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N* 5.\n\nr\n\n                  REVUE CATHOLIQUE «D'ART\n                  E ^ g E LITTERATURE^\n                                                            ~3n\n\n\n\n\n        B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine de la Société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 309, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4385, "texte": "Domaine de la Société \"1B WESTEPfllSE\n\n                                   LH PLAGE DE WESTEHDE\n                             est située aux bords de la mer du Nord,\n                       entre Ostendo et Kieuport; elle est de sable fin.\n                       Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                       attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                       d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                       le confort à la simplicité dans des conditions très\n                       avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                       le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                       saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                       tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                       munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                       aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                       tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n  Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-       Villas et Cottages\n                       phone, Tramways à vapeur et tramway électrique\n       • VENDRE        d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n                       digue, des avenues, des villas et des cottages.\n    par annuités\n\n\n                               HALLES WESTENDAISES\n                         Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                       villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                       eonserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                       bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                       dans des conditions très avantageuses et sent tou-\n                       jours de premier choix.\n                                                            L,e Wostanrf* Hotvl est ouvert du a-S mat\n                                                            au 28 septembre        Pension de 6 à 16 fr\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                            saison arrangements spéciaux très avan\nWESTEND' HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                            prolongé à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE                                                      rage électrique. Chambres spacieuse*\n                                                                  Ameublement moderne esthétique et\n                                                                        confortable Balcons et Ter-\nTéléphona                                                                 rasses. Salle de musique\n RESKAO                                                                     Salle de billard. Salle de\n                                                                               récréations p* enfants\n                                                                                  Salons de lecture, de\n«IOOELKERKC\n                                                                                         oorrespondan\n                                                                                        ce Cu sin soi\n                                                                                        gnée. Caves re-\n                                                                                         commandées\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avec salon\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques avec toute la Belgique ec les réseaux étrangers voisins\n                                    A. B R U X E L L E S , 5 3 \" , r u e C a p o u i l l e t ;\n     renseignements, sadresseï { j± W E S T E N D E , & l ' A d m i n i s t r a t i o n d o l a\n                                         P l a g e o u a u \"Westexxd'HôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                            1904 — il* Année\n\n\n\n                   Sommaire du n° 5 (Mai)\n\nFBANS. ANSEL. — Henri de Régnier                                      257\nMAURICE LAUZON. — Odes :\n                   A l'amour;\n                   Le conseil ;\n                   A la tristesse                                     268\nHÉLÈNE CANIVET. — Le cuirassé     ,                               .   271\n                    Aube                                              373\nFIRMIN VAN DBN BOSCH. — Albrecht Rodenbach                            1274\nL. DUZAS   Auditions de musique religieuse à Anvers       .   .   .   276\nL'Abbé HENRY MŒLLER. — L'art de la médaille:\n                           L'école française                          280\nARNOLD GotFIN.— Noies sur l'art                                       284\nII. FIEREN8 G E \\ AERT. — Maurice Denis au Vésinet. . .         .     394\nP. L.      Les expositions du mois :\n           Le Salon annuel de la Société Royale des Beaux Arts.       296\n           Les expositions éphémères: M. Richir. — M. Alexandre\n             Marcette. — MM. Emile Charlet et M. Van Damme-\n             Silva.       M. Constant Montald. — M. Eugène\n             Verdyen.— M. Henri Beyaert. — M. E. Blanc-Garin          3oo\nGEORGES DE GOLESCO.            Chronique Musicale :\n           Cinquième Concert Ysnye. — Les Maîtres       Chanteurs\n             et le Crépuscule des Dieux au Théâtre de la Mon-\n             naie.     Mn>* Bréma.     Le choral mixte de M. Léon\n             Soubre. — Sonate pour violon et piano de Joseph\n             Ryelandt                                                 3o3\nLivres et Revues                                                      3o#\nNotules                                                               317\nIllustrations : Les médailles de KOTV, CHAPLAIN et DUPRE.\n                   La Nativité FRANCISCO DI GIORGIO .\n                   Dimanche à Nienport VICTOR GILSOUL .\n                  La tonte des moutons (FRANZ COCRTENS .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "REVUE\n                        DURENDAL\n                     CATHOLIQUE            D'ART       ET DE                 LITTÉRATURE\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 393, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (peur tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à BrunellesJ\n                                P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX FRANZ", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 393, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                          M M . H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y       MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                             Correspondant d* la rédaction à Paris :\n\n                 M. 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JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONBHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     }.-K. HUYSMANS.\n                                                            OSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                     VICTOR KINON.\n      MARIE CLOSSET.                                        GODEFROID KURTH.\n     L'abbé A U G . CUPPENS.                               M. DE LA LAURBNCIB.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNBL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . - C H . LECONTE\n     L e baron JOSÉ DE COPPIN.                             GEORGES MARLOW.\n     GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES MARTBNS.\n     GEORGES DELAUNOY.                                     P A U L MUSSCHB.\n      La comtesse E D . DE LIBDEKERKB.                     EDOUARD N B D .\n     L e baron G. DELLA FAILLE.                            MAURICE OLIVAINT.\n     EUGÈNE DBMOLDER.                                      ERNEST PÉRIER.\n     OLIVIER GEORGES DESTRBE.                              GEORGES RAMAEKBRS.\n     JULES DESTREE.                                        GEORGES RBNCY.\n     Vicomte D'HENNEZEL                                    BLANCHE ROUSSEAU.\n     EDOUARD DUCOTÉ.\n     MAURICE DULLAERT.                                     i OSEPH RYELANDT.\n                                                               ERNAND SÉVERIN.\n\n     t   ESQUIROL.\n      MILE FERMAUD.\n     LAURENT FIBRENS.\n                                                           L'abbé ARMAND THIÉRY.\n                                                           HENRY V A E S .\n                                                           ROBERT VAN DER E L S T .\n     H . FIÉRENS-GEVAERT.                                  CHARLES VAN LERBERGHE.\n     CAMILLE GASPAR.                                       E M I L E VBRHABRBN.\n     IWAN GlLKIN.                                          L'abbé F R . VERHBLST.\n                                                           LÉOPOLD W A L L N E R , e t c . , etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nIl sera rendu compte dans DURENDA     L de tout ouvrage dont Un exemplaire sera envoyé a la Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , m e dn Grand-Cerf, pour la publicité, 2 6 , m e Faider, Bruxelles\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 267, "titre_corps": "Henri de Régnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Henri de Régnier IL y a quelques années à peine", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "Henri de Régnier\n\n                        IL y a quelques années à peine, la foule ne connaissait guères,\n                            de M. H e n r i de Régnier, que son n o m doucement sonore :\n                            ses poèmes n'avaient pas dépassé le cercle étroit de cette\n                           élite, chère à Mallarmé, que forme le très petit n o m b r e de\n                           gens qui, rencontrant la Beauté, la reconnaissent et la\n                           s a l u e n t . . . Mais, depuis lors, M. de Régnier a d o n n é des\n                           contes et des r o m a n s : d'un style plus limpide et d'un sens\n                           plus aisément pénétrable, ils lui valurent la faveur du\n                           public, et leur succès fut cause que se divulgua, dans\nu n e certaine mesure, l'œuvre poétique de leur auteur. Ce que n'avait pu faire\nla h a u t a i n e noblesse d'Aréthuse, le charme léger de la Double Maîtresse le fit :\nainsi, «sur les tréteaux des théâtres de jadis, quelque parade bouffonne attirait\nparfois les b o n n e s gens à l'audition d'un grave mystère. L e masque hilare\nsoulevé, voici que se révèle u n e face de rêve et de tristesse, qui vous confond\nen u n mélancolique ravissement.\n    Le m o m e n t est donc venu d'étudier les poèmes de M. de Régnier, si long­\ntemps ignorés du grand n o m b r e , et que plus d'un, parmi ceux qui me lisent,\nignore sans doute encore, au moins dans leur e n s e m b l e ; aussi bien, le Mer-\ncure de France en a-t-il publié u n e réédition complète en cinq copieux\nvolumes (1).\n    Cette œuvre, si considérable déjà, est peut-être la plus diverse d'inspira­\ntion, la plus nombreuse de forme, la plus « universelle » qu'ait produite la\npoésie française depuis celle de Victor H u g o . Elle évoque à la fois u n e foule\nd'images différentes, qui se confondent dans le souvenir en u n e sorte de\np a n o r a m a grandiose et m o u v e m e n t é . Tantôt, c'est la mer avec ses tritons et\nses sirènes, ses vaisseaux de conquêtes ou de désastres, ses grèves et ses\ngrottes, ses chants et ses sanglots; tantôt, c'est u n e secrète fontaine où se con­\nfronte à soi-même quelque songe taciturne, où vient se mirer pensivement\nquelque destinée blessée, lasse des combats et des inutiles triomphes. Ici,\nc'est la forêt avec ses mille feuillages qui ont chacun leur r u m e u r propre,\navec son ombre et son soleil, ses faunes et ses dryades, ses m u r m u r e s et ses\n\n\n   (1) I Premiers poèmes (Les Lendemains; Apaisement; Sites; Episodes; Sonnets).—\nII. Poimes (Poèmes anciens et romanesques; Tel qu'en Songe). — I I I . Les Jeux rustiques\net divins ( A r é t h u s e ) . — IV. Les Médailles d'argile. — V. La Cité des Eaux. — Chaque\nvolume, 3 fr. 50.\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3683, "texte": "258                                      DURENDAL\n\n\n é c h o s ; plus loin, c'est un c h a m p solitaire où le soc d'une charrue se heurte\n à u n glaive rouillé; plus loin encore, c'est un jardin symétrique et p o m p e u x ,\n aux allées bordées de « buis méticuleux », aux étangs immobiles, où se reflète\nla blancheur silencieuse des statues. L à , un temple en ruines s'élève sur un\npromontoire battu des flots, et des simulacres mutilés gisent é p a r s ; ailleurs,\nc'est un tombeau, dont les pas de la foule oublièrent le chemin, et qui s'orne\ntristement de guirlandes effeuillées et d'inscriptions à demi effacées. P u i s ,\nvoici u n palais désert qu'anime seul le souvenir des fastes évanouis; ou bien,\nun morne château aux portes verrouillées, où nulle présence h u m a i n e ne se\ndouble plus aux miroirs, où les portraits des ancêtres semblent continuer ce\nqui fut le rêve de leurs vies... Ces images, — j ' e n oublie, et des meilleures!\n et la traduction que je d o n n e de celles que j ' a i retenues n'est qu'approxima­\n tive, — ces images, multipliées et répétées d'un b o u t à l'autre de l'œuvre, font\napercevoir que l'art de M. de Régnier est, pour une large part, décoratif et\narchitectural; mais il faut songer qu'il ne s'agit ici que de symboles ou, si\nvous voulez, de « signes sensibles » aptes à exprimer la pensée du poète. Or,\ncette pensée est, à son tour, diverse comme le m o n d e : les sources où elle\ns'abreuve sont la N a t u r e , le Mythe, la L é g e n d e , l'Histoire, le S o n g e , l'Amour;\nc'est à la fois tout le mystère et toute la réalité de la vie, toutes les fictions et\ntoutes les apparences, tout le rêve et toute l'aventure, — enfin, toute la gloire\net toute la misère h u m a i n e s . P a r ses racines, la poésie de M. de Régnier\nplonge au plus profond du passé ; par ses rameaux et par ses fleurs, elle aspire\net résorbe en elle les plus vivants souffles et les plus fraîches lumières des\ntemps présents. U n e telle dualité, est-il besoin de le dire, suffit à lui conférer\nu n e originalité puissante.\n     Considérée en son ensemble, l'œuvre de M. H e n r i de Régnier développe\nces proportions harmonieuses qui sont, sans doute, le plus h a u t degré de\nl'art; elle est, dans ses apparentes contradictions, impeccablement logique,\nsimple dans sa complexité, u n e dans sa prodigieuse diversité. Participant\nd'abord de toute la fougue impétueuse et déréglée de la jeunesse, elle évolue\net se métamorphose suivant « la bonne loi naturelle » et le rythme essentiel\nde toute chose a n i m é e , pour arriver lentement au tranquille et complet épa­\nnouissement de la maturité; elle apparaît ainsi u n miroir fidèle de la vie. E t\nr e m a r q u e z qu'une seule âme palpite sur ce tout ondoyant, q u ' u n e même\nmélancolie s'en dégage : telle est la mer qui, dans le calme ou dans la tour­\nm e n t e , exhale la même a m e r t u m e , reste le même infini.\n    J e voudrais, laissant de côté certains aspects que d'autres ont suffisamment\néclairés, faire ressortir cette eurythmique unité d'inspiration dans cette diver­\nsité de forme. J e voudrais vous montrer comment, après avoir traversé la\nforêt mystérieuse et touffue des Symboles, où son vers-libre bondit à l'aven­\nture comme u n cheval fougueux qui ignore le frein, le poète, par des étapes\nsagement graduées, parvient au J a r d i n magnifique des perspectives savantes,\ndes plates-bandes harmonieuses et des marbres divins, au jardin où se dresse\nà l'écart le T e m p l e de l'Amour : jardin si majestueux dans sa symétrie, si\nbeau dans sa correction, et dont les arbres, artistement taillés, n'en chantent\n pas moins mélodieusement à tous les souffles de la N a t u r e !\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "                                HENRI DE RÉGNIER                                        259\n\n\n   P o u r suivre plus sûrement les phases successives de cette intéressante évo­\nlution, — candeurs virginales de l'aurore, aveuglantes ardeurs de midi,\ngloires paisibles du soir, — il sied de laisser M. de R é g n i e r s'expliquer et se\nrévéler lui-même par quelques-uns de ses vers les plus significatifs, par\nquelques-unes de ses strophes les plus musicales : u n h o n n ê t e h o m m e peut\nremettre à ses actes le soin de plaider pour l u i ; la Muse doit se défendre\ncomme le fit P h r y n é devant l'Aréopage, — en dévoilant sa beauté.\n   J'userai donc d'éloquentes citations plutôt que de vains commentaires. De\nla sorte, si je n'ai pu, servant très i n d i g n e du dieu qui parle par la bouche du\npoète, saisir qu'à demi le' sens parfois obscur des oracles prononcés, vous\naurez du moins e n t e n d u u n peu de leur solennelle musique. Puissent ces\nfragments épars éveiller en vous le désir de pénétrer à votre tour dans le\ntemple, d'admirer u n e à une les statues qui le décorent, et de vous initier aux\nmerveilleux mystères qui s'y célèbrent.\n\n\n\n\n   Il est permis de glisser rapidement sur les premiers vers de M. de Régnier :\nles Lendemains et Apaisement sont deux minces recueils, qui suffiraient certes à\nasseoir la r e n o m m é e d'un d é b u t a n t , mais d o n t le tendre éclat s'efface devant\nla splendeur des poèmes qui suivirent... N e vous y trompez point, cepen­\ndant : le fruit futur est en germe dans ce frêle bourgeon d'avril. De-ci de-là,\nsurgissent des statues de d i e u x ; et si celle de Diane évoque, à l'adolescent\nrêveur, le souvenir de sa bien-aimée, c'est qu'il n'est pas mûr encore pour la\ncontemplation sereine et exclusive de la Beauté, qui seule ne désenchante et\nne meurtrit jamais. Versailles aussi s'esquisse déjà en quelques traits, Ver­\nsailles qui hantera plus tard le poète au point de lui dicter tout un livre : la\nCité des Eaux. Mais surtout, dès ces juvéniles préludes, on perçoit cet accent de\nmélancolie, cet air d'élégance un peu h a u t a i n e , cette conception de la vanité\nde toutes choses, qui domineront l'œuvre entière. Q u a n t à la prosodie, elle\nreste parnassienne, avec je ne sais quoi, pourtant, de moins froid et de moins\nrigide que les modèles du g e n r e .\n   L e s Sites m a r q u e n t l'avènement du Symbole chez M. de Régnier : avène­\nment timide encore. Le vers s'assouplit, secoue les entraves qui l'embarras­\nsaient J a n s son vol, s'élève plus l i b r e m e n t ; la langue est moins convenue,\nplus rare, un peu précieuse parfois; le style, par endroits, se contourne péni­\nblement, s'alourdit de recherches, trahit l'influence (néfaste, selon moi) de\n Mallarmé.\n   L e s paysages que le poète décrit ne sont, pour ainsi dire, que la traduction\nde sa pensée, u n e sorte de transposition colorée de ses sentiments et de ses\n rêves : plus rien, ici, de la sèche et minutieuse peinture des parnassiens. Les\n derniers vers du recueil présagent les poèmes par lesquels se continuera le\ndéveloppement artistique de la personnalité de l'auteur :\n\n                  Hors le tien, tout amour, ô Mort, est dérisoire\n                  Pour qui sait le pays mystique et violet\n                  Où se dresse vers l'autre azur la Tour d'Ivoire.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "260                                   DURENDAL\n\n\n   Avec les Épisodes, — u n des chefs-d'œuvre, à mon sens, de M. H e n r i de\nRéenier — le Mythe, la L é g e n d e et le Rêve commencent de p r e n d r e une\nlarge place dans l'inspiration du poète ; mais le décor demeure le motif essen­\ntiel. Ce que sont ces Episodes, quelques vers le diront mieux que toute\nanalyse :\n                            Vision vermeille de la Terre\n               Où les cailloux roulaient sous les pas des Héros...\n               ... Écho d'une autre vie où vécurent nos âmes...\n                             un éblouissement\n               De l'époque abolie et des aubes premières.\n\n     P a r u n e fiction charmante, que légitime u n e hypothèse scientifique très peu\nplausible du reste, l'auteur des Episodes imagine avoir vécu nagueres d'autres\nvies plus belles, dont il nous raconte les souvenirs :\n                      Une mort a ermé nos yeux en quelque soir\n                      D'amour antérieur ou de lutte héroïque...\n     On devine pourtant, derrière ces fables aimables, u n e pensée très m o d e r n e ,\net des échos très sincères de la vie aujourd'hui vécue par le p o è t e ; ce qui\nn ' e m p ê c h e pas les Episodes d'avoir u n e grâce, u n e fraîcheur d'églogues primi­\ntives, qui sont tout à fait délicieuses.\n     L e s symboles y gardent encore une limpidité t r a n s p a r e n t e , qu'ils perdront,\nhélas ! dans plusieurs des Poèmes anciens et romanesques. Les deux grappes, par\nexemple, célèbrent les joies nobles et durables de l'art pur et du rêve soli­\ntaire, loin des joies vulgaires et passagères de la multitude :\n\n                 Cette foule, en ce soir d'ivresse jovial,\n                 Heurte et boit, méprisant or et verre fragile,\n                 Le Vin né de la Terre en des coupes d'argile !\n\n                 Parmi tous je connais la coupe sans défauts\n                 Dont le métal sonnant de saphyrs se bosselle,\n                 Digne du vin versé dans ses ors triomphaux;\n                 J'y boirai tout le sang de la grappe cueillie\n                 Comme on mange le blé mystique que la Faulx\n                 Ne fauche pas aux champs de la Terre avilie...\n\n   Le voleur d'abeilles, Ariane, sont d'une interprétation également aisée. Les\nmains belles et justes disent le mépris de l'artifice et du mensonge, dans l'art\ncomme dans l'amour. Le Verger chante, avec des paroles n o n encore enten­\ndues, les trois saisons de la vie, parallèlement aux trois aspects de l'amour,\nincarnés en trois « mystérieuses sœurs ». La vaine vendange exprime la vanité\nde la gloire, et la Grotte, la vanité de l'amour... Mais pourquoi déparer, en les\nrésumant, ces merveilles adorables? Il faut les lire, et les lire lentement.\n   Cette lecture vous a p p r e n d r a combien le symbolisme a renouvelé et\nrafraîchi les sources de l'inspiration poétique en F r a n c e , presque taries par la\nmiraculeuse a b o n d a n c e romantique, et complètement desséchées par l'aridité\nparnassienne. Si, comme toutes les écoles qui s'instaurent, le symbolisme eut ses\noutrances et ses égarements, il fut, d'autre part, bienfaisant, nécessaire même.\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                      26I\n\n\n   A dater des Episodes, l'alexandrin de M. H e n r i de Régnier devient u n\ninstrument bien personnel : tout ensemble souple et sonore, ample et léger,\nfaisant songer à celui de Verlaine par sa fluidité, à celui de Leconle de Lisle\npar sa puissance, il n o u s prouve que H u g o , malgré ses b r u y a n t e s vantar­\ndises, n'avait pas dit le dernier mot sur \" ce grand niais d'alexandrin \", et\nqu'on le pouvait libérer encore de plus d'une contrainte inutile.\n   Q u a n t aux Sonnets, par quoi se ferme le premier volume des œuvres com­\nplètes, je n'en dirai rien, sinon que certains de leurs vers annoncent déjà Tel\nqu'en Songe et les Médailles d'argile. Il semble que M. de Régnier ait eu, dès ses\npremiers pas d a n s le Bois sacré, la vision des futurs horizons qu'il lui serait\ndonné de découvrir; et c'est peut-être à cette divination — ou, si vous pré­\nférez, à ce plan conçu d'avance — que l'on doit l'ordonnance harmonieuse\n dont je vous parlais tout à l'heure.\n                                            *\n                                           * *\n   Des Poèmes anciens et romanesques datent à la fois, chez M. de Régnier, le\ndéfinitif t r i o m p h e du S y m b o l e et l'apparition du vers libre, que le poète fera\ndésormais alterner avec l'alexandrin régulier.\n   Sans tenter l'entreprise hasardeuse de démêler l'écheveau, assez embrouillé\npar endroits, de ces méditations imagées, je vous dirai simplement que le\npoète y exalte, en de fastueuses fresques ou de gracieux tableaux, « l'aventure\néclatante du mensonge immortel pour qui d'autres sont morts » : Mensonges\ndes fables, de la gloire, du rêve et de l'amour, qui duperont éternellement la\ncrédulité des h o m m e s . Ces poèmes sont véritablement « un cri d'angoisse,\nécho des antiques détresses ».\n   Le Mystère, qui déjà estompait de pénombre les Sites, s'accentue dans cette\nnouvelle œuvre ; et l'esthétique m a l l a r m é e n n e y accumule d'épaisses ténèbres\nsur de hautes pensées, qui valaient d'être lumineusement traduites. Ah! ce\nn'est plus « u n palais d i a p h a n e » qu'habite ici l'Allégorie ! elle se fait volon­\ntairement obscure, énigmatique, souvent impénétrable aux regards non\ninitiés. Les Poèmes anciens et romanesques sont u n opulent chaos de fables, d'em­\nblèmes et de symboles, q u e le poète confond en u n désordre somptueux, les\nfaisant volontiers sortir de la signification essentielle où il les enfermera tantôt,\nen des œuvres plus sobres et mieux ordonnées. C'est là ce qui attire à M. de\nRégnier le reproche qu'on lui adresse parfois, d'abuser de certains mots et de\ncertains signes, tels que : miroirs, clefs, lampes, a m p h o r e s , masques, thyrses,\npalmes et torches; glaives, casques, lances et boucliers; conques, trompettes,\ncors et b u c c i n s ; gemmes de toutes sortes; animaux fabuleux ou seulement\ndécoratifs, licornes, griffons, guivres, paons et colombes... Sans doute, toutes\nces réalités ont en elles-mêmes une étrange et puissante beauté, toutes ces fic­\ntions sont d'expressives incarnations de l'immortelle songerie h u m a i n e et des\nillusions millénaires; mais, vraiment, les poèmes dont je parle trahissent u n e\nrecherche outrée de ces ressources allégoriques. « Figures de style » des clas­\nsiques, « images » des romantiques, « symboles » des plus récents poètes : le\nmot change, la chose d e m e u r e à peu près la m ê m e ; et il ne faut abuser de rien,\npas m ê m e des meilleures trouvailles.\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "262                                 DURENDAL\n\n\n\n   P a r d o n n o n s cependant à M. de Régnier ce désordre et cette profusion : ils\nsont dus à la généreuse prodigalité, à la belle fougue u n peu folle de la jeu­\nnesse. Dans l'enthousiasme où le jette la découverte des richesses s y m b o ­\nliques, le poète éprouve l'embarras h e u r e u x d'un enfant qui a trouvé un trésor\net qui, ne sachant que choisir entre tant de joyaux précieux et tant de\nmédailles rayonnantes, les remue à pleines mains, les confond sans discerne­\nment et les dispense au hasard aux passants qu'il r e n c o n t r e . L a sagesse et la\nmesure lui viendront, n'en doutez pas, en même temps que l'expérience.\n   L e style des Poèmes anciens et romanesques achève de vous laisser une impres­\nsion presque douloureuse à force d'être confuse. Certes, de nobles images y\nallument par instants d'éclatantes lueurs :\n\n                Les joyaux aigus sont des griffes de Chimères\n                Et les boucles des dents de Bêtes inconnues ;\n                La robe lourde et longue et grave est une armure\n                Et l'or des cheveux roux un casque de guerrière...\n\n                De grands orgueils rompus comme en éclats de glaives,\n                De grands espoirs tués comme des oiseaux bleus...\n\n  Çà et là, l'esprit se repose en des strophes claires et doucement fleuries,\ncomme s'endort en un golfe pacifique u n bateau que longtemps secouèrent les\nvagues :\n                Nous allons vers la Ville où l'on chante aux terrasses\n                Sous les arbres en fleurs chercher les Fiancées,\n                O cloches d'allégresse au silence des places,\n                Les clochers tremblent comme des fleurs balancées!\n\n  Mais que de bizarreries d'expression, que de préciosités déplaisantes ! J e\nne saurais aimer des vers tels que ceux-ci :\n\n                L'endormie à jamais étale ses mains pâles\n                Où verdit une mort annulaire d'opales...\n\n                Aux ruines de Vie antérieure et morte,\n                Au fronton dominant l'ombre cave de la porte\n                Où s'engouffrent les feuilles comme les ailes mortes\n                Des vols de crêpe épars sur les étangs de moire,\n                Face de doux relief et triste épiphanie\n                Double de Songe et Sœur de Mémoire,\n                Et sourire posthume qui se renie !\n\n   Ceci est le début du Salut à l'Etrangère, — qui porte en épigraphe un\nvers de Stéphane Mallarmé : le dangereux charmeur que fut cet artiste\n« inouï » !\n   Malgré tous ces défauts (que je signale audacieusement, parce qu'ils mettront\nmieux en relief la p u r e clarté, la discrète élégance et l'irréprochable eurythmie\nd'autres œuvres qui suivirent), les Poèmes anciens et romanesques présentent un\nvif attrait, fait tout ensemble de splendeur et de profondeur. Ils sont intéres-\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                   263\n\n\nsants surtout par ceci : qu'en eux s'inaugure le « vers libre » de M. de\nRégnier, — m u s i q u e mystérieuse, ondoyante et docile, qui se prête merveil­\nleusement aux moindres exigences de la pensée, aux moindres caprices de\nl'image; instrument magique, mais périlleux à manier, et dont H e n r i de\nRégnier se sert avec u n e incomparable maîtrise.\n\n                                             *\n\n   Tel qu'en Songe, c'est u n long dialogue du poète (ou plutôt du Vivant en\ngénéral) avec son â m e , — n o n pas avec l'âme mensongère qu'il dispersa\nnaguères à travers les hasards de l'existence ou les multiples erreurs de la\nL é g e n d e , mais avec l'âme véritable que tout h o m m e porte en lui et que si peu\nsavent r e c o n n a î t r e ; n'est-on pas occupé des quotidiens soucis d'ambition,\nd'amour ou de lucre?... Confrontation solennelle! silencieux colloque, tout\nde contemplation recueillie et d'auguste méditation ! curieuse transformation\nphilosophique de la fable de Narcisse, a m o u r e u s e m e n t penché sur le reflet\nde son image :\n                Aucun signe a jamais sur toi ne se prolonge\n                De ce que tu semblais et que tu n'étais pas,\n                Et ton âme soit telle enfin qu'elle se songe...\n\n                ... Et dresse tel que toi, façonné de ton songe,\n                L'intérieur Destin que tu n'as pas vécu.\n\n   L e vieil h o m m e est mort, et voici qu'un autre h o m m e se lève des profon­\ndeurs intimes, « tel qu'en songe ». L a vie est décevante et fausse, et ne vaut\npas d'être vécue; le secret du b o n h e u r durable et de la suprême sagesse con­\nsiste à se réfugier en soi-même, au fond de cette âme qu'on soupçonnait à\npeine et qui comprend si bien les faibles enfants qui n'ont pas su vivre :\n\n                O Vigilante en qui survit ce qui n'a pas été,\n                O toi dont la mémoire est fidèle à ce qui fut tenté,\n                O toi dont le miroir mire ce qui ne s'y est pas reflété !\n\n   Ce sage qu'est devenu le poète s'est évadé jadis, lui aussi, à la poursuite\ndes Chimères :« rien ne souriait dans la maison natale, grave de vieux silences\naccumulés »; et les ancêtres, « qui tous semblaient mal morts en leurs por­\ntraits, taciturnes d'avoir vécu et de survivre », opprimaient lourdement l'ado­\nlescent de leurs diverses hérédités contradictoires :\n\n                Eux en leur force, elles en leur grâce,\n                Tous, ils étaient le passé de ce qui passe;\n                Et elles, quand j'y songe,\n                Peut-être un peu la raison d'être de mes songes,\n                Comme eux, ceux-là, durs de visage,\n                L'un dans l'armure et l'autre en sa longue simarre,\n                Epris de fait brutal ou de science exacte,\n                Eussent été la raison d'être de mes actes...\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "264                                  DURENDAL\n\n\n    (Sentez-vous toute l'éloquence de ce conditionnel : eussent été?) Il s'en est\nd o n c allé vers la vie, le long de la mer, loin de la triste maison où « les\ng r a n d e s dalles, noires et blanches, semblaient tumulaires comme d'avance »,\noù « un sablier poudroyait l'heure » avec une inflexible minutie :\n\n                ... Je suis sorti... c'était l'aurore\n                Avec tout le ciel et toute la Mer,\n                Toute la Mer rose et le ciel clair\n                Et tout le ciel clair sur toute la forêt.\n                Et je vivais encore\n                Pour voir le ciel, la mer, la forêt et l'aurore,\n                Et je vivrais,\n                Des jours enfin, des jours encore,\n                Non plus dans la maison close sur le silence...\n                Non plus dans la maison avec mes deux mains jointes\n                Sur quelque Epée oisive en songe et qui s'épointe...\n                Non plus dans la maison avec la solitude\n                Et non plus en moi-même avec moi pour miroir,\n                Solitaire à jamais d'être ma solitude\n                Et d'être, tour à tour, mon aurore et mon soir...\n\n   Mais voilà qu'il s'arrête sur la grève et se prend à imaginer ses Destinées :\nil égrène une à une les heures de l'existence, conclut que la Gloire et la\nScience sont également vaines, et revient à la maison d u passé, pour y « laisser\nmourir son songe en soi ». O les mélancoliques paroles qu'il adresse à\nl'ombre de lui-même!\n\n                Voici plus lents tes pas et tes mains plus prudentes,\n                Et ton sourire est doux comme d'avoir pleuré...\n\n                Eteins du pied la torche où brûla ton orgueil,\n                Et du feu qu'elle expire allume l'humble lampe,\n                Et ne dépasse plus le seuil\n                De la maison où l'âtre en cendre\n                Croule en décombre;\n                Ferme la porte,\n                Et que la paix du soir apporte\n                Son ombre sur ton ombre!\n\n   E t son â m e l'accueille, son âme qui avait tenté de le suivre d a n s l'Aven­\nture, mais qui avait bientôt regagné tristement le vieux château de « leur »\nenfance, et qui s'en était instituée la vigilante et fidèle G a r d i e n n e ; son â m e\nl'endort dans sa misère et lui prodigue de graves consolations :\n\n                 Comme étaient nos printemps voici que nos automnes\n                 Se retrouvent encore ainsi que nous voilà...\n\n                 Je suis la même encor, si ton Ame est la même\n                 Que celle que l'Espoir aventurait au pli\n                 De sa bannière haute, et je reste l'Emblème\n                 Du passé qui persiste a travers ton oubli.\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                    265\n\n                Viens, je t'ouvre la porte, et si ton âme est vieille\n                De tant de soins perdus à son âpre folie,\n                Ne reproche qu'à toi le peu qu'à notre treille\n                Vendangeront ta faute et ta mélancolie.\n                Que mon silence enfin soit ma seule réponse.\n                Si ma table de hêtre est frugale en festin,\n                Ma demeure s'accorde à celui qui renonce\n                Et qui remet ses mains aux mains de son Destin.\n\n  L a Mémoire et la Tristesse,\n\n                L'une pâle et l'autre pâlie\n                De tout ce que sait l'une et que l'autre n'oublie,\n\nseront dorénavant les deux Sœurs de l'Errant d'autrefois, si las des routes\naventureuses où ses pieds ont saigné. Il a clos les portes de la d e m e u r e , p o u r\nque nul bruit d u dehors n'y pénètre plus, et il n'a garde de réveiller la voix\ndu T e m p s dans les horloges m u e t t e s . L e voici à l'abri « de la gloire et de\nl'amour amer » :\n\n                 O Demeure...\n                Garde-moi des passants du fleuve et de la route,\n                Garde-moi des passants de l'aurore et du soir...\n                ... Maison sur qui la Nuit encore va descendre,\n                Garde mon âme, hélas, des Passantes de l'Ombre!...\n                ... Qui viendrait maintenant de l'ombre à ma Tristesse,\n                Seule sœur qui convienne à l'âtre éteint ?\n                Les Passantes d'un soir ont fait place à l'Hôtesse.\n                O Demeure,\n                La Chimère accroupie à ton oyer désert,\n                Parmi les cendres et parmi les fleurs de fer,\n                Est morte avec l'Horloge et comme mon Destin,\n                Et mon âme ce soir est seule en la demeure\n                Habitée à jamais d'un songe taciturne .\n\n  C'est le port après la tempête ; le nid reçoit l'oiseau que la flèche a blessé\ndans son vol. E t toute la vie du poète n'eut d'autre sens que cette fin dans le\nrepos et l'oubli :\n                 Et mon âge a vécu le droit d'être son soir\n                 Et d'être seul avec soi-même pour miroir...\n                 . . La porte va rouler sur les doubles gonds d'or\n                 Et fermer son sommeil de bronze qui s'endort\n                 Sur celui qui voulait parler et qui s'est tu\n                 A jamais parce que son songe l'a vêtu\n                 D'un manteau de silence et de la robe noire\n                 De l'oubli, dont le pli fatidique se moire\n                 D'un reflet d'au delà du Styx et du Léthé,\n                 Parce qu'il n'est plus rien de ce qu'il a été...\n\n   L e Vivant d'autrefois est à présent, et à jamais sans doute,\n\n                     non point ce qu'il n'a pas été\n                 Au fantôme de chair que sa vie a hanté,\n                 Mais ainsi qu'il fut tel en soi devant soi seul.\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3084, "texte": "266                                  DURENDAL\n\n\n    E t c'est maintenant seulement que commence p o u r lui la vraie vie, qui est\ntoute intérieure...\n    Vous le voyez : la philosophie de Tel qu'en Songe se rapproche de l'admi­\nrable sagesse que nous offre M. Maurice Maeterlinck d a n s le Trésor des Hum-\nbles; elle est aussi singulièrement parente des pures méditations de M. F e r ­\nn a n d Séverin, à qui la magnificence du Rêve inspira des accents d'une\nsouveraine harmonie :\n                Le plus beau songe encore est sous les yeux fermés,\n                Il n'est rien au dehors qui vaille qu'on s'éveille ..\n\n  M. de Régnier nous adjure ainsi de rentrer en nous-mêmes, et nous promet\nque nous découvrirons là un fonds inépuisable de merveilles ignorées.\n  Cette philosophie, que d'aucuns estimeront affligeante et funeste, me paraît\nau contraire salutaire et réconfortante, en ces temps où le mal de vivre désa­\ngrège tant de nobles âmes.\n\n   J'ouvre ici une parenthèse, qui sera u n e confession et un acte de repentir.\n   Il règne, au sujet du vers libre, un préjugé trop r é p a n d u , et que j ' a i par­\ntagé moi-même aux jours de bravoure aveugle où la Jeune Belgique fondait, la\nlance haute, sur ce Monstre qu'elle nommait « le vers amorphe » : b e a u c o u p\nd'honnêtes gens s'imaginent, et de très b o n n e foi, que les seuls écrivains\nqui usent du rythme nouveau, sont impuissants à tirer parti des mètres régu­\nliers. E r r e u r manifeste, que contribue à propager le déplorable exemple de\ncertains adolescents en mal de versification et qui, p r e n a n t p o u r le baiser de\nla Muse sacrée la chiquenaude d'un m a l i n g é n i e , se trouvant, d'ailleurs, par­\nfaitement incapables de donner au vers traditionnel la souplesse et la sonorité\ndont il demeurera toujours susceptible, ont élu u n e forme en effet a m o r p h e ,\nbredouillante, cacophonique et ridicule, qui n'a rien de commun avec la\nlangue des dieux, et qui n'est, en somme, qu'une prose claudicante : sorte de\nmonstre hybride, tout ensemble horrible et plaisant!... Tel n'est pas le vers\nlibre de M. H e n r i de Régnier, dont la changeante et profonde musicalité suit\nfidèlement les plus secrets mouvements de l'Idée, les plus subtils tressaille­\nments de l'émotion intérieure, et dont les miroirs à facettes n o u s livrent un\nvivant reflet du m o n d e illusoire ou réel que le poète habite. Ecoutez ceci, et\nprononcez vous-même :\n                Celui-là qui s'arrête sur le seuil et sourit,\n                Celui-là, c'est l'Oubli;\n                Il jette, une à une, ses fleurs déjà fanées\n                Prises au jardin des Années\n                Et ses fruits mûris aux arbres des Jours,\n                Près de la fontaine des Heures ;\n                Cet autre qui s'arrête au seuil et qui pleure\n                Avec son ombre avant lui sur les dalles,\n                C'est l'Amour;\n                Et celui-là si svelte et pâle,\n                Avec ses ailes inégales,\n                Qui près de la nuit morte avec moi vint s'asseoir,\n                C'est l'Espoir...\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                      267\n\n    E t voici qui prouve que l'auteur de Tel qu'en Songe sait faire ronfler aussi les\ng r a n d e s orgues de l'alexandrin régulier :\n\n                 Je sais tes jours et la douceur de tes yeux clairs\n                 Dans les jardins d'enfance au bord de l'eau des Mers,\n                 Je sais tes jours parmi les fleurs et sur le seuil\n                 De la vieille maison grave à ton jeune orgueil\n                 D'où descendit ton âme en fête vers la joie,\n                  Frère! et quels clairons d'or ont sonné dans ta voie\n                 Si haut et d'un tel train de guerres et de gloires\n                 Que les soleils semblaient arrêter les nuits noires !\n\n   Mais c'est d a n s les Médailles d'argile que l'alexandrin de M. de Régnier\natteindra son plein épanouissement, parviendra à cette éclatante ampleur, à\ncette riche et sûre mélodie qu'il semble vraiment impossible de dépasser.\n\n                                                                         FRANZ   ANSEL.\n\n\n   (A suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 268, "page_fin": 268, "titre_corps": "Odes : À l’amour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Lauzon", "ancre_debut": "Odes A Charles van Lerberghe À l'Amour Comme la sève", "ancre_fin": "Vers ton ciel pur", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Conseil", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "Odes\n                                     A Charles   van   Lerberghe.\n\n                    À l'Amour\nComme la sève gonfle un arbre sous l'écorce\n           Et le nourrit,\nUne invincible joie exalte dans sa force\n           Mon jeune esprit ;\n\nEt je sens affluer, comme une sève neuve,\n           Un sang plus fier\nDe mon cœur à mon front, et mon âme s'abreuve\n              A son flot clair.\n\nL'âpre désir la laisse encore inassouvie;\n           Mais je croîtrai\nDans ta lumière ardente où rayonne la vie,\n           Amour sacré.\n\nComme l'arbre portant ses branches  balancées\n          Haut dans l'azur,\nJe veux hausser en moi la cime des pensées\n          Vers ton ciel pur.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 268, "page_fin": 269, "titre_corps": "Odes : Le conseil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Lauzon", "ancre_debut": "Le Conseil O cœur tumultueux que le désir consume", "ancre_fin": "Ne peut se venger", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A la Tristesse", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "Le Conseil\nO cœur tumultueux    que le désir consume\nComme une flamme haute embrase des sarments,\nQuelle nouvelle ardeur aura moins     d'amertume\nQue ce sombre passé de pleurs et de tourments?\n\nAh! que n'assouvit-il le cœur insatiable\n          L'amour, furtif    passant.\nQue tu cherches en vain, comme un pas sur le sable\n          Quand le reflux    descend!\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "                          ODES                                     269\n\nRien de ce qui s'enfuit ne vaut ce qui demeure,\nEt son espoir trahit celui qui se souvient :\nS'il peut poursuivre au loin les jours qu'entraîne      l'heure,\nLe passé qu'il reprend n'est que l'ombre du sien.\n\nBannis  donc à jamais le regret inutile\n           De ces temps révolus;\nCe qui fut est pareil à l'arbre qu'on mutile :\n           Il ne reverdit plus.\n\nEt si l'amour revient vers tes jeunes années\nChargé des mêmes dons qu'il t'a jadis offerts,\nOublîras-tu que c'est l'ordre des destinées\nD'encor souffrir pour lui des maux déjà soufferts?\n\nAh! laisse-le plutôt passer devant ta porte\n            Ainsi qu'un    étranger,\nSi c'est contre ses coups que ton âme est moins      forte\n            Et ne peut se venger.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 270, "titre_corps": "Odes : À la tristesse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Lauzon", "ancre_debut": "A la Tristesse O Tristesse, je veux évoquer la mémoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 324, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 819, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "A la Tristesse\nO Tristesse, je veux évoquer la mémoire\n            De ces jours où tu vins\nApporter à mon cœur solitaire et sans gloire\n            Tes présages   divins.\n\nTa voix grave éveillait des voix dans le silence;\n          Et ton calme     hautain,\nDédaigneux du passé, semblait pleurer    d'avance\n          L'avenir     incertain.\n\nMais le temps, sans qu'un rêve attristé se prolonge,\n           S'écoule et ton séjour\nEut le cours éphémère et paisible d'un songe\n           Et tu passas un jour.\n\nJ'ai vécu les matins heureux de ma jeunesse      :\n           L'aurore et le printemps\nOnt embaumé l'azur et versé leur ivresse\n           A mes sens inconstants ;\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "270                          DURENDAL\n\n\n      Et si l'été fut long et clair des heures de joie\n                   Son règne ardent    s'éteint,\n      Et ces fruits que je cueille à la branche qui ploie\n                   Couronnent son déclin.\n\n      Voici déjà descendre au versant des collines\n                 La pensive saison;\n      L'air doré les éloigne et leur pente s'incline\n                 Plus douce à l'horizon.\n\n      La joie impétueuse et funeste aux pensées\n                 A fui; j'en cherche en vain\n      La beauté périssable et les heures passées;\n                 Aucune ne revient.\n\n      Mais toi qui te complais à l'automne et que charme\n                 Quand le soir y descend\n      Une âme dont l'amour n'a pas changé les larmes\n                 En des larmes de sang,\n\n      Tu reviendras, Tristesse, et j'aimerai ton ombre\n                 Dont le calme hautain\n      Semblera consacrer, irréparable et sombre,\n                 Le terme d'un destin.\n\n                                                    MAURICE LAUZON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 272, "titre_corps": "Le Cuirassé", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Le Cuirassé LE cuirassé s'avance", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", 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Création de cauchemar, d'esprit exaspéré vers le brûlant\norgueil des triomphes absolus.\n   Engin que l'homme a fait de ses deux mains, comme pour se\nsupplanter; Dieu des guerres qu'il s'est donné, qu'il peuple\nd'une armée qui manœuvre la mort, par faits mathématiques\net machinais mouvements.\n   Monstrueuse beauté, monstrueuse grandeur, force gigan­\ntesque de l'homme, qui forge le cuirassé, plus cruel et soudain\nque le volcan paisible, où cependant s'entend, pour avertir, le\ngrondement des laves.\n   Deson mouvement, comme fatal, le cuirassé s'avance... colosse\nénorme, que le flot subit et porte avec orgueil.\n   Carcasse prodigieuse, enflée d e prestige, qui poigne le cœur\nde fierté et d'angoisse.\n   T é m é r i t é folle de l'homme, qui dédaigneux de l'océan im­\nmense et insondable, y lance des escadres, toutes hénissantes\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 644, "texte": "272                         DURENDAL\n\n\nde fer et de foudres, et le soumet à les porter, tandis qu'il doit\ncouler, en ses profonds abîmes, l'ennemi qu'il a vaincu.\n   Cathédrale des guerres, dont les tours terribles ont des cadrans\nde feu, phares de lumière, qui sondent au loin, dans la nuit sans\nfin, le point qui se dérobe, et qu'il faut asservir.\n   Dragon dont les flancs sont gonflés de mitraille toujours prête\nà jaillir. Dragon conscient de ses crimes et de ses ruses, dragon\nde t e m p s présents, soumis aux lois de l'homme.\n   Excès sublime de son audace !\n\n                                             H É L È N E CANIVET.\n\n\n  1903.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 273, "page_fin": 273, "titre_corps": "Aube", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Aube Le jardin, entre ses haies", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "Aube\n        Le jardin, entre ses haies,\n        Où semble blotti le brouillard,\n        Le jardin cache des fées,\n        Des fées blanches dans son    brouillard.\n        Les fleurs sont des rêves\n        Qui flottent dans l'aurore,\n        Et le pommier est un rêve\n          Qui se lève\n        Et qui craint d'éclore.\n\n        Diffuse et molle\n        Autour des corolles,\n        La buée s'enroule\n          Et se coule,\n        Et ses voiles blancs,\n        Comme des songes           d'enfants,\n        Flottent sur les gazons\n        Jusqu'à     l'horizon.\n        Les arbres nymbés\n        De volutes nacrés,\n        Semblent des grottes\n        Où le mystère      flotte,\n           Des abris\n           Arrondis\n        Où se blottit\n        Le silence des nuits.\n\n        Rien ne s'entend\n        Que le     bourdonnement,\n          Des bourdons\n        Qui réveillent,\n        De leur sommeil\n        Les pâles liserons.\n        Et les rayons dorés,\n        Que le soleil envoie,\n          Etroits\n           Et fuselés,\n        Semblent baiser les fleurs\n        Pour bien les éveiller.\n                                                HÉLÈNE   CANIVET.\n1903.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 274, "page_fin": 275, "titre_corps": "Albrecht Rodenbach", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Albrecht Rodenbach PAR une heureuse coïncidence", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "Albrecht Rodenbach\n\n               PAR une heureuse coïncidence, au moment où\n                 les lettrés d'expression française s'apprêtent à\n                 célébrer le souvenir de Max Waller, les lettrés\n                 d'expression flamande ont décidé de glorifier la\n                 mémoire d'Albrecht Rodenbach.\n                    A quelques années d'intervalle, Waller et\n                 Albrecht Rodenbach furent les initiateurs d'un\n                 identique renouveau, au service duquel ils\napportèrent toute la Vaillance enthousiaste, fière et desinté­\nressée de leur jeunesse; opérant dans des milieux différents,\nluttant sur des champs de bataille autres, ils collaborèrent\nà une même œuvre et se sacrifièrent à une même idée :\nl'originalité patriale des Lettres belges — quelque soit d'ail­\nleurs la forme linguistique qu'elles revêtent! Et, coïncidence\ndouloureuse, tous deux frappés en pleine adolescence par la\ntraîtrise sournoise de la vie, succombèrent sans avoir pu entre­\nvoir — glorieuse et due récompense — le magnifique prolon­\ngement que leurs gestes d'énergie devaient avoir sur l'avenir\nartistique de leur pays.\n   Au terme d'une étude, de la plus communicative émotion,\nl'abbé Hugo Verriest, qui fut le maître d'Albrecht Rodenbach,\nse demandant ce que celui-ci serait devenu, si la mort ne l'avait\nprématurément fauché, répond : « 11 serait devenu le Poète,\nl'Ame, le Cœur, l'Esprit et la Vertu de la renaissante Flandre! »\n   Ce jeune homme eut vraiment l'âme hantée par un grand\nRêve et l'esprit arcbouté vers une noble Action.\n   Il rêva une poésie d'idées, plus en profondeur qu'en reliet,\noù les détails observés se fusionnaient en des synthèses intel­\nlectuelles qui déconcertent chez un auteur de vingt ans ;\nGudrun, son œuvre principale, est un poème dramatique dont\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "                        ALBRECHT      RODENBACH                        275\n\n\nles personnages évoluent à la façon de symboles somptueux\net émouvants. Telles pages de ce d r a m e rappellent Vigny — et\nson hautain et prestigieux idéalisme.\n    Mais plus peut-être que par ses vers, c'est par son action que\nvivra Albrecht Rodenbach.\n    P o u r juger cette, action, ce qu'elle eut de magnifiquement\nspontané et de révolutionnairement bienfaisant, il faut avoir\nentendu Guido Gezelle, d'une voix qu'exaltaient ces souvenirs,\nraconter comment, a y a n t conçu dans son cerveau un renou­\nvellement artistique de la F l a n d r e , il avait rencontré en\nce collégien à l'âme réceptive et frémissante, l'exécuteur de ses\nprojets de revival... E t à son tour alors, H u g o Verriest, en son\nlangage si imagé que par ses mots il ressuscite et fait revivre le\npassé, soulignait les paroles du vieux maître et montrait\nAlbrecht Rodenbach, surgissant parmi les veuleries et les\nhostililés, comme le dépositaire de la conscience artistique\nd'une race... E t telle fut la contagion d'enthousiasme qui\némanait de- ce j e u n e preux, qu'un long frémissement passa à\ntravers la F l a n d r e et qu'une littérature nouvelle naquit débor­\nd a n t de sève printanière et régénératrice.\n    C'était l'heureux temps où les revendications              flamingantes,\nnon encore accaparées par la tourbe des politiciens, avaient\nl'art et,les lettres pour objectif!\n    J'ignore quelle est l'opinon de nos confrères flamands sur le\n projet d'un m o n u m e n t à Max W a l l e r et s'ils se laisseront, une\n fois encore, imposer la pitoyable attitude que leur dictèrent\nvis-à-vis de la commémoration Georges Rodenbach les brail­\nlards de meetings et les traducteurs d'enseignes de gendarmerie.\n    E n fût-il ainsi, les artistes et lettrés d'expression française\n ont le devoir de montrer plus d'esprit de justice : le bronze qui\n s'élèvera sur la place de Roulers, berceau d'Albrecht Rodenbach,\n doit être fondu des oboles de tous les artistes belges, sans\n acception de tendances ou de langues.\n                                            FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 276, "page_fin": 279, "titre_corps": "Auditions de Musique religieuse à Anvers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. 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D'autre part, ces\n                    séances ont révélé à bon nombre d'auditeurs l'existence\n                     d'un art musical vraiment inspiré par la foi catholique et\n                    merveilleusement conforme au sens et aux exigences de la\n                     liturgie. Enfin, les plus sceptiques admettront, devant\n                     l'évidence du fait, qu'il est possible d'organiser des\nmaîtrises capables d'interpréter les œuvres palestriniennes, et qu'il suffit d'un\npeu de zèle pour chasser du temple la musique insignifiante ou sensuelle\nqui en a pris possession. Cette double démonstration était précisément le\nbut du comité organisateur de ce triduüm musical.\n   La première séance, le samedi 9 avril, fut occupée par le chœur mixte\nd'Anvers que dirige M. L. Ontrop. Celui-ci est encore un tout jeune homme\nqui, depuis deux ans, s'efforce d'initier le public anversois à l'œuvre des\nanciens polyphonistes. Comme bien l'on pense, il a débuté par la prédication\ndans le désert, mais peu à peu sa belle vaillance a eu raison des premières\ndéfiances, et l'accueil plus que sympathique qu'il reçut des nombreux audi­\nteurs de son concert du 9 avril lui sera un précieux encouragement.\n   Le programme de ce concert était fort intelligemment composé. La pre­\nmière partie était consacrée à l'école allemande du XVIIe siècle, l'école du\nchoral et de l'oratorio sacré, plus proche de nos formes modernes et, par suite,\nmieux comprise peut-être du public, et cependant animée d'un sentiment reli­\ngieux profond et pur. On entendit donc des œuvres choisies de Melchior\nFranck, Jacob et Mfchel Praetorius, Barth. Gesius et Schütz. Il ne man­\nquait à cette sélection qu'une œuvre du grand J.-S. Bach, qui termine glo­\nrieusement l'évolution du genre.\n   La deuxième partie du programme, remontant dans leXVIesiècle, se com­\nposait d'œuvres de Palestrina et de Roland de Lassus, le premier réforma­\nteur de la polyphonie excessive des maîtres néerlandais, et créateur, peut-on\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "        LES AUDITIONS DE MUSIQUE RELIGIEUSE A ANVERS                          277\n\n\ndire, d u genre religieux le plus parfait qui soit, le second qui offre la ren­\ncontre admirable des qualités de race avec la sévère discipline de l'école.\nP o u r terminer, M. O n t r o p fit entendre u n psaume a capella de Mendelssohn,\nsavoir u n des rares morceaux de grands maîtres modernes, animés d'un vrai\nsouffle religieux.\n    Il n o u s plaît de constater que la chorale mixte de M. Ontrop, bien\nqu'encore à ses débuts, fit preuve de grandes qualités artistiques. L'inexpé­\nrience se trahit bien dans l'hésitation de quelques attaques, les écarts passa­\ngers des voix a b u s a n t de leur personnalité a u détriment de l'ensemble,\nsurtout cet odieux chevrottement qu'on ne sut pas toujours éviter. Mais, à\np a r t ces défaillances inhérentes à tous les débuts, la phalange de M. Ontrop\n mérite les plus beaux éloges, et je ne doute pas que le travail persévérant et\nsurtout la flamme sacrée qui a n i m e son chef, ne la mettent bientôt au rang\ndes premières chorales du pays.\n    Ce titre, l'A Capella Gantois, fondé et dirigé par M. Hullebroeck, l'a gagné\ndepuis de nombreuses a n n é e s . Les qualités artistiques des interprètes, la\nscience, le goût et l'expérience du chef, permettent au chœur gantois\nd'aborder sans péril des œuvres redoutables, comme le célèbre requiem de Vic­\ntoria, d o n t l'exécution presque intégrale tint la première partie du concert du\n 10 avril. Au lieu de l'offertoire, l'A Capella Gantois chanta le célèbre motet\nO vos omnes. Cette petite infidélité nous valut d'entendre une exécution vrai­\nment idéale d'un des morceaux les plus profonds et les plus pathétiques qui\nsoient. C'est bien la douleur de l'âme chrétienne qui gémit et souffre au delà\nde toute expression — videte si est dolor sicui dolor meus! — mais sans révolté et\nsans faiblesse, avec un accent de résignation pieuse qui évoque la certitude de\nl'indéfectible bonheur à venir.\n    Cette admirable audition se termina par l'exécution d'un choix de chefs-\n d'œuvre : Et incarnatus est, de Josquin de P r é s , d'un mysticisme si pur et si\nélevé; — Nos qui sumus in mundo, de R o l a n d de Lassus, qui caractérise bien\nl'art savant, personnel, extraordinairement savoureux du plus fécond des\nmusiciens de tous les t e m p s ; — Levavi dolens, de H e n r y Purcell, auteur\nanglais d u XVIIe siècle qui fait présager Haendel ; — Ave Maria, d'Arcadelt, la\nplus ravissante salutation angélique qui fut jamais écrite, et qui fait songer à\nune Annonciation de F r a Angelico; — enfin, le Benedictus et l'Hosannade la\nmesse du p a p e Marcel, u n des points culminants du chef-d'œuvre de\nPalestrina.\n    L a tâche qu'assuma M. Carpay, avec sa phalange connue sous le nom de\nChanteurs de Saint-Boniface (Bruxelles), était particulièrement ardue.\nA 10 heures du matin, en la chapelle du Collège Saint-Jean Berchmans\nd'Anvers, la célèbre maîtrise exécuta la Missa brevis de Palestrina, d u r a n t la\ncélébration d'une messe solennelle avec assistance pontificale de S. E . le Car­\ndinal Goossens, archevêque de Malines. Cette cérémonie eut le caractère\nd'une fonction liturgique modèle. U n groupe d'élèves de la Schola cantorum\ndu grand séminaire de Malines exécuta à la perfection le propre du jour en\nplain-chant. M. Depuydt, l'éminent organiste de Saint-Rombaut de Malines,\ntenait les orgues. D a n s le cadre merveilleux de la vaste chapelle du Collège\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "278                                   DUREND.AL\n\n\n\nSaint-Jean Berchmans, dont les lignes harmonieuses sont mises en valeur par\nle charme d'une polychromie sobre et de b o n goût, où domine la si décora­\ntive fresque de M. W a n t e , cette cérémonie prenait la signification d'une\nchose parfaite, d'une manifestation idéale d'art religieux dont nulle disso­\nn a n c e ne troublait la souveraine h a r m o n i e .\n     Le concert d o n n é l'après-midi par M. Carpay et son inlassable p h a l a n g e\nde chanteurs fut copieux, varié et sans défaillance. On y entendit les a n c i e n s :\nPalestrina, Victoria, Josquin de P r é s , Orazio Vecchi, Andrea Gabrieli, Lotti,\nRoland de L a s s u s ; puis des modernes : W i t t et Tinel, deux initiateurs; enfin,\ndu plain-chant dit à ravir par les voix d'enfants, surtout l'antienne de Noël :\nHodie Christus natus est, avec quelques versets du Magnificat. Ce fut le plain-\nchant qui souleva les plus vifs applaudissements. Au reste, ce jour-là, beau­\ncoup de personnes découvrirent le plain-chant : le matin à la messe, chanté\npar les séminaristes, d'un accent grave et p i e u x ; le soir dans la bouche des\nenfants, avec je ne sais quoi de séraphique, qui faisait monter les larmes aux\nyeux.\n     Ce qui distingue l'audition donnée p a r M. Carpay, ce n'est peut-être pas\nla perfection technique, — sous ce rapport, la palme ne peut être disputée\nà l'A Capella Gantois, — c'est u n genre, de supériorité qui est moins le fait de\nl'art ou du métier, que de la nature des voix. Un des caractères de la musique\nliturgique doit être l'impersonnalité, l'absence de certains effets de virtuosité\nqui font oublier le sentiment du morceau pour faire admirer l'art des chan­\nteurs. Or, les voix d'enfants, toujours naïves, candides, ignorantes des\nraffinements du métier, possèdent merveilleusement ce don de l'imperson­\nnalité.\n     Assurément, il importe qu'elles soient belles et bien stylées. Sous ce rap­\n port, les jeunes choristes de Saint-Boniface sont admirables. L e s voix sont\nfraîches et pures ; elles se meuvent avec une aisance parfaite jusqu'aux degrés\n élevés de la gamine; la diction est, du reste, irréprochable : elle est naturelle\n et distinguée. Mais on oublie volontiers ces qualités acquises par le travail,\n pour s'abandonner au charme pénétrant des voix d'enfants, qui s'ignorent et\n qui é m e u v e n t sans en avoir conscience. Je serais injuste, d'ailleurs, si je me\n bornais à admirer le groupe des sopranos et des altos d a n s la phalange de\n Saint-Boniface. Les parties de ténor et de basse sont tenues par des chan­\n teurs de premier ordre qui, à force d'art et d'intelligence, ont acquis le don\n naturel aux enfants, de sorte que l'ensemble du chœur est d'une homogénéité\n parfaite.\n     Les auditions des C h a n t e u r s de Saint-Boniface r é p o n d e n t victorieusement\n à de multiples objections, p a r m i lesquelles celle-ci : il est impossible, avec un\n c h œ u r composé d'hommes et de jeunes garçons, d'aborder le difficile réper­\ntoire palestrinien ! Ah! si l'on pouvait admettre les dames au j u b é , comme\nfaisait Ch. Bordes à Saint-Gervais de P a r i s , ce serait parfait; mais avec des\n éléments difficiles à former, instables et de peu de durée, c o m m e sont les\nvoix d'enfants, c'est impossible! — E h b i e n ! donc, M. Carpay nous a\n d é m o n t r é d'abord qu'il n'est pas impossible de chanter du Palestrina avec\n des c h œ u r s d ' h o m m e s et d'enfants, ensuite que le résultat obtenu est plus\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "        LES AUDITIONS DE MUSIQUE RELIGIEUSE A ANVERS                          279\n\n\nparfait, tout bien considéré, que celui qu'on peut attendre d'un chœur de\nmessieurs et de d a m e s .\n   Reste la difficulté de l'entreprise, j e le veux b i e n . Mais pour se laisser\nrebuter par la nécessité de l'effort, il faut n'avoir pas au cœur la flamme\nsacrée, et n'estimer pas que la dignité du culte vaille quelque peine.\nJ e ne puis voir là qu'une variété de paresse et de lâcheté.\n   U n e objection plus grave, c'est le défaut de ressources pécuniaires. L'œuvre\nfondée p a r M. Carpay, dit-on, est très onéreuse, et serait impossible sans la\ngénérosité des fidèles qui la soutiennent. On me permettra de répondre que\nl'exemple d o n n é à Bruxelles peut être suivi ailleurs, je ne dis pas dans toutes\nles paroisses (la plupart ne doivent pas prétendre à faire de la polyphonie diffi­\ncile : elles devraient borner leur ambition à faire entendre du bon plain-\nchant et de la musique simple, mais édifiante), mais dans les églises qui ont\ndes ressources.\n    Toutefois, j'ajouterai aussi qu'on pourrait fonder une bonne maîtrise à\nmoins de frais qu'à Saint-Boniface, en recrutant les éléments dans les écoles\nlibres et dans les patronages. Il y a beaucoup à faire dans ce sens, et j'espère\nque les auditions donneront l'occasion de remuer les idées et de provoquer\nles initiatives.\n   Je ne puis omettre de présenter, au nom du comité organisateur, les plus\nvifs remerciements à S. E . le cardinal Goossens, qui a bien voulu patronner\nl'œuvre des auditions d'Anvers, et en honorer de sa présence le concert du\n 11 avril, a u maître E d g a r Tinel, président du comité d'honneur, aux\nm e m b r e s éminents du clergé de l'archidiocèse, qui ne nous ont pas\nm a r c h a n d é leurs encouragements et leur appui : Mgr van der Stappen,\névêque a u x i l i a i r e ; Mgr De Clerck, vicaire général; M. le chanoine\nMierts, président du grand séminaire de Malines; M M . Helsen et Roucourt,\ndoyens d'Anvers, etc. Des hommages reconnaissants sont dus aussi au sym­\npathique Mgr L a n s , président du grand séminaire de W a e r m o n d , l'âme du\nmouvement musical si intense parmi les catholiques hollandais, qui a\nbien voulu assister à toutes nos auditions et nous prodiguer ses félicitations.\nDe tels encouragements sont un gage précieux pour l'avenir.\n\n                                                                     L . DUZAS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 280, "page_fin": 283, "titre_corps": "L’Art de la Médaille : L’École française", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "L'Art de la Médaille L'École française LE montrais l'autre jour", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 335, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "L'Art de la Médaille\n\n                       L'École française\n               LE montrais l'autre jour à un ami une des dernières\n                 médailles de Godefroid Devreese, auquel je\n                 consacrais récemment ici même quelques lignes\n                 d'admiration : « On croirait que c'est une\n                 médaille de Roty », me dit mon ami. « C'est le\n                 plus bel éloge que vous puissiez en faire », lui\n                 répondis-je. E t , en effet, Roty est, à mon avis,\n                 le plus grand artiste de l'école française et\ncelle-ci est de loin la plus illustre du monde. Les maîtres\nmédailleurs français étaient jusqu'ici sans égaux, hors pair,\nhors concours, si je puis m'exprimer ainsi. Je dis « étaient ».\nCar, Devreese a fait ses preuves et je crois sincèrement qu'on\npeut désormais, sans crainte d'offenser ceux-là, le placer\nsur le m ê m e rang qu'eux. T o u t e s les finesses et toutes les\nqualités essentielles : l'achevé et la précision du dessin, la\nnoblesse des traits, la sobriété de la ligne, la discrétion du relief\nque ceux-ci ont affirmés d a n s leurs œuvres se retrouvent dans\n celles de notre compatriote.\n  Nos lecteurs ont pu le constater par eux-mêmes, en exami­\nnant dans notre revue les reproductions que nous avons donné\nde quelques-unes des plus belles médailles de Devreese. Sa\ndernière : L'Invention du dessin est impeccable. Elle est d'une\nsouplesse et d'une élégance rares. Mais ce n'est pas de lui que\nnous voulons causer aujourd'hui.\n  L e b u t de ces courtes pages est d'attirer l'attention du public\nsur l'école française, la première, à la fois par la perfection\nqu'elle a atteinte et par la nombreuse phalange de ses artistes.\n  Si vous voulez vous faire une idée de l'étonnante et féconde\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "                        L'ART DE LA MÉDAILLE                           281\n\n\nproduction des artistes français, parcourez l'album publié par le\ngraveur de P a r i s , A. Godard : Médailles et plaquettes modernes.\nOn peut se le procurer comme aussi des exemplaires des\nmédailles, à la maison d'éditions, 37, quai de l'Horloge, à\nP a r i s . J'ai cet a l b u m sous les yeux. Il contient quatre-vingts\nplanches. L a plupart des médailles que ces planches reprodui­\nsent sont merveilleuses de tout point. Sans doute, les unes\nsont plus parfaites que les autres. T o u s les médailleurs qui y\nsont représentés n'ont pas une valeur égale. T o u s n'ont pas\nencore atteint la maîtrise. Mais tous ont du mérite. T o u s sont\nintéressants. Beaucoup sont en voie de devenir des artistes\nparfaits. L e s plus grands sont définitivement des maîtres.\n    N o u s avons jadis, on s'en souvient, offert à l'admiration du\npublic un certain nombre des produits de l'école française lors de\nnotre Salon d'Art religieux. Sur un cheyalet à quatre faces, nous\navions exposé les cadres de médailles de Roty, de Vernon, de\nYencesse. Notre Salon devait se borner, à cause de son but\nspécial, aux œuvres d'un caractère religieux. Quel idéal, du\nreste, offre un c h a m p plus vaste et plus fertile que celui qui\na inspiré p e n d a n t des siècles les plus grands artistes.\n    Oh ! si l'on pouvait remplacer les banales médailles reli­\ngieuses qui sont dans toutes les mains, et qui sont d'une\nvulgarité déconcertante, par des médailles vraiment artisti­\nques, comme le sont la plupart de celles qui ont été faites par\nles artistes français ! L a camelotte de Saint-Sulpice a, hélas!\nenvahi l'Eglise dans l'article de la médaille comme dans\n celui de l'imagerie. Il y a là des réformes essentielles à intro­\n d u i r e , des abus invétérés à supprimer, absolument comme dans\n l'imagerie, la statuaire, la peinture et la musique. Espérons que\n le P a p e Pie X, après avoir si noblement inauguré son ponti­\n ficat par une tentative énergique de réforme dans ce dernier\n d é p a r t e m e n t , s'efforcera aussi par d'autres lettres pontificales\n de réintroduire l'art sous toutes ses formes dans l'Eglise con­\n temporaine.\n     Déjà les artistes moines de Beuron avaient créé une médaille\n de leur patriarche saint Benoit, celle dite du centenaire, très\n belle, très artistique, en dépit de son archaïsme, voulu du\n reste. E t un de nos artistes belges, F e r n a n d Dubois, a, à leur\n suite, modelé une médaille du même saint très parfaite, elle\n aussi, q u o i q u e plus moderne, ce qui n'est pas pour me déplaire.\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "282                           DURENDAL\n\n\nRoty, le grand maître français, Vernon, Yencesse et d'autres\nont fait plusieurs médailles religieuses remarquables.\n    Nous n'avons pas spécialement en vue, dans cet article, l'art\nreligieux, mais l'école française de la médaille en général.\nNotre but n'est pas de lui consacrer ici une étude approfondie,\nmais tout simplement de signaler à un public, qui l'ignore\npeut-être, l'existence de toute une pléiade d'artistes qui\nméritent son attenion et qui ont droit à toute notre admiration.\n    Peut-on imaginer quelque chose de plus délicieux, par\nexemple, que l'incomparable médaille de Roty, le Mariage.\nNous regrettons de n'avoir pu nous en procurer le cliché\npour en donner une reproduction ici. De cette médaille se\ndégage une poésie intense d'amour chaste et idéal, exprimé par\ntoute l'attitude si charmante des deux époux se passant mu­\ntuellement l'anneau nuptial en un geste adorable de grâce.\n    Nous insistons sur cette médaille', parce qu'elle est une des\ndes plus belles créations de l'école française et le chef-d'œuvre\nd'un de ses plus grands maîtres. Il en a fait une autre, qui est\nu n e œuvre maîtresse aussi, la médaille frappée à l'occasion de\nla mort de Carnot. Elle incarne avec une étonnante puissance\net elle exprime d'une façon tout à fait grandiose la mélancolie\nmajestueuse du deuil de la patrie.\n    Nos lecteurs a d m i r e r o n t dans nos deux hors-texte, d'autres\nspécimens des œuvres de Roty. Nous y avons joint les clichés\nque nous avons pu nous procurer des médailles et plaquettes de\nD u p r é et Chaplain.\n    L'Angelus de D u p r é est une plaquette c h a r m a n t e . Il en a\nfait une a u t r e , non moins belle, non moins poétique, ou se\nréflète toute la fraîcheur candide du printemps,le Salut au soleil,\net que l'on pourrait appeler aussi j u s t e m e n t « la prière du\nmatin de la nature ».\n    L a médaille du Centenaire de Victor Hugo de Chaplain est\nvigoureusement modelée aussi. Elle dénote une fermeté et u n e\nnetteté de dessin r e m a r q u a b l e s .\n   Il nous est impossible de donner en ce bref article une idée\ncomplète de la grande école française. N o u s renvoyons ceux\nqui désireraient se renseigner davantage à l'album de l'éditeur\nGodart, que nous avons signalé plus haut.\n   L'art de la médaille est un art plein de charme et de noblesse.\nNous voudrions le voir pratiquer davantage, surtout par des\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "                    L'ART DE LA MÉDAILLE                   283\n\n\nartistes qui ont le talent tout à fait à part, le coup de main\nabsolument spécial qu'il requiert, en même temps que la vraie\net saine conception de la nature de la médaille.\n   Puissions-nous voir éclore un jour en Belgique une école\nd'art de la médaille aussi glorieuse et aussi célèbre que la\ngrande école française, que nous avons voulu magnifier par ces\nquelques lignes.\n\n                                           HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 293, "titre_corps": "Notes sur l’Art : I. Quelques lieux communs ; II. Sur l’Art siennois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Notes sur l'Art I Quelques lieux communs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "Notes sur l'Art\n                                              I\n\n\n                         Quelques lieux communs\n                     L'ARTd'un peuple apparaît-il ainsi que l'expression finale et\n                        exaltée, d a n s une forme sensible, de la c o m m u n i o n\n                        préétablie dans les esprits et d a n s les âmes? Ou, au\n                        contraire, son influence crée-t-elle cette c o m m u n i o n ?\n                        Rallie-t-il, en quelque sorte, les éléments épars de la\n                        mentalité contemporaine, tout ce qui s'agitait confusé­\n                        ment en celle-ci de notions et d'aspirations, de choses\n                        précises et indéfinies, pour les confondre dans les creusets\n                        dont il fera jaillir, r a y o n n a n t e , l'œuvre faite de passé et\nd'avenir, d'observation et d'intuition, à la fois exacte et visionnaire —\nl'œuvre d a n s laquelle le présent reconnaîtra son image, mais une image\nsublimée, où toutes les énergies de volonté, de beauté et d'amour qui gisaient,\nséparées, en lui, se sont associées pour atteindre la maturité de leur\nperfection? On ne sait.\n    T a i n e , par exemple, veut découvrir dans la révolution artistique dont\nl'Italie fut la| promotrice, au XVIe siècle, dans la g r a n d e u r des entreprises\nqu'elle suscita, u n e des manifestations de la vigueur ardente et audacieuse\ndont les âmes étaient remplies : et, c e p e n d a n t , si l'on interroge l'histoire, l'on\naperçoit que ce siècle et la fin du précédent se sont signalés par l'avilissement\nde toutes les forces vivaces et opiniâtres qui avaient procuré et maintenu,\nj u s q u e là, la domination des républiques et des principautés italiennes. L a\npéninsule, vouée dès lors aux intrusions étrangères, n'avait-elle pas été con­\nquise déjà, de Milan à Naples et « sans coup férir », par Charles V I I I , surpris\net presque inquiet de son facile et significatif t r i o m p h e ? . . .\n     E n réalité, les g r a n d s h o m m e s , Michel-Ange, le Vinci... dont l'œuvre\nillustre le XVIc siècle, étaient nés et avaient grandi au milieu de la volontaire\ngénération du début du XVe siècle; ils étaient les témoins survivants d'un\ntemps rempli encore de virilité politique et de santé morale, et dont ils\nvoyaient l'esprit se détruire tous les jours davantage a u t o u r d'eux. On se rap-\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3557, "texte": "                               NOTES SUR       L'ART                           285\n\n\npelle les imprécations sombres de Michel-Ange vieillissant, dépaysé au sein\nd'un monde brutal et frivole, si étranger à celui de son adolescence.\n    On serait tenté d'assimiler l'art, souvent, à un fruit qui n'achèverait de\nmûrir qu'à la condition de la mort de l'arbre dont la sève l'a engendré et\nnourri. Il s'affirme, fréquemment, ainsi que l'aboutissement d'une ère d'effort\nintense, de luttes et d'initiative dont il marque à la fois le couronnement et la\ndéchéance. Ses racines plongent et s'alimentent aux origines vigoureuses et\ningénues de la race parmi laquelle il a surgi et il s'épanouit dans toute sa\nrobustesse et son éclat en un milieu duquel les puissances profondes qu'il exté­\nriorise ont presque disparu. La vitalité du corps social, absorbée d'abord en\ntotalité par les exigences primordiales du travail, de la défense et de la con­\nquête, se disperse : la fortune est venue et, avec elle, le loisir, la nonchalance ;\nles mœurs simples et strictes se sont à la fois adoucies et corrompues et\nles intelligences plus subtiles s'associent à des âmes moins entières et moins\ngraves. AuXVesiècle, toute la résolution et la fierté de Florence, lasse de son\nindépendance et de son orageuse liberté, à peu près abdiquées entre les\nmains des Médicis, subsistaient seulement dans son art. De même en Flandre,\noù l'art éclate comme la floraison posthume et merveilleuse de la civilisation\ncommunale qui périclite. Et si l'on peut tenir que, ici ou là-bas, les mécènes,\nles Médicis et les Princes des fleurs de lys, ceux de la maison royale comme\nceux de Bourgogne, exercèrent une influence stimulante, encore est-il que\ncette protection — plutôt funeste, dans la suite, au développement spontané\nde l'art — n'eut, pour ainsi dire, qu'à favoriser l'éclosion des germes issus des\n énergies de l'âge antérieur.\n    Ainsi, l'art est comme la résultante suprême du génie juvénile des peuples,\n et l'admiration de ceux-ci pour les œuvres où ils saluent leur idéal magnifié\n réagit, à son tour, sur leurs mœurs et leur culture.\n    Chaque œuvre dans la carrière d'un artiste est un signe de son évolution\n individuelle — de même, chaque école artistique dans la vie d'une nation. Et\n lorsque les créatures qui composaient celle-ci auront disparu jusqu'à la der­\n nière, et que, de ses ambitions, de ses combats et de ses souffrances, il ne\n restera plus que la renommée, les œuvres retrouvées ou conservées de ses\n maîtres suffiront, seules, pour renseigner l'avenir sur la façon dont ces\n hommes vivaient, aimaient et priaient...\n    Car tout art a d'abord été une prière, — prière par le temple qu'il érigeait, par\n l'image du dieu comme par celle du fidèle ou du suppliant qu'il dressait : le\n Pharaon agenouillé, présentant ses hommages à Ammon ou à Horus, des bas-\n reliefs égyptiens; les délicieuses Athéniennes chargées d'offrandes de la pri­\n mitive Acropole; les figures orantes des catacombes... L'art est comme une\n création de la mort et de l'au-delà : il est né pour le tombeau et il a grandi\n autour du temple, de même que notre civilisation occidentale s'est organisée\n et stabilisée autour des monastères de la Gaule et de la Germanie...\n    Ce n'est qu'ensuite, par degrés, qu'il s'est proposé d'autres tâches, que ses\n travaux ont cessé d'être exclusivement liturgiques, votifs ou funéraires : le\n jour vient qu'il se détache de la divinité pour regarder aussi la créature, de la\n même manière, à peu près, que la comédie ou la farce se séparent, aux\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "286                                  DURENDAL\n\n\ntemps antiques, des fêtes dionysiaques ou, au moyen âge, des mystères sacrés.\n    L'art se détache du dieu. P l u s tard, l'artiste se détache, en quelque sorte,\nde l'œuvre — il se confondait, a n o n y m e , dans l'école, se consacrant, avec\ncelle-ci, à la célébration poncive et rituelle des dieux, des héros et des morts —\nl'heure échoit, bientôt, où il cherchera à affirmer sa personnalité, soit en\nsignant son ouvrage, soit, mieux, en s'efforçant de lui d o n n e r un attrait nou­\nveau et i n a t t e n d u ; de délaisser, par conséquent, l'interprétation collective et\nconsacrée pour atteindre l'expression particulière et originale, le détail\ntypique et observé de la vie. E t , sans doute, l'évolution du simple au com­\npliqué, du sobre au s u r a b o n d a n t , de la force virile à l'élégance mièvre à\nlaquelle, n o t a m m e n t , l'art grec et l'art roman et ogival furent assujettis, cor­\nrespond-elle, en partie, à l'impulsion fomentée chez les artistes par le désir\nd'inscrire leur nom dans la tradition, de greffer leur pensée sur celle de leurs\ndevanciers : tellement qu'à force de transformations progressives, de sur­\ncharges et de raffinements, l'art ne conserve rien d'intact de sa g r a n d e u r orga­\n nique initiale.\n    Dans tous les temps, sous toutes les latitudes, partout où les h o m m e s , las\nd'errer, se sont agglomérés et fixés en des demeures stables, afin de trouver\ndans la possession héréditaire du territoire natal et dans la perpétuité de la\ndivinité et de la race, la pérennité refusée aux individus, des artistes ont\na p p a r u qui ont retracé, inconsciemment ou de propos délibéré, l'image du\nm o n d e où ils vivaient. Ils sculptent, ils chantent ou ils peignent, mais, quel\nque soit le mode d'expression de leur pensée ou de leur vision, elles sont issues\net nourries de réalité. Réalité supérieure, si l'on peut dire, car l'artiste étant,\npar définition, celui qui de la confusion des p h é n o m è n e s sait extraire ce qui\ns'y trouve de vraiment significatif, son esprit, par le jeu instinctif de ses\nfacultés, choisit, discerne et, si attaché qu'il soit au réalisme le plus absolu,\nson modèle — puisqu'il l'a élu, distingué dans la masse des autres — est déjà,\nà certains égards, un symbole, u n t y p e . . .\n    L a civilisation d ' u n peuple p r e n d ainsi, à nos yeux, u n e expression subite\net totale d a n s les différentes phases d e son art. Chaque œuvre importante\nquintessencie le génie de cette collectivité évanouie, reflète u n stade de l'évo­\nlution de celle-ci, dans l'apparence complexe qu'elle tenait du passé, des\ngloires ou des vicissitudes de son destin, de la prospérité ou du déclin de son\ncommerce ou de ses armes, des acquisitions de son savoir et des élans de sa\nfoi. E t , lorsque quelque belle trouvaille, quelque statue exhumée, presque\nintacte, d'entre les ruines et les décombres, a récompensé leur labeur, ne doit-il\npas sembler à ces explorateurs de l'habitacle des sociétés disparues que l'artiste,\ndégagé de l'oubli en même temps que son œuvre, se soit dressé tout à coup\ndevant eux et leur présente cette œuvre, dans u n geste religieux d'offrande à\nla postérité?...\n    Mais la multitude des œuvres nous deviendrait fastidieuse et émousserait, à\nla longue, notre curiosité, si elles n'étaient que des illustrations graphiques ou\nplastiques des actions et des désirs monotones des h o m m e s ; si leur auteur,\nc o n n u ou i n c o n n u , ne s'était, en quelque sorte, ajouté lui-même à l'ouvrage\nconçu, et façonné par lui, pour nous donner à connaître l'intimité de sa pensée\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3455, "texte": "                               NOTES     SUR    L'ART                            287\n\net de son âme et, par son intermédiaire, celle de la race dont il s'est fait l'in­\nterprète. 11 a passé avec les choses même qui l'ont inspiré et ému, mais son\némotion, préservée avec l'œuvre où elle est enclose, a conservé toutes ses\npuissances originelles de persuasion et de rayonnement.\n    De cet artiste à nous, la tradition de la vie se continue. Car, si actifs que\nnous soyions, ou si étourdis, l'agitation du présent ne suffit point à nous dis­\nsimuler que nous sommes transitoires : nos jours ont trop de silences et trop\nde lacunes par où le pressentiment du néant s'insinue dans nos cœurs et les\ntrouble. Et, à l'instar des Egyptiens qui, anxieux de garder, dans la mort, un\npoint d'appui sensible à la survie de leur âme, meublaient leur tombe de simu­\nlacres d'eux-mêmes et de tout ce qu'ils avaient possédé et aimé sur la terre,\nnous tentons, en multipliant autour de nous les signes de la permanence rela­\ntive de l'humanité, de fortifier cette vie qui, chaque jour, se retire un peu\ndavantage de n o u s . . .\n    Ils n'auront pas été en vain ceux, innombrables, qui nous ont précédés :\nleurs faits et leurs actions, pour lointains et oubliés qu'ils soient, continuent\nà porter leurs conséquences dans le monde actuel et, au travers la succession\n infinie des siècles, nous n o u s sentons solidaires, par le moyen de l'art, de\nl'Assyrien qui a taillé, pour le dur et sardonique Assour-Bani-Pal, les b a s -\n reliefs du palais de Ninive ; de l'artisan égyptien qui traçait, sur les surfaces\n du temple d'Abydos, les effigies solennelles et vivantes du P h a r a o n Séti I e r ,\n comme du sculpteur athénien dont l'industrie faisait jaillir du marbre penté­\nlique la radieuse image de la sage et victorieuse Athéna. L'art nous rend sen­\nsibles et sympathiques les rêves et les croyances de toutes les époques; des\n hommes qui naquirent sur les rives du Gange ou du Brahmapoutre, comme\n de ceux qui affirmèrent leur maîtrise dans les travaux exquis et grandioses des\nconstructeurs de cathédrales, des enlumineurs et des sculpteurs du moyen\n âge.\n    L a poussière même de ces passants sublimes a été dispersée, mélangée au\n sol de leur patrie, mais le travail de leurs mains subsiste et, avec lui,\n l'expression la plus complète et la plus profonde de l'idéal spirituel de leur\n temps.\n    L'histoire et les écrits ne nous présentent, en général, qu'un aspect frag­\n mentaire ou successif des choses et s'adressent, d'ailleurs, plutôt à nos\n facultés de raisonnement et de déduction. Les récits ou les renseignements\n qu'ils contiennent sont les traits épars d'une physionomie qu'il faut rétablir,\n conjecturalement, tandis que, élaborée dans la demi-inconscience de l'inspi­\n ration, en un cerveau particulièrement accessible aux influences les plus déli­\n cates de l'ambiance, l'œuvre d'art signifie, non seulement par sa forme, son\n style, sa structure, mais par mille éléments indéfinissables et subtils qui,\n agissant sur le spectateur par la voie du sentiment et de la sensation, para­\n chèvent et invétèrent son impression.\n    L'athlétique et véhément Jugement dernier de la Sixtine, ses musculeuses et\n colossales figures, que l'on dirait opprimées par une vie physique trop impé­\n rative, victimes de l'outrance de leur propre force et dont la frénésie convul­\n sive suscite en nous plus de saisissement que d'admiration; cette page de colère\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "288                              DURENDAL\n\n\net de violence ne réfléchit-elle pas, dans ses excès comme dans ses insuffi­\nsances — excès de matérialité; insuffisance d'âme — le déséquilibre moral\net intellectuel de la société pensante, de plus d'appétits que d'aspirations, du\ntemps?\n   Les personnages de cette fresque tumultueuse semblent gonflés d'on ne\nsait quelle arrogance animale : c'est l'homme qui cambre orgueilleusement le\ntorse, envahi, tout à coup, par la conscience d'une sorte de dignité nouvelle,\ntoute physique; grisé de lui-même et de la vie dont les vastes possibilités de\njoie et de volupté viennent de lui être découvertes; la tête en rumeur des\nespoirs illimités et utopiques, nés de la chimérique illusion d'une antiquité où\ntout était plaisir, sagesse, héroïsme et harmonie, et à la ressemblance de\nlaquelle le monde, libéré des ligatures du dogme et de la scolastique, allait\nse réformer !\n   Dieu, naguère, s'était fait homme — à présent, et de nouveau, l'homme se\nfaisait dieu ! On saluait, avec emphase, l'avènement d'une ère éblouissante de\nscience, de philosophie et d'art. On allait commencer seulement à jouir des\nbiens de la terre, à poser sur les plus savoureux de ses fruits des mains brû­\nlantes de convoitise et paralysées, jusqu'alors, par de superstitieux scru­\npules'... L'homme, semblait-il, l'homme et la nature venaient de naître l'un\nà l'autre; le surhomme de la joie au monde émerveillant, inconnu — et\ndivin ! — de la matière !...\n\n                                       II\n\n\n                          Sur l'Art Siennois\n   Tous les phénomènes, pour imprévus et insolites qu'ils puissent sembler,\nau premier abord, paraissent normaux et inévitables lorsque l'on est parvenu\nà discerner les causes multiples, menues, accumulées, dont l'action conver­\ngente les a produits.\n   Il en est ainsi, dans l'histoire de l'art, de la subversion absolue des idées\ndirectrices, engendrée, au cours surtout du XVIe siècle, par l'obsession gran­\ndissante de l'antiquité, et dont le résultat fut de soumettre le développement\nartistique, spontané, auparavant, et régional, à un code universel de prin­\ncipes et de doctrines arbitraires, déduit d'une connaissance superficielle et,\nen majeure partie, erronée, des œuvres grecques et romaines. C'était une\nespèce de droit romain esthétique qui sacrifiait l'inspiration personnelle, les\nexhubérances de l'artiste à la tyrannie du \" grand art \", comme l'autre, le\ndroit romain politique, immolait le citoyen au profit de l'Etat. Léonard vou­\nlait encore que ses disciples étudiassent, non les anciens, mais la nature :\ncelle-ci, bientôt, n'ayant pas été trouvée conforme aux bons modèles, sera\nrejetée de l'art, parce que désordonnée et confuse et, pour tout résumer d'un\nmot, « gothique »! L'absolutisme dogmatique va se substituer à la liberté;\nl'enseignement des écoles et des académies à la fructueuse indépendance des\nateliers — et l'art ne se libérera point de ce joug avant leXIXesiècle !\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "                                 NOTES    SUR    L'ART                             289\n\n\n     Le culte de l'antiquité devint comme une religion nouvelle qui, chez cer­\n tains, voisinait ou s'amalgamait avec l'ancienne ou, même, la remplaçait, et\n dont ils défendaient les articles de foi en excommuniant leurs contradicteurs,\n avec l'intransigeance presque et l'acharnement de ces aimables et spirituels\n partisans du vers régulier, obstinément sceptiques à toute croyance,\n hormis à celle de la nécessité providentielle de la césure et de la rime\n riche!...\n    P e u t - ê t r e aussi un mode de penser ne s'impose et ne survit-il qu'en s'exagé­\n rant ?... Quoi qu'il en soit, le XVIe siècle fit prévaloir, p o u r user du langage de\n Nietszche, une « nouvelle évaluation des valeurs » intellectuelles et morales,\n issue d'une fermentation spirituelle où l'impatiente et généreuse ambition de\n savoir, le besoin d'élargir les domaines de l'intelligence, se mélangeaient\n étrangement à la pédanterie présomptueuse de lettrés et d'érudits adulés et à\n l'admiration idolâtrique d'une philosophie et d'un art achevés et, dès lors,\n supérieurs nécessairement, à certains égards, à une philosophie et à un art en\n pleine formation.\n    L'art si grand déjà et si glorieux, enfanté par la civilisation moderne et\n qui, tout alimenté de réalisme fécond, était l'élément le plus vivace et le plus\njuvénile de la pensée c o n t e m p o r a i n e ; tout l'œuvre du moyen âge jusqu'aux\napproches du XVIe siècle finit par devenir un objet de mépris et de risée, telle­\n ment q u e , durant trois cents ans, le préjugé de 1' « art idéal » aveugla les\n E u r o p é e n s et leur voila la perception de la beauté des innombrables monu­\nments primitifs ou « gothiques » qui se dressaient p a r t o u t ! L ' E u r o p e ,\nvraiment, alors, comme dirait Barrès, renia ses morts, pour adopter des\nmorts étrangers !\n    Cependant, les zélateurs de l'antiquité ne laissèrent pas de rencontrer des\nrésistances, tantôt fortuites ou instinctives, tcintôt volontaires. Les théories\nhumanistes passèrent comme une vague niveleuse, mais, de ci d e l à , des îlots\nsubsistèrent qu'elle ne put submerger; des cités que leur isolement topogra­\nphique ou politique, leur esprit particulariste, préservèrent de la con­\ntagion.\n    La mégalomanie de la seconde Renaissance sévit, d'ailleurs, surtout à\nR o m e et la Ville éternelle en porte, copieusement, la trace. Florence, privi­\nlégiée, avait accueilli le printemps de l'humanisme, à l'époque où il était\nencore inoffensif, et sa physionomie c h a r m a n t e n'en a pas été altérée : sa\nmission d'art est finie, du reste ; d u r a n t deux siècles, elle a prodigué les chefs-\nd'œuvre, donné à l'Italie le Dante et Giotto, puis les quattrocentisti, les\nréalistes, les poètes, les féeriques, tous divers, tous puissants et exquis ; enfin,\npour achever dans l'éblouissement, L é o n a r d et Michel-Ange... Sa part est\nincomparable et elle n'a rien à envier à R o m e qui, sous les pontificats\nillustres de Jules I I et de Léon X, devient la métropole de l'art trans­\nformé.\n    Au XVIe siècle, l'art s'unifie; les originalités et les traditions locales s'affai­\nblissent, disparaissent; les petites écoles, déjà bien diminuées et qui avaient\nréussi, longtemps, à préserver leur autonomie, malgré l'éclatante primauté\nflorentine, s'éteignent obscurément, taries... Ainsi de Pérouse, de S i e n n e . . .\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3375, "texte": "290                                DURENDAL\n\n\n   Et, peut-être, cela vaut-il mieux et que, n'ayant pu s'adapter aux condi­\ntions de l'esthétique nouvelle, ces cités soient restées assises, résignées, dans\nla poussière de leur gloire, gardiennes de leurs propres reliques, dont les\nsignifications se sont accrues avec la vétusté. Subjuguées et, en même temps,\naffranchies de la nécessité de délibérer et de vouloir, comment auraient-elles\ntenté de perpétuer dans la servitude les activités de la liberté? Elles s'endor­\nmirent dans la tiédeur et la pénombre de la vie provinciale, la face tournée\nvers le passé, détachées de tout autre souci que de celui d'en préserver les\ntrophées.\n   Parmi les survivantes de ces siècles d'énergie et de magnificence, ouvrières\nindustrieuses et martiales de la grandeur italienne, dont l'émulation s'exer­\nçait à la fois dans la politique et dans l'art, la plus séduisante, celle qui frappe\ndans le souvenir l'image la plus saillante du moyen âge, est cette adorable\net sourcilleuse Sienne, installée sur les pentes roides de ses trois collines et\ntout hérissée d'églises et de palais superbes et farouches.\n   Son histoire, entrecoupée de luttes encolérées avec sa vindicative ennemie\nguelfe, Florence, de sauvages dissensions intestines et d'élans d'ardente piété,\npourrait être symbolisée par la louve romaine, aux mamelles de bronze, de\nses armoiries, dont la maigre figure de métal se dresse aux carrefours des\nrues étranglées de la cité et, en même temps, par le sigle auréolé IHS,\nemblème du nom de Jésus, sculpté ou peint, à l'exhortation de saint Ber­\nnardin, au-dessus du linteau des portes des habitations. La passion de la\ndomination et de la liberté, et la dévotion, prenaient dans les âmes tenaces\nde ce temps la même effervescence; elles ignoraient les atermoiements, les\ncompromissions, toutes les formes de tolérance, ou, plutôt, d'indifférence,\nà l'aide desquelles nous avons coutume de farder la lâcheté de nos volontés\nénervées.\n   Chaque pierre parle en ce pays, ajoute à sa beauté intrinsèque le rayonne­\nment des événements de terreur ou de suavité qu'elle évoque. Et il semble\nque les pas du visiteur réveillent et fassent surgir mille fantômes qui, secouant\nla cendre des siècles, reviennent hanter ces lieux, pour eux familiers, et dont\nils reconnaissent l'antique et fière physionomie : Ombres bénignes comme\ncelles de saint François d'Assise, de sainte Catherine et de saint Bernardin,\nces pacificateurs de la ville par la toute-puissance de l'humilité; ombres véhé­\nmentes qui réapparaissent avec l'attitude d'orgueil et de défi que leur a donnée\nle Dante, comme l'exilé florentin, le grand gibelin Farinata degli Uberti et\nle tyran siennois Provenzano Salvani, qui, à Monte-Aperti, « abattirent la\nrage florentine ». Ou, si l'on songe au déclin de Sienne, ensevelie dans le\nlinceul ensanglanté de sa démocratie; au crépuscule qui descendit à la fois\nsur son art et sur son indépendance, c'est la silhouette de Montluc qui se\ndresse, le rude soldat gascon, le dernier et opiniâtre défenseur de la\nvieille république contre Cosme de Médicis et son protecteur, Charles-\n Quint.\n   Si l'on ne peut dire que Sienne ait épuisé toute sa violence dans son exis­\ntence tourmentée, on affirmerait sans hésitation que toutes ses capacités de\ndouceur sont passées dans son art et, plus particulièrement, dans sa peinture,\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3469, "texte": "                                 NOTES     S U R L'ART                                291\n\n\nqui brilla p e n d a n t deux siècles, le XIVe et le XVe. Les maîtres du trecentu,\nDuccio, L i p p o Memmi, Simone di Martino et les Lorenzetti ont été u n a n i ­\nm e m e n t loués et honorés par les historiens de l'art, mais ceux d u siècle sui­\nvant furent favorisés d'une moindre foi t u n e . L a mémoire des u n s et des\nautres fut négligée tant que les préjugés classiques conservèrent leur empire\nsur l'opinion et la rendirent inapte à accorder la plus fugitive attention à l'ait\ndes origines; mais, lorsque cette étrange cécité se dissipa, l'intérêt alla sur­\ntout aux œuvres du XIVe siècle, parce qu'elles eurent, sur les débuts de la\npeinture en Italie, u n e influence considérable, q u e l'on déniait aux ouvrages\ndu XVe, dont les a u t e u r s , incurieux d u m o u v e m e n t qui portait l'art, autour\nd'eux, à se retremper dans l'étude inspirée de la n a t u r e , semblent avoir borné\nleurs visées à répéter, avec plus d'habileté technique et plus de variété, leurs\nprédécesseurs.\n     M. Jules Désirée vient de publier u n volume (1), consacré u n i q u e m e n t à\nces peintres sacrifiés ou jugés un peu s o m m a i r e m e n t par la critique d'art,\nexception faite de R i o (2), très complet et très renseigné, presque toujours,\nmais dont les préoccupations apologétiques influencent souvent les apprécia­\ntions. Les pages perspicaces et éloquentes du livre de M. Destrée mettent en\npleine lumière les talents inégaux, mais si attrayants, tous et si candides, de\nT a d d e o Bartoli, de Sano di P i e t r o , de Matteo et de Benvenuto di Giovanni,\nde Francesco di Giorgio Martini, le seul, presque, dans l'œuvre picturale\nduquel se manifestent, sans beaucoup de b o n h e u r , d'ailleurs, des préoccupa­\ntions novatrices (3); Sassetta enfin, auquel, il y a quelque temps, MM. L a n g t o n -\nDouglas et Berenson restituaient, dans le Burlington Magazine, le mérite d'un\ng r a n d tableau d'autel provenant de Borgo San Sepolcro et consacré à la glo­\nrification de saint François. Sassetta compte parmi les plus attirants des\nmaîtres siennois du quattrocento ; il y a chez lui u n e grâce fluide, u n e douceur\ni n s i n u a n t e , u n e vision spéciale de la physionomie et d u paysage que l'on ne\nrencontre à ce degré chez a u c u n de ses compatriotes.\n     M. Destrée analyse l'œuvre de ces peintres avec u n e compétence et u n e\nferveur q u e nos lecteurs ont p u apprécier, la majeure partie de ces études\nayant p a r u , d'abord, d a n s Durendal. Les voici réunies en un volume, dédié à\nnotre ami Dom B r u n o Destrée, et destiné à ravir les bibliophiles, non seule­\nment par l'excellence du texte, mais par le commentaire magnifique et p r é ­\ncieux q u e lui ont d o n n é M m e Jules Destrée et M. A u g . D a n s e . Les eaux-fortes\n\n\n\n  (1 ) JULES DESTRÉE : Notes sur les primitifs italiens (3e série); SUR QUELQUES PEINTRES\nDE SIENNE, avec deux eaux-fortes de M. Aug. Danse, cinq eaux-fortes de Mme Jules\nDestrée et douze reproductions photographiques. Un vol. in-8°. Bruxelles, Dietrich;\nFlorence, Alinari.\n  (2) Rio : De l'art chrétien. Paris, 187-1. M. André Pératé, conservateur au Musée de\nVersailles, a publié, notamment dans la Gazette des Beaux-Arts, de remarquables études\nsur les peintres siennois du XVIe siècle.\n   (3) Nous avons donné, l'an dernier, une suite nombreuse de reproductions d'après\nles œuvres des maîtres cités.\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "292                                   DURENDAL\n\n\n\n de ces artistes émérites témoignent, une fois de plus, de la souplesse\n de leur talent et d'une compréhension vraiment p é n é t r a n t e de leurs\n modèles.\n     C'est un noble h o m m a g e de vénération pour le vieil art siennois ; hom­\n mage, d'ailleurs, dont le contagieux enthousiasme n'exclut point le discerne­\n ment d'une critique très sûre et très informée. T o u t en mettant en relief les\nséduisantes caractéristiques de l'école, l'auteur s'attache à justifier celle-ci\nd'être restée réfiactaire à l'impulsion réaliste donnée, au XVe siècle, par les\nmaîtres florentins; il montre, judicieusement, que ce reproche n'est pas tou­\nj o u r s fondé et que, le fût-il, il y a quelque outrecuidance à incriminer les gens\nparce qu'ils n'ont pas atteint un but qu'ils ne visaient pas ! Or, l'ambition des\npeintres siennois était de faire œuvre de beauté et de dévotion; et nul ne\ndéniera qu'ils ne l'aient pleinement satisfaite.\n     Cependant, on ne peut laisser de songer que la quiétude un peu somno­\n lente de l'école; le parti-pris timoré de ne point s'éloigner des voies accou­\nt u m é e s ; le respect prolongé d'une tradition, dont, au reste, la clientèle des\nartistes exigeait, peut-être, la perpétuation, aient, sans doute, empêché\nSienne de produire le g r a n d artiste qui aurait apporté aux tendances locales,\nsi particulières et si attrayantes, la consécration de majesté d'une œuvre\ngéniale. E n somme, la peinture siennoise a fourni une adorable carrière, mais\n trop brève parce qu'elle n'a pas su préparer son avenir, en se conquérant de\nplus vastes champs d'activité, en ne se confinant point dans un art d'inspira­\ntion plus spirituelle, certes, que nulle p a r t ailleurs, mais destiné fatalement à\nse stériliser très vite, faute de se chercher des principes de renouvellement\nd a n s la nature et dans la vie. Elles sont de mince substance, les idées géné­\nrales que l'analyse n'a point nourries ; et de m ê m e , les conceptions artistiques\nauxquelles l'étude passionnée de la réalité n'a pas servi, en quelque sorte, de\ntremplin solide.\n     Mais la protagoniste du réalisme était F l o r e n c e , et c'était une raison suffi­\nsante pour que Sienne le dédaignât. Les mémoriaux des deux cités étaient\nremplis des souvenirs mal cicatrisés de leur long antagonisme, et leur rivalité\ns'était donné cours jusque dans le domaine de l'art, où toutes deux préten­\ndaient la priorité. Sienne, vaincue et humiliée finalement par sa brillante voi­\nsine, n'en rejeta probablement qu'avec plus de patriotique partialité les inno­\nvations. Ce n'est que par accident que nous voyons u n Florentin, Donatello,\npar exemple, travailler pour S i e n n e , et si l'on y a recours à un étranger,\nc'est à u n Ombrien, comme le Pinturicchio, ou à un L o m b a r d , comme le\n Sodoma.\n    Au reste, ces sentiments d'aversion et la religion du passé, le désir de sau­\nvegarder le patrimoine propre de b e a u t é de la cité de la Vierge s'accordaient\ntrop bien avec les propensions innées de l'art siennois : et il y avait une\nr é p u g n a n c e fondamentale entre la manière suave, chaude et illuminée qui\nfit, au XIVe siècle, la gloire de Duccio et de Simone di Martino, et la\nconception, sèche à force de netteté dramatique, de Giotto et de ses succes­\nseurs.\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "                              NOTES SUR L'ART                                  293\n\n\n   — Ainsi va la critique, ratiocinant et conjecturant, avec aridité — tandis\nqu'il faut simplement se trouver devant ces œuvres, dans le musée du Dôme\nou dans les salles paisibles de l'Académie des Beaux-Arts pour être subjugué\npar leur charme et recevoir l'émotion qui s'en dégage, la vision que l'artiste\na voulu figurer dans sa peinture, ou plutôt l'oraison que celle-ci manifeste visi­\nblement; il vous y rend participant, quel que vous soyez, et parfois avec\nd'autant plus d'abandon que l'inhabileté et la gaucherie du travail témoignent\nde l'ingénuité d'une effusion qui semble se formuler en des paroles d'enfant,\nhésitantes et pures.\n   L'émotion de cette beauté, ceux qui ont eu l'occasion heureuse de l'éprou­\nver, la raviveront en feuilletant les pages de l'ouvrage de M. Destrée. Ceux\nqui chérissent l'art italien, ou plutôt le génie à la fois lucide et passionné dont\nil est l'expression, l'aiment à toutes ses époques, même celles durant lesquelles\ndes alliages et des influences hétérogènes ont adultéré sa grâce native et ini­\nmitable; mais leur secrète prédilection ira toujours à ces siècles originels, qui\nsont tout en éclosions, de fraîcheur, de parfum et d'éclat.\n    L'art siennois du XVe siècle conserva, entre tous, ces qualités primaires,\ncette délicieuse suavité juvénile. Les hommes de cette terre n'étaient féroces\nni dévots à demi, et leur violence s'achevait en extase. La vie civique était\ntoute en soubresauts et en carnages, tandis que l'art inscrivait d'inef­\nfables suggestions pieuses sur les murailles et les façades des palais défiants\net hostiles, dans les salles orageuses du municipe, sur les portes sombres de\nla cité — partout, et jusque sur les civières des hôpitaux et la couverture des\nregistres d'impôt... Et, dans la noire et tragique histoire de Sienne, il semble\nqu'il soit, cet art, comme une floraison odorante semée par le vent sur les\nfaîtes d'un château fort et qui, ayant miraculeusement germé entre les cré­\nneaux de pierre et les hautains machicoulis les festonnerait de pampes déli­\ncats et de corolles inattendues...\n\n                                                               ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 295, "titre_corps": "Maurice Denis au Vésinet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fierens-Gevaert", "ancre_debut": "Maurice Denis au Vésinet C'ÉTAIT l'automne dernier", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 355, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "Maurice Denis au Vésinet\n\n             C'ÉTAIT l'automne      dernier, un dimanche après-\n                 midi. E n arrivant dans la petite ville de ban­\n                 lieue, il pleuvait! Ah! les tristes rues boueuses\n                 du Vésinet avec leurs blanches maisons d'été!\n                 Je me rendis tout droit à l'église. Elle prolon­\n                 geait la mélancolie des choses avec ses pauvres\n                 piliers de fonte, ses vitraux aux figures pavoi­\n                 sées de rouge et de bleu, l'ombre sans vie de la\nnef. Je demandai les peintures de Maurice Denis.\n   « Derrière le chœur, à droite et à gauche. »\n  Je commençai par la gauche.\n   L'atmosphère et les murs soudain changèrent autour de\nmoi. Dans la chapelle de la Vierge je fus accueilli par un ciel\nblanc et des ombres roses, dont je ne puis dire si on les vit\njamais, mais que nous avons tous imaginés dans nos songes.\nSur la voûte, Marie, blanche de sa gloire immaculée, lève les\nbras et montre immatérielle, défaillante, le corps à moitié perdu\ndans l'enroulement virginal de son suaire. Les anges l'auréolent\nde fleurs et de cantiques. Le philactère de Gabriel déroule\nla salutation mystique : \" Ave gratia plena. \" Sur la voûte\nprintanière, des guirlandes de lilas et de roses s'attachent aux\nnervures, et voici des vitraux avec l'Annonciation, la Visitation,\nJésus retrouvé au T e m p l e . . .\n   U n déambulatoire contourne le c h œ u r ; des rosiers, des\nglycines, des pâquerettes semées sur champ d'or, transfigurent\nles petits piliers aussi tristes jadis que ceux de la nef.\nCette allée florale mène à l'autre chapelle : celle du Sacré-\n Cœur. Une atmosphère de flammes tendres nous y enveloppe.\nJésus est debout au centre de la voûte, la tête inclinée par\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "                      MAURICE DENIS AU VÉSINET                             295\n\n\nl'infinie miséricorde, les bras ouverts ; son Cœur, visible,\nrayonne dans sa poitrine comme le soleil de toutes choses,\net à travers cette lumière r é p a n d u e j u s q u ' a u x confins du\nmonde, les séraphins accourent, b a t t a n t de leurs ailes triom­\nphales les nuages pleins de lueurs rouges, violacées, oranges,\n— lueurs de joie, de victoire, de sacrifice, où surgissent en\nmasses lointaines les grandes basiliques de F r a n c e . . . E t trois\nvitraux, ici encore, montrent Jésus guérissant les m a l a d e s ,\nJésus p a r d o n n a n t à la pécheresse, Jésus d i s t r i b u a n t l'Eucha­\nristie. D'autres scènes remplissent des t y m p a n s ; des figurations\nsymboliques animent les consoles; et partout, dans les cadres,\nsur les nervures, des rosiers saignent sur de l'or...\n    C o m m e n t dire ici, en quelques lignes, les vertus expressives\net décoratives de cette œ u v r e ! Elles sont excellemment é n u m é ­\nrées dans la belle brochure : Maurice Denis au Vésinet, où le vaste\net vivant esprit qu'est Adrien M i t h o u a r d et le critique fervent\nqu'est M. l'abbé Desfossés, ont commenté avec un lyrisme pré­\ncis cette œuvre de piété et de beauté. Les auteurs y ont carac­\ntérisé « ces mystiques et discrètes images », ils ont i n d i q u é com­\nment elles respectent les lignes architecturales pour mieux les\nembellir, et c o m m e n t la couleur de Denis, laiteuse, pure, si\nnaturellement murale, s'est associée à merveille aux petites\nvoûtes du Vésinet. C'est en lisant ces jours-ci cette publication,\nen a d m i r a n t les beaux bois de M M . T o n y et Jacques B e r t r a n d :\nle Sacré-Cœur et l'Assomption de la Vierge, qui l'illustrent, — que\nj'ai retrouvé mes émotions de l'automne dernier.\n    Après un pèlerinage aux claires cellules de Saint-Marc, on\npeut désormais contempler une œuvre religieuse contemporaine\ndans les chapelles en fête de la pauvre église du Vésinet.\n\n                                                    FIERENS-GEVAERT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-012", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 302, "titre_corps": "Les Expositions du Mois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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On s'accorde aussi\n                      à reconnaître la belle tenue d'ensemble de l'exposition.\n                      Mais de n o m b r e u s e s récriminations s'élèvent contre\n                     l'éclectisme fondamental de l'organisation qui fait voisiner\n                      Claus avec Courtens ou Gilsoul, Jacques Blanche ou\n                      Sargent avec J a c q u e s de L a l a i n g .\n                        U n critique a écrit très judicieusement que c'est là, en\n                      somme, malgré le niveau d'art très supérieur, une manière\nde Salon triennal en réduction. Exactement, tel fut bien le plan rêvé par les\ncinquante artistes H arrivés '» qui, il y a douze ans, se g r o u p è r e n t p o u r fonder\nla société et organiser des expositions où toutes les personnalités m a r q u a n t e s ,\nbelges et étrangères, pussent être représentées, à l'exclusion des tentatives\nrévolutionnaires ou des expériences subversives non encore consacrées.\n   Bruxelles est doté actuellement d'un Salon a n n u e l — aussi copieux que\nl'autorise la trop exiguë galerie du Musée — et tous les artistes peuvent pré­\ntendre y faire voir leurs œuvres, du moment qu'elles témoignent d'un mérite\nsuffisant. Les contrastes entre les œuvres de tendance diverse n'y sont pas plus\ngênants qu'à d'autres expositions. L e récent Salon de la Libre Esthétique fut\norganisé suivant un plan rigide : unité de tendance, unité d'origine, succes­\nsion chronologique d'œuvres dérivant prétendûment les unes des autres,\nselon u n e évolution logique. N'empêche que le Renoir de La Loge voisinait\n de façon étrangement disparate avec les Gauguin ou les Cézanne et que\n Manet eut été déconcerté de se découvrir un fils tel que Maurice D e n i s !\n    Cette façon de critique est bien oiseuse, puisque personne ne suggère u n e\n modification de règlement pouvant obliger tels ou tels sociétaires à s'abstenir\n d'exposer des ouvrages sous prétexte qu'ils sont d'une esthétique trop diffé­\n rente de ceux de tel ou tel autre. E t que partout, dans toutes les expositions,\n même dans celles de groupes, le même bariolage de personnalités se fait\n remarquer.\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "                        LES EXPOSITIONS DU MOIS                             297\n\n   Cette fois les contingents copieux de Vinçotte et de Gilsoul, par leur impor­\ntance, donnent à l'exposition une cohésion inusitée, ce dont il semble qu'on\nne s'aperçoive pas. De même les envois de quelques peintres étrangers,\npresque tous portraitistes, choisis pour isoler les œuvres des artistes belges,\npeu voués, comme on sait, à cultiver la « figure », sont évidemment intéres­\nsants. Je me demande de quoi on se plaint et ce que Messieurs les faiseurs de\ncritiques souhaiteraient voir à la place de ce qui leur est montré ?\n   De la série de bustes admirables exposés par M. VINÇOTTE, je reparlerai à\nloisir, ayant le projet de faire paraître dans la livraison de juin de Durendal\nune étude illustrée consacrée à ce grand statuaire portraitiste.\n   Les autres sculpteurs belges qui entourent M. Vinçotte au Salon ont des\nœuvres remarquables.\n   CONSTANTIN MEUNIER a envoyé une grande figure destinée à son Monument\nau travail. Cette statue inédite paraît simultanément au Salon de Paris où la\nSociété nationale des Beaux-Arts en a placé un exemplaire en bronze en face\nd'une œuvre remarquée de Rodin. Elle y est très admirée. Son allure pathé­\ntique, sa simplification voulue, sa douloureuse et hautaine intellectualité sont\ndignes des plus belles œuvres du maître.\n   Les bustes de LAGAE sont saisissants de volonté tenace et d'exécution\nsuivie. Le masque d'Arnold Goffin, interprété avec une minutieuse observa­\ntion, atteint au style par la technique châtiée et la compréhension du type. De\nmême, le visage du paysagiste A.-J. Heymans est exprimé de façon définitive\nen un portrait fervent et appliqué. Une figurine toute aimable, L'Ange du\nFoyer, complète l'envoi de Jules Lagae.\n   J. DILLENS expose aussi deux bustes physionomiques — M. Vergote, en\nmarbre ; M. Monville, en bronze — de ressemblance parfaite, et des\nmaquettes de statues décoratives pour l'hôtel de ville de Gand. Son entente\nde l'effet architectural et de la subordination judicieuse du détail à l'ensemble\nd'un monument s'y marquent comme de coutume.\n   Un buste encore : Mgr Granito, prince de Belmonte, nonce du Pape, par\nJACQUES DE LALAING, œuvre de grand caractère et de hautaine allure. Une\nréduction du monument équestre de Léopold I er à Ostende, une tète colos­\nsale de la Justice, aux plans énergiques, destinée à la façade de l'hôtel de\nville de Saint-Gilles, complètent avec variété l'envoi du statuaire.\n   M. PHILIPPE WOLFERS réalise, sous les aspects d'une jeune fille empêchant\nun paon de s'envoler, une charmante statue dont l'exécution définitive en\nmarbre, bronze et émaux, formera un appareil d'éclairage électrique d'une\nrare et esthétique somptuosité.\n   Enfin, M. JULES JOURDAIN expose un délicat buste en marbre, Portrait\nd'enfant, qui obtient un succès mérité.\n   Les peintres ne sont pas moins bien représentés que les sculpteurs.\n   On connaît l'art de VICTOR GILSOUL. Ses nombreux paysages affirment une\nharmonieuse et souple santé. Conçus dans la joie, réalisés avec maîtrise, ils\nséduisent par l'adresse de leur mise en page, leur force aimable de coloris,\nleur puissance tranquille. Sans doute, aucune inquiétude n'altère leur opu­\nlente saveur, mais cette sérénité ajoute à leur séduction. Victor Gilsoul ne pré-\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3538, "texte": "298                                DURENDAL\n\n\ntend pas innover, il admire la simple nature et s'efforce de l'exprimer avec\nsimplicité. Si le motif qu'il a choisi l'y incite, il élaborera avec recherche des\nragoûts de couleurs délicats — voyez le Soir à Bruges, la Rentrée des barques au\nCrépuscule — ou bien il établira avec fougue, en valeurs sonores, u n effet pit­\ntoresque comme l'Estacade ou le Vieux coin à Dixmude. Il étudiera les moda­\nlités fuyantes de la lumière, comme dans le Donkeren Hoek, œuvre poétique\npleine de calme et de silence, ou les violences de la forme en m o u v e m e n t —\ncomme dans la Mer démontée, ou encore la brutalité d'un plein midi de Juin\néclairant sans mystère un parc opulent, mais dans chacune de ses toiles il\nrestera lui-même, brillant et bien équilibré. Son copieux p a n n e a u n'offre\na u c u n e monotonie et lui fait le plus grand honneur.\n    E M I L E CLAUS est aux antipodes de Gilsoul. Chez lui tout est inquiétude,\nfrémissante recherche, volonté t e n d u e . Il vise à ne peindre que de la lumière,\nà garder aux tons leur netteté, leur pureté originelle, à éviter les mélanges de\ncouleurs, les empâtements, à ne laisser sentir a u c u n e matérialité. Son Coin de\nParc en automne est comme u n e belle et fraîche tapisserie, séduisante, raffinée,\nmais la poursuite persévérante de certains effets semble exclure d'autres\n mérites plastiques non moins désirables et l'œuvre m a n q u e un peu de plans,\n de corps, de réalité.\n    FRANZ COURTENS, a u contraire, n'a que trop de matérialité. Ses deux\n œuvres, fortement construites et peintes avec robustesse, représentent digne­\n ment ce vétéran glorieux dont les succès ne se comptent plus.\n    Après ces trois grands paysagistes il faut mentionner P a u l Mathieu, colo­\n riste substil et aérien; Auguste Donnay, dont les pastels ont une g r a n d e u r\nd'effet surprenante ; Asselbergs, Marie Collart, B e r n i e : , L e Mayeur, H e r -\n m a n u s , T a e l e m a n s , Ottevaere, toujours égaux à eux-mêmes.\n    M. P.-J- DIERCKX, sortant cette fois de ses études coutumières, a réalisé,\n dans la g r a n d e toile qu'il intitule les Adieux, u n effort de composition et de\n rendu très méritoire. Sans doute, Struys et Jakob Smits semblent avoir\n influencé cet artiste, mais sa vaillance n'en est pas moins louable et il atteint\n dans sa nouvelle œuvre à u n e réelle puissance d'émotion.\n    L e s portraitistes belges ne sont pas très représentés à ce Salon. L e portrait\n de la mère supérieure d'Helmet, par M. Jacques de Lalaing, vaut surtout par\n la nette compréhension du caractère du modèle. U n e telle étude est toute\n psychologique et constitue u n document humain de premier ordre. M. ANDRÉ\n CLUYSENAER expose trois portraits sérieux, très étudiés et de sobre tenue.\n M. Van H o l d e r , un portrait d'homme excellent, de dessin juste et de coloris\n ferme dans sa discrétion, et un portrait-groupe de deux jeunes filles en plein\n air témoignant de fines recherches d'élégance colorée.\n    Les maîtres étrangers, adonnés à cette ingrate et lucrative spécialité, four­\n nissent quelques-uns des morceaux les plus appréciés de l'exposition.\n    On ne saurait être plus virtuose que M. JOHN SARGENT et, depuis Van Dyck\n sans doute, u n e « patte » plus magistrale ne s'était affirmée.\n    Une longue expérience technique, doublée d'une adresse magique, aboutit\n chez cet artiste à des simplifications prestigieuses révélant, en quelques tou­\n ches décisives, tout l'essentiel d'un chef-d'œuvre. Les portrails de la comtesse\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "                          LES EXPOSITIONS DU MOIS                                   299\n\nClary et de M. Léon Delafosse sont caractéristiques de cette manière\nhardie et cavalière, d a n s une note de fine élégance et de déconcertant\nbrio.\n   Aux a n t i p o d e s de cet art synthétique s'impose l'art de M. DAGNAN- BOUVERET .\nSon portrait de M m e Camille Bellaigue, m e n é lentement à une perfection\nde r e n d u définitive, est u n e œuvre de plénitude mûrie et reposante. L'inti­\nmité charmante de cette peinture correcte et discrète n'est pas accessible à\ntous, mais ceux qui l'ont ressentie en gardent l'obsession, et c h a q u e fois qu'ils\nla revoient, ils en goûtent davantage la magistrale aisance.\n    M. JACQUES BLANCHE n o u s m o n t r e , dans le portrait de son José Maria Sert,\nune habileté superficielle r e m a r q u a b l e et très judicieusement adaptée au type\ndu personnage représenté.\n    Cette m ê m e habileté se m a r q u e dans des natures-mortes enlevées avec u n e\npreste virtuosité dans u n e note claire et fine.\n    L e s deux peintures de M. GEORGES DESVALLIÈRES, intitulées Femme en rouge\net Portrait, sont d'une merveilleuse tenue coloriste. L e Portrait, discutable\névidemment à divers points de vue, s'impose à l'admiration de tous par u n e\nh a r m o n i e rare de tonalités exquises et tout à fait personnelles. Ses valeurs,\ninfiniment délicates, s'équilibrent en un b o u q u e t de colorations soutenues\nd'un art c o n s o m m é .\n    L a Femme en rouge, d'aspect plus rationnel au gré d u goût bourgeois, n'a\npas moins de tenue et de saveur d a n s des tons plus saturés.\n    M. H É B E R T , avec des artifices de couleur, exprime de façon très artiste le\ncharme étrange de M m e B . . . L a robuste vieillesse du peintre lui con­\nserve toute la netteté de vision, tout le charme d'enveloppe qui ont consacré\nsa maîtrise.\n    M. FRANÇOIS FLAMENG est m o n d a i n avec mesure, goût et adresse. On con­\nçoit le succès que peuvent rencontrer ses portraits si distingués.\n    M. PAUL BAIGNIÈRES a envoyé un petit portrait d ' h o m m e incisif et fouillé.\nIl a aussi des dessins jolis et habiles.\n    M. CHARLES MICHEL expose deux portraits dessinés et rehaussés d'un peu\nde couleur, traités à la façon des images j a p o n a i s e s , avec infiniment d'esprit,\nde grâce et d'agrément. U n e fantaisie délicate, les Souris blanches, et une nature-\nmorte très raffinée complètent son original envoi.\n    M m e R E N É E DAVIDS dessine aux trois crayons des petits portraits caractéris­\ntiques et sait m a r q u e r expressivement la physionomie des visages et l'allure\npersonnelle des attitudes.\n    M. JEAN GOUWELOOS, portraitiste aussi, s'abstient cette année d'exposer u n\néchantillon de cette spécialité. Il n'est représenté au Salon que par u n e habile\n et souple petite étude de nu, d'un métier excellent.\n     M lle L O U I S E DE H E M obtient un gros succès avec le portrait très h e u r e u x\n de la comtesse Cari van der Straten.\n     M. E m i l e Verbrugge est portraitiste encore dans deux études masculines\n très fouillées et curieusement peintes. U n paysage finement « cuisiné » en\n des colorations fortes et sobres est r e m a r q u a b l e .\n     M. CHARLES M E R T E N S , inquiet chercheur, expose u n intérieur de loge\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "300                                  DURENDAL\n\n\nforaine réalisé dans u n e harmonie haut-montée de tons sourds et fins très\nméritoire.\n   U n e étude de chemineau, excellent morceau d'atelier, atteste u n e force\nd'exécution peu c o m m u n e , mais le morceau n'a guère d'autre intérêt que\ncelui de son exécution puissante et a p p u y é e .\n   La Trieuse de chiffons de M. VAN ZEVENBERGHEN est de la famille des mari­\ntornes do J a n Stobbaerts. U n e minutieuse application dans le r e n d u , u n luxe\nde tonalités curieuses, un faire large et gras r e c o m m a n d e n t cette œuvre\nd'un très j e u n e peintre piocheur et doué à l'attention des amateurs d'œuvres\npoussées et mûries.\n   Les peintres d'intérieurs, de natures-mortes, de fleurs, apportent tous les\nans à ce Salon l'appoint de notes savoureuses et variées.\n   M. ALFRED VERHAEREN est toujours le puissant coloriste, l'admirable tech­\nnicien, dont les émaux, les laques, les patines précieuses réjouissent les yeux.\nIl nous donne du meilleur Verhaeren en u n e marine et u n e petite nature-\nmorte, où deux côtelettes crues voisinent avec quelques légumes. C'est aussi\nbeau qu'un Chardin !\n   J'ai dit tout le bien que je pense des fleurs de M lle ALICE RONNER à propos\nde son Salon tout récent au Cercle Artistique. M lle ART rivalise avec elle dans\nses énergiques pastels. M. JAMAR est solide, pittoresque, intéressant dans un\nintérieur et u n petit bout de paysage crépusculaire. M. SEGHERS, M lle D E\nBIÈVRE, M l l e GEORGETTE M E U N I E R ,   M m e RONNER sont représentés par des\nenvois caractéristiques. Enfin, les lieders de l'aquarellisme, STACQUET et\nUYTTERSCHAUT, ont des séries de leurs œuvres coutumières, fines, p i m p a n t e s ,\noriginales, charmantes. M m e GILSOUL a deux robustes et brillantes aquarelles,\nun intérieur et un bouquet d'anémones diaprées ; M . DANSE, graveur éminent,\ndes portraits et des paysages dessinés ou gravés d'un trait incisif et spirituel;\nM. LEQUEUX a deux pointe-sèche intéressantes.\n  Enfin, last but not least, M LUCIEN SIMON a envoyé au comité, après la der­\nnière minute, u n e toile originale représentant deux enfants sur un escalier,\nœuvre de vision fine et d'exécution spontanée, pour laquelle le placement n'a\npu être, malheureusement, tout à fait satisfaisant.\n\n\n\n\n                      Les Expositions Ephémères\n    E x p o s i t i o n d e M . R i c h i r . — Tout ce qu'un artiste laborieux et\nconsciencieux p e u t acquérir d'expérience et d'adresse est résumé d a n s l'ait\nde M. H e r m a n Richir. Portraitiste attitré d'une clientèle bourgeoise opulente,\nil exécute sans escamotage des travaux divers et soignés. M. Richir dessine\ncorrectement, fixe les ressemblances avec perspicacité et fait preuve de\nmesure et de goût dans la présentation de ses modèles. On ne saurait le\nchicaner de ne nous offrir point ce que la nature ne lui a point départi, u n e\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "                        LES EXPOSITIONS DU MOIS                                301\n\n\nflamme, un accent, une élégance qui transfigurent ses portraits et les sacrent\nchefs-d'œuvre.\n   L'exposition de M. Richir, très bien arrangée et variée, a obtenu le plus\nhonorable et sans doute le plus pratique succès; tout le monde en est\nenchanté, et c'est là un exemple de dignité dans la carrière artistique qui\nvaut d'être cité.\n\n    M . A l e x a n d r e M a r c e t t e a voisiné au Cercle avec M. Richir. Ses\nmarines, quelques paysages, des fleurs composaient un salonnet de coloris\nfrais et raffiné tout à fait séduisant.\n   M. Marcette a acquis dans la pratique de l'aquarelle gouachée une décon­\ncertante dextérité. Ses recherches d'harmonies subtiles et neuves, le mouve­\nment et la variété qu'il apporte à retracer les aspects changeants du ciel et de\nla mer, la force de son coloris et sa distinction, le souci qu'il a d'exprimer\nl'ambiance atmosphérique lui constituent une personnalité caractérisée dans\nl'école. Son exposition a rencontré un flatteur succès dans le monde artiste.\n\n   MM. Emile Charlet et M. Van Damme-Silva ont occupé\nensuite la galerie. Salonnet d'allure reposante, un peu indifférente, où les\nœuvres agréables et de placement facile n'étaient pas rares.\n\n   Exposition de M. Constant Montald. — Encore un acte de\nce drame poignant qui se joue dans les sphères esthétiques et qui pourrait\ns'intituler « Les forces perdues ».\n   M. Montald a manifesté avec une fière allure ses brillantes facultés de\ndécorateur monumental. Noblesse, élévation, ampleur, sens de la forme et\nde la couleur étaient en puissance dans ses moindres travaux. Il a végété\nobscur et cette exposition copieuse est une surprise pour tous.\n   En des temps de foi agissante ou de vie civique florissante, les facultés\nbrillantes d'un tel artiste ne fussent point demeurées sans emploi. Mais il en\nest de lui comme de Jean Delville, d'Albert Ciamberlani, d'Emile Fabri...\nCe n'est la faute à personne, les circonstances sont telles, mais que de beaux\ndons gaspillés et que de belles œuvres qui eussent pu être et n'existeront\njamais sans doute. Espérons que les curieux mérites dont témoignent tant de\nrecherches — peinture, sculpture ou dessin — vaudront une brillante\nrevanche du sort au vaillant artiste.\n\n   F e u E u g è n e V e r d y e n . Un poète, un rêveur, qui fut peintre à ses\nheures et laissa des toiles souvent captivantes. Ses paysages ont parfois le\ncharme fictif et artificiel de beaux décors imprécis.\n  Cette exposition posthume rend justice à une gracieuse nature d'artiste\nqui ne donna point toute sa mesure.\n\n   L ' a r c h i t e c t e H e n r i B e y a e r t . — Au Cinquantenaire, la réunion\ndes œuvres de l'architecte Henri Beyaert offre le plus vif intérêt, encore que\nces imposants travaux d'architecture soient parfois d'accès un peu rude aux\nprofanes.\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "302                                 DURENDAL\n\n\n\n    Il semble que cette exposition puisse devenir le n o y a u d'un musée\nd'art architectural, où des plans et des dessins se compléteraient par des\nséries de photographies des m o n u m e n t s édifiés.\n   H e n r i Beyaert fut u n probe, fécond et original artiste. Cet h o m m a g e à sa\nmémoire est juste et honore ses élèves qui l'ont conçu et réalisé comme il\nh o n o r e le maître disparu. M. E u g è n e Van Overloop, l'éminent conservateur\nen chef des Musées du Cinquantenaire, a consacré à l'organisation de cet\nensemble son dévouement éclairé. Il a publié pour le signaler à l'attention\npublique u n e notice courte et substantielle dans le Bulletin des Musées Royaux\ndes Arts Décoratifs et Industriels. On ne saurait mieux dire.\n\n    M . E . B l a n c - G a r i n , l'éminent professeur, a rassemblé dans les\nsalons de l'hôtel de Caraman-Chimay, 16, rue du P a r c h e m i n , à Bruxelles,\nun ensemble imposant d'oeuvres de ses élèves. Artistes et amateurs voisinent\nle long des cimaises d a n s un piquant mélange. Des noms cotés aux cata­\nlogues des salons d'art et des noms notoires de l'almanach de Gotha y signent\ndes œuvres alternatives.\n   M. Blanc-Garin s'entend merveilleusement à discerner et à cultiver l'ori­\nginalité de chacun des élèves qu'il forme. Personnels avant tout, les artistes\nqui ont passé par son atelier ont appris les éléments techniques de leur art\nsans être influencés par aucun autre objectif traditionnel. Aussi tous semblent\namoureux et fervents de leur métier, sans rien des lassitudes et des veuleries\nacadémiques. Professionnels ou non professionnels sont infiniment intéres­\nsants et la différence ne se m a r q u e guère entre ceux des exposants dont\nl'art est la préocupation et le but exclusifs et ceux pour lesquels il n'est\nqu'un élégant passe-temps. Certaines mondaines pourraient se poser en\nconcurrentes redoutables de bien des portraitistes ou peintres de n a t u r e s -\nmortes très cotés.\n   Déjà des peintres morts jeunes, en pleine éclosion de talent s y m p a t h i q u e ,\nattristent d'emblèmes funèbres l'ensemble de ces travaux d'école si variés et\ncaptivants. D'autres artistes très en vedette témoignent qu'ils ont reçu chez\nM. Blanc-Garin les conseils qui mènent au succès du meilleur aloi, enfin\nchez les débutants se marquent des dons, des volontés, des aptitudes qui font\naugurer le mieux du m o n d e de l'avenir de cette pépinière artistique.\n\n                                                                             P. L.\n\n\n\n\n                                        ^\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-013", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 307, "titre_corps": "Chronique Musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique Musicale Cinquième Concert Ysaye", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 366, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "Chronique Musicale\n\n   C i n q u i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Au programme, une ouverture en\nré majeur pour orchestre de Jean-Sébastien Bach, le Concerto en mi majeur\npour violon et orchestre du même auteur, le Concerto en rè majeur pour violon\net orchestre de Beethoven, la Symphonie en mi majeur pour orchestre et\nviolon principal de Victor Vreuls.\n   On devine ce que l'admirable Concerto de Bach a été sous les doigts pres­\ntigieux d'Ysaye, tour à tour une merveille d'ampleur, de poésie céleste, de\nrythme majestueux et triomphant. Ce concerto a été suivi d'une exécution\nprodigieuse du Concerto de Beethoven. Jamais, nous semble-t-il, l'éminent\nvioloniste n'a plané à de telles hauteurs et ne s'est élevé à pareille éloquence.\nTel qu'un immense fleuve harmonieux, les radieuses inspirations de Beet­\nhoven se sont épandues en flots exquis. L'adagio a eu des accents sublimes.\nIl faudrait aussi mentionner la transcendance de la virtuosité, notamment\ndans les cadences, virtuosité sans égale. Mais les éloges au virtuose semblent\nici presque malséants à tel point dans l'interprétation d'Ysaye, tout est subor­\ndonné à l'impression d'art pur. Le violon est comme supprimé et on écoute\nchanter les voix du ciel.\n   Dans la Symphonie de Vreuls, la partie de violon principal, magistrale­\nment dite par Ysaye, est strictement enchaînée à l'ensemble symphonique.\nL'œuvre de Vreuls est donc justement dénommée Symphonie, ce n'est pas un\nconcerto, même suivant la conception éminente et raffinée des grands maîtres\nBeethoven et Schumann, dont les concertos laissent toujours à la symphonie\nune large place. La Symphonie de Vreuls est riche en pensée et en couleur,\noffre des rythmes et des envolées poétiques du plus haut intérêt, l'orchestra­\ntion en est ingénieuse et souvent impressionnante; ce n'est point une oeuvre\nacadémique, mais un poème personnel qui vit et qui émeut.\n   Signalons la vaillance et la belle tenue de l'orcheste Ysaye en toutes ces\ninterprétations, sous la direction pleine de feu de Crickboom.\n   Formulons, en terminant, un regret, c'est qu'un grand artiste tel qu'Ysaye\nne se fasse pas entendre plus souvent à Bruxelles. L'accueil enthousiaste et\némotionnant qu'on lui a fait à l'Alhambra ne peut lui laisser aucun doute sur\nles profondes sympathies dont il est entouré et sur la reconnaissance qu'on lui\nporte. Cette reconnaissance lui est assurément bien due, car il a contribué puis­\nsamment au développement des connaissances et du goût musical par l'insti­\ntution de ses concerts, qui constituent un des facteurs essentiels de la vie\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": " 304                                  DURENDAL\n\n\n\n esthétique de la capitale, comme l'a si bien prouvé, une fois de plus, la série\n des admirables auditions de cet hiver. Mais qu'il fasse plus et soit moins\n avare de ses merveilleuses interprétations. Qu'il se dise qu'elles sont pour\n ses compatriotes non seulement la source d'exquises jouissances, mais encore\n de précieux enseignements d'art.\n\n    Les « Maîtres C h a n t e u r s » et le « C r é p u s c u l e                  des\n D i e u x » a u T h é â t r e d e l a M o n n a i e . — Il sied de rendre hommage\n  à la direction de notre première scène lyrique pour la série des représen­\n  tations organisées au cours de cet hiver, représentations très intéressantes\n  et variées et dont le choix atteste un tact parfait, un éclectisme intelligent et\n  nécessaire. En cet énoncé rapide, nous ne parlerons que des représentations\n  auxquelles nous avons assisté.\n     Citons d'abord l'Orphée de Gluck, où Mme Gerville-Réache a d o n n é du\n  personnage principal une interprétation pleine de g r a n d e u r . P u i s , la Flûte\n enchantée, ce chant du cygne de Mozart, où pour la dernière fois fleurit et\n s'épanouit, en des expansions de b o n h e u r , l'âme mélodieuse du maître lumi­\n neux. Interprétation charmeuse et spirituelle par M M . Delmas, Boyer,\n Vallier, B e l h o m m e , MM m e s Bréjean-Silver, Dratz-Burat, E y r e a m s , etc.\n Mentionnons aussi les représentations de Aida et de Carmen, qui, avec Samson\n et Dalila, sont les trois plus beaux opéras de la fin du XIXe siècle, dans Aida\n le jeu de la tragédienne vibrante qu'est M m e P a q u o t ; dans Carmen, l'inter­\n prétation étincelante de M. Clément.\n    Arrêtons-nous un peu plus longuement aux Maîtres Chanteurs, le merveilleux\n chef-d'œuvre wagnérien, qui rayonne de beauté et de jeunesse immortelles.\n Si, au point de vue musical, les Maitres Chanteurs sont probablement avec\n Siegfried le poème le plus large, le plus riche et le plus complet que W a g n e r\n ait écrit, it faut ajouter qu'au point de vue poétique, il contient l'âme m ê m e\n de W a g n e r , résume l'idée essentielle de la mission qu'il est venu remplir en\n ce m o n d e , symbolisant la victoire de l'art fécond sur les routines académiques\n et stériles, l'effondrement des étouffantes murailles de la convention sous le\nsouffle céleste et formidable de l'inspiration librement spontanée. Il représente\naussi le triomphe de l'idéal, de l'intelligence et de la bonté incarné d a n s\n H a n s Sachs sur la platitude et la sottise personnifiée dans Beckmesser, un\nde ces types d'humanité éternels comme le sont les figures de Caliban ou de\nSancho Pança.\n    Le tout rehaussé dans le prestigieux et pittoresque cadre du XVIe siècle,\noù l'aurore des temps modernes est encore pénétrée de quelques ressouvenirs\ndu moyen âge expirant.\n    L'interprétation des Maitres Chanteurs, à la Monnaie, a été vibrante et\nchaleureuse, pleine d'élan et de ferveur.\n    M. Imbart de la T o u r (qui malheureusement nous quitte) a prêté au\nrôle de W a l t h e r le charme de sa voix captivante et moelleuse. M. Albers (qui\na aussi le tort de délaisser Bruxelles pour L y o n , où il est probable que la\nprédominance de ses qualités foncièrement artistiques sur ses dons vocaux ne\nsera pas appréciée c o m m e en notre capitale) a d o n n é du personnage d ' H a n s\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3393, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                               305\n\n\nSachs une interprétation toute de distinction et de majesté. M. Forgeur a été\ntout à fait excellent dans David, et M. Decléry a saupoudré le personnage\nde Beckmesser de toute la verve comique compatible avec la dignité du\ndrame lyrique. Mlle Foreau (Eva) a été charmante de grâce et de naïveté\nsongeuse. Citons encore M. Vallier, dont la belle voix a sonné largement\ndans le rôle de Pogner; Mme Bastien, MM. Belhomme, Cotreuil, etc.\nL'orchestre de Dupuis a été, comme toujours, remarquable de clarté de\nrythme et d'expression.\n   Disons aussi un mot du Crépuscule des Dieux. En concordance avec le sym­\nbolisme musical de Wagner, l'esprit du mal qui circule dans le drame,\npersonnifié par Hagen, s'insinue aussi et rampe au travers de la trame orches­\ntrale où il reparaît souvent sous la forme suggestive d'une succession d'har­\nmonies sombres, âpres et vénéneuses qui rendent l'audition du Crépuscule (la\nplus longue partition qui soit au théâtre) plus fatigante que toute autre de\nWagner. D'autre part, au troisième acte, le dialogue de Siegfried avec les\nfilles du Rhin, le récit printanier de Siegfried, la mort du héros suivie de la\nmarche funèbre, l'invocation finale de Brunehilde, le crépuscule des dieux\nsymbolisé par l'embrasement du Walhalla constituent la succession de scènes\nla plus grandiose qui existe au théâtre et que Wagner ait écrite. C'est tellement\nvrai que le Crépuscule des Dieux, surtout lorsqu'il est entendu à la suite des\nautres journées du Ring, dont il est le couronnement naturel, laisse dans\nl'esprit l'impression d'une chose gigantesque et surhumaine.\n    Mme Litvinne (Brunehilde) a apparu une fois de plus l'artiste incomparable\nque l'on sait. Nous ne saurions assez dire combien nous aimons Dalmorès\ndans ce rôle de Siegfried qu'il réalise si bien au physique et qu'il pénètre d'un\narôme de jeunesse et de grâce héroïque absolument séduisants. Sa voix\ns'amplifie et s'échauffe visiblement d'année en année et il a rendu les scènes\ndu 3 e acte de la façon la plus émouvante. M. Decléry (Gunther) a donné\nau lendemain de Beckmesser d'éclatantes preuves de la souplesse de ses dons\nd'interprète. M. Vallier a rempli en artiste éprouvé le rôle si périlleux de\nHagen. Mlle Foreau a été fort bien dans Gutrune dont le personnage lui sied\nmoins cependant que l'Eva des Maures Chanteurs. Mme Gerville-Réache a été\nsuperbe dans Waltrante, et M. Sylvain Dupuis, dont la direction ferme et\nsûre a si largement contribué à la perfection de l'ensemble, mérite des\néloges tout spéciaux. Le décor est exquis, tour à tour baigné dans le rayonne­\nment bleu du Rhin s'enfuyant capricieusement vers les lointains boisés, et la\nnuit dans des clartés lunaires laiteuses et surnaturelles laissant entrevoir,\ndevant l'antique burg de Gunther, des formes vagues et menaçantes. Espérons\nque l'an prochain MM. Kufferath et G u i d é n o u s rendront Tristan et Sieg-\nfried, qui dans son ensemble nous apparaît la perle du Hing.\n\n   Madame B r é m a a donné à la Grande-Harmonie, avec le concours\nde son fils, M. Francis Braun, un concert, honoré de la présence de S. A. R. la\ncomtesse de Flandre, et qui a été couronné d'un plein succès. On a entendu\nsouvent à Bruxelles l'admirable interprète de Gluck et de Wagner, mais c'est\ntoujours avec un bonheur nouveau qu'on goûte cette largeur de compréhen-\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "306                                     DURENDAL\n\n\n\nsion, cette conception profondément poétique des œuvres, ces effusions lyriques\nsuccédant aux interprétations majestueuses et méditatives, cette exquise\ndistinction de style et d'accent qui fait de M m e Bréma une des artistes du chant\nles plus accomplies qui soient. Son p r o g r a m m e était des plus variés et com­\nprenait à côté des noms de Brahms, S c h u m a n n , S c h u b e r t , des œuvres moins\nconnues de H u g o Wolff, de Bruneau, de H u m p e r d i n c k . Signalons le poème\ngrandiose de Schubert, Die Stadt, et le non moins impressionnant Chant de\n Weyla par H u g o Wolff, les Gavotte, Bourrée, Pavane et Sarabande de B r u n e a u ,\nd'harmonie et de rythme savoureux, une délicieuse Berceuse (Wiegenlied) de\nH u m p e r d i n c k , écrite sur un poème aussi délicieux que la m u s i q u e . P u i s les\nravissants duos de Brahms (Es rauschet das Wasser) et de S c h u m a n n (Tragœdie\nSchön Blümlein) chanlés par M m e Bréma et M. F r a n c i s B r a u n . Ce dernier\npossède u n e très belle voix de basse qu'il gouverne en véritable artiste. N o u s\nl'avons surtout aimé dans les pièces de Schubert, de Paladilhe (Psyché) et de\nS c h u m a n n (Der Hidalgo). U n e mention spéciale pour les artistiques et com­\npréhensifs accompagnements de M. Georges L a u w e r y n s .\n\n\n    Le choral mixte de M. Léon Soubre a donné son concert\nannuel à la G r a n d e - H a r m o n i e E n premier lieu figuraient au programme de ce\nconcert des fragments du Stabat mater d ' E t i e n n e Soubre (soliste, M lle H o l l a n d ) .\nC'est u n e belle œuvre d'une inspiration religieuse large et recueillie. P u i s des\nchœurs à huit voix, le P s a u m e 150 de Peeter Smeelinck, et l'Écho d'Orlando\nLasso (tous deux du XVIe siècle), ont été chanlés avec un ensemble parfait et\nde façon vibrante par la phalange de M. Soubre. Étaient inscrites aussi dans\nla partie chorale du programme des œuvres belges Sur la mer, Consolation, Chan-\nsons tziganes et basques, ces dernières ne m a n q u a n t pas d'intérêt et qui étaient\nsignées Samuel, Delune, F r a n ç o i s Rasse. L e pianiste compositeur Delune\ncollaborait à ce concert avec une jeune violoncelliste, Mlle F r o m o n t , qui a\nmontré de sérieuses qualités de musicienne, dans la sonate pour p i a n o et violon­\ncelle jouée avec l'auteur, M. Delune, et dans le concerto pour violoncelle de\nH a y d n . L e concert se terminait par le poème que Schumann a écrit sur la\nMignon de Goethe. M m e Crabbe Kernitz et M lle Holland prêtaient le concours\nde leur talent à cette exécution rehaussée encore par la voix si chaude, l'inter­\nprétation si artistique de Seguin. M. Léon Soubre a eu une heureuse idée de\nfaire entendre cette Mignon de Schumann, œuvre bien peu connue et qui ren­\nferme des pages exquisement fines et poétiques.\n\n\nDeuxième Sonate pour violon et piano, par JOSEPH RYELANDT.\n   (Éditeur Muraille, à Liége.)\n   Voici encore une œuvre intéressante due à la p l u m e de l'auteur des Chants\nSpirituels, de l'Idylle Mystique, de la partition de Sainte Cécile, à laquelle nous\nn o u s réservons de consacrer prochainement un article détaillé.\n   Cette nouvelle sonate pour violon et piano est verveuse, pleine de sève\nmélodique, écrite dans le style classique avec des colorations distinguées\nmais discrètes. L e premier Allegro, entrée majestueuse, est une pièce d'un\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 572, "texte": "                            CHRONIQUE         MUSICALE                             307\n\n\nrythme ferme et fier. L e second m o u v e m e n t , un Andante cantabile, d'impression\nnaïve et gracieuse, est tout à fait c h a r m e u r . Enfin, la dernière partie, Allegro\nmoderato, d'allure plus ample que les deux p r é c é d e n t e s , se couronne d'une\nconclusion sereine où plane cette inspiration mystique à laquelle nous\ndevons les plus belles pages du j e u n e compositeur brugeois.\n\n                                                           G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-014", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 316, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LE ROMAN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 371, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "LES LIVRES\n\nLE ROMAN :\nL ' I d o l e m o n s t r u e u s e , par Louis MICHEL-Y SERENTANT. — (Paris,\n   Ollendorff.)\n   On a fait de l'hérédité une idole devant qui nous serions comme des esclaves\nligotés devant un maître absolu. Les pauvres esprits suggestibles à qui l'on a\nvanté sa puissance phénoménale et irréfragable, son fatalisme, se sont laissé\nfasciner par ces théories malérialistes qui ne laissent aucune place à la liberté\nmorale, à l'énergie spontanée, à la responsabilité. Au lieu de prêcher le fata­\nlisme de l'hérédité, il faut, au contraire, montrer comment on réagit contre\nelle par une discipline morale énergique et une évolution constante.\n   Telle est la thèse de ce roman que l'écrivain nous donne sous le titre\ngénéral : « Les paraboles du temps présent ». Et c'est une véritable parabole,\nen effet, que cette histoire de Claire Varide qui échappe par sa volonté à des\nprédispositions mauvaises déposées en elle par son milieu familial.\n\nI n t è g r e , par PIERRE L E ROHU. —(Paris, Perrin.)\n   L'autre rive avait placé M. Le Rohu parmi les jeunes romanciers catho­\nliques de talent de qui l'on peut espérer de fortes œuvres. Ce nouveau livre\nest d'une belle santé morale et dénonce un mal malheureusement trop répandu\nà l'heure présente.\n    M. Ravel est le politicien véreux, mais masqué de l'apparence de l'hon­\nnêteté, qui a l'air de sacrifier ses propres intérêts à la chose publique. C'est\nl'intègre, l'honnête homme inattaquable. Que le journaliste Gerval dévoile ses\ninfamies, il sera condamné comme diffamateur par un jury trié sur le volet.\nGerval possède pourtant la preuve de l'infamie de Ravel, mais il sacrifie sa\nvengeance sur l'autel de son ancien amour pour Mme Ravel. Et celui-ci sera\nélu député.\n   Pauvre France ! pense-t-on, après la lecture de ce livre. Et foin de la poli­\ntique ! M. Le Rohu sait faire vivre les foules. Si son style est parfois un peu\nlâché, il arrive dans les bonnes pages à une concision, à une vigueur, qui pro­\nmettent des œuvres.\n\nL e b o n h e u r d e s a u t r e s , par ALEXIS NOËL. — (Paris, Plon.)\n   Marie Nicolle, la pauvre garde-barrière, est jalouse du bonheur des autres,\nnon pour elle, mais pour son bébé destiné à la misère. Dans une heure\nd'affolement, devant la mort d'un autre bébé qu'on lui a confié et qui\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "                                  LES   LIVRES                               309\n\nressemble étrangement à son petit, elle a laissé substituer l'enfant pauvre\nvivant, à l'enfant riche que la mort a pris. Son fils s'en va vers la ville,\nportant un autre nom, regardé par tous comme l'héritier de la belle situation\ndes Lecourt. Arrivent la faillite, la misère, la honte. L'humble campagnarde\nrevendique sa maternité et tout se termine par un mariage d'amour.\n  Sur ces données, pas très neuves, M. Noël a bâti un roman gentil, d'une\npsychologie intéressante. De petites âmes simples y vivent dans le cadre\nharmonieux d'une campagne paisible, où la vie, à la fin, leur apparaît plus\ndouce et reposante.\n\nL e d o c t e u r H a r a m b u r , par J.-H. ROSNY. — (Paris, Plon.)\n   MM. J.-H. Rosny, dans ce nouveau roman, nous intéressent à la lutte\ntragique et poignante de deux grandes forces : d'une part, la science qui vit\npour elle-même, sans aucun but d'humanité et qui est amenée au crime par\nune pente rapide; d'autre part, l'impérieuse bonté et le travail honnête et\npersévérant.\n   Ce n'est pas la première fois que MM. Rosny célèbrent la bonté. Ils ne\nl'ont peut-être jamais pénétrée si profondément, ni rendue avec tant de\nnoblesse.\n                                                                      E. N.\nL'ART :\n\nL e s g r a n d s artistes : V a n D y c k , par M. FIERENS-GEVAERT. Un\n   volume illustré. — (Paris, Renouard.)\n   On distingue généralement, dans la carrière de Van Dyck, trois périodes :\ncelle de son séjour en Italie; la seconde, durant laquelle il travaillait à\nAnvers, aux côtés et sous l'influence de Rubens; la troisième, enfin, écoulée\ntout entière en Angleterre, à la cour de Charles I er .\n   Et il semble que l'on puisse dire que la seconde de ces périodes, encore\nqu'elle soit abondante en œuvres fort belles, ait été inférieure à la suivante et,\npeut être, à la précédente; que, voulons-nous dire, cet intervalle soit celui où le\ngénie profondément personnel de Van Dyck se soit le moins manifesté, parce\nqu'il se trouvait alors sous la tutelle souveraine, dans le rayonnement absor­\nbant d'un génie aux tendances absolument différentes; dans une situation qui\nfait songer, à certains égards, à celle de Raphaël vis-à-vis de Michel-Ange,\ndont les créations de force et de fougue hantaient le peintre des Chambres et\nfaillirent rompre l'équilibre harmonieux de son art.\n   A Anvers, Van Dyck était en quelque sorte entraîné dans le tourbillon\néblouissant de cet art rubénien, tout en dehors, puissant, charnel, plein de\nprolixité et d'éclat,— et lui, dont les portraits, d'attitude et de physionomie,\nnous révèlent un être aux inclinations plutôt rêveuses, concentré, épris\nd'intimité et de distinction délicate, perd une partie de ses moyens, neutra­\nlise ses qualités essentielles à vouloir rivaliser les grandes compositions reli­\ngieuses et mythologiques, les évocations pompeuses et robustes de Pierre-\nPaul.\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "310                                 DURENDAL\n\n\n    Il ne se conquiert vraiment tout à fait qu'après qu'il a été soustrait au\nvoisinage obsédant du grand maître de l'école anversoise ; et c'est seulement\nlorsqu'il se meut dans u n e parfaite indépendance, d a n s un milieu auquel il\nsemblait prédestiné et où il se sent, non seulement libre, mais encore maître,\net le premier, que tout ce qu'il a acquis et appris, en œuvrant comme en\nfréquentant l'Italie et l'atelier de R u b e n s , se résorbe complètement et s'assi­\nmile d a n s son originalité propre, pour faire donner à celle-ci tout son fruit\nexquis et inimitable.\n    Au contraire de ce qui arrive souvent, la transplantation a été u n p h é n o ­\nmène heureux pour l'épanouissement du génie de Van Dyck. L e séjour dans\nl'atmosphère de la noble et fastueuse cour de Charles I e r , la familiarité avec\nune aristocratie fière, digne, avide de toutes les élégances, intellectuelles\nautant que matérielles, et dans la culture de laquelle les traditions ita­\nliennes avaient laissé trace de leurs influences, agirent sur sa pensée à la\nmanière d'une greffe qui confère aux produits d'un arbre généreux la perfec­\ntion achevée d'une saveur fine et inattendue. Il est clair que l'Angleterre n'a\net ne pouvait rien ajouter à la science artistique d'un maître déjà parvenu à\nmaturité et duquel, au contraire, la peinture anglaise a dérivé, mais Van Dyck\na rencontré là le milieu précisément a p p r o p r i é à ses inclinations patri­\nciennes d'esprit et d ' â m e ; les modèles d'une beauté juvénile, à la fois mâle et\ndélicieuse, dont son art, enivré de son idéal réalisé, devait retracer des por­\ntraits qui sont autant de chefs-d'œuvre.\n     Le public a pu jouir de la vue de quelques-uns de ces chefs-d'œuvre, con­\nservés jalousement dans les collections anglaises, à l'exposition organisée à\nAnvers, en 1899, où, pour trop peu de temps, il a été possible d'étudier, grâce\nà ce rapprochement momentané, des ouvrages de toutes les époques de la car­\nrière de l'artiste. E t il n'est personne, vraisemblablement, parmi les visiteurs\nde cette exposition qui n'en ait rapporté la conviction de la supériorité patente\nd t s œuvres de la période anglaise qui apparaissaient, p a r m i les autres,\nc o m m e l'expression la plus vibrante et la plus incisive de l'art et du\nt e m p é r a m e n t de Van Dyck.\n     Nous nous rappelions cette exposition, toute sa séduction et son c h a r m e , et\nses surprises, en parcourent le volume, consacré au maître flamand, que\n M. Fierens-Gevaert vient de publier dans la bibliothèque de vulgarisation\n artistique de la librairie R e n o u a r d .\n     Ces quelques pages, accompagnées de nombreuses reproductions judicieu­\nsement choisies, constituent u n excellent résumé critique, clair et nettement\n o r d o n n é , une monographie à la fois substantielle et concise de la vie et de\n l'œuvre de Van Dyck. C'est une étude, conçue selon la méthode très objective\n de l'auteur, et qui a tout l'attrait des travaux antérieurs de celui-ci, dont il est\n à peine besoin que nous fassions encore valoir la compétence et le talent.\n                                                                 ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nL'Art Flamand et Hollandais. — (Anvers, Buschmann.)\n   L e n u m é r o d'avril contient, entr'autres choses, u n e étude très intéressante,\ntrès complète, fort judicieuse et finement écrite de notre ami PAUL LAMBOTTE\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "                                  LES LIVRES                                  311\n\n\nsur Victor Rousseau, que j'appellerai volontiers le plus gracieux de nos sculp­\nteurs, car ce qui caractérise surtout son talent, c'est la grâce. On dirait qu'il\nne recherche qu'elle. Il l'incarne tout entière dans ses œuvres. Pour nous, Victor\nRousseau c'est le sculpteur de la grâce. Tout est gracieux dans son œuvre, la\nphysionomie, la pensée, le geste, la ligne. Son beau talent rappelle les artistes\nde la Grèce, mais avec la grâce en plus, qui fait qu'il faut l'apparenter plutôt,\nprécisément en ce qu'il a de si gracieux, aux primitifs florentins. Mais ne cher­\nchons point de parenté à cet artiste si original, qui est lui-même une person­\nnalité puissante et bien accentuée. Il faut lire le bel article que lui a consacré\nM. Paul Larnbotte, dont le jugement artistique, le bon sens critique et l'élé­\ngante écriture s'affirment, une fois de plus, dans cette étude, que j'aime, tant\nà cause du grand et bel artiste qu'elle a pour but de louer, qu'à cause de l'au­\nteur. Personne n'était plus désigné que M. Larnbotte pour faire cette étude.\nSon esprit si fin et si distingué, qui dénote à la fois un penseur et un poète,\ndevait saisir, mieux que tout autre, l'essence de l'art de Rousseau. Je ne veux\npas déflorer cette étude par des citations. Elle doit être lue tout entière. Son\ntravail est somptueusement illustré par de merveilleuses reproductions de\nquelques-unes des plus belles œuvres du maître.\n                                                                         H. M.\n\nL'HISTOIRE :\n\n M a d a m e d e M i r a m i o n , par M. Louis CHABAUD. — (Paris,\n   Lethielleux.)\n   Dans un siècle où l'activité de la femme se répand souvent avec exagération\n en actes extérieurs, sport, réunions mondaines, jeux d'adresse, voyages, etc.,\n on ouvre avec un vrai bonheur un livre où revivent ces grandes et aima­\nbles figures duXVIIesiècle. Certes, leXIXeet leXXesiècle ont donné et donnent\nencore de beaux exemples de dévouement et de charité, il ne faut pas gémir\navec exagération sur le rôle que la femme y joue, mais il est permis d'éprouver\nun sentiment de repos, de douceur et peut-être de regret en lisant les pages\ncharmantes que M. L. Chabaud consacre à une noble et sainte chrétienne du\ntemps de Louis XIV.\n   Entrer avec lui dans cette famille de noblesse de robe, les Bonneau de\nRubelle; y suivre le développement de son héroïne Marie; la voir entourée\nd'hommes tels que les Lamoignon, de l'Hôpital, Choisy, Nesmond; jouir de\nsa beauté exceptionnelle, de son esprit, de la situation que lui créa sa for­\ntune ; assister à son mariage avec M. de Miramion, aux douleurs de son veu­\nvage; c'est un régal pour ceux qui aiment à se plonger dans le passé et à ren­\ncontrer une harmonie complète entre le style, le sujet et le but.\n   Car ce livre a un but ; et si, après l'avoir fermé, la lectrice émue sent en son\ncœur le désir d'imiter dans sa famille, dans le monde, et surtout parmi les\npauvres celle qu'elle vient de connaître, le véritable rôle de la femme chré­\ntienne aura été compris.\n   La vie de Mme de Miramion n'est cependant pas une lecture pieuse; elle est\nintéressante, anecdotique; certaines pages reconstituent de sérieuses et amu-\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "312                                    DURENDAL\n\n\nsantés physionomies que l'originalité rend très a t t a c h a n t e s ; et p o u r t a n t peu\nde livres de piété laisseront une empreinte plus salutaire et plus forte que\ncette vie d'une chrétienne du temps de L o u i s X I V .\n    Ce sont plutôt les événements que les années qui nous éloignent du grand\nsiècle, et la F r a n c e contemporaine oublie chaque jour davantage les tradi­\ntions d'honneur et les fortes vertus de cette époque. A ce point de vue, le\nlivre de M. Chabaud est fort instructif et on y voit le Roi et M m e de Maintenon\nsous un aspect qui peut servir de leçon et d'exemple aux grands de la terre.\n   J e ne puis citer tous les passages vraiment captivants de ce livre, ils abon­\nd e n t ; mais qu'il me soit permis de choisir quelques lignes et de dire à quel\npoint l'intelligence et le cœur se reposent au contact de cette vie si calme\nmalgré l'agitation des temps, si digne dans son humilité, si ferme d a n s sa\ndouceur, si pénitente dans ses richesses; c'est vraiment là la femme chrétienne,\nla femme modèle et toutes, nous pourrions, sans héroïsme, sans inabordable\nsainteté, atteindre les vertus dont elle n o u s donne l'exemple.\n    E t le style? N'ai-je pas parlé déjà de repos d'esprit? On lit ce petit volume\navec le regret d'en épuiser les p a g e s ; rien ne heurte, tout élève. Les citations\ndu XVIIe siècle ne font pas tort au récit moderne et les réflexions de l'auteur\ninspirent le désir de le connaître et de causer avec lui. Lorsqu'il dit que la\nreligion de M m e de Miramion pourrait se résumer d a n s ces mots : « Posséder\nson âme en paix », il semble étendre sur ses lecteurs un r a y o n n e m e n t de cette\nactivité pacifique.\n   J e citerai encore quelques lignes qui m'ont particulièrement touchée. L'au­\nteur arrive au fait le plus singulier de la vie de son héroïne : son enlèvement\npar Bussy de Rabutin, cousin de M m e de Sévigné ; sortie de ce danger où elle\nmontra u n e énergie et u n e force extraordinaires, elle faillit m o u r i r . . . , laissons\nla parole à M. L . C h a b a u d : « Cet épisode n'est pas seulement le point cul­\n   minant de sa vie, il en m a r q u e l'heure critique et l'orientation finale. J e ne\n   dirai pas, en me servant d'une expression dont on abuse, que ce fut le\n   tournant de son histoire, car il ne saurait y avoir de t o u r n a n t d a n s u n e vie\n   qui n'est qu'une ligne droite, trait d'union entre la terre et le ciel ; mais ce\n    fut l'heure qui décida de son avenir et de la jeune femme, déjà inclinée\n    vers les sublimes inspirations de la charité chrétienne, mais toujours sédui­\n » santé, dont ses contemporains se plaisent à vanter l'esprit, la grâce, et\n    la beauté, devait faire non seulement u n e mère de l'Eglise, comme le dira\n    M me de Sévigné, mais la mère et la servante des pauvres.\n     » Ce fut le n œ u d de sa destinée, ou pour me servir d'une image un peu\n » mystique, qui ne paraîtra peut-être pas déplacée dans un pareil sujet, ce fut\n » comme le fil d'or qui, tel qu'un vivant ex-voto, attacha son cœur à l'autel\n » de la charité et l'y fixa à jamais.\n    On lira avec plaisir les intéressants passages qui ont rapport aux œuvres\nde Vincent de P a u l et de M m c de Miramion. Hélas ! les femmes françaises ne\ndevront-elles pas bientôt remplacer les religieuses exilées et renouveler les\nmiracles de charité qu'accomplissaient leurs aïeules groupées autour du grand\nsaint?\n    N'est-il pas étrange, en ce moment où les hommes de bien se préoccupent\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "                                 LES LIVRES                                  3l3\n\n\nde la question des retraites ouvrières, appelées, si Dieu les bénit, à régénérer\nles travailleurs, de voir qu'en 1687 Mme de Miramion ouvrait à Paris une\nmaison où l'on pouvait recevoir et loger cinquante personnes et où se don­\nnaient sept retraites annuelles : deux de sept jours pour les femmes du\nmonde, les autres, de cinq jours, pour les femmes du peuple qui y recevaient\ngratuitement la nourriture et le logement.\n   Que de jolis mots, de fins jugements, d'admirables exemples et d'amusants\nrécits contiennent ces quelques pages ! Je ne pense pas qu'elles puissent lasser\nqui que ce soit, car l'amateur de mémoires y trouvera de quoi satisfaire sa\ncuriosité, alors que le lecteur plus sérieux y puisera des faits touchants et de\nsérieuses pensées.\n   Je termine ces quelques mots en répétant encore combien en ce temps où\nle féminisme n'est trop souvent qu'un douloureux effort pour sortir du devoir\nnaturel, qu'une pénible et ridicule affectation de virilité, on est heureux de\nrencontrer une femme belle, riche et jeune qui a voué tous ces trésors au bien,\nen une vie digne, simple, active et véritablement utile au prochain.\n                                              Comtesse E D . DE LIEDEKÊRKE.\n   Tanger, 8 avril 1904.\n\nI v a n l e T e r r i b l e par K. WALISZEWSKI. — (Paris, Plon.)\n    Par ses études sur Pierre le Grand et ses successeurs jusqu'à Catherine II,\nM. Waliszewski s'est fait un nom des plus honorables dans l'histoire. Il\nremonte plus loin, aujourd'hui, dans la recherche des origines de la Russie\nmoderne : c'est un tsar contemporain des derniers Valois, le prédécesseur\ndont Pierre le Grand s'est réclamé, que l'historien nous présente dans son\nnouveau livre. Réformateur et conquérant, Ivan IV le Terrible ( 1 5 3 0 - 1 5 8 4 )\nest peut-être la figure centrale de l'histoire de son pays. C'est lui qui mit en\nroute vers ses voisins de l'Occident, vers la civilisation européenne, l'énorme\net barbare Moscovie. Acquisition du littoral de la Baltique, anéantissement\nde la puissance tatare, conquête de la Sibérie et ouverture de relations poli­\ntiques et commerciales avec tous les pays d'Europe, telle est son œuvre au\ndehors. Introduction des éléments de culture étrangère et réorganisation de\nl'Etat, au prix de luttes incessantes, sur les bases mêmes où nous le voyons\nencore, telle est son œuvre au dedans. Tout ce que Pierre et Catherine\naccomplirent fut entrepris, ébauché, partiellement réalisé même, par ce\nprince que la légende entoure d'une auréole sinistre. Saviez-vous que, pour\nles Moscovites de son temps, Ivan IV, dont sa figure est un cauchemar et le\nnom une épouvante, ne s'est jamais appelé le Terrible?I1était le groznyï, c'est-\nà-dire le respectable et le respecté. Et cela ne veut pas dire sans doute que\nson règne ressemble à une idylle : l'Europe duXVIesiècle n'est idyllique nulle\npart. On peut concéder que le tsar Ivan IV a multiplié plus que de raison les\nsupplices, les échafauds, les hécatombes de vies humaines. L'évocation du\npersonnage et de ses entours comporte quelques spectacles hideux et soumet\nles nerfs du lecteur à d'assez rudes épreuves. Au travail gigantesque de broyer\net de fondre en un bloc compact vingt races diverses qui sont aujourd'hui la\nRussie, Ivan, chez qui le barbare à trop de réveils, a quelque peu outré\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "314                                 DURENDAL\n\n\nl'atrocité commune aux mœurs du siècle. M. Waliszewski ne voile a u c u n e\ndes tares de son héros. Il ne s'associe pas plus aux essais d'apothéose qui se\nsont multipliés de nos jours en Russie qu'aux exagérations calomniatrices de\nla légende. Entre ces deux courants contraires, il s'efforce de déterminer la\npart de la vérité et celle de la morale. A travers les visions sinistres qu'il ne\nnous ménage pas, il nous montre dans son beau et savant livre un lever de\nsoleil.\n                                                                         M. D .\nDIVERS :\n\nC h r i s t i a n e , par SERGE D'IVRY. — (Collection H e r m i n e , éditeur Hatier.)\n   Ce livre est exquis tant par l'esprit qui l'anime, par le parfum de christia­\nnisme vrai et fort dont il est imprégné tout entier, que par la forme où il est\nécrit, par la poésie fraîche et délicate qui jaillit partout de ces pages, jetant\nun manteau rose sur la pensée de Christiane et faisant voler à travers tout le\nlivre comme u n souffle de printemps et d'espérance. C'est u n recueil de\nlettres écrites à une amie « par u n e j e u n e fille dont la vie s'ouvrait très\nradieuse et qui a vu subitement le malheur s'abattre sur elle de toutes p a r t s » .\nIl se divise en trois parties intitulées : A l'aube; Jours d'orage; Sérénité.\n   L e s événements qui font l'objet de cette correspondance ne sont ni bien\ncompliqués ni bien romanesques. Christiane adore ses parents, elle d e m a n d e\nà Dieu « d'être leur joie, le rayon de soleil qui les caresse tous les jours ». Et\nvoilà que la mort vient lui ravir sa mère. P l u s tard, son père se ruine et celui\ndont Christiane croyait être sincèrement aimée se retire lâchement devant cette\ncatastrophe. Le château qui abrita le berceau de la gentille enfant est vendu\net la vaillante Christiane entre d a n s u n e maison d'éducation où elle d o n n e\nl'instruction aux petites filles. « Je n'y touche qu'avec respect, » dit-elle, « ce\nsont des boutons cueillis par D i e u ; un jour il faudra les lui rendre fleurs...\nQ u a n d on y pense, n'a-t-on pas raison de trembler un peu? » Attirée invinci­\nblement par l'appel \" de ces regards candides, de ces âmes innocentes \",\ntrompée par u n e sorte de griserie de dévouement, elle est tentée de finir là\nses jours, mais ne tarde pas à reconnaître que le devoir m a r q u e sa place au\nfoyer familial près de son père et de sa petite sœur.\n   Ces modestes lettres de femme sont donc des fragments de l'histoire d'une\nâme d'élite. Elles disent la poésie du sacrifice projetant ses rayons d'or sur\nl'énigme de la vie qu'elle éclaire et traçant seule la voie triomphale au\nbonheur. Elles enseignent la philosophie du cœur dont l'intuition pénètre\nbien plus avant et plus loin que la philosophie de l'intelligence. Q u ' o n n'aille\npas croire que Christiane prêche. Ce serait se faire l'idée la plus fausse de\nl'esprit et du style de ce livre.\n   Ecoutez le poète en cette description d'aube : « La brise caresse les\noiseaux d a n s leurs nids ; « Debout, paresseux! » E t ils se lèvent, secouent\nleur aile engourdie, penchent au dehors leur tête curieuse, regardent les\nfleurs... puis ils se tournent l'un vers l'autre avec u n adorable air de malice :\n« E n c o r e endormies, paresseuses? Attendez! E t délicatement, sans faire de\nbruit, ils accordent leurs instruments. U n e , deux, t r o i s ! Rien n'est plus\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3631, "texte": "                                       LES LIVRES                                            3l5\n\n\nfrais que cette a u b a d e improvisée ; les notes s'élancent, joyeuses, mutines,\nsonnent d a n s l'air tout bleu comme des milliers de clochettes d'argent,\ndansent une ronde et puis retombent dans les corolles. E t les fleurs étonnées\nouvrent leurs yeux frangés de larmes, relèvent leur tête alanguie, se regardent\net sourient. E n c o r e toutes frileuses, elles se sèchent d a n s u n rayon et font\nleur toilette. C'est vite fait : un peu de poudre d'or, un peu de parfum, un\npetit geste exquis pour chasser la poussière, u n regard à la prochaine goutte\nd'eau — leur miroir — et les voilà p r ê t e s . Alors, très recueillies, elles disent\nleur prière du matin »...\n     E c o u t e z m a i n t e n a n t le penseur : « Qu'est-ce que la vie? Souvent un\nfleuve de larmes. Mais jamais une larme n'est p e r d u e q u a n d le fleuve va\nvers Dieu. Allons par là : c'est notre pente et naturellement notre â m e la\ndescend. Bien fous ceux qui veulent remonter le c o u r a n t ! »... \" Je marche les\nyeux fermés, la main dans celle du Maître : puisqu'il me place devant un\nchemin presque impraticable, ne faudra-t-il pas q u e lui-même me conduise?\nJ'ai confiance \"...\n     « Le soleil me paraît un g r a n d trait d ' u n i o n qui éclaire en m ê m e temps\nque moi ceux que j ' a i m e . On se sent moins seul q u a n d il est là et qu'on se\ndit : eux s'y réchauffent comme moi »... « Autrefois le bonheur m'éblouissait\ncomme u n soleil; m a i n t e n a n t il m'apparaît c o m m e une étoile lointaine et\nt r e m b l a n t e . J ' a i m e à la regarder quelquefois, elle me sourit, je lui r é p o n d s ,\nmais je n'essaye pas de la p r e n d r e . J e sais bien que c'est impossible »... « J e\nvoudrais faire connaître l'une à l'autre toutes les belles âmes q u e je connais.\nNe trouves-tu pas qu'il y quelque chose d'infiniment doux à en découvrir\nu n e ? »... « E t r e où Dieu nous veut, n'est-ce pas l'important? Chacun a son\nposte dans la construction de l'édifice de sa gloire : il y a les ouvriers qui creu­\nsent, ceux qui élèvent, ceux qui dirigent... les uns sont plus exposés que les\nautres, mais qu'importe? D'ailleurs on a un peu plus d e pitié de ceux qui\nfont plus de travail et on leur permet quelquefois de finir plus tôt la\nj o u r n é e ; le maître est si b o n ! »... « Ne faut-il pas essayer de voir la vie\ncomme on regarde du h a u t d ' u n e tour ce qui s'agite au pied ? Alors, comme\ntout paraît petit, mesquin ! Sommes-nous effrayés par la locomotive qui file ou\nle cheval qui s'emporte?»... « J e ne sais rien de meilleur, après avoir regardé\nla tristesse de la terre, après avoir vu s'en aller les beaux jours, le soleil et\nles fleurs — et les â m e s , ces autres fleurs, et le b o n h e u r , cet autre soleil —\n que de lever les yeux vers le ciel et de se dire qu'on est attendu là..., que de\n là-haut quelqu'un nous regarde, qui a bien pitié de nos brouillards et de nos\ntempêtes, mais qui les permet, parce qu'il n'a pas d'autre moyen de nous\n amener à son éternelle lumière. »\n    Ces citations ne sont pas choisies à dessein, on pourrait en remplir des\npages et il faudrait presque citer le recueil de lettres tout entier.\n    On le voit, il ne s'agit pas ici d'un livre de pensionnaires. L e s rêves et les\naspirations de tout être qui pense et se recueille rencontreront u n écho\ns y m p a t h i q u e et bienfaisant d a n s le livre de Serge d'Ivry qui prend sa source\nen u n e âme pensive et profonde.\n    Christiane est u n e réponse péremptoire et t r i o m p h a n t e aux prétentions de\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1804, "texte": "316                               DURENDAL\n\n\ncette école de critique (assez peu écoutée du reste) qui attache une\nprésomption d'infériorité artistique aux œuvres morales, les qualifiant avec\nun ridicule dédain de littérature enfantine. C'est leur manière de voir qui\nest enfantine et qui accuse un esprit étroit, bouché, fermé aux grands hori­\nzons philosophiques. Le beau n'est pas seulement la splendeur du vrai, il est\nencore la splendeur du bien. Une œuvre immorale ne pourra jamais être\nqu'imparfaitement belle, et à mérite artistique égal, une œuvre morale\ndépasse une œuvre immorale de tout l'abîme qui sépare le bien du mal.\n\n                                                     GEORGES DE GOLESCO.\n\n\nHistoire de l'habillement et de la parure, par Louis BOUR-\n   DEAU. — (Paris, Alcan.)\n   L'histoire de l'industrie du vêtement résume un peu celle de la civilisation.\nL'évolution du costume chez tous les peuples correspond à l'évolution non\nseulement des mœurs, mais aussi des arts.\n   Après la partie documentaire sur les matières premières de l'habillement,\nleur appropriation, les différents modes de confection, M. Bourdeau retrace\nl'histoire spéciale du costume moderne. Il y a dans ces pages de curieux\naperçus de psychologie vestimentaire.\nH e n r i D i d o n , par GAËL DE ROMANO. — (Paris, Plon.)\n   Un disciple du maître, de ce moine libéral et novateur, qui fut tout un temps\nsi discuté, a tressé de ses mains pieuses une couronne de gloire à Henri Didon.\nIl l'a fait avec cet enthousiasme d'admiration que savait inspirer le grand\nDominicain à tous ceux qui l'approchaient. « Vos fidèles veillent à vos pieds,\net ils vous gardent — dans leur culte et dans leur extase — eux qui vous ont\nvu et entendu. »\n                                                                         E. 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La raconter serait\nsuperflu : il suffit de renvoyer les fidèles du grand Will au Soir des Rois, cet\nimbroglio enchevêtré, plus bouffon que sentimental, dont elle a emprunté le\nthème; et pourquoi pas, puisque Shakspeare lui-même semble l'avoir\nrecueilli chez Bandello? En traversant le détroit, la pièce a du reste profon­\ndément changé d'allure et de ton ; le goût français l'a, en quelque sorte,\nfiltrée. L'action s'est resserrée, la composition s'est équilibrée, et le senti­\nment y domine de haut la bouffonnerie. L'imagination ailée du poète nous\ny transporte en un monde féerique, plein de musique et de rêve, romanesque\nà outrance et délicieusement extravagant, où nous sommes tout aises\nd'aborder pour quelques heures, loin de la « rosserie » coutumière du théâtre\ncontemporain. Quel dommage qu'on ne nous serve pas plus souvent de la\nfantaisie et du lyrisme! Le talent des acteurs, parmi lesquels il faut citer\nspécialement M mes Renée Parny, Franquet et Manette Simonet — la plus\njolie des soubrettes — et MM. Rouyer et Joffre ; la musique de M. Widor,\nla beauté des décors et des costumes, tout a contribué à faire de ce conte bleu\nsi gracieusement rimé un spectacle exquis.\n                                                                             D.\n                                          *\n                                         * *\n\n   J e a n D o m i n i q u e ( M a r i e C l o s s e t ) . —Conférence de M.EDMOND\nPICARD, à la Société des Droits de la Femme. — C'est devenu une habitude de la\ncritique de conjuguer, en quelque sorte, les noms de Blanche Rousseau et de\nMarie Closset et de ne pouvoir parler de l'une d'elles sans évoquer le sou­\nvenir de l'autre. M. Picard avait obéi à cette espèce d'impulsion naturelle en\nannonçant une conférence consacrée à la fois aux deux excellents écrivains;\nmais, en étudiant plus attentivement les œuvres de chacune d'elles, il s'est\naperçu,sans doute, que si elles révélaient certaines similitudes d'inspiration et\nde sensibilité, certaines influences réciproques, elles témoignaient également\nd'une originalité foncière, provenue de source et qui se marque à toute page.\nOn pourrait presque dire que le seul trait commun de l'auteur de l'Ombre et le\nVent et du poète de la Gaule blanche est d'être femmes — de l'être avec simpli­\ncité, en conservant de la femme toutes ces faiblesses qui sont des grâces et,\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "318                                   DURENDAL\n\n\naussi, des forces — et, surtout, l'imagination vive, ailée, sensitive des choses\nqui n'appartient qu'à elle — lorsqu'elle est p o è t e ! . . .\n    M. E d m o n d Picard a donc subdivisé la conférence qu'il se propo­\nsait de d o n n e r sur nos deux collaboratrices. Durendal a déjà rendu compte de\nla séance relative à M m e Blanche Rousseau. Celle d a n s laquelle M. P i c a r d a\nentretenu son auditoire de M lle Marie Closset n'a pas été moins captivante.\nSa causerie, agrémentée, en son cours errant, de digressions humouristiques\net de savoureux hors-d'oeuvres, était ainsi qu'un commentaire très fin et très\np é n é t r a n t des ouvrages du poète, dont il a lu de considérables extraits : il a\nsurtout fait sentir, par des exemples heureusement choisis, les qualités essen­\ntiellement lyriques du talent de J e a n Dominique, tout ce qui, chez celui-ci,\ncaractérise l'inspiration poétique dans ce qu'elle a de plus c h a n t a n t , de plus\ninstinctif et presque d'inattendu pour le poète lui-même.\n                                                                              A. G.\n                                              *\n                                          *       *\n\n     U n P r ê t r e - P o è t e . — C'est avec joie que nous annonçons à nos lec­\nteurs la parution du premier volume de vers d'un jeune prêtre-poète de grand\ntalent, l'abbé L o u i s L E CARDONNEL, dont les Poèmes viennent d'être édités\npar le Mercure de France. N o u s en rendrons compte p r o c h a i n e m e n t . Mais, dès\nmaintenant, nous félicitons avec enthousiasme notre jeune ami et collabora­\nteur et r e c o m m a n d o n s son livre aux amateurs de bonne, saine et vraie poésie.\nCe poète n'est pas un inconnu pour nos a b o n n é s . Ils ont eu la primeur de\nplusieurs des poésies que contient son volume. Nous regrettons de ne pas y\nvoir le poème : Saint François et la Cigale, que nous avons publié et qui est u n e\np u r e merveille, u n chef-d'œuvre, le plus beau de ses poèmes, à notre avis, et\nm ê m e u n des plus beaux poèmes qui aient été écrits en ces derniers temps.\nCette omission nous fait espérer que l'abbé L e Cardonnel publiera bientôt un\nsecond volume de vers contenant cet admirable poème. C'est avec joie et avec\nfierté que nous inscrivons le nom de ce jeune poète à côté de celui d'un autre\nprêtre-poète, notre ami et collaborateur l'abbé H . H o o r n a e r t . Ils sont les dignes\nsuccesseurs de notre cher et génial Guido Gezelle, le plus grand poète de ce\nsiècle et la plus p u r e gloire des lettres belges.\n\n                                              *\n\n    L'Association des Ecrivains Belges, fondée en vue de venir\nen aide à nos littérateurs en leur facilitant la publication de leurs œuvres, a\nentrepris la publication d'une Anthologie des écrivains belges de langue française.\nVoici la liste des volumes déjà parus : Camille Lemonnier, Georges Rodenbach,\nEdmond Picard (2 e édition), Emile Verhaeren. A paraître prochainement :\nOctave Pirmez. Chacun de ces volumes est orné d'un portrait et contient une\nbibliographie complète. Ces livres se recommandent d'eux-mêmes comme\nlivres d'éducation, de distribution de prix et sont indispensables à toutes les\nbibliothèques publiques. L e u r prix est à la portée de toutes les bourses :\nbroché, 1 fr. 50 ; relié, 2 fr. 25.\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "                                      NOTULES                                        319\n\n\n  P a r m i les ouvrages déjà publiés par la m ê m e association, en outre de la\nsusdite anthologie, signalons : Mihien d'Avène, par M. des O m b i a u x (3 fr. 50);\nLa porte de l'amour et de la mort, par M. Petrucci (3 fr. 50); La solitude heureuse,\npar F . Séverin (2 fr.).\n  On peut se procurer ces volumes en s'adressant à M. l'administrateur-gérant\nde l'Association des écrivains belges, 4, rue du Frontispice, Bruxelles.\n\n                                               *\n                                          *        *\n\n  Edition définitive des œuvres complètes de Tolstoï. —\nLes tomes I I I et IV de Guerre et Paix (volumes IX et X des Œuvres complètes\ndu comte Léon Tolstoï) qui viennent de paraître à la librairie STOCK, de P a r i s ,\nnous offrent, en même temps que la suite des aventures des héros du r o m a n ,\n— le prince André, le comte Bezoukhov, N a t a c h a et Nicolas Rostov, e t c . —\nla continuation du récit, grandiose en son ensemble et dans ses détails, que\nTolstoï consacre aux guerres n a p o l é o n i e n n e s . N o t a m m e n t à propos de\nl'effroyable bataille de Borodino (ou de la Moskova), l'illustre écrivain\naccompagne de considérations historiques la n a r r a t i o n des faits et gestes de\nses p e r s o n n a g e s , à commencer par Napoléon, qu'il évoque, qu'il « c a m p e »\nd'un pinceau magistral. Le génie de Tolstoï a ceci de particulier, et en m ê m e\ntemps de c o m m u n avec les plus merveilleux conteurs, q u e , d a n s la minutie\ndes. descriptions, des entretiens, des mouvements d'âme et de physionomie,\nil ne perd jamais de vue l'ensemble, les g r a n d e s lignes de l'action. D e là\nl'harmonie puissante de son œuvre colossale. Telles parties de Guerre de Paix\nsont d'ailleurs regardées, à juste titre, comme des pages m a r q u a n t e s de la\nlittérature m o d e r n e .\n                                               *\n                                           *       *\n   N o t r e ami F e r n a n d Séverin a épousé, le 3 mai, Mlle Edith\nL u t e n s . N o u s offrons de tout cœur, à notre ami et à sa jeune d a m e , nos plus\naffectueuses félicitations et nos plus sincères souhaits de b o n h e u r . N o u s\nsaisissons cette occasion p o u r renouveler à notre cher collaborateur l'assu­\nrance de notre bien vive sympathie et de toute notre admiration p o u r son\nbeau talent de poète, que nous apprécions et aimons entre tous à cause de\nses t e n d a n c e s si pures, si élevées, si idéales.\n\n                                            *\n                                           * *\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n : C. DROULERS : Les mansuétudes (Paris,\n Lemerre). — A . GASTOUÉ : Cours de plain-chant ( P a r i s , édition de la Scola\n Cantorum). — A. LEBEY : Sur u n e route de cyprès (Paris, Bibliothèque de\n l'Occident). — H . HENQUINER : Vers l'amour ( H u y , B o u r g u i g n o n ) . —\n R. PETRUCCI : L a porte de l'amour et de la mort (Paris, J u v e n ) . — P . L O T I :\n Vers I s p a h a n (Paris, Calmann-Lévy). — E . SCHURÉ : P r é c u r s e u r s et révoltés\n (Paris, P e r r i n ) . — P . DE M O N T en A. DE COCK : Zoo vertellen d e Vlamingen\n (Gent, Vanderpoorten). — BRADA : Isolée (Paris, P l o n ) . — E . ZAHN : Albin\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "320                                  DURENDAL\n\n\n(ibid.). — Vicomte DE BROC : Paysages poétiques et littéraires (ibid.). —\nC. ALBIN DE CIGALA : Urbi et Orbi (Paris, Lethielleux). — Comtesse DE\nFLAVIGNY : P o u r l'honneur (ibid.). — H . L E S Ê T R E : Hisloire sainte (ibid.).\n— P . LAPEYRE : La première encyclique de P i e X (ibid.). — P . DE MONT :\nDe paneelschildering in de Nederlanden gedurende de XIVe, XVe en de eerste\nhelft van de XVIe eeuw, met twintig platen (Laeken-Brussel, P o s t e m a ) . —\nP . SOURIAU : La beauté rationnelle (Paris, Alcan). — E . CORNET : Le rouet\ndes nimbes (Liége, F a u s t - T r u y e n ) . — F . HOUTART : Cercle littéraire du\nCollège Saint-Michel, rapport sur les travaux de l'année 1902-1903 (Bruxelles,\nVromant). — O. AUBRY : De l'amour, de l'ironie, de la pitié ( P a r i s , P l o n ) . —\nE . GUILLON : Du Caire à Moscou (ibid.). — H . MAISONNEUVE : L'éternelle\nrevanche (ibid.). — R . BAZIN : Le guide de l'empereur (Paris, Calmann-Lévy).\n— L . DAURIAC : Essai sur l'esprit musical ( P a r i s , Alcan). — E . VERHAEREN :\nLes tendresses premières (Bruxelles, D e m a n ) . — A. FOULON DE VAULX :\nL'allée du silence ( P a r i s , Lemerre). — J. VANDRUNEN : E n pays wallon\n(Bruxelles, Monnon). — C H . LAGASSE DE L O C H T : Paroles prononcées lors\ndes funérailles de M M . Reusens et Bordiau (Bruxelles, Baertsoen). —\nG. LEGRAND : L e travail ( N a m u r , Godenne). — G. LECOINTE : Au pays des\nmanchots (Bruxelles, Schepens). — M. TINAYRE : L a vie a m o u r e u s e de\nFrançois Barbazanges (Paris, C a l m a n n - L é v y ) . — L. TOLSTOÏ : Œ u v r e s\ncomplètes, t. IX et X; Guerre et paix, t. III.et IV (Paris, Stock). — J. E R N E S T -\nCHARLES : Les samedis littéraires, deuxième série ( P a r i s , P e r r i n ) . — E . DE\nBRUIJN : L e folklore du droit immobilier (Bruxelles, Larcier).— P . ANDRE :\nLettres d'hommes (Bruxelles, E d . de l'Association des Ecrivains belges).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-208", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "99, rut Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 384, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 79, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "99, rut Royale, 99\n\n PIÀflOS DE SMET                                                                   BRUXELLES\n\n\n                  LE GRESHAM                                   RELIURE QUARTS D^MATEURS\n              Geap*fii« aaglaisc a'aisaraaees t i r la TM\n                ACTIF : 2 0 6 , 9 9 0 , 2 4 7\n                     • U l f t r w payée M •alfisat\n                                                   francs      Paul Claesseiis\n              iasals 1 8 6 5 : 2 8 , 5 0 0 0 0 0 francs\n                  ProÊftcttÊê et VsManfyMMifNfkT frviWfff         24, rue de Berlalmont, Bruxelles\n              8 , plse* Royale, 8 r B R U X E L L E S\n\n\n FA.BRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                          médaille f Or i l'Exposition, mtematlonale le Iroxelles 1897\n\n                      BERVOETS-WIELEMANS  FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n     6, 8, 10,12, Rue du Midi *.K BRUXELLES\nUsine à v a p e u r , Lavoir de laines : fiUZ CES GOUJONS, 120\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                            FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                  57, Rue d« l a Charité - BRUXELLES\n                                                             TÉLÉPHONE 1947\n                                    Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de- tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                   la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RENTOIXAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                            Expositions l'Amsterdam, paris, Llverpool, Li Havre, Iroxelles, CHjcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I H W A Y                                                  &' S O N S\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n  de Suéde et d Italie, du Sultan, de l a reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de cruelquee attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. Wagner. »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d œuvre de forée, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Lisst). » «Vos\nbeaux instruments ineomparab es ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A. Rubtnstein). « Depuis dix ans que je les joue, le me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteiut Un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . a « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Aves-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug d Albert       « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Menter\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MLSCII, 224, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VrEaSTNEaTT IDE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE STANDARD VILLE DE BRUXELLES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 385, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "VrEaSTNEaTT IDE F-A»Pt-A.ITI^E :\nS A I N T F R A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8°, illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                              fr. 1 2 5\nB R U G E S . — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et d e\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur) . . . . . . .                      fr. 1 0 0\nL ' O B L A T , par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). — U n vol. in-12                              fr. 3 5 0\nC H E R C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — U n vol.in-i*         •   3 50\nL E S G E N S D E T I E S T , p a r GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant). — U n vol.in-ia          » 3 50\nQ U I N Z E MOIS D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                           . . .     t   . . . . . . . . . . .          fr. 5 0 0\nLA R O S E E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.)              •   8 50\nS U R Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M™ Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires 'Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence. Alinari)                                                         fr. 1 5 0 0\nL E S J A R D I N S CLOS, poèmes, par PADL MUSSCHE. — ( P a n s , Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                                fr. 3 5 0\n      On peut se procurer ces ouvrages eu s'adressant à notre éditeur CH. 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J.-L. MENKE, Anvers\n  de date.                         tant e d es ass urés dans\na° Aucune contestation             les bénéfices de la\n                                                                       Œuvres de premier ordre des maîtres flamands\n  en cas do suicide ou de          Compagnie.                                 et hollandais du XVIIe siècle\n  mort par suite de duel.       5° Prêts hypothécaires.                 Experts : J. A A. LEROY frères, Bruxelles,\n                                                                               et F. DELEHAYE & fils, Anvers.\n   S'adresser pour renseignements et prospectus à la                      La vente a lieu MERCREDI 1\" JUIN et\n            D I R E C T I O N    G t N t N A L I                                       JEUDI 2 JUIN\n28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES                                   EXPOSITION les 2 9 , 8 0 et S I MAI, dans la\n                                                                       Galerie de M. LE ROY frères, rue du Grand-\n  Téléphone 949 — Adroite télégraphique : Standard-Bruxelles           Cerf, 6, Bruxelles.\n\n\n                                                A\n                                                u     ENCADREMENTS•»•» »                                     Pai suite de décès\n                                                L.       —     ^   ^    —   ^   —    ^   ^   —   ^   —\n\n                                                v     DORURE                    ET       SCULP-\n                                                E\n                                                R     T U R E S U R BOIS » • * * •                         LIQUIDATION\n                                                D                                                                      DE\n                                                U      ESTAMPES•»•••*•••\n                                                S\n                                                |     GRAVURES                  ANCIENNES                 300 VOITURES\n                                                N    # # # #                     •••««•••                Vente à toute\n                                                s\n                                                u\n                                                     N. B. — LES GRAVURES ANCIENNES                            offre acceptable\n                                               c\n                                               c\n                                               •      SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT\n                                                                                                           71, rue GofFart\n                                               a\n                                               f,    D'AUTHENTICITÉ # • • • • • • • • • •                      lXEItliES\n                                               R\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                  t a , M arche-an-Bol» - BRUXELLES\n Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles a vue ; 1 1/2 p. e. sans commission\n    Dépôts ea. Comptes de Quinzaine t intérêt variable* moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. e.\n                     Enoaissement de Coupons, Titres, Effets, eto<-\n                                     ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous pays\n           Prêts s u r Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n\n  LA RÉSERVE MUTUELLE\n          de»        ETATS-V.\\iS\n COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n                    . v i e\n\n\n\n\n EKCAIMIIIIHT ANNUEL . . . .     40 Millions\n SlMSTRBS PATIS           v .   250 Millions\n\n     Combinaisons 1res intéressantes\n  WIECTIOI «ÉHÉULE POU! LE MUTIIENT K L EMOK\n      S , r u * H M » T 7 , P A R I S <©•)\n     DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n 18, rue du Rouleau. B R U X E L L E S\n         •>• «tomamle <tra A I M M\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison05-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Imprimerie Scientifique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 387, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 190, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelles\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 308, "texte": "    M a i 1904.                    n™* Année.                            N* 5.\n\nr\n\n                  REVUE CATHOLIQUE «D'ART\n                  E ^ g E LITTERATURE^\n                                                            ~3n\n\n\n\n\n        B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                            Domaine de la Société \"1B WESTEPfllSE\n\n                                   LH PLAGE DE WESTEHDE\n                             est située aux bords de la mer du Nord,\n                       entre Ostendo et Kieuport; elle est de sable fin.\n                       Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                       attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                       d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                       le confort à la simplicité dans des conditions très\n                       avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                       le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                       saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                       tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                       munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                       aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                       tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n  Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-       Villas et Cottages\n                       phone, Tramways à vapeur et tramway électrique\n       • VENDRE        d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n                       digue, des avenues, des villas et des cottages.\n    par annuités\n\n\n                               HALLES WESTENDAISES\n                         Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                       villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                       eonserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                       bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                       dans des conditions très avantageuses et sent tou-\n                       jours de premier choix.\n                                                            L,e Wostanrf* Hotvl est ouvert du a-S mat\n                                                            au 28 septembre        Pension de 6 à 16 fr\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                            saison arrangements spéciaux très avan\nWESTEND' HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                            prolongé à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE                                                      rage électrique. Chambres spacieuse*\n                                                                  Ameublement moderne esthétique et\n                                                                        confortable Balcons et Ter-\nTéléphona                                                                 rasses. Salle de musique\n RESKAO                                                                     Salle de billard. Salle de\n                                                                               récréations p* enfants\n                                                                                  Salons de lecture, de\n«IOOELKERKC\n                                                                                         oorrespondan\n                                                                                        ce Cu sin soi\n                                                                                        gnée. Caves re-\n                                                                                         commandées\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avec salon\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques avec toute la Belgique ec les réseaux étrangers voisins\n                                    A. B R U X E L L E S , 5 3 \" , r u e C a p o u i l l e t ;\n     renseignements, sadresseï { j± W E S T E N D E , & l ' A d m i n i s t r a t i o n d o l a\n                                         P l a g e o u a u \"Westexxd'HôteL\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                        DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                            1904 — il* Année\n\n\n\n                   Sommaire du n° 5 (Mai)\n\nFBANS. ANSEL. — Henri de Régnier                                      257\nMAURICE LAUZON. — Odes :\n                   A l'amour;\n                   Le conseil ;\n                   A la tristesse                                     268\nHÉLÈNE CANIVET. — Le cuirassé     ,                               .   271\n                    Aube                                              373\nFIRMIN VAN DBN BOSCH. — Albrecht Rodenbach                            1274\nL. DUZAS   Auditions de musique religieuse à Anvers       .   .   .   276\nL'Abbé HENRY MŒLLER. — L'art de la médaille:\n                           L'école française                          280\nARNOLD GotFIN.— Noies sur l'art                                       284\nII. FIEREN8 G E \\ AERT. — Maurice Denis au Vésinet. . .         .     394\nP. L.      Les expositions du mois :\n           Le Salon annuel de la Société Royale des Beaux Arts.       296\n           Les expositions éphémères: M. Richir. — M. Alexandre\n             Marcette. — MM. Emile Charlet et M. Van Damme-\n             Silva.       M. Constant Montald. — M. Eugène\n             Verdyen.— M. Henri Beyaert. — M. E. Blanc-Garin          3oo\nGEORGES DE GOLESCO.            Chronique Musicale :\n           Cinquième Concert Ysnye. — Les Maîtres       Chanteurs\n             et le Crépuscule des Dieux au Théâtre de la Mon-\n             naie.     Mn>* Bréma.     Le choral mixte de M. Léon\n             Soubre. — Sonate pour violon et piano de Joseph\n             Ryelandt                                                 3o3\nLivres et Revues                                                      3o#\nNotules                                                               317\nIllustrations : Les médailles de KOTV, CHAPLAIN et DUPRE.\n                   La Nativité FRANCISCO DI GIORGIO .\n                   Dimanche à Nienport VICTOR GILSOUL .\n                  La tonte des moutons (FRANZ COCRTENS .\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "      REVUE\n                        DURENDAL\n                     CATHOLIQUE            D'ART       ET DE                 LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (peur tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à BrunellesJ\n                                P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n               Comité de rédaction de D u REND AL :\n                          M M . H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y       MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                             Correspondant d* la rédaction à Paris :\n\n                 M. H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, Paris.\n\n             PRINCIPAUX\n      FRANZ A N S E L .\n                                            COLLABORATEURS\n                                                  ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONBHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     }.-K. HUYSMANS.\n                                                            OSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                     VICTOR KINON.\n      MARIE CLOSSET.                                        GODEFROID KURTH.\n     L'abbé A U G . CUPPENS.                               M. DE LA LAURBNCIB.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNBL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . - C H . LECONTE\n     L e baron JOSÉ DE COPPIN.                             GEORGES MARLOW.\n     GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES MARTBNS.\n     GEORGES DELAUNOY.                                     P A U L MUSSCHB.\n      La comtesse E D . DE LIBDEKERKB.                     EDOUARD N B D .\n     L e baron G. DELLA FAILLE.                            MAURICE OLIVAINT.\n     EUGÈNE DBMOLDER.                                      ERNEST PÉRIER.\n     OLIVIER GEORGES DESTRBE.                              GEORGES RAMAEKBRS.\n     JULES DESTREE.                                        GEORGES RBNCY.\n     Vicomte D'HENNEZEL                                    BLANCHE ROUSSEAU.\n     EDOUARD DUCOTÉ.\n     MAURICE DULLAERT.                                     i OSEPH RYELANDT.\n                                                               ERNAND SÉVERIN.\n\n     t   ESQUIROL.\n      MILE FERMAUD.\n     LAURENT FIBRENS.\n                                                           L'abbé ARMAND THIÉRY.\n                                                           HENRY V A E S .\n                                                           ROBERT VAN DER E L S T .\n     H . FIÉRENS-GEVAERT.                                  CHARLES VAN LERBERGHE.\n     CAMILLE GASPAR.                                       E M I L E VBRHABRBN.\n     IWAN GlLKIN.                                          L'abbé F R . VERHBLST.\n                                                           LÉOPOLD W A L L N E R , e t c . , etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nIl sera rendu compte dans DURENDA     L de tout ouvrage dont Un exemplaire sera envoyé a la Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , m e dn Grand-Cerf, pour la publicité, 2 6 , m e Faider, Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                         Henri de Régnier\n\n                        IL y a quelques années à peine, la foule ne connaissait guères,\n                            de M. H e n r i de Régnier, que son n o m doucement sonore :\n                            ses poèmes n'avaient pas dépassé le cercle étroit de cette\n                           élite, chère à Mallarmé, que forme le très petit n o m b r e de\n                           gens qui, rencontrant la Beauté, la reconnaissent et la\n                           s a l u e n t . . . Mais, depuis lors, M. de Régnier a d o n n é des\n                           contes et des r o m a n s : d'un style plus limpide et d'un sens\n                           plus aisément pénétrable, ils lui valurent la faveur du\n                           public, et leur succès fut cause que se divulgua, dans\nu n e certaine mesure, l'œuvre poétique de leur auteur. Ce que n'avait pu faire\nla h a u t a i n e noblesse d'Aréthuse, le charme léger de la Double Maîtresse le fit :\nainsi, «sur les tréteaux des théâtres de jadis, quelque parade bouffonne attirait\nparfois les b o n n e s gens à l'audition d'un grave mystère. L e masque hilare\nsoulevé, voici que se révèle u n e face de rêve et de tristesse, qui vous confond\nen u n mélancolique ravissement.\n    Le m o m e n t est donc venu d'étudier les poèmes de M. de Régnier, si long­\ntemps ignorés du grand n o m b r e , et que plus d'un, parmi ceux qui me lisent,\nignore sans doute encore, au moins dans leur e n s e m b l e ; aussi bien, le Mer-\ncure de France en a-t-il publié u n e réédition complète en cinq copieux\nvolumes (1).\n    Cette œuvre, si considérable déjà, est peut-être la plus diverse d'inspira­\ntion, la plus nombreuse de forme, la plus « universelle » qu'ait produite la\npoésie française depuis celle de Victor H u g o . Elle évoque à la fois u n e foule\nd'images différentes, qui se confondent dans le souvenir en u n e sorte de\np a n o r a m a grandiose et m o u v e m e n t é . Tantôt, c'est la mer avec ses tritons et\nses sirènes, ses vaisseaux de conquêtes ou de désastres, ses grèves et ses\ngrottes, ses chants et ses sanglots; tantôt, c'est u n e secrète fontaine où se con­\nfronte à soi-même quelque songe taciturne, où vient se mirer pensivement\nquelque destinée blessée, lasse des combats et des inutiles triomphes. Ici,\nc'est la forêt avec ses mille feuillages qui ont chacun leur r u m e u r propre,\navec son ombre et son soleil, ses faunes et ses dryades, ses m u r m u r e s et ses\n\n\n   (1) I Premiers poèmes (Les Lendemains; Apaisement; Sites; Episodes; Sonnets).—\nII. Poimes (Poèmes anciens et romanesques; Tel qu'en Songe). — I I I . Les Jeux rustiques\net divins ( A r é t h u s e ) . — IV. Les Médailles d'argile. — V. La Cité des Eaux. — Chaque\nvolume, 3 fr. 50.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "258                                      DURENDAL\n\n\n é c h o s ; plus loin, c'est un c h a m p solitaire où le soc d'une charrue se heurte\n à u n glaive rouillé; plus loin encore, c'est un jardin symétrique et p o m p e u x ,\n aux allées bordées de « buis méticuleux », aux étangs immobiles, où se reflète\nla blancheur silencieuse des statues. L à , un temple en ruines s'élève sur un\npromontoire battu des flots, et des simulacres mutilés gisent é p a r s ; ailleurs,\nc'est un tombeau, dont les pas de la foule oublièrent le chemin, et qui s'orne\ntristement de guirlandes effeuillées et d'inscriptions à demi effacées. P u i s ,\nvoici u n palais désert qu'anime seul le souvenir des fastes évanouis; ou bien,\nun morne château aux portes verrouillées, où nulle présence h u m a i n e ne se\ndouble plus aux miroirs, où les portraits des ancêtres semblent continuer ce\nqui fut le rêve de leurs vies... Ces images, — j ' e n oublie, et des meilleures!\n et la traduction que je d o n n e de celles que j ' a i retenues n'est qu'approxima­\n tive, — ces images, multipliées et répétées d'un b o u t à l'autre de l'œuvre, font\napercevoir que l'art de M. de Régnier est, pour une large part, décoratif et\narchitectural; mais il faut songer qu'il ne s'agit ici que de symboles ou, si\nvous voulez, de « signes sensibles » aptes à exprimer la pensée du poète. Or,\ncette pensée est, à son tour, diverse comme le m o n d e : les sources où elle\ns'abreuve sont la N a t u r e , le Mythe, la L é g e n d e , l'Histoire, le S o n g e , l'Amour;\nc'est à la fois tout le mystère et toute la réalité de la vie, toutes les fictions et\ntoutes les apparences, tout le rêve et toute l'aventure, — enfin, toute la gloire\net toute la misère h u m a i n e s . P a r ses racines, la poésie de M. de Régnier\nplonge au plus profond du passé ; par ses rameaux et par ses fleurs, elle aspire\net résorbe en elle les plus vivants souffles et les plus fraîches lumières des\ntemps présents. U n e telle dualité, est-il besoin de le dire, suffit à lui conférer\nu n e originalité puissante.\n     Considérée en son ensemble, l'œuvre de M. H e n r i de Régnier développe\nces proportions harmonieuses qui sont, sans doute, le plus h a u t degré de\nl'art; elle est, dans ses apparentes contradictions, impeccablement logique,\nsimple dans sa complexité, u n e dans sa prodigieuse diversité. Participant\nd'abord de toute la fougue impétueuse et déréglée de la jeunesse, elle évolue\net se métamorphose suivant « la bonne loi naturelle » et le rythme essentiel\nde toute chose a n i m é e , pour arriver lentement au tranquille et complet épa­\nnouissement de la maturité; elle apparaît ainsi u n miroir fidèle de la vie. E t\nr e m a r q u e z qu'une seule âme palpite sur ce tout ondoyant, q u ' u n e même\nmélancolie s'en dégage : telle est la mer qui, dans le calme ou dans la tour­\nm e n t e , exhale la même a m e r t u m e , reste le même infini.\n    J e voudrais, laissant de côté certains aspects que d'autres ont suffisamment\néclairés, faire ressortir cette eurythmique unité d'inspiration dans cette diver­\nsité de forme. J e voudrais vous montrer comment, après avoir traversé la\nforêt mystérieuse et touffue des Symboles, où son vers-libre bondit à l'aven­\nture comme u n cheval fougueux qui ignore le frein, le poète, par des étapes\nsagement graduées, parvient au J a r d i n magnifique des perspectives savantes,\ndes plates-bandes harmonieuses et des marbres divins, au jardin où se dresse\nà l'écart le T e m p l e de l'Amour : jardin si majestueux dans sa symétrie, si\nbeau dans sa correction, et dont les arbres, artistement taillés, n'en chantent\n pas moins mélodieusement à tous les souffles de la N a t u r e !\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                HENRI DE RÉGNIER                                        259\n\n\n   P o u r suivre plus sûrement les phases successives de cette intéressante évo­\nlution, — candeurs virginales de l'aurore, aveuglantes ardeurs de midi,\ngloires paisibles du soir, — il sied de laisser M. de R é g n i e r s'expliquer et se\nrévéler lui-même par quelques-uns de ses vers les plus significatifs, par\nquelques-unes de ses strophes les plus musicales : u n h o n n ê t e h o m m e peut\nremettre à ses actes le soin de plaider pour l u i ; la Muse doit se défendre\ncomme le fit P h r y n é devant l'Aréopage, — en dévoilant sa beauté.\n   J'userai donc d'éloquentes citations plutôt que de vains commentaires. De\nla sorte, si je n'ai pu, servant très i n d i g n e du dieu qui parle par la bouche du\npoète, saisir qu'à demi le' sens parfois obscur des oracles prononcés, vous\naurez du moins e n t e n d u u n peu de leur solennelle musique. Puissent ces\nfragments épars éveiller en vous le désir de pénétrer à votre tour dans le\ntemple, d'admirer u n e à une les statues qui le décorent, et de vous initier aux\nmerveilleux mystères qui s'y célèbrent.\n\n\n\n\n   Il est permis de glisser rapidement sur les premiers vers de M. de Régnier :\nles Lendemains et Apaisement sont deux minces recueils, qui suffiraient certes à\nasseoir la r e n o m m é e d'un d é b u t a n t , mais d o n t le tendre éclat s'efface devant\nla splendeur des poèmes qui suivirent... N e vous y trompez point, cepen­\ndant : le fruit futur est en germe dans ce frêle bourgeon d'avril. De-ci de-là,\nsurgissent des statues de d i e u x ; et si celle de Diane évoque, à l'adolescent\nrêveur, le souvenir de sa bien-aimée, c'est qu'il n'est pas mûr encore pour la\ncontemplation sereine et exclusive de la Beauté, qui seule ne désenchante et\nne meurtrit jamais. Versailles aussi s'esquisse déjà en quelques traits, Ver­\nsailles qui hantera plus tard le poète au point de lui dicter tout un livre : la\nCité des Eaux. Mais surtout, dès ces juvéniles préludes, on perçoit cet accent de\nmélancolie, cet air d'élégance un peu h a u t a i n e , cette conception de la vanité\nde toutes choses, qui domineront l'œuvre entière. Q u a n t à la prosodie, elle\nreste parnassienne, avec je ne sais quoi, pourtant, de moins froid et de moins\nrigide que les modèles du g e n r e .\n   L e s Sites m a r q u e n t l'avènement du Symbole chez M. de Régnier : avène­\nment timide encore. Le vers s'assouplit, secoue les entraves qui l'embarras­\nsaient J a n s son vol, s'élève plus l i b r e m e n t ; la langue est moins convenue,\nplus rare, un peu précieuse parfois; le style, par endroits, se contourne péni­\nblement, s'alourdit de recherches, trahit l'influence (néfaste, selon moi) de\n Mallarmé.\n   L e s paysages que le poète décrit ne sont, pour ainsi dire, que la traduction\nde sa pensée, u n e sorte de transposition colorée de ses sentiments et de ses\n rêves : plus rien, ici, de la sèche et minutieuse peinture des parnassiens. Les\n derniers vers du recueil présagent les poèmes par lesquels se continuera le\ndéveloppement artistique de la personnalité de l'auteur :\n\n                  Hors le tien, tout amour, ô Mort, est dérisoire\n                  Pour qui sait le pays mystique et violet\n                  Où se dresse vers l'autre azur la Tour d'Ivoire.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "260                                   DURENDAL\n\n\n   Avec les Épisodes, — u n des chefs-d'œuvre, à mon sens, de M. H e n r i de\nRéenier — le Mythe, la L é g e n d e et le Rêve commencent de p r e n d r e une\nlarge place dans l'inspiration du poète ; mais le décor demeure le motif essen­\ntiel. Ce que sont ces Episodes, quelques vers le diront mieux que toute\nanalyse :\n                            Vision vermeille de la Terre\n               Où les cailloux roulaient sous les pas des Héros...\n               ... Écho d'une autre vie où vécurent nos âmes...\n                             un éblouissement\n               De l'époque abolie et des aubes premières.\n\n     P a r u n e fiction charmante, que légitime u n e hypothèse scientifique très peu\nplausible du reste, l'auteur des Episodes imagine avoir vécu nagueres d'autres\nvies plus belles, dont il nous raconte les souvenirs :\n                      Une mort a ermé nos yeux en quelque soir\n                      D'amour antérieur ou de lutte héroïque...\n     On devine pourtant, derrière ces fables aimables, u n e pensée très m o d e r n e ,\net des échos très sincères de la vie aujourd'hui vécue par le p o è t e ; ce qui\nn ' e m p ê c h e pas les Episodes d'avoir u n e grâce, u n e fraîcheur d'églogues primi­\ntives, qui sont tout à fait délicieuses.\n     L e s symboles y gardent encore une limpidité t r a n s p a r e n t e , qu'ils perdront,\nhélas ! dans plusieurs des Poèmes anciens et romanesques. Les deux grappes, par\nexemple, célèbrent les joies nobles et durables de l'art pur et du rêve soli­\ntaire, loin des joies vulgaires et passagères de la multitude :\n\n                 Cette foule, en ce soir d'ivresse jovial,\n                 Heurte et boit, méprisant or et verre fragile,\n                 Le Vin né de la Terre en des coupes d'argile !\n\n                 Parmi tous je connais la coupe sans défauts\n                 Dont le métal sonnant de saphyrs se bosselle,\n                 Digne du vin versé dans ses ors triomphaux;\n                 J'y boirai tout le sang de la grappe cueillie\n                 Comme on mange le blé mystique que la Faulx\n                 Ne fauche pas aux champs de la Terre avilie...\n\n   Le voleur d'abeilles, Ariane, sont d'une interprétation également aisée. Les\nmains belles et justes disent le mépris de l'artifice et du mensonge, dans l'art\ncomme dans l'amour. Le Verger chante, avec des paroles n o n encore enten­\ndues, les trois saisons de la vie, parallèlement aux trois aspects de l'amour,\nincarnés en trois « mystérieuses sœurs ». La vaine vendange exprime la vanité\nde la gloire, et la Grotte, la vanité de l'amour... Mais pourquoi déparer, en les\nrésumant, ces merveilles adorables? Il faut les lire, et les lire lentement.\n   Cette lecture vous a p p r e n d r a combien le symbolisme a renouvelé et\nrafraîchi les sources de l'inspiration poétique en F r a n c e , presque taries par la\nmiraculeuse a b o n d a n c e romantique, et complètement desséchées par l'aridité\nparnassienne. Si, comme toutes les écoles qui s'instaurent, le symbolisme eut ses\noutrances et ses égarements, il fut, d'autre part, bienfaisant, nécessaire même.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                      26I\n\n\n   A dater des Episodes, l'alexandrin de M. H e n r i de Régnier devient u n\ninstrument bien personnel : tout ensemble souple et sonore, ample et léger,\nfaisant songer à celui de Verlaine par sa fluidité, à celui de Leconle de Lisle\npar sa puissance, il n o u s prouve que H u g o , malgré ses b r u y a n t e s vantar­\ndises, n'avait pas dit le dernier mot sur \" ce grand niais d'alexandrin \", et\nqu'on le pouvait libérer encore de plus d'une contrainte inutile.\n   Q u a n t aux Sonnets, par quoi se ferme le premier volume des œuvres com­\nplètes, je n'en dirai rien, sinon que certains de leurs vers annoncent déjà Tel\nqu'en Songe et les Médailles d'argile. Il semble que M. de Régnier ait eu, dès ses\npremiers pas d a n s le Bois sacré, la vision des futurs horizons qu'il lui serait\ndonné de découvrir; et c'est peut-être à cette divination — ou, si vous pré­\nférez, à ce plan conçu d'avance — que l'on doit l'ordonnance harmonieuse\n dont je vous parlais tout à l'heure.\n                                            *\n                                           * *\n   Des Poèmes anciens et romanesques datent à la fois, chez M. de Régnier, le\ndéfinitif t r i o m p h e du S y m b o l e et l'apparition du vers libre, que le poète fera\ndésormais alterner avec l'alexandrin régulier.\n   Sans tenter l'entreprise hasardeuse de démêler l'écheveau, assez embrouillé\npar endroits, de ces méditations imagées, je vous dirai simplement que le\npoète y exalte, en de fastueuses fresques ou de gracieux tableaux, « l'aventure\néclatante du mensonge immortel pour qui d'autres sont morts » : Mensonges\ndes fables, de la gloire, du rêve et de l'amour, qui duperont éternellement la\ncrédulité des h o m m e s . Ces poèmes sont véritablement « un cri d'angoisse,\nécho des antiques détresses ».\n   Le Mystère, qui déjà estompait de pénombre les Sites, s'accentue dans cette\nnouvelle œuvre ; et l'esthétique m a l l a r m é e n n e y accumule d'épaisses ténèbres\nsur de hautes pensées, qui valaient d'être lumineusement traduites. Ah! ce\nn'est plus « u n palais d i a p h a n e » qu'habite ici l'Allégorie ! elle se fait volon­\ntairement obscure, énigmatique, souvent impénétrable aux regards non\ninitiés. Les Poèmes anciens et romanesques sont u n opulent chaos de fables, d'em­\nblèmes et de symboles, q u e le poète confond en u n désordre somptueux, les\nfaisant volontiers sortir de la signification essentielle où il les enfermera tantôt,\nen des œuvres plus sobres et mieux ordonnées. C'est là ce qui attire à M. de\nRégnier le reproche qu'on lui adresse parfois, d'abuser de certains mots et de\ncertains signes, tels que : miroirs, clefs, lampes, a m p h o r e s , masques, thyrses,\npalmes et torches; glaives, casques, lances et boucliers; conques, trompettes,\ncors et b u c c i n s ; gemmes de toutes sortes; animaux fabuleux ou seulement\ndécoratifs, licornes, griffons, guivres, paons et colombes... Sans doute, toutes\nces réalités ont en elles-mêmes une étrange et puissante beauté, toutes ces fic­\ntions sont d'expressives incarnations de l'immortelle songerie h u m a i n e et des\nillusions millénaires; mais, vraiment, les poèmes dont je parle trahissent u n e\nrecherche outrée de ces ressources allégoriques. « Figures de style » des clas­\nsiques, « images » des romantiques, « symboles » des plus récents poètes : le\nmot change, la chose d e m e u r e à peu près la m ê m e ; et il ne faut abuser de rien,\npas m ê m e des meilleures trouvailles.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "262                                 DURENDAL\n\n\n\n   P a r d o n n o n s cependant à M. de Régnier ce désordre et cette profusion : ils\nsont dus à la généreuse prodigalité, à la belle fougue u n peu folle de la jeu­\nnesse. Dans l'enthousiasme où le jette la découverte des richesses s y m b o ­\nliques, le poète éprouve l'embarras h e u r e u x d'un enfant qui a trouvé un trésor\net qui, ne sachant que choisir entre tant de joyaux précieux et tant de\nmédailles rayonnantes, les remue à pleines mains, les confond sans discerne­\nment et les dispense au hasard aux passants qu'il r e n c o n t r e . L a sagesse et la\nmesure lui viendront, n'en doutez pas, en même temps que l'expérience.\n   L e style des Poèmes anciens et romanesques achève de vous laisser une impres­\nsion presque douloureuse à force d'être confuse. Certes, de nobles images y\nallument par instants d'éclatantes lueurs :\n\n                Les joyaux aigus sont des griffes de Chimères\n                Et les boucles des dents de Bêtes inconnues ;\n                La robe lourde et longue et grave est une armure\n                Et l'or des cheveux roux un casque de guerrière...\n\n                De grands orgueils rompus comme en éclats de glaives,\n                De grands espoirs tués comme des oiseaux bleus...\n\n  Çà et là, l'esprit se repose en des strophes claires et doucement fleuries,\ncomme s'endort en un golfe pacifique u n bateau que longtemps secouèrent les\nvagues :\n                Nous allons vers la Ville où l'on chante aux terrasses\n                Sous les arbres en fleurs chercher les Fiancées,\n                O cloches d'allégresse au silence des places,\n                Les clochers tremblent comme des fleurs balancées!\n\n  Mais que de bizarreries d'expression, que de préciosités déplaisantes ! J e\nne saurais aimer des vers tels que ceux-ci :\n\n                L'endormie à jamais étale ses mains pâles\n                Où verdit une mort annulaire d'opales...\n\n                Aux ruines de Vie antérieure et morte,\n                Au fronton dominant l'ombre cave de la porte\n                Où s'engouffrent les feuilles comme les ailes mortes\n                Des vols de crêpe épars sur les étangs de moire,\n                Face de doux relief et triste épiphanie\n                Double de Songe et Sœur de Mémoire,\n                Et sourire posthume qui se renie !\n\n   Ceci est le début du Salut à l'Etrangère, — qui porte en épigraphe un\nvers de Stéphane Mallarmé : le dangereux charmeur que fut cet artiste\n« inouï » !\n   Malgré tous ces défauts (que je signale audacieusement, parce qu'ils mettront\nmieux en relief la p u r e clarté, la discrète élégance et l'irréprochable eurythmie\nd'autres œuvres qui suivirent), les Poèmes anciens et romanesques présentent un\nvif attrait, fait tout ensemble de splendeur et de profondeur. Ils sont intéres-\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                   263\n\n\nsants surtout par ceci : qu'en eux s'inaugure le « vers libre » de M. de\nRégnier, — m u s i q u e mystérieuse, ondoyante et docile, qui se prête merveil­\nleusement aux moindres exigences de la pensée, aux moindres caprices de\nl'image; instrument magique, mais périlleux à manier, et dont H e n r i de\nRégnier se sert avec u n e incomparable maîtrise.\n\n                                             *\n\n   Tel qu'en Songe, c'est u n long dialogue du poète (ou plutôt du Vivant en\ngénéral) avec son â m e , — n o n pas avec l'âme mensongère qu'il dispersa\nnaguères à travers les hasards de l'existence ou les multiples erreurs de la\nL é g e n d e , mais avec l'âme véritable que tout h o m m e porte en lui et que si peu\nsavent r e c o n n a î t r e ; n'est-on pas occupé des quotidiens soucis d'ambition,\nd'amour ou de lucre?... Confrontation solennelle! silencieux colloque, tout\nde contemplation recueillie et d'auguste méditation ! curieuse transformation\nphilosophique de la fable de Narcisse, a m o u r e u s e m e n t penché sur le reflet\nde son image :\n                Aucun signe a jamais sur toi ne se prolonge\n                De ce que tu semblais et que tu n'étais pas,\n                Et ton âme soit telle enfin qu'elle se songe...\n\n                ... Et dresse tel que toi, façonné de ton songe,\n                L'intérieur Destin que tu n'as pas vécu.\n\n   L e vieil h o m m e est mort, et voici qu'un autre h o m m e se lève des profon­\ndeurs intimes, « tel qu'en songe ». L a vie est décevante et fausse, et ne vaut\npas d'être vécue; le secret du b o n h e u r durable et de la suprême sagesse con­\nsiste à se réfugier en soi-même, au fond de cette âme qu'on soupçonnait à\npeine et qui comprend si bien les faibles enfants qui n'ont pas su vivre :\n\n                O Vigilante en qui survit ce qui n'a pas été,\n                O toi dont la mémoire est fidèle à ce qui fut tenté,\n                O toi dont le miroir mire ce qui ne s'y est pas reflété !\n\n   Ce sage qu'est devenu le poète s'est évadé jadis, lui aussi, à la poursuite\ndes Chimères :« rien ne souriait dans la maison natale, grave de vieux silences\naccumulés »; et les ancêtres, « qui tous semblaient mal morts en leurs por­\ntraits, taciturnes d'avoir vécu et de survivre », opprimaient lourdement l'ado­\nlescent de leurs diverses hérédités contradictoires :\n\n                Eux en leur force, elles en leur grâce,\n                Tous, ils étaient le passé de ce qui passe;\n                Et elles, quand j'y songe,\n                Peut-être un peu la raison d'être de mes songes,\n                Comme eux, ceux-là, durs de visage,\n                L'un dans l'armure et l'autre en sa longue simarre,\n                Epris de fait brutal ou de science exacte,\n                Eussent été la raison d'être de mes actes...\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "264                                  DURENDAL\n\n\n    (Sentez-vous toute l'éloquence de ce conditionnel : eussent été?) Il s'en est\nd o n c allé vers la vie, le long de la mer, loin de la triste maison où « les\ng r a n d e s dalles, noires et blanches, semblaient tumulaires comme d'avance »,\noù « un sablier poudroyait l'heure » avec une inflexible minutie :\n\n                ... Je suis sorti... c'était l'aurore\n                Avec tout le ciel et toute la Mer,\n                Toute la Mer rose et le ciel clair\n                Et tout le ciel clair sur toute la forêt.\n                Et je vivais encore\n                Pour voir le ciel, la mer, la forêt et l'aurore,\n                Et je vivrais,\n                Des jours enfin, des jours encore,\n                Non plus dans la maison close sur le silence...\n                Non plus dans la maison avec mes deux mains jointes\n                Sur quelque Epée oisive en songe et qui s'épointe...\n                Non plus dans la maison avec la solitude\n                Et non plus en moi-même avec moi pour miroir,\n                Solitaire à jamais d'être ma solitude\n                Et d'être, tour à tour, mon aurore et mon soir...\n\n   Mais voilà qu'il s'arrête sur la grève et se prend à imaginer ses Destinées :\nil égrène une à une les heures de l'existence, conclut que la Gloire et la\nScience sont également vaines, et revient à la maison d u passé, pour y « laisser\nmourir son songe en soi ». O les mélancoliques paroles qu'il adresse à\nl'ombre de lui-même!\n\n                Voici plus lents tes pas et tes mains plus prudentes,\n                Et ton sourire est doux comme d'avoir pleuré...\n\n                Eteins du pied la torche où brûla ton orgueil,\n                Et du feu qu'elle expire allume l'humble lampe,\n                Et ne dépasse plus le seuil\n                De la maison où l'âtre en cendre\n                Croule en décombre;\n                Ferme la porte,\n                Et que la paix du soir apporte\n                Son ombre sur ton ombre!\n\n   E t son â m e l'accueille, son âme qui avait tenté de le suivre d a n s l'Aven­\nture, mais qui avait bientôt regagné tristement le vieux château de « leur »\nenfance, et qui s'en était instituée la vigilante et fidèle G a r d i e n n e ; son â m e\nl'endort dans sa misère et lui prodigue de graves consolations :\n\n                 Comme étaient nos printemps voici que nos automnes\n                 Se retrouvent encore ainsi que nous voilà...\n\n                 Je suis la même encor, si ton Ame est la même\n                 Que celle que l'Espoir aventurait au pli\n                 De sa bannière haute, et je reste l'Emblème\n                 Du passé qui persiste a travers ton oubli.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                    265\n\n                Viens, je t'ouvre la porte, et si ton âme est vieille\n                De tant de soins perdus à son âpre folie,\n                Ne reproche qu'à toi le peu qu'à notre treille\n                Vendangeront ta faute et ta mélancolie.\n                Que mon silence enfin soit ma seule réponse.\n                Si ma table de hêtre est frugale en festin,\n                Ma demeure s'accorde à celui qui renonce\n                Et qui remet ses mains aux mains de son Destin.\n\n  L a Mémoire et la Tristesse,\n\n                L'une pâle et l'autre pâlie\n                De tout ce que sait l'une et que l'autre n'oublie,\n\nseront dorénavant les deux Sœurs de l'Errant d'autrefois, si las des routes\naventureuses où ses pieds ont saigné. Il a clos les portes de la d e m e u r e , p o u r\nque nul bruit d u dehors n'y pénètre plus, et il n'a garde de réveiller la voix\ndu T e m p s dans les horloges m u e t t e s . L e voici à l'abri « de la gloire et de\nl'amour amer » :\n\n                 O Demeure...\n                Garde-moi des passants du fleuve et de la route,\n                Garde-moi des passants de l'aurore et du soir...\n                ... Maison sur qui la Nuit encore va descendre,\n                Garde mon âme, hélas, des Passantes de l'Ombre!...\n                ... Qui viendrait maintenant de l'ombre à ma Tristesse,\n                Seule sœur qui convienne à l'âtre éteint ?\n                Les Passantes d'un soir ont fait place à l'Hôtesse.\n                O Demeure,\n                La Chimère accroupie à ton oyer désert,\n                Parmi les cendres et parmi les fleurs de fer,\n                Est morte avec l'Horloge et comme mon Destin,\n                Et mon âme ce soir est seule en la demeure\n                Habitée à jamais d'un songe taciturne .\n\n  C'est le port après la tempête ; le nid reçoit l'oiseau que la flèche a blessé\ndans son vol. E t toute la vie du poète n'eut d'autre sens que cette fin dans le\nrepos et l'oubli :\n                 Et mon âge a vécu le droit d'être son soir\n                 Et d'être seul avec soi-même pour miroir...\n                 . . La porte va rouler sur les doubles gonds d'or\n                 Et fermer son sommeil de bronze qui s'endort\n                 Sur celui qui voulait parler et qui s'est tu\n                 A jamais parce que son songe l'a vêtu\n                 D'un manteau de silence et de la robe noire\n                 De l'oubli, dont le pli fatidique se moire\n                 D'un reflet d'au delà du Styx et du Léthé,\n                 Parce qu'il n'est plus rien de ce qu'il a été...\n\n   L e Vivant d'autrefois est à présent, et à jamais sans doute,\n\n                     non point ce qu'il n'a pas été\n                 Au fantôme de chair que sa vie a hanté,\n                 Mais ainsi qu'il fut tel en soi devant soi seul.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "266                                  DURENDAL\n\n\n    E t c'est maintenant seulement que commence p o u r lui la vraie vie, qui est\ntoute intérieure...\n    Vous le voyez : la philosophie de Tel qu'en Songe se rapproche de l'admi­\nrable sagesse que nous offre M. Maurice Maeterlinck d a n s le Trésor des Hum-\nbles; elle est aussi singulièrement parente des pures méditations de M. F e r ­\nn a n d Séverin, à qui la magnificence du Rêve inspira des accents d'une\nsouveraine harmonie :\n                Le plus beau songe encore est sous les yeux fermés,\n                Il n'est rien au dehors qui vaille qu'on s'éveille ..\n\n  M. de Régnier nous adjure ainsi de rentrer en nous-mêmes, et nous promet\nque nous découvrirons là un fonds inépuisable de merveilles ignorées.\n  Cette philosophie, que d'aucuns estimeront affligeante et funeste, me paraît\nau contraire salutaire et réconfortante, en ces temps où le mal de vivre désa­\ngrège tant de nobles âmes.\n\n   J'ouvre ici une parenthèse, qui sera u n e confession et un acte de repentir.\n   Il règne, au sujet du vers libre, un préjugé trop r é p a n d u , et que j ' a i par­\ntagé moi-même aux jours de bravoure aveugle où la Jeune Belgique fondait, la\nlance haute, sur ce Monstre qu'elle nommait « le vers amorphe » : b e a u c o u p\nd'honnêtes gens s'imaginent, et de très b o n n e foi, que les seuls écrivains\nqui usent du rythme nouveau, sont impuissants à tirer parti des mètres régu­\nliers. E r r e u r manifeste, que contribue à propager le déplorable exemple de\ncertains adolescents en mal de versification et qui, p r e n a n t p o u r le baiser de\nla Muse sacrée la chiquenaude d'un m a l i n g é n i e , se trouvant, d'ailleurs, par­\nfaitement incapables de donner au vers traditionnel la souplesse et la sonorité\ndont il demeurera toujours susceptible, ont élu u n e forme en effet a m o r p h e ,\nbredouillante, cacophonique et ridicule, qui n'a rien de commun avec la\nlangue des dieux, et qui n'est, en somme, qu'une prose claudicante : sorte de\nmonstre hybride, tout ensemble horrible et plaisant!... Tel n'est pas le vers\nlibre de M. H e n r i de Régnier, dont la changeante et profonde musicalité suit\nfidèlement les plus secrets mouvements de l'Idée, les plus subtils tressaille­\nments de l'émotion intérieure, et dont les miroirs à facettes n o u s livrent un\nvivant reflet du m o n d e illusoire ou réel que le poète habite. Ecoutez ceci, et\nprononcez vous-même :\n                Celui-là qui s'arrête sur le seuil et sourit,\n                Celui-là, c'est l'Oubli;\n                Il jette, une à une, ses fleurs déjà fanées\n                Prises au jardin des Années\n                Et ses fruits mûris aux arbres des Jours,\n                Près de la fontaine des Heures ;\n                Cet autre qui s'arrête au seuil et qui pleure\n                Avec son ombre avant lui sur les dalles,\n                C'est l'Amour;\n                Et celui-là si svelte et pâle,\n                Avec ses ailes inégales,\n                Qui près de la nuit morte avec moi vint s'asseoir,\n                C'est l'Espoir...\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                      267\n\n    E t voici qui prouve que l'auteur de Tel qu'en Songe sait faire ronfler aussi les\ng r a n d e s orgues de l'alexandrin régulier :\n\n                 Je sais tes jours et la douceur de tes yeux clairs\n                 Dans les jardins d'enfance au bord de l'eau des Mers,\n                 Je sais tes jours parmi les fleurs et sur le seuil\n                 De la vieille maison grave à ton jeune orgueil\n                 D'où descendit ton âme en fête vers la joie,\n                  Frère! et quels clairons d'or ont sonné dans ta voie\n                 Si haut et d'un tel train de guerres et de gloires\n                 Que les soleils semblaient arrêter les nuits noires !\n\n   Mais c'est d a n s les Médailles d'argile que l'alexandrin de M. de Régnier\natteindra son plein épanouissement, parviendra à cette éclatante ampleur, à\ncette riche et sûre mélodie qu'il semble vraiment impossible de dépasser.\n\n                                                                         FRANZ   ANSEL.\n\n\n   (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                      Odes\n                                     A Charles   van   Lerberghe.\n\n                    À l'Amour\nComme la sève gonfle un arbre sous l'écorce\n           Et le nourrit,\nUne invincible joie exalte dans sa force\n           Mon jeune esprit ;\n\nEt je sens affluer, comme une sève neuve,\n           Un sang plus fier\nDe mon cœur à mon front, et mon âme s'abreuve\n              A son flot clair.\n\nL'âpre désir la laisse encore inassouvie;\n           Mais je croîtrai\nDans ta lumière ardente où rayonne la vie,\n           Amour sacré.\n\nComme l'arbre portant ses branches  balancées\n          Haut dans l'azur,\nJe veux hausser en moi la cime des pensées\n          Vers ton ciel pur.\n\n\n\n\n                    Le Conseil\nO cœur tumultueux    que le désir consume\nComme une flamme haute embrase des sarments,\nQuelle nouvelle ardeur aura moins     d'amertume\nQue ce sombre passé de pleurs et de tourments?\n\nAh! que n'assouvit-il le cœur insatiable\n          L'amour, furtif    passant.\nQue tu cherches en vain, comme un pas sur le sable\n          Quand le reflux    descend!\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                          ODES                                     269\n\nRien de ce qui s'enfuit ne vaut ce qui demeure,\nEt son espoir trahit celui qui se souvient :\nS'il peut poursuivre au loin les jours qu'entraîne      l'heure,\nLe passé qu'il reprend n'est que l'ombre du sien.\n\nBannis  donc à jamais le regret inutile\n           De ces temps révolus;\nCe qui fut est pareil à l'arbre qu'on mutile :\n           Il ne reverdit plus.\n\nEt si l'amour revient vers tes jeunes années\nChargé des mêmes dons qu'il t'a jadis offerts,\nOublîras-tu que c'est l'ordre des destinées\nD'encor souffrir pour lui des maux déjà soufferts?\n\nAh! laisse-le plutôt passer devant ta porte\n            Ainsi qu'un    étranger,\nSi c'est contre ses coups que ton âme est moins      forte\n            Et ne peut se venger.\n\n\n\n\n                   A la Tristesse\nO Tristesse, je veux évoquer la mémoire\n            De ces jours où tu vins\nApporter à mon cœur solitaire et sans gloire\n            Tes présages   divins.\n\nTa voix grave éveillait des voix dans le silence;\n          Et ton calme     hautain,\nDédaigneux du passé, semblait pleurer    d'avance\n          L'avenir     incertain.\n\nMais le temps, sans qu'un rêve attristé se prolonge,\n           S'écoule et ton séjour\nEut le cours éphémère et paisible d'un songe\n           Et tu passas un jour.\n\nJ'ai vécu les matins heureux de ma jeunesse      :\n           L'aurore et le printemps\nOnt embaumé l'azur et versé leur ivresse\n           A mes sens inconstants ;\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "270                          DURENDAL\n\n\n      Et si l'été fut long et clair des heures de joie\n                   Son règne ardent    s'éteint,\n      Et ces fruits que je cueille à la branche qui ploie\n                   Couronnent son déclin.\n\n      Voici déjà descendre au versant des collines\n                 La pensive saison;\n      L'air doré les éloigne et leur pente s'incline\n                 Plus douce à l'horizon.\n\n      La joie impétueuse et funeste aux pensées\n                 A fui; j'en cherche en vain\n      La beauté périssable et les heures passées;\n                 Aucune ne revient.\n\n      Mais toi qui te complais à l'automne et que charme\n                 Quand le soir y descend\n      Une âme dont l'amour n'a pas changé les larmes\n                 En des larmes de sang,\n\n      Tu reviendras, Tristesse, et j'aimerai ton ombre\n                 Dont le calme hautain\n      Semblera consacrer, irréparable et sombre,\n                 Le terme d'un destin.\n\n                                                    MAURICE LAUZON.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                        Le Cuirassé\n\n                    LE cuirassé s'avance...\n                         L e lourd cuirassé s'avance, déchirant de sa\n                       masse, la nappe fermée des eaux, qu'il moud\n                       dans ses hélices.\n                          F o r m i d a b l e et massif, il fait une ombre\n                       noire, sur le dos clair de l'eau.\n                          L e cuirassé, tel un mont de roc arraché à\n                       la côte, tel une chose conçue par la force des\nmondes, sur l'eau mouvante affirme sa matérielle forme.\n   Œ u v r e d'homme, qui ne pouvant créer des matières orga­\nniques, crée des îles de fer, qu'il manœuvre à son gré, et qu'il\nconduit, jusqu'au milieu des océans, pour hisser le drapeau,\nproclamateur de sa race !\n   Création de cauchemar, d'esprit exaspéré vers le brûlant\norgueil des triomphes absolus.\n   Engin que l'homme a fait de ses deux mains, comme pour se\nsupplanter; Dieu des guerres qu'il s'est donné, qu'il peuple\nd'une armée qui manœuvre la mort, par faits mathématiques\net machinais mouvements.\n   Monstrueuse beauté, monstrueuse grandeur, force gigan­\ntesque de l'homme, qui forge le cuirassé, plus cruel et soudain\nque le volcan paisible, où cependant s'entend, pour avertir, le\ngrondement des laves.\n   Deson mouvement, comme fatal, le cuirassé s'avance... colosse\nénorme, que le flot subit et porte avec orgueil.\n   Carcasse prodigieuse, enflée d e prestige, qui poigne le cœur\nde fierté et d'angoisse.\n   T é m é r i t é folle de l'homme, qui dédaigneux de l'océan im­\nmense et insondable, y lance des escadres, toutes hénissantes\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "272                         DURENDAL\n\n\nde fer et de foudres, et le soumet à les porter, tandis qu'il doit\ncouler, en ses profonds abîmes, l'ennemi qu'il a vaincu.\n   Cathédrale des guerres, dont les tours terribles ont des cadrans\nde feu, phares de lumière, qui sondent au loin, dans la nuit sans\nfin, le point qui se dérobe, et qu'il faut asservir.\n   Dragon dont les flancs sont gonflés de mitraille toujours prête\nà jaillir. Dragon conscient de ses crimes et de ses ruses, dragon\nde t e m p s présents, soumis aux lois de l'homme.\n   Excès sublime de son audace !\n\n                                             H É L È N E CANIVET.\n\n\n  1903.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                        Aube\n        Le jardin, entre ses haies,\n        Où semble blotti le brouillard,\n        Le jardin cache des fées,\n        Des fées blanches dans son    brouillard.\n        Les fleurs sont des rêves\n        Qui flottent dans l'aurore,\n        Et le pommier est un rêve\n          Qui se lève\n        Et qui craint d'éclore.\n\n        Diffuse et molle\n        Autour des corolles,\n        La buée s'enroule\n          Et se coule,\n        Et ses voiles blancs,\n        Comme des songes           d'enfants,\n        Flottent sur les gazons\n        Jusqu'à     l'horizon.\n        Les arbres nymbés\n        De volutes nacrés,\n        Semblent des grottes\n        Où le mystère      flotte,\n           Des abris\n           Arrondis\n        Où se blottit\n        Le silence des nuits.\n\n        Rien ne s'entend\n        Que le     bourdonnement,\n          Des bourdons\n        Qui réveillent,\n        De leur sommeil\n        Les pâles liserons.\n        Et les rayons dorés,\n        Que le soleil envoie,\n          Etroits\n           Et fuselés,\n        Semblent baiser les fleurs\n        Pour bien les éveiller.\n                                                HÉLÈNE   CANIVET.\n1903.\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "              Albrecht Rodenbach\n\n               PAR une heureuse coïncidence, au moment où\n                 les lettrés d'expression française s'apprêtent à\n                 célébrer le souvenir de Max Waller, les lettrés\n                 d'expression flamande ont décidé de glorifier la\n                 mémoire d'Albrecht Rodenbach.\n                    A quelques années d'intervalle, Waller et\n                 Albrecht Rodenbach furent les initiateurs d'un\n                 identique renouveau, au service duquel ils\napportèrent toute la Vaillance enthousiaste, fière et desinté­\nressée de leur jeunesse; opérant dans des milieux différents,\nluttant sur des champs de bataille autres, ils collaborèrent\nà une même œuvre et se sacrifièrent à une même idée :\nl'originalité patriale des Lettres belges — quelque soit d'ail­\nleurs la forme linguistique qu'elles revêtent! Et, coïncidence\ndouloureuse, tous deux frappés en pleine adolescence par la\ntraîtrise sournoise de la vie, succombèrent sans avoir pu entre­\nvoir — glorieuse et due récompense — le magnifique prolon­\ngement que leurs gestes d'énergie devaient avoir sur l'avenir\nartistique de leur pays.\n   Au terme d'une étude, de la plus communicative émotion,\nl'abbé Hugo Verriest, qui fut le maître d'Albrecht Rodenbach,\nse demandant ce que celui-ci serait devenu, si la mort ne l'avait\nprématurément fauché, répond : « 11 serait devenu le Poète,\nl'Ame, le Cœur, l'Esprit et la Vertu de la renaissante Flandre! »\n   Ce jeune homme eut vraiment l'âme hantée par un grand\nRêve et l'esprit arcbouté vers une noble Action.\n   Il rêva une poésie d'idées, plus en profondeur qu'en reliet,\noù les détails observés se fusionnaient en des synthèses intel­\nlectuelles qui déconcertent chez un auteur de vingt ans ;\nGudrun, son œuvre principale, est un poème dramatique dont\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                        ALBRECHT      RODENBACH                        275\n\n\nles personnages évoluent à la façon de symboles somptueux\net émouvants. Telles pages de ce d r a m e rappellent Vigny — et\nson hautain et prestigieux idéalisme.\n    Mais plus peut-être que par ses vers, c'est par son action que\nvivra Albrecht Rodenbach.\n    P o u r juger cette, action, ce qu'elle eut de magnifiquement\nspontané et de révolutionnairement bienfaisant, il faut avoir\nentendu Guido Gezelle, d'une voix qu'exaltaient ces souvenirs,\nraconter comment, a y a n t conçu dans son cerveau un renou­\nvellement artistique de la F l a n d r e , il avait rencontré en\nce collégien à l'âme réceptive et frémissante, l'exécuteur de ses\nprojets de revival... E t à son tour alors, H u g o Verriest, en son\nlangage si imagé que par ses mots il ressuscite et fait revivre le\npassé, soulignait les paroles du vieux maître et montrait\nAlbrecht Rodenbach, surgissant parmi les veuleries et les\nhostililés, comme le dépositaire de la conscience artistique\nd'une race... E t telle fut la contagion d'enthousiasme qui\némanait de- ce j e u n e preux, qu'un long frémissement passa à\ntravers la F l a n d r e et qu'une littérature nouvelle naquit débor­\nd a n t de sève printanière et régénératrice.\n    C'était l'heureux temps où les revendications              flamingantes,\nnon encore accaparées par la tourbe des politiciens, avaient\nl'art et,les lettres pour objectif!\n    J'ignore quelle est l'opinon de nos confrères flamands sur le\n projet d'un m o n u m e n t à Max W a l l e r et s'ils se laisseront, une\n fois encore, imposer la pitoyable attitude que leur dictèrent\nvis-à-vis de la commémoration Georges Rodenbach les brail­\nlards de meetings et les traducteurs d'enseignes de gendarmerie.\n    E n fût-il ainsi, les artistes et lettrés d'expression française\n ont le devoir de montrer plus d'esprit de justice : le bronze qui\n s'élèvera sur la place de Roulers, berceau d'Albrecht Rodenbach,\n doit être fondu des oboles de tous les artistes belges, sans\n acception de tendances ou de langues.\n                                            FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "Auditions de Musique\n                 religieuse à Anvers\n\n                  ES auditions de musique religieuse, organisées à Anvers\n                     les 9, 10 et 11 avril, ont eu le plus grand succès. L'inter­\n                     prétation des œuvres musicales a été généralement excel­\n                    lente et en maints endroits parfaite. D'autre part, ces\n                    séances ont révélé à bon nombre d'auditeurs l'existence\n                     d'un art musical vraiment inspiré par la foi catholique et\n                    merveilleusement conforme au sens et aux exigences de la\n                     liturgie. Enfin, les plus sceptiques admettront, devant\n                     l'évidence du fait, qu'il est possible d'organiser des\nmaîtrises capables d'interpréter les œuvres palestriniennes, et qu'il suffit d'un\npeu de zèle pour chasser du temple la musique insignifiante ou sensuelle\nqui en a pris possession. Cette double démonstration était précisément le\nbut du comité organisateur de ce triduüm musical.\n   La première séance, le samedi 9 avril, fut occupée par le chœur mixte\nd'Anvers que dirige M. L. Ontrop. Celui-ci est encore un tout jeune homme\nqui, depuis deux ans, s'efforce d'initier le public anversois à l'œuvre des\nanciens polyphonistes. Comme bien l'on pense, il a débuté par la prédication\ndans le désert, mais peu à peu sa belle vaillance a eu raison des premières\ndéfiances, et l'accueil plus que sympathique qu'il reçut des nombreux audi­\nteurs de son concert du 9 avril lui sera un précieux encouragement.\n   Le programme de ce concert était fort intelligemment composé. La pre­\nmière partie était consacrée à l'école allemande du XVIIe siècle, l'école du\nchoral et de l'oratorio sacré, plus proche de nos formes modernes et, par suite,\nmieux comprise peut-être du public, et cependant animée d'un sentiment reli­\ngieux profond et pur. On entendit donc des œuvres choisies de Melchior\nFranck, Jacob et Mfchel Praetorius, Barth. Gesius et Schütz. Il ne man­\nquait à cette sélection qu'une œuvre du grand J.-S. Bach, qui termine glo­\nrieusement l'évolution du genre.\n   La deuxième partie du programme, remontant dans leXVIesiècle, se com­\nposait d'œuvres de Palestrina et de Roland de Lassus, le premier réforma­\nteur de la polyphonie excessive des maîtres néerlandais, et créateur, peut-on\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "        LES AUDITIONS DE MUSIQUE RELIGIEUSE A ANVERS                          277\n\n\ndire, d u genre religieux le plus parfait qui soit, le second qui offre la ren­\ncontre admirable des qualités de race avec la sévère discipline de l'école.\nP o u r terminer, M. O n t r o p fit entendre u n psaume a capella de Mendelssohn,\nsavoir u n des rares morceaux de grands maîtres modernes, animés d'un vrai\nsouffle religieux.\n    Il n o u s plaît de constater que la chorale mixte de M. Ontrop, bien\nqu'encore à ses débuts, fit preuve de grandes qualités artistiques. L'inexpé­\nrience se trahit bien dans l'hésitation de quelques attaques, les écarts passa­\ngers des voix a b u s a n t de leur personnalité a u détriment de l'ensemble,\nsurtout cet odieux chevrottement qu'on ne sut pas toujours éviter. Mais, à\np a r t ces défaillances inhérentes à tous les débuts, la phalange de M. Ontrop\n mérite les plus beaux éloges, et je ne doute pas que le travail persévérant et\nsurtout la flamme sacrée qui a n i m e son chef, ne la mettent bientôt au rang\ndes premières chorales du pays.\n    Ce titre, l'A Capella Gantois, fondé et dirigé par M. Hullebroeck, l'a gagné\ndepuis de nombreuses a n n é e s . Les qualités artistiques des interprètes, la\nscience, le goût et l'expérience du chef, permettent au chœur gantois\nd'aborder sans péril des œuvres redoutables, comme le célèbre requiem de Vic­\ntoria, d o n t l'exécution presque intégrale tint la première partie du concert du\n 10 avril. Au lieu de l'offertoire, l'A Capella Gantois chanta le célèbre motet\nO vos omnes. Cette petite infidélité nous valut d'entendre une exécution vrai­\nment idéale d'un des morceaux les plus profonds et les plus pathétiques qui\nsoient. C'est bien la douleur de l'âme chrétienne qui gémit et souffre au delà\nde toute expression — videte si est dolor sicui dolor meus! — mais sans révolté et\nsans faiblesse, avec un accent de résignation pieuse qui évoque la certitude de\nl'indéfectible bonheur à venir.\n    Cette admirable audition se termina par l'exécution d'un choix de chefs-\n d'œuvre : Et incarnatus est, de Josquin de P r é s , d'un mysticisme si pur et si\nélevé; — Nos qui sumus in mundo, de R o l a n d de Lassus, qui caractérise bien\nl'art savant, personnel, extraordinairement savoureux du plus fécond des\nmusiciens de tous les t e m p s ; — Levavi dolens, de H e n r y Purcell, auteur\nanglais d u XVIIe siècle qui fait présager Haendel ; — Ave Maria, d'Arcadelt, la\nplus ravissante salutation angélique qui fut jamais écrite, et qui fait songer à\nune Annonciation de F r a Angelico; — enfin, le Benedictus et l'Hosannade la\nmesse du p a p e Marcel, u n des points culminants du chef-d'œuvre de\nPalestrina.\n    L a tâche qu'assuma M. Carpay, avec sa phalange connue sous le nom de\nChanteurs de Saint-Boniface (Bruxelles), était particulièrement ardue.\nA 10 heures du matin, en la chapelle du Collège Saint-Jean Berchmans\nd'Anvers, la célèbre maîtrise exécuta la Missa brevis de Palestrina, d u r a n t la\ncélébration d'une messe solennelle avec assistance pontificale de S. E . le Car­\ndinal Goossens, archevêque de Malines. Cette cérémonie eut le caractère\nd'une fonction liturgique modèle. U n groupe d'élèves de la Schola cantorum\ndu grand séminaire de Malines exécuta à la perfection le propre du jour en\nplain-chant. M. Depuydt, l'éminent organiste de Saint-Rombaut de Malines,\ntenait les orgues. D a n s le cadre merveilleux de la vaste chapelle du Collège\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "278                                   DUREND.AL\n\n\n\nSaint-Jean Berchmans, dont les lignes harmonieuses sont mises en valeur par\nle charme d'une polychromie sobre et de b o n goût, où domine la si décora­\ntive fresque de M. W a n t e , cette cérémonie prenait la signification d'une\nchose parfaite, d'une manifestation idéale d'art religieux dont nulle disso­\nn a n c e ne troublait la souveraine h a r m o n i e .\n     Le concert d o n n é l'après-midi par M. Carpay et son inlassable p h a l a n g e\nde chanteurs fut copieux, varié et sans défaillance. On y entendit les a n c i e n s :\nPalestrina, Victoria, Josquin de P r é s , Orazio Vecchi, Andrea Gabrieli, Lotti,\nRoland de L a s s u s ; puis des modernes : W i t t et Tinel, deux initiateurs; enfin,\ndu plain-chant dit à ravir par les voix d'enfants, surtout l'antienne de Noël :\nHodie Christus natus est, avec quelques versets du Magnificat. Ce fut le plain-\nchant qui souleva les plus vifs applaudissements. Au reste, ce jour-là, beau­\ncoup de personnes découvrirent le plain-chant : le matin à la messe, chanté\npar les séminaristes, d'un accent grave et p i e u x ; le soir dans la bouche des\nenfants, avec je ne sais quoi de séraphique, qui faisait monter les larmes aux\nyeux.\n     Ce qui distingue l'audition donnée p a r M. Carpay, ce n'est peut-être pas\nla perfection technique, — sous ce rapport, la palme ne peut être disputée\nà l'A Capella Gantois, — c'est u n genre, de supériorité qui est moins le fait de\nl'art ou du métier, que de la nature des voix. Un des caractères de la musique\nliturgique doit être l'impersonnalité, l'absence de certains effets de virtuosité\nqui font oublier le sentiment du morceau pour faire admirer l'art des chan­\nteurs. Or, les voix d'enfants, toujours naïves, candides, ignorantes des\nraffinements du métier, possèdent merveilleusement ce don de l'imperson­\nnalité.\n     Assurément, il importe qu'elles soient belles et bien stylées. Sous ce rap­\n port, les jeunes choristes de Saint-Boniface sont admirables. L e s voix sont\nfraîches et pures ; elles se meuvent avec une aisance parfaite jusqu'aux degrés\n élevés de la gamine; la diction est, du reste, irréprochable : elle est naturelle\n et distinguée. Mais on oublie volontiers ces qualités acquises par le travail,\n pour s'abandonner au charme pénétrant des voix d'enfants, qui s'ignorent et\n qui é m e u v e n t sans en avoir conscience. Je serais injuste, d'ailleurs, si je me\n bornais à admirer le groupe des sopranos et des altos d a n s la phalange de\n Saint-Boniface. Les parties de ténor et de basse sont tenues par des chan­\n teurs de premier ordre qui, à force d'art et d'intelligence, ont acquis le don\n naturel aux enfants, de sorte que l'ensemble du chœur est d'une homogénéité\n parfaite.\n     Les auditions des C h a n t e u r s de Saint-Boniface r é p o n d e n t victorieusement\n à de multiples objections, p a r m i lesquelles celle-ci : il est impossible, avec un\n c h œ u r composé d'hommes et de jeunes garçons, d'aborder le difficile réper­\ntoire palestrinien ! Ah! si l'on pouvait admettre les dames au j u b é , comme\nfaisait Ch. Bordes à Saint-Gervais de P a r i s , ce serait parfait; mais avec des\n éléments difficiles à former, instables et de peu de durée, c o m m e sont les\nvoix d'enfants, c'est impossible! — E h b i e n ! donc, M. Carpay nous a\n d é m o n t r é d'abord qu'il n'est pas impossible de chanter du Palestrina avec\n des c h œ u r s d ' h o m m e s et d'enfants, ensuite que le résultat obtenu est plus\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "        LES AUDITIONS DE MUSIQUE RELIGIEUSE A ANVERS                          279\n\n\nparfait, tout bien considéré, que celui qu'on peut attendre d'un chœur de\nmessieurs et de d a m e s .\n   Reste la difficulté de l'entreprise, j e le veux b i e n . Mais pour se laisser\nrebuter par la nécessité de l'effort, il faut n'avoir pas au cœur la flamme\nsacrée, et n'estimer pas que la dignité du culte vaille quelque peine.\nJ e ne puis voir là qu'une variété de paresse et de lâcheté.\n   U n e objection plus grave, c'est le défaut de ressources pécuniaires. L'œuvre\nfondée p a r M. Carpay, dit-on, est très onéreuse, et serait impossible sans la\ngénérosité des fidèles qui la soutiennent. On me permettra de répondre que\nl'exemple d o n n é à Bruxelles peut être suivi ailleurs, je ne dis pas dans toutes\nles paroisses (la plupart ne doivent pas prétendre à faire de la polyphonie diffi­\ncile : elles devraient borner leur ambition à faire entendre du bon plain-\nchant et de la musique simple, mais édifiante), mais dans les églises qui ont\ndes ressources.\n    Toutefois, j'ajouterai aussi qu'on pourrait fonder une bonne maîtrise à\nmoins de frais qu'à Saint-Boniface, en recrutant les éléments dans les écoles\nlibres et dans les patronages. Il y a beaucoup à faire dans ce sens, et j'espère\nque les auditions donneront l'occasion de remuer les idées et de provoquer\nles initiatives.\n   Je ne puis omettre de présenter, au nom du comité organisateur, les plus\nvifs remerciements à S. E . le cardinal Goossens, qui a bien voulu patronner\nl'œuvre des auditions d'Anvers, et en honorer de sa présence le concert du\n 11 avril, a u maître E d g a r Tinel, président du comité d'honneur, aux\nm e m b r e s éminents du clergé de l'archidiocèse, qui ne nous ont pas\nm a r c h a n d é leurs encouragements et leur appui : Mgr van der Stappen,\névêque a u x i l i a i r e ; Mgr De Clerck, vicaire général; M. le chanoine\nMierts, président du grand séminaire de Malines; M M . Helsen et Roucourt,\ndoyens d'Anvers, etc. Des hommages reconnaissants sont dus aussi au sym­\npathique Mgr L a n s , président du grand séminaire de W a e r m o n d , l'âme du\nmouvement musical si intense parmi les catholiques hollandais, qui a\nbien voulu assister à toutes nos auditions et nous prodiguer ses félicitations.\nDe tels encouragements sont un gage précieux pour l'avenir.\n\n                                                                     L . DUZAS.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "              L'Art de la Médaille\n\n                       L'École française\n               LE montrais l'autre jour à un ami une des dernières\n                 médailles de Godefroid Devreese, auquel je\n                 consacrais récemment ici même quelques lignes\n                 d'admiration : « On croirait que c'est une\n                 médaille de Roty », me dit mon ami. « C'est le\n                 plus bel éloge que vous puissiez en faire », lui\n                 répondis-je. E t , en effet, Roty est, à mon avis,\n                 le plus grand artiste de l'école française et\ncelle-ci est de loin la plus illustre du monde. Les maîtres\nmédailleurs français étaient jusqu'ici sans égaux, hors pair,\nhors concours, si je puis m'exprimer ainsi. Je dis « étaient ».\nCar, Devreese a fait ses preuves et je crois sincèrement qu'on\npeut désormais, sans crainte d'offenser ceux-là, le placer\nsur le m ê m e rang qu'eux. T o u t e s les finesses et toutes les\nqualités essentielles : l'achevé et la précision du dessin, la\nnoblesse des traits, la sobriété de la ligne, la discrétion du relief\nque ceux-ci ont affirmés d a n s leurs œuvres se retrouvent dans\n celles de notre compatriote.\n  Nos lecteurs ont pu le constater par eux-mêmes, en exami­\nnant dans notre revue les reproductions que nous avons donné\nde quelques-unes des plus belles médailles de Devreese. Sa\ndernière : L'Invention du dessin est impeccable. Elle est d'une\nsouplesse et d'une élégance rares. Mais ce n'est pas de lui que\nnous voulons causer aujourd'hui.\n  L e b u t de ces courtes pages est d'attirer l'attention du public\nsur l'école française, la première, à la fois par la perfection\nqu'elle a atteinte et par la nombreuse phalange de ses artistes.\n  Si vous voulez vous faire une idée de l'étonnante et féconde\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "L ' Œ U V R E DES L I B É R É E S DE SAINT-LAZARE\n                         (ROTY)\n\n\n\n\n                J E A N N E D'ARC\n                         (ROTY)\n\n\n\n\n      L E CENTENAIRE DE            BERLIOZ\n                   (G.    DUPRÉ)\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": ""}, {"page_pdf": 338, "texte": "                        L'ART DE LA MÉDAILLE                           281\n\n\nproduction des artistes français, parcourez l'album publié par le\ngraveur de P a r i s , A. Godard : Médailles et plaquettes modernes.\nOn peut se le procurer comme aussi des exemplaires des\nmédailles, à la maison d'éditions, 37, quai de l'Horloge, à\nP a r i s . J'ai cet a l b u m sous les yeux. Il contient quatre-vingts\nplanches. L a plupart des médailles que ces planches reprodui­\nsent sont merveilleuses de tout point. Sans doute, les unes\nsont plus parfaites que les autres. T o u s les médailleurs qui y\nsont représentés n'ont pas une valeur égale. T o u s n'ont pas\nencore atteint la maîtrise. Mais tous ont du mérite. T o u s sont\nintéressants. Beaucoup sont en voie de devenir des artistes\nparfaits. L e s plus grands sont définitivement des maîtres.\n    N o u s avons jadis, on s'en souvient, offert à l'admiration du\npublic un certain nombre des produits de l'école française lors de\nnotre Salon d'Art religieux. Sur un cheyalet à quatre faces, nous\navions exposé les cadres de médailles de Roty, de Vernon, de\nYencesse. Notre Salon devait se borner, à cause de son but\nspécial, aux œuvres d'un caractère religieux. Quel idéal, du\nreste, offre un c h a m p plus vaste et plus fertile que celui qui\na inspiré p e n d a n t des siècles les plus grands artistes.\n    Oh ! si l'on pouvait remplacer les banales médailles reli­\ngieuses qui sont dans toutes les mains, et qui sont d'une\nvulgarité déconcertante, par des médailles vraiment artisti­\nques, comme le sont la plupart de celles qui ont été faites par\nles artistes français ! L a camelotte de Saint-Sulpice a, hélas!\nenvahi l'Eglise dans l'article de la médaille comme dans\n celui de l'imagerie. Il y a là des réformes essentielles à intro­\n d u i r e , des abus invétérés à supprimer, absolument comme dans\n l'imagerie, la statuaire, la peinture et la musique. Espérons que\n le P a p e Pie X, après avoir si noblement inauguré son ponti­\n ficat par une tentative énergique de réforme dans ce dernier\n d é p a r t e m e n t , s'efforcera aussi par d'autres lettres pontificales\n de réintroduire l'art sous toutes ses formes dans l'Eglise con­\n temporaine.\n     Déjà les artistes moines de Beuron avaient créé une médaille\n de leur patriarche saint Benoit, celle dite du centenaire, très\n belle, très artistique, en dépit de son archaïsme, voulu du\n reste. E t un de nos artistes belges, F e r n a n d Dubois, a, à leur\n suite, modelé une médaille du même saint très parfaite, elle\n aussi, q u o i q u e plus moderne, ce qui n'est pas pour me déplaire.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "282                           DURENDAL\n\n\nRoty, le grand maître français, Vernon, Yencesse et d'autres\nont fait plusieurs médailles religieuses remarquables.\n    Nous n'avons pas spécialement en vue, dans cet article, l'art\nreligieux, mais l'école française de la médaille en général.\nNotre but n'est pas de lui consacrer ici une étude approfondie,\nmais tout simplement de signaler à un public, qui l'ignore\npeut-être, l'existence de toute une pléiade d'artistes qui\nméritent son attenion et qui ont droit à toute notre admiration.\n    Peut-on imaginer quelque chose de plus délicieux, par\nexemple, que l'incomparable médaille de Roty, le Mariage.\nNous regrettons de n'avoir pu nous en procurer le cliché\npour en donner une reproduction ici. De cette médaille se\ndégage une poésie intense d'amour chaste et idéal, exprimé par\ntoute l'attitude si charmante des deux époux se passant mu­\ntuellement l'anneau nuptial en un geste adorable de grâce.\n    Nous insistons sur cette médaille', parce qu'elle est une des\ndes plus belles créations de l'école française et le chef-d'œuvre\nd'un de ses plus grands maîtres. Il en a fait une autre, qui est\nu n e œuvre maîtresse aussi, la médaille frappée à l'occasion de\nla mort de Carnot. Elle incarne avec une étonnante puissance\net elle exprime d'une façon tout à fait grandiose la mélancolie\nmajestueuse du deuil de la patrie.\n    Nos lecteurs a d m i r e r o n t dans nos deux hors-texte, d'autres\nspécimens des œuvres de Roty. Nous y avons joint les clichés\nque nous avons pu nous procurer des médailles et plaquettes de\nD u p r é et Chaplain.\n    L'Angelus de D u p r é est une plaquette c h a r m a n t e . Il en a\nfait une a u t r e , non moins belle, non moins poétique, ou se\nréflète toute la fraîcheur candide du printemps,le Salut au soleil,\net que l'on pourrait appeler aussi j u s t e m e n t « la prière du\nmatin de la nature ».\n    L a médaille du Centenaire de Victor Hugo de Chaplain est\nvigoureusement modelée aussi. Elle dénote une fermeté et u n e\nnetteté de dessin r e m a r q u a b l e s .\n   Il nous est impossible de donner en ce bref article une idée\ncomplète de la grande école française. N o u s renvoyons ceux\nqui désireraient se renseigner davantage à l'album de l'éditeur\nGodart, que nous avons signalé plus haut.\n   L'art de la médaille est un art plein de charme et de noblesse.\nNous voudrions le voir pratiquer davantage, surtout par des\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "              L'ANGELUS\n                (G. DUPRÉ)\n\n\n\n\nL E C E N T E N A I R E DE VICTOR   HUGO\n               (CHAPELAIN)\n\n\n\n\n            MEDITATION\n              (G.   DUPRÉ)\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": ""}, {"page_pdf": 342, "texte": "                    L'ART DE LA MÉDAILLE                   283\n\n\nartistes qui ont le talent tout à fait à part, le coup de main\nabsolument spécial qu'il requiert, en même temps que la vraie\net saine conception de la nature de la médaille.\n   Puissions-nous voir éclore un jour en Belgique une école\nd'art de la médaille aussi glorieuse et aussi célèbre que la\ngrande école française, que nous avons voulu magnifier par ces\nquelques lignes.\n\n                                           HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                           Notes sur l'Art\n                                              I\n\n\n                         Quelques lieux communs\n                     L'ARTd'un peuple apparaît-il ainsi que l'expression finale et\n                        exaltée, d a n s une forme sensible, de la c o m m u n i o n\n                        préétablie dans les esprits et d a n s les âmes? Ou, au\n                        contraire, son influence crée-t-elle cette c o m m u n i o n ?\n                        Rallie-t-il, en quelque sorte, les éléments épars de la\n                        mentalité contemporaine, tout ce qui s'agitait confusé­\n                        ment en celle-ci de notions et d'aspirations, de choses\n                        précises et indéfinies, pour les confondre dans les creusets\n                        dont il fera jaillir, r a y o n n a n t e , l'œuvre faite de passé et\nd'avenir, d'observation et d'intuition, à la fois exacte et visionnaire —\nl'œuvre d a n s laquelle le présent reconnaîtra son image, mais une image\nsublimée, où toutes les énergies de volonté, de beauté et d'amour qui gisaient,\nséparées, en lui, se sont associées pour atteindre la maturité de leur\nperfection? On ne sait.\n    T a i n e , par exemple, veut découvrir dans la révolution artistique dont\nl'Italie fut la| promotrice, au XVIe siècle, dans la g r a n d e u r des entreprises\nqu'elle suscita, u n e des manifestations de la vigueur ardente et audacieuse\ndont les âmes étaient remplies : et, c e p e n d a n t , si l'on interroge l'histoire, l'on\naperçoit que ce siècle et la fin du précédent se sont signalés par l'avilissement\nde toutes les forces vivaces et opiniâtres qui avaient procuré et maintenu,\nj u s q u e là, la domination des républiques et des principautés italiennes. L a\npéninsule, vouée dès lors aux intrusions étrangères, n'avait-elle pas été con­\nquise déjà, de Milan à Naples et « sans coup férir », par Charles V I I I , surpris\net presque inquiet de son facile et significatif t r i o m p h e ? . . .\n     E n réalité, les g r a n d s h o m m e s , Michel-Ange, le Vinci... dont l'œuvre\nillustre le XVIc siècle, étaient nés et avaient grandi au milieu de la volontaire\ngénération du début du XVe siècle; ils étaient les témoins survivants d'un\ntemps rempli encore de virilité politique et de santé morale, et dont ils\nvoyaient l'esprit se détruire tous les jours davantage a u t o u r d'eux. On se rap-\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                               NOTES SUR       L'ART                           285\n\n\npelle les imprécations sombres de Michel-Ange vieillissant, dépaysé au sein\nd'un monde brutal et frivole, si étranger à celui de son adolescence.\n    On serait tenté d'assimiler l'art, souvent, à un fruit qui n'achèverait de\nmûrir qu'à la condition de la mort de l'arbre dont la sève l'a engendré et\nnourri. Il s'affirme, fréquemment, ainsi que l'aboutissement d'une ère d'effort\nintense, de luttes et d'initiative dont il marque à la fois le couronnement et la\ndéchéance. Ses racines plongent et s'alimentent aux origines vigoureuses et\ningénues de la race parmi laquelle il a surgi et il s'épanouit dans toute sa\nrobustesse et son éclat en un milieu duquel les puissances profondes qu'il exté­\nriorise ont presque disparu. La vitalité du corps social, absorbée d'abord en\ntotalité par les exigences primordiales du travail, de la défense et de la con­\nquête, se disperse : la fortune est venue et, avec elle, le loisir, la nonchalance ;\nles mœurs simples et strictes se sont à la fois adoucies et corrompues et\nles intelligences plus subtiles s'associent à des âmes moins entières et moins\ngraves. AuXVesiècle, toute la résolution et la fierté de Florence, lasse de son\nindépendance et de son orageuse liberté, à peu près abdiquées entre les\nmains des Médicis, subsistaient seulement dans son art. De même en Flandre,\noù l'art éclate comme la floraison posthume et merveilleuse de la civilisation\ncommunale qui périclite. Et si l'on peut tenir que, ici ou là-bas, les mécènes,\nles Médicis et les Princes des fleurs de lys, ceux de la maison royale comme\nceux de Bourgogne, exercèrent une influence stimulante, encore est-il que\ncette protection — plutôt funeste, dans la suite, au développement spontané\nde l'art — n'eut, pour ainsi dire, qu'à favoriser l'éclosion des germes issus des\n énergies de l'âge antérieur.\n    Ainsi, l'art est comme la résultante suprême du génie juvénile des peuples,\n et l'admiration de ceux-ci pour les œuvres où ils saluent leur idéal magnifié\n réagit, à son tour, sur leurs mœurs et leur culture.\n    Chaque œuvre dans la carrière d'un artiste est un signe de son évolution\n individuelle — de même, chaque école artistique dans la vie d'une nation. Et\n lorsque les créatures qui composaient celle-ci auront disparu jusqu'à la der­\n nière, et que, de ses ambitions, de ses combats et de ses souffrances, il ne\n restera plus que la renommée, les œuvres retrouvées ou conservées de ses\n maîtres suffiront, seules, pour renseigner l'avenir sur la façon dont ces\n hommes vivaient, aimaient et priaient...\n    Car tout art a d'abord été une prière, — prière par le temple qu'il érigeait, par\n l'image du dieu comme par celle du fidèle ou du suppliant qu'il dressait : le\n Pharaon agenouillé, présentant ses hommages à Ammon ou à Horus, des bas-\n reliefs égyptiens; les délicieuses Athéniennes chargées d'offrandes de la pri­\n mitive Acropole; les figures orantes des catacombes... L'art est comme une\n création de la mort et de l'au-delà : il est né pour le tombeau et il a grandi\n autour du temple, de même que notre civilisation occidentale s'est organisée\n et stabilisée autour des monastères de la Gaule et de la Germanie...\n    Ce n'est qu'ensuite, par degrés, qu'il s'est proposé d'autres tâches, que ses\n travaux ont cessé d'être exclusivement liturgiques, votifs ou funéraires : le\n jour vient qu'il se détache de la divinité pour regarder aussi la créature, de la\n même manière, à peu près, que la comédie ou la farce se séparent, aux\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "286                                  DURENDAL\n\n\ntemps antiques, des fêtes dionysiaques ou, au moyen âge, des mystères sacrés.\n    L'art se détache du dieu. P l u s tard, l'artiste se détache, en quelque sorte,\nde l'œuvre — il se confondait, a n o n y m e , dans l'école, se consacrant, avec\ncelle-ci, à la célébration poncive et rituelle des dieux, des héros et des morts —\nl'heure échoit, bientôt, où il cherchera à affirmer sa personnalité, soit en\nsignant son ouvrage, soit, mieux, en s'efforçant de lui d o n n e r un attrait nou­\nveau et i n a t t e n d u ; de délaisser, par conséquent, l'interprétation collective et\nconsacrée pour atteindre l'expression particulière et originale, le détail\ntypique et observé de la vie. E t , sans doute, l'évolution du simple au com­\npliqué, du sobre au s u r a b o n d a n t , de la force virile à l'élégance mièvre à\nlaquelle, n o t a m m e n t , l'art grec et l'art roman et ogival furent assujettis, cor­\nrespond-elle, en partie, à l'impulsion fomentée chez les artistes par le désir\nd'inscrire leur nom dans la tradition, de greffer leur pensée sur celle de leurs\ndevanciers : tellement qu'à force de transformations progressives, de sur­\ncharges et de raffinements, l'art ne conserve rien d'intact de sa g r a n d e u r orga­\n nique initiale.\n    Dans tous les temps, sous toutes les latitudes, partout où les h o m m e s , las\nd'errer, se sont agglomérés et fixés en des demeures stables, afin de trouver\ndans la possession héréditaire du territoire natal et dans la perpétuité de la\ndivinité et de la race, la pérennité refusée aux individus, des artistes ont\na p p a r u qui ont retracé, inconsciemment ou de propos délibéré, l'image du\nm o n d e où ils vivaient. Ils sculptent, ils chantent ou ils peignent, mais, quel\nque soit le mode d'expression de leur pensée ou de leur vision, elles sont issues\net nourries de réalité. Réalité supérieure, si l'on peut dire, car l'artiste étant,\npar définition, celui qui de la confusion des p h é n o m è n e s sait extraire ce qui\ns'y trouve de vraiment significatif, son esprit, par le jeu instinctif de ses\nfacultés, choisit, discerne et, si attaché qu'il soit au réalisme le plus absolu,\nson modèle — puisqu'il l'a élu, distingué dans la masse des autres — est déjà,\nà certains égards, un symbole, u n t y p e . . .\n    L a civilisation d ' u n peuple p r e n d ainsi, à nos yeux, u n e expression subite\net totale d a n s les différentes phases d e son art. Chaque œuvre importante\nquintessencie le génie de cette collectivité évanouie, reflète u n stade de l'évo­\nlution de celle-ci, dans l'apparence complexe qu'elle tenait du passé, des\ngloires ou des vicissitudes de son destin, de la prospérité ou du déclin de son\ncommerce ou de ses armes, des acquisitions de son savoir et des élans de sa\nfoi. E t , lorsque quelque belle trouvaille, quelque statue exhumée, presque\nintacte, d'entre les ruines et les décombres, a récompensé leur labeur, ne doit-il\npas sembler à ces explorateurs de l'habitacle des sociétés disparues que l'artiste,\ndégagé de l'oubli en même temps que son œuvre, se soit dressé tout à coup\ndevant eux et leur présente cette œuvre, dans u n geste religieux d'offrande à\nla postérité?...\n    Mais la multitude des œuvres nous deviendrait fastidieuse et émousserait, à\nla longue, notre curiosité, si elles n'étaient que des illustrations graphiques ou\nplastiques des actions et des désirs monotones des h o m m e s ; si leur auteur,\nc o n n u ou i n c o n n u , ne s'était, en quelque sorte, ajouté lui-même à l'ouvrage\nconçu, et façonné par lui, pour nous donner à connaître l'intimité de sa pensée\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                               NOTES     SUR    L'ART                            287\n\net de son âme et, par son intermédiaire, celle de la race dont il s'est fait l'in­\nterprète. 11 a passé avec les choses même qui l'ont inspiré et ému, mais son\némotion, préservée avec l'œuvre où elle est enclose, a conservé toutes ses\npuissances originelles de persuasion et de rayonnement.\n    De cet artiste à nous, la tradition de la vie se continue. Car, si actifs que\nnous soyions, ou si étourdis, l'agitation du présent ne suffit point à nous dis­\nsimuler que nous sommes transitoires : nos jours ont trop de silences et trop\nde lacunes par où le pressentiment du néant s'insinue dans nos cœurs et les\ntrouble. Et, à l'instar des Egyptiens qui, anxieux de garder, dans la mort, un\npoint d'appui sensible à la survie de leur âme, meublaient leur tombe de simu­\nlacres d'eux-mêmes et de tout ce qu'ils avaient possédé et aimé sur la terre,\nnous tentons, en multipliant autour de nous les signes de la permanence rela­\ntive de l'humanité, de fortifier cette vie qui, chaque jour, se retire un peu\ndavantage de n o u s . . .\n    Ils n'auront pas été en vain ceux, innombrables, qui nous ont précédés :\nleurs faits et leurs actions, pour lointains et oubliés qu'ils soient, continuent\nà porter leurs conséquences dans le monde actuel et, au travers la succession\n infinie des siècles, nous n o u s sentons solidaires, par le moyen de l'art, de\nl'Assyrien qui a taillé, pour le dur et sardonique Assour-Bani-Pal, les b a s -\n reliefs du palais de Ninive ; de l'artisan égyptien qui traçait, sur les surfaces\n du temple d'Abydos, les effigies solennelles et vivantes du P h a r a o n Séti I e r ,\n comme du sculpteur athénien dont l'industrie faisait jaillir du marbre penté­\nlique la radieuse image de la sage et victorieuse Athéna. L'art nous rend sen­\nsibles et sympathiques les rêves et les croyances de toutes les époques; des\n hommes qui naquirent sur les rives du Gange ou du Brahmapoutre, comme\n de ceux qui affirmèrent leur maîtrise dans les travaux exquis et grandioses des\nconstructeurs de cathédrales, des enlumineurs et des sculpteurs du moyen\n âge.\n    L a poussière même de ces passants sublimes a été dispersée, mélangée au\n sol de leur patrie, mais le travail de leurs mains subsiste et, avec lui,\n l'expression la plus complète et la plus profonde de l'idéal spirituel de leur\n temps.\n    L'histoire et les écrits ne nous présentent, en général, qu'un aspect frag­\n mentaire ou successif des choses et s'adressent, d'ailleurs, plutôt à nos\n facultés de raisonnement et de déduction. Les récits ou les renseignements\n qu'ils contiennent sont les traits épars d'une physionomie qu'il faut rétablir,\n conjecturalement, tandis que, élaborée dans la demi-inconscience de l'inspi­\n ration, en un cerveau particulièrement accessible aux influences les plus déli­\n cates de l'ambiance, l'œuvre d'art signifie, non seulement par sa forme, son\n style, sa structure, mais par mille éléments indéfinissables et subtils qui,\n agissant sur le spectateur par la voie du sentiment et de la sensation, para­\n chèvent et invétèrent son impression.\n    L'athlétique et véhément Jugement dernier de la Sixtine, ses musculeuses et\n colossales figures, que l'on dirait opprimées par une vie physique trop impé­\n rative, victimes de l'outrance de leur propre force et dont la frénésie convul­\n sive suscite en nous plus de saisissement que d'admiration; cette page de colère\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "288                              DURENDAL\n\n\net de violence ne réfléchit-elle pas, dans ses excès comme dans ses insuffi­\nsances — excès de matérialité; insuffisance d'âme — le déséquilibre moral\net intellectuel de la société pensante, de plus d'appétits que d'aspirations, du\ntemps?\n   Les personnages de cette fresque tumultueuse semblent gonflés d'on ne\nsait quelle arrogance animale : c'est l'homme qui cambre orgueilleusement le\ntorse, envahi, tout à coup, par la conscience d'une sorte de dignité nouvelle,\ntoute physique; grisé de lui-même et de la vie dont les vastes possibilités de\njoie et de volupté viennent de lui être découvertes; la tête en rumeur des\nespoirs illimités et utopiques, nés de la chimérique illusion d'une antiquité où\ntout était plaisir, sagesse, héroïsme et harmonie, et à la ressemblance de\nlaquelle le monde, libéré des ligatures du dogme et de la scolastique, allait\nse réformer !\n   Dieu, naguère, s'était fait homme — à présent, et de nouveau, l'homme se\nfaisait dieu ! On saluait, avec emphase, l'avènement d'une ère éblouissante de\nscience, de philosophie et d'art. On allait commencer seulement à jouir des\nbiens de la terre, à poser sur les plus savoureux de ses fruits des mains brû­\nlantes de convoitise et paralysées, jusqu'alors, par de superstitieux scru­\npules'... L'homme, semblait-il, l'homme et la nature venaient de naître l'un\nà l'autre; le surhomme de la joie au monde émerveillant, inconnu — et\ndivin ! — de la matière !...\n\n                                       II\n\n\n                          Sur l'Art Siennois\n   Tous les phénomènes, pour imprévus et insolites qu'ils puissent sembler,\nau premier abord, paraissent normaux et inévitables lorsque l'on est parvenu\nà discerner les causes multiples, menues, accumulées, dont l'action conver­\ngente les a produits.\n   Il en est ainsi, dans l'histoire de l'art, de la subversion absolue des idées\ndirectrices, engendrée, au cours surtout du XVIe siècle, par l'obsession gran­\ndissante de l'antiquité, et dont le résultat fut de soumettre le développement\nartistique, spontané, auparavant, et régional, à un code universel de prin­\ncipes et de doctrines arbitraires, déduit d'une connaissance superficielle et,\nen majeure partie, erronée, des œuvres grecques et romaines. C'était une\nespèce de droit romain esthétique qui sacrifiait l'inspiration personnelle, les\nexhubérances de l'artiste à la tyrannie du \" grand art \", comme l'autre, le\ndroit romain politique, immolait le citoyen au profit de l'Etat. Léonard vou­\nlait encore que ses disciples étudiassent, non les anciens, mais la nature :\ncelle-ci, bientôt, n'ayant pas été trouvée conforme aux bons modèles, sera\nrejetée de l'art, parce que désordonnée et confuse et, pour tout résumer d'un\nmot, « gothique »! L'absolutisme dogmatique va se substituer à la liberté;\nl'enseignement des écoles et des académies à la fructueuse indépendance des\nateliers — et l'art ne se libérera point de ce joug avant leXIXesiècle !\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                 NOTES    SUR    L'ART                             289\n\n\n     Le culte de l'antiquité devint comme une religion nouvelle qui, chez cer­\n tains, voisinait ou s'amalgamait avec l'ancienne ou, même, la remplaçait, et\n dont ils défendaient les articles de foi en excommuniant leurs contradicteurs,\n avec l'intransigeance presque et l'acharnement de ces aimables et spirituels\n partisans du vers régulier, obstinément sceptiques à toute croyance,\n hormis à celle de la nécessité providentielle de la césure et de la rime\n riche!...\n    P e u t - ê t r e aussi un mode de penser ne s'impose et ne survit-il qu'en s'exagé­\n rant ?... Quoi qu'il en soit, le XVIe siècle fit prévaloir, p o u r user du langage de\n Nietszche, une « nouvelle évaluation des valeurs » intellectuelles et morales,\n issue d'une fermentation spirituelle où l'impatiente et généreuse ambition de\n savoir, le besoin d'élargir les domaines de l'intelligence, se mélangeaient\n étrangement à la pédanterie présomptueuse de lettrés et d'érudits adulés et à\n l'admiration idolâtrique d'une philosophie et d'un art achevés et, dès lors,\n supérieurs nécessairement, à certains égards, à une philosophie et à un art en\n pleine formation.\n    L'art si grand déjà et si glorieux, enfanté par la civilisation moderne et\n qui, tout alimenté de réalisme fécond, était l'élément le plus vivace et le plus\njuvénile de la pensée c o n t e m p o r a i n e ; tout l'œuvre du moyen âge jusqu'aux\napproches du XVIe siècle finit par devenir un objet de mépris et de risée, telle­\n ment q u e , durant trois cents ans, le préjugé de 1' « art idéal » aveugla les\n E u r o p é e n s et leur voila la perception de la beauté des innombrables monu­\nments primitifs ou « gothiques » qui se dressaient p a r t o u t ! L ' E u r o p e ,\nvraiment, alors, comme dirait Barrès, renia ses morts, pour adopter des\nmorts étrangers !\n    Cependant, les zélateurs de l'antiquité ne laissèrent pas de rencontrer des\nrésistances, tantôt fortuites ou instinctives, tcintôt volontaires. Les théories\nhumanistes passèrent comme une vague niveleuse, mais, de ci d e l à , des îlots\nsubsistèrent qu'elle ne put submerger; des cités que leur isolement topogra­\nphique ou politique, leur esprit particulariste, préservèrent de la con­\ntagion.\n    La mégalomanie de la seconde Renaissance sévit, d'ailleurs, surtout à\nR o m e et la Ville éternelle en porte, copieusement, la trace. Florence, privi­\nlégiée, avait accueilli le printemps de l'humanisme, à l'époque où il était\nencore inoffensif, et sa physionomie c h a r m a n t e n'en a pas été altérée : sa\nmission d'art est finie, du reste ; d u r a n t deux siècles, elle a prodigué les chefs-\nd'œuvre, donné à l'Italie le Dante et Giotto, puis les quattrocentisti, les\nréalistes, les poètes, les féeriques, tous divers, tous puissants et exquis ; enfin,\npour achever dans l'éblouissement, L é o n a r d et Michel-Ange... Sa part est\nincomparable et elle n'a rien à envier à R o m e qui, sous les pontificats\nillustres de Jules I I et de Léon X, devient la métropole de l'art trans­\nformé.\n    Au XVIe siècle, l'art s'unifie; les originalités et les traditions locales s'affai­\nblissent, disparaissent; les petites écoles, déjà bien diminuées et qui avaient\nréussi, longtemps, à préserver leur autonomie, malgré l'éclatante primauté\nflorentine, s'éteignent obscurément, taries... Ainsi de Pérouse, de S i e n n e . . .\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "290                                DURENDAL\n\n\n   Et, peut-être, cela vaut-il mieux et que, n'ayant pu s'adapter aux condi­\ntions de l'esthétique nouvelle, ces cités soient restées assises, résignées, dans\nla poussière de leur gloire, gardiennes de leurs propres reliques, dont les\nsignifications se sont accrues avec la vétusté. Subjuguées et, en même temps,\naffranchies de la nécessité de délibérer et de vouloir, comment auraient-elles\ntenté de perpétuer dans la servitude les activités de la liberté? Elles s'endor­\nmirent dans la tiédeur et la pénombre de la vie provinciale, la face tournée\nvers le passé, détachées de tout autre souci que de celui d'en préserver les\ntrophées.\n   Parmi les survivantes de ces siècles d'énergie et de magnificence, ouvrières\nindustrieuses et martiales de la grandeur italienne, dont l'émulation s'exer­\nçait à la fois dans la politique et dans l'art, la plus séduisante, celle qui frappe\ndans le souvenir l'image la plus saillante du moyen âge, est cette adorable\net sourcilleuse Sienne, installée sur les pentes roides de ses trois collines et\ntout hérissée d'églises et de palais superbes et farouches.\n   Son histoire, entrecoupée de luttes encolérées avec sa vindicative ennemie\nguelfe, Florence, de sauvages dissensions intestines et d'élans d'ardente piété,\npourrait être symbolisée par la louve romaine, aux mamelles de bronze, de\nses armoiries, dont la maigre figure de métal se dresse aux carrefours des\nrues étranglées de la cité et, en même temps, par le sigle auréolé IHS,\nemblème du nom de Jésus, sculpté ou peint, à l'exhortation de saint Ber­\nnardin, au-dessus du linteau des portes des habitations. La passion de la\ndomination et de la liberté, et la dévotion, prenaient dans les âmes tenaces\nde ce temps la même effervescence; elles ignoraient les atermoiements, les\ncompromissions, toutes les formes de tolérance, ou, plutôt, d'indifférence,\nà l'aide desquelles nous avons coutume de farder la lâcheté de nos volontés\nénervées.\n   Chaque pierre parle en ce pays, ajoute à sa beauté intrinsèque le rayonne­\nment des événements de terreur ou de suavité qu'elle évoque. Et il semble\nque les pas du visiteur réveillent et fassent surgir mille fantômes qui, secouant\nla cendre des siècles, reviennent hanter ces lieux, pour eux familiers, et dont\nils reconnaissent l'antique et fière physionomie : Ombres bénignes comme\ncelles de saint François d'Assise, de sainte Catherine et de saint Bernardin,\nces pacificateurs de la ville par la toute-puissance de l'humilité; ombres véhé­\nmentes qui réapparaissent avec l'attitude d'orgueil et de défi que leur a donnée\nle Dante, comme l'exilé florentin, le grand gibelin Farinata degli Uberti et\nle tyran siennois Provenzano Salvani, qui, à Monte-Aperti, « abattirent la\nrage florentine ». Ou, si l'on songe au déclin de Sienne, ensevelie dans le\nlinceul ensanglanté de sa démocratie; au crépuscule qui descendit à la fois\nsur son art et sur son indépendance, c'est la silhouette de Montluc qui se\ndresse, le rude soldat gascon, le dernier et opiniâtre défenseur de la\nvieille république contre Cosme de Médicis et son protecteur, Charles-\n Quint.\n   Si l'on ne peut dire que Sienne ait épuisé toute sa violence dans son exis­\ntence tourmentée, on affirmerait sans hésitation que toutes ses capacités de\ndouceur sont passées dans son art et, plus particulièrement, dans sa peinture,\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": ""}, {"page_pdf": 351, "texte": "                         (Cliché de la Maison Lazzeri de Sienne)\n\n\n   LA NATIVITE\n(FRANCESCO   DI   GIORGIO)\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                                 NOTES     S U R L'ART                                291\n\n\nqui brilla p e n d a n t deux siècles, le XIVe et le XVe. Les maîtres du trecentu,\nDuccio, L i p p o Memmi, Simone di Martino et les Lorenzetti ont été u n a n i ­\nm e m e n t loués et honorés par les historiens de l'art, mais ceux d u siècle sui­\nvant furent favorisés d'une moindre foi t u n e . L a mémoire des u n s et des\nautres fut négligée tant que les préjugés classiques conservèrent leur empire\nsur l'opinion et la rendirent inapte à accorder la plus fugitive attention à l'ait\ndes origines; mais, lorsque cette étrange cécité se dissipa, l'intérêt alla sur­\ntout aux œuvres du XIVe siècle, parce qu'elles eurent, sur les débuts de la\npeinture en Italie, u n e influence considérable, q u e l'on déniait aux ouvrages\ndu XVe, dont les a u t e u r s , incurieux d u m o u v e m e n t qui portait l'art, autour\nd'eux, à se retremper dans l'étude inspirée de la n a t u r e , semblent avoir borné\nleurs visées à répéter, avec plus d'habileté technique et plus de variété, leurs\nprédécesseurs.\n     M. Jules Désirée vient de publier u n volume (1), consacré u n i q u e m e n t à\nces peintres sacrifiés ou jugés un peu s o m m a i r e m e n t par la critique d'art,\nexception faite de R i o (2), très complet et très renseigné, presque toujours,\nmais dont les préoccupations apologétiques influencent souvent les apprécia­\ntions. Les pages perspicaces et éloquentes du livre de M. Destrée mettent en\npleine lumière les talents inégaux, mais si attrayants, tous et si candides, de\nT a d d e o Bartoli, de Sano di P i e t r o , de Matteo et de Benvenuto di Giovanni,\nde Francesco di Giorgio Martini, le seul, presque, dans l'œuvre picturale\nduquel se manifestent, sans beaucoup de b o n h e u r , d'ailleurs, des préoccupa­\ntions novatrices (3); Sassetta enfin, auquel, il y a quelque temps, MM. L a n g t o n -\nDouglas et Berenson restituaient, dans le Burlington Magazine, le mérite d'un\ng r a n d tableau d'autel provenant de Borgo San Sepolcro et consacré à la glo­\nrification de saint François. Sassetta compte parmi les plus attirants des\nmaîtres siennois du quattrocento ; il y a chez lui u n e grâce fluide, u n e douceur\ni n s i n u a n t e , u n e vision spéciale de la physionomie et d u paysage que l'on ne\nrencontre à ce degré chez a u c u n de ses compatriotes.\n     M. Destrée analyse l'œuvre de ces peintres avec u n e compétence et u n e\nferveur q u e nos lecteurs ont p u apprécier, la majeure partie de ces études\nayant p a r u , d'abord, d a n s Durendal. Les voici réunies en un volume, dédié à\nnotre ami Dom B r u n o Destrée, et destiné à ravir les bibliophiles, non seule­\nment par l'excellence du texte, mais par le commentaire magnifique et p r é ­\ncieux q u e lui ont d o n n é M m e Jules Destrée et M. A u g . D a n s e . Les eaux-fortes\n\n\n\n  (1 ) JULES DESTRÉE : Notes sur les primitifs italiens (3e série); SUR QUELQUES PEINTRES\nDE SIENNE, avec deux eaux-fortes de M. Aug. Danse, cinq eaux-fortes de Mme Jules\nDestrée et douze reproductions photographiques. Un vol. in-8°. Bruxelles, Dietrich;\nFlorence, Alinari.\n  (2) Rio : De l'art chrétien. Paris, 187-1. M. André Pératé, conservateur au Musée de\nVersailles, a publié, notamment dans la Gazette des Beaux-Arts, de remarquables études\nsur les peintres siennois du XVIe siècle.\n   (3) Nous avons donné, l'an dernier, une suite nombreuse de reproductions d'après\nles œuvres des maîtres cités.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "292                                   DURENDAL\n\n\n\n de ces artistes émérites témoignent, une fois de plus, de la souplesse\n de leur talent et d'une compréhension vraiment p é n é t r a n t e de leurs\n modèles.\n     C'est un noble h o m m a g e de vénération pour le vieil art siennois ; hom­\n mage, d'ailleurs, dont le contagieux enthousiasme n'exclut point le discerne­\n ment d'une critique très sûre et très informée. T o u t en mettant en relief les\nséduisantes caractéristiques de l'école, l'auteur s'attache à justifier celle-ci\nd'être restée réfiactaire à l'impulsion réaliste donnée, au XVe siècle, par les\nmaîtres florentins; il montre, judicieusement, que ce reproche n'est pas tou­\nj o u r s fondé et que, le fût-il, il y a quelque outrecuidance à incriminer les gens\nparce qu'ils n'ont pas atteint un but qu'ils ne visaient pas ! Or, l'ambition des\npeintres siennois était de faire œuvre de beauté et de dévotion; et nul ne\ndéniera qu'ils ne l'aient pleinement satisfaite.\n     Cependant, on ne peut laisser de songer que la quiétude un peu somno­\n lente de l'école; le parti-pris timoré de ne point s'éloigner des voies accou­\nt u m é e s ; le respect prolongé d'une tradition, dont, au reste, la clientèle des\nartistes exigeait, peut-être, la perpétuation, aient, sans doute, empêché\nSienne de produire le g r a n d artiste qui aurait apporté aux tendances locales,\nsi particulières et si attrayantes, la consécration de majesté d'une œuvre\ngéniale. E n somme, la peinture siennoise a fourni une adorable carrière, mais\n trop brève parce qu'elle n'a pas su préparer son avenir, en se conquérant de\nplus vastes champs d'activité, en ne se confinant point dans un art d'inspira­\ntion plus spirituelle, certes, que nulle p a r t ailleurs, mais destiné fatalement à\nse stériliser très vite, faute de se chercher des principes de renouvellement\nd a n s la nature et dans la vie. Elles sont de mince substance, les idées géné­\nrales que l'analyse n'a point nourries ; et de m ê m e , les conceptions artistiques\nauxquelles l'étude passionnée de la réalité n'a pas servi, en quelque sorte, de\ntremplin solide.\n     Mais la protagoniste du réalisme était F l o r e n c e , et c'était une raison suffi­\nsante pour que Sienne le dédaignât. Les mémoriaux des deux cités étaient\nremplis des souvenirs mal cicatrisés de leur long antagonisme, et leur rivalité\ns'était donné cours jusque dans le domaine de l'art, où toutes deux préten­\ndaient la priorité. Sienne, vaincue et humiliée finalement par sa brillante voi­\nsine, n'en rejeta probablement qu'avec plus de patriotique partialité les inno­\nvations. Ce n'est que par accident que nous voyons u n Florentin, Donatello,\npar exemple, travailler pour S i e n n e , et si l'on y a recours à un étranger,\nc'est à u n Ombrien, comme le Pinturicchio, ou à un L o m b a r d , comme le\n Sodoma.\n    Au reste, ces sentiments d'aversion et la religion du passé, le désir de sau­\nvegarder le patrimoine propre de b e a u t é de la cité de la Vierge s'accordaient\ntrop bien avec les propensions innées de l'art siennois : et il y avait une\nr é p u g n a n c e fondamentale entre la manière suave, chaude et illuminée qui\nfit, au XIVe siècle, la gloire de Duccio et de Simone di Martino, et la\nconception, sèche à force de netteté dramatique, de Giotto et de ses succes­\nseurs.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                              NOTES SUR L'ART                                  293\n\n\n   — Ainsi va la critique, ratiocinant et conjecturant, avec aridité — tandis\nqu'il faut simplement se trouver devant ces œuvres, dans le musée du Dôme\nou dans les salles paisibles de l'Académie des Beaux-Arts pour être subjugué\npar leur charme et recevoir l'émotion qui s'en dégage, la vision que l'artiste\na voulu figurer dans sa peinture, ou plutôt l'oraison que celle-ci manifeste visi­\nblement; il vous y rend participant, quel que vous soyez, et parfois avec\nd'autant plus d'abandon que l'inhabileté et la gaucherie du travail témoignent\nde l'ingénuité d'une effusion qui semble se formuler en des paroles d'enfant,\nhésitantes et pures.\n   L'émotion de cette beauté, ceux qui ont eu l'occasion heureuse de l'éprou­\nver, la raviveront en feuilletant les pages de l'ouvrage de M. Destrée. Ceux\nqui chérissent l'art italien, ou plutôt le génie à la fois lucide et passionné dont\nil est l'expression, l'aiment à toutes ses époques, même celles durant lesquelles\ndes alliages et des influences hétérogènes ont adultéré sa grâce native et ini­\nmitable; mais leur secrète prédilection ira toujours à ces siècles originels, qui\nsont tout en éclosions, de fraîcheur, de parfum et d'éclat.\n    L'art siennois du XVe siècle conserva, entre tous, ces qualités primaires,\ncette délicieuse suavité juvénile. Les hommes de cette terre n'étaient féroces\nni dévots à demi, et leur violence s'achevait en extase. La vie civique était\ntoute en soubresauts et en carnages, tandis que l'art inscrivait d'inef­\nfables suggestions pieuses sur les murailles et les façades des palais défiants\net hostiles, dans les salles orageuses du municipe, sur les portes sombres de\nla cité — partout, et jusque sur les civières des hôpitaux et la couverture des\nregistres d'impôt... Et, dans la noire et tragique histoire de Sienne, il semble\nqu'il soit, cet art, comme une floraison odorante semée par le vent sur les\nfaîtes d'un château fort et qui, ayant miraculeusement germé entre les cré­\nneaux de pierre et les hautains machicoulis les festonnerait de pampes déli­\ncats et de corolles inattendues...\n\n                                                               ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "          Maurice Denis au Vésinet\n\n             C'ÉTAIT l'automne      dernier, un dimanche après-\n                 midi. E n arrivant dans la petite ville de ban­\n                 lieue, il pleuvait! Ah! les tristes rues boueuses\n                 du Vésinet avec leurs blanches maisons d'été!\n                 Je me rendis tout droit à l'église. Elle prolon­\n                 geait la mélancolie des choses avec ses pauvres\n                 piliers de fonte, ses vitraux aux figures pavoi­\n                 sées de rouge et de bleu, l'ombre sans vie de la\nnef. Je demandai les peintures de Maurice Denis.\n   « Derrière le chœur, à droite et à gauche. »\n  Je commençai par la gauche.\n   L'atmosphère et les murs soudain changèrent autour de\nmoi. Dans la chapelle de la Vierge je fus accueilli par un ciel\nblanc et des ombres roses, dont je ne puis dire si on les vit\njamais, mais que nous avons tous imaginés dans nos songes.\nSur la voûte, Marie, blanche de sa gloire immaculée, lève les\nbras et montre immatérielle, défaillante, le corps à moitié perdu\ndans l'enroulement virginal de son suaire. Les anges l'auréolent\nde fleurs et de cantiques. Le philactère de Gabriel déroule\nla salutation mystique : \" Ave gratia plena. \" Sur la voûte\nprintanière, des guirlandes de lilas et de roses s'attachent aux\nnervures, et voici des vitraux avec l'Annonciation, la Visitation,\nJésus retrouvé au T e m p l e . . .\n   U n déambulatoire contourne le c h œ u r ; des rosiers, des\nglycines, des pâquerettes semées sur champ d'or, transfigurent\nles petits piliers aussi tristes jadis que ceux de la nef.\nCette allée florale mène à l'autre chapelle : celle du Sacré-\n Cœur. Une atmosphère de flammes tendres nous y enveloppe.\nJésus est debout au centre de la voûte, la tête inclinée par\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                      MAURICE DENIS AU VÉSINET                             295\n\n\nl'infinie miséricorde, les bras ouverts ; son Cœur, visible,\nrayonne dans sa poitrine comme le soleil de toutes choses,\net à travers cette lumière r é p a n d u e j u s q u ' a u x confins du\nmonde, les séraphins accourent, b a t t a n t de leurs ailes triom­\nphales les nuages pleins de lueurs rouges, violacées, oranges,\n— lueurs de joie, de victoire, de sacrifice, où surgissent en\nmasses lointaines les grandes basiliques de F r a n c e . . . E t trois\nvitraux, ici encore, montrent Jésus guérissant les m a l a d e s ,\nJésus p a r d o n n a n t à la pécheresse, Jésus d i s t r i b u a n t l'Eucha­\nristie. D'autres scènes remplissent des t y m p a n s ; des figurations\nsymboliques animent les consoles; et partout, dans les cadres,\nsur les nervures, des rosiers saignent sur de l'or...\n    C o m m e n t dire ici, en quelques lignes, les vertus expressives\net décoratives de cette œ u v r e ! Elles sont excellemment é n u m é ­\nrées dans la belle brochure : Maurice Denis au Vésinet, où le vaste\net vivant esprit qu'est Adrien M i t h o u a r d et le critique fervent\nqu'est M. l'abbé Desfossés, ont commenté avec un lyrisme pré­\ncis cette œuvre de piété et de beauté. Les auteurs y ont carac­\ntérisé « ces mystiques et discrètes images », ils ont i n d i q u é com­\nment elles respectent les lignes architecturales pour mieux les\nembellir, et c o m m e n t la couleur de Denis, laiteuse, pure, si\nnaturellement murale, s'est associée à merveille aux petites\nvoûtes du Vésinet. C'est en lisant ces jours-ci cette publication,\nen a d m i r a n t les beaux bois de M M . T o n y et Jacques B e r t r a n d :\nle Sacré-Cœur et l'Assomption de la Vierge, qui l'illustrent, — que\nj'ai retrouvé mes émotions de l'automne dernier.\n    Après un pèlerinage aux claires cellules de Saint-Marc, on\npeut désormais contempler une œuvre religieuse contemporaine\ndans les chapelles en fête de la pauvre église du Vésinet.\n\n                                                    FIERENS-GEVAERT.\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "               Les Expositions du Mois\n\nLe Salon annuel de la Société Royale des Beaux-Arts\n                                                            Bruxelles, 20 avril 1904.\n\n                  IL semble que les artistes et la presse louent u n a n i m e m e n t la\n                      plupart des œuvres réunies au Salon. On s'accorde aussi\n                      à reconnaître la belle tenue d'ensemble de l'exposition.\n                      Mais de n o m b r e u s e s récriminations s'élèvent contre\n                     l'éclectisme fondamental de l'organisation qui fait voisiner\n                      Claus avec Courtens ou Gilsoul, Jacques Blanche ou\n                      Sargent avec J a c q u e s de L a l a i n g .\n                        U n critique a écrit très judicieusement que c'est là, en\n                      somme, malgré le niveau d'art très supérieur, une manière\nde Salon triennal en réduction. Exactement, tel fut bien le plan rêvé par les\ncinquante artistes H arrivés '» qui, il y a douze ans, se g r o u p è r e n t p o u r fonder\nla société et organiser des expositions où toutes les personnalités m a r q u a n t e s ,\nbelges et étrangères, pussent être représentées, à l'exclusion des tentatives\nrévolutionnaires ou des expériences subversives non encore consacrées.\n   Bruxelles est doté actuellement d'un Salon a n n u e l — aussi copieux que\nl'autorise la trop exiguë galerie du Musée — et tous les artistes peuvent pré­\ntendre y faire voir leurs œuvres, du moment qu'elles témoignent d'un mérite\nsuffisant. Les contrastes entre les œuvres de tendance diverse n'y sont pas plus\ngênants qu'à d'autres expositions. L e récent Salon de la Libre Esthétique fut\norganisé suivant un plan rigide : unité de tendance, unité d'origine, succes­\nsion chronologique d'œuvres dérivant prétendûment les unes des autres,\nselon u n e évolution logique. N'empêche que le Renoir de La Loge voisinait\n de façon étrangement disparate avec les Gauguin ou les Cézanne et que\n Manet eut été déconcerté de se découvrir un fils tel que Maurice D e n i s !\n    Cette façon de critique est bien oiseuse, puisque personne ne suggère u n e\n modification de règlement pouvant obliger tels ou tels sociétaires à s'abstenir\n d'exposer des ouvrages sous prétexte qu'ils sont d'une esthétique trop diffé­\n rente de ceux de tel ou tel autre. E t que partout, dans toutes les expositions,\n même dans celles de groupes, le même bariolage de personnalités se fait\n remarquer.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "DIMANCHE A N I E U P O R T\n      (VICTOR   GILSOUL)\n\n\n\n\nLA T O N T E DES MOUTONS\n     (FRANZ   COURTENS)\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": ""}, {"page_pdf": 360, "texte": "                        LES EXPOSITIONS DU MOIS                             297\n\n   Cette fois les contingents copieux de Vinçotte et de Gilsoul, par leur impor­\ntance, donnent à l'exposition une cohésion inusitée, ce dont il semble qu'on\nne s'aperçoive pas. De même les envois de quelques peintres étrangers,\npresque tous portraitistes, choisis pour isoler les œuvres des artistes belges,\npeu voués, comme on sait, à cultiver la « figure », sont évidemment intéres­\nsants. Je me demande de quoi on se plaint et ce que Messieurs les faiseurs de\ncritiques souhaiteraient voir à la place de ce qui leur est montré ?\n   De la série de bustes admirables exposés par M. VINÇOTTE, je reparlerai à\nloisir, ayant le projet de faire paraître dans la livraison de juin de Durendal\nune étude illustrée consacrée à ce grand statuaire portraitiste.\n   Les autres sculpteurs belges qui entourent M. Vinçotte au Salon ont des\nœuvres remarquables.\n   CONSTANTIN MEUNIER a envoyé une grande figure destinée à son Monument\nau travail. Cette statue inédite paraît simultanément au Salon de Paris où la\nSociété nationale des Beaux-Arts en a placé un exemplaire en bronze en face\nd'une œuvre remarquée de Rodin. Elle y est très admirée. Son allure pathé­\ntique, sa simplification voulue, sa douloureuse et hautaine intellectualité sont\ndignes des plus belles œuvres du maître.\n   Les bustes de LAGAE sont saisissants de volonté tenace et d'exécution\nsuivie. Le masque d'Arnold Goffin, interprété avec une minutieuse observa­\ntion, atteint au style par la technique châtiée et la compréhension du type. De\nmême, le visage du paysagiste A.-J. Heymans est exprimé de façon définitive\nen un portrait fervent et appliqué. Une figurine toute aimable, L'Ange du\nFoyer, complète l'envoi de Jules Lagae.\n   J. DILLENS expose aussi deux bustes physionomiques — M. Vergote, en\nmarbre ; M. Monville, en bronze — de ressemblance parfaite, et des\nmaquettes de statues décoratives pour l'hôtel de ville de Gand. Son entente\nde l'effet architectural et de la subordination judicieuse du détail à l'ensemble\nd'un monument s'y marquent comme de coutume.\n   Un buste encore : Mgr Granito, prince de Belmonte, nonce du Pape, par\nJACQUES DE LALAING, œuvre de grand caractère et de hautaine allure. Une\nréduction du monument équestre de Léopold I er à Ostende, une tète colos­\nsale de la Justice, aux plans énergiques, destinée à la façade de l'hôtel de\nville de Saint-Gilles, complètent avec variété l'envoi du statuaire.\n   M. PHILIPPE WOLFERS réalise, sous les aspects d'une jeune fille empêchant\nun paon de s'envoler, une charmante statue dont l'exécution définitive en\nmarbre, bronze et émaux, formera un appareil d'éclairage électrique d'une\nrare et esthétique somptuosité.\n   Enfin, M. JULES JOURDAIN expose un délicat buste en marbre, Portrait\nd'enfant, qui obtient un succès mérité.\n   Les peintres ne sont pas moins bien représentés que les sculpteurs.\n   On connaît l'art de VICTOR GILSOUL. Ses nombreux paysages affirment une\nharmonieuse et souple santé. Conçus dans la joie, réalisés avec maîtrise, ils\nséduisent par l'adresse de leur mise en page, leur force aimable de coloris,\nleur puissance tranquille. Sans doute, aucune inquiétude n'altère leur opu­\nlente saveur, mais cette sérénité ajoute à leur séduction. Victor Gilsoul ne pré-\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "298                                DURENDAL\n\n\ntend pas innover, il admire la simple nature et s'efforce de l'exprimer avec\nsimplicité. Si le motif qu'il a choisi l'y incite, il élaborera avec recherche des\nragoûts de couleurs délicats — voyez le Soir à Bruges, la Rentrée des barques au\nCrépuscule — ou bien il établira avec fougue, en valeurs sonores, u n effet pit­\ntoresque comme l'Estacade ou le Vieux coin à Dixmude. Il étudiera les moda­\nlités fuyantes de la lumière, comme dans le Donkeren Hoek, œuvre poétique\npleine de calme et de silence, ou les violences de la forme en m o u v e m e n t —\ncomme dans la Mer démontée, ou encore la brutalité d'un plein midi de Juin\néclairant sans mystère un parc opulent, mais dans chacune de ses toiles il\nrestera lui-même, brillant et bien équilibré. Son copieux p a n n e a u n'offre\na u c u n e monotonie et lui fait le plus grand honneur.\n    E M I L E CLAUS est aux antipodes de Gilsoul. Chez lui tout est inquiétude,\nfrémissante recherche, volonté t e n d u e . Il vise à ne peindre que de la lumière,\nà garder aux tons leur netteté, leur pureté originelle, à éviter les mélanges de\ncouleurs, les empâtements, à ne laisser sentir a u c u n e matérialité. Son Coin de\nParc en automne est comme u n e belle et fraîche tapisserie, séduisante, raffinée,\nmais la poursuite persévérante de certains effets semble exclure d'autres\n mérites plastiques non moins désirables et l'œuvre m a n q u e un peu de plans,\n de corps, de réalité.\n    FRANZ COURTENS, a u contraire, n'a que trop de matérialité. Ses deux\n œuvres, fortement construites et peintes avec robustesse, représentent digne­\n ment ce vétéran glorieux dont les succès ne se comptent plus.\n    Après ces trois grands paysagistes il faut mentionner P a u l Mathieu, colo­\n riste substil et aérien; Auguste Donnay, dont les pastels ont une g r a n d e u r\nd'effet surprenante ; Asselbergs, Marie Collart, B e r n i e : , L e Mayeur, H e r -\n m a n u s , T a e l e m a n s , Ottevaere, toujours égaux à eux-mêmes.\n    M. P.-J- DIERCKX, sortant cette fois de ses études coutumières, a réalisé,\n dans la g r a n d e toile qu'il intitule les Adieux, u n effort de composition et de\n rendu très méritoire. Sans doute, Struys et Jakob Smits semblent avoir\n influencé cet artiste, mais sa vaillance n'en est pas moins louable et il atteint\n dans sa nouvelle œuvre à u n e réelle puissance d'émotion.\n    L e s portraitistes belges ne sont pas très représentés à ce Salon. L e portrait\n de la mère supérieure d'Helmet, par M. Jacques de Lalaing, vaut surtout par\n la nette compréhension du caractère du modèle. U n e telle étude est toute\n psychologique et constitue u n document humain de premier ordre. M. ANDRÉ\n CLUYSENAER expose trois portraits sérieux, très étudiés et de sobre tenue.\n M. Van H o l d e r , un portrait d'homme excellent, de dessin juste et de coloris\n ferme dans sa discrétion, et un portrait-groupe de deux jeunes filles en plein\n air témoignant de fines recherches d'élégance colorée.\n    Les maîtres étrangers, adonnés à cette ingrate et lucrative spécialité, four­\n nissent quelques-uns des morceaux les plus appréciés de l'exposition.\n    On ne saurait être plus virtuose que M. JOHN SARGENT et, depuis Van Dyck\n sans doute, u n e « patte » plus magistrale ne s'était affirmée.\n    Une longue expérience technique, doublée d'une adresse magique, aboutit\n chez cet artiste à des simplifications prestigieuses révélant, en quelques tou­\n ches décisives, tout l'essentiel d'un chef-d'œuvre. Les portrails de la comtesse\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                          LES EXPOSITIONS DU MOIS                                   299\n\nClary et de M. Léon Delafosse sont caractéristiques de cette manière\nhardie et cavalière, d a n s une note de fine élégance et de déconcertant\nbrio.\n   Aux a n t i p o d e s de cet art synthétique s'impose l'art de M. DAGNAN- BOUVERET .\nSon portrait de M m e Camille Bellaigue, m e n é lentement à une perfection\nde r e n d u définitive, est u n e œuvre de plénitude mûrie et reposante. L'inti­\nmité charmante de cette peinture correcte et discrète n'est pas accessible à\ntous, mais ceux qui l'ont ressentie en gardent l'obsession, et c h a q u e fois qu'ils\nla revoient, ils en goûtent davantage la magistrale aisance.\n    M. JACQUES BLANCHE n o u s m o n t r e , dans le portrait de son José Maria Sert,\nune habileté superficielle r e m a r q u a b l e et très judicieusement adaptée au type\ndu personnage représenté.\n    Cette m ê m e habileté se m a r q u e dans des natures-mortes enlevées avec u n e\npreste virtuosité dans u n e note claire et fine.\n    L e s deux peintures de M. GEORGES DESVALLIÈRES, intitulées Femme en rouge\net Portrait, sont d'une merveilleuse tenue coloriste. L e Portrait, discutable\névidemment à divers points de vue, s'impose à l'admiration de tous par u n e\nh a r m o n i e rare de tonalités exquises et tout à fait personnelles. Ses valeurs,\ninfiniment délicates, s'équilibrent en un b o u q u e t de colorations soutenues\nd'un art c o n s o m m é .\n    L a Femme en rouge, d'aspect plus rationnel au gré d u goût bourgeois, n'a\npas moins de tenue et de saveur d a n s des tons plus saturés.\n    M. H É B E R T , avec des artifices de couleur, exprime de façon très artiste le\ncharme étrange de M m e B . . . L a robuste vieillesse du peintre lui con­\nserve toute la netteté de vision, tout le charme d'enveloppe qui ont consacré\nsa maîtrise.\n    M. FRANÇOIS FLAMENG est m o n d a i n avec mesure, goût et adresse. On con­\nçoit le succès que peuvent rencontrer ses portraits si distingués.\n    M. PAUL BAIGNIÈRES a envoyé un petit portrait d ' h o m m e incisif et fouillé.\nIl a aussi des dessins jolis et habiles.\n    M. CHARLES MICHEL expose deux portraits dessinés et rehaussés d'un peu\nde couleur, traités à la façon des images j a p o n a i s e s , avec infiniment d'esprit,\nde grâce et d'agrément. U n e fantaisie délicate, les Souris blanches, et une nature-\nmorte très raffinée complètent son original envoi.\n    M m e R E N É E DAVIDS dessine aux trois crayons des petits portraits caractéris­\ntiques et sait m a r q u e r expressivement la physionomie des visages et l'allure\npersonnelle des attitudes.\n    M. JEAN GOUWELOOS, portraitiste aussi, s'abstient cette année d'exposer u n\néchantillon de cette spécialité. Il n'est représenté au Salon que par u n e habile\n et souple petite étude de nu, d'un métier excellent.\n     M lle L O U I S E DE H E M obtient un gros succès avec le portrait très h e u r e u x\n de la comtesse Cari van der Straten.\n     M. E m i l e Verbrugge est portraitiste encore dans deux études masculines\n très fouillées et curieusement peintes. U n paysage finement « cuisiné » en\n des colorations fortes et sobres est r e m a r q u a b l e .\n     M. CHARLES M E R T E N S , inquiet chercheur, expose u n intérieur de loge\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "300                                  DURENDAL\n\n\nforaine réalisé dans u n e harmonie haut-montée de tons sourds et fins très\nméritoire.\n   U n e étude de chemineau, excellent morceau d'atelier, atteste u n e force\nd'exécution peu c o m m u n e , mais le morceau n'a guère d'autre intérêt que\ncelui de son exécution puissante et a p p u y é e .\n   La Trieuse de chiffons de M. VAN ZEVENBERGHEN est de la famille des mari­\ntornes do J a n Stobbaerts. U n e minutieuse application dans le r e n d u , u n luxe\nde tonalités curieuses, un faire large et gras r e c o m m a n d e n t cette œuvre\nd'un très j e u n e peintre piocheur et doué à l'attention des amateurs d'œuvres\npoussées et mûries.\n   Les peintres d'intérieurs, de natures-mortes, de fleurs, apportent tous les\nans à ce Salon l'appoint de notes savoureuses et variées.\n   M. ALFRED VERHAEREN est toujours le puissant coloriste, l'admirable tech­\nnicien, dont les émaux, les laques, les patines précieuses réjouissent les yeux.\nIl nous donne du meilleur Verhaeren en u n e marine et u n e petite nature-\nmorte, où deux côtelettes crues voisinent avec quelques légumes. C'est aussi\nbeau qu'un Chardin !\n   J'ai dit tout le bien que je pense des fleurs de M lle ALICE RONNER à propos\nde son Salon tout récent au Cercle Artistique. M lle ART rivalise avec elle dans\nses énergiques pastels. M. JAMAR est solide, pittoresque, intéressant dans un\nintérieur et u n petit bout de paysage crépusculaire. M. SEGHERS, M lle D E\nBIÈVRE, M l l e GEORGETTE M E U N I E R ,   M m e RONNER sont représentés par des\nenvois caractéristiques. Enfin, les lieders de l'aquarellisme, STACQUET et\nUYTTERSCHAUT, ont des séries de leurs œuvres coutumières, fines, p i m p a n t e s ,\noriginales, charmantes. M m e GILSOUL a deux robustes et brillantes aquarelles,\nun intérieur et un bouquet d'anémones diaprées ; M . DANSE, graveur éminent,\ndes portraits et des paysages dessinés ou gravés d'un trait incisif et spirituel;\nM. LEQUEUX a deux pointe-sèche intéressantes.\n  Enfin, last but not least, M LUCIEN SIMON a envoyé au comité, après la der­\nnière minute, u n e toile originale représentant deux enfants sur un escalier,\nœuvre de vision fine et d'exécution spontanée, pour laquelle le placement n'a\npu être, malheureusement, tout à fait satisfaisant.\n\n\n\n\n                      Les Expositions Ephémères\n    E x p o s i t i o n d e M . R i c h i r . — Tout ce qu'un artiste laborieux et\nconsciencieux p e u t acquérir d'expérience et d'adresse est résumé d a n s l'ait\nde M. H e r m a n Richir. Portraitiste attitré d'une clientèle bourgeoise opulente,\nil exécute sans escamotage des travaux divers et soignés. M. Richir dessine\ncorrectement, fixe les ressemblances avec perspicacité et fait preuve de\nmesure et de goût dans la présentation de ses modèles. On ne saurait le\nchicaner de ne nous offrir point ce que la nature ne lui a point départi, u n e\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                        LES EXPOSITIONS DU MOIS                                301\n\n\nflamme, un accent, une élégance qui transfigurent ses portraits et les sacrent\nchefs-d'œuvre.\n   L'exposition de M. Richir, très bien arrangée et variée, a obtenu le plus\nhonorable et sans doute le plus pratique succès; tout le monde en est\nenchanté, et c'est là un exemple de dignité dans la carrière artistique qui\nvaut d'être cité.\n\n    M . A l e x a n d r e M a r c e t t e a voisiné au Cercle avec M. Richir. Ses\nmarines, quelques paysages, des fleurs composaient un salonnet de coloris\nfrais et raffiné tout à fait séduisant.\n   M. Marcette a acquis dans la pratique de l'aquarelle gouachée une décon­\ncertante dextérité. Ses recherches d'harmonies subtiles et neuves, le mouve­\nment et la variété qu'il apporte à retracer les aspects changeants du ciel et de\nla mer, la force de son coloris et sa distinction, le souci qu'il a d'exprimer\nl'ambiance atmosphérique lui constituent une personnalité caractérisée dans\nl'école. Son exposition a rencontré un flatteur succès dans le monde artiste.\n\n   MM. Emile Charlet et M. Van Damme-Silva ont occupé\nensuite la galerie. Salonnet d'allure reposante, un peu indifférente, où les\nœuvres agréables et de placement facile n'étaient pas rares.\n\n   Exposition de M. Constant Montald. — Encore un acte de\nce drame poignant qui se joue dans les sphères esthétiques et qui pourrait\ns'intituler « Les forces perdues ».\n   M. Montald a manifesté avec une fière allure ses brillantes facultés de\ndécorateur monumental. Noblesse, élévation, ampleur, sens de la forme et\nde la couleur étaient en puissance dans ses moindres travaux. Il a végété\nobscur et cette exposition copieuse est une surprise pour tous.\n   En des temps de foi agissante ou de vie civique florissante, les facultés\nbrillantes d'un tel artiste ne fussent point demeurées sans emploi. Mais il en\nest de lui comme de Jean Delville, d'Albert Ciamberlani, d'Emile Fabri...\nCe n'est la faute à personne, les circonstances sont telles, mais que de beaux\ndons gaspillés et que de belles œuvres qui eussent pu être et n'existeront\njamais sans doute. Espérons que les curieux mérites dont témoignent tant de\nrecherches — peinture, sculpture ou dessin — vaudront une brillante\nrevanche du sort au vaillant artiste.\n\n   F e u E u g è n e V e r d y e n . Un poète, un rêveur, qui fut peintre à ses\nheures et laissa des toiles souvent captivantes. Ses paysages ont parfois le\ncharme fictif et artificiel de beaux décors imprécis.\n  Cette exposition posthume rend justice à une gracieuse nature d'artiste\nqui ne donna point toute sa mesure.\n\n   L ' a r c h i t e c t e H e n r i B e y a e r t . — Au Cinquantenaire, la réunion\ndes œuvres de l'architecte Henri Beyaert offre le plus vif intérêt, encore que\nces imposants travaux d'architecture soient parfois d'accès un peu rude aux\nprofanes.\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "302                                 DURENDAL\n\n\n\n    Il semble que cette exposition puisse devenir le n o y a u d'un musée\nd'art architectural, où des plans et des dessins se compléteraient par des\nséries de photographies des m o n u m e n t s édifiés.\n   H e n r i Beyaert fut u n probe, fécond et original artiste. Cet h o m m a g e à sa\nmémoire est juste et honore ses élèves qui l'ont conçu et réalisé comme il\nh o n o r e le maître disparu. M. E u g è n e Van Overloop, l'éminent conservateur\nen chef des Musées du Cinquantenaire, a consacré à l'organisation de cet\nensemble son dévouement éclairé. Il a publié pour le signaler à l'attention\npublique u n e notice courte et substantielle dans le Bulletin des Musées Royaux\ndes Arts Décoratifs et Industriels. On ne saurait mieux dire.\n\n    M . E . B l a n c - G a r i n , l'éminent professeur, a rassemblé dans les\nsalons de l'hôtel de Caraman-Chimay, 16, rue du P a r c h e m i n , à Bruxelles,\nun ensemble imposant d'oeuvres de ses élèves. Artistes et amateurs voisinent\nle long des cimaises d a n s un piquant mélange. Des noms cotés aux cata­\nlogues des salons d'art et des noms notoires de l'almanach de Gotha y signent\ndes œuvres alternatives.\n   M. Blanc-Garin s'entend merveilleusement à discerner et à cultiver l'ori­\nginalité de chacun des élèves qu'il forme. Personnels avant tout, les artistes\nqui ont passé par son atelier ont appris les éléments techniques de leur art\nsans être influencés par aucun autre objectif traditionnel. Aussi tous semblent\namoureux et fervents de leur métier, sans rien des lassitudes et des veuleries\nacadémiques. Professionnels ou non professionnels sont infiniment intéres­\nsants et la différence ne se m a r q u e guère entre ceux des exposants dont\nl'art est la préocupation et le but exclusifs et ceux pour lesquels il n'est\nqu'un élégant passe-temps. Certaines mondaines pourraient se poser en\nconcurrentes redoutables de bien des portraitistes ou peintres de n a t u r e s -\nmortes très cotés.\n   Déjà des peintres morts jeunes, en pleine éclosion de talent s y m p a t h i q u e ,\nattristent d'emblèmes funèbres l'ensemble de ces travaux d'école si variés et\ncaptivants. D'autres artistes très en vedette témoignent qu'ils ont reçu chez\nM. Blanc-Garin les conseils qui mènent au succès du meilleur aloi, enfin\nchez les débutants se marquent des dons, des volontés, des aptitudes qui font\naugurer le mieux du m o n d e de l'avenir de cette pépinière artistique.\n\n                                                                             P. L.\n\n\n\n\n                                        ^\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                   Chronique Musicale\n\n   C i n q u i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Au programme, une ouverture en\nré majeur pour orchestre de Jean-Sébastien Bach, le Concerto en mi majeur\npour violon et orchestre du même auteur, le Concerto en rè majeur pour violon\net orchestre de Beethoven, la Symphonie en mi majeur pour orchestre et\nviolon principal de Victor Vreuls.\n   On devine ce que l'admirable Concerto de Bach a été sous les doigts pres­\ntigieux d'Ysaye, tour à tour une merveille d'ampleur, de poésie céleste, de\nrythme majestueux et triomphant. Ce concerto a été suivi d'une exécution\nprodigieuse du Concerto de Beethoven. Jamais, nous semble-t-il, l'éminent\nvioloniste n'a plané à de telles hauteurs et ne s'est élevé à pareille éloquence.\nTel qu'un immense fleuve harmonieux, les radieuses inspirations de Beet­\nhoven se sont épandues en flots exquis. L'adagio a eu des accents sublimes.\nIl faudrait aussi mentionner la transcendance de la virtuosité, notamment\ndans les cadences, virtuosité sans égale. Mais les éloges au virtuose semblent\nici presque malséants à tel point dans l'interprétation d'Ysaye, tout est subor­\ndonné à l'impression d'art pur. Le violon est comme supprimé et on écoute\nchanter les voix du ciel.\n   Dans la Symphonie de Vreuls, la partie de violon principal, magistrale­\nment dite par Ysaye, est strictement enchaînée à l'ensemble symphonique.\nL'œuvre de Vreuls est donc justement dénommée Symphonie, ce n'est pas un\nconcerto, même suivant la conception éminente et raffinée des grands maîtres\nBeethoven et Schumann, dont les concertos laissent toujours à la symphonie\nune large place. La Symphonie de Vreuls est riche en pensée et en couleur,\noffre des rythmes et des envolées poétiques du plus haut intérêt, l'orchestra­\ntion en est ingénieuse et souvent impressionnante; ce n'est point une oeuvre\nacadémique, mais un poème personnel qui vit et qui émeut.\n   Signalons la vaillance et la belle tenue de l'orcheste Ysaye en toutes ces\ninterprétations, sous la direction pleine de feu de Crickboom.\n   Formulons, en terminant, un regret, c'est qu'un grand artiste tel qu'Ysaye\nne se fasse pas entendre plus souvent à Bruxelles. L'accueil enthousiaste et\némotionnant qu'on lui a fait à l'Alhambra ne peut lui laisser aucun doute sur\nles profondes sympathies dont il est entouré et sur la reconnaissance qu'on lui\nporte. Cette reconnaissance lui est assurément bien due, car il a contribué puis­\nsamment au développement des connaissances et du goût musical par l'insti­\ntution de ses concerts, qui constituent un des facteurs essentiels de la vie\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": " 304                                  DURENDAL\n\n\n\n esthétique de la capitale, comme l'a si bien prouvé, une fois de plus, la série\n des admirables auditions de cet hiver. Mais qu'il fasse plus et soit moins\n avare de ses merveilleuses interprétations. Qu'il se dise qu'elles sont pour\n ses compatriotes non seulement la source d'exquises jouissances, mais encore\n de précieux enseignements d'art.\n\n    Les « Maîtres C h a n t e u r s » et le « C r é p u s c u l e                  des\n D i e u x » a u T h é â t r e d e l a M o n n a i e . — Il sied de rendre hommage\n  à la direction de notre première scène lyrique pour la série des représen­\n  tations organisées au cours de cet hiver, représentations très intéressantes\n  et variées et dont le choix atteste un tact parfait, un éclectisme intelligent et\n  nécessaire. En cet énoncé rapide, nous ne parlerons que des représentations\n  auxquelles nous avons assisté.\n     Citons d'abord l'Orphée de Gluck, où Mme Gerville-Réache a d o n n é du\n  personnage principal une interprétation pleine de g r a n d e u r . P u i s , la Flûte\n enchantée, ce chant du cygne de Mozart, où pour la dernière fois fleurit et\n s'épanouit, en des expansions de b o n h e u r , l'âme mélodieuse du maître lumi­\n neux. Interprétation charmeuse et spirituelle par M M . Delmas, Boyer,\n Vallier, B e l h o m m e , MM m e s Bréjean-Silver, Dratz-Burat, E y r e a m s , etc.\n Mentionnons aussi les représentations de Aida et de Carmen, qui, avec Samson\n et Dalila, sont les trois plus beaux opéras de la fin du XIXe siècle, dans Aida\n le jeu de la tragédienne vibrante qu'est M m e P a q u o t ; dans Carmen, l'inter­\n prétation étincelante de M. Clément.\n    Arrêtons-nous un peu plus longuement aux Maîtres Chanteurs, le merveilleux\n chef-d'œuvre wagnérien, qui rayonne de beauté et de jeunesse immortelles.\n Si, au point de vue musical, les Maitres Chanteurs sont probablement avec\n Siegfried le poème le plus large, le plus riche et le plus complet que W a g n e r\n ait écrit, it faut ajouter qu'au point de vue poétique, il contient l'âme m ê m e\n de W a g n e r , résume l'idée essentielle de la mission qu'il est venu remplir en\n ce m o n d e , symbolisant la victoire de l'art fécond sur les routines académiques\n et stériles, l'effondrement des étouffantes murailles de la convention sous le\nsouffle céleste et formidable de l'inspiration librement spontanée. Il représente\naussi le triomphe de l'idéal, de l'intelligence et de la bonté incarné d a n s\n H a n s Sachs sur la platitude et la sottise personnifiée dans Beckmesser, un\nde ces types d'humanité éternels comme le sont les figures de Caliban ou de\nSancho Pança.\n    Le tout rehaussé dans le prestigieux et pittoresque cadre du XVIe siècle,\noù l'aurore des temps modernes est encore pénétrée de quelques ressouvenirs\ndu moyen âge expirant.\n    L'interprétation des Maitres Chanteurs, à la Monnaie, a été vibrante et\nchaleureuse, pleine d'élan et de ferveur.\n    M. Imbart de la T o u r (qui malheureusement nous quitte) a prêté au\nrôle de W a l t h e r le charme de sa voix captivante et moelleuse. M. Albers (qui\na aussi le tort de délaisser Bruxelles pour L y o n , où il est probable que la\nprédominance de ses qualités foncièrement artistiques sur ses dons vocaux ne\nsera pas appréciée c o m m e en notre capitale) a d o n n é du personnage d ' H a n s\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                               305\n\n\nSachs une interprétation toute de distinction et de majesté. M. Forgeur a été\ntout à fait excellent dans David, et M. Decléry a saupoudré le personnage\nde Beckmesser de toute la verve comique compatible avec la dignité du\ndrame lyrique. Mlle Foreau (Eva) a été charmante de grâce et de naïveté\nsongeuse. Citons encore M. Vallier, dont la belle voix a sonné largement\ndans le rôle de Pogner; Mme Bastien, MM. Belhomme, Cotreuil, etc.\nL'orchestre de Dupuis a été, comme toujours, remarquable de clarté de\nrythme et d'expression.\n   Disons aussi un mot du Crépuscule des Dieux. En concordance avec le sym­\nbolisme musical de Wagner, l'esprit du mal qui circule dans le drame,\npersonnifié par Hagen, s'insinue aussi et rampe au travers de la trame orches­\ntrale où il reparaît souvent sous la forme suggestive d'une succession d'har­\nmonies sombres, âpres et vénéneuses qui rendent l'audition du Crépuscule (la\nplus longue partition qui soit au théâtre) plus fatigante que toute autre de\nWagner. D'autre part, au troisième acte, le dialogue de Siegfried avec les\nfilles du Rhin, le récit printanier de Siegfried, la mort du héros suivie de la\nmarche funèbre, l'invocation finale de Brunehilde, le crépuscule des dieux\nsymbolisé par l'embrasement du Walhalla constituent la succession de scènes\nla plus grandiose qui existe au théâtre et que Wagner ait écrite. C'est tellement\nvrai que le Crépuscule des Dieux, surtout lorsqu'il est entendu à la suite des\nautres journées du Ring, dont il est le couronnement naturel, laisse dans\nl'esprit l'impression d'une chose gigantesque et surhumaine.\n    Mme Litvinne (Brunehilde) a apparu une fois de plus l'artiste incomparable\nque l'on sait. Nous ne saurions assez dire combien nous aimons Dalmorès\ndans ce rôle de Siegfried qu'il réalise si bien au physique et qu'il pénètre d'un\narôme de jeunesse et de grâce héroïque absolument séduisants. Sa voix\ns'amplifie et s'échauffe visiblement d'année en année et il a rendu les scènes\ndu 3 e acte de la façon la plus émouvante. M. Decléry (Gunther) a donné\nau lendemain de Beckmesser d'éclatantes preuves de la souplesse de ses dons\nd'interprète. M. Vallier a rempli en artiste éprouvé le rôle si périlleux de\nHagen. Mlle Foreau a été fort bien dans Gutrune dont le personnage lui sied\nmoins cependant que l'Eva des Maures Chanteurs. Mme Gerville-Réache a été\nsuperbe dans Waltrante, et M. Sylvain Dupuis, dont la direction ferme et\nsûre a si largement contribué à la perfection de l'ensemble, mérite des\néloges tout spéciaux. Le décor est exquis, tour à tour baigné dans le rayonne­\nment bleu du Rhin s'enfuyant capricieusement vers les lointains boisés, et la\nnuit dans des clartés lunaires laiteuses et surnaturelles laissant entrevoir,\ndevant l'antique burg de Gunther, des formes vagues et menaçantes. Espérons\nque l'an prochain MM. Kufferath et G u i d é n o u s rendront Tristan et Sieg-\nfried, qui dans son ensemble nous apparaît la perle du Hing.\n\n   Madame B r é m a a donné à la Grande-Harmonie, avec le concours\nde son fils, M. Francis Braun, un concert, honoré de la présence de S. A. R. la\ncomtesse de Flandre, et qui a été couronné d'un plein succès. On a entendu\nsouvent à Bruxelles l'admirable interprète de Gluck et de Wagner, mais c'est\ntoujours avec un bonheur nouveau qu'on goûte cette largeur de compréhen-\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "306                                     DURENDAL\n\n\n\nsion, cette conception profondément poétique des œuvres, ces effusions lyriques\nsuccédant aux interprétations majestueuses et méditatives, cette exquise\ndistinction de style et d'accent qui fait de M m e Bréma une des artistes du chant\nles plus accomplies qui soient. Son p r o g r a m m e était des plus variés et com­\nprenait à côté des noms de Brahms, S c h u m a n n , S c h u b e r t , des œuvres moins\nconnues de H u g o Wolff, de Bruneau, de H u m p e r d i n c k . Signalons le poème\ngrandiose de Schubert, Die Stadt, et le non moins impressionnant Chant de\n Weyla par H u g o Wolff, les Gavotte, Bourrée, Pavane et Sarabande de B r u n e a u ,\nd'harmonie et de rythme savoureux, une délicieuse Berceuse (Wiegenlied) de\nH u m p e r d i n c k , écrite sur un poème aussi délicieux que la m u s i q u e . P u i s les\nravissants duos de Brahms (Es rauschet das Wasser) et de S c h u m a n n (Tragœdie\nSchön Blümlein) chanlés par M m e Bréma et M. F r a n c i s B r a u n . Ce dernier\npossède u n e très belle voix de basse qu'il gouverne en véritable artiste. N o u s\nl'avons surtout aimé dans les pièces de Schubert, de Paladilhe (Psyché) et de\nS c h u m a n n (Der Hidalgo). U n e mention spéciale pour les artistiques et com­\npréhensifs accompagnements de M. Georges L a u w e r y n s .\n\n\n    Le choral mixte de M. Léon Soubre a donné son concert\nannuel à la G r a n d e - H a r m o n i e E n premier lieu figuraient au programme de ce\nconcert des fragments du Stabat mater d ' E t i e n n e Soubre (soliste, M lle H o l l a n d ) .\nC'est u n e belle œuvre d'une inspiration religieuse large et recueillie. P u i s des\nchœurs à huit voix, le P s a u m e 150 de Peeter Smeelinck, et l'Écho d'Orlando\nLasso (tous deux du XVIe siècle), ont été chanlés avec un ensemble parfait et\nde façon vibrante par la phalange de M. Soubre. Étaient inscrites aussi dans\nla partie chorale du programme des œuvres belges Sur la mer, Consolation, Chan-\nsons tziganes et basques, ces dernières ne m a n q u a n t pas d'intérêt et qui étaient\nsignées Samuel, Delune, F r a n ç o i s Rasse. L e pianiste compositeur Delune\ncollaborait à ce concert avec une jeune violoncelliste, Mlle F r o m o n t , qui a\nmontré de sérieuses qualités de musicienne, dans la sonate pour p i a n o et violon­\ncelle jouée avec l'auteur, M. Delune, et dans le concerto pour violoncelle de\nH a y d n . L e concert se terminait par le poème que Schumann a écrit sur la\nMignon de Goethe. M m e Crabbe Kernitz et M lle Holland prêtaient le concours\nde leur talent à cette exécution rehaussée encore par la voix si chaude, l'inter­\nprétation si artistique de Seguin. M. Léon Soubre a eu une heureuse idée de\nfaire entendre cette Mignon de Schumann, œuvre bien peu connue et qui ren­\nferme des pages exquisement fines et poétiques.\n\n\nDeuxième Sonate pour violon et piano, par JOSEPH RYELANDT.\n   (Éditeur Muraille, à Liége.)\n   Voici encore une œuvre intéressante due à la p l u m e de l'auteur des Chants\nSpirituels, de l'Idylle Mystique, de la partition de Sainte Cécile, à laquelle nous\nn o u s réservons de consacrer prochainement un article détaillé.\n   Cette nouvelle sonate pour violon et piano est verveuse, pleine de sève\nmélodique, écrite dans le style classique avec des colorations distinguées\nmais discrètes. L e premier Allegro, entrée majestueuse, est une pièce d'un\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                            CHRONIQUE         MUSICALE                             307\n\n\nrythme ferme et fier. L e second m o u v e m e n t , un Andante cantabile, d'impression\nnaïve et gracieuse, est tout à fait c h a r m e u r . Enfin, la dernière partie, Allegro\nmoderato, d'allure plus ample que les deux p r é c é d e n t e s , se couronne d'une\nconclusion sereine où plane cette inspiration mystique à laquelle nous\ndevons les plus belles pages du j e u n e compositeur brugeois.\n\n                                                           G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "                        LES LIVRES\n\nLE ROMAN :\nL ' I d o l e m o n s t r u e u s e , par Louis MICHEL-Y SERENTANT. — (Paris,\n   Ollendorff.)\n   On a fait de l'hérédité une idole devant qui nous serions comme des esclaves\nligotés devant un maître absolu. Les pauvres esprits suggestibles à qui l'on a\nvanté sa puissance phénoménale et irréfragable, son fatalisme, se sont laissé\nfasciner par ces théories malérialistes qui ne laissent aucune place à la liberté\nmorale, à l'énergie spontanée, à la responsabilité. Au lieu de prêcher le fata­\nlisme de l'hérédité, il faut, au contraire, montrer comment on réagit contre\nelle par une discipline morale énergique et une évolution constante.\n   Telle est la thèse de ce roman que l'écrivain nous donne sous le titre\ngénéral : « Les paraboles du temps présent ». Et c'est une véritable parabole,\nen effet, que cette histoire de Claire Varide qui échappe par sa volonté à des\nprédispositions mauvaises déposées en elle par son milieu familial.\n\nI n t è g r e , par PIERRE L E ROHU. —(Paris, Perrin.)\n   L'autre rive avait placé M. Le Rohu parmi les jeunes romanciers catho­\nliques de talent de qui l'on peut espérer de fortes œuvres. Ce nouveau livre\nest d'une belle santé morale et dénonce un mal malheureusement trop répandu\nà l'heure présente.\n    M. Ravel est le politicien véreux, mais masqué de l'apparence de l'hon­\nnêteté, qui a l'air de sacrifier ses propres intérêts à la chose publique. C'est\nl'intègre, l'honnête homme inattaquable. Que le journaliste Gerval dévoile ses\ninfamies, il sera condamné comme diffamateur par un jury trié sur le volet.\nGerval possède pourtant la preuve de l'infamie de Ravel, mais il sacrifie sa\nvengeance sur l'autel de son ancien amour pour Mme Ravel. Et celui-ci sera\nélu député.\n   Pauvre France ! pense-t-on, après la lecture de ce livre. Et foin de la poli­\ntique ! M. Le Rohu sait faire vivre les foules. Si son style est parfois un peu\nlâché, il arrive dans les bonnes pages à une concision, à une vigueur, qui pro­\nmettent des œuvres.\n\nL e b o n h e u r d e s a u t r e s , par ALEXIS NOËL. — (Paris, Plon.)\n   Marie Nicolle, la pauvre garde-barrière, est jalouse du bonheur des autres,\nnon pour elle, mais pour son bébé destiné à la misère. Dans une heure\nd'affolement, devant la mort d'un autre bébé qu'on lui a confié et qui\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                  LES   LIVRES                               309\n\nressemble étrangement à son petit, elle a laissé substituer l'enfant pauvre\nvivant, à l'enfant riche que la mort a pris. Son fils s'en va vers la ville,\nportant un autre nom, regardé par tous comme l'héritier de la belle situation\ndes Lecourt. Arrivent la faillite, la misère, la honte. L'humble campagnarde\nrevendique sa maternité et tout se termine par un mariage d'amour.\n  Sur ces données, pas très neuves, M. Noël a bâti un roman gentil, d'une\npsychologie intéressante. De petites âmes simples y vivent dans le cadre\nharmonieux d'une campagne paisible, où la vie, à la fin, leur apparaît plus\ndouce et reposante.\n\nL e d o c t e u r H a r a m b u r , par J.-H. ROSNY. — (Paris, Plon.)\n   MM. J.-H. Rosny, dans ce nouveau roman, nous intéressent à la lutte\ntragique et poignante de deux grandes forces : d'une part, la science qui vit\npour elle-même, sans aucun but d'humanité et qui est amenée au crime par\nune pente rapide; d'autre part, l'impérieuse bonté et le travail honnête et\npersévérant.\n   Ce n'est pas la première fois que MM. Rosny célèbrent la bonté. Ils ne\nl'ont peut-être jamais pénétrée si profondément, ni rendue avec tant de\nnoblesse.\n                                                                      E. N.\nL'ART :\n\nL e s g r a n d s artistes : V a n D y c k , par M. FIERENS-GEVAERT. Un\n   volume illustré. — (Paris, Renouard.)\n   On distingue généralement, dans la carrière de Van Dyck, trois périodes :\ncelle de son séjour en Italie; la seconde, durant laquelle il travaillait à\nAnvers, aux côtés et sous l'influence de Rubens; la troisième, enfin, écoulée\ntout entière en Angleterre, à la cour de Charles I er .\n   Et il semble que l'on puisse dire que la seconde de ces périodes, encore\nqu'elle soit abondante en œuvres fort belles, ait été inférieure à la suivante et,\npeut être, à la précédente; que, voulons-nous dire, cet intervalle soit celui où le\ngénie profondément personnel de Van Dyck se soit le moins manifesté, parce\nqu'il se trouvait alors sous la tutelle souveraine, dans le rayonnement absor­\nbant d'un génie aux tendances absolument différentes; dans une situation qui\nfait songer, à certains égards, à celle de Raphaël vis-à-vis de Michel-Ange,\ndont les créations de force et de fougue hantaient le peintre des Chambres et\nfaillirent rompre l'équilibre harmonieux de son art.\n   A Anvers, Van Dyck était en quelque sorte entraîné dans le tourbillon\néblouissant de cet art rubénien, tout en dehors, puissant, charnel, plein de\nprolixité et d'éclat,— et lui, dont les portraits, d'attitude et de physionomie,\nnous révèlent un être aux inclinations plutôt rêveuses, concentré, épris\nd'intimité et de distinction délicate, perd une partie de ses moyens, neutra­\nlise ses qualités essentielles à vouloir rivaliser les grandes compositions reli­\ngieuses et mythologiques, les évocations pompeuses et robustes de Pierre-\nPaul.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "310                                 DURENDAL\n\n\n    Il ne se conquiert vraiment tout à fait qu'après qu'il a été soustrait au\nvoisinage obsédant du grand maître de l'école anversoise ; et c'est seulement\nlorsqu'il se meut dans u n e parfaite indépendance, d a n s un milieu auquel il\nsemblait prédestiné et où il se sent, non seulement libre, mais encore maître,\net le premier, que tout ce qu'il a acquis et appris, en œuvrant comme en\nfréquentant l'Italie et l'atelier de R u b e n s , se résorbe complètement et s'assi­\nmile d a n s son originalité propre, pour faire donner à celle-ci tout son fruit\nexquis et inimitable.\n    Au contraire de ce qui arrive souvent, la transplantation a été u n p h é n o ­\nmène heureux pour l'épanouissement du génie de Van Dyck. L e séjour dans\nl'atmosphère de la noble et fastueuse cour de Charles I e r , la familiarité avec\nune aristocratie fière, digne, avide de toutes les élégances, intellectuelles\nautant que matérielles, et dans la culture de laquelle les traditions ita­\nliennes avaient laissé trace de leurs influences, agirent sur sa pensée à la\nmanière d'une greffe qui confère aux produits d'un arbre généreux la perfec­\ntion achevée d'une saveur fine et inattendue. Il est clair que l'Angleterre n'a\net ne pouvait rien ajouter à la science artistique d'un maître déjà parvenu à\nmaturité et duquel, au contraire, la peinture anglaise a dérivé, mais Van Dyck\na rencontré là le milieu précisément a p p r o p r i é à ses inclinations patri­\nciennes d'esprit et d ' â m e ; les modèles d'une beauté juvénile, à la fois mâle et\ndélicieuse, dont son art, enivré de son idéal réalisé, devait retracer des por­\ntraits qui sont autant de chefs-d'œuvre.\n     Le public a pu jouir de la vue de quelques-uns de ces chefs-d'œuvre, con­\nservés jalousement dans les collections anglaises, à l'exposition organisée à\nAnvers, en 1899, où, pour trop peu de temps, il a été possible d'étudier, grâce\nà ce rapprochement momentané, des ouvrages de toutes les époques de la car­\nrière de l'artiste. E t il n'est personne, vraisemblablement, parmi les visiteurs\nde cette exposition qui n'en ait rapporté la conviction de la supériorité patente\nd t s œuvres de la période anglaise qui apparaissaient, p a r m i les autres,\nc o m m e l'expression la plus vibrante et la plus incisive de l'art et du\nt e m p é r a m e n t de Van Dyck.\n     Nous nous rappelions cette exposition, toute sa séduction et son c h a r m e , et\nses surprises, en parcourent le volume, consacré au maître flamand, que\n M. Fierens-Gevaert vient de publier dans la bibliothèque de vulgarisation\n artistique de la librairie R e n o u a r d .\n     Ces quelques pages, accompagnées de nombreuses reproductions judicieu­\nsement choisies, constituent u n excellent résumé critique, clair et nettement\n o r d o n n é , une monographie à la fois substantielle et concise de la vie et de\n l'œuvre de Van Dyck. C'est une étude, conçue selon la méthode très objective\n de l'auteur, et qui a tout l'attrait des travaux antérieurs de celui-ci, dont il est\n à peine besoin que nous fassions encore valoir la compétence et le talent.\n                                                                 ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nL'Art Flamand et Hollandais. — (Anvers, Buschmann.)\n   L e n u m é r o d'avril contient, entr'autres choses, u n e étude très intéressante,\ntrès complète, fort judicieuse et finement écrite de notre ami PAUL LAMBOTTE\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                                  LES LIVRES                                  311\n\n\nsur Victor Rousseau, que j'appellerai volontiers le plus gracieux de nos sculp­\nteurs, car ce qui caractérise surtout son talent, c'est la grâce. On dirait qu'il\nne recherche qu'elle. Il l'incarne tout entière dans ses œuvres. Pour nous, Victor\nRousseau c'est le sculpteur de la grâce. Tout est gracieux dans son œuvre, la\nphysionomie, la pensée, le geste, la ligne. Son beau talent rappelle les artistes\nde la Grèce, mais avec la grâce en plus, qui fait qu'il faut l'apparenter plutôt,\nprécisément en ce qu'il a de si gracieux, aux primitifs florentins. Mais ne cher­\nchons point de parenté à cet artiste si original, qui est lui-même une person­\nnalité puissante et bien accentuée. Il faut lire le bel article que lui a consacré\nM. Paul Larnbotte, dont le jugement artistique, le bon sens critique et l'élé­\ngante écriture s'affirment, une fois de plus, dans cette étude, que j'aime, tant\nà cause du grand et bel artiste qu'elle a pour but de louer, qu'à cause de l'au­\nteur. Personne n'était plus désigné que M. Larnbotte pour faire cette étude.\nSon esprit si fin et si distingué, qui dénote à la fois un penseur et un poète,\ndevait saisir, mieux que tout autre, l'essence de l'art de Rousseau. Je ne veux\npas déflorer cette étude par des citations. Elle doit être lue tout entière. Son\ntravail est somptueusement illustré par de merveilleuses reproductions de\nquelques-unes des plus belles œuvres du maître.\n                                                                         H. M.\n\nL'HISTOIRE :\n\n M a d a m e d e M i r a m i o n , par M. Louis CHABAUD. — (Paris,\n   Lethielleux.)\n   Dans un siècle où l'activité de la femme se répand souvent avec exagération\n en actes extérieurs, sport, réunions mondaines, jeux d'adresse, voyages, etc.,\n on ouvre avec un vrai bonheur un livre où revivent ces grandes et aima­\nbles figures duXVIIesiècle. Certes, leXIXeet leXXesiècle ont donné et donnent\nencore de beaux exemples de dévouement et de charité, il ne faut pas gémir\navec exagération sur le rôle que la femme y joue, mais il est permis d'éprouver\nun sentiment de repos, de douceur et peut-être de regret en lisant les pages\ncharmantes que M. L. Chabaud consacre à une noble et sainte chrétienne du\ntemps de Louis XIV.\n   Entrer avec lui dans cette famille de noblesse de robe, les Bonneau de\nRubelle; y suivre le développement de son héroïne Marie; la voir entourée\nd'hommes tels que les Lamoignon, de l'Hôpital, Choisy, Nesmond; jouir de\nsa beauté exceptionnelle, de son esprit, de la situation que lui créa sa for­\ntune ; assister à son mariage avec M. de Miramion, aux douleurs de son veu­\nvage; c'est un régal pour ceux qui aiment à se plonger dans le passé et à ren­\ncontrer une harmonie complète entre le style, le sujet et le but.\n   Car ce livre a un but ; et si, après l'avoir fermé, la lectrice émue sent en son\ncœur le désir d'imiter dans sa famille, dans le monde, et surtout parmi les\npauvres celle qu'elle vient de connaître, le véritable rôle de la femme chré­\ntienne aura été compris.\n   La vie de Mme de Miramion n'est cependant pas une lecture pieuse; elle est\nintéressante, anecdotique; certaines pages reconstituent de sérieuses et amu-\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "312                                    DURENDAL\n\n\nsantés physionomies que l'originalité rend très a t t a c h a n t e s ; et p o u r t a n t peu\nde livres de piété laisseront une empreinte plus salutaire et plus forte que\ncette vie d'une chrétienne du temps de L o u i s X I V .\n    Ce sont plutôt les événements que les années qui nous éloignent du grand\nsiècle, et la F r a n c e contemporaine oublie chaque jour davantage les tradi­\ntions d'honneur et les fortes vertus de cette époque. A ce point de vue, le\nlivre de M. Chabaud est fort instructif et on y voit le Roi et M m e de Maintenon\nsous un aspect qui peut servir de leçon et d'exemple aux grands de la terre.\n   J e ne puis citer tous les passages vraiment captivants de ce livre, ils abon­\nd e n t ; mais qu'il me soit permis de choisir quelques lignes et de dire à quel\npoint l'intelligence et le cœur se reposent au contact de cette vie si calme\nmalgré l'agitation des temps, si digne dans son humilité, si ferme d a n s sa\ndouceur, si pénitente dans ses richesses; c'est vraiment là la femme chrétienne,\nla femme modèle et toutes, nous pourrions, sans héroïsme, sans inabordable\nsainteté, atteindre les vertus dont elle n o u s donne l'exemple.\n    E t le style? N'ai-je pas parlé déjà de repos d'esprit? On lit ce petit volume\navec le regret d'en épuiser les p a g e s ; rien ne heurte, tout élève. Les citations\ndu XVIIe siècle ne font pas tort au récit moderne et les réflexions de l'auteur\ninspirent le désir de le connaître et de causer avec lui. Lorsqu'il dit que la\nreligion de M m e de Miramion pourrait se résumer d a n s ces mots : « Posséder\nson âme en paix », il semble étendre sur ses lecteurs un r a y o n n e m e n t de cette\nactivité pacifique.\n   J e citerai encore quelques lignes qui m'ont particulièrement touchée. L'au­\nteur arrive au fait le plus singulier de la vie de son héroïne : son enlèvement\npar Bussy de Rabutin, cousin de M m e de Sévigné ; sortie de ce danger où elle\nmontra u n e énergie et u n e force extraordinaires, elle faillit m o u r i r . . . , laissons\nla parole à M. L . C h a b a u d : « Cet épisode n'est pas seulement le point cul­\n   minant de sa vie, il en m a r q u e l'heure critique et l'orientation finale. J e ne\n   dirai pas, en me servant d'une expression dont on abuse, que ce fut le\n   tournant de son histoire, car il ne saurait y avoir de t o u r n a n t d a n s u n e vie\n   qui n'est qu'une ligne droite, trait d'union entre la terre et le ciel ; mais ce\n    fut l'heure qui décida de son avenir et de la jeune femme, déjà inclinée\n    vers les sublimes inspirations de la charité chrétienne, mais toujours sédui­\n » santé, dont ses contemporains se plaisent à vanter l'esprit, la grâce, et\n    la beauté, devait faire non seulement u n e mère de l'Eglise, comme le dira\n    M me de Sévigné, mais la mère et la servante des pauvres.\n     » Ce fut le n œ u d de sa destinée, ou pour me servir d'une image un peu\n » mystique, qui ne paraîtra peut-être pas déplacée dans un pareil sujet, ce fut\n » comme le fil d'or qui, tel qu'un vivant ex-voto, attacha son cœur à l'autel\n » de la charité et l'y fixa à jamais.\n    On lira avec plaisir les intéressants passages qui ont rapport aux œuvres\nde Vincent de P a u l et de M m c de Miramion. Hélas ! les femmes françaises ne\ndevront-elles pas bientôt remplacer les religieuses exilées et renouveler les\nmiracles de charité qu'accomplissaient leurs aïeules groupées autour du grand\nsaint?\n    N'est-il pas étrange, en ce moment où les hommes de bien se préoccupent\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                                 LES LIVRES                                  3l3\n\n\nde la question des retraites ouvrières, appelées, si Dieu les bénit, à régénérer\nles travailleurs, de voir qu'en 1687 Mme de Miramion ouvrait à Paris une\nmaison où l'on pouvait recevoir et loger cinquante personnes et où se don­\nnaient sept retraites annuelles : deux de sept jours pour les femmes du\nmonde, les autres, de cinq jours, pour les femmes du peuple qui y recevaient\ngratuitement la nourriture et le logement.\n   Que de jolis mots, de fins jugements, d'admirables exemples et d'amusants\nrécits contiennent ces quelques pages ! Je ne pense pas qu'elles puissent lasser\nqui que ce soit, car l'amateur de mémoires y trouvera de quoi satisfaire sa\ncuriosité, alors que le lecteur plus sérieux y puisera des faits touchants et de\nsérieuses pensées.\n   Je termine ces quelques mots en répétant encore combien en ce temps où\nle féminisme n'est trop souvent qu'un douloureux effort pour sortir du devoir\nnaturel, qu'une pénible et ridicule affectation de virilité, on est heureux de\nrencontrer une femme belle, riche et jeune qui a voué tous ces trésors au bien,\nen une vie digne, simple, active et véritablement utile au prochain.\n                                              Comtesse E D . DE LIEDEKÊRKE.\n   Tanger, 8 avril 1904.\n\nI v a n l e T e r r i b l e par K. WALISZEWSKI. — (Paris, Plon.)\n    Par ses études sur Pierre le Grand et ses successeurs jusqu'à Catherine II,\nM. Waliszewski s'est fait un nom des plus honorables dans l'histoire. Il\nremonte plus loin, aujourd'hui, dans la recherche des origines de la Russie\nmoderne : c'est un tsar contemporain des derniers Valois, le prédécesseur\ndont Pierre le Grand s'est réclamé, que l'historien nous présente dans son\nnouveau livre. Réformateur et conquérant, Ivan IV le Terrible ( 1 5 3 0 - 1 5 8 4 )\nest peut-être la figure centrale de l'histoire de son pays. C'est lui qui mit en\nroute vers ses voisins de l'Occident, vers la civilisation européenne, l'énorme\net barbare Moscovie. Acquisition du littoral de la Baltique, anéantissement\nde la puissance tatare, conquête de la Sibérie et ouverture de relations poli­\ntiques et commerciales avec tous les pays d'Europe, telle est son œuvre au\ndehors. Introduction des éléments de culture étrangère et réorganisation de\nl'Etat, au prix de luttes incessantes, sur les bases mêmes où nous le voyons\nencore, telle est son œuvre au dedans. Tout ce que Pierre et Catherine\naccomplirent fut entrepris, ébauché, partiellement réalisé même, par ce\nprince que la légende entoure d'une auréole sinistre. Saviez-vous que, pour\nles Moscovites de son temps, Ivan IV, dont sa figure est un cauchemar et le\nnom une épouvante, ne s'est jamais appelé le Terrible?I1était le groznyï, c'est-\nà-dire le respectable et le respecté. Et cela ne veut pas dire sans doute que\nson règne ressemble à une idylle : l'Europe duXVIesiècle n'est idyllique nulle\npart. On peut concéder que le tsar Ivan IV a multiplié plus que de raison les\nsupplices, les échafauds, les hécatombes de vies humaines. L'évocation du\npersonnage et de ses entours comporte quelques spectacles hideux et soumet\nles nerfs du lecteur à d'assez rudes épreuves. Au travail gigantesque de broyer\net de fondre en un bloc compact vingt races diverses qui sont aujourd'hui la\nRussie, Ivan, chez qui le barbare à trop de réveils, a quelque peu outré\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "314                                 DURENDAL\n\n\nl'atrocité commune aux mœurs du siècle. M. Waliszewski ne voile a u c u n e\ndes tares de son héros. Il ne s'associe pas plus aux essais d'apothéose qui se\nsont multipliés de nos jours en Russie qu'aux exagérations calomniatrices de\nla légende. Entre ces deux courants contraires, il s'efforce de déterminer la\npart de la vérité et celle de la morale. A travers les visions sinistres qu'il ne\nnous ménage pas, il nous montre dans son beau et savant livre un lever de\nsoleil.\n                                                                         M. D .\nDIVERS :\n\nC h r i s t i a n e , par SERGE D'IVRY. — (Collection H e r m i n e , éditeur Hatier.)\n   Ce livre est exquis tant par l'esprit qui l'anime, par le parfum de christia­\nnisme vrai et fort dont il est imprégné tout entier, que par la forme où il est\nécrit, par la poésie fraîche et délicate qui jaillit partout de ces pages, jetant\nun manteau rose sur la pensée de Christiane et faisant voler à travers tout le\nlivre comme u n souffle de printemps et d'espérance. C'est u n recueil de\nlettres écrites à une amie « par u n e j e u n e fille dont la vie s'ouvrait très\nradieuse et qui a vu subitement le malheur s'abattre sur elle de toutes p a r t s » .\nIl se divise en trois parties intitulées : A l'aube; Jours d'orage; Sérénité.\n   L e s événements qui font l'objet de cette correspondance ne sont ni bien\ncompliqués ni bien romanesques. Christiane adore ses parents, elle d e m a n d e\nà Dieu « d'être leur joie, le rayon de soleil qui les caresse tous les jours ». Et\nvoilà que la mort vient lui ravir sa mère. P l u s tard, son père se ruine et celui\ndont Christiane croyait être sincèrement aimée se retire lâchement devant cette\ncatastrophe. Le château qui abrita le berceau de la gentille enfant est vendu\net la vaillante Christiane entre d a n s u n e maison d'éducation où elle d o n n e\nl'instruction aux petites filles. « Je n'y touche qu'avec respect, » dit-elle, « ce\nsont des boutons cueillis par D i e u ; un jour il faudra les lui rendre fleurs...\nQ u a n d on y pense, n'a-t-on pas raison de trembler un peu? » Attirée invinci­\nblement par l'appel \" de ces regards candides, de ces âmes innocentes \",\ntrompée par u n e sorte de griserie de dévouement, elle est tentée de finir là\nses jours, mais ne tarde pas à reconnaître que le devoir m a r q u e sa place au\nfoyer familial près de son père et de sa petite sœur.\n   Ces modestes lettres de femme sont donc des fragments de l'histoire d'une\nâme d'élite. Elles disent la poésie du sacrifice projetant ses rayons d'or sur\nl'énigme de la vie qu'elle éclaire et traçant seule la voie triomphale au\nbonheur. Elles enseignent la philosophie du cœur dont l'intuition pénètre\nbien plus avant et plus loin que la philosophie de l'intelligence. Q u ' o n n'aille\npas croire que Christiane prêche. Ce serait se faire l'idée la plus fausse de\nl'esprit et du style de ce livre.\n   Ecoutez le poète en cette description d'aube : « La brise caresse les\noiseaux d a n s leurs nids ; « Debout, paresseux! » E t ils se lèvent, secouent\nleur aile engourdie, penchent au dehors leur tête curieuse, regardent les\nfleurs... puis ils se tournent l'un vers l'autre avec u n adorable air de malice :\n« E n c o r e endormies, paresseuses? Attendez! E t délicatement, sans faire de\nbruit, ils accordent leurs instruments. U n e , deux, t r o i s ! Rien n'est plus\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                                       LES LIVRES                                            3l5\n\n\nfrais que cette a u b a d e improvisée ; les notes s'élancent, joyeuses, mutines,\nsonnent d a n s l'air tout bleu comme des milliers de clochettes d'argent,\ndansent une ronde et puis retombent dans les corolles. E t les fleurs étonnées\nouvrent leurs yeux frangés de larmes, relèvent leur tête alanguie, se regardent\net sourient. E n c o r e toutes frileuses, elles se sèchent d a n s u n rayon et font\nleur toilette. C'est vite fait : un peu de poudre d'or, un peu de parfum, un\npetit geste exquis pour chasser la poussière, u n regard à la prochaine goutte\nd'eau — leur miroir — et les voilà p r ê t e s . Alors, très recueillies, elles disent\nleur prière du matin »...\n     E c o u t e z m a i n t e n a n t le penseur : « Qu'est-ce que la vie? Souvent un\nfleuve de larmes. Mais jamais une larme n'est p e r d u e q u a n d le fleuve va\nvers Dieu. Allons par là : c'est notre pente et naturellement notre â m e la\ndescend. Bien fous ceux qui veulent remonter le c o u r a n t ! »... \" Je marche les\nyeux fermés, la main dans celle du Maître : puisqu'il me place devant un\nchemin presque impraticable, ne faudra-t-il pas q u e lui-même me conduise?\nJ'ai confiance \"...\n     « Le soleil me paraît un g r a n d trait d ' u n i o n qui éclaire en m ê m e temps\nque moi ceux que j ' a i m e . On se sent moins seul q u a n d il est là et qu'on se\ndit : eux s'y réchauffent comme moi »... « Autrefois le bonheur m'éblouissait\ncomme u n soleil; m a i n t e n a n t il m'apparaît c o m m e une étoile lointaine et\nt r e m b l a n t e . J ' a i m e à la regarder quelquefois, elle me sourit, je lui r é p o n d s ,\nmais je n'essaye pas de la p r e n d r e . J e sais bien que c'est impossible »... « J e\nvoudrais faire connaître l'une à l'autre toutes les belles âmes q u e je connais.\nNe trouves-tu pas qu'il y quelque chose d'infiniment doux à en découvrir\nu n e ? »... « E t r e où Dieu nous veut, n'est-ce pas l'important? Chacun a son\nposte dans la construction de l'édifice de sa gloire : il y a les ouvriers qui creu­\nsent, ceux qui élèvent, ceux qui dirigent... les uns sont plus exposés que les\nautres, mais qu'importe? D'ailleurs on a un peu plus d e pitié de ceux qui\nfont plus de travail et on leur permet quelquefois de finir plus tôt la\nj o u r n é e ; le maître est si b o n ! »... « Ne faut-il pas essayer de voir la vie\ncomme on regarde du h a u t d ' u n e tour ce qui s'agite au pied ? Alors, comme\ntout paraît petit, mesquin ! Sommes-nous effrayés par la locomotive qui file ou\nle cheval qui s'emporte?»... « J e ne sais rien de meilleur, après avoir regardé\nla tristesse de la terre, après avoir vu s'en aller les beaux jours, le soleil et\nles fleurs — et les â m e s , ces autres fleurs, et le b o n h e u r , cet autre soleil —\n que de lever les yeux vers le ciel et de se dire qu'on est attendu là..., que de\n là-haut quelqu'un nous regarde, qui a bien pitié de nos brouillards et de nos\ntempêtes, mais qui les permet, parce qu'il n'a pas d'autre moyen de nous\n amener à son éternelle lumière. »\n    Ces citations ne sont pas choisies à dessein, on pourrait en remplir des\npages et il faudrait presque citer le recueil de lettres tout entier.\n    On le voit, il ne s'agit pas ici d'un livre de pensionnaires. L e s rêves et les\naspirations de tout être qui pense et se recueille rencontreront u n écho\ns y m p a t h i q u e et bienfaisant d a n s le livre de Serge d'Ivry qui prend sa source\nen u n e âme pensive et profonde.\n    Christiane est u n e réponse péremptoire et t r i o m p h a n t e aux prétentions de\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "316                               DURENDAL\n\n\ncette école de critique (assez peu écoutée du reste) qui attache une\nprésomption d'infériorité artistique aux œuvres morales, les qualifiant avec\nun ridicule dédain de littérature enfantine. C'est leur manière de voir qui\nest enfantine et qui accuse un esprit étroit, bouché, fermé aux grands hori­\nzons philosophiques. Le beau n'est pas seulement la splendeur du vrai, il est\nencore la splendeur du bien. Une œuvre immorale ne pourra jamais être\nqu'imparfaitement belle, et à mérite artistique égal, une œuvre morale\ndépasse une œuvre immorale de tout l'abîme qui sépare le bien du mal.\n\n                                                     GEORGES DE GOLESCO.\n\n\nHistoire de l'habillement et de la parure, par Louis BOUR-\n   DEAU. — (Paris, Alcan.)\n   L'histoire de l'industrie du vêtement résume un peu celle de la civilisation.\nL'évolution du costume chez tous les peuples correspond à l'évolution non\nseulement des mœurs, mais aussi des arts.\n   Après la partie documentaire sur les matières premières de l'habillement,\nleur appropriation, les différents modes de confection, M. Bourdeau retrace\nl'histoire spéciale du costume moderne. Il y a dans ces pages de curieux\naperçus de psychologie vestimentaire.\nH e n r i D i d o n , par GAËL DE ROMANO. — (Paris, Plon.)\n   Un disciple du maître, de ce moine libéral et novateur, qui fut tout un temps\nsi discuté, a tressé de ses mains pieuses une couronne de gloire à Henri Didon.\nIl l'a fait avec cet enthousiasme d'admiration que savait inspirer le grand\nDominicain à tous ceux qui l'approchaient. « Vos fidèles veillent à vos pieds,\net ils vous gardent — dans leur culte et dans leur extase — eux qui vous ont\nvu et entendu. »\n                                                                         E. N.\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                          NOTULES\n\n\n   L e T h é â t r e d u P a r c a représenté avec grand succès une jolie comédie\nde M. Auguste Dorchain, Conte d'avril, qui date de la jeunesse du poète et\nque la Comédie-Française joua il y a bien longtemps. La raconter serait\nsuperflu : il suffit de renvoyer les fidèles du grand Will au Soir des Rois, cet\nimbroglio enchevêtré, plus bouffon que sentimental, dont elle a emprunté le\nthème; et pourquoi pas, puisque Shakspeare lui-même semble l'avoir\nrecueilli chez Bandello? En traversant le détroit, la pièce a du reste profon­\ndément changé d'allure et de ton ; le goût français l'a, en quelque sorte,\nfiltrée. L'action s'est resserrée, la composition s'est équilibrée, et le senti­\nment y domine de haut la bouffonnerie. L'imagination ailée du poète nous\ny transporte en un monde féerique, plein de musique et de rêve, romanesque\nà outrance et délicieusement extravagant, où nous sommes tout aises\nd'aborder pour quelques heures, loin de la « rosserie » coutumière du théâtre\ncontemporain. Quel dommage qu'on ne nous serve pas plus souvent de la\nfantaisie et du lyrisme! Le talent des acteurs, parmi lesquels il faut citer\nspécialement M mes Renée Parny, Franquet et Manette Simonet — la plus\njolie des soubrettes — et MM. Rouyer et Joffre ; la musique de M. Widor,\nla beauté des décors et des costumes, tout a contribué à faire de ce conte bleu\nsi gracieusement rimé un spectacle exquis.\n                                                                             D.\n                                          *\n                                         * *\n\n   J e a n D o m i n i q u e ( M a r i e C l o s s e t ) . —Conférence de M.EDMOND\nPICARD, à la Société des Droits de la Femme. — C'est devenu une habitude de la\ncritique de conjuguer, en quelque sorte, les noms de Blanche Rousseau et de\nMarie Closset et de ne pouvoir parler de l'une d'elles sans évoquer le sou­\nvenir de l'autre. M. Picard avait obéi à cette espèce d'impulsion naturelle en\nannonçant une conférence consacrée à la fois aux deux excellents écrivains;\nmais, en étudiant plus attentivement les œuvres de chacune d'elles, il s'est\naperçu,sans doute, que si elles révélaient certaines similitudes d'inspiration et\nde sensibilité, certaines influences réciproques, elles témoignaient également\nd'une originalité foncière, provenue de source et qui se marque à toute page.\nOn pourrait presque dire que le seul trait commun de l'auteur de l'Ombre et le\nVent et du poète de la Gaule blanche est d'être femmes — de l'être avec simpli­\ncité, en conservant de la femme toutes ces faiblesses qui sont des grâces et,\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "318                                   DURENDAL\n\n\naussi, des forces — et, surtout, l'imagination vive, ailée, sensitive des choses\nqui n'appartient qu'à elle — lorsqu'elle est p o è t e ! . . .\n    M. E d m o n d Picard a donc subdivisé la conférence qu'il se propo­\nsait de d o n n e r sur nos deux collaboratrices. Durendal a déjà rendu compte de\nla séance relative à M m e Blanche Rousseau. Celle d a n s laquelle M. P i c a r d a\nentretenu son auditoire de M lle Marie Closset n'a pas été moins captivante.\nSa causerie, agrémentée, en son cours errant, de digressions humouristiques\net de savoureux hors-d'oeuvres, était ainsi qu'un commentaire très fin et très\np é n é t r a n t des ouvrages du poète, dont il a lu de considérables extraits : il a\nsurtout fait sentir, par des exemples heureusement choisis, les qualités essen­\ntiellement lyriques du talent de J e a n Dominique, tout ce qui, chez celui-ci,\ncaractérise l'inspiration poétique dans ce qu'elle a de plus c h a n t a n t , de plus\ninstinctif et presque d'inattendu pour le poète lui-même.\n                                                                              A. G.\n                                              *\n                                          *       *\n\n     U n P r ê t r e - P o è t e . — C'est avec joie que nous annonçons à nos lec­\nteurs la parution du premier volume de vers d'un jeune prêtre-poète de grand\ntalent, l'abbé L o u i s L E CARDONNEL, dont les Poèmes viennent d'être édités\npar le Mercure de France. N o u s en rendrons compte p r o c h a i n e m e n t . Mais, dès\nmaintenant, nous félicitons avec enthousiasme notre jeune ami et collabora­\nteur et r e c o m m a n d o n s son livre aux amateurs de bonne, saine et vraie poésie.\nCe poète n'est pas un inconnu pour nos a b o n n é s . Ils ont eu la primeur de\nplusieurs des poésies que contient son volume. Nous regrettons de ne pas y\nvoir le poème : Saint François et la Cigale, que nous avons publié et qui est u n e\np u r e merveille, u n chef-d'œuvre, le plus beau de ses poèmes, à notre avis, et\nm ê m e u n des plus beaux poèmes qui aient été écrits en ces derniers temps.\nCette omission nous fait espérer que l'abbé L e Cardonnel publiera bientôt un\nsecond volume de vers contenant cet admirable poème. C'est avec joie et avec\nfierté que nous inscrivons le nom de ce jeune poète à côté de celui d'un autre\nprêtre-poète, notre ami et collaborateur l'abbé H . H o o r n a e r t . Ils sont les dignes\nsuccesseurs de notre cher et génial Guido Gezelle, le plus grand poète de ce\nsiècle et la plus p u r e gloire des lettres belges.\n\n                                              *\n\n    L'Association des Ecrivains Belges, fondée en vue de venir\nen aide à nos littérateurs en leur facilitant la publication de leurs œuvres, a\nentrepris la publication d'une Anthologie des écrivains belges de langue française.\nVoici la liste des volumes déjà parus : Camille Lemonnier, Georges Rodenbach,\nEdmond Picard (2 e édition), Emile Verhaeren. A paraître prochainement :\nOctave Pirmez. Chacun de ces volumes est orné d'un portrait et contient une\nbibliographie complète. Ces livres se recommandent d'eux-mêmes comme\nlivres d'éducation, de distribution de prix et sont indispensables à toutes les\nbibliothèques publiques. L e u r prix est à la portée de toutes les bourses :\nbroché, 1 fr. 50 ; relié, 2 fr. 25.\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                                      NOTULES                                        319\n\n\n  P a r m i les ouvrages déjà publiés par la m ê m e association, en outre de la\nsusdite anthologie, signalons : Mihien d'Avène, par M. des O m b i a u x (3 fr. 50);\nLa porte de l'amour et de la mort, par M. Petrucci (3 fr. 50); La solitude heureuse,\npar F . Séverin (2 fr.).\n  On peut se procurer ces volumes en s'adressant à M. l'administrateur-gérant\nde l'Association des écrivains belges, 4, rue du Frontispice, Bruxelles.\n\n                                               *\n                                          *        *\n\n  Edition définitive des œuvres complètes de Tolstoï. —\nLes tomes I I I et IV de Guerre et Paix (volumes IX et X des Œuvres complètes\ndu comte Léon Tolstoï) qui viennent de paraître à la librairie STOCK, de P a r i s ,\nnous offrent, en même temps que la suite des aventures des héros du r o m a n ,\n— le prince André, le comte Bezoukhov, N a t a c h a et Nicolas Rostov, e t c . —\nla continuation du récit, grandiose en son ensemble et dans ses détails, que\nTolstoï consacre aux guerres n a p o l é o n i e n n e s . N o t a m m e n t à propos de\nl'effroyable bataille de Borodino (ou de la Moskova), l'illustre écrivain\naccompagne de considérations historiques la n a r r a t i o n des faits et gestes de\nses p e r s o n n a g e s , à commencer par Napoléon, qu'il évoque, qu'il « c a m p e »\nd'un pinceau magistral. Le génie de Tolstoï a ceci de particulier, et en m ê m e\ntemps de c o m m u n avec les plus merveilleux conteurs, q u e , d a n s la minutie\ndes. descriptions, des entretiens, des mouvements d'âme et de physionomie,\nil ne perd jamais de vue l'ensemble, les g r a n d e s lignes de l'action. D e là\nl'harmonie puissante de son œuvre colossale. Telles parties de Guerre de Paix\nsont d'ailleurs regardées, à juste titre, comme des pages m a r q u a n t e s de la\nlittérature m o d e r n e .\n                                               *\n                                           *       *\n   N o t r e ami F e r n a n d Séverin a épousé, le 3 mai, Mlle Edith\nL u t e n s . N o u s offrons de tout cœur, à notre ami et à sa jeune d a m e , nos plus\naffectueuses félicitations et nos plus sincères souhaits de b o n h e u r . N o u s\nsaisissons cette occasion p o u r renouveler à notre cher collaborateur l'assu­\nrance de notre bien vive sympathie et de toute notre admiration p o u r son\nbeau talent de poète, que nous apprécions et aimons entre tous à cause de\nses t e n d a n c e s si pures, si élevées, si idéales.\n\n                                            *\n                                           * *\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n : C. DROULERS : Les mansuétudes (Paris,\n Lemerre). — A . GASTOUÉ : Cours de plain-chant ( P a r i s , édition de la Scola\n Cantorum). — A. LEBEY : Sur u n e route de cyprès (Paris, Bibliothèque de\n l'Occident). — H . HENQUINER : Vers l'amour ( H u y , B o u r g u i g n o n ) . —\n R. PETRUCCI : L a porte de l'amour et de la mort (Paris, J u v e n ) . — P . L O T I :\n Vers I s p a h a n (Paris, Calmann-Lévy). — E . SCHURÉ : P r é c u r s e u r s et révoltés\n (Paris, P e r r i n ) . — P . DE M O N T en A. DE COCK : Zoo vertellen d e Vlamingen\n (Gent, Vanderpoorten). — BRADA : Isolée (Paris, P l o n ) . — E . ZAHN : Albin\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "320                                  DURENDAL\n\n\n(ibid.). — Vicomte DE BROC : Paysages poétiques et littéraires (ibid.). —\nC. ALBIN DE CIGALA : Urbi et Orbi (Paris, Lethielleux). — Comtesse DE\nFLAVIGNY : P o u r l'honneur (ibid.). — H . L E S Ê T R E : Hisloire sainte (ibid.).\n— P . LAPEYRE : La première encyclique de P i e X (ibid.). — P . DE MONT :\nDe paneelschildering in de Nederlanden gedurende de XIVe, XVe en de eerste\nhelft van de XVIe eeuw, met twintig platen (Laeken-Brussel, P o s t e m a ) . —\nP . SOURIAU : La beauté rationnelle (Paris, Alcan). — E . CORNET : Le rouet\ndes nimbes (Liége, F a u s t - T r u y e n ) . — F . HOUTART : Cercle littéraire du\nCollège Saint-Michel, rapport sur les travaux de l'année 1902-1903 (Bruxelles,\nVromant). — O. AUBRY : De l'amour, de l'ironie, de la pitié ( P a r i s , P l o n ) . —\nE . GUILLON : Du Caire à Moscou (ibid.). — H . MAISONNEUVE : L'éternelle\nrevanche (ibid.). — R . BAZIN : Le guide de l'empereur (Paris, Calmann-Lévy).\n— L . DAURIAC : Essai sur l'esprit musical ( P a r i s , Alcan). — E . VERHAEREN :\nLes tendresses premières (Bruxelles, D e m a n ) . — A. FOULON DE VAULX :\nL'allée du silence ( P a r i s , Lemerre). — J. VANDRUNEN : E n pays wallon\n(Bruxelles, Monnon). — C H . LAGASSE DE L O C H T : Paroles prononcées lors\ndes funérailles de M M . Reusens et Bordiau (Bruxelles, Baertsoen). —\nG. LEGRAND : L e travail ( N a m u r , Godenne). — G. LECOINTE : Au pays des\nmanchots (Bruxelles, Schepens). — M. TINAYRE : L a vie a m o u r e u s e de\nFrançois Barbazanges (Paris, C a l m a n n - L é v y ) . — L. TOLSTOÏ : Œ u v r e s\ncomplètes, t. IX et X; Guerre et paix, t. III.et IV (Paris, Stock). — J. E R N E S T -\nCHARLES : Les samedis littéraires, deuxième série ( P a r i s , P e r r i n ) . — E . DE\nBRUIJN : L e folklore du droit immobilier (Bruxelles, Larcier).— P . ANDRE :\nLettres d'hommes (Bruxelles, E d . de l'Association des Ecrivains belges).\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                                                                               99, rut Royale, 99\n\n PIÀflOS DE SMET                                                                   BRUXELLES\n\n\n                  LE GRESHAM                                   RELIURE QUARTS D^MATEURS\n              Geap*fii« aaglaisc a'aisaraaees t i r la TM\n                ACTIF : 2 0 6 , 9 9 0 , 2 4 7\n                     • U l f t r w payée M •alfisat\n                                                   francs      Paul Claesseiis\n              iasals 1 8 6 5 : 2 8 , 5 0 0 0 0 0 francs\n                  ProÊftcttÊê et VsManfyMMifNfkT frviWfff         24, rue de Berlalmont, Bruxelles\n              8 , plse* Royale, 8 r B R U X E L L E S\n\n\n FA.BRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                          médaille f Or i l'Exposition, mtematlonale le Iroxelles 1897\n\n                      BERVOETS-WIELEMANS  FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n     6, 8, 10,12, Rue du Midi *.K BRUXELLES\nUsine à v a p e u r , Lavoir de laines : fiUZ CES GOUJONS, 120\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                            FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                  57, Rue d« l a Charité - BRUXELLES\n                                                             TÉLÉPHONE 1947\n                                    Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de- tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                   la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RENTOIXAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                            Expositions l'Amsterdam, paris, Llverpool, Li Havre, Iroxelles, CHjcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I H W A Y                                                  &' S O N S\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n  de Suéde et d Italie, du Sultan, de l a reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de cruelquee attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. Wagner. »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d œuvre de forée, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Lisst). » «Vos\nbeaux instruments ineomparab es ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A. Rubtnstein). « Depuis dix ans que je les joue, le me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteiut Un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . a « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Aves-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug d Albert       « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Menter\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MLSCII, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "                  \"VrEaSTNEaTT IDE F-A»Pt-A.ITI^E :\nS A I N T F R A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8°, illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                              fr. 1 2 5\nB R U G E S . — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de trois fig. dans le texte et d e\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur) . . . . . . .                      fr. 1 0 0\nL ' O B L A T , par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). — U n vol. in-12                              fr. 3 5 0\nC H E R C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — U n vol.in-i*         •   3 50\nL E S G E N S D E T I E S T , p a r GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant). — U n vol.in-ia          » 3 50\nQ U I N Z E MOIS D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                           . . .     t   . . . . . . . . . . .          fr. 5 0 0\nLA R O S E E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.)              •   8 50\nS U R Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M™ Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires 'Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence. Alinari)                                                         fr. 1 5 0 0\nL E S J A R D I N S CLOS, poèmes, par PADL MUSSCHE. — ( P a n s , Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                                fr. 3 5 0\n      On peut se procurer ces ouvrages eu s'adressant à notre éditeur CH. 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MENKE, Anvers\n  de date.                         tant e d es ass urés dans\na° Aucune contestation             les bénéfices de la\n                                                                       Œuvres de premier ordre des maîtres flamands\n  en cas do suicide ou de          Compagnie.                                 et hollandais du XVIIe siècle\n  mort par suite de duel.       5° Prêts hypothécaires.                 Experts : J. A A. LEROY frères, Bruxelles,\n                                                                               et F. DELEHAYE & fils, Anvers.\n   S'adresser pour renseignements et prospectus à la                      La vente a lieu MERCREDI 1\" JUIN et\n            D I R E C T I O N    G t N t N A L I                                       JEUDI 2 JUIN\n28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES                                   EXPOSITION les 2 9 , 8 0 et S I MAI, dans la\n                                                                       Galerie de M. LE ROY frères, rue du Grand-\n  Téléphone 949 — Adroite télégraphique : Standard-Bruxelles           Cerf, 6, Bruxelles.\n\n\n                                                A\n                                                u     ENCADREMENTS•»•» »                                     Pai suite de décès\n                                                L.       —     ^   ^    —   ^   —    ^   ^   —   ^   —\n\n                                                v     DORURE                    ET       SCULP-\n                                                E\n                                                R     T U R E S U R BOIS » • * * •                         LIQUIDATION\n                                                D                                                                      DE\n                                                U      ESTAMPES•»•••*•••\n                                                S\n                                                |     GRAVURES                  ANCIENNES                 300 VOITURES\n                                                N    # # # #                     •••««•••                Vente à toute\n                                                s\n                                                u\n                                                     N. B. — LES GRAVURES ANCIENNES                            offre acceptable\n                                               c\n                                               c\n                                               •      SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT\n                                                                                                           71, rue GofFart\n                                               a\n                                               f,    D'AUTHENTICITÉ # • • • • • • • • • •                      lXEItliES\n                                               R\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                  t a , M arche-an-Bol» - BRUXELLES\n Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles a vue ; 1 1/2 p. e. sans commission\n    Dépôts ea. Comptes de Quinzaine t intérêt variable* moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. e.\n                     Enoaissement de Coupons, Titres, Effets, eto<-\n                                     ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous pays\n           Prêts s u r Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n\n  LA RÉSERVE MUTUELLE\n          de»        ETATS-V.\\iS\n COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n                    . v i e\n\n\n\n\n EKCAIMIIIIHT ANNUEL . . . .     40 Millions\n SlMSTRBS PATIS           v .   250 Millions\n\n     Combinaisons 1res intéressantes\n  WIECTIOI «ÉHÉULE POU! LE MUTIIENT K L EMOK\n      S , r u * H M » T 7 , P A R I S <©•)\n     DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n 18, rue du Rouleau. B R U X E L L E S\n         •>• «tomamle <tra A I M M\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "                                 1\n                                     ^jâp*\"\" 1 \"\"\"\"»»afel<f/\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelles\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1904-05", "signet_source": "Onzième année - N°5 - Mai 1904", "preuve": "Couverture conservée (PDF 308) : « Mai 1904. 11me Année. N° 5. » ; sommaire (PDF 310) : « 1904 — 11e Année. Sommaire du n° 5 (Mai) ». Indices internes : Salon des Beaux-Arts daté « Bruxelles, 20 avril 1904 » ; compte rendu daté « Tanger, 8 avril 1904 » ; mariage de Fernand Séverin « le 3 mai » ; publicités (ouverture du Westend’ Hôtel le 25 mai ; vente publique des 1er-2 juin) ; annonce d’une étude sur Vinçotte « dans la livraison de juin ». Pagination continue 257-320 après la livraison d’avril.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}