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N° 12.\n\n\n\n\n        REVUE CATHOLIQUE ©'ART\n          iPE LITTERATURE\n\n\n\nB\n                                          ^ • • »\n\n\n                                                                    • • •\n\n\n\n                     •   •   •\n\n\n\n\n                                 •    •    - •      •   •\n                                                            •   •\n\n\n\n\n  B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-202", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine ne la société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 849, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4714, "texte": "Domaine ne la société \" La WESTEUDBISE\n\n                                         Lfl PLEBE DE WESTEHDE\n                                   est située aux bords de la mer du Nord,\n                             entre Ostende et Kieuport; elle est de sabla fin-\n                             Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                             attirer l'attention des familles désireuses de Jouir\n                             d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                             le confort à la simplicité dans des conditions très\n                             avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                             le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                             saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                             tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                             munale. Routes carrossables et eyolables, accessibles\n                             aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                             tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n    Villas et Terrains       Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-        Villas et Cottages\n                             phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n        A VENDRE             d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la                    à\n      par annuités           digue, dea avenues, des villas et des eottages.                 LOUER\n\n\nÇ<p»ô°tf*t                           HALLES WE8TENDAISE8\n                               Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert las\n                             villas et eottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                             conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                             bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                             dans des conditions très avantageuses et sont tou-\nl         r*-V           I   jours de premier choix.\n                                                                  Lie Waatond' Hdtal est ouvert du 95 mai\n                                                                  au a8 septembre        Pension de 6 a 1S fr\n                                                                  par jour. Aux commencements et 'fins de\n                                                                  saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                                    tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                                  prolongé à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                                   ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n      DIGUE                                                          rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                        Ameublement moderne esthétique et\nTéléphona n* 10                                                               confortable. Balcons et Ter-\n                                                                                rasses. Salle de musique.\n    njÊSEAU\n                                                                                  Salle de billard. Salle de\n                                                                                     récréations p» enfanta.\n                                                                                        Salons d» lecture, de\n                                                                                               correspondan-\n                                                                                              ce. Cuisine soi-\n                                                                                              gnée. Caves re-\n                                                                                               commandées.\n                                                                                               Appartements\n                                                                                               avec salon.\n\n       Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n      Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n                                    ( A. B R U X E L L E S , 5 3 \" , r u e C a p o u i l l e t ;\n        renseignements, s'adresse» < ^ W E S T E N D E , à. l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                    f       P l a g e ou a u \"Westend'Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-203", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 850, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                           1904 — i l » A n n é e\n\n\n\n\n             Sommaire du n° 12 {Décembre)\nL'abbé HENRY MŒLLER. — Le plus beau livre d'étrennes :\n                       Le livre d'or de la Belgique . .             705\nJEAN BERNARD. — Dialogue                                            70g\nJ. DE TALLENAY. — Le martyre     de Vivia Perpétua et de Félicité   712\nFRANZ A N SEL. — Les poèmes                                   . .   721\nHENRI VIGNEMAL. — Pages       détachées                             ^32\nGEORGES DE GOLESCO. — Chronique musical© :\n                            Premier concert populaire. — Con-\n                            certs Delune. — Le violoniste\n                            F. Kreisler. — M\"u \\V. Landowska,\n                            claveciniste. — Trio Chaigneau —\n                            Le violoniste O. Back. — La vie et\n                            la mort dans l'œuvre de Wagner .        736\nP. L. — Les expositions :\n           Le onzième Salon du Sillon                         .     742\n           Les expositions du Cercle Artistique : Henri Meu-\n              nier, V. Abbeloos, Ch. \\V. Bartletl, MM. Tueleman\n              et Van Strydonck, L. Cambier, O. Halle. . . .         745\n           Expositions diverses : Au Cercle Artistique       de\n              Gand. — MM. Ruytinckx et Bastin.— L'Effort.—\n              Au Palais d'Anvers                                    747\n            Le Concours de Rome                                     747\nPIRMIN VANDEN boscu. — Gazette des faits et des livres . .          749\nLivrés et revues                                                    \"53\nKotulcs                                                             758\nTable générale des matières de l'année 190%                         764\nTable des illustrations                                             767\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-204", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A B O N N E M E N T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 851, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "REVUE\n                      DURENDAL\n                  CATHOLIQUE              D'ART       ET DE                LITTÉRATURE\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-205", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 851, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 135, "fin_caractere_exclue": 385, "texte": "A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 fiancs port compris\n         (Pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand Cerf, 22, à Bruxelles\n                               P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-206", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINCIPAUX FRANZ", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 851, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 385, "fin_caractere_exclue": 839, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                         M M . H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                  L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                  F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                   Secrétaire de la Rédaction : GEORGES V I R R E S\n                            Correspondant d* la rédaction à Parts :\n\n                 M . H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-207", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Principaux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRINCIPAUX FRANZ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 851, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 3593, "texte": "PRINCIPAUX\n     FRANZ ANSEL.\n                                          COLLABORATEURS\n                                                ARNOLD GOFFIN\n     MAURICE BEKAERT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n     EDGAR BONRHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n     HENRY BORDEAUX.                                      J. K. HUYSMANS.\n     ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS\n     THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n     GEORGES BKIGODE.                                     VICTOR KINON.\n     H É L È N E CANIVET.                                 GODEFROID K U K I H\n     MARIE CLOSSET.                                       L. DE LA LAURENCIB.\n     L'abbé A u c . CUPPENS.                              L'abbé L . L a CARDONNEL.\n     L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . C H . LECONTE.\n     L e bai on JOSÉ DE COPPIN.                           GEORGES MARLOW.\n     GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES MARTBNS\n     GEORGES DELAUN Y.                                    PAUL MUSSCHB.\n      La comtesse E D DE LIEDEKERKB.                      EDOUARD N E D .\n     L e baron G. DELLA FAILLE.                           MAURICE OLIVAINT.\n     EUGÈNE DBMOLDER.                                     ERNEST PÉRIER.\n     D o m BRUNO DESTRÉB.                                 GEORGES RAMAEKERS.\n     JULES DESTRÉB.                                       G E RGES RENCY.\n     Vicomte D'HENNEZEL                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n     EDOUARD DUCOTÉ.\n     MAURICE DULLABRT.                                    i OSEPH RYELANDT.\n                                                             ERNAND SÉVBRIN.\n\n     t  EsQUIROL.\n       MILE FERMAUD.\n     LAURENT FIERENS.\n                                                          HENRY V A E S .\n                                                          R   BERT VAN DER E L S T .\n                                                          CHARI ES VAN LERBERGHB.\n     H . FIERENS GEVABRT.                                 EMILE VERHAEREN.\n     IWAN GILKIN.                                         L'abbé T R . VERHELST.\n                                                          LÉOPOLD W A L L N E R , e t c . , etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL    de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyi à la Rédaction\n\n      Poar la Rédaction, 1 Administration et les demandes d abonnements, s adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue da Orand Orf, poar la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-001", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 705, "page_fin": 708, "titre_corps": "Le plus beau livre d’étrennes : Le livre d’or de la Belgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Le plus beau livre d'étrennes Le livre d'or de la Belgique (1) Voici un livre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 852, "page_imprimee": 705, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "Le plus beau livre d'étrennes\n\n                     Le livre d'or de la Belgique (1)\n                Voici un livre absolument unique à tous les points\n                  de vue. Ce livre c'est cette œuvre magistrale\n                  qui a pour titre La Belgique et pour auteur\n                  Camille Lemonnier. C'est le plus beau livre\n                  qu'on ait jamais écrit et qu'on écrira jamais\n                  sans doute sur notre chère petite Belgique;\n                  petite, entendons-nous, par le territoire, mais\n                  grande infiniment et l'égale des plus grandes\nnations contemporaines, par sa vie intense et vibrante, par\nson intellectualité à la fois scientifique et artistique, par la\nliste glorieuse de ses savants, de ses artistes, de ses peintres, de\nses sculpteurs, de ses musiciens et de ses littérateurs. Au pre­\nmier rang de ces derniers, nous devons citer Camille Lemonnier\nlui-même, l'auteur de cet admirable livre que nous recomman­\ndons de nouveau avec le plus vif enthousiasme à l'attention de\nnos compatriotes. Nous avons déjà fait l'éloge de ce livre. Mais\nd'une œuvre pareille on ne parlera jamais assez. C'est le chef-\nd'œuvre de Camille Lemonnier et c'est en même temps, comme\nnous le disions, un livre unique dans son genre.\n   Quel est le pays, en effet, qui a eu l'honneur et la chance\nd'avoir rencontré un apologiste d'une envergure pareille et dont\nl'histoire, la vie, les mœurs, l'art, le pittoresque ont été aussi\nsplendidement et aussi fastueusement dépeints que dans ce\n\n   (1) La Belgique par CAMILLE LEMONNIER, édition nationale publiée par la maison\nd'éditions Caslaigne, de Bruxelles (rue de Herlaimont, 28, Bruxelles) Un volume in-4° de\n800 pages, contenant 100 gravures sur bois. Prix : broché, 25 francs; relié, 30 francs\n(reliure amateur). Le payement peut se faire par versements mensuels de 5 francs ou\nde fr. 2.50. — En dépôt chez les principaux libraires\n"}, {"page_pdf": 853, "page_imprimee": 706, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "706                                  DURENDAL\n\n\nlivre consacré à la Belgique, livre d'une beauté éternelle, et\nqui a auréolé d'une immortalité définitive les grands noms, les\nbeautés, les gloires, les célébrités de la Belgique.\n   Camille L e m o n n i e r , avec les soins touchants et délicats d'un\nfils amoureux de sa mère, a déployé tout son vigoureux talent,\nd'une puissance verbale incomparable, à confectionner ce livre.\nOn voit, on lit, on sent partout, dans l'ensemble et dans les\ndétails, qu'il a voulu faire de son pays le plus beau tableau du\nmonde. Ce n'est pas un éloge d i t h y r a m b i q u e et exalté, sonnant\nfaux, que l'on pourrait taxer d'exagération et qui mériterait à\nbon droit le soupçon du parti pris. N o n . C'est la réalité même,\nla réalité vivante et vibrante que l'auteur nous m o n t r e ; mais il\nla fait ressortir dans toute sa beauté et sa vie, grâce à son\nstyle m a g i q u e et prestigieux.\n   Q u a n d Camille L e m o n n i e r parle de nos artistes et de leurs\nchefs-d'œuvre, et de tous les trésors enchâssés dans ces écrins\nd'art que sont nos hôtels de ville, nos musées et nos cathé­\ndrales, c'est avec la verve d'un critique averti entre tous,\nqui écrit en connaissance de cause et qui mieux que n'importe\nqui saisit l'inspiration du génie, la pensée immortelle de nos\nartistes et l'idée mère de leurs œuvres.\n   D'autre part, en aucun livre écrit sur la Belgique, vous ne\nrencontrerez des descriptions plus lumineuses et plus ensoleil­\nlées des beautés pittoresques si variées et si fascinantes que\nrenferme notre petit pays.\n   E t nos beaux m o n u m e n t s , nos grandioses cathédrales, nos\nmerveilleuses maisons communales, nos glorieux beffrois, avec\nquelle rare éloquence L e m o n n i e r n'en dépeint-il pas toutes les\nrichesses et les splendeurs. Voulez-vous un exemple? Ecoutez\ndonc ce détail extrait d'un chapitre sur la vieille ville\narchiépiscopale de Malines. L e m o n n i e r nous ouvre les lourdes\nportes de chêne de la fastueuse cathédrale, un dimanche, au\nmoment de la célébration de l'office m a t u t i n a l :\n\n   E n t r e z un matin de dimanche à S a i n t - R o m b a u t : jusque sous les porches,\nla foule se presse, attentive au geste de l'officiant, les épaules couibées, les\ntêtes oscillant avec lenteur dans l'immense vaisseau où résonnent les orgues ;\net vers les voûtes montent les fumées violettes de l'encens, voilant l'or des\ntabernacles. Cependant, sous la b r u m e ondulante des cassolettes, s'aperçoit\nla pompe du vieux catholicisme flamand; les chasubles, les ostensoirs, les\nautels, les verrières s'allument et rutilent; u n e flambée sombre transforme le\n"}, {"page_pdf": 854, "page_imprimee": 707, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "                  LE PLUS BEAU LIVRE          D'ÉTRENNES                   707\n\n\nchœur en un étincellement de dorures et de pierreries. Et toujours les mains\négrènent les chapelets ou font tourner les feuillets des livres d'heure, tandis\nque les yeux, haussés vers la théorie lumineuse des diacres déployée entre les\ncolonnes de marbre, plongent avec une curiosité vague dans les orbes flam­\nboyants que tracent en évoluant leurs dalmatiques surchargées de broderies.\nDans la lumière des hautes fenêtres et le resplendissement des vitraux scin­\ntillent le cuivre et l'argent, en traînées de flammes ailées qui montent dans\nl'air, voltigent autour des statues dorées, aident au fond des pénombres\nbleues, et les encensoirs braséent, les buires luisent, les fermoirs des livres\nsacrés rayonnent, les grands Christs d'ivoire se tachent de pourpres san­\nglantes. Lentement, la main du custode fait glisser sur leurs tringles les\nrideaux verts qui masquent dans le transept septentrional le Christ en Croix\nd'Antoine Van Dyck : alors la pierre à son tour se revêt de gloire, l'agonie de\nl'Homme-Dieu, magnifiée par le pinceau d'un magicien, se transfigure en\napothéose et, pareilles à des gemmes, les larmes de la Mère des Douleurs\nruissellent en longs ruisseaux que des chérubins recueillent dans des calices\nd'or. C'est comme une incantation qui s'accomplirait aux paroles solennelles\ndu prêtre. Le rouge tremblement des torchères prête dans ces moments une\nvie surnaturelle à tout l'édifice du haut de leurs consoles contournées en\nrocaille, les douze apôtres de la grande nef font de grands gestes vagues sur\nlesquels se rythme la salutation des saints, des évêques, des martyrs, des dona­\nteurs, pendus aux colonnes, accrochés aux niches, arc-boutés aux chapiteaux;\nles figures des confessionnaux à leurs tours agitent leurs mains dans un\nmouvement lent de bénédiction; le cheval de saint Paul, abattu, les crins\nenvolés, les naseaux frémissants, sur le rocher que domine la chaire de\nvérité, tend les muscles de son poitrail, comme en l'effort d'un cabrement; et,\nau sommet de la corniche en marbre noir qui domine les blanches colonnes\ndu grand autel, un saint Rombaut de quatre mètres de hauteur élève, par-dessus\nla foule inclinée, la croix dont le vacillement des cierges prolonge l'ombre\njusqu'aux voûtes.\n\n\n    J'ai cité cette page, où L e m o n n i e r fait revivre l'âme m ê m e\nd ' u n e de nos plus belles cathédrales avec un art saisissant,\nparce qu'elle m'a paru une des plus r a y o n n a n t e s du livre. Mais\nil faudrait les citer toutes, car elles sont toutes d'une b e a u t é\négale. Je lisais récemment, dans un livre du célèbre prédicateur,\nle P . Olivier, sur le Béguinage de G a n d , cette assertion d ' u n e\névidence frappante, que personne n'a fait saillir avec plus de\nvérité et de puissance, la vie intime et délicieuse de nos exquis\npetits béguinages flamands, et il cite, à l'appui de son d i r e , un\npassage c h a r m a n t du livre de L e m o n n i e r sur la Belgique.\n     On pourrait en dire a u t a n t de tous les chapitres de ce livre,\nqui mérite vraiment le titre de L i v r e d'Or de la B e l g i q u e .\n     Ce qui est inouï et ce qui me remplit à la fois d'admiration\n"}, {"page_pdf": 855, "page_imprimee": 708, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "708                                  DURENDAL\n\n\n\net d'étonnement, c'est que Camille L e m o n n i e r a pu, dans un\n volume in-quarto de plus de 800 pages, décrire, dépeindre,\n disons mieux, chanter, car son livre est comme un chant de\ngloire et de triomphe, les splendeurs de notre pays, en un\nstyle d'un lyrisme éblouissant, sans défaillance aucune et sans\nj a m a i s lasser le lecteur et cela tout en restant dans la réalité\nla plus stricte de la description qui est d'une vérité frappante.\nCe livre est d'un bout à l'autre un poème magnifique\n et somptueux sur la Belgique, composé par un des plus grands\n écrivains de ce siècle.\n     Ce livre, tous les Belges devraient le posséder dans leur\n bibliothèque. E t , à ce sujet, nous faisons nôtres les paroles que\n notre ami E u g è n e Gilbert en a dites dans le bel article si\n élogieux et si judicieux qu'il a consacré, l'an passé, à La Belgique\nde Camille L e m o n n i e r , dans la Revue Générale (1). Avec lui\nnous espérons bien, pour l'honneur de notre pays, que tous les\n Belges, qui a i m e n t leur patrie, coopéreront à sa glorification\nen face des siècles à venir, en achetant ce beau livre. Puisse ce\nchef-d'œuvre trouver un si grand nombre d'acquéreurs qu'il\nfaille en publier plusieurs éditions.\n     Voici l'époque des livres d'étrennes. Les vitrines de nos\nlibraires en sont envahies. Mais que de banalités! Livres ruti­\nlants d'or et de couleurs à l'extérieur, oui. Mais ouvrez donc. Y\nen a-t-il un seul dont le contenu puisse être comparé à une seule\n page du chef-d'œuvre écrit par L e m o n n i e r sur notre pays. Voici\n le vrai livre d'étrennes pour un Belge amoureux de sa patrie et\n de ses gloires. L ' é d i t e u r Castaigne en a fait un bijou d'édition.\n Il est a b o n d a m m e n t et très artistement illustré. L'édition\nest en tous points digne de l'œuvre et de son auteur. Encore\n une fois, nous le recommandons le plus vivement et le plus\n i n s t a m m e n t que nous pouvons à nos compatriotes, et nous espé­\n rons bien que notre appel sera e n t e n d u .\n                                                              HENRY MŒLLER.\n\n   (1) \" Nous espérons pour l'honneur intellectuel des Belges d'aujourd'hui que les\nsouscripteurs viendront nombreux répondre à l'appel de l'éditeur.\n   » Si les lettrés catholiques ne peuvent être toujours en communion d'idées avec\nl'auteur du Mâle, si la personnalité liltéraire complexe et violemmennt tranchée de\ncet écrivain fécond et puissant peut être discutée en certaines de ses modalités, la\nvie de M. Lemonnier fut toujours un bel exemple de persévérance laborieuse, de\nconscience artistique, de fraternité littéraire. Rt, dans l'œuvre en particulier qui porte\nle nom de sa patrie, cet écrivain a répandu comme à foison le meilleur de son âme,\nde son intelligence et de son art.       \"       ( E U G È N E GILBERT. — Revue Générale.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-002", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 709, "page_fin": 711, "titre_corps": "Dialogue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Bernard", "ancre_debut": "Dialogue A Louis Le Cardonnel LE DISCIPLE Je veux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 858, "page_imprimee": 709, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "Dialogue\n                                              A Louis   Le    Cardonnel.\n\n                        LE   DISCIPLE\n\nJe veux l'agenouiller    à ses pieds, mon    orgueil.\n\nEt voilà que je marche vers lui, les mains lourdes\nde fruits que j'ai cueillis aux arbres de la route.\nJe devine déjà son toit, parmi les feuilles.\nVoici les champs de blés, d'orges et de luzernes;\nvoici les pommiers bas avec leur ombre ronde\net, dans les prés, de loin en loin, les grandes    fermes\npleines du bruit sourd des batteuses qui        ronronnent.\nEt puis, voici la paix du clocher de l'église\net son coq dominant très loin sur la campagne\net puis, là-bas, le fleuve et, là-bas, les  montagnes.\n\nMa maison est au bord des champs, près de l'église.\n Voici l'église, voici les champs et le toit\ndu presbytère qui sommeille à l'ombre grise\ndu clocher. Des chiens, que mon pas réveille, aboient !\nIl ne me faudra pas, pesamment, sur la porte\nfrapper le lourd marteau ; car la porte est ouverte\net, devant le seuil, Maître — auquel mes mains      apportent\nles fruits cueillis, le long des haies, aux branches vertes —\nlu me tends tes bras amicaux et ton épaule\noù je pourrai pleurer longtemps et sans paroles!\n\n                        LE   MAÎTRE\n\nJe t'attendais, ami. Traverse le couloir\nqui sent la moisissure humide des vieux murs.\n Tout au fond du jardin, nous irons nous asseoir :\nj'ai préparé pour toi le vin et les fruits mûrs.\nPourquoi t'ètre chargé de pommes encor vertes?\n"}, {"page_pdf": 859, "page_imprimee": 710, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "710                           DURENDAL\n\n\n                             LE    DISCIPLE\n      Hélas! je suis trop jeune et les fruits, sans mûrir,\n      déjà tombent des branches pour moi. Je ne sais\n      si la peine douloureuse que j'ai soufferte\n      me doit être inféconde et s'il me faut souffrir\n      encor profondément !\n\n                              LE    MAÎTRE\n\n                                Pose ton front lassé\n      sur mon épaule fraternelle.     Asseyons-nous\n      sur le vieux banc verdi, dans ce coin solitaire,\n      près de ce figuier noir et sucré.\n\n                             LE    DISCIPLE\n\n                                        Qu'il est doux\n       de s'aimer simplement et de savoir se taire!\n       Comme il dédaignerait l'amour et ses baisers,\n       si l'homme était assez grave pour l'amitié :\n       il est si bon de se donner sans se reprendre.\n       Mais en amour c'est à soi-même qu'on se donne!\n       Maure, si lu savais combien mon âme est tendre;\n      je sens en elle la douceur des fruits    d'Automne.\n       Je veux être pour toi le disciple pieux\n       dont la main séchera les larmes de tes yeux.\n\n                              LE    MAÎTRE\n\n      Triste ami, les disciples sont morts aujourd'hui !\n      Il n'est plus — maintenant — parmi le bruit des villes,\n      que des maîtres pervers qui sèment dans la nuit\n      le mauvais grain de leur exemple lâche et vil.\n      Et les seuls maitres qui demeurent        vénérables\n      s'isolent loin de l'homme et vivent dans les champs.\n      Ils préfèrent l'odeur pesante des élables\n      où s'endorment les bœufs, lourdement, sans songer.\n      Ah ! parmi lus pommiers fleuris dans les vergers,\n      Francis Jammes s'en va rêver d'intimes          citants\n      pour celle dont le nom lui rappelle l'Automne\n      et sa douleur s'apaise au frais parfum des pommes.\n      D'autres c'est dans l'orgueil qu'ils isolent leur cœur,\n      et, bien qu'on les vénère, on n'ose      s'approcher,\n      leur fierté les éloigne, hélas ! et l'on a peur.\n      Puis le disciple même — ardent — s'en va prêcher\n      la doctrine qu'il rêve et n'a pas encor faite;\n      mais sa voix est acide à l'égal de ces fruits\n       qui tombent des rameaux, dès les premières          pluies.\n"}, {"page_pdf": 860, "page_imprimee": 711, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "                            DIALOGUE                               711\n\n\n                           L E DISCIPLE\nJe saurai m'écarler, Maître, des faux prophètes ;\nmais ne dis plus que les disciples purs sont morts.\nLeur race est éternelle et ou renaître,  forte.\nC'est qu'il n'ont pas compris ta beauté grave et triste\ndes jours qui passent pacifiques et pareils\net qu'ils n'ont pas vu, comme moi, ton jardin\ndormir paisiblement à l'ombre de l'église.\nL'ombre est bonne et les fleurs n'en fleurissent pas moins\net leurs parfums sont aussi doux qu'en plein soleil.\nJe suis meilleur d'avoir pleuré. Je me sens humble\npar cet après-midi simple comme une vierge\net je sens que mon cœur — ivre d'amour — emprunte\nun peu de leur bonté aux choses d'alentour !\nJe veux avoir la douce humilité des berges\nqui — dociles et muettes — suivent le fleuve\nsans demander le but.\n\n                           L E MAITRE\n                          Jeune ami, tu es jeune :\ntu ne sais si l'orgueil ne viendra pas plus tard\nte faire regretter ta jeunesse,   asservie\naux sages leçons d'Un que tu dédaigneras !\nRéfléchis en ton cœur.\n\n                           L E DISCIPLE\n                        Je ne réfléchis pas.\nJe sens comme un besoin de te donner ma vie :\nJe ne puis la porter tout seul; elle est trop lourde\nà mes bras épuisés depuis que j'ai souffert!\nAuprès de toi le pain me sera moins amer\net mon cœur sanglotant s'apaisera sans doute.\nJe veux goûter enfin l'inexprimable     joie\nde me quitter moi-même et de n'être plus moi.\nO bon Maître, permets de m'asseoir près de toi !\n\n                            LE    MAITRE\nViens. Plus que le jardin         ma chambre est douce et calme.\n    (A lui-même.)\nJudas aimait le Christ aux regards doux et calmes,\ncomment donc, en l'aimant, a-i-il pu le trahir ?\n\n                           L E DISCIPLE\nO Maitre, ne redoute rien; car j'ai dans        l'âme\ncette force d'aimer toujours et d'obéir !\n\n  Saint-Rambert-d'Albon,   août   1904.\n                                                    JEAN BERNARD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-003", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 712, "page_fin": 720, "titre_corps": "Le Martyre de Vivia Perpetua et de Félicité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. de Tallenay", "ancre_debut": "Le Martyre de Vivia Perpétua et de Félicité (1) TROIS fois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 861, "page_imprimee": 712, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "Le Martyre de Vivia Perpétua\n             et de Félicité (1)\n                    TROIS fois, du fond du Colysée, montèrent dans les\n                 airs les cris des nomenclateurs appelant les\n                 noms des condamnées :\n                    — Vivia Perpetua! L'esclave Félicité!\n                    De la porte Sana Vivaria, elles parurent à la\n                 lumière, si petites, si frêles, au milieu du colosse\n                 de pierre dont les gradins chargés semblaient un\n                 réseau de mailles destiné à une hécatombe de\nTitans. Elles se tenaient par la main. Tandis qu'au mode\nphrygien, les fanfares des collèges résonnaient toutes à la fois\nsur le somptueux ensemble, elles firent quelques pas, puis s'ar­\nrêtèrent... L'arène était vide. Félicité, un halètement visible à\nla poitrine, avait d'abord cherché autour d'elle, effarée, d'où\nviendrait la mort; ensuite, apercevant près de la porte Libitine\nles civières qui devaient emporter leurs cadavres, humblement\nsouriante, les paupières mi-closes, elle s'était rapprochée\nencore de sa maîtresse et attendait, serrée contre elle, en un\ndivin abandon. Haute de stature, Vivia Perpetua la dépassait\nde la tête. Signe de gloire, signe de victoire, elle avait relevé\nses cheveux en un casque que traversait une fibule d'ivoire. La\nsplendeur des nuées incandescentes éclairait sa beauté d'un pres­\ntige tel que l'amphithéâtre vibra comme un seul organisme.\n   Les musiques cessèrent. I1 se fit une pause. Toutes les artères\nbattaient, précipitées, pendant qu'un retentissement de leur\n\n  (1) Extraits d'un des derniers chapitres d'un roman à paraître prochainement, sous\nle titre de Vivia Perpetua, chez L e m e r r e , à Paris. L'abondance des matières, à publier\ndans le présent fascicule, ne nous permettant pas de reproduire ce beau chapitre en\nentier, nous donnons ici seulement le récit du martyre des deux vierges.\n"}, {"page_pdf": 862, "page_imprimee": 713, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "       LE MARTYRE DE VIVIA PERPETUA ET DE F É L I C I T É       713\n\n\nfièvre aux tempes, les mâles voraces par milliers se repaissaient\nla vue de cette féminité patricienne si pure et de plus de séduc­\ntion à leur perversité, sous les stigmates de souffrances. Gigan­\ntesque brute de proie, aux vertèbres secoués de spasmes, le\nCirque, vautré sur elle, jouissait d'avance, en une accalmie pas­\nsionnée, de sa prochaine conquête.\n   Mais les esclaves éthiopiens étaient entrés, sur des poteaux\nplantés dans le sol tendaient un filet. Ils y poussèrent les chré­\ntiennes; d'un coup, tirant sur les cordes, les hissèrent à niveau\nd'homme. Et de nouveau l'arène fut déserte, le cirque muet.\n   Alors, seul, Pompone s'y présenta.\n   Un immense fracas d'acclamations résonna, tout à coup suivi\ndu même silence. Le gladiateur traversa lentement l'enceinte,\npassa, le front baissé, sous le filet que le poids des deux femmes\ncreusait au centre d'un renflement et s'arrêta à l'autre extré­\nmité, près de la barrière qui masquait le passage destiné aux\nfauves de combat. Son visage, toujours largement riant aux\napplaudissements du public, était pâle et contracté d'une façon\ninsolite. Néanmoins, lorsque, chassé par les bestiaires, qui\naussitôt se retirèrent, un taureau sortit de l'intérieur, s'avança,\nhésitant, flairant l'espace avec inquiétude, il bondit vers lui\net, le harcelant de coups de javelot accompagnés de cris brefs,\naigus, l'entraîna immédiatement en une course désordonnée,\nvite changée en poursuite frénétique. Les flots magnifiques de\nla foule, en houles frémissantes, ondulèrent à tous les étages;\ndes tumultes éclatèrent. Enivrés, les gens levés, serrés les uns\ncontre les autres, criaient, tandis que l'animal emporté — rouge\navec des cornes effilées teintées de vermillon — se ruait sur\nl'athlète et que l'athlète, agile, gracieux, voltigeant autour de\nlui, en des jeux souples, variés, inattendus, le mettait au\nparoxysme de la rage. I1 s'en enfuyait, revenait, le menaçait,\nl'attaquait de tous côtés comme avec des bras multipliés, tantôt\nle piquant au cou ou rampant sous son ventre, tantôt lui sau­\ntant sur l'échiné, lui labourant les flancs de ses genoux armés\nde plaques de fer aux clous hérissés. Sa brillante cuirasse\nluisait dans la poussière soulevée, laissait dans tous les yeux\nun sillon lumineux. L'énorme bête courait sur lui, rampante,\nensuite cabrée, se secouait, frappait l'arène de ses sabots, puis\npartait, meuglant effroyablement, tournait, tournait autour\nde l'enceinte avec l'ennemi fortement cramponné à l'encolure.\n"}, {"page_pdf": 863, "page_imprimee": 714, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "714                           DURENDAL\n\n\nL a terre répétait comme un écho son galop sonore. L'air sem­\nblait glisser sous leur masse légère. Enfin, d'une poussée,\ndirigée par les contractions effrénées du lutteur délirant, — qui\nse jeta alors de côté, — elle fonça sur le filet — soudain, recula,\nfrissonnante, à la vue des nouvelles choses vivantes qu'elle y\ndécouvrait...\n    U n chant très doux, tremblé, un instant paralysa l'assistance,\nun appel au Christ juif, monté du réseau en une sorte de tendre,\nd'enfantine mélopée...\n    Chacun se regarda. Des sensations de froid passèrent à tra­\nvers l'assemblée, mais le taureau, l'œil en flammes, le souffle\nr a u q u e , se ramassait et l'attention de Carthage s'y concentra,\npalpitante.\n    U n bond! Sa tête puissante souleva le tissu, d'un seul essor\nle lança en l'air, puis au bout des cornes reçut les deux corps\nretombés. Des plaintes de douleur, mille cris de volupté. De\nlarges gouttes écarlates mordirent le sable. L ' a n i m a l , ivre,\ns'acharnait, virant en rond, heurtant sa croupe aux poteaux,\nh a p p a n t les mailles, les déchirant dans ses mâchoires, rejetant\nles suppliciées avec une telle violence, qu'on les voyait chaque\nfois rebondir tout entières et s'effondrer ensuite sur les pointes\nterribles.\n    De beaux nuages t u m u l t u e u x défilaient sur l'effrayant monu­\nment rougeâtre béant vers le ciel comme un volcan en éruption.\nL a plèbe, debout, les veines bouillonnantes, les bras ouverts,\napostrophait les martyres, invoquait les dieux pour qu'elles\nsouffrissent davantage. Mais, d'un coup, elles s'abattirent,\nentraînant dans leur chute l'appareil qui les soutenait. D e sau­\nvages clameurs, puis chacun se tut, regarda. Elles gisaient,\nimmobiles, l'une à l'autre enchevêtrées, au milieu des corde­\nlettes de poil de chameau. L e u r s blessures apparaissaient par\nplaces, vives, affreuses, entre les interstices du filet qui adhé­\nrait à leur chair. Au-dessus d'elles, tassé sur lui-même, une\nbave visqueuse au naseau, les pattes enfoncées dans les\nflaques pourpres agglutinées sur le sol, le r u m i n a n t , arrêté\nquelques secondes par la soudaineté du choc, se préparait à un\nnouvel assaut.\n   Son mufle pantelant, collé aux corps, les reniflait par\naspirations dont on entendait partout les bruyantes bouf­\nfées. De ses entrailles, des secousses se propageaient en\n"}, {"page_pdf": 864, "page_imprimee": 715, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "       LE MARTYRE DE VIVIA PERPETUA ET DE FÉLICITÉ             715\n\n\nondes qui couraient par plis saccadés le long de son dos,\nluisant de sueur.\n   Vivia Perpetua remua... Le taureau se rapprocha... Ren­\nversée en arrière, elle ne pouvait sentir que son halè­\ntement bref brûler sa poitrine, elle ne pouvait voir que ses\nprunelles démesurées roulant, obliques, dans des orbites\nsanglantes...\n   Mais, en ce moment, un hurlement retentit, d'une stridence\ntelle qu'une commotion ébranla le public. Pompone, d'un élan\nfou, s'était jeté sur le monstre en fureur, de ses mains fou­\ndroyantes lui comprimait la gorge, le faisait reculer en le pliant\nsur ses jarrets, avec tant d'audace et de force singulière que,\npris de stupéfaction, dominés par l'héroïque spectacle, les\ntémoins ne respiraient plus. Tout à l'impulsion aveugle qui\nl'avait précipité, le gladiateur luttait, sans armes, en une tour­\nmente d'emportement, ses nerfs, ses muscles tendus à éclater et\ndans un emmêlement d'efforts qui l'entraînaient, avec la brute,\nde tous côtés, dans la piste. Il l'avait saisie par les cornes, la\nmaintenait ainsi, suivant de tout son être suspendu sur la pointe\ndes pieds ou comme subitement enraciné, tous ses écarts. Le\nheurt de leurs membres, oscillant en une masse unique, rem­\nplissait le silence, — puis des craquements d'os, leurs haleines\nimpétueuses, les râles qui échappaient au géant avec des grin­\ncements de dents, des imprécations, des balbutiements étranges\ndont on ne comprenait pas le sens. Un trouble frénétique sem­\nblait le posséder, il ne riait point son rire de défi. Des fronce­\nments d'angoisse crispaient sa face et pendant qu'alentour,\nintarissable, montait soudain l'ovation du Cirque, tout à l'en­\nchantement de la fête rare que lui offrait son lutteur favori,\narc-bouté sur lui-même, affolé, secoué de douleur, il combattait\ntoujours, sans armes, de ses mains seules, contre le monstre en\nfureur. Autour de lui, les colonnes enguirlandées de narcisses,\nles portiques, les gradins, les spectateurs, passaient, éblouis­\nsants, vertigineux, en une ronde fougueuse, comme si le monu­\n ment lui-même se fût mis à tourner, pareil à une immense\nroue flamboyante.\n   Tout à coup, il tomba. Le taureau, tête basse, frappait sa\ncuirasse d'une roulée de chocs formidables. Si spontané fut\nl'élan qui projeta les milliers d'individus en avant, que l'amphi­\nthéâtre parut se soulever tout entier.\n"}, {"page_pdf": 865, "page_imprimee": 716, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "yi6                         DURENDAL\n\n\n   — Écartez le taureau ! Écartez le taureau ! Sauvez l'illustre\n Pompone! Sauvez-le!\n   Des bestiaires se précipitèrent. Des esclaves, costumés en\n Mercure, portant des crocs rougis au feu, piquèrent les flancs\nde la bête qui fit un soubresaut en meuglant convulsivement.\n   — Les chrétiennes au taureau! Les chrétiennes au taureau !\n   — Par Hercule, il ne les aura pas! vociféra Pompone, qui,\nredressant sa taille gigantesque, prêt à un nouveau combat,\napparut, livide, le torse dépouillé de vêtements, ses cheveux\nbouclés collant comme des serpents sur ses épaules qu'entail­\nlaient de larges coupures reçues dans les récents pugilats.\n   Épuisé, essoufflé, la bouche ouverte, toute remplie de sable,\nil s'élançait déjà, menaçant, les poings brandis... Mais le\npeuple, quoiqu'il fût aussi émerveillé de son courage qu'amusé\npar l'inattendu de cette lutte imprévue, le peuple voulait voir\nmourir Vivia Perpetua. La vie farouche des intincts l'envelop­\npait comme une mer, et les réclamations partaient de toutes\nparts, se heurtaient en des rugissements de clameur. Sur un\ngeste du Proconsul, on retint le gladiateur qui tremblait comme\ndans les secousses d'une fièvre mortelle. L'Intendant des Jeux se\nprésenta dans l'arène, s'inclina devant le magistrat, attendant\nses ordres. La foule beugla :\n   —• Les chrétiennes à mort ! A mort la pâture de l'Achéron !\nA mort les filles de l'Erèbe!\n   — Qu'on les livre pour la seconde fois au taureau après l'inter­\nmède, dit Hilarianus.\n   Aussitôt résonnèrent les musiques sacrées; des enfants semè­\nrent à profusion les pétales de fleurs et la poudre d'or, et déjà\nles bestiaires chassaient l'animal vers la barrière du podium,\nlorsque Pompone, écartant brusquement le cercle des serviteurs\nqui le détenaient, s'abattit sur son échine et, lui entourant le\ncou du bras comme d'un anneau de fer, y incrusta ses dents\nen une longue, en une vorace morsure. On rit de sa vengeance.\nDes applaudissements retentirent, tandis qu'il se laissait choir\nhaletant, sa belle tête bronzée, aux lèvres de sang, inclinée\ncomme sans forces sur son buste extraordinaire, et demeurait\nimmobile, plongé dans une sorte d'obscur naufrage de tout ce\nqu'il était.\n   — Emmenez les condamnées! Qu'on les fasse sortir !\n   En un grand sursaut, il s'approcha d'elles, se pencha. Elles\n"}, {"page_pdf": 866, "page_imprimee": 717, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "       LE   M A R T Y R E DE V1V1A P E R P E T U A   ET   DE   FÉLICITÉ   717\n\n\n\ngisaient toujours, l'une à l'autre enchevêtrées parmi les corde­\nlettes de poil de chameau. Leurs blessures, vives, affreuses,\ns'apercevaient par places entre les interstices du filet, adhérent\n à leur chair. Aidé des libitinaires qui entraient en fonctions,\nil écarta les mailles noires. Les deux femmes apparurent.\n Félicité inanimée, la patricienne balafrée de coups et de meur­\ntrissures, la peau souillée de fange sanglante, mais le visage\ntoujours doucement souriant dans l'altération même de sa\nsouffrance.\n   — Au spoliaire! au spoliaire! trépignait le public, impa­\ntient de mangeaille et de diversion.\n   Avec une indicible avidité, le colosse attira Perpetua à lui par\nles poignets. Des palpitations, aiguës jusqu'au mal physique,\nlui battaient les côtes, lui martelaient le crâne, trépidaient dans\nses veines embrasées, tandis qu'en la relevant, il voyait ses\nmembres nus se redresser et frissonner dans la lumière des\nnuages qui flambaient sur le bloc de pierre aux milliers de\nvies frémissantes. Lorsqu'elle fut debout, elle parut examiner\nles lieux avec étonnement.\n   — Quand donc nous livrera-t-on à ce taureau ? lui\ndemanda-t-elle d'un accent si lointain, si limpide, que Pom­\npone, étranglé de stupeur, la lâcha, recula...\n   Alors elle sembla se rendre compte; ses yeux s'abaissèrent\nsur elle-même, virentsesplaies,sacheveluredéroulée... A la voir\nainsi chancelante, couverte de déchirures, un sentiment de pitié\nparcourut les gradins; des voix connues, qu'elle avait entendues\njadis, exclamaient :\n   — Sacrifie, ô Vivia Perpetua! sacrifie! Il est temps encore !\n   Mais, distinguant dans la terre piétinée l'aiguille qui avait\nservi à retenir ses cheveux, elle la ramassait : signe de gloire,\nsigne de victoire, tranquillement relevait en un casque, au\nsommet de sa tête, l'ondoyante masse noire qu'elle fixa de la\nfibule d'ivoire. Ce fut alors sous des rafales de passion\ndéchaînées qu'elle traversa le Colysée, suivant Félicité, inani­\nmée, à la charge d'esclaves et précédant le gladiateur.\n   L'intermède commença. Les buccins et les cymbales, avec\nplus d'éclat, sonnèrent les hymnes saintes; les enfants, à nou­\nveau, semèrent par tout le circuit des pétales odorants pendant\nque le Proconsul, descendu à l'autel de Bacchus, offrait les\nlibations prescrites, puis, signal du repas public, prenait une\n"}, {"page_pdf": 867, "page_imprimee": 718, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "718                               DURENDAL\n\n\nboisson à la rose que lui tendait, à genoux, dans une coupe\nciselée de reliefs, son dégustateur. E t , ceint de couronnes, les\ncœurs en joie sous les t u n i q u e s empierrées, tout à l'exultation\ndes réjouissances magnifiques qu'émanaient son vouloir et sa\nvitalité, Carthage mangea. T a n d i s que les légionnaires dan­\nsaient de successives rondes pyrrhiques en m i m a n t des attitudes\nguerrières, des paniers de mets délicats en nombre indéfini\ncirculèrent, puis des amphores, des aiguières d'argent, d'amples\nvases murrhins, des cratères de bronze où chacun puisait le vin\nou l'hippocras, ensuite la neige et buvait en disant à son voisin :\nBene tibi!...\n     Lorsque, enfin repue, la plèbe impérieuse, voulant sa proie,\nla réclama en une tempête de bruits, H i l a r i a n u s se leva, fit\nle signe consacré. U n e violente avancée de toutes les t ê t e s ; le\nsilence.\n     Les suppliciées entrèrent.\n     Elles étaient vêtues m a i n t e n a n t des subuculas qu'on leur\navait enlevées au moment de leur arrivée au Colysée. Félicité,\nles yeux crevés, s'appuyait à sa maîtresse, un ravissement exta­\nt i q u e sur ses traits décomposés de m o u r a n t e . P e r p e t u a , le bras\nautour de la taille de sa servante, guidait ses pas. L'étoffe rude\nqui les habillait se maculait à chaque seconde de plus d'écarlate.\nL'une et l'autre vacillaient, prises de vertige, hésitantes comme\ndans un lieu de ténèbres. L e n t e m e n t , à la lueur amortie et\ngrave du jour qui déclinait, elles parvinrent au centre du cirque\net serrées étroitement, s'immobilisèrent, si petites, si frêles, si\nmortellement souffrantes qu'une angoisse soudaine étreignit les\nspectateurs.\n     — L e t a u r e a u ! Le t a u r e a u ! réclamèrent quelques for­\ncenés.\n     Mais dans la foule vibrante, mobile, des m u r m u r e s gron­\ndèrent et tout à coup épandu, comme si l'assistance eût été une\nseule créature vivante, une exclamation jaillit, immense :\n     — Grâce! Pitié sur elles ! Grâce!\n     Selon la loi qui défendait d'accorder la vie aux condamnés à\nl'amphithéâtre et ne permettait que de les soustraire aux sup­\nplices, le Proconsul prononça :\n     — Qu'on les t u e !\n     — P o m p o n e ! P o m p o n e ! cria le peuple.\n     11 se présenta, revêtu. Sa cotte de maille reluisait si fort\n"}, {"page_pdf": 868, "page_imprimee": 719, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "        LE MARTYRE DE VIVIA PERPETUA ET DE FÉLICITÉ                         719\n\n\nqu'elle semblait une flamme errante. A pas lourds, il traversa\nl'espace qui le séparait des jeunes femmes. On entendait cra­\nquer les grains de sable sous ses pieds.\n     Arrivé en face d'elles, il se pencha, les envisagea; enlacées et\ndéfaillantes, elles souriaient comme des enfants heureuses. Il se\nredressa, tout en sueur, étouffé par u n e sensation brusque de\nquelque chose d'illimité, puis, avec un e m p o r t e m e n t d'insensé,\nil cloua son glaive dans la gorge de Félicité. Elle s'affaissa\nsans un râle et tandis que le gladiateur, conformément aux\nusages de l'arène, frappait trois fois de plus le corps de celle\nqu'il venait d'exécuter, P e r p e t u a t o m b a n t près de l'esclave\nexpirante, souleva sa tête appesantie, embrassa son front\nglacé.\n     — Sacrifie! Sacrifie! clama, en un ouragan de passion, le\ncirque, éperdu devant la magie de sa prestigieuse beauté.\n     Mais telle était la solennité du destin surhumain posée sur ce\nvisage clair et lointain, si absolue l'exaltation sacrée de cette\na t t i t u d e , que les cris s'éteignirent instantanément. Maintenant,\nagenouillée près du cadavre qu'elle soutenait d'un côté, Vivia\nP e r p e t u a avait ouvert d'un geste tranquille le vêtement sordide\nqui la recouvrait et offrait sa poitrine nue à la mort. Un recueil­\nlement intense enveloppa le m o n u m e n t .\n     — Q u ' a t t e n d s - t u ? dit-elle à P o m p o n e qui se tenait devant\nelle et, dans un trouble excessif, la contemplait en balançant\nmachinalement sa lame rouge.\n     Un frisson secoua l'athlète, — un grand déchirement. Il\nrecula, revint. Sur sa face barbare se peignait une souffrance\ninfinie. Une douleur obscure, diffuse, contractait tout son orga­\nnisme. Il supplia en lui-même : « O grande Déesse, conduis\nmon b r a s ! » et violemment abaissa le glaive menaçant.\n     A genoux, calme, écartant des deux mains sa tunique san­\nglante, son visage blême rayonnant de sourire à la pâle clarté\ndu couchant, Vivia P e r p e t u a le regardait...\n     Il se rejeta en arrière; des sons inarticulés s'étouffaient dans\nsa gorge; ses muscles énormes semblaient relâchés: il pantelait,\nméconnaissable...\n     — F r a p p e ! dit-elle, et sa voix résonna comme un cristal\nlimpide dans le vaste silence.\n     Il brandit son épée, avec un hurlement rauque, l'enfonça...\nMais il tremblait ; ses jambes puissantes chancelaient sous lui ;\n"}, {"page_pdf": 869, "page_imprimee": 720, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1021, "texte": "720                        DURENDAL\n\n\nl'arme, mal dirigée, déchira le sein, glissa sur l'épaule et\nPerpétua, baignée de sang, restait toujours à genoux, levant\nvers lui son visage blême illuminé de sourire à la pâle clarté du\ncouchant.\n   L'amphithéâtre frémit d'épouvante.\n   — Frappe, encore! balbutia-t-elle d'un accent qui s'étei­\ngnait. Pompone n'entendait pas. Lés doigts crispés sur le glaive,\nil considérait d'un air hagard les gouttelettes pourpres qui en\ndécoulaient. Un halètement de fauve soulevait ses côtes...\n   Elle lui prit la main, plaça elle-même la lame sur sa poitrine,\ndonna l'impulsion... Égaré, hors de lui, il la suivit, il frappa.\nTout son corps eut une contraction, tandis qu'elle tombait et\nque sa. chute douce sur Félicité morte remplissait le vaste\nsilence. Il s'écroula près d'elle, la palpa convulsivement, puis\nresta accroupi sur le sol, immobile, englouti dans la transpa­\nrence de ces yeux dilatés qui ne le voyaient plus.\n\n                                              J. DE TALLENAY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-004", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 721, "page_fin": 731, "titre_corps": "Les Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Les Poèmes Par l'Amour, par", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 870, "page_imprimee": 721, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "Les Poèmes\n\nPar l'Amour, par M m e MARIE DAUGUET (Paris, Mercure de France). — Pour\n  l'Enfant, par CHARLES DE POMAIROLS ( P a r i s , P l o n ) . — Heures de France et\n  de Bourbon, par MAURICE OLIVAINT ( P a r i s , Lemerre). — Conte d'Avril,\n  comédie en vers, par AUGUSTE DORCHAIN (Paris, L e m e r r e ) . — Pour l'Amour,\n  d r a m e en vers, p a r AUGUSTE DORCHAIN (Paris, L e m e r r e ) . — Hippolyte\n  couronné, tragédie en vers, par J U L E S BOIS (Paris, Fasquelle). — La Mort\n  de Narcisse, par JEAN BERNARD (Valence, Jules Céas et fils). — Le Livre\n  et l'Amour, par H E N R I BELMONT (Liége, T h o n e ) . — Les deux Routes, par\n  L É O N LEGAVRE (Bruxelles, édition de Vidée libre). — Les Chansons claires,\n  par RENAUD STRIVAY (Seraing, L e c o m t e ) . — La Terre noire : l'Ame des nôtres,\n  poème d r a m a t i q u e , par JULES SOTTIAUX (Bruxelles, Schepens).\n\n    Le récent livre de M m e Marie D a u g u e t : P a r l'Amour, est incontestable­\nment l'une des œuvres les plus intéressantes que nous ait données en ces\ndernières années la poésie française. U n poète parle ici, dont le verbe ardent,\nmélodieux et fort, charme invinciblement. E t , d a n s b e a u c o u p de ses accents,\ncette voix est neuve, inentendue encore, ne suscitant dans la mémoire aucune\ncomparaison. S a n s doute, il est permis de croire que, tour à tour ou simulta­\nnément, R o n s a r d , Laforgue, J a m m e s et de Régnier ont exercé quelque\ninfluence sur l'épanouissement de ce brillant talent. Mais, je le répète, on\ndécouvre d a n s ce recueil mainte strophe à ce point personnelle qu'elle écarte\ntout souvenir : combien de poètes d'aujourd'hui mériteraient pareil éloge?\nL a Cuisine, l'Amour mouillé, les Gnomes sont, c h a c u n dans une note diverse,\ndes pièces tout à fait excellentes et caractéristiques.\n    L e poète de Par l'Amour est l'un des plus fougueux et des plus passionnés\namants de la N a t u r e qui aient jamais épanché leur ferveur en u n chant lyrique.\nE t , c o m m e le dit fort bien M. R e m y de G o u r m o n t , dans la belle et judicieuse\npréface qu'il a écrite pour le livre de M m e Marie D a u g u e t : « Il n'y a point\npour elle u n e nature poétique et u n e n a t u r e vulgaire; tout lui est poésie,\nparce que tout émeut sa sensibilité. E t cette émotion, devenant aussitôt ver­\nbale, s'exprime dans les termes les plus nouveaux et les plus personnels. On\ny sent u n e intimité de chaque minute avec les choses de la forêt, des c h a m p s\net de la ferme. »\n    P a n t h é i s t e , comme Mme la comtesse de Noailles, M m e Dauguet trouve\nd'émouvantes paroles pour dire le trouble, véritablement a m o u r e u x , et don-\n"}, {"page_pdf": 871, "page_imprimee": 722, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "722                                    DURENDAL\n\n\nloureux parfois à force de douceur, dont l'inonde l'embrassement de la mater­\nnelle N a t u r e . O h ! être la chanson joyeuse d'un oiseau, le parfum d'une\nfleur, le bond alerte d'un cerf en fuite! Les m ê m e s thèmes reviennent volon­\ntiers sous la plume du poète : mais il les varie de si heureuse manière qu'on\nne songe même pas à s'en a p e r c e v o i r ; il a mille façons, plus gracieuses les\nunes que les autres, de traduire la constante aspiration de son être vers une\ncomplète fusion avec les beaux rayons, les tendres odeurs, les voix suaves\ndont la N a t u r e compose son orchestre infini.\n   Mais, avec Printemps, le Sens de la Vie, Simplicité, et surtout avec les der­\nnières parties du recueil, l'inspiration se transforme, p r e n d un tour parfois\nimprévu, devient sentimentale, ou fantastique, ou narquoise, selon le caprice\nde l'heure. Des p o è m e s d ' a m o u r exhalent, pour notre ivresse, la plus péné­\ntrante, la plus profonde des mélancolies (le Banc, le Merveilleux Absent). De\nvieilles légendes déroulent leurs cortèges chimériques, sourires de princesses\nou grimaces d'animaux fantastiques (le Tambourin), évoqués et r e n d u s vivants\npar le prestige d'une verve puissante et d'une féconde imagination. Enfin, le\nCoffret d'onyx renferme de précieuses reliques du passé, finement enrubannées\nde rose pâle et fleurant exquisement les grâces éteintes d'autrefois ; romances\nplaintives, élégies langoureuses, rappels des songes si bleus et si frêles de nos\ndéfuntes aïeules, souvenirs des guitares romantiques et des valses démodées\nque viennent pleurer sous nos balcons les vieux orgues de B a r b a r i e !\nM m e Marie D a u g u e t l'avoue sans honte, ces puérilités délicieuses la\nravissent :\n\n                 On dit : « C'est ridicule ! » Eh bien, ça m'est égal !\n                 Je chanterai : « Combien j'ai douce souvenance ; »\n                 J'aurai le cœur poncif d'un héros de romance,\n                 Je serai bêtement tendre et sentimental. .\n\n     Moi aussi, j ' e n conviens : j ' é p r o u v e un faible pour ces choses-là, — q u a n d\nelles nous sont rendues par un poète, un vrai, un pur, comme celui c i ; et\nc'est p o u r q u o i , sans doute, ce Coffret d'onyx me plaît plus que je ne saurais\nd i r e . . . encore que M m e D a u g u e t semble un peu se railler elle-même, en entas­\nsant dans son magnifique reliquaire, pêle-mêle avec des fleurs et des rameaux\nséchés, ces vieilleries romanesques qui servirent de joujoux aux fillettes\nde 1830.\n     De copieuses cilations seraient nécessaires, pour vous faire apprécier à sa\nvaleur ce livre très divers, très tendre, très prenant et supérieurement écrit.\n Mme Marie Dauguet parle une langue audacieuse et truculente, d'une richesse\nextraordinaire et d ' u n e rare s a v e u r ; ses vers, tout ensemble savants et frais,\nmusicaux et lumineux, débordants de passion et animés d'un rythme nom­\nb r e u x , paraissent être l'expression spontanée de la plus sincère sensibilité :\nils sont pleins d'art, sans a u c u n doute, et p o u r t a n t semblent jaillir de source,\nsous l'impétueuse et irrésistible impulsion de l'enthousiasme lyrique. Ah ! que\nje voudrais transcrire ici tant de fiers sonnets, d'une ligne si p u r e , d'un\nrelief si a c c e n t u é , si expressif et si harmonieux ! Q u e je regrette de ne pouvoir\nvous mettre sous les y e u x , jusqu'à ce que vous en ayez pénétré tout le sens si\n"}, {"page_pdf": 872, "page_imprimee": 723, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "                                    LES POÈMES                                      723\n\nh u m a i n , les Béatitudes, l'Ancien Nid, la Divine Folie, Pleurez avec mon cœur, les\nChats et bien d'autres poèmes, robustes ou délicats, dont la touchante\nbeauté vous inspirerait, pour M m e Marie D a u g u e t , une fervente admiration !\n   Par l'Amour est une œuvre réellement captivante et qui vaut d'être placée\nen glorieuse évidence au rayon des livres qu'on relit avec joie.\n\n    S o u s sa couverture violette, où le titre se détache en lettres d'argent : P o u r\nl'Enfant, voici un livre de profonde piété paternelle. On dirait d'un étroit\ncercueil, où furent religieusement déposées les reliques d'une petite morte.\nLe recueil ne porte point de nom d'auteur, mais seulement cette dédicace,\néloquente d a n s sa brièveté : A la mémoire de la petite Lui de Pomairols, Plaintes\npaternelles. E t tout de suite, on devine que ce livre est l'œuvre douloureuse de\n M. Charles de Pomairols, u n poète de race, auquel la noblesse de son inspi­\nration et la probité de son beau talent ont valu depuis longtemps u n e enviable\nr e n o m m é e . M. de P o m a i r o l s , qu'une étroite parenté d'âme unit au magni­\nfique rêveur des Méditations, est u n des rares poètes idéalistes que la F r a n c e\npossède encore. Les plus lointaines, les plus secrètes et les plus hautes aspi­\nrations de l'âme ont trouvé en lui l'un de leurs plus fidèles et plus éloquents\ninterprètes. Sa poésie, toute d'abstraction, approfondit les côtés immatériels\nde l'être h u m a i n et les puissances idéales de la Vie avec une pénétration, u n e\ndélicatesse et u n e distinction peu c o m m u n e s .\n    R i e n ne pouvait donner un plus large essor à ce talent assoiffé d'infini qui\nest celui de M. Charles de Pomairols, que l'épouvantable m a l h e u r qui le\nfrappa naguères dans ses plus chères tendresses : la mort soudaine de la char­\nmante fillette, dont le pur visage, éveillé et pensif à la fois, sourit à la première\npage du livre qui célèbre sa m é m o i r e . U n mal inattendu avait foudroyé\nl'enfant, loin de ses parents, dans le jardin du couvent où elle jouait avec ses\npetites compagnes ; elle s'en était allée en souriant et sans voir la hideuse figure\nde la Mort. Elle n'avait connu que la joie. Mais son père, du jour où elle fut\npartie, ne c o n n u t que la douleur. P u i s q u e le radieux sourire de son enfant\nne brillait plus sur lui, que lui faisait toute la splendeur du ciel? La ressus­\nciter en de p u r s poèmes, avec ses gestes familiers, ses paroles cou'umières,\nses espiègleries et ses caresses, ce fut son u n i q u e p e n s é e . E t peu à peu, les\nsouvenirs revenaient du fond du passé, se précisaient, s'accumulaient d a n s le\ncœur débordant du malheureux père, au point qu'il ne pouvait soulager sa\nsouffrance qu'en épanchant, en des strophes qui la faisaient revivre « d'une\nimmortelle vie », le trop-plein de son âme à tout jamais blessée. Il vivait si\nbien avec la petite morte qu'il finissait par la croire présente, là, tout près de\nlui, ou bien dans le jardin où elle jouait, sous sa fenêtre : il ne fallait pas\nqu'on fermât la porte, n'est-ce pas? Elle allait revenir, elle allait revenir d'un\nm o m e n t à l'autre! La nuit même, on laissait une croisée entr'ouverte; car il\nn'était pas possible qu'elle ne voulût pas revenir!.. Ainsi, ce petit fantôme\njetait u n e g r a n d e ombre sur la vie du poète. Aspects de la nature, événe­\nments de toutes sortes, souvenirs d'autrefois ou pensées d'avenir, il reportait\ntout à l'enfant, ne voyait plus rien qu'à travers cette mort, et son deuil éten­\ndait sur toutes choses le voile noir du jour fatal.\n"}, {"page_pdf": 873, "page_imprimee": 724, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": " 724                                       DURENDAL\n\n\n    De cette hantise est né ce livre. Il n'y a pas une page qui n e parle de l'enfant\ndisparue : d'un bout à l'autre, c'est elle, elle toujours et rien qu'elle. E t le\nmiracle, c'est la prodigieuse diversité de ces poèmes, leur intérêt jamais détail­\nlant, leur constante noblesse. M. de P o m a i r o l s a réalisé là u n e œuvre qui eût\nété trop lourde à tout autre q u ' u n p è r e ; sa poésie s'est enrichie de tous les\ntrésors de son cœur, et son inspiration devint inépuisable comme son a m o u r :\nc h a q u e jour, sans doute, depuis le triste jour où Lili de P o m a i r o l s s'en était\nallée, u n poème nouveau est venu fleurir sa tombe. E t le bouquet de ces\nsouvenirs a fini par former u n recueil aussi touchant que copieux, et qu'on\nne saurait lire sans larmes. L a petite Lili est m a i n t e n a n t , par la grâce de la\npoésie, plus vivante que jamais d a n s la fraîcheur de ses treize ans :\n\n                   Elle est désormais l'ombre, et sa place est plus grande !\n\n  P l u s d ' u n e mémoire douloureusement émue saluera de loin son \" étroite\ntombe \", en m ê m e temps que le beau poète qui l'a si bien glorifiée.\n\n     M. Maurice Olivaint, l'un de nos plus distingués collaborateurs, est du\n petit nombre de poètes français, deux fois favorisés par la destinée, qui ont\n b e a u c o u p erré sur la planète et qui ont vu surgir, sous des cieux i n c o n n u s ,\ndes étoiles ignorées. H e u r e s de F r a n c e e t de B o u r b o n témoigne du double\nplaisir qu'il a pris, revenu au pays natal, à se bercer d'anciennes affections et\nde vieux souvenirs parmi les doux sites familiers; et, retourné sous les\ntropiques, à s'enivrer d'aspects éblouissants. La F i a n c e et Bourbon furent\négalement favorables à son inspiration; et la diversité des heures qu'il y vécut\nprête à son livre un charme très spécial et très accentué.\n    L'île merveilleuse de l'océan Indien, toute petite qu'elle fût, avait d o n n é\ndéjà trois poètes illustres : P a r n y , qui y c o n n u t E l é o n o r e , L e c o n t e de Lisle,\nqui y passa sa première jeunesse, et Léon Dierx, l'auteur des Amants et des\nLèvres closes. S'il fallait entre eux choisir un ancêtre à M. Olivaint, c'est à\nL e c o n t e de Lisle que nous penserions : Vile au réveil, pour ne citer que cette\npièce-là, rappelle les meilleurs tableaux des Poèmes barbares, tant par la limpi­\ndité de sa lumière que par la fraîcheur éclatante de son coloris et la nette\nprécision de ses contours.\n    L a Mer et les Escales, reliant les heures de France aux h e u r e s de B o u r b o n\npar une chaîne brillante d'images ensoleillées, renferme peut-être les perles\ndu livre : Le Cimetière au bord de la mer, d'une si grave et si poignante émotion ;\n Ville d'Afrique, u n e toile radieuse, grouillante et bariolée, digne du pinceau\nlumineux de Loti, et qui me semble d'une parfaite justesse de notation ;\nIl Bacio enfin, une fantaisie de grâce mélancolique et de fine émotion.\n    Amours créoles est u n e suite mélodieuse de petits poèmes sentimentaux,\noù l'on retrouve un peu de la mièvrerie sensuelle du chevalier P a r n y , mais\nauxquels de magnifiques décors de nature tropicale confèrent u n rayon­\nnement fort caractéristique.\n    Mais le poète a trop complètement savouré toutes les douceurs de la vie,\npour ne pas connaître à présent l'amertume du désenchantement : les\nAiles brisées en témoignent avec une âpreté farouche, singulièrement diffé-\n"}, {"page_pdf": 874, "page_imprimee": 725, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3328, "texte": "                                      LES    POÈMES                                     725\n\nrente de la tendresse paisible des Heures de France et du joyeux éclat des Heures\nde Bourbon :\n               Mes étendards déteints pendent trempés de pleurs ;\n               Sous les noirs ouragans que soufflent les douleurs,\n               La guirlande enroulée au rostre s'est flétrie...\n\n                  Celui qui prendra place au banc où je ramais\n                  S'éteindra, comme moi, sans avoir vu la terre,\n                  Et le Navire, hélas ! n'arrivera jamais...\n\n   L e pessimisme de Baudelaire n ' e û t point parlé autrement.\n   Vous voyez que le nouveau livre de M. Maurice Olivaint s'impose à\nl'attention par des mérites n o m b r e u x , des charmes très divers et toutes\nsortes de beautés agréables ou profondes. J e ne lui reprocherai qu'une\nprosodie un peu trop symétrique, et que plus de souplesse ne déparerait\nnullement.\n\n    M. Auguste Dorchain, disciple préféré de M. F r a n ç o i s Coppée, est à la\nfois le poète officiel de l'Odéon et le porte-paroles très p r o b e , très loyal, sou­\nvent très éloquent, de cette jeunesse française qui a gardé, à travers toutes\nles tristesses, la foi en l'avenir et « l'amour de l'Amour ». Il en a célébré les\nespoirs et les aspirations en strophes élégantes, vibrantes et bien t r e m p é e s ; il\na été pour elle comme u n frère aîné, qui m o n t r e la route à suivre, p r o d i g u e\nde sages conseils, relève les courages défaillants. S o n œuvre est toute de\nfranchise et de saine énergie : l'Amour y apparaît dans sa simple nudité\n — que l'on trouve banale aujourd'hui — et dépouillé de toutes les morbi­\ndesses dont l'affublent complaisamment tant de nos contemporains M. Dor­\nchain est un talent fort s y m p a t h i q u e , et qui s'efforce a s s i d û m e n t vers la\nLumière. Profond honnête h o m m e , il mérite q u ' o n le salue avec u n e singu­\nlière estime.\n    T o u t ce qu'il y a, d a n s Bruxelles, de gens encore accessibles au goût des\njolies choses, a fêté au théâtre du P a r c le Conte d'Avril de M. Dorchain, qui\ny t r i o m p h a , voici quelques mois, d u r a n t de n o m b r e u s e s soirées. Il serait\n d o n c superflu de vous conter par le m e n u cette intrigue, toute m e n u e elle-\nm ê m e , et je craindrais de vous gâter, en l'expliquant en prose, l'exquise\na v e n t u r e de Silvio et de sa sœur Viola; c'est léger comme u n songe et frais\ncomme une aurore d'avril; c'est clair, joyeux, p i m p a n t et fleuri à souhait.\n Cela ne se peut dire qu'en vers, — et e n c o r e ! il y faut toute la sûre délica­\ntesse, tout le doigté aérien de M. Auguste D o r c h a i n . . . A quoi comparerai-je\ncette fantaisie de grâce ailée et chatoyante? Certains caprices de Shakespeare,\ncertains rêves de Musset me viennent à l'esprit; et, sans doute, il y a quelque\nparenté entre eux et Conte d'Avril. Mais p o u r q u o i chercher ici de vaines com­\nparaisons? Si l'auteur lui-même reconnaît, avec la franche loyauté qui le dis­\ntingue, que quelques thèmes de Bandello et de Shakespeare lui ont servi\npour composer sa comédie, il n'en est pas moins vrai que celle-ci est bien à\nlui, et que l'on n'y découvre en nul endroit la moindre trace de pastiche. On\nn'y trouve pas davantage la moindre tache de style, la plus légère erreur\n"}, {"page_pdf": 875, "page_imprimee": 726, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "726                                      DURENDAL\n\n\nd'harmonie, la plus vénielle peccadille contre la B e a u t é . Conte d'Avril est —\net cette expression consacrée ne fut jamais mieux à sa place — un p u r chef-\nd'œuvre : on le lit, d'un bout à l'autre, avec le délice qu'on éprouve à suivre\nu n songe agréable et joli, que n'interrompt aucun choc et que ne trouble\na u c u n e contrariété. Frissons de soie, rayons dorés, rires et sourires, chansons\nd'amour, aveux, baisers, paroles fleuries qui tombent des lèvres c o m m e autant\nde pétales de roses, tel est ce reposant, ce coquet, ce printanier Conte d'Avril...\nE t ne me dites pas que « c'est facile », p r é s o m p t u e u x rimeurs qui daignez\npeut-être me lire; car je vous répondrais simplement : « Essayez! »\n\n: P o u r l'Amour contraste violemment, par sa couleur sombre et son accent\ntragique, avec cette lumineuse et légère fantaisie. Si Conte d'Avril Révoquait à\nnos yeux u n e limpide aurore de printemps, c'est quelque sanglant crépuscule\nd'été espagnol qu'évoquerait ce d r a m e douloureux, farouche, sévère et pas­\nsionné. L a cause de l'Amour, de l'Amour toujours, de l'Amour q u a n d même\net malgré tout, y est plaidée p a r M. Auguste Dorchain avec une conviction,\nune ardeur et une fougue qui n'ont d'égales que l'éloquence et la noblesse de\nson langage.\n    Q u a n t à la sobriété de l'intrigue, au pathétique des situations, à l'habile\nconduite de l'intérêt d r a m a t i q u e qui va s'accentuanl j u s q u ' a u t e i n b l e\nd é n o u e m e n t par quoi se clôt cette tragique histoire d'amour, — ce sont là\nmérites assez rares pour les vanter h a u t e m e n t . Les vers de Pour l'Amour sont\nvigoureusement trempés, francs et sonores comme de vaillantes épées; et par­\nfois, sans effort a p p a r e n t , un alexandrin monte d'un coup au sommet du\nSublime : M. Dorchain est, ici, u n digne petit-fils de Corneille, et d'inflexibles\nhéroïsmes sortent tout armés de son cerveau... P o u r t a n t , p o u r t a n t , — quelle\nque soit la valeur morale ou artistique de ce d r a m e , qui est, incontestable­\nment, émouvant, grandiose, a m o u r e u x , et tout plein de graves beautés, — je\nlui préfère, oh ! oui ! le capricieux, frivole et c h a r m a n t Conte d'Avril.\nU n e a n n é e n'a qu'un printemps : un poète ne d o n n e qu'une fois u n e fleur\ncomme celle-là.\n\n    E n supposant qu'une pénétration naturelle ou u n e étude approfondie n'eût\npas permis à un lecteur d e R a c i n e d'apercevoir tout ce qu'il y a de passion\n(bonne ou mauvaise) d a n s le cœur tourmenté de sa P h è d r e , — il eût suffi à ce\nlecteur peu clairvoyant de voir ce rôle incarné par M m e S a r a h - B e r n h a r d t , p o u r\nc o m p r e n d r e en un m o m e n t que l'héroïne racinienne n'est pas u n e ' a m a n t e à\nl'eau de rose.\n    Mais que dirons-nous, alors, de la Phaidra que suscite, de si vivante et\npuissante façon, la récente tragédie de M. Jules Bois? L a P h è d r e de R a c i n e\nn'est, auprès de celle-ci, q u ' u n e petite amoureuse fort innocente, après tout,\net en tout cas bourrelée de remords. La P h a i d r a de l'Hippolyte c o u r o n n é\nn o u s semble se r a p p r o c h e r davantage de l'esprit du théâtre grec, et n'avoir\na u c u n e m e n t subi la pénétration des idées chrétiennes, d o n t la lénifiante\ninfluence se retrouve à chaque pas d a n s l'œuvre de Jean R a c i n e . L a F h a i d r a\nde M. Bois est païenne jusqu'au fond du cœur, et criminelle sans l'ombre\n"}, {"page_pdf": 876, "page_imprimee": 727, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3530, "texte": "                                     LES POÈMES                                      727\n\nd'un r e m o r d s ; tout orgueil, elle ne soupire pas, elle r u g i t ; elle n'implore\npas, elle c o m m a n d e ; elle ne caresse pas, elle blesse, et blesse à mort. Elle a\nplus de haine encore que d'amour. On la plaint moins qu'on ne l'admire, et\non l'admire avec un frisson d'épouvante. C'est u n e F u r i e antique, un aveugle\ninstrument de l'aveugle Fatalité.\n   L e s vers d''Hippolyte couronné valent — et l'on doit s'y attendre — par leur\nsobre puissance et par leur dure sonorité. Il n'y faut pas chercher cette\nmélodie pure et t o u c h a n t e qui soupire dans l'alexandrin de R a c i n e . Parfois\nm ê m e , l'émotion tragique les brise et les h e u r t e , au point que le rythme\nsemble se dérober à l'oreille. Mais certains passages de celte T r a g é d i e attei­\ngnent à la plus fière grandeur, et M. Jules Bois, que d'autres travaux nous\navaient révélé déjà c o m m e un chercheur infatigable et u n penseur curieux,\ns'affirme ici u n poète dramatique de race.\n\n   L a M o r t d e N a r c i s s e , que nous envoie d e Valence M. J e a n Bernard,\ndont nos lecteurs ont vu, en notre dernier n u m é r o , u n e gracieuse Elégie, nous\nsemble une fort heureuse promesse. Ce j e u n e poète excelle, avec u n e maîtrise\ndéjà très sûre et très complète, à parer d'images harmonieuses et délicates\ndes songes extrêmement subtils ; il a tout à la fois le sens de la mélodie, de la\nligne et de la mesure : assemblage précieux et qu'on ne rencontre pas si sou­\nvent. Quelque préciosité me gâte, çà et là, une strophe que je jugerais parfaite\nsans ce défaut léger, qui est un défaut de jeunesse. M. J e a n Bernard nous\nd o n n e , par la souple mélodie et la claire beauté de ses vers, un vif désir de\nlire bientôt, sous sa signature, quelque œ u v r e plus considérable. E t puisque\nla Mort de Narcisse, dans sa mélancolie, est u n h y m n e de louange à la Vie,\np u i s q u e Narcisse est mort à son vain rêve, nous a t t e n d o n s avec u n e légitime\nconfiance les nouveaux chants que n o u s présage celui-ci, qui — p o u r faire\nu n e fois de plus mentir la fable — ne sera pas, n o u s l'espérons, u n chant du\ncygne.\n\n   Voici un livre de vers d'un poète belge, d'un tout nouveau venu, auquel je\nne crains pas de prédire un succès très vif, et très légitime : L e L i v r e e t\nl'Amour, de M. H e n r i Belmont. L'auteur y a réalisé ce miracle — si rare\naujourd'hui — d'écrire des vers émus qui fussent de beaux et nobles vers. E t ,\ncomme le merveilleux Intermezzo de ce tout admirable H e n r i H e i n e , ce recueil\nde chants a m o u r e u x est attachant à l'égal du roman le plus palpitant, le plus\ningénieux, le plus divers. Mais prenez-y garde : le Livre et l'Amour est de ces\nœuvres qui ne livrent tout leur c h a r m e qu'à ceux qui les ont intimement et\nreligieusement pénétrées. Si vous feuilletez le volume au hasard, vous direz\nsans doute : voilà un joli écrivain; si vous le lisez d'un bout à l'autre, sans\nsauter une seule p^ge, vous direz : voilà u n b e a u poète. Car — et c'est là\naussi un des rares mérites de ce livre — M. Belmont a groupé ses poèmes en\nun ensemble h a r m o n i e u x , où triomphent pleinement une savante architecture\net un sens affiné des proportions. L a chaîne dorée d'une intrigue a m o u r e u s e\nrelie entre eux ces sonnets, ces ballades, ces q u a t r a i n s ; et si c h a c u n d'eux,\npris à part, scintille c o m m e un joyau précieux, ils forment, réunis, un collier\n"}, {"page_pdf": 877, "page_imprimee": 728, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3314, "texte": "728                                   DURENDAL\n\n\nplus précieux encore. L'auteur est du très petit n o m b r e des poètes actuels qui\npensent que la logique, la mesure et l'harmonie, ne sont pas incompatibles\navec la beauté, ni l'émotion sincère avec un style châtié.\n   C'est bien un roman ou, si vous préférez, u n d r a m e d'amour qui se d é r o u l e\nici : la radieuse aurore des naissantes tendresses, le brûlant midi de l'amour\nvictorieux qui incendie l'âme et la chair, le crépuscule anxieux des extases\ndésabusées, projettent tour à tour leurs fidèles reflets sur chacune des parties\ndu livre.\n   L'Hymne glorifie é p e r d u m e n t « l'éternelle et seule élue », « la toute aimée\net toute belle », qui déjà s'impose « la plus forte » d a n s l'inévitable duel.\nL.'Illusion dit, avec quelle sincère et poignante mélancolie! la tristesse des\npremiers désenchantements et des premiers soupçons, si douloureux, mais si\naisément étouffés par le puissant a m o u r . D a n s l'Exil du Rêve, c'est l'automne\ndu b o n h e u r et l'agonie du cœur qui succèdent à la grâce d u p r i n t e m p s et aux\ngloires de l'été qui meurt, la N a t u r e r é p o n d a n t , par u n e détresse pour ainsi\ndire « parallèle », à la détresse de l'amant. Avec Révolte, le poète renie son\nDieu, le blasphème rageusement et cherche l'oubli d a n s l'orgie; la « seule\nVolupté » a pris la place de l'Amour, et l'âme ne mêle plus sa voix grave aux\ncris des sens en tumulte. Enfin, la Volupté du Souvenir et du Silence traduit,\navec u n e plaintive éloquence, l'impossibilité de l'oubli et de la guérison, et le\nlivre se clôt sur u n e dernière parole d ' a m o u r ; c'est, avec l'Exil du Rêve, la\nmeilleure partie du livre.\n   Mais cette brève et sèche analyse ne saurait vous donner l'idée la plus loin­\ntaine de la ferveur émouvante qui déborde à c h a q u e page de ce bréviaire\nd'amour, pas plus q u ' u n squelette ne représenterait aux yeux ce qu'est u n\nbeau corps j e u n e et frais q u ' a n i m e tout le mouvement de la vie, l'éclat des\nregards, la d o u c e u r du sourire, la grâce des gestes, la musique de la voix. D u\nreste, il ne m'est pas p e r m i s , d a n s cette revue catholique, d e disséquer plus\ncopieusement le cœur pantelant et saignant qui étale ici sa blessure. L'héroïne\ndu Livre et l'Amour est une magicienne perverse, que je rougirais de présenter\nplus longuement aux chastes regards de mes lectrices; tandis q u e la Chanson\nd'Eve de Charles Van Lerberghe portait cette épigraphe d'Alfred de Vigny :\n\n                 Et la beauté du monde attestait son enfance,\n\nle recueil de M. Belmont pourrait inscrire à son fronton l'alexandrin fameux\ndu m ê m e poète :\n\n                 O femme, enfant malade et douze fois impure !\n\n   Il y a toutefois, d a n s l'impureté de celle que célèbre ce livre, un singulier\nmélange de c a n d e u r virginale; penché sur son âme a m b i g u ë , le poète y\nentend — n'est-ce pas là une nouvelle illusion? — « u n gazouillis de voix\ntrès innocentes ». S u r toute cette b o u e , u n e petite fleur bleue surnage, que\nl'impénitent rêveur veut recueillir à tout prix ; dans ce démon, il reste un p e u\nde l'ange qu'il fut naguères : constante antithèse qui explique lumineusement\nce qu'il y a de r o m a n t i q u e dans les vers de M. Belmont. L a nature aiguë du\n"}, {"page_pdf": 878, "page_imprimee": 729, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3374, "texte": "                                    LES POÈMES\n                                                                                     729\nmal qu'il e n d u r e fait c o m p r e n d r e , d'autre part, la fougue tumultueuse et\ndéréglée qui caractérise, trop souvent à mon gré, son inspiration. Allez donc\nd e m a n d e r des soupirs tout miel et tout roses à u n h o m m e qui porte un cou­\nteau enfoncé dans le sein ! De telles souffrances poussent de grands cris : tant\npis s'ils effarouchent les oreilles délicates! L e s j e u n e s filles sensibles et les\ndamerets prompts à la pâmoison n'ont qu'à s'éloigner et à laisser l'infortuné\nexhaler sa douleur « dans des h o q u e t s et des sanglots ». Le misérable a m a n t\nqui parle ici souffre d'autant plus horriblement que son rêve tomba de plus\nh a u t et que le fer fut retourné d a n s la plaie d'une main plus savante : quoi\nd'étonnant si sa plainte n o u s semble parfois brutale, à nous spectateurs désin­\ntéressés de cette tragédie intime? S o n a m o u r « est u n fauve enragé »; ses\nveines roulent « de la lave et du feu »; sa déloyale amie est un « vampire »\nqui m a n g e sa chair et boit son s a n g ; il croit oublier sa peine d a n s l'orgie, et\nl'ivresse convulsée des saturnales ne fait que le leurrer :\n\n                     C'est en vain que je me forge\n                     Tout un bonheur en clinquant,\n                     Un long sanglot suffoquant\n                     Souvent m'étreint à la gorge.\n\n   Ces attitudes violentes, — dont je n'ai g a r d e , au demeurant, de mettre en\ndoute la parfaite sincérité, — cette rhétorique u n peu théâtrale tout de même,\nces gestes é p e r d u s de naufragé p e n c h a n t sur un écueil sa tête échevelée et\nruisselante, tout cela me déplairait peut-être jusqu'à u n certain point si, par\ncontraste, je ne m'abandonnais plus délicieusement encore au charme de\ntendresse touchante et d'exquise simplicité d'autres poèmes, qui sont vrai­\nment de pathétiques confidences. Vous goûterez c o m m e moi cette pure\nlarme d'amour, dont le patient joaillier qu'est H e n r i Belmont a fait u n e perle\nde poésie :\n                  Voici l'été qui meurt, l'automne commencé ;\n                   Sur l'aile des vents froids vient la mélancolie :\n                  Je songe avec tristesse à mon amour passé.\n                 La ville morne est tout entière ensevelie\n                 Sous le brouillard précoce et lourd qui se répand...\n                 Je songe amèrement h celle qui m'oublie.\n                 Les vieux chevaux de fiacre errent clopin-clopant ;\n                 La sueur de leurs flancs transis se vaporise...\n                 Je songe au jour où tu partis en me trompant...\n\n    De telles pièces a b o n d e n t dans le livre, et cette note mélancolique est celle\noù l'auteur t r i o m p h e le plus sûrement, atteint le plus heureusement à un\naccent personnel, s'affirme tout à fait « lui-même ». J'aime moins ses poèmes\nà forme fixe (rondels, ballades, villanelles), où il traite la rime, non comme\nu n e esclave docile, mais comme u n e maîtresse t y r a n n i q u e ; il réalise, d a n s\nces exercices périlleux, des tours de force ou d'adresse qui révèlent u n e mer­\nveilleuse souplesse de talent : mais, de même que certaines odelettes d'allure\nfamilière et b a d i n e , ces acrobaties lyriques me semblent indignes de ce\nsérieux artiste.\n"}, {"page_pdf": 879, "page_imprimee": 730, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "730                              DURENDAL\n\n\n   En d'autres morceaux très courts, qui enferment dans leur cadre exigu de\nprofonds sentiments, on reconnaît aisément la manière légère et sentimentale\nd'Henri Heine; semblablement, du reste, au douloureux ironiste des Lieder,\n M. Belmont aime draper sa souffrance aux plis somptueux de l'orgueil,\naiguiser une pointe malicieuse, et dérober ses larmes sous la feinte d'un sou­\nrire. Pourtant, quelque apparente que soit l'affinité qui l'unit au plus enchan­\nteur des poètes allemands, des liens plus étroits rattachent Henri Belmont à\nces lamentables épaves de la luxure et de l'ivresse que fuient Villon, Musset\net Verlaine : comme eux, il étale les ulcères de son âme ravagée, sans fausse\nhonte et sans hypocrisie, avec, au contraire, une évidente complaisance ;\ncomme eux, il parle une langue truculente, savoureuse, audacieuse parfois\njusqu'à la brutalité. Je regrette qu'il n'ait pas, comme eux, célébré les affres\ndu remords et les cruelles douceurs du repentir religieux : car, si les grandes\njoies sont volontiers païennes, les grandes douleurs sont chrétiennes;\net tous ceux qui portent une croix sont les frères d'élection du divin\ncrucifié.\n   Henri Belmont est un poète de race : d'une banale aventure, il a su, par\nle miracle d'un art prestigieux, extraire une œuvre d'émotion palpitante, de\nbeauté radieuse et de large humanité. Tous les amants liront son livre avec\ndélices. Le Livre et l'Amour vivra, parce qu'il est l'expression harmonieuse des\nangoisses d'une âme sincère, et parce qu'il rend, à l'éternel thème poétique,\nune glorieuse jeunesse. C'est un noble début, et qui légitime pleinement la\ntrès vive impatience avec laquelle nous attendons l'œuvre prochaine d'Henri\n Belmont.\n\n   J'aime mieux avouer tout de suite à M. Léon Legavre, et lui donner par\ncette franche déclaration un sûr témoignage de la très sincère estime que\nj'éprouve à son endroit, — j'aime mieux, dis-je, lui avouer tout de suite que\nson livre ne m'a pas plu. Les Deux routes révèlent, sans doute, une imagi­\nnation assez opulente, une vision qui parfois ne manque pas de grandeur, un\nsens du rythme qui a de la justesse, et une louable recherche d'éloquents sym­\nboles; mais je n'y ai trouvé nulle part ce frisson qui ne trompe pas, cette pal­\npilation de beauté qui rayonne autour d'une œuvre, cet accent de sincérité\nauquel on reconnaît, de prime abord, le « poète ». Peut-être les attitudes\nd'augure qu'assume M. Legavre en maints de ses poèmes, sont-elles pour\nquelque chose dans le peu de plaisir que j'y prends. J'en demeure d'accord :\nje n'aime pas les prophètes que ne nimbe point l'auréole du génie. Mais il me\nserait aisé de découvrir, à ma sévérité, des raisons plus profondes et moins\npersonnelles. Ce jeune écrivain éprouve une insurmontable horreur pour tout\nce qui sent la « littérature », et je ne vois rien là que de très légitime; on\npourrait même le féliciter du soin qu'il met à éviter ce bourbier, si la\ncrainte excessive qu'il en a ne l'y faisait tomber en plein, et s'y enliser aussi\nirrémédiablement que n'importe quel « suiveur » des poètes romantiques ou\nparnassiens. M. Legavre ne pastiche pas Victor Hugo; à plus forte raison, ne\ncopie-t-il point M. François Coppée : mais, dans son zèle à « faire du neuf »,\nil imite notre grand Verhaeren, le plus inimitable des artistes. Et c'est là que\n"}, {"page_pdf": 880, "page_imprimee": 731, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "                                LES POÈMES                                 731\n\n\ngît le mal. Ah ! La Fontaine avait raison de dire que « le trop de soin qu'on\nprend d'éviter un danger, fait que l'on tombe dans un pire ».\n\n   M. Renaud Strivay, un jeune écrivain sérésien, dont nous connaissions\ndéjà d'harmonieuses proses et de gracieux poèmes, dont la sincérité n'était\npas le moindre attrait, nous apporte aujourd'hui, dans ses Chansons claires,\nune gerbe de fleurs des bois, cueillie au hasard des promenades extasiées à\ntravers son cher Condroz. Fleurs simples et fraîches, mouillées encore de\nmatinales rosées, et dont le parfum rustique vous charme sans vous troubler.\nOn leur souhaiterait peut-être un arrangement plus savant : mais, telles\nquelles, et groupées en bouquets hâtifs, elles nous rendent un peu de la\nfranche et limpide lumière qui baigne, si tendrement, les beaux paysages\ncondrusiens auxquels M. Strivay dédie son joli livre.\n\n   M. Jules Sottiaux, lui, a voué sa Muse à la glorification de la Terre noire et\nde la vie houillère. Ce poème dramatique qu'il vient de nous offrir : l'Ame des\nNôtres, continue à exploiter celte sombre mine, et l'auteur mérite d'être loué\npourla constancede son attachementau sol ingrat qui est le sien. — Il y a beau­\ncoup de gaucheries dans ce drame, et l'on sent que M. Sottiaux ne se rend\npas un compte exact des nécessités scéniques : ses houilleurs et ses hier-\ncheuses parlent un langage vraiment trop élégant, et qui messied à ces\nrudes êtres comme le ferait une parure de marquis. On rencontre à chaque\npas des inexpériences, des longueurs, des invraisemblances qui ne laissent\npas de nuire gravement à l'intérêt de l'œuvre. — Mais, ces défauts mis à part\n(et ils sont inséparables de tout début), reconnaissons à l'Ame des Nôtres cer­\ntaines qualités nullement négligeables : le mouvement, le lyrisme, un amour\npassionné de la terre qu'exalte le poète, et une émotion qui — bien que facile,\npuisque l'auteur recourt à la grève et au grisou ! — n'en est pas moins, par\nendroits, très poignante.\n\n                                                               FRANZ ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-005", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 732, "page_fin": 735, "titre_corps": "Pages détachées", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vignemal", "ancre_debut": "Pages détachées JE fais comme J.-J. 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Comprenez donc que vous portez ma vie, que j'ai besoin\nde vous comme un enfant a besoin de sa mère, que je ne vivrai\npas si je n'aperçois plus vos yeux et n'entends plus votre voix,\nqui sont doux comme la lumière et le lait. Me laisserez-vous\ndonc mourir?... Si seulement entre vous et moi il n'y avait\nqu'un chemin, couvert de silex aigus et de clous et d'épines et\nqu'après l'avoir franchi sur les genoux, les mains jointes, je\nfusse accueilli par vous, comme je serais heureux, comme je\nm'estimerais le plus favorisé des hommes !... Mais j ' a u r a i beau\nm e meurtrir, saigner et pleurer, j ' a u r a i vainement jeté ma\nprière au vent et cloué mon cœur sur toutes les portes par les­\nquelles vous passez, vous ne voudrez pas, oh ! vous que j ' a d o r e\n\n\n   (1) d'un roman, il paraître en janvier, à Paris, sous le titre : Le double jeu, chez\nl'éditeur L e m e r r e . Cette lettre d'amour est vraiment belle. Elle exprime d'une façon\nadmirable l'amour vrai, c'est-à-dire un amour puissant, fort, passionne et cependant\nchaste. Le héros, après avoir rompu une liaison coupable, aboutit au mariage, sans\ns'en apercevoir, par le seul attrait qu'exercent sur lui le vrai le beau et le bien\nincarnés dans la personne d'une jeune fille idéale. P o u r saisir toute la beauté de celte\nlettre, ajoutons que celui qui l'écrit est représenté dans le livre comme étant un\nartiste musicien compositeur de génie.\n"}, {"page_pdf": 882, "page_imprimee": 733, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "                           PAGES DÉTACHÉES                           733\n\n au-dessus de toute chose divine, vous ne voudrez pas de moi...\n Si vous m'aimiez un peu, me laisseriez-vous ainsi?\n    C e p e n d a n t si vous voulez bien regarder en moi quel sujet\n d'encouragement serait pour vous la transformation que vous\n avez opérée. Autrefois j'étais d o m i n a t e u r et orgueilleux. Je me\n sentais éloigné des h o m m e s et leurs sentiments m'étaient étran­\n gers. Je vivais dans un rêve ambitieux et dans un travail\n acharné. Nulle voix ne parvenait à mes oreilles que celle de\n l'inspiration. Nul sentiment ne touchait mes fibres que celui\n que je développais, — étranger d'ailleurs, — dans ma composi­\n tion. E t ma vie était subordonnée à mon œuvre comme le cadre\n à la toile. P o u r achever très franchement cet aveu, il faut\n ajouter que je ne manquais pas de céder au plus regrettable\n penchant de l'égoïsme et quej'exerçais la cruauté qu'enseignent\n les amours faites de seules voluptés. Je méprisai instinctive­\n ment celle qui se donna à moi.\n    Aujourd'hui, a h ! que me voici changé?... L a première pluie\n qui t o m b e après l'été aride ne transforme pas davantage la\n nature, que ne le firent vos yeux, miraculeux lorsqu'ils rencon­\ntrèrent mes yeux aveuglés. Dès que je vous eus comprise,\n l'amour, le véritable amour est né en moi, l'amour naïf\ncapable de longues préoccupations et de patientes espérances.\n Dès ce jour, je me suis senti grandir au-dessus de moi-même et\nje me suis élevé de ma vie personnelle à la vie universelle.\nVous avez allumé une flamme sur mon front. Q u a n d je travail­\nlais, je croyais voir votre visage penché sur moi et que je prenais\nma mélodie sur vos lèvres... Oui, il faut que je vous le répète\nencore cent fois, mille fois, vous m'avez transformé. Vous\nm'avez renouvelé à ce point que tout, autour de moi, me sem­\nblait inconnu et prodigieux. L e passé a fui c o m m e l'ombre qui\nne laisse pas de traces, le passé, dans mon souvenir, a perdu\ntoute réalité. Si vous saviez comme ces choses très simples\npeuvent avoir le plus profond retentissement! De l'excès d'indi­\nvidualisme où se plaît la première jeunesse, je suis entré peu à\npeu, grâce à vous, dans la grande solidarité qui unit les êtres\npar de communes joies, et qui est proprement en art la source de\nla vérité, de l'originalité et de la beauté. Vous m'avez révélé à\nmoi-même par la nativité du plus douloureux des bonheurs.\n    Ah ! mais vous n'écouterez pas cela, vous ne voulez pas com­\np r e n d r e . Vous savez cependant que la générosité engage des\n"}, {"page_pdf": 883, "page_imprimee": 734, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "734                           DURENDAL\n\n\nêtres pareils à vous plus étroitement que la reconnaissance\nn'enchaîne des êtres comme moi, et que celui qui donne\nassume un nouveau devoir vis-à-vis de celui qui reçoit. Je pren­\ndrai un gage contre vous-même en vous rappelant que personne\nne m'a mieux aimé que vous. Excusez mon i m p o r t u n i t é si\npressante, ma chère Éléonore, ayez pitié du pauvre qui mendie\nvotre cœur... C'est pour vous rendre heureuse qu'il frappe à la\nporte. Aujourd'hui le monde est si peu de chose pour moi que\nje le tiens dans un coin de ma poche. Le voulez-vous? Avec\nvotre amour, j'aurais tant de force, je serais si magnifiquement\ninspiré, ma poésie serait tellement heureuse qu'elle créerait un\nrêve nouveau pour l'humanité. Écoutez-moi, je vous c h a n t e !\nMon imagination est éperdue d'harmonie quand seulement je\nprononce votre n o m ! Mais ce n'est plus l'artiste qui compose,\nc'est l'amoureux qui soupire...\n   Jadis j'étais un artiste que l'amour n'avait j a m a i s détourné\nni absorbé. Il m'a bien paru parfois que j'exerçais une action\nsur la sentimentalité de certains, mais je n'éprouvai en aucun\ncas le retour de cette influence. J'ai chanté, solitaire comme le\nrossignol qui dans la nuit de printemps passionne les amoureux\net distrait sa femelle. H e u r e u x destin d'ailleurs dont il faut que\nvous vous aperceviez pour en apprécier la conséquence. L e\ntravail a développé ma faculté de comprendre et d'interpréter\nle beau. E t le sentiment élargi du beau m'a donné le goût de\nl'ordre. L ' o r d r e est l'arche sur laquelle repose la beauté d a n s\nl'art et dans le sentiment. Il est aussi le muscle de la société.\nL'amour, que jusque-là j'avais connu, n'était en réalité q u ' u n\ndésordre moral. E t q u a n d je le repoussai, pour le motif illu­\nsoire d'une lassitude, je ne fis simplement qu'obéir au besoin\nd'ordre qui s'était développé en mon âme à mesure que s'élevait\nmon art et que croissaient avec ma puissance créatrice ma\ncapacité de saisir et d'interpréter la beauté. Vous êtes apparue\nalors à l'horizon de ma vie. L a première lueur de l'aube qui se\nlève sur le P a r t h é n o n et fait courir sous la patine du marbre\nmillénaire les frémissements de la chair, aux pieds de l'Acro­\npole, le réveil de la mer, langoureuse et souriante comme un\nvisage et bleue comme le sang des veines, et tout alentour sur\nla ligne précise des montagnes le flottement de la lumière dans\nune vapeur bleue, cette ceinture d'ombres dénouée aux flancs\nde Salamine et d'Egine et l'ardent baiser du soleil sur leurs\n"}, {"page_pdf": 884, "page_imprimee": 735, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "                           PAGES       DÉTACHÉES                      735\n\nnobles contours... j'ai vu cela, un matin que j'abordais la Grèce\nà mon retour de Ceylan, mais tout cela n'est rien à côté de\nl'apparition que vous fîtes dans ma vie, précisément dès mon\narrivée à P a r i s , et de la clarté radieuse que vous jetâtes dans le\nnoir de mon âme désillusionnée et solitaire. Et maintenant\nvous êtes au bout de tous mes désirs comme un but inacces­\nsible. Vous me dites : « J e suis le bonheur » et vous m'éloi­\ngnez violemment. O h ! mon D i e u ! que faites-vous, quel pouvoir\nest le vôtre pour me rendre si malheureux?...\n    J e me tais, Éléonore. Vous me réclamez un nouveau témoi­\ngnage de mes sentiments. E n voici la dernière preuve : je vous\nobéirai. Qu'importe mon amour si vous n'aimez pas? Mon\nrespect vous agréera mieux que la passion de mon cœur; et\nbien que ce soit précisément le sacrifice qui me coûte le plus,\nje saurai me montrer assez fort pour ne pas vous i m p o r t u n e r\nd a v a n t a g e . Je m'éloigne donc, ô bien-aimée, puisque vous ne\nconsentez pas à me faire place auprès de vous. J e m'efforcerai\nde vous faire oublier un pauvre passionné, égoïste pas plus que\nd'autres. Dès ce jour votre c o m m a n d e m e n t est ma loi. J'atten­\nd r a i . J e serai patient. Viennent les hivers et les p r i n t e m p s ;\nviennent tant de choses nouvelles, vous me trouverez toujours\nle m ê m e . Je suis vôtre. P a s un païen n'eut tel esclave. Je vous\naime, je vous aime, je vous aime! Que ces mots soient tou­\nj o u r s au fond de votre souvenir comme ils sont au fond de\n mon cœur. Écoutez-les dans le vent qui passe : écoutez-les dans\n le crépuscule. La rose que vous cueillerez vous les dira de ma\n p a r t ; et les oiseaux les chanteront. Regardez le ciel, les nuages\n vous les écriront sur le bleu. Mais ne rêvez pas aux étoiles, elles\n ont entrelacé votre nom et le mien sur le velours de la nuit, —\n ce serait comme un reproche... O h ! une dernière fois, laissez-\n moi le dire encore : je vous aime, je vous aime, je vous aime ! E t\n n'écoutez plus, car j'éclate en sanglots, Éléonore, ma divine,\n ma seule a i m é e . . .\n\n                                                   HENRI   VIGNEMAL.\n\n\n\n\n                                   *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-006", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 736, "page_fin": 741, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique Musicale Premier Concert Populaire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 885, "page_imprimee": 736, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2656, "texte": "Chronique Musicale\n\n    P r e m i e r C o n c e r t P o p u l a i r e . — Le programme de ce concert\ncontenait une fort heureuse sélection d'œuvres classiques et modernes. En\npremier lieu, la Sinfonia Domestica de STRAUSS, œuvre déjà acclamée en Alle­\nmagne et que l'on a écouté à Bruxelles avec le plus respectueux intérêt. Il\nserait bien difficile, après une seule audition, de formuler un jugement sur\nun poème aussi complexe, aussi déroutant par certains côtés. Nous nous\ntrouvons ici en présence d'une œuvre de musique à programme, sans pro­\ngramme, dont les tendances restent conséquemment mystérieuses et le sym­\nbolisme éniginatique. Qui, en effet, consentirait à voir un hymne chantant la\npoésie sacrée du foyer en cette conception symphonique si surchargée où\nStrauss donne pleine carrière à sa verve intarissable, à sa fantaisie débridée\nqui vole, avec la rapidité de la foudre, dans les sphères de sentiments les plus\nopposées, mais où s'entre-heurtent aussi tant d'âpretés harmoniques et tant\nd'orageuses violences? Sans doute, il ne faut pas perdre de vue que l'auteur\nd''Eulenspiegel et de Don Quichotte est coutumier de visées humoristiques et\nqu'on est raisonnablement en droit de lui en supposer ici, bien que Strauss\nn'ait pas jugé opportun de lts préciser en un commentaire explicatif.\n   En cette œuvre de floraison harmonique si généreuse et si touffue, dont\nnous goûtons surtout les clairières reposantes et lumineuses, les chants de\ntendresse et d'émotion, se retrouvent les qualités qui distinguent l'éminent\nsymphoniste allemand, la souveraine maîtrise de la facture, la richesse de\nl'invention et du développement, l'ingéniosité spirituelle de l'orchestration,\nla saveur raffinée des timbres, la vigueur étonnante du coloris, avec cer­\ntaines réserves nécessaires sur l'extrême propension du compositeur aux\ndivagations anecdotiques, sur la qualité de l'inspiration parfois trop\nsaccadée, la trop constante et visible préoccupation d'effets antithétiques,\net l'impossibilité de découvrir en toute l'éblouissante marqueterie de cette\nfantaisie géante une idée maîtresse à laquelle les autres puissent se ratta­\ncher et susceptible de donner à l'œuvre cette ampleur, cette unité synthé­\ntique qui sacre les chefs-d'œuvre.\n   Dupuis a dirigé en maître la Sinfonia Domestica, et l'orchestre des Popu­\nlaires s'y est montré superbe de puissance, de verve et de clarté, projetant\nautant de lumière que possible sur cette œuvre si difficile à mettre en valeur.\nPareil hommage doit lui être rendu pour l'interprétation de l'Ouverture de\nSainte-Cécile, de RYELANDT, qui a permis d'apprécier la gravité noble et simple,\n"}, {"page_pdf": 886, "page_imprimee": 737, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3314, "texte": "                               CHRONIQUE MUSICALE                                      737\n\nla ferme o r d o n n a n c e et la richesse mélodique de celte page de symphonie dont\nla haute portée poétique n'a pu c e p e n d a n t être pleinement goûtée par\nu n public non initié au d r a m e dont elle constitue le prélude et la s y n ­\nthèse (1).\n   L a virtuosité était représentée à ce concert par M. BOSQUET, qui a joué\nl'admirable Concerto en mi bémol de Beethoven avec la maîtrise qui caracté­\nrise son jeu si classique, si parfait, si sobre et si respectueux des intentions\nde l'auteur, mais où nous eussions cependant souhaité plus de ferveur lyrique\net d'ampleur r a y o n n a n t e . Il a ensuite j o u é à ravir u n e Novelette de\nS c h u m a n n et a été surtout s u p é r i e u r d a n s le R o n d o en la mineur de\n Mozart, qu'il a détaillé avec un sentiment à la fois profond et délicat.\n   M m e METZGER-FROIDSHEIMER, cantatrice de Bayreuth, a été surtout goûtée\ndans les Liedtr de W a g n e r . Interprétations se caractérisant par la tenue fort\ndistinguée de la déclamation lyrique et aussi d a n s certaines pièces (lm Treib­\nhaus, Traüme) par l'intensité du sentiment, bien qu'en général nous préfére­\nrions plus de simplicité et des intentions moins accusées, plus de sponta­\nnéité, de générosité d'expansion en ce sublime cri parti des profondeurs d e\nl'âme h u m a i n e qui s'appelle Schmerzen (Souffrances), plus d'émotion vibrante\net moins de métaphysique en la vision grandiose où W a g n e r symbolise dans\nle rouet du T e m p s le renouvellement constant des formes de l'Univers et\nl'extase finale de l ' H u m a n i t é frémissante au seuil du Mystère infini.\n\n   C o n c e r t s D e l u n e . — M. Delune a organisé, à l'Alhambra, u n con­\n cert exclusivement consacré à l'audition de ses œuvres qu'il a lui-même\n dirigées.\n   L a S y m p h o n i e en ut majeur renferme assurément de belles pages procédant\nd'une inspiration sincère et généreuse, avec des échappées lyriques et de\npoétiques épisodes, au premier r a n g d e s q u e l s il faut citer le scherzo si original,\ntissé d'harmonies chatoyantes et subtiles. Ni la fougue, ni le coloris ne m a n ­\nquent à cette s y m p h o n i e dont il importe surtout de signaler l'orchestration\na m p l e et ingénieuse, et si cette œuvre ne révèle pas encore une personnalité\nnette et forte, si faute de discipline l'abondance qu'on y découvre devient\nparfois de la prolixité, si trop g r a n d nombre d'influences diverses semblent\nse partager successivement l'imagination du j e u n e maître, on aurait mauvaise\ngrâce à insister sur ces points faibles, car n o u s le répétons, la S y m p h o n i e en\nut majeur est loin d'être u n e œuvre q u e l c o n q u e . M. Delune est à l'aurore de sa\ncarrière artistique et nous ne doutons pas que dans l'avenir son individualité\nne se dessine de façon plus accusée en des conceptions plus fermes et plus per­\nsonnelles.\n   L a Chanson d'Halewyn, légende dramatique pour soli, c h œ u r s et orchestre,\na été composée sur les paroles d'un délicat poème de M. Lucien Solvay,\ninspiré d'un très ancien lied flamand, aujourd'hui encore populaire dans cer­\ntaines de nos contrées. L a composition de M. Delune qui lui a valu le second\n\n\n  (1) Voir notre étude publiée dans la livraison de novembre.\n"}, {"page_pdf": 887, "page_imprimee": 738, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3606, "texte": "738                                     DURENDAL\n\n\nprix de R o m e a de l'envergure et du m o u v e m e n t . E n harmonie intime avec\nle poème, elle est animée d'un b e a u souffle d r a m a t i q u e avec des colorations\nfantastiques impressionnantes. M. Engel (particulièrement en voix) et\n M m e Bathori en ont fait valoir les beautés avec leur art habituel. Signalons-y\naussi M lle Duchâtelet d a n s le rôle de la mère d ' H a l e w y n (M. Vandergoten\nétait malheureusement aphone) et le choral mixte de M. S o u b r e .\n   N o u s aimons b e a u c o u p les Cygnes (poème de R o d e n b a c h ; solistes, M l l e Ba­\nthori et Mlle Fromont) pour chant, violoncelle et piano, dont la musique de\nrêve et d'inspiration recueillie reflète et traduit heureusement la vision du\npoète brugeois. N o u s goûlons moins le poème pour violoncelle où Mlle F r o ­\nmont a fait apprécier son jeu ferme et senti. M. Delune a dirigé toutes ses\nœuvres avec une flamme et u n e énergie qui nous fait b e a u c o u p augurer de la\nsérie de concerts classiques qu'il organise pour cet hiver.\n   Effectivement, le premier concert rehaussé du concours de M. Diémer a été\nun succès. L a Société s y m p h o n i q u e des nouveaux concerts se propose d'in­\nterpréter exclusivement le répertoire classique qu'on n'a guère l'occasion d'en­\ntendre à Bruxelles, les exécutions modèles du Conservatoire n'étant acces­\nsibles qu'à u n certain n o m b r e de privilégiés, et les P o p u l a i r e s comme les\nYsaye ayant assumé depuis quelques années la mission d'initier le public à la\nproduction s y m p h o n i q u e c o n t e m p o r a i n e .\n   Au p r o g r a m m e de ce premier concert, M. Delune avait inscrit trois chefs-\nd'œuvre immortels, l'Ouverture de la Flûte enchantée, la S y m p h o n i e en mi bémol\nde Mozart et l'Ouverture de Léonore n° 3 de Beethoven, qu'il a dirigées avec\nconviction, élan et chaleur, de façon à en faire jaillir les trésors de lumière,\nde grâce, de beauté divine. L e maître Diémer a joué le radieux Concerto en sol\nde Beethoven. Interprétation simple et poétique que caractérise la subtilité\ndes traits ailés s'enfuyant comme des vols d'oiseaux dans l'azur. Au clavecin,\nM. Diémer est un des tous premiers, sinon le premier. Il a j o u é de façon\nincomparable des gavottes de B a c h et de R a m e a u , d'exquis babillages de\nCouperin et de D a n d r i e u (les Papillons, le Ramage des Oiseaux), soulevant les\nacclamations enthousiastes de son auditoire.\n\n    M . F r i t z K r e i s l e r , le puissant violoniste que nous eûmes l'occasion\nd'applaudir l'an passé aux Concerts Populaires, a d o n n é un récital à la\nG r a n d e - H a r m o n i e . M. Kreisler est certainement u n des premiers violonistes\ndu m o m e n t . Il possède la plénitude de sonorité, la largeur de la diction, une\nvigueur de rythme étonnante, la fermeté et u n e précision de jeu admirable,\nun sentiment t o u c h a n t , bien qu'atteignant rarement à l'expression profonde.\nCes dons d'interprète, il les a fait valoir eu un p r o g r a m m e fort h e u r e u s e m e n t\ntracé (si on en excepte un concerto vide et indigeste de Conus), presque\nentièrement consacré à la m u s i q u e du XVIIIe siècle et comprenant la fugue en\nla mineur de Bach, magistralement exposée, la fameuse sonate de T a r t i n i\nintitulée le Trille du Diable et u n e fugue du m ê m e auteur, d'intéressantes\nvariations de Joachim, u n e mélodie de Gluck, peu c o n n u e , où plane\ndoucement l'inspiration élyséenne de l'auteur d'Orphée (dite de façon\nravissante par Kreisler), enfin un menuet exquis de P o r p o r a (1686-1766).\n"}, {"page_pdf": 888, "page_imprimee": 739, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "                                CHRONIQUE          MUSICALE                                 739\n\n\n   M me W a n d a Landowska. — L e Cercle Artistique                         a i n a u g u r é ses\nséances musicales par une délicieuse soirée que nous a fait passer Mme WANDA\nLANDOWSKA, pianiste et claveciniste, soirée présentant à la fois u n intérêt artis­\ntique et historique, car à côté des n o m s célèbres ou bien connus de Bach,\nHaendel, R a m e a u , Couperin, figuraient des œuvrettes charmantes de D u r a n t e ,\nZipoli, Daquin, Clérembault. C'était toute u n e suggestive évocation de cet\nart du XVIIIe siècle, art pétillant d'esprit et de grâce, dont les raffinements\nexquis, se dérobant derrière un voile de naïveté trompeuse, se parent de\nformes enchanteresses et de coloris discret.\n    Sous ce rapport, R a m e a u , Couperin, D a q u i n , ne sont-ils pas comme des\nfrères d'âme de W a t t e a u ou de G r e u z e ? S a n s doute, notre façon de sentir et\nd'exprimer est loin de cette placidité élégante et quelque peu convention­\nnelle, et dans tous les domaines, la conception de l'art s'est élargie, retrempée\naux sources de la nature, fortifiée d'éléments nouveaux et puissants, plongeant\nses racines jusque dans les profondeurs d e l'âme h u m a i n e . Mais les musiciens\ndu XVIIIe siècle avaient à u n haut degré le culte de la forme, de la beauté\nsévère ou séduisante des lignes. L'archilecture h a r m o n i e u s e et sereine de\nleurs compositions y laisse pénétrer à pleins flots la lumière et la paix, et pour\ncette part d'idéal que contient leur œuvre, on peut leur p a r d o n n e r ce qui\nnous paraît leur m a n q u e r de vie essentielle et profonde.\n     M m e L a n d o w s k a est une artiste accomplie. Au p i a n o , ses interprétations se\nr e c o m m a n d e n t autant par la limpidité lumineuse de la technique que par la\nb e a u t é et la poésie des sonorités, la grâce du jeu et l'élévation du style, qua­\nlités qu'a mises pleinement en relief son exécution de la Suite Anglaise, en\nmi mineur, de Bach. Au clavecin, signalons tout particulièrement le Forgeron\nHarmonieux, air varié de Haendel, et les Folies françaises de Couperin, suite\nd'allégories musicales exquisement spirituelles et d'un symbolisme souvent\ntrès pénétrant. M m e Landowska a u n e façon de traiter le clavecin vraiment\norchestrale, si nous pouvons nous exprimer ainsi, elle en manie les timbres\nfluets avec u n e adresse et u n e variété d'accent s u r p r e n a n t e . E t ainsi le cla­\nvecin revêt sous ses doigts la poésie de la h a r p e , d'une sorte de harpe véné­\nrable où comme dans un recul fantastique l'on entendrait chanter la voix du\nPassé, d'un Passé encore tout proche, dont moins de deux cents années nous\nséparent et qui, à l'angle de vision où nous s o m m e s actuellement placés,\nn o u s apparaît déjà cependant si lointain..., assurément beaucoup plus loin­\ntain que nombre de siècles éteints avant lui au cours des âges.\n\n\n    T r i o C h a i g n e a u . — Mlle Thérèse C h a i g n e a u , pianiste, S u z a n n e\nChaigneau, violoniste, et Marguerite Chaigneau, violoncelliste, sont venues\nd o n n e r , au Cercle Artistique, u n e séance de trios. P r o g r a m m e court, mais\nsubstantiel et savoureux, où la qualité des œuvres s'est rehaussée de la qualité\nd'interprétation.\n   Outre quelques œuvres charmantes de R a m e a u et de Couperin, M lles Chai­\ngneau ont fait entendre le trio en ut majeur, o p . 87, de B r a h m s , qu'elles ont\nexécuté avec une pureté de goût, u n affinement de compréhension et u n e\n"}, {"page_pdf": 889, "page_imprimee": 740, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "740                                      DURENDAL\n\n\nsobriété de style appelant tout éloge, elles en ont mis pleinement en relief les\nbeautés austères et hautaines que traverse et avive le pétillement du scherzo\nd'harmonie et de rythme si p i q u a n t s .\n   P u i s l'admirable trio en rémajeur, o p . 70, de Beethoven, où il faut signaler\nl'éloquente interprétation du sublime Largo assai ed expressivo. Mlle S u z a n n e\nChaigneau fait chanter son violon, son jeu est plein d'âme, d'ampleur et\nd'accent. De plus, les trois sœurs arrivent à produire de bien jolies réalisa­\nlions dans les diminuendo et les pianissimo, où la ténuité, la fluidité rêveuse des\nsonorités ne fait a u c u n e m e n t tort à leur plénitude.\n\n\n    M . O s c a r B a c k , violoniste, a d o n n é , à la G r a n d e - H a r m o n i e , un con­\ncert avec orchestre, sous la direction de M. César T h o m s o n .\n    L'orchestre a d'abord exécuté la belle ouverture de Coriolan, de Beethoven,\nrarement e n t e n d u e à Bruxelles. M. Back a j o u é trois concertos (! !) : le con­\ncerto en ri majeur, de B r a h m s ; le concerto en sol mineur, de Max B r u c h ,\na p p a r t e n a n t tous deux à la haute littérature du violon, et u n concerto de\nE r n s t , infiniment moins intéressant. M. Back est un brillant virtuose qui fait\nh o n n e u r à l'enseignement de son maître T h o m s o n . C e p e n d a n t , nous ne\ncroyons pas inutile de lui rappeler une chose, c'est que le violon est l'instru­\nment privilégié entre tous, le puissant véhicule des plus profonds sentiments\nde l'âme h u m a i n e , que là surtout la virtuosité ne saurait être autre chose\nq u ' u n auxiliaire précieux au service du g r a n d art interprétatif et expressif.\n   C'est désormais vers ces régions supérieures qui, une fois atteintes, sacrent\nun instrumentiste brillant et habile du nom de grand artiste, que M. Back\ndevra diriger son orientation et tous ses efforts.\n\n\n   La vie et la mort dans l'œuvre de Wagner. — M. Edmond\nJoly a donné au Cercle Artistique une conférence ayant pour objet de\ndéterminer le rôle qu'en son œuvre W a g n e r d o n n e à la vie et à la mort.\nRien d'étonnant à ce que la mort tienne u n e grande place d a n s l'œuvre\nd'un poète. Aussi n'est-ce pas tant de l'étendue du rôle de la mort qu'il\ny a lieu de s'occuper ici, mais bien plutôt de la qualité de ce rôle et de\nla g r a n d e u r inouïe qu'il lui prête. Car on a beau le contester, W a g n e r à\ncertains m o m e n t s a été très sérieusement conscient de lui et de son œuvre\net il devient dès lors souverainement intéressant d'en dégager la philosophie\nlatente. E t ouvrant le livre des symboles qu'il lit c o u r a m m e n t , M. Joly a fait\npénétrer son auditoire d a n s la pensée intime de W a g n e r où la mort devient\nla vie réelle et s u p r ê m e , le baiser de l'ombre et de la lumière, où elle a p p a ­\nraît une nuit lumineuse qui, d'abord obscure en a p p a r e n c e , se constelle\nsoudain de millions de soleils. L ' i n t e n s e vie symbolique de l'œuvre de\nW a g n e r , le conférencier l'a mise encore en relief par d'éloquents symboles à\nlui personnels, tels l'art et la religion, ces rayons noirs pénétrant en vainqueurs\ndans l'au-delà, bien plus forts q u e cette pauvre lumière blanche d o n t nous\nsommes si fiers. Le conférencier a commenté les formes diverses sous\nlesquelles se manifeste cette idée féconde de la Mort vivante, n o t a m m e n t dans\n"}, {"page_pdf": 890, "page_imprimee": 741, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 741\n\n\nTannhaiiser, la Tétralogie et Parsifal, avec u n e pénétration et u n e éloquence\nqui ont conquis l'auditoire très choisi et attentif devant lequel il parlait. Il\nest bien difficile d'avoir de l'œuvre de W a g n e r u n e conception plus large,\nplus généreuse, plus éliminaiive de pessimisme que celle de M. Joly. De\nplus, son tour d'idées si serré et logique clans sa constitution intime revêt\nen sa forme extérieure, verbale, je ne sais quelle saveur d'inattendu qui\nc h a r m e l'attention, la suspend et la retient. Sa conférence d'une heure\nn'a pas semblé durer plus de dix m i n u t e s .\n\n                                                      G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-007", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 742, "page_fin": 748, "titre_corps": "Les Expositions", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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W a g e ­\n                          m a n s et S w y n c o p continuent à faire preuve d e talent,\n                          mais encore ces talents incontestables se répètent-ils un\n                          peu et n'apportent point, celte fois, l'œuvre décisive qui\n                          doit les définitivement consacrer.\n                              L ' a n c i e n n e prédilection du groupe dirigeant p o u r les\n                          sombres et somptueuses colorations, les patines séculaires,\n l'émail des vieux vernis a fait place lentement à plus de sincérité; on\nregarde la nature sans la transposer à travers des souvenirs de musées, mais\n de temps en temps la vieille influence reparaît et des tons de palette se\n manifestent arbitrairement.\n    M. BASTIEN, rêvant parfois de colorations tout à fait claires et lumineuses,\nréussit, d a n s un portrait de Ballerine, à n'être plus du tout lui-même avec\nb e a u c o u p d'adresse et d'agrément — un peu trop peut-être. Il a des études de\npaysages brabançons et espagnols heureuses et saines, et de g r a n d e s toiles\nencore u n peu lourdes et o p a q u e s , malgré leurs indéniables mérites d'allure,\nde tenue et leur vaillance.\n    M. WAGEMANS expose des coins de paysage traités en simples études,\ndélicieux de saveur et d'harmonie. Ses g r a n d s portraits décoratifs ne retrou­\nvent pas la veine du Violoniste qui força les portes du Musée de Bruxelles.\n    M. SWYNCOP me paraît être le plus en progrès du g r o u p e . R e t e n u par le\nconcours de R o m e , il n'est pas très copieusement représenté au Sillon. L e\nBouquet d'œillets, étude de n u aux colorations précieuses, le Gamin au vase d'ar-\ngile — acquis par le Roi — sont de robustes et délicats morceaux h e u r e u s e ­\nment m e n é s à bien et tels que l'artiste n'en avait pas encore réussis, mais ce\nne sont que des é t u d e s . . .\n    M. AMÉDÉE D E G R E E F a de bons paysages a m p l e m e n t étoffés, quelque peu\nmonotones et dénués d'accent.\n    L a facilité de M. TORDEUR m a n q u e de vibration, de recherche, mais atteint\nà l'effet.\n"}, {"page_pdf": 892, "page_imprimee": 743, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "                              LES   EXPOSITIONS                               743\n\n\n   M. SMEERS s'égare en des peintures lourdes, dépourvues de goût et d'har­\nmonie, pâteuses et déplaisantes.\n   Les Roses de M. PINOT — des « études » encore — sont savoureuses et de\ncouleur rare. M. LAUDY nous montre des ébauches de portraits très habiles,\nde caractère sérieux et de facture volontaire. Pourquoi s'arrêter en si bon\nchemin?\n   M. APOL confirme, par des « coins de port » solides et fins, de bonnes impres­\nsions antérieures. M. Romain VANDEN BRUGGE, à côté d'études quelconques,\nfait voir un Intérieur d'atelier qui imite jusqu'à l'indiscrétion l'harmonie d'un\ndes Vermeer de Delft, de la collection Six, à Amsterdam. Écrasant rappel!\n   La statuaire est faiblement représentée à ce Salon. Un petit bronze —\nCircè — remarqué, de M. AUG. PUTTEMANS, des morceaux inégaux de\n MASCRÉ, un buste par D E HAEN méritent une mention.\n   Mme BERTHE DELSTANCHE a des « cuirs » décorés avec verve et adresse.\nLes panneaux du Paravent sont particulièrement appropriés aux exigences de\nce genre de travail.\n\n\n\n\n                Au Cercle Artistique de Bruxelles\n   Henry Meunier. — Les œuvres Blanc et Noir, de M. Henry Meunier, sont\nde haute et sévère essence esthétique. La pénétration des beautés générales\nd'une contrée donne à chacune de ses interprétations un caractère personnel,\nune allure significative, une grandeur émouvante.\n   Issu d'une lignée d'artistes, Henry Meunier a l'instinct des synthèses élo­\nquentes. Des coins de paysage ardennais, l'aspect d'un outil rustique : — herse,\ncharrue, rouleau — au repos à l'angle d'un champ; une vue d'espace sous\nles nuages, voilà ses thèmes simples. De ces choses muettes, il exprime la\nmélancolie reposante ou farouche, le puissant silence, et comme l'attente\ninquiète.\n   Coloriste dans des oppositions larges de noirs savoureux, de gris nuancés,\nde blancs délicats, avec un sens juste des relations des valeurs entre elles,\nHenry Meunier est moins heureux quand il abandonne la gravure ou le\ndessin pour peindre à l'huile, à l'aquarelle ou tracer au pastel des paysages\nou des figures. C'est d'ailleurs là une manifestation un peu exceptionnelle de\nson talent, il est avant tout un aquafortiste par tempérament. Chacune de ses\n\" épreuves \" requiert l'attention et la retient, se différencie des œuvres voisines\net vaut par des mérites distincts.\n   Cette exposition n'était pas dédiée au gros public.\n   Henry Meunier a rencontré un succès sincère auprès d'une élite com­\npréhensive,\n  M. Victor Abeloos a, je pense, été mal inspiré d'annexer aux ouvrages\nd'Henry Meunier un panneau de cursives pochades. On peut être un jeune\npeintre agréablement doué, posséder une vision coloriste fine et blonde —\n"}, {"page_pdf": 893, "page_imprimee": 744, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3075, "texte": "744                               DURENDAL\n\n\naimable, sinon originale — et se tromper, en exposant dans de telles condi­\ntions, non point une œuvre importante et mûrie, mais des bouts d'études\nenlevés sur nature.\n   Que diriez-vous d'un virtuose qui inviterait des diletlanti à un concert où\nil n'exécuterait que des gammes et des exercices?\n   Charles W . Bartlett, artiste anglais très notoire, nous montre, en une\ncinquantaine d'oeuvres, des aspects de « la vie paysanne en Hollande ».\n   Bartlett n'avait plus à faire à Bruxelles preuve de son acuité de vision, de\nl'originalité de sa mise en page, de la saveur intense de son dessin, de la force\nparfois austère de son coloris et de cette magistrale habileté qui le met au\npremier plan des aquarellistes actuels. Parvenu à la pleine maturité d'un\ntalent généreux, il produit librement des œuvres savoureuses — non point\nfaciles — mais libres par la science et l'expérience acquises.\n   Tout serait à citer, à commenter, parmi ces intérieurs, ces paysages, ces\nétudes fouillées de visages vieux et jeunes. C'est la vie même, surprise, en un\nchoix de scènes, de types expressifs, de milieux significatifs, procédant\ndu même parti-pris, enveloppés de la même harmonisation sobre, sans\nmonotonie ni redites. La durée d'une exposition si excellente eût dû être\ndoublée.\n\n   MM. Taelemans et Van Strydonek sont des professeurs notoires. Le\nsecond enseigne à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, le premier en\ndes établissements libres de haute importance. Leur production ne saurait\ndonc être aussi copieuse que si tout leur temps exclusivement était voué à la\npeinture.\n   M. TAELEMANS est le calme interprète du paysage urbain, il en aime les\nordonnances pittoresques, les géométriques perspectives et les aspects ration­\nnels. Sa technique, sa couleur sont reposées, sobres, tranquilles. Il sait son\nmétier, le hasard ne collabore pas avec lui. Depuis quelques mois, il a voulu\néclaircir les tons un peu assourdis de sa palette et y a sérieusement réussi.\nSes vues des quais de la Seine dans Paris sont ingénieuses, limpides, char­\nmantes. Quelques coins hollandais, très bien venus, rajeunissent de leurs\nbouquets d'arbres verts, de leur fraîcheur d'eaux refléchissantes, les sites\nmoins imprévus auxquels s'arrêtait la prédilection de l'artiste.\n   M. G. VAN STKYDONCK peint vite, avec quelque brutalité. Il sabre ses études\nà longs traits et parfois se contente d'harmonisations sans recherche.\nIl incline à user de tons lourds, métalliques, opaques, qui défigurent les avant-\nplans de ses meilleurs paysages. Dans ses portraits, il atteint à des effets\npiquants, avec dextérité. Toutes ses toiles, d'ailleurs, sont hardies, claires,\nvivantes et se recommandent par le sens de la mise en page et le souci de la\ntenue.\n\n   Louis Cambier. — Les toiles exposées par Louis Cambier offrent de mul­\ntiples attraits Leur mérite artistique n'est point négligeable, leur saine\nsaveur d'exotisme sincère chatouille au dedans de nous cette curiosité, cet\namour des voyages toujours vibrant, mais avant tout ces œuvres nous par-\n"}, {"page_pdf": 896, "page_imprimee": 745, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "                                   LES EXPOSITIONS                                         745\n\n\nlent par les sites émouvants qu'elles évoquent. Elles sont les fidèles portraits\nde choses qui furent les témoins d'augustes, d'angoissants mystères. De ces\nchoses immobiles et comme figées d a n s u n e horreur sacrée, u n e âme fris­\nsonne aux seuls noms retentissants des Saints Lieux. L a P a l e s t i n e : J é r u s a l e m ,\nBethléem, H é b r o n , Gethsemani, le J o u r d a i n , la mer Morte, la vallée de\nJ o s a p h a t , le mont des Oliviers, le saint sépulcre, quels échos ces mois\néveillent au fond de nous, quels p r o l o n g e m e n t s depuis les jours lointains\nde notre enfance, de nos premiers enseignements reçus avec ferveur, quelles\nondes de sonorité et de pensée suscitant d a n s nos âmes de méditatifs\nremous !\n    L o u i s CAMBIER n o u s montre au Cercle quelques toiles i m p o r t a n t e s . L a\nplace lui a fait défaut p o u r les compléter de tous les d o c u m e n t s rapportés de\nses d e u x successifs voyages en terre sainte.\n    Ces toiles illustrent merveilleusement les pages inoubliables de P i e r r e Loti.\nL e s citations choisies par l'artiste, en épigraphes sous c ha c une des repro­\nductions du catalogue, commentent mieux que je ne saurais le faire l'inten­\nsité p r e n a n t e de cet orientalisme agrandi de tout le prestige d'avoir servi de\ncadre à la vie et à la m o r t du Christ.\n     « Jérusalem!... O h ! l'éclat m o u r a n t de ce n o m . . .\n     » C o m m e il r a y o n n e encore du fond des temps et des poussières... »\n     Bethléem. — Vue générale au crépuscule. — « Bethléem, Bethléem... U n e nuit\n     plus tranquille qu'ailleurs nous enveloppe à p r é s e n t ; tout se tait, les voix,\n » les cloches et les sonnailles des troupeaux, dans un recueillement infini; et\n » un h y m n e de silence monte de la c a m p a g n e a n t i q u e , du fond des vallées\n » pierreuses, vers les étoiles du Ciel. »\n     La Pierre de l'Onction. — « Ce sont les mystérieuses influences de ces lieux;\n « tous ces effluves du passé que dégagent ici les p i e r r e s . . . »\n     Chapelle de Sainte-Hélène. — « On croirait un temple b a r b a r e . Quatre piliers\n » é n o r m e s , trapus, d'un byzantin primitif et lourdement p u i s s a n t . . . Des\n » fragments de peintures aux murailles indiquent encore des saints et des\n » saintes, nimbés d'or dans des attitudes raides et naïves, sous l'effacement\n » des humidités et des poussières mortes. T o u t est dans un délabrement\n » d'abandon, avec des suintements d'eau et de salpêtre. »\n      Il faudrait tout citer! L a peinture de L o u i s Cambier n'est pas inférieure\n à ces évocations passionnées.\n\n     M. O s c a r H a l l e se trouve assez mal du voisinage. E t r a n g e r à nos tradi­\n tions locales et d'un t e m p é r a m e n t réfractaire à les ressentir, M. Halle n'est\n point coloriste au sens sympathique que nous d o n n o n s à ce mot. Ses affinités\n g e r m a n i q u e s sont déconcertantes. Mais il a le mérite de ne pas rechercher les\n succès faciles et de vouloir, par un choix de sujets a r d u s , d'effets ingrats et de\n types sans beauté, atteindre à des interprétations personnelles.\n     U n e fillette de pêcheur, finement nacrée d a n s l'ambiance d'un plein air\n fluide, quelques intérieurs et u n joli soir bleu, après la pluie, d e s c e n d u sur\n les bassins du port d'Ostende, sont les pages les mieux venues p a r m i celles\n réunies sur les p a n n e a u x réservés à M. H a l l e .\n"}, {"page_pdf": 897, "page_imprimee": 746, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": " 746                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                            Expositions diverses\n   Au Cercle Artistique de Gand. — Une exposition de jeunes\nattire l'attention sur les noms de MM. GUSTAVE D E SMET, MAURICE SYS et\nLÉON D E SMET. Ces quasi-débutants sont bien doués, sérieusement éduqués,\nintelligents, chercheurs; on peut augurer favorablement de leur avenir. Leurs\nco-exposants, plus tâtonnants encore, affirment par l'indication de leurs per­\nsonnalités naissantes et la culture de facultés individuelles l'excellence de l'en­\nseignement de leur maître, le perspicace Jean Delvin qui saura les aider à\nmettre en lumière, dans un développement normal, leurs dons et leur\nacquis.\n\n   A u R u b e n s - C l u b . — MM. Ruytinckx et Bastin. Un peintre et un\nstatuaire — excellente combinaison meublante et favorable aux deux expo­\nsants.\n   M. RUYTINCKX, spécialisé dans la nature-morte, fait aussi des incursions\ndans le paysage, la marine,, et ne craint pas d'étoffer de grandes figures les\nseconds-plans de ses vastes compositions décoratives. Tout cela ne manque\nni de verve, ni d'enthousiasme. Je chicanerai M. Ruytinckx sur l'aspect un\npeu « commercial » de certaines peintures. Avec son entente de la couleur et\nson adresse, il devrait serrer plus nerveusement sa technique, éviter certaines\nredites et certaines banalités, enfin vouloir des pâtes plus précieuses, des\nsonorités plus rares, un ragoût d'art qui seul donne du prix à des « mor­\nceaux », la nature-morte n'offrant en somme que prétextes à « morceaux ».\n   M. BASTIN a, par nature, des qualités analogues à celles de M. Ruytinckx.\nIl trouve le caractère, la silhouette, le mouvement d'une figure ou d'un\ngroupe ; ses études d'animaux sont pleines de sève et d'allure, ses bustes sont\nphysionomiques, l'exécution sculpturale n'en est point localement précieuse,\nmais elle est adéquate au genre d'effet expressif et décoratif ressenti par l'ar­\ntiste et s'adapte à ses intentions.\n\n   Le Cercle « L'Effort », groupe des photographes esthètes. — Le\nSalon ouvert à la maison Boute, rue Royale, 134, offre une nombreuse série\nd'épreuves dues à des opérateurs belges et étrangers. Tous démontrent ce que\nl'instinct artiste, le choix, le goût, la recherche, le perfectionnement des pro­\ncédés peuvent apporter de variété et de personnalité intéressante aux produc­\ntions mécaniques de l'objectif. Chaque exposant à sa spécialité, sa manière,\nsa signature, réussit des effets difficiles, imprévus, et l'ensemble présente une\namusante diversité très attrayante.\n\n   A u P a l a i s d e J u s t i c e d ' A n v e r s . — L'exposition de la caricature\njudiciaire se compose de deux séries : d'une part, les dessins dus à des person­\nnalités du monde de la magistrature et du barreau belge; d'autre part, les\nœuvres des maîtres de la caricature en France, Daumier, Gavarni, et tous les\n"}, {"page_pdf": 898, "page_imprimee": 747, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                747\n\nsatiriques actuels, si ingénieux, mordants et féconds à propos de l'affaire\nDreyfus et d'autres épisodes juridiques. Un ensemble très complet, copieux\n et long à bien examiner.\n\n\n\n\n                       Le Concours de Rome\n   Les travaux des candidats ont été exposés — combien mal — dans le vesti­\nbule du Musée Moderne.\n   Il semblerait, à tout être naïf et judicieux, que les prix d'un tel concours\ndevraient être décernés à ceux des concurrents qui font preuve des aptitudes\nles plus évidentes, dont le tempérament, l'éducation sont les plus marquants,\ndont l'œuvre de concours est la plus sérieuse et la plus prometteuse.\n   Cet être naïf et judicieux ignore les errements des jurys impersonnels et\ntout ce que l'anonymat et l'irresponsabilité des votes permet de compromis­\nsions, d'iniquités et de surprises.\n   Seuls, les jeunes gens évincés s'en indignent encore! Les autres, ceux qui\nsavent la vie, ont appris déjà que le lauréat, le Prix de Rome, est trop rarement\nl'artiste le plus doué de sa promotion, et que c'est d'entre les dédaignés\nque surgira, s'il doit surgir, un talent qui saura un jour s'imposer dans\nl'Ecole.\n   Cette année, l'attribution du premier prix à M. HENRI VAES est très défen­\ndable, et j'estime que ce futur peintre a fait preuve de suffisants mérites pour\njustifier le choix des juges.\n   Mais très manifestement la deuxième et la troisième places ont été arbitrai­\nrement attribuées, la deuxième surtout, et c'est à l'unanimité que l'opinion\npublique se refuse à ratifier une telle décision.\n   L'ouvrage de M. PHILIPPE SWYNCOP — qui n'a pas été classé — témoigne\nde qualités indiscutables. Sur le même rang que la peinture de H. Henry\nVaes, ce travail, plein de sève, de verve et d'habileté relative, se place ;\nentre les deux chacun hésite et la majorité des suffrages s'équilibre...\n   M. POSENAER, non classé non plus, affirme un art très curieux, une nature\nvolontaire, la force d'un parti-pris, — artificiel, sans doute, — mais fortement\net habilement soutenu, un ensemble de mérites bien supérieur aux faibles\nindications du deuxième lauréat.\n    M. CAMILLE LAMBERT, mentionné troisième, me paraît le plus intéressant\ndes concurrents après MM. Vaes, Swyncop et Posenaer. C'est une individua­\nlité très marquée, d'une invention fertile à l'excès et qui sera tout à fait\nintéressante quand elle s'assagira jusqu'à la simplicité — qui n'est point le\ndénuement.\n   Le travail du deuxième lauréat, influencé par des professeurs de mérite\net par l'étude des vieux maîtres, ne peut faire illusion sur la pauvreté imagi­\nnative d'une nature indécise, ni sur le manque absolu de métier de cet ouvrier\nd'art; un sentiment douceâtre, un mysticisme déjà vu n'en sauvent pas\nl'indifférence.\n"}, {"page_pdf": 899, "page_imprimee": 748, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "748                               DURENDAL\n\n\n   Le sujet du concours était d'une heureuse imprécision et permettait\ntous les écarts d'une complète fantaisie. Aucune contrainte de couleur locale,\nd'archaïsme, de décor. Aucune condition de vraisemblance dans la compo­\nsition; nul besoin de bases, de terrains, de plans, de perspective, d'équilibre,\nd'atmosphère. Tous les artifices et tous les escamotages se pouvaient admettre,\nil fallait exprimer cette idée vague et peu plastique : « Après les maux de la\nguerre, la Paix fait refleurir les arts. » Nanti de cette explication, allez exa­\nminer les rébus composés par ces peintres et vérifiez combien peu d'éléments\nsignificatifs ils ont su réaliser !\n   Pauvres jeunes gens!\n                                                                        P . L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-008", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 749, "page_fin": 752, "titre_corps": "Gazette des Faits et des Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "Gazette des Faits et des Livres Novembre JE reviens d'Amérique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 900, "page_imprimee": 749, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 2959, "texte": "Gazette des Faits et des Livres\n                                                                               Novembre.\n                        JE reviens d'Amérique — sans la gastrite et les courbatures\n                           qu'en rapportèrent nos parlementaires. Comme eux pour­\n                           tant, j'ai assisté à une réception chez le président Roose­\n                           velt et si je n'ai pas eu l'heur — ainsi que M. Emile Braun\n                           — d'ouïr le premier citoyen de l'Amérique faire l'éloge du\n                           libéralisme belge, je l'ai e n t e n d u parler avec admiration et\n                          gratitude des g r a n d s évêques des Etats-Unis. Ces prélats, à\n                          leur tour, — les Spalding, les Gibbons, les Mac Quaid — je\n                          les ai visités dans la simplicité austère de leur vie et la gloire\n enthousiaste de leurs œuvres; j'ai assisté à l'entrée triomphale du cardinal\n G i b b o n s , retour du conclave, dans Baltimore en fête, et sous les nefs de la\n cathédrale, assis au pied de la chaire, j'ai écouté ce prince de l'Eglise rendant\n compte au peuple chrétien, dont il fut l e d é l é g u é , d e s péripéties des solennelles\n assises qui firent de Sarto le p a p e Pie X. Mais je n'ai pas vécu qu'avec des\n prélats : au milieu du bruit formidable de ses forges, Carnegie, ce sublime\n arriviste du travail, m'a enseigné l'Evangile de l'énergie américaine. Enfin,\nj'ai visité l'Exposition de Saint-Louis et dans Chicago, New-York, W a s h i n g t o n\net Philadelphie, j'ai flâné assez pour apercevoir q u e l q u e s - u n s des aspects les\nplus caractéristiques de ces centres de « vie intense ».\n   Ce « spectacle d a n s un fauteuil » je le dois à M. l'abbé Klein, dont le\nlivre (1) est bien le récit de voyages le plus intéressant, le plus varié et le plus\nvivant qui se puisse concevoir. M. l'abbé Klein a vu l'Amérique avec son\nesprit d'artiste et son âme d'apôtre. P a r le genre de ses études antérieures,\npar la t o u r n u r e de son intellectualité, il était prédisposé, mieux que personne,\nà c o m m u n i e r avec les beautés et les forces de cette terre de liberté, de jeu­\nnesse et d'initiative. Mais si g r a n d e que fût l'admiration de M. l'abbé Klein\npour l'Amérique, il a évité néanmoins, d a n s son livre, le ton du dithyrambe\nm o n o t o n e ; et pour receler un enthousiasme profond, ses descriptions et ses\naperçus n ' e n sont pas moins marqués au coin d'un réalisme très documenté et\ntrès exact.\n   Les pages les plus belles de cette très belle œ u v r e sont peut-être celles où\nl'auteur, hôte m o m e n t a n é de la m o d e r n e patrie de la liberté, reportant son\nregard vers son pays, esquisse, entre les Etats-Unis et la F r a n c e , entre\nl'Eglise d'Amérique et l'Eglise de F r a n c e , des parallèles émus et vengeurs.\n\n\n  (1) Abbé FÉLIX KLEIN : Au pays de \" la vie intense \". Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 901, "page_imprimee": 750, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "750                                   DURENDAL\n\n\nH é l a s ! Oui, mon cher a b b é , il y a loin de Roosevelt à Combes. Mais, ne l'ou­\nbliez pas, il y a de la marge aussi entre Gibbons et S p a l d i n g d'une part, et\nGeay et le Nordez de l'autre...\n\n\n\n   On pouvait croire que M. P a u l Bourget resterait seul à être atteint de la\nmanie de l'unité et à vouloir faire dépendre d'une même esthétique et d'une\nidentique morale le dilettantisme de Mensonges et le dogmatisme de l'Etape.\n N o u s avons fait jadis justice de cette gageure que M. Bourget prétendit nous\nimposer par le c o u p de « la préface »! Voici que M. Maurice Barrès essaye\nde nous en faire accroire de m ê m e manière : en republiant son Homme libre,\nil arbore lui aussi le c o u p de la préface (1). A h ! bénévoles lecteurs, vous\ncroyez que M. Maurice Barrès a c h a n g é , a évolué, disons le mot, s'est con­\nverti ? Vous vous d e m a n d e z comment le f util a m a n t de Bérénice a passé du\nrenanisme ironique et vaporeux au culte énergique de l'action. Voici :\nl'Homme libre racontait u n e recherche dont les Déracinés fournissent le résultat;\nFrançois Sturel est un h o m m e libre « qui a trouvé son moi ». L ' u n e œuvre\ncomplète l'autre et toutes deux collaborent à l'unité de l'intellectualité de\n M. Barrés.\n   L'unité de M. Bourget était a m u s a n t e ; l'unité de M. Barrès déconcertera...\nE t il en est qui, défiants, se d e m a n d e r o n t si la « préface inédite » dont\nM. Barrés agrémente la réédition d'Un homme libre ne doit pas être cataloguée\naux environs de cette jolie et délicate fumisterie : Huit jours chez M. Renan?\nParfaitement, c'est à croire que l'auteur de l'Appel au soldat a été pris d'un\naccès de nostalgie vers les jeux délicieux et vains de sa jeunesse et que\nfatigué d'être grave à force de regarder la trouée des Vosges, il s'est payé une\nballade au pays capricieux de l'ironie p r e m i è r e . A c h a q u e jour suffit son\nchef-d'œuvre — et il est puéril de tâcher d'établir entre les stades divers d'un\nesprit et d'une sentimentalité si contradictoires, des liens arbitraires et fac­\ntices. Si le Barrés d'aujourd'hui nous émeut et nous entraîne par l'éloquence\nde ses affirmations et la décision de son geste, le Barrés de jadis nous charma\net nous séduisit par les mille facettes nuancées de son original scepticisme.\nE n t r e ce Barrès-ci et ce Barrès-là, il n'y a qu'un rapport à découvrir : l'un et\nl'autre sont deux des plus grands écrivains que le siècle aura légué aux Lettres\nfrançaises !\n\n\n    Si nous connaissons deux Maurice Barrés, combien ne savons-nous point\nd ' E d m o n d P i c a r d . Celui-ci du moins n'a-t-il pas écrit l'évangile de son inva­\nriabilité; et est-il bien capable, au contraire, de tirer gloire des « protéismes «\nincessants de son intellectualité. M. P i c a r d estime qu'à chaque jour suffit son\nidée et il ne se soucie point d'établir de conventionnels rapports entre les\nformes successives de la vie qui sollicitèrent sa p e n s é e . Il vit la vie telle qu'elle\nse p r é s e n t e ; les souffles doux ou âpres qui viennent du large de l'huma-\n\n\n  (1) MAURICE BARRES : Un homme libre. Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 902, "page_imprimee": 751, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "                        GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                             701\n\n\nnité se répercutent en lui en échos de rêve ou d énergie ; et ce sera Imagine et\nce sera Jéricho.\n    Même M. P i c a r d se complait-il parfois à livrer simultanément au public\ndeux œuvres issues d'inspirations presque ennemies. Des critiques s'étonnent\net encore u n peu se scandaliseraient. P o u r q u o i ? Cela prouve que M. P i c a r d\nreste qualis ab incepto et que la vieillesse n'a pu e n t a m e r en rien la prodigieuse\net p a p i l l o n n a n t e cérébralité du maître. Voyez c o m m e n t il passa ses dernières\nvacances : après s'être enfermé d a n s le laboratoire du docteur F a u s t où il\nconfronta la vanité des alchimies scientifiques avec la voix douce et redou­\ntable du Mystère (1) et écrivit à son tour — en des vers qui eussent pu être\nplus personnels — la B a n q u e r o u t e de la science que M. Brunetière lui-\nm ê m e , du reste, ne découvrit pas le p r e m i e r , M. P i c a r d , lassé des contem­\nplations et i m p a t i e n t de c o m b a t t r e , rebondit en pleine vie c o n t e m p o r a i n e , le\nmartinet de la satire à la m a i n . . . J u v é n a l remplace G œ t h e — et ce sont les\njournalistes qui font les frais de cette revanche de l'énergie sur le songe.\n    Ambidextre (2), œuvre d r a m a t i q u e , a des maladresses et des longueurs qui\nnuiraient à l'effet scénique. M. P i c a r d est m o n t é trop tard sur les planches\npour avoir pu s'assimiler tous les trucs du théâtre. Mais cette réserve faite\nsur la t e c h n i q u e de cette comédie-drame, je crois bien qu'Ambidextre, par le\ndéveloppement serré des caractères, p a r le m o u v e m e n t impétueux des idées,\npar la puissance martelante et corrosive du style, restera comme u n des livres\nles plus caractéristiques du faire généralement instinctif de leur auteur.\n    N a t u r e l l e m e n t , la presse qualifia déjà Ambidextre de mauvaise action. Sans\ndoute, le journaliste mis en scène par M. P i c a r d , et qui sévit successivement\nd a n s l'art, dans la finance et dans la politique, cumule toutes les vilénies et je\nveux bien admettre que la réalité n'offre point d'exemplaire aussi complet de\nla canaillerie h u m a i n e . . . Mais êtes-vous sûr que si l'on divisait ce symbole et\nsi on fragmentait le p e r s o n n a g e , les pièces et morceaux ne trouveraient\npoint d'adaptation autour de nous? L e journalisme a ses qualités et ses tares,\nil est la noble passion d'honnêtes gens et le c h a m p clos de chevaliers d'in­\nd u s t r i e . . . Si M. P i c a r d a négligé le côté lumineux du tableau pour s'attacher\nà souligner les ombres, il a usé d'un droit que la presse ne songea point à\ncontester à l'artiste en d'autres circonstances... Voyons, M M . les journalistes\nse sont tant délassés à la Robe Rouge et à Ces Messieurs! Qu'ils nous permettent\nd o n c à notre tour de savourer Ambidextre!\n\n                                                  ***\n    P o u r être moins brutale et plus détachée, la vision que M. Camille Mau-\nclair, dans la Ville-Lumière, nous présente des critiques d'art, n'a pas moins\nd é p l u que les coups de lanières de M. P i c a r d . L à aussi, la presse a m o n t r é\nson mécontentement — en faisant le silence autour d'une très belle œuvre.\nLes journalistes ont vraiment u n e façon à eux de d é m o n t r e r qu'ils sont\nparfaits.\n\n\n  (1) La Désespérance de Faust. Prologue pour le théâtre. Bruxelles, Lacomblez.\n  (2) Ambidextre. comédie-drame. Bruxelles, Lacomblez et Larcier.\n"}, {"page_pdf": 903, "page_imprimee": 752, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "752                                     DURENDAL\n\n\n    M. Mauclair, d'ailleurs, n'a pas restreint ses observations à la corporation\ndes dispensateurs de notoriété et de médiocrité. Il a tourné aussi son objectif\nvers les bénéficiaires et les victimes de la critique : les peintres.\n    Peut-être que le livre de M. Mauclair m a n q u e un peu de vie et de mouve­\nm e n t ; une trop persistante cérébralité fait traîner l'action et languir l'intérêt.\nMais la gigantesque synthèse de P a r i s et l'influence fièvreuse, énervante et\ntourbillonnante qu'elle exerce sur l'artiste sont ici analysées avec autant de\npénétration que de force. L'auteur ne va-t-il pas à l'excès pourtant, en soute­\nn a n t que la Ville-Lumière développe l'inlellectualité de ceux qui viennent à\nelle, uniquement dans le sens de la mondanité superficielle et convention­\nnelle? E t ne sont-ils pas plus n o m b r e u x que ne veut bien l'admettre M. Mau­\nclair, les artistes qui, m ê m e d a n s la B a b y l o n e de la mode, g a r d e n t intacte\nleur originalité et mettent à l'abri leurs énergies? Il n'y a pas que R o d i n que\nP a r i s n'ait point émasculé. E t pour quelques peintres qui choient dans le\nbibelot, et quelques écrivains qui se suicident d a n s les chroniques, combien\nd'autres que les compromissions ne peuvent atteindre et qui montent résolu­\nment et se c a n t o n n e n t jalousement dans la tour d'ivoire de Vigny. M. Camille\nMauclatr est de ceux-là : sa vie et son œuvre plaident contre la thèse de la\nVille-Lumière (1).\n\n\n     T r o i s livres belges : M. Maurice des Ombiaux conte, en son style toujours\négalement savoureux, quelques instants de vie wallonne : c'est le premier\n dixain des Contes de Sambreet-Meuse (2).\n     M. Michel B o d e u x a voué ses vacances de magistrat à nous dire une Lié-\ngeoise Idylle (3). J e suppose que l'intrigue peu fournie de ce v o l u m e — le roman\nd'un jeune h o m m e . . . devenu pauvre — ne doit servir que de patère à quel­\nques aspects de Liége que M. Bodeux croque agréablement parce qu'il les\nsent bien. On ira voir cela lors de la prochaine Exposition. Mais pour nous\nservir de guide, il faudrait bien que d'ici là, J e a n Clokir — c'est le héros de\nl'œuvre — désapprouve l'agaçante manie de vivre sa vie sur des citations. Sa\nj e u n e fiancée, L o u i s e , au contraire, a b e a u c o u p de charme et de naturel. Cette\nattachante et juvénile figure rachète les poses g u i n d é e s de son a m i .\n     Enfin, M . C h a r l e s Morisseaux — sous u n e couverture érotico-religieuse —\nnous présente en grande liberté quelques cabotins — cabotins de la scène et\ncabotins de la vie. Cela s'appelle « voir la vie à travers le vitrail » (4). Il y a\nlà un style nerveux et imagé. F o u r le reste, u n mélange de candeur et de\nperversité, un concentré de snobisme et de naïveté, une purée de sensualité et\nde mysticisme! On m'assure que M. Morisseaux est très j e u n e . E h b i e n ! cela\npromet — à tous points de vue. Qui sait, peut-être la Belgique a-t-elle conquis\nson Jean L o r r a i n ?\n                                                                FIRMIN VANDEN BOSCH\n  (1) CAMILLE MAUCLAIR : La Ville-Lumière. Paris, Plon.\n  (2) Bruxelles, Dechêne et Cie.\n  (3) Bruxelles, Vromant.\n  (4) A travers le vitrail vers la vie. Bruxelles, Lacomblez.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-009", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 753, "page_fin": 757, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES La Défense et Illustration de la langue française", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 904, "page_imprimee": 753, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nL a Défense et Illustration de la l a n g u e française, par JOA­\n   CHIM DU BELLAY, avec notice biographique et commentaire historique et\n   critique de L É O N S É C H É . — (Paris, E . Sansot et Cie.)\n   E n serait-il de la langue c o m m e de la religion, et l'intérêt irait-il d'autant\ndavantage à tout ce qui la touche qu'elle est plus menacée ? L e sort des thèses\nde l'abbé Loisy a ému un instant et même passionné le grand public, si\nincurieux qu'on le prétende des questions de foi; et voici qu'aujourd'hui,\nsous l'action, sans d o u t e , des projets de réforme de l'orthographe que nourrit\nle g o u v e r n e m e n t français, la librairie, attentive à l'actualité et à la vogue,\npublie coup sur coup de n o m b r e u x ouvrages dont le langage, d a n s sa\n technique ou ses origines, fait l'objet.\n   C'est ainsi que, il y a quelque temps, paraissait u n e nouvelle édition de\nl'excellent et substantiel petit livre de Darmesteter : La Vie des Mots, où tous\nles problèmes de la linguistique sont posés avec u n e netteté si sûre et illustrés\nd'exemples si topiques. Aujourd'hui, c'est M. L é o n Séché qui nous d o n n e\nune réimpression, enrichie de notes précieuses, du célèbre manifeste litté­\nraire de la Pléiade, avec son titre de belle parade, magnifique promesse\net g r a n d e attente », c o m m e écrivait, en raillant, un des contradicteurs de\ndu Bellay.\n   L à , au moins, il disait bien, cet a d v e r s a i r e ; mais le livre n'a pas survécu\nseulement par la beauté chevaleresque et la grâce e m p a n a c h é e de son\nlitre.\n   Joachim introduisit dans l'usage de la langue le mot Patrie, et, à certains\négards, bien que le dessein de son livre ne soit pas toujours d'une logique\ntrès suivie, c'est pour la g r a n d e u r et l'affranchissement de la patrie — d a n s ce\nqu'elle a de plus essentiel et de plus représentatif : la langue — qu'il combat­\ntait, en exaltant la langue « vulgaire », le français, que l'on désignait\nainsi par opposition au noble latin, et en excitant ses amis à chercher dans\nl'antiquité ou en Italie, non des modèles à imiter servilement, mais des exem­\nples de discipline, un aliment à leur activité littéraire originale...\n   Sans doute, le conseil ne fut pas toujours entendu de la façon qu'il aurait\nfallu, et l'on sait comment les poètes de la Pléiade défigurèrent leurs plus\nbelles inspirations par l'emploi immodéré de termes grecs ou latins à peine\ndéguisés, alors que tant de mots existaient, expressifs, vivants, de souche\nindigène. « L a beauté des mots perd la force des choses », dit cependant\ndu Bellay, et trop souvent ses amis et lui-même méritèrent avec excès le nom\n"}, {"page_pdf": 905, "page_imprimee": 754, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": " 754                                       DURENDAL\n\n\n qu'ils prenaient de la « docte brigade ». N ' i m p o r t e , avec R o n s a r d , ses émules\n et ses disciples, la poésie lyrique apparaît dans les lettres françaises, et,\n quelque merveilleux qu'ait été à ce point de vue le XIXe siècle, c'est des mains\n du XVIe siècle qu'il a repris la lyre enchantée que Malherbe et Boileau avaient\n assourdie!\n     Les paroles a b o n d e n t , dans le livre de du Bellay, hautes, graves, fières,\n où l'on sent vibrer une conscience nouvelle et un peu enivrée de l'art et de\n ses puissances. E t aussi, des sacrifices qu'il exige et qui, dans cette phrase\n célèbre, revêtent même des a p p a r e n c e s mortifiées d'ascétisme : « Qui veut\n voler par les mains et bouches des h o m m e s , doit longuement demeurer en sa\n c h a m b r e ; et qui désire vivre en la mémoire de la postérité doit, comme mort\n en s o y - m ê m e , suer et trembler maintes fois : faim, soif, longues vigiles, ce\n sont les esles dont les écrits des h o m m e s volent au ciel!... » Ce sont là des\n mots qui marquent et dont tout artiste recevra l'émotion. Il en est bien\nd'autres; et certains qui iraient droit à tel savant, d'hérédité n o m a d e , proba­\nblement, qui a projeté de réduire à on ne sait quelle algèbre phonétique cette\nbelle langue française et le vocabulaire, riche d'antiquité et de souvenirs,\ndont c h a q u e mot est c o m m e une relique ou u n t r o p h é e . . .\n    M. Léon Séché a accompagné sa leçon de la Défense et Illustration de la langue\nfrançaise de commentaires et de notes solides et concises, qui donnent à son\nédition de l'œuvre de du Bellay un caractère vraiment classique.\n\nHuit jours chez M. Renan. — Les lézardes sur la maison.\n — Ce que j'ai vu à Rennes. — Quelques cadences; œuvres\n    choisies de MAURICE BARRÈS. Q u a t r e vol. petit i n - 1 2 . — (Paris, E . Sansot\n    et Cie.)\n    C'est une idée heureuse qui a m u l'éditeur de cette collection à republier\nsous un format c o m m o d e et p e u coûteux n o m b r e d'écrits de Maurice Barrès,\népars d a n s les journaux ou les périodiques ou p a r u s , d'abord, sous la forme\nd'opuscules, actuellement introuvables.\n    L'éditeur F o n t e m o i n g vient de réimprimer Un Homme libre, qui date\nde 1889, et, dans la préface qu'il a écrite p o u r cette réédition, Barrès dit\n « l'ivresse de déplaire » d o n t il recueillit les jouissances, lors de la première\napparition de ce livre ou de Sous l'œil des barbares.\n    Mais, sans doute, ne déplut-il pas qu'à des sots, et le heurt de sa pensée\nd'alors, si acide, si impérieusement et parfois si impertinemment égotiste,\navec la pensée de personnalités aussi volontaires et aussi intérieures que la\nsienne, dut-il faire jaillir des éclats d'antipathie et détourner souvent de son\nœuvre des esprits très aptes à la c o m p r e n d r e et à l'aimer, mais éloignés d'elle,\nà raison, précisément, des similitudes d'une activité cérébrale, ombrageuse et\nsingulière par vocation.\n    E t peut-être, maintenant que Barrès est venu, par des œuvres c o m m e\nA mort et dolori sacrum et les Amitiés françaises, à sa splendide et généreuse\nmaturité, est-ce un grand et profond plaisir pour ceux-là d'aborder et de saluer\navec respect l'écrivain d a n s les pages où sa pensée, lentement développée,\na m a r q u é son é p a n o u i s s e m e n t ; au m o m e n t où le moi, cultivé avec u n e énergie\n"}, {"page_pdf": 906, "page_imprimee": 755, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                     755\n\nsi intense et si opiniâtre, a pris toute son ampleur en achevant de se con­\nquérir lui-même d a n s ses racines. « La terre et les morts », cette idée forte et\nféconde de la continuité héréditaire des volontés et des œuvres, elle était en\ngerme dans les premiers ouvrages de Barrès, certes ; aussi entendons-nous\ndire seulement que ses récentes p u b l i e r i o n s nous paraissent en avoir formulé\nla plus parfaite et la plus émouvante expression.\n    E t la tradition de cette pensée maîtresse, de cette conception directrice,\non peut la discerner et la suivre à toutes les phases de la carrière littéraire ou\npolitique du grand écrivain, d a n s les feuilles polémiques aussi bien que\nd a n s les pages passionnées, lyriques ou sereines de son œ u v r e .\n    Lisez Quelques cadences, qui est comme une anthologie d ; exaltations ; les\nLézardes sur la maison ou Ce que j'ai vu à Rennes, où il y a des a p p r é h e n s i o n s\nattristées ou colères et des visions de réalité dessinées d'un trait si précis et si\nfin qu'il transperce parfois — ce ne sont, pour ainsi dire, que des incarnations\nrenouvelées de cette pensée p e r m a n e n t e : car la vie et les événements four­\nnissent sans cesse à la vérité de celle-ci des preuves plus pressantes et plus\n péremptoires.\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\nG e e s t e l i j k e L i e d e r k r a n s uit de bloemen onzer vlaamsche toon- en\n    letterkundigen samengestrengeld, door ALFONS MOORTGAT. (Chez l'auteur,\n    à Rhode-Saint-Genèse. Prix : 5 francs.)\n    Ce recueil de cantiques et chants spirituels flamands que présente au public\nM.Alphonse Moortgat, organiste à Rhode-Saint-Genèse, mériterait plus qu'un\nsimple compte r e n d u . C'est avec u n e joie sincère que nous l'annonçons et le\nr e c o m m a n d o n s vivement aux écoles, patronages, associations pieuses de\nnotre pays flamand. E t tous ceux qui ont gémi de la banalité des cantiques\nen usage aujourd'hui se réjouiront avec nous en parcourant cet ouvrage. N o u s\npossédons donc enfin un Liederkrans convenable, vraiment intéressant d a n s\nson ensemble au point de vue des textes poétiques et de la musique. Con­\nçoit-on l'importance du résultat et imagine-t-on le progrès réalisé dans le\ngoût public le j o u r où des cantiques c o m m e ceux-ci auront remplacé la plu­\npart des airs actuels? Le principal obstacle à la réforme de la musique litur­\ngique serait s u p p r i m é ; les fidèles, gagnés à la simplicité expressive, à la naïve\nsincérité du vrai style religieux populaire, adopterait d'enthousiasme la\nréforme musicale liturgique qui s'annonce m a i n t e n a n t comme si lente et si\npénible à réaliser.\n    Le recueil de M. Moortgat comprend cent et seize cantiques, à une ou plu­\nsieurs voix pour toutes sortes de circonstances : chants de Noël, de première\nc o m m u n i o n , en l'honnenr du Cœur de J é s u s , sur les souffrances de N o t r e -\nSeigneur, sur le saint nom de Jésus, sur le Saint-Esprit, de nombreux can­\ntiques à la sainte Vierge, à la sainte Famille, aux saints les plus c o m m u n é m e n t\nvénérés; enfin, des chants pour diverses circonstances et époques de l'année\necclésiastique.\n    L e s textes sont empruntés aux meilleures sources. Le nom de Guido Gezelle\napparaît s o u v e n t ; ceux aussi d'Alph. J a n s s e n s , de A. Cuppens, H . Claeys,\n"}, {"page_pdf": 907, "page_imprimee": 756, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3525, "texte": "756                                       DURENDAL\n\n\nT h . Sevens, S. D a e m s , J. H a m m e n e c k e r , G. H e r m a n s , H . H e y m a n , etc.\nM. Moortgat lui-même en a écrit plusieurs, des mieux venus.\n   P a r m i les noms des compositeurs, nous relevons ceux de M. Moortgat\nd'abord, de M M . E . De Groote, D. Cooreman, E . H o u s s i a u , G. N a u w e l a e r s ,\nG. Van H u l s e , L . Van H o u t t e , C. H i n d e r d a e l e , J. Petit, F r . Verhelst,\nA. D ' H u l s t , P . De Keyser, A. De Coninck, R. Ghesquière, A. De Meule­\nmeester, A. Van W a s s e n h o v e , O. Van D u r m e , P a t e r Van Gyseghem, J. R e i n ­\nhardt, F r . Mille, F r . Rotthier, A. Dirven, H . Durieux, G. N o r m a n n ,\nA. Desmet, J. Bols, C. Van den Abeele, E . Dierckx, E . Hullebroeck,\nO. D e p u y d t , J. T i l b o r g h s , D. Claes, F r . M i n d e r m a n s . E v i d e m m e n t ,\ntoutes ces petites compositions ne sont pas remarquables ; comme d a n s tout\nrecueil, à côté du bon, et m ê m e du très bon, il y a du moins b o n et du\nmédiocre. Mais le médiocre est plutôt rare et, je le répète, le g r o u p e m e n t\ndans son ensemble est excellent; c'est de la b o n n e m u s i q u e , de style et de\nsentiment très louables. Signaler les n o m b r e u s e s pages qui nous ont plu\nparticulièrement nous mènerait trop loin. Il est visible que l'auteur du recueil\nest un musicien de goût et qui possède le sens de la musique religieuse.\n   M. Moortgat a fait graver en appendice à son Liederkrans dix motets latins\nà plusieurs voix, de sa composition, pour l'usage liturgique; ces motets lui\nfont h o n n e u r et c o u r o n n e n t d i g n e m e n t le recueil.\n   Ce volumineux cahier de 224 pages de musique sort des ateliers de gra­\nvures de l'Imprimerie Nationale de m u s i q u e , à Bruxelles; l'exécution en est\nfort soignée à tous points de vue.\n  Souhaitons que cette publication si utile ait le succès qu'elle mérite ; que\npartout on la fasse pénétrer et que partout elle accomplisse le bien ad majorent\nDei gloriam.                                                               CM.\n\n   L'art      flamand      e t h o l l a n d a i s . — (Anvers, Buschmann.)\n   Le n u m é r o de Novembre contient u n e admirable étude de notre collabora­\nteur ARNOLD GOFFIN sur le sculpteur Jules Lagae. P e r s o n n e n'a jamais compris\nni décrit, comme l'auteur de cet article, non seulement l'art de Lagae, mais\nencore et surtout son âme d'artiste et l'idéal à la fois hautain et fier qui est\nl'esprit m ê m e de son inspiration et que ses œuvres reflètent avec tant d'éclat\net de vie. Ces pages sont écrites avec cette émotion qu'un artiste seul peut\napporter d a n s la description des œuvres d'une â m e sœur de la sienne. Elle\nest telle qu'elle se c o m m u n i q u e au lecteur m ê m e . J a m a i s nous n'avons été aussi\nprofondément ému qu'en lisant ces pages — véritables pages d'art elles-\nmêmes — et qui parlent d'une façon à la fois si douce, si touchante, si sym­\npathique et si éloquente de notre art national, de l'âme de la F l a n d r e et d'un\ndes plus vrais, des plus sincères et des plus grands artistes de notre pays.\nCet article est a b o n d a m m e n t rehaussé par la reproduction de plusieurs\nchefs-d'œuvre de L a g a e .                                                         H . M.\n\nT h e Burlington Magazine. — Septembre 1904.\n  M. MASON PERKINS r e n d compte de l'Exposition d'Art ancien à Sienne dont\nnous avons parlé. Ses notes judicieuses s'accompagnent de quelques repro-\n"}, {"page_pdf": 908, "page_imprimee": 757, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "                                  LIVRES ET REVUES                                         757\n\nductions d'œuvres exposées. — M. T U R N E R n o u s introduit chez M. Speyer et\nn o u s renseigne sur la maison et les collections de cet amateur anglais. —\nMM. LIONEL        C U S T et VON DOBSCHÜTZ parlent des portraits du Christ. — Des\narticles sur la collection J o n i d e s (Ingres, D a u m i e r , Degas, Delacroix), sur\nles porcelaines de la famille verte, les dentelles de la collection Blackborn, un\nbronze de la collection Wallace, tous a b o n d a m m e n t illustrés; des notes sur\nles expositions, les musées et les publications d'art.\n   Octobre 1904 :\n    Ce numéro-ci est u n p e u moins exclusivement anglais. J ' y lis avec plaisir\nu n e étude de M. CLAUDE P H I L I P S sur Gérard de Haarlem, le primitif hollan­\ndais auquel on croit devoir attribuer le très beau triptyque q u e vient d'acquérir\nla National Gallery. U n e reproduction de cette œuvre, avec, pour la compa­\nraison, celles de Berlin et de Vienne, intéressera vivement tous ceux qui con­\nnaissent ce maître rare, si vigoureux coloriste, et si proche d u g r a n d art\nflamand des Van E y c k . — U n article de M. C H . RICKETTS sur F a n t i n - L a t o u r . —\nLa suite des articles sur la collection Jonides (Paysagistes français modernes,\ncette fois), sur les dentelles de la collection Blackborn, sur le mobilier\nanglais. — M. OSWALD SIREN n o u s parle de peintures de l'école vénitienne\nconservées en S u è d e .\n   N o v e m b r e 1904 :\n   E n c o r e les dentelles ( M . JOURDAIN) et les tapis d'Orient, et quelques articles\nsur des objets de collection. Q u a n t à la peinture, elle nous vaut une étude de\nM. DURAND-GRÉVILLE sur le Seizième siècle à l'Exposition des Primitifs français à\nParis; u n e autre de M . AMAUDRY sur u n Titien nouvellement retrouvé d a n s la\ncollection Carvallo; u n e autre de M . L I O N E L CUST sur deux portraits alle­\nm a n d s d o n t un, délicieux, attribué à H a n s B a l d u n g Grün ; u n autre de M. H E R ­\nBERT COOK sur des Giorgione. — L a sculpture est représentée p a r un beau\nbronze grec nouvellement entré au British M u s e u m .\n   D'une manière générale, ces derniers numéros de la magnifique revue sont\nmoins copieux, moins intéressants, moins bien illustrés que les précédents.\nElle ne maintient p a s les fastueuses promesses des débuts.\n\nM a s t e r s i n A r t . — ( B a t e s a n d Guild C o m p a n y , 42, Chauncy Street,\n   Boston, Etats-Unis.)\n   L e n° 57 (septembre) est consacré à MEISSONIER. Dix reproductions de ses\ntableaux les plus célèbres permettent une impression d'ensemble de son\nœuvre, d'ailleurs étudiée en u n e série de notes laudatives et accompagnée\nd'une riche indication bibliographique.\n   L e n° 58 (octobre) concerne BARYE.\n   Le n° 59 (novembre) s'occupe de VERONESE, suivant la même intéressante\nméthode : reproductions, commentaires, titres d'œuvres et de publications.\nCes monographies constituent, pour ceux qui sont un peu familiers avec la\nlangue anglaise, d'excellents documents de vulgarisation esthétique.\n\n                                                                                     J.D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1904-livraison12-010", "volume": "ELB-AML-484382-1904-000-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1904-000-011_f.pdf", "ocr_sha256": "ab54bcf60e061ecfccfd64b68beaf05364b0d377c3ff4463f56a76f9e59a27c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 758, "page_fin": 763, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES A propos d'un vers de Molière", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 909, "page_imprimee": 758, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "NOTULES\n\n   A p r o p o s d ' u n v e r s d e M o l i è r e . — Dans notre numéro d'octobre,\nun de nos collaborateurs, au cours d'une chronique littéraire, a fait inci­\ndemment allusion à certain titulaire du département de l'Instruction publi­\nque « qui s'était vanté de vivre de bonne soupe et non de beau langage ».\n   Cela nous valut une lettre de protestation de M. Auguste Melot, représen­\ntant de Namur, qui accusa Durendal de s'être fait \" l'écho d'un mensonge ».\n   Le mot est vif; nous l'excusons volontiers à raison de l'intention filiale qui\nle dicta.\n   Mais désireux de donner satisfaction à notre honoré correspondant et ne\nvoulant point, d'autre part, rester sous le coup d'une accusation de mauvaise\nfoi, nous nous contenterons de reproduire — sans aucun commentaire — les\ntrois documents officiels qui suivent :\n   1° Un extrait du rapport de M. Ernest Melot, député de Namur, rappor­\nteur du budget du ministère de l'Intérieur et de l'Instruction publique pour\nl'exercice 1889 (Documents parlementaires, session 1888-1889, p. 119) :\n   \" Tout le monde — écrivait M. Ernest Melot — a souffert, les industriels,\nles agriculteurs, les propriétaires, les rentiers, le petit commerce.\n   » Au milieu de cette gêne universelle, que dépeignait si vivement l'hono­\nrable ministre des finances, la source des faveurs budgétaires a coulé avec\nplus d'abondance pour les littérateurs et les artistes.\n   » En 1874, quand il semblait naturel que la prospérité nationale aimât à se\nparer du lustre des arts et des lettres, l'Etat croyait leur assurer une protec­\ntion efficace par une allocation totale de 1,618,000 francs, c'est-à-dire\n900,000 francs de moins qu'aujourd hui.\n   » Le crédit actuel est inférieur, il est vrai, à celui qui a été voté en 1882.\nCependant, si l'on compare nos chapitres 13 et 14 à certains chapitres du\nministère de l'Agriculture, on reconnaît que l'Etat dépense annuellement pour\nles beaux-arts et les lettres un million de plus que pour l'agriculture (forêts\nnon comprises), 400,000 francs de plus que pour la voirie vicinale, les cours\nd'eau et l'hygiène publique réunis. »\n   20 Un extrait du discours prononcé, à l'appui des conclusions du rapport\nsusmentionné, par M. Ernest Melot, dans la séance de la Chambre des Repré­\nsentants du 28 mars 1889 (Annales parlementaires, session 1888-1889, p. 823) :\n   « J'ai comparé — disait M. Ernest Melot — le montant du budget des\nbeaux-arts au montant du budget de l'agriculture et de la voirie vicinale.\n Esprit étroit! Béotien! Oubliez-vous que l'homme ne vit pas seulement de\n"}, {"page_pdf": 910, "page_imprimee": 759, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "                                         NOTULES                                          759\n\np a i n , mais aussi de l'esprit et d u cœur et que les choses de l'âme, bien supé­\nrieures aux vils besoins du corps, souffrent de ces r a p p r o c h e m e n t s malséants.\nTelle P h i l a m i n t e :\n                  Que ce discours grossier terriblement assomme.\n                  Et quelle indignité pour ce qui s'appelle homme,\n                  D'être baissésans cesse aux soins matériels,\n                  Au lieu de se hausser vers les spirituels.\n\n  » Mais à c h a q u e chose, Messieurs, sa place et son r a n g ; l'homme vit avant\ntout de pain :\n                  Je vis de bonne soupe et non de beau langage.\n\n    » E t si la crise agricole se prolonge, aussi intense, aussi rigoureuse, la faim\nrégnera d a n s nos c a m p a g n e s , comme elle règne dans d'autres p a y s de l'Eu­\nr o p e ; la faim t r a n c h e r a la question et obligera les citoyens de l'Etat à diriger\nd'un même côté toutes leurs ressources. Devant cette terrible nécessité, l'éclat\ndes lettres et des arts pâlit et s'efface, et je redis l'impression que m'a fait\néprouver cette comparaison : que, d a n s ce temps où la détresse agricole exige\nde si p r o m p t s et si efficaces secours, le b u d g e t des beaux-arts dépasse les sub­\nsides inscrits au chapitre de l'agriculture et à celui de la voirie vicinale.\n        Au surplus, pourquoi me tairais-je et ne dirais-je pas toute m a pensée?\nCette comparaison ne me paraît pas blessante et je préfère l'honnête labou­\nreur qui, de l'aube au coucher du soleil, a travaillé la terre p o u r la forcer à\nporter des moissons et qui, le soir, retourne joyeux près de sa femme et de ses\nenfants, à maint poète d ' u n e école nouvelle, qui torture le langage pour\nchanter en vers inintelligibles ses passions et ses plaisirs. »\n    3° U n extrait du discours de M. Slingeneyer, député de Bruxelles,\nr e n c o n t r a n t l'argumentation de « l'honorable préopinant » (Annales parlemen­\ntaires, C h a m b r e des R e p r é s e n t a n t s , session 1888-1889, séance du 29 mars 1889,\np . 836) :\n     « C'est la comparaison de la situation des beaux-arts avec celle de la voirie\nvicinale et de l'agriculture — disait M. Slingeneyer — qui a déterminé la\nconviction de l'honorable M. Melot.\n    » J e suis loin de contester toute l'importance des questions qui préoc­\ncupent si vivement notre honorable collègue, et je suis convaincu que la\nC h a m b r e tout entière votera toujours avec empressement tous les subsides\nnécessaires p o u r venir en aide à nos cultivateurs; mais parce que le budget\nde l'agriculture paraît insuffisant, faut-il p o u r cela amoindrir celui des\nbeaux-arts? Est-ce u n e raison parce que la voirie vicinale est, semble-t-il,\nd a n s le marasme, de porter atteinte au niveau intellectuel et moral du\npays ?\n    >> C'est par les beaux-arts surtout que l'on peut juger de la g r a n d e u r d'une\nnation.\n    » E n a c c o m p a g n a n t l'art dans sa marche à travers l'histoire, vous verrez\nque cette manifestation de l'esprit h u m a i n brille en raison de la civilisation\ndes peuples.\n    » ... A l'époque actuelle, le goût artistique n'a certainement pas d i m i n u é ;\n"}, {"page_pdf": 911, "page_imprimee": 760, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "760                                       DURENDAL\n\n\n mais le temps a marché et les institutions se sont modifiées; c'est ce qui\nexplique la nécessité de l'intervention de l'Etat. Aujourd'hui, les g r a n d s\nseigneurs ont cessé d'être à la tête des affaires, les corporations n'existent\nplus, les monastères ont perdu leur caractère de fondations publiques et le\ng o u v e r n e m e n t , qui a tout centralisé, qui a absorbé toutes les institutions\npolitiques, a des devoirs nouveaux qui n'existaient pas autrefois.\n    » Q u a n t aux sentiments artistiques de la Belgique, j'espère qu'ils ne c h a n ­\ngeront j a m a i s et que nos compatriotes se sentiront toujours émus devant un\nb e a u tableau, u n e superbe sculpture, un m o n u m e n t majestueux, un livre bien\nécrit. J'espère que j a m a i s en Belgique, on ne préférera, pour me servir\nd'une expression déjà citée, u n paysan à un poète ou u n artiste, car, ce\njour-là, notre pays aurait perdu toute individualité. » (Très bien! très bien!)\n\n\n  A propos du m o n u m e n t de César F r a n c k . — L'éloge du\npère F r a n c k a résonné partout en ces derniers temps. R e v u e s , j o u r n a u x , bro­\nchures ont magnifié l'homme et l'artiste. Au concert on a réentendu ses plus\nbelles œuvres, à Paris du moins. Il est toutefois à remarquer que les j o u r n a u x\na l l e m a n d s ont été fort étonnés que l'orchestre L a m o u r e u x , en sa triomphale\ntournée, n'ait pas fait entendre u n e note de l'œuvre de F r a n c k . Ç'eût été plus\nintéressant cependant que la p a u v r e berceuse d'un b a n q u i e r . . .\n     P a r m i les panégyriques de F r a n c k , il convient de mettre hors pair le beau\ndiscours de V. d'Indy et l'article d'A. B r u n e a u . Les littérateurs ont d o n n é\naussi, ce dont on doit les louer. Mais un littérateur qui fait de la critique\nmusicale vise avant tout à l'effet littéraire. P o u r vous en convaincre, lisez\nl'article de Camille Mauclair (Courrier Musical du I e r novembre). Bach y sert\nde repoussoir à F r a n c k . Le Choral de Bach c'est « toute l'obscurité de la ter­\n    rible foi d o g m a t i q u e du moyen âge... B a c h c'est toujours le dies ira, on a\n» p e u r . . . Bach nous rejette du portail c é l e s t e . . . ! ! » Toute cette rhétorique\npour se ménager un contraste et pouvoir dire que F r a n c k est : « un fleuve de\n» lait d a n s u n C h a n a a n . . . , plus de châtiments, plus de coulpes, plus d'ascé­\n    tisme. T o u t e cette prière confiante en u n Dieu qui aime trop pour punir,\n» c'est un Dignus intrare pour l'homme de N i e t z c h e . . . ! ! ! », etc., etc. Bref, F r a n c k\nsymboliserait la religion des gens qui veulent avoir un Dieu à leur guise!\nP a s s o n s . D'ailleurs, l'article contient d'autres idées belles et bien exprimées.\n     D a n s le m ê m e numéro du Courrier Musical, on lit un compte r e n d u du con­\ncert consacré à F r a n c k par Colonne. L e signataire Jean d ' U d i n e éprouve le\nbesoin de n o u s dire : « J e sais fort bien pourquoi je ne puis considérer l'au­\n     teur des béatitudes c o m m e un novateur, et p o u r q u o i le guide-rope de ses\n » basses traînantes me gâte jusqu'aux plus hautes envolées de ce ballon tou\n » jours captif (!) » L i b r e à M. d ' U d i n e de ne pas aimer F r a n c k à cause de ses\nconvictions philosophiques! Mais le m o m e n t et l'endroit étaient mal choisis p o u r\nl'écrire. Cela décèle u n m a n q u e inouï de tact. Mais quelques lignes plus\nhaut, ce critique nous avait prévenu qu'il était « en fichu état » (sic)...\n Alors . . . . .                               . . .\n"}, {"page_pdf": 912, "page_imprimee": 761, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "                                       NOTULES                                       761\n\n\n   N o u s n o u s p e r m e t t r o n s d'émettre une idée d'un autre genre. C'est que le\nm o n u m e n t élevé au père Franck, à l'ombre de son église de Sainte-Clotilde,\nest u n h o m m a g e de la F r a n c e intolérante et matérialiste à l'artiste le plus\népris de spiritualité et de spiritualité catholique du XIXe siècle ; et qu'après le\nm o n u m e n t élevé à l'apostat R e n a n , celui qu'on a édifié au chantre des Béati­\ntudes est une sorle de réparation.                                                J. R.\n\n\n\n    L a « S a i n t e - C é c i l e ». — L'ouverture de ce d r a m e musical com­\nposé par notre collaborateur JOSEPH RYELANDT a été exéculé au premier\nConcert Populaire, sous la direction de Sylvain D u p u i s . N o u s découpons dans\nle Guide Musical cette appréciation de M. Kufferath :\n   « L a séance s'est terminée par u n e œuvre charmante d'un compositeur\nbrugeois déjà maintes fois a p p l a u d i ici, M. R y e l a n d t . Son ouverture pour le\ndrame lyrique Sainte-Cécile est intéressante, bien établie, d'un joli sentiment et\nd'une sonorité délicate. On l'a applaudie et elle méritait de l'être. »\n   N o t r e ami J o s e p h Ryelandt, travailleur infatigable, vient de composer un\nnouvel oratorio intitulé Purgatorium; soli, c h œ u r s et orchestre, dont la réduction\nau chant et piano par l'auteur sortira prochainement des presses de l'éditeur\n Muraille de L i é g e . On peut se procurer chez le m ê m e éditeur les œuvres\nsuivantes de notre collaborateur :\nOp. 19. Six mélodies (textes Verlaine, Villiers de l'Isle A d a m , etc.),\n              chacune                                                         . fr.   1.25\n   » 27. Deuxième sonate pour violon et piano . .                       .     .       5.—\n   » 28. Sonatine p o u r hautbois et piano . . . .                     .     . .     4.—\n   » 32. Quintette en la mineur pour piano et archets                                 6.—\n   » 35. Sainte-Cécile, drame musical en 3 actes et 4 tableaux (parti­\n              tion réduite pour chant et piano par l'auteur), in-8° . .             15.—\n\n                                           ***\n\n    F r a n ç o i s B e a u c k , le merveilleux dessinateur que nous avons fait\nconnaître à nos lecteurs, en lui consacrant dans notre numéro d'octobre un\narticle sous le titre : Le Sacristain de l'avenue Montjoie et en reproduisant dans ce\nn u m é r o m ê m e sa magistrale tête de Juge dans notre numéro de novembre, son\nStabat Mater d'une beauté austère et poignante, et son Petit Pécheur d'anguilles\nqui est u n délicieux chef-d'œuvre, et enfin d a n s ce numéro-ci son Berger,\ndessin qui rappelle Dürer, et un admirable Paysage, a exposé récem­\nment plusieurs de ses dessins au Salon du cercle Scalden, à Anvers. L e s\nœuvres de notre artiste y ont fait sensation et ont été remarquées entre toutes\nles autres. Voici ce qu'en écrivit L é o n Abry, le critique artistique de la\nMétropole d'Anvers :\n    « Voici, à côté des ouvrages d'art appliqué, quelques travaux de peintres et\nde sculpteurs. Quelques uns de ces artistes s'imposent à l'attention. L e u r art\nn'est pas de convention, mais de pure et profonde conviction. C'est leur â m e\ntout entière qu'ils y mettent, car ils pensent et sentent ainsi.\n"}, {"page_pdf": 913, "page_imprimee": 762, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "762                               DURENDAL\n\n\n    » Tel M. Beauck, un artiste d'un tempérament rare, d'une subtilité et\nd'une puissance saisissantes, dont les dessins s'imposent à l'attention.\n    » Le Juge est un chef-d'œuvre. C'est le juge en ses traits essentiels, d'une\ncérébralité spéciale et hautaine. Sur ce visage glabre, dominateur, incor­\nruptible, apparaît l'impitoyable, l'inflexible vouloir de celui qui se sent\nl'instrument providentiel d'une justice qui n'aurait rien des indécisions, des\ndoutes et des faiblesses humaines.\n   » Etrangement suggestifs aussi, les autres dessins de M. Beauck, si imprégnés\nde l'au-delà des choses qu'ils en deviennent effrayants : le Soir dans la banlieue,\nla Fabrique, Christus en visite, Le pauvre marchand d'allumettes, etc. Ce Fonctionnaire\nmême semble en son banal bureau s'occuper de je ne sais qu'elle occulte et\nmystérieuse besogne. »\n                                       ***\n\n   C h a r l e s D e c o s t e r . — Conférence de M. FIERENS-GEVAERT au Thyrse.\n   Après avoir brièvement résumé la vie douloureuse de Decoster, en un\nmilieu réfractaire à l'ait, M. Fierens-Gevaert a parlé surtout d'Uylenspiegel,\nl'œuvre capitale de l'écrivain. Celui-ci a fait parler dans son livre la patrie\nmorte. Il a créé un vtrbe où se réfléchissent toutes les nuances de l'âme de\ncette Flandre aimée. Decoster a manié la langue archaïque avec infiniment\nd'art et de génie; ses phrases sont vives, la mesure en est brève, le rythme\nclair, incisif; cette langue se prête admirablement aux tendances essentielle­\nment picturales de l'art de Decoster. Uylenspiegel est, en réalité, une série de\ntableaux : scènes brutales ou naïves, tendres, fraîches, où il a merveilleuse­\nment fait revivre la vieille Flandre avec son courage héroïque, son indomp­\ntable énergie et sa poétique crédulité.\n   L'excellent conférencier ajoute, judicieusement, que Decoster est un\nhistorien très superficiel, fasciné par l'idéalisme creux des historiens de son\ntemps : mais le grand mérite lui reste d'avoir su animer ses personnages\nd'une vie physique intense et frappante.\n   L'agréable causerie de M. Fierens-Gevaert a obtenu un grand succès.\n                                                                        L. T.\n                                       ***\n\n   P h o t o g r a p h i e d'art. — Depuis quelque temps est installé à\nBruxelles, 5 7 , rue de la Régence, à deux pas du Palais de Justice et de la\nplace Royale, un office de photographies artistiques qui nous avait vraiment\nmanqué jusqu'ici. Nous engageons vivement nos lecteurs à l'aller visiter;\nl'entrée en est gratuite et nos abonnés n'auront pas à se réclamer de Durendal\npour être bien accueillis. M. HOFMANN, obligeant cicerone, leur fera les hon­\nneurs de la maison et ils pourront en une heure passer la revue des chefs-\nd'œuvre dont s'enorgueillissent les musées d'Europe.\n   Désormais nous ne sommes plus tributaires pour de tels achats de l'étran­\nger; inutile de s'attarder en voyage — où le temps est précieux — à feuilleter\nd'interminables albums; il suffit de demander à M Hofmann les tableaux de\n"}, {"page_pdf": 914, "page_imprimee": 763, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "                                         NOTULES                                          763\n\ntel artiste, les œuvres de telle é p o q u e pour être satisfait sur l'heure. E t quel\ncharme d'acquérir pour une s o m m e minime q u e l q u e s - u n e s de ces photo­\ngraphies admirables qui, sobrement encadrées, décoreront mieux qu'un\nméchant tableau, payé gros, un mur tout illuminé de leur présence rayon­\nn a n t e et prestigieuse !\n\n\n\n     A c c u s é d e r é c e p t i o n . — J . - H . ROSNY : La fugitive (Paris, F o n t e ­\nmoing. — L . BARRACAND : Epée brisée (Paris, P l o n ) . — P . DE MONT : Vier\nL e g e n d e n (Gent, J. Vanderpoorten). — M. GOLBERT : Lettres à Alexis\n( P a r i s , éd. de la Plume). — P . LEROY-BEAULIEU : L e s E t a t s - U n i s au\nxx e siècle ( P a r i s , Colin). — E. SCHURÉ : L é o n a r d de Vinci (Paris, Perrin).\n— F . BRUNETIÈRE : Variétés littéraires (Paris, Calmann-Lévy). — H . B O R ­\nDEAUX : Vies intimes (Paris, F o n t e m o i n g ) . — G. BONNAMOUR : Le vent\ne m p o r t e la poussière (Paris, P l o n ) . — L . SÉCHÉ : Sainte-Beuve : 1. Son\nesprit; I I . Ses mœurs. 2 vol. ( P a r i s , Mercure de France). — L . SÉCHÉ : Cor­\nrespondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et M m e Jules Olivier (ibid.). —\nJ. MORÉAS : Contes de la vieille F r a n c e (ibid.). — P . DE QUERLON : L a\nmaison de la petite Livia (ibid.). — MARK TWAIN : Exploits de T o m Sawy,\ndétective (ibid.). — E . GLESENER : Le cœur de François R e m y (Paris\nJ u v e n ) . — C. DE VILLERMONT: Les R u p p e l m o n d e à Versailles (Paris, P e r r i n ) .\n— A. PROUVOST : L e poème du travail et du rêve (Lille, éd. du Beffroi). —\nA. L E F È V R E : L'Italie antique ( P a r i s , de R u d e v a l ) . — C. LEMONNIER :\nL ' a m a n t passionné (Paris, Fasquelle). — J. DES GACHONS : Rose ou la\nfiancée de province (Paris, Delagrave). — G. MICHAUX : Le livre d'amour\nde Sainte-Beuve (Paris, F o n t e m o i n g ) . — G. LEOPARDI : Dialogues et pensées\n( P a r i s , Perrin). — G. EEKHOUD : L ' a u t r e vue ( P a r i s , Mercure de France).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 848, "texte": "Décembre 1904.                       il1\"\" Année.                           N° 12.\n\n\n\n\n        REVUE CATHOLIQUE ©'ART\n          iPE LITTERATURE\n\n\n\nB\n                                          ^ • • »\n\n\n                                                                    • • •\n\n\n\n                     •   •   •\n\n\n\n\n                                 •    •    - •      •   •\n                                                            •   •\n\n\n\n\n  B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 849, "texte": "                                  Domaine ne la société \" La WESTEUDBISE\n\n                                         Lfl PLEBE DE WESTEHDE\n                                   est située aux bords de la mer du Nord,\n                             entre Ostende et Kieuport; elle est de sabla fin-\n                             Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                             attirer l'attention des familles désireuses de Jouir\n                             d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                             le confort à la simplicité dans des conditions très\n                             avantageuses. Une chapelle est érigée à la plage où\n                             le service religieux se fait régulièrement pendant la\n                             saison. Les bains sont gratuits; le service de sauve-\n                             tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                             munale. Routes carrossables et eyolables, accessibles\n                             aux automobiles. Installations de jeux de Lawn\n                             tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n    Villas et Terrains       Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-        Villas et Cottages\n                             phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n        A VENDRE             d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la                    à\n      par annuités           digue, dea avenues, des villas et des eottages.                 LOUER\n\n\nÇ<p»ô°tf*t                           HALLES WE8TENDAISE8\n                               Ce vaste magasin d'approvisionnements dessert las\n                             villas et eottages Toutes les marchandises : épiceries,\n                             conserves, charcuteries, vins, bières, liqueurs, meu-\n                             bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y rendent\n                             dans des conditions très avantageuses et sont tou-\nl         r*-V           I   jours de premier choix.\n                                                                  Lie Waatond' Hdtal est ouvert du 95 mai\n                                                                  au a8 septembre        Pension de 6 a 1S fr\n                                                                  par jour. Aux commencements et 'fins de\n                                                                  saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                                    tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                                  prolongé à l'hôtel. 75 chambres parfaite-\n                                                                   ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n      DIGUE                                                          rage électrique. Chambres spacieuses.\n                                                                        Ameublement moderne esthétique et\nTéléphona n* 10                                                               confortable. Balcons et Ter-\n                                                                                rasses. Salle de musique.\n    njÊSEAU\n                                                                                  Salle de billard. Salle de\n                                                                                     récréations p» enfanta.\n                                                                                        Salons d» lecture, de\n                                                                                               correspondan-\n                                                                                              ce. Cuisine soi-\n                                                                                              gnée. Caves re-\n                                                                                               commandées.\n                                                                                               Appartements\n                                                                                               avec salon.\n\n       Service d'omnibus de l'Hôtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n      Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n                                    ( A. B R U X E L L E S , 5 3 \" , r u e C a p o u i l l e t ;\n        renseignements, s'adresse» < ^ W E S T E N D E , à. l ' A d m i n i s t r a t i o n d e l a\n                                    f       P l a g e ou a u \"Westend'Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 850, "texte": "                      DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                           1904 — i l » A n n é e\n\n\n\n\n             Sommaire du n° 12 {Décembre)\nL'abbé HENRY MŒLLER. — Le plus beau livre d'étrennes :\n                       Le livre d'or de la Belgique . .             705\nJEAN BERNARD. — Dialogue                                            70g\nJ. DE TALLENAY. — Le martyre     de Vivia Perpétua et de Félicité   712\nFRANZ A N SEL. — Les poèmes                                   . .   721\nHENRI VIGNEMAL. — Pages       détachées                             ^32\nGEORGES DE GOLESCO. — Chronique musical© :\n                            Premier concert populaire. — Con-\n                            certs Delune. — Le violoniste\n                            F. Kreisler. — M\"u \\V. Landowska,\n                            claveciniste. — Trio Chaigneau —\n                            Le violoniste O. Back. — La vie et\n                            la mort dans l'œuvre de Wagner .        736\nP. L. — Les expositions :\n           Le onzième Salon du Sillon                         .     742\n           Les expositions du Cercle Artistique : Henri Meu-\n              nier, V. Abbeloos, Ch. \\V. Bartletl, MM. Tueleman\n              et Van Strydonck, L. Cambier, O. Halle. . . .         745\n           Expositions diverses : Au Cercle Artistique       de\n              Gand. — MM. Ruytinckx et Bastin.— L'Effort.—\n              Au Palais d'Anvers                                    747\n            Le Concours de Rome                                     747\nPIRMIN VANDEN boscu. — Gazette des faits et des livres . .          749\nLivrés et revues                                                    \"53\nKotulcs                                                             758\nTable générale des matières de l'année 190%                         764\nTable des illustrations                                             767\n"}, {"page_pdf": 851, "texte": "      REVUE\n                      DURENDAL\n                  CATHOLIQUE              D'ART       ET DE                LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 fiancs port compris\n         (Pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand Cerf, 22, à Bruxelles\n                               P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n               Comité de rédaction de D u REND AL :\n                         M M . H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                  L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                  F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                   Secrétaire de la Rédaction : GEORGES V I R R E S\n                            Correspondant d* la rédaction à Parts :\n\n                 M . H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n             PRINCIPAUX\n     FRANZ ANSEL.\n                                          COLLABORATEURS\n                                                ARNOLD GOFFIN\n     MAURICE BEKAERT.                                     JOSÉ HENNEBICQ,\n     EDGAR BONRHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n     HENRY BORDEAUX.                                      J. K. HUYSMANS.\n     ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS\n     THOMAS BRAUN.                                        EDMOND JOLY.\n     GEORGES BKIGODE.                                     VICTOR KINON.\n     H É L È N E CANIVET.                                 GODEFROID K U K I H\n     MARIE CLOSSET.                                       L. DE LA LAURENCIB.\n     L'abbé A u c . CUPPENS.                              L'abbé L . L a CARDONNEL.\n     L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . C H . LECONTE.\n     L e bai on JOSÉ DE COPPIN.                           GEORGES MARLOW.\n     GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES MARTBNS\n     GEORGES DELAUN Y.                                    PAUL MUSSCHB.\n      La comtesse E D DE LIEDEKERKB.                      EDOUARD N E D .\n     L e baron G. DELLA FAILLE.                           MAURICE OLIVAINT.\n     EUGÈNE DBMOLDER.                                     ERNEST PÉRIER.\n     D o m BRUNO DESTRÉB.                                 GEORGES RAMAEKERS.\n     JULES DESTRÉB.                                       G E RGES RENCY.\n     Vicomte D'HENNEZEL                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n     EDOUARD DUCOTÉ.\n     MAURICE DULLABRT.                                    i OSEPH RYELANDT.\n                                                             ERNAND SÉVBRIN.\n\n     t  EsQUIROL.\n       MILE FERMAUD.\n     LAURENT FIERENS.\n                                                          HENRY V A E S .\n                                                          R   BERT VAN DER E L S T .\n                                                          CHARI ES VAN LERBERGHB.\n     H . FIERENS GEVABRT.                                 EMILE VERHAEREN.\n     IWAN GILKIN.                                         L'abbé T R . VERHELST.\n                                                          LÉOPOLD W A L L N E R , e t c . , etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL    de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyi à la Rédaction\n\n      Poar la Rédaction, 1 Administration et les demandes d abonnements, s adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue da Orand Orf, poar la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 852, "texte": "         Le plus beau livre d'étrennes\n\n                     Le livre d'or de la Belgique (1)\n                Voici un livre absolument unique à tous les points\n                  de vue. Ce livre c'est cette œuvre magistrale\n                  qui a pour titre La Belgique et pour auteur\n                  Camille Lemonnier. C'est le plus beau livre\n                  qu'on ait jamais écrit et qu'on écrira jamais\n                  sans doute sur notre chère petite Belgique;\n                  petite, entendons-nous, par le territoire, mais\n                  grande infiniment et l'égale des plus grandes\nnations contemporaines, par sa vie intense et vibrante, par\nson intellectualité à la fois scientifique et artistique, par la\nliste glorieuse de ses savants, de ses artistes, de ses peintres, de\nses sculpteurs, de ses musiciens et de ses littérateurs. Au pre­\nmier rang de ces derniers, nous devons citer Camille Lemonnier\nlui-même, l'auteur de cet admirable livre que nous recomman­\ndons de nouveau avec le plus vif enthousiasme à l'attention de\nnos compatriotes. Nous avons déjà fait l'éloge de ce livre. Mais\nd'une œuvre pareille on ne parlera jamais assez. C'est le chef-\nd'œuvre de Camille Lemonnier et c'est en même temps, comme\nnous le disions, un livre unique dans son genre.\n   Quel est le pays, en effet, qui a eu l'honneur et la chance\nd'avoir rencontré un apologiste d'une envergure pareille et dont\nl'histoire, la vie, les mœurs, l'art, le pittoresque ont été aussi\nsplendidement et aussi fastueusement dépeints que dans ce\n\n   (1) La Belgique par CAMILLE LEMONNIER, édition nationale publiée par la maison\nd'éditions Caslaigne, de Bruxelles (rue de Herlaimont, 28, Bruxelles) Un volume in-4° de\n800 pages, contenant 100 gravures sur bois. Prix : broché, 25 francs; relié, 30 francs\n(reliure amateur). Le payement peut se faire par versements mensuels de 5 francs ou\nde fr. 2.50. — En dépôt chez les principaux libraires\n"}, {"page_pdf": 853, "texte": "706                                  DURENDAL\n\n\nlivre consacré à la Belgique, livre d'une beauté éternelle, et\nqui a auréolé d'une immortalité définitive les grands noms, les\nbeautés, les gloires, les célébrités de la Belgique.\n   Camille L e m o n n i e r , avec les soins touchants et délicats d'un\nfils amoureux de sa mère, a déployé tout son vigoureux talent,\nd'une puissance verbale incomparable, à confectionner ce livre.\nOn voit, on lit, on sent partout, dans l'ensemble et dans les\ndétails, qu'il a voulu faire de son pays le plus beau tableau du\nmonde. Ce n'est pas un éloge d i t h y r a m b i q u e et exalté, sonnant\nfaux, que l'on pourrait taxer d'exagération et qui mériterait à\nbon droit le soupçon du parti pris. N o n . C'est la réalité même,\nla réalité vivante et vibrante que l'auteur nous m o n t r e ; mais il\nla fait ressortir dans toute sa beauté et sa vie, grâce à son\nstyle m a g i q u e et prestigieux.\n   Q u a n d Camille L e m o n n i e r parle de nos artistes et de leurs\nchefs-d'œuvre, et de tous les trésors enchâssés dans ces écrins\nd'art que sont nos hôtels de ville, nos musées et nos cathé­\ndrales, c'est avec la verve d'un critique averti entre tous,\nqui écrit en connaissance de cause et qui mieux que n'importe\nqui saisit l'inspiration du génie, la pensée immortelle de nos\nartistes et l'idée mère de leurs œuvres.\n   D'autre part, en aucun livre écrit sur la Belgique, vous ne\nrencontrerez des descriptions plus lumineuses et plus ensoleil­\nlées des beautés pittoresques si variées et si fascinantes que\nrenferme notre petit pays.\n   E t nos beaux m o n u m e n t s , nos grandioses cathédrales, nos\nmerveilleuses maisons communales, nos glorieux beffrois, avec\nquelle rare éloquence L e m o n n i e r n'en dépeint-il pas toutes les\nrichesses et les splendeurs. Voulez-vous un exemple? Ecoutez\ndonc ce détail extrait d'un chapitre sur la vieille ville\narchiépiscopale de Malines. L e m o n n i e r nous ouvre les lourdes\nportes de chêne de la fastueuse cathédrale, un dimanche, au\nmoment de la célébration de l'office m a t u t i n a l :\n\n   E n t r e z un matin de dimanche à S a i n t - R o m b a u t : jusque sous les porches,\nla foule se presse, attentive au geste de l'officiant, les épaules couibées, les\ntêtes oscillant avec lenteur dans l'immense vaisseau où résonnent les orgues ;\net vers les voûtes montent les fumées violettes de l'encens, voilant l'or des\ntabernacles. Cependant, sous la b r u m e ondulante des cassolettes, s'aperçoit\nla pompe du vieux catholicisme flamand; les chasubles, les ostensoirs, les\nautels, les verrières s'allument et rutilent; u n e flambée sombre transforme le\n"}, {"page_pdf": 854, "texte": "                  LE PLUS BEAU LIVRE          D'ÉTRENNES                   707\n\n\nchœur en un étincellement de dorures et de pierreries. Et toujours les mains\négrènent les chapelets ou font tourner les feuillets des livres d'heure, tandis\nque les yeux, haussés vers la théorie lumineuse des diacres déployée entre les\ncolonnes de marbre, plongent avec une curiosité vague dans les orbes flam­\nboyants que tracent en évoluant leurs dalmatiques surchargées de broderies.\nDans la lumière des hautes fenêtres et le resplendissement des vitraux scin­\ntillent le cuivre et l'argent, en traînées de flammes ailées qui montent dans\nl'air, voltigent autour des statues dorées, aident au fond des pénombres\nbleues, et les encensoirs braséent, les buires luisent, les fermoirs des livres\nsacrés rayonnent, les grands Christs d'ivoire se tachent de pourpres san­\nglantes. Lentement, la main du custode fait glisser sur leurs tringles les\nrideaux verts qui masquent dans le transept septentrional le Christ en Croix\nd'Antoine Van Dyck : alors la pierre à son tour se revêt de gloire, l'agonie de\nl'Homme-Dieu, magnifiée par le pinceau d'un magicien, se transfigure en\napothéose et, pareilles à des gemmes, les larmes de la Mère des Douleurs\nruissellent en longs ruisseaux que des chérubins recueillent dans des calices\nd'or. C'est comme une incantation qui s'accomplirait aux paroles solennelles\ndu prêtre. Le rouge tremblement des torchères prête dans ces moments une\nvie surnaturelle à tout l'édifice du haut de leurs consoles contournées en\nrocaille, les douze apôtres de la grande nef font de grands gestes vagues sur\nlesquels se rythme la salutation des saints, des évêques, des martyrs, des dona­\nteurs, pendus aux colonnes, accrochés aux niches, arc-boutés aux chapiteaux;\nles figures des confessionnaux à leurs tours agitent leurs mains dans un\nmouvement lent de bénédiction; le cheval de saint Paul, abattu, les crins\nenvolés, les naseaux frémissants, sur le rocher que domine la chaire de\nvérité, tend les muscles de son poitrail, comme en l'effort d'un cabrement; et,\nau sommet de la corniche en marbre noir qui domine les blanches colonnes\ndu grand autel, un saint Rombaut de quatre mètres de hauteur élève, par-dessus\nla foule inclinée, la croix dont le vacillement des cierges prolonge l'ombre\njusqu'aux voûtes.\n\n\n    J'ai cité cette page, où L e m o n n i e r fait revivre l'âme m ê m e\nd ' u n e de nos plus belles cathédrales avec un art saisissant,\nparce qu'elle m'a paru une des plus r a y o n n a n t e s du livre. Mais\nil faudrait les citer toutes, car elles sont toutes d'une b e a u t é\négale. Je lisais récemment, dans un livre du célèbre prédicateur,\nle P . Olivier, sur le Béguinage de G a n d , cette assertion d ' u n e\névidence frappante, que personne n'a fait saillir avec plus de\nvérité et de puissance, la vie intime et délicieuse de nos exquis\npetits béguinages flamands, et il cite, à l'appui de son d i r e , un\npassage c h a r m a n t du livre de L e m o n n i e r sur la Belgique.\n     On pourrait en dire a u t a n t de tous les chapitres de ce livre,\nqui mérite vraiment le titre de L i v r e d'Or de la B e l g i q u e .\n     Ce qui est inouï et ce qui me remplit à la fois d'admiration\n"}, {"page_pdf": 855, "texte": "708                                  DURENDAL\n\n\n\net d'étonnement, c'est que Camille L e m o n n i e r a pu, dans un\n volume in-quarto de plus de 800 pages, décrire, dépeindre,\n disons mieux, chanter, car son livre est comme un chant de\ngloire et de triomphe, les splendeurs de notre pays, en un\nstyle d'un lyrisme éblouissant, sans défaillance aucune et sans\nj a m a i s lasser le lecteur et cela tout en restant dans la réalité\nla plus stricte de la description qui est d'une vérité frappante.\nCe livre est d'un bout à l'autre un poème magnifique\n et somptueux sur la Belgique, composé par un des plus grands\n écrivains de ce siècle.\n     Ce livre, tous les Belges devraient le posséder dans leur\n bibliothèque. E t , à ce sujet, nous faisons nôtres les paroles que\n notre ami E u g è n e Gilbert en a dites dans le bel article si\n élogieux et si judicieux qu'il a consacré, l'an passé, à La Belgique\nde Camille L e m o n n i e r , dans la Revue Générale (1). Avec lui\nnous espérons bien, pour l'honneur de notre pays, que tous les\n Belges, qui a i m e n t leur patrie, coopéreront à sa glorification\nen face des siècles à venir, en achetant ce beau livre. Puisse ce\nchef-d'œuvre trouver un si grand nombre d'acquéreurs qu'il\nfaille en publier plusieurs éditions.\n     Voici l'époque des livres d'étrennes. Les vitrines de nos\nlibraires en sont envahies. Mais que de banalités! Livres ruti­\nlants d'or et de couleurs à l'extérieur, oui. Mais ouvrez donc. Y\nen a-t-il un seul dont le contenu puisse être comparé à une seule\n page du chef-d'œuvre écrit par L e m o n n i e r sur notre pays. Voici\n le vrai livre d'étrennes pour un Belge amoureux de sa patrie et\n de ses gloires. L ' é d i t e u r Castaigne en a fait un bijou d'édition.\n Il est a b o n d a m m e n t et très artistement illustré. L'édition\nest en tous points digne de l'œuvre et de son auteur. Encore\n une fois, nous le recommandons le plus vivement et le plus\n i n s t a m m e n t que nous pouvons à nos compatriotes, et nous espé­\n rons bien que notre appel sera e n t e n d u .\n                                                              HENRY MŒLLER.\n\n   (1) \" Nous espérons pour l'honneur intellectuel des Belges d'aujourd'hui que les\nsouscripteurs viendront nombreux répondre à l'appel de l'éditeur.\n   » Si les lettrés catholiques ne peuvent être toujours en communion d'idées avec\nl'auteur du Mâle, si la personnalité liltéraire complexe et violemmennt tranchée de\ncet écrivain fécond et puissant peut être discutée en certaines de ses modalités, la\nvie de M. Lemonnier fut toujours un bel exemple de persévérance laborieuse, de\nconscience artistique, de fraternité littéraire. Rt, dans l'œuvre en particulier qui porte\nle nom de sa patrie, cet écrivain a répandu comme à foison le meilleur de son âme,\nde son intelligence et de son art.       \"       ( E U G È N E GILBERT. — Revue Générale.)\n"}, {"page_pdf": 856, "texte": " LE BERGER\n(FRANCOIS   BEAUCK)\n"}, {"page_pdf": 857, "texte": ""}, {"page_pdf": 858, "texte": "                        Dialogue\n                                              A Louis   Le    Cardonnel.\n\n                        LE   DISCIPLE\n\nJe veux l'agenouiller    à ses pieds, mon    orgueil.\n\nEt voilà que je marche vers lui, les mains lourdes\nde fruits que j'ai cueillis aux arbres de la route.\nJe devine déjà son toit, parmi les feuilles.\nVoici les champs de blés, d'orges et de luzernes;\nvoici les pommiers bas avec leur ombre ronde\net, dans les prés, de loin en loin, les grandes    fermes\npleines du bruit sourd des batteuses qui        ronronnent.\nEt puis, voici la paix du clocher de l'église\net son coq dominant très loin sur la campagne\net puis, là-bas, le fleuve et, là-bas, les  montagnes.\n\nMa maison est au bord des champs, près de l'église.\n Voici l'église, voici les champs et le toit\ndu presbytère qui sommeille à l'ombre grise\ndu clocher. Des chiens, que mon pas réveille, aboient !\nIl ne me faudra pas, pesamment, sur la porte\nfrapper le lourd marteau ; car la porte est ouverte\net, devant le seuil, Maître — auquel mes mains      apportent\nles fruits cueillis, le long des haies, aux branches vertes —\nlu me tends tes bras amicaux et ton épaule\noù je pourrai pleurer longtemps et sans paroles!\n\n                        LE   MAÎTRE\n\nJe t'attendais, ami. Traverse le couloir\nqui sent la moisissure humide des vieux murs.\n Tout au fond du jardin, nous irons nous asseoir :\nj'ai préparé pour toi le vin et les fruits mûrs.\nPourquoi t'ètre chargé de pommes encor vertes?\n"}, {"page_pdf": 859, "texte": "710                           DURENDAL\n\n\n                             LE    DISCIPLE\n      Hélas! je suis trop jeune et les fruits, sans mûrir,\n      déjà tombent des branches pour moi. Je ne sais\n      si la peine douloureuse que j'ai soufferte\n      me doit être inféconde et s'il me faut souffrir\n      encor profondément !\n\n                              LE    MAÎTRE\n\n                                Pose ton front lassé\n      sur mon épaule fraternelle.     Asseyons-nous\n      sur le vieux banc verdi, dans ce coin solitaire,\n      près de ce figuier noir et sucré.\n\n                             LE    DISCIPLE\n\n                                        Qu'il est doux\n       de s'aimer simplement et de savoir se taire!\n       Comme il dédaignerait l'amour et ses baisers,\n       si l'homme était assez grave pour l'amitié :\n       il est si bon de se donner sans se reprendre.\n       Mais en amour c'est à soi-même qu'on se donne!\n       Maure, si lu savais combien mon âme est tendre;\n      je sens en elle la douceur des fruits    d'Automne.\n       Je veux être pour toi le disciple pieux\n       dont la main séchera les larmes de tes yeux.\n\n                              LE    MAÎTRE\n\n      Triste ami, les disciples sont morts aujourd'hui !\n      Il n'est plus — maintenant — parmi le bruit des villes,\n      que des maîtres pervers qui sèment dans la nuit\n      le mauvais grain de leur exemple lâche et vil.\n      Et les seuls maitres qui demeurent        vénérables\n      s'isolent loin de l'homme et vivent dans les champs.\n      Ils préfèrent l'odeur pesante des élables\n      où s'endorment les bœufs, lourdement, sans songer.\n      Ah ! parmi lus pommiers fleuris dans les vergers,\n      Francis Jammes s'en va rêver d'intimes          citants\n      pour celle dont le nom lui rappelle l'Automne\n      et sa douleur s'apaise au frais parfum des pommes.\n      D'autres c'est dans l'orgueil qu'ils isolent leur cœur,\n      et, bien qu'on les vénère, on n'ose      s'approcher,\n      leur fierté les éloigne, hélas ! et l'on a peur.\n      Puis le disciple même — ardent — s'en va prêcher\n      la doctrine qu'il rêve et n'a pas encor faite;\n      mais sa voix est acide à l'égal de ces fruits\n       qui tombent des rameaux, dès les premières          pluies.\n"}, {"page_pdf": 860, "texte": "                            DIALOGUE                               711\n\n\n                           L E DISCIPLE\nJe saurai m'écarler, Maître, des faux prophètes ;\nmais ne dis plus que les disciples purs sont morts.\nLeur race est éternelle et ou renaître,  forte.\nC'est qu'il n'ont pas compris ta beauté grave et triste\ndes jours qui passent pacifiques et pareils\net qu'ils n'ont pas vu, comme moi, ton jardin\ndormir paisiblement à l'ombre de l'église.\nL'ombre est bonne et les fleurs n'en fleurissent pas moins\net leurs parfums sont aussi doux qu'en plein soleil.\nJe suis meilleur d'avoir pleuré. Je me sens humble\npar cet après-midi simple comme une vierge\net je sens que mon cœur — ivre d'amour — emprunte\nun peu de leur bonté aux choses d'alentour !\nJe veux avoir la douce humilité des berges\nqui — dociles et muettes — suivent le fleuve\nsans demander le but.\n\n                           L E MAITRE\n                          Jeune ami, tu es jeune :\ntu ne sais si l'orgueil ne viendra pas plus tard\nte faire regretter ta jeunesse,   asservie\naux sages leçons d'Un que tu dédaigneras !\nRéfléchis en ton cœur.\n\n                           L E DISCIPLE\n                        Je ne réfléchis pas.\nJe sens comme un besoin de te donner ma vie :\nJe ne puis la porter tout seul; elle est trop lourde\nà mes bras épuisés depuis que j'ai souffert!\nAuprès de toi le pain me sera moins amer\net mon cœur sanglotant s'apaisera sans doute.\nJe veux goûter enfin l'inexprimable     joie\nde me quitter moi-même et de n'être plus moi.\nO bon Maître, permets de m'asseoir près de toi !\n\n                            LE    MAITRE\nViens. Plus que le jardin         ma chambre est douce et calme.\n    (A lui-même.)\nJudas aimait le Christ aux regards doux et calmes,\ncomment donc, en l'aimant, a-i-il pu le trahir ?\n\n                           L E DISCIPLE\nO Maitre, ne redoute rien; car j'ai dans        l'âme\ncette force d'aimer toujours et d'obéir !\n\n  Saint-Rambert-d'Albon,   août   1904.\n                                                    JEAN BERNARD.\n"}, {"page_pdf": 861, "texte": "      Le Martyre de Vivia Perpétua\n             et de Félicité (1)\n                    TROIS fois, du fond du Colysée, montèrent dans les\n                 airs les cris des nomenclateurs appelant les\n                 noms des condamnées :\n                    — Vivia Perpetua! L'esclave Félicité!\n                    De la porte Sana Vivaria, elles parurent à la\n                 lumière, si petites, si frêles, au milieu du colosse\n                 de pierre dont les gradins chargés semblaient un\n                 réseau de mailles destiné à une hécatombe de\nTitans. Elles se tenaient par la main. Tandis qu'au mode\nphrygien, les fanfares des collèges résonnaient toutes à la fois\nsur le somptueux ensemble, elles firent quelques pas, puis s'ar­\nrêtèrent... L'arène était vide. Félicité, un halètement visible à\nla poitrine, avait d'abord cherché autour d'elle, effarée, d'où\nviendrait la mort; ensuite, apercevant près de la porte Libitine\nles civières qui devaient emporter leurs cadavres, humblement\nsouriante, les paupières mi-closes, elle s'était rapprochée\nencore de sa maîtresse et attendait, serrée contre elle, en un\ndivin abandon. Haute de stature, Vivia Perpetua la dépassait\nde la tête. Signe de gloire, signe de victoire, elle avait relevé\nses cheveux en un casque que traversait une fibule d'ivoire. La\nsplendeur des nuées incandescentes éclairait sa beauté d'un pres­\ntige tel que l'amphithéâtre vibra comme un seul organisme.\n   Les musiques cessèrent. I1 se fit une pause. Toutes les artères\nbattaient, précipitées, pendant qu'un retentissement de leur\n\n  (1) Extraits d'un des derniers chapitres d'un roman à paraître prochainement, sous\nle titre de Vivia Perpetua, chez L e m e r r e , à Paris. L'abondance des matières, à publier\ndans le présent fascicule, ne nous permettant pas de reproduire ce beau chapitre en\nentier, nous donnons ici seulement le récit du martyre des deux vierges.\n"}, {"page_pdf": 862, "texte": "       LE MARTYRE DE VIVIA PERPETUA ET DE F É L I C I T É       713\n\n\nfièvre aux tempes, les mâles voraces par milliers se repaissaient\nla vue de cette féminité patricienne si pure et de plus de séduc­\ntion à leur perversité, sous les stigmates de souffrances. Gigan­\ntesque brute de proie, aux vertèbres secoués de spasmes, le\nCirque, vautré sur elle, jouissait d'avance, en une accalmie pas­\nsionnée, de sa prochaine conquête.\n   Mais les esclaves éthiopiens étaient entrés, sur des poteaux\nplantés dans le sol tendaient un filet. Ils y poussèrent les chré­\ntiennes; d'un coup, tirant sur les cordes, les hissèrent à niveau\nd'homme. Et de nouveau l'arène fut déserte, le cirque muet.\n   Alors, seul, Pompone s'y présenta.\n   Un immense fracas d'acclamations résonna, tout à coup suivi\ndu même silence. Le gladiateur traversa lentement l'enceinte,\npassa, le front baissé, sous le filet que le poids des deux femmes\ncreusait au centre d'un renflement et s'arrêta à l'autre extré­\nmité, près de la barrière qui masquait le passage destiné aux\nfauves de combat. Son visage, toujours largement riant aux\napplaudissements du public, était pâle et contracté d'une façon\ninsolite. Néanmoins, lorsque, chassé par les bestiaires, qui\naussitôt se retirèrent, un taureau sortit de l'intérieur, s'avança,\nhésitant, flairant l'espace avec inquiétude, il bondit vers lui\net, le harcelant de coups de javelot accompagnés de cris brefs,\naigus, l'entraîna immédiatement en une course désordonnée,\nvite changée en poursuite frénétique. Les flots magnifiques de\nla foule, en houles frémissantes, ondulèrent à tous les étages;\ndes tumultes éclatèrent. Enivrés, les gens levés, serrés les uns\ncontre les autres, criaient, tandis que l'animal emporté — rouge\navec des cornes effilées teintées de vermillon — se ruait sur\nl'athlète et que l'athlète, agile, gracieux, voltigeant autour de\nlui, en des jeux souples, variés, inattendus, le mettait au\nparoxysme de la rage. I1 s'en enfuyait, revenait, le menaçait,\nl'attaquait de tous côtés comme avec des bras multipliés, tantôt\nle piquant au cou ou rampant sous son ventre, tantôt lui sau­\ntant sur l'échiné, lui labourant les flancs de ses genoux armés\nde plaques de fer aux clous hérissés. Sa brillante cuirasse\nluisait dans la poussière soulevée, laissait dans tous les yeux\nun sillon lumineux. L'énorme bête courait sur lui, rampante,\nensuite cabrée, se secouait, frappait l'arène de ses sabots, puis\npartait, meuglant effroyablement, tournait, tournait autour\nde l'enceinte avec l'ennemi fortement cramponné à l'encolure.\n"}, {"page_pdf": 863, "texte": "714                           DURENDAL\n\n\nL a terre répétait comme un écho son galop sonore. L'air sem­\nblait glisser sous leur masse légère. Enfin, d'une poussée,\ndirigée par les contractions effrénées du lutteur délirant, — qui\nse jeta alors de côté, — elle fonça sur le filet — soudain, recula,\nfrissonnante, à la vue des nouvelles choses vivantes qu'elle y\ndécouvrait...\n    U n chant très doux, tremblé, un instant paralysa l'assistance,\nun appel au Christ juif, monté du réseau en une sorte de tendre,\nd'enfantine mélopée...\n    Chacun se regarda. Des sensations de froid passèrent à tra­\nvers l'assemblée, mais le taureau, l'œil en flammes, le souffle\nr a u q u e , se ramassait et l'attention de Carthage s'y concentra,\npalpitante.\n    U n bond! Sa tête puissante souleva le tissu, d'un seul essor\nle lança en l'air, puis au bout des cornes reçut les deux corps\nretombés. Des plaintes de douleur, mille cris de volupté. De\nlarges gouttes écarlates mordirent le sable. L ' a n i m a l , ivre,\ns'acharnait, virant en rond, heurtant sa croupe aux poteaux,\nh a p p a n t les mailles, les déchirant dans ses mâchoires, rejetant\nles suppliciées avec une telle violence, qu'on les voyait chaque\nfois rebondir tout entières et s'effondrer ensuite sur les pointes\nterribles.\n    De beaux nuages t u m u l t u e u x défilaient sur l'effrayant monu­\nment rougeâtre béant vers le ciel comme un volcan en éruption.\nL a plèbe, debout, les veines bouillonnantes, les bras ouverts,\napostrophait les martyres, invoquait les dieux pour qu'elles\nsouffrissent davantage. Mais, d'un coup, elles s'abattirent,\nentraînant dans leur chute l'appareil qui les soutenait. D e sau­\nvages clameurs, puis chacun se tut, regarda. Elles gisaient,\nimmobiles, l'une à l'autre enchevêtrées, au milieu des corde­\nlettes de poil de chameau. L e u r s blessures apparaissaient par\nplaces, vives, affreuses, entre les interstices du filet qui adhé­\nrait à leur chair. Au-dessus d'elles, tassé sur lui-même, une\nbave visqueuse au naseau, les pattes enfoncées dans les\nflaques pourpres agglutinées sur le sol, le r u m i n a n t , arrêté\nquelques secondes par la soudaineté du choc, se préparait à un\nnouvel assaut.\n   Son mufle pantelant, collé aux corps, les reniflait par\naspirations dont on entendait partout les bruyantes bouf­\nfées. De ses entrailles, des secousses se propageaient en\n"}, {"page_pdf": 864, "texte": "       LE MARTYRE DE VIVIA PERPETUA ET DE FÉLICITÉ             715\n\n\nondes qui couraient par plis saccadés le long de son dos,\nluisant de sueur.\n   Vivia Perpetua remua... Le taureau se rapprocha... Ren­\nversée en arrière, elle ne pouvait sentir que son halè­\ntement bref brûler sa poitrine, elle ne pouvait voir que ses\nprunelles démesurées roulant, obliques, dans des orbites\nsanglantes...\n   Mais, en ce moment, un hurlement retentit, d'une stridence\ntelle qu'une commotion ébranla le public. Pompone, d'un élan\nfou, s'était jeté sur le monstre en fureur, de ses mains fou­\ndroyantes lui comprimait la gorge, le faisait reculer en le pliant\nsur ses jarrets, avec tant d'audace et de force singulière que,\npris de stupéfaction, dominés par l'héroïque spectacle, les\ntémoins ne respiraient plus. Tout à l'impulsion aveugle qui\nl'avait précipité, le gladiateur luttait, sans armes, en une tour­\nmente d'emportement, ses nerfs, ses muscles tendus à éclater et\ndans un emmêlement d'efforts qui l'entraînaient, avec la brute,\nde tous côtés, dans la piste. Il l'avait saisie par les cornes, la\nmaintenait ainsi, suivant de tout son être suspendu sur la pointe\ndes pieds ou comme subitement enraciné, tous ses écarts. Le\nheurt de leurs membres, oscillant en une masse unique, rem­\nplissait le silence, — puis des craquements d'os, leurs haleines\nimpétueuses, les râles qui échappaient au géant avec des grin­\ncements de dents, des imprécations, des balbutiements étranges\ndont on ne comprenait pas le sens. Un trouble frénétique sem­\nblait le posséder, il ne riait point son rire de défi. Des fronce­\nments d'angoisse crispaient sa face et pendant qu'alentour,\nintarissable, montait soudain l'ovation du Cirque, tout à l'en­\nchantement de la fête rare que lui offrait son lutteur favori,\narc-bouté sur lui-même, affolé, secoué de douleur, il combattait\ntoujours, sans armes, de ses mains seules, contre le monstre en\nfureur. Autour de lui, les colonnes enguirlandées de narcisses,\nles portiques, les gradins, les spectateurs, passaient, éblouis­\nsants, vertigineux, en une ronde fougueuse, comme si le monu­\n ment lui-même se fût mis à tourner, pareil à une immense\nroue flamboyante.\n   Tout à coup, il tomba. Le taureau, tête basse, frappait sa\ncuirasse d'une roulée de chocs formidables. Si spontané fut\nl'élan qui projeta les milliers d'individus en avant, que l'amphi­\nthéâtre parut se soulever tout entier.\n"}, {"page_pdf": 865, "texte": "yi6                         DURENDAL\n\n\n   — Écartez le taureau ! Écartez le taureau ! Sauvez l'illustre\n Pompone! Sauvez-le!\n   Des bestiaires se précipitèrent. Des esclaves, costumés en\n Mercure, portant des crocs rougis au feu, piquèrent les flancs\nde la bête qui fit un soubresaut en meuglant convulsivement.\n   — Les chrétiennes au taureau! Les chrétiennes au taureau !\n   — Par Hercule, il ne les aura pas! vociféra Pompone, qui,\nredressant sa taille gigantesque, prêt à un nouveau combat,\napparut, livide, le torse dépouillé de vêtements, ses cheveux\nbouclés collant comme des serpents sur ses épaules qu'entail­\nlaient de larges coupures reçues dans les récents pugilats.\n   Épuisé, essoufflé, la bouche ouverte, toute remplie de sable,\nil s'élançait déjà, menaçant, les poings brandis... Mais le\npeuple, quoiqu'il fût aussi émerveillé de son courage qu'amusé\npar l'inattendu de cette lutte imprévue, le peuple voulait voir\nmourir Vivia Perpetua. La vie farouche des intincts l'envelop­\npait comme une mer, et les réclamations partaient de toutes\nparts, se heurtaient en des rugissements de clameur. Sur un\ngeste du Proconsul, on retint le gladiateur qui tremblait comme\ndans les secousses d'une fièvre mortelle. L'Intendant des Jeux se\nprésenta dans l'arène, s'inclina devant le magistrat, attendant\nses ordres. La foule beugla :\n   —• Les chrétiennes à mort ! A mort la pâture de l'Achéron !\nA mort les filles de l'Erèbe!\n   — Qu'on les livre pour la seconde fois au taureau après l'inter­\nmède, dit Hilarianus.\n   Aussitôt résonnèrent les musiques sacrées; des enfants semè­\nrent à profusion les pétales de fleurs et la poudre d'or, et déjà\nles bestiaires chassaient l'animal vers la barrière du podium,\nlorsque Pompone, écartant brusquement le cercle des serviteurs\nqui le détenaient, s'abattit sur son échine et, lui entourant le\ncou du bras comme d'un anneau de fer, y incrusta ses dents\nen une longue, en une vorace morsure. On rit de sa vengeance.\nDes applaudissements retentirent, tandis qu'il se laissait choir\nhaletant, sa belle tête bronzée, aux lèvres de sang, inclinée\ncomme sans forces sur son buste extraordinaire, et demeurait\nimmobile, plongé dans une sorte d'obscur naufrage de tout ce\nqu'il était.\n   — Emmenez les condamnées! Qu'on les fasse sortir !\n   En un grand sursaut, il s'approcha d'elles, se pencha. Elles\n"}, {"page_pdf": 866, "texte": "       LE   M A R T Y R E DE V1V1A P E R P E T U A   ET   DE   FÉLICITÉ   717\n\n\n\ngisaient toujours, l'une à l'autre enchevêtrées parmi les corde­\nlettes de poil de chameau. Leurs blessures, vives, affreuses,\ns'apercevaient par places entre les interstices du filet, adhérent\n à leur chair. Aidé des libitinaires qui entraient en fonctions,\nil écarta les mailles noires. Les deux femmes apparurent.\n Félicité inanimée, la patricienne balafrée de coups et de meur­\ntrissures, la peau souillée de fange sanglante, mais le visage\ntoujours doucement souriant dans l'altération même de sa\nsouffrance.\n   — Au spoliaire! au spoliaire! trépignait le public, impa­\ntient de mangeaille et de diversion.\n   Avec une indicible avidité, le colosse attira Perpetua à lui par\nles poignets. Des palpitations, aiguës jusqu'au mal physique,\nlui battaient les côtes, lui martelaient le crâne, trépidaient dans\nses veines embrasées, tandis qu'en la relevant, il voyait ses\nmembres nus se redresser et frissonner dans la lumière des\nnuages qui flambaient sur le bloc de pierre aux milliers de\nvies frémissantes. Lorsqu'elle fut debout, elle parut examiner\nles lieux avec étonnement.\n   — Quand donc nous livrera-t-on à ce taureau ? lui\ndemanda-t-elle d'un accent si lointain, si limpide, que Pom­\npone, étranglé de stupeur, la lâcha, recula...\n   Alors elle sembla se rendre compte; ses yeux s'abaissèrent\nsur elle-même, virentsesplaies,sacheveluredéroulée... A la voir\nainsi chancelante, couverte de déchirures, un sentiment de pitié\nparcourut les gradins; des voix connues, qu'elle avait entendues\njadis, exclamaient :\n   — Sacrifie, ô Vivia Perpetua! sacrifie! Il est temps encore !\n   Mais, distinguant dans la terre piétinée l'aiguille qui avait\nservi à retenir ses cheveux, elle la ramassait : signe de gloire,\nsigne de victoire, tranquillement relevait en un casque, au\nsommet de sa tête, l'ondoyante masse noire qu'elle fixa de la\nfibule d'ivoire. Ce fut alors sous des rafales de passion\ndéchaînées qu'elle traversa le Colysée, suivant Félicité, inani­\nmée, à la charge d'esclaves et précédant le gladiateur.\n   L'intermède commença. Les buccins et les cymbales, avec\nplus d'éclat, sonnèrent les hymnes saintes; les enfants, à nou­\nveau, semèrent par tout le circuit des pétales odorants pendant\nque le Proconsul, descendu à l'autel de Bacchus, offrait les\nlibations prescrites, puis, signal du repas public, prenait une\n"}, {"page_pdf": 867, "texte": "718                               DURENDAL\n\n\nboisson à la rose que lui tendait, à genoux, dans une coupe\nciselée de reliefs, son dégustateur. E t , ceint de couronnes, les\ncœurs en joie sous les t u n i q u e s empierrées, tout à l'exultation\ndes réjouissances magnifiques qu'émanaient son vouloir et sa\nvitalité, Carthage mangea. T a n d i s que les légionnaires dan­\nsaient de successives rondes pyrrhiques en m i m a n t des attitudes\nguerrières, des paniers de mets délicats en nombre indéfini\ncirculèrent, puis des amphores, des aiguières d'argent, d'amples\nvases murrhins, des cratères de bronze où chacun puisait le vin\nou l'hippocras, ensuite la neige et buvait en disant à son voisin :\nBene tibi!...\n     Lorsque, enfin repue, la plèbe impérieuse, voulant sa proie,\nla réclama en une tempête de bruits, H i l a r i a n u s se leva, fit\nle signe consacré. U n e violente avancée de toutes les t ê t e s ; le\nsilence.\n     Les suppliciées entrèrent.\n     Elles étaient vêtues m a i n t e n a n t des subuculas qu'on leur\navait enlevées au moment de leur arrivée au Colysée. Félicité,\nles yeux crevés, s'appuyait à sa maîtresse, un ravissement exta­\nt i q u e sur ses traits décomposés de m o u r a n t e . P e r p e t u a , le bras\nautour de la taille de sa servante, guidait ses pas. L'étoffe rude\nqui les habillait se maculait à chaque seconde de plus d'écarlate.\nL'une et l'autre vacillaient, prises de vertige, hésitantes comme\ndans un lieu de ténèbres. L e n t e m e n t , à la lueur amortie et\ngrave du jour qui déclinait, elles parvinrent au centre du cirque\net serrées étroitement, s'immobilisèrent, si petites, si frêles, si\nmortellement souffrantes qu'une angoisse soudaine étreignit les\nspectateurs.\n     — L e t a u r e a u ! Le t a u r e a u ! réclamèrent quelques for­\ncenés.\n     Mais dans la foule vibrante, mobile, des m u r m u r e s gron­\ndèrent et tout à coup épandu, comme si l'assistance eût été une\nseule créature vivante, une exclamation jaillit, immense :\n     — Grâce! Pitié sur elles ! Grâce!\n     Selon la loi qui défendait d'accorder la vie aux condamnés à\nl'amphithéâtre et ne permettait que de les soustraire aux sup­\nplices, le Proconsul prononça :\n     — Qu'on les t u e !\n     — P o m p o n e ! P o m p o n e ! cria le peuple.\n     11 se présenta, revêtu. Sa cotte de maille reluisait si fort\n"}, {"page_pdf": 868, "texte": "        LE MARTYRE DE VIVIA PERPETUA ET DE FÉLICITÉ                         719\n\n\nqu'elle semblait une flamme errante. A pas lourds, il traversa\nl'espace qui le séparait des jeunes femmes. On entendait cra­\nquer les grains de sable sous ses pieds.\n     Arrivé en face d'elles, il se pencha, les envisagea; enlacées et\ndéfaillantes, elles souriaient comme des enfants heureuses. Il se\nredressa, tout en sueur, étouffé par u n e sensation brusque de\nquelque chose d'illimité, puis, avec un e m p o r t e m e n t d'insensé,\nil cloua son glaive dans la gorge de Félicité. Elle s'affaissa\nsans un râle et tandis que le gladiateur, conformément aux\nusages de l'arène, frappait trois fois de plus le corps de celle\nqu'il venait d'exécuter, P e r p e t u a t o m b a n t près de l'esclave\nexpirante, souleva sa tête appesantie, embrassa son front\nglacé.\n     — Sacrifie! Sacrifie! clama, en un ouragan de passion, le\ncirque, éperdu devant la magie de sa prestigieuse beauté.\n     Mais telle était la solennité du destin surhumain posée sur ce\nvisage clair et lointain, si absolue l'exaltation sacrée de cette\na t t i t u d e , que les cris s'éteignirent instantanément. Maintenant,\nagenouillée près du cadavre qu'elle soutenait d'un côté, Vivia\nP e r p e t u a avait ouvert d'un geste tranquille le vêtement sordide\nqui la recouvrait et offrait sa poitrine nue à la mort. Un recueil­\nlement intense enveloppa le m o n u m e n t .\n     — Q u ' a t t e n d s - t u ? dit-elle à P o m p o n e qui se tenait devant\nelle et, dans un trouble excessif, la contemplait en balançant\nmachinalement sa lame rouge.\n     Un frisson secoua l'athlète, — un grand déchirement. Il\nrecula, revint. Sur sa face barbare se peignait une souffrance\ninfinie. Une douleur obscure, diffuse, contractait tout son orga­\nnisme. Il supplia en lui-même : « O grande Déesse, conduis\nmon b r a s ! » et violemment abaissa le glaive menaçant.\n     A genoux, calme, écartant des deux mains sa tunique san­\nglante, son visage blême rayonnant de sourire à la pâle clarté\ndu couchant, Vivia P e r p e t u a le regardait...\n     Il se rejeta en arrière; des sons inarticulés s'étouffaient dans\nsa gorge; ses muscles énormes semblaient relâchés: il pantelait,\nméconnaissable...\n     — F r a p p e ! dit-elle, et sa voix résonna comme un cristal\nlimpide dans le vaste silence.\n     Il brandit son épée, avec un hurlement rauque, l'enfonça...\nMais il tremblait ; ses jambes puissantes chancelaient sous lui ;\n"}, {"page_pdf": 869, "texte": "720                        DURENDAL\n\n\nl'arme, mal dirigée, déchira le sein, glissa sur l'épaule et\nPerpétua, baignée de sang, restait toujours à genoux, levant\nvers lui son visage blême illuminé de sourire à la pâle clarté du\ncouchant.\n   L'amphithéâtre frémit d'épouvante.\n   — Frappe, encore! balbutia-t-elle d'un accent qui s'étei­\ngnait. Pompone n'entendait pas. Lés doigts crispés sur le glaive,\nil considérait d'un air hagard les gouttelettes pourpres qui en\ndécoulaient. Un halètement de fauve soulevait ses côtes...\n   Elle lui prit la main, plaça elle-même la lame sur sa poitrine,\ndonna l'impulsion... Égaré, hors de lui, il la suivit, il frappa.\nTout son corps eut une contraction, tandis qu'elle tombait et\nque sa. chute douce sur Félicité morte remplissait le vaste\nsilence. Il s'écroula près d'elle, la palpa convulsivement, puis\nresta accroupi sur le sol, immobile, englouti dans la transpa­\nrence de ces yeux dilatés qui ne le voyaient plus.\n\n                                              J. DE TALLENAY.\n"}, {"page_pdf": 870, "texte": "                               Les Poèmes\n\nPar l'Amour, par M m e MARIE DAUGUET (Paris, Mercure de France). — Pour\n  l'Enfant, par CHARLES DE POMAIROLS ( P a r i s , P l o n ) . — Heures de France et\n  de Bourbon, par MAURICE OLIVAINT ( P a r i s , Lemerre). — Conte d'Avril,\n  comédie en vers, par AUGUSTE DORCHAIN (Paris, L e m e r r e ) . — Pour l'Amour,\n  d r a m e en vers, p a r AUGUSTE DORCHAIN (Paris, L e m e r r e ) . — Hippolyte\n  couronné, tragédie en vers, par J U L E S BOIS (Paris, Fasquelle). — La Mort\n  de Narcisse, par JEAN BERNARD (Valence, Jules Céas et fils). — Le Livre\n  et l'Amour, par H E N R I BELMONT (Liége, T h o n e ) . — Les deux Routes, par\n  L É O N LEGAVRE (Bruxelles, édition de Vidée libre). — Les Chansons claires,\n  par RENAUD STRIVAY (Seraing, L e c o m t e ) . — La Terre noire : l'Ame des nôtres,\n  poème d r a m a t i q u e , par JULES SOTTIAUX (Bruxelles, Schepens).\n\n    Le récent livre de M m e Marie D a u g u e t : P a r l'Amour, est incontestable­\nment l'une des œuvres les plus intéressantes que nous ait données en ces\ndernières années la poésie française. U n poète parle ici, dont le verbe ardent,\nmélodieux et fort, charme invinciblement. E t , d a n s b e a u c o u p de ses accents,\ncette voix est neuve, inentendue encore, ne suscitant dans la mémoire aucune\ncomparaison. S a n s doute, il est permis de croire que, tour à tour ou simulta­\nnément, R o n s a r d , Laforgue, J a m m e s et de Régnier ont exercé quelque\ninfluence sur l'épanouissement de ce brillant talent. Mais, je le répète, on\ndécouvre d a n s ce recueil mainte strophe à ce point personnelle qu'elle écarte\ntout souvenir : combien de poètes d'aujourd'hui mériteraient pareil éloge?\nL a Cuisine, l'Amour mouillé, les Gnomes sont, c h a c u n dans une note diverse,\ndes pièces tout à fait excellentes et caractéristiques.\n    L e poète de Par l'Amour est l'un des plus fougueux et des plus passionnés\namants de la N a t u r e qui aient jamais épanché leur ferveur en u n chant lyrique.\nE t , c o m m e le dit fort bien M. R e m y de G o u r m o n t , dans la belle et judicieuse\npréface qu'il a écrite pour le livre de M m e Marie D a u g u e t : « Il n'y a point\npour elle u n e nature poétique et u n e n a t u r e vulgaire; tout lui est poésie,\nparce que tout émeut sa sensibilité. E t cette émotion, devenant aussitôt ver­\nbale, s'exprime dans les termes les plus nouveaux et les plus personnels. On\ny sent u n e intimité de chaque minute avec les choses de la forêt, des c h a m p s\net de la ferme. »\n    P a n t h é i s t e , comme Mme la comtesse de Noailles, M m e Dauguet trouve\nd'émouvantes paroles pour dire le trouble, véritablement a m o u r e u x , et don-\n"}, {"page_pdf": 871, "texte": "722                                    DURENDAL\n\n\nloureux parfois à force de douceur, dont l'inonde l'embrassement de la mater­\nnelle N a t u r e . O h ! être la chanson joyeuse d'un oiseau, le parfum d'une\nfleur, le bond alerte d'un cerf en fuite! Les m ê m e s thèmes reviennent volon­\ntiers sous la plume du poète : mais il les varie de si heureuse manière qu'on\nne songe même pas à s'en a p e r c e v o i r ; il a mille façons, plus gracieuses les\nunes que les autres, de traduire la constante aspiration de son être vers une\ncomplète fusion avec les beaux rayons, les tendres odeurs, les voix suaves\ndont la N a t u r e compose son orchestre infini.\n   Mais, avec Printemps, le Sens de la Vie, Simplicité, et surtout avec les der­\nnières parties du recueil, l'inspiration se transforme, p r e n d un tour parfois\nimprévu, devient sentimentale, ou fantastique, ou narquoise, selon le caprice\nde l'heure. Des p o è m e s d ' a m o u r exhalent, pour notre ivresse, la plus péné­\ntrante, la plus profonde des mélancolies (le Banc, le Merveilleux Absent). De\nvieilles légendes déroulent leurs cortèges chimériques, sourires de princesses\nou grimaces d'animaux fantastiques (le Tambourin), évoqués et r e n d u s vivants\npar le prestige d'une verve puissante et d'une féconde imagination. Enfin, le\nCoffret d'onyx renferme de précieuses reliques du passé, finement enrubannées\nde rose pâle et fleurant exquisement les grâces éteintes d'autrefois ; romances\nplaintives, élégies langoureuses, rappels des songes si bleus et si frêles de nos\ndéfuntes aïeules, souvenirs des guitares romantiques et des valses démodées\nque viennent pleurer sous nos balcons les vieux orgues de B a r b a r i e !\nM m e Marie D a u g u e t l'avoue sans honte, ces puérilités délicieuses la\nravissent :\n\n                 On dit : « C'est ridicule ! » Eh bien, ça m'est égal !\n                 Je chanterai : « Combien j'ai douce souvenance ; »\n                 J'aurai le cœur poncif d'un héros de romance,\n                 Je serai bêtement tendre et sentimental. .\n\n     Moi aussi, j ' e n conviens : j ' é p r o u v e un faible pour ces choses-là, — q u a n d\nelles nous sont rendues par un poète, un vrai, un pur, comme celui c i ; et\nc'est p o u r q u o i , sans doute, ce Coffret d'onyx me plaît plus que je ne saurais\nd i r e . . . encore que M m e D a u g u e t semble un peu se railler elle-même, en entas­\nsant dans son magnifique reliquaire, pêle-mêle avec des fleurs et des rameaux\nséchés, ces vieilleries romanesques qui servirent de joujoux aux fillettes\nde 1830.\n     De copieuses cilations seraient nécessaires, pour vous faire apprécier à sa\nvaleur ce livre très divers, très tendre, très prenant et supérieurement écrit.\n Mme Marie Dauguet parle une langue audacieuse et truculente, d'une richesse\nextraordinaire et d ' u n e rare s a v e u r ; ses vers, tout ensemble savants et frais,\nmusicaux et lumineux, débordants de passion et animés d'un rythme nom­\nb r e u x , paraissent être l'expression spontanée de la plus sincère sensibilité :\nils sont pleins d'art, sans a u c u n doute, et p o u r t a n t semblent jaillir de source,\nsous l'impétueuse et irrésistible impulsion de l'enthousiasme lyrique. Ah ! que\nje voudrais transcrire ici tant de fiers sonnets, d'une ligne si p u r e , d'un\nrelief si a c c e n t u é , si expressif et si harmonieux ! Q u e je regrette de ne pouvoir\nvous mettre sous les y e u x , jusqu'à ce que vous en ayez pénétré tout le sens si\n"}, {"page_pdf": 872, "texte": "                                    LES POÈMES                                      723\n\nh u m a i n , les Béatitudes, l'Ancien Nid, la Divine Folie, Pleurez avec mon cœur, les\nChats et bien d'autres poèmes, robustes ou délicats, dont la touchante\nbeauté vous inspirerait, pour M m e Marie D a u g u e t , une fervente admiration !\n   Par l'Amour est une œuvre réellement captivante et qui vaut d'être placée\nen glorieuse évidence au rayon des livres qu'on relit avec joie.\n\n    S o u s sa couverture violette, où le titre se détache en lettres d'argent : P o u r\nl'Enfant, voici un livre de profonde piété paternelle. On dirait d'un étroit\ncercueil, où furent religieusement déposées les reliques d'une petite morte.\nLe recueil ne porte point de nom d'auteur, mais seulement cette dédicace,\néloquente d a n s sa brièveté : A la mémoire de la petite Lui de Pomairols, Plaintes\npaternelles. E t tout de suite, on devine que ce livre est l'œuvre douloureuse de\n M. Charles de Pomairols, u n poète de race, auquel la noblesse de son inspi­\nration et la probité de son beau talent ont valu depuis longtemps u n e enviable\nr e n o m m é e . M. de P o m a i r o l s , qu'une étroite parenté d'âme unit au magni­\nfique rêveur des Méditations, est u n des rares poètes idéalistes que la F r a n c e\npossède encore. Les plus lointaines, les plus secrètes et les plus hautes aspi­\nrations de l'âme ont trouvé en lui l'un de leurs plus fidèles et plus éloquents\ninterprètes. Sa poésie, toute d'abstraction, approfondit les côtés immatériels\nde l'être h u m a i n et les puissances idéales de la Vie avec une pénétration, u n e\ndélicatesse et u n e distinction peu c o m m u n e s .\n    R i e n ne pouvait donner un plus large essor à ce talent assoiffé d'infini qui\nest celui de M. Charles de Pomairols, que l'épouvantable m a l h e u r qui le\nfrappa naguères dans ses plus chères tendresses : la mort soudaine de la char­\nmante fillette, dont le pur visage, éveillé et pensif à la fois, sourit à la première\npage du livre qui célèbre sa m é m o i r e . U n mal inattendu avait foudroyé\nl'enfant, loin de ses parents, dans le jardin du couvent où elle jouait avec ses\npetites compagnes ; elle s'en était allée en souriant et sans voir la hideuse figure\nde la Mort. Elle n'avait connu que la joie. Mais son père, du jour où elle fut\npartie, ne c o n n u t que la douleur. P u i s q u e le radieux sourire de son enfant\nne brillait plus sur lui, que lui faisait toute la splendeur du ciel? La ressus­\nciter en de p u r s poèmes, avec ses gestes familiers, ses paroles cou'umières,\nses espiègleries et ses caresses, ce fut son u n i q u e p e n s é e . E t peu à peu, les\nsouvenirs revenaient du fond du passé, se précisaient, s'accumulaient d a n s le\ncœur débordant du malheureux père, au point qu'il ne pouvait soulager sa\nsouffrance qu'en épanchant, en des strophes qui la faisaient revivre « d'une\nimmortelle vie », le trop-plein de son âme à tout jamais blessée. Il vivait si\nbien avec la petite morte qu'il finissait par la croire présente, là, tout près de\nlui, ou bien dans le jardin où elle jouait, sous sa fenêtre : il ne fallait pas\nqu'on fermât la porte, n'est-ce pas? Elle allait revenir, elle allait revenir d'un\nm o m e n t à l'autre! La nuit même, on laissait une croisée entr'ouverte; car il\nn'était pas possible qu'elle ne voulût pas revenir!.. Ainsi, ce petit fantôme\njetait u n e g r a n d e ombre sur la vie du poète. Aspects de la nature, événe­\nments de toutes sortes, souvenirs d'autrefois ou pensées d'avenir, il reportait\ntout à l'enfant, ne voyait plus rien qu'à travers cette mort, et son deuil éten­\ndait sur toutes choses le voile noir du jour fatal.\n"}, {"page_pdf": 873, "texte": " 724                                       DURENDAL\n\n\n    De cette hantise est né ce livre. Il n'y a pas une page qui n e parle de l'enfant\ndisparue : d'un bout à l'autre, c'est elle, elle toujours et rien qu'elle. E t le\nmiracle, c'est la prodigieuse diversité de ces poèmes, leur intérêt jamais détail­\nlant, leur constante noblesse. M. de P o m a i r o l s a réalisé là u n e œuvre qui eût\nété trop lourde à tout autre q u ' u n p è r e ; sa poésie s'est enrichie de tous les\ntrésors de son cœur, et son inspiration devint inépuisable comme son a m o u r :\nc h a q u e jour, sans doute, depuis le triste jour où Lili de P o m a i r o l s s'en était\nallée, u n poème nouveau est venu fleurir sa tombe. E t le bouquet de ces\nsouvenirs a fini par former u n recueil aussi touchant que copieux, et qu'on\nne saurait lire sans larmes. L a petite Lili est m a i n t e n a n t , par la grâce de la\npoésie, plus vivante que jamais d a n s la fraîcheur de ses treize ans :\n\n                   Elle est désormais l'ombre, et sa place est plus grande !\n\n  P l u s d ' u n e mémoire douloureusement émue saluera de loin son \" étroite\ntombe \", en m ê m e temps que le beau poète qui l'a si bien glorifiée.\n\n     M. Maurice Olivaint, l'un de nos plus distingués collaborateurs, est du\n petit nombre de poètes français, deux fois favorisés par la destinée, qui ont\n b e a u c o u p erré sur la planète et qui ont vu surgir, sous des cieux i n c o n n u s ,\ndes étoiles ignorées. H e u r e s de F r a n c e e t de B o u r b o n témoigne du double\nplaisir qu'il a pris, revenu au pays natal, à se bercer d'anciennes affections et\nde vieux souvenirs parmi les doux sites familiers; et, retourné sous les\ntropiques, à s'enivrer d'aspects éblouissants. La F i a n c e et Bourbon furent\négalement favorables à son inspiration; et la diversité des heures qu'il y vécut\nprête à son livre un charme très spécial et très accentué.\n    L'île merveilleuse de l'océan Indien, toute petite qu'elle fût, avait d o n n é\ndéjà trois poètes illustres : P a r n y , qui y c o n n u t E l é o n o r e , L e c o n t e de Lisle,\nqui y passa sa première jeunesse, et Léon Dierx, l'auteur des Amants et des\nLèvres closes. S'il fallait entre eux choisir un ancêtre à M. Olivaint, c'est à\nL e c o n t e de Lisle que nous penserions : Vile au réveil, pour ne citer que cette\npièce-là, rappelle les meilleurs tableaux des Poèmes barbares, tant par la limpi­\ndité de sa lumière que par la fraîcheur éclatante de son coloris et la nette\nprécision de ses contours.\n    L a Mer et les Escales, reliant les heures de France aux h e u r e s de B o u r b o n\npar une chaîne brillante d'images ensoleillées, renferme peut-être les perles\ndu livre : Le Cimetière au bord de la mer, d'une si grave et si poignante émotion ;\n Ville d'Afrique, u n e toile radieuse, grouillante et bariolée, digne du pinceau\nlumineux de Loti, et qui me semble d'une parfaite justesse de notation ;\nIl Bacio enfin, une fantaisie de grâce mélancolique et de fine émotion.\n    Amours créoles est u n e suite mélodieuse de petits poèmes sentimentaux,\noù l'on retrouve un peu de la mièvrerie sensuelle du chevalier P a r n y , mais\nauxquels de magnifiques décors de nature tropicale confèrent u n rayon­\nnement fort caractéristique.\n    Mais le poète a trop complètement savouré toutes les douceurs de la vie,\npour ne pas connaître à présent l'amertume du désenchantement : les\nAiles brisées en témoignent avec une âpreté farouche, singulièrement diffé-\n"}, {"page_pdf": 874, "texte": "                                      LES    POÈMES                                     725\n\nrente de la tendresse paisible des Heures de France et du joyeux éclat des Heures\nde Bourbon :\n               Mes étendards déteints pendent trempés de pleurs ;\n               Sous les noirs ouragans que soufflent les douleurs,\n               La guirlande enroulée au rostre s'est flétrie...\n\n                  Celui qui prendra place au banc où je ramais\n                  S'éteindra, comme moi, sans avoir vu la terre,\n                  Et le Navire, hélas ! n'arrivera jamais...\n\n   L e pessimisme de Baudelaire n ' e û t point parlé autrement.\n   Vous voyez que le nouveau livre de M. Maurice Olivaint s'impose à\nl'attention par des mérites n o m b r e u x , des charmes très divers et toutes\nsortes de beautés agréables ou profondes. J e ne lui reprocherai qu'une\nprosodie un peu trop symétrique, et que plus de souplesse ne déparerait\nnullement.\n\n    M. Auguste Dorchain, disciple préféré de M. F r a n ç o i s Coppée, est à la\nfois le poète officiel de l'Odéon et le porte-paroles très p r o b e , très loyal, sou­\nvent très éloquent, de cette jeunesse française qui a gardé, à travers toutes\nles tristesses, la foi en l'avenir et « l'amour de l'Amour ». Il en a célébré les\nespoirs et les aspirations en strophes élégantes, vibrantes et bien t r e m p é e s ; il\na été pour elle comme u n frère aîné, qui m o n t r e la route à suivre, p r o d i g u e\nde sages conseils, relève les courages défaillants. S o n œuvre est toute de\nfranchise et de saine énergie : l'Amour y apparaît dans sa simple nudité\n — que l'on trouve banale aujourd'hui — et dépouillé de toutes les morbi­\ndesses dont l'affublent complaisamment tant de nos contemporains M. Dor­\nchain est un talent fort s y m p a t h i q u e , et qui s'efforce a s s i d û m e n t vers la\nLumière. Profond honnête h o m m e , il mérite q u ' o n le salue avec u n e singu­\nlière estime.\n    T o u t ce qu'il y a, d a n s Bruxelles, de gens encore accessibles au goût des\njolies choses, a fêté au théâtre du P a r c le Conte d'Avril de M. Dorchain, qui\ny t r i o m p h a , voici quelques mois, d u r a n t de n o m b r e u s e s soirées. Il serait\n d o n c superflu de vous conter par le m e n u cette intrigue, toute m e n u e elle-\nm ê m e , et je craindrais de vous gâter, en l'expliquant en prose, l'exquise\na v e n t u r e de Silvio et de sa sœur Viola; c'est léger comme u n songe et frais\ncomme une aurore d'avril; c'est clair, joyeux, p i m p a n t et fleuri à souhait.\n Cela ne se peut dire qu'en vers, — et e n c o r e ! il y faut toute la sûre délica­\ntesse, tout le doigté aérien de M. Auguste D o r c h a i n . . . A quoi comparerai-je\ncette fantaisie de grâce ailée et chatoyante? Certains caprices de Shakespeare,\ncertains rêves de Musset me viennent à l'esprit; et, sans doute, il y a quelque\nparenté entre eux et Conte d'Avril. Mais p o u r q u o i chercher ici de vaines com­\nparaisons? Si l'auteur lui-même reconnaît, avec la franche loyauté qui le dis­\ntingue, que quelques thèmes de Bandello et de Shakespeare lui ont servi\npour composer sa comédie, il n'en est pas moins vrai que celle-ci est bien à\nlui, et que l'on n'y découvre en nul endroit la moindre trace de pastiche. On\nn'y trouve pas davantage la moindre tache de style, la plus légère erreur\n"}, {"page_pdf": 875, "texte": "726                                      DURENDAL\n\n\nd'harmonie, la plus vénielle peccadille contre la B e a u t é . Conte d'Avril est —\net cette expression consacrée ne fut jamais mieux à sa place — un p u r chef-\nd'œuvre : on le lit, d'un bout à l'autre, avec le délice qu'on éprouve à suivre\nu n songe agréable et joli, que n'interrompt aucun choc et que ne trouble\na u c u n e contrariété. Frissons de soie, rayons dorés, rires et sourires, chansons\nd'amour, aveux, baisers, paroles fleuries qui tombent des lèvres c o m m e autant\nde pétales de roses, tel est ce reposant, ce coquet, ce printanier Conte d'Avril...\nE t ne me dites pas que « c'est facile », p r é s o m p t u e u x rimeurs qui daignez\npeut-être me lire; car je vous répondrais simplement : « Essayez! »\n\n: P o u r l'Amour contraste violemment, par sa couleur sombre et son accent\ntragique, avec cette lumineuse et légère fantaisie. Si Conte d'Avril Révoquait à\nnos yeux u n e limpide aurore de printemps, c'est quelque sanglant crépuscule\nd'été espagnol qu'évoquerait ce d r a m e douloureux, farouche, sévère et pas­\nsionné. L a cause de l'Amour, de l'Amour toujours, de l'Amour q u a n d même\net malgré tout, y est plaidée p a r M. Auguste Dorchain avec une conviction,\nune ardeur et une fougue qui n'ont d'égales que l'éloquence et la noblesse de\nson langage.\n    Q u a n t à la sobriété de l'intrigue, au pathétique des situations, à l'habile\nconduite de l'intérêt d r a m a t i q u e qui va s'accentuanl j u s q u ' a u t e i n b l e\nd é n o u e m e n t par quoi se clôt cette tragique histoire d'amour, — ce sont là\nmérites assez rares pour les vanter h a u t e m e n t . Les vers de Pour l'Amour sont\nvigoureusement trempés, francs et sonores comme de vaillantes épées; et par­\nfois, sans effort a p p a r e n t , un alexandrin monte d'un coup au sommet du\nSublime : M. Dorchain est, ici, u n digne petit-fils de Corneille, et d'inflexibles\nhéroïsmes sortent tout armés de son cerveau... P o u r t a n t , p o u r t a n t , — quelle\nque soit la valeur morale ou artistique de ce d r a m e , qui est, incontestable­\nment, émouvant, grandiose, a m o u r e u x , et tout plein de graves beautés, — je\nlui préfère, oh ! oui ! le capricieux, frivole et c h a r m a n t Conte d'Avril.\nU n e a n n é e n'a qu'un printemps : un poète ne d o n n e qu'une fois u n e fleur\ncomme celle-là.\n\n    E n supposant qu'une pénétration naturelle ou u n e étude approfondie n'eût\npas permis à un lecteur d e R a c i n e d'apercevoir tout ce qu'il y a de passion\n(bonne ou mauvaise) d a n s le cœur tourmenté de sa P h è d r e , — il eût suffi à ce\nlecteur peu clairvoyant de voir ce rôle incarné par M m e S a r a h - B e r n h a r d t , p o u r\nc o m p r e n d r e en un m o m e n t que l'héroïne racinienne n'est pas u n e ' a m a n t e à\nl'eau de rose.\n    Mais que dirons-nous, alors, de la Phaidra que suscite, de si vivante et\npuissante façon, la récente tragédie de M. Jules Bois? L a P h è d r e de R a c i n e\nn'est, auprès de celle-ci, q u ' u n e petite amoureuse fort innocente, après tout,\net en tout cas bourrelée de remords. La P h a i d r a de l'Hippolyte c o u r o n n é\nn o u s semble se r a p p r o c h e r davantage de l'esprit du théâtre grec, et n'avoir\na u c u n e m e n t subi la pénétration des idées chrétiennes, d o n t la lénifiante\ninfluence se retrouve à chaque pas d a n s l'œuvre de Jean R a c i n e . L a F h a i d r a\nde M. Bois est païenne jusqu'au fond du cœur, et criminelle sans l'ombre\n"}, {"page_pdf": 876, "texte": "                                     LES POÈMES                                      727\n\nd'un r e m o r d s ; tout orgueil, elle ne soupire pas, elle r u g i t ; elle n'implore\npas, elle c o m m a n d e ; elle ne caresse pas, elle blesse, et blesse à mort. Elle a\nplus de haine encore que d'amour. On la plaint moins qu'on ne l'admire, et\non l'admire avec un frisson d'épouvante. C'est u n e F u r i e antique, un aveugle\ninstrument de l'aveugle Fatalité.\n   L e s vers d''Hippolyte couronné valent — et l'on doit s'y attendre — par leur\nsobre puissance et par leur dure sonorité. Il n'y faut pas chercher cette\nmélodie pure et t o u c h a n t e qui soupire dans l'alexandrin de R a c i n e . Parfois\nm ê m e , l'émotion tragique les brise et les h e u r t e , au point que le rythme\nsemble se dérober à l'oreille. Mais certains passages de celte T r a g é d i e attei­\ngnent à la plus fière grandeur, et M. Jules Bois, que d'autres travaux nous\navaient révélé déjà c o m m e un chercheur infatigable et u n penseur curieux,\ns'affirme ici u n poète dramatique de race.\n\n   L a M o r t d e N a r c i s s e , que nous envoie d e Valence M. J e a n Bernard,\ndont nos lecteurs ont vu, en notre dernier n u m é r o , u n e gracieuse Elégie, nous\nsemble une fort heureuse promesse. Ce j e u n e poète excelle, avec u n e maîtrise\ndéjà très sûre et très complète, à parer d'images harmonieuses et délicates\ndes songes extrêmement subtils ; il a tout à la fois le sens de la mélodie, de la\nligne et de la mesure : assemblage précieux et qu'on ne rencontre pas si sou­\nvent. Quelque préciosité me gâte, çà et là, une strophe que je jugerais parfaite\nsans ce défaut léger, qui est un défaut de jeunesse. M. J e a n Bernard nous\nd o n n e , par la souple mélodie et la claire beauté de ses vers, un vif désir de\nlire bientôt, sous sa signature, quelque œ u v r e plus considérable. E t puisque\nla Mort de Narcisse, dans sa mélancolie, est u n h y m n e de louange à la Vie,\np u i s q u e Narcisse est mort à son vain rêve, nous a t t e n d o n s avec u n e légitime\nconfiance les nouveaux chants que n o u s présage celui-ci, qui — p o u r faire\nu n e fois de plus mentir la fable — ne sera pas, n o u s l'espérons, u n chant du\ncygne.\n\n   Voici un livre de vers d'un poète belge, d'un tout nouveau venu, auquel je\nne crains pas de prédire un succès très vif, et très légitime : L e L i v r e e t\nl'Amour, de M. H e n r i Belmont. L'auteur y a réalisé ce miracle — si rare\naujourd'hui — d'écrire des vers émus qui fussent de beaux et nobles vers. E t ,\ncomme le merveilleux Intermezzo de ce tout admirable H e n r i H e i n e , ce recueil\nde chants a m o u r e u x est attachant à l'égal du roman le plus palpitant, le plus\ningénieux, le plus divers. Mais prenez-y garde : le Livre et l'Amour est de ces\nœuvres qui ne livrent tout leur c h a r m e qu'à ceux qui les ont intimement et\nreligieusement pénétrées. Si vous feuilletez le volume au hasard, vous direz\nsans doute : voilà un joli écrivain; si vous le lisez d'un bout à l'autre, sans\nsauter une seule p^ge, vous direz : voilà u n b e a u poète. Car — et c'est là\naussi un des rares mérites de ce livre — M. Belmont a groupé ses poèmes en\nun ensemble h a r m o n i e u x , où triomphent pleinement une savante architecture\net un sens affiné des proportions. L a chaîne dorée d'une intrigue a m o u r e u s e\nrelie entre eux ces sonnets, ces ballades, ces q u a t r a i n s ; et si c h a c u n d'eux,\npris à part, scintille c o m m e un joyau précieux, ils forment, réunis, un collier\n"}, {"page_pdf": 877, "texte": "728                                   DURENDAL\n\n\nplus précieux encore. L'auteur est du très petit n o m b r e des poètes actuels qui\npensent que la logique, la mesure et l'harmonie, ne sont pas incompatibles\navec la beauté, ni l'émotion sincère avec un style châtié.\n   C'est bien un roman ou, si vous préférez, u n d r a m e d'amour qui se d é r o u l e\nici : la radieuse aurore des naissantes tendresses, le brûlant midi de l'amour\nvictorieux qui incendie l'âme et la chair, le crépuscule anxieux des extases\ndésabusées, projettent tour à tour leurs fidèles reflets sur chacune des parties\ndu livre.\n   L'Hymne glorifie é p e r d u m e n t « l'éternelle et seule élue », « la toute aimée\net toute belle », qui déjà s'impose « la plus forte » d a n s l'inévitable duel.\nL.'Illusion dit, avec quelle sincère et poignante mélancolie! la tristesse des\npremiers désenchantements et des premiers soupçons, si douloureux, mais si\naisément étouffés par le puissant a m o u r . D a n s l'Exil du Rêve, c'est l'automne\ndu b o n h e u r et l'agonie du cœur qui succèdent à la grâce d u p r i n t e m p s et aux\ngloires de l'été qui meurt, la N a t u r e r é p o n d a n t , par u n e détresse pour ainsi\ndire « parallèle », à la détresse de l'amant. Avec Révolte, le poète renie son\nDieu, le blasphème rageusement et cherche l'oubli d a n s l'orgie; la « seule\nVolupté » a pris la place de l'Amour, et l'âme ne mêle plus sa voix grave aux\ncris des sens en tumulte. Enfin, la Volupté du Souvenir et du Silence traduit,\navec u n e plaintive éloquence, l'impossibilité de l'oubli et de la guérison, et le\nlivre se clôt sur u n e dernière parole d ' a m o u r ; c'est, avec l'Exil du Rêve, la\nmeilleure partie du livre.\n   Mais cette brève et sèche analyse ne saurait vous donner l'idée la plus loin­\ntaine de la ferveur émouvante qui déborde à c h a q u e page de ce bréviaire\nd'amour, pas plus q u ' u n squelette ne représenterait aux yeux ce qu'est u n\nbeau corps j e u n e et frais q u ' a n i m e tout le mouvement de la vie, l'éclat des\nregards, la d o u c e u r du sourire, la grâce des gestes, la musique de la voix. D u\nreste, il ne m'est pas p e r m i s , d a n s cette revue catholique, d e disséquer plus\ncopieusement le cœur pantelant et saignant qui étale ici sa blessure. L'héroïne\ndu Livre et l'Amour est une magicienne perverse, que je rougirais de présenter\nplus longuement aux chastes regards de mes lectrices; tandis q u e la Chanson\nd'Eve de Charles Van Lerberghe portait cette épigraphe d'Alfred de Vigny :\n\n                 Et la beauté du monde attestait son enfance,\n\nle recueil de M. Belmont pourrait inscrire à son fronton l'alexandrin fameux\ndu m ê m e poète :\n\n                 O femme, enfant malade et douze fois impure !\n\n   Il y a toutefois, d a n s l'impureté de celle que célèbre ce livre, un singulier\nmélange de c a n d e u r virginale; penché sur son âme a m b i g u ë , le poète y\nentend — n'est-ce pas là une nouvelle illusion? — « u n gazouillis de voix\ntrès innocentes ». S u r toute cette b o u e , u n e petite fleur bleue surnage, que\nl'impénitent rêveur veut recueillir à tout prix ; dans ce démon, il reste un p e u\nde l'ange qu'il fut naguères : constante antithèse qui explique lumineusement\nce qu'il y a de r o m a n t i q u e dans les vers de M. Belmont. L a nature aiguë du\n"}, {"page_pdf": 878, "texte": "                                    LES POÈMES\n                                                                                     729\nmal qu'il e n d u r e fait c o m p r e n d r e , d'autre part, la fougue tumultueuse et\ndéréglée qui caractérise, trop souvent à mon gré, son inspiration. Allez donc\nd e m a n d e r des soupirs tout miel et tout roses à u n h o m m e qui porte un cou­\nteau enfoncé dans le sein ! De telles souffrances poussent de grands cris : tant\npis s'ils effarouchent les oreilles délicates! L e s j e u n e s filles sensibles et les\ndamerets prompts à la pâmoison n'ont qu'à s'éloigner et à laisser l'infortuné\nexhaler sa douleur « dans des h o q u e t s et des sanglots ». Le misérable a m a n t\nqui parle ici souffre d'autant plus horriblement que son rêve tomba de plus\nh a u t et que le fer fut retourné d a n s la plaie d'une main plus savante : quoi\nd'étonnant si sa plainte n o u s semble parfois brutale, à nous spectateurs désin­\ntéressés de cette tragédie intime? S o n a m o u r « est u n fauve enragé »; ses\nveines roulent « de la lave et du feu »; sa déloyale amie est un « vampire »\nqui m a n g e sa chair et boit son s a n g ; il croit oublier sa peine d a n s l'orgie, et\nl'ivresse convulsée des saturnales ne fait que le leurrer :\n\n                     C'est en vain que je me forge\n                     Tout un bonheur en clinquant,\n                     Un long sanglot suffoquant\n                     Souvent m'étreint à la gorge.\n\n   Ces attitudes violentes, — dont je n'ai g a r d e , au demeurant, de mettre en\ndoute la parfaite sincérité, — cette rhétorique u n peu théâtrale tout de même,\nces gestes é p e r d u s de naufragé p e n c h a n t sur un écueil sa tête échevelée et\nruisselante, tout cela me déplairait peut-être jusqu'à u n certain point si, par\ncontraste, je ne m'abandonnais plus délicieusement encore au charme de\ntendresse touchante et d'exquise simplicité d'autres poèmes, qui sont vrai­\nment de pathétiques confidences. Vous goûterez c o m m e moi cette pure\nlarme d'amour, dont le patient joaillier qu'est H e n r i Belmont a fait u n e perle\nde poésie :\n                  Voici l'été qui meurt, l'automne commencé ;\n                   Sur l'aile des vents froids vient la mélancolie :\n                  Je songe avec tristesse à mon amour passé.\n                 La ville morne est tout entière ensevelie\n                 Sous le brouillard précoce et lourd qui se répand...\n                 Je songe amèrement h celle qui m'oublie.\n                 Les vieux chevaux de fiacre errent clopin-clopant ;\n                 La sueur de leurs flancs transis se vaporise...\n                 Je songe au jour où tu partis en me trompant...\n\n    De telles pièces a b o n d e n t dans le livre, et cette note mélancolique est celle\noù l'auteur t r i o m p h e le plus sûrement, atteint le plus heureusement à un\naccent personnel, s'affirme tout à fait « lui-même ». J'aime moins ses poèmes\nà forme fixe (rondels, ballades, villanelles), où il traite la rime, non comme\nu n e esclave docile, mais comme u n e maîtresse t y r a n n i q u e ; il réalise, d a n s\nces exercices périlleux, des tours de force ou d'adresse qui révèlent u n e mer­\nveilleuse souplesse de talent : mais, de même que certaines odelettes d'allure\nfamilière et b a d i n e , ces acrobaties lyriques me semblent indignes de ce\nsérieux artiste.\n"}, {"page_pdf": 879, "texte": "730                              DURENDAL\n\n\n   En d'autres morceaux très courts, qui enferment dans leur cadre exigu de\nprofonds sentiments, on reconnaît aisément la manière légère et sentimentale\nd'Henri Heine; semblablement, du reste, au douloureux ironiste des Lieder,\n M. Belmont aime draper sa souffrance aux plis somptueux de l'orgueil,\naiguiser une pointe malicieuse, et dérober ses larmes sous la feinte d'un sou­\nrire. Pourtant, quelque apparente que soit l'affinité qui l'unit au plus enchan­\nteur des poètes allemands, des liens plus étroits rattachent Henri Belmont à\nces lamentables épaves de la luxure et de l'ivresse que fuient Villon, Musset\net Verlaine : comme eux, il étale les ulcères de son âme ravagée, sans fausse\nhonte et sans hypocrisie, avec, au contraire, une évidente complaisance ;\ncomme eux, il parle une langue truculente, savoureuse, audacieuse parfois\njusqu'à la brutalité. Je regrette qu'il n'ait pas, comme eux, célébré les affres\ndu remords et les cruelles douceurs du repentir religieux : car, si les grandes\njoies sont volontiers païennes, les grandes douleurs sont chrétiennes;\net tous ceux qui portent une croix sont les frères d'élection du divin\ncrucifié.\n   Henri Belmont est un poète de race : d'une banale aventure, il a su, par\nle miracle d'un art prestigieux, extraire une œuvre d'émotion palpitante, de\nbeauté radieuse et de large humanité. Tous les amants liront son livre avec\ndélices. Le Livre et l'Amour vivra, parce qu'il est l'expression harmonieuse des\nangoisses d'une âme sincère, et parce qu'il rend, à l'éternel thème poétique,\nune glorieuse jeunesse. C'est un noble début, et qui légitime pleinement la\ntrès vive impatience avec laquelle nous attendons l'œuvre prochaine d'Henri\n Belmont.\n\n   J'aime mieux avouer tout de suite à M. Léon Legavre, et lui donner par\ncette franche déclaration un sûr témoignage de la très sincère estime que\nj'éprouve à son endroit, — j'aime mieux, dis-je, lui avouer tout de suite que\nson livre ne m'a pas plu. Les Deux routes révèlent, sans doute, une imagi­\nnation assez opulente, une vision qui parfois ne manque pas de grandeur, un\nsens du rythme qui a de la justesse, et une louable recherche d'éloquents sym­\nboles; mais je n'y ai trouvé nulle part ce frisson qui ne trompe pas, cette pal­\npilation de beauté qui rayonne autour d'une œuvre, cet accent de sincérité\nauquel on reconnaît, de prime abord, le « poète ». Peut-être les attitudes\nd'augure qu'assume M. Legavre en maints de ses poèmes, sont-elles pour\nquelque chose dans le peu de plaisir que j'y prends. J'en demeure d'accord :\nje n'aime pas les prophètes que ne nimbe point l'auréole du génie. Mais il me\nserait aisé de découvrir, à ma sévérité, des raisons plus profondes et moins\npersonnelles. Ce jeune écrivain éprouve une insurmontable horreur pour tout\nce qui sent la « littérature », et je ne vois rien là que de très légitime; on\npourrait même le féliciter du soin qu'il met à éviter ce bourbier, si la\ncrainte excessive qu'il en a ne l'y faisait tomber en plein, et s'y enliser aussi\nirrémédiablement que n'importe quel « suiveur » des poètes romantiques ou\nparnassiens. M. Legavre ne pastiche pas Victor Hugo; à plus forte raison, ne\ncopie-t-il point M. François Coppée : mais, dans son zèle à « faire du neuf »,\nil imite notre grand Verhaeren, le plus inimitable des artistes. Et c'est là que\n"}, {"page_pdf": 880, "texte": "                                LES POÈMES                                 731\n\n\ngît le mal. Ah ! La Fontaine avait raison de dire que « le trop de soin qu'on\nprend d'éviter un danger, fait que l'on tombe dans un pire ».\n\n   M. Renaud Strivay, un jeune écrivain sérésien, dont nous connaissions\ndéjà d'harmonieuses proses et de gracieux poèmes, dont la sincérité n'était\npas le moindre attrait, nous apporte aujourd'hui, dans ses Chansons claires,\nune gerbe de fleurs des bois, cueillie au hasard des promenades extasiées à\ntravers son cher Condroz. Fleurs simples et fraîches, mouillées encore de\nmatinales rosées, et dont le parfum rustique vous charme sans vous troubler.\nOn leur souhaiterait peut-être un arrangement plus savant : mais, telles\nquelles, et groupées en bouquets hâtifs, elles nous rendent un peu de la\nfranche et limpide lumière qui baigne, si tendrement, les beaux paysages\ncondrusiens auxquels M. Strivay dédie son joli livre.\n\n   M. Jules Sottiaux, lui, a voué sa Muse à la glorification de la Terre noire et\nde la vie houillère. Ce poème dramatique qu'il vient de nous offrir : l'Ame des\nNôtres, continue à exploiter celte sombre mine, et l'auteur mérite d'être loué\npourla constancede son attachementau sol ingrat qui est le sien. — Il y a beau­\ncoup de gaucheries dans ce drame, et l'on sent que M. Sottiaux ne se rend\npas un compte exact des nécessités scéniques : ses houilleurs et ses hier-\ncheuses parlent un langage vraiment trop élégant, et qui messied à ces\nrudes êtres comme le ferait une parure de marquis. On rencontre à chaque\npas des inexpériences, des longueurs, des invraisemblances qui ne laissent\npas de nuire gravement à l'intérêt de l'œuvre. — Mais, ces défauts mis à part\n(et ils sont inséparables de tout début), reconnaissons à l'Ame des Nôtres cer­\ntaines qualités nullement négligeables : le mouvement, le lyrisme, un amour\npassionné de la terre qu'exalte le poète, et une émotion qui — bien que facile,\npuisque l'auteur recourt à la grève et au grisou ! — n'en est pas moins, par\nendroits, très poignante.\n\n                                                               FRANZ ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 881, "texte": "                      Pages détachées\n                JE fais comme J.-J. Rousseau, mon amie : Je\n                  vous ai quittée pour vous écrire. U n e voix est\n                  impuissante à vous convaincre, en effet, et\n                  cependant il faut quevous sachiez tout ce qui se\n                  trouve en moi pour vous. Ecoutez-moi, écoutez-\n                  moi, Éléonore! Je vous a i m e , je vous adore, je\n                  meurs d'amour pour vous! Mes yeux sont noyés\n                  de larmes, mes mains tremblent, mon cœur\nébranle ma poitrine, je suis haletant, dévoré par la fièvre, pour­\nsuivi par un besoin fou de vous voir, d'être à vos pieds, de vous\nservir. Comprenez donc que vous portez ma vie, que j'ai besoin\nde vous comme un enfant a besoin de sa mère, que je ne vivrai\npas si je n'aperçois plus vos yeux et n'entends plus votre voix,\nqui sont doux comme la lumière et le lait. Me laisserez-vous\ndonc mourir?... Si seulement entre vous et moi il n'y avait\nqu'un chemin, couvert de silex aigus et de clous et d'épines et\nqu'après l'avoir franchi sur les genoux, les mains jointes, je\nfusse accueilli par vous, comme je serais heureux, comme je\nm'estimerais le plus favorisé des hommes !... Mais j ' a u r a i beau\nm e meurtrir, saigner et pleurer, j ' a u r a i vainement jeté ma\nprière au vent et cloué mon cœur sur toutes les portes par les­\nquelles vous passez, vous ne voudrez pas, oh ! vous que j ' a d o r e\n\n\n   (1) d'un roman, il paraître en janvier, à Paris, sous le titre : Le double jeu, chez\nl'éditeur L e m e r r e . Cette lettre d'amour est vraiment belle. Elle exprime d'une façon\nadmirable l'amour vrai, c'est-à-dire un amour puissant, fort, passionne et cependant\nchaste. Le héros, après avoir rompu une liaison coupable, aboutit au mariage, sans\ns'en apercevoir, par le seul attrait qu'exercent sur lui le vrai le beau et le bien\nincarnés dans la personne d'une jeune fille idéale. P o u r saisir toute la beauté de celte\nlettre, ajoutons que celui qui l'écrit est représenté dans le livre comme étant un\nartiste musicien compositeur de génie.\n"}, {"page_pdf": 882, "texte": "                           PAGES DÉTACHÉES                           733\n\n au-dessus de toute chose divine, vous ne voudrez pas de moi...\n Si vous m'aimiez un peu, me laisseriez-vous ainsi?\n    C e p e n d a n t si vous voulez bien regarder en moi quel sujet\n d'encouragement serait pour vous la transformation que vous\n avez opérée. Autrefois j'étais d o m i n a t e u r et orgueilleux. Je me\n sentais éloigné des h o m m e s et leurs sentiments m'étaient étran­\n gers. Je vivais dans un rêve ambitieux et dans un travail\n acharné. Nulle voix ne parvenait à mes oreilles que celle de\n l'inspiration. Nul sentiment ne touchait mes fibres que celui\n que je développais, — étranger d'ailleurs, — dans ma composi­\n tion. E t ma vie était subordonnée à mon œuvre comme le cadre\n à la toile. P o u r achever très franchement cet aveu, il faut\n ajouter que je ne manquais pas de céder au plus regrettable\n penchant de l'égoïsme et quej'exerçais la cruauté qu'enseignent\n les amours faites de seules voluptés. Je méprisai instinctive­\n ment celle qui se donna à moi.\n    Aujourd'hui, a h ! que me voici changé?... L a première pluie\n qui t o m b e après l'été aride ne transforme pas davantage la\n nature, que ne le firent vos yeux, miraculeux lorsqu'ils rencon­\ntrèrent mes yeux aveuglés. Dès que je vous eus comprise,\n l'amour, le véritable amour est né en moi, l'amour naïf\ncapable de longues préoccupations et de patientes espérances.\n Dès ce jour, je me suis senti grandir au-dessus de moi-même et\nje me suis élevé de ma vie personnelle à la vie universelle.\nVous avez allumé une flamme sur mon front. Q u a n d je travail­\nlais, je croyais voir votre visage penché sur moi et que je prenais\nma mélodie sur vos lèvres... Oui, il faut que je vous le répète\nencore cent fois, mille fois, vous m'avez transformé. Vous\nm'avez renouvelé à ce point que tout, autour de moi, me sem­\nblait inconnu et prodigieux. L e passé a fui c o m m e l'ombre qui\nne laisse pas de traces, le passé, dans mon souvenir, a perdu\ntoute réalité. Si vous saviez comme ces choses très simples\npeuvent avoir le plus profond retentissement! De l'excès d'indi­\nvidualisme où se plaît la première jeunesse, je suis entré peu à\npeu, grâce à vous, dans la grande solidarité qui unit les êtres\npar de communes joies, et qui est proprement en art la source de\nla vérité, de l'originalité et de la beauté. Vous m'avez révélé à\nmoi-même par la nativité du plus douloureux des bonheurs.\n    Ah ! mais vous n'écouterez pas cela, vous ne voulez pas com­\np r e n d r e . Vous savez cependant que la générosité engage des\n"}, {"page_pdf": 883, "texte": "734                           DURENDAL\n\n\nêtres pareils à vous plus étroitement que la reconnaissance\nn'enchaîne des êtres comme moi, et que celui qui donne\nassume un nouveau devoir vis-à-vis de celui qui reçoit. Je pren­\ndrai un gage contre vous-même en vous rappelant que personne\nne m'a mieux aimé que vous. Excusez mon i m p o r t u n i t é si\npressante, ma chère Éléonore, ayez pitié du pauvre qui mendie\nvotre cœur... C'est pour vous rendre heureuse qu'il frappe à la\nporte. Aujourd'hui le monde est si peu de chose pour moi que\nje le tiens dans un coin de ma poche. Le voulez-vous? Avec\nvotre amour, j'aurais tant de force, je serais si magnifiquement\ninspiré, ma poésie serait tellement heureuse qu'elle créerait un\nrêve nouveau pour l'humanité. Écoutez-moi, je vous c h a n t e !\nMon imagination est éperdue d'harmonie quand seulement je\nprononce votre n o m ! Mais ce n'est plus l'artiste qui compose,\nc'est l'amoureux qui soupire...\n   Jadis j'étais un artiste que l'amour n'avait j a m a i s détourné\nni absorbé. Il m'a bien paru parfois que j'exerçais une action\nsur la sentimentalité de certains, mais je n'éprouvai en aucun\ncas le retour de cette influence. J'ai chanté, solitaire comme le\nrossignol qui dans la nuit de printemps passionne les amoureux\net distrait sa femelle. H e u r e u x destin d'ailleurs dont il faut que\nvous vous aperceviez pour en apprécier la conséquence. L e\ntravail a développé ma faculté de comprendre et d'interpréter\nle beau. E t le sentiment élargi du beau m'a donné le goût de\nl'ordre. L ' o r d r e est l'arche sur laquelle repose la beauté d a n s\nl'art et dans le sentiment. Il est aussi le muscle de la société.\nL'amour, que jusque-là j'avais connu, n'était en réalité q u ' u n\ndésordre moral. E t q u a n d je le repoussai, pour le motif illu­\nsoire d'une lassitude, je ne fis simplement qu'obéir au besoin\nd'ordre qui s'était développé en mon âme à mesure que s'élevait\nmon art et que croissaient avec ma puissance créatrice ma\ncapacité de saisir et d'interpréter la beauté. Vous êtes apparue\nalors à l'horizon de ma vie. L a première lueur de l'aube qui se\nlève sur le P a r t h é n o n et fait courir sous la patine du marbre\nmillénaire les frémissements de la chair, aux pieds de l'Acro­\npole, le réveil de la mer, langoureuse et souriante comme un\nvisage et bleue comme le sang des veines, et tout alentour sur\nla ligne précise des montagnes le flottement de la lumière dans\nune vapeur bleue, cette ceinture d'ombres dénouée aux flancs\nde Salamine et d'Egine et l'ardent baiser du soleil sur leurs\n"}, {"page_pdf": 884, "texte": "                           PAGES       DÉTACHÉES                      735\n\nnobles contours... j'ai vu cela, un matin que j'abordais la Grèce\nà mon retour de Ceylan, mais tout cela n'est rien à côté de\nl'apparition que vous fîtes dans ma vie, précisément dès mon\narrivée à P a r i s , et de la clarté radieuse que vous jetâtes dans le\nnoir de mon âme désillusionnée et solitaire. Et maintenant\nvous êtes au bout de tous mes désirs comme un but inacces­\nsible. Vous me dites : « J e suis le bonheur » et vous m'éloi­\ngnez violemment. O h ! mon D i e u ! que faites-vous, quel pouvoir\nest le vôtre pour me rendre si malheureux?...\n    J e me tais, Éléonore. Vous me réclamez un nouveau témoi­\ngnage de mes sentiments. E n voici la dernière preuve : je vous\nobéirai. Qu'importe mon amour si vous n'aimez pas? Mon\nrespect vous agréera mieux que la passion de mon cœur; et\nbien que ce soit précisément le sacrifice qui me coûte le plus,\nje saurai me montrer assez fort pour ne pas vous i m p o r t u n e r\nd a v a n t a g e . Je m'éloigne donc, ô bien-aimée, puisque vous ne\nconsentez pas à me faire place auprès de vous. J e m'efforcerai\nde vous faire oublier un pauvre passionné, égoïste pas plus que\nd'autres. Dès ce jour votre c o m m a n d e m e n t est ma loi. J'atten­\nd r a i . J e serai patient. Viennent les hivers et les p r i n t e m p s ;\nviennent tant de choses nouvelles, vous me trouverez toujours\nle m ê m e . Je suis vôtre. P a s un païen n'eut tel esclave. Je vous\naime, je vous aime, je vous aime! Que ces mots soient tou­\nj o u r s au fond de votre souvenir comme ils sont au fond de\n mon cœur. Écoutez-les dans le vent qui passe : écoutez-les dans\n le crépuscule. La rose que vous cueillerez vous les dira de ma\n p a r t ; et les oiseaux les chanteront. Regardez le ciel, les nuages\n vous les écriront sur le bleu. Mais ne rêvez pas aux étoiles, elles\n ont entrelacé votre nom et le mien sur le velours de la nuit, —\n ce serait comme un reproche... O h ! une dernière fois, laissez-\n moi le dire encore : je vous aime, je vous aime, je vous aime ! E t\n n'écoutez plus, car j'éclate en sanglots, Éléonore, ma divine,\n ma seule a i m é e . . .\n\n                                                   HENRI   VIGNEMAL.\n\n\n\n\n                                   *\n"}, {"page_pdf": 885, "texte": "                   Chronique Musicale\n\n    P r e m i e r C o n c e r t P o p u l a i r e . — Le programme de ce concert\ncontenait une fort heureuse sélection d'œuvres classiques et modernes. En\npremier lieu, la Sinfonia Domestica de STRAUSS, œuvre déjà acclamée en Alle­\nmagne et que l'on a écouté à Bruxelles avec le plus respectueux intérêt. Il\nserait bien difficile, après une seule audition, de formuler un jugement sur\nun poème aussi complexe, aussi déroutant par certains côtés. Nous nous\ntrouvons ici en présence d'une œuvre de musique à programme, sans pro­\ngramme, dont les tendances restent conséquemment mystérieuses et le sym­\nbolisme éniginatique. Qui, en effet, consentirait à voir un hymne chantant la\npoésie sacrée du foyer en cette conception symphonique si surchargée où\nStrauss donne pleine carrière à sa verve intarissable, à sa fantaisie débridée\nqui vole, avec la rapidité de la foudre, dans les sphères de sentiments les plus\nopposées, mais où s'entre-heurtent aussi tant d'âpretés harmoniques et tant\nd'orageuses violences? Sans doute, il ne faut pas perdre de vue que l'auteur\nd''Eulenspiegel et de Don Quichotte est coutumier de visées humoristiques et\nqu'on est raisonnablement en droit de lui en supposer ici, bien que Strauss\nn'ait pas jugé opportun de lts préciser en un commentaire explicatif.\n   En cette œuvre de floraison harmonique si généreuse et si touffue, dont\nnous goûtons surtout les clairières reposantes et lumineuses, les chants de\ntendresse et d'émotion, se retrouvent les qualités qui distinguent l'éminent\nsymphoniste allemand, la souveraine maîtrise de la facture, la richesse de\nl'invention et du développement, l'ingéniosité spirituelle de l'orchestration,\nla saveur raffinée des timbres, la vigueur étonnante du coloris, avec cer­\ntaines réserves nécessaires sur l'extrême propension du compositeur aux\ndivagations anecdotiques, sur la qualité de l'inspiration parfois trop\nsaccadée, la trop constante et visible préoccupation d'effets antithétiques,\net l'impossibilité de découvrir en toute l'éblouissante marqueterie de cette\nfantaisie géante une idée maîtresse à laquelle les autres puissent se ratta­\ncher et susceptible de donner à l'œuvre cette ampleur, cette unité synthé­\ntique qui sacre les chefs-d'œuvre.\n   Dupuis a dirigé en maître la Sinfonia Domestica, et l'orchestre des Popu­\nlaires s'y est montré superbe de puissance, de verve et de clarté, projetant\nautant de lumière que possible sur cette œuvre si difficile à mettre en valeur.\nPareil hommage doit lui être rendu pour l'interprétation de l'Ouverture de\nSainte-Cécile, de RYELANDT, qui a permis d'apprécier la gravité noble et simple,\n"}, {"page_pdf": 886, "texte": "                               CHRONIQUE MUSICALE                                      737\n\nla ferme o r d o n n a n c e et la richesse mélodique de celte page de symphonie dont\nla haute portée poétique n'a pu c e p e n d a n t être pleinement goûtée par\nu n public non initié au d r a m e dont elle constitue le prélude et la s y n ­\nthèse (1).\n   L a virtuosité était représentée à ce concert par M. BOSQUET, qui a joué\nl'admirable Concerto en mi bémol de Beethoven avec la maîtrise qui caracté­\nrise son jeu si classique, si parfait, si sobre et si respectueux des intentions\nde l'auteur, mais où nous eussions cependant souhaité plus de ferveur lyrique\net d'ampleur r a y o n n a n t e . Il a ensuite j o u é à ravir u n e Novelette de\nS c h u m a n n et a été surtout s u p é r i e u r d a n s le R o n d o en la mineur de\n Mozart, qu'il a détaillé avec un sentiment à la fois profond et délicat.\n   M m e METZGER-FROIDSHEIMER, cantatrice de Bayreuth, a été surtout goûtée\ndans les Liedtr de W a g n e r . Interprétations se caractérisant par la tenue fort\ndistinguée de la déclamation lyrique et aussi d a n s certaines pièces (lm Treib­\nhaus, Traüme) par l'intensité du sentiment, bien qu'en général nous préfére­\nrions plus de simplicité et des intentions moins accusées, plus de sponta­\nnéité, de générosité d'expansion en ce sublime cri parti des profondeurs d e\nl'âme h u m a i n e qui s'appelle Schmerzen (Souffrances), plus d'émotion vibrante\net moins de métaphysique en la vision grandiose où W a g n e r symbolise dans\nle rouet du T e m p s le renouvellement constant des formes de l'Univers et\nl'extase finale de l ' H u m a n i t é frémissante au seuil du Mystère infini.\n\n   C o n c e r t s D e l u n e . — M. Delune a organisé, à l'Alhambra, u n con­\n cert exclusivement consacré à l'audition de ses œuvres qu'il a lui-même\n dirigées.\n   L a S y m p h o n i e en ut majeur renferme assurément de belles pages procédant\nd'une inspiration sincère et généreuse, avec des échappées lyriques et de\npoétiques épisodes, au premier r a n g d e s q u e l s il faut citer le scherzo si original,\ntissé d'harmonies chatoyantes et subtiles. Ni la fougue, ni le coloris ne m a n ­\nquent à cette s y m p h o n i e dont il importe surtout de signaler l'orchestration\na m p l e et ingénieuse, et si cette œuvre ne révèle pas encore une personnalité\nnette et forte, si faute de discipline l'abondance qu'on y découvre devient\nparfois de la prolixité, si trop g r a n d nombre d'influences diverses semblent\nse partager successivement l'imagination du j e u n e maître, on aurait mauvaise\ngrâce à insister sur ces points faibles, car n o u s le répétons, la S y m p h o n i e en\nut majeur est loin d'être u n e œuvre q u e l c o n q u e . M. Delune est à l'aurore de sa\ncarrière artistique et nous ne doutons pas que dans l'avenir son individualité\nne se dessine de façon plus accusée en des conceptions plus fermes et plus per­\nsonnelles.\n   L a Chanson d'Halewyn, légende dramatique pour soli, c h œ u r s et orchestre,\na été composée sur les paroles d'un délicat poème de M. Lucien Solvay,\ninspiré d'un très ancien lied flamand, aujourd'hui encore populaire dans cer­\ntaines de nos contrées. L a composition de M. Delune qui lui a valu le second\n\n\n  (1) Voir notre étude publiée dans la livraison de novembre.\n"}, {"page_pdf": 887, "texte": "738                                     DURENDAL\n\n\nprix de R o m e a de l'envergure et du m o u v e m e n t . E n harmonie intime avec\nle poème, elle est animée d'un b e a u souffle d r a m a t i q u e avec des colorations\nfantastiques impressionnantes. M. Engel (particulièrement en voix) et\n M m e Bathori en ont fait valoir les beautés avec leur art habituel. Signalons-y\naussi M lle Duchâtelet d a n s le rôle de la mère d ' H a l e w y n (M. Vandergoten\nétait malheureusement aphone) et le choral mixte de M. S o u b r e .\n   N o u s aimons b e a u c o u p les Cygnes (poème de R o d e n b a c h ; solistes, M l l e Ba­\nthori et Mlle Fromont) pour chant, violoncelle et piano, dont la musique de\nrêve et d'inspiration recueillie reflète et traduit heureusement la vision du\npoète brugeois. N o u s goûlons moins le poème pour violoncelle où Mlle F r o ­\nmont a fait apprécier son jeu ferme et senti. M. Delune a dirigé toutes ses\nœuvres avec une flamme et u n e énergie qui nous fait b e a u c o u p augurer de la\nsérie de concerts classiques qu'il organise pour cet hiver.\n   Effectivement, le premier concert rehaussé du concours de M. Diémer a été\nun succès. L a Société s y m p h o n i q u e des nouveaux concerts se propose d'in­\nterpréter exclusivement le répertoire classique qu'on n'a guère l'occasion d'en­\ntendre à Bruxelles, les exécutions modèles du Conservatoire n'étant acces­\nsibles qu'à u n certain n o m b r e de privilégiés, et les P o p u l a i r e s comme les\nYsaye ayant assumé depuis quelques années la mission d'initier le public à la\nproduction s y m p h o n i q u e c o n t e m p o r a i n e .\n   Au p r o g r a m m e de ce premier concert, M. Delune avait inscrit trois chefs-\nd'œuvre immortels, l'Ouverture de la Flûte enchantée, la S y m p h o n i e en mi bémol\nde Mozart et l'Ouverture de Léonore n° 3 de Beethoven, qu'il a dirigées avec\nconviction, élan et chaleur, de façon à en faire jaillir les trésors de lumière,\nde grâce, de beauté divine. L e maître Diémer a joué le radieux Concerto en sol\nde Beethoven. Interprétation simple et poétique que caractérise la subtilité\ndes traits ailés s'enfuyant comme des vols d'oiseaux dans l'azur. Au clavecin,\nM. Diémer est un des tous premiers, sinon le premier. Il a j o u é de façon\nincomparable des gavottes de B a c h et de R a m e a u , d'exquis babillages de\nCouperin et de D a n d r i e u (les Papillons, le Ramage des Oiseaux), soulevant les\nacclamations enthousiastes de son auditoire.\n\n    M . F r i t z K r e i s l e r , le puissant violoniste que nous eûmes l'occasion\nd'applaudir l'an passé aux Concerts Populaires, a d o n n é un récital à la\nG r a n d e - H a r m o n i e . M. Kreisler est certainement u n des premiers violonistes\ndu m o m e n t . Il possède la plénitude de sonorité, la largeur de la diction, une\nvigueur de rythme étonnante, la fermeté et u n e précision de jeu admirable,\nun sentiment t o u c h a n t , bien qu'atteignant rarement à l'expression profonde.\nCes dons d'interprète, il les a fait valoir eu un p r o g r a m m e fort h e u r e u s e m e n t\ntracé (si on en excepte un concerto vide et indigeste de Conus), presque\nentièrement consacré à la m u s i q u e du XVIIIe siècle et comprenant la fugue en\nla mineur de Bach, magistralement exposée, la fameuse sonate de T a r t i n i\nintitulée le Trille du Diable et u n e fugue du m ê m e auteur, d'intéressantes\nvariations de Joachim, u n e mélodie de Gluck, peu c o n n u e , où plane\ndoucement l'inspiration élyséenne de l'auteur d'Orphée (dite de façon\nravissante par Kreisler), enfin un menuet exquis de P o r p o r a (1686-1766).\n"}, {"page_pdf": 888, "texte": "                                CHRONIQUE          MUSICALE                                 739\n\n\n   M me W a n d a Landowska. — L e Cercle Artistique                         a i n a u g u r é ses\nséances musicales par une délicieuse soirée que nous a fait passer Mme WANDA\nLANDOWSKA, pianiste et claveciniste, soirée présentant à la fois u n intérêt artis­\ntique et historique, car à côté des n o m s célèbres ou bien connus de Bach,\nHaendel, R a m e a u , Couperin, figuraient des œuvrettes charmantes de D u r a n t e ,\nZipoli, Daquin, Clérembault. C'était toute u n e suggestive évocation de cet\nart du XVIIIe siècle, art pétillant d'esprit et de grâce, dont les raffinements\nexquis, se dérobant derrière un voile de naïveté trompeuse, se parent de\nformes enchanteresses et de coloris discret.\n    Sous ce rapport, R a m e a u , Couperin, D a q u i n , ne sont-ils pas comme des\nfrères d'âme de W a t t e a u ou de G r e u z e ? S a n s doute, notre façon de sentir et\nd'exprimer est loin de cette placidité élégante et quelque peu convention­\nnelle, et dans tous les domaines, la conception de l'art s'est élargie, retrempée\naux sources de la nature, fortifiée d'éléments nouveaux et puissants, plongeant\nses racines jusque dans les profondeurs d e l'âme h u m a i n e . Mais les musiciens\ndu XVIIIe siècle avaient à u n haut degré le culte de la forme, de la beauté\nsévère ou séduisante des lignes. L'archilecture h a r m o n i e u s e et sereine de\nleurs compositions y laisse pénétrer à pleins flots la lumière et la paix, et pour\ncette part d'idéal que contient leur œuvre, on peut leur p a r d o n n e r ce qui\nnous paraît leur m a n q u e r de vie essentielle et profonde.\n     M m e L a n d o w s k a est une artiste accomplie. Au p i a n o , ses interprétations se\nr e c o m m a n d e n t autant par la limpidité lumineuse de la technique que par la\nb e a u t é et la poésie des sonorités, la grâce du jeu et l'élévation du style, qua­\nlités qu'a mises pleinement en relief son exécution de la Suite Anglaise, en\nmi mineur, de Bach. Au clavecin, signalons tout particulièrement le Forgeron\nHarmonieux, air varié de Haendel, et les Folies françaises de Couperin, suite\nd'allégories musicales exquisement spirituelles et d'un symbolisme souvent\ntrès pénétrant. M m e Landowska a u n e façon de traiter le clavecin vraiment\norchestrale, si nous pouvons nous exprimer ainsi, elle en manie les timbres\nfluets avec u n e adresse et u n e variété d'accent s u r p r e n a n t e . E t ainsi le cla­\nvecin revêt sous ses doigts la poésie de la h a r p e , d'une sorte de harpe véné­\nrable où comme dans un recul fantastique l'on entendrait chanter la voix du\nPassé, d'un Passé encore tout proche, dont moins de deux cents années nous\nséparent et qui, à l'angle de vision où nous s o m m e s actuellement placés,\nn o u s apparaît déjà cependant si lointain..., assurément beaucoup plus loin­\ntain que nombre de siècles éteints avant lui au cours des âges.\n\n\n    T r i o C h a i g n e a u . — Mlle Thérèse C h a i g n e a u , pianiste, S u z a n n e\nChaigneau, violoniste, et Marguerite Chaigneau, violoncelliste, sont venues\nd o n n e r , au Cercle Artistique, u n e séance de trios. P r o g r a m m e court, mais\nsubstantiel et savoureux, où la qualité des œuvres s'est rehaussée de la qualité\nd'interprétation.\n   Outre quelques œuvres charmantes de R a m e a u et de Couperin, M lles Chai­\ngneau ont fait entendre le trio en ut majeur, o p . 87, de B r a h m s , qu'elles ont\nexécuté avec une pureté de goût, u n affinement de compréhension et u n e\n"}, {"page_pdf": 889, "texte": "740                                      DURENDAL\n\n\nsobriété de style appelant tout éloge, elles en ont mis pleinement en relief les\nbeautés austères et hautaines que traverse et avive le pétillement du scherzo\nd'harmonie et de rythme si p i q u a n t s .\n   P u i s l'admirable trio en rémajeur, o p . 70, de Beethoven, où il faut signaler\nl'éloquente interprétation du sublime Largo assai ed expressivo. Mlle S u z a n n e\nChaigneau fait chanter son violon, son jeu est plein d'âme, d'ampleur et\nd'accent. De plus, les trois sœurs arrivent à produire de bien jolies réalisa­\nlions dans les diminuendo et les pianissimo, où la ténuité, la fluidité rêveuse des\nsonorités ne fait a u c u n e m e n t tort à leur plénitude.\n\n\n    M . O s c a r B a c k , violoniste, a d o n n é , à la G r a n d e - H a r m o n i e , un con­\ncert avec orchestre, sous la direction de M. César T h o m s o n .\n    L'orchestre a d'abord exécuté la belle ouverture de Coriolan, de Beethoven,\nrarement e n t e n d u e à Bruxelles. M. Back a j o u é trois concertos (! !) : le con­\ncerto en ri majeur, de B r a h m s ; le concerto en sol mineur, de Max B r u c h ,\na p p a r t e n a n t tous deux à la haute littérature du violon, et u n concerto de\nE r n s t , infiniment moins intéressant. M. Back est un brillant virtuose qui fait\nh o n n e u r à l'enseignement de son maître T h o m s o n . C e p e n d a n t , nous ne\ncroyons pas inutile de lui rappeler une chose, c'est que le violon est l'instru­\nment privilégié entre tous, le puissant véhicule des plus profonds sentiments\nde l'âme h u m a i n e , que là surtout la virtuosité ne saurait être autre chose\nq u ' u n auxiliaire précieux au service du g r a n d art interprétatif et expressif.\n   C'est désormais vers ces régions supérieures qui, une fois atteintes, sacrent\nun instrumentiste brillant et habile du nom de grand artiste, que M. Back\ndevra diriger son orientation et tous ses efforts.\n\n\n   La vie et la mort dans l'œuvre de Wagner. — M. Edmond\nJoly a donné au Cercle Artistique une conférence ayant pour objet de\ndéterminer le rôle qu'en son œuvre W a g n e r d o n n e à la vie et à la mort.\nRien d'étonnant à ce que la mort tienne u n e grande place d a n s l'œuvre\nd'un poète. Aussi n'est-ce pas tant de l'étendue du rôle de la mort qu'il\ny a lieu de s'occuper ici, mais bien plutôt de la qualité de ce rôle et de\nla g r a n d e u r inouïe qu'il lui prête. Car on a beau le contester, W a g n e r à\ncertains m o m e n t s a été très sérieusement conscient de lui et de son œuvre\net il devient dès lors souverainement intéressant d'en dégager la philosophie\nlatente. E t ouvrant le livre des symboles qu'il lit c o u r a m m e n t , M. Joly a fait\npénétrer son auditoire d a n s la pensée intime de W a g n e r où la mort devient\nla vie réelle et s u p r ê m e , le baiser de l'ombre et de la lumière, où elle a p p a ­\nraît une nuit lumineuse qui, d'abord obscure en a p p a r e n c e , se constelle\nsoudain de millions de soleils. L ' i n t e n s e vie symbolique de l'œuvre de\nW a g n e r , le conférencier l'a mise encore en relief par d'éloquents symboles à\nlui personnels, tels l'art et la religion, ces rayons noirs pénétrant en vainqueurs\ndans l'au-delà, bien plus forts q u e cette pauvre lumière blanche d o n t nous\nsommes si fiers. Le conférencier a commenté les formes diverses sous\nlesquelles se manifeste cette idée féconde de la Mort vivante, n o t a m m e n t dans\n"}, {"page_pdf": 890, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 741\n\n\nTannhaiiser, la Tétralogie et Parsifal, avec u n e pénétration et u n e éloquence\nqui ont conquis l'auditoire très choisi et attentif devant lequel il parlait. Il\nest bien difficile d'avoir de l'œuvre de W a g n e r u n e conception plus large,\nplus généreuse, plus éliminaiive de pessimisme que celle de M. Joly. De\nplus, son tour d'idées si serré et logique clans sa constitution intime revêt\nen sa forme extérieure, verbale, je ne sais quelle saveur d'inattendu qui\nc h a r m e l'attention, la suspend et la retient. Sa conférence d'une heure\nn'a pas semblé durer plus de dix m i n u t e s .\n\n                                                      G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 891, "texte": "                           Les Expositions\n\n                                       Le Sillon\n                       LE X I e Salon du Sillon fut u n p e u trop vanté à l'avance. L a\n                          réapparition de M. Bastien, après u n recueillement de\n                          deux ou trois a n s , est assurément intéressante, M M . W a g e ­\n                          m a n s et S w y n c o p continuent à faire preuve d e talent,\n                          mais encore ces talents incontestables se répètent-ils un\n                          peu et n'apportent point, celte fois, l'œuvre décisive qui\n                          doit les définitivement consacrer.\n                              L ' a n c i e n n e prédilection du groupe dirigeant p o u r les\n                          sombres et somptueuses colorations, les patines séculaires,\n l'émail des vieux vernis a fait place lentement à plus de sincérité; on\nregarde la nature sans la transposer à travers des souvenirs de musées, mais\n de temps en temps la vieille influence reparaît et des tons de palette se\n manifestent arbitrairement.\n    M. BASTIEN, rêvant parfois de colorations tout à fait claires et lumineuses,\nréussit, d a n s un portrait de Ballerine, à n'être plus du tout lui-même avec\nb e a u c o u p d'adresse et d'agrément — un peu trop peut-être. Il a des études de\npaysages brabançons et espagnols heureuses et saines, et de g r a n d e s toiles\nencore u n peu lourdes et o p a q u e s , malgré leurs indéniables mérites d'allure,\nde tenue et leur vaillance.\n    M. WAGEMANS expose des coins de paysage traités en simples études,\ndélicieux de saveur et d'harmonie. Ses g r a n d s portraits décoratifs ne retrou­\nvent pas la veine du Violoniste qui força les portes du Musée de Bruxelles.\n    M. SWYNCOP me paraît être le plus en progrès du g r o u p e . R e t e n u par le\nconcours de R o m e , il n'est pas très copieusement représenté au Sillon. L e\nBouquet d'œillets, étude de n u aux colorations précieuses, le Gamin au vase d'ar-\ngile — acquis par le Roi — sont de robustes et délicats morceaux h e u r e u s e ­\nment m e n é s à bien et tels que l'artiste n'en avait pas encore réussis, mais ce\nne sont que des é t u d e s . . .\n    M. AMÉDÉE D E G R E E F a de bons paysages a m p l e m e n t étoffés, quelque peu\nmonotones et dénués d'accent.\n    L a facilité de M. TORDEUR m a n q u e de vibration, de recherche, mais atteint\nà l'effet.\n"}, {"page_pdf": 892, "texte": "                              LES   EXPOSITIONS                               743\n\n\n   M. SMEERS s'égare en des peintures lourdes, dépourvues de goût et d'har­\nmonie, pâteuses et déplaisantes.\n   Les Roses de M. PINOT — des « études » encore — sont savoureuses et de\ncouleur rare. M. LAUDY nous montre des ébauches de portraits très habiles,\nde caractère sérieux et de facture volontaire. Pourquoi s'arrêter en si bon\nchemin?\n   M. APOL confirme, par des « coins de port » solides et fins, de bonnes impres­\nsions antérieures. M. Romain VANDEN BRUGGE, à côté d'études quelconques,\nfait voir un Intérieur d'atelier qui imite jusqu'à l'indiscrétion l'harmonie d'un\ndes Vermeer de Delft, de la collection Six, à Amsterdam. Écrasant rappel!\n   La statuaire est faiblement représentée à ce Salon. Un petit bronze —\nCircè — remarqué, de M. AUG. PUTTEMANS, des morceaux inégaux de\n MASCRÉ, un buste par D E HAEN méritent une mention.\n   Mme BERTHE DELSTANCHE a des « cuirs » décorés avec verve et adresse.\nLes panneaux du Paravent sont particulièrement appropriés aux exigences de\nce genre de travail.\n\n\n\n\n                Au Cercle Artistique de Bruxelles\n   Henry Meunier. — Les œuvres Blanc et Noir, de M. Henry Meunier, sont\nde haute et sévère essence esthétique. La pénétration des beautés générales\nd'une contrée donne à chacune de ses interprétations un caractère personnel,\nune allure significative, une grandeur émouvante.\n   Issu d'une lignée d'artistes, Henry Meunier a l'instinct des synthèses élo­\nquentes. Des coins de paysage ardennais, l'aspect d'un outil rustique : — herse,\ncharrue, rouleau — au repos à l'angle d'un champ; une vue d'espace sous\nles nuages, voilà ses thèmes simples. De ces choses muettes, il exprime la\nmélancolie reposante ou farouche, le puissant silence, et comme l'attente\ninquiète.\n   Coloriste dans des oppositions larges de noirs savoureux, de gris nuancés,\nde blancs délicats, avec un sens juste des relations des valeurs entre elles,\nHenry Meunier est moins heureux quand il abandonne la gravure ou le\ndessin pour peindre à l'huile, à l'aquarelle ou tracer au pastel des paysages\nou des figures. C'est d'ailleurs là une manifestation un peu exceptionnelle de\nson talent, il est avant tout un aquafortiste par tempérament. Chacune de ses\n\" épreuves \" requiert l'attention et la retient, se différencie des œuvres voisines\net vaut par des mérites distincts.\n   Cette exposition n'était pas dédiée au gros public.\n   Henry Meunier a rencontré un succès sincère auprès d'une élite com­\npréhensive,\n  M. Victor Abeloos a, je pense, été mal inspiré d'annexer aux ouvrages\nd'Henry Meunier un panneau de cursives pochades. On peut être un jeune\npeintre agréablement doué, posséder une vision coloriste fine et blonde —\n"}, {"page_pdf": 893, "texte": "744                               DURENDAL\n\n\naimable, sinon originale — et se tromper, en exposant dans de telles condi­\ntions, non point une œuvre importante et mûrie, mais des bouts d'études\nenlevés sur nature.\n   Que diriez-vous d'un virtuose qui inviterait des diletlanti à un concert où\nil n'exécuterait que des gammes et des exercices?\n   Charles W . Bartlett, artiste anglais très notoire, nous montre, en une\ncinquantaine d'oeuvres, des aspects de « la vie paysanne en Hollande ».\n   Bartlett n'avait plus à faire à Bruxelles preuve de son acuité de vision, de\nl'originalité de sa mise en page, de la saveur intense de son dessin, de la force\nparfois austère de son coloris et de cette magistrale habileté qui le met au\npremier plan des aquarellistes actuels. Parvenu à la pleine maturité d'un\ntalent généreux, il produit librement des œuvres savoureuses — non point\nfaciles — mais libres par la science et l'expérience acquises.\n   Tout serait à citer, à commenter, parmi ces intérieurs, ces paysages, ces\nétudes fouillées de visages vieux et jeunes. C'est la vie même, surprise, en un\nchoix de scènes, de types expressifs, de milieux significatifs, procédant\ndu même parti-pris, enveloppés de la même harmonisation sobre, sans\nmonotonie ni redites. La durée d'une exposition si excellente eût dû être\ndoublée.\n\n   MM. Taelemans et Van Strydonek sont des professeurs notoires. Le\nsecond enseigne à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, le premier en\ndes établissements libres de haute importance. Leur production ne saurait\ndonc être aussi copieuse que si tout leur temps exclusivement était voué à la\npeinture.\n   M. TAELEMANS est le calme interprète du paysage urbain, il en aime les\nordonnances pittoresques, les géométriques perspectives et les aspects ration­\nnels. Sa technique, sa couleur sont reposées, sobres, tranquilles. Il sait son\nmétier, le hasard ne collabore pas avec lui. Depuis quelques mois, il a voulu\néclaircir les tons un peu assourdis de sa palette et y a sérieusement réussi.\nSes vues des quais de la Seine dans Paris sont ingénieuses, limpides, char­\nmantes. Quelques coins hollandais, très bien venus, rajeunissent de leurs\nbouquets d'arbres verts, de leur fraîcheur d'eaux refléchissantes, les sites\nmoins imprévus auxquels s'arrêtait la prédilection de l'artiste.\n   M. G. VAN STKYDONCK peint vite, avec quelque brutalité. Il sabre ses études\nà longs traits et parfois se contente d'harmonisations sans recherche.\nIl incline à user de tons lourds, métalliques, opaques, qui défigurent les avant-\nplans de ses meilleurs paysages. Dans ses portraits, il atteint à des effets\npiquants, avec dextérité. Toutes ses toiles, d'ailleurs, sont hardies, claires,\nvivantes et se recommandent par le sens de la mise en page et le souci de la\ntenue.\n\n   Louis Cambier. — Les toiles exposées par Louis Cambier offrent de mul­\ntiples attraits Leur mérite artistique n'est point négligeable, leur saine\nsaveur d'exotisme sincère chatouille au dedans de nous cette curiosité, cet\namour des voyages toujours vibrant, mais avant tout ces œuvres nous par-\n"}, {"page_pdf": 894, "texte": "   PAYSAGE\n( FRANÇOIS   BEAUCK)\n"}, {"page_pdf": 895, "texte": ""}, {"page_pdf": 896, "texte": "                                   LES EXPOSITIONS                                         745\n\n\nlent par les sites émouvants qu'elles évoquent. Elles sont les fidèles portraits\nde choses qui furent les témoins d'augustes, d'angoissants mystères. De ces\nchoses immobiles et comme figées d a n s u n e horreur sacrée, u n e âme fris­\nsonne aux seuls noms retentissants des Saints Lieux. L a P a l e s t i n e : J é r u s a l e m ,\nBethléem, H é b r o n , Gethsemani, le J o u r d a i n , la mer Morte, la vallée de\nJ o s a p h a t , le mont des Oliviers, le saint sépulcre, quels échos ces mois\néveillent au fond de nous, quels p r o l o n g e m e n t s depuis les jours lointains\nde notre enfance, de nos premiers enseignements reçus avec ferveur, quelles\nondes de sonorité et de pensée suscitant d a n s nos âmes de méditatifs\nremous !\n    L o u i s CAMBIER n o u s montre au Cercle quelques toiles i m p o r t a n t e s . L a\nplace lui a fait défaut p o u r les compléter de tous les d o c u m e n t s rapportés de\nses d e u x successifs voyages en terre sainte.\n    Ces toiles illustrent merveilleusement les pages inoubliables de P i e r r e Loti.\nL e s citations choisies par l'artiste, en épigraphes sous c ha c une des repro­\nductions du catalogue, commentent mieux que je ne saurais le faire l'inten­\nsité p r e n a n t e de cet orientalisme agrandi de tout le prestige d'avoir servi de\ncadre à la vie et à la m o r t du Christ.\n     « Jérusalem!... O h ! l'éclat m o u r a n t de ce n o m . . .\n     » C o m m e il r a y o n n e encore du fond des temps et des poussières... »\n     Bethléem. — Vue générale au crépuscule. — « Bethléem, Bethléem... U n e nuit\n     plus tranquille qu'ailleurs nous enveloppe à p r é s e n t ; tout se tait, les voix,\n » les cloches et les sonnailles des troupeaux, dans un recueillement infini; et\n » un h y m n e de silence monte de la c a m p a g n e a n t i q u e , du fond des vallées\n » pierreuses, vers les étoiles du Ciel. »\n     La Pierre de l'Onction. — « Ce sont les mystérieuses influences de ces lieux;\n « tous ces effluves du passé que dégagent ici les p i e r r e s . . . »\n     Chapelle de Sainte-Hélène. — « On croirait un temple b a r b a r e . Quatre piliers\n » é n o r m e s , trapus, d'un byzantin primitif et lourdement p u i s s a n t . . . Des\n » fragments de peintures aux murailles indiquent encore des saints et des\n » saintes, nimbés d'or dans des attitudes raides et naïves, sous l'effacement\n » des humidités et des poussières mortes. T o u t est dans un délabrement\n » d'abandon, avec des suintements d'eau et de salpêtre. »\n      Il faudrait tout citer! L a peinture de L o u i s Cambier n'est pas inférieure\n à ces évocations passionnées.\n\n     M. O s c a r H a l l e se trouve assez mal du voisinage. E t r a n g e r à nos tradi­\n tions locales et d'un t e m p é r a m e n t réfractaire à les ressentir, M. Halle n'est\n point coloriste au sens sympathique que nous d o n n o n s à ce mot. Ses affinités\n g e r m a n i q u e s sont déconcertantes. Mais il a le mérite de ne pas rechercher les\n succès faciles et de vouloir, par un choix de sujets a r d u s , d'effets ingrats et de\n types sans beauté, atteindre à des interprétations personnelles.\n     U n e fillette de pêcheur, finement nacrée d a n s l'ambiance d'un plein air\n fluide, quelques intérieurs et u n joli soir bleu, après la pluie, d e s c e n d u sur\n les bassins du port d'Ostende, sont les pages les mieux venues p a r m i celles\n réunies sur les p a n n e a u x réservés à M. H a l l e .\n"}, {"page_pdf": 897, "texte": " 746                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                            Expositions diverses\n   Au Cercle Artistique de Gand. — Une exposition de jeunes\nattire l'attention sur les noms de MM. GUSTAVE D E SMET, MAURICE SYS et\nLÉON D E SMET. Ces quasi-débutants sont bien doués, sérieusement éduqués,\nintelligents, chercheurs; on peut augurer favorablement de leur avenir. Leurs\nco-exposants, plus tâtonnants encore, affirment par l'indication de leurs per­\nsonnalités naissantes et la culture de facultés individuelles l'excellence de l'en­\nseignement de leur maître, le perspicace Jean Delvin qui saura les aider à\nmettre en lumière, dans un développement normal, leurs dons et leur\nacquis.\n\n   A u R u b e n s - C l u b . — MM. Ruytinckx et Bastin. Un peintre et un\nstatuaire — excellente combinaison meublante et favorable aux deux expo­\nsants.\n   M. RUYTINCKX, spécialisé dans la nature-morte, fait aussi des incursions\ndans le paysage, la marine,, et ne craint pas d'étoffer de grandes figures les\nseconds-plans de ses vastes compositions décoratives. Tout cela ne manque\nni de verve, ni d'enthousiasme. Je chicanerai M. Ruytinckx sur l'aspect un\npeu « commercial » de certaines peintures. Avec son entente de la couleur et\nson adresse, il devrait serrer plus nerveusement sa technique, éviter certaines\nredites et certaines banalités, enfin vouloir des pâtes plus précieuses, des\nsonorités plus rares, un ragoût d'art qui seul donne du prix à des « mor­\nceaux », la nature-morte n'offrant en somme que prétextes à « morceaux ».\n   M. BASTIN a, par nature, des qualités analogues à celles de M. Ruytinckx.\nIl trouve le caractère, la silhouette, le mouvement d'une figure ou d'un\ngroupe ; ses études d'animaux sont pleines de sève et d'allure, ses bustes sont\nphysionomiques, l'exécution sculpturale n'en est point localement précieuse,\nmais elle est adéquate au genre d'effet expressif et décoratif ressenti par l'ar­\ntiste et s'adapte à ses intentions.\n\n   Le Cercle « L'Effort », groupe des photographes esthètes. — Le\nSalon ouvert à la maison Boute, rue Royale, 134, offre une nombreuse série\nd'épreuves dues à des opérateurs belges et étrangers. Tous démontrent ce que\nl'instinct artiste, le choix, le goût, la recherche, le perfectionnement des pro­\ncédés peuvent apporter de variété et de personnalité intéressante aux produc­\ntions mécaniques de l'objectif. Chaque exposant à sa spécialité, sa manière,\nsa signature, réussit des effets difficiles, imprévus, et l'ensemble présente une\namusante diversité très attrayante.\n\n   A u P a l a i s d e J u s t i c e d ' A n v e r s . — L'exposition de la caricature\njudiciaire se compose de deux séries : d'une part, les dessins dus à des person­\nnalités du monde de la magistrature et du barreau belge; d'autre part, les\nœuvres des maîtres de la caricature en France, Daumier, Gavarni, et tous les\n"}, {"page_pdf": 898, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                747\n\nsatiriques actuels, si ingénieux, mordants et féconds à propos de l'affaire\nDreyfus et d'autres épisodes juridiques. Un ensemble très complet, copieux\n et long à bien examiner.\n\n\n\n\n                       Le Concours de Rome\n   Les travaux des candidats ont été exposés — combien mal — dans le vesti­\nbule du Musée Moderne.\n   Il semblerait, à tout être naïf et judicieux, que les prix d'un tel concours\ndevraient être décernés à ceux des concurrents qui font preuve des aptitudes\nles plus évidentes, dont le tempérament, l'éducation sont les plus marquants,\ndont l'œuvre de concours est la plus sérieuse et la plus prometteuse.\n   Cet être naïf et judicieux ignore les errements des jurys impersonnels et\ntout ce que l'anonymat et l'irresponsabilité des votes permet de compromis­\nsions, d'iniquités et de surprises.\n   Seuls, les jeunes gens évincés s'en indignent encore! Les autres, ceux qui\nsavent la vie, ont appris déjà que le lauréat, le Prix de Rome, est trop rarement\nl'artiste le plus doué de sa promotion, et que c'est d'entre les dédaignés\nque surgira, s'il doit surgir, un talent qui saura un jour s'imposer dans\nl'Ecole.\n   Cette année, l'attribution du premier prix à M. HENRI VAES est très défen­\ndable, et j'estime que ce futur peintre a fait preuve de suffisants mérites pour\njustifier le choix des juges.\n   Mais très manifestement la deuxième et la troisième places ont été arbitrai­\nrement attribuées, la deuxième surtout, et c'est à l'unanimité que l'opinion\npublique se refuse à ratifier une telle décision.\n   L'ouvrage de M. PHILIPPE SWYNCOP — qui n'a pas été classé — témoigne\nde qualités indiscutables. Sur le même rang que la peinture de H. Henry\nVaes, ce travail, plein de sève, de verve et d'habileté relative, se place ;\nentre les deux chacun hésite et la majorité des suffrages s'équilibre...\n   M. POSENAER, non classé non plus, affirme un art très curieux, une nature\nvolontaire, la force d'un parti-pris, — artificiel, sans doute, — mais fortement\net habilement soutenu, un ensemble de mérites bien supérieur aux faibles\nindications du deuxième lauréat.\n    M. CAMILLE LAMBERT, mentionné troisième, me paraît le plus intéressant\ndes concurrents après MM. Vaes, Swyncop et Posenaer. C'est une individua­\nlité très marquée, d'une invention fertile à l'excès et qui sera tout à fait\nintéressante quand elle s'assagira jusqu'à la simplicité — qui n'est point le\ndénuement.\n   Le travail du deuxième lauréat, influencé par des professeurs de mérite\net par l'étude des vieux maîtres, ne peut faire illusion sur la pauvreté imagi­\nnative d'une nature indécise, ni sur le manque absolu de métier de cet ouvrier\nd'art; un sentiment douceâtre, un mysticisme déjà vu n'en sauvent pas\nl'indifférence.\n"}, {"page_pdf": 899, "texte": "748                               DURENDAL\n\n\n   Le sujet du concours était d'une heureuse imprécision et permettait\ntous les écarts d'une complète fantaisie. Aucune contrainte de couleur locale,\nd'archaïsme, de décor. Aucune condition de vraisemblance dans la compo­\nsition; nul besoin de bases, de terrains, de plans, de perspective, d'équilibre,\nd'atmosphère. Tous les artifices et tous les escamotages se pouvaient admettre,\nil fallait exprimer cette idée vague et peu plastique : « Après les maux de la\nguerre, la Paix fait refleurir les arts. » Nanti de cette explication, allez exa­\nminer les rébus composés par ces peintres et vérifiez combien peu d'éléments\nsignificatifs ils ont su réaliser !\n   Pauvres jeunes gens!\n                                                                        P . L.\n"}, {"page_pdf": 900, "texte": "         Gazette des Faits et des Livres\n                                                                               Novembre.\n                        JE reviens d'Amérique — sans la gastrite et les courbatures\n                           qu'en rapportèrent nos parlementaires. Comme eux pour­\n                           tant, j'ai assisté à une réception chez le président Roose­\n                           velt et si je n'ai pas eu l'heur — ainsi que M. Emile Braun\n                           — d'ouïr le premier citoyen de l'Amérique faire l'éloge du\n                           libéralisme belge, je l'ai e n t e n d u parler avec admiration et\n                          gratitude des g r a n d s évêques des Etats-Unis. Ces prélats, à\n                          leur tour, — les Spalding, les Gibbons, les Mac Quaid — je\n                          les ai visités dans la simplicité austère de leur vie et la gloire\n enthousiaste de leurs œuvres; j'ai assisté à l'entrée triomphale du cardinal\n G i b b o n s , retour du conclave, dans Baltimore en fête, et sous les nefs de la\n cathédrale, assis au pied de la chaire, j'ai écouté ce prince de l'Eglise rendant\n compte au peuple chrétien, dont il fut l e d é l é g u é , d e s péripéties des solennelles\n assises qui firent de Sarto le p a p e Pie X. Mais je n'ai pas vécu qu'avec des\n prélats : au milieu du bruit formidable de ses forges, Carnegie, ce sublime\n arriviste du travail, m'a enseigné l'Evangile de l'énergie américaine. Enfin,\nj'ai visité l'Exposition de Saint-Louis et dans Chicago, New-York, W a s h i n g t o n\net Philadelphie, j'ai flâné assez pour apercevoir q u e l q u e s - u n s des aspects les\nplus caractéristiques de ces centres de « vie intense ».\n   Ce « spectacle d a n s un fauteuil » je le dois à M. l'abbé Klein, dont le\nlivre (1) est bien le récit de voyages le plus intéressant, le plus varié et le plus\nvivant qui se puisse concevoir. M. l'abbé Klein a vu l'Amérique avec son\nesprit d'artiste et son âme d'apôtre. P a r le genre de ses études antérieures,\npar la t o u r n u r e de son intellectualité, il était prédisposé, mieux que personne,\nà c o m m u n i e r avec les beautés et les forces de cette terre de liberté, de jeu­\nnesse et d'initiative. Mais si g r a n d e que fût l'admiration de M. l'abbé Klein\npour l'Amérique, il a évité néanmoins, d a n s son livre, le ton du dithyrambe\nm o n o t o n e ; et pour receler un enthousiasme profond, ses descriptions et ses\naperçus n ' e n sont pas moins marqués au coin d'un réalisme très documenté et\ntrès exact.\n   Les pages les plus belles de cette très belle œ u v r e sont peut-être celles où\nl'auteur, hôte m o m e n t a n é de la m o d e r n e patrie de la liberté, reportant son\nregard vers son pays, esquisse, entre les Etats-Unis et la F r a n c e , entre\nl'Eglise d'Amérique et l'Eglise de F r a n c e , des parallèles émus et vengeurs.\n\n\n  (1) Abbé FÉLIX KLEIN : Au pays de \" la vie intense \". Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 901, "texte": "750                                   DURENDAL\n\n\nH é l a s ! Oui, mon cher a b b é , il y a loin de Roosevelt à Combes. Mais, ne l'ou­\nbliez pas, il y a de la marge aussi entre Gibbons et S p a l d i n g d'une part, et\nGeay et le Nordez de l'autre...\n\n\n\n   On pouvait croire que M. P a u l Bourget resterait seul à être atteint de la\nmanie de l'unité et à vouloir faire dépendre d'une même esthétique et d'une\nidentique morale le dilettantisme de Mensonges et le dogmatisme de l'Etape.\n N o u s avons fait jadis justice de cette gageure que M. Bourget prétendit nous\nimposer par le c o u p de « la préface »! Voici que M. Maurice Barrès essaye\nde nous en faire accroire de m ê m e manière : en republiant son Homme libre,\nil arbore lui aussi le c o u p de la préface (1). A h ! bénévoles lecteurs, vous\ncroyez que M. Maurice Barrès a c h a n g é , a évolué, disons le mot, s'est con­\nverti ? Vous vous d e m a n d e z comment le f util a m a n t de Bérénice a passé du\nrenanisme ironique et vaporeux au culte énergique de l'action. Voici :\nl'Homme libre racontait u n e recherche dont les Déracinés fournissent le résultat;\nFrançois Sturel est un h o m m e libre « qui a trouvé son moi ». L ' u n e œuvre\ncomplète l'autre et toutes deux collaborent à l'unité de l'intellectualité de\n M. Barrés.\n   L'unité de M. Bourget était a m u s a n t e ; l'unité de M. Barrès déconcertera...\nE t il en est qui, défiants, se d e m a n d e r o n t si la « préface inédite » dont\nM. Barrés agrémente la réédition d'Un homme libre ne doit pas être cataloguée\naux environs de cette jolie et délicate fumisterie : Huit jours chez M. Renan?\nParfaitement, c'est à croire que l'auteur de l'Appel au soldat a été pris d'un\naccès de nostalgie vers les jeux délicieux et vains de sa jeunesse et que\nfatigué d'être grave à force de regarder la trouée des Vosges, il s'est payé une\nballade au pays capricieux de l'ironie p r e m i è r e . A c h a q u e jour suffit son\nchef-d'œuvre — et il est puéril de tâcher d'établir entre les stades divers d'un\nesprit et d'une sentimentalité si contradictoires, des liens arbitraires et fac­\ntices. Si le Barrés d'aujourd'hui nous émeut et nous entraîne par l'éloquence\nde ses affirmations et la décision de son geste, le Barrés de jadis nous charma\net nous séduisit par les mille facettes nuancées de son original scepticisme.\nE n t r e ce Barrès-ci et ce Barrès-là, il n'y a qu'un rapport à découvrir : l'un et\nl'autre sont deux des plus grands écrivains que le siècle aura légué aux Lettres\nfrançaises !\n\n\n    Si nous connaissons deux Maurice Barrés, combien ne savons-nous point\nd ' E d m o n d P i c a r d . Celui-ci du moins n'a-t-il pas écrit l'évangile de son inva­\nriabilité; et est-il bien capable, au contraire, de tirer gloire des « protéismes «\nincessants de son intellectualité. M. P i c a r d estime qu'à chaque jour suffit son\nidée et il ne se soucie point d'établir de conventionnels rapports entre les\nformes successives de la vie qui sollicitèrent sa p e n s é e . Il vit la vie telle qu'elle\nse p r é s e n t e ; les souffles doux ou âpres qui viennent du large de l'huma-\n\n\n  (1) MAURICE BARRES : Un homme libre. Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 902, "texte": "                        GAZETTE DES FAITS ET DES LIVRES                                             701\n\n\nnité se répercutent en lui en échos de rêve ou d énergie ; et ce sera Imagine et\nce sera Jéricho.\n    Même M. P i c a r d se complait-il parfois à livrer simultanément au public\ndeux œuvres issues d'inspirations presque ennemies. Des critiques s'étonnent\net encore u n peu se scandaliseraient. P o u r q u o i ? Cela prouve que M. P i c a r d\nreste qualis ab incepto et que la vieillesse n'a pu e n t a m e r en rien la prodigieuse\net p a p i l l o n n a n t e cérébralité du maître. Voyez c o m m e n t il passa ses dernières\nvacances : après s'être enfermé d a n s le laboratoire du docteur F a u s t où il\nconfronta la vanité des alchimies scientifiques avec la voix douce et redou­\ntable du Mystère (1) et écrivit à son tour — en des vers qui eussent pu être\nplus personnels — la B a n q u e r o u t e de la science que M. Brunetière lui-\nm ê m e , du reste, ne découvrit pas le p r e m i e r , M. P i c a r d , lassé des contem­\nplations et i m p a t i e n t de c o m b a t t r e , rebondit en pleine vie c o n t e m p o r a i n e , le\nmartinet de la satire à la m a i n . . . J u v é n a l remplace G œ t h e — et ce sont les\njournalistes qui font les frais de cette revanche de l'énergie sur le songe.\n    Ambidextre (2), œuvre d r a m a t i q u e , a des maladresses et des longueurs qui\nnuiraient à l'effet scénique. M. P i c a r d est m o n t é trop tard sur les planches\npour avoir pu s'assimiler tous les trucs du théâtre. Mais cette réserve faite\nsur la t e c h n i q u e de cette comédie-drame, je crois bien qu'Ambidextre, par le\ndéveloppement serré des caractères, p a r le m o u v e m e n t impétueux des idées,\npar la puissance martelante et corrosive du style, restera comme u n des livres\nles plus caractéristiques du faire généralement instinctif de leur auteur.\n    N a t u r e l l e m e n t , la presse qualifia déjà Ambidextre de mauvaise action. Sans\ndoute, le journaliste mis en scène par M. P i c a r d , et qui sévit successivement\nd a n s l'art, dans la finance et dans la politique, cumule toutes les vilénies et je\nveux bien admettre que la réalité n'offre point d'exemplaire aussi complet de\nla canaillerie h u m a i n e . . . Mais êtes-vous sûr que si l'on divisait ce symbole et\nsi on fragmentait le p e r s o n n a g e , les pièces et morceaux ne trouveraient\npoint d'adaptation autour de nous? L e journalisme a ses qualités et ses tares,\nil est la noble passion d'honnêtes gens et le c h a m p clos de chevaliers d'in­\nd u s t r i e . . . Si M. P i c a r d a négligé le côté lumineux du tableau pour s'attacher\nà souligner les ombres, il a usé d'un droit que la presse ne songea point à\ncontester à l'artiste en d'autres circonstances... Voyons, M M . les journalistes\nse sont tant délassés à la Robe Rouge et à Ces Messieurs! Qu'ils nous permettent\nd o n c à notre tour de savourer Ambidextre!\n\n                                                  ***\n    P o u r être moins brutale et plus détachée, la vision que M. Camille Mau-\nclair, dans la Ville-Lumière, nous présente des critiques d'art, n'a pas moins\nd é p l u que les coups de lanières de M. P i c a r d . L à aussi, la presse a m o n t r é\nson mécontentement — en faisant le silence autour d'une très belle œuvre.\nLes journalistes ont vraiment u n e façon à eux de d é m o n t r e r qu'ils sont\nparfaits.\n\n\n  (1) La Désespérance de Faust. Prologue pour le théâtre. Bruxelles, Lacomblez.\n  (2) Ambidextre. comédie-drame. Bruxelles, Lacomblez et Larcier.\n"}, {"page_pdf": 903, "texte": "752                                     DURENDAL\n\n\n    M. Mauclair, d'ailleurs, n'a pas restreint ses observations à la corporation\ndes dispensateurs de notoriété et de médiocrité. Il a tourné aussi son objectif\nvers les bénéficiaires et les victimes de la critique : les peintres.\n    Peut-être que le livre de M. Mauclair m a n q u e un peu de vie et de mouve­\nm e n t ; une trop persistante cérébralité fait traîner l'action et languir l'intérêt.\nMais la gigantesque synthèse de P a r i s et l'influence fièvreuse, énervante et\ntourbillonnante qu'elle exerce sur l'artiste sont ici analysées avec autant de\npénétration que de force. L'auteur ne va-t-il pas à l'excès pourtant, en soute­\nn a n t que la Ville-Lumière développe l'inlellectualité de ceux qui viennent à\nelle, uniquement dans le sens de la mondanité superficielle et convention­\nnelle? E t ne sont-ils pas plus n o m b r e u x que ne veut bien l'admettre M. Mau­\nclair, les artistes qui, m ê m e d a n s la B a b y l o n e de la mode, g a r d e n t intacte\nleur originalité et mettent à l'abri leurs énergies? Il n'y a pas que R o d i n que\nP a r i s n'ait point émasculé. E t pour quelques peintres qui choient dans le\nbibelot, et quelques écrivains qui se suicident d a n s les chroniques, combien\nd'autres que les compromissions ne peuvent atteindre et qui montent résolu­\nment et se c a n t o n n e n t jalousement dans la tour d'ivoire de Vigny. M. Camille\nMauclatr est de ceux-là : sa vie et son œuvre plaident contre la thèse de la\nVille-Lumière (1).\n\n\n     T r o i s livres belges : M. Maurice des Ombiaux conte, en son style toujours\négalement savoureux, quelques instants de vie wallonne : c'est le premier\n dixain des Contes de Sambreet-Meuse (2).\n     M. Michel B o d e u x a voué ses vacances de magistrat à nous dire une Lié-\ngeoise Idylle (3). J e suppose que l'intrigue peu fournie de ce v o l u m e — le roman\nd'un jeune h o m m e . . . devenu pauvre — ne doit servir que de patère à quel­\nques aspects de Liége que M. Bodeux croque agréablement parce qu'il les\nsent bien. On ira voir cela lors de la prochaine Exposition. Mais pour nous\nservir de guide, il faudrait bien que d'ici là, J e a n Clokir — c'est le héros de\nl'œuvre — désapprouve l'agaçante manie de vivre sa vie sur des citations. Sa\nj e u n e fiancée, L o u i s e , au contraire, a b e a u c o u p de charme et de naturel. Cette\nattachante et juvénile figure rachète les poses g u i n d é e s de son a m i .\n     Enfin, M . C h a r l e s Morisseaux — sous u n e couverture érotico-religieuse —\nnous présente en grande liberté quelques cabotins — cabotins de la scène et\ncabotins de la vie. Cela s'appelle « voir la vie à travers le vitrail » (4). Il y a\nlà un style nerveux et imagé. F o u r le reste, u n mélange de candeur et de\nperversité, un concentré de snobisme et de naïveté, une purée de sensualité et\nde mysticisme! On m'assure que M. Morisseaux est très j e u n e . E h b i e n ! cela\npromet — à tous points de vue. Qui sait, peut-être la Belgique a-t-elle conquis\nson Jean L o r r a i n ?\n                                                                FIRMIN VANDEN BOSCH\n  (1) CAMILLE MAUCLAIR : La Ville-Lumière. Paris, Plon.\n  (2) Bruxelles, Dechêne et Cie.\n  (3) Bruxelles, Vromant.\n  (4) A travers le vitrail vers la vie. Bruxelles, Lacomblez.\n"}, {"page_pdf": 904, "texte": "               LIVRES ET REVUES\n\nL a Défense et Illustration de la l a n g u e française, par JOA­\n   CHIM DU BELLAY, avec notice biographique et commentaire historique et\n   critique de L É O N S É C H É . — (Paris, E . Sansot et Cie.)\n   E n serait-il de la langue c o m m e de la religion, et l'intérêt irait-il d'autant\ndavantage à tout ce qui la touche qu'elle est plus menacée ? L e sort des thèses\nde l'abbé Loisy a ému un instant et même passionné le grand public, si\nincurieux qu'on le prétende des questions de foi; et voici qu'aujourd'hui,\nsous l'action, sans d o u t e , des projets de réforme de l'orthographe que nourrit\nle g o u v e r n e m e n t français, la librairie, attentive à l'actualité et à la vogue,\npublie coup sur coup de n o m b r e u x ouvrages dont le langage, d a n s sa\n technique ou ses origines, fait l'objet.\n   C'est ainsi que, il y a quelque temps, paraissait u n e nouvelle édition de\nl'excellent et substantiel petit livre de Darmesteter : La Vie des Mots, où tous\nles problèmes de la linguistique sont posés avec u n e netteté si sûre et illustrés\nd'exemples si topiques. Aujourd'hui, c'est M. L é o n Séché qui nous d o n n e\nune réimpression, enrichie de notes précieuses, du célèbre manifeste litté­\nraire de la Pléiade, avec son titre de belle parade, magnifique promesse\net g r a n d e attente », c o m m e écrivait, en raillant, un des contradicteurs de\ndu Bellay.\n   L à , au moins, il disait bien, cet a d v e r s a i r e ; mais le livre n'a pas survécu\nseulement par la beauté chevaleresque et la grâce e m p a n a c h é e de son\nlitre.\n   Joachim introduisit dans l'usage de la langue le mot Patrie, et, à certains\négards, bien que le dessein de son livre ne soit pas toujours d'une logique\ntrès suivie, c'est pour la g r a n d e u r et l'affranchissement de la patrie — d a n s ce\nqu'elle a de plus essentiel et de plus représentatif : la langue — qu'il combat­\ntait, en exaltant la langue « vulgaire », le français, que l'on désignait\nainsi par opposition au noble latin, et en excitant ses amis à chercher dans\nl'antiquité ou en Italie, non des modèles à imiter servilement, mais des exem­\nples de discipline, un aliment à leur activité littéraire originale...\n   Sans doute, le conseil ne fut pas toujours entendu de la façon qu'il aurait\nfallu, et l'on sait comment les poètes de la Pléiade défigurèrent leurs plus\nbelles inspirations par l'emploi immodéré de termes grecs ou latins à peine\ndéguisés, alors que tant de mots existaient, expressifs, vivants, de souche\nindigène. « L a beauté des mots perd la force des choses », dit cependant\ndu Bellay, et trop souvent ses amis et lui-même méritèrent avec excès le nom\n"}, {"page_pdf": 905, "texte": " 754                                       DURENDAL\n\n\n qu'ils prenaient de la « docte brigade ». N ' i m p o r t e , avec R o n s a r d , ses émules\n et ses disciples, la poésie lyrique apparaît dans les lettres françaises, et,\n quelque merveilleux qu'ait été à ce point de vue le XIXe siècle, c'est des mains\n du XVIe siècle qu'il a repris la lyre enchantée que Malherbe et Boileau avaient\n assourdie!\n     Les paroles a b o n d e n t , dans le livre de du Bellay, hautes, graves, fières,\n où l'on sent vibrer une conscience nouvelle et un peu enivrée de l'art et de\n ses puissances. E t aussi, des sacrifices qu'il exige et qui, dans cette phrase\n célèbre, revêtent même des a p p a r e n c e s mortifiées d'ascétisme : « Qui veut\n voler par les mains et bouches des h o m m e s , doit longuement demeurer en sa\n c h a m b r e ; et qui désire vivre en la mémoire de la postérité doit, comme mort\n en s o y - m ê m e , suer et trembler maintes fois : faim, soif, longues vigiles, ce\n sont les esles dont les écrits des h o m m e s volent au ciel!... » Ce sont là des\n mots qui marquent et dont tout artiste recevra l'émotion. Il en est bien\nd'autres; et certains qui iraient droit à tel savant, d'hérédité n o m a d e , proba­\nblement, qui a projeté de réduire à on ne sait quelle algèbre phonétique cette\nbelle langue française et le vocabulaire, riche d'antiquité et de souvenirs,\ndont c h a q u e mot est c o m m e une relique ou u n t r o p h é e . . .\n    M. Léon Séché a accompagné sa leçon de la Défense et Illustration de la langue\nfrançaise de commentaires et de notes solides et concises, qui donnent à son\nédition de l'œuvre de du Bellay un caractère vraiment classique.\n\nHuit jours chez M. Renan. — Les lézardes sur la maison.\n — Ce que j'ai vu à Rennes. — Quelques cadences; œuvres\n    choisies de MAURICE BARRÈS. Q u a t r e vol. petit i n - 1 2 . — (Paris, E . Sansot\n    et Cie.)\n    C'est une idée heureuse qui a m u l'éditeur de cette collection à republier\nsous un format c o m m o d e et p e u coûteux n o m b r e d'écrits de Maurice Barrès,\népars d a n s les journaux ou les périodiques ou p a r u s , d'abord, sous la forme\nd'opuscules, actuellement introuvables.\n    L'éditeur F o n t e m o i n g vient de réimprimer Un Homme libre, qui date\nde 1889, et, dans la préface qu'il a écrite p o u r cette réédition, Barrès dit\n « l'ivresse de déplaire » d o n t il recueillit les jouissances, lors de la première\napparition de ce livre ou de Sous l'œil des barbares.\n    Mais, sans doute, ne déplut-il pas qu'à des sots, et le heurt de sa pensée\nd'alors, si acide, si impérieusement et parfois si impertinemment égotiste,\navec la pensée de personnalités aussi volontaires et aussi intérieures que la\nsienne, dut-il faire jaillir des éclats d'antipathie et détourner souvent de son\nœuvre des esprits très aptes à la c o m p r e n d r e et à l'aimer, mais éloignés d'elle,\nà raison, précisément, des similitudes d'une activité cérébrale, ombrageuse et\nsingulière par vocation.\n    E t peut-être, maintenant que Barrès est venu, par des œuvres c o m m e\nA mort et dolori sacrum et les Amitiés françaises, à sa splendide et généreuse\nmaturité, est-ce un grand et profond plaisir pour ceux-là d'aborder et de saluer\navec respect l'écrivain d a n s les pages où sa pensée, lentement développée,\na m a r q u é son é p a n o u i s s e m e n t ; au m o m e n t où le moi, cultivé avec u n e énergie\n"}, {"page_pdf": 906, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                     755\n\nsi intense et si opiniâtre, a pris toute son ampleur en achevant de se con­\nquérir lui-même d a n s ses racines. « La terre et les morts », cette idée forte et\nféconde de la continuité héréditaire des volontés et des œuvres, elle était en\ngerme dans les premiers ouvrages de Barrès, certes ; aussi entendons-nous\ndire seulement que ses récentes p u b l i e r i o n s nous paraissent en avoir formulé\nla plus parfaite et la plus émouvante expression.\n    E t la tradition de cette pensée maîtresse, de cette conception directrice,\non peut la discerner et la suivre à toutes les phases de la carrière littéraire ou\npolitique du grand écrivain, d a n s les feuilles polémiques aussi bien que\nd a n s les pages passionnées, lyriques ou sereines de son œ u v r e .\n    Lisez Quelques cadences, qui est comme une anthologie d ; exaltations ; les\nLézardes sur la maison ou Ce que j'ai vu à Rennes, où il y a des a p p r é h e n s i o n s\nattristées ou colères et des visions de réalité dessinées d'un trait si précis et si\nfin qu'il transperce parfois — ce ne sont, pour ainsi dire, que des incarnations\nrenouvelées de cette pensée p e r m a n e n t e : car la vie et les événements four­\nnissent sans cesse à la vérité de celle-ci des preuves plus pressantes et plus\n péremptoires.\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\nG e e s t e l i j k e L i e d e r k r a n s uit de bloemen onzer vlaamsche toon- en\n    letterkundigen samengestrengeld, door ALFONS MOORTGAT. (Chez l'auteur,\n    à Rhode-Saint-Genèse. Prix : 5 francs.)\n    Ce recueil de cantiques et chants spirituels flamands que présente au public\nM.Alphonse Moortgat, organiste à Rhode-Saint-Genèse, mériterait plus qu'un\nsimple compte r e n d u . C'est avec u n e joie sincère que nous l'annonçons et le\nr e c o m m a n d o n s vivement aux écoles, patronages, associations pieuses de\nnotre pays flamand. E t tous ceux qui ont gémi de la banalité des cantiques\nen usage aujourd'hui se réjouiront avec nous en parcourant cet ouvrage. N o u s\npossédons donc enfin un Liederkrans convenable, vraiment intéressant d a n s\nson ensemble au point de vue des textes poétiques et de la musique. Con­\nçoit-on l'importance du résultat et imagine-t-on le progrès réalisé dans le\ngoût public le j o u r où des cantiques c o m m e ceux-ci auront remplacé la plu­\npart des airs actuels? Le principal obstacle à la réforme de la musique litur­\ngique serait s u p p r i m é ; les fidèles, gagnés à la simplicité expressive, à la naïve\nsincérité du vrai style religieux populaire, adopterait d'enthousiasme la\nréforme musicale liturgique qui s'annonce m a i n t e n a n t comme si lente et si\npénible à réaliser.\n    Le recueil de M. Moortgat comprend cent et seize cantiques, à une ou plu­\nsieurs voix pour toutes sortes de circonstances : chants de Noël, de première\nc o m m u n i o n , en l'honnenr du Cœur de J é s u s , sur les souffrances de N o t r e -\nSeigneur, sur le saint nom de Jésus, sur le Saint-Esprit, de nombreux can­\ntiques à la sainte Vierge, à la sainte Famille, aux saints les plus c o m m u n é m e n t\nvénérés; enfin, des chants pour diverses circonstances et époques de l'année\necclésiastique.\n    L e s textes sont empruntés aux meilleures sources. Le nom de Guido Gezelle\napparaît s o u v e n t ; ceux aussi d'Alph. J a n s s e n s , de A. Cuppens, H . Claeys,\n"}, {"page_pdf": 907, "texte": "756                                       DURENDAL\n\n\nT h . Sevens, S. D a e m s , J. H a m m e n e c k e r , G. H e r m a n s , H . H e y m a n , etc.\nM. Moortgat lui-même en a écrit plusieurs, des mieux venus.\n   P a r m i les noms des compositeurs, nous relevons ceux de M. Moortgat\nd'abord, de M M . E . De Groote, D. Cooreman, E . H o u s s i a u , G. N a u w e l a e r s ,\nG. Van H u l s e , L . Van H o u t t e , C. H i n d e r d a e l e , J. Petit, F r . Verhelst,\nA. D ' H u l s t , P . De Keyser, A. De Coninck, R. Ghesquière, A. De Meule­\nmeester, A. Van W a s s e n h o v e , O. Van D u r m e , P a t e r Van Gyseghem, J. R e i n ­\nhardt, F r . Mille, F r . Rotthier, A. Dirven, H . Durieux, G. N o r m a n n ,\nA. Desmet, J. Bols, C. Van den Abeele, E . Dierckx, E . Hullebroeck,\nO. D e p u y d t , J. T i l b o r g h s , D. Claes, F r . M i n d e r m a n s . E v i d e m m e n t ,\ntoutes ces petites compositions ne sont pas remarquables ; comme d a n s tout\nrecueil, à côté du bon, et m ê m e du très bon, il y a du moins b o n et du\nmédiocre. Mais le médiocre est plutôt rare et, je le répète, le g r o u p e m e n t\ndans son ensemble est excellent; c'est de la b o n n e m u s i q u e , de style et de\nsentiment très louables. Signaler les n o m b r e u s e s pages qui nous ont plu\nparticulièrement nous mènerait trop loin. Il est visible que l'auteur du recueil\nest un musicien de goût et qui possède le sens de la musique religieuse.\n   M. Moortgat a fait graver en appendice à son Liederkrans dix motets latins\nà plusieurs voix, de sa composition, pour l'usage liturgique; ces motets lui\nfont h o n n e u r et c o u r o n n e n t d i g n e m e n t le recueil.\n   Ce volumineux cahier de 224 pages de musique sort des ateliers de gra­\nvures de l'Imprimerie Nationale de m u s i q u e , à Bruxelles; l'exécution en est\nfort soignée à tous points de vue.\n  Souhaitons que cette publication si utile ait le succès qu'elle mérite ; que\npartout on la fasse pénétrer et que partout elle accomplisse le bien ad majorent\nDei gloriam.                                                               CM.\n\n   L'art      flamand      e t h o l l a n d a i s . — (Anvers, Buschmann.)\n   Le n u m é r o de Novembre contient u n e admirable étude de notre collabora­\nteur ARNOLD GOFFIN sur le sculpteur Jules Lagae. P e r s o n n e n'a jamais compris\nni décrit, comme l'auteur de cet article, non seulement l'art de Lagae, mais\nencore et surtout son âme d'artiste et l'idéal à la fois hautain et fier qui est\nl'esprit m ê m e de son inspiration et que ses œuvres reflètent avec tant d'éclat\net de vie. Ces pages sont écrites avec cette émotion qu'un artiste seul peut\napporter d a n s la description des œuvres d'une â m e sœur de la sienne. Elle\nest telle qu'elle se c o m m u n i q u e au lecteur m ê m e . J a m a i s nous n'avons été aussi\nprofondément ému qu'en lisant ces pages — véritables pages d'art elles-\nmêmes — et qui parlent d'une façon à la fois si douce, si touchante, si sym­\npathique et si éloquente de notre art national, de l'âme de la F l a n d r e et d'un\ndes plus vrais, des plus sincères et des plus grands artistes de notre pays.\nCet article est a b o n d a m m e n t rehaussé par la reproduction de plusieurs\nchefs-d'œuvre de L a g a e .                                                         H . M.\n\nT h e Burlington Magazine. — Septembre 1904.\n  M. MASON PERKINS r e n d compte de l'Exposition d'Art ancien à Sienne dont\nnous avons parlé. Ses notes judicieuses s'accompagnent de quelques repro-\n"}, {"page_pdf": 908, "texte": "                                  LIVRES ET REVUES                                         757\n\nductions d'œuvres exposées. — M. T U R N E R n o u s introduit chez M. Speyer et\nn o u s renseigne sur la maison et les collections de cet amateur anglais. —\nMM. LIONEL        C U S T et VON DOBSCHÜTZ parlent des portraits du Christ. — Des\narticles sur la collection J o n i d e s (Ingres, D a u m i e r , Degas, Delacroix), sur\nles porcelaines de la famille verte, les dentelles de la collection Blackborn, un\nbronze de la collection Wallace, tous a b o n d a m m e n t illustrés; des notes sur\nles expositions, les musées et les publications d'art.\n   Octobre 1904 :\n    Ce numéro-ci est u n p e u moins exclusivement anglais. J ' y lis avec plaisir\nu n e étude de M. CLAUDE P H I L I P S sur Gérard de Haarlem, le primitif hollan­\ndais auquel on croit devoir attribuer le très beau triptyque q u e vient d'acquérir\nla National Gallery. U n e reproduction de cette œuvre, avec, pour la compa­\nraison, celles de Berlin et de Vienne, intéressera vivement tous ceux qui con­\nnaissent ce maître rare, si vigoureux coloriste, et si proche d u g r a n d art\nflamand des Van E y c k . — U n article de M. C H . RICKETTS sur F a n t i n - L a t o u r . —\nLa suite des articles sur la collection Jonides (Paysagistes français modernes,\ncette fois), sur les dentelles de la collection Blackborn, sur le mobilier\nanglais. — M. OSWALD SIREN n o u s parle de peintures de l'école vénitienne\nconservées en S u è d e .\n   N o v e m b r e 1904 :\n   E n c o r e les dentelles ( M . JOURDAIN) et les tapis d'Orient, et quelques articles\nsur des objets de collection. Q u a n t à la peinture, elle nous vaut une étude de\nM. DURAND-GRÉVILLE sur le Seizième siècle à l'Exposition des Primitifs français à\nParis; u n e autre de M . AMAUDRY sur u n Titien nouvellement retrouvé d a n s la\ncollection Carvallo; u n e autre de M . L I O N E L CUST sur deux portraits alle­\nm a n d s d o n t un, délicieux, attribué à H a n s B a l d u n g Grün ; u n autre de M. H E R ­\nBERT COOK sur des Giorgione. — L a sculpture est représentée p a r un beau\nbronze grec nouvellement entré au British M u s e u m .\n   D'une manière générale, ces derniers numéros de la magnifique revue sont\nmoins copieux, moins intéressants, moins bien illustrés que les précédents.\nElle ne maintient p a s les fastueuses promesses des débuts.\n\nM a s t e r s i n A r t . — ( B a t e s a n d Guild C o m p a n y , 42, Chauncy Street,\n   Boston, Etats-Unis.)\n   L e n° 57 (septembre) est consacré à MEISSONIER. Dix reproductions de ses\ntableaux les plus célèbres permettent une impression d'ensemble de son\nœuvre, d'ailleurs étudiée en u n e série de notes laudatives et accompagnée\nd'une riche indication bibliographique.\n   L e n° 58 (octobre) concerne BARYE.\n   Le n° 59 (novembre) s'occupe de VERONESE, suivant la même intéressante\nméthode : reproductions, commentaires, titres d'œuvres et de publications.\nCes monographies constituent, pour ceux qui sont un peu familiers avec la\nlangue anglaise, d'excellents documents de vulgarisation esthétique.\n\n                                                                                     J.D.\n"}, {"page_pdf": 909, "texte": "                          NOTULES\n\n   A p r o p o s d ' u n v e r s d e M o l i è r e . — Dans notre numéro d'octobre,\nun de nos collaborateurs, au cours d'une chronique littéraire, a fait inci­\ndemment allusion à certain titulaire du département de l'Instruction publi­\nque « qui s'était vanté de vivre de bonne soupe et non de beau langage ».\n   Cela nous valut une lettre de protestation de M. Auguste Melot, représen­\ntant de Namur, qui accusa Durendal de s'être fait \" l'écho d'un mensonge ».\n   Le mot est vif; nous l'excusons volontiers à raison de l'intention filiale qui\nle dicta.\n   Mais désireux de donner satisfaction à notre honoré correspondant et ne\nvoulant point, d'autre part, rester sous le coup d'une accusation de mauvaise\nfoi, nous nous contenterons de reproduire — sans aucun commentaire — les\ntrois documents officiels qui suivent :\n   1° Un extrait du rapport de M. Ernest Melot, député de Namur, rappor­\nteur du budget du ministère de l'Intérieur et de l'Instruction publique pour\nl'exercice 1889 (Documents parlementaires, session 1888-1889, p. 119) :\n   \" Tout le monde — écrivait M. Ernest Melot — a souffert, les industriels,\nles agriculteurs, les propriétaires, les rentiers, le petit commerce.\n   » Au milieu de cette gêne universelle, que dépeignait si vivement l'hono­\nrable ministre des finances, la source des faveurs budgétaires a coulé avec\nplus d'abondance pour les littérateurs et les artistes.\n   » En 1874, quand il semblait naturel que la prospérité nationale aimât à se\nparer du lustre des arts et des lettres, l'Etat croyait leur assurer une protec­\ntion efficace par une allocation totale de 1,618,000 francs, c'est-à-dire\n900,000 francs de moins qu'aujourd hui.\n   » Le crédit actuel est inférieur, il est vrai, à celui qui a été voté en 1882.\nCependant, si l'on compare nos chapitres 13 et 14 à certains chapitres du\nministère de l'Agriculture, on reconnaît que l'Etat dépense annuellement pour\nles beaux-arts et les lettres un million de plus que pour l'agriculture (forêts\nnon comprises), 400,000 francs de plus que pour la voirie vicinale, les cours\nd'eau et l'hygiène publique réunis. »\n   20 Un extrait du discours prononcé, à l'appui des conclusions du rapport\nsusmentionné, par M. Ernest Melot, dans la séance de la Chambre des Repré­\nsentants du 28 mars 1889 (Annales parlementaires, session 1888-1889, p. 823) :\n   « J'ai comparé — disait M. Ernest Melot — le montant du budget des\nbeaux-arts au montant du budget de l'agriculture et de la voirie vicinale.\n Esprit étroit! Béotien! Oubliez-vous que l'homme ne vit pas seulement de\n"}, {"page_pdf": 910, "texte": "                                         NOTULES                                          759\n\np a i n , mais aussi de l'esprit et d u cœur et que les choses de l'âme, bien supé­\nrieures aux vils besoins du corps, souffrent de ces r a p p r o c h e m e n t s malséants.\nTelle P h i l a m i n t e :\n                  Que ce discours grossier terriblement assomme.\n                  Et quelle indignité pour ce qui s'appelle homme,\n                  D'être baissésans cesse aux soins matériels,\n                  Au lieu de se hausser vers les spirituels.\n\n  » Mais à c h a q u e chose, Messieurs, sa place et son r a n g ; l'homme vit avant\ntout de pain :\n                  Je vis de bonne soupe et non de beau langage.\n\n    » E t si la crise agricole se prolonge, aussi intense, aussi rigoureuse, la faim\nrégnera d a n s nos c a m p a g n e s , comme elle règne dans d'autres p a y s de l'Eu­\nr o p e ; la faim t r a n c h e r a la question et obligera les citoyens de l'Etat à diriger\nd'un même côté toutes leurs ressources. Devant cette terrible nécessité, l'éclat\ndes lettres et des arts pâlit et s'efface, et je redis l'impression que m'a fait\néprouver cette comparaison : que, d a n s ce temps où la détresse agricole exige\nde si p r o m p t s et si efficaces secours, le b u d g e t des beaux-arts dépasse les sub­\nsides inscrits au chapitre de l'agriculture et à celui de la voirie vicinale.\n        Au surplus, pourquoi me tairais-je et ne dirais-je pas toute m a pensée?\nCette comparaison ne me paraît pas blessante et je préfère l'honnête labou­\nreur qui, de l'aube au coucher du soleil, a travaillé la terre p o u r la forcer à\nporter des moissons et qui, le soir, retourne joyeux près de sa femme et de ses\nenfants, à maint poète d ' u n e école nouvelle, qui torture le langage pour\nchanter en vers inintelligibles ses passions et ses plaisirs. »\n    3° U n extrait du discours de M. Slingeneyer, député de Bruxelles,\nr e n c o n t r a n t l'argumentation de « l'honorable préopinant » (Annales parlemen­\ntaires, C h a m b r e des R e p r é s e n t a n t s , session 1888-1889, séance du 29 mars 1889,\np . 836) :\n     « C'est la comparaison de la situation des beaux-arts avec celle de la voirie\nvicinale et de l'agriculture — disait M. Slingeneyer — qui a déterminé la\nconviction de l'honorable M. Melot.\n    » J e suis loin de contester toute l'importance des questions qui préoc­\ncupent si vivement notre honorable collègue, et je suis convaincu que la\nC h a m b r e tout entière votera toujours avec empressement tous les subsides\nnécessaires p o u r venir en aide à nos cultivateurs; mais parce que le budget\nde l'agriculture paraît insuffisant, faut-il p o u r cela amoindrir celui des\nbeaux-arts? Est-ce u n e raison parce que la voirie vicinale est, semble-t-il,\nd a n s le marasme, de porter atteinte au niveau intellectuel et moral du\npays ?\n    >> C'est par les beaux-arts surtout que l'on peut juger de la g r a n d e u r d'une\nnation.\n    » E n a c c o m p a g n a n t l'art dans sa marche à travers l'histoire, vous verrez\nque cette manifestation de l'esprit h u m a i n brille en raison de la civilisation\ndes peuples.\n    » ... A l'époque actuelle, le goût artistique n'a certainement pas d i m i n u é ;\n"}, {"page_pdf": 911, "texte": "760                                       DURENDAL\n\n\n mais le temps a marché et les institutions se sont modifiées; c'est ce qui\nexplique la nécessité de l'intervention de l'Etat. Aujourd'hui, les g r a n d s\nseigneurs ont cessé d'être à la tête des affaires, les corporations n'existent\nplus, les monastères ont perdu leur caractère de fondations publiques et le\ng o u v e r n e m e n t , qui a tout centralisé, qui a absorbé toutes les institutions\npolitiques, a des devoirs nouveaux qui n'existaient pas autrefois.\n    » Q u a n t aux sentiments artistiques de la Belgique, j'espère qu'ils ne c h a n ­\ngeront j a m a i s et que nos compatriotes se sentiront toujours émus devant un\nb e a u tableau, u n e superbe sculpture, un m o n u m e n t majestueux, un livre bien\nécrit. J'espère que j a m a i s en Belgique, on ne préférera, pour me servir\nd'une expression déjà citée, u n paysan à un poète ou u n artiste, car, ce\njour-là, notre pays aurait perdu toute individualité. » (Très bien! très bien!)\n\n\n  A propos du m o n u m e n t de César F r a n c k . — L'éloge du\npère F r a n c k a résonné partout en ces derniers temps. R e v u e s , j o u r n a u x , bro­\nchures ont magnifié l'homme et l'artiste. Au concert on a réentendu ses plus\nbelles œuvres, à Paris du moins. Il est toutefois à remarquer que les j o u r n a u x\na l l e m a n d s ont été fort étonnés que l'orchestre L a m o u r e u x , en sa triomphale\ntournée, n'ait pas fait entendre u n e note de l'œuvre de F r a n c k . Ç'eût été plus\nintéressant cependant que la p a u v r e berceuse d'un b a n q u i e r . . .\n     P a r m i les panégyriques de F r a n c k , il convient de mettre hors pair le beau\ndiscours de V. d'Indy et l'article d'A. B r u n e a u . Les littérateurs ont d o n n é\naussi, ce dont on doit les louer. Mais un littérateur qui fait de la critique\nmusicale vise avant tout à l'effet littéraire. P o u r vous en convaincre, lisez\nl'article de Camille Mauclair (Courrier Musical du I e r novembre). Bach y sert\nde repoussoir à F r a n c k . Le Choral de Bach c'est « toute l'obscurité de la ter­\n    rible foi d o g m a t i q u e du moyen âge... B a c h c'est toujours le dies ira, on a\n» p e u r . . . Bach nous rejette du portail c é l e s t e . . . ! ! » Toute cette rhétorique\npour se ménager un contraste et pouvoir dire que F r a n c k est : « un fleuve de\n» lait d a n s u n C h a n a a n . . . , plus de châtiments, plus de coulpes, plus d'ascé­\n    tisme. T o u t e cette prière confiante en u n Dieu qui aime trop pour punir,\n» c'est un Dignus intrare pour l'homme de N i e t z c h e . . . ! ! ! », etc., etc. Bref, F r a n c k\nsymboliserait la religion des gens qui veulent avoir un Dieu à leur guise!\nP a s s o n s . D'ailleurs, l'article contient d'autres idées belles et bien exprimées.\n     D a n s le m ê m e numéro du Courrier Musical, on lit un compte r e n d u du con­\ncert consacré à F r a n c k par Colonne. L e signataire Jean d ' U d i n e éprouve le\nbesoin de n o u s dire : « J e sais fort bien pourquoi je ne puis considérer l'au­\n     teur des béatitudes c o m m e un novateur, et p o u r q u o i le guide-rope de ses\n » basses traînantes me gâte jusqu'aux plus hautes envolées de ce ballon tou\n » jours captif (!) » L i b r e à M. d ' U d i n e de ne pas aimer F r a n c k à cause de ses\nconvictions philosophiques! Mais le m o m e n t et l'endroit étaient mal choisis p o u r\nl'écrire. Cela décèle u n m a n q u e inouï de tact. Mais quelques lignes plus\nhaut, ce critique nous avait prévenu qu'il était « en fichu état » (sic)...\n Alors . . . . .                               . . .\n"}, {"page_pdf": 912, "texte": "                                       NOTULES                                       761\n\n\n   N o u s n o u s p e r m e t t r o n s d'émettre une idée d'un autre genre. C'est que le\nm o n u m e n t élevé au père Franck, à l'ombre de son église de Sainte-Clotilde,\nest u n h o m m a g e de la F r a n c e intolérante et matérialiste à l'artiste le plus\népris de spiritualité et de spiritualité catholique du XIXe siècle ; et qu'après le\nm o n u m e n t élevé à l'apostat R e n a n , celui qu'on a édifié au chantre des Béati­\ntudes est une sorle de réparation.                                                J. R.\n\n\n\n    L a « S a i n t e - C é c i l e ». — L'ouverture de ce d r a m e musical com­\nposé par notre collaborateur JOSEPH RYELANDT a été exéculé au premier\nConcert Populaire, sous la direction de Sylvain D u p u i s . N o u s découpons dans\nle Guide Musical cette appréciation de M. Kufferath :\n   « L a séance s'est terminée par u n e œuvre charmante d'un compositeur\nbrugeois déjà maintes fois a p p l a u d i ici, M. R y e l a n d t . Son ouverture pour le\ndrame lyrique Sainte-Cécile est intéressante, bien établie, d'un joli sentiment et\nd'une sonorité délicate. On l'a applaudie et elle méritait de l'être. »\n   N o t r e ami J o s e p h Ryelandt, travailleur infatigable, vient de composer un\nnouvel oratorio intitulé Purgatorium; soli, c h œ u r s et orchestre, dont la réduction\nau chant et piano par l'auteur sortira prochainement des presses de l'éditeur\n Muraille de L i é g e . On peut se procurer chez le m ê m e éditeur les œuvres\nsuivantes de notre collaborateur :\nOp. 19. Six mélodies (textes Verlaine, Villiers de l'Isle A d a m , etc.),\n              chacune                                                         . fr.   1.25\n   » 27. Deuxième sonate pour violon et piano . .                       .     .       5.—\n   » 28. Sonatine p o u r hautbois et piano . . . .                     .     . .     4.—\n   » 32. Quintette en la mineur pour piano et archets                                 6.—\n   » 35. Sainte-Cécile, drame musical en 3 actes et 4 tableaux (parti­\n              tion réduite pour chant et piano par l'auteur), in-8° . .             15.—\n\n                                           ***\n\n    F r a n ç o i s B e a u c k , le merveilleux dessinateur que nous avons fait\nconnaître à nos lecteurs, en lui consacrant dans notre numéro d'octobre un\narticle sous le titre : Le Sacristain de l'avenue Montjoie et en reproduisant dans ce\nn u m é r o m ê m e sa magistrale tête de Juge dans notre numéro de novembre, son\nStabat Mater d'une beauté austère et poignante, et son Petit Pécheur d'anguilles\nqui est u n délicieux chef-d'œuvre, et enfin d a n s ce numéro-ci son Berger,\ndessin qui rappelle Dürer, et un admirable Paysage, a exposé récem­\nment plusieurs de ses dessins au Salon du cercle Scalden, à Anvers. L e s\nœuvres de notre artiste y ont fait sensation et ont été remarquées entre toutes\nles autres. Voici ce qu'en écrivit L é o n Abry, le critique artistique de la\nMétropole d'Anvers :\n    « Voici, à côté des ouvrages d'art appliqué, quelques travaux de peintres et\nde sculpteurs. Quelques uns de ces artistes s'imposent à l'attention. L e u r art\nn'est pas de convention, mais de pure et profonde conviction. C'est leur â m e\ntout entière qu'ils y mettent, car ils pensent et sentent ainsi.\n"}, {"page_pdf": 913, "texte": "762                               DURENDAL\n\n\n    » Tel M. Beauck, un artiste d'un tempérament rare, d'une subtilité et\nd'une puissance saisissantes, dont les dessins s'imposent à l'attention.\n    » Le Juge est un chef-d'œuvre. C'est le juge en ses traits essentiels, d'une\ncérébralité spéciale et hautaine. Sur ce visage glabre, dominateur, incor­\nruptible, apparaît l'impitoyable, l'inflexible vouloir de celui qui se sent\nl'instrument providentiel d'une justice qui n'aurait rien des indécisions, des\ndoutes et des faiblesses humaines.\n   » Etrangement suggestifs aussi, les autres dessins de M. Beauck, si imprégnés\nde l'au-delà des choses qu'ils en deviennent effrayants : le Soir dans la banlieue,\nla Fabrique, Christus en visite, Le pauvre marchand d'allumettes, etc. Ce Fonctionnaire\nmême semble en son banal bureau s'occuper de je ne sais qu'elle occulte et\nmystérieuse besogne. »\n                                       ***\n\n   C h a r l e s D e c o s t e r . — Conférence de M. FIERENS-GEVAERT au Thyrse.\n   Après avoir brièvement résumé la vie douloureuse de Decoster, en un\nmilieu réfractaire à l'ait, M. Fierens-Gevaert a parlé surtout d'Uylenspiegel,\nl'œuvre capitale de l'écrivain. Celui-ci a fait parler dans son livre la patrie\nmorte. Il a créé un vtrbe où se réfléchissent toutes les nuances de l'âme de\ncette Flandre aimée. Decoster a manié la langue archaïque avec infiniment\nd'art et de génie; ses phrases sont vives, la mesure en est brève, le rythme\nclair, incisif; cette langue se prête admirablement aux tendances essentielle­\nment picturales de l'art de Decoster. Uylenspiegel est, en réalité, une série de\ntableaux : scènes brutales ou naïves, tendres, fraîches, où il a merveilleuse­\nment fait revivre la vieille Flandre avec son courage héroïque, son indomp­\ntable énergie et sa poétique crédulité.\n   L'excellent conférencier ajoute, judicieusement, que Decoster est un\nhistorien très superficiel, fasciné par l'idéalisme creux des historiens de son\ntemps : mais le grand mérite lui reste d'avoir su animer ses personnages\nd'une vie physique intense et frappante.\n   L'agréable causerie de M. Fierens-Gevaert a obtenu un grand succès.\n                                                                        L. T.\n                                       ***\n\n   P h o t o g r a p h i e d'art. — Depuis quelque temps est installé à\nBruxelles, 5 7 , rue de la Régence, à deux pas du Palais de Justice et de la\nplace Royale, un office de photographies artistiques qui nous avait vraiment\nmanqué jusqu'ici. Nous engageons vivement nos lecteurs à l'aller visiter;\nl'entrée en est gratuite et nos abonnés n'auront pas à se réclamer de Durendal\npour être bien accueillis. M. HOFMANN, obligeant cicerone, leur fera les hon­\nneurs de la maison et ils pourront en une heure passer la revue des chefs-\nd'œuvre dont s'enorgueillissent les musées d'Europe.\n   Désormais nous ne sommes plus tributaires pour de tels achats de l'étran­\nger; inutile de s'attarder en voyage — où le temps est précieux — à feuilleter\nd'interminables albums; il suffit de demander à M Hofmann les tableaux de\n"}, {"page_pdf": 914, "texte": "                                         NOTULES                                          763\n\ntel artiste, les œuvres de telle é p o q u e pour être satisfait sur l'heure. E t quel\ncharme d'acquérir pour une s o m m e minime q u e l q u e s - u n e s de ces photo­\ngraphies admirables qui, sobrement encadrées, décoreront mieux qu'un\nméchant tableau, payé gros, un mur tout illuminé de leur présence rayon­\nn a n t e et prestigieuse !\n\n\n\n     A c c u s é d e r é c e p t i o n . — J . - H . ROSNY : La fugitive (Paris, F o n t e ­\nmoing. — L . BARRACAND : Epée brisée (Paris, P l o n ) . — P . DE MONT : Vier\nL e g e n d e n (Gent, J. Vanderpoorten). — M. GOLBERT : Lettres à Alexis\n( P a r i s , éd. de la Plume). — P . LEROY-BEAULIEU : L e s E t a t s - U n i s au\nxx e siècle ( P a r i s , Colin). — E. SCHURÉ : L é o n a r d de Vinci (Paris, Perrin).\n— F . BRUNETIÈRE : Variétés littéraires (Paris, Calmann-Lévy). — H . B O R ­\nDEAUX : Vies intimes (Paris, F o n t e m o i n g ) . — G. BONNAMOUR : Le vent\ne m p o r t e la poussière (Paris, P l o n ) . — L . SÉCHÉ : Sainte-Beuve : 1. Son\nesprit; I I . Ses mœurs. 2 vol. ( P a r i s , Mercure de France). — L . SÉCHÉ : Cor­\nrespondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et M m e Jules Olivier (ibid.). —\nJ. MORÉAS : Contes de la vieille F r a n c e (ibid.). — P . DE QUERLON : L a\nmaison de la petite Livia (ibid.). — MARK TWAIN : Exploits de T o m Sawy,\ndétective (ibid.). — E . GLESENER : Le cœur de François R e m y (Paris\nJ u v e n ) . — C. DE VILLERMONT: Les R u p p e l m o n d e à Versailles (Paris, P e r r i n ) .\n— A. PROUVOST : L e poème du travail et du rêve (Lille, éd. du Beffroi). —\nA. L E F È V R E : L'Italie antique ( P a r i s , de R u d e v a l ) . — C. LEMONNIER :\nL ' a m a n t passionné (Paris, Fasquelle). — J. DES GACHONS : Rose ou la\nfiancée de province (Paris, Delagrave). — G. MICHAUX : Le livre d'amour\nde Sainte-Beuve (Paris, F o n t e m o i n g ) . — G. LEOPARDI : Dialogues et pensées\n( P a r i s , Perrin). — G. EEKHOUD : L ' a u t r e vue ( P a r i s , Mercure de France).\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 12, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1904-12", "signet_source": "Onzième année - N°12 - Décembre 1904", "preuve": "Couverture conservée (PDF 848) imprimant « Décembre 1904. 11me Année. 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