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N» 4.\n\n    „\n                                                 Hï\n\n\n\n\nX            REVUE CATHOLIQUE ©ART\n                QE LITTERATURE\n\n\n\n^                                          ^\n\n\n\n\n                                                  •î •   ••\n                                                                        • •,\n\n\n\n\n                                      •    •      •\n                   • -   •   •   •\n\n                             •   ••   •\n                         V ••             • ••• •             •   • •\n\n                                                                               •   • •\n\n\n\n\n        B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine de la Société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4343, "texte": "Domaine de la Société' \" U WESïïjiDjnsE \"\n\n                                     Lfl PLAGE DE WESTEfiDE\n                            est située aux bords de la mer du Nord,\n                      entre Ostendo et Nieuport; elle est de sable fia.\n                      Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé a\n                      attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                      d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                      le confort à la simplicité dans des conditions très\n                      avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                      le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                      tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                      munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas ef Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A VXNDRE        d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n    par annuités      digue, des avenues, des villas et des eottages.\n\n\nQi^aâ^,                        HALLES WESTENDAISES\n                        Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert las\n                      villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                      conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                      bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                      dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                      jours ds premier choix.\n                                                            Le Westend' Hôtel est ouvert du s& mai\n                                                            au a8 septembre        Pension de 6 a I S f r\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                           saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                            prolongé à l'hôtel, \"fi chambres parfaite-\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE                                                      rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                 Ameublement moderne esthétique et\nTéléphona a» 1 0                                                        confortable. Balcons et Ter-\n                                                                         rasses. Salle de musique.\n BXSKAC                                                                    Salle de billard. Balle de\n                                                                              récréations p* enfants.\n•IODELKERKE                                                                       Salons de lecture, de\n                                                                                        correspondan-\n                                                                                       ce. Cuisina soi-\n                                                                                       gnée. Caves re-\n                                                                                        commandées.\n                                                                                        Appartements\n                                                                                        aveesakta.\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Servie* s postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques aveo toute l a Belgiquo et les réseaux étrangers voisins\n                                   A. B R U X E L L E S , 5 3 » . r u e C a p o u i l l e t ;\n\n                                 Î A W E S T E N D E , à. r A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                         P l a g e o u a u \"Westend'HôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                            1904 — i l » A n n é e\n\n\n\n                Sommaire du n° 4 (Avril)\nJ.-K. HUYSMANS.—Préface à\" « A-Rebours »                                   ig3\nFRANZ ANSEL. — La brume dorée                                              204\nGEORGES VIRRLS. — L'aveugle       force                                    208\n\n    La Libre Esthétique :\nP. L. — Le Salon                                                           2i3\nG. DE G. — Les auditions musicales                                         216\nG. B. — Les conférences                                                    218\n\n    Chronique musicale :\nGEORGES DE GOLESCO : La grand'messe   de Bach au Conserva-\n  toire. — Quatrième concert Ysaye. — Quatrième concert\n  populaire. — Le quatuor Joachim — Les Chanteurs de\n  Saint Boniface. — Récital Mark Hambourg. — M. Georges\n  Sadler.—M     Mysz-Gmeiner.—Concert   Carpil. F. V. H - :\n  Zes Liederen de E. Hullebroeck                                           221\n\n    Les Conférences :\nARNOLD GOFFIN : My cènes,   Tirynthe et Cnosos Henri Fran-\n cotte . — Sienne Ernest Verlant . — G. B. : Bouddhisme et\n christianisme  Jules Bois . — M. D. : Emile Verhaeren Jules\n Destree . — H. D. : Blanche Rousseau Edmond Picard . —\n G. DE G.: Les Salons littéraires M. du Chaatain . — L. V. :\n Le féminisme au XVIIIe siècle Henri Barbusse                              23o\n\nP. L.   Expositions   éphémères                                            235\nFIRMIS VAN DEN BOSCH. — La gazette          des faits et des livres.   .   237\nLivres et Revues                                                           241\nNotules                                                                r   253\nIllustrations : J.-K. Hujsmans à Ligugé.\n              Intérieur religieux RENÉ JANSSENS .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 169, "texte": "REVUE\n                            DURENDAL\n                     CATHOLIQUE                          D'ART            ET DE                        LITTÉRATURE\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 169, "fin_caractere_exclue": 469, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 francs ( p o i t c o m p r i s )\n         pour façonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles)\n                                       P R I X D ' U N NUMÉRO            : FR.       1.50\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "Comité de rédaction de DuRENDAL :\n                                MM.         H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                             L'abbé H E N R Y                 MŒLLER.\n                                             F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                      Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                                    Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n                    M.      HENRI           MAZEL,           avenue Niel, 32, Paris.\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 4410, "texte": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ ANSEL.              ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                                           JOSÉ      HENNEBICQ,\n      EDGAR BONBHILL.                                                             L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                                            J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                                           JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS B R A U N .                                                         E D M O N D JOLY.\n      GEORGES BRIGODB.                                                           VICTOR K I N O N .\n      MARIE CLOSSET.                                                             GODEFROID K U R T H .\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                                     M . DE LA L A U R E N C I E .\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                                     GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                                     S É B . - C H . LECONTB.\n      L e baion JOSÉ D E COPPIN.                                                  GEORGES MARLOW.\n      G E O R G E S D E GOLESCO.                                                  CHARLES MARTBNS\n      GEORGES DELAUNOY.                                                           PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                                            EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA F A I L L E .                                            MAURICE OLIVAINT.\n      E U G È N E DEMOLDER.                                                       ERNEST PÉRIBR.\n      OLIVIER GEORGES D E S T R É E .                                             G E O R G E S RAMAEKERS.\n      JULES DESTRÉE.                                                              GEORGES RBNCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                                          BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ\n      MAURICE DULLABRT.\n      J. ESQUIROL.\n                                                                                 i  OSEPH RYELANDT.\n                                                                                   'ERNAND S É V B R I N .\n                                                                                 L'abbé ARMAND THIÉRY.\n      EMILE FERMAUD.                                                             HENRY VAES.\n      LAURENT FIERENS.                                                           R O B E R T VAN D E R E L S T .\n      H . FIÉRENS GEVAERT.                                                       CHARI ES V A N LERBERGHB.\n      CAMILLE GASPAR.                                                            EMILE VERHAERBN.\n      IWAN GILKIN.                                                                L'abbé F R . VERHELST.\n                                                                                  LÉOPOLD WALLNBR.etC, etC\n\n                 L e s c o l l a b o r a t e u r s s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL                de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rèdattt n\n\n      Les manuscrits et correspondances concernant la Rédaction, l'Administration et les demandes\nd abonnement doirent être adressés au siège de la Revue, sa, rue du Grand-Cerf, à Bruzel es\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 203, "titre_corps": "Préface d’« A-Rebours »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J.-K. 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Elles se sont\n                          en quelque sorte décantées et déposent au fond du livre ;\n                          et, la plupart du temps, les volumes ne sont pas ainsi que\n                          les vins qui s'améliorent en vieillissant; une fois dépouillés\n                          par l'âge, les chapitres s'éventent et leur bouquet s'étiole.\n                             J'ai eu cette impression pour certains flacons rangés dans\nle casier d'A-Rebours, alors que j'ai dû, à cause même de cette édition, les\ndéboucher.\n   Et, assez mélancoliquement, je lâche de me rappeler, en feuilletant ces\npages, la condition d'âme que je pouvais bien avoir au m o m e n t où je les\n écrivis.\n   On était alors en plein n a t u r a l i s m e ; mais cette école qui devait r e n d i e\nl'inoubliable service de situer des personnages réels dans des milieux exacts,\nétait c o n d a m n é e à se rabâcher, en piétinant sur place.\n    Elle n'admettait guère, en théorie du moins, l'exception; elle se confinait\ndonc dans la peinture de l'existence commune, s'efforçait, sous prétexte de\nfaire vivant, de créer des êtres qui fussent aussi semblables que possible à la\nbonne moyenne des gens. Cet idéal s'était, en son genre, réalisé d a n s un chef-\nd'œuvre qui a été b e a u c o u p plus que L'Assommoir, le parangon du naturalisme\nL'Education sentimentale de Gustave F l a u b e r t ; ce roman était, pour nous tous,\n« des Soirées de Médan », u n e véritable bible; mais il ne comportait que peu\nde moutures. Il était parachevé, irrecommençable pour Flaubert même ; nous\nen étions d o n c , tous, réduits, en ce temps-là, à louvoyer, à rôder par des\n voies plus ou moins explorées, tout a u t o u r .\n    La vertu étant, il faut bien l'avouer, ici-bas, u n e exception, était par cela\nmême écartée du plan naturaliste. Ne possédant pas le concept catholique de\n la déchéance et de la tentation, nous ignorions de quels efforts, de quelles\n\n\n  (1) Edition non mise dans le commerce, tirée à 100 exemplaires, pour la Société des\nCent-Bibliophiles ; illustrée de deux cent vingt gravures sur bois en couleurs, d'Au­\nguste Lepère.\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "194                                 DURENDAL\n\n\n souffrances elle est issue; l'héroïsme de l'âme, victorieuse des embûches, nous\n échappait. Il ne nous serait pas venu à l'idée de décrire cette lutte, avec ses\nhauts et ses bas, ses attaques retorses et ses feintes et aussi ses habiles aides\nqui s'apprêtent très loin souvent de la personne que le Maudit attaque, dans\nle fond d'un cloître ; la vertu nous semblait l'apanage d'êtres sans curiosités\nou dénués de sens, peu émouvante en tout cas, à traiter, au point de vue de\n l'art.\n     Restaient les vices; mais le c h a m p en était, à cultiver, restreint. Il se\nlimitait aux territoires des Sept péchés capitaux et encore, sur ces sept, un\nseul, celui contre le sixième C o m m a n d e m e n t de Dieu, était à peu près\naccessible.\n    L e s autres avaient été terriblement vendangés et il n'y demeurait guère de\ng r a p p e s à égrener. L'Avarice, par exemple, avait été pressurée jusqu'à sa\ndernière goutte p a r Balzac et par Hello. L'Orgueil, la Colère, l'Envie avaient\ntraîné dans toutes les publications romantiques et ces sujets de drames avaient\nété si violemment gauchis par l'abus des scènes qu'il eut vraiment fallu du\ngénie pour les rajeunir dans un livre. Quant à la Gourmandise et à la Paresse,\nelles semblaient pouvoir s'incarner plutôt en des personnages épisodiques et\nconvenir mieux à des comparses qu'à des chefs d'emploi ou à des premières\nchanteuses de romans de m œ u r s .\n    L a vérité est que l'Orgueil eût été le plus magnifique des forfaits à étudier,\ndans ses ramifications infernales de cruauté envers le prochain et de fausse\nhumilité, que la Gourmandise remorquant à sa suite la L u x u r e et la Paresse,\nle Vol, eussent été matière à de surprenantes fouilles, si l'on avait scruté ces\npéchés avec la lampe et le chalumeau de l'Église et en ayant la F o i ; mais\naucun de nous n'était préparé pour cette besogne ; nous étions d o n c acculés\nà remâcher le méfait le plus facile à décortiquer de tous, le péché de L u x u r e ,\nsous toutes ses formes ; et Dieu sait si nous le r e m â c h â m e s ; mais cette sorte\nde carrousel était court. Quoiqu'on inventât, le roman se pouvait résumer en\nces quelques lignes : savoir pourquoi monsieur un tel commettait ou ne com­\nmettait pas l'adultère avec m a d a m e u n e telle; si l'on voulait être distingué et\nse déceler, ainsi qu'un auteur du meilleur ton, l'on plaçait l'œuvre de chair\nentre u n e marquise et un comte ; si l'on voulait, au contraire, être un écrivain\npopulacier, u n prosateur à la coule, on la campait entre u n soupirant de bar­\nrière et une fille quelconque ; le cadre seul différait. L a distinction me paraît\navoir prévalu maintenant dans les bonnes grâces du lecteur, car je vois qu'à\nl'heure actuelle il ne se repaît guère des amours plébéiennes ou bourgeoises,\nmais continue à savourer les hésitations de la marquise, allant rejoindre son\ntentateur dans un petit entresol dont l'aspect change suivant la mode tapis­\nsière du temps. T o m b e r a ? tombera pas ? cela s'intitule étude psychologique.\nMoi je veux bien.\n    J'avoue pourtant que lorsqu'il m'arrive d'ouvrir u n livre et que j ' y aperçois\nl'éternelle séduction et le non moins éternel adultère, je m'empresse de le\nfermer, n'étant nullement désireux de connaître comment l'idylle annoncée\nfinira. L e volume où il n ' y a pas de documents avérés, le livre qui ne\nm'apprend rien ne m'intéresse plus.\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "                       PRÉFACE D' « A-REBOURS »                              195\n\n\n   Au moment où parut A-Rebours, c'est à-dire en 1884, la situation était donc\ncelle-ci : le naturalisme s'essoufflait à tourner la meule dans le même cercle.\nLa somme d'observations que chacun avait emmagasinée, en les prenant sur\nsoi-même et sur les autres, commençait à s'épuiser. Zola qui était un beau\ndécorateur de théâtre, s'en tirait en brossant des toiles plus ou moins pré­\ncises; il suggérait très bien l'illusion du mouvement et de la vie; ses héros\nétaient dénués d'âme, régis tout bonnement par des impulsions et des\ninstincts, ce qui simplifiait le travail de l'analyse. Ils remuaient, accomplis­\nsaient quelques actes sommaires, peuplaient d'assez franches silhouettes des\ndécors qui devenaient les personnages principaux de ses drames. Il célébrait\nde la sorte les halles, les magasins de nouveautés, les chemins de fer, les\nmines, et les êtres humains égarés dans ces milieux n'y jouaient plus que le\nrôle d'utilités et de figurants; mais Zola était Zola, c'est-à-dire un artiste un\npeu massif, mais doué de puissants poumons et de gros poings.\n    Nous autres, moins râblés et préoccupés d'un art plus subtil et plus vrai,\nnous devions nous demander si le naturalisme n'aboutissait pas à une\nimpasse et si nous n'allions pas bientôt nous heurter contre le mur du fond.\n    A vrai dire, ces réflexions ne surgirent en moi que bien plus tard. Je cher­\nchais vaguement à m'évader d'un cul-de-sac où je suffoquais, mais je n'avais\naucun plan déterminé et A-Rebours qui me libéra d'une littérature sans issue,\nen m'aérant, est un ouvrage parfaitement inconscient, imaginé sans idées\npréconçues, sans intentions réservées d'avenir, sans rien du tout,\n    Il m'était d'abord apparu, tel qu'une fantaisie brève, sous la forme d'une\nnouvelle bizarre; j'y voyais un peu un pendant d'A vau l'eau transféré dans\nun autre monde; je me figurais un monsieur Folantin, plus lettré, plus raf­\nfiné, plus riche et qui a découvert, dans l'artifice, un dérivatif au dégoût que\nlui inspirent les tracas de la vie et les mœurs américaines de son temps ; je le\nprofilais fuyant à tire d'ailes dans le rêve, se réfugiant dans l'illusion d'extra­\nvagantes féeries, vivant, seul, loin de son siècle, dans le souvenir évoqué\nd'époques plus cordiales, de milieux moins vils.\n    Et, à mesure que j'y réfléchissais, le sujet s'agrandissait et nécessitait de\npatientes recherches : chaque chapitre devenait le coulis d'une spécialité, le\nsublimé d'un art différent; il se condensait en un « of meat » de pierreries,\n de parfums, de fleurs, de littérature religieuse et laïque, de musique profane\n et de plain-chant.\n    L'étrange fut que, sans m'en être d'abord douté, je fus amené par la nature\n même de mes travaux à étudier l'Eglise sous bien des faces. IL était, en effet,\n impossible de remonter jusqu'aux seules ères propres qu'ait connues l'huma­\n nité, jusqu'au Moyen Age, sans constater qu'Elle tenait tout, que l'art n'exis­\n tait qu'en Elle et que par Elle. N'ayant pas la foi, je la regardais, un peu\n défiant, surpris de son ampleur et de sa gloire, me demandant comment une\n religion qui me semblait faite pour des enfants avait pu suggérer de si mer­\n veilleuses oeuvres.\n    Je rôdais un peu à tâtons autour d'Elle, devinant plus que je ne voyais, me\n reconstituant, avec les bribes que je retrouvais dans les musées et les bou­\n quins, un ensemble. Et aujourd'hui que je parcours, après des investigations\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3382, "texte": " 196                               DURENDAL\n\n\n\n plus longues et plus sûres, les pages d'A-Rebours qui ont trait au catholicisme\n et à l'art religieux, je remarque que ce minuscule panorama, peint sur des\n feuilles de bloc-notes, est exact. Ce que je peignais alors était succinct, man­\n quait de développements, mais était véridique. Je me suis borné depuis à\n agrandir mes esquisses et à les mettre au point.\n    Je pourrais très bien signer maintenant les pages d'A-Rebours sur l'Eglise,\n car elles paraissent avoir été, en effet, écrites par un catholique.\n    Je me croyais loin de la religion pourtant ! Je ne songeais pas que, de\n Schopenhauer que j'admirais plus que de raison, à l'Ecclésiaste et au Livre de\n Job, il n'y avait qu'un pas. Les prémisses sur le Pessimisme sont les mêmes,\n seulement, lorsqu'il s'agit de conclure, le philosophe se dérobe. J'aimais ses\nidées sur l'horreur de la vie, sur la bêtise du monde, sur l'inclémence de la\n destinée; je les aime également dans les Livres Saints ; mais les observations\n de Schopenhauer n'aboutissent à rien; il vous laisse, pour ainsi parler, en\nplan; ses aphorismes ne sont, en somme, 'qu'un herbier de plantes sèches;\nl'Eglise, elle, explique les origines et les causes, signale les fins, présente les\nremèdes; elle ne se contente pas de vous donner une consultation d'âme, elle\nvous traite et elle vous guérit, alors que le médicastre allemand, après vous\navoir bien démontré que l'affection dont vous souffrez est incurable, vous\ntourne, en ricanant, le dos.\n   Son Pessimisme n'est autre que celui des Écritures auxquelles il l'a\nemprunté. Il n'a pas dit plus que Salomon, plus que Job, plus même que\nl'Imitation qui a résumé, bien avant lui, toute sa philosophie, en une phrase :\n « C'est vraiment une misère que de vivre sur la terre! ».\n   A distance, ces similitudes et ces dissemblances s'avèrent nettement, mais\nà cette époque, si je les percevais, je ne m'y attardais point; le besoin de\nconclure ne me tentait pas; la route tracée par Schopenhauer était carros­\nsable et d'aspect varié, je m'y promenais tranquillement, sans désir d'en\nconnaître le bout; en ce temps-là, je n'avais aucune clarté réelle sur les\néchéances, aucune appréhension des dénouements; les mystères du caté­\nchisme me paraissaient enfantins; comme tous les catholiques, du reste,\nj'ignorais parfaitement ma religion; je ne me rendais pas compte que tout est\nmystère, que nous ne vivons que dans le mystère, que si le hasard existait, il\nserait encore plus mystérieux que la Providence. Je n'admettais pas la dou­\nleur infligée par un Dieu, je m'imaginais que le Pessimisme pouvait être le\nconsolateur des âmes élevées. Quelle bêtise! c'est cela qui était peu expéri­\nmental, peu document humain, pour me servir d'un terme cher au natura­\nlisme. Jamais le Pessimisme n'a consolé et les malades de corps et les alités\nd'âme !\n   Je souris, alors qu'après tant d'années, je relis les pages où ces théories, si\nrésolument fausses, sont affirmées.\n   Mais ce qui me frappe le plus, en cette lecture, c'est ceci : tous les romans\nque j'ai écrits depuis A-Rebours sont contenus en germe dans ce livre. Les\nchapitres ne sont, en effet, que les amorces des volumes qui les suivirent.\n   Le chapitre sur la littérature latine de la Décadence, je l'ai sinon développé,\nau moins plus approfondi, en traitant de la liturgie dans En Route et dans\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "                      PRÉFACE D' « A-REBOURS »                              I97\n\n\nL'Oblat. Je l'imprimerais, sans y rien changer aujourd'hui, sauf pour Saint-\nAmbroise dont je n'aime toujours pas la prose aqueuse et la rhétorique\nampoulée. Il m'apparaît encore tel que je le qualifiais « d'ennuyeux Cicéron\nchrétien », mais, en revanche, le poète est charmant; et ses hymnes et celles\nde son école qui figurent dans le Bréviaire sont parmi les plus belles qu'ait\nconservées l'Eglise; j'ajoute que la littérature un peu spéciale, il est vrai, de\nl'hymnaire aurait pu trouver place dans le compartiment réservé de ce\nchapitre.\n   Pas plus qu'en 1884, je ne raffole présentement du latin classique du Maro\net du Pois chiche; comme au temps d'A-Rebours, je préfère la langue de la\nVulgate à la langue du siècle d'Auguste, voire même à celle de la Décadence,\nplus curieuse pourtant, avec son fumet de sauvagine et ses teintes persillées\nde venaison. L'Eglise, qui après l'avoir désinfectée et rajeunie, a créé, pour\naborder un ordre d'idées inexprimées jusqu'alors, des vocables grandiloques\net des diminutifs de tendresse, exquis, me semble donc s'être façonné un lan­\ngage fort supérieur au dialecte du Paganisme, et Durtal pense encore, à ce\nsujet, tel que des Esseintes.\n   Le chapitre des pierreries, je l'ai repris dans La Cathédrale en m'en occu­\npant alors au point de vue de la symbolique des gemmes. J'ai animé les\npierreries mortes d'ARebours. Sans doute, je ne nie pas qu'une belle émeraude\npuisse être admirée pour les étincelles qui grésillent dans le feu de son eau\nverte, mais n'est-elle point, si l'on ignore l'idiome des symboles, une\ninconnue, une étrangère avec laquelle on ne peut s'entretenir et qui se tait,\nelle-même, parce que l'on ne comprend pas ses locutions ? Or, elle n'est pas\nseulement une flamme allumée dans le brasero d'une monture, elle est plus\net mieux que cela.\n   Sans admettre avec un vieil auteur du XVIe siècle, Estienne de Clave, que\nles pierreries s'engendrent, ainsi que des personnes naturelles, d'une semence\néparse dans la matrice du sol, l'on peut très bien dire qu'elles sont des miné­\nraux significatifs, des substances loquaces, qu'elles sont, en un mot, des\nsymboles. Elles ont été envisagées sous cet aspect depuis la plus haute anti­\nquité et la tropologie des gemmes est une des branches de cette symbolique\nchrétienne si parfaitement oubliée par les prêtres et les laïques de notre temps\net que j'ai essayé de reconstituer en ses grandes lignes dans mon volume sur\nla basilique de Chartres.\n   Le chapitre d'A-Rebours n'est donc que superficiel et à fleur de chaton. Il\nn'est pas ce qu'il devrait être, une joaillerie de l'au-delà. Il se compose\nd'écrins plus ou moins bien décrits, plus ou moins bien rangés en une montre,\nmais c'est tout et ce n'est pas assez.\n   La peinture de Gustave Moreau, les gravures de Luyken, les lithographies\nde Bresdin et de Rudon sont telles que je les vois encore. Je n'ai rien à\nmodifier dans l'ordonnance de ce petit musée.\n   Pour le terrible chapitre six dont le chiffre correspond, sans intentions\npréconçues, à celui du Commandement de Dieu qu'il offense, et pour cer­\ntaines parties du IXe qui peuvent s'y joindre, je ne les écrirais plus évidem­\nment de la sorte. Il eut au moins fallu les expliquer, d'une façon plus\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "198                                DURENDAL\n\n\nstudieuse, par cette perversité diabolique qui s'ingère, au point de vue luxu­\nrieux surtout, dans les cervelles épuisées des gens. Il semble, en effet, que\nles maladies de nerfs, que les névroses ouvrent dans l'âme des fissures par\nlesquelles l'Esprit du Mal pénètre. Il y a là une énigme qui reste illucidée ;\nle mot hystérie ne résoud rien ; il peut suffire à préciser un état matériel, à\nnoter des rumeurs irrésistibles des sens, il ne déduit pas les conséquences\nspirituelles qui s'y rattachent et, plus parliculièrement, les péchés de dissi­\nmulation et de mensonges, qui presque toujours s'y greffent. Quels sont les\ntenants et les aboutissants de cette maladie peccamineuse, dans quelle pro­\nportion s'atténue la responsabilité de l'être atteint dans son âme d'une sorte de\npossession qui vient se enter sur le désordre de son malheureux corps ? Nul\n ne le sait; en cette matière, la médecine déraisonne et la théologie se\n tait.\n    A défaut d'unesolution qu'il ne pouvait évidemment apporter, des Esseintes\n eut dû envisager la question au point de vue de la faute et en exprimer au\n moins quelque regret; il s'abstint de se vitupérer, et il eut tort; mais bien\n qu'élevé par les Jésuites dont il fait — plus que Durtal — l'éloge, il était\ndevenu, par la suite, si rebelle aux contraintes divines, si entêté à patauger\n dans son limon charnel !\n    En tout cas, ces chapitres paraissent des jalons inconsciemment plantés\n pour indiquer la route de Là-Bas. Il est à observer d'ailleurs que la biblio­\nthèque de des Esseintes renfermait un certain nombre de bouquins de magie\n et que les idées énoncées dans le chapitre VII d'A-Rebours, sur le sacrilège,\nsont l'hameçon d'un futur volume traitant le sujet plus à fond.\n    Ce livre de Là-Bas qui effara tant de gens, je ne l'écrirais plus, lui aussi,\n maintenant que je suis redevenu catholique, de la même manière. Il est, en\neffet, certain que le côté scélérat et sensuel qui s'y développe est réprouvable;\n et cependant, je l'affirme, j'ai gazé, je n'ai rien dit; les documents qu'il recèle\nsont, en comparaison de ceux que j'ai omis et que je possède de bien fades\n dragées, de bien plates béatilles!\n    Je crois, cependant, qu'en dépit de ses démences cérébrales et de ses folies\nalvines, cet ouvrage a, par le sujet même qu'il exposait, rendu service. Il a\n rappelé l'attention sur les manigances du Malin qui était parvenu à se faire\n nier; il a été le point de départ de toutes les études qui se sont renouvelées\n sur l'éternel procès du satanisme; il a aidé, en les dévoilant, à annihiler les\n odieuses pratiques des goéties ; il a pris parti et combattu très résolument, en\n somme, pour l'Eglise contre le Démon.\n    Pour en revenir à A-Rebours dont il n'est qu'un succédané, je peux répéter\n à propos des fleurs ce que j'ai déjà raconté sur le compte des pierres.\n    A-Rebours ne les considère qu'au point de vue des contours et des teintes,\n nullement au point de vue des significations qu'elles décèlent; des Esseintes\n n'a choisi que des orchidées bizarres, mais taciturnes. Il sied d'ajouter qu'il\n eût été difficile de faire parler en ce livre une flore atteinte d'alabie, une flore\n muette, car l'idiome symbolique des plantes est mort avec le Moyen Age; et\n les créoles végétales choyées par des Esseintes étaient inconnues des allégo-\n ristes de ce temps.\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "                       PRÉFACE D' « A-REBOURS »                              199\n\n\n     La contre-partie de cette botanique, je l'ai écrite depuis, dans La Cathé-\n drale, à propos de cette horticulture liturgique qui a suscité de si curieuses\n pages de Sainte-Hildegarde, de Saint-Méliton, de Saint-Eucher.\n     Autre est la question des odeurs dont j'ai dévoilé dans le même livre les\n emblèmes mystiques.\n     Des Esseintes ne s'est préoccupé que des parfums laïques, simples ou\n extraits et des parfums profanes, composés ou bouquets.\n     Il eût pu expérimenter aussi les aromes de l'Église, l'encens, la myrrhe, et\n cet étrange Thymiama que cite la Bible et qui est encore marqué dans le\n rituel comme devant être brûlé, avec l'encens, sous le vase des cloches, lors\n de leur baptême, après que l'Evêque les a lavées avec de l'eau bénite et\n signées avec le Saint Chrême et l'huile des infirmes ; mais cette fragrance\n semble oubliée par l'Église même et je crois que l'on étonnerait beaucoup un\n curé en lui demandant du Thymiama.\n     La recette est pourtant consignée dans L'Exode. Le Thymiama se compo­\n sait de styrax, de galbanum, d'encens et d'onycha et cette dernière substance\n ne serait autre que l'opercule d'un certain coquillage du genre des « pour­\n pres » qui se drague dans les marais des Indes.\n     Or, il est difficile, pour ne pas dire impossible, étant donné le signalement\n incomplet de ce coquillage et de son lieu de provenance, de préparer un\n authentique Thymiama; et c'est dommage, car s'il en eût été autrement, ce\n parfum perdu eût certainement excité chez des Esseintes les fastueuses évo­\n cations des galas cérémoniels, des rites liturgiques de l'Orient.\n     Quant aux chapitres sur la littérature laïque et religieuse contemporaine,\n ils sont, à mon sens, de même que celui de la littérature latine, demeurés\n justes. Celui consacré à l'art profane a aidé à mettre en relief des poètes bien\n inconnus du public alors : Corbière, Mallarmé, Verlaine. Je n'ai rien à\n retrancher à ce que j'écrivis il y a dix-neuf ans; j'ai gardé mon admiration\n pour ces écrivains; celle que je professais pour Verlaine s'est même accrue.\n Arthur Rimbaud et Jules Laforgue eussent mérité de figurer dans le florilège\n de des Esseintes, mais ils n'avaient encore rien imprimé à cette époque-là et\n ce n'est que beaucoup plus tard que leurs œuvres ont paru.\n    Je ne m'imagine pas, d'autre part, que j'arriverai jamais à savourer les\nauteurs religieux modernes que saccage A-Rebours. L'on ne m'ôtera pas de\nl'idée que la critique de feu Nettement est imbécile et que Mme Augustin Cra-\n ven et que Mlle Eugénie de Guérin sont de bien lymphatiques bas-bleus et\n de bien dévotieuses bréhaignes. Leurs juleps me semblent fades; des Esseintes\na repassé à Durtal son goût pour les épices et je crois qu'ils s'entendraient\nencore assez bien, tous les deux, pour préparer, à la place de ces loochs, une\nessence gingembrée d'art.\n    Je n'ai pas changé d'avis non plus sur la littérature de confrérie des Pou-\njoulat et des Genoude, mais je serais moins dur maintenant pour le Père\nChocarne, cité dans un lot de. pieux cacographes, car il a au moins rédigé\nquelques pages médullaires sur la mystique, dans son introduction aux\nœuvres de Saint-Jean de la Croix et je serais également plus doux pour de\n Montalembert qui, à défaut de talent, nous a nantis d'un ouvrage incohérent et\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3532, "texte": "200                               DURENDAL\n\n\n\ndépareillé, mais enfin émouvant, sur les moines; je n'écrirais plus surtout que\nles visions d'Angèle de Foligno sont sottes et fluides, c'est le contraire qui est\nvrai; mais je dois attester, à ma décharge, que je ne les avais lues que dans\nla traduction d'Hello. Or, celui-là était possédé par la manie d'élaguer, d'édul­\ncorer, de cendrer les mystiques, de peur d'attenter à la fallacieuse pudeur des\ncatholiques. Il a mis sous pressoir une œuvre ardente, pleine de sève, et il\nn'en a extrait qu'un suc incolore et froid, mal réchauffé, au bain-marie, sur\nla pauvre veilleuse de son style.\n    Cela dit, si en tant que traducteur, Hello se révélait tel qu'un tâle-poule et\nqu'un pieusard, il est juste d'affirmer qu'il était, alors qu'il opérait pour son\npropre compte, un manieur d'idées originales, un exégète perspicace, un\nanalyste vraiment fort. Il était même, parmi les écrivains de son bord, le seul\n qui pensât; je suis venu à la rescousse de d'Aurevilly pour prôner l'œuvre de\ncet homme si incomplet, mais si intéressant et A-Rebours a, je pense, aidé au\n petit succès que son meilleur livre L'Homme a obtenu depuis sa mort.\n    La conclusion de ce chapitre sur la littérature ecclésiale moderne était que\n parmi les hongres de l'art religieux, il n'y avait qu'un étalon, Barbey d'Aure­\n villy; et cette opinion demeure résolument exacte. Celui-là fut le seul artiste,\n au pur sens du mot, que produisit le catholicisme de ce temps ; il fut un grand\n prosateur, un romancier admirable dont l'audace faisait braire la bedeau-\n daille qu'exaspérait la véhémence explosive de ses phrases.\n    Enfin, si jamais chapitre peut être considéré comme le point de départ\n d'autres livres, c'est bien celui sur le plain-chant que j'ai amplifié depuis\n dans tous mes volumes, dans En Route et surtout dans L'Oblat.\n    Après ce bref examen de chacune des spécialités rangées dans les vitrines\n d'A-Rebours, la conclusion qui s'impose est celle-ci : ce livre fut une amorce\n de mon œuvre catholique qui s'y trouve, toute entière, en germe.\n    Et l'incompréhension et la bêtise de quelques mômiers et de quelques\n agités du sacerdoce [n'apparaissent, une fois de plus, insondables. Ils récla­\n mèrent, pendant des années, la destruction de cet ouvrage dont je ne possède\n pas, du reste, la propriété, sans même se rendre compte que les volumes mys­\n tiques qui lui succédèrent sont incompréhensibles sans celui là, car il est, je\n le répète, la souche d'où tous sortirent. Comment apprécier, d'ailleurs, l'œuvre\n d'un écrivain, dans son ensemble, si on ne la prend dès ses débuts, si on ne\n la suit pas à pas ; comment surtout se rendre compte de la marche de la Grâce\n dans une âme si l'on supprime les traces de son passage, si l'on efface les pre­\n  mières empreintes qu'elle a laissées?\n     Ce qui est, en tous cas, certain, c'est qu'A-Rebours rompait avec les précé­\n  dents, avec Les Sœurs Valard, Eu ménage, A vau l'eau, c'est qu'il m'engageait\n  dans une voie dont je ne soupçonnais même pas l'issue.\n     Autrement sagace que les catholiques, Zola le sentit bien. Je me rappelle\n  que j'allai passer, après l'apparition d.'A Rebours, quelques jours à Médan.Une\n  après-midi que nous nous promenions, tous les deux, dans la campagne, il\n  s'arrêta brusquement et, l'œil devenu noir, il me reprocha le livre, disant que\n  Je portais un coup terrible au naturalisme, que je faisais dévier l'école, que je\n  brûlais d'ailleurs mes vaisseaux avec un pareil roman, car aucun genre de\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "                        PRÉFACE D' \" A-REBOURS \"                               201\n\n\nlittérature n'était possible dans ce genre épuisé en un seul tome et, amicale­\nment, — car il était un très brave homme — il m'incita à rentrer dans la\nroute frayée, à m'atteler à une étude de mœurs.\n   Je l'écoutais, pensant qu'il avait tout à la fois et raison et tort, — raison, en\nm'accusant de saper le naturalisme et de me barrer tout chemin — tort, en ce\nsens que le roman, tel qu'il le concevait, me semblait moribond, usé par les\nredites, sans intérêt, qu'il le voulût ou non, pour moi.\n    Il y avait beaucoup de choses que Zola ne pouvait comprendre; d'abord,\nce besoin que j'éprouvais d'ouvrir les fenêtres, de fuir un milieu où j'étouffais ;\npuis, le désir qui m'appréhendait de secouer les préjugés, de briser les limites\ndu roman, d'y faire entrer l'art, la science, l'histoire, de ne plus se servir,\nen un mot, de cette forme que comme d'un cadre pour y insérer de plus\nsérieux travaux. Moi, c'était cela qui me frappait surtout à cette époque,\nsupprimer l'intrigue traditionnelle, voire même la passion, la femme,\nconcentrer le pinceau de lumière sur un seul personnage, faire à tout prix du\nneuf.\n    Zola ne répondait pas à ces arguments avec lesquels j'essayais de le con­\nvaincre, et il réitérait sans cesse son affirmation : « Je n'admets pas que\nl'on change de manière et d'avis ; je n'admets pas que l'on brûle ce que l'on a\n adoré. »\n    Eh là! n'a-t il pas joué, lui aussi, le rôle du bon Sicambre? Il a, en effet,\nsinon modifié son procédé de composition et d'écriture, au moins varié sa\nfaçon de concevoir l'humanité et d'expliquer la vie. Après le pessimisme noir\nde ses premiers livres, n'avons-nous pas eu, sous couleur de socialisme, l'opti­\n misme béat de ses derniers ?\n    Il faut bien le confesser, personne ne comprenait moins l'âme que les natu­\nralistes qui se proposaient de l'observer. Ils voyaient l'existence d'une seule\npièce; ils ne l'acceptaient que conditionnée d'éléments vraisemblables, et j'ai\n depuis appris, par expérience, que l'invraisemblable n'est pas toujours dans\n le monde, à l'état d'exception, que les aventures de Rocambole sont parfois\n aussi exactes que celles de Gervaise et de Coupeau.\n     Mais l'idée que des Esseintes pouvait être aussi vrai que ses personnages\n à lui, déconcertait, irritait presque Zola.\n\n                                        *   *\n\n  J'ai jusqu'ici, dans ces quelques pages, parlé d'A-Rebours surtout au point\nde vue de la littérature et de l'art. Il me faut maintenant en parler au point\nde vue de la Grâce, montrer quelle part d'inconnu, quelle projection d'âme\nqui s'ignore, il peut y avoir souvent dans un livre.\n  Cette orientation si claire, si nette d'A-Rebours sur le catholicisme, elle me\ndemeure, je l'avoue, incompréhensible.\n  Je n'ai pas été élevé dans les écoles congréganistes, mais bien dans un\nlycée, je n'ai jamais été pieux dans ma jeunesse, et le côté de souvenir d'en­\nfance, de première communion, d'éducation qui tient si souvent une grande\nplace dans la conversion, n'en a tenu aucune dans la mienne. Et ce qui com-\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "202                                  DURENDAL\n\n\nplique encore la difficulté et déroute toute analyse, c'est que lorsque j'écrivis\nA-Rebours, je ne mettais pas les pieds d a n s une église, je ne connaissais aucun\ncatholique pratiquant, aucun prêtre; je n'éprouvais aucune touche divine\nm'incitant à me diriger vers l'Eglise, je vivais dans mon auge, tranquille ; il\nme semblait tout naturel de satisfaire les foucades de mes sens, et la pensée\nne me venait même pas que ce genre de tournoi fût défendu.\n   A-Rebours a paru en 1884 et je suis parti pour me convertir dans une T r a p p e\nen 1892; près de huit années se sont écoulées avant que les semailles de ce\nlivre n'aient levé; mettons deux années, trois m ê m e , d'un travail de la\nGrâce, sourd, têtu, parfois sensible; il n'en resterait pas moins cinq ans pen­\ndant lesquels je ne me souviens d'avoir éprouvé aucune velléité catholique,\naucun regret de la vie que je menais, aucun désir de la renverser. P o u r q u o i ,\ncomment ai-je été aiguillé sur u n e voie perdue alors pour moi d a n s la nuit?\nJ e suis absolument incapable de le d i r e ; rien, sinon des ascendances d e bégui­\nnages et de cloîtres, des prières de famille hollandaise très fervente et que j'ai\nd'ailleurs à peine connue, n'expliquera la parfaite inconscience du dernier\ncri, l'appel religieux de la dernière page d'A-Rebours.\n    Oui, je sais bien, il y a des gens très forts qui tracent des plans, organisent\nd'avance des itinéraires d'existence et les suivent; il est m ê m e e n t e n d u , si je\nn e me trompe, qu'avec de la volonté on arrive à tout; je veux bien le croire,\nmais, moi, je le confesse, je n'ai jamais été ni un h o m m e tenace, ni un auteur\nmadré. Ma vie et ma littérature ont u n e part de passivité, d'insu, de direction\nhors de moi très certaine.\n    La Providence me fut miséricordieuse et la Vierge me fut b o n n e . Je me\nsuis borné à ne pas les contrecarrer lorsqu'elles attestaient leurs intentions;\nj'ai simplement o b é i ; j'ai été mené par ce qu'on appelle « les voies extraor­\ndinaires » ; si quelqu'un p e u t avoir la certitude du n é a n t qu'il serait, sans\nl'aide de Dieu, c'est moi.\n    L e s personnes qui n'ont pas la F o i m'objecteront qu'avec des idées\npareilles, l'on n'est pas loin d'aboutir au fatalisme et à la négation de toute\npsychologie.\n    N o n , car la Foi en Notre-Seigneur n'est pas le fatalisme. L e libre arbitre\ndemeure sauf. J e pouvais, s'il me plaisait, continuer à céder aux luxurieux\némois et rester à Paris, et ne pas aller souffrir dans u n e T r a p p e . Dieu n'eut\nsans doute pas insisté; mais, tout en certifiant que la volonté est intacte, il\nfaut bien avouer cependant que le Sauveur y met b e a u c o u p du sien, qu'il\nvous harcèle, qu'il vous traque, qu'il vous « cuisine », pour se servir d'un\nterme énergique de basse police; mais je le répète encore, l'on peut, à ses\nrisques et périls, l'envoyer promener.\n   P o u r la psychologie, c'est autre chose. Si nous l'envisageons, comme je\nl'envisage, au point de vue d'une conversion, elle est, dans ses préludes,\nimpossible à démêler ; certains coins sont peut-être tangibles, mais les autres,\nn o n ; le travail souterrain de l'âme nous échappe. Il y eut sans doute, au\nmoment où j'écrivais A-Rebours, u n remuement des terres, un forage du sol\npour y planter des fondations, dont je ne me rendis pas compte. Dieu creu­\nsait pour placer ses fils et il n'opérait que dans l'ombre de l'âme, dans la nuit.\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "                       PRÉFACE     D'   « A-REBOURS     »                   203\n\n\nRien n'était perceptible; ce n'est que bien des années après que l'étincelle a\ncommencé de courir le long des fils. Je sentais alors l'âme s'émouvoir dans\nces secousses; ce n'était encore ni bien douloureux, ni bien clair : la liturgie,\nla mystique, l'art en étaient les véhicules ou les moyens; cela se passait géné­\nralement dans les églises, à Saint-Séverin surtout, où j'entrais par curiosité,\npar désœuvrement. Je n'éprouvais, en assistant aux cérémonies qu'une tré­\npidation intérieure, ce petit trémulement que l'on subit, en voyant, en écou­\ntant ou en lisant une belle œuvre, mais il n'y avait pas d'attaque précise, de\nmise en demeure de se prononcer.\n    Je me détachais seulement, peu à peu, de ma coque d'impureté; je com­\n mençais à me dégoûter de moi-même, mais je rebiffais quand même sur les\n articles de Foi. Les objections que je me posais me semblaient être irrésis­\n tibles; et un beau matin, en me réveillant, elles furent, sans que j'aie jamais\nsu comment, résolues. Je priai pour la première fois et l'explosion se fit.\n    Tout cela paraît, pour les gens qui ne croient pas à la Grâce, fou. Pour\nceux qui ont ressenti ses effets, aucun étonnement n'est possible ; et, si surprise\n il y avait, elle ne pourrait exister que pour la période d'incubation, celle où\n l'on ne voit et où l'on ne perçoit rien, la période du déblaiement et de la fon­\n dation dont on ne s'est même pas douté.\n    Je comprends, en somme, jusqu'à certain point, ce qui s'est passé entre\n l'année 1891 et l'année 1895, entre Là-Bas et En Route, rien du tout entre\n l'année 1884 et Tannée 1891, entre A-Rebours et Là-Bas.\n    Si je n'ai pas compris, moi-même, à plus forte raison, les autres ne com­\n prirent-ils point les impulsions de des Esseintes. A-Rebours tombait ainsi qu'un\n aérolithe dans le champ de foire littéraire et ce fut et une stupeur et une\n colère; la presse se désordonna; jamais elle ne divagua en tant d'articles;\n après m'avoir traité de misanthrope impressionniste et avoir qualifié des\n  Esseintes de maniaque et d'imbécile compliqué, les Normaliens comme\n  M. Lemaître s'indignèrent que je ne fisse point l'éloge de Virgile et décla­\n rèrent d'un ton péremptoire, que les décadents de la langue latine, au Moyen\n Age, n'étaient que « des radoteurs et des crétins ». D'autres entrepreneurs de\n critique voulurent bien aussi m'aviser qu'il me serait profitable de subir, dans\n une prison thermale, le fouet des douches; et, à leur tour, les conférenciers\n s'en mêlèrent. A la Salle des Capucines, l'archonte Sarcey criait, ahuri : je\n  veux bien être pendu, si je comprends un traître mot à ce roman ! enfin, pour\n  que ce fût complet, les revues graves, telles que la Revue des Deux Mondes\n  dépêchèrent leur leader, M. Brunetière, pour comparer ce roman aux vau­\n  devilles de Waflard et Fulgence.\n     Dans ce tohu-bohu, un seul écrivain vit clair, Barbey d'Aurevilly, qui ne\n  me connaissait nullement, d'ailleurs. Dans un article du Constitutionnel portant\n  la date du 28 juillet 1884, et qui a été recueilli dans son volume Le Roman\n  Contemporain paru Tan dernier, il écrivit :\n     Après un tel livre, il ne reste plus à l'auteur qu'à choisir entre la\n  bouche d'un pistolet ou les pieds de la Croix.\n     C'est fait.\n                                                         J . - K . HUYSMANS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 204, "page_fin": 207, "titre_corps": "La Brume dorée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "La Brame dorée I La ville rêve au loin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "La Brame dorée\n\n                             I\n\nLa ville rêve au loin dans un nuage d'or;\nA travers le silence on l'entend qui respire\nD'un souffle faible et pur, comme un enfant qui dort\nEt dont l'haleine, en s'exhalant, devient    sourire...\n\nLa solitude est bonne au cœur désenchanté :\nJe t'aime mieux en elle, ô ma cité natale !\nLe soir plein de rayons couronne ta beauté\nQue revêt lentement la pourpre    occidentale.\n\nEt le Passé surgit, dont tu portes le deuil;\nEt je crois voir, parmi cette gloire qui monte,\nLa cendre des grands morts qui firent ton orgueil\nFlotter sur les vivants dont la vie est ta honte.\n\nTandis que je t'invoque, et que tu me réponds\nPar ta rumeur que la distance a presque éteinte,\nLes pas des hommes vils sonnent sur tes vieux ponts ;\nMais par-dessus leur bruit, l'angelus plane et tinte.\n\nEt j'écoute la foule auguste des clochers,\nMâts de pierre émergeant sur l'océan des brumes,\nOù mon âme laissa des lambeaux      accrochés\nComme un oiseau qui vole en perdant de ses plumes.\n\nCar c'est un peu ma voix qui parle dans la leur,\nCette voix claire et grave aussi que tu m'as faite;\nEt c'est tout mon passé de joie et de douleur\nQue m'évoquent leurs glas et leurs hymnes de fête.\n\nAu son des angelus égrenés dans le vent,\nC'est tout mon passé mort qui renaît de ses cendres!\nEt je revois, penchés sur mes sommeils   d'enfant,\nMon père au front pensif et ma mère aux yeux       tendres.\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "                   LA B R U M E   DORÉE                     205\n\n\nO paisibles sommeils! Assise à mon chevet,\nPlus belle encor du pâle éclat de la veilleuse,\nMa mère, en souriant à son fils qui rêvait,\nChantait une romance étrange et merveilleuse.\n\nO carillons des bleus dimanches de jadis!\nO douceur de prier sans honte et sans souillures\nEt d'élever vers Dieu, comme un bouquet de lys,\nUne âme toute blanche en des mains toutes pures!\n\nEt plus tard, quelle extase et quel trouble soudain\nQuand, réveillant le songe épars dans l'étendue,\nUn violon nocturne, au profond d'un jardin,\nEpanchait tout à coup sa plainte       inattendue!...\n\n\n                          II\n\nPourquoi vint-il une heure où je me fatiguai\nDe voir du même toit fuir la même fumée,\nEt d'entendre le chant tour à tour triste et gai\nDont tu berçais mon rêve, ô ville bien-aimée?\n\nUn vaisseau m'attendait, balançant des pavois ;\nEt je n'écoutai pas ton maternel     reproche...\nMais quel charme invincible était donc dans ta voix?\nIl semblait que l'exil me la rendait plus proche!\n\nDevant les golfes clairs, mon ennui     vagabond\nSe reprit à chérir ton ciel chargé de pluie,\nTes toits gris de brouillard, tes quais noirs de charbon,\nTon peuple au masque épais de sueur et de suie.\n\nEt quand, las et déçu, je te revins un joui-\nPortant d'un front moins haut de plus lourdes pensées,\nTu me fis cet accueil d'inébranlable   amour\nQue font aux fils ingrats les mères délaissées...\n\nPuis, assemblant un soir le groupe ardent et frais\nDes vierges dont le rêve hésite et s'oriente,\nDe tes filles en fleur voici que tu m'offrais\nLa plus mélancolique et la plus     souriante.\n\nChère enfant! son visage avait, pâle et vermeil,\nLa sérénité triste et la douce amertume\nQue tu prends, ma cité, quand ton mourant soleil\nTrempe ses flèches d'or dans une. mer de bruine.\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "200                          DURENDAL\n\n\n\n      Notre joie inquiète erra par les vallons\n      Dont se dentale au loin ta coupe de collines,\n      Et mêla son soupir à ceux des violons\n      Qui font pleurer d'amour les âmes orphelines.\n\n      Chaque soir tes maisons, vieilles au front   penchant,\n      Nous regardaient passer de toutes leurs croisées :\n      Leurs vitres flamboyaient, et les feux du couchant\n      Semblaient en notre honneur les avoir pavoisées.\n\n      Et ton beau fleuve lent, qui faisait dans la nuit\n      Le bruit mystérieux d'un satin que l'on froisse,\n      Nous donnait à tous deux tout ce qu'une eau qui fuit\n      Peut mettre aux cœurs mortels de tendresse et d'angoisse.\n\n      Longtemps, d'un songe heureux tu nous        enveloppas;\n      Les jours qui s'en allaient resserraient ton étreinte :\n      On eût dit que ton sol, amoureux de nos pas,\n      En gardait d'heure en heure une plus forte      empreinte.\n\n      Et quand la Mort m'eut pris l'aimée aux yeux si doux\n      Malgré tous mes sanglots, malgré tous mes reproches, —\n      Tu te plaignis au ciel et tu pleuras sur nous,\n      De tous tes violons et de toutes tes cloches!...\n\n\n                               III\n\n      Maintenant que l'Amour a déserté mon seuil\n      Et que je n'entends plus les appels des chimères,\n      Je veux dormir en toi, Cité de bon accueil,\n      0 ma ville natale, ô la Mère des mères!\n\n      Chante-moi les chansons qu'on chante aux enfants las-!\n      Et berce mon néant dans ton concert immense\n      De pas humains, de cris, d'angelus et de glas,\n      Qui, cessant chaque nuit, chaque jour   recommence!\n\n      J'avais rêvé de joindre, en fils   reconnaissant.\n      Ma louange éphémère à tes voix éternelles ;\n      Mais sur ma bouche, hélas ! le silence descend,\n      Et déjà la clarté s'éteint dans mes prunelles.\n\n      Toi, chaque aube à jamais réveille ta rumeur\n      Et rallume ta gloire en sa splendeur première :\n      Tandis qu'à chaque instant, au fond de moi, se meurt\n      Un peu de ce qui fut mon chant et ma lumière...\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 342, "texte": "                     LA   BRUME   DOREE                      207\n\n\n\nAh! quand viendra le soir où je     m'endormirai,\nPuisse mon humble nom survivre en ta mémoire!\nEt que mon âme, éparse en ton brouillard doré,\nS'unisse à ta rumeur et se mêle à la gloire!\n\n                                              FRANZ A N S E L .\n\n\n L i é g e , 1903.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 208, "page_fin": 212, "titre_corps": "L’Aveugle Force", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "L'Aveugle Force LE printemps remplissait", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 253, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "L'Aveugle Force\n\n                    LE printemps remplissait le ciel de sa douce\n                       lumière. Un vent léger ne faisait trembler, sur\n                       la hauteur, que les ramilles des bouleaux. L e\n                       long des chemins, éclatait la magnificence des\n                      genêts aux épis d'or. Cependant les bruyères\n                       étaient grises et les branches emmêlées d'un\n                      grand chêne restaient nues. Mais la clarté du\n                       firmament frôlait les choses, et toutes choses\nvivaient. Des ondes transparentes fuyaient dans les sentiers\nde sable; sous les pesantes sapinières filtraient des traînées\nblanches.\n   Joost, paysan de Genebosch, gravissait la colline. I1 allait à\nson champ de seigle qui verdissait auprès de terres en friche,\nnon loin d'un bois de conifères. Derrière lui, dévalaient des\nprés qui touchaient les premières chaumières sises au bord de\nla route communale de L u m m e n .\n   Ce pays se diversifie. L u m m e n , et les hameaux de Genebosch\net Teewinkel, gagnent chaque année quelque culture sur la\ngarigue. L e sol a conservé toutefois des rudesses invincibles.\nD'âpres brandes persistent, des marais noirs s'isolent en d'éter­\nnels silences.\n   Joost se retourna au sommet de la montée. Il vit le clocher de\nBeeringen, et, dans le lointain laiteux, il découvrit la tour\ncarrée du camp de Beverloo. A sa droite, dépassant un talus,\napparaissait la cime des arbres qui jalonnent le canal de la\nPierre bleue jusqu'à Hasselt.\n   Joost était venu ici parce que la nue resplendissait, parce que\nla glèbe remuait, et l'homme jouissait des miséricordieuses\n beautés de la saison. Il avait une âme ingénue et sensible.\n    P e n d a n t la journée dominicale de la veille, Joost pressentit\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "                        L'AVEUGLE FORCE                            209\n\n\nconfusément l'accord qui l'unissait à l'amoureux aspect du site.\nQuand une femme l'eut regardé, en sortant de l'église, comme\nelle n'avait plus voulu le regarder depuis l'été, il perçut la pal­\npitation de son cœur sous sa blouse luisante. Pourtant il se\ntrouvait dans le groupe des mauvais sujets. Ce sont ceux-là qui,\naux dernières oraisons, abandonnent la messe, et boivent\ndurant les vêpres dans des cafés voisins, et apprécient les filles\nde leur village lorsqu'elles ont de saines joues rouges, des\ntailles fermes et des sourires complaisants.\n    Lui, paysan mélancolique, terrien robuste et doux, n'avait\njamais trouvé de saveur aux baisers sans lendemain. Il faisait\ncomme les autres à la dernière kermesse d'octobre. Un garçon\nne s'isole pas, tandis que les compagnons aiment et boivent.\nJoost se jeta dans le brutal déduit. Il chercha l'ombre chaude\n des soirs de fête. Néanmoins, il conservait en sa cervelle une\n image; sur son cœur pesait un souvenir; il souffrit.\n    Joost avait perdu sa bien-voulue. Elle s'enfuit de sa ten­\n dresse, et ce fut comme si on lui ouvrait la poitrine. Bon Dieu!\n Quelles douleurs, quelles révoltes, quand Joost apprit que Lina\n s'engageait chez des bourgeois de la ville, et le repoussait! Ah!\n L'hiver noir et ses pluies lourdes! Et le gel qui lui mordait les\n chairs et l'entourait, comme la terre, d'un froid immense!\n    Les retours de l'inconstante, au village, avivaient sa désola­\n tion. Lina parait d'atours sa jeunesse; elle avançait, souriante,\n et ne détournait les yeux qu'en passant près de Joost. Il avait\n voulu l'arrêter, la contraindre à s'humilier, la frapper, la ren­\n verser dans la boue. Il avait voulu s'agenouiller devant elle, la\n supplier avec de telles paroles que ses paupières eussent battu\n dans les larmes. Il avait voulu se précipiter sur elle, l'emporter\n loin, loin du monde, et l'aimer sauvagement.\n    Joost était fier. Il garda ses souffrances solitaires. Il les excita\n dans sa pensée, il s'abreuva de leur fiel, et trouva, malgré\n tout, des voluptés dans leur cuisant entretien. L'absente demeu­\n rait présente. Joost s'endormait avec elle, se levait avec elle,\n vivait sa vie entière avec elle. Il travaillait et Lina était à côté\n de lui. Le père de Joost, qui n'éprouvait plus, au bout de ses\n jours, que la passion du rendement de son fonds, venait alors le\n regarder. Ce vieux retroussait une lippe blême sur des dents\n vertes. Il riait, en silence, devant le labeur de son fils, il l'en­\n courageait d'une voix trébuchante, et le soir il l'entretenait des\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "210                           DURENDAL\n\n\n récoltes passées. J a m a i s il n'avait remarqué que son fils ne\n l'écoutait plus.\n     E n t r e le champ, où disparaissent les morts, et les enfants qui\nsoulèvent sa poussière, les mêmes attaches renouent les hommes\nnouveaux à l'ancienne terre. Joost, se penchant au-dessus des\nsillons, dépensant sa puissance dans l'œuvre de ses muscles,\nétreignait réellement l'image de l'aimée. L'ancien, qui finissait,\nretrouvait dans la trace d'une charrue l'empreinte de sa jeu­\nnesse forte. L e fils et le père ne découvraient pas les concor­\ndances de la vie et du sol. Ils les sentaient à leur insu. E t ,\naujourd'hui, p e n d a n t que le printemps s'éployait, Joost con­\ntemplait l'éclosion tendre du labour, le cœur remué par L i n a\ncomme par la jeunesse éternelle de Mai.\n    Aurait-il surpris et avidement emporté un regard de la\nfemme, si de mystérieuses ardeurs ne s'étaient éveillées, si\nl'atmosphère n'avait longuement frémi?... L'heure sonna dans\nle firmament qu'exaltaient les fragrances, l'haleine sensuelle de\nla plaine et des bois, la miraculeuse puissance d'amour mon­\nt a n t autour des créatures.\n    Joost avait attendu cette matinée, sans le savoir, et il s'aban­\ndonnait à sa langueur, à l'enlacement de ses rayons. L a caresse\ndu ciel glissait un frisson dans ses veines.\n    Joost s'étendit sur la terre.\n    Il saisissait, de sa dextre, une plante de genêt aux épis d'or;\nil enfonçait l'autre main dans le sol.\n     Il dormit.\n    L a journée s'appesantissait, la nue devenait torride. Joost se\nretourna, se coucha à plat ventre. L e flux du soleil était pal­\npable; Joost leva le bras, et il sentit couler la chaleur le long\nde sa peau.\n    T o u t à coup une voix chanta dans le soleil. C'était une voix\nd'homme; on ne pouvait distinguer le sens de ses paroles.\nSeule, l'expression musicale s'élançait à travers la c a m p a g n e ;\nelle révélait une ferveur profonde. Joost l'écoutait, les paupières\ncloses; il berçait l'image de L i n a à ces rythmes harmonieux.\n     U n peu d'ombre s'allongea, puis le ciel brilla de nouveau,\npuis l'ombre revint, et encore une fois elle fut dissipée. Joost\ns'était redressé. Il vit l'horizon envahi par une chaîne de nuages\ncirculaires, qui ruisselaient, en ce moment, sous l'épanouisse­\nment du grand astre.\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "                      L'AVEUGLE   FORCE                      211\n\n\n\n   La voix de l'homme se rapprochait. Une rumeur courut au\nbout des plaines, et s'enfla. Le tonnerre grondait. La voix de\nl'homme retentit, plus forte. Un éclair cingla la masse des\nnuées. L'homme apparut. Joost courut à sa rencontre. Il avait\nreconnu l'ami qui, la veille, était près de lui, quand Lina le\nregardait avec des yeux d'amour.\n   Ces rustres se considérèrent. Le bonheur marquait leurs faces\nrugueuses. Ils murmurèrent.\n   — C'est déjà l'été...\n   — C'est déjà l'été...\n   Joost éclata de rire, et l'autre l'imita.\n   — Tu chantais?\n   La tête blonde de Joost se balançait.\n   — Je chantais !\n   Et tous deux lancèrent à la voûte ardente du ciel l'écho de\nleurs voix unies.\n   — Rik?\n  — Joost?\n  — Il n'a jamais fait aussi beau !\n  — Oui, on croirait que le temps de la moisson est proche!...\n  — Tu n'entends pas?\n  — Un orage se prépare.\n  — Comme au mois d'août !\n  Les nuages gagnaient de toutes parts l'orbe du soleil. Les\npaysans s'essuyèrent le visage. Le long du chemin, les genêts\nsemblaient plus lumineux, au fur et à mesure que le ciel s'étei­\ngnait. C'était comme si tout l'éclat de la journée splendide eût\nbrûlé maintenant entre leurs épis d'or.\n  Rik ôta sa casquette et la lança en l'air. Il avait des cheveux\nbruns qui bouclaient sur le front; ses narines s'ouvraient large­\nment, sa bouche paraissait gourmande.\n  Rik reprenait sa chanson, et il improvisait :\n  « J'aime une belle, qui ne rappelle aucune fille... Elle est\nvenue .. Je ne l'attendais point... Nous avons savouré... »\n  Joost, à son tour, rendait spontanément son rêve :\n  « Et moi je l'aimerai jusqu'à la mort, celle qui me revient\nenfin!... »\n  Le tonnerre brisa leurs voix.\n  L'occident se rapprochait dans une flambée rouge. La foudre\ncourut sur le sommet des nuées noires, et l'air fut fracassé.\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "212                         DURENDAL»\n\n\n   Un silence énorme était suspendu à présent. On devinait\nqu'il allait choir avec des violences terribles.\n   Rik brava la crainte. Il serra fébrilement la main de Joost, et\nil dit :\n   — Si tu savais ce qui m'est arrivé hier soir!...\n   Et Joost, dont les nerfs se crispaient sous le ciel électrique et\ndont la langue séchait, lui répondit :\n   — Si tu connaissais mes félicités!\n   Ils se turent. Leurs tempes battaient, leurs gorges se fer­\nmaient. Joost sentait que Lina s'appuyait contre son cœur.\n   Ils eurent soudain les jambes brisées, ils chancelèrent, ils\nfurent ivres; pendant une minute, ils ne recouvrèrent pas leurs\nesprits. L'orage les enveloppait, les soulevait, les chassait. Le\nsoufre empoisonnait, les éclairs aveuglaient, la pluie creva,\nroula avec le tonnerre, et le ciel disparut.\n   Joost et Rik fuirent dans la direction du canal, ils dégringo­\nlèrent le talus. Ils se réfugièrent sous un pont; sa pesante\narmature vibrait ainsi qu'une cloche. Et les paysans se signaient\ncontinûment.\n   Rik, le premier, retrouva la parole. Il remuait les lèvres,\npoussé par une irrésistible impulsion.\n   Joost l'écoutait et haletait. La ralale passait comme le souffle\néperdu de la terre. Toutes les puissances clamaient la colère\net la haine. L'homme vacillait.\n   Rik achevait, en criant :\n   — Et celle qui m'aima hier soir, — tu ne l'as pas deviné? —\ns'appelle Lina!\n   Joost se rua rageusement sur lui. Il le vit tomber, bouche\n ouverte et bras étendus, dans l'eau sombre du canal.\n\n                                               GEORGES VIRBÈS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 220, "titre_corps": "La Libre Esthétique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Libre Esthétique Le Salon J'AI déjà signalé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 258, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "La Libre Esthétique\n\n                                   Le Salon\n                    J'AI déjà signalé, dans la livraison de mars, le haut intérêt\n                       éducatif et documentaire du Salon actuel de la Libre Esthé-\n                       tique.\n                          L'importante série des paysages de CLAUDE MONET me\n                       paraît y constituer la plus instructive et la plus complète\n                       manifestation des conquêtes de l'Impressionnisme. Mieux\n                       qu'aucun de ses compagnons de luttes, Claude Monet\n                       résume les tendances novatrices du groupe et réalise ses\n                       intentions luministes. Doué d'une merveilleuse finesse de\n vision, d'une sensibilité réceptive exceptionnelle, il analyse magistralement\n les modalités les plus ténues de la couleur dans l'atmosphère. Lentement, il\n s'est constitué une technique spéciale très personnelle, tout à fait adéquate\n à son but. Il est excessif de vouloir discerner dans cette technique l'invention\n de la division du ton, l'application de couleurs non mélangées et les principes\n de la théorie du pointillisme. Même en sa vieillesse, Claude Monet nous\n donne des peintures où le mélange des nuances les plus subtiles se réalise sur\n la palette et s'applique sur la toile selon les recettes classiques. Voyez le ciel\n du tableau intitulé les Nymphies, qui, d'ailleurs, offre les outrances les plus\nbrutales et paraît faussé par l'exagération de recherches jadis si mesurées.\nCe ciel, d'un bleu tendre et violeté fouetté de nuages roses, n'a rien de\nconnexe avec les travaux d'un Luce ou d'un Signac.\n    M. Maus a eu la bonne fortune de réunir une suite chronologique très\ncomplète de toiles types de ces séries où Claude Monet a accumulé de succes­\nsifs documents. Il y a la série des gares, celle des meules, celle des falaises,\ncelle des vues de la Riviera, celle des cathédrales et bien d'autres. Nous\navons sous les yeux des échantillons bien choisis de chacune. Depuis le Filet\nà Pourville, d'un faire si tranquille, si traditionnel, jusqu'aux dernières toiles\nheurtées et comme hésitantes, toute la courbe d'une belle carrière se poursuit\nharmonieuse, avec, au zénith, des œuvres de maturité savoureuse et pro­\nfonde, d'irrécusable sincérité.\n    EDOUARD MANET est représenté avec moins de bonheur. Tous les collec­\ntionneurs ne sont pas accessibles aux sollicitations des organisateurs d'expo-\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "214                                DURENDAL\n\n\nsitions. Egoïsme et tendresse inquiète pour des œuvres chères sont justifiables.\nManet fut u n grand peintre très incomplet. Il formula des affirmations et\nrévéla des aspects de nature inédits en des œuvres insuffisantes, dont la portée\nfut considérable. Il \" tira les marrons du feu \" pour d'autres artistes.\n    L e contingent de la Libre Esthétique révèle plus le Manet qui se réclamait\nde F r a n s Hals que l'audacieux inventeur des plein-air baignés des reflets du\nciel. La convention des ombres brunes, rousses ou même grises est admise à\nl'unanimité, la vérité de certaines ombres bleuâtres ou mauves fut niée malgré\nson évidence. Ce n'est pas le Linge, nonobstant la notoriété de cette toile et la\nfinesse de quelques tons locaux q u i révèle bien nettement le maître du\nDéjeuner sur l'herbe, d'Olympia, d'un Bar aux Folies-Bergère, du Cabaret du père\nLathuile et d'autres pages dont l'apparition suscita des discussions passion­\nnées. L e Portrait d'Antonin Proust n'explique guère les controverses dont il fut\nl'objet. C'est décidément une œuvre faible, malhabile et lourde, d o n t les\nmérites plastiques sont minces et qui n'a rien de révolutionnaire. Le portrait\nde M lle Reichemberg est tout à fait insuffisant et peu digne du peintre. L a\nDame aux éventails est u n e peinture curieuse, très raffinée et de distinction\nréelle, encore que brutale de facture. Il semble que jamais Manet ne sut\nréaliser son vouloir et aller j u s q u ' a u bout de ses intentions. Avec une clair­\nvoyance et un sens artiste rares, il fut, si j'ose me permettre cette irrévérence,\n u n « raté de génie » !\n    C'est, d'ailleurs, le propre de presque tous les grands impressionnistes de\n n'arriver point à la réalisation du chef-d'œuvre intégral. RENOIR a des dons\n de peintre uniques, il est coloriste au sens le plus moderne et le plus raffiné;\n certaines de ses toiles ont la fraîcheur, la pulpe nacrée des pétales de fleurs,\n des ragoûts délicats et savants de valeurs exquisement balancées, mais tou­\nj o u r s le dessin de ses figures est lourd, m o u et sans style, son galbe est ron-\n douillard, vulgaire, et si l'harmonie colorée n'est pas réussie, l'œuvre est\n inexistante. Mais quand elle est heureuse, comme on oublie tout ce qui lui\n m a n q u e pour goûter la séduction ravissante de morceaux tels que la Loge, le\n Portrait de Mme Samary, la Famille Charpentier.\n     L'art de DEGAS n'a rien, ou presque rien, en c o m m u n avec l'art de Claude\n Monet. Si Monet est impressionniste par la notation de la couleur et de la\n lumière, Degas l'est avant tout par la compréhension de la forme et du geste.\n Nul comme lui n'exprime une attitude en faisant entendre qu'elle succède à\n u n e série de mouvements, qu'elle n'est q u ' u n e phase dans une perpétuelle\n transformation et seulement une modalité de la vie d'un être agissant. Il a\n cherché ses modèles de prédilection parmi les créatures remuantes et ryth­\n miques par excellence, 1rs danseuses, les chevaux de courses. Il les a définis\n en traits décisifs, dessinés avec une souple logique, u n style sûr, qui se dissi­\n mule sous u n a p p a r e n t laisser-aller. De telles indications sommaires valent\n  les morceaux d'exécution la plus suivie. Degas a prouvé qu'il est en posses­\n  sion d'un métier capable des plus minutieuses réalisations, voyez sa Savoi-\n  sienne. Mais il est plus lui-même dans ses résumés brefs et condensés, où\n  chaque trait a son éloquence incisive.\n      PISSARO fut un charmant visionnaire, ses paysages délicats et hardie\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "                             LA LIBRE        ESTHÉTIQUE                               215\n\n\nservent à d'aucuns pour établir u n e transition entre les impressionnistes et\nles pointillistes. C'est u n e théorie très discutée et q u e l'aspect même de la\ntechnique de ces œuvres réfute... Pissaro a cherché à rendre la nature telle\nqu'il la voyait. L e s pointillistes avouent vouloir interpréter la nature a u\nmoyen d'un procédé scientifique, ils ne se réclament pas de l'observation\nexpérimentale, mais d'une théorie qu'ils appliquent de leur mieux. L e u r\nmétier est d o n c entièrement conventionnel et en cela j'estime qu'ils se sépa­\nrent radicalement de l'impressionnisme et qu'ils n e peuvent continuer sa\ntradition.\n    L e groupe primitif des impressionnistes est encore représenté à la Libre\nEsthétique par B E R T H E MORISOT, disciple d ' E d o u a r d Manet, féminisant et\nblondissant sa vision hardie et d é c o u s u e ; SISLEY, joli interprète naturiste\nassez faiblement représenté; CÉZANNE, dont les natures-mortes étranges\ntémoignent de dons curieux follement mis en œ u v r e .\n    P l u s tard, MARY COSSATT a d h é r a a u m o u v e m e n t , non sans talent, à preuve\nles p a n n e a u x de féminité distinguée qui sont à l'Exposition.\n    GAUGUIN aussi voulut en être. Avec des intentions excellentes, un parti\n pris curieux, il ne réalisa que des œuvres sommaires et informes, véritable\n avortement d'un t e m p é r a m e n t original.\n    Les néo-impressionnistes, ou mieux les Indépendants qui se d o n n e n t eux-\n mêmes pour les descendants de Claude Monet et de Pissaro sont de deux\n sortes bien tranchées. D ' u n e part, SEURAT et les apôtres de la couleur p u r e\n directement appliquée, afin que le mélange des nuances se produise seule­\n ment sur la rétine du spectateur; d'autre part, les idéologues dont MAURICE\n D E N I S semble le chef.\n    On connaît la mysticité fondante de Maurice Denis, ses simplifications\nhiératiques et naïves, sa couleur pâlie de fresquiste, le grand sentiment\nintense et prenant de ses compositions et aussi l'escamotage ingénu qu'il se\npermet devant les difficultés techniques, son mépris pour les conquêtes de\ncinq siècles d'expérience, sa prédilection pour les travaux qui ont préparé\nl'avènement des « Primitifs ». Représenté au Salon triennal par une Mise au\ntombeau de pathétique sincère et d'un rare raffinement coloriste, M. Mau­\nrice Denis est, cette fois, moins heureux. Ses peintures offrent u n aspect\ndésaccordé et morcelé très bizarre.\n    M. Maus a représenté H E N R I DE TOULOUSE-LAUTREC par quelques pages\ncaractéristiques de sa manière amère et violente, où, en admirateur de Degas,\nil a tracé des types accentués de laideur h u m a i n e .\n    De feu VINCENT VAN GOGH, on a exposé des paysages et des fleurs décon­\ncertants, criards et i n h a r m o n i q u e s , d'une discordance totale. Ils forment, à\nl'entrée de l'exposition, u n e décoration d'antichambre après laquelle toute\noutrance semble sage et c o m m e amortie.\n    MM. CH. GUÉHIN et ROUSSEL ne cachent point leur hantise du XVIIIe siècle\nfrançais, le premier fruste et simpliste, le second diffus et pesant.\n   M. D'ESPAGNAT aussi aime W a t t e a u et F r a g o n a r d , il expose un grand pan­\nneau décoratif très composé où certaines harmonies de tons rares ne peuvent\nsauver un ensemble incohérent.\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3062, "texte": "2l6                                DURENDAL\n\n\n    Chez M. VUILLARD, interprète plus observateur d'une modernité très\npiquante, la recherche de la nuance, de l'échelle des valeurs raffinées, réalise\ndes peintures très personnelles et charmantes. Des petits bouts de nature-\nmorte aux indications tantôt précises et fouillées, et tantôt vagues, sont\nabsolument délicieux.\n    Si nous examinons le groupe qui se réclame de Seurat et exagère de façon\ngênante u n procédé qui chez lui demeure discret, nous rencontrons\nM M . SIGNAC, L U C E , CROSS, dont la conviction me paraît aussi indéniable\nque l'aberration.\n    Chez SEURAT, le procédé donne pour les eaux, les ciels, des effets de\nvibration lumineuse très spéciaux qui constituent u n e réelle conquête\nc o m m e moyen expressif. P o u r les terrains, les arbres, les matières précises,\ncette technique semble ne pouvoir rendre a u c u n e réalité et utilisée par plu­\nsieurs, demeure impersonnelle et mécanique. Déjà les toiles de Seurat,\nempoussiérées et patinées, ont perdu leur fraîcheur, leur vibration.\n    Le procédé en est cause, et cette peinture qui vise avant tout à l'éclat, à la\nlégèreté, à la transparence du ton, devrait être protégée sous des glaces de\ntoutes les fumées et de toutes les salissures qui l'atteignent irrémédiablement.\nA l'encontre des autres tableaux, ceux de Seurat et de ses adeptes perdent\npar l'effet des années leur charme primitif et la « patine » ne leur est pas un\némail, mais un terne amoindrissement.\n    J'ai encore à examiner l'envoi considérable de M. T H É O VAN RYSSELBERG,\nqui, à tous égards, est une exception curieuse d a n s l'ensemble de cette expo­\nsition. Son origine, son éducation académique, ses travaux antérieurs, sa\nconversion au poinlillisme dont il semble qu'il use avec ménagement pour\ntransformer des compositions d'abord préparées selon d'anciennes formules,\nson dessin précis, la crudité criarde de sa vision et l'indéniable talent avec\nlequel il impose sa manière déconcertante de peindre, tout cela le rend\nattrayant, intéressant, respectable, c'est u n e individualité forte et vaillante.\nL e groupe des portraits qu'il intitule Une lecture est, avec tous ses défauts, u n e\nœuvre magistrale qu'il faut saluer, en attendant que l'accoutumance nous\nforce peut-être u n jour à l'admirer. Qui sait...\n                                                                           P.   L.\n\n\n\n\n                        Les Auditions Musicales\n   Au cours de ces auditions, M. Octave Maus s'est attaché à mettre en relief\nle parallélisme qui se manifeste entre le mouvement impressionniste dans la\npeinture et le même mouvement impressionniste dans la musique L a défini­\ntion exacte de ce qu'on entend par impressionnisme a soulevé dans la presse des\npolémiques assez subtiles. Nous croyons qu'un trait c o m m u n de l'impres­\nsionnisme dans la musique comme dans la peinture est u n e prédominance\ntrès caractérisée de la couleur sur la ligne, mais il ne faudrait point cepen­\ndant formuler cette manière de voir d'une manière trop absolue, car des\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "                              LA LIBRE ESTHÉTIQUE                                     217\n\n\ndifférences foncières séparent l'esthétique des peintres divers, dont M. Maus\na rassemblé les œuvres en cette exposition synthétique, et l'on peut dire la\nmême chose des compositeurs contemporains, dont les noms figuraient au\np r o g r a m m e de ces quatre auditions.\n    Signalons à la première le quatrième trio pour piano, violon et violoncelle\nde César F r a n c k (Mlle Devos, M M . C h a u m o n t et H a m b o u r g ) , œuvre de fac­\nture ample avec de belles envolées, comme tout ce qu'a écrit César Franck,\nmais que nous ne serions c e p e n d a n t point tenté de placer au premier rang\nde ses productions, à côté n o t a m m e n t de cette sonate p o u r piano et violon,\nu n e des plus belles choses existantes dans le domaine de la musique de\nchambre.\n    Les deux poèmes de Castillon, bien chantés par M. Stéphane Austin, Sonnet\nmélancolique et le Bûcher, sont effectivement empreints d'une mélancolie qui\nsubjugue, et le second est soutenu par u n accompagnement fort curieux.\nCitons encore le touchant Cantique à l'Epouse de Chausson et surtout l'Epitaphe\nde P . de Bréville, qui, au point de vue de la sincérité et de la pureté du senti­\nment, nous a paru être la perle du concert. M. Ricardo Vinès a remarquable­\nment interprété au piano divers petits poèmes descriptifs de Debussy, Ravel\net Séverac. Enfin, la sonate pour piano et violon de Février contient de fort\nbonnes choses, surtout l'Andante cantabile, où le violon de M. C h a u m o n t a fait\nmerveille.\n    N o u s n'avons malheureusement pas pu assister au second concert où s'est\nfait e n t e n d r e M lle Blanche Selva, la grande interprète de Bach.\n    Au troisième concert, citons le Prélude, Fugue et Variations pour orgue-har­\nmonium et piano de César Franck, exécuté par M. Octave Maus et M m e Béon,\nqui y a affirmé sa inaîtrise, de très pittoresques et suggestifs Tableaux de voyage\npour piano de Vincent d'Indy, que M lle M. Devos a su mettre en valeur,\nd'évocatives pièces pour p i a n o à quatre mains de Guy Ropartz, Clocher du soir\net Par les champs, finement rendues par M. Octave Maus et M Ile M. Devos, le\nbeau poème de Vreuls, dont le violoncelle de M. H a m b o u r g a su faire res­\nsortir la poésie, l'air d'Andromède de Lekeu et le Pie Jesu de F a u r é , respective­\nment chantés avec talent par M lle Poirier et M m e Demest, enfin l'intéressant\ntrio de Vincent d ' I n d y pour clarinette, violoncelle et piano, conçu et écrit en\nune forme austère et dans lequel la poésie du Chant élégiaque est plus i m m é ­\ndiatement accessible. Cette œuvre, qu'il faudrait réentendre, a été exécutée\n très correctement, mais d'une façon u n p e u molle.\n    Au quatrième concert, on a entendu le Quatuor de Magnard, nourri d'har­\n monies rares, d'imaginations capricieuses, de dessins curieux et parfois décon­\n certants, intéressant par la hardiesse et l'intransigeance du style. Cette œuvre\n touffue et vétilleuse a été exposée avec u n e clarté et u n e puissance au sujet\n desquelles il faut rendre h o m m a g e au quatuor Z i m m e r .\n    A ce quatuor de Magnard, nous avons beaucoup préféré les trois autres\n n u m é r o s du p r o g r a m m e , les douces Chansons de Bilitis de Claude Debussy,\n baignées de rêve dans un arc-en-ciel de colorations fugitives, chantées à ravir\n par M m e Bathori, qui s'est accompagnée elle-même au piano. Les deux Noc-\n turnes pour piano de T h . Ysaye (première audition) ont été admirablement\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3096, "texte": "2l8                              DURENDAL\n\n\njoués par M. Emile Bosquet. Il ne faudrait pas se laisser tromper parce titre\net le prendre dans le sens traditionnel. Les Nocturnes de Th. Ysaye ne sont\npoint des élégies ou des prières, comme les poèmes de Chopin, qui portent\ncette dénomination. Il faut plutôt y voir de fines notations des impressions\nfugaces, des frissons mystérieux et impalpables, qui la nuit font vibrer les\nêtres et les choses. Ces notations sont d'un poète. Le premier Nocturne nous\napparaît comme le vol d'êtres fantastiques froissant l'air nocturne des batte­\nments de leurs ailes frémissantes et s'évanouissant au premier appel matinal\ndes cloches songeuses.\n   La Légende de sainte Cécile d'Ernest Chausson (sainte Cécile, Mme Bathori,\nchœurs et orchestre sous la direction de E. Doehaerd), précieux couronne­\nment de ces auditions, a été certainement une des choses les plus attachantes\nque nous ayons entendu cette année à la Libre Esthétique. La musique de\nscène que Chausson a écrite pour le drame de Maurice Boucher est pleine\nd'élan et de ferveur. Citons comme animés d'une inspiration particulièrement\ncéleste et touchante le Cantique de sainte Cécile, la scène finale et le chœur\nd'anges planant au-dessus des harpes.\n                                                                   G. DE G.\n\n\n\n                             Les Conférences\n    Etait-il nécessaire, dans la permanence même de l'exposition qui fut leur\noccasion, était-il nécessaire que ces conférences, aimable et instructif quatuor,\n fissent passer à la gloire et à l'interprétation des toiles dues à un art, à une\nmodalité tout au moins d'art, la pensée qui les explique et la louange avertie\nqui fixe ou rassure des adhésions encore hésitantes?... Peut-être bien. A\ncoup sûr, il fut utile et intéressant d'entendre M. André Mellerio professer\nsur l'impressionnisme pictural, M. Méderic Dufour divulguer, avec une\nfinesse charmante, le critique que fut Laforgue et rattacher sa littérature à\nla peinture présente, M. Louis Laloy causer, sans autres façons, des mo­\ndernes musiciens de France et proclamer l'existence, toujours si honorable\npour une nation, d'une école française de musique ; d'écouter enfin M. André\nGide dérouler, d'une voix très stylisée, des considérations non dépourvues\nde pessimisme sur le roman et le théâtre.\n    M. ANDRÉ MELLERIO s'occupa de fixer nos idées sur la Peinture impression-\nniste. Avec un souci constant d'être clair, il nous a donné une façon de petit\n  « cours ». Passant en revue les diverses définitions dont on a essayé d'élu­\ncider l'impressionnisme, il les a commentées et illustrées fort intelligemment\net non sans sécheresse. La tâche qu'il s'était fixée ne comportait d'autre\nagrément que de la perspicacité, de l'enchaînement et un jugement raisonné.\nCe sont là les mérites qui rendent bonne et profitable une leçon professorale;\nce sont eux qui rendirent intéressante la parole de M. Mellerio.\n   Grâces soient rendues à M. Méderic Dufour, par qui nous goûtâmes une\nheure rare dans la vie de l'amateur de conférences!... Le professeur de Lille\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3447, "texte": "                         LA LIBRE      ESTHÉTIQUE                         219\n\n\nnous présenta dans le délicieux poète Laforgue, mort trop jeune pour la gloire\net le profit des lettres françaises, le critique d'art — Laforgue ne subit la\npensée de Taine que pour s'insurger contre elle. L'illustre historien voulait\nformuler en des lois scientifiques la valeur de l'œuvre d'art, créer de façon\nrigoureusement objective la critique artistique, l'asservir à l'importance esthé­\ntique du sujet, la subordonner à sa portée morale. Laforgue rejette tous les\ncanons. Il préfère au nu, réputé antique, l'habillé moderne qu'a drapé,\ncomposé, coupé et chiffonné une si curieuse recherche de raffinement. Enfin,\nhaussant les épaules au contenu moral de l'œuvre d'art, il ne reconnaît\ncelle-ci qu'à condition qu'elle soit intéressante. Répéterons-nous, avec\nM. Méderic Dufour, que pareille esthétique a ruiné celle de Taine ! Gardons-\nnous de tuer trop sommairement les gens, de peur qu'ils ne nous fassent\nla nargue de se porter encore fort bien! Non. Il y a place au vaste\nsoleil de l'art pour toutes les esthétiques et toutes les écoles. Ne voyons\ndans les très sérieuses boutades de Laforgue qu'une réaction nécessaire\ncontre la mésintelligence des principes et des fondements d'une conception\nd'art, qui n'est académique qu'à condition de produire des œuvres inspirées,\nsincères et habiles. Quelques passages des Moralités légendaires, lus exquise­\nment par le conférencier, nous ont fait saisir l'impressionnisme littéraire de\nLaforgue qui consiste, en gros, dans la notation lumineuse et colorée du\n sujet à décrire.\n    M. Louis LALOY nous convia, la semaine suivante, à distinguer dans\nl'ensemble original des musiciens français d'à-présent une véritable école. Elle\ndérive de l'enseignement du grand César Frank, qui éleva avec pureté l'archi­\ntecture savante et hautement inspirée de son œuvre. Elle garde son unité\n dans le souvenir de cet homme, qui fut non seulement un grand artiste,\nmais encore une des plus nobles, modestes et sincères figures du siècle. Elle\n peut se vanter de noms tels que Ducastillon, Lekeu, Chausson, Chabrier,\netc., et surtout reconnaître à sa tête des artistes comme Vincent d'Indy et\n Debussy. M. Laloy exposa lumineusement la manière et l'originalité de\n chacun de ces compositeurs. Mlle Devos fournit des exemples au piano de fort\n agréable façon.\n    La dernière conférence, celle de M. ANDRÉ GIDE eut pour sujet le Théâtre.\n M. André Gide déroula d'une voix châtiée des considérations curieuses.\n Nous nous réservons jusqu'à la parution de sa prose pour reprendre certaines\n de ses idées, qui réclament des réserves expresses. Il y aura lieu, par\n exemple, de relever la conception absolument fausse qu'il se fait du christia­\n nisme dans ses rapports avec le drame. Selon M. Gide, le christianisme, en\n imposant un modèle moral à l'humanité, nivellerait les caractères, et le\n  caractère serait l'unique matière où puiser un drame vraiment « humain,\n  logique et beau ». Faisons remarquer tout l'abstrait de cette idée, qui\n  veut ignorer la merveilleuse puissance dramatique qu'apporte au monde une\n  religion, par le seul fait qu'elle impose de toute sa force morale un idéal\n  difficilement atteignable. Du conflit qui en résulte naîtront des drames,\n  à la fois extérieurs et intérieurs, qui fourniront des tragédies superbes. Sans\n  compter que le christianisme laisse se développer pleinement l'individua-\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "220                            DURENDAL\n\n\n\nlisme de l'artiste, ne met aucune entrave à son génie et ne nivelle nulle­\nment les caractères mais les exhausse jusqu'à l'héroïsme. Le christianisme\nn'a jamais été un obstacle pour le vrai artiste. Il n'a jamais gêné que les\nmédiocres. Il a inspiré de tout temps les plus grands et a engendré des\nœuvres immortelles. Toute l'histoire de l'art est là pour le prouver.\n                                                                   G. B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 221, "page_fin": 229, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Musicale La Grand'Messe de J.-S. Bach au Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 266, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "Chronique Musicale\n\n  La Grand'Messe de J.-S. Bach au Conservatoire. —\nLa dernière semaine de mars fut une semaine privilégiée. Tandis qu'au Cercle\nArtistique, les fervents du grand art se délectaient aux auditions du Festival\nBeethoven, M. Gevaert faisait exécuter au Conservatoire la Grand'Messe en si\n(Hohe Messe) de Bach. La Hohe Messe est un sommet de l'Art qui atteint et sur­\nplombe même peut-être les élévations où trônent les quelques rares chefs-\nd'œuvre de la musique qui peuvent lui être comparés, la Passion selon saint\nMathieu, la Symphonie avec chœurs, la Missa Solemnis, la Tétralogie du Ring.\nLa structure musicale de cet incomparable poème sacré est si ample, si\nnourrie, si complexe qu'elle éveille invinciblement dans l'esprit la pensée\nd'une architecture grandiose, de quelque cathédrale sublime avec des tours\nsurmontées de flèches symboliques dont la dentelle s'envole glorieusement\nvers les cieux. Si les quatuors de Beethoven racontent l'Humanité, la Hohe\nMesse chante la Divinité en un langage aussi bien approprié, car sa complexité\nn'est qu'apparente et se résout en une formidable impression d'unité, la notion\nà'unité dans l'immensité caractérisant essentiellement l'idée divine. Il serait\ntéméraire de prétendre signaler une préférence pour telle ou telle partie de\ncette messe où rayonnent de toute part les beautés les plus augustes\net les plus profondes. L'interprétation de la Hohe Messe au Conservatoire\na été une merveille de grandeur, et pour cette impression de perfection\ntotale, nous devons remercier tous ceux qui y ont contribué, tant les chœurs\nque l'orchestre, tant les solistes du chant, Mme Flament, MIle Collet,\nMM. Seguin, Henner, que les solistes de l'orchestre, MM. Thomson,\nGuidé, Anthoni, Wotquenne, Desmet, etc., et avant eux tous celui dont la\ndirection savante a été la cheville ouvrière du succès de cette interpréta­\ntion, M. Gevaert.\n   A propos du beau choral varié pour orgue sur le cantique Devant ton trône,\nSeigneur, je me présente, Spitta fait le récit suivant : « Peu de jours avant sa\nmort, le Maître, devenu aveugle depuis six mois, avait encore travaillé avec\nson gendre Altnikol. D'anciens cantiques religieux adaptés à sa situation\nflottaient devant son esprit. Tout préparé à mourir, il voulut encore y trouver\n le sujet d'une œuvre. Il dictait et son gendre écrivait. D'abord il avait\n désigné le choral : Wenn wir in höchsten Nothen sein (Dans notre détresse\n suprême) ; il fit effacer la suscription et choisit le texte : Vor deinen Thron\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "222                                   DURENDAL\n\n\n\ntret'ich (Devant ton trône je me présente). » Ce trait n'éclaire-t-il pas de\nfaçon éloquente la haute personnalité de Jean Sébastien? L u i , dont l'œuvre\nentière atteste la sérénité devant la mort, il éprouva u n instant d'émotion\ndevant le mystère suprême, mais ressaisit bien vite ses esprits et voulut que\nsa dernière parole d'art fut un hommage d'adoration et u n cri d'espérance.\n    Si M. Gevaert l'eût permis, il eût été arrêté à chaque pose par des ovations\naussi enthousiastes que celles dont J o a c h i m était l'objet au Cercle. Mais il\nne l'a pas voulu et il a eu raison. On n'applaudit pas d a n s un temple. Après\nl'audition d'un chef-d'œuve traduisant de façon aussi imposante l'essence\nm ê m e de la Beauté, le vulgaire et conventionnel témoignage d'approbation\nqui se manifeste par des applaudissements n'eut servi qu'à déflorer et à\namoindrir la profondeur de l'impression ressentie.\n    E n écoutant la messe de Bach, nous songions à la parole sublime de\nBeethoven citée dans la dernière livraison de Durendal par notre distingué\ncollaborateur Joseph Ryelandt : « Toute véritable production artiste est indépen-\ndante : elle est plus puissante que l'artiste qui la crée. Elle retourne à sa source, à la\nDivinité, et n'a d'autre rapport avec l'homme que de témoigner de l'intervention divine\n en lui. »\n    Cette manière de voir provoquera sans doute le sourire des g r a n d s philo­\n sophes qui veulent remplacer Dieu par Nietzche et prétendent adorer\n u n i q u e m e n t ce qu'ils appellent la force et l'absolue i n d é p e n d a n c e de la\n conscience et de la volonté h u m a i n e s . Mais leurs sourires n o u s i m p o r t e n t\n fort peu et ce n'est d'ailleurs pas pour eux que nous écrivons.\n\n   Q u a t r i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Il a été u n des plus beaux de l'hiver\net cela tant par la présence au pupitre directorial du capellmeister Steinbach\nque par la collaboration de M m e Mysz-Gmeiner, u n e cantatrice dont la voix\nsuperbe est mise au service d'une compréhension artistique des plus pro­\nfondes.\n   L e concert débutait par u n e exécution vibrante de l'ouverture d'Eléonore\nn° 2 de Beethoven, très rarement jouée et dont Beethoven a ensuite agrandi\net développé le schéma en la magistrale et définitive ouverture d'Eléonore\nn° 3.\n   M. Steinbach, directeur du Conservatoire de Cologne, est u n des plus\nadmirables conducteurs d'orchestre qui ait paru aux concerts de Bruxelles.\nIl unit la fougue de W e i n g a r t n e r à l'intensité de n u a n c e s de Nikisch. La\nmusique de Brahms notamment, sans la supériorité de l'interprétation, reste\nfroide et voilée. Steinbach a su colorer de rayons révélateurs la quatrième\nsymphonie du maître de H a m b o u r g .\n   Cette quatrième s y m p h o n i e est une œuvre grandiose, remarquable par\nl'ampleur de la conception, la fermeté et la précision du dessin, la beauté\naustère et recueillie des pensées qu'on y voit éclore de toute part, c o m m e des\nfleurs graves et songeuses. Et, si nous avions une préférence à exprimer, elle\nviserait l'Andante Moderato, pareil à quelque paysage émouvant, découvert du\nhaut d'un sommet glorieux dans la plaine lointaine, dont les couleurs seraient\namorties par le voile m a u v e d'une buée légère, et dont les lignes seules appa-\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                              223\n\n\nraîtraient, enivrant le regard de leur harmonie exquise. Comme tous les\ngrands poètes, Brahms est essentiellement simple. Chez lui, point de\nrecherche, ni d'ingéniosités de style. Sa musique charme uniquement par la\nsérénité de sa philosophie et par la largeur des horizons qu'elle nous ouvre.\nTelle une vierge qui éblouit le regard de sa beauté seule et refuse fièrement\nde déshonorer les roses de son visage en fleur par le voisinage d'un fard lourd,\nfactice et mensonger.\n   Brahms est la personnalité la plus éminente qui réalise en musique cette\ntendance si prépondérante dans l'expression poétique parnassienne vers la\nBeauté formelle et objective. Les poèmes de Brahms, de même que ceux de\nLeconte de Lisle sont graves, purs et harmonieux comme des marbres\nantiques. Mais faudrait-il cependant dire que cet art et cette poésie sont tota­\nlement exempts d'émotion, qu'ils planent en des sphères supérieures à l'Huma­\nnité, où tous les sentiments qui font battre notre âme sont glacés par le calme\naltier de la vie suprême qui s'y déroule ? Cette manière de voir serait à notre\navis trop exclusive. Il est tel et tel poème de Leconte de Lisle au fond duquel\non sent palpiter une émotion profonde, mais contenue. Il en est souvent de\nmême pour Brahms. Ces poèmes sont des calices d'or, amoureusement\nciselés, mais renfermant parfois aussi une liqueur savoureuse et embaumée.\n   La maîtrise de Steinbach s'est aussi affirmée dans l'interprétation subtile\nde deux pièces délicates de Mozart et de Schubert, la Gavotte de l'opéra\nIdoménée, et le deuxième air de ballet de Rosamonde, et enfin dans l'immortelle\nouverture de Tannhaüser qui a apparu merveilleuse de vie et de grandeur,\navec cette restriction que nous eussions souhaité encore plus de majesté\ndivine dans l'apothéose finale.\n   Mme Mysz-Gmeiner a d'abord chanté l'air de la Clémence de Titus de Mozart,\nmais une des choses les plus impressionnantes du concert a été le lied de\nSchubert, intitulé Die Allmacht (La Toute-Puissance). Si en général les\nharmonies des lieder de Schumann sont plus raffinées et plus pénétrantes que\ncelles des lieder de Schubert, il faut reconnaître d'autre part que lorsque\nSchubert est grand, son essor lyrique atteint des élévations encore supé­\nrieures à celles qu'habite le génie du maître de Zwickau. Considéré en lui-\nmême et sans l'agrandissement de la musique, le poème est de toute beauté.\nLa Toute-Puissance de Jéhovah, dit-il, « tu l'entends sans doute dans les\nmugissements de la Tempête, dans les éclatants appels du torrent de la\nforêt, dans les murmures du feuillage verdoyant, tu la contemples dans\nl'ondoiement des vagues d'or du blé, dans l'émail éblouissant des fleurs\naimables, dans l'illumination du ciel semé d'étoiles. Elle se fait clairement\nentendre dans les roulements du tonnerre et étincelle dans la fuite rapide de\nl'éclair. Cependant cette Toute-Puissance de Jéhovah est encore plus mani­\nfestement écrite dans les battements de ton cœur. Lève ton regard en haut et\nespère en sa bonté et sa miséricorde. Grand est Jéhovah le Seigneur ». Schu­\nbert a écrit sur ce poème une musique où résonnent toutes les voix sublimes\nqui chantent dans la nature et au fond de l'âme humaine. Mme Mysz-Gmeiner\nen a donné une interprétation profondément émouvante, admirable sans\naucune réserve possible. Cette impression a été en nous si vive que nous\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "224                               DURENDAL\n\n\neussions souhaité voir Die Allmacht figurer au programme comme pièce de\ncouronnement plutôt que comme pièce de début. Car les très beaux lieder\nqui ont suivi, dont la céleste Mainacht de Schumann et que Mme Gmeiner a\ninterprété avec un art tout aussi pénétrant, nous ont paru relativement pâles\naprès l'hymne de Schubert.\n\n   Quatrième Concert Populaire. — M. Sylvain Dupuis nous y a\nfait entendre d'abord la Fantaisie-Symphonie en la mineur de Rasse, un des\nmieux doués de nos jeunes compositeurs belges. La Fantaisie-Symphonie de\nRasse est une œuvre très intéressante dont nous avons surtout goûté la pre­\nmière partie d'une si belle ligne mélodique et d'une distinction de style toute\nclassique, et l'Andante Pensieroso, méditation charmeuse toute empreinte de\nrêve et de tendresse.\n    La Symphonie en ut majeur de Paul Dukas est une œuvre vraiment impres­\nsionnante, exubérante de vie, de mouvement et de couleur, renfermant des\nsignifications descriptives, nous semble-t-il, plutôt que psychologiques et\nprofondes. Elle nous apparaît comme un vaste triptyque avec des cieux ora­\ngeux à la Ruysdaël où planerait rapidement le vol de nuages vengeurs sem­\nblables à de noirs oiseaux de tempête, tandis qu'en bas se déroulerait une\n vision formidable et chaotique des grands cataclysmes de la nature primitive,\n avec des éruptions vomissant dans le ciel des flammes colossales et spec­\n trales, et le bruit des torrents géants sonnant dans la montagne comme un\n tonnerre et écrasant de leur masse monstrueuse les vallées transformées en\n abîmes. Au milieu du désarroi de ce drame de la nature, un calme étrange\n lourd des menaces prochaines s'établit soudain et l'on croit percevoir s'échap-\n pant de contrées lointaines et surnaturelles comme des appels mystérieux et\n suppliants.\n    Ce ne sont là que des impressions poétiques éprouvées à l'audition de ce\n poème fougueux et coloré que nous serions anxieux de réentendre et d'ana­\n lyser musicalement de plus près. La Symphonie de Dukas a été magistrale­\n ment exposée par l'orchestre de M. Sylvain Dupuis.\n    M. Joseph Hofmann est un pianiste souverainement charmeur. La\n manière dont il a joué le Concerto en rè mineur d'Antoine Rubinstein est la\n perfection même. Impossible de le rendre avec plus de finesse, de poésie et\n d'envol. Il a joué ensuite de façon exquise le délicieux Nocturne en ré bémol,\n l'Etude en sol bémol et le Scherzo en si mineur de Chopin, puis, au rappel, la Ber-\n ceuse du même auteur. Sa manière d'interpréter Chopin rappelle beaucoup\n par le raffinement de la ciselure du trait pianistique celle de Paderewski à\n ses bons jours. Il faut reconnaître cependant que ces œuvres appartiennent\n  au Chopin gracieux plus qu'au Chopin profond. D'autre part le concerto de\n  Rubinstein n'est qu'une œuvre élégante et aimable. Il serait à souhaiter que\n  M. Joseph Hofmann (que nous espérons réentendre bientôt à Bruxelles) nous\n permît au cours d'un récital de comprendre et de définir plus complètement\n le fond de sa nature de poète et d'artiste.\n     Le concert se terminait par la belle et verveuse ouverture de Gwendoline de\n  Chabrier, brillamment enlevée par l'orchestre des Populaires.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                225\n\n\n   Le Quatuor Joachim au Cercle Artistique. — En l'espace\nde cinq jours, le quatuor Joachim a fait entendre, au Cercle Artistique, les\nseize quatuors à cordes de Beethoven. Pour faire percevoir à l'auditeur les\nbeautés immortelles de l'œuvre géniale, il faut une interprétation géniale.\nTelle a été celle de Joachim et des artistes qui le secondent, Carl Halir\n(second violon), Wirth (alto), Robert Hausman (violoncelle). Elle se\ncaractérise par deux éléments qui rarement se concilient, d'abord la sponta­\nnéité et la personnalité du jeu qui revêt toujours une incomparable poésie, et\nen second lieu le respect religieux de l'œuvre du maître et de l'esprit dans\nlequel elle a été écrite. Par la façon dont ils éclairent et vivifient la pensée de\nBeethoven, notamment dans ses sublimes adagios, on peut dire qu'ils recréent\nl'œuvre et atteignent à cette perfection idéale, qu'on sent ne pouvoir être\ndépassée. Et combien ces purs artistes savent s'oublier et s'effacer volontaire­\nment pour ne laisser planer que l'impression du chef-d'œuvre qu'ils ont mission\nde traduire! Ils s'absorbent dans le recueillement et dans l'extase et le public\nles oublie aussi eux les interprètes, pour écouter seulement la grande âme\nde Beethoven qui pleure, palpite, chante et exulte tour à tour en cette musique\n messagère de l'Infini !\n   Si la série des seize quatuors à cordes de Beethoven est au point de vue\n musical pur la source de délicieuses jouissances, ils impressionnent en outre\npar leur symbolisme foncier, par les significations poétiques qu'ils recèlent.\n On peut y voir une majestueuse synthèse de l'âme et de la vie humaines.\n   Les premiers (op. 18) chantent les candeurs printanières, les espoirs bleus\net infinis de la jeunesse. Les seconds (op. 59, 74, 95) accusent une plénitude\nde vie plus accentuée, célèbrent les profonds bonheurs de la maturité avec la\ncompensation inéluctable de la Douleur, de la sublime grandeur des respon­\nsabilités. Les derniers quatuors représentent une conception encore agrandie\nde l'Humanité, symbolisant en un cadre plus vaste cette période de la vie\nqui effleure la révélation de la Mort. L'expression y est plus recueillie, plus\nconsciente aussi des mystères qui emprisonnent l'existence humaine dans\nune muraille de nuages non tellement épaisse cependant que pour lui dérober\nla vue du point central vers lequel elle gravite.\n   L'interprétation de la vie (vie qui plus tard se simplifiera et s'unifiera dans\nl'évolution ultra-terrestre de notre être futur) est nécessairement complexe et\nn'atteindra dans l'art une expression efficace et véridique qu'en revêtant\nune diversité infinie de langage et d'accent. Sous ce rapport, les derniers\nquatuors de Beethoven sont merveilleux d'intuition pyschologique. En ces\npoèmes grandioses qui s'appellent les quatuors en mi bémol (op. 127), en si\nbémol (op. 130), en ut dièze et en la mineur, voyez quelle alternance conti­\nnuelle d'inspirations et de mouvements divers, et comme l'âme de l'auditeur\nerre sans se fixer jamais entre les pôles opposés de la pensée et du sentiment.\nNéanmoins ce désordre apparent est probablement plus proche de la vérité\npsychologique que l'ordonnance plus classique et harmonieuse des premiers\nquatuors. Vous ne trouverez ici peut-être ni l'intensité douloureuse de l'art de\nChopin, ni la caresse subtile des suaves harmonies de Schumann, ni les\ncélestes enveloppements de Wagner. Mais l'art de Beethoven pénètre encore\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": " 226                                   DURENDAL\n\n\n\n plus avant d a n s les arcanes de notre être intime, il est d'une h u m a n i t é plus\n profonde et par conséquent plus émouvante.\n   Au point de vue musical pur, nous ne saurions attribuer aux derniers qua­\n tuors u n e prééminence absolue sur les premiers. N o u s les admirons également,\nà des titres divers, comme des manifestations différentes du Génie. D a n s les\npremiers, nous nous enivrons du parfum de fleurs mélodieuses cueillies\ndans les plus éblouissants parterres des jardins du ciel et nous goûtons d a n s\nles derniers les harmonies graves et pénétrantes, écho de la s y m p h o n i e\nlatente et mystérieuse que chantent en silence les sphères parsemant l'Infini.\n   L e s auditions inoubliables du quatuor J o a c h i m se sont terminées par une\novation sans fin en l'honneur de J o a c h i m et de ses partenaires. Après q u e\nM. le ministre des Beaux-Arts eut adressé une allocution de reconnaissance\nà l'éminent artiste, S. A. R . Madame la Comtesse de F l a n d r e lui remit, au\nmilieu de l'enthousiasme et de l'émotion générales, l'insigne de C o m m a n d e u r\nde l'Ordre de L é o p o l d .\n   Il convient de remercier h a u t e m e n t le Cercle Artistique et Littéraire de\nBruxelles pour les profondes et exquises jouissances d'art d o n t n o u s lui\nsommes redevables.\n\n     Les Chanteurs de Saint- B o n i f a c e . — L e concert d o n n é par\ncette association, sous la direction de M. H e n r y Carpay, à la salle de la\n G r a n d e - H a r m o n i e , peut compter au n o m b r e des plus complètes et des plus\nartistiques manifestations musicales de cet hiver. Il faudrait citer le\np r o g r a m m e tout entier où figuraient les plus grands noms de la musique\ndepuis le XVIe siècle jusqu'à nos j o u r s . D'abord les deux célèbres motets,\nExultate Deo de Palestrina, et O vos omnes de Vittoria (un chef-d'œuvre) chantés\navec des colorations ravissantes par le groupe de dames a m a t e u r s dont les\nvoix charmantes se fondaient h a r m o n i e u s e m e n t dans l'union la plus expres­\nsive. P u i s deux fragments grandioses d'une messe de R o l a n d de Lassus, une\nde nos gloires nationales, le Benedictus et l'Agnus Dei de la messe Doulce\nMemoyre, u n majestueux motet à cinq voix de Capocci, Recordare Domine.\nM. H e n r y Carpay a droit aux plus chaleureuses et admiratives félicitations\npour le degré de perfection enviable où il a mené la phalange qu'il dirige\navec tant de talent. Cohésion et homogénéité des voix, discrétion et poésie\ndes demi-teintes auxquelles succèdent des effusions ferventes et généreuses,\nmise en lumière du sens intime des poèmes sacrés, tels sont les p r i n c i p a u x\néléments de ces remarquables interprétations qui attestent d'évidents et\nincessants progrès dus au travail et à l'intelligence de leur directeur.\n    Signalons encore au tout premier rang des œuvres interprétées le\nc h œ u r à quatre voix, O Mire de Dieu, d'Edgar T i n e l , où la g r a n d e u r d'un\nVan Dyck semble venir se fondre avec l'élan d'un F r a Angelico.\n    Des artistes de toute première valeur rehaussaient de leur concours cette\nbelle fête d'art. Après avoir dit avec toute l'autorité d o n t il est coutumier\nl'imploration de J o n a s (œuvre intéressante de Carissimi datant du XVII°siècle\net qui était encore i n c o n n u e à Bruxelles), M. Demest a chanté d'un accent\nvéritablement profond et ému auquel venait se marier la prière pénétrante du\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "                             CHRONIQUE         MUSICALE                               227\n\n\n\nvioloncelle (M. Jacobs) et de l'orgue (M. De Boeck), le Panis Angelicus de\nCésar F r a n c k , une page e m b a u m é e de suavité mystique. Mlle F l a m e n t a\ndéployé toutes les ressources d'une voix aux opulentes sonorités, d'un art\nà la fois simple, grave et émouvant d a n s l'interprétation de l'air de Serse de\nH a n d e l , dans le très bel Ave Maria de Benoît (avec collaboration de Jacobs)\ndans la Berceuse de B r a h m s , enfin en ce chef-d'œuvre qui entr'ouvre u n e porte\nsur l'Infini, Soleil Couchant de Bach, et d a n s le b e a u chant tragique In questa\ntomba de Beethoven. M. Jacobs nous a j o u é une. sonate de Boccherini, un\nLarghetto de Mozart, un Moment Musical de S c h u b e r t . R a r e m e n t son coup\nd'archet nous a semblé plus a m p l e et plus généreux. N ' o u b l i o n s pas un\nséraphique Alleluia en p l a i n - c h a n t (Office de la Dédicace des Eglises) chanté\npar de j e u n e s g a r ç o n s , p r e n a n t son envol et semblant retentir à travers\nl'éternelle coupole d'azur, ni la chanson néerlandaise Dans la cité du roi David\nharmonisée par F l . Van Duyse, ni enfin deux chansons populaires des\nprovinces françaises harmonisées par J. Tiersot, Le Joli mois de Mai et Voici la\nSaint-Jean, fraîches et naïves c o m m e ces fleurettes blanches ou roses qui au\nprintemps viennent étoiler les prairies.\n  T o u s les morceaux du p r o g r a m m e ont été accueillis par des ovations\nchaleureuses de la part d'un public aussi n o m b r e u x que choisi où l'on remar­\nquait au premier rang S. A. R. M a d a m e la Comtesse de F l a n d r e et S. A. R.\nM a d a m e la Princesse Clémentine.\n\n     R é c i t a l M a r k H a m b o u r g . — L e récital d o n n é par M. Mark\nH a m b o u r g , à la G r a n d e - H a r m o n i e , lui a permis d'affirmer de nouveau la\npuissance de sonorité et la rare aisance de technique, dont il avait fait preuve\nlors de son premier concert avec orchestre, où, n é a n m o i n s , suivant l'impres­\nsion générale (car nous ne l'avons pas e n t e n d u alors), il a été meilleur que\nd a n s son récital.\n    Mark H a m b o u r g a aussi des dons d'interprète qu'il a surtout montrés dans\nle scherzo de la sonate de Beethoven, o p . 3 1 , dans le Prélude et Fugue de Bach\nd a n s le cortège central de la Polonaise en la bémol et dans certaines pièces de\nChopin (les douces), qu'il a jouées avec c h a r m e et distinction, sans toutefois\nen creuser les significations et en dégager complètement la poésie profonde.\nMais là où il a été insuffisant, c'est dans la Fantaisie en ut de S c h u m a n n ,\nu n e des œuvres les plus élevées de la littérature du piano qui avec la Sonate\nen si bémol de Chopin et la Sonate o p . III de Beethoven formerait le\nplus admirable des triptyques, ces trois poèmes remuant u n monde de\npensées et se prêtant l'un comme l'autre aux plus grandioses interprétations\nsymboliques. Mark H a m b o u r g n'a naturellement pas encore la culture poé­\ntique et musicale nécessaire pour pénétrer u n e œuvre de cette envergure dont,\nsous les doigts de Rubinstein, la troisième partie apparaissait comme une\nvision céleste. Mark H a m b o u r g devrait aussi se garer de ces allures ultra-\nvertigineuses (Coda du Scherzo en ut dièze, Prélude en si bémol de Chopin), dont\nle plus clair résultat est de d é c o u r o n n e r l'œuvre de son charme poétique. Ces\nrecords de vitesse désordonnée constituent l'écueil ordinaire des artistes\nencore jeunes, surtout lorsqu'ils sont doués d'une facilité technique aussi\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "228                                DURENDAL\n\n\n\nétonnante que Mark Hambourg. Bref, ce très intéressant artiste a encore\nbeaucoup à apprendre, doit encore beaucoup penser et réfléchir, s'il veut que\ndans l'avenir son nom soit rangé parmi ceux des grands interprètes du piano.\n\n    M . G e o r g e s S a d l e r a donné, avec la collaboration de M. Arthur\nVan Dooren, un récital à la salle Ravenstein. Il a d'abord joué avec l'auteur\nune sonate de Van Dooren pour piano et violon, œuvre distinguée et fort\nbien écrite. Puis une sonate de Veracini (XVIIIe siècle), très intéressante, la\nRomance en fa de Beethoven, un Concertstück de Bernard, différentes pièces\nde Tschaïkowsky, Sarasate, Brahms-Joachim. M. Sadler a interprété toutes\nces œuvres avec une verve chaleureuse, un sentiment intense et très per­\nsonnel. Le jeu de M. Sadler est simple et d'une rare distinction. Le coup\nd'archet est ample, tirant du violon des sonorités tour à tour moelleuses et\nvibrantes. Dans le finale de la Sonate de Veracini, le Concertstück de Ber­\nnard et la Danse Hongroise de Brahms-Joachim, il a fait aussi preuve d'une\ntrès sûre et solide technique. M. Van Dooren a joué avec autorité le Caprice\nsur le Départ d'un ami de Bach, une Novelette de Schumann et la Ballade en\nla bémol de Chopin.\n\n    M m e M y S Z - G m e i n e r a complété et confirmé, au Cercle Artistique, l'im­\npression qu'elle avait produit au Concert Ysaye dans une série de lieder signés\nMarcello, Pergolèse, Buononcini, Durante, Brahms, Schumann, Schubert,\nR. Strauss et Hugo Wolf.\n   On a de nouveau admiré le charme et la puissance de sa voix, particuliè­\nrement dans les registres élevés, son interprétation vivante et chaleureuse\nilluminant les œuvres, en même temps, que sa souplesse de compréhension\net de réalisation se prêtant aux différents styles. A notre avis, elle a été sur­\ntout supérieure dans les Chants de Bohémiens(ZigeunerLieder) de Brahms, œuvres\nqui, pour être comprises et appréciées à toute leur valeur (comme nous le\ndisions tout à l'heure à propos de la Symphonie du même auteur), réclament\nune interprétation supérieure. Mme Gmeiner a dit ce cycle de poèmes tziganes\navec une couleur et un accent admirables.\n   Collaboraient aussi à cette belle soirée musicale un violoniste et un pianiste\ndoués d'un talent très sérieux, MM. Sechiari et Casella, qui, entre autres\nchoses, nous ont fait entendre la sonate pour piano et violon de Saint-Saëns,\nœuvre charmeuse où circule une abondante sève mélodique.\n\n   T r o i s i è m e C o n c e r t C a r p i l . — Il convient de rendre hommage\ndans Durendal à l'initiative de M. Carpil, qui a entrepris de passer en revue, en\nune série de quatre concerts, une partie de l'œuvre trop oubliée de Men­\ndelssohn. Au programme du troisième concert figurait l'ouverture d'Athalie,\nle poème de Lorelei, le Concerto en sol mineur et le Rondo Capriccoso pour piano.\nLa vérité nous oblige à dire que l'interprétation de Lorelei n'était point\nparfaite en tout point. Mais ces imperfections, nous assure-t-on, se rattachent\nà diverses circonstances malheureuses dont on ne saurait sans injustice faire\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "                                CHRONIQUE MUSICALE                                           229\n\n\nassumer la responsabilité à M. Carpil. L a soliste sur laquelle il avait compté\net qu'il avait préparée lui a fait défaut au dernier m o m e n t . M. Mousset a\ndonné du Concerto et du R o n d o une exécution verveuse, mais trop précipitée,\nà notre avis.\n                                                                 G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nZ e s L i e d e r e n , par E. HULLEBROECK.\n    M. E . Hullebroeck a fait paraître, dans le périodique Het vlaamsche Lied, et\nplus récemment chez l'éditeur F a e s , d'Anvers, u n e suite de six chansons\nflamandes d'un mérite réel. C'est à dessein que je n e désigne pas ces compo­\nsitions du nom de romances, le n o m étant démodé aussi bien que la chose. On\ncontinuera d'appeler r o m a n c e s ces petites pièces de chant à saveur sucrée,\ndont la sentimentalité généralement u n peu fade est très goûtée des je une s\nfilles et des m a m a n s . L e s Allemands préfèrent le lied, qui n'est pas la romance,\net qui a été a d m i r a b l e m e n t exploité par Schubert, S c h u m a n n , B r a h m s , etc.\nLes musiciens flamands, tels que W a e l p u t , Tinel, Mortelmans, se rattachent\nau genre du lied allemand, par l'intimité du sentiment et l'élévation de la\npoésie, où « l'éternel féminin » n'est plus un élément essentiel. L e s F l a m a n d s\nont, du reste, dans le legs des vieilles chansons populaires du XVIe siècle, la\nplus belle veine qui se puisse exploiter, puisqu'elle leur assure u n e origi­\nnalité n o n pas acquise, mais vraiment innée et transmise avec le sang de la\nrace.\n     C'est le caractère que je pense trouver dans les « liederen » de M. H u l l e ­\nbroeck, au moins d a n s les pièces de son recueil, qui me séduisent davantage :\nMooi Grietje, Scheiden, Moederke alleen. (Ces titres, aussi bien que le texte m ê m e ,\nsont intraduisibles. J'en aurai simplement défloré le charme en les appelant :\nJolie Marguerite, S é p a r a t i o n , Petite mère seule. Ce sont, d'ailleurs, de gen­\ntilles perles de poésie, où le sourire finit parfois en sanglot.)\n     M. Hullebroeck a le mérite (il se fait rare) de ne pas se lancer à la pour­\nsuite de l'inédit, de l'extraordinaire, de la vaine subtilité. On sait que les\nartistes n'attrappent le plus souvent, d a n s cette course, que l'extravagant et le\nbizarre.\n    P o u r relever la saveur de sa mélodie, il lui a suffi des accords et des\nr y t h m e s que tout le m o n d e connaît. Ses accompagnements restent volontiers\ndiscrets et complaisants. C h a c u n e de ses pièces est bien construite, offrant\nun sens très clair et d o n n a n t l'impression d'une chose complète. J e ne doute\npas que ces mélodies, d'un sentiment vrai et d'un c h a r m e prenant, ne soient\nvivement goûtées en notre bon pays de F l a n d r e , où il suffit pour plaire d'être\nnaturel et sincère.\n                                                                           F . V. H .\n\n\n\n\n                                            \"V*0\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 234, "titre_corps": "Les Conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Conférences Mycènes, Tirynthe et Cnosos", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 275, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "Les Conférences\n\n    M y c è n e s , T i r y n t h e e t C n o S O S . (Conférence de M . H E N R I FRAN­\nCOTTE aux Cours d'art et d'archéologie). — On sait le renouvellement de l'his­\ntoire des origines grecques à la suite des fouilles poursuivies depuis des\nannées, avec un heureux acharnement, dans le sol de la Hellade et en Asie\n Mineure, notamment, pour citer les plus fécondes, par Schliemann et E v a n s .\nT o u t e u n e civilisation, antérieure à l'époque dorienne, a ainsi reparu au jour,\ngrandiose et dont les cités protégées par des remparts cyclopéens, comme\nMycènes, recelaient dans leurs ruines et leurs tombeaux de précieux vestiges\nd'un art apparenté à l'art égyptien et phénicien.\n    M. Francolte s'était d o n n é pour but principal de faire ressortir l'impor­\ntance de ces découvertes au point de vue historique, de les situer, en quelque\nsorte, dans la série des faits admis, p a t e n t s ; et, aussi, de faire voir quelles\nlumières nouvelles elles ont apporté au commentaire des poèmes homériques\ndont les légendes épiques peuvent être tenues, sans conteste, p o u r le reflet,\nb e a u c o u p plus exact qu'on ne le supposait, d'un état social antérieur au\n poète.\n    L e distingué professeur de l'Université de Liége a exposé avec b e a u c o u p\nde science et de méthode les éléments de cette question captivante. Son\n succès a été très vif.\n\n\n    S i e n n e . (Conférence de M. E R N E S T VERLANT aux Cours d'art et d'archéo-\nlogie.) — C'est u n e grande jubilation pour les fervents de l'art et de l'histoire\nitaliens que d'en parler ou d'en entendre parler, et de ressusciter, ainsi, dans\nleur souvenir, la joie des cilés héroïques et éclatantes, l'émotion des œuvres\ninnombrables — l'enivrement de ces fêtes intellectuelles de gloire et de\nbeauté.\n   N o u s songions cela, en écoutant M. Verlant évoquer Sienne dans le\ntumulte de son existence politique, dans la puissance et la suavité de son art\net dans la splendeur, où la force s'allie à l'élégance, de ses édifices.\n   M. Verlant parle u n langage singulièrement a p p r o p r i é à u n e tâche de cette\nsorte; il possède u n style rempli à la fois de relief et de délicatesse et qui\nexcelle à marquer la substance et la caractéristique des choses et des œuvres,\nen même temps que les suggestions de pensée et d'âme que nous recevons de\n celles-ci.\n   Sienne, il l'a fort pertinemment d é m o n t r é , en s'aidant de n o m b r e u s e s pro-\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3760, "texte": "                                   LES CONFÉRENCES                                          23l\n\n\njections l u m i n e u s e s , Sienne est venue à la perfection de son efflorescence\nd u XIIIE à la p r e m i è r e moitié du XVe siècle, à l'époque de l'érection de ses\nplus s o m p t u e u x et significatifs édifices, tandis que brillaient ses maîtres les\nplus g r a n d s , ceux d u XIVe siècle, à commencer par Duccio, au profit duquel\nles dernières investigations d e la critique t e n d e n t à dépouiller Cimabue, tout\n à la fois de la paternité d e la célèbre Madone de S a n t a Maria Novella et d e\n la priorité dans l'art... mais, il y a matière à controverse, d u reste : il est\n encore des Guelfes p a r m i les italianisants, et q u i aiment Sienne, mais pré­\n fèrent F l o r e n c e ! . . .\n    L a balle et lucide conférence de M. E r n e s t Verlant a été excessivement\n goûtée et le public a témoigné d u plaisir qu'il y avait pris p a r de chaleureux\n applaudissements.\n                                                                         ARNOLD G O F F I N .\n\n\n     B o u d d h i s m e e t C h r i s t i a n i s m e . (Conférence de JULES BOIS aux\nMatinées Littéraires.) — N o n p a s une conférence, mais u n e causerie singuliè­\nrement vivants et sincère. M. Jules Bois, après les travaux approfondis qu'i\na consacrés a u B o u d d h i s m e , après l'étude, dans l'Inde, de cette religion, pou­\nvait se contenter de causer sur ce h a u t sujet, sans cesser u n moment d'être\nprécis, instructif et attachant. C o m m e fort probablement nos lecteurs liront,\ndans u n de nos p r o c h a i n s n u m é r o s , u n article de M. Bois lui-même sur le\nthème improvisé aux Matinées Littéraires, nous nous contenterons d'indiquer\nbrièvement quelques idées principales qui nous ont frappé. L'orateur a\nr e m a r q u a b l e m e n t mis en lumière les traits essentiels du B o u d d h i s m e qui fut,\n600 a n s a v . J . - C , u n e espèce d'Irréligion mystique et fit couler u n e source\nintellectuelle qui alimente m a i n t e n a n t encore l'Europe philosophique et\nscientifique. Chose curieuse, en effet, tandis que l'Occident matériel envahit\nl'Asie, l'Asie elle conquiert la pensée e u r o p é e n n e . L e monisme qui identifie\nd a n s l'origine la matière et l'esprit, le déterminisme qui explique tout par la\nloi de la causalité et se passe de la nécessité d ' u n e création, l'idée de solida­\nrité qui en découle, ne sont-ce p a s là trois pôles principaux de la science\ni n d é p e n d a n t e moderne? E h bien, ces trois g r a n d e s « directions » intellec­\ntuelles sont la base m ê m e d u B o u d d h i s m e . E n somme l'anarchisme, le\ndarwinisme, l'illusionnisme de H e g e l , le pessimisme de S c h o p e n h a ü e r ,\nl'altruisme, l'idée de la science panacée universelle à la douleur universelle,\na u t a n t de systèmes qui plongent leurs racines dans B o u d d h a . Cette partie de\nla causerie de M. Jules Bois fut des plus attachantes et, bien que la brièveté\nd u temps n e lui permit pas les développements qu'elle comportait, il sut\nnous en r e n d r e infiniment instructive la démonstration. N o u s laissons d e\ncôté les traits de la doctrine du B o u d d h a qui sont c o n n u s . M. Jules Bnis voit\nen lui le plus noble et le plus sincère athée qui existât jamais. Mais la consé­\nquence de sa doctrine fut u n désenchantement et, par suite, u n e énervation\nsociale qui dure encore. S o n absence de spiritualisme, son impuissance à\nconcevoir le Divin, son pessimisme i m m a n e n t et sa théorie toute négative\ndu N i r v a n a façonnent l'âme en la d é p r i m a n t et n e conservent la vie qu'en la\nniant.\n                                                                                       G. B .\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "232                               DURENDAL\n\n\n    E m i l e V e r h a e r e n . (Conférence de JULES DESTRÉE au Conserva-\ntoire.) — M. Jules Destrée guidait, le 6 mars dernier, à travers l'œuvre touffue\nd'Emile Verhaeren, le nombreux public des conférences du Conservatoire.\n Il a rappelé, avec l'ironie qu'il faut, ce qu'était la littérature belge aux temps\nbêtes où florissaient Hymans et Potvin; puis, avec l'enthousiasme qui sied\naussi, les jours héroïques de notre Renaissance. Emile Verhaeren marqua, dès\nla première campagne de la Jeune Belgique, parmi les combattants du bon\ncombat. Son oeuvre est aujourd'hui, avec celle de Maurice Maeterlinck, la\nplus glorieuse dont puissent s'enorgueillir les lettres nationales. M. Destrée\nen a caractérisé les trois époques : celle des Flamandes, descriptive et charnelle,\ncorrespondant chez le poète à une période de santé exubérante où triomphe\nl'instinct de la race des Jordaens et des Rubens; celle, ensuite, des Soirs, des\nDébâcles et des Flambeaux noirs, contemporaine d'une crise physiquement\nmaladive dans la vie du poète, et qui se peuple d'hallucinations terribles et\nde cauchemars affolants et qui crie désespérément un pessimisme atroce;\ncelle enfin qu'ouvrent les Campagnes hallucinées, où les idées succèdent aux\nfantômes et où s'affirme un don prodigieux d'évocation symbolique. Le génie\ndu poète, en pleine possession de sa force, s'exalte par les grandes et nobles\nidées : volonté, justice, pitié, bonté. Un philosophe, un moraliste, un\nprofesseur d'énergie se révèlent successivement en ce poète. Verhaeren\napparaît comme la plus puissante personnalité de la poésie française\ncontemporaine.\n    La belle conférence de M. Destrée a été coupée de récitations et de lectures.\nMmes Derboven et Werlemann, MM. Chomé, Boine, Bender, Dewattyne,\nSagehomme et Van Hanswyck nous ont dit, avec talent, un grand nombre\nde poèmes choisis parmi les plus caractéristiques de l'œuvre de Verhaeren.\nA mon goût, cependant, ce sont les admirables Fléaux, des Campagnes hallu-\ncinées, qui ont été lus avec le plus d'émotion compréhensive et de justesse par\nle conférencier lui-même, à qui l'auditoire a témoigné sa gratitude par de\nlongs applaudissements.\n                                                                               D.\n\n   Blanche Rousseau et Marie Closset (Jean Dominique).\n(Conférence d'EDMOND PICARD.) — Parler devant des femmes, et durant deux\nheures d'horloge, en leur imposant ainsi le silence ! leur parler d'une femme\npour en faire l'éloge, et de telle sorte que les assistantes observent un religieux\nsilence et ne songent même pas à regarder en l'air, à étudier, réciproquement,\nles défauts de leur toilette ou à échanger des remarques sur la présence ou\nl'absence de telle ou telle, c'est le tour de force qu'un soir du mois de mars\ndernier, a accompli M. Edmond Picard, en entretenant les membres de\nl'Association pour l'amélioration du sort de la femme, réunis en grand nombre à\nl'hôtel Ravenstein, de notre collaboratrice Mme Blanche Rousseau.\n    M. Picard a parlé, tour à tour, avec bonhomie, avec émotion, avec élo­\nquence, toujours avec l'abandon et le charme de vie et d'imprévu qui lui sont\nhabituels.\n   L'analyse de l'œuvre de Blanche Rousseau, illustrée par la lecture de pages\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3467, "texte": "                              LES CONFÉRENCES                                   233\n\n\nchoisies dans Nany à la fenêtre, dans Tilette et dans L'Ombre et le Vent, lui a\npermis de faire ressortir les qualités excellentes d'art, de force et de beauté\nessentiellement féminines dont ces livres surabondent, et, spécialement, la\nvivacité précise et colorée de la vision, la notation délicate et fine de petits\nfaits de sensibilité et de sensation, saisis dans leurs nuances et traduits en\nimages pleines de spontanéité et de fraîcheur. Et, aussi, l'originalité foncière\nde ce talent fait de gravité ingénue et d'intimité profonde.\n   M. Picard a terminé, au milieu de chaleureux applaudissements, en\nannonçant qu'il consacrerait, prochainement, une seconde conférence à\nl'oeuvre du poète de l'Ombre des Roses et de la Gaule blanche, Jean Dominique\n(Marie Closset), dont il n'avait pu, faute de temps, parler comme il en avait\nl'intention.\n                                                                       H . D.\n\n   Les Salons littéraires de France. (Cours de M. DU CHASTAIN.)\n— M. du Chastain a continué cette année, à la salle Kevers, ces intéres­\nsantes et instructives conférences sur les Salons littéraires de France. Il avait\npris cette fois pour sujet les Salons du XIXe siècle, passant en revue successi­\nvement ceux de Mme Victor Hugo, de M mc Swetchine, de Mme Daun, de la\nprincesse de Liéven, de la princesse Mathilde, de l'impératrice Eugénie, de\nMmes Beulé, Juliette Lamber, etc., à Bruxelles, de MIIe Benard. Au cours de\nces conférences, M. du Chastain ne s'est pas borné à des croquis brillants et\nobservés du caractère de ces Salons et des personnalités qui les fréquentaient.\nChacune de ses causeries a été de plus, pour le sympathique conférencier,\nl'occasion d'exposer des vues personnelles et nouvelles sur l'esprit prédomi­\nnant de chaque époque, sur le mouvement littéraire et artistique qui a carac­\ntérisé chacune d'elles, sur l'histoire des idées et des mœurs, appréciations\nétayées de lectures attachantes, puisées notamment dans l'œuvre de Feuillet,\nde Veuillot, de Caro, etc. Le cadre restreint dont nous disposons ne nous\npermet pas d'entrer dans des détails. Nous ne pouvons nous empêcher cepen­\ndant de signaler spécialement les remarquables conférences de M. du Chas­\ntain sur ces puissants centres d'influence qu'ont été les Salons de Mme Hugo\net de Mme Swetchine, ce qu'il nous a dit sur la faillite du naturalisme, dont le\nle tort est d'oublier cet axiome élémentaire que si la réalité se trouve dans la boue,\nelle se trouve aussi dans les étoiles, puis les détails touchants et peu connus relatifs\nà la personnalité de M. Caro, dont le livre définitif sur le pessimisme au\nXIXe siècle atteste un philosophe profond et pénétrant, la conférence expli­\nquant les différences radicales d'esprit public et de mœurs qui séparent\nl'Angleterre de la France par rapport au théâtre, conférence au cours de\nlaquelle M. du Chastain a eu l'occasion de préciser des idées bien justes et\nbien belles au sujet de la grande mission du théâtre, au sujet de ce qu'il\ndevrait être et de ce qu'il n'est point. M. du Chastain a terminé par un brillant\nexposé de la Renaissance littéraire en Belgique, marquant, au point de vue\ndes choses théâtrales, l'influence incontestable qu'ont exercé sur la formation\ndu goût du public bruxellois le Salon et les lectures hebdomadaires de\nM,le Bénard. Ces causeries, auxquelles assistait un public choisi, devraient\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "234                               DURENDAL\n\n\nêtre suivies encore davantage. Car, indépendamment de leur valeur intrin­\nsèque, elles n'ont rien de didactique et ont le grand mérite d'instruire en\ncharmant.\n                                                                G. DE G.\n\n   L e F é m i n i s m e a u X V I I I e s i è c l e . —M. HENRI BARBUSSE a donné,\nle 12 mars, dans la salle de l'Exposition de l'Art français, une conférence en\nune langue élégante, fine et délicate comme le siècle qu'elle peignait. Peut-\nêtre le titre de cette causerie, le Féminisme au XVIIIe siècle, n'était-il pas\nexactement approprié au sujet; peut-être aussi regrettera-t-on qu'en dépei­\ngnant la vie extrêmement frivole des grandes dames désœuvrées, le conféren­\ncier n'ait pas mis le public en garde contre une généralisation qui serait\nerronée et injuste envers les femmes de la petite noblesse et de la bourgeoisie.\nCes réserves faites, on ne peut qu'admirer le talent, le charme avec lequel\n M. Barbusse nous a décrit la vie des grandes dames du siècle de Voltaire,\nnous a dépeint le contraste entre les défauts qu'ils affirmèrent dans la prospé­\nrité et les vertus qu'ils pratiquèrent dans l'adversité. Malgré leurs défauts, on\nles aime pour leur joliesse fragile, pour leur goût du beau, pour leur exquise\ndistinction. Quand vint la tempête de 1793, celles qui fuyèrent en exil, sans\nressources, passèrent « de l'inutilité charmante qui est celle des objets d'art\nà la dignité du travail libérateur qui est souvent une espèce de martyre » ;\ncelles qui restèrent dans « l'ancien Eden, devenu l'Enfer, » furent admirables\nde dévouement et de courage et surent mourir avec grandeur.\n                                                                         L. V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 235, "page_fin": 236, "titre_corps": "Expositions éphémères", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. L.", "ancre_debut": "Expositions Éphémères L'exposition des œuvres de DEGREEF", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 282, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "Expositions Éphémères\n\n   L'exposition des œuvres de D E G R E E F a p p a r t e n a n t encore à sa veuve — à\nla Salle Leroy — a ramené l'attention sur ce peintre de race, dont l'œil fut si\nfin et la manière si brutale. U n intense a m o u r de la nature, u n e ferveur de\nsanté robuste et de mélancolie s'allie bizarrement en ces toiles et les rend très\npersonnelles. U n e belle entente de la couleur fut le don principal de cet\nartiste instinctif, si m é c o n n u et si p r é m a t u r é m e n t disparu.\n\n\n\n\n   Des œuvres de M. ARMAND JAMAR ont été exposées à la Galerie Royale.\nMarines, intérieurs, paysages, u n bagage copieux de travailleur vaillant et\nchercheur. Ce jeune artiste s'éparpille u n peu en travaux hâtifs. On voudrait\nle voir condenser ses efforts, éclaircir sa palette de quelques tons convention­\nnels, serrer et préciser sa technique. Il est h e u r e u s e m e n t doué, il a l'instinct\ndes harmonies soutenues. Ses mises en page sont adroites. Il obtiendra des\nsuccès et, s'il travaille avec suite, se rendra maître d'une technique adéquate\nà ses efforts.\n\n\n\n   Au Cercle Artistique de Bruxelles, nous avons eu d'abord M M . FIRMIN BAES\net OMER COPPENS, réexposant plusieurs peintures déjà c o n n u e s . De beaux\nfusains sérieux de M. Baes — toujours influencé par L é o n F r é d é r i c — et des\nintérieurs rustiques de M. Coppens ont été très appréciés.\n   Après eux,   MM.     FERNAND     K H N O F F T , R E N É JANSSENS et CHARLES SAMUEL\nont occupé la galerie. M. JANSSENS avait tenu à grouper, avant leur disper­\nsion définitive, une série copieuse de ces intérieurs, dont il exprime l'intimité\navec tant de ferveur et d'exactitude.\n   M. KHNOFFT n'a exposé que quelques m e n u s dessins, précieux et raffinés\nà son ordinaire. U n e science précise, l'instinct de la forme et des proportions,\nun goût rare et étrange m a r q u e n t les moindres œuvres de ce curieux artiste,\nd'une compréhension esthétique si distinguée.\n   La sculpture de M. SAMUEL n'est point d'un « faire » bien intéressant. Ses\nqualités d'adresse et sa facilité l'apparentent à celle de M. Desenfans. De n o m ­\nbreux bustes-portraits m'ont p a r u satisfaisants sans caractère très saillant.\nU n e jolie statuette « Saint Michel » et une figure tombale de silhouette bien\ntrouvée variaient cet envoi.\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1257, "texte": "236                              DURENDAL\n\n\n   Enfin, Mlle ALICE RONNER, MM. JEFFERYS et FICHEFET ont à leur tour\naligné leurs œuvres sur la cimaise du Cercle.MlleALICE RONNER est un\nadmirable peintre, robuste et sain, dont les tableaux de fleurs n'ont rien\nd'indifférent. Je ne sais personne à cette heure qui exprime avec plus de force,\nde variété et de charme des ensembles harmonieux aussi imprévus. Cela est\nmagistral ! L'exécution large et intelligente, la vigueur du ton, la rareté des\nharmonies, le goût des arrangements confèrent à ces peintures une haute\nvaleur d'art. Voilà de vrais morceaux de collection et de musée.\n   Les études sincères de M. JEFFERYS paraissent minces et hâtives, malgré\nleur justesse, à côté de ces somptueux panneaux.\n                                      *\n                                     * *\n\n  Au Cercle Artistique de Gand, trois jeunes, dont la vision est analogue,\nMM. GUSTAVE et LÉON DE SMET et M. MAURICE SYS ont une exposition qui\nvaut mieux qu'une promesse. Ils ont des saveurs de coloris distinguées et\nfortes, ils savent dessiner ; nous pouvons espérer que tous trois compte­\nront dans l'école belge à leur tour. Des noms à retenir.\n                                                                  P. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 237, "page_fin": 240, "titre_corps": "La Gazette des faits et des livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Gazette des Faits et des Livres Mars 1904 IL faudrait la cascade", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 284, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "Gazette des Faits et des Livres\n                                                                    Mars 1904.\n\n                  IL faudrait la cascade des adjectifs chers à Mme de Sévigné\n                      pour annoncer et commenter celle nouvelle : la brouille\n                      artistique de M. Edmond Picard et de M. Octave Maus...\n                      Le motif : M. Maus ayant pris l'initiative de faire la\n                      rétrospection de l'impressionnisme, a été amené à\n                    • n'admettre au Salon de la Libre Esthétique — à l'excep­\n                      tion de Théo Van Rysselberghe — que des peintres\n                      français... Gardien de l'âme belge, M. Picard protesta et\n                      même provoqua M. Maus en un meeting contradictoire —\noù la contradiction ne vint pas, au grand regret des amateurs de speechs\npiquants : entendre MM. Picard et Maus se reprocher mutuellement leur\nexclusivisme, c'eût été peu banal et très savoureux.\n   Au fond de cette dispute, il peut n'y avoir qu'un malentendu passager, à\nmoins qu'il n'y ait une divergence profonde de principes.\n   Si, en organisant l'exposition de 1904 telle qu'elle le fut, M. Maus n'a pré­\ntendu que présenter la récapitulation d'une école qui eut sur l'art contempo­\nrain une influence décisive et, en somme, salutaire, tout est bien : le directeur\nde la Libre Esthétique en sera quitte pour faire du Salon prochain le Salon de\nl'art belge et du paysage flamand ; mais si l'exhibition actuelle — comme le\ndit carrément M. Picard — a eu pour objectif d'éclipser les peintres patriaux\nsous la fulgurance du luminisme français, la réclamation se comprend et se\njustifie.\n   Voyons ! voyons : on peut admirer à la fois, n'est-ce pas, Van Rysselberghe\net Claus, Laermans et Maurice Denis. Et d'avoir été se promener au Musée\nmoderne, un tableau pointilliste sous le bras, et d'avoir prétendu, au moyen\nde ce rapprochement, confondre nos maîtres nationaux,voilà un cabotinage de\nsnobs qui n'a rien de peremptoire ! Et M. Picard a eu mille fois raison de le\ndénoncer.\n   N'importe ! Le conflit Picard-Maus a quelque chose d'attristant : il sonne\nprobablement le glas d'une amitié; il disperse deux forces jusqu'ici conver­\ngentes; il met fin à une collaboration qui fut hautement bienfaisante pour\nl'art belge.\n   Le moment serait cruellement choisi pour rappeler à l'un et à l'autre des\nantagonistes que le parli-pris qu'ils s'imputent réciproquement à l'heure\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3276, "texte": " 238                                   DURENDAL\n\n\n\nactuelle, ils en furent peut-être trop prodigues dans le passé vis-à-vis de ceux\nqui osèrent ne pas accepter servilement leur intégral credo artistique. Les\nécrivains de l'école de la Jeune Belgique et les écrivains catholiques ont\néprouvé ce qu'il en coûtait de vouloir annoter de quelques courtoises réserves\nl'évangile esthétique de l'Art moderne. M M . P i c a r d et Maus, auteurs ou\ninspirateurs de l'Encyclopédie de l'art et des lettres belges, ont excommunié leurs\ncontradicteurs — sommairement et sans phrases.\n   Ceux-ci néanmoins n'auront point le mauvais goût de considérer — comme\nune revanche — la présente aventure, mais ils souhaiteront qu'elle se termine\nau plus tôt par une cordiale poignée de main.\n\n                                               *\n                                           *       *\n\n     Barbey d'Aurevilly eût aimé — jusque dans son titre — le livre de M. Wil­\n liam Ritter : Leurs Lys et leurs Roses (1). J u s q u e d a n s son style d u reste, ce\n livre rappelle Barbey et ces outrancières et inquiétantes Diaboliques. C'est bien\n une « diabolique », cette Gisèle de Stopanow, sensitive de dix-huit a n s ,\n marinée dans les perversités de l'imagination et les lascivités de la lecture et\n qui se rue à l'aventure charnelle avec u n débridement de passion qui en fait\n la sœur de l'héroïne du Rideau cramoisi.\n     Q u a n d j ' a u r a i ajouté, qu'aux heures de dévergondage succédèrent, pour\n Gisèle de Stopanow, des heures de repentir, que son châtiment fut p r o p o r ­\n tionné à sa faute, on s apercevra tout de suite que décidément M. Ritter arbore,\n sur la moralité du roman, les mêmes théories que Barbey. L ' a u t e u r de Leurs\n Lys et leurs Roses professe lui aussi, et met en action le droit pour l'écrivain de\n p e i n d r e la vie, fût-ce dans toute sa frénésie, à condition d'en montrer ensuite\n toute la décevante saveur. L'artiste caressera des yeux les fallacieuses beautés\n du fruit, mais il n'oubliera pas de signaler le ver qui ronge le fruit au\n dedans. Boire à la coupe de volupté est permis à l'artiste, s'il a soin de dire\nl'arrière-goût d'amertume et de cendres que laisse dans la b o u c h e le trop\n tentant nectar.\n     Q u e de telles œuvres ne soient point mises à la portée de tous, et que,\nlorsqu'elles paraissent, la consigne soit de tenir à distance les jeunes filles et\nles potaches, cela ne prouvera point que l'auteur ait m a n q u é de conscience\nmorale... P o u r t a n t , il ne faut pas être dupe non plus de ce système de « la fin\nmorale qui justifie les moyens osés » : il est trop facile de se permettre toutes\nles licences sous prétexte qu'on les rachètera par un épilogue bénisseur; et à\nce propos, il est à remarquer que dans b e a u c o u p de livres qui relèvent de\ncette esthétique en dyptique, où le châtiment suit le crime et où la faute\nentraîne le repentir, le p a n n e a u du vice a un autre relief et u n e plus grande\nintensité que le p a n n e a u de la vertu; et c'est souvent q u a n d il devient ermite\nque le diable offre le moins d'intérêt; il en est ainsi encore d a n s Leurs Lys et\nleurs Roses, où l'odyssée amoureuse de Gisèle est traitée par l'auteur avec u n e\n\n\n  ( I ) Paris, Société du Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3118, "texte": "                    GAZETTE     DES    FAITS   ET DES LIVRES                  239\n\n\n\nvraie maîtrise chaude et colorée, tandis que la « vie simple » où la pécheresse\nse redime paraît une chose forcée, presque truquée, et en tous cas banale —\nà part la confession des deux époux qui termine le volume et dont l'em­\npoignante et humaine vérité donne l'impression d'une page absolument\nbelle !\n   Moins haute en couleurs, la seconde œuvre de M. William Ritter, Fillette\nSlovaque (1), révèle peut-être une plus réelle et plus sûre personnalité. Je crois\nbien que la destinée artistique de M. Ritter le voue moins à de fougueuses\nfresques passionnelles — où entraîné par l'élan il bouscule même la langue\nfrançaise — qu'à des notations simples et pénétrantes de sentiments normaux\néclosant parmi de calmes paysages... Ames blanches en était une preuve;\nFillette Slovaque en est une seconde ; on déguste sans remords ce livre où vit,\nsouffre et aime, une petite âme spontanée d'enfant slave, s'étiolant dans le\nmilieu hostile et froissant de Vienne, et reconquérant sa joie de vivre et sa\nfaculté de sentir parmi l'ambiance, même factice, d'une auberge patriale à\nl'Exposition de Prague... En cela, si facilement résumé, tient toute l'œuvre;\net cette œuvre est naturelle sans effort, et, si ingénue et si puérile presque\nqu'en soit l'intrigue, cette œuvre intéresse et elle émeut, parce que, derrière\nses fragiles péripéties, sourd, frissonnante, toute une race, jalouse de ses\noriginalités et lourde de rancunes historiques... Si Barbey eût savouré Leurs\nLys et leurs Roses, M. Maurice Barrès doit aimer Fillette Slovaque — exquise\ndéracinée du pays du Danube!\n\n\n\n   M. Jacques des Gachons, qui a quelques œuvres déjà à son actif, ne jouit\npoint encore de la notoriété dont le rendent pourtant si digne sa grande pro­\nbité artistique et une finesse sentimentale, rare et exquise... La Maison des\nDames Renoir (2) — son dernier livre — est une œuvre aussi forte qu'ingé­\nnieuse, qui fait penser et qui charme... C'est un roman à thèse — j'allais dire\nà antithèse, l'antithèse de la facile et un peu banale théorie de l'hérédité : le\njeune docteur Maurice Tissier qui, parmi les ambiances fatales d'un passé\nde faiblesses et d'adversités, se crée un foyer pur et heureux, est vraiment un\ntype d'une belle et saine intellectualité... Je lui reprocherais à peine de\ntrop expliquer sa vie, au lieu de simplement la vivre — et de rappeler ainsi\nd'intervalles certains prêcheurs agaçants de Dumas fils et de Bourget... «Nous\nautres, hommes du monde », e t c . . La nuance, dans l'excès de théorisation\ndu héros du livre, est la seule tare, bien légère du reste, de cette Maison des\nDames Renoir, qui, par son cadre vétusté et un peu inquiétant, rappelle les\npénétrantes notations d'existence provinciale que M. René Boylesve renou­\nvela si heureusement dans Mademoiselle Cloque et dans l'Enfant à la Balu-\nstrade... A son tour, M. des Gachons a essayé et a réussi à croquer, avec un\nrelief merveilleux d'images et de traits, des types de petite ville immuables\n\n\n  (1) Paris, Société du Mercure de France.\n  (2) Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "240                                  DURENDAL\n\n\n\nen leurs tics de qualités et de défauts — tandis que tout bouge fiévreusement\nautour d'eux... Tels de ces types, dans l'œuvre dont nous parlons, ont sous le\ncoup du malheur ou de la faute, atteint une grandeur balzacienne, et grâce\nà eux, M. Jacques des Gachons s'est placé du coup au premier rang de\nl'école du jeune roman français.\n\n\n\n    Le divorce — comme toutes les modes même morales — subit actuellement\n un recul. C'est le moment que choisit M. Joséphin Péladan — qui eut tou­\njours la coquetterie des réactions — pour adresser à S. S. Pie IX une inter­\npellation... Le Sâr voudrait la réforme des canons en matière de divorce (1),\net il développe sa proposition en un style grandiloquent, où il y a autant de\nrespect dans la forme que d'impatience dans l'idée.\n   De son côté, M. Georges Fonsegrive, dans un livre (2) qui porte une fois de\nplus la marque de la plus vaillante et de la plus probe intellectualité, entre­\nprend la justification du mariage chrétien et la critique de l'union libre; sur\ncette double matière — envisagée successivement au point de vue historique,\nsocial et moral — l'œuvre de M. Fonsegrive forme un document définitif et\ncomplet, d'une vivante évidence et d'une admirable droiture : l'auteur\nn'ergote ni ne sophise ; il ne craint point les objections, mais les provoque;\nil n'élude point l'erreur, mais la regarde en face; et ses conclusions, basées\nsur de fermes prémisses, s'imposent comme de péremptoires vérités.\n   En regard de cette démonstration d'un philosophe qui est aussi un lettré,\nle factum pompeux de M. Péladan n'a plus que la valeur d'une belle phrase\nsonore et vaine.\n                                                 FIRMIN V A N D E N B O S C H .\n\n\n\n\n (1) Paris, Mercure de France.\n (2) Mariayt   et Union libre; Paris, Pion.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 241, "page_fin": 252, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LE ROMAN Le Pain Noir roman par HUBERT KRAINS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 288, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "LES LIVRES\n\nLE ROMAN :\nL e P a i n N o i r , roman, par HUBERT KRAINS. — (Paris, Mercure de\n   France.)\n   M. Hubert Krains, qui fut un des collaborateurs de la Jeune Belgiqre, a déjà\npublié trois volumes de nouvelles : Les Bons Parents, Histoires Lunatiques et\nAmours Rustiques.\n   Le Mercure de France vient d'éditer sa quatrième œuvre : Le Pain Noir.\n   Rodenbach fut l'écrivain des Flandres ; Krains est celui du pays de Liége,\nde la Hesbaye et du Condroz. C'est toujours vers les plaines grasses et les\ncollines parfumées de là-bas que retourne sa pensée, et sa plume, mieux que\ntoutes autres, sait nous faire goûter leur charme profond.\n   Ce qui sollicite presque uniquement son étude, c'est la vie des paysans.\nLe Pain Noir — un livre vraiment bien fait — est encore une histoire\nd'humbles de la campagne, de deux braves dont l'auberge est ruinée par un\nchemin de fer, et dont le fils s'en est allé se perdre dans les Villes tentacu-\nlaires; c'est le récit de leurs dernières années de luttes et de misères, et des\ndouloureuses amours de leur nièce.\n   Krains, à la manière de Maupassant, n'explique pas; il expose, il dit sim­\nplement, photographiquement, et sans s'apitoyer jamais, les divers aspects\nde la vie au village : ses rares joies, ses perpétuels combats, ses amertumes\net ses turpitudes. Il n'a un peu de douceur que lorsqu'il peint le paysage, les\nnuances du ciel et celles des champs. Et, toujours, il laisse entendre qu'après\nce qui s'est passé, le monde marchera comme auparavant, sans garder aucun\ntrouble ni se souvenir même des pauvres existences sur lesquelles nous nous\nsommes un moment penchés.\n   Rien ne peut mieux caractériser l'impression que donnent les pages de\nKrains, que les dernières phrases du Pain Noir. Le vieux Jean, dont la\nfemme est morte folle, s'est jeté sous un train.\n   Le train s'est arrêté.\n   « Je crois, dit un voyageur, que nous avons écrasé quelqu'un.\n   » Une femme poussa un cri :\n   » — Mon Dieu 1\n   » Quelques instants après, le même homme, qui avait de nouveau mis la\n» tête à la portière, se rassit en disant :\n   » — Il paraît que c'est un vieillard.\n   » A ce moment, le chef de gare fit un signe au machiniste.\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3163, "texte": "242                               DURENDAL\n\n\n    » Un coup de sifflet retentit et le train recommença à rouler dans la nuit\n » étoilée... »\n   Comme chez Maupaseant, ce manque de pitié est parfois douloureux,\n mais il n'empêche pas de reconnaître tout le beau talent dont fait preuve,\n dans son dernier volume, Hubert Krains. C'est, comme ensemble, son œuvre\nla plus considérable. La forme est nerveuse, claire, vivante; les caractères\nsont nets, bien soutenus, et l'odeur de la terre hesbayenne est enveloppante.\nPeut-être l'auteur, qui habite la Suisse depuis plusieurs années, a-t-il une\njoie spéciale à dépeindre plus exactement encore que jadis, pour s'en sou­\nvenir mieux lui-même, le sol auquel reste attaché son cœur.         G. D'A.\n\nL e s M o n s t r e s B e l g e s , par LÉON SOUGUENET. —(Lamberty, éditeur,\n   Bruxelles.)\n   J'ai relu, mon cher Souguenet, cette suite d'articles tour à tour caustiques,\nriants, émouvants, pittoresques. Le Messager de Bruxelles, qui les publia, était\nun joli journal, et vous étiez son brillant chroniqueur. Dans ce pays, la poli­\ntique prime tout. Le Messager, faisant la nique aux tendances solennelles et\nimmuables, mourut, malgré les éloges que lui avait adressés Edmond\nPicard, malgré votre collaboration. Aujourd'hui son esprit ressuscite, et bien\nque les pages de votre livre aient été écrites au jour le jour, selon le caprice\nde l'heure, selon l'actualité, elles gardent leur saveur, elles mêlent sourires\net gravités, avec un même bonheur d'expression. Ceux qui vous connaissent\nbien savent la parfaite sincérité de cette œuvre (le mot n'est pas trop gros) et\nils goûtent ce plaisir charmant de reconnaître, à tout instant, le poète qui\nchanta le Chemin du Soleil, et l'ironiste verveux qui coudoie dans la vie réelle\nun artiste très sensitif.\n   Avez-vous songé qu'en vos promenades, à travers la Belgique, vous consi­\ngniez sur des feuillets légers, un peu de l'histoire de ce pays ? Plus tard,\nbeaucoup plus tard, des hommes viendront qui retrouveront, dans ce livre,\nl'aspect fidèle des choses et des gens de notre époque, fêtes religieuses de\nFlandre, mœurs brabançonnes, croquis de Wallonie, portraits de contempo­\nrains, enfin et surtout, ces impressions profondes et douloureuses, ces admi­\nrables pages consacrées à « la Mort de la Reine ».\n   J'aurais bien dû m'arrêter avec vous à Maredsous, et faire sentir à mes\nlecteurs la valeur du chapitre, où vous exaltez la célèbre abbaye... « La nef\ngothique, toutes voiles dehors, remplie de matelots et de passagers voguant\nsur l'infini, voilà Maredsous. Allez voir Villers, la nef naufragée, incendiée,\nà qui les vagues du temps arrachent chaque jour une épave, vous compren­\ndrez mieux la splendeur du vaisseau vivant. »\n   Devant ces images, mon cher Souguenet, je vous serre la main, en vous\nremerciant...                                                         G. V.\n\nC œ u r s s a i g n a n t s , par SANBORNE GAMA.\n  Il y a dans ce petit volume un mélange assez déconcertant de réalisme et\nde romanesque, d'idéalisme et de sociologie, de talent et de faiblesse qui lui\ndonne un air dégingandé, provisoire et même un peu arbitraire. On y cherche\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3372, "texte": "                                 LES LIVRES                                 243\n\n\nune dominante..., on ne sait trop si le but de l'auteur fut de nous narrer une\nhistoire d'amour qui eût pu alors être serrée de plus près et dénouée de\nmanière moins déconcertante. Sans doute l'auteur n'a-t-il eu d'autre préoc­\ncupation que de croquer des paysages belges, étudier le mouvement\ndémocrate chrétien, raconter les troubles populaires d'avril, et nous donner\nses observations « inspirées, nous dit-il en sa préface, par les divers\naspects de la vie de cet intéressant et robuste petit peuple (belge) ». Il y\nréussit avec un bonheur inégal. A côté de bonnes pages descriptives, sobres\net justes, détonne un détail qui déplaît...Voici, entre autres, un petit épisode:\nSonia l'héroïne rencontre sur une route des environs d'Ostende un inconnu\nqui n'est autre que le jeune Douglas Arlow, parangon du lord anglais. A eux\ndeux ils secourent une vieille paysanne que la faim abat au bord du chemin,\net, cette bonne œuvre accomplie, comme Sonia passe son châle au jeune\nhomme, trempé d'une chute récente dans un fossé, celui-ci l'accepte pour le\nmotif, lui dit-il, qu' « il aime autant ne pas claquer de la poitrine »! Et\nd'autres dissonances encore, menues. Sous ces réserves, il reste que cette\nhistoire, qui manque certainement de mise au point, se lit avec un intérêt\nd'autant plus vif qu'elle est un aperçu fragmentaire, mais varié, souvent per­\nspicace et parfois heureux de paysages, de mœurs et de caractères belges\nd'à-présent. Il nous révèle un esprit probe cultivé, pénétré d'idéalisme,\ncurieux de notre vie sociale et privée et qui a mis à profit un séjour en\n Belgique que lui valut sans doute un secrétariat d'ambassade. Soyons donc\nreconnaissant à M. Sanborne Gama tout en n'ayant pas « cherché à faire\n une œuvre littéraire », comme il le dit, peut-être trop modestement, au seuil\n de son livre, d'avoir écrit cet essai romanesque et descriptif en somme curieux,\nplein de nobles pensées, de tableaux attachants où il tente, facing the Enigma,\n en face de l'Enigme universelle et éternelle de l'amour, de démêler des desti­\n nées et d'étudier les milieux où elles s'agitent.\n                                                                         G. B.\n\nRécits de la Plaine et de la Montagne, par RENÉ BAZIN. —\n   (Paris, Calmann-Lévy.)\n   Le nouveau livre de René Bazin est une mosaïque d'impressions de\nvoyage, de descriptions de sites, d'esquisses de mœurs locales, d'études\nobservées de types et de caractères. Le talent descriptif de René Bazin\ncompte parmi les plus sincères et les plus fins qui soient actuellement. Les\npaysages émaillant son beau livre ne sont pas alourdis par l'accumulation\nfroide et sèche de détails oiseux et vains, ils sont vivants et émus, chaque\nnuance, chaque trait du tableau étant choisis avec un tact exquis pour pré­\nciser et parfaire l'impression d'ensemble.\n   Le style de René Bazin est sain et fort, se colorant d'une poésie discrète et\nil se rattache à la belle tradition classique. Pour le mouvement du récit et\nl'intérêt des peintures, le Journal de route au bord du Rhône nous plaît tout par­\nticulièrement. Nous citerons encore la Bonne Nouvelle, touchant récit racon­\ntant la poésie du foyer et ces petits chefs-d'œuvre d'émotion domestique à la\nDaudet, intitulés L'Organiste, Le Dernier jour, Un Baptême. René Bazin est à\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "244                                    DURENDAL\n\n\nla fois u n observatenr et u n poêle, dons essentiels qui seuls assurent la vie\naux r o m a n s .                                                  G. DE G.\n\n L e P r e s t i g e , r o m a n , par P A U L ANDRÉ. — (Bruxelles, éditions de la Libre\n   Critique.)\n    Ce nouveau livre de P a u l A n d r é m a r q u e u n e étape considérable d a n s sa\n carrière d'écrivain. On n'en saurait assez louer 1a composition, l'intérêt savam­\nm e n t gradué et les beaux cris de passion. Voici un artiste de nos provinces\nqui, pour la première fois, s'attache trop peu au paysage, à l'ornement du\nstyle, mais va droit vers le dénouement de son récit, en traversant vingt péri­\npéties, et constamment le lecteur est tenu en haleine, car les acteurs du Pres-\ntige « vivent » tous. Ils ont des tares, des vertus, comme les h o m m e s qui n o u s\nentourent. A peine l'un d'entre eux offre-t-il des caractéristiques exagérées,\ntel le personnage de L a r d a n , un traître à la manière des m é l o d r a m e s .\n   N o u s n'exposerons pas le sujet du livre. Il faut que les amis de nos lettres\nnationales lisent cette œuvre variée et é m o u v a n t e . On a si souvent reproché\naux littérateurs belges d'occuper des cimes inaccessibles, le public ne\nd e m a n d a n t que des impressions semblables à celles qu'il pourrait éprouver\nlui-même dans l'existence. L a tentative de P a u l André est nouvelle. Son\nroman, répétons-le, a des qualités d'invention et d'émotion exceptionnelles.\n    N o s éloges ne doivent pas masquer les défauts du livre, sa forme parfois\nlâchée, l'emploi d'expressions locales... Mais ce sont là péchés véniels à côté\n de fortes vertus.\n    E t donc, un vigoureux bravo pour l'auteur du Prestige !                         G. V.\n\nM a r g o t , par EMMANUEL DELBOUSQUET. — (Toulouse, Société provinciale\n   d'Édition).\n   Si le perroquet des Visitandines de Nevers est immortel, p o u r q u o i Mar­\ngot, la pie de M. le curé de Meylan, ne le serait-elle pas? Elle était blanche\net noire, aux yeux narquois, à la queue ironique et preste, toujours pirouet­\ntante avec des cris farouches, jouant de l'éventail qu'étaient ses ailes, caque­\ntant et voletant après des reflets de soleil dans les herbes du jardinet de la\ncure. Elle sautillait, même à l'église, sur les pas de son maître qui la ché­\nrissait de tout son cœur, encore qu'elle lui jouât maint tour pendable, et qui\nl'appelait oiseau du bon Dieu ou du Diable, selon les circonstances joyeuses\nou tristes de leur vie. Elle allait à tout ce qui brille : un rai de soleil d a n s les\nbranches, un vol d'insecte dans la lueur d'un vitrage, u n e glace miroitante,\nde l'or. C'est ce qui la perdit. Certain jour qu'elle avait accompagné son\nmaître chez le T a m a g n a n , elle s'avisa très i m p r u d e m m e n t de happer le louis\nd'or dont M. le curé venait de faire largesse à son paroissien. L e T a m a g n a n ,\nfurieux, sourd aux supplications de l'abbé, tordit le col à la voleuse, lui\nfendit le gésier et reprit sa pistole.\n   Il faut louer M. Delbousquet de n o u s avoir, en des pages si alertes, si\npiquantes et si colorées, conté la vie et la mort de cet oiseau. Si le r o m a n de\nl'agace landaise avait le succès qu'il mérite, bien des gens le liraient.\n                                                                                    M. D .\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3205, "texte": "                                   LES LIVRES                                   245\n\nL'ART :\n\nF i g u r e s F l o r e n t i n e s . Un vol. grand in-8°, illustré de 63 phototypies,\n   par J. MELOT. — (Bruxelles, Ch. Bulens, éditeur.)\n   L'auteur de ce livre est diplomate, secrétaire de la légation belge auprès\ndu Saint-Siège, et il a consacré les fructueux loisirs de sa fonction officielle à\nétudier l'art et l'histoire du pays où il a le bonheur de vivre. C'est Florence\nqui l'a attiré tout d'abord; et il nous donne, aujourd'hui, en un volume\ncopieusement illustré et publié, avec son luxe et son goût habituel, par notre\nexcellent éditeur Bulens, d'intéressantes pages où il essaie de faire revivre\npour nous quelques-unes de ces physionomies si caractéristiques de moines,\nd'artistes ou d'écrivains dont fourmille l'histoire de la cité de la Fleur.\n    Le livre s'ouvre par quelques chapitres dans lesquels M. Mélot explique\nl'accession lente et insinuante des Médicis au principat de la cité, dépeint la\nsociété lettrée et artistique qui évoluait autour d'eux, indique sommairement\nl'influence que Cosme et Laurent exercèrent sur les progrès de l'humanisme,\nl'infiltration de la tradition antique dans l'art du quattrocento.\n    Dans les chapitres suivants, l'auteur analyse la vie et l'œuvre des moines-\npeintres, Fra Angelico et son frère et médiocre collaborateur, Fra Benedetto;\nFra Bartolommeo; puis celle des moines hommes d'action, saint Antonin et\nSavonarole. Il passe, ensuite, aux diplomates et aux historiens, Leonardo\nBruni, Machiavel et Guichardin, et termine par les artistes florentins, qui\nnous ont laissé des écrits dont on pourrait dire que l'intérêt est en raison\ninverse de la valeur artistique des travaux de leur auteur — Ghiberti, Ben­\nvenuto Cellini et Vasari.\n    M. Melot a habilement usé des sources d'informations abondantes et des\ntravaux considérables qui existent sur l'époque dont il s'est occupé; bien que\nquelques erreurs se soient glissées sous sa plume, il a fait œuvre utile de\nvulgarisation et on lira avec plaisir ce livre écrit non sans élégance et d'au­\ntant plus attrayant qu'il est illustré d'un grand nombre de reproductions\nintelligemment choisies.\n                                                                              A. G.\n\nKoppen en busten. — A a n t e e k e n i n g e n over de                     kunst-\n   b e w e g i n g v a n d e z e n t i j d , door POL D E MONT. — (Brussel,\n   H . Lamertin.)\n   Ce livre, de 438 pages bien remplies, est consacré tout entier aux princi­\npaux artistes modernes de la plastique qui vivent ou ont vécu en Belgique,\npeintres, sculpteurs, dessinateurs, aquafortistes, illustrateurs de livres, etc.,\net à quelques artistes étrangers. Il renferme des études captivantes sur les\nartistes suivants : Alfred Stevens, Willem Linnig Junior, Floris Crabeels,\nAlfred Verwee, A.-J. Heymans, les frères de Vriendt, Jakob Smits, Amédée\nLynen, Alexandre Struys, Alex. Hannotiau, James Ensor, Theo van Rijssel­\nberghe, Ch. Doudelet, Léon Frédéric, Frantz, M. Melchers, Willy Schlo­\nbach, Edmond van Offel, Alb. Baertsoen, Armand Rassenfosse, François\nMaréchal, Armand Heins, Mme de Rudder, H. de Braekeleer, H.-W, Mes-\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "246                                  DURENDAL\n\n\nd a g , Mari J. Bauer, P h i l i p p e Zilcken, Antoon van Welie, H e i n r i c h Vogeler,\nH a n s Schwaiger, Charles Robinson, H o w a r d P y l e , Sascha Schneider. Les\ndeux derniers chapitres du livre renferment les aperçus de l'auteur sur la\nsculpture au Salon triennal de 1893 et sur la situation de notre Art national\nau c o m m e n c e m e n t du XXe siècle.\n    L'érudit très documenté, le connaisseur d'Art doué d'une compréhension\nartistique rare, l'écrivain flamand au style châtié et r e m a r q u a b l e qu'est Pol\nDe Mont, se manifeste d'éclatante manière dans ce beau livre.\n    Ces études sont vivantes, coloriées, bien adaptées à chaque sujet spécial;\nelles sont comme un reflet des beautés analysées en un verbe adéquat à\ncelles-ci. J'ai lu tout le livre avec u n plaisir extrême, et je m'imagine que\nceux qui le liront y trouveront les mêmes joies artistiques qu'il m'a procu­\nrées. L e caractère dominant du livre est la sympathie pour les artistes dont\nil traite et la largeur de vues de son auteur, qu'il révèle à chaque p a g e .\n    Peut-être les préférences de M. De Mont pour tel ou tel artiste ne seront-\nelles pas partagées par chacun ; ses admirations presque générales p o u r ses\n« têtes et ses bustes » n'entraîneront-elles pas tous ses lecteurs; mais il est\ncertain que son livre est u n livre de sincérité, qui échauffe le coeur et qui\nd o n n e à l'âme une sensation de joie.\n    J e le tiens donc pour u n beau et u n bon livre, pour une œuvre que ne p e u ­\nvent oublier de se procurer ceux qui savent le flamand et qui s'intéressent à\ncette chose glorieuse, notre Art national. Ils auront la double jouissance\nd'apprendre à mieux connaître toutes ces figures si intéressantes d'artistes\net de jouir des beautés du style flamand parfait, qui range le poète P o l\nDe Mont parmi les prosateurs flamands les plus justement appréciés.\n                                                                                A. C.\n\nL ' A r t F l a m a n d e t H o l l a n d a i s . — Numéro de Mars. — (Anvers,\n    Buschmann.)\n   C'est toujours avec plaisir que je vois figurer au sommaire de cette belle\nrevue le n o m de MAX ROOSES. Ses articles de critique ou d'histoire de l'art\nsont du plus haut intérêt. Max Rooses est u n critique d'art de première valeur.\nIl a l'instinct du critique et son instinct ne le trompe guère. Outre cela, il a\nu n e énorme érudition. Ses études d'art sont sérieusement écrites. R i e n n'y\nest avancé à la légère. J e doute qu'il soit jamais possible de trouver son éru­\ndition en défaut. Ses études sont claires et nettes. Il continue dans ce numéro\nson travail si vivant et si instructif sur Les dessins des Maîtres flamands; Les\nPetits Maîtres du XVIIe siècle. Au premier rang des peintres de genre par les­\nquels il commence son article, il cite avec raison DAVID T E N I E R S , dont il\nrésume admirablement le talent en ces quelques mots du début : les qualités\nqui distinguent Teniers comme peintre se retrouvent dans ses dessins :\nvivacité et souplesse de la touche, sûreté de la main, élégance qui n'a rien\nde paysan dans sa conception de la vie rustique. Il est frappé par le pitto­\nresque des m œ u r s villageoises, par la drôlerie du visage des c a m p a g n a r d s ,\npar le barriolage de leur accoutrement, par le débridé de leurs réjouissances.\n Il fait ressortir ce qu'ils ont d'attrayant et dissimule ce que leurs habitudes\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3298, "texte": "                                  LES LIVRES                                 247\n\nont de grossier. Ses dessins sont savoureux et élégants. En quelques petits\ntraits de dessin il anime d'une vie intense ses personnages et les scènes où il les\nsituent.\n   Ce numéro de mars, outre cette belle étude de Max Rooses, remarquable­\nment illustrée, contient, entre autres, un article sur les Livres d'images de Nelly\nGodenheym, un bien curieux artiste, fin et spirituel, à en juger par les repro­\nductions qui accompagnent les pages intéressantes de Corn. Veth. H . M.\n\n Le chapiteau byzantin. — Les sarcophages byzantins de\n   R a v e n n e ; deux brochures illustrées, par le chanoine G. VAN DEN\n   GHEYN. — (Anvers, Ve De Backer.)\n    Ravenne est comme le sépulcre poussiéreux, magnifique et triste, d'un\n empire. Elle fait songer à ces prodigieuses capitales de dominations mortes,\n Suse, Babylone, Ninive, Ectabane dont tout a péri sous l'action alternative\n du soleil et des pluies, mais dont le sol a rendu, presque intacts, les restes de\n leurs immenses palais de pierre, avec les colosses majestueux et difformes qui\n leur faisaient des avenues d'épouvante, avec les bas-reliefs et les frises céra­\n miques consacrés à la dure glorification des despotes asiatiques.\n    Ravenne, aussi, sous l'apparence de ses ruines et de son délabrement, dissi­\n mule toute la splendeur accumulée et préservée des jours de sa fastueuse\n prospérité : la merveille byzantine, orfévrie, nuancée, éblouissante de ses\n basiliques et de ses églises, bâties de marbres précieux et parées d'incompa­\n rables mosaïques...\n    Mais d'où est venu cet art, à la fois si grandiose et si minutieux, si délicat\n et si puissant, et dans les tendances hiératiques, l'imagination solennelle, les\n figures imposantes duquel on perçoit la lointaine tradition de l'art des anciens\n empires orientaux, Assyrie, Egypte, Perse ? D'où, avec qui a-t-il abordé la\n terre italique, pour mélanger ses inspirations à celles de l'art romain et, peu\n à peu, subordonner ce dernier et le transformer ? Mais, le christianisme aussi\n était venu d'Orient, et n'était-il pas naturel que ceux qui l'avaient introduit\nen Italie y aient fait prévaloir, en même temps, les formes artistiques et archi­\ntecturales qui avaient déjà acquis un caractère liturgique dans leur pays\n d'origine ?\n    Les fouilles qui se poursuivent sans relâche en Asie Mineure et en d'autres\nrégions font que l'histoire des origines de l'art est en un « perpétuel devenir »,\net il n'y est presque pas de conclusions qui ne doivent être admises « jusqu'à\n plus ample informé ». Ainsi en est-il quant à la question de l'influence de\nl'Orient sur le développement initial de l'art grec et, dans notre ère, sur la\nformation de l'art chrétien.\n   M. le chanoine Van den Gheyn apporte à l'étude de ces questions capitales\ntoute la sagacité à la fois ardente et prudente de sa belle érudition Son travail\nsur le Chapiteau byzantin, notamment, consacré à l'analyse du processus de ce\nmembre caractéristique d'architecture dans les monuments byzantins et à la\ndétermination des éléments helléniques et asiatiques, qui ont concouru à la\nformation de son style, est un véritable modèle de critique perpicace et\nlogique.                                                     ARNOLD GOFFIN,\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "248                               DURENDAL\n\n\nMédailles historiques de Belgique (année 1903), publiées par\n   EDOUARD LALOIRE. — (Bruxelles, Goemaere.)\n   Depuis 1869, le gouvernement belge a chargé la Société royale de numis­\nmatique de faire connaître au public, par la gravure et par un texte explicatif,\nles principales médailles qui voyent le jour dans le pays. Cette publication,\ndont un des membres de la Société a la direction, s'est poursuivie jusqu'ici\nsans interruption par fascicules annuels. Elle a pour titre : Médailles historiques\nde Belgique, et voilà cinq ans que M. Ed. Laloire y préside avec un tact et un\nsoin auxquels nous nous plaisons à rendre hommage. Le dernier fascicule,\nparu fin décembre, reproduit quatorze médailles, œuvres de MM. E.-D. Drye­\npondt, G. Charlier, Ch. Samuel, I. de Rudder, J. Dillens, E. Rombaux,\nL. Dupuis, F. Vermeylen, G. Uevreese et Jean Hérain.\n\nLa médaille-carte de nouvel an, par EDOUARD LALOIRE. —\n  (Bruxelles, Goemaere.)\n  La médaille-carte de visite ! voilà au moins du nouveau et cette nouveauté,\nqui nous vient d'Allemagne et d'Autriche, sera certainement bien accueillie\nde nos médailleurs.\n  Les quelques plaquettes, œuvres de M. Lauer, de Munich, et de M. Pawlik,\nde Vienne, reproduites par M. Laloire, ne manquent pas de mérite, les der­\nnières surtout. Elles ont été faites les unes pour M. le baron A. von\nDachenhausen, de Göttingen, le promoteur de l'idée; les autres pour\nM. Adolphe Bachofen von Echt, un Viennois, grand ami de la médaille. Nous\nsommes assez curieux de savoir si ces messieurs trouveront des imitateurs en\nBelgique. Dans tous les cas, nous devons savoir gré à M. Laloire de nous\navoir fait connaître cette application nouvelle de la médaille à l'accomplisse­\nment d'obligations mondaines.\n                                                                    A. DE W.\n\nA l l e l u i a . — Grand in-folio de 16 pages, illustré de 12 reproductions\n   des primitifs et autres et de deux chromos reproduisant des œuvres de Fra\n   Angelico. —(Bruxelles, Société Saint-Augustin, rue de la Montagne.)\n   La maison d'édition de Saint-Augustin a publié, à l'occasion des fêtes de\nPâques, une grande plaquette de luxe in-folio, qui mérite l'attention et que\nnous recommandons au public. Il faut louer les éditeurs pour la façon intel­\nligente dont ils ont illustré cette publication. Au lieu de donner de vulgaires\nimages dans le genre de celles dites de saint Sulpice,d'un sentimentalisme niais\net d'une exécution absolument antiesthétique, ilsontreproduit quelques-uns des\nplus beaux chefs-d'œuvre des grands maîtres anciens. Et ces reproductions\nsont impeccables. Ils avaient déjà, on se le rappelle, édité une plaquette\nsemblable — disons plutôt un album — car, si mince soient-elles, ces deux\nplaquettes sont vraiment des albums de reproductions d'art — à l'occasion\ndes fêtes de Noël.\n   Voilà de jolis cadeaux à donner en étrennes à l'occasion des fêtes de\nl'Eglise, qui offrent aux artistes des occasions uniques de faire des œuvres\n immortelles. Le texte de ces deux albums, Alleluia et Noël, a été bien choisi\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "                                  LES LIVRES                                 249\n\n\net constitue un exquis commentaire des reproductions qu'ils contiennent en\nmême temps qu'un délicieux hommage au Christ de gloire de la Résurrec­\ntion comme à l'Enfant-Dieu de l'humble étable de Bsthléem. Ils sont vrai­\nment jolis, ces deux albums, et nous les recommandons vivement à nos lec­\nteurs.\n                                                                  D. L.\n\nE s q u i s s e s d'art m o n u m e n t a l . I. L'Egypte, par HENRY ROUSSEAU.\n   Un volume illustré. — (Bruxelles, Schepens.)\n   Ainsi que l'explique la préface de l'éditeur, la brochure dont nous avons\ntranscrit le titre ci-dessus est « en quelque sorte le premier chapitre d'un\nouvrage qui a pour objet l'exposé succinct des phases principales de l'histoire\nde l'art monumental, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours ».\n   Ce premier chapitre est tout entier consacré à l'étude de l'architecture\négyptienne, des origines à l'époque de la domination romaine, c'est-à-dire\ndurant une période que l'on peut fixer approximativement à 6,000 ans.\nM. Rousseau s'est efforcé de compléter l'enseignement de son manuel et l'ex­\nposé des phases et transformations de l'art architectural égyptien par les\nnotions géographiques et historiques propres à renseigner complètement le\nlecteur sur l'antique civilisation du Nil. En somme, un bon travail de vulga­\nrisation.\n                                                                       MOSCA.\n\n\nL'imagier André des Gachons, par LÉON BOCQUET. Une brochure\n   illustrée. — (Lille, édition du Beffroi.)\n   Très bonne étude critique sur l'œuvre du jeune artiste français dont le\ntalent, fait d'imagination et de grâce un peu frêles et maniérées, s'est surtout\nsignalé jusqu'à présent par l'ingénieux et délicat commentaire illustré de\ncertaines œuvres littéraires.\n\n\nL'HISTOIRE :\n\nHistoire du moyen âge depuis lachute de l'Empire romain\n jusqu'à la fin de l'époque franque (476-950 après Jésus-\n   C h r i s t ) , par CHARLES MŒLLER, professeur d'histoire générale à l'Uni­\n   versité de Louvajn. — (Deuxième livraison. Louvain. Charles Peeters,\n   éditeur; Paris, A. Fontemoing, libraire, 1898-1904; in-8°, pp. 257-518.)\n   Quand parut la première livraison de cet ouvrage, nous l'avons signalé aux\nlecteurs de Dureudal et, en attirant leur attention sur les intéressants et impor­\ntants sujets qui y étaient traités de maîtresse façon, nous insistions sur le\nrôle évocateur de l'histoire pour l'inspiration de l'artiste.\n   Jusqu'à quel point cette assertion a-t-elle été prise en considération, nous\nl'ignorons. Quoi qu'il en soit, nous la formulerons de nouveau en ce qui\nconcerne la deuxième livraison du beau livre que vient de nous donner\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "250                              DURENDAL\n\n\nM. Charles Mœller. Et, si nous ne nous abusons, l'observation apparaît, cette\nfois, plus suggestive encore.\n    Trois grands faits dominent l'époque étudiée par le savant historien : c'est,\nde 614 à 714, l'élaboration des nations chrétiennes jusqu'à l'invasion des\nArabes, puis, de 661 à 741, les Sarrasins faisant leur première entrée en\nEurope et y développant leurs conquêtes jusqu'à la délivrance par Charles\nMartel, à la bataille de Poitiers; enfin, de 741 à 768, l'Église romaine s'im­\nposant de plus en plus aux nations, non seulement par son autorité spiri­\ntuelle, mais même par son influence politique.\n    Et, sur la trame de ces dramatiques événements, qui ont tous la grandeur\nde l'épopée, que de nobles ou intéressantes figures profilent leurs physiono­\nmies attachantes à des titres divers : le calife Moaviah, Charles Martel, saint\n Boniface, Pépin le Bref, le pape Zacharie, pour n'en citer que quelques-\n uns.\n    On admirera surtout, dans le travail de M. Mœller, la judicieuse et didac­\n tique sobriété de la forme, non toutefois dépourvue d'élégance, unie à une\ngrande fermeté de critique et une remarquable sûreté d'appréciation. C'est là\nle résultat, qui se constate à chaque pas, de la fréquentation habituelle des\n sources et de leur interprétation autorisée. Trop souvent, les ouvrages de ce\ngenre semblent faits de pièces de rapport, soudées avec plus ou moins d'habi­\n leté. Ici, rien de pareil ; on sent l'historien de profession, qui puise à son\npropre fonds, fonds qu'il n'a cessé d'entretenir et de renouveler par l'étude\n persévérante et approfondie.\n    Aussi ne craignons-nous pas d'affirmer que l'Histoire du moyen âge de M. le\n professeur Mœller est un guide sûr, avec lequel on abordera facilement et\nagréablement l'étude d'époques difficiles à élucider, d'événements et d'insti­\ntutions qu'il n'est pas toujours aisé de comprendre ou de pénétrer.\n                                                                        J. G.\n\nN a p o l é o n e t s o n fils, par FRÉDÉRIC MASSON. — (Paris, Ollendorff.)\n   L'ouvrage important que Frédéric Masson, le nouvel académicien, vient\nd'ajouter à ses aînés édifiés sur l'histoire napoléonienne, se lit avec\nl'intérêt d'un roman. Ecrit de façon dramatique et des plus attachantes, il\nparaît solidement documenté, encore qu'il soit regrettable que le lecteur\ndoive s'en tenir à cette supposition par suite de cette espèce de pudeur qui\ntient l'auteur de ne point indiquer les sources. Une pensée maîtresse, pensée\nen somme de parvenu mais transposée en grand, était de guinder l'éducation\nde son fils aux formes, us et coutumes de l'ancienne Monarchie. En faire un\nvrai prince, selon le moule où se formaient les authentiques, les princes de\npar droit divin d'alors, lui apparaissait comme une désirable légitimation du\npauvre duc de Reichstadt. Nous voyons Marie-Louise, grâce à une étiquette\nrenouvelée de l'ancien régime dans sa rigueur augmentée encore, presque\nsans contact avec son enfant. En 1816, il est séparé de sa dernière gouver­\nnante française et dès lors c'est en Autrichien qu'il sera façonné de vivre et\nde penser jusqu'à sa mort si prématurée à laquelle Metternich semblerait\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3059, "texte": "                                 LES LIVRES                                251\n\n\navoir cauteleusement collaboré sous main. Le livre de M. Masson a beau­\ncoup de mouvement et c'est avec un intérêt toujours soutenu qu'on lit ces\npages curieuses et attractives.\n                                                                G. B.\n\nL e C e n t e n a i r e d u C o d e N a p o l é o n , par THOMAS BRAUN; une bro­\n    chure. — (Bruxelles, Larcier.)\n    Il y a un siècle que Napoléon promulguait le Code qui porte son nom et\ndont il aurait voulu faire, en quelque sorte, la Bible civile, la loi brève et\nintelligible du nouvel Empire. Les rêves de sa volonté victorieuse lui mon­\ntraient cet Empire étendant par le sabre, à l'égal de Rome, la majesté de sa\npaix et l'uniformité de son Droit sur la majeure partie de l'Europe; mais\ncelle-ci n'est restée conquise qu'à ses lois. Dans le discours de rentrée qu'il\navait été chargé de prononcer, au début de l'année judiciaire, devant ses\ncollègues du Jeune Barreau, M. Thomas Braun a cherché, en s'aidant des\ndocuments officiels et des mémoires du temps, à déterminer la part person­\nnelle qui appartient à Napoléon dans les travaux du Conseil d'Etat d'où\nest sorti le Code.\n    En réalité, sa collaboration a laissé peu de traces dans les textes adoptés;\net elle a été presque tout entière dans l'impulsion rapide et décisive qu'il\ndonnait aux délibérations, en se jetant au travers des discussions avec sa per­\nsonnalité autoritaire et géniale, la violence impromptue de son tempérament\n et la véhémence de ses paroles, tantôt triviales, tantôt sublimes, toujours\nchargées de pensée. On pourrait dire qu'il était dans ces débats comme la\n nécessité de conclure.\n    M. Braun a tracé, des séances du Conseil d'État, un tableau attrayant et\n pittoresque, composé avec beaucoup d'art et d'esprit; et tout en louant les\n mérites du Code séculaire, il a, en chrétien et en poète qu'il est, évoqué\n l'avenir où l'amour et la charité seuls inspireraient les législations des\n hommes...\n                                                                         A. G.\n LITTÉRATURE FLAMANDE :\nT a a l e n O p v o e d i n g , door prof. D r G. VERRIEST.— (Antwerpen, Neder­\n   landsche boekhandel.)\n   Les excès déclamatoires de certains « flamingants » ont nui à la vraie et\nbonne-cause flamande chez beaucoup de bons esprits. Je signale à ceux qui\nveulent s'édifier sur la légitimité des revendications flamandes à l'endroit de\nl'instruction et de l'éducation de la jeunesse flamande, le discours remarquable\nprononcé par M. le professeur G. Verriest, de Louvain, à une réunion de\nl'extension universitaire catholique et flamande d'Anvers. Ce discours vient\nd'être édité sous forme de brochure de propagande par le Nederlansche boek-\nhandel d'Anvers sous le titre de : Taal en Opvoeding.\n    M. Verriest ne déclame pas, il expose; il n'exagère pas, il prouve. La thèse\nqu'il développe admirablement dans ce discours, qui est d'une forme littéraire\nexquise, me paraît pouvoir se résumer dans les phrases suivantes de M. Ver-\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "252                               DURENDAL\n\n\nriest : « La langue enrobe l'esprit des peuples. La langue est comme un vête­\nment qui recouvre la pensée, le sentiment, l'action du peuple et qui enserre\ntous ses membres. Elle est un moule, un rappel de l'âme même du peuple qui\nla parle. Le pays et le cœur d'un homme se trouvent peints dans sa langue. »\nCette thèse me paraît si vraie, la conclusion qui en découle si naturelle, que\nje ne conçois pas comment des esprits judicieux et justes peuvent continuer de\ncontrecarrer aveuglément le développement naturel du peuple flamand en\nvoulant le former au moyen d'une langue étrangère.\n   A ce propos, je me rappelle un mot très profond, quoique si simple, que me\ndit un jour un petit vieillard sans instruction, lorsque je lui exposais la loi\nd'égalité des langues qu'on discutait alors à la Chambre : Mijnheer, we zijn\ntoch allemaal Vlaamsche menschen. Hoe wilt men ons dan toch in 't Fransch bestieren !\n« Monsieur, ne sommes-nous pas tous des « gens flamands! » Pourquoi donc\nveut-on nous gouverner en français ?\n                                                                      A. C.\nDIVERS :\nA M. le comte Léon Tolstoï. — Lettre ouverte d'un libre-\n   p e n s e u r . Une brochure. — (Paris, Plon et Nourrit; Saint-Pétersbourg,\n   Zinserling.)\n    « Sachant que les croyances, que je partage avec d'autres fidèles, conjoin­\ntement avec d'autres croyances que je ne partage pas, constituent le corps de\ndoctrines enseignées par l'Église; que cet enseignement sert de soutien\nmoral, de source d'espoirs et de consolations pour d'innombrables humains,\ndans les circonstances les plus pénibles, parfois les plus horribles de la vie, je\nrespecte ce corps de doctrines dans son ensemble et son entier, comme renfer­\nmant les croyances religieuses d'autrui et me garde bien d'y porter atteinte par\nmes actes, discours ou écrits : Je considérerais ce modus operandi comme pro­\nfondément immoral, vu qu'étant une haute affirmation du moi et une entière\nnégation A'autrui, il se trouverait en directe opposition avec la doctrine du\nChrist, basée sur le sentiment de Pitié pour tout ce qui souffre. Comment con­\nciliera-t-on ce sentiment avec la tendance d'anéantir le soutien moral d'autrui\nparce qu'il est dénué de valeur à l'égard de mon moi ? »\n   On peut juger, d'après cet extrait caractéristique, que la qualité que se donne\nl'auteur russe de cette lettre répond, dans son pays, à une réalité. Son œuvre\nest habile, pressante, parfois mordante et met fort bien en lumière les contra­\ndictions dont abonde l'œuvre morale du génial auteur de Résurrection.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 256, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES L'abondance des matières nous force", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "NOTULES\n\n   L ' a b o n d a n c e d e s m a t i è r e s nous force de renvoyer la suite de\nl'article de J o s e p h R y e l a n d t : Les dernières sonates pour piano de Beethoven, au\nfascicule de m a i .\n                                              ***\n\n   N o s c o l l a b o r a t e u r s poètes jugés à l'étranger. — Nous\nd é c o u p o n s d a n s u n n u m é r o du Journal des Débats, de P a r i s , cette appréciation\ndes œuvres de trois de nos jeunes collaborateurs poètes, d o n t l'un, hélas ! le\nc h a r m a n t et délicieux poète Charles de S p r i m o n t , notre secrétaire de r é d a c ­\ntion, a quitté ce m o n d e avant d'avoir atteint à l'entière et définitive floraison\nde son merveilleux talent :\n    « J'ai reçu d e Belgique des volumes de vers nouveaux que je range dans\nleur ordre d'arrivée : le Livre des bénédictions, de M. T h o m a s B r a u n ; la Rose et\nl'Épée, de M. Charles de Sprimont, et les Jardins clos, de M. Paul Mussche.\n    » On se m o q u e trop volontiers, à P a r i s , entre Montmartre et Montrouge,\navec u n e ironie maligne et u n peu ridicule, d u français des Belges. C'est\nd'ailleurs u n prêté pour u n rendu : les Belges se m o q u e n t à leur tour de\nnotre ironie, et les rieurs sont assez souvent de leur côté. Permettez-moi de\nvous dire que j ' a i , à Bruxelles en B r a b a n t , des amis, que je connais, et\nd'autres amis i n c o n n u s qui parlent et qui écrivent le français comme vous et\nmoi : je le sais par les lettres et par les livres qu'ils veulent bien m'envoyer ;\nje les lis toujours avec u n plaisir reconnaissant.\n    » Il y a des choses exquises dans le Livre des bénédictions, de M. THOMAS\nBRAUN, p o u r qui son frère H e n r i a dessiné des images taillées dans le bois,\ndont quelques-unes sont charmantes de naïveté ingénieuse. Ce Livre des\nbénédictions « selon les prières et les rites de notre mère la sainte Eglise » (en\nvente chez Oscar Schepens, au T r e u r e n b e r g , proche la collégiale des\nSS. Michel et Gudule), est naturellement un livre pieux. J e ne puis pas\nentrer dans toutes les croyances de l'auteur; mais j'entre bien volontiers dans\nses sentiments. C'est une idée touchante et déjà poétique en elle-même que\nd'appeler la bénédiction divine sur les aîtres, les choses et les personnes de\nla maison et de la vie familiales. Cette idée ne date pas d'hier : elle est\nrenouvelée des Grecs, comme presque tout ; vous la trouverez dans l'Odyssée,\nau chant X I I I , q u a n d Ulysse p r e n d congé du bon roi des Phéaciens et de sa\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3376, "texte": "254                                    DURENDAL\n\n\n\nvertueuse épouse Azété. « M a d a m e , lui dit-il (traduction du XVIe siècle de\nClaude Boittet, avocat), vous m'avez fait l'honneur de me recevoir chez vous,\nbien que je vous fusse inconnu, en reconnaissance de quoi je supplie les\ndieux immortels qu'ils vous entretiennent en joie et s a n t é . . . demeurant à\njamais en union et amitié avec Alcinous et tous vos enfants... » Vous la\ntrouverez aussi dans Victor H u g o :\n\n                  Mon Dieu, préservez-moi, préservez ceux que j'aime...\n\n    » De là, chez M. T h o m a s B r a u n , toute une litanie de prières, j'allais dire\nde pieuses incantations : la bénédiction de l'anneau nuptial, celle de l'enfant,\nde la maison, du pain, du vin, de la bière, etc., la bénédiction des pèlerins,\ncelle des malades, la bénédiction déprécatoire contre les souris, les taupes,\nles fouines, les vers et autres a n i m a u x nuisibles, et, ce qui est toujours\nd'actualité, ce qui pourrait servir partout, la bénédiction des presses\nd'imprimerie.\n    » Je reprocherai d o u c e m e n t à M. T h o m a s B r a u n certaines licences de p r o ­\nsodie trop moderne, certaines négligences, volontaires, qui ne sont pas\ntoutes heureuses, à mon h u m b l e avis, et contre lesquelles j'oserai lui\nconseiller u n e petite bénédiction déprécatoire ; mais je voudrais pouvoir\nciter ici des vers de lui où la plénitude et la tendresse du sentiment s'expri­\nment très bien dans u n e forme simple et pure qui d o n n e un peu l'idée d'un\nF r a n c i s J a m m e s , catholique et Bruxellois, dont la fantaisie et la saveur ne\nsont pas sans grâce.\n    » L'auteur de la Rose et l'Epèe, CHARLES DE SPRIMONT, que nous présente\nd a n s une préface émue et triste un de ses amis, M. Maurice Dullaert, est un\njeune poète intercepté par la mort en plein avril, q u a n d il commençait à\n donner les plus sérieuses espérances de talent E p r i s du passé, dont il avait\nu n e sorte de nostalgie, très sensible, c o m m e les natures délicates et renfer­\n mées, à tout ce qui fait ici-bas le prix de la vie et repose l'homme de son tra­\n vail ou de sa paine, Charles de Sprimont vivait à la fois dans la légende, dans\n la nature et d a n s la mélancolie. Cette mélancolie, très sincère chez lui et très\n touchante, était-elle u n pressentiment secret de sa fin prochaine ? P e u t - ê t r e .\n On est toujours le poète d'un t e m p é r a m e n t et d'une destinée.\n     » Ces vers sont encore des vers de jeune h o m m e ingénu, sentimental et\n très bien doué, que la vie et l'art auraient m û r i ; mais justement ce qu'ils ont\n d'inachevé, de printanier, si je puis dire, et par conséquent d'incertain\n comme u n e matinée de printemps, fait u n e partie de leur c h a r m e . L a fraî­\n cheur des premiers sentiments qui viennent d'éclore, les premières pensées\n graves et viriles qui commencent à germer dans cette j e u n e tête comme les\n bourgeons qui poussent avant les fruits, la sève choisie, promesse d'épanouis­\n sement et de fécondité, qu'on sent monter dans ce j e u n e arbuste : tout cela\n est intéressant à voir et serait curieux à noter page par p a g e , pour qui vou­\n drait regarder de près les sources de la poésie dans l'adolescence et faire\n l'analyse de ce qu'on appelle la précocité du talent.\n    » J e signale à ce titre — et je pourrais en choisir d'autres — trois pièces\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "                                      NOTULES                                    255\n\n\nde ce recueil qui d o n n e n t bien l'idée de la nature et du genre de Charles de\nS p r i m o n t , Sonatine d'octobre :\n\n                    J'ai revu la demeure où je l'ai tant aimée...\nLa Passante :\n                    Quand elle vint à moi par les chemins d'aurore,\n\net A l'Aimée sans amour... D'autres poésies plus longues, dans la seconde\npartie du volume : le Départ de Lohengrin, le Réveil de Brunehilde et surtout\nTristan et Yseult permettent de voir sous u n autre aspect cette j e u n e figure de\npoète pensif qui mérite toutes les sympathies et tous les regrets.\n   » Si je ne me t r o m p e , le caractère c o m m u n entre ces poètes de « la jeune\nBelgique » est u n sens grave de la vie et u n e idée noble de leur art, considéré\npar eux non plus c o m m e u n divertissement et u n jeu d'esprit, mais comme\nune effusion de l'âme et de la pensée. J e retrouve ce caractère, qui est déjà\nune qualité, dans les Jardins clos, de M. P A U L MUSSCHE, dont je m'excuse de\nparler si brièvement. Ce que je préfère d a n s son livre, ce sont les pièces les\nplus simples, les plus intimes, la Chambre, par exemple, et Vain reproche, où\nil nous montre le mieux que ses poèmes sont le reflet et l'écho de sa propre\nvie. On sent là un accent vrai de confidence et d'intimité (je répète le mot à\ndessein, c o m m e u n éloge) qui n e p e u t nous laisser indifférents, et l'art qui\némeut est toujours supérieur à celui qui se contente de plaire. — S. »\n\n                                              *\n\n   La Société des Amis de la Médaille, qui a déjà fait frapper\npour ses m e m b r e s de Belgique et de H o l l a n d e tant de belles médailles, dont\nplusieurs sont de vraies œuvres d'art et certaines même des chefs-d'œuvre,\nvient de distribuer une nouvelle plaquette des plus artistiques. Elle fait le plus\ngrand h o n n e u r à l'artiste, notre grand sculpteur P A U L DUBOIS. N o u s félici­\ntons vivement celui-ci. Il s'affirme du coup et p r e n d rang à côté de De Vreese\nparmi nos meilleurs médailleurs. N o u s félicitons en même temps la Société des\nAmis de la Médaille, qui a c o m m a n d é la plaquette en question. Ce résultat,\najouté aux précédents, prouve à la fois la vitalité et l'utilité de cette société.\nSon but est d'aider les artistes en leur d o n n a n t l'occasion de créer des œuvres.\nElle le poursuit vaillamment, ce but, et le succès avec lequel elle l'atteint est\nu n encouragement à la fois pour elle, pour les artistes et p o u r le public. Aussi\nn'hésitons-nous pas à saisir cette occasion pour engager une fois de plus et\nvivement tous ceux que l'art, si délicat, si noble et si charmant de la médaille\nintéresse, à soutenir cette société en s'inscrivant comme m e m b r e . Jeune\nencore, elle a fait ses preuves. Il est du devoir du public de stimuler son\nadmirable initiative, qui est d'une utilité précieuse et incontestable pour l'art\nvéritable et pour les artistes sérieux.\n   L'objet de la plaquette de M. P a u l Dubois est la commémoration des tra­\nvaux du port de mer de Bruxelles. L'œuvre représente une tête symbolique\nfinement silhouettée d a n s un paysage marin dominé par le Palais de justice.\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "256                                 DURENDAL\n\n\nAu revers, deux braves bateliers halent péniblement leur barque le long du\ncanal. Ce côté de la plaquette est remarquable de tous points. Le sujet est\ntraité avec une sobriété de lignes exquise et les figures en sont merveilleuse­\nment modelées. Encore une fois, toutes nos félicitations à la Société des Amis\nde la Médaille et à l'artiste médailleur.\n                                                                     H . M.\n                                         ***\n\n    L a S o l i t u d e h e u r e u s e . — Notre collaborateur, l'exquis et parfait\n poète, FERNAND SÉVERIN, vient de publier scus ce titre un nouveau recueil\nde poèmes. Avant même de les avoir lus on peut affirmer, sans crainte d'une\ndéception, leur valeur. Car M. Séverin est un vrai poète, sérieux et con­\nsciencieux. Il ne publie ses vers qu'après leur avoir donné le plus haut degré\nde perfection possible. Nous félicitons notre sympathique ami pour cette\nnouvelle œuvre que nous recommandons avec enthousiasme aux amants de\nbelle et saine littérature, à tous les admirateurs de la vraie poésie. Le livre de\nM. Séverin est édité par l'Association des Ecrivains belges, qui a déjà publié des\nanthologies très bien faites d'Edmond Picard, Georges Rodenbach et autres.\n\n                                        ***\n\n\n   La Société Royale des Beaux-Arts a ouvert son onzième Salon,\nsous la présidence de S. A. R. Madame la Comtesse de Flandre, au Musée\nModerne, le samedi g avril. L'exposition est accessible au public tous les jours\nde 10 à 5 heures, jusqu'au 15 mai. Prix d'entrée: 1 franc; le dimanche:\n50 centimes; carte permanente : 5 francs.\n                                     * *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — P . VERLAINE : Poésies religieuses. Préface\nde J.-K. HUYSMANS (Paris, Libr. Vanier, Messein suce). — L. CHABAUD :\nMadame de Miramion (Paris, Lethielleux).— C. MAUCLAIR : La ville lumière\n(Paris, Ollendorf). — P . et V. MARGUERITTE : La Commune (Paris, Plon).\n— A. PROUVOST : L'âme voyageuse (Paris, Maison des Poètes). — K. VAN DEN\nOLVER : Van Stille dinger (Anvers, Van Melle). C. VAN OVERBERGH : Car­\nmélite (Bruxelles, Schepens). — P . L E ROHU : Intègre (Paris, Perrin). —\nG. DUCROCQ : Pauvre et douce Corée (Paris, Champion).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CAISSE GÉNÉRALE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 304, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS- ET DE DÉPOTS\n        ta, Marciié-au-Boia - B R U X E L L E S\n    Dépots de fonds en Comptes Chèques, disponibles à, vue : 1 1 2 p. c. sans commission\n       Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. c\n                        Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                         ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n                rets sur Titres. — Garda de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^WIELEMANS\n                                     FOURNISSEUR DE LA COUR\n           6, 8, 10, 12, Rue du Midi HK BRUXELLES\nUsine à vapeUf, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                   Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                    FABRIQUE E T ATELIERS :\n                               37, Bu© d e l a Charité - BRUXELLES\n                                                      TÉLJtolONE 1947\n                                 Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                               S| écialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                la gravure, l'architecture et le dessin.\n                               RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                      Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Chjcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                    & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Saxe,\n   de Suède et d Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n      Extrait de quelques attestations : « Lne Sonate de Beethoven, une Fantaisie «le Bach parait main\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway K W apner             Le Stem\nway est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoni ]ues\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieil es mains fatiguées du c a\\ier (Frani Liszt) » \\ os\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation unnerse e par leur distinction et e ir\nrésistance A Rubinstein .        Depuis dix ans que je les joue, e me forti ie dans a conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Bu son i            La p enitude, la puis-\nsance, I idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n .1. Paderewski)      Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vons\nfait des progrès Ou bien cela tenait il à mon mauvais goût* En tous cas i s sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert         I s sont tellen ent an dessus de toute critique qu nn\néloge même paraîtrait ridieu e Sofia Monter\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ml'SCH, 22i, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison04-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "V I E N N E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 305, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "V I E N N E N T IDE F-A.R~A.nTLE :\nLA L É G E N D E DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE f É C R I T E PAR TROIS DE SES\nCOMPAGNONS. — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nRR. P P . MARCELLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMENICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — Un vol. in-12                                    fr. 3 50\n        LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.)\nJ F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S DE LA VIE DU P E T I T PAUVRE DE JÉSUS-\nCHUIST SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— Un vol. in-8°                                                                         fr. 3 00\nI F I O R E T T I f A P P E N D I C E S : CONSIDÉRATIONS SUR LES STIGMATES t VIE DE\nF R È R E J U N I P È R E f V I E E T DOCTRINE DE F R È R E ÉGIDE. — Traduction littérale\navec notes. — Un vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'après les fresques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                    fr. 2 50\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8°, illustrée de plusieuis hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                      fr. 1 25\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                           fr. 1 00\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock . — U n vol. in-12                            fr. 3 50\nCHERCHONS L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-12 » 3 50\nL E S GENS DE TIEST, par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant). — Unvol. in-12 » 3 50\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur                                                                 fr. 5 00\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 50\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition         de luxe,\nillustiée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M m Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires Editeurs ;\nBruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                                                fr. 15 00\nL E S JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                          , . . . . fr. 3 50\n     On peut se procurer ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur CH. 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N» 4.\n\n    „\n                                                 Hï\n\n\n\n\nX            REVUE CATHOLIQUE ©ART\n                QE LITTERATURE\n\n\n\n^                                          ^\n\n\n\n\n                                                  •î •   ••\n                                                                        • •,\n\n\n\n\n                                      •    •      •\n                   • -   •   •   •\n\n                             •   ••   •\n                         V ••             • ••• •             •   • •\n\n                                                                               •   • •\n\n\n\n\n        B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "                            Domaine de la Société' \" U WESïïjiDjnsE \"\n\n                                     Lfl PLAGE DE WESTEfiDE\n                            est située aux bords de la mer du Nord,\n                      entre Ostendo et Nieuport; elle est de sable fia.\n                      Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé a\n                      attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                      d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                      le confort à la simplicité dans des conditions très\n                      avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                      le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                      tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                      munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas ef Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A VXNDRE        d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n    par annuités      digue, des avenues, des villas et des eottages.\n\n\nQi^aâ^,                        HALLES WESTENDAISES\n                        Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert las\n                      villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                      conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                      bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                      dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                      jours ds premier choix.\n                                                            Le Westend' Hôtel est ouvert du s& mai\n                                                            au a8 septembre        Pension de 6 a I S f r\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                           saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                            prolongé à l'hôtel, \"fi chambres parfaite-\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE                                                      rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                 Ameublement moderne esthétique et\nTéléphona a» 1 0                                                        confortable. Balcons et Ter-\n                                                                         rasses. Salle de musique.\n BXSKAC                                                                    Salle de billard. Balle de\n                                                                              récréations p* enfants.\n•IODELKERKE                                                                       Salons de lecture, de\n                                                                                        correspondan-\n                                                                                       ce. Cuisina soi-\n                                                                                       gnée. Caves re-\n                                                                                        commandées.\n                                                                                        Appartements\n                                                                                        aveesakta.\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Servie* s postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques aveo toute l a Belgiquo et les réseaux étrangers voisins\n                                   A. B R U X E L L E S , 5 3 » . r u e C a p o u i l l e t ;\n\n                                 Î A W E S T E N D E , à. r A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                         P l a g e o u a u \"Westend'HôteL\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                        DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                            1904 — i l » A n n é e\n\n\n\n                Sommaire du n° 4 (Avril)\nJ.-K. HUYSMANS.—Préface à\" « A-Rebours »                                   ig3\nFRANZ ANSEL. — La brume dorée                                              204\nGEORGES VIRRLS. — L'aveugle       force                                    208\n\n    La Libre Esthétique :\nP. L. — Le Salon                                                           2i3\nG. DE G. — Les auditions musicales                                         216\nG. B. — Les conférences                                                    218\n\n    Chronique musicale :\nGEORGES DE GOLESCO : La grand'messe   de Bach au Conserva-\n  toire. — Quatrième concert Ysaye. — Quatrième concert\n  populaire. — Le quatuor Joachim — Les Chanteurs de\n  Saint Boniface. — Récital Mark Hambourg. — M. Georges\n  Sadler.—M     Mysz-Gmeiner.—Concert   Carpil. F. V. H - :\n  Zes Liederen de E. Hullebroeck                                           221\n\n    Les Conférences :\nARNOLD GOFFIN : My cènes,   Tirynthe et Cnosos Henri Fran-\n cotte . — Sienne Ernest Verlant . — G. B. : Bouddhisme et\n christianisme  Jules Bois . — M. D. : Emile Verhaeren Jules\n Destree . — H. D. : Blanche Rousseau Edmond Picard . —\n G. DE G.: Les Salons littéraires M. du Chaatain . — L. V. :\n Le féminisme au XVIIIe siècle Henri Barbusse                              23o\n\nP. L.   Expositions   éphémères                                            235\nFIRMIS VAN DEN BOSCH. — La gazette          des faits et des livres.   .   237\nLivres et Revues                                                           241\nNotules                                                                r   253\nIllustrations : J.-K. Hujsmans à Ligugé.\n              Intérieur religieux RENÉ JANSSENS .\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "      REVUE\n                            DURENDAL\n                     CATHOLIQUE                          D'ART            ET DE                        LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 francs ( p o i t c o m p r i s )\n         pour façonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles)\n                                       P R I X D ' U N NUMÉRO            : FR.       1.50\n\n\n\n\n                 Comité de rédaction de DuRENDAL :\n                                MM.         H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                             L'abbé H E N R Y                 MŒLLER.\n                                             F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                      Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                                    Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n                    M.      HENRI           MAZEL,           avenue Niel, 32, Paris.\n\n               PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ ANSEL.              ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                                           JOSÉ      HENNEBICQ,\n      EDGAR BONBHILL.                                                             L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                                            J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                                           JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS B R A U N .                                                         E D M O N D JOLY.\n      GEORGES BRIGODB.                                                           VICTOR K I N O N .\n      MARIE CLOSSET.                                                             GODEFROID K U R T H .\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                                     M . DE LA L A U R E N C I E .\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                                     GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                                     S É B . - C H . LECONTB.\n      L e baion JOSÉ D E COPPIN.                                                  GEORGES MARLOW.\n      G E O R G E S D E GOLESCO.                                                  CHARLES MARTBNS\n      GEORGES DELAUNOY.                                                           PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                                            EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA F A I L L E .                                            MAURICE OLIVAINT.\n      E U G È N E DEMOLDER.                                                       ERNEST PÉRIBR.\n      OLIVIER GEORGES D E S T R É E .                                             G E O R G E S RAMAEKERS.\n      JULES DESTRÉE.                                                              GEORGES RBNCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                                          BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ\n      MAURICE DULLABRT.\n      J. ESQUIROL.\n                                                                                 i  OSEPH RYELANDT.\n                                                                                   'ERNAND S É V B R I N .\n                                                                                 L'abbé ARMAND THIÉRY.\n      EMILE FERMAUD.                                                             HENRY VAES.\n      LAURENT FIERENS.                                                           R O B E R T VAN D E R E L S T .\n      H . FIÉRENS GEVAERT.                                                       CHARI ES V A N LERBERGHB.\n      CAMILLE GASPAR.                                                            EMILE VERHAERBN.\n      IWAN GILKIN.                                                                L'abbé F R . VERHELST.\n                                                                                  LÉOPOLD WALLNBR.etC, etC\n\n                 L e s c o l l a b o r a t e u r s s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL                de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rèdattt n\n\n      Les manuscrits et correspondances concernant la Rédaction, l'Administration et les demandes\nd abonnement doirent être adressés au siège de la Revue, sa, rue du Grand-Cerf, à Bruzel es\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": ""}, {"page_pdf": 237, "texte": "J. -K.H U Y S M A N SA L I G U G E\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "            Préface d' \" A=Rebours „ \"\n\n                        JE pense que tous les gens de lettres sont comme moi, que\n                          jamais ils ne relisent leurs œuvres lorsqu'elles ont p a r u .\n                          Rien n'est, en effet, plus désenchantant, plus pénible, que\n                          de regarder, après des années, ses phrases. Elles se sont\n                          en quelque sorte décantées et déposent au fond du livre ;\n                          et, la plupart du temps, les volumes ne sont pas ainsi que\n                          les vins qui s'améliorent en vieillissant; une fois dépouillés\n                          par l'âge, les chapitres s'éventent et leur bouquet s'étiole.\n                             J'ai eu cette impression pour certains flacons rangés dans\nle casier d'A-Rebours, alors que j'ai dû, à cause même de cette édition, les\ndéboucher.\n   Et, assez mélancoliquement, je lâche de me rappeler, en feuilletant ces\npages, la condition d'âme que je pouvais bien avoir au m o m e n t où je les\n écrivis.\n   On était alors en plein n a t u r a l i s m e ; mais cette école qui devait r e n d i e\nl'inoubliable service de situer des personnages réels dans des milieux exacts,\nétait c o n d a m n é e à se rabâcher, en piétinant sur place.\n    Elle n'admettait guère, en théorie du moins, l'exception; elle se confinait\ndonc dans la peinture de l'existence commune, s'efforçait, sous prétexte de\nfaire vivant, de créer des êtres qui fussent aussi semblables que possible à la\nbonne moyenne des gens. Cet idéal s'était, en son genre, réalisé d a n s un chef-\nd'œuvre qui a été b e a u c o u p plus que L'Assommoir, le parangon du naturalisme\nL'Education sentimentale de Gustave F l a u b e r t ; ce roman était, pour nous tous,\n« des Soirées de Médan », u n e véritable bible; mais il ne comportait que peu\nde moutures. Il était parachevé, irrecommençable pour Flaubert même ; nous\nen étions d o n c , tous, réduits, en ce temps-là, à louvoyer, à rôder par des\n voies plus ou moins explorées, tout a u t o u r .\n    La vertu étant, il faut bien l'avouer, ici-bas, u n e exception, était par cela\nmême écartée du plan naturaliste. Ne possédant pas le concept catholique de\n la déchéance et de la tentation, nous ignorions de quels efforts, de quelles\n\n\n  (1) Edition non mise dans le commerce, tirée à 100 exemplaires, pour la Société des\nCent-Bibliophiles ; illustrée de deux cent vingt gravures sur bois en couleurs, d'Au­\nguste Lepère.\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "194                                 DURENDAL\n\n\n souffrances elle est issue; l'héroïsme de l'âme, victorieuse des embûches, nous\n échappait. Il ne nous serait pas venu à l'idée de décrire cette lutte, avec ses\nhauts et ses bas, ses attaques retorses et ses feintes et aussi ses habiles aides\nqui s'apprêtent très loin souvent de la personne que le Maudit attaque, dans\nle fond d'un cloître ; la vertu nous semblait l'apanage d'êtres sans curiosités\nou dénués de sens, peu émouvante en tout cas, à traiter, au point de vue de\n l'art.\n     Restaient les vices; mais le c h a m p en était, à cultiver, restreint. Il se\nlimitait aux territoires des Sept péchés capitaux et encore, sur ces sept, un\nseul, celui contre le sixième C o m m a n d e m e n t de Dieu, était à peu près\naccessible.\n    L e s autres avaient été terriblement vendangés et il n'y demeurait guère de\ng r a p p e s à égrener. L'Avarice, par exemple, avait été pressurée jusqu'à sa\ndernière goutte p a r Balzac et par Hello. L'Orgueil, la Colère, l'Envie avaient\ntraîné dans toutes les publications romantiques et ces sujets de drames avaient\nété si violemment gauchis par l'abus des scènes qu'il eut vraiment fallu du\ngénie pour les rajeunir dans un livre. Quant à la Gourmandise et à la Paresse,\nelles semblaient pouvoir s'incarner plutôt en des personnages épisodiques et\nconvenir mieux à des comparses qu'à des chefs d'emploi ou à des premières\nchanteuses de romans de m œ u r s .\n    L a vérité est que l'Orgueil eût été le plus magnifique des forfaits à étudier,\ndans ses ramifications infernales de cruauté envers le prochain et de fausse\nhumilité, que la Gourmandise remorquant à sa suite la L u x u r e et la Paresse,\nle Vol, eussent été matière à de surprenantes fouilles, si l'on avait scruté ces\npéchés avec la lampe et le chalumeau de l'Église et en ayant la F o i ; mais\naucun de nous n'était préparé pour cette besogne ; nous étions d o n c acculés\nà remâcher le méfait le plus facile à décortiquer de tous, le péché de L u x u r e ,\nsous toutes ses formes ; et Dieu sait si nous le r e m â c h â m e s ; mais cette sorte\nde carrousel était court. Quoiqu'on inventât, le roman se pouvait résumer en\nces quelques lignes : savoir pourquoi monsieur un tel commettait ou ne com­\nmettait pas l'adultère avec m a d a m e u n e telle; si l'on voulait être distingué et\nse déceler, ainsi qu'un auteur du meilleur ton, l'on plaçait l'œuvre de chair\nentre u n e marquise et un comte ; si l'on voulait, au contraire, être un écrivain\npopulacier, u n prosateur à la coule, on la campait entre u n soupirant de bar­\nrière et une fille quelconque ; le cadre seul différait. L a distinction me paraît\navoir prévalu maintenant dans les bonnes grâces du lecteur, car je vois qu'à\nl'heure actuelle il ne se repaît guère des amours plébéiennes ou bourgeoises,\nmais continue à savourer les hésitations de la marquise, allant rejoindre son\ntentateur dans un petit entresol dont l'aspect change suivant la mode tapis­\nsière du temps. T o m b e r a ? tombera pas ? cela s'intitule étude psychologique.\nMoi je veux bien.\n    J'avoue pourtant que lorsqu'il m'arrive d'ouvrir u n livre et que j ' y aperçois\nl'éternelle séduction et le non moins éternel adultère, je m'empresse de le\nfermer, n'étant nullement désireux de connaître comment l'idylle annoncée\nfinira. L e volume où il n ' y a pas de documents avérés, le livre qui ne\nm'apprend rien ne m'intéresse plus.\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                       PRÉFACE D' « A-REBOURS »                              195\n\n\n   Au moment où parut A-Rebours, c'est à-dire en 1884, la situation était donc\ncelle-ci : le naturalisme s'essoufflait à tourner la meule dans le même cercle.\nLa somme d'observations que chacun avait emmagasinée, en les prenant sur\nsoi-même et sur les autres, commençait à s'épuiser. Zola qui était un beau\ndécorateur de théâtre, s'en tirait en brossant des toiles plus ou moins pré­\ncises; il suggérait très bien l'illusion du mouvement et de la vie; ses héros\nétaient dénués d'âme, régis tout bonnement par des impulsions et des\ninstincts, ce qui simplifiait le travail de l'analyse. Ils remuaient, accomplis­\nsaient quelques actes sommaires, peuplaient d'assez franches silhouettes des\ndécors qui devenaient les personnages principaux de ses drames. Il célébrait\nde la sorte les halles, les magasins de nouveautés, les chemins de fer, les\nmines, et les êtres humains égarés dans ces milieux n'y jouaient plus que le\nrôle d'utilités et de figurants; mais Zola était Zola, c'est-à-dire un artiste un\npeu massif, mais doué de puissants poumons et de gros poings.\n    Nous autres, moins râblés et préoccupés d'un art plus subtil et plus vrai,\nnous devions nous demander si le naturalisme n'aboutissait pas à une\nimpasse et si nous n'allions pas bientôt nous heurter contre le mur du fond.\n    A vrai dire, ces réflexions ne surgirent en moi que bien plus tard. Je cher­\nchais vaguement à m'évader d'un cul-de-sac où je suffoquais, mais je n'avais\naucun plan déterminé et A-Rebours qui me libéra d'une littérature sans issue,\nen m'aérant, est un ouvrage parfaitement inconscient, imaginé sans idées\npréconçues, sans intentions réservées d'avenir, sans rien du tout,\n    Il m'était d'abord apparu, tel qu'une fantaisie brève, sous la forme d'une\nnouvelle bizarre; j'y voyais un peu un pendant d'A vau l'eau transféré dans\nun autre monde; je me figurais un monsieur Folantin, plus lettré, plus raf­\nfiné, plus riche et qui a découvert, dans l'artifice, un dérivatif au dégoût que\nlui inspirent les tracas de la vie et les mœurs américaines de son temps ; je le\nprofilais fuyant à tire d'ailes dans le rêve, se réfugiant dans l'illusion d'extra­\nvagantes féeries, vivant, seul, loin de son siècle, dans le souvenir évoqué\nd'époques plus cordiales, de milieux moins vils.\n    Et, à mesure que j'y réfléchissais, le sujet s'agrandissait et nécessitait de\npatientes recherches : chaque chapitre devenait le coulis d'une spécialité, le\nsublimé d'un art différent; il se condensait en un « of meat » de pierreries,\n de parfums, de fleurs, de littérature religieuse et laïque, de musique profane\n et de plain-chant.\n    L'étrange fut que, sans m'en être d'abord douté, je fus amené par la nature\n même de mes travaux à étudier l'Eglise sous bien des faces. IL était, en effet,\n impossible de remonter jusqu'aux seules ères propres qu'ait connues l'huma­\n nité, jusqu'au Moyen Age, sans constater qu'Elle tenait tout, que l'art n'exis­\n tait qu'en Elle et que par Elle. N'ayant pas la foi, je la regardais, un peu\n défiant, surpris de son ampleur et de sa gloire, me demandant comment une\n religion qui me semblait faite pour des enfants avait pu suggérer de si mer­\n veilleuses oeuvres.\n    Je rôdais un peu à tâtons autour d'Elle, devinant plus que je ne voyais, me\n reconstituant, avec les bribes que je retrouvais dans les musées et les bou­\n quins, un ensemble. Et aujourd'hui que je parcours, après des investigations\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": " 196                               DURENDAL\n\n\n\n plus longues et plus sûres, les pages d'A-Rebours qui ont trait au catholicisme\n et à l'art religieux, je remarque que ce minuscule panorama, peint sur des\n feuilles de bloc-notes, est exact. Ce que je peignais alors était succinct, man­\n quait de développements, mais était véridique. Je me suis borné depuis à\n agrandir mes esquisses et à les mettre au point.\n    Je pourrais très bien signer maintenant les pages d'A-Rebours sur l'Eglise,\n car elles paraissent avoir été, en effet, écrites par un catholique.\n    Je me croyais loin de la religion pourtant ! Je ne songeais pas que, de\n Schopenhauer que j'admirais plus que de raison, à l'Ecclésiaste et au Livre de\n Job, il n'y avait qu'un pas. Les prémisses sur le Pessimisme sont les mêmes,\n seulement, lorsqu'il s'agit de conclure, le philosophe se dérobe. J'aimais ses\nidées sur l'horreur de la vie, sur la bêtise du monde, sur l'inclémence de la\n destinée; je les aime également dans les Livres Saints ; mais les observations\n de Schopenhauer n'aboutissent à rien; il vous laisse, pour ainsi parler, en\nplan; ses aphorismes ne sont, en somme, 'qu'un herbier de plantes sèches;\nl'Eglise, elle, explique les origines et les causes, signale les fins, présente les\nremèdes; elle ne se contente pas de vous donner une consultation d'âme, elle\nvous traite et elle vous guérit, alors que le médicastre allemand, après vous\navoir bien démontré que l'affection dont vous souffrez est incurable, vous\ntourne, en ricanant, le dos.\n   Son Pessimisme n'est autre que celui des Écritures auxquelles il l'a\nemprunté. Il n'a pas dit plus que Salomon, plus que Job, plus même que\nl'Imitation qui a résumé, bien avant lui, toute sa philosophie, en une phrase :\n « C'est vraiment une misère que de vivre sur la terre! ».\n   A distance, ces similitudes et ces dissemblances s'avèrent nettement, mais\nà cette époque, si je les percevais, je ne m'y attardais point; le besoin de\nconclure ne me tentait pas; la route tracée par Schopenhauer était carros­\nsable et d'aspect varié, je m'y promenais tranquillement, sans désir d'en\nconnaître le bout; en ce temps-là, je n'avais aucune clarté réelle sur les\néchéances, aucune appréhension des dénouements; les mystères du caté­\nchisme me paraissaient enfantins; comme tous les catholiques, du reste,\nj'ignorais parfaitement ma religion; je ne me rendais pas compte que tout est\nmystère, que nous ne vivons que dans le mystère, que si le hasard existait, il\nserait encore plus mystérieux que la Providence. Je n'admettais pas la dou­\nleur infligée par un Dieu, je m'imaginais que le Pessimisme pouvait être le\nconsolateur des âmes élevées. Quelle bêtise! c'est cela qui était peu expéri­\nmental, peu document humain, pour me servir d'un terme cher au natura­\nlisme. Jamais le Pessimisme n'a consolé et les malades de corps et les alités\nd'âme !\n   Je souris, alors qu'après tant d'années, je relis les pages où ces théories, si\nrésolument fausses, sont affirmées.\n   Mais ce qui me frappe le plus, en cette lecture, c'est ceci : tous les romans\nque j'ai écrits depuis A-Rebours sont contenus en germe dans ce livre. Les\nchapitres ne sont, en effet, que les amorces des volumes qui les suivirent.\n   Le chapitre sur la littérature latine de la Décadence, je l'ai sinon développé,\nau moins plus approfondi, en traitant de la liturgie dans En Route et dans\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                      PRÉFACE D' « A-REBOURS »                              I97\n\n\nL'Oblat. Je l'imprimerais, sans y rien changer aujourd'hui, sauf pour Saint-\nAmbroise dont je n'aime toujours pas la prose aqueuse et la rhétorique\nampoulée. Il m'apparaît encore tel que je le qualifiais « d'ennuyeux Cicéron\nchrétien », mais, en revanche, le poète est charmant; et ses hymnes et celles\nde son école qui figurent dans le Bréviaire sont parmi les plus belles qu'ait\nconservées l'Eglise; j'ajoute que la littérature un peu spéciale, il est vrai, de\nl'hymnaire aurait pu trouver place dans le compartiment réservé de ce\nchapitre.\n   Pas plus qu'en 1884, je ne raffole présentement du latin classique du Maro\net du Pois chiche; comme au temps d'A-Rebours, je préfère la langue de la\nVulgate à la langue du siècle d'Auguste, voire même à celle de la Décadence,\nplus curieuse pourtant, avec son fumet de sauvagine et ses teintes persillées\nde venaison. L'Eglise, qui après l'avoir désinfectée et rajeunie, a créé, pour\naborder un ordre d'idées inexprimées jusqu'alors, des vocables grandiloques\net des diminutifs de tendresse, exquis, me semble donc s'être façonné un lan­\ngage fort supérieur au dialecte du Paganisme, et Durtal pense encore, à ce\nsujet, tel que des Esseintes.\n   Le chapitre des pierreries, je l'ai repris dans La Cathédrale en m'en occu­\npant alors au point de vue de la symbolique des gemmes. J'ai animé les\npierreries mortes d'ARebours. Sans doute, je ne nie pas qu'une belle émeraude\npuisse être admirée pour les étincelles qui grésillent dans le feu de son eau\nverte, mais n'est-elle point, si l'on ignore l'idiome des symboles, une\ninconnue, une étrangère avec laquelle on ne peut s'entretenir et qui se tait,\nelle-même, parce que l'on ne comprend pas ses locutions ? Or, elle n'est pas\nseulement une flamme allumée dans le brasero d'une monture, elle est plus\net mieux que cela.\n   Sans admettre avec un vieil auteur du XVIe siècle, Estienne de Clave, que\nles pierreries s'engendrent, ainsi que des personnes naturelles, d'une semence\néparse dans la matrice du sol, l'on peut très bien dire qu'elles sont des miné­\nraux significatifs, des substances loquaces, qu'elles sont, en un mot, des\nsymboles. Elles ont été envisagées sous cet aspect depuis la plus haute anti­\nquité et la tropologie des gemmes est une des branches de cette symbolique\nchrétienne si parfaitement oubliée par les prêtres et les laïques de notre temps\net que j'ai essayé de reconstituer en ses grandes lignes dans mon volume sur\nla basilique de Chartres.\n   Le chapitre d'A-Rebours n'est donc que superficiel et à fleur de chaton. Il\nn'est pas ce qu'il devrait être, une joaillerie de l'au-delà. Il se compose\nd'écrins plus ou moins bien décrits, plus ou moins bien rangés en une montre,\nmais c'est tout et ce n'est pas assez.\n   La peinture de Gustave Moreau, les gravures de Luyken, les lithographies\nde Bresdin et de Rudon sont telles que je les vois encore. Je n'ai rien à\nmodifier dans l'ordonnance de ce petit musée.\n   Pour le terrible chapitre six dont le chiffre correspond, sans intentions\npréconçues, à celui du Commandement de Dieu qu'il offense, et pour cer­\ntaines parties du IXe qui peuvent s'y joindre, je ne les écrirais plus évidem­\nment de la sorte. Il eut au moins fallu les expliquer, d'une façon plus\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "198                                DURENDAL\n\n\nstudieuse, par cette perversité diabolique qui s'ingère, au point de vue luxu­\nrieux surtout, dans les cervelles épuisées des gens. Il semble, en effet, que\nles maladies de nerfs, que les névroses ouvrent dans l'âme des fissures par\nlesquelles l'Esprit du Mal pénètre. Il y a là une énigme qui reste illucidée ;\nle mot hystérie ne résoud rien ; il peut suffire à préciser un état matériel, à\nnoter des rumeurs irrésistibles des sens, il ne déduit pas les conséquences\nspirituelles qui s'y rattachent et, plus parliculièrement, les péchés de dissi­\nmulation et de mensonges, qui presque toujours s'y greffent. Quels sont les\ntenants et les aboutissants de cette maladie peccamineuse, dans quelle pro­\nportion s'atténue la responsabilité de l'être atteint dans son âme d'une sorte de\npossession qui vient se enter sur le désordre de son malheureux corps ? Nul\n ne le sait; en cette matière, la médecine déraisonne et la théologie se\n tait.\n    A défaut d'unesolution qu'il ne pouvait évidemment apporter, des Esseintes\n eut dû envisager la question au point de vue de la faute et en exprimer au\n moins quelque regret; il s'abstint de se vitupérer, et il eut tort; mais bien\n qu'élevé par les Jésuites dont il fait — plus que Durtal — l'éloge, il était\ndevenu, par la suite, si rebelle aux contraintes divines, si entêté à patauger\n dans son limon charnel !\n    En tout cas, ces chapitres paraissent des jalons inconsciemment plantés\n pour indiquer la route de Là-Bas. Il est à observer d'ailleurs que la biblio­\nthèque de des Esseintes renfermait un certain nombre de bouquins de magie\n et que les idées énoncées dans le chapitre VII d'A-Rebours, sur le sacrilège,\nsont l'hameçon d'un futur volume traitant le sujet plus à fond.\n    Ce livre de Là-Bas qui effara tant de gens, je ne l'écrirais plus, lui aussi,\n maintenant que je suis redevenu catholique, de la même manière. Il est, en\neffet, certain que le côté scélérat et sensuel qui s'y développe est réprouvable;\n et cependant, je l'affirme, j'ai gazé, je n'ai rien dit; les documents qu'il recèle\nsont, en comparaison de ceux que j'ai omis et que je possède de bien fades\n dragées, de bien plates béatilles!\n    Je crois, cependant, qu'en dépit de ses démences cérébrales et de ses folies\nalvines, cet ouvrage a, par le sujet même qu'il exposait, rendu service. Il a\n rappelé l'attention sur les manigances du Malin qui était parvenu à se faire\n nier; il a été le point de départ de toutes les études qui se sont renouvelées\n sur l'éternel procès du satanisme; il a aidé, en les dévoilant, à annihiler les\n odieuses pratiques des goéties ; il a pris parti et combattu très résolument, en\n somme, pour l'Eglise contre le Démon.\n    Pour en revenir à A-Rebours dont il n'est qu'un succédané, je peux répéter\n à propos des fleurs ce que j'ai déjà raconté sur le compte des pierres.\n    A-Rebours ne les considère qu'au point de vue des contours et des teintes,\n nullement au point de vue des significations qu'elles décèlent; des Esseintes\n n'a choisi que des orchidées bizarres, mais taciturnes. Il sied d'ajouter qu'il\n eût été difficile de faire parler en ce livre une flore atteinte d'alabie, une flore\n muette, car l'idiome symbolique des plantes est mort avec le Moyen Age; et\n les créoles végétales choyées par des Esseintes étaient inconnues des allégo-\n ristes de ce temps.\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                       PRÉFACE D' « A-REBOURS »                              199\n\n\n     La contre-partie de cette botanique, je l'ai écrite depuis, dans La Cathé-\n drale, à propos de cette horticulture liturgique qui a suscité de si curieuses\n pages de Sainte-Hildegarde, de Saint-Méliton, de Saint-Eucher.\n     Autre est la question des odeurs dont j'ai dévoilé dans le même livre les\n emblèmes mystiques.\n     Des Esseintes ne s'est préoccupé que des parfums laïques, simples ou\n extraits et des parfums profanes, composés ou bouquets.\n     Il eût pu expérimenter aussi les aromes de l'Église, l'encens, la myrrhe, et\n cet étrange Thymiama que cite la Bible et qui est encore marqué dans le\n rituel comme devant être brûlé, avec l'encens, sous le vase des cloches, lors\n de leur baptême, après que l'Evêque les a lavées avec de l'eau bénite et\n signées avec le Saint Chrême et l'huile des infirmes ; mais cette fragrance\n semble oubliée par l'Église même et je crois que l'on étonnerait beaucoup un\n curé en lui demandant du Thymiama.\n     La recette est pourtant consignée dans L'Exode. Le Thymiama se compo­\n sait de styrax, de galbanum, d'encens et d'onycha et cette dernière substance\n ne serait autre que l'opercule d'un certain coquillage du genre des « pour­\n pres » qui se drague dans les marais des Indes.\n     Or, il est difficile, pour ne pas dire impossible, étant donné le signalement\n incomplet de ce coquillage et de son lieu de provenance, de préparer un\n authentique Thymiama; et c'est dommage, car s'il en eût été autrement, ce\n parfum perdu eût certainement excité chez des Esseintes les fastueuses évo­\n cations des galas cérémoniels, des rites liturgiques de l'Orient.\n     Quant aux chapitres sur la littérature laïque et religieuse contemporaine,\n ils sont, à mon sens, de même que celui de la littérature latine, demeurés\n justes. Celui consacré à l'art profane a aidé à mettre en relief des poètes bien\n inconnus du public alors : Corbière, Mallarmé, Verlaine. Je n'ai rien à\n retrancher à ce que j'écrivis il y a dix-neuf ans; j'ai gardé mon admiration\n pour ces écrivains; celle que je professais pour Verlaine s'est même accrue.\n Arthur Rimbaud et Jules Laforgue eussent mérité de figurer dans le florilège\n de des Esseintes, mais ils n'avaient encore rien imprimé à cette époque-là et\n ce n'est que beaucoup plus tard que leurs œuvres ont paru.\n    Je ne m'imagine pas, d'autre part, que j'arriverai jamais à savourer les\nauteurs religieux modernes que saccage A-Rebours. L'on ne m'ôtera pas de\nl'idée que la critique de feu Nettement est imbécile et que Mme Augustin Cra-\n ven et que Mlle Eugénie de Guérin sont de bien lymphatiques bas-bleus et\n de bien dévotieuses bréhaignes. Leurs juleps me semblent fades; des Esseintes\na repassé à Durtal son goût pour les épices et je crois qu'ils s'entendraient\nencore assez bien, tous les deux, pour préparer, à la place de ces loochs, une\nessence gingembrée d'art.\n    Je n'ai pas changé d'avis non plus sur la littérature de confrérie des Pou-\njoulat et des Genoude, mais je serais moins dur maintenant pour le Père\nChocarne, cité dans un lot de. pieux cacographes, car il a au moins rédigé\nquelques pages médullaires sur la mystique, dans son introduction aux\nœuvres de Saint-Jean de la Croix et je serais également plus doux pour de\n Montalembert qui, à défaut de talent, nous a nantis d'un ouvrage incohérent et\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "200                               DURENDAL\n\n\n\ndépareillé, mais enfin émouvant, sur les moines; je n'écrirais plus surtout que\nles visions d'Angèle de Foligno sont sottes et fluides, c'est le contraire qui est\nvrai; mais je dois attester, à ma décharge, que je ne les avais lues que dans\nla traduction d'Hello. Or, celui-là était possédé par la manie d'élaguer, d'édul­\ncorer, de cendrer les mystiques, de peur d'attenter à la fallacieuse pudeur des\ncatholiques. Il a mis sous pressoir une œuvre ardente, pleine de sève, et il\nn'en a extrait qu'un suc incolore et froid, mal réchauffé, au bain-marie, sur\nla pauvre veilleuse de son style.\n    Cela dit, si en tant que traducteur, Hello se révélait tel qu'un tâle-poule et\nqu'un pieusard, il est juste d'affirmer qu'il était, alors qu'il opérait pour son\npropre compte, un manieur d'idées originales, un exégète perspicace, un\nanalyste vraiment fort. Il était même, parmi les écrivains de son bord, le seul\n qui pensât; je suis venu à la rescousse de d'Aurevilly pour prôner l'œuvre de\ncet homme si incomplet, mais si intéressant et A-Rebours a, je pense, aidé au\n petit succès que son meilleur livre L'Homme a obtenu depuis sa mort.\n    La conclusion de ce chapitre sur la littérature ecclésiale moderne était que\n parmi les hongres de l'art religieux, il n'y avait qu'un étalon, Barbey d'Aure­\n villy; et cette opinion demeure résolument exacte. Celui-là fut le seul artiste,\n au pur sens du mot, que produisit le catholicisme de ce temps ; il fut un grand\n prosateur, un romancier admirable dont l'audace faisait braire la bedeau-\n daille qu'exaspérait la véhémence explosive de ses phrases.\n    Enfin, si jamais chapitre peut être considéré comme le point de départ\n d'autres livres, c'est bien celui sur le plain-chant que j'ai amplifié depuis\n dans tous mes volumes, dans En Route et surtout dans L'Oblat.\n    Après ce bref examen de chacune des spécialités rangées dans les vitrines\n d'A-Rebours, la conclusion qui s'impose est celle-ci : ce livre fut une amorce\n de mon œuvre catholique qui s'y trouve, toute entière, en germe.\n    Et l'incompréhension et la bêtise de quelques mômiers et de quelques\n agités du sacerdoce [n'apparaissent, une fois de plus, insondables. Ils récla­\n mèrent, pendant des années, la destruction de cet ouvrage dont je ne possède\n pas, du reste, la propriété, sans même se rendre compte que les volumes mys­\n tiques qui lui succédèrent sont incompréhensibles sans celui là, car il est, je\n le répète, la souche d'où tous sortirent. Comment apprécier, d'ailleurs, l'œuvre\n d'un écrivain, dans son ensemble, si on ne la prend dès ses débuts, si on ne\n la suit pas à pas ; comment surtout se rendre compte de la marche de la Grâce\n dans une âme si l'on supprime les traces de son passage, si l'on efface les pre­\n  mières empreintes qu'elle a laissées?\n     Ce qui est, en tous cas, certain, c'est qu'A-Rebours rompait avec les précé­\n  dents, avec Les Sœurs Valard, Eu ménage, A vau l'eau, c'est qu'il m'engageait\n  dans une voie dont je ne soupçonnais même pas l'issue.\n     Autrement sagace que les catholiques, Zola le sentit bien. Je me rappelle\n  que j'allai passer, après l'apparition d.'A Rebours, quelques jours à Médan.Une\n  après-midi que nous nous promenions, tous les deux, dans la campagne, il\n  s'arrêta brusquement et, l'œil devenu noir, il me reprocha le livre, disant que\n  Je portais un coup terrible au naturalisme, que je faisais dévier l'école, que je\n  brûlais d'ailleurs mes vaisseaux avec un pareil roman, car aucun genre de\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                        PRÉFACE D' \" A-REBOURS \"                               201\n\n\nlittérature n'était possible dans ce genre épuisé en un seul tome et, amicale­\nment, — car il était un très brave homme — il m'incita à rentrer dans la\nroute frayée, à m'atteler à une étude de mœurs.\n   Je l'écoutais, pensant qu'il avait tout à la fois et raison et tort, — raison, en\nm'accusant de saper le naturalisme et de me barrer tout chemin — tort, en ce\nsens que le roman, tel qu'il le concevait, me semblait moribond, usé par les\nredites, sans intérêt, qu'il le voulût ou non, pour moi.\n    Il y avait beaucoup de choses que Zola ne pouvait comprendre; d'abord,\nce besoin que j'éprouvais d'ouvrir les fenêtres, de fuir un milieu où j'étouffais ;\npuis, le désir qui m'appréhendait de secouer les préjugés, de briser les limites\ndu roman, d'y faire entrer l'art, la science, l'histoire, de ne plus se servir,\nen un mot, de cette forme que comme d'un cadre pour y insérer de plus\nsérieux travaux. Moi, c'était cela qui me frappait surtout à cette époque,\nsupprimer l'intrigue traditionnelle, voire même la passion, la femme,\nconcentrer le pinceau de lumière sur un seul personnage, faire à tout prix du\nneuf.\n    Zola ne répondait pas à ces arguments avec lesquels j'essayais de le con­\nvaincre, et il réitérait sans cesse son affirmation : « Je n'admets pas que\nl'on change de manière et d'avis ; je n'admets pas que l'on brûle ce que l'on a\n adoré. »\n    Eh là! n'a-t il pas joué, lui aussi, le rôle du bon Sicambre? Il a, en effet,\nsinon modifié son procédé de composition et d'écriture, au moins varié sa\nfaçon de concevoir l'humanité et d'expliquer la vie. Après le pessimisme noir\nde ses premiers livres, n'avons-nous pas eu, sous couleur de socialisme, l'opti­\n misme béat de ses derniers ?\n    Il faut bien le confesser, personne ne comprenait moins l'âme que les natu­\nralistes qui se proposaient de l'observer. Ils voyaient l'existence d'une seule\npièce; ils ne l'acceptaient que conditionnée d'éléments vraisemblables, et j'ai\n depuis appris, par expérience, que l'invraisemblable n'est pas toujours dans\n le monde, à l'état d'exception, que les aventures de Rocambole sont parfois\n aussi exactes que celles de Gervaise et de Coupeau.\n     Mais l'idée que des Esseintes pouvait être aussi vrai que ses personnages\n à lui, déconcertait, irritait presque Zola.\n\n                                        *   *\n\n  J'ai jusqu'ici, dans ces quelques pages, parlé d'A-Rebours surtout au point\nde vue de la littérature et de l'art. Il me faut maintenant en parler au point\nde vue de la Grâce, montrer quelle part d'inconnu, quelle projection d'âme\nqui s'ignore, il peut y avoir souvent dans un livre.\n  Cette orientation si claire, si nette d'A-Rebours sur le catholicisme, elle me\ndemeure, je l'avoue, incompréhensible.\n  Je n'ai pas été élevé dans les écoles congréganistes, mais bien dans un\nlycée, je n'ai jamais été pieux dans ma jeunesse, et le côté de souvenir d'en­\nfance, de première communion, d'éducation qui tient si souvent une grande\nplace dans la conversion, n'en a tenu aucune dans la mienne. Et ce qui com-\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "202                                  DURENDAL\n\n\nplique encore la difficulté et déroute toute analyse, c'est que lorsque j'écrivis\nA-Rebours, je ne mettais pas les pieds d a n s une église, je ne connaissais aucun\ncatholique pratiquant, aucun prêtre; je n'éprouvais aucune touche divine\nm'incitant à me diriger vers l'Eglise, je vivais dans mon auge, tranquille ; il\nme semblait tout naturel de satisfaire les foucades de mes sens, et la pensée\nne me venait même pas que ce genre de tournoi fût défendu.\n   A-Rebours a paru en 1884 et je suis parti pour me convertir dans une T r a p p e\nen 1892; près de huit années se sont écoulées avant que les semailles de ce\nlivre n'aient levé; mettons deux années, trois m ê m e , d'un travail de la\nGrâce, sourd, têtu, parfois sensible; il n'en resterait pas moins cinq ans pen­\ndant lesquels je ne me souviens d'avoir éprouvé aucune velléité catholique,\naucun regret de la vie que je menais, aucun désir de la renverser. P o u r q u o i ,\ncomment ai-je été aiguillé sur u n e voie perdue alors pour moi d a n s la nuit?\nJ e suis absolument incapable de le d i r e ; rien, sinon des ascendances d e bégui­\nnages et de cloîtres, des prières de famille hollandaise très fervente et que j'ai\nd'ailleurs à peine connue, n'expliquera la parfaite inconscience du dernier\ncri, l'appel religieux de la dernière page d'A-Rebours.\n    Oui, je sais bien, il y a des gens très forts qui tracent des plans, organisent\nd'avance des itinéraires d'existence et les suivent; il est m ê m e e n t e n d u , si je\nn e me trompe, qu'avec de la volonté on arrive à tout; je veux bien le croire,\nmais, moi, je le confesse, je n'ai jamais été ni un h o m m e tenace, ni un auteur\nmadré. Ma vie et ma littérature ont u n e part de passivité, d'insu, de direction\nhors de moi très certaine.\n    La Providence me fut miséricordieuse et la Vierge me fut b o n n e . Je me\nsuis borné à ne pas les contrecarrer lorsqu'elles attestaient leurs intentions;\nj'ai simplement o b é i ; j'ai été mené par ce qu'on appelle « les voies extraor­\ndinaires » ; si quelqu'un p e u t avoir la certitude du n é a n t qu'il serait, sans\nl'aide de Dieu, c'est moi.\n    L e s personnes qui n'ont pas la F o i m'objecteront qu'avec des idées\npareilles, l'on n'est pas loin d'aboutir au fatalisme et à la négation de toute\npsychologie.\n    N o n , car la Foi en Notre-Seigneur n'est pas le fatalisme. L e libre arbitre\ndemeure sauf. J e pouvais, s'il me plaisait, continuer à céder aux luxurieux\némois et rester à Paris, et ne pas aller souffrir dans u n e T r a p p e . Dieu n'eut\nsans doute pas insisté; mais, tout en certifiant que la volonté est intacte, il\nfaut bien avouer cependant que le Sauveur y met b e a u c o u p du sien, qu'il\nvous harcèle, qu'il vous traque, qu'il vous « cuisine », pour se servir d'un\nterme énergique de basse police; mais je le répète encore, l'on peut, à ses\nrisques et périls, l'envoyer promener.\n   P o u r la psychologie, c'est autre chose. Si nous l'envisageons, comme je\nl'envisage, au point de vue d'une conversion, elle est, dans ses préludes,\nimpossible à démêler ; certains coins sont peut-être tangibles, mais les autres,\nn o n ; le travail souterrain de l'âme nous échappe. Il y eut sans doute, au\nmoment où j'écrivais A-Rebours, u n remuement des terres, un forage du sol\npour y planter des fondations, dont je ne me rendis pas compte. Dieu creu­\nsait pour placer ses fils et il n'opérait que dans l'ombre de l'âme, dans la nuit.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                       PRÉFACE     D'   « A-REBOURS     »                   203\n\n\nRien n'était perceptible; ce n'est que bien des années après que l'étincelle a\ncommencé de courir le long des fils. Je sentais alors l'âme s'émouvoir dans\nces secousses; ce n'était encore ni bien douloureux, ni bien clair : la liturgie,\nla mystique, l'art en étaient les véhicules ou les moyens; cela se passait géné­\nralement dans les églises, à Saint-Séverin surtout, où j'entrais par curiosité,\npar désœuvrement. Je n'éprouvais, en assistant aux cérémonies qu'une tré­\npidation intérieure, ce petit trémulement que l'on subit, en voyant, en écou­\ntant ou en lisant une belle œuvre, mais il n'y avait pas d'attaque précise, de\nmise en demeure de se prononcer.\n    Je me détachais seulement, peu à peu, de ma coque d'impureté; je com­\n mençais à me dégoûter de moi-même, mais je rebiffais quand même sur les\n articles de Foi. Les objections que je me posais me semblaient être irrésis­\n tibles; et un beau matin, en me réveillant, elles furent, sans que j'aie jamais\nsu comment, résolues. Je priai pour la première fois et l'explosion se fit.\n    Tout cela paraît, pour les gens qui ne croient pas à la Grâce, fou. Pour\nceux qui ont ressenti ses effets, aucun étonnement n'est possible ; et, si surprise\n il y avait, elle ne pourrait exister que pour la période d'incubation, celle où\n l'on ne voit et où l'on ne perçoit rien, la période du déblaiement et de la fon­\n dation dont on ne s'est même pas douté.\n    Je comprends, en somme, jusqu'à certain point, ce qui s'est passé entre\n l'année 1891 et l'année 1895, entre Là-Bas et En Route, rien du tout entre\n l'année 1884 et Tannée 1891, entre A-Rebours et Là-Bas.\n    Si je n'ai pas compris, moi-même, à plus forte raison, les autres ne com­\n prirent-ils point les impulsions de des Esseintes. A-Rebours tombait ainsi qu'un\n aérolithe dans le champ de foire littéraire et ce fut et une stupeur et une\n colère; la presse se désordonna; jamais elle ne divagua en tant d'articles;\n après m'avoir traité de misanthrope impressionniste et avoir qualifié des\n  Esseintes de maniaque et d'imbécile compliqué, les Normaliens comme\n  M. Lemaître s'indignèrent que je ne fisse point l'éloge de Virgile et décla­\n rèrent d'un ton péremptoire, que les décadents de la langue latine, au Moyen\n Age, n'étaient que « des radoteurs et des crétins ». D'autres entrepreneurs de\n critique voulurent bien aussi m'aviser qu'il me serait profitable de subir, dans\n une prison thermale, le fouet des douches; et, à leur tour, les conférenciers\n s'en mêlèrent. A la Salle des Capucines, l'archonte Sarcey criait, ahuri : je\n  veux bien être pendu, si je comprends un traître mot à ce roman ! enfin, pour\n  que ce fût complet, les revues graves, telles que la Revue des Deux Mondes\n  dépêchèrent leur leader, M. Brunetière, pour comparer ce roman aux vau­\n  devilles de Waflard et Fulgence.\n     Dans ce tohu-bohu, un seul écrivain vit clair, Barbey d'Aurevilly, qui ne\n  me connaissait nullement, d'ailleurs. Dans un article du Constitutionnel portant\n  la date du 28 juillet 1884, et qui a été recueilli dans son volume Le Roman\n  Contemporain paru Tan dernier, il écrivit :\n     Après un tel livre, il ne reste plus à l'auteur qu'à choisir entre la\n  bouche d'un pistolet ou les pieds de la Croix.\n     C'est fait.\n                                                         J . - K . HUYSMANS.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "            La Brame dorée\n\n                             I\n\nLa ville rêve au loin dans un nuage d'or;\nA travers le silence on l'entend qui respire\nD'un souffle faible et pur, comme un enfant qui dort\nEt dont l'haleine, en s'exhalant, devient    sourire...\n\nLa solitude est bonne au cœur désenchanté :\nJe t'aime mieux en elle, ô ma cité natale !\nLe soir plein de rayons couronne ta beauté\nQue revêt lentement la pourpre    occidentale.\n\nEt le Passé surgit, dont tu portes le deuil;\nEt je crois voir, parmi cette gloire qui monte,\nLa cendre des grands morts qui firent ton orgueil\nFlotter sur les vivants dont la vie est ta honte.\n\nTandis que je t'invoque, et que tu me réponds\nPar ta rumeur que la distance a presque éteinte,\nLes pas des hommes vils sonnent sur tes vieux ponts ;\nMais par-dessus leur bruit, l'angelus plane et tinte.\n\nEt j'écoute la foule auguste des clochers,\nMâts de pierre émergeant sur l'océan des brumes,\nOù mon âme laissa des lambeaux      accrochés\nComme un oiseau qui vole en perdant de ses plumes.\n\nCar c'est un peu ma voix qui parle dans la leur,\nCette voix claire et grave aussi que tu m'as faite;\nEt c'est tout mon passé de joie et de douleur\nQue m'évoquent leurs glas et leurs hymnes de fête.\n\nAu son des angelus égrenés dans le vent,\nC'est tout mon passé mort qui renaît de ses cendres!\nEt je revois, penchés sur mes sommeils   d'enfant,\nMon père au front pensif et ma mère aux yeux       tendres.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                   LA B R U M E   DORÉE                     205\n\n\nO paisibles sommeils! Assise à mon chevet,\nPlus belle encor du pâle éclat de la veilleuse,\nMa mère, en souriant à son fils qui rêvait,\nChantait une romance étrange et merveilleuse.\n\nO carillons des bleus dimanches de jadis!\nO douceur de prier sans honte et sans souillures\nEt d'élever vers Dieu, comme un bouquet de lys,\nUne âme toute blanche en des mains toutes pures!\n\nEt plus tard, quelle extase et quel trouble soudain\nQuand, réveillant le songe épars dans l'étendue,\nUn violon nocturne, au profond d'un jardin,\nEpanchait tout à coup sa plainte       inattendue!...\n\n\n                          II\n\nPourquoi vint-il une heure où je me fatiguai\nDe voir du même toit fuir la même fumée,\nEt d'entendre le chant tour à tour triste et gai\nDont tu berçais mon rêve, ô ville bien-aimée?\n\nUn vaisseau m'attendait, balançant des pavois ;\nEt je n'écoutai pas ton maternel     reproche...\nMais quel charme invincible était donc dans ta voix?\nIl semblait que l'exil me la rendait plus proche!\n\nDevant les golfes clairs, mon ennui     vagabond\nSe reprit à chérir ton ciel chargé de pluie,\nTes toits gris de brouillard, tes quais noirs de charbon,\nTon peuple au masque épais de sueur et de suie.\n\nEt quand, las et déçu, je te revins un joui-\nPortant d'un front moins haut de plus lourdes pensées,\nTu me fis cet accueil d'inébranlable   amour\nQue font aux fils ingrats les mères délaissées...\n\nPuis, assemblant un soir le groupe ardent et frais\nDes vierges dont le rêve hésite et s'oriente,\nDe tes filles en fleur voici que tu m'offrais\nLa plus mélancolique et la plus     souriante.\n\nChère enfant! son visage avait, pâle et vermeil,\nLa sérénité triste et la douce amertume\nQue tu prends, ma cité, quand ton mourant soleil\nTrempe ses flèches d'or dans une. mer de bruine.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "200                          DURENDAL\n\n\n\n      Notre joie inquiète erra par les vallons\n      Dont se dentale au loin ta coupe de collines,\n      Et mêla son soupir à ceux des violons\n      Qui font pleurer d'amour les âmes orphelines.\n\n      Chaque soir tes maisons, vieilles au front   penchant,\n      Nous regardaient passer de toutes leurs croisées :\n      Leurs vitres flamboyaient, et les feux du couchant\n      Semblaient en notre honneur les avoir pavoisées.\n\n      Et ton beau fleuve lent, qui faisait dans la nuit\n      Le bruit mystérieux d'un satin que l'on froisse,\n      Nous donnait à tous deux tout ce qu'une eau qui fuit\n      Peut mettre aux cœurs mortels de tendresse et d'angoisse.\n\n      Longtemps, d'un songe heureux tu nous        enveloppas;\n      Les jours qui s'en allaient resserraient ton étreinte :\n      On eût dit que ton sol, amoureux de nos pas,\n      En gardait d'heure en heure une plus forte      empreinte.\n\n      Et quand la Mort m'eut pris l'aimée aux yeux si doux\n      Malgré tous mes sanglots, malgré tous mes reproches, —\n      Tu te plaignis au ciel et tu pleuras sur nous,\n      De tous tes violons et de toutes tes cloches!...\n\n\n                               III\n\n      Maintenant que l'Amour a déserté mon seuil\n      Et que je n'entends plus les appels des chimères,\n      Je veux dormir en toi, Cité de bon accueil,\n      0 ma ville natale, ô la Mère des mères!\n\n      Chante-moi les chansons qu'on chante aux enfants las-!\n      Et berce mon néant dans ton concert immense\n      De pas humains, de cris, d'angelus et de glas,\n      Qui, cessant chaque nuit, chaque jour   recommence!\n\n      J'avais rêvé de joindre, en fils   reconnaissant.\n      Ma louange éphémère à tes voix éternelles ;\n      Mais sur ma bouche, hélas ! le silence descend,\n      Et déjà la clarté s'éteint dans mes prunelles.\n\n      Toi, chaque aube à jamais réveille ta rumeur\n      Et rallume ta gloire en sa splendeur première :\n      Tandis qu'à chaque instant, au fond de moi, se meurt\n      Un peu de ce qui fut mon chant et ma lumière...\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                     LA   BRUME   DOREE                      207\n\n\n\nAh! quand viendra le soir où je     m'endormirai,\nPuisse mon humble nom survivre en ta mémoire!\nEt que mon âme, éparse en ton brouillard doré,\nS'unisse à ta rumeur et se mêle à la gloire!\n\n                                              FRANZ A N S E L .\n\n\n L i é g e , 1903.\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                    L'Aveugle Force\n\n                    LE printemps remplissait le ciel de sa douce\n                       lumière. Un vent léger ne faisait trembler, sur\n                       la hauteur, que les ramilles des bouleaux. L e\n                       long des chemins, éclatait la magnificence des\n                      genêts aux épis d'or. Cependant les bruyères\n                       étaient grises et les branches emmêlées d'un\n                      grand chêne restaient nues. Mais la clarté du\n                       firmament frôlait les choses, et toutes choses\nvivaient. Des ondes transparentes fuyaient dans les sentiers\nde sable; sous les pesantes sapinières filtraient des traînées\nblanches.\n   Joost, paysan de Genebosch, gravissait la colline. I1 allait à\nson champ de seigle qui verdissait auprès de terres en friche,\nnon loin d'un bois de conifères. Derrière lui, dévalaient des\nprés qui touchaient les premières chaumières sises au bord de\nla route communale de L u m m e n .\n   Ce pays se diversifie. L u m m e n , et les hameaux de Genebosch\net Teewinkel, gagnent chaque année quelque culture sur la\ngarigue. L e sol a conservé toutefois des rudesses invincibles.\nD'âpres brandes persistent, des marais noirs s'isolent en d'éter­\nnels silences.\n   Joost se retourna au sommet de la montée. Il vit le clocher de\nBeeringen, et, dans le lointain laiteux, il découvrit la tour\ncarrée du camp de Beverloo. A sa droite, dépassant un talus,\napparaissait la cime des arbres qui jalonnent le canal de la\nPierre bleue jusqu'à Hasselt.\n   Joost était venu ici parce que la nue resplendissait, parce que\nla glèbe remuait, et l'homme jouissait des miséricordieuses\n beautés de la saison. Il avait une âme ingénue et sensible.\n    P e n d a n t la journée dominicale de la veille, Joost pressentit\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                        L'AVEUGLE FORCE                            209\n\n\nconfusément l'accord qui l'unissait à l'amoureux aspect du site.\nQuand une femme l'eut regardé, en sortant de l'église, comme\nelle n'avait plus voulu le regarder depuis l'été, il perçut la pal­\npitation de son cœur sous sa blouse luisante. Pourtant il se\ntrouvait dans le groupe des mauvais sujets. Ce sont ceux-là qui,\naux dernières oraisons, abandonnent la messe, et boivent\ndurant les vêpres dans des cafés voisins, et apprécient les filles\nde leur village lorsqu'elles ont de saines joues rouges, des\ntailles fermes et des sourires complaisants.\n    Lui, paysan mélancolique, terrien robuste et doux, n'avait\njamais trouvé de saveur aux baisers sans lendemain. Il faisait\ncomme les autres à la dernière kermesse d'octobre. Un garçon\nne s'isole pas, tandis que les compagnons aiment et boivent.\nJoost se jeta dans le brutal déduit. Il chercha l'ombre chaude\n des soirs de fête. Néanmoins, il conservait en sa cervelle une\n image; sur son cœur pesait un souvenir; il souffrit.\n    Joost avait perdu sa bien-voulue. Elle s'enfuit de sa ten­\n dresse, et ce fut comme si on lui ouvrait la poitrine. Bon Dieu!\n Quelles douleurs, quelles révoltes, quand Joost apprit que Lina\n s'engageait chez des bourgeois de la ville, et le repoussait! Ah!\n L'hiver noir et ses pluies lourdes! Et le gel qui lui mordait les\n chairs et l'entourait, comme la terre, d'un froid immense!\n    Les retours de l'inconstante, au village, avivaient sa désola­\n tion. Lina parait d'atours sa jeunesse; elle avançait, souriante,\n et ne détournait les yeux qu'en passant près de Joost. Il avait\n voulu l'arrêter, la contraindre à s'humilier, la frapper, la ren­\n verser dans la boue. Il avait voulu s'agenouiller devant elle, la\n supplier avec de telles paroles que ses paupières eussent battu\n dans les larmes. Il avait voulu se précipiter sur elle, l'emporter\n loin, loin du monde, et l'aimer sauvagement.\n    Joost était fier. Il garda ses souffrances solitaires. Il les excita\n dans sa pensée, il s'abreuva de leur fiel, et trouva, malgré\n tout, des voluptés dans leur cuisant entretien. L'absente demeu­\n rait présente. Joost s'endormait avec elle, se levait avec elle,\n vivait sa vie entière avec elle. Il travaillait et Lina était à côté\n de lui. Le père de Joost, qui n'éprouvait plus, au bout de ses\n jours, que la passion du rendement de son fonds, venait alors le\n regarder. Ce vieux retroussait une lippe blême sur des dents\n vertes. Il riait, en silence, devant le labeur de son fils, il l'en­\n courageait d'une voix trébuchante, et le soir il l'entretenait des\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "210                           DURENDAL\n\n\n récoltes passées. J a m a i s il n'avait remarqué que son fils ne\n l'écoutait plus.\n     E n t r e le champ, où disparaissent les morts, et les enfants qui\nsoulèvent sa poussière, les mêmes attaches renouent les hommes\nnouveaux à l'ancienne terre. Joost, se penchant au-dessus des\nsillons, dépensant sa puissance dans l'œuvre de ses muscles,\nétreignait réellement l'image de l'aimée. L'ancien, qui finissait,\nretrouvait dans la trace d'une charrue l'empreinte de sa jeu­\nnesse forte. L e fils et le père ne découvraient pas les concor­\ndances de la vie et du sol. Ils les sentaient à leur insu. E t ,\naujourd'hui, p e n d a n t que le printemps s'éployait, Joost con­\ntemplait l'éclosion tendre du labour, le cœur remué par L i n a\ncomme par la jeunesse éternelle de Mai.\n    Aurait-il surpris et avidement emporté un regard de la\nfemme, si de mystérieuses ardeurs ne s'étaient éveillées, si\nl'atmosphère n'avait longuement frémi?... L'heure sonna dans\nle firmament qu'exaltaient les fragrances, l'haleine sensuelle de\nla plaine et des bois, la miraculeuse puissance d'amour mon­\nt a n t autour des créatures.\n    Joost avait attendu cette matinée, sans le savoir, et il s'aban­\ndonnait à sa langueur, à l'enlacement de ses rayons. L a caresse\ndu ciel glissait un frisson dans ses veines.\n    Joost s'étendit sur la terre.\n    Il saisissait, de sa dextre, une plante de genêt aux épis d'or;\nil enfonçait l'autre main dans le sol.\n     Il dormit.\n    L a journée s'appesantissait, la nue devenait torride. Joost se\nretourna, se coucha à plat ventre. L e flux du soleil était pal­\npable; Joost leva le bras, et il sentit couler la chaleur le long\nde sa peau.\n    T o u t à coup une voix chanta dans le soleil. C'était une voix\nd'homme; on ne pouvait distinguer le sens de ses paroles.\nSeule, l'expression musicale s'élançait à travers la c a m p a g n e ;\nelle révélait une ferveur profonde. Joost l'écoutait, les paupières\ncloses; il berçait l'image de L i n a à ces rythmes harmonieux.\n     U n peu d'ombre s'allongea, puis le ciel brilla de nouveau,\npuis l'ombre revint, et encore une fois elle fut dissipée. Joost\ns'était redressé. Il vit l'horizon envahi par une chaîne de nuages\ncirculaires, qui ruisselaient, en ce moment, sous l'épanouisse­\nment du grand astre.\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                      L'AVEUGLE   FORCE                      211\n\n\n\n   La voix de l'homme se rapprochait. Une rumeur courut au\nbout des plaines, et s'enfla. Le tonnerre grondait. La voix de\nl'homme retentit, plus forte. Un éclair cingla la masse des\nnuées. L'homme apparut. Joost courut à sa rencontre. Il avait\nreconnu l'ami qui, la veille, était près de lui, quand Lina le\nregardait avec des yeux d'amour.\n   Ces rustres se considérèrent. Le bonheur marquait leurs faces\nrugueuses. Ils murmurèrent.\n   — C'est déjà l'été...\n   — C'est déjà l'été...\n   Joost éclata de rire, et l'autre l'imita.\n   — Tu chantais?\n   La tête blonde de Joost se balançait.\n   — Je chantais !\n   Et tous deux lancèrent à la voûte ardente du ciel l'écho de\nleurs voix unies.\n   — Rik?\n  — Joost?\n  — Il n'a jamais fait aussi beau !\n  — Oui, on croirait que le temps de la moisson est proche!...\n  — Tu n'entends pas?\n  — Un orage se prépare.\n  — Comme au mois d'août !\n  Les nuages gagnaient de toutes parts l'orbe du soleil. Les\npaysans s'essuyèrent le visage. Le long du chemin, les genêts\nsemblaient plus lumineux, au fur et à mesure que le ciel s'étei­\ngnait. C'était comme si tout l'éclat de la journée splendide eût\nbrûlé maintenant entre leurs épis d'or.\n  Rik ôta sa casquette et la lança en l'air. Il avait des cheveux\nbruns qui bouclaient sur le front; ses narines s'ouvraient large­\nment, sa bouche paraissait gourmande.\n  Rik reprenait sa chanson, et il improvisait :\n  « J'aime une belle, qui ne rappelle aucune fille... Elle est\nvenue .. Je ne l'attendais point... Nous avons savouré... »\n  Joost, à son tour, rendait spontanément son rêve :\n  « Et moi je l'aimerai jusqu'à la mort, celle qui me revient\nenfin!... »\n  Le tonnerre brisa leurs voix.\n  L'occident se rapprochait dans une flambée rouge. La foudre\ncourut sur le sommet des nuées noires, et l'air fut fracassé.\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "212                         DURENDAL»\n\n\n   Un silence énorme était suspendu à présent. On devinait\nqu'il allait choir avec des violences terribles.\n   Rik brava la crainte. Il serra fébrilement la main de Joost, et\nil dit :\n   — Si tu savais ce qui m'est arrivé hier soir!...\n   Et Joost, dont les nerfs se crispaient sous le ciel électrique et\ndont la langue séchait, lui répondit :\n   — Si tu connaissais mes félicités!\n   Ils se turent. Leurs tempes battaient, leurs gorges se fer­\nmaient. Joost sentait que Lina s'appuyait contre son cœur.\n   Ils eurent soudain les jambes brisées, ils chancelèrent, ils\nfurent ivres; pendant une minute, ils ne recouvrèrent pas leurs\nesprits. L'orage les enveloppait, les soulevait, les chassait. Le\nsoufre empoisonnait, les éclairs aveuglaient, la pluie creva,\nroula avec le tonnerre, et le ciel disparut.\n   Joost et Rik fuirent dans la direction du canal, ils dégringo­\nlèrent le talus. Ils se réfugièrent sous un pont; sa pesante\narmature vibrait ainsi qu'une cloche. Et les paysans se signaient\ncontinûment.\n   Rik, le premier, retrouva la parole. Il remuait les lèvres,\npoussé par une irrésistible impulsion.\n   Joost l'écoutait et haletait. La ralale passait comme le souffle\néperdu de la terre. Toutes les puissances clamaient la colère\net la haine. L'homme vacillait.\n   Rik achevait, en criant :\n   — Et celle qui m'aima hier soir, — tu ne l'as pas deviné? —\ns'appelle Lina!\n   Joost se rua rageusement sur lui. Il le vit tomber, bouche\n ouverte et bras étendus, dans l'eau sombre du canal.\n\n                                               GEORGES VIRBÈS.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                    La Libre Esthétique\n\n                                   Le Salon\n                    J'AI déjà signalé, dans la livraison de mars, le haut intérêt\n                       éducatif et documentaire du Salon actuel de la Libre Esthé-\n                       tique.\n                          L'importante série des paysages de CLAUDE MONET me\n                       paraît y constituer la plus instructive et la plus complète\n                       manifestation des conquêtes de l'Impressionnisme. Mieux\n                       qu'aucun de ses compagnons de luttes, Claude Monet\n                       résume les tendances novatrices du groupe et réalise ses\n                       intentions luministes. Doué d'une merveilleuse finesse de\n vision, d'une sensibilité réceptive exceptionnelle, il analyse magistralement\n les modalités les plus ténues de la couleur dans l'atmosphère. Lentement, il\n s'est constitué une technique spéciale très personnelle, tout à fait adéquate\n à son but. Il est excessif de vouloir discerner dans cette technique l'invention\n de la division du ton, l'application de couleurs non mélangées et les principes\n de la théorie du pointillisme. Même en sa vieillesse, Claude Monet nous\n donne des peintures où le mélange des nuances les plus subtiles se réalise sur\n la palette et s'applique sur la toile selon les recettes classiques. Voyez le ciel\n du tableau intitulé les Nymphies, qui, d'ailleurs, offre les outrances les plus\nbrutales et paraît faussé par l'exagération de recherches jadis si mesurées.\nCe ciel, d'un bleu tendre et violeté fouetté de nuages roses, n'a rien de\nconnexe avec les travaux d'un Luce ou d'un Signac.\n    M. Maus a eu la bonne fortune de réunir une suite chronologique très\ncomplète de toiles types de ces séries où Claude Monet a accumulé de succes­\nsifs documents. Il y a la série des gares, celle des meules, celle des falaises,\ncelle des vues de la Riviera, celle des cathédrales et bien d'autres. Nous\navons sous les yeux des échantillons bien choisis de chacune. Depuis le Filet\nà Pourville, d'un faire si tranquille, si traditionnel, jusqu'aux dernières toiles\nheurtées et comme hésitantes, toute la courbe d'une belle carrière se poursuit\nharmonieuse, avec, au zénith, des œuvres de maturité savoureuse et pro­\nfonde, d'irrécusable sincérité.\n    EDOUARD MANET est représenté avec moins de bonheur. Tous les collec­\ntionneurs ne sont pas accessibles aux sollicitations des organisateurs d'expo-\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "214                                DURENDAL\n\n\nsitions. Egoïsme et tendresse inquiète pour des œuvres chères sont justifiables.\nManet fut u n grand peintre très incomplet. Il formula des affirmations et\nrévéla des aspects de nature inédits en des œuvres insuffisantes, dont la portée\nfut considérable. Il \" tira les marrons du feu \" pour d'autres artistes.\n    L e contingent de la Libre Esthétique révèle plus le Manet qui se réclamait\nde F r a n s Hals que l'audacieux inventeur des plein-air baignés des reflets du\nciel. La convention des ombres brunes, rousses ou même grises est admise à\nl'unanimité, la vérité de certaines ombres bleuâtres ou mauves fut niée malgré\nson évidence. Ce n'est pas le Linge, nonobstant la notoriété de cette toile et la\nfinesse de quelques tons locaux q u i révèle bien nettement le maître du\nDéjeuner sur l'herbe, d'Olympia, d'un Bar aux Folies-Bergère, du Cabaret du père\nLathuile et d'autres pages dont l'apparition suscita des discussions passion­\nnées. L e Portrait d'Antonin Proust n'explique guère les controverses dont il fut\nl'objet. C'est décidément une œuvre faible, malhabile et lourde, d o n t les\nmérites plastiques sont minces et qui n'a rien de révolutionnaire. Le portrait\nde M lle Reichemberg est tout à fait insuffisant et peu digne du peintre. L a\nDame aux éventails est u n e peinture curieuse, très raffinée et de distinction\nréelle, encore que brutale de facture. Il semble que jamais Manet ne sut\nréaliser son vouloir et aller j u s q u ' a u bout de ses intentions. Avec une clair­\nvoyance et un sens artiste rares, il fut, si j'ose me permettre cette irrévérence,\n u n « raté de génie » !\n    C'est, d'ailleurs, le propre de presque tous les grands impressionnistes de\n n'arriver point à la réalisation du chef-d'œuvre intégral. RENOIR a des dons\n de peintre uniques, il est coloriste au sens le plus moderne et le plus raffiné;\n certaines de ses toiles ont la fraîcheur, la pulpe nacrée des pétales de fleurs,\n des ragoûts délicats et savants de valeurs exquisement balancées, mais tou­\nj o u r s le dessin de ses figures est lourd, m o u et sans style, son galbe est ron-\n douillard, vulgaire, et si l'harmonie colorée n'est pas réussie, l'œuvre est\n inexistante. Mais quand elle est heureuse, comme on oublie tout ce qui lui\n m a n q u e pour goûter la séduction ravissante de morceaux tels que la Loge, le\n Portrait de Mme Samary, la Famille Charpentier.\n     L'art de DEGAS n'a rien, ou presque rien, en c o m m u n avec l'art de Claude\n Monet. Si Monet est impressionniste par la notation de la couleur et de la\n lumière, Degas l'est avant tout par la compréhension de la forme et du geste.\n Nul comme lui n'exprime une attitude en faisant entendre qu'elle succède à\n u n e série de mouvements, qu'elle n'est q u ' u n e phase dans une perpétuelle\n transformation et seulement une modalité de la vie d'un être agissant. Il a\n cherché ses modèles de prédilection parmi les créatures remuantes et ryth­\n miques par excellence, 1rs danseuses, les chevaux de courses. Il les a définis\n en traits décisifs, dessinés avec une souple logique, u n style sûr, qui se dissi­\n mule sous u n a p p a r e n t laisser-aller. De telles indications sommaires valent\n  les morceaux d'exécution la plus suivie. Degas a prouvé qu'il est en posses­\n  sion d'un métier capable des plus minutieuses réalisations, voyez sa Savoi-\n  sienne. Mais il est plus lui-même dans ses résumés brefs et condensés, où\n  chaque trait a son éloquence incisive.\n      PISSARO fut un charmant visionnaire, ses paysages délicats et hardie\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                             LA LIBRE        ESTHÉTIQUE                               215\n\n\nservent à d'aucuns pour établir u n e transition entre les impressionnistes et\nles pointillistes. C'est u n e théorie très discutée et q u e l'aspect même de la\ntechnique de ces œuvres réfute... Pissaro a cherché à rendre la nature telle\nqu'il la voyait. L e s pointillistes avouent vouloir interpréter la nature a u\nmoyen d'un procédé scientifique, ils ne se réclament pas de l'observation\nexpérimentale, mais d'une théorie qu'ils appliquent de leur mieux. L e u r\nmétier est d o n c entièrement conventionnel et en cela j'estime qu'ils se sépa­\nrent radicalement de l'impressionnisme et qu'ils n e peuvent continuer sa\ntradition.\n    L e groupe primitif des impressionnistes est encore représenté à la Libre\nEsthétique par B E R T H E MORISOT, disciple d ' E d o u a r d Manet, féminisant et\nblondissant sa vision hardie et d é c o u s u e ; SISLEY, joli interprète naturiste\nassez faiblement représenté; CÉZANNE, dont les natures-mortes étranges\ntémoignent de dons curieux follement mis en œ u v r e .\n    P l u s tard, MARY COSSATT a d h é r a a u m o u v e m e n t , non sans talent, à preuve\nles p a n n e a u x de féminité distinguée qui sont à l'Exposition.\n    GAUGUIN aussi voulut en être. Avec des intentions excellentes, un parti\n pris curieux, il ne réalisa que des œuvres sommaires et informes, véritable\n avortement d'un t e m p é r a m e n t original.\n    Les néo-impressionnistes, ou mieux les Indépendants qui se d o n n e n t eux-\n mêmes pour les descendants de Claude Monet et de Pissaro sont de deux\n sortes bien tranchées. D ' u n e part, SEURAT et les apôtres de la couleur p u r e\n directement appliquée, afin que le mélange des nuances se produise seule­\n ment sur la rétine du spectateur; d'autre part, les idéologues dont MAURICE\n D E N I S semble le chef.\n    On connaît la mysticité fondante de Maurice Denis, ses simplifications\nhiératiques et naïves, sa couleur pâlie de fresquiste, le grand sentiment\nintense et prenant de ses compositions et aussi l'escamotage ingénu qu'il se\npermet devant les difficultés techniques, son mépris pour les conquêtes de\ncinq siècles d'expérience, sa prédilection pour les travaux qui ont préparé\nl'avènement des « Primitifs ». Représenté au Salon triennal par une Mise au\ntombeau de pathétique sincère et d'un rare raffinement coloriste, M. Mau­\nrice Denis est, cette fois, moins heureux. Ses peintures offrent u n aspect\ndésaccordé et morcelé très bizarre.\n    M. Maus a représenté H E N R I DE TOULOUSE-LAUTREC par quelques pages\ncaractéristiques de sa manière amère et violente, où, en admirateur de Degas,\nil a tracé des types accentués de laideur h u m a i n e .\n    De feu VINCENT VAN GOGH, on a exposé des paysages et des fleurs décon­\ncertants, criards et i n h a r m o n i q u e s , d'une discordance totale. Ils forment, à\nl'entrée de l'exposition, u n e décoration d'antichambre après laquelle toute\noutrance semble sage et c o m m e amortie.\n    MM. CH. GUÉHIN et ROUSSEL ne cachent point leur hantise du XVIIIe siècle\nfrançais, le premier fruste et simpliste, le second diffus et pesant.\n   M. D'ESPAGNAT aussi aime W a t t e a u et F r a g o n a r d , il expose un grand pan­\nneau décoratif très composé où certaines harmonies de tons rares ne peuvent\nsauver un ensemble incohérent.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "2l6                                DURENDAL\n\n\n    Chez M. VUILLARD, interprète plus observateur d'une modernité très\npiquante, la recherche de la nuance, de l'échelle des valeurs raffinées, réalise\ndes peintures très personnelles et charmantes. Des petits bouts de nature-\nmorte aux indications tantôt précises et fouillées, et tantôt vagues, sont\nabsolument délicieux.\n    Si nous examinons le groupe qui se réclame de Seurat et exagère de façon\ngênante u n procédé qui chez lui demeure discret, nous rencontrons\nM M . SIGNAC, L U C E , CROSS, dont la conviction me paraît aussi indéniable\nque l'aberration.\n    Chez SEURAT, le procédé donne pour les eaux, les ciels, des effets de\nvibration lumineuse très spéciaux qui constituent u n e réelle conquête\nc o m m e moyen expressif. P o u r les terrains, les arbres, les matières précises,\ncette technique semble ne pouvoir rendre a u c u n e réalité et utilisée par plu­\nsieurs, demeure impersonnelle et mécanique. Déjà les toiles de Seurat,\nempoussiérées et patinées, ont perdu leur fraîcheur, leur vibration.\n    Le procédé en est cause, et cette peinture qui vise avant tout à l'éclat, à la\nlégèreté, à la transparence du ton, devrait être protégée sous des glaces de\ntoutes les fumées et de toutes les salissures qui l'atteignent irrémédiablement.\nA l'encontre des autres tableaux, ceux de Seurat et de ses adeptes perdent\npar l'effet des années leur charme primitif et la « patine » ne leur est pas un\némail, mais un terne amoindrissement.\n    J'ai encore à examiner l'envoi considérable de M. T H É O VAN RYSSELBERG,\nqui, à tous égards, est une exception curieuse d a n s l'ensemble de cette expo­\nsition. Son origine, son éducation académique, ses travaux antérieurs, sa\nconversion au poinlillisme dont il semble qu'il use avec ménagement pour\ntransformer des compositions d'abord préparées selon d'anciennes formules,\nson dessin précis, la crudité criarde de sa vision et l'indéniable talent avec\nlequel il impose sa manière déconcertante de peindre, tout cela le rend\nattrayant, intéressant, respectable, c'est u n e individualité forte et vaillante.\nL e groupe des portraits qu'il intitule Une lecture est, avec tous ses défauts, u n e\nœuvre magistrale qu'il faut saluer, en attendant que l'accoutumance nous\nforce peut-être u n jour à l'admirer. Qui sait...\n                                                                           P.   L.\n\n\n\n\n                        Les Auditions Musicales\n   Au cours de ces auditions, M. Octave Maus s'est attaché à mettre en relief\nle parallélisme qui se manifeste entre le mouvement impressionniste dans la\npeinture et le même mouvement impressionniste dans la musique L a défini­\ntion exacte de ce qu'on entend par impressionnisme a soulevé dans la presse des\npolémiques assez subtiles. Nous croyons qu'un trait c o m m u n de l'impres­\nsionnisme dans la musique comme dans la peinture est u n e prédominance\ntrès caractérisée de la couleur sur la ligne, mais il ne faudrait point cepen­\ndant formuler cette manière de voir d'une manière trop absolue, car des\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                              LA LIBRE ESTHÉTIQUE                                     217\n\n\ndifférences foncières séparent l'esthétique des peintres divers, dont M. Maus\na rassemblé les œuvres en cette exposition synthétique, et l'on peut dire la\nmême chose des compositeurs contemporains, dont les noms figuraient au\np r o g r a m m e de ces quatre auditions.\n    Signalons à la première le quatrième trio pour piano, violon et violoncelle\nde César F r a n c k (Mlle Devos, M M . C h a u m o n t et H a m b o u r g ) , œuvre de fac­\nture ample avec de belles envolées, comme tout ce qu'a écrit César Franck,\nmais que nous ne serions c e p e n d a n t point tenté de placer au premier rang\nde ses productions, à côté n o t a m m e n t de cette sonate p o u r piano et violon,\nu n e des plus belles choses existantes dans le domaine de la musique de\nchambre.\n    Les deux poèmes de Castillon, bien chantés par M. Stéphane Austin, Sonnet\nmélancolique et le Bûcher, sont effectivement empreints d'une mélancolie qui\nsubjugue, et le second est soutenu par u n accompagnement fort curieux.\nCitons encore le touchant Cantique à l'Epouse de Chausson et surtout l'Epitaphe\nde P . de Bréville, qui, au point de vue de la sincérité et de la pureté du senti­\nment, nous a paru être la perle du concert. M. Ricardo Vinès a remarquable­\nment interprété au piano divers petits poèmes descriptifs de Debussy, Ravel\net Séverac. Enfin, la sonate pour piano et violon de Février contient de fort\nbonnes choses, surtout l'Andante cantabile, où le violon de M. C h a u m o n t a fait\nmerveille.\n    N o u s n'avons malheureusement pas pu assister au second concert où s'est\nfait e n t e n d r e M lle Blanche Selva, la grande interprète de Bach.\n    Au troisième concert, citons le Prélude, Fugue et Variations pour orgue-har­\nmonium et piano de César Franck, exécuté par M. Octave Maus et M m e Béon,\nqui y a affirmé sa inaîtrise, de très pittoresques et suggestifs Tableaux de voyage\npour piano de Vincent d'Indy, que M lle M. Devos a su mettre en valeur,\nd'évocatives pièces pour p i a n o à quatre mains de Guy Ropartz, Clocher du soir\net Par les champs, finement rendues par M. Octave Maus et M Ile M. Devos, le\nbeau poème de Vreuls, dont le violoncelle de M. H a m b o u r g a su faire res­\nsortir la poésie, l'air d'Andromède de Lekeu et le Pie Jesu de F a u r é , respective­\nment chantés avec talent par M lle Poirier et M m e Demest, enfin l'intéressant\ntrio de Vincent d ' I n d y pour clarinette, violoncelle et piano, conçu et écrit en\nune forme austère et dans lequel la poésie du Chant élégiaque est plus i m m é ­\ndiatement accessible. Cette œuvre, qu'il faudrait réentendre, a été exécutée\n très correctement, mais d'une façon u n p e u molle.\n    Au quatrième concert, on a entendu le Quatuor de Magnard, nourri d'har­\n monies rares, d'imaginations capricieuses, de dessins curieux et parfois décon­\n certants, intéressant par la hardiesse et l'intransigeance du style. Cette œuvre\n touffue et vétilleuse a été exposée avec u n e clarté et u n e puissance au sujet\n desquelles il faut rendre h o m m a g e au quatuor Z i m m e r .\n    A ce quatuor de Magnard, nous avons beaucoup préféré les trois autres\n n u m é r o s du p r o g r a m m e , les douces Chansons de Bilitis de Claude Debussy,\n baignées de rêve dans un arc-en-ciel de colorations fugitives, chantées à ravir\n par M m e Bathori, qui s'est accompagnée elle-même au piano. Les deux Noc-\n turnes pour piano de T h . Ysaye (première audition) ont été admirablement\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "2l8                              DURENDAL\n\n\njoués par M. Emile Bosquet. Il ne faudrait pas se laisser tromper parce titre\net le prendre dans le sens traditionnel. Les Nocturnes de Th. Ysaye ne sont\npoint des élégies ou des prières, comme les poèmes de Chopin, qui portent\ncette dénomination. Il faut plutôt y voir de fines notations des impressions\nfugaces, des frissons mystérieux et impalpables, qui la nuit font vibrer les\nêtres et les choses. Ces notations sont d'un poète. Le premier Nocturne nous\napparaît comme le vol d'êtres fantastiques froissant l'air nocturne des batte­\nments de leurs ailes frémissantes et s'évanouissant au premier appel matinal\ndes cloches songeuses.\n   La Légende de sainte Cécile d'Ernest Chausson (sainte Cécile, Mme Bathori,\nchœurs et orchestre sous la direction de E. Doehaerd), précieux couronne­\nment de ces auditions, a été certainement une des choses les plus attachantes\nque nous ayons entendu cette année à la Libre Esthétique. La musique de\nscène que Chausson a écrite pour le drame de Maurice Boucher est pleine\nd'élan et de ferveur. Citons comme animés d'une inspiration particulièrement\ncéleste et touchante le Cantique de sainte Cécile, la scène finale et le chœur\nd'anges planant au-dessus des harpes.\n                                                                   G. DE G.\n\n\n\n                             Les Conférences\n    Etait-il nécessaire, dans la permanence même de l'exposition qui fut leur\noccasion, était-il nécessaire que ces conférences, aimable et instructif quatuor,\n fissent passer à la gloire et à l'interprétation des toiles dues à un art, à une\nmodalité tout au moins d'art, la pensée qui les explique et la louange avertie\nqui fixe ou rassure des adhésions encore hésitantes?... Peut-être bien. A\ncoup sûr, il fut utile et intéressant d'entendre M. André Mellerio professer\nsur l'impressionnisme pictural, M. Méderic Dufour divulguer, avec une\nfinesse charmante, le critique que fut Laforgue et rattacher sa littérature à\nla peinture présente, M. Louis Laloy causer, sans autres façons, des mo­\ndernes musiciens de France et proclamer l'existence, toujours si honorable\npour une nation, d'une école française de musique ; d'écouter enfin M. André\nGide dérouler, d'une voix très stylisée, des considérations non dépourvues\nde pessimisme sur le roman et le théâtre.\n    M. ANDRÉ MELLERIO s'occupa de fixer nos idées sur la Peinture impression-\nniste. Avec un souci constant d'être clair, il nous a donné une façon de petit\n  « cours ». Passant en revue les diverses définitions dont on a essayé d'élu­\ncider l'impressionnisme, il les a commentées et illustrées fort intelligemment\net non sans sécheresse. La tâche qu'il s'était fixée ne comportait d'autre\nagrément que de la perspicacité, de l'enchaînement et un jugement raisonné.\nCe sont là les mérites qui rendent bonne et profitable une leçon professorale;\nce sont eux qui rendirent intéressante la parole de M. Mellerio.\n   Grâces soient rendues à M. Méderic Dufour, par qui nous goûtâmes une\nheure rare dans la vie de l'amateur de conférences!... Le professeur de Lille\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                         LA LIBRE      ESTHÉTIQUE                         219\n\n\nnous présenta dans le délicieux poète Laforgue, mort trop jeune pour la gloire\net le profit des lettres françaises, le critique d'art — Laforgue ne subit la\npensée de Taine que pour s'insurger contre elle. L'illustre historien voulait\nformuler en des lois scientifiques la valeur de l'œuvre d'art, créer de façon\nrigoureusement objective la critique artistique, l'asservir à l'importance esthé­\ntique du sujet, la subordonner à sa portée morale. Laforgue rejette tous les\ncanons. Il préfère au nu, réputé antique, l'habillé moderne qu'a drapé,\ncomposé, coupé et chiffonné une si curieuse recherche de raffinement. Enfin,\nhaussant les épaules au contenu moral de l'œuvre d'art, il ne reconnaît\ncelle-ci qu'à condition qu'elle soit intéressante. Répéterons-nous, avec\nM. Méderic Dufour, que pareille esthétique a ruiné celle de Taine ! Gardons-\nnous de tuer trop sommairement les gens, de peur qu'ils ne nous fassent\nla nargue de se porter encore fort bien! Non. Il y a place au vaste\nsoleil de l'art pour toutes les esthétiques et toutes les écoles. Ne voyons\ndans les très sérieuses boutades de Laforgue qu'une réaction nécessaire\ncontre la mésintelligence des principes et des fondements d'une conception\nd'art, qui n'est académique qu'à condition de produire des œuvres inspirées,\nsincères et habiles. Quelques passages des Moralités légendaires, lus exquise­\nment par le conférencier, nous ont fait saisir l'impressionnisme littéraire de\nLaforgue qui consiste, en gros, dans la notation lumineuse et colorée du\n sujet à décrire.\n    M. Louis LALOY nous convia, la semaine suivante, à distinguer dans\nl'ensemble original des musiciens français d'à-présent une véritable école. Elle\ndérive de l'enseignement du grand César Frank, qui éleva avec pureté l'archi­\ntecture savante et hautement inspirée de son œuvre. Elle garde son unité\n dans le souvenir de cet homme, qui fut non seulement un grand artiste,\nmais encore une des plus nobles, modestes et sincères figures du siècle. Elle\n peut se vanter de noms tels que Ducastillon, Lekeu, Chausson, Chabrier,\netc., et surtout reconnaître à sa tête des artistes comme Vincent d'Indy et\n Debussy. M. Laloy exposa lumineusement la manière et l'originalité de\n chacun de ces compositeurs. Mlle Devos fournit des exemples au piano de fort\n agréable façon.\n    La dernière conférence, celle de M. ANDRÉ GIDE eut pour sujet le Théâtre.\n M. André Gide déroula d'une voix châtiée des considérations curieuses.\n Nous nous réservons jusqu'à la parution de sa prose pour reprendre certaines\n de ses idées, qui réclament des réserves expresses. Il y aura lieu, par\n exemple, de relever la conception absolument fausse qu'il se fait du christia­\n nisme dans ses rapports avec le drame. Selon M. Gide, le christianisme, en\n imposant un modèle moral à l'humanité, nivellerait les caractères, et le\n  caractère serait l'unique matière où puiser un drame vraiment « humain,\n  logique et beau ». Faisons remarquer tout l'abstrait de cette idée, qui\n  veut ignorer la merveilleuse puissance dramatique qu'apporte au monde une\n  religion, par le seul fait qu'elle impose de toute sa force morale un idéal\n  difficilement atteignable. Du conflit qui en résulte naîtront des drames,\n  à la fois extérieurs et intérieurs, qui fourniront des tragédies superbes. Sans\n  compter que le christianisme laisse se développer pleinement l'individua-\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "220                            DURENDAL\n\n\n\nlisme de l'artiste, ne met aucune entrave à son génie et ne nivelle nulle­\nment les caractères mais les exhausse jusqu'à l'héroïsme. Le christianisme\nn'a jamais été un obstacle pour le vrai artiste. Il n'a jamais gêné que les\nmédiocres. Il a inspiré de tout temps les plus grands et a engendré des\nœuvres immortelles. Toute l'histoire de l'art est là pour le prouver.\n                                                                   G. B.\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                  Chronique Musicale\n\n  La Grand'Messe de J.-S. Bach au Conservatoire. —\nLa dernière semaine de mars fut une semaine privilégiée. Tandis qu'au Cercle\nArtistique, les fervents du grand art se délectaient aux auditions du Festival\nBeethoven, M. Gevaert faisait exécuter au Conservatoire la Grand'Messe en si\n(Hohe Messe) de Bach. La Hohe Messe est un sommet de l'Art qui atteint et sur­\nplombe même peut-être les élévations où trônent les quelques rares chefs-\nd'œuvre de la musique qui peuvent lui être comparés, la Passion selon saint\nMathieu, la Symphonie avec chœurs, la Missa Solemnis, la Tétralogie du Ring.\nLa structure musicale de cet incomparable poème sacré est si ample, si\nnourrie, si complexe qu'elle éveille invinciblement dans l'esprit la pensée\nd'une architecture grandiose, de quelque cathédrale sublime avec des tours\nsurmontées de flèches symboliques dont la dentelle s'envole glorieusement\nvers les cieux. Si les quatuors de Beethoven racontent l'Humanité, la Hohe\nMesse chante la Divinité en un langage aussi bien approprié, car sa complexité\nn'est qu'apparente et se résout en une formidable impression d'unité, la notion\nà'unité dans l'immensité caractérisant essentiellement l'idée divine. Il serait\ntéméraire de prétendre signaler une préférence pour telle ou telle partie de\ncette messe où rayonnent de toute part les beautés les plus augustes\net les plus profondes. L'interprétation de la Hohe Messe au Conservatoire\na été une merveille de grandeur, et pour cette impression de perfection\ntotale, nous devons remercier tous ceux qui y ont contribué, tant les chœurs\nque l'orchestre, tant les solistes du chant, Mme Flament, MIle Collet,\nMM. Seguin, Henner, que les solistes de l'orchestre, MM. Thomson,\nGuidé, Anthoni, Wotquenne, Desmet, etc., et avant eux tous celui dont la\ndirection savante a été la cheville ouvrière du succès de cette interpréta­\ntion, M. Gevaert.\n   A propos du beau choral varié pour orgue sur le cantique Devant ton trône,\nSeigneur, je me présente, Spitta fait le récit suivant : « Peu de jours avant sa\nmort, le Maître, devenu aveugle depuis six mois, avait encore travaillé avec\nson gendre Altnikol. D'anciens cantiques religieux adaptés à sa situation\nflottaient devant son esprit. Tout préparé à mourir, il voulut encore y trouver\n le sujet d'une œuvre. Il dictait et son gendre écrivait. D'abord il avait\n désigné le choral : Wenn wir in höchsten Nothen sein (Dans notre détresse\n suprême) ; il fit effacer la suscription et choisit le texte : Vor deinen Thron\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "222                                   DURENDAL\n\n\n\ntret'ich (Devant ton trône je me présente). » Ce trait n'éclaire-t-il pas de\nfaçon éloquente la haute personnalité de Jean Sébastien? L u i , dont l'œuvre\nentière atteste la sérénité devant la mort, il éprouva u n instant d'émotion\ndevant le mystère suprême, mais ressaisit bien vite ses esprits et voulut que\nsa dernière parole d'art fut un hommage d'adoration et u n cri d'espérance.\n    Si M. Gevaert l'eût permis, il eût été arrêté à chaque pose par des ovations\naussi enthousiastes que celles dont J o a c h i m était l'objet au Cercle. Mais il\nne l'a pas voulu et il a eu raison. On n'applaudit pas d a n s un temple. Après\nl'audition d'un chef-d'œuve traduisant de façon aussi imposante l'essence\nm ê m e de la Beauté, le vulgaire et conventionnel témoignage d'approbation\nqui se manifeste par des applaudissements n'eut servi qu'à déflorer et à\namoindrir la profondeur de l'impression ressentie.\n    E n écoutant la messe de Bach, nous songions à la parole sublime de\nBeethoven citée dans la dernière livraison de Durendal par notre distingué\ncollaborateur Joseph Ryelandt : « Toute véritable production artiste est indépen-\ndante : elle est plus puissante que l'artiste qui la crée. Elle retourne à sa source, à la\nDivinité, et n'a d'autre rapport avec l'homme que de témoigner de l'intervention divine\n en lui. »\n    Cette manière de voir provoquera sans doute le sourire des g r a n d s philo­\n sophes qui veulent remplacer Dieu par Nietzche et prétendent adorer\n u n i q u e m e n t ce qu'ils appellent la force et l'absolue i n d é p e n d a n c e de la\n conscience et de la volonté h u m a i n e s . Mais leurs sourires n o u s i m p o r t e n t\n fort peu et ce n'est d'ailleurs pas pour eux que nous écrivons.\n\n   Q u a t r i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Il a été u n des plus beaux de l'hiver\net cela tant par la présence au pupitre directorial du capellmeister Steinbach\nque par la collaboration de M m e Mysz-Gmeiner, u n e cantatrice dont la voix\nsuperbe est mise au service d'une compréhension artistique des plus pro­\nfondes.\n   L e concert débutait par u n e exécution vibrante de l'ouverture d'Eléonore\nn° 2 de Beethoven, très rarement jouée et dont Beethoven a ensuite agrandi\net développé le schéma en la magistrale et définitive ouverture d'Eléonore\nn° 3.\n   M. Steinbach, directeur du Conservatoire de Cologne, est u n des plus\nadmirables conducteurs d'orchestre qui ait paru aux concerts de Bruxelles.\nIl unit la fougue de W e i n g a r t n e r à l'intensité de n u a n c e s de Nikisch. La\nmusique de Brahms notamment, sans la supériorité de l'interprétation, reste\nfroide et voilée. Steinbach a su colorer de rayons révélateurs la quatrième\nsymphonie du maître de H a m b o u r g .\n   Cette quatrième s y m p h o n i e est une œuvre grandiose, remarquable par\nl'ampleur de la conception, la fermeté et la précision du dessin, la beauté\naustère et recueillie des pensées qu'on y voit éclore de toute part, c o m m e des\nfleurs graves et songeuses. Et, si nous avions une préférence à exprimer, elle\nviserait l'Andante Moderato, pareil à quelque paysage émouvant, découvert du\nhaut d'un sommet glorieux dans la plaine lointaine, dont les couleurs seraient\namorties par le voile m a u v e d'une buée légère, et dont les lignes seules appa-\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                              223\n\n\nraîtraient, enivrant le regard de leur harmonie exquise. Comme tous les\ngrands poètes, Brahms est essentiellement simple. Chez lui, point de\nrecherche, ni d'ingéniosités de style. Sa musique charme uniquement par la\nsérénité de sa philosophie et par la largeur des horizons qu'elle nous ouvre.\nTelle une vierge qui éblouit le regard de sa beauté seule et refuse fièrement\nde déshonorer les roses de son visage en fleur par le voisinage d'un fard lourd,\nfactice et mensonger.\n   Brahms est la personnalité la plus éminente qui réalise en musique cette\ntendance si prépondérante dans l'expression poétique parnassienne vers la\nBeauté formelle et objective. Les poèmes de Brahms, de même que ceux de\nLeconte de Lisle sont graves, purs et harmonieux comme des marbres\nantiques. Mais faudrait-il cependant dire que cet art et cette poésie sont tota­\nlement exempts d'émotion, qu'ils planent en des sphères supérieures à l'Huma­\nnité, où tous les sentiments qui font battre notre âme sont glacés par le calme\naltier de la vie suprême qui s'y déroule ? Cette manière de voir serait à notre\navis trop exclusive. Il est tel et tel poème de Leconte de Lisle au fond duquel\non sent palpiter une émotion profonde, mais contenue. Il en est souvent de\nmême pour Brahms. Ces poèmes sont des calices d'or, amoureusement\nciselés, mais renfermant parfois aussi une liqueur savoureuse et embaumée.\n   La maîtrise de Steinbach s'est aussi affirmée dans l'interprétation subtile\nde deux pièces délicates de Mozart et de Schubert, la Gavotte de l'opéra\nIdoménée, et le deuxième air de ballet de Rosamonde, et enfin dans l'immortelle\nouverture de Tannhaüser qui a apparu merveilleuse de vie et de grandeur,\navec cette restriction que nous eussions souhaité encore plus de majesté\ndivine dans l'apothéose finale.\n   Mme Mysz-Gmeiner a d'abord chanté l'air de la Clémence de Titus de Mozart,\nmais une des choses les plus impressionnantes du concert a été le lied de\nSchubert, intitulé Die Allmacht (La Toute-Puissance). Si en général les\nharmonies des lieder de Schumann sont plus raffinées et plus pénétrantes que\ncelles des lieder de Schubert, il faut reconnaître d'autre part que lorsque\nSchubert est grand, son essor lyrique atteint des élévations encore supé­\nrieures à celles qu'habite le génie du maître de Zwickau. Considéré en lui-\nmême et sans l'agrandissement de la musique, le poème est de toute beauté.\nLa Toute-Puissance de Jéhovah, dit-il, « tu l'entends sans doute dans les\nmugissements de la Tempête, dans les éclatants appels du torrent de la\nforêt, dans les murmures du feuillage verdoyant, tu la contemples dans\nl'ondoiement des vagues d'or du blé, dans l'émail éblouissant des fleurs\naimables, dans l'illumination du ciel semé d'étoiles. Elle se fait clairement\nentendre dans les roulements du tonnerre et étincelle dans la fuite rapide de\nl'éclair. Cependant cette Toute-Puissance de Jéhovah est encore plus mani­\nfestement écrite dans les battements de ton cœur. Lève ton regard en haut et\nespère en sa bonté et sa miséricorde. Grand est Jéhovah le Seigneur ». Schu­\nbert a écrit sur ce poème une musique où résonnent toutes les voix sublimes\nqui chantent dans la nature et au fond de l'âme humaine. Mme Mysz-Gmeiner\nen a donné une interprétation profondément émouvante, admirable sans\naucune réserve possible. Cette impression a été en nous si vive que nous\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "224                               DURENDAL\n\n\neussions souhaité voir Die Allmacht figurer au programme comme pièce de\ncouronnement plutôt que comme pièce de début. Car les très beaux lieder\nqui ont suivi, dont la céleste Mainacht de Schumann et que Mme Gmeiner a\ninterprété avec un art tout aussi pénétrant, nous ont paru relativement pâles\naprès l'hymne de Schubert.\n\n   Quatrième Concert Populaire. — M. Sylvain Dupuis nous y a\nfait entendre d'abord la Fantaisie-Symphonie en la mineur de Rasse, un des\nmieux doués de nos jeunes compositeurs belges. La Fantaisie-Symphonie de\nRasse est une œuvre très intéressante dont nous avons surtout goûté la pre­\nmière partie d'une si belle ligne mélodique et d'une distinction de style toute\nclassique, et l'Andante Pensieroso, méditation charmeuse toute empreinte de\nrêve et de tendresse.\n    La Symphonie en ut majeur de Paul Dukas est une œuvre vraiment impres­\nsionnante, exubérante de vie, de mouvement et de couleur, renfermant des\nsignifications descriptives, nous semble-t-il, plutôt que psychologiques et\nprofondes. Elle nous apparaît comme un vaste triptyque avec des cieux ora­\ngeux à la Ruysdaël où planerait rapidement le vol de nuages vengeurs sem­\nblables à de noirs oiseaux de tempête, tandis qu'en bas se déroulerait une\n vision formidable et chaotique des grands cataclysmes de la nature primitive,\n avec des éruptions vomissant dans le ciel des flammes colossales et spec­\n trales, et le bruit des torrents géants sonnant dans la montagne comme un\n tonnerre et écrasant de leur masse monstrueuse les vallées transformées en\n abîmes. Au milieu du désarroi de ce drame de la nature, un calme étrange\n lourd des menaces prochaines s'établit soudain et l'on croit percevoir s'échap-\n pant de contrées lointaines et surnaturelles comme des appels mystérieux et\n suppliants.\n    Ce ne sont là que des impressions poétiques éprouvées à l'audition de ce\n poème fougueux et coloré que nous serions anxieux de réentendre et d'ana­\n lyser musicalement de plus près. La Symphonie de Dukas a été magistrale­\n ment exposée par l'orchestre de M. Sylvain Dupuis.\n    M. Joseph Hofmann est un pianiste souverainement charmeur. La\n manière dont il a joué le Concerto en rè mineur d'Antoine Rubinstein est la\n perfection même. Impossible de le rendre avec plus de finesse, de poésie et\n d'envol. Il a joué ensuite de façon exquise le délicieux Nocturne en ré bémol,\n l'Etude en sol bémol et le Scherzo en si mineur de Chopin, puis, au rappel, la Ber-\n ceuse du même auteur. Sa manière d'interpréter Chopin rappelle beaucoup\n par le raffinement de la ciselure du trait pianistique celle de Paderewski à\n ses bons jours. Il faut reconnaître cependant que ces œuvres appartiennent\n  au Chopin gracieux plus qu'au Chopin profond. D'autre part le concerto de\n  Rubinstein n'est qu'une œuvre élégante et aimable. Il serait à souhaiter que\n  M. Joseph Hofmann (que nous espérons réentendre bientôt à Bruxelles) nous\n permît au cours d'un récital de comprendre et de définir plus complètement\n le fond de sa nature de poète et d'artiste.\n     Le concert se terminait par la belle et verveuse ouverture de Gwendoline de\n  Chabrier, brillamment enlevée par l'orchestre des Populaires.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                225\n\n\n   Le Quatuor Joachim au Cercle Artistique. — En l'espace\nde cinq jours, le quatuor Joachim a fait entendre, au Cercle Artistique, les\nseize quatuors à cordes de Beethoven. Pour faire percevoir à l'auditeur les\nbeautés immortelles de l'œuvre géniale, il faut une interprétation géniale.\nTelle a été celle de Joachim et des artistes qui le secondent, Carl Halir\n(second violon), Wirth (alto), Robert Hausman (violoncelle). Elle se\ncaractérise par deux éléments qui rarement se concilient, d'abord la sponta­\nnéité et la personnalité du jeu qui revêt toujours une incomparable poésie, et\nen second lieu le respect religieux de l'œuvre du maître et de l'esprit dans\nlequel elle a été écrite. Par la façon dont ils éclairent et vivifient la pensée de\nBeethoven, notamment dans ses sublimes adagios, on peut dire qu'ils recréent\nl'œuvre et atteignent à cette perfection idéale, qu'on sent ne pouvoir être\ndépassée. Et combien ces purs artistes savent s'oublier et s'effacer volontaire­\nment pour ne laisser planer que l'impression du chef-d'œuvre qu'ils ont mission\nde traduire! Ils s'absorbent dans le recueillement et dans l'extase et le public\nles oublie aussi eux les interprètes, pour écouter seulement la grande âme\nde Beethoven qui pleure, palpite, chante et exulte tour à tour en cette musique\n messagère de l'Infini !\n   Si la série des seize quatuors à cordes de Beethoven est au point de vue\n musical pur la source de délicieuses jouissances, ils impressionnent en outre\npar leur symbolisme foncier, par les significations poétiques qu'ils recèlent.\n On peut y voir une majestueuse synthèse de l'âme et de la vie humaines.\n   Les premiers (op. 18) chantent les candeurs printanières, les espoirs bleus\net infinis de la jeunesse. Les seconds (op. 59, 74, 95) accusent une plénitude\nde vie plus accentuée, célèbrent les profonds bonheurs de la maturité avec la\ncompensation inéluctable de la Douleur, de la sublime grandeur des respon­\nsabilités. Les derniers quatuors représentent une conception encore agrandie\nde l'Humanité, symbolisant en un cadre plus vaste cette période de la vie\nqui effleure la révélation de la Mort. L'expression y est plus recueillie, plus\nconsciente aussi des mystères qui emprisonnent l'existence humaine dans\nune muraille de nuages non tellement épaisse cependant que pour lui dérober\nla vue du point central vers lequel elle gravite.\n   L'interprétation de la vie (vie qui plus tard se simplifiera et s'unifiera dans\nl'évolution ultra-terrestre de notre être futur) est nécessairement complexe et\nn'atteindra dans l'art une expression efficace et véridique qu'en revêtant\nune diversité infinie de langage et d'accent. Sous ce rapport, les derniers\nquatuors de Beethoven sont merveilleux d'intuition pyschologique. En ces\npoèmes grandioses qui s'appellent les quatuors en mi bémol (op. 127), en si\nbémol (op. 130), en ut dièze et en la mineur, voyez quelle alternance conti­\nnuelle d'inspirations et de mouvements divers, et comme l'âme de l'auditeur\nerre sans se fixer jamais entre les pôles opposés de la pensée et du sentiment.\nNéanmoins ce désordre apparent est probablement plus proche de la vérité\npsychologique que l'ordonnance plus classique et harmonieuse des premiers\nquatuors. Vous ne trouverez ici peut-être ni l'intensité douloureuse de l'art de\nChopin, ni la caresse subtile des suaves harmonies de Schumann, ni les\ncélestes enveloppements de Wagner. Mais l'art de Beethoven pénètre encore\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": " 226                                   DURENDAL\n\n\n\n plus avant d a n s les arcanes de notre être intime, il est d'une h u m a n i t é plus\n profonde et par conséquent plus émouvante.\n   Au point de vue musical pur, nous ne saurions attribuer aux derniers qua­\n tuors u n e prééminence absolue sur les premiers. N o u s les admirons également,\nà des titres divers, comme des manifestations différentes du Génie. D a n s les\npremiers, nous nous enivrons du parfum de fleurs mélodieuses cueillies\ndans les plus éblouissants parterres des jardins du ciel et nous goûtons d a n s\nles derniers les harmonies graves et pénétrantes, écho de la s y m p h o n i e\nlatente et mystérieuse que chantent en silence les sphères parsemant l'Infini.\n   L e s auditions inoubliables du quatuor J o a c h i m se sont terminées par une\novation sans fin en l'honneur de J o a c h i m et de ses partenaires. Après q u e\nM. le ministre des Beaux-Arts eut adressé une allocution de reconnaissance\nà l'éminent artiste, S. A. R . Madame la Comtesse de F l a n d r e lui remit, au\nmilieu de l'enthousiasme et de l'émotion générales, l'insigne de C o m m a n d e u r\nde l'Ordre de L é o p o l d .\n   Il convient de remercier h a u t e m e n t le Cercle Artistique et Littéraire de\nBruxelles pour les profondes et exquises jouissances d'art d o n t n o u s lui\nsommes redevables.\n\n     Les Chanteurs de Saint- B o n i f a c e . — L e concert d o n n é par\ncette association, sous la direction de M. H e n r y Carpay, à la salle de la\n G r a n d e - H a r m o n i e , peut compter au n o m b r e des plus complètes et des plus\nartistiques manifestations musicales de cet hiver. Il faudrait citer le\np r o g r a m m e tout entier où figuraient les plus grands noms de la musique\ndepuis le XVIe siècle jusqu'à nos j o u r s . D'abord les deux célèbres motets,\nExultate Deo de Palestrina, et O vos omnes de Vittoria (un chef-d'œuvre) chantés\navec des colorations ravissantes par le groupe de dames a m a t e u r s dont les\nvoix charmantes se fondaient h a r m o n i e u s e m e n t dans l'union la plus expres­\nsive. P u i s deux fragments grandioses d'une messe de R o l a n d de Lassus, une\nde nos gloires nationales, le Benedictus et l'Agnus Dei de la messe Doulce\nMemoyre, u n majestueux motet à cinq voix de Capocci, Recordare Domine.\nM. H e n r y Carpay a droit aux plus chaleureuses et admiratives félicitations\npour le degré de perfection enviable où il a mené la phalange qu'il dirige\navec tant de talent. Cohésion et homogénéité des voix, discrétion et poésie\ndes demi-teintes auxquelles succèdent des effusions ferventes et généreuses,\nmise en lumière du sens intime des poèmes sacrés, tels sont les p r i n c i p a u x\néléments de ces remarquables interprétations qui attestent d'évidents et\nincessants progrès dus au travail et à l'intelligence de leur directeur.\n    Signalons encore au tout premier rang des œuvres interprétées le\nc h œ u r à quatre voix, O Mire de Dieu, d'Edgar T i n e l , où la g r a n d e u r d'un\nVan Dyck semble venir se fondre avec l'élan d'un F r a Angelico.\n    Des artistes de toute première valeur rehaussaient de leur concours cette\nbelle fête d'art. Après avoir dit avec toute l'autorité d o n t il est coutumier\nl'imploration de J o n a s (œuvre intéressante de Carissimi datant du XVII°siècle\net qui était encore i n c o n n u e à Bruxelles), M. Demest a chanté d'un accent\nvéritablement profond et ému auquel venait se marier la prière pénétrante du\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                             CHRONIQUE         MUSICALE                               227\n\n\n\nvioloncelle (M. Jacobs) et de l'orgue (M. De Boeck), le Panis Angelicus de\nCésar F r a n c k , une page e m b a u m é e de suavité mystique. Mlle F l a m e n t a\ndéployé toutes les ressources d'une voix aux opulentes sonorités, d'un art\nà la fois simple, grave et émouvant d a n s l'interprétation de l'air de Serse de\nH a n d e l , dans le très bel Ave Maria de Benoît (avec collaboration de Jacobs)\ndans la Berceuse de B r a h m s , enfin en ce chef-d'œuvre qui entr'ouvre u n e porte\nsur l'Infini, Soleil Couchant de Bach, et d a n s le b e a u chant tragique In questa\ntomba de Beethoven. M. Jacobs nous a j o u é une. sonate de Boccherini, un\nLarghetto de Mozart, un Moment Musical de S c h u b e r t . R a r e m e n t son coup\nd'archet nous a semblé plus a m p l e et plus généreux. N ' o u b l i o n s pas un\nséraphique Alleluia en p l a i n - c h a n t (Office de la Dédicace des Eglises) chanté\npar de j e u n e s g a r ç o n s , p r e n a n t son envol et semblant retentir à travers\nl'éternelle coupole d'azur, ni la chanson néerlandaise Dans la cité du roi David\nharmonisée par F l . Van Duyse, ni enfin deux chansons populaires des\nprovinces françaises harmonisées par J. Tiersot, Le Joli mois de Mai et Voici la\nSaint-Jean, fraîches et naïves c o m m e ces fleurettes blanches ou roses qui au\nprintemps viennent étoiler les prairies.\n  T o u s les morceaux du p r o g r a m m e ont été accueillis par des ovations\nchaleureuses de la part d'un public aussi n o m b r e u x que choisi où l'on remar­\nquait au premier rang S. A. R. M a d a m e la Comtesse de F l a n d r e et S. A. R.\nM a d a m e la Princesse Clémentine.\n\n     R é c i t a l M a r k H a m b o u r g . — L e récital d o n n é par M. Mark\nH a m b o u r g , à la G r a n d e - H a r m o n i e , lui a permis d'affirmer de nouveau la\npuissance de sonorité et la rare aisance de technique, dont il avait fait preuve\nlors de son premier concert avec orchestre, où, n é a n m o i n s , suivant l'impres­\nsion générale (car nous ne l'avons pas e n t e n d u alors), il a été meilleur que\nd a n s son récital.\n    Mark H a m b o u r g a aussi des dons d'interprète qu'il a surtout montrés dans\nle scherzo de la sonate de Beethoven, o p . 3 1 , dans le Prélude et Fugue de Bach\nd a n s le cortège central de la Polonaise en la bémol et dans certaines pièces de\nChopin (les douces), qu'il a jouées avec c h a r m e et distinction, sans toutefois\nen creuser les significations et en dégager complètement la poésie profonde.\nMais là où il a été insuffisant, c'est dans la Fantaisie en ut de S c h u m a n n ,\nu n e des œuvres les plus élevées de la littérature du piano qui avec la Sonate\nen si bémol de Chopin et la Sonate o p . III de Beethoven formerait le\nplus admirable des triptyques, ces trois poèmes remuant u n monde de\npensées et se prêtant l'un comme l'autre aux plus grandioses interprétations\nsymboliques. Mark H a m b o u r g n'a naturellement pas encore la culture poé­\ntique et musicale nécessaire pour pénétrer u n e œuvre de cette envergure dont,\nsous les doigts de Rubinstein, la troisième partie apparaissait comme une\nvision céleste. Mark H a m b o u r g devrait aussi se garer de ces allures ultra-\nvertigineuses (Coda du Scherzo en ut dièze, Prélude en si bémol de Chopin), dont\nle plus clair résultat est de d é c o u r o n n e r l'œuvre de son charme poétique. Ces\nrecords de vitesse désordonnée constituent l'écueil ordinaire des artistes\nencore jeunes, surtout lorsqu'ils sont doués d'une facilité technique aussi\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "228                                DURENDAL\n\n\n\nétonnante que Mark Hambourg. Bref, ce très intéressant artiste a encore\nbeaucoup à apprendre, doit encore beaucoup penser et réfléchir, s'il veut que\ndans l'avenir son nom soit rangé parmi ceux des grands interprètes du piano.\n\n    M . G e o r g e s S a d l e r a donné, avec la collaboration de M. Arthur\nVan Dooren, un récital à la salle Ravenstein. Il a d'abord joué avec l'auteur\nune sonate de Van Dooren pour piano et violon, œuvre distinguée et fort\nbien écrite. Puis une sonate de Veracini (XVIIIe siècle), très intéressante, la\nRomance en fa de Beethoven, un Concertstück de Bernard, différentes pièces\nde Tschaïkowsky, Sarasate, Brahms-Joachim. M. Sadler a interprété toutes\nces œuvres avec une verve chaleureuse, un sentiment intense et très per­\nsonnel. Le jeu de M. Sadler est simple et d'une rare distinction. Le coup\nd'archet est ample, tirant du violon des sonorités tour à tour moelleuses et\nvibrantes. Dans le finale de la Sonate de Veracini, le Concertstück de Ber­\nnard et la Danse Hongroise de Brahms-Joachim, il a fait aussi preuve d'une\ntrès sûre et solide technique. M. Van Dooren a joué avec autorité le Caprice\nsur le Départ d'un ami de Bach, une Novelette de Schumann et la Ballade en\nla bémol de Chopin.\n\n    M m e M y S Z - G m e i n e r a complété et confirmé, au Cercle Artistique, l'im­\npression qu'elle avait produit au Concert Ysaye dans une série de lieder signés\nMarcello, Pergolèse, Buononcini, Durante, Brahms, Schumann, Schubert,\nR. Strauss et Hugo Wolf.\n   On a de nouveau admiré le charme et la puissance de sa voix, particuliè­\nrement dans les registres élevés, son interprétation vivante et chaleureuse\nilluminant les œuvres, en même temps, que sa souplesse de compréhension\net de réalisation se prêtant aux différents styles. A notre avis, elle a été sur­\ntout supérieure dans les Chants de Bohémiens(ZigeunerLieder) de Brahms, œuvres\nqui, pour être comprises et appréciées à toute leur valeur (comme nous le\ndisions tout à l'heure à propos de la Symphonie du même auteur), réclament\nune interprétation supérieure. Mme Gmeiner a dit ce cycle de poèmes tziganes\navec une couleur et un accent admirables.\n   Collaboraient aussi à cette belle soirée musicale un violoniste et un pianiste\ndoués d'un talent très sérieux, MM. Sechiari et Casella, qui, entre autres\nchoses, nous ont fait entendre la sonate pour piano et violon de Saint-Saëns,\nœuvre charmeuse où circule une abondante sève mélodique.\n\n   T r o i s i è m e C o n c e r t C a r p i l . — Il convient de rendre hommage\ndans Durendal à l'initiative de M. Carpil, qui a entrepris de passer en revue, en\nune série de quatre concerts, une partie de l'œuvre trop oubliée de Men­\ndelssohn. Au programme du troisième concert figurait l'ouverture d'Athalie,\nle poème de Lorelei, le Concerto en sol mineur et le Rondo Capriccoso pour piano.\nLa vérité nous oblige à dire que l'interprétation de Lorelei n'était point\nparfaite en tout point. Mais ces imperfections, nous assure-t-on, se rattachent\nà diverses circonstances malheureuses dont on ne saurait sans injustice faire\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                CHRONIQUE MUSICALE                                           229\n\n\nassumer la responsabilité à M. Carpil. L a soliste sur laquelle il avait compté\net qu'il avait préparée lui a fait défaut au dernier m o m e n t . M. Mousset a\ndonné du Concerto et du R o n d o une exécution verveuse, mais trop précipitée,\nà notre avis.\n                                                                 G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nZ e s L i e d e r e n , par E. HULLEBROECK.\n    M. E . Hullebroeck a fait paraître, dans le périodique Het vlaamsche Lied, et\nplus récemment chez l'éditeur F a e s , d'Anvers, u n e suite de six chansons\nflamandes d'un mérite réel. C'est à dessein que je n e désigne pas ces compo­\nsitions du nom de romances, le n o m étant démodé aussi bien que la chose. On\ncontinuera d'appeler r o m a n c e s ces petites pièces de chant à saveur sucrée,\ndont la sentimentalité généralement u n peu fade est très goûtée des je une s\nfilles et des m a m a n s . L e s Allemands préfèrent le lied, qui n'est pas la romance,\net qui a été a d m i r a b l e m e n t exploité par Schubert, S c h u m a n n , B r a h m s , etc.\nLes musiciens flamands, tels que W a e l p u t , Tinel, Mortelmans, se rattachent\nau genre du lied allemand, par l'intimité du sentiment et l'élévation de la\npoésie, où « l'éternel féminin » n'est plus un élément essentiel. L e s F l a m a n d s\nont, du reste, dans le legs des vieilles chansons populaires du XVIe siècle, la\nplus belle veine qui se puisse exploiter, puisqu'elle leur assure u n e origi­\nnalité n o n pas acquise, mais vraiment innée et transmise avec le sang de la\nrace.\n     C'est le caractère que je pense trouver dans les « liederen » de M. H u l l e ­\nbroeck, au moins d a n s les pièces de son recueil, qui me séduisent davantage :\nMooi Grietje, Scheiden, Moederke alleen. (Ces titres, aussi bien que le texte m ê m e ,\nsont intraduisibles. J'en aurai simplement défloré le charme en les appelant :\nJolie Marguerite, S é p a r a t i o n , Petite mère seule. Ce sont, d'ailleurs, de gen­\ntilles perles de poésie, où le sourire finit parfois en sanglot.)\n     M. Hullebroeck a le mérite (il se fait rare) de ne pas se lancer à la pour­\nsuite de l'inédit, de l'extraordinaire, de la vaine subtilité. On sait que les\nartistes n'attrappent le plus souvent, d a n s cette course, que l'extravagant et le\nbizarre.\n    P o u r relever la saveur de sa mélodie, il lui a suffi des accords et des\nr y t h m e s que tout le m o n d e connaît. Ses accompagnements restent volontiers\ndiscrets et complaisants. C h a c u n e de ses pièces est bien construite, offrant\nun sens très clair et d o n n a n t l'impression d'une chose complète. J e ne doute\npas que ces mélodies, d'un sentiment vrai et d'un c h a r m e prenant, ne soient\nvivement goûtées en notre bon pays de F l a n d r e , où il suffit pour plaire d'être\nnaturel et sincère.\n                                                                           F . V. H .\n\n\n\n\n                                            \"V*0\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                         Les Conférences\n\n    M y c è n e s , T i r y n t h e e t C n o S O S . (Conférence de M . H E N R I FRAN­\nCOTTE aux Cours d'art et d'archéologie). — On sait le renouvellement de l'his­\ntoire des origines grecques à la suite des fouilles poursuivies depuis des\nannées, avec un heureux acharnement, dans le sol de la Hellade et en Asie\n Mineure, notamment, pour citer les plus fécondes, par Schliemann et E v a n s .\nT o u t e u n e civilisation, antérieure à l'époque dorienne, a ainsi reparu au jour,\ngrandiose et dont les cités protégées par des remparts cyclopéens, comme\nMycènes, recelaient dans leurs ruines et leurs tombeaux de précieux vestiges\nd'un art apparenté à l'art égyptien et phénicien.\n    M. Francolte s'était d o n n é pour but principal de faire ressortir l'impor­\ntance de ces découvertes au point de vue historique, de les situer, en quelque\nsorte, dans la série des faits admis, p a t e n t s ; et, aussi, de faire voir quelles\nlumières nouvelles elles ont apporté au commentaire des poèmes homériques\ndont les légendes épiques peuvent être tenues, sans conteste, p o u r le reflet,\nb e a u c o u p plus exact qu'on ne le supposait, d'un état social antérieur au\n poète.\n    L e distingué professeur de l'Université de Liége a exposé avec b e a u c o u p\nde science et de méthode les éléments de cette question captivante. Son\n succès a été très vif.\n\n\n    S i e n n e . (Conférence de M. E R N E S T VERLANT aux Cours d'art et d'archéo-\nlogie.) — C'est u n e grande jubilation pour les fervents de l'art et de l'histoire\nitaliens que d'en parler ou d'en entendre parler, et de ressusciter, ainsi, dans\nleur souvenir, la joie des cilés héroïques et éclatantes, l'émotion des œuvres\ninnombrables — l'enivrement de ces fêtes intellectuelles de gloire et de\nbeauté.\n   N o u s songions cela, en écoutant M. Verlant évoquer Sienne dans le\ntumulte de son existence politique, dans la puissance et la suavité de son art\net dans la splendeur, où la force s'allie à l'élégance, de ses édifices.\n   M. Verlant parle u n langage singulièrement a p p r o p r i é à u n e tâche de cette\nsorte; il possède u n style rempli à la fois de relief et de délicatesse et qui\nexcelle à marquer la substance et la caractéristique des choses et des œuvres,\nen même temps que les suggestions de pensée et d'âme que nous recevons de\n celles-ci.\n   Sienne, il l'a fort pertinemment d é m o n t r é , en s'aidant de n o m b r e u s e s pro-\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                                   LES CONFÉRENCES                                          23l\n\n\njections l u m i n e u s e s , Sienne est venue à la perfection de son efflorescence\nd u XIIIE à la p r e m i è r e moitié du XVe siècle, à l'époque de l'érection de ses\nplus s o m p t u e u x et significatifs édifices, tandis que brillaient ses maîtres les\nplus g r a n d s , ceux d u XIVe siècle, à commencer par Duccio, au profit duquel\nles dernières investigations d e la critique t e n d e n t à dépouiller Cimabue, tout\n à la fois de la paternité d e la célèbre Madone de S a n t a Maria Novella et d e\n la priorité dans l'art... mais, il y a matière à controverse, d u reste : il est\n encore des Guelfes p a r m i les italianisants, et q u i aiment Sienne, mais pré­\n fèrent F l o r e n c e ! . . .\n    L a balle et lucide conférence de M. E r n e s t Verlant a été excessivement\n goûtée et le public a témoigné d u plaisir qu'il y avait pris p a r de chaleureux\n applaudissements.\n                                                                         ARNOLD G O F F I N .\n\n\n     B o u d d h i s m e e t C h r i s t i a n i s m e . (Conférence de JULES BOIS aux\nMatinées Littéraires.) — N o n p a s une conférence, mais u n e causerie singuliè­\nrement vivants et sincère. M. Jules Bois, après les travaux approfondis qu'i\na consacrés a u B o u d d h i s m e , après l'étude, dans l'Inde, de cette religion, pou­\nvait se contenter de causer sur ce h a u t sujet, sans cesser u n moment d'être\nprécis, instructif et attachant. C o m m e fort probablement nos lecteurs liront,\ndans u n de nos p r o c h a i n s n u m é r o s , u n article de M. Bois lui-même sur le\nthème improvisé aux Matinées Littéraires, nous nous contenterons d'indiquer\nbrièvement quelques idées principales qui nous ont frappé. L'orateur a\nr e m a r q u a b l e m e n t mis en lumière les traits essentiels du B o u d d h i s m e qui fut,\n600 a n s a v . J . - C , u n e espèce d'Irréligion mystique et fit couler u n e source\nintellectuelle qui alimente m a i n t e n a n t encore l'Europe philosophique et\nscientifique. Chose curieuse, en effet, tandis que l'Occident matériel envahit\nl'Asie, l'Asie elle conquiert la pensée e u r o p é e n n e . L e monisme qui identifie\nd a n s l'origine la matière et l'esprit, le déterminisme qui explique tout par la\nloi de la causalité et se passe de la nécessité d ' u n e création, l'idée de solida­\nrité qui en découle, ne sont-ce p a s là trois pôles principaux de la science\ni n d é p e n d a n t e moderne? E h bien, ces trois g r a n d e s « directions » intellec­\ntuelles sont la base m ê m e d u B o u d d h i s m e . E n somme l'anarchisme, le\ndarwinisme, l'illusionnisme de H e g e l , le pessimisme de S c h o p e n h a ü e r ,\nl'altruisme, l'idée de la science panacée universelle à la douleur universelle,\na u t a n t de systèmes qui plongent leurs racines dans B o u d d h a . Cette partie de\nla causerie de M. Jules Bois fut des plus attachantes et, bien que la brièveté\nd u temps n e lui permit pas les développements qu'elle comportait, il sut\nnous en r e n d r e infiniment instructive la démonstration. N o u s laissons d e\ncôté les traits de la doctrine du B o u d d h a qui sont c o n n u s . M. Jules Bnis voit\nen lui le plus noble et le plus sincère athée qui existât jamais. Mais la consé­\nquence de sa doctrine fut u n désenchantement et, par suite, u n e énervation\nsociale qui dure encore. S o n absence de spiritualisme, son impuissance à\nconcevoir le Divin, son pessimisme i m m a n e n t et sa théorie toute négative\ndu N i r v a n a façonnent l'âme en la d é p r i m a n t et n e conservent la vie qu'en la\nniant.\n                                                                                       G. B .\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "232                               DURENDAL\n\n\n    E m i l e V e r h a e r e n . (Conférence de JULES DESTRÉE au Conserva-\ntoire.) — M. Jules Destrée guidait, le 6 mars dernier, à travers l'œuvre touffue\nd'Emile Verhaeren, le nombreux public des conférences du Conservatoire.\n Il a rappelé, avec l'ironie qu'il faut, ce qu'était la littérature belge aux temps\nbêtes où florissaient Hymans et Potvin; puis, avec l'enthousiasme qui sied\naussi, les jours héroïques de notre Renaissance. Emile Verhaeren marqua, dès\nla première campagne de la Jeune Belgique, parmi les combattants du bon\ncombat. Son oeuvre est aujourd'hui, avec celle de Maurice Maeterlinck, la\nplus glorieuse dont puissent s'enorgueillir les lettres nationales. M. Destrée\nen a caractérisé les trois époques : celle des Flamandes, descriptive et charnelle,\ncorrespondant chez le poète à une période de santé exubérante où triomphe\nl'instinct de la race des Jordaens et des Rubens; celle, ensuite, des Soirs, des\nDébâcles et des Flambeaux noirs, contemporaine d'une crise physiquement\nmaladive dans la vie du poète, et qui se peuple d'hallucinations terribles et\nde cauchemars affolants et qui crie désespérément un pessimisme atroce;\ncelle enfin qu'ouvrent les Campagnes hallucinées, où les idées succèdent aux\nfantômes et où s'affirme un don prodigieux d'évocation symbolique. Le génie\ndu poète, en pleine possession de sa force, s'exalte par les grandes et nobles\nidées : volonté, justice, pitié, bonté. Un philosophe, un moraliste, un\nprofesseur d'énergie se révèlent successivement en ce poète. Verhaeren\napparaît comme la plus puissante personnalité de la poésie française\ncontemporaine.\n    La belle conférence de M. Destrée a été coupée de récitations et de lectures.\nMmes Derboven et Werlemann, MM. Chomé, Boine, Bender, Dewattyne,\nSagehomme et Van Hanswyck nous ont dit, avec talent, un grand nombre\nde poèmes choisis parmi les plus caractéristiques de l'œuvre de Verhaeren.\nA mon goût, cependant, ce sont les admirables Fléaux, des Campagnes hallu-\ncinées, qui ont été lus avec le plus d'émotion compréhensive et de justesse par\nle conférencier lui-même, à qui l'auditoire a témoigné sa gratitude par de\nlongs applaudissements.\n                                                                               D.\n\n   Blanche Rousseau et Marie Closset (Jean Dominique).\n(Conférence d'EDMOND PICARD.) — Parler devant des femmes, et durant deux\nheures d'horloge, en leur imposant ainsi le silence ! leur parler d'une femme\npour en faire l'éloge, et de telle sorte que les assistantes observent un religieux\nsilence et ne songent même pas à regarder en l'air, à étudier, réciproquement,\nles défauts de leur toilette ou à échanger des remarques sur la présence ou\nl'absence de telle ou telle, c'est le tour de force qu'un soir du mois de mars\ndernier, a accompli M. Edmond Picard, en entretenant les membres de\nl'Association pour l'amélioration du sort de la femme, réunis en grand nombre à\nl'hôtel Ravenstein, de notre collaboratrice Mme Blanche Rousseau.\n    M. Picard a parlé, tour à tour, avec bonhomie, avec émotion, avec élo­\nquence, toujours avec l'abandon et le charme de vie et d'imprévu qui lui sont\nhabituels.\n   L'analyse de l'œuvre de Blanche Rousseau, illustrée par la lecture de pages\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                              LES CONFÉRENCES                                   233\n\n\nchoisies dans Nany à la fenêtre, dans Tilette et dans L'Ombre et le Vent, lui a\npermis de faire ressortir les qualités excellentes d'art, de force et de beauté\nessentiellement féminines dont ces livres surabondent, et, spécialement, la\nvivacité précise et colorée de la vision, la notation délicate et fine de petits\nfaits de sensibilité et de sensation, saisis dans leurs nuances et traduits en\nimages pleines de spontanéité et de fraîcheur. Et, aussi, l'originalité foncière\nde ce talent fait de gravité ingénue et d'intimité profonde.\n   M. Picard a terminé, au milieu de chaleureux applaudissements, en\nannonçant qu'il consacrerait, prochainement, une seconde conférence à\nl'oeuvre du poète de l'Ombre des Roses et de la Gaule blanche, Jean Dominique\n(Marie Closset), dont il n'avait pu, faute de temps, parler comme il en avait\nl'intention.\n                                                                       H . D.\n\n   Les Salons littéraires de France. (Cours de M. DU CHASTAIN.)\n— M. du Chastain a continué cette année, à la salle Kevers, ces intéres­\nsantes et instructives conférences sur les Salons littéraires de France. Il avait\npris cette fois pour sujet les Salons du XIXe siècle, passant en revue successi­\nvement ceux de Mme Victor Hugo, de M mc Swetchine, de Mme Daun, de la\nprincesse de Liéven, de la princesse Mathilde, de l'impératrice Eugénie, de\nMmes Beulé, Juliette Lamber, etc., à Bruxelles, de MIIe Benard. Au cours de\nces conférences, M. du Chastain ne s'est pas borné à des croquis brillants et\nobservés du caractère de ces Salons et des personnalités qui les fréquentaient.\nChacune de ses causeries a été de plus, pour le sympathique conférencier,\nl'occasion d'exposer des vues personnelles et nouvelles sur l'esprit prédomi­\nnant de chaque époque, sur le mouvement littéraire et artistique qui a carac­\ntérisé chacune d'elles, sur l'histoire des idées et des mœurs, appréciations\nétayées de lectures attachantes, puisées notamment dans l'œuvre de Feuillet,\nde Veuillot, de Caro, etc. Le cadre restreint dont nous disposons ne nous\npermet pas d'entrer dans des détails. Nous ne pouvons nous empêcher cepen­\ndant de signaler spécialement les remarquables conférences de M. du Chas­\ntain sur ces puissants centres d'influence qu'ont été les Salons de Mme Hugo\net de Mme Swetchine, ce qu'il nous a dit sur la faillite du naturalisme, dont le\nle tort est d'oublier cet axiome élémentaire que si la réalité se trouve dans la boue,\nelle se trouve aussi dans les étoiles, puis les détails touchants et peu connus relatifs\nà la personnalité de M. Caro, dont le livre définitif sur le pessimisme au\nXIXe siècle atteste un philosophe profond et pénétrant, la conférence expli­\nquant les différences radicales d'esprit public et de mœurs qui séparent\nl'Angleterre de la France par rapport au théâtre, conférence au cours de\nlaquelle M. du Chastain a eu l'occasion de préciser des idées bien justes et\nbien belles au sujet de la grande mission du théâtre, au sujet de ce qu'il\ndevrait être et de ce qu'il n'est point. M. du Chastain a terminé par un brillant\nexposé de la Renaissance littéraire en Belgique, marquant, au point de vue\ndes choses théâtrales, l'influence incontestable qu'ont exercé sur la formation\ndu goût du public bruxellois le Salon et les lectures hebdomadaires de\nM,le Bénard. Ces causeries, auxquelles assistait un public choisi, devraient\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "234                               DURENDAL\n\n\nêtre suivies encore davantage. Car, indépendamment de leur valeur intrin­\nsèque, elles n'ont rien de didactique et ont le grand mérite d'instruire en\ncharmant.\n                                                                G. DE G.\n\n   L e F é m i n i s m e a u X V I I I e s i è c l e . —M. HENRI BARBUSSE a donné,\nle 12 mars, dans la salle de l'Exposition de l'Art français, une conférence en\nune langue élégante, fine et délicate comme le siècle qu'elle peignait. Peut-\nêtre le titre de cette causerie, le Féminisme au XVIIIe siècle, n'était-il pas\nexactement approprié au sujet; peut-être aussi regrettera-t-on qu'en dépei­\ngnant la vie extrêmement frivole des grandes dames désœuvrées, le conféren­\ncier n'ait pas mis le public en garde contre une généralisation qui serait\nerronée et injuste envers les femmes de la petite noblesse et de la bourgeoisie.\nCes réserves faites, on ne peut qu'admirer le talent, le charme avec lequel\n M. Barbusse nous a décrit la vie des grandes dames du siècle de Voltaire,\nnous a dépeint le contraste entre les défauts qu'ils affirmèrent dans la prospé­\nrité et les vertus qu'ils pratiquèrent dans l'adversité. Malgré leurs défauts, on\nles aime pour leur joliesse fragile, pour leur goût du beau, pour leur exquise\ndistinction. Quand vint la tempête de 1793, celles qui fuyèrent en exil, sans\nressources, passèrent « de l'inutilité charmante qui est celle des objets d'art\nà la dignité du travail libérateur qui est souvent une espèce de martyre » ;\ncelles qui restèrent dans « l'ancien Eden, devenu l'Enfer, » furent admirables\nde dévouement et de courage et surent mourir avec grandeur.\n                                                                         L. V.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": ""}, {"page_pdf": 281, "texte": "INTERIEUR   RELIGIEUX\n    (RENÉ JANSSENS)\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                 Expositions Éphémères\n\n   L'exposition des œuvres de D E G R E E F a p p a r t e n a n t encore à sa veuve — à\nla Salle Leroy — a ramené l'attention sur ce peintre de race, dont l'œil fut si\nfin et la manière si brutale. U n intense a m o u r de la nature, u n e ferveur de\nsanté robuste et de mélancolie s'allie bizarrement en ces toiles et les rend très\npersonnelles. U n e belle entente de la couleur fut le don principal de cet\nartiste instinctif, si m é c o n n u et si p r é m a t u r é m e n t disparu.\n\n\n\n\n   Des œuvres de M. ARMAND JAMAR ont été exposées à la Galerie Royale.\nMarines, intérieurs, paysages, u n bagage copieux de travailleur vaillant et\nchercheur. Ce jeune artiste s'éparpille u n peu en travaux hâtifs. On voudrait\nle voir condenser ses efforts, éclaircir sa palette de quelques tons convention­\nnels, serrer et préciser sa technique. Il est h e u r e u s e m e n t doué, il a l'instinct\ndes harmonies soutenues. Ses mises en page sont adroites. Il obtiendra des\nsuccès et, s'il travaille avec suite, se rendra maître d'une technique adéquate\nà ses efforts.\n\n\n\n   Au Cercle Artistique de Bruxelles, nous avons eu d'abord M M . FIRMIN BAES\net OMER COPPENS, réexposant plusieurs peintures déjà c o n n u e s . De beaux\nfusains sérieux de M. Baes — toujours influencé par L é o n F r é d é r i c — et des\nintérieurs rustiques de M. Coppens ont été très appréciés.\n   Après eux,   MM.     FERNAND     K H N O F F T , R E N É JANSSENS et CHARLES SAMUEL\nont occupé la galerie. M. JANSSENS avait tenu à grouper, avant leur disper­\nsion définitive, une série copieuse de ces intérieurs, dont il exprime l'intimité\navec tant de ferveur et d'exactitude.\n   M. KHNOFFT n'a exposé que quelques m e n u s dessins, précieux et raffinés\nà son ordinaire. U n e science précise, l'instinct de la forme et des proportions,\nun goût rare et étrange m a r q u e n t les moindres œuvres de ce curieux artiste,\nd'une compréhension esthétique si distinguée.\n   La sculpture de M. SAMUEL n'est point d'un « faire » bien intéressant. Ses\nqualités d'adresse et sa facilité l'apparentent à celle de M. Desenfans. De n o m ­\nbreux bustes-portraits m'ont p a r u satisfaisants sans caractère très saillant.\nU n e jolie statuette « Saint Michel » et une figure tombale de silhouette bien\ntrouvée variaient cet envoi.\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "236                              DURENDAL\n\n\n   Enfin, Mlle ALICE RONNER, MM. JEFFERYS et FICHEFET ont à leur tour\naligné leurs œuvres sur la cimaise du Cercle.MlleALICE RONNER est un\nadmirable peintre, robuste et sain, dont les tableaux de fleurs n'ont rien\nd'indifférent. Je ne sais personne à cette heure qui exprime avec plus de force,\nde variété et de charme des ensembles harmonieux aussi imprévus. Cela est\nmagistral ! L'exécution large et intelligente, la vigueur du ton, la rareté des\nharmonies, le goût des arrangements confèrent à ces peintures une haute\nvaleur d'art. Voilà de vrais morceaux de collection et de musée.\n   Les études sincères de M. JEFFERYS paraissent minces et hâtives, malgré\nleur justesse, à côté de ces somptueux panneaux.\n                                      *\n                                     * *\n\n  Au Cercle Artistique de Gand, trois jeunes, dont la vision est analogue,\nMM. GUSTAVE et LÉON DE SMET et M. MAURICE SYS ont une exposition qui\nvaut mieux qu'une promesse. Ils ont des saveurs de coloris distinguées et\nfortes, ils savent dessiner ; nous pouvons espérer que tous trois compte­\nront dans l'école belge à leur tour. Des noms à retenir.\n                                                                  P. L.\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "      Gazette des Faits et des Livres\n                                                                    Mars 1904.\n\n                  IL faudrait la cascade des adjectifs chers à Mme de Sévigné\n                      pour annoncer et commenter celle nouvelle : la brouille\n                      artistique de M. Edmond Picard et de M. Octave Maus...\n                      Le motif : M. Maus ayant pris l'initiative de faire la\n                      rétrospection de l'impressionnisme, a été amené à\n                    • n'admettre au Salon de la Libre Esthétique — à l'excep­\n                      tion de Théo Van Rysselberghe — que des peintres\n                      français... Gardien de l'âme belge, M. Picard protesta et\n                      même provoqua M. Maus en un meeting contradictoire —\noù la contradiction ne vint pas, au grand regret des amateurs de speechs\npiquants : entendre MM. Picard et Maus se reprocher mutuellement leur\nexclusivisme, c'eût été peu banal et très savoureux.\n   Au fond de cette dispute, il peut n'y avoir qu'un malentendu passager, à\nmoins qu'il n'y ait une divergence profonde de principes.\n   Si, en organisant l'exposition de 1904 telle qu'elle le fut, M. Maus n'a pré­\ntendu que présenter la récapitulation d'une école qui eut sur l'art contempo­\nrain une influence décisive et, en somme, salutaire, tout est bien : le directeur\nde la Libre Esthétique en sera quitte pour faire du Salon prochain le Salon de\nl'art belge et du paysage flamand ; mais si l'exhibition actuelle — comme le\ndit carrément M. Picard — a eu pour objectif d'éclipser les peintres patriaux\nsous la fulgurance du luminisme français, la réclamation se comprend et se\njustifie.\n   Voyons ! voyons : on peut admirer à la fois, n'est-ce pas, Van Rysselberghe\net Claus, Laermans et Maurice Denis. Et d'avoir été se promener au Musée\nmoderne, un tableau pointilliste sous le bras, et d'avoir prétendu, au moyen\nde ce rapprochement, confondre nos maîtres nationaux,voilà un cabotinage de\nsnobs qui n'a rien de peremptoire ! Et M. Picard a eu mille fois raison de le\ndénoncer.\n   N'importe ! Le conflit Picard-Maus a quelque chose d'attristant : il sonne\nprobablement le glas d'une amitié; il disperse deux forces jusqu'ici conver­\ngentes; il met fin à une collaboration qui fut hautement bienfaisante pour\nl'art belge.\n   Le moment serait cruellement choisi pour rappeler à l'un et à l'autre des\nantagonistes que le parli-pris qu'ils s'imputent réciproquement à l'heure\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": " 238                                   DURENDAL\n\n\n\nactuelle, ils en furent peut-être trop prodigues dans le passé vis-à-vis de ceux\nqui osèrent ne pas accepter servilement leur intégral credo artistique. Les\nécrivains de l'école de la Jeune Belgique et les écrivains catholiques ont\néprouvé ce qu'il en coûtait de vouloir annoter de quelques courtoises réserves\nl'évangile esthétique de l'Art moderne. M M . P i c a r d et Maus, auteurs ou\ninspirateurs de l'Encyclopédie de l'art et des lettres belges, ont excommunié leurs\ncontradicteurs — sommairement et sans phrases.\n   Ceux-ci néanmoins n'auront point le mauvais goût de considérer — comme\nune revanche — la présente aventure, mais ils souhaiteront qu'elle se termine\nau plus tôt par une cordiale poignée de main.\n\n                                               *\n                                           *       *\n\n     Barbey d'Aurevilly eût aimé — jusque dans son titre — le livre de M. Wil­\n liam Ritter : Leurs Lys et leurs Roses (1). J u s q u e d a n s son style d u reste, ce\n livre rappelle Barbey et ces outrancières et inquiétantes Diaboliques. C'est bien\n une « diabolique », cette Gisèle de Stopanow, sensitive de dix-huit a n s ,\n marinée dans les perversités de l'imagination et les lascivités de la lecture et\n qui se rue à l'aventure charnelle avec u n débridement de passion qui en fait\n la sœur de l'héroïne du Rideau cramoisi.\n     Q u a n d j ' a u r a i ajouté, qu'aux heures de dévergondage succédèrent, pour\n Gisèle de Stopanow, des heures de repentir, que son châtiment fut p r o p o r ­\n tionné à sa faute, on s apercevra tout de suite que décidément M. Ritter arbore,\n sur la moralité du roman, les mêmes théories que Barbey. L ' a u t e u r de Leurs\n Lys et leurs Roses professe lui aussi, et met en action le droit pour l'écrivain de\n p e i n d r e la vie, fût-ce dans toute sa frénésie, à condition d'en montrer ensuite\n toute la décevante saveur. L'artiste caressera des yeux les fallacieuses beautés\n du fruit, mais il n'oubliera pas de signaler le ver qui ronge le fruit au\n dedans. Boire à la coupe de volupté est permis à l'artiste, s'il a soin de dire\nl'arrière-goût d'amertume et de cendres que laisse dans la b o u c h e le trop\n tentant nectar.\n     Q u e de telles œuvres ne soient point mises à la portée de tous, et que,\nlorsqu'elles paraissent, la consigne soit de tenir à distance les jeunes filles et\nles potaches, cela ne prouvera point que l'auteur ait m a n q u é de conscience\nmorale... P o u r t a n t , il ne faut pas être dupe non plus de ce système de « la fin\nmorale qui justifie les moyens osés » : il est trop facile de se permettre toutes\nles licences sous prétexte qu'on les rachètera par un épilogue bénisseur; et à\nce propos, il est à remarquer que dans b e a u c o u p de livres qui relèvent de\ncette esthétique en dyptique, où le châtiment suit le crime et où la faute\nentraîne le repentir, le p a n n e a u du vice a un autre relief et u n e plus grande\nintensité que le p a n n e a u de la vertu; et c'est souvent q u a n d il devient ermite\nque le diable offre le moins d'intérêt; il en est ainsi encore d a n s Leurs Lys et\nleurs Roses, où l'odyssée amoureuse de Gisèle est traitée par l'auteur avec u n e\n\n\n  ( I ) Paris, Société du Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                    GAZETTE     DES    FAITS   ET DES LIVRES                  239\n\n\n\nvraie maîtrise chaude et colorée, tandis que la « vie simple » où la pécheresse\nse redime paraît une chose forcée, presque truquée, et en tous cas banale —\nà part la confession des deux époux qui termine le volume et dont l'em­\npoignante et humaine vérité donne l'impression d'une page absolument\nbelle !\n   Moins haute en couleurs, la seconde œuvre de M. William Ritter, Fillette\nSlovaque (1), révèle peut-être une plus réelle et plus sûre personnalité. Je crois\nbien que la destinée artistique de M. Ritter le voue moins à de fougueuses\nfresques passionnelles — où entraîné par l'élan il bouscule même la langue\nfrançaise — qu'à des notations simples et pénétrantes de sentiments normaux\néclosant parmi de calmes paysages... Ames blanches en était une preuve;\nFillette Slovaque en est une seconde ; on déguste sans remords ce livre où vit,\nsouffre et aime, une petite âme spontanée d'enfant slave, s'étiolant dans le\nmilieu hostile et froissant de Vienne, et reconquérant sa joie de vivre et sa\nfaculté de sentir parmi l'ambiance, même factice, d'une auberge patriale à\nl'Exposition de Prague... En cela, si facilement résumé, tient toute l'œuvre;\net cette œuvre est naturelle sans effort, et, si ingénue et si puérile presque\nqu'en soit l'intrigue, cette œuvre intéresse et elle émeut, parce que, derrière\nses fragiles péripéties, sourd, frissonnante, toute une race, jalouse de ses\noriginalités et lourde de rancunes historiques... Si Barbey eût savouré Leurs\nLys et leurs Roses, M. Maurice Barrès doit aimer Fillette Slovaque — exquise\ndéracinée du pays du Danube!\n\n\n\n   M. Jacques des Gachons, qui a quelques œuvres déjà à son actif, ne jouit\npoint encore de la notoriété dont le rendent pourtant si digne sa grande pro­\nbité artistique et une finesse sentimentale, rare et exquise... La Maison des\nDames Renoir (2) — son dernier livre — est une œuvre aussi forte qu'ingé­\nnieuse, qui fait penser et qui charme... C'est un roman à thèse — j'allais dire\nà antithèse, l'antithèse de la facile et un peu banale théorie de l'hérédité : le\njeune docteur Maurice Tissier qui, parmi les ambiances fatales d'un passé\nde faiblesses et d'adversités, se crée un foyer pur et heureux, est vraiment un\ntype d'une belle et saine intellectualité... Je lui reprocherais à peine de\ntrop expliquer sa vie, au lieu de simplement la vivre — et de rappeler ainsi\nd'intervalles certains prêcheurs agaçants de Dumas fils et de Bourget... «Nous\nautres, hommes du monde », e t c . . La nuance, dans l'excès de théorisation\ndu héros du livre, est la seule tare, bien légère du reste, de cette Maison des\nDames Renoir, qui, par son cadre vétusté et un peu inquiétant, rappelle les\npénétrantes notations d'existence provinciale que M. René Boylesve renou­\nvela si heureusement dans Mademoiselle Cloque et dans l'Enfant à la Balu-\nstrade... A son tour, M. des Gachons a essayé et a réussi à croquer, avec un\nrelief merveilleux d'images et de traits, des types de petite ville immuables\n\n\n  (1) Paris, Société du Mercure de France.\n  (2) Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "240                                  DURENDAL\n\n\n\nen leurs tics de qualités et de défauts — tandis que tout bouge fiévreusement\nautour d'eux... Tels de ces types, dans l'œuvre dont nous parlons, ont sous le\ncoup du malheur ou de la faute, atteint une grandeur balzacienne, et grâce\nà eux, M. Jacques des Gachons s'est placé du coup au premier rang de\nl'école du jeune roman français.\n\n\n\n    Le divorce — comme toutes les modes même morales — subit actuellement\n un recul. C'est le moment que choisit M. Joséphin Péladan — qui eut tou­\njours la coquetterie des réactions — pour adresser à S. S. Pie IX une inter­\npellation... Le Sâr voudrait la réforme des canons en matière de divorce (1),\net il développe sa proposition en un style grandiloquent, où il y a autant de\nrespect dans la forme que d'impatience dans l'idée.\n   De son côté, M. Georges Fonsegrive, dans un livre (2) qui porte une fois de\nplus la marque de la plus vaillante et de la plus probe intellectualité, entre­\nprend la justification du mariage chrétien et la critique de l'union libre; sur\ncette double matière — envisagée successivement au point de vue historique,\nsocial et moral — l'œuvre de M. Fonsegrive forme un document définitif et\ncomplet, d'une vivante évidence et d'une admirable droiture : l'auteur\nn'ergote ni ne sophise ; il ne craint point les objections, mais les provoque;\nil n'élude point l'erreur, mais la regarde en face; et ses conclusions, basées\nsur de fermes prémisses, s'imposent comme de péremptoires vérités.\n   En regard de cette démonstration d'un philosophe qui est aussi un lettré,\nle factum pompeux de M. Péladan n'a plus que la valeur d'une belle phrase\nsonore et vaine.\n                                                 FIRMIN V A N D E N B O S C H .\n\n\n\n\n (1) Paris, Mercure de France.\n (2) Mariayt   et Union libre; Paris, Pion.\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                       LES LIVRES\n\nLE ROMAN :\nL e P a i n N o i r , roman, par HUBERT KRAINS. — (Paris, Mercure de\n   France.)\n   M. Hubert Krains, qui fut un des collaborateurs de la Jeune Belgiqre, a déjà\npublié trois volumes de nouvelles : Les Bons Parents, Histoires Lunatiques et\nAmours Rustiques.\n   Le Mercure de France vient d'éditer sa quatrième œuvre : Le Pain Noir.\n   Rodenbach fut l'écrivain des Flandres ; Krains est celui du pays de Liége,\nde la Hesbaye et du Condroz. C'est toujours vers les plaines grasses et les\ncollines parfumées de là-bas que retourne sa pensée, et sa plume, mieux que\ntoutes autres, sait nous faire goûter leur charme profond.\n   Ce qui sollicite presque uniquement son étude, c'est la vie des paysans.\nLe Pain Noir — un livre vraiment bien fait — est encore une histoire\nd'humbles de la campagne, de deux braves dont l'auberge est ruinée par un\nchemin de fer, et dont le fils s'en est allé se perdre dans les Villes tentacu-\nlaires; c'est le récit de leurs dernières années de luttes et de misères, et des\ndouloureuses amours de leur nièce.\n   Krains, à la manière de Maupassant, n'explique pas; il expose, il dit sim­\nplement, photographiquement, et sans s'apitoyer jamais, les divers aspects\nde la vie au village : ses rares joies, ses perpétuels combats, ses amertumes\net ses turpitudes. Il n'a un peu de douceur que lorsqu'il peint le paysage, les\nnuances du ciel et celles des champs. Et, toujours, il laisse entendre qu'après\nce qui s'est passé, le monde marchera comme auparavant, sans garder aucun\ntrouble ni se souvenir même des pauvres existences sur lesquelles nous nous\nsommes un moment penchés.\n   Rien ne peut mieux caractériser l'impression que donnent les pages de\nKrains, que les dernières phrases du Pain Noir. Le vieux Jean, dont la\nfemme est morte folle, s'est jeté sous un train.\n   Le train s'est arrêté.\n   « Je crois, dit un voyageur, que nous avons écrasé quelqu'un.\n   » Une femme poussa un cri :\n   » — Mon Dieu 1\n   » Quelques instants après, le même homme, qui avait de nouveau mis la\n» tête à la portière, se rassit en disant :\n   » — Il paraît que c'est un vieillard.\n   » A ce moment, le chef de gare fit un signe au machiniste.\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "242                               DURENDAL\n\n\n    » Un coup de sifflet retentit et le train recommença à rouler dans la nuit\n » étoilée... »\n   Comme chez Maupaseant, ce manque de pitié est parfois douloureux,\n mais il n'empêche pas de reconnaître tout le beau talent dont fait preuve,\n dans son dernier volume, Hubert Krains. C'est, comme ensemble, son œuvre\nla plus considérable. La forme est nerveuse, claire, vivante; les caractères\nsont nets, bien soutenus, et l'odeur de la terre hesbayenne est enveloppante.\nPeut-être l'auteur, qui habite la Suisse depuis plusieurs années, a-t-il une\njoie spéciale à dépeindre plus exactement encore que jadis, pour s'en sou­\nvenir mieux lui-même, le sol auquel reste attaché son cœur.         G. D'A.\n\nL e s M o n s t r e s B e l g e s , par LÉON SOUGUENET. —(Lamberty, éditeur,\n   Bruxelles.)\n   J'ai relu, mon cher Souguenet, cette suite d'articles tour à tour caustiques,\nriants, émouvants, pittoresques. Le Messager de Bruxelles, qui les publia, était\nun joli journal, et vous étiez son brillant chroniqueur. Dans ce pays, la poli­\ntique prime tout. Le Messager, faisant la nique aux tendances solennelles et\nimmuables, mourut, malgré les éloges que lui avait adressés Edmond\nPicard, malgré votre collaboration. Aujourd'hui son esprit ressuscite, et bien\nque les pages de votre livre aient été écrites au jour le jour, selon le caprice\nde l'heure, selon l'actualité, elles gardent leur saveur, elles mêlent sourires\net gravités, avec un même bonheur d'expression. Ceux qui vous connaissent\nbien savent la parfaite sincérité de cette œuvre (le mot n'est pas trop gros) et\nils goûtent ce plaisir charmant de reconnaître, à tout instant, le poète qui\nchanta le Chemin du Soleil, et l'ironiste verveux qui coudoie dans la vie réelle\nun artiste très sensitif.\n   Avez-vous songé qu'en vos promenades, à travers la Belgique, vous consi­\ngniez sur des feuillets légers, un peu de l'histoire de ce pays ? Plus tard,\nbeaucoup plus tard, des hommes viendront qui retrouveront, dans ce livre,\nl'aspect fidèle des choses et des gens de notre époque, fêtes religieuses de\nFlandre, mœurs brabançonnes, croquis de Wallonie, portraits de contempo­\nrains, enfin et surtout, ces impressions profondes et douloureuses, ces admi­\nrables pages consacrées à « la Mort de la Reine ».\n   J'aurais bien dû m'arrêter avec vous à Maredsous, et faire sentir à mes\nlecteurs la valeur du chapitre, où vous exaltez la célèbre abbaye... « La nef\ngothique, toutes voiles dehors, remplie de matelots et de passagers voguant\nsur l'infini, voilà Maredsous. Allez voir Villers, la nef naufragée, incendiée,\nà qui les vagues du temps arrachent chaque jour une épave, vous compren­\ndrez mieux la splendeur du vaisseau vivant. »\n   Devant ces images, mon cher Souguenet, je vous serre la main, en vous\nremerciant...                                                         G. V.\n\nC œ u r s s a i g n a n t s , par SANBORNE GAMA.\n  Il y a dans ce petit volume un mélange assez déconcertant de réalisme et\nde romanesque, d'idéalisme et de sociologie, de talent et de faiblesse qui lui\ndonne un air dégingandé, provisoire et même un peu arbitraire. On y cherche\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                                 LES LIVRES                                 243\n\n\nune dominante..., on ne sait trop si le but de l'auteur fut de nous narrer une\nhistoire d'amour qui eût pu alors être serrée de plus près et dénouée de\nmanière moins déconcertante. Sans doute l'auteur n'a-t-il eu d'autre préoc­\ncupation que de croquer des paysages belges, étudier le mouvement\ndémocrate chrétien, raconter les troubles populaires d'avril, et nous donner\nses observations « inspirées, nous dit-il en sa préface, par les divers\naspects de la vie de cet intéressant et robuste petit peuple (belge) ». Il y\nréussit avec un bonheur inégal. A côté de bonnes pages descriptives, sobres\net justes, détonne un détail qui déplaît...Voici, entre autres, un petit épisode:\nSonia l'héroïne rencontre sur une route des environs d'Ostende un inconnu\nqui n'est autre que le jeune Douglas Arlow, parangon du lord anglais. A eux\ndeux ils secourent une vieille paysanne que la faim abat au bord du chemin,\net, cette bonne œuvre accomplie, comme Sonia passe son châle au jeune\nhomme, trempé d'une chute récente dans un fossé, celui-ci l'accepte pour le\nmotif, lui dit-il, qu' « il aime autant ne pas claquer de la poitrine »! Et\nd'autres dissonances encore, menues. Sous ces réserves, il reste que cette\nhistoire, qui manque certainement de mise au point, se lit avec un intérêt\nd'autant plus vif qu'elle est un aperçu fragmentaire, mais varié, souvent per­\nspicace et parfois heureux de paysages, de mœurs et de caractères belges\nd'à-présent. Il nous révèle un esprit probe cultivé, pénétré d'idéalisme,\ncurieux de notre vie sociale et privée et qui a mis à profit un séjour en\n Belgique que lui valut sans doute un secrétariat d'ambassade. Soyons donc\nreconnaissant à M. Sanborne Gama tout en n'ayant pas « cherché à faire\n une œuvre littéraire », comme il le dit, peut-être trop modestement, au seuil\n de son livre, d'avoir écrit cet essai romanesque et descriptif en somme curieux,\nplein de nobles pensées, de tableaux attachants où il tente, facing the Enigma,\n en face de l'Enigme universelle et éternelle de l'amour, de démêler des desti­\n nées et d'étudier les milieux où elles s'agitent.\n                                                                         G. B.\n\nRécits de la Plaine et de la Montagne, par RENÉ BAZIN. —\n   (Paris, Calmann-Lévy.)\n   Le nouveau livre de René Bazin est une mosaïque d'impressions de\nvoyage, de descriptions de sites, d'esquisses de mœurs locales, d'études\nobservées de types et de caractères. Le talent descriptif de René Bazin\ncompte parmi les plus sincères et les plus fins qui soient actuellement. Les\npaysages émaillant son beau livre ne sont pas alourdis par l'accumulation\nfroide et sèche de détails oiseux et vains, ils sont vivants et émus, chaque\nnuance, chaque trait du tableau étant choisis avec un tact exquis pour pré­\nciser et parfaire l'impression d'ensemble.\n   Le style de René Bazin est sain et fort, se colorant d'une poésie discrète et\nil se rattache à la belle tradition classique. Pour le mouvement du récit et\nl'intérêt des peintures, le Journal de route au bord du Rhône nous plaît tout par­\nticulièrement. Nous citerons encore la Bonne Nouvelle, touchant récit racon­\ntant la poésie du foyer et ces petits chefs-d'œuvre d'émotion domestique à la\nDaudet, intitulés L'Organiste, Le Dernier jour, Un Baptême. René Bazin est à\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "244                                    DURENDAL\n\n\nla fois u n observatenr et u n poêle, dons essentiels qui seuls assurent la vie\naux r o m a n s .                                                  G. DE G.\n\n L e P r e s t i g e , r o m a n , par P A U L ANDRÉ. — (Bruxelles, éditions de la Libre\n   Critique.)\n    Ce nouveau livre de P a u l A n d r é m a r q u e u n e étape considérable d a n s sa\n carrière d'écrivain. On n'en saurait assez louer 1a composition, l'intérêt savam­\nm e n t gradué et les beaux cris de passion. Voici un artiste de nos provinces\nqui, pour la première fois, s'attache trop peu au paysage, à l'ornement du\nstyle, mais va droit vers le dénouement de son récit, en traversant vingt péri­\npéties, et constamment le lecteur est tenu en haleine, car les acteurs du Pres-\ntige « vivent » tous. Ils ont des tares, des vertus, comme les h o m m e s qui n o u s\nentourent. A peine l'un d'entre eux offre-t-il des caractéristiques exagérées,\ntel le personnage de L a r d a n , un traître à la manière des m é l o d r a m e s .\n   N o u s n'exposerons pas le sujet du livre. Il faut que les amis de nos lettres\nnationales lisent cette œuvre variée et é m o u v a n t e . On a si souvent reproché\naux littérateurs belges d'occuper des cimes inaccessibles, le public ne\nd e m a n d a n t que des impressions semblables à celles qu'il pourrait éprouver\nlui-même dans l'existence. L a tentative de P a u l André est nouvelle. Son\nroman, répétons-le, a des qualités d'invention et d'émotion exceptionnelles.\n    N o s éloges ne doivent pas masquer les défauts du livre, sa forme parfois\nlâchée, l'emploi d'expressions locales... Mais ce sont là péchés véniels à côté\n de fortes vertus.\n    E t donc, un vigoureux bravo pour l'auteur du Prestige !                         G. V.\n\nM a r g o t , par EMMANUEL DELBOUSQUET. — (Toulouse, Société provinciale\n   d'Édition).\n   Si le perroquet des Visitandines de Nevers est immortel, p o u r q u o i Mar­\ngot, la pie de M. le curé de Meylan, ne le serait-elle pas? Elle était blanche\net noire, aux yeux narquois, à la queue ironique et preste, toujours pirouet­\ntante avec des cris farouches, jouant de l'éventail qu'étaient ses ailes, caque­\ntant et voletant après des reflets de soleil dans les herbes du jardinet de la\ncure. Elle sautillait, même à l'église, sur les pas de son maître qui la ché­\nrissait de tout son cœur, encore qu'elle lui jouât maint tour pendable, et qui\nl'appelait oiseau du bon Dieu ou du Diable, selon les circonstances joyeuses\nou tristes de leur vie. Elle allait à tout ce qui brille : un rai de soleil d a n s les\nbranches, un vol d'insecte dans la lueur d'un vitrage, u n e glace miroitante,\nde l'or. C'est ce qui la perdit. Certain jour qu'elle avait accompagné son\nmaître chez le T a m a g n a n , elle s'avisa très i m p r u d e m m e n t de happer le louis\nd'or dont M. le curé venait de faire largesse à son paroissien. L e T a m a g n a n ,\nfurieux, sourd aux supplications de l'abbé, tordit le col à la voleuse, lui\nfendit le gésier et reprit sa pistole.\n   Il faut louer M. Delbousquet de n o u s avoir, en des pages si alertes, si\npiquantes et si colorées, conté la vie et la mort de cet oiseau. Si le r o m a n de\nl'agace landaise avait le succès qu'il mérite, bien des gens le liraient.\n                                                                                    M. D .\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                                   LES LIVRES                                   245\n\nL'ART :\n\nF i g u r e s F l o r e n t i n e s . Un vol. grand in-8°, illustré de 63 phototypies,\n   par J. MELOT. — (Bruxelles, Ch. Bulens, éditeur.)\n   L'auteur de ce livre est diplomate, secrétaire de la légation belge auprès\ndu Saint-Siège, et il a consacré les fructueux loisirs de sa fonction officielle à\nétudier l'art et l'histoire du pays où il a le bonheur de vivre. C'est Florence\nqui l'a attiré tout d'abord; et il nous donne, aujourd'hui, en un volume\ncopieusement illustré et publié, avec son luxe et son goût habituel, par notre\nexcellent éditeur Bulens, d'intéressantes pages où il essaie de faire revivre\npour nous quelques-unes de ces physionomies si caractéristiques de moines,\nd'artistes ou d'écrivains dont fourmille l'histoire de la cité de la Fleur.\n    Le livre s'ouvre par quelques chapitres dans lesquels M. Mélot explique\nl'accession lente et insinuante des Médicis au principat de la cité, dépeint la\nsociété lettrée et artistique qui évoluait autour d'eux, indique sommairement\nl'influence que Cosme et Laurent exercèrent sur les progrès de l'humanisme,\nl'infiltration de la tradition antique dans l'art du quattrocento.\n    Dans les chapitres suivants, l'auteur analyse la vie et l'œuvre des moines-\npeintres, Fra Angelico et son frère et médiocre collaborateur, Fra Benedetto;\nFra Bartolommeo; puis celle des moines hommes d'action, saint Antonin et\nSavonarole. Il passe, ensuite, aux diplomates et aux historiens, Leonardo\nBruni, Machiavel et Guichardin, et termine par les artistes florentins, qui\nnous ont laissé des écrits dont on pourrait dire que l'intérêt est en raison\ninverse de la valeur artistique des travaux de leur auteur — Ghiberti, Ben­\nvenuto Cellini et Vasari.\n    M. Melot a habilement usé des sources d'informations abondantes et des\ntravaux considérables qui existent sur l'époque dont il s'est occupé; bien que\nquelques erreurs se soient glissées sous sa plume, il a fait œuvre utile de\nvulgarisation et on lira avec plaisir ce livre écrit non sans élégance et d'au­\ntant plus attrayant qu'il est illustré d'un grand nombre de reproductions\nintelligemment choisies.\n                                                                              A. G.\n\nKoppen en busten. — A a n t e e k e n i n g e n over de                     kunst-\n   b e w e g i n g v a n d e z e n t i j d , door POL D E MONT. — (Brussel,\n   H . Lamertin.)\n   Ce livre, de 438 pages bien remplies, est consacré tout entier aux princi­\npaux artistes modernes de la plastique qui vivent ou ont vécu en Belgique,\npeintres, sculpteurs, dessinateurs, aquafortistes, illustrateurs de livres, etc.,\net à quelques artistes étrangers. Il renferme des études captivantes sur les\nartistes suivants : Alfred Stevens, Willem Linnig Junior, Floris Crabeels,\nAlfred Verwee, A.-J. Heymans, les frères de Vriendt, Jakob Smits, Amédée\nLynen, Alexandre Struys, Alex. Hannotiau, James Ensor, Theo van Rijssel­\nberghe, Ch. Doudelet, Léon Frédéric, Frantz, M. Melchers, Willy Schlo­\nbach, Edmond van Offel, Alb. Baertsoen, Armand Rassenfosse, François\nMaréchal, Armand Heins, Mme de Rudder, H. de Braekeleer, H.-W, Mes-\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "246                                  DURENDAL\n\n\nd a g , Mari J. Bauer, P h i l i p p e Zilcken, Antoon van Welie, H e i n r i c h Vogeler,\nH a n s Schwaiger, Charles Robinson, H o w a r d P y l e , Sascha Schneider. Les\ndeux derniers chapitres du livre renferment les aperçus de l'auteur sur la\nsculpture au Salon triennal de 1893 et sur la situation de notre Art national\nau c o m m e n c e m e n t du XXe siècle.\n    L'érudit très documenté, le connaisseur d'Art doué d'une compréhension\nartistique rare, l'écrivain flamand au style châtié et r e m a r q u a b l e qu'est Pol\nDe Mont, se manifeste d'éclatante manière dans ce beau livre.\n    Ces études sont vivantes, coloriées, bien adaptées à chaque sujet spécial;\nelles sont comme un reflet des beautés analysées en un verbe adéquat à\ncelles-ci. J'ai lu tout le livre avec u n plaisir extrême, et je m'imagine que\nceux qui le liront y trouveront les mêmes joies artistiques qu'il m'a procu­\nrées. L e caractère dominant du livre est la sympathie pour les artistes dont\nil traite et la largeur de vues de son auteur, qu'il révèle à chaque p a g e .\n    Peut-être les préférences de M. De Mont pour tel ou tel artiste ne seront-\nelles pas partagées par chacun ; ses admirations presque générales p o u r ses\n« têtes et ses bustes » n'entraîneront-elles pas tous ses lecteurs; mais il est\ncertain que son livre est u n livre de sincérité, qui échauffe le coeur et qui\nd o n n e à l'âme une sensation de joie.\n    J e le tiens donc pour u n beau et u n bon livre, pour une œuvre que ne p e u ­\nvent oublier de se procurer ceux qui savent le flamand et qui s'intéressent à\ncette chose glorieuse, notre Art national. Ils auront la double jouissance\nd'apprendre à mieux connaître toutes ces figures si intéressantes d'artistes\net de jouir des beautés du style flamand parfait, qui range le poète P o l\nDe Mont parmi les prosateurs flamands les plus justement appréciés.\n                                                                                A. C.\n\nL ' A r t F l a m a n d e t H o l l a n d a i s . — Numéro de Mars. — (Anvers,\n    Buschmann.)\n   C'est toujours avec plaisir que je vois figurer au sommaire de cette belle\nrevue le n o m de MAX ROOSES. Ses articles de critique ou d'histoire de l'art\nsont du plus haut intérêt. Max Rooses est u n critique d'art de première valeur.\nIl a l'instinct du critique et son instinct ne le trompe guère. Outre cela, il a\nu n e énorme érudition. Ses études d'art sont sérieusement écrites. R i e n n'y\nest avancé à la légère. J e doute qu'il soit jamais possible de trouver son éru­\ndition en défaut. Ses études sont claires et nettes. Il continue dans ce numéro\nson travail si vivant et si instructif sur Les dessins des Maîtres flamands; Les\nPetits Maîtres du XVIIe siècle. Au premier rang des peintres de genre par les­\nquels il commence son article, il cite avec raison DAVID T E N I E R S , dont il\nrésume admirablement le talent en ces quelques mots du début : les qualités\nqui distinguent Teniers comme peintre se retrouvent dans ses dessins :\nvivacité et souplesse de la touche, sûreté de la main, élégance qui n'a rien\nde paysan dans sa conception de la vie rustique. Il est frappé par le pitto­\nresque des m œ u r s villageoises, par la drôlerie du visage des c a m p a g n a r d s ,\npar le barriolage de leur accoutrement, par le débridé de leurs réjouissances.\n Il fait ressortir ce qu'ils ont d'attrayant et dissimule ce que leurs habitudes\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                  LES LIVRES                                 247\n\nont de grossier. Ses dessins sont savoureux et élégants. En quelques petits\ntraits de dessin il anime d'une vie intense ses personnages et les scènes où il les\nsituent.\n   Ce numéro de mars, outre cette belle étude de Max Rooses, remarquable­\nment illustrée, contient, entre autres, un article sur les Livres d'images de Nelly\nGodenheym, un bien curieux artiste, fin et spirituel, à en juger par les repro­\nductions qui accompagnent les pages intéressantes de Corn. Veth. H . M.\n\n Le chapiteau byzantin. — Les sarcophages byzantins de\n   R a v e n n e ; deux brochures illustrées, par le chanoine G. VAN DEN\n   GHEYN. — (Anvers, Ve De Backer.)\n    Ravenne est comme le sépulcre poussiéreux, magnifique et triste, d'un\n empire. Elle fait songer à ces prodigieuses capitales de dominations mortes,\n Suse, Babylone, Ninive, Ectabane dont tout a péri sous l'action alternative\n du soleil et des pluies, mais dont le sol a rendu, presque intacts, les restes de\n leurs immenses palais de pierre, avec les colosses majestueux et difformes qui\n leur faisaient des avenues d'épouvante, avec les bas-reliefs et les frises céra­\n miques consacrés à la dure glorification des despotes asiatiques.\n    Ravenne, aussi, sous l'apparence de ses ruines et de son délabrement, dissi­\n mule toute la splendeur accumulée et préservée des jours de sa fastueuse\n prospérité : la merveille byzantine, orfévrie, nuancée, éblouissante de ses\n basiliques et de ses églises, bâties de marbres précieux et parées d'incompa­\n rables mosaïques...\n    Mais d'où est venu cet art, à la fois si grandiose et si minutieux, si délicat\n et si puissant, et dans les tendances hiératiques, l'imagination solennelle, les\n figures imposantes duquel on perçoit la lointaine tradition de l'art des anciens\n empires orientaux, Assyrie, Egypte, Perse ? D'où, avec qui a-t-il abordé la\n terre italique, pour mélanger ses inspirations à celles de l'art romain et, peu\n à peu, subordonner ce dernier et le transformer ? Mais, le christianisme aussi\n était venu d'Orient, et n'était-il pas naturel que ceux qui l'avaient introduit\nen Italie y aient fait prévaloir, en même temps, les formes artistiques et archi­\ntecturales qui avaient déjà acquis un caractère liturgique dans leur pays\n d'origine ?\n    Les fouilles qui se poursuivent sans relâche en Asie Mineure et en d'autres\nrégions font que l'histoire des origines de l'art est en un « perpétuel devenir »,\net il n'y est presque pas de conclusions qui ne doivent être admises « jusqu'à\n plus ample informé ». Ainsi en est-il quant à la question de l'influence de\nl'Orient sur le développement initial de l'art grec et, dans notre ère, sur la\nformation de l'art chrétien.\n   M. le chanoine Van den Gheyn apporte à l'étude de ces questions capitales\ntoute la sagacité à la fois ardente et prudente de sa belle érudition Son travail\nsur le Chapiteau byzantin, notamment, consacré à l'analyse du processus de ce\nmembre caractéristique d'architecture dans les monuments byzantins et à la\ndétermination des éléments helléniques et asiatiques, qui ont concouru à la\nformation de son style, est un véritable modèle de critique perpicace et\nlogique.                                                     ARNOLD GOFFIN,\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "248                               DURENDAL\n\n\nMédailles historiques de Belgique (année 1903), publiées par\n   EDOUARD LALOIRE. — (Bruxelles, Goemaere.)\n   Depuis 1869, le gouvernement belge a chargé la Société royale de numis­\nmatique de faire connaître au public, par la gravure et par un texte explicatif,\nles principales médailles qui voyent le jour dans le pays. Cette publication,\ndont un des membres de la Société a la direction, s'est poursuivie jusqu'ici\nsans interruption par fascicules annuels. Elle a pour titre : Médailles historiques\nde Belgique, et voilà cinq ans que M. Ed. Laloire y préside avec un tact et un\nsoin auxquels nous nous plaisons à rendre hommage. Le dernier fascicule,\nparu fin décembre, reproduit quatorze médailles, œuvres de MM. E.-D. Drye­\npondt, G. Charlier, Ch. Samuel, I. de Rudder, J. Dillens, E. Rombaux,\nL. Dupuis, F. Vermeylen, G. Uevreese et Jean Hérain.\n\nLa médaille-carte de nouvel an, par EDOUARD LALOIRE. —\n  (Bruxelles, Goemaere.)\n  La médaille-carte de visite ! voilà au moins du nouveau et cette nouveauté,\nqui nous vient d'Allemagne et d'Autriche, sera certainement bien accueillie\nde nos médailleurs.\n  Les quelques plaquettes, œuvres de M. Lauer, de Munich, et de M. Pawlik,\nde Vienne, reproduites par M. Laloire, ne manquent pas de mérite, les der­\nnières surtout. Elles ont été faites les unes pour M. le baron A. von\nDachenhausen, de Göttingen, le promoteur de l'idée; les autres pour\nM. Adolphe Bachofen von Echt, un Viennois, grand ami de la médaille. Nous\nsommes assez curieux de savoir si ces messieurs trouveront des imitateurs en\nBelgique. Dans tous les cas, nous devons savoir gré à M. Laloire de nous\navoir fait connaître cette application nouvelle de la médaille à l'accomplisse­\nment d'obligations mondaines.\n                                                                    A. DE W.\n\nA l l e l u i a . — Grand in-folio de 16 pages, illustré de 12 reproductions\n   des primitifs et autres et de deux chromos reproduisant des œuvres de Fra\n   Angelico. —(Bruxelles, Société Saint-Augustin, rue de la Montagne.)\n   La maison d'édition de Saint-Augustin a publié, à l'occasion des fêtes de\nPâques, une grande plaquette de luxe in-folio, qui mérite l'attention et que\nnous recommandons au public. Il faut louer les éditeurs pour la façon intel­\nligente dont ils ont illustré cette publication. Au lieu de donner de vulgaires\nimages dans le genre de celles dites de saint Sulpice,d'un sentimentalisme niais\net d'une exécution absolument antiesthétique, ilsontreproduit quelques-uns des\nplus beaux chefs-d'œuvre des grands maîtres anciens. Et ces reproductions\nsont impeccables. Ils avaient déjà, on se le rappelle, édité une plaquette\nsemblable — disons plutôt un album — car, si mince soient-elles, ces deux\nplaquettes sont vraiment des albums de reproductions d'art — à l'occasion\ndes fêtes de Noël.\n   Voilà de jolis cadeaux à donner en étrennes à l'occasion des fêtes de\nl'Eglise, qui offrent aux artistes des occasions uniques de faire des œuvres\n immortelles. Le texte de ces deux albums, Alleluia et Noël, a été bien choisi\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                                  LES LIVRES                                 249\n\n\net constitue un exquis commentaire des reproductions qu'ils contiennent en\nmême temps qu'un délicieux hommage au Christ de gloire de la Résurrec­\ntion comme à l'Enfant-Dieu de l'humble étable de Bsthléem. Ils sont vrai­\nment jolis, ces deux albums, et nous les recommandons vivement à nos lec­\nteurs.\n                                                                  D. L.\n\nE s q u i s s e s d'art m o n u m e n t a l . I. L'Egypte, par HENRY ROUSSEAU.\n   Un volume illustré. — (Bruxelles, Schepens.)\n   Ainsi que l'explique la préface de l'éditeur, la brochure dont nous avons\ntranscrit le titre ci-dessus est « en quelque sorte le premier chapitre d'un\nouvrage qui a pour objet l'exposé succinct des phases principales de l'histoire\nde l'art monumental, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours ».\n   Ce premier chapitre est tout entier consacré à l'étude de l'architecture\négyptienne, des origines à l'époque de la domination romaine, c'est-à-dire\ndurant une période que l'on peut fixer approximativement à 6,000 ans.\nM. Rousseau s'est efforcé de compléter l'enseignement de son manuel et l'ex­\nposé des phases et transformations de l'art architectural égyptien par les\nnotions géographiques et historiques propres à renseigner complètement le\nlecteur sur l'antique civilisation du Nil. En somme, un bon travail de vulga­\nrisation.\n                                                                       MOSCA.\n\n\nL'imagier André des Gachons, par LÉON BOCQUET. Une brochure\n   illustrée. — (Lille, édition du Beffroi.)\n   Très bonne étude critique sur l'œuvre du jeune artiste français dont le\ntalent, fait d'imagination et de grâce un peu frêles et maniérées, s'est surtout\nsignalé jusqu'à présent par l'ingénieux et délicat commentaire illustré de\ncertaines œuvres littéraires.\n\n\nL'HISTOIRE :\n\nHistoire du moyen âge depuis lachute de l'Empire romain\n jusqu'à la fin de l'époque franque (476-950 après Jésus-\n   C h r i s t ) , par CHARLES MŒLLER, professeur d'histoire générale à l'Uni­\n   versité de Louvajn. — (Deuxième livraison. Louvain. Charles Peeters,\n   éditeur; Paris, A. Fontemoing, libraire, 1898-1904; in-8°, pp. 257-518.)\n   Quand parut la première livraison de cet ouvrage, nous l'avons signalé aux\nlecteurs de Dureudal et, en attirant leur attention sur les intéressants et impor­\ntants sujets qui y étaient traités de maîtresse façon, nous insistions sur le\nrôle évocateur de l'histoire pour l'inspiration de l'artiste.\n   Jusqu'à quel point cette assertion a-t-elle été prise en considération, nous\nl'ignorons. Quoi qu'il en soit, nous la formulerons de nouveau en ce qui\nconcerne la deuxième livraison du beau livre que vient de nous donner\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "250                              DURENDAL\n\n\nM. Charles Mœller. Et, si nous ne nous abusons, l'observation apparaît, cette\nfois, plus suggestive encore.\n    Trois grands faits dominent l'époque étudiée par le savant historien : c'est,\nde 614 à 714, l'élaboration des nations chrétiennes jusqu'à l'invasion des\nArabes, puis, de 661 à 741, les Sarrasins faisant leur première entrée en\nEurope et y développant leurs conquêtes jusqu'à la délivrance par Charles\nMartel, à la bataille de Poitiers; enfin, de 741 à 768, l'Église romaine s'im­\nposant de plus en plus aux nations, non seulement par son autorité spiri­\ntuelle, mais même par son influence politique.\n    Et, sur la trame de ces dramatiques événements, qui ont tous la grandeur\nde l'épopée, que de nobles ou intéressantes figures profilent leurs physiono­\nmies attachantes à des titres divers : le calife Moaviah, Charles Martel, saint\n Boniface, Pépin le Bref, le pape Zacharie, pour n'en citer que quelques-\n uns.\n    On admirera surtout, dans le travail de M. Mœller, la judicieuse et didac­\n tique sobriété de la forme, non toutefois dépourvue d'élégance, unie à une\ngrande fermeté de critique et une remarquable sûreté d'appréciation. C'est là\nle résultat, qui se constate à chaque pas, de la fréquentation habituelle des\n sources et de leur interprétation autorisée. Trop souvent, les ouvrages de ce\ngenre semblent faits de pièces de rapport, soudées avec plus ou moins d'habi­\n leté. Ici, rien de pareil ; on sent l'historien de profession, qui puise à son\npropre fonds, fonds qu'il n'a cessé d'entretenir et de renouveler par l'étude\n persévérante et approfondie.\n    Aussi ne craignons-nous pas d'affirmer que l'Histoire du moyen âge de M. le\n professeur Mœller est un guide sûr, avec lequel on abordera facilement et\nagréablement l'étude d'époques difficiles à élucider, d'événements et d'insti­\ntutions qu'il n'est pas toujours aisé de comprendre ou de pénétrer.\n                                                                        J. G.\n\nN a p o l é o n e t s o n fils, par FRÉDÉRIC MASSON. — (Paris, Ollendorff.)\n   L'ouvrage important que Frédéric Masson, le nouvel académicien, vient\nd'ajouter à ses aînés édifiés sur l'histoire napoléonienne, se lit avec\nl'intérêt d'un roman. Ecrit de façon dramatique et des plus attachantes, il\nparaît solidement documenté, encore qu'il soit regrettable que le lecteur\ndoive s'en tenir à cette supposition par suite de cette espèce de pudeur qui\ntient l'auteur de ne point indiquer les sources. Une pensée maîtresse, pensée\nen somme de parvenu mais transposée en grand, était de guinder l'éducation\nde son fils aux formes, us et coutumes de l'ancienne Monarchie. En faire un\nvrai prince, selon le moule où se formaient les authentiques, les princes de\npar droit divin d'alors, lui apparaissait comme une désirable légitimation du\npauvre duc de Reichstadt. Nous voyons Marie-Louise, grâce à une étiquette\nrenouvelée de l'ancien régime dans sa rigueur augmentée encore, presque\nsans contact avec son enfant. En 1816, il est séparé de sa dernière gouver­\nnante française et dès lors c'est en Autrichien qu'il sera façonné de vivre et\nde penser jusqu'à sa mort si prématurée à laquelle Metternich semblerait\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                                 LES LIVRES                                251\n\n\navoir cauteleusement collaboré sous main. Le livre de M. Masson a beau­\ncoup de mouvement et c'est avec un intérêt toujours soutenu qu'on lit ces\npages curieuses et attractives.\n                                                                G. B.\n\nL e C e n t e n a i r e d u C o d e N a p o l é o n , par THOMAS BRAUN; une bro­\n    chure. — (Bruxelles, Larcier.)\n    Il y a un siècle que Napoléon promulguait le Code qui porte son nom et\ndont il aurait voulu faire, en quelque sorte, la Bible civile, la loi brève et\nintelligible du nouvel Empire. Les rêves de sa volonté victorieuse lui mon­\ntraient cet Empire étendant par le sabre, à l'égal de Rome, la majesté de sa\npaix et l'uniformité de son Droit sur la majeure partie de l'Europe; mais\ncelle-ci n'est restée conquise qu'à ses lois. Dans le discours de rentrée qu'il\navait été chargé de prononcer, au début de l'année judiciaire, devant ses\ncollègues du Jeune Barreau, M. Thomas Braun a cherché, en s'aidant des\ndocuments officiels et des mémoires du temps, à déterminer la part person­\nnelle qui appartient à Napoléon dans les travaux du Conseil d'Etat d'où\nest sorti le Code.\n    En réalité, sa collaboration a laissé peu de traces dans les textes adoptés;\net elle a été presque tout entière dans l'impulsion rapide et décisive qu'il\ndonnait aux délibérations, en se jetant au travers des discussions avec sa per­\nsonnalité autoritaire et géniale, la violence impromptue de son tempérament\n et la véhémence de ses paroles, tantôt triviales, tantôt sublimes, toujours\nchargées de pensée. On pourrait dire qu'il était dans ces débats comme la\n nécessité de conclure.\n    M. Braun a tracé, des séances du Conseil d'État, un tableau attrayant et\n pittoresque, composé avec beaucoup d'art et d'esprit; et tout en louant les\n mérites du Code séculaire, il a, en chrétien et en poète qu'il est, évoqué\n l'avenir où l'amour et la charité seuls inspireraient les législations des\n hommes...\n                                                                         A. G.\n LITTÉRATURE FLAMANDE :\nT a a l e n O p v o e d i n g , door prof. D r G. VERRIEST.— (Antwerpen, Neder­\n   landsche boekhandel.)\n   Les excès déclamatoires de certains « flamingants » ont nui à la vraie et\nbonne-cause flamande chez beaucoup de bons esprits. Je signale à ceux qui\nveulent s'édifier sur la légitimité des revendications flamandes à l'endroit de\nl'instruction et de l'éducation de la jeunesse flamande, le discours remarquable\nprononcé par M. le professeur G. Verriest, de Louvain, à une réunion de\nl'extension universitaire catholique et flamande d'Anvers. Ce discours vient\nd'être édité sous forme de brochure de propagande par le Nederlansche boek-\nhandel d'Anvers sous le titre de : Taal en Opvoeding.\n    M. Verriest ne déclame pas, il expose; il n'exagère pas, il prouve. La thèse\nqu'il développe admirablement dans ce discours, qui est d'une forme littéraire\nexquise, me paraît pouvoir se résumer dans les phrases suivantes de M. Ver-\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "252                               DURENDAL\n\n\nriest : « La langue enrobe l'esprit des peuples. La langue est comme un vête­\nment qui recouvre la pensée, le sentiment, l'action du peuple et qui enserre\ntous ses membres. Elle est un moule, un rappel de l'âme même du peuple qui\nla parle. Le pays et le cœur d'un homme se trouvent peints dans sa langue. »\nCette thèse me paraît si vraie, la conclusion qui en découle si naturelle, que\nje ne conçois pas comment des esprits judicieux et justes peuvent continuer de\ncontrecarrer aveuglément le développement naturel du peuple flamand en\nvoulant le former au moyen d'une langue étrangère.\n   A ce propos, je me rappelle un mot très profond, quoique si simple, que me\ndit un jour un petit vieillard sans instruction, lorsque je lui exposais la loi\nd'égalité des langues qu'on discutait alors à la Chambre : Mijnheer, we zijn\ntoch allemaal Vlaamsche menschen. Hoe wilt men ons dan toch in 't Fransch bestieren !\n« Monsieur, ne sommes-nous pas tous des « gens flamands! » Pourquoi donc\nveut-on nous gouverner en français ?\n                                                                      A. C.\nDIVERS :\nA M. le comte Léon Tolstoï. — Lettre ouverte d'un libre-\n   p e n s e u r . Une brochure. — (Paris, Plon et Nourrit; Saint-Pétersbourg,\n   Zinserling.)\n    « Sachant que les croyances, que je partage avec d'autres fidèles, conjoin­\ntement avec d'autres croyances que je ne partage pas, constituent le corps de\ndoctrines enseignées par l'Église; que cet enseignement sert de soutien\nmoral, de source d'espoirs et de consolations pour d'innombrables humains,\ndans les circonstances les plus pénibles, parfois les plus horribles de la vie, je\nrespecte ce corps de doctrines dans son ensemble et son entier, comme renfer­\nmant les croyances religieuses d'autrui et me garde bien d'y porter atteinte par\nmes actes, discours ou écrits : Je considérerais ce modus operandi comme pro­\nfondément immoral, vu qu'étant une haute affirmation du moi et une entière\nnégation A'autrui, il se trouverait en directe opposition avec la doctrine du\nChrist, basée sur le sentiment de Pitié pour tout ce qui souffre. Comment con­\nciliera-t-on ce sentiment avec la tendance d'anéantir le soutien moral d'autrui\nparce qu'il est dénué de valeur à l'égard de mon moi ? »\n   On peut juger, d'après cet extrait caractéristique, que la qualité que se donne\nl'auteur russe de cette lettre répond, dans son pays, à une réalité. Son œuvre\nest habile, pressante, parfois mordante et met fort bien en lumière les contra­\ndictions dont abonde l'œuvre morale du génial auteur de Résurrection.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                                NOTULES\n\n   L ' a b o n d a n c e d e s m a t i è r e s nous force de renvoyer la suite de\nl'article de J o s e p h R y e l a n d t : Les dernières sonates pour piano de Beethoven, au\nfascicule de m a i .\n                                              ***\n\n   N o s c o l l a b o r a t e u r s poètes jugés à l'étranger. — Nous\nd é c o u p o n s d a n s u n n u m é r o du Journal des Débats, de P a r i s , cette appréciation\ndes œuvres de trois de nos jeunes collaborateurs poètes, d o n t l'un, hélas ! le\nc h a r m a n t et délicieux poète Charles de S p r i m o n t , notre secrétaire de r é d a c ­\ntion, a quitté ce m o n d e avant d'avoir atteint à l'entière et définitive floraison\nde son merveilleux talent :\n    « J'ai reçu d e Belgique des volumes de vers nouveaux que je range dans\nleur ordre d'arrivée : le Livre des bénédictions, de M. T h o m a s B r a u n ; la Rose et\nl'Épée, de M. Charles de Sprimont, et les Jardins clos, de M. Paul Mussche.\n    » On se m o q u e trop volontiers, à P a r i s , entre Montmartre et Montrouge,\navec u n e ironie maligne et u n peu ridicule, d u français des Belges. C'est\nd'ailleurs u n prêté pour u n rendu : les Belges se m o q u e n t à leur tour de\nnotre ironie, et les rieurs sont assez souvent de leur côté. Permettez-moi de\nvous dire que j ' a i , à Bruxelles en B r a b a n t , des amis, que je connais, et\nd'autres amis i n c o n n u s qui parlent et qui écrivent le français comme vous et\nmoi : je le sais par les lettres et par les livres qu'ils veulent bien m'envoyer ;\nje les lis toujours avec u n plaisir reconnaissant.\n    » Il y a des choses exquises dans le Livre des bénédictions, de M. THOMAS\nBRAUN, p o u r qui son frère H e n r i a dessiné des images taillées dans le bois,\ndont quelques-unes sont charmantes de naïveté ingénieuse. Ce Livre des\nbénédictions « selon les prières et les rites de notre mère la sainte Eglise » (en\nvente chez Oscar Schepens, au T r e u r e n b e r g , proche la collégiale des\nSS. Michel et Gudule), est naturellement un livre pieux. J e ne puis pas\nentrer dans toutes les croyances de l'auteur; mais j'entre bien volontiers dans\nses sentiments. C'est une idée touchante et déjà poétique en elle-même que\nd'appeler la bénédiction divine sur les aîtres, les choses et les personnes de\nla maison et de la vie familiales. Cette idée ne date pas d'hier : elle est\nrenouvelée des Grecs, comme presque tout ; vous la trouverez dans l'Odyssée,\nau chant X I I I , q u a n d Ulysse p r e n d congé du bon roi des Phéaciens et de sa\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "254                                    DURENDAL\n\n\n\nvertueuse épouse Azété. « M a d a m e , lui dit-il (traduction du XVIe siècle de\nClaude Boittet, avocat), vous m'avez fait l'honneur de me recevoir chez vous,\nbien que je vous fusse inconnu, en reconnaissance de quoi je supplie les\ndieux immortels qu'ils vous entretiennent en joie et s a n t é . . . demeurant à\njamais en union et amitié avec Alcinous et tous vos enfants... » Vous la\ntrouverez aussi dans Victor H u g o :\n\n                  Mon Dieu, préservez-moi, préservez ceux que j'aime...\n\n    » De là, chez M. T h o m a s B r a u n , toute une litanie de prières, j'allais dire\nde pieuses incantations : la bénédiction de l'anneau nuptial, celle de l'enfant,\nde la maison, du pain, du vin, de la bière, etc., la bénédiction des pèlerins,\ncelle des malades, la bénédiction déprécatoire contre les souris, les taupes,\nles fouines, les vers et autres a n i m a u x nuisibles, et, ce qui est toujours\nd'actualité, ce qui pourrait servir partout, la bénédiction des presses\nd'imprimerie.\n    » Je reprocherai d o u c e m e n t à M. T h o m a s B r a u n certaines licences de p r o ­\nsodie trop moderne, certaines négligences, volontaires, qui ne sont pas\ntoutes heureuses, à mon h u m b l e avis, et contre lesquelles j'oserai lui\nconseiller u n e petite bénédiction déprécatoire ; mais je voudrais pouvoir\nciter ici des vers de lui où la plénitude et la tendresse du sentiment s'expri­\nment très bien dans u n e forme simple et pure qui d o n n e un peu l'idée d'un\nF r a n c i s J a m m e s , catholique et Bruxellois, dont la fantaisie et la saveur ne\nsont pas sans grâce.\n    » L'auteur de la Rose et l'Epèe, CHARLES DE SPRIMONT, que nous présente\nd a n s une préface émue et triste un de ses amis, M. Maurice Dullaert, est un\njeune poète intercepté par la mort en plein avril, q u a n d il commençait à\n donner les plus sérieuses espérances de talent E p r i s du passé, dont il avait\nu n e sorte de nostalgie, très sensible, c o m m e les natures délicates et renfer­\n mées, à tout ce qui fait ici-bas le prix de la vie et repose l'homme de son tra­\n vail ou de sa paine, Charles de Sprimont vivait à la fois dans la légende, dans\n la nature et d a n s la mélancolie. Cette mélancolie, très sincère chez lui et très\n touchante, était-elle u n pressentiment secret de sa fin prochaine ? P e u t - ê t r e .\n On est toujours le poète d'un t e m p é r a m e n t et d'une destinée.\n     » Ces vers sont encore des vers de jeune h o m m e ingénu, sentimental et\n très bien doué, que la vie et l'art auraient m û r i ; mais justement ce qu'ils ont\n d'inachevé, de printanier, si je puis dire, et par conséquent d'incertain\n comme u n e matinée de printemps, fait u n e partie de leur c h a r m e . L a fraî­\n cheur des premiers sentiments qui viennent d'éclore, les premières pensées\n graves et viriles qui commencent à germer dans cette j e u n e tête comme les\n bourgeons qui poussent avant les fruits, la sève choisie, promesse d'épanouis­\n sement et de fécondité, qu'on sent monter dans ce j e u n e arbuste : tout cela\n est intéressant à voir et serait curieux à noter page par p a g e , pour qui vou­\n drait regarder de près les sources de la poésie dans l'adolescence et faire\n l'analyse de ce qu'on appelle la précocité du talent.\n    » J e signale à ce titre — et je pourrais en choisir d'autres — trois pièces\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                                      NOTULES                                    255\n\n\nde ce recueil qui d o n n e n t bien l'idée de la nature et du genre de Charles de\nS p r i m o n t , Sonatine d'octobre :\n\n                    J'ai revu la demeure où je l'ai tant aimée...\nLa Passante :\n                    Quand elle vint à moi par les chemins d'aurore,\n\net A l'Aimée sans amour... D'autres poésies plus longues, dans la seconde\npartie du volume : le Départ de Lohengrin, le Réveil de Brunehilde et surtout\nTristan et Yseult permettent de voir sous u n autre aspect cette j e u n e figure de\npoète pensif qui mérite toutes les sympathies et tous les regrets.\n   » Si je ne me t r o m p e , le caractère c o m m u n entre ces poètes de « la jeune\nBelgique » est u n sens grave de la vie et u n e idée noble de leur art, considéré\npar eux non plus c o m m e u n divertissement et u n jeu d'esprit, mais comme\nune effusion de l'âme et de la pensée. J e retrouve ce caractère, qui est déjà\nune qualité, dans les Jardins clos, de M. P A U L MUSSCHE, dont je m'excuse de\nparler si brièvement. Ce que je préfère d a n s son livre, ce sont les pièces les\nplus simples, les plus intimes, la Chambre, par exemple, et Vain reproche, où\nil nous montre le mieux que ses poèmes sont le reflet et l'écho de sa propre\nvie. On sent là un accent vrai de confidence et d'intimité (je répète le mot à\ndessein, c o m m e u n éloge) qui n e p e u t nous laisser indifférents, et l'art qui\némeut est toujours supérieur à celui qui se contente de plaire. — S. »\n\n                                              *\n\n   La Société des Amis de la Médaille, qui a déjà fait frapper\npour ses m e m b r e s de Belgique et de H o l l a n d e tant de belles médailles, dont\nplusieurs sont de vraies œuvres d'art et certaines même des chefs-d'œuvre,\nvient de distribuer une nouvelle plaquette des plus artistiques. Elle fait le plus\ngrand h o n n e u r à l'artiste, notre grand sculpteur P A U L DUBOIS. N o u s félici­\ntons vivement celui-ci. Il s'affirme du coup et p r e n d rang à côté de De Vreese\nparmi nos meilleurs médailleurs. N o u s félicitons en même temps la Société des\nAmis de la Médaille, qui a c o m m a n d é la plaquette en question. Ce résultat,\najouté aux précédents, prouve à la fois la vitalité et l'utilité de cette société.\nSon but est d'aider les artistes en leur d o n n a n t l'occasion de créer des œuvres.\nElle le poursuit vaillamment, ce but, et le succès avec lequel elle l'atteint est\nu n encouragement à la fois pour elle, pour les artistes et p o u r le public. Aussi\nn'hésitons-nous pas à saisir cette occasion pour engager une fois de plus et\nvivement tous ceux que l'art, si délicat, si noble et si charmant de la médaille\nintéresse, à soutenir cette société en s'inscrivant comme m e m b r e . Jeune\nencore, elle a fait ses preuves. Il est du devoir du public de stimuler son\nadmirable initiative, qui est d'une utilité précieuse et incontestable pour l'art\nvéritable et pour les artistes sérieux.\n   L'objet de la plaquette de M. P a u l Dubois est la commémoration des tra­\nvaux du port de mer de Bruxelles. L'œuvre représente une tête symbolique\nfinement silhouettée d a n s un paysage marin dominé par le Palais de justice.\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "256                                 DURENDAL\n\n\nAu revers, deux braves bateliers halent péniblement leur barque le long du\ncanal. Ce côté de la plaquette est remarquable de tous points. Le sujet est\ntraité avec une sobriété de lignes exquise et les figures en sont merveilleuse­\nment modelées. Encore une fois, toutes nos félicitations à la Société des Amis\nde la Médaille et à l'artiste médailleur.\n                                                                     H . M.\n                                         ***\n\n    L a S o l i t u d e h e u r e u s e . — Notre collaborateur, l'exquis et parfait\n poète, FERNAND SÉVERIN, vient de publier scus ce titre un nouveau recueil\nde poèmes. Avant même de les avoir lus on peut affirmer, sans crainte d'une\ndéception, leur valeur. Car M. Séverin est un vrai poète, sérieux et con­\nsciencieux. Il ne publie ses vers qu'après leur avoir donné le plus haut degré\nde perfection possible. Nous félicitons notre sympathique ami pour cette\nnouvelle œuvre que nous recommandons avec enthousiasme aux amants de\nbelle et saine littérature, à tous les admirateurs de la vraie poésie. Le livre de\nM. Séverin est édité par l'Association des Ecrivains belges, qui a déjà publié des\nanthologies très bien faites d'Edmond Picard, Georges Rodenbach et autres.\n\n                                        ***\n\n\n   La Société Royale des Beaux-Arts a ouvert son onzième Salon,\nsous la présidence de S. A. R. Madame la Comtesse de Flandre, au Musée\nModerne, le samedi g avril. L'exposition est accessible au public tous les jours\nde 10 à 5 heures, jusqu'au 15 mai. Prix d'entrée: 1 franc; le dimanche:\n50 centimes; carte permanente : 5 francs.\n                                     * *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — P . VERLAINE : Poésies religieuses. Préface\nde J.-K. HUYSMANS (Paris, Libr. Vanier, Messein suce). — L. CHABAUD :\nMadame de Miramion (Paris, Lethielleux).— C. MAUCLAIR : La ville lumière\n(Paris, Ollendorf). — P . et V. MARGUERITTE : La Commune (Paris, Plon).\n— A. PROUVOST : L'âme voyageuse (Paris, Maison des Poètes). — K. VAN DEN\nOLVER : Van Stille dinger (Anvers, Van Melle). C. VAN OVERBERGH : Car­\nmélite (Bruxelles, Schepens). — P . L E ROHU : Intègre (Paris, Perrin). —\nG. DUCROCQ : Pauvre et douce Corée (Paris, Champion).\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS- ET DE DÉPOTS\n        ta, Marciié-au-Boia - B R U X E L L E S\n    Dépots de fonds en Comptes Chèques, disponibles à, vue : 1 1 2 p. c. sans commission\n       Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. c\n                        Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                         ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n                rets sur Titres. — Garda de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^WIELEMANS\n                                     FOURNISSEUR DE LA COUR\n           6, 8, 10, 12, Rue du Midi HK BRUXELLES\nUsine à vapeUf, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                   Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                    FABRIQUE E T ATELIERS :\n                               37, Bu© d e l a Charité - BRUXELLES\n                                                      TÉLJtolONE 1947\n                                 Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                               S| écialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                la gravure, l'architecture et le dessin.\n                               RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                      Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Chjcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                    & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Saxe,\n   de Suède et d Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n      Extrait de quelques attestations : « Lne Sonate de Beethoven, une Fantaisie «le Bach parait main\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway K W apner             Le Stem\nway est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoni ]ues\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieil es mains fatiguées du c a\\ier (Frani Liszt) » \\ os\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation unnerse e par leur distinction et e ir\nrésistance A Rubinstein .        Depuis dix ans que je les joue, e me forti ie dans a conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Bu son i            La p enitude, la puis-\nsance, I idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n .1. Paderewski)      Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments Aves-vons\nfait des progrès Ou bien cela tenait il à mon mauvais goût* En tous cas i s sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert         I s sont tellen ent an dessus de toute critique qu nn\néloge même paraîtrait ridieu e Sofia Monter\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ml'SCH, 22i, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "              \" V I E N N E N T IDE F-A.R~A.nTLE :\nLA L É G E N D E DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE f É C R I T E PAR TROIS DE SES\nCOMPAGNONS. — Publiée pour la première fois dans sa véritable intégrité par les\nRR. P P . MARCELLINO DA CIVEZZA et TEOFILO DOMENICHELLI, O. M. Traduction, introduction\net notes d'ARNOLD GOFFIN. — Un vol. in-12                                    fr. 3 50\n        LAMERTIN, éditeur, 2 0 , Marché-au-Bois, Bruxelles.)\nJ F I O R E T T I f L E S P E T I T E S F L E U R S DE LA VIE DU P E T I T PAUVRE DE JÉSUS-\nCHUIST SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Traduction littérale avec introduction et notes.\n— Un vol. in-8°                                                                         fr. 3 00\nI F I O R E T T I f A P P E N D I C E S : CONSIDÉRATIONS SUR LES STIGMATES t VIE DE\nF R È R E J U N I P È R E f V I E E T DOCTRINE DE F R È R E ÉGIDE. — Traduction littérale\navec notes. — Un vol. in-8°, illustré de dix reproductions d'après les fresques du Sacro Con-\nvento, à Assise (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                    fr. 2 50\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8°, illustrée de plusieuis hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                      fr. 1 25\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                           fr. 1 00\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock . — U n vol. in-12                            fr. 3 50\nCHERCHONS L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-12 » 3 50\nL E S GENS DE TIEST, par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant). — Unvol. in-12 » 3 50\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur                                                                 fr. 5 00\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 50\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition         de luxe,\nillustiée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M m Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. 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Indices internes : la Gazette est datée « Mars 1904 » ; les Conférences évoquent des séances de mars (6 mars, 12 mars) ; la Libre Esthétique renvoie à « la livraison de mars » ; les Notules annoncent pour le fascicule de mai la suite de l’article de Joseph Ryelandt et signalent l’ouverture du onzième Salon de la Société Royale des Beaux-Arts le samedi 9 avril.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}