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N» 6.\n\n\n\n\n      REVUE CATHOLIQUE'\n         <DE LITTERATU\n\n\n\n\n                                    ^ • • J\n\n\n\n\n                  •   •   •\n\n\n\n\n                              •    •   . •\n\n\n\n\nB R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine de la société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4263, "texte": "Domaine de la société \" La WESTEUMISE\n\n                                   U PLAGE DE WESÏÏNDE\n                           est située aux bords de la mer du Nord,\n                     entra Ostende et Nieuport; elle est de sable fin.\n                     Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                     attirer l'attention des familles désireuses de Jouir\n                     d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                     le confort à la simplicité dans des conditions très\n                     avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                     le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                     saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                     tage est organisé et placé sous la surveillance corn-\n                     munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                     aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                     tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\nVillas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                     phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n    A VENDRE\n                     d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n  par annuités       digue, des avenues, des villas et des eottages.\n\n\n                              HALLES WESTENDAISE8\n                       Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert las\n                     villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                     conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                     bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                     dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                     jours de premier choix.\n                                                          lie Wastend* H «toi est ouvert du s5 mat\n                                                          au aS septembre         Pension de 6 à 1S fr.\n                                                          par jour. Aux commencements et fins de\n                                                          saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                            tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                          prolongé à l'hôtel. 75 ehambres parfaite-\n                                                           ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n DIGUE                                                       rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                               Ameublement moderne esthétique et\n                                                                      confortable. Balcons et Ter-\n                                                                                  Salle de musique.\n                                                                          Salle de billard. Salle de\n                                                                            récréations p» enfants.\n                                                                                Salons de lecture, de\n                                                                                       eorrespondan-\n                                                                               »'<$ | ee. Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves re-\n                                                                                       commandées.\n                                                                                       Appartements\n                                                                                       aveesaloa.\n\n  8ervice d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique régulier*\n Communications téléphoniques avec toute la Belg'que et les réseaux étrangers voisins\n                                  A. B R U X E L L E S , 5 3 » , r u e C a p o u i l l e t ;\n\n                               Î  A W E S T E N D E , a l'Administration de la\n                                       Plage ou au Westend'HôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 390, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                               1904 — il* Année\n\n\n\n                    Sommaire du n° 6 (Juin)\n\nMAURICE DULLABRT. — Louis          Le Cardonnel                            3ar\nPIERRE WUILLE. — Chansons          (frises et roses :\n                      Le pays des rêves;\n                      La chanson du clair de lune;\n                      Obsession ;\n                     Vous avez passé                                       33i\nMAURICE D U ^ E Z ; La douce mort                                          335\nMARTIAL MARCEL. — Poèmes           :\n                        Question ;\n                        La maison      d'enfance;\n                        Chagrin;\n                        Regrets ;\n                        Anxiété                                            340\nJOSEPH RYELANDT.      — Les dernières        sonates pour piano       de\n                               Beethoven (suite .\nIsi COLLIN. — Ode                                                          341\nFRANZ ANSEL. — Henri de Régnier (suite et fin . . . . . .                  352\nP. L. — Un statuaire portraitiste      :\n           Thomas Vinçotte                                                 363\nGEORGES SYSTBRM ANS.     — Le LXXXF festival rhénan          . . . .       368\nGEORGES DE GOLESCO. — Sixième concert Ysaye :\n                             La symphonie      en si bémol de Vincent\n                                  d'Indy                                   373\nLivres et Revues                                                           375\nNotules                                                        -. .    .   38i\nIllustrations   : Buste de M. Montefiore-Levi           \\\n                 Buste de M \" Borel                     > Thomas Vinçotte.\n                 Buste de M. 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H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                   Secrétaire de la Rédaction ; GEORGES V I R R È S\n                             Correspondant d* la rédaction à Paris :\n\n\n                 M . H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX FRANZ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 391, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 849, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "PRINCIPAUX\n      FRANZ ANSEL.                         COLLABORATEURS\n                                                 ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKABRT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                      L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                     VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                 GODEFROID KURTH\n      MARIE CLOSSET.                                       L . DE LA LAURENCIB.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                              L'abbé L . L E CARDONNBL.\n      L'abbé P A U L CUVLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . - C H . LBCONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES MARTENS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                    PAUL MUSSCHB.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKB.                     EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                           MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DBMOLDER.                                     ERNEST PÉRIBR.\n      D o m BRUNO TJESTRÉE.                                GEORGES RAMAEKBRS.\n      JULES DESTRBE.                                       GEORGES RBNCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                      JOSEPH RYBLANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                    FERNAND SÉVBRIN.\n      J. ESQUIROL.                                         HENRY V A E S .\n      EMILE FERMAUD.                                       ROBERT VAN DBR E L S T .\n      LAURENT FIERBNS.                                     CHARLES V A N LBRBERGHB.\n      H . FIÉRENS-GBVAERT.                                 EMILE VERHABRBN.\n      IWAN GlLKlN.                                         L'abbé F R . VBRHBLST.\n                                                           LÉOPOLD W A L L N B R , e t c . , etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL    de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d abonnements, s adresser aa\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 330, "titre_corps": "Louis Le Cardonnel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Dullaert", "ancre_debut": "Louis Le Cardonnel La Vérité me parle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 392, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "Louis Le Cardonnel\n                               La Vérité me parle, ineffablement belle.\n                                                          L. L. C.\n\n\n               C'EST M. Charles Morice qui, passant en revue       les\n                   cadets du Symbolisme, écrivait, en 1889, avec\n                  un grain d'impertinence : « Louis Le Car­\n                  donnel est, peut-on croire, perdu pour la poésie.\n                   Ce poète s'est fait prêtre. Fallait-il que la\n                  preuve fût ainsi donnée de la sincérité du\n                  mysticisme de la jeune littérature? Le futur dira\n                  comme l'Eglise saura glorifier sa propre vita­\nlité ou témoignera de sa mort, en laissant le poète très pur, qui\nne peut être effacé déjà dans le très pieux lévite, authentiquer\nsa foi par l'art inoublié, — ou en éteignant l'art et l'artiste. »\n   L'épreuve injurieuse est faite. Voici que le futur a parlé,\npéremptoire, et non sans frustrer, je le crains, l'attente inavouée\nde qui l'invoquait. Les admirables Poèmes, parus enfin, de\nM. Louis Le Cardonnel attestent très haut, à l'ébahissement\ndes penseurs qui se donnaient le ridicule d'en douter, qu'en le\nconsacrant à la poésie suprême de ses mystères, l'Eglise, loin\nde rien éteindre en lui, sut grandir l'art en épurant l'artiste.\n   M. Le Cardonnel naquit aux lettres vers 1885. Il appartient\nà cette génération poétique où marquent, talents et renoms\ndivers, vivants ou déjà disparus, Ephraïm Mikhaël et Pierre\nQuillard, Viélé-Griffin et Stuart Merrill, Henri de Régnier, qui\ntriomphe, et ce frissonnant Albert Samain, exquis entre tous,\nvictorieux, hélas ! dans la mort, et dont les Poèmes saluent, d'un\nsonnet si noblement attendri, la mélancolique mémoire. C'est\navec eux, avec maints autres, qu'il débuta dans les aventu­\nreuses revues d'avant-garde, et c'est d'alors que datent quel­\nques-uns des morceaux recueillis aux premières pages du livre\nd'aujourd'hui.\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "322                         DURENDAL\n\n\n    Verlaine et Mallarmé régnaient. L'un, a dit joliment M. de\n Régnier, « apportait, en ses mains ouvertes, un bouquet de\n fleurs nouvelles, odorantes et délicieuses; l'autre, plus secret,\n apportait, en ses mains fermées, des graines obscures et fécondes.\n Verlaine enseignait à poser les doigts sur la flûte d'une façon\n ingénieuse et inattendue. Mallarmé indiquait moins un doigter\n nouveau au buis sonore qu'à y souffler une haleine mystérieuse».\n Les vingt ans de M. Le Cardonnel honorèrent, chez ce maître\n décidément trop hermétique, la splendeur de sa vision et le hau­\ntain idéalisme qui l'isolait de la foule. Ils se plurent de même\naux câlines et languides musiques, aux subtiles caresses du vers\n verlainien, à son art si nuancé, où l'extrême raffinement joue\n l'ingénuité. En faut-il d'autres témoignages que le Rêve de la\n Reine, transcrit par M. Charles Morice dans la Littérature de\ntout à l'heure, et, dans le présent recueil, le Piano ou Lassitude,\nqui s'apparentent si manifestement, par la manière comme par\nle sentiment lui-même, à maints poèmes, dont se bercent encore\nnos mémoires, du pauvre Lélian?\n    Mais à ces jeux complexes de virtuose, à ces voluptueuses\n langueurs de blasé, M. Le Cardonnel ne s'arrêta guère. Si l'ar­\ntiste y gagna d'enrichir son clavier, le poète était né pour rendre\nd'autres sons. Sa physionomie littéraire promptement s'accusa.\nParmi cette jeunesse détachée de tous dogmes et dont le mys­\nticisme célèbre se bornait, le plus souvent, à une curiosité de\nla sensation religieuse, il se trouvait presque seul à posséder la\nFoi. Il résistait de son mieux aux séductions puissantes de ce\ndilettantisme qui châtrait, autour de lui, tant d'âmes. Son grave\nenthousiasme s'élançait à la fois vers la toute Beauté et vers la\nVérité totale, confondues, à ses yeux, en un même Absolu.\nDéjà, confesse-t-il, aux jours de son enfance pensive, il avait\nentendu une secrète voix, divinement tendre, qui l'appelait, et,\nbien qu'un juvénile rêve de gloire l'eût pour un temps mêlé,\ndans l'énorme cité de folie et d'orgueil, au tourbillon que mène\n « un invisible Esprit, impur et révolté », il n'oubliait point, il\nne pouvait oublier l'appel. Epris des saintes ivresses de l'âme,\nil dédaignait de s'enivrer aux calices profanes. Il aspirait trop\nà la Vie pour s'attacher aux vanités qui meurent. Sa pensée\ndroite et claire habitait l'Au-delà. Ses sentiments les plus\nardents gardaient quelque chose de virginal, ses plus vives ima­\n ginations je ne sais quoi d'austère. Si l'amour l'avait ému, la\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2099, "texte": "                       LOUIS LE CARDONNEL                       323\n\n\nchair ne l'avait point subjugué. Peut-être, en quelque forêt\nd'automne hospitalière au songe, avait-il entrevu, au cré­\npuscule, l'ombre souriante de Béatrice; il avait su fuir\nDalila.\n       Amant des visions qui ne s'étreignent pas,\n\nc'était un solitaire, un silencieux, un chaste. Ses amis, qu'il\nétonnait sans doute, l'avaient surnommé l'Ascète.\n   Aussi son œuvre atteste-t-elle à toute page un idéal pur,\nhéroïque et tendre, jamais profané. Comme les preux qu'exalte\nla légende, le poète venge, d'un geste harmonieux et fier, l'azur\nbafoué. Qu'il évoque un noble artiste, Puvis de Chavannes,\nparti vers l'immortalité parmi le vent des palmes triomphales,\nou célèbre, chez Tennyson, le don mystérieux d'éveiller l'infini;\nqu'il chante, avec un sentiment profond de la nature, la sainte\nnuit, la majesté du silence, les mélancolies d'été ou le deuil\nautomnal, il est rare qu'une haute pensée ne grandisse le poème\net que celui-ci ne prenne un accent religieux :\n       Ecoute : la forêt, que nul vent ne balance,\n       Commence à s'assoupir dans sa grave opulence.\n           Regarde : l'allée est sans fin,\n       Où marchent avec nous Octobre et le Siltnce...\n\n        Entre les feuillaisons luit\" le couchant divin,\n        Et battant de son flot nos veines, comme un vin\n               Magicien roule le rêve :\n        Mais son enchantement nous le connaissons vain.\n\n        Ah ! mourante beauté des branches, gloire brève !\n        C'est l'effort, c'est l'essor de la suprême sève,\n                Puis tout rameau devenant noir\n        Attendra que l'Avril dans sa verdeur se lève.\n\n        Nous-mêmes, empourprés par un dernier espoir,\n        Nous sentirons bientôt tomber aussi le soir,\n              Et tomber l'hiver sur notre âme...\n        Mais du moins pourrons-nous, après tant d'ombre, voir\n\n        D'un Paradis la porte éternelle, que lame\n        Un or magique, un or mystique, un or de flamme,\n              S',entr'ouvrir, telle que, là-bas,\n        — Ah! tandis qu'une voix de biche, écoute, brame! —\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "324                             DURENDAL\n\n\n        Nous voyons, éblouis et de cheminer las,\n        Resplendir, comme si bientôt ne devait pas\n            Nous la cacher l'ombre fatale,\n        Resplendir, inondant d'une clarté nos pas,\n\n        La porte d'or, la porte d'or occidentale!\n\n   C'est aussi par la gravité religieuse de l'accent que frappent\nles rares poèmes où M. Le Cardonnel évoque l'image pâlie de\ncelle qui fut sa Dame. Elle apparaît lointaine, sérieuse et\ndouce, tantôt dans un mélancolique décor de novembre où le\nvent froid roule aux avenues les feuilles rouillées, tantôt dans\nl'enchantement du décor nocturne, sous les solennelles étoiles,\nà l'heure où toute voix se sent profane et où se pénètrent en\nsilence les âmes. Répudiant les faciles joies et l'ivresse vulgaire,\nle grave amour que lui voue le poète ne vit que de pudeur, de\nrêve et de larmes. Son respect la nomme sœur. Il respire en elle\nun véritable lys. S'il s'inquiète à l'heure la plus suave et s'il\nsouffre, c'est, hélas! que\n\n        Toute humaine douceur porte un poison en elle\n\net qu'avide d'éternité, il sait le néant douloureux des passagères\nextases. Le bonheur qui va fuir est-il encore du bonheur? Non,\nla vallée des amants heureux, Vallis amantium, que nous révèle\nun tendre et pur poème, digne de notre Fernand Séverin,\nn'est pas de ce monde. L'incrédule et le croyant poussent le\nmême cri :\n\n        Qu'est-ce que tout cela, qui n'est pas éternel?\n\n   Mais, cependant que le grand poète négateur de l'Illusion\nsuprême, se détournant avec horreur de la vie cruelle et men­\nteuse, appelle « la paix impassible des morts » et aspire déses­\npérément au non-être, qui le guérira d'avoir été, le chrétien\ndétache de la terre son désir inassouvi et l'élève en toute assu­\nrance jusqu'au ciel, qui le saura rassasier. L'un embrasse, avec\nune sombre résignation, la Mort; l'autre, ineffablement ravi,\ns'abîme en Dieu.\n   La voix que son enfance avait entendue parla, plus pressante\net plus tendre, dans la nuit des églises où il réfugiait ses peines,\nà sa jeunesse inquiète. M. Le Cardonnel obéit à l'attrait divin.\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "                       LOUIS LE CARDONNEL                          325\n\n\nC'est déjà l'amour mystique, assoiffé d'immolation, qui s'ex­\nprime dans cet héroïque et dolent poème, le Chant des Chevaliers\nqui ne sont pas morts en Palestine. Ils n'étaient partis si joyeuse­\nment, naguère, à la conquête du Tombeau que parce qu'ils\navaient au cœur le sublime espoir de ne point revenir. Leur\nsaint enthousiasme comptait forcer d'un même glaive la Jéru­\nsalem terrestre et la céleste Solyme. Las ! quel réveil ! Alors que\ntant de frères, qui n'ont pas mieux combattu, revêtent là-haut\nla pourpre et ceignent la couronne, eux, les exclus du martyre,\ns'en reviennent tristement aux manoirs abandonnés. La pensée\ndu trépas qui les a refusés tue dans leurs âmes tout l'orgueil de\nla victoire. Ils ne peuvent se résigner à l'amer désenchantement,\nà l'affront de survivre :\n\n        Puisqu'elle a disparu, la vision suprême,\n        Nous reviendrons sans joie à l'ombre de nos tours,\n        Et nous devrons porter, ainsi qu'un anathème,\n        Jusqu'au terme inconnu, l'ennui pesant des jours.\n\n        Que pourrait dire encore à notre âme morose\n        Le tournoi qui s'apprête au chant des olifants ?\n        Après avoir lutté pour la divine Cause,\n        Nous les dédaignerons tous ces vains jeux d'enfants.\n\n        Aux murs de nos châteaux sommeilleront les heaumes,\n        Les glaives poussiéreux et les écus rouilles :\n        Vieillis, nous errerons, pareils à des fantômes,\n        Qui se traînent avec des yeux inéveillés\n\n        Pour nos fils, orgueilleux des gloires paternelles,\n        A peine nos regards se feront-ils moins froids;\n        A peine un pâle éclair luira dans nos prunelles\n        Quand des jongleurs viendront nous chanter nos exploits.\n\n        L'éclair s'éteindra vile, et nous semblerons suivre\n        En nous, les yeux fermés, un poème plus beau,\n        Et des pleurs couleront sur notre face. Ah ! vivre,\n        Vivre! quand on pouvait mourir pour le Tombeau!\n\n   Voilà certes une plainte d'âme assez insolite dans la poésie\ncontemporaine, dont l'idéalisme s'arrête volontiers à de moins\nfiers sommets. Le généreux poète qui l'exhala n'attendait plus\nrien du monde. Son ivresse était tombée, morte sa superbe. La\ngloire elle-même, si radieuse dans ses rêves d'adolescent, ne le\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "326                           DURENDAL\n\n\ntentait plus. Peu d'années avaient suffi pour lui apprendre qu'il\nest cruel d'espérer aux faux dieux. A son cœur las et vide toute\nchose apportait une mélancolie. Il était mûr pour Dieu. Dans\nun beau geste de volonté, il rejeta loin de lui ce néant qui\nl'avait fait souffrir, s'évada résolument de la terre et s'abandonna\ntout entier à l'Amour :\n        Aux jours de ma jeunesse ardente et solitaire,\n        Du fond de mes péchés vous m'attiriez à Vous,\n        O Dieu, dont les desseins sont voilés de mystère.\n        Partout vous me suiviez comme un amant jaloux ;\n        Vous faniez pour mon cœur, d'avance, toutes joies;\n        Vous me faisiez pâlir des plus amers dégoûts.\n        Chasseur, vous m'attendiez, déguisé sous mes proies,\n        Et je marchais, vaincu déjà, dans vos chemins,\n        Quand je croyais errer encore dans mes voies.\n\n        A présent me voici tout entier dans vos mains :\n        Vous m'avez rajeuni pour votre œuvre future,\n        En trompant les calculs et les pensers humains.\n        J'ai traversé l'angoisse et connu la torture,\n        Seigneur, mais votre force a chaque fois dompté\n        Les émois qui troublaient ma fragile nature.\n        Et maintenant, soldat de votre volonté,\n        Ame en qui, par torrents, vos grâces sont venues,\n        Dans le renoncement trouvant ma volupté,\n        Plein d'espoir je m'en vais vers des croix inconnues.\n\n   Merveilleuse métamorphose de l'âme! Miracle mérité par le\ndon de soi! Le poète ne s'est pas plus tôt renoncé que sa dou­\nleur devient allégresse, son inquiétude, sérénité, et force sa fai­\nblesse. Ses heures autrefois vagabondes, qui poursuivaient sur\nles chemins de l'aventure leurs folles chimères ou qui, lasses,\ntraînaient leur ennui le long des jours et, amères, demandaient\nen vain le repos à la nuit, blanches maintenant du reflet de la\n paix infinie,\n         Se suivent dans l'amour, la paix et l'harmonie,\n         Car, chaste Conducteur qu'on ne suit pas en vain,\n         Fils du Père, vêtu de la nature humaine,\n         C'est le divin Berger, c'est l'Enchanteur divin,\n\n         C'est le divin Orphée, humble et doux, qui les mène.\n"}, {"page_pdf": 398, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "                        LOUIS LE CARDONNEL                      327\n\n\n   Il semble, par instants, que le ciel même soit descendu dans\ncette âme. La lumière d'en haut l'éblouit. Un feu divin l'embrase.\nLoin des passants, pleins de vide et de bruit, le poète épris du\nsilence goûte la pure et calme ivresse de l'Idée. Dans la cellule\nétroite, close à tous les tumultes humains,\n\n        L'âme resplendissante et le cœur allégé,\n\nil prie, il contemple, il savoure les joies austères de la médita­\ntion, il s'enivre de voir sur les sommets blanchir la grande\nAurore. Et, sans doute, étant homme encore, il souffre; il\nconnaît, lorsque Dieu s'absente, des heures de sécheresse et\nd'abandon ; son indignité l'accable; il saigne, parfois, à son tour\nsur la croix où fut cloué le Maître. Mais il sait aussi la grandeur\nd'être broyé, la beauté de s'offrir, et que l'extase paie infiniment\ntoutes les tortures.\n   Il est digne, à présent, de pénétrer la splendeur des grandes\nâmes mystiques et de les chanter. Mieux que le Musset libertin\nde Rolla, il pourrait s'écrier :\n\n        Cloîtres silencieux, voûtes des monastères,\n        C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer!\n\n        Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices,\n        Vous buviez à pleins cœurs, moines mystérieux !\n\n        Vous aimiez ardemment : oh ! vous étiez heureux !\n\n   Ayant éprouvé cet amour et ce bonheur, il sait que la vie\nmonastique n'est point le « morose étang » que disent les pro­\nfanes, mais le lac limpide et profond où dardent les feux étin­\ncelants de l'éternel Soleil. Et puisqu'il les vénère autant qu'il\nles envie, les moines glorieux et les augustes vierges, les\nBenoit et les François, les Hildegarde et les Gertrude, il méri­\ntera d'être leur poète et de trouver dans son cœur filial, pour les\nexalter dûment, des vers magnifiques.\n   Il est tout charité. Son âme généreuse déborde de man­\nsuétudes et de pardons. S'il songe quelquefois aux frères qu'il\naimait et qui raillèrent son départ, à ceux qui, changés en mau­\nvais frères, se détournent de lui ou — tel M. Retté, que je\nnomme — s'efforcent de le salir, c'est avec mélancolie, mais\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "328                             DURENDAL\n\n\nsans a m e r t u m e . Unissant à nouveau le P o è t e et le P r ê t r e , il\nchantera pour consoler les âmes en leur ouvrant des chemins\nvers la Beauté divine. C'est Dieu qu'il cherche et montre\ndésormais sous la grâce des choses. Regardez les étoiles : ce\nsont de « vibrantes lueurs par l'Infini dardées ». N e devinez-vous\npas, derrière le voile que tendent, au ciel, les ténèbres nocturnes,\nle Visage éternel? Ce magnanime rêve d'apostolat lui dicte\nles stances de Pro Amicis, qui comptent p a r m i les plus belles et\nles plus émouvantes de son livre, et les vers si tendres et si\ngraves, où vibre une charité si sacerdotale, qu'il intitule Le bon\nSeuil :\n         Ma maison est au bord des champs, près de l'église.\n\n         Si tu passes, ô toi, que ton angoisse brise,\n         Voyageur éternel, Icare désolé,\n         Arrête-toi : je suis l'homme au cœur introublé;\n         Mais avant j'ai connu toute la vie humaine,\n         Et mon âme n'est pas dure, d'être sereine.\n         Je te consolerai, je t'offrirai mon pain,\n         J'irai pour toi chercher le vin, l'antique vin,\n         Si généreux qu'un Dieu l'a fait jadis auguste :\n         Alors, tu sentiras ton âme plus robuste.\n         Je t'accompagnerai quand tu repartiras.\n         Sur la route, ô passant, je t'ouvrirai mes bras,\n         Et ton ombre éloignée, et par mes yeux suivie,\n         Disparaîtra, gardant la parole de vie.\n\n   Ces vers, pas plus que les précédents, n'ont rien de révolu­\ntionnaire. M. L e Cardonnel ne fut point des adeptes du vers\npolymorphe, qui séduisit tant de ses compagnons de lettres et\ndont la fortune a visiblement baissé. T o u t e son audace se\nborne, dans quelques-uns de ses poèmes anciens, à rejeter\nl'alternance des rimes masculines et féminines, à accoupler\nles féminins aux masculins, à remplacer la rime par l'asso­\nnance, à user — voir le Tailleur de Tombes — du vers blanc.\nEncore a-t-il renoncé, depuis, à ces hardiesses courantes. Peu\nde rythmes impairs de neuf syllabes ; point de onze; j a m a i s il\nne dépasse les douze pieds. L e puissant et souple alexandrin,\nlibéré des entraves inutiles et dont il varie savamment les\ncadences, avec un goût m a r q u é pour le r y t h m e ternaire,\n demeure son mètre préféré.\n   C o m m e chez tous les symbolistes, son vers est plus musical\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "                      LOUIS LE CARDONNEL                        329\n\n\nque plastique. M. Le Cardonnel sait, autant que les plus\nparfaits musiciens d'aujourd'hui, tous les secrets de l'harmonie\nverbale, toute la puissance évocatiïce des sons. Avec une rare\ndélicatesse d'oreille, il multiplie, en vue d'effets saisissants, les\nallitérations et les assonances. On en recueillerait aisément\ndes exemples nombreux dans les Poèmes; je signalerai, parmi\nles morceaux dont la technique est. le plus curieuse à cet\négard, la superbe Prose en l'honneur de quelques vierges. Ni\nlangueurs, ni violences; pas plus de mièvreries que de bruta­\nlités. Sa musique est pénétrante, grave et douce, large parfois,\net solennelle comme un chant d'orgue. A mesure que s'élève sa\npensée, son art aussi, répudiant les virtuosités superflues,\nmarche vers une grandiose simplicité. Ample et sonore, peuplé\nde nobles images, le vers gagne plus de fermeté, de relief et\n d'éclat. Il ne se vante pas, le poète, lorsque, ému des ironies\n méchantes qui le disent perdu pour la Vie et pour l'Art, il\n proteste que jamais sa voix n'a résonné si pure : c'est justice, et\n rien de plus, qu'il se rend.\n    Le catholicisme a vite fait par ces temps païens de compter\nses poètes. La génération parnassienne lui donna l'admirable et\ncalamiteux Verlaine. Il ne doit encore à la génération symbo­\nliste que M. Louis Le Cardonnel. Mais le maître illustre d'hier\n diffère profondément, par l'inspiration, du chanteur que saluera\n peut-être demain.\n    Verlaine est le pécheur. Une perpétuelle tempête se déchaîne\n en son âme. La Bête lascive ne se lasse jamais de traquer\n l'Ange et d'en triompher. « Enfant prodigue avec des gestes de\n satyre », il ne parvient pas à dompter en lui le vieil homme et\n n'élève un instant son pitoyable repentir vers Dieu que pour\n retomber aussitôt à l'orgie. C'est de ce poignant conflit que naît\n surtout le pathétique de son œuvre. S'il immortalisa, dans\n Sagesse, la paix de quelques heures claires, ce qu'il crie presque\n partout, c'est la détresse spirituelle, l'angoisse tragique de la\n lutte, le dégoût de soi. Il a des plaintes déchirantes et de\n navrants sanglots. Comme ce mauvais garçon incarne l'incurable\n  misère humaine, il a un extrême besoin de se fier à l'infinie misé­\n  ricorde divine. Quand il s'humilie, tremble, pleure, se frappe la\n  poitrine et crie merci, c'est au Père très bon, très doux et très\n  tendre qu'il s'adresse : il en appelle du Justicier au Rédemp­\n  teur. Ses poèmes, où se reflète le désarroi de sa vie et que l'on\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "330                        DURENDAL\n\n\nne comprend tout entiers qu'à la condition de se familiariser\navec la biographie du poète, revêtent un caractère tout sub­\njectif et personnel. Ils nous frappent par l'intensité de l'émotion\net la spontanéité de l'accent bien plus que par la noblesse du\n sentiment ou l'ampleur de la conception. L'œuvre vit de sensa­\ntion plutôt que de pensée et parle à l'intelligence moins qu'à la\n sensibilité.\n     C'est le contraire chez M. Le Cardonnel. Celui-ci est un con­\n templateur. Le mal ne l'obsède pas ; son âme règne sur ses sens.\n Il connaît la paix. Ses larmes sont d'ivresse et d'extase. Il prie\n sans doute, car il n'ignore rien de sa faiblesse; mais surtout il\n adore. Ce qu'il nous révèle, c'est moins la Bonté divine que la\n divine Beauté, que la divine Sagesse, que la divine Vérité.\n Plutôt que la douceur et la tendresse du catholicisme, il montre\n sa splendeur. C'est assez dire que son œuvre témoigne d'une vie\n spirituelle profonde et que, dans son talent, la réflexion l'em­\n porte sur la spontanéité. Le poète, apparaît dans l'attitude\n sereine et grave de la méditation. Il frappe par l'ampleur et par\n la majesté. Il a moins de charme que Verlaine, moins\n d'abandon, de fraîcheur, et d'ingénuité, mais plus d'élévation.\n  Il touche moins le cœur, mais émeut davantage l'esprit. Ver­\n laine se prosterne; il plane. Verlaine attendrit; il exalte.\n Lisez ses Poèmes : je ne crois pas que, depuis le maître\n  immortel de Sagesse, ait résonné, dans la poésie française, plus\n fervente et plus pure chanson vers l'Infini.\n\n                                          MAURICE    DULLAERT.\n\n\n\n\n                              *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 331, "page_fin": 331, "titre_corps": "Chansons grises et roses : Le Pays des Rêves", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Wuille", "ancre_debut": "Chansons grises et roses A Georges Rency", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "Chansons grises et roses\n                                A Georges Rency\n                    Témoignage d'admiration et de reconnaissance.\n\n\n\n          Le Pays des Rêves\nJ'ai cherché partout le pays des Rêves,\nJe l'ai tant cherché que mon cœur est las...\nLas d'avoir couru les monts et les grèves\n Et las d'avoir cru qu'il n'existait pas,\n          Le pays des Rêves.\n\nJ'ai cherché partout d'immortelles      roses,\nMes pieds ont saigné le long du       chemin...\nMais je n'ai trouvé que des c i e u x moroses,\nDes jardins sans fleurs, des hivers sans fin,\n         Et des portes closes...\n\nJe me suis penché sur des caravelles,\nMon œil a sondé l'horizon   menteur,\nCroyant voir surgir dans les étincelles\nLe pays rêvé, plein de la splendeur\n         Des fleurs immortelles.\n\nEt mon cœur m'a dit : « Le pays du Rêve\nEst un beau mirage et n'existe     pas...\nTriste nautonier, retourne à la grève,\nRêveur vagabond, reviens sur tes pas,\n         Vois, le jour s'achève. »\n\n — Je suis revenu vers la terre infâme,\n Je me suis traîné vers les bourgs      maudits...\n Merveille! J'ai vu les pays de flamme,\n Les pays d'azur, les divins    pays...\n           Ils sont dans mon âme!\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 332, "titre_corps": "Chansons grises et roses : La Chanson du clair de lune", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Wuille", "ancre_debut": "La Chanson du clair de lune Quand les lilas", "ancre_fin": "C'est la chanson du clair de lune", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Obsession", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "La Chanson du clair de lune\nQuand les lilas, de combe en combe, au loin    neigeant.\nEnverront vers nos cœurs des concerts en sourdine;\nLorsque nous sentirons, du fond de la ravine,\nMonter, vers les lointains, dans un brouillard    d'argent,\nDes prières d'oiseaux, des rêves   d'aubépine,\n\nQuand tout reposera dans la nuit et ses voiles,\nNous irons en rêvant écouter sous les deux,\nNous irons écouter les chants       mystérieux,\nLes chants du clair de lune amoureux des étoiles,\nSi tristes, qu'ils mettront des larmes dans nos yeux.\n\nOh ! l'étrange chanson, qui trouble et qui fait croire\nQu'entre les troncs moussus de la pâle forêt,\nOn entend soupirer un éternel regret\nQui pleure, inconsolé, dans des flûtes d'ivoire\nQuelque douleur immense ou quelque lourd secret...\n\nPuis la plainte s'étouffe, et s'alanguit, et meurt...\nAlors, dans les roseaux, un long soupir de rêve\nS'éveille triste et doux, se prolonge et s'achève,\nEt renaît de nouveau, si tendrement       berceur\nQue l'âme craint de voir s'appâlir la nuit brève.\n\nPuis c'est un gazouillis qui vibre et rit dans l'air\nDu rire frais et pur d'une folle oréade,\nUn rire qui s'échappe en joyeuse cascade\nEt qui fuse, et qui roule, éclaboussant d'or clair,\nLe rêve des forêts, éternel et maussade.\n\n\nC'est une âme qui rit de sa grande   douleur.\nC'est un cœur virginal qui pleure, à la nuit brune,\nEt conte en sanglotant ses rêves à la lune,\nDes rêves si charmants, si beaux, qu'ils lui jont peur...\nC'est la chanson du clair de lune.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 333, "titre_corps": "Chansons grises et roses : Obsession", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Wuille", "ancre_debut": "Obsession Sur les fenêtres de mon âme", "ancre_fin": "Pour les crimes de mes aïeux", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Vous avez passé", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "Obsession\n       Sur les fenêtres de mon âme.\n       Je sens, au seuil des sombres nuits,\n       Je sens deux yeux dont je ne puis\n       Sans me troubler, fixer la f l a m m e .\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "     CHANSONS GRISES ET ROSES                333\n\nJe sens deux yeux tout grands     ouverts,\nSi tristes, si baignés de larmes,\nQue l'on devine leurs alarmes\nEt tous les maux qu'ils ont soufferts.\n\nJe sens deux yeux pleins de reproche\nChercher, traqueurs    silencieux\nChercher au fond de mes deux yeux\nMon cœur tremblant à leur approche.\n\nJe sens deux yeux pleins de menaces\nTendre à travers l'horreur du soir,\nTendre vers moi leur     désespoir...\nEt j'attends, les mains sur la face...\n\nOh ! celui de ces yeux   maudits,\nDites-moi, qui donc peut-il être?\nQuel démon, Seigneur, ou quel être\nMort à jamais au paradis!\n\nMon Dieu, voyez, mes yeux sont clairs,\nMes mains sont pures de tout blâme.\nSondez mon cœur, scrutez mon âme,\nEt dites-moi s'ils sont pervers...\n\nSerait-ce vrai ce que ces yeux\nSemblent me montrer en leur gouffre :\nEst-il vrai, mon Dieu, que je souffre\nPour les crimes de mes    aïeux?...\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 333, "page_fin": 334, "titre_corps": "Chansons grises et roses : Vous avez passé…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Wuille", "ancre_debut": "Vous avez passé Jadis vous avez passé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "Vous avez passé...\nJadis vous avez passé\nSur l'eau calme de mon âme,\nSur l'eau vive de mes larmes,\nJadis vous avez passé...\n\nSur l'eau qui souffre et qui pleure,\nSur l'eau froide, sur l'eau brune,\nBelle d'un rayon de lune,\nJe vous vis passer, à l'heure\n\nOù les grands cygnes    d'argent\nVoguent, rêveurs et silents,\nComme d'étranges     gondoles,\nA l'heure où dans les roseaux,\nVibrant sous les doigts des eaux,\nRêvent des concerts de voix de citoles.\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1248, "texte": "334                     DURENDAL\n\n\n      Vous avez passé parmi les lys pâles\n      Effleurant mes eaux de vos voiles d'or\n      Et sous vos pieds nus des reflets d'opales\n      Ont chanté soudain et chantent    encor.\n\n      Vous avez passé... Tous mes    nénuphars.\n      Fleurs du souvenir et des amours     tristes,\n      Se sont allumés de tons   d'améthystes\n      Pour charmer vos cœurs et vos longs regards.\n\n      Vos doigts lents et purs, vos doigts  d'argyrose,\n      Sur l'étang glacé par les vents du Nord,\n      Sur l'onde où flottaient seuls des rameaux    morts,\n      Pétale à pétale, ont semé des roses.\n\n      Et les saules gris, songeurs     surhumains,\n      Secouant au vent leurs     mélancolies,\n      Se sont éveillés de leurs rêveries\n      Etonnés de voir ces fleurs dans vos mains.\n\n      Les frissons du ciel où riait le jour\n      Et les bois vibrant de vos allégresses\n      Et les voix du vent aux molles caresses\n      Balançaient vers vous, des hymnes      d'amour.\n\n      Vous avez passé... Ce fut un éveil\n      De parfums chantants, de rayons sonores,\n      Sur l'eau qui rêvait, ce fut le Soleil,\n      Ce fut le Printemps et ce fut   l'Aurore.\n\n                                               PIERRE    WUILLE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 339, "titre_corps": "La douce mort", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Duwez", "ancre_debut": "La douce mort BATAKGvivait dans un petit village", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 406, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2190, "texte": "La douce mort\n                BATAKGvivait dans       un petit village perdu, au seuil de\n                    l'épaisse forêt qui recouvre la grande île de Sumatra.\n                    Son esprit recueilli se plaisait, durant le travail, à\n                    avoir de longues conversations avec sa pensée. Il\n                    méprisait les luttes mesquines des hommes, qu'il\n                    comparaît aux aras bavards qui vivent dans les\n                    branches des arbres; et là, se disputent, en faisant\n                    beaucoup de bruit et finissent par se croire d'une\n                    grande importance. Aussi, quand il eutvécu soixante-\ndix ans parmi eux, voyant que rien de bon ne pouvait être trouvé\ndans leur commerce, il se retira vers le centre de l'île pour y vivre\nseul, en contemplant la nature et Dieu au travers d'elle.\n   Bientôt, tous les secrets de la profonde forêt des îles Océanies lui\ndevinrent connus et familiers. Pas un être vivant n'y chantait sans\nqu'il le comprît.\n   Cette science lui avait été longtemps étrangère ; mais comme\ndans la vie de tous les êtres les actes se suivent réguliers et\nidentiques, il parvint peu à peu à épeler le simple langage des\nhabitants des bois. Les animaux le connaissaient et le laissaient vivre\nau milieu d'eux sans l'inquiéter. Et, quand des gens de sa race péné­\ntraient dans cet endroit reculé qui faisait son domaine, s'émerveillant\nde la beauté des feuillages et des fleurs, qu'ils cueillaient aussitôt\npuis rejetaient au gré de leur caprice, faisant fuir les oiseaux pour\njuger de la beauté de leur vol, se regardant dans le miroir des eaux\ncalmes, puis y jetant des pierres pour y troubler leur image, il se\ndétournait d'eux avec dégoût, les méprisant dans son cœur, car il\nconnaissait, lui, la juste valeur des choses.\n   I1 savait laisser les êtres vivre, se reposer et mourir, sans les incom­\nmoder de sa curiosité inutile. Quand le tigre avait tué un chevreuil,\nil passait; et quand le tigre, à son tour, blessé ou vieux, se disposait\n à quitter la vie, il avait grand soin de ne pas aller lui reprocher le\n gibier mangé il y a longtemps, ni lui donner des conseils pour un\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "336                            DURENDAL\n\n\nvoyage qu'il ne connaissait pas plus que lui. Et ainsi, il vivait en paix\navec tout le monde.\n                                   *\n                                  * *\n\n    Il y avait surtout un des animaux avec lequel il conversait volon­\ntiers. C'était un o rang qui avait coutume de se reposer près de l'en­\ndroit où lui-même se trouvait habituellement. Etait-ce par une atti­\nrance spéciale, ou bien parce que c'était l'être qui se rapprochait le\nplus de lui, et qu'il avait une plus grande somme d'intelligence que\nles autres, il ne s'attardait pas à y songer, connaissant combien les\nattractions de la sympathie sont difficiles à expliquer. Ce singe s'appe­\nlait Olung, comme il l'apprit plus tard. Il était grand et roux et\ndevait être déjà d'un âge avancé, car de nombreux poils blancs appa­\nraissaient dans son épaisse toison. Sa tête grosse et ses yeux, for­\ntement enfoncés dans les orbites, brillaient d'un éclat extraordinaire.\nIl était, en somme, fort laid, mais le vieillard, après s'être regardé\nlui-même, se demanda s'il avait réellement raison de montrer quelque\nfierté. Et d'ailleurs pour lui ces choses étaient de peu d'impor­\ntance.\n    Ils vivaient sur le même territoire, et se rencontraient souvent\n près de la source où tous deux venaient se désaltérer, ainsi\n qu'aux endroits où mûrissaient les goyaves et les autres fruits dont\n ils faisaient leur nourriture. Peu à peu, ils apprirent à se connaître et\n à s'estimer.\n    Quand ils surent mieux se comprendre, ils se dirent les secrets\n qu'ils avaient découverts durant leur existence; ils eurent à ce sujet de\n longs entretiens qui charmèrent leurs esprits. Ils se racontaient com­\n ment les vents du soir emportent vers le lointain des mers les sen­\n teurs lourdes que répandent les fleurs des rives; et comment, durant\n les longues et chaudes journées, la senteur pénétrante des vagues\n vient jusque dans la profondeur des forêts silencieuses.\n     Ils se disaient aussi comment l'eau pure s'élève invisible du sol et\n monte vers le ciel, jusqu'à ce qu'elle le couvre de nuages légers, pour\n enfin retomber parmi les feuilles et les (leurs. Et toutes ces choses les\n jetaient dans l'émerveillement.\n     Ils parlaient longuement aussi des lois invisibles qui régissent les\n êtres des bois, et la vie intense qui les entourait leur semblait mysté­\n rieuse. Ils s'émerveillaient ensemble de ce qu'autour d'eux, où tout\n naissait, aimait, mourait sans cesse, tout pourtant restât si complète­\n ment identique, et que, malgré tous les faits nombreux et variés de\n la vie journalière, rien ne changeât, et tout semblât de même,\n comme si rien ne s'y passait. Ils avaient, de plus, un mépris profond\n pour ceux à qui ces choses paraissent naturelles.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "                           LA D O U C E   MORT                        337\n\n   D'autres fois encore, bercés par la douce moiteur humide, ils lais­\nsaient leurs pensées glisser et se refléter dans les mille facettes de\nleur esprit; elles formaient des dessins compliqués, ainsi qu'un éche­\nveau dont tous les fils sont mêlés. Ainsi les moustiques dans les rayons\nde soleil s'agitent et dansent, sans que l'on puisse se rendre compte\ndes variations infinies de leurs mouvements.\n   Parfois ils allaient vers les montagnes, d'où, à travers les branches,\non voyait au loin s'étendre la mer uniforme et calme. Et ils restaient\nlà longtemps, contemplant cette immense étendue, et regardant le\nlong des grèves les vagues naître, déferler et mourir, toujours iden­\ntiques à elles-mêmes, comme les pensées des hommes.\n   Et quant au loin passaient de grandes choses qui crachaient de la\nfumée noire, Olung disait : « Les tiens ont détruit ma race, voici que\nviennent ceux qui détruiront la tienne. » Et l'homme se taisait, car il\nsavait que c'était vrai.\n                                    *\n                                   * *\n\n   Vers une certaine époque, pourtant, Olung parut s'agiter. Ses yeux\nsemblaient suivre au loin des vols d'oiseaux, alors que pourtant le\nciel était vide et désert. Son esprit ne s'attachait plus avec le même\ncalme à songer au mystère de la nature. Il semblait distrait et pré­\noccupé.\n   Comme le vieillard s'enquerrait auprès de lui de ce qui causait son\ntrouble, il lui dit : « Je sens que mon heure vient. — Bientôt mes os\nblanchiront parmi les mousses et les plantes, comme déjà mes poils\nont blanchi parmi la lourde toison qui me couvre. Je sens que le sang\ncoule moins vite dans mes veines, et que mes bras se raidissent de\nplus en plus. — Il est temps. — Tout, autour de moi, m'annonce que\nla fin approche. Les grands arbres des bois me semblent devenir plus\nhauts, et les branches plus espacées. Leurs feuillages lourds, que je ne\nremue plus qu'avec peine, me disent tout bas : « Olung, voici l'heure\nqui vient. » — Les eaux des étangs ne me reçoivent plus avec joie\ncomme dans les temps passés. Elles me semblent plus froides. Et les\nroseaux qui chantaient de joyeuses chansons, et le vent qui mainte­\nnant me glace, me répètent : « Olung... Olung... Voici ton heure qui\nvient. »\n   » L'heure est là, Olung est prêt. Il a vécu content dans la grande\n forêt. Les heures se sont suivies sans que presque il s'en aperçoive.\nPour tout le monde, il semble qu'Olung a vécu très longtemps, et qu'il\n est bien temps qu'il s'en aille; et pourtant le temps où il était agile et\njeune lui paraît encore si rapproché. — Mais l'heure vient, Olung va\n partir. »\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2656, "texte": " 338                           DURENDAL\n\n\n   Il était accroupi au pied d'un grand arbre, et ses yeux regardaient\n lentement, à droite et à gauche, le ciel et la terre, et toutes les\n choses qui passaient. L'herbe était drue et haute, et partout s'élevaient\n des plantes aux larges feuilles vertes et des fleurs aux couleurs vives.\n   Des milliers d'insectes volaient, bourdonnaient, parmi les rayons de\nsoleil. Les grands arbres s'élevaient vers le ciel et toute la horde des\nlianes montant à l'assaut des cîmes, pendait le long des troncs en un\n écroulement de feuilles et de fleurs. Et parmi elles, des milliers d'oi­\nseaux chantaient et vivaient.\n   Et Olung dit encore : « Les yeux d'Olung se voilent et ses oreilles ne\ndistinguent plus les sons. Tout se mêle et s'unit en une seule vision et\nen un seul chant : l'ultime chant et l'ultime vision de la forêt qui va\ndisparaître. — Est-ce bien moi qui m'éloigne, ou bien la forêt s'éloigne-\nt-elle de moi ? »\n   Et Batang lui répondit : « Tu es né de la nature, tu y retournes\nà présent. Ton corps va se mêler à la terre, et ton esprit flottera\ndans l'air et deviendra l'un des souffles des bois mystérieux. Tout\nce que tu es va se désagréger et retourner à la nature puissante.\nMais cette forme qui porta tes chagrins et tes peines, qui t'a suivi pas\nà pas le long de ta route, celle-là, jamais ne périra; elle va se fondre\ndans l'âme éternelle du passé. »\n   Puis, le vieillard, dont la barbe était longue et blanche, regardant\nen lui-même, se tut ; car lui aussi sentait que son heure était\nproche.\n                                    ***\n\n   Ils restèrent ainsi longtemps. Le soleil rougit et descendit à l'ho­\nrizon, la lumière devint de moins en moins forte, et brusquement ce fut\nla nuit.\n   Et dans la nuit, Batang songeait. Il se revoyait enfant, puis homme,\net enfin vieillard. Et de toute sa vie ne venait jusqu'à lui que le sou­\nvenir d'un étranger, dont il ne comprenait plus ni les actions, ni les\npensées. D'autres ombres se joignaient à la sienne, ombres qui avaient\nété ses parents, sa femme, ses amis. Elles s'en étaient retournées vers\nl'incounu dont elles étaient sorties; et maintenant qu'elles avaient\ndisparu, elles ne lui étaient ni plus inconnues, ni plus familières.\n   Dans son esprit, dans le vague des pensées qui s'y déroulaient, il\nvoyait passer comme un large fleuve les hommes ses ancêtres, qu'il\nne comprenait pas plus qu'il ne se comprenait lui-même. Il voyait ce\nmême flot se continuer par ceux qui perpétuaient sa race, aller se\nperdre dans un nouvel infini. Et il se demandait à quelle justice obéis­\nsait la nature entière...\n                                   ***\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "                          LA D O U C E   MORT                       339\n\n\n  Quand de nouveau revint le jour, Batang vit, au pied d'un grand\narbre, ce qui avait été son compagnon. Il était toujours appuyé, mais\nsa tête pendait sur sa poitrine. Ses yeux s'étaient enfoncés plus pro­\nfondément dans les orbites. Ses membres étaient inertes et, entre les\ntouffes de poils blancs ou roux, déjà se voyaient de larges taches\nvertes...\n   En tremblant, le vieillard dit : « Olung... » L'écho' répondit :\n« Olung... », puis se tut. Un oiseau, qui s'était posé sur une feuille de\nfougère, et chantait en se balançant, s'enfuit en criant... et les mou­\nches commencèrent à voler autour du cadavre.\n   Le vieillard était courbé, appuyé sur un bâton, et sa longue barbe\nfrôlait le sol. Alors, il se redressa lentement, fit un long geste grave,\npuis écartant les feuillages comme on écarte une lourde draperie, il\ndisparut dans la forêt...\n\n                                                    MATRICE DUWEZ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 340, "page_fin": 340, "titre_corps": "Poèmes : Question", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Martial Martel", "ancre_debut": "Poèmes Question Mon frère, est-il sûr", "ancre_fin": "Ma sœur faut-il parler toujours De ton amour", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Maison d'Enfance", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 411, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "Poèmes\n                 Question\n   — Mon frère, est-il sûr qu'il soit mort?\n   Son cœur battait peut-être    encor.\n   — Ma sœur, faut-il parler     toujours\n   De ton passé, de ton amour?\n\n   — Mon frère, au bout d'un collier d'or\n   Portait-il pas une croix d'or?\n   — Ma sœur, elle était détachée :\n   La balle l'avait  emportée.\n\n   — Mon frère, en un petit coffret\n   As-tu vu lettres et portraits?\n   — Je n'ai rien vu, je n'ai rien vu,\n   Peut-être l'avait-il perdu.\n\n   — Mon frère, et la bourse de soie\n   Brodée en gage de ma foi?\n   — Ma sœur, il vient des   maraudeurs\n   Quand la bataille n'a plus peur.\n\n   — Mon frère, on l'a enseveli\n   Sous un tertre vert et fleuri?\n   — Ma sœur, on n'a pas eu le temps :\n   Le clairon sonnait : En avant !\n\n   — Mon frère, est-il sûr qu'il soit mort ?\n   Son cœur battait peut-être encor ?\n   — Ma sœur faut-il parler      toujours\n       De ton amour?\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 340, "page_fin": 341, "titre_corps": "Poèmes : La Maison d’Enfance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Martial Martel", "ancre_debut": "La Maison d'Enfance Je revois la maison", "ancre_fin": "je me cachais pour pleurer en silence", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Chagrin", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 411, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 933, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "La Maison d'Enfance\nJe revois la maison où j'ai grandi :\nSur sa façade grimpait une treille.\nEn automne la grappe était vermeille\nSur le pampre déjà tout déverdi.\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "                     POEMES\n\n\nD'autres vignes très vieilles  ombrageaient\nDerrière la'maison l'étroite cour\nRaboteuse où les communs      alentour\nSous les pesants coups du temps      s'effondraient.\nElle n'était pas grande et nous étions\nNombreux. Mais il faisait si bon vivre !\nEn été fraîche, et chaude par le givre\nAvec petit feu\\! — Car nous nous    aimions.\n\nJe revois les quelques bahuts de hêtre,\nLe pauvre et chétif    ameublement\nDu salon (ah ! combien pompeusement !)\nLes papiers peints lézardés de salpêtre.\n\nC'est là que notre père a dirigé\nDe son bon sens nos premières études :\nSes reproches ne furent jamais   rudes,\nIl a prié, mais jamais  exigé.'\n\nEt c'est là, bien souvent, à la veillée\nQne notre mère, de sa belle voix,\nChantait les douces chansons        d'autrefois,\nPendant que, vite, courait     l'aiguillée.\n\nJe vois les lieux bénis de mon enfance\nOù fleurissait l'amour sans   trahison,\n— Lieux où quelquefois aussi, sans raison,\nJe me cachais pour pleurer en silence.\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 341, "page_fin": 341, "titre_corps": "Poèmes : Chagrin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Martial Martel", "ancre_debut": "Chagrin Au ciel pas une étoile", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "Chagrin\n  Au ciel pas une étoile ne luit.\n  Des harpes dolentes et lointaines\n  Frissonnent — on croirait     souterraines.\n\n  Un chagrin sans répit me poursuit,\n  Muet et vaporeux, il est gris,\n  Gris comme la nuit, comme la nuit.\n\n  Maintenant,    il me fait vis-à-vis :\n  Il rit tout bas lorsque je m'effare,\n  — Sans doute moins méchant que           bizarre.\n\n  Je voudrais le voir, mais il est gris.\n  Quand je m'avance, vite il s'enfuit,\n  — Gris comme la nuit, comme la nuit.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 342, "page_fin": 342, "titre_corps": "Poèmes : Regrets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Martial Martel", "ancre_debut": "Regrets Sur l'arbre géant", "ancre_fin": "mourir, mourir, mourir", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Anxiété", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "Regrets\n       Sur l'arbre géant   d'Etude\n       Où le poser, ma pauvre âme?\n       Les douces branches se cassent,\n       Les branches fortes sont rudes.\n\n       Encor des bourgeons qui naissent,\n       Encor la sève qui pleure,\n       Des rameaux qui vont fleurir\n       Et des feuilles qui se tressent!\n\n        Où fuir, à ton tour, où fuir?\n        Vois ta petite aile lasse.\n        Ah ! qu'un fruit pesant l'écrase !\n        Ah ! mourir, mourir,       mourir!\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 342, "page_fin": 342, "titre_corps": "Poèmes : Anxiété", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Martial Martel", "ancre_debut": "Anxiété Ma mère, on frappe du heurtoir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "Anxiété\n      — Ma mère, on frappe du heurtoir,\n      J'entends les trois coups du heurtoir.\n      — Ma fille, c'est une charrette\n      Qui dans une ornière cahote.\n      — Ma mère, on sonne à notre porte,\n      Trois coups de sonnette à la porte.\n      — Ma fille, ce sont les clochettes\n      De notre troupeau qu'on ramène.\n      — Ma mère, on marche sur le sable,\n      Quelqu'un a marché sur le sable.\n      — Ma fille, c'est du foin qu'on rentre\n      Qui bruisselle sous le uoussoir.\n\n      — Ma mère, on frappe à la fenêtre,\n      Trois coups de doigts à la fenêtre.\n      — Ma fille, ce n'est qu'une feuille,\n      Ou la brise du soir qui pleure.\n\n      Ma mère, comme il bat, mon cœur,\n      Il bat vite et bien fort, mon cœur.\n      — Ma fille, veux-tu pas dormir?\n      Il se fait tard, il se fait tard.\n\n                                 MARTIAL     MARTEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-012", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 343, "page_fin": 350, "titre_corps": "Les Dernières Sonates pour piano de Beethoven", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "Les dernières Sonates pour piano de Beethoven SECONDE PARTIE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 414, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "Les dernières Sonates\n          pour piano de Beethoven\n\n                            SECONDE PARTIE\n\n\n\n                   ABORDONS, enfin,\n                              les cinq dernières sonates, les\n              cinq sœurs admirables, filles de la plénitude\n              du génie. Ces œuvres furent écrites de 1815 à\n              1822, en cette phase de son existence où le\n              pauvre artiste, -complètement sourd, vivait\n              hors du contact du monde extérieur. Comme\n              un aigle, il s'isolait sur des cimes si élevées\n              que la postérité seule put l'y découvrir et\nle couronner de gloire (1).\n\n                          S o n a t e e n la (Op. 101)\n                                  Composée on 1815.\n         I. Allegretto, ma non t r o p p o , con molta espressione (la).\n     II. Vivace, alla marcia (fa).\n  I I I . A d a g i o , ma non t r o p p o , con affetto.(la mineur).\n    IV. Allegro, ma non troppo (la).\n\n                                Geluk! O einde en doel van ons geheel bestaan!\n                                                                   BILDERDIJCK.\n\n\n  Cette œuvre me parait exprimer un effort intense vers le\nbonheur, dont la conquête est célébrée par le finale. L e\n\n\n  (1) Le lecteur est présupposé lire cet essai avec le volume des sonates\nouvert devant lui. Mes citations musicales ne peuvent suffire à faire com­\nprendre l'œuvre.\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "344                          DURENDAL\n\n\npremier morceau est plein d'une idéale espérance. Il d é b u t e\npar ce chant expressif :\n\n\n\n\n   C'est une sorte de lied dont toutes les phrases s'enchâssent\navec une enveloppante séduction, en des harmonies pleines et\ndélicieuses, désir, aspiration suave. Nous passons très vite\ndu ton de la dans celui de la dominante (mi). U n second sujet\nse présente alors :\n\n\n\n\n  A la mesure 25, un dessin descendant des basses mène à une\nconclusion composée d'accords qui se balancent à contre-temps\nsur une pédale de mi. L'impression est d'une félicité sereine :\n\n\n\n\n  Dans les développements (mesure 35), le désir exprimé devient\nplus pressant, plus passionné, mais sans trouble comme vers un\nobjet très pur. L a phrase initiale (thème 1) est développée ici\npendant une bonne vingtaine de mesures, tantôt sous sa forme\ncomplète, tantôt seulement par sa forme r y t h m i q u e d'une noire\nsuivie d'une croche ascendante ou descendante. Nous retrour\nvons ensuite la répétition du début, à part les sept premières\nmesures. Remarquons que cette fois-ci nous restons tranquil­\nlement en la. L a coda est intéressante : le morceau semble\nvouloir finir comme l'exposition sur les accords balancés du\nthème 3. Soudain ces accords si doux deviennent âpres avec un\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                        345\n\n\ngrand crescendo i n q u i é t a n t ! . . . F a u s s e menace : nous retombons\nsouriants en la, et, avec quelques bribes mélodiques déjà enten­\ndues, le morceau finit dans une paix lumineuse.\n  Ouelle surprise que l'attaque brusque du Vivace alla marcia :\n\n\n\n\n   Autant tout était doux et harmonieux dans le premier mor.\nceau, a u t a n t cette marche est heurtée en son énergie farouche.\nQuel rêve guerrier a hanté le cerveau de l'artiste ? A-t-il, dans un\naccès de subite impatience, renié l'amour idéal auquel il aspirait,\npour chercher la gloire des combats? S'est-il écrié, comme F a u s t :\n« J e veux conquérir la domination, je veux posséder ! »\n   L a première période de la marche est en fa et nous mène au\nbout de huit mesures à la d o m i n a n t e . Après une reprise, la der­\nnière mesure de cette période se développe durant trois autres\nmesures; ce petit développement a l'air de tourner sur place,\ncar il nous ramène en fa. Mais brusquement, nous sautons en la\nmajeur et en divers autres tons avec des variations, soit du t h è m e\nn° 4, soit de la formule suivante :                              ou d'autres\ndans les mêmes r y t h m e s . L e sentiment devient plus calme dans\nle passage en ré bémol; mais une pédale gronde sur la domi­\nnante et nous rentrons en fa avec un développement serré des\nmesures 4 et 5 de la première période. Suit une péroraison pleine\nde g r a n d e u r .\n   L ' i n t e r m è d e de la marche s'annonce d'abord tranquille et\nmélodique :\n\n\n\n\n   A partir de la quatrième mesure, commence un canon. L a\n basse imite d'abord le dessus ; ensuite, ils intervertissent les\n rôles. L'effet est curieux et peut dérouter quelque peu l'impres­\n sion de l'auditeur. E n effet, quelque joli que veuille être ce\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "346                         DURENDAL\n\n\ncanon, il me paraît plutôt troublé et comme agité par la vision\nmartiale si soudainement évoquée. Les dernières mesures expri­\nment une angoisse sombre : des accords inquiets, joués comme\npar les bois à l'orchestre, planent sur une basse répétant obsti­\nn é m e n t la formule r y t h m i q u e        qui a introduit\n\nl'intermède. Mais, peu à peu, le r y t h m e de marche reprend avec\nénergie. C'est le classique Da Capo.\n   H é l a s ! cette gloire inhumaine n'est que vanité, semble nous\ndire l'adagio. E t les vingt mesures qui le composent sont d'une\nmélancolie si profonde que Beethoven lui-même n'en a peut-être\njamais dépassé l'expression sublime. L a mélodie se déroule\nd'abord amplement en huit mesures dont voici le premier frag­\nment :\n\n\n\n\n   P u i s la formule expressive de la première mesure se déve­\nloppe durant huit autres mesures, chant plein d'aspiration qui\nsemble s'étirer, vouloir sortir de soi-même pour atteindre un\nidéal entrevu. Les quatre dernières mesures sont comme un\nabandon de force après cet effort inouï.\n   U n e légère cadence ramène soudain la belle mélodie (thème 1)\ndu premier mouvement, mais entrecoupée d'arrêts et d'interroga­\ntions. T o u t à coup un bref stringendo suivi d'une rapide gamme\ndescendante nous conduit à un long trille et à l'allegro final.\n   A propos de ce retour au premier mouvement, il est à remar­\nquer que Beethoven a inauguré ce procédé dont il fait, du reste,\nrarement usage. Je n'en trouve que deux exemples dans les\nsonates pour piano : celui-ci, et le rappel de l'adagio dans le\nfinale de la treizième sonate. Encore, en ce dernier cas, s'agit-il\nde rendre plus piquante la dernière rentrée d'un thème (modifié)\nqui avait été. amené une première fois par ce même adagio; tout\ncomme le retour du scherzo dans le finale de la symphonie en\nut mineur. T a n d i s que dans le cas qui nous occupe, la réappari­\ntion d'un t h è m e du premier mouvement a une signification net-\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                347\n\n\ntement poétique dont je ne vois d'équivalent chez Beethoven\nque dans les rappels des parties précédentes au finale de la\nIX e symphonie. L'heureuse idée d'établir un lien t h é m a t i q u e\nentre diverses parties d'une sonate n'existe donc qu'à l'état rudi­\nmentaire chez Beethoven. L'usage en est plus m o d e r n e ; encore\nest-il loin d'être constant.\n   L e finale célèbre la joie reconquise. L ' a u t e u r a vu soudain\npasser l'oiseau fantastique du bonheur. Il a bondi vers lui et\nl'enserre de ses mains puissantes. C'est superbe de jeunesse et\nd'entrain. Ce morceau, d'exécution difficile, est écrit en forme\nde sonate. Après un trille de quatre mesures, où la main gauche\nannonce le rythme prochain, éclate en pleine force un premier\nthème composé de deux fragments (A et B), dont le second coule\navec douceur en opposition avec le r y t h m e fortement accusé du\npremier.\n\n\n\n\n  U n t h è m e accessoire éclôt ensuite comme une fleur mélo­\ndique imprégnée d'un parfum enivrant et doux :\n\n\n\n\nensuite, après que la basse a lancé puissamment de nouveau le\nthème principal, jaillit un autre thème important :\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1084, "texte": "348                        DURENDAL\n\n\n\n   Celui-ci, par une progression infiniment expressive, nous fait\npasser au ton de la dominante (mi) et au contre-sujet proprement\ndit :\n\n\n\n\n  Suit un petit développement tout gracieux et presque dansant\nsur le thème principal. Enfin, un dernier thème accessoire,\npiquant et badin, termine l'exposition.\n\n\n\n\n   Après la reprise, il y a quelques mesures de transition bruta­\nlement interrompues par les deux premières notes du premier\nsujet, mais en ut majeur.\n   Ici commencent d'importants développements d'un travail\nserré. Beethoven semble fort épris en ses dernières œuvres du\nstyle contrapuntique. Nous avons vu un canon dans le morceau\nprécédent. Ici l'auteur a adopté la forme fuguée dont il tire des\neffets d'une extraordinaire puissance. L e sujet de la fugue est\nformé du thème 7, fragment A, complété par un bout de phrase\nindépendant. L e voici :\n\n\n\n\n  Ce sujet se développe à travers cent sept mesures avec une\nvariété de ressources déconcertante. Il faudrait un orchestre\npour donner'le colons voulu à ce morceau et notamment pour\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                 349\n\n\nfaire ressortir tout l'éclat de la rentrée du thème principal après\nune pédale sur mi à faire trembler la terre, et où une partie\nintermédiaire donne le t h è m e élargi qu'on dirait joué par un\ntrombone contrebasse moderne :\n\n\n\n\n    Les Allemands, gens méthodiques et amis des classements,\n ont, paraît-il, beaucoup discuté sur le mérite respectif des fugues\n de Bach et de Beethoven ! L'impression en est, à vrai dire, si\n dissemblable qu'on se d e m a n d e par où les comparer ? Bach est\n — le mot n'est pas neuf— la fugue faite h o m m e . P o u r user d'une\n autre comparaison, je dirai qu'il se meut dans la fugue comme\n un poisson dans l'eau; Beethoven, lui, s'y meut comme un titan\n submergé qui pour maîtriser l'élément a dû entrer en lutte avec\n lui : lutte âpre, parfois effrayante, qui révèle toute la puissance\n du géant.\n    Bülow dit très bien : « P o u r Beethoven (contrairement à\n Bach), la forme fuguée n'est pas un but, mais un moyen\n d'expression. D'où le caractère passionné et en quelque sorte,\n électrique de ces fugues. » On constatera ces caractères dans\n cette fugue-ci, dans celle du premier allegro de la sonate\nop. 106, et surtout dans le formidable finale de cette dernière.\n Mais revenons à notre analyse.\n   Après la rentrée triomphale, Beethoven s'étudie à ne pas\nrépéter servilement l'exposition, mais à y introduire d'ingé­\nnieuses variantes. Ainsi, après que le thème 7 s'est déroulé com­\nplètement comme au début de l'allegro, il introduit un petit\ndéveloppement sur le fragment B de ce t h è m e qui n'avait pas eu\nsa part dans les vastes développements fugués. P u i s il passe\ndirectement au thème g, mais en ré au lieu de la. Ceci lui per­\nmet de donner le contre-sujet (thème 10), dans le ton principal\n(la) sans qu'il y ait de monotonie. Ici plus rien à signaler\njusqu'à la coda, soixante-dix mesures après la rentrée du sujet\nprincipal.\n   Cette coda est très développée, comme dans la plupart des\ngrandes œuvres de Beethoven. Elle a cette particularité, assez\ninattendue ici, de se maintenir dans une note douce et calme.\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 856, "texte": "350                        DURENDAL\n\n\nLe thème principal (n° 7) en fait presque tous les frais, à part\nque le motif (thème 8), omis plus haut, revient ici d'une\nmanière ravissante, emboîté à une variante du thème 7. Il faut\nsignaler aussi le jeu des croches piquées sur le fond brodé de\ndoubles croches, combinaison de deux rythmes du sujet\nprincipal. P u i s celle-ci reparaît par bribes sur une pédale en\ntrille, qui s'éteint et ralentit.\n   Mais soudain, dans les trois dernières mesures, les accords\nfinals sont lancés à toute volée et en pleine vitesse. Cette fin\nbrusque, un peu bousculante, est bien propre à Beethoven.\n   Telle est la première des cinq cathédrales du piano. L e\ncommentaire est lettre morte; l'œuvre est d'une vitalité intense.\nPrenez et lisez...\n\n                                           JOSEPH   RYELANDT.\n\n\n  (A   continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-013", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 351, "titre_corps": "Ode", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Isi Collin", "ancre_debut": "Ode Je voulais à ton front", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 422, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "Ode\n\nJe voulais à ton front, comme au temps des légendes,\nPoser le pur éclat d'une étoile, et mes mains\nN'apportent qu'un bouquet de timides         lavandes.\nCar l'automne n'a pas encor dans le jardin\nConstellé les buissons obscurs de       chrysanthèmes.\nEt le dernier narcisse a trop longtemps        penché\nSa corolle vers son ombre dans le sentier\nOù les lourds dahlias effeuillés par toi-même\nDéjà se sont mêlés aux cendres de nos pas.\nA tes pieds jette aussi ces lavandes,      qu'importe\nS'il ne reste aux rosiers que quelques roses mortes!\nViens : la source est limpide et lisse où tu verras\nTa chevelure nue et vierge de calice\nLuire parmi le ciel de marbre et sa clarté.\nTa jeunesse suffit à ce front où s'unissent\nLes neiges de l'hiver et les lis de l'été.\n\n                                                  Isi    COLLIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-014", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 352, "page_fin": 362, "titre_corps": "Henri de Régnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Henri de Régnier SUITE ET FIN AVEC Aréthuse", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 423, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "Henri de Régnier\n                                      (SUITE ET FIN)\n\n\n\n\n                     AVEC Aréthuse, la personnalité de M. de Régnier, dégagée\n                        m a i n t e n a n t des parures trop lourdes et des vains orne­\n                        ments qui embarrassèrent ses premiers p a s , c o m m e n c e de\n                        triompher en toute sa plénitude et de s'imposer glorieuse­\n                        m e n t . Le poète, p e u à peu, s'est rapproché de la N a t u r e\n                        et de la Vérité : le voici qui communie avec la Vie univer­\n                        selle. Après s'être complu à se mirer lui-même en la source\n                        solitaire de Tel qu'en Songe, il s'abreuve à présent à la\n                        F o n t a i n e profonde où viennent boire les Sirènes de la\nMer, en u n bois d'où l'on entend le galop des Centaures sur la grève, le pas\ndes F a u n e s dans la forêt et les flûtes des pasteurs sur les douces collines.\nOn y entend aussi les chants, les soupirs et les sanglots qu'exhale\nl'Ame h u m a i n e , dans sa joie ou dans sa douleur éternelles; ou plutôt les\nr u m e u r s des forêts, de la mer, des coteaux et des sources, ne sont qu'un\nécho de ses b o n h e u r s ou de ses peines :\n\n                    La fontaine qui pleure est une âme qui souffre...\n\n  Q u e , dans cette œuvre, H e n r i de Régnier soit plus près de la N a t u r e , ces\nquelques passages que j'en extrais le prouveront délicieusement :\n\n                    Ayant vu la forêt et la plaine et la mer,\n                    Je sais que toute Nymphe est femme par sa chair ;\n                    Les Faunes sont des masques où un nain ricane,\n                    Bestial avec des sabots de bouc ou d'âne...\n\n\n\n   (1) Une erreur typographique a dénaturé, assez grièvement pour qu'il me faille la\nrectifier ici, le sens de la parenthèse par laquelle je concluais la première partie de cette\nétude. J'avais écrit, à propos du vers libre: « Beaucoup d'honnêtes gens s'imaginent, et\nde très bonne foi, que les seuls écrivains usent du rythme nouveau, qui sont impuissants à\ntirer parti des mètres réguliers. Erreur manifeste... etc... » Les presses m'ont fait dire tout\nautre chose.\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "                                 HENRI DE RÉGNIER                                    353\n\n                   Anxieux qu'au jardin les Faunes sous les treilles\n                   Aient, la ruche rompue, emporté les abeilles\n                   Et les Satyres bu les outres du cellier\n                   En dansant et pillé les plants et l'espalier\n                   Et, avec des roses mortes, dans la fontaine\n                   Jeté des fruits pourris, des caïeux et des graines...\n\n\n                    Un jour, encor,\n                    Entre les feuilles d'ocre et d'or\n                    Du bois, je vis, avec ses jambes de poil jaune,\n                    Danser un faune ;\n                    Je l'aperçus aussi, une autre fois,\n                    Sortir du bois\n                    Le long de la route et s'asseoir sur une borne\n                    Pour prendre un papillon à l'une de ses cornes...\n\n   T o u t ce p e u p l e m y t h o l o g i q u e , auquel l'imagination naïve des premiers\nâges avait réellement insufflé une vie d é b o r d a n t e , par u n miracle de la foi\ningénue, tout ce p e u p l e étrange et c h a r m a n t retrouve cette vie dans Aréthuse\net d a n s les Roseaux de la flûte ; car le poète doit, à ce merveilleux « don d'en­\nfance » qui le caractérise, de croire aux n y m p h e s et aux sirènes, aux faunes\net aux tritons : il les voit et les entend, les aime ou les redoute. E t c'est,\ncontraste p i q u a n t ! la puissance de son illusion qui d o n n e à ses peintures\ncette puissance de réalité. Il a compris q u e ces créations légendaires n'étaient\nque d'éloquentes incarnations de nos joies, de nos souffrances et de nos pas­\nsions h u m a i n e s ; et ses poèmes nous les m o n t r e n t , ces demi-dieux terrestres\nou m a r i n s , d a n s toute la simplicité des gestes et des paroles que leur prêtait\nla crédulité des peuples enfants, et non plus d a n s ces attitudes convention­\nnelles où les avaient figés des siècles de tradition g u i n d é e . Eglogue Marine\nest un admirable exemple de cette magie d'évocation; on y aperçoit comme\n H e n r i de Régnier sait rajeunir les anciens Mythes, leur conférer u n e grâce\n nouvelle et une expression i n a t t e n d u e .\n   Les Flûtes d'Avril et de Septembre — qui, avec l'Homme et la Sirène, composent\nle recueil intitulé Aréthuse — ne peuvent se séparer des Roseaux de la flûte, le\nrecueil suivant, tant la pensée et la forme en sont pareilles. T o u s ces poèmes,\néglogues, idylles, épigrammes, rêveries h a u t a i n e s ou tendres, tableaux aux\nlignes simples et nobles, répètent sur des modes différents le thème favori\ndu poète : la tristesse et la vanité de t o u t ; la fragilité du b o n h e u r de l'amour\net de la gloire ; la puissance auguste de la Mort.\n\n                     ... L'amphore se fait urne et la maison tombeau...\n                     ... Le laurier croît, hélas! à l'ombre du cyprès...\n                     ... La roule où l'on s'en va ramène d'où l'on vient...\n\n   T o u t n'est qu'une illusion é p h é m è r e ,\n\n                     Et ce qu'on croit la joie et ce qu'on croit l'amour...\n\n   Ces méditations d'une â m e désabusée semblent faites\n\n                     Avec un peu de joie et de mélancolie...\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "354                                     DURENDAL\n\n\nune joie tranquille, et comme éclose des larmes ; car :\n\n                    Est-il une tristesse aussi qui ne sourie ?\n\n   Il n'y a ni g r a n d bien, ni grand mal. Il faut se livrer à sa destinée, goûter\nle charme léger de l'heure qui passe, attendre en silence celle qui peut-être\napportera des roses, et ne pas trop sourire et ne pas trop pleurer de ce men­\nsonge qui est la vie, puisque tout se résume d a n s la mort. E t cette philoso­\nphie n'empêche pas de plaindre ceux qui n'auront cueilli\n\n                    Ni la divine fleur ni le divin laurier...\n\n    Vous le voyez : les mêmes pensées souriantes ou sévères reviennent souvent\nd a n s les hautes songeries de l'auteur d'Aréthuse; mais c h a q u e fois qu'elles\nrepassent, vêtues de p o u r p r e ou d'hyacinthe, elles nous semblent nouvelles,\ntant le subtil artiste qui les créa met d'art à varier leurs p a r u r e s . H e n r i de\nEégnier possède à u n degré prodigieux le don de l'image a b o n d a n t e , iné­\npuisable, expressive à souhait ; tout, chez lui, se transforme en images.\nDans les poèmes qui nous occupent en ce m o m e n t , on pourrait presque dire\nque tout se transforme en « alternances » harmonieuses. J e ne risquerai pas\nde définir cette figure de style : deux extraits d'Aréthuse, mieux que toute\ndéfinition, vous en d o n n e r o n t u n e juste idée. Ecoutez cette Epigramme :\n\n                   Hérons sur le marais et cygnes sur le fleuve,\n                   Que le printemps fleurisse ou que l'automne pleuve,\n                   Mes flèches ont percé les Heures, une à une,\n                   Et le Temps a laissé tomber toutes ses plumes\n                   Dans l'eau de ma tristesse ou l'onde de ma joie;\n                   Et si l'aile se ferme, et si l'aile s'éploie,\n                   C'est l'heure qui s'achève enfin ou s'inaugure,\n                   Et, tour à tour, contre le port ou l'envergure,\n                   Les mêmes flèches d'or partent de l'arc qui vibre,\n                   Et, triste archer, en pleurs de son exploit stupide,\n                   Je ramasse, sur l'eau où mon espoir se penche,\n                   Avec la plume noire, hélas! la plume blanche!\n\n   E t ce début d'une des plus belles pièces du livre, Le Revenant :\n\n                    Regarde vers l'aurore et regarde vers l'ombre.\n                    Avec sa face claire, avec sa face sombre,\n                    Le Jour énigmatique et double, tour à tour,\n                    Sanglote vers la Mort et sourit à l'Amour ;\n                    Le crépuscule saigne et l'aurore rougeoie;\n                    La Tristesse se tient debout devant la Joie;\n                    Quelqu'un songe tout bas et quelqu'un parle haut\n                    Derrière le silence et derrière l'écho...\n\n    Vous l'apercevez par ces exemples : l'alternance n'est pas toujours une\na n t i t h è s e ; c'est u n e n u a n c e peut-être qui sépare l'une de l'autre, mais une\nnuance fort appréciable. L'antithèse, plus directe, plus brutale,'plus frappante\naussi, c o m p r e n d nécessairement u n e opposition. L ' a l t e r n a n c e , plus discrète\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                       355\n\net plus e u r y t h m i q u e , me semble u n e expression plus fidèle du m o n d e et de la\nvie, dont la face double n'est pas faite toujours de d e u x aspects entièrement\ncontraires : l'aube et le crépuscule, le p r i n t e m p s et l'automne, l'Amour et la\nMort, n'ont-ils pas tous leur sourire ? T a n d i s , d o n c , que l'antithèse oppose\nnécessairement la lumière à la nuit, l'alternance peut les fondre harmonieuse­\nment entre elles c o m m e en u n clair-obscur de R e m b r a n d t . E t de m ê m e que\nl'antithèse était l'expression s p o n t a n é e de ce génie fait de rayons et d'ombres\nqu'était Victor H u g o , l'alternance est le langage naturel de la pensée tour à\ntour souriante et grave de M. de R é g n i e r . . . Cette recherche constante\nd'images alternées pourrait toutefois tourner au procédé, et sentir cette\n« littérature » qui fut odieuse à Verlaine : l'incomparable artiste des Jeux\nrustiques et divins entrelace si gracieusement ses opulentes guirlandes que,\nbien loin d'éprouver a u c u n e fatigue à suivre son labeur merveilleux, o n\nsoupire de regret q u a n d la c o u r o n n e est achevée et que le patient ouvrier la\npose, en offrande pieuse, sur le front sacré de la Muse.\n   A dater d'Aréthuse, la l a n g u e et le style d u poète vont se purifiant et se\nsimplifiant, et ses pensées c o m m e n c e n t de se développer dans u n e forme\nclassique, jusqu'à d o n n e r parfois l'impression de la b e a u t é grecque. Il fait,\nentre les symboles d o n t il use, un choix plus judicieux et moins p r o d i g u e .\nSes décors aussi, plus sobres de lignes et de couleurs, et peints dans ces\nteintes u n peu sombres qu'aimaient les anciens maîtres, valent par le choix\nheureux des détails et p a r leurs proportions parfaites. D'un seul vers, il\névoque des horizons d'une saisissante vérité, ou des sensations qui eussent\nparu indéfinissables :\n\n                   ... Et la pluie et le vent rôdent par la forêt...\n                   ... Un paysage frais de ruisseaux et d'arbustes...\n                   ... Le doux bruit de la pluie avec l'odeur des roses...\n\n  E t c o m m e n t ne pas a d m i r e r ceci, qu'on dirait é c h a p p é au pinceau trucu­\nlent de J o r d a e n s ?\n                    ... La terre retentit du galop des centaures ;\n                    Il en venait du fond de l'horizon sonore,\n                    Et l'on vovait, assis sur la croupe qui rue,\n                    Tenant des thyrses tors et des outres ventrues,\n                    Des satyres boiteux piqués par des abeilles...\n\n   Mais il faut louer surtout, sans réserve, cette constante et irréprochable\nnoblesse d'inspiration, qui place H e n r i de R é g n i e r aux côtés de Chénier et\nd'Alfred de V i g n y ; et cet alexandrin si personnel, si n o m b r e u x , si diverse­\nment cadencé, qui a tantôt le m o u v e m e n t rapide et saccadé d'une aile en\nplein essor, tantôt le r y t h m e o n d u l e u x et lent d'une vague qui déferle. Moule\nidéal, et rempli jusqu'au b o r d d'images et de pensées !... Couleur à la fois\nopulente et discrète, mélodie tout ensemble ingénue et savante, poésie péné­\ntrante : tels sont ces Jeux rustiques et divins, — plaisir des yeux, des oreilles\net de l'âme.\n   Le vers libre continue du reste d'y alterner avec les mètres traditionnels :\nil faut lire le Vase, par quoi s'ouvrent les Roseaux de la flûte, pour connaître les\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "356                                    DURENDAL\n\n\nressources inépuisables et les prestiges merveilleux du nouvel outil poétique.\n    Les Inscriptions pour les treize Portes de la Ville se rattachent, par plus d'un\naspect, aux pièces régulières d'Aréthuse et des Roseaux de la flûte. Prêtresses,\nguerriers, pasteurs, astrologues, m a r c h a n d s , comédiennes, courtisanes,\nvoyageurs, m e n d i a n t s , époux, exilés et m a r i n s , passent tour à tour en graves\nthéories, avec leurs gestes propres et leurs parures distinctives, par chacune\nde ces portes m o n u m e n t a l e s que le poète érigea pour leur triomphale entrée.\nIl serait intéressant de comparer ces Portes ornées d'inscriptions solennelles\na u x Statues qui décorent la ville tentaculaire de V e r h a e r e n . . . J e m e bornerai\nà vous citer quelques vers de la Porte des Mendiants, qui sont pleins d'une\némotion qu'on n'était pas accoutumé, jusqu'ici, à rencontrer chez M. de\nRégnier :\n                    L'âpre bise nous glace et la neige nous gerce,\n                    Notre face ruisselle en larmes sous l'averse.\n                    Car l'automne et l'hiver sont durs au mendiant\n                    Qu'on voit errer sur les routes, apitoyant\n                    En vain celui qui passe et qui hausse l'épaule.\n                    L'hirondelle au vol vif de son aile nous frôle,\n                    Le chien aboie et mord la loque et le jarret;\n                    On a peur de nous rencontrer dans la forêt;\n                    Et cependant nous sommes doux d'avoir souvent\n                    Ecouté dans les vieux roseaux pleurer le vent\n                    Et d'avoir vu, hélas ! sur le mont et le bois\n                    Tant d'aurores, hélas ! se lever tant de fois\n                    Et tantde lourds soleils s'abîmer dans la mer...\n\n   L'Homme et la Sirène, qui sert d'intermède aux deux parties d'Aréthuse, est\nun des poèmes les plus significatifs de M. de Régnier. J e regrette que son carac­\ntère ne me permette pas d'en offrir u n résumé d a n s cette revue. J e veux dire\nau moins que cette œuvre d'éloquence farouche et de splendeur solennelle\nrecèle en ses profondeurs des préoccupations philosophiques qui, dans les\nautres poèmes, n'apparaissent que discrètement et pour ainsi dire à fleur de\nvers, et par où se révèle cette pensée très m o d e r n e dont je vous parlais en\ncommençant.\n   D a n s la Corbeille des Heures, défilent en Odes s o m p t u e u s e s ou en Odelettes\nlégères, les fastes changeants des saisons et des j o u r s . J e n'étonnerai per­\nsonne en constatant que la prédilection du poète va aux heures de déclin,\naux heures dorées de l'automne et du crépuscule, dont la tristesse et la\nmagnificence s'accordent à celles de son â m e :\n\n                   Si tu disais :\n                   Voici l'Automne qui vient et marche\n                   Doucement sur les feuilles sèches,\n                   Ecoute le heurt de la hache\n                   Qui, d'arbre en arbre, dans la forêt,\n                   Sape et s'ébrèche ;\n                   Regarde aussi sur le marais\n                   Les oiseaux tomber, flèche à flèche,\n                   Les ailes lâches,\n                   Avec des taches\n                   De doux sang frais.\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "                    Si tu disais : Voici l'Hiver.\n                    Le soleil saigne sur la mer,\n                    La barque est prise aux glaces du port,\n                    L'âtre fume, le vent halète\n                    Ou ricane, glapit ou guette\n                    Et jappe et mord;\n                    Le jour finit en soir amer...\n                    Si tu disais : Je suis la douleur et l'hiver;\n                    Je t'aimerais, mais tu m'as dit en souriant :\n\n                    Regarde cette aurore à l'orient\n                    Rose et verte sur les prés et l'eau ;\n                    Avril aux doux pieds nus court sur l'herbe qui tremble\n                    Et le Printemps sonore et beau\n                    Tressera tes jours en guirlandes\n                     Et la rose à la rose et la joie à la joie;\n                    Je suis l'aube qui naît et l'aile qui s'éploie,\n                    Je suis souriante et ma bouche\n                    Est fraîche et douce,\n                    Et je te tends\n                    Mes mains de chair en fleur qu'embaume le Printemps.\n\n   Mais ce sont surtout les lourdes g r a p p e s des vendanges de p o u r p r e qui\nparent ces corbeilles si souplement tressées. Les v e n d a n g e s ! leur vision\ndouce et orgiaque tout ensemble n o u s éblouit souvent dans les vers d'Henri\nde Régnier, et c h a q u e fois il trouve p o u r les susciter des rythmes et des pres­\ntiges n o u v e a u x : tels les raisins, qui c h a q u e année brillent du m ê m e éclat\net d o n n e n t u n vin d'une ivresse différente.\n   La Corbeille des Heures manifeste u n don magnifique et singulier de faire\nvivre toute chose d'une vie musicale et profonde, et de prêter à l'eau, à la\nterre, a u ciel, aux plantes, aux saisons et aux heures diverses, u n e voix\njusqu'alors i n e n t e n d u e . Œ u v r e simple et g r a n d e , qui légitime la fière parole\nde son auteur :\n\n                    Et j'ai, du souffle d'un roseau,\n                    Fait chanter toute la forêt...\n\n                                              *\n                                             * *\n\n   Au m o m e n t de vous parler des Médailles d'Argile, j'hésite et me d e m a n d e\nde quels mots je pourrais user p o u r traduire la beauté délicate et puissante\nde ces pures merveilles. E t puisque je ne saurais tout citer, je veux au moins\nvous engager à tout lire. Ce livre, dédié « à la mémoire d'André Chénier »,\nest le seul peut-être, p a r m i les recueils de vers parus en notre langue, qui soit\ndigne vraiment de cet auguste souvenir. E t , pour retrouver cette impeccable\nnoblesse de pensée d a n s cette parfaite splendeur formelle, il faut que je me\nreporte aux Elégies de Goethe (je songe surtout ici aux Elégies romaines). L e\nflambeau de l'Art grec s'était éteint depuis que n'était plus l'auteur d'Iphigénie\nen Tauride et de Torquato Tasso; des m a i n s trop audacieuses n'y avaient rallumé\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "358                                   DURENDAL\n\n\nqu'une fumeuse lueur (1). M. de Régnier lui a rendu son divin éclat, et je\ncherche en vain les paroles qui l'en loueraient et l'en remercieraient comme\nil sied.\n       Le poète, qui lentement s'est approché de la Beauté suprême, l'a con­\nquise enfin d'une victorieuse et définitive étreinte : les moindres de ses\npoèmes brillent à présent par d'exceptionnelles qualités de mesure, d'har­\nmonie et de clarté, qui en font — je le répète à dessein — de pures mer­\nveilles. « L a face souriante ou le profil hautain », modelés d'un pouce à la\nfois agile et p r u d e n t , accusent leurs lignes précises ou ébauchent leurs\ncontours indécis en u n e foule de médailles qui sont autant de chefs-d'œuvre\net qui perpétuent en gestes animés ou n e attitudes hiératiques, « les T r a v a u x\net le T e m p s et l'Amour », les choses les plus fières comme les plus h u m b l e s .\nT o u t e s ces effigies ont une grâce d'expression, une finesse de lignes, et je ne\nsais quelle gravité a n t i q u e , qu'il faut admirer sans réserve. C o m m e n t choisir\nentre elles ? E n voici deux que je prends au h a s a r d :\n\n                                    La Pensée\n                   Ma pensée, au retour d'elle-même, s'incline\n                   Et, souriante, arrache à son récent essor\n                   La rapide sandale où vibre et tremble encor\n                   L'aile double jadis qui l'a faite divine.\n\n                   Elle a passé le fleuve et passé la colline,\n                   Dormi dans la forêt et dormi dans le port\n                   Et rapporte en ses yeux des songes d'ombre et d'or\n                   Pleins du parfum des bois et de l'odeur marine.\n\n                    Et, pesante qui marche ou légère qui vole,\n                    Elle effleure en passant l'herbe que son pied frôle\n                    Ou marque son pas lourd sur le sol du chemin,\n\n                    Car pour que son talon pèse ou se pose à peine,\n                    Un dieu iurtivement n'a pas lié en vain\n                    La sandale terrestre à l'aile aérienne.\n\n                                      Le Réveil\n                    La nuit lente s'en va peu à peu. J'ai rêve\n                    Un long songe de cris, d'angoisse et de colère...\n                    Et l'ombre moins confuse est à peine plus claire,\n                    L'aube à peine a bleui le mur et le pavé.\n\n                    Hier encore pourtant le jour s'est achevé\n                    Très doux et j'ai cueilli dans le bois solitaire\n                    Pour cette urne de glaise et ce vase de verre\n                    Cette rose arrondie et ce lys incurvé.\n\n\n   (1) Il faut excepter toutefois Leconte de Lisle, avec ses Erynnies et ses Poèmes antiques.\n Mais Leconte de Lisle s'est inspiré trop immédiatement des Grecs pour que l'on puisse,\n à cet égard, le comparer à Goethe, dont l'imitation a toute l'originalité d'une création.\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3170, "texte": "                              HENRI DE RÉGNIER                                   359\n\n\n                 Mais ce matin le coq salue à pleine gorge\n                 Une aurore enflammée où le feu de la forge\n                 Matinale, déjà gronde, étincelle et luit;\n                  L'enclume sonne au marteau dur, âpre vigile\n                  Et le glaive qu'il bat à son robuste bruit\n                  Fait tinter le cristal et se fendre l'argile.\n\n  U n e â m e pensive et doucement a m è r e continue de s'exprimer ici\n\n                  ... Et toi qui visitas l'Orgueil, qu'apportes-tu ?\n                  Cette pourpre en lambeaux et ce sceptre tordu...\n\n                  ... Assieds-toi en chemin devant le soir qui tombe\n                  Et montre à cet enfant dont les jours passeront\n                  La borne de la route et la stèle des tombes.\n\n   Mais quelle que soit l'austérité des voiles qui l'enveloppent, la Muse des\nMédailles d'argile porte u n cœur palpitant sous ces longs plis solennels, et\ncomme celle des Jeux rustiques et divins, elle participe d'une â m e é m u e à la vie\nuniverselle et se mêle a r d e m m e n t à l'Esprit secret qui tressaille d a n s les\nchoses : ses mains « tremblent de tendresse », tandis qu'elle grave aux\npieuses médailles d'argent, d'or ou d'airain, la face invisible de ses dieux.\nE t « tout le g r a n d songe terrestre » se répercute en elle :\n\n                  ... L'oiseau qui vole d'arbre en arbre est mon espoir;\n                  Mon songe se regarde en la face du soir,\n                  Et mon rire est le vent dans les feuilles, là-bas !\n\n                  Je pense la saison et je pleure la pluie;\n                  Le fleuve sait ma route et j'ai suivi mes pas\n                  Dans l'écho qui marchait au-devant de ma vie.\n\n  T o u t ce que je vous ai dit des progrès du poète, sans cesse en marche vers\nplus de vérité, vous fera nettement apparaître la signification de ces vers, qui\nsuivent précisément ceux que je viens de transcrire :\n\n                  La Muse à qui mes mains ont tressé, l'autre année,\n                  Pour sa tête divine à mou geste inclinée,\n                  La couronne flexible et le souple bandeau\n                  Où j'ai mêlé la rose ardente et l'iris d'eau\n                  Avec l'algue marine et le lierre des bois,\n                  La Muse au front orné par l'amour de mes doigts\n                  Des fleurs du vert printemps et de l'automne rousse,\n                  Elle que je connus hautaine m'a dit, douce,\n                  Souriant à demi dans l'ombre, lentement,\n                  Puis plus haut peu Vpeu et debout dans le vent :\n                  « Certes il sied, ô toi qui m'es humble et fidèle,\n                  D'aimer la pourpre chaste où tu me trouves belle\n                  Et qui tombe à longs plis égaux et qui s'étale\n                  Jusques à mon orteil que montre la sandale\n                  Et d'où sort noblement d'un geste qui l'étire\n                  Mon bras cerclé de bronze et qui porte une lyre:\n                  Mais ne va pas au moins oublier qu'en secret\n                  Mon corps inattendu quelquefois apparaît...\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2991, "texte": "36o                                  DURENDAL\n\n\n   Ce volume, le troisième des Œ u v r e s complètes d ' H e n r i de Régnier, ren­\nferme d'autres poèmes encore, par où s'affirme la maîtrise d'un talent\ndésormais sûr de lui, complet et incapable de faiblir : ce sont le Bûcher d'Her-\ncule, vision grandiose dont la couleur puissante et l'harmonie majestueuse\nsont comparables aux plus hautes beautés de la Légende des siècles ; la Nuit des\ndieux, d'une si p u r e et si touchante tristesse; Hélène de Sparte, où, semblable­\nment à Schiller dans Kassandra, M. de Régnier a su ressusciter en des\nattitudes nouvelles, qui ont toute la g r a n d e u r et toute la simplicité homé­\nriques, les héros de l'Iliade ; et enfin les Passants du Passé, u n g r o u p e de\nsonnets qui forme une galerie éclatante de portraits anciens, peints d ' u n e\nmain sévère ou précieuse, délicate ou robuste tour à tour, mais toujours d a n s\nles mêmes teintes noblement harmonieuses.\n\n\n\n  La Cité des Eaux évoque, en u n e suite prestigieuse de fiers sonnets, la\nrêveuse Versailles des allées de buis taillé et des bassins verdis de\nmousse : non pas la Versailles d'autrefois, pleine de bruit, de faste et de gloire :\n\n                  Celui dont l'âme est triste et qui porte à l'automne\n                  Son cœur brûlant encor des cendres de l'été,\n                  Est le Prince sans sceptre et le Roi sans couronne\n                  De votre solitude et de votre beauté.\n\n                  Car ce qu'il cherche en vous, ô jardins de silence,\n                  Sous votre ombrage gra've où le bruit de ses pas\n                  Poursuit en vain l'écho qui toujours le devance,\n                  Ce qu'il cherche en votre ombre, ô jardins, ce n'est pas\n\n                  Le murmure secret de la rumeur illustre,\n                  Dont le siècle a rempli vos bosquets toujours beaux,\n                  Ni quelque vaine gloire accoudée au balustre,\n                  Ni quelque jeune grâce au bord des fraîches eaux...\n\n  Cette œuvre « glorieuse, m o n u m e n t a l e et monotone » comme la façade du\nPalais fameux, semble u n e longue p a r a p h r a s e du merveilleux s o n n e t de\nJosé-Maria de H e r e d i a :\n\n                   Les feuilles, l'ombre errante et le soleil qui bouge\n                   De ce marbre en ruine ont fait un dieu vivant.\n\n     Les statues des terrasses, des massifs, des étangs, y revivent d'une vie\n rêveuse; Versailles tout entier, du reste, qu'est-il autre chose q u ' u n\n illustre symbole de la vanité de tout effort et du néant de toute gloire, mais\n aussi du p e r m a n e n t triomphe du Souvenir, du Rêve et de la B e a u t é , qui\n survivent à tous les écroulements? Les h o m m e s passent et les marbres\n d e m e u r e n t : ces mots résumeraient assez fidèlement, me semble-t-il, la Cité\n des Eaux.\n     Ce livre contient d'autres poèmes, tels que Funérailles, la Course, la Plainte du\n Cyclope, Pan, l'Homme et les Dieux, hymnes d'un lyrisme passionné et d'un\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "                                    HENRI DE RÉGNIER                                               361\n\n\nsouffle p u i s s a m m e n t soutenu, ou tableaux d'une couleur alternativement\nviolente et paisible. Il convient de mettre hors de pair, parmi eux, la Mort de\nMarsyas, où s'étale, se r é p a n d et déborde u n e opulence r y t h m i q u e véritable­\nment sans égale; Marsyas, l'humble j o u e u r de flûte, y a p p a r a î t en u n e\nsilhouette familière, sereine, et toute r a y o n n a n t e d'une naïveté noble et\nd'une grâce infiniment t o u c h a n t e .\n   Il y a aussi, d a n s ce dernier livre des œuvres complètes, des poésies fugi­\ntives où M. de Régnier atteint à u n e émotion p é n é t r a n t e , i n g é n u e et simple­\nment h u m a i n e , qu'il n'avait guères cherchée jusque là : je citerai à cet égard\nla Lune jaune, la Colline, les Cloches. Ici, c'est un cœur qui parle, et u n e langue\nsi d é p o u r v u e de tout artifice, si libre de toute contrainte ! Vous jugerez de\nson éloquence par ces deux strophes de l'Oubli suprême :\n\n                      ... Toute ma vie en moi toujours chante ou bourdonne ;\n                      Ma grappe a son abeille et ma source a son eau ;\n                      Que m'importe le soir, que m'importe l'automne,\n                      Si l'été fut fécond et si l'aube fut bonne,\n                      Si le désir fut fort et si l'amour fut beau.\n\n                      Ce ne sera pas trop du Temps sans jour ni nombre\n                      Et de tout le silence et de toute la nuit\n                      Qui sur l'homme à jamais pèse au sépulcre sombre,\n                      Ce ne sera pas trop, vois-tu, de toute l'ombre\n                      Pour lui faire oublier ce qui vécut en lui.\n\n   La Cité des Eaux, où le poète exerça une fois de plus « le pouvoir éternel de\nrefaire des dieux », lui confère le droit d e s'asseoir « à l'ombre que peut faire\nla b r a n c h e de laurier ».\n                                                 * *\n\n    Versailles, avec ses palais s o m p t u e u s e m e n t sévères, ses marbres et ses\njardins p o m p e u x , était l'aboutissement naturel de l'évolution artistique de\n M. H e n r i de R é g n i e r : c'est bien là que son pèlerinage devait se reposer,\nnon pas pour s'endormir, mais p o u r puiser u n e vigueur nouvelle et persé­\nvérer d a n s sa voie glorieuse. J e crois n'avoir pas failli à ma promesse, et vous\navoir m o n t r é combien cette œuvre est u n e dans sa diversité, et logique d a n s\nson incessante évolution.\n    P o r t e r sur elle u n j u g e m e n t définitif serait p e u t - ê t r e t é m é r a i r e : encore\nqu'elle participe davantage du passé q u e du présent, elle est trop près de\n nous, elle réalise trop justement l'idéal de beauté des jeunes générations\n d'aujourd'hui, pour que l'on puisse formuler sur elle u n e appréciation suffi­\ns a m m e n t sûre et sereine. Mais il est permis de dire, sans crainte de se\n tromper, que certains poèmes d'Arélhuse, des Roseaux de la flûte et des Médailles\n d'argile, sont beaux d ' u n e beauté immortelle. Il est p e r m i s aussi de recon­\n naître pleinement à H e n r i de Régnier trois qualités essentielles : l'originalité\n du talent, la variété de l'inspiration, et la noblesse constante de la forme et\n de la pensée.\n    U n e profonde et captivante personnalité caractérise les m o i n d r e s vers de\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "362                                   DURENDAL\n\n\nM. de Régnier : il a une voix à lui, et il prononce des paroles qu'on n'avait\nentendues jamais auparavant de la bouche des autres. Sans doute, il doit\nquelque chose de sa richesse à Chénier, à H u g o , à Mallarmé, à José-Maria\nde H e r e d i a , aux deux premiers s u r t o u t ; et certes il n'hésiterait pas à le\nreconnaître. Mais quel poète ne doit pas quelque chose à ses devanciers? quel\nest celui qui ne descend pas d'un illustre ancêtre ? H u g o , ce novateur prodi­\ngieux, s'il n'avait pas d'aïeux directs en F r a n c e , n'en avait-il pas en Angle­\nterre et en Allemagne ?... Du reste, la flûte de Marsyas chante autrement\nque la lyre d'Apollon, et il arrive qu'elle la surpasse en h a r m o n i e ; la voix\nd ' H e n r i de Régnier est différente de la voix de Victor H u g o ; et je vous jure\nque, plus d'une fois, ce n'est pas au Père que je décernerais la p a l m e . . .\n    Telle est cette œuvre opulente et touffue, qui célèbre tour à tour la douceur\ndu Songe et l'amertume de la Vie; telle est cette Muse de la Tristesse, h a u ­\ntaine dans sa simplicité, souriante dans sa gravité, toujours austère, m é l a n ­\ncolique et incapable de d é c h o i r ; tel est ce poète digne de tout respect et\nde toute admiration, probe ouvrier et grand artiste, qui a fait ce miracle\nde découvrir encore des sources nouvelles de beauté, sur une terre qui sem­\nblait les avoir toutes épuisées, et de conquérir la R e n o m m é e sans être jamais\ndescendu des hauteurs sublimes de l'Art pur. Car si l'unanime louange élève\nde jour en jour, d'une voix plus enthousiaste et plus sonore, le n o m d ' H e n r i\nde Régnier, c'est parce que la souveraine Beauté porte en elle-même une\npuissance invincible et que, pour répéter u n vers des Episodes, les H é r o s sans\nreproche allument\n\n                   Une étoile à la pointe altière de leur glaive.\n\n                                                                    FRANZ   ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-015", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 363, "page_fin": 367, "titre_corps": "Un Statuaire Portraitiste : Thomas Vinçotte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. L.", "ancre_debut": "Un Statuaire Portraitiste Thomas Vinçotte LA récente exposition", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "Un Statuaire Portraitiste\n\n                       Thomas Vinçotte\n                LA récente exposition d'une série de vingt bustes\n                  par Thomas Vinçotte au Salon de la Société\n                  royale des Beaux-Arts a fixé l'attention sur cette\n                  « spécialité » du grand statuaire. Comme « por­\n                  traitiste », Vinçotte a conquis une situation\n                  unique et enviée, incontestée. On sait l'intérêt\n                   de nombreuses œuvres de sculpture monumen­\n                  tale dues au ciseau de l'artiste ; on sait aussi\nquelle influence le professeur avisé exerce à l'Académie royale\ndes Beaux-Arts d'Anvers; peut-être s'est-on moins attaché à\nmettre en lumière jusqu'à présent l'art élégant et sain que le\nmaître apporte à l'interprétation des traits de ses contempo­\nrains. Et cependant, ses bustes constituent des documents déci­\nsifs et qui resteront tels par les révélations qu'ils apportent sur\nla société belge aux premières années du XXe siècle.\n   Justice n'avait pu encore être rendue à la variété, à la péné­\ntration du sculpteur parce que jamais une collection nombreuse\nde ses bustes n'avait été montrée au grand public.\n   D ans l'atelier de la rue de la Consolation, quelques privilé­\ngiés avaient pu voir à une ou deux reprises huit ou dix por­\ntraits caractéristiques, mais ces très intéressantes « private\nviews » ne pouvaient avoir la portée de ce qui vient d'être\nréalisé par les organisateurs du Salon des Beaux-Arts où toute\nune salle était réservée aux marbres de Vinçotte.\n    Il est assez d'usage de déclarer d'un air détaché : « Vinçotte\n » réussit parfaitement les bustes des jolies femmes — il leur\n » donne de l'allure, de la tenue. » Ou bien : « Les bustes\n » d'hommes de Vinçotte sont ressemblants et sérieux. » Des\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "364                         DURENDAL\n\n\nportraits exposés isolément ont justifié ces compliments super­\nficiels.\n   Mais cette fois, les plus aveugles ont dû comprendre qu'il\ns'agit de bien autre chose et ça a été, dans les journaux et les\nrevues, dans le grand public aussi et même parmi les artistes,\nl'événement d'une vraie révélation, un réel succès d'art.\n   Cette épreuve un peu périlleuse d'aligner nombre d'ouvrages\nsimilaires pouvant offrir de la monotonie a tourné merveilleu­\nsement à la gloire du statuaire. La grande médaille qui en a\nconsacré le triomphe lui était décernée déjà par le suffrage uni­\nversel, avant même que le jury spécial fut désigné pour son\nattribution.\n   Cette exposition Vinçotte offrait les éléments les plus curieux.\nRien d'intéressant comme d'examiner l'interprétation donnée à\ndes visages de penseurs, de savants, d'hommes d'action, de\nmondains et aussi à ces figures de femmes, d'âge et de condi­\ntion sociale si divers, belles ou non, mais tous et toutes expri­\nmés avec le probe respect d'un artiste digne de ce noble nom\npour son Art, pour l'individualité de ses modèles et pour lui-\nmême. Jamais la préoccupation de contenter le « client » ou de\nremplir aisément les conditions d'une commande n'a poussé\nVinçotte à réaliser tellement-quellement une œuvre indifférente.\nIl n'a jamais signé que des morceaux consciencieux, d'étude\npoussée et de volontaire autorité.\n   Une intelligence avisée du caractère physionomique à mettre\nen lumière est le secret de l'art du portraitiste. La ressem­\nblance, une ressemblance définitive et qui résiste à l'assaut du\ntemps, résulte de cette interprétation.\n   Cette ressemblance est fondée sur une science anatomique\ntrès avertie, la « construction » de l'organisme humain, logique\ndans son volume et dans ses développements, est la base ration­\nnelle de ce curieux travail.\n   Vinçotte ne se borne pas à établir les justes proportions, à\ntrouver la correspondance de tous les « creux » qui mettent\nl'ombre et le reflet dans la blancheur d'un marbre, à s'inspirer\naussi du métier des peintres pour fixer par un artifice de relief\nla vie des regards, il s'ingénie encore à mettre en évidence le\ncaractère prédominant d'un type, la personnalité avec ses habi­\ntudes, ses imperfections, ses instincts mêmes... Si telle atti­\ntude, tel port de tête, telle expression sont fréquents chez la\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "                  UN STATUAIRE     PORTRAITISTE                365\n\n\npersonne dont Vinçotte exécute le buste, il saura en composer\nles éléments d'une synthétisation concrète de son être phy­\nsique.\n   Peu importera par la suite que cette personne engraisse ou\nmaigrisse, s'alourdisse ou s'aménuise, le buste demeurera phy­\nsionomique à travers les modifications de la vie, comme le gros\nœuvre d'un monument demeure intact sous les revêtements\nd'une ornementation successive.\n   Vinçotte est, d'ailleurs, d'une sincérité souvent terrible dans\nses portraits. Il ne mâche pas la vérité et révèle nettement les\ntares, les stigmates de l'âge, les traits de caractère ou de tem­\npérament même s'ils sont peu à l'honneur de ses modèles. Il\nenveloppe ces indications du prestige d'une coupe originale,\nd'un arrangement de grand style, d'une exécution ferme et char­\nmeuse, mais le jugement porté par l'artiste demeure incorrup­\ntible. Voyez çà et là, au Salon, ces fronts trop bas, ces bouches\nde sensualité, ces tempes étroites, cette face prognate, ces yeux\nasymétriques, ce menton veule, ces oreilles de dégénéré, cette\nboîte cranienne insuffisante, ces paupières fripées, ces tours de\ntête prétentieux ou étudiés. Vinçotte les a surpris et fixés comme\nil a su, ailleurs, discerner et exprimer la race, la « branche »,\nl'intellectualité d'un type ou la beauté plastique de linéaments\njeunes, souples et pleins, la finesse ployante d'un cou arrondi, le\ngalbe exquis d'une épaule jeune.\n   Généralement, Thomas Vinçotte réalise ses bustes selon le\nprocédé technique habituel. D'abord, il exécute d'après nature\nson œuvre en terre glaise. Le modèle ainsi obtenu est ensuite\nmoulé et reproduit en plâtre. Des praticiens, par des moyens\nmécaniques, dégrossissent et préparent enfin le marbre défi­\nnitif que le statuaire reprend et achève de sa main.\n   L'admirable buste du Duc d'Ursel fut exposé cette année en\nterre, une terre toute mouillée et fraîche encore, frémissante de\nl'empreinte des doigts de l'artiste... Il eut été impossible de ter­\n miner avant l'exposition l'exemplaire en marbre et la présence\n de ce buste au centre de la salle, en ce premier Salon de la\n Société des Beaux-Arts qui suivit la disparition de son fonda­\nteur, était tellement désirée que cette terre parut à tous l'œuvre\n nécessaire, l'hommage requis, le « mémorial » indispensable.\n   Chaque soir, un garçon d'atelier, à l'heure de la fermeture,\n venait refaire les enveloppements humides qu'il défaisait le len-\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "366                         DURENDAL\n\n\ndemain, le plus tard possible, pour conserver intacte cette\nœuvre précieuse, éviter les crevasses et le retrait du séchage\net maintenir la masse en état de servir — après l'exposition — à\nla continuation de l'ouvrage.\n   Mais parfois le statuaire bouleverse cette technique tradition­\nnelle et, tout de go, à la première séance de pose, il attaque\nsans préambules le bloc de marbre et se met en peine d'en\nextraire directement l'œuvre telle qu'il la comprend. Je ne\npense pas que ce soient les types de caractère très accusé que\nl'artiste traite de préférence de la sorte, mais, au contraire, les\nvisages peu accentués et de modelé mince auxquels il importe\nde maintenir le plus de netteté, de franchise, de saveur\npossible... Le résultat est admirable, au prix d'un travail sans\ndoute terriblement lent et ingrat; les marbres ainsi traités ont\nune beauté d'exécution incomparable.\n   C'est de cette façon que fut réalisée la Sainte Cécile, « tête\nd'étude », selon la modeste indication du catalogue. Le charme\nindicible de cette face, le modelé souple et suivi des contours,\nle contraste élégant des surfaces lisses et très voulues avec les\nrudesses frustes et inachevées du bloc dont elles émergent, la\nsuavité expressive des traits concourent à une impression d'idéa­\nlité et de mysticité exquises.\n   Ce morceau est infiniment significatif par la science de l'éclai­\nrage, la distribution habile des blancs et des noirs. Il serait, à\nce point de vue, à proposer en exemple à des élèves d'académie.\nCette délicatesse cherchée du jeu des ombres, graduant les\ncreux et les reliefs avec un art consommé, est magistrale.\n   Quel contraste entre l'élégance raffinée de cette conception et\nla virtuosité plantureuse d'interprétation du buste du profes­\nseur Chandelon. Non pas qu'il y ait trace de vulgarité dans\ncette œuvre de santé, la distinction de technique persiste égale\ntoujours, mais c'est le côté « terre à terre », la matérialité épi­\ncurienne d'enveloppe de cet homme de science, qui voulut ces\nmodelés gras et copieux, cette ampleur joyeuse.\n   Tout à côté, un visage de jeune fille offre le contraste le plus\nsaisissant. Au lieu de la sérénité placide d'une fin d'existence\nremplie, c'est toute l'angoisse de la vie à venir envisagée dans\nses incertitudes et ses anxiétés. Oh! l'inoubliable regard de\ndétresse, l'amertume de cette lèvre si jeune, et tout le combat\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "                   UN STATUAIRE PORTRAITISTE                      367\n\nde la Foi requérant des renoncements et de l'ascétisme d'un\ncorps jeune affirmant des droits au bonheur terrestre.\n   Ailleurs, c'est, au déclin de l'âge, une beauté patricienne\nencore défendue, une attitude de parade mondaine nécessitée\npar des devoirs de situation, mais éclairées et comme transfi­\ngurées par la vertu agissante d'une philanthropie vaillante et\njudicieuse.\n   Plus loin, quelques variantes de ce type d'homme si fort de\nnotre temps personnifiant la « profession libérale », avec de la\nsobriété, une santé épuisée, les traces de longues veillées séden­\ntaires, une activité de pensée inlassée, c'est le buste de l'archi­\ntecte Maquet, celui du professeur Lambert, celui de M. Monte­\nfiore, M. Jules Guillery... Ceux-là, comme le buste du duc\nd'Ursel, sont infiniment documentaires, résumant la mentalité\ncontemporaine dans ses manifestations les plus hautes. Nul\ndoute qu'ils deviennent infiniment précieux et acquièrent par\nla suite des places méritées dans les musées. Car ils allient\nl'intensité expressive, l'émotion artistique à la beauté plastique\nde l'objet d'art.\n   A ce point de vue, les commissaires des musées royaux de\nl'Etat se sont montrés heureusement inspirés en acquérant le\nbuste de M. Maquet. Cet « échantillon » excellent des por­\ntraits de M. Vinçotte sera très à sa place à côté des psycholo­\ngiques bustes du Roi et de la Reine des Belges, qui sont déjà\nau musée. Il est souhaitable qu'un important buste de femme\nreçoive à son tour cette destination définitive. Car les bustes de\nfemmes de Thomas Vinçotte offrent, en outre de tous leurs\nautres mérites, le charme d'une présentation de haute élé­\ngance, qui en fait les plus esthétiques et les plus plaisants bibe­\nlots. A l'égal des bustes harmonieux du XVIIIe siècle, ils ont une\n forme imprévue et délicieuse. Ils séduisent les yeux par une\ncoupe inattendue, la proportion d'un socle élevé, un goût du\n détail, un arrangement de draperie, une « mise en page » qui\ndonne à chacun de leurs aspects l'unité, le rythme, le style.\n    L'énumération de tels mérites résume une carrière féconde.\n    Et n'est-ce pas là la fin dernière de tout art et la « perfection »\n — au sens humain du mot — dans n'importe quelle branche,\nmême humble — de tout labeur d'artiste?\n\n                                                              P. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-016", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 368, "page_fin": 372, "titre_corps": "Le LXXXIe Festival Rhénan", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. Systermans", "ancre_debut": "Le LXXXIe Festival Rhénan C'EST la première", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "Le LXXXIe Festival Rhénan\n                 C'EST la première « Musikfest » qui se donne depuis que Fritz\n                    Steinbach a pris, à Cologne, la succession de feu Wüllner;\n                    le nouveau directeur semble vouloir imprimer à ces festi­\n                    vités traditionnelles une allure nettement moderniste qui\n                    en doublera l'intérêt et la vitalité. D'aucuns regrettent\n                    cette tendance, indiquée déjà lors des derniers festivals\n                    d'Aix et de Dusseldorf, et déplorent que les ouvrages\n                    nouveaux se substituent aux grands oratorios classiques\n                    qui constituaient jadis le morceau de résistance de toute\n                    solennité semblable. Laissons-les gémir en paix et réjouis­\nsons-nous, au contraire, de ce que notre époque, trop souvent encline à\nl'esprit de scepticisme, produise encore des œuvres susceptibles, par leur\ncaractère, de figurer au programme d'un festival au lieu et place de quelque\npompeuse fresque de Haendel. Un oratorio du style et de l'importance des\nApôtres, d'Edward Elgar, méritait incontestablement les honneurs de la\n« Musikfest ». Et ce précédent sera tout à l'avantage des compositeurs\nbelges, qui désormais peuvent caresser l'espoir d'être joués eux aussi aux\nFestivals rhénans : un Franciscus, une Godelieve en sont assurément dignes.\n   Le classicisme, d'ailleurs, ne perd aucun de ses droits ; Bach et Beethoven\nsont largement représentés au programme de Cologne ; mais ici encore,\nSteinbach a tenu à s'écarter des sentiers trop battus : il a choisi les plus\nvivantes entre les symphonies de Haydn et de Beethoven, et, dans l'œuvre\nde Bach, une de ces petites cantates de tour alerte et humoristique que l'on\nentend rarement et qui révèlent, sous un aspect de piquante gaîté et de poésie\ncharmante, le génie du maître d'Eisenach.\n\n\n\n   Mais avant de parler du festival, il nous faut mentionner la cérémonie,\ntrès émouvante en sa simplicité, qui en a été le prélude : l'inauguration du\nmonument érigé sur la tombe de Franz Wiillner. Un cimetière aux fron­\ndaisons opulentes, dans le calme d'une matinée dominicale et la mélancolie\nd'une atmosphère voilée ; devant un hémicycle de granit, s'enlevant sur un\nrideau de verdure sombre, sont réunis les disciples et les amis du maître\néclairé et bon auquel Cologne doit son grand essor musical; les élèves du\nConservatoire se trouvent là aussi, groupés autour de leur nouveau direc-\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "                      LE   LXXXI e   FESTIVAL   RHÉNAN                      369\n\n\nteur. Et voilà que s'élève la mélodie pénétrante et grave d'un choral de Bach;\nqu'en un langage vibrant, Steinbach retrace la noble carrière du défunt; et\nqu'apparaît la figure tombale, exécutée par notre compatriote Samuel, tandis\nqu'un rayon de pâle soleil entr'ouvre les nuées brumeuses ; c'est une minute\nde profonde et douce émotion.\n    L'œuvre de Samuel (une statue de la Mélancolie) a été très admirée pour\nsa grâce distinguée, sa pureté de style, son harmonie linéaire, qui contrastent\navec l'extériorité emphatique de la plupart des mausolées allemands.\n     La partie architecturale du monument, fort bien conçue également, avait\nété confiée à Sneyers, un autre Belge; on voit combien nos écoles nationales\nsont appréciées même dans les pays où l'on se pique de quelque supériorité\n en fait d'art monumental.\n     Nous voici donc, à 6 heures, dans l'importante salle du Gürzenich, émer­\n veillés une fois de plus par l'admirable organisation de ces festivals où les\n moindres détails matériels (contrôle, vestiaires, buffets) font l'objet d'une\nprévoyance qui évite à l'auditeur l'ombre même d'une préoccupation ou d'une\n gêne.\n     La première partie est consacrée toute à l'oratorio biblique d'Elgar, les\n Apôtres : la conception en est ingénieuse et la musicalité très attachante.\n Dans le plan de l'auteur, la partie actuellement publiée (et dont l'audition\n prend plus de deux heures) ne constitue qu'un premier fragment d'un vaste\n ouvrage qui doit embrasser toute la période d'établissement du christianisme,\n depuis la vocation des Apôtres jusqu'au triomphe de l'Eglise du Christ dans\n la Gentilité.\n     La partition se divise en tableaux basés chacun sur un texte évangélique ;\n mais l'auteur ne se borne point à commenter musicalement les seules paroles\n bibliques; il s'attache surtout à en exprimer la répercussion dans l'Humanité\n représentée par les apôtres, par les saintes femmes, par le chœur du peuple.\n Il y a là un élément nouveau d'intérêt et de dramatisation qui a, d'autre part,\n  l'avantage de favoriser la variété et le mouvement du langage musical. De\n temps à autre, l'auteur se complait en un tableau purement pittoresque,\n comme, par exemple, le réveil du Temple avec le chant du Psaume matinal\n  sur une vieille mélodie hébraïque, la tempête sur la mer de Galilée; mais\n  sans interrompre plus que de raison le développement psychologique de\n  l'action du Christ.\n      Musicalement parlant, l'œuvre se recommande par sa clarté, son charme\n  mélodique, son coloris chatoyant et délicat, surtout par la sincérité et l'inti­\n  mité de son émotion ; dans certains épisodes du début, on relève soit une\n  recherche laborieuse de l'effet, soit une monochromie trop persistante; mais\n  la seconde partie est toute entière d'une allure très haute et d'une pénétrante\n   ferveur; elle comprend la Trahison de Judas, le superbe épisode de ses\n   angoissants remords, le Crucifiement, la venue des Saintes femmes au Tom­\n   beau, toute fraîche et parfumée; l'Ascension et le formidable Alleluja final,\n   un moment défloré par un gros effet de triolets vraiment trop « Bénédiction\n   des poignards », mais bientôt ramené au style séraphique dans une conclu­\n   sion toute radieuse et éthérée. Ajoutons que des thèmes-conducteurs de beau\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": " 370                              DURENDAL\n\n\ncaractère interviennent à titre descriptif plutôt que comme éléments substan­\ntiels du développement; et que, si les idées mélodiques ne se signalent point\npar une réelle « originalité », du moins l'instrumentation les entoure d'une\natmosphère mystique dont les scintillements discrets et les timbres lumineux\nappartiennent en propre au musicien anglais.\n   L'ouvrage est d'exécution difficile; il requiert une extrême précision, beau­\ncoup de délicatesse, de liberté et de souplesse. Steinbach l'a conduit avec\nautant de maîtrise que de couleur, de poésie et de majesté. Parmi les solistes,\non a surtout apprécié la noblesse de style et de sentiment du D r Krause\ndans le rôle de Jésus, et la diction énergique de M. Orélio en Judas.\nMM. Knote (le premier ténor de Munich) et Bertram (le baryton de Berlin)\nsont chanteurs de théâtre. Les cantatrices colonaises, M mes Rüsche et Metzger,\nont fait preuve du talent le plus consciencieux. Et tout le monde — y com­\npris le compositeur — a été acclamé avec entrain.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n    Pause réglementaire : assaut des sandwichs, orgies de Rheinwein, discus­\n sions, reconnaissances : Belges et Français en nombre respectable; peu\n d'Anglais; le succès de leur compatriote Elgar ne paraît pas les émouvoir\n outre mesure. Il est vrai que les Apôtres ont fait triomphalement leur tour\n d'Iles Britanniques avant de prendre pied sur le continent. Après une demi-\n heure accordée aux exigences de la « vile matière », l'appel des trompettes\n suspend comme par enchantement la pittoresque et grouillante animation de\n cette foule : l'esprit de discipline reprend ses droits; en quelques instants,\n les 1,500 auditeurs et les 700 exécutants ont regagné leur poste, avec une\n docilité et un calme parfaits.\n    Paderewski est au piano ; on le dit fatigué, souffrant, exténué : l'excuse\nétait nécessaire. Est-ce bien l'artiste d'il y a quinze ans, charmeur et précis,\nmaître souverain de sa technique, poète incomparable? Le son est écrasé,\nl'exécution incorrecte, lassée; par instants un éclair, un retour de sa sonorité\nimmatérielle, une phrase d'enveloppante tendresse... Mais l'ensemble reste\nnerveux, inégal, heurté. Il joue la Fantaisie de Schumann, dont on goûte\nsurtout le premier mouvement, et les Variations de Brahms-Paganini, où il\nmanque de panache et d'éclat. Une revanche à prendre !\n    Et, à 10 heures, Steinbach attaque la « Septième » de Beethoven...\n    Ah! le chaud débordement de couleur et de lumière, l'irrésistible entraîne­\nment des rythmes endiablés, la séduction des nuances les plus délicates,\nl'impulsion des crescendos grondants... Quelle somme d'énergie, de volonté,\nde musicalité dans ce petit homme endiablé et passionné I On se dit que cette\ninterprétation fulgurante sera le « clou » du festival, tant elle est admirable\nde clarté, de finesse et de puissance.\n    Mais la journée du lendemain nous réserve d'autres surprises et d'autres\njoies : la direction vivante et impulsive de Steinbach a fait décidément\nde ce festival une fête d'art ininterrompue, et c'est ce deuxième jour\nqui en a marqué le point culminant. Nous avons eu deux exécutions\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "                      LE   LXXXI e   FESTIVAL   RHÉNAN                      371\n\n\norchestrales réalisant l'idéal absolu; la quatrième Symphonie de Brahms,\nconduite déjà cet hiver à Bruxelles par l'éminent capellmeister, mais\ncombien plus resplendissante, et souple, et poétique, ainsi rendue par\nl'orchestre discipliné, docile et compréhensif du Gürzenich. Et le troi­\nsième Concerto brandebourgeois de Bach, écrit pour trois violons, trois\naltos et trois basses, et interprété, dans la version Steinbach, par tout\nle quatuor, quatre-vingts archets! On ne rêve pas une pareille précision de\nrythme et d'accent, une telle unité de sentiment, un charme plus pénétrant\nde nuances et de sonorité; en sorte que ce tour de force de virtuosité d'or­\nchestre apparaissait comme une chose toute simple, tant le caractère artis­\ntique en était délicat et profond. Mettons encore à l'actif de Steinbach l'accom­\npagnement du Concerto (mi bémol) de Beethoven, parfait de sentiment, de\ncouleur et de clarté : c'est l'orchestre et non le pianiste qui, cette fois,\ncaptivait l'attention. Paderewski, mieux disposé que la veille, a joué en\nfin poète; mais sa compréhension de Beethoven est restée bien étroite et\n « jolie ».\n    C'était la journée des « trois B » : Bach l'avait inaugurée par la délicieuse\ncantate humoristique, der zufriedevgestellte Aeolus, écrite en 1725, pour une\nfête intime d'étudiants organisée à l'occasion de l'anniversaire de naissance\n d'un sien ami, Auguste Muller. Cet Auguste, amateur de jardins et de fruits,\ncraignait de voir des bises précoces compromettre la maturité de ses espa­\n liers : on en prit thème pour élaborer un scénario, où Zéphyr, Pallas, Pomone\n viennent successivement conjurer Eole de retarder quelque peu le déchaîne­\n ment de ses aquilons. Le dieu, bon garçon, se laisse fléchir, et la cantate se\n termine par un chœur joyeux des amis d'Auguste, d'un comique tout à fait\n entraînant. Bach a imprimé à toute cette œuvrette un cachet d'humour, une\n franchise alerte du plus piquant effet; il y a là un air de baryton, petit chef-\n d'œuvre de verve, que le baryton Bertram a dit en artiste d'expérience et de\n goût.\n    De Brahms, outre la « Quatrième », on entendit des quatuors vocaux qui\n mirent une note poétique et recueillie dans ce programme de grande allure,\n et le Triumphlied, dont les déploiements sonores imités de Haendel permirent\n aux chœurs de faire valoir leur inégalable beauté de sonorité et l'ardeur élec­\n trisante de leur enthousiasme artistique.\n    Il était autrefois de règle que les solistes eussent la grosse part au pro­\n gramme du troisième jour; et il arrivait ainsi que la vraie musique fût sacri­\n fiée aux « petits airs » d'un goût souvent douteux. Steinbach y a mis bon\n ordre : sa dernière journée a présenté autant d'intérêt que les autres, et les\n solistes n'y sont intervenus qu'avec une parfaite discrétion : Knote pour\n chanter le récit du Graal de Lohengrin dans la version originale qui com­\n porte, outre la partie publiée dans la partition, une vingtaine de vers expli­\n quant par quel appel mystérieux le héros a été conduit vers Elsa ; cette ajoute\n ne possède ni la grandeur, ni la noblesse mystique du récit connu ; elle eût fait\n longueur au théâtre. Knote, le premier ténor de Munich, chante avec beau­\n coup de charme : voix blanche, souple et sagement conduite. Le second solo\n  revient à Bertram, le baryton mordant, timbré, à la diction spirituelle\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "372                              DURENDAL\n\n\n et variée; très grand succès dans des ballades de Lœwe, tout imprégnées\n de saveur et d'humour germaniques, et dans les fameux « Grenadiers » de\n Schumann.\n    Le classicisme était représenté par l'ouverture d'Euryanthe et la Symphonie\nen mi bémol de Haydn, détaillée avec une grâce lumineuse; et l'inédit par des\nœuvres de Strauss et de Max Schilling. De Strauss, le «Taillefer» de Uhland:\nchœurs, orchestre, ténor et baryton; page de haute couleur, traversée de cla­\nmeurs de bataille, où le pittoresque instrumental atteint à ses limites\nextrêmes, animée d'un grand souffle héroïque et populaire. De Schilling, un\nmélodrame, Hexenlied (le Chant de la Sorcière), où l'orchestre souligne, avec\nune profonde justesse de sentiment et de coloris, un poème admirablement\ndit par le D r Wüllner, le même qui, à ses heures, est aussi chanteur de\nlieder.\n   Et le dernier mot des festivités est resté à Wagner, avec le tableau final\ndes M eistersinger, chanté dans un inoubliable élan de triomphe et de lumière ;\njamais peut-être le choral de Sachs n'apparut plus grandiose et plus émou­\nvant; nul chœur de théâtre ne pourrait donner, comme ces vaillants batail­\nlons colonais, la sensation de l'enthousiasme et de l'allégresse de tout un\npeuple. Le style, plutôt solennel et pompeux, dans lequel Steinbach prend\nla marche des Maîtres et la péroraison, appelle quelques réserves; la carrure\nallante et franche de Richter paraît évidemment mieux en correspondance\navec le caractère de l'œuvre. Cette différence de compréhension n'a,\nd'ailleurs, pas diminué l'impression profonde de cette belle exécution, à\nlaquelle Knote et Bertram, excellents tous deux, prirent une part impor­\ntante.\n   Des acclamations sans fin, des pluies de bouquets, des théories de palmes :\nc'est le triomphe mérité de Steinbach. Il s'est révélé, en ces journées d'excep­\ntionnelle activité, non seulement comme un des grands chefs d'orchestre de\nnotre temps, mais encore comme un organisateur de premier ordre,\ncomme un musicien passionné, auquel ne coûtent ni fatigues ni labeurs\n lorsqu'il s'agit de réaliser un grand idéal d'art. Les Belges présents à\n Cologne ne furent pas les moins enthousiastes à l'applaudir, et tous\nsouhaitent le revoir souvent à la tête de notre orchestre bruxellois.\n\n                                                            G. SYSTERMANS.\n\n\n\n\n                                    *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-017", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 373, "page_fin": 374, "titre_corps": "Sixième Concert Ysaye : La Symphonie en si bémol de Vincent d’Indy", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Sixième Concert Ysaye La Symphonie en si bémol de Vincent d'Indy YSAYE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 450, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "Sixième Concert Ysaye\n        La Symphonie en si bémol de Vincent d'Indy\n\n\n                        YSAYE et son orchestre n o u s ont d o n n é une interprétation très\n                           éloquente et r a y o n n a n t e de vie de la S y m p h o n i e en si bémol\n                           de Vincent d ' I n d y .\n                             Cette s y m p h o n i e est assurément d a n s le d o m a i n e de la\n                           m u s i q u e p u r e le poème le plus puissant et le p l u s g r a n ­\n                           diose qu'ait écrit jusqu'ici Vincent d ' I n d y . Celui qui n'est\n                           point familiarisé avec l'œuvre du maître français et n'en\n                           a qu'une connaissance superficielle et approximative est\n                           porté à a d m i r e r en l'auteur de l'Étranger u n génie avant\n tout pittoresque. Ce point de vue n'est pas juste p a r c e qu'il n'est pas\ncomplet. Si Vincent d ' I n d y possède à un degré rare les dons d'un inter­\nprète descriptif de la n a t u r e , son art (et la S y m p h o n i e en si bémol en\nest la p r e u v e la plus décisive) se caractérise encore et surtout par la\nfermeté et l'ampleur de la conception o r d o n n a t r i c e , par la fertilité et la\nsouplesse d'une des imaginations musicales les plus riches et les plus géné­\nreuses de notre t e m p s . E t d'abord cet art possède u n mérite haut et inatta­\nquable, il est souverainement personnel et la personnalité qu'il traduit est\nforte et s'impose. Schubert, S c h u m a n n et B r a h m s se sont inspirés en\nleurs S y m p h o n i e s de l'ait et de la conception b e e t h o v e n i e n n e . Si la S y m p h o n i e\nen si bémol ne raconte pas limpidement une idée ou u n sentiment avec cette\nlargeur synthétique, cette victorieuse et fulgurante impression d'unité qui est\nla marque sacrée de Beethoven, si les quatre fragments épiques qui la consti­\ntuent ne se rattachent pas entre eux par ce lien intime qui a p p a r e n t e psycho­\nlogiquement d'une façon si étroite les diverses parties de l'Héroïque, de la\nPastorale, de la cinquième ou de la septième S y m p h o n i e , il faut reconnaître\nque par des moyens totalement différents, par u n e mise en œuvre b e a u c o u p\nplus fouillée et plus complexe, la vaste composition s y m p h o n i q u e de d ' I n d y\napparaît u n e œuvre absolument g r a n d e et belle (1).\n   Le symbolisme du poème de d ' I n d y s'affirme dans l'opposition féconde de\n\n\n  (1) Lire, au sujet de cette symphonie, l'excellente étude thématique de M. Calvocoressi\n(n° 19 à 22 du Guide Musical).\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "374                                DURENDAL\n\n\n deux thèmes fondamentaux, le premier tortueux, menaçant, de cadence\n lourde et boiteuse, rampant dans la nuit comme un fantôme, le second agile\net scintillant en sa robe d'azur tissée de lumière. L'antithèse de ces deux\n thèmes expressifs et énergiques figure le combat du Bien et du Mal, du Jour\n et de la Nuit, de la Vie suprême et du Néant. Au cours de l'œuvre, ces deux\n thèmes essentiels évoluent, se transforment, s'amplifient, se complètent de\n formes thématiques dérivées ou étrangères qui en accentuent les significa­\n tions et le tout est avivé par la splendeur des colorations, par l'éloquence des\n combinaisons orchestrales.\n     Peut-être sera-t-on porté à regretter que le souci de la plastique et de la\n couleur n'aient quelquefois pour résultat de trop maîtriser le courant d'émo­\n tion intérieure (que, malgré tout, l'on sent puissant) et de l'endiguer au profit\n d'une forme merveilleuse, mais excessive en sa rigoureuse et consciente aus­\n térité. En tout cas, ce reproche serait mal fondé s'il s'adressait à la troisième\n partie, que caractérise un rythme d'une puissance inouïe, ou à la quatrième\npartie, dans laquelle fièrement l'inspiration épanouit ses ailes en cette péro­\nraison synthétique, qui ouvre une large issue vers des contrées de paix et de\nrêve, s'affirmant en une expansion triomphale qui couronne l'œuvre de lumière\n et de majesté.\n    Un autre grand attrait du concert était le concours du violoncelliste Jean\n Gérardy, dont les visites à Bruxelles sont malheureusement si rares. Jean\n Gérardy nous vient encore de cette province de Liége, qui, par un privilège\n inexpliqué, reste la terre classique des grands virtuoses de l'archet, les Vieux-\n temps, les Ysaye, les Thomson, les Marsick,etc. C'est le plus parfait violoncel­\n liste et un des plus nobles artistes interprètes qui soient actuellement. Sous ses\n doigts inspirés le violoncelle revêt une ampleur inusitée et s'auréole de poésie\n immatérielle et songeuse. Les alternances expressives se fondent harmonieuse­\n ment en une succession d'expansions généreuses et de tendresses exquises, où\n éclate un art dont la puissance dérive de sa simplicité et de sa sincérité. Il\n découvre et met en lumière l'expression intime du poème dans les parties\n même de l'œuvre interprétée, qui, en apparence et pour un artiste moins\n pénétrant, sembleraient de pure extériorité.\n     Le Concerto de Jongen pour violoncelle est une œuvre fort bien écrite,\n  dont nous aimons particulièrement le second mouvement, qui est une page\n grave et profonde. En sa tenue générale, il semble avoir plus particu­\n  lièrement en vue le triomphe du virtuose, et c'est pourquoi les Variations de\n  Boëlmann, bien que d'une valeur musicale évidemment moindre, ont mis\n  néanmoins encore davantage en relief les qualités foncières du génie inter­\n  prétatif de Gérardy, qui sont raffinement et la profondeur de l'expression. Le\n  concert se terminait par la verveuse Fantaisie de Gilson sur des airs canadiens.\n  Quand réentendrons-nous la Francesca di Rimini, qui produisit une si\n  vive impression lorsqu'elle fut exécutée aux Concerts Populaires il y a une\n  dizaine d'années, et qui nous apparaît jusqu'ici l'œuvre la plus forte de\n   Gilson ?\n\n                                                         G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-018", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 375, "page_fin": 380, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Le Guide de l'Empereur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "LES LIVRES\n\n L e G u i d e d e l ' E m p e r e u r , par RENÉ BAZIN. — (Paris, Calmann-\n    Lévy. )\n    Le capitaine Audouin est un loyal et brave soldat, militaire jusqu'au fond\n de l'âme. Son bras a gelé dans une charrette d'ambulance une nuit de l'année\n terrible, et perclus, en proie à des douleurs continuelles, mais souffrant\namèrement surtout de ne plus pouvoir servir son pays, il végète tristement\n dans une ville de province. Heureusement, à ses côtés se trouve sa fille Véro­\n nique. Véronique est un caractère admirablement tracé. C'est le type de la\njeune femme dénuée de fortune et de beauté, mais possédant, en revanche, au\n fond de son cœur, ces trésors d'affection et de dévouement qui haussent une\nâme jusqu'aux cimes de tous les sacrifices et de tous les héroïsmes. Véro­\n nique est le rayon de joie qui illumine la vieillesse de son père infirme, et\nc'est elle qui soutient vaillamment le ménage du produit de ses leçons de\nchant et de piano. Et voici que, par une nuit de tempête et dans des cir­\nconstances particulièrement dramatiques, elle a recueilli un enfant, Charles\nHuber, abandonné par sa mère. Cet enfant, elle va l'aimer et l'élever comme\nson propre fils, ses frêles et précaires moyens d'existence ne pouvant faire\nreculer son âme généreuse devant cette nouvelle charge. L'enfant recueilli a,\nd'ailleurs, une nature charmante et aimante. Il n'est pas nécessaire de dire\nque bientôt toutes les pensées, tous les espoirs du vieil infirme et de sa fille\ngravitent autour de cette tête chérie.\n   Charles Huber vient d'accomplir sa quatorzième année lorsque ses parents\nle réclament. C'est leur droit, il faut bien s'incliner, mais c'est aussi un coup\nde foudre sous lequel va s'écrouler tout le bonheur de la maison joyeuse.\nL'espoir s'envole et l'avenir si rose s'enroule d'un crêpe sombre. Il est sans\ndoute profondément triste pour le capitaine Audouin de voir son enfant\nadoptif déserter ainsi le foyer où il a grandi, mais il est une blessure encore\nplus cruelle pour l'âme brûlante de patriotisme du vieux soldat : c'est de savoir\nque Charles Huber retourne en Alsace et qu'il servira dans les armées de\nl'empereur allemand. C'est, en effet, au service de l'empereur que, six ans plus\nlard, Charles Huber trouvera la mort. Il a eu l'honneur d'être remarqué par\nle souverain arrivé soudain à Strasbourg et d'être le guide de l'empereur se ren­\ndant au polygone pour la revue des troupes. L'empereur lui a dit : « Va un\nbon pas, mon brave, il faut que l'empereur soit rendu avant tout le monde. »\nEt le jeune Charles, se ressouvenant des leçons de devoir et de dévouement\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3188, "texte": "376                              DURENDAL\n\n\nmilitaires que n'a cessé de lui donner son père adoptif, n'a qu'une seule\npensée, se hâter. Il court dans le verglas, devançant à pied l'empereur à che­\nval et les deux officiers qui l'accompagnent. Mais dans cette course désor­\ndonnée et échauffante, le vent empoisonné de l'hiver a glacé le sang ardent\ndu jeune homme et frappe Charles Huber à mort dans le plein épanouisse­\nment de sa jeunesse, de sa force et de sa beauté. Le capitaine Audouin\npourra encore s'approcher du lit de mort de Charles et lui dire adieu. Quant\nà Véronique, elle ne reverra plus son fils sur la terre. Je ne saurais assez dire\nle charme de ce récit où se retrouvent toutes les qualités d'émotion et d'ob­\nservation de Dickens avec plus de poésie et peut-être aussi plus de profon­\ndeur. Les figures centrales du capitaine Audouin et de Véronique ont un\nrelief saisissant et vivent d'une vie intense. Toute la scène de l'arrivée de\nl'empereur à Strasbourg et de la revue est d'une remarquable puissance évo­\ncative.\n   Le Guide de l'Empereur est suivi de différentes nouvelles retenant l'intérêt\ndu lecteur par des scènes touchantes ou des caractères observés, par le coloris\ndes descriptions et la force du style. Nous citerons spécialement : La Mère\n Chaussée, Trois Arbres, Les Yeux Tristes, Le Petit de Treize ans.\n                                                      G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nCours théorique et pratique de plain-chant romain gré-\n   g o r i e n , par A. GASTOUÉ. — (Paris, au bureau d'édition de la Scola Can­\n    torum, 1904.)\n    Le beau volume publié récemment par le savant professeur de la Scola\nCanlorum, de Paris, résume un enseignement théorique et pratique, qui va\ndes premiers éléments jusqu'au seuil des plus forts travaux.\n   Dans une première leçon préparatoire, l'auteur donne d'utiles conseils sur\nla prononciation du latin, la notion de quantité métrique, les exercices indis­\npensables — et trop négligés — d'intonation et d'émission des sons, enfin sur\nl'art de diriger un chœur.\n    Le livre premier, intitulé Solfège et Exécution, donne les renseignements pra­\ntiques nécessaires sur les signes graphiques, le rythme oratoire, les neumes\nau point de vue de la structure et de la durée, le rythme dans les formules\nornées. Viennent ensuite les variétés de chants psalmiques, la théorie du\npsaume avec sa médiante et sa terminaison, les tons de la psalmodie, les\nantiennes, le trait, les répons. Une troisième partie mentionne les chants non\npsalmiques: hymnes versifiées et autres (Te Deum, Gloria, Credo, Sanctus, etc.),\nproses et séquences, litanies, Kyrie, Agnus Dei, versets et répons, antiennes\n non psalmodiques. Cette partie se termine par un chapitre consacré à ce\n qu'on appelle très improprement le plain-chant musical, c'est-à-dire le genre\n de chant ecclésiastique qui prit naissance à Paris auXVIIesiècle, et auquel se\n rattachent les messes de Dumont, Lulli, etc.\n    L'exposé didactique de ce premier livre présente une disposition originale\n très utile. Chaque paragraphe est divisé en trois parties; la première (a) définit\n la matière traitée; la seconde (b) exprime, en quelques phrases concises, les\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "                                 LES LIVRES                                377\n\nrègles essentielles ; elles sont suivies d'un développement (c) que l'auteur con­\nseille de ne lire qu'après avoir parcouru tout le volume.\n   Le livre deuxième traite, d'une manière assez approfondie, la difficile\nquestion de la modalité ecclésiastique. Si l'on s'en tient à la nomenclature en\nusage, cela paraît fort simple. Cependant, la simplicité n'est qu'une illusion\nquand on se préoccupe de la question des origines. La notion des modes\nantiques, auxquels se rattachent ou sont assimilés les modes ecclésiastiques,\na été si bien brouillée depuis le moyen âge, qu'il a fallu toute la science et la\npénétration d'éminents musicologues (en première ligne Gevaert) pour y faire\nun peu de jour. M. Gastoué traite cette matière avec un luxe d'érudition qui\nne se rencontre guère en des ouvrages similaires (Dom Pothier, Dom Kienle,\nabbé Lhoumeau, etc.). Cette partie de son ouvrage lui a valu les plus chaleu­\nreuses félicitations du directeur de la Paléographie musicale, Dom Mocquereau.\nToutefois, à mon humble avis, on peut regretter que l'auteur se soit\nimposé l'obligation de condenser son exposé au détriment, parfois, de la\nclarté.\n   Le troisième livre du cours de chant grégorien est consacré à l'étude appro­\nfondie du rythme. Ce livre, non moins que le précédent, ne s'adresse pas aux\nsimples chanteurs, mais plutôt aux maîtres de chapelle ou aux directeurs de\nchœurs, qui ne peuvent s'acquitter convenablement de leurs fonctions sans\nconnaître à fond cet élément essentiel de la mélopée grégorienne. Dans cette\nétude, aucun guide ne leur rendra de meilleurs services que le cours de\nM. Gastoué.\n                                                               F . VERHELST.\n\n\nCorrespondance de Beethoven. — Traduction, introduction et\n   notes de JEAN CHANTAVOINE. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   Le recueil des lettres de Beethoven dont M. Chantavoine nous donne une\ntraduction annotée est assurément le plus intelligemment fait de ceux qui ont\nparu jusqu'à ce jour. Si elle ne projette pas des lumières nouvelles sur l'œuvre\nd'art gigantesque que nous a laissée le maître de Bonn (Beethoven ne parle\nguère de ses œuvres que dans ses lettres à son. éditeur et seulement dans le\nbut d'en déterminer le prix, ce à quoi le forçaient d'ailleurs ses précaires\nmoyens d'existence), cette correspondance est précieuse en ce qu'elle nous\nraconte l'homme, en ce qu'elle nous montre la qualité d'âme et la hauteur\nmorale d'un des plus grands créateurs de beauté qui aient jamais existé.\nBeethoven fut une âme d'élite, profondément honnête et loyale, ayant assu­\nrément conscience de son génie et plaçant les dons du génie au-dessus de\ntoutes les autres splendeurs éphémères et contingentes de l'existence, mais\nsubordonnant cependant le génie à la vertu. C'est là l'impression foncière\nqu'on recueille de la lecture de cette correspondance. Beethoven y parle\nparfois en philosophe, rarement en poète, toujours en homme de bien. Son\norgueil est d'une nature si exceptionnelle, si affinée, si exempte d'égoïsme,\n qu'il apparaît presque une vertu. Je ne connais rien de plus touchant, dans\nleur simplicité un peu fruste, que ces lettres de la fin du recueil, adressées\n à son neveu Karl, lettres où brûlent des trésors d'affection qui, comme on\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3656, "texte": "378                                    DURENDAL\n\n\n\nsait, furent si mal récompensés, et ces lettres à la Société P h i l h a r m o n i q u e\nde L o n d r e s , dans lesquelles le g r a n d h o m m e , cloué sur son lit de douleur\noù il va mourir, voyant tout p r o c h e le m o m e n t où il m a n q u e r a de p a i n ,\nsollicite u n concert de bienfaisance en sa faveur. J a m a i s avec plus d'inten­\nsité q u e dans l'existence de Beethoven n e se manifeste la g r a n d e h a r m o n i e\nvoulue par Dieu, qui fait planer sur certaines vies privilégiées la triple\nauréole du Génie, de la Vertu et du Malheur. E t cette triple h a r m o n i e qui\nenveloppe la vie de Beethoven, le présent recueil de lettres la met éloquem­\nment en lumière. Citons, parmi les plus intéressantes, les lettres à W e g e l e r ,\nà l'archiduc R o d o l p h e , au ménage Bigot, à Thérèse de Brunswick, à T h é ­\nrèse Malfatti, à Bettina d'Arnim ; puis la lettre c o n n u e sous le n o m de\n Testament d'Heiligenstadt (page 42).\n   Qu'on nous permette aussi quelques citations : « L e véritable artiste n'a\npoint d'orgueil; il sait, h é l a s ! q u e l'art n'a point de limites, il sent obscuré­\nm e n t combien il est éloigné du but, et tandis que peut-être d'autres\nl'admirent, il déplore de n'être pas encore arrivé là-bas où un génie meilleur\nn e brille p o u r lui que comme u n soleil lointain. P e u t - ê t r e irais-je plus volon­\ntiers chez toi, chez les tiens, que chez bien des riches, en qui se trahit la\npauvreté d e leur être i n t i m e . . . Je ne reconnais pas, dans un homme, d'autres supé-\nriorités que celles qui permettent de le compter au nombre des braves gens; là où je les\ntrouve est mon foyer. » (Lettre à Emilie M. de H . , page 91.)\n    « ... N o u s autres, êtres finis avec u n esprit infini, nous ne sommes nés que\np o u r la peine et la joie, et on pourrait presque dire que les plus distingués\nobtiennent par la peine la joie. » (Lettre à la comtesse E r d ö d y , page 121.)\n    « ... L e cœur est le levier de tout ce qu'il y a de g r a n d . » (Page 138.)\n « ... Ne fais pas en sorte que ton malheur se fonde sur de fausses opinions\nqu'on aurait de t o i . . . » (A Carl van Beethoven, p a g e 251.)\n    L e recueil de ces lettres est précédé d'une brillante introduction, d a n s\nlaquelle M. Chantavoine, après quelques belles pages consacrées à étudier le\ngénie et l'âme de Beethoven, cherche i n g é n i e u s e m e n t à établir d a n s le style\ndu maître et dans la structure m ê m e de ses phrases, des caractères dénotant\nessentiellement et avant tout le musicien.\n                                                                                 G. DE G.\n\nA n t i c i p a t i o n s , par H . - G . W E L L S . — (Paris, Mercure de France.)\n   Ce livre n e sera point p o u r éloigner les admirateurs de Wells de l'opinion\nqu'ils ont pu se faire, vigoureuse et certaine, que l'auteur est u n des esprits\nles plus curieux et intelligents de ce t e m p s . W e l l s s'affirme ici en p r o p h è t e\nencore que nullement en visionnaire. Car rien n'est moins proche du songe\nparfois creux de ceux-ci que les anticipations claires, méthodiques, conçues\ndans un esprit soigneusement et positivement scientifique de l'écrivain anglais.\nL e livre, fort bien traduit par H . D a v r a y et Kozakiewicz, ne va pas sans\nquelque fatigue à être lu d'affilée. D'ailleurs, réclame-t-il un plus h o n o r a b l e\ntraitement et vaut-il la peine, fructueuse, qu'on s'y applique. Chacun de ses\nchapitres, soit que le penseur élabore l'avenir de la locomotion, dresse le plan\net l'économie futurs de nos grandes villes, prévoie, détermine ou fixe les\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "                                  LES LIVRES                                 379\n\nactions et réactions sociales que leXXesiècle datera, soit qu'il étudie ce que\nseront dans quelques centaines d'années les conflits entre races, entre Etats,\nentre langues — à ce sujet, combien actuel le VII e , où il est traité de la\nmanière la plus sagace et la plus flatteuse pour la France des compétitions\nlinguistiques et conclu à la définitive prédominance du Français — chacun\nde ces chapitres donc s'offre à la pensée ainsi qu'un champ net, riche, plein\nd'éléments nouveaux, qui l'incite à travailler. Ce livre est d'un homme sérieux\npour les gens sérieux, et alors que le genre même auquel il ressortit est riche\nen possibilités d'écrits sots, inconsistants ou futiles, ces anticipations, ces\nprévisions, au contraire, nous apparaissent fort savamment passionnantes. Il\nparaîtrait, sur la foi d'une courte préface ouvrant l'ouvrage, que celui-ci, à\nsa parution en Angleterre, fit déclarer à un M.William Archer, que le gou­\nvernement d'Edouard avait le devoir de subventionner Wells pour qu'il pût\ncontinuer exclusivement à prophétiser! Dit sans ironie, pareil mot établit\nl'importance de l'auteur. Il n'y a qu'à y souscrire. Ne serait-ce que pour la\njoie sérieuse de lire encore, conçus dans le plus concret esprit scientifique —\ncar la science pour partie ne constitue-t-elle pas l'art de prévoir — des\nouvrages de cette envergure et de cet intérêt, des manuels, tel celui-ci, clairs,\nméthodiques et précis, vraiment, dirais-je, des « manuels d'Avenir ».\n                                                           GEORGES BRIGODE.\n\n\nS a i n t F r a n ç o i s d ' A s s i s e , par ARNOLD GOFFIN. — (Louvain, Institut\n   supérieur de Philosophie.)\n   En publiant la conférence qu'il fit l'an dernier à l'Institut supérieur de\nPhilosophie de Louvain, Arnold Goffin a été heureusement inspiré, car ces\nquelques pages résument toute l'activité de saint François, toute la grandeur\net l'efficacité de sa pensée et de son œuvre. Après avoir marqué la part prépon­\ndérante de Paul Sabatier dans le mouvement d'universelle sympathie et\nd'admiration qui a ramené l'attention du monde vers une des plus pures\nfigures du XIIIe siècle, après avoir démontré magnifiquement, en quelques\nlignes décisives, l'inanité et l'audace du système philosophique que Nietzche\nprétend édifier sur des bases antihumaines, Arnold Goffin trace une déli­\ncieuse description de l'Ombrie, avec ses doux paysages baignés d'une\nlumière idéale, théâtre enchanté où s'est déroulée l'existence du saint.\n    Et voilà que de la terre sacrée s'éveille et s'envole un essaim de souvenirs\ndont Arnold Goffin fixe les plus propres à faire aimer cette personnalité si\n caractérisée qu'est dans l'histoire psychologique de l'humanité saint François\n d'Assise. A son œuvre déjà considérable sur le céleste héros de l'Ombrie,\n A. Goffin a ajouté en cette étude des pages aussi puissantes de pensée que de\n style. La brochure d'Arnold Goffin est ornée d'une évocative parure artistique\n reproduisant diverses peintures que la vie et la mort du saint ont inspiré\nà Giotto, à Puccio Capanna, à Benozzo Gozzoli.                         G. DE G.\n\nL ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . —(Anvers, Buschmann.)\n   Le numéro de Mai de cette revue contient deux articles à signaler, le pre­\nmier sur le célèbre artiste hollandais, J.-B. Jongkind, mort en 1891, paysa\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "380                               DUEENDAL\n\n\ngiste de première valeur, à en juger par les reproductions qui rehaussent\nles pages de M. Van Haamstee. En outre de cet article, la revue donne la fin\nde l'étude à la fois intéressante et savante de Max Rooses sur les Dessins des\nMaîtres flamands. L'auteur clôture son érudit travail par une description du\ntalent et des œuvres des Dessinateurs à la plume du XVIIIe siècle. Quelques-uns\nde ceux-ci sont remarquables, comme le prouve le critique, qui signale sur­\ntout à l'attention du lecteur les dessins de H.Casteels, Overlaet et Van Bonn.\nLa revue reproduit de curieux échantillons du talent de ces artistes de la\nplume, notamment un merveilleux dessin d'Overlaet : La reconstruction du\nTemple. L'article de Max Rooses est suivi d'une notice sur un sculpteur hollan­\ndais, Altorf, qui ne manque pas d'habileté.                           H . M.\n\nLe Diocèse de la libre pensée, par M. GuÉRIN. — (Paris,\n   P.-V. Stock.)\n   Triste livre, pour le fond et pour la forme. De cette seconde insuffisance,\nl'auteur lui-même semble convaincu, mais il déclare que « le point de vue\nlittéraire passe... au second rang ».\n    M. Guérin se proclame franchement athée et matérialiste. Il caresse le\nprojet d'amener beaucoup d'adeptes, voire tous les hommes, à cette manière\nde penser. Nous croyons que ce ne sera pas encore le livre de M. Guérin qui\nassurera pareil résultat. Très infatué de science, l'auteur a néanmoins amon­\ncelé, chemin faisant, de si grossières erreurs, que les savants bien informés\nrougiront plus d'une fois de se trouver en sa compagnie. Le Jésus animé de\nl'esprit bouddhique, le christianisme fabriquant ses dogmes d'éléments\nempruntés aux différentes religions de l'Orient, la vermine monacale, le com­\nmerce des indulgences, le Credo quia absurdum qu'il endosse à saint Augustin,\nvoilà quelques échantillons de la science historique de M. Guérin. Il croit\nau faux discours du P . Roothan, à la plus fausse conférence des jésuites à\nChieri, cette fable inventée de toutes pièces. Pour lui, Emile Burnouf, dont\naucun savant qualifié n'ose plus citer les fantaisistes élucubrations, est le\nmaître incontesté de la science des religions.\n    M. Guérin a des idées parfois drôles. Pour remplacer les funérailles chré­\ntiennes, dont il ne peut méconnaître la solennité, il émet le vœu « que les\nsociétés de la libre pensée, partout où il en existe, tiennent à la disposition des\nfamilles (moyennant une juste rétribution, bien entendu!) des chanteurs sérieux\ndes deux sexes qui viendraient sur la tombe dire au mort le dernier adieu ».\n    Le point d'exclamation et les italiques sont de l'auteur.\n    Que dire encore de la naïveté de M. Guérin, qui écrit sérieusement que\n « des centaines de milliers de prêtres, dans tous les pays, font profession de\ncroire à des dogmes qui répugnent à leur raison, et des centaines de milliers\nde laïques, qu'a visités la lumière de la civilisation, par intérêt de caste, de\nposition ou de fortune, font profession de croire à l'enseignement du\nprûtre ». Et tout cela, d'après l'auteur, n'est qu'une « grande hypocrisie »!\n    Heureusement, s'il séduit un trop grand nombre d'égarés, le « diocèse de\nla libre pensée » n'est pas encore à la veille de supplanter l'Église des fidèles\net sincères croyants.                                                      J. 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Butti, qui, après s'être imposé à l'attention de son pays, com­\nmence à réclamer celle de l'Europe. Lucifer pose le problème de l'union de la\nscience et de la foi. Le professeur Alberini, libre-penseur d'autant plus mili­\ntant qu'il a, jadis, jeté le froc aux orties, a pour collègue et pour ami un\nsavant qui n'a point cessé de croire, Senardi. Le fils du premier, Guy,\ns'éprend de Mathilde, la fille du second, et, malgré la volonté du père catho­\nlique, les jeunes gens s'épousent. Bientôt Mathilde succombe à une pneu­\nmonie subite, et Guy, désespéré, maudit son père qui l'a élevé dans l'igno­\nrance de Dieu et le laisse sans prière dans la détresse. Devant cette faillite de\nson enseignement matérialiste, Alberini, — le Lucifer de la pièce — dont la\nfille aînée a roulé dans la fange, sent s'effrondrer sa foi athée et, tandis que\nsonnent les cloches matinales de Pâques, il murmure : Qui sait?\n    On entrevoit la thèse dramatique et les tirades, d'ailleurs éloquentes, aux­\nquelles elle prête. Les deux caractères que le drame oppose l'un à l'autre sont\nvigoureusement dessinés et beaux tous deux dans leur probité intellectuelle.\n L'interprétation a été excellente. Il faut rendre spécialement hommage à\n MM. Bour et Bourny, à Mlle Berthe Leblanc et Géna Barbieri, dont le\ntalent contribua à assurer le succès de la pièce.\n                                                                            D.\n                                         *\n\n   La Société Nationale des Aquarellistes et Pastellistes\nprouve par son cinquième Salon la fausseté de l'adage : \" Les absents ont\ntoujours tort ». Jamais, en effet, les absents ne furent plus « présents »\nqu'en cette exposition où de loin le visiteur croit sans cesse apercevoir\nsur la cimaise des œuvres de Stacquet, de Cassiers, d'Uytterschaut, alors\nque ces très excellents artistes — les colonnes du temple de la Société\nrivale, la Société royale belge des Aquarellistes — ne sont repré­\nsentés cette fois que par des travaux de leurs imitateurs ou de leurs élèves.\nAilleurs, c'est Bartlett ou Nico Jungmann, dont il semble que des envois —\nun peu faibles — fassent dévier, par leur exotisme, la Société « Nationale »\nde son étroit programme nationaliste. Mais la signature de ces pseudo lavis\ndes maîtres de Volendam est tout de suite rassurante et bien d'ici...\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "382                               DURENDAL\n\n\n  Sans doute, l'amateurisme est un peu débordant aussi en ces salles trop\nvastes pour leur contenu; mais toutes ces réserves faites, on peut citer avec\néloges quelques exposants : MM. Elle, Allard, Georgette Meunier, Bamps,\nJacquet, Toussaint, Boulvin, Schaeken, Gaudy, la baronne Lambert,\nMlle M.-A. Tibbaut et aussi MM. B. Lagye et Verheyden, président et\nsecrétaire de l'entreprise.\n   Puis avec plus d'ampleur et d'imprévu : MM. Constant Montald,— il\nremontre quelques-uns des numéros de son récent Salon au Cercle — Jef\nLeempoels, — il expose cinq cadres d'études de « mains », de sérieux dessin,\npour son tableau : Le Destin et l'Humanité — Willem Delsaux, — il a des\npastels véhéments et bizarrement artificiels ; enfin, Léon Bartholomé, auteur\nd'une eau-forte tirée en couleurs d'après le Bruges le Soir, de Victor Gilsoul,\nd'heureuse réussite.\n\n\n\n   A u C o n s e r v a t o i r e . — Dans une pensée de dévouement charitable,\nqui mérite tout éloge, quelques artistes du Conservatoire, et non des moin­\ndres, MM. De Greef, De Smet, Jacobs et Thomson, appuyés à l'orchestre\npar la direction éclairée de MM. Agniez et Van Dam, ont donné un concert\ndes plus intéressants au profit de la veuve d'un de leurs camarades, moniteur\ndistingué. S. A. R. Madame la comtesse de Flandre honorait le concert de sa\nprésence. Les deux numéros sensationnels du programme ont été le Concerto\nen sol mineur pour piano de Saint-Saëns, un des plus beaux du répertoire,\noù De Greef a été, comme toujours, superbe de verve et d'exubérance juvé­\nnile, et le Concerto en la mineur pour violon de Goldmark, remarquablement\nexécuté par Thomson. Pianiste et violoniste ont été salués d'une ovation cha­\nleureuse et prolongée.\n                                       ***\n\n    A u g U S t a H o l m e s . — Sous les auspices de Mme Beeckman, la zélée\nprésidente de l'Association pour l'Amélioration du sort de la femme, une\nséance a été organisée à la salle Gaveau en souvenir d'Augusta Holmes. Une\nconférence introductive faite par Mme Hirschler a donné un aperçu fort bien\nexposé et documenté de la vie et de l'œuvre d'Augusta Holmes. Au concert\nqui suivait, Mmes Drossart, Méry, Britt, Chollet, Vanden Plas, Delhez,\nartistes amateurs ou professionnelles, ont gracieusement prêté leur concours.\nLe programme de ce concert était ingénieusement combiné de façon à\nmettre en relief les divers aspects du talent du compositeur français. Toutes\nles interprètes ont charmé leur auditoire. Mme Hirschler a très intelligemment\norchestré au piano les transcriptions de deux poèmes symphoniques d'Hol­\nmes. Signalons aussi les exécutions de Mlle Chollet, une jeune violoniste\nd'avenir; le jeu fin, souple et gracieux de la harpiste MIle Britt; les interpré­\ntations chaudes et expressives de la cantatrice, Mlle Delhez.\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "                                   NOTULES                                   383\n\n\n   M . H e n r y C a r p a y , directeur de l'Association des Chanteurs de Saint-\nBoniface, vient d'être décoré par le Pape Pie X. Jamais décoration ne fut plus\nméritée. Voilà des années que M. Carpay se dévoue corps et âme avec un\ndévouement sans pareil, à l'œuvre si belle et si méritoire de la restauration de\nl'art musical religieux, puissamment secondé dans ses efforts par le sympa­\nthique et intelligent curé de Saint-Boniface, M. Hallaux, dont la paroisse doit\nêtre citée comme un modèle, en ce qui concerne la musique religieuse. Bien\nlongtemps avant l'encyclique pontificale, la vraie musique religieuse y était\nen honneur. Tout Bruxelles connaît les admirables exécutions de la grande\nmusique de Palestrina qui y sont données avec un art impeccable, aux\ngrandes fêtes liturgiques. Nous offrons à notre ami M. Carpay nos plus\naffectueuses félicitations.\n                                           *\n                                          * *\n   C o n c o u r s d e S o n n e t s . — Le Thyrse ouvre un concours poétique de\nSonnets. Il invite les jeunes poètes de langue française, qui n'auront pas atteint\nl'âge de 25 ans au 15 août 1904, à lui faire parvenir leurs sonnets inédits. La\nprosodie du sonnet est nettement déterminée, mais si des concurrents se per­\nmettent quelques licences que notre époque tolère, le jury appréciera si le\nmérite des poèmes justifie les dérogations aux règles consacrées. Le jury est\ncomposé de MM. Valère Gille, Albert Giraud, Emile Van Aerenbergh. Les\nconcurrents devront transmettre leurs manuscrits non signés, en triple expé­\ndition, au Thyrse, rue de la Filature, 14, à Bruxelles, le 15 août 1904 au plus\ntard. Chaque manuscrit devra être accompagné d'une déclaration, indiquant\nle nom du poète, le lieu et la date de sa naissance, ainsi que le titre des\npoèmes qu'il envoie. Tout poème approuvé sera publié dans le Thyrse qui\nfera tirer à part, sur papier de Hollande, la collection des sonnets primés.\nLes lauréats recevront un exemplaire.\n\n\n  J u l e s L a g a e , dont les bustes de MM. Heymans et Goffin ont été una­\nnimement admirés au Salon de Paris, a été élu membre sociétaire de la\nSociété nationale française des Beaux-Arts. Nous félicitons vivement notre\nami Jules Lagae de cette distinction méritée.\n\n                                      * '*\n  L ' U n i o n d e s A m i s de l'Art b e l g e nous communique le résultat\ndu tirage des œuvres pour la clôture de l'exercice 1903-1904. Voici la liste des\nœuvres gagnées et des numéros favorisés : Tète de Moine de VanHove (n° 143);\nIntérieur de J. Potin (n° 100); L'Archiviste de Van den Bussche (n° 31); La\nSurprise de Vander Meulen (n° 107); Paysage de Van Hove (n° 229); Paysage,\ndessin de Vanderstraeten (n° 67); Walkyrie, marbre de Matton (n° 166).\n   L'Union des Amis de l'Art belge distribuera comme prime pour l'année\n 1904-05, une eau-forte originale et inédite de L. Bartholomé : Dentellières\nd'Epales.\n                                        #\n                                      * *\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "384                                      DURENDAL\n\n\n\n   M . A l b e r s . — C'ert par erreur q u e notre Chronique Musicale de mai\na a n n o n c é le départ de M. Albers. A la g r a n d e joie de ses n o m b r e u x a d m i ­\nrateurs, il a signé avec la direction du T h é â t r e de la Monnaie u n nouvel\nengagement pour l'hiver prochain.\n\n                                               * *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — J . CAPART : L e s débuts de l'art en E g y p t e\n(Bruxelles, Vromant). — C. GUÉRIN : L e cœur solitaire (Paris, Mercure de\nFrance). — J . BERTHEROY : Les dieux familiers (Paris, F o n t e m o i n g ) . —\nA. FRANCE : Crainquebille (Paris, C a l m a n n - L é v y ) . — E . DUCOTÉ : L a\nprairie en fleurs (Paris, Mercure de France). — A. REGGIO : Au seuil de leur\nâme (Paris, P e r r i n ) . — A. RUYTERS : L e tentateur (Paris, Collection de\nl'Ermitage). — Almanach des étudiants catholiques de G a n d , 1904 (Gand,\nSiffer). — V. DE MIRAMON-FARGUES : T e r r e maternelle ( P a r i s , P l o n ) . —\nJ. KLOTH : H e u r e s de loisirs (Brecht, B r a e c k m a n ) . — M. B O U E DE V I L L I E R S :\nLes chevaliers de la T a b l e F o n d e (Paris, Chacornac). — E DANTINNE :\nLes rythmes de douceur (Liège, l'Edition Artistique). — F . MARCHAL : L e\nsergent De Bruyne ( N a m u r , P i c a r d - B a l o n ) . — R . P . O L I V I E R : L e béguinage\nde Gand (Paris, Lethielleux). — M. MAETERLINCK : L e double jardin (Paris,\nF a s q u e l l e ) . — H . CANIVET : L e branle (Bruxelles, Lacomblez). — F . DE\nMIOMANDRE : L e s reflets et les souvenirs (Paris, Bibliothèque de l'Occident).—\nEntretiens sur la Belgique contemporaine (Bruxelles, Larcier). — A. G I D E :\nSaül. Le Roi Candaule (Paris, Mercure de France). — J . RUSKIN : L a Bible\nd'Amiens (ibid). — Correspondance de G. Sand et d'A. de Musset (Bruxelles,\nD e m a n ) . — H . PROVENSAL : L'art de demain (Paris, P e r r i n ) . — C. DE\nPIMODAN : Contes et Légendes du vieux J a p o n (Paris, P l o n ) . — H . B R É ­\nMOND : L e B x T h o m a s More ( P a r i s , Lecoffre). — D . BESSE : Saint W a n -\ndrille (ibid).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 462, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "99, rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET ;                                                                             BRUXELLES •\n\n\n                  LE GRESHAM                                      HEItlORE D'ARTS D'AMATEURS\n              Compairnie infime • uturaoeet «or la TIC\n                ACTIF : 2 0 6 , 9 9 9 , 2 4 7\n                      SfuIttrM pays* • \" Baigl^M*\n                                                   francs         P a u l Claessetjs\n                                                                     Sali— Siresietl A II » \" \" I» C»int»Me é> Ftoiién\n              Sapais 1 8 5 6 : 2 8 , 5 0 0 , 0 0 0 f r a n c s\n                   Protpectut H rentngnemenU gratuits\n              8 , plaoe Royal», 8, B R U X E L L E S\n                                                                     24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n\n\n FABRIQUE DE MATELAS\n                         Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                           médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                       BERVOETÏTWÎELEMANS\n                                          FOURNISSEUR DE LA COUR\n           6, 8, 10,12, Rue du Midi « K BRUXELLES\n Usine à vapeur, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                             FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                   37, Rue de l a Charité - BRUXELLES\n                                                                 TÉLéPHONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                   Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                   la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                   RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                          Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, GMcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                             & SONS\n                     NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de 8axe,\n  de Suède et d Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du «chah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Baeh parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. M agner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liait). » « \\ os\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A. Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les jone, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni » a La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Aves-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût* En tons eas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d'Albert. » « Ils sont tellement an dessus de toute critique, qu un\nélege même paraîtrait ridicule Sofia Monter »\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ul'SCII, 224, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENNENT IDE PARAITRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L E STANDARD", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 463, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "VIENNENT IDE PARAITRE\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8% illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                       fr. 1 2 5\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de troisfig.dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                            fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). — Un vol. in-12                              fr. 3 5 0\nC H E P C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-i? i 3 5 0\nL E S GENS DE TIEST.par GEORGES VIRRÊS (Bruxelles,Vromant). — U n vol.in-ia i 3 5 0\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                                 fr. 5 0 0\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 5 0\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M™ Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires 'Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                                                  fr. 15 0 0\nL E S JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                         fr. 3 5 0\n       On peut se procurer ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur CH. B U L E N S , 7 5 , r u e Terre-\n      Neuve, à Bruxelles.\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L E STANDARD", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 463, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1773, "fin_caractere_exclue": 5908, "texte": "L E STANDARD\nCompagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                   Archives Nobiliaires ne Belgique\n                                                                                rue Stévin, BRUXELLES\n             ACTIF : 2 7 8 MILLIONS                                                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                                                                                      moiries en Belgique et à l'Etran-\n                                                                                      ger. — Attestations officielles de\n   Prinoipaux avantages da la Compagnie                                               noblesse, de filiations et d'armoi-\ni° P o l i c e s incontesta- 3° Tarif a v a n t a g e u x .                           ries.— Copiesofficielles de lettres\n                                                                                      de patentes de noblesse. —\n  bles après deux ans 4° Participation impor-                                         Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date. *                   t a n t e d e s a s s u réadmis                        — Insertions de généalogies dans\na° P r ê t s s u r polices     l e s bénéfices d e l a                                des publications belges et étran-\n  ayant trois a n s de Compagnie.                                                     gères. — Rectifications d'actes\n                                                                                      de l'état civil et adjonctions des\n  date.                      5° Prêts hypothécaires.                                  noms- — Correspondants en pro-\n    S'adresser pour renseignements et prospectus à la                                 vince et a l'étranger —Armoiries\n                                                                                      et documents généalogiques sur\n             DIRECTION            O É N t R A L I                                     plus de 100,000 familles nobles\n28, PLACT DE EROUCKÈRE, 28, BRUXELLES                                                 et patriciennes.\n   Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles          R E N S E I G N E M E N T S\n\n\n\n\n   m                     *\n                                                 Au\n\n                                                 v\n                                                 E\n                                                       ENCADREMENTS*\n\n                                                   DORURE E T SCULP-\n\n                                                 R T U R E SUR BOIS • • « • »\n                                                 D\n                                                 U ESTAMPES•»*»•*«••\n                                                 S\n                                                 S GRAVURES ANCIENNES\n                                                                                                  Par suite de décès\n\n                                                                                                LIQUIDATION\n                                                                                                          DE\n\n\n\n                                                                                               300 VOITURES\n                                                 E\n                                                 N                                             Vente à tonte\n                                                 s                                                  offre acceptable\n                                                 U     N. B.     LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                 c\n                                                 c\n                                                       SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT             71, rue Goffart\n                                                      D AUTHENTICITÉ • •    •    • • • • • •       IXELLES\n                                                 u\n                                                 m\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n        ta, Marché-au-Beie - BRVZSIrZ.ES\n                                   • «•••   —i   g   '' ' • •   . » - — - * -    i\\..<i    •'i       -r\n\n     Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue l 1 1/8 P- e. s a n s eommission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine} intérêt •ariablet moyenne 1 9 0 8 t 9 . 8 7 p. e.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Kflets, ete.\n                                   ORDRES DB BOURSE\n               Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous p a y s\n             Prêts sur Titres. — Garde de Titres. .— Location de CoOres-Forts\n\n\n\n      LA RÉSERVE MUTUELLE                                                HOTEL DU PHARE\n              de»          ÈTATS-VlttS\n     COMPAGNIE 0A8SURAHCE8 A PRIMES FIXES\n                anr la            V i e\n\n\n\n\n                                                                                                      «•nu* r*s\n     EwcÀigaimwT Aimun. , . * i         40 Millions\n     SIHBTBBS FAT*» . »              250 Millions                        MM.              PARRED & JAEGER\n                                                                            Andêitê ffopfiéêsiftt é$ m foMfiw lÀOftndjratentComtMrcê\n         Combinaisons très intéressantes\n      OlIEtTIOI eËNÊMU N U I LE MNTMENT OC L'EMOPt\n          S, r u e H a l é r y , P A B I g (©•)\n                                                                                CHAMB1EJ AVEC PEHSIOH M 5 ff.WT jMir\n          DIRECTION POUR LA BELGIQUE                                                      Grand a i r — B e l l e situation\n     1 8 , r u e du Rouleau, B R U X E L L E S                             — ComaonicaUon* heuw *TM Bnnwlle* * Ylee-vma -»\n                                                                                  CUISINE ET CAVE RENOMMÉES\n\n\n\nEntremise de D i i l u p c i t i                                                POUT VOS CIGALES FIJÏS\n                                                                                                 adresses-voue * la\n            ET TRANSPORTS\n -    POUR            TOUS              PATS —                          MAISON AMÉRICAINE\n                                                                                                 DÉPÔT OE FABRIQUE\n\n                                                                                15 — Avenue Louise— 15\n                                                                                     BRUXELLES\n                                                                        P.-S. - Iidfagesrfpllersle cigare: le la Varans\nVoiiuras i I, 2, 3 et 4 chevaux\n                                                                        CHOCOLAT                               BIESWAL\n            WAGONS CAPITONNÉS\n\n     On traita à l'heure et à forfait\n                                                                        CHOCOLAT                               BIESWAL\n                                                                        CHOCOLAT                               BIESWAL\nJules R O L A N D C H O C O L A T                                                                              BIESWAL\n          2 5 , r u e «Tldalie, 2 3\n      IXELLES-BRUXELLES                                                 CHOCOLAT                               BIESWAL\n             TÉLÉPHONE 6 9 6 9                                          CHOCOLAT                               BIESWAL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison06-212", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Imprimerie Scientifique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 465, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "Imprimerie .Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 388, "texte": "                                  n1\"0 Année.                     N» 6.\n\n\n\n\n      REVUE CATHOLIQUE'\n         <DE LITTERATU\n\n\n\n\n                                    ^ • • J\n\n\n\n\n                  •   •   •\n\n\n\n\n                              •    •   . •\n\n\n\n\nB R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "                           Domaine de la société \" La WESTEUMISE\n\n                                   U PLAGE DE WESÏÏNDE\n                           est située aux bords de la mer du Nord,\n                     entra Ostende et Nieuport; elle est de sable fin.\n                     Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                     attirer l'attention des familles désireuses de Jouir\n                     d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                     le confort à la simplicité dans des conditions très\n                     avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                     le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                     saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                     tage est organisé et placé sous la surveillance corn-\n                     munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                     aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                     tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\nVillas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                     phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n    A VENDRE\n                     d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n  par annuités       digue, des avenues, des villas et des eottages.\n\n\n                              HALLES WESTENDAISE8\n                       Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert las\n                     villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                     conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                     bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                     dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                     jours de premier choix.\n                                                          lie Wastend* H «toi est ouvert du s5 mat\n                                                          au aS septembre         Pension de 6 à 1S fr.\n                                                          par jour. Aux commencements et fins de\n                                                          saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                            tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                          prolongé à l'hôtel. 75 ehambres parfaite-\n                                                           ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n DIGUE                                                       rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                               Ameublement moderne esthétique et\n                                                                      confortable. Balcons et Ter-\n                                                                                  Salle de musique.\n                                                                          Salle de billard. Salle de\n                                                                            récréations p» enfants.\n                                                                                Salons de lecture, de\n                                                                                       eorrespondan-\n                                                                               »'<$ | ee. Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves re-\n                                                                                       commandées.\n                                                                                       Appartements\n                                                                                       aveesaloa.\n\n  8ervice d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique régulier*\n Communications téléphoniques avec toute la Belg'que et les réseaux étrangers voisins\n                                  A. B R U X E L L E S , 5 3 » , r u e C a p o u i l l e t ;\n\n                               Î  A W E S T E N D E , a l'Administration de la\n                                       Plage ou au Westend'HôteL\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                         DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                               1904 — il* Année\n\n\n\n                    Sommaire du n° 6 (Juin)\n\nMAURICE DULLABRT. — Louis          Le Cardonnel                            3ar\nPIERRE WUILLE. — Chansons          (frises et roses :\n                      Le pays des rêves;\n                      La chanson du clair de lune;\n                      Obsession ;\n                     Vous avez passé                                       33i\nMAURICE D U ^ E Z ; La douce mort                                          335\nMARTIAL MARCEL. — Poèmes           :\n                        Question ;\n                        La maison      d'enfance;\n                        Chagrin;\n                        Regrets ;\n                        Anxiété                                            340\nJOSEPH RYELANDT.      — Les dernières        sonates pour piano       de\n                               Beethoven (suite .\nIsi COLLIN. — Ode                                                          341\nFRANZ ANSEL. — Henri de Régnier (suite et fin . . . . . .                  352\nP. L. — Un statuaire portraitiste      :\n           Thomas Vinçotte                                                 363\nGEORGES SYSTBRM ANS.     — Le LXXXF festival rhénan          . . . .       368\nGEORGES DE GOLESCO. — Sixième concert Ysaye :\n                             La symphonie      en si bémol de Vincent\n                                  d'Indy                                   373\nLivres et Revues                                                           375\nNotules                                                        -. .    .   38i\nIllustrations   : Buste de M. Montefiore-Levi           \\\n                 Buste de M \" Borel                     > Thomas Vinçotte.\n                 Buste de M. Maquet                     '\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "      REVUE\n                      DURENDAL\n                   CATHOLIQUE              D'ART      ET DE                  LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 2», à Brwtelles)\n                                P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                Comité de rédaction de DuRENDAL :\n                         M M . H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                   Secrétaire de la Rédaction ; GEORGES V I R R È S\n                             Correspondant d* la rédaction à Paris :\n\n\n                 M . H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n              PRINCIPAUX\n      FRANZ ANSEL.                         COLLABORATEURS\n                                                 ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKABRT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                      L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                     VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                 GODEFROID KURTH\n      MARIE CLOSSET.                                       L . DE LA LAURENCIB.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                              L'abbé L . L E CARDONNBL.\n      L'abbé P A U L CUVLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . - C H . LBCONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES MARTENS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                    PAUL MUSSCHB.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKB.                     EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                           MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DBMOLDER.                                     ERNEST PÉRIBR.\n      D o m BRUNO TJESTRÉE.                                GEORGES RAMAEKBRS.\n      JULES DESTRBE.                                       GEORGES RBNCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                      JOSEPH RYBLANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                    FERNAND SÉVBRIN.\n      J. ESQUIROL.                                         HENRY V A E S .\n      EMILE FERMAUD.                                       ROBERT VAN DBR E L S T .\n      LAURENT FIERBNS.                                     CHARLES V A N LBRBERGHB.\n      H . FIÉRENS-GBVAERT.                                 EMILE VERHABRBN.\n      IWAN GlLKlN.                                         L'abbé F R . VBRHBLST.\n                                                           LÉOPOLD W A L L N B R , e t c . , etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL    de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d abonnements, s adresser aa\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                 Louis Le Cardonnel\n                               La Vérité me parle, ineffablement belle.\n                                                          L. L. C.\n\n\n               C'EST M. Charles Morice qui, passant en revue       les\n                   cadets du Symbolisme, écrivait, en 1889, avec\n                  un grain d'impertinence : « Louis Le Car­\n                  donnel est, peut-on croire, perdu pour la poésie.\n                   Ce poète s'est fait prêtre. Fallait-il que la\n                  preuve fût ainsi donnée de la sincérité du\n                  mysticisme de la jeune littérature? Le futur dira\n                  comme l'Eglise saura glorifier sa propre vita­\nlité ou témoignera de sa mort, en laissant le poète très pur, qui\nne peut être effacé déjà dans le très pieux lévite, authentiquer\nsa foi par l'art inoublié, — ou en éteignant l'art et l'artiste. »\n   L'épreuve injurieuse est faite. Voici que le futur a parlé,\npéremptoire, et non sans frustrer, je le crains, l'attente inavouée\nde qui l'invoquait. Les admirables Poèmes, parus enfin, de\nM. Louis Le Cardonnel attestent très haut, à l'ébahissement\ndes penseurs qui se donnaient le ridicule d'en douter, qu'en le\nconsacrant à la poésie suprême de ses mystères, l'Eglise, loin\nde rien éteindre en lui, sut grandir l'art en épurant l'artiste.\n   M. Le Cardonnel naquit aux lettres vers 1885. Il appartient\nà cette génération poétique où marquent, talents et renoms\ndivers, vivants ou déjà disparus, Ephraïm Mikhaël et Pierre\nQuillard, Viélé-Griffin et Stuart Merrill, Henri de Régnier, qui\ntriomphe, et ce frissonnant Albert Samain, exquis entre tous,\nvictorieux, hélas ! dans la mort, et dont les Poèmes saluent, d'un\nsonnet si noblement attendri, la mélancolique mémoire. C'est\navec eux, avec maints autres, qu'il débuta dans les aventu­\nreuses revues d'avant-garde, et c'est d'alors que datent quel­\nques-uns des morceaux recueillis aux premières pages du livre\nd'aujourd'hui.\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "322                         DURENDAL\n\n\n    Verlaine et Mallarmé régnaient. L'un, a dit joliment M. de\n Régnier, « apportait, en ses mains ouvertes, un bouquet de\n fleurs nouvelles, odorantes et délicieuses; l'autre, plus secret,\n apportait, en ses mains fermées, des graines obscures et fécondes.\n Verlaine enseignait à poser les doigts sur la flûte d'une façon\n ingénieuse et inattendue. Mallarmé indiquait moins un doigter\n nouveau au buis sonore qu'à y souffler une haleine mystérieuse».\n Les vingt ans de M. Le Cardonnel honorèrent, chez ce maître\n décidément trop hermétique, la splendeur de sa vision et le hau­\ntain idéalisme qui l'isolait de la foule. Ils se plurent de même\naux câlines et languides musiques, aux subtiles caresses du vers\n verlainien, à son art si nuancé, où l'extrême raffinement joue\n l'ingénuité. En faut-il d'autres témoignages que le Rêve de la\n Reine, transcrit par M. Charles Morice dans la Littérature de\ntout à l'heure, et, dans le présent recueil, le Piano ou Lassitude,\nqui s'apparentent si manifestement, par la manière comme par\nle sentiment lui-même, à maints poèmes, dont se bercent encore\nnos mémoires, du pauvre Lélian?\n    Mais à ces jeux complexes de virtuose, à ces voluptueuses\n langueurs de blasé, M. Le Cardonnel ne s'arrêta guère. Si l'ar­\ntiste y gagna d'enrichir son clavier, le poète était né pour rendre\nd'autres sons. Sa physionomie littéraire promptement s'accusa.\nParmi cette jeunesse détachée de tous dogmes et dont le mys­\nticisme célèbre se bornait, le plus souvent, à une curiosité de\nla sensation religieuse, il se trouvait presque seul à posséder la\nFoi. Il résistait de son mieux aux séductions puissantes de ce\ndilettantisme qui châtrait, autour de lui, tant d'âmes. Son grave\nenthousiasme s'élançait à la fois vers la toute Beauté et vers la\nVérité totale, confondues, à ses yeux, en un même Absolu.\nDéjà, confesse-t-il, aux jours de son enfance pensive, il avait\nentendu une secrète voix, divinement tendre, qui l'appelait, et,\nbien qu'un juvénile rêve de gloire l'eût pour un temps mêlé,\ndans l'énorme cité de folie et d'orgueil, au tourbillon que mène\n « un invisible Esprit, impur et révolté », il n'oubliait point, il\nne pouvait oublier l'appel. Epris des saintes ivresses de l'âme,\nil dédaignait de s'enivrer aux calices profanes. Il aspirait trop\nà la Vie pour s'attacher aux vanités qui meurent. Sa pensée\ndroite et claire habitait l'Au-delà. Ses sentiments les plus\nardents gardaient quelque chose de virginal, ses plus vives ima­\n ginations je ne sais quoi d'austère. Si l'amour l'avait ému, la\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                       LOUIS LE CARDONNEL                       323\n\n\nchair ne l'avait point subjugué. Peut-être, en quelque forêt\nd'automne hospitalière au songe, avait-il entrevu, au cré­\npuscule, l'ombre souriante de Béatrice; il avait su fuir\nDalila.\n       Amant des visions qui ne s'étreignent pas,\n\nc'était un solitaire, un silencieux, un chaste. Ses amis, qu'il\nétonnait sans doute, l'avaient surnommé l'Ascète.\n   Aussi son œuvre atteste-t-elle à toute page un idéal pur,\nhéroïque et tendre, jamais profané. Comme les preux qu'exalte\nla légende, le poète venge, d'un geste harmonieux et fier, l'azur\nbafoué. Qu'il évoque un noble artiste, Puvis de Chavannes,\nparti vers l'immortalité parmi le vent des palmes triomphales,\nou célèbre, chez Tennyson, le don mystérieux d'éveiller l'infini;\nqu'il chante, avec un sentiment profond de la nature, la sainte\nnuit, la majesté du silence, les mélancolies d'été ou le deuil\nautomnal, il est rare qu'une haute pensée ne grandisse le poème\net que celui-ci ne prenne un accent religieux :\n       Ecoute : la forêt, que nul vent ne balance,\n       Commence à s'assoupir dans sa grave opulence.\n           Regarde : l'allée est sans fin,\n       Où marchent avec nous Octobre et le Siltnce...\n\n        Entre les feuillaisons luit\" le couchant divin,\n        Et battant de son flot nos veines, comme un vin\n               Magicien roule le rêve :\n        Mais son enchantement nous le connaissons vain.\n\n        Ah ! mourante beauté des branches, gloire brève !\n        C'est l'effort, c'est l'essor de la suprême sève,\n                Puis tout rameau devenant noir\n        Attendra que l'Avril dans sa verdeur se lève.\n\n        Nous-mêmes, empourprés par un dernier espoir,\n        Nous sentirons bientôt tomber aussi le soir,\n              Et tomber l'hiver sur notre âme...\n        Mais du moins pourrons-nous, après tant d'ombre, voir\n\n        D'un Paradis la porte éternelle, que lame\n        Un or magique, un or mystique, un or de flamme,\n              S',entr'ouvrir, telle que, là-bas,\n        — Ah! tandis qu'une voix de biche, écoute, brame! —\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "324                             DURENDAL\n\n\n        Nous voyons, éblouis et de cheminer las,\n        Resplendir, comme si bientôt ne devait pas\n            Nous la cacher l'ombre fatale,\n        Resplendir, inondant d'une clarté nos pas,\n\n        La porte d'or, la porte d'or occidentale!\n\n   C'est aussi par la gravité religieuse de l'accent que frappent\nles rares poèmes où M. Le Cardonnel évoque l'image pâlie de\ncelle qui fut sa Dame. Elle apparaît lointaine, sérieuse et\ndouce, tantôt dans un mélancolique décor de novembre où le\nvent froid roule aux avenues les feuilles rouillées, tantôt dans\nl'enchantement du décor nocturne, sous les solennelles étoiles,\nà l'heure où toute voix se sent profane et où se pénètrent en\nsilence les âmes. Répudiant les faciles joies et l'ivresse vulgaire,\nle grave amour que lui voue le poète ne vit que de pudeur, de\nrêve et de larmes. Son respect la nomme sœur. Il respire en elle\nun véritable lys. S'il s'inquiète à l'heure la plus suave et s'il\nsouffre, c'est, hélas! que\n\n        Toute humaine douceur porte un poison en elle\n\net qu'avide d'éternité, il sait le néant douloureux des passagères\nextases. Le bonheur qui va fuir est-il encore du bonheur? Non,\nla vallée des amants heureux, Vallis amantium, que nous révèle\nun tendre et pur poème, digne de notre Fernand Séverin,\nn'est pas de ce monde. L'incrédule et le croyant poussent le\nmême cri :\n\n        Qu'est-ce que tout cela, qui n'est pas éternel?\n\n   Mais, cependant que le grand poète négateur de l'Illusion\nsuprême, se détournant avec horreur de la vie cruelle et men­\nteuse, appelle « la paix impassible des morts » et aspire déses­\npérément au non-être, qui le guérira d'avoir été, le chrétien\ndétache de la terre son désir inassouvi et l'élève en toute assu­\nrance jusqu'au ciel, qui le saura rassasier. L'un embrasse, avec\nune sombre résignation, la Mort; l'autre, ineffablement ravi,\ns'abîme en Dieu.\n   La voix que son enfance avait entendue parla, plus pressante\net plus tendre, dans la nuit des églises où il réfugiait ses peines,\nà sa jeunesse inquiète. M. Le Cardonnel obéit à l'attrait divin.\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "                       LOUIS LE CARDONNEL                          325\n\n\nC'est déjà l'amour mystique, assoiffé d'immolation, qui s'ex­\nprime dans cet héroïque et dolent poème, le Chant des Chevaliers\nqui ne sont pas morts en Palestine. Ils n'étaient partis si joyeuse­\nment, naguère, à la conquête du Tombeau que parce qu'ils\navaient au cœur le sublime espoir de ne point revenir. Leur\nsaint enthousiasme comptait forcer d'un même glaive la Jéru­\nsalem terrestre et la céleste Solyme. Las ! quel réveil ! Alors que\ntant de frères, qui n'ont pas mieux combattu, revêtent là-haut\nla pourpre et ceignent la couronne, eux, les exclus du martyre,\ns'en reviennent tristement aux manoirs abandonnés. La pensée\ndu trépas qui les a refusés tue dans leurs âmes tout l'orgueil de\nla victoire. Ils ne peuvent se résigner à l'amer désenchantement,\nà l'affront de survivre :\n\n        Puisqu'elle a disparu, la vision suprême,\n        Nous reviendrons sans joie à l'ombre de nos tours,\n        Et nous devrons porter, ainsi qu'un anathème,\n        Jusqu'au terme inconnu, l'ennui pesant des jours.\n\n        Que pourrait dire encore à notre âme morose\n        Le tournoi qui s'apprête au chant des olifants ?\n        Après avoir lutté pour la divine Cause,\n        Nous les dédaignerons tous ces vains jeux d'enfants.\n\n        Aux murs de nos châteaux sommeilleront les heaumes,\n        Les glaives poussiéreux et les écus rouilles :\n        Vieillis, nous errerons, pareils à des fantômes,\n        Qui se traînent avec des yeux inéveillés\n\n        Pour nos fils, orgueilleux des gloires paternelles,\n        A peine nos regards se feront-ils moins froids;\n        A peine un pâle éclair luira dans nos prunelles\n        Quand des jongleurs viendront nous chanter nos exploits.\n\n        L'éclair s'éteindra vile, et nous semblerons suivre\n        En nous, les yeux fermés, un poème plus beau,\n        Et des pleurs couleront sur notre face. Ah ! vivre,\n        Vivre! quand on pouvait mourir pour le Tombeau!\n\n   Voilà certes une plainte d'âme assez insolite dans la poésie\ncontemporaine, dont l'idéalisme s'arrête volontiers à de moins\nfiers sommets. Le généreux poète qui l'exhala n'attendait plus\nrien du monde. Son ivresse était tombée, morte sa superbe. La\ngloire elle-même, si radieuse dans ses rêves d'adolescent, ne le\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "326                           DURENDAL\n\n\ntentait plus. Peu d'années avaient suffi pour lui apprendre qu'il\nest cruel d'espérer aux faux dieux. A son cœur las et vide toute\nchose apportait une mélancolie. Il était mûr pour Dieu. Dans\nun beau geste de volonté, il rejeta loin de lui ce néant qui\nl'avait fait souffrir, s'évada résolument de la terre et s'abandonna\ntout entier à l'Amour :\n        Aux jours de ma jeunesse ardente et solitaire,\n        Du fond de mes péchés vous m'attiriez à Vous,\n        O Dieu, dont les desseins sont voilés de mystère.\n        Partout vous me suiviez comme un amant jaloux ;\n        Vous faniez pour mon cœur, d'avance, toutes joies;\n        Vous me faisiez pâlir des plus amers dégoûts.\n        Chasseur, vous m'attendiez, déguisé sous mes proies,\n        Et je marchais, vaincu déjà, dans vos chemins,\n        Quand je croyais errer encore dans mes voies.\n\n        A présent me voici tout entier dans vos mains :\n        Vous m'avez rajeuni pour votre œuvre future,\n        En trompant les calculs et les pensers humains.\n        J'ai traversé l'angoisse et connu la torture,\n        Seigneur, mais votre force a chaque fois dompté\n        Les émois qui troublaient ma fragile nature.\n        Et maintenant, soldat de votre volonté,\n        Ame en qui, par torrents, vos grâces sont venues,\n        Dans le renoncement trouvant ma volupté,\n        Plein d'espoir je m'en vais vers des croix inconnues.\n\n   Merveilleuse métamorphose de l'âme! Miracle mérité par le\ndon de soi! Le poète ne s'est pas plus tôt renoncé que sa dou­\nleur devient allégresse, son inquiétude, sérénité, et force sa fai­\nblesse. Ses heures autrefois vagabondes, qui poursuivaient sur\nles chemins de l'aventure leurs folles chimères ou qui, lasses,\ntraînaient leur ennui le long des jours et, amères, demandaient\nen vain le repos à la nuit, blanches maintenant du reflet de la\n paix infinie,\n         Se suivent dans l'amour, la paix et l'harmonie,\n         Car, chaste Conducteur qu'on ne suit pas en vain,\n         Fils du Père, vêtu de la nature humaine,\n         C'est le divin Berger, c'est l'Enchanteur divin,\n\n         C'est le divin Orphée, humble et doux, qui les mène.\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "                        LOUIS LE CARDONNEL                      327\n\n\n   Il semble, par instants, que le ciel même soit descendu dans\ncette âme. La lumière d'en haut l'éblouit. Un feu divin l'embrase.\nLoin des passants, pleins de vide et de bruit, le poète épris du\nsilence goûte la pure et calme ivresse de l'Idée. Dans la cellule\nétroite, close à tous les tumultes humains,\n\n        L'âme resplendissante et le cœur allégé,\n\nil prie, il contemple, il savoure les joies austères de la médita­\ntion, il s'enivre de voir sur les sommets blanchir la grande\nAurore. Et, sans doute, étant homme encore, il souffre; il\nconnaît, lorsque Dieu s'absente, des heures de sécheresse et\nd'abandon ; son indignité l'accable; il saigne, parfois, à son tour\nsur la croix où fut cloué le Maître. Mais il sait aussi la grandeur\nd'être broyé, la beauté de s'offrir, et que l'extase paie infiniment\ntoutes les tortures.\n   Il est digne, à présent, de pénétrer la splendeur des grandes\nâmes mystiques et de les chanter. Mieux que le Musset libertin\nde Rolla, il pourrait s'écrier :\n\n        Cloîtres silencieux, voûtes des monastères,\n        C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer!\n\n        Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices,\n        Vous buviez à pleins cœurs, moines mystérieux !\n\n        Vous aimiez ardemment : oh ! vous étiez heureux !\n\n   Ayant éprouvé cet amour et ce bonheur, il sait que la vie\nmonastique n'est point le « morose étang » que disent les pro­\nfanes, mais le lac limpide et profond où dardent les feux étin­\ncelants de l'éternel Soleil. Et puisqu'il les vénère autant qu'il\nles envie, les moines glorieux et les augustes vierges, les\nBenoit et les François, les Hildegarde et les Gertrude, il méri­\ntera d'être leur poète et de trouver dans son cœur filial, pour les\nexalter dûment, des vers magnifiques.\n   Il est tout charité. Son âme généreuse déborde de man­\nsuétudes et de pardons. S'il songe quelquefois aux frères qu'il\naimait et qui raillèrent son départ, à ceux qui, changés en mau­\nvais frères, se détournent de lui ou — tel M. Retté, que je\nnomme — s'efforcent de le salir, c'est avec mélancolie, mais\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "328                             DURENDAL\n\n\nsans a m e r t u m e . Unissant à nouveau le P o è t e et le P r ê t r e , il\nchantera pour consoler les âmes en leur ouvrant des chemins\nvers la Beauté divine. C'est Dieu qu'il cherche et montre\ndésormais sous la grâce des choses. Regardez les étoiles : ce\nsont de « vibrantes lueurs par l'Infini dardées ». N e devinez-vous\npas, derrière le voile que tendent, au ciel, les ténèbres nocturnes,\nle Visage éternel? Ce magnanime rêve d'apostolat lui dicte\nles stances de Pro Amicis, qui comptent p a r m i les plus belles et\nles plus émouvantes de son livre, et les vers si tendres et si\ngraves, où vibre une charité si sacerdotale, qu'il intitule Le bon\nSeuil :\n         Ma maison est au bord des champs, près de l'église.\n\n         Si tu passes, ô toi, que ton angoisse brise,\n         Voyageur éternel, Icare désolé,\n         Arrête-toi : je suis l'homme au cœur introublé;\n         Mais avant j'ai connu toute la vie humaine,\n         Et mon âme n'est pas dure, d'être sereine.\n         Je te consolerai, je t'offrirai mon pain,\n         J'irai pour toi chercher le vin, l'antique vin,\n         Si généreux qu'un Dieu l'a fait jadis auguste :\n         Alors, tu sentiras ton âme plus robuste.\n         Je t'accompagnerai quand tu repartiras.\n         Sur la route, ô passant, je t'ouvrirai mes bras,\n         Et ton ombre éloignée, et par mes yeux suivie,\n         Disparaîtra, gardant la parole de vie.\n\n   Ces vers, pas plus que les précédents, n'ont rien de révolu­\ntionnaire. M. L e Cardonnel ne fut point des adeptes du vers\npolymorphe, qui séduisit tant de ses compagnons de lettres et\ndont la fortune a visiblement baissé. T o u t e son audace se\nborne, dans quelques-uns de ses poèmes anciens, à rejeter\nl'alternance des rimes masculines et féminines, à accoupler\nles féminins aux masculins, à remplacer la rime par l'asso­\nnance, à user — voir le Tailleur de Tombes — du vers blanc.\nEncore a-t-il renoncé, depuis, à ces hardiesses courantes. Peu\nde rythmes impairs de neuf syllabes ; point de onze; j a m a i s il\nne dépasse les douze pieds. L e puissant et souple alexandrin,\nlibéré des entraves inutiles et dont il varie savamment les\ncadences, avec un goût m a r q u é pour le r y t h m e ternaire,\n demeure son mètre préféré.\n   C o m m e chez tous les symbolistes, son vers est plus musical\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                      LOUIS LE CARDONNEL                        329\n\n\nque plastique. M. Le Cardonnel sait, autant que les plus\nparfaits musiciens d'aujourd'hui, tous les secrets de l'harmonie\nverbale, toute la puissance évocatiïce des sons. Avec une rare\ndélicatesse d'oreille, il multiplie, en vue d'effets saisissants, les\nallitérations et les assonances. On en recueillerait aisément\ndes exemples nombreux dans les Poèmes; je signalerai, parmi\nles morceaux dont la technique est. le plus curieuse à cet\négard, la superbe Prose en l'honneur de quelques vierges. Ni\nlangueurs, ni violences; pas plus de mièvreries que de bruta­\nlités. Sa musique est pénétrante, grave et douce, large parfois,\net solennelle comme un chant d'orgue. A mesure que s'élève sa\npensée, son art aussi, répudiant les virtuosités superflues,\nmarche vers une grandiose simplicité. Ample et sonore, peuplé\nde nobles images, le vers gagne plus de fermeté, de relief et\n d'éclat. Il ne se vante pas, le poète, lorsque, ému des ironies\n méchantes qui le disent perdu pour la Vie et pour l'Art, il\n proteste que jamais sa voix n'a résonné si pure : c'est justice, et\n rien de plus, qu'il se rend.\n    Le catholicisme a vite fait par ces temps païens de compter\nses poètes. La génération parnassienne lui donna l'admirable et\ncalamiteux Verlaine. Il ne doit encore à la génération symbo­\nliste que M. Louis Le Cardonnel. Mais le maître illustre d'hier\n diffère profondément, par l'inspiration, du chanteur que saluera\n peut-être demain.\n    Verlaine est le pécheur. Une perpétuelle tempête se déchaîne\n en son âme. La Bête lascive ne se lasse jamais de traquer\n l'Ange et d'en triompher. « Enfant prodigue avec des gestes de\n satyre », il ne parvient pas à dompter en lui le vieil homme et\n n'élève un instant son pitoyable repentir vers Dieu que pour\n retomber aussitôt à l'orgie. C'est de ce poignant conflit que naît\n surtout le pathétique de son œuvre. S'il immortalisa, dans\n Sagesse, la paix de quelques heures claires, ce qu'il crie presque\n partout, c'est la détresse spirituelle, l'angoisse tragique de la\n lutte, le dégoût de soi. Il a des plaintes déchirantes et de\n navrants sanglots. Comme ce mauvais garçon incarne l'incurable\n  misère humaine, il a un extrême besoin de se fier à l'infinie misé­\n  ricorde divine. Quand il s'humilie, tremble, pleure, se frappe la\n  poitrine et crie merci, c'est au Père très bon, très doux et très\n  tendre qu'il s'adresse : il en appelle du Justicier au Rédemp­\n  teur. Ses poèmes, où se reflète le désarroi de sa vie et que l'on\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "330                        DURENDAL\n\n\nne comprend tout entiers qu'à la condition de se familiariser\navec la biographie du poète, revêtent un caractère tout sub­\njectif et personnel. Ils nous frappent par l'intensité de l'émotion\net la spontanéité de l'accent bien plus que par la noblesse du\n sentiment ou l'ampleur de la conception. L'œuvre vit de sensa­\ntion plutôt que de pensée et parle à l'intelligence moins qu'à la\n sensibilité.\n     C'est le contraire chez M. Le Cardonnel. Celui-ci est un con­\n templateur. Le mal ne l'obsède pas ; son âme règne sur ses sens.\n Il connaît la paix. Ses larmes sont d'ivresse et d'extase. Il prie\n sans doute, car il n'ignore rien de sa faiblesse; mais surtout il\n adore. Ce qu'il nous révèle, c'est moins la Bonté divine que la\n divine Beauté, que la divine Sagesse, que la divine Vérité.\n Plutôt que la douceur et la tendresse du catholicisme, il montre\n sa splendeur. C'est assez dire que son œuvre témoigne d'une vie\n spirituelle profonde et que, dans son talent, la réflexion l'em­\n porte sur la spontanéité. Le poète, apparaît dans l'attitude\n sereine et grave de la méditation. Il frappe par l'ampleur et par\n la majesté. Il a moins de charme que Verlaine, moins\n d'abandon, de fraîcheur, et d'ingénuité, mais plus d'élévation.\n  Il touche moins le cœur, mais émeut davantage l'esprit. Ver­\n laine se prosterne; il plane. Verlaine attendrit; il exalte.\n Lisez ses Poèmes : je ne crois pas que, depuis le maître\n  immortel de Sagesse, ait résonné, dans la poésie française, plus\n fervente et plus pure chanson vers l'Infini.\n\n                                          MAURICE    DULLAERT.\n\n\n\n\n                              *\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "Chansons grises et roses\n                                A Georges Rency\n                    Témoignage d'admiration et de reconnaissance.\n\n\n\n          Le Pays des Rêves\nJ'ai cherché partout le pays des Rêves,\nJe l'ai tant cherché que mon cœur est las...\nLas d'avoir couru les monts et les grèves\n Et las d'avoir cru qu'il n'existait pas,\n          Le pays des Rêves.\n\nJ'ai cherché partout d'immortelles      roses,\nMes pieds ont saigné le long du       chemin...\nMais je n'ai trouvé que des c i e u x moroses,\nDes jardins sans fleurs, des hivers sans fin,\n         Et des portes closes...\n\nJe me suis penché sur des caravelles,\nMon œil a sondé l'horizon   menteur,\nCroyant voir surgir dans les étincelles\nLe pays rêvé, plein de la splendeur\n         Des fleurs immortelles.\n\nEt mon cœur m'a dit : « Le pays du Rêve\nEst un beau mirage et n'existe     pas...\nTriste nautonier, retourne à la grève,\nRêveur vagabond, reviens sur tes pas,\n         Vois, le jour s'achève. »\n\n — Je suis revenu vers la terre infâme,\n Je me suis traîné vers les bourgs      maudits...\n Merveille! J'ai vu les pays de flamme,\n Les pays d'azur, les divins    pays...\n           Ils sont dans mon âme!\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "                        DURENDAL\n\n\n\n         La Chanson du clair de lune\nQuand les lilas, de combe en combe, au loin    neigeant.\nEnverront vers nos cœurs des concerts en sourdine;\nLorsque nous sentirons, du fond de la ravine,\nMonter, vers les lointains, dans un brouillard    d'argent,\nDes prières d'oiseaux, des rêves   d'aubépine,\n\nQuand tout reposera dans la nuit et ses voiles,\nNous irons en rêvant écouter sous les deux,\nNous irons écouter les chants       mystérieux,\nLes chants du clair de lune amoureux des étoiles,\nSi tristes, qu'ils mettront des larmes dans nos yeux.\n\nOh ! l'étrange chanson, qui trouble et qui fait croire\nQu'entre les troncs moussus de la pâle forêt,\nOn entend soupirer un éternel regret\nQui pleure, inconsolé, dans des flûtes d'ivoire\nQuelque douleur immense ou quelque lourd secret...\n\nPuis la plainte s'étouffe, et s'alanguit, et meurt...\nAlors, dans les roseaux, un long soupir de rêve\nS'éveille triste et doux, se prolonge et s'achève,\nEt renaît de nouveau, si tendrement       berceur\nQue l'âme craint de voir s'appâlir la nuit brève.\n\nPuis c'est un gazouillis qui vibre et rit dans l'air\nDu rire frais et pur d'une folle oréade,\nUn rire qui s'échappe en joyeuse cascade\nEt qui fuse, et qui roule, éclaboussant d'or clair,\nLe rêve des forêts, éternel et maussade.\n\n\nC'est une âme qui rit de sa grande   douleur.\nC'est un cœur virginal qui pleure, à la nuit brune,\nEt conte en sanglotant ses rêves à la lune,\nDes rêves si charmants, si beaux, qu'ils lui jont peur...\nC'est la chanson du clair de lune.\n\n\n\n\n                       Obsession\n       Sur les fenêtres de mon âme.\n       Je sens, au seuil des sombres nuits,\n       Je sens deux yeux dont je ne puis\n       Sans me troubler, fixer la f l a m m e .\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "     CHANSONS GRISES ET ROSES                333\n\nJe sens deux yeux tout grands     ouverts,\nSi tristes, si baignés de larmes,\nQue l'on devine leurs alarmes\nEt tous les maux qu'ils ont soufferts.\n\nJe sens deux yeux pleins de reproche\nChercher, traqueurs    silencieux\nChercher au fond de mes deux yeux\nMon cœur tremblant à leur approche.\n\nJe sens deux yeux pleins de menaces\nTendre à travers l'horreur du soir,\nTendre vers moi leur     désespoir...\nEt j'attends, les mains sur la face...\n\nOh ! celui de ces yeux   maudits,\nDites-moi, qui donc peut-il être?\nQuel démon, Seigneur, ou quel être\nMort à jamais au paradis!\n\nMon Dieu, voyez, mes yeux sont clairs,\nMes mains sont pures de tout blâme.\nSondez mon cœur, scrutez mon âme,\nEt dites-moi s'ils sont pervers...\n\nSerait-ce vrai ce que ces yeux\nSemblent me montrer en leur gouffre :\nEst-il vrai, mon Dieu, que je souffre\nPour les crimes de mes    aïeux?...\n\n\n\n         Vous avez passé...\nJadis vous avez passé\nSur l'eau calme de mon âme,\nSur l'eau vive de mes larmes,\nJadis vous avez passé...\n\nSur l'eau qui souffre et qui pleure,\nSur l'eau froide, sur l'eau brune,\nBelle d'un rayon de lune,\nJe vous vis passer, à l'heure\n\nOù les grands cygnes    d'argent\nVoguent, rêveurs et silents,\nComme d'étranges     gondoles,\nA l'heure où dans les roseaux,\nVibrant sous les doigts des eaux,\nRêvent des concerts de voix de citoles.\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "334                     DURENDAL\n\n\n      Vous avez passé parmi les lys pâles\n      Effleurant mes eaux de vos voiles d'or\n      Et sous vos pieds nus des reflets d'opales\n      Ont chanté soudain et chantent    encor.\n\n      Vous avez passé... Tous mes    nénuphars.\n      Fleurs du souvenir et des amours     tristes,\n      Se sont allumés de tons   d'améthystes\n      Pour charmer vos cœurs et vos longs regards.\n\n      Vos doigts lents et purs, vos doigts  d'argyrose,\n      Sur l'étang glacé par les vents du Nord,\n      Sur l'onde où flottaient seuls des rameaux    morts,\n      Pétale à pétale, ont semé des roses.\n\n      Et les saules gris, songeurs     surhumains,\n      Secouant au vent leurs     mélancolies,\n      Se sont éveillés de leurs rêveries\n      Etonnés de voir ces fleurs dans vos mains.\n\n      Les frissons du ciel où riait le jour\n      Et les bois vibrant de vos allégresses\n      Et les voix du vent aux molles caresses\n      Balançaient vers vous, des hymnes      d'amour.\n\n      Vous avez passé... Ce fut un éveil\n      De parfums chantants, de rayons sonores,\n      Sur l'eau qui rêvait, ce fut le Soleil,\n      Ce fut le Printemps et ce fut   l'Aurore.\n\n                                               PIERRE    WUILLE.\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                      La douce mort\n                BATAKGvivait dans       un petit village perdu, au seuil de\n                    l'épaisse forêt qui recouvre la grande île de Sumatra.\n                    Son esprit recueilli se plaisait, durant le travail, à\n                    avoir de longues conversations avec sa pensée. Il\n                    méprisait les luttes mesquines des hommes, qu'il\n                    comparaît aux aras bavards qui vivent dans les\n                    branches des arbres; et là, se disputent, en faisant\n                    beaucoup de bruit et finissent par se croire d'une\n                    grande importance. Aussi, quand il eutvécu soixante-\ndix ans parmi eux, voyant que rien de bon ne pouvait être trouvé\ndans leur commerce, il se retira vers le centre de l'île pour y vivre\nseul, en contemplant la nature et Dieu au travers d'elle.\n   Bientôt, tous les secrets de la profonde forêt des îles Océanies lui\ndevinrent connus et familiers. Pas un être vivant n'y chantait sans\nqu'il le comprît.\n   Cette science lui avait été longtemps étrangère ; mais comme\ndans la vie de tous les êtres les actes se suivent réguliers et\nidentiques, il parvint peu à peu à épeler le simple langage des\nhabitants des bois. Les animaux le connaissaient et le laissaient vivre\nau milieu d'eux sans l'inquiéter. Et, quand des gens de sa race péné­\ntraient dans cet endroit reculé qui faisait son domaine, s'émerveillant\nde la beauté des feuillages et des fleurs, qu'ils cueillaient aussitôt\npuis rejetaient au gré de leur caprice, faisant fuir les oiseaux pour\njuger de la beauté de leur vol, se regardant dans le miroir des eaux\ncalmes, puis y jetant des pierres pour y troubler leur image, il se\ndétournait d'eux avec dégoût, les méprisant dans son cœur, car il\nconnaissait, lui, la juste valeur des choses.\n   I1 savait laisser les êtres vivre, se reposer et mourir, sans les incom­\nmoder de sa curiosité inutile. Quand le tigre avait tué un chevreuil,\nil passait; et quand le tigre, à son tour, blessé ou vieux, se disposait\n à quitter la vie, il avait grand soin de ne pas aller lui reprocher le\n gibier mangé il y a longtemps, ni lui donner des conseils pour un\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "336                            DURENDAL\n\n\nvoyage qu'il ne connaissait pas plus que lui. Et ainsi, il vivait en paix\navec tout le monde.\n                                   *\n                                  * *\n\n    Il y avait surtout un des animaux avec lequel il conversait volon­\ntiers. C'était un o rang qui avait coutume de se reposer près de l'en­\ndroit où lui-même se trouvait habituellement. Etait-ce par une atti­\nrance spéciale, ou bien parce que c'était l'être qui se rapprochait le\nplus de lui, et qu'il avait une plus grande somme d'intelligence que\nles autres, il ne s'attardait pas à y songer, connaissant combien les\nattractions de la sympathie sont difficiles à expliquer. Ce singe s'appe­\nlait Olung, comme il l'apprit plus tard. Il était grand et roux et\ndevait être déjà d'un âge avancé, car de nombreux poils blancs appa­\nraissaient dans son épaisse toison. Sa tête grosse et ses yeux, for­\ntement enfoncés dans les orbites, brillaient d'un éclat extraordinaire.\nIl était, en somme, fort laid, mais le vieillard, après s'être regardé\nlui-même, se demanda s'il avait réellement raison de montrer quelque\nfierté. Et d'ailleurs pour lui ces choses étaient de peu d'impor­\ntance.\n    Ils vivaient sur le même territoire, et se rencontraient souvent\n près de la source où tous deux venaient se désaltérer, ainsi\n qu'aux endroits où mûrissaient les goyaves et les autres fruits dont\n ils faisaient leur nourriture. Peu à peu, ils apprirent à se connaître et\n à s'estimer.\n    Quand ils surent mieux se comprendre, ils se dirent les secrets\n qu'ils avaient découverts durant leur existence; ils eurent à ce sujet de\n longs entretiens qui charmèrent leurs esprits. Ils se racontaient com­\n ment les vents du soir emportent vers le lointain des mers les sen­\n teurs lourdes que répandent les fleurs des rives; et comment, durant\n les longues et chaudes journées, la senteur pénétrante des vagues\n vient jusque dans la profondeur des forêts silencieuses.\n     Ils se disaient aussi comment l'eau pure s'élève invisible du sol et\n monte vers le ciel, jusqu'à ce qu'elle le couvre de nuages légers, pour\n enfin retomber parmi les feuilles et les (leurs. Et toutes ces choses les\n jetaient dans l'émerveillement.\n     Ils parlaient longuement aussi des lois invisibles qui régissent les\n êtres des bois, et la vie intense qui les entourait leur semblait mysté­\n rieuse. Ils s'émerveillaient ensemble de ce qu'autour d'eux, où tout\n naissait, aimait, mourait sans cesse, tout pourtant restât si complète­\n ment identique, et que, malgré tous les faits nombreux et variés de\n la vie journalière, rien ne changeât, et tout semblât de même,\n comme si rien ne s'y passait. Ils avaient, de plus, un mépris profond\n pour ceux à qui ces choses paraissent naturelles.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                           LA D O U C E   MORT                        337\n\n   D'autres fois encore, bercés par la douce moiteur humide, ils lais­\nsaient leurs pensées glisser et se refléter dans les mille facettes de\nleur esprit; elles formaient des dessins compliqués, ainsi qu'un éche­\nveau dont tous les fils sont mêlés. Ainsi les moustiques dans les rayons\nde soleil s'agitent et dansent, sans que l'on puisse se rendre compte\ndes variations infinies de leurs mouvements.\n   Parfois ils allaient vers les montagnes, d'où, à travers les branches,\non voyait au loin s'étendre la mer uniforme et calme. Et ils restaient\nlà longtemps, contemplant cette immense étendue, et regardant le\nlong des grèves les vagues naître, déferler et mourir, toujours iden­\ntiques à elles-mêmes, comme les pensées des hommes.\n   Et quant au loin passaient de grandes choses qui crachaient de la\nfumée noire, Olung disait : « Les tiens ont détruit ma race, voici que\nviennent ceux qui détruiront la tienne. » Et l'homme se taisait, car il\nsavait que c'était vrai.\n                                    *\n                                   * *\n\n   Vers une certaine époque, pourtant, Olung parut s'agiter. Ses yeux\nsemblaient suivre au loin des vols d'oiseaux, alors que pourtant le\nciel était vide et désert. Son esprit ne s'attachait plus avec le même\ncalme à songer au mystère de la nature. Il semblait distrait et pré­\noccupé.\n   Comme le vieillard s'enquerrait auprès de lui de ce qui causait son\ntrouble, il lui dit : « Je sens que mon heure vient. — Bientôt mes os\nblanchiront parmi les mousses et les plantes, comme déjà mes poils\nont blanchi parmi la lourde toison qui me couvre. Je sens que le sang\ncoule moins vite dans mes veines, et que mes bras se raidissent de\nplus en plus. — Il est temps. — Tout, autour de moi, m'annonce que\nla fin approche. Les grands arbres des bois me semblent devenir plus\nhauts, et les branches plus espacées. Leurs feuillages lourds, que je ne\nremue plus qu'avec peine, me disent tout bas : « Olung, voici l'heure\nqui vient. » — Les eaux des étangs ne me reçoivent plus avec joie\ncomme dans les temps passés. Elles me semblent plus froides. Et les\nroseaux qui chantaient de joyeuses chansons, et le vent qui mainte­\nnant me glace, me répètent : « Olung... Olung... Voici ton heure qui\nvient. »\n   » L'heure est là, Olung est prêt. Il a vécu content dans la grande\n forêt. Les heures se sont suivies sans que presque il s'en aperçoive.\nPour tout le monde, il semble qu'Olung a vécu très longtemps, et qu'il\n est bien temps qu'il s'en aille; et pourtant le temps où il était agile et\njeune lui paraît encore si rapproché. — Mais l'heure vient, Olung va\n partir. »\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": " 338                           DURENDAL\n\n\n   Il était accroupi au pied d'un grand arbre, et ses yeux regardaient\n lentement, à droite et à gauche, le ciel et la terre, et toutes les\n choses qui passaient. L'herbe était drue et haute, et partout s'élevaient\n des plantes aux larges feuilles vertes et des fleurs aux couleurs vives.\n   Des milliers d'insectes volaient, bourdonnaient, parmi les rayons de\nsoleil. Les grands arbres s'élevaient vers le ciel et toute la horde des\nlianes montant à l'assaut des cîmes, pendait le long des troncs en un\n écroulement de feuilles et de fleurs. Et parmi elles, des milliers d'oi­\nseaux chantaient et vivaient.\n   Et Olung dit encore : « Les yeux d'Olung se voilent et ses oreilles ne\ndistinguent plus les sons. Tout se mêle et s'unit en une seule vision et\nen un seul chant : l'ultime chant et l'ultime vision de la forêt qui va\ndisparaître. — Est-ce bien moi qui m'éloigne, ou bien la forêt s'éloigne-\nt-elle de moi ? »\n   Et Batang lui répondit : « Tu es né de la nature, tu y retournes\nà présent. Ton corps va se mêler à la terre, et ton esprit flottera\ndans l'air et deviendra l'un des souffles des bois mystérieux. Tout\nce que tu es va se désagréger et retourner à la nature puissante.\nMais cette forme qui porta tes chagrins et tes peines, qui t'a suivi pas\nà pas le long de ta route, celle-là, jamais ne périra; elle va se fondre\ndans l'âme éternelle du passé. »\n   Puis, le vieillard, dont la barbe était longue et blanche, regardant\nen lui-même, se tut ; car lui aussi sentait que son heure était\nproche.\n                                    ***\n\n   Ils restèrent ainsi longtemps. Le soleil rougit et descendit à l'ho­\nrizon, la lumière devint de moins en moins forte, et brusquement ce fut\nla nuit.\n   Et dans la nuit, Batang songeait. Il se revoyait enfant, puis homme,\net enfin vieillard. Et de toute sa vie ne venait jusqu'à lui que le sou­\nvenir d'un étranger, dont il ne comprenait plus ni les actions, ni les\npensées. D'autres ombres se joignaient à la sienne, ombres qui avaient\nété ses parents, sa femme, ses amis. Elles s'en étaient retournées vers\nl'incounu dont elles étaient sorties; et maintenant qu'elles avaient\ndisparu, elles ne lui étaient ni plus inconnues, ni plus familières.\n   Dans son esprit, dans le vague des pensées qui s'y déroulaient, il\nvoyait passer comme un large fleuve les hommes ses ancêtres, qu'il\nne comprenait pas plus qu'il ne se comprenait lui-même. Il voyait ce\nmême flot se continuer par ceux qui perpétuaient sa race, aller se\nperdre dans un nouvel infini. Et il se demandait à quelle justice obéis­\nsait la nature entière...\n                                   ***\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                          LA D O U C E   MORT                       339\n\n\n  Quand de nouveau revint le jour, Batang vit, au pied d'un grand\narbre, ce qui avait été son compagnon. Il était toujours appuyé, mais\nsa tête pendait sur sa poitrine. Ses yeux s'étaient enfoncés plus pro­\nfondément dans les orbites. Ses membres étaient inertes et, entre les\ntouffes de poils blancs ou roux, déjà se voyaient de larges taches\nvertes...\n   En tremblant, le vieillard dit : « Olung... » L'écho' répondit :\n« Olung... », puis se tut. Un oiseau, qui s'était posé sur une feuille de\nfougère, et chantait en se balançant, s'enfuit en criant... et les mou­\nches commencèrent à voler autour du cadavre.\n   Le vieillard était courbé, appuyé sur un bâton, et sa longue barbe\nfrôlait le sol. Alors, il se redressa lentement, fit un long geste grave,\npuis écartant les feuillages comme on écarte une lourde draperie, il\ndisparut dans la forêt...\n\n                                                    MATRICE DUWEZ.\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "               Poèmes\n                 Question\n   — Mon frère, est-il sûr qu'il soit mort?\n   Son cœur battait peut-être    encor.\n   — Ma sœur, faut-il parler     toujours\n   De ton passé, de ton amour?\n\n   — Mon frère, au bout d'un collier d'or\n   Portait-il pas une croix d'or?\n   — Ma sœur, elle était détachée :\n   La balle l'avait  emportée.\n\n   — Mon frère, en un petit coffret\n   As-tu vu lettres et portraits?\n   — Je n'ai rien vu, je n'ai rien vu,\n   Peut-être l'avait-il perdu.\n\n   — Mon frère, et la bourse de soie\n   Brodée en gage de ma foi?\n   — Ma sœur, il vient des   maraudeurs\n   Quand la bataille n'a plus peur.\n\n   — Mon frère, on l'a enseveli\n   Sous un tertre vert et fleuri?\n   — Ma sœur, on n'a pas eu le temps :\n   Le clairon sonnait : En avant !\n\n   — Mon frère, est-il sûr qu'il soit mort ?\n   Son cœur battait peut-être encor ?\n   — Ma sœur faut-il parler      toujours\n       De ton amour?\n\n\n\n         La Maison d'Enfance\nJe revois la maison où j'ai grandi :\nSur sa façade grimpait une treille.\nEn automne la grappe était vermeille\nSur le pampre déjà tout déverdi.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                     POEMES\n\n\nD'autres vignes très vieilles  ombrageaient\nDerrière la'maison l'étroite cour\nRaboteuse où les communs      alentour\nSous les pesants coups du temps      s'effondraient.\nElle n'était pas grande et nous étions\nNombreux. Mais il faisait si bon vivre !\nEn été fraîche, et chaude par le givre\nAvec petit feu\\! — Car nous nous    aimions.\n\nJe revois les quelques bahuts de hêtre,\nLe pauvre et chétif    ameublement\nDu salon (ah ! combien pompeusement !)\nLes papiers peints lézardés de salpêtre.\n\nC'est là que notre père a dirigé\nDe son bon sens nos premières études :\nSes reproches ne furent jamais   rudes,\nIl a prié, mais jamais  exigé.'\n\nEt c'est là, bien souvent, à la veillée\nQne notre mère, de sa belle voix,\nChantait les douces chansons        d'autrefois,\nPendant que, vite, courait     l'aiguillée.\n\nJe vois les lieux bénis de mon enfance\nOù fleurissait l'amour sans   trahison,\n— Lieux où quelquefois aussi, sans raison,\nJe me cachais pour pleurer en silence.\n\n\n\n                     Chagrin\n  Au ciel pas une étoile ne luit.\n  Des harpes dolentes et lointaines\n  Frissonnent — on croirait     souterraines.\n\n  Un chagrin sans répit me poursuit,\n  Muet et vaporeux, il est gris,\n  Gris comme la nuit, comme la nuit.\n\n  Maintenant,    il me fait vis-à-vis :\n  Il rit tout bas lorsque je m'effare,\n  — Sans doute moins méchant que           bizarre.\n\n  Je voudrais le voir, mais il est gris.\n  Quand je m'avance, vite il s'enfuit,\n  — Gris comme la nuit, comme la nuit.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "342                DURENDAL\n\n\n\n                    Regrets\n       Sur l'arbre géant   d'Etude\n       Où le poser, ma pauvre âme?\n       Les douces branches se cassent,\n       Les branches fortes sont rudes.\n\n       Encor des bourgeons qui naissent,\n       Encor la sève qui pleure,\n       Des rameaux qui vont fleurir\n       Et des feuilles qui se tressent!\n\n        Où fuir, à ton tour, où fuir?\n        Vois ta petite aile lasse.\n        Ah ! qu'un fruit pesant l'écrase !\n        Ah ! mourir, mourir,       mourir!\n\n\n\n\n                     Anxiété\n      — Ma mère, on frappe du heurtoir,\n      J'entends les trois coups du heurtoir.\n      — Ma fille, c'est une charrette\n      Qui dans une ornière cahote.\n      — Ma mère, on sonne à notre porte,\n      Trois coups de sonnette à la porte.\n      — Ma fille, ce sont les clochettes\n      De notre troupeau qu'on ramène.\n      — Ma mère, on marche sur le sable,\n      Quelqu'un a marché sur le sable.\n      — Ma fille, c'est du foin qu'on rentre\n      Qui bruisselle sous le uoussoir.\n\n      — Ma mère, on frappe à la fenêtre,\n      Trois coups de doigts à la fenêtre.\n      — Ma fille, ce n'est qu'une feuille,\n      Ou la brise du soir qui pleure.\n\n      Ma mère, comme il bat, mon cœur,\n      Il bat vite et bien fort, mon cœur.\n      — Ma fille, veux-tu pas dormir?\n      Il se fait tard, il se fait tard.\n\n                                 MARTIAL     MARTEL.\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "Les dernières Sonates\n          pour piano de Beethoven\n\n                            SECONDE PARTIE\n\n\n\n                   ABORDONS, enfin,\n                              les cinq dernières sonates, les\n              cinq sœurs admirables, filles de la plénitude\n              du génie. Ces œuvres furent écrites de 1815 à\n              1822, en cette phase de son existence où le\n              pauvre artiste, -complètement sourd, vivait\n              hors du contact du monde extérieur. Comme\n              un aigle, il s'isolait sur des cimes si élevées\n              que la postérité seule put l'y découvrir et\nle couronner de gloire (1).\n\n                          S o n a t e e n la (Op. 101)\n                                  Composée on 1815.\n         I. Allegretto, ma non t r o p p o , con molta espressione (la).\n     II. Vivace, alla marcia (fa).\n  I I I . A d a g i o , ma non t r o p p o , con affetto.(la mineur).\n    IV. Allegro, ma non troppo (la).\n\n                                Geluk! O einde en doel van ons geheel bestaan!\n                                                                   BILDERDIJCK.\n\n\n  Cette œuvre me parait exprimer un effort intense vers le\nbonheur, dont la conquête est célébrée par le finale. L e\n\n\n  (1) Le lecteur est présupposé lire cet essai avec le volume des sonates\nouvert devant lui. Mes citations musicales ne peuvent suffire à faire com­\nprendre l'œuvre.\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "344                          DURENDAL\n\n\npremier morceau est plein d'une idéale espérance. Il d é b u t e\npar ce chant expressif :\n\n\n\n\n   C'est une sorte de lied dont toutes les phrases s'enchâssent\navec une enveloppante séduction, en des harmonies pleines et\ndélicieuses, désir, aspiration suave. Nous passons très vite\ndu ton de la dans celui de la dominante (mi). U n second sujet\nse présente alors :\n\n\n\n\n  A la mesure 25, un dessin descendant des basses mène à une\nconclusion composée d'accords qui se balancent à contre-temps\nsur une pédale de mi. L'impression est d'une félicité sereine :\n\n\n\n\n  Dans les développements (mesure 35), le désir exprimé devient\nplus pressant, plus passionné, mais sans trouble comme vers un\nobjet très pur. L a phrase initiale (thème 1) est développée ici\npendant une bonne vingtaine de mesures, tantôt sous sa forme\ncomplète, tantôt seulement par sa forme r y t h m i q u e d'une noire\nsuivie d'une croche ascendante ou descendante. Nous retrour\nvons ensuite la répétition du début, à part les sept premières\nmesures. Remarquons que cette fois-ci nous restons tranquil­\nlement en la. L a coda est intéressante : le morceau semble\nvouloir finir comme l'exposition sur les accords balancés du\nthème 3. Soudain ces accords si doux deviennent âpres avec un\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                        345\n\n\ngrand crescendo i n q u i é t a n t ! . . . F a u s s e menace : nous retombons\nsouriants en la, et, avec quelques bribes mélodiques déjà enten­\ndues, le morceau finit dans une paix lumineuse.\n  Ouelle surprise que l'attaque brusque du Vivace alla marcia :\n\n\n\n\n   Autant tout était doux et harmonieux dans le premier mor.\nceau, a u t a n t cette marche est heurtée en son énergie farouche.\nQuel rêve guerrier a hanté le cerveau de l'artiste ? A-t-il, dans un\naccès de subite impatience, renié l'amour idéal auquel il aspirait,\npour chercher la gloire des combats? S'est-il écrié, comme F a u s t :\n« J e veux conquérir la domination, je veux posséder ! »\n   L a première période de la marche est en fa et nous mène au\nbout de huit mesures à la d o m i n a n t e . Après une reprise, la der­\nnière mesure de cette période se développe durant trois autres\nmesures; ce petit développement a l'air de tourner sur place,\ncar il nous ramène en fa. Mais brusquement, nous sautons en la\nmajeur et en divers autres tons avec des variations, soit du t h è m e\nn° 4, soit de la formule suivante :                              ou d'autres\ndans les mêmes r y t h m e s . L e sentiment devient plus calme dans\nle passage en ré bémol; mais une pédale gronde sur la domi­\nnante et nous rentrons en fa avec un développement serré des\nmesures 4 et 5 de la première période. Suit une péroraison pleine\nde g r a n d e u r .\n   L ' i n t e r m è d e de la marche s'annonce d'abord tranquille et\nmélodique :\n\n\n\n\n   A partir de la quatrième mesure, commence un canon. L a\n basse imite d'abord le dessus ; ensuite, ils intervertissent les\n rôles. L'effet est curieux et peut dérouter quelque peu l'impres­\n sion de l'auditeur. E n effet, quelque joli que veuille être ce\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "346                         DURENDAL\n\n\ncanon, il me paraît plutôt troublé et comme agité par la vision\nmartiale si soudainement évoquée. Les dernières mesures expri­\nment une angoisse sombre : des accords inquiets, joués comme\npar les bois à l'orchestre, planent sur une basse répétant obsti­\nn é m e n t la formule r y t h m i q u e        qui a introduit\n\nl'intermède. Mais, peu à peu, le r y t h m e de marche reprend avec\nénergie. C'est le classique Da Capo.\n   H é l a s ! cette gloire inhumaine n'est que vanité, semble nous\ndire l'adagio. E t les vingt mesures qui le composent sont d'une\nmélancolie si profonde que Beethoven lui-même n'en a peut-être\njamais dépassé l'expression sublime. L a mélodie se déroule\nd'abord amplement en huit mesures dont voici le premier frag­\nment :\n\n\n\n\n   P u i s la formule expressive de la première mesure se déve­\nloppe durant huit autres mesures, chant plein d'aspiration qui\nsemble s'étirer, vouloir sortir de soi-même pour atteindre un\nidéal entrevu. Les quatre dernières mesures sont comme un\nabandon de force après cet effort inouï.\n   U n e légère cadence ramène soudain la belle mélodie (thème 1)\ndu premier mouvement, mais entrecoupée d'arrêts et d'interroga­\ntions. T o u t à coup un bref stringendo suivi d'une rapide gamme\ndescendante nous conduit à un long trille et à l'allegro final.\n   A propos de ce retour au premier mouvement, il est à remar­\nquer que Beethoven a inauguré ce procédé dont il fait, du reste,\nrarement usage. Je n'en trouve que deux exemples dans les\nsonates pour piano : celui-ci, et le rappel de l'adagio dans le\nfinale de la treizième sonate. Encore, en ce dernier cas, s'agit-il\nde rendre plus piquante la dernière rentrée d'un thème (modifié)\nqui avait été. amené une première fois par ce même adagio; tout\ncomme le retour du scherzo dans le finale de la symphonie en\nut mineur. T a n d i s que dans le cas qui nous occupe, la réappari­\ntion d'un t h è m e du premier mouvement a une signification net-\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                347\n\n\ntement poétique dont je ne vois d'équivalent chez Beethoven\nque dans les rappels des parties précédentes au finale de la\nIX e symphonie. L'heureuse idée d'établir un lien t h é m a t i q u e\nentre diverses parties d'une sonate n'existe donc qu'à l'état rudi­\nmentaire chez Beethoven. L'usage en est plus m o d e r n e ; encore\nest-il loin d'être constant.\n   L e finale célèbre la joie reconquise. L ' a u t e u r a vu soudain\npasser l'oiseau fantastique du bonheur. Il a bondi vers lui et\nl'enserre de ses mains puissantes. C'est superbe de jeunesse et\nd'entrain. Ce morceau, d'exécution difficile, est écrit en forme\nde sonate. Après un trille de quatre mesures, où la main gauche\nannonce le rythme prochain, éclate en pleine force un premier\nthème composé de deux fragments (A et B), dont le second coule\navec douceur en opposition avec le r y t h m e fortement accusé du\npremier.\n\n\n\n\n  U n t h è m e accessoire éclôt ensuite comme une fleur mélo­\ndique imprégnée d'un parfum enivrant et doux :\n\n\n\n\nensuite, après que la basse a lancé puissamment de nouveau le\nthème principal, jaillit un autre thème important :\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "348                        DURENDAL\n\n\n\n   Celui-ci, par une progression infiniment expressive, nous fait\npasser au ton de la dominante (mi) et au contre-sujet proprement\ndit :\n\n\n\n\n  Suit un petit développement tout gracieux et presque dansant\nsur le thème principal. Enfin, un dernier thème accessoire,\npiquant et badin, termine l'exposition.\n\n\n\n\n   Après la reprise, il y a quelques mesures de transition bruta­\nlement interrompues par les deux premières notes du premier\nsujet, mais en ut majeur.\n   Ici commencent d'importants développements d'un travail\nserré. Beethoven semble fort épris en ses dernières œuvres du\nstyle contrapuntique. Nous avons vu un canon dans le morceau\nprécédent. Ici l'auteur a adopté la forme fuguée dont il tire des\neffets d'une extraordinaire puissance. L e sujet de la fugue est\nformé du thème 7, fragment A, complété par un bout de phrase\nindépendant. L e voici :\n\n\n\n\n  Ce sujet se développe à travers cent sept mesures avec une\nvariété de ressources déconcertante. Il faudrait un orchestre\npour donner'le colons voulu à ce morceau et notamment pour\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                 349\n\n\nfaire ressortir tout l'éclat de la rentrée du thème principal après\nune pédale sur mi à faire trembler la terre, et où une partie\nintermédiaire donne le t h è m e élargi qu'on dirait joué par un\ntrombone contrebasse moderne :\n\n\n\n\n    Les Allemands, gens méthodiques et amis des classements,\n ont, paraît-il, beaucoup discuté sur le mérite respectif des fugues\n de Bach et de Beethoven ! L'impression en est, à vrai dire, si\n dissemblable qu'on se d e m a n d e par où les comparer ? Bach est\n — le mot n'est pas neuf— la fugue faite h o m m e . P o u r user d'une\n autre comparaison, je dirai qu'il se meut dans la fugue comme\n un poisson dans l'eau; Beethoven, lui, s'y meut comme un titan\n submergé qui pour maîtriser l'élément a dû entrer en lutte avec\n lui : lutte âpre, parfois effrayante, qui révèle toute la puissance\n du géant.\n    Bülow dit très bien : « P o u r Beethoven (contrairement à\n Bach), la forme fuguée n'est pas un but, mais un moyen\n d'expression. D'où le caractère passionné et en quelque sorte,\n électrique de ces fugues. » On constatera ces caractères dans\n cette fugue-ci, dans celle du premier allegro de la sonate\nop. 106, et surtout dans le formidable finale de cette dernière.\n Mais revenons à notre analyse.\n   Après la rentrée triomphale, Beethoven s'étudie à ne pas\nrépéter servilement l'exposition, mais à y introduire d'ingé­\nnieuses variantes. Ainsi, après que le thème 7 s'est déroulé com­\nplètement comme au début de l'allegro, il introduit un petit\ndéveloppement sur le fragment B de ce t h è m e qui n'avait pas eu\nsa part dans les vastes développements fugués. P u i s il passe\ndirectement au thème g, mais en ré au lieu de la. Ceci lui per­\nmet de donner le contre-sujet (thème 10), dans le ton principal\n(la) sans qu'il y ait de monotonie. Ici plus rien à signaler\njusqu'à la coda, soixante-dix mesures après la rentrée du sujet\nprincipal.\n   Cette coda est très développée, comme dans la plupart des\ngrandes œuvres de Beethoven. Elle a cette particularité, assez\ninattendue ici, de se maintenir dans une note douce et calme.\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "350                        DURENDAL\n\n\nLe thème principal (n° 7) en fait presque tous les frais, à part\nque le motif (thème 8), omis plus haut, revient ici d'une\nmanière ravissante, emboîté à une variante du thème 7. Il faut\nsignaler aussi le jeu des croches piquées sur le fond brodé de\ndoubles croches, combinaison de deux rythmes du sujet\nprincipal. P u i s celle-ci reparaît par bribes sur une pédale en\ntrille, qui s'éteint et ralentit.\n   Mais soudain, dans les trois dernières mesures, les accords\nfinals sont lancés à toute volée et en pleine vitesse. Cette fin\nbrusque, un peu bousculante, est bien propre à Beethoven.\n   Telle est la première des cinq cathédrales du piano. L e\ncommentaire est lettre morte; l'œuvre est d'une vitalité intense.\nPrenez et lisez...\n\n                                           JOSEPH   RYELANDT.\n\n\n  (A   continuer.)\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                        Ode\n\nJe voulais à ton front, comme au temps des légendes,\nPoser le pur éclat d'une étoile, et mes mains\nN'apportent qu'un bouquet de timides         lavandes.\nCar l'automne n'a pas encor dans le jardin\nConstellé les buissons obscurs de       chrysanthèmes.\nEt le dernier narcisse a trop longtemps        penché\nSa corolle vers son ombre dans le sentier\nOù les lourds dahlias effeuillés par toi-même\nDéjà se sont mêlés aux cendres de nos pas.\nA tes pieds jette aussi ces lavandes,      qu'importe\nS'il ne reste aux rosiers que quelques roses mortes!\nViens : la source est limpide et lisse où tu verras\nTa chevelure nue et vierge de calice\nLuire parmi le ciel de marbre et sa clarté.\nTa jeunesse suffit à ce front où s'unissent\nLes neiges de l'hiver et les lis de l'été.\n\n                                                  Isi    COLLIN.\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                     Henri de Régnier\n                                      (SUITE ET FIN)\n\n\n\n\n                     AVEC Aréthuse, la personnalité de M. de Régnier, dégagée\n                        m a i n t e n a n t des parures trop lourdes et des vains orne­\n                        ments qui embarrassèrent ses premiers p a s , c o m m e n c e de\n                        triompher en toute sa plénitude et de s'imposer glorieuse­\n                        m e n t . Le poète, p e u à peu, s'est rapproché de la N a t u r e\n                        et de la Vérité : le voici qui communie avec la Vie univer­\n                        selle. Après s'être complu à se mirer lui-même en la source\n                        solitaire de Tel qu'en Songe, il s'abreuve à présent à la\n                        F o n t a i n e profonde où viennent boire les Sirènes de la\nMer, en u n bois d'où l'on entend le galop des Centaures sur la grève, le pas\ndes F a u n e s dans la forêt et les flûtes des pasteurs sur les douces collines.\nOn y entend aussi les chants, les soupirs et les sanglots qu'exhale\nl'Ame h u m a i n e , dans sa joie ou dans sa douleur éternelles; ou plutôt les\nr u m e u r s des forêts, de la mer, des coteaux et des sources, ne sont qu'un\nécho de ses b o n h e u r s ou de ses peines :\n\n                    La fontaine qui pleure est une âme qui souffre...\n\n  Q u e , dans cette œuvre, H e n r i de Régnier soit plus près de la N a t u r e , ces\nquelques passages que j'en extrais le prouveront délicieusement :\n\n                    Ayant vu la forêt et la plaine et la mer,\n                    Je sais que toute Nymphe est femme par sa chair ;\n                    Les Faunes sont des masques où un nain ricane,\n                    Bestial avec des sabots de bouc ou d'âne...\n\n\n\n   (1) Une erreur typographique a dénaturé, assez grièvement pour qu'il me faille la\nrectifier ici, le sens de la parenthèse par laquelle je concluais la première partie de cette\nétude. J'avais écrit, à propos du vers libre: « Beaucoup d'honnêtes gens s'imaginent, et\nde très bonne foi, que les seuls écrivains usent du rythme nouveau, qui sont impuissants à\ntirer parti des mètres réguliers. Erreur manifeste... etc... » Les presses m'ont fait dire tout\nautre chose.\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                 HENRI DE RÉGNIER                                    353\n\n                   Anxieux qu'au jardin les Faunes sous les treilles\n                   Aient, la ruche rompue, emporté les abeilles\n                   Et les Satyres bu les outres du cellier\n                   En dansant et pillé les plants et l'espalier\n                   Et, avec des roses mortes, dans la fontaine\n                   Jeté des fruits pourris, des caïeux et des graines...\n\n\n                    Un jour, encor,\n                    Entre les feuilles d'ocre et d'or\n                    Du bois, je vis, avec ses jambes de poil jaune,\n                    Danser un faune ;\n                    Je l'aperçus aussi, une autre fois,\n                    Sortir du bois\n                    Le long de la route et s'asseoir sur une borne\n                    Pour prendre un papillon à l'une de ses cornes...\n\n   T o u t ce p e u p l e m y t h o l o g i q u e , auquel l'imagination naïve des premiers\nâges avait réellement insufflé une vie d é b o r d a n t e , par u n miracle de la foi\ningénue, tout ce p e u p l e étrange et c h a r m a n t retrouve cette vie dans Aréthuse\net d a n s les Roseaux de la flûte ; car le poète doit, à ce merveilleux « don d'en­\nfance » qui le caractérise, de croire aux n y m p h e s et aux sirènes, aux faunes\net aux tritons : il les voit et les entend, les aime ou les redoute. E t c'est,\ncontraste p i q u a n t ! la puissance de son illusion qui d o n n e à ses peintures\ncette puissance de réalité. Il a compris q u e ces créations légendaires n'étaient\nque d'éloquentes incarnations de nos joies, de nos souffrances et de nos pas­\nsions h u m a i n e s ; et ses poèmes nous les m o n t r e n t , ces demi-dieux terrestres\nou m a r i n s , d a n s toute la simplicité des gestes et des paroles que leur prêtait\nla crédulité des peuples enfants, et non plus d a n s ces attitudes convention­\nnelles où les avaient figés des siècles de tradition g u i n d é e . Eglogue Marine\nest un admirable exemple de cette magie d'évocation; on y aperçoit comme\n H e n r i de Régnier sait rajeunir les anciens Mythes, leur conférer u n e grâce\n nouvelle et une expression i n a t t e n d u e .\n   Les Flûtes d'Avril et de Septembre — qui, avec l'Homme et la Sirène, composent\nle recueil intitulé Aréthuse — ne peuvent se séparer des Roseaux de la flûte, le\nrecueil suivant, tant la pensée et la forme en sont pareilles. T o u s ces poèmes,\néglogues, idylles, épigrammes, rêveries h a u t a i n e s ou tendres, tableaux aux\nlignes simples et nobles, répètent sur des modes différents le thème favori\ndu poète : la tristesse et la vanité de t o u t ; la fragilité du b o n h e u r de l'amour\net de la gloire ; la puissance auguste de la Mort.\n\n                     ... L'amphore se fait urne et la maison tombeau...\n                     ... Le laurier croît, hélas! à l'ombre du cyprès...\n                     ... La roule où l'on s'en va ramène d'où l'on vient...\n\n   T o u t n'est qu'une illusion é p h é m è r e ,\n\n                     Et ce qu'on croit la joie et ce qu'on croit l'amour...\n\n   Ces méditations d'une â m e désabusée semblent faites\n\n                     Avec un peu de joie et de mélancolie...\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "354                                     DURENDAL\n\n\nune joie tranquille, et comme éclose des larmes ; car :\n\n                    Est-il une tristesse aussi qui ne sourie ?\n\n   Il n'y a ni g r a n d bien, ni grand mal. Il faut se livrer à sa destinée, goûter\nle charme léger de l'heure qui passe, attendre en silence celle qui peut-être\napportera des roses, et ne pas trop sourire et ne pas trop pleurer de ce men­\nsonge qui est la vie, puisque tout se résume d a n s la mort. E t cette philoso­\nphie n'empêche pas de plaindre ceux qui n'auront cueilli\n\n                    Ni la divine fleur ni le divin laurier...\n\n    Vous le voyez : les mêmes pensées souriantes ou sévères reviennent souvent\nd a n s les hautes songeries de l'auteur d'Aréthuse; mais c h a q u e fois qu'elles\nrepassent, vêtues de p o u r p r e ou d'hyacinthe, elles nous semblent nouvelles,\ntant le subtil artiste qui les créa met d'art à varier leurs p a r u r e s . H e n r i de\nEégnier possède à u n degré prodigieux le don de l'image a b o n d a n t e , iné­\npuisable, expressive à souhait ; tout, chez lui, se transforme en images.\nDans les poèmes qui nous occupent en ce m o m e n t , on pourrait presque dire\nque tout se transforme en « alternances » harmonieuses. J e ne risquerai pas\nde définir cette figure de style : deux extraits d'Aréthuse, mieux que toute\ndéfinition, vous en d o n n e r o n t u n e juste idée. Ecoutez cette Epigramme :\n\n                   Hérons sur le marais et cygnes sur le fleuve,\n                   Que le printemps fleurisse ou que l'automne pleuve,\n                   Mes flèches ont percé les Heures, une à une,\n                   Et le Temps a laissé tomber toutes ses plumes\n                   Dans l'eau de ma tristesse ou l'onde de ma joie;\n                   Et si l'aile se ferme, et si l'aile s'éploie,\n                   C'est l'heure qui s'achève enfin ou s'inaugure,\n                   Et, tour à tour, contre le port ou l'envergure,\n                   Les mêmes flèches d'or partent de l'arc qui vibre,\n                   Et, triste archer, en pleurs de son exploit stupide,\n                   Je ramasse, sur l'eau où mon espoir se penche,\n                   Avec la plume noire, hélas! la plume blanche!\n\n   E t ce début d'une des plus belles pièces du livre, Le Revenant :\n\n                    Regarde vers l'aurore et regarde vers l'ombre.\n                    Avec sa face claire, avec sa face sombre,\n                    Le Jour énigmatique et double, tour à tour,\n                    Sanglote vers la Mort et sourit à l'Amour ;\n                    Le crépuscule saigne et l'aurore rougeoie;\n                    La Tristesse se tient debout devant la Joie;\n                    Quelqu'un songe tout bas et quelqu'un parle haut\n                    Derrière le silence et derrière l'écho...\n\n    Vous l'apercevez par ces exemples : l'alternance n'est pas toujours une\na n t i t h è s e ; c'est u n e n u a n c e peut-être qui sépare l'une de l'autre, mais une\nnuance fort appréciable. L'antithèse, plus directe, plus brutale,'plus frappante\naussi, c o m p r e n d nécessairement u n e opposition. L ' a l t e r n a n c e , plus discrète\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                               HENRI DE RÉGNIER                                       355\n\net plus e u r y t h m i q u e , me semble u n e expression plus fidèle du m o n d e et de la\nvie, dont la face double n'est pas faite toujours de d e u x aspects entièrement\ncontraires : l'aube et le crépuscule, le p r i n t e m p s et l'automne, l'Amour et la\nMort, n'ont-ils pas tous leur sourire ? T a n d i s , d o n c , que l'antithèse oppose\nnécessairement la lumière à la nuit, l'alternance peut les fondre harmonieuse­\nment entre elles c o m m e en u n clair-obscur de R e m b r a n d t . E t de m ê m e que\nl'antithèse était l'expression s p o n t a n é e de ce génie fait de rayons et d'ombres\nqu'était Victor H u g o , l'alternance est le langage naturel de la pensée tour à\ntour souriante et grave de M. de R é g n i e r . . . Cette recherche constante\nd'images alternées pourrait toutefois tourner au procédé, et sentir cette\n« littérature » qui fut odieuse à Verlaine : l'incomparable artiste des Jeux\nrustiques et divins entrelace si gracieusement ses opulentes guirlandes que,\nbien loin d'éprouver a u c u n e fatigue à suivre son labeur merveilleux, o n\nsoupire de regret q u a n d la c o u r o n n e est achevée et que le patient ouvrier la\npose, en offrande pieuse, sur le front sacré de la Muse.\n   A dater d'Aréthuse, la l a n g u e et le style d u poète vont se purifiant et se\nsimplifiant, et ses pensées c o m m e n c e n t de se développer dans u n e forme\nclassique, jusqu'à d o n n e r parfois l'impression de la b e a u t é grecque. Il fait,\nentre les symboles d o n t il use, un choix plus judicieux et moins p r o d i g u e .\nSes décors aussi, plus sobres de lignes et de couleurs, et peints dans ces\nteintes u n peu sombres qu'aimaient les anciens maîtres, valent par le choix\nheureux des détails et p a r leurs proportions parfaites. D'un seul vers, il\névoque des horizons d'une saisissante vérité, ou des sensations qui eussent\nparu indéfinissables :\n\n                   ... Et la pluie et le vent rôdent par la forêt...\n                   ... Un paysage frais de ruisseaux et d'arbustes...\n                   ... Le doux bruit de la pluie avec l'odeur des roses...\n\n  E t c o m m e n t ne pas a d m i r e r ceci, qu'on dirait é c h a p p é au pinceau trucu­\nlent de J o r d a e n s ?\n                    ... La terre retentit du galop des centaures ;\n                    Il en venait du fond de l'horizon sonore,\n                    Et l'on vovait, assis sur la croupe qui rue,\n                    Tenant des thyrses tors et des outres ventrues,\n                    Des satyres boiteux piqués par des abeilles...\n\n   Mais il faut louer surtout, sans réserve, cette constante et irréprochable\nnoblesse d'inspiration, qui place H e n r i de R é g n i e r aux côtés de Chénier et\nd'Alfred de V i g n y ; et cet alexandrin si personnel, si n o m b r e u x , si diverse­\nment cadencé, qui a tantôt le m o u v e m e n t rapide et saccadé d'une aile en\nplein essor, tantôt le r y t h m e o n d u l e u x et lent d'une vague qui déferle. Moule\nidéal, et rempli jusqu'au b o r d d'images et de pensées !... Couleur à la fois\nopulente et discrète, mélodie tout ensemble ingénue et savante, poésie péné­\ntrante : tels sont ces Jeux rustiques et divins, — plaisir des yeux, des oreilles\net de l'âme.\n   Le vers libre continue du reste d'y alterner avec les mètres traditionnels :\nil faut lire le Vase, par quoi s'ouvrent les Roseaux de la flûte, pour connaître les\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "356                                    DURENDAL\n\n\nressources inépuisables et les prestiges merveilleux du nouvel outil poétique.\n    Les Inscriptions pour les treize Portes de la Ville se rattachent, par plus d'un\naspect, aux pièces régulières d'Aréthuse et des Roseaux de la flûte. Prêtresses,\nguerriers, pasteurs, astrologues, m a r c h a n d s , comédiennes, courtisanes,\nvoyageurs, m e n d i a n t s , époux, exilés et m a r i n s , passent tour à tour en graves\nthéories, avec leurs gestes propres et leurs parures distinctives, par chacune\nde ces portes m o n u m e n t a l e s que le poète érigea pour leur triomphale entrée.\nIl serait intéressant de comparer ces Portes ornées d'inscriptions solennelles\na u x Statues qui décorent la ville tentaculaire de V e r h a e r e n . . . J e m e bornerai\nà vous citer quelques vers de la Porte des Mendiants, qui sont pleins d'une\némotion qu'on n'était pas accoutumé, jusqu'ici, à rencontrer chez M. de\nRégnier :\n                    L'âpre bise nous glace et la neige nous gerce,\n                    Notre face ruisselle en larmes sous l'averse.\n                    Car l'automne et l'hiver sont durs au mendiant\n                    Qu'on voit errer sur les routes, apitoyant\n                    En vain celui qui passe et qui hausse l'épaule.\n                    L'hirondelle au vol vif de son aile nous frôle,\n                    Le chien aboie et mord la loque et le jarret;\n                    On a peur de nous rencontrer dans la forêt;\n                    Et cependant nous sommes doux d'avoir souvent\n                    Ecouté dans les vieux roseaux pleurer le vent\n                    Et d'avoir vu, hélas ! sur le mont et le bois\n                    Tant d'aurores, hélas ! se lever tant de fois\n                    Et tantde lourds soleils s'abîmer dans la mer...\n\n   L'Homme et la Sirène, qui sert d'intermède aux deux parties d'Aréthuse, est\nun des poèmes les plus significatifs de M. de Régnier. J e regrette que son carac­\ntère ne me permette pas d'en offrir u n résumé d a n s cette revue. J e veux dire\nau moins que cette œuvre d'éloquence farouche et de splendeur solennelle\nrecèle en ses profondeurs des préoccupations philosophiques qui, dans les\nautres poèmes, n'apparaissent que discrètement et pour ainsi dire à fleur de\nvers, et par où se révèle cette pensée très m o d e r n e dont je vous parlais en\ncommençant.\n   D a n s la Corbeille des Heures, défilent en Odes s o m p t u e u s e s ou en Odelettes\nlégères, les fastes changeants des saisons et des j o u r s . J e n'étonnerai per­\nsonne en constatant que la prédilection du poète va aux heures de déclin,\naux heures dorées de l'automne et du crépuscule, dont la tristesse et la\nmagnificence s'accordent à celles de son â m e :\n\n                   Si tu disais :\n                   Voici l'Automne qui vient et marche\n                   Doucement sur les feuilles sèches,\n                   Ecoute le heurt de la hache\n                   Qui, d'arbre en arbre, dans la forêt,\n                   Sape et s'ébrèche ;\n                   Regarde aussi sur le marais\n                   Les oiseaux tomber, flèche à flèche,\n                   Les ailes lâches,\n                   Avec des taches\n                   De doux sang frais.\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                    Si tu disais : Voici l'Hiver.\n                    Le soleil saigne sur la mer,\n                    La barque est prise aux glaces du port,\n                    L'âtre fume, le vent halète\n                    Ou ricane, glapit ou guette\n                    Et jappe et mord;\n                    Le jour finit en soir amer...\n                    Si tu disais : Je suis la douleur et l'hiver;\n                    Je t'aimerais, mais tu m'as dit en souriant :\n\n                    Regarde cette aurore à l'orient\n                    Rose et verte sur les prés et l'eau ;\n                    Avril aux doux pieds nus court sur l'herbe qui tremble\n                    Et le Printemps sonore et beau\n                    Tressera tes jours en guirlandes\n                     Et la rose à la rose et la joie à la joie;\n                    Je suis l'aube qui naît et l'aile qui s'éploie,\n                    Je suis souriante et ma bouche\n                    Est fraîche et douce,\n                    Et je te tends\n                    Mes mains de chair en fleur qu'embaume le Printemps.\n\n   Mais ce sont surtout les lourdes g r a p p e s des vendanges de p o u r p r e qui\nparent ces corbeilles si souplement tressées. Les v e n d a n g e s ! leur vision\ndouce et orgiaque tout ensemble n o u s éblouit souvent dans les vers d'Henri\nde Régnier, et c h a q u e fois il trouve p o u r les susciter des rythmes et des pres­\ntiges n o u v e a u x : tels les raisins, qui c h a q u e année brillent du m ê m e éclat\net d o n n e n t u n vin d'une ivresse différente.\n   La Corbeille des Heures manifeste u n don magnifique et singulier de faire\nvivre toute chose d'une vie musicale et profonde, et de prêter à l'eau, à la\nterre, a u ciel, aux plantes, aux saisons et aux heures diverses, u n e voix\njusqu'alors i n e n t e n d u e . Œ u v r e simple et g r a n d e , qui légitime la fière parole\nde son auteur :\n\n                    Et j'ai, du souffle d'un roseau,\n                    Fait chanter toute la forêt...\n\n                                              *\n                                             * *\n\n   Au m o m e n t de vous parler des Médailles d'Argile, j'hésite et me d e m a n d e\nde quels mots je pourrais user p o u r traduire la beauté délicate et puissante\nde ces pures merveilles. E t puisque je ne saurais tout citer, je veux au moins\nvous engager à tout lire. Ce livre, dédié « à la mémoire d'André Chénier »,\nest le seul peut-être, p a r m i les recueils de vers parus en notre langue, qui soit\ndigne vraiment de cet auguste souvenir. E t , pour retrouver cette impeccable\nnoblesse de pensée d a n s cette parfaite splendeur formelle, il faut que je me\nreporte aux Elégies de Goethe (je songe surtout ici aux Elégies romaines). L e\nflambeau de l'Art grec s'était éteint depuis que n'était plus l'auteur d'Iphigénie\nen Tauride et de Torquato Tasso; des m a i n s trop audacieuses n'y avaient rallumé\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "358                                   DURENDAL\n\n\nqu'une fumeuse lueur (1). M. de Régnier lui a rendu son divin éclat, et je\ncherche en vain les paroles qui l'en loueraient et l'en remercieraient comme\nil sied.\n       Le poète, qui lentement s'est approché de la Beauté suprême, l'a con­\nquise enfin d'une victorieuse et définitive étreinte : les moindres de ses\npoèmes brillent à présent par d'exceptionnelles qualités de mesure, d'har­\nmonie et de clarté, qui en font — je le répète à dessein — de pures mer­\nveilles. « L a face souriante ou le profil hautain », modelés d'un pouce à la\nfois agile et p r u d e n t , accusent leurs lignes précises ou ébauchent leurs\ncontours indécis en u n e foule de médailles qui sont autant de chefs-d'œuvre\net qui perpétuent en gestes animés ou n e attitudes hiératiques, « les T r a v a u x\net le T e m p s et l'Amour », les choses les plus fières comme les plus h u m b l e s .\nT o u t e s ces effigies ont une grâce d'expression, une finesse de lignes, et je ne\nsais quelle gravité a n t i q u e , qu'il faut admirer sans réserve. C o m m e n t choisir\nentre elles ? E n voici deux que je prends au h a s a r d :\n\n                                    La Pensée\n                   Ma pensée, au retour d'elle-même, s'incline\n                   Et, souriante, arrache à son récent essor\n                   La rapide sandale où vibre et tremble encor\n                   L'aile double jadis qui l'a faite divine.\n\n                   Elle a passé le fleuve et passé la colline,\n                   Dormi dans la forêt et dormi dans le port\n                   Et rapporte en ses yeux des songes d'ombre et d'or\n                   Pleins du parfum des bois et de l'odeur marine.\n\n                    Et, pesante qui marche ou légère qui vole,\n                    Elle effleure en passant l'herbe que son pied frôle\n                    Ou marque son pas lourd sur le sol du chemin,\n\n                    Car pour que son talon pèse ou se pose à peine,\n                    Un dieu iurtivement n'a pas lié en vain\n                    La sandale terrestre à l'aile aérienne.\n\n                                      Le Réveil\n                    La nuit lente s'en va peu à peu. J'ai rêve\n                    Un long songe de cris, d'angoisse et de colère...\n                    Et l'ombre moins confuse est à peine plus claire,\n                    L'aube à peine a bleui le mur et le pavé.\n\n                    Hier encore pourtant le jour s'est achevé\n                    Très doux et j'ai cueilli dans le bois solitaire\n                    Pour cette urne de glaise et ce vase de verre\n                    Cette rose arrondie et ce lys incurvé.\n\n\n   (1) Il faut excepter toutefois Leconte de Lisle, avec ses Erynnies et ses Poèmes antiques.\n Mais Leconte de Lisle s'est inspiré trop immédiatement des Grecs pour que l'on puisse,\n à cet égard, le comparer à Goethe, dont l'imitation a toute l'originalité d'une création.\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                              HENRI DE RÉGNIER                                   359\n\n\n                 Mais ce matin le coq salue à pleine gorge\n                 Une aurore enflammée où le feu de la forge\n                 Matinale, déjà gronde, étincelle et luit;\n                  L'enclume sonne au marteau dur, âpre vigile\n                  Et le glaive qu'il bat à son robuste bruit\n                  Fait tinter le cristal et se fendre l'argile.\n\n  U n e â m e pensive et doucement a m è r e continue de s'exprimer ici\n\n                  ... Et toi qui visitas l'Orgueil, qu'apportes-tu ?\n                  Cette pourpre en lambeaux et ce sceptre tordu...\n\n                  ... Assieds-toi en chemin devant le soir qui tombe\n                  Et montre à cet enfant dont les jours passeront\n                  La borne de la route et la stèle des tombes.\n\n   Mais quelle que soit l'austérité des voiles qui l'enveloppent, la Muse des\nMédailles d'argile porte u n cœur palpitant sous ces longs plis solennels, et\ncomme celle des Jeux rustiques et divins, elle participe d'une â m e é m u e à la vie\nuniverselle et se mêle a r d e m m e n t à l'Esprit secret qui tressaille d a n s les\nchoses : ses mains « tremblent de tendresse », tandis qu'elle grave aux\npieuses médailles d'argent, d'or ou d'airain, la face invisible de ses dieux.\nE t « tout le g r a n d songe terrestre » se répercute en elle :\n\n                  ... L'oiseau qui vole d'arbre en arbre est mon espoir;\n                  Mon songe se regarde en la face du soir,\n                  Et mon rire est le vent dans les feuilles, là-bas !\n\n                  Je pense la saison et je pleure la pluie;\n                  Le fleuve sait ma route et j'ai suivi mes pas\n                  Dans l'écho qui marchait au-devant de ma vie.\n\n  T o u t ce que je vous ai dit des progrès du poète, sans cesse en marche vers\nplus de vérité, vous fera nettement apparaître la signification de ces vers, qui\nsuivent précisément ceux que je viens de transcrire :\n\n                  La Muse à qui mes mains ont tressé, l'autre année,\n                  Pour sa tête divine à mou geste inclinée,\n                  La couronne flexible et le souple bandeau\n                  Où j'ai mêlé la rose ardente et l'iris d'eau\n                  Avec l'algue marine et le lierre des bois,\n                  La Muse au front orné par l'amour de mes doigts\n                  Des fleurs du vert printemps et de l'automne rousse,\n                  Elle que je connus hautaine m'a dit, douce,\n                  Souriant à demi dans l'ombre, lentement,\n                  Puis plus haut peu Vpeu et debout dans le vent :\n                  « Certes il sied, ô toi qui m'es humble et fidèle,\n                  D'aimer la pourpre chaste où tu me trouves belle\n                  Et qui tombe à longs plis égaux et qui s'étale\n                  Jusques à mon orteil que montre la sandale\n                  Et d'où sort noblement d'un geste qui l'étire\n                  Mon bras cerclé de bronze et qui porte une lyre:\n                  Mais ne va pas au moins oublier qu'en secret\n                  Mon corps inattendu quelquefois apparaît...\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "36o                                  DURENDAL\n\n\n   Ce volume, le troisième des Œ u v r e s complètes d ' H e n r i de Régnier, ren­\nferme d'autres poèmes encore, par où s'affirme la maîtrise d'un talent\ndésormais sûr de lui, complet et incapable de faiblir : ce sont le Bûcher d'Her-\ncule, vision grandiose dont la couleur puissante et l'harmonie majestueuse\nsont comparables aux plus hautes beautés de la Légende des siècles ; la Nuit des\ndieux, d'une si p u r e et si touchante tristesse; Hélène de Sparte, où, semblable­\nment à Schiller dans Kassandra, M. de Régnier a su ressusciter en des\nattitudes nouvelles, qui ont toute la g r a n d e u r et toute la simplicité homé­\nriques, les héros de l'Iliade ; et enfin les Passants du Passé, u n g r o u p e de\nsonnets qui forme une galerie éclatante de portraits anciens, peints d ' u n e\nmain sévère ou précieuse, délicate ou robuste tour à tour, mais toujours d a n s\nles mêmes teintes noblement harmonieuses.\n\n\n\n  La Cité des Eaux évoque, en u n e suite prestigieuse de fiers sonnets, la\nrêveuse Versailles des allées de buis taillé et des bassins verdis de\nmousse : non pas la Versailles d'autrefois, pleine de bruit, de faste et de gloire :\n\n                  Celui dont l'âme est triste et qui porte à l'automne\n                  Son cœur brûlant encor des cendres de l'été,\n                  Est le Prince sans sceptre et le Roi sans couronne\n                  De votre solitude et de votre beauté.\n\n                  Car ce qu'il cherche en vous, ô jardins de silence,\n                  Sous votre ombrage gra've où le bruit de ses pas\n                  Poursuit en vain l'écho qui toujours le devance,\n                  Ce qu'il cherche en votre ombre, ô jardins, ce n'est pas\n\n                  Le murmure secret de la rumeur illustre,\n                  Dont le siècle a rempli vos bosquets toujours beaux,\n                  Ni quelque vaine gloire accoudée au balustre,\n                  Ni quelque jeune grâce au bord des fraîches eaux...\n\n  Cette œuvre « glorieuse, m o n u m e n t a l e et monotone » comme la façade du\nPalais fameux, semble u n e longue p a r a p h r a s e du merveilleux s o n n e t de\nJosé-Maria de H e r e d i a :\n\n                   Les feuilles, l'ombre errante et le soleil qui bouge\n                   De ce marbre en ruine ont fait un dieu vivant.\n\n     Les statues des terrasses, des massifs, des étangs, y revivent d'une vie\n rêveuse; Versailles tout entier, du reste, qu'est-il autre chose q u ' u n\n illustre symbole de la vanité de tout effort et du néant de toute gloire, mais\n aussi du p e r m a n e n t triomphe du Souvenir, du Rêve et de la B e a u t é , qui\n survivent à tous les écroulements? Les h o m m e s passent et les marbres\n d e m e u r e n t : ces mots résumeraient assez fidèlement, me semble-t-il, la Cité\n des Eaux.\n     Ce livre contient d'autres poèmes, tels que Funérailles, la Course, la Plainte du\n Cyclope, Pan, l'Homme et les Dieux, hymnes d'un lyrisme passionné et d'un\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                    HENRI DE RÉGNIER                                               361\n\n\nsouffle p u i s s a m m e n t soutenu, ou tableaux d'une couleur alternativement\nviolente et paisible. Il convient de mettre hors de pair, parmi eux, la Mort de\nMarsyas, où s'étale, se r é p a n d et déborde u n e opulence r y t h m i q u e véritable­\nment sans égale; Marsyas, l'humble j o u e u r de flûte, y a p p a r a î t en u n e\nsilhouette familière, sereine, et toute r a y o n n a n t e d'une naïveté noble et\nd'une grâce infiniment t o u c h a n t e .\n   Il y a aussi, d a n s ce dernier livre des œuvres complètes, des poésies fugi­\ntives où M. de Régnier atteint à u n e émotion p é n é t r a n t e , i n g é n u e et simple­\nment h u m a i n e , qu'il n'avait guères cherchée jusque là : je citerai à cet égard\nla Lune jaune, la Colline, les Cloches. Ici, c'est un cœur qui parle, et u n e langue\nsi d é p o u r v u e de tout artifice, si libre de toute contrainte ! Vous jugerez de\nson éloquence par ces deux strophes de l'Oubli suprême :\n\n                      ... Toute ma vie en moi toujours chante ou bourdonne ;\n                      Ma grappe a son abeille et ma source a son eau ;\n                      Que m'importe le soir, que m'importe l'automne,\n                      Si l'été fut fécond et si l'aube fut bonne,\n                      Si le désir fut fort et si l'amour fut beau.\n\n                      Ce ne sera pas trop du Temps sans jour ni nombre\n                      Et de tout le silence et de toute la nuit\n                      Qui sur l'homme à jamais pèse au sépulcre sombre,\n                      Ce ne sera pas trop, vois-tu, de toute l'ombre\n                      Pour lui faire oublier ce qui vécut en lui.\n\n   La Cité des Eaux, où le poète exerça une fois de plus « le pouvoir éternel de\nrefaire des dieux », lui confère le droit d e s'asseoir « à l'ombre que peut faire\nla b r a n c h e de laurier ».\n                                                 * *\n\n    Versailles, avec ses palais s o m p t u e u s e m e n t sévères, ses marbres et ses\njardins p o m p e u x , était l'aboutissement naturel de l'évolution artistique de\n M. H e n r i de R é g n i e r : c'est bien là que son pèlerinage devait se reposer,\nnon pas pour s'endormir, mais p o u r puiser u n e vigueur nouvelle et persé­\nvérer d a n s sa voie glorieuse. J e crois n'avoir pas failli à ma promesse, et vous\navoir m o n t r é combien cette œuvre est u n e dans sa diversité, et logique d a n s\nson incessante évolution.\n    P o r t e r sur elle u n j u g e m e n t définitif serait p e u t - ê t r e t é m é r a i r e : encore\nqu'elle participe davantage du passé q u e du présent, elle est trop près de\n nous, elle réalise trop justement l'idéal de beauté des jeunes générations\n d'aujourd'hui, pour que l'on puisse formuler sur elle u n e appréciation suffi­\ns a m m e n t sûre et sereine. Mais il est permis de dire, sans crainte de se\n tromper, que certains poèmes d'Arélhuse, des Roseaux de la flûte et des Médailles\n d'argile, sont beaux d ' u n e beauté immortelle. Il est p e r m i s aussi de recon­\n naître pleinement à H e n r i de Régnier trois qualités essentielles : l'originalité\n du talent, la variété de l'inspiration, et la noblesse constante de la forme et\n de la pensée.\n    U n e profonde et captivante personnalité caractérise les m o i n d r e s vers de\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "362                                   DURENDAL\n\n\nM. de Régnier : il a une voix à lui, et il prononce des paroles qu'on n'avait\nentendues jamais auparavant de la bouche des autres. Sans doute, il doit\nquelque chose de sa richesse à Chénier, à H u g o , à Mallarmé, à José-Maria\nde H e r e d i a , aux deux premiers s u r t o u t ; et certes il n'hésiterait pas à le\nreconnaître. Mais quel poète ne doit pas quelque chose à ses devanciers? quel\nest celui qui ne descend pas d'un illustre ancêtre ? H u g o , ce novateur prodi­\ngieux, s'il n'avait pas d'aïeux directs en F r a n c e , n'en avait-il pas en Angle­\nterre et en Allemagne ?... Du reste, la flûte de Marsyas chante autrement\nque la lyre d'Apollon, et il arrive qu'elle la surpasse en h a r m o n i e ; la voix\nd ' H e n r i de Régnier est différente de la voix de Victor H u g o ; et je vous jure\nque, plus d'une fois, ce n'est pas au Père que je décernerais la p a l m e . . .\n    Telle est cette œuvre opulente et touffue, qui célèbre tour à tour la douceur\ndu Songe et l'amertume de la Vie; telle est cette Muse de la Tristesse, h a u ­\ntaine dans sa simplicité, souriante dans sa gravité, toujours austère, m é l a n ­\ncolique et incapable de d é c h o i r ; tel est ce poète digne de tout respect et\nde toute admiration, probe ouvrier et grand artiste, qui a fait ce miracle\nde découvrir encore des sources nouvelles de beauté, sur une terre qui sem­\nblait les avoir toutes épuisées, et de conquérir la R e n o m m é e sans être jamais\ndescendu des hauteurs sublimes de l'Art pur. Car si l'unanime louange élève\nde jour en jour, d'une voix plus enthousiaste et plus sonore, le n o m d ' H e n r i\nde Régnier, c'est parce que la souveraine Beauté porte en elle-même une\npuissance invincible et que, pour répéter u n vers des Episodes, les H é r o s sans\nreproche allument\n\n                   Une étoile à la pointe altière de leur glaive.\n\n                                                                    FRANZ   ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": ""}, {"page_pdf": 435, "texte": "BUSTE DE M. MONTEFIORE-LEVY\n\n       (THOMAS VINÇOTTE)\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "          Un Statuaire Portraitiste\n\n                       Thomas Vinçotte\n                LA récente exposition d'une série de vingt bustes\n                  par Thomas Vinçotte au Salon de la Société\n                  royale des Beaux-Arts a fixé l'attention sur cette\n                  « spécialité » du grand statuaire. Comme « por­\n                  traitiste », Vinçotte a conquis une situation\n                  unique et enviée, incontestée. On sait l'intérêt\n                   de nombreuses œuvres de sculpture monumen­\n                  tale dues au ciseau de l'artiste ; on sait aussi\nquelle influence le professeur avisé exerce à l'Académie royale\ndes Beaux-Arts d'Anvers; peut-être s'est-on moins attaché à\nmettre en lumière jusqu'à présent l'art élégant et sain que le\nmaître apporte à l'interprétation des traits de ses contempo­\nrains. Et cependant, ses bustes constituent des documents déci­\nsifs et qui resteront tels par les révélations qu'ils apportent sur\nla société belge aux premières années du XXe siècle.\n   Justice n'avait pu encore être rendue à la variété, à la péné­\ntration du sculpteur parce que jamais une collection nombreuse\nde ses bustes n'avait été montrée au grand public.\n   D ans l'atelier de la rue de la Consolation, quelques privilé­\ngiés avaient pu voir à une ou deux reprises huit ou dix por­\ntraits caractéristiques, mais ces très intéressantes « private\nviews » ne pouvaient avoir la portée de ce qui vient d'être\nréalisé par les organisateurs du Salon des Beaux-Arts où toute\nune salle était réservée aux marbres de Vinçotte.\n    Il est assez d'usage de déclarer d'un air détaché : « Vinçotte\n » réussit parfaitement les bustes des jolies femmes — il leur\n » donne de l'allure, de la tenue. » Ou bien : « Les bustes\n » d'hommes de Vinçotte sont ressemblants et sérieux. » Des\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "364                         DURENDAL\n\n\nportraits exposés isolément ont justifié ces compliments super­\nficiels.\n   Mais cette fois, les plus aveugles ont dû comprendre qu'il\ns'agit de bien autre chose et ça a été, dans les journaux et les\nrevues, dans le grand public aussi et même parmi les artistes,\nl'événement d'une vraie révélation, un réel succès d'art.\n   Cette épreuve un peu périlleuse d'aligner nombre d'ouvrages\nsimilaires pouvant offrir de la monotonie a tourné merveilleu­\nsement à la gloire du statuaire. La grande médaille qui en a\nconsacré le triomphe lui était décernée déjà par le suffrage uni­\nversel, avant même que le jury spécial fut désigné pour son\nattribution.\n   Cette exposition Vinçotte offrait les éléments les plus curieux.\nRien d'intéressant comme d'examiner l'interprétation donnée à\ndes visages de penseurs, de savants, d'hommes d'action, de\nmondains et aussi à ces figures de femmes, d'âge et de condi­\ntion sociale si divers, belles ou non, mais tous et toutes expri­\nmés avec le probe respect d'un artiste digne de ce noble nom\npour son Art, pour l'individualité de ses modèles et pour lui-\nmême. Jamais la préoccupation de contenter le « client » ou de\nremplir aisément les conditions d'une commande n'a poussé\nVinçotte à réaliser tellement-quellement une œuvre indifférente.\nIl n'a jamais signé que des morceaux consciencieux, d'étude\npoussée et de volontaire autorité.\n   Une intelligence avisée du caractère physionomique à mettre\nen lumière est le secret de l'art du portraitiste. La ressem­\nblance, une ressemblance définitive et qui résiste à l'assaut du\ntemps, résulte de cette interprétation.\n   Cette ressemblance est fondée sur une science anatomique\ntrès avertie, la « construction » de l'organisme humain, logique\ndans son volume et dans ses développements, est la base ration­\nnelle de ce curieux travail.\n   Vinçotte ne se borne pas à établir les justes proportions, à\ntrouver la correspondance de tous les « creux » qui mettent\nl'ombre et le reflet dans la blancheur d'un marbre, à s'inspirer\naussi du métier des peintres pour fixer par un artifice de relief\nla vie des regards, il s'ingénie encore à mettre en évidence le\ncaractère prédominant d'un type, la personnalité avec ses habi­\ntudes, ses imperfections, ses instincts mêmes... Si telle atti­\ntude, tel port de tête, telle expression sont fréquents chez la\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": ""}, {"page_pdf": 439, "texte": "BUSTE DE Mme BOREL\n\n  (THOMAS VINÇOTTE)\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                  UN STATUAIRE     PORTRAITISTE                365\n\n\npersonne dont Vinçotte exécute le buste, il saura en composer\nles éléments d'une synthétisation concrète de son être phy­\nsique.\n   Peu importera par la suite que cette personne engraisse ou\nmaigrisse, s'alourdisse ou s'aménuise, le buste demeurera phy­\nsionomique à travers les modifications de la vie, comme le gros\nœuvre d'un monument demeure intact sous les revêtements\nd'une ornementation successive.\n   Vinçotte est, d'ailleurs, d'une sincérité souvent terrible dans\nses portraits. Il ne mâche pas la vérité et révèle nettement les\ntares, les stigmates de l'âge, les traits de caractère ou de tem­\npérament même s'ils sont peu à l'honneur de ses modèles. Il\nenveloppe ces indications du prestige d'une coupe originale,\nd'un arrangement de grand style, d'une exécution ferme et char­\nmeuse, mais le jugement porté par l'artiste demeure incorrup­\ntible. Voyez çà et là, au Salon, ces fronts trop bas, ces bouches\nde sensualité, ces tempes étroites, cette face prognate, ces yeux\nasymétriques, ce menton veule, ces oreilles de dégénéré, cette\nboîte cranienne insuffisante, ces paupières fripées, ces tours de\ntête prétentieux ou étudiés. Vinçotte les a surpris et fixés comme\nil a su, ailleurs, discerner et exprimer la race, la « branche »,\nl'intellectualité d'un type ou la beauté plastique de linéaments\njeunes, souples et pleins, la finesse ployante d'un cou arrondi, le\ngalbe exquis d'une épaule jeune.\n   Généralement, Thomas Vinçotte réalise ses bustes selon le\nprocédé technique habituel. D'abord, il exécute d'après nature\nson œuvre en terre glaise. Le modèle ainsi obtenu est ensuite\nmoulé et reproduit en plâtre. Des praticiens, par des moyens\nmécaniques, dégrossissent et préparent enfin le marbre défi­\nnitif que le statuaire reprend et achève de sa main.\n   L'admirable buste du Duc d'Ursel fut exposé cette année en\nterre, une terre toute mouillée et fraîche encore, frémissante de\nl'empreinte des doigts de l'artiste... Il eut été impossible de ter­\n miner avant l'exposition l'exemplaire en marbre et la présence\n de ce buste au centre de la salle, en ce premier Salon de la\n Société des Beaux-Arts qui suivit la disparition de son fonda­\nteur, était tellement désirée que cette terre parut à tous l'œuvre\n nécessaire, l'hommage requis, le « mémorial » indispensable.\n   Chaque soir, un garçon d'atelier, à l'heure de la fermeture,\n venait refaire les enveloppements humides qu'il défaisait le len-\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "366                         DURENDAL\n\n\ndemain, le plus tard possible, pour conserver intacte cette\nœuvre précieuse, éviter les crevasses et le retrait du séchage\net maintenir la masse en état de servir — après l'exposition — à\nla continuation de l'ouvrage.\n   Mais parfois le statuaire bouleverse cette technique tradition­\nnelle et, tout de go, à la première séance de pose, il attaque\nsans préambules le bloc de marbre et se met en peine d'en\nextraire directement l'œuvre telle qu'il la comprend. Je ne\npense pas que ce soient les types de caractère très accusé que\nl'artiste traite de préférence de la sorte, mais, au contraire, les\nvisages peu accentués et de modelé mince auxquels il importe\nde maintenir le plus de netteté, de franchise, de saveur\npossible... Le résultat est admirable, au prix d'un travail sans\ndoute terriblement lent et ingrat; les marbres ainsi traités ont\nune beauté d'exécution incomparable.\n   C'est de cette façon que fut réalisée la Sainte Cécile, « tête\nd'étude », selon la modeste indication du catalogue. Le charme\nindicible de cette face, le modelé souple et suivi des contours,\nle contraste élégant des surfaces lisses et très voulues avec les\nrudesses frustes et inachevées du bloc dont elles émergent, la\nsuavité expressive des traits concourent à une impression d'idéa­\nlité et de mysticité exquises.\n   Ce morceau est infiniment significatif par la science de l'éclai­\nrage, la distribution habile des blancs et des noirs. Il serait, à\nce point de vue, à proposer en exemple à des élèves d'académie.\nCette délicatesse cherchée du jeu des ombres, graduant les\ncreux et les reliefs avec un art consommé, est magistrale.\n   Quel contraste entre l'élégance raffinée de cette conception et\nla virtuosité plantureuse d'interprétation du buste du profes­\nseur Chandelon. Non pas qu'il y ait trace de vulgarité dans\ncette œuvre de santé, la distinction de technique persiste égale\ntoujours, mais c'est le côté « terre à terre », la matérialité épi­\ncurienne d'enveloppe de cet homme de science, qui voulut ces\nmodelés gras et copieux, cette ampleur joyeuse.\n   Tout à côté, un visage de jeune fille offre le contraste le plus\nsaisissant. Au lieu de la sérénité placide d'une fin d'existence\nremplie, c'est toute l'angoisse de la vie à venir envisagée dans\nses incertitudes et ses anxiétés. Oh! l'inoubliable regard de\ndétresse, l'amertume de cette lèvre si jeune, et tout le combat\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": ""}, {"page_pdf": 443, "texte": "B E S T E DE AL B A Q U E T\n\n    (THOMAS   VIN C O T T E )\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                   UN STATUAIRE PORTRAITISTE                      367\n\nde la Foi requérant des renoncements et de l'ascétisme d'un\ncorps jeune affirmant des droits au bonheur terrestre.\n   Ailleurs, c'est, au déclin de l'âge, une beauté patricienne\nencore défendue, une attitude de parade mondaine nécessitée\npar des devoirs de situation, mais éclairées et comme transfi­\ngurées par la vertu agissante d'une philanthropie vaillante et\njudicieuse.\n   Plus loin, quelques variantes de ce type d'homme si fort de\nnotre temps personnifiant la « profession libérale », avec de la\nsobriété, une santé épuisée, les traces de longues veillées séden­\ntaires, une activité de pensée inlassée, c'est le buste de l'archi­\ntecte Maquet, celui du professeur Lambert, celui de M. Monte­\nfiore, M. Jules Guillery... Ceux-là, comme le buste du duc\nd'Ursel, sont infiniment documentaires, résumant la mentalité\ncontemporaine dans ses manifestations les plus hautes. Nul\ndoute qu'ils deviennent infiniment précieux et acquièrent par\nla suite des places méritées dans les musées. Car ils allient\nl'intensité expressive, l'émotion artistique à la beauté plastique\nde l'objet d'art.\n   A ce point de vue, les commissaires des musées royaux de\nl'Etat se sont montrés heureusement inspirés en acquérant le\nbuste de M. Maquet. Cet « échantillon » excellent des por­\ntraits de M. Vinçotte sera très à sa place à côté des psycholo­\ngiques bustes du Roi et de la Reine des Belges, qui sont déjà\nau musée. Il est souhaitable qu'un important buste de femme\nreçoive à son tour cette destination définitive. Car les bustes de\nfemmes de Thomas Vinçotte offrent, en outre de tous leurs\nautres mérites, le charme d'une présentation de haute élé­\ngance, qui en fait les plus esthétiques et les plus plaisants bibe­\nlots. A l'égal des bustes harmonieux du XVIIIe siècle, ils ont une\n forme imprévue et délicieuse. Ils séduisent les yeux par une\ncoupe inattendue, la proportion d'un socle élevé, un goût du\n détail, un arrangement de draperie, une « mise en page » qui\ndonne à chacun de leurs aspects l'unité, le rythme, le style.\n    L'énumération de tels mérites résume une carrière féconde.\n    Et n'est-ce pas là la fin dernière de tout art et la « perfection »\n — au sens humain du mot — dans n'importe quelle branche,\nmême humble — de tout labeur d'artiste?\n\n                                                              P. L.\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "           Le LXXXIe Festival Rhénan\n                 C'EST la première « Musikfest » qui se donne depuis que Fritz\n                    Steinbach a pris, à Cologne, la succession de feu Wüllner;\n                    le nouveau directeur semble vouloir imprimer à ces festi­\n                    vités traditionnelles une allure nettement moderniste qui\n                    en doublera l'intérêt et la vitalité. D'aucuns regrettent\n                    cette tendance, indiquée déjà lors des derniers festivals\n                    d'Aix et de Dusseldorf, et déplorent que les ouvrages\n                    nouveaux se substituent aux grands oratorios classiques\n                    qui constituaient jadis le morceau de résistance de toute\n                    solennité semblable. Laissons-les gémir en paix et réjouis­\nsons-nous, au contraire, de ce que notre époque, trop souvent encline à\nl'esprit de scepticisme, produise encore des œuvres susceptibles, par leur\ncaractère, de figurer au programme d'un festival au lieu et place de quelque\npompeuse fresque de Haendel. Un oratorio du style et de l'importance des\nApôtres, d'Edward Elgar, méritait incontestablement les honneurs de la\n« Musikfest ». Et ce précédent sera tout à l'avantage des compositeurs\nbelges, qui désormais peuvent caresser l'espoir d'être joués eux aussi aux\nFestivals rhénans : un Franciscus, une Godelieve en sont assurément dignes.\n   Le classicisme, d'ailleurs, ne perd aucun de ses droits ; Bach et Beethoven\nsont largement représentés au programme de Cologne ; mais ici encore,\nSteinbach a tenu à s'écarter des sentiers trop battus : il a choisi les plus\nvivantes entre les symphonies de Haydn et de Beethoven, et, dans l'œuvre\nde Bach, une de ces petites cantates de tour alerte et humoristique que l'on\nentend rarement et qui révèlent, sous un aspect de piquante gaîté et de poésie\ncharmante, le génie du maître d'Eisenach.\n\n\n\n   Mais avant de parler du festival, il nous faut mentionner la cérémonie,\ntrès émouvante en sa simplicité, qui en a été le prélude : l'inauguration du\nmonument érigé sur la tombe de Franz Wiillner. Un cimetière aux fron­\ndaisons opulentes, dans le calme d'une matinée dominicale et la mélancolie\nd'une atmosphère voilée ; devant un hémicycle de granit, s'enlevant sur un\nrideau de verdure sombre, sont réunis les disciples et les amis du maître\néclairé et bon auquel Cologne doit son grand essor musical; les élèves du\nConservatoire se trouvent là aussi, groupés autour de leur nouveau direc-\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                      LE   LXXXI e   FESTIVAL   RHÉNAN                      369\n\n\nteur. Et voilà que s'élève la mélodie pénétrante et grave d'un choral de Bach;\nqu'en un langage vibrant, Steinbach retrace la noble carrière du défunt; et\nqu'apparaît la figure tombale, exécutée par notre compatriote Samuel, tandis\nqu'un rayon de pâle soleil entr'ouvre les nuées brumeuses ; c'est une minute\nde profonde et douce émotion.\n    L'œuvre de Samuel (une statue de la Mélancolie) a été très admirée pour\nsa grâce distinguée, sa pureté de style, son harmonie linéaire, qui contrastent\navec l'extériorité emphatique de la plupart des mausolées allemands.\n     La partie architecturale du monument, fort bien conçue également, avait\nété confiée à Sneyers, un autre Belge; on voit combien nos écoles nationales\nsont appréciées même dans les pays où l'on se pique de quelque supériorité\n en fait d'art monumental.\n     Nous voici donc, à 6 heures, dans l'importante salle du Gürzenich, émer­\n veillés une fois de plus par l'admirable organisation de ces festivals où les\n moindres détails matériels (contrôle, vestiaires, buffets) font l'objet d'une\nprévoyance qui évite à l'auditeur l'ombre même d'une préoccupation ou d'une\n gêne.\n     La première partie est consacrée toute à l'oratorio biblique d'Elgar, les\n Apôtres : la conception en est ingénieuse et la musicalité très attachante.\n Dans le plan de l'auteur, la partie actuellement publiée (et dont l'audition\n prend plus de deux heures) ne constitue qu'un premier fragment d'un vaste\n ouvrage qui doit embrasser toute la période d'établissement du christianisme,\n depuis la vocation des Apôtres jusqu'au triomphe de l'Eglise du Christ dans\n la Gentilité.\n     La partition se divise en tableaux basés chacun sur un texte évangélique ;\n mais l'auteur ne se borne point à commenter musicalement les seules paroles\n bibliques; il s'attache surtout à en exprimer la répercussion dans l'Humanité\n représentée par les apôtres, par les saintes femmes, par le chœur du peuple.\n Il y a là un élément nouveau d'intérêt et de dramatisation qui a, d'autre part,\n  l'avantage de favoriser la variété et le mouvement du langage musical. De\n temps à autre, l'auteur se complait en un tableau purement pittoresque,\n comme, par exemple, le réveil du Temple avec le chant du Psaume matinal\n  sur une vieille mélodie hébraïque, la tempête sur la mer de Galilée; mais\n  sans interrompre plus que de raison le développement psychologique de\n  l'action du Christ.\n      Musicalement parlant, l'œuvre se recommande par sa clarté, son charme\n  mélodique, son coloris chatoyant et délicat, surtout par la sincérité et l'inti­\n  mité de son émotion ; dans certains épisodes du début, on relève soit une\n  recherche laborieuse de l'effet, soit une monochromie trop persistante; mais\n  la seconde partie est toute entière d'une allure très haute et d'une pénétrante\n   ferveur; elle comprend la Trahison de Judas, le superbe épisode de ses\n   angoissants remords, le Crucifiement, la venue des Saintes femmes au Tom­\n   beau, toute fraîche et parfumée; l'Ascension et le formidable Alleluja final,\n   un moment défloré par un gros effet de triolets vraiment trop « Bénédiction\n   des poignards », mais bientôt ramené au style séraphique dans une conclu­\n   sion toute radieuse et éthérée. Ajoutons que des thèmes-conducteurs de beau\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": " 370                              DURENDAL\n\n\ncaractère interviennent à titre descriptif plutôt que comme éléments substan­\ntiels du développement; et que, si les idées mélodiques ne se signalent point\npar une réelle « originalité », du moins l'instrumentation les entoure d'une\natmosphère mystique dont les scintillements discrets et les timbres lumineux\nappartiennent en propre au musicien anglais.\n   L'ouvrage est d'exécution difficile; il requiert une extrême précision, beau­\ncoup de délicatesse, de liberté et de souplesse. Steinbach l'a conduit avec\nautant de maîtrise que de couleur, de poésie et de majesté. Parmi les solistes,\non a surtout apprécié la noblesse de style et de sentiment du D r Krause\ndans le rôle de Jésus, et la diction énergique de M. Orélio en Judas.\nMM. Knote (le premier ténor de Munich) et Bertram (le baryton de Berlin)\nsont chanteurs de théâtre. Les cantatrices colonaises, M mes Rüsche et Metzger,\nont fait preuve du talent le plus consciencieux. Et tout le monde — y com­\npris le compositeur — a été acclamé avec entrain.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n    Pause réglementaire : assaut des sandwichs, orgies de Rheinwein, discus­\n sions, reconnaissances : Belges et Français en nombre respectable; peu\n d'Anglais; le succès de leur compatriote Elgar ne paraît pas les émouvoir\n outre mesure. Il est vrai que les Apôtres ont fait triomphalement leur tour\n d'Iles Britanniques avant de prendre pied sur le continent. Après une demi-\n heure accordée aux exigences de la « vile matière », l'appel des trompettes\n suspend comme par enchantement la pittoresque et grouillante animation de\n cette foule : l'esprit de discipline reprend ses droits; en quelques instants,\n les 1,500 auditeurs et les 700 exécutants ont regagné leur poste, avec une\n docilité et un calme parfaits.\n    Paderewski est au piano ; on le dit fatigué, souffrant, exténué : l'excuse\nétait nécessaire. Est-ce bien l'artiste d'il y a quinze ans, charmeur et précis,\nmaître souverain de sa technique, poète incomparable? Le son est écrasé,\nl'exécution incorrecte, lassée; par instants un éclair, un retour de sa sonorité\nimmatérielle, une phrase d'enveloppante tendresse... Mais l'ensemble reste\nnerveux, inégal, heurté. Il joue la Fantaisie de Schumann, dont on goûte\nsurtout le premier mouvement, et les Variations de Brahms-Paganini, où il\nmanque de panache et d'éclat. Une revanche à prendre !\n    Et, à 10 heures, Steinbach attaque la « Septième » de Beethoven...\n    Ah! le chaud débordement de couleur et de lumière, l'irrésistible entraîne­\nment des rythmes endiablés, la séduction des nuances les plus délicates,\nl'impulsion des crescendos grondants... Quelle somme d'énergie, de volonté,\nde musicalité dans ce petit homme endiablé et passionné I On se dit que cette\ninterprétation fulgurante sera le « clou » du festival, tant elle est admirable\nde clarté, de finesse et de puissance.\n    Mais la journée du lendemain nous réserve d'autres surprises et d'autres\njoies : la direction vivante et impulsive de Steinbach a fait décidément\nde ce festival une fête d'art ininterrompue, et c'est ce deuxième jour\nqui en a marqué le point culminant. Nous avons eu deux exécutions\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                      LE   LXXXI e   FESTIVAL   RHÉNAN                      371\n\n\norchestrales réalisant l'idéal absolu; la quatrième Symphonie de Brahms,\nconduite déjà cet hiver à Bruxelles par l'éminent capellmeister, mais\ncombien plus resplendissante, et souple, et poétique, ainsi rendue par\nl'orchestre discipliné, docile et compréhensif du Gürzenich. Et le troi­\nsième Concerto brandebourgeois de Bach, écrit pour trois violons, trois\naltos et trois basses, et interprété, dans la version Steinbach, par tout\nle quatuor, quatre-vingts archets! On ne rêve pas une pareille précision de\nrythme et d'accent, une telle unité de sentiment, un charme plus pénétrant\nde nuances et de sonorité; en sorte que ce tour de force de virtuosité d'or­\nchestre apparaissait comme une chose toute simple, tant le caractère artis­\ntique en était délicat et profond. Mettons encore à l'actif de Steinbach l'accom­\npagnement du Concerto (mi bémol) de Beethoven, parfait de sentiment, de\ncouleur et de clarté : c'est l'orchestre et non le pianiste qui, cette fois,\ncaptivait l'attention. Paderewski, mieux disposé que la veille, a joué en\nfin poète; mais sa compréhension de Beethoven est restée bien étroite et\n « jolie ».\n    C'était la journée des « trois B » : Bach l'avait inaugurée par la délicieuse\ncantate humoristique, der zufriedevgestellte Aeolus, écrite en 1725, pour une\nfête intime d'étudiants organisée à l'occasion de l'anniversaire de naissance\n d'un sien ami, Auguste Muller. Cet Auguste, amateur de jardins et de fruits,\ncraignait de voir des bises précoces compromettre la maturité de ses espa­\n liers : on en prit thème pour élaborer un scénario, où Zéphyr, Pallas, Pomone\n viennent successivement conjurer Eole de retarder quelque peu le déchaîne­\n ment de ses aquilons. Le dieu, bon garçon, se laisse fléchir, et la cantate se\n termine par un chœur joyeux des amis d'Auguste, d'un comique tout à fait\n entraînant. Bach a imprimé à toute cette œuvrette un cachet d'humour, une\n franchise alerte du plus piquant effet; il y a là un air de baryton, petit chef-\n d'œuvre de verve, que le baryton Bertram a dit en artiste d'expérience et de\n goût.\n    De Brahms, outre la « Quatrième », on entendit des quatuors vocaux qui\n mirent une note poétique et recueillie dans ce programme de grande allure,\n et le Triumphlied, dont les déploiements sonores imités de Haendel permirent\n aux chœurs de faire valoir leur inégalable beauté de sonorité et l'ardeur élec­\n trisante de leur enthousiasme artistique.\n    Il était autrefois de règle que les solistes eussent la grosse part au pro­\n gramme du troisième jour; et il arrivait ainsi que la vraie musique fût sacri­\n fiée aux « petits airs » d'un goût souvent douteux. Steinbach y a mis bon\n ordre : sa dernière journée a présenté autant d'intérêt que les autres, et les\n solistes n'y sont intervenus qu'avec une parfaite discrétion : Knote pour\n chanter le récit du Graal de Lohengrin dans la version originale qui com­\n porte, outre la partie publiée dans la partition, une vingtaine de vers expli­\n quant par quel appel mystérieux le héros a été conduit vers Elsa ; cette ajoute\n ne possède ni la grandeur, ni la noblesse mystique du récit connu ; elle eût fait\n longueur au théâtre. Knote, le premier ténor de Munich, chante avec beau­\n coup de charme : voix blanche, souple et sagement conduite. Le second solo\n  revient à Bertram, le baryton mordant, timbré, à la diction spirituelle\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "372                              DURENDAL\n\n\n et variée; très grand succès dans des ballades de Lœwe, tout imprégnées\n de saveur et d'humour germaniques, et dans les fameux « Grenadiers » de\n Schumann.\n    Le classicisme était représenté par l'ouverture d'Euryanthe et la Symphonie\nen mi bémol de Haydn, détaillée avec une grâce lumineuse; et l'inédit par des\nœuvres de Strauss et de Max Schilling. De Strauss, le «Taillefer» de Uhland:\nchœurs, orchestre, ténor et baryton; page de haute couleur, traversée de cla­\nmeurs de bataille, où le pittoresque instrumental atteint à ses limites\nextrêmes, animée d'un grand souffle héroïque et populaire. De Schilling, un\nmélodrame, Hexenlied (le Chant de la Sorcière), où l'orchestre souligne, avec\nune profonde justesse de sentiment et de coloris, un poème admirablement\ndit par le D r Wüllner, le même qui, à ses heures, est aussi chanteur de\nlieder.\n   Et le dernier mot des festivités est resté à Wagner, avec le tableau final\ndes M eistersinger, chanté dans un inoubliable élan de triomphe et de lumière ;\njamais peut-être le choral de Sachs n'apparut plus grandiose et plus émou­\nvant; nul chœur de théâtre ne pourrait donner, comme ces vaillants batail­\nlons colonais, la sensation de l'enthousiasme et de l'allégresse de tout un\npeuple. Le style, plutôt solennel et pompeux, dans lequel Steinbach prend\nla marche des Maîtres et la péroraison, appelle quelques réserves; la carrure\nallante et franche de Richter paraît évidemment mieux en correspondance\navec le caractère de l'œuvre. Cette différence de compréhension n'a,\nd'ailleurs, pas diminué l'impression profonde de cette belle exécution, à\nlaquelle Knote et Bertram, excellents tous deux, prirent une part impor­\ntante.\n   Des acclamations sans fin, des pluies de bouquets, des théories de palmes :\nc'est le triomphe mérité de Steinbach. Il s'est révélé, en ces journées d'excep­\ntionnelle activité, non seulement comme un des grands chefs d'orchestre de\nnotre temps, mais encore comme un organisateur de premier ordre,\ncomme un musicien passionné, auquel ne coûtent ni fatigues ni labeurs\n lorsqu'il s'agit de réaliser un grand idéal d'art. Les Belges présents à\n Cologne ne furent pas les moins enthousiastes à l'applaudir, et tous\nsouhaitent le revoir souvent à la tête de notre orchestre bruxellois.\n\n                                                            G. SYSTERMANS.\n\n\n\n\n                                    *\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                    Sixième Concert Ysaye\n        La Symphonie en si bémol de Vincent d'Indy\n\n\n                        YSAYE et son orchestre n o u s ont d o n n é une interprétation très\n                           éloquente et r a y o n n a n t e de vie de la S y m p h o n i e en si bémol\n                           de Vincent d ' I n d y .\n                             Cette s y m p h o n i e est assurément d a n s le d o m a i n e de la\n                           m u s i q u e p u r e le poème le plus puissant et le p l u s g r a n ­\n                           diose qu'ait écrit jusqu'ici Vincent d ' I n d y . Celui qui n'est\n                           point familiarisé avec l'œuvre du maître français et n'en\n                           a qu'une connaissance superficielle et approximative est\n                           porté à a d m i r e r en l'auteur de l'Étranger u n génie avant\n tout pittoresque. Ce point de vue n'est pas juste p a r c e qu'il n'est pas\ncomplet. Si Vincent d ' I n d y possède à un degré rare les dons d'un inter­\nprète descriptif de la n a t u r e , son art (et la S y m p h o n i e en si bémol en\nest la p r e u v e la plus décisive) se caractérise encore et surtout par la\nfermeté et l'ampleur de la conception o r d o n n a t r i c e , par la fertilité et la\nsouplesse d'une des imaginations musicales les plus riches et les plus géné­\nreuses de notre t e m p s . E t d'abord cet art possède u n mérite haut et inatta­\nquable, il est souverainement personnel et la personnalité qu'il traduit est\nforte et s'impose. Schubert, S c h u m a n n et B r a h m s se sont inspirés en\nleurs S y m p h o n i e s de l'ait et de la conception b e e t h o v e n i e n n e . Si la S y m p h o n i e\nen si bémol ne raconte pas limpidement une idée ou u n sentiment avec cette\nlargeur synthétique, cette victorieuse et fulgurante impression d'unité qui est\nla marque sacrée de Beethoven, si les quatre fragments épiques qui la consti­\ntuent ne se rattachent pas entre eux par ce lien intime qui a p p a r e n t e psycho­\nlogiquement d'une façon si étroite les diverses parties de l'Héroïque, de la\nPastorale, de la cinquième ou de la septième S y m p h o n i e , il faut reconnaître\nque par des moyens totalement différents, par u n e mise en œuvre b e a u c o u p\nplus fouillée et plus complexe, la vaste composition s y m p h o n i q u e de d ' I n d y\napparaît u n e œuvre absolument g r a n d e et belle (1).\n   Le symbolisme du poème de d ' I n d y s'affirme dans l'opposition féconde de\n\n\n  (1) Lire, au sujet de cette symphonie, l'excellente étude thématique de M. Calvocoressi\n(n° 19 à 22 du Guide Musical).\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "374                                DURENDAL\n\n\n deux thèmes fondamentaux, le premier tortueux, menaçant, de cadence\n lourde et boiteuse, rampant dans la nuit comme un fantôme, le second agile\net scintillant en sa robe d'azur tissée de lumière. L'antithèse de ces deux\n thèmes expressifs et énergiques figure le combat du Bien et du Mal, du Jour\n et de la Nuit, de la Vie suprême et du Néant. Au cours de l'œuvre, ces deux\n thèmes essentiels évoluent, se transforment, s'amplifient, se complètent de\n formes thématiques dérivées ou étrangères qui en accentuent les significa­\n tions et le tout est avivé par la splendeur des colorations, par l'éloquence des\n combinaisons orchestrales.\n     Peut-être sera-t-on porté à regretter que le souci de la plastique et de la\n couleur n'aient quelquefois pour résultat de trop maîtriser le courant d'émo­\n tion intérieure (que, malgré tout, l'on sent puissant) et de l'endiguer au profit\n d'une forme merveilleuse, mais excessive en sa rigoureuse et consciente aus­\n térité. En tout cas, ce reproche serait mal fondé s'il s'adressait à la troisième\n partie, que caractérise un rythme d'une puissance inouïe, ou à la quatrième\npartie, dans laquelle fièrement l'inspiration épanouit ses ailes en cette péro­\nraison synthétique, qui ouvre une large issue vers des contrées de paix et de\nrêve, s'affirmant en une expansion triomphale qui couronne l'œuvre de lumière\n et de majesté.\n    Un autre grand attrait du concert était le concours du violoncelliste Jean\n Gérardy, dont les visites à Bruxelles sont malheureusement si rares. Jean\n Gérardy nous vient encore de cette province de Liége, qui, par un privilège\n inexpliqué, reste la terre classique des grands virtuoses de l'archet, les Vieux-\n temps, les Ysaye, les Thomson, les Marsick,etc. C'est le plus parfait violoncel­\n liste et un des plus nobles artistes interprètes qui soient actuellement. Sous ses\n doigts inspirés le violoncelle revêt une ampleur inusitée et s'auréole de poésie\n immatérielle et songeuse. Les alternances expressives se fondent harmonieuse­\n ment en une succession d'expansions généreuses et de tendresses exquises, où\n éclate un art dont la puissance dérive de sa simplicité et de sa sincérité. Il\n découvre et met en lumière l'expression intime du poème dans les parties\n même de l'œuvre interprétée, qui, en apparence et pour un artiste moins\n pénétrant, sembleraient de pure extériorité.\n     Le Concerto de Jongen pour violoncelle est une œuvre fort bien écrite,\n  dont nous aimons particulièrement le second mouvement, qui est une page\n grave et profonde. En sa tenue générale, il semble avoir plus particu­\n  lièrement en vue le triomphe du virtuose, et c'est pourquoi les Variations de\n  Boëlmann, bien que d'une valeur musicale évidemment moindre, ont mis\n  néanmoins encore davantage en relief les qualités foncières du génie inter­\n  prétatif de Gérardy, qui sont raffinement et la profondeur de l'expression. Le\n  concert se terminait par la verveuse Fantaisie de Gilson sur des airs canadiens.\n  Quand réentendrons-nous la Francesca di Rimini, qui produisit une si\n  vive impression lorsqu'elle fut exécutée aux Concerts Populaires il y a une\n  dizaine d'années, et qui nous apparaît jusqu'ici l'œuvre la plus forte de\n   Gilson ?\n\n                                                         G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                        LES LIVRES\n\n L e G u i d e d e l ' E m p e r e u r , par RENÉ BAZIN. — (Paris, Calmann-\n    Lévy. )\n    Le capitaine Audouin est un loyal et brave soldat, militaire jusqu'au fond\n de l'âme. Son bras a gelé dans une charrette d'ambulance une nuit de l'année\n terrible, et perclus, en proie à des douleurs continuelles, mais souffrant\namèrement surtout de ne plus pouvoir servir son pays, il végète tristement\n dans une ville de province. Heureusement, à ses côtés se trouve sa fille Véro­\n nique. Véronique est un caractère admirablement tracé. C'est le type de la\njeune femme dénuée de fortune et de beauté, mais possédant, en revanche, au\n fond de son cœur, ces trésors d'affection et de dévouement qui haussent une\nâme jusqu'aux cimes de tous les sacrifices et de tous les héroïsmes. Véro­\n nique est le rayon de joie qui illumine la vieillesse de son père infirme, et\nc'est elle qui soutient vaillamment le ménage du produit de ses leçons de\nchant et de piano. Et voici que, par une nuit de tempête et dans des cir­\nconstances particulièrement dramatiques, elle a recueilli un enfant, Charles\nHuber, abandonné par sa mère. Cet enfant, elle va l'aimer et l'élever comme\nson propre fils, ses frêles et précaires moyens d'existence ne pouvant faire\nreculer son âme généreuse devant cette nouvelle charge. L'enfant recueilli a,\nd'ailleurs, une nature charmante et aimante. Il n'est pas nécessaire de dire\nque bientôt toutes les pensées, tous les espoirs du vieil infirme et de sa fille\ngravitent autour de cette tête chérie.\n   Charles Huber vient d'accomplir sa quatorzième année lorsque ses parents\nle réclament. C'est leur droit, il faut bien s'incliner, mais c'est aussi un coup\nde foudre sous lequel va s'écrouler tout le bonheur de la maison joyeuse.\nL'espoir s'envole et l'avenir si rose s'enroule d'un crêpe sombre. Il est sans\ndoute profondément triste pour le capitaine Audouin de voir son enfant\nadoptif déserter ainsi le foyer où il a grandi, mais il est une blessure encore\nplus cruelle pour l'âme brûlante de patriotisme du vieux soldat : c'est de savoir\nque Charles Huber retourne en Alsace et qu'il servira dans les armées de\nl'empereur allemand. C'est, en effet, au service de l'empereur que, six ans plus\nlard, Charles Huber trouvera la mort. Il a eu l'honneur d'être remarqué par\nle souverain arrivé soudain à Strasbourg et d'être le guide de l'empereur se ren­\ndant au polygone pour la revue des troupes. L'empereur lui a dit : « Va un\nbon pas, mon brave, il faut que l'empereur soit rendu avant tout le monde. »\nEt le jeune Charles, se ressouvenant des leçons de devoir et de dévouement\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "376                              DURENDAL\n\n\nmilitaires que n'a cessé de lui donner son père adoptif, n'a qu'une seule\npensée, se hâter. Il court dans le verglas, devançant à pied l'empereur à che­\nval et les deux officiers qui l'accompagnent. Mais dans cette course désor­\ndonnée et échauffante, le vent empoisonné de l'hiver a glacé le sang ardent\ndu jeune homme et frappe Charles Huber à mort dans le plein épanouisse­\nment de sa jeunesse, de sa force et de sa beauté. Le capitaine Audouin\npourra encore s'approcher du lit de mort de Charles et lui dire adieu. Quant\nà Véronique, elle ne reverra plus son fils sur la terre. Je ne saurais assez dire\nle charme de ce récit où se retrouvent toutes les qualités d'émotion et d'ob­\nservation de Dickens avec plus de poésie et peut-être aussi plus de profon­\ndeur. Les figures centrales du capitaine Audouin et de Véronique ont un\nrelief saisissant et vivent d'une vie intense. Toute la scène de l'arrivée de\nl'empereur à Strasbourg et de la revue est d'une remarquable puissance évo­\ncative.\n   Le Guide de l'Empereur est suivi de différentes nouvelles retenant l'intérêt\ndu lecteur par des scènes touchantes ou des caractères observés, par le coloris\ndes descriptions et la force du style. Nous citerons spécialement : La Mère\n Chaussée, Trois Arbres, Les Yeux Tristes, Le Petit de Treize ans.\n                                                      G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nCours théorique et pratique de plain-chant romain gré-\n   g o r i e n , par A. GASTOUÉ. — (Paris, au bureau d'édition de la Scola Can­\n    torum, 1904.)\n    Le beau volume publié récemment par le savant professeur de la Scola\nCanlorum, de Paris, résume un enseignement théorique et pratique, qui va\ndes premiers éléments jusqu'au seuil des plus forts travaux.\n   Dans une première leçon préparatoire, l'auteur donne d'utiles conseils sur\nla prononciation du latin, la notion de quantité métrique, les exercices indis­\npensables — et trop négligés — d'intonation et d'émission des sons, enfin sur\nl'art de diriger un chœur.\n    Le livre premier, intitulé Solfège et Exécution, donne les renseignements pra­\ntiques nécessaires sur les signes graphiques, le rythme oratoire, les neumes\nau point de vue de la structure et de la durée, le rythme dans les formules\nornées. Viennent ensuite les variétés de chants psalmiques, la théorie du\npsaume avec sa médiante et sa terminaison, les tons de la psalmodie, les\nantiennes, le trait, les répons. Une troisième partie mentionne les chants non\npsalmiques: hymnes versifiées et autres (Te Deum, Gloria, Credo, Sanctus, etc.),\nproses et séquences, litanies, Kyrie, Agnus Dei, versets et répons, antiennes\n non psalmodiques. Cette partie se termine par un chapitre consacré à ce\n qu'on appelle très improprement le plain-chant musical, c'est-à-dire le genre\n de chant ecclésiastique qui prit naissance à Paris auXVIIesiècle, et auquel se\n rattachent les messes de Dumont, Lulli, etc.\n    L'exposé didactique de ce premier livre présente une disposition originale\n très utile. Chaque paragraphe est divisé en trois parties; la première (a) définit\n la matière traitée; la seconde (b) exprime, en quelques phrases concises, les\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                                 LES LIVRES                                377\n\nrègles essentielles ; elles sont suivies d'un développement (c) que l'auteur con­\nseille de ne lire qu'après avoir parcouru tout le volume.\n   Le livre deuxième traite, d'une manière assez approfondie, la difficile\nquestion de la modalité ecclésiastique. Si l'on s'en tient à la nomenclature en\nusage, cela paraît fort simple. Cependant, la simplicité n'est qu'une illusion\nquand on se préoccupe de la question des origines. La notion des modes\nantiques, auxquels se rattachent ou sont assimilés les modes ecclésiastiques,\na été si bien brouillée depuis le moyen âge, qu'il a fallu toute la science et la\npénétration d'éminents musicologues (en première ligne Gevaert) pour y faire\nun peu de jour. M. Gastoué traite cette matière avec un luxe d'érudition qui\nne se rencontre guère en des ouvrages similaires (Dom Pothier, Dom Kienle,\nabbé Lhoumeau, etc.). Cette partie de son ouvrage lui a valu les plus chaleu­\nreuses félicitations du directeur de la Paléographie musicale, Dom Mocquereau.\nToutefois, à mon humble avis, on peut regretter que l'auteur se soit\nimposé l'obligation de condenser son exposé au détriment, parfois, de la\nclarté.\n   Le troisième livre du cours de chant grégorien est consacré à l'étude appro­\nfondie du rythme. Ce livre, non moins que le précédent, ne s'adresse pas aux\nsimples chanteurs, mais plutôt aux maîtres de chapelle ou aux directeurs de\nchœurs, qui ne peuvent s'acquitter convenablement de leurs fonctions sans\nconnaître à fond cet élément essentiel de la mélopée grégorienne. Dans cette\nétude, aucun guide ne leur rendra de meilleurs services que le cours de\nM. Gastoué.\n                                                               F . VERHELST.\n\n\nCorrespondance de Beethoven. — Traduction, introduction et\n   notes de JEAN CHANTAVOINE. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   Le recueil des lettres de Beethoven dont M. Chantavoine nous donne une\ntraduction annotée est assurément le plus intelligemment fait de ceux qui ont\nparu jusqu'à ce jour. Si elle ne projette pas des lumières nouvelles sur l'œuvre\nd'art gigantesque que nous a laissée le maître de Bonn (Beethoven ne parle\nguère de ses œuvres que dans ses lettres à son. éditeur et seulement dans le\nbut d'en déterminer le prix, ce à quoi le forçaient d'ailleurs ses précaires\nmoyens d'existence), cette correspondance est précieuse en ce qu'elle nous\nraconte l'homme, en ce qu'elle nous montre la qualité d'âme et la hauteur\nmorale d'un des plus grands créateurs de beauté qui aient jamais existé.\nBeethoven fut une âme d'élite, profondément honnête et loyale, ayant assu­\nrément conscience de son génie et plaçant les dons du génie au-dessus de\ntoutes les autres splendeurs éphémères et contingentes de l'existence, mais\nsubordonnant cependant le génie à la vertu. C'est là l'impression foncière\nqu'on recueille de la lecture de cette correspondance. Beethoven y parle\nparfois en philosophe, rarement en poète, toujours en homme de bien. Son\norgueil est d'une nature si exceptionnelle, si affinée, si exempte d'égoïsme,\n qu'il apparaît presque une vertu. Je ne connais rien de plus touchant, dans\nleur simplicité un peu fruste, que ces lettres de la fin du recueil, adressées\n à son neveu Karl, lettres où brûlent des trésors d'affection qui, comme on\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "378                                    DURENDAL\n\n\n\nsait, furent si mal récompensés, et ces lettres à la Société P h i l h a r m o n i q u e\nde L o n d r e s , dans lesquelles le g r a n d h o m m e , cloué sur son lit de douleur\noù il va mourir, voyant tout p r o c h e le m o m e n t où il m a n q u e r a de p a i n ,\nsollicite u n concert de bienfaisance en sa faveur. J a m a i s avec plus d'inten­\nsité q u e dans l'existence de Beethoven n e se manifeste la g r a n d e h a r m o n i e\nvoulue par Dieu, qui fait planer sur certaines vies privilégiées la triple\nauréole du Génie, de la Vertu et du Malheur. E t cette triple h a r m o n i e qui\nenveloppe la vie de Beethoven, le présent recueil de lettres la met éloquem­\nment en lumière. Citons, parmi les plus intéressantes, les lettres à W e g e l e r ,\nà l'archiduc R o d o l p h e , au ménage Bigot, à Thérèse de Brunswick, à T h é ­\nrèse Malfatti, à Bettina d'Arnim ; puis la lettre c o n n u e sous le n o m de\n Testament d'Heiligenstadt (page 42).\n   Qu'on nous permette aussi quelques citations : « L e véritable artiste n'a\npoint d'orgueil; il sait, h é l a s ! q u e l'art n'a point de limites, il sent obscuré­\nm e n t combien il est éloigné du but, et tandis que peut-être d'autres\nl'admirent, il déplore de n'être pas encore arrivé là-bas où un génie meilleur\nn e brille p o u r lui que comme u n soleil lointain. P e u t - ê t r e irais-je plus volon­\ntiers chez toi, chez les tiens, que chez bien des riches, en qui se trahit la\npauvreté d e leur être i n t i m e . . . Je ne reconnais pas, dans un homme, d'autres supé-\nriorités que celles qui permettent de le compter au nombre des braves gens; là où je les\ntrouve est mon foyer. » (Lettre à Emilie M. de H . , page 91.)\n    « ... N o u s autres, êtres finis avec u n esprit infini, nous ne sommes nés que\np o u r la peine et la joie, et on pourrait presque dire que les plus distingués\nobtiennent par la peine la joie. » (Lettre à la comtesse E r d ö d y , page 121.)\n    « ... L e cœur est le levier de tout ce qu'il y a de g r a n d . » (Page 138.)\n « ... Ne fais pas en sorte que ton malheur se fonde sur de fausses opinions\nqu'on aurait de t o i . . . » (A Carl van Beethoven, p a g e 251.)\n    L e recueil de ces lettres est précédé d'une brillante introduction, d a n s\nlaquelle M. Chantavoine, après quelques belles pages consacrées à étudier le\ngénie et l'âme de Beethoven, cherche i n g é n i e u s e m e n t à établir d a n s le style\ndu maître et dans la structure m ê m e de ses phrases, des caractères dénotant\nessentiellement et avant tout le musicien.\n                                                                                 G. DE G.\n\nA n t i c i p a t i o n s , par H . - G . W E L L S . — (Paris, Mercure de France.)\n   Ce livre n e sera point p o u r éloigner les admirateurs de Wells de l'opinion\nqu'ils ont pu se faire, vigoureuse et certaine, que l'auteur est u n des esprits\nles plus curieux et intelligents de ce t e m p s . W e l l s s'affirme ici en p r o p h è t e\nencore que nullement en visionnaire. Car rien n'est moins proche du songe\nparfois creux de ceux-ci que les anticipations claires, méthodiques, conçues\ndans un esprit soigneusement et positivement scientifique de l'écrivain anglais.\nL e livre, fort bien traduit par H . D a v r a y et Kozakiewicz, ne va pas sans\nquelque fatigue à être lu d'affilée. D'ailleurs, réclame-t-il un plus h o n o r a b l e\ntraitement et vaut-il la peine, fructueuse, qu'on s'y applique. Chacun de ses\nchapitres, soit que le penseur élabore l'avenir de la locomotion, dresse le plan\net l'économie futurs de nos grandes villes, prévoie, détermine ou fixe les\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                  LES LIVRES                                 379\n\nactions et réactions sociales que leXXesiècle datera, soit qu'il étudie ce que\nseront dans quelques centaines d'années les conflits entre races, entre Etats,\nentre langues — à ce sujet, combien actuel le VII e , où il est traité de la\nmanière la plus sagace et la plus flatteuse pour la France des compétitions\nlinguistiques et conclu à la définitive prédominance du Français — chacun\nde ces chapitres donc s'offre à la pensée ainsi qu'un champ net, riche, plein\nd'éléments nouveaux, qui l'incite à travailler. Ce livre est d'un homme sérieux\npour les gens sérieux, et alors que le genre même auquel il ressortit est riche\nen possibilités d'écrits sots, inconsistants ou futiles, ces anticipations, ces\nprévisions, au contraire, nous apparaissent fort savamment passionnantes. Il\nparaîtrait, sur la foi d'une courte préface ouvrant l'ouvrage, que celui-ci, à\nsa parution en Angleterre, fit déclarer à un M.William Archer, que le gou­\nvernement d'Edouard avait le devoir de subventionner Wells pour qu'il pût\ncontinuer exclusivement à prophétiser! Dit sans ironie, pareil mot établit\nl'importance de l'auteur. Il n'y a qu'à y souscrire. Ne serait-ce que pour la\njoie sérieuse de lire encore, conçus dans le plus concret esprit scientifique —\ncar la science pour partie ne constitue-t-elle pas l'art de prévoir — des\nouvrages de cette envergure et de cet intérêt, des manuels, tel celui-ci, clairs,\nméthodiques et précis, vraiment, dirais-je, des « manuels d'Avenir ».\n                                                           GEORGES BRIGODE.\n\n\nS a i n t F r a n ç o i s d ' A s s i s e , par ARNOLD GOFFIN. — (Louvain, Institut\n   supérieur de Philosophie.)\n   En publiant la conférence qu'il fit l'an dernier à l'Institut supérieur de\nPhilosophie de Louvain, Arnold Goffin a été heureusement inspiré, car ces\nquelques pages résument toute l'activité de saint François, toute la grandeur\net l'efficacité de sa pensée et de son œuvre. Après avoir marqué la part prépon­\ndérante de Paul Sabatier dans le mouvement d'universelle sympathie et\nd'admiration qui a ramené l'attention du monde vers une des plus pures\nfigures du XIIIe siècle, après avoir démontré magnifiquement, en quelques\nlignes décisives, l'inanité et l'audace du système philosophique que Nietzche\nprétend édifier sur des bases antihumaines, Arnold Goffin trace une déli­\ncieuse description de l'Ombrie, avec ses doux paysages baignés d'une\nlumière idéale, théâtre enchanté où s'est déroulée l'existence du saint.\n    Et voilà que de la terre sacrée s'éveille et s'envole un essaim de souvenirs\ndont Arnold Goffin fixe les plus propres à faire aimer cette personnalité si\n caractérisée qu'est dans l'histoire psychologique de l'humanité saint François\n d'Assise. A son œuvre déjà considérable sur le céleste héros de l'Ombrie,\n A. Goffin a ajouté en cette étude des pages aussi puissantes de pensée que de\n style. La brochure d'Arnold Goffin est ornée d'une évocative parure artistique\n reproduisant diverses peintures que la vie et la mort du saint ont inspiré\nà Giotto, à Puccio Capanna, à Benozzo Gozzoli.                         G. DE G.\n\nL ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . —(Anvers, Buschmann.)\n   Le numéro de Mai de cette revue contient deux articles à signaler, le pre­\nmier sur le célèbre artiste hollandais, J.-B. Jongkind, mort en 1891, paysa\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "380                               DUEENDAL\n\n\ngiste de première valeur, à en juger par les reproductions qui rehaussent\nles pages de M. Van Haamstee. En outre de cet article, la revue donne la fin\nde l'étude à la fois intéressante et savante de Max Rooses sur les Dessins des\nMaîtres flamands. L'auteur clôture son érudit travail par une description du\ntalent et des œuvres des Dessinateurs à la plume du XVIIIe siècle. Quelques-uns\nde ceux-ci sont remarquables, comme le prouve le critique, qui signale sur­\ntout à l'attention du lecteur les dessins de H.Casteels, Overlaet et Van Bonn.\nLa revue reproduit de curieux échantillons du talent de ces artistes de la\nplume, notamment un merveilleux dessin d'Overlaet : La reconstruction du\nTemple. L'article de Max Rooses est suivi d'une notice sur un sculpteur hollan­\ndais, Altorf, qui ne manque pas d'habileté.                           H . M.\n\nLe Diocèse de la libre pensée, par M. GuÉRIN. — (Paris,\n   P.-V. Stock.)\n   Triste livre, pour le fond et pour la forme. De cette seconde insuffisance,\nl'auteur lui-même semble convaincu, mais il déclare que « le point de vue\nlittéraire passe... au second rang ».\n    M. Guérin se proclame franchement athée et matérialiste. Il caresse le\nprojet d'amener beaucoup d'adeptes, voire tous les hommes, à cette manière\nde penser. Nous croyons que ce ne sera pas encore le livre de M. Guérin qui\nassurera pareil résultat. Très infatué de science, l'auteur a néanmoins amon­\ncelé, chemin faisant, de si grossières erreurs, que les savants bien informés\nrougiront plus d'une fois de se trouver en sa compagnie. Le Jésus animé de\nl'esprit bouddhique, le christianisme fabriquant ses dogmes d'éléments\nempruntés aux différentes religions de l'Orient, la vermine monacale, le com­\nmerce des indulgences, le Credo quia absurdum qu'il endosse à saint Augustin,\nvoilà quelques échantillons de la science historique de M. Guérin. Il croit\nau faux discours du P . Roothan, à la plus fausse conférence des jésuites à\nChieri, cette fable inventée de toutes pièces. Pour lui, Emile Burnouf, dont\naucun savant qualifié n'ose plus citer les fantaisistes élucubrations, est le\nmaître incontesté de la science des religions.\n    M. Guérin a des idées parfois drôles. Pour remplacer les funérailles chré­\ntiennes, dont il ne peut méconnaître la solennité, il émet le vœu « que les\nsociétés de la libre pensée, partout où il en existe, tiennent à la disposition des\nfamilles (moyennant une juste rétribution, bien entendu!) des chanteurs sérieux\ndes deux sexes qui viendraient sur la tombe dire au mort le dernier adieu ».\n    Le point d'exclamation et les italiques sont de l'auteur.\n    Que dire encore de la naïveté de M. Guérin, qui écrit sérieusement que\n « des centaines de milliers de prêtres, dans tous les pays, font profession de\ncroire à des dogmes qui répugnent à leur raison, et des centaines de milliers\nde laïques, qu'a visités la lumière de la civilisation, par intérêt de caste, de\nposition ou de fortune, font profession de croire à l'enseignement du\nprûtre ». Et tout cela, d'après l'auteur, n'est qu'une « grande hypocrisie »!\n    Heureusement, s'il séduit un trop grand nombre d'égarés, le « diocèse de\nla libre pensée » n'est pas encore à la veille de supplanter l'Église des fidèles\net sincères croyants.                                                      J. G.\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                          NOTULES\n\n    Le Théâtre du Parc nous a donné, avant de clore sa saison théâ­\ntrale, trois représentations de Lucifer, le drame le plus célèbre d'un écrivain\nitalien, M. Butti, qui, après s'être imposé à l'attention de son pays, com­\nmence à réclamer celle de l'Europe. Lucifer pose le problème de l'union de la\nscience et de la foi. Le professeur Alberini, libre-penseur d'autant plus mili­\ntant qu'il a, jadis, jeté le froc aux orties, a pour collègue et pour ami un\nsavant qui n'a point cessé de croire, Senardi. Le fils du premier, Guy,\ns'éprend de Mathilde, la fille du second, et, malgré la volonté du père catho­\nlique, les jeunes gens s'épousent. Bientôt Mathilde succombe à une pneu­\nmonie subite, et Guy, désespéré, maudit son père qui l'a élevé dans l'igno­\nrance de Dieu et le laisse sans prière dans la détresse. Devant cette faillite de\nson enseignement matérialiste, Alberini, — le Lucifer de la pièce — dont la\nfille aînée a roulé dans la fange, sent s'effrondrer sa foi athée et, tandis que\nsonnent les cloches matinales de Pâques, il murmure : Qui sait?\n    On entrevoit la thèse dramatique et les tirades, d'ailleurs éloquentes, aux­\nquelles elle prête. Les deux caractères que le drame oppose l'un à l'autre sont\nvigoureusement dessinés et beaux tous deux dans leur probité intellectuelle.\n L'interprétation a été excellente. Il faut rendre spécialement hommage à\n MM. Bour et Bourny, à Mlle Berthe Leblanc et Géna Barbieri, dont le\ntalent contribua à assurer le succès de la pièce.\n                                                                            D.\n                                         *\n\n   La Société Nationale des Aquarellistes et Pastellistes\nprouve par son cinquième Salon la fausseté de l'adage : \" Les absents ont\ntoujours tort ». Jamais, en effet, les absents ne furent plus « présents »\nqu'en cette exposition où de loin le visiteur croit sans cesse apercevoir\nsur la cimaise des œuvres de Stacquet, de Cassiers, d'Uytterschaut, alors\nque ces très excellents artistes — les colonnes du temple de la Société\nrivale, la Société royale belge des Aquarellistes — ne sont repré­\nsentés cette fois que par des travaux de leurs imitateurs ou de leurs élèves.\nAilleurs, c'est Bartlett ou Nico Jungmann, dont il semble que des envois —\nun peu faibles — fassent dévier, par leur exotisme, la Société « Nationale »\nde son étroit programme nationaliste. Mais la signature de ces pseudo lavis\ndes maîtres de Volendam est tout de suite rassurante et bien d'ici...\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "382                               DURENDAL\n\n\n  Sans doute, l'amateurisme est un peu débordant aussi en ces salles trop\nvastes pour leur contenu; mais toutes ces réserves faites, on peut citer avec\néloges quelques exposants : MM. Elle, Allard, Georgette Meunier, Bamps,\nJacquet, Toussaint, Boulvin, Schaeken, Gaudy, la baronne Lambert,\nMlle M.-A. Tibbaut et aussi MM. B. Lagye et Verheyden, président et\nsecrétaire de l'entreprise.\n   Puis avec plus d'ampleur et d'imprévu : MM. Constant Montald,— il\nremontre quelques-uns des numéros de son récent Salon au Cercle — Jef\nLeempoels, — il expose cinq cadres d'études de « mains », de sérieux dessin,\npour son tableau : Le Destin et l'Humanité — Willem Delsaux, — il a des\npastels véhéments et bizarrement artificiels ; enfin, Léon Bartholomé, auteur\nd'une eau-forte tirée en couleurs d'après le Bruges le Soir, de Victor Gilsoul,\nd'heureuse réussite.\n\n\n\n   A u C o n s e r v a t o i r e . — Dans une pensée de dévouement charitable,\nqui mérite tout éloge, quelques artistes du Conservatoire, et non des moin­\ndres, MM. De Greef, De Smet, Jacobs et Thomson, appuyés à l'orchestre\npar la direction éclairée de MM. Agniez et Van Dam, ont donné un concert\ndes plus intéressants au profit de la veuve d'un de leurs camarades, moniteur\ndistingué. S. A. R. Madame la comtesse de Flandre honorait le concert de sa\nprésence. Les deux numéros sensationnels du programme ont été le Concerto\nen sol mineur pour piano de Saint-Saëns, un des plus beaux du répertoire,\noù De Greef a été, comme toujours, superbe de verve et d'exubérance juvé­\nnile, et le Concerto en la mineur pour violon de Goldmark, remarquablement\nexécuté par Thomson. Pianiste et violoniste ont été salués d'une ovation cha­\nleureuse et prolongée.\n                                       ***\n\n    A u g U S t a H o l m e s . — Sous les auspices de Mme Beeckman, la zélée\nprésidente de l'Association pour l'Amélioration du sort de la femme, une\nséance a été organisée à la salle Gaveau en souvenir d'Augusta Holmes. Une\nconférence introductive faite par Mme Hirschler a donné un aperçu fort bien\nexposé et documenté de la vie et de l'œuvre d'Augusta Holmes. Au concert\nqui suivait, Mmes Drossart, Méry, Britt, Chollet, Vanden Plas, Delhez,\nartistes amateurs ou professionnelles, ont gracieusement prêté leur concours.\nLe programme de ce concert était ingénieusement combiné de façon à\nmettre en relief les divers aspects du talent du compositeur français. Toutes\nles interprètes ont charmé leur auditoire. Mme Hirschler a très intelligemment\norchestré au piano les transcriptions de deux poèmes symphoniques d'Hol­\nmes. Signalons aussi les exécutions de Mlle Chollet, une jeune violoniste\nd'avenir; le jeu fin, souple et gracieux de la harpiste MIle Britt; les interpré­\ntations chaudes et expressives de la cantatrice, Mlle Delhez.\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                                   NOTULES                                   383\n\n\n   M . H e n r y C a r p a y , directeur de l'Association des Chanteurs de Saint-\nBoniface, vient d'être décoré par le Pape Pie X. Jamais décoration ne fut plus\nméritée. Voilà des années que M. Carpay se dévoue corps et âme avec un\ndévouement sans pareil, à l'œuvre si belle et si méritoire de la restauration de\nl'art musical religieux, puissamment secondé dans ses efforts par le sympa­\nthique et intelligent curé de Saint-Boniface, M. Hallaux, dont la paroisse doit\nêtre citée comme un modèle, en ce qui concerne la musique religieuse. Bien\nlongtemps avant l'encyclique pontificale, la vraie musique religieuse y était\nen honneur. Tout Bruxelles connaît les admirables exécutions de la grande\nmusique de Palestrina qui y sont données avec un art impeccable, aux\ngrandes fêtes liturgiques. Nous offrons à notre ami M. Carpay nos plus\naffectueuses félicitations.\n                                           *\n                                          * *\n   C o n c o u r s d e S o n n e t s . — Le Thyrse ouvre un concours poétique de\nSonnets. Il invite les jeunes poètes de langue française, qui n'auront pas atteint\nl'âge de 25 ans au 15 août 1904, à lui faire parvenir leurs sonnets inédits. La\nprosodie du sonnet est nettement déterminée, mais si des concurrents se per­\nmettent quelques licences que notre époque tolère, le jury appréciera si le\nmérite des poèmes justifie les dérogations aux règles consacrées. Le jury est\ncomposé de MM. Valère Gille, Albert Giraud, Emile Van Aerenbergh. Les\nconcurrents devront transmettre leurs manuscrits non signés, en triple expé­\ndition, au Thyrse, rue de la Filature, 14, à Bruxelles, le 15 août 1904 au plus\ntard. Chaque manuscrit devra être accompagné d'une déclaration, indiquant\nle nom du poète, le lieu et la date de sa naissance, ainsi que le titre des\npoèmes qu'il envoie. Tout poème approuvé sera publié dans le Thyrse qui\nfera tirer à part, sur papier de Hollande, la collection des sonnets primés.\nLes lauréats recevront un exemplaire.\n\n\n  J u l e s L a g a e , dont les bustes de MM. Heymans et Goffin ont été una­\nnimement admirés au Salon de Paris, a été élu membre sociétaire de la\nSociété nationale française des Beaux-Arts. Nous félicitons vivement notre\nami Jules Lagae de cette distinction méritée.\n\n                                      * '*\n  L ' U n i o n d e s A m i s de l'Art b e l g e nous communique le résultat\ndu tirage des œuvres pour la clôture de l'exercice 1903-1904. Voici la liste des\nœuvres gagnées et des numéros favorisés : Tète de Moine de VanHove (n° 143);\nIntérieur de J. Potin (n° 100); L'Archiviste de Van den Bussche (n° 31); La\nSurprise de Vander Meulen (n° 107); Paysage de Van Hove (n° 229); Paysage,\ndessin de Vanderstraeten (n° 67); Walkyrie, marbre de Matton (n° 166).\n   L'Union des Amis de l'Art belge distribuera comme prime pour l'année\n 1904-05, une eau-forte originale et inédite de L. Bartholomé : Dentellières\nd'Epales.\n                                        #\n                                      * *\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "384                                      DURENDAL\n\n\n\n   M . A l b e r s . — C'ert par erreur q u e notre Chronique Musicale de mai\na a n n o n c é le départ de M. Albers. A la g r a n d e joie de ses n o m b r e u x a d m i ­\nrateurs, il a signé avec la direction du T h é â t r e de la Monnaie u n nouvel\nengagement pour l'hiver prochain.\n\n                                               * *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — J . CAPART : L e s débuts de l'art en E g y p t e\n(Bruxelles, Vromant). — C. GUÉRIN : L e cœur solitaire (Paris, Mercure de\nFrance). — J . BERTHEROY : Les dieux familiers (Paris, F o n t e m o i n g ) . —\nA. FRANCE : Crainquebille (Paris, C a l m a n n - L é v y ) . — E . DUCOTÉ : L a\nprairie en fleurs (Paris, Mercure de France). — A. REGGIO : Au seuil de leur\nâme (Paris, P e r r i n ) . — A. RUYTERS : L e tentateur (Paris, Collection de\nl'Ermitage). — Almanach des étudiants catholiques de G a n d , 1904 (Gand,\nSiffer). — V. DE MIRAMON-FARGUES : T e r r e maternelle ( P a r i s , P l o n ) . —\nJ. KLOTH : H e u r e s de loisirs (Brecht, B r a e c k m a n ) . — M. B O U E DE V I L L I E R S :\nLes chevaliers de la T a b l e F o n d e (Paris, Chacornac). — E DANTINNE :\nLes rythmes de douceur (Liège, l'Edition Artistique). — F . MARCHAL : L e\nsergent De Bruyne ( N a m u r , P i c a r d - B a l o n ) . — R . P . O L I V I E R : L e béguinage\nde Gand (Paris, Lethielleux). — M. MAETERLINCK : L e double jardin (Paris,\nF a s q u e l l e ) . — H . CANIVET : L e branle (Bruxelles, Lacomblez). — F . DE\nMIOMANDRE : L e s reflets et les souvenirs (Paris, Bibliothèque de l'Occident).—\nEntretiens sur la Belgique contemporaine (Bruxelles, Larcier). — A. G I D E :\nSaül. Le Roi Candaule (Paris, Mercure de France). — J . RUSKIN : L a Bible\nd'Amiens (ibid). — Correspondance de G. Sand et d'A. de Musset (Bruxelles,\nD e m a n ) . — H . PROVENSAL : L'art de demain (Paris, P e r r i n ) . — C. DE\nPIMODAN : Contes et Légendes du vieux J a p o n (Paris, P l o n ) . — H . B R É ­\nMOND : L e B x T h o m a s More ( P a r i s , Lecoffre). — D . BESSE : Saint W a n -\ndrille (ibid).\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                                                                                          99, rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET ;                                                                             BRUXELLES •\n\n\n                  LE GRESHAM                                      HEItlORE D'ARTS D'AMATEURS\n              Compairnie infime • uturaoeet «or la TIC\n                ACTIF : 2 0 6 , 9 9 9 , 2 4 7\n                      SfuIttrM pays* • \" Baigl^M*\n                                                   francs         P a u l Claessetjs\n                                                                     Sali— Siresietl A II » \" \" I» C»int»Me é> Ftoiién\n              Sapais 1 8 5 6 : 2 8 , 5 0 0 , 0 0 0 f r a n c s\n                   Protpectut H rentngnemenU gratuits\n              8 , plaoe Royal», 8, B R U X E L L E S\n                                                                     24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n\n\n FABRIQUE DE MATELAS\n                         Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                           médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                       BERVOETÏTWÎELEMANS\n                                          FOURNISSEUR DE LA COUR\n           6, 8, 10,12, Rue du Midi « K BRUXELLES\n Usine à vapeur, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                             FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                   37, Rue de l a Charité - BRUXELLES\n                                                                 TÉLéPHONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                   Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                   la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                   RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                          Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, GMcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                             & SONS\n                     NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de 8axe,\n  de Suède et d Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du «chah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Baeh parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. M agner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liait). » « \\ os\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A. Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les jone, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni » a La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Aves-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût* En tons eas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d'Albert. » « Ils sont tellement an dessus de toute critique, qu un\nélege même paraîtrait ridicule Sofia Monter »\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ul'SCII, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "                   VIENNENT IDE PARAITRE\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE. — Plaquette in-8% illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                       fr. 1 2 5\nBRUGES. — L E S P R I M I T I F S . — Plaquette in-8°, illustrée de troisfig.dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                            fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). — Un vol. in-12                              fr. 3 5 0\nC H E P C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL (Paris, Stock). — Un vol.in-i? i 3 5 0\nL E S GENS DE TIEST.par GEORGES VIRRÊS (Bruxelles,Vromant). — U n vol.in-ia i 3 5 0\nQ U I N Z E MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                                 fr. 5 0 0\nLA ROSE E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 5 0\nSUR Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par Auguste Danze et cinq par M™ Jules Destrée,\net de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires 'Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                                                  fr. 15 0 0\nL E S JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                         fr. 3 5 0\n       On peut se procurer ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur CH. B U L E N S , 7 5 , r u e Terre-\n      Neuve, à Bruxelles.\n\n\n    L E STANDARD\nCompagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                   Archives Nobiliaires ne Belgique\n                                                                                rue Stévin, BRUXELLES\n             ACTIF : 2 7 8 MILLIONS                                                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                                                                                      moiries en Belgique et à l'Etran-\n                                                                                      ger. — Attestations officielles de\n   Prinoipaux avantages da la Compagnie                                               noblesse, de filiations et d'armoi-\ni° P o l i c e s incontesta- 3° Tarif a v a n t a g e u x .                           ries.— Copiesofficielles de lettres\n                                                                                      de patentes de noblesse. —\n  bles après deux ans 4° Participation impor-                                         Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date. *                   t a n t e d e s a s s u réadmis                        — Insertions de généalogies dans\na° P r ê t s s u r polices     l e s bénéfices d e l a                                des publications belges et étran-\n  ayant trois a n s de Compagnie.                                                     gères. — Rectifications d'actes\n                                                                                      de l'état civil et adjonctions des\n  date.                      5° Prêts hypothécaires.                                  noms- — Correspondants en pro-\n    S'adresser pour renseignements et prospectus à la                                 vince et a l'étranger —Armoiries\n                                                                                      et documents généalogiques sur\n             DIRECTION            O É N t R A L I                                     plus de 100,000 familles nobles\n28, PLACT DE EROUCKÈRE, 28, BRUXELLES                                                 et patriciennes.\n   Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles          R E N S E I G N E M E N T S\n\n\n\n\n   m                     *\n                                                 Au\n\n                                                 v\n                                                 E\n                                                       ENCADREMENTS*\n\n                                                   DORURE E T SCULP-\n\n                                                 R T U R E SUR BOIS • • « • »\n                                                 D\n                                                 U ESTAMPES•»*»•*«••\n                                                 S\n                                                 S GRAVURES ANCIENNES\n                                                                                                  Par suite de décès\n\n                                                                                                LIQUIDATION\n                                                                                                          DE\n\n\n\n                                                                                               300 VOITURES\n                                                 E\n                                                 N                                             Vente à tonte\n                                                 s                                                  offre acceptable\n                                                 U     N. B.     LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                 c\n                                                 c\n                                                       SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT             71, rue Goffart\n                                                      D AUTHENTICITÉ • •    •    • • • • • •       IXELLES\n                                                 u\n                                                 m\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n        ta, Marché-au-Beie - BRVZSIrZ.ES\n                                   • «•••   —i   g   '' ' • •   . » - — - * -    i\\..<i    •'i       -r\n\n     Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue l 1 1/8 P- e. s a n s eommission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine} intérêt •ariablet moyenne 1 9 0 8 t 9 . 8 7 p. e.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Kflets, ete.\n                                   ORDRES DB BOURSE\n               Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous p a y s\n             Prêts sur Titres. — Garde de Titres. .— Location de CoOres-Forts\n\n\n\n      LA RÉSERVE MUTUELLE                                                HOTEL DU PHARE\n              de»          ÈTATS-VlttS\n     COMPAGNIE 0A8SURAHCE8 A PRIMES FIXES\n                anr la            V i e\n\n\n\n\n                                                                                                      «•nu* r*s\n     EwcÀigaimwT Aimun. , . * i         40 Millions\n     SIHBTBBS FAT*» . »              250 Millions                        MM.              PARRED & JAEGER\n                                                                            Andêitê ffopfiéêsiftt é$ m foMfiw lÀOftndjratentComtMrcê\n         Combinaisons très intéressantes\n      OlIEtTIOI eËNÊMU N U I LE MNTMENT OC L'EMOPt\n          S, r u e H a l é r y , P A B I g (©•)\n                                                                                CHAMB1EJ AVEC PEHSIOH M 5 ff.WT jMir\n          DIRECTION POUR LA BELGIQUE                                                      Grand a i r — B e l l e situation\n     1 8 , r u e du Rouleau, B R U X E L L E S                             — ComaonicaUon* heuw *TM Bnnwlle* * Ylee-vma -»\n                                                                                  CUISINE ET CAVE RENOMMÉES\n\n\n\nEntremise de D i i l u p c i t i                                                POUT VOS CIGALES FIJÏS\n                                                                                                 adresses-voue * la\n            ET TRANSPORTS\n -    POUR            TOUS              PATS —                          MAISON AMÉRICAINE\n                                                                                                 DÉPÔT OE FABRIQUE\n\n                                                                                15 — Avenue Louise— 15\n                                                                                     BRUXELLES\n                                                                        P.-S. - Iidfagesrfpllersle cigare: le la Varans\nVoiiuras i I, 2, 3 et 4 chevaux\n                                                                        CHOCOLAT                               BIESWAL\n            WAGONS CAPITONNÉS\n\n     On traita à l'heure et à forfait\n                                                                        CHOCOLAT                               BIESWAL\n                                                                        CHOCOLAT                               BIESWAL\nJules R O L A N D C H O C O L A T                                                                              BIESWAL\n          2 5 , r u e «Tldalie, 2 3\n      IXELLES-BRUXELLES                                                 CHOCOLAT                               BIESWAL\n             TÉLÉPHONE 6 9 6 9                                          CHOCOLAT                               BIESWAL\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "Imprimerie .Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1904-06", "signet_source": "Onzième année - N°6 - Juin 1904", "preuve": "Couverture conservée (PDF 388) : « Juin 1904 — IIme Année — N° 6 » ; sommaire imprimé « Sommaire du n° 6 (Juin) » (PDF 390) ; les Notules et la Chronique musicale renvoient à la « Chronique Musicale de mai » (rectification sur M. Albers, p. 384) ; Concours de Sonnets du Thyrse avec échéance au 15 août 1904.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}