n   |   i   ^ M ^ — - i   ^   I   ,   '   '   j   ^ — - .\n\n\n    Dépots de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à, v u e t 1 1/8 p . o, sans commission\n       Dépots en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 0 0 2 x S . 9 7 p. e.\n                        Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                                  ORDRES D E BOURSE\n               Service spécial d e l e t t r e s de Crédit e t Chèques s u r tous p a y s\n              Prêts sur Titres. — Garde de Titres, — Location de Cottes-Forts\n\n\n\nFABRIQUE DJE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille l'Or i l'Exposition Internationale ne Bruxelles 1897\n\n                     BERVOET^WIELEMANS\n                                           FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi ^                                                              BRUXELLES\nUsine à vapeui», Lavoir de laines : « U E ©ES GOUJONS, 120\n\n                                         Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                                  FABRIQUE E T ATELIERS :\n                              37,                E n * de l a Charité - BRUXELLES\n                                                                     TÉLÉraONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                              Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                              la gravure*, l'architecture et le dessin.\n                              RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE D E TABLEAUX\n                                     Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles au Expositions l'Amsterdam, Paris, LIverpool, Le laire, Bruxelles, CUlcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                                                    & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, dAutriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe\n  de Suéde e t d Italie, du Sultan, de 1» reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc^ etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steiaway R. Wagner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaite, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liszt). » « \\ os\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni         c La plénitude, la puis-\nsance, 1 leale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n<J. Paderewski .      Il y a 10 ou i5 ans, je notais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vou»\nfait des progrès Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, e prod     idéal du siècle Eug. d Albert. » « Ile sont tellement au-dessus de toute critique, qu un\néloge même parai trait ridicule Sofia Menter) »\n  Age ce générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MISC1I, 221, rue Rojale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENNENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 229, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "VIENNENT DE PARAITRE :\nLA L É G E N D E D E SAINT FRANÇOIS D'ASSISE f É C R I T E PAR TROIS DE SES\nCOMPAGNONS. — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nRR. P P . MARCELLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMENICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — Un vol. in-12                                    fr. 3 5 0\n       (LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.)\nI F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S DE LA VIE DU P E T I T PAUVRE DE JÉSUS-\nCHRIST SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— Un vol. in-8°                                                                         fr. 3 0 0\nI F I O R E T T I f A P P E N D I C E S : CONSIDÉRATIONS SUR LES STIGMATES f VIE DE\nF R È R E J U N I P È R E f VIE ET DOCTRINE DE F R È R E EGIDE. — Traduction littérale\navec notes. — Un vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'api es les fiesques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Chai les Bulens, éditeur)                                   fr. 2 5 0\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8\", illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                      fr. 1 2 5\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8», illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur                            fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock . — U n vol. in-12                            fr. 3 50\nCHERCHONS L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-i?         » 3 50\nL E S GENS DE TIEST,par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant). — Un vol.in-12 » 3 5 0\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeui,                                                                fr. 5 0 0\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 50\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S DE S I E N N E , par JULES DESTREE. — Edition         de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par Mme Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photogiaphiques. Tiiage limite à cent exemplaires Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                                                fr. 15 0 0\nL E S JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                        fr. 3 5 0\n     On peut se procurer ces ouvrages en s'adressant à notrt éditeur CH. BULENS, 7 5 , rue Terre-\n    Neuve, & Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison03-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOLIDITÉ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 231, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 845, "texte": "SOLIDITÉ                            ÉLÉGANCE                        ECONOMIE\n\n                   CHAISES SUEDOISES BREVETÉES\n                  N'achetez que les véritables chaises et tables\n               suédoises brevetées, polies, en noyer, en citronnier,\n               en acajou et en vert. Elles sont les plus solides, les\n               plus durables et les moins chères. SUPERBE CHOIX.\n                                  8'ADRE88EE     AU\n\nCOMPTOIR CENTRAL D'IMPORTATION DES PRODUITS DU NORD\n        Avenue Fonsny, 3 8 , BRUXELLES\nDIPLOME D'HONNEUR ET MÉDAILLES D'OR AUX EXPOSITIONS INTERNATIONALES\n\n\n\nmm? Pour la publicité dans cette Revue, s'adresser\n                              à la DIRECTION\n    2 2 , Rue du Grand-Cerf, 2 2 - BRUXELLES\n\n\n\n\n Imprimerie Scientifique Char-\n les B U L E N S , Editeur, rue\n Terre-Neuve, 75, Bruxelle*\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 158, "texte": "M a r s 1904.                        n » \" Année.                                N« 3.\n\n\n                                                                            <a\n\n\n          REVUE CATHOLIQUE' •ART\n                LITTERATU\n\n\n\n«B\n                                       >••:\n                                              • •\n\n                                                                 •%\n\n\n\n\n                             •   •\n                •   •\n\n\n                                                    • • •\n                                                                      • .. • •\n\n\n                                                            AU\n\n   B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                             Domaine de la Société \" Lfl WESTENDfllSE \"\n\n                                   Lfl PLAGE DE WE5TEPE\n                             est située aux bords de la mer du Nord,\n                       entre Ostende et Nieuport; elle est de sable Un.\n                       Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                       attirer l'attention des familles désireuses de Jouir\n                       d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                       le confort a la simplicité dans des conditions très\n                       avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                       le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                       saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                       tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                       munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                       aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                       tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas et Terrains    Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-      Villas et Cottages\n                       phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A TENDRE         d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n    par annuités       digue, des avenues, des villas et des oottages.\n                                          •   ^é   w i\n\n\n                                HALLES WESTENDAISES\n                   Ce vaste magasin d'approvisionnements desserties\n                 villas et cottages Toutes les marchandises: épiceries,\n                 conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                 bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                 dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                 jours de premier choix.\n                                                      Le Wsstand' HAtoi est ouvert du ao mat\n                                                      au s8 septembre         Pension de 6 à 18 fr.\n                                                      par jour. Aux commencements et fins de\n                                                      saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                        tageux pour 1rs familles faisant un séjour\n                                                      prolonge à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                       ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n     DIGUE DE MER                                        rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                            Ameublement moderne esthétique et\nTéléphona n* 1 0                                                  confortable. Balcons et Ter-\n                                                                    rasses. Salle de musique\n   BiSKAU                                                              Salle de billard. Salle de\n                                                                         récréations p' enfanta.\n                                                                             Salons do lecture, do\nfllDKLKERKE\n                                                                                   corrnspondan-\n                                                                       l\n                                                                     li M\\'&    I ce Cuisine soi\n\n                                                                     B U t ^ T i i C T I commandées.\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avee saloa.\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n\n\n                                   SA. B R U X E L L E S , 5 3 ° , r u e C a p o u i l l e t ;\n                                    A W E S T E N D E , a l'Administration de la\n                                         Plage ou au Westend'HôteL\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                          DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                 1904 — i l » A n n é e\n\n\n                   Sommaire du n° 3 (Mars)\nFIRMIN VAN DEN B O S C H . — M a x Waller                                        129\nVICTOR K I N O N . — Six poèmes d'automne                                        i35\nJOSEPH RYELANDT.       — Le$ dernières             sonates pour piano de\n  Beethoven                                                                     144\nFRANZ A N S E L . — Les poèmes                                                  154\nARNOLD G O F F I N . — Le temple                                                i5g\nP. L. — Les expositions de février : Le Salon de la Libre\n          Esthétique. — Les expositions éphémères. — Les\n          œuvres d'art destinées à l'hôtel de ville de St-Gilles                162\n\n     Chronique musicale :\nGEORGES DE GOLESCO : Le troisième   concert du Conservatoire.\n  — LÉOPOLD WALLNBR : Le troisième concert Ysaye. — G. DE\n  G. : M'\"* Matja von Niessen-Stone au Cercle Artistique. —\n  P. L. : Les élèves de M. Demest. — D . L. : Audition chez\n  M\"* P. De Smet. — L'A Capella gantois. — M1\" Delhez à\n  Paris. — Audition de musique religieuse à Anvers . . . .                      166\n\n     Les Conférences :\nARNOLD GOFFIN : Les primitifs français (Paul Vitry). — E . E . :\n  Les variations musicales (Léopold Wallner). — P. L . : La\n  peinture française an XVIII' siècle (Virgile Josz). — La\n  poésie française (Catulle Mendès). — G. DE G. : Charles de\n  Sprimont (Paul Mussche)                                                       177\n\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. — La gazette               des faits et des livres.   .   180\nLivres et Revues                                                                186\nNotules                                                                         190\nIllustrations : P o r t r a i t de MAX WALLER.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "      REVUE\n                             DURENDAL\n                        CATHOLIQUE                         D'ART           ET DE                       LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 francs (port c o m p r i s )\n        (pour Façonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles\n                                          P R I X D ' U N NUMÉRO          : FR.     1.50\n\n\n\n\n                   Comité de rédaction de D u REND AL :\n                                  MM.         H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                              L'abbé H E N R Y                MŒLLER.\n                                              F I R M I N VANDEN                BOSCH.\n\n                         Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                                      Correspondant de la rédaction Ji Paris ;\n                      M.      HENRI          MAZEL,           avenue Niel, 32, Paris.\n\n                 PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.                                                                ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                                            JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                                             L'abbe H . HOORNAERT.\n      H E N R Y BORDEAUX.                                                        J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE B R A U N .                                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS B I AUN.                                                            E D M O N D JOLY.\n      GEORGES BKIGODE.                                                           VICTOR K I N O N .\n      MARIE CLOSSET.                                                             GODEFROID K U R T H\n      L'abbe A U G . CUPPENS.                                                    IW D E I A L A U R E N C I E .\n      L'< b b é P A U L C U Y L I T S .                                          G t RGES L E C A K D O N N E L .\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                                    S u . C H . LECONTB,\n      L e baion JOSÉ D E COPPIN.                                                 GEORGES MARLOW.\n      G E O R G E S D E G O I ESCO.                                              CHARLES MARTENS.\n      GEORGES        DELAUNOY.                                                   PAUL MUSSCHE.\n      L a comtesse E D DE LIEDEKFRKE.                                            E D O I ARD N E D .\n      L e baron G. DELLA F A I L L E .                                           M A L RICE O I IVAINT.\n      E U G È N E DEMOLDER.                                                      LRNEST PFRIER.\n      OLIVIER GEORGES D E S T R É E .                                            GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DLSTREL.                                                             GEOR ES K E N \\ .\n      Vicomte D'HENNEZEL                                                         BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                                            JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                                          FERNAND SEVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                                               L'abbe ARMAND THIFRY.\n      EMILE FERMAUD.                                                             HENRY VAES.\n      LAURENT FIERENS.                                                           R O B E R T VAN D E R E L S T .\n      H . FIERENS GEVAERT.                                                       CHARI E S V A N LERBERGHE.\n      CAMILLE GASPAR.                                                            EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GILKIN.                                                                L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                                  LÉOPOLD WALLNER.etc, etc.\n\n                   L e s c o l l a b o i a t e u r s sont s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\nIl sera rendu compte dans DURENDAL                  de t ut ouvrage dont un exemp aire sera enroye à Ut R dactum\n\n      Les manu crits et correspondances concernant la Rédaction, l'Adn in trati n et les demandes\nd'abonnement d îvent être adresses au siège de la Revue, 22, rue du Grand-Cerf, à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": ""}, {"page_pdf": 163, "texte": "MAX WALLER\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                         Max Waller\n                                                    Quelques souvenirs...\nAu docteur Warlomont.\n\n\n               'IMAGE      de Max W a l l e r est associée au souvenir\n                    des heures les plus claires et les plus ardentes\n                   de ma jeunesse...\n                       Notre première rencontre s'encadre — en ma\n                   mémoire — entre les hauts murs blancs, aux\n                   fenêtres symétriques, de la cour du Collège de\n                    la Paix de N a m u r ; W a l l e r venait de fonder la\n                   Jeune Belgique; malgré une attentive surveil­\nlance, quelques « brûlots » étaient venus j u s q u ' à nous, allumant\ndans nos jeunes cervelles une délicieuse fièvre; dès qu'il nous\napparut, nos confuses révoltes et nos vagues aspirations s'incar­\nnèrent en cet aîné qui était à la fois toute séduction et toute\nvaillance, sorte de jeune dieu r o m a n t i q u e dont le masque de\ncandeur t e n d r e était démenti par des gestes d'une tranchante\net impérative d o u c e u r . . . J'ai devant moi le portrait de Max\nWaller — tel qu'il était alors — et à le revoir en l'impeccable\net pittoresque d a n d y s m e de son attitude, de son costume et de\nson allure, je comprends qu'il nous ait fait rêver à la « préface\nde Cromwell », à la « bataille d ' H e r n a n i » et au « gilet rouge\nde T h é o Gautier »... Mon Dieu, certes, nous ne savions guère\nvers quel but précis il marchait et quelles idées il semait de ses\nmains frémissantes, si fines et si énergiques, mais rien que de\npressentir en lui l'initiateur qui apporterait quelque chose de\nneuf et d'autre en nos intelligences comprimées d'archaïsmes,\nnous le faisait aimer et admirer un peu comme un Messie\nintellectuel.\n   Souvent W a l l e r ainsi nous arrivait à l'improviste, en coup de\nvent... Tel après-midi d'été, le long du ruban argenté de la\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "130                          DURENDAL\n\n\n Meuse, nous le conduisîmes, Léon X...et moi (Léon X..., aujour­\nd'hui attaché d'ambassade, essaye, quelque part au loin, de dé­\nbrouiller les écheveaux de la question d'Orient), à une guinguette\nà La Plante... Là, autour d'un brock de stout, le jeune chef de la\nJeune Belgique nous expliquait son œuvre... Que ces heures mè\nsont restées dans la mémoire, et jusqu'aux intonations de voix,\ntantôt nuancées comme une musique, tantôt cassantes comme\nun coup d'épée, avec lesquelles Waller chantait ses espoirs ou\nclamait ses haines... Toute son œuvre, pour lui, était dans le\ntitre : la Jeune Belgique — œuvre de jeunesse, renouveau d'art\ntendant à se rattacher aux merveilleuses floraisons anciennes, par\ndelà les « cinquante années de paix et de prospérité » — oh !\nle mépris gamin avec lequel il lançait ce mot ! — et aussi œuvre\npatriale aspirant à restituer à la Belgique une personnalité\nesthétique... Il eut alors un joli couplet — que du reste je lui\nentendis redire souvent depuis — sur cette idée que s'il est\nbeaucoup de moyens de rendre un pays prospère, l'art seul le\nfait durable... Puis, nous parlant de ses compagnons de lutte,\nil nous révéla les Moines de Verhaeren par quelques granitiques\nstrophes, détailla de doux vers mièvres de Rodenbach, et donna\nl'essor aux somptueux alexandrins de Hors du Siècle, d'Albert\nGiraud... La façon enthousiaste et fraternelle dont Waller\njugeait déjà alors ceux qui formaient avec lui le « petit bataillon\nsacré » atteste qu'il ne connut ni ne pratiqua jamais les déplo­\nrables mœurs de requins qui ont trop cours, hélas ! parmi les\nLettrés... Conscient de la maîtrise future de ses frères d'armes,\nil ne revendiquait pour lui que l'orgueil d'avoir rallié leurs éner­\ngies et leurs talents autour d'une devise, qui, disait-il spirituelle­\nment, valait bien un drapeau... Cette ambition suffisait à Waller :\navoir été le clairon d'avant-garde, dont le nom un jour serait\ninscrit dans un coin des bulletins de victoire.\n   Ce soir-là, comme nous rentrions en ville, par la Grand'-\n Place, encombrée de baraques foraines, Léon X... nous entraîna\nchez une somnambule — antique sorcière ridée à la Goya —\nmanipulant de graisseuses cartes derrière un comptoir de velours\ngrenat râpé... Waller tendit sa main à la mégère qui, après\n quelques préalables fantasmagories, vaticana qu'il « vivrait\ntrès vieux ». Celui qu'on a si bien surnommé « Son Imperti­\n nence le page Siebel » regarda la prophétesse dans les yeux et,\n avec une fausse galanterie, soulignant ses mots d'un geste en\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                               MAX. W A L L E R                          131\n\n\nchiquenaude, il répondit : « Vivre très vieux? A vous voir,\nMadame, pour ce que cela me promet, merci! »... E t , pirouet­\ntant sur ses talons, il sortit parmi les grognements de la sybille\nfroissée...\n\n   Plus t a r d , je revis parfois W a l l e r à L o u v a i n . J'ai gardé le\nsouvenir surtout d'un dîner — auquel assistait aussi, je crois,\nEugène Gilbert — et où le chef de la Jeune Belgique se trouva\nface à face avec un des plus redoutables et plus résolus adver­\nsaires de ses idées : L é o n de Monge. Bien qu'il le griffât par­\nfois dans le Memento de sa revue, W a l l e r estimait hautement\nde Monge, qui était son ancien maître : « C'est le seul profes­\nseur de littérature, disait-il, qui connaisse son métier propre­\nment et se t r o m p e de bonne foi. » Ce soir-là, d e Monge avait\npiqué W a l l e r au vif en déclarant que le mouvement de la Jeune\nBelgique n'était q u ' u n « mauvais pastiche français »; c'était là\nviser au cœur même de l'œuvre, dont l'initiateur s'entraîna alors\nen une fougueuse riposte. L a belle joute, et si a m u s a n t e de con­\ntrastes : autour de de Monge froid, un peu hautain, très maître\nde lui, Waller, souple et nerveux bretteur, tournait de toutes\nparts, cherchant les défauts de la cuirasse où enfoncer les\npointes de son ironie... Après s'être défendu, il attaqua, bous­\ncula un peu H u g o — qu'il appela un génie tout en cerveau— glo­\nrifia par défi Musset, que de Monge avait qualifié de « mauvais\nsujet », et fonça droit sur les a d m i r a t i o n s primordiales de son\ninterlocuteur, qui furent les Maîtres du XVIIe siècle; le vieux\nprofesseur écouta sans sourciller ces iconoclasmes verbaux et,\nquand W a l l e r se tut, de Monge, avec une politesse un peu rail­\nleuse, lui fit cette seule réplique :\n\n               J'ai mon Dieu que je sers ; vous adorez le vôtre.\n                    Ce sont deux puissants dieux.\n\n   Puis il ajouta : « Vous m'excusez, n'est-ce pas, Monsieur,\nd'oser encore citer Racine? »\n   E t Waller fut désarmé — un mot d'esprit seul pouvant désar­\nmer ce spirituel garçon.\n   Le soir, à la Table ronde, Waller nous dit :\n   « De Monge? Un magnifique anachronisme. Il eut été à sa\nplace et eut fait bonne figure sous L o u i s X I V . . . Malheureuse­\nment, il est né trop vieux dans un siècle trop jeune. »\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "132                         DURENDAL\n\n\n\n   Août 1886. Je venais de publier, dans le Magasin littéraire,\nquelques menus essais de critique. Waller, que je rencontrais au\nbord de la mer, m'interpella de haut : « Pourquoi ne pas avoir\nenvoyé à la Jeune ces articles pas trop mal torchés, au lieu de les\nlivrer comme papier à sachet à ce comptoir d'épicerie qu'est le\nMagasin littéraire? » — « T r o p d'honneur! » lui répondis-je. Et\nje lui expliquais, j'essayais de lui expliquer, parmi ses hausse­\nments impatients d'épaules, que si, lettré, je communiai d'en­\nthousiasme avec les neuves et libres idées artistiques qu'il pro­\nmouvait, je ne pouvais admettre, catholique, l'humiliante subor­\ndination dans laquelle la théorie de l'art pour l'art reléguait la\nReligion et la Morale... Waller ne me laissa pas achever : «. Avec\nces notions-là, s'écria-t-il, on peut être un intelligent sacristain,\nnon un artiste... » Et se fâchant presque : « Mais, sacrebleu,\ns'écria-t-il, soyez, dans votre vie privée, catholique, mahométan,\nprotestant, si vous voulez, mais à l'heure de l'inspiration, assis\ndevant votre table de travail, soyez artiste, rien qu'artiste,\nartiste sans adjectif! » Puis, radouci, il ajouta avec une moro­\nsité comique : « Misère de nous après M. Picard et son art qui\nprêche, voilà qu'on nous annonce l'art qui sauve! »\n   A ce moment, Max Waller ne se doutait point que cet « art\nqui sauve », si gentiment blagué par lui, et devenu depuis le\n« modernisme catholique », allait se développer en un mouve­\nment esthétique puissant et fécond qui s'affirmant dans des\nrevues vivantes et combatives, réalisé dans de beaux livres,\nunirait l'éternité de l'idée à la jeunesse des formes !\n   Je ne me fais pas illusion ; s'il avait vécu assez longtemps\n pour assister à l'éclosion du « modernisme catholique », Max\nWaller l'eût tout d'abord combattu avec une spirituelle féro­\n cité, et comme M. Iwan Gilkin, dans un manifeste qui fit\n quelque tapage, il nous eût accusés de « relever de tristes\n drapeaux»... Mais je ne sais si les désenchantements qui ombrè­\n rent de mélancolie la fin de l'existence du fondateur de la\n Jeune Belgique ne l'eussent point amené, vis-à-vis des lettrés\n chrétiens, à un sentiment plus indulgent et plus juste.\n    Je touche ici à un point délicat : les convictions religieuses\n de Waller. Sans vouloir accaparer cette chère mémoire au\n profit des idées pour lesquelles mes amis et moi avons si pas­\n sionnément lutté, il me sera permis de déclarer que jamais\n Max Waller ne fut un incrédule. Il se découvre, dans son\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                        MAX   WALLER                            133\n\n\nœuvre, des hardiesses vis-à-vis de la Morale; on y chercherait\nvainement, je ne dis pas un blasphème, mais même une irré­\nvérence contre la Religion. La volupté et l'orgueil de vivre,\nl'ivresse de tous les succès purent troubler chez Waller la foi\nde son enfance. Mais quand sonna l'heure de l'épreuve — la\nmort de son frère Charles, des trahisons d'amour noblement\nréparées du reste, et enfin une maladie sournoise, tatilonne et\nimpitoyable — Max Waller, au contact de la désillusion et de\nla douleur, se ressaisit avec cette spontanéité sincère qui fut\nune des caractéristiques de son tempérament — et du cottage\nanglais où commença sa lente agonie, il écrivit — quelques\nmois déjà avant sa fin — que rien ne survivait plus en lui que\n« le fils de sa petite maman ».\n   A cette mère d'élite, au chrétien vaillant qu'est le frère de\nMax Waller, je dois d'ajouter que la mort de cet amant impé­\ntueux de la vie, fut d'une simple et émouvante résignation; en\nprésence du prêtre qui l'assista en ses derniers moments, de\ncette même voix tranchante qui tant clama une fière confiance\ndans la destinée, Max offrit à Dieu le sacrifice de sa jeunesse et\nde son art — et il s'endormit très doucement.\n   Je le revis — le lendemain — sur sa couche suprême, dans\nune chambre claire, parmi du soleil et des fleurs, portant sur\nson masque amaigri, le souvenir des énergies vaillantes dont\nfut armé sa vie et le reflet des immortels espoirs qui auréo­\nlèrent sa mort.\n    Depuis lors, quinze années ont passé, pendant lesquelles le\nsouvenir de Max Waller a sommeillé dans de la méconnais­\nsance. Il appartenait à des « jeunes » de soulever ce linceul\nd'oubli et d'injustice. Nos confrères du Thyrse ont assumé cette\ntâche filiale et, pour la mener à bien, ils ont placé à leur tête le\nnoble poète Albert Giraud, le frère d'armes de Max Waller,\nl'artiste qu'il prisa le plus et l'homme qu'il aima le mieux.\nGrâce à eux, le souvenir du fondateur de la Jeune Belgique sera\ncommémoré bientôt par le marbre, sur une des places publiques\nde ce Bruxelles où Waller mena ses hardies et impertinentes\ncroisades d'art. Et la génération d'hier se rappellera et la géné­\n ration de demain apprendra que vers 1880 apparut au centre\nde la Belgique Béotienne, un adolescent, presque un enfant\nencore, qui, mettant sa témérité juvénile au service de l'art,\n culbuta les routines, vainquit les indifférences, groupa les ini-\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "134                               DURENDAL\n\n\ntiatives et qui, artisan de beauté et d'enthousiasme, fit don à\nson pays d'une littérature originale.\n                                              FIRMIN VAN DEN BOSCH\n   Mars 1904.\n\n\n   P.-S.  — Cet article était terminé, quand nous avons reçu\ncommunication d'un document inédit qui, dans sa touchante et\nfiliale simplicité, confirme péremptoirement les appréciations\nque nous avons émises sur les sentiments religieux de Max\nWaller :\n\nPrière composée par Max Waller (mars 1888) pour sa\n  mère désolée, à l'occasion de la mort de son frère\n  Charles, décédé au Congo (2 février 1888).\n\n\n     Mon Dieu! là-bas, loin de nous, mais près de Vous, il est tombé, celui\nqui était Votre fils et le nôtre! A sa dernière heure, il a levé les yeux vers le\n Ciel, et sa pensée suprême a précédé son âme dans l'envolement de\n l'Eternité.\n    Vous qui, connaissiez son cœur, mon Seigneur bien-aimé, Vous qui savez\nqu'il était bon, aimant et doux, Vous savez qu'il a expié ses fautes dans les\ndures privations de l'exil, qu'il a souffert, qu'il a pleuré, que sa voix s'est\nélevée douloureusement dans le silence de l'agonie.\n     Prenez-le près de vous, Seigneur, caressez son front, dites à vos anges\n d'éventer son sommeil de leurs ailes blanches, afin qu'un jour, si vous\ndaignez me recevoir dans votre divine Lumière, j'y retrouve l'enfant que\nj'ai perdu, mais que votre divine Bonté me rendra!\n                                   Ainsi soit-il.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "     Six Poèmes d'Automne\n                            I\n\n               Matin de Septembre\nMaintenant qu'un matin d'automne calme et clair\nSe soulève au-dessus des brumes violettes\nE t qu'une fade odeur d'herbe et de poires blettes\nTraîne languissamment dans la tiédeur de l'air ;\n\nMaintenant que, parmi les treillages. Septembre\nOffre aux frelons fiévreux ses grappes d'encre et d'ambre\nE t que, sous la rosée et le soleil, les fleurs\nOnt un air de sourire en essuyant leurs pleurs ;\n\nO mon âme, oublions les choses de la vie,\nE t même, s'il se peut, bénissons le passé\nQui nous a fait souffrir, mais qui nous a laissé\nLa candeur et la noble faim, — inassouvie!\n\nLa Tristesse adorable est là qui tend les bras\n— La Tristesse très belle et qui ne trompe pas ! —\nCelle qui pleure au fond de la langueur des choses\nE t qui descend du ciel en effeuillant des roses...\n\nO mon âme, sois triste et ne te souviens plus!\nVois les convolvulus et les aristoloches\nBaigner dans la rosée... Ecoute au loin les cloches\nArgentines mouiller de pleurs les angelus...\n\nO mon âme, sois triste et, t'apaisant, adore\nLa Main qui t'a menée en cette bonne aurore,\nA travers la souffrance et les sombres émois,\nA travers les frissons et les fièvres parfois,\n\nPour qu'ayant bu ce fiel et mangé cette cendre,\nTu puisses mieux goûter la tristesse des bois\nEt, tel un pur jet d'eau, sur les âmes répandre\nUn chant mélodieux, mélancolique et tendre.\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "136                            DURENDAL\n\n\n      Oh! sois t r i s t e ! — Vois-tu, si tu n'avais souffert,\n      Tu ne connaîtrais point la bonté de cette heure,\n      Ni d'être appariée à l'automne qui pleure,\n      Ni de languir dans le feuillage jaune et vert.\n\n      E t sois bonne ! — Comment rester dans l'amertume\n      Devant cet horizon qui bleuit et qui fume?\n      Comment garder rancune et ne point pardonner\n      Devant ce pur soleil que Dieu fait rayonner?\n\n      E t comment sans tendresse et sans bonnes paroles\n      Voir les roses pleurer des larmes de rubis\n      E t Septembre gagner ces premiers cheveux gris\n      Que les fils de la Vierge accrochent aux corolles?\n\n      Oh! tu n'espérais plus un semblable matin,\n      Tissu de soleil tiède et de frileux satin,\n      E t tu n'attendais plus cette caresse exquise\n      Des arbres, du soleil, du ciel et de la brise...\n\n      Tu n'aurais point ta part du poème azuré\n      Sans l'ancienne souffrance et sa mélancolie.\n      Va, n'envions point ceux que la souffrance oublie\n      E t plaignons les yeux durs qui n'ont jamais pleuré ! ..\n\n      Telle est la vieille loi, que les âmes s'affinent\n      Sous les coups du Destin qui s'érige en bourreau\n      E t que les cœurs saignants sont le rouge terreau\n      Où poussent les beaux vers et les strophes divines!\n\n      Car souvent c'est d'angoisse et de sanglots coupés,\n      E t c'est de pleurs brûlants, et c'est de poings crispés,\n      E t c'est de rage au fond des sourdes nuits qu'est faite\n      La chanson qui jaillit des lèvres du poète!\n\n      Mais à présent, sois calme, oubliant le passé...\n      Compatis doucement au ciel violacé,\n      Sois la garde-malade aux gestes de mystère,\n      E t t'assieds au chevet de ta mère, la Terre...\n\n      L'heure est d'un rythme égal et calme sous l'azur;\n      La brise, ayant fermé les ailes, se recueille:\n      La T e r r e resplendit; le silence est si pur\n      Q,u\"on entend le soleil glisser de feuille en feuille...\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "               SIX POÈMES D'AUTOMNE                         137\n\n\nVa donc, mon âme, et sois attentive au soupir\nLointain des peupliers, et tendrement accueille,\nPuisque te voilà bonne à force de souffrir,\nAccueille le parfum des fleurs qui vont mourir...\n\n\n\n                           II\n\n\n\n             Les jours qui passent\nLes jours, tantôt brumeux et tantôt violets,\nLes jours tièdes, les jours mornes, les jours voilés\nDe mousseline blanche et de taffetas mauve,\nCeux qui luisent du blême éclat d'un crâne chauve\nSous l'averse qui claque et sous le soleil blanc,\nCeux qui baignent dans un brouillard étincelanl,\nCeux qui grelottent dans la bruine et qui pleurent,\nCeux qui sommeillent doucement et dont les heures\nS'effeuillent comme des corolles de velours,\nLes jours navrés, les jours nostalgiques, les jours\nSe traînent, dans l'effroi des vastes crépuscules,\nVers l'horizon qui fume et les nuées qui brûlent.\nParfois il en est un qui se soulève encor\nVoluptueusement, dans un poudroiement d'or,\nE t qui, s'illuminant d'un sourire suprême,\nFleurit sous le ciel bleu comme un lourd chrysanthème.\nMais sitôt que le soir, dans les lointains laiteux,\nA fait beugler les bœufs qui r e n t r e n t deux à deux,\nLe jour découragé s'affaisse sur la plaine\nE t se laisse mourir en sanglotant à peine...\nOh ! qui dira l'angoisse et le sourd désespoir\nDes jours désabusés qui saignent dans le soir!\n\nE n ville, on les plaint moins, — bien que toujours, en somme,\nUn peu du jour qui meurt sanglote au cœur de l'homme, —\nE t l'on va et l'on vient comme par le passé.\nP o u r t a n t , d'un air vieillot, lamentable et cassé,\nVers six heures du soir, quand les cheminées fument\nE t quand les vitres l'une après l'autre s'allument,\nLa ville, sous la pluie d'argent des carillons,\nTasse frileusement ses toits et ses pignons\nAutour du vieux clocher qui coupe de sa flèche\nLes nuages saignants qu'un dragon fauve lèche...\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "138                             DURENDAL\n\n\n      Mais, aux champs, le chagrin des jours étreint le cœur,\n      E t s'il arrive que, le soir, un promeneur\n      Attarde ses pas lents le long d'un pré qui fume;\n      S'il hume le parfum végétal de la brume,\n      S'il entend les perdreaux crisser leurs cris de sang,\n      Si d'un pied anxieux il écrase en passant\n      Un de ces champignons énormes et putrides\n      Qui paraissent pétris d'or et de cantharides,\n      S'il contemple tantôt les vallons violets\n      Des prés marécageux, hantés des feux follets,\n      E t tantôt l'horizon des collines où plane\n      E n longues bandes la fumée des feux de fane,\n      Tu verrais tout à coup cet homme tressaillir\n      Devant le ciel zébré de flammes, et pâlir\n      A cause du silence immense de la T e r r e\n      E t parce qu'à t r a v e r s le tragique mystère\n      De l'ombre incandescente et du soleil couché,\n      Les hauts peupliers noirs ont tout à coup bougé ! ...\n\n\n\n                                    III\n\n\n                         Le coup de vent\n      J e fermai ma fenêtre et j'allumai ma lampe.\n      Triste, je réfléchis, une main à la tempe :\n      « J e ferais bien de lire et de rêver un peu...\n      Mais j'ai le cœur si lourd de larmes, ô mon Dieu!\n      P o u r t a n t , lisons. » — J'ouvris un livre de voyages.\n\n      Il est doux de voguer sur des fleuves sauvages,\n      Le long des baobabs et des palétuviers,\n      P a r m i le gazouillis des oiseaux singuliers,\n      Tandis que, par instants, on heurte à coups de rame\n      Le dos d'un crocodile ou d'un hippopotame\n      E t que, front incliné, œil cligné, loupe au poing,\n      Un entomologiste examine avec soin\n      Un scarabée aux étincelantes élytres...\n\n      Soudain un coup de vent claqua contre les vitres,\n      Suivi d'un hurlement lointain et continu.\n\n      Alors, ayant rouvert la fenêtre, j ' a i vu\n      L a Mort, —j'ai vu la Mort à la claire denture,\n      Dont le rire incisif insulte la nature,\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                 SIX POÈMES D'AUTOMNE                       139\n\n\nSur un cheval aux dents jaunes, au crin bouffant,\nPasser, bride abattue et le suaire au vent,\nRoide, piquant des deux de ses talons de marbre,\nJ'ai vu la Mort, parmi les hurlements des arbres,\nSur le fond des nuées aux tons fauves et faux,\nGaloper dans l'espace en b r a n d i s s a n t sa faulx !\nAu loin, les peupliers d'Italie aux troncs frêles\nSifflaient et se courbaient en courbes parallèles,\nUn saule échevelé dans l'ombre se tordait,\nE t la T e r r e , ayant vu le Monstre, haletait...\n\nIl disparut enfin dans la rafale rauque.\nJ e demeurai longtemps devant la houle glauque\nDes feuillages, brisés p a r un sanglot profond,\nQuand tout à coup le vent, sournois et sourd, d'un bond,\n— O lugubre présent que la Faucheuse apporte! —\nEngouffra dans ma chambre un vol de feuilles mortes.\n\n\n                              IV\n\n\n              Les litanies des fleurs\nO fleurs en demi-deuil de mauve et d'amarante,\nF l e u r s où fleurit le sang de la T e r r e mourante,\nO fleurs d'octobre, fleurs dont les calices las\nTremblent dans les brouillards violets et lilas ;\n\nO fleurs, dans la rosée et l'aurore baignées,\nSous le réseau frileux des toiles d'araignées,\nO fleurs où s'alanguit eu un frisson vermeil\nLe resplendissement suprême du soleil;\n\nO fleurs, mourantes fleurs, belles entre les belles,\nO fleurs qui dans le bleu matin étincelez,\nO sanglotantes fleurs dont les larmes ruissellent\nE n diamants fondants et rubis étoilés ;\n\nBégonias, béants comme des plaies qui saignent,\nDahlias, dont les fleurs de bruine s'imprègnent,\nPétunias meurtris, lassés, violacés,\nT r a î n a n t péniblement vos rameaux enlacés;\n\nE t vous, belles-de-jour, ô frileuses lianes,\nDont les feuilles en cœur et les fleurs diaphanes,\nDans lé ruissellement lumineux du matin,\nP a r a i s s e n t implorer la grâce du Destin;\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "140                           DURENDAL\n\n\n      E t vous, prestigieux et mornes chrysanthèmes,\n      Qui, résumant le ciel automnal, empruntez\n      Au Levant le sang rose et les opales blêmes.\n      Au Couchant le sang noir et les ors veloutés;\n\n      E t vous, lobélias, bleuissant les corbeilles,\n      Vous, asters violets, qui bourdonnez d'abeilles,\n      Vous, tournesols, où l'or du soleil resplendit,\n      Vous, sauges, où son sang écarlate jaillit;\n\n      O frêles fleurs en pleurs, ô vierges et martyres,\n      O fleurs dont les regards adorables expirent,\n      O fleurs d'amour, ô fleurs de calme et de clarté,\n      O fleurs de bonne mort et de suavité;\n\n      O fleurs dont la douceur intime et sympathique\n      Caresse les fronts las et les cœurs oppressés,\n      O fleurs dont la langueur est comme une musique,\n      O fleurs qui consolez, ô fleurs qui guérissez;\n\n      O fleurs que je distingue à peine de mes rêves,\n      O douces fleurs en qui mes tristesses s'achèvent,\n      Fleurs qui portez mon âme en vos calices purs\n      E t l'offrez sanglotante aux baisers de l'azur;\n\n      O fleurs, je vous bénis pour la sollicitude\n      Dont vous avez enveloppé ma solitude,\n      J e vous bénis, ô belles fleurs, ô bonnes fleurs,\n      P o u r vos baisers, pour vos sourires, pour vos pleurs;\n\n      E t je vous loue, ô fleurs miséricordieuses,\n      P a r c e que vous avez, devant le soleil pur,\n      Du geste frêle de vos corolles pieuses\n      Fiancé ma tristesse à celle de l'azur!\n\n\n                                   V\n\n\n                              Nocturne\n      Il fait trop tiède pour la saison. On dort mal\n      P a r ce temps lourd, sucré d'un parfum tropical\n      Le vent, que le grelot de la pluie accompagne,\n      Tambourine à ma vitre une danse d'Espagne.\n      Comme il pleut! Comme il pleut! I1 y aura demain\n      De grands étangs, pareils à des miroirs d'airain,\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                SIX POÈMES D'AUTOMNE\n\n\nE t sûrement, dans l'herbe, au pied des noirs mélèzes,\nD'énormes champignons couleur de terre glaise...\nC'est drôle à quoi l'on songe en glissant peu à peu\nAu sommeil!... — A présent, Unissons, s'il se peut.\nE t dormons. — Mais d'où vient qu'en l'absence de lampe,\nLa nuit ait des clartés de grisaille et d'estampe ?...\nL a s ! On dort mal, les yeux ouverts. Cela suffit.\nIl est sot de muser et d'écouter au lit\nL'horloge de la mort qui bat dans la muraille...\n\nTumulte. Des chevaux piaffent. On ferraille.\nDe la lumière. Cris. Un tremblement blafard.\nEst-ce qu'on assassine un homme quelque p a r t ? . . .\nNon. C'est une voiture. Ecoute... Elle est passée.\nElle a dû cahoter longtemps sur la chaussée\nOù son œil rouge était seul à luire à travers\nLa solitude de la pluie et des bois verts...\n(I1 y a cependant des chats maigres qui rôdent.\nIl font beaucoup de t o r t au gibier. Ces maraudes\nFélines font saigner les perdreaux grelottants.\nIl y avait aussi des voleurs, dans le temps...)\n\nIl ne pleut plus. — C'est stupéfiant, le silence!\nIl ne se tait jamais tout à fait, quoi qu'on pense.\nIl chuchote... On entend quelque chose toujours.\nL'espace est une mer de bruits profonds et sourds,\nE t quand les bruits qui sout à la surface meurent,\nOn dirait que Dieu parle et que les anges pleurent...\nJadis, lady Macbeth entendit cette voix,\nChacun de nous l'entend dans l'ombre quelquefois,\nEt notre orgueil subtil reste court d'arguties\nDevant les mots confus qu'elle nous balbutie.\nHeureux le sage qui, dans un calme profond,\nEcoute le silence en se voilant le front!\n\nLa nuit doit être bien avancée, — et je veille !\nJ e dormirais, n'était ce tintement d'oreilles...\nMais non, ce sont les cris des oiseaux, dans le vent...\nO ces oiseaux lointains!... J'y ai pensé souvent.\nIls vivent dans le Nord, par delà la Hollande,\nE n un pays de brume et presque de légende\nOù des saules légers tremblent le long de l'eau...\nIls vivent à travers des blancheurs de halo...\nParfois, de l'eau qui dort en des vapeurs de rêve,\nLeur bec jaune, d'un geste allègre et sec, enlève\nUne anguille au museau cauteleux et méchant,\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "142                           DURENDAL\n\n\n      Un gardon dont le ventre est écaillé d'argent,\n      Une tanche olivâtre aux visqueuses nageoires...\n      Le soir, ils vont dormir sous les racines noires.\n      Ils vivent tout l'été dans ce décor frileux,\n      P a r m i les nénuphars blancs et les iris bleus.\n      Mais tous les ans ils nous reviennent à l'automne,\n      Avec un gargouillis de flûtes monotones\n      Gouttant de leurs becs plats qui mâchent le brouillard... .\n      Ils dardent, on ne sait vers où, leur vol hagard.\n      Sont-ce des échassiers ou bien des palmipèdes?\n      On ne sait pas au juste... Ah! comme ils nous obsèdent,\n      Ces oiseaux fabuleux que l'on n'a jamais vus\n      E t qui fendent la nue avec leurs cous tendus !...\n      — Il fait trop chaud. L a nuit pèse sur les feuillages...\n      La T e r r e au loin s'étend sous les fauves nuages...\n      — Au nom du Ciel, tâchons de fermer un moment\n      Les yeux! — Il recommence à pleuvoir doucement.\n\n\n\n                                  VI\n\n\n                            Les arbres\n      Songe aux arbres, mon cœur, songe aux géants tordus\n      Silencieusement dans la brume, mordus\n      Du froid, voués la nuit aux ténèbres de suie,\n      Souffletés par le vent et fouettés par la pluie,\n      Songe, songe à ces grands frères dans la Douleur,\n      Songe aux arbres, songe aux sombres arbres, mon cœur...\n\n      Aux chênes monstrueux qui sourdement s'efforcent\n      D'écarteler la nue entre leurs branches torses ;\n\n      Aux ormes qui, bombant leur masse glauque et brune,\n      Laissent choir doucement leurs feuilles une à une ;\n\n      Aux tilleuls d'or, gorgés de soleil, qui se fanent\n      Mollement en feuillets tièdes et diaphanes;\n\n      Aux platanes ombreux dont les feuilles palmées\n      Tombent, en tournoyant ainsi que des aimées;\n\n      Aux frênes convulsifs dont les rameaux se tordent\n      Avec un sifflement de verges et de cordes ;\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                 SIX POÈMES D'AUTOMNE                             143\n\n\nAux marronniers dont les dômes sombres et graves\nGrondent comme la mer sous les nuées qui bavent;\n\nAux trembles qui, dans le silence de la plaine,\nGrelottent d'une fièvre éternelle et lointaine;\n\nAux maigres peupliers qui bordent les usines\nE t qu'insulte le rire obscène des machines;\n\nAux bouleaux qui, perdus dans les brumes glacées,\nElèvent en pleurant leurs branches enlacées ;\n\nAux saules qui, le long des rivières, sanglotent\nE t dont les cheveux verts dans l'eau j a u n â t r e flottent;\n\nAux hêtres qui, de leurs g r a n d s bras de marbre, étalent\nUn feuillage d'airain, plein de sang et de r â l e s ;\n\nAux sapins qui, figés dans leur verdure sombre,\nSifflent comme les mâts d'un navire qui sombre;\n\nSonge, songe, ô mon cœur, à ces T i t a n s qui sont\nFiancés au vertige et rivés à l'affront;\nSonge aux géants feuillus, premiers-nés de la Terre,\nQui, sous le poids d'un sourd et tragique mystère,\nRêvent obscurément en grelottant de peur;\nSonge qu'ils vivent dans une morne stupeur,\nQue jamais leur ennui lugubre n'appareille\nVers un destin nouveau, que leur souffrance veille\nQuand la tienne en la paix des douces nuits s'endort,\nQu'ils ont connu cent fois les affres de la Mort,\nE t que, quand on croirait leurs misères finies,\nIls renaissent pour de nouvelles agonies;\nSonge qu'ils sont là-bas, sans nombre, dans les bois,\nE t que, tordus, hagards, ils clament, d'une voix\nDont le sanglot ressemble au tonnerre qui gronde,\nL'immortelle Douleur qui saigne au cœur du monde!\n\n                                                     VICTOR KINON.\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "Les dernières Sonates\n            pour piano de Beethoven\n\n                   PREMIÈRE          PARTIE\n\n\n\n\n                ON peut étudier l'évolution complète du génie de\n                  Beethoven, non seulement dans l'ensemble de\n                  son œuvre, mais spécialement à travers les neuf\n                  symphonies, les seize quatuors à cordes et les\n                  trente-deux sonates pour piano. Je me hasarde\n                  à écrire quelques mots sur les cinq sonates\n                  dites « de la dernière manière » du maître.\n                  Mes remarques n'ont rien d'un érudit; elles\nsont à la portée de tout amateur sérieux.\n   N'est-il pas inutile de disserter sur des œuvres archi-connues ?\nm'objectera-t-on. A cela je répondrai que les dernières sonates\nsont loin d'être connues. Elles sont entre toutes les mains, mais\nnul ne les joue à cause de leur difficulté d'exécution et surtout\nde compréhension.\n   On a peu écrit en français sur Beethoven. M. Romain Roland\na publié récemment un petit livre d'une réelle noblesse de\npensée et de style, où il insiste surtout sur la physionomie\nmorale du grand musicien. L'intéressant et presqu'introuvable\nlivre du Russe de Lenz, Beethoven et ses trois styles, est plein de\ndocuments précieux; mais l'auteur semble avoir peu compris les\ndernières sonates. Victor Wilder a écrit la biographie extérieure\nde l'artiste. Signalons comme ouvrages étrangers assez récents\nla brochure instructive de Ernst von Elterlein : Beethovens\nclavier-sonaten, qui mériterait une traduction, et surtout l'inesti-\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                             I45\n\n\nmable livre de Grove : Beethoven and his nine symphonies. Quant\naux commentaires sur les sonates par H a n s de Biilovv, s'ils n'ont\ntrait le plus souvent q u ' à l'exécution, ils renferment néanmoins\nune foule d'aperçus neufs et de remarques profondes et ori­\nginales.\n   Somme toute, il ne me paraissait pas inutile d'entreprendre\nune petite analyse de quelques sonates qui passent encore pour\napocalyptiques et dont on peut éclairer le sens et l'interpréta­\ntion. Et puis, je sais par expérience q u ' u n commentaire, même\nmédiocre, écrit à propos d'une belle œuvre par un amoureux\nd'art, ravive l'admiration et peut procurer de nouvelles et pro­\nfondes jouissances au lecteur.\n   D'ailleurs, il est toujours bon d'entretenir le culte de l'art\nélevé : rien n'ennoblit davantage l'âme; et, après celui de la\nsainteté, il n'est pas de plus beau spectacle que celui du génie.\nIl est bon aussi de répéter de temps en temps que l'humanité a\ndes gloires plus hautes et plus innocentes que celles des guer­\nriers et des politiciens. Beethoven fut contemporain de Bona­\nparte : sa gloire est peut-être moins universelle que celle du con­\nquérant; mais combien plus pure et plus enviable.\n    Ecrivant pour les amateurs, nous laisserons de côté les ques­\ntions purement techniques, excepté celles qui sont indispen­\nsables à la compréhension de ces sonates.\n   D'abord qu'est-ce q u ' u n e sonate?\n   D'après la conception moderne (1), c'est un ensemble de deux,\ntrois ou quatre morceaux dont le premier ordinairement est écrit\ndans la forme sonate proprement dite. Cette forme, moins con­\nventionnelle qu'on ne le croit, se compose de trois divisions\n essentielles : l'exposition, les développements et le retour des thèmes.\n L'exposition, comme le mot l'indique, expose les thèmes, éta­\n blit la tonalité principale et finit dans une autre tonalité, le plus\n souvent celle de la dominante du premier ton. Ici se place une\n reprise depuis le commencement destinée à bien fixer les thèmes\n dans l'esprit. Suivent les développements d'un ou de plusieurs\n des thèmes exposés, à travers des modulations libres. Pour éta­\n blir l'unité du morceau, on reprend l'exposition dans le ton pri-\n\n\n   (1) Le mot sonate, à l'origine, était s y n o n y m e de suite. C'est à partir de\nP h i l . - E r n . Bach que ce mot désigna u n e forme musicale déterminée.\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "146                          DURENDAL\n\n\nmitif, mais en la variant et en terminant souvent par un appen­\ndice ou coda plus ou moins développé. Ce sont là tout au moins\nles grandes lignes de la sonate.\n   Les autres mouvements peuvent adopter la même forme ou\nbien celles de variations, rondos, danses, fugues, fantai­\nsies, etc.\n   On voit donc que le mot sonate s'applique soit génériquement\nà la suite des trois ou quatre morceaux qui la composent, soit\nspécifiquement à l'une des parties, surtout au premier allegro.\nDisons en passant que les morceaux de musique de chambre\ndésignés sous les noms de trios, quatuors, quintettes, etc., ne\nsont autres que des sonates pour trois, quatre, cinq instruments.\nL a symphonie est une sonate d'orchestre.\n   Beethoven a élargi considérablement le cadre de la sonate\nsurtout en ses dernières œuvres, où l'ordre traditionnel des\nmorceaux n'est plus guère respecté. Classiquement, le premier\nallegro doit être suivi d'un mouvement lent; ensuite, avant l'al­\nlégro final, s'intercale le menuet ou scherzo. Que Beethoven ait\nrompu avec cette tradition en ses dernières sonates, il n'y faut\npas voir un parti pris, car, parmi celles-ci, plusieurs présentent\nencore la suite classique des mouvements, tandis que cette\nrègle n'est pas observée en bien des œuvres précédentes.\n   Malgré les nouveautés de forme, c'est surtout par l'originalité\net la profondeur de la pensée que les cinq dernières sonates\ndépassent la plupart de leurs aînées.\n   On parle souvent des trois styles ou des trois manières de\nBeethoven.\n   Chez tous les grands artistes, il y a évolution : ils ne piétinent\njamais sur place et chaque nouvelle œuvre apporte un renou­\nveau d'intérêt. Mais il en est parmi eux dont l'évolution se fait,\npour ainsi dire, en terrain plan ? Ainsi, Brahms et Schumann,\naprès quelques tâtonnements, sont arrivés très vite à leur pleine\nmaîtrise; et, quelque variété qu'offrent leurs œuvres, on ne pour­\nrait soutenir que les dernières soient artistement supérieures\nà celles de leur maturité. Schumann a-t-il jamais dépassé la\nhauteur d'inspiration des études symphoniques pour piano\n(op. 13)?\n   P l u s rares sont les artistes dont l'évolution est en même temps\n une ascension : tels, Beethoven et Wagner. Pour Beethoven,\n cette ascension est si grandiose et si continue que nul artiste n'a\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "       LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                             I47\n\n\nproduit tant d'œuvres se ressemblant si peu entre elles. Si l'on\ntenait à les classer, il faudrait compter, dans ses sonates seules,\nnon pas trois manières, mais au moins une dizaine. Je préfère\ndonc ne voir en son œuvre que l'évobition ascendante d'une même\npersonnalité.\n   Beethoven se montre plus penseur en ses dernières œuvres\nqu'en ses premières; cela ne veut pas dire qu'il ne l'ait été —\nquoiqu'à un moindre degré — dès ses débuts. Les œuvres de sa\npleine maturité ont une expression plus émouvante, plus humaine\nque les œuvres de sa jeunesse; c'est tout naturel, et je n'y vois\npas une raison pour proclamer que l'artiste, en sa première\nmanière, est musicien, qu'en sa deuxième il est homme, et qu'en\nsa troisième période il est penseur. L'accent h u m a i n se manifeste\ndès ses premières œuvres, et plusieurs de celles-ci décèlent le\npenseur. Partager l'évolution d'un artiste en subdivisions strictes\nme semble aussi inutile que dangereux, à moins de pouvoir\nindiquer des limites précises à un changement de style. II est\nindubitable que le Hollandais de W a g n e r est un opéra tradi­\ntionnel ; que, d'autre part, Lohengrin est d'un système drama­\ntique si différent, qu'on peut y voir le commencement d'une\nnouvelle manière. Lohengrin m a r q u e une révolution dans le con­\ncept du drame musical. Mais, quelle que soit la distance qui\nsépare Tristan de ce dernier drame, Tristan n'est que le sommet\nde l'évolution inaugurée par Lohengrin. On peut donc dire que\nWagner a eu deux manières bien distinctes.\n   Dans l'œuvre de Beethoven, on chercherait en vain des caté­\ngories aussi nettes (1). Aussi, sans plus nous inquiéter de\nces théories, feuilletons rapidement les vingt-sept premières\nsonates avant d'aborder celles qui feront l'objet d'une étude\nspéciale.\n   I, I I , I I I , Trois sonates op. 2. L a première, en fa mineur,\nd'expression touchante et plaintive. L a seconde, en la, pétil­\nlante de gaîté, offrant le contraste d'un largo, fervente et pro­\nfonde adoration. L e rondo final est, certes, moins remarquable.\nLa troisième sonate, en ut, est déjà, par ses dimensions et son\nstyle, tout un monument. Mais de Lenz y trouve, avec raison,\n\n\n  (1) Fétis et de L e n z ont r é p a n d u la théorie des trois styles de Beethoven.\nVon Elterlein l'admet aussi, quoiqu'avec des restrictions et des subtilités.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "148                          DURENDAL\n\n\nune certaine recherche de l'effet pianistique, sauf dans le bel\nadagio.\n   IV. Plus que cette dernière, la « grande sonate », op. 7,\nm a r q u e la maturité d'un génie, qui n'a plus qu'à se laisser aller\npour atteindre tous les sommets.\n   V, VI, V I I . Suivent les trois sonates, op. 10. L a première\n(ut min.) débute par un morceau où vibrent ces accents profon­\ndément humains propres à Beethoven. L'adagio est plein d'une\nradieuse majesté, et le finale de fougueux emportement. L a\npetite sonate en fa est vive et entraînante, coupée d'un impres­\nsionnant et mystérieux allegretto. Elle est plus légère de style\nque la précédente et surtout que la suivante, la sonate en ré\nd'allure triomphale dans le premier allegro, d'une mélancolie\nsublime en son largo. L e menuet est un petit chef-d'œuvre, un\nbouquet d'exquises fleurs mélodiques. Quant au finale, il n'est\npas à la hauteur des parties précédentes.\n   V I I I . Nous voilà à la fameuse sonate pathétique, la sonate\ndes pensionnats de jeunes filles. Pourtant, cette œuvre n'a rien\nde féminin et c'est une étude encore à faire que celle du succès\nmondain de la pathétique. L e style de l'introduction et du pre­\nmier allegro est d'une grandeur sombre et passionnée. L'adagio\noffre une belle mélodie pleine de noblesse, suivie d'un rondo\nfinal expressif. C'est beau; mais, en dépit de la célébrité de\ncelle-ci, les sonates 14 et 27 ont des accents bien autrement\npathétiques.\n   IX, X. Deux petites sonates réunies sous le chiffre d'op. 14.\nCe sont deux œuvres plus légères. L a première, en mi, est abso­\nlument charmante. L'allegro de l'autre (sol) est très séduisant\naussi. Il est suivi d'un andante avec variations qui n'ont guère\nd'intérêt que d'être notre première rencontre avec une forme qui\nprendra de plus en plus d'importance dans la suite.\n   X I . U n e création pleine d'héroïsme, la sonate en si bémol,\nop. 22. Rien de plus fier que l'allegro, rêve de conquérant dont\nles accents font pressentir l'op. 106. L'adagio est un chef-\nd'œuvre d'expression tranquille. L e menuet nous reporte au\nstyle martial, et un rondo aimable et printanier clôt dignement\n cette belle œuvre.\n   X I I . L a sonate en la bémol (op. 26) débute par un andante,\n mélodie pleine d'onction, suivie de cinq belles variations, vrai\n modèle du genre. L e scherzo est absolument original. Suit la\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                   149\n\n\n célèbre marche funèbre « pour la mort d'un héros ». C'est la\n première fois que nous trouvons une indication poétique dans\n une sonate. A cette marche très émouvante succède un rondo\n gracieux qui semble vouloir chasser toute idée triste. Cette\n œuvre mériterait aussi bien que les deux suivantes le nom de\n quasi una fantasia, car aucune de ses parties n'est écrite dans la\n pure forme sonate.\n    X I I I , XIV. Des deux belles sonates (op. 27) qui portent le\n sous-titre mentionné ci-dessus, la première, en mi bémol, est\n surtout remarquable par son adagio (très court) et par un bril­\n lant finale. Quant à la seconde, en ut # mineur, c'est, de toutes les\n sonates parcourues jusqu'ici, la plus importante. Elle débute\n par un adagio qui porte le titre romantique de Clair de hune,\n titre ajouté après coup et sur lequel courent de jolies légendes.\n C'est une page géniale. U n chant sublime et très simple plane\n sur un accompagnement en triolets a p p u y é sur des basses pro­\n fondes. Comme un rayon de lune qui percerait d'opaques nuées,\n voilà l'allegretto qui vient nous consoler avec ce langage du\n cœur que Beethoven saura si éloquemment faire entendre désor­\n mais pour apaiser les pires désespérances. Liszt appelle cet alle­\n gretto « une fleur entre deux abîmes ». L e finale, d'une fougue\n passionnée, t u m u l t u e u x comme la mer démontée, laisse dans\n l'âme un sentiment de désolation immense. Rapprochez-le des\n finales de la sonate en ré mineur (17e) et surtout de celle en\nfa mineur (23 e ). Il faut les ranger parmi les rares œuvres impor­\n tantes de Beethoven qui ne finissent pas sur une impression de\njoie, d'apaisement ou d'espérance. Pourtant, elles n'ont rien de\n démoralisant. L e u r pessimisme pousse plutôt l'âme à la lutte, à\n la résistance opiniâtre. L'énergie de la volonté se maintient\n toujours, même quand ne luit pas le rayon d'en haut.\n   XV. Cornmc le soleil après l'orage, voici la « sonate pasto­\nrale », op. 28 (1), exquis tableau champêtre où tout est aimant\net paisible, sauf quelques accents pathétiques de l'andante\n   XVI, X V I I , X V I I I . Trois sonates, op. 29 ou 31 (il y a doute),\ntoutes trois très remarquables et bien dissemblables de style.\nCelle en sol est toute joie et jeunesse avec la délicieuse\n\n\n  (1) Ce nom lui a été donné — heureusement d'ailleurs — par l'éditeur\nCranz, de Hambourg. Idem pour l'appassionata.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "150                         DURENDAL\n\n\nidylle de son adagio. Celle en ré mineur est un des chefs-\nd'œuvre du maître. L e premier morceau est d'une passion\nhaletante et douloureuse, très dramatique, entrecoupé de\nrécitatifs, sublimes monologues ou interrogations mystérieuses.\nComme compensation à tant de douleur, l'adagio chante les\nplus graves mais aussi les plus douces espérances. Le finale\nest une poursuite fiévreuse et plaintive après un insaisis­\nsable objet, poème de l'éternelle illusion. T o u t autre est\nla sonate en mi bémol : le sentiment en est d'abord d'une\njoyeuse confiance, malgré que de lourds accords en ritardando\nl'entrecoupent de questions angoissantes. Suit un scherzo\noriginal, conte moitié fantastique, moitié humoristique.\nAprès un beau menuet, calme et fort, le finale, d'une gaîté\npresque sauvage, couronne cette belle sonate.\n    XIX, XX, op. 49. Deux jolies sonatines, comme un\nsouvenir de ce bon H a y d n . Voilà qui a sa place marquée\ndans les pensionnats.\n    X X I . Sonate en vt, op. 53. Sous-titre: l'Aurore! Pourquoi?...\n C'est une vaste et imposante symphonie pour piano, qui\ndemande une exécution brillante, surtout dans le finale, où\nla mélodie, si belle et comme cristalline, est toute enguir­\nlandée de traits rapides. Les dernières pages sont vertigi­\n neuses.\n    X X I I . N'insistons pas sur l'op. 54, que — à tort peut-\nêtre — nous n'avons jamais pu apprécier; pourtant la coda\ndu premier mouvement est bien jolie. L e finale, mouvement\nperpétuel, offre un certain charme.\n    X X I I I . Arrivons à l'impérissable chef-d'œuvre, la sonate\nen fa mineur, op. 57, dite appassionata. Cette composition\n est digne de figurer à côté des plus beaux monuments de\n l'art par la hauteur de la pensée et l'originalité de la forme.\n L e premier allegro offre de saisissants contrastes de senti­\n ment contenu et d'explosions de passion : paysage sombre\n où naissent des volcans sous les pas. Les variations (andante)\n sont traitées à la manière géniale dont nous verrons encore\n deux exemples dans les dernières sonates. L e t h è m e semble\n s'élever de sphère en sphère pour reparaître à la fin dans\n toute sa simplicité. L e finale éclate ensuite avec une furia\n inouïe, terminé par un presto, vraie danse de démons.\n    Après cette œuvre fulgurante, on pourrait croire que Bee-\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                    l5l\n\n\n thoven a dit son dernier mot en ce genre. Mais l'allegro de\n l'op. III nous a t t e n d !\n    XXIV. L ' o p . 78 est d'une radieuse noblesse d'expression au\n moins dans la première partie. L e finale n'offre pas le même\n intérêt.\n    XXV. O p . 79, une aimable sonatine.\n    XXVI. L ' o p . 81 est intitulé : « Les adieux, l'absence et le\n retour ». Si cette sonate n'atteint pas à la génialité de celle en\nfa mineur, elle n'en est pas moins une création de toute beauté.\n Quoi de plus touchant que l'andante?... Remarquons en passant\n que cette sonate est seule, avec la pathétique et la 32 e , à avoir\n une introduction développée (1).\n    XXVII. L ' o p . 80, en mi mineur, offre une antithèse frappante\n entre ses deux parties : la première nerveuse, passionnée (admi­\n rable inspiration), suivie sans arrêt d'un finale, sorte de romance\n qui redit sans cesse sa mélodie si douce, si affectueuse. Désor­\n mais, l'artiste aura toujours les yeux fixés en haut et saura noyer\n ses plus cruelles détresses dans un océan de joie et d'amour.\n    Faisons observer la terminologie allemande adoptée ici par\n  Beethoven pour l'indication des mouvements ; terminologie\n qu'il abandonna bientôt pour reprendre l'italienne, « plus pré­\n cise, dit de Lenz, parce que conventionnelle ».\n                                    *\n   Avant d'aborder les cinq dernières sonates, il nous faut\nencore faire quelques considérations.\n   11 est incontestable que beaucoup d'oeuvres de Beethoven (2)\nsont nées d'une idée que l'auteur, d'ordinaire, n'a pas divulguée.\nIl a bien fait, car il eût souvent amoindri la portée de sa concep­\ntion. E n effet, une idée assez ordinaire peut faire jaillir un chef-\nd'œuvre d'expression. Cette idée n'aura été que l'étincelle.\n   C'est le cas pour la fameuse sonate « les adieux, l'absence et\nle retour », composée à l'occasion d'un voyage de l'archiduc\n\n\n  (1) Voir mes observations au sujet de cette sonate plus loin.\n  (2) Certainement pas toutes; car, contrairement à ce qu'on croirait, des\nœuvres géniales ut profondément expressives peuvent avoir u n point de\ndépart dont l'auteur lui-même ne se rend pas compte et qui est du domaine\npurement sentimental, plus élevé que toute idée précise, domaine propre de\nla musique.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "152                          DURENDAL\n\n\nRodolphe, protecteur de Beethoven. Celui-ci exprima la mélan­\ncolie des adieux, les tristesses de l'absence et la joie du retour\navec une émotion admirable hors de proportion avec l'événe­\nment en question. L e voyage de Rodolphe n'est ici q u ' u n e\ncause infime. Il a été l'idée première qui a provoqué ce magni­\nfique poème de sentiments. Celui-ci seul nous intéresse.\n    Dans la symphonie pastorale, Beethoven divulgua également\nson p r o g r a m m e ; mais il eut soin d'y joindre cet avis des plus\nsignificatifs : « Plus l'expression du sentiment q u ' u n e pein­\nture. » Car ici encore la peinture, évoquée indirectement, peut\ndifférer chez chaque auditeur.                ,\n    Citons encore cet aveu magnifique de Beethoven lui-même :\n« T o u t e véritable production artiste est indépendante : elle est\nplus puissante que l'artiste qui la crée. Elle retourne à sa source, à\nla divinité, et n'a d'autre rapport avec l'homme que de témoi­\ngner de l'intervention divine en lui. »\n    Plus puissante que l'artiste qui la crée! Oui, car l'œuvre de\ngrand art a une portée et une application presque infinies dont\nl'auteur lui-même ne peut se rendre compte. C'est la grandeur et\nla débilité du génie de créer des mondes que sa raison ne peut\ncomprendre. Ainsi les variations de la dernière sonate expri­\nment des sentiments d'une telle idéalité qu'on peut dire que\nl'auteur (inconsciemment peut-être) y touche aux confins du pro­\nblème de nos destinées.\n    Rien de plus puéril donc que d'accrocher des interprétations\n postiches au seuil du temple de la musique instrumentale. Si\nl'on veut préciser un programme, que ce programme soit d'une\nextrême sobriété et de telle nature que l'auditeur puisse s'atta­\ncher à « l'expression des sentiments » qui feront naître en lui\n plus d'idées qu'un galimatias philosophique (50 sprach Zara­\nthustra!) ou une représentation qui aurait lieu derrière le rideau\n (Thyl Uilenspiegel, etc. !) Ceci soit dit sans méconnaître les qua­\n lités géniales de Richard Strauss. C'est au principe de certaines\n musiques à programme que je m'attaque, principe archi-faux,\n qui ne tend à rien moins qu'à restreindre le domaine infini de la\n musique, et à faire passer pour seule expressive une musique\n qui ne peut rien exprimer sans le concours d'un livret laborieu­\n sement explicatif.\n    L e critique doit-il donc rejeter toute interprétation concrète\n en commentant une œuvre musicale? Non : Car si la musique\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "       LES DERNIÈRES SONATES POUR     PIANO DE BEETHOVEN        l53\n\n\nnous plonge dans les abîmes du sentiment, elle évoque aussi\nindirectement des idées ou des images, variables de l'un à\nl'autre. Mais il est naturel que le critique se serve des analogies\névoquées en lui pour tâcher d'éclairer un peu ce domaine si\nmystérieux de l'âme, où la musique règne en maîtresse. Allu­\nmons donc ces faibles lampes, les comparaisons habituelles, mais\nsans vouloir les imposer, puisqu'elles sont si incertaines. D'ail­\nleurs il arrive qu'on se sent incapable d'exprimer en idées\nprécises l'impression causée par un morceau de musique. C'est\nmême le cas le plus ordinaire et il corrobore cette parole sur\nla nature de l'expression musicale : L a musique commence où\nla parole s'arrête.\n                                            JOSEPH   RYELANDT.\n  (A    continuer.)\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "                               Les Poèmes\n\nEmaux bressans, par GABRIEL VICAIRE (Paris, H e n r i Leclerc). — Les Contes de\n  la Limousine, par GABRIEL NIGOND ( P a r i s , Stock). — L'ame essentielle, par\n  R E N É ARCOS (Paris. Maison des Poètes). — Au gré du vent, par\n  L . - L . R É G N I E R (ibid.). — Princesse Avril,   par THÉODORE MAURER (ibid.).\n  — Cent Femmes de Lettres : Madame G. de Montgomery (Bruxelles, D e c h e n n e\n  et C ie ). — Victor Hugo, par LÉONCE DEPONT (Surgères, Imprimerie\n  Nouvelle).\n\n    Les héritiers de GABRIEL VICAIRE entourent d'un culte pieux sa douce et\nc h a r m a n t e mémoire : après deux volumes posthumes qui m'ont fourni\nl'occasion de dire la grâce exquise de ce pur poète, qui fut un modeste, voici\nqu'ils nous rendent les E m a u x b r e s s a n s , en une très coquette édition dont\nl'élégance naïve sied à merveille à ces vers naïvement élégants. C'est un\npaysan qui parle, en effet, mais quel adorable langage tout fleuri d'images\nclaires et de mots c h a t o y a n t s ! L e s calmes paysages de la Bresse aux lentes\nrivières, aux bois jolis, peuplés d'oiseaux et d'amoureux, les joies simples et\nles rêves tranquilles de la c a m p a g n e , — telle est la trame banale sur laquelle\nVicaire brode ses strophes ingénieuses et ses pensées riantes. N ' y cherchez\npoint les mélancolies noires : celui-ci est un h e u r e u x , et qui ne rougit pas\nd'avouer son b o n h e u r . U n e b o n n e fée a présidé à sa naissance ; il voit tout en\nrose, et son regard enfantin pare la terre natale de tous les charmes de l ' E d e n .\nD'ambition, il n'en a pas : content de son humble sort en son petit coin, il\nlui suffit de voir, sur le sol qu'il aime, tourner au long des jours l'ombre\nde son clocher. Il vit dans u n e béate nonchalance, en rêvant parfois, sous sa\ntreille, qu'il est\n                                  Un petit Chinois ventru.\n\n    Mais il ne fait que le rêver, et il n'a garde, amoureux comme il l'est de sa\nbonne Bresse, d'aller voir si la Chine est u n p a y s c h a r m a n t ! C'est un\nsage, qui lient son b o n h e u r dans le creux de sa main et qui ne le laisse pas\ns'envoler.\n    L e s Emaux bressans sont le chef-d'œuvre de Gabriel Vicaire, le livre où sa\npersonnalité apparaît le mieux en lumière, avec ses contradictions si\nh u m a i n e s , son mélange d'azur et de matière. Il célèbre tour à tour, avec la\nmême tendresse et le même lyrisme bon enfant, les clairs de lune féeriques et\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                  LES POÈMES                                    l55\n\nles carillons évocateurs des cloches de son village, ou bien les longues\nbeuveries et les copieuses et succulentes « beurdifailles ».\n   Il en convient l u i - m ê m e avec u n e b o n h o m i e qui désarme le blâme :\n               Deux hommes sont en moi qui se livrent bataille.\n               C'est un pauvre amoureux contre un rabelaisien.\n\n   La bonhomie : voilà le caractère essentiel de ce gentil poète qui, sans\nrisquer de se casser le cou à vouloir monter trop h a u t , s'est contenté de flâner\nà mi-côte en écoutant les rossignols, en regardant passer les belles filles, et\nen cueilllant de-ci de-là des fleurs qui ne devaient pas mourir. Est-il\nmeilleur destin?\n   Gabriel Vicaire continue glorieusement la lignée des poètes gaulois :\nVillon, L a F o n t a i n e , Mussel, Verlaine, qui fuient comme lui de francs\nbuveurs et d'incorrigibles b o h è m e s . E t ses petits vices lui furent prétexte\nâ de si gracieux poèmes, qu'on ne saurait vraiment les lui reprocher. Les\nEmaux bressans sont dignes du nom qu'il leur d o n n a : bijoux rustiques et\nnaïfs, mais ciselés avec la patience et l'amour d'un artiste, d'un grand\nartiste. C'est la perfection m ê m e .\n\n    Voici un autre poète paysan, d'ont l'œuvre présente u n aspect très différent.\nTandis que Gabriel Vicaire fait songer à u n petit marquis égaré en pleins\nchamps, on ne sait trop par quelle aventure, et qui esquisse des révérences\ndevant les buissons, récite des madrigaux aux roses, dédie des sonnets aux\npoulardes truffées,— M. GABRIEL NIGOND, lui, est un vrai « pésan » du Berry,\nqui parle sans aucun fard la langue rude, savoureuse et u n peu grossière de ses\ncampagnes. L e s Contes de l a L i m o u s i n e sont écrits en patois berrichon ;\nvous savez, par ce que je vous ai dit de Novembre, que si M. Nigond a patoisé\nnaguères, ce n'était pas faute de «savoir son français ». Ce petit livre est\nantérieur à Novembre, et. l'auteur me l'envoie pour me prouver, sans doute, que\nj'étais inexcusable d'avoir ignoré son n o m jusqu'à l'apparition de son a d m i ­\nrable recueil de vers. J'en conviens de bonne grâce : car les Contes de la\nLimousine sont u n e œuvre originale et puissante, où l'on trouve à la fois\nde l'esprit et de l'émotion, de g r a n d s frissons et des larmes discrètes. E t ces\nvers patoisants ont une grâce, une éloquence, une vérité d'accent qui en font\nquelque chose de très h u m a i n , de très beau : les mêmes qualités se rencontrent\ndans ces contes champêtres et dans les épanchements si sincères, si tendres,\n si prenants de Novembre.\n    Le « pésan » du Berry y apparaît d a n s sa rocailleuse simplesse, qui ne va\n pas sans délicatesse, avec ses sentiments entiers, son entêtement, son esprit\n volontiers n a r q u o i s , son caractère frondeur, son a m o u r des bêtes et des\n plantes, ses tendresses ingénues. Jean-François j'veux ben, Mords-le au pied,\n l'Houme de la Terre, sont des morceaux de vie intense et de poésie profonde.\n Mais ce qu'on ne saurait rendre, c'est la vérité singulière de cette langue\npaysanne, la sensation qu'elle vous procure d'entendre, malgré tout l'art d o n t\n elle se vêt, un authentique « pésan » du Berry vous entretenant de ses peines\n et de sas joies. George Sand elle-même, d a n s la Petite Fadette, est bien loin\n de cette vérité.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "156                                    DURENDAL\n\n\n   U n e très jolei préface de Séverine présente l'œuvre au lecteur et la\ncaractérise en termes justes; elle m'apprend que M. Gabriel Nigond est j e u n e ,\net j'en suis ravi.\n\n   L ' â m e e s s e n t i e l l e , de M. R E N É ARCOS, est u n e œuvre assez confuse et qui\nvous laisse u n e impression que l'on a peine à démêler. L'auteur possède\nsans doute le don du lyrisme, u n e copieuse a b o n d a n c e d'idées et u n e\nrichesse d'images qui dépasse la c o m m u n e imagination; par exemple, en\ncélébrant les divers charmes de la femme aimée, il b r o d e sur le Cantique des\nCantiques des variations à l'infini, et qui finissent par vous lasser. Il a des\nstrophes heureuses, des élans vigoureux qui le portent h a u t et loin, u n e\nlangue n o m b r e u s e qui sert fidèlement sa pensée.\n   Mais il arrive trop souvent que ses vers soient déparés par une préciosité\nquelque peu vieillotte, des afféteries désuètes, et qu'on y sente l'artifice; ils\nm a n q u e n t de mesure, cette qualité du génie latin; je n'aime guères ceci :\n\n                 Ta lèvre, dont la mûre est un vil plagiat...\n\nni ce vers... de verrier :\n\n                  Et son rire éclabousse en sa cristallerie..\n\n  J e préfère ceci, encore qu'un p e u maniéré tout de même :\n\n                 Sa voix a remué des cloches dans mon âme,\n                 Et ses gestes y ont balancé des encens...\n\n    Ces poèmes offrent, çà et là, des incorrections de langue ou de prosodie\nqui ne sont p a s sans s a v e u r ; et l'œuvre elle-même, dans son ensemble, est\nintéressante malgré ses défauts, ou peut-être à cause d'eux. Vous en jugerez\np a r u n e citation; voici les multiples aspects sous lesquels M. René Arcos\no se plut à identifier » les lèvres d'une femme :                *\n\n                          ... Deux ailes bruissantes de mouche:\n                 Le clavier où ton âme appesantit sa touche:\n                 L'encensoir balançant le parfum des aveux\n                 Et le scel apposant tes baisers sur nos vœux .\n                 Du chemin de ton cœur les frêles portes roses;\n                 Un peu de fraise mûre où rêve un peu de rose...\n                 Les lignes de corail où mes baisers s'impriment,\n                 Les claquettes d'un rubis tendre qui les rythment;\n                 Le philtre pur, qui fait de ton souffle un encens...\n                 Le sillon d'écarlate où s'enlisent mes sens...\n                 L'urne frêle où mon cœur dépose ses offrandes.\n                 Tendre écorce, elle font de ta langue une amande.\n                 Les soulignant de rose enrichissent tes mots...\n\n  E t ce n'est pas tout! Allons! quoi qu'en disent les jeunes des derniers\nbateaux, C y r a n o n'est pas si m a l a d e !\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                      LES POÈMES                                         157\n\n     La mesure ni la correction ne m a n q u e n t aux vers de M. L . - L . R É G N I E R .\nSon recueil : A u g r é du v e n t , se r e c o m m a n d e a u contraire par toutes les\nsages qualités q u e l'on trouve réunies chez les poètes d'anthologies. Ceci est-il\n u n compliment à l'adresse de l'auteur? Oui et n o n . U n peu d e hardiesse, de\n liberté, voire m ê m e de licence, n'est pas p o u r d é p l a i r e dans une œuvre en vers ;\net quand on a cette audace de rimer (par le temps qui court!), on peut bien\nen avoir d'autres, et casser en passant quelques carreaux. M. Régnier est u n\nécrivain bien élevé, et qui ne brise rien. Mais, ma foi! on nous a servi, ces\ndernières a n n é e s , tant de poèmes échevelés, disloqués, furibonds et incompré­\nhensibles, qu'on éprouve une certaine satisfaction, un évident soulagement,\nà se reposer d a n s u n e poésie plus calme, plus sobre et mieux o r d o n n é e .\nJ'ajoute, à cet éloge, que Augrédu vent peut être lu, d'un bout à l'autre, par les\njeunes filles; et il n'en pleut pas, aujourd'hui, des livres qui puissent, tout\nentiers, entrer d a n s ces â m e s d'hermines s a n s en effaroucher l'immaculée\n blancheur !\n    J'ai goûté surtout, dans ce volume, les R o n d e l s des Mois, où il y a des\nnotations très fines et très j u s t e s ; l'ode à Victor H u g o , qui n'est pas sans\nampleur ; et les méditations de la Grande-Chartreuse, où j'ai retrouvé u n peu\ndes impressions si pures, si grandioses et si douces, naguères éprouvées à\nl'Abbaye de Maredsous. Vous en souvient-il, Georges Virrès?...\n\n   P r i n c e s s e A v r i l : u n n o m exquis; c'était, paraît-il, celui que l'on donnait\nà une petite fille c h a r m a n t e , et qui est morte. Les courts poèmes q u e\nM. Théodore Maurer écrivit à la mémoire de cette enfant sont gracieux, frêles\net jolis comme elle devait l'être elle-même ; ils sont, aussi, trempés de larmes,\net bien touchants dans leur simple tristesse.\n   U n p e u de gloire vivra, par eux, sur cette tombe ignorée de fillette ; el\nle sommeil d e la petite morte en sera meilleur :\n\n                  L'ombre tombant des fleurs semble alléger la terre,\n                  Que l'on croit voir peser au corps endolori.\n                  Puis, vous la sentirez, Elle, moins solitaire,\n                  A dormir dans ce frais voisinage fleuri...\n\n   U n e collection anthologique qui nous p r o m e t les œuvres choisies de\n« cent femmes de lettres » (rien que ça!) s'inaugure par quelques poèmes\nde M a d a m e de M o n t g o m e r y . D'une inspiration élevée et large, comme\nceux de S u l l y - P r u d h o m m e dont l'auteur se réclame d'ailleurs, ces poèmes\nphilosophiques m a n q u e n t de cette délicatesse indéfinissable que l'on aime à\ntrouver avant tout d a n s les œuvres des femmes. Décidément, Molière\navait r a i s o n ! . . .\n\n   M. LÉONCE D E P O N T publie l'ode à V i c t o r H u g o , qui lui valut le grand\nprix de poésie de l'Académie française. T o u t e s les qualités de l'excellent\nécrivain s'y rencontrent : distinction, ampleur, éclat, h a r m o n i e . Mais elle a\naussi les défauts du genre : en concurrent consciencieux, M. Léonce Depont\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "l58                                DURENDAL\n\n\ny a dépeint et caractérisé tour à tour les multiples aspects du P o è t e protéi-\nforme; son habileté l'a sauvé de b e a u c o u p d'écueils, elle n'aurait pu\nl'empêcher d'égratigner à quelques-uns la coque de sa nef audacieuse. E t je\npréfère, à ce grand morceau de littérature, les é p a n c h e m e n t s intimes des\nPèlerinages, dont je vous ai jadis signalé la beauté très pure.\n\n                                                                 FRANZ A N S E L .\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                        Le Temple\n\n                LE bonheur! prononça Maxime de sa voix d'indif-\n                   lércnce et de douleur glacée...\n                      Ils étaient assis l'un en face de l'autre, dans\n                   le cercle étroit de la lampe, sans se regarder;\n                   et la chambre, au delà, faisait autour d'eux une\n                   grande ombre livide, habitée par des choses\n                   confuses.\n                      L a physionomie de Maxime était toute de\ndéfi obstiné, de lassitude et d'ironique dégoût, et ses yeux\nétaient semblables à un feu mourant dont le vent encore,\nparfois, fait jaillir des étincelles. Delzire était pâle et fiévreux,\net dans ses yeux une grande lueur triste brûlait, comme la\nflamme basse, dardante, mélangée de ténèbres et de fumée,\nd'une torche funèbre...\n   Ils se ressemblaient étrangement, cependant, ainsi que la\nmort ressemble à l'agonie. De ses inflexibles mains, violentes\net délicates, la vie avait modelé ces visages — celui de Maxime\ndans un dur marbre sans éclat, impassible, avec les orbites\nfixes et vides d'une statue — celui de Delzire, précisé lente­\nment, dans une terre plastique et tendre, avec des contours\ncaressés et des lignes pures : masque sculpté par la dou­\nleur où, de la pression prolongée de ses doigts énervés et\nextatiques, elle avait mis l'empreinte de la souffrance, le signe\nde l'esprit, toute l'ardeur et toute la mélancolie, tout l'espoir et\ntout le désespoir. E t , son œuvre terminée, elle avait soufflé\ndoucement sur ses yeux, pour y allumer la taciturne lueur d'un\nrêve plus opiniâtre à mesure qu'il serait plus démenti...\n   Contemplant son ami avec toute la tendresse forte et\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "160                          DURENDAL\n\n\nprofonde qu'il savait ne devoir point manifester, Delzire\npensait :\n   — Deviendrai-je, un jour, pareil à lui, et cette âme trop fré­\nmissante se figera-t-elle dans l'orgueil conscient de l'anéantis­\nsement? Saura-t-elle mépriser tout, et soi-même, et comprendre\nque le rire ment, et les larmes et, même, notre propre indif­\nférence?... A force de blessures inavouées, le voici comme cui­\nrassé de cicatrices. Des idées affluent constamment en lui qu'il\ndéfend, également, ou détruit, avec insouciance... Il ne croit\nplus à rien et, moins qu'à n'importe quoi, à lui-même. Il\nm'aime de lui ressembler, de souffrir encore des maux auxquels\nil s'est endurci ; d'être devant lui comme une phase posthume\nde son existence — et, en même temps, il ne peut s'empêcher\nde m'en railler...\n   — L e bonheur ! reprit Maxime, et sa voix avait une inflexion\nde gravité presque caressante. Il me semble, quelquefois, que\nvotre amour et votre foi soient comme des flambeaux consumés\nen vain et dont la douloureuse flamme, rabattue par le vent,\nbrûle au seuil fermé d'un temple vide.\n   — Qu'importe!... Le temple ne sera jamais vide, que j'ai\nérigé d'une main pieuse et tremblante, sous la bénédiction\n et la joie du soleil, vis-à-vis de la mer... L e soleil a\ndisparu de l'horizon de ce promontoire; et il n'y a plus\nde la mer qu'un murmure confus et brisé, dans les ténè­\n bres; mais le temple ne subsiste-t-il pas, et moi, qui l'ai\n construit?... Car, vous le savez, c'est moi qui en ai fait surgir les\n colonnes, les ai dressées dans cet ordre et, par mon art, ai fait\n qu'elles chantent comme les strophes d'une ode... Les unes sont\n nues et fortes, selon le mode dorique ; d'autres, parées de la\n grâce ionienne ou du charme et de la langueur corinthiens; et\n des chapiteaux les surmontent, simples, fleuris de nobles\n acanthes ou de volutes... J'ai tenu chacune de ces pierres entre\n mes mains et je les reconnais toutes : le passé de mes jours fris­\n sonne dans leurs lignes immobiles et ce temple est bâti, non de\n marbre, mais de souvenirs... Cependant, voici, je ne relève plus\n la tête, puisque le fronton altier, les acrotères éblouissantes, les\n masques d'enivrement, d'effroi et d'auguste douleur que j'ai\n suspendus au faîte des murailles sont là-haut invisibles, dans\n la nuit ; et, aussi, les statues que mon génie passionné avait\n dégagées, rayonnantes, de la gangue de la matière... Hélas!\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                           LE   TEMPLE                        161\n\n\nil me semblait que mon âme, avec elles, se délivrait, mais,\nsans doute, fallait-il seulement que cette œuvre fût accomplie :\net j'ai donné aux pierres une vie qu'elles ne m'ont plus rendue...\nEnfin, quand m ê m e ! qu'elle reste emprisonnée dans ces figures\npétries de mon sang et de ma chair, et dont le geste de volonté\net d'espérance ne s'adresse plus qu'aux étoiles incertaines!...\n   — Ces paroles, dit Maxime, n'ont que de la b e a u t é ! . . .\n\n Mars 1901.\n                                             ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "          Les Expositions de Février\n\n  Salon de la Libre Esthétique. — La collection chronologique\nd'œuvres des maîtres impressionnistes — augmentée d'une série de notations\ndes plus intransigeants des peintres luministes d'aujourd'hui — constitue une\nmanifestation d'art de haute portée, de très exceptionnel intérêt. Je crois que\nla réalisation de ce plan est neuve et que même à Paris jamais on ne tenta-\nsemblable groupement.\n   Quelques chefs-d'œuvre actuellement indiscutables trouvèrent place à la\nCentennale. Quelques séries signées de certains noms cotés furent exposées à\nla galerie Durand-Ruel ou ailleurs. Ces groupements fragmentaires ne révé­\nlèrent que peu de chose de la tendance et de l'apport effectué au bagage expé­\n rimental de la peinture contemporaine parce groupe d'artistes très différents\nentre eux. Le choix judicieux de toiles réuni par M. Octave Maus est d'une\nsouveraine éloquence. En remontant à cette exposition de 1874, où quelques\npeintres novateurs se firent un titre et un drapeau du sarcasme d'un critique\nrétrograde, et constituèrent le groupe des « Impressionnistes », M. Maus a su\nréunir et classer des jalons marquant jusqu'à nos jours les étapes de l'affran­\nchissement de la vision, de la transformation de la technique. La recherche\ninquiète de la lumière vibrante amenant la division du ton local, — l'appli­\ncation de traits de couleur pure juxtaposés formant le ton définitif par un\namalgame qui se réalise, sans danger pour la fraîcheur et la solidité de la pein­\n ture, — dans l'œil même du spectateur, constituent des conquêtes ayant\n enrichi l'arsenal des moyens conventionnels d'expression de l'art moderne.\n    Cela est nettement démontré au Salon de la Libre Esthétique. Si les der­\n niers venus nous déconcertent par des audaces et des innovations, n'oublions\n pas que l'éducation de notre œil n'est qu'empirique et que nous eûmes, jadis,\n les mêmes effarements devant les plus beaux Claude Monet actuellement\n indiscutés. Conçoit-on encore que la Dame aux Éventails, de Manet, ou le\n  Village de Vétheuil, de Claude Monet, aient pu paraître révolutionnaires,\n informes, insuffisants et que leur apparition suscita un toile presque sans dis­\n cordances... ? Un Seurat fut admis à la Centennale et s'y trouva très à sa place.\n Qui l'eût osé pronostiquer il y a vingt ans. Peut-être les Signac, les d'Espa-\n gnat, les Guérin même, sont-ils des échantillons plus complets que nous le\n croyons à cette heure d'une interprétation nouvelle où nous finirons — en\n  nous habituant à leur aspect — par découvrir, en outre de mérites déjà évi-\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                     LES EXPOSITIONS DE FÉVRIER                             163\n\ndents, des indications complexes et complètes encore mal comprises. Le lan­\ngage de l'art est conventionnel, il évolue, il s'enrichit de signes nouveaux,\nparfois il ressuscite des indications dont le sens s'était perdu. L'indéchiffrable\ndevient clair, la langue d'abord inintelligible et inharmonique nous paraît\nfamilière et souple peu à peu.\n   Les Impressionnistes nous ont donné le goût des colorations raffinées, la\nsaveur de l'atmosphère et celle de l'ambiance. Les reflets, les réactions des\nvaleurs sont leur domaine.\n    Il est déconcertant que l'ambition de peindre des tableaux résumant une\nimpression de nature ait pu paraître à n'importe qui ridicule ou insensée. Le\npaysage — pour quiconque ouvre des yeux sensibles — n'est-il pas unique­\nment fait d'impressions lumineuses? Qu'importe le Motif? Tout motif — le\nplus élémentaire est le meilleur — ne se transmue-t-il pas indéfiniment en\nmille tableaux, selon la magie changeante de l'heure et de la saison? L'œil\nsubtil et réceptif d'un peintre qui sut le premier résumer ces instantanés, sa\nmain qui les fixa sur la toile par des procédés neufs et adéquats à son vouloir,\nson intelligence qui en perçut la nouveauté et la signification n'eussent-ils pas\n dû émerveiller tous les hommes ayant le sens des choses de l'Art?\n    Ces éternels malentendus de l'évolution esthétique n'apprennent rien à la\nfoule. Wagner ne fut-il pas traité comme Gluck à un siècle de distance?\n Corot fut incompris d'abord. Quand justice lui fut rendue plus tard, on ne fut\npas plus clairvoyant à l'égard de successifs apporteurs de neuf.\n   J'examinerai en détail, le mois prochain, les contingents divers qui con-\nèrent au Salon de la Libre Esthétique un si réel attrait. Sans doute, à côté\n de chefs-d'œuvre, ils comportent des œuvres d'un intérêt documentaire. Cer­\n tains peintres furent plutôt des initiateurs que des maîtres bien complets.\n Mais leurs découvertes et les ouvrages par lesquels ils les ont affirmées font\n partie de l'histoire de l'Art. Elles sont à leur place à cette exposition.\n    Quelques lacunes — inévitables — se peuvent constater. Le groupe des\nImpressionnistes est d'ailleurs si éclectique de tendances et si varié que cette\nappellation vague n'indique rien de bien défini. Des peintres très divers,\ncombattant en tirailleurs pour un idéal personnel, ont revendiqué d'y être\nenrégimentés. Claude Monet et Degas, Renoir et Pissaro n'ont guère d'ana­\nlogies entre eux, sauf l'affirmation de personnalités affranchies de routine et\nvolontairement novatrices.\n   Je n'examinerai pas si les peintures des « Indépendants » actuels dérivent\nlogiquement du mouvement créé par les Impressionnistes. Les Indépendants\nont remplacé la volonté d'exprimer l'aspect réel de la nature par la volonté\nde transposer cet aspect au moyen de signes conventionnels, en se réclamant\nde la science et non de l'observation. Ils ont résisté aux affirmations de\nleurs yeux pour se fier aux suggestions de leur intelligence. Leur conscience\nest indéniable et leur bonne foi respectable. Mais le plus grand nombre des\nadmirateurs d'un Claude Monet ou d'un Degas se refusent à admettre\n MM. Cross, Luce ou Guérin comme héritiers de ces maîtres. Besnard,\n Thaulow ou Claus, à la bonne heure, mais les pointillistes, malgré tout le\ntalent de certains d'entre eux, jamais de la viel\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "164                                 DURENDAL\n\n\n\n   M. Maus, selon l'opinion très documentée de M. Durand-Ruel, n'a pas\ntenu compte de cette controverse passionnée ou du moins il l'a résolue dans\nle sens le plus discutable. Ceux qui ont l'habitude des préparations d'exposi­\ntion et qui savent les précédents et les mobiles, et les camaraderies, et les\ninsurmontables difficultés diverses, ne prendront pas le souci de s'y arrêter.\nIls applaudiront au résultat obtenu et en féliciteront l'auteur.\n   Je reparlerai à loisir des divers envois composant cette instructive exhibi­\ntion.\n\n   L e s E x p o s i t i o n s é p h é m è r e s . — Au Cercle Artistique de Bruxelles,\nM. CHARLES MICHEL a exposé une série de ses œuvrettes fines et habiles,\ncroquis féminins de ligne décisive, de silhouette souple, de modernité\npiquante, montrant, dans une note conventionnelle, des résumés amusants\net pleins de goût. Le genre personnel de M. Michel est aimable, mais il\nn'appartient pas à 1' « art facile », qu'on ne s'y trompe pas; il requiert une vraie\nscience de dessinateur, une mesure charmante qui le tient éloigné de la gra­\nvure de modes et de l'illustration. Ces documents, pas prétentieux et pas\nencombrants, pourraient fort bien « durer » mieux que beaucoup de grandes\nmachines plus ambitieuses.\n   Son coexposant, M. LUCIEN FRANK, a de vrais bonheurs de coloris, un raf­\nfinement séduisant de notes crépusculaires aux bleus veloutés et profonds,\npalpitants de clartés diffuses et de vapeurs opalisées. L'artiste applique les\nressources de sa remarquable palette à l'interprétation d'effets malheureuse­\nment déjà révélés et connus.\n   Avant eux, MM. NICOLAS VAN DEN EEDEN et ADOLPHE HAMESSE ont été\nmoins heureux. La volonté tenace de M. Van den Eeden commande le res­\npect, mais son dessin sec, son coloris froid, un manque de charme et d'aban­\ndon déparent ses meilleures toiles. M. Hamesse se répète faiblement. Les\npaysages conventionnels sont lourds et monotones. On lui voudrait plus de\nferveur devant la nature.\n   MM. PAUL HERMANUS et ADRIEN COLLEYE achèvent la série des salonnets\ndu Cercle en ce février 1904.\n   M. Colleye, bon élève de Baron, ne tente point de renouveler la vision du\nmaître. Son interprétation, tenue en lisières par une respectueuse ferveur à la\nmémoire de l'initialeur, nous rappelle, avec quelque mollesse, l'art du peintre\nnamurois. Mêmes prédilections pour certains aspects de nature, mêmes\nmises en page, mêmes tonalités, même technique, avec toute la différence\nd'une personnalité et de son reflet...\n   M. Paul Hermanus, élève, semble-t-il, de l'excellent aquarelliste Stacquet,\nréalise au moyen de la peinture à l'huile des paysages et des intérieurs dans\nla manière de son professeur. Une ampleur superficielle, assez décorative\nrend sympathiques ces faciles ouvrages.\n   M. THÉO HANNON, l'excellent critique d'art, a exposé à la galerie royale\nune série de sérieuses aquarelles. Un critique tend le dos aux verges de ses\nconfrères en descendant ainsi dans l'arène et en soumettant ses œuvres, tout\ncomme un simple artiste, à l'appréciation des moins indulgents. M. Hannon\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                      LES EXPOSITIONS DE FÉVRIER                              165\n\n\nn'a pas à regretter son audace. Une presse unanimement bienveillante asignalé\ncette jolie exposition et rendu justice aux qualités dont témoignent ces paysa­\nges, ces fleurs, cette tête d'étude. Tout cela est alerte, consciencieux et habile.\n  En même temps, MM. REDING et VALKENAERE ont fait voir leurs récentes\npeintures. M. Reding, s'il se confinait dans le genre exclusif de la nature\nmorte réaliserait de jolis morceaux. Les envois le prouvent à l'évidence.\n\n   L'administration communale de Saint-Gilles a exposé les\nmodèles et esquisses des œuvres d'art destinées à la décoration extérieure et\nintérieure de son nouvel hôtel de ville.\n    La partie sculpturale a été confiée à vingt et un statuaires. Il est oiseux\nd'ajouter qu'elle est inégale et manque un peu d'ensemble. Mais les nécessités\npolitiques et un sentiment plus équitable qu'esthétique des droits des artistes\njustifient le morcellement de cette grosse commande. L'excellent Julien\n Dillens a bien voulu régir l'exécution de ces ouvrages, prodiguer des conseils\naux jeunes et tâcher d'insuffler à leurs conceptions un peu du style architecto-\nnique dont ses deux propres statues offrent un si frappant exemple. Les\n figures du Travail et du Droit ont un galbe de cariatides, elles épousent les\n lignes du monument et s'inscrivent dans le schéma d'un fût de colonne avec\n une parfaite entente de leur subordination à l'effet d'ensemble du monument.\n Cela est largement compris et exprimé dans une allure large et décorative à\n souhait.\n    Les têtes des deux statues confiées à Jacques de Lalaing, Instruction et Jus-\n tice, sont nettement typées et d'un beau caractère. La maquette d'ensemble\n n'a pu en être exposée. Parmi les autres participants, il faut louer Paul Dubois,\n Ch. Samuel, P . Braecke, G. Devreese, H. Boucquet, qui ont réalisé des sil­\n houettes intelligemment ornementales.\n    Le groupe de M. Rousseau, destiné à une corniche très élevée, évapore\n dans la distance ses rares qualités de précision expressive et montre des mou­\n vements incertains, des proportions déconcertantes.\n    Il est impossible de se prononcer sur le modèle réduit et grossier de la fon­\n taine commandée à Jef Lambeaux. L'impression n'est pas bonne, mais le\n document est trop insuffisant pour valoir qu'on le discute-\n    La décoration intérieure comporte des peintures confiées à MM. Jacques\n de Lalaing, André Cluysenaer, Fernand Khnopff, Orner Dierickx, et des\n grands panneaux brodés par Mme Hélène De Rudder. Les esquisses de ces\n travaux promettent des œuvres de valeur.\n    MM. de Lalaing et André Cluysenaer réaliseront une composition plafon­\n nante de feu Alfred Cluysenaer, énergique et de coloration soutenue. Le projet\n de M. Fernand Khnopff est, au contraire, résumé en clartés pâles et en\n nuances indécises. Certaines figures rappellent — un peu trop — les anges\n des Jours de la création de Sir Edward Burne-Jones. Sans doute, l'exécution\n en grand de ce carton fera disparaître cette réminiscence involontaire.\n  M. Orner Dierickx annonce des gesticulations un peu excessives dans une\n  harmonie plutôt vulgaire.\n    Les broderies de Mme De Rudder seront évidemment infiniment précieuses\n  par l'éclat des nuances et la perfection de la technique.                P . L.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                     Chronique Musicale\n\n   Troisième Concert du Conservatoire. — Comme au second\nconcert, M. Gevaert nous y a fait entendre trois œuvres, sinon de significa­\ntion, du moins de style fort différent et fertiles l'une c o m m e l'autre en écla­\ntantes beautés ; la Symphonie en ut, de S c h u m a n n ; le concerto pour clavecin, flûte\net violon, de B a c h ; enfin, le Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn.\n     L e grand nom de Beethoven occupe d a n s le domaine de la s y m p h o n i e une\nplace si p r é p o n d é r a n t e que, pour cette expression de l'art musical, on est\ninconsciemment et invinciblement tenté de p r e n d r e pour point de compa­\nraison les chefs-d'œuvre que ce puissant génie n o u s a légués. Il suit de là que\nles symphonies écrites postérieurement par les maîtres du XIXe siècle, qui ont\nrecueilli son redoutable héritage, apparaissent souvent comme dénuées d'en­\nvergure et de profondeur. On éprouve une impression analogue vis-à-vis des\ndrames lyriques musicaux qui ont suivi la somptueuse floraison de l'épopée\nw a g n é r i e n n e . Ainsi, après avoir défié du regard l'astre-roi, l'œil ébloui où\n ruisselle l'or de l'image sublime, croit voir tous les objets qui l'environnent se\n maculer de petits êtres noirs, informes et r a m p a n t s . Il importe assurément de\n s'affranchir de la tyrannie de ces points de comparaison d a n g e r e u x , en ce\n sens qu'ils peuvent nous induire à des appréciations erronées et à mécon­\n naître des œuvres absolument dignes d'admiration. L a Symphonie en ut, de\n S c h u m a n n , est fort claire en ses significations, elle chante avec plus d'exubé­\n rance que de majesté la joie qui inonde le cœur du grand artiste, se range au\n n o m b r e de ces poèmes lumineux et pacifiques, expressifs de bonheur profond,\n si nombreux dans l'œuvre du maître de Zwickau, et qui peuvent être légiti­\n mement considérés c o m m e les perles les plus précieuses constellant l'écrin du\n poète. L e scherzo, d'une coupe si gracieuse, d'une ciselure si délicate, nous\n apparaît la partie la plus caractéristique de cette symphonie qui a été inter­\n prétée par l'orchestre du Conservatoire avec toute la verve et la fougue dési­\n rables, en concordance avec l'esprit intime du poème qui n'est d'un bout à\n  l'autre qu'un long tressaillement d'allégresse.\n      L e concerto de B a c h a continué de nous promener d a n s des régions\n  sereines et heureuses. Il n o u s introduit dans l'empire du B o n h e u r , de ce\n  bonheur grave et auguste qui, pour s'exprimer au dehors, chercherait des\n  accents plus calmes et plus majestueux que ceux de la symphonie de Schu­\n  m a n n , et ce fut u n régal exquis d'impressions douces, fines et enivrantes dont\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                            CHRONIQUE MUSICALE                                     167\n\n\nnous sommes redevables à ces véritables artistes qui s'appellent de Greef,\nAnthoni, T h o m s o n . M. de Greef a interprété sa partie de piano (qui rempla­\nçait le clavecin en l'occurrence) avec cette précision colorée, ces magistrales\ngradations expressives dans le crescendo et le decrescendo qui rangent M. de Greef\nparmi les pianistes les plus parachevés de notre époque.\n   Le Songe d'une nuit d'été n o u s fait aborder au royaume enchanté où règne\nShakspeare, ce sublime visionnaire; il nous ouvre la porte de ces paradis\nbleus qu'illuminent éternellement des lueurs mystiques et vermeilles et\nqu'embaume le parfum des baisers donnés par les sylphes a m o u r e u x aux fées\nse réfugiant d a n s le calice soyeux de fleurs merveilleuses. Il y aurait un\nchapitre intéressant à écrire sur le Fantastique en musique. Mendelssohn y\noccuperait u n e place d'honneur à côté de W e b e r , de Berlioz, de Liszt, de\nWagner.\n   L'ouverture du Songe est u n chatoyant tissu de sonorités scintillantes dont\nla caresse vole ainsi q u ' u n léger bruissement d'ailes roses dans les profon­\ndeurs d'un inaltérable azur. Si l'art de Mendelssohn m a n q u e de puissance et\nde grandeur, il possède, en revanche, les qualités de ses défauts, se caracté­\nrise par je ne sais quelle grâce souple, exquise, féminine et presque volup­\ntueuse, dirions-nous (si cette épithète ne se prenait trop souvent dans u n e\nacception confinant au sens de morbide, ce que nous ne voulons assurément\npas dire). Au point de vue formel, p a r l'élégance et la suavité de la ligne\nmélodique, par la préoccupation d'éviter les constrastes violents et les impres­\nsions trop puissantes, cet art nous semble assez apparenté à l'esthétique de\nRacine et à celle de L a m a r t i n e qui ne sont assurément pas à dédaigner. Il\nétait intéressant d'entendre le scherzo de Mendelssohn après celui de Schu­\nmann, mais il n'entre certainement point en notre pensée de vouloir établir\noiseusement un ordre de prééminence entre ces deux pièces exquises qui bril­\nlent chacune de leur beauté propre. Il est, enfin, curieux de noter en cette\nœuvre de Mendelssohn certaines harmonies, certaines successions d'accords\nqui ressortissent essentiellement de l'art wagnérien.Bref, l'exécution du Songe\nd'une nuit d'été au Conservatoire nous a ravi et n o u s croyons que tous ceux\nqui ont assisté à cette audition souscriront pleinement à notre manière de\nvoir.\n                                                          G E O R G E S DE   GOLESCO.\n\n\n  Le troisième Concert Ysaye était consacré à l'école musicale russe.\n   Les Russes sont entrés très tard d a n s le m o u v e m e n t général de la musique\noccidentale, au d é b u t du XIXe siècle seulement. Ce court espace de temps\nleur a suffi pour p r e n d r e u n e place honorable parmi les compositeurs les\nplus en vue. L'histoire de la m u s i q u e artistique (1) russe ne compte encore\nque trois générations de compositeurs. A la première appartiennent tout\nd'abord Verstowsky, puis Glinka et Dargomijsky ; à la deuxième Balakirew,\nCésar Cui, Borodine, Moussorgsky, Rimsky-Korsakow, Sérow, Rubinstein,\n\n\n  (1) Par opposition à la musique populaire de ce pays.\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "168                                DURENDAL\n\n\nTchaïkowsky, et quelques autres ; à la troisième Glazounow, Liadow,\nTanéiew, Arensky, Rachmaninow, Scriabine, etc.\n    Bien que précédé de Vertowsky, qui écrivit quelques opéras sur des sujets\ntirés de l'histoire russe (1), Michel Glinka (1804-1857) est considéré comme\nle créateur de l'opéra russe. Il n'a composé que deux opéras : La vie pour le\n Tsar et Rousslan et Ludmila. Le premier est le plus populaire. Cette popularité\nest due au sujet, emprunté à l'histoire russe de l'époque de la domination\npolonaise. Les connaisseurs en Russie considèrent le second opéra Rousslan\net Ludmila comme supérieur. Glinka a écrit en outre des mélodies, des\n morceaux pour piano et quelques œuvres de concert pour orchestre.\n    Dargomijsky (1813-1869) est le digne continuateur de l'activité créatrice\nmusicale de Michel Glinka. Il est célèbre surtout à cause de ses deux\nderniers opéras : Les Roussalkas (ondines) et Le Convive de pierre (Don Juan).\n Dans ce dernier opéra, le compositeur a rompu avec la routine. Aux\n prises avec un sujet contenant de puissants éléments dramatiques, il s'est\n exclusivement attaché au récitatif mélodique.\n    En 1856, deux musiciens, très jeunes alors, et passionnés pour leur art, se\n rencontrèrent à Saint-Pétersbourg, Balakirew (né en 1835) et César Cui\n (1835). Quelques temps après, Rimsky Korsakoff (1844), Borodine (1834-\n 1887) et Moussorgsky (1839-1886) se joignirent à eux et il se forma un petit\n cercle qui fut le berceau de l'évolution musicale néo-russe. Au point de vue\n historique national, ils se rattachaient à Glinka et Dargomijsky. Au point de\n vue de l'influence étrangère, ils prenaient comme guides Beethoven, Schu­\n mann, Berlioz et Liszt. Ils furent, sinon hostiles, du moins réfractaires\n au mouvement Wagnérien, peut-être à cause de leur tempéramment slave,\n sentimental et peu spéculatif. En outre, très épris des beautés de la flore\n musicale de leur pays, ils sentaient qu'il y avait là une mine peu exploitée\n encore, une source d'inspiration ethnique pleine d'originalité, de grandeur\n et de morbidesse, d'entrain et de mélancolie, de grâce et de tristesse\n navrante, vivante encore partout dans leur patrie. Les légendes de l'époque\n mythique et préhistorique et les motifs qu'offre l'histoire documentaire\n russe leur fournissaient une quantité de sujets pour opéras et poèmes musi­\n caux. Il en va de même du monde oriental, si proche de la Russie et déjà en\n partie annexé.\n    Les résultats artistiques de ce mouvement si intéressant sont connus en\n  Europe, tout au moins partiellement, à l'exception toutefois des œuvres lyri­\n ques russes qui n'ont pas encore été représentées sur les scènes de langue\n française. C'est dommage, car cela nous prive de la connaissance des œuvres\n  dramatiques qui, par leur physionomie, tranchent sur ce que nous enten­\n  dons d'ordinaire.\n     Rubinstein, Séroff, Tchaïkowsky et plusieurs autres, bien que contempo­\n  rains de la pléiade des compositeurs précités, forment un groupe à part,\n  international en quelque sorte.\n\n\n   (1) La tombe d'Ascolde, par exemple, son meilleur opéra et le plus populaire.\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 l69\n\n\n   En réalité, il y a deux écoles en Russie : celle de Moscou, représentée par\nTchaïkowsky et les deux Rubinstein, Nicolas et Antoine, et celle de\nSaint-Pétersbourg, fondée par Balakirew et César Cui. L'une est plus\néclectique, l'autre plus nationaliste. L'antagonisme entre ces deux écoles,\nmalgré les froissements inévitables, a produit au point de vue artistique\nd'excellents résultats.\n   En ce qui concerne les œuvres de la récente génération des musiciens\nrusses, nous n'avons pas assez de recul pour les juger. Il faudrait d'abord\nles entendre souvent et ensuite les étudier sans parti pris.\n   Parlons maintenant du concert. En voici le programme :\n   I. Michel Glinka. — Ouverture de Rousslan et Ludmila.\n   Le sujet de ce deuxième opéra de l'ancêtre de la musique russe est\nemprunté à l'un des premiers poèmes d'Alexandre Pouchkine, le plus grand\npoète de la Russie. C'est un conte fantastique où figurent des princes, des prin­\ncesses, des héros, des fées et des magiciens avec leurs charmes et sortilèges.\n   Ludmila, fille du prince Swétosar, est courtisée par un preux, Rousslan, un\nprince d'Orient, Ratmir et un fanfaron, Farlaff (rôle comique). Elle arrête\nson choix sur Rousslan. L'opéra débute par un festin nuptial. La bénédiction\ndes jeunes mariés est interrompue par un formidable coup de tonnerre. Des\nténèbres opaques envahissent subitement le palais, à la faveur desquelles\nl'héroïne est enlevée par le méchant magicien Tchernornor. Le reste de la\npièce c'est l'odyssée des trois prétendants cherchant à retrouver et recon­\nquérir la beauté ravie d'une façon si inattendue à leur affection. Fées et\nsorciers secondent et contrecarrent les équipées aventureuses des trois\nchevaliers. Après mille obstacles Rousslan parvient jusqu'au château de Tcher-\nnornor où se morfondait la belle princesse captive et amoureuse. Le héros,\naprès une lutte homérique, punit de mort l'infâme ravisseur. Malheureuse­\nment, Ludmila a été plongée par Tchernornor, avant sa lutte suprême avec\nRousslan, dans un sommeil magique que rien ne semble pouvoir dissiper.\nLa princesse endormie est transportée au palais de son père, aussi désolé\nque l'époux et les deux prétendants sont évincés. Finalement, le charme du\nsommeil léthargique de Ludmila est rompu par le bon sorcier Finit, et la fête,\ninterrompue brusquement au premier acte, s'achève brillamment au cinquième.\n   L'ouverture de cet opéra est intéressante. Elle est fort bien orchestrée.\nElle rappelle par la facture et l'allure les ouvertures de Weber dont elle est\ncontemporaine ou à peu près.\n   2. S. Rachmaninow. — 2me concerto op. 18 pour piano et orchestre, exécuté\npar M. Alex. Siloti.\n   Rachmaninow est l'un des plus en vue parmi les jeunes compositeurs\nrusses. Il est né en 1873. Elève de Siloti et d'Arensky. A composé un\nopéra, les Bohémiens, et un grand nombre de morceaux pour piano et pour\ninstruments divers.\n   Ce 2me concerto est de beaucoup supérieur au premier. C'est une œuvre\nsavoureuse, remplie de thèmes séduisants. Celui de l'Adagio sostenuto dégage\nun charme intime et pénétrant.\n   3. A. Glazounow. — Suite Moyen Age, op. 79.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "170                             DURENDAL\n\n\n   Cette suite, ultra romantique, pour orchestre a 4 parties : a) Prélude,\nb) Scherzo, c) Sérénade du Troubadour, d) Les Croisés. Cette suite n'est rien\nmoins que russe. Un compositeur français ou allemand eut pu la signer.\n   A. Glazounow est né en 1865. C'est un compositeur très fécond. Son\nbagage musical est énorme : opéras, symphonies, poèmes symphoniques,\nœuvres de musique de chambre, compositions pour piano, mélodies, etc.\nGlazounow est considéré comme le coryphée de la pléiade des jeunes compo­\nsiteurs de son pays.\n   Les musiciens russes possèdent vraiment le sens du coloris orchestral.\nTous ceux que nous entendîmes à Bruxelles, les pères et les fils, orchestrent\nfort bien. Leur palette est intéressante et variée. En cela ils ne cèdent, en\nrien aux compositeurs français actuels. Cependant il serait impossible de\ndire aujourd'hui quelle est la valeur intrinsèque de leurs compositions musi­\ncales, ni de prédire ce qui en restera.\n   4. a) A. Arensky.— Basso ortinato, op. 5, pour piano seul, composition dont\nla forme est indiquée par le titre.\n   A. Arensky est né à Saint-Pétersbourg en 1861. Il est élève de Rimsky-\nKorsakow. Il fut professeur au Conservatoire de Moscou de 1881 à 1891, et\ncette année il fut nommé chef des chœurs de la chapelle impériale. A com­\nposé des opéras, deux quatuors, un trio, des symphonies et des œuvres de\npiano.\n   La petite composition qui porte le titre de Basso ortinato, ne peut pas\ndonner une idée du talent dArensky qui jouit en Russie d'une réelle\nréputation.\n   b) Liadow. — Élude, op. 37, pour piano.\n   A. Liadow est né en 1863. Il est élève de Rimsky. Actuellement profes­\nseur au conservatoire de Saint-Pétersbourg. A composé un quatuor à cordes\net un grand nombre d'oeuvres pour piano.\n   c) Rubinstein-Siloti. — Les ghinka. C'est une transcription brillante d'une\ndanse caucasienne de A. Rubinstein.\n   M. Siloti, le virtuose-pianiste de ce concert, est un élève de Nicolas\nRubinstein et de Franz Liszt. Il est en possession d'une belle technique\npianistique. Son jeu est plutôt fait de charme que de puissance. C'est incon­\ntestablement une âme d'artiste au goût raffiné et sûr. Rappelé plusieurs fois\naprès l'exécution de ces quatre morceaux, il nous a joué en outre deux\néludes de Chopin.\n   En entendant son interprétation de l'étude en la bémol majeur (du deuxième\ncahier), il me semblait que M. Siloti devait être en possession directe de la\ntradition chopinienne, telle que nous l'a transmise Robert Schumann dans un\nde ses écrits. Durant son unique entrevue avec Chopin à Leipzig, Schumann\neut l'heur d'entendre exécuter cette étude par son auteur. L'impression qu'il\nen avait ressentie s'était gravée à tout jamais dans sa mémoire. M. Siloti m'a\navoué n'avoir pas connaissance de cet écrit, mais il tient cette tradition\nd'une source non moins directe, de Franz Liszt, le grand ami de Chopin et\nle non moins grand interprète des œuvres de ce Polonais de génie.\n   5. S. Tanéiew. — Ouverture d'Orestie, Les thèmes de cette ouverture\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                              CHRONIQUE MUSICALE                                        171\n\n\nsont e m p r u n t é s à la trilogie de S. T a n é i e w , Orestie, dont le livret est tiré du\ndrame d'Eschyle.\n   Cette ouverture est certes l'oeuvre la plus importante de toutes celles qui\nfurent exécutées d a n s ce concert. Sans doute la g r a n d e u r tragique du sujet\nd'Eschyle a inspiré T a n é i e w , à en juger d'après l'ouverture. C'est profondé­\nment senti et largement exposé. T a n é i e w est un Constructeur remarquable\net semble appartenir à la lignée des maîtres. Mais il serait téméraire\nd'affirmer que chez lui la conception, la forme et l'orchestration sont supé­\nrieures à l'invention de la trame musicale. Des œuvres pareilles doivent être\nentendues plusieurs fois avant que l'on puisse s'en faire une idée tant soit peu\néquitable.\n   6. Rimsky-Korsakow.— Ouverture de La grande Paque Russe pour orchestre.\nCe n'est pas tant u n e ouverture q u ' u n poème s y m p h o n i q u e . Il est précédé\nd'un texte explicatif tiré de la Bible. La d o n n é e poétique en est fort belle.\nNous n'en dirons pas autant de l'œuvre musicale. R i m s k y - K o r s a k o w ,\nl'auteur de tant de compositions remarquables, nous p a r d o n n e r a de ne pas\ntrouver celle-ci à la hauteur de certaines autres, de son Antar, par exemple ?\n   J e termine ce compte r e n d u , trop long, en exprimant le désir d'en\ntendre souvent, à Bruxelles, les œuvres de l'Ecole russe afin de pouvoir\nen suivre l'évolution dont sortira peut-être un jour l'Élu en qui culminera le\nmouvement musical de ce p a y s , le musicien synthétique qui résumera en\nlui toute cette évolution musicale en l'exprimant d ' u n e façon géniale.\n   Nous devons à E u g è n e Ysaye les plus vifs remerciements pour nous avoir\nfait c o n n a î t r e un art, si éloigné du n ô t r e par la distance kilométrique qui\n nous sépare de la Russie, quoique si proche, par ses t e n d a n c e s générales.\n                                                                  LÉOPOLD      WALLNER.\n\n\n    L e C o n c e r t L e k e u . — Sous les auspices de la zélée présidente de\nl'Association pour l'amélioration du sort de la femme, Mme B e e c k m a n , une\nmanifestation avait été organisée à la salle E r a r d en l'honneur du regretté\nLekeu. D ' a b o r d u n e conférence de M. Léon H e n n e b i c q , ayant pour objet\nde faire voir en l'œuvre de Lekeu u n e expression de l'âme collective contem­\nporaine et plus spécialement de l'âme Wallonne, de montrer aussi comment\ncette œuvre m a r q u e une étape caractéristique et u n renouveau d a n s l'art\nmusical belge. D e jeunes artistes, en vue dans le m o n d e musical bruxellois,\navaient rehaussé de leur concours le concert qui a suivi. M. C h a u m o n t a\njoué avec u n profond sentiment la pénétrante rêverie qui constitue le second\nmouvement de la sonate de Lekeu pour piano et violon. Cette sonate a\nd'ailleurs été d a n s son ensemble interprétée avec autant d'autorité que de\ncompréhension par M. C h a u m o n t et M. Geeraert. Les trois poèmes de\n Lekeu ont été interprétés avec u n art parfait par M m e Bathori. D'abord Sur\nune tombe, qui chante de façon si tragique les poignantes tristesses de la mort\nsans a u c u n e issue vers l'espoir et la lumière, puis la Ronde, au vol fantastique\n et de coupe si originale; enfin le Nocturne, d'une beauté moins caractérisée\n que les précédents. Le d r a m a t i q u e quatuor inachevé a couronné le concert,\n brillamment rendu par M M . Van H o u t , C h a u m o n t , Geeraert et Mlle Kuffe-\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "172                                 DURENDAL\n\n\nrath. On a goûté particulièrement le sens interprétatif et la science musicale\nqui ont présidé à toutes les exécutions de M. Geeraert, u n pianiste très en\nprogrès depuis deux a n s .\n\n\n    M m e M a t j a V o n N i e s s e n - S t o n e a donné au Cercle Artistique\nu n récital de lieder allemands. M m e von Niessen sent profondément les\nœuvres qu'elle chante, c'est là u n e qualité essentielle de l'interprète, que chez\nelle on ne saurait assez louer. Toutefois, ce constant souci de l'accent, de\nl'expression dont elle cherche à revêtir presque chaque mot du poème est\nsouvent poussé trop loin. A force de les creuser, elle dépasse les intentions\ndes maîtres, d'où une interprétation un peu forcée et voulue. Il ne faudrait\ncependant point trop insister sur cette critique, car le temps calmera et assa­\ngira sûrement ce que ce très louable zèle pourrait avoir d'excessif. D a n s\nl'Amour et la Vie d'une femme de S c h u m a n n , certains mouvements ont été pris\nd'une façon absolument trop lente, n o t a m m e n t le second poème (Er, der\nHerrlichste), h y m n e d'amour qui doit s'envoler à tire d'aile, librement et joyeu­\nsement, vers le ciel. Il faut aussi avouer que M. Charlier, à qui avait été con­\nfiée la mission d'accompagner la cantatrice, s'en est acquitté d'une façon bien\nmolle et effacée.\n   Les accompagnateurs versent souvent dans cette erreur péchant par trop de\ndiscrétion. Au début du récital, la voix de M me von Niessen a paru insuffi­\nsante, en particulier dans le Roi des Aulnes de Schubert, mais on en trouverait\npeut-être l'explication dans l'émotion ressentie par l'intéressante et s y m p a ­\nthique artiste encore à ses débuts, car elle a été fort supérieure en ses der­\nnières interprétations, y attestant des qualités d'ampleur qui d a n s les\npremières avaient fait défaut. Nous faisons allusion aux deux exquis poèmes\nde Richard Strauss, Traum durch die Dämmerung et Staendcheu, et à différentes\npièces de S c h u m a n n , Tosti, etc., qu'elle a chantées au rappel. M m e Matja\nvon Niessen-Stone a obtenu au Cercle Artistique un franc et légitime succès.\n                                                                     G. DE G.\n\n   A u d i t i o n d e s é l è v e s d e M . D e m e s t (vendredi 14 février). —\nD a n s l'atelier de Mlle Anna Boch, obligeamment prêté par l'intelligente\nartiste, M. Demest a organisé une audition de ses élèves. Ce fut u n e jolie\nfête mondaine dans un cadre délicieux. Les cantatrices et le c h a n t e u r pré­\nsentés par M. Demest ont démontré l'excellence d'un enseignement vocal\nqui tient compte des dispositions personnelles et sait respecter l'individualité\nde l'interprète.\n   Guidées par ce sagace professeur, les jeunes femmes dont les noms figu­\nraient au p r o g r a m m e ont fait entendre des œuvres sérieuses, sans fadeur,\nappropriées à la tessiture diverse des voix. T o u t e s réunissent des qualités\nd'école qui les mettent au-dessus de l'amateurisme : netteté de la diction,\nintelligence du style, pureté de l'émission. L a difficulté parfois extrême de\ncertains morceaux n'a point arrêté ces cantatrices, non plus que le « trac »,\nsi perfide souvent en ces premiers contacts avec le 'public.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 173\n\n\n   Mme Demest est l'étoile de cette école d'art. Le timbre cristallin de l'organe,\nla virtuosité tranquille de l'exécution ont fait merveille. Il est certain que\nnous réentendrons cette jeune femme en d'autres circonstances et qu'elle est\nvouée à de futurs succès. Une jolie carrière musicale attend évidemment, au\nthéâtre ou au concert, la sympathique artiste.\n   Mme Vandervelde a fait ses preuves de bonne musicienne, la voix est jolie,\nle phrasé intelligent, avec un commencement d'autorité.\n   On a goûté le timbre séduisant, l'assurance de Mme Cluytens, l'expressive\net sympathique interprétation de Mme Jouret, la vivacité et la verve de la\njolie Mme Jeslein.\n   M. Van der Borght possède un organe puissant et net dont il use avec\ngoût et méthode.\n   Les auditeurs de la répétition générale ont applaudi le charme et la limpi­\ndité vocale de Mme Isaye, qu'une indisposition a empêchée, le soir du con­\ncert, de chanter ses soli. Les jeunes élèves, encore trop novices pour se\nrisquer à exécuter des morceaux de virtuosité, ont chanté deux chœurs de\nfaçon à affirmer le parfait enseignement qu'elles reçoivent, et la manière dont\nfurent conduits des duos de chambre et le délicieux trio des « Rheintochters »\nacheva de révéler toute l'autorité professorale de M. Demest.\n                                                                       P . L.\n\n  Audition chez Mlle Pauline D e S m e t . — L e 19 février, eut lieu,\ndans les salons si hospitaliers de Mlle Pauline De Smet, une audition donnée\npar deux jeunes artistes, deux frères, MM. LUCIEN et EMILE MAWET, l'un\ncompositeur, pianiste et organiste, et l'autre violoncelliste.\n   M. L. Mawet a fait, entendre une fugue de sa composition et neuf de ses\nmélodies sur des textes de Verlaine. La fugue est un bon travail. Il fait\npreuve d'études solides. Les mélodies renferment des qualités incontestables.\nElles sont bien faites au point de vue musical. La conception procède du\nsouci de serrer le texte poétique aussi près que possible. Nous eussions désiré\nplus de jeunesse et d'élan. A ce prix, nous eussions supporté quelques mala­\ndresses, quelques accrocs, toutes choses qui se corrigent avec le temps et\nl'expérience.\n   On trouve en proportion à peu près égale, dans le jeu de M. Mawet, les\nmêmes dons que chez son frère, le compositeur, et, nous ne dirons pas les\nmêmes défauts, mais la même absence de qualités. L'exécution des\ncompositions de Bach, Boëlmann, César Cui, Schumann et Max Bruch, qu'il\nnous a fait entendre, affirmaient un mécanisme solide et le souci des moindres\ndétails, mais sans le brio que l'on aimerait à trouver chez de très jeunes gens.\n   Cette critique n'a pas pour but de les décourager. Pour chaque nature\nd'artiste, les points de départ sont différents. Rappelons-nous les débuts de la\ncarrière pianistique de Francis Planté. Ils neprédisaient rien de remarquable.\nLa faculté d'expression est parfois enfouie pour quelque temps au fond d'une\nâme. Chez une autre, elle est saillante et impérative dès le début. Certains\nfruits sont précoces. D'autres ne mûrissent que lentement. Qu'importe s'ils\nfinissent par arriver à maturité.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "174                                   DURENDAL\n\n\n   Nous n'avons que des éloges à adresser à M lle GABRIELLE WYBAUW. Elle\na chanté les mélodies d e M. L . Mawet avec u n e fort jolie voix et u n e excel­\nlente expression. Il serait injuste d e ne p a s mentionner le nom de M. A. Collet,\nélève d'Engel, baryton, le second interprète des lieders de M. Mawet.\n                                                                                  D. L .\n\n    L'A Capella Gantois, sous la direction d e son éminent directeur,\nE M I L E HULLEBROECK, a consacré sa deuxième audition a u x œuvres de Lulli,\nR a m e a u et Grétry. On y a applaudi l'exécution parfaite des jolis et gracieux\nm e n u e t s de Dardanus et de Castor et Pollux, pages exubérantes de vie pasto­\nrale exquises, qui inspirèrent maint artiste d'aujourd'hui. Ce q u i fait la\nbeauté et le mérite des œuvres de R a m e a u , c'est qu'il a cherché son inspi­\nration dans la nature m ê m e . L a c h a c o n n e du Cadmus de Lulli contient u n\ndessin de flûte sur fond orchestré d'une adorable naïveté. L e public des\nauditions gantoises put apprécier dans la Rosière de Salency la verve d e Grétry\ndont la franchise et la saine inspiration font oublier le p e u d e profondeur.\nEnfin, M. Hullebroeck fit entendre d e délicieuses chansons d u XVIe et d u\nXVIIe siècle : Rose inhumaine de Campra, l'Amour au mois de Mai d e Lefèvre, et\nRomanesca d'un auteur inconnu. Musique d'inspiration primesautière, sans\npréciosité, chantant la jeunesse, les fleurs et les ébats a m o u r e u x .\n                                                                            F . V.\n\n   MLLE Elisabeth Delhez à la Schola de Paris. — Un\ndes derniers concerts de la Schola Cantorum finissait p a r la première audition\nd'une œuvre importante, la cantate pour u n e voix de soprano Ich bin vergniigt\nde Bach. C'est une j e u n e cantatrice bruxelloise, M lle ELISABETH D E L H E Z , qui\navait assumé la lourde tâche de nous révéler cette belle œ u v r e ; il faut dire\nqu'elle s'en est acquittée avec u n e aisance qui a tout de suite mis le public en\nconfiance; au fur et à mesure d u développement de la cantate, les auditeurs\ntémoignaient leur enthousiasme p o u r l'œuvre et aussi pour sa remarquable\ninterprète, qui dirigeait sa belle voix de soprano a u timbre p u r et velouté, en\nparfaite musicienne. C'est après le premier récitatif, à la fois tendre et simple,\net surtout après le deuxième air, où la voix est si exquisement enguirlandée\ndes dessins du violon et d u hautbois qui se détachent d e l'orchestre en soli,\nque M l l e E . Delhez a été particulièrement a p p l a u d i e .\n\n\n  Auditions de Musique Religieuse à Anvers, sous le patro­\nnage de S. E. le Cardinal GOOSSENS et sous la présidence d'honneur d'EDGAR\nTINEL.\n   N o u s recevons d'Anvers le c o m m u n i q u é suivant q u e nous reproduisons\navec le plus vif plaisir. N o u s applaudissons avec joie à cette noble entreprise\net lui souhaitons le plus g r a n d succès. T o u s les amis de l'art musical religieux\nvéritable, tous ceux qui désirent sa restauration dans l'Eglise auront à cœur\nde contribuer généreusement a u succès de cette belle et louable initiative :\n   « D a n s son motu proprio s u r la restauration de la m u s i q u e sacrée, Notre Saint-\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                               CHRONIQUE MUSICALE                                         175\n\n\nPère le P a p e P i e X désigne c o m m e particulièrement digne du culte, et en\nsecond rang après le chant grégorien, la polyphonie de l'ancienne école\nromaine, personnifiée en son plus illustre représentant : Pierluigi da\nPalestrina.\n   » Bien q u e les tendances profanes de la m u s i q u e m o d e r n e aient contribué à\ndiscréditer auprès de la multitude cet art si pur et si élevé, l'élite des musi­\nciens lui garde cependant une admiration sans réserve, reconnaissant surtout\nsa parfaite convenance avec la sainteté de la liturgie.\n   » Il nous paraît d o n c o p p o r t u n , après l'appel pressant que le Souverain\nPontife adressait r é c e m m e n t à l'univers catholique, d'aider à faire connaître\net apprécier l'antique polyphonie religieuse, dont une interprétation vraiment\nartistique ne p e u t m a n q u e r de révéler l'incomparable beauté.\n   » Trois sociétés chorales se chargeront de remplir ce p r o g r a m m e . C'est\nd'abord le g r o u p e que dirige M. L . ONTROP à Anvers, et qui nous a fait\nentendre ici-même des œuvres anciennes et modernes exécutées avec u n\ngoût parfait. Ce sont ensuite les Chanteurs de Saint-Boniface, sous la direction\nde M. CARPAY. Ceux-ci sont constitués en association depuis 1896, au\nservice de la maîtrise de Saint-Boniface à Bruxelles. On sait avec quel\nempressement les fidèles viennent écouter les œuvres de Palestrina,\nVittoria, Josquin des P r é s , R o l a n d de Lattre, N a n i n i , etc., dont la très\nartistique interprétation fait des offices solennels de Saint-Boniface les plus\nbeaux de la capitale.\n   » N o u s a u r o n s enfin le b o n h e u r d'applaudir 1' « A capella Gantois » fondé et\ndirigé par M. E . HULLEBROECK, qui se dévoue depuis de nombreuses années\nà faire connaître l'art musical ancien, et qui nous a d o n n é , l'an dernier, à\nAnvers, celte inoubliable exécution de deux chefs-d'œuvre de Palestrina : le\nStabat Mater et le Credo de la messe du P a p e Marcel.\n   » Mais pour ne pas nous borner à faire e n t e n d r e d a n s une salle de concert\ndes œuvres é m i n e m m e n t propres à l'atmosphère pieuse de l'Eglise, n o u s con­\nvions les auditeurs de nos concerts à une messe solennelle, avec assistance\n pontificale de S. E . le Cardinal Goossens, en la chapelle du collège archi­\n épiscopal de S a i n t - J e a n B e r c h m a n s .\n    » L e s Chanteurs de Saint-Boniface y exécuteront la Messe brève de P a l e s l r i n a ;\n un groupe de séminaristes, m e m b r e s de la Schola de Malines, y chantera le\n propre du j o u r en chant grégorien.\n    » L e s auditions auront lieu d u r a n t la semaine de P â q u e s , les 9, 10 et\n 11 avril, en la salle des fêtes du Cercle Catholique, longue rue de l'Hôpital ;\n le 9 à 8 heures du soir, les 10 et 11 à 3 h e u r e s .\n    » Le p r o g r a m m e en sera publié prochainement.\n    » La messe solennelle sera célébrée en la chapelle du Collège archiépis­\n copal de S a i n t - J e a n B e r c h m a n s (entrée : place de Meir, 36), le lundi 11 avril,\n à 10 heures du m a t i n .\n    » L e s personnes qui voudront d o n n e r u n témoignage de sympathie et\n d encouragement à notre entreprise, en souscrivant pour la somme d'au moins\n quinze francs, recevront une carte de m e m b r e prolecteur d o n n a n t droit à u n e\n place réservée aux trois concerts et à la messe solennelle.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "176                               DURENDAL\n\n\n  \" Moyennant la somme de sept francs, on se procure u n e carte pour les trois\nconcerts (place de second rang) et pour la messe solennelle.\n  » Le prix d'une carte pour chaque concert séparé est de cinq francs aux\nplaces réservées, et de trois francs aux places de second r a n g . \"\n\n                         P o u r le Comité d'organisation :\n\n  J. BOELAERTS, secrétaire,                          F . V E R H E L S T , président,\nRue de l'Empereur, 42, Anvers.                   Avenue Quentin Metsijs, 4, Anvers\n\n  Prière d'envoyer les souscriptions à l'une de ces deux adresses.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                        Les Conférences\n\n   L e s P r i m i t i f s f r a n ç a i s . — Conférence de M. P A U L VITRY aux\nCours d'Art et d'Archéologie — Depuis quelques a n n é e s , la critique française se\nconsacre avec u n e grande et intelligente ardeur à l'étude des origines de la\npeinture française : longtemps, on a cru, et u n g r a n d n o m b r e d'érudits ont\nconservé cette opinion, que ces origines se confondaient avec celles de l'art\npictural dans les régions flamande et mosane, et que, même, les artistes\noriginaires de celles-ci avaient j o u é u n rôle p r é p o n d é r a n t à cette époque.\nSelon cette hypothèse, conforme, d'ailleurs, à la tradition, il n'aurait pas\nexisté d'école de peinture vraiment française antérieurement au XVe siècle, si\nétrange que ce p h é n o m è n e p û t paraître dans u n pays dont les enfants avaient\ncrié la merveilleuse architecture et la fière et expressive sculpture des XIIe et\nXIIIe siècles et manifesté leur activité et leur génie artistiques d a n s tous les\nautres domaines : le vitrail, la tapisserie, la miniature, etc.\n   On est toujours d'accord pour reconnaître que l'initiative de la grande\npeinture, du retable, de la « peinture mobile », selon l'expression de\nM. Vitry, appartient à la F l a n d r e ; mais les investigations méthodiques\npoursuivies par la critique française, l'étude attentive et comparée des m o n u ­\nments d'art à laquelle l'exposition de Bruges a fourni de nouveaux éléments,\nl'identification, parfois conjecturale, parfois sûre, d'un grand nombre d'ar­\ntistes natifs de F r a n c e et qui travaillèrent, concurremment avec des F l a m a n d s\net des Italiens, pour les Valois, permettent de reconnaître que les artistes\nfrançais prirent u n e grande part à l'éclosion et au développement de la pein­\nture septentrionale qui trouva sa finale et magnifique expression d a n s l'œuvre\n des Van Eyck, d e Memling, de Gérard David, chez n o u s ; dans celle de\n Fouquet et de Clonet, en F r a n c e .\n    M. Paul Vitry a exposé l'état de cette question passionnante avec une verve\n charmante, une extrême habileté d'argumentation et u n e abondance de\n preuves bien susceptibles d ' e m p o r t e r la conviction. Sa conférence, illustrée\n de nombreuses projections d'œuvres dont il a fait ressortir avec b o n h e u r les\n qualités distinctives, les caractères spécifiques nettement français, a obtenu\n le plus vif succès.\n                                                                   ARNOLD G O F F I N .\n\n\n   La variation musicale à travers les âges. — M. LÉOPOLD\n WALLNER a fait, à la Société d'Archéologie de Bruxelles, l'historique de la\n Variation musicale à travers les âges. Causerie plutôt q u e conférence, avec cette\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "178                                  DURENDAL\n\n\n\nabondante érudition, cette facilité de mémoire et l ' h u m o u r familier qui carac­\ntérisent l'éminent professeur. M. Wallner a commencé par définir les divers\naspects de la variation, tantôt rhytmique, tantôt mélodique ou harmonique.\nIl a cherché à en préciser l'origine dans la suite de l'évolution musicale et il\na cité les Anglais Tallis, Bird, etc., comme étant les véritables créateurs d'une\nforme de la musique instrumentale qui devait, en se développant, produire\ndes chefs-d'œuvre. E n effet, les maîtres les plus illustres, Bach, Haendel,\nRameau, H a y d n , Mozart, Beethoven, Mendelssohn, S c h u m a n n et Brahms,\nloin de dédaigner les variations, leur ont donné u n e prépondérance mar­\nquée, par la beauté et l'élévation dont ils surent parer leurs multiples avatars.\n   Le sujet était vaste et M. Wallner n'a pu l'épuiser tout entier en cette\nheure d'improvisation succincte. Il n'a pourtant point dissimulé son mépris\npour ce genre de compositions variées dont le but n'est autre que la virtuo­\nsité poussée jusqu'à l'acrobatie. S'il avait eu plus de temps à lui, il aurait,\nsans doute, pu nous raconter l'histoire de ces variations sur le Carnaval de\nVenise qui mirent en branle, durant une partie du XIXe siècle, archets, claviers,\nanches et embouchures de tout calibre. Le récit en vaudrait la peine et pour­\nrait tenter la curiosité des musicologues.\n   A l'appui de ses dires, M. Wallner avait organisé u n e audition de quelques\nexemples bien choisis dans le vaste répertoire des variations pianistiques.\nM. Henri La Fontaine et M. Vowles ont exécuté, à tour de rôle, avec un\nart parfait, des œuvres de Tallis, Bird, R a m e a u , H a y d n , Beethoven, et\nensemble les variations à quatre mains de Mozart, ainsi que l'Andante et\nVariations pour deux pianos de S c h u m a n n .\n   L'auditoire a très vivement apprécié le charme de cette exécution d'un\nstyle irréprochable et il a confondu dans u n m ê m e élan de satisfaction\nl'aimable conférencier et ses excellents interprètes.\n                                                                          E . E.\n\n   La peinture française au XVIII e siècle. — Conférence de\nM. VIRGILE Josz au Salon d'art français du X V I I I e siècle. — W a t t e a u , Frago­\nnard, quel sujet plus attrayant pouvait tenter la parole d'un critique aussi\nérudit et disert que M. VIRGILE Josz. Encore que C h a r d i n , Lancret, Pater,\nBoucher, Greuze,les portraitistes, Nattier, Largillière, R i g a u d , Drouais, méri­\ntassent peut-être, après Watteau et à côté de F r a g o n a r d , les commentaires du\ncauseur. Mais son exclusivisme ne fut point du dédain. Limité par la brièveté\nobligée du genre, M. Josz a préféré approfondir le minutieux examen de\nl'œuvre de deux maîtres exquis. Il l'a fait en une langue précieuse, un peu\ntrop écrite et compliquée, avec des effets de littérature appuyés, une diction\ninégale.\n   La Femme rêvée et réalisée par Watteau, la Femme typée par Fragonard,\nvoilà le vif du sujet traité, et M. Josz l'a exprimé en traits heureux, avec ani­\nmation. Il a retracé en de piquants tableautins la vie bourgeoise des provin­\nciales de Valenciennes, la vie brillante de la petite cour de Sceaux, évoluant\nautour de la châtelaine, cette trépidante duchesse du Maine, et aussi la vie\nmondaine des beautés parisiennes.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                LES CONFÉRENCES                                       179\n\n   L'indication de l'influence des peintres flamands sur W a t t e a u , le rappel de\nla \"lande ombre de R u b e n s , enfin la description de quelques pages célèbres\nont fourni au conférencier un couplet final — très a p p l a u d i — célébrant la\nportée poétique et le charme vainqueur des Fêtes galantes.\n\n  La poésie française au XVIII e siècle. — Tel était le sujet\nannoncé de la conférence de CATULLE MENDES, au Salon d'art français du\nXVIII e siècle. Mais, après en avoir dressé u n sommaire procès-verbal de\ncarence, M. Mendes a lâché les versificateurs du XVIIIe siècle et s'est com­\nplaisamment étendu sur les mérites plus apparents et plus variés des poètes\ncontemporains. P e u t - ê t r e quelques-uns des défauts reprochés par le brillant\nconférencier aux littérateurs du XVIIIe siècle ont-ils été exagérément soulignés,\net sans doute beaucoup des objets exhibés autour de lui auraient pu être\nappréciés par lui aussi sévèrement, car son point de vue était étroit et son\nparti pris injuste...\n   Néanmoins, il a obtenu un gros succès de très bon aloi. Il y avait foule et\nla parole brillante, la manière désinvolte du causeur ont eu leur action accou­\ntumée.                                                                    P. L.\n\n    C h a r l e s d e S p r i m o n t . — N o t r e collaborateur, P A U L MUSSCHE, a\ndonné, au local Patria, une causerie sur la vie et l'œuvre d e Charles de Spri­\nmont, notre regretté collaborateur, le poète inspiré dont les lettrés français et\nbelges ont été u n a n i m e s à déplorer la mort p r é m a t u r é e . De fines et substan­\ntielles études critiques sur l'œuvre du poète ont été publiées d a n s Durendal,\nainsi que dans d'autres revues et j o u r n a u x , études critiques au premier rang\ndesquelles il convient de signaler celles de Maurice Dullaert, de F e r n a n d\nSéverin, d ' E u g è n e Gilbert. Mais la conférence de P a u l Mussche (qui n'était\nd'ailleurs pas une étude critique) avait en plus u n attrait tout spécial. L e con­\nférencier a été, en effet, associé de tout près à la vie intime de Charles de\nSprimont dont il était l'ami et le confident. Aussi, est-ce avec u n e réelle élo­\nquence, cette éloquence irrésistible qui p r e n d sa source en un sentiment sin­\ncère et profond, qu'il a fait revivre la figure c h a r m a n t e du cher disparu. C'est\nd'une voix émue (et cette émotion n'a pas tardé à gagner l'auditoire attentif\net recueilli qui l'écoutait) qu'il a retracé cette jeunesse laborieuse, hostile à\ntoute frivolité comme à toute petitesse, exclusivement vouée à l'étude, à l'art,\nà la conquête de l'Idéal, à la méditation des essentiels problèmes de la des­\ntinée humaine, puis cette mort a d m i r a b l e , acceptée avec u n calme auguste,\nqui a inspiré au directeur aimé de la revue Durendal, M. l'abbé Mœller, des\npages si chrétiennement éloquentes. P a u l Mussche nous a raconté l'âme de\nCharles de Sprimont, âme à la fois si naïve, si g r a n d e et si profonde. Il a émis\nensuite des vues ingénieuses sur l'œuvre laissée, le faisant toutefois moins en\ncritique qu'en véritable poète parlant d'un autre poète dans un langage tout\nfleuri d'images ravissantes. Après la conférence, M lles W e r l e m a n et Derboven\n ont dit avec intelligence et un incontestable talent quelques œuvres de\n Charles de Sprimont, entre autres ce poème exquis qui s'appelle l'Ombre du\n soir tombant.                                                                  G. DE G.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "       Gazette des Faits et des Livres\n                                                                       Février 1904.\n\n                   IL n'est jamais trop tard pour parler de Guillaume Verspeyen\n                      — encore que Par la parole et par la plume (1) date déjà de\n                      quelques mois. Q u e mon éminent ami m e permette donc\n                      de le traiter comme Musset la Malibran, à cette différence\n                      près que l'oraison, Dieu merci, n'est pas funèbre et qu'elle\n                      ne sera pas en vers.\n                         Guillaume Verspeyen ne cultiva j a m a i s le vers, qu'il\n                      doit juger besogne de m a n d a r i n a y a n t le temps de ne\n                      pas écrire en prose. C'est en prose qu'il fit ses Châti-\nments à lui — frémissantes lanières verbales dont tant de croupes mécréantes\nportent encore les marques. Il n'a pas un livre à son actif. Pourquoi?\nL e loisir lui manqua — et j'imagine aussi l'envie. P a r vocation, il est\nu n journaliste, le plus grand et le plus complet après Veuillot. Même ses dis­\ncours, même ses conférences sont des articles — des articles parlés. Nul\nhomme, plus et mieux que Verspeyen, ne fut exclusivement, passionnément\net fièrement l'homme de son métier. E t de cette obstinée fidélité, le métier le\nrécompensa en lui donnant la maîtrise. Maîtrise de l'idée et maîtrise du verbe.\nE n cette forme instantanée de l'apologétique chrétienne, qu'est le journa­\nlisme — chose si souvent veule, grise et somnifère — Verspeyen insuffla une\nvie nouvelle faite à la fois d'ardente éloquence apostolique et de pittoresque\nh u m o u r — la vaillance du Croisé et l'esprit de F i g a r o . E t cet original et\nsavoureux mélange d'idées trouva d'instinct son expression d a n s u n style qui,\nselon les occurrences, s'éploie en belles périodes harmonieuses ou se concentre\nen traits vifs, alertes et corrosifs — pastilles de picrate concentré !\n   J'avoue craindre u n peu le sourire gouailleur du modèle en appliquant à\nGuillaume Verspeyen la séculaire définition latine : « Vir bonus dicendi peri­\ntus ». Pourtant, peut-on mieux concrétiser l'impression q u e laisse la lecture\nde ces discours, rapports, conférences, si fièrement épigraphés : Par la parole\net par la plume? Qu'importe que ces « fragments » écrits ou dits à des inter­\nvalles éloignés n'aient entre eux aucun lien visible — puisque la foi traverse\n\n\n  (1) GUILLAUME VERSPEYEN : Par la parole et par la plume (Gand, Siffer).\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                    GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   181\n\n\nle volume d'un b o u t à l'autre, soude les diverses parties et donne à l'œuvre\nune unité idéale et souveraine. E t ainsi, c'est tout d'abord comme u n grand\nacte de foi que le livre de Guillaume Verspeyen sera bienfaisant. Car la F o i\nest à toutes les pages; guerroyante contre le scepticisme, communicative aux\nindifférences, elle aigrette les phrases de combat, se mire au prisme des\nimages, s'exhale — c o m m e u n parfum — des évocations poétiques. P o u r q u o i\nne pas le dire : voilà véritablement des « Paroles d'un croyant » !\n   Et si, après avoir salué le « vir bonus », on se place au point de vue « art »,\non est presque confondu par les merveilleuses ressources toujours renouve­\nlées de cet esprit d'élite. P e n d a n t un quart de siècle, Guillaume Verspeyen\nassuma la charge annuelle du rapport sur le Denier de S a i n t - P i e r r e . Vingt-\ncinq rapports! E t sur u n fond essentiellement intangible, l'orateur ne se\nrépéta point, ne fut jamais à court d'aperçus inédits et, puisant avec u n e\naisance de millionnaire d a n s les réserves de son originalité, il fit vingt-cinq\nchefs-d'œuvre, où il se montra chaque fois autre, tout en restant lui-même.\nCombien de chères causes, encore traitées, du reste, dans le présent volume,\net notamment la question sociale, que successivement Verspeyen servit des\nexpressions diverses, mais également heureuses, de son éloquence, de son\némotion ou de son ironie!\n   Le rédacteur en chef du Bien Public est le jardinier du perpétuel\nrenouveau.\n                                          *   *\n   J'imagine que M. l'abbé Klein, en présence de l'anarchie intellectuelle et\nmorale où se débat la F r a n c e , doit savourer a m è r e m e n t la satisfaction d'avoir\nété trop bon p r o p h è t e . Si les catholiques français, au lieu de s'annihiler tout\nd'abord dans une préhistorique guerre d'étiquettes, à laquelle ils n'ont mis\ntrêve que parce qu'ils considéraient que l'affaire Dreyfus requérait impérieu­\nsement leur intervention comme un des Gesta Dei per Francos, si les catho­\nliques français avaient écouté les avis de M. l'abbé Klein et avaient pris dans\nla République la place qui leur fut u n m o m e n t loyalement ouverte,\nM. Combes n'eut point été possible, l'enseignement religieux n'eut point été\ndétruit et nous n'assisterions point au spectacle s y m p t o m a t i q u e d'une grève\nde séminaristes !\n  Mais les « réfractaires » — cumulant l'orgueil et l'imprévoyance — accu­\nsèrent M. l'abbé Klein de témérité, comme ils avaient taxé S. S. Léon X I I I\nde servilité.\n  Même en Belgique, on s'en souvient, il se trouva l'un ou l'autre esprit fort...\nen sciences orientales pour infliger des pensums à M. l'abbé Klein.\n  Le crime de celui-ci fut d e convier les catholiques à être les premiers p a r ­\ntout — en défendant la tradition d a n s ce qu'elle a de nécessaire et en mar­\nchant à la tête du progrès dans ce qu'il a de légitime et d'ailleurs d'inéluc­\ntable.\n  Comme Mgr Ireland, son illustre modèle, M. l'abbé Klein se refusait\nà « s'asseoir à la porte des cimetières et à pleurer sur des tombes qui n e se\nrouvriront plus ».\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "182                                 DURENDAL\n\n\n\n    C'est une fois de plus la leçon qui se dégage des études diverses que\nM. l'abbé Klein vient de réunir sous ce titre qui est un p r o g r a m m e : De quel-\nques motifs d'espérer ( 1).\n    Ce volume, préfacé d'un cri frémissant d'apostolat, touche à toutes les\nquestions vitales pour la pensée française : apologétique, économie sociale,\npolilique, enseignement, art, et sur ces divers problèmes émet des conceptions\net, ce qui vaut mieux encore, conclut à des actes en conformité avec les redou­\ntables nécessités du moment.\n    C'est vers la jeunesse surtout — prêtres et citoyens de demain — que\nM. l'abbé Klein se retourne, comme vers la réserve des espérances chré­\ntiennes; il lui dicte une méthode de formation intellectuelle indispensable à\nu n e action sûre et fructueuse, et il donne à cette action u n objectif nei et\nimmédiat; cet objectif s'élève bien, est-il besoin de le dire, au-dessus de l'uti­\nlitarisme politique, mais vise à la régénération des idées et à la réforme des\nm œ u r s . M. l'abbé Klein l'a admirablement compris; avant de faire des con­\nversions, il faut créer des apôtres. La France souffre, mais c'est autant par la\ntiédeur indifférente des chrétiens que par la haine sectaire des incrédules. Et\nsi l'avenir peut être sauvé, il le sera par des messagers de lumière et de pro­\ngrès, ayant rallumé à la flamme juvénile de leurs vingt ans le flambeau d'une\nfoi enthousiaste et prosélytique.\n    C'est à la création de cette légion vaillante de croisés modernes, que\ntravaille M. l'abbé Klein.\n    E t bien que son œuvre s'adresse spécialement à la jeunesse française, la\njeunesse belge aussi la lirait avec fruit — comme un sûr préservatif contre\n l'esprit de routine, l'esprit de scepticisme et l'esprit de calcul.\n\n                                         *\n                                        * *\n   P a r M. Adolphe Eelté, le symbolisme vient d'entrer dans l'histoire (2)...\nLes discussions de jadis — vitupérations et dithyrambes — sont remplacées\npar des anecdotes. Goncourt eut aimé le livre de M. Retté — le « journal » du\nsymbolisme! — où passent et repassent, gesticulent, parlottent et posent les\ninitiateurs du mouvement suivis de nombreux caudataires. Cette cinémato­\ngraphie de grands écrivains et de petits lettrés est réellement amusante; elle\nle serait davantage encore si M. Retté ne projetait trop souvent sur la toile\nl'ombre de sa propre personnalité. L'encombrement du « moi » sera donc le\ntrait commun des Romantiques, des Naturalistes et des Symbolistes! Plus\nl'art change, plus l'artiste reste le même.\n   Ce n'est pas que le livre de M. Retté nous éclaire b e a u c o u p sur les origines\ndu symbolisme, comme théorie esthétique, ni sur ses rapports avec les écoles\nd'art précédentes. Tout au plus les banquets de la Plume appellent-ils un rap­\nprochement avec la « première » d'Hernani, et la mort d ' E d o u a r d Dubus\n\n\n  (1) ABBÉ FÉLIX KLEIN : De quelques motifs d'espérer (Paris, Lecoffre).\n  (2) ADOLPHE RETTÉ : Le Symbolisme (Paris, Vanier).\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   183\n\n\nrappelle-t-elle approximativement celle de Gérard de N e r v a l . Oserai-je\najouter que le symbolisme, comme le naturalisme, a eu son converti et\nque M. Georges L e Cardonnel, aujourd'hui prêtre, fait p e n d a n t à J.-K. H u y s ­\nmans oblat.\n   En faveur de l'impression très vivante que m'ont laissé les Mémoires d e\nM. Retté e t d e ses amis, j ' a v o u e me consoler aisément que l'auteur se soit dis­\npensé de nous faire la critique du symbolisme.\n   La défense rétrospective d'une Ecole d'art est vaine et inutile q u a n d cette\nécole a produit des poètes comme H e n r i de Regnier et E m i l e Verhaeren.\n\n                                            *\n                                           * *\n   M. Désiré H o r r e n t — u n nouveau venu d a n s les lettres — publie u n e série\nde monographies des Ecrivains belgss (1), soigneusement stylées, analysant les\nlivres avec netteté, mais insuffisamment empreintes de cet esprit de synthèse\nindispensable au critique et grâce auquel il groupe, en u n raccourci frappant,\nles caractéristiques d'une œuvre et les tendances d'un artiste.\n   De la, dans les conclusions de M. H o r r e n t , de déconcertantes affirmations.\n   Exemples :\n   « Rodenbach fit quelques essais de vers libres, mais adopta presque géné­\nralement l'alexandrin traditionnel. » J e crois bien que depuis la Jeunesse Blanche\n— son second volume — si R o d e n b a c h suivit u n e tradition, ce fut celle du\nvers libre.\n   Sur Emile Verhaeren : « Sa psychologie, émouvante et profonde, q u a n d\nelle évoque l'universelle vie h u m a i n e , devient maladroite et faible, en se consa­\ncrant aux créatures h u m b l e m e n t ordinaires. \" J'engage M. H o r r e n t à lire\n— ou à relire — les Petites Légendes et tels pages des Visages de la Vie.\n   A propos de F e r n a n d Séverin, M. H o r r e n t écrit : « Séverin n'est pas un poète\npaysagiste, » et je proteste en songeant à tant de merveilleux et émouvants\npaysages d'Ombrie, épais dans les Poèmes ingénus. D u reste, M. H o r r e n t ,\nquelques lignes plus haut, me d o n n e raison en déclarant que « la n a t u r e se\nrévélera à M. Séverin parée de beautés inconnues »...\n   Ces contradictions, disons mieux ces imprécisions, ne peuvent empêcher\nque la plaquette de M. H o r r e n t révèle du talent et soit un heureux début ;\nquand l'écrivain saura mieux définir et préciser les impressions très justes et\nsuffisamment personnelles que lui d o n n e n t les œuvres, il fera, sachant sentir\net sachant écrire, u n livre de critique attachant et original.\n\n                                              *\n                                          *       *\n  Liquidons quelques romans — lectures des soirées d'hiver.\n   M. Jean Schlumberger, qui a d a n s le style une élégante pénétration, a\ntenté une vraie gageure psychologique. Son roman est aussi simple de per­\nsonnages que compliqué d'idées : deux époux qui, pour vivre heureux, n'au-\n\n\n  (1) DÉSIRÉ HORRENT : Ecrivains belges (Bruxelles, Lacomblez).\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "184                                 DURENDAL\n\n\n\nraient qu'à le vouloir, cultivent entre eux le malentendu, mais un malentendu\nde société, u n malentendu sans éclats et tout en nuances, le « chic » d u mal­\ne n t e n d u . . . L a femme surtout excelle en ce sport sentimental ; véritable décou­\npeuse d'émotions en quatre, elle cesse vite d'intéresser... E t la lecture finit\ndans de l'énervement agacé : que voilà bien du talent perdu à habiller une\nmarionnette névrosée! L e livre s'appelle le Mur deverre (1). M. J e a n Schlum­\nberger ferait bien de casser cette vitre, à travers laquelle il considère l'être\nh u m a i n comme u n e plante précieuse de serre chaude — incapable de vivre\nau grand air sain !\n    M. R e n é Boylesve, vraiment, fut mieux inspiré dans son Enfant à la Balus-\ntrade (2), cet exquis petit neveu de Mademoiselle Cloque... J e ne crois point que\njamais auteur, même Loti, dans son émouvant Roman d'un enfant, ne tendit\nplus clair miroir à u n e jeune âme s'ouvrant à la vie et c a n d i d e m e n t réceptive\nde l'ambiance... L'ambiance ici, c'est la petite ville, avec ses petites idées, ses\npetits sentiments, ses médiocrités, ses jalousies et ses r a n c u n e s . Des menues\nvilenies qui l'entourent, l'enfant ne voit que les gestes extérieurs, et ces gestes,\nil les traduit et les interprète avec sa simple et spontanée candeur, en une\nnotation sans complications et sans recherches, avec des phrases et des mots\nqui font directement écho à la vie... L e grand artiste que R e n é Boylesve, si\nprès de la nature et de l'humanité, qu'en nous rappelant ses œuvres, il semble\nque nous tisonnions nos propres souvenirs !\n     M. H e n r y Bordeaux a fait mieux que le Lac noir (3). L ' œ u v r e a quelque\nchose de hâtif, de déhanché et d'inachevé, et tels truquages d'intrigue éton­\nnent et affligent de la part de ce probe écrivain. L e Lac noir est un roman\njudiciaire. Il y a là, naturellement, u n innocent à la veille d'être condamné et\nu n coupable sur le point d'être absous. L e coupable, ici, — que l'âme de\n Barbey e n frémisse d'aise! — est u n sorcier. U n vrai sorcier! C'est la seule\nexcuse à la légèreté du juge d'instruction qui, n'en déplaise à M. Bordeaux,\net, malgré l'ultime geste héroïque, m e paraît u n p e u benêt. J'eusse mieux\naimé que ce magistrat fût plus clairvoyant au début, dût-il être moins Tartarin\n à la fin. Il est vrai qu'alors il n'y avait plus d'erreur judiciaire, partant plus\n de roman. E t nous aurions été privés aussi — il est juste d e l'ajouter — de\nquelques croquis de prétoire savoureusement enlevés et de quelques paysages\nde Savoie, magistralement brossés. T o u t de m ê m e , le Lac noir ne fera pas\noublier la Peur de vivre. M. H e n r y Bordeaux a u n e revanche à prendre.\n    Q u e pour écrire u n beau roman, il ne faille pas s'ingénier à trouver des situa­\ntions exceptionnelles et des épisodes entortillés, le Pain noir (4) de M. Hubert\n Krains en est la preuve. P a r m i les notateurs d e n o s m œ u r s nationales,\n M. H u b e r t Krains s'est fait u n e place en vue, grâce à l'honnêteté de ses\n\n\n\n  (1) JEAN SCHLUMBERGER : Le Mur deverre (Paris, Ollendorf).\n  (2) RENÉ BOYLESVE : L'Enfanta    la Balustrade (Paris, Calmann-Lévy).\n  (3) H. BORDEAUX : Le Lac noir (Paris, Fontemoing).\n  (4) H. KRAINS : Le Pain noir (Paris, Mercure de France).\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                  185\n\n\nobservations et à la netteté de lignes de son écriture. Il n'a ni le romantisme\npassionnel de L e m o n n i e r , ni l'inquiétante fougue d ' E e k h o u d . Déjà, dans\nles Bons Parents et d a n s les Amours rustiques, les préférences de M. H u b e r t\nKrains s'affirmèrent vers l'analyse des existences en grisaille, évoluant d a n s\nle cycle de la coutumière banalité. Et l'écrivain assuma la mission d'aigretter\nd'un peu de poésie les h u m b l e s vies d e sa W a l l o n n i e natale. Le Pain noir\nrelève du m ê m e concept filial et artistique. L ' œ u v r e pourrait porter en sous-\ntitre : « G r a n d e u r et décadence d'une famille d'aubergistes »; car, après avoir\nmangé le pain blanc d'une m o y e n n e aisance, la famille L e d u c , de par les\nvicissitudes mauvaises de la destinée, est réduite au pain noir de la misère.\nSur cette trame simpliste, sur ce morceau de médiocre vie h u m a i n e , M . H u b e r t\n Krains a bâti un livre qui peint et qui émeut, u n livre plein de force concen­\ntrée et de sobre poésie, u n livre derrière lequel on sent un brave cœur et un\n probe artiste.\n\n                                                          FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                LIVRES ET REVUES\n\n P o u r l a f e m m e , études féministes, par l'abbé N A U D E T . — (Paris, Fonte­\n    moing.)\n    Cet éloquent plaidoyer en faveur des droits féminins est u n précieux\nappoint pour les bibliothèques féministes; c'est un ouvrage très documenté,\n écrit en belle langue claire et harmonieuse et conçu dans le plus pur esprit\n chrétien.\n    L'abbé Naudet définit le féminisme : une doctrine qui revendique pour la\nfemme, dans le code, certains droits méconnus par les lois et dans la société,\n une place juste et légitime refusée par les m œ u r s . Il décrit les causes de ce\n mouvement, son organisation actuelle en F r a n c e avec son centre, sa gauche\n et sa droite; il en prédit les progrès inévitables et insiste sur la nécessité poul­\n ies catholiques de s'en occuper et de le diriger. P u i s , envisageant la question\nau point de vue religieux, il établit — contrairement à ce qu'avait cru démon­\n trer naguère certain Rédemptoriste belge — que l'Église n'est nullement\nhostile à la femme. Il rappelle tout ce que la femme a fait pour l'Évangile et\n tout ce que l'Évangile a fait pour la femme et il nous d o n n e u n e peinture très\n belle du mariage chrétien.\n    L'auteur traite assez longuement la question du travail féminin qu'il juge\n normal pour la célibataire, mais déplorable pour la femme mariée et cepen­\ndant parfois inévitable. T r o p de femmes n'ont d'autre remède contre la faim\net la prostitution que le travail hors du foyer.\n    L'abbé Naudet tendrait à interdire aux femmes — non pas les métiers lucra­\ntifs ou faciles, suivant le rêve de certains antiféministes, mais — les métiers\ninsalubres ou dangereux, et il voudrait, par contre, interdire aux hommes cer­\ntaines professions notoirement féminines, comme de chiffonner des étoffes et\nd'essayer des robes. Il défend le grand principe d'équité : à travail égal,\nsalaire égal, et demande que les femmes industrielles ou commerçantes aient,\nau point de vue professionnel, les mêmes droits d'électorat et d'éligibilité que\nleurs confrères masculins.\n    Dans l'ordre civil, l'auteur réclame la protection de la jeune fille contre la\nséduction, la recherche de la paternité et l'égalité des époux devant la répres­\nsion de l'adultère. Il consacre un chapitre très étudié à la question si impor­\ntante du régime légal des biens dans le mariage. P r e s q u e tout le monde est\nd'accord pour reconnaître que le régime de la p r é t e n d u e communauté qui\nnous régit est un leurre pour la femme et une prime à l'inconduite pour le\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                 LIVRES ET REVUES                                         187\n\n\nmari; mais les avis diffèrent quant au régime par lequel il convient de le rem­\nplacer. L ' a b b é N a u d e t nous montre le système de l'Italie, de l'Angleterre (il\neût pu y ajouter la Russie), qui ont adopté la séparation de biens et qui ont\nreconnu à la femme sa pleine capacité civile (sauf q u e l q u e s restrictions pour\nl'Italie).\n    Le P o r t u g a l , la Norwège, le canton de Neufchâtel sont dotés d'une « com­\nmunauté universelle » plus rationnelle, plus favorable à la femme que la\nnôtre Enfin, le régime légal du nouveau Code civil allemand reconnaît deux\nsortes de biens : 1° les biens dotaux, stipulés c o m m e tels et confiés au mari,\nqui en a l'administration; 2° les biens p a r a p h e r n a u x , qui c o m p r e n n e n t tous\nles autres biens de la femme et sur lesquels elle a a u t a n t de droits que si elle\nn'était pas mariée. L'incapacité de la femme mariée est, en Allemagne, beau­\ncoup moins absolue q u ' e n F r a n c e et en Belgique et « résulte non pas de\n » l'état même du mariage, mais du régime matrimonial que les conjoints\n » auront adopté, système qui nous paraît très supérieur à celui de notre\n » Code civil ».\n    L'auteur n o u s rappelle que, d a n s l'ordre politique, la femme était, au\n moyen âge, électeur et éligible pour la c o m m u n e et la province et même pour\n les Etats G é n é r a u x . L'Eglise, loin de se montrer hostile à cette \" émancipa­\ntion \", qui indigne t a n t de gens aujourd'hui, a toujours admis et « admet les\nfemmes à l'administration et au gouvernement des c o m m u n a u t é s religieuses,\n donnant aussi aux moniales le droit de vote pour l'élection des supérieures ».\nL'Eglise a canonisé sainte H é l è n e , sainte Pulchérie, sainte Clotilde, qui\nétaient, il faut bien le dire, des femmes politiques. Elle a canonisé aussi\nsainte Catherine d'Alexandrie et sainte Thérèse, que nos antiféministes pour­\nraient appeler des « émancipées intellectuelles »...\n    L'abbé N a u d e t préconise le développement intellectuel de la femme et\ndemande q u ' a u point de vue moral son éducation soit plus saine, plus forte;\nqu'elle nous prépare des femmes capables de mieux remplir tous leurs devoirs\nreligieux, familiaux et sociaux...\n    En résumé, Pour la Femme est un livre excellent, qui plaira aux féministes\nchrétiens, parce qu'il défend admirablement leur p r o g r a m m e et qui plaira aux\ncatholiques non-féministes par son inspiration profondément chrétienne et\n par sa perception très juste des devoirs de la femme envers la famille, la\n société et la race.\n                                                               LOUISE VAN DEN PLAS.\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, B u s c h m a n n ) . — L e numéro\nde Février contient une très intéressante et très complète étude de W . Steen­\nhoff sur le plus grand peintre de la H o l l a n d e , Joseph Israëls, âgé actuellement\nde 80 ans, mais dont l'âge n'a émoussé ni le talent ni l'ardeur. C'est le peintre\npar excellence des pêcheurs hollandais. Son art est l'expression d'une âme\npoétique, qui a observé avec a m o u r la vie d'une classe infime de la société\nAu début, Joseph Israëls peignit des sujets historiques, mais la probité de sa\nnature lui découvrit bientôt q u ' u n art pareil m a n q u e d'humanité et que la\npeinture de la vie réelle l'emporte de beaucoup sur l'autre. Il entreprit alors\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": " 188                                    DURENDAL\n\n\n\n de peindre les événements de la vie tragique des pêcheurs, tels qu'ils se présen­\n tent d'eux-mêmes, en les interprétant familièrement sans les dramatiser.\n Ses tableaux nous émeuvent, parce qu'ils sont l'expression d'un cœur ému.\n Cette émotion résulte d'un regard plein de sympathie que le peintre jette sur\n une vie dans ses contingences les plus intimes, et elle ne se dégage pas seule\n ment des gestes, mais elle vibre jusque dans les objets.\n    C'est avec raison qu'on place Joseph Israëls à la tête de l'école hollandaise.\n Aucun peintre n'a mieux compris que lui cette vérité essentielle que la nature\n n'est jamais immobile et que le relief des choses ne se rend pas avec des lignes,\n mais par les oppositions résultant du contact de la lumière. N u l n'a mieux\n que lui non plus exprimé le mystère des campagnes hollandaises s'élendanl\n à perte de vue, sillonnées de chemins déserts, interrompues de loin en loin\n par u n mélancolique rideau d'arbres. L a puissance picturale d'Israëls n'est\n pas moins surprenante dans ses portraits. Il y est m ê m e déconcertant, telle­\n ment il arrive à donner directement la sensation de la vie, dont il note les\n accents à coups de crayon et de pinceau frustes et non raisonnes, tellement\n vigoureux qu'ils expriment la vibration même, le fluide de la vie. Cette étude\n est rehaussée de splendides et nombreuses reproductions des belles œuvres du\n grand artiste hollandais.\n                                                                         H . M.\n\n     L ' A r t M o d e r n e . — Nous lisons dans le numéro du 31 janvier de cette\n revue d'avant-garde, si intelligemment dirigée par notre ami Octave Maus,\n u n e note au sujet de l'art de CLAUDE DEBUSSY, trop suggestive et trop inté­\n ressante pour que nous ne la reproduisions pas en entier :\n     « L'intérêt symphonique du second concert Ysaye allait surtout aux trois\n Nocturnes de Debussy, inconnus à Bruxelles. Sensiblement, ils ont dérouté le\n public. L a critique leur fut généralement sympathique.\n     » D a n s les cercles mondains, cette musique neuve a rencontré l'opposition\n la plus passionnée. Que de cris, dédains et r e p r o c h e s !\n    » Voici, à ce propos, le récit d'une petite mystification qui s'est récemment\n perpétrée dans u n de ces salons « misonéistes ». L a grande majorité des\n assistants, et spécialement des assistantes, s'était montrée fort acharnée contre\n la « p r é t e n d u e » jeune école française et contre l'auteur de Pelléas en particu­\n lier. Q u e l q u ' u n d e m a n d a la permission de lire un projet d'article critique qui,\n croyait-il, résumerait le sentiment c o m m u n . Voici ce que l'on entendit : « I1\n est incontestable que M. Debussy suit une route qu'il s'est forgée lui-même;\nmais quel chemin rempli de ronces et d'épines! De la science! encore de la\nscience ! toujours de la science! et pas l'ombre de naturel ou de mélodie.\nE n c o r e cette science dont on fait parade est-elle un véritable chaos où les\nclartés de la méthode n'ont pu glisser u n rayon de lumière. C'est un effort\nperpétuel, auquel on ne peut s'intéresser, une recherche incessante de modu­\nlations bizarres, une aversion systématique pour les transitions naturelles, et\nun si formidable entassement de difficultés qu'il faut, bon gré, mal gré, perdre\npatience et renoncer à la lutte. »\n   » L e salon tout entier retentit d'exclamations approbatives : « C'est bien\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                                    LIVRES ET REVUES                                           189\n\n cela ! On ne peut mieux dire ! J u g e m e n t inébranlable ! L a juste révolte d u bon\n sens et d u b o n goût ! »\n    » L e lecteur savoura quelques instants la s y m p a t h i q u e satisfaction de l'as­\n semblée; puis il ajouta : « J e vous d e m a n d e pardon de vous avoir trompé.\n L'article q u e je viens de lire a p a r u vers 1799 d a n s la Gazette musicale de L e i p ­\n zig. Il s'appliquait a u x trois sonates p o u r piano et violon (op. 12) d'un génie\n alors à son aurore, et au lieu d u nom de M. D e b u s s y , il faut entendre\n M. B e e t h o v e n . »\n    » Certes, il n'entrerait dans l'esprit de personne d e p r é t e n d r e que ce que\nl'on connaît des œ u v r e s de M. D e b u s s y autorise à espérer en lui u n nouveau\nBeethoven. Mais il est v r a i m e n t i n s u p p o r t a b l e , alors q u e sa musique fait\nnaître chez des auditeurs musiciens des sensations et des émotions, de sou­\ntenir qu'elle est toute de forme et que l'idée en est absente. Discussion déjà\n vieille, et qu'il serait d é p l a c é de r e p r e n d r e d a n s ce j o u r n a l . Ces harmonies\nétranges, n o n e n t e n d u e s , toujours séduisantes, sont bien contemporaines de\n la peinture impressionniste m o d e r n e , qui méprise les spectacles banals pour\n interpréter d e s aspects rares ou fugaces. Ces Nuages : U n e étendue vaste d u\n ciel lunaire sur la terre noire. Devant l'aslre insensible glissent les nuées rous-\nsâtres. Vapeurs sans contours ni v o l u m e ; p o u r t a n t , o n croit reconnaître, en\n leurs formes fondantes, des a n i m a u x de féerie qui s'allongent et s'évanouis­\n sent dans le firmament de velours; sur terre, la nuit rêve et soupire.\n    n Ce sont d e s interprétations ; d u moins, à notre sens, faut-il les c o m p r e n d r e\n telles. L e m o u v e m e n t n° I I : Ressauts de rigaudons de folie, qui zèbrent,\n énormes bouffées de sons, la trame en zigzags d'une nuit de carnaval. Mou­\n vement, couleurs hurlantes, bousculades d'harmonies ! L e m o u v e m e n t n° I I I\n nous a paru d'une moins facile v e n u e ; ou en avons-nous mal discerné l'inten­\n tion dominante, l'unité de sensation. N é a n m o i n s , quels moyens d'expression\n extraordinaires et toujours h e u r e u x ! Quels fréquents ravissements d a n s ces\n combinaisons s u r p r e n a n t e s de timbres, ces contrepoints qui o n d u l e n t au\n rebours de toutes règles et continuent à flatter l'ouïe dont les surprises restent\n toujours charmées ! »\n\nThe Burlington Magazine. — Numéro de février.                            (Bruxelles,\n   Spineux.)\n   Ce n u m é r o est un peu moins intéressant que les précédents. N é a n m o i n s ,\nles collectionneurs y trouveront des études et des documents graphiques\ndignes d'attention sur les Tapis d'Orient, les Verres anglais (M. C . - H . W Y L D E ) ,\nles Armes (M. W . - A . BAILLIE-GROHMAN), les Dentelles (MRS H E A D ) .\n  Ceux q u e requiert plus spécialement la peinture y liront la suite des\nnotes de M . H . COOK sur Butinone et Zenale, les peintres milanais primitifs,\nune étude de L a d y ANTROBUS sur un b e a u Portrait de Romney, enfin un article\nsur des m i n i a t u r e s de Drouais, p a r M. FITZHENRY.\n  M. CLAUDE P H I L L I P S décrit u n Bronze italien de la collection Wallace.\n  Et, comme toujours, des illustrations très soignées et nombreuses, diverses\ncorrespondances sur les événements d'art et de curiosité, des indications\nbibliographiques, etc.                                                       J. D.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                            NOTULES\n\n    T h é â t r e d u P a r c . Représentation de : Les affaires sont les affaires,\nd'OcTAVE MIRBEAU. — L e talent de M. Octave Mirbeau n'est pas précisé­\nment fait de mesure. Il est un excessif, presque un e m p o r t é ; son observation\nréaliste a quelque chose d'âpre, sa conception d'un type le pousse à accu­\nmuler dans celui-ci tous les traits que la vie met en relief, épars de çà et là\njoints à ceux que son imagination lui suggère pour atteindre à une synthèse\ncurieuse et puissante certes, mais qui apparaît irréelle tant elle est synthétique.\n    E n écrivant ces mots je songe au héros de sa comédie, à Isidore Lechat,\nl'homme d'affaires. Il est incontestable que l'auteur a créé en lui un type sin­\ngulièrement vivant, d'une physionomie vigoureuse, construit en pleine\nlumière réaliste, abondant en traits d'une exacte observation et néanmoins,\nà cause de cette faculté grossissante, de cette inclination à faire fort, donnant\nau total comme une sensation éloignée de caricature, ou mieux, paraissant, si\nje puis dire, un peu romanesque à force de réalisme. Ce p e n c h a n t de l'auteur\nl'a conduit même à quelque invraisemblance : nous e n t e n d o n s au 3 e acte\nL e c h a t prononcer un véritable discours, admirable, d'ailleurs, de verve\nautant que curieux par les idées, sur le besoin qu'a l'Église de posséder dans\nses rangs des hommes, des financiers de sa t r e m p e . . . Or, L e c h a t nous a été\ndépeint plutôt comme u n inculte, comme l'opposé d'un penseur ou comme un\npenseur qui n'a d'autres pensées que des combinaisons d'argent et ce n'est\npas sans étonnement qu'on l'entend tout à coup soutenir avec éclat une thèse\nbrillante sur un sujet sociologico-religieux des plus a r d u s ! Mais la pièce de\nMirbeau est avant tout une comédie de caractère : Isidore Lechat, le finan­\ncier, parvenu moderne, sans scrupules, grossier, vaniteux et dur, hardi, plus\nmalin qu'intelligent, pas tout à fait une fripouille sans être d'aucune façon un\nhonnête h o m m e , grotesque et redoutable; en face de lui, sa fille honnête et\nrévoltée. E t voici encore un excès de la pièce... L a fille de L e c h a t suffoque\ndans ce milieu opulent et louche ; la droiture de son â m e n o u s fait com­\np r e n d r e sa révolte. Mais nous comprenons moins la forme protestataire\nqu'elle donne à sa révolte en prenant, jeune fille, u n a m a n t . De même, s'il\nparaissait naturel qu'elle ne put avoir pour son père assez d'aveuglement\npour l'adorer sans réserves, pour l'aimer même tout simplement, nous la\ntrouvons moins acceptable quand on nous la m o n t r e toute soulevée de\ndégoût, la bouche injurieuse et haineuse ; il y avait là un pas que l'auteur eut\nbien fait, sans doute, de ne point sauter si délibérément. D u choc de ces deux\nâmes s'élève la partie dramatique de la comédie, qui se termine au 3 e acte par\nle départ de la jeune fille après une scène violente d'une grande allure\nd'ailleurs. Voilà dans ses deux aspects principaux cette pièce où, malgré\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                        NOTULES                                       191\n\n\nquelques défauts et invraisemblances, u n je ne sais quoi d'outré et de tenden-\nciel, et u n mélange singulier de réalisme et d'imagination débridée parfois,\nbeaucoup de talent, u n art c o n s o m m é de la scène, u n e intelligence d r a m a ­\ntique remarquable servie par la science d u dialogue et u n e verve mordante se\ndonnent fougueusement carrière. L a comédie de Mirbeau rappelle par ses mots\nles melllieurs coups de fouet de F o r a i n , par sa conception du type au théâtre,\nla manière grotesque et puissante, transposée sur u n mode plus sérieux,\nde Courteline, du Courteline de B o u b o u r o c h e par exemple. M. de F e r a n d y\na joué le rôle difficile de L e c h a t avec u n e vie, une r o n d e u r et u n e perspi­\ncacité qui n'ont pas médiocrement contribué au succès de l'œuvre. Celui-ci\na été grand et, somme, toute mérité.                                              G. B .\n\n    M l l e M a r i e - A n n e T i b b a u t , p a r l'exposition qu'elle a faite de ses\nœuvres a u Cercle Artistique de Gand, a prouvé que son talent, p o u r se disperser\nsur des sujets très différents, n'a rien perdu de sa pénétrante originalité.\n   Ce qui caractérise l'art de M l l e T i b b a u t et le différencie d'un art d'amateur,\nc'est u n rare mélange de haute probité esthétique qui ne veut rien présenter\nde hâtif et d'inachevé et d'intense personnalité, m a r q u a n t les œuvres d'une\nempreinte qui est bien à elle — et à elle seule.\n   Que de peintres ont été tentés par les Béguinages et leurs calmes am­\nbiances!... M lle T i b b a u t , à son tour, a p r o m e n é sa vision dans le Béguinage\nde Bruges et aussi d a n s le Béguinage de Courtrai, m o i n s connu celui-ci, et\npourtant si caractéristique de ce que j'appellerai la joie mystique de ses habi­\ntantes... C'est cet aspect particulier du Béguinage de Courtrai, aspect plutôt\nen blancheur qu'en grisaille, que l'artiste a rendu, d a n s deux toiles, avec un\nrare bonheur de coloris... P a r là, on peut dire qu'elle a essayé et réussi à\nrenouveler en de discrètes teintes plus souriantes, u n genre qui risqua\nd'échouer dans le poncif mélancolique. Q u e l'art de M lle Marie-Anne T i b b a u t\névite cet écueil du r o m a n t i s m e dolent, ses « paysages » en sont la preuve, car\nelle tend à la nature u n si clair miroir... Soit qu'elle ait étalé son chevalet\ndans le pittoresque pays de Chaudfontaine, soit qu'elle l'ait transporté en\nFlandre, le « plein air » dont l'artiste a le culte enthousiaste et scrupuleux\nl'a récompensée en la dotant d'une vision à la fois nette et vibrante et d'une\nfaculté de r e n d u qui va vers la maîtrise.\n   C'est avec les mêmes regards soucieux de clarté que Mlle T i b b a u t a vu la\nmer et les dunes, et ceux qui connaissent L a P a n n e aimeront telles de ses\npages comme d'adéquats reflets de la lumineuse sauvagerie de ce coin de\nplage non encore violé par le désastreux transformisme balnéaire.\n   Ce qui distingue M lle T i b b a u t de tant de femmes peintres, dont la tendance\nest de se confiner dans un genre, c'est qu'elle varie toujours ses sujets et que\nchacune de ses expositions n o u s révèle, de la part de l'artiste, une tentative\nnouvelle : à cet égard il faut admirer « Les premières c o m m u n i a n t e s à Saint-\nMichel , une toile qui, en m ê m e temps qu'une technique des plus sûres,\ndémontre chez son auteur u n e puissance de groupement et une harmonie de\ncolons qu'on n e lui soupçonnait p a s .\n   Des artistes c o m m e M lle T i b b a u t , arrivées, par leur seul et propre effort, à\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "192                                DURENDAL\n\n\nla personnalité artistique, méritent qu'on les considère autrement que comme\nde « gracieux amateurs » ; les fades compliments et les galanteries sucrées ne\nsont pas un salaire suffisant de leur vaillance et de leur talent : elles méritent—\nen dépit du préjugé féministe — qu'on les salue, à l'égal de leurs émules mascu­\nlins, comme de précieuses réserves de notre art national et des collaboratrices\nde son progrès.\n\n   L a M é d a i l l e c o m m é m o r a t i v e de la première exécution inté­\ngrale en français de l'Anneau du Nibelung, au théâtre de la Monnaie, sera pro­\nchainement frappée. L'œuvre du sculpteur Pierre Braecke est d'une belle\nenvolée et rappellera dignement le souvenir de ces mémorables soirées de la\nTétralogie. La médaille grand module sera offerte à tous ceux : directeurs,\nartistes et musiciens, qui collaborèrent à la réalisation de cette solennité\nartistique, ainsi qu'aux souscripteurs. La liste de souscription sera clôturée\nfin mars. Les personnes désireuses de souscrire peuvent s'adresser soit chez\nM. Bosquet, trésorier, 212, rue de la Poste, soit chez les marchands\nde musique. Il sera frappé pour les souscripteurs d'une somme de 100 francs\ndes médailles numérotées de 1 à 20, fleur de coin en argent. Les souscripteurs\nde 60 francs recevront un exemplaire non numéroté en argent. Tout sous­\ncripteur de 10 francs aura droit à un exemplaire de l'œuvre en bronze.\n\n   L'Union des Amis de l'Art belge a procédé, au siège social de\nla société, rue de Comines, 34, à Bruxelles, au tirage réglementaire des\nnoms d'artistes dont des œuvres seront réparties à la fin du second exercice\nqui sera clôturé au commencement du mois d'avril. Sont sortis de l'urne les\nnoms des peintres Vandermeulen, Em. Van den Bussche, Jules Potvin,\nVan Hove (Gand), du dessinateur André Vanderstraeten et du sculpteur\nA. Matton. M. F . Patte a été désigné comme artiste suppléant. La distri­\nbution de la superbe prime Le Chenal d'Ostende d'Orner Coppens se poursuit\nà la grande satisfaction de tous les membres qui ont déjà reçu cette admi­\nrable eau-forte.\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n : W. RITTER : Leurs lys et leurs roses (Paris,\n Mercure de France). — W. RITTER : Fillette Slovaque (ibid.). — PÉLADAN :\n Supplique à S. S. Pie X sur le divorce (ibid.). — I.-A. NAU : Force ennemie\n (Paris, Ed. de La Plume). — B. WALISZEWSKI : Ivan le Terrible (Paris,\n Plon). — A. NOËL : Le bonheur des autres (ibid.). — G. FONSEGRIVE :\n Mariage et union libre (ibid.). — A. PRAVIEL : La tragédie du soir (Paris,\n Lemerre). — M. DES OMBIAUX : Mihien d'Avène (Paris, Juven). — I.DES\n GACHONS : La maison des dames Renoir (Paris, Fontemoingy. — MARIE\n P H I L I P P E : Poésies pittoresques (Bruxelles, Lacomblez).\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DEPOTS\n                    ta, Mardié-au-Boi» - BRUZ3BXXE9\n                              1111\n                                     >   u^' u   L» i n   |   i   ^ M ^ — - i   ^   I   ,   '   '   j   ^ — - .\n\n\n    Dépots de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à, v u e t 1 1/8 p . o, sans commission\n       Dépots en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 0 0 2 x S . 9 7 p. e.\n                        Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                                  ORDRES D E BOURSE\n               Service spécial d e l e t t r e s de Crédit e t Chèques s u r tous p a y s\n              Prêts sur Titres. — Garde de Titres, — Location de Cottes-Forts\n\n\n\nFABRIQUE DJE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille l'Or i l'Exposition Internationale ne Bruxelles 1897\n\n                     BERVOET^WIELEMANS\n                                           FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi ^                                                              BRUXELLES\nUsine à vapeui», Lavoir de laines : « U E ©ES GOUJONS, 120\n\n                                         Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                                  FABRIQUE E T ATELIERS :\n                              37,                E n * de l a Charité - BRUXELLES\n                                                                     TÉLÉraONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                              Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                              la gravure*, l'architecture et le dessin.\n                              RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE D E TABLEAUX\n                                     Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles au Expositions l'Amsterdam, Paris, LIverpool, Le laire, Bruxelles, CUlcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                                                    & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, dAutriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe\n  de Suéde e t d Italie, du Sultan, de 1» reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc^ etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steiaway R. Wagner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaite, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liszt). » « \\ os\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni         c La plénitude, la puis-\nsance, 1 leale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n<J. Paderewski .      Il y a 10 ou i5 ans, je notais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vou»\nfait des progrès Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, e prod     idéal du siècle Eug. d Albert. » « Ile sont tellement au-dessus de toute critique, qu un\néloge même parai trait ridicule Sofia Menter) »\n  Age ce générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MISC1I, 221, rue Rojale\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "             \"VIENNENT DE PARAITRE :\nLA L É G E N D E D E SAINT FRANÇOIS D'ASSISE f É C R I T E PAR TROIS DE SES\nCOMPAGNONS. — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nRR. P P . MARCELLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMENICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — Un vol. in-12                                    fr. 3 5 0\n       (LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.)\nI F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S DE LA VIE DU P E T I T PAUVRE DE JÉSUS-\nCHRIST SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— Un vol. in-8°                                                                         fr. 3 0 0\nI F I O R E T T I f A P P E N D I C E S : CONSIDÉRATIONS SUR LES STIGMATES f VIE DE\nF R È R E J U N I P È R E f VIE ET DOCTRINE DE F R È R E EGIDE. — Traduction littérale\navec notes. — Un vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'api es les fiesques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Chai les Bulens, éditeur)                                   fr. 2 5 0\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8\", illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                      fr. 1 2 5\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8», illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur                            fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock . — U n vol. in-12                            fr. 3 50\nCHERCHONS L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-i?         » 3 50\nL E S GENS DE TIEST,par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant). — Un vol.in-12 » 3 5 0\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeui,                                                                fr. 5 0 0\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 50\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S DE S I E N N E , par JULES DESTREE. — Edition         de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par Mme Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photogiaphiques. Tiiage limite à cent exemplaires Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                                                fr. 15 0 0\nL E S JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                        fr. 3 5 0\n     On peut se procurer ces ouvrages en s'adressant à notrt éditeur CH. BULENS, 7 5 , rue Terre-\n    Neuve, & Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": ""}, {"page_pdf": 231, "texte": "SOLIDITÉ                            ÉLÉGANCE                        ECONOMIE\n\n                   CHAISES SUEDOISES BREVETÉES\n                  N'achetez que les véritables chaises et tables\n               suédoises brevetées, polies, en noyer, en citronnier,\n               en acajou et en vert. Elles sont les plus solides, les\n               plus durables et les moins chères. 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