{"numero_id": "ulb-durendal-1904-livraison08", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-201", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Août 1904", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 545, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "Août 1904                                                                 n\"»* Année.                                N» 8.\n\n\n                                                                                                                 ®\n\n\n                >UBB\n\nww\n           REVUE CATHOLIQUE ©'ART\n                          <0E LITTERATURES\n\n\n\n\n                                                                                  •   •\n                                                                                      ,• •\n                                                                                                           • •\n                                                                                                        • •,\n                                                                                                      • • •\n                                                                                                       • ••\n                                                                                                       •T •\n                                                                                                       •    •«\n\n\n                                      •           •           •\n   •   •\n                •         •\n            •     •                                       •           •\n                •     •       •           •           •\n                                                                          •       •\n                                                  •               •                          •   •\n                              •           •\n                                  •           •           •\n                                                                      •       •\n\n\n\n                                                                                                     y -é\n\n  B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine de la Société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 546, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 4516, "texte": "Domaine de la Société \" Lfl WESTEXDfllSE\n\n                                     Lfl PLACE DE WE8TENDE\n                               est située aux bords de la mer du Nord,\n                         entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fin-\n                         Cette nouvelle station balnéaire n'a paa tardé à\n                         attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                         d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                         le confort à la simplicité dans des conditions très\n                         avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                         le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                         saison. lies bains sont gratuits; le service de sauve-\n                         tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                         munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                         aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                         tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades a ânes.\n  Villas et Terrains     Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-        Villas et Cottages\n                         phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n       A VENDRE          d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de le                   *\n                         digue, des avenues, des villas et des cottages.                LOUER\n     par annuités\n\n\n                                 HALLES WE8TENDAI3E8\n                           Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                         villas et cottages Toutes les marchandises: épiceries,\n                         conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                         bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                         dans des conditions très avantageuses et sont tou-\nL.       ^v              jours de premier choix.\n                                                               Lie Wastend' Hôtel est ouvert du a5 mai\n                                                               au 28 septembre       Pension de 6 à 16 fr\n                                                              par jour. Aux commencements et fins de\n                                                              saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND» HOTEL                                                tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                               prolongé a l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                               ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n     DIGUE                                                        rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                    Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone                                                                  confortable. Balcons et Ter-\n                                                                            rasses. Salle de musique.\n                                                                              Salle de billard. 6alle de\n                                                                                récréations p* enfants.\nSODDELKERKE                                                                         Salons de lecture, de\n                                                                                          correspondan-\n                                                                                         ce. Cuisine soi-\n                                                                                         gnée. Caves re-\n                                                                                          commandées.\n                                                                                          Appartements\n                                                                                          aveesaloa.\n\n      Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique régulière\n     Gonununications téléphoniques avec toute la Belgique es les réseaux étrangers voisins\n                                      A B R U X E L L E S , 5 3 » , rue Capouillet;\n       renseignements, s'adresseï { ^ . W E S T E N D E , a l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                           P l a g e ou a u \"Westend'HôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL R E V U E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 547, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "DURENDAL\n       R E V U E C A T H O L I Q U E D'ART E T D E L I T T É R A T U R E\n\n\n                                     1904 — i l * Année\n\n\n\n                       Sommaire du n° 8 (Août)\nH E N R I D E R É G N I E R . — La voix                                                  449\nL É O P O L D C O U R U U B L E . — Lucienne                                             4^o\nF H K N A N D S É V E R I N . — Eléonore       d'Esté                                    4^7\nJ O S E P H R Y E L A N D T . — Les dernières sonates          pour        piano   de\n                                 Beethoven (suite)                                       4^8\nP I E R R E R O M I L E . — La prière    de Chérubin                                     4^5\nARNOLD G O F F I N . — La peinture                 classique   et     la      peinture\n                          romantique                                                     4^7\nJ E A N B E R N A R D . — Strophes                                                       ^8i\nFRANZ A N S E L . — Trois poètes           :\n                           Emile        Verhaeren;\n                           Charles      Van     Lerberghe;\n                           Fernand      Séverin                                          4^a\nCOMTE G. D'ARSCHOT. — Notes de                     voyages.\n                                    Dans le Nord :\n                                         I. En Russie;\n                                        II. En Suède                                     49a\nC H A R L E S MAKTENS. — Les images religieuses                 artistiques de la\n                                  « Leo-Gesellschaft          »                          49^\nLivres et revues                                                                         499\nNotules                                                                                  5og\nIllustrations    : Le D a n t e e t V i r g i l e a u x enfres ( E . DELACROIX) ;\n                   Madame R é e a m i e r ( D A V I D ) .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 548, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 120, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE                     D'ART ET DE                   LITTÉRATURE\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 548, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 375, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 33, à Brucelles)\n                                P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 548, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 845, "texte": "Comité de rédaction               de D u REND AL :\n                         M M . H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                   Secrétaire de la Rédaction ; GEORGES V I R R È S\n                             Correspondant de la rédaction à Paris :\n                 M. 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ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                       L'abbe H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J. K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                     VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                 GODEFROID KURTH.\n      MARIE CLOSSET.                                       L . DE LA L A U R E N C I B .\n     L'abbe AUG. CUPPENS.                                  L'abbe L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                               S E B . - C H . LECONTE.\n      L e baion JOSÉ DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES MARTBNS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                    P A U L MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKB.                     EDOUARD N E D .\n     L e baron G. DELLA FAILLE.                            MAURICE OLIVAINT.\n     EUGÈNE DEMOLDER.                                      ERNEST PÉRIBR.\n     D o m BRUNO DESTREE.                                  GEORGES RAMAEKERS.\n     JULES DESTREE.                                        GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.\n      MAURICE DULLAERT.\n      T. ESQUIROL.\n                                                           i OSEPH RYELANDT.\n                                                            \"ERNAND SÉVERIN.\n                                                           HENRY V A E S .\n      EMILE FERMAUD.                                       ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                     CHARLES VAN LERBBRGHB.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                 EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GILKIN.                                         L'abbé F R . VERHBLST.\n                                                           LÉOPOLDWALLNER.etC,             etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nUsera rendu compte dans DURENDAL        de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à U Ridactto»\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d abonnements, s'adresser *aa\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Grand Cerf, poar la publicité, 8 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 450, "page_fin": 456, "titre_corps": "Lucienne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léopold Courouble", "ancre_debut": "Lucienne COMME j'étais mignon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 549, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "Lucienne\n\n                 COMME j ' é t a i s\n                                « mignon » — je le sais depuis que\n                 je ne le suis plus, c'est-à-dire depuis longtemps\n                 — l'abbé Bonfils s'imagina un jour que je ferais\n                 un parfait enfant de choeur.\n                    Il ne se t r o m p a i t p a s ; je servis la messe avec\n                 beaucoup de dextérité. Je maniais crânement\n                 les énormes missels ; j'étais un attentif échanson\n                 et je savais donner à ma clochette des sonorités\npleines d'injonction ou de douceur.\n   J'appris aussi très vite à balancer et à faire fumer un encen­\nsoir, ce qui me valut des succès d a n s les fêtes carillonnées.\n   Mais il est juste d'avouer que je partagais l'admiration des\ncondisciples avec mon ami P e d r o d'Equilaz, un gentil Vénézué­\nlien — peau cuite, ardentes prunelles, — qui n'était pas plus\nhaut que moi et dont les qualités d'assistant, pour n'être\npas aussi appréciées que les miennes, n'en étaient pas moins\nestimables.\n   Au vrai, nous formions tous deux un couple joliment\ncontrasté : lui, tout noir et bronzé; moi, tout blond et pâlot;\nle Midi et le Nord, L a t i n et Celte.\n   Les bonnes sœurs de l'infirmerie n'étaient pas insensibles\nà notre charme enfantin : elles nous caressaient avec une\ncertaine complaisance et nous choyaient bien mieux que les\nautres gosses.\n                                     *\n   L ' a b b é Bonfils avait une taille au-dessus de la médiocre.\nIl était svelte, bien pris dans sa soutane irréprochable et qui\n\n  (1 ) Extrait des « Mémoires d'un L y c é e n », deuxième p a r u e de La Maison\nEspagnole qui paraîtra chez MM. Lebègue en octobre prochain.\n"}, {"page_pdf": 550, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "                               LUCIENNE                              451\n\n\n me sembla toujours neuve, peut-être parce qu'il en avait beau­\n coup de rechange. Si je me rappelle bien, le jeune aumônier\n descendait par sa mère d'une ancienne famille du P i é m o n t ; il\n montrait encore, gravée sur la cuvette d'une antique « tocande »,\n la patte d'ours, emblème de ses aïeux.\n    C'était un prêtre propre, coquet même, mais sans nulle\n affectation. Il était blond, d'un blond tirant légèrement sur le\n roux, et lissait ses cheveux avec soin.\n    Sa figure, d'une carnation animée, respirait la bienveillance.\n Malheureusement ses yeux étaient faibles; il devait les ren­\n forcer à l'aide de belles lunettes d'or.\n    Enfin sa parole, pleine de douceur, charmait et pénétrait.\n     L'abbé Bonfils était populaire. On le préférait au premier\n aumônier, M. B . . . , qui avait certainement ses qualités lui aussi,\n mais dont le verbe était rude et même assez bourru parfois.\n Celui-là, je crois que c'était un curé têtu et fanatique, sans\n aucune finesse. Il nous ordonnait de croire sous menace de\n pensums et n'avait aucun respect pour les doutes de notre\n conscience. Sa grosse voix grasse nous effrayait un peu. Sa\n figure, toujours mal rasée, souriait rarement et sans naturel :\nelle avait quelque chose d'un César brutal. J'avoue aussi que\nl'homme ne se soignait pas : il avait son fumet... Sa soutane\n luisait, montrait la corde, et se poudrait aux épaules de pelli­\ncules. Au fait, le père B . . . était probablement un grand saint.\n    M. Bonfils, lui, séduisait par la distinction et la cordialité de\nses manières. Ses mains longues, ses doigts en filière eussent\ntenté le pinceau de Van Dyck. Et puis il sentait bon la violette\nde deux sous !\n    Il aimait les petits et leur était, pour ainsi dire, maternel.\nDès qu'il apparaissait dans les cours, les jeux cessaient instan­\ntanément et tout le monde accourait au-devant du jeune a b b é ;\nil savait de bien plus jolies histoires que le père B . . . et les\nracontait, pour le plaisir, sans prendre souci d'y enfermer une\nmorale ennuyeuse. C'était un a r t i s t e ; les fées, l'ogre, les génies\ndu cycle arabe ne lui inspiraient aucune répugnance, et il\nnous captivait par le récit savamment filé de leurs admirables\naventures.\n    M. Bonfils m'avait i m m é d i a t e m e n t distingué à cause de ma\ntristesse; il conçut pour moi une vive affection en appre­\nnant que j ' é t a i s étranger, sans « correspondant » à Paris et\n"}, {"page_pdf": 551, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "452                            DURENDAL\n\n\nque je ne sortais jamais le dimanche. Aussitôt, il s'ingénia\nde toutes manières à adoucir mon exil : je fus son préféré,\nson « chou-chou ». Au lendemain des vacances, q u a n d le\ncœur encore tout saignant d'avoir quitté la maison pater­\nnelle,je pleurais sans répit, escomptant presque la mort — oui,\nla mort — comme une joie! il me prenait sous le bras et se\npromenait avec moi dans la sombre cour. Il m'exhortait au\ncourage avec des paroles émues que j ' e n t e n d s encore :\n    — Allons, petit, disait-il, sois raisonnable. T u pleures parce\nque tu as quitté ta m a m a n . . . Mais la séparation n'aura qu'un\ntemps. Trois mois, c'est si peu de chose q u a n d on travaille\nb i e n ! Voyons, tu les reverras tes p a r e n t s ! Les vrais malheu­\nreux, ce sont ces pauvres petits, et il y en a tant parmi tes\nc a m a r a d e s ! qui n'ont plus ni père ni m è r e . . . A toi, le bon\nDieu les a conservés. Et tu es triste et tu p l e u r e s ! Mais tu\ndevrais être heureux au contraire en pensant à la joie que tu\néprouveras à les retrouver!\n    Il ne me parlait j a m a i s sans que je fusse réconforté et je\nl'aimais de tout mon cœur.\n\n\n\n    C'est pour adoucir ma peine qu'il m'avait décidé à chanter\nau lutrin, et s'était avisé de m ' a p p r e n d r e à servir la messe.\n    Il fit mieux. Afin de nous recompenser, l'ami P e d r o et moi,\nde notre application, il nous e m m e n a i t en promenade le\ndimanche, après vêpres. Nous allions au Point-du-Jour, à\nSuresnes, à Châtillon. Parfois aussi, l'abbé Bonfils nous\nconduisait dans de modestes collèges ou des hospices du voisi­\nnage dont les pères directeurs étaient de ses amis et où l'on\nnous faisait grande fête.\n    Enfin, un jour — jour délicieux et dont le souvenir dilate\nencore mon cœur — M. Bonfils nous mena chez les parents de\nnotre condisciple Maurice L . . . , qui possédaient, à Clamart,\nun beau cottage entouré d'un jardin magnifique.\n    Ah l'accueil cordial! Il y avait là beaucoup de m o n d e , toute\nune « potée » de parents parisiens bien fournis en petits garçons\net en fillettes. M me L . . . , grosse d a m e plantureuse c o m m e une\nF l a m a n d e , s'attendrit tout de suite sur le sort de ces deux\npetits exilés et nous embrassa avec emportement. P u i s , sans\n"}, {"page_pdf": 552, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "                                LUCIENNE                              453\n\n\nperdre de t e m p s , elle organisa un goûter plein de sirops, de\nconfitures et de petits fours.\n   Après quoi, on nous donna la volée, tandis que les grandes\npersonnes s'installaient sous la véranda autour de l'abbé\nBonfils qui c h a r m a i t tout le m o n d e par sa voix suave, son\nesprit doux et caustique comme celui d'un Fléchier ou d'un\nFénelon.\n   Conduits par ce joufflu de L . . . , nous nous répandîmes dans\nle parc au milieu d'une ribambelle de cousins et de cousines.\nCe fut très gai. C o m m e nous avions atteint une sorte de petit\nbois, nous délibérâmes sur ce que nous pourrions bien faire.\nL e s avis se multipliaient et l'on n'aboutissait à rien quand\nL u c i e n n e , la grande cousine de L . . . , une jolie demoiselle de\ntreize à quatorze ans, proposa de jouer tout bêtement à cache-\ncache, ce qui fut accepté. Aussitôt, d'une petite voix impé­\nrieuse, elle nous c o m m a n d a de faire le cercle et commença :\n\n                         Une poule sur un mur\n                         Qui picote du pain dur\n                         Picoti, picota...\n\n   P e d r o et moi, nous fûmes i m m é d i a t e m e n t hors cause. C'est\nl'ami Maurice qui resta le dernier. On le pria de tenir le « but »\njusqu'à ce que nous eussions crié « fini » et la troupe s'éparpilla\ndans toutes les directions.\n   P o u r P e d r o et moi, qui ne savions pas les bons repaires,\nnous demeurions un peu hésitants lorsque L u c i e n n e nous prit\npar la main :\n   — Venez, vous deux, je connais une cachette introuvable.\n   Et rejetant sur le dos son opulente chevelure brune d'un\ncoup de tête plein de mutinerie, elle nous entraîna en courant.\n   Bientôt nous rencontrâmes un petit mur que nous franchîmes\nsans difficultés pour sauter dans un superbe verger rempli\nd'espaliers. Nous nous arrêtâmes un peu essoufflés.\n   — Maurice ne nous découvrira j a m a i s ici, dit la fillette en\nriant, nous sommes chez le voisin!\n   E t comme nous restions ahuris, légèrement inquiets de cette\nviolation de propriété, elle nous rassura :\n   — O h ! j'ai la permission; je puis cueillir ici tous les fruits\nque je veux... Je vous recommande les framboises blanches,\nelles sont délicieuses! Mangez, ne vous gênez p a s . . .\n"}, {"page_pdf": 553, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "454                             DURENDAL\n\n\n   P e d r o , qui était g o u r m a n d , considéra cette invite comme\nun ordre et se plongea aussitôt dans un épais buisson de\nframboisiers.\n   Quant à moi, je fus très comme il faut : je dis que je\npréférais visiter l'enclos.\n   — Alors, viens avec moi, fit Lucienne en me t u t o y a n t sans\nfaçon, là-bas sont les couches...\n   Elle m'avait repris par la main et je marchais t i m i d e m e n t à\ncôté d'elle, heureux, ravi, charmé par cette gamine si jolie, si\ndélibérée s u r t o u t ! Ah que j ' é t a i s enchanté d'être si petit et de\nparaître moins vieux que je ne l'étais! Car j ' a v a i s treize ans\nsonnés.\n   E n cheminant, L u c i e n n e m'interrogeait :\n   — C'est toi, le petit Belge, pas?\n   — Oui, je suis de Bruxelles.\n   — C'est loin, pas?\n   — Très.\n   — Alors, on vient j a m a i s te voir?\n   — Jamais.\n   — C'est triste, pas?\n   — O h ! oui...\n   A ces mots, elle passa les bras autour de mon cou et, adora-\nblement maternelle, elle m'embrassa avec tendresse :\n   — Ecoute, quand j'irai voir Maurice au Lycée, je dirai\nqu'on t'appelle aussi au parloir. Nous jouerons dans le p a r c . . .\n   Je rougis, je balbutiai des remerciements. Mais nous étions\narrivés devant les melons :\n   — Regarde, c'est des cantaloups!\n   Mais je ne regardais que L u c i e n n e . C o m m e n t m'y prendre\npour lui rendre son baiser? Car je tenais à être poli avant t o u t . . .\n   Hélas! en ce moment, P e d r o , gorgé de framboises, commit la\nmaladresse de nous rejoindre : j ' e n éprouvai un dépit excessif,\nun vrai sentiment de jalousie.\n   — On nous appelle, dit cet importun, je crois qu'il est temps\nde retourner...\n   N o u s avions complètement oublié la partie de cache-cache\net M. Bon fils. Il fallut sortir du verger c h a r m a n t .\n   D e nouveau, Lucienne nous avait pris par la main :\n   — Je connais un chemin de traverse, nous serons tout de\nsuite arrivés.\n"}, {"page_pdf": 554, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "                             LUCIENNE                            455\n\n  Nous rentrâmes sans nous presser. Cette fois, ce fut P e d r o\nqui subit l'interrogatoire :\n   — T o i , t'es un Espagnol, pas?\n  — Oui, de Caracas.\n  — Quel drôle de n o m ! E t c'est loin?\n  — Oh oui, t r e n t e jours sur la mer.\n  — Alors, on vient j a m a i s te voir?\n  — Mes parents, j a m a i s . Mais j'ai mon correspondant.\n  — Dis, c'est triste?\n  J'attendais la réponse avec un émoi indicible tant je\ncraignais qu'elle ne fût suivie d'un baiser aussi doux que celui\nque j'avais reçu. H é , ce gaillard de P e d r o était très beau ! Par\nbonheur, il n'était pas sentimental pour un sou. Il répondit\nsans fard :\n   — Mais non, je m'amuse très bien à P a r i s .\n   — A h ! fit Lucienne étonnée.\n   E t rengainant son attendrissement, elle hâta le pas sans\nplus s'occuper de ce jeune t r a n s a t l a n t i q u e .\n\n\n\n  — E h bien ! s'écria M m e L . . . , q u a n d nous fûmes arrivés à\nquelque distance de la maison, où donc étiez-vous cachés? On\nvous cherche depuis un quart d ' h e u r e ! M. l'abbé est très\nmécontent...\n  L u c i e n n e prit tout sur elle avec une si jolie bravoure que\nM. Bonfils sourit :\n  — Rassurez-vous, mon enfant, dit-il aussitôt, vous êtes\nune c h a r m a n t e demoiselle et l'on vous pardonne de grand\ncœur.\n   Il fallait partir. M me L . . . et quelques autres jeunes dames\nnous serrèrent é p e r d û m e n t dans leurs bras et nous prîmes\ncongé de Maurice ainsi que des petits cousins et cousines\nque nous avions à peine entrevus.\n   Mais comme l'on nous reconduisait processionnellement à\nla grille du château, Lucienne, qui marchait à côté de moi,\nprétendit me montrer un petit chemin bordé de buis qui\ncontournait un parterre et là, derrière un massif de rhodo­\ndendrons, elle me fourra vivement dans la poche un paquet de\nchocolat :\n"}, {"page_pdf": 555, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1018, "texte": "456                               DURENDAL\n\n\n\n   — Ce sera pour manger avec ton pain de q u a t r e heures...\n   Et elle m'embrassa en ajoutant :\n   — Sois tranquille, mon petit, je viendrai te voir.\n\n\n  Elle ne vint pas et je ne la revis jamais. Car l'année suivante\nmon ami L . . . passa à Charlemagne, tandis que M. Bonfils,\npromu, je crois, premier aumônier dans un lycée de P a r i s ,\nnous quittait pour toujours.\n  Mais je n'oubliai pas le cher abbé. E t pour cette L u c i e n n e ,\nqui jouait déjà si bien à la m a m a n , je n'y pensais jamais,\ndans mes tristesses de bagnard, sans être consolé. Elle fut la\npetite fleur bleue et comme la Picciola de mes p r i s o n s !\n\n                                             L É O P O L D COUROUBLE ( I ) .\n\n\n\n\n   ( I ) Cette historiette était contée, lorsqu'au mois de juin dernier, en\nvisitant le Lycée de Yanves, j'appris que M. Bonfils occupait aujourd'hui\nle siège épiscopal du Mans. Ce prêtre, plein d'érudition et de b o n t é , devait\nmonter à la prélature.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 457, "page_fin": 457, "titre_corps": "Eléonore d’Este", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "Eléonore d'Este", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 556, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 722, "texte": "Eléonore d'Este\n\n« Tan cœur, ô 'Turqualo, bat-il pour la princesse?\nTâche de l'épurer, cette obscure    tendresse\nDont sa sérénité n'accepte que la /leur.\nNul n'est digne de moi, s'il ne devient       meilleur.\nCertes, parmi les biens que le destin nous prête,\nQuelques-uns,   et ce sont les moins beaux, ô poète,\nSont une proie offerte à l'orageux     désir.\nMais il en est qu'on brise en voulant les saisir,\nTu le sais; et l'amour est de ces biens       suprêmes.\nSi, comme tu l'as dit, il est vrai que tu m'aimes,\nSouviens-toi  que l'amour se mesure aux         respects,\nEt ton cœur agité retrouvera la paix. »\n\n\n                                           FERNAND    SÉVERIN.\n\n\n\n\n                        ^\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 458, "page_fin": 464, "titre_corps": "Les dernières Sonates pour piano de Beethoven", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "Les dernières Sonates pour piano de Beethoven", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 557, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "Les dernières Sonates\n          pour piano de Beethoven\n                                (Suite)\n\n\n\n               LES trois sonates qui nous restent à étudier sont —\n                 si je peux m'exprimer ainsi — d'une spiritualité\n                  plus haute que les deux précédentes. C'est en\n                  partie l'impression finale qui fixe le caractère\n                  moral d'une œuvre. Or, voyez les finales bril­\n                  lants et mouvementés des deux œuvres précé­\n                  dentes. Voyez au contraire l'effort d'idéalité\n                  quasi religieuse dans la conclusion des trois\nsuivantes. Les sonates en la et en si bémol portent à l'action, à\nla lutte. L e sentiment dominant de celles en mi, la bémol\net ut mineur est plus contemplatif. L'auteur semble avoir\nentr'ouvert les portes de l'au-delà. Ces trois dernières œuvres\nont d'ailleurs été composées à des dates très rapprochées.\n\n                     S o n a t e en mi (Op. 109)\n                            Composée en 1821\n      I. Vivace ma non troppo (mi).\n    II. Prestissimo (mi mineur).\n  III. Andante molto cantabile (mi).\n                                     such harmony is in immortal souls : but,\n                                   whilst this muddy vestures of decay dolh\n                                   grossir close it in, wee cannol hear il.\n\n   Shakspeare met en scène deux amoureux contemplant les\nétoiles. Et l'amant dit à sa bien-aimée : « P a r m i tous ces astres\nd'or, il n'en est pas un qui, dans son cours, ne joigne sa céleste\n"}, {"page_pdf": 558, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                   459\n\n\nmélodie au chœur des chérubins aux yeux jeunes. Pareille\nharmonie existe clans l'âme immortelle, mais, tant que ce vête­\nment de boue et de corruption l'enferme, nous ne pouvons\nl'entendre. » ( T h e merchant of Venice.)\n   P a r manière d'interprétation, on pourrait dire, qu'en cette\nsonate « spiritualisée », Beethoven a voulu dégager la divine\nmélodie de l'âme et nous la faire entendre. L'œuvre présente\nune opposition d'élément humain et de visions tout idéales.\n   E n notre temps de chromatisme à outrance et de désespérance\nen mineur, il est à remarquer que, même à l'apogée du génie,\net à l'époque la plus triste de sa vie, l'espérance continue à\nilluminer l'œuvre — parfois si douloureuse d'ailleurs — du\nmaître. Des cinq dernières sonates, la dernière seule débute en\nmineur. Encore finit-elle radieuse, tout comme les cinquième et\nneuvième symphonies.\n   L e premier morceau présente d'abord un thème ailé :\n\n\n\n\nEst-ce la vision et le chant de l'âme immortelle? Quoi qu'il en\nsoit, au bout de quelques mesures jaillit un motif (adagio)\npassionné, effusion sublime, bras tendus amoureusement vers\nla figure apparue :\n\n\n\n\n   Mais les harmonies se volatilisent, se dissipent comme de la\nfumée d'encens. L a vision était trop belle pour être vraie...\nP o u r t a n t — T e m p o I — la voilà qui reparait plus haut, planant.\nIci se présente un commencement de développement du premier\nsujet. Mais une nouvelle ligne mélodique se dessine aussitôt. L e\nrythme seul persiste. Peu à peu, par le crescendo, la douce\n"}, {"page_pdf": 559, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "460                         DURENDAL\n\n\n vision semble devenir plus tangible et la rentrée du premier\nthème est très brillante (mesure 32 depuis le T e m p o 1).\n   Alors, une seconde fois, le thème de l'adagio lance sa fervente\nsupplication... E n vain. Le même phénomène que la première\nfois se reproduit. T o u t s'évanouit. Après cela, l'être idéal se\nmontre encore, mais si h a u t . . . si loin... Quelques accords\ncalmes expriment une résignation tranquille parce que l'espoir\nsurvit. E t c'est sans amertume que nous entendons s'éloigner\nla voix céleste.\n   Malgré les apparences fantaisistes, les divisions essentielles\nde la sonate se retrouvent en ce morceau. Le premier thème,\nen mi, est suivi d'un contre-sujet (adagio) dans le ton de la\ndominante si. Au tempo , modulations I et développements sur\nle rythme du premier thème. Rentrée de celui-ci en mi. Retour\ndu contre-sujet dans le ton fondamental. Coda.\n   L e deuxième morceau est un réveil brusque de la passion\nhumaine, une chasse éperdue après la jouissance. L e prestissimo\nen 6/8 lui donne une allure vertigineuse.\n   L a première phrase est fortement accentuée, soutenue par une\nbasse que nous retrouvons plus loin (thème 7) comme thème\nindépendant.\n\n\n\n\n  A la neuvième mesure répondent des accents plus plaintifs :\n\n\n\n\n   Ensuite parait dans les basses un thème d'angoisse mysté­\nrieuse\n"}, {"page_pdf": 560, "page_imprimee": 461, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN             461\n\n\n  Il se répète très expressivement et nous conduit au ton de la\nquinte, si mineur. Dans cette tonalité nouvelle se poursuit la\ncourse sans merci. L a mélodie est toujours dans les mêmes\nrythmes fiévreux. Observons à la mesure 49 une légère\naccalmie dans les sentiments tumultueux. Mais la basse aussitôt\nscande violemment un thème farouche,\n\n\n\n\nrepris par la partie supérieure, et cette période finit par une\nmélancolique phrase-coda qui n'est autre que la basse du\nthème 3. Ce petit motif subit des développements expressifs et\noriginaux en imitations qui se répètent d'écho en écho.\n\n\n\n\n  L a course s'interrompt un moment comme pour attendre une\nréponse... Rien... E t l e premier thème reprend safuite désespérée\ndans le ton primitif. A noter le passage direct de l'accord de\ndominante de si mineur au ton de mi mineur.\n  L a conclusion se fait par un crescendo bref et tragique sur\nquelques accords très simples.\n  Par un contraste vraiment émouvant, voilà que s'élève le\nchant du finale, plein d'onction et de divin amour. Rien\nde plus spontané, de plus touchant que cette mélodie. Elle va\ndroit au cœur. Est-ce l'harmonie de l'âme immortelle dont nous\nparlions tantôt qui, laissant passer les bourrasques de la\npassion, se fait de nouveau entendre? Elle débute ainsi :\n\n\n\n\n  L a forme du finale est celle d'un thème avec six variations. Ace\npropos, remarquons que, dans ses sonates pour piano, Beethoven\n"}, {"page_pdf": 561, "page_imprimee": 462, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "462                           DURENDAL\n\n\na fait usage du thème varié une première fois dans la petite\nsonate en sol, op. 10; ensuite dans la sonate en la bémol op. 26,\nd'une manière admirable. U n e nouvelle phase de la variation\nbeethovenienne se manifeste dans le génial andante de l'op. 07,\noù le thème semble monter toujours de sphère en sphère.\nL a sonate dont nous nous occupons et la dernière en ut mineur\nmarquent le sublime du genre. L e style des variations en est\nsi grand et il y a une telle unité dans leur enchainement que ce\nsont de véritables créations. Il faut signaler aussi les trente-trois\nvariations de Beethoven sur une valse de D i a b e l l i , o p . 120, qui\nconstituent, non pas ce que l'illustre artiste a fait de plus élevé\nen ce genre, mais bien ce qu'il a fait de plus fort. E n effet, sur\nce thème médiocre il a construit la fantaisie la plus vivante, la\nplus étonnante qui soit, et il en tire des trésors de passion,\nd'humour et de mystérieuse poésie. De même que Beethoven\na introduit le drame des passions dans le cadre de la sonate, de\nmême le thème varié est devenu entre ses mains une création\ncyclique, admirable poème h u m a i n , et non plus une juxtaposi­\ntion ingénieuse de transformations d'un premier sujet.\n  L a première des présentes variations exprime une volupté\nsereine et calme. Elle est comme la continuation du thème ou\nplutôt comme un nouveau t h è m e :\n\n\n\n\n   Dans la deuxième variation, on trouve des doubles croches se\nrépondant deux par deux, lointaine analogie r y t h m i q u e avec le\nsujet du début de la sonate. C'est un battement d'ailes légères\nd'un oiseau du ciel :\n\n\n\n\n  A la neuvième mesure, la voix humaine répond et ainsi s'en­\ngage un dialogue charmant et émouvant\n"}, {"page_pdf": 562, "page_imprimee": 463, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 929, "texte": "    LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN             463\n\n\n  C'est, dans un tout petit cadre, le colloque de Siegfried\net de l'oiseau légendaire qui lui annonce le bonheur. P a r un\ncontraste, comme Beethoven les aime, après cette petite scène\némue, voici la variation I I I qui pique son thème humoristique\nsur un roulement de doubles croches :\n\n\n\n\n   Ce n'est qu'un intermède, car la variation IV nous ramène au\ncaractère sérieux du sujet. C'est un enlacement passionné de\nlignes, une guirlande de fleurs idéales :\n\n\n\n\n   L a variation V offre un développement contrapuntique serré\net un peu lourd sur ce thème :\n\n\n\n\n   Elle nous conduit par un nouveau contraste à la variation\nfinale qui est surhumainement belle. L e thème y apparaît à nu\nmais soutenu par une pédale supérieure de si :\n\n\n\n\n   La pédale frappe des noires, puis des croches, puis des\ntriolets, des doubles, des triples croches, enfin se transforme en\n"}, {"page_pdf": 563, "page_imprimee": 464, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 691, "texte": "464                          DURENDAL\n\n\ntrille scintillant qui devient pédale de basse à la mesure 17.\nAlors il y a un roulement merveilleux de notes aériennes. L a\nmélodie transparait piquée comme en petites langues de feu.\nT o u t le ciel ruisselle d'une lumière intense qui peu à peu pâlit,\ns'éteint et nous laisse finalement le thème nu en sa touchante\nsimplicité.\n   L a voix céleste s'est tue. Le ciel s'est refermé. Mais les trésors\nde l'âme nous ont été entr'ouverts et l'idéale consolation nous\nen est restée... Seules les variations de la dernière sonate\ndépassent peut-être ces pages sublimes.\n\n                                              JOSEPH   RYELANDT.\n\n  (A   continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 465, "page_fin": 466, "titre_corps": "La Prière de Chérubin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Romiée", "ancre_debut": "La Prière de Chérubin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 564, "page_imprimee": 465, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "La Prière de Chérubin\n— A la nue indécise accoudant ton ennui,\nComme aux balcons de marbre une duchesse altière,\nMon rêue te salue, ô belle, ô pâle Nuit!\nTu n'entends point la Ville élever sa prière,\nEt le branle éperdu de ses mille clochers\nTe laisse ardente, ainsi qu'un immobile cierge.\nDes saphirs, par tes doigts à l'azur      arrachés\nDe leurs pâles éclairs constellent ta main vierge.\nJe viens vers toi, ô pâle, û belle nuit d'été!...\nMe connais-tu? Je suis celui que l'ombre étonne.\nSous ton regard chargé de sombre volupté.\nJe ne suis qu'un enfant et je tremble,       effrayé\nD'être un page timide, amoureux de sa reine\nEt jetant un appel craintif et bégayé :\nJe tremble des clartés que ta parure        traîne!\nPourtant, je les ai vus, tes pâles     courtisans,\nCeux du songe des nuits et de la Pantomime :\nArlequin pleure ici tous ses espoirs gisants,\nEt tout près, dans un coin, Pierrot sanglote et rime\nSous le rire muet des astres égayés ;\nDans ses yeux argentés passent encor des rêves,\nEt leurs rayons plaintifs, dans les pleurs délayés,\nMeurent comme les flots constellés sur les grèves.\n Que voulez-vous de moi, rayons, frissons épars?\nDéesse dont le front est lourd de trop de charmes,\n Pourquoi ces vains appels, ces adieux, ces départs,\n Et pourquoi le grand ciel s'étoile-t-il de larmes,\n Cependant que, dans l'ombre où traîne son manteau,\n Pierrot, qu'ont réveillé les soupirs de la Ville,\n Enroule à ton croissant son long        pizzicato,\n Guirlande de Venise et chanson de Séville?\n — Enfant des clairs midis, en m'inclinant vers toi\n Souvent j'ai fait frémir mon souffle sur ta tête;\n Je souris de te voir, et j'aime ton émoi\n Quand mon baiser de feu qui jamais ne s'arrête\n"}, {"page_pdf": 565, "page_imprimee": 466, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "466                            DURENDAL\n\n\n       Traverse ton sein frêle et te laisse     alangui.\n      Les cheveux de la Nuit descendent sur la terre\n      Semblables aux moissons blondes, voile sans pli\n      Sur l'atome éperdu que l'étendue        atterre.\n      Mon souffle de l'abîme est sorti,     caressant,\n      Et l'alcôve aux plis d'ombre a vu sortir mon buste\n      D'où la pitié des c i e u x , comme un songe, descend\n      Sur le monde étendu dans sa misère          auguste.\n      Sur la Ville un parfum vole de toit en toit;\n      Respire cet encens qui grise ton envie.\n      Enfin, pour les adieux, enfant, recueille-toi ;\n      Et contemple les cieux aux portes de la Vie.\n      J'y veux illuminer pour ton regard liante\n      L'abime où chancela le grand soleil         tragique,\n      Traînant jusqu'au zénith son voile         ensanglanté.\n      Les frondaisons d'une île ardente et nostalgique\n      Soulèvent les lointains au gré de ton désir;\n      Regarde : chacun rit et sans hâte on s'embarque.\n      Le bonheur sera prompt à se laisser saisir,\n      Car c'est le bleu phénix de l'île sans      monarque.\n      Regarde encore, au loin, les flots enrubannés :\n      La lumière déferle où ce rêve agonise,\n      Et les mondes, là-bas, vers l'ouest     entraînés,\n      Les soleils rayonnants dont la flamme s'irise,\n      Dans un éther plus pur chantent sur leurs essieux.\n      Enfant, pour qui l'amour n'est qu'un divin           mystère,\n      Dans ton âme incertaine interroge les deux\n      Aux arpèges confus des harpes de Cythère.\n\n                                                          PIERRE R O M I É E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 467, "page_fin": 480, "titre_corps": "La peinture classique et la peinture romantique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "La peinture classique et la peinture romantique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 568, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "La peinture classique\n           et la peinture romantique\n                                            I\n\n                        L'ART classique et l'art romantique ont également professé le\n                            culte du héros, cherché leurs modèles et leurs inspirations\n                            en dehors ou au-dessus du m o n d e a m b i a n t , comme si la\n                            dignité de l'art — du « grand art » — était hors de pro­\n                            portions avec celle de la vie réelle et de la nature vivante\n                            et que, pour trouver exercice convenable de ses facultés,\n                            il lui fallut regarder au delà des choses actuelles; conférer\n                            à ses conceptions le recul de majesté de la tragédie, c'est-à-\n                            dire en éloigner la scène ou les personnages d a n s l'espace\nou dans le temps, en les plaçant soit d a n s l'antiquité ou le moyen âge, soit\nen des contrées exotiques.\n   Les deux écoles, antagonistes sur tous les autres points, ne sont d'accord\nque pour se détourner des spectacles c o n t e m p o r a i n s — pas assez nobles pour\nles classiques, pas assez émouvants pour les romantiques. Ceux-ci, par con­\nséquent, fréquentent les époques pittoresques de l'histoire m o d e r n e , la légende,\nla fiction; ceux-là la fable et l'histoire antiques.\n   La beauté telle que l'envisagent les classiques doit être s u b o r d o n n é e à\nl'ordre, à la raison : aussi atténuent-ils la couleur jusqu'à la grisaille et\nfixent-ils leurs compositions, conçues à la manière de bas-reliefs, dans une\nrigidité de lignes d'où é m a n e une solennité glaciale et glacée, car ils n'ont\ncure de susciter l'attendrissement ou l'enthousiasme, mais bien le respect,\nune austère vénération.\n   Les romantiques, tout au contraire, entendent toucher les sens, l'âme : la\nbeauté, à leurs yeux, réside presque u n i q u e m e n t dans l'expression, dans la\npassion violente ou dramatique, dans la fièvre du génie ou du crime, dans les\nconjonctures exorbitantes qui hissent l'homme, en quelque sorte, sur un\npavois de délire ou d'exaltation. E t la couleur doit collaborer à la manifesta­\ntion de ces intensités par ses prestiges contrastés et flamboyants, par ses éclats\nde lumière et d'ombre.\n   L'art r o m a n t i q u e a été, en somme, une réaction individualiste contre les\nthéories uniformes et générales de l'art classique; une des phases, et non la\nmoins décisive, de la révolte de la pensée personnelle, des tendances particu-\n"}, {"page_pdf": 569, "page_imprimee": 468, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "468                                  DURENDAL\n\n\nlaristes contre l'esthétique restrictive et obligatoire issue de l'enseignement et\ndes exemples de la seconde Renaissance. Mais Delacroix et ses émules, en\na r r a c h a n t l'art à l'étreinte stérilisante du classicisme, ne l'ont affranchi qu'à\nmoitié, parce qu'ils ont continué à le tenir éloigné de la vie; qu'ils ont\nseulement modifié dans sa substance la notion conservée du « grand\nart « et n'ont fait, de la sorte, que substituer une convention à u n e autre.\n     M. Rosenthal, auquel nous devons la publication récente d'un ouvrage (1)\ndes plus remarquables et des mieux documentés sur la Peinture romantique,\npose quelque part la question de savoir si la peinture fut u n m o y e n ou un\nbut pour les maîtres de l'école — en d'autres termes, si ceux-ci furent avant\ntout poètes, dramaturges — ou peintres... E t il se p r o n o n c e pour la dernière\nalternative.\n     Nous inclinerions plutôt à croire, avec F r o m e n t i n , que « l'élément drama­\ntique, pathétique, romanesque, historique ou sentimental » a contribué, pour\nune part principale, au succès des œuvres r o m a n t i q u e s . L a couleur sur la\npalette de Delacroix était-elle autre chose qu'un instrument d'émotion? T o u t ,\ndans ses ouvrages, forme et fond, ne devait-il pas concourir et, au besoin,\nêtre sacrifié à un m a x i m u m d'effet à obtenir?... T o u t , à commencer par la\nnature, car il travaillait, sinon de chic, au moins d'inspiration — et que peut\nêtre, en peinture, l'inspiration dédaigneuse de l'étude ou de la vision de la\nréalité?\n    Au dire même de M. Rosenthal, le plus coloriste d'entre les peintres\nromantiques, coloriste « avec délice, avec passion », Bonington, « imaginait\nla plus grande part de son œuvre et n'en e m p r u n t a i t à la nature qu'un nombre\nrestreint d'éléments ». Toutefois, il exécuta sur place ses sites vénitiens, alors\nqu'il aurait pu en user à l'instar de Delacroix ou de D e c a m p s , dont les pre­\nmiers paysages grecs ou orientaux furent improvisés au jugé ou peints à\nl'aide de « quelques esquisses pochées de sites marins ou de m o n t a g n e s bien\npittoresques » du pays de N a p l e s , envoyées d'Italie, à la requête de Dela­\ncroix, par u n ami complaisant!\n     Mais, p a r ses origines anglaises et ses inclinations qui l'apparentent, à cer­\ntains égards, à T u r n e r et à nos impressionnistes, B o n i n g t o n fait une figure\nexceptionnelle d a n s l'école : ses œuvres étaient dénuées de toute ambition\nmorale ou idéale et visaient uniquement à « produire d'agréables sensations\ncolorées ». C'était un virtuose délicat et fin de la couleur, d ' u n e couleur un\npeu fantaisiste et spéculative, comme devraient être les personnages créés par\n Delacroix, s'il fallait accepter sans restrictions son affirmation qu'il ne « savait\npas voir exact ». Il est clair, en effet, qu'à défaut d'une structure de réalité,\nune œuvre de sculpture ou de peinture ne serait pas viable, et qu'alors même\nqu'il croit inventer, l'artiste d e talent ne fait que se souvenir : si d o n c les\nvisages de la vie étaient restés muets ou indéchiffrables pour Delacroix, où\naurait-il dérobé la flamme qui anime la physionomie de ses héros? Au sur­\nplus, les formules ne sont jamais qu'un aspect de la pensée des h o m m e s de\n\n\n\n  (1) La Peinture romantique, par Léon Rosenthal, un vol. in-l°. Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 570, "page_imprimee": 469, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "        LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                                       469\n\n\ng é n i e ; leur œuvre les dépasse toujours, et elles ne sont périlleuses que pour\nles disciples et les talents secondaires, qui les subissent à la lettre au lieu de\nles adapter à leur propre t e m p é r a m e n t .\n   T o u t e vraisemblance doit nécessairement dériver du vrai. L a réalité, certes,\nest le seul terrain solide sur lequel puisse s'appuyer l'art — mais cette réalité\nexiste-t-elle i n d é p e n d a m m e n t de nous et en d e h o r s d e la représentation diverse\nou m ê m e contradictoire qui s'en forme en chacun de nous? L'ampleur d'un\nhorizon devant n o u s est d a n s la mesure de l'étendue, faible ou puissante,\nnette ou vicieuse, de notre vision ; une œuvre d'art, la beauté sombre ou\ndiaprée d'un livre, la magie é m o u v a n t e et incisive d'un vers existent pour\nnous d a n s la mesure où elles se répercutent en notre cérébralité — et nous\nsommes tous différents... De sorte que, à force de raisonner d'esthétique, il\nne se peut que l'interrogation de P o n c e - P i l a t e ne se joue d a n s votre pensée\nou sur vos lèvres: « Qu'est-ce q u e la vérité?... »\n    Les écrivains naturalistes ont p r é t e n d u peindre la vie telle qu'elle est —\névidemment, ils l'ont seulement retracée telle qu'ils la voyaient et, quelles que\nlussent la multiplicité de leurs observations, l'abondance de leurs documents,\nils ont construit des fictions, choisi et combiné leurs matériaux, adapté, en\nsomme, la réalité à leur mentalité personnelle. Et, dès lors, pourquoi accep­\nterions-nous cette p r é t e n d u e réalité pour vraie? F a u t e d'une lumière, faute\ndu rayon qui les mettrait d a n s leur jour véritable, l'amas de ces exactitudes\nne forme, sans doute, qu'un vaste et grossier 'mensonge.\n   L a virtualité de l'œuvre projetée est d'avance, tout entière, dans l'intelli­\ngence de son auteur, et comment l'en tirerait-il, u n e et cohérente, si sa pensée\ndoutait d'elle-même, si elle discutait et ne répondait point à une préconcep-\ntion de la vie et des choses. C'est surtout lui-même que l'artiste peint ou\nchante, et, n'importe son point de vue ou son système, le génie confère à ses\ncréations la vie qui s u r a b o n d e en lui : P h è d r e et A n d r o m a q u e sont-elles moins\nvraies que Cordélia ou Desdémone ? Oreste que le roi L e a r ou celui-ci que le\npère Goriot? R e n é que Julien Sorel, H a r p a g o n que le père Grandet ou que\nGobseck?...\n    M. Rosenthal nous fait un récit très attrayant et très mouvementé de la\nlutte entre les classiques et les romantiques. Cette lutte, qui s'est perpétuée\nsous d'autres noms et qui d u r e encore, était sans conciliation possible, car le\ndébat était moins entre des hommes qu'entre deux natures d'esprits diamétra­\nlement opposées : l'esprit de subordination et d'uniformité et celui d'indépen­\ndance. Ce conflit entre la tradition académique et l'inspiration personnelle\ns'est institué, en d'autres domaines, entre les maximes de gouvernement et la\nvolonté de liberté; la centralisation et le régionalisme; l'internationalisme et\nle nationalisme, etc.\n    Des écoles encore ont surgi depuis, munies d'un corps de doctrines étroi­\ntement ajusté, généralement, aux qualités comme aux insuffisances de leurs\nfondateurs; car, depuis les temps edéniques de l'art, depuis le moyen âge, où\nils œuvraient dans la simplicité cordiale de leur naïveté et de leur génie, les\nartistes ont subi la contagieuse manie de systématiser, et chaque évolu­\ntion de l'esthétique a fondé sa légitimité, à grand renfort de manifestes et\n"}, {"page_pdf": 571, "page_imprimee": 470, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "470                               DURENDAL\n\n\nd'argumentations, sur la négation formelle ou implicite de tout ce qui avait\nprécédé et dont cependant, par action ou réaction, elle était logiquement\nissue.\n   Finalement, par l'excès des divergences qui ne furent, longtemps, du reste,\nque les rameaux du même tronc, nourris de la même sève dogmatique, il\nsemble — et, peut-être, semble-t-il seulement? — que l'art ait perdu la foi en\nla vertu des théories et que, regardant la vie avec des yeux moins prévenus,\nil y ait pris, selon la vocation et l'envergure intellectuelles de ceux qui\nl'exercent, soit une grossièreté moins déguisée, soit un sens plus délicat et\nplus complexe de la réalité belle et profonde. Car n'apparaît-il point que\nnous sommes venus à une autre poésie, plus intime, à certains égards, plus\npersonnelle ou, si l'on veut, plus égoïste, et qui, soustraite à l'influence des\nidéologies, ou généreuses, ou décourageantes, mais utopiques, suit le lacis\ncapricieux de sa propre pensée; de sa pensée qui se considère, pour ainsi\ndire, en soi-même, avec une sorte d'ironie objective, de détachement, mélangé\nà l'intérêt grave qui s'attache, pour elle, à tout ce qui est de cet être étrange\ndont la contemplation, en nous-mêmes, est si propre à nous donner, et, quel­\nquefois, tout ensemble, de l'orgueil, du plaisir et de l'humilité : l'homme?\n   Et, pour nous captiver, il n'a pas besoin de nous apparaître aux prises\navec un destin plus particulièrement tragique, combattant d'illustres combats\nou poursuivant des carrières inouïes, entrecoupées d'aventures insolites; et,\nmême, nous penchons à croire que ceux auxquels de telles fortunes ont été\ndévolues, quelque héroïques et fiers qu'ils y aient paru, soient moins\ncapables de nous toucher, précisément parce que le tourbillon tumultueux\noù ils étaient pris les soutenait et que, stimulée par les circonstances, leur\nâme se faisait extraordinaire à l'égal de celles-ci. Peut-être penserions-nous,\naussi, que, blasonnés par l'éclatante adversité, hissés sur le piédestal d'une\ncélébrité de gloire et de douleur et signalés ainsi à la curiosité des hommes,\nsi sincères que fussent leurs paroles et leurs gestes, ils n'en viennent pas\nmoins, inconsciemment, à s'exagérer, à prendre les inflexions et les allures\nd'un rôle.\n   Les caractères coulés d'un jet, dans un métal sonore, à la Corneille; les\nroides personnages, à grandes attitudes imprécatoires, de David; les créatures\nen oppositions symétriques, monstrueuses ou sublimes, de Hugo; les héros de\nDelacroix, drapés dans le pathétique de la situation ou de la vie; toutes ces\nexpressions extrêmes nous laissent, sinon sans admiration, au moins sans\némotion; la grandeur de tels êtres nous paraît outrée, ou leur bassesse; on\ndirait qu'ils ne sont éclairés que d'un côté ou que, comme la lune, une de\nleurs faces échappe à la vue !\n   Ils ne nous semblent pas naturels et, pourtant, à la rigueur, ne pourrait-on\naffirmer qu'il suffit, pour qu'ils le soient, qu'ils aient pu être conçus? Car,\nhormis le fantastique, qui est un amalgame sciemment absurde de réalité,\ncelle-ci fournit, nécessairement, tous les éléments de l'imagination, dont les\ncombinaisons, pour surprenantes qu'elles soient, rentrent toujours dans l'in­\nfini des possibilités.\n   A la fin de l'ancien régime, des gens, rangés sous la houlette de Jean-\n"}, {"page_pdf": 572, "page_imprimee": 471, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "      LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                       471\n\n\nJacques et de Bernardin de Saint-Pierre, retournaient, comme ils disaient, à\nla nature, et il en était qui estimaient les fleurs « moins naturelles » que les\nlégumes! Notre sens du naturel est-il aussi arbitraire que le leur? Quoi qu'il\nen soit, il se fonde, à ce qu'il semble, sur notre conception différente de\nl'homme « ondoyant et divers », associant en lui l'aptitude à tout le bien à\ncelle à tout le mal, livré aux circonstances plus qu'il ne les prévoit ou ne\nleur commande, et, à force d'utopies déçues et d'espoirs désabusés, devenu\nincapable de toute nouvelle tentative pour se conformer à un modèle humain\nidéal.\n   Nous cherchons dans l'art, non point des évocations chimériques, des\nleçons ou des exemples; non point une vie plus haute et plus belle, et pas\ndavantage l'oubli de la vie — mais la vie même avec sa saveur contrastée,\namère et douce, la grâce à moitié douloureuse de la réalité, les êtres et les\nchoses dans leur apparence à la fois sensible et réfléchie. Nous préférons aux\nâmes exorbitantes, les inquiètes, les troublées et qui, peut-être, se com­\nplaisent dans cette inquiétude et dans ce trouble qui ramifient à l'infini, en\nelles, les sources d'émotion et font qu'elles se sentent vibrer d'une vie iné­\npuisable, retenue et attachée de toutes parts, solidaire, en quelque façon, de\ntoutes les choses, petites et grandes, de ce monde.\n\n\n                                       II\n\n   La caractéristique prédominante de l'art actuel, c'est l'individualisme, la\nrevendication, parfois outrancière, de ses droits à sa libre et complète expan­\nsion, sans souci des règles surannées ou des doctrines caduques.\n   Liberté favorable, naturellement, aux tempéraments vigoureux, suscep­\ntibles de devenir à eux-mêmes leur propre règle, en vue de l'épanouissement\nde toutes leurs puissances cérébrales; dangereuse pour les médiocres aux­\nquels le joug de l'école et la rigueur des préceptes sont plutôt un bienfait et\nqui, livrés à l'indigence de leur inspiration, cherchent, comme nous l'avons\nvu, l'originalité dans l'inouï et dans l'extravagance. La liberté, dans l'art\ncomme dans la politique, a pour rançon l'abus, l'excès : mais, au fond, peut-\nêtre, les auteurs de ceux-ci assument-ils, en quelque sorte, le rôle d'ilotes\nvolontaires dont les actes ou les œuvres sont un salutaire avertissement aux\nautres ?\n   Le mouvement romantique fut un acheminement vers cette liberté; car,\nen opposant l'idéal individuel à l'idéal collectif des classiques, il introduisit\ndans l'art un principe dont l'application devait par elle-même aboutir au\ndiscrédit complet de la notion du « grand art » qu'il avait respectée.\n   Entre leXVIIesiècle et l'avènement de l'école de David, l'art français s'était\névadé en une équipée un peu folle, parfois, et charmante; la griserie d'une\npensée délivrée des contraintes et des cérémonies et qui revient avec délice et\nfougue à son naturel.\n   Ce naturel enjoué et fin, expression d'un esprit vif et léger, avec une pointe\naigrelette de raillerie, commença à s'altérer, à s'adultérer de maniérisme et de\nfactice sous l'impulsion, précisément, du « retour à la nature » prêché par le\n"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "472                                DURENDAL\n\n\n philosophe genevois : la nature chassa le naturel et les derniers vestiges en\n disparurent devant la réprobation de l'austère protagoniste du classicisme\n républicain... on devrait même dire : jacobin, car les principes de David\nétaient, autant que ceux des législateurs de la Convention, fondés sui­\ndes abstractions absolues, ignorantes de la réalité du monde et des\n hommes.\n   Par une contradiction plus apparente que véritable, les idées révolution­\nnaires avaient enivré les acteurs de la Terreur sous le travestissement gesticu­\nlant et déclamatoire d'une antiquité postiche. Les grands hommes du temps\ntraînaient dans le sang, libéralement répandu, la chlamyde d'Harmodius et\nd'Aristogiton ou la toge de Brutus dont ils s'étaient revêtus.\n   Tous les héros de Plutarque passaient, tour à tour, dans la rhétorique\nfigée de Robespierre, dans ces harangues, lisses et glacées comme le couperet\nde la guillotine et aussi meurtrières que lui. Une sorte de phraséologie redon­\ndante, mystique et augurale régnait, faite d'amplifications compassées, d'im­\nprécations, d'apostrophes et de mouvements oratoires soigneusement pré­\nparés; une phraséologie qui nous semble morte et nulle et qui, sans aucun\ndoute, a eu des accents monstrueux et de terribles significations pour les\nauditeurs contemporains, aux oreilles desquels, entre chaque mot, retentissait\nle glas des nouvelles victimes réclamées par l'orateur pour être livrées en\nholocauste à la Carnivore idole du jour : la déesse Raison.\n   Ainsi, toute la vie convulsée de l'époque s'est congelée, pour nous, en des\ndiscours, des écrits ou des œuvres d'art dont notre âme trop différente\ncherche en vain à pénétrer le secret et les prestiges d'émotion. Il nous semble\nqu'il n'y ait là que de pompeuses parades de mauvais goût, d'inertes simu­\nlacres de stoïcisme, de vertu romaine, de sensibilité et de patriotisme, alors,\ncependant, que la frénésie froidement préméditée de ces prosopopées, la\npédanterie stérile de ce langage et de ces images emphatiques pouvaient,\nseules, peut-être, satisfaire les esprits tendus de l'époque.\n   Jamais la France et, à sa suite, contagieusement, l'Europe, ne furent plus\nengouées de rêveries humanitaires qu'aux approches de 1789 : c'était, en atten­\ndant la Révolution, comme une dissolution dans la fraternité et la philanthro­\npie; les « citoyens vertueux », toujours sur le point de laisser couler \" les\ndouces larmes de la sensibilité », étaient comme des moutons, qui, d'ailleurs,\nn'allaient pas tarder à devenir enragés. Les mœurs et les lettres exhalaient\nune sensiblerie puérile et larmoyante, exprimée en formules dont la mono­\ntonie n'émoussait point l'efficacité.\n   Le siècle, en ses années brillantes et dissipées, avait mis toutes les idées en\ndoute, en controverse, en hasard; tout ébranlé de son marteau sec et scep­\ntique; tout excusé dans sa philosophie opportuniste et épicurienne; et il\nn'avait connu de larmes que celles du plaisir ! Son déclin vit la revanche du\ndogmatisme : les esprits, par réaction, se montrèrent furieusement avides de\ncertitudes, fussent-elles purement verbales; on s'étourdit de lois, de sen­\ntences et de prophéties grandiloquentes, de sophismes boursoufnés, contre­\ndits en vain par les événements dont l'impression était, comme toujours,\nmoindre que celle des mots. Le drame se déroulait sous tous les yeux, mais\n"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "        LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                                473\n\n\n on ne le voyait pas plus, derrière son décor de paroles, qu'on n'entendait les\n cahots des tombereaux chargés de c o n d a m n é s et les sanglots des parents de\n ceux-ci derrière les attendrissants cortèges de vieillards, d'époux et d'enfants\n qui, défilant sur les places publiques, chantaient, en c h œ u r s alternés, le règne\n de la concorde et la régénération de l'humanité...\n    L'art dont David fut l'initiateur, avec son exaltation flegmatique, sa\n technique ferme et stricte, l'énergie sculpturale de ses scènes de mâle courage,\n d'abnégation ou d'héroïsme civiques; avec tous ses gestes soi disant grecs ou\n romains et sa mychologie allégorique, répondait admirablement à l'idéal\n m a g n a n i m e et un peu théâtral, aux sentiments utopiques dont les imagi­\n nations et les âmes, surexcitées par la grandeur et la rapidité des événe­\n ments, étaient animées.\n    C'est l'infériorité de toute école assujettie à des 'théories trop étroites et\n impropres à se prêter à u n e évolution ou fomentées presque exclusivement\n par une disposition momentanée du goût, que ses travaux se démodent r a p i ­\n dement ou s'amoindrissent dans la proportion m ê m e où leurs éléments,\n expressifs des aspirations ou des idées contemporaines, se sont vidés de signi­\n fication avec la désuétude de ces d e r n i è r e s . Aucune œuvre évidemment\n n'échappe aux influences du milieu, ni même ne serait durable si, par impos­\n sible, elle pouvait être élaborée tout à fait en dehors de celles-ci : et, fort heu­\n reusement pour eux, leur tour d'ivoire n'en défend point non plus les p o è t e s !\n Mais l'œuvre aura une portée d'autant plus étendue que les influences extérieures\ns'y seront résorbées dans la pensée personnelle de l'artiste; qu'elle manifes­\ntera une vie propre, i n d é p e n d a n t e , organique — une conception à laquelle le\ntemps a participé, mais qu'il ne domine p a s , et basée, non sur des con­\ntingences spéciales et changeantes, mais sur des éléments de permanente\nhumanité.\n    F r a g o n a r d , oublié et dédaigné, vivait encore, dernier témoin de l'art enjô­\nleur, d'inspiration et d'esprit si vraiment français, du x v m e siècle, tandis que\nl'art davidien, ainsi que l'appelle M. Rosenthal, allait d a n s tout l'éclat et\nl'orgueil de ses triomphes. Mais déjà sa précaire hégémonie esthétique était\ncompromise.\n    L'Angleterre avait eu Gainsborough et R e y n o l d s ; elle possédait encore,\noutre l'unique et génial T u r n e r , R o w n e y , L a w r e n c e , Constable : toute une\nbrillante école dont on doit rattacher la filiation à Van D y c k ; l'Espagne\navait Goya — et il ne se pouvait pas que l'exemple de liberté élégante ou\nréaliste de ces maîtres n'agit à la longue sur l'école française prise dans l'étau\ndu néo-classicisme. Ingres, le plus doué des élèves de David, mûrissait sa\npensée et son talent en Italie, où, ayant regardé et étudié les œuvres\nantiques et celles des deux Renaissances à l'aide de ses propres yeux et\nde sa réflexion personnelle et non au travers les préjugés régnants, il se\nforma des principes fort éloignés de ceux de son maître et presque réalistes\nd'essence.\n    Les grands mouvements de peuples et d'idées de ces années, les invasions\net les guerres, la compénétralion réciproque et violente des nations devaient\nfatalement répercuter leurs effets dans tous les domaines intellectuels. Les\n"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3400, "texte": "474                               DURENDAL\n\n\nbelligérants n'échangeaient pas que des coups de canon : chacun d'eux ayant\nfréquenté d'autres civilisations, grandes aussi, immémoriales et différentes,\nrapportait, en rentrant au foyer, avec plus d'attachement pour la patrie, des\nnotions et des compréhensions plus vastes et une curiosité nouvelle du sol\nnatal, de son histoire et de ses origines.\n   Les siècles antérieurs avaient reculé les limites du monde connu; le\nXIXe allait, en quelque sorte, reculer les bornes du passé, remettre la Grèce\net Rome et la Renaissance à leur plan, en ressuscitant les annales et\nles arts, ensevelis sous les décombres des siècles ou dans les archives, de la\nhaute antiquité ou du moyen âge : l'exploration scientifique de l'Egypte, à la\nsuite de l'expédition française, fut comme le point de départ de la prodigieuse\nenquête qui a renouvelé, de fond en comble, l'histoire politique et artistique\net contribué puissamment à ruiner l'autorité presque européenne de l'esthé­\ntique de la seconde Renaissance. L'Allemagne déjà cherchait à rejoindre son\ngénie atavique au delà de la période défigurée par l'humanisme, et Mme de\nStaël célébrait ces tentatives vers un art véritablement germanique. En\nFrance, enfin, Chateaubriand, prenant la défense du sentiment contre la\nraison déifiée, de l'âme contre l'intelligence systématique, avait entraîné les\nimaginations et les cœurs, las du vide des paroles et de l'horreur imbécile\ndes destructions, en jetant parmi les ruines magnifiques des siècles ignorés\nla torche éblouissante du Génie du Christianisme...\n   Une ère nouvelle semble avoir commencé, au début du siècle, dans la\n France agrandie et en voie de réorganisation sous l'impulsion impérieuse du\nsoldat victorieux. Le long cauchemar ensanglanté de la Terreur, les satur­\nnales du Directoire ont passé; les âmes, échappées au vertige, se détendent,\naltérées de repos, de liberté, de délassement, de rêverie — de vivre, non plus\nsur le qui-vive des catastrophes, mais pour elles-mêmes. L'empire avait paru\ncomme une promesse de paix et de réconciliation générales, et l'on n'aperçut\npas immédiatement que les vies épargnées par la guillotine seraient fauchées\ndésormais par l'épée — mais, fer pour fer, s'il fallait mourir, le champ de\nbataille n'était-il pas préférable au panier de Samson?... De l'excès des\ndéchirements et des soubresauts, de grands espoirs vagues étaient nés; et\naussi, une sensibilité frémissante, une impressionnabilité affinées par des\nannées de transes, de contrastes et d'affres toujours réitérées. Enfin, la Révo­\nlution, avec ses remous et ses bouleversements sociaux, dispersions de\nfamilles et de castes, transformations de hiérarchies, confusions, mélanges,\navait été l'impitoyable école où s'étaient formés nombre de caractères origi­\nnaux; quantité d'êtres, subitement déracinés de leur milieu ancestral, préci­\npités dans la guerre ou la politique, et obligés, faute de modèles et de précé­\ndents, de tirer tout d'eux-mêmes, de se faire une individualité égale aux cir­\nconstances.\n   Delacroix grandissait durant ces années — en même temps que de Vigny,\n Hugo, Lamartine, Musset, Balzac — tous les hommes qui devaient, à la\nsuite et à l'exemple de Chateaubriand, rénover l'art et les lettres, rendre à la\npoésie française ses puissances émouvantes et lyriques, ks orienter vers l'in­\nterprétation de la beauté vraiment moderne.\n"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "       LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA TEINTURE ROMANTIQUE                           475\n\n\n    L'art est l'expression la plus complète et la plus profonde de l'époque\ndurant laquelle il a paru, mais, généralement, cette solidarité ne devient évi­\ndente que pour la postérité : l'époque même ne l'aperçoit pas et accueille avec\ndéfiance les novateurs dans les œuvres desquels elle ne se reconnaît pas. Elle\nrépudie sa propre image, rejette sa ressemblance trop exacte ou insuffisam­\nment flattée et, parfois, en lapiderait volontiers l'auteur, comme faisait Israël\nde ses prophètes.\n    Il est vrai que, par ses facultés singulièrement réceptives, l'art perçoit et\ntraduit avec intensité les inclinations encore obscures, les velléités confuses,\ntoute la pensée encore insaisissable et flottante du temps pour l'incarner dans\nune forme précise et suggestive qui, après avoir été considérée comme fausse\nou exagérée par les contemporains, réagit à la longue sur leur mentalité et\nfinit par créer l'état d'esprit dont elle n'avait été que le pressentiment instinctif.\nAinsi l'art restitue à la vie ce qu'il lui avait emprunté, et les héros qu'il a rêvés\nfinissent toujours par apparaître.\n    Chateaubriand, croyant n'avoir peint que sa propre âme, toute vibrante,\ntoute déçue, pleine d'élans sombres et d'enivrements tristes et plus ardente à\nsouffrir qu'à vivre, aperçut que René avait parlé au nom de mille frères\nsecrets de mélancolie, épars dans cette jeunesse venue comme à la fin des\njours, héritière d'un idéal auquel elle se sacrifiait sans plus y croire.\n    Les hommes de génie sont au front d'une nation comme la victoire ailée\ndu bas-relief de Rude, sur l'Arc de Triomphe : ils devancent, ils entraînent,\nmais les hommes qui suivent marchent sur la terre, et leur enthousiasme est\nstimulé, en grande partie, par des motifs et des convoitises personnels — ou,\nplutôt, l'enthousiasme réside tout entier dans la collectivité dont le génie se\nfait le héraut et l'individu, rendu à son isolement, à ses impulsions intimes,\nn'y comprend plus rien.\n    Aucune école d'art n'a reflété le moment et le milieu où elle s'est produite\navec plus d'exactitude que l'école romantique. Mais Delacroix et ses amis\n (Delacroix, surtout, qui, à vrai dire, résume seul son école, avec toutes ses\ngrandeurs et toutes ses lacunes) ne rencontrèrent point la faveur du public, et\nleur initiative fut récompensée de plus de sarcasmes et de moqueries que\nd'applaudissements. Au fond, les exubérances de cet art, préoccupé surtout\nd'expression psychologique et sentimentale, ne pouvaient toucher qu'une élite\n très clairsemée, les véritables représentants de la pensée de l'époque devant\n l'avenir qui, dans la vie, allaient en enfants perdus au milieu d'une foule\n plus ambitieuse de jouissance immédiate et de gain que de rêve.\n     Quel écho les effusions lyriques du peintre de Dante et Virgile pouvaient-elles\n rencontrer dans cette pratique bourgeoisie qui, flattée d'abord et bientôt lassée\n des gloires trop onéreuses de l'Empire, vécut jusqu'à la fin de la Restauration\n dans l'impatience de régner enfin et de faire produire, pour elle-même, tous\n leurs fruits matériels de domination et de bien-être aux conquêtes de la Révo­\n lution? Ces désirs réprimés de la classe moyenne obtinrent satisfaction sous\n l'égide du raisonnable Louis-Philippe — mais, réprimés ou satisfaits, ils étaient\n  en antipathie accentuée avec les visées de l'art romantique.\n     Le corps d'une nation, la masse trafiquante et laborieuse crée, par son\n"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3352, "texte": " 476                                     DURENDAL\n\n\nâpreté au gain, par son opiniâtre effort égoïste, la force dont l'art n'est que\nl'émanation s u p r ê m e ; mais cet art, généralement, elle ne le reçoit pas c o m m e\n sien, parce que trop différent d'elle, de l'accoutumance de sa pensée, folle­\n ment désintéressé et, en apparence, inutile. Elle n'a d'admirations que\n posthumes, pour les artistes ou les poètes dont l'autorité a entériné la gloire en\nérigeant leur effigie à quelque carrefour de la cité : T o u t le m o n d e bientôt\nsait, alors, que la statue, et l'œuvre de l'homme qu'elle représente, existent,\nmais l'on passe à côté de l'une et de l'autre sans les regarder.\n    Du reste, les tendances conservatrices, éprises de l'ordre établi, des règles\nadmises, du « c o m m e il faut » du gros du public, m e t t e n t celui-ci en garde\ncontre les oseurs, les audacieux, les apporteurs de nouveau : ils n e sont, à\nses yeux, que des parturbateurs, injurieux pour les dieux de la ville. Son\nadhésion va, d'un mouvement naturel, aux œuvres pondérées, m o y e n n e s ,\ndont la compréhension lui est ou lui paraît plus aisée et qui par leur ordon­\nnance: équilibrée, explicite, correspondent à son idéal social. C'est la raison\npour laquelle les préférences de la foule, comme le constate M. Rosenthal,\nn'ont jamais cessé d'aller aux conceptions d'allure classique, de même, du\nreste, que celles du m o n d e officiel auquel leurs auteurs sont toujours prêts à\nfournir des allégories sans périlleux imprévu, empreintes de la dignité\net du formalisme propres au style administratif...\n\n\n                                              III\n\n    C'est un p h é n o m è n e assez étrange que le dédoublement de la personnalité\n artistique de David, que la caractéristique tout opposée de sa facture, selon\n qu'il se trouvait retracer un portrait ou élaborer une page d'histoire ou d'ima­\n gination ; et il est difficile de concevoir c o m m e n t la comparaison de ses deux\n manières, l'une, pleine de vie aisée et expressive; l'autre, figée, conven­\n tionnelle, n'ait jamais disjoint, ni même ébranlé en lui la foi opiniâtre aux\n théories du « grand art ».\n    Ses portraits, le célèbre Portrait de Mme Récamier, au Louvre, par exemple,\n et celui de Marat assassiné, au Musée de Bruxelles, nous apparaissent comme\ndes chefs-d'œuvre de sobre et pénétrant réalisme : c'est la partie survivante de\nl'œuvre du maître, celle qui nous attire, au détriment de ses grandes\n « machines »,. telles que Léonidas aux Thermopyles ou le Serment des Horaces,\nauxquelles nous n'accordons plus d'importance qu'à titre de d o c u m e n t . Le\nsentiment de simplicité puissante et vive dont l'exécution d'effigies contem­\nporaines le remplissait; cette vision si précise et si naturelle l'abandonnait\ntout à fait lorsqu'il abordait la « g r a n d e peinture ».\n    Il haussait le ton, alors, prenait le masque et chaussait le c o t h u r n e ! D é t o u r ­\nnant le regard du monde qui l'entourait, il demandait ses sujets et ses exemples\nà l'antiquité, pétrifiait ses compositions et roidissait ses figures en les modelant\nd'après les marbres anciens, qui le fascinaient. La couleur qui, dans son sys­\ntème, n'était q u ' u n froid moyen de style, il en découvrit seulement le véri­\ntable rôle d u r a n t son séjour en Belgique, où — écrivait-il à Gros — « tout\n"}, {"page_pdf": 580, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "       LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                               477\n\n\nest d'un ton admirable » et où les peintres « ont u n coloris que les Français\nsont bien éloignés de posséder ». E t il ajoute, non sans u n e n u a n c e de regret :\n« Si j'avais eu le b o n h e u r de venir plus tôt dans ce pays, je crois que je serais\ndevenu coloriste. »\n    La m ê m e inconséquence presque existe dans l'œuvre d'Ingres, dont cepen­\ndant l'art était régi par des principes fort différents de ceux de David. I n g r e s , .\nau cours de son séjour en Italie, avait conçu la plus vive admiration pour les\nPrimitifs italiens, Masaccio notamment, dont l'œuvre capitale, les fresques de\nla chapelle Brancacci, était à ses yeux « le vrai berceau de la belle peinture »;\nGozzoli et Signorelli, dont il avait copié les fresques au Camposanto de Pise\net au Dôme d'Orvieto; R a p h a ë l , duquel il aimait surtout la période ombrienne,\n « l'élève du P é r u g i n » et non « le père de l'âge académique ». Il avait discerné\nd'instinct à quel point la Vénus de Médicis, l'Apollon du Belvédère et la plupart\ndes œuvres antiques de la décadence, vénérées depuis la seconde R e n a i s ­\nsance c o m m e les types imperfectibles et définitifs de la beauté, étaient sur­\nfaites; cette opinion, il la partageait avec Delacroix. Il est intéressant de le\nmarquer, mais, tandis que ce dernier interrogeait les médailles pour y décou­\n vrir la vérité de l'art grec, Ingres la demandait aux vases peints qualifiés\n encore d'étrusques à cette époque. Il professait le respect religieux de la\n n a t u r e ; il voulait que l'artiste « l'étudiât sans cesse, la consultât avec\n naïveté ». Il allait j u s q u ' à affirmer que « l'art n'est jamais à un aussi h a u t\n degré que lorsqu'il ressemble si fort à la nature qu'on peut le prendre pour la\n nature elle-même ».\n     « Quel maître Ingres fût-il devenu s'il s'était livré sans partage à cet a m o u r\n et s'il avait enfermé sa doctrine dans cette proposition qui ne contient mal­\n heureusement q u ' u n e partie de ses idées? » A cette question, M. Rosenthal\n — auquel nous avons e m p r u n t é toutes les citations qui précèdent — répond :\n « Il était de taille à créer le Réalisme. » E t la vérité de ce pronostic est\n attestée avec éclat par les dessins et par les merveilleux portraits qui per­\n mettent de placer Ingres, comme interprète incisif de la réalité, au rang de\n Jean Van Eyck, de D ü r e r ou d ' H o l b e i n .\n     Au lieu d'appliquer ces idées si sûres et si justes, il reprit par u n e voie indi­\n recte la thèse de David et de l'école académique : tout en affirmant à l'occa­\n sion et avec colère « qu'il n'idéalisait pas, qu'il avait la prétention de copier\n son modèle, d'en être le très humble serviteur », il idéalisait malgré tout, car,\n bien loin de transporter la nature telle quelle dans ses ouvrages, l'élude minu­\n tieuse et serrée qu'il faisait d'elle n'était que p o u r rassembler les matériaux\n  qu'il transfigurait en les incorporant et en les amalgamant dans son œuvre. E n\n  d'autres termes, il ne voulait accepter de la nature que ses beautés ou les élé­\n  ments qu'il jugeait tels : comme si embellir la nature, ce n'était pas la fausser;\n  morceler la vie indivisible dont elle manifeste dans toutes ses formes et tous\n  ses aspects, pour essayer de créer, à l'aide de fragments arbitrairement choi­\n  sis, une vie factice et artificielle!\n      On n'en était pas encore venu à c o m p r e n d r e que tout intermédiaire est nui­\n  sible entre la n a t u r e et l'artiste, c'est-à-dire que celui-ci ne doit pas être assu­\n  jetti à des règles ou à des obligations esthétiques, généralisation pédagogique\n"}, {"page_pdf": 581, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3557, "texte": "478                                 DURENDAL\n\n\n\n de caractères de beauté observés dans les travaux de telle ou telle école\nantique ou m o d e r n e et érigés en modèles invariables et universels. Ingres,\n que les homéristes et les shakspeariens, les classiques et les romantiques, louèrent\n presque également, condamnait sans merci l'idéal des uns et des autres, avec\n plus d'aversion peut-être pour Delacroix et ses adhérents, qu'il accusait de\n « corrompre le goût du public \" ou de travailler \" pour le public des mélo­\n drames ». Cependant, par le fait, son art était du « grand art » e n c o r e ; ses\n théories, u n idéal — puisqu'il n'acceptait que la nature sublimée et ne\n voulait s'inspirer que de la fable et de l'histoire — hors du temps où il\n vivait.\n     N o u s avons dit la merveille des portraits peints par David et par I n g r e s ;\n mais l'esprit de système les rendait tous deux aveugles à l'évidence sortie de\n leur propre m a i n . Quelque divergence fondamentale qui séparât leur concep­\n tion de l'art, ils auraient frémi l'un et l'autre à la suggestion d'introduire telle\n quelle l'une de ces effigies dans u n e de leurs compositions importantes. E t il\n est piquant de constater que leur g r a n d antagoniste, Delacroix, se serait ren­\n contré avec eux pour repousser toute incitation de ce genre !\n     Il n'en reste pas moins q u ' I n g r e s , non point pour ses œuvres de fiction,\n mais par ses méthodes d'observation sévères et probes et par ses idées,\n apparaît comme u n précurseur de notre art réaliste, tandis que celui-ci n'est,\n sans doute, redevable aux romantiques — dont, pour le fond, il n'a rien\n conservé — que de l'indépendance qu'ils avaient conquise pour eux-mêmes;\n car s'ils étaient aux côtés d'Ingres pour combattre la tradition classique, ils se\n retournaient contre lui pour récuser son étude docile et passionnée de la\n nature. Dès lors, l'école rejetant à la fois la tradition et l'observation, sur quoi\n pouvait-elle s'étayer que sur la fantaisie — on pourrait dire m ê m e : sur la\nfantasia — personnelle?...\n     N o u s avons cité déjà le mot de Delacroix, p r é t e n d a n t ne point « savoir\n voir exact ». P e u t - ê t r e , est-il empreint de quelque coquetterie ou constitue-\n t-il u n e bravade? E n réalité, on pourrait croire qu'il ne voulait pas voir exact,\n et cette r é p u g n a n c e s'explique par la nature de son génie autant que par ses\n doctrines esthétiques, celles-ci n'étant, d'ailleurs, que la représentation théo­\n risée de celui-là : car, c o m m e nous l'avons r e m a r q u é , Delacroix fut seul\n parfaitement de son école et le romantisme est tout entier, avec ses qualités\n et ses défectuosités, dans son œ u v r e .\n     Ses tendances foncières se d é n o n c e n t clairement dans ses opinions sur\n la littérature : il la relègue à u n rang inférieur, parce que régie par la\n logique et exerçant son action sur la raison, alors que la m u s i q u e et la pein­\n ture, agissant par l'émotion, ont empire sur le cœur : « Les esprits grossiers,\n écrivait-il d a n s son Journal, sont plus émus des écrivains que des musiciens\n et des peintres. » Il serait oiseux, nécessairement, de discuter cette apprécia­\n tion, d'établir u n e hiérarchie entre les arts et d'épiloguer pour déterminer quel\n d'entre eux est le plus noble — de la m u s i q u e et de la peinture qui touchent\n l'âme par l'intermédiaire de la sensation — ou de la littérature, de la poésie\n qui atteignent les sens et déterminent l'émotion par l'entremise de l'intelli­\n gence et de l'imagination.\n"}, {"page_pdf": 582, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "       LA P E I N T U R E C L A S S I Q U E ET LA P E I N T U R E ROMANTIQUE                479\n\n\n\n    Notre cerveau est u n clavier sous la main de l'artiste, et dont la résonnance,\nl'ampleur, les capacités vibratoires varient à l'infini. T o u t au plus, peut-il sem­\nbler que la musique et la peinture, par leurs propriétés de suggestions indé­\nfinies, laissent à l'auditeur ou au spectateur u n e plus grande latitude de colla­\nboration que l'œuvre écrite d o n t le lecteur doit subir plus directement\nl'inflexion que l'auteur a voulu imprimer à sa pensée. E n c o r e faut-il ajouter\nque ce j u g e m e n t du maître s'applique à la littérature de sa jeunesse, clas­\nsique, « trop positive », c o m m e il disait, ayant conservé quelque chose de la\nnetteté sèche et analytique du style du XVIIIe siècle; Delacroix ne prévoyait\npoint la poésie de la seconde partie du dernier siècle, l'instrument lyrique\nd'une sensibilité étrange et merveilleuse sur les cordes duquel les artistes du\nvers et de la prose devaient faire chanter et se prolonger en frémissements\ninsensibles les rythmes les plus mystérieux de la pensée et de l'âme.\n    Est-ce cette méconnaissance des lettres ou des antipathies et des froisse­\nments personnels qui mirent obstacle à toute fraternité d'armes entre les\nromantiques de la palette et ceux de la plume? Si n o m b r e u x que fussent les\npoints de contact, si étroits que fût la parité de principes des deux mouve­\nm e n t s , il n'y eut entre eux ni fusion, ni alliance. La preuve de ce fait, qui\nva à l'encontre de la légende accréditée, est d o n n é e de la façon la plus com­\nplète et la plus spirituelle dans le chapitre de son livre que M. Rosenthal con­\nsacre aux rapports de la littérature et de l'art romantiques. Au surplus,\nquelle c o m m u n i o n était possible entre H u g o et Delacroix, deux âmes égale­\nment dominatrices, l'une toute sonore, l'autre tout ombrageuse, venue d'elle-\nm ê m e et par ses propres voies à l'épanouissement de son art et peu soucieuse,\nsans doute, de marcher sous les enseignes souveraines du poète et de se voir\nincorporer à la troupe de celui-ci, par un de ces éloges à la fois tendancieux et\nmagnifique dont H u g o avait l'habile coutume.\n    C'aurait été, d'ailleurs, vendre le droit d'aînesse qui lui appartenait incon­\ntestablement pour u n plat de lentilles, pour entendre H u g o lui poser la main\nsur l'épaule et le sacrer « son peintre », comme il avait fait pour ce très\nmédiocre L o u i s Boulanger, de la \" palette ardente \" d u q u e l , à en croire\nSainte-Beuve, devaient « renaître en nos temps Michel-Ange avec D a n t e . —\nE t les vieux F l o r e n t i n s ! . . . » Talent indigent qui, dans ses efforts pour justifier\nles enthousiasmes rhétoriques de ses amis, finit par sombrer dans le grotesque.\n Cette aventure n'est pas extraordinaire, et nous avons connu plus d'un artiste,\nbien doué, parfois, que les succès littéraires ont tue.\n    L a pensée de Delacroix était trop avide d'indépendance et de libre déve­\nloppement pour supporter a u c u n e contrainte ou même l'appréhension\n d'aucune contrainte, d'où qu'elle émanât, des hommes ou des choses.\n L'amitié absorbante de H u g o lui eût été comme u n assujettissement; il ne\n pouvait pas plus s'y plier que son art aux évidences de la réalité.\n    E t a n t poète, ce n'était pas la réalité qu'il prétendait peindre, mais son rêve,\n et il fallait que celle-là se conformât au contour de celui-ci. Son génie était\n trop dominé par l'idéal qu'il avait façonné à sa propre image, idéal de beauté\n hallucinante et passionnée, de vie véhémente et sublime, riche en suggestions\n profondes, en évocations prestigieuses et troublantes, pour qu'il pût fixer un\n"}, {"page_pdf": 583, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "480                                  DURENDAL\n\n\nregard lucide et prolongé sur les aspects immédiats du m o n d e et réussir, par\nexemple, une de ces œuvres de psychologie aiguë que constitue un portrait\nvéridique. Les choses matérielles et les êtres vivants étaient dénués\nd'existence virtuelle devant l u i ; ils formaient comme l'immense répertoire où\nsa pensée cherchait des signes, qu'elle adaptait à ses desseins.\n    L'œuvre de Delacroix manifeste partout — et plus spécialement dans des\npages telles que Dante et Virgile, la Barque de Don Juan et les Massacres de Scio\n— la fougue et la puissance d'une imagination sombre et enflammée, pleine\nde violence nerveuse et qui se cabre et s'irrite devant la réalisation, toujours\ninsuffisante à son gré, des visions tragiques dont elle est h a n t é e . Mais, le\ndésir de conférer à ses figures un relief et un prestige plus impressionnants,\nqui les lui faisait choisir dans les perspectives grandissantes de !a légende\nou de la fiction, des lointains historiques ou topographiques, donne à\ncertaines d'entre elles u n caractère trop livresque et limite, par conséquent,\nla portée de leur expression ; des œuvres telles que Dante et Virgile, la Barque\nde Don Juan, si pathétiques qu'elles soient, restent muettes pour le grand\nn o m b r e , faute d'initiation préalable. P u i s , le procédé de Delacroix qui subor­\nd o n n e toute la composition, forme, fond et coloris, à un effet poétique ou\ndramatique, c o m m u n i q u e à ses travaux u n e apparence factice et théâtrale,\ndéfavorable à l'émotion que l'artiste voulait susciter et qui mélange à notre\nadmiration de la défiance et u n scepticisme un peu ironique. Cette tare est-elle\neffective ou ne nous apparaît-elle que sous la pression de l'esprit m o d e r n e ,\népris d'un art plus respectueux de la réalité, plus attentif aux lois et à l'inté­\ngrité de celle-ci, et convaincu que la vie m ê m e est si forte et si complexe, si\nenchaînée et si surprenante, qu'aucune combinaison inventée ne saurait\nrivaliser en intensité et en puissance émouvante avec des ouvrages étroite­\nment inspirés d'elle.\n    N o u s l'avons observé, par des moyens différents, le classicisme et le roman­\ntisme visaient à héroïser les h o m m e s et à grandir la nature : le second com­\nbattait pour détruire u n préjugé, le préjugé académique, tandis qu'il en\npréconisait u n autre, aussi funeste. Mais il était l'apôtre aussi de l'inspira­\ntion individuelle, d'une sorte de protestantisme esthétique — et ç'a été u n e\ng r a n d e conquête, grâce à laquelle les artistes ont recouvré la liberté dont\njouissaient leurs prédécesseurs du XIVe siècle : Telle est la marche du\nprogrès !\n    Mais l'heure n'était pas échue encore, au début du dernier siècle, où l'on\ndevait sentir la b e a u t é poignante et vivace de la réalité. T r o p d'idéologies\nimprégnaient l'atmosphère et empêchaient de retrouver les pouvoirs et la\nfraîcheur de sensation des Grecs du Ve siècle, des Primitifs flamands, fran­\nçais, italiens, leur e n c h a n t e m e n t de la vie, des spectacles de la vie, regardés\nen eux-mêmes, pour eux-mêmes et auxquels l'artiste n'ajoute rien que sa per­\nsonnalité, la joie et l'enthousiasme de sa vision.\n                                                                   ARNOLD     GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 481, "page_fin": 481, "titre_corps": "Strophes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Bernard", "ancre_debut": "Strophes 4 quoi bon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 584, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1231, "texte": "Strophes\n\n.4 quoi bon m'épuiser en des tâches serviles\npour bâtir la maison où tu ne viendras pas?\nAujourd'hui   que je sais mes efforts inutiles\nl'œuvre quotidienne est trop rude à mon bras.\n\nPuisque je vivrai seul, le calme de ma chambre\npeut me suffire — avec, aux fenêtres, des fleurs.\nQu'importe l'horizon d'Avril ou de Septembre\nà des yeux pour longtemps aveuglés par les pleurs !\n\nAvec le renouveau des feuillages     opaques,\nil n'a point refleuri notre amour, au     printemps,\net je me souviendrai   de ce lundi de Pâques\nsi clair, mais douloureux   à nos cœurs     hésitants.\n\nTu ne pus supporter l'obsession    cruelle\nd'un amour qui mourait de s'être trop aimé.\nEt, sentant fermenter une sève nouvelle,\ntu partis vers l'espoir d'un plus durable Mai!\n\nJe te pardonne le mensonge de ta bouche\net le mensonge encor plus grave de tes yeux :\ncar, par toi, j'ai goûté le silence farouche\net l'âpre volupté de nos derniers   adieux.\n\nMais au moins qu'elle soit féconde ma blessure!\nEt je la bénirai dans mon âme, avec toi,\nsi, par elle sachant le rythme et la mesure,\nje puis enfin chanter ce que je sens en moi.\n\n                                             J E A N BERNARD».\n\n\nValence-sur-Rhône, mai 1904.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 482, "page_fin": 491, "titre_corps": "Trois poètes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Trois Poètes Cette rencontre m'est précieuse", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 585, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "Trois Poètes\n   Cette rencontre m'est précieuse entre toutes, qui, p a r le hasard d'une appa­\nrition simultanée aux vitrines des libraires, réunit dans cette c h r o n i q u e les\nnoms des trois poètes belges dont l'œuvre a su le mieux éveiller l'enthousiasme\ndes jeunes générations, parce qu'elle répond le plus fidèlement à leur idéal de\nbeauté. E t ce m'est une joie très vive que de pouvoir ici les confondre tous\ntrois, en un même h o m m a g e d'ardente admiration et de profond respect.\n\n\n                                 Emile Verhaeren\n    Emile Verhaeren affirma, dès ses d é b u t s , les marques distinctives de son\ngénie (le mot n'est pas trop gros), qui sont l'originalité et la puissance. Ori­\nginal, l'auteur des Villes tentaculaires l'est à un rare degré : tempérament d'ex­\nception, découvreur d'idées et d'images, créateur d'un Verbe nouveau qui\nn ' a p p a r t i e n t qu'à lui, il est, comme Jules Laforgue, de ceux que l'on n'imite\npas, ou du moins que l'on devrait se garder d'imiter. Il naquit avec une façon\nde voir, de sentir et de rendre, qui, dès ses premières paroles, le sépara des\nautres, défendit de le confondre avec aucun de ses frères. E n c o r e que les\nFlamandes et les Moines, ses deux premiers recueils, se rattachent à la tradition\nparnassienne, il semble q u ' u n e filiation plus directe les a p p a r e n t e à l'art opu­\nlent et fougueux des grands peintres flamands ; la robuste chaleur de leur\ncoloris, la sonorité parfois brutale de leurs rythmes, la véhémence de leur\nlyrisme, différencient manifestement ces poèmes des autres productions du\n« P a r n a s s e ». P a r eux se révélait, enfin, un poète vraiment de chez nous,\nexaltant, dans u n e langue admirable et qui ne sentait pas du tout l'Ile-de-\nF r a n c e , les énergies de la race et les magnificences du terroir. Sans doute, ces\nénergies et ces magnificences avaient trouvé déjà leur expression dans les\nproses truculentes d'Uyienspiegel et du Mâle. Mais c'était la première fois, dans\nl'histoire poétique de la moderne Belgique, qu'on entendait c h a n t e r u n e voix\nchaude, forte et neuve, qui ne fût pas l'écho de quelque autre voix fameuse.\nC'était la première fois aussi qu'on reconnaissait, transposées en vers plantu­\nreux, les somptueuses s y m p h o n i s de couleurs, de mouvements et de formes,\nqui éclataient lumineusement sur les toiles de nos maîtres, depuis R u b e n s\njusqu'à E m i l e Claus. Les Flamandes furent u n e révélation ; elles resteront une\ndate glorieuse.\n     Mais l'étroite discipline parnassienne, à laquelle la jeunesse d'Emile\n"}, {"page_pdf": 586, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "                                    TROIS POÈTES                                      483\n\nVerhaeren s'était pliée sans rien perdre de son i n d é p e n d a n c e d'allures, deve­\nnait néanmoins un importun fardeau pour cet artiste impatient de toute con­\ntrainte, épris jusqu'à l'outrance de liberté sauvage et de hardie nouveauté : à\npetits coups opiniâtres et multipliés, il secoua le joug des vieilles règles, s'af­\nfranchit des traditions qui le gênaient, osa même violer, q u a n d cela lui sem­\nblait nécessaire, les préceptes sacrés de la S y n t a x e . Çà et là déplaçant une\ncésure, élidant « illégalement » une « muette » embarrassante, accouplant\ndans ses rimes un pluriel à u n singulier ou se contentant d'une assonance, il\nse forma peu à peu une prosodie particulière, qui répondit enfin aux exigences\nde son inspiration « effrénée » et de son esprit de révolte. Ainsi, par ces\ndegrés grandioses qui s'appellent les Soirs, les Débâcles, les Flambeaux noirs,\nil arriva au vers libre; il y arriva par une évolution rationnelle et légitime, où\n seul un parti-pris aveugle peut découvrir autre chose que l'épanouissement\n s p o n t a n é d'une personnalité. E t , bien q u ' E m i l e Verhaeren n'ait pas inventé\n le vers libre, cette forme est devenue entre ses mains un instrument tellement\n nouveau, tellement singulier, tellement adéquat à sa pensée, qu'il semble\n l'avoir créée de toutes pièces, sans le secours d'aucun exemple. Son vers libre\n ne ressemble ni à celui de K a h n , ni à celui de Laforgue, ni à celui de Vielé-\n Griffin ou d ' H e n r i de Régnier; et il est s u p r ê m e m e n t harmonieux, parce qu'il\n habille l'Idée avec une justesse parfaite.\n     On se souvient du haro formidable que suscita, dans le c a m p des P a r n a s ­\n siens, l'apparition des Villages illusoires, des Campagnes hallucinées, des Villes\n tentaculaires. Au nom de la raison, du bon goût et de la mesure, d'excellents\n écrivains, soucieux avant tout du respect des « saines traditions » et de la\n pureté du langage, épluchèrent vers par vers les poèmes d'Emile Verhaeren,\n et cherchèrent la petite bête là où ils auraient dû découvrir la grande beauté.\n T o u t a m o u r e u x qu'ils étaient de la mesure, certains d'entre eux la perdirent\n dans l'ardeur de la lutte. Aujourd'hui que sont apaisées ces vieilles querelles,\n les combattants d'autrefois reconnaîtront eux-mêmes, peut-être, ce qu'elles\n  eurent de mesquin et d'inutile. On peut p a r d o n n e r au génie de n'emporter\n  pas, dans son impétueux essor, u n e grammaire d'écolier. On peut lui par­\n  donner surtout q u a n d il est — je le répète à dessein — un tempérament d'excep-\n  tion, dont le langage audacieux n'est point destiné à servir d'exemple aux\n  générations futures, et qui doit demeurer d a n s l'histoire littéraire comme u n\n  isolé, un insurgé si vous voulez. Qu'importe que, par endroits, il égratigne la\n  syntaxe ou bouscule la prosodie traditionnelles, si ces incorrections et ces\n  bizarreries aident à faire ressortir les qualités d'un tempérament ou les carac­\n  tères d'une race? Tel fut le cas de Verhaeren. Il ne pouvait pas être autre\n  chose que ce qu'il a été : ayant gardé, dans son sang de F l a m a n d , un reste de\n   « furie espagnole », il aurait eu grand tort de se conduire, vis-à-vis de la\n   Muse, c o m m e un des sages enfants de ces bords fleuris qu'arrose la S e i n e ; il\n  n'était pas né pour s'asseoir sur les genoux de l'Académie, mais bien pour se\n  vautrer et gambader, avec la joie folle d'un poulain en liberté, dans l'herbe\n  drue des rives de l'Escaut; sous un ciel traversé du galop tragique des\n  nuages, et non sous la Coupole sereine, ses « forces tumultueuses » devaient\n   développer leur libre j e u .\n"}, {"page_pdf": 587, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3277, "texte": "484                                      DURENDAL\n\n\n\n    Emile Verhaeren apparaît, dans la foule des poètes de tous les temps,\nc o m m e une des individualités les plus intéressantes. E t si l'on envisage son\nœuvre du point de vue des temps présents, on aperçoit, dans cette œuvre fié­\nvreuse, frémissante et douloureuse, le sombre miroir où se réverbèrent le\nmieux les multiples aspects de notre époque troublée, toute travaillée de\nrévoltes et tourmentée de revendications. P l u s qu'aucun poète d'aujourd'hui,\nEmile Verhaeren a su — car il possède, comme H u g o , un œil visionnaire —\ndégager ce qu'il y avait de beauté latente et de gloire incomprise dans l'appa­\nrente banalité des décors, des visages, des attitudes et des combats actuels.\nL'avenir dira si ce visionnaire n'était pas un prophète, puisque le poète q u i ,\ndans les Moines, célébrait\n\n                               les chrétiennes idées\n                  Oui restent au couchant sur le monde accoudées,                *\n\ns'est préoccupé, en d'autres œuvres, d'annoncer les aubes des temps nouveaux\net d'interpréter symboliquement les plus audacieuses idées de rénovation\nsociale.\n     L e Mercure de France vient de publier u n e réédition des Villes tentaculaires,\nprécédées des Campagnes hallucinées (1). Ces deux livres sont trop c o n n u s pour\nqu'il soit utile de les analyser encore ici, où une voix plus autorisée que la\nmienne en a parlé naguères. Œ u v r e s de noir pessimisme, qui nous montrent\nles champs peuplés de criminels, de paillards et de fous, les cités remplies de\nbourgeois cupides ou stupides, les Campagnes hallucinées et les Villes tentaculaires\nsemblent manifester la phase la plus aiguë de l'exaspération maladive du\npoète : ce sont deux cauchemars épiques.\n     Mais voici qu'après avoir chanté les fauves a r d e u r s de sa mère la F l a n d r e ,\net ses colères déchaînées, et ses rouges couteaux b r a n d i s d a n s les kermesses\nsanglantes, et ses naïves dévotions de gouge résignée au servage, E m i l e Ver­\nhaeren à présent célèbre son sourire, sa lumière et sa douceur, en u n livre qui\nest lui-même tout sourires, lumières et douceurs : les Tendresses premières (2) ;\nadmirable diversité de talent, dont les Heures claires et les Petites Légendes nous\navaient donné déjà de surprenants e x e m p l e s ! Et, s'adaptant docilement aux\nnécessités de ces pensées nouvelles, le vers et la strophe renoncent aux heurts,\naux chocs, aux tintamarres des Villes tentaculaires et des Forces tumultueuses, pour\nse faire limpides, égaux et caressants. S a n s doute, ils gardent cette non-\npareille puissance verbale qui caractérise notre poète et le place au premier\nrang à côté du prodigieux marteleur de syllabes que fut Victor H u g o ; ils\nn ' a b a n d o n n e n t pas cette physionomie étrange, cet air de sauvagerie primitive\nqui font leur charme et leur force. Mais naguères, ils étaient c o m m e u n tor­\nrent bondissant, qui roule avec fureur, dans le fracas et les écumes, des rocs\net des troncs d'arbres; ils sont maintenant le fleuve clair et tranquille, où se\n\n\n\n  (1) Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées ; nouvelle édition.\n(Paris, Mercure de France, 1 vol.)\n  (2) Toute la Flandre : les Tendresses premières (Bruxelles,   Deman).\n"}, {"page_pdf": 588, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "                                TROIS POÈTES                                 485\n\nreflètent des rives de calme, d'heureux villages, des ciels en fête. Les eaux se\nsont apaisées : elles ont conservé le goût âpre et vif qui leur vient des cimes\noriginelles.\n   Vous aimerez, j ' e n suis sûr, ce tableau d u Comte de la Mi-Carême, un des\nplus frais parmi les souvenirs d'enfance qu'évoquent ces Tendresses pre-\nmières :\n                             On l'aperçoit, les soirs de vent,\n                                Par la lucarne à tabatière,\n                             Longer les étroites gouttières.\n                             Il vient et va, pousse en avant,\n                          S'arrête — et puis revient encore ;\n                             Son cheval sait tous les chemins\n                             Qu'il lui suggère, avec la main,\n                           Et quand parfois, au loin, s'essorent\n                                Ses hauts galops silencieux,\n                             Sa sueur blanche et son écume\n                           S'entremêlent, comme des plumes,\n                             Aux nuages qui vont aux cieux.\n\n                         Où ne va-t-il ? — Dieu seul le guide,\n                           Sur l'échiquier géant des tours\n                           Et des pignons des carrefours,\n                         Par les grand'routes translucides.\n                           Ceux qui ne l'ont pas aperçu\n                         Quand, vers le soir, sonnent les cloches,\n                         C'est qu'ils eurent leurs yeux en poche.\n                           Mais les enfants, eux tous, l'ont vu\n                           — Prince de rêve et de fortune —\n                           Traversant l'air superbement,\n                              Avec sa bête en diamant\n                           Et son manteau de clair de lune...\n\n   Mais le plus curieux poème du livre est, à mon sens, l'Horloger, où je crois\ndécouvrir un symbole discret de l'évolution intellectuelle du poète lui-même,\net l'histoire imagée des phases diveises de sa vie artistique. C o m m e l'enfant\nd'autrefois, en effet, l'homme d'aujourd'hui s'est épris avec ardeur\n\n                     Des tumultes réglés, par les causes profondes\n                     Qui font, dans le mystère, évoluer les mondes...\n\n\" T u m u l t e s réglés \" : ces mots définissent à merveille l'art actuel d'Emile\nVerhaeren. Et je pense qu'il ne faut voir, dans la présente oeuvre, ni un recul,\nni u n arrêt, mais bien l'étape logique d'une incessante et rationnelle évo­\nlution.\n\n\n\n                        Charles Van Lerberghe\n   Après les Flaireurs, u n court drame de terreur poignante, et les Entre­\nvisions, u n premier recueil de vers qui fut comme l'aurore d'un glorieux\ntalent, Charles Van Lerberghe nous donne aujourd'hui l'œuvre de grâce\n"}, {"page_pdf": 589, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "486                                    DURENDAL\n\n\n\ns u p r ê m e et de parfaite beauté qu'on attendait de lui : cette Chanson d'Eve (1)\ndont tout le monde parle déjà, et qui l'impose du coup à l'unanime\nadmiration.\n    Si les poèmes d'Emile Verhaeren accusent un souci constant de m o d e r ­\nnité, rien ne se ressent moins des troubles, des tristesses et des laideurs du\nsiècle où nous vivons, que le livre de Charles Van L e r b e r g h e : i n g é n u e ,\nlimpide et joyeuse à l'égal des premiers matins du m o n d e , la chanson qu'il\nfait soupirer, pour notre ravissement, aux lèvres virginales de son E v e ,\nexhale cette allégresse naïve et cet universel amour qui fleurissaient au\nP a r a d i s terrestre, où tout était parfums, rayons, tendres m u r m u r e s . E t le\nvœu de son Prélude se réalisa pleinement :\n\n                          Je voudrais le la dire,\n                          Dans la simplicité claire\n                          De mon bonheur,\n                          Sans une image, sans une fleur,\n                          En n'y mêlant que la lumière\n                          Et l'air où je respire...\n\n                          Avec des mots\n                          Si frais, si virginaux,\n                          Avec des mots si purs,\n                          Qu'ils tremblent dans l'azur,\n                          Et semblent dits,\n                          Pour la première fois au Paradis.\n\nN e croyez pas, cependant, rencontrer ici l'Eve textuelle des livres sacrés, ni\nd a n s ce poème un p e n d a n t lumineux au sombre Paradis perdu de Milton :\nvous tomberiez dans u n e évidente erreur, si vous vous imaginiez que Charles\nVan L e r b e r g h e a voulu simplement broder de p a r a p h r a s e s lyriques le thème\nde la Bible. Bien plutôt que la Mère du genre h u m a i n et la j e u n e épouse\nd'Adam, il a peint en son Eve l'âme h u m a i n e , l'éternelle P s y c h é a m o u r e u s e\ndes choses et surtout d'elle-même, immortellement hantée de désirs,\nd'espoirs, de tendresses qui ne se lassent et ne se lasseront jamais. Mais il\nl'a prise en toute sa primitive fraîcheur, telle qu'elle se révélait à l'aube des\ntemps, telle qu'elle se révèle encore chez ceux qui ont gardé ou qui ont\nreconquis les candeurs de l'enfance ; il l'a fait vivre d a n s le P a r a d i s terrestre,\nc'est-à-dire dans le b o n h e u r , parce que le bonheur est l'élément originel\net essentiel de l'âme, et parce que les h o m m e s ne sont pas nés pour pleurer,\nmais pour sourire à la douceur du m o n d e et pour la chanter de toutes les\nforces de leur être.\n    Belle de sa nudité chaste, « la jeune et divine E v e s'est éveillée de Dieu,\n\n               Et le monde à ses pieds s'étend comme un beau rêve. \"\n\nE t voici que, docile au conseil de son créateur, elle c o m m e n c e de parler et\nde n o m m e r toute chose par un son h a r m o n i e u x . P u i s , errant à travers\n\n\n  (1) La Chanson d'Eve (Paris. Mercure de        France).\n"}, {"page_pdf": 590, "page_imprimee": 487, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "                                 TROIS POÈTES                                  487\n\nl'Eden, elle s'émerveille à chaque pas des splendeurs qui l'entourent, et sa\npropre beauté la ravit plus que tout le reste ; elle se reconnaît dans les fleurs,\nles rayons, les ondes, le soleil :\n\n                       Oui peut me dire où je finis,\n                       Où je commence ?...\n\nSon Dieu fleurit, chante et e m b a u m e de toutes parts : et son Dieu, n'est-ce\npas elle-même?\n                      Comme il se baigne dans la lumière\n                      Avec amour, mon jeune dieu !\n                      Toutes les choses de la terre\n                      Sont ses vêtements radieux...\n\nE t lorsque, enfantinement curieuse, elle cherche la N y m p h e qui se dérobe\nau profond de la source, c'est elle-même encore qu'elle y t r o u v e . . . O\nmerveille délicieuse! c'est elle qui, la première, a p a r l é ; c'est elle qui, la\npremière, a s o u r i ; et c'est elle qui, la première, a pleuré — non de tristesse,\nmais « de joie divine » !... E t pourquoi prêterait-elle l'oreille aux paroles du\nD é m o n , qui lui affirme qu'elle est i m p u r e , pétrie de limon et de fange?\nElle n'écoute que ses Anges, qui lui disent :\n\n                        Tu es l'innocence et la fleur de la terre,\n                             Et sa virginale chanson.\n\nE t , toujours plus éprise d'elle-même, elle ne se lasse pas de suivre le bel\noiseau de son espoir, le bel oiseau de son à m e , dont l'aile infatigable ne\nse pose j a m a i s .\n     Mais u n ange l'entraîne d a n s les bois secrets « où vivent encore, en\nd'autres rêves, les esprits subtils de la terre ». E t c'est la Tentation. Un soir\nvoluptueux, plein de parfums et de soupirs, étend\n\n                        L'insidieux filet des étoiles obliques.\n\n  La jeune Eve tressaille dans l'attente mystérieuse de l'Aimé, encore\ninconnu, mais qu'elle presssent d a n s les arômes, dans les chansons, dans les\nlueurs du jardin magnifique :\n\n                        Pardonne-moi, si je le touche\n                        Dans le soleil, ou si ma bouche,\n                        En souriant, sans le savoir,\n                        T'alteint dans la fraîcheur du soir;\n                        Pardonne-moi, si je crois être\n                        Près de loi-même où tu n'es pus,\n                        Si je te cherche, lorsque peut-être\n                        C'est toi qui reposes dans mes bras. .\n\nLes fleurs, les fruits ne lui inspirent plus de désir; elle n'a désormais qu'une\npensée : aimer, et comme ses premières aspirations, cette pensée lui est une\n"}, {"page_pdf": 591, "page_imprimee": 488, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3229, "texte": "488                                   DURENDAL\n\n\nsource de joies inépuisables et d'extases infinies. C'est le moment où Vénus\nlui apparaît, lui a p p o r t a n t des roses :\n\n                      Elle était nue, et blonde, étincelante et rose,\n                      Et tout l'air sombre autour d'elle était d'or...\n\n E v e adore sa divine présence, et ses anges s'inclinent devant la déesse:.. E t\nvoici les Sirènes, sereinement ignorantes de l'amour et de la mort, qui lui\nchantent d'étranges paroles dont elle se berce i n g é n u m e n t , malgré les aver­\ntissements de ses A n g e s ; ce n'est pas qu'elle croie en elles « plus qu'il ne\nfaut qu'une âme sage croie à la vie », mais ce sont ses songes encore q u ' e l l e\naime en ces voix fallacieuses.\n    C'est l'heure de la Faute : Eve a goûté \" le beau fruit qui enivre d'orgueil, le\nfruit délicieux de vertige infini \", et elle s'estime égale à Dieu. Elle a tué son\nancien dieu, l'Esprit, et pourtant son a m o u r c o m m e sa joie sont d e m e u r é s les\nmêmes. Le beau Serpent, qui « glisse en paix, comme un rayon, parmi les\nroses », lui apprit « la belle vérité... le secret de la terre et l'énigme des\nchoses ». E t maintenant, elle c o m m u n i e pleinement avec les F l a m m e s , les\nOndes, les Fleurs, les Souffles des airs, les S o n s , tous ces Anges mouvants\nqui se transforment sans cesse, qui « naissent pour mourir et pour renaître\nencor, en apparences plus changeantes que des songes ».\n   E p a n o u i e en toute sa gloire, Eve enfin va connaître la tristesse et les\nlarmes mortelles : c'est le Crépuscule. Ses anges ont fui, u n sortilège désen­\nchante le beau paradis d'autrefois, et son â m e aspire au n é a n t . Elle meurt\ndoucement, comme un rayon, p o u r se résorber d a n s les choses en qui elle\ns'aimait n a g u è r e s ; et, « avec l'âme des roses d'hier », elle s'élève lentement\ndans le ciel qu'attriste une aube pâle :\n\n                          L'âme chantante d'Eve expire,\n                          Elle s'éteint dans la clarté ;\n                          Elle retourne en un sourire\n                          A l'univers qu'elle a chanté...\n\n   Tel est ce p u r , ce clair, ce merveilleux poème du B o n h e u r , où Charles\nV a n Lerberghe a groupé autour de sa jeune E v e , en un ensemble capricieux\net souverainement h a r m o n i e u x à la fois, des anges, des déesses et des fées :\nincarnations diverses des songes, des pensées, des désirs de l'ondoyante et\nmultiple âme h u m a i n e , qui se retrouve elle-même d a n s tout ce qu'elle cherche\net d a n s tout ce qu'elle adore.\n   — Cette aride analyse ne saurait vous d o n n e r la plus lointaine idée de\nla grâce, de la lumière, de l'allégresse qui fleurissent à chaque page de la\nChanson d'Eve. R a r e m e n t u n e voix de poète a chanté avec cette limpidité,\ncette fraîcheur, cette ingénuité s u p r ê m e s . Rarement il nous fut accordé\nd'entendre des paroles aussi nuancées, des vers aussi délicats, une langue\naussi souple, aussi claire et aussi musicale. Le vers libre de Charles Van\n Lerberghe fait un m u r m u r e tranquille qui ne se peut c o m p a r e r à a u c u n e\nautre harmonie ; et ceux de ses vers qui restent traditionnels ont u n e fluidité,\n"}, {"page_pdf": 592, "page_imprimee": 489, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3046, "texte": "                                  TROIS POÈTES                                    489\n\nune douceur miraculeuses. Mais ce que j ' a d m i r e surtout, c'est la nouveauté\ndes images, leur a b o n d a n c e inépuisable, leur noble simplicité.\n  La Chanson d'Eve porte en é p i g r a p h e cet alexandrin de Vigny :\n\n                     Et la beauté du monde attestait son enfance,\n\nqui caractérise à souhait l'art de Charles Van Lerberghe : lui aussi, sa c a n d e u r\nfait sa splendeur. Et, comme les yeux extasiés de l'Eve enfantine qu'il\nsuscite, ce livre d'innocence, de joie et de lumière, est « merveilleux d'être\némerveillé ».\n\n\n\n                               Fernand Séverin\n   Celui-ci est le plus pur, le plus tendre et le plus mélodieux de nos poètes.\nN u l ne module avec autant de grâce « la discrète élégie aux fuyantes\npâleurs », pour employer l'expression dont se sert L e Cardonnel à propos\nd'Albert S a m a i n . L u i aussi, il est bien de chez nous : l'âme wallonne, si\nencline a u rêve et si lente à l'action, a trouvé en lui le plus éloquent inter­\nprète de ce qu'il y a de noble dans ses aspirations. Mais ce serait se tromper\nétrangement, et commettre un excès manifeste de chauvinisme litté­\nraire, que de ne pas découvrir à la poésie de F e r n a n d Séverin d'autres\nsources, plus lointaines et plus profondes, que celte origine w a l l o n n e . Sa\npatrie d'élection, c'est la T o s c a n e et l'Ombrie; lui-même me l'écrivait\nnaguères, — et je n'hésite pas à transcrire ces quelques lignes, parce qu'elles\néclairent à souhait cette âme refermée sur elle-même et jalouse de son secret:\n« Savez-vous quel est le pays qui me hante et où j'aurai bientôt assez voyagé\nen esprit pour le connaître à peu près a u t a n t que d'autres qui y sont réelle­\nment allés? C'est d'abord la T o s c a n e , mais surtout\n\n                C'est l'Ombrie! Un pays dont la douceur est grave...\nFlorence m'attire; Assise et Pérouse me d o n n e n t le mal du pays. On a dû\nréaliser là-bas mon rêve de beauté, de pureté et de tendresse. Ce qu'on\na écrit sur cette heureuse Toscane et sur cette bienheureuse Ombrie, je\nne puis le lire qu'avec un étrange frisson. Et j ' y associe le souvenir de nobles\ntableaux vus à Londres et à P a r i s . Le P é r u g i n surtout me requiert, lui qui\nunit une beauté plastique parfaite à tant de tendresse, de recueillement et\nd'extase... » Depuis, l'auteur des Poèmes ingénus a visité la Toscane et\nl'Ombrie : il n'en a pas rapporté une image plus fidèle ni plus belle que\ncelle qu'il nous avait d o n n é e déjà en quelques-uns de ses c h a n t s ; car, ainsi\nqu'il l'a dit en u n vers que je me plais à citer,\n\n                Le plus beau songe encore est sous les yeux fermés...\n\n    On a comparé Séverin à Lamartine, et sans doute une étroite parenté\nd'âme unit entre eux ces deux chantres de l'amour et de la solitude. P o u r t a n t ,\ns'il fallait trouver des frères aux Poèmes ingénus, je songerais plutôt à certains\nsoupirs d'Andromaque ou de Bérénice, à l'Iphigénie de Goethe, aux élégies de\n"}, {"page_pdf": 593, "page_imprimee": 490, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "490                                  DURENDAL\n\n\nShelley, aux Idylles du Roi de T e n n y s o n ; je songerais encore à tel profil de\nDonatello, front pensif et lèvre sensuelle, — à tel paysage de Claude le\nLorrain, baigné de limpide lumière, — à telle figure grave et fière de B u r n e ­\nJones ou de Rossetti... Mais qu'importent ces vains r a p p r o c h e m e n t s ? Si la\nforme des Poèmes ingénus est évidemment racinienne dans son élégante\npureté et son irréprochable harmonie, leur sentiment, leur conception de\nl'amour et de la beauté, leur accent de ferveur contenue et de tristesse rési­\ngnée, en font une œuvre à ce point personnelle qu'on ne saurait en entendre\nle moindre fragment sans reconnaître aussitôt \" du Séverin \". Tout classique\nqu'il est, et malgré son apparente monotonie, l'alexandrin des Poèmes\ningénus caresse l'oreille avec une telle douceur que rien, d a n s notre langue,\nne me semble l'égaler en suave harmonie :\n\n                Tandis que nous songions, un enfant est venu;\n                Qui n'a pas entendu son parler ingénu\n                Ne s.tit ce que la voix peut avoir d'angélique.\n                Une voix qui s'éloigne, un rayon qui s'éteint,\n                Ont seuls cette douceur mêlée à ce lointain :\n                Ses mots, même incompris, sont toute une musique...\n\n    On ne saurait mieux définir cette poésie de candeur et de charme\n véritablement « angéliques », que F e r n a n d Séverin ne l'a fait lui-même en\nces quelques vers : tous ceux qui l'ont lu en conviendront. 11 arrivera, en\n effet, que certaines des paroles que prononce le poète au sortir de son rêve\nvous d e m e u r e r o n t impénétrables, parce qu'il a visité des pays où nous,\nprofanes, nous sommes indignes d'entrer, des pays d'ombre et de silence où\nl'on parle une autre langue que la vulgaire langue h u m a i n e ; mais, alors\nm ê m e que vous n'entendrez pas le sens de ces paroles augustes, vous serez\npris tout entier par l'invincible magie de leur m u s i q u e .\n    J'ai parlé de candeur; il ne faudrait pas s'abuser sur la signification de ce\nterme : la candeur des Poèmes ingénus n'a rien de la simplicité enfantine ni\nde la naïveté rustique. C'est la c a n d e u r d'une âme trop orgueilleuse de sa\npropre beauté pour consentir à la m o i n d r e souillure ; c'est la « splendide can­\ndeur » de la colombe sans tache. Et si ces poèmes sont réellement ingénus,\nils ne le sont pas sans mélange; ou plutôt, leur ingénuité est toute de surface :\nsi l'on sonde le fond même de l'œuvre, on y découvre aisément les inquié­\ntudes d'une â m e « ardente et nostalgique », qui a beaucoup aimé, beaucoup\nsouffert, et longuement médité sur les choses de la vie, et qui sait trop\n« qu'agir est vain, que l'espoir ment »,pour tenter encore « d'imposer au destin\nla forme de son rêve » ; on y découvre aussi une sorte de langueur morbide,\nune mélancolie passionnée, et je ne sais quelle farouche douceur, qui n o u s\névoquent quelque héros voluptueux et désabusé de la Renaissance italienne.\nCar cette âme candide est déçue entre toutes, et lasse de vivre avant d'avoir\nvécu: il semble que ses songes eux-mêmes lui soient un trop lourd fardeau, et\nqu'elle s'enivre de parfums qui la font défaillir. Elle est comme un enfant mala­\ndif qui, ayant e n t e n d u les clairons d'or sonner à l'aube sur les grèves, soulève\navec peine une épée trop pesante pour lui, et la laisse retomber, avec un long\n"}, {"page_pdf": 594, "page_imprimee": 491, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3314, "texte": "                                   TROIS POETES                                      491\n\n\nsoupir, en se blessant l u i - m ê m e à cette arme inutile. T o u t lui est désen­\nchantement, même l'amour qu'il n'a cessé d'appeler , et qu'il appelle encore\nde toutes les forces de son être épuisé ; même l'espérance chrétienne qu'il n'a\ncessé d'invoquer, et qui le leurre et le fuit, pauvre pèlerin fatigué de la\nroute, à chaque pas qu'il fait vers la lueur entrevue.\n    L ' a m o u r ! j'essaierai quelque jour, en une plus complète étude, de montrer\nc o m m e n t F e r n a n d Séverin l'a célébré, avec quel charme incomparable il\nen a dit la douceur et la tristesse, de quels mots délicieux il en a dépeint\nl'attente dans le Don d'enfance, et la venue dans Un chant dans l'ombre. Je ne\nveux, aujourd'hui, qu'exprimer l'admiration que continue d'entretenir en moi\nle nouveau livre de cet enchanteur exquis : la Solitude heureuse (1). L e poète,\nqui fut \" lui \" dès ses premiers chants, reste ici égal à lui-même ; je ne trouve\npas d'éloge plus magnifique à faire de ce recueil. Lisez Invocation, le Don\nnuptial, l'Eveil, les Iles en Fleur, le Portrait, la Maison bénie, l'Hôte divin, et tant\nd'autres pièces merveilleuses : vous y rencontrerez, — avec la même suavité\nd'expression, la même délicatesse de sentiment et de vision, la m ê m e grâce\nde lignes et la même lumière édénique, — je ne sais quoi de plus h u m a i n\ndans l'accent, de plus limpide dans la pensée, de plus robuste d a n s le\ndessin, qui m a r q u e u n progrès évident. Les décors gardent leur simplicité\nmajestueuse, la langue conserve son idéale p u r e t é , le vers continue de\nsoupirer avec u n e douceur sans pareille, et le désenchantement est demeuré\nau fond de tous les rêves du poète : mais, je le répète, il y a ici autre chose\nd'indéfinissable, qui distingue ces poèmes nouveaux des Poèmes ingénus, et\ndont ce vers peut-être nous livrerait le secret :\n\n                 Ce qui tient de douceur dans ce simple mol : vivre!\n\nL a Douceur de vivre, tel est du reste le titre de la pièce qui clôt le livre ; elle\nn o u s présage sans doute quelque transformation d a n s la pensée et dans l'art\nde F e r n a n d Séverin, quelque heureux renouvellement de son être poétique.\nQui sait? le doux et fier rêveur ne renoncera-t-il pas quelque jour à errer\nmélancoliquement\n\n                 Des pays où l'on aime à ceux où l'on oublie,\n\npour marcher joyeux et fort, par les routes de la Vie, d'où l'on entend à la\nfois les m u r m u r e s de la forêt, les bruissements de la mer et la rauque\nclameur des villes?... Quoi qu'il en soit, son œuvre, telle qu'elle apparaît dès\nà présent, est un des plus admirables exemples de beauté qui aient été\nd o n n é s au m o n d e . F e r n a n d Séverin est un modeste, qui attend en silence la\nvisite de la Muse sacrée et se réjouit sans orgueil des dons qu'elle lui\napporte : c'est pourquoi elle le récompensera de sa ferveur plus magnifique­\nment qu'aucun a u t r e ; car elle choisit, entre tous, pour les couronner du\nlaurier immortel, ceux qui l'ont chérie en secret,\n\n                 El ce n'est pas en vain qu'on aime le silence.\n                                                                      FRANZ A N S E L .\n\n\n  (1) La Solitude heureuse (Bruxelles, Association des écrivains belges).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 492, "page_fin": 494, "titre_corps": "Notes de voyages : Dans le Nord", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. d’Arschot", "ancre_debut": "Notes de Voyages Dans le Nord En Russie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 595, "page_imprimee": 492, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "Notes de Voyages\n\n                                   Dans le Nord\n\n                                     En Russie\n                      LA poésie est aux paysages ce que le charme est aux femmes ;\n                          elle exige souvent un long temps avant de se laisser\n                          découvrir. Il s'entend de la poésie perçue sans qu'on\n                          d o n n e rien de soi, de celle qui s'exhale de la terre et non\n                          de celle qu'on y met, m ê m e inconsciemment. A beaucoup\n                          contempler u n e chose, on s'attendrit toujours un p e u , et\n                          laquelle alors, même la plus misérable, ne devient pas\n                          attachante?\n                             En Russie, plus que n'importe où ailleurs, la poésie de\nla terre se dérobe d ' a b o r d . On ne conçoit ce pays, m ê m e lorsqu'on y a\nhabité et tellement les étés y sont courts, que sous la neige, et la première\nimpression qu'il fait est tout de resserrement, de blottissement. Ainsi q u e\nles yeux, en passant de l'obscurité dans la lumière, ne peuvent rien distin­\nguer, en entrant dans tant de froid glacial, l'âme n'est plus capable de sentir.\nP o u r retrouver son impressionnabilité et son pouvoir de juger, il lui faut être\napprivoisée par cette nature âpre, pareille à u n e ennemie.\n   Si l'on ne se rapproche guère des h o m m e s qu'on n'aime pas, on ne peut se\nrésoudre à accorder son intérêt à ce sol, à scruter ce ciel du N o r d contre\nlequel on doit se défendre si énergiquement. Il neige, il vente : sous de lourds\nvêtements, la marche est pénible. On se hâte ; on rentre chez soi et alors, dans\nla douceur des détentes qui suivent les luttes, on se sauve parmi ses souve­\nnirs : on rêve de c h a m p s en fleurs, d'étés accablés de soleil.\n   P u i s , peu à p e u , on s'habitue à cette inclémence perpétuelle; les journées\ns'allongent; on se prend à contempler les plaines illimitées et à regarder\nd'une manière différente ce pays si dur, auquel sont attachés pourlant ceux\nqui y sont nés. La poésie de la Russie est toute faite d'une pitié i m m e n s e , qui\ns'impose à l'âme et la pénètre à tout j a m a i s .\n   Dans le m o n d e , il est bien des lieux c h a r m a n t s , mais entre tous ceux qu'on\nrecommande à notre curiosité, il n'en est peut-être pas qui soit autre chose\n"}, {"page_pdf": 596, "page_imprimee": 493, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3065, "texte": "                                 NOTES     DE     VOYAGES                               49 3\n\nque des motifs à des contemplations tranquilles et à des rêveries égoïstes. Sur\nle sol russe, au contraire, il n'est peut-être pas un coin de campagne qui ne\nsoit troublant autant q u ' u n e question sociale... C'est à l'heure du soir, la\nplaine sans bornes est toute blanche ; en noir se dessinent seulement quelques\nsapins, quelques arbres glacés pour de longs mois, morts, semble-t-il, comme\ntout l'est autour d'eux; l'horizon se perd dans la b r u m e . Un mince filet de\nfumée monte au-dessus de deux ou trois petites maisons de bois, où des\nlumières s'allument. L a neige et le silence sont d'un autre monde. E t dans ce\nblanc qui paralyse la vie, dans ce silence qui l'effraie, dans ce froid qui la\ntorture, vivent des êtres! U n peu de chaleur et un peu de clarté les réu­\nnissent.\n   T a b l e a u qu'il faut voir pour le bien c o m p r e n d r e ! U n e pitié vous étreint,\nqui est profonde au point d'être intolérable; c'est poignant, angoissant et dou­\nloureux, et l'on se s u r p r e n d à aimer cette terre, parce qu'en souffrant, elle\nsait vous faire souffrir avec elle.\n\n                                            * *\n\n    Q u a n d l'été arrive, c'est u n enchantement. Après avoir sommeillé dans une\nnuit interminable, on se réveille dans u n e aurore sans fin. L e ciel est bleu,\nl'air d'une t r a n s p a r e n c e indicible, la verdure a une fraîcheur incomparable et\nla vie semble arrêtée devant le soleil. Qu'ils sont doux ces étés du N o r d , après\nles hivers cruels, et comme la jouissance qu'ils apportent est accrue\npar leur brièveté, de quelles subtiles nuances de tristesse ils teintent l'âme!\nOn se hâte de savourer la renaissance des choses. Il semble q u e , d'une heure\nà l'autre, tout va changer, s'anéantir; on a la perpétuelle sensation d'être\nd e v a n t du fugitif, de l'insaisissable, devant quelque chose de rêvé. Que c'est\ndélicieux, — mais cela existe-t-il ? U n e angoisse encore, née de la crainte de\nperdre à chaque m o m e n t ce qu'on aime, recommence à vous envahir, une\npeur du lendemain, du lendemain qui paraît ne pas exister lui-même, puisque\nle soleil ne fait de l'été qu'un jour. Craintes exquises qui décuplent le prix de\nce d o n t on jouit et mènent à ce lendemain redouté, l'hiver. Hiver nouveau,\nsi vite revenu qu'il est c o m m e le prolongement de celui qui l'a précédé, que\nl'on croit que l'été ne fut pas !\n\n                                             II\n\n\n                                      En Suède\n   Ces impressions, dont la Russie remplit avec ses paysages glacés et ces\ninquiétudes inspirées par la douceur fuyante de ses étés, le Nord tout entier\nne les d o n n e p a s .\n   L a Russie est froide, elle est tragique. A la contempler avec son cœur, on\nsouffre d'une tristesse inexorable qui a, comme toute tristesse, une cause bien\ndéfinie, est un mal qu'on touche et qu'on soigne. C'est le manque de lumière,\nle climat inclément, la difficulté de vivre et le peu de joie qu'offre la vie. Mais,\n"}, {"page_pdf": 597, "page_imprimee": 494, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "494                                   DURENDAL\n\n\ndès qu'on s'en éloigne, cette tristesse d i m i n u e . En F i n l a n d e , elle est déjà\nm o i n d r e ; en S u è d e , elle a disparu.\n   Ici, c'est la mélancolie qui vous enveloppe, cette tristesse toute spéciale\ndont le propre est de n'avoir point d'origine précise et qui n'existe presque\npas ailleurs. D a n s le Sud, si l'on est sincère, on arrive toujours à découvrir\nla raison de ce qu'on croit être de la mélancolie et qui n'est que de la tristesse.\nSi parfois la mer. le Midi, les grandes villes nous assombrissent, on peut\nl'expliquer. La mer a m a n g é tant d'existences! L e Midi a une paresse si\nimproductive, les grandes cités cachent de telles misères, et surtout de tels\nplaisirs I\n   D a n s la péninsule Scandinave, la mélancolie sort du sol, des pierres, de\nl'eau ; elle s'exhale de tout comme un parfum mystérieux et remplit immédia­\ntement l'âme, bien avant même qu'elle s'en aperçoive. Elle est douce et ne\ndevient jamais douloureuse. Et, cependant, à quelle profondeur ne peut-elle\npas atteindre et comme tout concourt à la développer!\n   Ce sont, en été, les nuits pâles où la clarté se traîne sur les choses comme\ndes lambeaux de gaze a b a n d o n n é s , le sommeil apaisant tout dans la lueur\ndiurne, les végétaux immobiles, les oiseaux endormis sur les branches, —\nl'apparence de la mort, enfin, d a n s ce qui fait la vie, la lumière. Ce sont les\ncampagnes si monotones, les longues courses en bateau sur les lacs, aussi\ncalmes que des consciences sans péché.\n   L a pensée travaille d'interminables heures, lentement, toute ramenée sur\nelle-même, p e n d a n t que passent à la côte les bouleaux blancs au feuillage\nléger, les sapins et les roches. Seulement trois teintes : du vert clair, du vert\nfoncé et du b r u n rosé. Elles se déplacent, se mêlent en proportions inégales,\nmais se renouvellent indéfiniment. L'on en arrive à croire que le décor ne\nchange pas et que ce sont toujours et les mêmes arbres et les mêmes pierres\nque l'on a devant soi, et bientôt la mélancolie du paysage devient celle de\nl'âme.\n   Si l'été ne vous angoisse pas en Suède comme en Russie, l'hiver, lui non\nplus, n'est pas le m ê m e . Il ne vainc pas autant l'être h u m a i n . Malgré le ciel\nd'azur trop pâle et le soleil affaibli, certaines journées suédoises, avec la neige\néclatante sur les pelouses, dans les jardins et sur les arbres, d o n n e n t l'illusion\nd'un p r i n t e m p s blanc.\n   Mais, toujours, on a l'impression que cet hiver, que cette nature, partout\npareille à elle-même, s'étendent jusqu'à l'horizon, et bien au delà, sur les\nespaces immenses. E n F r a n c e , en Allemagne et ailleurs, il est des paysages\npeu s o u r i a n t s ; mais l'on sait que, derrière eux, la création redevient belle.\nLà, on s'imagine que la terre entière est ainsi froide et monotone. L a pensée\ns'apaise ; la vie se ralentit; il semble que le temps a suspendu son impitoyable\nmarche et que l'on est, au milieu de blancheurs fleuries et d'une contrée indif­\nférente, arrêté pour l'éternité.\n\n                                                                      G. D'ABSCHOT.\n\n  (A continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 495, "page_fin": 498, "titre_corps": "Les Images religieuses artistiques de la « Leo-Gesellschaft »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Martens", "ancre_debut": "Les Images religieuses artistiques de la Leo=Gesellschaft", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 598, "page_imprimee": 495, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "Les Images religieuses artistiques\n           de la \" Leo=Gesellschaft „\n                                                               Artem populo.\n                                                            (Devise de la L.- G.)\n\n                      MON petit, veux-tu une belle image? Cette parole magique\n                        du grand-père, du vieil oncle, du bon curé, qu'elle nous\n                        fut souvent dite autrefois! souvent encore aujourd'hui,\n                        nous l'entendons adressée à d'autres petits, et en obser­\n                        vant ses merveilleux effets, en voyant les yeux s'allumer\n                         de convoitise et les menottes se tendre vers le donateur\n                        subitement aimé, nous nous rappelons nos joies anciennes.\n                         Mais si le souvenir s'est réveillé du plaisir éprouvé jadis à\n                         contempler une Vierge souriante et u n J é s u s joufflu enlu­\nminés de couleurs vives, agrémentés de b o r d u r e s découpées, nous n'avons et\nn'eûmes jamais aucune conscience de l'influence secrète que ces figurines\nexercèrent, lentement et sûrement, sur la formation et la fixation de notre\ngoût d u r a n t notre adolescence et notre jeunesse. De notre goût! Que dis-je?\nIl faudrait ajouter : de notre sens religieux. A coup sûr, les moutons et les\ncolombes des images dentelées du quartier Saint-Sulpice ne p t u v e n t inspirer,\nmême à un enfant encore d é p o u r v u de toute finesse, le même genre de piété\net un sentiment de même nature qu'une Vierge de l'Angelico ou de Filippo\nL i p p i . Il est certain que, à l'âge où l'âme enfantine absorbe avidement les\nimpressions du dehors et se cristallise en quelque sorte, la contemplation\nd'images niaises affadit, fausse et — le mot n'est pas trop fort — empoisonne\nà la fois le goût et la piété. Qui songe à cela en distribuant les petites horreurs\nqu'on débite c o u r a m m e n t ? Certains y songent en gémissant de ne trouver pas\nmieux — au moins dans les conditions économiques requises impérieusement\npour exercer un apostolat effectif. Car si le goût public est en progrès incon­\ntestable depuis un quart de siècle, si l'imagerie bête s'étale avec u n peu moins\nd'ostentation, consciente d'avoir perdu une partie de sa clientèle de jadis, les\nessais très louables tentés en F r a n c e et en Belgique n'ont abouti à aucun\nrésultat vraiment décisif. Tantôt les images elles-mêmes m a n q u e n t de valeur\nesthétique et de c h a r m e , malgré leur bariolage. N'encourent-elles point\nce reproche, les figurines parfois si gauchement archaïques de notre école\n"}, {"page_pdf": 599, "page_imprimee": 496, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3397, "texte": "496                                       DURENDAL\n\n\n\n Saint-Luc? Tantôt, — et c'est le cas pour d'assez nombreuses images\n publiées par certains éditeurs parisiens, — elles sont réellement intéressantes\n et belles, mais, à cause de leur prix élevé, elles ne peuvent se répandre comme\n il faudrait. Seules peut-être, à notre avis, celles de l'école d'art de Beuron\n répondent heureusement à ce double but, mais, en dépit de leur pieuse et\n noble gravité, comme elles nous présentent, pour la plupart, des compositions\n modernes issues de ce milieu unique et fort peu personnelles, elles\n n'échappent point au reproche de monotonie et de froideur.\n    Ce qu'il faudrait, c'est une collection reproduisant, dans des conditions de\n perfection et de bon marché suffisantes, les chefs-d'œuvre religieux anciens.\n Qu'on popularise aussi les compositions modernes, qu'on en crée de nou­\n velles : rien de mieux; mais qu'on commence par faire connaître et aimer les\n radieux chefs-d'œuvre d'autrefois. On essayera ensuite de trouver aussi bien\n dans l'art d'aujourd'hui.\n    Ce rêve d'artiste, le voici réalisé; l'entreprise admirable d'une telle collec­\ntion a été tentée récemment par l'Oesterreichischc Leo-Gesellschaft et la réussite\na dépassé toute attente. Très répandue déjà en Autriche et en Allemagne,\ncette publication est encore, si je ne me trompe, quasi ignorée en Belgique.\nJ'écris ces lignes pour la signaler à ceux que ne satisfait point l'imagerie cou­\nrante et qui poursuivent la chimère de l'image artistique... à un sou (1).\n    La Société, sous la direction savante du D r Karl Domanig, conservateur\ndu Musée Impérial de Vienne, a publié ses premières images en 1899; elle\nen a mis au jour, jusqu'à présent, plus de quatre cents, en sept divers formats,\ndepuis ceux qui conviennent à l'ornementation de nos murs (25 X 33 centim.)\njusqu'à ceux des figurines destinées à réjouir nos regards au tournant des\npages pieuses.\n    L'aspect des images, le procédé de reproduction sont très variés. L'impres­\nsion, en teinte unique ou multicolore, sur papier bien approprié, est parfaite\nde netteté et de vivacité. Les reliefs sculpturaux, les gravures sur cuivre et\nsur bois sont remarquablement rendus dans des tons gris, verts, bruns, etc.\n    Mais parlons des sujets, voilà l'essentiel. Ce sont, en très grande majorité,\ndes œuvres anciennes : gravures, peintures, sculptures, bas-reliefs. Et ces\nœuvres, on les a choisies — sans aucun souci de dogmatisme artistique, sans\nmême témoigner de trop exclusive prédilection — dans les trésors de toute\népoque et de toute école. Les primitifs flamands, allemands, italiens voisinent\navec les Raphaël, les Murillo, les Vinci, les Philippe de Champagne. Eton­\nnante diversité du sentiment esthétique et de l'expression religieuse, que\nchaque siècle, chaque race et chaque artiste ont revêtu d'une beauté particu­\nlière! Que cela est admirable à observer; et comme cette diversité même\natteste bien l'éternité du sens religieux, sa confusion presque avec le sens du\nbeau et de l'idéal, avec ce qui nous est le plus intime. L'émotion religieuse,\nnous ne l'éprouvons pas comme une impression artificielle, acquise, étrangère\net surajoutée à notre mentalité; nous ne saurions l'exprimer avec ardeur sans\n\n\n  (1) L e d é p ô t central des Klassiche Andachtsbilder   de la Leo-Gesellschaft est à la maison\nde librairie Jos. Roth, à Vienne et Stuttgart.\n"}, {"page_pdf": 600, "page_imprimee": 497, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3719, "texte": "      LES IMAGES RELIG. ARTIST. DE LA « LEO-GESELLSCHAFT »                             497\n\n\nnous exprimer nous-mêmes d a n s les infinies diversités de nos âmes. Voilà\npourquoi les chefs-d'œuvre religieux sont si touchants, si attirants : l'artiste\nn o u s intéresse et n o u s é m e u t autant que son sujet. Cela est vrai sans doute,\nd a n s u n e large m e s u r e , d e toute inspiration d'art, d a n s n'importe quel\ndomaine, mais ne l'observe-t-on pas d'une façon plus frappante dans le\ndomaine religieux?\n    Au lieu de philosopher à perte de vue sur ce point subtil, regardons nos\nimages. P a r m i celles de grand format (et qui coûtent de fr. 0.20 à 1 franc),\nje remarque une Sainte-Trinité d'un a n o n y m e de l'école de Van Eyck, bien\nintéressante d a n s son réalisme, superbe chromo rehaussé d'or, une belle tête\nde Christ de P . Flötner, une Madone de Rossellino(?), la Vierge dans la Prairie\n de R a p h a ë l , la Descente du Saint-Esprit de Van Orley, le Baptême du Christ de\n J. Patinier, le délicieux Saint Jérôme et le Saint Hubert de Dürer, une bien\njolie Madone d'un primitif colonais (vers 1400), celle de Mantegna, etc. El,\n d a n s les formats ordinaires (qui coûtent de fr. 2.5o à 7 francs le cent), voici\n des Memling (dont une adorable Vierge), des Metzys, des Van der W e y d e n ,\n un exquis petit T h i e r r y Bouts, u n L u c a s de L e y d e , de curieux primitifs alle­\n m a n d s a n o n y m e s , un H a n s Müllscher, de n o m b r e u x Dürer, des Holbein ;\n puis, quelques espagnols : Murillo, Cano, J u a n de J u a n e s ; le Saint Charles\n de Ph. de C h a m p a g n e ; enfin, parmi les italiens, les plus n o m b r e u x natu­\n rellement, nous trouvons (je cite au hasard des noms, dans l'ordre de leur\n apparition au catalogue) : Mantegna, Montagna, Gaudenzio F e r r a r i , Moretto\n da Brescia, Girolamo dai L i b r i , Caroto, Botticelli,.Ghirlandajo, Lorenzo da\n Credi, Bellini, Giorgione, R a p h a ë l , A. del Sarto, S o d o m a , Boltraffio, Solario,\n P r o c a c c i n i , Agostino Carracci, Reni, Sassoferrato, Donatello, Boccaccino,\n Vinci, Annibale Carraci, A. della R o b b i a , Angelico da Fiesole, Crivelli,\n Cima da Conegliano, Mino da Fiesole, Gir. R o m a n i n o , Moroni, Francia,\n Bartolomeo, P e r u g i n o , L u i n i , Cignani, la douce vierge vénérée à Castel\n Gandolfo, l'admirable Christ en croix de Bologne (xve siècle) ; enfin quelques\n images-portraits de saint Ignace, saint Alphonse, saint François de Sales,\n saint J e a n B e r c h m a n s , etc.\n   — Q u e sera cette liste d a n s quelques a n n é e s , q u a n d le développement\nde la Société lui a u r a permis de multiplier considérablement le n o m b r e de\nses éditions nouvelles? U n e vraie pinacothèque en miniature, aussi intéres­\nsante p o u r l'artiste que pour le chrétien pieux.\n   J e n'ai voulu signaler jusqu'à présent que les reproductions d'oeuvres\nanciennes, qui forment le véritable et exceptionnel mérite de la collection.\nU n certain n o m b r e d'images modernes figurent aussi au catalogue. Certes,\nce n'en est pas la meilleure partie. Elle est même en dessous de ce que l'on\npouvait attendre et je suis porté à la considérer comme une concession au\ngoût actuel du public, qu'on craindrait de rebuter en ne lui offrant que les\nâpretés savoureuses d'un D ü r e r ou les grâces naïves et raffinées à la fois des\nPrimitifs ou, en général, des créations d'un art trop original et trop élevé. On\naurait pu c e p e n d a n t , je crois, mieux choisir que les compositions de F ü h r i c h ,\nd'Hellweger, d'Overbeck de Steinle, de L . Richter pour représenter la peinture\nreligieuse c o n t e m p o r a i n e . L'Enfant prodigue et les petites figures de saints de\n"}, {"page_pdf": 601, "page_imprimee": 498, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3012, "texte": "498                                   DURENDAL\n\n\nFiihrich sont intéressants et bien allemands, mais ses grandes images ! et sur­\ntout sa Vierge, quel affreux chromo, reproduit ici en plusieurs formats!... J e\nn'aime guère les imaginations d'Hellweger, ni son fade coloris (il a un bon Saint\nFrançois pourtant), ni le Chemin de la Croix d'Overbeck, ni la Pietà, de Steinle;\nmais, par contre, certaines images de ce dernier ont u n charme réel : La\nVierge tissant la robe du Christ et Saint François mourant.\n   E n somme, nous ne reprocherons certes pas à la Leo-Gesellschaft de tra­\nvailler pour tous les goûts. Elle nous offre de l'Angelico, du Memling, du\nVan der W e y d e n , du Crivelli, du Vinci : remercions-la, sans trouver mauvais\nqu'elle produise aussi du F ü h r i c h . D'ailleurs, n'oublions pas que l'entreprise\nest à ses débuts ; le Comité ne b o r n e r a pas là ses recherches d a n s l'art\ncontemporain et il trouvera mieux. Telle œuvre de W a n t e ou de Josef\nJanssens, pour citer deux noms belges qui se présentent à m o n esprit, ne\nferait-elle pas là meilleure figure? E t bien d'autres mériteraient cet h o n n e u r .\nCar, après avoir reconnu, en notre t e m p s , l ' i m m e n s e infériorité de l'expres­\nsion religieuse dans le domaine des arts g r a p h i q u e s et plastiques — en regard\nde sa renaissance éclatante dans le domaine musical, — il ne faut pas\ndécrier en bloc la peinture pieuse d'aujourd'hui. P a s plus qu'il ne faut vanter\nen bloc les anciens c o m m e t e l s ; quoi de plus banalement m o d e r n e , au m a u ­\nvais sens du mot, que le Christ eucharistique de J u a n de J u a n e s , auquel je\npréfère encore le Christ d'Hellweger ?\n   J e me permettrai, en plus, d'exprimer u n double desideratum. Q u e la\nSociété fasse de ses images avec texte en langue vulgaire, lesquelles sont\ntrès h e u r e u s e m e n t conçues comme disposition et choix de texte, de n o u v e a u x\ntirages avec paroles en français et en flamand, afin d'en assurer la diffusion\nen Belgique. Je voudrais aussi, dans un but d'instruction populaire, q u ' à\nl'indication de l'auteur et de l'époque de l'œuvre reproduite, on ajoutât celles\ndu g r o u p e artistique auquel elle appartient et du lieu, église, musée ou collec­\ntion privée, où elle repose.\n    Disons, pour terminer, que les plus hauts encouragements n'ont pas fait\ndéfaut à l'entreprise de la Leo-Gesellschaft. Le pape L é o n X I I I , plusieurs\névêques d'Autriche et d'Allemagne l'ont louée et r e c o m m a n d é e comme il\nconvenait, et l'accueil reçu en pays g e r m a n i q u e , la brillante distinction\nobtenue à l'Exposition de Paris 1900 font bien a u g u r e r de son avenir (1).\n\n                                                                  CHARLES     MARTENS.\n\n\n\n\n  (1) Le but de cet article était uniquement de signaler les publications populaires de la\nLeo-Gesellschaft. La société a publié en outre, sous le titre de Opus Sancti Lucae, une\nluxueuse collection de grandes reproductions artistiques.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 499, "page_fin": 508, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES Le double jardin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 602, "page_imprimee": 499, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\n L e d o u b l e j a r d i n , par MAURICE MAETERLINCK. — (Paris, Fasquelle.)\n    Certes, la philosophie de M. Maeterlinck n'est pas la nôtre. T a n t s'en faut.\n Mais cela ne doit pas nous empêcher et cela ne nous empêchera jamais\n d'admirer et d'aimer en lui le génial artiste, le maître écrivain, le magnifique\n poète qu'il est. P o è t e surtout il l'est à un degré de perfection que pas u n\n écrivain contemporain peut-être n'atteint, du moins dans les lettres françaises.\n Peut-on rêver des pages plus belles, plus éblouissantes de lumière, d'un\n coloris plus chatoyant que celles où, d a n s u n livre antérieur, il nous intro­\n duisait d a n s le c h a r m a n t r o y a u m e des abeilles. Ce livre est un des plus\n beaux qu'on ait écrit. L e style en est fastueux dans sa noble simplicité\n qui n'est q u ' a p p a r e n t e . Ampleur incomparable de la p e n s é e ,     richesse\n somptueuse et sans limite des images, éclat merveilleux de la parole qui est\n toujours d'une justesse impeccable et enrobe des idées de lumière dans un\n vêtement d'or épingle de brillants, de d i a m a n t s et de perles, telles se\n présentaient à nous ces pages de beauté où Maeterlinck nous initiait à la\nvie mystérieuse de l'intéressant petit peuple des abeilles.\n   J e retrouve cette m ê m e richesse d'idées, cette même exubérance de vie,\ncette m ê m e noblesse de langage d a n s les pages d'une grâce ineffable, fines\ncomme u n e dentelle, que l'auteur consacre aux fleurs dans son nouveau\nlivre : Le double jardin. J e m'arrête de préférence à ces pages parce qu'à elles\nseules elles valent tout un livre. Elles valent plus que des centaines d'autres\nvolumes écrits par d'autres. J e les aime entre toutes. Elles ont augmenté\nencore, si c'est possible, m o n admiration enthousiaste pour M. Maeterlinck,\nqui a toujours été et reste un de mes auteurs de prédilection. Mais il est\nimpossible d'analyser des pages pareilles. T o u t e analyse serait incolore,\ninsuffisante, impuissante. On ne peut que dire au public : lisez vous-même.\n Si vous n e saisissez pas la beauté qui s'y trouve, ne vous occupez pas d'art.\nIl n'est pas votre fait, car ceci c'est le sommet de l'art.\n   Comment donner u n e idée, par exemple, de ce chapitre exquis où Maeter­\nlinck n o u s énumère, en les interprétant d'une façon divine, les noms p o p u ­\nlaires si délicieux des fleurs des c h a m p s , noms qui valent tout un poème à eux\nseuls ; celui où il nous décrit la naissance des fleurs au printemps ; celui où\nil nous offre le bouquet ingénu des fleurs démodées; celui où il nous\ndépeint le bel orgueil des insolents mais glorieux chrysanthèmes ; celui où\nil éveille notre attention sur les fleurs plus modestes des jardins de béguinage\net m ê m e sur les légumes et les mauvaises herbes.\n   J'aime surtout, entre tant de pages d'une beauté souveraine, celles que\n Maeterlinck a consacrées aux noms donnés par la tradition populaire aux\n"}, {"page_pdf": 603, "page_imprimee": 500, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": " 500                                  DURENDAL\n\n\n\n fleurs des c h a m p s , « n o m s de reine, de bergère, de vierge, de princesse,\n de sylphide et de fée, qui passent comme une caresse, un éclair, un baiser,\n un m u r m u r e d'amour sur les lèvres. Il n'est, je crois, dans notre langue,\n rien qui soit mieux, plus distinctement ni plus affectueusement n o m m é\n que ces fleurs populaires. Ici le mot habille presque toujours l'idée avec\n u n soin, u n e précision légère, un b o n h e u r a d m i r a b l e . Il est comme une\n étoffe ornée et transparente, qui moule exactement la forme qu'elle embrasse\n et qui a la nuance, le parfum et le son qui conviennent. Appelez devant\nvous la pâquerette, la violette, le bluet et le coquelicot : le n o m c'est la fleur\n même. Quelle merveille, par exemple, que cette sorte de cri et de crête de\nlumière et joie : Coquelicot, pour désigner la fleur écarlate que les savants\naccablent de ce titre barbare : Papaver Rhocasl Voyez la primevère ou prime­\nrole, la pervenche, l'anémone, la jacinthe des bois, la véronique bleue, le « ne\nm'oubliez pas », le liseron des c h a m p s , l'iris, la c a m p a n u l e : leur nom les\npeint par des équivalents et des analogies que les plus g r a n d s poètes ne\ntrouvent que rarement. Il est toute leur â m e ingénue et visible. Il se cache,\nil se penche, il s'élève dans l'oreille, comme celles qui le portent se dissimulent,\ns'inclinent ou se dressent dans les blés et dans l'herbe. Voilà les quelques\nnoms que nous connaissons tous; nous ignorons les autres, bien que leur\nmusique décrive, avec la même douceur, le m ê m e génie heureux, des fleurs\nque nous voyons au bord de chaque route et dans tous les sentiers... On\nrécite u n poème de grâce et de lumière en les é n u m é r a n t . On leur a réservé\nles sons les plus aimables, les plus purs, les plus clairs, et toute l'allégresse\nmusicale de la langue. »\n    P a r m i les fleurs dont l'auteur évoque encore si poétiquement la physiono­\n mie, en en interprétant les noms d'une façon si ingénieusement naïve et\nsimple, il y a encore : « La renoncule ou bouton d'or, qui a deux noms comme\nelle a deux vies ; car elle est à la fois l'innocente vierge qui couvre le gazon\nde gouttes de soleil et la redoutable et vénéneuse magicienne qui distribue la\nmort aux a n i m a u x distraits; la mille-feuilles et le mille-pertuis, petites fleurs\njadis utiles, qui s'en v o n t p a r les routes comme de silencieuses pensionnaires en\nuniforme terne ; la stellaire ou collerette de la Vierge, qui salue les premières\nc o m m u n i a n t e s le long des haies; la jatte ou provenelle, habillée comme la\nservante d'un curé de c a m p a g n e ; la camomille, la bonne sœur aux mille\nsourires en cornette, a p p o r t a n t dans u n bol de faïence la tisane salutaire. »\n    Mais il faut nous arrêter. N o u s n'en finirions pas si nous voulions donner\nu n e idée approchante de ces admirables chapitres sur les fleurs. Il nous fau­\ndrait surtout parler du chapitre des chrysanthènes, « qui étalent sous le voile\nharmonieux des journées de novembre, leurs richesses un peu funéraires »,\net montrer avec quel art et quelle poésie l'auteur n o u s décrit le prestigieux\npoème des chevelures irréelles de ces fleurs, « chevelures folles et miracu­\nleuses, rayons de lune emmêlés, buissons d'or et tourbillons de flammes ».\n    Ces extraits suffisent pour dévoiler la splendeur des pages que l'auteur\nconsacre aux fleurs, et qui, je le répète, sont les plus belles du livre. Celui-ci\nn'en contiendrait p a s d'autres qu'il faudrait déjà l'acquérir et le lire.\n                                                                  HENRY    MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 604, "page_imprimee": 501, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "                                   LIVRES ET REVUES                                         501\n\n Le Visage              é m e r v e i l l e , par la Comtesse M A T H I E U DE N O A I L L E S . —\n     (Paris, C a l m a n n - L é v y . )\n     U n e histoire d'amour; u n e histoire donc qui, si elle n'est pas nouvelle, est\n c e p e n d a n t toujours neuve : Chaque génération n e rajeunit-elle pas le vieux\n thème, qui se pare, à ses yeux, du prestige de l'inédit?\n     Le théâtre de cette histoire est un couvent, et cela, au moins, n ' e s t pas\n inédit d a n s la littérature, sinon, peut-être, parfois, d a n s la réalité : Le prin­\n temps rit aussi, de tout son visage émerveillé, aux vitraux d ' u n e chapelle ; et\n par la porte de celle-ci, dont l'embrasure apparaît à la recluse troublée ainsi\n q u ' u n porche éblouissant ouvert sur le soleil et sur la vie, l'odeur des jasmins\n peut entrer et, se mélangeant aux effluences de l'encens, pénétrer u n cœur\n jeune de nostalgie inquiète — surtout en ces m o m e n t s de langueur vague et\n vaine où l'âme ploie sous l'excès de la paix et de la régularité; en ces heures\n d'acedia dont les saintes filles de Port-Royal des Champs connaissaient si bien\n le péril.\n     S œ u r Sainte-Sophie choyée, désœuvrée — et que saint F r a n ç o i s aurait, pro­\n bablement, appelée sœur Mouche ! — aime plutôt ce péril, et, à défaut d'elle-\n même, personne ne l'en défend dans une maison où les passants entrent par­\n les fenêtres ou, m ê m e , par les portes ! De sorte que la lecture de l'œuvre de\n M m e de Noailles nous laisse encore à rêver à ce que pourrait être, dans une\n âme vraiment religieuse, la lutte entre la passion et le devoir ; débat plein\n d'ardeurs étouffées, de douloureuses résistances, d'abandons désespérés et de\n retours, où, peut-être, la foi et la vocation meurtries ne seraient pas triom­\n phantes, mais où elles se seraient défendues avec violence et beauté.\n     L e dessein de l'auteur de ce livre a été différent, et n o u s craignons que le\ncouvent qu'il nous montre, tout blanc parmi les fleurs, et qui fait figure déli­\ncieuse de grâce et de pureté — grâce défaillante du péché, au milieu d'une\npureté enivrante et glacée — ne soit là que pour ajouter un attrait interdit aux\npéripéties prévues de l'éternelle aventure. E t sous quelque aspect séduisant\nque l'héroïne de celle-ci nous soit peinte — ou qu'elle se peigne elle-même,\npuisque le récit revêt la forme d'un journal intime — on ne peut rejeter la\npensée que la transgression de l'ordre, de la règle et de la pureté du monas­\ntère ne soit u n des éléments stimulants et nécessaires de ses joies secrètes.\n    L'incrédulité de son ami Julien l'irrite, mais on aperçoit immédiatement à\nquel point, dans son inconscience, ce courroux est strictement logique, car,\nsi Dieu n'existait point, comment pourrait-on lui désobéir? Elle n'a pas même\nla générosité entière de sa faute : séduite, elle refuse de suivre le séducteur,\nde fuir le couvent, non point par scrupule, mais parce qu'il est manifeste que\nce n'est pas Julien qu'elle aime, mais l'amour — et l'amour d a n s les conditions\noù elle l'a connu, c'est-à-dire avec l'exaltation du mystère, la palpitation de\nl'angoisse et la saveur du larcin. Après le départ de son ami, elle avoue tout à\nla Supérieure, fait u n e m a l a d i e ; mais, parce que, comme le disent éloquem­\nment les dernières lignes de son cahier, « le cœur de toutes les jeunes femmes\nse brise q u a n d , au bord des fenêtres d'été, l'odeur des jasmins est plus forte\nque tout leur courage », la plaie de sœur Sainte-Sophie se cicatrisera; un\nautre été viendra et, j'en ai peur, avec d'autres jasmins, u n autre Julien...\n"}, {"page_pdf": 605, "page_imprimee": 502, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": " 502                                   DURENDAL\n\n\n      C'est une petite créature tout instinctive, qui ne voit pas plus loin que le\n bout de son cœur et qui se laisse gouverner par ses appétits physiques, non\n sans une certaine complaisance, car, tout en cédant à ses impulsions u n peu\n sauvages, à ce qu'elle se représente comme des fatalités de sa nature, elle y\n trouve à la fois des circonstances atténuantes. Mais comme c'est aussi une fille\n simple et spirituelle, elle ne songe pas u n instant à bâtir, comme tant d'autres,\n une théorie sur son tempérament et à préconiser, en conséquence, u n e\n réforme de la morale et une réorganisation de la société !\n     L a vie et les choses se réverbèrent en elle de la m ê m e façon que, jadis, son\n p r o p r e visage, « dans le petit miroir entouré d'argent qu'elle avait à 15 ans\n et sur lequel venait le soleil » — en petites images éclatantes, cernées d'un\n biseau p r i s m a t i q u e . Mais son âme m ê m e n'est-elle pas aussi c o m m e u n petit\nmiroir serti d'argent — ou, peut-être, d'acier — et dans l'eau lumineuse et\nluisante duquel les heures se mirent en images exaltées et éphémères? en\nimages qui sont c o m m e des fleurs, des parfums ou des flammes : reflets de\nses pensées, de ses émotions, des personnes et des choses qui l'entourent et\njusqu'à de ce Julien, comparse qui ne p r e n d quelque passagère réalité que\nparce qu'il est venu se réfléchir, une minute, d a n s cette imagination incandes­\ncente, de laquelle c h a q u e sensation fait jaillir une étincelle.\n     Soeur Sainte-Sophie est u n e charmante créature de jouissance et de p r o i e ;\nune de ces âmes momentanées pour qui la sensation actuelle est si intense et\nsi pleine, qu'elles n'ont pas d'attention à donner au passé, ni à l'avenir : « La\nvraie vie est trop large, dit-elle, elle a trop de degrés. » Aussi, pourrait-on\ncroire que tout en elle, pensées et sentiments, soit comme les murailles de son\ncouvent, « de chaux et de soleil » — éclat sans ombres; ardeur sans tendresse\net sans mélancolie...\n     Elle n'est ni sainte, ni sage, sœur Sainte Sophie ; elle n'aime ni Dieu, ni son\nami, mais elle-même : \" II y a moi, se répète-t-elle; moi, et puis les a u t r e s ! »\nElle est dangereuse pour sa c o m m u n a u t é et ne le serait pas moins d a n s le\nm o n d e , d'autant plus qu'elle écrit — on n'oserait dire : comme u n ange ! —\nmais, comme Mme de Noailles, merveilleusement.\n                                                                     ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nLe Branle, par H É L È N E CANIVET. — (Bruxelles, Lacomblez.)\n   U n nom à joindre à ceux de nos deux merveilleuses artistes Blanche\nRousseau et Marie Closset, H é l è n e Canivet ne sera pas éclipsée par le\nvoisinage de ses deux illustres consœurs en l'art d'écrire. Si son talent est\ndifférent' — c e qui est à sa louange, car cela exclut l'idée de pastiche, — il n'est\npas moins remarquable dans son genre. Ses contes et ses poèmes sont char­\nmants. Certaines de ses pages atteignent même la perfection du chef-d'œuvre,\ncomme, par exemple, les Arbres, l'Hôpital, le Christ et les paysans, Alcoolique. Je\nn'ai jamais lu u n e plus jolie description d'un hôpital que celui qu'en fait\nl'auteur. E t on n e saurait dépeindre d'une façon plus saisissante cet être\ndégénéré et lamentable dans son abjection qu'est l'ivrogne invétéré.\n   Ce livre est un début. On ne le croirait jamais à lire ces pages si joliment\npensées et si finement écrites. C'est une belle promesse p o u r l'avenir. N o u s\n"}, {"page_pdf": 606, "page_imprimee": 503, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                                 503\n\nne pouvons qu'engager l'auteur à poursuivre vaillamment la carrière\nd'écrivain qui est vraiment la sienne et pour laquelle elle a une vocation\névidente. Son style n'est pas féminin du tout, dans le mauvais sens du\nmot, c'est-à-dire efféminé. Il est vigoureux, concis et incisif. Il est émaillé\nd'images très expressives et qui dénotent u n e belle puissance d'imagination.\n «C'est» — dit E d m o n d P i c a r d — « u n e F l a m a n d e à cerveau robuste ».\n     « Toutes les pièces de ce recueil révèlent une r e m a r q u a b l e aptitude à l'image,\ncette spécialité très recherchée du style français m o d e r n e aux prises avec u n e\nlangue d e v e n u e trop pauvre pour exprimer les multiples nuances, les i n d é ­\nfinis raffinements de nos esprits contemporains, contraints dès lors, pour\ns'extérioriser, de recourir à des procédés verbaux qui voisinent la peinture.\nL'œuvre d ' H é l è n e Canivet est surtout descriptive. Elle est féconde en trou­\nvailles imprévues, en r a p p r o c h e m e n t s c h a r m e u r s . D a n s ce travail à la fresque,\nelle colore vivement, elle dessine en nets et violents c o n t o u r s . L'allure est\npresque masculine, sans perdre complètement son sexe. »\n    J'ai tenu à citer cette critique du grand écrivain E d m o n d Picard parce\nqu'elle est tout à la louange de notre a u t e u r . Elle peut être fière de recueillir\nde pareils suffrages. M. P i c a r d est u n maître écrivain et un critique averti et\n autorisé.\n    N o u s offrons nos plus vives et sympathiques félicitations à notre collabora­\n trice, qui, nous en sommes heureux et fiers, a publié ses toutes premières\n pages dans notre revue. N o u s attendons d'elle des œuvres de plus en plus\n belles et parfaites dans l'avenir.\n    H é l è n e Canivet est la belle-sœur du grand artiste Montald dont tout le\n m o n d e a admiré la superbe exposition, au Cercle Artistique, il y a quelques\n mois.\n                                                                             HENRY MŒLLER.\n\n\n    E p i s o d e s . Deuxième série (1899-1901), par REMY DE GOURMONT. —\n(Paris, Mercure de France.)\n   P o u r les esprits qui se refusent à la Révélation, s'y soustrayent ou en\nnient la vérité, toutes les morales comme toutes les lois et toutes les sciences,\né m a n a n t , nécessairement, des hommes, sont précaires et controversables,\npar définition, et ne peuvent être acceptées qu'à titre de conventions ou\n« jusqu'à plus ample informé ». T o u t e vérité, par conséquent, est muable et\nc h a n g e a n t e comme les circonstances, les m œ u r s , les c o u t u m e s , etc., qui ont\nfait prévaloir son évidence provisoire.\n    Mais l'homme est un animal à principes, et si incrédule qu\"il soit, ou,\nm ê m e , d'autant plus qu'il est incrédule, il est toujours occupé à dresser le\ncadastre de la vie, à poser des bornes et des limites, à ranger les êtres et les\nchoses selon de méthodiques alignements, à l'abri desquels l'humanité trouve­\nrait la sagesse et le b o n h e u r , si, par une aberration incompréhensible, elle\nne préférait les incohérences de la liberté à l'ordre rationnel d'un système !...\nCelte étrange perversité ne décourage point, d'ailleurs, les théoriciens de la\npolitique ou de la science : ils ne croient à rien qu'à eux-mêmes, mais en\nfanatiques, avec la foi la plus vive et la plus agissante dans la vertu de leurs\n"}, {"page_pdf": 607, "page_imprimee": 504, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "504                                  DURENDAL\n\n\nidées, qu'à l'occasion et pour leur plus grand bien, ils imposeront par la\nforce à leurs contemporains. De sorte q u e , par passion, par intérêt, par\nmentalité spéciale, la plupart des i n c r o y a n t s , en dépit de toute logique,\nn'ont fait que de transporter de Dieu à l'homme, à une idée, à une formule,\nle besoin de religion qui est en e u x .\n   M. R e m y de G o u r m o n t , lui, rejette le surnaturel, mais il ne le remplace pas\npar l'utopie; il se classe, au premier rang, parmi les rares esprits indépendants\nde ce temps : il est sceptique, mais son scepticisme ne dogmatise pas ; il ne\ns'exerce pas u n i q u e m e n t en matière religieuse et il ne déforme pas, à ses\nyeux, par l'interposition de doctrines spéculatives, la réalité et les réalités du\nmonde et des h o m m e s . Ses Episodes mensuels du Mercure de France, dont il\nnous d o n n e une seconde série, sont comme les notes m o r d a n t e s et lucides,\ntoujours riches de pensée et d'esprit, d'un témoin vraiment impartial des\névénements, qui examine ceux-ci et les analyse pour les juger, sans parti pris,\nou, du moins, sans parti pris autres que ceux qu'il tient de ses propres\ninclinations intellectuelles. E t il a fallu une fierté peu c o m m u n e de carac­\ntère et u n e fermeté bien imperturbable pour oser dire, en F r a n c e , à certaines\nheures, que la société n'avait pas la figure des antithèses de H u g o , et que\ntoute la sincérité et toute la justice n'étaient pas d'un côté; tout le mensonge\net toute l'iniquité, de l'autre...\n   U n vase impose sa forme au liquide que l'on y verse — de m ê m e les\ncerveaux, qui ne reçoivent les notions, les connaissances et j u s q u ' a u x faits\nles plus évidents, que pour les adapter à leur mentalité préétablie. R e p r e ­\nnant cette image de M. de Gourmont, on pourrait ajouter qu'en certaines\nintelligences, telles que celle de l'auteur des Episodes, les idées troubles,\nmélangées de chimères, de préjugés et d'ignorance volontaire ou inconsciente\nse décantent pour apparaître à l'observateur dans la valeur ou dans l'inanité\nde leur réalité essentielle.\n                                                                   ARNOLD    GOFFIN.\n\n\nL'art flamand et hollandais. — (Anvers, Buschman.)\n    Le n u m é r o de Juillet débute par u n très beau compte r e n d u du Salon de\nla Libre Esthétique de GEORGES EEKHOUD, qui est n o n seulement un g r a n d\nécrivain mais encore un excellent critique d'art. N o u s extrayons de son\narticle quelques réflexions générales intéressantes. Au Salon de cette année,\nOCTAVE MAUS avait exposé deux cents œuvres environ de l'école française\nc o n n u e sous le n o m d'Impressionnisme. Jamais on n'avait réuni un ensemble\naussi important de tableaux de ces peintres, dont plusieurs compteront p a r m i\nles radieux et vibrants luministes de la seconde moitié du siècle dernier ou\nde notre é p o q u e . Dans ce n o m b r e , il y avait plusieurs chefs-d'œuvre et la\nplupart se recommandaient tout au moins par une valeur historique et d o c u ­\nmentaire. Ce Salon comportait une sorte de revue ou d'histoire en action de\n VImpressionnisme qui fournit l'occasion d'étudier de près les productions de ce\n mouvement d'art.\n    De la visite de ce Salon on emportait la conviction que d a n s ces derniers\n temps la France a vu s'épanouir une floraison de peintres dignes de rivaliser\n avec nos maîtres d'ici.\n"}, {"page_pdf": 608, "page_imprimee": 505, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                   505\n\n   Mais cette exposition, tout en nous fournissant des sujets de parallèles\ntantôt à l'avantage des F l a m a n d s et tantôt à celui des Français, n'entama\nd'aucune façon le prestige de nos nationaux.\n   Certes, Monet, Pissaro, Claude Monet, Degas et Renoir, sont des peintres\nadmirables, mais plus d'un des nôtres soutient victorieusement la comparaison\navec eux.\n   Q u a n t au Pointillisme ou Néo-Impressionnisme, une réaction se produit contre\nu n procédé par lequel des fanatiques prétendirent obtenir la seule expression\nd'art absolu. L'intransigeance des adversaires en pointillisme n'était pas moins\nabsurbe que celle de ses partisans. Il ne faut point r e n d r e cette utile décou­\nverte responsable de la maladresse et des extravagances de quelques-uns.\n   Il faut concéder en tous cas à l'impressionnisme les mérites d'avoir délivré la\npeinture des ragoûts, des jus, des sauces et des bitumes. Ils remirent la\nlumière en h o n n e u r ; ils rendirent la couleur aux ombres uniformément\nnoires; ils rétablirent le culte du soleil.\n   L e compte rendu de G. E e k h o u d est illustré de la reproduction de beaux\ntableaux : la Loge de Renoir, la Plage d ' E d o u a r d Manet, la Falaise de Monet,\net de la superbe toile de Van Rysselberg : La Lecture, qui est vraiment u n e\nbelle œuvre.\n   L'article de G. E e k h o u d est suivi d'un autre sur Quatre cartons de tapisseries\nde Bernard Van Orley, très beaux et qui sont très bien reproduits dans la revue.\n   Suit un long et admirable compte rendu d'une exposition Van Gogh à Gro­\nninghen, rehaussée par quelques illustrations reproduisant des œuvres fort\ncurieuses de cet artiste si original. Le talent si particulier, si spécial, si\nviolent et si tourmenté de cet artiste si bien doué, en dépit de l'exaspération\nque dénotent ses dernières œuvres est très judicieusement analysé et dépeint\ndans cette belle et forte étude de M. Jacobsen.                             H . M.\n\n     L ' A r t M o d e r n e . — D a n s l'article — intéressant du reste — qu'il\nconsacre à l'Œuvre de Hugo Van der Goes, dans le fascicule du 7 août, Sander\nPierron affirme que les Vies des Saints du Brabant de J e a n Gielemans, conservées\ndans la bibliothèque privée de l'empereur d'Autriche, contiennent de\nnombreuses enluminures. Il se t r o m p e . L e s neuf volumes ne contiennent que\ntrois miniatures. I1 y en a u n e d a n s le premier tome de l'Hagiologium Brabanti­\nnorum, fol. I I I e , une dans le tome deuxième du même ouvrage, fol. IV e , et\nune d a n s l'Historioligium Brabantinorum, fol. I I I e .\n     L a première miniature, dont les dimensions sont o m 28 X o m 19, a pour\nlégende ce texte : H a e c figura repraesentat S. Karolum Magnum, imperatortm\nRomanorum, regem Francorum ac ducem Brabantinorum et omnes sanctos et sanctas,\nqui prodierunt de siirpe ipsius ante et posl. E n effet, cette miniature représente\nCharlemagne ; les franges extrêmes de son m a n t e a u sont tenues d'un coté\npar S. Albert, l'évêque-martyr de Liège, de l'autre par S. Louis, évêque de\nT o u l o u s e . S o u s les plis du manteau s'abritent, d'une part, S. Louis, roi de\nF r a n c e , S. Arnould, évèque de Metz, et S. Guillaume, ermite, et d'autre pari\nS t e Gertrude, S t e Begge, S t e Gudule et Ste Amelberge.\n     La seconde miniature représente un arbre au tionc élancé; de ses fleurs\n"}, {"page_pdf": 609, "page_imprimee": 506, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3278, "texte": "5o6                                  DURENDAL\n\n\n\némergent les images des saints suivants, clairement désignés par leurs noms\nécrits en toutes lettres : 5 . Oda virgo, S. Rumoldus, S. Gummarus Confesior,\nS. Wivina abbatissa, S. Luytgardis monialis, S. Theodardus episcopus et martyr,\nS. Lambertus episcopus et martyr. Près d u tronc de l'arbre, qu'elle enserre d u\nbras, se dresse sainte Hélène saisie par deux b o u r r e a u x . Sous la miniature,\non lit l'inscription : Haec figura repraesentat sanctos et sanctas in Brabaniia natos seu\nCouversatos, qui non prodierunt de stirpe ducum Brabaniiae, scd aliunde.\n   L a troisième miniature représente u n e vue de J é r u s a l e m .\n   Ces miniatures sont-elles de Van der Goes? P o u r résoudre cette question\nil ne suffit pas d'affirmer, comme le fait S a n d e r Pierron, que d e 1476 à 1482,\nVan der Goes et Gielemans ont vécu ensemble à Rouge-Cloître. Il faut\nexaminer soigneusement la date des manuscrits.\n   L a troisième enluminure n'est certainement pas de V a n der Goes. C a r\nl'Historiologium qui la contient a été écrit de 1486 à 1487, cinq a n s après la\nmort de Van d e r Goes.\n   P o u r la date de l'Hagiologium, qui renferme les deux autres miniatures, on\nn'est p a s fixé d'une façon certaine. T o u t ce qu'on sait, c'est qu'il a été écrit\naprès 1476 et avant 1484. Comme d'autre part cependant nous savons qu'en\n1479, Gielemans était encore occupé au Sanctilogium et q u e le Novale\nSanctorum semble avoir été commencé en 1483, il s'en suit que l'Hagiologium a\nété émit entre 1479 et 1482, les trois dernières années de la vie d ' H u g o Van\nder Goes.\n   Reste à voir si l'état d e santé d u malheureux artiste lui permettait encore,\nà cette époque, d'enluminer les manuscrits. Car, on le sait, il était atteint\nd'aliénation mentale dans les derniers temps d e sa vie.\n   Consulter, s u r la question, l'ouvrage des Bollandistes : De codicibus Hagio­\ngraphicis Johannis Gielemans, canonici regularis in rubea valle propt Bruxellas adjectis\nanecdotis. Bruxelles 1895. Voir surtout p p . 8-14 et 42-43.\n\nLes     Sangsues,        p a r EDMOND JALOUX. U n vol. i n - 1 8 . — ( P a r i s , Mercure\n   de France.)\n   C'est l'histoire d'un prêtre, chrétien à la fois très doux et très sévère, animé\nd'une foi ardente et d'une inaltérable confiance en Dieu, auquel son amour\nfamilial, sa charité et son incapacité d e croire au mal préparent d'affreux cal­\nvaires.\n   Sa foi tune et l'établissement d'enseignement libre qu'il dirige conjurent\nautour de lui d'âpres convoitises; les bienfaits qu'il prodigue, son dévoue­\nment envers les parents dénués qu'il a recueillis, sa noble créance en ses colla­\nborateurs, portent pour lui les fruits les plus amers. E t il succombe à la révé­\nlation complète et finale des vols, des mensonges et des vilénies dont tous\nceux qu'il aimait et estimait l'ont rendu victime.\n   L e livre de M. Jaloux est une excelltnte étude de caractères, écrite en un\nstyle alerte et vivant, plein d'entrain et d'humour. L e s personnages, l'abbé\nBarbaroux et les sangsues, qui ont fait de lui leur proie : sa sœur, M m e Pioutte\net les enfants de celle-ci; l'hypocrite économe de l'école, M. Augulanty,\ncomme aussi les autres acteurs d u d r a m e , n o t a m m e n t l'abbé Mathenot, cham-\n"}, {"page_pdf": 610, "page_imprimee": 507, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3393, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                   507\n\npion trop zélé de la b o n n e cause, et le jovial abbé Bonsignour, sont tout à fait\ntypiques et dessinés d'un trait ferme et incisif.\n   E n somme, une œuvre captivante et aimable, qui fait grand honneur au\ntalent et à l'esprit de son auteur.\n                                                                           A. G.\n\nL ' a u t r e r o u t e , par C. NISSON. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n    Lisez donc tous ce beau r o m a n ! Il est admirablement charpenté, bien\npensé, écrit avec talent, et honnête depuis la première page jusqu'à la\ndernière par dessus le marché, ce qui ne gâte rien, au contraire. Ce roman\nest u n e preuve manifeste qu'il est possible d'écrire des œuvres à la fois\nchastes et fortes.\n    Il n'est pas fade et e n n u y e u x comme tant de sottes historiettes qui ne sont\nqu'honnêtes et qui sont tellement bêtes qu'elles sont bien plus propres à\ndonner la nausée que le goût de la vertu aux petites pensionnaires pour\nqui elles sont si vertueusement écrites !\n    C'est u n e histoire touchante et impressionnante au premier chef que ce\nr o m a n . Il n'est pas conçu dans une note de faux sentimentalisme, loin de là.\nL e sentiment qu'il révèle est aussi vigoureux qu'il est élevé. Les émotions\nqu'il éveille sont profondes et puissantes. S u z a n n e , l'héroïne principale du\nr o m a n , est u n e des plus grandes natures de j e u n e fille qu'il soit possible\nd'imaginer et son noble et beau caractère est analysé avec une logique qui\naffirme un psychologue et décrit avec une vivacité qui dénote u n écrivain.\nL e s sentiments les plus exquis s'épanouissent dans cette âme de jeune fille\nqui, en dépit de son héroïsme, reste bien h u m a i n e q u a n d m ê m e . Aussi\nn'est-ce point sans lutte qu'elle se maintient au-dessus des niaiseries de la\nvie m o n d a i n e et des mesquineries de la vie bourgeoise.\n    J ' a i m e l'héroïne et combien je suis avec elle q u a n d elle exprime à son\ncousin l'officier son horreur de la gloire : « La gloire! Mais ce n'est qu'un\nmot, ce n'est pas la vie, ce n'est pas la juste récompense, c'est encore moins\nle but. P o u r la gloire tu te crois le droit de tuer des h o m m e s , tes semblables,\net leur arracher leur p a y s , d'abîmer les familles et les peuples dans les larmes\net dans le sang! Mais tu ne vois donc pas que la guerre est monstrueuse dès\nqu'elle n'est plus la guerre sainte de la défense, que tu ne dois lever que\nl'épée qui protège, que tu ne peux tuer que pour sauver les vies. La guerre\npour la conquête, la guerre pour la gloire est criminelle ! »,\n    Et comme elle m'est sympathique dans son mépris superbe pour ce que\nl'on appelle des mariages d'argent, ce que les sots considèrent comme l'idéal,\n Dans le mariage qu'elle fait, elle sacrifie sa vie, elle sacrifie même un amour\n profond qui était au fond de son cœur, son a m o u r pour le cousin Jacques. Son\n seul rêve est de faire le b o n h e u r des autres. E t les pauvres petits sans mère, à\n qui elle s'était dévouée pour remplacer u n e mère indifférente, la décident par\n leurs supplications ardentes à épouser leur père veuf, afin qu'ils puissent lui\n d o n n e r a elle le nom de mère.\n     Mais il faut lire cette histoire touchante. Il n'est pas possible d'en donner\n une idée par un simple compte rendu. Ce roman qui, gauchement conçu et\n"}, {"page_pdf": 611, "page_imprimee": 508, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": " 508                                  DURENDAL\n\n\nfaiblement écrit, eût été mièvre et banal, est une jolie page de psychologie\nféminine.\n  C'est avec raison que Rachilde, au Mercure de France, en fait un si bel éloge.\n                                                                      H . M.\n\nD e u x C œ u r s , par B.-A. JEANROY. — (Paris, Hatier.)\n    La collection H e r m i n e est u n e nouvelle collection de romans pour jeunes\nfilles. Celui-ci, roman épistolaire, a des qualités, mais il a le grand défaut de\nn'être pas vrai. N o u s ne sommes plus au temps où les rois épousaient des\nbergères. De tels livres ne servent qu'à exaspérer la sentimentalité des\njeunes filles.\n\nLes Humanités et les Règles de l'Eglise, par le chanoine\n    GUILLAUME. — (Société Saint-Augustin, Desclée, Bruxelles.)\n    M. le chanoine Guillaume continue le bon combat qu'il a commencé en\nfaveur des classiques chrétiens. N o u s avons déjà dit ici toute notre sympathie\np o u r la thèse de M. le chanoine Guillaume. Il est évident que sa méthode\nramènerait d a n s les h u m a n i t é s un peu de vie, et elles en ont besoin. Elle y\nmettrait aussi u n peu de cette pensée chrétienne dont le m a n q u e fait souffrir\ncruellement la génération présente. Mais pourquoi parler des règles\nde l'Eglise, alors que c'est u n e question libre, dans laquelle l'Eglise n'a\nd o n n é que des conseils? M. Guillaume nous répondra peut-être que ses\nadversaires ont commencé à user de ce terme. E t alors? Alors, M. Guil­\nlaume a raison d'employer les mêmes armes pour faire triompher sa cause,\nqui est la b o n n e .                                                       E. N.\n\n\n    M e m e n t o . — A signaler encore les livres et brochures suivants : U n e\nVie intime de Pie X, de C. Albin de Cigala (Paris, Lethielleux), simplement\nécrite, comme le sujet le comportait, gentiment illustrée ; u n e Histoire Sainte,\nde l'abbé Lesêtre (Paris, Lethielleux), très bien faite; la Première Encyclique\nde Pie X, avec notes de I. L a p s y r e ( P a r i s , Lethielleux); la Main de l'Ouvrier,\nde T h . Braun (Bruxelles, Van Gompel), plaquette intéressante surtout par\ndes citations bien choisies dans les œ u v r e s de Ruskin ; Voyagez, Messieurs, de\nl'abbé Coupé (Gand, Siffer), qui engage, avec raison, la jeunesse à compléter\nson éducation par le voyage ; le Travail, conférence de G. Legrand ( N a m u t ,\nGodenne), apologie très éloquente de la loi du travail ; L'immaculée Conception,\ndocte exposé du dogme par le R. P . T e r r i e n ( P a r i s Lethielleux).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 509, "page_fin": 512, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 612, "page_imprimee": 509, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "NOTULES\n\n   L. C E u v r e . — U n petit Cercle nouveau-né a ouvert un « Salon « au\nMusée Moderne. Le plus mûr de ses adhérents n'avoue pas trente ans. L a\ncritique a donc le devoir d'envisager avec bienveillance les œuvres réunies\nlà, qui sont seulement des promesses et des essais, non des affirmations\ndécisives.\n   Quelques noms méritent attention. M. Jules Cran peint des portraits avec\nhardiesse, en des harmonies sonores. M. P a u l Le D u c est u n paysagiste\nvaillant et aimable. Ses vues de Bruges i n d i q u e n t une vision personnelle.\nL e statuaire Vogelaer et son copain Van H a m m e ont déjà du métier, avec\nde l'énergie, à défaut de préoccupations bien hautes dans le choix du sujet,\ndes types, et de la portée d'une oeuvre.\n   Les études d'intérieurs et les natures-mortes de M. Emile Pottier sont\nfinement savoureuses. L e s envois de M. Georges J a c q m o t t e , de M. Van der\nGheynst et de M. Emile Bae.s témoignent de recherches volontaires.\n M. René Delin avoue des audaces généreusement juvéniles.\n   Enfin, les bijoux originaux, les cuirs modelés et peints de M. Léopold Van\nStrydonck, avantageusement c o n n u s déjà, les meubles et les croquis de\nl'architecte Léon Bochoms achèvent de rendre attrayante cette exposition-\n nette d'été.\n                                                                           P. L.\n                                        * *\n\n      L e s I n d é p e n d a n t s . — Autre jeune Cercle d é b u t a n t , remplace le\nSalon de l ' Œ u v r e par son premier — lui aussi — Salon annuel ! N e pas con­\nfondre avec u n groupement d'artistes moins jeunes et plus c o n n u s qui, sous\nle m ê m e vocable, annonce des Salons d'avant-garde. C'est Claus, Baertsoen,\nBuysse, George Morren, George L e m m e n , M m e Deweert et d'autres. On parle\nd ' u n nouveau titre à trouver...\n    Les Indépendants — ceux qui sont décidément en possession de cette a p p e l ­\nlation — donnent d'inléressantes promesses. La province occupe u n e place\nimportante parmi eux. E t tout particulièrement la F l a n d r e orientale, où des\ncentres locaux, épais autour de Gand, font rayonner d a n s l'art du paysage\nles conquêtes et les affirmations de quelques personnalités marquantes de\n l'école belge.\n     C'est Gustave et Léon De Smet, c'est Maurice Sys, qui, après bien d'autres,\n font preuve de ces qualités d'unité, de force et de délicatesse dans la vision\n"}, {"page_pdf": 613, "page_imprimee": 510, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3020, "texte": "510                                  DURENDAL\n\n\ncoloriste, dont le groupe gantois s'est fait une sorte de spécialité. P u i s , c'est\nMaurice P i r e n n e (Verviers), R. Bosiers (Anvers), E . Marneffe (Liège),\nAlex. D e n o n n e (Anvers), J. Delsaux (Liège), L.-A. Roessingh (Anvers), dont\nles envois font concevoir de sérieuses espérances pour l'avenir de leurs\nauteurs.\n   Bruxelles met en ligne quelques jeunes tempéraments volontaires, cher­\ncheurs et doués : Mahaux, D e m a n , Glansdorff, Jefferys, L a n t o i n e , le sta­\ntuaire E u g è n e Canneel... germes de belles moissons q u a n d le travail et la\npensée auront mûri leurs talents naissants.\n                                                                             P . L.\n                                            *\n\n   Le Cercle littéraire « Adua » de Namur. — Cercle fondé par\nquelque jeunes gens enthousiastes, passionnés pour la beauté, ennemis de la\nroutine, désirant réagir contre l'éducation littéiaire réactionnaire qu'on leur\ndonne ailleurs et s'en faire une nouvelle plus vraie et plus vivante. N o u s\napplaudissons chaleureusement aux nobles efforts de ces j t u n e s . On ne sau­\nrait assez seconder des aspirations aussi élevées chez la jeunesse. N o u s avons\npublié ici même dernièrement des poèmes de l'un d e u x , P i e r r e W u i l l e . Voici,\nd'autre part, le compte rendu d'une de leurs séances paru dans l'Ami de\nl'Ordre de N a m u r :\n   « U n public n o m b r e u x d'artistes et de littérateurs se pressaient, vendredi\nsoir, au Cercle A d u a , pour entendre le discours de réception de M. Léon\nVerniory.\n   » Au début de la séance, le président du Cercle, M. F e r n a n d Andernack,\na fait, en termes é m u s , l'éloge de M. F e r d i n a n d Loise, membre protecteur,\ndécédé depuis la dernière réunion.\n   « L'orateur du jour, M. Verniory, avait choisi comme sujet de son dis­\ncours, André Chénier, sa vie et ses œuvres. P e n d a n t une heure, il a captivé l'at­\ntention de son auditoire, et c'est par des applaudissements nourris et p r o ­\nlongés que la nombreuse assistance a salué sa péroraison.\n   » Avec u n e pointe de finesse, ornée de bonhomie, M. Wuille, le jeune poète\nnamurois, a r é p o n d u à son collègue; et, n'eût été l'étroitesse du local, on se\nserait cru transporté à l'Institut, un jour de réception.\n   » Bref, les jeunes littérateurs du terroir font de nobles efforts et méritent\nd'être entendus.\n   » N o u s attendons leur prochaine séance; c'est le plus bel éloge qu'on puisse\nleur adresser. »\n                                           ** *\n\n   L e s C o n c e r t s Y s a y e . — L'administration des Concerts Ysaye annonce\nque six concerts d'abonnement seront d o n n é s p e n d a n t la saison 1904-1905,\nles 1 5 - 1 6 octobre, 3-4 décembre, 7-8 janvier, 4-5 février,4-5 m a r s e t 29-30 avril.\nDeux auditions supplémentaires, en dehors de l'abonnement, auront lieu le\n5-6 novembre et le 1er-2 avril.\n   Les abonnés peuvent, dès à présent, se faire inscrire pour le renouvelle-\n"}, {"page_pdf": 614, "page_imprimee": 511, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "                                      NOTULES                                       511\n\n\nment de leur abonnement chez M M . Breitkopf et Hœrtel, montagne de la\nCour, 4 5 . U n e circulaire donnera le p r o g r a m m e des concerts qu'Ysaye se\npropose de d o n n e r au cours de cette neuvième année et publiera le nom\ndes artistes dont le concours lui sera assuré.\n\n                                          ***\n\n    Les Concerts Populaires. — M. Sylvain Dupuis a fixé dès à\nprésent les dates des concerts de la saison prochaine, qui auront lieu respec­\ntivement les 12-13 novembre, 10-11 décembre 1904, 11-12 février,\n18-19 mars 1905. P a r m i les solistes déjà engagés figurent M m e Kleeberg­\nSamuel, pianiste, et M. E m . Bosquet, pianiste. P a r m i les ouvrages aux pro­\ng r a m m e s : la Symphonie n° 9, de Brückner (avec le Te Deum); u n e grande\nœ u v r e chorale de E l g a r ; la Symphonia domestica, de R. S l r a u s s ; Antar, de\nRimsky-Korsakow ; u n e s y m p h o n i e de B o r o d i n e ; l'ouverture de Sainte-\nCécile, de R y e l a n d t ; la Symphonie n° 3, d'Alberic Magnard ; les Danses béar-\nnaises, de Ch. B o r d e s ; la s y m p h o n i e Le Nouveau Monde, de Dvorak.\n\n                                          *M*\n\n   L'Exposition du Livre M o d e r n e                 est ouverte à Anvers,           au\nMusée Plantin-Moretus, depuis le 17 juillet et durera jusqu'au 15 octobre.\nE n t r é e : 1 franc; gratuite les d i m a n c h e et jeudi.\n\n                                          *     *\n\n   Exposition Internationale, Salon des Arts et Métiers. —\nCe S a l o n , q u i s'ouvrira le I e r octobre au P a r c du Cinquantenaire, comprendra\nu n e section d'art religieux. L e s possesseurs d'objets d'art, tableaux, sculp­\ntures, etc., ayant un caractère religieux, sont admis à les exposer gratuite­\nm e n t . L'exposition durera jusqu'au 23 octobre. P o u r renseignements,\ns'adressera M. VICTOR JAUBERT, 80, rue Saint-Lazare, Bruxelles.\n\n\n\n\n    L i v r e s a l i r e . — L a Légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin; prix : 3 fr. 5o.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec introduction et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — IFioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frère Junipire. Vie et Doctrine de frère Egide, traduction avec\nnotes d'Arnold Goffin; prix : 2 fr. 5o. —L'Oblat, p a r J . - K . H u y s m a n s ; prix :\n3 fr. 5o. — Cherchons l'Hérétique, par J. Esquirol ; prix : 3 fr. 5o. — Les Gens\nde Tiesi, par Georges Virrès; prix : 3 fr. 5o. — La Rose et l'Epée, par Charles\nde S p r i m o n t ; prix : 3 fr. 5o. — Sur quelques Primitifs de Sienne, par Jules\n"}, {"page_pdf": 615, "page_imprimee": 512, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "512                                    DURENDAL\n\n\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, par P a u l Mussche ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, par F e r n a n d Séverin; prix : 2 francs.\n   On peut se procurer ces livres en s'adressant à notre éditeur, M. Charles\nBulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n\n\n      R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — Le Mercure de France, direc­\nt e u r : M. Valette; P a r i s , 26, rue de Condé (abonnement : 20 francs; étran­\nger, 24 francs). — L'Ermitage, directeur : E d . Ducoté ; P a r i s , 19, rue Jean-\nJacques-Rousseau (abonnement : 8 francs; étranger, 10 francs). — La Renais-\nsance latine, directeur ;             M.     Brancovan ; P a r i s , 23, rue Boissy-d'Anglas\n(abonnement : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident, directeur :\nM. Mithouard; P a r i s , rue E b l é ( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger, 12 francs).\n— L'Art flamand et hollandais, revue illustrée, directeur : B u s c h m a n n , à\nAnvers, 15, Rhijnpoortvest (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs). —\nL'Art moderne, directeur : Octave M a u s ; Bruxelles, 32, rue de l'Industrie\n(abonnement : 10 francs; étranger, 13 francs). — Le Guide musical, directeur :\nNelson L e k i m e ; Bruxelles, 7, rue M o n t a g n e d e s - A v e u g l e s (abonnement :\n12 francs; étranger, 14 francs).— L'Idée libre, directeur P . Germain, Bruxelles,\nLarcier éditeur, rue des Minimes, 26 (abonnement : 10 francs). — Le Thyrse,\nd i r e c t e u r : Richard R o s y ; Bruxelles, 14, rue de la Filature (abonnement :\n5 francs; étranger, port en sus). — La Revue de Belgique, directeur : M. Wil­\nm o t t e ; Bruxelles, W e i s s e n b r u c h éditeur. — La Belgique contemporaine, direc­\nteur : R a p h a ë l P e t r u c c i ; rue Albert-de Latour, 4, Bruxelles (abonnement :\n12 francs, étranger, 15 francs.)\n\n                                            ***\n\n  A c c u s é de r é c e p t i o n . — E . LAUVRIÈRE : Edgar Poë, sa vie et son\nœuvre ( P a r i s , A l c a n ) . — H . VERRIEST : Voordrachten (Roulers, De Meesler).\n— J. SOTTIAUX : L'âme des nôtres (Bruxelles, S c h e p e n s ) . — A. HARDY              :\nroute enchantée ( P a r i s , F i s c h b a c h e r ) . — T . DE VISAN : P a y s a g e s .\nspectifs (Paris, Jouve). — B.-A. JEANROY : Deux c œ u r s (Paris, H a t i e r ) . —\nA. DORCHAIN : P o u r l'amour (Paris, L e m e r r e ) . — Idem : Conte d'avril\n(ibid). — P . BOURGET : U n divorce (Paris, P l o n ) . — C. DALBON : L e s\norigines de la peinture à l'huile (Paris, P é t r i n ) . — Correspondance entre\nG. S a n d et F l a u b e r t (Paris, C a l m a n n Lévy.)— A. VAN BEVER et E . SANSOT-\nORLAND : Œ u v r e s galantes des conteurs italiens, deuxième série (Paris,\n Mercure de France). L. BLOY : Mon journal (ibid). C. NISSON : L'autre route\n(Paris, Caïman- Lévy). — Ch. L E GOFFIC : L'erreur de Florence (Paris,\nHatier). — J. Bois : H i p p o l y t e couronné (Paris, Fasquelle).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-012", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 513, "page_fin": 513, "titre_corps": "Heure claire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "Heure claire L'aube, l'ombre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 616, "page_imprimee": 513, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "Heure claire\nL'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles,\nCe que la nuit recèle on montre entre ses voiles\nSe mêle à la ferveur de notre être exalté :\nCeux qui vivent d'amour, vivent       d'éternité.\n\nIl n'importe que leur raison adhère ou raille\nEt leur tende debout, sur de hautes  murailles,\nAu long des quais et des hâvres, ses flambeaux clairs :\nEux sont les voyageurs d'au delà de la mer.\n\nIls regardent le jour luire de plage en plage,\nTrès loin, plus loin que l'Océan et ses flots noirs ;\nLa fixe certitude et le tremblant espoir\nPour leurs regards ardents ont le même visage.\n\nHeureux et clairs, ils croient avec avidité,\nLeur âme est la profonde et soudaine clarté\nDont ils brûlent le front des plus hautains   problèmes.\nEt pour savoir le monde, ils ne scrutent     qu'eux-mêmes.\n\nIls vont par des chemins lointains, choisis par eux.\nVivant des vérités que leur disent leurs yeux\nSimples et nus, profonds et doux comme l'aurore;\nEt pour eux seuls, les paradis chantent    encore.\n\n                                             E M I L E YEUHAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "9 9 , rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 617, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 3747, "texte": "9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SIET                                                                                BRUXELLES                •\n\n\n                  LE GRESHAM                                     REIiIURE D'ART & D'AMATEURS\n              Compagnie anglaise d'assurances sur la ne\n                ACTIF : 2 0 6 , 9 9 9 , 2 4 7\n                      Sinistres payés su Os |i«.us\n                                                     francs       Paul Claesset)S\n                                                                     ReiieurHtoreordeS A R M   la Comtesse 4e Flânera\n              depuis 1 8 5 5 : 2 8 , 5 0 0 , 0 0 0    francs\n                   Prospectut et rmangnemenU    ratutU               2 4 , rue de Berlaimont, Bruxelles\n             8, place Royale, 8, BRUXELLES\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                        Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                           médaille d'Or à l'Exposition internationale de Bruxelles 1897\n\n                       BERVOET^wiÎLEMÀNS\n                                          FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8, 10, 12, Rue du Midi *.K BRUXELLES\nUsine à vapeur, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                               FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                   57, R u e d e l a Charité - BRUXELLES\n                                                                TÉLÉPHONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de tous les articles co cernant 1. \\ emture, la s ulpture,\n                                                 la gravure, l'architecture et le    1.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aux Expositions d'Hmsterflam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cojcago, ete\n\n   PIANOS STEINWAY                                                                  & SOUS\n                     NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Saxe,\n  de Suède et d Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant no pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. V> agner . »« Le Stein\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limita\n(J. Paderenski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à m o i\navis, le produit idéal du siècle Eug. d'Albert. a a Ils sont tellement au dessus de toute critique, qu'ua\néloge marne paraîtrait ridicule Sofia M enter . »\n  Ageuee générale et dépôt exclusif à Bruxelles : FP. Ml SOI, 224, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S A I N T F K A N Ç O I S", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L E STANDARD", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 618, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "S A I N T F K A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8», illustrée d e plusieurs hors-texte (Louvain,\nI n s t i t u t supérieur d e philosophie)                                                                fr. 1 2 5\nB R U G E S . — L E S P R I M I T I F S . — P l a q u e t t e in-8», illustrée d e trois fig. d a n s le texte et d e\n•leux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                            fr. 1 0 0\nL ' O B L A T , p a r J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). — U n vol. in-12                                     fr. 3 6 0\nC H E P C H O N S L ' H É R É T I Q U E , p a r J . ESQUIROL (Paris, Stock . — U n v o l . i n - i ?       i  3 50\nL E S G E N S D E T I E S T . p a r GEORGES VIRRÈS (Bruxelles,Vromantj. — U n vol.in-ia                      »   3   50\nQ U I N Z E M O I S D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , p a r le c o m m a n d a n t DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage c o u r o n n é p a r l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                                             fr. 5 0 0\nL A R O S E E T L ' É P É E , p a r CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, C h . Bulens, édit.)             • 3 50\nS U R Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , p a r J U L E S D E S T R É E . — Edition de luxe,\nillustrée d e huit eaux-fortes originales, trois p a r Auguste D a n z e et cinq par M\"* Jules Destrée,\net d e nombreuses reproductions photographiques. Tirage limite à cent exemplaires Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence. Alinari)                                                             fr. 1 5 0 0\nL E S J A R D I N S C l O S , poèmes, par P A U L MUSSCHB. — (Paris, Société française d'imprimerie\net d e librairie)                                                                                   fr. 3 5 0\n      On peut se piocurer ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur G H . B U L E N S , 7 5 , r u e T e r r e -\n     Neuve, à Bruxelles.\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L E STANDARD", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 618, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2013, "fin_caractere_exclue": 6105, "texte": "L E STANDARD\nCompagnie d'assurances tur la vie, fondée en 1825\n                                                                Hrcnïves Nobiliaires ûe Belgique\n                                                                         52, rue Stévin, BRUXELLES\n           ACTIF : 2 7 8 MILLIONS                                                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                                                                                    moiries en Belgique et a l'Etran-\n                                                                                    ger. — Attestations officielles de\n   Prinoipaux avantages da la Compagnie                                             noblesse, de filiations et d'armoi-\ni* Policea incontesta- H» Tarif avantageux.                                         ries.— Copiesofficielles de lettres\n                                                                                    de patentes de noblesse. —\n  bles après deux a n s 4° Participation impor-                                     Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date.                      tantedes assurés dans                               — Insertions de généalogies dans\na* Prêts sur polices            les bénéfices de la                                 des publications belges et étran-\n  a j a n t trois ans de        Compagnie.                                          gères. — Rectifications d'actes\n                                                                                    de l'état civil et adjonctions des ,\n  date                        5° Prêts hypothécaires.                               noms — Correspondants en pro-\n     S'adresser pour renseignements tt prospectus à la                              vinceet a. l'étranger —Armoiries\n                                                                                    et documents généalogiques sur\n           D I R E C T I O N    Q É N É R A L I                                     plus de 100,000 familles nobles\n28. PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , BRUXELLES                                             et patriciennes.\n  Téléphone 949   Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles            R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                               P\n                                               Au    ENCADREMENTS•» • • *                      Pai suite de décès\n                                                L.                                  '\n                                               V     DORURE             ET   SCULP-\n                                                E                                             LIQUIDATION\n                                                R    T U R E S U R BOIS • * » • •\n                                               D                                        -               DE\n                                                U        ESTAMPES•••••*•••\n\n                                               S\n                                                S\n                                                     GRAVURES            ANCIENNES          300 VOITURES\n                                               E\n                                                                                            Vente à tonte\n                                               N     ,              ,             «*••\n                                               U     N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                                                                  offre acceptable\n                                               c\n                                               o         \" ^ ^ ^ ^ ^ ~ ^ ^ ~ ~\n                                               «\n                                               •\n                                                     SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT             71, rue Goffart\n                                               a       ^ ~ ~ \" ~ ^ — ^ — — — —\n                                               •     D'AUTHENTICITÉ • • • • • • • • • • •        IXELLES\n"}, {"page_pdf": 619, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3446, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n        12, Marché-au-Bois - B R U X E L L E S\n     Dépôts de fonds en Comptes Chéqaes, disponibles à vue : 1 1 2 p. o. sans commission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 9 7 p. e.\n                         Encaissement de Conpons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n               Service spécial de Lettres de Crédit et Chéqaes sur tous pays\n             Prêts sur Titres — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n      LÀ RESERVE MUTUELLE                                 HOTEL DU PHARE\n           de* KTATS-l        \\1V\n     COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES                        263, Boulevard Militaire, 263\n              • n r l a ~v±e\n                                                                             REPRIS P A R\n\n                                                           MM.PARRED&JAEGER\n                                                                        Ancien» propriétaire»\n                                                               de la Taverne Léopold, rue du Commerce\n\n                                                          CHAMBRES AVEC                      PENSION\n                                                                     depuis 5 francs par jour\n\n     FNCAIBSBMENT ANNUEL . . . .          40 Millions         Salles pour banquets et noces\n     SINISTRES PAYES                     750 Millions\n\n         Combinaisons 1res intéressantes                          Grand air — Belle situation\n      DIRECTIONfiÉNERALEPOUR LE CONTINENT DE L'EUROPE\n             8 , n i e H a l « T y , P A R I S (O )\n                                                          Communications faciles avec Bruxelles et vice-versa\n         DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n     19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n             On demande rien Attenta                         Cuisine et cave renommées\n\n\nEntreprise de DWnapenis                                       POUR VOS CIGARES FIflS\n                                                                                         à la\n                   ET TRANSPORTS\n -     POUR                   TOUS        PAYS —          MAISON AMÉRICAINE\n                                     >\"*\"~SV»Xi«*sV                     DÉPÔT DE FABR QUE\n                   l\n        \"- \"a «.       ?«NO\n                                                             15 — A v e n u e Louise— 15\n                                                                       BRUXELLES\n                                                          P.-S. - Arrivages réguliers le cigares (e la pavage\nV o i t u r e » à I, 2 , 3 e t 4 chevaux\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\n                   WAGONS CAPITONNÉS\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\n     On traite à l'heure et i                   forfait\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\nJules                         ROLAND CHOCOLAT                                           BIESWAL\n             2 3 , rue d'Idalie, 2 3                      CHOCOLAT                      BIESWAL\n      IXELLES-BRUXELLES\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\n                       TÉLÉPHONE       6969\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison08-212", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Imprimerie Scientifique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 620, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 131, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 545, "texte": "Août 1904                                                                 n\"»* Année.                                N» 8.\n\n\n                                                                                                                 ®\n\n\n                >UBB\n\nww\n           REVUE CATHOLIQUE ©'ART\n                          <0E LITTERATURES\n\n\n\n\n                                                                                  •   •\n                                                                                      ,• •\n                                                                                                           • •\n                                                                                                        • •,\n                                                                                                      • • •\n                                                                                                       • ••\n                                                                                                       •T •\n                                                                                                       •    •«\n\n\n                                      •           •           •\n   •   •\n                •         •\n            •     •                                       •           •\n                •     •       •           •           •\n                                                                          •       •\n                                                  •               •                          •   •\n                              •           •\n                                  •           •           •\n                                                                      •       •\n\n\n\n                                                                                                     y -é\n\n  B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 546, "texte": "                               Domaine de la Société \" Lfl WESTEXDfllSE\n\n                                     Lfl PLACE DE WE8TENDE\n                               est située aux bords de la mer du Nord,\n                         entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fin-\n                         Cette nouvelle station balnéaire n'a paa tardé à\n                         attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                         d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                         le confort à la simplicité dans des conditions très\n                         avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                         le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                         saison. lies bains sont gratuits; le service de sauve-\n                         tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                         munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                         aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                         tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades a ânes.\n  Villas et Terrains     Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-        Villas et Cottages\n                         phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n       A VENDRE          d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de le                   *\n                         digue, des avenues, des villas et des cottages.                LOUER\n     par annuités\n\n\n                                 HALLES WE8TENDAI3E8\n                           Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                         villas et cottages Toutes les marchandises: épiceries,\n                         conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                         bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                         dans des conditions très avantageuses et sont tou-\nL.       ^v              jours de premier choix.\n                                                               Lie Wastend' Hôtel est ouvert du a5 mai\n                                                               au 28 septembre       Pension de 6 à 16 fr\n                                                              par jour. Aux commencements et fins de\n                                                              saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND» HOTEL                                                tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                               prolongé a l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                               ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n     DIGUE                                                        rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                    Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone                                                                  confortable. Balcons et Ter-\n                                                                            rasses. Salle de musique.\n                                                                              Salle de billard. 6alle de\n                                                                                récréations p* enfants.\nSODDELKERKE                                                                         Salons de lecture, de\n                                                                                          correspondan-\n                                                                                         ce. Cuisine soi-\n                                                                                         gnée. Caves re-\n                                                                                          commandées.\n                                                                                          Appartements\n                                                                                          aveesaloa.\n\n      Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique régulière\n     Gonununications téléphoniques avec toute la Belgique es les réseaux étrangers voisins\n                                      A B R U X E L L E S , 5 3 » , rue Capouillet;\n       renseignements, s'adresseï { ^ . W E S T E N D E , a l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                           P l a g e ou a u \"Westend'HôteL\n"}, {"page_pdf": 547, "texte": "                              DURENDAL\n       R E V U E C A T H O L I Q U E D'ART E T D E L I T T É R A T U R E\n\n\n                                     1904 — i l * Année\n\n\n\n                       Sommaire du n° 8 (Août)\nH E N R I D E R É G N I E R . — La voix                                                  449\nL É O P O L D C O U R U U B L E . — Lucienne                                             4^o\nF H K N A N D S É V E R I N . — Eléonore       d'Esté                                    4^7\nJ O S E P H R Y E L A N D T . — Les dernières sonates          pour        piano   de\n                                 Beethoven (suite)                                       4^8\nP I E R R E R O M I L E . — La prière    de Chérubin                                     4^5\nARNOLD G O F F I N . — La peinture                 classique   et     la      peinture\n                          romantique                                                     4^7\nJ E A N B E R N A R D . — Strophes                                                       ^8i\nFRANZ A N S E L . — Trois poètes           :\n                           Emile        Verhaeren;\n                           Charles      Van     Lerberghe;\n                           Fernand      Séverin                                          4^a\nCOMTE G. D'ARSCHOT. — Notes de                     voyages.\n                                    Dans le Nord :\n                                         I. En Russie;\n                                        II. En Suède                                     49a\nC H A R L E S MAKTENS. — Les images religieuses                 artistiques de la\n                                  « Leo-Gesellschaft          »                          49^\nLivres et revues                                                                         499\nNotules                                                                                  5og\nIllustrations    : Le D a n t e e t V i r g i l e a u x enfres ( E . DELACROIX) ;\n                   Madame R é e a m i e r ( D A V I D ) .\n"}, {"page_pdf": 548, "texte": "                      DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE                     D'ART ET DE                   LITTÉRATURE\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 33, à Brucelles)\n                                P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                Comité de rédaction               de D u REND AL :\n                         M M . H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                   Secrétaire de la Rédaction ; GEORGES V I R R È S\n                             Correspondant de la rédaction à Paris :\n                 M. H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.                                         ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                       L'abbe H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J. K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                     VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                 GODEFROID KURTH.\n      MARIE CLOSSET.                                       L . DE LA L A U R E N C I B .\n     L'abbe AUG. CUPPENS.                                  L'abbe L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                               S E B . - C H . LECONTE.\n      L e baion JOSÉ DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES MARTBNS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                    P A U L MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKB.                     EDOUARD N E D .\n     L e baron G. DELLA FAILLE.                            MAURICE OLIVAINT.\n     EUGÈNE DEMOLDER.                                      ERNEST PÉRIBR.\n     D o m BRUNO DESTREE.                                  GEORGES RAMAEKERS.\n     JULES DESTREE.                                        GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.\n      MAURICE DULLAERT.\n      T. ESQUIROL.\n                                                           i OSEPH RYELANDT.\n                                                            \"ERNAND SÉVERIN.\n                                                           HENRY V A E S .\n      EMILE FERMAUD.                                       ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                     CHARLES VAN LERBBRGHB.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                 EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GILKIN.                                         L'abbé F R . VERHBLST.\n                                                           LÉOPOLDWALLNER.etC,             etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nUsera rendu compte dans DURENDAL        de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à U Ridactto»\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d abonnements, s'adresser *aa\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Grand Cerf, poar la publicité, 8 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 549, "texte": "                               Lucienne\n\n                 COMME j ' é t a i s\n                                « mignon » — je le sais depuis que\n                 je ne le suis plus, c'est-à-dire depuis longtemps\n                 — l'abbé Bonfils s'imagina un jour que je ferais\n                 un parfait enfant de choeur.\n                    Il ne se t r o m p a i t p a s ; je servis la messe avec\n                 beaucoup de dextérité. Je maniais crânement\n                 les énormes missels ; j'étais un attentif échanson\n                 et je savais donner à ma clochette des sonorités\npleines d'injonction ou de douceur.\n   J'appris aussi très vite à balancer et à faire fumer un encen­\nsoir, ce qui me valut des succès d a n s les fêtes carillonnées.\n   Mais il est juste d'avouer que je partagais l'admiration des\ncondisciples avec mon ami P e d r o d'Equilaz, un gentil Vénézué­\nlien — peau cuite, ardentes prunelles, — qui n'était pas plus\nhaut que moi et dont les qualités d'assistant, pour n'être\npas aussi appréciées que les miennes, n'en étaient pas moins\nestimables.\n   Au vrai, nous formions tous deux un couple joliment\ncontrasté : lui, tout noir et bronzé; moi, tout blond et pâlot;\nle Midi et le Nord, L a t i n et Celte.\n   Les bonnes sœurs de l'infirmerie n'étaient pas insensibles\nà notre charme enfantin : elles nous caressaient avec une\ncertaine complaisance et nous choyaient bien mieux que les\nautres gosses.\n                                     *\n   L ' a b b é Bonfils avait une taille au-dessus de la médiocre.\nIl était svelte, bien pris dans sa soutane irréprochable et qui\n\n  (1 ) Extrait des « Mémoires d'un L y c é e n », deuxième p a r u e de La Maison\nEspagnole qui paraîtra chez MM. Lebègue en octobre prochain.\n"}, {"page_pdf": 550, "texte": "                               LUCIENNE                              451\n\n\n me sembla toujours neuve, peut-être parce qu'il en avait beau­\n coup de rechange. Si je me rappelle bien, le jeune aumônier\n descendait par sa mère d'une ancienne famille du P i é m o n t ; il\n montrait encore, gravée sur la cuvette d'une antique « tocande »,\n la patte d'ours, emblème de ses aïeux.\n    C'était un prêtre propre, coquet même, mais sans nulle\n affectation. Il était blond, d'un blond tirant légèrement sur le\n roux, et lissait ses cheveux avec soin.\n    Sa figure, d'une carnation animée, respirait la bienveillance.\n Malheureusement ses yeux étaient faibles; il devait les ren­\n forcer à l'aide de belles lunettes d'or.\n    Enfin sa parole, pleine de douceur, charmait et pénétrait.\n     L'abbé Bonfils était populaire. On le préférait au premier\n aumônier, M. B . . . , qui avait certainement ses qualités lui aussi,\n mais dont le verbe était rude et même assez bourru parfois.\n Celui-là, je crois que c'était un curé têtu et fanatique, sans\n aucune finesse. Il nous ordonnait de croire sous menace de\n pensums et n'avait aucun respect pour les doutes de notre\n conscience. Sa grosse voix grasse nous effrayait un peu. Sa\n figure, toujours mal rasée, souriait rarement et sans naturel :\nelle avait quelque chose d'un César brutal. J'avoue aussi que\nl'homme ne se soignait pas : il avait son fumet... Sa soutane\n luisait, montrait la corde, et se poudrait aux épaules de pelli­\ncules. Au fait, le père B . . . était probablement un grand saint.\n    M. Bonfils, lui, séduisait par la distinction et la cordialité de\nses manières. Ses mains longues, ses doigts en filière eussent\ntenté le pinceau de Van Dyck. Et puis il sentait bon la violette\nde deux sous !\n    Il aimait les petits et leur était, pour ainsi dire, maternel.\nDès qu'il apparaissait dans les cours, les jeux cessaient instan­\ntanément et tout le monde accourait au-devant du jeune a b b é ;\nil savait de bien plus jolies histoires que le père B . . . et les\nracontait, pour le plaisir, sans prendre souci d'y enfermer une\nmorale ennuyeuse. C'était un a r t i s t e ; les fées, l'ogre, les génies\ndu cycle arabe ne lui inspiraient aucune répugnance, et il\nnous captivait par le récit savamment filé de leurs admirables\naventures.\n    M. Bonfils m'avait i m m é d i a t e m e n t distingué à cause de ma\ntristesse; il conçut pour moi une vive affection en appre­\nnant que j ' é t a i s étranger, sans « correspondant » à Paris et\n"}, {"page_pdf": 551, "texte": "452                            DURENDAL\n\n\nque je ne sortais jamais le dimanche. Aussitôt, il s'ingénia\nde toutes manières à adoucir mon exil : je fus son préféré,\nson « chou-chou ». Au lendemain des vacances, q u a n d le\ncœur encore tout saignant d'avoir quitté la maison pater­\nnelle,je pleurais sans répit, escomptant presque la mort — oui,\nla mort — comme une joie! il me prenait sous le bras et se\npromenait avec moi dans la sombre cour. Il m'exhortait au\ncourage avec des paroles émues que j ' e n t e n d s encore :\n    — Allons, petit, disait-il, sois raisonnable. T u pleures parce\nque tu as quitté ta m a m a n . . . Mais la séparation n'aura qu'un\ntemps. Trois mois, c'est si peu de chose q u a n d on travaille\nb i e n ! Voyons, tu les reverras tes p a r e n t s ! Les vrais malheu­\nreux, ce sont ces pauvres petits, et il y en a tant parmi tes\nc a m a r a d e s ! qui n'ont plus ni père ni m è r e . . . A toi, le bon\nDieu les a conservés. Et tu es triste et tu p l e u r e s ! Mais tu\ndevrais être heureux au contraire en pensant à la joie que tu\néprouveras à les retrouver!\n    Il ne me parlait j a m a i s sans que je fusse réconforté et je\nl'aimais de tout mon cœur.\n\n\n\n    C'est pour adoucir ma peine qu'il m'avait décidé à chanter\nau lutrin, et s'était avisé de m ' a p p r e n d r e à servir la messe.\n    Il fit mieux. Afin de nous recompenser, l'ami P e d r o et moi,\nde notre application, il nous e m m e n a i t en promenade le\ndimanche, après vêpres. Nous allions au Point-du-Jour, à\nSuresnes, à Châtillon. Parfois aussi, l'abbé Bonfils nous\nconduisait dans de modestes collèges ou des hospices du voisi­\nnage dont les pères directeurs étaient de ses amis et où l'on\nnous faisait grande fête.\n    Enfin, un jour — jour délicieux et dont le souvenir dilate\nencore mon cœur — M. Bonfils nous mena chez les parents de\nnotre condisciple Maurice L . . . , qui possédaient, à Clamart,\nun beau cottage entouré d'un jardin magnifique.\n    Ah l'accueil cordial! Il y avait là beaucoup de m o n d e , toute\nune « potée » de parents parisiens bien fournis en petits garçons\net en fillettes. M me L . . . , grosse d a m e plantureuse c o m m e une\nF l a m a n d e , s'attendrit tout de suite sur le sort de ces deux\npetits exilés et nous embrassa avec emportement. P u i s , sans\n"}, {"page_pdf": 552, "texte": "                                LUCIENNE                              453\n\n\nperdre de t e m p s , elle organisa un goûter plein de sirops, de\nconfitures et de petits fours.\n   Après quoi, on nous donna la volée, tandis que les grandes\npersonnes s'installaient sous la véranda autour de l'abbé\nBonfils qui c h a r m a i t tout le m o n d e par sa voix suave, son\nesprit doux et caustique comme celui d'un Fléchier ou d'un\nFénelon.\n   Conduits par ce joufflu de L . . . , nous nous répandîmes dans\nle parc au milieu d'une ribambelle de cousins et de cousines.\nCe fut très gai. C o m m e nous avions atteint une sorte de petit\nbois, nous délibérâmes sur ce que nous pourrions bien faire.\nL e s avis se multipliaient et l'on n'aboutissait à rien quand\nL u c i e n n e , la grande cousine de L . . . , une jolie demoiselle de\ntreize à quatorze ans, proposa de jouer tout bêtement à cache-\ncache, ce qui fut accepté. Aussitôt, d'une petite voix impé­\nrieuse, elle nous c o m m a n d a de faire le cercle et commença :\n\n                         Une poule sur un mur\n                         Qui picote du pain dur\n                         Picoti, picota...\n\n   P e d r o et moi, nous fûmes i m m é d i a t e m e n t hors cause. C'est\nl'ami Maurice qui resta le dernier. On le pria de tenir le « but »\njusqu'à ce que nous eussions crié « fini » et la troupe s'éparpilla\ndans toutes les directions.\n   P o u r P e d r o et moi, qui ne savions pas les bons repaires,\nnous demeurions un peu hésitants lorsque L u c i e n n e nous prit\npar la main :\n   — Venez, vous deux, je connais une cachette introuvable.\n   Et rejetant sur le dos son opulente chevelure brune d'un\ncoup de tête plein de mutinerie, elle nous entraîna en courant.\n   Bientôt nous rencontrâmes un petit mur que nous franchîmes\nsans difficultés pour sauter dans un superbe verger rempli\nd'espaliers. Nous nous arrêtâmes un peu essoufflés.\n   — Maurice ne nous découvrira j a m a i s ici, dit la fillette en\nriant, nous sommes chez le voisin!\n   E t comme nous restions ahuris, légèrement inquiets de cette\nviolation de propriété, elle nous rassura :\n   — O h ! j'ai la permission; je puis cueillir ici tous les fruits\nque je veux... Je vous recommande les framboises blanches,\nelles sont délicieuses! Mangez, ne vous gênez p a s . . .\n"}, {"page_pdf": 553, "texte": "454                             DURENDAL\n\n\n   P e d r o , qui était g o u r m a n d , considéra cette invite comme\nun ordre et se plongea aussitôt dans un épais buisson de\nframboisiers.\n   Quant à moi, je fus très comme il faut : je dis que je\npréférais visiter l'enclos.\n   — Alors, viens avec moi, fit Lucienne en me t u t o y a n t sans\nfaçon, là-bas sont les couches...\n   Elle m'avait repris par la main et je marchais t i m i d e m e n t à\ncôté d'elle, heureux, ravi, charmé par cette gamine si jolie, si\ndélibérée s u r t o u t ! Ah que j ' é t a i s enchanté d'être si petit et de\nparaître moins vieux que je ne l'étais! Car j ' a v a i s treize ans\nsonnés.\n   E n cheminant, L u c i e n n e m'interrogeait :\n   — C'est toi, le petit Belge, pas?\n   — Oui, je suis de Bruxelles.\n   — C'est loin, pas?\n   — Très.\n   — Alors, on vient j a m a i s te voir?\n   — Jamais.\n   — C'est triste, pas?\n   — O h ! oui...\n   A ces mots, elle passa les bras autour de mon cou et, adora-\nblement maternelle, elle m'embrassa avec tendresse :\n   — Ecoute, quand j'irai voir Maurice au Lycée, je dirai\nqu'on t'appelle aussi au parloir. Nous jouerons dans le p a r c . . .\n   Je rougis, je balbutiai des remerciements. Mais nous étions\narrivés devant les melons :\n   — Regarde, c'est des cantaloups!\n   Mais je ne regardais que L u c i e n n e . C o m m e n t m'y prendre\npour lui rendre son baiser? Car je tenais à être poli avant t o u t . . .\n   Hélas! en ce moment, P e d r o , gorgé de framboises, commit la\nmaladresse de nous rejoindre : j ' e n éprouvai un dépit excessif,\nun vrai sentiment de jalousie.\n   — On nous appelle, dit cet importun, je crois qu'il est temps\nde retourner...\n   N o u s avions complètement oublié la partie de cache-cache\net M. Bon fils. Il fallut sortir du verger c h a r m a n t .\n   D e nouveau, Lucienne nous avait pris par la main :\n   — Je connais un chemin de traverse, nous serons tout de\nsuite arrivés.\n"}, {"page_pdf": 554, "texte": "                             LUCIENNE                            455\n\n  Nous rentrâmes sans nous presser. Cette fois, ce fut P e d r o\nqui subit l'interrogatoire :\n   — T o i , t'es un Espagnol, pas?\n  — Oui, de Caracas.\n  — Quel drôle de n o m ! E t c'est loin?\n  — Oh oui, t r e n t e jours sur la mer.\n  — Alors, on vient j a m a i s te voir?\n  — Mes parents, j a m a i s . Mais j'ai mon correspondant.\n  — Dis, c'est triste?\n  J'attendais la réponse avec un émoi indicible tant je\ncraignais qu'elle ne fût suivie d'un baiser aussi doux que celui\nque j'avais reçu. H é , ce gaillard de P e d r o était très beau ! Par\nbonheur, il n'était pas sentimental pour un sou. Il répondit\nsans fard :\n   — Mais non, je m'amuse très bien à P a r i s .\n   — A h ! fit Lucienne étonnée.\n   E t rengainant son attendrissement, elle hâta le pas sans\nplus s'occuper de ce jeune t r a n s a t l a n t i q u e .\n\n\n\n  — E h bien ! s'écria M m e L . . . , q u a n d nous fûmes arrivés à\nquelque distance de la maison, où donc étiez-vous cachés? On\nvous cherche depuis un quart d ' h e u r e ! M. l'abbé est très\nmécontent...\n  L u c i e n n e prit tout sur elle avec une si jolie bravoure que\nM. Bonfils sourit :\n  — Rassurez-vous, mon enfant, dit-il aussitôt, vous êtes\nune c h a r m a n t e demoiselle et l'on vous pardonne de grand\ncœur.\n   Il fallait partir. M me L . . . et quelques autres jeunes dames\nnous serrèrent é p e r d û m e n t dans leurs bras et nous prîmes\ncongé de Maurice ainsi que des petits cousins et cousines\nque nous avions à peine entrevus.\n   Mais comme l'on nous reconduisait processionnellement à\nla grille du château, Lucienne, qui marchait à côté de moi,\nprétendit me montrer un petit chemin bordé de buis qui\ncontournait un parterre et là, derrière un massif de rhodo­\ndendrons, elle me fourra vivement dans la poche un paquet de\nchocolat :\n"}, {"page_pdf": 555, "texte": "456                               DURENDAL\n\n\n\n   — Ce sera pour manger avec ton pain de q u a t r e heures...\n   Et elle m'embrassa en ajoutant :\n   — Sois tranquille, mon petit, je viendrai te voir.\n\n\n  Elle ne vint pas et je ne la revis jamais. Car l'année suivante\nmon ami L . . . passa à Charlemagne, tandis que M. Bonfils,\npromu, je crois, premier aumônier dans un lycée de P a r i s ,\nnous quittait pour toujours.\n  Mais je n'oubliai pas le cher abbé. E t pour cette L u c i e n n e ,\nqui jouait déjà si bien à la m a m a n , je n'y pensais jamais,\ndans mes tristesses de bagnard, sans être consolé. Elle fut la\npetite fleur bleue et comme la Picciola de mes p r i s o n s !\n\n                                             L É O P O L D COUROUBLE ( I ) .\n\n\n\n\n   ( I ) Cette historiette était contée, lorsqu'au mois de juin dernier, en\nvisitant le Lycée de Yanves, j'appris que M. Bonfils occupait aujourd'hui\nle siège épiscopal du Mans. Ce prêtre, plein d'érudition et de b o n t é , devait\nmonter à la prélature.\n"}, {"page_pdf": 556, "texte": "            Eléonore d'Este\n\n« Tan cœur, ô 'Turqualo, bat-il pour la princesse?\nTâche de l'épurer, cette obscure    tendresse\nDont sa sérénité n'accepte que la /leur.\nNul n'est digne de moi, s'il ne devient       meilleur.\nCertes, parmi les biens que le destin nous prête,\nQuelques-uns,   et ce sont les moins beaux, ô poète,\nSont une proie offerte à l'orageux     désir.\nMais il en est qu'on brise en voulant les saisir,\nTu le sais; et l'amour est de ces biens       suprêmes.\nSi, comme tu l'as dit, il est vrai que tu m'aimes,\nSouviens-toi  que l'amour se mesure aux         respects,\nEt ton cœur agité retrouvera la paix. »\n\n\n                                           FERNAND    SÉVERIN.\n\n\n\n\n                        ^\n"}, {"page_pdf": 557, "texte": "Les dernières Sonates\n          pour piano de Beethoven\n                                (Suite)\n\n\n\n               LES trois sonates qui nous restent à étudier sont —\n                 si je peux m'exprimer ainsi — d'une spiritualité\n                  plus haute que les deux précédentes. C'est en\n                  partie l'impression finale qui fixe le caractère\n                  moral d'une œuvre. Or, voyez les finales bril­\n                  lants et mouvementés des deux œuvres précé­\n                  dentes. Voyez au contraire l'effort d'idéalité\n                  quasi religieuse dans la conclusion des trois\nsuivantes. Les sonates en la et en si bémol portent à l'action, à\nla lutte. L e sentiment dominant de celles en mi, la bémol\net ut mineur est plus contemplatif. L'auteur semble avoir\nentr'ouvert les portes de l'au-delà. Ces trois dernières œuvres\nont d'ailleurs été composées à des dates très rapprochées.\n\n                     S o n a t e en mi (Op. 109)\n                            Composée en 1821\n      I. Vivace ma non troppo (mi).\n    II. Prestissimo (mi mineur).\n  III. Andante molto cantabile (mi).\n                                     such harmony is in immortal souls : but,\n                                   whilst this muddy vestures of decay dolh\n                                   grossir close it in, wee cannol hear il.\n\n   Shakspeare met en scène deux amoureux contemplant les\nétoiles. Et l'amant dit à sa bien-aimée : « P a r m i tous ces astres\nd'or, il n'en est pas un qui, dans son cours, ne joigne sa céleste\n"}, {"page_pdf": 558, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                   459\n\n\nmélodie au chœur des chérubins aux yeux jeunes. Pareille\nharmonie existe clans l'âme immortelle, mais, tant que ce vête­\nment de boue et de corruption l'enferme, nous ne pouvons\nl'entendre. » ( T h e merchant of Venice.)\n   P a r manière d'interprétation, on pourrait dire, qu'en cette\nsonate « spiritualisée », Beethoven a voulu dégager la divine\nmélodie de l'âme et nous la faire entendre. L'œuvre présente\nune opposition d'élément humain et de visions tout idéales.\n   E n notre temps de chromatisme à outrance et de désespérance\nen mineur, il est à remarquer que, même à l'apogée du génie,\net à l'époque la plus triste de sa vie, l'espérance continue à\nilluminer l'œuvre — parfois si douloureuse d'ailleurs — du\nmaître. Des cinq dernières sonates, la dernière seule débute en\nmineur. Encore finit-elle radieuse, tout comme les cinquième et\nneuvième symphonies.\n   L e premier morceau présente d'abord un thème ailé :\n\n\n\n\nEst-ce la vision et le chant de l'âme immortelle? Quoi qu'il en\nsoit, au bout de quelques mesures jaillit un motif (adagio)\npassionné, effusion sublime, bras tendus amoureusement vers\nla figure apparue :\n\n\n\n\n   Mais les harmonies se volatilisent, se dissipent comme de la\nfumée d'encens. L a vision était trop belle pour être vraie...\nP o u r t a n t — T e m p o I — la voilà qui reparait plus haut, planant.\nIci se présente un commencement de développement du premier\nsujet. Mais une nouvelle ligne mélodique se dessine aussitôt. L e\nrythme seul persiste. Peu à peu, par le crescendo, la douce\n"}, {"page_pdf": 559, "texte": "460                         DURENDAL\n\n\n vision semble devenir plus tangible et la rentrée du premier\nthème est très brillante (mesure 32 depuis le T e m p o 1).\n   Alors, une seconde fois, le thème de l'adagio lance sa fervente\nsupplication... E n vain. Le même phénomène que la première\nfois se reproduit. T o u t s'évanouit. Après cela, l'être idéal se\nmontre encore, mais si h a u t . . . si loin... Quelques accords\ncalmes expriment une résignation tranquille parce que l'espoir\nsurvit. E t c'est sans amertume que nous entendons s'éloigner\nla voix céleste.\n   Malgré les apparences fantaisistes, les divisions essentielles\nde la sonate se retrouvent en ce morceau. Le premier thème,\nen mi, est suivi d'un contre-sujet (adagio) dans le ton de la\ndominante si. Au tempo , modulations I et développements sur\nle rythme du premier thème. Rentrée de celui-ci en mi. Retour\ndu contre-sujet dans le ton fondamental. Coda.\n   L e deuxième morceau est un réveil brusque de la passion\nhumaine, une chasse éperdue après la jouissance. L e prestissimo\nen 6/8 lui donne une allure vertigineuse.\n   L a première phrase est fortement accentuée, soutenue par une\nbasse que nous retrouvons plus loin (thème 7) comme thème\nindépendant.\n\n\n\n\n  A la neuvième mesure répondent des accents plus plaintifs :\n\n\n\n\n   Ensuite parait dans les basses un thème d'angoisse mysté­\nrieuse\n"}, {"page_pdf": 560, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN             461\n\n\n  Il se répète très expressivement et nous conduit au ton de la\nquinte, si mineur. Dans cette tonalité nouvelle se poursuit la\ncourse sans merci. L a mélodie est toujours dans les mêmes\nrythmes fiévreux. Observons à la mesure 49 une légère\naccalmie dans les sentiments tumultueux. Mais la basse aussitôt\nscande violemment un thème farouche,\n\n\n\n\nrepris par la partie supérieure, et cette période finit par une\nmélancolique phrase-coda qui n'est autre que la basse du\nthème 3. Ce petit motif subit des développements expressifs et\noriginaux en imitations qui se répètent d'écho en écho.\n\n\n\n\n  L a course s'interrompt un moment comme pour attendre une\nréponse... Rien... E t l e premier thème reprend safuite désespérée\ndans le ton primitif. A noter le passage direct de l'accord de\ndominante de si mineur au ton de mi mineur.\n  L a conclusion se fait par un crescendo bref et tragique sur\nquelques accords très simples.\n  Par un contraste vraiment émouvant, voilà que s'élève le\nchant du finale, plein d'onction et de divin amour. Rien\nde plus spontané, de plus touchant que cette mélodie. Elle va\ndroit au cœur. Est-ce l'harmonie de l'âme immortelle dont nous\nparlions tantôt qui, laissant passer les bourrasques de la\npassion, se fait de nouveau entendre? Elle débute ainsi :\n\n\n\n\n  L a forme du finale est celle d'un thème avec six variations. Ace\npropos, remarquons que, dans ses sonates pour piano, Beethoven\n"}, {"page_pdf": 561, "texte": "462                           DURENDAL\n\n\na fait usage du thème varié une première fois dans la petite\nsonate en sol, op. 10; ensuite dans la sonate en la bémol op. 26,\nd'une manière admirable. U n e nouvelle phase de la variation\nbeethovenienne se manifeste dans le génial andante de l'op. 07,\noù le thème semble monter toujours de sphère en sphère.\nL a sonate dont nous nous occupons et la dernière en ut mineur\nmarquent le sublime du genre. L e style des variations en est\nsi grand et il y a une telle unité dans leur enchainement que ce\nsont de véritables créations. Il faut signaler aussi les trente-trois\nvariations de Beethoven sur une valse de D i a b e l l i , o p . 120, qui\nconstituent, non pas ce que l'illustre artiste a fait de plus élevé\nen ce genre, mais bien ce qu'il a fait de plus fort. E n effet, sur\nce thème médiocre il a construit la fantaisie la plus vivante, la\nplus étonnante qui soit, et il en tire des trésors de passion,\nd'humour et de mystérieuse poésie. De même que Beethoven\na introduit le drame des passions dans le cadre de la sonate, de\nmême le thème varié est devenu entre ses mains une création\ncyclique, admirable poème h u m a i n , et non plus une juxtaposi­\ntion ingénieuse de transformations d'un premier sujet.\n  L a première des présentes variations exprime une volupté\nsereine et calme. Elle est comme la continuation du thème ou\nplutôt comme un nouveau t h è m e :\n\n\n\n\n   Dans la deuxième variation, on trouve des doubles croches se\nrépondant deux par deux, lointaine analogie r y t h m i q u e avec le\nsujet du début de la sonate. C'est un battement d'ailes légères\nd'un oiseau du ciel :\n\n\n\n\n  A la neuvième mesure, la voix humaine répond et ainsi s'en­\ngage un dialogue charmant et émouvant\n"}, {"page_pdf": 562, "texte": "    LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN             463\n\n\n  C'est, dans un tout petit cadre, le colloque de Siegfried\net de l'oiseau légendaire qui lui annonce le bonheur. P a r un\ncontraste, comme Beethoven les aime, après cette petite scène\némue, voici la variation I I I qui pique son thème humoristique\nsur un roulement de doubles croches :\n\n\n\n\n   Ce n'est qu'un intermède, car la variation IV nous ramène au\ncaractère sérieux du sujet. C'est un enlacement passionné de\nlignes, une guirlande de fleurs idéales :\n\n\n\n\n   L a variation V offre un développement contrapuntique serré\net un peu lourd sur ce thème :\n\n\n\n\n   Elle nous conduit par un nouveau contraste à la variation\nfinale qui est surhumainement belle. L e thème y apparaît à nu\nmais soutenu par une pédale supérieure de si :\n\n\n\n\n   La pédale frappe des noires, puis des croches, puis des\ntriolets, des doubles, des triples croches, enfin se transforme en\n"}, {"page_pdf": 563, "texte": "464                          DURENDAL\n\n\ntrille scintillant qui devient pédale de basse à la mesure 17.\nAlors il y a un roulement merveilleux de notes aériennes. L a\nmélodie transparait piquée comme en petites langues de feu.\nT o u t le ciel ruisselle d'une lumière intense qui peu à peu pâlit,\ns'éteint et nous laisse finalement le thème nu en sa touchante\nsimplicité.\n   L a voix céleste s'est tue. Le ciel s'est refermé. Mais les trésors\nde l'âme nous ont été entr'ouverts et l'idéale consolation nous\nen est restée... Seules les variations de la dernière sonate\ndépassent peut-être ces pages sublimes.\n\n                                              JOSEPH   RYELANDT.\n\n  (A   continuer.)\n"}, {"page_pdf": 564, "texte": "     La Prière de Chérubin\n— A la nue indécise accoudant ton ennui,\nComme aux balcons de marbre une duchesse altière,\nMon rêue te salue, ô belle, ô pâle Nuit!\nTu n'entends point la Ville élever sa prière,\nEt le branle éperdu de ses mille clochers\nTe laisse ardente, ainsi qu'un immobile cierge.\nDes saphirs, par tes doigts à l'azur      arrachés\nDe leurs pâles éclairs constellent ta main vierge.\nJe viens vers toi, ô pâle, û belle nuit d'été!...\nMe connais-tu? Je suis celui que l'ombre étonne.\nSous ton regard chargé de sombre volupté.\nJe ne suis qu'un enfant et je tremble,       effrayé\nD'être un page timide, amoureux de sa reine\nEt jetant un appel craintif et bégayé :\nJe tremble des clartés que ta parure        traîne!\nPourtant, je les ai vus, tes pâles     courtisans,\nCeux du songe des nuits et de la Pantomime :\nArlequin pleure ici tous ses espoirs gisants,\nEt tout près, dans un coin, Pierrot sanglote et rime\nSous le rire muet des astres égayés ;\nDans ses yeux argentés passent encor des rêves,\nEt leurs rayons plaintifs, dans les pleurs délayés,\nMeurent comme les flots constellés sur les grèves.\n Que voulez-vous de moi, rayons, frissons épars?\nDéesse dont le front est lourd de trop de charmes,\n Pourquoi ces vains appels, ces adieux, ces départs,\n Et pourquoi le grand ciel s'étoile-t-il de larmes,\n Cependant que, dans l'ombre où traîne son manteau,\n Pierrot, qu'ont réveillé les soupirs de la Ville,\n Enroule à ton croissant son long        pizzicato,\n Guirlande de Venise et chanson de Séville?\n — Enfant des clairs midis, en m'inclinant vers toi\n Souvent j'ai fait frémir mon souffle sur ta tête;\n Je souris de te voir, et j'aime ton émoi\n Quand mon baiser de feu qui jamais ne s'arrête\n"}, {"page_pdf": 565, "texte": "466                            DURENDAL\n\n\n       Traverse ton sein frêle et te laisse     alangui.\n      Les cheveux de la Nuit descendent sur la terre\n      Semblables aux moissons blondes, voile sans pli\n      Sur l'atome éperdu que l'étendue        atterre.\n      Mon souffle de l'abîme est sorti,     caressant,\n      Et l'alcôve aux plis d'ombre a vu sortir mon buste\n      D'où la pitié des c i e u x , comme un songe, descend\n      Sur le monde étendu dans sa misère          auguste.\n      Sur la Ville un parfum vole de toit en toit;\n      Respire cet encens qui grise ton envie.\n      Enfin, pour les adieux, enfant, recueille-toi ;\n      Et contemple les cieux aux portes de la Vie.\n      J'y veux illuminer pour ton regard liante\n      L'abime où chancela le grand soleil         tragique,\n      Traînant jusqu'au zénith son voile         ensanglanté.\n      Les frondaisons d'une île ardente et nostalgique\n      Soulèvent les lointains au gré de ton désir;\n      Regarde : chacun rit et sans hâte on s'embarque.\n      Le bonheur sera prompt à se laisser saisir,\n      Car c'est le bleu phénix de l'île sans      monarque.\n      Regarde encore, au loin, les flots enrubannés :\n      La lumière déferle où ce rêve agonise,\n      Et les mondes, là-bas, vers l'ouest     entraînés,\n      Les soleils rayonnants dont la flamme s'irise,\n      Dans un éther plus pur chantent sur leurs essieux.\n      Enfant, pour qui l'amour n'est qu'un divin           mystère,\n      Dans ton âme incertaine interroge les deux\n      Aux arpèges confus des harpes de Cythère.\n\n                                                          PIERRE R O M I É E .\n"}, {"page_pdf": 566, "texte": ""}, {"page_pdf": 567, "texte": "                                      < Musn- du Loin u)\n\n\nLE DANTE ET VIRGILE AUX E N F E R S\n\n            (E.   DELACROIX)\n"}, {"page_pdf": 568, "texte": "La peinture classique\n           et la peinture romantique\n                                            I\n\n                        L'ART classique et l'art romantique ont également professé le\n                            culte du héros, cherché leurs modèles et leurs inspirations\n                            en dehors ou au-dessus du m o n d e a m b i a n t , comme si la\n                            dignité de l'art — du « grand art » — était hors de pro­\n                            portions avec celle de la vie réelle et de la nature vivante\n                            et que, pour trouver exercice convenable de ses facultés,\n                            il lui fallut regarder au delà des choses actuelles; conférer\n                            à ses conceptions le recul de majesté de la tragédie, c'est-à-\n                            dire en éloigner la scène ou les personnages d a n s l'espace\nou dans le temps, en les plaçant soit d a n s l'antiquité ou le moyen âge, soit\nen des contrées exotiques.\n   Les deux écoles, antagonistes sur tous les autres points, ne sont d'accord\nque pour se détourner des spectacles c o n t e m p o r a i n s — pas assez nobles pour\nles classiques, pas assez émouvants pour les romantiques. Ceux-ci, par con­\nséquent, fréquentent les époques pittoresques de l'histoire m o d e r n e , la légende,\nla fiction; ceux-là la fable et l'histoire antiques.\n   La beauté telle que l'envisagent les classiques doit être s u b o r d o n n é e à\nl'ordre, à la raison : aussi atténuent-ils la couleur jusqu'à la grisaille et\nfixent-ils leurs compositions, conçues à la manière de bas-reliefs, dans une\nrigidité de lignes d'où é m a n e une solennité glaciale et glacée, car ils n'ont\ncure de susciter l'attendrissement ou l'enthousiasme, mais bien le respect,\nune austère vénération.\n   Les romantiques, tout au contraire, entendent toucher les sens, l'âme : la\nbeauté, à leurs yeux, réside presque u n i q u e m e n t dans l'expression, dans la\npassion violente ou dramatique, dans la fièvre du génie ou du crime, dans les\nconjonctures exorbitantes qui hissent l'homme, en quelque sorte, sur un\npavois de délire ou d'exaltation. E t la couleur doit collaborer à la manifesta­\ntion de ces intensités par ses prestiges contrastés et flamboyants, par ses éclats\nde lumière et d'ombre.\n   L'art r o m a n t i q u e a été, en somme, une réaction individualiste contre les\nthéories uniformes et générales de l'art classique; une des phases, et non la\nmoins décisive, de la révolte de la pensée personnelle, des tendances particu-\n"}, {"page_pdf": 569, "texte": "468                                  DURENDAL\n\n\nlaristes contre l'esthétique restrictive et obligatoire issue de l'enseignement et\ndes exemples de la seconde Renaissance. Mais Delacroix et ses émules, en\na r r a c h a n t l'art à l'étreinte stérilisante du classicisme, ne l'ont affranchi qu'à\nmoitié, parce qu'ils ont continué à le tenir éloigné de la vie; qu'ils ont\nseulement modifié dans sa substance la notion conservée du « grand\nart « et n'ont fait, de la sorte, que substituer une convention à u n e autre.\n     M. Rosenthal, auquel nous devons la publication récente d'un ouvrage (1)\ndes plus remarquables et des mieux documentés sur la Peinture romantique,\npose quelque part la question de savoir si la peinture fut u n m o y e n ou un\nbut pour les maîtres de l'école — en d'autres termes, si ceux-ci furent avant\ntout poètes, dramaturges — ou peintres... E t il se p r o n o n c e pour la dernière\nalternative.\n     Nous inclinerions plutôt à croire, avec F r o m e n t i n , que « l'élément drama­\ntique, pathétique, romanesque, historique ou sentimental » a contribué, pour\nune part principale, au succès des œuvres r o m a n t i q u e s . L a couleur sur la\npalette de Delacroix était-elle autre chose qu'un instrument d'émotion? T o u t ,\ndans ses ouvrages, forme et fond, ne devait-il pas concourir et, au besoin,\nêtre sacrifié à un m a x i m u m d'effet à obtenir?... T o u t , à commencer par la\nnature, car il travaillait, sinon de chic, au moins d'inspiration — et que peut\nêtre, en peinture, l'inspiration dédaigneuse de l'étude ou de la vision de la\nréalité?\n    Au dire même de M. Rosenthal, le plus coloriste d'entre les peintres\nromantiques, coloriste « avec délice, avec passion », Bonington, « imaginait\nla plus grande part de son œuvre et n'en e m p r u n t a i t à la nature qu'un nombre\nrestreint d'éléments ». Toutefois, il exécuta sur place ses sites vénitiens, alors\nqu'il aurait pu en user à l'instar de Delacroix ou de D e c a m p s , dont les pre­\nmiers paysages grecs ou orientaux furent improvisés au jugé ou peints à\nl'aide de « quelques esquisses pochées de sites marins ou de m o n t a g n e s bien\npittoresques » du pays de N a p l e s , envoyées d'Italie, à la requête de Dela­\ncroix, par u n ami complaisant!\n     Mais, p a r ses origines anglaises et ses inclinations qui l'apparentent, à cer­\ntains égards, à T u r n e r et à nos impressionnistes, B o n i n g t o n fait une figure\nexceptionnelle d a n s l'école : ses œuvres étaient dénuées de toute ambition\nmorale ou idéale et visaient uniquement à « produire d'agréables sensations\ncolorées ». C'était un virtuose délicat et fin de la couleur, d ' u n e couleur un\npeu fantaisiste et spéculative, comme devraient être les personnages créés par\n Delacroix, s'il fallait accepter sans restrictions son affirmation qu'il ne « savait\npas voir exact ». Il est clair, en effet, qu'à défaut d'une structure de réalité,\nune œuvre de sculpture ou de peinture ne serait pas viable, et qu'alors même\nqu'il croit inventer, l'artiste d e talent ne fait que se souvenir : si d o n c les\nvisages de la vie étaient restés muets ou indéchiffrables pour Delacroix, où\naurait-il dérobé la flamme qui anime la physionomie de ses héros? Au sur­\nplus, les formules ne sont jamais qu'un aspect de la pensée des h o m m e s de\n\n\n\n  (1) La Peinture romantique, par Léon Rosenthal, un vol. in-l°. Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 570, "texte": "        LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                                       469\n\n\ng é n i e ; leur œuvre les dépasse toujours, et elles ne sont périlleuses que pour\nles disciples et les talents secondaires, qui les subissent à la lettre au lieu de\nles adapter à leur propre t e m p é r a m e n t .\n   T o u t e vraisemblance doit nécessairement dériver du vrai. L a réalité, certes,\nest le seul terrain solide sur lequel puisse s'appuyer l'art — mais cette réalité\nexiste-t-elle i n d é p e n d a m m e n t de nous et en d e h o r s d e la représentation diverse\nou m ê m e contradictoire qui s'en forme en chacun de nous? L'ampleur d'un\nhorizon devant n o u s est d a n s la mesure de l'étendue, faible ou puissante,\nnette ou vicieuse, de notre vision ; une œuvre d'art, la beauté sombre ou\ndiaprée d'un livre, la magie é m o u v a n t e et incisive d'un vers existent pour\nnous d a n s la mesure où elles se répercutent en notre cérébralité — et nous\nsommes tous différents... De sorte que, à force de raisonner d'esthétique, il\nne se peut que l'interrogation de P o n c e - P i l a t e ne se joue d a n s votre pensée\nou sur vos lèvres: « Qu'est-ce q u e la vérité?... »\n    Les écrivains naturalistes ont p r é t e n d u peindre la vie telle qu'elle est —\névidemment, ils l'ont seulement retracée telle qu'ils la voyaient et, quelles que\nlussent la multiplicité de leurs observations, l'abondance de leurs documents,\nils ont construit des fictions, choisi et combiné leurs matériaux, adapté, en\nsomme, la réalité à leur mentalité personnelle. Et, dès lors, pourquoi accep­\nterions-nous cette p r é t e n d u e réalité pour vraie? F a u t e d'une lumière, faute\ndu rayon qui les mettrait d a n s leur jour véritable, l'amas de ces exactitudes\nne forme, sans doute, qu'un vaste et grossier 'mensonge.\n   L a virtualité de l'œuvre projetée est d'avance, tout entière, dans l'intelli­\ngence de son auteur, et comment l'en tirerait-il, u n e et cohérente, si sa pensée\ndoutait d'elle-même, si elle discutait et ne répondait point à une préconcep-\ntion de la vie et des choses. C'est surtout lui-même que l'artiste peint ou\nchante, et, n'importe son point de vue ou son système, le génie confère à ses\ncréations la vie qui s u r a b o n d e en lui : P h è d r e et A n d r o m a q u e sont-elles moins\nvraies que Cordélia ou Desdémone ? Oreste que le roi L e a r ou celui-ci que le\npère Goriot? R e n é que Julien Sorel, H a r p a g o n que le père Grandet ou que\nGobseck?...\n    M. Rosenthal nous fait un récit très attrayant et très mouvementé de la\nlutte entre les classiques et les romantiques. Cette lutte, qui s'est perpétuée\nsous d'autres noms et qui d u r e encore, était sans conciliation possible, car le\ndébat était moins entre des hommes qu'entre deux natures d'esprits diamétra­\nlement opposées : l'esprit de subordination et d'uniformité et celui d'indépen­\ndance. Ce conflit entre la tradition académique et l'inspiration personnelle\ns'est institué, en d'autres domaines, entre les maximes de gouvernement et la\nvolonté de liberté; la centralisation et le régionalisme; l'internationalisme et\nle nationalisme, etc.\n    Des écoles encore ont surgi depuis, munies d'un corps de doctrines étroi­\ntement ajusté, généralement, aux qualités comme aux insuffisances de leurs\nfondateurs; car, depuis les temps edéniques de l'art, depuis le moyen âge, où\nils œuvraient dans la simplicité cordiale de leur naïveté et de leur génie, les\nartistes ont subi la contagieuse manie de systématiser, et chaque évolu­\ntion de l'esthétique a fondé sa légitimité, à grand renfort de manifestes et\n"}, {"page_pdf": 571, "texte": "470                               DURENDAL\n\n\nd'argumentations, sur la négation formelle ou implicite de tout ce qui avait\nprécédé et dont cependant, par action ou réaction, elle était logiquement\nissue.\n   Finalement, par l'excès des divergences qui ne furent, longtemps, du reste,\nque les rameaux du même tronc, nourris de la même sève dogmatique, il\nsemble — et, peut-être, semble-t-il seulement? — que l'art ait perdu la foi en\nla vertu des théories et que, regardant la vie avec des yeux moins prévenus,\nil y ait pris, selon la vocation et l'envergure intellectuelles de ceux qui\nl'exercent, soit une grossièreté moins déguisée, soit un sens plus délicat et\nplus complexe de la réalité belle et profonde. Car n'apparaît-il point que\nnous sommes venus à une autre poésie, plus intime, à certains égards, plus\npersonnelle ou, si l'on veut, plus égoïste, et qui, soustraite à l'influence des\nidéologies, ou généreuses, ou décourageantes, mais utopiques, suit le lacis\ncapricieux de sa propre pensée; de sa pensée qui se considère, pour ainsi\ndire, en soi-même, avec une sorte d'ironie objective, de détachement, mélangé\nà l'intérêt grave qui s'attache, pour elle, à tout ce qui est de cet être étrange\ndont la contemplation, en nous-mêmes, est si propre à nous donner, et, quel­\nquefois, tout ensemble, de l'orgueil, du plaisir et de l'humilité : l'homme?\n   Et, pour nous captiver, il n'a pas besoin de nous apparaître aux prises\navec un destin plus particulièrement tragique, combattant d'illustres combats\nou poursuivant des carrières inouïes, entrecoupées d'aventures insolites; et,\nmême, nous penchons à croire que ceux auxquels de telles fortunes ont été\ndévolues, quelque héroïques et fiers qu'ils y aient paru, soient moins\ncapables de nous toucher, précisément parce que le tourbillon tumultueux\noù ils étaient pris les soutenait et que, stimulée par les circonstances, leur\nâme se faisait extraordinaire à l'égal de celles-ci. Peut-être penserions-nous,\naussi, que, blasonnés par l'éclatante adversité, hissés sur le piédestal d'une\ncélébrité de gloire et de douleur et signalés ainsi à la curiosité des hommes,\nsi sincères que fussent leurs paroles et leurs gestes, ils n'en viennent pas\nmoins, inconsciemment, à s'exagérer, à prendre les inflexions et les allures\nd'un rôle.\n   Les caractères coulés d'un jet, dans un métal sonore, à la Corneille; les\nroides personnages, à grandes attitudes imprécatoires, de David; les créatures\nen oppositions symétriques, monstrueuses ou sublimes, de Hugo; les héros de\nDelacroix, drapés dans le pathétique de la situation ou de la vie; toutes ces\nexpressions extrêmes nous laissent, sinon sans admiration, au moins sans\némotion; la grandeur de tels êtres nous paraît outrée, ou leur bassesse; on\ndirait qu'ils ne sont éclairés que d'un côté ou que, comme la lune, une de\nleurs faces échappe à la vue !\n   Ils ne nous semblent pas naturels et, pourtant, à la rigueur, ne pourrait-on\naffirmer qu'il suffit, pour qu'ils le soient, qu'ils aient pu être conçus? Car,\nhormis le fantastique, qui est un amalgame sciemment absurde de réalité,\ncelle-ci fournit, nécessairement, tous les éléments de l'imagination, dont les\ncombinaisons, pour surprenantes qu'elles soient, rentrent toujours dans l'in­\nfini des possibilités.\n   A la fin de l'ancien régime, des gens, rangés sous la houlette de Jean-\n"}, {"page_pdf": 572, "texte": "      LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                       471\n\n\nJacques et de Bernardin de Saint-Pierre, retournaient, comme ils disaient, à\nla nature, et il en était qui estimaient les fleurs « moins naturelles » que les\nlégumes! Notre sens du naturel est-il aussi arbitraire que le leur? Quoi qu'il\nen soit, il se fonde, à ce qu'il semble, sur notre conception différente de\nl'homme « ondoyant et divers », associant en lui l'aptitude à tout le bien à\ncelle à tout le mal, livré aux circonstances plus qu'il ne les prévoit ou ne\nleur commande, et, à force d'utopies déçues et d'espoirs désabusés, devenu\nincapable de toute nouvelle tentative pour se conformer à un modèle humain\nidéal.\n   Nous cherchons dans l'art, non point des évocations chimériques, des\nleçons ou des exemples; non point une vie plus haute et plus belle, et pas\ndavantage l'oubli de la vie — mais la vie même avec sa saveur contrastée,\namère et douce, la grâce à moitié douloureuse de la réalité, les êtres et les\nchoses dans leur apparence à la fois sensible et réfléchie. Nous préférons aux\nâmes exorbitantes, les inquiètes, les troublées et qui, peut-être, se com­\nplaisent dans cette inquiétude et dans ce trouble qui ramifient à l'infini, en\nelles, les sources d'émotion et font qu'elles se sentent vibrer d'une vie iné­\npuisable, retenue et attachée de toutes parts, solidaire, en quelque façon, de\ntoutes les choses, petites et grandes, de ce monde.\n\n\n                                       II\n\n   La caractéristique prédominante de l'art actuel, c'est l'individualisme, la\nrevendication, parfois outrancière, de ses droits à sa libre et complète expan­\nsion, sans souci des règles surannées ou des doctrines caduques.\n   Liberté favorable, naturellement, aux tempéraments vigoureux, suscep­\ntibles de devenir à eux-mêmes leur propre règle, en vue de l'épanouissement\nde toutes leurs puissances cérébrales; dangereuse pour les médiocres aux­\nquels le joug de l'école et la rigueur des préceptes sont plutôt un bienfait et\nqui, livrés à l'indigence de leur inspiration, cherchent, comme nous l'avons\nvu, l'originalité dans l'inouï et dans l'extravagance. La liberté, dans l'art\ncomme dans la politique, a pour rançon l'abus, l'excès : mais, au fond, peut-\nêtre, les auteurs de ceux-ci assument-ils, en quelque sorte, le rôle d'ilotes\nvolontaires dont les actes ou les œuvres sont un salutaire avertissement aux\nautres ?\n   Le mouvement romantique fut un acheminement vers cette liberté; car,\nen opposant l'idéal individuel à l'idéal collectif des classiques, il introduisit\ndans l'art un principe dont l'application devait par elle-même aboutir au\ndiscrédit complet de la notion du « grand art » qu'il avait respectée.\n   Entre leXVIIesiècle et l'avènement de l'école de David, l'art français s'était\névadé en une équipée un peu folle, parfois, et charmante; la griserie d'une\npensée délivrée des contraintes et des cérémonies et qui revient avec délice et\nfougue à son naturel.\n   Ce naturel enjoué et fin, expression d'un esprit vif et léger, avec une pointe\naigrelette de raillerie, commença à s'altérer, à s'adultérer de maniérisme et de\nfactice sous l'impulsion, précisément, du « retour à la nature » prêché par le\n"}, {"page_pdf": 573, "texte": "472                                DURENDAL\n\n\n philosophe genevois : la nature chassa le naturel et les derniers vestiges en\n disparurent devant la réprobation de l'austère protagoniste du classicisme\n républicain... on devrait même dire : jacobin, car les principes de David\nétaient, autant que ceux des législateurs de la Convention, fondés sui­\ndes abstractions absolues, ignorantes de la réalité du monde et des\n hommes.\n   Par une contradiction plus apparente que véritable, les idées révolution­\nnaires avaient enivré les acteurs de la Terreur sous le travestissement gesticu­\nlant et déclamatoire d'une antiquité postiche. Les grands hommes du temps\ntraînaient dans le sang, libéralement répandu, la chlamyde d'Harmodius et\nd'Aristogiton ou la toge de Brutus dont ils s'étaient revêtus.\n   Tous les héros de Plutarque passaient, tour à tour, dans la rhétorique\nfigée de Robespierre, dans ces harangues, lisses et glacées comme le couperet\nde la guillotine et aussi meurtrières que lui. Une sorte de phraséologie redon­\ndante, mystique et augurale régnait, faite d'amplifications compassées, d'im­\nprécations, d'apostrophes et de mouvements oratoires soigneusement pré­\nparés; une phraséologie qui nous semble morte et nulle et qui, sans aucun\ndoute, a eu des accents monstrueux et de terribles significations pour les\nauditeurs contemporains, aux oreilles desquels, entre chaque mot, retentissait\nle glas des nouvelles victimes réclamées par l'orateur pour être livrées en\nholocauste à la Carnivore idole du jour : la déesse Raison.\n   Ainsi, toute la vie convulsée de l'époque s'est congelée, pour nous, en des\ndiscours, des écrits ou des œuvres d'art dont notre âme trop différente\ncherche en vain à pénétrer le secret et les prestiges d'émotion. Il nous semble\nqu'il n'y ait là que de pompeuses parades de mauvais goût, d'inertes simu­\nlacres de stoïcisme, de vertu romaine, de sensibilité et de patriotisme, alors,\ncependant, que la frénésie froidement préméditée de ces prosopopées, la\npédanterie stérile de ce langage et de ces images emphatiques pouvaient,\nseules, peut-être, satisfaire les esprits tendus de l'époque.\n   Jamais la France et, à sa suite, contagieusement, l'Europe, ne furent plus\nengouées de rêveries humanitaires qu'aux approches de 1789 : c'était, en atten­\ndant la Révolution, comme une dissolution dans la fraternité et la philanthro­\npie; les « citoyens vertueux », toujours sur le point de laisser couler \" les\ndouces larmes de la sensibilité », étaient comme des moutons, qui, d'ailleurs,\nn'allaient pas tarder à devenir enragés. Les mœurs et les lettres exhalaient\nune sensiblerie puérile et larmoyante, exprimée en formules dont la mono­\ntonie n'émoussait point l'efficacité.\n   Le siècle, en ses années brillantes et dissipées, avait mis toutes les idées en\ndoute, en controverse, en hasard; tout ébranlé de son marteau sec et scep­\ntique; tout excusé dans sa philosophie opportuniste et épicurienne; et il\nn'avait connu de larmes que celles du plaisir ! Son déclin vit la revanche du\ndogmatisme : les esprits, par réaction, se montrèrent furieusement avides de\ncertitudes, fussent-elles purement verbales; on s'étourdit de lois, de sen­\ntences et de prophéties grandiloquentes, de sophismes boursoufnés, contre­\ndits en vain par les événements dont l'impression était, comme toujours,\nmoindre que celle des mots. Le drame se déroulait sous tous les yeux, mais\n"}, {"page_pdf": 574, "texte": "        LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                                473\n\n\n on ne le voyait pas plus, derrière son décor de paroles, qu'on n'entendait les\n cahots des tombereaux chargés de c o n d a m n é s et les sanglots des parents de\n ceux-ci derrière les attendrissants cortèges de vieillards, d'époux et d'enfants\n qui, défilant sur les places publiques, chantaient, en c h œ u r s alternés, le règne\n de la concorde et la régénération de l'humanité...\n    L'art dont David fut l'initiateur, avec son exaltation flegmatique, sa\n technique ferme et stricte, l'énergie sculpturale de ses scènes de mâle courage,\n d'abnégation ou d'héroïsme civiques; avec tous ses gestes soi disant grecs ou\n romains et sa mychologie allégorique, répondait admirablement à l'idéal\n m a g n a n i m e et un peu théâtral, aux sentiments utopiques dont les imagi­\n nations et les âmes, surexcitées par la grandeur et la rapidité des événe­\n ments, étaient animées.\n    C'est l'infériorité de toute école assujettie à des 'théories trop étroites et\n impropres à se prêter à u n e évolution ou fomentées presque exclusivement\n par une disposition momentanée du goût, que ses travaux se démodent r a p i ­\n dement ou s'amoindrissent dans la proportion m ê m e où leurs éléments,\n expressifs des aspirations ou des idées contemporaines, se sont vidés de signi­\n fication avec la désuétude de ces d e r n i è r e s . Aucune œuvre évidemment\n n'échappe aux influences du milieu, ni même ne serait durable si, par impos­\n sible, elle pouvait être élaborée tout à fait en dehors de celles-ci : et, fort heu­\n reusement pour eux, leur tour d'ivoire n'en défend point non plus les p o è t e s !\n Mais l'œuvre aura une portée d'autant plus étendue que les influences extérieures\ns'y seront résorbées dans la pensée personnelle de l'artiste; qu'elle manifes­\ntera une vie propre, i n d é p e n d a n t e , organique — une conception à laquelle le\ntemps a participé, mais qu'il ne domine p a s , et basée, non sur des con­\ntingences spéciales et changeantes, mais sur des éléments de permanente\nhumanité.\n    F r a g o n a r d , oublié et dédaigné, vivait encore, dernier témoin de l'art enjô­\nleur, d'inspiration et d'esprit si vraiment français, du x v m e siècle, tandis que\nl'art davidien, ainsi que l'appelle M. Rosenthal, allait d a n s tout l'éclat et\nl'orgueil de ses triomphes. Mais déjà sa précaire hégémonie esthétique était\ncompromise.\n    L'Angleterre avait eu Gainsborough et R e y n o l d s ; elle possédait encore,\noutre l'unique et génial T u r n e r , R o w n e y , L a w r e n c e , Constable : toute une\nbrillante école dont on doit rattacher la filiation à Van D y c k ; l'Espagne\navait Goya — et il ne se pouvait pas que l'exemple de liberté élégante ou\nréaliste de ces maîtres n'agit à la longue sur l'école française prise dans l'étau\ndu néo-classicisme. Ingres, le plus doué des élèves de David, mûrissait sa\npensée et son talent en Italie, où, ayant regardé et étudié les œuvres\nantiques et celles des deux Renaissances à l'aide de ses propres yeux et\nde sa réflexion personnelle et non au travers les préjugés régnants, il se\nforma des principes fort éloignés de ceux de son maître et presque réalistes\nd'essence.\n    Les grands mouvements de peuples et d'idées de ces années, les invasions\net les guerres, la compénétralion réciproque et violente des nations devaient\nfatalement répercuter leurs effets dans tous les domaines intellectuels. Les\n"}, {"page_pdf": 575, "texte": "474                               DURENDAL\n\n\nbelligérants n'échangeaient pas que des coups de canon : chacun d'eux ayant\nfréquenté d'autres civilisations, grandes aussi, immémoriales et différentes,\nrapportait, en rentrant au foyer, avec plus d'attachement pour la patrie, des\nnotions et des compréhensions plus vastes et une curiosité nouvelle du sol\nnatal, de son histoire et de ses origines.\n   Les siècles antérieurs avaient reculé les limites du monde connu; le\nXIXe allait, en quelque sorte, reculer les bornes du passé, remettre la Grèce\net Rome et la Renaissance à leur plan, en ressuscitant les annales et\nles arts, ensevelis sous les décombres des siècles ou dans les archives, de la\nhaute antiquité ou du moyen âge : l'exploration scientifique de l'Egypte, à la\nsuite de l'expédition française, fut comme le point de départ de la prodigieuse\nenquête qui a renouvelé, de fond en comble, l'histoire politique et artistique\net contribué puissamment à ruiner l'autorité presque européenne de l'esthé­\ntique de la seconde Renaissance. L'Allemagne déjà cherchait à rejoindre son\ngénie atavique au delà de la période défigurée par l'humanisme, et Mme de\nStaël célébrait ces tentatives vers un art véritablement germanique. En\nFrance, enfin, Chateaubriand, prenant la défense du sentiment contre la\nraison déifiée, de l'âme contre l'intelligence systématique, avait entraîné les\nimaginations et les cœurs, las du vide des paroles et de l'horreur imbécile\ndes destructions, en jetant parmi les ruines magnifiques des siècles ignorés\nla torche éblouissante du Génie du Christianisme...\n   Une ère nouvelle semble avoir commencé, au début du siècle, dans la\n France agrandie et en voie de réorganisation sous l'impulsion impérieuse du\nsoldat victorieux. Le long cauchemar ensanglanté de la Terreur, les satur­\nnales du Directoire ont passé; les âmes, échappées au vertige, se détendent,\naltérées de repos, de liberté, de délassement, de rêverie — de vivre, non plus\nsur le qui-vive des catastrophes, mais pour elles-mêmes. L'empire avait paru\ncomme une promesse de paix et de réconciliation générales, et l'on n'aperçut\npas immédiatement que les vies épargnées par la guillotine seraient fauchées\ndésormais par l'épée — mais, fer pour fer, s'il fallait mourir, le champ de\nbataille n'était-il pas préférable au panier de Samson?... De l'excès des\ndéchirements et des soubresauts, de grands espoirs vagues étaient nés; et\naussi, une sensibilité frémissante, une impressionnabilité affinées par des\nannées de transes, de contrastes et d'affres toujours réitérées. Enfin, la Révo­\nlution, avec ses remous et ses bouleversements sociaux, dispersions de\nfamilles et de castes, transformations de hiérarchies, confusions, mélanges,\navait été l'impitoyable école où s'étaient formés nombre de caractères origi­\nnaux; quantité d'êtres, subitement déracinés de leur milieu ancestral, préci­\npités dans la guerre ou la politique, et obligés, faute de modèles et de précé­\ndents, de tirer tout d'eux-mêmes, de se faire une individualité égale aux cir­\nconstances.\n   Delacroix grandissait durant ces années — en même temps que de Vigny,\n Hugo, Lamartine, Musset, Balzac — tous les hommes qui devaient, à la\nsuite et à l'exemple de Chateaubriand, rénover l'art et les lettres, rendre à la\npoésie française ses puissances émouvantes et lyriques, ks orienter vers l'in­\nterprétation de la beauté vraiment moderne.\n"}, {"page_pdf": 576, "texte": "       LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA TEINTURE ROMANTIQUE                           475\n\n\n    L'art est l'expression la plus complète et la plus profonde de l'époque\ndurant laquelle il a paru, mais, généralement, cette solidarité ne devient évi­\ndente que pour la postérité : l'époque même ne l'aperçoit pas et accueille avec\ndéfiance les novateurs dans les œuvres desquels elle ne se reconnaît pas. Elle\nrépudie sa propre image, rejette sa ressemblance trop exacte ou insuffisam­\nment flattée et, parfois, en lapiderait volontiers l'auteur, comme faisait Israël\nde ses prophètes.\n    Il est vrai que, par ses facultés singulièrement réceptives, l'art perçoit et\ntraduit avec intensité les inclinations encore obscures, les velléités confuses,\ntoute la pensée encore insaisissable et flottante du temps pour l'incarner dans\nune forme précise et suggestive qui, après avoir été considérée comme fausse\nou exagérée par les contemporains, réagit à la longue sur leur mentalité et\nfinit par créer l'état d'esprit dont elle n'avait été que le pressentiment instinctif.\nAinsi l'art restitue à la vie ce qu'il lui avait emprunté, et les héros qu'il a rêvés\nfinissent toujours par apparaître.\n    Chateaubriand, croyant n'avoir peint que sa propre âme, toute vibrante,\ntoute déçue, pleine d'élans sombres et d'enivrements tristes et plus ardente à\nsouffrir qu'à vivre, aperçut que René avait parlé au nom de mille frères\nsecrets de mélancolie, épars dans cette jeunesse venue comme à la fin des\njours, héritière d'un idéal auquel elle se sacrifiait sans plus y croire.\n    Les hommes de génie sont au front d'une nation comme la victoire ailée\ndu bas-relief de Rude, sur l'Arc de Triomphe : ils devancent, ils entraînent,\nmais les hommes qui suivent marchent sur la terre, et leur enthousiasme est\nstimulé, en grande partie, par des motifs et des convoitises personnels — ou,\nplutôt, l'enthousiasme réside tout entier dans la collectivité dont le génie se\nfait le héraut et l'individu, rendu à son isolement, à ses impulsions intimes,\nn'y comprend plus rien.\n    Aucune école d'art n'a reflété le moment et le milieu où elle s'est produite\navec plus d'exactitude que l'école romantique. Mais Delacroix et ses amis\n (Delacroix, surtout, qui, à vrai dire, résume seul son école, avec toutes ses\ngrandeurs et toutes ses lacunes) ne rencontrèrent point la faveur du public, et\nleur initiative fut récompensée de plus de sarcasmes et de moqueries que\nd'applaudissements. Au fond, les exubérances de cet art, préoccupé surtout\nd'expression psychologique et sentimentale, ne pouvaient toucher qu'une élite\n très clairsemée, les véritables représentants de la pensée de l'époque devant\n l'avenir qui, dans la vie, allaient en enfants perdus au milieu d'une foule\n plus ambitieuse de jouissance immédiate et de gain que de rêve.\n     Quel écho les effusions lyriques du peintre de Dante et Virgile pouvaient-elles\n rencontrer dans cette pratique bourgeoisie qui, flattée d'abord et bientôt lassée\n des gloires trop onéreuses de l'Empire, vécut jusqu'à la fin de la Restauration\n dans l'impatience de régner enfin et de faire produire, pour elle-même, tous\n leurs fruits matériels de domination et de bien-être aux conquêtes de la Révo­\n lution? Ces désirs réprimés de la classe moyenne obtinrent satisfaction sous\n l'égide du raisonnable Louis-Philippe — mais, réprimés ou satisfaits, ils étaient\n  en antipathie accentuée avec les visées de l'art romantique.\n     Le corps d'une nation, la masse trafiquante et laborieuse crée, par son\n"}, {"page_pdf": 577, "texte": " 476                                     DURENDAL\n\n\nâpreté au gain, par son opiniâtre effort égoïste, la force dont l'art n'est que\nl'émanation s u p r ê m e ; mais cet art, généralement, elle ne le reçoit pas c o m m e\n sien, parce que trop différent d'elle, de l'accoutumance de sa pensée, folle­\n ment désintéressé et, en apparence, inutile. Elle n'a d'admirations que\n posthumes, pour les artistes ou les poètes dont l'autorité a entériné la gloire en\nérigeant leur effigie à quelque carrefour de la cité : T o u t le m o n d e bientôt\nsait, alors, que la statue, et l'œuvre de l'homme qu'elle représente, existent,\nmais l'on passe à côté de l'une et de l'autre sans les regarder.\n    Du reste, les tendances conservatrices, éprises de l'ordre établi, des règles\nadmises, du « c o m m e il faut » du gros du public, m e t t e n t celui-ci en garde\ncontre les oseurs, les audacieux, les apporteurs de nouveau : ils n e sont, à\nses yeux, que des parturbateurs, injurieux pour les dieux de la ville. Son\nadhésion va, d'un mouvement naturel, aux œuvres pondérées, m o y e n n e s ,\ndont la compréhension lui est ou lui paraît plus aisée et qui par leur ordon­\nnance: équilibrée, explicite, correspondent à son idéal social. C'est la raison\npour laquelle les préférences de la foule, comme le constate M. Rosenthal,\nn'ont jamais cessé d'aller aux conceptions d'allure classique, de même, du\nreste, que celles du m o n d e officiel auquel leurs auteurs sont toujours prêts à\nfournir des allégories sans périlleux imprévu, empreintes de la dignité\net du formalisme propres au style administratif...\n\n\n                                              III\n\n    C'est un p h é n o m è n e assez étrange que le dédoublement de la personnalité\n artistique de David, que la caractéristique tout opposée de sa facture, selon\n qu'il se trouvait retracer un portrait ou élaborer une page d'histoire ou d'ima­\n gination ; et il est difficile de concevoir c o m m e n t la comparaison de ses deux\n manières, l'une, pleine de vie aisée et expressive; l'autre, figée, conven­\n tionnelle, n'ait jamais disjoint, ni même ébranlé en lui la foi opiniâtre aux\n théories du « grand art ».\n    Ses portraits, le célèbre Portrait de Mme Récamier, au Louvre, par exemple,\n et celui de Marat assassiné, au Musée de Bruxelles, nous apparaissent comme\ndes chefs-d'œuvre de sobre et pénétrant réalisme : c'est la partie survivante de\nl'œuvre du maître, celle qui nous attire, au détriment de ses grandes\n « machines »,. telles que Léonidas aux Thermopyles ou le Serment des Horaces,\nauxquelles nous n'accordons plus d'importance qu'à titre de d o c u m e n t . Le\nsentiment de simplicité puissante et vive dont l'exécution d'effigies contem­\nporaines le remplissait; cette vision si précise et si naturelle l'abandonnait\ntout à fait lorsqu'il abordait la « g r a n d e peinture ».\n    Il haussait le ton, alors, prenait le masque et chaussait le c o t h u r n e ! D é t o u r ­\nnant le regard du monde qui l'entourait, il demandait ses sujets et ses exemples\nà l'antiquité, pétrifiait ses compositions et roidissait ses figures en les modelant\nd'après les marbres anciens, qui le fascinaient. La couleur qui, dans son sys­\ntème, n'était q u ' u n froid moyen de style, il en découvrit seulement le véri­\ntable rôle d u r a n t son séjour en Belgique, où — écrivait-il à Gros — « tout\n"}, {"page_pdf": 578, "texte": "M A D A M E RÉCAMIER\n       (DAVID)\n"}, {"page_pdf": 579, "texte": ""}, {"page_pdf": 580, "texte": "       LA PEINTURE CLASSIQUE ET LA PEINTURE ROMANTIQUE                               477\n\n\nest d'un ton admirable » et où les peintres « ont u n coloris que les Français\nsont bien éloignés de posséder ». E t il ajoute, non sans u n e n u a n c e de regret :\n« Si j'avais eu le b o n h e u r de venir plus tôt dans ce pays, je crois que je serais\ndevenu coloriste. »\n    La m ê m e inconséquence presque existe dans l'œuvre d'Ingres, dont cepen­\ndant l'art était régi par des principes fort différents de ceux de David. I n g r e s , .\nau cours de son séjour en Italie, avait conçu la plus vive admiration pour les\nPrimitifs italiens, Masaccio notamment, dont l'œuvre capitale, les fresques de\nla chapelle Brancacci, était à ses yeux « le vrai berceau de la belle peinture »;\nGozzoli et Signorelli, dont il avait copié les fresques au Camposanto de Pise\net au Dôme d'Orvieto; R a p h a ë l , duquel il aimait surtout la période ombrienne,\n « l'élève du P é r u g i n » et non « le père de l'âge académique ». Il avait discerné\nd'instinct à quel point la Vénus de Médicis, l'Apollon du Belvédère et la plupart\ndes œuvres antiques de la décadence, vénérées depuis la seconde R e n a i s ­\nsance c o m m e les types imperfectibles et définitifs de la beauté, étaient sur­\nfaites; cette opinion, il la partageait avec Delacroix. Il est intéressant de le\nmarquer, mais, tandis que ce dernier interrogeait les médailles pour y décou­\n vrir la vérité de l'art grec, Ingres la demandait aux vases peints qualifiés\n encore d'étrusques à cette époque. Il professait le respect religieux de la\n n a t u r e ; il voulait que l'artiste « l'étudiât sans cesse, la consultât avec\n naïveté ». Il allait j u s q u ' à affirmer que « l'art n'est jamais à un aussi h a u t\n degré que lorsqu'il ressemble si fort à la nature qu'on peut le prendre pour la\n nature elle-même ».\n     « Quel maître Ingres fût-il devenu s'il s'était livré sans partage à cet a m o u r\n et s'il avait enfermé sa doctrine dans cette proposition qui ne contient mal­\n heureusement q u ' u n e partie de ses idées? » A cette question, M. Rosenthal\n — auquel nous avons e m p r u n t é toutes les citations qui précèdent — répond :\n « Il était de taille à créer le Réalisme. » E t la vérité de ce pronostic est\n attestée avec éclat par les dessins et par les merveilleux portraits qui per­\n mettent de placer Ingres, comme interprète incisif de la réalité, au rang de\n Jean Van Eyck, de D ü r e r ou d ' H o l b e i n .\n     Au lieu d'appliquer ces idées si sûres et si justes, il reprit par u n e voie indi­\n recte la thèse de David et de l'école académique : tout en affirmant à l'occa­\n sion et avec colère « qu'il n'idéalisait pas, qu'il avait la prétention de copier\n son modèle, d'en être le très humble serviteur », il idéalisait malgré tout, car,\n bien loin de transporter la nature telle quelle dans ses ouvrages, l'élude minu­\n tieuse et serrée qu'il faisait d'elle n'était que p o u r rassembler les matériaux\n  qu'il transfigurait en les incorporant et en les amalgamant dans son œuvre. E n\n  d'autres termes, il ne voulait accepter de la nature que ses beautés ou les élé­\n  ments qu'il jugeait tels : comme si embellir la nature, ce n'était pas la fausser;\n  morceler la vie indivisible dont elle manifeste dans toutes ses formes et tous\n  ses aspects, pour essayer de créer, à l'aide de fragments arbitrairement choi­\n  sis, une vie factice et artificielle!\n      On n'en était pas encore venu à c o m p r e n d r e que tout intermédiaire est nui­\n  sible entre la n a t u r e et l'artiste, c'est-à-dire que celui-ci ne doit pas être assu­\n  jetti à des règles ou à des obligations esthétiques, généralisation pédagogique\n"}, {"page_pdf": 581, "texte": "478                                 DURENDAL\n\n\n\n de caractères de beauté observés dans les travaux de telle ou telle école\nantique ou m o d e r n e et érigés en modèles invariables et universels. Ingres,\n que les homéristes et les shakspeariens, les classiques et les romantiques, louèrent\n presque également, condamnait sans merci l'idéal des uns et des autres, avec\n plus d'aversion peut-être pour Delacroix et ses adhérents, qu'il accusait de\n « corrompre le goût du public \" ou de travailler \" pour le public des mélo­\n drames ». Cependant, par le fait, son art était du « grand art » e n c o r e ; ses\n théories, u n idéal — puisqu'il n'acceptait que la nature sublimée et ne\n voulait s'inspirer que de la fable et de l'histoire — hors du temps où il\n vivait.\n     N o u s avons dit la merveille des portraits peints par David et par I n g r e s ;\n mais l'esprit de système les rendait tous deux aveugles à l'évidence sortie de\n leur propre m a i n . Quelque divergence fondamentale qui séparât leur concep­\n tion de l'art, ils auraient frémi l'un et l'autre à la suggestion d'introduire telle\n quelle l'une de ces effigies dans u n e de leurs compositions importantes. E t il\n est piquant de constater que leur g r a n d antagoniste, Delacroix, se serait ren­\n contré avec eux pour repousser toute incitation de ce genre !\n     Il n'en reste pas moins q u ' I n g r e s , non point pour ses œuvres de fiction,\n mais par ses méthodes d'observation sévères et probes et par ses idées,\n apparaît comme u n précurseur de notre art réaliste, tandis que celui-ci n'est,\n sans doute, redevable aux romantiques — dont, pour le fond, il n'a rien\n conservé — que de l'indépendance qu'ils avaient conquise pour eux-mêmes;\n car s'ils étaient aux côtés d'Ingres pour combattre la tradition classique, ils se\n retournaient contre lui pour récuser son étude docile et passionnée de la\n nature. Dès lors, l'école rejetant à la fois la tradition et l'observation, sur quoi\n pouvait-elle s'étayer que sur la fantaisie — on pourrait dire m ê m e : sur la\nfantasia — personnelle?...\n     N o u s avons cité déjà le mot de Delacroix, p r é t e n d a n t ne point « savoir\n voir exact ». P e u t - ê t r e , est-il empreint de quelque coquetterie ou constitue-\n t-il u n e bravade? E n réalité, on pourrait croire qu'il ne voulait pas voir exact,\n et cette r é p u g n a n c e s'explique par la nature de son génie autant que par ses\n doctrines esthétiques, celles-ci n'étant, d'ailleurs, que la représentation théo­\n risée de celui-là : car, c o m m e nous l'avons r e m a r q u é , Delacroix fut seul\n parfaitement de son école et le romantisme est tout entier, avec ses qualités\n et ses défectuosités, dans son œ u v r e .\n     Ses tendances foncières se d é n o n c e n t clairement dans ses opinions sur\n la littérature : il la relègue à u n rang inférieur, parce que régie par la\n logique et exerçant son action sur la raison, alors que la m u s i q u e et la pein­\n ture, agissant par l'émotion, ont empire sur le cœur : « Les esprits grossiers,\n écrivait-il d a n s son Journal, sont plus émus des écrivains que des musiciens\n et des peintres. » Il serait oiseux, nécessairement, de discuter cette apprécia­\n tion, d'établir u n e hiérarchie entre les arts et d'épiloguer pour déterminer quel\n d'entre eux est le plus noble — de la m u s i q u e et de la peinture qui touchent\n l'âme par l'intermédiaire de la sensation — ou de la littérature, de la poésie\n qui atteignent les sens et déterminent l'émotion par l'entremise de l'intelli­\n gence et de l'imagination.\n"}, {"page_pdf": 582, "texte": "       LA P E I N T U R E C L A S S I Q U E ET LA P E I N T U R E ROMANTIQUE                479\n\n\n\n    Notre cerveau est u n clavier sous la main de l'artiste, et dont la résonnance,\nl'ampleur, les capacités vibratoires varient à l'infini. T o u t au plus, peut-il sem­\nbler que la musique et la peinture, par leurs propriétés de suggestions indé­\nfinies, laissent à l'auditeur ou au spectateur u n e plus grande latitude de colla­\nboration que l'œuvre écrite d o n t le lecteur doit subir plus directement\nl'inflexion que l'auteur a voulu imprimer à sa pensée. E n c o r e faut-il ajouter\nque ce j u g e m e n t du maître s'applique à la littérature de sa jeunesse, clas­\nsique, « trop positive », c o m m e il disait, ayant conservé quelque chose de la\nnetteté sèche et analytique du style du XVIIIe siècle; Delacroix ne prévoyait\npoint la poésie de la seconde partie du dernier siècle, l'instrument lyrique\nd'une sensibilité étrange et merveilleuse sur les cordes duquel les artistes du\nvers et de la prose devaient faire chanter et se prolonger en frémissements\ninsensibles les rythmes les plus mystérieux de la pensée et de l'âme.\n    Est-ce cette méconnaissance des lettres ou des antipathies et des froisse­\nments personnels qui mirent obstacle à toute fraternité d'armes entre les\nromantiques de la palette et ceux de la plume? Si n o m b r e u x que fussent les\npoints de contact, si étroits que fût la parité de principes des deux mouve­\nm e n t s , il n'y eut entre eux ni fusion, ni alliance. La preuve de ce fait, qui\nva à l'encontre de la légende accréditée, est d o n n é e de la façon la plus com­\nplète et la plus spirituelle dans le chapitre de son livre que M. Rosenthal con­\nsacre aux rapports de la littérature et de l'art romantiques. Au surplus,\nquelle c o m m u n i o n était possible entre H u g o et Delacroix, deux âmes égale­\nment dominatrices, l'une toute sonore, l'autre tout ombrageuse, venue d'elle-\nm ê m e et par ses propres voies à l'épanouissement de son art et peu soucieuse,\nsans doute, de marcher sous les enseignes souveraines du poète et de se voir\nincorporer à la troupe de celui-ci, par un de ces éloges à la fois tendancieux et\nmagnifique dont H u g o avait l'habile coutume.\n    C'aurait été, d'ailleurs, vendre le droit d'aînesse qui lui appartenait incon­\ntestablement pour u n plat de lentilles, pour entendre H u g o lui poser la main\nsur l'épaule et le sacrer « son peintre », comme il avait fait pour ce très\nmédiocre L o u i s Boulanger, de la \" palette ardente \" d u q u e l , à en croire\nSainte-Beuve, devaient « renaître en nos temps Michel-Ange avec D a n t e . —\nE t les vieux F l o r e n t i n s ! . . . » Talent indigent qui, dans ses efforts pour justifier\nles enthousiasmes rhétoriques de ses amis, finit par sombrer dans le grotesque.\n Cette aventure n'est pas extraordinaire, et nous avons connu plus d'un artiste,\nbien doué, parfois, que les succès littéraires ont tue.\n    L a pensée de Delacroix était trop avide d'indépendance et de libre déve­\nloppement pour supporter a u c u n e contrainte ou même l'appréhension\n d'aucune contrainte, d'où qu'elle émanât, des hommes ou des choses.\n L'amitié absorbante de H u g o lui eût été comme u n assujettissement; il ne\n pouvait pas plus s'y plier que son art aux évidences de la réalité.\n    E t a n t poète, ce n'était pas la réalité qu'il prétendait peindre, mais son rêve,\n et il fallait que celle-là se conformât au contour de celui-ci. Son génie était\n trop dominé par l'idéal qu'il avait façonné à sa propre image, idéal de beauté\n hallucinante et passionnée, de vie véhémente et sublime, riche en suggestions\n profondes, en évocations prestigieuses et troublantes, pour qu'il pût fixer un\n"}, {"page_pdf": 583, "texte": "480                                  DURENDAL\n\n\nregard lucide et prolongé sur les aspects immédiats du m o n d e et réussir, par\nexemple, une de ces œuvres de psychologie aiguë que constitue un portrait\nvéridique. Les choses matérielles et les êtres vivants étaient dénués\nd'existence virtuelle devant l u i ; ils formaient comme l'immense répertoire où\nsa pensée cherchait des signes, qu'elle adaptait à ses desseins.\n    L'œuvre de Delacroix manifeste partout — et plus spécialement dans des\npages telles que Dante et Virgile, la Barque de Don Juan et les Massacres de Scio\n— la fougue et la puissance d'une imagination sombre et enflammée, pleine\nde violence nerveuse et qui se cabre et s'irrite devant la réalisation, toujours\ninsuffisante à son gré, des visions tragiques dont elle est h a n t é e . Mais, le\ndésir de conférer à ses figures un relief et un prestige plus impressionnants,\nqui les lui faisait choisir dans les perspectives grandissantes de !a légende\nou de la fiction, des lointains historiques ou topographiques, donne à\ncertaines d'entre elles u n caractère trop livresque et limite, par conséquent,\nla portée de leur expression ; des œuvres telles que Dante et Virgile, la Barque\nde Don Juan, si pathétiques qu'elles soient, restent muettes pour le grand\nn o m b r e , faute d'initiation préalable. P u i s , le procédé de Delacroix qui subor­\nd o n n e toute la composition, forme, fond et coloris, à un effet poétique ou\ndramatique, c o m m u n i q u e à ses travaux u n e apparence factice et théâtrale,\ndéfavorable à l'émotion que l'artiste voulait susciter et qui mélange à notre\nadmiration de la défiance et u n scepticisme un peu ironique. Cette tare est-elle\neffective ou ne nous apparaît-elle que sous la pression de l'esprit m o d e r n e ,\népris d'un art plus respectueux de la réalité, plus attentif aux lois et à l'inté­\ngrité de celle-ci, et convaincu que la vie m ê m e est si forte et si complexe, si\nenchaînée et si surprenante, qu'aucune combinaison inventée ne saurait\nrivaliser en intensité et en puissance émouvante avec des ouvrages étroite­\nment inspirés d'elle.\n    N o u s l'avons observé, par des moyens différents, le classicisme et le roman­\ntisme visaient à héroïser les h o m m e s et à grandir la nature : le second com­\nbattait pour détruire u n préjugé, le préjugé académique, tandis qu'il en\npréconisait u n autre, aussi funeste. Mais il était l'apôtre aussi de l'inspira­\ntion individuelle, d'une sorte de protestantisme esthétique — et ç'a été u n e\ng r a n d e conquête, grâce à laquelle les artistes ont recouvré la liberté dont\njouissaient leurs prédécesseurs du XIVe siècle : Telle est la marche du\nprogrès !\n    Mais l'heure n'était pas échue encore, au début du dernier siècle, où l'on\ndevait sentir la b e a u t é poignante et vivace de la réalité. T r o p d'idéologies\nimprégnaient l'atmosphère et empêchaient de retrouver les pouvoirs et la\nfraîcheur de sensation des Grecs du Ve siècle, des Primitifs flamands, fran­\nçais, italiens, leur e n c h a n t e m e n t de la vie, des spectacles de la vie, regardés\nen eux-mêmes, pour eux-mêmes et auxquels l'artiste n'ajoute rien que sa per­\nsonnalité, la joie et l'enthousiasme de sa vision.\n                                                                   ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 584, "texte": "                 Strophes\n\n.4 quoi bon m'épuiser en des tâches serviles\npour bâtir la maison où tu ne viendras pas?\nAujourd'hui   que je sais mes efforts inutiles\nl'œuvre quotidienne est trop rude à mon bras.\n\nPuisque je vivrai seul, le calme de ma chambre\npeut me suffire — avec, aux fenêtres, des fleurs.\nQu'importe l'horizon d'Avril ou de Septembre\nà des yeux pour longtemps aveuglés par les pleurs !\n\nAvec le renouveau des feuillages     opaques,\nil n'a point refleuri notre amour, au     printemps,\net je me souviendrai   de ce lundi de Pâques\nsi clair, mais douloureux   à nos cœurs     hésitants.\n\nTu ne pus supporter l'obsession    cruelle\nd'un amour qui mourait de s'être trop aimé.\nEt, sentant fermenter une sève nouvelle,\ntu partis vers l'espoir d'un plus durable Mai!\n\nJe te pardonne le mensonge de ta bouche\net le mensonge encor plus grave de tes yeux :\ncar, par toi, j'ai goûté le silence farouche\net l'âpre volupté de nos derniers   adieux.\n\nMais au moins qu'elle soit féconde ma blessure!\nEt je la bénirai dans mon âme, avec toi,\nsi, par elle sachant le rythme et la mesure,\nje puis enfin chanter ce que je sens en moi.\n\n                                             J E A N BERNARD».\n\n\nValence-sur-Rhône, mai 1904.\n"}, {"page_pdf": 585, "texte": "                              Trois Poètes\n   Cette rencontre m'est précieuse entre toutes, qui, p a r le hasard d'une appa­\nrition simultanée aux vitrines des libraires, réunit dans cette c h r o n i q u e les\nnoms des trois poètes belges dont l'œuvre a su le mieux éveiller l'enthousiasme\ndes jeunes générations, parce qu'elle répond le plus fidèlement à leur idéal de\nbeauté. E t ce m'est une joie très vive que de pouvoir ici les confondre tous\ntrois, en un même h o m m a g e d'ardente admiration et de profond respect.\n\n\n                                 Emile Verhaeren\n    Emile Verhaeren affirma, dès ses d é b u t s , les marques distinctives de son\ngénie (le mot n'est pas trop gros), qui sont l'originalité et la puissance. Ori­\nginal, l'auteur des Villes tentaculaires l'est à un rare degré : tempérament d'ex­\nception, découvreur d'idées et d'images, créateur d'un Verbe nouveau qui\nn ' a p p a r t i e n t qu'à lui, il est, comme Jules Laforgue, de ceux que l'on n'imite\npas, ou du moins que l'on devrait se garder d'imiter. Il naquit avec une façon\nde voir, de sentir et de rendre, qui, dès ses premières paroles, le sépara des\nautres, défendit de le confondre avec aucun de ses frères. E n c o r e que les\nFlamandes et les Moines, ses deux premiers recueils, se rattachent à la tradition\nparnassienne, il semble q u ' u n e filiation plus directe les a p p a r e n t e à l'art opu­\nlent et fougueux des grands peintres flamands ; la robuste chaleur de leur\ncoloris, la sonorité parfois brutale de leurs rythmes, la véhémence de leur\nlyrisme, différencient manifestement ces poèmes des autres productions du\n« P a r n a s s e ». P a r eux se révélait, enfin, un poète vraiment de chez nous,\nexaltant, dans u n e langue admirable et qui ne sentait pas du tout l'Ile-de-\nF r a n c e , les énergies de la race et les magnificences du terroir. Sans doute, ces\nénergies et ces magnificences avaient trouvé déjà leur expression dans les\nproses truculentes d'Uyienspiegel et du Mâle. Mais c'était la première fois, dans\nl'histoire poétique de la moderne Belgique, qu'on entendait c h a n t e r u n e voix\nchaude, forte et neuve, qui ne fût pas l'écho de quelque autre voix fameuse.\nC'était la première fois aussi qu'on reconnaissait, transposées en vers plantu­\nreux, les somptueuses s y m p h o n i s de couleurs, de mouvements et de formes,\nqui éclataient lumineusement sur les toiles de nos maîtres, depuis R u b e n s\njusqu'à E m i l e Claus. Les Flamandes furent u n e révélation ; elles resteront une\ndate glorieuse.\n     Mais l'étroite discipline parnassienne, à laquelle la jeunesse d'Emile\n"}, {"page_pdf": 586, "texte": "                                    TROIS POÈTES                                      483\n\nVerhaeren s'était pliée sans rien perdre de son i n d é p e n d a n c e d'allures, deve­\nnait néanmoins un importun fardeau pour cet artiste impatient de toute con­\ntrainte, épris jusqu'à l'outrance de liberté sauvage et de hardie nouveauté : à\npetits coups opiniâtres et multipliés, il secoua le joug des vieilles règles, s'af­\nfranchit des traditions qui le gênaient, osa même violer, q u a n d cela lui sem­\nblait nécessaire, les préceptes sacrés de la S y n t a x e . Çà et là déplaçant une\ncésure, élidant « illégalement » une « muette » embarrassante, accouplant\ndans ses rimes un pluriel à u n singulier ou se contentant d'une assonance, il\nse forma peu à peu une prosodie particulière, qui répondit enfin aux exigences\nde son inspiration « effrénée » et de son esprit de révolte. Ainsi, par ces\ndegrés grandioses qui s'appellent les Soirs, les Débâcles, les Flambeaux noirs,\nil arriva au vers libre; il y arriva par une évolution rationnelle et légitime, où\n seul un parti-pris aveugle peut découvrir autre chose que l'épanouissement\n s p o n t a n é d'une personnalité. E t , bien q u ' E m i l e Verhaeren n'ait pas inventé\n le vers libre, cette forme est devenue entre ses mains un instrument tellement\n nouveau, tellement singulier, tellement adéquat à sa pensée, qu'il semble\n l'avoir créée de toutes pièces, sans le secours d'aucun exemple. Son vers libre\n ne ressemble ni à celui de K a h n , ni à celui de Laforgue, ni à celui de Vielé-\n Griffin ou d ' H e n r i de Régnier; et il est s u p r ê m e m e n t harmonieux, parce qu'il\n habille l'Idée avec une justesse parfaite.\n     On se souvient du haro formidable que suscita, dans le c a m p des P a r n a s ­\n siens, l'apparition des Villages illusoires, des Campagnes hallucinées, des Villes\n tentaculaires. Au nom de la raison, du bon goût et de la mesure, d'excellents\n écrivains, soucieux avant tout du respect des « saines traditions » et de la\n pureté du langage, épluchèrent vers par vers les poèmes d'Emile Verhaeren,\n et cherchèrent la petite bête là où ils auraient dû découvrir la grande beauté.\n T o u t a m o u r e u x qu'ils étaient de la mesure, certains d'entre eux la perdirent\n dans l'ardeur de la lutte. Aujourd'hui que sont apaisées ces vieilles querelles,\n les combattants d'autrefois reconnaîtront eux-mêmes, peut-être, ce qu'elles\n  eurent de mesquin et d'inutile. On peut p a r d o n n e r au génie de n'emporter\n  pas, dans son impétueux essor, u n e grammaire d'écolier. On peut lui par­\n  donner surtout q u a n d il est — je le répète à dessein — un tempérament d'excep-\n  tion, dont le langage audacieux n'est point destiné à servir d'exemple aux\n  générations futures, et qui doit demeurer d a n s l'histoire littéraire comme u n\n  isolé, un insurgé si vous voulez. Qu'importe que, par endroits, il égratigne la\n  syntaxe ou bouscule la prosodie traditionnelles, si ces incorrections et ces\n  bizarreries aident à faire ressortir les qualités d'un tempérament ou les carac­\n  tères d'une race? Tel fut le cas de Verhaeren. Il ne pouvait pas être autre\n  chose que ce qu'il a été : ayant gardé, dans son sang de F l a m a n d , un reste de\n   « furie espagnole », il aurait eu grand tort de se conduire, vis-à-vis de la\n   Muse, c o m m e un des sages enfants de ces bords fleuris qu'arrose la S e i n e ; il\n  n'était pas né pour s'asseoir sur les genoux de l'Académie, mais bien pour se\n  vautrer et gambader, avec la joie folle d'un poulain en liberté, dans l'herbe\n  drue des rives de l'Escaut; sous un ciel traversé du galop tragique des\n  nuages, et non sous la Coupole sereine, ses « forces tumultueuses » devaient\n   développer leur libre j e u .\n"}, {"page_pdf": 587, "texte": "484                                      DURENDAL\n\n\n\n    Emile Verhaeren apparaît, dans la foule des poètes de tous les temps,\nc o m m e une des individualités les plus intéressantes. E t si l'on envisage son\nœuvre du point de vue des temps présents, on aperçoit, dans cette œuvre fié­\nvreuse, frémissante et douloureuse, le sombre miroir où se réverbèrent le\nmieux les multiples aspects de notre époque troublée, toute travaillée de\nrévoltes et tourmentée de revendications. P l u s qu'aucun poète d'aujourd'hui,\nEmile Verhaeren a su — car il possède, comme H u g o , un œil visionnaire —\ndégager ce qu'il y avait de beauté latente et de gloire incomprise dans l'appa­\nrente banalité des décors, des visages, des attitudes et des combats actuels.\nL'avenir dira si ce visionnaire n'était pas un prophète, puisque le poète q u i ,\ndans les Moines, célébrait\n\n                               les chrétiennes idées\n                  Oui restent au couchant sur le monde accoudées,                *\n\ns'est préoccupé, en d'autres œuvres, d'annoncer les aubes des temps nouveaux\net d'interpréter symboliquement les plus audacieuses idées de rénovation\nsociale.\n     L e Mercure de France vient de publier u n e réédition des Villes tentaculaires,\nprécédées des Campagnes hallucinées (1). Ces deux livres sont trop c o n n u s pour\nqu'il soit utile de les analyser encore ici, où une voix plus autorisée que la\nmienne en a parlé naguères. Œ u v r e s de noir pessimisme, qui nous montrent\nles champs peuplés de criminels, de paillards et de fous, les cités remplies de\nbourgeois cupides ou stupides, les Campagnes hallucinées et les Villes tentaculaires\nsemblent manifester la phase la plus aiguë de l'exaspération maladive du\npoète : ce sont deux cauchemars épiques.\n     Mais voici qu'après avoir chanté les fauves a r d e u r s de sa mère la F l a n d r e ,\net ses colères déchaînées, et ses rouges couteaux b r a n d i s d a n s les kermesses\nsanglantes, et ses naïves dévotions de gouge résignée au servage, E m i l e Ver­\nhaeren à présent célèbre son sourire, sa lumière et sa douceur, en u n livre qui\nest lui-même tout sourires, lumières et douceurs : les Tendresses premières (2) ;\nadmirable diversité de talent, dont les Heures claires et les Petites Légendes nous\navaient donné déjà de surprenants e x e m p l e s ! Et, s'adaptant docilement aux\nnécessités de ces pensées nouvelles, le vers et la strophe renoncent aux heurts,\naux chocs, aux tintamarres des Villes tentaculaires et des Forces tumultueuses, pour\nse faire limpides, égaux et caressants. S a n s doute, ils gardent cette non-\npareille puissance verbale qui caractérise notre poète et le place au premier\nrang à côté du prodigieux marteleur de syllabes que fut Victor H u g o ; ils\nn ' a b a n d o n n e n t pas cette physionomie étrange, cet air de sauvagerie primitive\nqui font leur charme et leur force. Mais naguères, ils étaient c o m m e u n tor­\nrent bondissant, qui roule avec fureur, dans le fracas et les écumes, des rocs\net des troncs d'arbres; ils sont maintenant le fleuve clair et tranquille, où se\n\n\n\n  (1) Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées ; nouvelle édition.\n(Paris, Mercure de France, 1 vol.)\n  (2) Toute la Flandre : les Tendresses premières (Bruxelles,   Deman).\n"}, {"page_pdf": 588, "texte": "                                TROIS POÈTES                                 485\n\nreflètent des rives de calme, d'heureux villages, des ciels en fête. Les eaux se\nsont apaisées : elles ont conservé le goût âpre et vif qui leur vient des cimes\noriginelles.\n   Vous aimerez, j ' e n suis sûr, ce tableau d u Comte de la Mi-Carême, un des\nplus frais parmi les souvenirs d'enfance qu'évoquent ces Tendresses pre-\nmières :\n                             On l'aperçoit, les soirs de vent,\n                                Par la lucarne à tabatière,\n                             Longer les étroites gouttières.\n                             Il vient et va, pousse en avant,\n                          S'arrête — et puis revient encore ;\n                             Son cheval sait tous les chemins\n                             Qu'il lui suggère, avec la main,\n                           Et quand parfois, au loin, s'essorent\n                                Ses hauts galops silencieux,\n                             Sa sueur blanche et son écume\n                           S'entremêlent, comme des plumes,\n                             Aux nuages qui vont aux cieux.\n\n                         Où ne va-t-il ? — Dieu seul le guide,\n                           Sur l'échiquier géant des tours\n                           Et des pignons des carrefours,\n                         Par les grand'routes translucides.\n                           Ceux qui ne l'ont pas aperçu\n                         Quand, vers le soir, sonnent les cloches,\n                         C'est qu'ils eurent leurs yeux en poche.\n                           Mais les enfants, eux tous, l'ont vu\n                           — Prince de rêve et de fortune —\n                           Traversant l'air superbement,\n                              Avec sa bête en diamant\n                           Et son manteau de clair de lune...\n\n   Mais le plus curieux poème du livre est, à mon sens, l'Horloger, où je crois\ndécouvrir un symbole discret de l'évolution intellectuelle du poète lui-même,\net l'histoire imagée des phases diveises de sa vie artistique. C o m m e l'enfant\nd'autrefois, en effet, l'homme d'aujourd'hui s'est épris avec ardeur\n\n                     Des tumultes réglés, par les causes profondes\n                     Qui font, dans le mystère, évoluer les mondes...\n\n\" T u m u l t e s réglés \" : ces mots définissent à merveille l'art actuel d'Emile\nVerhaeren. Et je pense qu'il ne faut voir, dans la présente oeuvre, ni un recul,\nni u n arrêt, mais bien l'étape logique d'une incessante et rationnelle évo­\nlution.\n\n\n\n                        Charles Van Lerberghe\n   Après les Flaireurs, u n court drame de terreur poignante, et les Entre­\nvisions, u n premier recueil de vers qui fut comme l'aurore d'un glorieux\ntalent, Charles Van Lerberghe nous donne aujourd'hui l'œuvre de grâce\n"}, {"page_pdf": 589, "texte": "486                                    DURENDAL\n\n\n\ns u p r ê m e et de parfaite beauté qu'on attendait de lui : cette Chanson d'Eve (1)\ndont tout le monde parle déjà, et qui l'impose du coup à l'unanime\nadmiration.\n    Si les poèmes d'Emile Verhaeren accusent un souci constant de m o d e r ­\nnité, rien ne se ressent moins des troubles, des tristesses et des laideurs du\nsiècle où nous vivons, que le livre de Charles Van L e r b e r g h e : i n g é n u e ,\nlimpide et joyeuse à l'égal des premiers matins du m o n d e , la chanson qu'il\nfait soupirer, pour notre ravissement, aux lèvres virginales de son E v e ,\nexhale cette allégresse naïve et cet universel amour qui fleurissaient au\nP a r a d i s terrestre, où tout était parfums, rayons, tendres m u r m u r e s . E t le\nvœu de son Prélude se réalisa pleinement :\n\n                          Je voudrais le la dire,\n                          Dans la simplicité claire\n                          De mon bonheur,\n                          Sans une image, sans une fleur,\n                          En n'y mêlant que la lumière\n                          Et l'air où je respire...\n\n                          Avec des mots\n                          Si frais, si virginaux,\n                          Avec des mots si purs,\n                          Qu'ils tremblent dans l'azur,\n                          Et semblent dits,\n                          Pour la première fois au Paradis.\n\nN e croyez pas, cependant, rencontrer ici l'Eve textuelle des livres sacrés, ni\nd a n s ce poème un p e n d a n t lumineux au sombre Paradis perdu de Milton :\nvous tomberiez dans u n e évidente erreur, si vous vous imaginiez que Charles\nVan L e r b e r g h e a voulu simplement broder de p a r a p h r a s e s lyriques le thème\nde la Bible. Bien plutôt que la Mère du genre h u m a i n et la j e u n e épouse\nd'Adam, il a peint en son Eve l'âme h u m a i n e , l'éternelle P s y c h é a m o u r e u s e\ndes choses et surtout d'elle-même, immortellement hantée de désirs,\nd'espoirs, de tendresses qui ne se lassent et ne se lasseront jamais. Mais il\nl'a prise en toute sa primitive fraîcheur, telle qu'elle se révélait à l'aube des\ntemps, telle qu'elle se révèle encore chez ceux qui ont gardé ou qui ont\nreconquis les candeurs de l'enfance ; il l'a fait vivre d a n s le P a r a d i s terrestre,\nc'est-à-dire dans le b o n h e u r , parce que le bonheur est l'élément originel\net essentiel de l'âme, et parce que les h o m m e s ne sont pas nés pour pleurer,\nmais pour sourire à la douceur du m o n d e et pour la chanter de toutes les\nforces de leur être.\n    Belle de sa nudité chaste, « la jeune et divine E v e s'est éveillée de Dieu,\n\n               Et le monde à ses pieds s'étend comme un beau rêve. \"\n\nE t voici que, docile au conseil de son créateur, elle c o m m e n c e de parler et\nde n o m m e r toute chose par un son h a r m o n i e u x . P u i s , errant à travers\n\n\n  (1) La Chanson d'Eve (Paris. Mercure de        France).\n"}, {"page_pdf": 590, "texte": "                                 TROIS POÈTES                                  487\n\nl'Eden, elle s'émerveille à chaque pas des splendeurs qui l'entourent, et sa\npropre beauté la ravit plus que tout le reste ; elle se reconnaît dans les fleurs,\nles rayons, les ondes, le soleil :\n\n                       Oui peut me dire où je finis,\n                       Où je commence ?...\n\nSon Dieu fleurit, chante et e m b a u m e de toutes parts : et son Dieu, n'est-ce\npas elle-même?\n                      Comme il se baigne dans la lumière\n                      Avec amour, mon jeune dieu !\n                      Toutes les choses de la terre\n                      Sont ses vêtements radieux...\n\nE t lorsque, enfantinement curieuse, elle cherche la N y m p h e qui se dérobe\nau profond de la source, c'est elle-même encore qu'elle y t r o u v e . . . O\nmerveille délicieuse! c'est elle qui, la première, a p a r l é ; c'est elle qui, la\npremière, a s o u r i ; et c'est elle qui, la première, a pleuré — non de tristesse,\nmais « de joie divine » !... E t pourquoi prêterait-elle l'oreille aux paroles du\nD é m o n , qui lui affirme qu'elle est i m p u r e , pétrie de limon et de fange?\nElle n'écoute que ses Anges, qui lui disent :\n\n                        Tu es l'innocence et la fleur de la terre,\n                             Et sa virginale chanson.\n\nE t , toujours plus éprise d'elle-même, elle ne se lasse pas de suivre le bel\noiseau de son espoir, le bel oiseau de son à m e , dont l'aile infatigable ne\nse pose j a m a i s .\n     Mais u n ange l'entraîne d a n s les bois secrets « où vivent encore, en\nd'autres rêves, les esprits subtils de la terre ». E t c'est la Tentation. Un soir\nvoluptueux, plein de parfums et de soupirs, étend\n\n                        L'insidieux filet des étoiles obliques.\n\n  La jeune Eve tressaille dans l'attente mystérieuse de l'Aimé, encore\ninconnu, mais qu'elle presssent d a n s les arômes, dans les chansons, dans les\nlueurs du jardin magnifique :\n\n                        Pardonne-moi, si je le touche\n                        Dans le soleil, ou si ma bouche,\n                        En souriant, sans le savoir,\n                        T'alteint dans la fraîcheur du soir;\n                        Pardonne-moi, si je crois être\n                        Près de loi-même où tu n'es pus,\n                        Si je te cherche, lorsque peut-être\n                        C'est toi qui reposes dans mes bras. .\n\nLes fleurs, les fruits ne lui inspirent plus de désir; elle n'a désormais qu'une\npensée : aimer, et comme ses premières aspirations, cette pensée lui est une\n"}, {"page_pdf": 591, "texte": "488                                   DURENDAL\n\n\nsource de joies inépuisables et d'extases infinies. C'est le moment où Vénus\nlui apparaît, lui a p p o r t a n t des roses :\n\n                      Elle était nue, et blonde, étincelante et rose,\n                      Et tout l'air sombre autour d'elle était d'or...\n\n E v e adore sa divine présence, et ses anges s'inclinent devant la déesse:.. E t\nvoici les Sirènes, sereinement ignorantes de l'amour et de la mort, qui lui\nchantent d'étranges paroles dont elle se berce i n g é n u m e n t , malgré les aver­\ntissements de ses A n g e s ; ce n'est pas qu'elle croie en elles « plus qu'il ne\nfaut qu'une âme sage croie à la vie », mais ce sont ses songes encore q u ' e l l e\naime en ces voix fallacieuses.\n    C'est l'heure de la Faute : Eve a goûté \" le beau fruit qui enivre d'orgueil, le\nfruit délicieux de vertige infini \", et elle s'estime égale à Dieu. Elle a tué son\nancien dieu, l'Esprit, et pourtant son a m o u r c o m m e sa joie sont d e m e u r é s les\nmêmes. Le beau Serpent, qui « glisse en paix, comme un rayon, parmi les\nroses », lui apprit « la belle vérité... le secret de la terre et l'énigme des\nchoses ». E t maintenant, elle c o m m u n i e pleinement avec les F l a m m e s , les\nOndes, les Fleurs, les Souffles des airs, les S o n s , tous ces Anges mouvants\nqui se transforment sans cesse, qui « naissent pour mourir et pour renaître\nencor, en apparences plus changeantes que des songes ».\n   E p a n o u i e en toute sa gloire, Eve enfin va connaître la tristesse et les\nlarmes mortelles : c'est le Crépuscule. Ses anges ont fui, u n sortilège désen­\nchante le beau paradis d'autrefois, et son â m e aspire au n é a n t . Elle meurt\ndoucement, comme un rayon, p o u r se résorber d a n s les choses en qui elle\ns'aimait n a g u è r e s ; et, « avec l'âme des roses d'hier », elle s'élève lentement\ndans le ciel qu'attriste une aube pâle :\n\n                          L'âme chantante d'Eve expire,\n                          Elle s'éteint dans la clarté ;\n                          Elle retourne en un sourire\n                          A l'univers qu'elle a chanté...\n\n   Tel est ce p u r , ce clair, ce merveilleux poème du B o n h e u r , où Charles\nV a n Lerberghe a groupé autour de sa jeune E v e , en un ensemble capricieux\net souverainement h a r m o n i e u x à la fois, des anges, des déesses et des fées :\nincarnations diverses des songes, des pensées, des désirs de l'ondoyante et\nmultiple âme h u m a i n e , qui se retrouve elle-même d a n s tout ce qu'elle cherche\net d a n s tout ce qu'elle adore.\n   — Cette aride analyse ne saurait vous d o n n e r la plus lointaine idée de\nla grâce, de la lumière, de l'allégresse qui fleurissent à chaque page de la\nChanson d'Eve. R a r e m e n t u n e voix de poète a chanté avec cette limpidité,\ncette fraîcheur, cette ingénuité s u p r ê m e s . Rarement il nous fut accordé\nd'entendre des paroles aussi nuancées, des vers aussi délicats, une langue\naussi souple, aussi claire et aussi musicale. Le vers libre de Charles Van\n Lerberghe fait un m u r m u r e tranquille qui ne se peut c o m p a r e r à a u c u n e\nautre harmonie ; et ceux de ses vers qui restent traditionnels ont u n e fluidité,\n"}, {"page_pdf": 592, "texte": "                                  TROIS POÈTES                                    489\n\nune douceur miraculeuses. Mais ce que j ' a d m i r e surtout, c'est la nouveauté\ndes images, leur a b o n d a n c e inépuisable, leur noble simplicité.\n  La Chanson d'Eve porte en é p i g r a p h e cet alexandrin de Vigny :\n\n                     Et la beauté du monde attestait son enfance,\n\nqui caractérise à souhait l'art de Charles Van Lerberghe : lui aussi, sa c a n d e u r\nfait sa splendeur. Et, comme les yeux extasiés de l'Eve enfantine qu'il\nsuscite, ce livre d'innocence, de joie et de lumière, est « merveilleux d'être\némerveillé ».\n\n\n\n                               Fernand Séverin\n   Celui-ci est le plus pur, le plus tendre et le plus mélodieux de nos poètes.\nN u l ne module avec autant de grâce « la discrète élégie aux fuyantes\npâleurs », pour employer l'expression dont se sert L e Cardonnel à propos\nd'Albert S a m a i n . L u i aussi, il est bien de chez nous : l'âme wallonne, si\nencline a u rêve et si lente à l'action, a trouvé en lui le plus éloquent inter­\nprète de ce qu'il y a de noble dans ses aspirations. Mais ce serait se tromper\nétrangement, et commettre un excès manifeste de chauvinisme litté­\nraire, que de ne pas découvrir à la poésie de F e r n a n d Séverin d'autres\nsources, plus lointaines et plus profondes, que celte origine w a l l o n n e . Sa\npatrie d'élection, c'est la T o s c a n e et l'Ombrie; lui-même me l'écrivait\nnaguères, — et je n'hésite pas à transcrire ces quelques lignes, parce qu'elles\néclairent à souhait cette âme refermée sur elle-même et jalouse de son secret:\n« Savez-vous quel est le pays qui me hante et où j'aurai bientôt assez voyagé\nen esprit pour le connaître à peu près a u t a n t que d'autres qui y sont réelle­\nment allés? C'est d'abord la T o s c a n e , mais surtout\n\n                C'est l'Ombrie! Un pays dont la douceur est grave...\nFlorence m'attire; Assise et Pérouse me d o n n e n t le mal du pays. On a dû\nréaliser là-bas mon rêve de beauté, de pureté et de tendresse. Ce qu'on\na écrit sur cette heureuse Toscane et sur cette bienheureuse Ombrie, je\nne puis le lire qu'avec un étrange frisson. Et j ' y associe le souvenir de nobles\ntableaux vus à Londres et à P a r i s . Le P é r u g i n surtout me requiert, lui qui\nunit une beauté plastique parfaite à tant de tendresse, de recueillement et\nd'extase... » Depuis, l'auteur des Poèmes ingénus a visité la Toscane et\nl'Ombrie : il n'en a pas rapporté une image plus fidèle ni plus belle que\ncelle qu'il nous avait d o n n é e déjà en quelques-uns de ses c h a n t s ; car, ainsi\nqu'il l'a dit en u n vers que je me plais à citer,\n\n                Le plus beau songe encore est sous les yeux fermés...\n\n    On a comparé Séverin à Lamartine, et sans doute une étroite parenté\nd'âme unit entre eux ces deux chantres de l'amour et de la solitude. P o u r t a n t ,\ns'il fallait trouver des frères aux Poèmes ingénus, je songerais plutôt à certains\nsoupirs d'Andromaque ou de Bérénice, à l'Iphigénie de Goethe, aux élégies de\n"}, {"page_pdf": 593, "texte": "490                                  DURENDAL\n\n\nShelley, aux Idylles du Roi de T e n n y s o n ; je songerais encore à tel profil de\nDonatello, front pensif et lèvre sensuelle, — à tel paysage de Claude le\nLorrain, baigné de limpide lumière, — à telle figure grave et fière de B u r n e ­\nJones ou de Rossetti... Mais qu'importent ces vains r a p p r o c h e m e n t s ? Si la\nforme des Poèmes ingénus est évidemment racinienne dans son élégante\npureté et son irréprochable harmonie, leur sentiment, leur conception de\nl'amour et de la beauté, leur accent de ferveur contenue et de tristesse rési­\ngnée, en font une œuvre à ce point personnelle qu'on ne saurait en entendre\nle moindre fragment sans reconnaître aussitôt \" du Séverin \". Tout classique\nqu'il est, et malgré son apparente monotonie, l'alexandrin des Poèmes\ningénus caresse l'oreille avec une telle douceur que rien, d a n s notre langue,\nne me semble l'égaler en suave harmonie :\n\n                Tandis que nous songions, un enfant est venu;\n                Qui n'a pas entendu son parler ingénu\n                Ne s.tit ce que la voix peut avoir d'angélique.\n                Une voix qui s'éloigne, un rayon qui s'éteint,\n                Ont seuls cette douceur mêlée à ce lointain :\n                Ses mots, même incompris, sont toute une musique...\n\n    On ne saurait mieux définir cette poésie de candeur et de charme\n véritablement « angéliques », que F e r n a n d Séverin ne l'a fait lui-même en\nces quelques vers : tous ceux qui l'ont lu en conviendront. 11 arrivera, en\n effet, que certaines des paroles que prononce le poète au sortir de son rêve\nvous d e m e u r e r o n t impénétrables, parce qu'il a visité des pays où nous,\nprofanes, nous sommes indignes d'entrer, des pays d'ombre et de silence où\nl'on parle une autre langue que la vulgaire langue h u m a i n e ; mais, alors\nm ê m e que vous n'entendrez pas le sens de ces paroles augustes, vous serez\npris tout entier par l'invincible magie de leur m u s i q u e .\n    J'ai parlé de candeur; il ne faudrait pas s'abuser sur la signification de ce\nterme : la candeur des Poèmes ingénus n'a rien de la simplicité enfantine ni\nde la naïveté rustique. C'est la c a n d e u r d'une âme trop orgueilleuse de sa\npropre beauté pour consentir à la m o i n d r e souillure ; c'est la « splendide can­\ndeur » de la colombe sans tache. Et si ces poèmes sont réellement ingénus,\nils ne le sont pas sans mélange; ou plutôt, leur ingénuité est toute de surface :\nsi l'on sonde le fond même de l'œuvre, on y découvre aisément les inquié­\ntudes d'une â m e « ardente et nostalgique », qui a beaucoup aimé, beaucoup\nsouffert, et longuement médité sur les choses de la vie, et qui sait trop\n« qu'agir est vain, que l'espoir ment »,pour tenter encore « d'imposer au destin\nla forme de son rêve » ; on y découvre aussi une sorte de langueur morbide,\nune mélancolie passionnée, et je ne sais quelle farouche douceur, qui n o u s\névoquent quelque héros voluptueux et désabusé de la Renaissance italienne.\nCar cette âme candide est déçue entre toutes, et lasse de vivre avant d'avoir\nvécu: il semble que ses songes eux-mêmes lui soient un trop lourd fardeau, et\nqu'elle s'enivre de parfums qui la font défaillir. Elle est comme un enfant mala­\ndif qui, ayant e n t e n d u les clairons d'or sonner à l'aube sur les grèves, soulève\navec peine une épée trop pesante pour lui, et la laisse retomber, avec un long\n"}, {"page_pdf": 594, "texte": "                                   TROIS POETES                                      491\n\n\nsoupir, en se blessant l u i - m ê m e à cette arme inutile. T o u t lui est désen­\nchantement, même l'amour qu'il n'a cessé d'appeler , et qu'il appelle encore\nde toutes les forces de son être épuisé ; même l'espérance chrétienne qu'il n'a\ncessé d'invoquer, et qui le leurre et le fuit, pauvre pèlerin fatigué de la\nroute, à chaque pas qu'il fait vers la lueur entrevue.\n    L ' a m o u r ! j'essaierai quelque jour, en une plus complète étude, de montrer\nc o m m e n t F e r n a n d Séverin l'a célébré, avec quel charme incomparable il\nen a dit la douceur et la tristesse, de quels mots délicieux il en a dépeint\nl'attente dans le Don d'enfance, et la venue dans Un chant dans l'ombre. Je ne\nveux, aujourd'hui, qu'exprimer l'admiration que continue d'entretenir en moi\nle nouveau livre de cet enchanteur exquis : la Solitude heureuse (1). L e poète,\nqui fut \" lui \" dès ses premiers chants, reste ici égal à lui-même ; je ne trouve\npas d'éloge plus magnifique à faire de ce recueil. Lisez Invocation, le Don\nnuptial, l'Eveil, les Iles en Fleur, le Portrait, la Maison bénie, l'Hôte divin, et tant\nd'autres pièces merveilleuses : vous y rencontrerez, — avec la même suavité\nd'expression, la même délicatesse de sentiment et de vision, la m ê m e grâce\nde lignes et la même lumière édénique, — je ne sais quoi de plus h u m a i n\ndans l'accent, de plus limpide dans la pensée, de plus robuste d a n s le\ndessin, qui m a r q u e u n progrès évident. Les décors gardent leur simplicité\nmajestueuse, la langue conserve son idéale p u r e t é , le vers continue de\nsoupirer avec u n e douceur sans pareille, et le désenchantement est demeuré\nau fond de tous les rêves du poète : mais, je le répète, il y a ici autre chose\nd'indéfinissable, qui distingue ces poèmes nouveaux des Poèmes ingénus, et\ndont ce vers peut-être nous livrerait le secret :\n\n                 Ce qui tient de douceur dans ce simple mol : vivre!\n\nL a Douceur de vivre, tel est du reste le titre de la pièce qui clôt le livre ; elle\nn o u s présage sans doute quelque transformation d a n s la pensée et dans l'art\nde F e r n a n d Séverin, quelque heureux renouvellement de son être poétique.\nQui sait? le doux et fier rêveur ne renoncera-t-il pas quelque jour à errer\nmélancoliquement\n\n                 Des pays où l'on aime à ceux où l'on oublie,\n\npour marcher joyeux et fort, par les routes de la Vie, d'où l'on entend à la\nfois les m u r m u r e s de la forêt, les bruissements de la mer et la rauque\nclameur des villes?... Quoi qu'il en soit, son œuvre, telle qu'elle apparaît dès\nà présent, est un des plus admirables exemples de beauté qui aient été\nd o n n é s au m o n d e . F e r n a n d Séverin est un modeste, qui attend en silence la\nvisite de la Muse sacrée et se réjouit sans orgueil des dons qu'elle lui\napporte : c'est pourquoi elle le récompensera de sa ferveur plus magnifique­\nment qu'aucun a u t r e ; car elle choisit, entre tous, pour les couronner du\nlaurier immortel, ceux qui l'ont chérie en secret,\n\n                 El ce n'est pas en vain qu'on aime le silence.\n                                                                      FRANZ A N S E L .\n\n\n  (1) La Solitude heureuse (Bruxelles, Association des écrivains belges).\n"}, {"page_pdf": 595, "texte": "                       Notes de Voyages\n\n                                   Dans le Nord\n\n                                     En Russie\n                      LA poésie est aux paysages ce que le charme est aux femmes ;\n                          elle exige souvent un long temps avant de se laisser\n                          découvrir. Il s'entend de la poésie perçue sans qu'on\n                          d o n n e rien de soi, de celle qui s'exhale de la terre et non\n                          de celle qu'on y met, m ê m e inconsciemment. A beaucoup\n                          contempler u n e chose, on s'attendrit toujours un p e u , et\n                          laquelle alors, même la plus misérable, ne devient pas\n                          attachante?\n                             En Russie, plus que n'importe où ailleurs, la poésie de\nla terre se dérobe d ' a b o r d . On ne conçoit ce pays, m ê m e lorsqu'on y a\nhabité et tellement les étés y sont courts, que sous la neige, et la première\nimpression qu'il fait est tout de resserrement, de blottissement. Ainsi q u e\nles yeux, en passant de l'obscurité dans la lumière, ne peuvent rien distin­\nguer, en entrant dans tant de froid glacial, l'âme n'est plus capable de sentir.\nP o u r retrouver son impressionnabilité et son pouvoir de juger, il lui faut être\napprivoisée par cette nature âpre, pareille à u n e ennemie.\n   Si l'on ne se rapproche guère des h o m m e s qu'on n'aime pas, on ne peut se\nrésoudre à accorder son intérêt à ce sol, à scruter ce ciel du N o r d contre\nlequel on doit se défendre si énergiquement. Il neige, il vente : sous de lourds\nvêtements, la marche est pénible. On se hâte ; on rentre chez soi et alors, dans\nla douceur des détentes qui suivent les luttes, on se sauve parmi ses souve­\nnirs : on rêve de c h a m p s en fleurs, d'étés accablés de soleil.\n   P u i s , peu à p e u , on s'habitue à cette inclémence perpétuelle; les journées\ns'allongent; on se prend à contempler les plaines illimitées et à regarder\nd'une manière différente ce pays si dur, auquel sont attachés pourlant ceux\nqui y sont nés. La poésie de la Russie est toute faite d'une pitié i m m e n s e , qui\ns'impose à l'âme et la pénètre à tout j a m a i s .\n   Dans le m o n d e , il est bien des lieux c h a r m a n t s , mais entre tous ceux qu'on\nrecommande à notre curiosité, il n'en est peut-être pas qui soit autre chose\n"}, {"page_pdf": 596, "texte": "                                 NOTES     DE     VOYAGES                               49 3\n\nque des motifs à des contemplations tranquilles et à des rêveries égoïstes. Sur\nle sol russe, au contraire, il n'est peut-être pas un coin de campagne qui ne\nsoit troublant autant q u ' u n e question sociale... C'est à l'heure du soir, la\nplaine sans bornes est toute blanche ; en noir se dessinent seulement quelques\nsapins, quelques arbres glacés pour de longs mois, morts, semble-t-il, comme\ntout l'est autour d'eux; l'horizon se perd dans la b r u m e . Un mince filet de\nfumée monte au-dessus de deux ou trois petites maisons de bois, où des\nlumières s'allument. L a neige et le silence sont d'un autre monde. E t dans ce\nblanc qui paralyse la vie, dans ce silence qui l'effraie, dans ce froid qui la\ntorture, vivent des êtres! U n peu de chaleur et un peu de clarté les réu­\nnissent.\n   T a b l e a u qu'il faut voir pour le bien c o m p r e n d r e ! U n e pitié vous étreint,\nqui est profonde au point d'être intolérable; c'est poignant, angoissant et dou­\nloureux, et l'on se s u r p r e n d à aimer cette terre, parce qu'en souffrant, elle\nsait vous faire souffrir avec elle.\n\n                                            * *\n\n    Q u a n d l'été arrive, c'est u n enchantement. Après avoir sommeillé dans une\nnuit interminable, on se réveille dans u n e aurore sans fin. L e ciel est bleu,\nl'air d'une t r a n s p a r e n c e indicible, la verdure a une fraîcheur incomparable et\nla vie semble arrêtée devant le soleil. Qu'ils sont doux ces étés du N o r d , après\nles hivers cruels, et comme la jouissance qu'ils apportent est accrue\npar leur brièveté, de quelles subtiles nuances de tristesse ils teintent l'âme!\nOn se hâte de savourer la renaissance des choses. Il semble q u e , d'une heure\nà l'autre, tout va changer, s'anéantir; on a la perpétuelle sensation d'être\nd e v a n t du fugitif, de l'insaisissable, devant quelque chose de rêvé. Que c'est\ndélicieux, — mais cela existe-t-il ? U n e angoisse encore, née de la crainte de\nperdre à chaque m o m e n t ce qu'on aime, recommence à vous envahir, une\npeur du lendemain, du lendemain qui paraît ne pas exister lui-même, puisque\nle soleil ne fait de l'été qu'un jour. Craintes exquises qui décuplent le prix de\nce d o n t on jouit et mènent à ce lendemain redouté, l'hiver. Hiver nouveau,\nsi vite revenu qu'il est c o m m e le prolongement de celui qui l'a précédé, que\nl'on croit que l'été ne fut pas !\n\n                                             II\n\n\n                                      En Suède\n   Ces impressions, dont la Russie remplit avec ses paysages glacés et ces\ninquiétudes inspirées par la douceur fuyante de ses étés, le Nord tout entier\nne les d o n n e p a s .\n   L a Russie est froide, elle est tragique. A la contempler avec son cœur, on\nsouffre d'une tristesse inexorable qui a, comme toute tristesse, une cause bien\ndéfinie, est un mal qu'on touche et qu'on soigne. C'est le manque de lumière,\nle climat inclément, la difficulté de vivre et le peu de joie qu'offre la vie. Mais,\n"}, {"page_pdf": 597, "texte": "494                                   DURENDAL\n\n\ndès qu'on s'en éloigne, cette tristesse d i m i n u e . En F i n l a n d e , elle est déjà\nm o i n d r e ; en S u è d e , elle a disparu.\n   Ici, c'est la mélancolie qui vous enveloppe, cette tristesse toute spéciale\ndont le propre est de n'avoir point d'origine précise et qui n'existe presque\npas ailleurs. D a n s le Sud, si l'on est sincère, on arrive toujours à découvrir\nla raison de ce qu'on croit être de la mélancolie et qui n'est que de la tristesse.\nSi parfois la mer. le Midi, les grandes villes nous assombrissent, on peut\nl'expliquer. La mer a m a n g é tant d'existences! L e Midi a une paresse si\nimproductive, les grandes cités cachent de telles misères, et surtout de tels\nplaisirs I\n   D a n s la péninsule Scandinave, la mélancolie sort du sol, des pierres, de\nl'eau ; elle s'exhale de tout comme un parfum mystérieux et remplit immédia­\ntement l'âme, bien avant même qu'elle s'en aperçoive. Elle est douce et ne\ndevient jamais douloureuse. Et, cependant, à quelle profondeur ne peut-elle\npas atteindre et comme tout concourt à la développer!\n   Ce sont, en été, les nuits pâles où la clarté se traîne sur les choses comme\ndes lambeaux de gaze a b a n d o n n é s , le sommeil apaisant tout dans la lueur\ndiurne, les végétaux immobiles, les oiseaux endormis sur les branches, —\nl'apparence de la mort, enfin, d a n s ce qui fait la vie, la lumière. Ce sont les\ncampagnes si monotones, les longues courses en bateau sur les lacs, aussi\ncalmes que des consciences sans péché.\n   L a pensée travaille d'interminables heures, lentement, toute ramenée sur\nelle-même, p e n d a n t que passent à la côte les bouleaux blancs au feuillage\nléger, les sapins et les roches. Seulement trois teintes : du vert clair, du vert\nfoncé et du b r u n rosé. Elles se déplacent, se mêlent en proportions inégales,\nmais se renouvellent indéfiniment. L'on en arrive à croire que le décor ne\nchange pas et que ce sont toujours et les mêmes arbres et les mêmes pierres\nque l'on a devant soi, et bientôt la mélancolie du paysage devient celle de\nl'âme.\n   Si l'été ne vous angoisse pas en Suède comme en Russie, l'hiver, lui non\nplus, n'est pas le m ê m e . Il ne vainc pas autant l'être h u m a i n . Malgré le ciel\nd'azur trop pâle et le soleil affaibli, certaines journées suédoises, avec la neige\néclatante sur les pelouses, dans les jardins et sur les arbres, d o n n e n t l'illusion\nd'un p r i n t e m p s blanc.\n   Mais, toujours, on a l'impression que cet hiver, que cette nature, partout\npareille à elle-même, s'étendent jusqu'à l'horizon, et bien au delà, sur les\nespaces immenses. E n F r a n c e , en Allemagne et ailleurs, il est des paysages\npeu s o u r i a n t s ; mais l'on sait que, derrière eux, la création redevient belle.\nLà, on s'imagine que la terre entière est ainsi froide et monotone. L a pensée\ns'apaise ; la vie se ralentit; il semble que le temps a suspendu son impitoyable\nmarche et que l'on est, au milieu de blancheurs fleuries et d'une contrée indif­\nférente, arrêté pour l'éternité.\n\n                                                                      G. D'ABSCHOT.\n\n  (A continuer.)\n"}, {"page_pdf": 598, "texte": "Les Images religieuses artistiques\n           de la \" Leo=Gesellschaft „\n                                                               Artem populo.\n                                                            (Devise de la L.- G.)\n\n                      MON petit, veux-tu une belle image? Cette parole magique\n                        du grand-père, du vieil oncle, du bon curé, qu'elle nous\n                        fut souvent dite autrefois! souvent encore aujourd'hui,\n                        nous l'entendons adressée à d'autres petits, et en obser­\n                        vant ses merveilleux effets, en voyant les yeux s'allumer\n                         de convoitise et les menottes se tendre vers le donateur\n                        subitement aimé, nous nous rappelons nos joies anciennes.\n                         Mais si le souvenir s'est réveillé du plaisir éprouvé jadis à\n                         contempler une Vierge souriante et u n J é s u s joufflu enlu­\nminés de couleurs vives, agrémentés de b o r d u r e s découpées, nous n'avons et\nn'eûmes jamais aucune conscience de l'influence secrète que ces figurines\nexercèrent, lentement et sûrement, sur la formation et la fixation de notre\ngoût d u r a n t notre adolescence et notre jeunesse. De notre goût! Que dis-je?\nIl faudrait ajouter : de notre sens religieux. A coup sûr, les moutons et les\ncolombes des images dentelées du quartier Saint-Sulpice ne p t u v e n t inspirer,\nmême à un enfant encore d é p o u r v u de toute finesse, le même genre de piété\net un sentiment de même nature qu'une Vierge de l'Angelico ou de Filippo\nL i p p i . Il est certain que, à l'âge où l'âme enfantine absorbe avidement les\nimpressions du dehors et se cristallise en quelque sorte, la contemplation\nd'images niaises affadit, fausse et — le mot n'est pas trop fort — empoisonne\nà la fois le goût et la piété. Qui songe à cela en distribuant les petites horreurs\nqu'on débite c o u r a m m e n t ? Certains y songent en gémissant de ne trouver pas\nmieux — au moins dans les conditions économiques requises impérieusement\npour exercer un apostolat effectif. Car si le goût public est en progrès incon­\ntestable depuis un quart de siècle, si l'imagerie bête s'étale avec u n peu moins\nd'ostentation, consciente d'avoir perdu une partie de sa clientèle de jadis, les\nessais très louables tentés en F r a n c e et en Belgique n'ont abouti à aucun\nrésultat vraiment décisif. Tantôt les images elles-mêmes m a n q u e n t de valeur\nesthétique et de c h a r m e , malgré leur bariolage. N'encourent-elles point\nce reproche, les figurines parfois si gauchement archaïques de notre école\n"}, {"page_pdf": 599, "texte": "496                                       DURENDAL\n\n\n\n Saint-Luc? Tantôt, — et c'est le cas pour d'assez nombreuses images\n publiées par certains éditeurs parisiens, — elles sont réellement intéressantes\n et belles, mais, à cause de leur prix élevé, elles ne peuvent se répandre comme\n il faudrait. Seules peut-être, à notre avis, celles de l'école d'art de Beuron\n répondent heureusement à ce double but, mais, en dépit de leur pieuse et\n noble gravité, comme elles nous présentent, pour la plupart, des compositions\n modernes issues de ce milieu unique et fort peu personnelles, elles\n n'échappent point au reproche de monotonie et de froideur.\n    Ce qu'il faudrait, c'est une collection reproduisant, dans des conditions de\n perfection et de bon marché suffisantes, les chefs-d'œuvre religieux anciens.\n Qu'on popularise aussi les compositions modernes, qu'on en crée de nou­\n velles : rien de mieux; mais qu'on commence par faire connaître et aimer les\n radieux chefs-d'œuvre d'autrefois. On essayera ensuite de trouver aussi bien\n dans l'art d'aujourd'hui.\n    Ce rêve d'artiste, le voici réalisé; l'entreprise admirable d'une telle collec­\ntion a été tentée récemment par l'Oesterreichischc Leo-Gesellschaft et la réussite\na dépassé toute attente. Très répandue déjà en Autriche et en Allemagne,\ncette publication est encore, si je ne me trompe, quasi ignorée en Belgique.\nJ'écris ces lignes pour la signaler à ceux que ne satisfait point l'imagerie cou­\nrante et qui poursuivent la chimère de l'image artistique... à un sou (1).\n    La Société, sous la direction savante du D r Karl Domanig, conservateur\ndu Musée Impérial de Vienne, a publié ses premières images en 1899; elle\nen a mis au jour, jusqu'à présent, plus de quatre cents, en sept divers formats,\ndepuis ceux qui conviennent à l'ornementation de nos murs (25 X 33 centim.)\njusqu'à ceux des figurines destinées à réjouir nos regards au tournant des\npages pieuses.\n    L'aspect des images, le procédé de reproduction sont très variés. L'impres­\nsion, en teinte unique ou multicolore, sur papier bien approprié, est parfaite\nde netteté et de vivacité. Les reliefs sculpturaux, les gravures sur cuivre et\nsur bois sont remarquablement rendus dans des tons gris, verts, bruns, etc.\n    Mais parlons des sujets, voilà l'essentiel. Ce sont, en très grande majorité,\ndes œuvres anciennes : gravures, peintures, sculptures, bas-reliefs. Et ces\nœuvres, on les a choisies — sans aucun souci de dogmatisme artistique, sans\nmême témoigner de trop exclusive prédilection — dans les trésors de toute\népoque et de toute école. Les primitifs flamands, allemands, italiens voisinent\navec les Raphaël, les Murillo, les Vinci, les Philippe de Champagne. Eton­\nnante diversité du sentiment esthétique et de l'expression religieuse, que\nchaque siècle, chaque race et chaque artiste ont revêtu d'une beauté particu­\nlière! Que cela est admirable à observer; et comme cette diversité même\natteste bien l'éternité du sens religieux, sa confusion presque avec le sens du\nbeau et de l'idéal, avec ce qui nous est le plus intime. L'émotion religieuse,\nnous ne l'éprouvons pas comme une impression artificielle, acquise, étrangère\net surajoutée à notre mentalité; nous ne saurions l'exprimer avec ardeur sans\n\n\n  (1) L e d é p ô t central des Klassiche Andachtsbilder   de la Leo-Gesellschaft est à la maison\nde librairie Jos. Roth, à Vienne et Stuttgart.\n"}, {"page_pdf": 600, "texte": "      LES IMAGES RELIG. ARTIST. DE LA « LEO-GESELLSCHAFT »                             497\n\n\nnous exprimer nous-mêmes d a n s les infinies diversités de nos âmes. Voilà\npourquoi les chefs-d'œuvre religieux sont si touchants, si attirants : l'artiste\nn o u s intéresse et n o u s é m e u t autant que son sujet. Cela est vrai sans doute,\nd a n s u n e large m e s u r e , d e toute inspiration d'art, d a n s n'importe quel\ndomaine, mais ne l'observe-t-on pas d'une façon plus frappante dans le\ndomaine religieux?\n    Au lieu de philosopher à perte de vue sur ce point subtil, regardons nos\nimages. P a r m i celles de grand format (et qui coûtent de fr. 0.20 à 1 franc),\nje remarque une Sainte-Trinité d'un a n o n y m e de l'école de Van Eyck, bien\nintéressante d a n s son réalisme, superbe chromo rehaussé d'or, une belle tête\nde Christ de P . Flötner, une Madone de Rossellino(?), la Vierge dans la Prairie\n de R a p h a ë l , la Descente du Saint-Esprit de Van Orley, le Baptême du Christ de\n J. Patinier, le délicieux Saint Jérôme et le Saint Hubert de Dürer, une bien\njolie Madone d'un primitif colonais (vers 1400), celle de Mantegna, etc. El,\n d a n s les formats ordinaires (qui coûtent de fr. 2.5o à 7 francs le cent), voici\n des Memling (dont une adorable Vierge), des Metzys, des Van der W e y d e n ,\n un exquis petit T h i e r r y Bouts, u n L u c a s de L e y d e , de curieux primitifs alle­\n m a n d s a n o n y m e s , un H a n s Müllscher, de n o m b r e u x Dürer, des Holbein ;\n puis, quelques espagnols : Murillo, Cano, J u a n de J u a n e s ; le Saint Charles\n de Ph. de C h a m p a g n e ; enfin, parmi les italiens, les plus n o m b r e u x natu­\n rellement, nous trouvons (je cite au hasard des noms, dans l'ordre de leur\n apparition au catalogue) : Mantegna, Montagna, Gaudenzio F e r r a r i , Moretto\n da Brescia, Girolamo dai L i b r i , Caroto, Botticelli,.Ghirlandajo, Lorenzo da\n Credi, Bellini, Giorgione, R a p h a ë l , A. del Sarto, S o d o m a , Boltraffio, Solario,\n P r o c a c c i n i , Agostino Carracci, Reni, Sassoferrato, Donatello, Boccaccino,\n Vinci, Annibale Carraci, A. della R o b b i a , Angelico da Fiesole, Crivelli,\n Cima da Conegliano, Mino da Fiesole, Gir. R o m a n i n o , Moroni, Francia,\n Bartolomeo, P e r u g i n o , L u i n i , Cignani, la douce vierge vénérée à Castel\n Gandolfo, l'admirable Christ en croix de Bologne (xve siècle) ; enfin quelques\n images-portraits de saint Ignace, saint Alphonse, saint François de Sales,\n saint J e a n B e r c h m a n s , etc.\n   — Q u e sera cette liste d a n s quelques a n n é e s , q u a n d le développement\nde la Société lui a u r a permis de multiplier considérablement le n o m b r e de\nses éditions nouvelles? U n e vraie pinacothèque en miniature, aussi intéres­\nsante p o u r l'artiste que pour le chrétien pieux.\n   J e n'ai voulu signaler jusqu'à présent que les reproductions d'oeuvres\nanciennes, qui forment le véritable et exceptionnel mérite de la collection.\nU n certain n o m b r e d'images modernes figurent aussi au catalogue. Certes,\nce n'en est pas la meilleure partie. Elle est même en dessous de ce que l'on\npouvait attendre et je suis porté à la considérer comme une concession au\ngoût actuel du public, qu'on craindrait de rebuter en ne lui offrant que les\nâpretés savoureuses d'un D ü r e r ou les grâces naïves et raffinées à la fois des\nPrimitifs ou, en général, des créations d'un art trop original et trop élevé. On\naurait pu c e p e n d a n t , je crois, mieux choisir que les compositions de F ü h r i c h ,\nd'Hellweger, d'Overbeck de Steinle, de L . Richter pour représenter la peinture\nreligieuse c o n t e m p o r a i n e . L'Enfant prodigue et les petites figures de saints de\n"}, {"page_pdf": 601, "texte": "498                                   DURENDAL\n\n\nFiihrich sont intéressants et bien allemands, mais ses grandes images ! et sur­\ntout sa Vierge, quel affreux chromo, reproduit ici en plusieurs formats!... J e\nn'aime guère les imaginations d'Hellweger, ni son fade coloris (il a un bon Saint\nFrançois pourtant), ni le Chemin de la Croix d'Overbeck, ni la Pietà, de Steinle;\nmais, par contre, certaines images de ce dernier ont u n charme réel : La\nVierge tissant la robe du Christ et Saint François mourant.\n   E n somme, nous ne reprocherons certes pas à la Leo-Gesellschaft de tra­\nvailler pour tous les goûts. Elle nous offre de l'Angelico, du Memling, du\nVan der W e y d e n , du Crivelli, du Vinci : remercions-la, sans trouver mauvais\nqu'elle produise aussi du F ü h r i c h . D'ailleurs, n'oublions pas que l'entreprise\nest à ses débuts ; le Comité ne b o r n e r a pas là ses recherches d a n s l'art\ncontemporain et il trouvera mieux. Telle œuvre de W a n t e ou de Josef\nJanssens, pour citer deux noms belges qui se présentent à m o n esprit, ne\nferait-elle pas là meilleure figure? E t bien d'autres mériteraient cet h o n n e u r .\nCar, après avoir reconnu, en notre t e m p s , l ' i m m e n s e infériorité de l'expres­\nsion religieuse dans le domaine des arts g r a p h i q u e s et plastiques — en regard\nde sa renaissance éclatante dans le domaine musical, — il ne faut pas\ndécrier en bloc la peinture pieuse d'aujourd'hui. P a s plus qu'il ne faut vanter\nen bloc les anciens c o m m e t e l s ; quoi de plus banalement m o d e r n e , au m a u ­\nvais sens du mot, que le Christ eucharistique de J u a n de J u a n e s , auquel je\npréfère encore le Christ d'Hellweger ?\n   J e me permettrai, en plus, d'exprimer u n double desideratum. Q u e la\nSociété fasse de ses images avec texte en langue vulgaire, lesquelles sont\ntrès h e u r e u s e m e n t conçues comme disposition et choix de texte, de n o u v e a u x\ntirages avec paroles en français et en flamand, afin d'en assurer la diffusion\nen Belgique. Je voudrais aussi, dans un but d'instruction populaire, q u ' à\nl'indication de l'auteur et de l'époque de l'œuvre reproduite, on ajoutât celles\ndu g r o u p e artistique auquel elle appartient et du lieu, église, musée ou collec­\ntion privée, où elle repose.\n    Disons, pour terminer, que les plus hauts encouragements n'ont pas fait\ndéfaut à l'entreprise de la Leo-Gesellschaft. Le pape L é o n X I I I , plusieurs\névêques d'Autriche et d'Allemagne l'ont louée et r e c o m m a n d é e comme il\nconvenait, et l'accueil reçu en pays g e r m a n i q u e , la brillante distinction\nobtenue à l'Exposition de Paris 1900 font bien a u g u r e r de son avenir (1).\n\n                                                                  CHARLES     MARTENS.\n\n\n\n\n  (1) Le but de cet article était uniquement de signaler les publications populaires de la\nLeo-Gesellschaft. La société a publié en outre, sous le titre de Opus Sancti Lucae, une\nluxueuse collection de grandes reproductions artistiques.\n"}, {"page_pdf": 602, "texte": "                LIVRES ET REVUES\n\n L e d o u b l e j a r d i n , par MAURICE MAETERLINCK. — (Paris, Fasquelle.)\n    Certes, la philosophie de M. Maeterlinck n'est pas la nôtre. T a n t s'en faut.\n Mais cela ne doit pas nous empêcher et cela ne nous empêchera jamais\n d'admirer et d'aimer en lui le génial artiste, le maître écrivain, le magnifique\n poète qu'il est. P o è t e surtout il l'est à un degré de perfection que pas u n\n écrivain contemporain peut-être n'atteint, du moins dans les lettres françaises.\n Peut-on rêver des pages plus belles, plus éblouissantes de lumière, d'un\n coloris plus chatoyant que celles où, d a n s u n livre antérieur, il nous intro­\n duisait d a n s le c h a r m a n t r o y a u m e des abeilles. Ce livre est un des plus\n beaux qu'on ait écrit. L e style en est fastueux dans sa noble simplicité\n qui n'est q u ' a p p a r e n t e . Ampleur incomparable de la p e n s é e ,     richesse\n somptueuse et sans limite des images, éclat merveilleux de la parole qui est\n toujours d'une justesse impeccable et enrobe des idées de lumière dans un\n vêtement d'or épingle de brillants, de d i a m a n t s et de perles, telles se\n présentaient à nous ces pages de beauté où Maeterlinck nous initiait à la\nvie mystérieuse de l'intéressant petit peuple des abeilles.\n   J e retrouve cette m ê m e richesse d'idées, cette même exubérance de vie,\ncette m ê m e noblesse de langage d a n s les pages d'une grâce ineffable, fines\ncomme u n e dentelle, que l'auteur consacre aux fleurs dans son nouveau\nlivre : Le double jardin. J e m'arrête de préférence à ces pages parce qu'à elles\nseules elles valent tout un livre. Elles valent plus que des centaines d'autres\nvolumes écrits par d'autres. J e les aime entre toutes. Elles ont augmenté\nencore, si c'est possible, m o n admiration enthousiaste pour M. Maeterlinck,\nqui a toujours été et reste un de mes auteurs de prédilection. Mais il est\nimpossible d'analyser des pages pareilles. T o u t e analyse serait incolore,\ninsuffisante, impuissante. On ne peut que dire au public : lisez vous-même.\n Si vous n e saisissez pas la beauté qui s'y trouve, ne vous occupez pas d'art.\nIl n'est pas votre fait, car ceci c'est le sommet de l'art.\n   Comment donner u n e idée, par exemple, de ce chapitre exquis où Maeter­\nlinck n o u s énumère, en les interprétant d'une façon divine, les noms p o p u ­\nlaires si délicieux des fleurs des c h a m p s , noms qui valent tout un poème à eux\nseuls ; celui où il nous décrit la naissance des fleurs au printemps ; celui où\nil nous offre le bouquet ingénu des fleurs démodées; celui où il nous\ndépeint le bel orgueil des insolents mais glorieux chrysanthèmes ; celui où\nil éveille notre attention sur les fleurs plus modestes des jardins de béguinage\net m ê m e sur les légumes et les mauvaises herbes.\n   J'aime surtout, entre tant de pages d'une beauté souveraine, celles que\n Maeterlinck a consacrées aux noms donnés par la tradition populaire aux\n"}, {"page_pdf": 603, "texte": " 500                                  DURENDAL\n\n\n\n fleurs des c h a m p s , « n o m s de reine, de bergère, de vierge, de princesse,\n de sylphide et de fée, qui passent comme une caresse, un éclair, un baiser,\n un m u r m u r e d'amour sur les lèvres. Il n'est, je crois, dans notre langue,\n rien qui soit mieux, plus distinctement ni plus affectueusement n o m m é\n que ces fleurs populaires. Ici le mot habille presque toujours l'idée avec\n u n soin, u n e précision légère, un b o n h e u r a d m i r a b l e . Il est comme une\n étoffe ornée et transparente, qui moule exactement la forme qu'elle embrasse\n et qui a la nuance, le parfum et le son qui conviennent. Appelez devant\nvous la pâquerette, la violette, le bluet et le coquelicot : le n o m c'est la fleur\n même. Quelle merveille, par exemple, que cette sorte de cri et de crête de\nlumière et joie : Coquelicot, pour désigner la fleur écarlate que les savants\naccablent de ce titre barbare : Papaver Rhocasl Voyez la primevère ou prime­\nrole, la pervenche, l'anémone, la jacinthe des bois, la véronique bleue, le « ne\nm'oubliez pas », le liseron des c h a m p s , l'iris, la c a m p a n u l e : leur nom les\npeint par des équivalents et des analogies que les plus g r a n d s poètes ne\ntrouvent que rarement. Il est toute leur â m e ingénue et visible. Il se cache,\nil se penche, il s'élève dans l'oreille, comme celles qui le portent se dissimulent,\ns'inclinent ou se dressent dans les blés et dans l'herbe. Voilà les quelques\nnoms que nous connaissons tous; nous ignorons les autres, bien que leur\nmusique décrive, avec la même douceur, le m ê m e génie heureux, des fleurs\nque nous voyons au bord de chaque route et dans tous les sentiers... On\nrécite u n poème de grâce et de lumière en les é n u m é r a n t . On leur a réservé\nles sons les plus aimables, les plus purs, les plus clairs, et toute l'allégresse\nmusicale de la langue. »\n    P a r m i les fleurs dont l'auteur évoque encore si poétiquement la physiono­\n mie, en en interprétant les noms d'une façon si ingénieusement naïve et\nsimple, il y a encore : « La renoncule ou bouton d'or, qui a deux noms comme\nelle a deux vies ; car elle est à la fois l'innocente vierge qui couvre le gazon\nde gouttes de soleil et la redoutable et vénéneuse magicienne qui distribue la\nmort aux a n i m a u x distraits; la mille-feuilles et le mille-pertuis, petites fleurs\njadis utiles, qui s'en v o n t p a r les routes comme de silencieuses pensionnaires en\nuniforme terne ; la stellaire ou collerette de la Vierge, qui salue les premières\nc o m m u n i a n t e s le long des haies; la jatte ou provenelle, habillée comme la\nservante d'un curé de c a m p a g n e ; la camomille, la bonne sœur aux mille\nsourires en cornette, a p p o r t a n t dans u n bol de faïence la tisane salutaire. »\n    Mais il faut nous arrêter. N o u s n'en finirions pas si nous voulions donner\nu n e idée approchante de ces admirables chapitres sur les fleurs. Il nous fau­\ndrait surtout parler du chapitre des chrysanthènes, « qui étalent sous le voile\nharmonieux des journées de novembre, leurs richesses un peu funéraires »,\net montrer avec quel art et quelle poésie l'auteur n o u s décrit le prestigieux\npoème des chevelures irréelles de ces fleurs, « chevelures folles et miracu­\nleuses, rayons de lune emmêlés, buissons d'or et tourbillons de flammes ».\n    Ces extraits suffisent pour dévoiler la splendeur des pages que l'auteur\nconsacre aux fleurs, et qui, je le répète, sont les plus belles du livre. Celui-ci\nn'en contiendrait p a s d'autres qu'il faudrait déjà l'acquérir et le lire.\n                                                                  HENRY    MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 604, "texte": "                                   LIVRES ET REVUES                                         501\n\n Le Visage              é m e r v e i l l e , par la Comtesse M A T H I E U DE N O A I L L E S . —\n     (Paris, C a l m a n n - L é v y . )\n     U n e histoire d'amour; u n e histoire donc qui, si elle n'est pas nouvelle, est\n c e p e n d a n t toujours neuve : Chaque génération n e rajeunit-elle pas le vieux\n thème, qui se pare, à ses yeux, du prestige de l'inédit?\n     Le théâtre de cette histoire est un couvent, et cela, au moins, n ' e s t pas\n inédit d a n s la littérature, sinon, peut-être, parfois, d a n s la réalité : Le prin­\n temps rit aussi, de tout son visage émerveillé, aux vitraux d ' u n e chapelle ; et\n par la porte de celle-ci, dont l'embrasure apparaît à la recluse troublée ainsi\n q u ' u n porche éblouissant ouvert sur le soleil et sur la vie, l'odeur des jasmins\n peut entrer et, se mélangeant aux effluences de l'encens, pénétrer u n cœur\n jeune de nostalgie inquiète — surtout en ces m o m e n t s de langueur vague et\n vaine où l'âme ploie sous l'excès de la paix et de la régularité; en ces heures\n d'acedia dont les saintes filles de Port-Royal des Champs connaissaient si bien\n le péril.\n     S œ u r Sainte-Sophie choyée, désœuvrée — et que saint F r a n ç o i s aurait, pro­\n bablement, appelée sœur Mouche ! — aime plutôt ce péril, et, à défaut d'elle-\n même, personne ne l'en défend dans une maison où les passants entrent par­\n les fenêtres ou, m ê m e , par les portes ! De sorte que la lecture de l'œuvre de\n M m e de Noailles nous laisse encore à rêver à ce que pourrait être, dans une\n âme vraiment religieuse, la lutte entre la passion et le devoir ; débat plein\n d'ardeurs étouffées, de douloureuses résistances, d'abandons désespérés et de\n retours, où, peut-être, la foi et la vocation meurtries ne seraient pas triom­\n phantes, mais où elles se seraient défendues avec violence et beauté.\n     L e dessein de l'auteur de ce livre a été différent, et n o u s craignons que le\ncouvent qu'il nous montre, tout blanc parmi les fleurs, et qui fait figure déli­\ncieuse de grâce et de pureté — grâce défaillante du péché, au milieu d'une\npureté enivrante et glacée — ne soit là que pour ajouter un attrait interdit aux\npéripéties prévues de l'éternelle aventure. E t sous quelque aspect séduisant\nque l'héroïne de celle-ci nous soit peinte — ou qu'elle se peigne elle-même,\npuisque le récit revêt la forme d'un journal intime — on ne peut rejeter la\npensée que la transgression de l'ordre, de la règle et de la pureté du monas­\ntère ne soit u n des éléments stimulants et nécessaires de ses joies secrètes.\n    L'incrédulité de son ami Julien l'irrite, mais on aperçoit immédiatement à\nquel point, dans son inconscience, ce courroux est strictement logique, car,\nsi Dieu n'existait point, comment pourrait-on lui désobéir? Elle n'a pas même\nla générosité entière de sa faute : séduite, elle refuse de suivre le séducteur,\nde fuir le couvent, non point par scrupule, mais parce qu'il est manifeste que\nce n'est pas Julien qu'elle aime, mais l'amour — et l'amour d a n s les conditions\noù elle l'a connu, c'est-à-dire avec l'exaltation du mystère, la palpitation de\nl'angoisse et la saveur du larcin. Après le départ de son ami, elle avoue tout à\nla Supérieure, fait u n e m a l a d i e ; mais, parce que, comme le disent éloquem­\nment les dernières lignes de son cahier, « le cœur de toutes les jeunes femmes\nse brise q u a n d , au bord des fenêtres d'été, l'odeur des jasmins est plus forte\nque tout leur courage », la plaie de sœur Sainte-Sophie se cicatrisera; un\nautre été viendra et, j'en ai peur, avec d'autres jasmins, u n autre Julien...\n"}, {"page_pdf": 605, "texte": " 502                                   DURENDAL\n\n\n      C'est une petite créature tout instinctive, qui ne voit pas plus loin que le\n bout de son cœur et qui se laisse gouverner par ses appétits physiques, non\n sans une certaine complaisance, car, tout en cédant à ses impulsions u n peu\n sauvages, à ce qu'elle se représente comme des fatalités de sa nature, elle y\n trouve à la fois des circonstances atténuantes. Mais comme c'est aussi une fille\n simple et spirituelle, elle ne songe pas u n instant à bâtir, comme tant d'autres,\n une théorie sur son tempérament et à préconiser, en conséquence, u n e\n réforme de la morale et une réorganisation de la société !\n     L a vie et les choses se réverbèrent en elle de la m ê m e façon que, jadis, son\n p r o p r e visage, « dans le petit miroir entouré d'argent qu'elle avait à 15 ans\n et sur lequel venait le soleil » — en petites images éclatantes, cernées d'un\n biseau p r i s m a t i q u e . Mais son âme m ê m e n'est-elle pas aussi c o m m e u n petit\nmiroir serti d'argent — ou, peut-être, d'acier — et dans l'eau lumineuse et\nluisante duquel les heures se mirent en images exaltées et éphémères? en\nimages qui sont c o m m e des fleurs, des parfums ou des flammes : reflets de\nses pensées, de ses émotions, des personnes et des choses qui l'entourent et\njusqu'à de ce Julien, comparse qui ne p r e n d quelque passagère réalité que\nparce qu'il est venu se réfléchir, une minute, d a n s cette imagination incandes­\ncente, de laquelle c h a q u e sensation fait jaillir une étincelle.\n     Soeur Sainte-Sophie est u n e charmante créature de jouissance et de p r o i e ;\nune de ces âmes momentanées pour qui la sensation actuelle est si intense et\nsi pleine, qu'elles n'ont pas d'attention à donner au passé, ni à l'avenir : « La\nvraie vie est trop large, dit-elle, elle a trop de degrés. » Aussi, pourrait-on\ncroire que tout en elle, pensées et sentiments, soit comme les murailles de son\ncouvent, « de chaux et de soleil » — éclat sans ombres; ardeur sans tendresse\net sans mélancolie...\n     Elle n'est ni sainte, ni sage, sœur Sainte Sophie ; elle n'aime ni Dieu, ni son\nami, mais elle-même : \" II y a moi, se répète-t-elle; moi, et puis les a u t r e s ! »\nElle est dangereuse pour sa c o m m u n a u t é et ne le serait pas moins d a n s le\nm o n d e , d'autant plus qu'elle écrit — on n'oserait dire : comme u n ange ! —\nmais, comme Mme de Noailles, merveilleusement.\n                                                                     ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nLe Branle, par H É L È N E CANIVET. — (Bruxelles, Lacomblez.)\n   U n nom à joindre à ceux de nos deux merveilleuses artistes Blanche\nRousseau et Marie Closset, H é l è n e Canivet ne sera pas éclipsée par le\nvoisinage de ses deux illustres consœurs en l'art d'écrire. Si son talent est\ndifférent' — c e qui est à sa louange, car cela exclut l'idée de pastiche, — il n'est\npas moins remarquable dans son genre. Ses contes et ses poèmes sont char­\nmants. Certaines de ses pages atteignent même la perfection du chef-d'œuvre,\ncomme, par exemple, les Arbres, l'Hôpital, le Christ et les paysans, Alcoolique. Je\nn'ai jamais lu u n e plus jolie description d'un hôpital que celui qu'en fait\nl'auteur. E t on n e saurait dépeindre d'une façon plus saisissante cet être\ndégénéré et lamentable dans son abjection qu'est l'ivrogne invétéré.\n   Ce livre est un début. On ne le croirait jamais à lire ces pages si joliment\npensées et si finement écrites. C'est une belle promesse p o u r l'avenir. N o u s\n"}, {"page_pdf": 606, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                                 503\n\nne pouvons qu'engager l'auteur à poursuivre vaillamment la carrière\nd'écrivain qui est vraiment la sienne et pour laquelle elle a une vocation\névidente. Son style n'est pas féminin du tout, dans le mauvais sens du\nmot, c'est-à-dire efféminé. Il est vigoureux, concis et incisif. Il est émaillé\nd'images très expressives et qui dénotent u n e belle puissance d'imagination.\n «C'est» — dit E d m o n d P i c a r d — « u n e F l a m a n d e à cerveau robuste ».\n     « Toutes les pièces de ce recueil révèlent une r e m a r q u a b l e aptitude à l'image,\ncette spécialité très recherchée du style français m o d e r n e aux prises avec u n e\nlangue d e v e n u e trop pauvre pour exprimer les multiples nuances, les i n d é ­\nfinis raffinements de nos esprits contemporains, contraints dès lors, pour\ns'extérioriser, de recourir à des procédés verbaux qui voisinent la peinture.\nL'œuvre d ' H é l è n e Canivet est surtout descriptive. Elle est féconde en trou­\nvailles imprévues, en r a p p r o c h e m e n t s c h a r m e u r s . D a n s ce travail à la fresque,\nelle colore vivement, elle dessine en nets et violents c o n t o u r s . L'allure est\npresque masculine, sans perdre complètement son sexe. »\n    J'ai tenu à citer cette critique du grand écrivain E d m o n d Picard parce\nqu'elle est tout à la louange de notre a u t e u r . Elle peut être fière de recueillir\nde pareils suffrages. M. P i c a r d est u n maître écrivain et un critique averti et\n autorisé.\n    N o u s offrons nos plus vives et sympathiques félicitations à notre collabora­\n trice, qui, nous en sommes heureux et fiers, a publié ses toutes premières\n pages dans notre revue. N o u s attendons d'elle des œuvres de plus en plus\n belles et parfaites dans l'avenir.\n    H é l è n e Canivet est la belle-sœur du grand artiste Montald dont tout le\n m o n d e a admiré la superbe exposition, au Cercle Artistique, il y a quelques\n mois.\n                                                                             HENRY MŒLLER.\n\n\n    E p i s o d e s . Deuxième série (1899-1901), par REMY DE GOURMONT. —\n(Paris, Mercure de France.)\n   P o u r les esprits qui se refusent à la Révélation, s'y soustrayent ou en\nnient la vérité, toutes les morales comme toutes les lois et toutes les sciences,\né m a n a n t , nécessairement, des hommes, sont précaires et controversables,\npar définition, et ne peuvent être acceptées qu'à titre de conventions ou\n« jusqu'à plus ample informé ». T o u t e vérité, par conséquent, est muable et\nc h a n g e a n t e comme les circonstances, les m œ u r s , les c o u t u m e s , etc., qui ont\nfait prévaloir son évidence provisoire.\n    Mais l'homme est un animal à principes, et si incrédule qu\"il soit, ou,\nm ê m e , d'autant plus qu'il est incrédule, il est toujours occupé à dresser le\ncadastre de la vie, à poser des bornes et des limites, à ranger les êtres et les\nchoses selon de méthodiques alignements, à l'abri desquels l'humanité trouve­\nrait la sagesse et le b o n h e u r , si, par une aberration incompréhensible, elle\nne préférait les incohérences de la liberté à l'ordre rationnel d'un système !...\nCelte étrange perversité ne décourage point, d'ailleurs, les théoriciens de la\npolitique ou de la science : ils ne croient à rien qu'à eux-mêmes, mais en\nfanatiques, avec la foi la plus vive et la plus agissante dans la vertu de leurs\n"}, {"page_pdf": 607, "texte": "504                                  DURENDAL\n\n\nidées, qu'à l'occasion et pour leur plus grand bien, ils imposeront par la\nforce à leurs contemporains. De sorte q u e , par passion, par intérêt, par\nmentalité spéciale, la plupart des i n c r o y a n t s , en dépit de toute logique,\nn'ont fait que de transporter de Dieu à l'homme, à une idée, à une formule,\nle besoin de religion qui est en e u x .\n   M. R e m y de G o u r m o n t , lui, rejette le surnaturel, mais il ne le remplace pas\npar l'utopie; il se classe, au premier rang, parmi les rares esprits indépendants\nde ce temps : il est sceptique, mais son scepticisme ne dogmatise pas ; il ne\ns'exerce pas u n i q u e m e n t en matière religieuse et il ne déforme pas, à ses\nyeux, par l'interposition de doctrines spéculatives, la réalité et les réalités du\nmonde et des h o m m e s . Ses Episodes mensuels du Mercure de France, dont il\nnous d o n n e une seconde série, sont comme les notes m o r d a n t e s et lucides,\ntoujours riches de pensée et d'esprit, d'un témoin vraiment impartial des\névénements, qui examine ceux-ci et les analyse pour les juger, sans parti pris,\nou, du moins, sans parti pris autres que ceux qu'il tient de ses propres\ninclinations intellectuelles. E t il a fallu une fierté peu c o m m u n e de carac­\ntère et u n e fermeté bien imperturbable pour oser dire, en F r a n c e , à certaines\nheures, que la société n'avait pas la figure des antithèses de H u g o , et que\ntoute la sincérité et toute la justice n'étaient pas d'un côté; tout le mensonge\net toute l'iniquité, de l'autre...\n   U n vase impose sa forme au liquide que l'on y verse — de m ê m e les\ncerveaux, qui ne reçoivent les notions, les connaissances et j u s q u ' a u x faits\nles plus évidents, que pour les adapter à leur mentalité préétablie. R e p r e ­\nnant cette image de M. de Gourmont, on pourrait ajouter qu'en certaines\nintelligences, telles que celle de l'auteur des Episodes, les idées troubles,\nmélangées de chimères, de préjugés et d'ignorance volontaire ou inconsciente\nse décantent pour apparaître à l'observateur dans la valeur ou dans l'inanité\nde leur réalité essentielle.\n                                                                   ARNOLD    GOFFIN.\n\n\nL'art flamand et hollandais. — (Anvers, Buschman.)\n    Le n u m é r o de Juillet débute par u n très beau compte r e n d u du Salon de\nla Libre Esthétique de GEORGES EEKHOUD, qui est n o n seulement un g r a n d\nécrivain mais encore un excellent critique d'art. N o u s extrayons de son\narticle quelques réflexions générales intéressantes. Au Salon de cette année,\nOCTAVE MAUS avait exposé deux cents œuvres environ de l'école française\nc o n n u e sous le n o m d'Impressionnisme. Jamais on n'avait réuni un ensemble\naussi important de tableaux de ces peintres, dont plusieurs compteront p a r m i\nles radieux et vibrants luministes de la seconde moitié du siècle dernier ou\nde notre é p o q u e . Dans ce n o m b r e , il y avait plusieurs chefs-d'œuvre et la\nplupart se recommandaient tout au moins par une valeur historique et d o c u ­\nmentaire. Ce Salon comportait une sorte de revue ou d'histoire en action de\n VImpressionnisme qui fournit l'occasion d'étudier de près les productions de ce\n mouvement d'art.\n    De la visite de ce Salon on emportait la conviction que d a n s ces derniers\n temps la France a vu s'épanouir une floraison de peintres dignes de rivaliser\n avec nos maîtres d'ici.\n"}, {"page_pdf": 608, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                   505\n\n   Mais cette exposition, tout en nous fournissant des sujets de parallèles\ntantôt à l'avantage des F l a m a n d s et tantôt à celui des Français, n'entama\nd'aucune façon le prestige de nos nationaux.\n   Certes, Monet, Pissaro, Claude Monet, Degas et Renoir, sont des peintres\nadmirables, mais plus d'un des nôtres soutient victorieusement la comparaison\navec eux.\n   Q u a n t au Pointillisme ou Néo-Impressionnisme, une réaction se produit contre\nu n procédé par lequel des fanatiques prétendirent obtenir la seule expression\nd'art absolu. L'intransigeance des adversaires en pointillisme n'était pas moins\nabsurbe que celle de ses partisans. Il ne faut point r e n d r e cette utile décou­\nverte responsable de la maladresse et des extravagances de quelques-uns.\n   Il faut concéder en tous cas à l'impressionnisme les mérites d'avoir délivré la\npeinture des ragoûts, des jus, des sauces et des bitumes. Ils remirent la\nlumière en h o n n e u r ; ils rendirent la couleur aux ombres uniformément\nnoires; ils rétablirent le culte du soleil.\n   L e compte rendu de G. E e k h o u d est illustré de la reproduction de beaux\ntableaux : la Loge de Renoir, la Plage d ' E d o u a r d Manet, la Falaise de Monet,\net de la superbe toile de Van Rysselberg : La Lecture, qui est vraiment u n e\nbelle œuvre.\n   L'article de G. E e k h o u d est suivi d'un autre sur Quatre cartons de tapisseries\nde Bernard Van Orley, très beaux et qui sont très bien reproduits dans la revue.\n   Suit un long et admirable compte rendu d'une exposition Van Gogh à Gro­\nninghen, rehaussée par quelques illustrations reproduisant des œuvres fort\ncurieuses de cet artiste si original. Le talent si particulier, si spécial, si\nviolent et si tourmenté de cet artiste si bien doué, en dépit de l'exaspération\nque dénotent ses dernières œuvres est très judicieusement analysé et dépeint\ndans cette belle et forte étude de M. Jacobsen.                             H . M.\n\n     L ' A r t M o d e r n e . — D a n s l'article — intéressant du reste — qu'il\nconsacre à l'Œuvre de Hugo Van der Goes, dans le fascicule du 7 août, Sander\nPierron affirme que les Vies des Saints du Brabant de J e a n Gielemans, conservées\ndans la bibliothèque privée de l'empereur d'Autriche, contiennent de\nnombreuses enluminures. Il se t r o m p e . L e s neuf volumes ne contiennent que\ntrois miniatures. I1 y en a u n e d a n s le premier tome de l'Hagiologium Brabanti­\nnorum, fol. I I I e , une dans le tome deuxième du même ouvrage, fol. IV e , et\nune d a n s l'Historioligium Brabantinorum, fol. I I I e .\n     L a première miniature, dont les dimensions sont o m 28 X o m 19, a pour\nlégende ce texte : H a e c figura repraesentat S. Karolum Magnum, imperatortm\nRomanorum, regem Francorum ac ducem Brabantinorum et omnes sanctos et sanctas,\nqui prodierunt de siirpe ipsius ante et posl. E n effet, cette miniature représente\nCharlemagne ; les franges extrêmes de son m a n t e a u sont tenues d'un coté\npar S. Albert, l'évêque-martyr de Liège, de l'autre par S. Louis, évêque de\nT o u l o u s e . S o u s les plis du manteau s'abritent, d'une part, S. Louis, roi de\nF r a n c e , S. Arnould, évèque de Metz, et S. Guillaume, ermite, et d'autre pari\nS t e Gertrude, S t e Begge, S t e Gudule et Ste Amelberge.\n     La seconde miniature représente un arbre au tionc élancé; de ses fleurs\n"}, {"page_pdf": 609, "texte": "5o6                                  DURENDAL\n\n\n\némergent les images des saints suivants, clairement désignés par leurs noms\nécrits en toutes lettres : 5 . Oda virgo, S. Rumoldus, S. Gummarus Confesior,\nS. Wivina abbatissa, S. Luytgardis monialis, S. Theodardus episcopus et martyr,\nS. Lambertus episcopus et martyr. Près d u tronc de l'arbre, qu'elle enserre d u\nbras, se dresse sainte Hélène saisie par deux b o u r r e a u x . Sous la miniature,\non lit l'inscription : Haec figura repraesentat sanctos et sanctas in Brabaniia natos seu\nCouversatos, qui non prodierunt de stirpe ducum Brabaniiae, scd aliunde.\n   L a troisième miniature représente u n e vue de J é r u s a l e m .\n   Ces miniatures sont-elles de Van der Goes? P o u r résoudre cette question\nil ne suffit pas d'affirmer, comme le fait S a n d e r Pierron, que d e 1476 à 1482,\nVan der Goes et Gielemans ont vécu ensemble à Rouge-Cloître. Il faut\nexaminer soigneusement la date des manuscrits.\n   L a troisième enluminure n'est certainement pas de V a n der Goes. C a r\nl'Historiologium qui la contient a été écrit de 1486 à 1487, cinq a n s après la\nmort de Van d e r Goes.\n   P o u r la date de l'Hagiologium, qui renferme les deux autres miniatures, on\nn'est p a s fixé d'une façon certaine. T o u t ce qu'on sait, c'est qu'il a été écrit\naprès 1476 et avant 1484. Comme d'autre part cependant nous savons qu'en\n1479, Gielemans était encore occupé au Sanctilogium et q u e le Novale\nSanctorum semble avoir été commencé en 1483, il s'en suit que l'Hagiologium a\nété émit entre 1479 et 1482, les trois dernières années de la vie d ' H u g o Van\nder Goes.\n   Reste à voir si l'état d e santé d u malheureux artiste lui permettait encore,\nà cette époque, d'enluminer les manuscrits. Car, on le sait, il était atteint\nd'aliénation mentale dans les derniers temps d e sa vie.\n   Consulter, s u r la question, l'ouvrage des Bollandistes : De codicibus Hagio­\ngraphicis Johannis Gielemans, canonici regularis in rubea valle propt Bruxellas adjectis\nanecdotis. Bruxelles 1895. Voir surtout p p . 8-14 et 42-43.\n\nLes     Sangsues,        p a r EDMOND JALOUX. U n vol. i n - 1 8 . — ( P a r i s , Mercure\n   de France.)\n   C'est l'histoire d'un prêtre, chrétien à la fois très doux et très sévère, animé\nd'une foi ardente et d'une inaltérable confiance en Dieu, auquel son amour\nfamilial, sa charité et son incapacité d e croire au mal préparent d'affreux cal­\nvaires.\n   Sa foi tune et l'établissement d'enseignement libre qu'il dirige conjurent\nautour de lui d'âpres convoitises; les bienfaits qu'il prodigue, son dévoue­\nment envers les parents dénués qu'il a recueillis, sa noble créance en ses colla­\nborateurs, portent pour lui les fruits les plus amers. E t il succombe à la révé­\nlation complète et finale des vols, des mensonges et des vilénies dont tous\nceux qu'il aimait et estimait l'ont rendu victime.\n   L e livre de M. Jaloux est une excelltnte étude de caractères, écrite en un\nstyle alerte et vivant, plein d'entrain et d'humour. L e s personnages, l'abbé\nBarbaroux et les sangsues, qui ont fait de lui leur proie : sa sœur, M m e Pioutte\net les enfants de celle-ci; l'hypocrite économe de l'école, M. Augulanty,\ncomme aussi les autres acteurs d u d r a m e , n o t a m m e n t l'abbé Mathenot, cham-\n"}, {"page_pdf": 610, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                   507\n\npion trop zélé de la b o n n e cause, et le jovial abbé Bonsignour, sont tout à fait\ntypiques et dessinés d'un trait ferme et incisif.\n   E n somme, une œuvre captivante et aimable, qui fait grand honneur au\ntalent et à l'esprit de son auteur.\n                                                                           A. G.\n\nL ' a u t r e r o u t e , par C. NISSON. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n    Lisez donc tous ce beau r o m a n ! Il est admirablement charpenté, bien\npensé, écrit avec talent, et honnête depuis la première page jusqu'à la\ndernière par dessus le marché, ce qui ne gâte rien, au contraire. Ce roman\nest u n e preuve manifeste qu'il est possible d'écrire des œuvres à la fois\nchastes et fortes.\n    Il n'est pas fade et e n n u y e u x comme tant de sottes historiettes qui ne sont\nqu'honnêtes et qui sont tellement bêtes qu'elles sont bien plus propres à\ndonner la nausée que le goût de la vertu aux petites pensionnaires pour\nqui elles sont si vertueusement écrites !\n    C'est u n e histoire touchante et impressionnante au premier chef que ce\nr o m a n . Il n'est pas conçu dans une note de faux sentimentalisme, loin de là.\nL e sentiment qu'il révèle est aussi vigoureux qu'il est élevé. Les émotions\nqu'il éveille sont profondes et puissantes. S u z a n n e , l'héroïne principale du\nr o m a n , est u n e des plus grandes natures de j e u n e fille qu'il soit possible\nd'imaginer et son noble et beau caractère est analysé avec une logique qui\naffirme un psychologue et décrit avec une vivacité qui dénote u n écrivain.\nL e s sentiments les plus exquis s'épanouissent dans cette âme de jeune fille\nqui, en dépit de son héroïsme, reste bien h u m a i n e q u a n d m ê m e . Aussi\nn'est-ce point sans lutte qu'elle se maintient au-dessus des niaiseries de la\nvie m o n d a i n e et des mesquineries de la vie bourgeoise.\n    J ' a i m e l'héroïne et combien je suis avec elle q u a n d elle exprime à son\ncousin l'officier son horreur de la gloire : « La gloire! Mais ce n'est qu'un\nmot, ce n'est pas la vie, ce n'est pas la juste récompense, c'est encore moins\nle but. P o u r la gloire tu te crois le droit de tuer des h o m m e s , tes semblables,\net leur arracher leur p a y s , d'abîmer les familles et les peuples dans les larmes\net dans le sang! Mais tu ne vois donc pas que la guerre est monstrueuse dès\nqu'elle n'est plus la guerre sainte de la défense, que tu ne dois lever que\nl'épée qui protège, que tu ne peux tuer que pour sauver les vies. La guerre\npour la conquête, la guerre pour la gloire est criminelle ! »,\n    Et comme elle m'est sympathique dans son mépris superbe pour ce que\nl'on appelle des mariages d'argent, ce que les sots considèrent comme l'idéal,\n Dans le mariage qu'elle fait, elle sacrifie sa vie, elle sacrifie même un amour\n profond qui était au fond de son cœur, son a m o u r pour le cousin Jacques. Son\n seul rêve est de faire le b o n h e u r des autres. E t les pauvres petits sans mère, à\n qui elle s'était dévouée pour remplacer u n e mère indifférente, la décident par\n leurs supplications ardentes à épouser leur père veuf, afin qu'ils puissent lui\n d o n n e r a elle le nom de mère.\n     Mais il faut lire cette histoire touchante. Il n'est pas possible d'en donner\n une idée par un simple compte rendu. Ce roman qui, gauchement conçu et\n"}, {"page_pdf": 611, "texte": " 508                                  DURENDAL\n\n\nfaiblement écrit, eût été mièvre et banal, est une jolie page de psychologie\nféminine.\n  C'est avec raison que Rachilde, au Mercure de France, en fait un si bel éloge.\n                                                                      H . M.\n\nD e u x C œ u r s , par B.-A. JEANROY. — (Paris, Hatier.)\n    La collection H e r m i n e est u n e nouvelle collection de romans pour jeunes\nfilles. Celui-ci, roman épistolaire, a des qualités, mais il a le grand défaut de\nn'être pas vrai. N o u s ne sommes plus au temps où les rois épousaient des\nbergères. De tels livres ne servent qu'à exaspérer la sentimentalité des\njeunes filles.\n\nLes Humanités et les Règles de l'Eglise, par le chanoine\n    GUILLAUME. — (Société Saint-Augustin, Desclée, Bruxelles.)\n    M. le chanoine Guillaume continue le bon combat qu'il a commencé en\nfaveur des classiques chrétiens. N o u s avons déjà dit ici toute notre sympathie\np o u r la thèse de M. le chanoine Guillaume. Il est évident que sa méthode\nramènerait d a n s les h u m a n i t é s un peu de vie, et elles en ont besoin. Elle y\nmettrait aussi u n peu de cette pensée chrétienne dont le m a n q u e fait souffrir\ncruellement la génération présente. Mais pourquoi parler des règles\nde l'Eglise, alors que c'est u n e question libre, dans laquelle l'Eglise n'a\nd o n n é que des conseils? M. Guillaume nous répondra peut-être que ses\nadversaires ont commencé à user de ce terme. E t alors? Alors, M. Guil­\nlaume a raison d'employer les mêmes armes pour faire triompher sa cause,\nqui est la b o n n e .                                                       E. N.\n\n\n    M e m e n t o . — A signaler encore les livres et brochures suivants : U n e\nVie intime de Pie X, de C. Albin de Cigala (Paris, Lethielleux), simplement\nécrite, comme le sujet le comportait, gentiment illustrée ; u n e Histoire Sainte,\nde l'abbé Lesêtre (Paris, Lethielleux), très bien faite; la Première Encyclique\nde Pie X, avec notes de I. L a p s y r e ( P a r i s , Lethielleux); la Main de l'Ouvrier,\nde T h . Braun (Bruxelles, Van Gompel), plaquette intéressante surtout par\ndes citations bien choisies dans les œ u v r e s de Ruskin ; Voyagez, Messieurs, de\nl'abbé Coupé (Gand, Siffer), qui engage, avec raison, la jeunesse à compléter\nson éducation par le voyage ; le Travail, conférence de G. Legrand ( N a m u t ,\nGodenne), apologie très éloquente de la loi du travail ; L'immaculée Conception,\ndocte exposé du dogme par le R. P . T e r r i e n ( P a r i s Lethielleux).\n"}, {"page_pdf": 612, "texte": "                            NOTULES\n\n   L. C E u v r e . — U n petit Cercle nouveau-né a ouvert un « Salon « au\nMusée Moderne. Le plus mûr de ses adhérents n'avoue pas trente ans. L a\ncritique a donc le devoir d'envisager avec bienveillance les œuvres réunies\nlà, qui sont seulement des promesses et des essais, non des affirmations\ndécisives.\n   Quelques noms méritent attention. M. Jules Cran peint des portraits avec\nhardiesse, en des harmonies sonores. M. P a u l Le D u c est u n paysagiste\nvaillant et aimable. Ses vues de Bruges i n d i q u e n t une vision personnelle.\nL e statuaire Vogelaer et son copain Van H a m m e ont déjà du métier, avec\nde l'énergie, à défaut de préoccupations bien hautes dans le choix du sujet,\ndes types, et de la portée d'une oeuvre.\n   Les études d'intérieurs et les natures-mortes de M. Emile Pottier sont\nfinement savoureuses. L e s envois de M. Georges J a c q m o t t e , de M. Van der\nGheynst et de M. Emile Bae.s témoignent de recherches volontaires.\n M. René Delin avoue des audaces généreusement juvéniles.\n   Enfin, les bijoux originaux, les cuirs modelés et peints de M. Léopold Van\nStrydonck, avantageusement c o n n u s déjà, les meubles et les croquis de\nl'architecte Léon Bochoms achèvent de rendre attrayante cette exposition-\n nette d'été.\n                                                                           P. L.\n                                        * *\n\n      L e s I n d é p e n d a n t s . — Autre jeune Cercle d é b u t a n t , remplace le\nSalon de l ' Œ u v r e par son premier — lui aussi — Salon annuel ! N e pas con­\nfondre avec u n groupement d'artistes moins jeunes et plus c o n n u s qui, sous\nle m ê m e vocable, annonce des Salons d'avant-garde. C'est Claus, Baertsoen,\nBuysse, George Morren, George L e m m e n , M m e Deweert et d'autres. On parle\nd ' u n nouveau titre à trouver...\n    Les Indépendants — ceux qui sont décidément en possession de cette a p p e l ­\nlation — donnent d'inléressantes promesses. La province occupe u n e place\nimportante parmi eux. E t tout particulièrement la F l a n d r e orientale, où des\ncentres locaux, épais autour de Gand, font rayonner d a n s l'art du paysage\nles conquêtes et les affirmations de quelques personnalités marquantes de\n l'école belge.\n     C'est Gustave et Léon De Smet, c'est Maurice Sys, qui, après bien d'autres,\n font preuve de ces qualités d'unité, de force et de délicatesse dans la vision\n"}, {"page_pdf": 613, "texte": "510                                  DURENDAL\n\n\ncoloriste, dont le groupe gantois s'est fait une sorte de spécialité. P u i s , c'est\nMaurice P i r e n n e (Verviers), R. Bosiers (Anvers), E . Marneffe (Liège),\nAlex. D e n o n n e (Anvers), J. Delsaux (Liège), L.-A. Roessingh (Anvers), dont\nles envois font concevoir de sérieuses espérances pour l'avenir de leurs\nauteurs.\n   Bruxelles met en ligne quelques jeunes tempéraments volontaires, cher­\ncheurs et doués : Mahaux, D e m a n , Glansdorff, Jefferys, L a n t o i n e , le sta­\ntuaire E u g è n e Canneel... germes de belles moissons q u a n d le travail et la\npensée auront mûri leurs talents naissants.\n                                                                             P . L.\n                                            *\n\n   Le Cercle littéraire « Adua » de Namur. — Cercle fondé par\nquelque jeunes gens enthousiastes, passionnés pour la beauté, ennemis de la\nroutine, désirant réagir contre l'éducation littéiaire réactionnaire qu'on leur\ndonne ailleurs et s'en faire une nouvelle plus vraie et plus vivante. N o u s\napplaudissons chaleureusement aux nobles efforts de ces j t u n e s . On ne sau­\nrait assez seconder des aspirations aussi élevées chez la jeunesse. N o u s avons\npublié ici même dernièrement des poèmes de l'un d e u x , P i e r r e W u i l l e . Voici,\nd'autre part, le compte rendu d'une de leurs séances paru dans l'Ami de\nl'Ordre de N a m u r :\n   « U n public n o m b r e u x d'artistes et de littérateurs se pressaient, vendredi\nsoir, au Cercle A d u a , pour entendre le discours de réception de M. Léon\nVerniory.\n   » Au début de la séance, le président du Cercle, M. F e r n a n d Andernack,\na fait, en termes é m u s , l'éloge de M. F e r d i n a n d Loise, membre protecteur,\ndécédé depuis la dernière réunion.\n   « L'orateur du jour, M. Verniory, avait choisi comme sujet de son dis­\ncours, André Chénier, sa vie et ses œuvres. P e n d a n t une heure, il a captivé l'at­\ntention de son auditoire, et c'est par des applaudissements nourris et p r o ­\nlongés que la nombreuse assistance a salué sa péroraison.\n   » Avec u n e pointe de finesse, ornée de bonhomie, M. Wuille, le jeune poète\nnamurois, a r é p o n d u à son collègue; et, n'eût été l'étroitesse du local, on se\nserait cru transporté à l'Institut, un jour de réception.\n   » Bref, les jeunes littérateurs du terroir font de nobles efforts et méritent\nd'être entendus.\n   » N o u s attendons leur prochaine séance; c'est le plus bel éloge qu'on puisse\nleur adresser. »\n                                           ** *\n\n   L e s C o n c e r t s Y s a y e . — L'administration des Concerts Ysaye annonce\nque six concerts d'abonnement seront d o n n é s p e n d a n t la saison 1904-1905,\nles 1 5 - 1 6 octobre, 3-4 décembre, 7-8 janvier, 4-5 février,4-5 m a r s e t 29-30 avril.\nDeux auditions supplémentaires, en dehors de l'abonnement, auront lieu le\n5-6 novembre et le 1er-2 avril.\n   Les abonnés peuvent, dès à présent, se faire inscrire pour le renouvelle-\n"}, {"page_pdf": 614, "texte": "                                      NOTULES                                       511\n\n\nment de leur abonnement chez M M . Breitkopf et Hœrtel, montagne de la\nCour, 4 5 . U n e circulaire donnera le p r o g r a m m e des concerts qu'Ysaye se\npropose de d o n n e r au cours de cette neuvième année et publiera le nom\ndes artistes dont le concours lui sera assuré.\n\n                                          ***\n\n    Les Concerts Populaires. — M. Sylvain Dupuis a fixé dès à\nprésent les dates des concerts de la saison prochaine, qui auront lieu respec­\ntivement les 12-13 novembre, 10-11 décembre 1904, 11-12 février,\n18-19 mars 1905. P a r m i les solistes déjà engagés figurent M m e Kleeberg­\nSamuel, pianiste, et M. E m . Bosquet, pianiste. P a r m i les ouvrages aux pro­\ng r a m m e s : la Symphonie n° 9, de Brückner (avec le Te Deum); u n e grande\nœ u v r e chorale de E l g a r ; la Symphonia domestica, de R. S l r a u s s ; Antar, de\nRimsky-Korsakow ; u n e s y m p h o n i e de B o r o d i n e ; l'ouverture de Sainte-\nCécile, de R y e l a n d t ; la Symphonie n° 3, d'Alberic Magnard ; les Danses béar-\nnaises, de Ch. B o r d e s ; la s y m p h o n i e Le Nouveau Monde, de Dvorak.\n\n                                          *M*\n\n   L'Exposition du Livre M o d e r n e                 est ouverte à Anvers,           au\nMusée Plantin-Moretus, depuis le 17 juillet et durera jusqu'au 15 octobre.\nE n t r é e : 1 franc; gratuite les d i m a n c h e et jeudi.\n\n                                          *     *\n\n   Exposition Internationale, Salon des Arts et Métiers. —\nCe S a l o n , q u i s'ouvrira le I e r octobre au P a r c du Cinquantenaire, comprendra\nu n e section d'art religieux. L e s possesseurs d'objets d'art, tableaux, sculp­\ntures, etc., ayant un caractère religieux, sont admis à les exposer gratuite­\nm e n t . L'exposition durera jusqu'au 23 octobre. P o u r renseignements,\ns'adressera M. VICTOR JAUBERT, 80, rue Saint-Lazare, Bruxelles.\n\n\n\n\n    L i v r e s a l i r e . — L a Légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin; prix : 3 fr. 5o.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec introduction et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — IFioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frère Junipire. Vie et Doctrine de frère Egide, traduction avec\nnotes d'Arnold Goffin; prix : 2 fr. 5o. —L'Oblat, p a r J . - K . H u y s m a n s ; prix :\n3 fr. 5o. — Cherchons l'Hérétique, par J. Esquirol ; prix : 3 fr. 5o. — Les Gens\nde Tiesi, par Georges Virrès; prix : 3 fr. 5o. — La Rose et l'Epée, par Charles\nde S p r i m o n t ; prix : 3 fr. 5o. — Sur quelques Primitifs de Sienne, par Jules\n"}, {"page_pdf": 615, "texte": "512                                    DURENDAL\n\n\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, par P a u l Mussche ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, par F e r n a n d Séverin; prix : 2 francs.\n   On peut se procurer ces livres en s'adressant à notre éditeur, M. Charles\nBulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n\n\n      R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — Le Mercure de France, direc­\nt e u r : M. Valette; P a r i s , 26, rue de Condé (abonnement : 20 francs; étran­\nger, 24 francs). — L'Ermitage, directeur : E d . Ducoté ; P a r i s , 19, rue Jean-\nJacques-Rousseau (abonnement : 8 francs; étranger, 10 francs). — La Renais-\nsance latine, directeur ;             M.     Brancovan ; P a r i s , 23, rue Boissy-d'Anglas\n(abonnement : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident, directeur :\nM. Mithouard; P a r i s , rue E b l é ( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger, 12 francs).\n— L'Art flamand et hollandais, revue illustrée, directeur : B u s c h m a n n , à\nAnvers, 15, Rhijnpoortvest (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs). —\nL'Art moderne, directeur : Octave M a u s ; Bruxelles, 32, rue de l'Industrie\n(abonnement : 10 francs; étranger, 13 francs). — Le Guide musical, directeur :\nNelson L e k i m e ; Bruxelles, 7, rue M o n t a g n e d e s - A v e u g l e s (abonnement :\n12 francs; étranger, 14 francs).— L'Idée libre, directeur P . Germain, Bruxelles,\nLarcier éditeur, rue des Minimes, 26 (abonnement : 10 francs). — Le Thyrse,\nd i r e c t e u r : Richard R o s y ; Bruxelles, 14, rue de la Filature (abonnement :\n5 francs; étranger, port en sus). — La Revue de Belgique, directeur : M. Wil­\nm o t t e ; Bruxelles, W e i s s e n b r u c h éditeur. — La Belgique contemporaine, direc­\nteur : R a p h a ë l P e t r u c c i ; rue Albert-de Latour, 4, Bruxelles (abonnement :\n12 francs, étranger, 15 francs.)\n\n                                            ***\n\n  A c c u s é de r é c e p t i o n . — E . LAUVRIÈRE : Edgar Poë, sa vie et son\nœuvre ( P a r i s , A l c a n ) . — H . VERRIEST : Voordrachten (Roulers, De Meesler).\n— J. SOTTIAUX : L'âme des nôtres (Bruxelles, S c h e p e n s ) . — A. HARDY              :\nroute enchantée ( P a r i s , F i s c h b a c h e r ) . — T . DE VISAN : P a y s a g e s .\nspectifs (Paris, Jouve). — B.-A. JEANROY : Deux c œ u r s (Paris, H a t i e r ) . —\nA. DORCHAIN : P o u r l'amour (Paris, L e m e r r e ) . — Idem : Conte d'avril\n(ibid). — P . BOURGET : U n divorce (Paris, P l o n ) . — C. DALBON : L e s\norigines de la peinture à l'huile (Paris, P é t r i n ) . — Correspondance entre\nG. S a n d et F l a u b e r t (Paris, C a l m a n n Lévy.)— A. VAN BEVER et E . SANSOT-\nORLAND : Œ u v r e s galantes des conteurs italiens, deuxième série (Paris,\n Mercure de France). L. BLOY : Mon journal (ibid). C. NISSON : L'autre route\n(Paris, Caïman- Lévy). — Ch. L E GOFFIC : L'erreur de Florence (Paris,\nHatier). — J. Bois : H i p p o l y t e couronné (Paris, Fasquelle).\n"}, {"page_pdf": 616, "texte": "                 Heure claire\nL'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles,\nCe que la nuit recèle on montre entre ses voiles\nSe mêle à la ferveur de notre être exalté :\nCeux qui vivent d'amour, vivent       d'éternité.\n\nIl n'importe que leur raison adhère ou raille\nEt leur tende debout, sur de hautes  murailles,\nAu long des quais et des hâvres, ses flambeaux clairs :\nEux sont les voyageurs d'au delà de la mer.\n\nIls regardent le jour luire de plage en plage,\nTrès loin, plus loin que l'Océan et ses flots noirs ;\nLa fixe certitude et le tremblant espoir\nPour leurs regards ardents ont le même visage.\n\nHeureux et clairs, ils croient avec avidité,\nLeur âme est la profonde et soudaine clarté\nDont ils brûlent le front des plus hautains   problèmes.\nEt pour savoir le monde, ils ne scrutent     qu'eux-mêmes.\n\nIls vont par des chemins lointains, choisis par eux.\nVivant des vérités que leur disent leurs yeux\nSimples et nus, profonds et doux comme l'aurore;\nEt pour eux seuls, les paradis chantent    encore.\n\n                                             E M I L E YEUHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 617, "texte": "                                                                                        9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SIET                                                                                BRUXELLES                •\n\n\n                  LE GRESHAM                                     REIiIURE D'ART & D'AMATEURS\n              Compagnie anglaise d'assurances sur la ne\n                ACTIF : 2 0 6 , 9 9 9 , 2 4 7\n                      Sinistres payés su Os |i«.us\n                                                     francs       Paul Claesset)S\n                                                                     ReiieurHtoreordeS A R M   la Comtesse 4e Flânera\n              depuis 1 8 5 5 : 2 8 , 5 0 0 , 0 0 0    francs\n                   Prospectut et rmangnemenU    ratutU               2 4 , rue de Berlaimont, Bruxelles\n             8, place Royale, 8, BRUXELLES\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                        Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                           médaille d'Or à l'Exposition internationale de Bruxelles 1897\n\n                       BERVOET^wiÎLEMÀNS\n                                          FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8, 10, 12, Rue du Midi *.K BRUXELLES\nUsine à vapeur, Lavoir de laines : RUE DES GOUJONS, 120\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                               FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                   57, R u e d e l a Charité - BRUXELLES\n                                                                TÉLÉPHONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de tous les articles co cernant 1. \\ emture, la s ulpture,\n                                                 la gravure, l'architecture et le    1.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles aux Expositions d'Hmsterflam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cojcago, ete\n\n   PIANOS STEINWAY                                                                  & SOUS\n                     NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Saxe,\n  de Suède et d Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant no pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. V> agner . »« Le Stein\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limita\n(J. Paderenski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à m o i\navis, le produit idéal du siècle Eug. d'Albert. a a Ils sont tellement au dessus de toute critique, qu'ua\néloge marne paraîtrait ridicule Sofia M enter . »\n  Ageuee générale et dépôt exclusif à Bruxelles : FP. Ml SOI, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 618, "texte": "S A I N T F K A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8», illustrée d e plusieurs hors-texte (Louvain,\nI n s t i t u t supérieur d e philosophie)                                                                fr. 1 2 5\nB R U G E S . — L E S P R I M I T I F S . — P l a q u e t t e in-8», illustrée d e trois fig. d a n s le texte et d e\n•leux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur)                                            fr. 1 0 0\nL ' O B L A T , p a r J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). — U n vol. in-12                                     fr. 3 6 0\nC H E P C H O N S L ' H É R É T I Q U E , p a r J . ESQUIROL (Paris, Stock . — U n v o l . i n - i ?       i  3 50\nL E S G E N S D E T I E S T . p a r GEORGES VIRRÈS (Bruxelles,Vromantj. — U n vol.in-ia                      »   3   50\nQ U I N Z E M O I S D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , p a r le c o m m a n d a n t DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage c o u r o n n é p a r l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                                             fr. 5 0 0\nL A R O S E E T L ' É P É E , p a r CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, C h . Bulens, édit.)             • 3 50\nS U R Q U E L Q U E S P E I N T R E S D E S I E N N E , p a r J U L E S D E S T R É E . — Edition de luxe,\nillustrée d e huit eaux-fortes originales, trois p a r Auguste D a n z e et cinq par M\"* Jules Destrée,\net d e nombreuses reproductions photographiques. Tirage limite à cent exemplaires Editeurs :\nBruxelles, Dietrich; Florence. Alinari)                                                             fr. 1 5 0 0\nL E S J A R D I N S C l O S , poèmes, par P A U L MUSSCHB. — (Paris, Société française d'imprimerie\net d e librairie)                                                                                   fr. 3 5 0\n      On peut se piocurer ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur G H . B U L E N S , 7 5 , r u e T e r r e -\n     Neuve, à Bruxelles.\n\n\n    L E STANDARD\nCompagnie d'assurances tur la vie, fondée en 1825\n                                                                Hrcnïves Nobiliaires ûe Belgique\n                                                                         52, rue Stévin, BRUXELLES\n           ACTIF : 2 7 8 MILLIONS                                                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                                                                                    moiries en Belgique et a l'Etran-\n                                                                                    ger. — Attestations officielles de\n   Prinoipaux avantages da la Compagnie                                             noblesse, de filiations et d'armoi-\ni* Policea incontesta- H» Tarif avantageux.                                         ries.— Copiesofficielles de lettres\n                                                                                    de patentes de noblesse. —\n  bles après deux a n s 4° Participation impor-                                     Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date.                      tantedes assurés dans                               — Insertions de généalogies dans\na* Prêts sur polices            les bénéfices de la                                 des publications belges et étran-\n  a j a n t trois ans de        Compagnie.                                          gères. — Rectifications d'actes\n                                                                                    de l'état civil et adjonctions des ,\n  date                        5° Prêts hypothécaires.                               noms — Correspondants en pro-\n     S'adresser pour renseignements tt prospectus à la                              vinceet a. l'étranger —Armoiries\n                                                                                    et documents généalogiques sur\n           D I R E C T I O N    Q É N É R A L I                                     plus de 100,000 familles nobles\n28. PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , BRUXELLES                                             et patriciennes.\n  Téléphone 949   Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles            R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                               P\n                                               Au    ENCADREMENTS•» • • *                      Pai suite de décès\n                                                L.                                  '\n                                               V     DORURE             ET   SCULP-\n                                                E                                             LIQUIDATION\n                                                R    T U R E S U R BOIS • * » • •\n                                               D                                        -               DE\n                                                U        ESTAMPES•••••*•••\n\n                                               S\n                                                S\n                                                     GRAVURES            ANCIENNES          300 VOITURES\n                                               E\n                                                                                            Vente à tonte\n                                               N     ,              ,             «*••\n                                               U     N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                                                                  offre acceptable\n                                               c\n                                               o         \" ^ ^ ^ ^ ^ ~ ^ ^ ~ ~\n                                               «\n                                               •\n                                                     SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT             71, rue Goffart\n                                               a       ^ ~ ~ \" ~ ^ — ^ — — — —\n                                               •     D'AUTHENTICITÉ • • • • • • • • • • •        IXELLES\n"}, {"page_pdf": 619, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n        12, Marché-au-Bois - B R U X E L L E S\n     Dépôts de fonds en Comptes Chéqaes, disponibles à vue : 1 1 2 p. o. sans commission\n        Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 9 7 p. e.\n                         Encaissement de Conpons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n               Service spécial de Lettres de Crédit et Chéqaes sur tous pays\n             Prêts sur Titres — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n      LÀ RESERVE MUTUELLE                                 HOTEL DU PHARE\n           de* KTATS-l        \\1V\n     COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES                        263, Boulevard Militaire, 263\n              • n r l a ~v±e\n                                                                             REPRIS P A R\n\n                                                           MM.PARRED&JAEGER\n                                                                        Ancien» propriétaire»\n                                                               de la Taverne Léopold, rue du Commerce\n\n                                                          CHAMBRES AVEC                      PENSION\n                                                                     depuis 5 francs par jour\n\n     FNCAIBSBMENT ANNUEL . . . .          40 Millions         Salles pour banquets et noces\n     SINISTRES PAYES                     750 Millions\n\n         Combinaisons 1res intéressantes                          Grand air — Belle situation\n      DIRECTIONfiÉNERALEPOUR LE CONTINENT DE L'EUROPE\n             8 , n i e H a l « T y , P A R I S (O )\n                                                          Communications faciles avec Bruxelles et vice-versa\n         DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n     19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n             On demande rien Attenta                         Cuisine et cave renommées\n\n\nEntreprise de DWnapenis                                       POUR VOS CIGARES FIflS\n                                                                                         à la\n                   ET TRANSPORTS\n -     POUR                   TOUS        PAYS —          MAISON AMÉRICAINE\n                                     >\"*\"~SV»Xi«*sV                     DÉPÔT DE FABR QUE\n                   l\n        \"- \"a «.       ?«NO\n                                                             15 — A v e n u e Louise— 15\n                                                                       BRUXELLES\n                                                          P.-S. - Arrivages réguliers le cigares (e la pavage\nV o i t u r e » à I, 2 , 3 e t 4 chevaux\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\n                   WAGONS CAPITONNÉS\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\n     On traite à l'heure et i                   forfait\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\nJules                         ROLAND CHOCOLAT                                           BIESWAL\n             2 3 , rue d'Idalie, 2 3                      CHOCOLAT                      BIESWAL\n      IXELLES-BRUXELLES\n                                                          CHOCOLAT                      BIESWAL\n                       TÉLÉPHONE       6969\n"}, {"page_pdf": 620, "texte": "                                 SSII®\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 8, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1904-08", "signet_source": "Onzième année - N°8 - Août 1904", "preuve": "Couverture conservée (PDF 545) : « Août 1904 – 11me Année – N° 8 » ; sommaire (PDF 547) : « 1904 – 11e Année – Sommaire du n° 8 (Août) ». Indices internes : Strophes de Jean Bernard datées de Valence-sur-Rhône, mai 1904 ; Notules annonçant la saison de concerts 1904-1905 et des expositions d’octobre 1904 ; mention du numéro de juillet de L’Art flamand et hollandais.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}