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Une chapelle est érigée à la plage où\n                      le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                      tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                      munale. Boutes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n     A VXNDBX         d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n                      digue, des avenues, des villas et des cottage».\n   par annuités\n\n\n                               HALLES WE8TENDAISES\n                        Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                      villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                      conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                      bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                      dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                      jours de premier ohoix.\n                                                            Le Wtitond' Hôt«l est ouTsrt du aa mai\n                                                            au 28 septembre         Pension de 6 à 15 fr.\n                                                           par jour. Aux commencements et fins de\n                                                           saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND* HOTEI                                             tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                           prolongé à l'hôtel. <fi chambres parfaite-\n                                                            ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n   DIGUE                                                      rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                 Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone                                                              confortable. Balcons et Ter-\n                                                                        rasses. Salle de musique.\n                                                                            Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréations p» enfanta.\n                                                                                   Salons de lecture, de\n                                                                                 t       eorrespondan-\n                                                                         | Ï L % ? & I ce. Cuisine soi-\n                                                                                        gnée. Caves re-\n                                                                                         commandées.\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avec salon.\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques aveô toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n                                  i A. B R U X E L L E S , 53\", rue Capouillet;\n     renseignements, s'adresseï   ( A, W E S T E N D E ,           à l'Administration de l a\n                                  I        Plage ou au WesteadlIôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 698, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                           1904 — il* Année\n\n\n\n              Sommaire du n° 10 (Octobre)\nHENRY CARTON DE W I A R T . —     Johanne.   . •               577\nL'abbé L o t i s L E CARDONNEL. — Stances à une Carmélite  .   5g5\nJOSEPH RYELANDT. — Les dernières sonates pour piano       de\n                            Beethoven (fin)                    597\nGEORGES RAMAEKERS. — Les gemmes éternelles (fin :\n                              L'hyacinthe ;\n                              La gloire des topazes            6o5\nL'abbé HENRY MŒM.ER. — Le sacristain deVavenue Montjoie        608\nE. BUISSERET. — Poèmes :\n                       Reliquaire ;\n                       Cimetière du cœur;\n                       Contraste                               611\nVALENTINE SCHELFOCT. — Automne                                 6i3\nCOMTE G. D'ARSCHOT. — Notes de voyages        (fin) :\n                           Sébastopol;\n                           Pays natal                          616\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. — Gazette des faits et des livres . .    621\nERNEST DE LAMINNE. — Soir en Campine      . . . . ' . .        626\nLivres et revues                                               627\nNotules                                                   ,    632\nIllustrations : Le juge FRANÇOIS BEAUCK .\n                Le drame humain (EUGÈNE LAERMANS .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 699, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 153, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE                                                              LITTERATURE\n     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 699, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 153, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 francs (port c o m p r i s\n         (pour Fabonnement s'adresser è la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles)\n                                         P R I X D ' U N NUMÉRO           : FR.     1.50\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 699, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 451, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "Comité de rédaction                             de D U R E N D A L :\n                                  MM. 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H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 699, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 969, "fin_caractere_exclue": 4358, "texte": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S E L .            ARNOLD GOFFIN.\n                                                  :\n      MAURICE BEKAERT.                                                           JOSB     HENNEBICQ,\n      EDGAR BONBHILL.                                                             L'abbe H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                                            J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE B R A U N .                                                      JOSFPH JANSSENS.\n      THOMAS B R A U N .                                                         E D M O N D JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                                           VICTOR K I N O N\n      H É L È N E CANIVET.                                                       GODEFROID K U R T H .\n      MARIE CLOSSET.                                                             L . D E LA L A U R E N C I E .\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                                    L'abbé L . L E CARDONNEL.\n       L'abbé P A U L CUYLITS.                                                   GEORGES L E CARDONNEL.\n       L e c o m t e G. D ' A R S C H O T .                                      S E B . - C H . LECONTB\n      L e baion JOSÉ D E COPPIN.                                                 GEORGES MARLOW.\n      G E O R G E S D E G O I ESCO.                                              CHARLES MARTENS\n      GEORGES DELAUNOY.                                                          PAUL MUSSCHE.\n       L a comtesse E D DE LIEDLKERKE.                                           EDOUARD N E D .\n      L e b a r o n G . DELLA F A I L L E .                                      MAURICE OLIVAINT.\n      E U G È N E DBMOI DER.                                                     ERNEST PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTREE.                                                       GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTREE.                                                             GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                                         BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTE                                                             JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLABRT.                                                          FERNAND SÉVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                                               HENRY VAES.\n      EMILE FERMAUD.                                                             R O B E R T VAN D E R E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                                           CHARLES V A N LERBERGHE\n      H . FIÉRENS-GEVAPRT.                                                       EMILE VEKHAEREN.\n      IWAN G l L K I N .                                                         L'abbé F R . VERHELST.\n                                                                                 LÉOPOLDWALLNER.etC., e t c .\n\n                    L e s c o l l a b o i ateurs s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL                  de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      P o a r l a Rédaction, l'Administration e t l e s demandes d'abonnements, s'adresser a u\nsiège de l a Reyae, 2 2 , m e d u O r a n d Cerf; poar 1» pablicite, 2 6 , m e F a i d e r , B r u x e l l e s\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 577, "page_fin": 594, "titre_corps": "Johanne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Les\npaupières à peine soulevées retombent et puis s'entr'ouvrent\nde nouveau.\n   Il fait obscur. C'est la nuit, sans doute. P o u r t a n t , cette nuit\ns'éclaire d'une vague lueur douce, comme tamisée par des\nrideaux de pourpre. L'œil immobile vise l'endroit lumineux des\nchoses pour prendre leurs aspects et leurs dimensions. L a\nvoûte est très haute. Elle est faite d'épaisses solives où brillent\nd'indéchiffrables blasons.\n   U n e sensation de douleur cuisante au front, au côté, dans les\ngenoux, d a n s les bras, lui arrache un gémissement... T o u t à\ncoup, — est-ce son rêve qui se prolonge? — il aperçoit, penché\nau-dessus de son visage, un jeune visage de femme, d'un ovale\ntrès pur, encadré de cheveux noirs, mystérieux comme une\napparition. Oui, c'est bien la forme de l'inconnue jadis entrevue\nau c a m p e m e n t . C'est bien ce beau regard, ce front si noble, ces\nlèvres enfantines qui h a n t e n t depuis des mois son imagination\ntourmentée et maintenant surexcitée par la fièvre. Il se plaît à\nadmirer cette illusoire et chère image, familière à ses songes, et\n\n\n  (i) D'un roman : La Cité Ardente, à paraître en décembre prochain chez\nPerrin, Paris.\n"}, {"page_pdf": 701, "page_imprimee": 578, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "578                           DURENDAL\n\n\n\n à laquelle, il ne sait pourquoi, se mêle le souvenir des traits du\n vieux comte de B e r l o . . .\n      Mais voici que l'image semble s'animer. Vrai Dieu ! Ce pour­\n rait n'être pas un rêve! Cette forme a bougé. Elle est bien\n vivante, là t o u t près de lui. Elle pose un doigt sur la bouche\n pour c o m m a n d e r au blessé le calme et le silence, puis elle\n s'efface à peine et revient, tenant en main un mouchoir t r e m p é\n d'eau froide dont elle humecte ses lèvres sèches et son front en\n moiteur. O h ! le suave et délicieux contact de cette main. O h !\n la divine réalité.\n      Il veut saisir cette main bienfaisante. Mais le geste qu'il\nt e n t e lui révèle une nouvelle douleur à l'épaule, si intolérable\n qu'il pense défaillir.\n      La vision recule. Il penche la tète sur les coussins, et la voit\n un moment toute entière se détachant à contre-jour, en une\n silhouette svelte et noble, sur le foyer de la haute cheminée d'où\n émane la douce lueur qui filtre les ténèbres.\n      Voici que la vision se rapproche du foyer. Elle se baisse,\n arrange les débris calcinés, souffle à pleines lèvres et éparpille la\n cendre dans ses cheveux. Puis, elle prend à deux mains une\n bûche énorme, et la dépose p r o m p t e m e n t dans l'âtre qui se\n ranime aussitôt. L a vision disparaît.\n     Les yeux mi-clos, Josse continue à la voir, elle et la grâce de\nses gestes, mais dans son esprit cette fois. Puis, il s'efforce\nde réfléchir, il cherche à rassembler les bribes de ses souve­\nnirs...\n     Que lui est-il donc a d v e n u ? Où est-il? Comment cette jeune\n fille s'est-elle trouvée là? P o u r q u o i prend-elle soin de lui?...\nT o u s ses m e m b r e s sont cerclés de ligatures... A h ! oui, la\nchasse, le cheval emporté, la chute du h a u t des rochers. C'est\ntout ce que sa mémoire lui rappelle. Son regard interroge cette\nsalle silencieuse et rencontre, par de là les courtines soulevées,\nun carrelage ocre et rouge qui luit doucement au feu de la che­\nminée. Des fourrures y forment des taches noires. A droite et à\ngauche de la cheminée, de hautes fenêtres rectangulaires,\nétroites et profondes, se dressent obscures. Une escabelle près\ndu large lit. P l u s loin, un banc massif. D a n s le mur, une ten­\nt u r e , qui dissimule quelque passage par où la vision s'est\névanouie.\n     U n sourd bruit de pas. Cette tenture s'écarte. Un h o m m e\n"}, {"page_pdf": 702, "page_imprimee": 579, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "                             JOHANNE                             579\n\n\napparaît, Domingo. Il approche, et son regard anxieux ren­\ncontre le regard du chevalier qui lui sourit doucement.\n    — C'est toi, ami !\n    — P a r grâce! évitez toute fatigue, messire. Ce n'est qu'à ce\nprix que vous pourrez échapper.\n    — O u i , oui, Domingo. Mais parle-moi. Que s'est-il passé? Je\nne sais rien, rien...\n    L e vieil écuyer s'instruit tout d'abord, au pouls du blessé, de\nl'état de la fièvre. Il est habile à panser les plaies, à saigner, à\nventouser, et à remettre en place les os déboités. Sa science des\nsimples pourrait en remontrer à celle de plus d'un mire.\n    U n peu rassuré par cet examen, il juge qu'il peut, sans trop\nrisquer, condescendre à un désir aussi impatient. Con­\ntrarier cette impatience, agiterait peut-être davantage le blessé.\n    — Je vous dirai tout, messire, fait-il à mi-voix et en s'asseyant\nau chevet. Mais à la condition que vous ne bougerez pas, que\nvous ne parlerez pas. Vous avez, sans compter le reste, trois\nfractures, dont la moindre est capable de vous faire passer dans\nl'autre m o n d e , si vous n'êtes pas bien docile à mes avis...\nSachez donc tout d'abord que j ' a i eu grand'peine à vous\nretrouver parmi ces massifs de roches. Ce n'est qu'à la nuit\nt o m b a n t e que je vous ai découvert au fond de la vallée de\nl'Ourthe, gisant, pâle et tout sanglant, auprès du cadavre de\nPassavant. Si la pauvre bête n'avait amorti le choc, nul doute\nque vous ne vous fussiez tué net. Ah! l'épouvantable chute!\n    P u i s , arrêtant de la main la question qu'il prévoyait :\n    — Il n'est point difficile de deviner d'où est venu le coup.\nAh! messire, me pardonnerez-vous j a m a i s une telle négligence?\nJ'aurais dû, d'autant plus que je m e défiais de cette sorcière,\nveiller moi-même à nourrir et à seller Passavant T a n d i s que\nnous nous attardions au repas, dame Pentecôte, ou quelque misé­\nrable à sa dévotion — L a Marck sans doute — aura fait prendre\nà la bête une de ces poudres magiques, telles qu'on les prépare\nen Orient, et qui ont pour vertu de rendre les chevaux fous\nfurieux. P o u r éviter tout mécompte, les écrous du mors avaient\nété desserrés. E t figurez-vous, — j ' a i pu le constater en exami­\nnant le harnais de Passavant, — la gueuse, pour mieux exaspérer\nle cheval, avait fait attacher, sous le bourrelet de la selle, un\npaquet de têtes de chardon. Ah! elle vous aime vraiment, mes­\nsire! Bien plus, L a Marck avait pour mission de vous achever\n"}, {"page_pdf": 703, "page_imprimee": 580, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "580                              DURENDAL\n\n\nsi besoin était. T a n d i s que je vous recherchais partout, il vous\nrecherchait de son côté. Vous devinez dans quel but. Je venais à\n peine de vous trouver et je m'efforçais de vous ranimer lorsque\ntout à coup, dans un dernier rayon de soleil, j ' a i vu le Sanglier\nlongeant, à cheval, la crête du précipice et se penchant à l'en­\ndroit où vous étiez t o m b é . J'ai eu le temps de lui décocher de\nma fronde une balle de plomb qui doit l'avoir touché, car il a\ndisparu en sacrant comme un païen.\n   — Mais cette j e u n e femme, ici? interroge le chevalier, dont\nles prunelles se dilatent.\n   — P a s un mot, messire! je vous en conjure, par ce que vous\navez de plus cher. Vous saurez tout. Vous êtes au château de\nFérister. C'était la d e m e u r e la plus proche. E t je vous y ai con­\nduit la nuit dernière avec quelques bonnes gens, sur un bran­\ncart façonné à la hâte. C'est ici que vivait le vieux Berlo, que\nvous avez bien connu. L a petite fille du comte, J o h a n n e de\n Metz, qui y gouverne m a i n t e n a n t , a consenti de très bonne\ngrâce à nous hospitaliser. Cette nuit, elle a voulu vous veiller\nelle-même, p r é t e n d a n t que je tombais de lassitude. On la dit\ntrès bonne chrétienne, vivant seule dans ce castel en deuil avec\nun vieux chapelain, h o m m e simple, doux et très savant, et avec\nquelques bons soldats de garde. D'ailleurs, le donjon est solide\nà défier toute entreprise.\n   — J o h a n n e , J o h a n n e de Metz! La fille de Gilles de\nMetz?\n   — O u i , messire.\n   — A h ! dis-moi, Domingo, dis-moi... L u i as-tu révélé mon\nnom?\n   — Je lui ai dit s i m p l e m e n t que vous étiez chevalier liégeois\net q u ' u n accident de chasse vous avait mis en cet état. Elle ne\nm'a rien d e m a n d é de plus et je ne lui dirai rien de plus, à moins\nque vous ne le commandiez.\n   L e regard du sire remercie le bon écuyer. L e peu de forces\nqu'il vient de réunir s'épuise déjà et sa tête, un moment dressée,\nretombe sur les coussins.\n   — J o h a n n e de Metz! répète-t-il avec une expression d'effroi.\nAh! cette ressemblance! Sais-tu...\n   Mais sa phrase est coupée par un douloureux accès de toux\nqui lui amène du sang aux lèvres.\n   — D o r m e z ! d o r m e z ! messire! c o m m a n d e D o m i n g o , qui le\n"}, {"page_pdf": 704, "page_imprimee": 581, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "                              JOHANNE                             581\n\n\nborde et qui dispose les coussins sous sa tête, comme il le ferait\nd'un enfant.\n   Le sommeil dans lequel le sire retombe est si agité que\nDomingo en conçoit une poignante inquiétude. Il se reproche\nde lui avoir parlé trop et trop vite. Il ne le quitte pas, et Johanne,\nqui vient plusieurs fois par jour, sur la pointe de ses brode­\nquins, prendre des nouvelles du blessé et renouveler ses com­\npresses aux tempes et aux poignets, s'offre inutilement à le rem­\nplacer auprès du blessé.\n   Josse traverse une longue période de prostration coupée par­\nfois de délire et de demi-réveils, et c'est à peine si le chapelain\na pu saisir un intervalle lucide pour le confesser et lui\nadministrer l'extrême-onction. Sur ses tiaits passent tour\nà tour des expressions de souffrance, de colère, d'attendris­\nsement.\n   Souvent, au moment même où il croit reprendre conscience,\nles choses extérieures se brouillent à ses sens. Les couleurs qui\nl'entourent se décomposent en leurs complémentaires et dansent\nun ballet fou devant ses pupilles éblouies, — un ballet l'enser­\nrant d'écharpes rouges, jaunes, bleues, que l'obstination de ses\ndoigts, ramant à l'air, tente vainement d'écarter.\n   Ou bien ce sont des monstres qui surgissent perfidement des\nténèbres de sa fièvre. Son cœur est emmailloté dans une prison\nde fils blancs et visqueux. Les araigné'es des bois aux ampoules\nphosphorescentes fondent sur lui de tous les coins de la voûte...\nLe long de mares, où tremblent les grandes araignées d'eau,\nil est entraîné dans les rondes vertigineuses que dansent des\ntarentules. Et il défaille, enfin, épuisé par la blessure de sa\npoitrine, où une bête féline, qui revêt les traits de dame Pente­\ncôte, fouille de ses lèvres minces, mordant et déchirant, tantôt\navide, puis pateline et patiente,— pour ne point tarir en une fois\nson plaisir cruel.\n   D'autres fois, il est le spectateur impuissant d'horribles scènes\nde meurtre. La tête décollée de Gilles de Metz ou le masque\nblanc de Berlo lui apparaissent grimaçants et convulsés.\n   Il délire haut et fort, demande son épée, puis s'apaise et s'as­\nsoupit en balbutiant des mots d'amour d'une voix lente et.\nendormie. Mais, au bout d'une semaine, l'effet des appareils et\ndes baumes semble agir plus heureusement et laisse entrevoir\nle salut. La souffrance physique est réduite à une faiblesse\nextrême et à des douleurs localisées ou intermittentes. Peu\n"}, {"page_pdf": 705, "page_imprimee": 582, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "582                             DURENDAL\n\n\n à peu les idées se font plus nettes et moins extravagantes.\n Josse les voit, en quelque sorte, se former dans son esprit,\n d'abord ténues, puis plus précises, semblables à ces longues\n aiguilles qui prennent naissance au sein des solutions cristal­\n lisées.\n     Il pense surtout à J o h a n n e et à la révélation que Domingo\n lui a faite : celle qu'il aimait sans la connaître est donc la\n fille de ce Gilles de Metz, qu'Eustache de Strailhe, son père,\na condamné à m o r t ! Elle est la petite fille de ce Berlo,\ndont lui-même se reproche souvent d'avoir été l'involontaire\nmeurtrier !\n    L a nuit, cette fatalité assiège douloureusement son cerveau,\ntandis que ses muscles, condamnés à l'immobilité, mais où la\nforce revient, s'irritent, se contractent et se d é t e n d e n t sans cesse.\n    Autant ces nuits demeurent pénibles, autant les matins ont\npour lui des heures bienveillantes. Dès que l'aube commence\nà blanchir aux vitraux, le h a m e a u , les fermes, la vallée, tôt\néveillés, lui envoyent d'en bas leur c h a n t a n t e r u m e u r de vie.\nL e soleil se glisse jusqu'à ses courtines. Il voit entrer ses rayons,\nil les sent venir jusqu'à lui et se livre délicieusement à leur\ndouceur.\n    Mais ce premier charme vaut surtout par ses promesses, car\nil annonce au blessé la proche visite de J o h a n n e . E t c'est alors\nun délice. Elle entre. Il la sent plutôt qu'il ne la voit entrer.\nElle vient... Il reconnaît l'ondulation de ses cheveux sombres\net son beau regard limpide ; elle parle d'une voix douce et lente\nqui semble un écho d'une rive céleste. Elle prend place sur\nun escabeau, tout près de lui. Il écoute comme elle veut qu'il\nl'écoute, sans un mot, sans un mouvement. Mais il ne perd rien\nde ses paroles, de sa physionomie, de ses gestes.\n     L e trait distinctif de ce visage, qui dit la dignité de la race\net l'éclat de la jeunesse est une mobilité d'expression dont rien\n ne peut rendre la variété et la vivacité. A la lettre, on y voit\n courir les idées, comme on voit courir le reflet des nuages en\n un lac de m o n t a g n e . Sur ces grands yeux brillants, les cils\nretroussés se baissent avec un b a t t e m e n t large comme le coup\n d'aile d'un oiseau qui plane. T e l est son charme, et si j e u n e son\nteint rosé dans ce cadre noir, et si fine la ligne de sa bouche\n mignonne que le blessé, à la contempler parler, en oublie toutes\n ses peines et ses souffrances.\n"}, {"page_pdf": 706, "page_imprimee": 583, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "                                JOHANNE                              583\n\n\n    E l l e lui conte son enfance dans ce château féodal, peuplé\nde grandes ombres, où elle a grandi comme un lys dans un vase\ngothique.\n    — N e trouvez-vous pas, messire, qu'on se sent moins orphelin\ndans ces demeures ancestrales, où songèrent nos jeunes ans\net où dorment de leur dernier sommeil ceux qui nous sont\nchers? Ces demeures ont quelque chose de maternel, surtout\nd a n s les deuils.\n    Elle lui parle de son père et de son aïeul, dont les existences\nfurent vouées au bien de la Cité. De son aïeul surtout, qui avait\nété la grande passion de sa vie et qui la berçait, lorsqu'elle était\nenfant, de si nobles récits.\n    — Certes, sa renommée a dû venir j u s q u ' à vous, messire. On\nle disait farouche, mais il ne l'était qu'à bon escient. Au demeu­\nrant, nul ne fut si bon et si oublieux de soi. Q u a n d il me quitta,\nvoici déjà cinq longs mois, pour se rendre à cette assemblée\ndont il ne devait point revenir, il avait l'âme voilée d'un pres­\nsentiment de sa fin. Il fit venir ses serfs et leur recommanda de\n m'obéir en son absence comme ils eussent obéi à lui-même.\n Il me rappela d'avoir bien soin d'eux et de veiller, comme il\n l'avait fait, à venger la mémoire de mon père.\n     Puis il appela notre chapelain et lui fit écrire ses volontés\n pour la disposition de son corps et de ses biens, d e m a n d a n t à\n être enseveli, revêtu de l'habit de Saint-Benoît, dans la cha­\n pelle du donjon, aux côtés de mon aïeule, de mon père et\n de ma mère. Et, avant de partir, il tint longtemps, longtemps\n mes deux mains pressées dans son unique main, qui me sem­\n blait toute froide comme si elle avait déjà été effleurée par la\n mort.\n     Elle s'émeut à ces souvenirs. Mais combien le chevalier\n en souffre davantage, lui qui porta par ses injures impies le der­\n nier coup à ce héros. Peut-il, sans félonie, taire davantage à\n J o h a n n e qui il est et quels furent ses torts? Cette question, qu'il\n s'adresse à lui-même, lui serre étrangement le cœur.\n     Un jour, il a résolu de lui découvrir son nom. E t , tout d'abord,\n il lui a dit sa gratitude et sa confusion d'être ainsi accueilli,\n lui inconnu, en cette demeure tout endeuillée, sans personne\n qui pût répondre de lui et de son état. Mais elle l'a aussitôt\n interrompu.\n     — Les maîtres de Fétïster se sont toujours fait de l'hospita-\n"}, {"page_pdf": 707, "page_imprimee": 584, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "584                         DURENDAL\n\n\n lité un devoir qu'ils tiennent pour sacré. N'est-ce point une des\n premières lois de la chevalerie? Je sais que vous êtes chevalier\n et votre brave écuyer n'avait pas besoin de me le dire. Croyez-\n vous donc que j'aie oublié notre rencontre auprès de Dinant et\n comment vous vous y êtes comporté avec moi en vrai gentil­\n homme, me délivrant des routiers qui prétendaient me retenir\n et m'outrager, ne me demandant rien non plus de ma famille\n et du but de mon voyage. Non, certes, je ne l'ai point\n oublié, ni vos paroles d'alors qui m'avaient troublée, ni le\n don gracieux de Marchegay, que vous viendrez voir aux écuries\ndès que le chirurgien vous le permettra. Je veux être aussi dis­\ncrète que vous, et ne rien chercher à percer d'un mystère auquel\nvous oblige sans doute ce temps de guerres et de poursuites.\n    A la voir d'une confiance si ingénue, Josse a senti sa décision\nl'abandonner, — trop heureux d'une excuse qui lui permet\nd'ajourner un aveu sans doute déchirant. Tant de grâce et de\ntendre gravité l'enivre comme un parfum pénétrant. Pour\navoir été jeté de bonne heure dans la mer houleuse de la vie,\npour avoir été battu de maints orages, son cœur ne s'est point\nflétri. Il s'épanouit maintenant à un charme si nouveau et si\ncandide qu'il n'ose appeler de son nom véritable trop souvent\nprofané par lui : l'amour.\n    La convalescence vient peu à peu avec les effluves vivifiants\nd'un radieux été. Déjà, Domingo peut l'enlever de sa couche ;\navec des soins infinis, il le transporte sur une terrasse exté­\nrieure et demi-circulaire, abritée contre les ardeurs du soleil et\nqui surplombe la vallée. Étendu sur un haut divan, le malade\ny respire avec joie le grand souffle des Ardennes et se récrée au\nspectacle de la rivière qui coule au pied du château-fort\ncomme un ruban d'argent.\n   Johanne s'y installe souvent auprès de lui. Et sans cesser de\ntravailler aux menus objets qu'elle destine à l'une ou l'autre des\nbonnes gens du hameau, elle l'entretient de toutes les grandes\nchoses qu'elle aime : de ses souvenirs, de ses nouveaux devoirs\nde petite dame du fief, des inquiétudes que provoquent parmi\nses métayers une sécheresse qui persiste depuis le printemps.\n    Des jours, des semaines passent. Le mois de juillet touche à\nsa fin. Par cette lourde après-midi, d'une chaleur caniculaire,\nelle lui narre les nouvelles apportées au donjon par les messa­\ngers, les pèlerins ou les colporteurs de passage.\n"}, {"page_pdf": 708, "page_imprimee": 585, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "                               JOHANNE                         585\n\n\n   On dit que Liége est de nouveau livrée à un grand désarroi.\n   Le sire d'Humbercourt préside durement aux confiscations et\naux bannissements. La ville se vide peu à peu de ses mar­\nchands et même de ses artisans qui, inquiétés par de nouveaux\nbruits de guerre ou le manque de ressources, vont chercher\nabri ou fortune ailleurs. Pourtant, le duc ne semble pas songer\npour l'heure à de nouvelles campagnes. Il vient d'épouser, à\nBruges, la princesse d'York, au milieu de cérémonies et de fêtes\nmerveilleuses. On dit qu'on y a vu les choses les plus extra­\nordinaires : par exemple, une grande bête marine qui portait\ndans son ventre cinquante géants, cinquante nains et cinquante\nsirènes, puis une tour de quarante et un pieds copiée sur le\nmodèle de celle que le duc fait construire à Gorcum, toute\ngarnie de singes, de loups et de sangliers mécaniques dansant\net chantant. Il a jouté lui-même, déguisé en saint Georges,\ndans une grande passe d'armes où figuraient des seigneurs de\ntous les pays, et le prix du tournoi était le Perron liégeois si\nhonteusement mené en Flandres!\n   Mais comme elle devine les soucis qui lui barrent le front,\nlorsqu'elle lui parle des choses de la Cité, pour laquelle son mal\nlui défend encore d'agir, elle s'avise de le distraire en lui chan­\ntant quelque romance.\n   Elle prend son luth d'ivoire et, accoudée au merlon d'un\ncréneau, elle semble effeuiller de ses doigts légers la vieillotte\nmélodie dont le refrain pleure comme un glas :\n               Bele Doette as fenestre séant,\n               Lit en u n livre, mais au cuer ne l'entend.\n               De son ami Doon li ressouviant\n               Qu'en autre terre est allé guerroyant.\n                         Or, en ay deuil.\n\n               U n escuier aux degrés de la salle\n               E s t descendu, si detrosse sa malle.\n               Bêle Doette les degrés en avale\n               Ne cuide pas oïr nouvelle maie.\n                          Or, en ay deuil.\n\n               Bêle Doette lui prit à demander\n               Où est mon sire que je dois tant aimer?\n               Au nom de Dieu, dame, ne le puis celer,\n               Mort est mesire, occis fut au jouter.\n                        Or, en ay deuil.\n"}, {"page_pdf": 709, "page_imprimee": 586, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "586                              DURENDAL\n\n\n                  Bele Doette a pris son deuil à faire.\n                  P o u r q u o i partir, Doon si débonnaire,\n                  Par votre a m o u r vestirai-je la haire.\n                  N o n n e deviendrai au cloître Sainte-Claire.\n                                 Or, en ay deuil.\n\n    Sa voix jeune, écho d'une âme cristalline, où tout semble\nchanter, monte dans le silence et le recueillement des choses,\naccompagnée de la grave résonnance des cordes dorées qui\nmiroitent à ses doigts comme des rais de soleil. Et le chevalier,\nétranger à toute autre pensée, se laisse délicieusement bercer\npar cette m u s i q u e qui lui paraît venir du ciel.\n    E n c o r e ! il voudrait que cela d u r â t toujours. E t l'exquis con­\ncert reprend c o m p l a i s a m m e n t et se prolonge jusqu'à l'heure où\nle couchant épand, par l'immobilité des espaces, ses écharpes\nr o u t e s qui flamboient, jusqu'à l'heure où, la nuit étant des­\ncendue sans un souffle, les étoiles s'allument une à une dans les\nsteppes infinis du firmament.\n    L e chevalier n'est plus à Férister. Il n'est plus auprès de\nJ o h a n n e de Metz, la fille du chevalier décapité et l'héritière des\nvengeances de son aïeul. É c h a p p a n t à sa raison, son imagina­\ntion flotte librement avec les soupirs du luth et la cadence du\nchant, dans le beau r o y a u m e de la fantaisie, où toute chose est\nce qu'on veut qu'elle soit.\n    O h ! pour son esprit altéré, quelle fontaine aux eaux vives\nque d'unir sa destinée à celle de cette vierge douce et vaillante;\nnon point une fillette au front fermé où s'impatientent des\nvanités mesquines et des caprices t y r a n n i q u e s ; mais une vraie\nfemme, de large bonté et de large intelligence, telle qu'il con­\nnaît cette idéale créature dont le candide visage et le cou\nflexible, auréolés des sombres cheveux flottants, se profilent\navec la grâce d'un camée sur le ciel du soir. Quel essor y trou­\nveraient les ardeurs les plus généreuses de sa nature. Il sent\nremonter à la surface de son âme, comme du fond d'un lac, les\nchères croyances de sa jeunesse qu'il avait crues à jamais\nenglouties. Il n'éprouve plus d'autre passion que celle d'une\nexistence simple et utile, au besoin modeste et obscure, dans le\nparfum jeune d'un tel a m o u r . E t toute l'agitation factice où il\ns'est complu jusqu'ici lui semble n'être déjà plus que l'illusion\nde la vie.\n    Mais elle, à quoi songe-t-elle? Ne devine-t-il point, dans le\n"}, {"page_pdf": 710, "page_imprimee": 587, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "                               JOHANNE                              587\n\ntressaillement de ses grands yeux bruns et ladouceur de sa voix,\nla naissance d'un autre sentiment que n'expliquent pas seule­\nment les lois de l'hospitalité? A peine cette idée surgit-elle que\nsa raison, reprenant le dessus, lui rappelle les lois du devoir et\nde l'honneur. Il n'a pas le droit de laisser ces sympathies\ncroître à l'abri de l'ignorance. Il est t e m p s , grand temps de dire\nà J o h a n n e quel est le blessé qu'elle a recueilli... Mais la\npassion lui' gonfle le cœur, étouffe l'aveu sur ses lèvres.\nIl ne dit rien encore. Il l'écoute et, honteux de lui-même,\nil évite, ce soir-là, son regard au m o m e n t où elle prend congé\nde lui.\n    D e m a i n , il dira tout. Mais sa lâcheté recule de jour en jour\nce l e n d e m a i n .\n    L e chirurgien l'autorise déjà à faire ses premiers pas au\ndehors. Soutenu par Domingo et par J o h a n n e elle-même, il\nessaye ses forces sur la route du plateau, à laquelle on accède\naprès avoir traversé la vaste métairie accolée au donjon. Les\nblés étaient à peine verts la dernière fois qu'il vit les cam­\npagnes. Aujourd'hui, beaucoup sont coupés, les autres sont\ncalcinés et rabougris par le soleil trop ardent. Les bois, où\néclataient alors les jeunes sèves, ont des ramures poussiéreuses\noù s'annoncent p r é m a t u r é m e n t des teintes d'automne. A ce\ncontraste, il se rend mieux compte du t e m p s écoulé. Il s'effraye\n à calculer la longueur de cette convalescence, où la souffrance\n physique alla s'atténuant de plus en plus dans le charme\ngrandissant d'une volupté d'âme si nouvelle.\n    A la fin, c'est trop de faiblesse! Et, tandis que le midi\n les rappelle vers le donjon, dont l'austère décor dressé\n devant lui réveille en son être les lois chevaleresques, il décide\n qu'il lui dira tout tantôt, dès qu'il sera seul à seul avec elle.\n     — Vous ne m'avez point encore d e m a n d é mon nom, J o h a n n e .\n Vous n'avez point voulu jusqu'ici que je vous dise qui fut\n mon père et quelle fut ma destinée. E t vous ne savez rien de\n moi, sinon que j'étais banni comme bien d'autres et qu'au temps\n du siège de Dinant, je tenais campagne avec ceux de la\n « Verte-Tente » pour reconquérir la liberté de la Cité et la\n nôtre.\n     Mais vous avez certes ouï parler d ' E u s t a c h e de Strailhe,\n seigneur d'Othée et d ' H a m a l e , qui est mort vaillamment à\n  B r u s t h e m . Or, celui-là était mon père! Mon nom est Josse\n"}, {"page_pdf": 711, "page_imprimee": 588, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": " 588                           DURENDAL\n\n\n de Strailhe. E t c'est moi qui eus avec votre aïeul, dont Dieu\n ait l'âme! la querelle dont il m o u r u t brusquement au dernier\n hiver.\n     A cette révélation, la stupeur et l'indignation se lisent sur\n les traits presque défigurés de J o h a n n e . E t , après un instant\n de silence, lourd d'angoisses, un cri, presque une plainte,\n presque une malédiction, s'échappe des lèvres blêmes de la jeune\n fille.\n     — A h ! je n'aurais point cru que vous fussiez un lâche!\n     Josse a la conscience de sa faute. Mais une telle injure est\n plus forte que sa résistance. Il ne songe m ê m e pas qu'il\n l'adressât lui-même, et moins justement, à l'illustre comte\n de Berlo. Il se dresse en un soubresaut de fureur presque\n menaçante.\n     — J o h a n n e ! s'écrie-t-il.\n     Mais il la voit si sublime de douleur, frémissante, regard\n étincelant et front impérieux, que, malgré lui, il se tait et\n détourne les yeux. E t , de nouveau, il tressaille, mais cette fois\n de honte, et sa tête retombe sur sa poitrine haletante.\n    I m m o b i l e , comme une statue, elle l'accable du poids de cette\n colère filiale qu'il a voulu tromper.\n    — J'avais deux adorations après Dieu : mon père et mon\n aïeul. Ils étaient tout pour moi et je leur dois tout. Et c'est par\nvotre père que le mien fut déshonoré et mis à mort! E t il faut\nque ce soit vous, vous, qui ayez été la cause de mon second\ndeuil. E t vous vous êtes assis à ce foyer éteint dont ils m'ont\nconfié la vengeance, et vous avez cru pouvoir vous jouer de\nl'hospitalité d'une femme! A h ! si vous aviez vu près d'elle une\nmain capable de la défendre, non, vous n'eussiez point agi\ncomme vous l'avez fait.\n    Josse n'en peut supporter davantage, et avec une sorte de cri\nsourd :\n    — A h ! vous êtes t r o p cruelle. P a r pitié! ne me dites point\ncela, à moi, qui donnerais sur l'heure tout mon sang pour vous\nprotéger. J e ne vous ai point dit un mot que le fils d ' E u s t a c h e\nde Strailhe n'eût pu dire à la fille de Gilles de Metz. E t cepen­\ndant, vous avez deviné vous-même, n'est-ce pas, que désormais\ncette vie que je vous dois était toute entre vos mains. Oui, je\ncrois que mon père fut injuste envers le vôtre, et qu'il fut aveuglé\ncomme tant d'autres par ce rouge ouragan de sang qui a soufflé\n"}, {"page_pdf": 712, "page_imprimee": 589, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "                                 JOHANNE                                589\n\n\n sur notre malheureuse Cité. Oui, je n'ai pas mesuré mes paroles\n passionnées devant ce noble et admirable vieillard qui vous\n éleva. P o u r t a n t , Dieu sait si sa gloire et sa vie m'étaient chères.\n E t d'autres vous diront si, à B r u s t h e m , je n'ai pas déployé autant\n d'efforts pour le protéger que pour secourir mon propre père.\n Demandez-moi d'expier les fautes de ma race par tous les sup­\n plices. Dites-moi de renouveler tantôt l'horrible saut dont j'ai\n failli mourir, dites-moi de m'éloigner de vous pour toujours.\nJe serai heureux de vous obéir, mais ne me parlez pas comme\nvous venez de le faire. P o u r Dieu, ne me haïssez pas, ne me\n méprisez p a s . . .\n    Certes, je n'avais pas osé espérer votre pardon. Je vous pré­\nvoyais fidèle à cette â m e de fer dont le souvenir emplit encore\nce donjon. J e sentais autour de moi une inexorable fatalité\ncontre laquelle mon cœur et ma volonté étaient sans forces.\nEcoutez, J o h a n n e ; j'ai vu un jour, q u a n d j'étais encore enfant,\nun jeune h o m m e qui avait commis je ne sais quel crime et que\nle tribunal des X X I I avait condamné à être p e n d u . Il était au\npied du gibet et le bourreau allait faire son œuvre, lorsqu'une\njeune Liégeoise, qui ne le connaissait pas, mais que son sort\navait émue de compassion, s'écria tout à coup : « Grâce, grâce!\n» je vous le d e m a n d e pour époux, » et, selon la vieille loi de\n Liége, on délia aussitôt pour le lui abandonner, ce jeune h o m m e\nqui se croyait le jouet d'un rêve céleste. J'ai vécu depuis\ndeux mois sous votre toit comme ce condamné, reculant l'heure\nfatale que voici. J e n'ai certes point mérité votre grâce et je ne\nl'espère point. Mais votre haine, J o h a n n e , votre mépris! a h !\nvous êtes sans pitié.\n   C'est à peine si cet h o m m e bronzé par la vie et les combats\npeut contenir les sanglots qui l'étouffent et qu'il ne veut pas\nlaisser e n t e n d r e .\n   L a jeune fille m u e t t e , et comme pétrifiée sur les dalles, le\nregarde et l'écoute, l'âme traversée de vingt sentiments con­\ntraires. Elle parait hésiter un moment, puis, s'avançant lente­\nment vers lui :\n   — Messire Josse, dit-elle.\n   E n entendant prononcer son nom pour la première lois\npar cette voix si chère, le chevalier éprouve un nouveau\nfrisson.\n   — Messire Josse, dit-elle, je ne vous hais point.\n"}, {"page_pdf": 713, "page_imprimee": 590, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": " 590                           DURENDAL\n\n\n      Ah! la douceur soudaine et ineffable de cette parole qui le\n  pénètre au plus profond de son être!\n      — Je ne vous hais point. E t il me semble que j'aurais voulu ne\n j a m a i s savoir votre nom. Mais vous me l'avez confié, et vous\n  deviez le faire, et ces deux mémoires sacrées sont à j a m a i s entre\n  nous. Ce sont elles désormais, et non plus ma volonté, qui doi­\n vent me dicter mon devoir. Ecoutez-moi, messire, voici ce que\n je vous d e m a n d e . D e m a i n matin, avant que vous ne quittiez\n  Férister, vous viendrez partager la prière q u o t i d i e n n e que\n j'adresse chaque matin à Dieu pour mon père et mon aïeul dans\n la chapelle de ce donjon. C'est là que leurs corps reposent, c'est\n là que je veux prendre conseil de leur souvenir.\n     Elle s'éloigne, calme en apparence.\n     Josse s'incline. Il reste seul, accablé. Dans cette frêle créature,\n il a senti une énergie et u n e foi d'un principe supérieur aux pas­\n sions dont il est agité lui-même. Il l'en a d m i r e davantage,\n résolu à ne pas déchoir à ses yeux et à se relever, fût-ce au prix\n des plus poignants sacrifices, de ces reproches que lui a valu la\n tardivité de son aveu.\n     Il appelle Domingo et lui donne ordre de préparer le départ\n pour le lendemain. L e vieil écuyer qui l'aime ne fait point\n d'objection, car depuis plusieurs semaines il prévoyait tout\n et, à la voix altérée du chevalier, il comprend tout ce qui s'est\n passé.\n     P e n d a n t cette dernière nuit, c'est en vain que Josse cherche­\nrait quelque repos. P a r la salle déserte, à peine éclairée à la\nlueur d'un tortil de cire, il marche des heures entières pour\ntâcher de calmer son agitation nerveuse. Il s'efforce de prier,\ncroyant apaiser les vagues qui déferlent dans son âme en\ndébâcle. Il n'y réussit point. Sa propre volonté se dérobe à lui.\nGonflé de tristesse, il se lamente d'une voix haletante dans un\nappel confus vers quelque chose. Ses larmes le soulagent et en\nmême temps lui font honte. Parfois il colle aux vitraux son front\nbrûlant, s'impose même de s'absorber dans la contemplation de\nla vallée silencieuse : rien ne lui échappe du paysage lunaire :\nni les cimes boisées, ni l'écharpe de vapeur de la rivière mugis­\nsante, ni l'éclat sidéral des joyaux semés sur le manteau du\nciel. Mais partout lui apparaît, t r i o m p h a n t e du décor, la noble\net fière beauté de J o h a n n e , et toujours retentit à ses oreilles\nl'écho grave de ses dernières paroles.\n"}, {"page_pdf": 714, "page_imprimee": 591, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "                               JOHANNE                              591\n\n    L'aube indistincte affleure dans la nuit. U n reflet de nacre\n lointaine se pose sur les hauteurs et des demi-clartés naissantes\n hasardent leurs teintes gris-de-perle sous le bleu nocturne.\n Enfin, au croisement de deux lignes d'horizon, une flamme\n jaillit : le jet de soleil subit, éblouissant, éteint les astres, perce\n la vapeur, illumine les versants et la vallée, réveille la vie des\n forêts, des étables et des chaumières. F e n ê t r e ouverte, il aspire\n à longs traits le pur souffle matinal et se sent, enfin, plus fort\n contre son cœur et prêt aux décisions viriles.\n    Bientôt, la cloche de la chapelle qui tinte une sorte de glas\n très doux l'appelle au rendez-vous suprême. Il sort, traverse la\n cour d'honneur, franchit le seuil de la chapelle\n    L a lueur des cierges, allumés sur l'autel, y fait un mysté­\nrieux faux-jour. Devant cet autel, enchâssée dans le chœur, une\ngrande dalle de marbre noir m a r q u e la sépulture du comte de\n Berlo. C'est là que J o h a n n e attend, agenouillée, et ses longs\ncheveux noirs sont cerclés d'une lame d'argent retenant par der­\nrière un voile qui la couvre presque toute entière. A côté\nd'elle, tout au bord de la dalle, Josse s'agenouille à son tour.\n Ensemble, dans ce recueillement et cette solitude que rien ne\ntrouble, ils suivent dévotement le sacrifice de la Messe que\ncélèbre le chapelain revêtu de ses ornements noirs. E t la com­\nmémoration des Morts fait monter dans l'étroite nef les noms\ndes deux chevaliers endormis sous cette voûte : Gilles de Metz\net Guillaume de Berlo.\n   Alors, s'approchant de l'autel, J o h a n n e s'offre à recevoir\nl'hostie sainte et, tout près d'elle, agenouillé au même banc, si\nprès qu'il entend battre leurs deux cœurs, le chevalier Josse\ns'absorbe en même temps qu'elle dans une ardente préparation.\nIls communient, les âmes confondues dans l'exaltation du\nmystère divin, qui les emporte en un moment, d'un vertigineux\ncoup d'aile, loin, bien loin, bien au-dessus des existences et des\npensées humaines. E t leurs prières se mêlent, adorantes et\nimplorantes, pour répondre à celles du prêtre.\n   Avec le pain sacré, une force toute nouvelle descend en eux,\ndissipant le doute et l'incertitude, leur rendant nette à l'un et à\nl'autre la conception du devoir. Josse s'étonne du courage qui le\nranime. Il lui semble qu'une fleur soudaine vient d'éclore et de\ns'épanouir en lui, l'envahissant d'un âpre et invigorant parfum\nqui réveille ses meilleures énergies.\n"}, {"page_pdf": 715, "page_imprimee": 592, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "592                            DURENDAL\n\n\n    Q u a n d les grâces furent dites et les cierges éteints, J o h a n n e\n lui fait signe et le conduit derrière l'autel, où s'érige le tragique\n m o n u m e n t élevé par son aïeul sur la tombe de son père. L a\npierre sculptée brille faiblement au jour des vitraux, et Josse\nse sent troublé à cette vue, comme J o h a n n e l'avait été elle-\nmême le jour où le vieux comte de Berlo l'y mena pour la\npremière fois. Ce corps décapité, recouvert de son a r m u r e ,\ncette devise vengeresse : « H e u r e viendra qui tout payera ! » lui\nfont mieux sentir l'horreur de ce deuil et le poids de la faute\npaternelle.\n    — C'est à moi de les venger, dit Johanne à mi-voix, et je sens\nque l'heure est venue et je veux vous associer à mon œuvre.\nE n s e m b l e , nous venons de prier pour le repos de leurs âmes.\nF a i s o n s mieux encore. Sacrifions-leur notre amour. O u i , je puis\nvous le dire aujourd'hui, dès le premier m o m e n t où je vous\nrencontrai, surgissant parmi ces hommes qui m'effrayaient si\nfort, vous m'étiez a p p a r u comme un vrai chevalier, et, tandis\nque vous me parliez des choses de la P a t r i e , je retrouvais d a n s\nvos paroles quelque chose de l'accent des miens, avec des idées\nnouvelles et sauvages qui me troublaient sans me déplaire.\nJ'avais senti la flamme de votre âme, je l'avais emportée avec\nmoi, j ' e n avais entretenu le souvenir ici-même, à l'ombre de ce\ndonjon. Et je crus que Dieu vous envoyait à Férister pour rem­\nplacer ceux que j ' a i perdus. E t vous comprenez combien votre\nrévélation me fut cruelle... Il faut nous séparer, messire, et\nsuivre nos voies. Si tout était calme au pays, vous partiriez\npour l'Orient, où la chrétienté d e m a n d e du secours contre les\nm u s u l m a n s . Mais la Cité a besoin de vous. Vous y retour­\nnerez. Elle veut ses enfants. Les humbles, que vous aimez,\nvous y a t t e n d e n t pour les défendre contre les ennemis du\ndedans et du dehors. L e chevalier que vous êtes continuera\npour eux l'œuvre que Gilles de Metz et Berlo ont cherché\nà accomplir. E t ce sera leur vengeance d'outre-tombe. Puisse\nle sort vous être plus clément qu'il ne fut pour e u x ! . . .\nP o u r moi, ajouta-t-elle après un silence, vous ne me reverrez\npas et je ne veux pas que vous cherchiez jamais à me revoir.\n   Nos âmes se sont unies aujourd'hui. J'espère qu'elles le\nresteront dans la grâce de Dieu et qu'elles seront réunies réelle­\nment au jour de l'éternité. J e ne vous aurai point pour époux,\nmessire, mais je n'en aurai pas d'autre que le Christ. Ma\n"}, {"page_pdf": 716, "page_imprimee": 593, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "                              JOHANNE                             593\n\nrésolution est prise. Je me présenterai au couvent de Sainte-\nClaire, où les nonnes soignent les pauvres malades, et, si on\nm'y accepte, comme novice, je ferai de ce donjon, désormais\nsans maître, une maladrerie pour les gens de ce pays. E t je\npense qu'en taisant ainsi l'un et l'autre, Dieu agréera notre sacri­\nfice et que mon père et mon aïeul bien-aimés retrouveront leur\nsang en moi.\n   Malgré la vaillance de son âme, la jeune fille essuya, du\nrevers de la main, une larme fugitive qui naissait à sa pau­\npière, et Josse, qui n'eût pu trouver une parole, lui saisissant\nla main, la baisa, buvant cette larme comme le plus doux et le\nplus réconfortant des philtres.\n    Ils sortirent de la chapelle et J o h a n n e se retourna, ayant un\ndernier mot à lui dire :\n    — Je veux vous rendre votre bon cheval Marchegay,\ndit-elle. Voilà bientôt deux ans qu'il fait ma joie. Il est\nintelligent, vigoureux et doux, et j'ai fait en sorte de ne le\n point gâter.\n    Elle ajouta, avec un de ces sourires presque d'enfant, comme\nen ont souvent les religieuses :\n    — Il vous sera désormais plus utile qu'à moi.\n    Marchegay, amené au perron, agita la crinière et souffla par\n les naseaux en reconnaissant son maître, et celui-ci comprit que\nJohanne lui laissait un souvenir d'elle en m ê m e temps qu'elle\nlui restituait tout ce qu'elle tenait de lui.\n    — Adieu donc, J o h a n n e , fit le chevalier, qui mit un genou\nen terre pour prendre congé de l'héroïque jeune fille. Adieu, et\nsi c'est pour toujours, eh bien! pour toujours encore, adieu!\nJ'ai connu par vous la plus grande douleur de ma vie, mais je\nsens que cette douleur, en brisant mon âme, l'a élargie et l'a\nrendue meilleure. Désormais, la vie et le devoir ne m'apparaî-\ntront plus qu'à travers votre souvenir et vos dernières paroles.\n A d i e u ! priez pour moi!\n    — Adieu, mon chevalier.\n    Josse et Domingo montèrent en selle, et leurs chevaux, allant\n au pas, disparurent lentement au tournant de la cour et pas­\n sèrent sous l'obscure poterne du donjon. P a r les chemins en\n lacets, ils descendirent vers la vallée, suivant celle-ci dans la\n direction de Liège. Et tant qu'il put, le chevalier Josse ne quitta\n pas des yeux le vieux donjon, qui se dressait maintenant\n"}, {"page_pdf": 717, "page_imprimee": 594, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 512, "texte": "594                           DURENDAL\n\n\n\nau-dessus de lui comme un géant bronzé par les soleils et noirci\npar les pluies.\n  E t il cherchait à se raidir contre l'angoisse d'un tel arrache­\nment, lorsqu'il vit sur l a h a u t e terrasse, où ils passèrent ensemble\ntant d'heures ineffables, une femme aux cheveux noirs qui s'ap­\npuyait de la main gauche aux créneaux et qui, d'un long geste\nde la main droite, lui adressait un dernier adieu.\n\n                                            H . CARTON DE W I A R T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 595, "page_fin": 596, "titre_corps": "Stances à une Carmélite", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Le Cardonnel", "ancre_debut": "Stances à une Carmélite A Maurice Dullaert", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 718, "page_imprimee": 595, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "Stances à une Carmélite\n                                                 A Maurice   Dullaert.\n\nLe seuil mélancolique enfin s'est refermé :\nEt tu peux contempler d'un long regard       d'épouse,\nPâle sur une Croix, l'Epoux, le Bien-Aimé,\nQui, par ton âme forte et ta douceur     charmé,\nFera peser sur toi sa tendresse   jalouse.\n\nD'un fervent, d'un vivace amour tu l'aimeras :\nEt quand, pour t'exercer par de terribles    feintes,\nIl semblera s'enfuir à jamais de tes bras,\nVers ton cœur nuptial tu le ramèneras\nPar l'héroïque attrait des patiences  saintes.\n\nIl te l'a dit sans doute, et tu n'as pas frémi :\nIl te demandera de ton sang pour les crimes\nDont l'enivrement lourd tient le monde endormi ;\nIl te faudra répondre aux désirs de l'Ami\nQui, Victime, avec lui ne veut que des victimes.\n\nAfin que le Ciel trouve où décharger ses coups.\nTu seras une hostie aimante et volontaire,\nUne vivante cible offerte à ses courroux :\nEntends tous les pécheurs te crier : Sauve-nous!\nEt tombe dans la nuit, la face contre terre.\n\nLutte, lutte avec Dieu     mystérieusement\nPour que ton siècle soit lavé de ses folies,\nPour changer en pardon l'horreur du           châtiment.\nDeviens un autre Christ, et sans       tressaillement,\nBois, le regard au ciel, d'épouvantables     lies.\n\nMais, ivre du vin fort de     l'abnégation,\nD'abord, fille du cloitre, aime ta Règle dure,\nEt, comme au jour sacré de ta profession,\nEn pensant à l'éclat de la sainte Sion,\nSens ton cœur s'embraser sous la robe de bure.\n"}, {"page_pdf": 719, "page_imprimee": 596, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "596                          DURENDAL\n\n\n      Exulte sous le poids des austères     devoirs,\n      Chéris l'isolement dans l'étroite cellule,\n      Le petit jardin clos, les blancs et sourds parloirs\n      Erre, telle une morte, à travers ces couloirs\n      Où le clair midi même est comme un crépuscule.\n      Reviens, les pieds glacés, des matines  d'hiver,\n      Taciturne parmi toutes ces taciturnes\n      Dont les reins sont serrés d'une chaîne de fer,\n      Et dresse-toi, la croix à la main, si l'Enfer\n      Voulait t'épouvanier de ses terreurs   nocturnes.\n\n      Et même dans l'ardeur des plus mornes étés,\n      Alors que le dégoût te fait la bouche amère,\n      Dans les tentations, dans les aridités,\n      Conserve le secret des candides   gaîtés,\n      Ainsi que le voulait ta Bienheureuse      Mère.\n\n      Puis un jour, t''élançant hors des stalles du chœur,\n      Palpite à l'avant-goût   de l'éternelle Vie,\n      Que l'immortel Amour fonde sur toi,          vainqueur,\n      Que ton visage soit de flamme, que ton cœur\n      Comme une cire, au feu d'En-Haut se liquéfie.\n\n      Ainsi que dans une anse où se pressent les flots,\n      Laisse en toi déborder le grand Dieu qui t'assaille :\n      Les yeux, devant l'éclat qui l'environne,    clos,\n      Souris, le sein gonflé de sublimes    sanglots,\n      Et, d'une défaillance adorable,    défaille.\n\n      Ou, vers les fulgurants    abîmes de splendeur\n      Qui creusent devant toi leur gloire    illimitée,\n      Dresse-toi brusquement de toute ta hauteur,\n      Et dans l'air répandant une extatique       odeur,\n      Sois, vers le vrai Soleil, avec fougue emportée !\n\n      Et puis tranquillement     retourne à l'humble  effort,\n      Après tant de grandeurs trouve-toi plus petite,\n      Boucle autour de ta chair le cilice qui mord;\n      Dis amoureusement      : la souffrance ou la mort!\n      Sois celle qui combat sans trêve et qui mérite.\n\n      D'une corde aux nœuds lourds serre et meurtris ton        flanc,\n      Et, pour l'Eternité que ton cime fleurisse,\n      Comme une belle rose ardente au cœur        sanglant,\n      Au sommet du Carmel solitaire et brûlant,\n      Vierge thérésienne, ô renonciatrice.\n\n                                               Louis L E    CARDONNEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": 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Adagio molto semplice, cantabile (ut majeur).\n\n                                               Non sunt condignæ passiones hujus\n                                             temporis ad futuram gloriam quæ reve­\n                                             labitur in nobis.\n                                                            (S.   PAUL, ROM.   8.)\n\n\n   Beethoven a des ressources inépuisables d'énergie morale.\nCette sonate, dont l'introduction et l'allegro sont parmi les\nplus tragiques de ce grand poète, nous élève par le finale aux\nhauteurs inouïes d'une joie qui n'est plus de ce monde. Cette\nœuvre est le microcosme de l'âme h u m a i n e dont elle résume\nles luttes, les passions et puis les aspirations et les destinées\nidéales. Résistance — Résignation, d'après De L e n z ; c'est trop\npeu dire. Sansara — Nirvana! dit Bülow... Pourquoi faire de\nBeethoven un bouddhiste?... J'aime mieux le texte de saint P a u l .\nNon pas que je prétende que l'artiste l'ait commenté ici volon­\ntairement, mais, l'interprétation subjective variant d'un homme\nà l'autre, étant donné d'ailleurs l'esprit hautement spiritualiste\nde Beethoven, je trouve cette sonate à la hauteur du texte\nsublime qui dit que les souffrances de cette vie (première partie)\nne comptent pas devant la gloire qui nous sera révélée là-haut\n(finale).\n"}, {"page_pdf": 721, "page_imprimee": 598, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "598                        DURENDAL\n\n\n   Schindler — qui devait être naïf — raconte très sérieusement\nqu'il pressa Beethoven de composer un finale brillant pour cette\nsonate. Le maître, ironiquement poli, répondit : «. qu'il n'avait\npas le temps, qu'il devait travailler à la neuvième symphonie ».\n   Passons à l'analyse. D'abord un coup de foudre terrifiant,\nsaut brusque d'une septième diminuée. La phrase tragique,\nlancée en pleine force, tombe soudain, à la deuxième mesure,\nsur un accord, joué piano, qui donne le frisson. Suit un deuxième\naccord, puis un troisième, ce dernier de nouveau fort avec un\narpège rageur.\n\n\n\n\n  A la mesure 6, les sonorités s'adoucissent, mais le rythme,\ntoujours tragiquement saccadé, fait penser à un ciel de plomb\nprêt à éclater. Survient une phrase de grandiose mélancolie :\n\n\n\n\n   Elle se répète une seconde fois, plus assourdie. Alors le\ntonnerre gronde au loin, se rapproche avec une effrayante\nrapidité et s'abat furieusement!... L'orage est déchaîné, orage\nde toutes les passions humaines, tumultueuses, entrechoquées.\n   Le premier thème de l'allegro, d'une puissante originalité,\nest formé de deux fragments :\n"}, {"page_pdf": 722, "page_imprimee": 599, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                599,\n\n\n  L'exposition les développe jusqu'à la mesure 32, à l'entrée du\ncontre-sujet en la bémol, seule éclaircie dans cette effroyable\ntempête, sublime aspiration au repos.\n\n\n\n\n   Mais un brusque coup de vent ( T e m p o I) nous rejette au\nsein de la t o u r m e n t e où le fragment A reparaît, avec un appen­\ndice nouveau, comme une marche lourdement scandée.\n\n\n\n\n    U n e rafale chromatique amène la reprise traditionnelle.\n    L a partie suivante de l'allegro commence par quelques\naccords entrecoupés de pauses brusques, pleins de colère,\nqui font penser au fameux quos ego... de Virgile. P u i s le premier\nt h è m e de l'allegro reparaît sous sa forme ex : 5, suivi d'un inté­\nressant travail fugué sur ce même t h è m e forme ex : 3. Suit une\nprogression tragique sur le fragment A, qui ramène tout natu­\nrellement le début de l'allegro.\n    Ici plus rien de particulier. A la lecture on remarquera l'in­\ntroduction de variétés très heureuses. L e contre-sujet — (en ut)\n— subit à son tour des développements importants et d'une\npoignante expression.\n    L a coda comprend une brève répétition du fragment A, mais\ndéfaillant, entrecoupé. P o u r finir s'élève un nouveau thème :\n\n\n\n\nclameur désolée, lointaine, s'éteignant sur l'accord d'ut majeur.\nE t l'on a la sensation qu'un nouveau monde va s'ouvrir devant\nsoi.\n"}, {"page_pdf": 723, "page_imprimee": 600, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "600                         DURENDAI.\n\n\n\n   On peut comparer cet allegro en ut mineur avec celui de la\nsymphonie dans le même ton. Les deux morceaux, avec des\napparences désordonnées et tumultueuses, sont des modèles de\nrégularité classique. Ils ne comprennent chacun que deux\nthèmes principaux formant un puissant contraste.\n   La symphonie, comme la sonate, a un finale en ut majeur,\nchant de joie, de délivrance. La symphonie est beaucoup plus\ncélèbre que la sonate. Néanmoins, en étudiant cette dernière,\non pourra se convaincre que, dans un petit cadre, l'allegro est\nd'une puissance tragique qui dépasse peut-être celle de la\nsymphonie, et que le finale est certainement d'une idéalité plus\ntranscendante que celui de son illustre sœur.\n   La mélodie de l'adagio semble effectivement être le langage\nd'une autre sphère. C'est un chant si simple et si touchant que\nle génie seul peut en concevoir de pareils. Le recul des basses\nlui donne un aspect lointain et surnaturel. Outre le texte\ncité plus haut, on pourrait encore appliquer ici la parole\névangélique : « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront\nconsolés. » Voici les premières mesures du thème :\n\n\n\n\n   L'inspiration de ce finale se rapproche de celui de la sonate\nen mi, mais elle est plus haute encore. Pourtant les variations\nen mi offrent, à première vue, plus d'intérêt et de variété. Mais\nla monotonie apparente de celles-ci provient de la simplicité\nprimordiale du sujet, dont les variations ne sont qu'une conti­\nnuation dans le même caractère idéal. L'auteur semble craindre\nde se laisser distraire, par des recherches d'effets extérieurs, de\ncette contemplation bienheureuse. Remarquez que tout le\nmorceau est en douceur, presque sans nuances. La variation III\nseule se présente avec beaucoup d'éclat et fait diversion. Au\nreste, voici l'indication du rythme de ces trois premières\nvariations :\n"}, {"page_pdf": 724, "page_imprimee": 601, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1032, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN              601\n\n\n\n\n   Dans cette dernière (10) le rythme précipité qui voltige sur\nle clavier et les lignes trajectoires de la mélodie ressemblent à\nde grandes raies lumineuses qui s'entrecroiseraient. Soudain,\nau milieu de cet éblouissement, tombe l'obscurité; tout devient\nmystère (variation IV). Le thème apparaît vaguement dessiné\nen mystérieuses syncopes. On pense aux figures dans l'ombre\nde Rembrandt.\n\n\n\n\n  Puis tout s'éthérise, s'illumine en de fines vapeurs, tels les\nrayons du soleil levant dans les brouillards de septembre.\nSans doute que nous montons des ombres terrestres vers la\nlumière céleste, où la gloire future nous sera révélée, ô Dante!...\n\n\n\n\n   Remarquez ici que les deux passages éthérés, répondant aux\nsyncopes dans le grave, ne sont — musicalement parlant— que\nles reprises des deux sections du thème.\n   Cette variation est suivie d'une sorte de transition, qui\namène quelques développements, d'une expression admirable,\nsur des fragments du thème :\n"}, {"page_pdf": 725, "page_imprimee": 602, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "602                             DURENDAL\n\n\n\n\n   Enfin, nous arrivons à la période finale. D'abord le t h è m e\nreprend, intégral, sur un accompagnement brillant; il s'allonge\nd'une coda t r i o m p h a l e . P u i s , sur des trilles et des fines batte­\nries de triples croches, le chant s'élève au ciel et s'évanouit...,\nune rapide g a m m e descendante nous fait reprendre pied sur\nterre, et les trois dernières mesures sont comme un suprême\nregard, plein d'espérance, que, de notre vallée de larmes, nous\nenvoyons au messager céleste.\n\n                                     ***\n\n   Après cette analyse, très insuffisante, de cinq chefs-d'œuvre,\nbien des a m a t e u r s , en relisant ces sonates, seront déçus de ne\npas ressentir la somme d'émotion que contient chacune d'elles.\nIl importe, à ce propos, de rappeler quelques vérités.\n   Donnons d'abord la parole à Beethoven lui-même : « Il y a\ndes milliers de gens qui se marient par amour et chez lesquels\nl'amour véritable ne se révèle pas une seule fois, quoiqu'ils\nfassent tous le métier de l'amour; ainsi, des milliers de gens\ncultivent la musique et n'en ont pas la révélation. » Parole\naussi originale que j u s t e !\n   Mais, pour bien saisir une œuvre d'art, il ne suffit pas\nd'avoir la révélation, ni même u n e certaine éducation a r t i s t i q u e ;\nnon, il faut encore s'imprégner de l'œuvre, la lire souvent, la\nvivre en quelque sorte. En d'autres termes, la jouissance artis­\ntique d e m a n d e des peines et des fatigues. Ceci combat, une fois\nde plus, l'absurde préjugé qui consiste à dire que l'art est un\nagrément, un délassement, etc. Sans doute, il est des morceaux\nde bonne m u s i q u e dont la compréhension est facile, limpide,\nreposante; mais — prise dans son ensemble — la m u s i q u e ,\ncomme tout art sérieux, a pour but de nous élever l'esprit et\nnon de le récréer, de l'amuser. P o u r moi, je ne sais rien de plus\nfatiguant que l'austère joie des sons, et bien des conférences\n"}, {"page_pdf": 726, "page_imprimee": 603, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                               603\n\n\nphilosophiques me fatigueraient moins le cerveau que l'audi­\ntion de la neuvième s y m p h o n i e . L ' a r t est l'anoblissement de\nnotre âme et non son a m u s e m e n t ! . . . Voilà pour l'art d'agré-\nment!...\n   D'ailleurs, on n'est pas toujours disposé à recevoir l'impres­\nsion artistique. Généralement, c'est dans la solitude ou, tout\nau moins, dans l'intimité, qu'on est le plus apte à la subir.\nP o u r ce qui concerne la musique, si les concerts sont indispen­\nsables pour faire connaître des œuvres, nous n'en goûterons\nordinairement toute la beauté que par une étude postérieure ou\npar des réauditions. L e s plus m i n i m e s causes suffisent pour\ntroubler nos facultés émotives : la chaleur, le froid, des voisins\ndésagréables, que sais-je! E n outre, quelqu'un (n'est-ce pas\nMaeterlinck?) a dit que « la scène est le lieu où meurent les\nchefs-d'œuvre ». P a r a d o x e , sans doute, qui équivaut à dire que\nl'exécution d'une œuvre géniale est presque toujours inférieure\nà celle-ci. Quels sont les pianistes capables d'interpréter par­\nfaitement les cinq dernières sonates, ou celles en ut # mineur,\nen fa mineur, celle des adieux, e t c . ? . . . Aussi les jouent-ils rare­\nment et s'attaquent-ils de préférence aux concertos du maître,\nproductions admirables, mais, par leur nature même, infé­\nrieures à ses sonates (1).\n   Beethoven eût pu couronner sa carrière par le glorieux chef-\nd'œuvre qu'est la sonate op. III, où il semble avoir résumé tout\nson génie. Aussi est-on stupéfait d'apprendre qu'il écrivit encore\naprès cela ses sublimes derniers quatuors, la colossale Missa\nsolemnis, même une œuvre i m p o r t a n t e pour piano, les trente-\ntrois variations, et surtout la neuvième s y m p h o n i e avec l'Ode à\nla Joie.\n   Je souligne ces derniers mots. Car ce qu'il y a peut-être de\nplus beau en ce grand h o m m e , c'est que — après avoir éprouvé\net chanté les plus poignantes douleurs — presque toujours, en\nces dernières œuvres surtout, il fait luire l'espérance et la joie\ndans \"nos âmes. C'est bien la m a r q u e du génie chrétien. De\nL e n z dit à ce propos : « Ce qui distinguait l'homme distingue\nencore son œuvre : l'élément humain, élément d'affections et\nde souffrances, le fond de la religion chrétienne. »\n\n  (1) PcW ma par; — d^s cinq dé?mères sonates — cellé^n la l>, est la feeule dont l'exé- J\ncution m'ait laissé très froid.  *••—••              ^-         r    ^-       *-■••\n"}, {"page_pdf": 727, "page_imprimee": 604, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "604                                    DURENDAL\n\n\n\n   L'œuvre de Beethoven est imprégnée du sens divin : c'est sa\nforce et son réconfort. On y voit fréquemment le trouble, le\ndéchaînement de toutes les passions; mais l'impression de\ndésespoir, quand elle existe, n'y est jamais définitive. Si tout\nle poids de la douleur humaine pèse en ces admirables poèmes,\nd'autre part toute son idéale espérance les relève. Ils expriment\nl'humanité toute entière.\n   Certains ont vu en Beethoven un stoïcien qui puiserait sa\nvigueur morale dans une sorte de philosophie orgueilleuse.\nSon admiration pour Plutarque pourrait leur faire donner\nraison. Mais cette admiration était dans l'air à son époque, et\nBeethoven, l'homme universel, était de son temps par certains\ncôtés. Pour connaître le fond de son âme, nous ne consulterons\npas seulement ses idées et sa vie privée — vie de désintéres­\nsement et de pureté morale exemplaire — c'est avant tout\nl'œuvre qui doit nous la révéler (1). Cette œuvre jaillie du cœur,\ntoute altérée de l'au-delà, est aux antipodes d'un froid stoïcisme.\nQui prétendra que les finales des trois dernières sonates ana­\nlysés plus haut sont d'inspiration stoïcienne?...\n   Si l'aspiration vers l'idéal, c'est-à-dire vers l'infini, est la\nmarque de tout art élevé, nul artiste ne fut plus grand que\nBeethoven et nul ne fut plus émouvant. J.-S. Bach a l'âme\nprofondément religieuse ; il est si sûr de sa foi que le trouble ne\nle hante pas. Sa mélancolie même demeure sereine. Beethoven\némeut davantage parce que son âme est essentiellement\nmoderne. Chez lui on sent le doute, la lutte des passions, de\nl'esprit et de la matière. Mais, comme je le disais plus haut, la\nlutte se termine par le cri de victoire, le triomphe de l'esprit,\nl'envol vers les régions supérieures, l'Hymne à la Joie!\n   C'est par sa profonde vérité que son œuvre est immortelle et\nuniverselle. C'est aussi cette vérité qui en établit la haute\nmoralité.\n\n                                                              Jos.    RYELANDT.\n\n  Bruges, décembre 1903.\n\n\n\n\n  (1) Citons encore De Lenz : . . . \" i l fallait les trésors d'amour de l'Église catholique\ndont la foi dominait le génie de B . . . à son insu peut-être. \"\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 605, "page_fin": 605, "titre_corps": "Les Gemmes éternelles : L’Hyacinthe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Les Gemmes Eternelles (Fin) L'Hyacinthe Bordant comme un éphod", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 728, "page_imprimee": 605, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "Les Gemmes Eternelles\n                           (Fin)\n\n\n\n\n                      L'Hyacinthe\nBordant comme un éphod les bures où des gaufres\nDessinent sur fond d'or leurs flores de clarté,\n— Célestes bures d'or des fils du Petit-Pauvre, —\nL'Hyacinthe,  humblement,     voile sa charité.\n\nPourprescentes lueurs de l'Hyacinthe    viue.\nQue mitige un nuage aux tons d'ambre et de miel!\nReflets de vos vertus ardentes et craintives,\nCompagnons de François, brebis       contemplatives.\nQui bien avant la mort broutiez les prés du ciel.\n\nDes gemmes d'ici-bas si l'Hyacinthe est celle\nQui reflète le mieux l'ardeur de votre zèle,\nL'Hyacinthe    est encor celle dont la splendeur,\nSans s'altérer jamais, varie en des nuances\nOù l'humble amour tempère une orgueilleuse        ardeur,\nEt l'Hyacinthe, ainsi, traduit votre prudence.\n\nEt c'est pourquoi vos cœurs l'admirent     satisfaits,\nDoux moines, qui songez que la condescendence\nEst la tendre vertu imposée aux    parfaits.\n\nEt sur vos bures a'or en chaque pierre      brille,\nMiraculeux de calme et de sérénité,\nDans l'immuable paix d'une immortelle         l'Ombrie,\nLe matin souriant de votre éternité.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 606, "page_fin": 607, "titre_corps": "Les Gemmes éternelles : La Gloire des topazes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "La Gloire des Topazes Pour les regards brûlés", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 729, "page_imprimee": 606, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "La Gloire des Topazes\n      Pour les regards brûlés par les feux de l'instinct\n      C'est, parmi des cailloux, un caillou  indistinct.\n\n      Mais l'homme ensoleillé par les matins    mystiques\n      La devine au cœur noir des roches      granitiques.\n\n      Il la cherche, il l'arrache aux entrailles des monts;\n      Il la ramène au clair, terne, opaque,      ignorée;\n      Il la taille, il la lave et la gemme dorée\n      Brasille entre ses doigts, disperse ses démons.\n\n      Car la topaze d'or, flavescente, torride,\n      Evoque en la terreur de leurs regards     déments\n      La géhenne éternelle, où dans le Feu liquide\n      Ils se tordront sans fin parmi les   hurlements.\n\n      Gemme couleur de gloire, en ton éclat solaire\n      Sion réapparaît aux bannis du Saint Lieu.\n      Ah! combien plus affreux que l'or de la Colère,\n      L'or qui ravive en eux le souvenir de Dieu!\n\n      Ton eau incandescente ainsi qu'un feu qui coule\n      Eclaire la stupeur sur leurs mufles  ardents.\n      Avec un fracas sourd vrillé de cris stridents\n      Au fond du Lac de feu leur déroute s'écroule.\n\n      Pour venger sur ton or l'infernale    terreur\n      L'hérésie a fait naître au mont des anathèmes,\n      Opaque et rocailleux, l'impur    topazosème,\n      Satanique union de lumière et d'erreur...\n\n      Mais quelle joie aimante, encore    inéprouvée,\n      Scintille dans les yeux pieux qui l'ont trouvée,\n      Pierre des fondements de la cité du ciel !\n\n      La Face éblouissante apparue à Daniel\n      A ton éblouissance est par lui comparée\n\n      Heureuses les maisons que ta gloire a parée,\n      Lumière irradiante au front des Chérubins.\n\n      La Reine de Sion, Mère pleine de grâces,\n      Rayonne au cœur des c i e u x comme l'or des topazes\n      Que tailla le marteau et que lava le bain.\n"}, {"page_pdf": 730, "page_imprimee": 607, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "            LES GEMMES       ÉTERNELLES                       607\n\n\nSous le déluge d'or des joies   surnaturelles\nSon front immaculé est rutilant comme elles.\nEt Paul, Apôtre ardent des feux du        Saint-Esprit,\nMystérieusement    dans un épitre écrit :\n\n( L u i qu'emportaient au ciel les ailes de l'extase)\n— « Trois choses ici-bas témoignent devant Dieu :\nL'Eau, le Sang et l'Esprit » — et l'Esprit c'est le Feu ! —\nCes mots m'ont révélé la gloire des topazes.\n\nIl en est que l'orfèvre appelle « gouttes d'eau »,\nLeur cristal est si pur que l'on y voudrait    boire;\nD'autres ont la couleur d'un sang mêlé de gloire;\nD'autres enfin l'éclat divin d'un jour    nouveau...\n\nAux yeux des Inspirés la pierre se transforme :\nElle est le Paraclet caché sous ses trois formes.\nPour eux l'Esprit de Dieu, la Splendeur du Tabor\nS'identifie — ô gloire! — à la Topaze d'or.\n\n                                        GEORGES RAMAEKERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 608, "page_fin": 610, "titre_corps": "Le Sacristain de l’avenue Montjoie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Le Sacristain de l'Avenue Montjoie CONNAISSEZ-VOUS l'avenue", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 731, "page_imprimee": 608, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "Le Sacristain de l'Avenue Montjoie\n               CONNAISSEZ-VOUS l'avenue       Montjoie, à deux pas de\n                     la somptueuse torêt de Soignes? Il y a là une\n                     petite église. Si vous rencontrez le sacristain de\n                     cette église, découvrez-vous devant lui, car c'est\n                     un artiste. Si le croyant se découvre avec raison\n                     devant le prêtre en qui sa foi lui fait voir le\n                     ministre d e son Dieu, je suis d'avis qu'il faut\n                     aussi se découvrir devant l'artiste parce qu'il\nest le prêtre de : la Beauté. Ce sacristain-artiste se lève, au\nchant du coq, pour tinter l'angelus au clocher; sert la messe de\nmonsieur le Curé, à l'aurore; dresse, au matin, le catafalque des\nmorts; conduit, à midi, les fiancés au prie-Dieu des m a r i é s ;\nouvre, l'après-midi, les portes du baptistère au nouveau-né;\nallume, le soir, les cierges du salut, puis rentre chez lui, prend\nson crayon et dessine des chefs-d'œuvre. Voyez celui que nous\nreproduisons. N'est-ce pas une œuvre d'art dans toute la force\ndu terme. Quelle puissance il y a dans l'expression formidable\nde cette tête de juge. Les traits en sont accentués avec une\nvigueur inouïe. Il n'y a pas d'écart. L e coup de crayon est net.\nL a l i g n e est souple. Ce dessin a une âme.\n    L'artiste a voulu et a admirablement incarné dans son œuvre,\nnon pas le visage placide et banal d'un juge quelconque, mais\nla physionomie du mauvais juge, du juge inexorable, cruel et\nsans pitié, qui ne comprend pas la vraie mission de la justice,\nlaquelle est toute de miséricorde et de pardon, et doit tendre à\nrelever l'accusé, fût-il coupable, plutôt qu'à le frapper et à\nl'abattre. L e mauvais pli de la bouche, le regard méchant, les\ntraits durs de cette figure sombre, sèche et rébarbative font\ndeviner que ce juge n'a qu'une idée dans la tête, celle de con­\nd a m n e r sans merci tout accusé qui est soumis à son verdict.\nPour lui, être accusé c'est être coupable. « Oh ! je te tiens,\n"}, {"page_pdf": 734, "page_imprimee": 609, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "             LE SACRISTAIN DE L'AVENUE MONTJOIE                 609\n\n\nsemble-t-il dire avec une joie féroce à sa victime. T u es dans\nmes mains. T u ne m'échapperas pas. J'ai la force à mon ser­\nvice. Quoi qu'en disent les avocats chargés de ta défense, tu es\ncoupable, tu dois être coupable. Je le veux. Je l'entends ainsi.\"\n   E n contemplant ce dessin, vous vous figurez que l'artiste est\nun h o m m e à la face plutôt dure. Détrompez-vous. C'est un\ndoux, un humble, je dirais presque un timide. L a vie lui a été\ncruelle. Il a souffert. Il y a du tragique dans son existence.\nPeut-être sans cela n'eût-il pas été un si grand artiste. L e tra­\ngique de sa vie a passé dans son art. Celui-ci est douloureux,\nsans soleil, macabre, il ne reflète que la tristesse des choses, il\nest effrayant, il exprime la terreur, il dénonce le crime, il sue la\npeur, il hurle à la mort. Ces dessins sont noirs. C'est une nuit\nqui paraît éternelle, si épaisse qu'elle semble ne savoir plus\njamais finir. L'artiste n'aime qu'une lumière, la clarté blafarde\nde la lune mélancolique. Sans doute parce qu'elle a pour effet\nde renforcer encore les teintes foncées, d'assombrir les détails\ndes paysages tout en éclairant l'ensemble, de donner aux êtres\ndes apparences de fantôme, d'allonger les ombres, de rendre la\ndouleur plus cuisante et plus effrayantes les horreurs du\nmystère.\n   Voyez cette rue sinistre, mal éclairée par un sale réverbère.\n Ne vous semble-t-il pas, à la voir, que des crimes doivent s'y\ncommettre, que les maisons aux murs lépreux suintent le\n meurtre. Elle est traversée en coup de vent par de longs et\n anguleux chiens errants qui eux-mêmes sont transis de peur.\n   L'artiste a dessiné aussi des Christs terribles, dont les têtes\n sont meurtries par de monstrueuses couronnes d'épines et qui\n grimpent plutôt qu'ils ne montent au calvaire, accusant les dou­\n leurs effrayantes de la passion telles qu'on les lit dans les\n révélations de Catherine Emmerich. Oh ! je voudrais voir un\n chemin de croix dessiné par un artiste de cette trempe. Je vous\n garantis que ce ne serait pas un chemin de croix de poupée,\n comme ceux qu'on voit de tous côtés dans nos églises. L e cal­\n vaire y paraîtrait dans toute la lugubre horreur de la plus épou­\n vantable agonie qui fût jamais.\n    Il y a encore d'autres œuvres, mais je n'ai pas le loisir de m'y\n arrêter. Nous aurons du reste encore l'occasion, je l'espère, et\n souvent même, de reparler de cet artiste qui est un maître\n dessinateur, au crayon puissant, nerveux et original.\n"}, {"page_pdf": 735, "page_imprimee": 610, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "610                          DURENDAL\n\n\n    Il avait déjà été remarqué il y a quelques années au salon de\nla Libre Esthétique où Octave Maus avait mis à sa disposition\ntout un panneau de la petite salle. Cette exposition fut une\nrévélation pour tous et souleva l'admiration générale.\n    L'artiste a travaillé depuis, mais pas autant qu'il le voudrait\net qu'il le faudrait, car pressé par le besoin de vivre, il est\nobligé de continuer ses fonctions de sacristain qui sont absor­\nbantes et mal rémunérées.\n   Vivre de son art, voilà ce qu'il lui faudrait. Mais tout le\nmonde sait que, en ce monde bête et bourgeois, en ce siècle de\nsport et d'automobile, on ne s'inquiète plus des artistes. « Que\ntous les artistes crèvent de misère, du moment que mon pneu\nne crève pas, me disait récemment un imbécile d'automobiliste,\ncela m'est égal ! » C'est bien là, exprimée d'une façon brutale,\nla note des sentiments dont le public actuel est animé vis-à-vis\nde l'art et des artistes, à de très rares exceptions près.\n   Que l'on confie à notre grand artiste, François Beauck, le\ntravail de l'illustration d'un livre. Quels chefs-d'œuvre ne\nferait-il pas, s'il pouvait illustrer des œuvres comme celles de\nShakspeare, du Dante, de Maeterlinck, d ' E d g a r Poë. Il est taillé\npour synthétiser dans ses dessins tout un d r a m e de Shakspeare,\ntoute une scène de l'enfer du D a n t e , l'Intruse de Maeterlinck,\nun conte d ' E d g a r Poë. Quiconque a vu ses dessins partagera\nmon avis à cet égard.\n   Ces pages n'ont pas la prétention d'être une étude. L'œuvre\nde François Beauck, peu nombreuse encore, mais immense\ndéjà par le talent incomparable qu'elle affirme, mériterait une\nétude approfondie que je n'ai pas le temps de faire.\n   J e n'ai voulu qu'attirer, par ces quelques lignes, l'attention\nsur un artiste dont le nom est à retenir, car il est définitive­\nment consacré par les œuvres qu'il a déjà à son acquit, et qui vit\nignoré à l'ombre du petit clocher de la paroisse dont il est le\npauvre et modeste sacristain.\n                                                HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 611, "page_fin": 611, "titre_corps": "Poèmes : Reliquaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. 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Mais c'est assez déjà\n      Pour celui qui comprend cette voix, cette plainte.\n      Qui vous semble un écho divin du Golgotha.\n\n                                                    E . 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Tout n'était que\n                  silence et recueillement. L'air était muet de\n                 bourdonnements, de chansons et d'amours.\n                     Les dahlias, aux pétales aigus, se drapaient\n                  dans leur pourpre et penchaient, du haut de\n                  leur tige, vers la terre dont elles surgissaient en\n                  larges étoiles de chair et de sang. Dans les\nplates-bandes des petites violettes des quatre-saisons, esseulées,\nsouriaient encore dans les replis de leur calice frileux. Les asters\nmauves à cœur d'or ornaient les tombes de l'été. Une grappe de\nraisin oubliée pendait meurtrie à la treille, sous ses pampres\nrongés de rouille. Une buée d'ambre descendait sur les choses\net les peupliers balançaient les longs fils blancs de la Vierge,\nattachés à leur quenouille brunie.\n   L'atmosphère était moite de caresses anciennes, de baisers\néteints, d'une infinie et brisante lassitude. Des adieux palpi­\ntaient et pleuraient alentour, mais pleuraient tout bas, afin de\nne pas réveiller les cœurs endoloris.\n   L'étang pervers, dans un site romantique, somnolait menteu­\nsement, sous les frôlements du saule jauni.\n\n   (1) Ces pages devaient paraître en l'automne de l'an passé. Mais l'auteur\nnous les avait remises trop tard. Nous les avions remisées dans nos tiroirs\npour les éditer à l'automne de cette année. Nous ne pensions pas qu'elles\nparaîtraient, hélas! comme pages posthumes. L'auteur a quitté ce monde\nil y a quelques mois à peine, emportant avec elle nos bien vifs regrets. Elle\naimait Durendal et ne manquait pas une occasion de nous témoigner son\nadmiration et sa sympathie pour notre œuvre. C'était une femme de cœur,\nintelligente, distinguée et dont l'esprit très élevé était orienté vers l'art, la\nlittérature et tout ce qu'il y a de noble, de beau et de grand en ce monde.\nNous gardons un éternel souvenir de cette âme d'élite.\n"}, {"page_pdf": 739, "page_imprimee": 614, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "614                          DURENDAL\n\n\n    Les fleurs, le soleil, l'air, les eaux annonçaient avec de douces\n et délicates précautions la triste et douloureuse nouvelle : la\n nouvelle de Mort, les approches de la Finalité.\n    Et, seule dans le grand jardin, attristé par les souffles d'oc­\n tobre, je revivais les automnes passés.\n    Ceux de mon enfance, rêveuse et inquiète, sous les gros til­\n leuls roux d'où on entendait la mer bleue dire sa plainte lasse,\n en mêlant son arôme salé aux parfums tièdes des roses et des\n résédas mourants. Puis plus tard dans le décor toujours nostal­\ngique de l'arrière-saison : une vision douloureuse et charme­\nresse. Sous un ciel, où les pleurs et les baisers flottaient comme\naujourd'hui, je cueillis quelques caresses et bus toutes les\nlarmes, car mes bonheurs furent si brefs qu'ils ont à peine\nvécu.\n   Invitée par le charme confidentiel et alanguissant de ce jour\nautomnal, je suis descendue plus avant en moi-même et tous les\nspectres des rêves détruits se sont dressés. Alors j'ai mis les\ndeux mains sur mon cœur. Quand un vent douloureux s'élève,\nje protège mon cœur, où tant de fleurs broyées se couchèrent\ncomme des forces s'abattent, car je crains que le tourbillon de\nleurs pétales fanés n'étouffe ses pulsations de vie!\n   J'avançais lentement et toujours dans le grand jardin, sous la\npluie molle des feuilles détachées, L'horizon s'était élargi, à\ntravers les futaies éclaircies : il était d'un or doux, un cerf-\nvolant y montait et le silence religieux se trouait de cris\nd'enfant.\n   Je me suis arrêtée, près de la statue d'un Hermès enfant\nenlacée d'un rosier vigoureux. La tige en était verte et souple,\nhérissée de longues épines roses et les feuilles, ignorantes du\n déclin de la saison, se montraient vernies, solides et riches de\nsève. Au centre de ses boutons qui lui formaient une cour écla­\n tante, une magnifique rose-thé s'épanouissait. C'était une fleur\n de chair, de vie et d'insolence. De ses pétales roulés, savoureux\n comme des lèvres aimées, s'exhalait son parfum grisant. Elle se\n dressait orgueilleuse et forte. Elle chantait, parmi les deuils, la\n gloire et le bonheur par la Beauté. Elle riait des lendemains,\n des gelées et des morsures des bises mauvaises.\n    Les papillons s'en étaient allés, et la joie de vivre l'animait\n encore.\n    Alors, je lui ai souri, insouciante comme elle des glas qui\n"}, {"page_pdf": 740, "page_imprimee": 615, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "                           AUTOMNE                           615\n\n\ntintaient autour de nous. Hypnotisée par sa beauté, mirage de\nl'été, j'ai réveillé les belles erreurs de l'Illusion.\n   La nature élégiaque m'a paru en fête. J'ai oublié que les\navenues d'automne menaient au deuil et au néant de l'hiver. Je\nn'ai plus entendu, dans les branches, le vent murmurant les\npsaumes de détresse, et, dans un cortège falot et misérable, j'ai\nvu s'évanouir, éclipsées par sa Beauté, les Vanités de la Terre,\nses tristesses et ses cruautés.\n   J'ai respiré avec ivresse la rose et son haleine, comme un\nopium bienfaisant, a endormi les réalités\n\n  Ai-je oublié? Non! J'ai voulu oublier. Parce que je sais que\npour me soutenir et vivre, il a fallu toujours m'appuyer au socle\nde la Beauté impérissable.\n                                      VALENTINE SCHELFOUT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-011", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 616, "page_fin": 617, "titre_corps": "Notes de voyages : Sébastopol", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. d’Arschot", "ancre_debut": "Notes de Voyages (Fin) Sébastopol IL est bien peu d'endroits", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 741, "page_imprimee": 616, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2093, "texte": "Notes de Voyages\n                                     (Fin)\n\n\n\n                                 Sébastopol\n                  IL est bien peu d'endroits de par le monde où l'on n'ait pas\n                     fait la guerre. Partout il reste, des grands coups qu'on s'est\n                     donnés, des traces qui, chaque jour, rappellent les combats\n                     du passé. Ce sont de vieux châteaux, de vieux canons, de\n                     vieux étendards. Dans la béatitude de la paix, dans le\n                     silence des musées les pierres lépreuses, le bronze patiné,\n                     les soies pâlies et trouées ou bien ont pris un air d'indif­\n                     férence suprême, ou bien ont conservé une apparence de\n                     fierté qui fait oublier les douleurs des luttes anciennes pour\nne plus évoquer que leur gloire. Les créneaux écornés, le métal endormi, les\nplis retombants ne font plus se souvenir que de la poésie des batailles, en\nlaissant dans l'ombre l'horreur et la misère des temps qu'elles ont troublés.\n   Il existe pourtant des lieux où l'on s'est battu qui donnent une impres­\nsion douloureuse et il en est un qui remue l'âme jusqu'à l'angoisse, c'est\nSébastopol.\n   Il y a déjà près d'un demi-siècle que les flots qui caressent ses rivages ont\namené, pour la lutte, des vaisseaux armés de France et d'Angleterre, et cepen­\ndant il semble que c'est d'hier qu'ils se sont éloignés.\n   Depuis on a, dans bien des provinces et avec bien des villes, échangé des\ncoups de canon; elles paraissent l'avoir oublié. En Crimée, l'on peut croire\nque la guerre vient de finir, que des feux qu'elle a allumés fument encore et\nqu'il reste un peu de l'odeur de sa poudre et de ses carnages.\n   Bâti sur une presqu'île accidentée, autour d'un port admirable qui som­\n meille, devant une mer câline et sur un sol aimé par le soleil, Sébastopol\ndevrait être une cité de joie.\n   Je n'en sais pas de plus assombrissante! Les Grecs légers, qui descendent\n des colons de l'antique Hellade, et les Russes, qui ne sont pas vaincus comme\n"}, {"page_pdf": 742, "page_imprimee": 617, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "                                  NOTES DE VOYAGES                                          617\n\n\nleurs compatriotes du Nord par l'âpreté du climat, n'arrivent pas à y mettre de\n la gaîté. Il s'y trouve des régiments et des marins d o n t les musiques jouent\npar les soirs heureux, on y boit u n beau vin d'or, on y mange des fruits abon­\ndants et sucrés, on y savoure le soleil, mais l'air est triste !\n     Il semble qu'il a gardé d a n s ses ondes quelque chose de l'âme navrée de\ntous les soldats morts loin des patries. E t puis, c'est le musée, petit temple\ngrec, orné d'emblèmes guerriers et rempli des reliques des héros tués en 55,\nce sont les églises dont les m u r s sont recouverts de g r a n d e s dalles sculptées et\ngravées, rendant h o m m a g e s aux vertus de ceux qui sont tombés, ce sont des\ncoins de rues qu'on sent, qu'on voit q u e les boulets ont bouleversés, c'est le\nsouvenir de « la guerre de Crimée », — trop h a i n e u x ? — N o n , mais trop\nvivace d a n s la mémoire de t o u s .\n     On vous r a c o n t e : l'amiral Nakluhimof fut blessé à mort. Il vécut encore trois\nj o u r s , p e n d a n t lesquels il n e cessa pas de s'informer de l'armée. L e troisième,\non vint lui a n n o n c e r : « Les Russes ont emporté une position ! » Il se dressa\n — agonisant s u p e r b e ! — cria « H o u r r a h ! » et t o m b a . . .\n     O n vous montre, aux places où furent les c a m p s , des amas de morceaux de\nverre : les débris des bouteilles qui donnèrent un peu d'ivresse p e n d a n t les\nheures paisibles; il s'en dégage la mélancolie des joies qui sont passées...\n     On vous dit : « Les Français étaient là... L e s Italiens, les Anglais étaient\n là... »\n     On pourrait presque ajouter : « Ils y sont encore », là, hors de la ville, au\n fond d'une vallée, dans le cimetière italien, sur le plateau brûlé de lumière,\n d a n s le cimetière fiançais, d a n s le cimetière anglais. Et là, dans ce jardin\n i m m e n s e , dans cette aécropole de c a u c h e m a r qu'est le Cimetière F r a t e r n e l .\n Cent mille h o m m e s , de nationalités diverses, y sont endormis, réconciliés\n d a n s le repos suprême. Ils se décomposent d e v a n t la mer sans limites, entre\n des cyprès, sous des arbustes à fleurs où chantent des oiseaux. C'est, sur le\n flanc d'une colline, comme un damier de tombeaux pieusement entretenus,\n somptueux ou simples, palais et chaumières de la mort, où s'oublient des\n gloires inégales. Au sommet, c'est la chapelle du cimetière, u n e pyramide de\n pierre grise. Elle se dresse dans l'air calme, énorme au-dessus des verdures,\n elle domine la ville. N ' i m p o r t e où l'on se trouve, on aperçoit sa masse\n colossale. Elle rappelle impitoyablement tous ceux qui sommeillent d a n s\n son o m b r e ; obit gigantesque, elle redit sans répit : \" Souviens-toi d u\n passé! \"\n     A h ! qu'on s'en souvient et comme on s'en souvient t r o p ! On ne peut pas\n cesser de s'en souvenir! L a pensée se teinte de la mélancolie du lieu, on songe,\n indéfiniment et malgré soi, à tous ceux qui, en expirant, entrevirent dans le\n dernier regard de leur vie leurs patries éloignées; les feuillages s'assom­\n brissent, la mer n'est plus aussi souriante et se ternit, le ciel n'est plus aussi\n  bleu et l'on ne médite bientôt plus que sur la cruauté et la dureté du cœur des\n  hommes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-012", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 618, "page_fin": 620, "titre_corps": "Notes de voyages : Pays natal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. d’Arschot", "ancre_debut": "Pays natal Je suis retourné dernièrement aux lieux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 743, "page_imprimee": 618, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "Pays natal\n   Je suis retourné dernièrement aux lieux où j'ai vécu lorsque j'étais\nenfant.\n   J'ai été surpris — après tant d'années! — de voir combien, de loin, toutes\nles choses que je retrouvais s'adaptaient exactement à l'image qu'en conser­\nvait mon souvenir. C'était la même rivière, le même entassement de maisons\ndans le village et le même petit clocher toujours délabré, les mêmes roches,\nles mêmes collines et les mêmes masses sombres de verdure. Et tout cela,\ndont l'existence est tellement plus durable que la nôtre, semblait me dire :\n \" A quoi t'attendais-tu donc? N'est-ce pas hier que tu nous a quittés?... \"\n Hier !...\n   A distance, tout gardait la même apparence générale, les mêmes lignes; je\nme demandais presque si je n'étais pas encore l'enfant d'autrefois. Mais, en\napprochant, je vis qu'une maison, que je me rappelais fort bien, avait été\nrebâtie; à sa droite s'en élevait une nouvelle.\n   Puis, je remarquai que les arbres avaient grandi ; leurs troncs, que je pou­\nvais jadis entourer de mes bras, étaient devenus énormes. Mon Dieu! est-ce\npossible? Tant de temps! Je vis des arbres plus jeunes. Non, certes, naguère\nil ne s'en trouvait pas à cette place; il y en avait d'autres que je ne\nreconnaissais plus, et je doutais s'ils avaient ou non ombragé mon enfance.\n   Et, comme je tournais mes regards de tous les côtés, je fus étonné d'être\naussi loin. Il m'avait semblé que la route était plus longue, — et je la croyais\nplus large, — et les montagnes plus hautes. Je compris alors qu'il en était des\nchoses du monde ainsi que des hommes que l'on rencontrait quand on était\ntout jeune. Ces hommes paraissaient grands, agréables, intelligents. Lors­\nqu'on les rattrape, surtout si on les a quittés pendant quelque temps, on les\ntrouve amoindris.\n   Je croisai sur le chemin une paysanne qui faisait autrefois nos commis­\nsions à la ville. Qu'elle est devenue vieille, pensais-je ! Elle ne me reconnut\npas !\n   « Le temps s'en va! le temps s'en va, madame!\n   — Las! le temps! Non. Mais nous nous en allons. »\n\n\n\n   J'ai revu la maison où nous demeurions, — on l'a peinte d'une autre cou­\nleur. C'est une fort ancienne et curieuse construction, flanquée de deux grosses\ntours rondes. Comme elle était inhabitée, j'ai demandé de la visiter. On m'a\npris pour un voyageur amateur d'architecture.\n   J'ai revu... J'ai revu tout : le grand vestibule, les grands escaliers, les grandes\net les petites salles. Là, c'était la salle à manger, là un salon, ici ma chambre.\nJ'ai retrouvé, sur le montant d'une porte, les entailles qu'on y faisait lorsqu'on\nme mesurait — deux fois par an, si je me souviens bien.\n   Mais tout cela était si triste ! Il me semblait que je visitais un cimetière ;\nchaque pièce était comme le tombeau d'une année. Il y avait des odeurs\n"}, {"page_pdf": 744, "page_imprimee": 619, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "                                NOTES DE         VOYAGES                               619\n\nvagues q u i traînaient que je n'avais jamais respirées, et de la poussière sur\nles meubles. Aucun de ceux-ci n'avait été des nôtres, et je me sentais seul ;\nd a n s les j a r d i n s , je n'avais pas eu cette impression-là : les feuilles se renou­\nvellent, mais elles se ressemblent toujours.\n    J'ai remercié le concierge qui m'avait conduit.\n    « N'est-ce pas, c'est une belle maison? m'a dit cet h o m m e .\n    — Oui, mais comme elle est mélancolique! »\n    Il m'a alors regardé, en dessous, comme quelqu'un qui se méfie.\n\n\n\n    L e lendemain, j'ai p a r c o u r u les bois ; je les avais tant aimés ; ils étaient mes\nvrais a m i s .\n    L e s sentiers avaient si peu changé qu'il me semblait vraiment ne les avoir\njamais quittés et q u e j'allais, sur le sol h u m i d e par places entre les hautes\nh e r b e s , retrouver des traces de mes pas de la veille.\n    J'ai revu des fourrés épais qui, lorsque j'étais tout enfant, m'épouvantaient\nq u a n d je revenais tard, vers le soir, en a u t o m n e , l'âme déjà r e n d u e u n peu\ninquiète p a r les nuages sombres aux formes tourmentées qui couraient dans\nle ciel.\n    J'ai revu des coins, où, grandi, je venais lire ou songer, vaguement, à\ndes choses passées, à des choses à naître, à de belles choses où n'apparaissait\npourtant encore aucune idée de la Beauté, cette décevante chimère qui\nd e m a n d e tant d'années pour se laisser deviner et qui ne se précise ni ne se\nlivre jamais.\n    J'ai revu de vieux arbres, et des taillis, et des rochers, tels que je les avais\nc o n n u s , et, partout, les mêmes petites fleurs que j ' a i m a i s tant, si semblables\naux anciennes que j ' a u r a i s pu croire que celles-ci ne s'étaient jamais fanées.\nIl est vrai que je les avais dans les yeux pour ainsi dire et que, même si c'eût\nété l'hiver, j'aurais peut-être cru les apercevoir sur la neige à la place où je\nles avais laissées.\n    Aussi, n'ai-je pas souffert là comme la veille, parce qu'en revoyant les\nchoses, même de près, je les reconnaissais toutes et parce que, s'il ne faut pas\ntrop désirer revenir aux lieux où l'on a b e a u c o u p aimé ou b e a u c o u p rêvé,\ncar ces lieux sont souvent immuables, tandis que nous nous c h a n g e o n s , je\nn'ai relativement pas senti mon cœur très différent. J e n'ai pas eu à me\ndire que rien ne reste jamais pareil à soi-même et je n'ai pas retrouvé\nflétris, comme j'ai retrouvé tant d'âmes après u n certain temps, ces feuilles\net ces pierres, ces arbres et ces rochers.\n    J'ai cru même que j'allais voir passer dans l'ombre du sous-bois, u n pâle\nenfant, trop tôt grand, trop tôt sérieux,\n\n                           Qui me ressemblait comme un frère,\n\net qu'il allait venir là causer avec moi comme avec lui-même, puis disparaître,\nse fondre dans ces verdures qui avaient fait tout le plaisir de sa v i e . . .\n\n                                           ***\n"}, {"page_pdf": 745, "page_imprimee": 620, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2238, "texte": " 620                                DURENDAL\n\n\n    J'ai revu les ruines du vieux château, le château cassé ainsi que disait un\n étranger qui venait souvent chez nous, ces ruines qui évoquèrent pour moi,\n si délicieusement vague, le moyen âge, ses luttes, sa vie de chasse, ses châ­\n telaines malheureuses et ennuyées. Depuis, bien des hivers les ont couvertes\n de leur neige, bien des tempêtes ont soufflé sur les pans de murailles et bien\n des étés sont venus mettre dans les fentes des pierres la parure des petites\n herbes claires et la gaîté des petites fleurs bleues. Mais tout était pareil : déci­\n dément « ce sont les vieilles choses qui changent le moins ! »\n    Je me suis rappelé les belles nuits chaudes d'août, quand la lune jetait sur\n tout cet ensemble où l'on a guerroyé, festoyé, aimé et naturellement souffert,\n un voile d'indéfinissable mystère. Il me semblait toujours, ces nuits-là, que\nj'allais voir surgir d'un recoin sombre le fantôme intangible d'une des\n anciennes châtelaines, que j'allais la voir passer comme torturée d'une peine\n immense et inconnue, puis s'éloigner silencieusement dans sa longue robe\n blanche traînant derrière elle, sur ses petits pieds qu'on ne pouvait pas\n entendre.\n   J'ai cherché sur un mur mon nom, que j'y avais gravé. Je n'ai pu retrouver\nla pierre. Ce sont les souvenirs qui se perdent ainsi, qui font surtout sentir\n qu'il faut mourir un jour...\n   J'ai parcouru la ruine; je suis allé partout où je m'étais assis, accoudé, où\nj'avais jadis contemplé l'horizon et le ciel, écouté la plainte triste du vent;\nj'ai de nouveau interrogé les escaliers, les grandes salles, le puits avec sa\n margelle fendue, toutes ces vieilles choses qui plaisent toujours tant à ceux\nqui enferment aussi dans leur cœur des châteaux écroulés.\n   J'ai revu tout cela, le village, la maison, les bois et les jardins. J'y viendrai\npeut-être encore un jour, vaincu par cet attrait que garde pour chacun le\ndécor où il a vécu ses premières années, et, pourtant, pourquoi revenir,\npuisque, malgré la tristesse qui rend meilleur, pas plus que cette fois-ci, je\nne retrouverai ni mon âme d'enfant, ni ma jeunesse d'alors ?...\n\n                                                                  G. D'ARSCHOT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-013", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 621, "page_fin": 625, "titre_corps": "Gazette des faits et des livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Gazette des Faits et des Livres LA critique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 748, "page_imprimee": 621, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "Gazette des Faits et des Livres\n                        LA critique « est aisée ». Cette « aisance » semble devenir de\n                            plus en plus é p i d é m i q u e . L e nombre croît annuellement\n                            de ceux qui assument la mission de dire leur avis sur les\n                            œuvres d'autrui. Après l'encombrement du roman, voici\n                            l'encombrement de la critique. Le pléthorisme s'est déplacé\n                            d'un genre à l'autre. Que dans les nombreux volumes cri­\n                            tiques qu'en vue des lectures de vacances, j'ai laissé accu­\n                            muler sur m o n bureau, il faille acheter, au prix de beaucoup\n                            de banalités, quelques aperçus originaux, qui d o n n e n t joie\n et profit et éclairent vraiment l'œuvre analysée, voilà qui juge cette manie\njugeante — dernière mode de nos lettres. Mais passe e n c o r e q u ' u n écrivaindise\nsur les livres de ses maîtres ou de ses confrères des choses qu'il n e fut point seul\n à découvrir; il est difficile de créer même u n sentier nouveau sur des routes\nséculairement b a t t u e s ; et tel sujet est prédestiné aux redites ; si ces redites\nsont refondues au contact d'une conviction et vêtues de simplicité, on les\nagréera avec u n très indulgent plaisir. Q u a n d ainsi M. H e n r y D a v i g n o n ,\ndans u n copieux volume (1), nous présente u n e sorte de mémoire littéraire\nsur l'œuvre de Molière, je dois convenir que si les idées émises n'ont rien de\nneuf, elles e m p r u n t e n t de l'agrément à une forme d'écriture soignée et déliée\net à cette espèce de d a n d y s m e bon garçon qui fait le charme du talent de notre\njeune confrère. Ce qui est intolérable, c'est la prétention du monsieur qui,\nsybille des lieux c o m m u n s , enveloppe des aspects quelconques de phrases\nsonores, compliquées et interminables — érigeant la critique en une Rhéto­\nrique de la Sainte-Ampoule. A cet égard, le titre seul de ce volume n'est-il\npoint s y m p t o m a t i q u e : Au seuil de leur Ame (2)! Il s'agit de l'âme de Bourget,\nde H u y s m a n s , de F r a n c e , et de quelques autres. L e « psychologue critique »,\nauteur de ces « études », M. Albert Reggio, est resté fidèle à son titre et n'a\nguère pénétré d a n s ces âmes de qualité ; rôdant a u t o u r d'elles, il s'est contenté\nde h u m e r l'atmosphère intellectuelle où elles b a i g n e n t ; et le voilà qui nous\nrevient de son excursion avec un lot de m e n u e s considérations — mais\ndélayées d a n s u n e phraséologie pompeusement solennelle et ronflante, enche­\nvêtrée d'incidentes, obscurcie de parenthèses... M. Reggio doit avoir b e a u c o u p\n\n\n  (1) Paris, Fontemoing.\n  (2) Paris, Perrin.\n"}, {"page_pdf": 749, "page_imprimee": 622, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3443, "texte": "622                                     DURENDAL\n\n\n lu Brunetière, mais u n e fois de plus resté « au seuil de l'âme » d e ce\n maître, il a emporté de cette auguste fréquentation, non le reflet de la puis­\n sante et renouvelante dialectique de son modèle, mais la caricature de son\n style laborieusement difficile. C'est à lui-même, et non à Maurice Maeter­\n linck, que M. Reggio devrait adresser le reproche « de ne pas savoir renoncer\n assez aux effusions oratoires ».\n     L e rôle véritable de la critique est de faire connaître et de faire penser :\n résumer u n e œuvre d'une façon frappante, la situer avec clairvoyance d a n s la\n généalogie artistique, grouper ses tendances et ses conclusions en u n e\n synthèse frappante — telle sa mission. Cette mission exige de l'érudition,\n de la perspicacité et u n certain esprit philosophique. M. E d o u a r d S c h u r é\n possède ces trois qualités. On peut vraiment dire de ce noble esprit qu'il est\n a m a n t de l'idéal « c o m m e on l'est d'un drapeau ». Si vis-à-vis des croyances\n chrétiennes, l'auteur des Grands Initiés et des Sanctuaires d'Orient garde d'in­\njustifiables préventions, n é a n m o i n s le culte passionné qu'il a voué à l'âme\n h u m a i n e , l'ardeur apostolique qu'il déploie à rechercher et à saluer toutes les\n manifestations de cette g r a n d e m é c o n n u e , méritent respect et gratitude de la\n p a r t de ceux qui estiment que « le matérialisme voilà l'ennemi! ». D a n s le\nlivre nouveau qu'il vient de publier, Précurseurs et révoltés (1), M. S c h u r é a\nvoulu rechercher des ancêtres à ce qui est la base m ê m e de sa propre sensi­\n bilité : « la foi superbe dans l'âme, dans sa vertu créatrice et régénératrice ».\n E t cette préoccupation nous a valu u n e œuvre vraiment belle, admirablement\n écrite et débordante d'idées : soit que M. Schuré dissèque — et de quelle atta­\nchante façon — l'intellectualité d'un Shelley et esquisse entre ce « révolté d e\n la pensée » et le « révolté de la passion » qu'était B y r o n , u n parallèle saisis­\nsant, soit qu'il découvre le double ressort « de conscience et de volonté » qui\nmeut le théâtre d'Ibsen, soit que, confrontant Michel-Ange et R a p h a ë l , il\nd é m o n t r e , dans la Renaissance, la « fusion de l'hellénisme et du christia­\nnisme », l'auteur de Précurseurs et révoltés s'affirme également supérieur. R i e n\nici des sèches anatomies coutumières : les génies évoqués revivent dans u n e\nambiance propice et les œuvres analysées reconquièrent toute leur palpitante\nj e u n e s s e . . . E t telle est la séduction de cette m é t h o d e « résurrectionniste » que\nle lecteur, captivé par le poète, oublie de protester contre le côté parfois\nexcessif de certaines conclusions du critique. Vraiment, M. S c h u r é est u n\ni n c o m p a r a b l e magicien de lettres.\n    U n e égale droiture d'esprit et l'amour des idéologies générales a p p a r e n t e n t ,\nà M. E d o u a r d S c h u r é , M. Adrien M i t h o u a r d . . . On dirait d'un Maurice\nBarrès plus grave et plus soucieux. L e Traité de l'Occident (2) fait écho aux\nAmitiés françaises — u n écho que ne trouble point le trille déconcertant de\nl'ironie. A ce livre, où l'idéal occidental chante sa chanson ancestrale\nd'énergie et de foi sur des gammes diverses, je voudrais comme frontispice la\nsilhouette d'un adolescent mélancolique et fort, couché à m ê m e la terre natale,\n\n\n\n  (1) Paris, Perrin.\n  (2) Paris, Perrin.\n"}, {"page_pdf": 750, "page_imprimee": 623, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                          623\n\n\nl'oreille collée contre le sein nourricier et, avec une filiale émotion, écoutant\nbattre le cœur qui rythma son cœur et sentant frémir l'âme qui fit son âme :\nen vain, autour de cette « vigie du passé » hennit la rosserie et brame la\npolitiquaille; rien ne peut étouffer les voix qui montent, consolantes et récon­\nfortantes, des lointains de la Race! Pour avoir su, parmi les tumultes con­\ntraires, entendre ces voix et les interpréter en un beau langage harmonieux,\ndes hommes comme Barrès et Mithouard apparaissent ainsi que des bienfai­\nteurs intellectuels. Leurs œuvres sont des réservoirs d'honneur et de vaillance\npour le jour où le vent du plus desséchant scepticisme aura ravagé toute fleur\nde croyance sur la terre de France. Et le petit grain de blé — conservé reli­\ngieusement dans les greniers de la tradition — que ces penseurs qui sont des\npoètes sèment d'un geste d'avenir, germera un jour plus haut que l'ivraie que\ndispense à poignées l'actuelle Canaille triomphante !\n   Il n'y a que M. Léon Bloy qui désespère absolument de la France. M. Léon\nBloy est le plus désespérant des désespérés. Ce farouche croyant, aux dogma­\ntiques prosopopées, conclut finalement au scepticisme. Si tour à tour il a\nexalté — et en quelle langue originale et somptueuse ! — les grandes idées et\nles grands sentiments, ce fut, semble-t-il, pour mieux en montrer l'inanité.\nTel jour il magnifiera l'Art comme une vertu que le lendemain il flétrira\ncomme un péché. Il chantera l'amitié dans des hymnes glorieuses et soudain\ndéclarera au monde qu'il n'a et ne veut plus d'amis. La Justice lui apparaîtra\ncomme la perfection suprême et il fera douter d'elle par son ingratitude\nenvers ceux qui l'aimèrent le plus et le mieux. Et arrivé à travers toutes ces\ninconséquences au terme du Journal (1), de Léon Bloy, le lecteur constatera\nque ne restent plus debout que Léon Bloy et... Dieu! Et il vaut mieux qu'il\nen soit ainsi : les dialogues de Léon Bloy avec Dieu atteignent, dans la\nmystique et dans l'art, à des hauteurs et à des splendeurs qui souffrent con­\nfrontation avec la Bible et le Grand Hymnaire. Devant Dieu, Bloy laisse\nchoir son masque d'orgueil et sa voix d'outrance et de vocifération s'adoucit :\nil n'est plus celui qui excommunie, mais celui qui se plaint — et d'une plainte\nsi spontanée, si sincère, si résignée : Savonarole fait place à Lazare. Et\nalors, devant cette misère dite et redite en un sublime et lamentable refrain,\nune conviction s'impose à nous : oh! que cet homme a souffert — et si plus\nqu'un autre il fut agonisé par la vie dans son âme et torturé dans son corps,\nplus qu'à un autre aussi il faut lui pardonner les haines qui germèrent dans le\nterreau de sa douleur.\n   Léon Bloy est un mendiant et c'est un artiste : double excuse à son ingra­\ntitude.\n   Qu'il faut bien se décider à faire aux artistes une mesure spéciale dans l'ap­\npréciation de leur façon d'être et de sentir, la collection d'articles publiés\ndepuis quelques mois sur l'incident, aussi vulgaire que peu idyllique, George\nSand-Alfred de Musset en fournirait la preuve — si vraiment cet incident\nn'avait moins de rapports avec l'Art qu'avec l'épiderme.\n\n\n  ( 1 ) Paris, Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 751, "page_imprimee": 624, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "624                                  DURENDAL\n\n\n\n    La pénurie de sujets — aux périodes de vacances — nous vaudra souvent\nencore, je le crains, des dissertations sur les torts réciproques des « amants de\n Venise » et des critiques s'efforceront de confesser ce sphinx-médicastre qui\ns'appela Pagello. Et chaque morte-saison des livres amènera de nouvelles\ndécouvertes de correspondances (1). L'an 1905 nous réserve apparemment la\nrévélation des ordonnances du docteur qui fut « le plus heureux des trois ». Et\nles hypothèses refleuriront. Cruelle énigme? J'avoue qu'elle ne me passionne\nguère. George Sand eût-elle joué le beau rôle — et j'en doute, à en juger par\nles rôles qu'elle a joués dans la suite — que cela ne referait pas, n'est-ce pas,\nune virginité à toute cette littérature aussi faussement champêtre que niaise­\n ment sentimentale dont elle fut l'initiatrice. Et si c'est Musset qui pêcha par\ncaprice, inconstance et mauvaise humeur, croyez-vous vraiment que les\njeunes gens et les femmes — même les femmes — liront avec moins d'admi­\nration et d'émotion les Nuits et l'Espoir en Dieu? Quant à Pagello, la vie est\nvraiment trop courte pour essayer de démêler la psychologie de ce don Juan\nde l'allopathie.\n    Passons à un don Juan des lettres. J'eus toujours, pour l'art de M. Catulle\n Mendès, une instinctive répugnance. Non, certes, que j'en méconnaisse la\nvaleur esthétique : l'auteur des Boudoirs... de toutes sortes à une flexibilité\nchatoyante de style digne de plus propres causes. Mais elle m'indigne et\nm'horripile, la manie, j'allais dire l'hystérie, dont est possédé M. Mendès de\nne considérer les êtres, les idées et les choses, que sous l'exclusif aspect du\nprofit sensuel à en retirer. S'il n'entasse point l'ordure, comme Zola, il la\ncisèle; et je ne sais si je ne préfère point la brutalité de l'un à la rouerie de\nl'autre. Rien n'est sacré pour ce jouisseur — et son dernier gesle d'élégance\nlubrique fut vers Sainte Thérèse et la Carmélite... Dieu merci, M. Mendès a\ntrouvé à qui parler et j'en suis à ne point trop regretter sa tentative d'un\nthéâtre où la mystique doit servir de condiment à la volupté, puisque cette\ninitiative très passagèrement scandaleuse nous a valu — comme péremptoire\nréfutation — le beau livre de M. Cyr. Van Overberghe : Carmélite (2).\n    Qui ne connaît M. Cyr. Van Overberghe. Tout jeune, il devint un des plus\nhauts fonctionnaires de Belgique. Ses études de sociologie et ses travaux\nadministratifs l'ont investi d'une autorité aussi sûre qu'elle fut rapide. Et\nvoici qu'après s'être jadis affirmé écrivain par un attachant livre de voyage,\nil s'affirme aujourd'hui critique et que décidément l'art de notre pays fait une\nrecrue d'élite dans le haut personnel — chose inouïe! — de ce département\nde l'Instruction publique dont l'un des titulaires se glorifia un jour de vivre\n« de bonne soupe et non de beau langage ». Que les temps sont changés!\ndirait ce bon Abner. M. Cyr. Van Overberghe lui n'a point changé. Dans son\nœuvre, sous une forme en marche vers la maîtrise, j'ai retrouvé le compagnon\ninoublié des heures batailleuses de jeunesse dont le coude-à-coude était fait\n\n\n  (1) Correspondance de George Sand et d'Alfred   de Musset, publiée par Félix Decori\n(Bruxelles, librairie Deman).\n (2) Bruxelles, Schepens.\n"}, {"page_pdf": 752, "page_imprimee": 625, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                              625\n\n\nd'une foi fière et brave et d'une sentimentalité exquise et virile. Cet\nensemble de qualités d'intelligence et de coeur, je le revis d a n s Carmélite. Si,\nd a n s la première partie du livre, la pièce de Mendès, qui fut l'occasion de\ncette réfutation, est hachée m e n u e par u n e souple dialectique, exempte, du\nreste, d'injustice pour certaines beautés littéraires de l'œuvre, d a n s la seconde\npartie, l'idéal de Carmel, pris sur le vif d a n s les palpitantes scènes de l'entrée\nau cloître, de la vêture, de la profession, est dégagé avec une vérité d'accent\net u n e puissance d'images incomparables. E t à côté de cette page de vie reli­\ngieuse — que M, Cyr. Van Overberghe a vécue et écrite avec son âme de\nfrère! — q u e sonnent d o n c faux les petits airs de mirliton parnassien que\nM. Mendès a eu l'impertinence de jouer en l'honneur de la vierge d'Avila !\n    L a Carmélite de M. Mendès est u n acte sacrilège.\n    La Carmélite de M. Cyr. Van Overberghe est un acte de réparation.\n\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  Zonhoven, septembre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-014", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 626, "page_fin": 626, "titre_corps": "Soir en Campine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest de Laminne", "ancre_debut": "Soir en Campine De ses longs doigts", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 753, "page_imprimee": 626, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "Soir en Campine\nDe ses longs doigts trempés dans les ors du couchant,\nEn un rythme très lent comme celui des vagues,\nLa nuit divine a déplié ses ailes vagues\nSur la bruyère rose où traîne un dernier   chant.\n\nC'est l'heure où l'occident plein d'ombres violettes\nProjette les reflets ultimes du soleil,\nOù la lumière vibre à l'horizon     vermeil,\nTrouée par des vols argentés de mouettes.\n\nC'est l'heure où fatigués d'un vol    vertigineux,\nEn un dernier effort des ailes et des pattes,\nLes hérons boréals sur les marais    s'abattent\nFormant un angle gris sur le soir      lumineux.\n\nDéjà par les lointains qu'il traverse     mystique,\nDu pas majestueux dès hommes          primitifs,\nLe bouvier est parti poussant ses bœufs        plaintifs,\nSemblable, plus le geste, à quelque marbre         antique.\n\nDans les bas-fonds brumeux, du côté des    hameaux,\nMontent les beuglements des bœufs aux cornes d'ambre,\nDes grands bœufs fatigués des labours de septembre\nQui rentrent dans le soir en soufflant des naseaux.\n\nEt bientôt l'on n'entend plus que l'appel limpide\nD'un pauvre passereau qu'un animal       rôdeur\nA fait lever sans doute en la bruyère en fleur\nEt qui tourne là-haut perdu dans le ciel vide;\n\nLe bruissement des joncs qui tremblent sur les eaux,\nLes cris intermittents et durs de la cigale,\nLe pas du voyageur sur la route inégale,\nLes pleurs du vent du soir remuant les roseaux.\n\nEt dans la grave nuit, retenant son haleine,\nLe poète se dresse immobile et tremblant,\nFasciné par l'éclat mat du nénuphar   blanc\nOù palpite le vol vibrant d'une phalène.\n                                            E R N E S T DE LAMINNE.\nGenk, 20   septembre\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-015", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 627, "page_fin": 631, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES Œuvres galantes des conteurs italiens", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 754, "page_imprimee": 627, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nŒuvres galantes des conteurs italiens — Deuxième Série —\n   XVe etXVIesiècles. Traduction littérale accompagnée de notes par AD. VAN\n   BEVER et E D . SANSOT-ORLAND.        (Paris, Mercure de France.)\n   Peut-être, n'y a-t-il pas d'histoires nouvelles — mais, seulement, de\nnouvelles combinaisons de vieilles histoires : les péripéties se succèdent un\npeu différemment; le teint et les vêtements des personnages sont autres, et\nl'architecture des édifices de la ville, les coutumes et les mœurs de celle-ci —\nmais le sujet principal de l'histoire, c'est toujours l'amour, l'amour charmeur\nou brutal, contrarié ou heureux, trompé ou perfide. Depuis l'origine des\ntemps, partout, les auditoires des conteurs ne se sont jamais blasés de cette\nhistoire; et certains journaux du boulevard la racontent encore chaque jour\nà leurs lecteurs.\n   Mais les versions que l'on nous en donne aujourd'hui ont peu de saveur au\nprix des anciennes; quelles que soient les épices dont nos auteurs relèvent le\nragoût inimprévu de leurs histoires, celles-ci s'imprègnent de la banalité du\npublic cosmopolite auquel elles sont destinées. Elles sont, pour ainsi dire,\nabstraites; il leur manque, pour faire, comme les contes réunis en ce volume,\nimages pleines de vivacité et de coloris, d'avoir été, si l'on peut dire, localisées ;\nde s'être chargées d'observation fine, de malice alerte et de pittoresque spécial\nen traversant l'imagination d'un bourgeois de Florence, de Sienne ou de\nVenise, ou d'un humaniste à la solde de l'un quelconque de ces petits princes\nitaliens du quattrocento, avides de culture et de renommée, et dont la courtoisie\nn'avait d'égale que la férocité.\n   Beaucoup de ces contes ont été dits avant que d'être écrits; et d'avoir été\nnarrés d'abord en des réunions joyeuses de bourgeois, d'artisans, de mar­\nchands florentins ou siennois — veillées, soupers, soirées, — ou d'avoir\négayé le loisir docte et élégant d'une assemblée de courtisans à Milan ou à\nFerrare — ils ont conservé un accent de vie et une verve de réalité qui sai­\nsissent. Tellement que la postérité n'a retenu du labeur souvent énorme de\nnombre d'humanistes desXVeetXVIesiècles que ces œuvrettes, fioriture négli­\ngeable et légère, sans doute, à leurs yeux, des graves travaux desquels ils\nattendaient l'immortalité. Et ils ne survivent, les pauvres érudits, qu'en ces\npages insouciantes, où, inconsciemment, ils ont mélangé la fiction licen­\ncieuse de vérité contemporaine et mérité ainsi d'être cités par l'histoire\ncomme les témoins intelligents et avisés de l'existence intime et familière de\nl'époque.\n"}, {"page_pdf": 755, "page_imprimee": 628, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3263, "texte": "628                                   DURENDAL\n\n\n   N o u s avons dit déjà, à propos de la première série, tout le bien q u e nous\npensons de la publication de M M . van Bever et Sansot-Orland : ce second\nvolume comprend des pages empruntées à l'œuvre d'une douzaine de con­\nteurs de toutes les régions de l'Italie, et traduites avec une rare excellence. E t ,\nce qui achève de donner toute sa valeur à cette anthologie, chacun des écri­\nvains qui y sont représentés fait l'objet d'une notice biographique et biblio­\ngraphique ordonnée de la façon la plus heureuse et nourrie de faits et\nd'idées.\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nLe Tentateur,           roman, par ANDRÉ RUYTERS. — (Paris, Collection de\n  l'Ermitage.)\n    U n mauvais sujet convoite u n e jolie femme, la séduit savamment, l'affole\net la torture, puis court à d'autres conquêtes. L'aventure, je pense, est assez\nbanale. C'est celle de Marc, le tentateur de M. A n d r é R u y t e r s . Ce héros, car\nM. Ruyters l'admire, n'a d'autre b u t , en r ô d a n t autour de la p a u v r e â m e qu'il\na résolu de s'asservir, en se glissant peu à peu dans sa familiarité, en l'ame­\nn a n t graduellement à l'amour p a r d'habiles et odieuses stratégies, q u e\nd'éprouver sa force. E n ce jeu monstrueusement égoïste et lâche, il n'aperçoit\nq u ' u n e occasion de vie merveilleuse, u n e expérience curieuse et passionnante\nque, demain, il renouvellera ailleurs. Aussitôt que sa bouche a vidé la g r a p p e ,\nil la dédaigne et la jette. Quant au désespoir de sa victime, vous pensez bien\nqu'en authentique s u r h o m m e , il n'en a c u r e .\n    L e talent q u e dépense, à conter cette aventure, M. André Ruyters est\ng r a n d , encore qu'on puisse lui reprocher u n e élégance trop artificielle et u n e\npréciosité parfois fatigante. L a vie, d u reste, est absente d e ce livre subtil,\ndont les personnages sont très conventionnels et faux. Mais le plus déplo­\nrable, c'est, comme l'a dit M. Georges R e n c y , « qu'un écrivain de mérite,\nsous l'influence d'un snobisme néfaste, s'imagine q u e la force d'un h o m m e\nconsiste à tromper u n e femme, à troubler ses sens, puis à la rejeter comme\nu n citron dont on a exprimé le j u s . Voilà où nous en sommes. O n crée péni­\nblement u n Marc, c'est-à-dire u n pitoyable petit serin, un jeune poseur qui\nmérite des coups de pied au derrière, et l'on s'imagine avoir ajouté un portrait\nà la galerie des Rastignac et des Julien Sorel ! »\n                                                                                 M. D .\n\nEssai      sur    l'esprit     musical,       par   LIONEL     DAURIAC.       —     (Paris,\n  Alcan, 1904.)\n   Depuis plusieurs années, on s'occupe beaucoup, en Allemagne, en Angle­\nterre et en France, des questions si épineuses et si complexes qui touchent à\nl'acoustique et à la psychologie musicales. Qu'il nous suffise de citer ici les\nnoms de MM. Preyer, Stumpf, Gurney, Beauquier et Lechalos. A son tour,\nM. Dauriac, auquel on doit une intéressante étude sur la « Psychologie dans\nl'opéra fiançais » et des articles fort remarqués traitant de la « Psychologie\ndu musicien » et publiés dans la Revue philosophique, vient d'étudier en détail\nY Esprit musical.\n"}, {"page_pdf": 756, "page_imprimee": 629, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3581, "texte": "                         LIVRES ET REVUES                                    629\n\n\n    Si l'on pose la question suivante: Qu'est-ce que la musique?, on recevra\n généralement une réponse de ce genre : « La musique porte à l'âme au moyen\n des sons » ; définition qui nous montre les deux bouts de la chaîne, le point de\n départ et le point d'arrivée, mais qui escamote la partie la plus intéressante\n de l'action exercée par la musique. C'est justement cette partie située entre le\n plaisir ressenti et l'impression sensorielle que M. Dauriac a étudiée avec sa\n coutumière pénétration. Pour écrire un livre comme l'Esprit musical, il fallait\n réunir les qualités du psychologue à celle du musicien, et tout le monde sait\n que, si les musiciens ne se piquent guère de psychologie, les psychologues, de\n leur côté, se préoccupent peu de musique.\n    Parmi les fonctions musicales communes à tous les hommes on peut dis­\n tinguer l'oreille, l'intelligence, la mémoire et l'imagination. L'oreille, à\n laquelle s'adresse surtout l'acoustique musicale, n'est autre que la conscience\n réduite aux sensations sonores et à leurs modalités essentielles: hauteur, durée,\n intensité, timbre. Elle ne s'attache qu'au son entendu isolément. Pour réaliser\n la synthèse des diverses sensations sonores qui constituent le domaine de\n l'oreille, l'intelligence doit entrer enjeu; elle procure alors la perception de\n la suite mélodique du continu sonore. Vient-elle à faire défaut, le sujet se\n trouve atteint de surdité musicale, ce qui le range au nombre des infirmes.\n Avis aux gens qui n'aiment pas la musique!\n    Elle est aidée de la mémoire musicale si fertile en curieuses variations; le\n plus souvent, la mémoire ne conserve que le degré relatif des diverses into­\n nations, enregistre mal les impressions d'intensité et maintient mieux celles\n de timbre ; de plus, elle peut désagréger la suite mélodique de son rythme, ce\n qui explique les nombreuses déformations rythmiques que le temps impose\n aux mélodies, tout en en conservant intacts les intervalles sonores.\n    Enfin, l'imagination s'éveille à la suite des perceptions de forme et met en\n mouvement divers types d'images, images motrices, les plus fréquentes, images\n visuelles, ou images psychiques, caractéristiques d'«d'états d'âme», de ce que\n M. Ribot appelle des « abstraits émotionnels ». Tels sont les anneaux de la\nchaîne qui relient l'impression sensorielle au plaisir éprouvé : sensation,\naudition, perception, compréhension, émotion, imagination.\n    Il faut lire les pages aussi ingénieuses que profondes que M. Dauriac\nconsacre à l'analyse du « plaisir musical », à ses relations avec la cénesthésie,\nà ses caractères, à ses espèces. Le livre se termine par des considérations sur\nla « phrase musicale » et sur la question si mal étudiée de 1' « expression »,\nquestion liée à des problèmes non encore résolus comme celui des rythmes\némotionnels et des correspondances entre nos divers sentiments et sensations.\n    L'ouvrage de M. Dauriac est un de ceux dont on ne saurait trop recom­\nmander la lecture à toutes les personnes qui s'occupent sérieusement de\nmusique, et surtout aux critiques. Il y a beaucoup à apprendre, à méditer et\nà retenir dans ces 300 pages auxquelles on ne reprochera guère qu'une rédac­\ntion parfois inutilement subtile. Cette subtilité s'explique et s'excuse du reste\naisément. M. Dauriac est un esprit vigoureusement analytique qui pense\ndevant son lecteur, et ne craint pas de le conduire à travers les moindres\nméandres de sa pensée.                                                   L. L.\n"}, {"page_pdf": 757, "page_imprimee": 630, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3204, "texte": "630                                DURENDAL\n\n\nLes origines de la peinture à l'huile, étude historique et\n    c r i t i q u e , par CHARLES DALBON. — (Paris, Perrin.)\n    Une tradition accréditée surtout par Vasari attribua longtemps aux frères\n Van Eyck, tantôt à Jean, tantôt à Hubert, l'invention de la peinture à l'huile.\n Il y a belle lurette que l'on est fixé sur la fausseté de cette attribution. Aussi\n M. Charles Dalbon ne prétend-il nullement, dans l'étude historique et\ncritique des plus documentées qu'il vient de publier sur les origines de la\npeinture à l'huile, rouvrir un débat clos. Son but plus modeste a été simple­\nment, comme il le dit, de rassembler les documents épars relatifs à l'histoire\ndes origines, du perfectionnement et de l'expansion de ce procédé de pein­\nture; de les classer méthodiquement, d'en mettre en valeur certains points\ndemeurés obscurs, de les analyser et de les discuter impartialement. Il nous\nmontre les techniciens, les historiens, les extraits de comptes et dépenses,\nles contrats de commandes et les ordonnances relatifs à l'exécution de travaux\npicturaux, établissant péremptoirement l'ancienneté du procédé que les frères\nVan Eyck eurent le mérite seulement de perfectionner et de vulgariser, et\nce n'est pas cela, d'ailleurs, qui diminue leur génie ni leur gloire. Un précieux\nappendice bibliographique indique les ouvrages consultés par l'auteur : il\nest appelé à rendre aux curieux d'art de précieux services.\n                                                                           M. D.\n\nL'Art Flamand et Hollandais, édité par J.-E. BUSCHMANN. —\n   (G. Van Oest et Cie, 16, rue du Musée, Bruxelles.)\n   Le numéro de Septembre contient en premier lieu une étude due à la plume\nautorisée du docteur W. Vogelsang sur le peintre hollandais W. Tholen, à\nl'occasion d'une récente exposition de ses œuvres. Plusieurs reproductions\ndans le texte et hors texte accompagnent cet article, dont plusieurs de nos\npaysagistes pourront faire leur profit. Le second article est consacré au mobi­\nlier moderne, notamment aux créations de M. Klaarhamer, un jeune artiste\ndont les spécimens reproduits témoignent d'un réel souci de la forme et de la\nconstruction rationnelle. Plus loin, M. Jos. Destrée, conservateur aux Musées\nroyaux des Arts décoratifs, à Bruxelles, rend compte d'un important ouvrage\nsur la sculpture hollandaise. Des bois originaux de Ch. Doudelet accompa­\ngnant un compte rendu de l'Exposition du Livre moderne à Anvers, ajoutent\nencore à l'intérêt de ce numéro.\n\n  The Burlington Magazine (n° XIII, vol. V, avril 1904). — Dans\nun article sur le Prince Albert (il s'agit de feu le prince-consort d'Angleterre),\nM. LIONEL CUST nous apprend que dès 1844, alors que le goût anglais\nn'avait pas encore été éduqué par les préraphaélites, le prince avait rassemblé\nune intéressante collection de tableaux des écoles « primitives », d'Italie, de\nFlandre, d'Allemagne et de France. Quelques-uns ont été confiés à la National\nGallery, mais l'ensemble était demeuré, jusqu'à nos jours, presque inconnu,\ndans les palais royaux. M. L. Cust annonce qu'à la faveur des aménage­\nments nouveaux ordonnés par le roi actuel, il pourra reproduire, dans le Bur-\n"}, {"page_pdf": 758, "page_imprimee": 631, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                      631\n\n\nlington Magazine, les œuvres les plus m a r q u a n t e s de la galerie princière, nou­\nvelle qui, étant d o n n é l'intérêt passionné qu'on porte à présent à ces vieux\nmaîtres, sera accueillie avec satisfaction. — M. P A U L VITRY rend compte d e\nl'Exposition des Primitifs français, ouverte à Paris. La p l u p a r t de nos lecteurs\na u r o n t lu, sans doute, déjà, d a n s le texte français, l'étude que M. P A U L VITRY\npublia, magnifiquement illustrée, d a n s la revue Les Arts et qui se vendait à\nl'Exposition. — M m e JULIA CARTWRIGHT étudie les dessins de J.-F. Millet dans la\ncollection Forbes; son article s'accompagne de huit reproductions r e m a r q u a b l e s .\nM. MASON PERKINS signale un chef-d'œuvre oublié d'Ambrogio Lorenzetti,\nl e g r a n d peintre de la première école siennoise; c'est u n e g r a n d e madone\nentourée de saints qui se trouve dans l'Ecole c o m m u n a l e de Massa Maritima.\nEnfin, des notes sur les dernières publications, expositions et acquisitions des\nmusées d ' E u r o p e .\n\n\n    M a s t e r S i n A r t . — N o u s avons déjà eu l'occasion de r e c o m m a n d e r à\nceux qui nous lisent et s'intéressent aux publications artistiques de vulgarisa­\ntion, l'excellente collection publiée par la « Bates a n d Guild C o m p a n y »,\nChauncy-street, 42, à Boston ( E t a t s - U n i s d'Amérique). Chaque monographie\n(qui ne coûte que 15 cents) c o m p r e n d un portrait, u n e dizaine de planches\nreproduisant les œuvres principales du maître étudié, quelques notes biogra­\np h i q u e s et explicatives et, enfin, l'indication des sources (ouvrages, articles\nde revues), auxquelles les amateurs d'une étude plus complète peuvent se\nreporter. Cette année, la livraison de janvier (n° 49) est consacrée à F R A BAR­\nTOLOMMEO; celle de février (n° 50), à G R E U Z E ; celle de mars (n° 51), aux g r a ­\nvures d'A. D U R E R ; celle d'avril (n° 52), à L . L O T T O ; celle d e mai (n° 53), à\nLANDSEER. Les illustrations sont, étant d o n n é le b o n marché de la publica­\ntion, tout à fait remarquables et d o n n e n t u n e suffisante idée des qualités\ncaractéristiques de ces différents maîtres.\n                                                                                  J. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-016", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 632, "page_fin": 640, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES SAINTE-CÉCILE, DRAME MUSICAL, EN TROIS ACTES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 759, "page_imprimee": 632, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "NOTULES\n\n  S A I N T E - C É C I L E , DRAME MUSICAL, EN TROIS\nACTES. — L'ouverture de cette œuvre de notre colla­\nborateur Joseph Ryelandt sera exécutée au premier\nConcert Populaire, qui aura lieu, sous la direction de\nM. Sylvain Dupuis, le dimanche 13 novembre, à deux\nheures, au théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles.\nLa répétition générale aura lieu, dans la même Salle,\nle samedi 12 novembre, à 2 h. 1/2.\n  Pour les cartes et les abonnements, s'adresser chez\nM M . Scholt frères, Montagne de la Cour, 56, à\nBruxelles.\n  La réduction pour chant et piano de Sainte-Cécile\",\nréduction faite par l'auteur, est en vente chez l'éditeur\nMuraille, de Liège, et chez tous les éditeurs de\nmusique de Bruxelles, au prix de 15 francs.\n   Le libretto de Charles Martens se vend séparément\nau prix de 1 franc.\n                                       **\n\n  U n p o è t e d e d o u z e a n s . — L a Revue des Deux Mondes publie les\nvers d ' u n poète-prodige, M lle ANTONINE COULLET, une enfant de douze a n s .\nLisez d'elle ce poème lyrique, intitulé La mort du papillon :\n\n               Son aile, au buisson d'or, transparente et pourprée,\n                        Trop fragile s'est déchirée!..\n               C'était par un beau soir plein d'humides parfums,\n               Et dans le ciel mouillé, tout rempli d'étincelles,\n               La nuit au front doré battait ses grandes ailes\n                        Et dénouait ses cheveux bruns.\n"}, {"page_pdf": 760, "page_imprimee": 633, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "                                    NOTULES                                   633\n\n                Hélas! beau papillon avide de rosée,\n                         Ton aile, en tremblant, s'est brisée!\n                Dans la poussière d'or elle saigne sans bruit,\n                Et la rose ta sœur, compagne des murmures,\n                Laisse des gouttes d'eau tomber sur tes blessures,\n                         Et soupire au fond de la nuit !\n\n                Dans le pâle corset du lys à tige verte,\n                        Tu glissais ton aile entr'ouverte ;\n                Enivré de senteurs, tu buvais à longs traits\n                Le miel doux et sucré de sa blanche corolle\n                Et quand la lune d'or levait son aile molle,\n                Tu venais te baigner dans les ruisseaux nacrés.\n\n                Adieu les frais matins et les larges prairies,\n                         La Naïade aux tempes fleuries\n                Que tu frôlais, léger, dans ton vol velouté;\n                Les roseaux endormis des rivières profondes,\n                Et sur le bleu du ciel les grandes meules blondes,\n                         L'air rose des aubes d'été !...\n\n                Et quand tu palpitais, inquiet comme une ombre,\n                         Sur un mur à blanche pénombre,\n                Et heurtant le cristal des flambeaux alourdis,\n                Sur son lit transparent de dentelles et de voiles,\n                Tu voyais une nymphe aux paupières d'étoiles\n                         Rêver à quelque paradis!\n\n                Mais ton aile aux buissons, transparente et pourprée,\n                         Délicate, s'est déchirée...\n                Et sur le sillon vert tu tombas pâle et mort.\n                Et la rose ta soeur, penchée avec la branche,\n                Laissa tomber du bord de sa corolle blanche,\n                         Des gouttes sur ton aile d'or!\n\n   Voici d'elle un sonnet qui prouve q u e , familiarisée avec t o u s les rythmes,\nelle m a n i e avec la même sûreté les stances librement cadencées et les poèmes\nà forme fixe. Il est intitulé Chant d'aurore, et fut écrit après une lecture d'un\nsonnet célèbre de R o n s a r d (Mignonne, levez-vous, vous êtes paresseuse).\n\n                  Ma Muse, levez-vous! Voici le clair matin!\n                  Entr'ouvrez aux chansons vos lèvres demi-closes,\n                  Au fond des bois, dessous les chênes grandioses,\n                  La biche fuit, parmi la rose et le thym.\n\n                  Levez-vous! Déjà luit l'aurore au frêle teint.\n                  Près des vieux murs dorés se réveille la rose,\n                  L'alerte papillon sur son beau front se pose,\n                  Caressant son velours d'une aile de satin.\n\n                  Voyez, sur le cep vert de cette jeune treille,\n                  Cette perfide guêpe, et la prudente abeille,\n                  Et le gros corps velu des bourdonnants frelons.\n"}, {"page_pdf": 761, "page_imprimee": 634, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": " 634                                    DURENDAL\n\n\n                     De diamants nacrés l'herbe fine est couverte,\n                     Levez-vous, il est temps, de votre couche verte.\n                     Laissez flotter au vent vos épais cheveux blonds.\n\n    P a r la souple et fluide beauté du rythme, par la grâce fragile des mots,\npar l'abondance et la variété des images poétiques, enfin par la fraîcheur et la\nd o u c e u r de l'inspiration, ces vers feraient h o n n e u r , c o m m e le dit u n critique,\nà n'importe quel poète de profession. Venant d'une enfant de douze a n s , c'est\nun sujet d'étonnement qu'il serait superflu de c o m m e n t e r . Depuis Pascal et\nMozart, u n e telle précocité est peut-être sans exemple.\n\n\n\n\n     L o u i s L e C a r d o n n e l . — M. Gaston D e s c h a m p s a consacré, dans le\n Temps, u n e étude des plus élogieuses aux Poèmes de Louis L e Cardonnel. « Ils\nsont, dit-il en terminant, l'histoire d'une conversion et d'une vocation qui\nont acheminé le poète vers un sacerdoce que faisait prévoir, dès le début, sa\nconception sacerdotale de l'art. A ce titre, cette œ u v r e poétique n o u s livre\ndes confidences qui sortent du domaine p r o p r e de la littérature et auxquelles\nla critique littéraire ne doit toucher que d'une façon très discrète. Mais p u i s ­\nque l'auteur déclare lui-même qu'il n'est point p e r d u pour l'art, puisqu'il\nsemble nous annoncer des œuvres nouvelles, je ne saurais trop lui conseiller\nu n redoublement de surveillance dans la construction de sa phrase et de son\nr y t h m e . E n c o r e u n léger effort vers la continuité de la ligne, vers la beauté\nsoutenue du r y t h m e , vers 1'harmonie totale des couleurs, et nous pourrions\navoir, en Louis Le Cardonnel, le F r a Angelico ou le César F r a n c k de la\npoésie m o d e r n e . »\n\n                                             ***\n\n    Joseph C o o s e m a n s , que la mort vient d'enlever, « fut avec H . Bou­\nlenger, J . R a y m a c k e r s , J. Montigny, au nombre des fondateurs de « l'Ecole\nde T e r v u e r e n » qui, vers 1860, inclina l'étude de la n a t u r e vers des réalités\nqui paraissaient jusque-là téméraires. Il fut l'un des artisans de la renaissance\ndu paysage en Belgique et, bien que des fonctions administratives l'empê­\nchassent au début de se consacrer entière ment à l'art, il se classa prompte­\nment p a r m i les peintres en vue. Ses toiles, généralement inspirées par les\nsites pittoresques de la forêt de T e r v u e r e n et par les solitudes de la C a m p i n e\nlimbourgeoise, étaient fort appréciées d a n s les Salons auxquels il prit part\nrégulièrement d u r a n t une longue et féconde carrière. L e Musée de Bruxelles\npossède l'une des plus belles, un coucher de soleil exécuté aux environs de\nGenck et qui résume le style, précis et expressif, du peintre.\n    » T o u t e la vie de J o s e p h Coosemans tient d a n s son ardent amour de la\nn a t u r e , dans u n labeur patient et persévérant, dans u n e noble simplicité de\nm œ u r s qui lui fit préférer à toutes les distractions l'existence rustique de\nTervueren où il vécut jusqu'à ce que la maladie lui arracha les pinceaux des\nmains. »\n"}, {"page_pdf": 762, "page_imprimee": 635, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "                                         NOTULES                                         635\n\n   T e l est l'hommage r e n d u par Octave Maus, dans l'Art Moderne, à la\nmémoire de l'artiste peintre C o o s e m a n s . N o u s souscrivons pleinement à ces\néloges justifiés par des œuvres de réelle valeur et qui resteront.\n   J o s e p h Coosemans était le b e a u - p è r e de notre ami E r n e s t Verlant, le dis­\ntingué et très compétent directeur des Beaux-Arts, à qui nous offrons ainsi\nqu'à sa d a m e nos plus s y m p a t h i q u e s et sincères condoléances.\n\n\n\n\n    L e B r a n l e , par H É L È N E CANIVET. — Voici l'appréciation élogieuse\nportée sur ce livre par H U B E R T KRAINS d a n s l'Art Moderne :\n     « D e c h a r m a n t e s et vigoureuses improvisations, des esquisses qui sont\npresque des œuvres, tel m'apparaît le Branle de M lle H é l è n e Canivet qui, si\nc'est un début, comme je le crois, peut être considéré c o m m e u n beau d é b u t .\nL ' a u t e u r possède à la fois l'œil d'un peintre et les m o y e n s d'expression d'un\npoète lyrique. Il chante ce qu'il voit le long de sa route, tantôt en prose et\ntantôt en vers. Il dit la force des arbres, le charme des forêts, la tristesse des\nhôpitaux, l'âpreté des banlieues et le mystère des nuits. T o u t cela est observé\nd ' u n e façon personnelle et l'on rencontre à chaque pas des images superbes et\nu n e grande a b o n d a n c e d'expressions pittoresques. L e s vers, intéressants par\nl'aisance et la grâce naturelle de leur r y t h m e , sont quelquefois un peu lâches,\net n o u s leur préférons la prose dont le grain est plus serré et qui garde tou­\njours, d a n s sa souplesse, une g r a n d e pureté de ligne. »\n\n\n\n\n    Les Concerts Ysaye. — Le p r o g r a m m e des Concerts Ysaye (1904-\n1905) comprend six concerts et six répétitions (les 15-16 octobre, 3-4 décembre,\n7-8 janvier, 4-5 février, 4-5 mars, 29-30 avril), et deux auditions supplémen­\ntaires (les 5-6 novembre et 1-2 avril).\n    P a r m i les artistes figurent M m e E m m y Destinn, ds l'Opéra de Berlin,\n M M . A. Van R o o y , de Bayreuth ; B u s o n y , Marc H a m b o u r g , E u g è n e Ysaye,\nJ a c q u e s T h i b a u t , Emile C h a u m o n t , Jean Gerardy et, pour les concerts extra­\nordinaires, M M . A. De Greef, Francis P l a n t é et Raoul P u g n o . P a r m i les\nchefs d'orchestre citons : M M . A. Nikisch, F . Steinbe et E u g è n e Ysaye.\n    Les Concerts Ysaye d o n n e r o n t en première audition, outre les œuvres nou-\nv e l l e s d e M . T h . Ysaye,les œuvres suivantes -.Symphonie (Sibélius); Suite sympho-\nnique(F. Klose); Musique pour Pelléas et Mélisande (G. F a u r é ) ; Concerto pour\npiano, orchestre et chœur d'hommes ( F , Busoni); Poème élégiaque pour violon et\norchestre (E.Ysaye), Poème symphonique (J. Jongen); Fantaisie moderne (V. Vreuls).\n    L e premier concert a u r a lieu à l'Alhambra le 16 octobre, à 2 heures (répé­\ntition la veille, à 2 h . 1/2), avec le concours de M M . A. Van Rooy, baryton,\net Emile C h a u m o n t , violoniste. E n voici le p r o g r a m m e : i u Ouverture de\nManfred ( S c h u m a n n ) ; 2 0 An die Hoffnung (Beethoven), M. A. Van R o o y ;\n 3° S y m p h o n i e en si bémol (V. d'Indy); 4 0 Poème élégiaque pour violon et\n"}, {"page_pdf": 763, "page_imprimee": 636, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3110, "texte": "636                                      DURENDAL\n\n\norchestre ( E . Ysaye), M. E . C h a u m o n t ; 5° Musique pour Pelléas et Mélisande\n(G. F a u r é ) ; 6° Les Adieux de Wotan (R. W a g n e r ) , M. A. Van Rooy.\n  P o u r cartes et a b o n n e m e n t s , s'adresser chez M M . Breitkopf et H a r t e l ,\nMontagne de la Cour, 45, à Bruxelles.\n\n                                              ***\n\n    L e s C o n c e r t s P o p u l a i r e s , dirigés par SYLVAIN D U P U I S , a u r o n t lieu\ncette a n n é e (1904-1905) aux dates suivantes, au théâtre de la Monnaie :\n    I 2 - I 3 novembre : P r e m i e r concert, avec le concours de M m e Ottilie Metzger­\nFroidzheim, cantatrice des théâtres de B a y r e u t h et de H a m b o u r g , et de\nM. E m i l e Bosquet, pianiste, lauréat du prix R u b i n s t e i n ;\n    10-11 d é c e m b r e : Deuxième concert, avec le concours de M. P a b l o Casais,\ne c é l è b r e violoncelliste e s p a g n o l ;\n    11-12 février : Troisième concert, avec le concours de Mme Kleeberg-\nS a m u e l , pianiste ;\n    18-19 mars : Quatrième concert, consacré à l'exécution du Rêve de Gérontius,\noratorio pour solo, chœurs et orchestre de E d w a r d E l g a r .\n   M. D u p u i s fera exécuter en première audition : L a Sinfonia domestica, de\nRichard S t r a u s s ; la Neuvième Symphonie, d'Anton Bruckner (suivie du Te Deum\navec chœurs); le Triptyque, de Victor Vreuls; la Troisième Symphonie, d'Albéric\nMagnard ; l'ouverture de Sainte-Cécile, drame lyrique de Ryelandt.\n   L e premier concert aura lieu le 13 n o v e m b r e , à 2 heures (répétition le\n12 novembre, à 2 h. 1/2). E n voici le p r o g r a m m e : 1° Sinfonia domestica de\nRichard S t r a u s s ; 2° Concerto en mi bémol de Beethoven (M. E m i l e Bosquet);\n3° Air (M m e Ottilie Metzger-Froidzheim) ; 4° a) R o n d o en la mineur de\nMozart; b) Novelette en fa dièse mineur de S c h u m a n n (M. Emile B o s q u e t ) ;\n5° Cinq poèmes pour chant de R . W a g n e r (M m c Ottilie Metzger-Froidzheim) ;\n6° Ouverture de Sainte-Cécile de J. R y e l a n d t .\n   P o u r cartes et a b o n n e m e n t s , s'adresser chez M M . Schott frères, Montagne\nde la Cour, 56, à Bruxelles.\n\n\n\n    L ' « A C a p e l l a , g a n t o i s » entrera bientôt dans sa sixième a n n é e .\nVoici le programme des a u d i t i o n s de cette année :\n    L e 20 n o v e m b r e 1904 : exécution intégrale de la Messe du Pape Marcel, à\n6 voix mixtes de Palestrina. — L e s 18 décembre 1904, 22 janvier et\n26 février 1905 : L'Histoire de l'Opéra français, des origines à Lully, avec con­\nférences par M. P a u l B e r g m a n s . Orchestre ancien complet, solistes et\nc h œ u r s . — L e 26 mars 1905 : u n e audition consacrée aux Œuvres de Scar­\nlatti, avec le concours de M. F r a n z De Vos, pianiste.\n    Ces concerts auront lieu le d i m a n c h e , à 5 h. 1/2 précises, au local du\nCercle Artistique et Littéraire, R e m p a r t Saint-Jean, à G a n d .\n    L ' a b o n n e m e n t pour les cinq concerts est de 5 francs (carte personnelle).\nL e prix d'entrée pour c h a q u e concert est fixé à 2 francs. Carte de famille,\n"}, {"page_pdf": 764, "page_imprimee": 637, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "                                            NOTULES                                             637\n\nmaximum cinq personnes : 20 francs. L e s membres d ' h o n n e u r payent u n e\ncotisation annuelle de 10 francs; les m e m b r e s protecteurs, 20 francs.\n  S'adresser pour les a b o n n e m e n t s et cartes a u directeur fondateur, E m i l e\nHullebroeck, Chemin de Bruxelles, 23, G a n d - G e n d b r u g g e ; ou au secrétaire,\nHenri Callcbaut, 6, Marché aux Oiseaux, G a n d .\n\n\n\n\n    L e s S a l o n s d ' A r t . — L e s artistes du Cercle Le Labeur ont ouvert\nleur Salon de cette année, le 1er octobre, au musée moderne d e Bruxelles.\nN o u s rendrons compte de celte exposition d a n s notre fascicule de n o v e m b r e .\n   L e Cercle d'Art de Scalden, d'Anvers, ouvrira sa sixième exposition d'art\nm o n u m e n t a l et d'art a p p l i q u é , a u mois de d é c e m b r e p r o c h a i n , a u Cercle\nArtistique d'Anvers.\n   Ce cercle vient d e publier, sous le titre : Kindervertelsels, u n a n n u a i r e qui est\nu n e véritable œuvre d'art au point d e vue de l'édition. Cet a n n u a i r e sort des\npresses du grand éditeur anversois B u s c h m a n n , est s u p e r b e m e n t i m p r i m é ,\nillustré d'une façon tout à fait artistique et enrobé d ' u n cartonnage exquis.\nN o u s rendrons compte de ce joli a n n u a i r e prochainement.\n\n\n\n\n     D e s COUTS d ' a r c h é o l o g i e seront d o n n é s a u x Musées du Cinquante­\nnaire, à Bruxelles, à partir du 8 n o v e m b r e . Voici les objets de ces cours :\n     I. Les arts industriels de l'ancienne Egypte. Professeur : JEAN CAPART. —\nI I . Les bronzes antiques. Professeur : F . CUMONT. — III. Histoire de la céramique\ngrecque. Professeur : JEAN DE M O T . — I V . Archéologie préhistorique. Professeur :\nALFRED DE L O Ë . — V. La sculpture et les arts plastiques en Belgique depuis le\nIXe siècle. Professeur : JOSEPH D E S T R É E . — V I . Histoire du mobilier religieux.\nProfesseur : HENRY ROUSSEAU.\n   Ces cours seront d o n n é s les mardis et jeudis après-midi à partir d u\n3 n o v e m b r e . L e s inscriptions peuvent être prises les mardis et jeudis p e n d a n t\nle mois d'octobre, de 10 heures à midi et d e 2 à 4 h e u r e s .\n   Droits d'inscription : pour un seul c o u r s , 20 francs; p o u r c h a q u e cours e n\nplus, 10 francs.\n\n                                                 ***\n\n   Les cours d'art et d'archéologie (impasse du Parc, 3). — La\nseconde année, 1904-1905, de ces cours qui ont eu tant d e succès l'an\npassé s'ouvrira le lundi 24 octobre par u n e série d e conférences du professeur\nMARACCHI, de R o m e , sur l'Art chrétien primitif. Voici le p r o g r a m m e des cours\nd e cette a n n é e :\n   I. Les origines de l'art et l'art oriental (deuxième partie). Professeur :\nM. CAPART. — I I . La renaissance (deuxième partie) et l'art moderne. Professeur :\nF I E R E N S - G E V A E R T . — I I I . Le moyen âge. P r o f e s s e u r : MARCEL L A U R E N T . —\n"}, {"page_pdf": 765, "page_imprimee": 638, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3163, "texte": "638                                       DURENDAL\n\n\nIV. L'esthétique et la philosophie de l'art (deuxième partie). Professeur : F I E R E N S -\nGEVAERT. — V. Eléments d'archéologie. Professeur : MARCEL L A U R E N T .\n   L e s cours recommenceront le 7 n o v e m b r e prochain.\n   On s'inscrit au local, impasse du P a r c , 3, entre 4 et 4 1/2 heures.\n\n\n\n\n   Extension universitaire pour les femmes à Anvers. —\nP r o g r a m m e des cours de l'année 1904-1905 :\n   ARCHÉOLOGIE. Professeur : le R . P . VAN DEN G H E Y N , S. J . ,                 conservateur\ndes manuscrits à la bibliothèque royale de Belgique.\n    Histoire primitive du christianisme : les Catacombes romaines et le dogme chrétien.\nI . C o u p d'œil d'ensemble sur la théologie d e s catacombes et les principaux\ndogmes qui y sont figurés. — I I . L a Christologie des Catacombes. — I I I . L e\nB a p t ê m e dans les peintures d e s Catacombes. — I V . L ' E u c h a r i s t i e sur les\nm o n u m e n t s des Catacombes. — L e péché, la mort et la résurrection d'après\nles scènes figurées des Catacombes. — V I . L a vie future selon les Cata­\ncombes.\n    L e s mercredis 9, 16, 23 et 30 novembre, 7 et 14 d é c e m b r e 1904, de 3 h . 1/2\nà 4 h . 1/2.\n    H I S T O I R E . Professeur : M. BRANTS, de l'Université de L o u v a i n .\n    La Belgique sous Albert et Isabelle. L ' a u t o n o m i e de la Belgique a u XVIIe siècle\net sa place dans la politique g é n é r a l e . — L e g o u v e r n e m e n t des H a b s b o u r g s ,\nles constitutions nationales et le caractère des princes. — L e h a u t personnel.\n— L e régime provincial et local. — L'état économique et commercial. — Le\nmouvement des idées.\n    Les samedis 12, 19, 26 novembre, 3, 10 et 17 décembre 1904, de 3 à\n4 heures.\n    A R T . Professeur : M. C H . MICHEL, de l'Université de Liège.\n    L'Art chrétien du XVe siècle en Italie. Introduction : Les précurseurs : Giotto,\nN . P i s a n o , etc. Les sculpteurs : Ghiberti, Donatello, L . et A. della Robbia,\nVerrocchio, etc. — L e s écoles de peinture d u XVe siècle : F l o r e n c e , Sienne et\nl'Ombrie, P a d o u e et Venise.\n    Les lundis 16, 23 et 30 janvier, 6, 13 et 20 février 1905, de 3 à 4 h e u r e s .\n   M U S I Q U E . Professeur : M. LÉOPOLD W A L L N E R , de Bruxelles.\n   Histoire de la Musique de chambre. I. Ecole italienne (XVIIe et XVIIIe siècles) :\nCorelli, T a r t i n i , Boccherini, Vivaldi, etc. — I I . Ecole allemande (XVIIe et   XVIIIe\nsiècles) : Haendel et S. B a c h . — I I I . H a y d n et Mozart. — I V . Beethoven.\n— V. S c h u b e r t et Mendelssohn. — V I . S c h u m a n n et B r a h m s .\n   Les samedis : 21 et 28 janvier, 4 , 1 1 , 18 et -25février 1905, de 3 à 4 h e u r e s .\n   L E T T E R K U N D E . Professor : D r J . P E R S Y N , uit Brussel.\n     Eenige grooten uit de vreemde letterkunden van den dag. I. Rusland : Tolstoï. —\nI I . Scandinavië : Ibsen. — I I I . E n g e l a n d : George Eliot. — IV. Duitschland:\nF r i t z R e u t e r . — V. Spanje : B . Perez y Galdos. — V I . Italië : Fogazzaro.\n     Op D i n s d a g 28 F e b r u a r i , 14, 21 en 28 Meert, 3 en n April 1905, van 5 1/2\ntot 6 1/2 u r e n .\n"}, {"page_pdf": 766, "page_imprimee": 639, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "                                                NOTULES                                               639\n\n\n   L I T T É R A T U R E FRANÇAISE. P r o f e s s e u r : M . R E N É D O U M I C , d e P a r i s .\n    Le roman au XIXe siècle. Introduction : Idée générale d u cours ; le roman\navant le XIXe siècle. Ce qu'il restait à faire p o u r constituer le genre. — I . L e\nr o m a n h i s t o r i q u e . — I I . L e r o m a n d'analyse. D e Chateaubriand à S t e n d h a l .\n— I I I . L e roman d e m œ u r s . Balzac. — I V . L e roman romanesque et le\nr o m a n à thèse. George S a n d . — V. F l a u b e r t et le réalisme. — V I . L a période\nnaturaliste : Zola, les Goncourt, D a u d e t . — Conclusion : L e s gains réalisés\npar le genre. L'état actuel.\n    Les lundis 6, 13, 20, 27 mars, 3 et 10 avril 1905, d e 8 h . 1/2 à 9 h . 1/2 d u\nsoir.\n    Par exception, les messieurs seront admis au cours de M. René Doumic.\n    Les cours se d o n n e r o n t à la salle Anthonis, rue d'Aremberg, 2J, o ù l'on p r e n d r a\nles inscriptions les vendredi 4 et lundi 7 n o v e m b r e , de 2 à 4 h e u r e s .\n    Les droits sont : 15 fr. pour u n seul c o u r s ; 50 fr. p o u r la totalité d e s\nc o u r s ; 60 fr. pour u n e carte d e famille\n    Les personnes étrangères à la ville seront admises m o y e n n a n t u n e carte\nd'entrée de 3 francs p a r conférence.\n\n\n\n\n   L i v r e s à l i r e . — La légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin; prix : 3 fr. 50.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec introduction et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — I Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frire Junipire. Vie et Doctrine de frire Egide, traduction avec\nnotes d'Arnold Goffin; prix : 2 fr. 50. —L'Oblat, p a r J . - K . H u y s m a n s ; prix :\n3 fr. 50. — Cherchons l'Hérétique, p a r J . Esquirol ; prix : 3 fr. 50. — Les Gens\nde Tiest, p a r Georges Virrès; prix : 3 fr. 50. — La Rose et l'Epée, p a r Charles\nde S p r i m o n t ; prix : 3 fr. 5 0 . — S u r quelques Primitifs de Sienne, p a r Jules\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, p a r P a u l M u s s c h e ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, p a r F e r n a n d Séverin; prix : 2 francs.\n   On p e u t se procurer ces livres en s'adrcssant à notre éditeur, M. Charles\nBulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n\n\n\n   R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — L e Mercure de France, direc­\nteur : M. Valette; P a n s , 26, r u e d e Condé (abonnement : 20 francs; étran­\nger, 24 francs). — L'Ermitage, directeur : E d . D u c o t é ; P a r i s , 19, rue J e a n -\nJacques-Kousseau (abonnement : 8 francs; étranger, 10 francs). — La Renais-\nsance latine, directeur : M. de B r a n c o v a n ; P a r i s , 2 3 , rue Boissy-d'Anglas\n(abonnement : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident, directeur :\nM. Mithouard; P a r i s , rue E b l é ( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger, 12 francs).\n— L'Art flamand et hollandais, revue illustrée, directeur : B u s c h m a n n , à\n"}, {"page_pdf": 767, "page_imprimee": 640, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "640                                     DÜRENDAL\n\n\nAnvers, 15, Rhijnpoortvest (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs ;. —\nL'Art Moderne, directeur : Octave M a u s ; Bruxelles, 32, rue de l'Industrie\n( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger, 13 francs). — Le Guide Musical, directeur :\nNelson L e k i m e ; Bruxelles, 7, rue Montagnedes.-Aveugles (abonnement :\n12 francs; étranger, 14 francs).— L'Idée libre, directeur P . Germain, Bruxelles,\nLarcier éditeur, rue des Minimes, 26 (abonnement : 10 francs). — Le Thyrse,\ndirecteurs : Léopold Rosy et Léon W é r y ; Bruxelles, 14, rue de la Filature\n(abonnement : 5 francs; étranger, port en sus). — La Revue de Belgique,\ndirecteur : M. W i l m o t t e ; Bruxelles, W e i s s e n b r u c h éditeur (abonnement :\n12 francs; étranger : 15 francs). — La Belgique contemporaine, directeur :\nR a p h a ë l Petrucci ; rue Albert de Latour, 4, Bruxelles (abonnement : 12 francs,\n  étranger, 15 francs.)\n                                              ***\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — J . - B . SUPINO : Les deux Lippi (Florence,\nAlinari). — P . MOLMENTI : La peinture vénitienne (ibid.). — H . - C . MARIL­\nLIER : D a n t e Gabriel Rossetti ( L o n d r e s , G. Bell & Sons).— H . DE RÉGNIER :\nL e s rencontres de M. de Bréot (Paris, Mercure de France). — R . KIPLING :\nLettres du J a p o n (ibid.). — A. POIZAT : L a dame aux lévriers (Paris, P l o n ) .\n— M. AVESNES : Journal de bord d'un aspirant (ibid.) - — M. BARRÈS : Quel­\nques cadences ( P a r i s , E . S a n s o t ) . — M. BARRÈS : Ce que j'ai vu à R e n n e s\n(ibid.). — M. BODEUX : Liégeoise idylle (Bruxelles, V r o m a n t ) . —\nA. MOORTGAT \"Geestelijke liederkrans (Brussel, Nationale Muziekdrukkerij).\n— Kindervertelsels, V I I e J a a r b o e k van DE SCALDEN, 1903 (Anvers, Busch­\nm a n n ) . — W . R I T T E R : U n e passante des quatre saisons (Paris, Mercure de\nFrance).— M. B A R R È S : U n h o m m e libre (Paris, F o n t e m o i n g ) .— L . W A U T H Y :\nHistoires à ma dame (Liége, Edition artistique).— E . PICARD : Désespérance\nd e F a u s t (Bruxelles, Lacomblez). — J. BERNARD : L a mort de Narcisse\n(Valence, Céas).\n\n\n\n\n                                            %>\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-209", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "9 9 , rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 768, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET '                                                                               BRUXELLES\n\n\n                     LE GRESHAM                                    REIilURE D'ART & D'AMATEURS\n               Compaq je anglaise • assnranees sur la rie\n                 ACTIF : 2 0 6 9 9 9 , 2 4 7 franc»\n                        SinUtru payé* M Balalaua\n                                                                   Paul Claesserjs\n                                                                      «all—i S j t e w a l A H M\"» la CamUtac se Flânera\n               «•puis 1 8 5 S : 2 8 , 6 0 0 , 0 0 0      francs\n                     P •osptcliu et rtnttig temenlt gratuits           2 4 , rue de Berlalmont, Bruxelles\n               8, plaea Royal*. 8, BRUXELLES\n\n\n FABRIQUE DE MATELAS\n                          Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                             médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                          BERVOET^WÏELEMANS\n                                             FOURNISSEUR DE LA COUR\n     6, 8, 10, 12, Rue du Midi *t» BRUXELLES\nUsine à vapeur*, Lavoir» de laines : TlUE, CES GOUJONS, 120\n                                          Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                               FABRIQUE ET ATELIERS :\n         rv^ -:,-                    37, R u e d e l a Charité - BRUXELLES\n             QB?» i f                                             TÉLÉPHONE: 1 9 4 7\n   ! é\n                                        Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                     Spécialité de tous les articles concernant la peintuie, la sculpture,\n                                                    la gravure, l'architecture et le dessin.\n\n   i                 \\-        !     RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                            Vente et location de modèles pour la peinture\n         k&*Af\\\\/A\n\nPremières médailles aux Expositions .'Bmsterdain, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Chjcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                              & SONS\n                       NEW-TORE — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Saxe,\n  de Suéde et d Italie, du Sultan, de l a reine régente d Espagne, du schan de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach paraît main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Sleinway R. \\ \\ agner . >« Le Stein-\nway est uu superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A. Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . » « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert. »« Ils sont tellement an dessus de toute critique, qu un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter) »\n  Agenre générale el dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MtSCII, 224, rue Rovale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-210", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "V I E N N E N T DE P A R A I T R E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "J. 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B U L E N S , 7 5 , r u e T e r r e -\n     N e u v e , à. B r u x e l l e s .\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-211", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "J. BDÉSO Père", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "imprimerie Scientifique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 769, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 6577, "texte": "J. BDÉSO Père Rentollenrs et restaurateurs de musées neiges et Étrangers P. BDÉSO Fils\n         EXPERT\n                                                       M A I S O N F O N D É E EN 1 8 6 7\n                                                                                                                         EXPERT\n                                Rentoilage, transposition, restauration et parqueUge de tableaux\n  2-4, BUE DE LIGNE                     VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES                            24, rue do Gentmomme\n      Bruxelles                                ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                              Bruxelles\n\n\nCH OCO L A T                         B I ESWAL                              CH OCO L A T                         B I ESWAL\nCH OCO L A T                         B I ESWAL                              CHOCO LAT                            B I ESWAL\n\n    LE STANDARD\nCompagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                          flrcQives floîiliaires (G Belgique\n                                                                                       52, rne Stévin, BRUXELLES\n            ACTIF : 2 7 8 MILLIONS                                                                   Recherches de généalogies et d'ar-\n                                                                                                      moiries en Belgique et à l'Etran-\n                                                                                                      ger. — Attestations officielles de\n   Principaux avantagea de la Compagnie :                                                             noblesse, de filiations et d'armoi-\n                                                                                                      ries.— Copiesofficielles de lettres\ni° Polices incontesta- 't° Tarif avantageux.                                                          de patentes de noblesse. —\n  bles npres deux ans 4° Participation linpor-                                                        Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date.                   Inntedes assuresdans                                                     — Insertions de généalogies dans\na° Prêts sur polices         les bénéfices de la                                                      des publications neiges et étran-\n                             Compagnie.                                                               gères. — Rectifications d'actes\n  aj ant trois ans do                                                                                 de l'état civil et adjonctions des\n  date                     5° Prêts hypothécaires.                                                    noms. — Correspondants en pro-\n   S'adresser pour renseignements et prospectus à la                                                  vinceeti l'étranger —Armoiries\n                                                                                                      et documents généalogiques sur\n            D I R I C T I O N      Q t N t R A L I                                                    plus de 100,000 familles nobles\n                                                                                                      et patriciennes.\n28. PLACE DE BJROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n  Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles                       R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                  P\n                                                  A      ENCADREMENTS                                            Pai suite de décès\n                                                  u\n                                                  L.           ^              ^             —             —\n\n                                                  v      DORURE                   ET         SCULP-\n                                                  E                                                             LIQUIDATION\n                                                  R      T U R E S U R BOIS\n                                                                                                                          DE\n                                                  D\n                                                  U        ESTAMPES•••••*•••\n                                                  S\n                                                  s\n                                                         GRAVURES                    ANCIENNES                 300 VOITURES\n                                                  E                                                            Vente à tonte\n                                                  N                                    ,##\n                                                  s                                                                offre acceptable\n                                                  U      N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                  c\n                                                  c\n                                                  a:     SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                           71, rue Goffart\n                                                  S\n                                                  •                                                                1XELLE8\n                                                  •      D'AUTHENTICITÉ                • • • • • • • • • • •\n                                                  u\n                                                  R                •\n"}, {"page_pdf": 770, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   ta, Marché-au-Bol» - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles a vue : 1 1 2 p. c sans commissiou\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; inlérôt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. e.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous p a y s\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n    LA RÉSERVE MUTUELLE\n          de»        ÉTATS-UNIS\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n                                                      HOTEL DU PHARE\n                                                              263, Boulevard Militaire, 263\n              s u r       l a     V i e\n                                                                         REPRIS PAR\n\n                                                       MM. PARRED & JAEGER\n                                                                    Ancien» propriétaires\n                                                           de la Taverne Léopold, rne da Commerce\n\n\n                                                      C H A M B R E S AVEC               PENSION\n                                                                 depuis 5 francs par jour\n\n  ENCAISSEMENT ANNUEL           . . 40 Millions          Salles pour banquets et noces\n  SINISTRES PAYES . . .         . . ?50 Millions\n      Combinaisons très intéressantes                         Grand air — Belle situation\n   DIRECTION 6ÉNÊIMLE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE\n       8 , i r u e H a l é T y , P A R I S (»•)\n                                                      Communications faciles avec Bruieiies et vice-versa\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n   19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n           On demande «les Agents                       Cuisine et cave renommées\n\nEntreprise ne Déménagements\n         ET TRANSPORTS\n\n                                                           18, Marehé-au-Bois, 18\n\n                                                                  BRUXELLES\nVoilures a I, 2, 3 et A chevaux\n         WAGONS CAPITONNÉS\n\n  On traite à l'heure et a forfait\n                                                      Vins et Spiritueux\nJules                ROLAND\n       25, rue «Tldalie, 25\n   IXELLES-BRUXELLES\n           TÉLÉPHONE              5969                      LIQUEURS                 FINES\n"}, {"page_pdf": 771, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "APPAREILS                   PHOTOGRAPHIQUES\n                                        OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                  JUMELLES A P R I S M E *\n                                               P A P I E R S , PLAQUES\n                                        PELLICULES     PHOTOGRAPHIQUES\n                                        SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                 MICROSCOPES\n\n                                           Grand choix de photographies\n                                             artistiques et décoratives\n\n\n                                        ALBERT              HOFMANN,                        BRUXELLES\n                                             S a l l e d'exposition : rue d e la R é g e n c e , 5 3\n\n\n\n\n                                        mjmiï,\n\n\n\n\n     POUÇ VOS CIGARES fl^S                                                   Les Boues Caouicîiûuiées\n                                à la                                            TALBOT\n                                                                      a*a   sont inusables l\\     inarrachables\nMAISON AMÉRICAINE                                           S     •   ! •           EXIGER LA MARQUE\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                          Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                Maison SNYERS-RANG & C\"\n              BRUXELLES                                  Fondée on 1815             —           Téléphona 1389\n\nP.-S. -- Arrivages réguliers de cigares de la Havane          27,        rue d'Or,      BRUXELLES\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison10-212", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "imprimerie Scientifique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 771, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1717, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "imprimerie Scientifique Char-\n les B U L E N S , Editeur, rue\n Terra-Neuve, 75, Bruxelles\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 696, "texte": "Octobre 1904.                                 il\"* Année.\n\n\n\n\n             FEi\n         REVUE CATHOLIQUE D!ART\n •v\n                      GE LITTERATU:\n\n\nW5W&%\n\n            m •       •       •       •\n                  •       •       •\n\n\n                                          •     •   -•\n\n\n\n                                                            * \\à\n\n   B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 697, "texte": "                            est située aux bords de la mer du Nord,\n                      entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fin.\n                      Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                      attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                      d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                      le confort & la simplicité dans des conditions très\n                      avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                      le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                      saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                      tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                      munale. Boutes carrossables et cyclables, accessibles\n                      aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                      tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n Villas et Terrains   Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-         Villas et Cottages\n                      phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n     A VXNDBX         d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n                      digue, des avenues, des villas et des cottage».\n   par annuités\n\n\n                               HALLES WE8TENDAISES\n                        Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert les\n                      villas et cottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                      conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                      bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                      dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                      jours de premier ohoix.\n                                                            Le Wtitond' Hôt«l est ouTsrt du aa mai\n                                                            au 28 septembre         Pension de 6 à 15 fr.\n                                                           par jour. Aux commencements et fins de\n                                                           saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND* HOTEI                                             tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                           prolongé à l'hôtel. <fi chambres parfaite-\n                                                            ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n   DIGUE                                                      rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                 Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone                                                              confortable. Balcons et Ter-\n                                                                        rasses. Salle de musique.\n                                                                            Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréations p» enfanta.\n                                                                                   Salons de lecture, de\n                                                                                 t       eorrespondan-\n                                                                         | Ï L % ? & I ce. Cuisine soi-\n                                                                                        gnée. Caves re-\n                                                                                         commandées.\n                                                                                         Appartements\n                                                                                         avec salon.\n\n    Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques aveô toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n                                  i A. B R U X E L L E S , 53\", rue Capouillet;\n     renseignements, s'adresseï   ( A, W E S T E N D E ,           à l'Administration de l a\n                                  I        Plage ou au WesteadlIôteL\n"}, {"page_pdf": 698, "texte": "                      DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                           1904 — il* Année\n\n\n\n              Sommaire du n° 10 (Octobre)\nHENRY CARTON DE W I A R T . —     Johanne.   . •               577\nL'abbé L o t i s L E CARDONNEL. — Stances à une Carmélite  .   5g5\nJOSEPH RYELANDT. — Les dernières sonates pour piano       de\n                            Beethoven (fin)                    597\nGEORGES RAMAEKERS. — Les gemmes éternelles (fin :\n                              L'hyacinthe ;\n                              La gloire des topazes            6o5\nL'abbé HENRY MŒM.ER. — Le sacristain deVavenue Montjoie        608\nE. BUISSERET. — Poèmes :\n                       Reliquaire ;\n                       Cimetière du cœur;\n                       Contraste                               611\nVALENTINE SCHELFOCT. — Automne                                 6i3\nCOMTE G. D'ARSCHOT. — Notes de voyages        (fin) :\n                           Sébastopol;\n                           Pays natal                          616\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. — Gazette des faits et des livres . .    621\nERNEST DE LAMINNE. — Soir en Campine      . . . . ' . .        626\nLivres et revues                                               627\nNotules                                                   ,    632\nIllustrations : Le juge FRANÇOIS BEAUCK .\n                Le drame humain (EUGÈNE LAERMANS .\n"}, {"page_pdf": 699, "texte": "                              DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE                                                              LITTERATURE\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 francs (port c o m p r i s\n         (pour Fabonnement s'adresser è la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles)\n                                         P R I X D ' U N NUMÉRO           : FR.     1.50\n\n\n\n\n                     Comité de rédaction                             de D U R E N D A L :\n                                  MM. HENRY CARTON DE WIART.\n                                      L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                              F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                         Secrétaire de la Rédaction ; GEORGES V I R R È S\n                                      Correspondant dt la rédaction à Parts :\n\n\n                       M. H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n                  PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S E L .            ARNOLD GOFFIN.\n                                                  :\n      MAURICE BEKAERT.                                                           JOSB     HENNEBICQ,\n      EDGAR BONBHILL.                                                             L'abbe H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                                            J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE B R A U N .                                                      JOSFPH JANSSENS.\n      THOMAS B R A U N .                                                         E D M O N D JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                                           VICTOR K I N O N\n      H É L È N E CANIVET.                                                       GODEFROID K U R T H .\n      MARIE CLOSSET.                                                             L . D E LA L A U R E N C I E .\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                                    L'abbé L . L E CARDONNEL.\n       L'abbé P A U L CUYLITS.                                                   GEORGES L E CARDONNEL.\n       L e c o m t e G. D ' A R S C H O T .                                      S E B . - C H . LECONTB\n      L e baion JOSÉ D E COPPIN.                                                 GEORGES MARLOW.\n      G E O R G E S D E G O I ESCO.                                              CHARLES MARTENS\n      GEORGES DELAUNOY.                                                          PAUL MUSSCHE.\n       L a comtesse E D DE LIEDLKERKE.                                           EDOUARD N E D .\n      L e b a r o n G . DELLA F A I L L E .                                      MAURICE OLIVAINT.\n      E U G È N E DBMOI DER.                                                     ERNEST PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTREE.                                                       GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTREE.                                                             GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                                         BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTE                                                             JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLABRT.                                                          FERNAND SÉVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                                               HENRY VAES.\n      EMILE FERMAUD.                                                             R O B E R T VAN D E R E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                                           CHARLES V A N LERBERGHE\n      H . FIÉRENS-GEVAPRT.                                                       EMILE VEKHAEREN.\n      IWAN G l L K I N .                                                         L'abbé F R . VERHELST.\n                                                                                 LÉOPOLDWALLNER.etC., e t c .\n\n                    L e s c o l l a b o i ateurs s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL                  de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      P o a r l a Rédaction, l'Administration e t l e s demandes d'abonnements, s'adresser a u\nsiège de l a Reyae, 2 2 , m e d u O r a n d Cerf; poar 1» pablicite, 2 6 , m e F a i d e r , B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 700, "texte": "                          Manne\n\n                COUCHÉ sur un lit bas, entouré de courtines, la tête\n                       toute enveloppée de linges, le chevalier repose\n                       depuis trente heures, et la résistance de son\n                       organisme le dispute à la mort.\n                            Secoué d'un frisson, il entr'ouvre enfin les\n                       yeux, avec un long soupir. Mais son esprit et\n                       ses sens, qu'une extrême faiblesse accable, hési­\n                       t e n t à reprendre l'exercice de leurs fonctions.\nCe n'est plus le sommeil. Ce n'est pas encore le réveil. Les\npaupières à peine soulevées retombent et puis s'entr'ouvrent\nde nouveau.\n   Il fait obscur. C'est la nuit, sans doute. P o u r t a n t , cette nuit\ns'éclaire d'une vague lueur douce, comme tamisée par des\nrideaux de pourpre. L'œil immobile vise l'endroit lumineux des\nchoses pour prendre leurs aspects et leurs dimensions. L a\nvoûte est très haute. Elle est faite d'épaisses solives où brillent\nd'indéchiffrables blasons.\n   U n e sensation de douleur cuisante au front, au côté, dans les\ngenoux, d a n s les bras, lui arrache un gémissement... T o u t à\ncoup, — est-ce son rêve qui se prolonge? — il aperçoit, penché\nau-dessus de son visage, un jeune visage de femme, d'un ovale\ntrès pur, encadré de cheveux noirs, mystérieux comme une\napparition. Oui, c'est bien la forme de l'inconnue jadis entrevue\nau c a m p e m e n t . C'est bien ce beau regard, ce front si noble, ces\nlèvres enfantines qui h a n t e n t depuis des mois son imagination\ntourmentée et maintenant surexcitée par la fièvre. Il se plaît à\nadmirer cette illusoire et chère image, familière à ses songes, et\n\n\n  (i) D'un roman : La Cité Ardente, à paraître en décembre prochain chez\nPerrin, Paris.\n"}, {"page_pdf": 701, "texte": "578                           DURENDAL\n\n\n\n à laquelle, il ne sait pourquoi, se mêle le souvenir des traits du\n vieux comte de B e r l o . . .\n      Mais voici que l'image semble s'animer. Vrai Dieu ! Ce pour­\n rait n'être pas un rêve! Cette forme a bougé. Elle est bien\n vivante, là t o u t près de lui. Elle pose un doigt sur la bouche\n pour c o m m a n d e r au blessé le calme et le silence, puis elle\n s'efface à peine et revient, tenant en main un mouchoir t r e m p é\n d'eau froide dont elle humecte ses lèvres sèches et son front en\n moiteur. O h ! le suave et délicieux contact de cette main. O h !\n la divine réalité.\n      Il veut saisir cette main bienfaisante. Mais le geste qu'il\nt e n t e lui révèle une nouvelle douleur à l'épaule, si intolérable\n qu'il pense défaillir.\n      La vision recule. Il penche la tète sur les coussins, et la voit\n un moment toute entière se détachant à contre-jour, en une\n silhouette svelte et noble, sur le foyer de la haute cheminée d'où\n émane la douce lueur qui filtre les ténèbres.\n      Voici que la vision se rapproche du foyer. Elle se baisse,\n arrange les débris calcinés, souffle à pleines lèvres et éparpille la\n cendre dans ses cheveux. Puis, elle prend à deux mains une\n bûche énorme, et la dépose p r o m p t e m e n t dans l'âtre qui se\n ranime aussitôt. L a vision disparaît.\n     Les yeux mi-clos, Josse continue à la voir, elle et la grâce de\nses gestes, mais dans son esprit cette fois. Puis, il s'efforce\nde réfléchir, il cherche à rassembler les bribes de ses souve­\nnirs...\n     Que lui est-il donc a d v e n u ? Où est-il? Comment cette jeune\n fille s'est-elle trouvée là? P o u r q u o i prend-elle soin de lui?...\nT o u s ses m e m b r e s sont cerclés de ligatures... A h ! oui, la\nchasse, le cheval emporté, la chute du h a u t des rochers. C'est\ntout ce que sa mémoire lui rappelle. Son regard interroge cette\nsalle silencieuse et rencontre, par de là les courtines soulevées,\nun carrelage ocre et rouge qui luit doucement au feu de la che­\nminée. Des fourrures y forment des taches noires. A droite et à\ngauche de la cheminée, de hautes fenêtres rectangulaires,\nétroites et profondes, se dressent obscures. Une escabelle près\ndu large lit. P l u s loin, un banc massif. D a n s le mur, une ten­\nt u r e , qui dissimule quelque passage par où la vision s'est\névanouie.\n     U n sourd bruit de pas. Cette tenture s'écarte. Un h o m m e\n"}, {"page_pdf": 702, "texte": "                             JOHANNE                             579\n\n\napparaît, Domingo. Il approche, et son regard anxieux ren­\ncontre le regard du chevalier qui lui sourit doucement.\n    — C'est toi, ami !\n    — P a r grâce! évitez toute fatigue, messire. Ce n'est qu'à ce\nprix que vous pourrez échapper.\n    — O u i , oui, Domingo. Mais parle-moi. Que s'est-il passé? Je\nne sais rien, rien...\n    L e vieil écuyer s'instruit tout d'abord, au pouls du blessé, de\nl'état de la fièvre. Il est habile à panser les plaies, à saigner, à\nventouser, et à remettre en place les os déboités. Sa science des\nsimples pourrait en remontrer à celle de plus d'un mire.\n    U n peu rassuré par cet examen, il juge qu'il peut, sans trop\nrisquer, condescendre à un désir aussi impatient. Con­\ntrarier cette impatience, agiterait peut-être davantage le blessé.\n    — Je vous dirai tout, messire, fait-il à mi-voix et en s'asseyant\nau chevet. Mais à la condition que vous ne bougerez pas, que\nvous ne parlerez pas. Vous avez, sans compter le reste, trois\nfractures, dont la moindre est capable de vous faire passer dans\nl'autre m o n d e , si vous n'êtes pas bien docile à mes avis...\nSachez donc tout d'abord que j ' a i eu grand'peine à vous\nretrouver parmi ces massifs de roches. Ce n'est qu'à la nuit\nt o m b a n t e que je vous ai découvert au fond de la vallée de\nl'Ourthe, gisant, pâle et tout sanglant, auprès du cadavre de\nPassavant. Si la pauvre bête n'avait amorti le choc, nul doute\nque vous ne vous fussiez tué net. Ah! l'épouvantable chute!\n    P u i s , arrêtant de la main la question qu'il prévoyait :\n    — Il n'est point difficile de deviner d'où est venu le coup.\nAh! messire, me pardonnerez-vous j a m a i s une telle négligence?\nJ'aurais dû, d'autant plus que je m e défiais de cette sorcière,\nveiller moi-même à nourrir et à seller Passavant T a n d i s que\nnous nous attardions au repas, dame Pentecôte, ou quelque misé­\nrable à sa dévotion — L a Marck sans doute — aura fait prendre\nà la bête une de ces poudres magiques, telles qu'on les prépare\nen Orient, et qui ont pour vertu de rendre les chevaux fous\nfurieux. P o u r éviter tout mécompte, les écrous du mors avaient\nété desserrés. E t figurez-vous, — j ' a i pu le constater en exami­\nnant le harnais de Passavant, — la gueuse, pour mieux exaspérer\nle cheval, avait fait attacher, sous le bourrelet de la selle, un\npaquet de têtes de chardon. Ah! elle vous aime vraiment, mes­\nsire! Bien plus, L a Marck avait pour mission de vous achever\n"}, {"page_pdf": 703, "texte": "580                              DURENDAL\n\n\nsi besoin était. T a n d i s que je vous recherchais partout, il vous\nrecherchait de son côté. Vous devinez dans quel but. Je venais à\n peine de vous trouver et je m'efforçais de vous ranimer lorsque\ntout à coup, dans un dernier rayon de soleil, j ' a i vu le Sanglier\nlongeant, à cheval, la crête du précipice et se penchant à l'en­\ndroit où vous étiez t o m b é . J'ai eu le temps de lui décocher de\nma fronde une balle de plomb qui doit l'avoir touché, car il a\ndisparu en sacrant comme un païen.\n   — Mais cette j e u n e femme, ici? interroge le chevalier, dont\nles prunelles se dilatent.\n   — P a s un mot, messire! je vous en conjure, par ce que vous\navez de plus cher. Vous saurez tout. Vous êtes au château de\nFérister. C'était la d e m e u r e la plus proche. E t je vous y ai con­\nduit la nuit dernière avec quelques bonnes gens, sur un bran­\ncart façonné à la hâte. C'est ici que vivait le vieux Berlo, que\nvous avez bien connu. L a petite fille du comte, J o h a n n e de\n Metz, qui y gouverne m a i n t e n a n t , a consenti de très bonne\ngrâce à nous hospitaliser. Cette nuit, elle a voulu vous veiller\nelle-même, p r é t e n d a n t que je tombais de lassitude. On la dit\ntrès bonne chrétienne, vivant seule dans ce castel en deuil avec\nun vieux chapelain, h o m m e simple, doux et très savant, et avec\nquelques bons soldats de garde. D'ailleurs, le donjon est solide\nà défier toute entreprise.\n   — J o h a n n e , J o h a n n e de Metz! La fille de Gilles de\nMetz?\n   — O u i , messire.\n   — A h ! dis-moi, Domingo, dis-moi... L u i as-tu révélé mon\nnom?\n   — Je lui ai dit s i m p l e m e n t que vous étiez chevalier liégeois\net q u ' u n accident de chasse vous avait mis en cet état. Elle ne\nm'a rien d e m a n d é de plus et je ne lui dirai rien de plus, à moins\nque vous ne le commandiez.\n   L e regard du sire remercie le bon écuyer. L e peu de forces\nqu'il vient de réunir s'épuise déjà et sa tête, un moment dressée,\nretombe sur les coussins.\n   — J o h a n n e de Metz! répète-t-il avec une expression d'effroi.\nAh! cette ressemblance! Sais-tu...\n   Mais sa phrase est coupée par un douloureux accès de toux\nqui lui amène du sang aux lèvres.\n   — D o r m e z ! d o r m e z ! messire! c o m m a n d e D o m i n g o , qui le\n"}, {"page_pdf": 704, "texte": "                              JOHANNE                             581\n\n\nborde et qui dispose les coussins sous sa tête, comme il le ferait\nd'un enfant.\n   Le sommeil dans lequel le sire retombe est si agité que\nDomingo en conçoit une poignante inquiétude. Il se reproche\nde lui avoir parlé trop et trop vite. Il ne le quitte pas, et Johanne,\nqui vient plusieurs fois par jour, sur la pointe de ses brode­\nquins, prendre des nouvelles du blessé et renouveler ses com­\npresses aux tempes et aux poignets, s'offre inutilement à le rem­\nplacer auprès du blessé.\n   Josse traverse une longue période de prostration coupée par­\nfois de délire et de demi-réveils, et c'est à peine si le chapelain\na pu saisir un intervalle lucide pour le confesser et lui\nadministrer l'extrême-onction. Sur ses tiaits passent tour\nà tour des expressions de souffrance, de colère, d'attendris­\nsement.\n   Souvent, au moment même où il croit reprendre conscience,\nles choses extérieures se brouillent à ses sens. Les couleurs qui\nl'entourent se décomposent en leurs complémentaires et dansent\nun ballet fou devant ses pupilles éblouies, — un ballet l'enser­\nrant d'écharpes rouges, jaunes, bleues, que l'obstination de ses\ndoigts, ramant à l'air, tente vainement d'écarter.\n   Ou bien ce sont des monstres qui surgissent perfidement des\nténèbres de sa fièvre. Son cœur est emmailloté dans une prison\nde fils blancs et visqueux. Les araigné'es des bois aux ampoules\nphosphorescentes fondent sur lui de tous les coins de la voûte...\nLe long de mares, où tremblent les grandes araignées d'eau,\nil est entraîné dans les rondes vertigineuses que dansent des\ntarentules. Et il défaille, enfin, épuisé par la blessure de sa\npoitrine, où une bête féline, qui revêt les traits de dame Pente­\ncôte, fouille de ses lèvres minces, mordant et déchirant, tantôt\navide, puis pateline et patiente,— pour ne point tarir en une fois\nson plaisir cruel.\n   D'autres fois, il est le spectateur impuissant d'horribles scènes\nde meurtre. La tête décollée de Gilles de Metz ou le masque\nblanc de Berlo lui apparaissent grimaçants et convulsés.\n   Il délire haut et fort, demande son épée, puis s'apaise et s'as­\nsoupit en balbutiant des mots d'amour d'une voix lente et.\nendormie. Mais, au bout d'une semaine, l'effet des appareils et\ndes baumes semble agir plus heureusement et laisse entrevoir\nle salut. La souffrance physique est réduite à une faiblesse\nextrême et à des douleurs localisées ou intermittentes. Peu\n"}, {"page_pdf": 705, "texte": "582                             DURENDAL\n\n\n à peu les idées se font plus nettes et moins extravagantes.\n Josse les voit, en quelque sorte, se former dans son esprit,\n d'abord ténues, puis plus précises, semblables à ces longues\n aiguilles qui prennent naissance au sein des solutions cristal­\n lisées.\n     Il pense surtout à J o h a n n e et à la révélation que Domingo\n lui a faite : celle qu'il aimait sans la connaître est donc la\n fille de ce Gilles de Metz, qu'Eustache de Strailhe, son père,\na condamné à m o r t ! Elle est la petite fille de ce Berlo,\ndont lui-même se reproche souvent d'avoir été l'involontaire\nmeurtrier !\n    L a nuit, cette fatalité assiège douloureusement son cerveau,\ntandis que ses muscles, condamnés à l'immobilité, mais où la\nforce revient, s'irritent, se contractent et se d é t e n d e n t sans cesse.\n    Autant ces nuits demeurent pénibles, autant les matins ont\npour lui des heures bienveillantes. Dès que l'aube commence\nà blanchir aux vitraux, le h a m e a u , les fermes, la vallée, tôt\néveillés, lui envoyent d'en bas leur c h a n t a n t e r u m e u r de vie.\nL e soleil se glisse jusqu'à ses courtines. Il voit entrer ses rayons,\nil les sent venir jusqu'à lui et se livre délicieusement à leur\ndouceur.\n    Mais ce premier charme vaut surtout par ses promesses, car\nil annonce au blessé la proche visite de J o h a n n e . E t c'est alors\nun délice. Elle entre. Il la sent plutôt qu'il ne la voit entrer.\nElle vient... Il reconnaît l'ondulation de ses cheveux sombres\net son beau regard limpide ; elle parle d'une voix douce et lente\nqui semble un écho d'une rive céleste. Elle prend place sur\nun escabeau, tout près de lui. Il écoute comme elle veut qu'il\nl'écoute, sans un mot, sans un mouvement. Mais il ne perd rien\nde ses paroles, de sa physionomie, de ses gestes.\n     L e trait distinctif de ce visage, qui dit la dignité de la race\net l'éclat de la jeunesse est une mobilité d'expression dont rien\n ne peut rendre la variété et la vivacité. A la lettre, on y voit\n courir les idées, comme on voit courir le reflet des nuages en\n un lac de m o n t a g n e . Sur ces grands yeux brillants, les cils\nretroussés se baissent avec un b a t t e m e n t large comme le coup\n d'aile d'un oiseau qui plane. T e l est son charme, et si j e u n e son\nteint rosé dans ce cadre noir, et si fine la ligne de sa bouche\n mignonne que le blessé, à la contempler parler, en oublie toutes\n ses peines et ses souffrances.\n"}, {"page_pdf": 706, "texte": "                                JOHANNE                              583\n\n\n    E l l e lui conte son enfance dans ce château féodal, peuplé\nde grandes ombres, où elle a grandi comme un lys dans un vase\ngothique.\n    — N e trouvez-vous pas, messire, qu'on se sent moins orphelin\ndans ces demeures ancestrales, où songèrent nos jeunes ans\net où dorment de leur dernier sommeil ceux qui nous sont\nchers? Ces demeures ont quelque chose de maternel, surtout\nd a n s les deuils.\n    Elle lui parle de son père et de son aïeul, dont les existences\nfurent vouées au bien de la Cité. De son aïeul surtout, qui avait\nété la grande passion de sa vie et qui la berçait, lorsqu'elle était\nenfant, de si nobles récits.\n    — Certes, sa renommée a dû venir j u s q u ' à vous, messire. On\nle disait farouche, mais il ne l'était qu'à bon escient. Au demeu­\nrant, nul ne fut si bon et si oublieux de soi. Q u a n d il me quitta,\nvoici déjà cinq longs mois, pour se rendre à cette assemblée\ndont il ne devait point revenir, il avait l'âme voilée d'un pres­\nsentiment de sa fin. Il fit venir ses serfs et leur recommanda de\n m'obéir en son absence comme ils eussent obéi à lui-même.\n Il me rappela d'avoir bien soin d'eux et de veiller, comme il\n l'avait fait, à venger la mémoire de mon père.\n     Puis il appela notre chapelain et lui fit écrire ses volontés\n pour la disposition de son corps et de ses biens, d e m a n d a n t à\n être enseveli, revêtu de l'habit de Saint-Benoît, dans la cha­\n pelle du donjon, aux côtés de mon aïeule, de mon père et\n de ma mère. Et, avant de partir, il tint longtemps, longtemps\n mes deux mains pressées dans son unique main, qui me sem­\n blait toute froide comme si elle avait déjà été effleurée par la\n mort.\n     Elle s'émeut à ces souvenirs. Mais combien le chevalier\n en souffre davantage, lui qui porta par ses injures impies le der­\n nier coup à ce héros. Peut-il, sans félonie, taire davantage à\n J o h a n n e qui il est et quels furent ses torts? Cette question, qu'il\n s'adresse à lui-même, lui serre étrangement le cœur.\n     Un jour, il a résolu de lui découvrir son nom. E t , tout d'abord,\n il lui a dit sa gratitude et sa confusion d'être ainsi accueilli,\n lui inconnu, en cette demeure tout endeuillée, sans personne\n qui pût répondre de lui et de son état. Mais elle l'a aussitôt\n interrompu.\n     — Les maîtres de Fétïster se sont toujours fait de l'hospita-\n"}, {"page_pdf": 707, "texte": "584                         DURENDAL\n\n\n lité un devoir qu'ils tiennent pour sacré. N'est-ce point une des\n premières lois de la chevalerie? Je sais que vous êtes chevalier\n et votre brave écuyer n'avait pas besoin de me le dire. Croyez-\n vous donc que j'aie oublié notre rencontre auprès de Dinant et\n comment vous vous y êtes comporté avec moi en vrai gentil­\n homme, me délivrant des routiers qui prétendaient me retenir\n et m'outrager, ne me demandant rien non plus de ma famille\n et du but de mon voyage. Non, certes, je ne l'ai point\n oublié, ni vos paroles d'alors qui m'avaient troublée, ni le\n don gracieux de Marchegay, que vous viendrez voir aux écuries\ndès que le chirurgien vous le permettra. Je veux être aussi dis­\ncrète que vous, et ne rien chercher à percer d'un mystère auquel\nvous oblige sans doute ce temps de guerres et de poursuites.\n    A la voir d'une confiance si ingénue, Josse a senti sa décision\nl'abandonner, — trop heureux d'une excuse qui lui permet\nd'ajourner un aveu sans doute déchirant. Tant de grâce et de\ntendre gravité l'enivre comme un parfum pénétrant. Pour\navoir été jeté de bonne heure dans la mer houleuse de la vie,\npour avoir été battu de maints orages, son cœur ne s'est point\nflétri. Il s'épanouit maintenant à un charme si nouveau et si\ncandide qu'il n'ose appeler de son nom véritable trop souvent\nprofané par lui : l'amour.\n    La convalescence vient peu à peu avec les effluves vivifiants\nd'un radieux été. Déjà, Domingo peut l'enlever de sa couche ;\navec des soins infinis, il le transporte sur une terrasse exté­\nrieure et demi-circulaire, abritée contre les ardeurs du soleil et\nqui surplombe la vallée. Étendu sur un haut divan, le malade\ny respire avec joie le grand souffle des Ardennes et se récrée au\nspectacle de la rivière qui coule au pied du château-fort\ncomme un ruban d'argent.\n   Johanne s'y installe souvent auprès de lui. Et sans cesser de\ntravailler aux menus objets qu'elle destine à l'une ou l'autre des\nbonnes gens du hameau, elle l'entretient de toutes les grandes\nchoses qu'elle aime : de ses souvenirs, de ses nouveaux devoirs\nde petite dame du fief, des inquiétudes que provoquent parmi\nses métayers une sécheresse qui persiste depuis le printemps.\n    Des jours, des semaines passent. Le mois de juillet touche à\nsa fin. Par cette lourde après-midi, d'une chaleur caniculaire,\nelle lui narre les nouvelles apportées au donjon par les messa­\ngers, les pèlerins ou les colporteurs de passage.\n"}, {"page_pdf": 708, "texte": "                               JOHANNE                         585\n\n\n   On dit que Liége est de nouveau livrée à un grand désarroi.\n   Le sire d'Humbercourt préside durement aux confiscations et\naux bannissements. La ville se vide peu à peu de ses mar­\nchands et même de ses artisans qui, inquiétés par de nouveaux\nbruits de guerre ou le manque de ressources, vont chercher\nabri ou fortune ailleurs. Pourtant, le duc ne semble pas songer\npour l'heure à de nouvelles campagnes. Il vient d'épouser, à\nBruges, la princesse d'York, au milieu de cérémonies et de fêtes\nmerveilleuses. On dit qu'on y a vu les choses les plus extra­\nordinaires : par exemple, une grande bête marine qui portait\ndans son ventre cinquante géants, cinquante nains et cinquante\nsirènes, puis une tour de quarante et un pieds copiée sur le\nmodèle de celle que le duc fait construire à Gorcum, toute\ngarnie de singes, de loups et de sangliers mécaniques dansant\net chantant. Il a jouté lui-même, déguisé en saint Georges,\ndans une grande passe d'armes où figuraient des seigneurs de\ntous les pays, et le prix du tournoi était le Perron liégeois si\nhonteusement mené en Flandres!\n   Mais comme elle devine les soucis qui lui barrent le front,\nlorsqu'elle lui parle des choses de la Cité, pour laquelle son mal\nlui défend encore d'agir, elle s'avise de le distraire en lui chan­\ntant quelque romance.\n   Elle prend son luth d'ivoire et, accoudée au merlon d'un\ncréneau, elle semble effeuiller de ses doigts légers la vieillotte\nmélodie dont le refrain pleure comme un glas :\n               Bele Doette as fenestre séant,\n               Lit en u n livre, mais au cuer ne l'entend.\n               De son ami Doon li ressouviant\n               Qu'en autre terre est allé guerroyant.\n                         Or, en ay deuil.\n\n               U n escuier aux degrés de la salle\n               E s t descendu, si detrosse sa malle.\n               Bêle Doette les degrés en avale\n               Ne cuide pas oïr nouvelle maie.\n                          Or, en ay deuil.\n\n               Bêle Doette lui prit à demander\n               Où est mon sire que je dois tant aimer?\n               Au nom de Dieu, dame, ne le puis celer,\n               Mort est mesire, occis fut au jouter.\n                        Or, en ay deuil.\n"}, {"page_pdf": 709, "texte": "586                              DURENDAL\n\n\n                  Bele Doette a pris son deuil à faire.\n                  P o u r q u o i partir, Doon si débonnaire,\n                  Par votre a m o u r vestirai-je la haire.\n                  N o n n e deviendrai au cloître Sainte-Claire.\n                                 Or, en ay deuil.\n\n    Sa voix jeune, écho d'une âme cristalline, où tout semble\nchanter, monte dans le silence et le recueillement des choses,\naccompagnée de la grave résonnance des cordes dorées qui\nmiroitent à ses doigts comme des rais de soleil. Et le chevalier,\nétranger à toute autre pensée, se laisse délicieusement bercer\npar cette m u s i q u e qui lui paraît venir du ciel.\n    E n c o r e ! il voudrait que cela d u r â t toujours. E t l'exquis con­\ncert reprend c o m p l a i s a m m e n t et se prolonge jusqu'à l'heure où\nle couchant épand, par l'immobilité des espaces, ses écharpes\nr o u t e s qui flamboient, jusqu'à l'heure où, la nuit étant des­\ncendue sans un souffle, les étoiles s'allument une à une dans les\nsteppes infinis du firmament.\n    L e chevalier n'est plus à Férister. Il n'est plus auprès de\nJ o h a n n e de Metz, la fille du chevalier décapité et l'héritière des\nvengeances de son aïeul. É c h a p p a n t à sa raison, son imagina­\ntion flotte librement avec les soupirs du luth et la cadence du\nchant, dans le beau r o y a u m e de la fantaisie, où toute chose est\nce qu'on veut qu'elle soit.\n    O h ! pour son esprit altéré, quelle fontaine aux eaux vives\nque d'unir sa destinée à celle de cette vierge douce et vaillante;\nnon point une fillette au front fermé où s'impatientent des\nvanités mesquines et des caprices t y r a n n i q u e s ; mais une vraie\nfemme, de large bonté et de large intelligence, telle qu'il con­\nnaît cette idéale créature dont le candide visage et le cou\nflexible, auréolés des sombres cheveux flottants, se profilent\navec la grâce d'un camée sur le ciel du soir. Quel essor y trou­\nveraient les ardeurs les plus généreuses de sa nature. Il sent\nremonter à la surface de son âme, comme du fond d'un lac, les\nchères croyances de sa jeunesse qu'il avait crues à jamais\nenglouties. Il n'éprouve plus d'autre passion que celle d'une\nexistence simple et utile, au besoin modeste et obscure, dans le\nparfum jeune d'un tel a m o u r . E t toute l'agitation factice où il\ns'est complu jusqu'ici lui semble n'être déjà plus que l'illusion\nde la vie.\n    Mais elle, à quoi songe-t-elle? Ne devine-t-il point, dans le\n"}, {"page_pdf": 710, "texte": "                               JOHANNE                              587\n\ntressaillement de ses grands yeux bruns et ladouceur de sa voix,\nla naissance d'un autre sentiment que n'expliquent pas seule­\nment les lois de l'hospitalité? A peine cette idée surgit-elle que\nsa raison, reprenant le dessus, lui rappelle les lois du devoir et\nde l'honneur. Il n'a pas le droit de laisser ces sympathies\ncroître à l'abri de l'ignorance. Il est t e m p s , grand temps de dire\nà J o h a n n e quel est le blessé qu'elle a recueilli... Mais la\npassion lui' gonfle le cœur, étouffe l'aveu sur ses lèvres.\nIl ne dit rien encore. Il l'écoute et, honteux de lui-même,\nil évite, ce soir-là, son regard au m o m e n t où elle prend congé\nde lui.\n    D e m a i n , il dira tout. Mais sa lâcheté recule de jour en jour\nce l e n d e m a i n .\n    L e chirurgien l'autorise déjà à faire ses premiers pas au\ndehors. Soutenu par Domingo et par J o h a n n e elle-même, il\nessaye ses forces sur la route du plateau, à laquelle on accède\naprès avoir traversé la vaste métairie accolée au donjon. Les\nblés étaient à peine verts la dernière fois qu'il vit les cam­\npagnes. Aujourd'hui, beaucoup sont coupés, les autres sont\ncalcinés et rabougris par le soleil trop ardent. Les bois, où\néclataient alors les jeunes sèves, ont des ramures poussiéreuses\noù s'annoncent p r é m a t u r é m e n t des teintes d'automne. A ce\ncontraste, il se rend mieux compte du t e m p s écoulé. Il s'effraye\n à calculer la longueur de cette convalescence, où la souffrance\n physique alla s'atténuant de plus en plus dans le charme\ngrandissant d'une volupté d'âme si nouvelle.\n    A la fin, c'est trop de faiblesse! Et, tandis que le midi\n les rappelle vers le donjon, dont l'austère décor dressé\n devant lui réveille en son être les lois chevaleresques, il décide\n qu'il lui dira tout tantôt, dès qu'il sera seul à seul avec elle.\n     — Vous ne m'avez point encore d e m a n d é mon nom, J o h a n n e .\n Vous n'avez point voulu jusqu'ici que je vous dise qui fut\n mon père et quelle fut ma destinée. E t vous ne savez rien de\n moi, sinon que j'étais banni comme bien d'autres et qu'au temps\n du siège de Dinant, je tenais campagne avec ceux de la\n « Verte-Tente » pour reconquérir la liberté de la Cité et la\n nôtre.\n     Mais vous avez certes ouï parler d ' E u s t a c h e de Strailhe,\n seigneur d'Othée et d ' H a m a l e , qui est mort vaillamment à\n  B r u s t h e m . Or, celui-là était mon père! Mon nom est Josse\n"}, {"page_pdf": 711, "texte": " 588                           DURENDAL\n\n\n de Strailhe. E t c'est moi qui eus avec votre aïeul, dont Dieu\n ait l'âme! la querelle dont il m o u r u t brusquement au dernier\n hiver.\n     A cette révélation, la stupeur et l'indignation se lisent sur\n les traits presque défigurés de J o h a n n e . E t , après un instant\n de silence, lourd d'angoisses, un cri, presque une plainte,\n presque une malédiction, s'échappe des lèvres blêmes de la jeune\n fille.\n     — A h ! je n'aurais point cru que vous fussiez un lâche!\n     Josse a la conscience de sa faute. Mais une telle injure est\n plus forte que sa résistance. Il ne songe m ê m e pas qu'il\n l'adressât lui-même, et moins justement, à l'illustre comte\n de Berlo. Il se dresse en un soubresaut de fureur presque\n menaçante.\n     — J o h a n n e ! s'écrie-t-il.\n     Mais il la voit si sublime de douleur, frémissante, regard\n étincelant et front impérieux, que, malgré lui, il se tait et\n détourne les yeux. E t , de nouveau, il tressaille, mais cette fois\n de honte, et sa tête retombe sur sa poitrine haletante.\n    I m m o b i l e , comme une statue, elle l'accable du poids de cette\n colère filiale qu'il a voulu tromper.\n    — J'avais deux adorations après Dieu : mon père et mon\n aïeul. Ils étaient tout pour moi et je leur dois tout. Et c'est par\nvotre père que le mien fut déshonoré et mis à mort! E t il faut\nque ce soit vous, vous, qui ayez été la cause de mon second\ndeuil. E t vous vous êtes assis à ce foyer éteint dont ils m'ont\nconfié la vengeance, et vous avez cru pouvoir vous jouer de\nl'hospitalité d'une femme! A h ! si vous aviez vu près d'elle une\nmain capable de la défendre, non, vous n'eussiez point agi\ncomme vous l'avez fait.\n    Josse n'en peut supporter davantage, et avec une sorte de cri\nsourd :\n    — A h ! vous êtes t r o p cruelle. P a r pitié! ne me dites point\ncela, à moi, qui donnerais sur l'heure tout mon sang pour vous\nprotéger. J e ne vous ai point dit un mot que le fils d ' E u s t a c h e\nde Strailhe n'eût pu dire à la fille de Gilles de Metz. E t cepen­\ndant, vous avez deviné vous-même, n'est-ce pas, que désormais\ncette vie que je vous dois était toute entre vos mains. Oui, je\ncrois que mon père fut injuste envers le vôtre, et qu'il fut aveuglé\ncomme tant d'autres par ce rouge ouragan de sang qui a soufflé\n"}, {"page_pdf": 712, "texte": "                                 JOHANNE                                589\n\n\n sur notre malheureuse Cité. Oui, je n'ai pas mesuré mes paroles\n passionnées devant ce noble et admirable vieillard qui vous\n éleva. P o u r t a n t , Dieu sait si sa gloire et sa vie m'étaient chères.\n E t d'autres vous diront si, à B r u s t h e m , je n'ai pas déployé autant\n d'efforts pour le protéger que pour secourir mon propre père.\n Demandez-moi d'expier les fautes de ma race par tous les sup­\n plices. Dites-moi de renouveler tantôt l'horrible saut dont j'ai\n failli mourir, dites-moi de m'éloigner de vous pour toujours.\nJe serai heureux de vous obéir, mais ne me parlez pas comme\nvous venez de le faire. P o u r Dieu, ne me haïssez pas, ne me\n méprisez p a s . . .\n    Certes, je n'avais pas osé espérer votre pardon. Je vous pré­\nvoyais fidèle à cette â m e de fer dont le souvenir emplit encore\nce donjon. J e sentais autour de moi une inexorable fatalité\ncontre laquelle mon cœur et ma volonté étaient sans forces.\nEcoutez, J o h a n n e ; j'ai vu un jour, q u a n d j'étais encore enfant,\nun jeune h o m m e qui avait commis je ne sais quel crime et que\nle tribunal des X X I I avait condamné à être p e n d u . Il était au\npied du gibet et le bourreau allait faire son œuvre, lorsqu'une\njeune Liégeoise, qui ne le connaissait pas, mais que son sort\navait émue de compassion, s'écria tout à coup : « Grâce, grâce!\n» je vous le d e m a n d e pour époux, » et, selon la vieille loi de\n Liége, on délia aussitôt pour le lui abandonner, ce jeune h o m m e\nqui se croyait le jouet d'un rêve céleste. J'ai vécu depuis\ndeux mois sous votre toit comme ce condamné, reculant l'heure\nfatale que voici. J e n'ai certes point mérité votre grâce et je ne\nl'espère point. Mais votre haine, J o h a n n e , votre mépris! a h !\nvous êtes sans pitié.\n   C'est à peine si cet h o m m e bronzé par la vie et les combats\npeut contenir les sanglots qui l'étouffent et qu'il ne veut pas\nlaisser e n t e n d r e .\n   L a jeune fille m u e t t e , et comme pétrifiée sur les dalles, le\nregarde et l'écoute, l'âme traversée de vingt sentiments con­\ntraires. Elle parait hésiter un moment, puis, s'avançant lente­\nment vers lui :\n   — Messire Josse, dit-elle.\n   E n entendant prononcer son nom pour la première lois\npar cette voix si chère, le chevalier éprouve un nouveau\nfrisson.\n   — Messire Josse, dit-elle, je ne vous hais point.\n"}, {"page_pdf": 713, "texte": " 590                           DURENDAL\n\n\n      Ah! la douceur soudaine et ineffable de cette parole qui le\n  pénètre au plus profond de son être!\n      — Je ne vous hais point. E t il me semble que j'aurais voulu ne\n j a m a i s savoir votre nom. Mais vous me l'avez confié, et vous\n  deviez le faire, et ces deux mémoires sacrées sont à j a m a i s entre\n  nous. Ce sont elles désormais, et non plus ma volonté, qui doi­\n vent me dicter mon devoir. Ecoutez-moi, messire, voici ce que\n je vous d e m a n d e . D e m a i n matin, avant que vous ne quittiez\n  Férister, vous viendrez partager la prière q u o t i d i e n n e que\n j'adresse chaque matin à Dieu pour mon père et mon aïeul dans\n la chapelle de ce donjon. C'est là que leurs corps reposent, c'est\n là que je veux prendre conseil de leur souvenir.\n     Elle s'éloigne, calme en apparence.\n     Josse s'incline. Il reste seul, accablé. Dans cette frêle créature,\n il a senti une énergie et u n e foi d'un principe supérieur aux pas­\n sions dont il est agité lui-même. Il l'en a d m i r e davantage,\n résolu à ne pas déchoir à ses yeux et à se relever, fût-ce au prix\n des plus poignants sacrifices, de ces reproches que lui a valu la\n tardivité de son aveu.\n     Il appelle Domingo et lui donne ordre de préparer le départ\n pour le lendemain. L e vieil écuyer qui l'aime ne fait point\n d'objection, car depuis plusieurs semaines il prévoyait tout\n et, à la voix altérée du chevalier, il comprend tout ce qui s'est\n passé.\n     P e n d a n t cette dernière nuit, c'est en vain que Josse cherche­\nrait quelque repos. P a r la salle déserte, à peine éclairée à la\nlueur d'un tortil de cire, il marche des heures entières pour\ntâcher de calmer son agitation nerveuse. Il s'efforce de prier,\ncroyant apaiser les vagues qui déferlent dans son âme en\ndébâcle. Il n'y réussit point. Sa propre volonté se dérobe à lui.\nGonflé de tristesse, il se lamente d'une voix haletante dans un\nappel confus vers quelque chose. Ses larmes le soulagent et en\nmême temps lui font honte. Parfois il colle aux vitraux son front\nbrûlant, s'impose même de s'absorber dans la contemplation de\nla vallée silencieuse : rien ne lui échappe du paysage lunaire :\nni les cimes boisées, ni l'écharpe de vapeur de la rivière mugis­\nsante, ni l'éclat sidéral des joyaux semés sur le manteau du\nciel. Mais partout lui apparaît, t r i o m p h a n t e du décor, la noble\net fière beauté de J o h a n n e , et toujours retentit à ses oreilles\nl'écho grave de ses dernières paroles.\n"}, {"page_pdf": 714, "texte": "                               JOHANNE                              591\n\n    L'aube indistincte affleure dans la nuit. U n reflet de nacre\n lointaine se pose sur les hauteurs et des demi-clartés naissantes\n hasardent leurs teintes gris-de-perle sous le bleu nocturne.\n Enfin, au croisement de deux lignes d'horizon, une flamme\n jaillit : le jet de soleil subit, éblouissant, éteint les astres, perce\n la vapeur, illumine les versants et la vallée, réveille la vie des\n forêts, des étables et des chaumières. F e n ê t r e ouverte, il aspire\n à longs traits le pur souffle matinal et se sent, enfin, plus fort\n contre son cœur et prêt aux décisions viriles.\n    Bientôt, la cloche de la chapelle qui tinte une sorte de glas\n très doux l'appelle au rendez-vous suprême. Il sort, traverse la\n cour d'honneur, franchit le seuil de la chapelle\n    L a lueur des cierges, allumés sur l'autel, y fait un mysté­\nrieux faux-jour. Devant cet autel, enchâssée dans le chœur, une\ngrande dalle de marbre noir m a r q u e la sépulture du comte de\n Berlo. C'est là que J o h a n n e attend, agenouillée, et ses longs\ncheveux noirs sont cerclés d'une lame d'argent retenant par der­\nrière un voile qui la couvre presque toute entière. A côté\nd'elle, tout au bord de la dalle, Josse s'agenouille à son tour.\n Ensemble, dans ce recueillement et cette solitude que rien ne\ntrouble, ils suivent dévotement le sacrifice de la Messe que\ncélèbre le chapelain revêtu de ses ornements noirs. E t la com­\nmémoration des Morts fait monter dans l'étroite nef les noms\ndes deux chevaliers endormis sous cette voûte : Gilles de Metz\net Guillaume de Berlo.\n   Alors, s'approchant de l'autel, J o h a n n e s'offre à recevoir\nl'hostie sainte et, tout près d'elle, agenouillé au même banc, si\nprès qu'il entend battre leurs deux cœurs, le chevalier Josse\ns'absorbe en même temps qu'elle dans une ardente préparation.\nIls communient, les âmes confondues dans l'exaltation du\nmystère divin, qui les emporte en un moment, d'un vertigineux\ncoup d'aile, loin, bien loin, bien au-dessus des existences et des\npensées humaines. E t leurs prières se mêlent, adorantes et\nimplorantes, pour répondre à celles du prêtre.\n   Avec le pain sacré, une force toute nouvelle descend en eux,\ndissipant le doute et l'incertitude, leur rendant nette à l'un et à\nl'autre la conception du devoir. Josse s'étonne du courage qui le\nranime. Il lui semble qu'une fleur soudaine vient d'éclore et de\ns'épanouir en lui, l'envahissant d'un âpre et invigorant parfum\nqui réveille ses meilleures énergies.\n"}, {"page_pdf": 715, "texte": "592                            DURENDAL\n\n\n    Q u a n d les grâces furent dites et les cierges éteints, J o h a n n e\n lui fait signe et le conduit derrière l'autel, où s'érige le tragique\n m o n u m e n t élevé par son aïeul sur la tombe de son père. L a\npierre sculptée brille faiblement au jour des vitraux, et Josse\nse sent troublé à cette vue, comme J o h a n n e l'avait été elle-\nmême le jour où le vieux comte de Berlo l'y mena pour la\npremière fois. Ce corps décapité, recouvert de son a r m u r e ,\ncette devise vengeresse : « H e u r e viendra qui tout payera ! » lui\nfont mieux sentir l'horreur de ce deuil et le poids de la faute\npaternelle.\n    — C'est à moi de les venger, dit Johanne à mi-voix, et je sens\nque l'heure est venue et je veux vous associer à mon œuvre.\nE n s e m b l e , nous venons de prier pour le repos de leurs âmes.\nF a i s o n s mieux encore. Sacrifions-leur notre amour. O u i , je puis\nvous le dire aujourd'hui, dès le premier m o m e n t où je vous\nrencontrai, surgissant parmi ces hommes qui m'effrayaient si\nfort, vous m'étiez a p p a r u comme un vrai chevalier, et, tandis\nque vous me parliez des choses de la P a t r i e , je retrouvais d a n s\nvos paroles quelque chose de l'accent des miens, avec des idées\nnouvelles et sauvages qui me troublaient sans me déplaire.\nJ'avais senti la flamme de votre âme, je l'avais emportée avec\nmoi, j ' e n avais entretenu le souvenir ici-même, à l'ombre de ce\ndonjon. Et je crus que Dieu vous envoyait à Férister pour rem­\nplacer ceux que j ' a i perdus. E t vous comprenez combien votre\nrévélation me fut cruelle... Il faut nous séparer, messire, et\nsuivre nos voies. Si tout était calme au pays, vous partiriez\npour l'Orient, où la chrétienté d e m a n d e du secours contre les\nm u s u l m a n s . Mais la Cité a besoin de vous. Vous y retour­\nnerez. Elle veut ses enfants. Les humbles, que vous aimez,\nvous y a t t e n d e n t pour les défendre contre les ennemis du\ndedans et du dehors. L e chevalier que vous êtes continuera\npour eux l'œuvre que Gilles de Metz et Berlo ont cherché\nà accomplir. E t ce sera leur vengeance d'outre-tombe. Puisse\nle sort vous être plus clément qu'il ne fut pour e u x ! . . .\nP o u r moi, ajouta-t-elle après un silence, vous ne me reverrez\npas et je ne veux pas que vous cherchiez jamais à me revoir.\n   Nos âmes se sont unies aujourd'hui. J'espère qu'elles le\nresteront dans la grâce de Dieu et qu'elles seront réunies réelle­\nment au jour de l'éternité. J e ne vous aurai point pour époux,\nmessire, mais je n'en aurai pas d'autre que le Christ. Ma\n"}, {"page_pdf": 716, "texte": "                              JOHANNE                             593\n\nrésolution est prise. Je me présenterai au couvent de Sainte-\nClaire, où les nonnes soignent les pauvres malades, et, si on\nm'y accepte, comme novice, je ferai de ce donjon, désormais\nsans maître, une maladrerie pour les gens de ce pays. E t je\npense qu'en taisant ainsi l'un et l'autre, Dieu agréera notre sacri­\nfice et que mon père et mon aïeul bien-aimés retrouveront leur\nsang en moi.\n   Malgré la vaillance de son âme, la jeune fille essuya, du\nrevers de la main, une larme fugitive qui naissait à sa pau­\npière, et Josse, qui n'eût pu trouver une parole, lui saisissant\nla main, la baisa, buvant cette larme comme le plus doux et le\nplus réconfortant des philtres.\n    Ils sortirent de la chapelle et J o h a n n e se retourna, ayant un\ndernier mot à lui dire :\n    — Je veux vous rendre votre bon cheval Marchegay,\ndit-elle. Voilà bientôt deux ans qu'il fait ma joie. Il est\nintelligent, vigoureux et doux, et j'ai fait en sorte de ne le\n point gâter.\n    Elle ajouta, avec un de ces sourires presque d'enfant, comme\nen ont souvent les religieuses :\n    — Il vous sera désormais plus utile qu'à moi.\n    Marchegay, amené au perron, agita la crinière et souffla par\n les naseaux en reconnaissant son maître, et celui-ci comprit que\nJohanne lui laissait un souvenir d'elle en m ê m e temps qu'elle\nlui restituait tout ce qu'elle tenait de lui.\n    — Adieu donc, J o h a n n e , fit le chevalier, qui mit un genou\nen terre pour prendre congé de l'héroïque jeune fille. Adieu, et\nsi c'est pour toujours, eh bien! pour toujours encore, adieu!\nJ'ai connu par vous la plus grande douleur de ma vie, mais je\nsens que cette douleur, en brisant mon âme, l'a élargie et l'a\nrendue meilleure. Désormais, la vie et le devoir ne m'apparaî-\ntront plus qu'à travers votre souvenir et vos dernières paroles.\n A d i e u ! priez pour moi!\n    — Adieu, mon chevalier.\n    Josse et Domingo montèrent en selle, et leurs chevaux, allant\n au pas, disparurent lentement au tournant de la cour et pas­\n sèrent sous l'obscure poterne du donjon. P a r les chemins en\n lacets, ils descendirent vers la vallée, suivant celle-ci dans la\n direction de Liège. Et tant qu'il put, le chevalier Josse ne quitta\n pas des yeux le vieux donjon, qui se dressait maintenant\n"}, {"page_pdf": 717, "texte": "594                           DURENDAL\n\n\n\nau-dessus de lui comme un géant bronzé par les soleils et noirci\npar les pluies.\n  E t il cherchait à se raidir contre l'angoisse d'un tel arrache­\nment, lorsqu'il vit sur l a h a u t e terrasse, où ils passèrent ensemble\ntant d'heures ineffables, une femme aux cheveux noirs qui s'ap­\npuyait de la main gauche aux créneaux et qui, d'un long geste\nde la main droite, lui adressait un dernier adieu.\n\n                                            H . CARTON DE W I A R T .\n"}, {"page_pdf": 718, "texte": "     Stances à une Carmélite\n                                                 A Maurice   Dullaert.\n\nLe seuil mélancolique enfin s'est refermé :\nEt tu peux contempler d'un long regard       d'épouse,\nPâle sur une Croix, l'Epoux, le Bien-Aimé,\nQui, par ton âme forte et ta douceur     charmé,\nFera peser sur toi sa tendresse   jalouse.\n\nD'un fervent, d'un vivace amour tu l'aimeras :\nEt quand, pour t'exercer par de terribles    feintes,\nIl semblera s'enfuir à jamais de tes bras,\nVers ton cœur nuptial tu le ramèneras\nPar l'héroïque attrait des patiences  saintes.\n\nIl te l'a dit sans doute, et tu n'as pas frémi :\nIl te demandera de ton sang pour les crimes\nDont l'enivrement lourd tient le monde endormi ;\nIl te faudra répondre aux désirs de l'Ami\nQui, Victime, avec lui ne veut que des victimes.\n\nAfin que le Ciel trouve où décharger ses coups.\nTu seras une hostie aimante et volontaire,\nUne vivante cible offerte à ses courroux :\nEntends tous les pécheurs te crier : Sauve-nous!\nEt tombe dans la nuit, la face contre terre.\n\nLutte, lutte avec Dieu     mystérieusement\nPour que ton siècle soit lavé de ses folies,\nPour changer en pardon l'horreur du           châtiment.\nDeviens un autre Christ, et sans       tressaillement,\nBois, le regard au ciel, d'épouvantables     lies.\n\nMais, ivre du vin fort de     l'abnégation,\nD'abord, fille du cloitre, aime ta Règle dure,\nEt, comme au jour sacré de ta profession,\nEn pensant à l'éclat de la sainte Sion,\nSens ton cœur s'embraser sous la robe de bure.\n"}, {"page_pdf": 719, "texte": "596                          DURENDAL\n\n\n      Exulte sous le poids des austères     devoirs,\n      Chéris l'isolement dans l'étroite cellule,\n      Le petit jardin clos, les blancs et sourds parloirs\n      Erre, telle une morte, à travers ces couloirs\n      Où le clair midi même est comme un crépuscule.\n      Reviens, les pieds glacés, des matines  d'hiver,\n      Taciturne parmi toutes ces taciturnes\n      Dont les reins sont serrés d'une chaîne de fer,\n      Et dresse-toi, la croix à la main, si l'Enfer\n      Voulait t'épouvanier de ses terreurs   nocturnes.\n\n      Et même dans l'ardeur des plus mornes étés,\n      Alors que le dégoût te fait la bouche amère,\n      Dans les tentations, dans les aridités,\n      Conserve le secret des candides   gaîtés,\n      Ainsi que le voulait ta Bienheureuse      Mère.\n\n      Puis un jour, t''élançant hors des stalles du chœur,\n      Palpite à l'avant-goût   de l'éternelle Vie,\n      Que l'immortel Amour fonde sur toi,          vainqueur,\n      Que ton visage soit de flamme, que ton cœur\n      Comme une cire, au feu d'En-Haut se liquéfie.\n\n      Ainsi que dans une anse où se pressent les flots,\n      Laisse en toi déborder le grand Dieu qui t'assaille :\n      Les yeux, devant l'éclat qui l'environne,    clos,\n      Souris, le sein gonflé de sublimes    sanglots,\n      Et, d'une défaillance adorable,    défaille.\n\n      Ou, vers les fulgurants    abîmes de splendeur\n      Qui creusent devant toi leur gloire    illimitée,\n      Dresse-toi brusquement de toute ta hauteur,\n      Et dans l'air répandant une extatique       odeur,\n      Sois, vers le vrai Soleil, avec fougue emportée !\n\n      Et puis tranquillement     retourne à l'humble  effort,\n      Après tant de grandeurs trouve-toi plus petite,\n      Boucle autour de ta chair le cilice qui mord;\n      Dis amoureusement      : la souffrance ou la mort!\n      Sois celle qui combat sans trêve et qui mérite.\n\n      D'une corde aux nœuds lourds serre et meurtris ton        flanc,\n      Et, pour l'Eternité que ton cime fleurisse,\n      Comme une belle rose ardente au cœur        sanglant,\n      Au sommet du Carmel solitaire et brûlant,\n      Vierge thérésienne, ô renonciatrice.\n\n                                               Louis L E    CARDONNEL.\n"}, {"page_pdf": 720, "texte": "Les dernières Sonates\n          pour piano de Beethoven\n                                     (Fin)\n\n\n\n                    S o n a t e e n ut mineur (Op.        in)\n                            Composée en janvier 1822.\n\n    I   Maestoso (introduction) et allegro con brio ed appassionato (ut mineur).\n  II.   Adagio molto semplice, cantabile (ut majeur).\n\n                                               Non sunt condignæ passiones hujus\n                                             temporis ad futuram gloriam quæ reve­\n                                             labitur in nobis.\n                                                            (S.   PAUL, ROM.   8.)\n\n\n   Beethoven a des ressources inépuisables d'énergie morale.\nCette sonate, dont l'introduction et l'allegro sont parmi les\nplus tragiques de ce grand poète, nous élève par le finale aux\nhauteurs inouïes d'une joie qui n'est plus de ce monde. Cette\nœuvre est le microcosme de l'âme h u m a i n e dont elle résume\nles luttes, les passions et puis les aspirations et les destinées\nidéales. Résistance — Résignation, d'après De L e n z ; c'est trop\npeu dire. Sansara — Nirvana! dit Bülow... Pourquoi faire de\nBeethoven un bouddhiste?... J'aime mieux le texte de saint P a u l .\nNon pas que je prétende que l'artiste l'ait commenté ici volon­\ntairement, mais, l'interprétation subjective variant d'un homme\nà l'autre, étant donné d'ailleurs l'esprit hautement spiritualiste\nde Beethoven, je trouve cette sonate à la hauteur du texte\nsublime qui dit que les souffrances de cette vie (première partie)\nne comptent pas devant la gloire qui nous sera révélée là-haut\n(finale).\n"}, {"page_pdf": 721, "texte": "598                        DURENDAL\n\n\n   Schindler — qui devait être naïf — raconte très sérieusement\nqu'il pressa Beethoven de composer un finale brillant pour cette\nsonate. Le maître, ironiquement poli, répondit : «. qu'il n'avait\npas le temps, qu'il devait travailler à la neuvième symphonie ».\n   Passons à l'analyse. D'abord un coup de foudre terrifiant,\nsaut brusque d'une septième diminuée. La phrase tragique,\nlancée en pleine force, tombe soudain, à la deuxième mesure,\nsur un accord, joué piano, qui donne le frisson. Suit un deuxième\naccord, puis un troisième, ce dernier de nouveau fort avec un\narpège rageur.\n\n\n\n\n  A la mesure 6, les sonorités s'adoucissent, mais le rythme,\ntoujours tragiquement saccadé, fait penser à un ciel de plomb\nprêt à éclater. Survient une phrase de grandiose mélancolie :\n\n\n\n\n   Elle se répète une seconde fois, plus assourdie. Alors le\ntonnerre gronde au loin, se rapproche avec une effrayante\nrapidité et s'abat furieusement!... L'orage est déchaîné, orage\nde toutes les passions humaines, tumultueuses, entrechoquées.\n   Le premier thème de l'allegro, d'une puissante originalité,\nest formé de deux fragments :\n"}, {"page_pdf": 722, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                599,\n\n\n  L'exposition les développe jusqu'à la mesure 32, à l'entrée du\ncontre-sujet en la bémol, seule éclaircie dans cette effroyable\ntempête, sublime aspiration au repos.\n\n\n\n\n   Mais un brusque coup de vent ( T e m p o I) nous rejette au\nsein de la t o u r m e n t e où le fragment A reparaît, avec un appen­\ndice nouveau, comme une marche lourdement scandée.\n\n\n\n\n    U n e rafale chromatique amène la reprise traditionnelle.\n    L a partie suivante de l'allegro commence par quelques\naccords entrecoupés de pauses brusques, pleins de colère,\nqui font penser au fameux quos ego... de Virgile. P u i s le premier\nt h è m e de l'allegro reparaît sous sa forme ex : 5, suivi d'un inté­\nressant travail fugué sur ce même t h è m e forme ex : 3. Suit une\nprogression tragique sur le fragment A, qui ramène tout natu­\nrellement le début de l'allegro.\n    Ici plus rien de particulier. A la lecture on remarquera l'in­\ntroduction de variétés très heureuses. L e contre-sujet — (en ut)\n— subit à son tour des développements importants et d'une\npoignante expression.\n    L a coda comprend une brève répétition du fragment A, mais\ndéfaillant, entrecoupé. P o u r finir s'élève un nouveau thème :\n\n\n\n\nclameur désolée, lointaine, s'éteignant sur l'accord d'ut majeur.\nE t l'on a la sensation qu'un nouveau monde va s'ouvrir devant\nsoi.\n"}, {"page_pdf": 723, "texte": "600                         DURENDAI.\n\n\n\n   On peut comparer cet allegro en ut mineur avec celui de la\nsymphonie dans le même ton. Les deux morceaux, avec des\napparences désordonnées et tumultueuses, sont des modèles de\nrégularité classique. Ils ne comprennent chacun que deux\nthèmes principaux formant un puissant contraste.\n   La symphonie, comme la sonate, a un finale en ut majeur,\nchant de joie, de délivrance. La symphonie est beaucoup plus\ncélèbre que la sonate. Néanmoins, en étudiant cette dernière,\non pourra se convaincre que, dans un petit cadre, l'allegro est\nd'une puissance tragique qui dépasse peut-être celle de la\nsymphonie, et que le finale est certainement d'une idéalité plus\ntranscendante que celui de son illustre sœur.\n   La mélodie de l'adagio semble effectivement être le langage\nd'une autre sphère. C'est un chant si simple et si touchant que\nle génie seul peut en concevoir de pareils. Le recul des basses\nlui donne un aspect lointain et surnaturel. Outre le texte\ncité plus haut, on pourrait encore appliquer ici la parole\névangélique : « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront\nconsolés. » Voici les premières mesures du thème :\n\n\n\n\n   L'inspiration de ce finale se rapproche de celui de la sonate\nen mi, mais elle est plus haute encore. Pourtant les variations\nen mi offrent, à première vue, plus d'intérêt et de variété. Mais\nla monotonie apparente de celles-ci provient de la simplicité\nprimordiale du sujet, dont les variations ne sont qu'une conti­\nnuation dans le même caractère idéal. L'auteur semble craindre\nde se laisser distraire, par des recherches d'effets extérieurs, de\ncette contemplation bienheureuse. Remarquez que tout le\nmorceau est en douceur, presque sans nuances. La variation III\nseule se présente avec beaucoup d'éclat et fait diversion. Au\nreste, voici l'indication du rythme de ces trois premières\nvariations :\n"}, {"page_pdf": 724, "texte": "     LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN              601\n\n\n\n\n   Dans cette dernière (10) le rythme précipité qui voltige sur\nle clavier et les lignes trajectoires de la mélodie ressemblent à\nde grandes raies lumineuses qui s'entrecroiseraient. Soudain,\nau milieu de cet éblouissement, tombe l'obscurité; tout devient\nmystère (variation IV). Le thème apparaît vaguement dessiné\nen mystérieuses syncopes. On pense aux figures dans l'ombre\nde Rembrandt.\n\n\n\n\n  Puis tout s'éthérise, s'illumine en de fines vapeurs, tels les\nrayons du soleil levant dans les brouillards de septembre.\nSans doute que nous montons des ombres terrestres vers la\nlumière céleste, où la gloire future nous sera révélée, ô Dante!...\n\n\n\n\n   Remarquez ici que les deux passages éthérés, répondant aux\nsyncopes dans le grave, ne sont — musicalement parlant— que\nles reprises des deux sections du thème.\n   Cette variation est suivie d'une sorte de transition, qui\namène quelques développements, d'une expression admirable,\nsur des fragments du thème :\n"}, {"page_pdf": 725, "texte": "602                             DURENDAL\n\n\n\n\n   Enfin, nous arrivons à la période finale. D'abord le t h è m e\nreprend, intégral, sur un accompagnement brillant; il s'allonge\nd'une coda t r i o m p h a l e . P u i s , sur des trilles et des fines batte­\nries de triples croches, le chant s'élève au ciel et s'évanouit...,\nune rapide g a m m e descendante nous fait reprendre pied sur\nterre, et les trois dernières mesures sont comme un suprême\nregard, plein d'espérance, que, de notre vallée de larmes, nous\nenvoyons au messager céleste.\n\n                                     ***\n\n   Après cette analyse, très insuffisante, de cinq chefs-d'œuvre,\nbien des a m a t e u r s , en relisant ces sonates, seront déçus de ne\npas ressentir la somme d'émotion que contient chacune d'elles.\nIl importe, à ce propos, de rappeler quelques vérités.\n   Donnons d'abord la parole à Beethoven lui-même : « Il y a\ndes milliers de gens qui se marient par amour et chez lesquels\nl'amour véritable ne se révèle pas une seule fois, quoiqu'ils\nfassent tous le métier de l'amour; ainsi, des milliers de gens\ncultivent la musique et n'en ont pas la révélation. » Parole\naussi originale que j u s t e !\n   Mais, pour bien saisir une œuvre d'art, il ne suffit pas\nd'avoir la révélation, ni même u n e certaine éducation a r t i s t i q u e ;\nnon, il faut encore s'imprégner de l'œuvre, la lire souvent, la\nvivre en quelque sorte. En d'autres termes, la jouissance artis­\ntique d e m a n d e des peines et des fatigues. Ceci combat, une fois\nde plus, l'absurde préjugé qui consiste à dire que l'art est un\nagrément, un délassement, etc. Sans doute, il est des morceaux\nde bonne m u s i q u e dont la compréhension est facile, limpide,\nreposante; mais — prise dans son ensemble — la m u s i q u e ,\ncomme tout art sérieux, a pour but de nous élever l'esprit et\nnon de le récréer, de l'amuser. P o u r moi, je ne sais rien de plus\nfatiguant que l'austère joie des sons, et bien des conférences\n"}, {"page_pdf": 726, "texte": "      LES DERNIÈRES SONATES POUR PIANO DE BEETHOVEN                               603\n\n\nphilosophiques me fatigueraient moins le cerveau que l'audi­\ntion de la neuvième s y m p h o n i e . L ' a r t est l'anoblissement de\nnotre âme et non son a m u s e m e n t ! . . . Voilà pour l'art d'agré-\nment!...\n   D'ailleurs, on n'est pas toujours disposé à recevoir l'impres­\nsion artistique. Généralement, c'est dans la solitude ou, tout\nau moins, dans l'intimité, qu'on est le plus apte à la subir.\nP o u r ce qui concerne la musique, si les concerts sont indispen­\nsables pour faire connaître des œuvres, nous n'en goûterons\nordinairement toute la beauté que par une étude postérieure ou\npar des réauditions. L e s plus m i n i m e s causes suffisent pour\ntroubler nos facultés émotives : la chaleur, le froid, des voisins\ndésagréables, que sais-je! E n outre, quelqu'un (n'est-ce pas\nMaeterlinck?) a dit que « la scène est le lieu où meurent les\nchefs-d'œuvre ». P a r a d o x e , sans doute, qui équivaut à dire que\nl'exécution d'une œuvre géniale est presque toujours inférieure\nà celle-ci. Quels sont les pianistes capables d'interpréter par­\nfaitement les cinq dernières sonates, ou celles en ut # mineur,\nen fa mineur, celle des adieux, e t c . ? . . . Aussi les jouent-ils rare­\nment et s'attaquent-ils de préférence aux concertos du maître,\nproductions admirables, mais, par leur nature même, infé­\nrieures à ses sonates (1).\n   Beethoven eût pu couronner sa carrière par le glorieux chef-\nd'œuvre qu'est la sonate op. III, où il semble avoir résumé tout\nson génie. Aussi est-on stupéfait d'apprendre qu'il écrivit encore\naprès cela ses sublimes derniers quatuors, la colossale Missa\nsolemnis, même une œuvre i m p o r t a n t e pour piano, les trente-\ntrois variations, et surtout la neuvième s y m p h o n i e avec l'Ode à\nla Joie.\n   Je souligne ces derniers mots. Car ce qu'il y a peut-être de\nplus beau en ce grand h o m m e , c'est que — après avoir éprouvé\net chanté les plus poignantes douleurs — presque toujours, en\nces dernières œuvres surtout, il fait luire l'espérance et la joie\ndans \"nos âmes. C'est bien la m a r q u e du génie chrétien. De\nL e n z dit à ce propos : « Ce qui distinguait l'homme distingue\nencore son œuvre : l'élément humain, élément d'affections et\nde souffrances, le fond de la religion chrétienne. »\n\n  (1) PcW ma par; — d^s cinq dé?mères sonates — cellé^n la l>, est la feeule dont l'exé- J\ncution m'ait laissé très froid.  *••—••              ^-         r    ^-       *-■••\n"}, {"page_pdf": 727, "texte": "604                                    DURENDAL\n\n\n\n   L'œuvre de Beethoven est imprégnée du sens divin : c'est sa\nforce et son réconfort. On y voit fréquemment le trouble, le\ndéchaînement de toutes les passions; mais l'impression de\ndésespoir, quand elle existe, n'y est jamais définitive. Si tout\nle poids de la douleur humaine pèse en ces admirables poèmes,\nd'autre part toute son idéale espérance les relève. Ils expriment\nl'humanité toute entière.\n   Certains ont vu en Beethoven un stoïcien qui puiserait sa\nvigueur morale dans une sorte de philosophie orgueilleuse.\nSon admiration pour Plutarque pourrait leur faire donner\nraison. Mais cette admiration était dans l'air à son époque, et\nBeethoven, l'homme universel, était de son temps par certains\ncôtés. Pour connaître le fond de son âme, nous ne consulterons\npas seulement ses idées et sa vie privée — vie de désintéres­\nsement et de pureté morale exemplaire — c'est avant tout\nl'œuvre qui doit nous la révéler (1). Cette œuvre jaillie du cœur,\ntoute altérée de l'au-delà, est aux antipodes d'un froid stoïcisme.\nQui prétendra que les finales des trois dernières sonates ana­\nlysés plus haut sont d'inspiration stoïcienne?...\n   Si l'aspiration vers l'idéal, c'est-à-dire vers l'infini, est la\nmarque de tout art élevé, nul artiste ne fut plus grand que\nBeethoven et nul ne fut plus émouvant. J.-S. Bach a l'âme\nprofondément religieuse ; il est si sûr de sa foi que le trouble ne\nle hante pas. Sa mélancolie même demeure sereine. Beethoven\némeut davantage parce que son âme est essentiellement\nmoderne. Chez lui on sent le doute, la lutte des passions, de\nl'esprit et de la matière. Mais, comme je le disais plus haut, la\nlutte se termine par le cri de victoire, le triomphe de l'esprit,\nl'envol vers les régions supérieures, l'Hymne à la Joie!\n   C'est par sa profonde vérité que son œuvre est immortelle et\nuniverselle. C'est aussi cette vérité qui en établit la haute\nmoralité.\n\n                                                              Jos.    RYELANDT.\n\n  Bruges, décembre 1903.\n\n\n\n\n  (1) Citons encore De Lenz : . . . \" i l fallait les trésors d'amour de l'Église catholique\ndont la foi dominait le génie de B . . . à son insu peut-être. \"\n"}, {"page_pdf": 728, "texte": "      Les Gemmes Eternelles\n                           (Fin)\n\n\n\n\n                      L'Hyacinthe\nBordant comme un éphod les bures où des gaufres\nDessinent sur fond d'or leurs flores de clarté,\n— Célestes bures d'or des fils du Petit-Pauvre, —\nL'Hyacinthe,  humblement,     voile sa charité.\n\nPourprescentes lueurs de l'Hyacinthe    viue.\nQue mitige un nuage aux tons d'ambre et de miel!\nReflets de vos vertus ardentes et craintives,\nCompagnons de François, brebis       contemplatives.\nQui bien avant la mort broutiez les prés du ciel.\n\nDes gemmes d'ici-bas si l'Hyacinthe est celle\nQui reflète le mieux l'ardeur de votre zèle,\nL'Hyacinthe    est encor celle dont la splendeur,\nSans s'altérer jamais, varie en des nuances\nOù l'humble amour tempère une orgueilleuse        ardeur,\nEt l'Hyacinthe, ainsi, traduit votre prudence.\n\nEt c'est pourquoi vos cœurs l'admirent     satisfaits,\nDoux moines, qui songez que la condescendence\nEst la tendre vertu imposée aux    parfaits.\n\nEt sur vos bures a'or en chaque pierre      brille,\nMiraculeux de calme et de sérénité,\nDans l'immuable paix d'une immortelle         l'Ombrie,\nLe matin souriant de votre éternité.\n"}, {"page_pdf": 729, "texte": "606                        DURENDAL\n\n\n\n                 La Gloire des Topazes\n      Pour les regards brûlés par les feux de l'instinct\n      C'est, parmi des cailloux, un caillou  indistinct.\n\n      Mais l'homme ensoleillé par les matins    mystiques\n      La devine au cœur noir des roches      granitiques.\n\n      Il la cherche, il l'arrache aux entrailles des monts;\n      Il la ramène au clair, terne, opaque,      ignorée;\n      Il la taille, il la lave et la gemme dorée\n      Brasille entre ses doigts, disperse ses démons.\n\n      Car la topaze d'or, flavescente, torride,\n      Evoque en la terreur de leurs regards     déments\n      La géhenne éternelle, où dans le Feu liquide\n      Ils se tordront sans fin parmi les   hurlements.\n\n      Gemme couleur de gloire, en ton éclat solaire\n      Sion réapparaît aux bannis du Saint Lieu.\n      Ah! combien plus affreux que l'or de la Colère,\n      L'or qui ravive en eux le souvenir de Dieu!\n\n      Ton eau incandescente ainsi qu'un feu qui coule\n      Eclaire la stupeur sur leurs mufles  ardents.\n      Avec un fracas sourd vrillé de cris stridents\n      Au fond du Lac de feu leur déroute s'écroule.\n\n      Pour venger sur ton or l'infernale    terreur\n      L'hérésie a fait naître au mont des anathèmes,\n      Opaque et rocailleux, l'impur    topazosème,\n      Satanique union de lumière et d'erreur...\n\n      Mais quelle joie aimante, encore    inéprouvée,\n      Scintille dans les yeux pieux qui l'ont trouvée,\n      Pierre des fondements de la cité du ciel !\n\n      La Face éblouissante apparue à Daniel\n      A ton éblouissance est par lui comparée\n\n      Heureuses les maisons que ta gloire a parée,\n      Lumière irradiante au front des Chérubins.\n\n      La Reine de Sion, Mère pleine de grâces,\n      Rayonne au cœur des c i e u x comme l'or des topazes\n      Que tailla le marteau et que lava le bain.\n"}, {"page_pdf": 730, "texte": "            LES GEMMES       ÉTERNELLES                       607\n\n\nSous le déluge d'or des joies   surnaturelles\nSon front immaculé est rutilant comme elles.\nEt Paul, Apôtre ardent des feux du        Saint-Esprit,\nMystérieusement    dans un épitre écrit :\n\n( L u i qu'emportaient au ciel les ailes de l'extase)\n— « Trois choses ici-bas témoignent devant Dieu :\nL'Eau, le Sang et l'Esprit » — et l'Esprit c'est le Feu ! —\nCes mots m'ont révélé la gloire des topazes.\n\nIl en est que l'orfèvre appelle « gouttes d'eau »,\nLeur cristal est si pur que l'on y voudrait    boire;\nD'autres ont la couleur d'un sang mêlé de gloire;\nD'autres enfin l'éclat divin d'un jour    nouveau...\n\nAux yeux des Inspirés la pierre se transforme :\nElle est le Paraclet caché sous ses trois formes.\nPour eux l'Esprit de Dieu, la Splendeur du Tabor\nS'identifie — ô gloire! — à la Topaze d'or.\n\n                                        GEORGES RAMAEKERS.\n"}, {"page_pdf": 731, "texte": "  Le Sacristain de l'Avenue Montjoie\n               CONNAISSEZ-VOUS l'avenue       Montjoie, à deux pas de\n                     la somptueuse torêt de Soignes? Il y a là une\n                     petite église. Si vous rencontrez le sacristain de\n                     cette église, découvrez-vous devant lui, car c'est\n                     un artiste. Si le croyant se découvre avec raison\n                     devant le prêtre en qui sa foi lui fait voir le\n                     ministre d e son Dieu, je suis d'avis qu'il faut\n                     aussi se découvrir devant l'artiste parce qu'il\nest le prêtre de : la Beauté. Ce sacristain-artiste se lève, au\nchant du coq, pour tinter l'angelus au clocher; sert la messe de\nmonsieur le Curé, à l'aurore; dresse, au matin, le catafalque des\nmorts; conduit, à midi, les fiancés au prie-Dieu des m a r i é s ;\nouvre, l'après-midi, les portes du baptistère au nouveau-né;\nallume, le soir, les cierges du salut, puis rentre chez lui, prend\nson crayon et dessine des chefs-d'œuvre. Voyez celui que nous\nreproduisons. N'est-ce pas une œuvre d'art dans toute la force\ndu terme. Quelle puissance il y a dans l'expression formidable\nde cette tête de juge. Les traits en sont accentués avec une\nvigueur inouïe. Il n'y a pas d'écart. L e coup de crayon est net.\nL a l i g n e est souple. Ce dessin a une âme.\n    L'artiste a voulu et a admirablement incarné dans son œuvre,\nnon pas le visage placide et banal d'un juge quelconque, mais\nla physionomie du mauvais juge, du juge inexorable, cruel et\nsans pitié, qui ne comprend pas la vraie mission de la justice,\nlaquelle est toute de miséricorde et de pardon, et doit tendre à\nrelever l'accusé, fût-il coupable, plutôt qu'à le frapper et à\nl'abattre. L e mauvais pli de la bouche, le regard méchant, les\ntraits durs de cette figure sombre, sèche et rébarbative font\ndeviner que ce juge n'a qu'une idée dans la tête, celle de con­\nd a m n e r sans merci tout accusé qui est soumis à son verdict.\nPour lui, être accusé c'est être coupable. « Oh ! je te tiens,\n"}, {"page_pdf": 732, "texte": "   LE JUGE\n(FRANCOIS   BEAUCK)\n"}, {"page_pdf": 733, "texte": ""}, {"page_pdf": 734, "texte": "             LE SACRISTAIN DE L'AVENUE MONTJOIE                 609\n\n\nsemble-t-il dire avec une joie féroce à sa victime. T u es dans\nmes mains. T u ne m'échapperas pas. J'ai la force à mon ser­\nvice. Quoi qu'en disent les avocats chargés de ta défense, tu es\ncoupable, tu dois être coupable. Je le veux. Je l'entends ainsi.\"\n   E n contemplant ce dessin, vous vous figurez que l'artiste est\nun h o m m e à la face plutôt dure. Détrompez-vous. C'est un\ndoux, un humble, je dirais presque un timide. L a vie lui a été\ncruelle. Il a souffert. Il y a du tragique dans son existence.\nPeut-être sans cela n'eût-il pas été un si grand artiste. L e tra­\ngique de sa vie a passé dans son art. Celui-ci est douloureux,\nsans soleil, macabre, il ne reflète que la tristesse des choses, il\nest effrayant, il exprime la terreur, il dénonce le crime, il sue la\npeur, il hurle à la mort. Ces dessins sont noirs. C'est une nuit\nqui paraît éternelle, si épaisse qu'elle semble ne savoir plus\njamais finir. L'artiste n'aime qu'une lumière, la clarté blafarde\nde la lune mélancolique. Sans doute parce qu'elle a pour effet\nde renforcer encore les teintes foncées, d'assombrir les détails\ndes paysages tout en éclairant l'ensemble, de donner aux êtres\ndes apparences de fantôme, d'allonger les ombres, de rendre la\ndouleur plus cuisante et plus effrayantes les horreurs du\nmystère.\n   Voyez cette rue sinistre, mal éclairée par un sale réverbère.\n Ne vous semble-t-il pas, à la voir, que des crimes doivent s'y\ncommettre, que les maisons aux murs lépreux suintent le\n meurtre. Elle est traversée en coup de vent par de longs et\n anguleux chiens errants qui eux-mêmes sont transis de peur.\n   L'artiste a dessiné aussi des Christs terribles, dont les têtes\n sont meurtries par de monstrueuses couronnes d'épines et qui\n grimpent plutôt qu'ils ne montent au calvaire, accusant les dou­\n leurs effrayantes de la passion telles qu'on les lit dans les\n révélations de Catherine Emmerich. Oh ! je voudrais voir un\n chemin de croix dessiné par un artiste de cette trempe. Je vous\n garantis que ce ne serait pas un chemin de croix de poupée,\n comme ceux qu'on voit de tous côtés dans nos églises. L e cal­\n vaire y paraîtrait dans toute la lugubre horreur de la plus épou­\n vantable agonie qui fût jamais.\n    Il y a encore d'autres œuvres, mais je n'ai pas le loisir de m'y\n arrêter. Nous aurons du reste encore l'occasion, je l'espère, et\n souvent même, de reparler de cet artiste qui est un maître\n dessinateur, au crayon puissant, nerveux et original.\n"}, {"page_pdf": 735, "texte": "610                          DURENDAL\n\n\n    Il avait déjà été remarqué il y a quelques années au salon de\nla Libre Esthétique où Octave Maus avait mis à sa disposition\ntout un panneau de la petite salle. Cette exposition fut une\nrévélation pour tous et souleva l'admiration générale.\n    L'artiste a travaillé depuis, mais pas autant qu'il le voudrait\net qu'il le faudrait, car pressé par le besoin de vivre, il est\nobligé de continuer ses fonctions de sacristain qui sont absor­\nbantes et mal rémunérées.\n   Vivre de son art, voilà ce qu'il lui faudrait. Mais tout le\nmonde sait que, en ce monde bête et bourgeois, en ce siècle de\nsport et d'automobile, on ne s'inquiète plus des artistes. « Que\ntous les artistes crèvent de misère, du moment que mon pneu\nne crève pas, me disait récemment un imbécile d'automobiliste,\ncela m'est égal ! » C'est bien là, exprimée d'une façon brutale,\nla note des sentiments dont le public actuel est animé vis-à-vis\nde l'art et des artistes, à de très rares exceptions près.\n   Que l'on confie à notre grand artiste, François Beauck, le\ntravail de l'illustration d'un livre. Quels chefs-d'œuvre ne\nferait-il pas, s'il pouvait illustrer des œuvres comme celles de\nShakspeare, du Dante, de Maeterlinck, d ' E d g a r Poë. Il est taillé\npour synthétiser dans ses dessins tout un d r a m e de Shakspeare,\ntoute une scène de l'enfer du D a n t e , l'Intruse de Maeterlinck,\nun conte d ' E d g a r Poë. Quiconque a vu ses dessins partagera\nmon avis à cet égard.\n   Ces pages n'ont pas la prétention d'être une étude. L'œuvre\nde François Beauck, peu nombreuse encore, mais immense\ndéjà par le talent incomparable qu'elle affirme, mériterait une\nétude approfondie que je n'ai pas le temps de faire.\n   J e n'ai voulu qu'attirer, par ces quelques lignes, l'attention\nsur un artiste dont le nom est à retenir, car il est définitive­\nment consacré par les œuvres qu'il a déjà à son acquit, et qui vit\nignoré à l'ombre du petit clocher de la paroisse dont il est le\npauvre et modeste sacristain.\n                                                HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 736, "texte": "                     Poèmes\n\n                      Reliquaire\nIl est si bon, si doux, d'avoir un cœur ami.\nUn cœur qui pour le nôtre est un grand     reliquaire\nEt qui ferait songer à celui d'une mère\nOù va dormir en paix le rêve évanoui.\n\nEl quelquefois l'on aime à revoir les reliques\nDes ans qui ne sont plus et des songes défunts :\n— De troublants souvenirs pleins de tendres     suppliques\nS'exhalent du cœur comme de vieux      parfums.\n\nEt nous nous enivrons de ces senteurs fanées\nQui font rêver beaucoup et font un peu pâlir;\nNous revoyons passer nos lointaines    années,\nTandis que le présent se sent déjà   mourir...\n\n\n\n\n                 Cimetière du cœur\n        Dans le cœur est un cimetière,\n        Ombragé d'ifs et de cyprès,\n        Avec un banc pour la prière,\n        Avec des fleurs en chapelets.\n\n        C'est comme un triste crépuscule\n        En ce cimetière du cœur\n        Quand l'oubli latent   s'accumule\n        Sur les cercueils, avec lenteur.\n\n        Mais chaquejour,   à chaque aurore,\n        Dans l'âme, l'on voit se rouvrir\n        Une fleur qui conserve encore\n        Un doux parfum de souvenir...\n"}, {"page_pdf": 737, "texte": "6l2                        DURENDAL\n\n\n\n                           Contraste\n      Le carnaval en plein, circule dans la rue\n      Et des masques moqueurs lancent des cris de fous;\n      Leur multitude va, chante, jamais repue\n      Et ne se sent au cœur, aucun de nos dégoûts!\n\n      Tandis que dans l'Eglise où règne le silence,\n      Un murmure confus en planant sur le chœur,\n      S'élève vers Jésus qui gémit de l'absence\n      Des cœurs qu'il voudrait tant réunir en son cœur.\n\n      Il appelle... écoutez... seule une cloche tinte.\n      C'est tout... Ah! rien de plus! Mais c'est assez déjà\n      Pour celui qui comprend cette voix, cette plainte.\n      Qui vous semble un écho divin du Golgotha.\n\n                                                    E . BUISSERET.\n"}, {"page_pdf": 738, "texte": "                             Automne (1)\n               LE me suis promenée dans le grand jardin attristé\n                  par les souffles d'octobre. Tout n'était que\n                  silence et recueillement. L'air était muet de\n                 bourdonnements, de chansons et d'amours.\n                     Les dahlias, aux pétales aigus, se drapaient\n                  dans leur pourpre et penchaient, du haut de\n                  leur tige, vers la terre dont elles surgissaient en\n                  larges étoiles de chair et de sang. Dans les\nplates-bandes des petites violettes des quatre-saisons, esseulées,\nsouriaient encore dans les replis de leur calice frileux. Les asters\nmauves à cœur d'or ornaient les tombes de l'été. Une grappe de\nraisin oubliée pendait meurtrie à la treille, sous ses pampres\nrongés de rouille. Une buée d'ambre descendait sur les choses\net les peupliers balançaient les longs fils blancs de la Vierge,\nattachés à leur quenouille brunie.\n   L'atmosphère était moite de caresses anciennes, de baisers\néteints, d'une infinie et brisante lassitude. Des adieux palpi­\ntaient et pleuraient alentour, mais pleuraient tout bas, afin de\nne pas réveiller les cœurs endoloris.\n   L'étang pervers, dans un site romantique, somnolait menteu­\nsement, sous les frôlements du saule jauni.\n\n   (1) Ces pages devaient paraître en l'automne de l'an passé. Mais l'auteur\nnous les avait remises trop tard. Nous les avions remisées dans nos tiroirs\npour les éditer à l'automne de cette année. Nous ne pensions pas qu'elles\nparaîtraient, hélas! comme pages posthumes. L'auteur a quitté ce monde\nil y a quelques mois à peine, emportant avec elle nos bien vifs regrets. Elle\naimait Durendal et ne manquait pas une occasion de nous témoigner son\nadmiration et sa sympathie pour notre œuvre. C'était une femme de cœur,\nintelligente, distinguée et dont l'esprit très élevé était orienté vers l'art, la\nlittérature et tout ce qu'il y a de noble, de beau et de grand en ce monde.\nNous gardons un éternel souvenir de cette âme d'élite.\n"}, {"page_pdf": 739, "texte": "614                          DURENDAL\n\n\n    Les fleurs, le soleil, l'air, les eaux annonçaient avec de douces\n et délicates précautions la triste et douloureuse nouvelle : la\n nouvelle de Mort, les approches de la Finalité.\n    Et, seule dans le grand jardin, attristé par les souffles d'oc­\n tobre, je revivais les automnes passés.\n    Ceux de mon enfance, rêveuse et inquiète, sous les gros til­\n leuls roux d'où on entendait la mer bleue dire sa plainte lasse,\n en mêlant son arôme salé aux parfums tièdes des roses et des\n résédas mourants. Puis plus tard dans le décor toujours nostal­\ngique de l'arrière-saison : une vision douloureuse et charme­\nresse. Sous un ciel, où les pleurs et les baisers flottaient comme\naujourd'hui, je cueillis quelques caresses et bus toutes les\nlarmes, car mes bonheurs furent si brefs qu'ils ont à peine\nvécu.\n   Invitée par le charme confidentiel et alanguissant de ce jour\nautomnal, je suis descendue plus avant en moi-même et tous les\nspectres des rêves détruits se sont dressés. Alors j'ai mis les\ndeux mains sur mon cœur. Quand un vent douloureux s'élève,\nje protège mon cœur, où tant de fleurs broyées se couchèrent\ncomme des forces s'abattent, car je crains que le tourbillon de\nleurs pétales fanés n'étouffe ses pulsations de vie!\n   J'avançais lentement et toujours dans le grand jardin, sous la\npluie molle des feuilles détachées, L'horizon s'était élargi, à\ntravers les futaies éclaircies : il était d'un or doux, un cerf-\nvolant y montait et le silence religieux se trouait de cris\nd'enfant.\n   Je me suis arrêtée, près de la statue d'un Hermès enfant\nenlacée d'un rosier vigoureux. La tige en était verte et souple,\nhérissée de longues épines roses et les feuilles, ignorantes du\n déclin de la saison, se montraient vernies, solides et riches de\nsève. Au centre de ses boutons qui lui formaient une cour écla­\n tante, une magnifique rose-thé s'épanouissait. C'était une fleur\n de chair, de vie et d'insolence. De ses pétales roulés, savoureux\n comme des lèvres aimées, s'exhalait son parfum grisant. Elle se\n dressait orgueilleuse et forte. Elle chantait, parmi les deuils, la\n gloire et le bonheur par la Beauté. Elle riait des lendemains,\n des gelées et des morsures des bises mauvaises.\n    Les papillons s'en étaient allés, et la joie de vivre l'animait\n encore.\n    Alors, je lui ai souri, insouciante comme elle des glas qui\n"}, {"page_pdf": 740, "texte": "                           AUTOMNE                           615\n\n\ntintaient autour de nous. Hypnotisée par sa beauté, mirage de\nl'été, j'ai réveillé les belles erreurs de l'Illusion.\n   La nature élégiaque m'a paru en fête. J'ai oublié que les\navenues d'automne menaient au deuil et au néant de l'hiver. Je\nn'ai plus entendu, dans les branches, le vent murmurant les\npsaumes de détresse, et, dans un cortège falot et misérable, j'ai\nvu s'évanouir, éclipsées par sa Beauté, les Vanités de la Terre,\nses tristesses et ses cruautés.\n   J'ai respiré avec ivresse la rose et son haleine, comme un\nopium bienfaisant, a endormi les réalités\n\n  Ai-je oublié? Non! J'ai voulu oublier. Parce que je sais que\npour me soutenir et vivre, il a fallu toujours m'appuyer au socle\nde la Beauté impérissable.\n                                      VALENTINE SCHELFOUT.\n"}, {"page_pdf": 741, "texte": "                     Notes de Voyages\n                                     (Fin)\n\n\n\n                                 Sébastopol\n                  IL est bien peu d'endroits de par le monde où l'on n'ait pas\n                     fait la guerre. Partout il reste, des grands coups qu'on s'est\n                     donnés, des traces qui, chaque jour, rappellent les combats\n                     du passé. Ce sont de vieux châteaux, de vieux canons, de\n                     vieux étendards. Dans la béatitude de la paix, dans le\n                     silence des musées les pierres lépreuses, le bronze patiné,\n                     les soies pâlies et trouées ou bien ont pris un air d'indif­\n                     férence suprême, ou bien ont conservé une apparence de\n                     fierté qui fait oublier les douleurs des luttes anciennes pour\nne plus évoquer que leur gloire. Les créneaux écornés, le métal endormi, les\nplis retombants ne font plus se souvenir que de la poésie des batailles, en\nlaissant dans l'ombre l'horreur et la misère des temps qu'elles ont troublés.\n   Il existe pourtant des lieux où l'on s'est battu qui donnent une impres­\nsion douloureuse et il en est un qui remue l'âme jusqu'à l'angoisse, c'est\nSébastopol.\n   Il y a déjà près d'un demi-siècle que les flots qui caressent ses rivages ont\namené, pour la lutte, des vaisseaux armés de France et d'Angleterre, et cepen­\ndant il semble que c'est d'hier qu'ils se sont éloignés.\n   Depuis on a, dans bien des provinces et avec bien des villes, échangé des\ncoups de canon; elles paraissent l'avoir oublié. En Crimée, l'on peut croire\nque la guerre vient de finir, que des feux qu'elle a allumés fument encore et\nqu'il reste un peu de l'odeur de sa poudre et de ses carnages.\n   Bâti sur une presqu'île accidentée, autour d'un port admirable qui som­\n meille, devant une mer câline et sur un sol aimé par le soleil, Sébastopol\ndevrait être une cité de joie.\n   Je n'en sais pas de plus assombrissante! Les Grecs légers, qui descendent\n des colons de l'antique Hellade, et les Russes, qui ne sont pas vaincus comme\n"}, {"page_pdf": 742, "texte": "                                  NOTES DE VOYAGES                                          617\n\n\nleurs compatriotes du Nord par l'âpreté du climat, n'arrivent pas à y mettre de\n la gaîté. Il s'y trouve des régiments et des marins d o n t les musiques jouent\npar les soirs heureux, on y boit u n beau vin d'or, on y mange des fruits abon­\ndants et sucrés, on y savoure le soleil, mais l'air est triste !\n     Il semble qu'il a gardé d a n s ses ondes quelque chose de l'âme navrée de\ntous les soldats morts loin des patries. E t puis, c'est le musée, petit temple\ngrec, orné d'emblèmes guerriers et rempli des reliques des héros tués en 55,\nce sont les églises dont les m u r s sont recouverts de g r a n d e s dalles sculptées et\ngravées, rendant h o m m a g e s aux vertus de ceux qui sont tombés, ce sont des\ncoins de rues qu'on sent, qu'on voit q u e les boulets ont bouleversés, c'est le\nsouvenir de « la guerre de Crimée », — trop h a i n e u x ? — N o n , mais trop\nvivace d a n s la mémoire de t o u s .\n     On vous r a c o n t e : l'amiral Nakluhimof fut blessé à mort. Il vécut encore trois\nj o u r s , p e n d a n t lesquels il n e cessa pas de s'informer de l'armée. L e troisième,\non vint lui a n n o n c e r : « Les Russes ont emporté une position ! » Il se dressa\n — agonisant s u p e r b e ! — cria « H o u r r a h ! » et t o m b a . . .\n     O n vous montre, aux places où furent les c a m p s , des amas de morceaux de\nverre : les débris des bouteilles qui donnèrent un peu d'ivresse p e n d a n t les\nheures paisibles; il s'en dégage la mélancolie des joies qui sont passées...\n     On vous dit : « Les Français étaient là... L e s Italiens, les Anglais étaient\n là... »\n     On pourrait presque ajouter : « Ils y sont encore », là, hors de la ville, au\n fond d'une vallée, dans le cimetière italien, sur le plateau brûlé de lumière,\n d a n s le cimetière fiançais, d a n s le cimetière anglais. Et là, dans ce jardin\n i m m e n s e , dans cette aécropole de c a u c h e m a r qu'est le Cimetière F r a t e r n e l .\n Cent mille h o m m e s , de nationalités diverses, y sont endormis, réconciliés\n d a n s le repos suprême. Ils se décomposent d e v a n t la mer sans limites, entre\n des cyprès, sous des arbustes à fleurs où chantent des oiseaux. C'est, sur le\n flanc d'une colline, comme un damier de tombeaux pieusement entretenus,\n somptueux ou simples, palais et chaumières de la mort, où s'oublient des\n gloires inégales. Au sommet, c'est la chapelle du cimetière, u n e pyramide de\n pierre grise. Elle se dresse dans l'air calme, énorme au-dessus des verdures,\n elle domine la ville. N ' i m p o r t e où l'on se trouve, on aperçoit sa masse\n colossale. Elle rappelle impitoyablement tous ceux qui sommeillent d a n s\n son o m b r e ; obit gigantesque, elle redit sans répit : \" Souviens-toi d u\n passé! \"\n     A h ! qu'on s'en souvient et comme on s'en souvient t r o p ! On ne peut pas\n cesser de s'en souvenir! L a pensée se teinte de la mélancolie du lieu, on songe,\n indéfiniment et malgré soi, à tous ceux qui, en expirant, entrevirent dans le\n dernier regard de leur vie leurs patries éloignées; les feuillages s'assom­\n brissent, la mer n'est plus aussi souriante et se ternit, le ciel n'est plus aussi\n  bleu et l'on ne médite bientôt plus que sur la cruauté et la dureté du cœur des\n  hommes.\n"}, {"page_pdf": 743, "texte": "618                                 DURENDAL\n\n\n\n                                   Pays natal\n   Je suis retourné dernièrement aux lieux où j'ai vécu lorsque j'étais\nenfant.\n   J'ai été surpris — après tant d'années! — de voir combien, de loin, toutes\nles choses que je retrouvais s'adaptaient exactement à l'image qu'en conser­\nvait mon souvenir. C'était la même rivière, le même entassement de maisons\ndans le village et le même petit clocher toujours délabré, les mêmes roches,\nles mêmes collines et les mêmes masses sombres de verdure. Et tout cela,\ndont l'existence est tellement plus durable que la nôtre, semblait me dire :\n \" A quoi t'attendais-tu donc? N'est-ce pas hier que tu nous a quittés?... \"\n Hier !...\n   A distance, tout gardait la même apparence générale, les mêmes lignes; je\nme demandais presque si je n'étais pas encore l'enfant d'autrefois. Mais, en\napprochant, je vis qu'une maison, que je me rappelais fort bien, avait été\nrebâtie; à sa droite s'en élevait une nouvelle.\n   Puis, je remarquai que les arbres avaient grandi ; leurs troncs, que je pou­\nvais jadis entourer de mes bras, étaient devenus énormes. Mon Dieu! est-ce\npossible? Tant de temps! Je vis des arbres plus jeunes. Non, certes, naguère\nil ne s'en trouvait pas à cette place; il y en avait d'autres que je ne\nreconnaissais plus, et je doutais s'ils avaient ou non ombragé mon enfance.\n   Et, comme je tournais mes regards de tous les côtés, je fus étonné d'être\naussi loin. Il m'avait semblé que la route était plus longue, — et je la croyais\nplus large, — et les montagnes plus hautes. Je compris alors qu'il en était des\nchoses du monde ainsi que des hommes que l'on rencontrait quand on était\ntout jeune. Ces hommes paraissaient grands, agréables, intelligents. Lors­\nqu'on les rattrape, surtout si on les a quittés pendant quelque temps, on les\ntrouve amoindris.\n   Je croisai sur le chemin une paysanne qui faisait autrefois nos commis­\nsions à la ville. Qu'elle est devenue vieille, pensais-je ! Elle ne me reconnut\npas !\n   « Le temps s'en va! le temps s'en va, madame!\n   — Las! le temps! Non. Mais nous nous en allons. »\n\n\n\n   J'ai revu la maison où nous demeurions, — on l'a peinte d'une autre cou­\nleur. C'est une fort ancienne et curieuse construction, flanquée de deux grosses\ntours rondes. Comme elle était inhabitée, j'ai demandé de la visiter. On m'a\npris pour un voyageur amateur d'architecture.\n   J'ai revu... J'ai revu tout : le grand vestibule, les grands escaliers, les grandes\net les petites salles. Là, c'était la salle à manger, là un salon, ici ma chambre.\nJ'ai retrouvé, sur le montant d'une porte, les entailles qu'on y faisait lorsqu'on\nme mesurait — deux fois par an, si je me souviens bien.\n   Mais tout cela était si triste ! Il me semblait que je visitais un cimetière ;\nchaque pièce était comme le tombeau d'une année. Il y avait des odeurs\n"}, {"page_pdf": 744, "texte": "                                NOTES DE         VOYAGES                               619\n\nvagues q u i traînaient que je n'avais jamais respirées, et de la poussière sur\nles meubles. Aucun de ceux-ci n'avait été des nôtres, et je me sentais seul ;\nd a n s les j a r d i n s , je n'avais pas eu cette impression-là : les feuilles se renou­\nvellent, mais elles se ressemblent toujours.\n    J'ai remercié le concierge qui m'avait conduit.\n    « N'est-ce pas, c'est une belle maison? m'a dit cet h o m m e .\n    — Oui, mais comme elle est mélancolique! »\n    Il m'a alors regardé, en dessous, comme quelqu'un qui se méfie.\n\n\n\n    L e lendemain, j'ai p a r c o u r u les bois ; je les avais tant aimés ; ils étaient mes\nvrais a m i s .\n    L e s sentiers avaient si peu changé qu'il me semblait vraiment ne les avoir\njamais quittés et q u e j'allais, sur le sol h u m i d e par places entre les hautes\nh e r b e s , retrouver des traces de mes pas de la veille.\n    J'ai revu des fourrés épais qui, lorsque j'étais tout enfant, m'épouvantaient\nq u a n d je revenais tard, vers le soir, en a u t o m n e , l'âme déjà r e n d u e u n peu\ninquiète p a r les nuages sombres aux formes tourmentées qui couraient dans\nle ciel.\n    J'ai revu des coins, où, grandi, je venais lire ou songer, vaguement, à\ndes choses passées, à des choses à naître, à de belles choses où n'apparaissait\npourtant encore aucune idée de la Beauté, cette décevante chimère qui\nd e m a n d e tant d'années pour se laisser deviner et qui ne se précise ni ne se\nlivre jamais.\n    J'ai revu de vieux arbres, et des taillis, et des rochers, tels que je les avais\nc o n n u s , et, partout, les mêmes petites fleurs que j ' a i m a i s tant, si semblables\naux anciennes que j ' a u r a i s pu croire que celles-ci ne s'étaient jamais fanées.\nIl est vrai que je les avais dans les yeux pour ainsi dire et que, même si c'eût\nété l'hiver, j'aurais peut-être cru les apercevoir sur la neige à la place où je\nles avais laissées.\n    Aussi, n'ai-je pas souffert là comme la veille, parce qu'en revoyant les\nchoses, même de près, je les reconnaissais toutes et parce que, s'il ne faut pas\ntrop désirer revenir aux lieux où l'on a b e a u c o u p aimé ou b e a u c o u p rêvé,\ncar ces lieux sont souvent immuables, tandis que nous nous c h a n g e o n s , je\nn'ai relativement pas senti mon cœur très différent. J e n'ai pas eu à me\ndire que rien ne reste jamais pareil à soi-même et je n'ai pas retrouvé\nflétris, comme j'ai retrouvé tant d'âmes après u n certain temps, ces feuilles\net ces pierres, ces arbres et ces rochers.\n    J'ai cru même que j'allais voir passer dans l'ombre du sous-bois, u n pâle\nenfant, trop tôt grand, trop tôt sérieux,\n\n                           Qui me ressemblait comme un frère,\n\net qu'il allait venir là causer avec moi comme avec lui-même, puis disparaître,\nse fondre dans ces verdures qui avaient fait tout le plaisir de sa v i e . . .\n\n                                           ***\n"}, {"page_pdf": 745, "texte": " 620                                DURENDAL\n\n\n    J'ai revu les ruines du vieux château, le château cassé ainsi que disait un\n étranger qui venait souvent chez nous, ces ruines qui évoquèrent pour moi,\n si délicieusement vague, le moyen âge, ses luttes, sa vie de chasse, ses châ­\n telaines malheureuses et ennuyées. Depuis, bien des hivers les ont couvertes\n de leur neige, bien des tempêtes ont soufflé sur les pans de murailles et bien\n des étés sont venus mettre dans les fentes des pierres la parure des petites\n herbes claires et la gaîté des petites fleurs bleues. Mais tout était pareil : déci­\n dément « ce sont les vieilles choses qui changent le moins ! »\n    Je me suis rappelé les belles nuits chaudes d'août, quand la lune jetait sur\n tout cet ensemble où l'on a guerroyé, festoyé, aimé et naturellement souffert,\n un voile d'indéfinissable mystère. Il me semblait toujours, ces nuits-là, que\nj'allais voir surgir d'un recoin sombre le fantôme intangible d'une des\n anciennes châtelaines, que j'allais la voir passer comme torturée d'une peine\n immense et inconnue, puis s'éloigner silencieusement dans sa longue robe\n blanche traînant derrière elle, sur ses petits pieds qu'on ne pouvait pas\n entendre.\n   J'ai cherché sur un mur mon nom, que j'y avais gravé. Je n'ai pu retrouver\nla pierre. Ce sont les souvenirs qui se perdent ainsi, qui font surtout sentir\n qu'il faut mourir un jour...\n   J'ai parcouru la ruine; je suis allé partout où je m'étais assis, accoudé, où\nj'avais jadis contemplé l'horizon et le ciel, écouté la plainte triste du vent;\nj'ai de nouveau interrogé les escaliers, les grandes salles, le puits avec sa\n margelle fendue, toutes ces vieilles choses qui plaisent toujours tant à ceux\nqui enferment aussi dans leur cœur des châteaux écroulés.\n   J'ai revu tout cela, le village, la maison, les bois et les jardins. J'y viendrai\npeut-être encore un jour, vaincu par cet attrait que garde pour chacun le\ndécor où il a vécu ses premières années, et, pourtant, pourquoi revenir,\npuisque, malgré la tristesse qui rend meilleur, pas plus que cette fois-ci, je\nne retrouverai ni mon âme d'enfant, ni ma jeunesse d'alors ?...\n\n                                                                  G. D'ARSCHOT.\n"}, {"page_pdf": 746, "texte": "                       (Salon triennal d'Anvers)\n\n\nLE DRAME HUMAIN\n (EUGÈNE   LAERMANS)\n"}, {"page_pdf": 747, "texte": ""}, {"page_pdf": 748, "texte": "     Gazette des Faits et des Livres\n                        LA critique « est aisée ». Cette « aisance » semble devenir de\n                            plus en plus é p i d é m i q u e . L e nombre croît annuellement\n                            de ceux qui assument la mission de dire leur avis sur les\n                            œuvres d'autrui. Après l'encombrement du roman, voici\n                            l'encombrement de la critique. Le pléthorisme s'est déplacé\n                            d'un genre à l'autre. Que dans les nombreux volumes cri­\n                            tiques qu'en vue des lectures de vacances, j'ai laissé accu­\n                            muler sur m o n bureau, il faille acheter, au prix de beaucoup\n                            de banalités, quelques aperçus originaux, qui d o n n e n t joie\n et profit et éclairent vraiment l'œuvre analysée, voilà qui juge cette manie\njugeante — dernière mode de nos lettres. Mais passe e n c o r e q u ' u n écrivaindise\nsur les livres de ses maîtres ou de ses confrères des choses qu'il n e fut point seul\n à découvrir; il est difficile de créer même u n sentier nouveau sur des routes\nséculairement b a t t u e s ; et tel sujet est prédestiné aux redites ; si ces redites\nsont refondues au contact d'une conviction et vêtues de simplicité, on les\nagréera avec u n très indulgent plaisir. Q u a n d ainsi M. H e n r y D a v i g n o n ,\ndans u n copieux volume (1), nous présente u n e sorte de mémoire littéraire\nsur l'œuvre de Molière, je dois convenir que si les idées émises n'ont rien de\nneuf, elles e m p r u n t e n t de l'agrément à une forme d'écriture soignée et déliée\net à cette espèce de d a n d y s m e bon garçon qui fait le charme du talent de notre\njeune confrère. Ce qui est intolérable, c'est la prétention du monsieur qui,\nsybille des lieux c o m m u n s , enveloppe des aspects quelconques de phrases\nsonores, compliquées et interminables — érigeant la critique en une Rhéto­\nrique de la Sainte-Ampoule. A cet égard, le titre seul de ce volume n'est-il\npoint s y m p t o m a t i q u e : Au seuil de leur Ame (2)! Il s'agit de l'âme de Bourget,\nde H u y s m a n s , de F r a n c e , et de quelques autres. L e « psychologue critique »,\nauteur de ces « études », M. Albert Reggio, est resté fidèle à son titre et n'a\nguère pénétré d a n s ces âmes de qualité ; rôdant a u t o u r d'elles, il s'est contenté\nde h u m e r l'atmosphère intellectuelle où elles b a i g n e n t ; et le voilà qui nous\nrevient de son excursion avec un lot de m e n u e s considérations — mais\ndélayées d a n s u n e phraséologie pompeusement solennelle et ronflante, enche­\nvêtrée d'incidentes, obscurcie de parenthèses... M. Reggio doit avoir b e a u c o u p\n\n\n  (1) Paris, Fontemoing.\n  (2) Paris, Perrin.\n"}, {"page_pdf": 749, "texte": "622                                     DURENDAL\n\n\n lu Brunetière, mais u n e fois de plus resté « au seuil de l'âme » d e ce\n maître, il a emporté de cette auguste fréquentation, non le reflet de la puis­\n sante et renouvelante dialectique de son modèle, mais la caricature de son\n style laborieusement difficile. C'est à lui-même, et non à Maurice Maeter­\n linck, que M. Reggio devrait adresser le reproche « de ne pas savoir renoncer\n assez aux effusions oratoires ».\n     L e rôle véritable de la critique est de faire connaître et de faire penser :\n résumer u n e œuvre d'une façon frappante, la situer avec clairvoyance d a n s la\n généalogie artistique, grouper ses tendances et ses conclusions en u n e\n synthèse frappante — telle sa mission. Cette mission exige de l'érudition,\n de la perspicacité et u n certain esprit philosophique. M. E d o u a r d S c h u r é\n possède ces trois qualités. On peut vraiment dire de ce noble esprit qu'il est\n a m a n t de l'idéal « c o m m e on l'est d'un drapeau ». Si vis-à-vis des croyances\n chrétiennes, l'auteur des Grands Initiés et des Sanctuaires d'Orient garde d'in­\njustifiables préventions, n é a n m o i n s le culte passionné qu'il a voué à l'âme\n h u m a i n e , l'ardeur apostolique qu'il déploie à rechercher et à saluer toutes les\n manifestations de cette g r a n d e m é c o n n u e , méritent respect et gratitude de la\n p a r t de ceux qui estiment que « le matérialisme voilà l'ennemi! ». D a n s le\nlivre nouveau qu'il vient de publier, Précurseurs et révoltés (1), M. S c h u r é a\nvoulu rechercher des ancêtres à ce qui est la base m ê m e de sa propre sensi­\n bilité : « la foi superbe dans l'âme, dans sa vertu créatrice et régénératrice ».\n E t cette préoccupation nous a valu u n e œuvre vraiment belle, admirablement\n écrite et débordante d'idées : soit que M. Schuré dissèque — et de quelle atta­\nchante façon — l'intellectualité d'un Shelley et esquisse entre ce « révolté d e\n la pensée » et le « révolté de la passion » qu'était B y r o n , u n parallèle saisis­\nsant, soit qu'il découvre le double ressort « de conscience et de volonté » qui\nmeut le théâtre d'Ibsen, soit que, confrontant Michel-Ange et R a p h a ë l , il\nd é m o n t r e , dans la Renaissance, la « fusion de l'hellénisme et du christia­\nnisme », l'auteur de Précurseurs et révoltés s'affirme également supérieur. R i e n\nici des sèches anatomies coutumières : les génies évoqués revivent dans u n e\nambiance propice et les œuvres analysées reconquièrent toute leur palpitante\nj e u n e s s e . . . E t telle est la séduction de cette m é t h o d e « résurrectionniste » que\nle lecteur, captivé par le poète, oublie de protester contre le côté parfois\nexcessif de certaines conclusions du critique. Vraiment, M. S c h u r é est u n\ni n c o m p a r a b l e magicien de lettres.\n    U n e égale droiture d'esprit et l'amour des idéologies générales a p p a r e n t e n t ,\nà M. E d o u a r d S c h u r é , M. Adrien M i t h o u a r d . . . On dirait d'un Maurice\nBarrès plus grave et plus soucieux. L e Traité de l'Occident (2) fait écho aux\nAmitiés françaises — u n écho que ne trouble point le trille déconcertant de\nl'ironie. A ce livre, où l'idéal occidental chante sa chanson ancestrale\nd'énergie et de foi sur des gammes diverses, je voudrais comme frontispice la\nsilhouette d'un adolescent mélancolique et fort, couché à m ê m e la terre natale,\n\n\n\n  (1) Paris, Perrin.\n  (2) Paris, Perrin.\n"}, {"page_pdf": 750, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                          623\n\n\nl'oreille collée contre le sein nourricier et, avec une filiale émotion, écoutant\nbattre le cœur qui rythma son cœur et sentant frémir l'âme qui fit son âme :\nen vain, autour de cette « vigie du passé » hennit la rosserie et brame la\npolitiquaille; rien ne peut étouffer les voix qui montent, consolantes et récon­\nfortantes, des lointains de la Race! Pour avoir su, parmi les tumultes con­\ntraires, entendre ces voix et les interpréter en un beau langage harmonieux,\ndes hommes comme Barrès et Mithouard apparaissent ainsi que des bienfai­\nteurs intellectuels. Leurs œuvres sont des réservoirs d'honneur et de vaillance\npour le jour où le vent du plus desséchant scepticisme aura ravagé toute fleur\nde croyance sur la terre de France. Et le petit grain de blé — conservé reli­\ngieusement dans les greniers de la tradition — que ces penseurs qui sont des\npoètes sèment d'un geste d'avenir, germera un jour plus haut que l'ivraie que\ndispense à poignées l'actuelle Canaille triomphante !\n   Il n'y a que M. Léon Bloy qui désespère absolument de la France. M. Léon\nBloy est le plus désespérant des désespérés. Ce farouche croyant, aux dogma­\ntiques prosopopées, conclut finalement au scepticisme. Si tour à tour il a\nexalté — et en quelle langue originale et somptueuse ! — les grandes idées et\nles grands sentiments, ce fut, semble-t-il, pour mieux en montrer l'inanité.\nTel jour il magnifiera l'Art comme une vertu que le lendemain il flétrira\ncomme un péché. Il chantera l'amitié dans des hymnes glorieuses et soudain\ndéclarera au monde qu'il n'a et ne veut plus d'amis. La Justice lui apparaîtra\ncomme la perfection suprême et il fera douter d'elle par son ingratitude\nenvers ceux qui l'aimèrent le plus et le mieux. Et arrivé à travers toutes ces\ninconséquences au terme du Journal (1), de Léon Bloy, le lecteur constatera\nque ne restent plus debout que Léon Bloy et... Dieu! Et il vaut mieux qu'il\nen soit ainsi : les dialogues de Léon Bloy avec Dieu atteignent, dans la\nmystique et dans l'art, à des hauteurs et à des splendeurs qui souffrent con­\nfrontation avec la Bible et le Grand Hymnaire. Devant Dieu, Bloy laisse\nchoir son masque d'orgueil et sa voix d'outrance et de vocifération s'adoucit :\nil n'est plus celui qui excommunie, mais celui qui se plaint — et d'une plainte\nsi spontanée, si sincère, si résignée : Savonarole fait place à Lazare. Et\nalors, devant cette misère dite et redite en un sublime et lamentable refrain,\nune conviction s'impose à nous : oh! que cet homme a souffert — et si plus\nqu'un autre il fut agonisé par la vie dans son âme et torturé dans son corps,\nplus qu'à un autre aussi il faut lui pardonner les haines qui germèrent dans le\nterreau de sa douleur.\n   Léon Bloy est un mendiant et c'est un artiste : double excuse à son ingra­\ntitude.\n   Qu'il faut bien se décider à faire aux artistes une mesure spéciale dans l'ap­\npréciation de leur façon d'être et de sentir, la collection d'articles publiés\ndepuis quelques mois sur l'incident, aussi vulgaire que peu idyllique, George\nSand-Alfred de Musset en fournirait la preuve — si vraiment cet incident\nn'avait moins de rapports avec l'Art qu'avec l'épiderme.\n\n\n  ( 1 ) Paris, Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 751, "texte": "624                                  DURENDAL\n\n\n\n    La pénurie de sujets — aux périodes de vacances — nous vaudra souvent\nencore, je le crains, des dissertations sur les torts réciproques des « amants de\n Venise » et des critiques s'efforceront de confesser ce sphinx-médicastre qui\ns'appela Pagello. Et chaque morte-saison des livres amènera de nouvelles\ndécouvertes de correspondances (1). L'an 1905 nous réserve apparemment la\nrévélation des ordonnances du docteur qui fut « le plus heureux des trois ». Et\nles hypothèses refleuriront. Cruelle énigme? J'avoue qu'elle ne me passionne\nguère. George Sand eût-elle joué le beau rôle — et j'en doute, à en juger par\nles rôles qu'elle a joués dans la suite — que cela ne referait pas, n'est-ce pas,\nune virginité à toute cette littérature aussi faussement champêtre que niaise­\n ment sentimentale dont elle fut l'initiatrice. Et si c'est Musset qui pêcha par\ncaprice, inconstance et mauvaise humeur, croyez-vous vraiment que les\njeunes gens et les femmes — même les femmes — liront avec moins d'admi­\nration et d'émotion les Nuits et l'Espoir en Dieu? Quant à Pagello, la vie est\nvraiment trop courte pour essayer de démêler la psychologie de ce don Juan\nde l'allopathie.\n    Passons à un don Juan des lettres. J'eus toujours, pour l'art de M. Catulle\n Mendès, une instinctive répugnance. Non, certes, que j'en méconnaisse la\nvaleur esthétique : l'auteur des Boudoirs... de toutes sortes à une flexibilité\nchatoyante de style digne de plus propres causes. Mais elle m'indigne et\nm'horripile, la manie, j'allais dire l'hystérie, dont est possédé M. Mendès de\nne considérer les êtres, les idées et les choses, que sous l'exclusif aspect du\nprofit sensuel à en retirer. S'il n'entasse point l'ordure, comme Zola, il la\ncisèle; et je ne sais si je ne préfère point la brutalité de l'un à la rouerie de\nl'autre. Rien n'est sacré pour ce jouisseur — et son dernier gesle d'élégance\nlubrique fut vers Sainte Thérèse et la Carmélite... Dieu merci, M. Mendès a\ntrouvé à qui parler et j'en suis à ne point trop regretter sa tentative d'un\nthéâtre où la mystique doit servir de condiment à la volupté, puisque cette\ninitiative très passagèrement scandaleuse nous a valu — comme péremptoire\nréfutation — le beau livre de M. Cyr. Van Overberghe : Carmélite (2).\n    Qui ne connaît M. Cyr. Van Overberghe. Tout jeune, il devint un des plus\nhauts fonctionnaires de Belgique. Ses études de sociologie et ses travaux\nadministratifs l'ont investi d'une autorité aussi sûre qu'elle fut rapide. Et\nvoici qu'après s'être jadis affirmé écrivain par un attachant livre de voyage,\nil s'affirme aujourd'hui critique et que décidément l'art de notre pays fait une\nrecrue d'élite dans le haut personnel — chose inouïe! — de ce département\nde l'Instruction publique dont l'un des titulaires se glorifia un jour de vivre\n« de bonne soupe et non de beau langage ». Que les temps sont changés!\ndirait ce bon Abner. M. Cyr. Van Overberghe lui n'a point changé. Dans son\nœuvre, sous une forme en marche vers la maîtrise, j'ai retrouvé le compagnon\ninoublié des heures batailleuses de jeunesse dont le coude-à-coude était fait\n\n\n  (1) Correspondance de George Sand et d'Alfred   de Musset, publiée par Félix Decori\n(Bruxelles, librairie Deman).\n (2) Bruxelles, Schepens.\n"}, {"page_pdf": 752, "texte": "                   GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                              625\n\n\nd'une foi fière et brave et d'une sentimentalité exquise et virile. Cet\nensemble de qualités d'intelligence et de coeur, je le revis d a n s Carmélite. Si,\nd a n s la première partie du livre, la pièce de Mendès, qui fut l'occasion de\ncette réfutation, est hachée m e n u e par u n e souple dialectique, exempte, du\nreste, d'injustice pour certaines beautés littéraires de l'œuvre, d a n s la seconde\npartie, l'idéal de Carmel, pris sur le vif d a n s les palpitantes scènes de l'entrée\nau cloître, de la vêture, de la profession, est dégagé avec une vérité d'accent\net u n e puissance d'images incomparables. E t à côté de cette page de vie reli­\ngieuse — que M, Cyr. Van Overberghe a vécue et écrite avec son âme de\nfrère! — q u e sonnent d o n c faux les petits airs de mirliton parnassien que\nM. Mendès a eu l'impertinence de jouer en l'honneur de la vierge d'Avila !\n    L a Carmélite de M. Mendès est u n acte sacrilège.\n    La Carmélite de M. Cyr. Van Overberghe est un acte de réparation.\n\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  Zonhoven, septembre.\n"}, {"page_pdf": 753, "texte": "              Soir en Campine\nDe ses longs doigts trempés dans les ors du couchant,\nEn un rythme très lent comme celui des vagues,\nLa nuit divine a déplié ses ailes vagues\nSur la bruyère rose où traîne un dernier   chant.\n\nC'est l'heure où l'occident plein d'ombres violettes\nProjette les reflets ultimes du soleil,\nOù la lumière vibre à l'horizon     vermeil,\nTrouée par des vols argentés de mouettes.\n\nC'est l'heure où fatigués d'un vol    vertigineux,\nEn un dernier effort des ailes et des pattes,\nLes hérons boréals sur les marais    s'abattent\nFormant un angle gris sur le soir      lumineux.\n\nDéjà par les lointains qu'il traverse     mystique,\nDu pas majestueux dès hommes          primitifs,\nLe bouvier est parti poussant ses bœufs        plaintifs,\nSemblable, plus le geste, à quelque marbre         antique.\n\nDans les bas-fonds brumeux, du côté des    hameaux,\nMontent les beuglements des bœufs aux cornes d'ambre,\nDes grands bœufs fatigués des labours de septembre\nQui rentrent dans le soir en soufflant des naseaux.\n\nEt bientôt l'on n'entend plus que l'appel limpide\nD'un pauvre passereau qu'un animal       rôdeur\nA fait lever sans doute en la bruyère en fleur\nEt qui tourne là-haut perdu dans le ciel vide;\n\nLe bruissement des joncs qui tremblent sur les eaux,\nLes cris intermittents et durs de la cigale,\nLe pas du voyageur sur la route inégale,\nLes pleurs du vent du soir remuant les roseaux.\n\nEt dans la grave nuit, retenant son haleine,\nLe poète se dresse immobile et tremblant,\nFasciné par l'éclat mat du nénuphar   blanc\nOù palpite le vol vibrant d'une phalène.\n                                            E R N E S T DE LAMINNE.\nGenk, 20   septembre\n"}, {"page_pdf": 754, "texte": "              LIVRES ET REVUES\n\nŒuvres galantes des conteurs italiens — Deuxième Série —\n   XVe etXVIesiècles. Traduction littérale accompagnée de notes par AD. VAN\n   BEVER et E D . SANSOT-ORLAND.        (Paris, Mercure de France.)\n   Peut-être, n'y a-t-il pas d'histoires nouvelles — mais, seulement, de\nnouvelles combinaisons de vieilles histoires : les péripéties se succèdent un\npeu différemment; le teint et les vêtements des personnages sont autres, et\nl'architecture des édifices de la ville, les coutumes et les mœurs de celle-ci —\nmais le sujet principal de l'histoire, c'est toujours l'amour, l'amour charmeur\nou brutal, contrarié ou heureux, trompé ou perfide. Depuis l'origine des\ntemps, partout, les auditoires des conteurs ne se sont jamais blasés de cette\nhistoire; et certains journaux du boulevard la racontent encore chaque jour\nà leurs lecteurs.\n   Mais les versions que l'on nous en donne aujourd'hui ont peu de saveur au\nprix des anciennes; quelles que soient les épices dont nos auteurs relèvent le\nragoût inimprévu de leurs histoires, celles-ci s'imprègnent de la banalité du\npublic cosmopolite auquel elles sont destinées. Elles sont, pour ainsi dire,\nabstraites; il leur manque, pour faire, comme les contes réunis en ce volume,\nimages pleines de vivacité et de coloris, d'avoir été, si l'on peut dire, localisées ;\nde s'être chargées d'observation fine, de malice alerte et de pittoresque spécial\nen traversant l'imagination d'un bourgeois de Florence, de Sienne ou de\nVenise, ou d'un humaniste à la solde de l'un quelconque de ces petits princes\nitaliens du quattrocento, avides de culture et de renommée, et dont la courtoisie\nn'avait d'égale que la férocité.\n   Beaucoup de ces contes ont été dits avant que d'être écrits; et d'avoir été\nnarrés d'abord en des réunions joyeuses de bourgeois, d'artisans, de mar­\nchands florentins ou siennois — veillées, soupers, soirées, — ou d'avoir\négayé le loisir docte et élégant d'une assemblée de courtisans à Milan ou à\nFerrare — ils ont conservé un accent de vie et une verve de réalité qui sai­\nsissent. Tellement que la postérité n'a retenu du labeur souvent énorme de\nnombre d'humanistes desXVeetXVIesiècles que ces œuvrettes, fioriture négli­\ngeable et légère, sans doute, à leurs yeux, des graves travaux desquels ils\nattendaient l'immortalité. Et ils ne survivent, les pauvres érudits, qu'en ces\npages insouciantes, où, inconsciemment, ils ont mélangé la fiction licen­\ncieuse de vérité contemporaine et mérité ainsi d'être cités par l'histoire\ncomme les témoins intelligents et avisés de l'existence intime et familière de\nl'époque.\n"}, {"page_pdf": 755, "texte": "628                                   DURENDAL\n\n\n   N o u s avons dit déjà, à propos de la première série, tout le bien q u e nous\npensons de la publication de M M . van Bever et Sansot-Orland : ce second\nvolume comprend des pages empruntées à l'œuvre d'une douzaine de con­\nteurs de toutes les régions de l'Italie, et traduites avec une rare excellence. E t ,\nce qui achève de donner toute sa valeur à cette anthologie, chacun des écri­\nvains qui y sont représentés fait l'objet d'une notice biographique et biblio­\ngraphique ordonnée de la façon la plus heureuse et nourrie de faits et\nd'idées.\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nLe Tentateur,           roman, par ANDRÉ RUYTERS. — (Paris, Collection de\n  l'Ermitage.)\n    U n mauvais sujet convoite u n e jolie femme, la séduit savamment, l'affole\net la torture, puis court à d'autres conquêtes. L'aventure, je pense, est assez\nbanale. C'est celle de Marc, le tentateur de M. A n d r é R u y t e r s . Ce héros, car\nM. Ruyters l'admire, n'a d'autre b u t , en r ô d a n t autour de la p a u v r e â m e qu'il\na résolu de s'asservir, en se glissant peu à peu dans sa familiarité, en l'ame­\nn a n t graduellement à l'amour p a r d'habiles et odieuses stratégies, q u e\nd'éprouver sa force. E n ce jeu monstrueusement égoïste et lâche, il n'aperçoit\nq u ' u n e occasion de vie merveilleuse, u n e expérience curieuse et passionnante\nque, demain, il renouvellera ailleurs. Aussitôt que sa bouche a vidé la g r a p p e ,\nil la dédaigne et la jette. Quant au désespoir de sa victime, vous pensez bien\nqu'en authentique s u r h o m m e , il n'en a c u r e .\n    L e talent q u e dépense, à conter cette aventure, M. André Ruyters est\ng r a n d , encore qu'on puisse lui reprocher u n e élégance trop artificielle et u n e\npréciosité parfois fatigante. L a vie, d u reste, est absente d e ce livre subtil,\ndont les personnages sont très conventionnels et faux. Mais le plus déplo­\nrable, c'est, comme l'a dit M. Georges R e n c y , « qu'un écrivain de mérite,\nsous l'influence d'un snobisme néfaste, s'imagine q u e la force d'un h o m m e\nconsiste à tromper u n e femme, à troubler ses sens, puis à la rejeter comme\nu n citron dont on a exprimé le j u s . Voilà où nous en sommes. O n crée péni­\nblement u n Marc, c'est-à-dire u n pitoyable petit serin, un jeune poseur qui\nmérite des coups de pied au derrière, et l'on s'imagine avoir ajouté un portrait\nà la galerie des Rastignac et des Julien Sorel ! »\n                                                                                 M. D .\n\nEssai      sur    l'esprit     musical,       par   LIONEL     DAURIAC.       —     (Paris,\n  Alcan, 1904.)\n   Depuis plusieurs années, on s'occupe beaucoup, en Allemagne, en Angle­\nterre et en France, des questions si épineuses et si complexes qui touchent à\nl'acoustique et à la psychologie musicales. Qu'il nous suffise de citer ici les\nnoms de MM. Preyer, Stumpf, Gurney, Beauquier et Lechalos. A son tour,\nM. Dauriac, auquel on doit une intéressante étude sur la « Psychologie dans\nl'opéra fiançais » et des articles fort remarqués traitant de la « Psychologie\ndu musicien » et publiés dans la Revue philosophique, vient d'étudier en détail\nY Esprit musical.\n"}, {"page_pdf": 756, "texte": "                         LIVRES ET REVUES                                    629\n\n\n    Si l'on pose la question suivante: Qu'est-ce que la musique?, on recevra\n généralement une réponse de ce genre : « La musique porte à l'âme au moyen\n des sons » ; définition qui nous montre les deux bouts de la chaîne, le point de\n départ et le point d'arrivée, mais qui escamote la partie la plus intéressante\n de l'action exercée par la musique. C'est justement cette partie située entre le\n plaisir ressenti et l'impression sensorielle que M. Dauriac a étudiée avec sa\n coutumière pénétration. Pour écrire un livre comme l'Esprit musical, il fallait\n réunir les qualités du psychologue à celle du musicien, et tout le monde sait\n que, si les musiciens ne se piquent guère de psychologie, les psychologues, de\n leur côté, se préoccupent peu de musique.\n    Parmi les fonctions musicales communes à tous les hommes on peut dis­\n tinguer l'oreille, l'intelligence, la mémoire et l'imagination. L'oreille, à\n laquelle s'adresse surtout l'acoustique musicale, n'est autre que la conscience\n réduite aux sensations sonores et à leurs modalités essentielles: hauteur, durée,\n intensité, timbre. Elle ne s'attache qu'au son entendu isolément. Pour réaliser\n la synthèse des diverses sensations sonores qui constituent le domaine de\n l'oreille, l'intelligence doit entrer enjeu; elle procure alors la perception de\n la suite mélodique du continu sonore. Vient-elle à faire défaut, le sujet se\n trouve atteint de surdité musicale, ce qui le range au nombre des infirmes.\n Avis aux gens qui n'aiment pas la musique!\n    Elle est aidée de la mémoire musicale si fertile en curieuses variations; le\n plus souvent, la mémoire ne conserve que le degré relatif des diverses into­\n nations, enregistre mal les impressions d'intensité et maintient mieux celles\n de timbre ; de plus, elle peut désagréger la suite mélodique de son rythme, ce\n qui explique les nombreuses déformations rythmiques que le temps impose\n aux mélodies, tout en en conservant intacts les intervalles sonores.\n    Enfin, l'imagination s'éveille à la suite des perceptions de forme et met en\n mouvement divers types d'images, images motrices, les plus fréquentes, images\n visuelles, ou images psychiques, caractéristiques d'«d'états d'âme», de ce que\n M. Ribot appelle des « abstraits émotionnels ». Tels sont les anneaux de la\nchaîne qui relient l'impression sensorielle au plaisir éprouvé : sensation,\naudition, perception, compréhension, émotion, imagination.\n    Il faut lire les pages aussi ingénieuses que profondes que M. Dauriac\nconsacre à l'analyse du « plaisir musical », à ses relations avec la cénesthésie,\nà ses caractères, à ses espèces. Le livre se termine par des considérations sur\nla « phrase musicale » et sur la question si mal étudiée de 1' « expression »,\nquestion liée à des problèmes non encore résolus comme celui des rythmes\némotionnels et des correspondances entre nos divers sentiments et sensations.\n    L'ouvrage de M. Dauriac est un de ceux dont on ne saurait trop recom­\nmander la lecture à toutes les personnes qui s'occupent sérieusement de\nmusique, et surtout aux critiques. Il y a beaucoup à apprendre, à méditer et\nà retenir dans ces 300 pages auxquelles on ne reprochera guère qu'une rédac­\ntion parfois inutilement subtile. Cette subtilité s'explique et s'excuse du reste\naisément. M. Dauriac est un esprit vigoureusement analytique qui pense\ndevant son lecteur, et ne craint pas de le conduire à travers les moindres\nméandres de sa pensée.                                                   L. L.\n"}, {"page_pdf": 757, "texte": "630                                DURENDAL\n\n\nLes origines de la peinture à l'huile, étude historique et\n    c r i t i q u e , par CHARLES DALBON. — (Paris, Perrin.)\n    Une tradition accréditée surtout par Vasari attribua longtemps aux frères\n Van Eyck, tantôt à Jean, tantôt à Hubert, l'invention de la peinture à l'huile.\n Il y a belle lurette que l'on est fixé sur la fausseté de cette attribution. Aussi\n M. Charles Dalbon ne prétend-il nullement, dans l'étude historique et\ncritique des plus documentées qu'il vient de publier sur les origines de la\npeinture à l'huile, rouvrir un débat clos. Son but plus modeste a été simple­\nment, comme il le dit, de rassembler les documents épars relatifs à l'histoire\ndes origines, du perfectionnement et de l'expansion de ce procédé de pein­\nture; de les classer méthodiquement, d'en mettre en valeur certains points\ndemeurés obscurs, de les analyser et de les discuter impartialement. Il nous\nmontre les techniciens, les historiens, les extraits de comptes et dépenses,\nles contrats de commandes et les ordonnances relatifs à l'exécution de travaux\npicturaux, établissant péremptoirement l'ancienneté du procédé que les frères\nVan Eyck eurent le mérite seulement de perfectionner et de vulgariser, et\nce n'est pas cela, d'ailleurs, qui diminue leur génie ni leur gloire. Un précieux\nappendice bibliographique indique les ouvrages consultés par l'auteur : il\nest appelé à rendre aux curieux d'art de précieux services.\n                                                                           M. D.\n\nL'Art Flamand et Hollandais, édité par J.-E. BUSCHMANN. —\n   (G. Van Oest et Cie, 16, rue du Musée, Bruxelles.)\n   Le numéro de Septembre contient en premier lieu une étude due à la plume\nautorisée du docteur W. Vogelsang sur le peintre hollandais W. Tholen, à\nl'occasion d'une récente exposition de ses œuvres. Plusieurs reproductions\ndans le texte et hors texte accompagnent cet article, dont plusieurs de nos\npaysagistes pourront faire leur profit. Le second article est consacré au mobi­\nlier moderne, notamment aux créations de M. Klaarhamer, un jeune artiste\ndont les spécimens reproduits témoignent d'un réel souci de la forme et de la\nconstruction rationnelle. Plus loin, M. Jos. Destrée, conservateur aux Musées\nroyaux des Arts décoratifs, à Bruxelles, rend compte d'un important ouvrage\nsur la sculpture hollandaise. Des bois originaux de Ch. Doudelet accompa­\ngnant un compte rendu de l'Exposition du Livre moderne à Anvers, ajoutent\nencore à l'intérêt de ce numéro.\n\n  The Burlington Magazine (n° XIII, vol. V, avril 1904). — Dans\nun article sur le Prince Albert (il s'agit de feu le prince-consort d'Angleterre),\nM. LIONEL CUST nous apprend que dès 1844, alors que le goût anglais\nn'avait pas encore été éduqué par les préraphaélites, le prince avait rassemblé\nune intéressante collection de tableaux des écoles « primitives », d'Italie, de\nFlandre, d'Allemagne et de France. Quelques-uns ont été confiés à la National\nGallery, mais l'ensemble était demeuré, jusqu'à nos jours, presque inconnu,\ndans les palais royaux. M. L. Cust annonce qu'à la faveur des aménage­\nments nouveaux ordonnés par le roi actuel, il pourra reproduire, dans le Bur-\n"}, {"page_pdf": 758, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                      631\n\n\nlington Magazine, les œuvres les plus m a r q u a n t e s de la galerie princière, nou­\nvelle qui, étant d o n n é l'intérêt passionné qu'on porte à présent à ces vieux\nmaîtres, sera accueillie avec satisfaction. — M. P A U L VITRY rend compte d e\nl'Exposition des Primitifs français, ouverte à Paris. La p l u p a r t de nos lecteurs\na u r o n t lu, sans doute, déjà, d a n s le texte français, l'étude que M. P A U L VITRY\npublia, magnifiquement illustrée, d a n s la revue Les Arts et qui se vendait à\nl'Exposition. — M m e JULIA CARTWRIGHT étudie les dessins de J.-F. Millet dans la\ncollection Forbes; son article s'accompagne de huit reproductions r e m a r q u a b l e s .\nM. MASON PERKINS signale un chef-d'œuvre oublié d'Ambrogio Lorenzetti,\nl e g r a n d peintre de la première école siennoise; c'est u n e g r a n d e madone\nentourée de saints qui se trouve dans l'Ecole c o m m u n a l e de Massa Maritima.\nEnfin, des notes sur les dernières publications, expositions et acquisitions des\nmusées d ' E u r o p e .\n\n\n    M a s t e r S i n A r t . — N o u s avons déjà eu l'occasion de r e c o m m a n d e r à\nceux qui nous lisent et s'intéressent aux publications artistiques de vulgarisa­\ntion, l'excellente collection publiée par la « Bates a n d Guild C o m p a n y »,\nChauncy-street, 42, à Boston ( E t a t s - U n i s d'Amérique). Chaque monographie\n(qui ne coûte que 15 cents) c o m p r e n d un portrait, u n e dizaine de planches\nreproduisant les œuvres principales du maître étudié, quelques notes biogra­\np h i q u e s et explicatives et, enfin, l'indication des sources (ouvrages, articles\nde revues), auxquelles les amateurs d'une étude plus complète peuvent se\nreporter. Cette année, la livraison de janvier (n° 49) est consacrée à F R A BAR­\nTOLOMMEO; celle de février (n° 50), à G R E U Z E ; celle de mars (n° 51), aux g r a ­\nvures d'A. D U R E R ; celle d'avril (n° 52), à L . L O T T O ; celle d e mai (n° 53), à\nLANDSEER. Les illustrations sont, étant d o n n é le b o n marché de la publica­\ntion, tout à fait remarquables et d o n n e n t u n e suffisante idée des qualités\ncaractéristiques de ces différents maîtres.\n                                                                                  J. D.\n"}, {"page_pdf": 759, "texte": "                         NOTULES\n\n  S A I N T E - C É C I L E , DRAME MUSICAL, EN TROIS\nACTES. — L'ouverture de cette œuvre de notre colla­\nborateur Joseph Ryelandt sera exécutée au premier\nConcert Populaire, qui aura lieu, sous la direction de\nM. Sylvain Dupuis, le dimanche 13 novembre, à deux\nheures, au théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles.\nLa répétition générale aura lieu, dans la même Salle,\nle samedi 12 novembre, à 2 h. 1/2.\n  Pour les cartes et les abonnements, s'adresser chez\nM M . Scholt frères, Montagne de la Cour, 56, à\nBruxelles.\n  La réduction pour chant et piano de Sainte-Cécile\",\nréduction faite par l'auteur, est en vente chez l'éditeur\nMuraille, de Liège, et chez tous les éditeurs de\nmusique de Bruxelles, au prix de 15 francs.\n   Le libretto de Charles Martens se vend séparément\nau prix de 1 franc.\n                                       **\n\n  U n p o è t e d e d o u z e a n s . — L a Revue des Deux Mondes publie les\nvers d ' u n poète-prodige, M lle ANTONINE COULLET, une enfant de douze a n s .\nLisez d'elle ce poème lyrique, intitulé La mort du papillon :\n\n               Son aile, au buisson d'or, transparente et pourprée,\n                        Trop fragile s'est déchirée!..\n               C'était par un beau soir plein d'humides parfums,\n               Et dans le ciel mouillé, tout rempli d'étincelles,\n               La nuit au front doré battait ses grandes ailes\n                        Et dénouait ses cheveux bruns.\n"}, {"page_pdf": 760, "texte": "                                    NOTULES                                   633\n\n                Hélas! beau papillon avide de rosée,\n                         Ton aile, en tremblant, s'est brisée!\n                Dans la poussière d'or elle saigne sans bruit,\n                Et la rose ta sœur, compagne des murmures,\n                Laisse des gouttes d'eau tomber sur tes blessures,\n                         Et soupire au fond de la nuit !\n\n                Dans le pâle corset du lys à tige verte,\n                        Tu glissais ton aile entr'ouverte ;\n                Enivré de senteurs, tu buvais à longs traits\n                Le miel doux et sucré de sa blanche corolle\n                Et quand la lune d'or levait son aile molle,\n                Tu venais te baigner dans les ruisseaux nacrés.\n\n                Adieu les frais matins et les larges prairies,\n                         La Naïade aux tempes fleuries\n                Que tu frôlais, léger, dans ton vol velouté;\n                Les roseaux endormis des rivières profondes,\n                Et sur le bleu du ciel les grandes meules blondes,\n                         L'air rose des aubes d'été !...\n\n                Et quand tu palpitais, inquiet comme une ombre,\n                         Sur un mur à blanche pénombre,\n                Et heurtant le cristal des flambeaux alourdis,\n                Sur son lit transparent de dentelles et de voiles,\n                Tu voyais une nymphe aux paupières d'étoiles\n                         Rêver à quelque paradis!\n\n                Mais ton aile aux buissons, transparente et pourprée,\n                         Délicate, s'est déchirée...\n                Et sur le sillon vert tu tombas pâle et mort.\n                Et la rose ta soeur, penchée avec la branche,\n                Laissa tomber du bord de sa corolle blanche,\n                         Des gouttes sur ton aile d'or!\n\n   Voici d'elle un sonnet qui prouve q u e , familiarisée avec t o u s les rythmes,\nelle m a n i e avec la même sûreté les stances librement cadencées et les poèmes\nà forme fixe. Il est intitulé Chant d'aurore, et fut écrit après une lecture d'un\nsonnet célèbre de R o n s a r d (Mignonne, levez-vous, vous êtes paresseuse).\n\n                  Ma Muse, levez-vous! Voici le clair matin!\n                  Entr'ouvrez aux chansons vos lèvres demi-closes,\n                  Au fond des bois, dessous les chênes grandioses,\n                  La biche fuit, parmi la rose et le thym.\n\n                  Levez-vous! Déjà luit l'aurore au frêle teint.\n                  Près des vieux murs dorés se réveille la rose,\n                  L'alerte papillon sur son beau front se pose,\n                  Caressant son velours d'une aile de satin.\n\n                  Voyez, sur le cep vert de cette jeune treille,\n                  Cette perfide guêpe, et la prudente abeille,\n                  Et le gros corps velu des bourdonnants frelons.\n"}, {"page_pdf": 761, "texte": " 634                                    DURENDAL\n\n\n                     De diamants nacrés l'herbe fine est couverte,\n                     Levez-vous, il est temps, de votre couche verte.\n                     Laissez flotter au vent vos épais cheveux blonds.\n\n    P a r la souple et fluide beauté du rythme, par la grâce fragile des mots,\npar l'abondance et la variété des images poétiques, enfin par la fraîcheur et la\nd o u c e u r de l'inspiration, ces vers feraient h o n n e u r , c o m m e le dit u n critique,\nà n'importe quel poète de profession. Venant d'une enfant de douze a n s , c'est\nun sujet d'étonnement qu'il serait superflu de c o m m e n t e r . Depuis Pascal et\nMozart, u n e telle précocité est peut-être sans exemple.\n\n\n\n\n     L o u i s L e C a r d o n n e l . — M. Gaston D e s c h a m p s a consacré, dans le\n Temps, u n e étude des plus élogieuses aux Poèmes de Louis L e Cardonnel. « Ils\nsont, dit-il en terminant, l'histoire d'une conversion et d'une vocation qui\nont acheminé le poète vers un sacerdoce que faisait prévoir, dès le début, sa\nconception sacerdotale de l'art. A ce titre, cette œ u v r e poétique n o u s livre\ndes confidences qui sortent du domaine p r o p r e de la littérature et auxquelles\nla critique littéraire ne doit toucher que d'une façon très discrète. Mais p u i s ­\nque l'auteur déclare lui-même qu'il n'est point p e r d u pour l'art, puisqu'il\nsemble nous annoncer des œuvres nouvelles, je ne saurais trop lui conseiller\nu n redoublement de surveillance dans la construction de sa phrase et de son\nr y t h m e . E n c o r e u n léger effort vers la continuité de la ligne, vers la beauté\nsoutenue du r y t h m e , vers 1'harmonie totale des couleurs, et nous pourrions\navoir, en Louis Le Cardonnel, le F r a Angelico ou le César F r a n c k de la\npoésie m o d e r n e . »\n\n                                             ***\n\n    Joseph C o o s e m a n s , que la mort vient d'enlever, « fut avec H . Bou­\nlenger, J . R a y m a c k e r s , J. Montigny, au nombre des fondateurs de « l'Ecole\nde T e r v u e r e n » qui, vers 1860, inclina l'étude de la n a t u r e vers des réalités\nqui paraissaient jusque-là téméraires. Il fut l'un des artisans de la renaissance\ndu paysage en Belgique et, bien que des fonctions administratives l'empê­\nchassent au début de se consacrer entière ment à l'art, il se classa prompte­\nment p a r m i les peintres en vue. Ses toiles, généralement inspirées par les\nsites pittoresques de la forêt de T e r v u e r e n et par les solitudes de la C a m p i n e\nlimbourgeoise, étaient fort appréciées d a n s les Salons auxquels il prit part\nrégulièrement d u r a n t une longue et féconde carrière. L e Musée de Bruxelles\npossède l'une des plus belles, un coucher de soleil exécuté aux environs de\nGenck et qui résume le style, précis et expressif, du peintre.\n    » T o u t e la vie de J o s e p h Coosemans tient d a n s son ardent amour de la\nn a t u r e , dans u n labeur patient et persévérant, dans u n e noble simplicité de\nm œ u r s qui lui fit préférer à toutes les distractions l'existence rustique de\nTervueren où il vécut jusqu'à ce que la maladie lui arracha les pinceaux des\nmains. »\n"}, {"page_pdf": 762, "texte": "                                         NOTULES                                         635\n\n   T e l est l'hommage r e n d u par Octave Maus, dans l'Art Moderne, à la\nmémoire de l'artiste peintre C o o s e m a n s . N o u s souscrivons pleinement à ces\néloges justifiés par des œuvres de réelle valeur et qui resteront.\n   J o s e p h Coosemans était le b e a u - p è r e de notre ami E r n e s t Verlant, le dis­\ntingué et très compétent directeur des Beaux-Arts, à qui nous offrons ainsi\nqu'à sa d a m e nos plus s y m p a t h i q u e s et sincères condoléances.\n\n\n\n\n    L e B r a n l e , par H É L È N E CANIVET. — Voici l'appréciation élogieuse\nportée sur ce livre par H U B E R T KRAINS d a n s l'Art Moderne :\n     « D e c h a r m a n t e s et vigoureuses improvisations, des esquisses qui sont\npresque des œuvres, tel m'apparaît le Branle de M lle H é l è n e Canivet qui, si\nc'est un début, comme je le crois, peut être considéré c o m m e u n beau d é b u t .\nL ' a u t e u r possède à la fois l'œil d'un peintre et les m o y e n s d'expression d'un\npoète lyrique. Il chante ce qu'il voit le long de sa route, tantôt en prose et\ntantôt en vers. Il dit la force des arbres, le charme des forêts, la tristesse des\nhôpitaux, l'âpreté des banlieues et le mystère des nuits. T o u t cela est observé\nd ' u n e façon personnelle et l'on rencontre à chaque pas des images superbes et\nu n e grande a b o n d a n c e d'expressions pittoresques. L e s vers, intéressants par\nl'aisance et la grâce naturelle de leur r y t h m e , sont quelquefois un peu lâches,\net n o u s leur préférons la prose dont le grain est plus serré et qui garde tou­\njours, d a n s sa souplesse, une g r a n d e pureté de ligne. »\n\n\n\n\n    Les Concerts Ysaye. — Le p r o g r a m m e des Concerts Ysaye (1904-\n1905) comprend six concerts et six répétitions (les 15-16 octobre, 3-4 décembre,\n7-8 janvier, 4-5 février, 4-5 mars, 29-30 avril), et deux auditions supplémen­\ntaires (les 5-6 novembre et 1-2 avril).\n    P a r m i les artistes figurent M m e E m m y Destinn, ds l'Opéra de Berlin,\n M M . A. Van R o o y , de Bayreuth ; B u s o n y , Marc H a m b o u r g , E u g è n e Ysaye,\nJ a c q u e s T h i b a u t , Emile C h a u m o n t , Jean Gerardy et, pour les concerts extra­\nordinaires, M M . A. De Greef, Francis P l a n t é et Raoul P u g n o . P a r m i les\nchefs d'orchestre citons : M M . A. Nikisch, F . Steinbe et E u g è n e Ysaye.\n    Les Concerts Ysaye d o n n e r o n t en première audition, outre les œuvres nou-\nv e l l e s d e M . T h . Ysaye,les œuvres suivantes -.Symphonie (Sibélius); Suite sympho-\nnique(F. Klose); Musique pour Pelléas et Mélisande (G. F a u r é ) ; Concerto pour\npiano, orchestre et chœur d'hommes ( F , Busoni); Poème élégiaque pour violon et\norchestre (E.Ysaye), Poème symphonique (J. Jongen); Fantaisie moderne (V. Vreuls).\n    L e premier concert a u r a lieu à l'Alhambra le 16 octobre, à 2 heures (répé­\ntition la veille, à 2 h . 1/2), avec le concours de M M . A. Van Rooy, baryton,\net Emile C h a u m o n t , violoniste. E n voici le p r o g r a m m e : i u Ouverture de\nManfred ( S c h u m a n n ) ; 2 0 An die Hoffnung (Beethoven), M. A. Van R o o y ;\n 3° S y m p h o n i e en si bémol (V. d'Indy); 4 0 Poème élégiaque pour violon et\n"}, {"page_pdf": 763, "texte": "636                                      DURENDAL\n\n\norchestre ( E . Ysaye), M. E . C h a u m o n t ; 5° Musique pour Pelléas et Mélisande\n(G. F a u r é ) ; 6° Les Adieux de Wotan (R. W a g n e r ) , M. A. Van Rooy.\n  P o u r cartes et a b o n n e m e n t s , s'adresser chez M M . Breitkopf et H a r t e l ,\nMontagne de la Cour, 45, à Bruxelles.\n\n                                              ***\n\n    L e s C o n c e r t s P o p u l a i r e s , dirigés par SYLVAIN D U P U I S , a u r o n t lieu\ncette a n n é e (1904-1905) aux dates suivantes, au théâtre de la Monnaie :\n    I 2 - I 3 novembre : P r e m i e r concert, avec le concours de M m e Ottilie Metzger­\nFroidzheim, cantatrice des théâtres de B a y r e u t h et de H a m b o u r g , et de\nM. E m i l e Bosquet, pianiste, lauréat du prix R u b i n s t e i n ;\n    10-11 d é c e m b r e : Deuxième concert, avec le concours de M. P a b l o Casais,\ne c é l è b r e violoncelliste e s p a g n o l ;\n    11-12 février : Troisième concert, avec le concours de Mme Kleeberg-\nS a m u e l , pianiste ;\n    18-19 mars : Quatrième concert, consacré à l'exécution du Rêve de Gérontius,\noratorio pour solo, chœurs et orchestre de E d w a r d E l g a r .\n   M. D u p u i s fera exécuter en première audition : L a Sinfonia domestica, de\nRichard S t r a u s s ; la Neuvième Symphonie, d'Anton Bruckner (suivie du Te Deum\navec chœurs); le Triptyque, de Victor Vreuls; la Troisième Symphonie, d'Albéric\nMagnard ; l'ouverture de Sainte-Cécile, drame lyrique de Ryelandt.\n   L e premier concert aura lieu le 13 n o v e m b r e , à 2 heures (répétition le\n12 novembre, à 2 h. 1/2). E n voici le p r o g r a m m e : 1° Sinfonia domestica de\nRichard S t r a u s s ; 2° Concerto en mi bémol de Beethoven (M. E m i l e Bosquet);\n3° Air (M m e Ottilie Metzger-Froidzheim) ; 4° a) R o n d o en la mineur de\nMozart; b) Novelette en fa dièse mineur de S c h u m a n n (M. Emile B o s q u e t ) ;\n5° Cinq poèmes pour chant de R . W a g n e r (M m c Ottilie Metzger-Froidzheim) ;\n6° Ouverture de Sainte-Cécile de J. R y e l a n d t .\n   P o u r cartes et a b o n n e m e n t s , s'adresser chez M M . Schott frères, Montagne\nde la Cour, 56, à Bruxelles.\n\n\n\n    L ' « A C a p e l l a , g a n t o i s » entrera bientôt dans sa sixième a n n é e .\nVoici le programme des a u d i t i o n s de cette année :\n    L e 20 n o v e m b r e 1904 : exécution intégrale de la Messe du Pape Marcel, à\n6 voix mixtes de Palestrina. — L e s 18 décembre 1904, 22 janvier et\n26 février 1905 : L'Histoire de l'Opéra français, des origines à Lully, avec con­\nférences par M. P a u l B e r g m a n s . Orchestre ancien complet, solistes et\nc h œ u r s . — L e 26 mars 1905 : u n e audition consacrée aux Œuvres de Scar­\nlatti, avec le concours de M. F r a n z De Vos, pianiste.\n    Ces concerts auront lieu le d i m a n c h e , à 5 h. 1/2 précises, au local du\nCercle Artistique et Littéraire, R e m p a r t Saint-Jean, à G a n d .\n    L ' a b o n n e m e n t pour les cinq concerts est de 5 francs (carte personnelle).\nL e prix d'entrée pour c h a q u e concert est fixé à 2 francs. Carte de famille,\n"}, {"page_pdf": 764, "texte": "                                            NOTULES                                             637\n\nmaximum cinq personnes : 20 francs. L e s membres d ' h o n n e u r payent u n e\ncotisation annuelle de 10 francs; les m e m b r e s protecteurs, 20 francs.\n  S'adresser pour les a b o n n e m e n t s et cartes a u directeur fondateur, E m i l e\nHullebroeck, Chemin de Bruxelles, 23, G a n d - G e n d b r u g g e ; ou au secrétaire,\nHenri Callcbaut, 6, Marché aux Oiseaux, G a n d .\n\n\n\n\n    L e s S a l o n s d ' A r t . — L e s artistes du Cercle Le Labeur ont ouvert\nleur Salon de cette année, le 1er octobre, au musée moderne d e Bruxelles.\nN o u s rendrons compte de celte exposition d a n s notre fascicule de n o v e m b r e .\n   L e Cercle d'Art de Scalden, d'Anvers, ouvrira sa sixième exposition d'art\nm o n u m e n t a l et d'art a p p l i q u é , a u mois de d é c e m b r e p r o c h a i n , a u Cercle\nArtistique d'Anvers.\n   Ce cercle vient d e publier, sous le titre : Kindervertelsels, u n a n n u a i r e qui est\nu n e véritable œuvre d'art au point d e vue de l'édition. Cet a n n u a i r e sort des\npresses du grand éditeur anversois B u s c h m a n n , est s u p e r b e m e n t i m p r i m é ,\nillustré d'une façon tout à fait artistique et enrobé d ' u n cartonnage exquis.\nN o u s rendrons compte de ce joli a n n u a i r e prochainement.\n\n\n\n\n     D e s COUTS d ' a r c h é o l o g i e seront d o n n é s a u x Musées du Cinquante­\nnaire, à Bruxelles, à partir du 8 n o v e m b r e . Voici les objets de ces cours :\n     I. Les arts industriels de l'ancienne Egypte. Professeur : JEAN CAPART. —\nI I . Les bronzes antiques. Professeur : F . CUMONT. — III. Histoire de la céramique\ngrecque. Professeur : JEAN DE M O T . — I V . Archéologie préhistorique. Professeur :\nALFRED DE L O Ë . — V. La sculpture et les arts plastiques en Belgique depuis le\nIXe siècle. Professeur : JOSEPH D E S T R É E . — V I . Histoire du mobilier religieux.\nProfesseur : HENRY ROUSSEAU.\n   Ces cours seront d o n n é s les mardis et jeudis après-midi à partir d u\n3 n o v e m b r e . L e s inscriptions peuvent être prises les mardis et jeudis p e n d a n t\nle mois d'octobre, de 10 heures à midi et d e 2 à 4 h e u r e s .\n   Droits d'inscription : pour un seul c o u r s , 20 francs; p o u r c h a q u e cours e n\nplus, 10 francs.\n\n                                                 ***\n\n   Les cours d'art et d'archéologie (impasse du Parc, 3). — La\nseconde année, 1904-1905, de ces cours qui ont eu tant d e succès l'an\npassé s'ouvrira le lundi 24 octobre par u n e série d e conférences du professeur\nMARACCHI, de R o m e , sur l'Art chrétien primitif. Voici le p r o g r a m m e des cours\nd e cette a n n é e :\n   I. Les origines de l'art et l'art oriental (deuxième partie). Professeur :\nM. CAPART. — I I . La renaissance (deuxième partie) et l'art moderne. Professeur :\nF I E R E N S - G E V A E R T . — I I I . Le moyen âge. P r o f e s s e u r : MARCEL L A U R E N T . —\n"}, {"page_pdf": 765, "texte": "638                                       DURENDAL\n\n\nIV. L'esthétique et la philosophie de l'art (deuxième partie). Professeur : F I E R E N S -\nGEVAERT. — V. Eléments d'archéologie. Professeur : MARCEL L A U R E N T .\n   L e s cours recommenceront le 7 n o v e m b r e prochain.\n   On s'inscrit au local, impasse du P a r c , 3, entre 4 et 4 1/2 heures.\n\n\n\n\n   Extension universitaire pour les femmes à Anvers. —\nP r o g r a m m e des cours de l'année 1904-1905 :\n   ARCHÉOLOGIE. Professeur : le R . P . VAN DEN G H E Y N , S. J . ,                 conservateur\ndes manuscrits à la bibliothèque royale de Belgique.\n    Histoire primitive du christianisme : les Catacombes romaines et le dogme chrétien.\nI . C o u p d'œil d'ensemble sur la théologie d e s catacombes et les principaux\ndogmes qui y sont figurés. — I I . L a Christologie des Catacombes. — I I I . L e\nB a p t ê m e dans les peintures d e s Catacombes. — I V . L ' E u c h a r i s t i e sur les\nm o n u m e n t s des Catacombes. — L e péché, la mort et la résurrection d'après\nles scènes figurées des Catacombes. — V I . L a vie future selon les Cata­\ncombes.\n    L e s mercredis 9, 16, 23 et 30 novembre, 7 et 14 d é c e m b r e 1904, de 3 h . 1/2\nà 4 h . 1/2.\n    H I S T O I R E . Professeur : M. BRANTS, de l'Université de L o u v a i n .\n    La Belgique sous Albert et Isabelle. L ' a u t o n o m i e de la Belgique a u XVIIe siècle\net sa place dans la politique g é n é r a l e . — L e g o u v e r n e m e n t des H a b s b o u r g s ,\nles constitutions nationales et le caractère des princes. — L e h a u t personnel.\n— L e régime provincial et local. — L'état économique et commercial. — Le\nmouvement des idées.\n    Les samedis 12, 19, 26 novembre, 3, 10 et 17 décembre 1904, de 3 à\n4 heures.\n    A R T . Professeur : M. C H . MICHEL, de l'Université de Liège.\n    L'Art chrétien du XVe siècle en Italie. Introduction : Les précurseurs : Giotto,\nN . P i s a n o , etc. Les sculpteurs : Ghiberti, Donatello, L . et A. della Robbia,\nVerrocchio, etc. — L e s écoles de peinture d u XVe siècle : F l o r e n c e , Sienne et\nl'Ombrie, P a d o u e et Venise.\n    Les lundis 16, 23 et 30 janvier, 6, 13 et 20 février 1905, de 3 à 4 h e u r e s .\n   M U S I Q U E . Professeur : M. LÉOPOLD W A L L N E R , de Bruxelles.\n   Histoire de la Musique de chambre. I. Ecole italienne (XVIIe et XVIIIe siècles) :\nCorelli, T a r t i n i , Boccherini, Vivaldi, etc. — I I . Ecole allemande (XVIIe et   XVIIIe\nsiècles) : Haendel et S. B a c h . — I I I . H a y d n et Mozart. — I V . Beethoven.\n— V. S c h u b e r t et Mendelssohn. — V I . S c h u m a n n et B r a h m s .\n   Les samedis : 21 et 28 janvier, 4 , 1 1 , 18 et -25février 1905, de 3 à 4 h e u r e s .\n   L E T T E R K U N D E . Professor : D r J . P E R S Y N , uit Brussel.\n     Eenige grooten uit de vreemde letterkunden van den dag. I. Rusland : Tolstoï. —\nI I . Scandinavië : Ibsen. — I I I . E n g e l a n d : George Eliot. — IV. Duitschland:\nF r i t z R e u t e r . — V. Spanje : B . Perez y Galdos. — V I . Italië : Fogazzaro.\n     Op D i n s d a g 28 F e b r u a r i , 14, 21 en 28 Meert, 3 en n April 1905, van 5 1/2\ntot 6 1/2 u r e n .\n"}, {"page_pdf": 766, "texte": "                                                NOTULES                                               639\n\n\n   L I T T É R A T U R E FRANÇAISE. P r o f e s s e u r : M . R E N É D O U M I C , d e P a r i s .\n    Le roman au XIXe siècle. Introduction : Idée générale d u cours ; le roman\navant le XIXe siècle. Ce qu'il restait à faire p o u r constituer le genre. — I . L e\nr o m a n h i s t o r i q u e . — I I . L e r o m a n d'analyse. D e Chateaubriand à S t e n d h a l .\n— I I I . L e roman d e m œ u r s . Balzac. — I V . L e roman romanesque et le\nr o m a n à thèse. George S a n d . — V. F l a u b e r t et le réalisme. — V I . L a période\nnaturaliste : Zola, les Goncourt, D a u d e t . — Conclusion : L e s gains réalisés\npar le genre. L'état actuel.\n    Les lundis 6, 13, 20, 27 mars, 3 et 10 avril 1905, d e 8 h . 1/2 à 9 h . 1/2 d u\nsoir.\n    Par exception, les messieurs seront admis au cours de M. René Doumic.\n    Les cours se d o n n e r o n t à la salle Anthonis, rue d'Aremberg, 2J, o ù l'on p r e n d r a\nles inscriptions les vendredi 4 et lundi 7 n o v e m b r e , de 2 à 4 h e u r e s .\n    Les droits sont : 15 fr. pour u n seul c o u r s ; 50 fr. p o u r la totalité d e s\nc o u r s ; 60 fr. pour u n e carte d e famille\n    Les personnes étrangères à la ville seront admises m o y e n n a n t u n e carte\nd'entrée de 3 francs p a r conférence.\n\n\n\n\n   L i v r e s à l i r e . — La légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin; prix : 3 fr. 50.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec introduction et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — I Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frire Junipire. Vie et Doctrine de frire Egide, traduction avec\nnotes d'Arnold Goffin; prix : 2 fr. 50. —L'Oblat, p a r J . - K . H u y s m a n s ; prix :\n3 fr. 50. — Cherchons l'Hérétique, p a r J . Esquirol ; prix : 3 fr. 50. — Les Gens\nde Tiest, p a r Georges Virrès; prix : 3 fr. 50. — La Rose et l'Epée, p a r Charles\nde S p r i m o n t ; prix : 3 fr. 5 0 . — S u r quelques Primitifs de Sienne, p a r Jules\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, p a r P a u l M u s s c h e ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, p a r F e r n a n d Séverin; prix : 2 francs.\n   On p e u t se procurer ces livres en s'adrcssant à notre éditeur, M. Charles\nBulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n\n\n\n   R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — L e Mercure de France, direc­\nteur : M. Valette; P a n s , 26, r u e d e Condé (abonnement : 20 francs; étran­\nger, 24 francs). — L'Ermitage, directeur : E d . D u c o t é ; P a r i s , 19, rue J e a n -\nJacques-Kousseau (abonnement : 8 francs; étranger, 10 francs). — La Renais-\nsance latine, directeur : M. de B r a n c o v a n ; P a r i s , 2 3 , rue Boissy-d'Anglas\n(abonnement : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident, directeur :\nM. Mithouard; P a r i s , rue E b l é ( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger, 12 francs).\n— L'Art flamand et hollandais, revue illustrée, directeur : B u s c h m a n n , à\n"}, {"page_pdf": 767, "texte": "640                                     DÜRENDAL\n\n\nAnvers, 15, Rhijnpoortvest (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs ;. —\nL'Art Moderne, directeur : Octave M a u s ; Bruxelles, 32, rue de l'Industrie\n( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger, 13 francs). — Le Guide Musical, directeur :\nNelson L e k i m e ; Bruxelles, 7, rue Montagnedes.-Aveugles (abonnement :\n12 francs; étranger, 14 francs).— L'Idée libre, directeur P . Germain, Bruxelles,\nLarcier éditeur, rue des Minimes, 26 (abonnement : 10 francs). — Le Thyrse,\ndirecteurs : Léopold Rosy et Léon W é r y ; Bruxelles, 14, rue de la Filature\n(abonnement : 5 francs; étranger, port en sus). — La Revue de Belgique,\ndirecteur : M. W i l m o t t e ; Bruxelles, W e i s s e n b r u c h éditeur (abonnement :\n12 francs; étranger : 15 francs). — La Belgique contemporaine, directeur :\nR a p h a ë l Petrucci ; rue Albert de Latour, 4, Bruxelles (abonnement : 12 francs,\n  étranger, 15 francs.)\n                                              ***\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — J . - B . SUPINO : Les deux Lippi (Florence,\nAlinari). — P . MOLMENTI : La peinture vénitienne (ibid.). — H . - C . MARIL­\nLIER : D a n t e Gabriel Rossetti ( L o n d r e s , G. Bell & Sons).— H . DE RÉGNIER :\nL e s rencontres de M. de Bréot (Paris, Mercure de France). — R . KIPLING :\nLettres du J a p o n (ibid.). — A. POIZAT : L a dame aux lévriers (Paris, P l o n ) .\n— M. AVESNES : Journal de bord d'un aspirant (ibid.) - — M. BARRÈS : Quel­\nques cadences ( P a r i s , E . S a n s o t ) . — M. BARRÈS : Ce que j'ai vu à R e n n e s\n(ibid.). — M. BODEUX : Liégeoise idylle (Bruxelles, V r o m a n t ) . —\nA. MOORTGAT \"Geestelijke liederkrans (Brussel, Nationale Muziekdrukkerij).\n— Kindervertelsels, V I I e J a a r b o e k van DE SCALDEN, 1903 (Anvers, Busch­\nm a n n ) . — W . R I T T E R : U n e passante des quatre saisons (Paris, Mercure de\nFrance).— M. B A R R È S : U n h o m m e libre (Paris, F o n t e m o i n g ) .— L . W A U T H Y :\nHistoires à ma dame (Liége, Edition artistique).— E . PICARD : Désespérance\nd e F a u s t (Bruxelles, Lacomblez). — J. BERNARD : L a mort de Narcisse\n(Valence, Céas).\n\n\n\n\n                                            %>\n"}, {"page_pdf": 768, "texte": "                                                                                           9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET '                                                                               BRUXELLES\n\n\n                     LE GRESHAM                                    REIilURE D'ART & D'AMATEURS\n               Compaq je anglaise • assnranees sur la rie\n                 ACTIF : 2 0 6 9 9 9 , 2 4 7 franc»\n                        SinUtru payé* M Balalaua\n                                                                   Paul Claesserjs\n                                                                      «all—i S j t e w a l A H M\"» la CamUtac se Flânera\n               «•puis 1 8 5 S : 2 8 , 6 0 0 , 0 0 0      francs\n                     P •osptcliu et rtnttig temenlt gratuits           2 4 , rue de Berlalmont, Bruxelles\n               8, plaea Royal*. 8, BRUXELLES\n\n\n FABRIQUE DE MATELAS\n                          Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                             médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                          BERVOET^WÏELEMANS\n                                             FOURNISSEUR DE LA COUR\n     6, 8, 10, 12, Rue du Midi *t» BRUXELLES\nUsine à vapeur*, Lavoir» de laines : TlUE, CES GOUJONS, 120\n                                          Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                               FABRIQUE ET ATELIERS :\n         rv^ -:,-                    37, R u e d e l a Charité - BRUXELLES\n             QB?» i f                                             TÉLÉPHONE: 1 9 4 7\n   ! é\n                                        Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                     Spécialité de tous les articles concernant la peintuie, la sculpture,\n                                                    la gravure, l'architecture et le dessin.\n\n   i                 \\-        !     RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                            Vente et location de modèles pour la peinture\n         k&*Af\\\\/A\n\nPremières médailles aux Expositions .'Bmsterdain, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Chjcago, etc.\n\n   PIANOS S T E I N W A Y                                                              & SONS\n                       NEW-TORE — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d Autriche et de Russie, des rois d Angleterre, de Saxe,\n  de Suéde et d Italie, du Sultan, de l a reine régente d Espagne, du schan de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach paraît main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Sleinway R. \\ \\ agner . >« Le Stein-\nway est uu superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Frans Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance A. Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici F Busoni . » « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert. »« Ils sont tellement an dessus de toute critique, qu un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter) »\n  Agenre générale el dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MtSCII, 224, rue Rovale\n"}, {"page_pdf": 769, "texte": "                  V I E N N E N T                               DE                 P A R A I T R E\nQ U I N Z E MOIS D A N S L ' A N T A R C T I Q U E , par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                                         fr. 5 0 0\nLA R O S E E T L ' É P É E , par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.)               » 3 50\nL E S J A R D I N S CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                                                 fr. 3 5 0\n        On peut se piocuret ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur CH. B U L E N S , 7 5 , r u e T e r r e -\n     N e u v e , à. B r u x e l l e s .\n\n\n\n J. BDÉSO Père Rentollenrs et restaurateurs de musées neiges et Étrangers P. BDÉSO Fils\n         EXPERT\n                                                       M A I S O N F O N D É E EN 1 8 6 7\n                                                                                                                         EXPERT\n                                Rentoilage, transposition, restauration et parqueUge de tableaux\n  2-4, BUE DE LIGNE                     VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES                            24, rue do Gentmomme\n      Bruxelles                                ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                              Bruxelles\n\n\nCH OCO L A T                         B I ESWAL                              CH OCO L A T                         B I ESWAL\nCH OCO L A T                         B I ESWAL                              CHOCO LAT                            B I ESWAL\n\n    LE STANDARD\nCompagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                          flrcQives floîiliaires (G Belgique\n                                                                                       52, rne Stévin, BRUXELLES\n            ACTIF : 2 7 8 MILLIONS                                                                   Recherches de généalogies et d'ar-\n                                                                                                      moiries en Belgique et à l'Etran-\n                                                                                                      ger. — Attestations officielles de\n   Principaux avantagea de la Compagnie :                                                             noblesse, de filiations et d'armoi-\n                                                                                                      ries.— Copiesofficielles de lettres\ni° Polices incontesta- 't° Tarif avantageux.                                                          de patentes de noblesse. —\n  bles npres deux ans 4° Participation linpor-                                                        Inscriptions à la liste des nobles.\n  de date.                   Inntedes assuresdans                                                     — Insertions de généalogies dans\na° Prêts sur polices         les bénéfices de la                                                      des publications neiges et étran-\n                             Compagnie.                                                               gères. — Rectifications d'actes\n  aj ant trois ans do                                                                                 de l'état civil et adjonctions des\n  date                     5° Prêts hypothécaires.                                                    noms. — Correspondants en pro-\n   S'adresser pour renseignements et prospectus à la                                                  vinceeti l'étranger —Armoiries\n                                                                                                      et documents généalogiques sur\n            D I R I C T I O N      Q t N t R A L I                                                    plus de 100,000 familles nobles\n                                                                                                      et patriciennes.\n28. PLACE DE BJROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n  Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles                       R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                  P\n                                                  A      ENCADREMENTS                                            Pai suite de décès\n                                                  u\n                                                  L.           ^              ^             —             —\n\n                                                  v      DORURE                   ET         SCULP-\n                                                  E                                                             LIQUIDATION\n                                                  R      T U R E S U R BOIS\n                                                                                                                          DE\n                                                  D\n                                                  U        ESTAMPES•••••*•••\n                                                  S\n                                                  s\n                                                         GRAVURES                    ANCIENNES                 300 VOITURES\n                                                  E                                                            Vente à tonte\n                                                  N                                    ,##\n                                                  s                                                                offre acceptable\n                                                  U      N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                  c\n                                                  c\n                                                  a:     SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                           71, rue Goffart\n                                                  S\n                                                  •                                                                1XELLE8\n                                                  •      D'AUTHENTICITÉ                • • • • • • • • • • •\n                                                  u\n                                                  R                •\n"}, {"page_pdf": 770, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   ta, Marché-au-Bol» - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles a vue : 1 1 2 p. c sans commissiou\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; inlérôt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. e.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous p a y s\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n    LA RÉSERVE MUTUELLE\n          de»        ÉTATS-UNIS\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n                                                      HOTEL DU PHARE\n                                                              263, Boulevard Militaire, 263\n              s u r       l a     V i e\n                                                                         REPRIS PAR\n\n                                                       MM. PARRED & JAEGER\n                                                                    Ancien» propriétaires\n                                                           de la Taverne Léopold, rne da Commerce\n\n\n                                                      C H A M B R E S AVEC               PENSION\n                                                                 depuis 5 francs par jour\n\n  ENCAISSEMENT ANNUEL           . . 40 Millions          Salles pour banquets et noces\n  SINISTRES PAYES . . .         . . ?50 Millions\n      Combinaisons très intéressantes                         Grand air — Belle situation\n   DIRECTION 6ÉNÊIMLE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE\n       8 , i r u e H a l é T y , P A R I S (»•)\n                                                      Communications faciles avec Bruieiies et vice-versa\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n   19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n           On demande «les Agents                       Cuisine et cave renommées\n\nEntreprise ne Déménagements\n         ET TRANSPORTS\n\n                                                           18, Marehé-au-Bois, 18\n\n                                                                  BRUXELLES\nVoilures a I, 2, 3 et A chevaux\n         WAGONS CAPITONNÉS\n\n  On traite à l'heure et a forfait\n                                                      Vins et Spiritueux\nJules                ROLAND\n       25, rue «Tldalie, 25\n   IXELLES-BRUXELLES\n           TÉLÉPHONE              5969                      LIQUEURS                 FINES\n"}, {"page_pdf": 771, "texte": "APPAREILS                   PHOTOGRAPHIQUES\n                                        OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                  JUMELLES A P R I S M E *\n                                               P A P I E R S , PLAQUES\n                                        PELLICULES     PHOTOGRAPHIQUES\n                                        SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                 MICROSCOPES\n\n                                           Grand choix de photographies\n                                             artistiques et décoratives\n\n\n                                        ALBERT              HOFMANN,                        BRUXELLES\n                                             S a l l e d'exposition : rue d e la R é g e n c e , 5 3\n\n\n\n\n                                        mjmiï,\n\n\n\n\n     POUÇ VOS CIGARES fl^S                                                   Les Boues Caouicîiûuiées\n                                à la                                            TALBOT\n                                                                      a*a   sont inusables l\\     inarrachables\nMAISON AMÉRICAINE                                           S     •   ! •           EXIGER LA MARQUE\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                          Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                Maison SNYERS-RANG & C\"\n              BRUXELLES                                  Fondée on 1815             —           Téléphona 1389\n\nP.-S. -- Arrivages réguliers de cigares de la Havane          27,        rue d'Or,      BRUXELLES\n\n\n imprimerie Scientifique Char-\n les B U L E N S , Editeur, rue\n Terra-Neuve, 75, Bruxelles\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 10, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1904-10", "signet_source": "Onzième année - N°10 - Octobre 1904", "preuve": "Couverture conservée (PDF 696) portant « Octobre 1904. 11me Année. N° 10. » ; page de sommaire (PDF 698) : « 1904 — 11e Année. Sommaire du n° 10 (Octobre) ». Pagination 577-640, qui fait suite aux pages 573-576 de la livraison précédente ; la table annuelle donne Johanne p. 577 et Notules p. 632. Indices internes : « Soir en Campine » daté de Genk, 20 septembre ; « Gazette des faits et des livres » datée de Zonhoven, septembre ; les Notules annoncent l’ouverture du Salon du Labeur « le 1er octobre » et des concerts à partir du 16 octobre et du 13 novembre 1904.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}