{"numero_id": "ulb-durendal-1904-livraison09", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-201", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Septembre 1904", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 621, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 292, "texte": "Septembre 1904.               n m e Année.\n\n\n\n                                                                  «a\n\n                       FFMDAL\n         RtlVUE CATHOLIQUE ©'ART\n\n\n\n^^m\n         E T O E LITTERATURE^\n\n\n\n\n   B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 3a.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine ne la société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 622, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 4469, "texte": "Domaine ne la société \" LE WESTEHDBISE\n\n                            V •, U PLAGE DE WESTENDE\n                            est située aux bords de la mer du Nord,\n                      entra Ostende st Nieuport; elle est de sable fia.\n                      Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                      attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                      d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                      le confort à la simplicité dans des conditions très\n                      avantageuses. Une ehapelle est érigée à la plage ou\n                      le sorviee religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le servioe de sauve-\n                      tage est organisé et plaoé sous la surveillance com-\n                      munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n     A VXKDRX\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n                      d Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n   par annuités       digue, des avenues, des villas at des cottages.\n\n\n                               HALLES WE3TENDAISES\n                         Oc vaste magasin d'approvisionnements desserties\n                       villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                       conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                       bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                       dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                       jours de premier choix.\n                                                             Le Wsstand' Hfttel est ouvert du a» mai\n                                                            au a8 septembre         Pension de 0 à 16 fr\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                            saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                            prolongé à l'hôtel 75 chambres parfaite-\n\n\n                                       *£fc\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n   DIGUE                                                       rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                  Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone                                                               confortable. Balcons et Ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n                                                                            Salle de billard. Salle de\n                                                                               récréations p* enfants.\n                                                                                   Salons de lecture, de\n                                                                                 .       correspondait-\n                                                                            WWJ* 1 M. Cuisine soi-\n                                                                                        gnée. Caves re-\n                                                                                         commandées.\n\n                                                       MME\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et tel graphique réguliers\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avec salon.\n\n\n   Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n\n\n                                   i-A. B R U X E L L E S , 5 3 » , r u e C a p o u i l l e t ;\n                                   A. W E S T E N D E , a l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                         P l a g e ou a u \"Westend'HôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL R E V U E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 623, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "DURENDAL\n       R E V U E C A T H O L I Q U E D'ART E T D E L I T T É R A T U R E\n\n\n                                       1904 — n« Année\n\n\n\n                   Sommaire du n° 9 {Septembre)\n\nE M I L E V E R H A E R E N . — Heure       claire                                             5i3\nEDMOND GLKSENER. — Au                   théâtre         des marionnettes        .    .    .    5i4\nGEORGES R A M A E K E R S . — Les gemmes                      éternelles   :\n                                       Le    béryl;\n                                       L'améthyste                                            525\nL'abbé H E N R Y    MIKLLEK       )     .          ,.     „    ..    „     ..\n                                  }     Le poète          Guido      Gezelle    . . . .       52-\nGEORGES E E K H O U D             )\nL'abbé AUGUSTE C U P P E N S . — Guido Gezelle (suite) :\n                                    Les oiseaux                                               533\nP . L . — Le Salon triennal     d'Anvers                                                      545\nJOSEPH RYELANDT. — Les dernières          sonates pour piano                             de\n                           Beethoven (suite)                                                  55o\nA R N O L D G O F F I N . — Des       « caractères            » de   l'immoralisme       et\n                       de M. André Gide                                                       555\nCOMTE G. D'ARSCHOT. — Notes de voyages        suite) :\n                           L'âme des lacs                                                     56o\nFIRMIN V A N DEN BOSCH.      Gazette des faits et des livres .                            .   562\nLivres et revues                                                                              5f>8\nNotules                                                                                       573\nIllustrations : Dégel à Gaud A L B E R T BAERTSOEN .\n                   La terre promise               E U G È N E LAERMANS .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 624, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "REVUE\n                        DURENDAL\n                    CATHOLIQUE               D'ART       ET DE             LITTÉRATURE\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 624, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 404, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (t>cur (abonnement s'adresser è la Rédaction, rut du Grand Cerf, ta, i     BruutUts)\n\n                                PRIX   D ' U N NUMÉRO : P R .   1.50\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 624, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 404, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                           MM.       H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                     L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n                                     F I R M I N VAN DEN BOSCH.\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES VIRRÈS\n                             Correspondant de la rédaction à Parts :\n                  M.    H E N R I MAZEL,       avenue Niel, 32, Paris.\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 624, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 859, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS:\n       FRANZ ANSEL.                                           ARNOLD GOFFIN.\n       MAURICE BEKAERT.                                      JOSÉ HENNEBICQ,\n       EDGAR BONBIIILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n       IIENKY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                       JOSEPH JANSSBNS.\n      THOMAS BUAUN.                                          EDMOND JOLY.\n      GhORGBS BR1GODE.                                       VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                   G O D E P R O I D KURTH\n      MARIE CLOSSBT.                                         L . DB LA LAURBNC1E.\n      L'abbé A u c CUPPENS».                                 L'abbé L. L E CARDONNEI .\n      L';'bl>é PAUL CUVLITS.                                 GEORGES L E CARDONNEI.\n      L« comte G. D'ARSCHOI.                                 S É B . - C H . LECONTB\n      Le bai on JOSÉ DE COPPIN.                              GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                    CHARLES MARTBNS\n      GEORGFS DELAUNOY.                                      PAUL MUSSCHE.\n      I>a comtesse E D DE l.ihDtKcKKB.                       EDOUARD N E D .\n      Le baron G. DELLA FAILLE.                              MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                       ERNEST PÉRIRR.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                   GEORGES RAMABKBRS.\n      JULES DESTRÉE.                                         GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                     BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ                                         JOSEPH RYRIANDT.\n      MAURICB DULLAERT.                                      FERNAND SÉVERIN.\n      J. FSQUIKOL.                                           FIENRY VAES\n      EMILE FERMAUD.                                         ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIBRBNS.                                       CHARI ES VAN LERBERGHE\n      EL FIERENS GEVAERT.                                    EMILE VERHABRBN.\n                                                             L'abbé F R . VERHELST.\n      IWAN GILKIN.\n                                                             LÉOPOLD WALLNER, etc , r»c\n\n                Les collaborateurs sqnt seuls responsables de leurs articles\n\n\n/ / sera rendu eampu dans DURENDAL      de tmt ouvrage dent un exemplaire sera envoyé à la RiJtuti m\n\n\n      P o u r l a Rédaction, I Administration e t l e * ddinaades d'abonaeatenU, • adresser a n\nsiège de la ReTue, 8 8 , rue da Orand CerÇ poar la pablioité, 8 6 , rae Faider, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 514, "page_fin": 523, "titre_corps": "Au Théâtre des Marionnettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Glesener", "ancre_debut": "Au Théâtre des Marionnettes (I) EN face de chez Remy", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 625, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "Au Théâtre des Marionnettes (I)\n\n                     EN face de chez R e m y , une bicoque, étroite et à\n                        un seul étage, fermait u n e courte impasse au\n                        pavé raboteux. Des rideaux de mousseline j a u n e\n                        voilaient ses fenêtres et laissaient voir, d a n s\n                        leur écartement, que les chambres, offusquées\n                        par les hauts m u r s voisins, baignaient d a n s une\n                        ombre éternelle. A gauche de la porte, une lan­\n                        terne de forme carrée se détachait de la façade.\nSes vitres rouges portaient en lettres noires : Théâtre Royal\ndes Marionnettes.\n   A l'approche de la nuit, u n h o m m e long et efflanqué sortait\nde la petite maison pour a l l u m e r la lanterne. C'était Joseph\nDelcourt, le propriétaire du théâtre. Il avait les cheveux coupés\ndroit sur le front, un menton en galoche et un cou grèle où la\np o m m e d'Adam saillissait, comme taillée au couteau. Ses yeux\nronds regardaient fixement dans son visage osseux et animé aux\np o m m e t t e s ; ses gestes étaient secs et mécaniques; il semblait\nque toute sa personne eût contracté l'allure guindée, le style\nroide et compassé des marionnettes en bois sculpté au milieu\ndesquelles il vivait.\n   De bonne heure, une ribambelle d'enfants conquérait la salle\nde spectacle. Elle était petite, basse, garnie de b a n q u e t t e s en\ngradin, sous un plafond culotté par la fumée des lampes et que\ntrois grosses poutrelles b a r r a i e n t transversalement. L e s murs,\nblanchis à la chaux, mais que le frottement des dos avait noircis\nà intervalles réguliers, s'écaillaient par endroits. Deux quin-\n\n\n  (I) D'un roman : Le Cœur de François Remy, à paraître en octobre prochain\nchez Juven, Paris.\n"}, {"page_pdf": 626, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "                AU THEATRE DES MARIONNETTES                  5l5\n\n\nquets, suspendus à chaque côté de la scène, éclairaient ce\ndénûment.\n   La marmaille loqueteuse se disputait les meilleures places\navec des gambades et des cris, refluait entre les bancs, où les\nchevelures de quelques fillettes s'ébouriffaient parmi les têtes\nrases des garçons. Il y en avait qui tombaient à terre, sous les\nsièges; à chaque minute, d'autres arrivaient. On voyait des\nmains frapper des visages, des groupes osciller d'un brusque\nmouvement et, tout à coup, des mollets nus battre l'air dans un\ndésordre de jupons.\n   — Allez-vous rester tranquilles? ordonnait une grosse voix.\n   C'était Delcourt qui, armé d'une longue gaule dont il mena­\nçait les plus turbulents, se montrait par instants dans l'écarte­\nment d'une porte contigue à la scène et s'ouvrant sur les cou­\nlisses, où les marionnettes étaient alignées par rang de taille,\ncontre le mur.\n   — Si vous continuez à crier, ajoutait-il, Charlemagne ne\nmettra pas son beau costume.\n   Le tumulte, un moment apaisé, reprenait dès qu'il avait\ntourné les talons. Il n'y avait de tranquilles que quelques\ngamins jouant aux cartes dans les coins et, çà et là, un ouvrier\ndont les épaules penchées dominaient la cohue, et qui se levait\nparfois, exaspéré par les bousculades, pour donner des claques\nou pincer une oreille. Par là-dessus, la fumée du tabac faisait\nune nappe bleue, qui ondulait dans la lueur des lampes.\n   Le tapage commençait à diminuer lorsque les musiciens —\nun tambour et un accordéoniste — se hissaient dans le « cau-\nvau », sorte de petite loge en saillie, large au plus de deux\nmètres et accrochée comme une cage à la muraille.\n   Un belliqueux pas-redoublé annonçait le lever du rideau ;\naprès quoi, Delcourt, du fond des coulisses, commandait le\nsilence et l'attention.\n   — Allons! mes amis, y sommes-nous? Un peu de bonne\nvolonté!\n   Il disait, et, dans un décor naïf, on voyait paraître les pre­\nmières marionnettes.\n   François Remy s'échappait souvent de la maison paternelle\npour venir chez Delcourt, et là, assis au fond de la salle, les\ncoudes aux genoux et le menton dans les mains, il s'émerveil­\nlait des fantaisies chevaleresques qui composaient le répertoire.\n"}, {"page_pdf": 627, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "516                        DURENDAL\n\n\n   Au milieu de simples paysages, flanqués d'architectures ana­\nchroniques, Amadis de Gaule, les quatre fils Aymon, Roland,\nOlivier et Ogier-le-Danois, les plus terribles preux de l'histoire\net de la légende, rivalisaient de bravoure et d'éloquence. Cas­\nqués et cuirassés, le verbe fier et la moustache en croc, ils por­\ntaient la victoire dans leurs yeux. Il fallait les entendre, entre\ndeux estocades, exhaler leurs humeurs homicides contre les\nSarrasins! Tandis qu'ils s'éloignaient, ressaisis dans les aven­\ntures de la guerre et du sentiment, leurs lointaines amantes,\nsorties de la coulisse voisine, venaient se plaindre aux fleurs et\naux oiseaux, puis se retiraient en des solitudes, les mains ten­\ndues vers le ciel en agitant les cornes de leur hennin.\n    Mais on n'avait pas le temps de s'attendrir, car les armées\nennemies, précipitant l'attaque, jetaient leurs bataillons sur la\nscène. Toute la salle, trépignant de joie, les excitait avec des\njurons et des cris; le tambour battait; l'accordéon faisait rage.\n C'était un vacarme assourdissant, qui se calmait à grand'peine\net reprenait tout à coup, lorsqu'on voyait les Païens, vêtus à la\nzouave et le visage noirci, tournoyer dans l'air et s'abattre sur\n les planches, où leurs bras et leurs jambes se dressaient pêle-\n mêle, avec des gestes impénitents.\n    L'amour et l'amitié n'opéraient pas moins de prodiges. Pour\ncomplaire à leur Dame, des chevaliers entreprenaient des voya\nges périlleux et moissonnaient en champ clos, d'un seul geste\n de leur épée, tous ceux qui se proposaient. On en rencontrait\n de plus intrépides encore, qui avaient à eux seuls massacré des\n hordes de guerriers sauvages, vaincu de vieilles bandes invain­\ncues, assommé des dragons et affranchi des peuples. Des mes­\n sagers, plus astucieux que le diable et braves comme des lions,\ntraversaient l'Europe pleine d'embûches, porteurs d'épîtres pas­\n sionnées. On grimpait aux murs des citadelles, la nuit, pour\n délivrer des frères d'armes; des preux, revenus d'une longue\n captivité, se ruaient en accolades avec des cris de joie, et les\n plus glorieux recevaient des filles d'empereur en mariage. I1 y\n-avait dans les grottes des ermites magiciens, des brigands dans\n les forêts, des trésors cachés dans les cavernes, des princesses\n enfermées dans des tours et, partout, une odeur de sang et\n d'héroïsme.\n    Un homme subjuguait ce monde par son génie : Charlemagne.\n Il dépassait les plus grands de la hauteur de son casque; sa\n"}, {"page_pdf": 628, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "                 AU THÉÂTRE DES MARIONNETTES                   5l7\n\n\n cuirasse écaillée bombait sur sa poitrine; ses éperons vermeils\n sonnaient sur le plancher, et il allait d'un bout à l'autre de la\n scène, roide et majestueux dans les draperies de son manteau,\n le sourcil autoritaire et la voix souveraine. Aux entrevues\n de monarques, ses conseils pleins de sagesse prévalaient\n toujours. Ce qui n'empêchait pas qu'il ne fût le plus fougueux\n dans les mêlées, au-dessus desquelles on voyait ses joues écar-\n lates et sa barbe luisante de colle bondir à la façon d'un éten­\n dard.\n    Pourtant, le favori, c'était Tchantchet. On ne l'admirait pas\ncelui-là, on l'aimait. Dès qu'il paraissait, pirouettant dans son\nvieux sarrau, au bout de la tige de fer vissée à son crâne\nchauve, et qu'il vous regardait de ses yeux ronds louchant le\nlong de son grand nez, le rire courait sur tous les bancs. Tour\nà tour concierge, laquais, cuisinier, laboureur ou marchand,\nrude à ses maîtres, terrible de bavardage et de sincérité, gour­\nmand, buveur et paillard, aussi prodigue de coups de tête que\nde coups de langue, il promenait à travers ces épopées la\ncomique rondeur du gros bon sens et de l'esprit gaulois.\n    Le petit François, immobile dans son coin, s'exaltait aux\nprouesses des chevaliers errants. Il aurait voulu être mêlé à\nl'action pour déjouer les maléfices et prévenir des embuscades.\nAu sac des villes, son âme palpitait d'une ardeur héroïque. La\njoie lui mettait une vibration chaude aux tempes, quand les\ncadavres des infidèles s'amoncelaient sur les tréteaux. Les\nlamentations des princesses lui tiraient des larmes, et il\ndéplorait souvent que le cheval Bayard n'existât plus, car\nil aurait aimé caresser son flanc robuste et sa tête généreuse.\n   La nuit, ces récits troublaient son sommeil. Il rêvait batailles\net tournois, écus magiques, malins esprits et palais merveil­\nleux. Le cheval Bayard l'emportait, au delà des montagnes et\ndes fleuves, à la cour de l'empereur de Constantinople qui,\nassis sur son trône et le front orné d'une couronne, roulait des\nprunelles flamboyantes, en lui demandant sa leçon d'Histoire\nsainte. Il se réveillait en sursaut et, tout heureux de se sentir\ndans sa couchette, se prenait à songer à sa petite amie, qu'il\nrencontrait chez Delcourt.\n   Il avait accoutumé de s'asseoir près d'elle. Son nom était\nMarie. La tristesse de son visage appelait tout de suite la sym­\npathie et la pitié. Les boucles noires de sa chevelure relevaient\n"}, {"page_pdf": 629, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "518                         DURENDAL\n\n\nl'ardente pâleur de son teint, et ses cils courbes faisaient une\n ombre douce sur ses joues.\n    Dès les premiers jours, ils étaient allés l'un vers l'autre avec\nl'instinct naïf, le mouvement naturel de deux enfants qui se\nretrouvent. Il aimait à la regarder et à la voir sourire. Il avait\nappris que son père la battait souvent, et, comme ça le chagri­\nnait qu'elle fût toujours morne et craintive, il lui racontait des\nhistoires comiques afin de l'égayer, ou bien il se moquait du\nmaître d'école en imitant ses gestes et sa voix nasillarde. Elle\nl'écoutait, la tête un peu penchée sur l'épaule et le menton\ncreusé d'une fossette réjouie.\n   Après le spectacle, il la reconduisait jusque chez elle. Tout le\nlong du chemin, ils parlaient de l'histoire qu'ils avaient enten­\ndue, et si, d'aventure, la même pièce durait plusieurs soi­\nrées, ils s'efforçaient de deviner ses scènes à venir d'après celles\nqu'ils connaissaient déjà.\n   Un de leurs amusements, quand il avait neigé, était de tracer\navec leurs doigts des dessins sur la neige, ou bien François\nmarchait en avant, et Marie faisait de grandes enjambées afin\nde poser ses pieds dans les pas de son ami. D'autres fois, ils\ncheminaient gravement en se tenant par la main et en suçant\ndes aiguilles de glace, qu'ils détachaient à mesure des appuis\ndes fenêtres, où elles suspendaient une frange cristalline. Le\nvent soulevait autour d'eux une poussière de givre qui les frap­\npait au visage avec d'aigus picotements; la lune les envelop­\npait de sa lueur bleue.\n   Le lendemain, après avoir dîné, François, impatient de con­\nnaître la suite du drame dont son imagination était pleine, se\nrendait chez Delcourt. Il le trouvait assis au milieu de la petite\nsalle, en train de fourbir les armures de ses chevaliers ou\nsculptant de nouvelles marionnettes. Le bambin regardait les\nfantoches avec une sorte d'admiration craintive, comme si une\nodeur d'épopée flottait encore autour de leurs barbes aventu­\nreuses; puis, quand le bonhomme avait rassasié sa curiosité,\nil fallait tout raconter à Marie.\n   La nuit de Noël, ils revenaient ensemble du théâtre, où l'on\navait représenté le mystère de la Nativité. Encore émus de\ncette histoire miraculeuse, ils revoyaient l'enfant Jésus, la mine\nrose et la chevelure frisée, couché dans la crèche entre le bœuf\net l'âne, qui le réchauffaient de leurs haleines. Les trois Rois-\nmages, magnifiquement vêtus, inclinaient devant lui leur front\n"}, {"page_pdf": 630, "page_imprimee": 519, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": "                 AU THEATRE DES MARIONNETTES                     519\n\n\nchargé d'un diadème, tandis que la Vierge et Joseph les remer­\nciaient de leurs présents et s'excusaient de n'avoir rien à leur\noffrir.\n   — C'est dommage! s'écriait Tchantchet, mêlé à la troupe des\nbergers ; car une grande goutte ferait crânement plaisir. Pas vrai,\nles amis?\n    Mais sa voix était aussitôt couverte par celle d'un pâtre fla­\nmand, qui s'extasiait avec des jurons sur la gentillesse du nou­\nveau-né. Les lampions, brûlant le long de la rampe, jetaient des\nlueurs multicolores sar le fumier de l'étable. Il y avait dans les\nfrises une étoile de carton doré qui se balançait au bout d'un\nfil, et, par la porte ouverte sur la campagne, on entendait les\npauvres gens chanter des noëls populaires, aux sons du vieil\naccordéon.\n    — As-tu vu? demanda François; les Rois-mages avaient presque\nle même costume que monsieur le curé, quand il porte le bon\nDieu dans la procession...\n    — Oui, répondit Marie; et Jésus avait l'air tout content\n parce qu'ils avaient mis leurs habits du dimanche. Même on\n aurait dit qu'il souriait.\n    — Il n'aurait pas pu, hein! puisque c'était une marion­\n nette.\n    — Je le sais bien... Il était quand même bien imité.\n    Après un court silence, François reprit :\n    — Qu'est-ce que tu aurais fait donc toi, s'il avait été vivant?\n    — Si le petit Jésus avait été vivant? s'écria la fillette en\n ouvrant de grands yeux. Pour sûr, j'aurais eu peur... ou bien je\n lui aurais demandé que papa ne me batte plus.\n    Des flocons de neige tourbillonnaient autour d'eux, menus et\n serrés. Il faisait très froid. Par les vitrages des rez-de-chaussée,\n la lumière élargissait une buée rousse ; de loin en loin, la flamme\n des réverbères éclairait des angles de vieilles bâtisses, l'entrée\n d'une impasse, des coins de façade où les enseignes se pen­\n chaient sous un épais chaperon blanc. On entendait des chan­\n sons et des rires dans les maisons où l'on réveillonnait.\n    Rue Puits-en-Sock, ils durent se ranger devant deux files\n d'étudiants qui vociféraient des gaudrioles sur un air religieux,\n et, comme ils venaient de s'engager rue de Bavière, des sol­\n dats et des ouvriers, qui se battaient à coups de tête, les refou­\n lèrent brusquement dans un vestibule obscur.\n"}, {"page_pdf": 631, "page_imprimee": 520, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "520                         DURENDAL\n\n\n   — Ils sont tout à fait comme papa, quand il est saoul, fit\nMarie.\n   François eut un frisson et se rapprocha d'elle. Heureusement,\nles adversaires se répandirent dans les cafés d'alentour. Alors ils\ncontinuèrent de marcher.\n   Leurs haleines formaient devant eux un brouillard grisâtre,\nqui se dissipait à mesure de chaque côté de leur figure. La fil­\nlette, par moments, s'arrêtait de parler et ouvrait la bouche\ntoute grande pour attraper les flocons de neige qui se posaient\nsur ses joues ou bien sur ses cils en la faisant cligner. Mais,\nvoilà qu'au tournant du trottoir, près l'église Saint-Nicolas, son\npied glissa sur le pavé. Elle poussa un cri et tomba en arrière,\nles coudes écartés.\n   François, moitié rieur, moitié sérieux, lui tendit la main\npour l'aider à se mettre debout.\n   — Eh bien! Marie! dit-il.\n   Elle restait étendue sur le sol, les lèvres tremblantes, les pau­\npières closes et pâle comme une morte. « Mon Dieu ! pensa-t-il ;\nelle s'est peut-être cassé une jambe. » Vite il s'agenouilla près\nd'elle et la souleva doucement par les épaules.\n   — Dis! t'es-tu fait mal?\n   — Oui, ici, répondit-elle en portant la main à sa hanche\ndroite, tandis que des larmes lui coulaient des yeux.\n   Alors, il la serra dans ses bras et couvrit ses joues de baisers.\nSon cœur battait à grands coups, et il lui dit d'une voix tendre,\navec de longs intervalles entre ses mots :\n   — Ne pleure plus! Ça ne sera rien... Ne pleure plus!... Ça\nme fait trop de peine de te voir pleurer.\n   Le premier geste de la petite, en se relevant, fut de tâter sa\nrobe. Il y avait, au bas de la jupe, une déchirure large à y\n passer le poing.\n   — Bien sur, gémit-elle, papa va me battre quand je ren­\ntrerai...\n   François baissa la tête et considéra sa compagne, sans rien\n dire. L'idée qu'on allait peut-être la frapper lui devint intolé­\n rable. Que ne pouvait-il la ramener chez lui et demander à\n ses parents de la garder! Son impuissance à la défendre renfor­\n çait son angoisse.\n    Ils s'arrêtèrent devant une chétive maison de la rue Fossé-\n aux-Raines. Quand Marie, grelottant de peur, eut disparu dans\n"}, {"page_pdf": 632, "page_imprimee": 521, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "                 AU THÉÂTRE DES MARIONNETTES                    521\n\n\n\nle vestibule, il se colla contre la fenêtre du rez-de-chaussée\npar où la lumière d'une lampe se répandait à travers un\nstore jaune. Il attendit, retenant son souffle, afin de mieux\nentendre.\n   Il y eut d'abord un court silence ; puis une grosse voix s'éleva\nsur un ton bourru; ensuite ce fut un bruit de pas, de chaises\nbousculées, et, au-dessus du tapage, des jurons alternèrent avec\ndes sanglots et des plaintes.\n   « On la bat! On la bat! » pensa-t-il. Tout son corps trembla\nde colère humiliée; il aurait voulu se jeter sur cet homme, lui\ncracher au visage, le piétiner de toutes ses forces. Il regarda\nautour de lui, les poings crispés, avec l'envie de se venger\nsur quelque chose. A un cri plus sourd, n'y tenant plus, il\nramassa de la neige, la pressa entre ses mains et en modela une\npoignée, pendant que ses yeux en pleurs furetaient aux deux\nbouts de la rue. Lorsqu'il l'eut bien durcie, il recula de deux\npas et leva le bras pour la lancer dans les vitres qui abritaient\nson ennemi. Mais, au même moment, un ivrogne, sorti d'un\ncabaret voisin, courut plutôt qu'il ne marcha jusqu'au milieu\ndu pavé. Ayant aperçu l'enfant, il rencogna son chapeau sur son\nnez et, le visage horizontal, lui cria, entre deux hoquets :\n   — C'est des lâches... des lâches, que je vous dis!\n   François le vit ensuite tourner tout d'un bloc sur ses talons\net s'éloigner en titubant.\n   Cependant, il n'avait pas lâché la boule de neige, dont il\nsentait la brûlure au bout de ses doigts. Il la considéra un\ninstant et parut réfléchir; puis, relevant la tête, il fixa son\nregard sur la petite maison. On n'y entendait plus aucun bruit.\nAprès avoir hésité une minute, il alla tendre son oreille près de\nla fenêtre. Rien ne bougeait dans la chambre. Marie, sans\ndoute, était déjà montée se coucher. Il se la figura dans son\npetit lit, avec de grosses larmes sur les joues. Pauvre Marie!\nMais une rumeur de voix s'étant élevée du côté de l'église,\nil partit et, arrivé au coin de la rue Jean-d'Outremeuse,\njeta la boule de neige après le cocher d'un fiacre qui\npassait.\n\n  Pendant un an, les deux enfants s'aimèrent de cette ten­\ndresse fraternelle. On les apercevait toujours ensemble. Dès\nque l'un était libre, il courait vite chercher l'autre; le soir, ils\n"}, {"page_pdf": 633, "page_imprimee": 522, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "522                         DURENDAL\n\n\navaient l'âme navrée s'ils ne s'étaient pas vus de la jour­\nnée. François pleurait de tout son cœur chaque fois que Marie\navait été battue, et, quand l'ébéniste achetait à son fils un\nnouveau jouet ou un livre d'images, ils s'en réjouissaient éga­\nlement.\n    Leur principal divertissement était les livres d'images. Ils\nrestaient penchés dessus durant de longs après-midi. Marie\ntournait les pages pendant que François donnait l'explication\ndes dessins. Ils racontaient les vicissitudes de Cendrillon et du\npetit Poucet, le sommeil enchanté de la Belle-au-Bois-Dor-\nmant, les crimes de la Barbe-Bleue, toutes les fines merveilles\nde Perrault. Il y avait aussi les fables de LaFontaine, les contes\nde la mère Gigogne et d'autres récits admirables, où l'on voyait\nde beaux navires sur une mer transparente, des brigands qu'on\ntraînait au supplice et de grandes dames saluant, par la portière\nd'un carrosse tout doré, un seigneur qui chevauchait derrière\nune haie d'aubépines.\n    Mais le père de Marie s'enrôla dans une escouade de mécani­\nciens en destination de la Russie.\n    A. cause de certaines gravures, François imaginait la Russie\nune région incertaine, peuplée de quelques huttes et constam­\nment couverte de glaces, que des traîneaux traversaient, pour­\nsuivis par des loups, dans un nuage de neige. Aussi, son déses­\npoir s'accrut-il de terreurs naïves. Il se figura Marie dévorée par\ndes bêtes sauvages ou mourant de froid et de faim, dans une\nforêt où son père l'avait perdue.\n    La veille de son départ, lorsqu'elle lui eut fait ses adieux, il\nfut pris d'une crise de larmes qui dura jusqu'au soir. Pendant\n une semaine, il s'isola dans les coins, rechercha les solitudes,\ninsensible aux caresses de sa mère. Une tristesse lui gonflait la\n poitrine, éperdue comme une peine d'amour. Il la retenait jus­\n qu'à la nuit, mais une fois dans sa couchette s'y abandonnait\ntout entier, étouffant ses sanglots dans l'oreiller, de peur qu'on\n ne l'entendît.\n    Le temps et la douceur du mliieu apaisèrent vite son cha­\n grin, et il fut reconquis par l'insouciance de ses neuf ans. Le\n souvenir de sa petite amie recula peu à peu, emportant ses der­\n niers regrets: bientôt il n'y pensa presque plus. Quelquefois\n seulement, quand il feuilletait ses livres d'images, le récit de\n l'enfance de Cendrillon lui rappelait les maux que Marie avait\n"}, {"page_pdf": 634, "page_imprimee": 523, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 393, "texte": "                AU THÉÂTRE DES MARIONNETTES                   523\n\n\nsoufferts; mais s'il tâchait d'évoquer le visage de la fillette,\nses traits, un moment nets et précis, se confondaient aussitôt\ndans sa mémoire, et il restait penché une minute sur la même\npage, les yeux clos et la bouche entr'ouverte,en respirant un peu\nplus fort.\n\n                                         EDMOND GLESENER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 524, "page_fin": 524, "titre_corps": "Les Gemmes éternelles : Le Béryl", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Les Gemmes Eternelles Le Béryl Emeraude pâle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 635, "page_imprimee": 524, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1246, "texte": "Les Gemmes Eternelles\n                      Le Béryl\nEmeraude pâle dont l'onde incolore\nS'obscurcit parfois en des tons pierreux ;\nTelle, dans ses bonds trop    aventureux,\nContre les falaises la vague sonore.\n\nGemme celadonne que moire       l'Aurore,\nPrisme chatoyant comme les flots pers ;\nAigue-marine   qui s'ombre et se dore\nAux alternances de la mer.\n\nHeureux sous le ciel vif les cœurs qui te possèdent,\nBéryl, ces cœurs profonds dont le noble désir\nEst de rester, si tel reste son bon plaisir,\nPareils aux flots marins où sans fin se succèdent,\nCes frissons de clarté que nul n'a pu saisir.\n\nLe Verbe est leur soleil et sa gloire élucide\nCe qui restait d'obscur encor et de caché\nAu fond de l'eau profonde, à l'ombre du rocher.\nEt le béryl des cœurs où son jour s'est penché,\nComme une onde au matin deviendra          translucide.\n\nCette eau ne sera pas troublée; aucune ride\nN'altère plus la paix du ciel en ses miroirs ;\nBéryl, et ton cristal, lorsque descend le soir,\nEau d'un lac immobile au cœur des prés virides,\nOffre au soleil couchant son brillant   reposoir.\n\nLa claire flamme d'or qui brûle dans ion onde\nAnnonce le revoir à l'heure des adieux,\nLe revoir éternel au-delà de ce monde\nDans la limpidité insondable de Dieu.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 525, "page_fin": 526, "titre_corps": "Les Gemmes éternelles : L’Améthyste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "L'Améthyste Plus belle est la beauté", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 636, "page_imprimee": 525, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "L'Améthyste\nPlus belle est la beauté que rien d'impur     n'approche.\nSœur de la violette au clair-obscur des bois,\nL'Améthyste   a fleuri l'austérité des roches\nAvant d'orner l'anneau des Juges de la Foi.\n\nPour le culte divin l'améthyste    autrefois\nAvait connu déjà l'honneur d'être choisie.\nSur le Pontife saint de l'Ancienne    Loi\nLa pierre étincela au dur soleil d'Asie.\n\nEt maintenant la pierre illumine le doigt\nDes pasteurs violets de l'Ame   catholique.\nSa beauté participe au geste apostolique\nDe confirmer l'enfance et de sacrer les rois.\n\nNon, sa vertu n'est point de préserver nos cœurs\nDu vertige païen de l'ivresse    orgiaque;\nMais si le vin d'orgueil à notre esprit    s'attaque,\nElle est l'humilité qui nous rendra     vainqueurs.\n\nEt si la volupté, jusque sous l'or des cierges,\nPerfidement en nous distille sa liqueur,\nL'Améthyste    à nos yeux évoquera le chœur\nImmortellement    pur des enfants et des vierges.\n\nSa teinte la plus noble a la couleur d'un vin\nOù la blancheur de l'eau à la pourpre se mêle.\nEt telle, elle apparaît à tous les yeux fidèles :\nGoutte du Vin sacré, Sang de l'Agneau        divin.\n\nBeau bloc violacé des remparts de Sion,\nOù des assauts du mal son quartz puissant nous          sauve,\nElle rappelle aux cieux la sainte Passion\nDans la sombre clarté de sa majesté  mauve.\n\nSon deuil ecclésial à notre amour     enseigne\nQu'il faut crucifier la chair, que tout est vain,\nHormis de cultiver tes célestes provins\n0 Cep crucifié qui pleures et qui saignes !\n\nEt l'Améthyste pâle est ce languide   amour,\nCet amour las, cet amour faible,    monotone,\nQue l'âme qui se fane éprouve en son automne,\nLorsque le soir descend sur l'horizon des jours.\n"}, {"page_pdf": 637, "page_imprimee": 526, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 560, "texte": "526                          DURENDAL\n\n\n       Mais l'Améthyste rose a l'humble amour candide\n       Des rosiers nouveau-nés,   dont le printemps charnel\n       Est méritoire et saint aux yeux de l'Éternel\n       Autant que l'été noir de la forêt splendide.\n\n       Le Feu du Saint-Esprit    illumine son eau\n       Rosée et translucide ainsi que l'Innocence :\n       Le pur visage enfant du jour à sa naissance\n       N'a pas de tons plus frais, ni de rayons plus   beaux.\n\n                                              GEORGES    RAMAEKERS.\n\n (A continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 527, "page_fin": 534, "titre_corps": "Le Poète Guido Gezelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Le Poète Guido Gezelle La Belgique a l'honneur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 638, "page_imprimee": 527, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "Le Poète Guido Gezelle\n                    LA Belgique a l'honneur de compter parmi ses\n                       grands hommes un des plus magnifiques poètes\n                       de ce siècle. E n appelant ainsi Guido Gezelle,\n                       nous n'exagérons pas. Ceux qui ont lu ses\n                       œuvres le savent. Mais combien les ont lues?\n                         De son vivant, comme tous les génies, il\n                       passa inaperçu. A part quelques hommes d'élite,\n                       au premier rang desquels il faut placer ses deux\nillustres disciples, les deux Verriest: Gustave, l'éminent profes­\nseur de l'Université de Louvain, et l'abbé H u g o , poète lui-\nmême, qui tous deux lui avaient élevé un sanctuaire dans leur\ncceur, personne ne le connaissait.\n   Il meurt. T o u t le monde chante sa gloire. Quelques-uns par\npure snobisme. Ceux qui ne l'avaient j a m a i s lu et ne le liront\npeut être j a m a i s , mais qui le voyant élever si haut par tous, ne\nvoulurent pas avoir l'air d'ignorer celui qu'on proclamait tout\nd'un coup si grand et qui l'était, en effet.\n   D'autres s'empressèrent d'acquérir les œuvres du poète, les\nméditèrent et reconnurent à l'instant qu'il était digne des éloges\nposthumes qu'on lui décernait, non seulement dans sa patrie,\nmais encore à l'étranger, et même en F r a n c e , dans un pays qui\nne parlait pas sa langue. E t ils reprochèrent, avec combien de\nraison! à leurs professeurs, de leur avoir laissé ignorer les\ninspirations merveilleuses du mélodieux chantre flamand.\n   Nous sommes de ces derniers. A nos maîtres, nous reprochons\na m è r e m e n t et ne pardonnerons jamais deux choses : d'abord, de\nn'avoir pas même prononcé, dans leurs leçons, le nom de l'illustre\npoète. C'était pourtant un enfant de la Belgique, un compa­\ntriote et, en plus, un poète génial, et ce poète était prêtre. E n\nsecond lieu, nous leur reprochons de ne pas nous avoir enseigné\n"}, {"page_pdf": 639, "page_imprimee": 528, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "528                        DURENDAL\n\n\nà fond cette belle langue flamande, dont la connaissance\napprofondie nous eût permis de communier à l'âme séraphique\nde cet artiste-prêtre, de nourrir nos esprits et nos cœurs du pain\nsubstantiel pétri par son intelligence transcendante, sa puis­\nsante imagination et son verbe de feu.\n   Au collège, on nous a saturé de classicisme au point de\nnous en donner la nausée, de façon à enlever à tout esprit un\npeu élevé l'envie de jamais les relire. On nous a empiffré de\nlatin et de grec. On nous a donné une indigestion de lettres\nantiques et païennes. Et en fait de littérature française, on ne\nnous a fait connaître que des écrivains roides et ternes, sans\nenvergure, dénués de toute spontanéité, dont les œuvres sont si\npeu vivantes qu'elles paraissent s'adresser à des momies ou à\ndes poupées plutôt qu'à des hommes. Jamais nos âmes n'ont\nvibré en entendant ces déclamations ronflantes, pompeuses et\nfastidieuses. Plus d'un se dégoûta à tout jamais de l'art. La\nlittérature morte, la littérature de cimetière qu'on leur avait\nservie en pâture avait tué du coup et pour toujours leur enthou­\nsiasme. D'autres plus avisés, ceux qui ne peuvent se passer de\nbeauté, cherchèrent ailleurs et découvrirent nos grands écri­\nvains modernes et, parmi ceux-ci, le poète Guido Gezelle.\n   Cet homme admirable ne fit jamais rien de lui-même pour se\nfaire connaître. Il fit même plutôt tout pour qu'on ne s'aper­\nçoive pas de son existence. C'est là, du reste, le fait des vrais\nartistes. L'écrivain médiocre et quelconque brûle du désir de\nse déclamer devant le public. Le vrai artiste, celui qui a l'art\ndans le sang, éprouve une certaine pudeur qui lui fait différer\nle plus possible la divulgation de son être intérieur. C'est pour\nlui et non pour le public qu'il pense son rêve. C'est par amour\nde la beauté qu'il réalise son œuvre et non dans un sentiment\nde sotte vanité.\n   Cependant, l'intérêt du public exige que le penseur sorte de\nson silence, qu'il ne garde pas pour lui seul sa méditation soli­\ntaire. Car le public a besoin d'art. L'artiste a pour mission de\nl'élever en l'exhaussant jusqu'à lui, de l'éduquer en lui commu­\nniquant une étincelle de la flamme qui l'embrase lui-même.\n   L'écrivain doit être l'éducateur du public et, à cet égard, on\npeut dire que Gezelle est un maître éducateur incomparable.\nL'étude des œuvres d'un poète aussi sublime que lui ne peut\nque développer les esprits, élargir les âmes et réchauffer les\n"}, {"page_pdf": 640, "page_imprimee": 529, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "                      LE POÈTE GUIDO       GEZELLE                    329\n\n\ncœurs. Car ses poésies sont a d m i r a b l e s . La plupart sont des\nchefs-d'œuvre qui atteignent la perfection de ces pages défi­\n nitives, dont la beauté est éternelle et que le temps ne détruit\n plus j a m a i s .\n    Gezelle avait cette âme profonde qui ne s'arrête pas à l'écorce\n des choses, qui pénètre j u s q u ' à l'essence des êtres, qui saisit le\n puissant symbole de la nature et le secret intime de la vie. L a\nréalité vraie et vivante pour lui n'était pas ce qui est considéré\n comme telle par le vulgaire, qui n'admet que ce qu'il peut pal­\n per et qui passe avec mépris et en haussant les épaules à côté\n du poète. L a réalité pour lui c'était le rêve, oui, le rêve qui,\n pour le penseur, existe seul, est toute la réalité et l'unique\n réalité.\n    Gezelle avait compris la nature comme personne peut-être ne\n l'a j a m a i s comprise avant lui, parce qu'il ne s'en tenait pas aux\n apparences, mais allait au fond des choses. Q u a n d il entendait\n chanter l'oiseau, il ne s'arrêtait pas à son chant matériel.\n C'est ce que l'oiseau chante avec sa voix du ciel qu'il entendait.\n Le gémissement du vent, le bruissement des feuilles, le mur­\nmure pacifique des sources cristallines, le sifflement de la pluie,\nla voix d'or du soleil, la voix blanche de la lune, la voix parfu­\nmée des fleurs, la voix t a n t ô t douce, t a n t ô t grandiose de la mer,\ntoutes ces voix de la vie lui parlaient tout a u t a n t et plus que\nla voix de l'homme. Il les écoutait, il les comprenait comme\npersonne. Sa voix de poète ne fut que l'écho de toutes ces har­\nmonies de beauté, dont le m o n d e retentit à toutes les heures\ndes jours et des nuits.\n    C'était une âme avertie et attentive. Rien n'était banal, rien\nn'était petit, tout était symbole pour lui, parce qu'il savait\nque tout dans la nature vit d'une vie intérieure. Il était sans\ncesse aux aguets pour saisir la note d'éternité dont les êtres\nfont résonner la terre à chaque instant.\n    Ses poèmes sont des chants de vie qui interprètent les\nh y m n e s de beauté, les concerts d'art, les symphonies de rêve\ndont l'univers est rempli, et que les hommes n'écoutent que\nq u a n d les poètes éveillent leur attention.\n    Gezelle a joué parmi les hommes le rôle de cet Eveilleur\ndont parle si délicieusement Blanche Rousseau dans un des\ncontes les plus exquis de cet écrin d'art qu'est Nany à la fenêtre.\nIl s'en va dans les jolis petits villages, j o u a n t les douces méle-\n"}, {"page_pdf": 641, "page_imprimee": 530, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "530                               DURENDAL\n\n\ndies de sa flûte mystérieuse, c h a r m a n t par les chansons mys­\ntiques qu'il en tire les habitants ingénus des campagnes, leur\nrappelant qu'ils ont une âme et offrant à celle-ci le pain de l'idéal,\ndont elle a aussi besoin que le corps a besoin de nourriture\nmatérielle. On l'écoute en silence et en versant des larmes\nd'amour et de bonheur, qu'il recueille dans ses deux mains,\ndont il fait un collier qu'il porte sur son cœur plus beau que\ntous les rêves. Il est l'éveilleur, l'éternellement seul. Il éveille\nles cœurs et il leur montre le chemin fleuri qui conduit au pays\nenchanté où les étoiles parlent à ceux qui les écoutent.\n   T e l fut le rôle du poète Gezelle ici-bas. L'idée mère de\ntoute son œuvre, c'est de rappeler, par ses chants, la présence\néternelle de Dieu p a r m i les h o m m e s et de faire entendre à\nceux-ci le cantique ineffable de la création.\n   Nous disions, en commençant cet article, que la gloire de\nGezelle a dépassé les frontières de son pays dépuis sa mort.\nNous venons d'en avoir une preuve de plus. L e Mercure de\nFrance, la principale et la plus littéraire des revues de Paris,\nlui rendait h o m m a g e pas plus tard qu'hier, sous la plume auto­\nrisée de Georges Eeckhoudt. Cet article est des plus intéres­\nsants et nous nous faisons un devoir de le reproduire ici, avant\nde donner la suite de la t r a d u c t i o n des poèmes de Gezelle que\nnous avons entreprise et que nous continuerons dans la suite.\n                                                         HENRY MŒLLER.\n\n                                       *   *\n\n   Guido Gezelle est peut être le plus grand poète flamand depuis Vondel.\nDe très intéressantes brochures publiées par M. Gustave Veniest, professeur\nà l'Université de Louvain nous renseignent sur la vie de Gezelle.\n    Il naquit à Bruges, le I er mai 1830. Son père était jardinier et horticulteur-\npépiniériste, sa mère une simple paysanne.\n   Avec leurs nombreux entants les Gezelle habitaient une maison de\nphysionomie rustique, au Rolleweg, près des remparts. Guido, l'aîné, était\nun enfant débile et maladif qui souffrait presque constamment de violents\nmaux de tête, ce qui ne l'empêchait pourtant point de montrer de rares\naptitudes dans ses études primaires Il fut envoyé vers sa douzième année\nau petit séminaire de Roulers pour y étudier le latin. Son père ayant tracé\net planté le jardin de cet établissement, le petit Guido y fut admis sans\npayer; toutefois, en dehors de ses heures de classe, il était tenu à remplir\nl'office de concierge. Un jour, assistant le professeur de chimie dans l'une\nou l'autre expérience, il eut les yeux atteints par un acide et il faillit perdre\n"}, {"page_pdf": 642, "page_imprimee": 531, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3490, "texte": "                          LE POÈTE GUIDO GEZELLE                                   53l\n\n\nla vue. Il profila de son séjour à l'infirmerie pour rimer u n e pièce de vers,\nsans doute u n e des premières, qu'on publia récemment.\n    Au petit séminaire de Roulers, il y avait beaucoup d'Anglais ou plutôt\nd'Irlandais. L a plupart de ces jeunes gens passaient leurs vacances au\npensionnat, la traversée coûtant encore trop cher à cette é p o q u e . Guido,\nleur moniteur et leur camarade, profita de leur société pour apprendre\nparfaitement l'anglais. L'un de ces étrangers, u n certain Alexandre Douglas\nWebster, mort depuis en Australie, lui fit cadeau, en 1847, d'un petit\nvolume c o n t e n a n t cinq des chefs-d'œuvre de Shakspeare : Richard            III,\nRoméo et Juliette, Jules César, Othello, Macbeth. Ce livre est aujourd'hui en la\npossession du professeur Verriest.\n    E n dehors de Shakspeare, Gezelle lut Milton, Longfellow (dont il a\ntraduit et imité plusieurs pièces, entre autres Excelsior et the Song of Hiawatha)\net Robert B u r n s . Celui-ci devait exercer une grande influence sur lui.\n     M. Verriest nous a p p r e n d que Gezelle n'ayant rien d'un fort en thème\npassa difficilement son examen d'entrée au grand séminaire de B r u g e s .\n    E n 1854, ayant été o r d o n n é prêtre, il retourne à Roulers comme professeur\ndes classes inférieures (cours de commerce) du pensionnat annexé au petit\nséminaire. L e professeur Verriest, âgé alors d'une dizaine d'années, et qui\navec son frère H u g o , aujourd'hui poète et prêtre comme l'était Gezelle, se\n trouvait parmi les internes, se rappelle l'impression que produisit la première\n apparition du nouveau professeur, avec sa forte tête, son front bosselé et\n proéminent. Cet h o m m e d'aspect imposant ne tarda pas à se montrer le plus\n bienveillant des maîtres, le grand favori de ses élèves. Aux heures de récréa­\n tions, il était toujours entouré d'une dizaine au moins de petits, les uns\njuchés sur ses épaules, les autres s u s p e n d u s à ses bras et accrochés à sa\n soutane.\n    E n 1857, le professeur de littérature flamande étant tombé malade, ce fut\n Gezelle qui le remplaça. R o m p a n t avec les traditions et les routines pédago­\n giques, au lieu de lire à ses élèves, dont les d e u x Verriest, ces classiques\n rhéteurs et ampoulés dont Tollens est demeuré le type, il leur fait connaître\nles poètes vivants et primesautiers, u n discours du duc de Brabant, J e a n le\n Victorieux, avant la bataille de Weeringen, les récits carlovingiens, le Rei­\n naert de Vos, des chansons du Moyen-âge, les apologues du père Cats.\n    E n 1758, on lui confie définitivement la chaire de poésie. Mais l'esprit\n d'initiative et les intelligentes innovations qu'il introduit dans cet enseigne­\n ment ne tardent pas à le rendre suspect aux autorités académiques. Après u n\n a n et demi le professeur reçoit sa démission. U n a n encore on le tolère\n c o m m e simple surveillant du pensionnat, puis on l'arrache définitivement à\n ses chers élèves! Les Dichtoefeningen, le premier recueil de Gezelle, date\n de 1858. Or, trente ans s'écoulèrent entre l'apparition de ces vers et les\n œuvres suivantes. Le poète, abreuvé de chagrin, découragé par l'inique\n traitement que lui avaient infligé ses supérieurs, se plongea d a n s un long\n silence, ce qui a fait dire éloquemment au professeur Verriest en parlant des\n persécuteurs de Gezelle : « Dieu leur p a r d o n n e r a peut-être ; la F l a n d r e ,\n  jamais! »\n"}, {"page_pdf": 643, "page_imprimee": 532, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "532                               DURENDAL\n\n\n   Cependant si Gezelle ne publia point de vers durant cette série d'années, il\nne demeura pas inactif pour cela. Bien au contraire. Il se plongea dans d'opi­\nniâtres travaux de linguistique. Ainsi il recueillit les vieux mots et les\nanciennes tournures du flamand anémié, appauvri par les classiques et les\nacadémiciens néerlandais plus néfastes encore pour leur langue que les\nderniers classiques français l'avaient été pour la leur. Il fortifia, il retrempa\nle flamand aux sources populaires; il créa pour ainsi dire son instrument\navant de créer les chefs-d'œuvre qui seront Tijdkrans et Rymsnoer. En atten­\ndant le résultat de ces travaux philologiques (plus de cent mille mots et locu­\ntions retrouvés) paraissent dans deux revues qu'il dirige : Loquela et Rond den\nHeerd.\n   Cependant, après avoir été appelé quelque temps à la direction du sémi­\nnaire anglais à Bruges, il fut nommé vicaire d'une paroisse dans la même ville;\npuis, en 1872, vicaire à Courtrai. Ceux qui l'ont connu et approché durant ces\nannées ne tarissent pas en souvenirs attendris sur la vie simple, vraiment\névangélique que menait le digne prêtre. Aussi sa popularité parmi les hum­\nbles ouvriers et petits paysans était-elle grande et de nature à le consoler de\nla méconnaissance, du dédain, voire de l'hostilité qu'il avait rencontrés dans\nles milieux soi-disant lettrés et intellectuels.\n    Tijdkrans (1893) et Rymsnoer (1896) interprètent admirablement cette période\nde la vie de Gezelle, où il était en communion avec les pauvres et la fruste\nnature. En 1898, Mgr Waffelaert, un ami de Gezelle, ayant été appelé à\nà l'épiscopat, le premier acte du nouvel évêque de Bruges fut de rappeler\nGezelle dans la ville diocésaine en qualité de directeur du couvent anglais.\nC'était en 1898. Gezelle ne jouit pas longtemps de ce bénéfice. Il mourait\ndéjà le 27 novembre 1899.\n    Une étude approfondie de l'œuvre du grand poète m'entraînerait trop loin.\nJe n'en dirai donc que quelques mots, quitte à revenir un jour sur cette opu­\n lente et généreuse matière. Lyrisme, religion, naturisme; ces trois mots\npourraient résumer le caractère de la poésie de Guido Gezelle. Sa religion\nn'a rien de bigot, de pharisien et de scolastique. Son lyrisme, comme celui\nde Burns, de La Fontaine et de Heine, joint le sublime à l'intimisme, l'élé­\n vation à l'exquise familiarité, le pathétisme à la bonhomie. On pourrait lui\nappliquer, quant à son amour pour la nature, pour les bêtes et surtout pour\n les arbres, les pages capitales de Taine au commencement de son livre sur\n La Fontaine. L'ode célèbre de Ronsard contre les bûcherons de la forêt de\n Gastine n'est pas plus belle et n'est certes pas aussi émue que les élégies com­\n patissantes de Gezelle, pleurant les trembles et les peupliers abattus par la\n cognée.\n    La langue de Gezelle, le flamand de West-Flandre, fut principalement\n cause de l'opposition qu'il rencontra dans les milieux académiques, chez les\n professeurs de réthorique et les pions. Ainsi que je vous l'ai déjà dit, chose\n tout à fait piquante, ce soi-disant patois, répudié par les beaux esprits et les\n puristes des Flandres, fut accueilli en Néerlande chez les meilleurs écrivains\n des Pays-Bas du Nord, comme le véritable verbe néerlandais. A ce propos\n M. Verriest rapporte cette plaisante anecdote :\n"}, {"page_pdf": 644, "page_imprimee": 533, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "                            LE POÈTE GUIDO GEZELLE                                        533\n\n    Se trouvant u n jour à table chez Mgr Van H o v e , célèbre professeur de\nrhélorique à Roulers et vicaire général de l'évêché de Bruges, la conversation\nvint à rouler sur la langue flamande et n o t a m m e n t sur le flamand de Gezelle.\n    — Il va tout de même un peu loin ! disait le prélat en parlant du poète.\nAinsi figurez-vous que l'autre jour il allait jusqu'à me soutenir que le premier\nvacher ou palefrenier de Thielt ou de Roulers sait et parle mieux le flamand\nque — comment dirai-je ? — vous ou moi.\n    — Monseigneur, répondit Verriest, je m'abstiendrai d'une appréciation en\nce qui vous concerne, mais quant à ma propre connaissance de la langue, je\ntrouve que Gezelle a raison.\n    Dès ses premiers poèmes, sans écrire encore dans u n e langue aussi person­\nnelle et aussi savoureuse que par la suite, Gezelle s'affirmait par une sensibi­\nlité et des trouvailles de véritable poète. Je relisais l'autre jour ses Kerkhof­\nbloemers (fleurs de cimetière) et n o t a m m e n t le récit des funérailles d'un jeune\np a y s a n , E d m o n d van den Bussche, élève du séminaire de Roulers, mort à\n18 ans à Staaden (1). C'est u n récit en prose, intercalé de vers, dont\nchaque épisode se r e c o m m a n d e par u n e intensité d'accent vraiment surpre­\nn a n t e . J e n'ai jamais lu « oraison funèbre » plus originale, d'émotion plus\nspontanée, de sympathie plus vibrante. Gezelle se rendant avec les autres\ncamarades du défunt à la ferme mortuaire constate que c'était « l'heure à\n laquelle le semeur, se rendant à la besogne, se signe avant de répandre aussi\n la semence en u n geste crucial ». Et il ajoute cette réflexion au tableau :\n « C'est peut-être en priant et en pleurant que le paysan sème le grain q u ' u n\n autre récoltera et engrangera tout joyeux ! » Il nous montre aussi les chevaux\n attelés au chariot funèbre, la simple charrette affectée d'ordinaire au tran­\n sport des récoltes. Le domestique qui couche dans l'écurie parle familièrement\n aux braves bêtes ; il leur fait ses r e c o m m a n d a t i o n s , il les édifie sur le dernier\n service qu'ils sont appelés à rendre au j e u n e baes; et, pour qu'elles s'acquittent\n de leur grave mission avec la piété voulue, après avoir trempé sa main dans\n l'eau bénite, il trace u n signe de croix entre leurs bons yeux.\n     Dans Gedichten, Gezangen en Gebeden (Poèmes, Chansons et Prières), u n\n volume de jeunesse, on rencontre n o m b r e de pièces admirables, entre\n autres celle consacrée aux Saules (2), dont je détache ce passage : « Combien de\n fois ne vous ai-je pas comtemplés au point du j o u r q u a n d u n e vapeur\n bleuâtre ceignait votre cime d'argent comme u n r u b a n tressé dans la cheve­\n lure d ' u n ange. L e soleil ne tardait pas à détacher ce ruban et à le faire\n fondre dans l'azur du ciel. E t alors vous vous dressiez dans la clarté éblouis­\n sante, comme s'élança jadis du t o m b e a u Celui qui avait créé le ciel et la\n  terre. Puisses-tu un jour te débarrasser ainsi de tes liens, ô m o n âme, et pren­\n  dre ton essor vers là-haut. » Mais comme je l'ai déjà fait e n t e n d r e , les plus\n\n\n\n    (1) Nous avons publié une traduction française de cet admirable récit des funérailles\n d'un jeune paysan dans le fascicule du mois de janvier 1901 de Durendal.\n    2) Voir la traduction française que nous avons donnée de ce merveilleux poème dans\n    fascicule du mois d'octobre 1901 de Durendal.\n"}, {"page_pdf": 645, "page_imprimee": 534, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "534                                 DURENDAL\n\n\nbelles pièces se trouvent dans les derniers livres : Tijdkrans et Rijmsnoer. Celle\nqui c o m m e n c e par ces mots Hoe riekt gey Bamisbosschcn (Senteurs des feuillages\nde la Saint-Bavon !) suggère les parfums de l'automne, non plus les arômes des\nfleurs et des fruits, mais les fragrances des feuilles mortes, des écorces\nhumides, des racines découvertes et de la terre retournée, et le poète nous\névoque la vie qui s'exhale lentement des arbres et qui monte vers le ciel\ncomme l'encens aux voûtes de l'église. E t après les parfums, il chante la cou­\nleur de ces arbres qui attendent leur arrêt de mort dans l'opulente toilette\ndiaprée que leur fait la Saint-Bavon. J a m a i s ils n'ont été si beaux, si nobles\net si touchants. « Seigneur, dit le poète en t e r m i n a n t par u n e prière, puisse\nà tes yeux le dernier jour de ton serviteur représenter aussi le plus beau jour\nde sa vie, comme c'est le cas pour la feuillée de la S a i n t - B a v o n ! » Mais il\nfaudrait reproduire et lire ces poèmes d a n s l'original.\n\n                                                              GEORGES EEKHOUD\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 535, "page_fin": 544, "titre_corps": "Guido Gezelle : Les Oiseaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Cuppens", "ancre_debut": "Guido Gezelle (Suite) Les Oiseaux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 646, "page_imprimee": 535, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "Guido Gezelle\n                                  (Suite)\n\n\n\n\n                             Les Oiseaux\n                  ON pourrait tirer de l'œuvre de Gezelle tout un\n                    volume, qui aurait pour titre : Les Oiseaux. L e\n                    doux Rossignol de F l a n d r e ne devait-il pas les\n                    aimer d'un amour de prédilection? Il se sentait\n                    leur frère.\n                        Y a-t-il, d'ailleurs, p a r m i les créatures non\n                    douées de raison, des êtres plus c h a r m a n t s que\n                    ces gracieux et légers enfants de l'air?\n     L e u r vie, leurs m œ u r s , leur signification symbolique ne\nméritent-elles pas l'attention respectueuse de ces « sages » qui,\ncomme le dit Gezelle, « savent découvrir les leçons de Dieu\npartout où il les a cachées? »\n    L e u r plumage si varié fait ressembler les oiseaux à des fleurs\nen mouvement dans l'air bleu; leurs ailes agiles, leur vol au\nr y t h m e de danse en font des symboles évidents de cette liberté\njoyeuse, de cette agilité et subtilité que notre âme baptisée\ndésire si a r d e m m e n t et dont elle iouira un j o u r dans un corps\nrenouvelé.\n    E t leur chant donc? Cette « symphonie b r u y a n t e des oiseaux\nqui, à la première lueur de l'aurore, font tinter mille et mille\nclochettes dans les forêts frémissantes                (Dichtoefeningen) et\nnous invite sans cesse à louer le Seigneur!\n    E h bien! Gezelle a chanté le poème des oiseaux, mieux que\nn'importe quel poète de n'importe quel temps ou p a y s .\n"}, {"page_pdf": 647, "page_imprimee": 536, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": " 536                               DURENDAL\n\n\n  Il les a contemplés et admirés en toute saison, comme\npersonne d'autre avant lui.\n                                        *\n                                       * *\n\n   Y a-t-il beaucoup d'hommes qui remarquent que l'hiver\naussi a ses ciseaux propres, dont l'extérieur et la vie s'harmo­\nnisent magnifiquement avec le caractère âpre et stérile de cette\nsaison ?\n   Voici le corbeau tout noir, le messager mystérieux de\nmalheur dont tous les peuples ont eu peur, le banni que Noé\nlâcha et qui ne revint plus à l'arche, comme s'il voulait se\nséparer à tout jamais de l'homme.\n   Je contemple le vieux corbeau qui laboure l'atmosphère grisâtre et sans\nsoleil — de ses coups d'ailes noires et pesantes; — coupant le vent à peine\néveillé qui le porte — pareil à un fantôme errant, il ne trouve, hélas ! nul repos.\n   Bec, pattes et tête sont noirs ; — les yeux, noirs comme des charbons,\nluisent dans une paire d'orbites noires; — des vêtements de deuil d'étoffe\nsombre enrobent le monstre ténébreux suspendu dans les brumes.\n   Il est muet! Il ne pousse pas un cri — on n'entend pas le bruit de ses\nailes. — Ainsi que les croque-morts noirs s'en vont en silence, il vogue dans\nl'air et promène, de-ci, de-là, son vol noir.\n   Que veux-tu, sombre fantôme? Où vas-tu? De quelles régions les vents\nt'ont-ils amené ici — en même temps que les brouillards, les brumes moites\net les ténèbres de l'hiver?— Quel message apportes-tu? De quelle catastrophe,\nde quels malheurs es-tu le prophète?\n   Les maladies et les épidémies, la mort ou la famine — nous arrivent-elles\ndes régions grises du Nord? — Es-tu l'annonciateur du meurtre, de la\ntrahison? — ou bien le gouffre de l'Abîme va-t-il s'ouvrir?\n   Il ne dit mot! Va-t'en, corbeau maudit; — va-t'en là-bas où le soleil ne\nmonte jamais — où les flots rétifs et méchants s'amoncellent en rochers de\nglace, — où le sein de notre mère la terre est stérile et ne produit ni\nverdure ni fleurs.\n   Va-t'en! Ou bien parle comme le font les autres oiseaux, qui prennent\nleurs ébats dans les bois, pendant tout l'été. Et même en hiver, quand la\nneige a étendu son voile blanc — les diligents oiseaux font entendre leurs\npetits cris et leurs appels vibrants.\n   Et toi !... Le corbeau passe à mes côtés, à lents coups d'ailes, — lourd et\nnoir comme un corbillard — subitement il me jette au passage — ce seul\nmot, son message d'hiver : « Epargne! » (en flamand : Spaar !).\n\n   Mais voici les pauvres corneilles, les compagnes d'hiver plus\nsociables et plus humaines. Gezelle les chante avec amour dans\nles strophes suivantes d'une originalité si naïve.\n"}, {"page_pdf": 648, "page_imprimee": 537, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "                                 GUIDO GEZELLE                                    537\n\n   Corneilles grises, pauvres bêtes — où trouverez-vous la nourriture\n— vers ou limaces — pour vos d u r e s entrailles — p e n d a n t ce temps de famine?\n   T e r r e et eau sont fermées — la neige est tombée en masse ; — et je ne vois\nh o m m e qui vive — essaimer pour vous ni le grain ni la poussière du vent.\n   Vous ignorez granges et greniers — vous ne savez pas enfouir de succu­\nlentes racines — et, o h ! misère plus g r a n d e ! — Vous n'avez pas mis de côté\nla m o i n d r e bribe.\n   Vous n e vous emparez pas de vos semblables — comme les vautours ; —\nvotre état civil ne porte ni « voleurs d'œufs » — ni « voleurs de poulets ».\n    Mais aussi, quelle pauvreté — que la vôtre m a i n t e n a n t , que voici l'hiver!\n— et que c a m p a g n e s et prairies sont couvertes de neige — et crient la misère\net la faim.\n   Je vois les traces de vos deux pattes imprimées dans la neige du c h e m i n ;\n— mangez-vous de la neige, ou bien, — rongées de famine — y étanchez-\nvous votre soif ?\n    Comment trompez-vous — votre faim, en volant sans c e s s e ? — Votre petit\nventie ne crie-t-il pas famine? Ou bien se tait-il, comme v o u s ? — Comment\nle serrez-vous ?\n   J e ne vous entends proférer a u c u n e plainte — alors que b e a u c o u p d'autres\noiseaux appellent au secours, — piaillent et criaillent partout; — corneille\ngrise, deviens tu m u e t t e ?\n    E h ! la vie serait impossible p o u r toi — s'il n'était écrit — qu'il y en a U n\nqui te nourrit — et te p r o c u r e le nécessaire.\n    C'est Celui qui tisse des vêtements magnifiques — semblables à ceux de\nS a l o m o n , pour le lys des c h a m p s ; — Celui qui, sans aiguille ni fil — fait\npousser toison et plumes.\n    E n effet, je ne vois jamais, ô ma corneille grise, — des cadavres de celles\nde ta race — gisant sur les talus — ni ta progéniture périr de famine.\n    J'entends les h o m m e s se plaindre amèrement — des mauvais jours\nd'hiver; — j'en sais qui sont morts — de misère et de d o u l e u r .\n    T o i , tu te fies à Dieu, enchaînée — inconsciemment à Ses lois ; — à Dieu\nqui fit pour toi la pleine nourriture — avant m ê m e qu'il t'appelât à la vie.\n    Il t'a placé deux ailes — le long du corps et Il t'a d o n n é la force de les\nm o u v o i r ; — et tu c o m m a n d e s à deux yeux fins — au regard aigu et qui\nporte au loin.\n    Je te vois ramer dans l'air— avec ces ailes et te h â t e r ; — en u n clin d'oeil\ntu es bien loin — séparée de moi de toute la large étendue des champs.\n    J e te vois fureter avec ces yeux — bien haut au-dessus de la terre et des\ngens — bien haut au-dessus des maisons et de tout le reste — regardant si\n Dieu te d o n n e r a quelque chose.\n    Corneille grise, ton pauvre être — donne une belle leçon à ceux — qui\n gaspillent le pain quotidien, — en m a n g e a n t sans faim.\n     Ah ! s'ils partageai :nt tous les jours — le pain qu'ils d e m a n d e n t à Notre\n Père — avec tant de p. uvres — qui doivent le chercher, comme toi !\n     T o n blé pousse là où — les paysans parcimonieux — conduisent leurs\n chevaux bien nourris de grains — et tirant le chariot.\n"}, {"page_pdf": 649, "page_imprimee": 538, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "538                               DURENDAL\n\n\n   Leur perte est ton gain — je te vois, dans les chemins, — folle et insolente\nde misère — becqueter dans un crottin de cheval !\n  Je te vois gagner péniblement ta vie — et triompher humblement — sur\nun petit tas de fumier — joyeuse, ainsi que Job en son temps.\n   Corneille grise, je suis peiné — je voudrais te venir en aide — et je ne\nsais, hélas ! comment m'y prendre !\n   Attends que l'hiver soit parti; — et que reluise le soleil d'avril! — alors,\noh! corneille, tu recevras ta part — entière de la bonté divine.\n   Alors Dieu te fera trouver une nourriture — abondante sur les mottes de\nterre, près de la charrue — qui laboure la terre grasse.\n  Et, le cœur regaillardi, — tu donneras à ton ventre nourriture en abondance\n— louant Dieu, d'une voix douce ou forte — avec tous les oiseaux.\n\n   Mais... les arbres sont noirs de bourgeons qui crèvent de\nsève, et le poète interpelle les haies d'aubépines : « Dormez-\nvous encore? Les becs des chanteurs — qui proclameront votre\ngloire, lorsque vous vous éveillerez, — entonnent déjà leurs\nairs les plus gracieux! » Et les oiseaux les plus humbles, les\nplus modestes chanteurs, célèbrent bruyamment l'arrivée du\nprintemps.\n\n   Les moineaux se battent vaillamment — dans les branches des arbres ; —\nils ont envie de pondre — chacun se cherche une compagne.\n   Puis ils bâtissent leur nid avec ferveur — de leurs petits doigts d'oiseaux —\nils combinent poils, foins, pailles — et avec ces matériaux construisent une\njolie maison.\n   Une fois le petit berceau prêt, ils deviennent — tous muets, et bientôt —\nil y a dans chaque nid un œuf — apporté de génération en génération.\n   Encore un, un autre, puis un autre... oh! — un nid à moitié plein, à ce\nque je vois;— et cela deviendra des moineaux, d'ici trois semaines.\n\n   Voici qu'arrive la messagère gracieuse du printemps, l'hiron­\ndelle : voyez comment notre poète sait peindre le charmant\noiselet, et incruster son vol capricieux en ses vers d'une plasti­\ncité immortelle qu'il faudrait lire en flamand\n\n   L'air bleu n'est plus privé d'oiseaux, comme il le fut, hélas! — de trop\nlongues et tristes semaines; — lorsque pluie, bourrasques glacées, neige\net mâle grêle — chassaient la gent ailée de ses hauts et libres domaines. —\nL'hirondelle (d'où elle arrive, je ne sais) — est revenue et de son vol elle fend\nles nues comme un dard aigu.\n   Elle poursuit sa proie en s'ébattant derrière elle dans l'air, — elle monte,\ndescend, part, revient — si exubérante, qu'en vain mon regard essaie de la\nsuivre; — jusqu'à ce que, virant brusquement et me cognant presque la figure\n"}, {"page_pdf": 650, "page_imprimee": 539, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "                                GUIDO GEZELLE                                   539\n\n— elle s'élance d'un trait... dans l'espace où elle plane maintenant — et me­\nsure le d r a p bleu qu'épinglent les étoiles.\n    Mais tout à coup, regardant en bas de si h a u t , elle tombe — et emporte le\nmoucheron qui était en train de faire sa p r o m e n a d e — d'après-dînée, sur la\nL y s , quelque maigre que soit la bouchée. — P u i s elle plonge et lave sa\npoitrine d a n s l'eau — et l'eau rit; mais avant qu'elle ait fini de rire — l'hiron­\ndelle est repartie dans les airs.\n    O h ! symbole merveilleux de l'hirondelle! je me déclare — incapable de te\nsuivre, en ta course r a p i d e ; — je suis trop solidement vinculé, sans ailes,\nà la roue du m o n d e : — ad ieu ! je ne puis d a n s ma prison — qu'envoyer,\nh é l a s ! un salut à la libre P a t r i e !\n\n   Il faudrait pouvoir faire sautiller la couvée de mésanges des\nDichtoefeningen, rendre sensible par la traduction la beauté\nde cette petite poésie de Tijdkrans intitulée Emberyza Schocni­\nclus, où le poète, qui a su figer les mouvements mêmes des\noiseaux dans ses vers, dépeint un oiselet qui « grimpé sur une\ntige de froment » et « ne vivant que dans l'air bleu, ne doit\njamais poser de tristes pas sur la terre, mais se balance avec\nles tiges vertes du blé en racontant aux vents d'été, ses frères,\ncombien grande est sa joie de vivre ». Mais... ad impossibile\nnemo tenetur. Gezelle disait de lui-même en toute vérité :\n   « Je me trouve chez moi dans les libres domaines de l'oi­\nseau — et dans son frais atmosphère — et je ne sais où encore\n— quand je puis rimer ! »\n\n                                        *   *\n\n  Mais c'est surtout le chant des oiseaux que notre poète\naimait par-dessus tout.\n  Dans Tijdkrans il reproduit, pour ainsi dire, dans ses strophes\ncourtes mais pleines de musique grave, les « psaumes » du merle\nnoir au bec d'or :\n   Avez-vous e n t e n d u — le merle — le soir, à la tombée du j o u r , — q u a n d\nles étoiles se lèvent?\n   P e r c h é sur la plus haute tige — d'où il voit loin — le merle entonne avec\néclat — son chant du soir.\n   Ecoutez comme son gosier résonne — s'animant davantage à chaque\nreprise ; — ce sont comme les psaumes de David — comme le langage de\nl'orgue.\n   Cause-t-il avec les feuilles, — de l'arbre, peut-être; — avec les feuilles qui\nvont dormir — et lui souhaitent le bonsoir?\n"}, {"page_pdf": 651, "page_imprimee": 540, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "540                                     DURENDAL -\n\n\n   Est-ce qu'il morigène les brises — qui, en passant, — conseillent à l'oiseau\njoyeux — de se taire ?\n   Est-ce qu'il appelle u n e étoile, — qu'il voit briller — là-bas, si h a u t et si\nloin ? — E h ! je ne sais !\n   U n seul sait — ce que l'oiseau chante, — de sa voix tantôt forte — tantôt\ndouce. Ecoutez son gosier résonner — et s'animer à c h a q u e reprise : —\ncomme les p s a u m e s de David — comme la voix de l'orgue.\n   Parfois j ' e n t e n d s — à l'église des voix — semblables à la voix douce — et\nforte du merle.\n   L o r s q u e , à u n m o m e n t d o n n é — le sursum corda retentit ; — et que les\n bouches de l'orgue — chantent et se r é p o n d e n t .\n   Mon coeur s'élève — au ciel ; — et si je suis en tristesse ou douleur — je\n me sens soulagé.\n   T o u t à c o u p , il claironne — tapage et fredonne;— il crie u n « couvre-feu »\n perçant : — et... a fini de siffler !\n\n   Mais ce sont les deux maîtres-chanteurs des champs et des\nbois qu'il faut entendre chanter dans les vers de Gezelle :\nl'alouette et le rossignol. D'abord l'alouette, cet oiseau mystique,\ndont il a si merveilleusement imité le chant infini et l'ascension\npassionnée dans plusieurs chefs-d'œuvre. On a déjà vu comment\nl'alouette trouva sa place dans les premières œuvres du Maître,\ndans Dichtoefeningen, Gedichten, Gezangen en Gebeden. Et elle fut\nchantée une dernière fois dans Tijdkrans. Essayons de donner\nune idée de cette pièce :\n   T u es, ô alouette — du ciel, — u n rayon vivant et ailé — que je vois\ns'élancer du c h a m p ensemencé — ainsi qu'une flèche de feu.\n   Le feu d'artifice laisse des traînées de lumière et jette des étincelles — dans\nsa fuite; ainsi on t'entend — fuir b r u y a m m e n t — q u a n d tu perces les n u e s .\n   Alouette — du ciel, tu portes un beau n o m — tu as u n e jolie voix, mais\nta robe — est trop sombre : est-ce là la raison — p o u r laquelle on t'appelle\nalouette grise ?\n   « S i je suis grise, c'est à force de n a v i g u e r ; — et d'aller sans cesse,\nvoyageuse passionnée, contre le vent — comme les navires aux voiles\ngrises. »\n   Alouette — du Ciel, alouette grise, — alouette des airs, monte, pars et\nentonne ton chant clair — dans ton ascension sublime !\n   C h a n t e et p l a n e ; je te vois et — t'entends trop rarement, c h é r i e ; h e u r e u x\nqui te voit — et te contemples matin et soir.\n   H e u r e u x qui vit au sein des œuvres de Dieu — à la c a m p a g n e , et te suit\ndu regard à tout instant — p e n d a n t qu'il sème, arrose et p l a n t e .\n   Hélas! c'est en vain, trop souvent, — que tu clames ta reconnaissance d a n s\nles hauteurs de l'air, — puisque les h o m m e s ne s'y intéressent pas, — que\ntu chantes ou que tu te taises, ma p a u v r e t t e .\n"}, {"page_pdf": 652, "page_imprimee": 541, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "                                 GUIDO GEZELLE                                    541\n\n   Si personne n'écoute, j'écoulerai, moi — puisque, alouette du ciel, tu veux\nbien me consoler — d a n s cette triste vallée de l a r m e s ; — et si personne ne\nnous voit, Dieu, du moins, voit tout.\n   Il verra et II écoutera, L u i — qui te d o n n a tes ailes et ta voix, — et qui\nun jour me ressuscitera de ce tombeau — de la ville ou je suis enterré.\n   Alors je ressusciterai, alouette de l'air; — je déploierai ma voile et je\nm'élèverai — consolé, vers les h a u t e u r s où tu contemples — et glorifies\nl'aurore et l'Orient.\n   Je m'élèverai vers les régions que m'indique — ton coup d'aile et ton chant\nclair; — libre et sauvé, je ne redescendrai — jamais plus, de là-haut.\n\n                                         * *\n\n   Gezelle a eu la hantise, dirai-je, du rossignol. Son admiration\npour cet oiseau au chant merveilleux et quasi-surnaturel, était\nune vraie passion.\n   Il avait déjà essayé en mai 1881, de composer une hymne\ndéfinitive au Rossignol, avec l'aide de son disciple bien-aimé,\nKarel de Gheldere. Les deux poètes écrivirent à cette époque\nla poésie qui ouvre les Landliederen de de Gheldere; ils la com­\nposèrent en écrivant à tour de rôle-une strophe sur carte postale.\n   Voici la traduction de cette belle pièce. La première strophe\nest de Gezelle, la suivante de de Gheldere, et ainsi de suite ;\n   Rossignol — chanteur, — maître au chant puissant — toi dont le gosier,\n— orgue vivante — remplit les branches vertes de tes chansons.\n   P e r m e t s - m o i d'approcher — de scruter — le feuillage où tu te caches, —\ntoi qui a d o r e s ton Dieu et le mien — si joyeusement — avec une si juvénile\nardeur.\n    Merveilleux — artiste, — est-ce que tu ne forces pas ta voix— en exhalant —\nde pareils p s a u m e s — d u r a n t quarante jours, sans interruption?\n   — N o n , j ' e x h a l e — c h a n t e et siffle — joyeusement toutes mes chansons,—\njusqu'à ce que j'aie d o n n é la vie — à ce qui chantera après moi. 0 —\n   A la mi-avril, qu'il fasse chaud ou froid — tu viens des régions tièdes —\ndu S u d — saluer le gai p r i n t e m p s — dans le bois qui bourgeonne.\n   —• « Je suis u n e fleur — qui r é p a n d partout autour d'elle — une floraison\nde musique, — jusqu'à ce que la couleur — et le son meurent — conservés\ndans le fruit. »\n   T o n c h a l u m e a u — retentit en mai — d a n s le colza aux teintes d'or. —\nq u a n d les haies — sont en fleurs — et l'air rempli du parfum des lilas.\n    Ici et au loin — l'univers tout entier : — les fleurs et les étoiles — l'oiseau\net le rayon du soleil, — les ruisseaux et les flots de la mer — les forêts et les\nfeuilles chantent à l'unisson un seul et même chant d'amour.\n    Celui qui a mis sous nos pieds — les couleurs et les parfums, — nous fait\nélever les yeux — ravis — par ton chant de reconnaissance.\n"}, {"page_pdf": 653, "page_imprimee": 542, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "542                              DURENDAL\n\n\n   Oui, mais au-dessus — de toutes louanges — éclatera la voix de l'homme,\n— elle augmentera la gloire — du Seigneur, — dans les siècles des\nsiècles.\n   Rossignol — chanteur, — voici l'hymne — que nous te dédions — alter­\nnant l'un avec l'autre — chantant chacun notre partie — dans un seul et\nmême chant.\n   C'est ainsi que deux anciens — qui sont des saints maintenant, s'ils ne\nl'étaient pas déjà alors — deux poètes — aux ailes également puissantes —\ncomposèrent jadis — le beau chant du Te Deunt.\n\n   Tijdkrans renferme trois poésies dédiées au rossignol. Dans\nla première le poète exprime son désir de le voir revenir :\n\n  Je ne t'entends pas encore, — oh! rossignol, et — le soleil de Pâques —\nse lève à l'Orient; — où restes-tu si longtemps ? — Oublierais-tu par hasard\n— de venir nous consoler?\n   L'été n'est pas encore là, il est vrai — il n'y a encore ni ombrage — ni\npetites feuilles — dans les haies; — le vent est glacial — il y a de la neige\ndans l'air; — des bourrasques, des ondées.\n   Cependant les sansonnets et les pinsons — se font entendre bruyamment,\npartout ; — le merle rit — et bavarde ; — moineaux, mésanges — et coucou,\nfont résonner le bois; — l'hirondelle trimballe et gazouille.\n   Où reste-t-il donc si longtemps, — le rossignol ? oublie-t-il de venir nous\nconsoler?\n   L'été n'est pas encore là — mais il arrive; — le soleil de Pâques — se montre\nà l'Orient.\n\n   Mais l'oiseau aimé est arrivé, et le poète salue sa venue dans\nces strophes pleines de mélancolie et de mystérieuse profon­\ndeur :\n\n   Toute la nuit ie rossignol, à jeun, me décrit et me conte sa peine, comme\nun insensé. Qu'est-ce que les oiseaux lui ont raconté de sa compagne ?\n   Ou bien n'es-tu connue que chez les hommes, oh! calomnie?\n   Il oublie le sommeil. C'est en vain qu'il fait obscur et que tous : hommes,\nfemmes, oiseaux, bétail, insectes et abeilles dorment; il veille, lui, et laisse\néchapper des plaintes amères en son langage enchanteur.\n   Qu'est-ce donc qui l'attriste? L'exil, peut-être?\n   Préfère-t-il au nôtre le pays où il se nomme bulbull Les feuilles ne sont-\nelles pas assez vertes; les parfums ont-ils trop peu de flagrance ici\n   La floraison qui orne notre Flandre ne vaut-elle pas celle de l'Orient trop\nmagnifique et les roses de là-bas ?\n   Ne mange-t-il pas? De quoi vit-il? Comment peut-il, sans cesse, chanter\net veiller, du soir au matin, et en pleine chaleur de midi, toujours à jeun,\ncependant que l'humanité doit, hélas! chercher le repos et la nourriture?\n"}, {"page_pdf": 654, "page_imprimee": 543, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "                                  GUIDO     GEZELLE                                 543\n\n  Oh ! â m e de feu ! Oh ! Rossignol ! Oh ! chanteur que Dieu a élevé\nau-dessus de tous les êtres pour nous servir d'exemple. Ah ! si ma vie pouvait\ndès m a i n t e n a n t s'employer à L e louer, libérée de tout ce qui est matériel,\npauvre exilé que je suis !\n\n   Enfin, voici l'hymne finale. L'on y verra le roi des poètes\nflamands entamer une lutte corps-à-corps avec le roi des\noiseaux chanteurs. Chaque strophe de cet h y m n e est une perle\nmerveilleuse, comme chaque strophe du chant de la magnifique\ncréature qui s'appelle rossignol. L a langue flamande a atteint\nle degré suprême de la puissance plastique dont elle est capable\ndans l'hymne de Gezelle. Elle ne produira plus jamais quelque\nchose de plus harmonieux ni de plus achevé.\n   U n jeune poète de grand talent, M. René D e Clercq, a\nessayé récemment de refaire le rossignol de Gezelle. Son poème\nest comme une ariette italienne entendue après une symphonie\nde Beethoven.\n   C'est dans Tijdkrans que se trouve ce chef-d'œuvre. T r a d u i ­\nsons-le aussi littéralement que possible, pour donner l'occasion\nde goûter la saveur de l'original à nos lecteurs flamands qui ont\ndésappris les beautés de leur langue patriale.\n\n    Où est-il donc ce chanteur à la voix claire que — j ' e n t e n d s mais vois rare­\nm e n t ; — où est-il caché d a n s le feuillage — en cette joyeuse matinée de mai?\n    Il éclipse le chant de tous les oiseaux — par les sons merveilleux et puis­\nsants de son gosier — dans les bois et les haies.\n     Où est-il? J e ne le vois pas, — mais je l'entends, je l'entends tisser —\nj o y e u s e m e n t la chanson — dont il fait retentir la drève.\n     Ainsi chante le tisserand — assis de g r a n d matin devant son métier, pour\nconfectionner — un linge solide — avec du bon fil.\n     L e tisserand c h a n t e , le métier frémit — la planche claque, le métier\nronfle — les navettes se p r o m è n e n t — d o u c e m e n t à travers les fils.\n     Ainsi il y a u n être qui, p e n d a n t le doux été — lance sur le métier — des\nfeuilles vertes — ses fils aux mille couleurs.\n     Qu'est-il? H o m m e , animal ou quoi ? — Est-ce u n encensoir plein d'arômes\n exquis — d a n s lequel des mains d'anges invisibles — brûlent des parfums?\n     Qu'est-il? C'est u n carillon — composé de touches fines, de cordes\nvibrantes — de voix éloquentes — de bouches d'or qui parlent.\n     Il est... quelque chose que je ne puis atteindre, — u n e étincelle de feu, u n\n message — venant de toits b e a u c o u p plus élevés — que ceux où veillent les\n hommes?\n     E c o u t e z ! . . . D a n s quelle profondeur — lentement sa voix puissante et gra­\n cieuse — semblable à mille tuyaux d'orgue! — va puiser la joie et la vie.\n"}, {"page_pdf": 655, "page_imprimee": 544, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "544                                   DURENDAL\n\n\n  T a n t ô t il siffle finement, tantôt il lance des appels bruyants, il c l a m e — et les\nnotes lui glissent du gosier — en bouillonnant comme des sonnettes d'eau —\nqui rouleraient en bas des toits.\n   C o m p t e z ; sa langue toque — et c'est comme si des théories de perles —\ndétachées du collier — dansaient sur u n e table de m a r b r e .\n   Il n'y a pas d'oiseau dont il ne sache reproduire exactement — le chant, la\nmélodie spéciale — et toute l'échelle de la voix.\n   Il remporte sur moi — cet oiseau admirable — le prix du chant; il me\nravit — la couronne de poète ! E t cependant — tout vieux que je sois — je\nn'en suis pas jaloux !\n  A u c u n h o m m e ne t'a jamais compris — personne encore n'a rendu u n\nsuffisant h o m m a g e à la plénitude de ta richesse magnifique — ô langage mer­\nveilleux — du roi Rossignol !\n\n                                                                  AUGUSTE CUPPENS.\n  (A suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 545, "page_fin": 549, "titre_corps": "Le Salon triennal d’Anvers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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Les deux expositions\n                     comportaient à peu près le même minimum de tableaux et\nde sculptures intéressantes. L'écart du nombre n'était produit à Bruxelles que\npar une accumulation de choses quelconques ou franchement mauvaises,\nparmi laquelle il était fastidieux de rechercher les envois point négligeables.\n  Les locaux du Cinquantenaire étaient incomparablement plus avantageux\nque les tristes salles si pauvrement décorées de la rue Vénus. Avec plus de\nsévérité, de mesure et de goût, le jury de 1903, élu par les artistes, eût donc\npu obtenir un résultat meilleur encore que celui atteint par le jury actuel\nd'Anvers et se voir, comme lui, tresser des couronnes par les critiques, les\nesthètes et ceux des artistes qu'il n'aurait pas mécontentés!\n\n\n\n   Les œuvres très marquantes en même temps qu'inédites — est-il besoin\nde le constater? — n'abondent point cette fois encore.\n   Les paysagistes nous montrent les toiles les plus significatives par l'ori­\nginalité d'interprétations individuelles.\n   Cette brillante et glorieuse pléiade de l'école belge est excellemment repré­\nsentée cette fois. C'est Claus, c'est Bartsoen, c'est Heymans, c'est Gilsoul,\nc'est Buysse, c'est Gouweloos, c'est Franz Hens, c'est Delaunois, c'est Base­\nleer, c'est Marcette, c'est Mathieu, c'est Willaert, c'est Blieck, c'est Wyts­\nman, c'est François, c'est Apol,. c'est De Saedeleer, c'est Musters, c'est\nGustave et Léon de Smet, feu Verdeyen, bien d'autres encore...\n   Seul Franz Courtens s'est abstenu.\n   Arrêtons-nous seulement aux œuvres non vues déjà et importantes dans la\nproduction de leurs auteurs :\n   Le grand Automne d'ÉMILE CLAUS, acquis par le Musée de Venise, résume\n"}, {"page_pdf": 659, "page_imprimee": 546, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "546                                    DURENDAL\n\n\nla recherche aiguë du maître dans la notation de la nature nimbée d'atmo­\nsphère. Mieux encore que d a n s le Coin du Parc, vu à la Société des Beaux-Arts,\nl'opulence des frondaisons roussies vibre et sonne sous la caresse des clartés\néparses. Le feuillage tremble, les reflets b o u g e n t , les ombres transparentes\nfrissonnent, les lointains s'embuent, le spectateur respire les senteurs de la\nterre, il est conquis par le charme du site et de l'heure.\n    L e s coins urbains d'ALBERT BARTSOEN lui permettent d'affirmer une vision\nsubtile et raffinée, u n sens coloriste robuste et délicat, et cette faculté de\n1' « unité » dans la tenue d'une œ u v r e qui le font reconnaître entre tous. L a\n Vue de Gand par temps de neige— prêtée par le Musée du L u x e m b o u r g — syn­\nthétise parfaitement les meilleures qualités du peintre.\n    GEORGES BUYSSE a planté son chevalet au bord d'un canal, à l'heure ingrate\noù le soleil au zénith distribue u n e lumière violente. L e s formes s'accusent\nnettes, les couleurs papillotent, on ne retrouve pas l'harmonie et l'équilibre\ndes masses comme a u x b e l l e s heures des rayons obliques et d'ombres veloutées.\nL e « motif » du tableau est simple et ne comporte aucun élément pittoresque :\nu n long bateau, u n e berge n u e , u n pays plat, p e u de ciel, u n e eau fouettée\nd'un petit vent qui la rebrousse toute et la prive du prestige de réfléchir les\nchoses. Mais u n soleil si c h a u d , u n e clarté si franche, l'éblouissement p a r t o u t\népars d'un ciel bleu si r a y o n n a n t transforment ces humbles aspects et font\nde cette œ u v r e , où la grosse difficulté vaincue ne se fait point sentir, un\n sonore et vaillant poème estival.\n    L'Epave de FRANZ H E N S , de tonalité raffinée, séduit par une mise en page\np i q u a n t e , un effet i m p r é v u . Cette énorme coque noire du bateau échoué,\nformant, au beau milieu de la toile, u n e façon d'écran ourlé et d é b o r d a n t de\nclarté limpide, est u n e trouvaille complètement h e u r e u s e .\n    L a sereine fin du j o u r que GOUWELOOS intitule Dimanche de Juillet, et où il\na exprimé la dorure des longs rayons horizontaux sur un pays ondulé,\n obtiendra un gros succès de public. C'est calme, c'est ample, c'est délicieux,\n Oh ! le beau d i m a n c h e et que ne peut-on fixer et prolonger la douceur de cette\n m i n u t e de vie remplie et savoureuse!\n    L a longue frise de ALFRED DELAUNOIS, Vers les Bourgs, aligne en succesifs\nrectangles des effets de nuages intenses et bien gradués. Mais cet ensemble\nest arbitraire et rien n'empêcherait d'y coudre de nouveaux p a n n e a u x offrant\nd'autre modulations célestes, à l'infini...\n    Chez BASELEER, u n e finesse de vision claire et grise, u n peu froide, pare des\npaysages d'eau et de ciel d'ample allure et d'exécution soutenue.\n    P a r m i les jeunes, ceux dont les n o m s sont encore peu familiers aux a m a ­\nteurs d'art, ARMAND APOL, déjà remarqué en ces derniers temps, accentue,\npar ses Barques amarrées le long d'un quai, de sonorité charmante, la b o n n e\nopinion qu'on commençait à se faire d e lui.\n    ANTON MUSTERS — u n i n c o n n u encore — paraît doué d'une inquiétude\ningénue devant les subtilités coloristes de l'air et de la lumière. Il a noté,\nAvant le lever du soleil, des buées aux gris de n a c r e , de perle et d'opale d'un\nragoût exquis !\n                                            ***\n"}, {"page_pdf": 660, "page_imprimee": 547, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "                    LE SALON TRIENNAL D'ANVERS                             547\n\n\n   Les peintres de « figures » et de portraits — on ne peint plus de composi­\ntions historiques ou religieuses — font preuve d'habileté technique et de\nrecherche, mais non pas d'élévation de pensée et de style. Trop souvent ils\ndélayent en l'agrandissant un insignifiant tableau de genre, comme le Pierre\nle Grand en Hollande de COGEN ou la Sorcellerie de P I E T VERHAERT.\n   Laermans, P.-J. Dierckx, Jakob Smits, Emile Motte se distinguent par\ndes visées plus hautes, une préoccupation de pathétique ou d'éloquence. Le\nDrame humain, la Terre promise de LAERMANS, très belles œuvres puissantes\net intenses, remettent sous nos yeux des formes, des harmonisations dont\nle peintre a déjà maintes fois usé pour exprimer ses imaginations de révolte\net de pitié.\n   Il semble que l'artiste tire de sa mémoire — comme d'un magasin d'acces­\nsoires assez peu fourni — des silhouettes, des mouvements, des décors, des\nassociations de tons caractéristiques, mais un peu artificiels. Nous l'avons\nbien souvent vu ce loqueteux, cette pauvresse, ce mur blanc, ce ruisseau, ce\npaysage aux bouquets d'arbres et ce ciel rayé aux bleus sourds. On voudrait\nque Laermans, avec la même allure, revînt à l'étude de la nature intégrale,\ndont la forme, l'aspect, le « volume » finissent par faire défaut aux agence­\nments de ses dernières compositions.\n   L'évolution de P.-J. DIERCKX vers les sujets de douleur poignante — à\n manière de Struys et de Jakob Smits — est trop récente pour que sa concep­\ntion intime de semblables scènes se soit déjà nettement dégagée. Il a perdu\nquelques-unes de ses qualités de peintre pittoresque sans atteindre encore à la\nsimplicité, à l'émotion communicative. Son effort est méritoire, sa vaillance\ndésintéressée. Cette façon de « tableaux de genre » situés en d'humbles\nlogis mortuaires ne vise point aux succès faciles, aux ventes bourgeoises...\n   Chez JAKOB SMITS l'artifice de l'invention et la brutalité de l'effet et de la\nfacture se manifestent de plus en plus dans le dédain total de toute réalité.\nOn peut goûter plus ou moins ce mode véhément de transpositions rudimen-\ntaires, reconnaître l'artiste à la saveur d'une opposition forte mais bien\ntrouvée, louer une figure heureusement venue, mais devant ces Disciples à\nEmmaiis — oser toucher un tel thème après tant d'autres, après Rembrandt ! —\nj'avoue que cette note populacière, ce truquage, me fait l'effet d'une auda­\ncieuse parodie.\n   Parodie aussi le Paysage, parodie d'une émotion devant un ciel, un coin\nagreste, un effet lumineux transcrits rudement, la pipe aux dents, sans scru­\npules devant la nature, sans respect.\n   Le Pardon d'Adam de MOTTE met en scène des nus aussi peu charnels que\npossible. Une recherche nette et sèche, le mépris de la matière s'avèrent\ndans la forme comme dans le coloris, mais si une telle peinture n'est guère\n « plastique » elle a de rares mérites d'élévation et d'élégance, une distinction\n innée.\n   CHARLES MERTENS sait mettre dans les plus humbles études une allure\nd'interprétation saisissante. Peut-être, trop consciencieux, assombrit-il, par\n un travail excessif, ses curieux tableaux, mais voyez cette Fiancée Zélandaise\n dans cet intérieur où chaque détail est traité avec le plus délicat scrupule et\n"}, {"page_pdf": 661, "page_imprimee": 548, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": " 548                             DURENDAL\n\n\n comparez la largeur, le style personnel si intelligent, d'une telle peinture\n avec les pochades dont trop d'artistes se contentent.\n    HENRY THOMAS, qui débuta avec bruit voici un an par une Vénus étrange\n et montra, l'hiver dernier, lors d'un salonnet de cercle, quelque tableautins\n incisifs, expose une nouvelle œuvre non moins inquiétante et non moins\n personnelle que les précédentes.\n    On peut s'étonner de la persistance avec laquelle ce jeune homme\n recherche de la beauté frémissante, de la couleur rare en des scènes où se\n manifeste la vie frelatée et vicieuse des grandes cités. Mais si son tempéra­\n ment visionnaire le spécialise — comme le fut Rops — vers l'étude d'une\n classe curieuse d'êtres désorbités, il faut reconnaître que par l'entente de la\n mise en page, le caractère de la forme, le charme rare et sensible de la\n couleur, une accentuation toute personelle des types, il s'impose à l'attention\n et affirme une maîtrise.\n    Ce pauvre LEVÊQUE, pourri de littérature, prolixe et discord, s'égare en\n des élucubrations fantaisistes.\n    THYSEBAERT, adonné au contraire à l'observation la plus terre-à-terre, fait\n preuve de vigueur dans son Bal marollien.\n    MARTIN MELSEN pousse jusqu'à la charge la recherche du caractère dans\n ses Enfants en prairie.\n    Chez GEORGES MORREN l'application des théories impressionnistes,\n luministes, vibristes, à un sujet banal entraîne une disproportion évidente\n entre le format de la toile et l'intérêt de l'œuvre. Ce Marchand de ballons eût\npu fournir matière à une étude de quelques pouces carrés où la saveur d'une\n exécution et d'une vision modernes eussent suffi. Distendu à cette échelle, un\ntel « motif » devient une affiche banale, une décoration foraine...\n    Il faut mentionner l'envoi de WALTHER VAES, déjà connu, la Jeune femme\ndéjeunant, de OLEFFE, cadre un peu démesuré aussi, mais de tenue artiste, et la\nFillette au grand chapeau de VICTOR HAGEMAN, d'harmonie claire un peu lourde.\n    Les portraits sont pour la plupart des redites, cependant Vloors, Wage­\nmans, Blieck ont des morceaux tout frais. Le Chardon bleu de VLOORS est d'une\nindéniable et prenante séduction. Le portrait de Pie X par JOSEPH JANSSENS,\nd'observation serrée, est très remarqué.\n   Richir, Verheyden, Van Holder, Van den Panhuysen, Guequier, Gouwe­\nloos, Glansdorff et Jan Van Beers confirment des appréciations antérieures.\n   Les Arums de Mlle ALICE RONNER, de pulpe succulente, s'enlèvent opulem­\nment sur un coin d'intérieur aux verts superbes. Toile magistrale, de puis­\nsance virile et de délicatesse saine.\n   Verhaeren, René Janssens, Van Zevenbergen, Jamar, Herman Courtens\nfils, Mlle De Bièvre ont d'aimables et habiles morceaux dignes de leurs signa­\ntures notoires.\n   Les deux salonnets réservés aux étrangers contiennent des œuvres fran­\nçaises et allemandes. THAULOW resplendit — avec une toile médiocre pour\nlui — parmi les brutalités et les platitudes allemandes. Seul un Berlinois,\nOTTO ENGEL, nous apporte dans son Matin d'un jour de fête une œuvre d'obser­\nvation franche et d'originalité spontanée.\n"}, {"page_pdf": 664, "page_imprimee": 549, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "                         LE SALON TRIENNAL D'ANVERS                                      549\n\n\n   P a r m i les Français, le Chérubin du si habile, du prestigieusement habile, du\ntrop habile JACQUES BLANCHE, la g r a n d e toile décorative d'HENRI MARTIN, le\nPie X de GABRIEL FERRIER, le portrait féminin gras et sapide de CARO­\nDELVAILLE, le paysage roux de R E N É MÉNARD, le Deuil marin de CHARLES\nCOTTET, l'étude vaillante et terreuse de L U C I E N SIMON, Bretons à la messe, et\nle paysage urbain de JAMES W . MORRICE, aux valeurs discrètes, représentent\ndes personnalités éminentes et consacrées.\n   Il se trouve encore à ce Salon bien des peintures méritantes et qu'il faudrait\nénumérer, discuter ou louer. Il est impossible de s'arrêter à chaque œuvre\ndigne d'attention.\n  A la sculpture, j'ai revu les Filles de Satan d ' E g i d e ROMBAUX, deux petits\nbronzes c o n n u s de VICTOR ROUSSAU, des bustes excellents de J . LAGAE et de\nJ . D I L L Ë N S , des hauts-reliefs de CONSTANTIN M E U N I E R et q u e l q u e s envois de\n« jeunes » malheureusement assez mal éclairés.\n                                                                                    P. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 550, "page_fin": 554, "titre_corps": "Les Dernières Sonates pour piano de Beethoven", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "Les dernières Sonates pour piano de Beethoven (Suite)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 665, "page_imprimee": 550, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "Les dernières Sonates\n          pour piano de Beethoven\n                                (Suite)\n\n\n                S o n a t e e n la bémol (Op. 110)\n                       Composée en décembre 1821\n\n     I. Moderato cantabile, molto espressivo (lab).\n   II. Allegro molto (fa mineur).\n III. Adagio ma non trappo (la b mineur) et allegro (la b).\n\n                                  Jo ritornai dalla santissim'onda\n                                  Rifattodi, corne piante novelle\n                                  Rinovéllate di novella fronde\n                                  Puro e disposto a salire alle stelle.\n                                                                    DANTE.\n\n   Ces vers qui terminent le Purgatoire de D a n t e trouvent sur­\ntout leur application dans la fin de cette sonate où véritablement\nil y a comme une « purification spirituelle » suivie d'une\nascension vers la lumière. C'est encore une h y m n e de paix et\nd'amour que cette admirable sonate. Les accents désolés qui la\ntraversent ne font que mieux ressortir ce caractère.\n   L e premier mouvement chante un bonheur calme, élevé, pur.\nCe n'est pas la paix orgueilleuse et factice du stoïcien. C'est la\npaix véritable basée sur l'amour. On sentira la vérité de cette\nassertion en relisant ce morceau où tout est grand et profondé­\n ment expressif.\n   Voici d'abord le premier thème qui a un caractère à la fois de\ngrandeur et d'affectueuse expansion :\n"}, {"page_pdf": 666, "page_imprimee": 551, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN            551\n\n\n  U n deuxième thème, qui succède aussitôt, exprime un ravis­\nsement intime :\n\n\n\n\n   Celui-ci monte en un crescendo très prenant et soudain se\nrésout en une fine pluie de triples croches, passage de transition\noù des basses majestueuses ponctuent les temps de la mesure.\nP a r un nouveau crescendo ascendant, nous passons en mi bémol\net dans la région surélevée du clavier. Ce passage aboutit à un\nmotif très éthéré et curieux, comme de flûtes et harpes :\n\n\n\n\n  Nous redescendons peu à peu ; puis le chant s'élance de nou­\nveau, toujours plus haut, jusqu'au si bémol supérieur et nous\nprésente le contre-sujet proprement dit :\n\n\n\n\n   L e désir ardent exprimé par ce thème se répète trois fois en\ncrescendo, s'arrête brusquement et... c'est dans une paix\ndélicieuse que conclut l'exposition (mesure 38). Il n'y a pas de\nreprise.\n   Les développements ne traitent que le thème I, qui apparaît,\nadmirablement expressif, soutenu par des ondulations en\ndoubles croches de la basse, passant par plusieurs tons.\n   L e retour en la bémol a lieu sur un accompagnement léger de\ntriples croches. L e thème 2 revient, mais en ré bémol et module\nd'une manière exquise vers le ton de mi (ou fa bémol, comme dit\nBülow). Puis nous retournons au la bémol définitivement.\n"}, {"page_pdf": 667, "page_imprimee": 552, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "552                          DURENDAL\n\n\n   Les douze dernières mesures forment une coda où se répète\nle passage en triples croches; puis, pour finir, une nouvelle\nphrase chantante et sereine.\n\n\n\n\n   L e scherzo en deux temps offre une antithèse, bien beethove­\nnienne, avec le premier mouvement. Il semble dire que tant de\npaix ou de bonheur n'est qu'un leurre, car l'homme est condamné\nà le poursuivre sans espoir. Voici le sujet principal :\n\n\n\n\n  P l u s loin, signalons cette formule expressive :\n\n\n\n\n   L'intermède du scherzo, qu'on désigne sous le nom de Trio,\nest ici un thème ailé et charmant en ré bémol, qui fait passer u n\ncourant d'air frais sur l'ardeur de nos fronts :\n"}, {"page_pdf": 668, "page_imprimee": 553, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN            553\n\n\n   Il est curieux de voir comme la main droite descend, tandis\nque la gauche monte. Si bien que les deux mains se croisent. L e\npremier thème reprend ensuite haletant. L a coda est faite de\nquelques grands accords fatidiques, dont le dernier en ja majeur,\nsur une basse arpégée, répand un apaisement étrange, annon­\nçant quelque chose d'inattendu.\n   T r è s inattendue, en effet, en sa forme, la troisième partie.\nMusicalement elle comprend un adagio-introduction suivi d'un\narioso en la bémol mineur. Suit une fugue (allegro) en la bémol\nmajeur. Reprise de l'arioso en sol mineur et, enfin, reprise de la\nfugue jusqu'à une apothéose finale sur le sujet même de la\nfugue. C'est tout un poème. Voyons cela de près :\n   Après l'hymne au bonheur du premier mouvement, le scherzo\nnous a troublé l'âme et c'est maintenant l'hymne à la douleur\nque nous entendrons.\n   Quelques accords solennels, entrecoupés d'un récitatif, nous\namènent à un arioso, dolente de dix-huit mesures, chant si\nsublime, d'une souffrance si grandiose, qu'il semble écrit avec\nune plume trempée dans le cœur. Il débute ainsi :\n\n\n\n\n   Si la mélodie en est géniale, l'accompagnement, en triolets\nd'accords répétés, est une merveille d'expression harmonique.\nJamais peut-être le tourment de l'infini n'a trouvé d'expression\nplus belle. L a douleur y est mêlée à une aspiration si éperdue\nqu'on songe au vers étrange de sainte Thérèse : « Je me meurs\nde ne point mourir ! »\n   L'arioso s'éteint sur un unisson impressionnant (thème 10).\n   Aussitôt s'élève le thème de la fugue développée magistrale­\nment en sa calme noblesse (thème 11).\n"}, {"page_pdf": 669, "page_imprimee": 554, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "554                            DURENDAL\n\n\n   On y pourrait voir un chant d'espérance forte : « A quoi bon\ntant gémir? Chaque chose a son heure, et la joie reviendra après\nla tristesse comme le jour après la nuit. Pas plus que le cours\ntranquille des astres, on n'arrêtera les alternances de bonheur et\nde peine. Soyons philosophes!... » Soudain, quoi?... la fugue\ns'interrompt. Ce n'était pas là le langage qui convenait au\ncœur ulcéré. La plainte de l'arioso recommence. Mais ce n'est\nplus le lyrisme de la douleur, c'est un gémissement cruel. La\nmélodie (en sol mineur) est comme blessée à mort, entrecoupée\nde sanglots; « perdant les forces » porte l'indication :\n\n\n\n\n  Il est temps que la consolation véritable arrive d'en haut.\nL'accord parfait de sol majeur se répète plusieurs fois ; un grand\napaisement se fait; on entend un arpège mystérieux.\n  Alors paraît le thème renversé de la fugue, si doux, si tou­\nchant, allant droit au cœur.\n\n\n\n\n   On dirait un retour à la vie, ou un rayon de la grâce divine\nilluminant l'âme repentante... La fugue augmente peu à peu :\n« revenant de plus en plus à la vie », dit Beethoven. Le sujet\n(thème II) se présente de nouveau en sa position primitive,\nmais en valeurs augmentées et paré de contrepoints nouveaux.\nEnfin, définitivement vainqueur, il monte des basses aux som­\nmets en fanfare éclatante avec un accompagnement scintillant.\nCette fois-ci la conquête est sûre, l'âme voit son idéal et, renou­\nvelée comme une jeune plante, elle se sent « purifiée et disposée\nà monter aux étoiles ». On pourrait dire aussi avec notre grand\nGezelle :\n                   Brandt los, mijn hart, 't is nu, 't is nu\n                   dat de hemelvaart begint !\n\n                                                    JOSEPH RYELANDT.\n  (A continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 555, "page_fin": 559, "titre_corps": "Des « caractères » de l’immoralisme et de M. André Gide", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Des caractères de l'immoralisme et de M. André Gide MONSIEUR Gide", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 670, "page_imprimee": 555, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "Des \" caractères „ de l'immoralisme\n         et de M. André Gide\n                    MONSIEUR Gide est u n ironiste — on pourrait même dire que\n                      c'est l'Ironiste. C'est son rôle dans les j e u n e s lettres fran­\n                      çaises, et il le remplit avec distinction; il met u n e grande\n                      conviction à n e rien croire, tellement qu'il semble parfois\n                      prendre l'attitude d'un prédicant, et, si étrange que cela\n                      puisse sembler, parler d'un ton à la fois narquois et augu­\n                      rai... Sa pensée, dans la subtilité oblique de son langage\n                      ou dans l'artifice du laisser-aller de celui-ci, en même\n                      temps qu'elle se parle, ricane imperceptiblement, paraît\nse moquer d'elle-même ou bien s'exprime d'un accent où poind le doute ou la\nsecrète contradiction prête à surgir. On imaginerait que dans l'esprit de\nM. Gide le doute suit la pensée, c o m m e l'ombre le soleil.\n   Cette manière n'est ni sans c h a r m e , ni sans g r â c e ; elle permet de jouir de\ntout sans s'attacher à rien, de papillonner, de coqueter avec toutes les idées et\ntoutes les croyances, sans se laisser séduire à leurs prestiges, en effleurant\navec agilité, en h o m m e qui n e se laisse pas jouer aux a p p a r e n c e s . Au fond,\npeut-être bien que les apparences seules l'attirent, et que, sa nature impromp­\ntue s'y opposant, il ne se soucie pas d'aller au delà, tout en se persuadant les\navoir pénétrées et trouvées vaines.\n   C'est u n jeu brillant de pensée, taillé à facettes qui, parfois, à la coïnci­\ndence d'un rayon de soleil, jettent un éclat éblouissant et subit; mais un jeu\nqui lasserait vite, si M. Gide n'était artiste, s'il ne possédait le talent de parer\nses conceptions d'une spécieuse rhétorique à chatoiements et à reflets, de les\nvêtir de fantaisie décevante, ou de les incarner en des fables empruntées de\nl'antiquité ou inventées, mais toujours mélangées de quelque obscurité ou de\nquelque équivoque, qui en accroît l'attrait et la portée.\n   Mais il ne se peut que cette inclination ou, pour mieux dire, cet aimable\ninstinct sceptique, ne recèle u n principe de sécheresse : u n e sécheresse toute\n naturelle et, en quelque sorte, o r g a n i q u e ; on ne sait quel élément acide,\ncaustique, dont l'action corrosive a vite fait de détruire l'émotion qui tendrait\n à naître.\n   D a n s la préface du Roi Candaule (1), M. Gide rapporte que certains lui ont\n\n\n  (1) Saül le Roi Candaule, par ANDRÉ GIDE. (Paris, Mercure de France.)\n"}, {"page_pdf": 671, "page_imprimee": 556, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3664, "texte": "556                                  DURENDAL\n\n\nreproché la sécheresse, la rapidité, l'inextension de ce d r a m e : « On m'a dit\nqu'il était plus indiqué que traité, ou mieux, plus dessiné que peint. »\n   P o u r n o u s , c'est l'impression que nous avons reçue de tous ses ouvrages, le\n Voyage d'Urien, les spirituels Paludes, Philoctète et aussi Saül : ils donnent l'idée\nde dessins au trait; un trait aigu et fin, très sec, qui grave des images sché­\nmatiques de fictions, de d r a m e s , d'allégories... Des allégories ingénieuses,\nmais purement littéraires, dont les péripéties se déroulent en des décors sin­\nguliers et adroitement agencés, où, le plus souvent, les personnages — et\nl'auteur — ont l'air de rire à la cantonade — entre les lignes — de leurs gestes\net de leurs paroles.\n   Toutefois, parmi toutes ces incertitudes en évolution, il est dans la pensée\nde M. Gide quelques points fermes, quelques opinions stables: M. Gide est\nimmoralisle, par exemple, à la suite de Nietzsche, mais non point à sa large\net audacieuse façon — à la façon du boulevard, plutôt, et d a n s les choses du\nplaisir. L a beauté, d'après lui, n e s'obtient que par u n e « artificielle con­\ntrainte », par un effort, u n e réaction contre la n a t u r e ; effort, contrainte que\nl'art ne s'impose qu'aux époques de vie puissante, délivrée de l'hypocrisie des\nm œ u r s . Si celle-ci, au contraire, prédomine, le naturel, chassé de la vie, t e n d\nà envahir l'art et ainsi à le fausser. L a majesté de l'art est, en quelque sorte,\ndans la mesure d u débraillé de la vie ! Car, en s o m m e , le masque théâtral doit\nêtre sur la scène — ou d a n s la salle; couvrir le visage des acteurs — ou celui\ndes spectateurs... D'où il suit que la bassesse triviale et réaliste du théâtre\ncontemporain est engendrée par le mensonge de nos m œ u r s et leur sévérité !...\nL a sévérité de nos m œ u r s ! . . . N'avons-nous pas dit déjà que M. Gide est u n\nironiste exquis?\n   L ' a u t e u r de Saül professe, à l'exemple du philosophe allemand, le sentiment\nque « le christianisme, proposant à chaque h o m m e un idéal c o m m u n , s'oppose\naux caractères », d'où cette conséquence, pour le d r a m e m o d e r n e , que « le\ntragique des situations y remplacera peu à peu le tragique des caractères ».\nL e caractère? Quelle acception exacte M. Gide donne-t-il à ce terme?\nSaurait-il entrer dans sa pensée que les âmes façonnées par la civilisation\nchrétienne, qui se sont développées dans l'atmosphère morale créée par\ncelle-ci, en réaction quelquefois contre l'idéal chrétien, mais n é a n m o i n s tout\nimprégnées de lui, soient inférieures en force, en dignité, en initiative, en\noriginalité aux âmes de l'antiquité, et q u ' u n nouveau P l u t a r q u e , mettant en\nparallèle les unes avec les autres, devrait conclure au désavantage des pre­\nmières? D a n s l'affirmative, nous remplirions en vain ces pages des noms des\ngrands h o m m e s , des héros et des saints de notre ère, dont la trace fulgurante\nest marquée à tous les endroits de l'histoire. Nous attesterions en vain des\n« caractères, tels que Grégoire V I I et Savonarole, saint François d'Assise et\nsaint I g n a c e , ou Pascal, ou Colomb, ou cent a u t r e s ; n o u s montrerions inu­\ntilement que les siècles de foi vive ont été précisément les plus é n e r g i q u e s ;\nnous parlerions sans résultat des c o m m u n e s du moyen âge et dirions de même,\npar exemple, que l'avachissement et le nivellement des caractères d e p u i s le\nxvi e siècle, et surtout d a n s les pays latins, sont dus peut-être à l'action dis­\nsolvante du droit a n t i q u e restauré, du droit romain, grâce à l'application\n"}, {"page_pdf": 672, "page_imprimee": 557, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3543, "texte": "       DES « CARACTÈRES » DE L'IMMORALISME ET DE M. A. GIDE                              557\n\n\nduquel toute la force confisquée des citoyens est passée entre les mains du\nDieu-Etat; que les nations germaniques et anglo-saxonnes, régies aussi par le\nchristianisme, mais par d'autres principes légaux, ne semblent pas souffrir de\nla pénurie de « caractères » dont gémit M. G i d e . . .\n   T o u t e s ces raisons deviendraient subitement caduques devant le sourire iro­\nnique et fin avec lequel M. Gide les accueillerait; et il achèverait de con­\nfondre notre aveuglement par ces paroles ailées : « Polyeucte est un drame chré­\ntien par tout l'élément chrétien qui y entre, mais, en réalité, il n'est drame\nqu'en raison de l'élément non chrétien que l'élément chrétien combat ! » De\nm ê m e , lorsque l'on rencontre de la force, du « caractère » chez un chrétien,\nou cette force n'est que du fanatisme, ou ce chrétien n'a de caractère que,\nprécisément, dans la mesure où il a cessé d'être c h r é t i e n ! . . .\n    On pourrait, dans le même style, prouver que la pièce de M. Anecy,\nCes Messieurs, ou le Juif-Errant, d'Eugène Sue, ou la France juive, de M. Dru­\nmont, sont des œuvres soit cléricales, soit philosémites!\n    M. Gide exprime cette idée très juste que l'art a besoin de contrainte —\nqu'il grandit d a n s la lutte, d a n s l'effort — mais un écrivain tel que lui, qui\nn'est pas seulement un littérateur, mais un h o m m e de pensée, peut-il vrai­\nment croire que la contrainte et l'effort, salutaires dans l'art, soient nuisibles\nd a n s la formation des caractères? (1)\n    T o u t e s ces choses, M. Gide les a dites en une conférence, à la Libre Esthé-\ntique, au début de cette année et, s'il ne les publiait, à présent, gravement, en\nmanière de préface à son Saül, nous aurions été tenté de penser q u e s'ima-\nginant avoir affaire, comme son héros, à des Philistins, il s'était diverti à\nmystifier ses auditeurs. Comment, sinon, considérer la boutade suivante dont\nle comique dissimulé et flegmatique peut rivaliser, certes, avec les facéties les\nplus parfaites de l'humour britannique :\n    « U n e autre raison pourquoi le théâtre chrétien n'est pas possible, c'est que\nle dernier acte s'en passe de toute nécessité d a n s la coulisse, je veux dire\ndans l'autre vie... Gœthe l'a bien senti : c'est en plein ciel que s'achève le\nsecond Faust (drame chrétien?). C'est en plein ciel de même que se passe, je sup­\npose, le sixième acte de Polyeucte, le sixième acte de Saint-Genest. Que si ni\nCorneille, ni R o t r o u ne l'écrivirent, ce n'est pas seulement par respect des\ntrois unités, mais parce que Polyeucte, P a u l i n e , Saint-Genest, laissant au\nseuil du paradis tomber toute la passion par quoi se soutenait le drame, chré­\ntiens parfaits, complètement décaractérisés, n'ont, en vérité, plus rien à\ndire. »\n\n\n   (1) M. Gide écrit : « Le paganisme fut tout à la fois le triomphe de l'individualisme et\nla croyance que l'homme ne peut se faire autre qu'il est. » L'individualisme ? Quelle était\nla conception politique de l'antiquité? Le citoyen subordonné dans la cité libre. Socrate\nn'est-il pas mort parce que accusé d'avoir blasphémé ou méconnu les dieux de la ville ?\nD'autre part, n'est-ce pas l'invasion de l'esprit antique dans la mentalité des hommes de la\nseconde Renaissance qui, pour longtemps, a tué l'individualisme dans l'art? Quant à la\ncroyance, etc., si, vraiment, cette conception régnait, que signifierait le long effort de dis­\ncipline et d'éducation de la volonté des philosophies anciennes ?\n"}, {"page_pdf": 673, "page_imprimee": 558, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "558                                DURENDAL\n\n\n    D'où il faut inférer qu'entre autres supériorités sur les hommes nés depuis\nJésus-Christ, les anciens possédaient cet avantage de continuer de parler et\nd'agir — après qu'ils étaient morts !\n    Nous nous arrêtons : aussi bien chaque mot de cette conférence de M. Gide\nappellerait-il une objection.\n    Ces pages, d'ailleurs, sont hantées — comme la terrasse d'Elseneur! Cette\nombre que vous voyez passer et repasser entre les lignes est celle du sur­\nhomme... Après avoir décomposé la morale et biffé Dieu, Nietzsche con­\ntempla son ouvrage et connut qu'il était bon; et le sixième jour, il créa le\nsurhomme.\n    Le surhomme, si on le tire du beau costume lyrique et épique de Zara­\nthoustra, pour le saisir dans sa réalité foncière, c'est le droit du plus fort, du\nplus rapace, du plus impitoyable. Tout ce que le christianisme a mis entre\nl'homme et ses convoitises égoïstes et animales d'hésitations, de scrupules —\ntout ce qu'il a ajouté de conscience complexe et douloureuse, de délicatesse,\n d'exquisité, d'âme, en un mot, dans l'amour — le surhomme le rejette, le\nbafoue comme une ridicule et lâche entrave à la libre et souveraine expan­\n sion de ses appétits divinisés. Tout ce qui fait qu'un saint François se penche\n avec compassion sur un oiseau blessé ou un arbre meurtri, pour recueillir\n l'un et redresser l'autre; tout ce qui fait qu'un poète, comme Hugo, écoute\n retentir dans son imagination profonde et se répercuter en longs échos dans\n son cœur le cri éternel de souffrance de l'univers animé; tout ce qui pousse\n un Schopenhauer à placer la pitié dans sa philosophie d'anéantissement\n comme une lueur au seuil de vertige et de nuit de l'abîme; tout cela, le sur­\n homme le nie et le repousse.\n     La pitié, l'abnégation appartiennent, à ses yeux, à cette morale inventée\n par les faibles, et imposée astucieusement aux forts, aux surhommes, auxquels,\n sinon, à défaut d'autres moyens de défense, il aurait fallu se soumettre : c'est\n la morale rusée du renard contre le lion ou l'ours...\n     Par le temps qui court, il doit y avoir beaucoup de surhommes dans les\n prisons — ce sont, en général, des gens de caractère. Le Moyen-âge et la\n  Renaissance ont produit quelques spécimens accomplis de cette espèce :\n  César Borgia,par exemple; Jean des Bandes noires; les Scaligeri de Vérone;\n les Malatesti de Ravenne; ce Visconti qui chassait à courre dans les rues de\n  Milan et faisait faire curée à ses chiens du sang de ses sujets !...\n     Et puisqu'il s'agit de théâtre, quelle comparaison pourrait être plus indi­\n  quée pour marquer les mérites respectifs de la tragédie antique et de la\n  moderne que celle du théâtre d'Euripide avec celui de Racine — ou encore\n  avec celui de Glück? Où trouverons-nous les plus hauts caractères, le drame\n  le plus pathétique, les personnages les plus émouvants et les plus humains?\n     La fable de l'Alceste d'Euripide et celle de l'Alceste de Glück sont identiques :\n  l'héroïne fait holocauste de sa vie pour racheter celle de son époux ; mais\n  celui-ci, dans l'œuvre de Glück, ignore ce sacrifice, et lorsqu'il apprend au\n  prix de quelle existence la santé lui est revenue, il se révolte et demande à\n  vivre ou à périr avec Alceste. Dans la tragédie grecque, AdmèLe connaît que\n  ses jours ne sont prolongés qu'aux dépens de ceux d'Alceste... Il aime Alceste,\n"}, {"page_pdf": 674, "page_imprimee": 559, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "      DES « CARACTÈRES » DE L'IMMORALISME ET DE M. A.                    GIDE    559\n\n\nmais il aime encore davantage la vie et, s'il faut que l'un des deux m e u r e , il\npréfère que ce soit elle!... L'idée qu'il aurait pu se soumettre simplement au\ndestin, sans accepter qu'une autre vie, et si chère, fût immolée à la place de la\nsienne, cette idée d'homme ne le visite pas u n instant! Ce s u r h o m m e ne con­\nçoit pas le m o n d e sans lui ! tellement qu'il chasse son père de sa présence, avec\ndes outrages, en lui reprochant de n'avoir pas offert sa vieillesse en sacrifice,\npour le sauver, lui, son fils et conserver à celui-ci la jeunesse et l'amour\nd'Alceste!...\n  C'est la m ê m e fable, la même, mais entre les deux versions, celle d'Euri­\npide et celle de Glück, quelque chose a p a r u dans le m o n d e , qui a changé le\ncœur des hommes et leur caractère : la croix !\n\n                                                                ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 560, "page_fin": 561, "titre_corps": "Notes de voyages : L’Âme des lacs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. d’Arschot", "ancre_debut": "Notes de Voyages (Suite) L'Ame des Lacs CHAQUE paysage", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 675, "page_imprimee": 560, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "Notes de Voyages\n                                   (Suite)\n\n\n\n                             L'Ame des Lacs\n                 CHAQUE paysage a une âme différente.\n                       Il en est de tragiques comme des misères cachées ou\n                    dont l'angoisse nous pénètre et nous étreint, demeure en\n                    nous bien longtemps encore après les avoir quittés. Il en\n                    est où semble s'être concentré tout l'ennui de la terre et\n                    d'autres aussi tristes que les amours des hommes. Il en\n                    est qui sont voluptueux et d'autres qui amollissent autant\n                    qu'une passion trop tendre. Il y en a, surtout, d'indiffé­\n                    rents, qui ne touchent pas, n'exaltent pas, ne phosphorisent\npas la pensée, de pareils à ces êtres innombrables qui restent devant nous\nsans paroles en même temps qu'ils nous rendent silencieux.\n    Mais dans tous les lieux, qu'ils nous émeuvent par l'âpreté de leurs roches,\nqu'ils nous endolorisent par le désespoir de leurs lignes, qu'ils nous trou­\nblent par la volupté de leurs fleurs et de leurs feuillages ou par leur atmo­\nsphère trop douce, dans tous, nous sommes sûrs de retrouver, à condition de\nne pas être à chaque retour trop différents de nous-mêmes, les mêmes âmes\nimmuables et diverses.\n    Devant les mêmes décors naissent en nous des pensées toujours pareilles et\nnous nous surprenons à songer aux mêmes places aux toujours mêmes\nchoses : à des épopées mythologiques, dans les montagnes norvégiennes, à\nl'histoire cruelle et passionnée sur les canaux de Venise, à la dureté impi­\ntoyable de la nature parmi les neiges de la Russie. Une mélancolie sereine\nnous enveloppe inévitablement au fond des forêts suédoises et nous ne pou­\nvons nous empêcher de rêver à l'art et à l'amour devant les temples en ruines\n et la mer bleue de la Grèce.\n    C'est que l'âme de toutes ces contrées prend contact avec la nôtre, la\npénètre de sympathie et la remplit de souvenirs. Mais cette âme, qui souvent\nnous devient intime au point de nous faire nous attacher à un coin du monde\n ou de nous donner à jamais, quand nous l'avons quitté, le désir de le revoir,\n est toujours identique et parfois elle peut lasser.\n    Dans toute admiration pour un paysage, il y a un peu d'amour comme\n"}, {"page_pdf": 676, "page_imprimee": 561, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3401, "texte": "                              NOTES DE       VOYAGES                             56l\n\n\ndans toute admiration pour une femme. Il n'est d'exception à cette règle que\npour ceux où s'encadrèrent nos premières années et que nous aimons jusqu'à\nnos derniers jours parce qu'ils ont, eux, un caractère familial. Les autres, ils\nnous déçoivent quelquefois à un retour, ainsi qu'une amie qu'on ne retrouve\nplus aussi belle ou qui, en une fois, s'est trop montrée toute entière. Le\ncharme des femmes est d'avoir en réserve, pour l'homme qui les aime, une\nqualité et parfois même un défaut, à faire connaître et resté insoupçonné.\n Elles doivent être comme ces pierres rares où le soleil allume des rayons tou­\njours nouveaux, toujours imprévus, gardant en même temps que quelque\nchose de durable puisqu'ils renaissent sans fin, quelque chose de subtile et de\nfragile puisqu'ils sont insaisissables.\n   Parmi les paysages, ce sont les lacs, et c'est l'âme des lacs qui apportent\n cette impression précieuse.\n    Comme ils sont changeants, toujours différents d'eux-mêmes, divers eux\n qui changent si peu, qu'enferment au loin les mêmes rivages, les mêmes\n montagnes, et dont les vagues, formées et déformées sans cesse, sont faites\n d'une eau éternellement la même et cependant éternellement renouvelée.\n    Ils ne sont pas comme les bêtes qui grandissent et vieillissent, comme les\n plantes qui ont des fleurs qui se fanent, les arbres qui se chargent de feuilles\n et de fruits qu'ils perdent; ils restent ce qu'ils ont été, ils resteront ce qu'ils\n sont et, pourtant, quelle vie ils contiennent et comme, à chaque instant de la\n journée, la nuance du ciel modifie leur apparence.\n    Le matin, ce sont des vapeurs blanches qui s'élèvent, parfois si suggestives,\n des oiseaux qui s'envolent et sont un peu comme l'âme du lac qui aurait pris\n des ailes; c'est le réveil des plantes dépliant leurs tiges et leurs fleurs nourries\n au cœur de l'eau.\n    Puis le lac s'assombrit, s'éclaircit, absorbe des reflets, s'en emplit jusqu'à\n ses plus grandes profondeurs ; le vent le ride, l'enfle, lui donne des airs de\n colère. Les vagues prennent l'élégance de certains gestes humains; le soleil\n y pénètre; il semble que chacune de leurs ondulations remue des plaques\n d'argent ou des morceaux de miroirs qui renvoient la clarté du ciel.\n    Puis arrive le soir et c'est, dans l'eau, toute la floraison lumineuse des étoiles.\n    Et, toujours, c'est la brise qui passe et transporte un bruit de paroles, le\n murmure des herbes souples et, sur les pierres, le clapotis des flots, doux\n comme des vers, la chanson de l'eau charmante...\n    Aux lointains les yeux se perdent, la pensée s'en va librement, alourdie\n d'une rêverie grisante que ne donne pas l'infini de la mer. La mer\n âpre, trop cruelle; elle évoque trop le souvenir de ces impératrices inassou­\n vies qui ne voulaient des amants que pour les faire mourir.\n    Ainsi, l'âme des lacs fascine, apaise, fait songer. Toujours autre, elle ne lasse\n jamais, car ses fureurs même ont une beauté qui séduit. Peu à peu on la fait\n sienne cette âme, elle devient une âme amie, toujours nouvelle comme l'eau qui\n change éternellement sans pourtant se modifier. Il n'en est pas de plus douce,\n ni de plus attirante. C'est qu'au fond des lacs veillent des âmes de femme.\n                                                                    G. D'ARSCHOT.\n   (A continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 562, "page_fin": 567, "titre_corps": "Gazette des faits et des livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Gazette des Faits et des Livres Zonhoven, 15 août. VANITÉ des livres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 677, "page_imprimee": 562, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "Gazette des Faits et des Livres\n                                                               Zonhoven, 15 août.\n\n                  VANITÉ des livres quand la nature est si belle ! Et de confronter\n                      le spectacle de l'Eté en délire de lumière et de couleurs\n                      avec le reflet qu'en peut donner la plus « artiste écriture »,\n                      la désillusion est déconcertante et pénible! Dans le calfeu­\n                      trement des appartements citadins, à la lueur factice de la\n                      lampe d'hiver, telle esquisse champêtre paraîtra vraie et\n                      sera apporteuse de charme qui, relue et revue dans la\n                      perspective des blés jaunissants et parmi l'arôme résineux\n                      des sapins, suppliciera comme un mensonge. Combien\npeu nombreuses, combien rares les œuvres qui ne sortent annihilées ou, du\nmoins, diminuées de cette confrontation avec la nature-modèle! Souvenez-\n vous de Mme Sand et de son « paysagisme » enrubanné de fioritures, de\nconventions et de mièvreries : du moment que la critique fut mise en posses­\nsion d'une faculté visuelle plus juste et plus exacte, toute cette littérature de\nparavent dégringola au rang des œuvres qu'on estime — sans les relire.\n    Il n'y a pas que dans le genre directement descriptif que l'absolue sincérité\nest de plus en plus exigée; l'évocation du passé, sous la forme attachante du\nroman historique, est subordonnée à des conditions d'une telle rigueur que,\nsur cent essais, à peine une œuvre est retenue ! L'érudition la plus copieuse\net la plus scrupuleuse n'est point jugée ici suffisante — quand elle n'est point\nvivifiée par une imagination en concordance harmonique avec les événements\n et les êtres qu'il importe de faire resurgir par la magie du style ! Des atavismes\ndivers semblent peser sur ceux que l'art toucha de son aile frémissante ; écrire,\ndans le sens de ces atavismes, est la condition du chef-d'œuvre : Théophile\nGautier était un Italien de la Renaissance, et son Voyage en Italie porte la\nmagistrale empreinte de ses nostalgies; les Goncourt promenèrent, au centre\ndu xixe siècle, la curiosité fine, frissonnante et nuancée, de grands seigneurs\ndu temps de Louis XV; par contre, Flaubert, réaliste et génial terrien du\nRouennais, commit l'erreur de vouloir faire remonter sa généalogie artistique\nà la Carthage de Salammbô.\n   Eugène Demolder est un authentique Flamand. Dans toute notre littéra­\nture, il n'est pas d'artiste qui davantage réunisse en lui les signes incontes­\ntables de la race : l'amour de la force, le sens de la volupté et le génie de la\ncouleur — avec, en sourdine, ce mysticisme très spécial, très humain et\n"}, {"page_pdf": 678, "page_imprimee": 563, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "                    GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   563\n\n\npresque positif que connut le Teniers des Tentations de saint Antoine. A ce point\nde vue, la Route d'Emeraude est, vers l'ancestral génie flamand, un geste d'hom­\nmage, qui restera inégalé! C'est l'interprétation-type, l'évocation idéale,\nl'écho absolument adéquat de toutes les puissances esthétiques de l'âme\nflamande.\n    L a valeur de la Route d'Emeraude, le succès aussi que le livre conquit d'em­\nblée d a n s le m o n d e artistique démontrent en quel sens, pour produire son\nsuprême effort, le talent de Demolder doit être dirigé; par quelle fantaisie\ndonc — qui fut une erreur — ce compréhensif habitué de l'atelier de J o r d a e n s ,\ns'orienta-t-il s o u d a i n vers les boudoirs parfumés du XVIIIE siècle? P o u r les\na d m i r a t e u r s de Demolder, le Jardinier de la Pompadour (1) fut u n e déception.\nN o n , certes, que l'œuvre n'ait de hauts mérites. U n écrivain c o m m e Demolder\npeut se t r o m p e r ; il ne saurait faire médiocre. E t je dirai tout de suite mon\nadmiration un peu étonnée pour l'énorme et méticuleuse érudition qui fait le\nfond de l'ouvrage : que de recherches patientes, continues et tatillonnes doit\nreprésenter ce rassemblement des détails de m œ u r s , de costumes de botanique\nd'un siècle — qui fut tout en détails! J'ajouterai que de nombreuses scènes\ndu r o m a n ont la grâce légère, élégante, vaporeuse et évaporée des toiles de\nW a t t e a u , de F r a g o n a r d et de L a n c r e t , et qu'ici encore Demolder fut un\nmagique transpositeur. Mais toutes ces fragmentaires beautés ne peuvent\nsauver l'œuvre ni de la lenteur d'une intrigue trop simple pour être si longue­\nment délayée, ni d'une multiplicité d'incidents particuliers qui entravent l'unilé\nd'impression, ni surtout, défaut essentiel, du m a n q u e de vie... D a n s toutes\nces pâles, factices et frivoles péripéties du « jeu de l'amour et du hasard », je\nne retrouve point le Demolder aimé et sa verve puissante, colorée et animée.\n Si l'esprit, u n joli esprit, erre d a n s les parterres du Jardinier de la Pompadour,\n l'âme en est exilée.\n    Qu'il soit facile à E u g è n e Demolder de retrouver cette âme et de rentrer\ndans la norme de ses origines artistiques, j ' e n ai pour preuve l'exquis\nvolume qui parut ces jours derniers : L'Arche de Monsieur Cheunus (2), série de\npetits tableautins, fortement et savoureusement b u r i n é s , où Demolder a\ndéposé avec délectation ses goûts et ses rêves d'ancien bourgeois flamand,\n égaré à P a r i s . . . Monsieur Cheunus, c'est E u g è n e Demolder — retrouvé.\nA lleluia !\n                                            *\n                                           * *\n\n   C'est u n passé plus lointain, aux ombres plus étrangères et plus mysté­\nrieuses que ressuscite le beau et noble livre de M. Raphaël Petrucci : La Porte\nde l'Amour et de la Mort (3).\n   E n vérité, je n'aime pas le titre de l'œuvre ; il me paraît bien étriqué, bien\nimprécis et presque u n peu risible, tant la lutte d'idées, à laquelle il sert de\n\n\n  (1) Paris, Mercure de France.\n  (2) Paris, Mercure de France.\n  (3) Paris, Félix Juven.\n"}, {"page_pdf": 679, "page_imprimee": 564, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": " 564                              DURENDAL\n\n\n frontispice, tantôt descend à des profondeurs insoupçonnées d'émotions, tan­\n tôt s'élève aux plus altiers sommets de la pensée : M. Petrucci a tenté — et a\n réussi admirablement — la confrontation de deux civilisations, le choc de\n deux peuples, la rencontre de deux idéals : le lettré chinois Huang-Ti qui,\n diplomate ou guerrier, porte, sous sa tunique officielle de mandarin, une\n intellectualité tout imprégnée de la sérénité fataliste du bouddhisme, est\nappelé à escorter vers sa patrie moscovite la jeune princesse russe Eudoxie,\nexquise âme de slave et de chrétienne, très femme par le cœur, presque virile\npar l'esprit... Durant les chevauchées à travers les steppes, pendant les\nhaltes sous le ciel étoile, enfin au cours des entretiens dans le prestigieux et\nmélancolique « Palais rouge », Huang-Ti et la Princesse échangent, sur la\nVie et la Destinée, des aspects dont quelques-uns ont la calme et altière gran­\ndeur de dialogues platoniciens. Des décors de nature, d'une intense vérité\ncoloriée, soulignent ces conversations et paraissent être les réverbérations,\ndans les choses ambiantes, des idées agitées. Et, à l'arrière-plan de l'action,\nen une fresque de bataille âprement et somptueusement brossée, les deux\nraces auxquelles appartiennent Huang-Ti et la Princesse s'entre-tuent en une\nmêlée formidable.\n   Dans ce livre, où tout est beauté, j'ai goûté particulièrement la magistrale\nfinesse psychologique avec laquelle l'auteur analyse le passage, dans le\ndomaine du sentiment, de la communion intellectuelle survenue entre le\nmandarin et Eudoxie : insensiblement, presque inconsciemment, le raisonne­\nment se transforme en sympathie et la sympathie en amour ; à cette trame\ntissée de rêves d'or se mêlent peu à peu les fils noirs des destins contraires :\nla Princesse se cabre de toute son ombrageuse et farouche fierté de chré­\ntienne contre le sceptique et trop doux Nirvana où la convie le mandarin ; et\ncelui-ci répugne, d'une répugnance instinctive et ancestrale, au dogmatisme\nimpérieux d'Eudoxie, qu'il juge être une religion d'affres intellectuelles et de\nterreurs physiques; la lutte entre deux âmes faites pour se comprendre et\ndeux esprits d'une égale et entière bonne foi, est longue et pleine d'angoisses,\nmais représentative de l'opposition séculaire de deux races et de deux\ncroyances, elle devait aboutir aux poignants déchirements d'une rupture :\nHuang-Ti retourne dans sa patrie et s'ensevelit mélancoliquement dans les\nlambeaux de ses songes déçus ; la princesse Eudoxie revêt le cilice du plus\nrigoureux mysticisme et châtie ainsi sa pensée et sa chair coupables d'avoir\nosé aimer et désirer l'Infidèle.\n   Je ne connais point M. Raphaël Petrucci ; j'ignore si nous avons la même\nfoi ; mais d'avoir lu son œuvre me fait admirer en lui, autant qu'un écrivain\nd'une incomparable puissance d'évocation, un homme à l'âme droite, com-\npréhensive, tolérante — d'une scrupuleuse et exemplaire sincérité.\n\n                                          *\n                                      *       *\n   Il m'est arrivé souvent, au cours de visites professionnelles dans des asiles\nd'aliénés, de me dire quelle œuvre intéressante et originale serait en puissance\ndans les observations qu'un écrivain, à condition qu'il sût voir et observer,\n"}, {"page_pdf": 680, "page_imprimee": 565, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                           565\n\nglanerait dans ces milieux de douleurs et de fatalité. L'auteur qui assumerait\ncette tâche ou bien se contenterait de notations personnelles tout extérieures\net de surface ou mieux se « mettrait dans la peau » des malheureux séques­\ntrés, analyserait leurs sensations, vivrait leurs incohérences, leurs égarements\n et leurs morbidités. C'est cette seconde méthode que, voulant faire le roman\nde la folie, a choisie M. John-Antoine Nau. Force ennemie (1), que l'Académie\n Goncourt a couronnée, est le journal d'un aliéné enfermé dans un asile et qui\nsubit dans ses instincts et dans ses actes la poussée d'un esprit dont il se croit\npossédé. Cet esprit combine, pense, agit, et le pauvre fou n'est que l'exécuteur\nmécanique de ce tiers impulsif. Parfois l'esprit s'absente et sa victime, alors\nlibérée de son dominateur, rentre dans la norme. Mais, au coin du chemin,\nl'intrus guette — et le voici revenu, et reprenant possession de son domaine\n— et les gestes effrénés de démence recommencent, s'accentuent, atteignent\nles extrêmes vertiges de la passion ou du ridicule. C'est une vraie marche de\njuif errant, franchissant tous les cercles de la Raison. Et à mesure que le livre\navance et que les excentricités et les débridements se développent et\ns'exagèrent, grandit chez le lecteur l'angoisse de cette géhenne intellectuelle\nque régit l'implacable Anankédes nervosités déséquilibrées. C'est trop vraiment,\ntrop de souffrances et trop d'inconsciences, et l'on demanderait grâce si l'art, un\nart où domine une intense faculté d'analyse, n'aigrettait de beauté tragique\nles stations de ce calvaire. Dans telles pages — nombreuses — de ce mémo­\nrial de la démence, M. John-Antoine Nau nous dispense le souverain frisson\n d'Edgar Poë.\n    Force ennemie, outre un beau livre, est une bonne action courageuse : en ce\n temps de triomphante imbécillité Combiste, il y a quelque vaillance à démon­\ntrer à quels pitoyables résultats aboutit la laïcité, quand on lui confie la garde\net la charge des pires déchéances humaines. Les infirmiers et infirmières de\nl'asile Vasselot n'ont point de préjugés — ah ! certes non — pas plus qu'ils n'ont\nde cœur. Ce sont des fonctionnaires qui s'acquittent d'une corvée; ils se\njugent trop peu rémunérés pour faire des frais de dévouement ; et dans l'ac­\ncomplissement de ce que d'autres assument comme une mission, ce qui est\nfraternel leur est étranger !\n                                        ***\n\n   Le désarroi moral où tournoie le pays d'Edgar Combes, de Thérèse Hum­\nbert et de Mgr Geay, paraît, au sens de beaucoup d'esprits éminents, avoir\npartiellement sa cause dans le Divorce. M. Paul Bourget, à son tour, aborde\nla question (2). Pour l'auteur de l'Etape, examiner ce problème, c'était le\nrésoudre dans le sens de la tradition et de l'Eglise — et M. Bourget apporte\ndans cette démonstration son habituelle et déliée puissance psychologique et\ntoutes les ressources de son éloquence très convaincue, très émouvante,\nencore qu'un peu solennelle : par la logique de leurs attitudes et les péri-\n\n\n  (1) Éditions de La Plume, Paris.\n  (2) P. ROURGET : Un Divorce, Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 681, "page_imprimee": 566, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "566                                 DURENDAL\n\n\npéties du drame serré et poignant qui se joue entre eux, les héros du livre, la\nfemme divorcée et remariée, le second mari, le fils du premier mariage, et la\n« Cerveline » — étudiante féministe — dont ce fils s'est épris, attestent, ou\npour mieux dire vivent tous les tragiques malentendus que le divorce apporte\navec lui. Et s'il est un reproche à faire à M. Bourget — reproche d'un défaut\nancien et invétéré — c'est d'avoir ralenti et entrecoupé cette action probante,\npéremptoire, et saisissante par des considérations longuement développées\nqui relèvent moins du roman que de l'apologétique. Il est vraiment à\nregretter qu'en rentrant dans l'idée chrétienne, l'écrivain du Disciple ait cru\ndevoir se faire pardonner sa qualité de romancier, en revêtant si souvent la\nlivrée d'un frère prêcheur — le frère prêcheur désabusé de la laïcité française.\nLa pensée catholique ne gagne pas grand'chose à ces prosopopées évidentes\net le roman y perd un peu de ce qui fait son intérêt et son mérite.\n\n                                         ***\n   Après l'Inde, la Perse : M. Pierre Loti continue son tour du monde, et il\nest à espérer, pour notre joie, qu'il l'achèvera et que beaucoup de livres encore\nsuccéderont à tant de livres d'une si originale dosimétrie de force et de simpli­\ncité, d'émotion et de spontanéité... J'aime mieux M. Loti quand il chevauche\n« vers Ispahan » (1) que lorsqu'il « interviewe » les sages de Benarès; son\nâme m'intéresse peut-être moins que son imagination; philosopher sur les\nreligions n'est point le fait de ce pur instinctif dont la destinée fut surtout de\nvibrer à toutes les beautés de l'art et de la nature ; une fois de plus, il a vibré\nmerveilleusement au contact des grandioses et mélancoliques splendeurs\nséculaires de la Perse. Dans cette œuvre — comme dans les œuvres anté­\nrieures de Loti — on chercherait vainement des renseignements historiques,\npolitiques et industriels... Vanité que tout cela pour cette sensitive errante\nqui n'a d'autre souci que d'harmoniser ses sentiments avec les spectacles\nambiants et d'extraire de ceux-ci leur maximum d'impression : une commu­\nnion parfaite s'établit entre l'intellectualité de l'artiste et les êtres et les choses\nque visite sa rêverie, et cette communion est faite d'idées générales qui sont\nl'éternel ressort de l'émotion humaine : le regret du passé, le culte du souvenir,\nla fragilité de l'homme en présence de la pérennité dédaigneuse de la nature ;\net ces idées sont moins interprétées qu'énoncées dans un style — dont\n M. Pierre Loti emportera le secret avec lui — qui joint le minimum de\nmoyens d'expression au maximum d'intensité de sensations. Les ruines\ngrandioses et croulantes de Cheraz et d'Ispahan, l'immensité tragique\ndu désert, les palais de Darius el de Xerxès ont inspiré à M. Fierre Loti\ndes pages dont aucune peinture ne saurait égaler l'émouvante puissance.\n Qui donc demanda un jour à M. Loti de « se renouveler »?... Félicitons-nous\n plutôt que M. Loti reste pareil à lui-même et que ses livres nouveaux demeu­\n rent égaux aux livres anciens : le petit ami de Rarahu n'a point vieilli.\n                                           *\n\n\n  (1) Paris, Calmann-Lévy.\n"}, {"page_pdf": 682, "page_imprimee": 567, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "                      GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   567\n\n\n     L e s frères Margueritte sont de probes et laborieux artistes — labor\nimprobus! — et ambitionnent le rôle de Goncourt de l'histoire la plus contem­\nporaine. La Commune (1) termine l'évocation d'une « époque » des destinées\nfrançaises, violenle et d o u l o u r e u s e entre toutes. U n e érudition scrupuleuse,\ndes recherches difficiles et patientes sont à la base de ces livres que distingue,\nd u reste, dans leur but et leurs tendances, u n e parfaite droiture de pensée et\nun méritoire souci d'impartialité. J'ajouterai que, doués du talent peu ordi­\nnaire de conter, les frères Margueritte profèrent d a n s leurs œuvres des beautés\nfragmentaires de premier ordre ; mais pour parvenir à ces oasis d'art, il faut\ntraverser malheureusement — et c'est le cas encore pour la Commune — des\nincidents secondaires, longs et ralentissants; trop de documents d'histoire,\nindigérés, insuffisamment fusionnés dans l'action principale, encombrent la\nroute du lecteur. E t au terme de ces 638 pages, le souvenir de tels épisodes\nd r a m a t i q u e m e n t et nerveusement vivants, est desservi par l'agacement q u ' e n ­\ngendre cette méthode de compilation à outrance et de documentation effrénée,\nque les frères Margueritte, pour faire contre-partie à Zola, ont eu le tort illo­\ngique d ' e m p r u n t e r à cet immortel « concasseur de moellons » !\n\n                                              *\n                                             * *\n\n   J e regrette, au terme de cette trop copieuse gazette, de n e pouvoir motiver\nen détail m o n admiration pour Mihien d'Avène (2) où Maurice Desombiaux,\ncette loyale conscience d'artiste travailleur, continue ses études des m œ u r s\nwallonnes. Cette histoire tragique du ver de terre — u n c h e m i n e a u ! — amou­\nreux d e la fille de son fermier — l'étoile! — a pour cadre pittoresque et\nvivant des sites a r d e n n a i s , croqués avec délectation et est soulignée d'épisodes\npopulaires, débordant de la saveur du terroir.\n   E t voilà que M. P i c a r d réédite son hallucinant Juré (3) en l'adaptant à sa\nthéorie déjà a n c i e n n e du monodrame qui confond en u n e seule entité l'auteur\ndramatique et l'acteur. Si la réforme préconisée a le tort de simplifier à l'ex­\ntrême u n genre dont l'essence est dans les effets variés et multiples, l'œuvre de\nM. P i c a r d , présentée sous sa forme nouvelle, n'a rien p e r d u de sa nerveuse et\nempoignante puissance. Ce reste de l'Edgar P o ë — vécu!\n\n                                                            FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                                         *\n\n\n\n  (1) Paris, Plon.\n  (2) Paris, Juven.\n   3) Bruxelles, Lacomblez.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 568, "page_fin": 572, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Molière et la Vie par HENRI DAVIGNON", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 683, "page_imprimee": 568, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "LES LIVRES\n\nM o l i è r e e t l a V i e , par HENRI DAVIGNON. — (Paris, Fontemoing.)\n   M. Henri Davignon nous a donné naguères d'agréables bluettes, des pièces\nde paravent, menues et mièvres; elles ne faisaient point présager l'importante\nétude qui nous occupe aujourd'hui. On trouve dans Molière et la Vie, cette\nforme méthodique et solide, dont parle quelque part Edmond Picard, et où\ncelui-ci reconnaît le bon ordre et le bon sens, qualités essentielles de notre\npays. Ces qualités ne pouvaient trouver meilleure application. Molière est,\nsans doute, le génie le plus naturel de la littérature française.\n   Sachons gré à M. Davignon de son travail considérable; il donne la mesure\nde ses forces avec une vaillance joyeuse. Partout, dans ce livre très compact,\nle lecteur a l'impression d'un labeur accompli, tandis que les lèvres sourient.\nLe cœur s'offre ici en même temps que l'esprit.\n   Avec assurance, dès le début l'auteur nous dit ce qu'il voulut montrer et\nprouver. Il exprimera l'actualité et la vérité éternelles de Molière, à travers\nl'amour, la peinture sociale de son époque, les aspects douloureux et tra­\ngiques de la vie. Et les chapitres de ce livre développeront des idées; ils ont\npour titre : Molière et les Femmes, Molière et la Bourgeoisie, Molière et les Petites\nGens, Le Drame dans Molière.\n   Nous suivrons ces classifications ingénieuses, sans chicaner M. Davignon,\nsi l'entrain qu'il apporte à son œuvre rend son style parfois négligé. Pourquoi\nles femmes n'aiment-elles point Molière'? C'est que le Contemplateur, ayant les\nqualités du parfait réaliste, repousse le romanesque. Ses personnages sont\nmoyens, l'amour n'apparaît pas comme le principal ressort de l'action drama­\ntique, mais il est amené à propos d'un personnage. Et M. Davignon embrasse\nl'œuvre du Maître et s'arrête à chacune de ses incarnations féminines. Il sou­\nligne l'honnêteté de la femme chez Molière et il en trouve le motif dans\nl'esprit profondément chrétien qui imprègne leXVIIesiècle. Molière estimait\nque « la femme mariée ne doit pas avoir d'histoire », affirme M. Davignon.\n Nous le croyons sans peine, et d'autant plus volontiers que le Grand Comique\npouvait le disputer à George Dandin et à Sganarelle, quant au nombre des\ninfortunes conjugales dont son épouse le rendit victime. M. Davignon aurait\n pu ajouter à son livre un chapitre piquant, où comparant la fiction et la\n réalité, il nous eût montré combien souvent les pièces du Maître reflètent les\n situations de son existence.\n    « Le mélange des classes sociales », voilà ce que M. Davignon veut étudier\n dans Molière et la Bourgeoisie. 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L e m o n a r q u e prévoyait-il\nle rôle p r é p o n d é r a n t qui devait échoir à la classe m o y e n n e , dans les luttes\npolitiques de l'avenir?... Enfin, si Molière affectionne le bourgeois, c'est\nencore parce q u e celui-ci offre les aspects de « l'homme normal » et possède\nu n fond de g r a n d e h o n n ê t e t é .\n    Les Petites Gens de Molière ont l'apparence complète de la réalité.\nT o u c h a n t la moralité de cette a p p a r e n c e , M. Davignon constate plaisamment\nque tout en étant malhonnêtes, les petites gens restent s y m p a t h i q u e s . . . N e\nsont-ils pas les protecteurs nés de la jeunesse et de l ' a m o u r ? . . .\n     L e livre se termine par l'étude du d r a m e « l'entrevision du d r a m e » d a n s\nl'œuvre immortelle. « Molière ne p e r m e t que le pressentiment de l'impression\nfrissonnante. Elle ne viendra pas. On a cessé à peine u n e seconde de rire, et\nl'on r e c o m m e n c e . . . » E t les exemples a b o n d e n t . L ' a u t e u r prouve la véracité\n de cette constatation en parcourant, à ce point de vue, l'Ecole des Femmes,\n Don Juan, le Malade Imaginaire, le Tartuffe, l'Avare, le Misanthrope...\n     L e livre de M. Davignon mérite donc de vifs éloges. On pourrait regretter\nque le côté p u r e m e n t littéraire — la netteté de la prose, le son clair de la\nversification moliéresque — n'ait pas tenté l'intelligence curieuse du critique.\n Il s'est volontairement écarté de pareille étude, qui ne rentrait d'ailleurs pas\nd a n s la matière prévue par le titre du livre.\n     N é a n m o i n s , M. D a v i g n o n professe pour l'extérieur classique u n a m o u r\nfervent. Il confronte avec les lettres du g r a n d siècle, la production m o d e r n e ,\net parlant des œuvres de psychologie concentrée, de l'art actuel, du théâtre\n en dedans (l'expression est de lui), M. D a v i g n o n ne craint pas de dire :\n « Ibsen et les dramaturges du N o r d y ont centralisé leur système dramatique\n et cela s'accorde avec les brouillards qu'il y a toujours pour nos esprits-latins\n a u t o u r de ces sentimentalités et de ces psychologies Scandinaves. » Au\n XVIIIe siècle, certains esprits latins refusaient également de c o m p r e n d r e\n S h a k s p e a r e , et le traitaient même de b a r b a r e . . .\n                                                                                           G. V.\n\n E n P r o v i n c e , par R E N É BAZIN. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n     Voici encore un livre attestant, sous des formes diverses, les d o n s d'obser­\n vation et le talent descriptif de René Bazin. Dans une jolie préface, l'auteur\n nous raconte comment il fut amené à collaborer aux Débats où p a r u r e n t\n pendant trois années ces chroniques sur la vie de province en F r a n c e ,\n actuellement réunies en u n volume. On pourrait les répartir sous trois\n r u b r i q u e s . Ce sont G abord quelques passages finement détaillés, retraçant\n divers coins ignorés de cette France si attrayante et si peu c o n n u e . P u i s des\n"}, {"page_pdf": 685, "page_imprimee": 570, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3132, "texte": " 570                              DURENDAL\n\n\nesquisses de mœurs, à notre avis la partie la plus forte et la plus approfondie\ndu livre. Citons une charmante étude de philosophie attendrie sur les enfants,\nles pages remplies d'observations originales que l'auteur consacre aux vieilles\nmaisons, au rôle important qu'elles exercent dans l'existence provinciale, le\nchapitre intitulé : Portraits de femmes, sorte de diptyque ingénieux faisant\nressortir, en leur forme particulière et par leur contraste même, le dévouement\nde deux vies de femmes, dont l'une est patricienne et l'autre bourgeoise, le\nVieux quartier, diptyque d'un autre genre mettant en relief l'opposition des\ndeux parties de la ville, la cité vieille paisiblement endormie dans le passé et\nle faubourg jeune, vivant et laborieux, le chapitre instructif sur les Ambulants\nde la Campagne, enfin et surtout plusieurs études remplies d'esprit et de verve\nsur l'intellectualité de la province, son mode de vie et de conception artis­\ntique, ses sociétés savantes figées et inertes, sur les mesquineries du journa­\nlisme dans les petites villes. Sous une troisième rubrique, celle des récits,\npeut se ranger une série d'historiettes dont l'intérêt réside en des types idéals\nou curieux décrits par l'auteur avec précision et avec amour.\n                                                                      G. DE G.\n\n D u C a i r e à MOSCOU, contes de la grande armée, par E. GUILLON.\n   — (Paris, Plon.)\n   M. Guillon connaît à merveille l'époque napoléonienne. Dans ces contes,\nqu'il narre avec beaucoup d'entrain, il y a des histoires d'amour dans les\ncamps ; ce n'est pas ce qu'il y a de meilleur. Je préfère les pages où il\nesquisse les figures des grands généraux, où il peint le soldat français avec\nson beau mépris de la mort. Il y a là de la vie jeune et glorieuse que l'auteur\névoque avec un grand souci de vérité.\n\nTerre maternelle, par le Vte DE MIRAMON-FARGUES. — (Paris, Plon.)\n   C'est la thèse de René Bazin dans La Terre qui meurt, celle de Pierre\nl'Ermite dans La Grande Amie : Retournons à la terre qui est l'amie, la mère.\nM. de Miramon donne comme cadre à son intrigue la terre d'Auvergne.\nCe lui est sujet à de bonnes descriptions. Il y a dans ce livre l'histoire d'une\ncampagne électorale qui est vécue. Les caractères manquent un peu de\nlignes, mais le roman est en général d'une bonne tenue.\n\n L e S e r g e n t D e B r u y n e , drame patriotique en quatre actes, par\n    F. MARCHAL. — (Namur, Picard-Balon.)\n   Parlant du sergent De Bruyne, Mme Séverine écrivait : « Tu es venu\ntrop tard, petit sergent, Pindare est mort! » C'est en effet une grande figure\nque celle de ce petit sergent belge, qui, très simplement, au fond du continent\nnoir, renouvelait le geste héroïque de Régulus retournant à Carthage pour\nmourir. Quel Pindare le chantera? Ne trouvera-t-il pas le poème immortel\nqui le consacrera pour la postérité, dans l'épopée de Toute la Flandre, que\nprépare notre grand Verhaeren ?\n   En attendant que la voix des poètes chante ce geste, M. F . Marchal en a\nfait le sujet d'un drame patriotique. Son désir est d'apprendre aux enfants de\n"}, {"page_pdf": 686, "page_imprimee": 571, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "                                        LES LIVRES                                          571\n\n\nla Belgique qu'ils trouveront dans notre histoire des actes mémorables de\ng r a n d e u r et de noblesse. Ce drame convient surtout aux collèges, patronages,\nsociétés de jeunes gens. Il a été joué avec succès d a n s u n petit collège du\nLuxembourg.\n\nContes et Légendes du vieux Japon, par la comtesse DE PIMO­\n    DAN. — (Paris, P l o n . )\n     Ils sont délicieux, ces contes et légendes du vieux J a p o n , ces récits popu­\nlaires autoctones, d'avant l'américanisation de l'Empire du Soleil-Levant.\n    Ce sont des contes à la Perrault. Contes de fées, allégories simples et\nnaïves, histoires de revenants et d'esprits mauvais. Ils ont la saveur particu­\nlière de tout ce qui touche à l'âme d'un peuple-enfant, d'une race en forma­\ntion. Oyez quelques titres : « L e moineau à la langue coupée. — Histoire du\nvieillard qui faisait refleurir les arbres morts. — Où l'on verra comment les\nr e n a r d s ensorcelèrent un h o m m e et lui rasèrent la tête. »\n    Ajoutons que la traduction française de Mme la comtesse de P i m o d a n s'est\nattachée à rendre habilement la naïveté des récits, qui gardent leur bonne\nsaveur de folklore.\n\nP a u v r e e t d o u c e C o r é e , par GEORGES DUCROCQ. — (Paris, H . C h a m ­\n    pion. )\n    M. Ducrocq a réuni, dans ce petit livre charmant, des notes qu'il a prises\npendant ses séjours au pays du Matin-Calme. Ces notes, illustrées de clichés\np h o t o g r a p h i q u e s , décrivent le pays, les maisons, les habitants, p e i g n e n t les\ncoutumes et les mœurs de ce peuple gentil, affiné, pauvre et rêveur.\n    M. Ducrocq décrit de façon lumineuse, il a sur sa palette les tons calmes\net frais qui conviennent, et il raconte avec b e a u c o u p de c h a r m e .\n                                                                                      E. N.\n\nLes Saints : Saint Wandrille (VIe-VIIe siècle), par DOM BESSE.\n    — ( P a r i s , Lecoffre.)\n    F o n t e n e l l e , l'antique moutier mérovingien, fondé p a r saint Wandrille\nen 64g et détruit par la Révolution française après onze cent cinquante ans de\nr a y o n n e m e n t religieux, connut, à la fin du siècle dernier et à l'initiative des\nBénédictins de L i g u g é , un bref renouveau a u q u e l la proscription régnante\nne permit pas de s'épanouir.\n     Il appartenait à u n moine de cette savante congrégation de se constituer\nl'historiographe des origines de ce monastère et de la carrière apostolique de\nson fondateur.\n    Dom Besse a rempli la tâche qu'il s'était donnée avec le talent q u ' o n lui\nconnaît et avec le souci de l'exactitude, l'étude soigneuse et contrôlée des\nsources, qui sont de tradition chez les m e m b r e s de l'école historique\nbénédictine. L e récit qu'il nous fait de la vie de saint W a n d r i l l e , élevé dans la\nscola palatine du roi Dagobert, h a u t dignitaire, plus tard, de la cour de\ncelui-ci, puis jeté à la vie religieuse par u n e irrésistible vocation, est des\nplus complets et des plus attrayants.                                             A. G.\n"}, {"page_pdf": 687, "page_imprimee": 572, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "572                             DURENDAL\n\n\nCercle littéraire des anciens élèves du collège Saint-\n Michel. — Rapport sur les travaux de l'année1902-1903,par FRANCIS\n   HOUTART. — (Bruxelles, Vromant.)\n   Ce petit rapport est écrit avec élégance. Nous le signalons avec plaisir et\nattirons l'attention sur ce jeune cercle si vivant et bien sympathique, que\ndirigea avec tant de tact, pendant longtemps, le bon Père Gravez, décédé récem­\nment et dont un beau portrait orne cette plaquette. Les aspirations de ce\nJésuite intelligent et distingué qui comprit la jeunesse, l'aima et en fut aimé,\nétaient très élevées. « Il voulait, dit Francis Houtart, initier une jeunesse\nenthousiaste à la carrière littéraire si peu appréciée, si mal récompensée en\nBelgique. Il voulait compléter notre éducation intellectuelle, nous habituer\nà marcher de l'avant en tablant sur nos propres forces, nous accoutumer à\nl'initiative personnelle. »\n   Il est rendu, dans ce rapport, un bel hommage à notre regretté et charmant\npoète Charles de Sprimont, qui fut en son temps président de ce vaillant\ncercle et fut très aimé et estimé de ses membres.\n   Je remercie vivement Francis Houtart pour les paroles élogieuses et affec­\ntueuses qu'il a consacrées à la douce mémoire de celui qui fut, pour moi, à la\nfois un si dévoué secrétaire et un ami adoré, dont rien n'effacera jamais le\nsouvenir de mon cœur.\n                                                                       H . M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-012", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 573, "page_fin": 576, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES L'Exposition des Primitifs français", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 688, "page_imprimee": 573, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "NOTULES\n\n   L'Exposition des Primitifs français. — M. Buschmann a\nconsacré le fascicule d'août de sa belle revue L'Art français et hollandais\naux Primitifs français. Numéro superbe, digne en tous points de l'art incom­\nparable qu'il a pour but de révéler et d'exalter. Il contient vingt magnifiques\nplanches hors texte exécutées d'après les originaux exposés à Paris. Parmi\nles tableaux reproduits il y a une Pieta, d'un maître inconnu, qui est une\npure merveille. C'est, au point de vue de l'expression et du geste, l'idéal de\nl'art religieux. L'artiste a vraiment atteint le plus haut sommet de cet art. Le\nTriomphe de la Vierge, d'Enguerrand Charanton, est aussi un admirable chef-\nd'œuvre, d'une beauté souveraine. Et quel délicieux portrait d'enfant que\ncelui du Dauphin, fils de Charles VIII. Du reste, toutes les œuvres reproduites\ndans ce numéro sont magnifiques et les reproductions elles-mêmes sont\nparfaites.\n   Le texte de ce numéro spécial est écrit d'une façon très érudite et\nconsciencieuse par M. Hymans, le conservateur des Estampes de la Biblio­\nthèque royale de Bruxelles.\n                                                                       H . M.\n                                       ***\n\n  La symphonie en si bémol de Vincent d'Indy. — Dans un\nde ses derniers numéros, le Guide Musical publie, à propos de la parution de\nla partition d'orchestre et de la réduction pour piano à quatre mains de\ncette symphonie, cette belle appréciation de Georges Systermans :\n   « Issue d'une pensée longuement mûrie, réalisée avec la sûreté merveil­\nleuse d'un talent parvenu à son apogée, cette admirable symphonie conserve\nà la lecture l'aspect d'un monument imposant et définitif. Une conviction\npassionnée, un souffle ardent l'anime et, tout en gardant l'allure convenable à\nsa destination symphonique, elle nous apparaît comme le symbole même de la\npersonnalité musicale de M. d'Indy, l'expression intime de son âme d'artiste.\nC'est miracle vraiment d'y considérer par le détail l'adresse surprenante avec\nlaquelle les deux thèmes fondamentaux circulent sans cesse dans le déve­\nloppement, luttent l'un contre l'autre, se transforment et s'accroissent mélo­\ndiquement, se combinent avec les idées particulières à chaque morceau,\navant de s'amalgamer dans l'irrésistible expansion finale qui couronne glo-\n"}, {"page_pdf": 689, "page_imprimee": 574, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3045, "texte": "574                               DURENDAL\n\n\nrieusement, dans un rayon infini du sonorité, une œuvre qui marquera date\ndans l'histoire de la musique moderne. »\n\n                                       ***\n\n   P a u l i n e P l a t b r o o d . — Ce superbe roman bruxellois de notre\ncollaborateur LÉOPOLD COUROUBLE vient de paraître en une cinquième\nédition, qui est présentée au public par GEORGES EEKHOUD, dans une très\nintéressante préface. Le préfacier note très judicieusement « qu'en analysant\nle talent de l'auteur, la critique insista trop sur la verve narquoise dont il fait\npreuve dans ce bouquin bruxellois. Ce don badin en réalité ne représente\nqu'une facette de son talent. Certes, Courouble blague délicieusement son\nmonde. Mais derrière le dénonciateur du parler saugrenu de nos rudes\npopulations se cache un artiste vibrant et sensitif, épris des excellentes gens\nqu'il portraiture. Son attendrissement quelque discret qu'il soit, transparaît\nen plus d'un passage et même aux moments les plus folâtres de ses récits.\nDans Pauline Platbrood notamment, les scènes de haut goût territorial enca­\ndrent de leurs festons fantaisistes la plus fraîche des idylles. Et les pages où\nle romancier nous montre François Cappelmans soudant lui-même avec une\npiété stoïque le cercueil de son vieux père, tressaillent de la plus noble et de\nla plus large émotion humaine. Certes, M. Courouble possède un joli crayon\nd'humoriste, mais le véritable humour s'accommode parfaitement d'une pointe\nde sensibilité et même de mélancolie. Rien n'est plus loin de la satire que le\nsourire indulgent et l'affectueuse malice de l'auteur. »\n\n                                       ***\n\n   Arnold Goffin. — N ous lisons dans le fascicule du 28 août de l'Art\nModerne cette appréciation d'Eugène Demolder sur une étude d'art publiée\nrécemment par Arnold Goffin dans notre revue :\n   « Ce dimanche breton — tandis que sonnent là-bas, à l'horizon, les\ncloches de Cancale et de l'autre côté celles du vieux Saint-Malo, la cité des\ncorsaires, auxquelles la mer des druides mêle sa voix lente, apaisée en ce\nmatin de soleil — j'ai lu mes bonnes revues belges qui attendaient, dociles, le\ndécoupage des feuilles : L'Idée libre, Durendal, la Belgique comtemporaine. Avec\njoie, j'y ai lu trois articles historiques, remarquables à des titres divers, mais\nannonçant une tendance, parmi les lettres belges, à s'occuper de l'histoire...\n   » Dans Durendal, Arnold Goffin publie une étude sur Venise et l'Art vénitien.\nIl décrit mélancholieusement la ville des doges, en cette langue fine et souple\nqu'on lui sait, en phrases déliées et subtiles. Après une description voilée de\nVenise, Goffin nous parle de l'art vénitien. I1 le résume certes fort délicate­\nment, en sensitif et avec une rare précision. Il signale à merveille Giorgione,\nLe Titien, Paul Véronèse. Goffin, dans une longue étude, s'attache surtout à\nVittore Carpaccio. Il fait une curieuse comparaison entre la Sainte Ursule de\ncet artiste et celle de Memling. \"\n\n                                       • ••\n"}, {"page_pdf": 690, "page_imprimee": 575, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "                                        NOTULES                                         575\n\n  Le Fu S e a u d ' O r . — Notre collaborateur E U G È N E DEMOLDER publiera\nprochainement, sous ce titre, u n recueil de contes archaïques d e F l a n d r e et\nde T o u r a i n e .\n\n\n\n     S a i n t e - C é c i l e . — L a réduction pour chant et piano de Sainte-Cécile,\nd r a m e musical en trois actes, de notre collaborateur JOSEPH RYELANDT, et\ndont l'ouverture sera exécutée, l'an prochain, aux Concerts Populaires de\nM. Sylvain D u p u i s , est en vente chez l'éditeur Muraille, de Liége, et chez tous\nles éditeurs de musique de Bruxelles, au prix de 15 francs. Cette réduction\nest faite par l'auteur. L e libretto de Charles Martens se vend séparément au\nprix de 1 franc.\n\n                                            ***\n\n    L i v r e s à l i r e . — La légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin ; prix : 3 fr. 50.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec introduction et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — I Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frire Junipire. Vie et Doctrine de frire Egide, traduction avec\nnotes d'Arnold Goffin; prix : 2 fr. 50. —L'Oblat, p a r J.-K. H u y s m a n s ; prix :\n3 fr. 50. — Cherchons l'Hérétique, p a r J. Esquirol ; prix : 3 fr. 50. — Les Gens\nde Tiest, par Georges Virrès ; prix : 3 fr. 50. — La Rose et l'Epée, p a r Charles\nde S p r i m o n t ; prix : 3 fr. 50. — Sur quelques Primitifs de Sienne, p a r Jules\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, par P a u l M u s s c h e ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, par F e r n a n d Séverin ; prix : 2 francs.\n    O n p e u t se procurer ces livres en s'adressant à notre éditeur, M. Charles\nB u l e n s , 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n                                            ***\n\n    R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — Le Mercure de France, direc­\nt e u r : M. Valette; P a r i s , 26, rue de Condé ( a b o n n e m e n t : 20 francs; étran­\nger, 24 francs). — L'Ermitage, directeur : E d . Ducoté ; P a r i s , 19, rue J e a n -\nJacques-Rousseau (abonnement : 8 francs; étranger, 10 francs). — La Renais-\nsance latine, directeur : M. de B r a n c o v a n ; P a r i s , 23, rue Boissy-d'Anglas\n(abonnement : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident, directeur :\nM. Mithouard; P a r i s , rue E b l é (abonnement : 10 francs; étranger, 12 francs).\n— L'Art flamand et hollandais, revue illustrée, directeur : B u s c h m a n n , à\nAnvers, i 5 , Rhijnpoortvest (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs). —\nL'Art Moderne, directeur : Octave M a u s ; Bruxelles, 32, rue de l'Industrie\n(abonnement : 10 francs; étranger, 13 francs).— Le Guide Musical, directeur :\nNelson L e k i m e ; Bruxelles, 7, rue Montagne-des-Aveugles (abonnement :\n 12 francs; étranger, 14 francs). — L'Idée libre, directeur P . 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Wil­\nmotte; Bruxelles, W e i s s e n b r u c h éditeur (abonnement : 12 francs; étranger :\n15 francs). — La Belgique contemporaine, directeur : Raphaël                       Petrucci\nrue Albert de Latour, 4, Bruxelles (abonnement : 12 francs,                        étranger,\n15 francs.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "9 9 , rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 692, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 3843, "texte": "9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET !                                                                           BRUXELLES\n\n\n     S^v           LE GRESHAM                                  RElilURE D'ARTS D'AMATEURS\n       » 7\n         '\n             \\ Compagnie anglaise •\"aunranecs iar la ne\n             | A C T I F : 2 0 8 , 9 9 9 , 2 4 7 francs\n                      Sinistres ptftt • • B*>fla.M\n                                                                P a u l Claesse*7S\n                                                                   ReUear-dsrmrétS A • • \" » la Conrtana 4» Flâner*\n               ••p>>* 1 8 5 6 : 2 8 , 6 0 0 , 0 0 0 franc*\n                    Protpectta et muêtgtumentt gratuit»            2 4 , rue de Berlaimont, Bruxelles\n              8 , plaoe Royale, 8 , B R U X E L L E S\n\n\n\nFABRIQUE JJE MATELAS\n                        Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                           médaille l'Or • l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                       BERVOET^WFËLEMANS\n                                        FOURNISSEUR DE LA COUR\n             6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi ^                                  BRUXELLES\nUsine à v a p e u n , Lavoif d e l a i n e s : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                      Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                             FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                  57,      Ru© do l a Charité - B R U X E L L E S\n                                                              TÉLÉPHONE 1947\n                                    Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  S| écialité de tous les articles coi cernant la peinture, la scnlptuie,\n                                                  la giavure, l'drchitecture et le dessin.\n                                  RENTOILAGE. NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles am Expositions «'Brnsterdam, Paris, UverpooJ, Le Havre, Bruxelles, Ctrjcago, ete\n\n    PIANOS STEINWAY                                                                 & SONS\n                      NEW-YORK                     LONDRES — HAMROÛRG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Sauce,\n   de Suède et d Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schata de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelque» attestations : « Lne Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre aa vraie signification que jouée sur les Steinway R. M agner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoniques\n  arfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Krans Lisst). » « \\ os\nC eaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . » « Depuis dix an» que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint nn degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . » « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Ave»-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait il a mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal d i » ecle Eug. d Albert. » « Ils sont tellement au dessus de toute critique, qu un\nélogs mems paraîtrait ridicule Sofia Monter »\n    Agence générale el dépôl exclusif ù Bruxelles : Fr. MISAI, 224, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENNENT IDE P A R A I T R E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CH 0 C 0 L A T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 693, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "VIENNENT                          IDE           P A R A I T R E\nS A I N T F R A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8*. illustrée de plusieuis hors-texte (Louvain.\nInstitut supérieur d e philosophie)                                                                fr. 1 2 6\nBRUGES. — LES PRIMITIFS.                       Plaquette in-8«, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur                                       fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS Paris, Stock .                   U n vol. in-ia . . .          . . fr. 3 6 0\nC H E P C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL Pans, Stock — U n vol. in u               •   3 60\nL E S G E N S D E T I E S T , p a r GEORGES VJBRÈS Bruxelles, Vromani . — U n vol.in-ia             •   3 60\nQ U I N Z E MOIS D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , par le commandant DE GERLACHB. — Magnifique\nédition in 8°, superbement illustrée.           Ouvrage couronné par l'Acad mie fr nçaise Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur                                                                            fr. 6 0 0\nLA R O S E E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMOHT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.                  •   3 60\nL E S J A R D I N S CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE.                 (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                    . . . . fr. 8 6 0\n         On peut se procurer ces ouvrages en s'adressant â notre éditeur CH. B U L E N S , 7 6 , r u e T e r r e -\n      N e u v e , à, B r u x e l l e s .\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CH 0 C 0 L A T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 693, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1620, "fin_caractere_exclue": 5729, "texte": "CH 0 C 0 L A T                  BIESWAL                      CH 0 C 0 L A T                 BIESWAL\nCHOCOLAT                      BI E S W A L                   CHOCOLAT                       BIESWAL\n\n    LE STANDARD\nCompagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                            Hrcnives nobiliaires de Belgique\n                                                                              Stéviu, BRUXELLES\n           ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n                                                                          rue Recherches de généalogies et d ar-\n                                                                           moiries en Belgique et k l'hlran-\n                                                                           ger — Attestation* offic elles de\n   Principaux avantagea de la Compagnie :                                  nobles e, de filiations et d'armoi-\ni* Polices Incontesta- 1» Tarif avantageux                                 ries — Cop esofhcielletde lettres\n                                                                           de patentes de noblesse —\n  bles après deux ans 4* Participation impor-                              Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date.                   tante «les assurésdans                        — Insertions de généalogies dans\na* Prêts sur polices         les bénéfices de la                           des publications belges et étran-\n  ajant trois ans de         Compagnie.                                     ères.      Rectifications d actes\n  date.                    5° Prêts hypothécaires.                                S\n                                                                            e l'état civil et adjonctions des\n   S'adresser tour renseignements et prospectus i la                       noms       Correspoi dants en pro-\n                                                                           vince et à I étranger —Armoiries\n           DIRIOTION         O t N t R A L I                               et documents généalogiques sur\n28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES                                      plus de 100,000 familles nobles\n   Télésssns 14» Mtwi W«sr»»tilo— i «UnéifS-fcmll»                         et patriciennes.\n                                                                 R E N S E I G N E M E N T S\n                                           P\n                                           *    ENCADREMENTS•••••                           Pai suite de lécès\n                                           i.          -    —         —           -   —\n                                           v    DORURE           ET    SCULP-\n                                           E                                               LIQUIDATION\n                                           R    T U R E S U R BOIS • • • • •\n                                           D                                                       DE\n                                           U    ESTAMPES•••••*•••\n                                           3\n                                           8\n                                                GRAVURES           ANCIENNES\n                                                                                          300 VOITURES\n                                                                                          Vente 4 toute\n                                           N     . . . . . . . . . . . . . . . . .\n                                                                                             offre acceptable\n                                           u    N B        LES GRAVURES ANCIENNES\n                                           e                                               71, rua Goffart\n                                           o    \"\"^—^~~~~~\n                                           a    SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                 1XELLE8\n                                           •\n                                           a    D'AUTHENTICITE • •            •       •\n"}, {"page_pdf": 694, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4385, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                         42, M a r c l i é - a u - B o i e - B R U X E L L E S\n                                    . 1       t   . •   •   *   >   -   —   i    • i        i , — > —\n\n\n      Dépots de fonde en Comptée-Chèques, disponibles à, v u e t i 1/8 p . e. s e n s eommissioa\n         Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable » moj-enne 1 8 0 8 » 8 . 8 7 p . e.\n                           Kncaiseement de Coupons, Titres, Effets, e t c .\n                                     ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial- de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous p a y s\n              Prêts s u r Titre*.—<- Garde de Titres, T—Location de Coffres-Forts\n\n\n\n       LA RÉSERVE MUTUELLE\n            de»          ÉTATS-VItiS\n      COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n                                                                        HOTEL DU PHARE\n                                                                                   263, Boulevard Militaire, 263\n                       l a v i e                                                                 BEPBIB PAB.\n\n                                                                            MM. PARRED & JAEGER\n                                                                                         Ancien» propriétaire»                                       •\n                                                                                de la Taverne Léopold, rue dm Çommerc*\n\n                                                                        C H A M B R E S AVEC                                       PENSION\n                                                                                         depuis 5 francs p a r jour\n\n      CnaussuRHT AMHUU. . . , 4 40 Millions                                 Salles pour banquets et noces\n      Suivrait PAT*8 t *•-. • . . •* Î 5 0 Millions\n                                                                                                <*\"—\"\"\"\n          Combinaisons très intéressantes                                              Grand air —* Belle                        situation\n                                                                                                        il r i   i   li, i I »\n       nueTui M H C U U roua LE CORTIHERT RE L'EUROK\n           « , m « H a l é T y , P A R I 8 (»•)                         Commnuicatioas faciles avec truelles et ïlce-icrsi\n          DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n      19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n               e>a Semande des Aimid                                        Cuisine e t cave renommées\n\nEntreprise de Duménapent»                                                       POUR VOS CIGARES HtfS\n                                                                                            adressez-vous à la\n             ET TRANSPORTS\n «-     P O U R          TOUS             P A Y S       -'              MAISON AMÉRICAINE\n                                                                                           DÉPÔT DE FABRIQUE\n\n                                                                            15 >— Avenue Louise**- 15\n                                                                                          BRUXELLES\n                                                                        r.-l. - Huilages répllers Je cigares le H paiane\nVoitures A I, 2, 3 et 4 ch<\n             WAGONS CAPITONNÉS\n                                                                                             Les Boues CaootcliflQtëes\n                                                                                                   TALBOT\n      On t r a i t * i    l'heur* e t à forfait\n                      *»* Mit inusable» tt inarrachables\n                  S  mI •           exista\nJules R O L A N D Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n                                                                                                                           LA RURQUB\n\n\n           2 5 , r u e d'Idalie, 2 5                                            Maison SNYERS-RANG & C*\n      I X E L L E S - BRUXELLES                                         F e s s é e e n 1618                 r—'                 Téléphone 1 3 8 9\n               TÉLÉPHONE            5969                                    2 7 , rue d'Or, BRUXELLES\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison09-212", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Imprimerie Scientifique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 695, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S . 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Une ehapelle est érigée à la plage ou\n                      le sorviee religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le servioe de sauve-\n                      tage est organisé et plaoé sous la surveillance com-\n                      munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n     A VXKDRX\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n                      d Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n   par annuités       digue, des avenues, des villas at des cottages.\n\n\n                               HALLES WE3TENDAISES\n                         Oc vaste magasin d'approvisionnements desserties\n                       villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                       conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                       bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                       dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                       jours de premier choix.\n                                                             Le Wsstand' Hfttel est ouvert du a» mai\n                                                            au a8 septembre         Pension de 0 à 16 fr\n                                                            par jour. Aux commencements et fins de\n                                                            saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                              tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                            prolongé à l'hôtel 75 chambres parfaite-\n\n\n                                       *£fc\n                                                             ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n   DIGUE                                                       rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                  Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone                                                               confortable. Balcons et Ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n                                                                            Salle de billard. Salle de\n                                                                               récréations p* enfants.\n                                                                                   Salons de lecture, de\n                                                                                 .       correspondait-\n                                                                            WWJ* 1 M. Cuisine soi-\n                                                                                        gnée. Caves re-\n                                                                                         commandées.\n\n                                                       MME\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et tel graphique réguliers\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avec salon.\n\n\n   Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n\n\n                                   i-A. B R U X E L L E S , 5 3 » , r u e C a p o u i l l e t ;\n                                   A. W E S T E N D E , a l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                         P l a g e ou a u \"Westend'HôteL\n"}, {"page_pdf": 623, "texte": "                             DURENDAL\n       R E V U E C A T H O L I Q U E D'ART E T D E L I T T É R A T U R E\n\n\n                                       1904 — n« Année\n\n\n\n                   Sommaire du n° 9 {Septembre)\n\nE M I L E V E R H A E R E N . — Heure       claire                                             5i3\nEDMOND GLKSENER. — Au                   théâtre         des marionnettes        .    .    .    5i4\nGEORGES R A M A E K E R S . — Les gemmes                      éternelles   :\n                                       Le    béryl;\n                                       L'améthyste                                            525\nL'abbé H E N R Y    MIKLLEK       )     .          ,.     „    ..    „     ..\n                                  }     Le poète          Guido      Gezelle    . . . .       52-\nGEORGES E E K H O U D             )\nL'abbé AUGUSTE C U P P E N S . — Guido Gezelle (suite) :\n                                    Les oiseaux                                               533\nP . L . — Le Salon triennal     d'Anvers                                                      545\nJOSEPH RYELANDT. — Les dernières          sonates pour piano                             de\n                           Beethoven (suite)                                                  55o\nA R N O L D G O F F I N . — Des       « caractères            » de   l'immoralisme       et\n                       de M. André Gide                                                       555\nCOMTE G. D'ARSCHOT. — Notes de voyages        suite) :\n                           L'âme des lacs                                                     56o\nFIRMIN V A N DEN BOSCH.      Gazette des faits et des livres .                            .   562\nLivres et revues                                                                              5f>8\nNotules                                                                                       573\nIllustrations : Dégel à Gaud A L B E R T BAERTSOEN .\n                   La terre promise               E U G È N E LAERMANS .\n"}, {"page_pdf": 624, "texte": "       REVUE\n                        DURENDAL\n                    CATHOLIQUE               D'ART       ET DE             LITTÉRATURE\n\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (t>cur (abonnement s'adresser è la Rédaction, rut du Grand Cerf, ta, i     BruutUts)\n\n                                PRIX   D ' U N NUMÉRO : P R .   1.50\n\n\n\n\n                 Comité de rédaction de D u REND AL :\n                           MM.       H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                     L'abbé HENRY M Œ L L E R .\n                                     F I R M I N VAN DEN BOSCH.\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES VIRRÈS\n                             Correspondant de la rédaction à Parts :\n                  M.    H E N R I MAZEL,       avenue Niel, 32, Paris.\n\n               PRINCIPAUX COLLABORATEURS:\n       FRANZ ANSEL.                                           ARNOLD GOFFIN.\n       MAURICE BEKAERT.                                      JOSÉ HENNEBICQ,\n       EDGAR BONBIIILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n       IIENKY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                       JOSEPH JANSSBNS.\n      THOMAS BUAUN.                                          EDMOND JOLY.\n      GhORGBS BR1GODE.                                       VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                   G O D E P R O I D KURTH\n      MARIE CLOSSBT.                                         L . DB LA LAURBNC1E.\n      L'abbé A u c CUPPENS».                                 L'abbé L. L E CARDONNEI .\n      L';'bl>é PAUL CUVLITS.                                 GEORGES L E CARDONNEI.\n      L« comte G. D'ARSCHOI.                                 S É B . - C H . LECONTB\n      Le bai on JOSÉ DE COPPIN.                              GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                    CHARLES MARTBNS\n      GEORGFS DELAUNOY.                                      PAUL MUSSCHE.\n      I>a comtesse E D DE l.ihDtKcKKB.                       EDOUARD N E D .\n      Le baron G. DELLA FAILLE.                              MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                       ERNEST PÉRIRR.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                   GEORGES RAMABKBRS.\n      JULES DESTRÉE.                                         GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                     BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ                                         JOSEPH RYRIANDT.\n      MAURICB DULLAERT.                                      FERNAND SÉVERIN.\n      J. FSQUIKOL.                                           FIENRY VAES\n      EMILE FERMAUD.                                         ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIBRBNS.                                       CHARI ES VAN LERBERGHE\n      EL FIERENS GEVAERT.                                    EMILE VERHABRBN.\n                                                             L'abbé F R . VERHELST.\n      IWAN GILKIN.\n                                                             LÉOPOLD WALLNER, etc , r»c\n\n                Les collaborateurs sqnt seuls responsables de leurs articles\n\n\n/ / sera rendu eampu dans DURENDAL      de tmt ouvrage dent un exemplaire sera envoyé à la RiJtuti m\n\n\n      P o u r l a Rédaction, I Administration e t l e * ddinaades d'abonaeatenU, • adresser a n\nsiège de la ReTue, 8 8 , rue da Orand CerÇ poar la pablioité, 8 6 , rae Faider, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 625, "texte": "      Au Théâtre des Marionnettes (I)\n\n                     EN face de chez R e m y , une bicoque, étroite et à\n                        un seul étage, fermait u n e courte impasse au\n                        pavé raboteux. Des rideaux de mousseline j a u n e\n                        voilaient ses fenêtres et laissaient voir, d a n s\n                        leur écartement, que les chambres, offusquées\n                        par les hauts m u r s voisins, baignaient d a n s une\n                        ombre éternelle. A gauche de la porte, une lan­\n                        terne de forme carrée se détachait de la façade.\nSes vitres rouges portaient en lettres noires : Théâtre Royal\ndes Marionnettes.\n   A l'approche de la nuit, u n h o m m e long et efflanqué sortait\nde la petite maison pour a l l u m e r la lanterne. C'était Joseph\nDelcourt, le propriétaire du théâtre. Il avait les cheveux coupés\ndroit sur le front, un menton en galoche et un cou grèle où la\np o m m e d'Adam saillissait, comme taillée au couteau. Ses yeux\nronds regardaient fixement dans son visage osseux et animé aux\np o m m e t t e s ; ses gestes étaient secs et mécaniques; il semblait\nque toute sa personne eût contracté l'allure guindée, le style\nroide et compassé des marionnettes en bois sculpté au milieu\ndesquelles il vivait.\n   De bonne heure, une ribambelle d'enfants conquérait la salle\nde spectacle. Elle était petite, basse, garnie de b a n q u e t t e s en\ngradin, sous un plafond culotté par la fumée des lampes et que\ntrois grosses poutrelles b a r r a i e n t transversalement. L e s murs,\nblanchis à la chaux, mais que le frottement des dos avait noircis\nà intervalles réguliers, s'écaillaient par endroits. Deux quin-\n\n\n  (I) D'un roman : Le Cœur de François Remy, à paraître en octobre prochain\nchez Juven, Paris.\n"}, {"page_pdf": 626, "texte": "                AU THEATRE DES MARIONNETTES                  5l5\n\n\nquets, suspendus à chaque côté de la scène, éclairaient ce\ndénûment.\n   La marmaille loqueteuse se disputait les meilleures places\navec des gambades et des cris, refluait entre les bancs, où les\nchevelures de quelques fillettes s'ébouriffaient parmi les têtes\nrases des garçons. Il y en avait qui tombaient à terre, sous les\nsièges; à chaque minute, d'autres arrivaient. On voyait des\nmains frapper des visages, des groupes osciller d'un brusque\nmouvement et, tout à coup, des mollets nus battre l'air dans un\ndésordre de jupons.\n   — Allez-vous rester tranquilles? ordonnait une grosse voix.\n   C'était Delcourt qui, armé d'une longue gaule dont il mena­\nçait les plus turbulents, se montrait par instants dans l'écarte­\nment d'une porte contigue à la scène et s'ouvrant sur les cou­\nlisses, où les marionnettes étaient alignées par rang de taille,\ncontre le mur.\n   — Si vous continuez à crier, ajoutait-il, Charlemagne ne\nmettra pas son beau costume.\n   Le tumulte, un moment apaisé, reprenait dès qu'il avait\ntourné les talons. Il n'y avait de tranquilles que quelques\ngamins jouant aux cartes dans les coins et, çà et là, un ouvrier\ndont les épaules penchées dominaient la cohue, et qui se levait\nparfois, exaspéré par les bousculades, pour donner des claques\nou pincer une oreille. Par là-dessus, la fumée du tabac faisait\nune nappe bleue, qui ondulait dans la lueur des lampes.\n   Le tapage commençait à diminuer lorsque les musiciens —\nun tambour et un accordéoniste — se hissaient dans le « cau-\nvau », sorte de petite loge en saillie, large au plus de deux\nmètres et accrochée comme une cage à la muraille.\n   Un belliqueux pas-redoublé annonçait le lever du rideau ;\naprès quoi, Delcourt, du fond des coulisses, commandait le\nsilence et l'attention.\n   — Allons! mes amis, y sommes-nous? Un peu de bonne\nvolonté!\n   Il disait, et, dans un décor naïf, on voyait paraître les pre­\nmières marionnettes.\n   François Remy s'échappait souvent de la maison paternelle\npour venir chez Delcourt, et là, assis au fond de la salle, les\ncoudes aux genoux et le menton dans les mains, il s'émerveil­\nlait des fantaisies chevaleresques qui composaient le répertoire.\n"}, {"page_pdf": 627, "texte": "516                        DURENDAL\n\n\n   Au milieu de simples paysages, flanqués d'architectures ana­\nchroniques, Amadis de Gaule, les quatre fils Aymon, Roland,\nOlivier et Ogier-le-Danois, les plus terribles preux de l'histoire\net de la légende, rivalisaient de bravoure et d'éloquence. Cas­\nqués et cuirassés, le verbe fier et la moustache en croc, ils por­\ntaient la victoire dans leurs yeux. Il fallait les entendre, entre\ndeux estocades, exhaler leurs humeurs homicides contre les\nSarrasins! Tandis qu'ils s'éloignaient, ressaisis dans les aven­\ntures de la guerre et du sentiment, leurs lointaines amantes,\nsorties de la coulisse voisine, venaient se plaindre aux fleurs et\naux oiseaux, puis se retiraient en des solitudes, les mains ten­\ndues vers le ciel en agitant les cornes de leur hennin.\n    Mais on n'avait pas le temps de s'attendrir, car les armées\nennemies, précipitant l'attaque, jetaient leurs bataillons sur la\nscène. Toute la salle, trépignant de joie, les excitait avec des\njurons et des cris; le tambour battait; l'accordéon faisait rage.\n C'était un vacarme assourdissant, qui se calmait à grand'peine\net reprenait tout à coup, lorsqu'on voyait les Païens, vêtus à la\nzouave et le visage noirci, tournoyer dans l'air et s'abattre sur\n les planches, où leurs bras et leurs jambes se dressaient pêle-\n mêle, avec des gestes impénitents.\n    L'amour et l'amitié n'opéraient pas moins de prodiges. Pour\ncomplaire à leur Dame, des chevaliers entreprenaient des voya\nges périlleux et moissonnaient en champ clos, d'un seul geste\n de leur épée, tous ceux qui se proposaient. On en rencontrait\n de plus intrépides encore, qui avaient à eux seuls massacré des\n hordes de guerriers sauvages, vaincu de vieilles bandes invain­\ncues, assommé des dragons et affranchi des peuples. Des mes­\n sagers, plus astucieux que le diable et braves comme des lions,\ntraversaient l'Europe pleine d'embûches, porteurs d'épîtres pas­\n sionnées. On grimpait aux murs des citadelles, la nuit, pour\n délivrer des frères d'armes; des preux, revenus d'une longue\n captivité, se ruaient en accolades avec des cris de joie, et les\n plus glorieux recevaient des filles d'empereur en mariage. I1 y\n-avait dans les grottes des ermites magiciens, des brigands dans\n les forêts, des trésors cachés dans les cavernes, des princesses\n enfermées dans des tours et, partout, une odeur de sang et\n d'héroïsme.\n    Un homme subjuguait ce monde par son génie : Charlemagne.\n Il dépassait les plus grands de la hauteur de son casque; sa\n"}, {"page_pdf": 628, "texte": "                 AU THÉÂTRE DES MARIONNETTES                   5l7\n\n\n cuirasse écaillée bombait sur sa poitrine; ses éperons vermeils\n sonnaient sur le plancher, et il allait d'un bout à l'autre de la\n scène, roide et majestueux dans les draperies de son manteau,\n le sourcil autoritaire et la voix souveraine. Aux entrevues\n de monarques, ses conseils pleins de sagesse prévalaient\n toujours. Ce qui n'empêchait pas qu'il ne fût le plus fougueux\n dans les mêlées, au-dessus desquelles on voyait ses joues écar-\n lates et sa barbe luisante de colle bondir à la façon d'un éten­\n dard.\n    Pourtant, le favori, c'était Tchantchet. On ne l'admirait pas\ncelui-là, on l'aimait. Dès qu'il paraissait, pirouettant dans son\nvieux sarrau, au bout de la tige de fer vissée à son crâne\nchauve, et qu'il vous regardait de ses yeux ronds louchant le\nlong de son grand nez, le rire courait sur tous les bancs. Tour\nà tour concierge, laquais, cuisinier, laboureur ou marchand,\nrude à ses maîtres, terrible de bavardage et de sincérité, gour­\nmand, buveur et paillard, aussi prodigue de coups de tête que\nde coups de langue, il promenait à travers ces épopées la\ncomique rondeur du gros bon sens et de l'esprit gaulois.\n    Le petit François, immobile dans son coin, s'exaltait aux\nprouesses des chevaliers errants. Il aurait voulu être mêlé à\nl'action pour déjouer les maléfices et prévenir des embuscades.\nAu sac des villes, son âme palpitait d'une ardeur héroïque. La\njoie lui mettait une vibration chaude aux tempes, quand les\ncadavres des infidèles s'amoncelaient sur les tréteaux. Les\nlamentations des princesses lui tiraient des larmes, et il\ndéplorait souvent que le cheval Bayard n'existât plus, car\nil aurait aimé caresser son flanc robuste et sa tête généreuse.\n   La nuit, ces récits troublaient son sommeil. Il rêvait batailles\net tournois, écus magiques, malins esprits et palais merveil­\nleux. Le cheval Bayard l'emportait, au delà des montagnes et\ndes fleuves, à la cour de l'empereur de Constantinople qui,\nassis sur son trône et le front orné d'une couronne, roulait des\nprunelles flamboyantes, en lui demandant sa leçon d'Histoire\nsainte. Il se réveillait en sursaut et, tout heureux de se sentir\ndans sa couchette, se prenait à songer à sa petite amie, qu'il\nrencontrait chez Delcourt.\n   Il avait accoutumé de s'asseoir près d'elle. Son nom était\nMarie. La tristesse de son visage appelait tout de suite la sym­\npathie et la pitié. Les boucles noires de sa chevelure relevaient\n"}, {"page_pdf": 629, "texte": "518                         DURENDAL\n\n\nl'ardente pâleur de son teint, et ses cils courbes faisaient une\n ombre douce sur ses joues.\n    Dès les premiers jours, ils étaient allés l'un vers l'autre avec\nl'instinct naïf, le mouvement naturel de deux enfants qui se\nretrouvent. Il aimait à la regarder et à la voir sourire. Il avait\nappris que son père la battait souvent, et, comme ça le chagri­\nnait qu'elle fût toujours morne et craintive, il lui racontait des\nhistoires comiques afin de l'égayer, ou bien il se moquait du\nmaître d'école en imitant ses gestes et sa voix nasillarde. Elle\nl'écoutait, la tête un peu penchée sur l'épaule et le menton\ncreusé d'une fossette réjouie.\n   Après le spectacle, il la reconduisait jusque chez elle. Tout le\nlong du chemin, ils parlaient de l'histoire qu'ils avaient enten­\ndue, et si, d'aventure, la même pièce durait plusieurs soi­\nrées, ils s'efforçaient de deviner ses scènes à venir d'après celles\nqu'ils connaissaient déjà.\n   Un de leurs amusements, quand il avait neigé, était de tracer\navec leurs doigts des dessins sur la neige, ou bien François\nmarchait en avant, et Marie faisait de grandes enjambées afin\nde poser ses pieds dans les pas de son ami. D'autres fois, ils\ncheminaient gravement en se tenant par la main et en suçant\ndes aiguilles de glace, qu'ils détachaient à mesure des appuis\ndes fenêtres, où elles suspendaient une frange cristalline. Le\nvent soulevait autour d'eux une poussière de givre qui les frap­\npait au visage avec d'aigus picotements; la lune les envelop­\npait de sa lueur bleue.\n   Le lendemain, après avoir dîné, François, impatient de con­\nnaître la suite du drame dont son imagination était pleine, se\nrendait chez Delcourt. Il le trouvait assis au milieu de la petite\nsalle, en train de fourbir les armures de ses chevaliers ou\nsculptant de nouvelles marionnettes. Le bambin regardait les\nfantoches avec une sorte d'admiration craintive, comme si une\nodeur d'épopée flottait encore autour de leurs barbes aventu­\nreuses; puis, quand le bonhomme avait rassasié sa curiosité,\nil fallait tout raconter à Marie.\n   La nuit de Noël, ils revenaient ensemble du théâtre, où l'on\navait représenté le mystère de la Nativité. Encore émus de\ncette histoire miraculeuse, ils revoyaient l'enfant Jésus, la mine\nrose et la chevelure frisée, couché dans la crèche entre le bœuf\net l'âne, qui le réchauffaient de leurs haleines. Les trois Rois-\nmages, magnifiquement vêtus, inclinaient devant lui leur front\n"}, {"page_pdf": 630, "texte": "                 AU THEATRE DES MARIONNETTES                     519\n\n\nchargé d'un diadème, tandis que la Vierge et Joseph les remer­\nciaient de leurs présents et s'excusaient de n'avoir rien à leur\noffrir.\n   — C'est dommage! s'écriait Tchantchet, mêlé à la troupe des\nbergers ; car une grande goutte ferait crânement plaisir. Pas vrai,\nles amis?\n    Mais sa voix était aussitôt couverte par celle d'un pâtre fla­\nmand, qui s'extasiait avec des jurons sur la gentillesse du nou­\nveau-né. Les lampions, brûlant le long de la rampe, jetaient des\nlueurs multicolores sar le fumier de l'étable. Il y avait dans les\nfrises une étoile de carton doré qui se balançait au bout d'un\nfil, et, par la porte ouverte sur la campagne, on entendait les\npauvres gens chanter des noëls populaires, aux sons du vieil\naccordéon.\n    — As-tu vu? demanda François; les Rois-mages avaient presque\nle même costume que monsieur le curé, quand il porte le bon\nDieu dans la procession...\n    — Oui, répondit Marie; et Jésus avait l'air tout content\n parce qu'ils avaient mis leurs habits du dimanche. Même on\n aurait dit qu'il souriait.\n    — Il n'aurait pas pu, hein! puisque c'était une marion­\n nette.\n    — Je le sais bien... Il était quand même bien imité.\n    Après un court silence, François reprit :\n    — Qu'est-ce que tu aurais fait donc toi, s'il avait été vivant?\n    — Si le petit Jésus avait été vivant? s'écria la fillette en\n ouvrant de grands yeux. Pour sûr, j'aurais eu peur... ou bien je\n lui aurais demandé que papa ne me batte plus.\n    Des flocons de neige tourbillonnaient autour d'eux, menus et\n serrés. Il faisait très froid. Par les vitrages des rez-de-chaussée,\n la lumière élargissait une buée rousse ; de loin en loin, la flamme\n des réverbères éclairait des angles de vieilles bâtisses, l'entrée\n d'une impasse, des coins de façade où les enseignes se pen­\n chaient sous un épais chaperon blanc. On entendait des chan­\n sons et des rires dans les maisons où l'on réveillonnait.\n    Rue Puits-en-Sock, ils durent se ranger devant deux files\n d'étudiants qui vociféraient des gaudrioles sur un air religieux,\n et, comme ils venaient de s'engager rue de Bavière, des sol­\n dats et des ouvriers, qui se battaient à coups de tête, les refou­\n lèrent brusquement dans un vestibule obscur.\n"}, {"page_pdf": 631, "texte": "520                         DURENDAL\n\n\n   — Ils sont tout à fait comme papa, quand il est saoul, fit\nMarie.\n   François eut un frisson et se rapprocha d'elle. Heureusement,\nles adversaires se répandirent dans les cafés d'alentour. Alors ils\ncontinuèrent de marcher.\n   Leurs haleines formaient devant eux un brouillard grisâtre,\nqui se dissipait à mesure de chaque côté de leur figure. La fil­\nlette, par moments, s'arrêtait de parler et ouvrait la bouche\ntoute grande pour attraper les flocons de neige qui se posaient\nsur ses joues ou bien sur ses cils en la faisant cligner. Mais,\nvoilà qu'au tournant du trottoir, près l'église Saint-Nicolas, son\npied glissa sur le pavé. Elle poussa un cri et tomba en arrière,\nles coudes écartés.\n   François, moitié rieur, moitié sérieux, lui tendit la main\npour l'aider à se mettre debout.\n   — Eh bien! Marie! dit-il.\n   Elle restait étendue sur le sol, les lèvres tremblantes, les pau­\npières closes et pâle comme une morte. « Mon Dieu ! pensa-t-il ;\nelle s'est peut-être cassé une jambe. » Vite il s'agenouilla près\nd'elle et la souleva doucement par les épaules.\n   — Dis! t'es-tu fait mal?\n   — Oui, ici, répondit-elle en portant la main à sa hanche\ndroite, tandis que des larmes lui coulaient des yeux.\n   Alors, il la serra dans ses bras et couvrit ses joues de baisers.\nSon cœur battait à grands coups, et il lui dit d'une voix tendre,\navec de longs intervalles entre ses mots :\n   — Ne pleure plus! Ça ne sera rien... Ne pleure plus!... Ça\nme fait trop de peine de te voir pleurer.\n   Le premier geste de la petite, en se relevant, fut de tâter sa\nrobe. Il y avait, au bas de la jupe, une déchirure large à y\n passer le poing.\n   — Bien sur, gémit-elle, papa va me battre quand je ren­\ntrerai...\n   François baissa la tête et considéra sa compagne, sans rien\n dire. L'idée qu'on allait peut-être la frapper lui devint intolé­\n rable. Que ne pouvait-il la ramener chez lui et demander à\n ses parents de la garder! Son impuissance à la défendre renfor­\n çait son angoisse.\n    Ils s'arrêtèrent devant une chétive maison de la rue Fossé-\n aux-Raines. Quand Marie, grelottant de peur, eut disparu dans\n"}, {"page_pdf": 632, "texte": "                 AU THÉÂTRE DES MARIONNETTES                    521\n\n\n\nle vestibule, il se colla contre la fenêtre du rez-de-chaussée\npar où la lumière d'une lampe se répandait à travers un\nstore jaune. Il attendit, retenant son souffle, afin de mieux\nentendre.\n   Il y eut d'abord un court silence ; puis une grosse voix s'éleva\nsur un ton bourru; ensuite ce fut un bruit de pas, de chaises\nbousculées, et, au-dessus du tapage, des jurons alternèrent avec\ndes sanglots et des plaintes.\n   « On la bat! On la bat! » pensa-t-il. Tout son corps trembla\nde colère humiliée; il aurait voulu se jeter sur cet homme, lui\ncracher au visage, le piétiner de toutes ses forces. Il regarda\nautour de lui, les poings crispés, avec l'envie de se venger\nsur quelque chose. A un cri plus sourd, n'y tenant plus, il\nramassa de la neige, la pressa entre ses mains et en modela une\npoignée, pendant que ses yeux en pleurs furetaient aux deux\nbouts de la rue. Lorsqu'il l'eut bien durcie, il recula de deux\npas et leva le bras pour la lancer dans les vitres qui abritaient\nson ennemi. Mais, au même moment, un ivrogne, sorti d'un\ncabaret voisin, courut plutôt qu'il ne marcha jusqu'au milieu\ndu pavé. Ayant aperçu l'enfant, il rencogna son chapeau sur son\nnez et, le visage horizontal, lui cria, entre deux hoquets :\n   — C'est des lâches... des lâches, que je vous dis!\n   François le vit ensuite tourner tout d'un bloc sur ses talons\net s'éloigner en titubant.\n   Cependant, il n'avait pas lâché la boule de neige, dont il\nsentait la brûlure au bout de ses doigts. Il la considéra un\ninstant et parut réfléchir; puis, relevant la tête, il fixa son\nregard sur la petite maison. On n'y entendait plus aucun bruit.\nAprès avoir hésité une minute, il alla tendre son oreille près de\nla fenêtre. Rien ne bougeait dans la chambre. Marie, sans\ndoute, était déjà montée se coucher. Il se la figura dans son\npetit lit, avec de grosses larmes sur les joues. Pauvre Marie!\nMais une rumeur de voix s'étant élevée du côté de l'église,\nil partit et, arrivé au coin de la rue Jean-d'Outremeuse,\njeta la boule de neige après le cocher d'un fiacre qui\npassait.\n\n  Pendant un an, les deux enfants s'aimèrent de cette ten­\ndresse fraternelle. On les apercevait toujours ensemble. Dès\nque l'un était libre, il courait vite chercher l'autre; le soir, ils\n"}, {"page_pdf": 633, "texte": "522                         DURENDAL\n\n\navaient l'âme navrée s'ils ne s'étaient pas vus de la jour­\nnée. François pleurait de tout son cœur chaque fois que Marie\navait été battue, et, quand l'ébéniste achetait à son fils un\nnouveau jouet ou un livre d'images, ils s'en réjouissaient éga­\nlement.\n    Leur principal divertissement était les livres d'images. Ils\nrestaient penchés dessus durant de longs après-midi. Marie\ntournait les pages pendant que François donnait l'explication\ndes dessins. Ils racontaient les vicissitudes de Cendrillon et du\npetit Poucet, le sommeil enchanté de la Belle-au-Bois-Dor-\nmant, les crimes de la Barbe-Bleue, toutes les fines merveilles\nde Perrault. Il y avait aussi les fables de LaFontaine, les contes\nde la mère Gigogne et d'autres récits admirables, où l'on voyait\nde beaux navires sur une mer transparente, des brigands qu'on\ntraînait au supplice et de grandes dames saluant, par la portière\nd'un carrosse tout doré, un seigneur qui chevauchait derrière\nune haie d'aubépines.\n    Mais le père de Marie s'enrôla dans une escouade de mécani­\nciens en destination de la Russie.\n    A. cause de certaines gravures, François imaginait la Russie\nune région incertaine, peuplée de quelques huttes et constam­\nment couverte de glaces, que des traîneaux traversaient, pour­\nsuivis par des loups, dans un nuage de neige. Aussi, son déses­\npoir s'accrut-il de terreurs naïves. Il se figura Marie dévorée par\ndes bêtes sauvages ou mourant de froid et de faim, dans une\nforêt où son père l'avait perdue.\n    La veille de son départ, lorsqu'elle lui eut fait ses adieux, il\nfut pris d'une crise de larmes qui dura jusqu'au soir. Pendant\n une semaine, il s'isola dans les coins, rechercha les solitudes,\ninsensible aux caresses de sa mère. Une tristesse lui gonflait la\n poitrine, éperdue comme une peine d'amour. Il la retenait jus­\n qu'à la nuit, mais une fois dans sa couchette s'y abandonnait\ntout entier, étouffant ses sanglots dans l'oreiller, de peur qu'on\n ne l'entendît.\n    Le temps et la douceur du mliieu apaisèrent vite son cha­\n grin, et il fut reconquis par l'insouciance de ses neuf ans. Le\n souvenir de sa petite amie recula peu à peu, emportant ses der­\n niers regrets: bientôt il n'y pensa presque plus. Quelquefois\n seulement, quand il feuilletait ses livres d'images, le récit de\n l'enfance de Cendrillon lui rappelait les maux que Marie avait\n"}, {"page_pdf": 634, "texte": "                AU THÉÂTRE DES MARIONNETTES                   523\n\n\nsoufferts; mais s'il tâchait d'évoquer le visage de la fillette,\nses traits, un moment nets et précis, se confondaient aussitôt\ndans sa mémoire, et il restait penché une minute sur la même\npage, les yeux clos et la bouche entr'ouverte,en respirant un peu\nplus fort.\n\n                                         EDMOND GLESENER.\n"}, {"page_pdf": 635, "texte": "    Les Gemmes Eternelles\n                      Le Béryl\nEmeraude pâle dont l'onde incolore\nS'obscurcit parfois en des tons pierreux ;\nTelle, dans ses bonds trop    aventureux,\nContre les falaises la vague sonore.\n\nGemme celadonne que moire       l'Aurore,\nPrisme chatoyant comme les flots pers ;\nAigue-marine   qui s'ombre et se dore\nAux alternances de la mer.\n\nHeureux sous le ciel vif les cœurs qui te possèdent,\nBéryl, ces cœurs profonds dont le noble désir\nEst de rester, si tel reste son bon plaisir,\nPareils aux flots marins où sans fin se succèdent,\nCes frissons de clarté que nul n'a pu saisir.\n\nLe Verbe est leur soleil et sa gloire élucide\nCe qui restait d'obscur encor et de caché\nAu fond de l'eau profonde, à l'ombre du rocher.\nEt le béryl des cœurs où son jour s'est penché,\nComme une onde au matin deviendra          translucide.\n\nCette eau ne sera pas troublée; aucune ride\nN'altère plus la paix du ciel en ses miroirs ;\nBéryl, et ton cristal, lorsque descend le soir,\nEau d'un lac immobile au cœur des prés virides,\nOffre au soleil couchant son brillant   reposoir.\n\nLa claire flamme d'or qui brûle dans ion onde\nAnnonce le revoir à l'heure des adieux,\nLe revoir éternel au-delà de ce monde\nDans la limpidité insondable de Dieu.\n"}, {"page_pdf": 636, "texte": "              LES GEMMES ÉTERNELLES                              525\n\n\n\n\n                      L'Améthyste\nPlus belle est la beauté que rien d'impur     n'approche.\nSœur de la violette au clair-obscur des bois,\nL'Améthyste   a fleuri l'austérité des roches\nAvant d'orner l'anneau des Juges de la Foi.\n\nPour le culte divin l'améthyste    autrefois\nAvait connu déjà l'honneur d'être choisie.\nSur le Pontife saint de l'Ancienne    Loi\nLa pierre étincela au dur soleil d'Asie.\n\nEt maintenant la pierre illumine le doigt\nDes pasteurs violets de l'Ame   catholique.\nSa beauté participe au geste apostolique\nDe confirmer l'enfance et de sacrer les rois.\n\nNon, sa vertu n'est point de préserver nos cœurs\nDu vertige païen de l'ivresse    orgiaque;\nMais si le vin d'orgueil à notre esprit    s'attaque,\nElle est l'humilité qui nous rendra     vainqueurs.\n\nEt si la volupté, jusque sous l'or des cierges,\nPerfidement en nous distille sa liqueur,\nL'Améthyste    à nos yeux évoquera le chœur\nImmortellement    pur des enfants et des vierges.\n\nSa teinte la plus noble a la couleur d'un vin\nOù la blancheur de l'eau à la pourpre se mêle.\nEt telle, elle apparaît à tous les yeux fidèles :\nGoutte du Vin sacré, Sang de l'Agneau        divin.\n\nBeau bloc violacé des remparts de Sion,\nOù des assauts du mal son quartz puissant nous          sauve,\nElle rappelle aux cieux la sainte Passion\nDans la sombre clarté de sa majesté  mauve.\n\nSon deuil ecclésial à notre amour     enseigne\nQu'il faut crucifier la chair, que tout est vain,\nHormis de cultiver tes célestes provins\n0 Cep crucifié qui pleures et qui saignes !\n\nEt l'Améthyste pâle est ce languide   amour,\nCet amour las, cet amour faible,    monotone,\nQue l'âme qui se fane éprouve en son automne,\nLorsque le soir descend sur l'horizon des jours.\n"}, {"page_pdf": 637, "texte": "526                          DURENDAL\n\n\n       Mais l'Améthyste rose a l'humble amour candide\n       Des rosiers nouveau-nés,   dont le printemps charnel\n       Est méritoire et saint aux yeux de l'Éternel\n       Autant que l'été noir de la forêt splendide.\n\n       Le Feu du Saint-Esprit    illumine son eau\n       Rosée et translucide ainsi que l'Innocence :\n       Le pur visage enfant du jour à sa naissance\n       N'a pas de tons plus frais, ni de rayons plus   beaux.\n\n                                              GEORGES    RAMAEKERS.\n\n (A continuer.)\n"}, {"page_pdf": 638, "texte": "            Le Poète Guido Gezelle\n                    LA Belgique a l'honneur de compter parmi ses\n                       grands hommes un des plus magnifiques poètes\n                       de ce siècle. E n appelant ainsi Guido Gezelle,\n                       nous n'exagérons pas. Ceux qui ont lu ses\n                       œuvres le savent. Mais combien les ont lues?\n                         De son vivant, comme tous les génies, il\n                       passa inaperçu. A part quelques hommes d'élite,\n                       au premier rang desquels il faut placer ses deux\nillustres disciples, les deux Verriest: Gustave, l'éminent profes­\nseur de l'Université de Louvain, et l'abbé H u g o , poète lui-\nmême, qui tous deux lui avaient élevé un sanctuaire dans leur\ncceur, personne ne le connaissait.\n   Il meurt. T o u t le monde chante sa gloire. Quelques-uns par\npure snobisme. Ceux qui ne l'avaient j a m a i s lu et ne le liront\npeut être j a m a i s , mais qui le voyant élever si haut par tous, ne\nvoulurent pas avoir l'air d'ignorer celui qu'on proclamait tout\nd'un coup si grand et qui l'était, en effet.\n   D'autres s'empressèrent d'acquérir les œuvres du poète, les\nméditèrent et reconnurent à l'instant qu'il était digne des éloges\nposthumes qu'on lui décernait, non seulement dans sa patrie,\nmais encore à l'étranger, et même en F r a n c e , dans un pays qui\nne parlait pas sa langue. E t ils reprochèrent, avec combien de\nraison! à leurs professeurs, de leur avoir laissé ignorer les\ninspirations merveilleuses du mélodieux chantre flamand.\n   Nous sommes de ces derniers. A nos maîtres, nous reprochons\na m è r e m e n t et ne pardonnerons jamais deux choses : d'abord, de\nn'avoir pas même prononcé, dans leurs leçons, le nom de l'illustre\npoète. C'était pourtant un enfant de la Belgique, un compa­\ntriote et, en plus, un poète génial, et ce poète était prêtre. E n\nsecond lieu, nous leur reprochons de ne pas nous avoir enseigné\n"}, {"page_pdf": 639, "texte": "528                        DURENDAL\n\n\nà fond cette belle langue flamande, dont la connaissance\napprofondie nous eût permis de communier à l'âme séraphique\nde cet artiste-prêtre, de nourrir nos esprits et nos cœurs du pain\nsubstantiel pétri par son intelligence transcendante, sa puis­\nsante imagination et son verbe de feu.\n   Au collège, on nous a saturé de classicisme au point de\nnous en donner la nausée, de façon à enlever à tout esprit un\npeu élevé l'envie de jamais les relire. On nous a empiffré de\nlatin et de grec. On nous a donné une indigestion de lettres\nantiques et païennes. Et en fait de littérature française, on ne\nnous a fait connaître que des écrivains roides et ternes, sans\nenvergure, dénués de toute spontanéité, dont les œuvres sont si\npeu vivantes qu'elles paraissent s'adresser à des momies ou à\ndes poupées plutôt qu'à des hommes. Jamais nos âmes n'ont\nvibré en entendant ces déclamations ronflantes, pompeuses et\nfastidieuses. Plus d'un se dégoûta à tout jamais de l'art. La\nlittérature morte, la littérature de cimetière qu'on leur avait\nservie en pâture avait tué du coup et pour toujours leur enthou­\nsiasme. D'autres plus avisés, ceux qui ne peuvent se passer de\nbeauté, cherchèrent ailleurs et découvrirent nos grands écri­\nvains modernes et, parmi ceux-ci, le poète Guido Gezelle.\n   Cet homme admirable ne fit jamais rien de lui-même pour se\nfaire connaître. Il fit même plutôt tout pour qu'on ne s'aper­\nçoive pas de son existence. C'est là, du reste, le fait des vrais\nartistes. L'écrivain médiocre et quelconque brûle du désir de\nse déclamer devant le public. Le vrai artiste, celui qui a l'art\ndans le sang, éprouve une certaine pudeur qui lui fait différer\nle plus possible la divulgation de son être intérieur. C'est pour\nlui et non pour le public qu'il pense son rêve. C'est par amour\nde la beauté qu'il réalise son œuvre et non dans un sentiment\nde sotte vanité.\n   Cependant, l'intérêt du public exige que le penseur sorte de\nson silence, qu'il ne garde pas pour lui seul sa méditation soli­\ntaire. Car le public a besoin d'art. L'artiste a pour mission de\nl'élever en l'exhaussant jusqu'à lui, de l'éduquer en lui commu­\nniquant une étincelle de la flamme qui l'embrase lui-même.\n   L'écrivain doit être l'éducateur du public et, à cet égard, on\npeut dire que Gezelle est un maître éducateur incomparable.\nL'étude des œuvres d'un poète aussi sublime que lui ne peut\nque développer les esprits, élargir les âmes et réchauffer les\n"}, {"page_pdf": 640, "texte": "                      LE POÈTE GUIDO       GEZELLE                    329\n\n\ncœurs. Car ses poésies sont a d m i r a b l e s . La plupart sont des\nchefs-d'œuvre qui atteignent la perfection de ces pages défi­\n nitives, dont la beauté est éternelle et que le temps ne détruit\n plus j a m a i s .\n    Gezelle avait cette âme profonde qui ne s'arrête pas à l'écorce\n des choses, qui pénètre j u s q u ' à l'essence des êtres, qui saisit le\n puissant symbole de la nature et le secret intime de la vie. L a\nréalité vraie et vivante pour lui n'était pas ce qui est considéré\n comme telle par le vulgaire, qui n'admet que ce qu'il peut pal­\n per et qui passe avec mépris et en haussant les épaules à côté\n du poète. L a réalité pour lui c'était le rêve, oui, le rêve qui,\n pour le penseur, existe seul, est toute la réalité et l'unique\n réalité.\n    Gezelle avait compris la nature comme personne peut-être ne\n l'a j a m a i s comprise avant lui, parce qu'il ne s'en tenait pas aux\n apparences, mais allait au fond des choses. Q u a n d il entendait\n chanter l'oiseau, il ne s'arrêtait pas à son chant matériel.\n C'est ce que l'oiseau chante avec sa voix du ciel qu'il entendait.\n Le gémissement du vent, le bruissement des feuilles, le mur­\nmure pacifique des sources cristallines, le sifflement de la pluie,\nla voix d'or du soleil, la voix blanche de la lune, la voix parfu­\nmée des fleurs, la voix t a n t ô t douce, t a n t ô t grandiose de la mer,\ntoutes ces voix de la vie lui parlaient tout a u t a n t et plus que\nla voix de l'homme. Il les écoutait, il les comprenait comme\npersonne. Sa voix de poète ne fut que l'écho de toutes ces har­\nmonies de beauté, dont le m o n d e retentit à toutes les heures\ndes jours et des nuits.\n    C'était une âme avertie et attentive. Rien n'était banal, rien\nn'était petit, tout était symbole pour lui, parce qu'il savait\nque tout dans la nature vit d'une vie intérieure. Il était sans\ncesse aux aguets pour saisir la note d'éternité dont les êtres\nfont résonner la terre à chaque instant.\n    Ses poèmes sont des chants de vie qui interprètent les\nh y m n e s de beauté, les concerts d'art, les symphonies de rêve\ndont l'univers est rempli, et que les hommes n'écoutent que\nq u a n d les poètes éveillent leur attention.\n    Gezelle a joué parmi les hommes le rôle de cet Eveilleur\ndont parle si délicieusement Blanche Rousseau dans un des\ncontes les plus exquis de cet écrin d'art qu'est Nany à la fenêtre.\nIl s'en va dans les jolis petits villages, j o u a n t les douces méle-\n"}, {"page_pdf": 641, "texte": "530                               DURENDAL\n\n\ndies de sa flûte mystérieuse, c h a r m a n t par les chansons mys­\ntiques qu'il en tire les habitants ingénus des campagnes, leur\nrappelant qu'ils ont une âme et offrant à celle-ci le pain de l'idéal,\ndont elle a aussi besoin que le corps a besoin de nourriture\nmatérielle. On l'écoute en silence et en versant des larmes\nd'amour et de bonheur, qu'il recueille dans ses deux mains,\ndont il fait un collier qu'il porte sur son cœur plus beau que\ntous les rêves. Il est l'éveilleur, l'éternellement seul. Il éveille\nles cœurs et il leur montre le chemin fleuri qui conduit au pays\nenchanté où les étoiles parlent à ceux qui les écoutent.\n   T e l fut le rôle du poète Gezelle ici-bas. L'idée mère de\ntoute son œuvre, c'est de rappeler, par ses chants, la présence\néternelle de Dieu p a r m i les h o m m e s et de faire entendre à\nceux-ci le cantique ineffable de la création.\n   Nous disions, en commençant cet article, que la gloire de\nGezelle a dépassé les frontières de son pays dépuis sa mort.\nNous venons d'en avoir une preuve de plus. L e Mercure de\nFrance, la principale et la plus littéraire des revues de Paris,\nlui rendait h o m m a g e pas plus tard qu'hier, sous la plume auto­\nrisée de Georges Eeckhoudt. Cet article est des plus intéres­\nsants et nous nous faisons un devoir de le reproduire ici, avant\nde donner la suite de la t r a d u c t i o n des poèmes de Gezelle que\nnous avons entreprise et que nous continuerons dans la suite.\n                                                         HENRY MŒLLER.\n\n                                       *   *\n\n   Guido Gezelle est peut être le plus grand poète flamand depuis Vondel.\nDe très intéressantes brochures publiées par M. Gustave Veniest, professeur\nà l'Université de Louvain nous renseignent sur la vie de Gezelle.\n    Il naquit à Bruges, le I er mai 1830. Son père était jardinier et horticulteur-\npépiniériste, sa mère une simple paysanne.\n   Avec leurs nombreux entants les Gezelle habitaient une maison de\nphysionomie rustique, au Rolleweg, près des remparts. Guido, l'aîné, était\nun enfant débile et maladif qui souffrait presque constamment de violents\nmaux de tête, ce qui ne l'empêchait pourtant point de montrer de rares\naptitudes dans ses études primaires Il fut envoyé vers sa douzième année\nau petit séminaire de Roulers pour y étudier le latin. Son père ayant tracé\net planté le jardin de cet établissement, le petit Guido y fut admis sans\npayer; toutefois, en dehors de ses heures de classe, il était tenu à remplir\nl'office de concierge. Un jour, assistant le professeur de chimie dans l'une\nou l'autre expérience, il eut les yeux atteints par un acide et il faillit perdre\n"}, {"page_pdf": 642, "texte": "                          LE POÈTE GUIDO GEZELLE                                   53l\n\n\nla vue. Il profila de son séjour à l'infirmerie pour rimer u n e pièce de vers,\nsans doute u n e des premières, qu'on publia récemment.\n    Au petit séminaire de Roulers, il y avait beaucoup d'Anglais ou plutôt\nd'Irlandais. L a plupart de ces jeunes gens passaient leurs vacances au\npensionnat, la traversée coûtant encore trop cher à cette é p o q u e . Guido,\nleur moniteur et leur camarade, profita de leur société pour apprendre\nparfaitement l'anglais. L'un de ces étrangers, u n certain Alexandre Douglas\nWebster, mort depuis en Australie, lui fit cadeau, en 1847, d'un petit\nvolume c o n t e n a n t cinq des chefs-d'œuvre de Shakspeare : Richard            III,\nRoméo et Juliette, Jules César, Othello, Macbeth. Ce livre est aujourd'hui en la\npossession du professeur Verriest.\n    E n dehors de Shakspeare, Gezelle lut Milton, Longfellow (dont il a\ntraduit et imité plusieurs pièces, entre autres Excelsior et the Song of Hiawatha)\net Robert B u r n s . Celui-ci devait exercer une grande influence sur lui.\n     M. Verriest nous a p p r e n d que Gezelle n'ayant rien d'un fort en thème\npassa difficilement son examen d'entrée au grand séminaire de B r u g e s .\n    E n 1854, ayant été o r d o n n é prêtre, il retourne à Roulers comme professeur\ndes classes inférieures (cours de commerce) du pensionnat annexé au petit\nséminaire. L e professeur Verriest, âgé alors d'une dizaine d'années, et qui\navec son frère H u g o , aujourd'hui poète et prêtre comme l'était Gezelle, se\n trouvait parmi les internes, se rappelle l'impression que produisit la première\n apparition du nouveau professeur, avec sa forte tête, son front bosselé et\n proéminent. Cet h o m m e d'aspect imposant ne tarda pas à se montrer le plus\n bienveillant des maîtres, le grand favori de ses élèves. Aux heures de récréa­\n tions, il était toujours entouré d'une dizaine au moins de petits, les uns\njuchés sur ses épaules, les autres s u s p e n d u s à ses bras et accrochés à sa\n soutane.\n    E n 1857, le professeur de littérature flamande étant tombé malade, ce fut\n Gezelle qui le remplaça. R o m p a n t avec les traditions et les routines pédago­\n giques, au lieu de lire à ses élèves, dont les d e u x Verriest, ces classiques\n rhéteurs et ampoulés dont Tollens est demeuré le type, il leur fait connaître\nles poètes vivants et primesautiers, u n discours du duc de Brabant, J e a n le\n Victorieux, avant la bataille de Weeringen, les récits carlovingiens, le Rei­\n naert de Vos, des chansons du Moyen-âge, les apologues du père Cats.\n    E n 1758, on lui confie définitivement la chaire de poésie. Mais l'esprit\n d'initiative et les intelligentes innovations qu'il introduit dans cet enseigne­\n ment ne tardent pas à le rendre suspect aux autorités académiques. Après u n\n a n et demi le professeur reçoit sa démission. U n a n encore on le tolère\n c o m m e simple surveillant du pensionnat, puis on l'arrache définitivement à\n ses chers élèves! Les Dichtoefeningen, le premier recueil de Gezelle, date\n de 1858. Or, trente ans s'écoulèrent entre l'apparition de ces vers et les\n œuvres suivantes. Le poète, abreuvé de chagrin, découragé par l'inique\n traitement que lui avaient infligé ses supérieurs, se plongea d a n s un long\n silence, ce qui a fait dire éloquemment au professeur Verriest en parlant des\n persécuteurs de Gezelle : « Dieu leur p a r d o n n e r a peut-être ; la F l a n d r e ,\n  jamais! »\n"}, {"page_pdf": 643, "texte": "532                               DURENDAL\n\n\n   Cependant si Gezelle ne publia point de vers durant cette série d'années, il\nne demeura pas inactif pour cela. Bien au contraire. Il se plongea dans d'opi­\nniâtres travaux de linguistique. Ainsi il recueillit les vieux mots et les\nanciennes tournures du flamand anémié, appauvri par les classiques et les\nacadémiciens néerlandais plus néfastes encore pour leur langue que les\nderniers classiques français l'avaient été pour la leur. Il fortifia, il retrempa\nle flamand aux sources populaires; il créa pour ainsi dire son instrument\navant de créer les chefs-d'œuvre qui seront Tijdkrans et Rymsnoer. En atten­\ndant le résultat de ces travaux philologiques (plus de cent mille mots et locu­\ntions retrouvés) paraissent dans deux revues qu'il dirige : Loquela et Rond den\nHeerd.\n   Cependant, après avoir été appelé quelque temps à la direction du sémi­\nnaire anglais à Bruges, il fut nommé vicaire d'une paroisse dans la même ville;\npuis, en 1872, vicaire à Courtrai. Ceux qui l'ont connu et approché durant ces\nannées ne tarissent pas en souvenirs attendris sur la vie simple, vraiment\névangélique que menait le digne prêtre. Aussi sa popularité parmi les hum­\nbles ouvriers et petits paysans était-elle grande et de nature à le consoler de\nla méconnaissance, du dédain, voire de l'hostilité qu'il avait rencontrés dans\nles milieux soi-disant lettrés et intellectuels.\n    Tijdkrans (1893) et Rymsnoer (1896) interprètent admirablement cette période\nde la vie de Gezelle, où il était en communion avec les pauvres et la fruste\nnature. En 1898, Mgr Waffelaert, un ami de Gezelle, ayant été appelé à\nà l'épiscopat, le premier acte du nouvel évêque de Bruges fut de rappeler\nGezelle dans la ville diocésaine en qualité de directeur du couvent anglais.\nC'était en 1898. Gezelle ne jouit pas longtemps de ce bénéfice. Il mourait\ndéjà le 27 novembre 1899.\n    Une étude approfondie de l'œuvre du grand poète m'entraînerait trop loin.\nJe n'en dirai donc que quelques mots, quitte à revenir un jour sur cette opu­\n lente et généreuse matière. Lyrisme, religion, naturisme; ces trois mots\npourraient résumer le caractère de la poésie de Guido Gezelle. Sa religion\nn'a rien de bigot, de pharisien et de scolastique. Son lyrisme, comme celui\nde Burns, de La Fontaine et de Heine, joint le sublime à l'intimisme, l'élé­\n vation à l'exquise familiarité, le pathétisme à la bonhomie. On pourrait lui\nappliquer, quant à son amour pour la nature, pour les bêtes et surtout pour\n les arbres, les pages capitales de Taine au commencement de son livre sur\n La Fontaine. L'ode célèbre de Ronsard contre les bûcherons de la forêt de\n Gastine n'est pas plus belle et n'est certes pas aussi émue que les élégies com­\n patissantes de Gezelle, pleurant les trembles et les peupliers abattus par la\n cognée.\n    La langue de Gezelle, le flamand de West-Flandre, fut principalement\n cause de l'opposition qu'il rencontra dans les milieux académiques, chez les\n professeurs de réthorique et les pions. Ainsi que je vous l'ai déjà dit, chose\n tout à fait piquante, ce soi-disant patois, répudié par les beaux esprits et les\n puristes des Flandres, fut accueilli en Néerlande chez les meilleurs écrivains\n des Pays-Bas du Nord, comme le véritable verbe néerlandais. A ce propos\n M. Verriest rapporte cette plaisante anecdote :\n"}, {"page_pdf": 644, "texte": "                            LE POÈTE GUIDO GEZELLE                                        533\n\n    Se trouvant u n jour à table chez Mgr Van H o v e , célèbre professeur de\nrhélorique à Roulers et vicaire général de l'évêché de Bruges, la conversation\nvint à rouler sur la langue flamande et n o t a m m e n t sur le flamand de Gezelle.\n    — Il va tout de même un peu loin ! disait le prélat en parlant du poète.\nAinsi figurez-vous que l'autre jour il allait jusqu'à me soutenir que le premier\nvacher ou palefrenier de Thielt ou de Roulers sait et parle mieux le flamand\nque — comment dirai-je ? — vous ou moi.\n    — Monseigneur, répondit Verriest, je m'abstiendrai d'une appréciation en\nce qui vous concerne, mais quant à ma propre connaissance de la langue, je\ntrouve que Gezelle a raison.\n    Dès ses premiers poèmes, sans écrire encore dans u n e langue aussi person­\nnelle et aussi savoureuse que par la suite, Gezelle s'affirmait par une sensibi­\nlité et des trouvailles de véritable poète. Je relisais l'autre jour ses Kerkhof­\nbloemers (fleurs de cimetière) et n o t a m m e n t le récit des funérailles d'un jeune\np a y s a n , E d m o n d van den Bussche, élève du séminaire de Roulers, mort à\n18 ans à Staaden (1). C'est u n récit en prose, intercalé de vers, dont\nchaque épisode se r e c o m m a n d e par u n e intensité d'accent vraiment surpre­\nn a n t e . J e n'ai jamais lu « oraison funèbre » plus originale, d'émotion plus\nspontanée, de sympathie plus vibrante. Gezelle se rendant avec les autres\ncamarades du défunt à la ferme mortuaire constate que c'était « l'heure à\n laquelle le semeur, se rendant à la besogne, se signe avant de répandre aussi\n la semence en u n geste crucial ». Et il ajoute cette réflexion au tableau :\n « C'est peut-être en priant et en pleurant que le paysan sème le grain q u ' u n\n autre récoltera et engrangera tout joyeux ! » Il nous montre aussi les chevaux\n attelés au chariot funèbre, la simple charrette affectée d'ordinaire au tran­\n sport des récoltes. Le domestique qui couche dans l'écurie parle familièrement\n aux braves bêtes ; il leur fait ses r e c o m m a n d a t i o n s , il les édifie sur le dernier\n service qu'ils sont appelés à rendre au j e u n e baes; et, pour qu'elles s'acquittent\n de leur grave mission avec la piété voulue, après avoir trempé sa main dans\n l'eau bénite, il trace u n signe de croix entre leurs bons yeux.\n     Dans Gedichten, Gezangen en Gebeden (Poèmes, Chansons et Prières), u n\n volume de jeunesse, on rencontre n o m b r e de pièces admirables, entre\n autres celle consacrée aux Saules (2), dont je détache ce passage : « Combien de\n fois ne vous ai-je pas comtemplés au point du j o u r q u a n d u n e vapeur\n bleuâtre ceignait votre cime d'argent comme u n r u b a n tressé dans la cheve­\n lure d ' u n ange. L e soleil ne tardait pas à détacher ce ruban et à le faire\n fondre dans l'azur du ciel. E t alors vous vous dressiez dans la clarté éblouis­\n sante, comme s'élança jadis du t o m b e a u Celui qui avait créé le ciel et la\n  terre. Puisses-tu un jour te débarrasser ainsi de tes liens, ô m o n âme, et pren­\n  dre ton essor vers là-haut. » Mais comme je l'ai déjà fait e n t e n d r e , les plus\n\n\n\n    (1) Nous avons publié une traduction française de cet admirable récit des funérailles\n d'un jeune paysan dans le fascicule du mois de janvier 1901 de Durendal.\n    2) Voir la traduction française que nous avons donnée de ce merveilleux poème dans\n    fascicule du mois d'octobre 1901 de Durendal.\n"}, {"page_pdf": 645, "texte": "534                                 DURENDAL\n\n\nbelles pièces se trouvent dans les derniers livres : Tijdkrans et Rijmsnoer. Celle\nqui c o m m e n c e par ces mots Hoe riekt gey Bamisbosschcn (Senteurs des feuillages\nde la Saint-Bavon !) suggère les parfums de l'automne, non plus les arômes des\nfleurs et des fruits, mais les fragrances des feuilles mortes, des écorces\nhumides, des racines découvertes et de la terre retournée, et le poète nous\névoque la vie qui s'exhale lentement des arbres et qui monte vers le ciel\ncomme l'encens aux voûtes de l'église. E t après les parfums, il chante la cou­\nleur de ces arbres qui attendent leur arrêt de mort dans l'opulente toilette\ndiaprée que leur fait la Saint-Bavon. J a m a i s ils n'ont été si beaux, si nobles\net si touchants. « Seigneur, dit le poète en t e r m i n a n t par u n e prière, puisse\nà tes yeux le dernier jour de ton serviteur représenter aussi le plus beau jour\nde sa vie, comme c'est le cas pour la feuillée de la S a i n t - B a v o n ! » Mais il\nfaudrait reproduire et lire ces poèmes d a n s l'original.\n\n                                                              GEORGES EEKHOUD\n"}, {"page_pdf": 646, "texte": "                        Guido Gezelle\n                                  (Suite)\n\n\n\n\n                             Les Oiseaux\n                  ON pourrait tirer de l'œuvre de Gezelle tout un\n                    volume, qui aurait pour titre : Les Oiseaux. L e\n                    doux Rossignol de F l a n d r e ne devait-il pas les\n                    aimer d'un amour de prédilection? Il se sentait\n                    leur frère.\n                        Y a-t-il, d'ailleurs, p a r m i les créatures non\n                    douées de raison, des êtres plus c h a r m a n t s que\n                    ces gracieux et légers enfants de l'air?\n     L e u r vie, leurs m œ u r s , leur signification symbolique ne\nméritent-elles pas l'attention respectueuse de ces « sages » qui,\ncomme le dit Gezelle, « savent découvrir les leçons de Dieu\npartout où il les a cachées? »\n    L e u r plumage si varié fait ressembler les oiseaux à des fleurs\nen mouvement dans l'air bleu; leurs ailes agiles, leur vol au\nr y t h m e de danse en font des symboles évidents de cette liberté\njoyeuse, de cette agilité et subtilité que notre âme baptisée\ndésire si a r d e m m e n t et dont elle iouira un j o u r dans un corps\nrenouvelé.\n    E t leur chant donc? Cette « symphonie b r u y a n t e des oiseaux\nqui, à la première lueur de l'aurore, font tinter mille et mille\nclochettes dans les forêts frémissantes                (Dichtoefeningen) et\nnous invite sans cesse à louer le Seigneur!\n    E h bien! Gezelle a chanté le poème des oiseaux, mieux que\nn'importe quel poète de n'importe quel temps ou p a y s .\n"}, {"page_pdf": 647, "texte": " 536                               DURENDAL\n\n\n  Il les a contemplés et admirés en toute saison, comme\npersonne d'autre avant lui.\n                                        *\n                                       * *\n\n   Y a-t-il beaucoup d'hommes qui remarquent que l'hiver\naussi a ses ciseaux propres, dont l'extérieur et la vie s'harmo­\nnisent magnifiquement avec le caractère âpre et stérile de cette\nsaison ?\n   Voici le corbeau tout noir, le messager mystérieux de\nmalheur dont tous les peuples ont eu peur, le banni que Noé\nlâcha et qui ne revint plus à l'arche, comme s'il voulait se\nséparer à tout jamais de l'homme.\n   Je contemple le vieux corbeau qui laboure l'atmosphère grisâtre et sans\nsoleil — de ses coups d'ailes noires et pesantes; — coupant le vent à peine\néveillé qui le porte — pareil à un fantôme errant, il ne trouve, hélas ! nul repos.\n   Bec, pattes et tête sont noirs ; — les yeux, noirs comme des charbons,\nluisent dans une paire d'orbites noires; — des vêtements de deuil d'étoffe\nsombre enrobent le monstre ténébreux suspendu dans les brumes.\n   Il est muet! Il ne pousse pas un cri — on n'entend pas le bruit de ses\nailes. — Ainsi que les croque-morts noirs s'en vont en silence, il vogue dans\nl'air et promène, de-ci, de-là, son vol noir.\n   Que veux-tu, sombre fantôme? Où vas-tu? De quelles régions les vents\nt'ont-ils amené ici — en même temps que les brouillards, les brumes moites\net les ténèbres de l'hiver?— Quel message apportes-tu? De quelle catastrophe,\nde quels malheurs es-tu le prophète?\n   Les maladies et les épidémies, la mort ou la famine — nous arrivent-elles\ndes régions grises du Nord? — Es-tu l'annonciateur du meurtre, de la\ntrahison? — ou bien le gouffre de l'Abîme va-t-il s'ouvrir?\n   Il ne dit mot! Va-t'en, corbeau maudit; — va-t'en là-bas où le soleil ne\nmonte jamais — où les flots rétifs et méchants s'amoncellent en rochers de\nglace, — où le sein de notre mère la terre est stérile et ne produit ni\nverdure ni fleurs.\n   Va-t'en! Ou bien parle comme le font les autres oiseaux, qui prennent\nleurs ébats dans les bois, pendant tout l'été. Et même en hiver, quand la\nneige a étendu son voile blanc — les diligents oiseaux font entendre leurs\npetits cris et leurs appels vibrants.\n   Et toi !... Le corbeau passe à mes côtés, à lents coups d'ailes, — lourd et\nnoir comme un corbillard — subitement il me jette au passage — ce seul\nmot, son message d'hiver : « Epargne! » (en flamand : Spaar !).\n\n   Mais voici les pauvres corneilles, les compagnes d'hiver plus\nsociables et plus humaines. Gezelle les chante avec amour dans\nles strophes suivantes d'une originalité si naïve.\n"}, {"page_pdf": 648, "texte": "                                 GUIDO GEZELLE                                    537\n\n   Corneilles grises, pauvres bêtes — où trouverez-vous la nourriture\n— vers ou limaces — pour vos d u r e s entrailles — p e n d a n t ce temps de famine?\n   T e r r e et eau sont fermées — la neige est tombée en masse ; — et je ne vois\nh o m m e qui vive — essaimer pour vous ni le grain ni la poussière du vent.\n   Vous ignorez granges et greniers — vous ne savez pas enfouir de succu­\nlentes racines — et, o h ! misère plus g r a n d e ! — Vous n'avez pas mis de côté\nla m o i n d r e bribe.\n   Vous n e vous emparez pas de vos semblables — comme les vautours ; —\nvotre état civil ne porte ni « voleurs d'œufs » — ni « voleurs de poulets ».\n    Mais aussi, quelle pauvreté — que la vôtre m a i n t e n a n t , que voici l'hiver!\n— et que c a m p a g n e s et prairies sont couvertes de neige — et crient la misère\net la faim.\n   Je vois les traces de vos deux pattes imprimées dans la neige du c h e m i n ;\n— mangez-vous de la neige, ou bien, — rongées de famine — y étanchez-\nvous votre soif ?\n    Comment trompez-vous — votre faim, en volant sans c e s s e ? — Votre petit\nventie ne crie-t-il pas famine? Ou bien se tait-il, comme v o u s ? — Comment\nle serrez-vous ?\n   J e ne vous entends proférer a u c u n e plainte — alors que b e a u c o u p d'autres\noiseaux appellent au secours, — piaillent et criaillent partout; — corneille\ngrise, deviens tu m u e t t e ?\n    E h ! la vie serait impossible p o u r toi — s'il n'était écrit — qu'il y en a U n\nqui te nourrit — et te p r o c u r e le nécessaire.\n    C'est Celui qui tisse des vêtements magnifiques — semblables à ceux de\nS a l o m o n , pour le lys des c h a m p s ; — Celui qui, sans aiguille ni fil — fait\npousser toison et plumes.\n    E n effet, je ne vois jamais, ô ma corneille grise, — des cadavres de celles\nde ta race — gisant sur les talus — ni ta progéniture périr de famine.\n    J'entends les h o m m e s se plaindre amèrement — des mauvais jours\nd'hiver; — j'en sais qui sont morts — de misère et de d o u l e u r .\n    T o i , tu te fies à Dieu, enchaînée — inconsciemment à Ses lois ; — à Dieu\nqui fit pour toi la pleine nourriture — avant m ê m e qu'il t'appelât à la vie.\n    Il t'a placé deux ailes — le long du corps et Il t'a d o n n é la force de les\nm o u v o i r ; — et tu c o m m a n d e s à deux yeux fins — au regard aigu et qui\nporte au loin.\n    Je te vois ramer dans l'air— avec ces ailes et te h â t e r ; — en u n clin d'oeil\ntu es bien loin — séparée de moi de toute la large étendue des champs.\n    J e te vois fureter avec ces yeux — bien haut au-dessus de la terre et des\ngens — bien haut au-dessus des maisons et de tout le reste — regardant si\n Dieu te d o n n e r a quelque chose.\n    Corneille grise, ton pauvre être — donne une belle leçon à ceux — qui\n gaspillent le pain quotidien, — en m a n g e a n t sans faim.\n     Ah ! s'ils partageai :nt tous les jours — le pain qu'ils d e m a n d e n t à Notre\n Père — avec tant de p. uvres — qui doivent le chercher, comme toi !\n     T o n blé pousse là où — les paysans parcimonieux — conduisent leurs\n chevaux bien nourris de grains — et tirant le chariot.\n"}, {"page_pdf": 649, "texte": "538                               DURENDAL\n\n\n   Leur perte est ton gain — je te vois, dans les chemins, — folle et insolente\nde misère — becqueter dans un crottin de cheval !\n  Je te vois gagner péniblement ta vie — et triompher humblement — sur\nun petit tas de fumier — joyeuse, ainsi que Job en son temps.\n   Corneille grise, je suis peiné — je voudrais te venir en aide — et je ne\nsais, hélas ! comment m'y prendre !\n   Attends que l'hiver soit parti; — et que reluise le soleil d'avril! — alors,\noh! corneille, tu recevras ta part — entière de la bonté divine.\n   Alors Dieu te fera trouver une nourriture — abondante sur les mottes de\nterre, près de la charrue — qui laboure la terre grasse.\n  Et, le cœur regaillardi, — tu donneras à ton ventre nourriture en abondance\n— louant Dieu, d'une voix douce ou forte — avec tous les oiseaux.\n\n   Mais... les arbres sont noirs de bourgeons qui crèvent de\nsève, et le poète interpelle les haies d'aubépines : « Dormez-\nvous encore? Les becs des chanteurs — qui proclameront votre\ngloire, lorsque vous vous éveillerez, — entonnent déjà leurs\nairs les plus gracieux! » Et les oiseaux les plus humbles, les\nplus modestes chanteurs, célèbrent bruyamment l'arrivée du\nprintemps.\n\n   Les moineaux se battent vaillamment — dans les branches des arbres ; —\nils ont envie de pondre — chacun se cherche une compagne.\n   Puis ils bâtissent leur nid avec ferveur — de leurs petits doigts d'oiseaux —\nils combinent poils, foins, pailles — et avec ces matériaux construisent une\njolie maison.\n   Une fois le petit berceau prêt, ils deviennent — tous muets, et bientôt —\nil y a dans chaque nid un œuf — apporté de génération en génération.\n   Encore un, un autre, puis un autre... oh! — un nid à moitié plein, à ce\nque je vois;— et cela deviendra des moineaux, d'ici trois semaines.\n\n   Voici qu'arrive la messagère gracieuse du printemps, l'hiron­\ndelle : voyez comment notre poète sait peindre le charmant\noiselet, et incruster son vol capricieux en ses vers d'une plasti­\ncité immortelle qu'il faudrait lire en flamand\n\n   L'air bleu n'est plus privé d'oiseaux, comme il le fut, hélas! — de trop\nlongues et tristes semaines; — lorsque pluie, bourrasques glacées, neige\net mâle grêle — chassaient la gent ailée de ses hauts et libres domaines. —\nL'hirondelle (d'où elle arrive, je ne sais) — est revenue et de son vol elle fend\nles nues comme un dard aigu.\n   Elle poursuit sa proie en s'ébattant derrière elle dans l'air, — elle monte,\ndescend, part, revient — si exubérante, qu'en vain mon regard essaie de la\nsuivre; — jusqu'à ce que, virant brusquement et me cognant presque la figure\n"}, {"page_pdf": 650, "texte": "                                GUIDO GEZELLE                                   539\n\n— elle s'élance d'un trait... dans l'espace où elle plane maintenant — et me­\nsure le d r a p bleu qu'épinglent les étoiles.\n    Mais tout à coup, regardant en bas de si h a u t , elle tombe — et emporte le\nmoucheron qui était en train de faire sa p r o m e n a d e — d'après-dînée, sur la\nL y s , quelque maigre que soit la bouchée. — P u i s elle plonge et lave sa\npoitrine d a n s l'eau — et l'eau rit; mais avant qu'elle ait fini de rire — l'hiron­\ndelle est repartie dans les airs.\n    O h ! symbole merveilleux de l'hirondelle! je me déclare — incapable de te\nsuivre, en ta course r a p i d e ; — je suis trop solidement vinculé, sans ailes,\nà la roue du m o n d e : — ad ieu ! je ne puis d a n s ma prison — qu'envoyer,\nh é l a s ! un salut à la libre P a t r i e !\n\n   Il faudrait pouvoir faire sautiller la couvée de mésanges des\nDichtoefeningen, rendre sensible par la traduction la beauté\nde cette petite poésie de Tijdkrans intitulée Emberyza Schocni­\nclus, où le poète, qui a su figer les mouvements mêmes des\noiseaux dans ses vers, dépeint un oiselet qui « grimpé sur une\ntige de froment » et « ne vivant que dans l'air bleu, ne doit\njamais poser de tristes pas sur la terre, mais se balance avec\nles tiges vertes du blé en racontant aux vents d'été, ses frères,\ncombien grande est sa joie de vivre ». Mais... ad impossibile\nnemo tenetur. Gezelle disait de lui-même en toute vérité :\n   « Je me trouve chez moi dans les libres domaines de l'oi­\nseau — et dans son frais atmosphère — et je ne sais où encore\n— quand je puis rimer ! »\n\n                                        *   *\n\n  Mais c'est surtout le chant des oiseaux que notre poète\naimait par-dessus tout.\n  Dans Tijdkrans il reproduit, pour ainsi dire, dans ses strophes\ncourtes mais pleines de musique grave, les « psaumes » du merle\nnoir au bec d'or :\n   Avez-vous e n t e n d u — le merle — le soir, à la tombée du j o u r , — q u a n d\nles étoiles se lèvent?\n   P e r c h é sur la plus haute tige — d'où il voit loin — le merle entonne avec\néclat — son chant du soir.\n   Ecoutez comme son gosier résonne — s'animant davantage à chaque\nreprise ; — ce sont comme les psaumes de David — comme le langage de\nl'orgue.\n   Cause-t-il avec les feuilles, — de l'arbre, peut-être; — avec les feuilles qui\nvont dormir — et lui souhaitent le bonsoir?\n"}, {"page_pdf": 651, "texte": "540                                     DURENDAL -\n\n\n   Est-ce qu'il morigène les brises — qui, en passant, — conseillent à l'oiseau\njoyeux — de se taire ?\n   Est-ce qu'il appelle u n e étoile, — qu'il voit briller — là-bas, si h a u t et si\nloin ? — E h ! je ne sais !\n   U n seul sait — ce que l'oiseau chante, — de sa voix tantôt forte — tantôt\ndouce. Ecoutez son gosier résonner — et s'animer à c h a q u e reprise : —\ncomme les p s a u m e s de David — comme la voix de l'orgue.\n   Parfois j ' e n t e n d s — à l'église des voix — semblables à la voix douce — et\nforte du merle.\n   L o r s q u e , à u n m o m e n t d o n n é — le sursum corda retentit ; — et que les\n bouches de l'orgue — chantent et se r é p o n d e n t .\n   Mon coeur s'élève — au ciel ; — et si je suis en tristesse ou douleur — je\n me sens soulagé.\n   T o u t à c o u p , il claironne — tapage et fredonne;— il crie u n « couvre-feu »\n perçant : — et... a fini de siffler !\n\n   Mais ce sont les deux maîtres-chanteurs des champs et des\nbois qu'il faut entendre chanter dans les vers de Gezelle :\nl'alouette et le rossignol. D'abord l'alouette, cet oiseau mystique,\ndont il a si merveilleusement imité le chant infini et l'ascension\npassionnée dans plusieurs chefs-d'œuvre. On a déjà vu comment\nl'alouette trouva sa place dans les premières œuvres du Maître,\ndans Dichtoefeningen, Gedichten, Gezangen en Gebeden. Et elle fut\nchantée une dernière fois dans Tijdkrans. Essayons de donner\nune idée de cette pièce :\n   T u es, ô alouette — du ciel, — u n rayon vivant et ailé — que je vois\ns'élancer du c h a m p ensemencé — ainsi qu'une flèche de feu.\n   Le feu d'artifice laisse des traînées de lumière et jette des étincelles — dans\nsa fuite; ainsi on t'entend — fuir b r u y a m m e n t — q u a n d tu perces les n u e s .\n   Alouette — du ciel, tu portes un beau n o m — tu as u n e jolie voix, mais\nta robe — est trop sombre : est-ce là la raison — p o u r laquelle on t'appelle\nalouette grise ?\n   « S i je suis grise, c'est à force de n a v i g u e r ; — et d'aller sans cesse,\nvoyageuse passionnée, contre le vent — comme les navires aux voiles\ngrises. »\n   Alouette — du Ciel, alouette grise, — alouette des airs, monte, pars et\nentonne ton chant clair — dans ton ascension sublime !\n   C h a n t e et p l a n e ; je te vois et — t'entends trop rarement, c h é r i e ; h e u r e u x\nqui te voit — et te contemples matin et soir.\n   H e u r e u x qui vit au sein des œuvres de Dieu — à la c a m p a g n e , et te suit\ndu regard à tout instant — p e n d a n t qu'il sème, arrose et p l a n t e .\n   Hélas! c'est en vain, trop souvent, — que tu clames ta reconnaissance d a n s\nles hauteurs de l'air, — puisque les h o m m e s ne s'y intéressent pas, — que\ntu chantes ou que tu te taises, ma p a u v r e t t e .\n"}, {"page_pdf": 652, "texte": "                                 GUIDO GEZELLE                                    541\n\n   Si personne n'écoute, j'écoulerai, moi — puisque, alouette du ciel, tu veux\nbien me consoler — d a n s cette triste vallée de l a r m e s ; — et si personne ne\nnous voit, Dieu, du moins, voit tout.\n   Il verra et II écoutera, L u i — qui te d o n n a tes ailes et ta voix, — et qui\nun jour me ressuscitera de ce tombeau — de la ville ou je suis enterré.\n   Alors je ressusciterai, alouette de l'air; — je déploierai ma voile et je\nm'élèverai — consolé, vers les h a u t e u r s où tu contemples — et glorifies\nl'aurore et l'Orient.\n   Je m'élèverai vers les régions que m'indique — ton coup d'aile et ton chant\nclair; — libre et sauvé, je ne redescendrai — jamais plus, de là-haut.\n\n                                         * *\n\n   Gezelle a eu la hantise, dirai-je, du rossignol. Son admiration\npour cet oiseau au chant merveilleux et quasi-surnaturel, était\nune vraie passion.\n   Il avait déjà essayé en mai 1881, de composer une hymne\ndéfinitive au Rossignol, avec l'aide de son disciple bien-aimé,\nKarel de Gheldere. Les deux poètes écrivirent à cette époque\nla poésie qui ouvre les Landliederen de de Gheldere; ils la com­\nposèrent en écrivant à tour de rôle-une strophe sur carte postale.\n   Voici la traduction de cette belle pièce. La première strophe\nest de Gezelle, la suivante de de Gheldere, et ainsi de suite ;\n   Rossignol — chanteur, — maître au chant puissant — toi dont le gosier,\n— orgue vivante — remplit les branches vertes de tes chansons.\n   P e r m e t s - m o i d'approcher — de scruter — le feuillage où tu te caches, —\ntoi qui a d o r e s ton Dieu et le mien — si joyeusement — avec une si juvénile\nardeur.\n    Merveilleux — artiste, — est-ce que tu ne forces pas ta voix— en exhalant —\nde pareils p s a u m e s — d u r a n t quarante jours, sans interruption?\n   — N o n , j ' e x h a l e — c h a n t e et siffle — joyeusement toutes mes chansons,—\njusqu'à ce que j'aie d o n n é la vie — à ce qui chantera après moi. 0 —\n   A la mi-avril, qu'il fasse chaud ou froid — tu viens des régions tièdes —\ndu S u d — saluer le gai p r i n t e m p s — dans le bois qui bourgeonne.\n   —• « Je suis u n e fleur — qui r é p a n d partout autour d'elle — une floraison\nde musique, — jusqu'à ce que la couleur — et le son meurent — conservés\ndans le fruit. »\n   T o n c h a l u m e a u — retentit en mai — d a n s le colza aux teintes d'or. —\nq u a n d les haies — sont en fleurs — et l'air rempli du parfum des lilas.\n    Ici et au loin — l'univers tout entier : — les fleurs et les étoiles — l'oiseau\net le rayon du soleil, — les ruisseaux et les flots de la mer — les forêts et les\nfeuilles chantent à l'unisson un seul et même chant d'amour.\n    Celui qui a mis sous nos pieds — les couleurs et les parfums, — nous fait\nélever les yeux — ravis — par ton chant de reconnaissance.\n"}, {"page_pdf": 653, "texte": "542                              DURENDAL\n\n\n   Oui, mais au-dessus — de toutes louanges — éclatera la voix de l'homme,\n— elle augmentera la gloire — du Seigneur, — dans les siècles des\nsiècles.\n   Rossignol — chanteur, — voici l'hymne — que nous te dédions — alter­\nnant l'un avec l'autre — chantant chacun notre partie — dans un seul et\nmême chant.\n   C'est ainsi que deux anciens — qui sont des saints maintenant, s'ils ne\nl'étaient pas déjà alors — deux poètes — aux ailes également puissantes —\ncomposèrent jadis — le beau chant du Te Deunt.\n\n   Tijdkrans renferme trois poésies dédiées au rossignol. Dans\nla première le poète exprime son désir de le voir revenir :\n\n  Je ne t'entends pas encore, — oh! rossignol, et — le soleil de Pâques —\nse lève à l'Orient; — où restes-tu si longtemps ? — Oublierais-tu par hasard\n— de venir nous consoler?\n   L'été n'est pas encore là, il est vrai — il n'y a encore ni ombrage — ni\npetites feuilles — dans les haies; — le vent est glacial — il y a de la neige\ndans l'air; — des bourrasques, des ondées.\n   Cependant les sansonnets et les pinsons — se font entendre bruyamment,\npartout ; — le merle rit — et bavarde ; — moineaux, mésanges — et coucou,\nfont résonner le bois; — l'hirondelle trimballe et gazouille.\n   Où reste-t-il donc si longtemps, — le rossignol ? oublie-t-il de venir nous\nconsoler?\n   L'été n'est pas encore là — mais il arrive; — le soleil de Pâques — se montre\nà l'Orient.\n\n   Mais l'oiseau aimé est arrivé, et le poète salue sa venue dans\nces strophes pleines de mélancolie et de mystérieuse profon­\ndeur :\n\n   Toute la nuit ie rossignol, à jeun, me décrit et me conte sa peine, comme\nun insensé. Qu'est-ce que les oiseaux lui ont raconté de sa compagne ?\n   Ou bien n'es-tu connue que chez les hommes, oh! calomnie?\n   Il oublie le sommeil. C'est en vain qu'il fait obscur et que tous : hommes,\nfemmes, oiseaux, bétail, insectes et abeilles dorment; il veille, lui, et laisse\néchapper des plaintes amères en son langage enchanteur.\n   Qu'est-ce donc qui l'attriste? L'exil, peut-être?\n   Préfère-t-il au nôtre le pays où il se nomme bulbull Les feuilles ne sont-\nelles pas assez vertes; les parfums ont-ils trop peu de flagrance ici\n   La floraison qui orne notre Flandre ne vaut-elle pas celle de l'Orient trop\nmagnifique et les roses de là-bas ?\n   Ne mange-t-il pas? De quoi vit-il? Comment peut-il, sans cesse, chanter\net veiller, du soir au matin, et en pleine chaleur de midi, toujours à jeun,\ncependant que l'humanité doit, hélas! chercher le repos et la nourriture?\n"}, {"page_pdf": 654, "texte": "                                  GUIDO     GEZELLE                                 543\n\n  Oh ! â m e de feu ! Oh ! Rossignol ! Oh ! chanteur que Dieu a élevé\nau-dessus de tous les êtres pour nous servir d'exemple. Ah ! si ma vie pouvait\ndès m a i n t e n a n t s'employer à L e louer, libérée de tout ce qui est matériel,\npauvre exilé que je suis !\n\n   Enfin, voici l'hymne finale. L'on y verra le roi des poètes\nflamands entamer une lutte corps-à-corps avec le roi des\noiseaux chanteurs. Chaque strophe de cet h y m n e est une perle\nmerveilleuse, comme chaque strophe du chant de la magnifique\ncréature qui s'appelle rossignol. L a langue flamande a atteint\nle degré suprême de la puissance plastique dont elle est capable\ndans l'hymne de Gezelle. Elle ne produira plus jamais quelque\nchose de plus harmonieux ni de plus achevé.\n   U n jeune poète de grand talent, M. René D e Clercq, a\nessayé récemment de refaire le rossignol de Gezelle. Son poème\nest comme une ariette italienne entendue après une symphonie\nde Beethoven.\n   C'est dans Tijdkrans que se trouve ce chef-d'œuvre. T r a d u i ­\nsons-le aussi littéralement que possible, pour donner l'occasion\nde goûter la saveur de l'original à nos lecteurs flamands qui ont\ndésappris les beautés de leur langue patriale.\n\n    Où est-il donc ce chanteur à la voix claire que — j ' e n t e n d s mais vois rare­\nm e n t ; — où est-il caché d a n s le feuillage — en cette joyeuse matinée de mai?\n    Il éclipse le chant de tous les oiseaux — par les sons merveilleux et puis­\nsants de son gosier — dans les bois et les haies.\n     Où est-il? J e ne le vois pas, — mais je l'entends, je l'entends tisser —\nj o y e u s e m e n t la chanson — dont il fait retentir la drève.\n     Ainsi chante le tisserand — assis de g r a n d matin devant son métier, pour\nconfectionner — un linge solide — avec du bon fil.\n     L e tisserand c h a n t e , le métier frémit — la planche claque, le métier\nronfle — les navettes se p r o m è n e n t — d o u c e m e n t à travers les fils.\n     Ainsi il y a u n être qui, p e n d a n t le doux été — lance sur le métier — des\nfeuilles vertes — ses fils aux mille couleurs.\n     Qu'est-il? H o m m e , animal ou quoi ? — Est-ce u n encensoir plein d'arômes\n exquis — d a n s lequel des mains d'anges invisibles — brûlent des parfums?\n     Qu'est-il? C'est u n carillon — composé de touches fines, de cordes\nvibrantes — de voix éloquentes — de bouches d'or qui parlent.\n     Il est... quelque chose que je ne puis atteindre, — u n e étincelle de feu, u n\n message — venant de toits b e a u c o u p plus élevés — que ceux où veillent les\n hommes?\n     E c o u t e z ! . . . D a n s quelle profondeur — lentement sa voix puissante et gra­\n cieuse — semblable à mille tuyaux d'orgue! — va puiser la joie et la vie.\n"}, {"page_pdf": 655, "texte": "544                                   DURENDAL\n\n\n  T a n t ô t il siffle finement, tantôt il lance des appels bruyants, il c l a m e — et les\nnotes lui glissent du gosier — en bouillonnant comme des sonnettes d'eau —\nqui rouleraient en bas des toits.\n   C o m p t e z ; sa langue toque — et c'est comme si des théories de perles —\ndétachées du collier — dansaient sur u n e table de m a r b r e .\n   Il n'y a pas d'oiseau dont il ne sache reproduire exactement — le chant, la\nmélodie spéciale — et toute l'échelle de la voix.\n   Il remporte sur moi — cet oiseau admirable — le prix du chant; il me\nravit — la couronne de poète ! E t cependant — tout vieux que je sois — je\nn'en suis pas jaloux !\n  A u c u n h o m m e ne t'a jamais compris — personne encore n'a rendu u n\nsuffisant h o m m a g e à la plénitude de ta richesse magnifique — ô langage mer­\nveilleux — du roi Rossignol !\n\n                                                                  AUGUSTE CUPPENS.\n  (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 656, "texte": ""}, {"page_pdf": 657, "texte": "                       (Salon triennal d'Anvers)\n\nL E D E G E L A GAND\n  (ALBERT DANTSOEN)\n"}, {"page_pdf": 658, "texte": "          Le Salon triennal d'Anvers\n                  CE Salon se compose de 681 œuvres.\n                        Le Salon de Bruxelles en 1903 en comptait 1,795, ou\n                     même seulement 1,589 si l'on fait abstraction de la section\n                     d'art appliqué.\n                        Cette modération du chiffre des ouvrages est l'unique\n                     raison du bon aspect du Salon anversois, comme l'entas­\n                     sement réalisé au précédent Salon bruxellois fut la cause\n                     unique de son insuccès artistique. Les deux expositions\n                     comportaient à peu près le même minimum de tableaux et\nde sculptures intéressantes. L'écart du nombre n'était produit à Bruxelles que\npar une accumulation de choses quelconques ou franchement mauvaises,\nparmi laquelle il était fastidieux de rechercher les envois point négligeables.\n  Les locaux du Cinquantenaire étaient incomparablement plus avantageux\nque les tristes salles si pauvrement décorées de la rue Vénus. Avec plus de\nsévérité, de mesure et de goût, le jury de 1903, élu par les artistes, eût donc\npu obtenir un résultat meilleur encore que celui atteint par le jury actuel\nd'Anvers et se voir, comme lui, tresser des couronnes par les critiques, les\nesthètes et ceux des artistes qu'il n'aurait pas mécontentés!\n\n\n\n   Les œuvres très marquantes en même temps qu'inédites — est-il besoin\nde le constater? — n'abondent point cette fois encore.\n   Les paysagistes nous montrent les toiles les plus significatives par l'ori­\nginalité d'interprétations individuelles.\n   Cette brillante et glorieuse pléiade de l'école belge est excellemment repré­\nsentée cette fois. C'est Claus, c'est Bartsoen, c'est Heymans, c'est Gilsoul,\nc'est Buysse, c'est Gouweloos, c'est Franz Hens, c'est Delaunois, c'est Base­\nleer, c'est Marcette, c'est Mathieu, c'est Willaert, c'est Blieck, c'est Wyts­\nman, c'est François, c'est Apol,. c'est De Saedeleer, c'est Musters, c'est\nGustave et Léon de Smet, feu Verdeyen, bien d'autres encore...\n   Seul Franz Courtens s'est abstenu.\n   Arrêtons-nous seulement aux œuvres non vues déjà et importantes dans la\nproduction de leurs auteurs :\n   Le grand Automne d'ÉMILE CLAUS, acquis par le Musée de Venise, résume\n"}, {"page_pdf": 659, "texte": "546                                    DURENDAL\n\n\nla recherche aiguë du maître dans la notation de la nature nimbée d'atmo­\nsphère. Mieux encore que d a n s le Coin du Parc, vu à la Société des Beaux-Arts,\nl'opulence des frondaisons roussies vibre et sonne sous la caresse des clartés\néparses. Le feuillage tremble, les reflets b o u g e n t , les ombres transparentes\nfrissonnent, les lointains s'embuent, le spectateur respire les senteurs de la\nterre, il est conquis par le charme du site et de l'heure.\n    L e s coins urbains d'ALBERT BARTSOEN lui permettent d'affirmer une vision\nsubtile et raffinée, u n sens coloriste robuste et délicat, et cette faculté de\n1' « unité » dans la tenue d'une œ u v r e qui le font reconnaître entre tous. L a\n Vue de Gand par temps de neige— prêtée par le Musée du L u x e m b o u r g — syn­\nthétise parfaitement les meilleures qualités du peintre.\n    GEORGES BUYSSE a planté son chevalet au bord d'un canal, à l'heure ingrate\noù le soleil au zénith distribue u n e lumière violente. L e s formes s'accusent\nnettes, les couleurs papillotent, on ne retrouve pas l'harmonie et l'équilibre\ndes masses comme a u x b e l l e s heures des rayons obliques et d'ombres veloutées.\nL e « motif » du tableau est simple et ne comporte aucun élément pittoresque :\nu n long bateau, u n e berge n u e , u n pays plat, p e u de ciel, u n e eau fouettée\nd'un petit vent qui la rebrousse toute et la prive du prestige de réfléchir les\nchoses. Mais u n soleil si c h a u d , u n e clarté si franche, l'éblouissement p a r t o u t\népars d'un ciel bleu si r a y o n n a n t transforment ces humbles aspects et font\nde cette œ u v r e , où la grosse difficulté vaincue ne se fait point sentir, un\n sonore et vaillant poème estival.\n    L'Epave de FRANZ H E N S , de tonalité raffinée, séduit par une mise en page\np i q u a n t e , un effet i m p r é v u . Cette énorme coque noire du bateau échoué,\nformant, au beau milieu de la toile, u n e façon d'écran ourlé et d é b o r d a n t de\nclarté limpide, est u n e trouvaille complètement h e u r e u s e .\n    L a sereine fin du j o u r que GOUWELOOS intitule Dimanche de Juillet, et où il\na exprimé la dorure des longs rayons horizontaux sur un pays ondulé,\n obtiendra un gros succès de public. C'est calme, c'est ample, c'est délicieux,\n Oh ! le beau d i m a n c h e et que ne peut-on fixer et prolonger la douceur de cette\n m i n u t e de vie remplie et savoureuse!\n    L a longue frise de ALFRED DELAUNOIS, Vers les Bourgs, aligne en succesifs\nrectangles des effets de nuages intenses et bien gradués. Mais cet ensemble\nest arbitraire et rien n'empêcherait d'y coudre de nouveaux p a n n e a u x offrant\nd'autre modulations célestes, à l'infini...\n    Chez BASELEER, u n e finesse de vision claire et grise, u n peu froide, pare des\npaysages d'eau et de ciel d'ample allure et d'exécution soutenue.\n    P a r m i les jeunes, ceux dont les n o m s sont encore peu familiers aux a m a ­\nteurs d'art, ARMAND APOL, déjà remarqué en ces derniers temps, accentue,\npar ses Barques amarrées le long d'un quai, de sonorité charmante, la b o n n e\nopinion qu'on commençait à se faire d e lui.\n    ANTON MUSTERS — u n i n c o n n u encore — paraît doué d'une inquiétude\ningénue devant les subtilités coloristes de l'air et de la lumière. Il a noté,\nAvant le lever du soleil, des buées aux gris de n a c r e , de perle et d'opale d'un\nragoût exquis !\n                                            ***\n"}, {"page_pdf": 660, "texte": "                    LE SALON TRIENNAL D'ANVERS                             547\n\n\n   Les peintres de « figures » et de portraits — on ne peint plus de composi­\ntions historiques ou religieuses — font preuve d'habileté technique et de\nrecherche, mais non pas d'élévation de pensée et de style. Trop souvent ils\ndélayent en l'agrandissant un insignifiant tableau de genre, comme le Pierre\nle Grand en Hollande de COGEN ou la Sorcellerie de P I E T VERHAERT.\n   Laermans, P.-J. Dierckx, Jakob Smits, Emile Motte se distinguent par\ndes visées plus hautes, une préoccupation de pathétique ou d'éloquence. Le\nDrame humain, la Terre promise de LAERMANS, très belles œuvres puissantes\net intenses, remettent sous nos yeux des formes, des harmonisations dont\nle peintre a déjà maintes fois usé pour exprimer ses imaginations de révolte\net de pitié.\n   Il semble que l'artiste tire de sa mémoire — comme d'un magasin d'acces­\nsoires assez peu fourni — des silhouettes, des mouvements, des décors, des\nassociations de tons caractéristiques, mais un peu artificiels. Nous l'avons\nbien souvent vu ce loqueteux, cette pauvresse, ce mur blanc, ce ruisseau, ce\npaysage aux bouquets d'arbres et ce ciel rayé aux bleus sourds. On voudrait\nque Laermans, avec la même allure, revînt à l'étude de la nature intégrale,\ndont la forme, l'aspect, le « volume » finissent par faire défaut aux agence­\nments de ses dernières compositions.\n   L'évolution de P.-J. DIERCKX vers les sujets de douleur poignante — à\n manière de Struys et de Jakob Smits — est trop récente pour que sa concep­\ntion intime de semblables scènes se soit déjà nettement dégagée. Il a perdu\nquelques-unes de ses qualités de peintre pittoresque sans atteindre encore à la\nsimplicité, à l'émotion communicative. Son effort est méritoire, sa vaillance\ndésintéressée. Cette façon de « tableaux de genre » situés en d'humbles\nlogis mortuaires ne vise point aux succès faciles, aux ventes bourgeoises...\n   Chez JAKOB SMITS l'artifice de l'invention et la brutalité de l'effet et de la\nfacture se manifestent de plus en plus dans le dédain total de toute réalité.\nOn peut goûter plus ou moins ce mode véhément de transpositions rudimen-\ntaires, reconnaître l'artiste à la saveur d'une opposition forte mais bien\ntrouvée, louer une figure heureusement venue, mais devant ces Disciples à\nEmmaiis — oser toucher un tel thème après tant d'autres, après Rembrandt ! —\nj'avoue que cette note populacière, ce truquage, me fait l'effet d'une auda­\ncieuse parodie.\n   Parodie aussi le Paysage, parodie d'une émotion devant un ciel, un coin\nagreste, un effet lumineux transcrits rudement, la pipe aux dents, sans scru­\npules devant la nature, sans respect.\n   Le Pardon d'Adam de MOTTE met en scène des nus aussi peu charnels que\npossible. Une recherche nette et sèche, le mépris de la matière s'avèrent\ndans la forme comme dans le coloris, mais si une telle peinture n'est guère\n « plastique » elle a de rares mérites d'élévation et d'élégance, une distinction\n innée.\n   CHARLES MERTENS sait mettre dans les plus humbles études une allure\nd'interprétation saisissante. Peut-être, trop consciencieux, assombrit-il, par\n un travail excessif, ses curieux tableaux, mais voyez cette Fiancée Zélandaise\n dans cet intérieur où chaque détail est traité avec le plus délicat scrupule et\n"}, {"page_pdf": 661, "texte": " 548                             DURENDAL\n\n\n comparez la largeur, le style personnel si intelligent, d'une telle peinture\n avec les pochades dont trop d'artistes se contentent.\n    HENRY THOMAS, qui débuta avec bruit voici un an par une Vénus étrange\n et montra, l'hiver dernier, lors d'un salonnet de cercle, quelque tableautins\n incisifs, expose une nouvelle œuvre non moins inquiétante et non moins\n personnelle que les précédentes.\n    On peut s'étonner de la persistance avec laquelle ce jeune homme\n recherche de la beauté frémissante, de la couleur rare en des scènes où se\n manifeste la vie frelatée et vicieuse des grandes cités. Mais si son tempéra­\n ment visionnaire le spécialise — comme le fut Rops — vers l'étude d'une\n classe curieuse d'êtres désorbités, il faut reconnaître que par l'entente de la\n mise en page, le caractère de la forme, le charme rare et sensible de la\n couleur, une accentuation toute personelle des types, il s'impose à l'attention\n et affirme une maîtrise.\n    Ce pauvre LEVÊQUE, pourri de littérature, prolixe et discord, s'égare en\n des élucubrations fantaisistes.\n    THYSEBAERT, adonné au contraire à l'observation la plus terre-à-terre, fait\n preuve de vigueur dans son Bal marollien.\n    MARTIN MELSEN pousse jusqu'à la charge la recherche du caractère dans\n ses Enfants en prairie.\n    Chez GEORGES MORREN l'application des théories impressionnistes,\n luministes, vibristes, à un sujet banal entraîne une disproportion évidente\n entre le format de la toile et l'intérêt de l'œuvre. Ce Marchand de ballons eût\npu fournir matière à une étude de quelques pouces carrés où la saveur d'une\n exécution et d'une vision modernes eussent suffi. Distendu à cette échelle, un\ntel « motif » devient une affiche banale, une décoration foraine...\n    Il faut mentionner l'envoi de WALTHER VAES, déjà connu, la Jeune femme\ndéjeunant, de OLEFFE, cadre un peu démesuré aussi, mais de tenue artiste, et la\nFillette au grand chapeau de VICTOR HAGEMAN, d'harmonie claire un peu lourde.\n    Les portraits sont pour la plupart des redites, cependant Vloors, Wage­\nmans, Blieck ont des morceaux tout frais. Le Chardon bleu de VLOORS est d'une\nindéniable et prenante séduction. Le portrait de Pie X par JOSEPH JANSSENS,\nd'observation serrée, est très remarqué.\n   Richir, Verheyden, Van Holder, Van den Panhuysen, Guequier, Gouwe­\nloos, Glansdorff et Jan Van Beers confirment des appréciations antérieures.\n   Les Arums de Mlle ALICE RONNER, de pulpe succulente, s'enlèvent opulem­\nment sur un coin d'intérieur aux verts superbes. Toile magistrale, de puis­\nsance virile et de délicatesse saine.\n   Verhaeren, René Janssens, Van Zevenbergen, Jamar, Herman Courtens\nfils, Mlle De Bièvre ont d'aimables et habiles morceaux dignes de leurs signa­\ntures notoires.\n   Les deux salonnets réservés aux étrangers contiennent des œuvres fran­\nçaises et allemandes. THAULOW resplendit — avec une toile médiocre pour\nlui — parmi les brutalités et les platitudes allemandes. Seul un Berlinois,\nOTTO ENGEL, nous apporte dans son Matin d'un jour de fête une œuvre d'obser­\nvation franche et d'originalité spontanée.\n"}, {"page_pdf": 662, "texte": "                       (Salon triennal d'Anvers)\n\n\nLA T E R R E PROMISE\n  (EUGÈNE LAERMANS)\n"}, {"page_pdf": 663, "texte": ""}, {"page_pdf": 664, "texte": "                         LE SALON TRIENNAL D'ANVERS                                      549\n\n\n   P a r m i les Français, le Chérubin du si habile, du prestigieusement habile, du\ntrop habile JACQUES BLANCHE, la g r a n d e toile décorative d'HENRI MARTIN, le\nPie X de GABRIEL FERRIER, le portrait féminin gras et sapide de CARO­\nDELVAILLE, le paysage roux de R E N É MÉNARD, le Deuil marin de CHARLES\nCOTTET, l'étude vaillante et terreuse de L U C I E N SIMON, Bretons à la messe, et\nle paysage urbain de JAMES W . MORRICE, aux valeurs discrètes, représentent\ndes personnalités éminentes et consacrées.\n   Il se trouve encore à ce Salon bien des peintures méritantes et qu'il faudrait\nénumérer, discuter ou louer. Il est impossible de s'arrêter à chaque œuvre\ndigne d'attention.\n  A la sculpture, j'ai revu les Filles de Satan d ' E g i d e ROMBAUX, deux petits\nbronzes c o n n u s de VICTOR ROUSSAU, des bustes excellents de J . LAGAE et de\nJ . D I L L Ë N S , des hauts-reliefs de CONSTANTIN M E U N I E R et q u e l q u e s envois de\n« jeunes » malheureusement assez mal éclairés.\n                                                                                    P. L.\n"}, {"page_pdf": 665, "texte": "Les dernières Sonates\n          pour piano de Beethoven\n                                (Suite)\n\n\n                S o n a t e e n la bémol (Op. 110)\n                       Composée en décembre 1821\n\n     I. Moderato cantabile, molto espressivo (lab).\n   II. Allegro molto (fa mineur).\n III. Adagio ma non trappo (la b mineur) et allegro (la b).\n\n                                  Jo ritornai dalla santissim'onda\n                                  Rifattodi, corne piante novelle\n                                  Rinovéllate di novella fronde\n                                  Puro e disposto a salire alle stelle.\n                                                                    DANTE.\n\n   Ces vers qui terminent le Purgatoire de D a n t e trouvent sur­\ntout leur application dans la fin de cette sonate où véritablement\nil y a comme une « purification spirituelle » suivie d'une\nascension vers la lumière. C'est encore une h y m n e de paix et\nd'amour que cette admirable sonate. Les accents désolés qui la\ntraversent ne font que mieux ressortir ce caractère.\n   L e premier mouvement chante un bonheur calme, élevé, pur.\nCe n'est pas la paix orgueilleuse et factice du stoïcien. C'est la\npaix véritable basée sur l'amour. On sentira la vérité de cette\nassertion en relisant ce morceau où tout est grand et profondé­\n ment expressif.\n   Voici d'abord le premier thème qui a un caractère à la fois de\ngrandeur et d'affectueuse expansion :\n"}, {"page_pdf": 666, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN            551\n\n\n  U n deuxième thème, qui succède aussitôt, exprime un ravis­\nsement intime :\n\n\n\n\n   Celui-ci monte en un crescendo très prenant et soudain se\nrésout en une fine pluie de triples croches, passage de transition\noù des basses majestueuses ponctuent les temps de la mesure.\nP a r un nouveau crescendo ascendant, nous passons en mi bémol\net dans la région surélevée du clavier. Ce passage aboutit à un\nmotif très éthéré et curieux, comme de flûtes et harpes :\n\n\n\n\n  Nous redescendons peu à peu ; puis le chant s'élance de nou­\nveau, toujours plus haut, jusqu'au si bémol supérieur et nous\nprésente le contre-sujet proprement dit :\n\n\n\n\n   L e désir ardent exprimé par ce thème se répète trois fois en\ncrescendo, s'arrête brusquement et... c'est dans une paix\ndélicieuse que conclut l'exposition (mesure 38). Il n'y a pas de\nreprise.\n   Les développements ne traitent que le thème I, qui apparaît,\nadmirablement expressif, soutenu par des ondulations en\ndoubles croches de la basse, passant par plusieurs tons.\n   L e retour en la bémol a lieu sur un accompagnement léger de\ntriples croches. L e thème 2 revient, mais en ré bémol et module\nd'une manière exquise vers le ton de mi (ou fa bémol, comme dit\nBülow). Puis nous retournons au la bémol définitivement.\n"}, {"page_pdf": 667, "texte": "552                          DURENDAL\n\n\n   Les douze dernières mesures forment une coda où se répète\nle passage en triples croches; puis, pour finir, une nouvelle\nphrase chantante et sereine.\n\n\n\n\n   L e scherzo en deux temps offre une antithèse, bien beethove­\nnienne, avec le premier mouvement. Il semble dire que tant de\npaix ou de bonheur n'est qu'un leurre, car l'homme est condamné\nà le poursuivre sans espoir. Voici le sujet principal :\n\n\n\n\n  P l u s loin, signalons cette formule expressive :\n\n\n\n\n   L'intermède du scherzo, qu'on désigne sous le nom de Trio,\nest ici un thème ailé et charmant en ré bémol, qui fait passer u n\ncourant d'air frais sur l'ardeur de nos fronts :\n"}, {"page_pdf": 668, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN            553\n\n\n   Il est curieux de voir comme la main droite descend, tandis\nque la gauche monte. Si bien que les deux mains se croisent. L e\npremier thème reprend ensuite haletant. L a coda est faite de\nquelques grands accords fatidiques, dont le dernier en ja majeur,\nsur une basse arpégée, répand un apaisement étrange, annon­\nçant quelque chose d'inattendu.\n   T r è s inattendue, en effet, en sa forme, la troisième partie.\nMusicalement elle comprend un adagio-introduction suivi d'un\narioso en la bémol mineur. Suit une fugue (allegro) en la bémol\nmajeur. Reprise de l'arioso en sol mineur et, enfin, reprise de la\nfugue jusqu'à une apothéose finale sur le sujet même de la\nfugue. C'est tout un poème. Voyons cela de près :\n   Après l'hymne au bonheur du premier mouvement, le scherzo\nnous a troublé l'âme et c'est maintenant l'hymne à la douleur\nque nous entendrons.\n   Quelques accords solennels, entrecoupés d'un récitatif, nous\namènent à un arioso, dolente de dix-huit mesures, chant si\nsublime, d'une souffrance si grandiose, qu'il semble écrit avec\nune plume trempée dans le cœur. Il débute ainsi :\n\n\n\n\n   Si la mélodie en est géniale, l'accompagnement, en triolets\nd'accords répétés, est une merveille d'expression harmonique.\nJamais peut-être le tourment de l'infini n'a trouvé d'expression\nplus belle. L a douleur y est mêlée à une aspiration si éperdue\nqu'on songe au vers étrange de sainte Thérèse : « Je me meurs\nde ne point mourir ! »\n   L'arioso s'éteint sur un unisson impressionnant (thème 10).\n   Aussitôt s'élève le thème de la fugue développée magistrale­\nment en sa calme noblesse (thème 11).\n"}, {"page_pdf": 669, "texte": "554                            DURENDAL\n\n\n   On y pourrait voir un chant d'espérance forte : « A quoi bon\ntant gémir? Chaque chose a son heure, et la joie reviendra après\nla tristesse comme le jour après la nuit. Pas plus que le cours\ntranquille des astres, on n'arrêtera les alternances de bonheur et\nde peine. Soyons philosophes!... » Soudain, quoi?... la fugue\ns'interrompt. Ce n'était pas là le langage qui convenait au\ncœur ulcéré. La plainte de l'arioso recommence. Mais ce n'est\nplus le lyrisme de la douleur, c'est un gémissement cruel. La\nmélodie (en sol mineur) est comme blessée à mort, entrecoupée\nde sanglots; « perdant les forces » porte l'indication :\n\n\n\n\n  Il est temps que la consolation véritable arrive d'en haut.\nL'accord parfait de sol majeur se répète plusieurs fois ; un grand\napaisement se fait; on entend un arpège mystérieux.\n  Alors paraît le thème renversé de la fugue, si doux, si tou­\nchant, allant droit au cœur.\n\n\n\n\n   On dirait un retour à la vie, ou un rayon de la grâce divine\nilluminant l'âme repentante... La fugue augmente peu à peu :\n« revenant de plus en plus à la vie », dit Beethoven. Le sujet\n(thème II) se présente de nouveau en sa position primitive,\nmais en valeurs augmentées et paré de contrepoints nouveaux.\nEnfin, définitivement vainqueur, il monte des basses aux som­\nmets en fanfare éclatante avec un accompagnement scintillant.\nCette fois-ci la conquête est sûre, l'âme voit son idéal et, renou­\nvelée comme une jeune plante, elle se sent « purifiée et disposée\nà monter aux étoiles ». On pourrait dire aussi avec notre grand\nGezelle :\n                   Brandt los, mijn hart, 't is nu, 't is nu\n                   dat de hemelvaart begint !\n\n                                                    JOSEPH RYELANDT.\n  (A continuer.)\n"}, {"page_pdf": 670, "texte": "  Des \" caractères „ de l'immoralisme\n         et de M. André Gide\n                    MONSIEUR Gide est u n ironiste — on pourrait même dire que\n                      c'est l'Ironiste. C'est son rôle dans les j e u n e s lettres fran­\n                      çaises, et il le remplit avec distinction; il met u n e grande\n                      conviction à n e rien croire, tellement qu'il semble parfois\n                      prendre l'attitude d'un prédicant, et, si étrange que cela\n                      puisse sembler, parler d'un ton à la fois narquois et augu­\n                      rai... Sa pensée, dans la subtilité oblique de son langage\n                      ou dans l'artifice du laisser-aller de celui-ci, en même\n                      temps qu'elle se parle, ricane imperceptiblement, paraît\nse moquer d'elle-même ou bien s'exprime d'un accent où poind le doute ou la\nsecrète contradiction prête à surgir. On imaginerait que dans l'esprit de\nM. Gide le doute suit la pensée, c o m m e l'ombre le soleil.\n   Cette manière n'est ni sans c h a r m e , ni sans g r â c e ; elle permet de jouir de\ntout sans s'attacher à rien, de papillonner, de coqueter avec toutes les idées et\ntoutes les croyances, sans se laisser séduire à leurs prestiges, en effleurant\navec agilité, en h o m m e qui n e se laisse pas jouer aux a p p a r e n c e s . Au fond,\npeut-être bien que les apparences seules l'attirent, et que, sa nature impromp­\ntue s'y opposant, il ne se soucie pas d'aller au delà, tout en se persuadant les\navoir pénétrées et trouvées vaines.\n   C'est u n jeu brillant de pensée, taillé à facettes qui, parfois, à la coïnci­\ndence d'un rayon de soleil, jettent un éclat éblouissant et subit; mais un jeu\nqui lasserait vite, si M. Gide n'était artiste, s'il ne possédait le talent de parer\nses conceptions d'une spécieuse rhétorique à chatoiements et à reflets, de les\nvêtir de fantaisie décevante, ou de les incarner en des fables empruntées de\nl'antiquité ou inventées, mais toujours mélangées de quelque obscurité ou de\nquelque équivoque, qui en accroît l'attrait et la portée.\n   Mais il ne se peut que cette inclination ou, pour mieux dire, cet aimable\ninstinct sceptique, ne recèle u n principe de sécheresse : u n e sécheresse toute\n naturelle et, en quelque sorte, o r g a n i q u e ; on ne sait quel élément acide,\ncaustique, dont l'action corrosive a vite fait de détruire l'émotion qui tendrait\n à naître.\n   D a n s la préface du Roi Candaule (1), M. Gide rapporte que certains lui ont\n\n\n  (1) Saül le Roi Candaule, par ANDRÉ GIDE. (Paris, Mercure de France.)\n"}, {"page_pdf": 671, "texte": "556                                  DURENDAL\n\n\nreproché la sécheresse, la rapidité, l'inextension de ce d r a m e : « On m'a dit\nqu'il était plus indiqué que traité, ou mieux, plus dessiné que peint. »\n   P o u r n o u s , c'est l'impression que nous avons reçue de tous ses ouvrages, le\n Voyage d'Urien, les spirituels Paludes, Philoctète et aussi Saül : ils donnent l'idée\nde dessins au trait; un trait aigu et fin, très sec, qui grave des images sché­\nmatiques de fictions, de d r a m e s , d'allégories... Des allégories ingénieuses,\nmais purement littéraires, dont les péripéties se déroulent en des décors sin­\nguliers et adroitement agencés, où, le plus souvent, les personnages — et\nl'auteur — ont l'air de rire à la cantonade — entre les lignes — de leurs gestes\net de leurs paroles.\n   Toutefois, parmi toutes ces incertitudes en évolution, il est dans la pensée\nde M. Gide quelques points fermes, quelques opinions stables: M. Gide est\nimmoralisle, par exemple, à la suite de Nietzsche, mais non point à sa large\net audacieuse façon — à la façon du boulevard, plutôt, et d a n s les choses du\nplaisir. L a beauté, d'après lui, n e s'obtient que par u n e « artificielle con­\ntrainte », par un effort, u n e réaction contre la n a t u r e ; effort, contrainte que\nl'art ne s'impose qu'aux époques de vie puissante, délivrée de l'hypocrisie des\nm œ u r s . Si celle-ci, au contraire, prédomine, le naturel, chassé de la vie, t e n d\nà envahir l'art et ainsi à le fausser. L a majesté de l'art est, en quelque sorte,\ndans la mesure d u débraillé de la vie ! Car, en s o m m e , le masque théâtral doit\nêtre sur la scène — ou d a n s la salle; couvrir le visage des acteurs — ou celui\ndes spectateurs... D'où il suit que la bassesse triviale et réaliste du théâtre\ncontemporain est engendrée par le mensonge de nos m œ u r s et leur sévérité !...\nL a sévérité de nos m œ u r s ! . . . N'avons-nous pas dit déjà que M. Gide est u n\nironiste exquis?\n   L ' a u t e u r de Saül professe, à l'exemple du philosophe allemand, le sentiment\nque « le christianisme, proposant à chaque h o m m e un idéal c o m m u n , s'oppose\naux caractères », d'où cette conséquence, pour le d r a m e m o d e r n e , que « le\ntragique des situations y remplacera peu à peu le tragique des caractères ».\nL e caractère? Quelle acception exacte M. Gide donne-t-il à ce terme?\nSaurait-il entrer dans sa pensée que les âmes façonnées par la civilisation\nchrétienne, qui se sont développées dans l'atmosphère morale créée par\ncelle-ci, en réaction quelquefois contre l'idéal chrétien, mais n é a n m o i n s tout\nimprégnées de lui, soient inférieures en force, en dignité, en initiative, en\noriginalité aux âmes de l'antiquité, et q u ' u n nouveau P l u t a r q u e , mettant en\nparallèle les unes avec les autres, devrait conclure au désavantage des pre­\nmières? D a n s l'affirmative, nous remplirions en vain ces pages des noms des\ngrands h o m m e s , des héros et des saints de notre ère, dont la trace fulgurante\nest marquée à tous les endroits de l'histoire. Nous attesterions en vain des\n« caractères, tels que Grégoire V I I et Savonarole, saint François d'Assise et\nsaint I g n a c e , ou Pascal, ou Colomb, ou cent a u t r e s ; n o u s montrerions inu­\ntilement que les siècles de foi vive ont été précisément les plus é n e r g i q u e s ;\nnous parlerions sans résultat des c o m m u n e s du moyen âge et dirions de même,\npar exemple, que l'avachissement et le nivellement des caractères d e p u i s le\nxvi e siècle, et surtout d a n s les pays latins, sont dus peut-être à l'action dis­\nsolvante du droit a n t i q u e restauré, du droit romain, grâce à l'application\n"}, {"page_pdf": 672, "texte": "       DES « CARACTÈRES » DE L'IMMORALISME ET DE M. A. GIDE                              557\n\n\nduquel toute la force confisquée des citoyens est passée entre les mains du\nDieu-Etat; que les nations germaniques et anglo-saxonnes, régies aussi par le\nchristianisme, mais par d'autres principes légaux, ne semblent pas souffrir de\nla pénurie de « caractères » dont gémit M. G i d e . . .\n   T o u t e s ces raisons deviendraient subitement caduques devant le sourire iro­\nnique et fin avec lequel M. Gide les accueillerait; et il achèverait de con­\nfondre notre aveuglement par ces paroles ailées : « Polyeucte est un drame chré­\ntien par tout l'élément chrétien qui y entre, mais, en réalité, il n'est drame\nqu'en raison de l'élément non chrétien que l'élément chrétien combat ! » De\nm ê m e , lorsque l'on rencontre de la force, du « caractère » chez un chrétien,\nou cette force n'est que du fanatisme, ou ce chrétien n'a de caractère que,\nprécisément, dans la mesure où il a cessé d'être c h r é t i e n ! . . .\n    On pourrait, dans le même style, prouver que la pièce de M. Anecy,\nCes Messieurs, ou le Juif-Errant, d'Eugène Sue, ou la France juive, de M. Dru­\nmont, sont des œuvres soit cléricales, soit philosémites!\n    M. Gide exprime cette idée très juste que l'art a besoin de contrainte —\nqu'il grandit d a n s la lutte, d a n s l'effort — mais un écrivain tel que lui, qui\nn'est pas seulement un littérateur, mais un h o m m e de pensée, peut-il vrai­\nment croire que la contrainte et l'effort, salutaires dans l'art, soient nuisibles\nd a n s la formation des caractères? (1)\n    T o u t e s ces choses, M. Gide les a dites en une conférence, à la Libre Esthé-\ntique, au début de cette année et, s'il ne les publiait, à présent, gravement, en\nmanière de préface à son Saül, nous aurions été tenté de penser q u e s'ima-\nginant avoir affaire, comme son héros, à des Philistins, il s'était diverti à\nmystifier ses auditeurs. Comment, sinon, considérer la boutade suivante dont\nle comique dissimulé et flegmatique peut rivaliser, certes, avec les facéties les\nplus parfaites de l'humour britannique :\n    « U n e autre raison pourquoi le théâtre chrétien n'est pas possible, c'est que\nle dernier acte s'en passe de toute nécessité d a n s la coulisse, je veux dire\ndans l'autre vie... Gœthe l'a bien senti : c'est en plein ciel que s'achève le\nsecond Faust (drame chrétien?). C'est en plein ciel de même que se passe, je sup­\npose, le sixième acte de Polyeucte, le sixième acte de Saint-Genest. Que si ni\nCorneille, ni R o t r o u ne l'écrivirent, ce n'est pas seulement par respect des\ntrois unités, mais parce que Polyeucte, P a u l i n e , Saint-Genest, laissant au\nseuil du paradis tomber toute la passion par quoi se soutenait le drame, chré­\ntiens parfaits, complètement décaractérisés, n'ont, en vérité, plus rien à\ndire. »\n\n\n   (1) M. Gide écrit : « Le paganisme fut tout à la fois le triomphe de l'individualisme et\nla croyance que l'homme ne peut se faire autre qu'il est. » L'individualisme ? Quelle était\nla conception politique de l'antiquité? Le citoyen subordonné dans la cité libre. Socrate\nn'est-il pas mort parce que accusé d'avoir blasphémé ou méconnu les dieux de la ville ?\nD'autre part, n'est-ce pas l'invasion de l'esprit antique dans la mentalité des hommes de la\nseconde Renaissance qui, pour longtemps, a tué l'individualisme dans l'art? Quant à la\ncroyance, etc., si, vraiment, cette conception régnait, que signifierait le long effort de dis­\ncipline et d'éducation de la volonté des philosophies anciennes ?\n"}, {"page_pdf": 673, "texte": "558                                DURENDAL\n\n\n    D'où il faut inférer qu'entre autres supériorités sur les hommes nés depuis\nJésus-Christ, les anciens possédaient cet avantage de continuer de parler et\nd'agir — après qu'ils étaient morts !\n    Nous nous arrêtons : aussi bien chaque mot de cette conférence de M. Gide\nappellerait-il une objection.\n    Ces pages, d'ailleurs, sont hantées — comme la terrasse d'Elseneur! Cette\nombre que vous voyez passer et repasser entre les lignes est celle du sur­\nhomme... Après avoir décomposé la morale et biffé Dieu, Nietzsche con­\ntempla son ouvrage et connut qu'il était bon; et le sixième jour, il créa le\nsurhomme.\n    Le surhomme, si on le tire du beau costume lyrique et épique de Zara­\nthoustra, pour le saisir dans sa réalité foncière, c'est le droit du plus fort, du\nplus rapace, du plus impitoyable. Tout ce que le christianisme a mis entre\nl'homme et ses convoitises égoïstes et animales d'hésitations, de scrupules —\ntout ce qu'il a ajouté de conscience complexe et douloureuse, de délicatesse,\n d'exquisité, d'âme, en un mot, dans l'amour — le surhomme le rejette, le\nbafoue comme une ridicule et lâche entrave à la libre et souveraine expan­\n sion de ses appétits divinisés. Tout ce qui fait qu'un saint François se penche\n avec compassion sur un oiseau blessé ou un arbre meurtri, pour recueillir\n l'un et redresser l'autre; tout ce qui fait qu'un poète, comme Hugo, écoute\n retentir dans son imagination profonde et se répercuter en longs échos dans\n son cœur le cri éternel de souffrance de l'univers animé; tout ce qui pousse\n un Schopenhauer à placer la pitié dans sa philosophie d'anéantissement\n comme une lueur au seuil de vertige et de nuit de l'abîme; tout cela, le sur­\n homme le nie et le repousse.\n     La pitié, l'abnégation appartiennent, à ses yeux, à cette morale inventée\n par les faibles, et imposée astucieusement aux forts, aux surhommes, auxquels,\n sinon, à défaut d'autres moyens de défense, il aurait fallu se soumettre : c'est\n la morale rusée du renard contre le lion ou l'ours...\n     Par le temps qui court, il doit y avoir beaucoup de surhommes dans les\n prisons — ce sont, en général, des gens de caractère. Le Moyen-âge et la\n  Renaissance ont produit quelques spécimens accomplis de cette espèce :\n  César Borgia,par exemple; Jean des Bandes noires; les Scaligeri de Vérone;\n les Malatesti de Ravenne; ce Visconti qui chassait à courre dans les rues de\n  Milan et faisait faire curée à ses chiens du sang de ses sujets !...\n     Et puisqu'il s'agit de théâtre, quelle comparaison pourrait être plus indi­\n  quée pour marquer les mérites respectifs de la tragédie antique et de la\n  moderne que celle du théâtre d'Euripide avec celui de Racine — ou encore\n  avec celui de Glück? Où trouverons-nous les plus hauts caractères, le drame\n  le plus pathétique, les personnages les plus émouvants et les plus humains?\n     La fable de l'Alceste d'Euripide et celle de l'Alceste de Glück sont identiques :\n  l'héroïne fait holocauste de sa vie pour racheter celle de son époux ; mais\n  celui-ci, dans l'œuvre de Glück, ignore ce sacrifice, et lorsqu'il apprend au\n  prix de quelle existence la santé lui est revenue, il se révolte et demande à\n  vivre ou à périr avec Alceste. Dans la tragédie grecque, AdmèLe connaît que\n  ses jours ne sont prolongés qu'aux dépens de ceux d'Alceste... Il aime Alceste,\n"}, {"page_pdf": 674, "texte": "      DES « CARACTÈRES » DE L'IMMORALISME ET DE M. A.                    GIDE    559\n\n\nmais il aime encore davantage la vie et, s'il faut que l'un des deux m e u r e , il\npréfère que ce soit elle!... L'idée qu'il aurait pu se soumettre simplement au\ndestin, sans accepter qu'une autre vie, et si chère, fût immolée à la place de la\nsienne, cette idée d'homme ne le visite pas u n instant! Ce s u r h o m m e ne con­\nçoit pas le m o n d e sans lui ! tellement qu'il chasse son père de sa présence, avec\ndes outrages, en lui reprochant de n'avoir pas offert sa vieillesse en sacrifice,\npour le sauver, lui, son fils et conserver à celui-ci la jeunesse et l'amour\nd'Alceste!...\n  C'est la m ê m e fable, la même, mais entre les deux versions, celle d'Euri­\npide et celle de Glück, quelque chose a p a r u dans le m o n d e , qui a changé le\ncœur des hommes et leur caractère : la croix !\n\n                                                                ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 675, "texte": "                    Notes de Voyages\n                                   (Suite)\n\n\n\n                             L'Ame des Lacs\n                 CHAQUE paysage a une âme différente.\n                       Il en est de tragiques comme des misères cachées ou\n                    dont l'angoisse nous pénètre et nous étreint, demeure en\n                    nous bien longtemps encore après les avoir quittés. Il en\n                    est où semble s'être concentré tout l'ennui de la terre et\n                    d'autres aussi tristes que les amours des hommes. Il en\n                    est qui sont voluptueux et d'autres qui amollissent autant\n                    qu'une passion trop tendre. Il y en a, surtout, d'indiffé­\n                    rents, qui ne touchent pas, n'exaltent pas, ne phosphorisent\npas la pensée, de pareils à ces êtres innombrables qui restent devant nous\nsans paroles en même temps qu'ils nous rendent silencieux.\n    Mais dans tous les lieux, qu'ils nous émeuvent par l'âpreté de leurs roches,\nqu'ils nous endolorisent par le désespoir de leurs lignes, qu'ils nous trou­\nblent par la volupté de leurs fleurs et de leurs feuillages ou par leur atmo­\nsphère trop douce, dans tous, nous sommes sûrs de retrouver, à condition de\nne pas être à chaque retour trop différents de nous-mêmes, les mêmes âmes\nimmuables et diverses.\n    Devant les mêmes décors naissent en nous des pensées toujours pareilles et\nnous nous surprenons à songer aux mêmes places aux toujours mêmes\nchoses : à des épopées mythologiques, dans les montagnes norvégiennes, à\nl'histoire cruelle et passionnée sur les canaux de Venise, à la dureté impi­\ntoyable de la nature parmi les neiges de la Russie. Une mélancolie sereine\nnous enveloppe inévitablement au fond des forêts suédoises et nous ne pou­\nvons nous empêcher de rêver à l'art et à l'amour devant les temples en ruines\n et la mer bleue de la Grèce.\n    C'est que l'âme de toutes ces contrées prend contact avec la nôtre, la\npénètre de sympathie et la remplit de souvenirs. Mais cette âme, qui souvent\nnous devient intime au point de nous faire nous attacher à un coin du monde\n ou de nous donner à jamais, quand nous l'avons quitté, le désir de le revoir,\n est toujours identique et parfois elle peut lasser.\n    Dans toute admiration pour un paysage, il y a un peu d'amour comme\n"}, {"page_pdf": 676, "texte": "                              NOTES DE       VOYAGES                             56l\n\n\ndans toute admiration pour une femme. Il n'est d'exception à cette règle que\npour ceux où s'encadrèrent nos premières années et que nous aimons jusqu'à\nnos derniers jours parce qu'ils ont, eux, un caractère familial. Les autres, ils\nnous déçoivent quelquefois à un retour, ainsi qu'une amie qu'on ne retrouve\nplus aussi belle ou qui, en une fois, s'est trop montrée toute entière. Le\ncharme des femmes est d'avoir en réserve, pour l'homme qui les aime, une\nqualité et parfois même un défaut, à faire connaître et resté insoupçonné.\n Elles doivent être comme ces pierres rares où le soleil allume des rayons tou­\njours nouveaux, toujours imprévus, gardant en même temps que quelque\nchose de durable puisqu'ils renaissent sans fin, quelque chose de subtile et de\nfragile puisqu'ils sont insaisissables.\n   Parmi les paysages, ce sont les lacs, et c'est l'âme des lacs qui apportent\n cette impression précieuse.\n    Comme ils sont changeants, toujours différents d'eux-mêmes, divers eux\n qui changent si peu, qu'enferment au loin les mêmes rivages, les mêmes\n montagnes, et dont les vagues, formées et déformées sans cesse, sont faites\n d'une eau éternellement la même et cependant éternellement renouvelée.\n    Ils ne sont pas comme les bêtes qui grandissent et vieillissent, comme les\n plantes qui ont des fleurs qui se fanent, les arbres qui se chargent de feuilles\n et de fruits qu'ils perdent; ils restent ce qu'ils ont été, ils resteront ce qu'ils\n sont et, pourtant, quelle vie ils contiennent et comme, à chaque instant de la\n journée, la nuance du ciel modifie leur apparence.\n    Le matin, ce sont des vapeurs blanches qui s'élèvent, parfois si suggestives,\n des oiseaux qui s'envolent et sont un peu comme l'âme du lac qui aurait pris\n des ailes; c'est le réveil des plantes dépliant leurs tiges et leurs fleurs nourries\n au cœur de l'eau.\n    Puis le lac s'assombrit, s'éclaircit, absorbe des reflets, s'en emplit jusqu'à\n ses plus grandes profondeurs ; le vent le ride, l'enfle, lui donne des airs de\n colère. Les vagues prennent l'élégance de certains gestes humains; le soleil\n y pénètre; il semble que chacune de leurs ondulations remue des plaques\n d'argent ou des morceaux de miroirs qui renvoient la clarté du ciel.\n    Puis arrive le soir et c'est, dans l'eau, toute la floraison lumineuse des étoiles.\n    Et, toujours, c'est la brise qui passe et transporte un bruit de paroles, le\n murmure des herbes souples et, sur les pierres, le clapotis des flots, doux\n comme des vers, la chanson de l'eau charmante...\n    Aux lointains les yeux se perdent, la pensée s'en va librement, alourdie\n d'une rêverie grisante que ne donne pas l'infini de la mer. La mer\n âpre, trop cruelle; elle évoque trop le souvenir de ces impératrices inassou­\n vies qui ne voulaient des amants que pour les faire mourir.\n    Ainsi, l'âme des lacs fascine, apaise, fait songer. Toujours autre, elle ne lasse\n jamais, car ses fureurs même ont une beauté qui séduit. Peu à peu on la fait\n sienne cette âme, elle devient une âme amie, toujours nouvelle comme l'eau qui\n change éternellement sans pourtant se modifier. Il n'en est pas de plus douce,\n ni de plus attirante. C'est qu'au fond des lacs veillent des âmes de femme.\n                                                                    G. D'ARSCHOT.\n   (A continuer.)\n"}, {"page_pdf": 677, "texte": "       Gazette des Faits et des Livres\n                                                               Zonhoven, 15 août.\n\n                  VANITÉ des livres quand la nature est si belle ! Et de confronter\n                      le spectacle de l'Eté en délire de lumière et de couleurs\n                      avec le reflet qu'en peut donner la plus « artiste écriture »,\n                      la désillusion est déconcertante et pénible! Dans le calfeu­\n                      trement des appartements citadins, à la lueur factice de la\n                      lampe d'hiver, telle esquisse champêtre paraîtra vraie et\n                      sera apporteuse de charme qui, relue et revue dans la\n                      perspective des blés jaunissants et parmi l'arôme résineux\n                      des sapins, suppliciera comme un mensonge. Combien\npeu nombreuses, combien rares les œuvres qui ne sortent annihilées ou, du\nmoins, diminuées de cette confrontation avec la nature-modèle! Souvenez-\n vous de Mme Sand et de son « paysagisme » enrubanné de fioritures, de\nconventions et de mièvreries : du moment que la critique fut mise en posses­\nsion d'une faculté visuelle plus juste et plus exacte, toute cette littérature de\nparavent dégringola au rang des œuvres qu'on estime — sans les relire.\n    Il n'y a pas que dans le genre directement descriptif que l'absolue sincérité\nest de plus en plus exigée; l'évocation du passé, sous la forme attachante du\nroman historique, est subordonnée à des conditions d'une telle rigueur que,\nsur cent essais, à peine une œuvre est retenue ! L'érudition la plus copieuse\net la plus scrupuleuse n'est point jugée ici suffisante — quand elle n'est point\nvivifiée par une imagination en concordance harmonique avec les événements\n et les êtres qu'il importe de faire resurgir par la magie du style ! Des atavismes\ndivers semblent peser sur ceux que l'art toucha de son aile frémissante ; écrire,\ndans le sens de ces atavismes, est la condition du chef-d'œuvre : Théophile\nGautier était un Italien de la Renaissance, et son Voyage en Italie porte la\nmagistrale empreinte de ses nostalgies; les Goncourt promenèrent, au centre\ndu xixe siècle, la curiosité fine, frissonnante et nuancée, de grands seigneurs\ndu temps de Louis XV; par contre, Flaubert, réaliste et génial terrien du\nRouennais, commit l'erreur de vouloir faire remonter sa généalogie artistique\nà la Carthage de Salammbô.\n   Eugène Demolder est un authentique Flamand. Dans toute notre littéra­\nture, il n'est pas d'artiste qui davantage réunisse en lui les signes incontes­\ntables de la race : l'amour de la force, le sens de la volupté et le génie de la\ncouleur — avec, en sourdine, ce mysticisme très spécial, très humain et\n"}, {"page_pdf": 678, "texte": "                    GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   563\n\n\npresque positif que connut le Teniers des Tentations de saint Antoine. A ce point\nde vue, la Route d'Emeraude est, vers l'ancestral génie flamand, un geste d'hom­\nmage, qui restera inégalé! C'est l'interprétation-type, l'évocation idéale,\nl'écho absolument adéquat de toutes les puissances esthétiques de l'âme\nflamande.\n    L a valeur de la Route d'Emeraude, le succès aussi que le livre conquit d'em­\nblée d a n s le m o n d e artistique démontrent en quel sens, pour produire son\nsuprême effort, le talent de Demolder doit être dirigé; par quelle fantaisie\ndonc — qui fut une erreur — ce compréhensif habitué de l'atelier de J o r d a e n s ,\ns'orienta-t-il s o u d a i n vers les boudoirs parfumés du XVIIIE siècle? P o u r les\na d m i r a t e u r s de Demolder, le Jardinier de la Pompadour (1) fut u n e déception.\nN o n , certes, que l'œuvre n'ait de hauts mérites. U n écrivain c o m m e Demolder\npeut se t r o m p e r ; il ne saurait faire médiocre. E t je dirai tout de suite mon\nadmiration un peu étonnée pour l'énorme et méticuleuse érudition qui fait le\nfond de l'ouvrage : que de recherches patientes, continues et tatillonnes doit\nreprésenter ce rassemblement des détails de m œ u r s , de costumes de botanique\nd'un siècle — qui fut tout en détails! J'ajouterai que de nombreuses scènes\ndu r o m a n ont la grâce légère, élégante, vaporeuse et évaporée des toiles de\nW a t t e a u , de F r a g o n a r d et de L a n c r e t , et qu'ici encore Demolder fut un\nmagique transpositeur. Mais toutes ces fragmentaires beautés ne peuvent\nsauver l'œuvre ni de la lenteur d'une intrigue trop simple pour être si longue­\nment délayée, ni d'une multiplicité d'incidents particuliers qui entravent l'unilé\nd'impression, ni surtout, défaut essentiel, du m a n q u e de vie... D a n s toutes\nces pâles, factices et frivoles péripéties du « jeu de l'amour et du hasard », je\nne retrouve point le Demolder aimé et sa verve puissante, colorée et animée.\n Si l'esprit, u n joli esprit, erre d a n s les parterres du Jardinier de la Pompadour,\n l'âme en est exilée.\n    Qu'il soit facile à E u g è n e Demolder de retrouver cette âme et de rentrer\ndans la norme de ses origines artistiques, j ' e n ai pour preuve l'exquis\nvolume qui parut ces jours derniers : L'Arche de Monsieur Cheunus (2), série de\npetits tableautins, fortement et savoureusement b u r i n é s , où Demolder a\ndéposé avec délectation ses goûts et ses rêves d'ancien bourgeois flamand,\n égaré à P a r i s . . . Monsieur Cheunus, c'est E u g è n e Demolder — retrouvé.\nA lleluia !\n                                            *\n                                           * *\n\n   C'est u n passé plus lointain, aux ombres plus étrangères et plus mysté­\nrieuses que ressuscite le beau et noble livre de M. Raphaël Petrucci : La Porte\nde l'Amour et de la Mort (3).\n   E n vérité, je n'aime pas le titre de l'œuvre ; il me paraît bien étriqué, bien\nimprécis et presque u n peu risible, tant la lutte d'idées, à laquelle il sert de\n\n\n  (1) Paris, Mercure de France.\n  (2) Paris, Mercure de France.\n  (3) Paris, Félix Juven.\n"}, {"page_pdf": 679, "texte": " 564                              DURENDAL\n\n\n frontispice, tantôt descend à des profondeurs insoupçonnées d'émotions, tan­\n tôt s'élève aux plus altiers sommets de la pensée : M. Petrucci a tenté — et a\n réussi admirablement — la confrontation de deux civilisations, le choc de\n deux peuples, la rencontre de deux idéals : le lettré chinois Huang-Ti qui,\n diplomate ou guerrier, porte, sous sa tunique officielle de mandarin, une\n intellectualité tout imprégnée de la sérénité fataliste du bouddhisme, est\nappelé à escorter vers sa patrie moscovite la jeune princesse russe Eudoxie,\nexquise âme de slave et de chrétienne, très femme par le cœur, presque virile\npar l'esprit... Durant les chevauchées à travers les steppes, pendant les\nhaltes sous le ciel étoile, enfin au cours des entretiens dans le prestigieux et\nmélancolique « Palais rouge », Huang-Ti et la Princesse échangent, sur la\nVie et la Destinée, des aspects dont quelques-uns ont la calme et altière gran­\ndeur de dialogues platoniciens. Des décors de nature, d'une intense vérité\ncoloriée, soulignent ces conversations et paraissent être les réverbérations,\ndans les choses ambiantes, des idées agitées. Et, à l'arrière-plan de l'action,\nen une fresque de bataille âprement et somptueusement brossée, les deux\nraces auxquelles appartiennent Huang-Ti et la Princesse s'entre-tuent en une\nmêlée formidable.\n   Dans ce livre, où tout est beauté, j'ai goûté particulièrement la magistrale\nfinesse psychologique avec laquelle l'auteur analyse le passage, dans le\ndomaine du sentiment, de la communion intellectuelle survenue entre le\nmandarin et Eudoxie : insensiblement, presque inconsciemment, le raisonne­\nment se transforme en sympathie et la sympathie en amour ; à cette trame\ntissée de rêves d'or se mêlent peu à peu les fils noirs des destins contraires :\nla Princesse se cabre de toute son ombrageuse et farouche fierté de chré­\ntienne contre le sceptique et trop doux Nirvana où la convie le mandarin ; et\ncelui-ci répugne, d'une répugnance instinctive et ancestrale, au dogmatisme\nimpérieux d'Eudoxie, qu'il juge être une religion d'affres intellectuelles et de\nterreurs physiques; la lutte entre deux âmes faites pour se comprendre et\ndeux esprits d'une égale et entière bonne foi, est longue et pleine d'angoisses,\nmais représentative de l'opposition séculaire de deux races et de deux\ncroyances, elle devait aboutir aux poignants déchirements d'une rupture :\nHuang-Ti retourne dans sa patrie et s'ensevelit mélancoliquement dans les\nlambeaux de ses songes déçus ; la princesse Eudoxie revêt le cilice du plus\nrigoureux mysticisme et châtie ainsi sa pensée et sa chair coupables d'avoir\nosé aimer et désirer l'Infidèle.\n   Je ne connais point M. Raphaël Petrucci ; j'ignore si nous avons la même\nfoi ; mais d'avoir lu son œuvre me fait admirer en lui, autant qu'un écrivain\nd'une incomparable puissance d'évocation, un homme à l'âme droite, com-\npréhensive, tolérante — d'une scrupuleuse et exemplaire sincérité.\n\n                                          *\n                                      *       *\n   Il m'est arrivé souvent, au cours de visites professionnelles dans des asiles\nd'aliénés, de me dire quelle œuvre intéressante et originale serait en puissance\ndans les observations qu'un écrivain, à condition qu'il sût voir et observer,\n"}, {"page_pdf": 680, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                           565\n\nglanerait dans ces milieux de douleurs et de fatalité. L'auteur qui assumerait\ncette tâche ou bien se contenterait de notations personnelles tout extérieures\net de surface ou mieux se « mettrait dans la peau » des malheureux séques­\ntrés, analyserait leurs sensations, vivrait leurs incohérences, leurs égarements\n et leurs morbidités. C'est cette seconde méthode que, voulant faire le roman\nde la folie, a choisie M. John-Antoine Nau. Force ennemie (1), que l'Académie\n Goncourt a couronnée, est le journal d'un aliéné enfermé dans un asile et qui\nsubit dans ses instincts et dans ses actes la poussée d'un esprit dont il se croit\npossédé. Cet esprit combine, pense, agit, et le pauvre fou n'est que l'exécuteur\nmécanique de ce tiers impulsif. Parfois l'esprit s'absente et sa victime, alors\nlibérée de son dominateur, rentre dans la norme. Mais, au coin du chemin,\nl'intrus guette — et le voici revenu, et reprenant possession de son domaine\n— et les gestes effrénés de démence recommencent, s'accentuent, atteignent\nles extrêmes vertiges de la passion ou du ridicule. C'est une vraie marche de\njuif errant, franchissant tous les cercles de la Raison. Et à mesure que le livre\navance et que les excentricités et les débridements se développent et\ns'exagèrent, grandit chez le lecteur l'angoisse de cette géhenne intellectuelle\nque régit l'implacable Anankédes nervosités déséquilibrées. C'est trop vraiment,\ntrop de souffrances et trop d'inconsciences, et l'on demanderait grâce si l'art, un\nart où domine une intense faculté d'analyse, n'aigrettait de beauté tragique\nles stations de ce calvaire. Dans telles pages — nombreuses — de ce mémo­\nrial de la démence, M. John-Antoine Nau nous dispense le souverain frisson\n d'Edgar Poë.\n    Force ennemie, outre un beau livre, est une bonne action courageuse : en ce\n temps de triomphante imbécillité Combiste, il y a quelque vaillance à démon­\ntrer à quels pitoyables résultats aboutit la laïcité, quand on lui confie la garde\net la charge des pires déchéances humaines. Les infirmiers et infirmières de\nl'asile Vasselot n'ont point de préjugés — ah ! certes non — pas plus qu'ils n'ont\nde cœur. Ce sont des fonctionnaires qui s'acquittent d'une corvée; ils se\njugent trop peu rémunérés pour faire des frais de dévouement ; et dans l'ac­\ncomplissement de ce que d'autres assument comme une mission, ce qui est\nfraternel leur est étranger !\n                                        ***\n\n   Le désarroi moral où tournoie le pays d'Edgar Combes, de Thérèse Hum­\nbert et de Mgr Geay, paraît, au sens de beaucoup d'esprits éminents, avoir\npartiellement sa cause dans le Divorce. M. Paul Bourget, à son tour, aborde\nla question (2). Pour l'auteur de l'Etape, examiner ce problème, c'était le\nrésoudre dans le sens de la tradition et de l'Eglise — et M. Bourget apporte\ndans cette démonstration son habituelle et déliée puissance psychologique et\ntoutes les ressources de son éloquence très convaincue, très émouvante,\nencore qu'un peu solennelle : par la logique de leurs attitudes et les péri-\n\n\n  (1) Éditions de La Plume, Paris.\n  (2) P. ROURGET : Un Divorce, Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 681, "texte": "566                                 DURENDAL\n\n\npéties du drame serré et poignant qui se joue entre eux, les héros du livre, la\nfemme divorcée et remariée, le second mari, le fils du premier mariage, et la\n« Cerveline » — étudiante féministe — dont ce fils s'est épris, attestent, ou\npour mieux dire vivent tous les tragiques malentendus que le divorce apporte\navec lui. Et s'il est un reproche à faire à M. Bourget — reproche d'un défaut\nancien et invétéré — c'est d'avoir ralenti et entrecoupé cette action probante,\npéremptoire, et saisissante par des considérations longuement développées\nqui relèvent moins du roman que de l'apologétique. Il est vraiment à\nregretter qu'en rentrant dans l'idée chrétienne, l'écrivain du Disciple ait cru\ndevoir se faire pardonner sa qualité de romancier, en revêtant si souvent la\nlivrée d'un frère prêcheur — le frère prêcheur désabusé de la laïcité française.\nLa pensée catholique ne gagne pas grand'chose à ces prosopopées évidentes\net le roman y perd un peu de ce qui fait son intérêt et son mérite.\n\n                                         ***\n   Après l'Inde, la Perse : M. Pierre Loti continue son tour du monde, et il\nest à espérer, pour notre joie, qu'il l'achèvera et que beaucoup de livres encore\nsuccéderont à tant de livres d'une si originale dosimétrie de force et de simpli­\ncité, d'émotion et de spontanéité... J'aime mieux M. Loti quand il chevauche\n« vers Ispahan » (1) que lorsqu'il « interviewe » les sages de Benarès; son\nâme m'intéresse peut-être moins que son imagination; philosopher sur les\nreligions n'est point le fait de ce pur instinctif dont la destinée fut surtout de\nvibrer à toutes les beautés de l'art et de la nature ; une fois de plus, il a vibré\nmerveilleusement au contact des grandioses et mélancoliques splendeurs\nséculaires de la Perse. Dans cette œuvre — comme dans les œuvres anté­\nrieures de Loti — on chercherait vainement des renseignements historiques,\npolitiques et industriels... Vanité que tout cela pour cette sensitive errante\nqui n'a d'autre souci que d'harmoniser ses sentiments avec les spectacles\nambiants et d'extraire de ceux-ci leur maximum d'impression : une commu­\nnion parfaite s'établit entre l'intellectualité de l'artiste et les êtres et les choses\nque visite sa rêverie, et cette communion est faite d'idées générales qui sont\nl'éternel ressort de l'émotion humaine : le regret du passé, le culte du souvenir,\nla fragilité de l'homme en présence de la pérennité dédaigneuse de la nature ;\net ces idées sont moins interprétées qu'énoncées dans un style — dont\n M. Pierre Loti emportera le secret avec lui — qui joint le minimum de\nmoyens d'expression au maximum d'intensité de sensations. Les ruines\ngrandioses et croulantes de Cheraz et d'Ispahan, l'immensité tragique\ndu désert, les palais de Darius el de Xerxès ont inspiré à M. Fierre Loti\ndes pages dont aucune peinture ne saurait égaler l'émouvante puissance.\n Qui donc demanda un jour à M. Loti de « se renouveler »?... Félicitons-nous\n plutôt que M. Loti reste pareil à lui-même et que ses livres nouveaux demeu­\n rent égaux aux livres anciens : le petit ami de Rarahu n'a point vieilli.\n                                           *\n\n\n  (1) Paris, Calmann-Lévy.\n"}, {"page_pdf": 682, "texte": "                      GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                   567\n\n\n     L e s frères Margueritte sont de probes et laborieux artistes — labor\nimprobus! — et ambitionnent le rôle de Goncourt de l'histoire la plus contem­\nporaine. La Commune (1) termine l'évocation d'une « époque » des destinées\nfrançaises, violenle et d o u l o u r e u s e entre toutes. U n e érudition scrupuleuse,\ndes recherches difficiles et patientes sont à la base de ces livres que distingue,\nd u reste, dans leur but et leurs tendances, u n e parfaite droiture de pensée et\nun méritoire souci d'impartialité. J'ajouterai que, doués du talent peu ordi­\nnaire de conter, les frères Margueritte profèrent d a n s leurs œuvres des beautés\nfragmentaires de premier ordre ; mais pour parvenir à ces oasis d'art, il faut\ntraverser malheureusement — et c'est le cas encore pour la Commune — des\nincidents secondaires, longs et ralentissants; trop de documents d'histoire,\nindigérés, insuffisamment fusionnés dans l'action principale, encombrent la\nroute du lecteur. E t au terme de ces 638 pages, le souvenir de tels épisodes\nd r a m a t i q u e m e n t et nerveusement vivants, est desservi par l'agacement q u ' e n ­\ngendre cette méthode de compilation à outrance et de documentation effrénée,\nque les frères Margueritte, pour faire contre-partie à Zola, ont eu le tort illo­\ngique d ' e m p r u n t e r à cet immortel « concasseur de moellons » !\n\n                                              *\n                                             * *\n\n   J e regrette, au terme de cette trop copieuse gazette, de n e pouvoir motiver\nen détail m o n admiration pour Mihien d'Avène (2) où Maurice Desombiaux,\ncette loyale conscience d'artiste travailleur, continue ses études des m œ u r s\nwallonnes. Cette histoire tragique du ver de terre — u n c h e m i n e a u ! — amou­\nreux d e la fille de son fermier — l'étoile! — a pour cadre pittoresque et\nvivant des sites a r d e n n a i s , croqués avec délectation et est soulignée d'épisodes\npopulaires, débordant de la saveur du terroir.\n   E t voilà que M. P i c a r d réédite son hallucinant Juré (3) en l'adaptant à sa\nthéorie déjà a n c i e n n e du monodrame qui confond en u n e seule entité l'auteur\ndramatique et l'acteur. Si la réforme préconisée a le tort de simplifier à l'ex­\ntrême u n genre dont l'essence est dans les effets variés et multiples, l'œuvre de\nM. P i c a r d , présentée sous sa forme nouvelle, n'a rien p e r d u de sa nerveuse et\nempoignante puissance. Ce reste de l'Edgar P o ë — vécu!\n\n                                                            FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                                         *\n\n\n\n  (1) Paris, Plon.\n  (2) Paris, Juven.\n   3) Bruxelles, Lacomblez.\n"}, {"page_pdf": 683, "texte": "                         LES LIVRES\n\nM o l i è r e e t l a V i e , par HENRI DAVIGNON. — (Paris, Fontemoing.)\n   M. Henri Davignon nous a donné naguères d'agréables bluettes, des pièces\nde paravent, menues et mièvres; elles ne faisaient point présager l'importante\nétude qui nous occupe aujourd'hui. On trouve dans Molière et la Vie, cette\nforme méthodique et solide, dont parle quelque part Edmond Picard, et où\ncelui-ci reconnaît le bon ordre et le bon sens, qualités essentielles de notre\npays. Ces qualités ne pouvaient trouver meilleure application. Molière est,\nsans doute, le génie le plus naturel de la littérature française.\n   Sachons gré à M. Davignon de son travail considérable; il donne la mesure\nde ses forces avec une vaillance joyeuse. Partout, dans ce livre très compact,\nle lecteur a l'impression d'un labeur accompli, tandis que les lèvres sourient.\nLe cœur s'offre ici en même temps que l'esprit.\n   Avec assurance, dès le début l'auteur nous dit ce qu'il voulut montrer et\nprouver. Il exprimera l'actualité et la vérité éternelles de Molière, à travers\nl'amour, la peinture sociale de son époque, les aspects douloureux et tra­\ngiques de la vie. Et les chapitres de ce livre développeront des idées; ils ont\npour titre : Molière et les Femmes, Molière et la Bourgeoisie, Molière et les Petites\nGens, Le Drame dans Molière.\n   Nous suivrons ces classifications ingénieuses, sans chicaner M. Davignon,\nsi l'entrain qu'il apporte à son œuvre rend son style parfois négligé. Pourquoi\nles femmes n'aiment-elles point Molière'? C'est que le Contemplateur, ayant les\nqualités du parfait réaliste, repousse le romanesque. Ses personnages sont\nmoyens, l'amour n'apparaît pas comme le principal ressort de l'action drama­\ntique, mais il est amené à propos d'un personnage. Et M. Davignon embrasse\nl'œuvre du Maître et s'arrête à chacune de ses incarnations féminines. Il sou­\nligne l'honnêteté de la femme chez Molière et il en trouve le motif dans\nl'esprit profondément chrétien qui imprègne leXVIIesiècle. Molière estimait\nque « la femme mariée ne doit pas avoir d'histoire », affirme M. Davignon.\n Nous le croyons sans peine, et d'autant plus volontiers que le Grand Comique\npouvait le disputer à George Dandin et à Sganarelle, quant au nombre des\ninfortunes conjugales dont son épouse le rendit victime. M. Davignon aurait\n pu ajouter à son livre un chapitre piquant, où comparant la fiction et la\n réalité, il nous eût montré combien souvent les pièces du Maître reflètent les\n situations de son existence.\n    « Le mélange des classes sociales », voilà ce que M. Davignon veut étudier\n dans Molière et la Bourgeoisie. Notre critique expliquera les préférences de\n"}, {"page_pdf": 684, "texte": "                                          LES LIVRES                                            569\n\nMolière p o u r le tiers état. L u i - m ê m e appartient à la vieille bourgeoisie ;\nil regarde, il observe les siens, il les transporte d a n s son théâtre. Des pages\ncharmantes évoquent la jeunesse de Molière. L e père et la mère du petit\nP o q u e l i n se meuvent d a n s un décor exquis, et ils sont silhouettés avec\ninfiniment de grâce. Nous jetons ensuite un coup d'œil général sur la société\nbourgeoise et noble de l'époque, et nous a p p r e n o n s c o m m e n t Molière, fort\nde l'appui de Louis X I V , osa mettre en scène ces bourgeois et ces nobles,\nen m o n t r a n t des préférences p o u r les premiers. L e m o n a r q u e prévoyait-il\nle rôle p r é p o n d é r a n t qui devait échoir à la classe m o y e n n e , dans les luttes\npolitiques de l'avenir?... Enfin, si Molière affectionne le bourgeois, c'est\nencore parce q u e celui-ci offre les aspects de « l'homme normal » et possède\nu n fond de g r a n d e h o n n ê t e t é .\n    Les Petites Gens de Molière ont l'apparence complète de la réalité.\nT o u c h a n t la moralité de cette a p p a r e n c e , M. Davignon constate plaisamment\nque tout en étant malhonnêtes, les petites gens restent s y m p a t h i q u e s . . . N e\nsont-ils pas les protecteurs nés de la jeunesse et de l ' a m o u r ? . . .\n     L e livre se termine par l'étude du d r a m e « l'entrevision du d r a m e » d a n s\nl'œuvre immortelle. « Molière ne p e r m e t que le pressentiment de l'impression\nfrissonnante. Elle ne viendra pas. On a cessé à peine u n e seconde de rire, et\nl'on r e c o m m e n c e . . . » E t les exemples a b o n d e n t . L ' a u t e u r prouve la véracité\n de cette constatation en parcourant, à ce point de vue, l'Ecole des Femmes,\n Don Juan, le Malade Imaginaire, le Tartuffe, l'Avare, le Misanthrope...\n     L e livre de M. Davignon mérite donc de vifs éloges. On pourrait regretter\nque le côté p u r e m e n t littéraire — la netteté de la prose, le son clair de la\nversification moliéresque — n'ait pas tenté l'intelligence curieuse du critique.\n Il s'est volontairement écarté de pareille étude, qui ne rentrait d'ailleurs pas\nd a n s la matière prévue par le titre du livre.\n     N é a n m o i n s , M. D a v i g n o n professe pour l'extérieur classique u n a m o u r\nfervent. Il confronte avec les lettres du g r a n d siècle, la production m o d e r n e ,\net parlant des œuvres de psychologie concentrée, de l'art actuel, du théâtre\n en dedans (l'expression est de lui), M. D a v i g n o n ne craint pas de dire :\n « Ibsen et les dramaturges du N o r d y ont centralisé leur système dramatique\n et cela s'accorde avec les brouillards qu'il y a toujours pour nos esprits-latins\n a u t o u r de ces sentimentalités et de ces psychologies Scandinaves. » Au\n XVIIIe siècle, certains esprits latins refusaient également de c o m p r e n d r e\n S h a k s p e a r e , et le traitaient même de b a r b a r e . . .\n                                                                                           G. V.\n\n E n P r o v i n c e , par R E N É BAZIN. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n     Voici encore un livre attestant, sous des formes diverses, les d o n s d'obser­\n vation et le talent descriptif de René Bazin. Dans une jolie préface, l'auteur\n nous raconte comment il fut amené à collaborer aux Débats où p a r u r e n t\n pendant trois années ces chroniques sur la vie de province en F r a n c e ,\n actuellement réunies en u n volume. On pourrait les répartir sous trois\n r u b r i q u e s . Ce sont G abord quelques passages finement détaillés, retraçant\n divers coins ignorés de cette France si attrayante et si peu c o n n u e . P u i s des\n"}, {"page_pdf": 685, "texte": " 570                              DURENDAL\n\n\nesquisses de mœurs, à notre avis la partie la plus forte et la plus approfondie\ndu livre. Citons une charmante étude de philosophie attendrie sur les enfants,\nles pages remplies d'observations originales que l'auteur consacre aux vieilles\nmaisons, au rôle important qu'elles exercent dans l'existence provinciale, le\nchapitre intitulé : Portraits de femmes, sorte de diptyque ingénieux faisant\nressortir, en leur forme particulière et par leur contraste même, le dévouement\nde deux vies de femmes, dont l'une est patricienne et l'autre bourgeoise, le\nVieux quartier, diptyque d'un autre genre mettant en relief l'opposition des\ndeux parties de la ville, la cité vieille paisiblement endormie dans le passé et\nle faubourg jeune, vivant et laborieux, le chapitre instructif sur les Ambulants\nde la Campagne, enfin et surtout plusieurs études remplies d'esprit et de verve\nsur l'intellectualité de la province, son mode de vie et de conception artis­\ntique, ses sociétés savantes figées et inertes, sur les mesquineries du journa­\nlisme dans les petites villes. Sous une troisième rubrique, celle des récits,\npeut se ranger une série d'historiettes dont l'intérêt réside en des types idéals\nou curieux décrits par l'auteur avec précision et avec amour.\n                                                                      G. DE G.\n\n D u C a i r e à MOSCOU, contes de la grande armée, par E. GUILLON.\n   — (Paris, Plon.)\n   M. Guillon connaît à merveille l'époque napoléonienne. Dans ces contes,\nqu'il narre avec beaucoup d'entrain, il y a des histoires d'amour dans les\ncamps ; ce n'est pas ce qu'il y a de meilleur. Je préfère les pages où il\nesquisse les figures des grands généraux, où il peint le soldat français avec\nson beau mépris de la mort. Il y a là de la vie jeune et glorieuse que l'auteur\névoque avec un grand souci de vérité.\n\nTerre maternelle, par le Vte DE MIRAMON-FARGUES. — (Paris, Plon.)\n   C'est la thèse de René Bazin dans La Terre qui meurt, celle de Pierre\nl'Ermite dans La Grande Amie : Retournons à la terre qui est l'amie, la mère.\nM. de Miramon donne comme cadre à son intrigue la terre d'Auvergne.\nCe lui est sujet à de bonnes descriptions. Il y a dans ce livre l'histoire d'une\ncampagne électorale qui est vécue. Les caractères manquent un peu de\nlignes, mais le roman est en général d'une bonne tenue.\n\n L e S e r g e n t D e B r u y n e , drame patriotique en quatre actes, par\n    F. MARCHAL. — (Namur, Picard-Balon.)\n   Parlant du sergent De Bruyne, Mme Séverine écrivait : « Tu es venu\ntrop tard, petit sergent, Pindare est mort! » C'est en effet une grande figure\nque celle de ce petit sergent belge, qui, très simplement, au fond du continent\nnoir, renouvelait le geste héroïque de Régulus retournant à Carthage pour\nmourir. Quel Pindare le chantera? Ne trouvera-t-il pas le poème immortel\nqui le consacrera pour la postérité, dans l'épopée de Toute la Flandre, que\nprépare notre grand Verhaeren ?\n   En attendant que la voix des poètes chante ce geste, M. F . Marchal en a\nfait le sujet d'un drame patriotique. Son désir est d'apprendre aux enfants de\n"}, {"page_pdf": 686, "texte": "                                        LES LIVRES                                          571\n\n\nla Belgique qu'ils trouveront dans notre histoire des actes mémorables de\ng r a n d e u r et de noblesse. Ce drame convient surtout aux collèges, patronages,\nsociétés de jeunes gens. Il a été joué avec succès d a n s u n petit collège du\nLuxembourg.\n\nContes et Légendes du vieux Japon, par la comtesse DE PIMO­\n    DAN. — (Paris, P l o n . )\n     Ils sont délicieux, ces contes et légendes du vieux J a p o n , ces récits popu­\nlaires autoctones, d'avant l'américanisation de l'Empire du Soleil-Levant.\n    Ce sont des contes à la Perrault. Contes de fées, allégories simples et\nnaïves, histoires de revenants et d'esprits mauvais. Ils ont la saveur particu­\nlière de tout ce qui touche à l'âme d'un peuple-enfant, d'une race en forma­\ntion. Oyez quelques titres : « L e moineau à la langue coupée. — Histoire du\nvieillard qui faisait refleurir les arbres morts. — Où l'on verra comment les\nr e n a r d s ensorcelèrent un h o m m e et lui rasèrent la tête. »\n    Ajoutons que la traduction française de Mme la comtesse de P i m o d a n s'est\nattachée à rendre habilement la naïveté des récits, qui gardent leur bonne\nsaveur de folklore.\n\nP a u v r e e t d o u c e C o r é e , par GEORGES DUCROCQ. — (Paris, H . C h a m ­\n    pion. )\n    M. Ducrocq a réuni, dans ce petit livre charmant, des notes qu'il a prises\npendant ses séjours au pays du Matin-Calme. Ces notes, illustrées de clichés\np h o t o g r a p h i q u e s , décrivent le pays, les maisons, les habitants, p e i g n e n t les\ncoutumes et les mœurs de ce peuple gentil, affiné, pauvre et rêveur.\n    M. Ducrocq décrit de façon lumineuse, il a sur sa palette les tons calmes\net frais qui conviennent, et il raconte avec b e a u c o u p de c h a r m e .\n                                                                                      E. N.\n\nLes Saints : Saint Wandrille (VIe-VIIe siècle), par DOM BESSE.\n    — ( P a r i s , Lecoffre.)\n    F o n t e n e l l e , l'antique moutier mérovingien, fondé p a r saint Wandrille\nen 64g et détruit par la Révolution française après onze cent cinquante ans de\nr a y o n n e m e n t religieux, connut, à la fin du siècle dernier et à l'initiative des\nBénédictins de L i g u g é , un bref renouveau a u q u e l la proscription régnante\nne permit pas de s'épanouir.\n     Il appartenait à u n moine de cette savante congrégation de se constituer\nl'historiographe des origines de ce monastère et de la carrière apostolique de\nson fondateur.\n    Dom Besse a rempli la tâche qu'il s'était donnée avec le talent q u ' o n lui\nconnaît et avec le souci de l'exactitude, l'étude soigneuse et contrôlée des\nsources, qui sont de tradition chez les m e m b r e s de l'école historique\nbénédictine. L e récit qu'il nous fait de la vie de saint W a n d r i l l e , élevé dans la\nscola palatine du roi Dagobert, h a u t dignitaire, plus tard, de la cour de\ncelui-ci, puis jeté à la vie religieuse par u n e irrésistible vocation, est des\nplus complets et des plus attrayants.                                             A. G.\n"}, {"page_pdf": 687, "texte": "572                             DURENDAL\n\n\nCercle littéraire des anciens élèves du collège Saint-\n Michel. — Rapport sur les travaux de l'année1902-1903,par FRANCIS\n   HOUTART. — (Bruxelles, Vromant.)\n   Ce petit rapport est écrit avec élégance. Nous le signalons avec plaisir et\nattirons l'attention sur ce jeune cercle si vivant et bien sympathique, que\ndirigea avec tant de tact, pendant longtemps, le bon Père Gravez, décédé récem­\nment et dont un beau portrait orne cette plaquette. Les aspirations de ce\nJésuite intelligent et distingué qui comprit la jeunesse, l'aima et en fut aimé,\nétaient très élevées. « Il voulait, dit Francis Houtart, initier une jeunesse\nenthousiaste à la carrière littéraire si peu appréciée, si mal récompensée en\nBelgique. Il voulait compléter notre éducation intellectuelle, nous habituer\nà marcher de l'avant en tablant sur nos propres forces, nous accoutumer à\nl'initiative personnelle. »\n   Il est rendu, dans ce rapport, un bel hommage à notre regretté et charmant\npoète Charles de Sprimont, qui fut en son temps président de ce vaillant\ncercle et fut très aimé et estimé de ses membres.\n   Je remercie vivement Francis Houtart pour les paroles élogieuses et affec­\ntueuses qu'il a consacrées à la douce mémoire de celui qui fut, pour moi, à la\nfois un si dévoué secrétaire et un ami adoré, dont rien n'effacera jamais le\nsouvenir de mon cœur.\n                                                                       H . M.\n"}, {"page_pdf": 688, "texte": "                          NOTULES\n\n   L'Exposition des Primitifs français. — M. Buschmann a\nconsacré le fascicule d'août de sa belle revue L'Art français et hollandais\naux Primitifs français. Numéro superbe, digne en tous points de l'art incom­\nparable qu'il a pour but de révéler et d'exalter. Il contient vingt magnifiques\nplanches hors texte exécutées d'après les originaux exposés à Paris. Parmi\nles tableaux reproduits il y a une Pieta, d'un maître inconnu, qui est une\npure merveille. C'est, au point de vue de l'expression et du geste, l'idéal de\nl'art religieux. L'artiste a vraiment atteint le plus haut sommet de cet art. Le\nTriomphe de la Vierge, d'Enguerrand Charanton, est aussi un admirable chef-\nd'œuvre, d'une beauté souveraine. Et quel délicieux portrait d'enfant que\ncelui du Dauphin, fils de Charles VIII. Du reste, toutes les œuvres reproduites\ndans ce numéro sont magnifiques et les reproductions elles-mêmes sont\nparfaites.\n   Le texte de ce numéro spécial est écrit d'une façon très érudite et\nconsciencieuse par M. Hymans, le conservateur des Estampes de la Biblio­\nthèque royale de Bruxelles.\n                                                                       H . M.\n                                       ***\n\n  La symphonie en si bémol de Vincent d'Indy. — Dans un\nde ses derniers numéros, le Guide Musical publie, à propos de la parution de\nla partition d'orchestre et de la réduction pour piano à quatre mains de\ncette symphonie, cette belle appréciation de Georges Systermans :\n   « Issue d'une pensée longuement mûrie, réalisée avec la sûreté merveil­\nleuse d'un talent parvenu à son apogée, cette admirable symphonie conserve\nà la lecture l'aspect d'un monument imposant et définitif. Une conviction\npassionnée, un souffle ardent l'anime et, tout en gardant l'allure convenable à\nsa destination symphonique, elle nous apparaît comme le symbole même de la\npersonnalité musicale de M. d'Indy, l'expression intime de son âme d'artiste.\nC'est miracle vraiment d'y considérer par le détail l'adresse surprenante avec\nlaquelle les deux thèmes fondamentaux circulent sans cesse dans le déve­\nloppement, luttent l'un contre l'autre, se transforment et s'accroissent mélo­\ndiquement, se combinent avec les idées particulières à chaque morceau,\navant de s'amalgamer dans l'irrésistible expansion finale qui couronne glo-\n"}, {"page_pdf": 689, "texte": "574                               DURENDAL\n\n\nrieusement, dans un rayon infini du sonorité, une œuvre qui marquera date\ndans l'histoire de la musique moderne. »\n\n                                       ***\n\n   P a u l i n e P l a t b r o o d . — Ce superbe roman bruxellois de notre\ncollaborateur LÉOPOLD COUROUBLE vient de paraître en une cinquième\nédition, qui est présentée au public par GEORGES EEKHOUD, dans une très\nintéressante préface. Le préfacier note très judicieusement « qu'en analysant\nle talent de l'auteur, la critique insista trop sur la verve narquoise dont il fait\npreuve dans ce bouquin bruxellois. Ce don badin en réalité ne représente\nqu'une facette de son talent. Certes, Courouble blague délicieusement son\nmonde. Mais derrière le dénonciateur du parler saugrenu de nos rudes\npopulations se cache un artiste vibrant et sensitif, épris des excellentes gens\nqu'il portraiture. Son attendrissement quelque discret qu'il soit, transparaît\nen plus d'un passage et même aux moments les plus folâtres de ses récits.\nDans Pauline Platbrood notamment, les scènes de haut goût territorial enca­\ndrent de leurs festons fantaisistes la plus fraîche des idylles. Et les pages où\nle romancier nous montre François Cappelmans soudant lui-même avec une\npiété stoïque le cercueil de son vieux père, tressaillent de la plus noble et de\nla plus large émotion humaine. Certes, M. Courouble possède un joli crayon\nd'humoriste, mais le véritable humour s'accommode parfaitement d'une pointe\nde sensibilité et même de mélancolie. Rien n'est plus loin de la satire que le\nsourire indulgent et l'affectueuse malice de l'auteur. »\n\n                                       ***\n\n   Arnold Goffin. — N ous lisons dans le fascicule du 28 août de l'Art\nModerne cette appréciation d'Eugène Demolder sur une étude d'art publiée\nrécemment par Arnold Goffin dans notre revue :\n   « Ce dimanche breton — tandis que sonnent là-bas, à l'horizon, les\ncloches de Cancale et de l'autre côté celles du vieux Saint-Malo, la cité des\ncorsaires, auxquelles la mer des druides mêle sa voix lente, apaisée en ce\nmatin de soleil — j'ai lu mes bonnes revues belges qui attendaient, dociles, le\ndécoupage des feuilles : L'Idée libre, Durendal, la Belgique comtemporaine. Avec\njoie, j'y ai lu trois articles historiques, remarquables à des titres divers, mais\nannonçant une tendance, parmi les lettres belges, à s'occuper de l'histoire...\n   » Dans Durendal, Arnold Goffin publie une étude sur Venise et l'Art vénitien.\nIl décrit mélancholieusement la ville des doges, en cette langue fine et souple\nqu'on lui sait, en phrases déliées et subtiles. Après une description voilée de\nVenise, Goffin nous parle de l'art vénitien. I1 le résume certes fort délicate­\nment, en sensitif et avec une rare précision. Il signale à merveille Giorgione,\nLe Titien, Paul Véronèse. Goffin, dans une longue étude, s'attache surtout à\nVittore Carpaccio. Il fait une curieuse comparaison entre la Sainte Ursule de\ncet artiste et celle de Memling. \"\n\n                                       • ••\n"}, {"page_pdf": 690, "texte": "                                        NOTULES                                         575\n\n  Le Fu S e a u d ' O r . — Notre collaborateur E U G È N E DEMOLDER publiera\nprochainement, sous ce titre, u n recueil de contes archaïques d e F l a n d r e et\nde T o u r a i n e .\n\n\n\n     S a i n t e - C é c i l e . — L a réduction pour chant et piano de Sainte-Cécile,\nd r a m e musical en trois actes, de notre collaborateur JOSEPH RYELANDT, et\ndont l'ouverture sera exécutée, l'an prochain, aux Concerts Populaires de\nM. Sylvain D u p u i s , est en vente chez l'éditeur Muraille, de Liége, et chez tous\nles éditeurs de musique de Bruxelles, au prix de 15 francs. Cette réduction\nest faite par l'auteur. L e libretto de Charles Martens se vend séparément au\nprix de 1 franc.\n\n                                            ***\n\n    L i v r e s à l i r e . — La légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin ; prix : 3 fr. 50.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec introduction et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — I Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frire Junipire. Vie et Doctrine de frire Egide, traduction avec\nnotes d'Arnold Goffin; prix : 2 fr. 50. —L'Oblat, p a r J.-K. H u y s m a n s ; prix :\n3 fr. 50. — Cherchons l'Hérétique, p a r J. Esquirol ; prix : 3 fr. 50. — Les Gens\nde Tiest, par Georges Virrès ; prix : 3 fr. 50. — La Rose et l'Epée, p a r Charles\nde S p r i m o n t ; prix : 3 fr. 50. — Sur quelques Primitifs de Sienne, p a r Jules\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, par P a u l M u s s c h e ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, par F e r n a n d Séverin ; prix : 2 francs.\n    O n p e u t se procurer ces livres en s'adressant à notre éditeur, M. Charles\nB u l e n s , 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n                                            ***\n\n    R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — Le Mercure de France, direc­\nt e u r : M. Valette; P a r i s , 26, rue de Condé ( a b o n n e m e n t : 20 francs; étran­\nger, 24 francs). — L'Ermitage, directeur : E d . Ducoté ; P a r i s , 19, rue J e a n -\nJacques-Rousseau (abonnement : 8 francs; étranger, 10 francs). — La Renais-\nsance latine, directeur : M. de B r a n c o v a n ; P a r i s , 23, rue Boissy-d'Anglas\n(abonnement : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident, directeur :\nM. Mithouard; P a r i s , rue E b l é (abonnement : 10 francs; étranger, 12 francs).\n— L'Art flamand et hollandais, revue illustrée, directeur : B u s c h m a n n , à\nAnvers, i 5 , Rhijnpoortvest (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs). —\nL'Art Moderne, directeur : Octave M a u s ; Bruxelles, 32, rue de l'Industrie\n(abonnement : 10 francs; étranger, 13 francs).— Le Guide Musical, directeur :\nNelson L e k i m e ; Bruxelles, 7, rue Montagne-des-Aveugles (abonnement :\n 12 francs; étranger, 14 francs). — L'Idée libre, directeur P . Germain, Bruxelles,\n"}, {"page_pdf": 691, "texte": "576                                    DURENDAL\n\n\nLarcier éditeur, rue des Minimes, 26 (abonnement : 10 francs). — Le Thyrsc,\nd i r e c t e u r : Richard R o s y ; Bruxelles, 14, rue de la Filature ( a b o n n e m e n t :\n5 francs; étranger, port en sus). — La Revue de Belgique, directeur : M. Wil­\nmotte; Bruxelles, W e i s s e n b r u c h éditeur (abonnement : 12 francs; étranger :\n15 francs). — La Belgique contemporaine, directeur : Raphaël                       Petrucci\nrue Albert de Latour, 4, Bruxelles (abonnement : 12 francs,                        étranger,\n15 francs.)\n"}, {"page_pdf": 692, "texte": "                                                                                       9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET !                                                                           BRUXELLES\n\n\n     S^v           LE GRESHAM                                  RElilURE D'ARTS D'AMATEURS\n       » 7\n         '\n             \\ Compagnie anglaise •\"aunranecs iar la ne\n             | A C T I F : 2 0 8 , 9 9 9 , 2 4 7 francs\n                      Sinistres ptftt • • B*>fla.M\n                                                                P a u l Claesse*7S\n                                                                   ReUear-dsrmrétS A • • \" » la Conrtana 4» Flâner*\n               ••p>>* 1 8 5 6 : 2 8 , 6 0 0 , 0 0 0 franc*\n                    Protpectta et muêtgtumentt gratuit»            2 4 , rue de Berlaimont, Bruxelles\n              8 , plaoe Royale, 8 , B R U X E L L E S\n\n\n\nFABRIQUE JJE MATELAS\n                        Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                           médaille l'Or • l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                       BERVOET^WFËLEMANS\n                                        FOURNISSEUR DE LA COUR\n             6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi ^                                  BRUXELLES\nUsine à v a p e u n , Lavoif d e l a i n e s : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                      Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                             FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                  57,      Ru© do l a Charité - B R U X E L L E S\n                                                              TÉLÉPHONE 1947\n                                    Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  S| écialité de tous les articles coi cernant la peinture, la scnlptuie,\n                                                  la giavure, l'drchitecture et le dessin.\n                                  RENTOILAGE. NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n\nPremières médailles am Expositions «'Brnsterdam, Paris, UverpooJ, Le Havre, Bruxelles, Ctrjcago, ete\n\n    PIANOS STEINWAY                                                                 & SONS\n                      NEW-YORK                     LONDRES — HAMROÛRG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Sauce,\n   de Suède et d Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schata de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelque» attestations : « Lne Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre aa vraie signification que jouée sur les Steinway R. M agner . »« Le Stein-\nway est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d effets harmoniques\n  arfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Krans Lisst). » « \\ os\nC eaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A Rubinstein . » « Depuis dix an» que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint nn degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . » « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Ave»-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait il a mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal d i » ecle Eug. d Albert. » « Ils sont tellement au dessus de toute critique, qu un\nélogs mems paraîtrait ridicule Sofia Monter »\n    Agence générale el dépôl exclusif ù Bruxelles : Fr. MISAI, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 693, "texte": "                \"VIENNENT                          IDE           P A R A I T R E\nS A I N T F R A N Ç O I S D ' A S S I S E . — Plaquette in-8*. illustrée de plusieuis hors-texte (Louvain.\nInstitut supérieur d e philosophie)                                                                fr. 1 2 6\nBRUGES. — LES PRIMITIFS.                       Plaquette in-8«, illustrée de trois fig. dans le texte et de\ndeux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur                                       fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS Paris, Stock .                   U n vol. in-ia . . .          . . fr. 3 6 0\nC H E P C H O N S L ' H É R É T I Q U E , par J. ESQUIROL Pans, Stock — U n vol. in u               •   3 60\nL E S G E N S D E T I E S T , p a r GEORGES VJBRÈS Bruxelles, Vromani . — U n vol.in-ia             •   3 60\nQ U I N Z E MOIS D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , par le commandant DE GERLACHB. — Magnifique\nédition in 8°, superbement illustrée.           Ouvrage couronné par l'Acad mie fr nçaise Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur                                                                            fr. 6 0 0\nLA R O S E E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMOHT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.                  •   3 60\nL E S J A R D I N S CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE.                 (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                    . . . . fr. 8 6 0\n         On peut se procurer ces ouvrages en s'adressant â notre éditeur CH. B U L E N S , 7 6 , r u e T e r r e -\n      N e u v e , à, B r u x e l l e s .\n\n\nCH 0 C 0 L A T                  BIESWAL                      CH 0 C 0 L A T                 BIESWAL\nCHOCOLAT                      BI E S W A L                   CHOCOLAT                       BIESWAL\n\n    LE STANDARD\nCompagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                            Hrcnives nobiliaires de Belgique\n                                                                              Stéviu, BRUXELLES\n           ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n                                                                          rue Recherches de généalogies et d ar-\n                                                                           moiries en Belgique et k l'hlran-\n                                                                           ger — Attestation* offic elles de\n   Principaux avantagea de la Compagnie :                                  nobles e, de filiations et d'armoi-\ni* Polices Incontesta- 1» Tarif avantageux                                 ries — Cop esofhcielletde lettres\n                                                                           de patentes de noblesse —\n  bles après deux ans 4* Participation impor-                              Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date.                   tante «les assurésdans                        — Insertions de généalogies dans\na* Prêts sur polices         les bénéfices de la                           des publications belges et étran-\n  ajant trois ans de         Compagnie.                                     ères.      Rectifications d actes\n  date.                    5° Prêts hypothécaires.                                S\n                                                                            e l'état civil et adjonctions des\n   S'adresser tour renseignements et prospectus i la                       noms       Correspoi dants en pro-\n                                                                           vince et à I étranger —Armoiries\n           DIRIOTION         O t N t R A L I                               et documents généalogiques sur\n28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES                                      plus de 100,000 familles nobles\n   Télésssns 14» Mtwi W«sr»»tilo— i «UnéifS-fcmll»                         et patriciennes.\n                                                                 R E N S E I G N E M E N T S\n                                           P\n                                           *    ENCADREMENTS•••••                           Pai suite de lécès\n                                           i.          -    —         —           -   —\n                                           v    DORURE           ET    SCULP-\n                                           E                                               LIQUIDATION\n                                           R    T U R E S U R BOIS • • • • •\n                                           D                                                       DE\n                                           U    ESTAMPES•••••*•••\n                                           3\n                                           8\n                                                GRAVURES           ANCIENNES\n                                                                                          300 VOITURES\n                                                                                          Vente 4 toute\n                                           N     . . . . . . . . . . . . . . . . .\n                                                                                             offre acceptable\n                                           u    N B        LES GRAVURES ANCIENNES\n                                           e                                               71, rua Goffart\n                                           o    \"\"^—^~~~~~\n                                           a    SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                 1XELLE8\n                                           •\n                                           a    D'AUTHENTICITE • •            •       •\n"}, {"page_pdf": 694, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                         42, M a r c l i é - a u - B o i e - B R U X E L L E S\n                                    . 1       t   . •   •   *   >   -   —   i    • i        i , — > —\n\n\n      Dépots de fonde en Comptée-Chèques, disponibles à, v u e t i 1/8 p . e. s e n s eommissioa\n         Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable » moj-enne 1 8 0 8 » 8 . 8 7 p . e.\n                           Kncaiseement de Coupons, Titres, Effets, e t c .\n                                     ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial- de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous p a y s\n              Prêts s u r Titre*.—<- Garde de Titres, T—Location de Coffres-Forts\n\n\n\n       LA RÉSERVE MUTUELLE\n            de»          ÉTATS-VItiS\n      COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n                                                                        HOTEL DU PHARE\n                                                                                   263, Boulevard Militaire, 263\n                       l a v i e                                                                 BEPBIB PAB.\n\n                                                                            MM. PARRED & JAEGER\n                                                                                         Ancien» propriétaire»                                       •\n                                                                                de la Taverne Léopold, rue dm Çommerc*\n\n                                                                        C H A M B R E S AVEC                                       PENSION\n                                                                                         depuis 5 francs p a r jour\n\n      CnaussuRHT AMHUU. . . , 4 40 Millions                                 Salles pour banquets et noces\n      Suivrait PAT*8 t *•-. • . . •* Î 5 0 Millions\n                                                                                                <*\"—\"\"\"\n          Combinaisons très intéressantes                                              Grand air —* Belle                        situation\n                                                                                                        il r i   i   li, i I »\n       nueTui M H C U U roua LE CORTIHERT RE L'EUROK\n           « , m « H a l é T y , P A R I 8 (»•)                         Commnuicatioas faciles avec truelles et ïlce-icrsi\n          DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n      19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n               e>a Semande des Aimid                                        Cuisine e t cave renommées\n\nEntreprise de Duménapent»                                                       POUR VOS CIGARES HtfS\n                                                                                            adressez-vous à la\n             ET TRANSPORTS\n «-     P O U R          TOUS             P A Y S       -'              MAISON AMÉRICAINE\n                                                                                           DÉPÔT DE FABRIQUE\n\n                                                                            15 >— Avenue Louise**- 15\n                                                                                          BRUXELLES\n                                                                        r.-l. - Huilages répllers Je cigares le H paiane\nVoitures A I, 2, 3 et 4 ch<\n             WAGONS CAPITONNÉS\n                                                                                             Les Boues CaootcliflQtëes\n                                                                                                   TALBOT\n      On t r a i t * i    l'heur* e t à forfait\n                      *»* Mit inusable» tt inarrachables\n                  S  mI •           exista\nJules R O L A N D Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n                                                                                                                           LA RURQUB\n\n\n           2 5 , r u e d'Idalie, 2 5                                            Maison SNYERS-RANG & C*\n      I X E L L E S - BRUXELLES                                         F e s s é e e n 1618                 r—'                 Téléphone 1 3 8 9\n               TÉLÉPHONE            5969                                    2 7 , rue d'Or, BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 695, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S . Editeur, rue\nTerre - Neuve. 75, Bruxelle»\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 9, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1904-09", "signet_source": "Onzième année - N°9 - Septembre 1904", "preuve": "Couverture conservée (PDF 621) portant « Septembre 1904. 11me Année. N° 9. » ; sommaire du n° 9 (Septembre) au PDF 623 ; pagination continue du volume (pages 510 à 580) ; les Notules signalent le fascicule d’août de L’Art français et hollandais et l’article d’Eugène Demolder dans L’Art moderne du 28 août ; la Gazette est datée de Zonhoven, 15 août.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}